Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

dossier-consulter-un-philosophe.01

Penser par soi-même

Initiation à la philosophie

Michel Tozzi

Chronique sociale

Dans le cadre de notre dossier

« Consulter un philosopher – Quand la philosophie nous aide »

penser-par-soi-meme-couvert-1

penser-par-soi-meme-couvert-4-1

Mon rapport de lecture

Article # 20 (2/2)

Deuxième partie

Voir aussi Première partie

par

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys
Auteur, J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où un chacun se donne raison, témoignage et essai de gouvernance personnelle

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre :

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Introduction de la première partie de ce rapport de lecture.

Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Selon Michel Tozzy, « il faut apprendre à argumenter ses thèses, et à repousser leurs objections :

CHAPITRE 6

Fonder mes positions

Répondre aux objections

La réflexion philosophique, dans toute la tradition occidentale, est l’usage méthodique de la raison pour tenter de répondre aux problèmes fondamentaux de l’homme. Cette exigence critique implique que toute position qui se veut philosophique soit justifiées, légitimée par une argumentation solide. Celle-ci est d’autant plus crédible qu’elle s’appuie sur des principes, développe une cohérence, résiste aux réfutations. Il faut donc apprendre à argumenter ses thèses, et à repousser leurs objections.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 123.

J’ai la nette impression que l’idée de « repousser leurs objections » ouvre la porte de la philosophie comme un débat où je dois argumenter jusqu’à avoir raison.

Michel Tozzy écrit :

Qu’est-ce qu’argumenter philosophiquement?

Pourquoi argumente-t-on?

L’argumentation questionnante…

Pourquoi argumente-t-on en philosophie? Si philosopher c’est chercher la vérité, tenter de comprendre mon rapport au monde, à autrui, à moi-même, essayer de résoudre des problèmes fondamentaux, il me faut argumenter (…)

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 123.

Je ne comprends pas pourquoi une telle association entre la philosophie et la vérité. Personnellement, il ne m’est jamais venu à l’esprit que je cherche la vérité lorsque je m’adonne à la philosophie. Bien au contraire, je me prend garde de prendre pour vrai ce que je pense, même avec des solides arguments.

Michel Tozzy va encore plus loin en liant la philosophie à un idéal de vérité : « Il y a là au fond une exigence d’honnêteté intellectuelle qui exprime un idéal de vérité inhérent à la liberté de l’esprit humain » (TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 123.).

La confrontation argumentée…

De même, quand j’ai soulevé un problème, et que je cherche à le résoudre, je peux chercher les différents solutions possibles, et dans le cadre des piste dégagées, examiner les argument qui peuvent les fonder, puis confronter critiquement ces thèses pour juger de la plus convaincante. C’est la force de telle argumentation qui m’amènera à me prononcer.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 124.

Quand je philosophe, je ne cherche pas à convaincre mais plutôt à comprendre dans le but de permettre à ma pensée d’évoluer vers une nouvelle connaissance. Je ne cherche pas à me convaincre et encore moins à convaincre qui que ce soit. La connaissance me suffit amplement. La philosophie n’est pas un moyen pour convaincre et encore moins pour se donner ou avoir raison.

… et d’intégrer des objections

Car dans le cas où on me fait des objections, ma position ne reste solide que si je peux les récuser. Et cette réfutation me donne alors des arguments supplémentaires qui fonde davantage ce que je pensais.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 125.

Wow ! Je suis très loin d’adhérer à ce type de débat « qui fonde davantage ce que je pensais ». Face à des objections, je cherche à comprendre comment l’autre pense plutôt que de récuser ce qu’il avance. Je ne cherche pas à amener l’autre à abandonner ses objections et sa position mais à ce qu’il se penche sur sa manière de penser et sur le comment de ses objections. Je me donne alors pour mission de l’aider à prendre du recul face à lui-même et à ce qu’il pense et comment il le pense. Dans ce contexte, ce que je pense a moins d’importance que les réactions de l’autre à ma position.

… mais convaincre rationnellement…

En philosophie au contraire, on dénonce la sophistique : on ne cherche pas à vendre une idée, à l’imposer par la force, par le recours aux passions. On cherche à convaincre rationnellement, et d’abord soi-même avant autrui. Le meilleur argument n’est jamais l’argument efficace, celui qui emporte le morceau et jouit de la faiblesse de l’adversaire. C’est l’argument vrai, parce que tout homme qui l’examine sincèrement avec sa raison doit se rendre à son évidence.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 126.

