Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

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Article # 23

Pour une philothérapie balisée

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Image par Gerd Altmann de Pixabay

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Aussi, les intervenants en développement personnel pratiquent l’art de détourner toute tendance ou nouveau concept au profit de leurs pratiques, pour autant qu’ils parviennent à convaincre leurs clientèles.


J’ai suivi de près le massacre du concept d’intelligence émotionnelle popularisé par le journaliste  Daniel Goleman dans les pages du New York Times. En 1995, il signe l’essai Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ. La traduction française paraîtra l’année suivante sous le titre L’intelligence émotionnelle – Comment transformer ses émotions en intelligence. Ce livre deviendra un succès de vente (best-seller) dans différents pays avec cinq millions d’exemplaires vendus en 40 langues différentes.

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Daniel Goleman, psychologue américain, est l’auteur de nombreux best-sellers dont L’Intelligence émotionnelle et Cultiver l’intelligence émotionnelle, parus chez Robert Laffont. Ancien journaliste au New York Times, il a co-créé un centre collaboratif pour l’apprentissage académique, social et émotionnel au Centre d’études sur les enfants de l’université de Yale (aujourd’hui à l’université de Chicago).

Source : Éditions Robert Laffont.

En 1998, Daniel Goleman enchaîne avec « Working with Emotional Intelligence » dont la traduction française paraît l’année suivante sous le titre « L’intelligence émotionnelle – Tome 2 – Cultiver ses émotions pour s’épanouir dans son travail ».

Votre réussite dépend moins de votre QI que de votre capacité de comprendre, de maîtriser et d’utiliser adroitement vos émotions : telle était la thèse du premier ouvrage révolutionnaire de Daniel Goleman, L’Intelligence émotionnelle. Et la bonne nouvelle qui découlait des recherches dont le livre faisait état était que l’intelligence émotionnelle pouvait être cultivée, améliorée. Dans son nouvel ouvrage, Daniel Goleman aborde le rôle de L’Intelligence émotionnelle dans le cadre du travail, et révolutionne non seulement la manière dont nous envisageons nos carrières, mais aussi la façon dont les entreprises doivent gérer leur potentiel humain.Ce livre est d’abord le résultat d’une longue enquête internationale de trois ans qui a permis à Daniel Goleman de rencontrer les dirigeants de plus de cinq cents entreprises, mais aussi des centaines de cadres et d’employés qui sont tous des « stars » sur leur lieu de travail. La principale conclusion en est que le premier facteur de réussite ce n’est ni le QI, ni les diplômes, ni l’expertise technique, mais l’intelligence émotionnelle.Les dernières recherches en psychologie et en neurobiologie prouvent que nous sommes tous capables d’améliorer notre intelligence émotionnelle, où que nous en soyons dans notre vie intime ou professionnelle. Daniel Goleman propose ici un cadre clair, scientifiquement fondé, nous permettant de cultiver ces aptitudes inestimables…

Source : Éditions Robert Laffont.

Les intervenants en développement personnel ont sauté sur le concept d’intelligence émotionnelle comme la misère sur le pauvre monde. Ils proposent différentes approches et des activités les plus variées plus ou moins fidèles au concept original. Il suffit d’effectuer une recherche avec les mots-clés « intelligence émotionnelle coach » sur Google pour constater soi-même leur créativité.

Évidemment, on ne peut pas être contre la vertu. On reconnaîtra le succès de certaines interventions en intelligence émotionnelle auprès personnes et entreprises puisqu’elles portent bel et bien les fruits attendus en référence aux témoignages de clients de plusieurs coachs.

Cependant, le secteur dévolu à l’intelligence émotionnelle dans les domaines du coaching et du développement personnel manque de balises objectives, même si certaines organisations d’intervenants improvisent un tel cadre et respectent un code d’éthique.

Des efforts sont déployés pour éloigner les charlatans du secteur de l’intelligence émotionnelle. Aujourd’hui, il y a peu plus d’ordre dans ce secteur.

Cet exemple de dérive se réfère uniquement à l’époque de la popularisation de l’intelligence émotionnelle dans les années 1990 et le début des années 2000.


Cette dérive doit inspirer la prudence chez les philothérapeutes (philosophes consultants, philosophes praticiens, (peu importe le titre)) en les incitant à doter leurs pratiques de balises d’autant plus que la philosophie se décline en un grand nombre de philosophies. Il y autant de philosophies qu’il y a de philosophes.

La vulgarisation grandissante de la philothérapie entraîne lentement mais sûrement sa popularité depuis les années 1990. Le nombre de livres publié sur le sujet à destination du grand public explique en partie cette popularité grandissante. La plupart de ces livres sont signés par des intervenants dans le secteur de la philosophie pratique.


