Article 358 – The Diagnosis in Philosophical Practice, Peter Harteloh, Journal of Humanities Therapy

Peter Harteloh (2013)

The Diagnosis in Philosophical Practice

Le diagnostic dans la pratique philosophique

Journal of Humanities Therapy, 4(null),59-73.


Télécharger le PDF (anglais)


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Résumé

Dans cet article, je présente une approche clinique de la pratique philosophique. Selon cette approche, un concept ou une idée philosophique fait office de diagnostic lors des consultations philosophiques. D’une part, il sert de classification et de description philosophique d’un problème, d’une question ou d’un thème ; d’autre part, il offre un enseignement sous la forme d’un nouveau regard porté sur soi-même et/ou sur les situations. Un diagnostic philosophique distingue la consultation philosophique de la psychothérapie. Il est essentiel pour la pratique philosophique d’expliciter de tels diagnostics et d’élaborer une sorte de guide de référence comparable au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Un tel manuel permettrait de favoriser les échanges d’informations entre praticiens philosophes, de soutenir la formation, de rendre la pratique de la consultation plus lisible pour les clients comme pour les tiers, et, à terme, de contribuer au développement de la pratique philosophique en tant que discipline de conseil et de coaching.

Table des matières

Résumé

1. Introduction

2. Les consultations philosophiques

3. Une approche clinique des consultations philosophiques

4. Le diagnostic philosophique

5. Un cadre pour les diagnostics philosophiques

6. Le rôle du diagnostic philosophique

7. Conclusion

1. Introduction

La dixième thèse de mon doctorat s’énonce ainsi : « La qualité d’une théorie du sens en médecine pourrait être améliorée si l’interprétation d’un signe ou d’un symptôme ne s’effectuait pas uniquement dans le jargon mécaniste de la cause, de la matière et du mouvement, mais également au moyen d’une métaphore contribuant à une conscience réflexive. » L’observation des consultations cliniques d’un hématologue m’a inspiré cette thèse. Je le voyais annoncer ce diagnostic souvent fatal à des patients atteints d’affections malignes du sang ou de la moelle osseuse. J’observais leur stupeur, leur désespoir, leur désarroi et leur combat pour faire face à la situation. Je voyais un hématologue leur tenir un discours conforme au paradigme dominant de la pratique médicale, décrivant des cellules échappant à tout contrôle, se mettant à proliférer et détruisant le fonctionnement normal des tissus. J’étais frappé par la dimension existentielle de ces instants, moments de vérité où la fin de la vie se profilait et où surgissaient les questions relatives au sens de l’existence. Je m’interrogeais sur le récit livré par le médecin. Il pouvait être vrai, mais il manquait de sens. Les patients ne se perçoivent pas comme des cellules ou des réactions chimiques. Mieux encore, ils ne peuvent penser à la manière de cellules ou de réactions chimiques. Il n’existe aucune passerelle entre cette explication naturaliste et l’expérience de la vie quotidienne. C’est pourquoi les explications naturalistes s’avèrent souvent insuffisantes en médecine. La question « que m’arrive-t-il à présent ? » ne reçoit pas de réponse porteuse de sens. La quête de l’attitude juste face à une situation de crise existentielle n’est pas prise en charge. La médecine moderne semble manquer à la fois d’outils et de temps pour y répondre.

Au fil de mon exercice en tant que médecin, le modèle médical m’a de plus en plus troublé. Il m’a d’abord conduit à formuler la thèse précitée, puis m’a poussé, quelques années plus tard, à m’orienter vers la pratique philosophique. Au lieu de devenir médecin praticien, je suis devenu praticien de la philosophie. Au sein de la pratique philosophique, mon approche demeure inspirée du modèle médical. Sa structure réflexive sied à la philosophie et, en y adjoignant un contenu philosophique, elle peut également servir de modèle à une pratique philosophique.¹ ²