Michel Tozzy souligne que la philosophe ne cherche pas à vendre une idée, à l’imposer par la force, par le  «recours aux passions». Mai cette affirmation tient la route si on remplace le  «recours aux passions» par «l’argument vrai» et ainsi lire : «En philosophie (…) : on cherche à vendre une idée, à l’imposer par la force de la raison, par l’argument vrai.» Ce n’est pas parce qu’«On cherche à convaincre rationnellement» que l’objectif change. Si je parviens à convaincre rationnellement, c’est que je suis parvenue à vendre mon idée et à l’imposer à l’autre par la raison.

Soutenir que «meilleur argument», «C’est l’argument vrai, parce que tout homme qui l’examine sincèrement avec sa raison doit se rendre à son évidence» me pose problème. Je ne crois pas que mes connaissances se composent d’arguments, vrais ou faux. Je ne crois pas que le but de ma faculté de pensée soit de chercher des arguments vrais, à m’en convaincre puis à en convaincre l’autre.

La finalité de la philosophie ne s’inscrit pas dans une logique de débat pour convaincre.

Michel Tozzy reconnaît comme vérité ce qui a le potentiel de s’imposer à tout homme : «C’est l’argument vrai, parce que tout homme qui l’examine sincèrement avec sa raison doit se rendre à son évidence». Il parle ici de l’universel. Il écrit : «En ce sens, la vérité, c’est l’accord nécessaire des esprits qui se détachent de l’individuel et du particulier». Mais il y a tout de même des vérités individuelles et des vérités particulières. La notion de vérité ne peut pas être exclusive à l’universel et encore moins à la philosophie… si la vérité existe.

On parle de la vérité comme ce qui est conforme à la réalité. Je préfère et loin parler de connaissances plutôt que de vérité.

Donc, raisonner juste sur des principes vrais

(…) Si la logique du raisonnement est nécessaire, elle ne suffit pas dans l’argumentation philosophique. Pour ne pas tourner à vide, elle doit reposer sur la vérité des principes. Toute la force de la pensée résident en effet dans le fait qu’en partant d’une vérité et en raisonnant juste, on ne peut aboutir qu’à du vrai. La cohérence interne d’un raisonnement, incontournable, ne prend donc de sens que dans une perspective d’une recherche de la vérité, d’une volonté de penser le réel, et non dans la simple satisfaction intellectuelle d’une logique coupée de la réalité.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 130.

Partez du vérité, raisonnez juste et vous arriverez au vrai.

J’adhère à la définition de la philosophie comme étant  l’«amour du savoir» et communément l’«amour de la sagesse».

Philosophie

Étymologue

Étymologiquement, le mot français philosophie dérive du grec ancien φιλοσοφία, composé de φιλεῖν, « aimer » et σοφία, « la sagesse, le savoir », c’est-à-dire littéralement : l’amour de la sagesse ou l’amour du savoir7. Selon le philosophe Roger-Pol Droit, « cette étymologie peut dire des choses différentes. En grec, sophia signifie aussi bien la connaissance que la sagesse. Et philô signifie aimer mais aussi désirer. Vous pouvez donc traduire philosophie par « désir de connaissance ». Mais aussi par « amour de la sagesse ». Dans le premier cas, vous tirez la philosophie du côté de la science. Dans le second cas, du côté de l’existence et du bonheur. Présente dans la racine grecque elle-même, cette dualité a accompagné toute l’histoire de la philosophie8. »

NOTES

7. « Qu’est-ce que la philosophie ? Définitions d’Aristote à Descartes » [archive], sur La-Philosophie.com : Cours, Résumés & Citations de Philosophie, (consulté le )

8. « La philo-bonheur relève d’un totalitarisme soft et radieux », Le Matin dimanche, 15 février 2015. [lire en ligne [archive]]

Philosophie – Étymologie, Wikipédia

D’autres sources par aussi de l’«amour de la vérité» :

PHILOSOPHIE1, subst. fém.

