
LIVRES HEBDO
Sortir de la philosophie
Lire le monde
Le blog de Patrick Bazin
Alors que les « philosophes » médiatiques séduisent par un discours généraliste, signe d’une philosophie épuisée à l’ère des sciences cognitives et du numérique, les bibliothèques, en tant lieux de la pensée collective, apparaissent plus essentielles que jamais pour guider une société immergée dans l’information.
Vous aurez sans doute remarqué que de plus en plus de « philosophes » interviennent dans les médias. Mis à part les professeurs de philosophie, qui sont surtout des historiens du domaine, ils appartiennent à des sphères très variées : la médecine, le journalisme, la politique, l’écologie, le théâtre… Ils se distinguent par une agilité surprenante à mettre en relation diverses perspectives afin, disent-ils, d’aider le public à mieux comprendre le monde. Prenant souvent prétexte d’un livre de circonstance qu’ils ont vite écrit, ils s’illustrent par une capacité de séduction qui cloue le bec à bien des spécialistes.
Il fut un temps où on les appelait intellectuels. Dans l’Antiquité, Platon les appelait sophistes. Non pas qu’ils fussent obligatoirement des charlatans, mais leur discours généraliste visait d’abord à fournir un guide dans l’action ou les affaires. Aujourd’hui, le phénomène se démocratise. Sans doute est-il dû à l’augmentation du niveau d’éducation et, surtout, à la traduction numérique de toutes choses en information et en discours sur l’information. La conséquence en est, pour les plus doués de ces « philosophes », une aura qui impressionne les décideurs tout autant que le grand public.

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