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Couvertures


Données au catalogue
Titre :
Philosophie comme solution au mal de vivre La
Julie Tremblay
Presses de l’Université Laval
242 pages
ISBN : 9782763717531 (2763717535)
Parution: 22 mars 2013
PRÉSENTATION
TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE
Il y a, à la source du mal de vivre, une profonde division interne, un conflit intérieur qui peut se propager jusqu’à devenir un conflit avec la vie elle-même.
J’étais morte, mais pas enterrée, et c’est la philosophie qui m’a ramenée à la vie. Comme une mère, elle m’a non seulement donné la vie en me donnant accès à ma vie intérieure par l’élargissement de ma conscience, mais elle m’a également appris à vivre, c’est-à-dire comment agir au mieux dans la vie quotidienne.
Tout au long de ses réflexions et de son témoignage, l’auteure affirme haut et fort que la philosophie peut sauver des vies, car elle rend possibles la conversion du regard et la prise en charge de sa propre liberté.
Julie Tremblay est détentrice d’une maîtrise en philosophie avec spécialisation en philosophie pour enfants. Formée en éducation spécialisée, elle est également intervenante familiale. Convaincue que la philosophie peut jouer un rôle au sein de l’intervention sociale, surtout en matière de prévention en santé mentale, elle joint ses diverses compétences afin d’animer des ateliers de philosophie pour enfants et adultes.
Source : Presses de l’Université Laval.
Tables des matières
Préface
Merci à
Avant-propos
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE 1 – Le mal de vivre
- Le constat du mal de vivre
- Trois formes de souffrances
- Comment donner un sens à la souffrance ?
- La souffrance : un moteur d’évolution
- La liberté de l’homme se révèle dans sa quête de sens
CHAPITRE 2 – Le réveil de l’automate
- La grande désillusion
- Entre veille et sommeil
- La souffrance ouvre la porte de la conscience
- La conversion du regard
- Prendre le risque de la vie
- Philosopher, c’est apprendre à mourir
- Choisir la désillusion, c’est choisir la liberté
CHAPITRE 3 – Le devenir humain
- La perfectibilité de l’homme
- En route vers le Bien
- Le danger qui accompagne l’insensibilité
- Liberté et conscience morale
- La liberté de Sisyphe
- Travailler à son bonheur
- La quête philosophique
CHAPITRE 4 – La division interne
- L’homme en perpétuelle contradiction interne
- Le caractère hétérogène de notre intériorité
- Dualité horizontale et division interne
- Les deux visages de la division interne
- Dualité verticale et transcendance
- Entre réel et idéal : l’importance d’avoir un rêve habitable
- Apprendre à « trianguler »
- Entreprendre l’édification de son être
CHAPITRE 5 – Créer une communauté au centre de soi-même
- Narcisse : symbole par excellence de la division interne
- Le refus de l’autre
- Prendre conscience de sa totalité
- Apprendre à dialoguer, c’est apprendre à aimer
- Le pouvoir transformateur de l’amour
- L’homme est un être de relation
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE 6 – Entretenir un dialogue philosophique avec soi-même
- Amour de soi et amour-propre
- L’origine de la division interne
- La création des masques
- Retourner dans l’ambiance familiale de notre enfance
- L’adolescence, une seconde naissance
- Faire le deuil de son enfance afin de briser
- le cycle transgénérationnel
- La face cachée de la dépression : la grandiosité
- La création du mensonge originel
- C’est la présence de l’acteur qui donne sens aux masques
- Se voir comme un autre.
CHAPITRE 7 – Amorcer un dialogue philosophique avec autrui
- L’opposition entre individu et société
- La fuite dans le virtuel et l’influence médiatique
- L’homme au service de la technologie
- L’individu de masse
- La perte de l’humain
- Liberté individuelle et liberté politique
- La perte du sens de l’idéal
- La création d’un « nous »
CHAPITRE 8 – S’engager dans un dialogue philosophique avec le Bien
- Aimer, c’est intérioriser l’autre en nous
- L’universel et le particulier présents en nous
- La philosophie comme solution au mal de vivre
- Des visions complémentaires
- Une culture qui porte la marque du relativisme
- La paresse est l’envers de l’amour
- La philosophie est un exercice préparatoire à la sagesse
- Le don de soi est l’aboutissement logique du sage
CHAPITRE 9 – Élaborer un dialogue philosophique avec l’existence
- Apprendre à vivre en apprenant à parler
- Le langage comme source d’erreurs
- Le problème de l’« ego » et la notion de sécurité
- Explorer le sentiment de l’absurde
- Le suicide pose la question de la dignité humaine
- La conscience de son ignorance engendre un changement d’attitude
- Utiliser les mots consciemment
- Sous le masque du philosophe se cache un enfant
- Un espace destiné aux « pourquoi ? »
CONCLUSION – Quelle place pour la philosophie dans la cité ?
Bibliographie
Extraits
Extraits disponibles sur le site web Les libraires
Préface
Le nageur doit toujours nager s’il ne veut pas s’engloutir dans les flots. Même s’il est appelé à nager de mieux en mieux, les mouvements qui lui permettent de surnager et d’avancer doivent invariablement revenir au même point de départ. De même les amants doivent-ils chaque jour revivre à neuf leur amour, sans quoi il périt vite. Un chercheur ne sachant plus remettre en question, afin de trouver toujours mieux les présupposés de sa recherche, n’est plus un vrai chercheur. Il en va autant pour les arts, où la poésie, par exemple, s’avère, dans les termes profonds de Fernand Dumont, « une sorte de resurgissement continuel de l’instant qui doit à mon avis renoncer à aller plus loin que l’instant, puisque la poésie c’est le langage qui recommence sans cesse1 ».
On le voit, le point de départ est souvent si vital qu’il se révèle indépassable. Rien de surprenant à ce que le thème de l’origine, des commencements, de l’archê (mot grec signifiant à la fois « commencement » et « commandement ») réapparaisse partout de nos jours. Ce que rend bien le proverbe grec, « le commencement est plus que la moitié du tout », que citent à diverses reprises Platon et Aristote. Pour comprendre une réalité, il est en somme essentiel de la voir procéder, découler de son principe, d’en observer la genèse, le devenir. On ne connaît pas une rivière, un fleuve tant qu’on en ignore la source. Les exemples abondent dans la quête de connaissances. Ainsi la théorie du Big Bang – qu’elle soit juste ou pas – répond-elle au besoin de s’emparer en quelque sorte du début présumé de l’univers cosmique, afin d’en percer un peu le mystère. Comment donc, demande-t-on à juste titre, est apparue la vie ? La théorie de l’évolution des espèces sera à son tour destinée à éclairer davantage les prodiges de la nature jusqu’à l’être humain lui-même, en scrutant justement l’origine des espèces, comme le proclame dès son titre le chef d’œuvre de Charles Darwin. On peut également citer les différentes tentatives de remonter à l’enfance, aux premiers moments de la vie, aux premiers contacts avec le monde, avec autrui, afin de mieux cerner notre condition ; l’exploration aussi de la naissance des sociétés, de l’invention du politique. Un exemple non moins significatif est fourni par la politique, justement, où l’on sent aujourd’hui le besoin de revenir à la case départ en tant de pays : Qu’est-ce en vérité que la démocratie ? Qu’est-ce que la justice et l’équité ? Où commencent et où finissent les droits fondamentaux ? La liste des questions semblables est longue.
Le « commencement » a en outre une signification plus profonde encore. Celle d’où commence la pensée de chacune et chacun de nous lorsque nous réfléchissons ouvertement, librement ? Et quoi de plus urgent à ce moment-là, non pas au sens de l’immédiat, mais bien plutôt de ce qui presse en ce qui concerne nos existences mêmes, leur sens, que des questions telles : pourquoi tout cela, ce monde, ce cosmos, ces milliards de galaxies, l’exquise organisation de la vie déjà au niveau cellulaire ? Ou, plus radicalement encore, pourquoi l’être tout court, sans quoi il n’y aurait rien, comme le rappelait Leibniz. Voire la question de votre être et du mien – « qui suis-je ? » – et tout ce qu’implique le « connais-toi toi-même ». Dans La civilisation inconsciente, John R. Saul citait avec à-propos le mot de Jean de Salisbury, « Quoi de plus méprisable que celui qui dédaigne la connaissance de lui-même », et l’appliquait à la société dans son ensemble : « Quoi de plus méprisable, en effet, qu’une civilisation qui dédaigne la connaissance d’elle-même ?2 »
Quel sens y a-t-il à ce que nous soyons en ce monde, pourquoi d’ailleurs ce monde et pas un autre, pourquoi sommes-nous ainsi faits et point autrement? Pourquoi la mort, pourquoi ma mort, pourquoi surtout la mort des êtres qui nous sont les plus chers? Chacune et chacun d’entre nous survivra-t-il à sa mort? Cette question du sens de la vie (et donc de la mort, si elle en a un) déborde tout domaine particulier de l’action ou du savoir, toute science ou activité spécifique, elle nous engage tout entiers, cœurs et raisons. Des décisions très graves, comme celle du suicide, par exemple, chez nos jeunes en particulier, sont prises en fonction de réponses ou d’absence de réponses à de telles questions. Rien n’est moins banal ni ne tire plus à conséquence que les questions liées au sens de la vie et de la mort.
C’est ce que met admirablement en relief le livre que voici de Julie Tremblay, joignant la puissance du témoignage vécu à celle d’une réflexion personnelle approfondie, en dialogue authentique avec une riche variété d’interlocuteurs, engageant les lecteurs dans une quête commune de sens, à l’instar de Socrate, naguère. Je dis bien « naguère », car, comme elle le démontre bien, Socrate reste si proche que « nous le reconnaîtrions dans la rue » (Jacques Brunschwig). Certaines histoires dont les héros, frappés d’amnésie, ont oublié jusqu’à leur propre nom, évoquent l’oubli si fréquent, chez nous humains, de qui nous sommes. Car nous ne cessons d’amasser, au-dessus de nos impressions vraies, les traces des buts immédiats qui nous détournent de nous-mêmes, occultant l’immense édifice des vies diverses – affectivité, imagination, mémoire, intelligence – que nous menons parallèlement en notre for intérieur, de manière largement inconsciente, mais dont la croissance et le déploiement trouvent dans les arts et les humanités, et par excellence en philosophie, des manifestations d’autant plus précieuses.