Je considère le diagnostic comme un élément commun à la pratique médicale et à la pratique philosophique. À l’instar d’un médecin, chaque praticien philosophe s’appuie sur une idée comme point d’ancrage tout au long de la consultation. Certains praticiens adoptent une posture logique ou épistémologique et limitent la consultation à la résolution d’énigmes intellectuelles ; d’autres privilégient un point de vue plus anthropologique ou phénoménologique et visent la connaissance de soi ou l’enrichissement de l’expérience. En pratique philosophique, l’éthique constitue fréquemment un cadre de référence partagé pour aborder les problématiques liées à l’agir, en identifiant les tendances utilitaristes ou déontologiques ainsi que les apories classiques que ces éthiques véhiculent. Le diagnostic philosophique diffère par son contenu et présente une variabilité bien plus grande qu’en médecine, mais il demeure identifiable au travers des diverses formes de consultation philosophique.

Dans cet article, je présenterai ma conception du diagnostic en pratique philosophique, j’en explorerai le contenu et j’en discuterai la portée. En clarifiant et en précisant la notion de diagnostic philosophique, j’espère contribuer à l’essor de la pratique philosophique en tant que nouveau paradigme de la relation d’aide et de la consultation.

Notes de bas de page :

  • ¹ Harteloh, P.P.M. 1999. The meaning of quality in health care. From intuition to rational reconstruction. Alblasserdam: Haveka (En néerlandais, résumé en anglais).

  • ² Harteloh, P.P.M. 2010. « On the competence of philosophical counselors ». Practical Philosophy 10, 36-48.


Lire la suite – Télécharger le PDF (anglais)


Texte original en anglais

Content

Abstract
1. Introduction
2. Philosophical Consultations
3. A Clinical Approach to Philosophical Consultations
4. The Philosophical Diagnosis
5. A Framework for Philosophical Diagnoses
6. The Role of the Philosophical Diagnosis
7. Conclusion

Abstract

In this paper, I present a clinical approach to philosophical practice. In such an approach, a philosophical concept or idea functions as a diagnosis in philosophical consultations. It serves as a classification and philosophical description of a problem, question or theme on the one hand and provides a lesson in terms of a new way to look at one self and/or situations on the other hand. A philosophical diagnosis distinguishes the philosophical consultation from psychotherapy. It is important for philosophical practice to make such diagnoses explicit and construct a kind of guidebook like the Diagnostic and Statistical Manual for Mental Disorders (DSM). Such a guidebook would enhance the exchange of information among philosophical consultants, serve teaching purposes, make the consultation practice more explicit to clients and third parties, and eventually contribute to the development of philosophical practice as a discipline in consultancy and coaching.

1. Introduction

The tenth thesis of my PhD reads: « The quality of a meaning theory in medicine could be improved if the interpretation of a sign or symptom is not only done in the mechanical jargon of cause, matter and movement, but in terms of a metaphor contributing to a reflexive consciousness as well. » Observing the clinical consultations of a haematologist inspired this thesis. I saw him telling the often-fatal diagnosis to patients suffering from malignancies of the blood or bone marrow. I saw their surprise, their desperation, their wondering and their struggle to cope with the situation. I saw a haematologist telling them a story in line with the current paradigm governing medical practice about cells going out of control, starting to multiply and destroying normal tissue functioning. I was impressed by the existential quality of the moments, moments of truth in which the end of life announced itself and questions about the meaning of life popped up. I wondered about the story that was told by the physician. It might be true, but there was a lack of sense. Patients do not think of themself as cells or chemical reactions. Or even stronger they cannot think like cells or chemical reactions. There is no connection between this naturalistic explanation and experience in daily life. Therefore, naturalistic explanations often do not suffice in medicine. The question « what is happening to me now? » is not answered meaningfully. The quest for the right attitude in a situation of existential crisis is not addressed. Modern medicine seems to lack the tools and time for that.

