Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives, Romain Jalabert, Recherches en éducation

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L’enseignement de la philosophie et les nouvelles pratiques philosophiques

Dossier

Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives

Learn to philosophize in a « café »: assessments and perspectives

Romain Jalabert

Résumés

Fort de près de vingt années d’existence et d’un essaimage géographique extrêmement vaste et diversifié, le phénomène dit « des cafés philo » a largement démenti les soupçons d’« effet de mode » et de « snobisme parisien » qui lui furent longtemps assignés. Par-delà les critiques qui ne cessent d’émettre des doutes quant à la validité philosophique des échanges, le mouvement poursuit son chemin et évolue, sans jamais trop s’éloigner du célèbre vœu de Diderot : « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! ». Chef de file inopiné d’une kyrielle de pratiques plus ou moins dérivées (ciné philo, rando philo, banquet philo, atelier philo dans le cadre d’Universités Populaires, etc.), le café philo reste sans doute la plus populaire et la plus médiatique desdites « Nouvelles Pratiques Philosophiques ». Mais probablement aussi la plus invectivée… A partir d’ouvrages, d’articles de revues, de rapports officiels et d’archives radiophoniques couvrant la période 1992-2010, mais aussi à partir d’une enquête par questionnaire électronique menée durant les mois de mai et juin 2010, nous nous proposons de faire le point sur l’arrivée et l’évolution de ce mouvement dans la cité, et de tenter d’esquisser par ailleurs quelques perspectives pour la plus ancienne – avec la consultation – des Nouvelles Pratiques Philosophiques.


Plan

1. La naissance fortuite du café philo2. Vous avez dit « café philo » ?

3. Pourquoi un café philo ?

4. La « philosophicité » des échanges

5. L’enquête sur les cafés philo (mai – juin 2010)

6. Quelles perspectives pour le café philo de demain ?


Texte intégral

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« Il se peut que ces rencontres n’aient aucune importance, qu’elles ne constituent tout au plus qu’un simple amusement dominical pour solitaires désœuvrés. Mais il se pourrait aussi que ce soit un signe – le signe que la philosophie, n’en déplaise à ceux qui lui ont creusé sa tombe, a encore de beaux jours devant elle et que la pensée, n’en déplaise aux pessimistes, est loin d’être défaite. On conviendra que cela mérite réflexion », Marc Sautet (1995, p. 10)

Fort de près de vingt années d’existence et d’un essaimage géographique extrêmement vaste et diversifié, le phénomène dit « des cafés philo » a largement démenti les soupçons d’« effet de mode » et de « snobisme parisien » qui lui furent longtemps assignés. Par-delà les critiques qui ne cessent d’émettre des doutes quant à la validité philosophique des échanges – au seul prétexte parfois de la précarité des conditions d’exercice de la réflexion dans un tel lieu et sans préparation véritable, le mouvement poursuit son chemin et évolue, sans jamais trop s’éloigner du célèbre vœu de Diderot : « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! ». Chef de file inopiné d’une kyrielle de pratiques plus ou moins dérivées (ciné philo, rando philo, banquet philo, atelier philo dans le cadre d’Universités Populaires, etc.), le café philo reste sans doute la plus populaire et la plus médiatique desdites « Nouvelles Pratiques Philosophiques ». Mais probablement aussi la plus invectivée… A partir d’ouvrages, d’articles de revues, de rapports officiels et d’archives radiophoniques couvrant la période 1992- 2010, nous nous proposons de faire le point sur l’arrivée et l’évolution de ce mouvement dans la cité, et de tenter d’esquisser par ailleurs quelques perspectives pour la plus ancienne – avec la consultation – des Nouvelles Pratiques Philosophiques. Pour ce faire nous nous appuierons aussi sur le travail mené avec Gunter Gorhan(2) depuis 2009, dans le cadre des Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques organisées chaque année à Paris, au Siège de l’UNESCO, et plus particulièrement du chantier de travail « Philocité : philosopher dans la cité aujourd’hui ». De ce travail nous retiendrons notamment une enquête par questionnaire menée durant les mois de mai et juin 2010, à laquelle ont répondu trente cafés philo – français pour la plupart.

1. La naissance fortuite du café philo

Il enseignait la philosophie dans le supérieur et ressentait le besoin, selon ses propres termes, de « faire sortir la philosophie des ghettos des lycées et des universités » ; d’emmener, en bon connaisseur de Nietzsche qu’il était, « la fiancée » en ville. Ce philosophe, cet homme par qui le scandale est arrivé, c’était Marc Sautet, animateur presque malgré lui du premier café philo. Sur le point de lancer à Paris une activité de consultation philosophique (« le cabinet de philosophie ») il évoqua un jour, au détour d’un entretien radiophonique, l’habitude qui était la sienne de retrouver un petit groupe d’amis le dimanche matin au Café des Phares (Place de la Bastille, à Paris) pour discuter librement et philosophiquement de l’avancement de son projet, et par la même occasion de tous ces thèmes qui de près ou de loin concernent l’existence humaine. Le dimanche suivant la diffusion de l’émission radiophonique en question, son cercle d’amis s’était élargi. Quelques auditeurs intéressés par ces discussions philosophiques tout à fait informelles les avaient rejoints. La Place de la Bastille est devenue peu à peu le rendez-vous des « philosophants », et c’est le Café des Phares qui depuis est pris d’assaut chaque dimanche entre 11h et 13h(3) (jusqu’à 150 participants). Ainsi est né le premier « bistrot philo »(4) en France – et sans doute même au monde – dans le courant de l’année 1992(5). En dépit de l’idée première de Marc Sautet qui était celle du « cabinet de philosophie », et de manière vraisemblablement fortuite – voire accidentelle, le café philo s’est précipité sur le devant de la scène, ouvrant la voie à pléthore de pratiques qui se situent à peu près dans le même esprit de démocratisation et de mise à disposition de la philosophie.

2. Vous avez dit « café philo » ?

Entendons-nous tout d’abord sur cette appellation qui, à l’évidence, n’a rien de contrôlée mais semble plutôt approximativement convenue. Notons aussi que Marc Sautet, considéré comme fondateur des cafés philo, n’a vraisemblablement ni proposé, ni reconnu cette dénomination. Avançant « un café pour Socrate » dans son livre publié en 1995, il n’évoque la plupart du temps que « la philosophie au café », quand il ne parle pas du « débat du café des phares ». La devanture du Café des Phares, quant à elle, brandit fièrement la mention » 1er Bistrot Philo ». Que veut donc dire « café philo » (on trouve aussi « café-philo ») ? Cette dénomination proviendrait des médias qui se sont emparés du phénomène peu de temps après « la première fois » – expression qu’une discussion du Café des Phares a définitivement rendue suspecte (Sautet, 1995, pp. 28-34). « Café philo » dépasserait le lieu du café lui-même puisque l’on trouve des « cafés philo » dans des endroits dénués de zinc et de percolateur : médiathèques, salles communales, amphithéâtres d’universités, etc. S’il semble convenu de lire « café philosophique »(6) dans « café philo » – soit plus exactement » café philo. », les usages semblent variés et parfois même contradictoires. Ainsi l’on entend des uns « la café philo », des autres « le café philo ». Voilà un détail qui ne manque pas de soulever une question essentielle quant à cette pratique, ou du moins quant à l’idée que l’on se fait de cette pratique : fait-on de la (véritable) philosophie au cours d’un café philo ? « La café philo(sophie) » laisse imaginer que la philosophie se met au niveau du café, perdant par la même occasion de sa philosophicité, et donc de sa légitimité. Au prétexte que le contexte du café rend forcément la philosophie plus triviale, les détracteurs des cafés philo allèguent une forme dégradée, insatisfaisante voire insuffisante de philosophie : des « propos de café du commerce ». Mais le café semble reconnu « philosophique » si l’on dit « le café philo(sophique) », laissant entendre que le café (et les propos qui s’y tiennent) s’élève au niveau de la philosophie, devenant philosophique. Le renversement est de taille quand ce n’est plus le café qui rend la philosophie plus triviale mais au contraire, selon l’idée formulée par Laura Piccioni(7), la philosophie qui « détrivialise » le lieu du café.

Qu’est-ce alors un café philo ? Si l’on use de termes et expressions pris çà et là dans la « déclaration des cafés-philo du 25 novembre 2000 » (Youlountas, 2002, pp. 79- 81), le café philo apparaît comme un espace public de libre pensée et d’expression, neutre et laïc, favorisant l’écoute active et positive, indépendant de tout groupe religieux ou politique et de leurs dogmes et doctrines, ouvert à tous sans distinction de condition sociale, d’origine, d’âge, de niveau d’étude et de culture personnelle. Caractérisé par « l’accès de chacun à la prise de parole dans le cadre de règles d’échange égalitaires favorisant la participation, quels que soient les qualités oratoires, l’instruction, les connaissances, la culture, les difficultés d’élocution, les éventuels handicaps », le café philo écarte toute forme de prosélytisme et de propagande, se donnant pour seule visée de permettre « de réfléchir ensemble afin d’essayer de penser davantage par soi-même » (ibid.). Ainsi le café, dont Jacques Diament (2001) a rappelé le rôle important dans l’histoire de la pensée (philosophique et politique), devient un lieu dans lequel les gens, quels qu’ils soient, viennent librement et volontairement pour discuter d’un sujet et l’approfondir ensemble. Reprenant les trois pôles qui caractérisent selon lui le café philo (à savoir : le convivial, le démocratique, et bien entendu le philosophique), Michel Tozzi le définit comme « un lieu convivial de réflexion collective à visée philosophique et dispositif démocratique ». Mais le café philo est aussi lieu de souplesse et de liberté, où l’on peut, selon cette belle formule chère à Gunter Gorhan : « prendre de la hauteur sans perdre pied ». L’influence de Marc Sautet n’est assurément pas étrangère à cette expression, puisque nous retrouvons là son souci d’accepter et de permettre que le débat collectif s’élève, mais à condition qu’il demeure accessible pour chacun. « Prendre de la hauteur sans perdre pied », c’est aussi parvenir à des réflexions étonnantes à partir de faits ou d’expressions pourtant anodins.