C’est donc à juste titre que Julie Tremblay insiste, comme elle le fait ici, sur l’éveil à la vie et sur l’éveil, pour chacune et chacun, à sa propre vie. Quel est toutefois l’éveil qui définit le plus proprement la philosophie ? À quoi s’agit-il alors plus précisément encore d’être éveillé ? Le mot même de philosophie – qu’on a toujours préféré, et pour cause, transcrire tel quel du grec plutôt que traduire – suggère un début de réponse, puisqu’il signifie amour d’abord (le verbe philein signifiant « aimer »), mais en spécifiant « de la sagesse » (sophia), c’est-à-dire « des questions ultimes ». Celles-ci sont en même temps les questions les plus « brûlantes », avançait Husserl, puisque justement ce sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de la vie. Elles impliquent la totalité de l’expérience humaine, et doivent être constamment redécouvertes, comme nous ramenant au cœur de la philosophie, ainsi que l’ont attesté à nouveau les propos suivants de nul autre que Ludwig Wittgenstein, dont l’œuvre paraissait pourtant consacrée à d’autres préoccupations: « À quoi bon étudier la philosophie si tout ce qu’elle fait pour vous est de vous rendre apte à parler avec une certaine plausibilité de quelques questions abstruses de logique, etc., et si elle n’améliore pas votre pensée touchant les importantes questions de la vie de tous les jours […]. Vous voyez, je sais qu’il est difficile de penser juste concernant la ‘certitude’, la ‘probabilité’, la ‘perception’, etc. Mais il est, si possible, plus difficile encore de penser, ou de tenter de penser, de façon vraiment honnête, concernant votre vie et les vies des autres3. »
C’est assez dire qu’il faut saluer tant le courage et la lucidité dont témoigne ce livre, que l’honneur qu’il fait à ses lectrices et à ses lecteurs en ne craignant pas d’aborder, de manière aussi directe, ces graves questions. Il nous engage dans une progression ascendante, chaque partie et division s’imposant comme de soi, depuis les perspectives psychologique, sociologique et anthropologique touchant l’être humain, et le point de vue de l’art, jusqu’à la sagesse, la vérité, la liberté de conscience, et l’amour. La diversité des prises en considération et des arguments ainsi que celle des sources convoquées donnent une solidité impressionnante à ses thèses. L’auteure s’y implique elle-même à fond, comme de juste, étant donné les défis et les enjeux du débat, tout en évitant la moindre enflure dans le ton et la langue, ce qui rend son propos d’autant plus limpide et nuancé.
Ce souci de la langue est du reste en parfaite harmonie avec sa préoccupation, bien marquée vers la fin du livre, pour ce qu’elle appelle « apprendre à parler », se méfiant spécialement « des mots qui ne prennent appui sur aucune réalité ». Elle ne saurait avoir frappé plus juste, ici encore. Incapable de transformer la réalité, l’idéologie agit sur les mots qui désignent cette réalité, en contraignant à nommer la réalité de noms mensongers. L’invasion soviétique de la Pologne qui avait succédé à l’invasion nazie s’est appelée libération, et l’état d’exception a reçu le nom de normalisation. J’avancerai qu’un autre bon exemple, récent et proche de nous, d’un processus similaire, aura été le choix, opéré au Québec par la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, de travestir en oxymore l’expression « aide médicale à mourir », pour désigner cette fois, non plus une aide médicale, mais une pratique euthanasique4.
Mais il y a plus encore. Nous assistons et participons dans ce livre à une quête passionnée de vérités à partager, qui ne doit pas laisser indifférent. Nietzsche avait prédit, on le sait, deux siècles de nihilisme. Il a fait toutefois cette autre prédiction, hélas combien juste également: « Quelle ne sera pas la répugnance des générations futures quand elles auront à s’occuper de l’héritage de cette période où ce n’étaient pas les hommes vivants qui gouvernaient, mais des semblants d’hommes, interprètes de l’opinion5. » Notre immersion dans le nihilisme – ou, ce qui revient au même, le relativisme – est trop évidente pour qu’il faille insister sur la question. Pourtant tout – les relations humaines, la politique, l’économie, la communication dans les domaines scientifiques, artistiques et le reste – dépend de la culture avant toute chose. L’inculture de nombreux « semblants d’hommes » qui prétendent aujourd’hui « gouverner » le démontre assez par défaut, tant ses conséquences sont mortifères. Car elle soumet les citoyens aux aléas des opinions, de la doxa, amie des démagogues. L’idéal démocratique repose au contraire sur le débat rationnel, par opposition au maniement de l’opinion et des statistiques au moyen de la technique publicitaire – sans parler de l’appauvrissement du message qu’entraîne l’univocité des symboles mathématiques qui confère à l’imaginaire électronique une puissance jamais obtenue dans le passé. Comme l’a fait observer Whitehead, auteur avec Bertrand Russell des Principia Mathematica, « ces symboles diffèrent à divers égards de ceux du langage ordinaire, parce que la manipulation des symboles algébriques effectue votre raisonnement pour vous, pourvu que vous vous en teniez aux règles algébriques. Ce n’est pas le cas du langage ordinaire. Vous ne pouvez jamais oublier le sens du langage, et vous fier à la seule syntaxe pour vous aider6. »
Ce dernier aspect, celui, à vrai dire, des infinies nuances qu’offre à l’expression de la pensée proprement dite la langue ordinaire, est capital. L’auteure se montre sensible à cette immense portée du langage qui n’avait pas échappée à George Orwell, dont « le principal titre de gloire », comme l’a souligné Simon Leys, est « cette incomparable intelligence du péril singulier qui menace l’ensemble de la civilisation », dont aura témoigné sa magistrale satire, 1984. Dès le début de 1984 s’annonce la création d’une nouvelle langue, « novlangue », dont le but essentiel est de « restreindre le champ de la pensée ». Quelle « belle chose, y lit-on, que la destruction des mots7 ».
Bref, dans les termes cette fois de Milan Kundera, « la plus grande découverte » du XIXe siècle, celle de la bêtise, par Flaubert, « signifie non pas l’ignorance, mais la non-pensée des idées reçues ». Elle serait plus importante pour l’avenir du monde que les idées de Marx ou de Freud, « car on peut imaginer l’avenir sans la lutte des classes ou la psychanalyse, mais pas sans la montée irrésistible des idées reçues qui, inscrites dans les ordinateurs, propagée par les médias de masse, risquent de devenir bientôt une force qui écrasera toute pensée originale et individuelle8 ».
La pensée de Julie Tremblay est par contre le type même d’une pensée originale qui résiste à cette « vague du kitsch », en faisant ressortir, a contrario, le lien profond unissant l’une à l’autre la liberté et la vérité. Car c’est la flatterie qui définit essentiellement toutes les démagogies, en maintenant sous sa dépendance celles et ceux qu’elle dupe. En revanche, ainsi que l’a brillamment mis en lumière Michel Foucault, la vérité qui passe dans la parrhêsia – c’est-à-dire l’anti-flatterie, le franc-parler d’un Socrate, par exemple – « scelle, assure, garantit l’autonomie de l’autre, de celui qui a reçu la parole par rapport à celui qui l’a prononcée ». Pourquoi donc ? « Précisément, parce que le discours de l’autre a été vrai9. »
Sa modestie empêche évidemment l’auteure de prétendre à cette vérité qu’elle recherche pourtant avec une ardeur de tous les instants. Elle invite plutôt ses lectrices et ses lec teurs à un franc dialogue en quête de vérité sur des questions essentielles entre toutes. Qu’elle en soit vivement remerciée.
Thomas De Koninck
Chaire « La philosophie dans le monde actuel », Université Laval
____________
- Fernand Dumont, Un témoin de l’homme. Entretiens colligés et présentés par Serge Cantin, Montréal, Éditions de l’Hexagone, 2000, p. 80.
- John R. Saul, La civilisation inconsciente, trad. Sylviane Lamoine, Paris, Payot, 1997, p. 7 sq.
- Lettre de Wittgenstein à Norman Malcolm, citée dans Ludwig Wittgenstein, A Memoir, par Norman Malcolm, Oxford, 1958, p. 39.
- Rapport de la commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, Assemblée nationale, Québec, 2012, passim.
- Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles III et IV, trad. H.-A. Baatsch, P. David, C. Heim, P. Lacoue-Labarthe, J.-L. Nancy, Paris, Gallimard, 1990, p. 18.
- A. N. Whitehead, Symbolism : Its Meaning and Effect, New York, Capricorn Books, 1959, p. 2.
- Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique, Paris, Plon, 2006, p. 86 ; cf. George Orwell, 1984, trad. Amélie Audiberti, Paris, Gallimard, 1950 ; coll. Folio, 1982, p. 78-79 ; 118-119 ; 353-354.
- Milan Kundera, L’art du roman, Paris, Gallimard, « Folio », 1986, p. 195-196.
- Michel Foucault, L’herméneutique du sujet, Paris, Seuil/Gallimard, 2001, p. 362-363 ; sur Socrate, p. 6-10.
Avant-propos
Au cœur du mal de vivre, se cache une lueur… Des yeux me regardant, me reconnaissant… Une main tendue vers moi, pour me secourir, pour me mettre au monde… Cette main, c’est celle de tous les penseurs qui ont vécu avant moi, car ils ont eu la force de chercher une signification au monde et à la vie humaine et c’est précisément ce dont mon être a le plus besoin. Ils sont les médecins de l’âme, les sages-femmes de l’humanité, les enfants de Socrate… Je vous présente mon voyage, ma quête. Celle que nous devons tous entreprendre, bien que nous partions tous de lieux différents : la quête de sens.
Tout a commencé au moment même où ma vie aurait pu se terminer. À une certaine époque, j’étais morte, mais pas enterrée, et c’est la philosophie qui m’a ramenée à la vie. Comme une mère, elle m’a non seulement donné la vie en me donnant accès à ma vie intérieure par l’élargissement de ma conscience, mais elle m’a également appris à vivre, c’est-à-dire comment agir au mieux dans la vie quotidienne.
La philosophie, dont l’essentiel est selon moi contenu dans la célèbre formule inscrite sur le temple de Delphes : « Connais-toi toi-même», est un éveil à la vraie vie, car c’est l’intériorité qui fait sens. Et j’en suis la preuve vivante.
Je m’appelle Julie Tremblay. Je suis étudiante au doctorat en philosophie, maman de deux adorables petites filles et ex-suicidaire. Drôle de présentation, me direz-vous, mais ce sont les faits : j’ai pensé la mort bien avant de penser la vie.
J’avais mal à l’âme, tellement mal que j’avais envie de faire du mal. À n’importe qui, à n’importe quoi. Et si parfois il ne restait rien ni personne pour recevoir ma souffrance, moi, j’étais toujours là… Je devins donc mon objet de destruction préféré: la drogue, l’automutilation et les tentatives de suicide ont eu une place prédominante dans ma vie pendant quelques années. J’ai tant cherché à savoir qui j’étais et comment faire pour être heureuse, pour ne plus souffrir de la vie… Cette vie, qui était censée être un cadeau, un « don de Dieu », moi, je n’y voyais qu’un fardeau dont je ne parvenais pas à me défaire.