While working as a medical doctor, the medical model bothered me more and more. It inspired me first to the thesis mentioned, and second some years later to my move into philosophical practice. Instead of becoming a practicing physician, I became a philosophical practitioner. In philosophical practice my approach is still inspired by the medical model. Its reflexive format suits philosophy and by adding philosophical content it can be a model for a philosophical practice too.¹ ²

I consider the diagnosis common to both medical and philosophical practice. Just like a medical doctor, every philosophical practitioner works with an idea as anchor point in the consultation process. Some practitioners take a logical or epistemological stance and restrict the consultation to puzzle solving; others take a more anthropological or phenomenological point of view and aim at self-knowledge or an enrichment of experience. In philosophical practice, often ethics is a common frame of reference for problems on doing, identifying utilitarian or deontological tendencies and the standard problems these kind of ethics carry. A philosophical diagnosis differs in content and varies much more than in medicine, but is recognizable in different forms of philosophical consultations too.

In this paper, I will introduce my idea of a diagnosis in philosophical practice, explore its content and discuss its meaning. By making the idea of a philosophical diagnosis more clear and distinct, I hope to contribute to the development of philosophical practice as a new paradigm in counselling and consultations.

Footnotes :

  • ¹ Harteloh, P.P.M. 1999. The meaning of quality in health care. From intuition to rational reconstruction. Alblasserdam: Haveka (In Dutch, English summary).

  • ² Harteloh, P.P.M. 2010. « On the competence of philosophical counselors ». Practical Philosophy 10, 36-48.


Voir tous nos articles

Article # 344 – Le souci de soi à l’épreuve de l’Orient

De la contemplation à la consultation : explorer la pratique philosophique par la stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée

From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy

Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu

Revue : Comparative Philosophy, vol. 15, n° 2, 2024, pp. 88-112


Ding, Xiaojun, Chao Yang, Peter Harteloh, et Feng Yu. 2024. « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ». Comparative Philosophy 15, n? 2 : 88–112. https://doi.org/10.31979/2151-6014(2024).150209.


Références bibliographiques de l’étude

  • Titre original : From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy
  • Auteurs : Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu
  • Revue : Comparative Philosophy, vol. 15, n° 2, 2024, pp. 88-112
  • DOI : 10.31979/2151-6014(2024).150209[cite: 1]

Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

1. Introduction et synthèse générale

L’article publié en 2024 par Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu étudie la manière dont la pratique philosophique contemporaine — tout particulièrement la consultation philosophique (Philosophical Counseling) — peut être profondément enrichie par un dialogue rigoureux entre pensées occidentale et orientale, notamment le confucianisme.

Pour mener cette mise en relation, les auteurs s’appuient sur l’appareil méthodologique élaboré par le philosophe Bo Mou : la « stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée » (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ou CESCP)[cite: 1]. Loin d’un inventaire passif de similitudes ou de dissemblances, cette démarche conçoit la philosophie comparée comme une recherche active et conjointe de la vérité, orientée vers l’édification d’une philosophie mondiale (world philosophy) capable de répondre aux défis concrets de l’existence.

L’étude s’articule autour de quatre grands axes :

  1. L’assise méthodologique de la CESCP : une manière globale de philosopher qui dépasse les cloisonnements identitaires et favorise l’apport mutuel entre traditions.
  2. Le renouveau de la pratique philosophique en Occident : une réactivation de la philosophie comme mode de vie et un contrepoids à la psychiatrisation systématique du mal-être existentiel.
  3. Le dépassement des dichotomies traditionnelles : la mise en tension féconde entre théories et pratiques, approches analytiques et continentales, paradigmes orientaux et occidentaux.
  4. L’apport de la matrice confucéenne : l’articulation entre l’éthique des cinq vertus fondamentales, la discipline du gong-fu (??) et une vision holistique de l’unité corps-esprit.

2. Problématique et thèse centrale

L’article prend acte d’une double fracture au sein du paysage philosophique contemporain :

  • Une fracture interne entre théorie et pratique : la philosophie institutionnelle occidentale s’est largement repliée sur une spéculation académique abstraite, s’éloignant de sa vocation antique d’« art de vivre » (way of life) ou de « thérapeutique du désir », telle que mise en lumière par Pierre Hadot ou Martha Nussbaum.
  • Une fracture géographique et épistémologique entre Orient et Occident : les approches comparatives traditionnelles se bornent fréquemment à un comparatisme muséal et descriptif, incapable de faire dialoguer les concepts au présent.

