Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

prisonnier-opinion-01
Image modifiée – Image originale par Kaspar Lunt de Pixabay

Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?


Quand devient-on prisonnier de ses opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion.

Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion.

Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.


Six définitions de l’opinion

OPINION = JUGEMENT = CROYANCE

1. Manière de penser, de juger. Le Robert

2. Jugement, avis, sentiment qu’un individu ou un groupe émet sur un sujet, des faits, ce qu’il en pense Larousse

3. Point de vue, position précise que l’on a dans un domaine particulier: social, religieux, politique, intellectuel. Centre national de ressources textuelles et lexicales

4. Le mot opinion désigne une manière de penser sur un sujet, un jugement personnel que l’on porte sur une question, qui n’implique pas que ce jugement soit obligatoirement juste. Office québécois de la langue française

5. Opinion (nom commun)

Croyance ou jugement qui n’est pas certain.

    1. Parce qu’adopté(e) sans examen critique.
    2. Par absence de possibilité de se prononcer.

Source : Dicophilo – Dictionnaire de philosophie en ligne

6. Qu’est-ce qu’une opinion ? On entend par là, une affirmation n’ayant pas été soumise à un examen critique. Elle est reçue pour vraie sans que l’esprit se soit préoccupé sérieusement de savoir si cet énoncé est vrai ou faux. Toutes nos idées premières sont en ce sens des opinions, c’est-à-dire des préjugés, des « a priori », des idées toutes faites. On les croit vraies mais on ne sait pas si on a raison de le croire. PhiloLog


Bref

OPINION = JUGEMENT = CROYANCE


Un jour, un jeune homme dans la trentaine m’a confié que la seule et unique chose qui résultait de sa faculté de penser étaient ses opinions. Ainsi, tout ce qu’il partageait avec moi et les autres était une opinion. Il jugeait tout ce qu’il pensait comme étant une opinion. Estomaqué, j’ai interrogé cet homme sans parvenir à engendrer un débat d’opinion pour l’ouvrir à toutes les autres possibilités de notre faculté de penser. Je me butais non seulement à une opinion mais aussi à une croyance. Il croyait ce qu’il pensait. Et il prenait pour vrai ce qu’il pensait (ses opinions) uniquement parce qu’il les pensaient. Sa croyance se cristallisait en une sorte de dogme, une opinion émise comme une vérité indiscutable (Le Robert). « Indiscutable » pour lui car il admettait que les autres pouvaient avoir des opinions différentes des siennes. Mais ils croyaient que les autres considéraient, comme lui, leurs opinions comme des vérités indiscutables. Dans ses échanges avec les autres, il avançait ses opinions et les défendait par simple opposition. Il demeurait sur ses positions. Notre discussion au sujet du statut qu’il accordait à ses opinions l’agaçait au plus haut point et il a fini par me dire : « À chacun son opinion ».

Ses opinions ne provenaient pas toutes de sa propre faculté de penser. Il n’était pas borné. Il s’appropriait de nouvelles opinions pour autant qu’il pouvait ensuite les penser par lui-même.

Face à une nouvelle connaissance, il la jugeait et ne retenait que son jugement, son opinion, de cette connaissance. En bout de de ligne, il révélait ce qu’il pensait de telle ou telle connaissance mais il ne parlait jamais de la connaissance en elle-même. On ne pouvait donc pas mettre à jour le fin détail de ses connaissances pour apprendre et le comprendre. J’étais réduit à juger un jugement, ce qui ne conduit nul part.

Nous visons dans un monde où l’opinion règne en roi et maître sur notre faculté de penser. Nous ne sommes plus des sujets pensant mais des sujets jugeant et croyant.


C’est là la racine de l’idéalisme moderne : le sujet est pensant, connaissant et, se sachant connaissant (identité du je), il existe dans la certitude de ce savoir : le sujet est la raison et se confond avec le je. Sujet (philosophie), Wikipédia.