3. Pourquoi un café philo ?

Parmi les questions fréquemment adressées aux cafés philosophiques, il est celle du « pourquoi » – et par la même occasion du « pour quoi », qui semble viser à la fois le sens, l’utilité et l’impact de cette pratique. Pour Marc Sautet, le café philo répondait assez naturellement – il s’agissait même d’une nécessité – à une situation de crise touchant la société actuelle, mais finalement assez proche de la crise de la cité grecque qu’a connue Socrate : « la philosophie est née il y a deux mille cinq cents ans dans une situation de crise étonnamment analogue à celle que nous connaissons aujourd’hui : la crise de la démocratie athénienne. Aussi incroyable que cela paraisse, nous nous retrouvons, sur une grande échelle, dans une impasse analogue… » (Sautet, 1995, p. 11). Rien de surprenant donc dans cet usage spontané et massif de la philosophie en ville ; et l’idée du cabinet de philosophie reposait notamment sur cette intuition. Dans un entretien radiophonique(8) faisant suite aux retentissements suscités par son expérience innovante au Café des Phares, Marc Sautet disait avoir « l’impression qu’une sorte de fatalité pèse sur nous et que la guerre civile est à l’ordre du jour, et que par conséquent, nous sommes tout au bord d’une guerre du Péloponnèse, la nôtre, et que l’angoisse monte ; et que par conséquent, il est temps d’essayer de garder raison ». Et d’ajouter : « J’ai l’impression que ça a été le travail, la vocation, la tentative de Socrate à cette époque. Il me semble qu’il y a de ça aujourd’hui et que par conséquent, d’une manière ou d’une autre – alors ça passera par le Café des Phares ou ailleurs – on va faire appel à la philosophie de nouveau pour essayer de ne pas devenir fou ». Ainsi le café tenterait de répondre, selon les termes de Michel Tozzi, à « une demande sociétale de philosophie », qui s’expliquerait notamment par une profonde crise du sens, le déclin des institutions, la montée de l’individualisme et la fin des grands récits totalisants (Tozzi, 10/2005). Il suffirait, selon le philosophe Christian Godin, « de quelques individus de bonne volonté, insatisfaits des conditions que le monde leur fait et des discours qu’il leur tient, et qui tentent de lui arracher le plus de sens qu’il est possible » (Gravito, 2005, p. 16). Il y a dans le café philo – mais très probablement aussi dans la plupart des autres pratiques philosophiques – quelque chose de l’ordre du rapport au sens et à la vérité qui se joue, et que l’on vient mettre à l’épreuve de l’autre. Parmi les motivations les plus avancées par les participants nous trouvons la confrontation à l’autre : à d’autres expériences, à d’autres idées, etc.(9) Dans un monde de plus en plus précaire (en termes d’emploi, de relations affectives, etc.), et face à cette issue inéluctable et impénétrable qu’est la mort, notre recherche d’une forme de bonheur – sérénité, sagesse, etc. – semble exiger que l’on se frotte à la pensée d’autrui. Nous éprouvons sans doute ce besoin de nous confronter à d’autres expériences, à d’autres idées. Pour Michel Tozzi, « le café philo est ce lieu d’expression et de partage de l’angoisse métaphysique de l’homme, et de la recherche rationnelle de la vérité et de la joie. Il semble autoriser à tout le monde cette entreprise philosophique qui consiste à tenter de comprendre le monde dans lequel on vit, pour savoir d’où l’on vient, qui l’on est et qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ? On ne sera jamais trop dans ces questions pour essayer d’éclairer chacun »(10).

4. La « philosophicité » des échanges

Dès ses débuts le café philo a fait l’objet de critiques virulentes de la part des « philosophes de métier », essentiellement les professeurs de philosophie des lycées et des universités, mais aussi lesdits « philosophes patentés », médiatiquement connus et reconnus, qu’ils enseignent ou pas la philosophie. Au cours de son étude sociologique minutieuse et critique du phénomène des cafés philo, Jacques Diament (2001) s’arrête entre autres sur la controverse déjà vieille – mais toujours d’actualité – entre cafés philo et universitaires, notant que « beaucoup de philosophes « de métier » condamnent les cafés-philo sans les connaître » (2001, p. 28). Tous les prétextes sont bons, à commencer par la précarité des conditions d’exercice de la réflexion dans un lieu comme le café. L’exercice de la philosophie réclamerait, selon les détracteurs du café philo, du sérieux, de la rigueur, du silence et peut-être même de la solitude. Un des autres arguments avancés par les opposants au café philo est le manque de travail préalable (notamment lorsque le sujet est décidé le jour même) qui exclurait a priori toute possibilité d’approfondissement. Enfin, pour ne retenir que les principales critiques, il est reproché aux cafés philosophiques de n’être pas encadrés la plupart du temps par des « professionnels de la philosophie », ou encore de ne pas satisfaire aux rudes exigences de la discipline. Dans ces conditions, peu – pour ne pas dire aucun – de cafés philo parviendraient selon eux à échapper à la doxa (l’opinion) et à se hisser au-dessus des préjugés. Apparenté au débat d’opinion, le débat philosophique de café est rejeté du côté du non-philosophique (Chazerans & Seulin, 2002, pp. 51-54). Tout au mieux certains de ces opposants acceptent de reconnaître un caractère pré-philosophique(11) au café philo qui ne correspondrait alors « à la rigueur [qu’à] un exercice préparatoire à une réelle pratique philosophique » (p. 51). Parmi ces opposants nous trouvons notamment Bernard-Henri Lévy, déclarant que « la philosophie ne sera jamais à la portée de tous : elle suppose un infracassable noyau de nuit dont seule la démagogie ambiante peut faire l’économie » (Diament, 2001, p. 26) ; Michel Onfray qui, s’il n’a pas épargné les cafés philo de ses vitupérations les plus acerbes, s’efforce néanmoins de proposer dans le cadre de l’Université Populaire de Caen un cours de philosophie qui se situerait à mi-chemin entre la rigidité académique de l’Université et le laxisme souvent reproché aux cafés philo (même si, à l’évidence, le modèle de « la leçon du professeur » semble néanmoins nettement prédominer dans ce qu’il propose, tandis que le moment dit « de débat » relèverait plus d’un « questions -réponses » qui n’autorise aucun échange véritable entre les personnes qui constituent le public) ; François Jullien, dans le cadre d’un Collège International de Philosophie soucieux de répondre à une demande de plus en plus pressante de philosophie (dans un esprit d’ouverture) mais en se fondant sur le seul travail théorique, a voulu se démarquer très explicitement à la fois de la chapelle et du café « où l’on ne fait que ressasser de l’opinion sans que s’ébauche de la pensée » (Diament 2001, p. 25) ; enfin, André Comte-Sponville se montre peut-être un peu plus nuancé : avançant que seule une véritable préparation de la séance peut garantir la teneur philosophique des échanges, il reconnaît néanmoins avoir été agréablement surpris à l’occasion d’une séance animée à l’improviste par Marc Sautet(12). Voilà qui, au-delà de la question du « bagage philosophique » de l’animateur, vient renforcer l’idée que chaque animateur ajoute à des compétences spécifiques des qualités très personnelles (Cotte, 2002, p. 91). N’est peut-être pas Marc Sautet qui veut, mais le seul « bagage philosophique » de l’animateur ne garantit assurément pas la philosophicité de la discussion.

D’autres philosophes reconnaissent pourtant bien des qualités et même un caractère nécessaire aux cafés philo. C’est le cas bien entendu de Christian Godin, cité supra, mais aussi d’Edgar Morin, préfacier de l’ouvrage intitulé Comprendre le phénomène café-philo, coordonné par Yannis Youlountas en 2002. Dans La tête bien faite, paru en 1999 aux éditions du Seuil, Edgar Morin énonçait cette conception de la philosophie qui veut qu’elle « concerne l’existence de chacun et la vie quotidienne. La philosophie n’est pas une discipline, c’est une puissance d’interrogation et de réflexion » (Diament, 2001, p. 25). Voilà qui rejoint à certains égards l’un des arguments avancés par Marc Sautet contre ses détracteurs : « la bonne position du philosophe n’est pas d’affirmer, elle consiste à interroger. Il se trouve que, sur tous les sujets, beaucoup de gens ont beaucoup de choses à dire. Au café comme ailleurs, plus qu’ailleurs, peut-être. C’est donc un lieu idéal pour soumettre au crible de la raison les opinions les plus répandues et les plus variées » (Sautet, 1995, p. 43). Et Edgar Morin d’achever ainsi la préface citée supra : « La philosophie était sur la place publique dans l’ancienne Athènes. Nos bistrots sont d’innombrables forums de philosophie sauvage. Il est juste que le bistrot puisse s’essayer à la philosophie civilisée et citoyenne » (Youlountas, 2002, p. 5). Répondant aux deux critiques de non-philosophicité et de pré-philosophicité, Jean-François Chazerans et Jean-Pierre Seulin n’hésitent pas à avancer la thèse suivante : « non seulement nous pensons que l’on philosophe vraiment dans les cafés-philo mais encore, si une réelle pratique de la philosophie existe, qu’elle se retrouve exclusivement dans de tels débats. En effet toutes les critiques adressées aux cafés-philo remettant en question leur “philosophicité” n’épargnent pas davantage les autres façons de pratiquer la philosophie. Ainsi, seul le café-philo permet de philosopher de façon originale » (2002, p. 51).