Face à ce constat, les auteurs posent une thèse centrale : la pratique philosophique contemporaine constitue le terrain d’élection pour surmonter ces clivages. Grâce au cadre méthodologique de Bo Mou, les dimensions relationnelles, somatiques et éthiques du confucianisme viennent équilibrer les penchants intellectualistes et rationalistes de la pensée occidentale. Il devient alors possible de co-construire une pratique philosophique d’envergure globale, centrée sur l’auto-culture (self-cultivation) et l’accompagnement des dilemmes existentiels.

3. Architecture argumentative et concepts clés

A. La stratégie d’engagement constructif (CESCP) de Bo Mou

L’identité de la philosophie comparée repose, selon Bo Mou, sur une structure tripartite : son caractère (une modalité générale de l’acte de philosopher), son approche (l’engagement dialogique entre traditions distinctes) et sa direction (la visée d’une philosophie mondiale intégrée).

Cette démarche s’incarne à travers six exigences fondamentales :

  • Un engagement critique orienté vers la découverte de la vérité (filiation socratique).
  • Une contribution constructive partagée, pensée comme une « fusion d’horizons » au sens de Gadamer.
  • Une réactualisation interprétative des textes canoniques au regard des enjeux du présent.
  • La prise en compte de la complémentarité des perspectives sur des interrogations universelles.
  • La mobilisation conjointe d’outils et de démarches méthodologiques variés.
  • Une double vigilance accordée aux aspects manifestes comme aux prémisses implicites des problématiques traitées.

B. L’essor de la pratique philosophique et la critique de la surmédicalisation

Le texte retrace l’émergence contemporaine de la pratique philosophique depuis le début des années 1980, sous l’impulsion pionnière de Gerd Achenbach en Allemagne et de Pierre Grimes aux États-Unis, relayée plus tard par des initiatives néerlandaises et les écrits grand public de Lou Marinoff (Platon, pas le Prozac !).

L’un des apports majeurs réside dans la distinction rigoureuse entre consultation philosophique et cadre psychiatrique ou psychothérapeutique conventionnel :

  • Refus de la pathologisation systématique : les déchirements moraux, le sentiment de vide ou la quête de sens ne relèvent pas intrinsèquement d’une anomalie clinique ou d’un désordre neurochimique nécessitant une prise en charge pharmacologique.
  • Intervention au niveau de la vision du monde : la consultation philosophique ne cherche pas le simple soulagement des symptômes, mais une clarification réflexive de la Weltanschauung de l’individu, reconnectant ses souffrances à ses croyances, ses postulats et ses choix éthiques.

C. Le dépassement dialectique des grandes polarités

Les auteurs soumettent quatre dichotomies classiques à la méthode comparative :

  1. Théorique vs Pratique : réhabilitation de la praxis et de la phronesis aristotéliciennes face au monopole de l’épistémologie purement contemplative.
  2. Courant continental vs Courant analytique : synthèse féconde entre l’acuité herméneutique-phénoménologique et la clarté logique propre à l’analyse du langage ordinaire.
  3. Orient vs Occident : dépassement de la fausse frontière entre autonomie individuelle occidentale et harmonie collective asiatique, réunies autour de questionnements humains partagés.
  4. Accompagnement philosophique vs Psychothérapie : réaffirmation de l’antériorité historique de la philosophie dans le soin de l’âme (matrice stoïcienne des thérapies cognitives, schème platonicien de la psychanalyse).