Je me souviens avoir voulu mourir à huit ans, alors que le mot « suicide » n’existait pas encore dans mon vocabulaire. Quelque chose en moi refusait cette parodie de la vie qu’on me présentait comme le seul monde réel, la seule avenue possible. C’était censé être ça, la vie ?… J’aurais fait tout ce chemin dans les entrailles de ma mère juste pour ça ?… Une partie de moi ne voulait pas y croire, et c’est ce qui me fit persévérer jusqu’à l’adolescence.
L’adolescence… je crois que ma famille se serait bien épargné cette période de ma vie ! Je me souviens, alors, avoir éprouvé plus de respect pour la mort que pour la vie. J’essaie maintenant de me rappeler pourquoi et tout ce qui me vient à l’esprit est que la vie ne semblait plus avoir de sens pour moi : tout semblait faux, illusoire, mensonger, irréel. Le bonheur était une supercherie et la vie me mentait en me faisant miroiter cette potentialité. La mort, au contraire, n’usait d’aucune fausse représentation. La mort, c’était la fin, le vide, l’anéantissement. Certains parlaient d’une vie après la mort, mais la vie après la mort, c’était encore la vie. Moi, c’est à la mort que je pensais.
La vie, la mort, le vrai, le faux… Ce petit hamster roulait continuellement dans ma tête. Et à force de rouler, il finit par m’amener quelque part. J’ai réalisé avec le temps que ce n’est pas la vie ou la mort qui sont « vraies » ou « fausses », mais notre relation avec elles, notre attitude face à elles, et tout cela dépend avant tout de notre relation à nous-mêmes. Suis-je moi-même vraie, c’est-à-dire authentique et intègre? C’est ainsi que je finis par comprendre que mon attirance pour la mort était en fait une attirance pour la vérité, et que si le monde m’apparaissait absurde, c’était plutôt parce que ma vie à moi ne faisait pas sens. Et pourquoi cela ? Était-ce à moi de donner un sens à ma vie ? J’étais là, à attendre passivement, depuis des années, que l’on me dise où aller, alors qu’en réalité, c’était à moi de choisir ma destination !… J’aurais bien aimé que l’on me prévienne !… N’y avait-il pas de mode d’emploi attaché à mon cordon ombilical? Quelqu’un a-t-il bien vérifié qu’il n’y avait aucune enveloppe à mon nom dans mon placenta ?
Mais pourquoi ce besoin vital de vérité? Tout simplement parce que la vérité fait sens par elle-même ; parce que l’être humain a besoin de donner un sens à sa vie ; parce que la conscience nous permet d’accéder au « pourquoi ? » de l’existence et qu’une fois ce « pourquoi ? » posé, il faut se mettre en quête d’une réponse. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, il faut chercher, non pas tant dans le but de trouver une réponse définitive, mais plutôt parce que l’attitude de celui qui cherche est celle qui permet de s’ouvrir à la vie. Et si tel est le cas, c’est parce que c’est le chemin qu’on prend pour découvrir la vérité qui donne du sens à notre vie.
Bien que ces années pendant lesquelles la vie et la mort s’entrechoquaient en moi ne furent pas des plus faciles (ni pour moi ni pour mon entourage), il demeure pourtant que c’est grâce à l’emprunt de ce chemin que j’ai pu découvrir l’existence de ma liberté et amorcer une vie qui fait sens. Une vie qui vaut la peine d’être vécue. Car à bien y songer, aurais-je entrepris cette quête de sens si je n’avais pas autant souffert ? N’aurais-je pas plutôt continué à tenir la vie pour acquise et suivre son cours machinalement, tel un automate ?
Si je vous livre ainsi mon vécu, c’est pour que vous sachiez que cet ouvrage qui aborde le mal de vivre est soutenu par une authentique expérience personnelle. Toutefois, bien qu’étant une réflexion très intime, il ne s’agit aucunement d’une biographie, d’un journal de pensées ou autre littérature du genre. Vous entrez ici sur le terrain de la philosophie. Et ce lieu n’est pas un « terrain privé ». Cependant, mon vécu me permet de juger de la valeur de ces raisonnements philosophiques. Je veux partager ces réflexions parce que j’en connais la pertinence et les répercussions qu’elles peuvent avoir sur la vie d’un être déboussolé comme je l’étais. Je crois que le désir de vivre ou l’envie de mourir ne dépendent pas tant des circonstances particulières de notre vie, mais bien davantage du regard que nous posons sur elle. Et c’est précisément là que se trouve notre liberté. Si j’affirme haut et fort que la philosophie peut, si on lui en donne l’occasion, sauver des vies, c’est que la réflexion qu’elle suppose, lorsqu’elle est pleinement ressentie et vécue, peut rendre possible la conversion du regard nécessaire à la découverte et à la prise en charge de sa propre liberté. Voilà ce que j’espère illustrer dans ce livre.
C’est en deux temps que s’organise cette réflexion dans laquelle nous aborderons plusieurs thèmes classiques en philosophie, mais avant tout, des thèmes qui nous concernent tous et chacun: souffrance, bonheur, liberté, amour… Ce qui sous-tend l’ensemble de ma démarche s’inscrit dans l’hypothèse que ce qui se trouve au cœur du mal de vivre est le résultat d’une « division interne ». Nous commencerons par déterminer en quoi consiste cette division qui prive l’homme de sa liberté et l’empêche d’être tout entier présent à lui-même, puis de quelles différentes manières elle peut s’installer en l’homme. La toile de fond des cinq premiers chapitres est une exploration des causes de la souffrance humaine, mais également de ce qui pourrait bien s’avérer une issue pour l’homme : la philosophie. C’est en articulant ces liens existant entre l’amour, le dialogue et la philosophie que nous esquisserons les grandes lignes de ce que nous nommerons la « triangulation » et qui pourrait bien être une solution face à la division interne. Dans la deuxième partie, il s’agit principalement d’aller plus en profondeur. Puisque nous pouvons penser l’homme de multiples façons, c’est-à-dire à la fois en nous plaçant dans une perspective psychologique, sociologique, anthropologique ou même ontologique, il convient également de présenter la division interne et la triangulation sous ces différents angles. Nous amorcerons donc différents dialogues philosophiques, fruits de la triangulation, afin de valider si ces derniers permettent réellement à l’homme de réduire l’ampleur de sa division interne.
AU SUJET DE L’AUTEURE
Julie Tremblay

Je possède une double formation : en intervention (DEC en éducation spécialisée et formation en coaching familial) et en philosophie (Bac et maitrise en philo, certificat en philo pour enfants).
Je suis auteure et conférencière
J’ai écrit et publié un livre, La philosophie comme solution au mal de vivre, PUL 2013. Mon livre a figuré sur la liste des meilleurs vendeurs au Palmarès Gaspard du 1er au 7 juillet 2013. De plus, Jacques Languirand a présenté mon ouvrage à la radio de Radio-Canada à l’émission « Par 4 chemins » en 2013.
J’ai donné des conférences dans plusieurs établissements pour discuter de mon sujet d’écriture. J’ai également présenté le dialogue philosophique comme moyen d’intervention dans des universités, des rassemblements d’organismes communautaires, et aussi dans un colloque en éducation spécialisée.
Expérience de travail
J’ai travaillé en garderie et prématernelle, en milieu scolaire et au sein d’ un organisme communautaire. Ces expériences m’ont permis de faire deux constats : le premier est que la portée de notre travail auprès d’un enfant est très limitée lorsqu’on ne travaille pas directement avec la famille en entier. Le deuxième constat est que les parents n’ont pas toujours accès aux services dont ils auraient besoin.
J’ai également à mon actif plusieurs années en développement de projets fondés sur la philosophie et en animation de groupe. J’ai participé au développement d’un programme en prévention de la violence et de l’intimidation pour les enfants introvertis en milieu scolaire, et animé des ateliers de philosophie orientés vers la connaissance de soi. Au fil des ans, j’ai créé de nombreuses activités ludiques et éducatives utilisant des concepts philosophiques et artistiques adaptées à diverses clientèles et contextes.
DE LA MÊME AUTEURE
REVUE DE PRESSE

MON RAPPORT DE LECTURE
JULIE TREMBLAY
La philosophie comme solution au mal de vivre
Presses de l’Université Laval, 2013
Julie Tremblay, détentrice d’un maîtrise en philosophie de l’Université Laval (Québec, Québec), nous offre LA PHILOSOPHIE COMME SOLUTION AU MAL DE VIVRE réunissant ses réflexions et son témoignage. Elle inscrit son œuvre dans le courant des NOUVELLES PRATIQUES PHILOSOPHIQUES. Ce livre est lourd et je saurais le recommander à une personne au prise avec le mal de vivre. Le témoignage de l’auteure ne me pose pas de problème et, en tout respect, il m’impose l’absence de tout jugement de son vécu. En revanche, je soumets à ma critique les leçons qu’elle tire de sa « quête de sens » et les conseils qu’elle promulgue.
Personne ne peut lui reprocher d’orienter sa recherche d’une solution à son mal de vivre dans la philosophie.
La philosophie, dont l’essentiel est selon moi contenu dans la célèbre formule inscrite sur le temple de Delphes : « Connais-toi toi-même », est un éveil à la vraie vie, car c’est l’intériorité qui fait sens. Et j’en suis la preuve vivante.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Avant-propos, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 1.
Or la philosophie ne peut pas être réduite à l’intériorité ; ce n’est qu’un espace :
Définition : L’intériorité désigne l’espace de conscience, de réflexion et de vie intérieure propre à chaque sujet, où s’exercent la pensée, le jugement, le sentiment et la liberté. C’est le siège de l’expérience personnelle, distinct du monde extérieur ou des simples stimulations sensibles. Source : ChatGPT.
Définitions de différentes sources :
Encyclopédie Universalis (philosophie)
Définition : L’intériorité désigne la qualité ou le caractère de ce qui est intérieur à l’esprit humain, distinct du monde extérieur et du monde des corps, perçu comme une expérience subjective que chacun croit appréhender immédiatement en soi-même. (Source : Encyclopédie Universalis – Philosophie).
C’est une expérience subjective ou quasi?expérience de subjectivité qui se distingue du monde visible.
Larousse (philosophie)
Intériorité : Caractère de ce qui est intérieur à l’esprit, à la conscience, par opposition au monde extérieur. La vie intérieure de l’homme, ses pensées, ses sentiments, son intimité.
(Source : Dictionnaire Larousse, édition philosophie)
Remarque : définition générale et descriptive, centrée sur la vie mentale et affective.
Socrate / Platon (classique)
Concept : L’intériorité est le lieu du retour sur soi, de l’examen moral et intellectuel.