Conscient des points faibles du café philo (notamment une ambiance bruyante et parfois chaotique), Marc Sautet ne cédait pas pour autant sur certaines de ses convictions, qui l’amenaient entre autres à s’inscrire en faux contre l’affirmation selon laquelle il faudrait exclure « toute possibilité d’approfondissement d’un sujet sans “travail” préalable sur ce sujet » (Sautet, 1995, p. 39). « Ni cercle d’initiés ni groupe de thérapie sauvage », le café philo est un lieu où on ne parle pas pour faire taire les autres mais pour réfléchir avec eux ; on ne parle pas de soi pour se raconter mais pour défendre une opinion et la soumettre à l’examen de tous » (p. 34). « Le libre exercice de la parole dans un débat de café n’implique pas la dictature du pathos, pour peu que la raison veille » (p. 32) ; l’intérêt étant de passer du problème personnel à l’humanité tout entière, du singulier à l’universel. Par ailleurs, « tous les sujets sont susceptibles d’être traités de manière philosophique. La philosophie ne tient pas à ses sujets. Ce n’est pas une « matière » à enseigner ni un champ à cultiver, c’est un état d’esprit, une manière de faire usage de son intellect. Le philosophe n’a pas d’objet propre. Il part des idées reçues, des opinions du sens commun, des idéologies dominantes, des révélations religieuses, des réponses données par la science pour les soumettre à l’examen. Tout est donc objet de sa réflexion » (p. 35).

Au cours de son rapport sur la philosophie dans la cité, remis à l’UNESCO en 2007, Oscar Brenifier pointait le vide laissé par les personnes formées à la philosophie, et que « des amateurs trop souvent peu éclairés » (p. 162) ont rempli à leur manière. Spécificité française s’il en est (Oscar Brenifier estimait en 2007 le nombre de cafés philo en France autour de cent cinquante à deux cents), le café philo fut donc principalement investi par des amateurs, tandis qu’à l’étranger les cafés philo sont bien plus rares mais animés la plupart du temps « par des personnes ayant reçu une formation philosophique. De cela on peut comprendre que la figure de Socrate, avec sa simplicité et son interpellation vivante de tout un chacun, devint la figure emblématique de ce mouvement, contre l’élitisme des sophistes défendant un statut et un pré carré » (p. 163). La virulence de la réaction de l’institution philosophique, marquée par un dédain massif de la part des professeurs de philosophie, n’a fait que « polariser et radicaliser les esprits » (p. 162). Il n’existe toujours pas à ce jour de formation spécifique destinée à ceux qui se lancent dans l’animation d’un café philo. Notons cependant les apports de la didactique de la philosophie. Rédacteur en chef de Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie(13), Michel Tozzi n’a pas manqué d’offrir au vaste champ des Nouvelles Pratiques Philosophiques les bénéfices de ses recherches menées en tout premier lieu sur l’enseignement de la philosophie et l’apprentissage du philosopher. Ainsi l’exigence philosophique, rigueur qu’il faut impérativement conserver au café philo, pourrait trouver par exemple de précieux critères dans le triptyque proposé : problématiser, conceptualiser et argumenter (Tozzi, 06/2005).

5. L’enquête sur les cafés philo (mai – juin 2010)

Afin d’établir un bilan à la fois précis et synthétique du mouvement des cafés philo, mais aussi pour pouvoir esquisser quelques perspectives, notre recherche s’est efforcée de diversifier ses ressources. Outre l’appui essentiel d’une importante bibliographie (ouvrages, articles de revues et rapports), nous avons essayé d’exploiter au mieux d’une part le bénéfice des diverses rencontres organisées depuis le début des années 2000 sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques en général(14) et sur les cafés philosophiques en particulier(15) ; d’autre part le travail entamé en 2009 avec Gunter Gorhan dans le cadre du chantier « Philocité : philosopher dans la cité aujourd’hui ». C’est dans le cadre précis de ce travail que nous avons mené une enquête sur les cafés philosophiques à travers la diffusion d’un questionnaire électronique durant les mois de mai et juin 2010(16). Visant un état des lieux suffisamment complet des pratiques actuelles du café philo, ce questionnaire était composé de divers types de questions, portant notamment sur l’organisation, le fonctionnement, le dispositif d’animation, le public, les animateurs et le mouvement des cafés philo. Un champ de libre expression était également proposé au terme de ce questionnaire. Tous les champs de ce questionnaire en ligne étaient facultatifs. Le questionnaire a été diffusé par le biais de plusieurs listes électroniques de diffusion relatives aux cafés philos et autres pratiques philosophiques en France, donnant lieu à exactement trente retours exploitables – d’autres retours se révélant trop peu détaillés pour pouvoir être utilisés. Parmi les trente questionnaires traités, trois provenaient de l’étranger : Antananarivo (Madagascar), Essen (Allemagne), Vecmont (La Roche-en-Ardenne, Belgique). Les vingt-sept autres provenaient de France, dont seize de la région parisienne et onze de province : Colombiers (34), Forges-les-Eaux (76), Gap (05), Lagrave (81), Lyon (69), Marseille (13), Narbonne (11), Nice (06), Rouen (76), Saint-Quentin (02), Sézanne (51).

En moyenne ces cafés philo comptent près de neuf ans d’activité. Une année ou moins pour six d’entre eux ; plus de dix ans d’existence pour quinze autres. Si pour la plupart le café semble toujours d’actualité, les lieux tendent à se diversifier : médiathèques, maisons pour tous ou de quartiers, centres touristiques et culturels, sièges associatifs, maisons communales, théâtres, cinémas, universités, maisons de détention, etc. Certains sont même organisés dans des châteaux et des casinos ! Pour vingt-sept des trente questionnaires traités, la gratuité semble encore de mise, même si ces nombres sont nuancés par des obligations croissantes d’adhérer à une association ou de consommer – la gratuité sans aucune obligation d’adhérer ni de consommer ne concernant alors plus que douze cafés philo sur les trente exprimés. Largement minoritaires (seulement trois cafés philo), les séances payantes font néanmoins partie désormais du paysage des cafés philo. Cela va de l’animateur « auto-entrepreneur » qui propose aux participants de laisser « ce qu’ils souhaitent (et peuvent) en fin de séance pour rémunérer le travail de l’intervenant », à la soirée à vingt-six euros dans un lieu élégant avec « accueil au champagne ». Entre ces deux tendances nous trouvons des séances avoisinant un montant de sept euros, animées par des « praticiens philosophes » professionnels. Pour autant les cafés philo rattachés à des entreprises ne sont pas encore très nombreux (deux sur trente). La plupart (dix-neuf) reposent sur des associations ou sont rattachés à des Universités Populaires ; quelques-uns (neuf) demeurent encore des électrons libres.

Pour ce qui est de la fréquence, les pratiques mensuelles semblent les plus courantes (dix-huit), notamment en province, tandis que les séances plus répétées ont tendance à se concentrer en région parisienne (d’une séance tous les quinze jours à deux voire trois séances par semaine pour un même lieu). Quelques cafés philo seulement (deux) résistent encore aux cadences – quelles qu’elles soient – et proposent des séances « de temps en temps » – parfois même à la demande des participants. Les jours des séances varient et couvrent désormais la semaine tout entière. Fini le « philosophe du dimanche » ; on pourrait presque assister à des séances de manière quotidienne en région parisienne

En termes de fréquentation, nous trouvons un peu tout : du café philo en milieu rural qui réunit chaque mois moins de dix personnes au café philo parisien qui en compte près de cent chaque semaine. La moyenne semble néanmoins se situer autour de vingt-cinq à trente participants par séance. Le public est lui aussi assez hétérogène puisque sont représentées à peu près toutes les classes d’âges, depuis les « 15-20 ans » jusqu’aux « 80 ans et plus », même si ces extrêmes demeurent assez rares. Une moyenne semble nettement se dégager pour constituer une tranche d’âge allant de 40 à 70 ans. Les catégories socioprofessionnelles apparaissent très diversifiées, même si les groupes « cadres et professions intellectuelles supérieures », « retraités », « étudiants » et « demandeurs d’emplois » prédominent assez largement. Selon les informations recueillies, le public de vingt-sept des cafés philo ayant répondu est à la fois constitué d’un noyau de fidèles que l’on retrouve très régulièrement (autour de 35 – 40 %), et d’un renouvellement permanent (environ 60 – 65 %). Le profil des animateurs varie. Si l’on perçoit un certain équilibre entre les purs autodidactes d’une part, et les personnes ayant reçu une formation philosophique d’autre part (quelques licences ; de nombreux diplômes de maîtrise, DEA et master ; quelques doctorats), il est intéressant de constater que bon nombre d’animateurs ayant reçu une formation universitaire en philosophie (un tiers enseigne d’ailleurs la philosophie) se considèrent aussi comme des autodidactes. Comme si la fonction d’animateur réclamait nécessairement, au-delà de connaissances spécifiques, de développer de nouvelles compétences. Encore une fois, la question de la formation des animateurs de cafés philo se pose.