Le terme « philothérapeute » suscite une certaine controverse liée à la référence au concept de « thérapie » habituellement réservé à la médecine et dont l’usage est parfois encadré par des lois nationales. Par conséquent, certains intervenants abandonnent le terme « philothérapeute » au profit de :

  • philosophe clinicien;
  • philosophe praticien;
  • praticien du conseil philosophique;
  • philosophe consultant.

D’autres intervenants, notamment mais pas exclusivement, en Amérique assument pleinement le titre de « philothérapeute » en rappelant l’aspect thérapeutique de la philosophie ou sur la définition historique du mot « thérapie » qu’ils résument par « prendre soin de ».

(…) Du grec ancien θεραπεία, therapeía (« cure ») dérivé de θεραπεύω, therapéuô (« servir, prendre soin de, soigner, traiter »), lui-même issu de θεράπων, therápôn (« serviteur »), la thérapie prend ses racines dans le soin, dans le service.(…)

Source : Sorrel, Patrick, Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique, Les philosophes.fr.

De ce point de vue, la philosophie montre les limites de certaines formes de psychanalyse et de psychothérapie, par exemple en attirant notre attention sur le caractère limité de leurs postulats méthodologiques. En outre, la philosophie a les moyens d’assimiler les résultats d’observations psychanalytiques pour élaborer, par exemple, une meilleure théorie de la vie spirituelle de l’homme. On peut donc évoquer la possibilité d’une thérapie philosophique, une thérapie de l’esprit humain au moyen de la philosophie.

Source : Omelchenko, Nikolay, La philosophie comme thérapie, Diogène 2009/4 (n° 228), pages 95 à 105 .

La raison étant le premier contre-pouvoir des passions qui menacent de nous faire souffrir, la prééminence que la philosophie réserve à cette faculté a bel et bien une fonction thérapeutique. L’exercice de la pensée rationnelle est soin de l’âme dans l’exacte mesure où elle détourne de la maladie du désir, et le logos éclaire les passions sous un jour qui permet de prendre conscience des douleurs qui doivent fatalement leur succéder. La réflexion philosophique permet de surmonter le plus redoutable argument de la partie inférieure de l’âme, à savoir la garantie de l’ivresse, et la fonction thérapeutique du logos consiste essentiellement à faire apparaître que le grand mal du manque et de l’envie ne compense pas le petit bien d’une volupté passagère. L’analyse rationnelle guérit des plaisirs en révélant les mensonges de la séduction, et l’homme rationnel a effectivement une dimension de plus que l’homme séduit. Galien rapporte ainsi une phrase essentielle de Chrysippe : « Une fois que le temps a fait son œuvre et que l’ardeur de la passion se relâche, on peut espérer que le logos, s’infiltrant et prenant pour ainsi dire possession de la place, présente l’absurdité de la passion (paristanai tên ton pathous alogian). »38 Ici, ajoute André-Jean Voelke, « […] la thérapeutique consiste donc à « présenter » (paristantai) ou « montrer » (paradeiknumai) le caractère irrationnel et discordant de la passion. Cette opération mobilise le logos, et l’on peut certes y voir un retour spontané à la raison où une mise à la raison. »39

________

38 Cité par André-Jean Voelke, La philosophie comme thérapie de l’âme, op. cit., p. 79.
39 Ibid.

Source : David Lucas, « La philosophie antique comme soin de l’âme », Le Portique [En ligne], Soin et éducation, mis en ligne le 14 juin 2007, consulté le 25 mars 2022. URL : http://journals.openedition.org/leportique/948 ; DOI : https://doi.org/10.4000/leportique.948.

Je maintiens l’usage du terme « philothérapie » lorsque le secteur n’est pas ou peu connu auprès d’une population donnée (c’est le cas au Québec) et parce qu’il permet de faire la comparaison avec le terme déjà bien répandue « psychothérapie », en les distinguant nettement l’un de l’autre. L’usage du terme « philothérapie » se prête bien à l’introduction de la consultation philosophique dans le cadre des premiers pas de sa mise en marché.

Il oblige à délimiter le territoire de la psychologie et celui de la philosophie et leurs buts distinctifs. On relèvera que la philothérapeute ne s’adresse pas à des malades et ne guérit pas les maladies mentales ou psychiques. Le philothérapeute ne pratique pas la médecine.  La philothérapie vise l’existence, l’esprit, la raison et le réel.