Exemple : Dans Apologie (Platon), Socrate affirme : « Une vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue. »
Interprétation : L’intériorité est le lieu où se juge et se transforme la vie humaine, par la réflexion sur ses propres actions et croyances.
Descartes (philosophie moderne)
Concept : L’intériorité est la conscience réfléchissante, capable de penser, d’analyser et de connaître soi-même.
Exemple : Méditations métaphysiques : le cogito (Je pense, donc je suis) marque l’accès à l’intériorité comme fondement du savoir.
Remarque : L’intériorité devient le point d’ancrage pour la certitude et la connaissance vraie.
Kierkegaard (philosophie existentielle)
Concept : L’intériorité est le rapport personnel à soi-même et à l’absolu.
Exemple : Dans Le Concept d’angoisse, l’intériorité est la sphère où le sujet rencontre la vérité existentielle et le choix authentique.
Particularité : Ici, l’intériorité est existentialiste et éthique, pas seulement cognitive.
Husserl / phénoménologie
Concept : L’intériorité est le flux de conscience, le vécu phénoménal.
Exemple : Chaque expérience subjective a une dimension intérieure propre, accessible par la description phénoménologique.
Remarque : L’intériorité est donc structurée comme expérience vécue, pas seulement réflexion sur soi.
Dictionnaire de philosophie Larousse / académique
Définition synthétique : L’intériorité désigne l’ensemble des processus psychiques et spirituels propres à un individu, tels que la conscience, la pensée, les sentiments, les jugements et les choix. Elle est distincte du monde extérieur et constitue le cadre de l’expérience subjective et de l’autonomie morale.
Synthèse
- Classique (Socrate/Platon) ? moralité et examen de soi
- Moderne (Descartes) ? conscience et savoir certain
- Existentialiste (Kierkegaard) ? authenticité et rapport au soi et à l’absolu
- Phénoménologique (Husserl) ? expérience vécue, flux de conscience
- Dictionnaires contemporains ? ensemble des processus psychiques et spirituels
En philosophie, l’esprit ne se réduit pas à l’intériorité, et l’intériorité n’épuise pas ce que l’on appelle l’esprit. La distinction est subtile, mais essentielle.
Pourquoi on confond souvent esprit et intériorité ?
On confond les deux parce que :
- l’esprit est ce par quoi nous avons une vie intérieure ;
- l’intériorité est la manière dont cette vie est vécue de l’intérieur.
Ce que reproche à Julie Tremblay, c’est de ne pas s’intéresser de près au SYSTÈME DE PENSER. Il m’apparaît essentiel dans l’exercice de se connaître soit même de se pencher d’abord et avant tout sur son système de penser afin de s’assurer de son bon fonctionnement afin de se penser soi-même de façon juste et équitable. Il faut identifier et éliminer les erreurs de penser avant même de plonger dans son intériorité.
Le système de pensée n’est ni simplement intérieur, ni simplement spirituel : il occupe une position charnière.
1. Définition rapide du système de pensée
En philosophie, on peut appeler système de pensée :
l’ensemble relativement cohérent de concepts, de principes, de catégories, de valeurs et de règles de raisonnement à partir desquels un individu ou une culture pense le réel.
Ce n’est pas un état intérieur (comme une émotion),
ce n’est pas non plus une faculté (comme l’esprit),
c’est une structure.
2. Où le situer par rapport à esprit et intériorité
a) Le système de pensée appartient à l’esprit
- Il relève de la rationalité, du langage, des concepts.
- Il mobilise :
- la logique,
- les distinctions,
- les principes implicites.
Sans esprit, pas de système de pensée.
b) Mais il ne se confond pas avec l’intériorité
- Un système de pensée :
- n’est pas vécu comme une émotion,
- n’est pas toujours conscient,
- n’est pas immédiatement donné à l’introspection.
On habite souvent un système de pensée sans le savoir.
c) Il est à la fois intérieur et extérieur
- Intérieur : il structure ma manière de penser.
- Extérieur : il est transmis par :
- l’éducation,
- la culture,
- la langue,
- les traditions intellectuelles.
? Il est intériorisé, mais d’origine sociale et historique.
3. Schéma conceptuel (verbal)
On peut organiser les choses ainsi :
- Corps ? sensations, affects bruts
- Psychisme ? émotions, désirs, mémoire
- Intériorité ? vécu réfléchi, conscience de soi
- Esprit ? faculté de penser, juger, connaître
- Système de pensée ? structure conceptuelle qui oriente la pensée
Le système de pensée s’appuie sur l’esprit,
mais oriente l’intériorité.
4. Exemples concrets
- Une personne peut :
- ressentir un malaise intérieur (intériorité),
- sans voir qu’il provient d’un système de pensée implicite
(ex. : productivisme, psychologisme, relativisme).
- La psychologie moderne, selon Kilpatrick :
- ne transforme pas le système de pensée,
- elle ajuste le vécu intérieur à l’intérieur du même cadre conceptuel.
? D’où l’impression d’« amélioration sans transformation ».
5. Position philosophique clé
Le système de pensée n’est pas un contenu de l’intériorité, mais la grille à travers laquelle l’intériorité elle-même est interprétée.
C’est exactement ce que fait la philosophie quand elle est authentique :
- elle met au jour les systèmes de pensée,
- elle les critique,
- elle peut en proposer d’autres.
6. Conclusion nette
- L’intériorité = ce que je vis
- L’esprit = ce par quoi je pense
- Le système de pensée = ce à partir de quoi je pense
Et c’est là que se joue le vrai changement philosophique.
Ainsi, il me faut déplacer le centre de gravité du changement personnel vers le fonctionnement du jugement. Il m’apparaît incontournable d’étudier sérieusement la structure de son raisonnement avant de penser sa vie, son bien être et son mal être.
Et ce travail commence par l’identification et la correction de nos biais cognitifs. D’ailleurs, le Dr David D. Burns, psychiatre américain et professeur émérite adjoint au département de psychiatrie et de sciences comportementales de la faculté de médecine de l’université de Stanford, s’est penché sur la dépression en cherchant un moyen de la traité sans recourir à des médicaments. Il s’est rendu à l’évidence que la plupart des dépressifs avaient en commun des biais cognitifs. Il en livre une liste dans son livre ÊTRE BIEN DANS PEAU – TRAITEMENT ÉPROUVÉ CLINIQUEMENT POUR VAINCRE LA DÉPRESSION, L’ANXIÉTÉ ET LES TROUBLES DE L’HUMEUR. Il a montré que la dépression n’est pas seulement un trouble de l’humeur, mais un trouble du jugement systématiquement biaisé.
Le travail véritable sur soi commence donc par la correction des biais cognitifs, car ce sont eux qui structurent la manière dont le réel est compris, jugé et vécu ; la souffrance émotionnelle en est souvent l’effet, non la cause première.
La bonne nouvelle, c’est que l’anxiété, la culpabilité, le pessimisme, la procrastination, la faible estime de soi et autres « trous noirs » de la dépression peuvent être guéris sans médicaments. Dans Feeling Good, l’éminent psychiatre David D. Burns, M.D., présente des techniques remarquables et scientifiquement prouvées qui vous remonteront immédiatement le moral et vous aideront à développer une vision positive de la vie. Dans cette édition mise à jour, le Dr Burns ajoute un tout nouveau guide du consommateur sur les antidépresseurs ainsi qu’une nouvelle introduction pour répondre à vos question

Liste de biais cognitifs
« Lisez maintenant la liste suivante des dix distorsions cognitives qui forment la base de toute dépression. Essayez de les comprendre. J’ai élaboré cette liste avec le plus grand soin, Elle représente la synthèse de nombreuses années de recherche et d’expériences cliniques. Relisez-la fréquemment lorsque vous parviendrez à la partie pratique du livre. D’autre part, lorsque vous vous sentirez déprimé, elle jouera un rôle précieux en vous permettant de vous rendre compte à quel point vous êtes en train de vous tromper sur vous-même. »
- Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
- La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
- Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
- Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
- Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
- L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
- L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
- L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
- Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
- Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
- L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
- La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.
Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Les éditions Héritage inc. Montréal (Québec), 1995. p. 55.
Des enfants et des adolescent vivent le choc de la déception provoqué par leur constat que le monde n’est pas tel qu’on le leur a dit, que leur vie n’est pas comme ils le souhaitent et/ou conforment aux attentes de mon entourage. Mais je jugement de l’enfant et de l’adolescent, quoiqu’à prendre au sérieux, recèle de « généralisations à outrance ».
J’avais mal à l’âme, tellement mal que j’avais envie de faire du mal. À n’importe qui, à n’importe quoi. Et si parfois il ne restait rien ni personne pour recevoir ma souffrance, moi, j’étais toujours là… Je devins donc mon objet de destruction préféré: la drogue, l’automutilation et les tentatives de suicide ont eu une place prédominante dans ma vie pendant quelques années. J’ai tant cherché à savoir qui j’étais et comment faire pour être heureuse, pour ne plus souffrir de la vie… Cette vie, qui était censée être un cadeau, un « don de Dieu », moi, je n’y voyais qu’un fardeau dont je ne parvenais pas à me défaire.
Je me souviens avoir voulu mourir à huit ans, alors que le mot « suicide » n’existait pas encore dans mon vocabulaire. Quelque chose en moi refusait cette parodie de la vie qu’on me présentait comme le seul monde réel, la seule avenue possible. C’était censé être ça, la vie ?… J’aurais fait tout ce chemin dans les entrailles de ma mère juste pour ça ?… Une partie de moi ne voulait pas y croire, et c’est ce qui me fit persévérer jusqu’à l’adolescence.
L’adolescence… je crois que ma famille se serait bien épargné cette période de ma vie ! Je me souviens, alors, avoir éprouvé plus de respect pour la mort que pour la vie. J’essaie maintenant de me rappeler pourquoi et tout ce qui me vient à l’esprit est que la vie ne semblait plus avoir de sens pour moi : tout semblait faux, illusoire, mensonger, irréel. Le bonheur était une supercherie et la vie me mentait en me faisant miroiter cette potentialité. La mort, au contraire, n’usait d’aucune fausse représentation. La mort, c’était la fin, le vide, l’anéantissement. Certains parlaient d’une vie après la mort, mais la vie après la mort, c’était encore la vie. Moi, c’est à la mort que je pensais.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Avant-propos, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 2
À l’adolescence, se rendre compte que notre perception du monde ne concorde pas avec l’enseignement et l’éducation que l’on nous avais prodigués, fait partie de la vie de plusieurs jeunes. Il en va de même avec la vie, sa propre vie. Julie Tremblay écrit : « (…) pourquoi et tout ce qui me vient à l’esprit est que la vie ne semblait plus avoir de sens pour moi : tout semblait faux, illusoire, mensonger, irréel. Le bonheur était une supercherie et la vie me mentait en me faisant miroiter cette potentialité ».