6. Quelles perspectives pour le café philo de demain ?

« Plutôt que dans le tarot ou la boule de cristal, l’avenir des bistrots-philo se lit sans doute dans le marc de café », écrivait Yannis Youlountas en 2002 (p. 179) avant de se risquer à la question « comment les cafés-philo vont-ils évoluer ? », fort de dix années d’observation de l’émergence et de la progression du phénomène. Sans doute faut-il encore « [parier] sur le formidable potentiel de la pensée humaine » (p. 181), avant d’essayer de nous projeter dans ce « futur [forcément] opaque et indéterminé » (p. 179). Dans le questionnaire évoqué supra, nous proposions les questions suivantes : « comment voyez-vous le café philo de demain ? » et « doit-il évoluer ou pas ? ». Outre les avis opposés mais relativement stériles de type » il ne doit rien changer » et « il doit évoluer », nous trouvons quelques pistes qu’il ne faudrait peut-être pas négliger trop vite. Les uns encouragent le café philo à conserver des exigences philosophiques fortes s’il ne veut pas devenir une forme de « happening » débridé où n’importe qui pourrait raconter n’importe quoi ; les autres l’incitent à se multiplier encore et encore, à se rendre plus attractif pour les jeunes et essayer de réunir les générations. Comme nous en convenions déjà en 2008 dans le cadre d’une table-ronde sur les cafés philo organisée à l’UNESCO, il n’existe pas « un » mais « des » cafés philo (Jalabert, 2009) – et peut-être autant de manières d’organiser et d’animer, cette diversité constituant à la fois une richesse inestimable et une faiblesse préjudiciable. Cette diversité est richesse quand elle permet d’emprunter d’innombrables voies pour des questions finalement peu nombreuses et (ou car) communes – et peut-être même une seule question : « qu’est-ce que l’homme ? ». Elle est faiblesse quand au nom de quelques pratiques insuffisantes ou déviantes l’ensemble des cafés philo perd de sa légitimité. Elle est faiblesse encore lorsqu’elle compromet le sentiment d’appartenance à un groupe – ou réseau – et donc le groupe lui-même. En dépit de cela, et contre l’hypothèse de l’effet de mode, les cafés philo semblent poursuivre leur chemin. Certains ne font que passer, cessent ou suspendent leur cours ; d’autres naissent chaque année en France et dans le monde. La plupart perdurent dans le temps, et l’on fête çà et là les cinq, dix, quinze ans du café philo local. Le café philo du Café des Phares, à Paris, comptera vingt années d’existence en 2012. L’une des principales perspectives qui s’ouvrent au café philo de demain, c’est probablement de participer au débat citoyen et d’y incarner une force de proposition. Mais pour cela, le café philo devrait peut-être se défaire – ou tout au moins s’accommoder – d’une tension qui semble le caractériser en même temps qu’elle le ronge : que faire, face à l’urgence d’une crise sociétale, du souci de prendre le temps de penser les réponses possibles à cette même situation de crise ? Par ailleurs, le café philo devrait peut-être prendre garde à la tentation du jeu et du divertissement qui plane au-dessus de lui, s’il ne veut pas – dans le meilleur des cas – faire de la philosophie « le nouvel opium du peuple », selon une crainte exprimée à maintes reprise par Marc Sautet, reprise par Gunter Gorhan (Marc Sautet employait pour cela le terme de « narcotique »).

Enfin, quelle meilleure perspective, pour le café philo de demain, que le souci de conserver cette conviction commune et motrice : « La philosophie est l’affaire de tous comme c’est l’affaire de tous de penser sa vie et la société. Ce n’est ni un luxe, ni un artifice mais une démarche essentielle pour s’émanciper et se choisir » (Youlountas, 2002, p. 180).


Bibliographie

BRENIFIER O. (2007), « Découvrir la philosophie autrement. La philosophie dans la cité », La Philosophie, une école de la liberté. Enseignement de la philosophie et apprentissage du philosopher : état des lieux et regards pour l’avenir, Paris, UNESCO, Chapitre IV, pp. 150-195.

CALSCHI E. (dir.) (2003), Philosopher au café. 3ème colloque international. Ouverture et recherche de sens, Durfort, La gouttière.

CHAZERANS J.-F. & SEULIN J.-P. (2002), « Philosophe-t-on vraiment au café-philo ? », Comprendre le phénomène café-philo. Les raisons d’un essor étonnant en 30 questions-réponses, Y. Youlountas (dir.), Durfort, La gouttière, pp. 51-54.

COTTE Y. (2002), « Qui peut animer un café-philo ? », Comprendre le phénomène café-philo. Les raisons d’un essor étonnant en 30 questions-réponses, Y. Youlountas (dir.), Durfort, La gouttière, pp. 91-96.

DIAMENT J. (2001), Les « Cafés de Philosophie ». Une forme inédite de socialisation par la philosophie, Paris, L’Harmattan.

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JALABERT R. (07/2010), « Quel intérêt à discuter philosophiquement dans un café aujourd’hui ? », Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie, Scérén CRDP – Académie de Montpellier, n° 45, revue en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

JALABERT R. & TOZZI M. (10/2010), « 12ème Rencontre philosophique de Sorèze », Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie, Scérén CRDP – Académie de Montpellier, n° 46, revue en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

L’AGORA (1999), Vous avez dit philosophie citoyenne ? Histoire et débats d’un café-philo dans le Tarn, Castres, L’Agora.

SAUTET M. (1995), Un café pour Socrate. Comment la philosophie peut nous aider à comprendre le monde d’aujourd’hui, Paris, Robert Laffont.

TOZZI M. (06/2005), Penser par soi-même. Initiation à la philosophie, Paris, Chronique Sociale.

TOZZI M. (10/2005), « Le café philo : une demande sociétale de philosophie », Diotime. Revue internationale de didactique de la philosophie, Scérén CRDP – Académie de Montpellier, n° 25, revue en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

YOULOUNTAS Y. (2002) (dir.), Comprendre le phénomène café-philo. Les raisons d’un essor étonnant en 30 questions-réponses, Durfort, La gouttière.

YOULOUNTAS Y. (2002), « Comment les cafés-philo vont-ils évoluer ? », Comprendre le phénomène café-philo. Les raisons d’un essor étonnant en 30 questions-réponses, Y. Youlountas (dir.), Durfort, La gouttière, pp. 179-182.


Notes

2 Animateur au Café des Phares, Gunter Gorhan est l’une des figures du mouvement des cafés philo en France, dont il fut l’un des pionniers aux côtés de Marc Sautet. Enseignant retraité de l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), il anime également des débats dans des foyers de jeunes travailleurs et s’investit en tant qu’écoutant au sein de la Fédération S.O.S. Suicide Phénix.

3 Depuis peu les horaires ont changé : 10h30 – 12h15.

4 Si l’on parle la plupart du temps de « café philo », c’est bien de « bistrot philo » qu’il est question sur la devanture du Café des Phares.

5 Marc Sautet parle dans son livre du mois de juillet 1992 pour la première séance ; mais un peu plus loin il évoque une séance qui aurait eu lieu le 4 avril de la même année… (Sautet, 1995).

6 L’expression « café de philosophie » était également utilisée au départ, sans doute en référence à l’autre expérience du « cabinet de philosophie ».

7 Intervention de Laura Piccioni, professeur à l’Université d’Urbino (Italie), dans le cadre de l’atelier « Philocité » à l’occasion des 10èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (UNESCO, Paris, 18 novembre 2010).

8 Enregistrement disponible sur la page d’accueil du site internet du Café des Phares : http://cafe-philo-des-phares.info/ (dernière consultation : le 30 septembre 2010).

9 Cf. les comptes-rendus des séances du Café Philo de Narbonne http://cafephilo.unblog.fr du lundi 30 septembre 1996 (première séance) et du lundi 9 octobre 2006 (dixième anniversaire, centième séance), portant toutes deux sur le thème suivant : « Pourquoi un café philo : quel intérêt à discuter philosophiquement dans un café aujourd’hui ? ». Cf. également : Jalabert, 07/2010.

10 Propos tenus à l’occasion du dixième anniversaire du Café Philo de Narbonne http://cafephilo.unblog.fr le 9 octobre 2006.

11 Marc Sautet ne parlait-il pas lui-même d’« amorcer » : « on peut amorcer dans un café, même avec cent cinquante personnes, une réflexion qui mérite d’être appelée « philosophique ». Amorcer ne veut pas dire mener à bien. Cela veut dire… amorcer. Libre ensuite à qui le souhaite d’approfondir le sujet, de plonger dans les ouvrages évoqués à l’improviste, d’entamer un dialogue en tête à tête avec un auteur cité en cours de route, dans le calme le plus total » (Sautet, 1995, p. 11).

12 Propos tenus à l’occasion d’une discussion informelle, le 4 avril 2008 après la conférence » Mondialisation et civilisations : quelles valeurs pour le XXIème Siècle ? ». André Comte-Sponville, reçu par le Café Philo Agathois en la Maison des Savoirs d’Agde, répondait à la question : « que pensez-vous des cafés philo ? ».

13 Revue en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

14 Notamment les Rencontres Internationales sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques, organisées chaque année à l’Unesco (Paris) à l’occasion de la Journée Mondiale de la Philosophie, durant la troisième semaine du mois de novembre. La dixième édition s’est tenue les 17 et 18 novembre 2010.

15 Nous pensons aux « Rencontres de Sorèze » (ex. « Festival Philo-des-champs ») qui réunissent chaque année au mois de juillet, depuis plus de douze ans, des café-philistes (animateurs et participants) venus de plusieurs villes de France. Nous pensons encore au « Philostival » coorganisé depuis deux ans maintenant par les associations Himéros (Marseille) et Agora Philo (Lyon). La troisième édition se tiendra à Marseille dans le courant du mois de juin 2011. Des comptes rendus (Jalabert & Tozzi, 10/2010) de ces diverses rencontres sont régulièrement publiés dans Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

16 Le questionnaire diffusé est disponible dans son intégralité à l’adresse suivante : http://www.jotform.com/form/1080343342


Pour citer cet article

Référence électronique

Romain Jalabert, « Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives »Recherches en éducation [En ligne], 13 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2012, consulté le 25 septembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/ree/5283 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ree.5283


Auteur

Romain Jalabert

Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche, Département des sciences de l’éducation, Université Paul Valéry Montpellier III


Droits d’auteur

CC BY-NC-ND 4.0

Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International – CC BY-NC-ND 4.0

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Article # 2 – Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 2

Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie


À lire avant cet article # 2, l’Introduction à ce dossier.


La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Dans « Platon, pas Prozac! », il écrit :

« De tous les temps, les philosophes ont observé la nature humaine, ce qui ressemble à la description de tâches d’un psychologue. Une philosophie de l’humanité resterait incomplète sans un apport de la psychologie. De même, la psychologie dénuée d’une dimension philosophique ne remplirait pas son rôle. Ces deux sphères de l’activité humaine se sont pourries le jour où elles se sont séparées. »

MARINOFF, Lou, Platon, pas Prozac!, Éditions Logiques, 2000, p. 45.

Je m’oppose fermement à une fusion entre la philosophie et la psychologie, cette dernière connaissant des dérives qui portent atteinte au bien fondé et au succès de ses interventions. En effet, la psychologie, science inexacte par excellence, tire dans toutes les directions, notamment, dans le domaine du développement personnel. Elle fait du MOI une montagne à gravir d’où, une fois au sommet, apparaît une autre montagne à gravir et ainsi de suite au sein d’une même thérapie voire d’une thérapie à l’autre.