Pour l’immense majorité des praticiens, les limites de leur discipline sont très claires: la philosophie est impuissante à guérir les maladies psychiques, et ce n’est surtout pas son rôle. Elle se distingue de la psychothérapie à la fois dans ses objectifs et dans les moyens qu’elle se donne pour y parvenir. «La philosophie rappelle à ceux qui souffrent qu’ils ne sont pas seuls, que leur mal est lié au fait d’être humain, tandis que la psychanalyse leur dit qu’ils sont seuls à souffrir de la souffrance qui est la leur», résume le philosophe français Charles Pépin. L’entretien philosophique ne se joue pas sur le terrain du ressenti, mais sur celui de la raison et de la pensée critique.

Source : F., Valérie, Après le psy, la philothérapie?, Le Temps, 10 janvier 2009.

Le conseil philosophique occupe un espace bien distinct de la psychothérapie, du coaching ou des pratiques de développement personnel. Mais la relative jeunesse de ce métier, la faiblesse des structures actuelles pour former ses intervenants et réglementer ses pratiques permet à des gens parfois peu compétents de vouloir prendre leur part de gâteau dans ce marché florissant du bonheur.

Source : F., Valérie, Après le psy, la philothérapie?, Le Temps, 10 janvier 2009.

Nous y voilà enfin : la philothérapie peu dériver entre les mains de « gens parfois peu compétents » en quête nouvelles sources de revenus en allongeant la liste de leurs thérapies alternatives ou celles de leurs services en coaching.


coaching   n. m. – Bien que l’emprunt à l’anglais coaching soit utilisé par les organisations internationales et par beaucoup d’entreprises du secteur de l’accompagnement professionnel, il ne s’inscrit pas sans réserve dans la norme sociolinguistique du français au Québec. En effet, coaching, qui est polysémique, est employé dans d’autres domaines que la gestion (en sport, par exemple), domaines dans lesquels il est souvent critiqué et, de ce fait, perçu négativement. Cette situation a pour conséquence d’influencer l’emploi en gestion de coaching qui, même s’il est implanté, n’est pas d’usage totalement neutre au Québec et n’est donc pas retenu.

Source : Office québécois de la langue française.


La philothérapie a besoin de balises pour éviter toute dénaturation entre les mains d’intrus. Des associations nationales de consultants philosophes voient le jour et structurent le secteur selon certaines balises plus ou moins précises :

Malgré les rencontres (dites) internationales, les intervenants n’ont pas encore adopté une charte commune de référence, ce qui maintient la voie ouverte à tout un chacun pour écrire sa propre charte.

On observe aussi le phénomène dans les écoles improvisées de formation de philothérapeutes. Les « principes » et les « chartes » varient d’une école à l’autre en raison de l’approche retenue.

Car en plus des variations des chartes et des principes, il faut tenir compte des différentes approches. Certains philothérapeutes choisissent une approche particulière suivant l’école ou le courant philosophique, souvent historique (ex.: dialogue socratique¹), à laquelle ils adhèrent.

¹ Dialogue socratique. Conversation propre à mettre en évidence la contradiction et à mener l’interlocuteur à la vérité. Source : https://www.cnrtl.fr/definition/socratique

Aussi, la philosophie n’échappe pas aux interprétations des différentes écoles, multipliant ainsi les approches pour une même école de pensée. D’autres développent eux-mêmes une approche originale qui sied davantage à leurs profils et à leurs intérêts. Et pour compliquer encore un peu plus l’affaire, relevons le fait que des philothérapeutes intègrent à la philothérapie d’autres thérapies alternatives (hypnoses, méditations… et même la danse).

« Nous voilà bien mal amanchés », comme on dit chez-nous. L’absence d’associations nationales, de balises ou, le cas échéant, les différentes variations des balises existantes force des choix personnels et professionnels.


ÊTRE RAISONNÉ ET ÊTRE ÉMOTIF

À titre d’observateur, je note dans les textes des philothérapeute une absence généralisée de préoccupations face à l’impact de leurs interventions auprès de leurs clients une fois de retour dans leur environnement social. Tout changement de mode de penser et tout changement de comportement chez un individu impliquent son environnement social, soit l’ensemble de ses relations inter-personnelles.

De tels changements se produisent souvent à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme et entraînent parfois l’individu dans un enthousiasme débridé pour le plus grand bonheur ou le plus grand malheur de son environnement social. De là, l’avancée de la pensée critique et des prises de conscience grâce à la philothérapie perdra de son efficacité face au ressac émotif d’après la séance.