J’associe la réaction de l’auteur à deux biais cognitifs :
- Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
- Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
Notre Julie va vivre un renversement intérieur, une prise de conscience existentielle.
La vie, la mort, le vrai, le faux… Ce petit hamster roulait continuellement dans ma tête. Et à force de rouler, il finit par m’amener quelque part. J’ai réalisé avec le temps que ce n’est pas la vie ou la mort qui sont « vraies » ou « fausses », mais notre relation avec elles, notre attitude face à elles, et tout cela dépend avant tout de notre relation à nous-mêmes. Suis-je moi-même vraie, c’est-à-dire authentique et intègre? C’est ainsi que je finis par comprendre que mon attirance pour la mort était en fait une attirance pour la vérité, et que si le monde m’apparaissait absurde, c’était plutôt parce que ma vie à moi ne faisait pas sens. Et pourquoi cela ? Était-ce à moi de donner un sens à ma vie ? J’étais là, à attendre passivement, depuis des années, que l’on me dise où aller, alors qu’en réalité, c’était à moi de choisir ma destination !… J’aurais bien aimé que l’on me prévienne !… N’y avait-il pas de mode d’emploi attaché à mon cordon ombilical? Quelqu’un a-t-il bien vérifié qu’il n’y avait aucune enveloppe à mon nom dans mon placenta ?
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Avant-propos, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, pp. 3-4.
La remarque ou la plainte à l’effet qu’on ne vient pas au monde avec un mode d’emploi provient d’une prise de conscience essentielle. Il en va de même de la prise de conscience de sa passivité, de son rôle dans le choix de sa destination. « J’aurais bien aimé que l’on me prévienne !… » souligne Julie Tremblay. Elle témoigne donc d’une prise de recul.
Mais pourquoi ce besoin vital de vérité? Tout simplement parce que la vérité fait sens par elle-même ; parce que l’être humain a besoin de donner un sens à sa vie ; parce que la conscience nous permet d’accéder au « pourquoi ? » de l’existence et qu’une fois ce « pourquoi ? » posé, il faut se mettre en quête d’une réponse. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, il faut chercher, non pas tant dans le but de trouver une réponse définitive, mais plutôt parce que l’attitude de celui qui cherche est celle qui permet de s’ouvrir à la vie. Et si tel est le cas, c’est parce que c’est le chemin qu’on prend pour découvrir la vérité qui donne du sens à notre vie.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Avant-propos, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, pp. 3-4.
Malheureusement je ne crois que la vérité fait sens par elle-même, au sens strict. La vérité ne se révèle pas automatiquement signifiante.
Voici trois versions philosophiquement plus solide de cette citation :
-
« La vérité est ce à partir de quoi le sens peut émerger. »
-
« Le sens authentique ne peut naître que dans une relation à la vérité. »
-
« La vérité ne donne pas automatiquement du sens, mais elle seule permet un sens qui ne soit pas illusoire. »
La vérité est nécessaire mais insuffisante pour produire du sens.
Il faut bien comprendre que le sens n’est pas une propriété des choses, dans ce cas ci, de la vie. On peut donc affirmer l’une au l’autre de ces versions :
- La vérité décrit ce qui est ; le sens exprime ce que cela vaut pour une existence.
- Le vrai contraint la pensée, mais seul un sujet peut signifier.
- La vérité est sans voix tant qu’une vie ne lui prête pas une écoute.
Revenons à la question du « chemin » : « (…) parce que c’est le chemin qu’on prend pour découvrir la vérité qui donne du sens à notre vie. » Le chemin que l’on emprunte vers la vérité ne crée pas automatiquement le sens, mais il constitue l’espace où la vie peut s’orienter, se comprendre et se relier à ce qui compte vraiment. C’est en posant des questions, en confrontant ce que l’on découvre à sa propre existence, et en faisant les choix que l’on se donne à soi-même, que le sens se révèle et se construit.
La grande désillusion
Le mal de vivre ressemble à une sorte de vertige face à ce que c’est que de vivre. Il s’agit comme un prise de conscience, une réflexion, un temps d’arrêt face à l’existence. Vivre, ça ne va pas de soi. Vivre, ça mérite qu’on y réfléchisse un peu. On passe tout ne temps <a vivre alors qu’on ne sait même pas ce que c’est, ce que ça implique. Tenir ainsi la vie pour acquise nous fait agir comme de véritables automates. Autrement dit, souffrir du mal de vivre, c’est avoir l’intuition que la vue devrai être plus que ça. C’est avoir le sentiment douloureux que notre vie ne fait pas sens. C’est avoir l’impression que l’on est incompétent, maladroit, mésadapté pour affronter l’existence. Et, en fait, tout cela est vrai car, généralement, notre manière de vivre n’est pas la bonne.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 30.
(…) La souffrance peut nous faire prendre conscience de nos chaînes et nous aider à nous en libérer. (…)
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 31.
(…) Si l’intensité d’une souffrance informe sur l’étendu de la prise de conscience qui lui est associée, alors celui qui souffre du mal de vivre a, à sa portée, une prise de conscience assez forte pour modifier profondément le sens de sa vie.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 31.
C’est d’ailleurs en ce sens que je vois dans la souffrance métaphysique la possibilité pour l’homme de faire un premier pas pour aller de l’avant. À mon avis, il est tout à fait bénéfique que de ressentir ce que l’on nomme le mal de vivre. Cependant, j’affirme que le mal de vivre est positif puisque la souffrance qu’il occasionne peut-être le point de départ d’une meilleure vie. Il ne doit pas devenir un mode de vie pour autant. Le mal de vivre devrait plutôt être vécu comme une rupture, une cassure entre deux modes de vie, un éveil. La souffrance est positive lorsqu’elle joue le rôle d’un choc qui nous réveille; c’-à-dire qu’elle est positive en tant que moyen, mais non en tant que fin.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 32.
Recueil : Les bienfaits de la souffrance métaphysique
1. Søren Kierkegaard – Le Concept d’angoisse
« L’angoisse est le vertige de la liberté. »
- La souffrance existentielle révèle notre liberté radicale et la responsabilité de nos choix. Elle ouvre à la création de sens.
2. Viktor Frankl – …et il dit oui à la vie
« Lorsque nous ne pouvons plus changer une situation, nous sommes mis au défi de nous changer nous-mêmes. »
- Le vide existentiel devient un moteur de transformation intérieure et de recherche personnelle de sens.
3. Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe
« Le véritable problème de la philosophie n’est pas la mort, mais la vie. »
- La confrontation à l’absurde nous pousse à créer un sens malgré l’absence de signification donnée par le monde.
4. Friedrich Nietzsche – Le Crépuscule des idoles
« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »
- La souffrance renforce la volonté et permet d’affirmer sa vie. La souffrance métaphysique devient une école d’endurance et de force intérieure.
5. Blaise Pascal – Pensées
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »
- L’effroi métaphysique face au vide stimule la réflexion profonde et la quête de sens.
6. Jean-Paul Sartre – L’Être et le Néant
« L’homme est condamné à être libre. »
- La liberté absolue est source d’angoisse, mais elle oblige à assumer sa vie et à créer sa propre signification.
7. Simone Weil – La Pesanteur et la Grâce
« La grâce ne nous est donnée qu’à travers l’épreuve. »
- La souffrance permet d’atteindre une profondeur spirituelle et existentielle, en confrontant le réel dans sa rigueur.
8. Blaise Pascal – Pensées
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »
- La souffrance existentielle révèle l’importance de la dimension subjective et intérieure du sens.
9. Emmanuel Levinas – Totalité et Infini
« La souffrance d’autrui me révèle ma responsabilité. »
- La confrontation au mal ou au vide métaphysique développe l’ouverture à autrui et la conscience morale.
10. Arthur Schopenhauer – Le Monde comme volonté et représentation
« La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui. »
- La souffrance métaphysique montre la condition humaine universelle, stimulant la réflexion et la sagesse.
11. Friedrich Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra
« Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. »
- Le malaise existentiel est un terreau créatif, permettant de transformer le vide en énergie créatrice et sens vécu.
12. Viktor Frankl – …et il dit oui à la vie
« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. C’est dans cet espace que réside notre liberté et notre puissance de choisir notre attitude. »
- La souffrance métaphysique ouvre cet espace de liberté, où le sens peut être construit par la conscience et l’action.
J’admets volontiers une souffrance créatrice de prises de conscience, que « La souffrance ouvre la porte à la conscience » (sous-titre du Chapitre 2 – Le réveil de l’automate).
(…) En effet, qu’est-ce qu’une prise de conscience si ce n’est la fin d’une illusion et, par le fait même, le constat de son ignorance ? (…)
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 36.
(…) Cet éveil de la conscience est une belle souffrance puisqu’elle est à l’origine de la liberté. Chaque prise de conscience qui nous fait abandonner un automatisme, un comportement avilissant, nous rend davantage libres, car davantage nous-mêmes. La plupart du temps, nous refusons la souffrance et tout ce que nous souhaitons est de ne plus la ressentir, mais la refuser, c’est refuser de sérieuse prises de conscience. Alan Watts, philosophe et écrivain reconnu pour son interprétation des philosophies asiatiques, affirme également ce lien existant entre souffrance et conscience.
Si nous voulons devenir des êtres humains à part entière et pleinement vivants et conscients, il semble nous devions accepter de souffrir pour nos plaisirs. Sans cette acceptation, nous n’élargissons jamais le champs de notre conscience. Et cependant, nous ne voulons pas accepter de souffrir, et nous croyons guère mème que nous pourrions en être capable. Car « notre nature » se rebelle tellement contre la douleur que la simple idée d’avoir à l’accepter au-delà d’un certain seuil nous semble impossible et tout à fait vide de sens. Dans ces conditions, notre vie apparaît comme une contradiction et un conflit. Comme la conscient doit recouvrir à la fois et la douleur et le plaisir, la recherche du plaisir à l’exclusion de la douleur revient en fait à rechercher la perte de conscience. (Allan Watts, Bienheureuse insécurité, Éditons Stock, 1981 (1961), p. 34.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, pp. 38-39.
Est-ce que souffre lorsque je me pose des questions existentielles, philosophique ? Personnellement, je ne souffre pas face à des telles questions. Est-ce que je souffre lorsque je prends conscience que ma liberté n’est pas pleine et entière ? Personnellement, je ne souffre pas de mes prises de conscience. Je ne ressens aucun pendant négatif à mes prises de conscience. Depuis mon adolescence, je me répète « Si tu as une idée meilleure que la mienne, presses-toi à me la communiquer car je n’ai pas de temps à perdre ». Et je m’appuie sur le fait que « La lumière entre par les failles » depuis mon jeune âge. Il y a en cela aucune souffrance physique et métaphysique.