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Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne », William Kirk Kilpatirck, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, professeur de psychologie de l’éducation au Boston College, écrit :

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions.

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Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. » Note originale de l’auteur : Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.)

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu » (p. 29) » (KILPATRICK, William A Kirk, Séduction psychologique (L’échec de la psychologie moderne), Centre biblique européen, Suisse, 1985, pp. 33-35.)

Ce livre de William A Kilpatrick figure au catalogue du Centre biblique européen et s’adresse à tous ceux et celles pour qui la psychologie n’a pas livré les résultats espérés et propose en échange de s’engager dans une vie chrétienne. On peut donc critiquer sa référence religieuse mais il s’agit tout même d’un constat dressé par un professeur de psychologie de profession et par un sociologue de réputation internationale.

Personne ne peut nier les nombreux échecs de la psychologie dans sa pratique clinicienne.

À mon avis, la psychologie prête flanc à la critique et à l’échec parce qu’elle tire dans toutes les directions, comme je mentionnais ci-dessus.

En fait, la psychologie aspire tout ce qu’elle peut en son sein sans trop de discernement. Elle fonce. Et si la philo peut lui-être d’une quelconque utilité, elle l’intégrera dans sa pratique en cabinet. Et c’est bien cette habitude de tout aspirer qui me fait douter des avantages d’une fusion entre la psychologie et la philosophie.

Un fait m’inquiète : la psychologie intègre, non pas LA philosophie, mais DES philosophies. Piger ici et là dans telle ou telle philosophie ne permet pas de connaître LA philosophie et encore moins de savoir comment philosopher.

La psychologie tire des bribes des philosophies avancées par Bouddha, Confucius, Jésus, Mahomet, Lao Tzeu, Socrate, Aristote, Épicure, Épictète, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas… Des bribes qui sonnent bien à l’oreille et comme en trouvent à ne plus finir dans les séances de développement personnel.

Mais attendez. Certains philosophes praticiens ne font-ils pas la même chose ? Oui. Frédéric Lenoir, philosophe et sociologue, Docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), pige dans toutes les philosophies dans son livre « Petit traité de vie intérieure » dont voici la Présentation :

« De tous mes livres de philosophie et de spiritualité, celui-ci est certainement le plus accessible, mais sans doute aussi le plus utile. Car ce n’est pas un savoir théorique que je cherche à transmettre, mais une connaissance pratique, la plus essentielle qui soit : comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres. Ce que je dis ici avec des mots simples et des exemples concrets, comme au cours d’une conversation avec un ami, est le fruit de trente années de recherches et d’expériences. Mon témoignage personnel importerait peu s’il n’était éclairé par la pensée des philosophes et des sages de l’humanité qui ont marqué ma vie : le Bouddha, Confucius, Socrate, Aristote, Épicure, Épictète, Jésus, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas parmi d’autres. Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c’est passer de l’ignorance à la connaissance, de la peur à l’amour. » FL

Source : Frédéric Lenoir, site web.
https://www.fredericlenoir.com/essais/petit-traite-de-vie-interieure-2/

Cette idée qu’en mangeant des pommes de différentes variétés on deviendra pomiculteur ne tient pas la route.

Bien sûr, on peut user de techniques pour philosopher mais cela ne fera de vous qu’un technicien (en quête d’amélioration de votre technique ou d’une technique meilleure) au lieu de se former à philosopher pour devenir votre propre philosophe, car c’est bien là le but premier, le seul but utile.

Je réitère mon invitation à une distinction claire et nette entre LA philosophie et LES philosophies. On apprend à philosopher avec LA philosophie et non pas avec LES philosophies, à moins d’être un expert de l’histoire de la philosophie et de ses différentes doctrines et de l’analyse de ces dernières.

Et quand la psychologie tente de philosopher en glanant ici et là dans la sagesse d’une ou de différentes philosophies, elle ne philosophe pas. Elle « philosophise », c’est-à-dire qu’elle introduit le raisonnement philosophique dans la psychologie.

Philosophiser, verbe,rare. a) Empl. intrans. Synon. de philosopher (supra B).À quoi bon s’encombrer de tant de souvenirs? Le passé nous mange trop. Nous ne sommes jamais au présent, qui seul est important dans la vie. Comme je philosophise! (Flaub., Corresp., 1853, p.318).b) Empl. trans. Introduire le raisonnement philosophique (dans une religion, une science). Sa manière [de M. de La Mennais] de philosophiser le christianisme est-elle tout simplement (…) un pur déisme avec morale évangélique (…) et, si l’on veut aller au plus loin dans ce sens, est-elle un socinianisme humanitaire? (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t.1, 1836, p.268).Le premier zélateur américain de Freud, Putnam, «philosophise» avec tant d’ardeur la psychanalyse que Ferenczi, longtemps le plus proche disciple de Freud, est obligé de lui répondre dans son article «Philosophie et psychanalyse» (L’Express, 19 févr. 1968, p.77, col. 2).

Source : Centre nationale de ressources textuelles et lexicales (CNRTL).

https://www.cnrtl.fr/definition/philosophiser

D’un point de vue théorique, j’approuve toutes les relations interdisciplinaires, y compris celle entre la psychologie et la philosophie. Mais je demeure sur mes gardes quand vient le temps de passer à la mise en pratique interdisciplinaire.

La psychologie, de par sa position dominante, teinte tout travail sur soi. Même les philosophes praticiens (philothérapies) se retrouvent sous l’influence de la psychologie, consciemment et inconsciemment. Je note une « psycholonisation » des philosophes praticiens dans leurs efforts et leurs argumentations pour rejoindre la population. En s’offrant comme une alternative pour résoudre les mêmes problèmes soulevés par la psychologie dans leur propre pratique, les philosophes praticiens se facilitent la vie. En revanche, ils ne mettent pas de l’avant les problèmes propres à être résolus par la philosophie.

Le titre du livre « Platon, pas Prozac! » constitue un bel exemple de l’introduction de la philosophie sur le marché clinicien comme alternative à la médication relevant de la psychologie et de psychiatrie. Le titre frappe l’esprit et communique efficacement mais laisse tout de même crois que la philosophie s’attaque aux mêmes problèmes que la psychologie mais ce n’est pas le cas dans la réalité.

CAUSES ET RAISONS

La philosophie est une démarche intellectuelle d’acquisition de la sagesse en vue de la mettre en pratique dans sa quête du bonheur. On peut ajouter à cette notion très large, le bonheur de penser. La philosophie s’attarde aux raisons qui expliquent et motivent telle ou telle pensée, telle ou telle conception du monde et de l’existence, et à la connaissance, la vérité, la morale, la beauté, l’esprit et le langage.

La psychologie vise la santé mentale et cherche des causes dans le passé et quelquefois dans le présent du patient.

Bref, la santé intellectuelle relève de la philosophie et la santé mentale de la psychologie.

LA PHILOSOPHIE, LA SCIENCE DES PROFONDEURS

L’avantage premier de la philosophie réside dans ses efforts pour aller plus en profondeur que peut le faire la psychologie. Selon moi, la santé mentale trouve très souvent sa principale source dans la santé intellectuelle, Autrement dit, une bonne santé intellectuelle garantie une bonne santé mentale, du moins elle en est un terreau fertile. La philosophie doit donc occuper la première place dans la quête du bonheur et dans la levée des barrières empêchant la sérénité de la démarche. La santé intellectuelle est un processus continu qui demeure ouvert tout au long de la vie.

«D’abord, la psychologie est essentiellement centrée sur le “moi”. Elle cherche à comprendre les failles, les problèmes et les troubles du patient. Tandis que les domaines concernés par la philosophie sont bien plus larges : elle traite de l’homme en général, mais elle se demande aussi ce qu’est le monde, Dieu, les autres, la vie, le bonheur…

Ensuite, bien souvent la psychologie invite le patient à regarder en arrière ; à fouiller dans son enfance, à se souvenir d’un évènement qui serait l’origine d’un traumatisme. Elle cherche à guérir le passé. À l’inverse, la philosophie ne panse pas le passé. Elle permet, grâce à la rencontre des philosophes d’il y a 500 ou 2500 ans, de penser autrement, de ne pas rester bloqué sur des idées/pensées qui nous font du mal. On en découvre d’autres qui nous correspondent et on agit en fonction de celles-ci. En ce sens, la philosophie nous donne les clés pour agir, et pour prendre notre futur en main et redevenir maître de son destin.»

Source : Quelle est la différence entre la psychologie et la philosophie ?, Institut pandore.

« La psychologie est née de la philosophie »

«La philosophie et la psychologie sont deux champs d’étude ayant une place commune dans l’histoire. La psychologie est née de la philosophie. Elle apparut pour inclure la méthode empirique face aux questions soulevées par la philosophie. Par conséquent, la philosophie a apporté à la psychologie divers sujets d’étude tels que la sensation, la perception, l’intelligence et la mémoire.»

Source : Quelle relation existe-t-il entre la philosophie et la psychologie ? Nos Pensées.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 1 : Introduction au dossier – Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 1

INTRODUCTION

(Lévis, Québec, Canada. Le 4 octobre 2020) Aujourd’hui, à titre d’éditeur et auteur captivés par la philosophie, j’ouvre un nouveau dossier dans ce magazine sous le titre évocateur : « Philothérapie ou Quand la philosophie nous aide ».

« Ah ! Non, pas la philosophie ! »

Le Cri (en norvégien : Skrik) est une œuvre expressionniste de l’artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions (deux peintures, un pastel, un au crayon et une lithographie) réalisées entre 1893 et 1917. Symbolisant l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle, elle est considérée comme l’œuvre la plus importante de l’artiste. Le paysage en arrière-plan est le fjord d’Oslo, vu d’Ekeberg. Source : Wikipédia.

On reproche souvent aux philosophes et leurs adeptes d’avoir la tête dans les nuages, loin, très loin, des préoccupations terre-à-terre des gens. À force de mettre de l’avant de multiples philosophies accompagnées de toutes aussi multiples théories de nature purement intellectuelle, les philosophes se sont éloignés du bon peuple. Et cela commence avec leurs enseignements en milieu scolaire où la philosophie devient plus souvent qu’autrement un véritable Calvaire pour les élèves et les étudiants, de tous les niveaux. Sur les bancs d’école, la philosophie devient un passage obligé à traverser le plus rapidement possible pour passer à autre chose.