Étymol. et Hist.1. a) Ca 1175 «ensemble de disciplines spéculatives, comprenant la logique, la morale, la physique et la métaphysique, dont l’enseignement et l’étude, fondés sur les Auctores, succédaient à ceux des arts libéraux» (Benoît de SteMaure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 31216); 1370-72 philosophie moral (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, p.157); 1379 philosophie naturelle (J. de Brie, Bon Berger, 6 ds T.-L.); 1637 philosophie spéculative, philosophie pratique (Descartes, Discours de la méthode, sixième partie ds OEuvres, éd. F. Alquié, t.1, p.634); 1647 philosophie première (Descartes, Méditations métaphysiques touchant la première philosophie); 1765 philosophie théorique (Encyclop.); b) 1553 la philosophie «les spéculations et les raisonnements de la science humaine, par opposition à la foi» (Bible, impr. J. Gérard, Coloisiens, 2, 8); 1580 «la science, sous son aspect supérieur et général, recherche de la vérité universelle des choses naturelles, humaines et divines» (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, t.1, p.160); c) ca 1756 philosophie de l’histoire (Voltaire, Mél. hist. Fragm. hist., X ds Littré); 2. 1225-50 «sagesse profonde consistant dans l’amour de la vérité et la pratique de la vertu» (H. d’Andeli, Lai d’Aristote, éd. H. Héron, 336); 1655 «haute sagesse, fondée sur le raisonnement et la méditation de la vie, et donnant une grande force d’âme dans les vicissitudes» (La Rochefoucauld, Max. 22 OEuvres, éd. A. Régnier, t.1, p.39); 3. xvexvies. «nom donné à leur art par les alchimistes» (Petit traité d’alchimie, éd. Méon, p.207); 1573 philosophie chimique «nom donné aux opérations de l’alchimie» (J. Liébault, Le livre des secrets de medecine et de la philosophie chimique); 1721 philosophie hermétique (Trév., s.v. hermétique); 4. 1588 «manière particulière à telle époque, telle école, tel Maître, d’envisager les grands problèmes du monde et de l’âme» (Montaigne, Essais, II, 12, éd. citée, t.1, p.578); 1588 «l’attitude intellectuelle particulière à laquelle quelqu’un se range, l’opinion qu’il professe quant aux problèmes de la philosophie» (Montaigne, Essais, III, 5, op. cit., t.2, p.842); 5. 1622 [date d’éd.] typogr. (E. Binet, Merveilles de nature, p.299 ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. philosophia, lui-même empr. au gr. φ ι λ ο σ ο φ ι ́ α .

Source : Centre national de Ressources Textuelles et Lexicale (France).

Alors, amour de la connaissance, amour de la sagesse ou amour de la vérité ? Pour certains, le «rapport à la connaissance est essentiellement un amour de la vérité» :

Philosophie/Une brève introduction/Le mot « philosophie » et ses usages

La philosophie est étroitement liée à la connaissance. Si nous n’avons pas défini ce terme, nous en avons déjà trouvé certaines caractéristiques très importantes : ce rapport à la connaissance est essentiellement un amour de la vérité, ce qui conduit naturellement le philosophe à mettre en question toutes les autorités, tous les dogmes et préjugés, en ne s’en remettant qu’à sa propre raison. De plus, cette connaissance n’est pas une connaissance de type encyclopédique : la philosophie est une activité intellectuelle, et non une réception passive ou une accumulation de connaissances, d’opinions, de croyances, etc.

Philosophie/Une brève introduction/Le mot « philosophie » et ses usages, Wikibooks.

Si «la philosophie est une activité intellectuelle», ce n’est pas par amour de la vérité que je m’y intéresse. Je me dois donc de prendre position.

C’est activité intellectuelle elle-même qui m’intéresse. Le système de pensée plutôt que les pensées elles-mêmes. Il n’y a là aucune vérité qui m’importe. Plus encore, je n’accorde jamais le statut de vérité à une connaissance, cette dernière n’étant admise que le temps qu’une autre la déclasse. La connaissance se contruit sur la destruction du déjà-su. Et c’est là l’importance du doute systématique et de son bénéfice.

Le bénéfice du doute, c’est la certitude en sursi face à un nouveau doute. Il n’y a pas de connaissance certaine dont on ne puisse pas douter. On ne peut pas se sentir en possession de la vérité lorsqu’on admet le doute comme outil essentiel de la pensée critique.


Le doute, c’est l’état de l’esprit qui ne se sent pas en possession de la vérité.

Émile Durkheim, Cours de philosophie, 1884 (Lecture 39. De la vérité. De la certitude.)


Voilà pourquoi j’entretiens une relation trouble avec ce que l’on dit être la vérité. On pourra me dire que ce dont je doute, c’est de la vérité. Or, je n’admets aucune connaissance comme la vérité. Je ne trouve pas utile de qualifier une connaissance de vraie. À la limite, la notion de vérité s’oppose à celle de l’objectivité.