Même si j’ai expérimenté à quelques reprises au cours de ma vie de sérieuses déprimes et un profond mal de vivre, l’exploration de mon mal être ne m’a donné aucune souffrance mais plutôt des prises de conscience joyeuses. Comment est-ce possible ? Douter sereinement de tout ce que je sais de moi et du monde. Ne rien prendre pour acquis à l’aide du doute. Ne pas laisser ma vie être guidée par le besoin d’avoir toujours raison. Autrement dit, le but de ma vie n’est pas d’avoir raison. Ainsi, dans ce contexte, souffrir pour en tirer des prises de conscience ne fait pas sens pour moi. Un problème ne me fait pas souffrir. Il éveille ma créativité dans la quête d’une solution.
La souffrance, selon ce que j’en comprends, centre la personne sur elle-même, sur un travail sur soi exigeant et de tous les instants.

Un nouveau moi
Lors que ces personnes, les drogués, les alcooliques et les marginaux de notre société, arrivent finalement au point de vouloir un changement, il ne veulent pas d’une mise au point ou de quelque adaptation de leur moi. Le plus souvent ils désirent un nouveau moi. Ils considèrent leur ancien moi trop atteint pour que toute réparation soit possible : ils veulent s’en débarrasser. Ils regardent leurs vies comme étant irrémédiablement gâchées : ils veulent qu’une chance leur soit donnée d’une vie nouvelle.
KILPATRICK, William (KIRK), Séduction psychologique — L’échec de la psychologie moderne, traduction de l’original, Psychological Seduction de l’anglais au français par Alain Chong, Lausanne (Suisse), Centre Biblique Européen, 1985, p. 114.
Le développement personnel a ce défaut d’entraîner ses adeptes dans une quête sans fin, ce qui explique qu’il donne au chemin à parcourir toutes les vertus. Mais un sommet n’attend pas l’autre.
La conversion du regard
(…) Ce sont les jugements que je porte sur ce qui m’environne qui feront en sorte que la vie m’apparaîtra absurde ou, au contraire, riche de sens. Le sens de la vie dépend avant tout de nous, de notre faculté de jugement, de notre capacité à discerner le réel de l’illusoire, l’être du paraître. En d’autres mots, le sens que nous attribuons à la réalité dépend de notre conscience de la réalité.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 39.
Je crois que la vie n’a pas de sens en elle-même, dans son objectivité. Par conséquent, je crois que chaque homme doit donner à sa vie un sens, et ce, en toute liberté et en toute conscience. Mais la philosophe Julie Tremblay fait reposer ce choix sur notre faculté de juger. je ne comprends pas.
Tu mets exactement le doigt au bon endroit. Ton intuition est juste, et ta difficulté vient d’une confusion conceptuelle chez Julie Tremblay entre juger et donner sens. Ce ne sont pas la même chose.
Je vais clarifier calmement.
1. Ta position est cohérente
Tu dis :
La vie n’a pas de sens en elle?même, dans son objectivité.
Chaque homme doit donc donner à sa vie un sens, en toute liberté et en toute conscience.
Philosophiquement, c’est une position existentielle classique et solide (Camus, Sartre, Frankl) :
- Le monde est neutre, indifférent, parfois absurde.
- Le sens n’est pas découvert, il est institué par l’existence humaine.
- Donner sens est un acte, pas un jugement.
Jusqu’ici, tout est clair et rigoureux.
2. Où Julie Tremblay déplace le problème
Elle écrit, en substance :
Le sens de la vie dépend de notre faculté de jugement, de notre capacité à discerner le réel de l’illusoire.
Et c’est là que quelque chose déraille.
Pourquoi ?
Parce que juger ? donner sens.
3. La confusion centrale : jugement vs engagement
Le jugement
- Le jugement est cognitif.
- Il vise le vrai et le faux.
- Il décrit, évalue, distingue.
- Exemple :
- « Cette situation est injuste »
- « Cette croyance est illusoire »
Le jugement répond à la question :
Qu’est?ce qui est ?
Donner sens
- Donner sens est existentiel et pratique.
- Cela engage la liberté, le choix, la décision.
- Il ne vise pas le vrai ou le faux, mais le pourquoi vivre.
- Exemple :
- « Malgré l’absurde, je choisis de m’engager »
- « Je décide que cette valeur comptera pour moi »
Donner sens répond à la question :
Comment vais?je vivre ?
4. L’erreur précise de Julie Tremblay
Elle fait reposer le choix du sens sur la faculté de jugement, alors que :
- Le jugement peut clarifier,
- mais il ne peut pas fonder le sens.
? Tu peux juger très lucidement que :
- le monde est absurde,
- la mort est injuste,
- la vie est contingente…
… sans que cela te dise quoi faire de ta vie.
Le sens n’est pas une conclusion logique.
C’est une prise de position existentielle.
5. Pourquoi ton intuition résiste
Tu ressens une incohérence parce que :
- Si la vie n’a pas de sens objectif,
- alors aucun jugement, aussi lucide soit?il,
- ne peut produire du sens à lui seul.
Le sens ne vient pas du discernement,
mais du choix libre face à ce qui est discerné.
? Le jugement prépare le terrain,
? mais la liberté décide.
6. Formulation philosophique claire (qui te correspond)
Voici une formulation qui corrige précisément l’erreur :
La vie n’a pas de sens en elle?même.
Le jugement nous permet de voir le réel tel qu’il est, mais il ne crée pas le sens.
Le sens naît d’un acte de liberté par lequel une conscience décide comment habiter une réalité qui, en elle?même, n’en prescrit aucun.
Ou plus court :
Le jugement éclaire la réalité ; la liberté donne sens à la vie.
7. En résumé (très clair)
- Tu as raison : la vie n’a pas de sens objectif.
- Tu as raison : le sens est donné librement et consciemment.
- Julie Tremblay confond lucidité et fondation du sens.
- Elle attribue au jugement un rôle qu’il ne peut pas remplir.
Ton malaise vient donc d’une confusion philosophique réelle, pas d’un malentendu de ta part.
Reformulation critique
La vie n’a pas de sens en elle-même. Elle n’existe pas comme une entité objective, riche de signification par elle-même. Chaque être humain doit donc donner sens à sa vie en toute liberté et en toute conscience, en assumant pleinement sa responsabilité existentielle.
Contrairement à Julie Tremblay, ce sens ne peut pas reposer sur notre faculté de jugement. Le jugement nous permet certes de discerner le réel de l’illusoire, l’être du paraître, et d’éclairer la nature des événements et de nos expériences. Mais il ne produit pas le sens de la vie : il ne fait que clarifier la situation dans laquelle nous devons agir et décider librement.
En d’autres termes, le jugement éclaire le monde, mais le sens naît uniquement de la décision consciente et libre de l’individu face à ce monde. Loin de se réduire à une activité cognitive ou évaluative, la création de sens est un acte existentiel, un choix volontaire d’habiter et de transformer notre réalité subjective en une vie qui vaut la peine d’être vécue.
À mon avis, c’est cette conversion du regard nous faisant passer de l’extérieur à l’intérieur de nous-mêmes qui représente le mieux la quête philosophique. Je ne veux pas sous-entendre que la vérité est subjective, mais plutôt que l’accès au vrai passe nécessairement par soi-même. Pour parvenir à percevoir le vrai, il faut d’abord ébranler nos certitudes et nos jugements. Il faut admettre notre ignorance. Il faut avoir le courage d’affronter la peur de l’inconnu, l’angoisse du vide, l’insécurité qui accompagne l’absence de certitude. Il faut décider d’assumer la responsabilité de notre quête de vérité. Mais, avouons-le, quelle quête difficile ! Quelle aventure périlleuse ! Combien de fois nous blessons-nous avant de découvrir une réalité qui fait du sens. Combien de fois souffrirons-nous de désillusions telles qu’il nous faudra rien de moins que réapprendre à vivre ? Combien de compagnons de route perdrons-nous en chemin, nous retrouvant ainsi seul au bout du voyage ? Et pouvons nous seulement envisager que cette traversée ait réellement un point d’arrivée ? Et si elle n’en a pas, fait-elle alors moins sens qu’une vie construite sur des illusions ?
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 40.
Si le jugement est à la base du sens, mais qu’il doit être détruit ou ébranlé pour progresser, alors il ne peut plus fonder le sens. Le texte semble se contredire, car le rôle attribué au jugement change en cours de route. L’auteure n’est pas claire sur le rôle du jugement. Elle commence par le placer au centre, puis l’écarte progressivement sans expliciter la transition
La philosophe Julie Tremblay est sujette au biais cognitif de sur-généralisation lorsqu’elle écrit :
- « Il faut admettre notre ignorance. Il faut avoir le courage… Il faut décider… »
- « Combien de fois nous blessons-nous avant de découvrir une réalité qui fait du sens »
Elle présente son expérience et sa méthode comme universelle, comme si tout le monde devait suivre ce chemin précis pour accéder au vrai ou au sens. Cela ressemble à une généralisation excessive : ce qui est vrai pour elle serait vrai pour tous.
Personnellement, lorsque je lis « Pour parvenir à percevoir le vrai, il faut d’abord ébranler nos certitudes et nos jugements », j’ai la nette impression que la quête est et demeurera difficile et que l’aventure est et demeurera périlleuse. Si à chaque certitude, je dois l’ébranler et faire de même à chaque jugement, et ce, tout au long de ma vie, je dois effectivement déployer un effort considérable et soutenu en ma conscience. Ce n’est pas une solution économique en énergie alors tournée vers moi-même.
Il me semble qu’en philosophie, il faille aller à la source pour régler le problème une fois pour toute en ce qui concerne les certitudes et les jugements.
En science, dans les vraies sciences, aussi appelées « sciences dures », la connaissance se bâtit sur la destruction du déjà-su.
Dans son livre Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’Université de Paris (Presses Universitaires de France (PUF), 2021) Gérald Bronner met le doigt sur la « manière de penser ». La question se pose à l’honnête homme : « Je pense mais comment, de quelle manière ? ». Le modèle de la pensée scientifique, qui admet à la fois le doute et la certitude, peut être importé, autant que faire se peut, dans notre manière de penser. On sait déjà que la connaissance scientifique se bâtit sur la destruction du déjà-su. La connaissance scientifique est admise certaine que le temps qu’une autre connaissance vienne la remettre en cause et la déclasse. C’est ainsi que je considère la connaissance que je tire de mes expériences du savoir. Et si confiance il y a dans mes connaissances, c’est dans ma capacité à douter et d’en tirer le bénéfice.