Prendre ses opinions pour vraies uniquement parce qu’on les pense constitue ni plus ni moins qu’un emprisonnement de notre esprit ainsi soumis à l’esclavage de nos opinions.

Se manifeste alors le besoin de croire en son jugement, de croire en ses opinions. Il s’agit alors de combler un besoin personnel de vérité pour croire en soi, pour avoir confiance en soi.

Or, la confiance en soi ne repose pas sur nos opinions ou nos jugements. La confiance en soi ne consiste pas à avoir une bonne opinion de soi, pas plus que le manque de confiance en soi s’explique par une mauvaise opinion de soi. Fonder la confiance en soi sur l’opinion de soi implique une croyance, celle de croire en soi. Il n’y a rien de plus traître qu’une croyance. puisqu’il s’agit d’attacher une valeur de vérité à un fait ou un énoncé.

Lorsque la garantie objective de l’opinion est très faible, la croyance est un préjugé ou une illusion ; lorsqu’elle est susceptible d’être vérifiée, la croyance est une supposition ou une conjecture ; quand elle repose sur un fort sentiment subjectif, la croyance désigne une conviction et à l’extrême la foi ; quand elle est démontrée et unanimement partagée, elle peut être appelée certitude. Attitude naturelle et spontanée, souvent dénoncée comme naïve, la croyance est présentée d’abord comme ce qui doit être dépassé.

Source : Croyance, philosophie magazine.

Nous revenons au besoin personnel de vérité pour croire en soi. Nous admettons pour vrai nos opinions pour rejeter le doute. Nous nous percevons alors comme étant objectifs.

« Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively. We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

Notre objectivité est toujours subjective, ce qui caractérise nos opinions et nos jugements. Ainsi, toute croyance est subjective voir sentimentale.

La confiance en soi et le besoin de vérité ont besoin d’une base plus fondamentale, plus solide, résistante au fil du temps, acquise pour la vie pour ainsi passer à autre chose.

Ce besoin de vérité se confond souvent avec le besoin d’avoir raison : « Plus j’ai raison, plus j’ai confiance en moi ». En fait, on devrait dire « Plus je me DONNE raison, plus j’ai confiance en moi »


Un jour, un adolescent me confessa : « Je ne suis pas heureux quand je n’ai pas raison ». « Avoir raison pour être heureux », quelle drôle d’idée. Mais c’est bel et bien l’idée donnée aux jeunes par de nombreux adultes, ces derniers profitant de chaque occasion pour se donner raison par-dessus la raison de leurs pairs et… des jeunes. Et plus l’adulte s’exprime avec une grande force de conviction pour se donner raison, plus on laisse percevoir aux jeunes, qu’une fois adultes, ils pourront eux aussi se donner raison à chaque occasion. Cette perception gagne en force si le jeune vit dans un milieu où il a tort avant même d’ouvrir la bouche pour s’exprimer.

Avoir ou se donner raison n’est qu’accessoire dans la vie. Autrement dit, la vie ne tire aucune valeur fondatrice de la confiance en soi par le fait d’avoir ou de se donner raison.

La valeur ultime et intrinsèque de notre vie par laquelle notre besoin de vérité et notre besoin de croire en soi seront comblés, c’est la vie elle-même. Le simple fait que la vie nous permette d’Être soi suffit à la tâche. Personne ne peut remettre en question en toute objectivité la valeur de la vie elle-même. S’il est une valeur sûre, c’est bien la vie, cette vie qui s’affirme dans notre Être et dans notre existence. Nous pouvons donc avoir une confiance inconditionnelle dans la vie qui se manifeste dans notre Être. Qu’une personne s’attaque à notre Être et à la vie elle-même n’en change pas la valeur.

Voici une pierre, un papillon, un homme. Tous les trois sont des êtres. Pourquoi? Parce que tous, en deçà de leurs définitions respectives, exercent une activité identique: exister. Heidegger les appelle des «étants», car ils participent à l’acte d’être (ou d’exister), comme on dit que les vivants participent à l’acte de vivre. Mais de même que chaque vivant n’est pas la vie, de même chaque étant n’est pas l’être.