La vérité implique d’y croire. La vérité devient ainsi ni plus ni moins qu’une croyance. N’est vérité que si l’on y croit. Or, il y a un grave problème dans la relation entre vérité, croyance et faculté de penser.


Plusieurs personnes prennent pour vrai ce qu’elles pensent uniquement parce qu’elles le pensent.

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys
Auteur, J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où un chacun se donne raison, témoignage et essai de gouvernance personnelle


Mon problème avec la notion de vérité provient de sa présence à soi, à autrui et au monde dans la vie courante. L’appropriation populaire de la notion de vérité en fait une caverne semblable à celle de Platon. Ce n’est pas tant le fait de la vérité elle-même qui amplifie le problème mais la liberté qu’on se donne de «prendre pour vrai», de « croire pour vrai». La vérité donne raison et on aime bien se donner raison. Or, je ne crois pas que l’on puisse se donner raison sur la base d’une simple croyance. Les vérité n’existe plus lorsqu’elle devient admise par croyance, parce qu’on y croit.


Le but dans la vie n’est pas d’avoir raison.

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys
Auteur, J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où un chacun se donne raison, témoignage et essai de gouvernance personnelle


Le vrai et l’utile

N’est-il pas conséquent opportun de distinguer les vrai de l’utile (même si la position «Le vrai, c’est ce qui réussit» a été défendue par un philosophe, W James) ? Car l’utilité a une visée pratique, et non théorique comme le vrai. L’argumentation philosophique tient son pouvoir d’intelligibilité et de conviction de son caractère rationnel, et non d’une technique relationnelle de persuasion efficace. Le technique est vite dépassé par les progrès de la connaissance, pas le philosophique : Socrate, du Ve siècle avant Jésus-Christ, nous interroge toujours autant. L’efficacité, en tant que victoire de l’action, ôte sa portée au doute réflexif, qui suspend toute activité pour penser.

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 6, p. 142.

On retiendra beaucoup d’information de ce passage.


1- Le vrai a une visée théorique.

théorique – adjectif

1. Qui consiste en connaissance abstraite ; qui élabore des théories.
La recherche théorique.

2. souvent péjoratif
Qui est conçu, étudié d’une manière abstraite et souvent incorrecte (opposé à expérimental, réel, vécu).
Une égalité toute théorique.

Source : Dictionnaires Le Robert

Si le vrai naît dans l’esprit par une certaine activité intellectuelle pour basculer dans une croyance, la philosophie n’aurait pas d’utilité pratique puisqu’elle consiste à recherche la vérité. Je ne peux pas accepter que l’on pense pour penser, que l’on argumente pour argumenter, que l’on philosophe pour philosopher.


2- L’argumentation philosophique possède à la fois un pouvoir d’intelligibilité et de conviction.

intelligibilité ​​​- nom féminin

1- DIDACTIQUE Caractère de ce qui est intelligible, saisi par l’intelligence.

2- LITTÉRAIRE Caractère de ce qui est (plus ou moins) intelligible. L’intelligibilité d’un discours.

Source : Dictionnaires Le Robert

Si l’argumentation philosophique à la possibilité (pouvoir) d’être intelligible et d’être convaincante, elle le partage avec la majorité des sciences humaines ou, si vous préférez, des fausses sciences. Dans le domaine littéraire, l’argumentation philosophique perd passablement de son pouvoir d’intelligibilité et de conviction parce que l’écriture philosophique est généralement hermétique (Impénétrable, difficile ou impossible à comprendre. Source : Dictionnaires Le Robert). La très grande majorité des philosophes ne soucie guère d’être intelligible dans leurs écrits, du moins pour vous et moi.


3- L’argumentation philosophique ne relève pas d’une technique relationnelle de persuasion efficace.

Alors pourquoi la philosophie se soucie tant des autres ? Pourquoi veut-elle convaincre les autres ? La philosophie demeure essentiellement un activité intellectuelle en partage avec l’autre, en relation avec l’autre. On peut comprendre que l’argumentation philosophique ne relève pas d’une technique. La philosophie n’a jamais produit de technique, contrairement aux vraies sciences ou sciences dures.

On notera tout de même au passage le Discours de la méthode proposée par René Descartes en 1637. Le sous-titre de l’ouvrage se lit comme suit : «Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences». Il faut souligner «dans les sciences».

Ceux qui avancent aujourd’hui des méthodes prennent soin de préciser que chacun doit développer sa propre méthode, du moins en «philosophie pratique».