Un mot rebutant

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Avec le temps et à lui seul, le mot « philosophie » a finit par rebuter la plupart des gens comme s’il dégageait une odeur nauséabonde à des miles à la ronde.

Il faut tout de suite souligner qu’il n’en va pas ainsi dans toutes les sociétés à travers le monde. En France, par exemple, les philosophes, du moins quelques uns, sont de véritables vedettes médiatiques capables de soulever des débats utiles au sein de la société.

La philosophie n’est pas populaire au Québec

Au Québec, les philosophes ne prennent que très rarement la parole sur la scène publiques et encore moins dans les médias où les invitations sont exceptionnelles. La philosophie n’est pas populaire au Québec. Des efforts louables sont déployés auprès des écoliers au primaire, des étudiants au secondaire et des collégiens mais seul l’avenir nous dira si la philosophie perdra sa mauvaise réputation.

Une quête très personnelle

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Image par Gordon Johnson de Pixabay

Les adeptes de la philosophie au sein de la population québécois mènent une quête très personnelle. Car, par la force des choses, ils évoluent en silence.

Chaque parcours se caractérise par sa singularité. Cependant, la solitude de la démarche semble universelle, du moins au Québec. On ne trouve pas ici des cafés philosophiques à tous les coins de rue. Il ne nous reste plus que la littérature pour avancer dans l’intimité de nos foyer.

Jambette philosophique (croc-en-jambe)

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Image par mohamed Hassan de Pixabay

Quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse, la philosophie s’inscrit dans l’Histoire de l’Humanité depuis plus de 2000 ans. On peut même dire qu’elle est omniprésente dans nos vies de tous les jours même si nous ne la reconnaissons comme telle que rarement.

Les philosophes poursuivent inlassablement leur travail de réflexion et font ici et là des adeptes. Ces derniers laissent des tracent. Comme le Petit Poucet, ils laissent derrière eux des petits cailloux blancs, autant pour retrouver leurs points de départ que pour ceux et celles qui, par hasard, croiseraient leurs chemins.

Ainsi, on des allusions et même des références à la philosophie dans tous les domaines, même les plus éloignés par nature. La philosophie nous donne parfois des jambettes, le temps d’introduire en notre esprit une réflexion à poursuivre. Si elle ne parvient pas toujours à ses fins, elle peut tout de même se vanter d’engendrer des révélations tout ce qu’il y a de plus surprenant là où l’on ne l’attend pas. Ce fut mon cas.

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Disparue de mon radar depuis la fin de mes études collégiales (j’expliquerai plus loin le pourquoi), la philosophie s’est dressée devant moi en plein cœur de mon parcours professionnel à l’aube de mes quarante ans.

À cette époque et à la demande d’un client, je cherchais un moyen de prédire avec certitude l’avenir commercial d’un nouveau produit. Nouveau dans le domaine de la recherche marketing, toutes les options s’offraient à moi sans aucun préjugés. Le hasard a voulu que je glisse dans une pile de livres à emprunter à une bibliothèque, un livre qui ne me paraissait pas très intéressant de par son titre et son allure près d’un bouquin dans le genre « Devenez millionnaire en un jour ». Même si je suis loin d’être un fan de ce type de livres, je l’ai pris parce que je voulais ressortir de la bibliothèque avec les maximum de titres permis.

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Au-delà des apparences, ce livre m’a étonné. Et puisqu’il s’agissait de la traduction française d’une édition originale de langue anglaise, je me suis mis à la recherche de cette dernière. Les propos de l’auteur, Louis Cheskin, ont remis en cause tout ce que je savais dans le domaine de la recherche en marketing, un domaine que je ne connaissais que par la bande.

L’auteur n’avait pas signé un seul livre mais une quinzaine, soit un tous les deux ans pendant trente ans. J’ai déployé tous les efforts nécessaires pour réunir l’œuvre complète de cet auteur afin d’analyser et de bien comprendre ce qu’il enseignait.

À ma grande surprise, l’auteur se référait ici et là à la philosophie pour appuyer sa démarche et se faisait lui-même philosophe dans certains passages de son œuvre, autant de petits cailloux dans mon soulier. S’il se concentrait sur les produits, ils tentait de révéler le consommateur jusque dans ses plus profondes racines humaines. J’aimais beaucoup mes lectures. Elles façonnaient encore un peu plus ma façon de penser, à l’instar d’autres lectures passées. Mais je ne me suis pas mis à la philosophie pour autant.

Penser juste comme en science

Image par Gordon Johnson de Pixabay

Cependant, cet auteur m’a mis sur la piste de la pensée scientifique, son étude et son analyse. J’étais à l’affut de tout ce qui pouvais m’aider à penser juste, à lutter contre mes préjugés, à éviter les erreurs de pensée et de logique. Émotif et hypersensible, j’ai trouvé dans l’étude de la pensée scientifique de quoi mieux raisonner.

Je me suis intéressé de près au cours « Science, éthique et société » du professeur et sociologue Olivier Clain de l’Université Laval et diffusé au Canal Savoir en 1995. Ce cours est aujourd’hui disponible en ligne : cliquez ici pour y accéder. Ce cours est ni plus ni moins qu’une excellente formation de base à l’épistémologie soit l’étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).

Sensibiliser par le professeur Clain, j’ai lu « La Formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective » publié en 1938. J’ai aussi lu « Le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences » de René Descartes publié en 1637. Jai poursuivi mes lecture avec :

  • Meynard, L. La connaissance, Librairie Classique Eugène Belin, Paris, 1963, p. 32.
  • Huisman, Denis et Vergez, André, Court traité de la connaissance, Classes terminales A-B, Édition Fernard Nathan, 1969, p. 309.Les mots en caractères gras sont des auteurs.
  • Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107.
  • Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, pp. 21-22.

Oui, oui, j’ai lu tout cela. Parfois avec une certaine aisance, parfois avec de grandes difficultés de compréhension. Mais j’apprenais sans pour autant être capable de tout mettre en pratique dans ma vie de tous les jours. Par contre, dans mon travail, mon nouveau savoir me servait amplement.

Jusque-là, je vendais mes idées. Désormais, je testais les idées des autres avec la méthode de recherche marketing mis au point par mon auteur préféré dans le domaine, Louis Cheskin.

Une dépression philosophique plutôt que psychologique

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Mais les affaires étant les affaires et n’ayant pas la couenne dure, j’ai tout perdu à cause d’une cliente qui m’a entraîné dans sa (troisième) faillite, une cliente référée par mon meilleur client. Je me suis senti trahi par le milieu des affaires, du moins le groupe d’industriels réuni autours de moi. Sidéré par un tel comportement, j’ai laissé venir le mur et j’ai déclaré faillite à la fin de l’année 1998.

J’ai tout de même profité de l’été précédant la catastrophe financière pour lire à commencer par l’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman aux Éditions Robert Laffont, publié en 1997. Ce livre m’a bouleversé et forcer à revoir mon appréhension de l’interférence des émotions dans mes efforts pour comprendre comment penser juste. Grâce à cet auteur, j’ai fait mes premiers pas dans la connaissance des neurosciences. J’ai pris plus de 200 pages de notes personnelles à la lecture de ce livre.

En décembre, j’ai trébuché sur le plancher des vaches, loin du monde des idées, en signant la papier de la faillite. La réalité m’a rattrapé et je suis tombé en dépression. Je me suis donné six mois pour m’en sortir tout seul mais ça n’a pas fonctionné. J’ai dû consulter mon médecin de famille. Il m’a prescrit des médicaments et ce ne fut pas un succès.

« Platon, pas Prozac ! » (1)

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Puis, un livre a attiré mon attention : « Platon, pas Prozac ! – La philosophie comme remède » de Lou Marinoff publié aux Éditions Logique en l’an 2000. Il m’a permis de comprendre que ma dépression n’était pas psychologique mais philosophique. J’aurais aimé rencontrer un philosophe praticien ou philothérapeute pour me guider vers une sortie de ma crise existentielle mais ils étaient tous hors de portée de moi. Ce livre fut et demeure un tournant dans ma vie.

« Être bien dans sa peau »

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De retour en thérapie avec un autre travailleur social, j’ai mis sur la table un autre livre nouvellement ajouté à ma bibliothèque : « Être bien dans sa peau » du docteur David D. Burns, un éminent psychiatre américain. Vendu à plus de 3 millions d’exemplaires dans le monde depuis sa parution en 1994, ce best seller est présenté en ces mots :

Être bien dans sa peau. Ce livre nous initie aux principes de la thérapie cognitive, suivant laquelle nous apprenons qu’en changeant notre manière de penser nous pouvons modifier notre humeur. Dans un langage clair et simple, un éminent psychiatre américain esquisse à grands traits un programme systématique de maîtrise des distorsions de la pensée qui conduisent au pessimisme, à la léthargie, au stress, à l’anxiété, à la perte du respect de soi. Découvrez comment : · Identifier les facteurs ayant une influence sur l’humeur; · Réagir face à l’hostilité et la critique; · Se débarrasser des sentiments de culpabilité; · Surmonter la dépendance à l’égard du besoin d’approbation; · Augmenter le respect de soi; · Gérer le stress de la vie quotidienne et l’anxiété; · Se sentir bien, tous les jours…

L’idée d’une « thérapie cognitive » me plaisait beaucoup. À la liste des dix distorsions cognitives identifiées par l’auteur chez les dépressifs, je devais cochez un gros OUI à chacune. « Il faut que je corrige cela si je veux m’en sortir » ai-je dit à mon thérapeute en lui brandissant le livre sous le nez. Souvenez-vous, je souhaite penser juste.