L’être n’est pas quelque chose qui existe, mais l’existence elle-même, par quoi tout ce qui existe – tout comme la lumière, par exemple, n’est pas un objet éclairé, mais ce qui éclaire toutes choses et nous les rend visibles. Être un étant, c’est participer d’une manière à chaque fois singulière à cette activité.

Source : Fiches de Cours > Lycée > Philosophie > Heidegger : La question de l’être. Kids Vacances.

J’ai été l’objet d’une attaque personnelle sur la valeur de ma vie au cours de mon adolescence. Un moment à jamais gravé dans ma mémoire. À la suite de la mort d’un collègue de classe et ami, un autre collègue de classe a dit haut et fort sur le perron de notre collège qu’il eu mieux valu que ce soit moi qui soit mort plutôt que mon ami. Mais cette affirmation n’a en rien affecté ma confiance en moi parce qu’elle reposait sur ma valeur suprême, la vie qui me permet d’Être

À cet adolescent me confiant ne pas être heureux lorsqu’il n’avait pas raison, j’ai répondu que le bonheur ne provenait pas d’une chose aussi aléatoire qu’avoir ou non raison mais plutôt de la valeur intrinsèque de la vie en lui, la vie souffle de son Être. Jouir du simple fait d’Être apporte le bonheur à l’existence.

L’Etre, qu’est ce à dire ? Ce terme désigne chez Heidegger, la source « spirituelle » fondamentale de toutes choses, ce qui les éclaire et les illumine de manière énigmatique.

Source : La philosophie de Heidegger: De l’étant à l’Etre, La-Philo.

S’il y a une raison d’être, c’est celle d’exister dans toutes ses facultés d’être humain pour les exploiter au profit de son bonheur et de celui des autres.

Et s’il est une faculté à privilégier de tous les temps, c’est la faculté de penser. Penser pour se connaître toujours davantage. Penser, non pas pour se faire une opinion ou juger, mais pour apprendre de ses expériences de vie et celles des autres tout comme pour acquérir des connaissances. Penser pour prendre du recul et voir le paysage à partir de différentes positions.

Penser ainsi ne se fait qu’en laissant entrer la lumière par nos failles au lieu de chercher à les colmater à tout prix pour éviter tout aveuglement.

« Si tu as une meilleur idée que la mienne, donnes- la moi au plus vite car je n’ai pas de temps à perdre ».

Les failles, ce sont les doutes qui nous surprennent et permettent une remise en cause sereine de nos connaissances. Après tout, dit-on en science, la connaissance se bâtie sur la destruction du déjà-su. Il n’y a de certitude que jusqu’au prochain doute. Nul n’est besoin de croire dur comme fer.

Penser, c’est lutter contre ses propres opinions.

Être prisonnier de nos opinions, force notre esprit à vivre dans le bavardage. On ne se libère pas en changeant d’opinion Il nous faut questionner la valeur que nous accordons à l’opinion elle-même. Cette valeur de vérité (personnelle) s’avère trop souvent émotionnelle et sentimentale. L’opinion devient une croyance (personnelle), un dogme immuable (Je crois que…). Notre faculté de penser doit  plutôt servir à l’acquisition de connaissance et à l’expérience de soi et du monde (J’appris que…). L’habitude nous poussera d’emblée à nous faire une opinion de nos connaissances et nos expériences de soi et du monde, c’est-à-dire, à les juger. La résistance consiste alors, non pas à ne plus avoir d’opinion, mais à questionner leur importance dans l’échèle de nos valeurs en les soumettant systématiquement au doute. Ce n’est que par le doute que nous gardons l’esprit ouvert, que nous nous libérons de la prison de nos opinions.


La philosophie est une discipline réflexive qui porte sur le sens que l’être humain doit accorder à son existence, au monde dans lequel il vit, et aux différentes dimensions de la connaissance et de l’action.

Source : Raymond-Robert Tremblay, Cégep du Vieux Montréal, La philosophie.


Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s