Persuader (verbe)

(Philosophie) Obtenir l’adhésion, amener à croire, à penser, à faire quelque chose en utilisant l’émotion et les sentiments.

Remarque

La philosophie oppose traditionnellement “persuader” à “convaincre”. Cette opposition va contre l’usage courant, où convaincre et persuader sont synonymes. La pertinence de cette distinction est ainsi très contestable. On peut l’utiliser pour séparer la rhétorique (qui persuade) et la philosophie (qui convainc). Hors de ce contexte, la distinction perd en efficacité.

Source : DicophiloDictionnaire de philosophie en ligne.

Quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, dans la communication de leurs argumentations philosophiques, les philosophes acquièrent consciemment et/ou inconsciemment une technique relationnelle de persuasion efficace par expérience de la communication interpersonnelle.


4- Le technique est vite dépassé par les progrès de la connaissance, pas le philosophique.

La philosophie n’est gelée dans le temps et l’espace. Et même si elle s’occupe de l’universel, ce qui est propre à l’Humain, au genre humain, il n’y a de connaissance en philosophie qui ne soit ou qui ne puisse pas être remise en question, argumentée autrement, bref évoluer. Il en va de même de l’activité intellectuelle que constitue la philosophie; elle évolue. Rien n’est acquis pour toujours, pas même le bien-vivre ou bonheur (l’épanouissement).

Et peut-on dire que le technique est vite DÉPASSÉ par les progrès de la connaissance ? Non. Le technique dépend du scientifique et le scientifique évolue constamment. On peut même dire que le technique peut précéder le scientifique. On ne doit pas dire que le technique est dépassé mais qu’il évolue.


5- L’efficacité, en tant que victoire de l’action, ôte sa portée au doute réflexif, qui suspend toute activité pour penser

Le remise en question de l’efficacité par le doute réflexif existe et l’activité pour penser ne se trouve pas suspendue. L’efficacité atteinte on la remettra en question, on en doutera par une activité intellectuelle intense. L’efficacité n’est jamais une finitude. Ce n’est pas parce qu’on a atteint une certaine efficacité par une ou des actions combinées que l’on s’isole du doute réflexif et de toute activité de penser.


Michel Tozzy insiste sur le rapport de la philosophie à la vérité.


Les conditions d’une argumentation philosophique

Mais cette argumentation n’est vraiment philosophique que si elle met en œuvre conjointement certains critères de cohérence et de pertinence. Rappelons ici que l’argumentation philosophique se distingue de la rationalité scientifique en ce sens qu’elle ne procède ni par démonstration mathématique ni par vérification expérimentale. Elle s’appuie cependant dans sa recherche de la vérité sur la raison, et cherche à convaincre l’auditoire universel par l’argument le plus fondé, le meilleur (Habermas).

TOZZI, Michel, Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Chapitre 7, p. 166.

Parlant de «l’argument le plus fondé», puis-je déduire que «la vérité» dont Michel Tozzy parle est en fait le PLUS PRÈS de la vérité. Quant à convaincre l’auditoire universel, le philosophe se rappellera qu’il ne s’adresse pas au genre humain, à toute l’humanité. Il peut en rêver mais il ne dispose pas d’une «technique relationnelle de persuasion efficace» nécessaire pour y parvenir.

Enfin et j’insiste moi aussi, la vérité n’émerge pas d’une recherche philosophique ou d’un exercice intellectuel. Encore faut-il trouver une réponse universelle à la question : «Qu’est-ce la vérité?».

Le maintiens que le livre PENSER PAR SOI-MÊME – Introduction à la philosophie de MICHEL TOZZY se mérite 5 étoiles sur 5, et même une de plus, malgré mes objections exposées dans ce rapport de ma lecture. Ce livre est essentiel à tout amateur de philosophie.

Il faut comprendre que nous entrons une approche plus didactique dans les deux derniers chapitres (6 et 7). Les propos et les exercices proposés demandent un véritable travail scolaire. Un travail qui ne débouchera pas nécessairement sur une appropriation et une application dans la vie personnelle du lecteur compte tenu de la complexité de l’activité intellectuel demandé par l’auteur. Et malgré de nombreux exemples et exercices, cette œuvre demeure avant tout un livre d’étude.


Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys
Auteur, J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où un chacun se donne raison, témoignage et essai de gouvernance personnelle


dossier-consulter-un-philosophe.01

Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s