« J’aime penser »

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Je n’avais pas imaginé mon passage au nouveau siècle le soir du jour de l’an le 31 décembre 1999 à minuit le cul sur la paille. Ce fut toute une épreuve, pour mon épouse, nos quatre enfants et moi-même, surtout pas après les années fastes de notre firme de recherche en marketing et 1992 à 1998. Ce soir-là, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Une grande détresse m’habitait mais je ne pouvais pas m’y abandonner complètement, au risque d’entraîner tous mes proches dans l’abîme.

J’ai pris la décision de faire le bilan de ma vie et cette entrée dans un nouveau siècle s’y prêtait fort bien. Je me donc mis à l’écriture d’une autobiographie de ma pensée, puisque c’était en elle que grondait ma crise existentielle. La table des matières témoignait de mon projet :

Il s’agissait de relever chacune des connaissances et des expériences personnelles et professionnelles qui avait marqué l’évolution de ma pensée au fil des ans. À la fin, ça ressemblait à un tour d’horizon des passages des livres et autres sources d’information ayant marqué ma pensée, la façon ou la manière dont je pense, bref mon système de pensée.

Un soir de décembre 2001, un invité à la maison, à la vue de la grosse pile de feuilles de mes écrits, me lança tout bonnement : « T’aime ça penser », d’où le titre « J’aime penser ». Réunis, ces écrits constituaient un véritable manuscrit, un essai et un témoignage de gouvernance personnelle.

« La lumière entre par les failles »

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Il me fallait un sous-titre et voici mon choix : « Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison ».

C’est l’histoire de ma vie : être buté à des gens qui ne cessent de se donner raison. Ces gens vivent dans un système de pensée sans faille et, si jamais il y a en une, ils s’empressent de la boucher au plus sacrant. Ainsi, la lumière ne peut pas rentrer et les éclairer. Ils ne peuvent pas voir qu’ils n’ont pas raison. Plus encore, ils ne peuvent pas comprendre que le but dans la vie n’est pas d’avoir raison. Ils ne peuvent non plus tolérer le moindre doute. Ce faisant, il ne peuvent pas tirer le bénéfice du doute. Ces gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent, sans plus de question. Et si jamais vous les confrontez un peu trop longtemps ou un peu trop fort, ils finiront par vous dirent : « À chacun son opinion ». Certains croient même que le seul fruit de la pensée est une opinion. Ils savent, un point c’est tout.

Dans ma jeunesse, j’avais tort avant même d’ouvrir la bouche face aux adultes. Et je croyais qu’en devenant adulte on acquerrait le pouvoir d’avoir raison jusqu’à ce que j’entende Jacques Languirand à la radio soutenir que « La lumière entre par les failles ».

Du jour au lendemain, ma perception a changé : les gens cherchant à se donner raison en tout temps et en toutes circonstances sur tous les sujets possibles et impossibles étaient désormais pour moi des handicapés de la pensée. Il est aussi question de ces gens que l’on rencontre alors âgés de 20 ans et qui demeurent les mêmes à 60 ans. Ils n’ont pas changé. Ils se donnent encore et toujours raison.

Moi, j’aime penser mais ce n’est pas pour me donner raison.

« Platon, pas Prozac ! » (2)

Heureux de voir les philosophes se préoccuper de l’application pratique de leur savoir au sein de la population et de la parution du livre « Platon, pas Prozac ! » en l’an 2000, Le sujet me captive. Pour satisfaire ma curiosité, je cherche et je trouve des informations et des livres intéressants.

Ma recherche personnelle suit deux directions, La première concerne la philosophie elle-même. La deuxième vise la pratique de la philosophie sur le terrain auprès de la population.

LA philosophie et non les philosophies

On trouve un nombre élevé de livres traitant de différentes philosophies, plus souvent qu’autrement, des publications universitaires très difficiles à comprendre par un profane. L’auteur choisit une philosophie en particulier et l’analyse ou avance sa propre philosophie. Il y a autant de philosophie que d’aiguilles dans un sapin.

Les philosophies ne m’intéresse pas (encore) si ce n’est une seule exception : l’épistémologie. Je désigne cette branche de la philosophie comme l’étude de la connaissance.


Définition d’épistémologie

Etymologie : de l’anglais epistemology, constituée du grec ancien epistêmê, science, savoir, et ddu suffixe -logie, du grec lógos, étude, science, discours, parole.

L’épistémologie est la partie de la philosophie qui a pour objet une étude critique des principes, des concepts fondamentaux, des méthodes, des pratiques, des théories et des résultats des différentes sciences. En les considérant du point de vue de leur évolution, l’épistémologie s’efforce d’en déterminer l’origine logique, leur valeur, leurs portées scientifique et philosophique.

L’épistémologie moderne trouve son origine dans la philosophie de la connaissance d’Emmanuel Kant (1724-1804), ainsi que dans des traditions plus anciennes, notamment cartésienne. Elle s’est constituée en champ disciplinaire autonome au début du XXe siècle.

Dans les pays anglo-saxons, le terme épistémologie a un sens plus large et désigne la théorie de la connaissance en général et pas uniquement scientifique.

Source : La toupie.


J’aime bien les livres d’épistémologie abordant la connaissance scientifique, comment elle se constitue, comment elle acquiert une certitude.

Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». (1)

  1. Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval.

Guay, Serge-André, J’aime penser, La pensée certaine.

J’ai lu

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Meynard, L. La connaissance, Librairie Classique Eugène Belin, Paris, 1963
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Huisman, Denis et Vergez, André, Court traité de la connaissance, Classes terminales A-B, Édition Fernard Nathan, 1969
Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999
Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994
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Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval.
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Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996

En ce domaine, je préfère les manuels scolaires utilisés au secondaire et au collégial parce qu’ils servent d’introduction au sujet de manière épuré tout en procurant une base solide, par opposition aux manuels universitaires dans lesquels on peut vite se perdre dans les détails.

La multitude des ouvrages consacrés à des philosophies n’enseigne pas LA philosophie elle-même. On peut toujours compter sur certains manuels scolaires, comme je le mentionne ci-dessus, mais plusieurs de ces publications se limitent souvent à une histoire de la philosophie en suivant celle des grands philosophes. C’est bien, même très bien et très intéressant de saisir l’évolution des idées en philosophie, mais ce n’est pas un enseignement à proprement dit de LA philosophie, de la source même de ces idées.

La pratique révélatrice

On peut toujours apprendre à faire des meubles à la lecture de guide mais ne vaut le passage à l’exercice pratique avec un ébéniste. À mon avis, il en va de même avec la philosophie. Je m’intéresse donc aux guide d’animation des cafés philosophiques et aux livres des praticiens de la philosophie ciblant la population. Par exemple, j’ai sous la main :


Masselot, Nathanaël, Philothérapie, Libérez-vous par la philosophie, Les Édition de l’Oppotun, 2019.

ET SI LES GRANDS PHILOSOPHES VOUS AIDAIENT À MIEUX VIVRE ?

Ai-je le droit au bonheur ? Comment apprendre à oser ? L’amitié peut-elle accepter le mensonge ? Comment développer ma confiance en moi ? Comment gérer un deuil ? Ces questions essentielles – et bien d’autres – trouvent des réponses limpides chez les philosophes, et autres grands penseurs. Nathanaël Masselot, Docteur en philosophie, le prouve avec ce premier livre de philothérapie.

Grâce à la philothérapie, Nietzsche, Platon, Spinoza, Sénèque… vous accompagnent efficacement sur le chemin du bien-être. Les pensées puissantes des grands philosophes, confrontées à nos problèmes quotidiens, sont d’une aide évidente.

La philothérapie, nouvelle voie du développement personnel.

Source : Site web de l’éditeur.


Arnoux, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe (Le consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Édition Favre SA, 2013

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Arnoux, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe (Le consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Édition Favre SA, 2013

La philosophie, une discipline rébarbative d’intellos réservée aux auditoires de l’université? Et si au contraire elle pouvait vous apporter les réponses que vous cherchez? C’est le pari de Jean-Eudes Arnoux, philosophe qui, sans se prétendre thérapeute, propose à ceux qui viennent le voir de les aider dans leurs questionnements existentiels. La consultation philosophique se présente comme une alternative originale à d’autres types de coachings ou de psychothérapies et s’adresse aux particuliers mais aussi aux entreprises ou institutions. Une pratique au succès grandissant, qui a pour but de mieux se connaître, gagner en liberté, y voir plus clair, changer de perspective, trouver un sens à ses interrogations en allant puiser dans les sagesses anciennes et récentes. Avec de nombreux cas pratiques et exemples.

Source : Site web de l’éditeur.


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Boucher, Laurence , Philosopher pour se retrouver (La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Marabout (Hachette Livres), 2015.

Le premier guide de philosophie pratique.

La philosophie pratique permet de donner du sens et de trouver une stabilité dans un monde où tout va très vite, où nous avons à la fois l’impression d’être tout-puissants et impuissants. Or, tant que nous n’avons pas conscience de ce qui entrave notre pensée, nous ne sommes pas en mesure de dialoguer ni avec les autres ni avec nous-même.

Ce livre vous offre donc une méthode de philosophie pratique, de philosophie à vivre. Le fondement de la méthode implique un travail sur soi afin de mieux se connaître, puis une mise en oeuvre de compétences philosophiques.

Chaque chapitre, consacré à une idée phare de la philo pratique, partira d’une citation ou un texte de philosophe. Il proposera un éclairage sur ce texte permettant au lecteur un questionnement sur lui-même.

Enfin, de façon pionnière, des exercices concrets pour la vie quotidienne.

Source : Site web de l’éditeur.


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Pépin, Charles, Les philosophes sur le divan (Quand Freud rencontre Platon, Kant et Sartre, Flammarion, 2008.

Quand Freud rencontre Platon, Kant et Sartre Quand Platon, Kant et Sartre, immortels, s’allongent sur le divan de Freud, les questions les plus essentielles de la philosophie surgissent sous un jour inédit. En choisissant d’incarner les philosophes, Charles Pépin nous entraîne dans un passionnant voyage, ludique et romanesque, au cœur de l’histoire de la pensée occidentale. Où les idées des philosophes sont abordées à partir de leur vécu et de leurs émotions. Où les systèmes philosophiques apparaissent comme indissociables des obsessions de leurs auteurs : l’idéalisme pour Platon, le devoir pour Kant, le regard des autres chez Sartre. Des questionnements qui ressemblent aux nôtres, tant ils dessinent en creux le portrait de l’homme occidental.