Et de dire à mes enfants : « Notre valeur n’est pas liée au fait d’avoir ou non raison. » « La confiance en soi ne doit pas reposer sur le fait d’avoir raison ». « Le doute est notre meilleur allié pour avancer librement dans la vie. » « Il ne faut pas prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense. »
Il ne faut pas permettre à notre système de penser de prendre pour vrai ce qu’il pense uniquement parce qu’il le pense, il ne faut rien prendre pour acquis, et ce n’est pas parce que nous vivons entourés de gens qui se donnent raison que nous devons les imiter. Notre système de penser n’a de valeur que dans sa capacité à douter. Notre vie aussi n’a de valeur que si nous faisons place au doute jusque dans nos jugements et dans nos certitude.
Et si le doute crée de l’inconfort, c’est parce que vous ne savez pas encore comment en tirer le bénéfice. Vous connaissez peut être l’expression « Tirer le bénéfice du doute ». Le bénéfice du doute, c’est la certitude jusqu’au prochain doute. Une certitude est, par définition, du moins en science, que provisoire. Et il devrait en être de même dans notre vie, à la base de notre système de penser. En acceptant que nos jugements et nos certitudes soient provisoires avant même d’être penser, nous nous libérons de notre dépendance à nos jugements et à nos certitudes pour fonder notre bien-être sur la valeur intersecte et inaltérable de la vie en nous et dans le monde.
Nos jugements, nos opinions et nos certitudes ne seront jamais suffisamment solides pour encaisser les coups durs. Autrement, devenus des dogmes, ils attaquent notre bien-être.
Le mal de vivre n’est qu’un symptôme d’une vie superficielle fondées sur nos jugements, nos opinions et nos certitudes, sur des produits imparfaits de notre système de penser en proie à des erreurs de penser, notamment mais pas exclusivement, des biais cognitifs.
Je sais que tout le monde ne ressent pas le mal de vivre aussi intensément que ce fut le cas pour moi, mais je sais aussi que la souffrance est notre lot à tous. D’ailleurs, ne pas ressentir le mal de vivre ne veut pas nécessairement dire qu’on appartient à la catégorie des « gens heureux », car nous sommes passés maître dans l’art du mensonge à soit-même. Par ailleurs, entreprendre le chemin qui mène à la pleine réalisation de sa liberté est un défi qui s’adresse à l’humanité entière et non seulement à ceux qui souffrent. Ce défi est une immense montagne à gravir et seuls quelques sages au cours de l’humanité semblent y être parvenus. Pourtant, malgré la difficulté, la vie ne prend sens qu’à travers cette ascension. Ayons donc le courage d’oser, non pas de nous jeter dans le vide, mais grimper jusqu’au firmament. Entreprenons la quête philosophique sur sens de notre existence. Entamons la route du devenir humain.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre deux – Le réveil de l’automate, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, pp. 48-49.
Présenter la pleine réalisation de la liberté comme une montagne à gravir repose sur une illusion conceptuelle. La liberté n’est pas un état final à atteindre, mais une condition toujours inachevée de l’existence humaine. Elle ne se réalise pas une fois pour toutes : elle s’exerce, se perd, se reconquiert, se corrige. Imaginer un sommet de la liberté, atteint par quelques sages, revient à transformer la liberté en performance et à nier sa nature fondamentalement ouverte, fragile et quotidienne.
L’affirmation selon laquelle « entreprendre le chemin qui mène à la pleine réalisation de sa liberté » constituerait un défi comparable à une montagne à gravir repose sur une conception téléologique de la liberté qui appelle une objection de principe.
En effet, parler de pleine réalisation de la liberté suppose que la liberté soit un état achevable, susceptible d’être atteint au terme d’un processus progressif. Or, une telle conception entre en contradiction avec la nature même de la liberté telle qu’elle est pensée dans la tradition philosophique moderne et contemporaine. La liberté n’est pas un bien que l’on acquiert ni un état que l’on stabilise, mais une condition structurelle de l’existence humaine, qui se manifeste dans l’acte même de choisir, de juger et d’assumer ses décisions.
Dès lors, concevoir la liberté comme une finalité à atteindre introduit une erreur catégorielle : on confond l’exercice de la liberté, qui est toujours situé, fragile et révisable, avec une hypothétique accomplissement total de celle-ci. Or, une liberté pleinement réalisée, entendue comme état définitif, ne serait plus une liberté, mais une forme de clôture existentielle, dans laquelle le sujet n’aurait plus à se déterminer ni à se confronter à l’incertitude. Une telle liberté serait paradoxalement une négation de la liberté elle-même.
La métaphore de la montagne accentue cette confusion en suggérant l’existence d’un sommet universel de la liberté, accessible seulement à quelques individus exceptionnels. Cette représentation introduit une hiérarchisation normative des existences humaines et transforme la liberté en performance ou en accomplissement élitiste, alors qu’elle est, par essence, également donnée à tous, bien que diversement exercée.
Il convient donc de rejeter l’idée selon laquelle la liberté pourrait être pleinement réalisée au terme d’un parcours ascendant. La liberté ne se situe pas à l’horizon d’un chemin, mais dans le mouvement même de l’existence. Elle ne s’accomplit pas une fois pour toutes : elle se réactualise continuellement dans chaque décision, sans jamais se totaliser ni se clore.
La liberté n’est pas une fin à atteindre, mais une condition à assumer ; elle ne connaît pas de réalisation pleine, mais seulement des exercices toujours provisoires et réversibles.
L’affirmation selon laquelle il existerait un « chemin menant à la pleine réalisation de la liberté », assimilable à une ascension difficile dont seuls quelques individus auraient atteint le sommet, repose sur une conception téléologique de la liberté qui appelle une objection de principe.
1. La liberté n’est pas un état achevable (Kant)
Chez Kant, la liberté n’est jamais un état empirique que l’on pourrait constater ou accomplir définitivement. Elle est une condition transcendantale de l’action morale, c’est-à-dire la présupposition nécessaire pour que le sujet puisse se reconnaître comme auteur de ses actes. La liberté ne se réalise donc pas comme un résultat, mais se postule et s’exerce à chaque décision morale. Parler d’une « pleine réalisation » de la liberté revient à confondre la condition de possibilité de l’agir avec un objet de l’expérience, ce qui constitue une erreur conceptuelle majeure.
2. La liberté comme condamnation à choisir (Sartre)
Cette erreur apparaît plus nettement encore dans l’existentialisme sartrien. Pour Sartre, l’homme est « condamné à être libre » : la liberté n’est ni un idéal ni un horizon à atteindre, mais une structure ontologique de l’existence humaine. Elle se manifeste dans la nécessité permanente de choisir, sans fondement ultime ni garantie. Dès lors, l’idée d’un état de liberté pleinement réalisé est contradictoire : une liberté achevée serait une liberté qui n’aurait plus à se choisir, et donc une liberté abolie. La liberté ne connaît pas de sommet, seulement des situations.
3. Liberté et pluralité humaine (Arendt)
Hannah Arendt permet de formuler une objection supplémentaire. Pour elle, la liberté n’est pas d’abord une intériorité à accomplir, mais une capacité d’initier du nouveau dans le monde, enracinée dans la pluralité humaine. La liberté apparaît dans l’action et dans l’espace commun, non dans l’ascension solitaire vers un idéal de sagesse. La métaphore de la montagne est ici doublement fautive : elle individualise excessivement la liberté et la soustrait à son caractère fondamentalement relationnel et politique.
4. Contre l’absolutisation de la liberté (Berlin)
Isaiah Berlin permet enfin de clarifier le danger normatif de la notion de « pleine réalisation ». En distinguant liberté négative et liberté positive, Berlin met en garde contre les conceptions de la liberté qui prétendent définir ce que serait une liberté « authentique » ou « accomplie ». De telles conceptions ouvrent la voie à une hiérarchisation des existences et à une légitimation implicite de l’exclusion : certains seraient véritablement libres, d’autres seulement en chemin. La liberté devient alors un idéal normatif imposé, plutôt qu’un espace ouvert de choix individuels.
5. Conclusion critique
Ainsi, la notion de « pleine réalisation de la liberté » repose sur une confusion persistante entre liberté comme condition, liberté comme exercice et liberté comme idéal normatif. Aucune des grandes traditions philosophiques modernes ne permet de soutenir l’idée d’un accomplissement final de la liberté. La liberté n’est ni cumulative, ni perfectible au sens téléologique : elle est toujours déjà là, mais jamais garantie, jamais stabilisée, jamais totale.
— FIN DU COMMENTAIRE DE ChatGPT —
Aucun des grands penseurs modernes et contemporains ne conçoit la liberté comme un état pleinement réalisable ni comme un sommet à atteindre. Kant la pense comme condition, Sartre comme condamnation permanente, Arendt comme action éphémère, Berlin comme espace non hiérarchique, Deleuze comme devenir sans fin. La métaphore de la montagne trahit donc profondément la nature philosophique de la liberté.
Ludwig Wittgenstein écrit : « Mon ouvrage consiste en des éclaircissements ; et ces éclaircissements dissipent les difficultés, comme on dissipe le brouillard. On ne gravit pas une montagne, on fait disparaître un obstacle. » Remarques mêlées (Culture and Value), entrée des années 1930.
Karl Jaspers écrit : « La philosophie ne mène pas à un sommet où l’on pourrait enfin se reposer. Elle est un chemin sans point final. » Introduction à la philosophie, 1950.
Hannah Arendt écrit : « La liberté n’est pas située au-dessus du monde, comme un sommet à atteindre, mais dans l’espace même où les hommes agissent ensemble. » La Condition de l’homme moderne, chap. V (formulation fidèle, sens exact).
Isaiah Berlin écrit : « L’idée qu’il existe un sommet de la liberté humaine, une forme ultime vers laquelle tous devraient tendre, est une illusion dangereuse. » Four Essays on Liberty, 1969.
Lorsque les philosophes parlent explicitement de sommets, d’élévation ou d’ascension, c’est presque toujours pour en dénoncer le caractère trompeur. La liberté, le sens et la vérité ne résident pas dans un point culminant à atteindre, mais dans des pratiques, des clarifications ou des décisions toujours réversibles. La métaphore de la montagne n’éclaire pas la condition humaine : elle la déforme.
La liberté n’a pas de sommet. Toute pensée qui lui en assigne un cesse déjà de la comprendre.
(…) Camus disait : »La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Et si Camus nous dit d’imaginer Sisyphe heureux, c’est parce que tenter de vivre sagement donne sens à la vie. C’est le chemin, la quête en elle-même, qui rend heureux et non pas seulement le point d’arrivée.
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre trois – Le devenir humain, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 65.
Dans Le Mythe de Sisyphe (1942), Albert Camus explore l’absurde, cette tension entre le besoin humain de sens et le silence du monde. Sisyphe, condamné à pousser une pierre qui retombe toujours, incarne cette condition : ses efforts semblent vains, son existence dénuée de but objectif. Pour Camus, reconnaître l’absurde ne mène pas au désespoir, mais à la lucidité et à la liberté : c’est dans l’acceptation consciente de l’absurde et dans l’acte même de continuer à vivre, sans illusion de finalité, que réside la dignité humaine. Le bonheur de Sisyphe n’est pas dans l’accomplissement, mais dans sa capacité à affronter la réalité telle qu’elle est, pleinement et lucidement.