J’ai observé un tel choc émotif de l’entourage des nouveaux convertis à la suite de l’adhésion à une secte, une nouvelle religion ou un changement de religion. Convaincu d’avoir trouvé la vérité, le nouveau converti bouscule son environnement social, lorsqu’il ne l’abandonne pas.

« La philosophie se vit », dit-on. Alors, il faut absolument que le philothérapeute soit conscient et avenant face au retour de son client dans son environnement social de façon à ce que son nouveau mode de penser et son changement de comportement ne soient pas pour lui et une source de problèmes dans ses relations.

Dans ce contexte, le philothérapeute doit prendre en considération à la fois l’Être rationnel et l’Être émotif de son client, l’un n’allant pas sans l’autre. Il ne servira à rien de brimer les émotions du client, de le rendre coupable de ses émotions et encore moins de lui demander de les refouler lors d’une séance, comme je l’ai vécu en formation avec un philosophe praticien.

La raison a toujours besoin d’un petit coup de pouce des émotions nous apprend Antonio R. Damasio, neuroscientifique et professeur à l’Université de Californie du Sud (USA) dans son livre L’Erreur de Descartes : la raison des émotions ».

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Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel. Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi. Source : Éditions Odile Jacob.

Aucune dérive quant au respect de l’Être rationnel et de l’Être émotif ne saurait être tolérée en philothérapie.


VERBALISATION ET DISCUSSION

Le besoin de verbalisation du client face à son philotérapeute impose le même respect. On connaît déjà le rôle essentiel de la verbalisation en psychologie, d’où l’objectif d’amener le patient à parler de ce qu’il vit et a vécu pour l’aider. Permettre au client de s’exprimer lors d’une séance de philothérapie, et ce, dans le but d’amorcer un dialogue d’égal à égal avec lui s’avère tout aussi essentiel.

Le mode de penser, les erreurs de pensées, le manque de logique, le manque de recul critique face à ce que le client pense ne tombent pas du ciel et ne relève certainement pas uniquement de la raison du client. Laisser l’Être raisonné s’exprimer s’inscrit dans la thérapie philosophique.

Évidemment, la séance de philothérapie ne consiste pas en un pur exercice de verbalisation. La consultation philosophique consiste en un dialogue avec le client, un dialogue d’égal à égal. Car les deux personnes impliquées apprendront l’une de l’autre.

Lorsque le client verbalise, surtout lorsqu’il justifie ce qu’il pense, même dans un contexte psychologique où l’Être émotif prend le dessus, on le ramènera doucement à la raison sans jamais le réprimer de s’être exprimé, comme je l’ai vécu en formation avec un philosophe praticien. Le philothérapeute informera son client des conditions du déroulement de la séance mais ne sortira pas sa hache à chaque bifurcation. Il se montrera prévenant car le client peut éprouver des difficultés à donner la parole à son Être raisonné, surtout s’il le fréquente peu.


Aucune dérive quant au respect du besoin de verbalisation du client ne saurait être tolérée en philothérapie.


PRENDRE EN DÉFAUT LA RAISON

Pour certains philothérapeutes dogmatiques adeptes du dialogue socratique pur et dur bombardent leurs clients de questions en vue de prendre en défaut la logique de leurs réponses pour forcer une prise de conscience, un recul critique, souvent dans une approche plus théorique que pratique. Le philothérapeute jongle avec des concepts dont il a une parfaite maîtrise mais sans aucune référence chez le client. Une séance de philothérapie ne consiste pas à dominer le client en lui démontrant qu’il est dans l’erreur, que sa logique ne tient pas la route, que ses arguments sont mal-fondés, et ce, même si le client a la fâcheuse tendance à se donner raison pour garder son équilibre.

Pour demeurer dans un cadre purement philosophique, le repérage de la moindre émotion chez le client devient une obsession chez certains philothérapeutes. Or, si le philothérapeute passe sont temps à signaler au client ses émotions, tous les mécanismes de défense du client se mettent en branle. Le client se braque, parfois sans le laisse transparaître, si ce n’est pas un comportement nerveux. La confrontation incluse dans le dialogue socratique sera efficace que si elle n’aveugle pas la raison du client par de trop vives lumières. Il y a des limites à pousser son client dans les câbles et à le mettre en pièce dans tout son Être.

Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.

Source : MOOR (DE), MIEKE, Avant-propos, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, p.13.


Aristote est connu pour sa théorie rhétorique et pour analyser la relation entre les émotions et la persuasion. On peut soutenir que Platon a été le premier à explorer et à acquérir des connaissances significatives sur cette relation. Par exemple, le Sophiste 230b-230e5 de Platon (le passage du « noble sophisme ») montre clairement le lien entre le niveau logique et le niveau émotionnel que l’on retrouve dans l’elenchus socratique (réfutation). Pour être complète, la purification a également besoin d’un accord psychologique, qui est le résultat de la collaboration avec les émotions, principalement la honte.