Source : Site web de l’éditeur.


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Platon – Comment sortir de la caverne ? Philosophie magazine, Hors-série, No 45, Été 2020.

Après deux mois de confinement, nous revoilà projetés dans le monde du dehors, et notre regard a changé. Dans notre retraite forcée, nous avons été confrontés à des questions qui n’ont pas pris une ride depuis vingt-cinq siècles : Qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ? Y a-t-il une vérité unique derrière le chaos des opinions ? Qu’est-ce qui distingue un expert d’un sophiste, le doute raisonnable du complotisme ? La démocratie est-elle le meilleur des régimes ? Sur quelles bases reconstruire un monde plus juste ?

Avec Alain Badiou, Monique Canto-Sperber, Laurence Devillairs, Raphaël Enthoven, Dimitri El Murr, Étienne Klein, Martin Legros, Manuela Valle, Letizia Mouze, Francis Wolff…

Source : Site web du magazine.


J’ai lu tous ces livres et le Hors-Série du magazine Philosophie.

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Image par Gerd Altmann de Pixabay

Le marketing de la philo ou quand la psycho s’impose

Après ma lecture du livre « Platon, pas Prozac ! » en l’an 2000 je ne me questionnais pas sur le marketing de la démarche. Puis, peu de livres sur la pratique de la philosophie en cabinet on raisonné jusqu’à moi. Je m’interroge sur le sujet depuis les deux dernières avec la multiplication des parutions de livres dédiés et dans la foulée de la mise en ligne de plusieurs sites web par des philosophes praticiens et d’associations de philosophie.

J’observe l’influence du marketing de la psychologie sur celui de la philosophie. Les problèmes soulevés par les philosophes praticiens sont les mêmes mis de l’avant par la psychologie pour attirer l’attention de la population, comme en témoigne les résumés ou présentations des livres listés ci-dessus.

La situation me rend mal à l’aise. J’ai l’impression que la philosophie se met à la remorque de la psychologie pour rejoindre la population. Il est vrai que la psychologie a une vaste expérience de sa pratique sur le terrain auprès de la population. On ne compte plus les cabinets de psychologues ou autres ressources aptes à vous donner un coup de main pour vous aider sur le plan psychologique. Les psychologues sont sortis de « leurs cadres universitaires » pour gagner la pratique clinicienne bien avant les philosophes.

D’un point de vue historique, la philosophie nait avant la psychologie. À l’époque de la Grèce Antique, la philosophie se veut pratique. On dit de Socrate : « Vers -435, il commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous. » (Source : Wikipédia.) Aujourd’hui,  la philosophie se cantonne dans nos universités. Et son enseignement ne débouche pas sur la pratique clinicienne contrairement à l’enseignement de la psychologie.

Même si d’un point de vue strictement marketing, la philosophie a certainement raison de tenter de s’attirer une « clientèle » en soulevant des problèmes aujourd’hui largement reconnus par la population grâce aux efforts de la psychologie. Le travail de sensibilisation est déjà fait. Pourquoi la philosophie n’en profiterait-elle pas ?

Je cherche la réponse à cette question. J’en reconnaît tout d’abord l’importance parce que je crois que les problèmes soulevés par la psychologie sont propres à cette dernière. À mon avis, la philosophie devrait relevés des problèmes strictement philosophiques pour rejoindre la population dans sa pratique clinicienne.

En épousant les mêmes problèmes que la psychologie, la philosophie se présente ni plus ni moins comme une alternative à la psychologie, une solution de rechange. Certains intervenants en psychologie prennent les devants et offrent une approche hybride, psychologique et philosophique. Nous sommes dans l’attente du compte-rendu des expériences de mise en pratique de cette approche hybride.

Le titre de l’ouvrage « Platon, pas Prozac ! » présente lui-même la philosophie comme une alternative. Mais dans ce cas précis, il s’agit d’une alternative aux médicaments propres aux traitements des problèmes dits psychologiques et psychiatriques. En ce sens, il rejoint la proposition du psychiatre américain David D. Burns en faveur d’une thérapie cognitive comme alternative aux médicaments dans le soin d’une dépression, de l’anxiété, l’inquiétude…

La psychothérapie sans médicament (thérapie cognitive) se rapproche de la philothérapie à une différence près, la philosophie n’a jamais eu recourt aux médicaments. Elle n’est donc pas handicapé par une pratique médicamenteuse dont souffre la réputation de la psychologie et de la psychiatrie.

Voici un extrait d’un contenu promotionnel publié dans un quotidien sous le titre « La thérapie cognitive comportementale TCC) : de quoi s’agit-il ? » :

Concrètement la TCC a pour objectif d’améliorer la façon de penser du patient, en référence à son “Cognitif” et ainsi travailler sur les actions qui en résultent, et notamment son ”Comportement”. De par cette approche validée scientifiquement, l’individu agit directement et positivement sur son état d’esprit en modifiant ses pensées et ses attitudes.

Source : La thérapie cognitive comportementale: de quoi s’agit-il ?, Le Journal de Montréal, le 25 octobre 2016.

P.S. : Ce contenu promotionnel est lié à Mindspace.

La psychologie a le défaut de tirer dans toutes les directions, y compris celle de la philosophie comme on peut le constater à la lecture de ce contenu promotionnel. Parler de « façon de penser » relève davantage de la philosophie que de la psychologie. En témoignent, ces textes :

Penser sa vie et repenser la philosophie, en un mot : penser!

Que signifie “Penser”?

Penser, réfléchir, apprendre

Pour bien penser arrêtons de penser

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La lettre majuscule grecque psi est souvent utilisée pour représenter le mot ou l’étude de la psychologie. Par exemple: Ψ = Psychologie Ψist = Psychologue. Ψ, en termes biologiques, est un symbole utilisé pour représenter le potentiel hydrique. Ψ, en astrologie, est le symbole qui représente Neptune. Ψ, en physique, est le symbole utilisé pour représenter la fonction d’onde de mécanique quantique. (The Greek capital letter psi is often used to represent the word, or study of, Psychology. For example: Ψ = Psychology Ψist = Psychologist. Ψ, in biological terms, is a symbol used to represent water potential. Ψ, in astrology, is the symbol that represents Neptune. Ψ, in physics, is the symbol used to represent the quantum-mechanical wave-function.) Source : Wikipédia.

Je n’ai rien contre la psychologie mais….

Certains experts parlent d’une frontière commune entre la psycho et la philo (voir ceci). À prime abord, un tel rapprochement m’apparaît très dangereux pour la philosophie car elle se trouve alors sous l’emprise d’une perception psychologique, provenant de l’autre côté de la frontière. La psychologie domine haut et fort dans plusieurs domaines. Plus encore, elle teinte la perception de presque tous les domaines. Elle a mis au monde le « développement personnel » et en détient le monopôle. Elle s’approprie tout ce qui lui passe sous la main jusqu’aux problèmes les plus éloignés de son expertise. On doit à la psychologie « Parlez-en, ça vous fera du bien ». La « verbalisation » de vos problèmes est devenue une panacée. « Vous avez besoin de ventiler, je vais vous arranger un rendez-vous avec un travailleur social ou un psychologue » disent les médecins généralistes à leurs patients.

Si je ne mets pas en doute la prescription à l’effet de verbaliser et de ventiler, je me questionne sur le savoir et l’expertise dont dispose la psychologie pour creuser en profondeur, relever les erreurs de pensée, les défauts du système de pensée, les manquements à la logique… bien au-delà des humeurs, des émotions et des sentiments pour atteindre les profondeurs de la cognition.

Et voilà que la psychologie relie son histoire avec celle de la philosophie :

Ce que la psychologie doit à Platon

Olivier Houdé a revisité l’histoire de la psychologie pour la collection «Que sais-je ?». Bousculant joyeusement l’ordre des chapitres, le chercheur explique pourquoi, selon lui, les débuts de la psychologie ne remontent pas au XIXe siècle mais à… l’Antiquité ! Un entretien paru dans le premier numéro de la revue «Carnets de science».

(…)

Platon psychologue, vous n’y allez pas un peu fort ?
O. H. : Je lance un pavé dans la mare, c’est vrai. Je dis que la psychologie était déjà à l’œuvre dans la pensée dès l’Antiquité, mais qu’elle a été longtemps masquée par la philosophie. Ne pas l’admettre reviendrait à prétendre aussi que, dans l’étude des mécanismes de la vie, tout ce qui précède la biologie moléculaire relève exclusivement de la philosophie ! J’ai la conviction qu’au cours du XXe siècle, les philosophes se sont sentis en danger face à ces psychologues de plus en plus scientifiques et envahissants, jusqu’à menacer de prendre leur place. Dans les milieux universitaires, il y a alors eu un pacte implicite selon lequel chacun restait sur son territoire sans marcher sur les plates-bandes de l’autre. Les psychologues ont dit : « Reconnaissez-nous comme une discipline scientifique nouvelle et, en échange, nous laissons à la philosophie toute la réflexion qui précède. »

Source : Ce que la psychologie doit à Platon, 08.02.2017, par Francis Lecompte, Centre national de recherche scientifique, France.

P.S.: Cet article a été publié dans le premier numéro de Carnets de Science, la revue d’information scientifique du CNRS destinée au grand public. En vente dans les librairies et Relay, ainsi que sur le site Carnets de science.

Je ne suis pas sorti du bois avec toute cette affaire de marketing de la philosophie à la sauce psychologique et vice versa. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je reconnais les bénéfices du rapprochement entre les sciences mais il faut que chacune conserve son identité propre.

Je me demande si les philosophes ont conscience de cette empreinte de la psychologie dans la mise en marché de leurs philothérapies.

Mes lectures à venir devraient me permettre d’avancer dans ma réflexion sur le sujet. C’est donc un dossier à suivre.

Fin de l’Article # 1


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

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