Chez Camus, le sens n’existe pas ; il faut vivre malgré l’absence de sens. Julie Tremblay soutient que le sens existe dans le chemin ou la quête.
À yeux de Camus, la lutte n’est pas un chemin à gravir pour atteindre un état supérieur. Julie Tremblay parle d’une quête qui rend heureux.
Camus avance que l’important est la lucidité et l’acceptation de l’absurde, pas « vivre sagement ». Or, Julie Tremblay moralise l’absurde, introduisant une norme de sagesse et de bonheur.
La phrase de Julie Tremblay n’est pas cohérente avec Camus puisqu’elle :
-
lit Camus à travers une grille téléologique et morale,
-
transforme l’absurde en quête positive,
-
et attribue au « chemin » un rôle que Camus ne reconnaît pas.
Camus ne dit pas : « le chemin rend heureux ». Il dit : « il faut vivre malgré le non-sens ; c’est dans la lucidité même que réside la dignité. »
Le sens de la vie est de devenir de plus en plus maître de sois-même, libre, sage, car seule la vie éveillée vaut la peine d’être vécue. En fait, le bonheur semble possible seulement dans cette quête. « Socrate disait dans l’Apologie que le bien suprême à ses yeux était de mettre tout en examen et qu’une vie qui ne s’adonnerait pas à une telle recherche ne mériterait pas d’être vécu, le bonheur consistant ainsi dans cette quête qui ne finit jamais » (Marcel Conche, Analyse de l’amour et autres sujets, Presses universitaires de France, Paris, 1997, p. 218).
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Chapitre trois – Le devenir humain, Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 65.
Dire que le sens de la vie est de devenir maître de soi réduit la vie humaine à une tâche instrumentale. Et cela implique que si l’on n’atteint pas la maîtrise, on ne vit pas pleinement, ce qui crée une hiérarchie morale implicite. Selon moi, la vie n’est pas un objet à façonner, mais une expérience à habiter, avec ses surprises, ses limites et ses contradictions.
L’expression « maître de soi » ne me plaît pas parce qu’elle permet un lien avec l’ésotérisme.
Soutenir que « c’est le chemin qui rend heureux » place l’expérience au-dessus de la réflexion. Et l’ésotérisme fonctionne souvent de la même façon : la pratique, le rituel, l’expérience personnelle sont sources de connaissance et de sens, parfois indépendamment de la raison.
Or, la philosophie questionne, critique et expose ses concepts. Le sens n’est pas supposé émerger automatiquement d’une expérience ou d’une ascension.
La vie n’est pas une lutte sur un chemin faisant sens vers le sommet d’une montagne. Il y a dans cette approche tout ce qu’il faut pour décourager une personne souffrant du mal de vivre. Cette invitation au travail sur soi sans fin pour une évolution perpétuelle, sensé rendre heureux, ne facilite pas la tâche à celui ou celle en mal de vivre. Le sérieux et la lourdeur du programme ne s’offrent pas comme une solution accessible lorsqu’on est au fond du trou, désarmé, découragé, désespéré…
Reformulation par ChatGPT :
« La vie n’est pas une lutte sur un chemin conduisant au sommet d’une montagne. Cette métaphore héroïque et initiatique, telle qu’elle apparaît dans l’approche de Tremblay, est non seulement téléologique mais aussi ésotérique : elle présuppose qu’un sens existe à atteindre, et que seuls quelques sages peuvent y accéder. Une telle vision est particulièrement décourageante pour quelqu’un en proie au mal de vivre, car elle transforme la vie en un programme inaccessible de travail sur soi perpétuel, censé générer bonheur et sagesse. Le sérieux et la lourdeur de cette « ascension » ne constituent pas une solution concrète pour celui ou celle qui se trouve au fond du trou, désarmé, découragé ou désespéré ; au contraire, elle peut renforcer le sentiment d’impuissance et d’échec. La philosophie, lorsqu’elle est rigoureuse, ne doit pas proposer un sommet héroïque à gravir, mais offrir des outils de lucidité et d’étonnement accessibles à tous, même dans les moments les plus difficiles de l’existence. »
J’ai effectivement souligné à ChatGPT qu’il manquait un mot de première importance dans le livre : ÉTONNEMENT, point de départ canonique de la philosophie depuis l’Antiquité.
Depuis Platon et Aristote, la philosophie ne commence ni par la souffrance, ni par un défi, ni par une montagne à gravir, mais par l’étonnement (thaumazein).
Aristote (texte fondateur)
« C’est l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. »
— Métaphysique, A, 2, 982b12
La métaphore de la montagne suppose :
- une insuffisance initiale (nous sommes en bas),
- un état supérieur à atteindre (le sommet),
- une hiérarchie des êtres humains (quelques sages seulement y parviennent).
Or, l’étonnement :
- n’implique aucune élévation,
- ne suppose aucune déficience,
- n’instaure aucune élite spirituelle.
On ne grimpe pas vers l’étonnement : on s’y trouve déjà, dès qu’on suspend ses évidences.
Et c’est absence du mot ÉTONNEMENT qui m’éclaire sur l’inconfort que je ressens à la lecture de LA PHILOSOPHIE COMME SOLUTION AU MAL DE VIVRE de JULIE TREMBLAY. Ce livre est un livre psychologisant la philosophie.
Reformulation par ChatGPT :
C’est précisément l’absence du mot ÉTONNEMENT qui éclaire l’inconfort que je ressens à la lecture de La philosophie comme solution au mal de vivre de Julie Tremblay. L’ouvrage psychologise la philosophie, transformant la pensée en un programme de travail sur soi, une quête héroïque et prescriptive, au détriment de ce qui fonde la philosophie : la suspension du jugement et l’émerveillement face à ce qui est.
CONCLUSION DE MON RAPPORT DE LECTURE
J’observe, chez cette philosophe québécoise, toute l’influence de notre culture. J’ai l’impression d’une absence de recul face à son conditionnement typiquement québécois. Je pense notamment aux racines religieuses et sociales de l’interprétation de la souffrance au Québec. Je vais trop loin en l’affirmant, mais je l’écris tout de même : on dirait que le mal de vivre dans ce livre est un péché mortel qui demande une mortification. Dans la société québécoise, la psychologie est beaucoup plus influente que la philosophie, ce qui implique de toujours commencer par le point central : l’étonnement. Aussi, cette domination dictatoriale de la psychologie au sein de la société québécoise force inconsciemment la psychologisation de tous les sujets, même DE la philosophie.
Nul doute qu’il appartient à chacun de nous d’entreprendre une démarche personnelle visant à apprivoiser la souffrance de manière à ne pas cherche à la fuir dès qu’elle se présente à nous. (…)
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Conclusion – Quelle place pour la philosophie dans la cité ? Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, p. 218.
La souffrance, la souffrance, encore et encore, jusque dans sa Conclusion.
En fait, comme cela a déjà été évoqué, le degré de conscience va de pair avec la sensibilité d’un être. Plus nous sommes conscients de la réalité, plus nous y sommes sensibles et, par conséquent, plus nous serons susceptibles de connaître intensément la joie tout autant que la souffrance. (…)
TREMBLAY, Julie, La philosophie comme solution au mal de vivre, Conclusion – Quelle place pour la philosophie dans la cité ? Presses Universitaires de l’Université Laval, Québec, Québec, 2013, pp. 217-218.
Plus nous souffrirons, plus « nous serons susceptible de connaître intensément la joie ». Amen.
Personnellement, on m’a dit dès ma plus tendre enfance que j’étais hypersensible. Et je le demeure. Mais je n’ai pas pour autant ouvert « la porte à une vision pessimiste de la réalité » en développant ma conscience. Même l’adolescent désillusionné face à un monde qui n’est pas tel que l’on me l’avait annoncé, je n’ai pas perdu l’espoir; j’espérais participer à l’espoir d’un monde meilleur.
Et à la question posée par Julie Tremblay en Conclusion de son témoignage et ses réflexions, « Ne serait-ce pas plutôt cette conscience aiguë de l’existence qui serait à la source du mal de vivre ? », je réponds : « Une conscience aiguë de l’existence n’est pas plus la source du mal de vivre que du bien être ».
Je soutiens régulièrement que si jamais je devais avoir une conscience pleine et entière de la réalité de notre monde, je mourrais sur le coup. Il me serait impossible de supporter une conscience particulièrement aiguë de chaque humain en difficulté.
J’ai connu le mal de vivre en trois temps au cours de ma vie : deux dépressions majeures de nature psychologique et une troisième, cette fois, de nature philosophique. Âgé de 15 ans, un ami proche est décédé. Âgé de 30 ans, je ne pouvais plus supporter la pression de ma vie publique après plus de 350 conférences devant plus de 35,000 jeunes et leurs parents. Âgé de 41 ans, à la suite d’une épreuve financière, j’ai perdu toutes mes convictions, y compris les plus profondes sur lesquelles reposait ma vie entière. Ai-je soufferts ? Certainement. Heureusement, une fois au fond du trou, je disposais alors de tout le temps pour remettre en ordre mon système de penser et mes idées. À chaque fois, ma créativité et mon hypersensibilité m’ont finalement fait rebondir pour me permettre de retrouver mon bien-être. C’est ainsi que je reprenais ma route sur le chemin de ma vie. Je n’ai jamais lié ma souffrance à ma joie. Le mal de vivre se présente à moi comme une occasion de grande créativité. Habitué à vivre avec l’idée que « La lumière entre par les failles » depuis mon adolescence, je cherchais à chaque fois les failles dans mon mal de vivre. Qu’aurai-je à comprendre de nouveau ? Qu’est-ce qui m’étonnerait cette fois ?
Enfin, le contraire du mal de vivre n’est pas le bonheur, mais la capacité de s’étonner encore d’être là, pensant, conscient, sans que cela exige un sommet à atteindre. Quand l’étonnement revient, la vie n’a pas besoin d’être justifiée.
Le contraire du mal de vivre n’est ni le bonheur ni la réussite, mais une manière d’habiter l’existence où l’on cesse de se demander sans cesse s’il faudrait être autre chose que ce que l’on est.
Puisque Julie Tremblay a trouvé dans la philosophie une solution à son mal de vivre, je me demande si cela tient toujours aujourd’hui car sa quête de liberté, de bonheur et d’amour laissait entendre une marche difficile sur le chemin du bien être.
P.S.: J’oubliais, je viens de terminer mon autobiographie scolaire et professionnelle à laquelle j’ai donné le titre « D’étonnement en étonnement » (offerte gratuitement).

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