Surtout dans les premiers dialogues platoniques, Socrate n’aborde pas seulement la partie intellectuelle de l’âme des interlocuteurs, en audience ou en public, mais il utilise également le canal émotionnel. Ce processus a lieu pour diverses raisons : d’abord pour orienter le dialogue et transmettre un contenu spécifique au public, mais aussi pour accompagner l’interlocuteur à travers une véritable transformation de soi – une transformation ayant le pouvoir d’engendrer un nouveau style de vie.

En d’autres termes, Platon suscite la collaboration des sphères rationnelle et émotionnelle afin d’inciter les citoyens à poursuivre un style de vie philosophique, changeant ainsi leurs modes de vie, leurs valeurs et leurs modèles.

Ainsi, les émotions permettent la constitution de l’identité dans la dimension cognitive intersubjective parallèlement à une transformation de soi. Ceci est possible grâce à leur caractère médiateur : les émotions ne sont pas des aspects irrationnels mais des instances médiatrices entre l’irrationnel et le rationnel. En d’autres termes, ils sont cruciaux pour le bien-être harmonieux de l’individu – et de la polis – qui est à la recherche de la juste composition. Lorsqu’elles sont correctement orientées, les émotions – grâce à la collaboration avec la composante rationnelle – sont la force motrice qui conduit l’âme à la découverte de la vérité. Si toutefois les émotions sont corrompues et ne sont pas régies par la partie rationnelle de l’âme, elles conduisent l’âme à commettre les plus grands méfaits (dans cette perspective, l’analyse de l’âme du tyran menée dans la République est exemplaire).

Source : CANDIOTTO, Laura, Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, pp. 79-80.

P.S. : Polis – Wikipédia.: «En Grèce antique, la polis (en grec ancien πόλις / pólis ; « cité » dans l’étymologie latine « civitas » ; au pluriel poleis) n’est pas une cité-État, le mot État étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes(1), le corps social lui-même, l’expression de la conscience collective des Grecs(2).»

(1) Le mot grec polis a donné le mot politique (politics en langue anglaise) : dans la Grèce antique, les politai (citoyens) étaient les acteurs de la vie politique.

(2) Louis Gernet, Les débuts de l’hellénisme, Les Grecs sans miracle, Paris, 1983

Prendre en défaut la raison du client sans tenir compte des implications de ses émotions ne constitue pas une pratique raisonnable d’une séance de philothérapie.


Aucune dérive quant au respect
de l’Être raisonné et de l’Être émotif du client
ne saurait être tolérée en philothérapie.


LA PERSONNALITÉ DU PHILOTHÉRAPEUTE

La philothérapeute se doit de prendre en considération sa personnalité dans la conduite de la ou des séances avec son client. Le type de relations inter-personnelles du philothérapeute influence sa pratique. Il en va de même chez tous les consultants et dans toutes les consultations en tous les domaines.

Le philothérapeute a aussi l’obligation de tenir compte du type de relations inter-personnelles de son client.

Suis-je un analytique, un fonceur, un aimable ou un expressif ? Mon client est-il du type analytique, fonceur, aimable ou expressif ?

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Je me réfère en cela à Larry Wilson, auteur de « The Social Styles Handbook: Find Your Comfort Zone and Make People Feel Comfortable with You » et en partie inspiré du livre « Personal Styles & Effective Performance » par David W. Merrill et Roger H Reid.


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Note : Pour de plus amples informations, cliquez ici.


Commencer une séance de philothérapie avec succès implique l’amorce d’un dialogue inter-personnel dans le plus grand respect de la personnalité de chacun, des besoins et des capacités propres à chacune. J’aime bien la grille de Wilson en raison de sa simplicité et de ma propre expérience de son efficacité dans les années 1990 dans le cadre des activités de ma firme de recherche en marketing.

On ne saurait pas prendre soin de son client sans considérer sa personnalité et la sienne. Par ailleurs, les philosophies misent développer et mise en l’avant par les grands philosophes demeurent intimement liées à leur personnalité respective.


Je vote pour une philothérapie balisée par le respect inconditionnel
de l’Être rationnel et de l’Être émotionnel du client.

Toute charte valable prendra en considération le respect du client,
dans ses forces et ses faiblesses.

Un dialogue socratique entre le philothérapeute et son client
ne sera jamais en proie à une brutalité intellectuelle.


La meilleure question vient toujours du client !


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