D. L’apport du confucianisme : éthique, incarnation et Gong-fu

L’originalité première de l’article se situe dans la mobilisation directe des ressources confucéennes au sein de la consultation :

  • Un compas éthique opératoire : les cinq vertus constantes — Ren (bienveillance/humanité), Yi (droiture/justice), Li (rites/convenance), Zhi (discernement/sagesse) et Xin (intégrité/parole tenue) — constituent un cadre de repérage et de discernement pour examiner les impasses du consultant.
  • La notion de Gong-fu (??) : réévalué par la philosophie chinoise contemporaine (Peimin Ni, Lisheng Chen), le gong-fu désigne un art de vivre et un entraînement continu alliant effort moral, maîtrise technique et transformation existentielle.
  • L’unité corps-esprit et la sacralité de l’immanence : à l’opposé d’une tradition intellectualiste occidentale marquée par le dualisme et l’idéal de désincarnation (« s’exercer à mourir » chez Platon), le confucianisme conçoit le corps comme le réceptacle premier de l’expérimentation éthique. Suivant la thèse d’Herbert Fingarette, le sacré s’actualise au cœur même des relations ordinaires et profanes (« the secular as sacred »).

E. La convergence : l’auto-culture (Self-Cultivation)

Le point d’ancrage fondamental entre Orient et Occident réside dans l’auto-transformation du sujet. L’injonction confucéenne de se perfectionner par une attention vigilante (cultivate oneself in reverential carefulness / ????) résonne directement avec le « souci de soi » (epimeleia heautou) gréco-romain réactualisé par Michel Foucault et Pierre Hadot. Dans les deux cas, philosopher ne consiste pas à accumuler un savoir livresque, mais à opérer une métamorphose de son être au monde.

4. Évaluation critique de l’étude

Forces conceptuelles

  • Déprovincialisation de la pratique : l’article décentre la pratique philosophique hors de son berceau occidental exclusif (socratisme, stoïcisme, existentialisme) pour lui donner une assise planétaire.
  • Précision méthodologique : l’usage strict des préceptes de Bo Mou prévient les dérives syncrétiques ou les comparaisons hâtives dépourvues de fondement théorique[cite: 1].
  • Réhabilitation de l’incarnation : la perspective confucéenne protège la consultation philosophique du piège d’un intellectualisme désincarné, en réintégrant le corps et les relations sociales au cœur du processus.

Limites et zones de tension

  • Risque de généralisation culturelle : opposer un Occident dualiste et individualiste à un Orient holiste et relationnel comporte une part de schématisation, même si les auteurs nuancent leur propos par des rappels à la tradition aristotélicienne ou stoïcienne[cite: 1, 1].
  • Frontières cliniques incertaines : si la critique de la psychiatrisation à outrance est légitime, l’article n’explicite pas les critères de discernement clinique indispensables pour réorienter un individu vers la médecine en cas de pathologie psychiatrique sévère (décompensation psychotique, dépression majeure).
  • Transposition des normes relationnelles : l’application de devoirs relationnels comme la piété filiale (Xiao) ou la stricte observance rituelle (Li) pose d’importants défis d’adaptation auprès d’individus formés aux valeurs de l’individualisme contemporain.

5. Focus théorique : qui est Bo Mou (??) ?

Pour apprécier la portée de cette étude, il convient de situer Bo Mou, dont les travaux constituent le socle épistémologique du texte.

Professeur de philosophie à l’Université d’État de San José (San José State University, Californie) et directeur du Center for Comparative Philosophy, Bo Mou est également le rédacteur en chef de la revue internationale Comparative Philosophy. Spécialiste à la croisée de la philosophie comparée, de la philosophie analytique (langage, logique, métaphysique) et de la pensée chinoise classique (confucianisme, taoïsme, moïsme), il s’est imposé comme un théoricien méthodologique majeur.

Ses publications déterminantes comprennent notamment :

  • Substantive Perspectivism (2009)
  • Cross-Tradition Engagement in Philosophy: A Constructive-Engagement Account (Routledge, 2020)
  • Cross-Tradition Engagement on the Laws of Logic (Routledge, 2024)

Dans les travaux de Ding et ses coauteurs, la grille de Bo Mou remplit une fonction décisive : elle légitime le fait que la sagesse confucéenne ne soit pas simplement traitée comme une archive historique, mais mobilisée comme un réservoir d’instruments vivants pour la pratique philosophique contemporaine.

6. Conclusion : vers une philosophie mondiale incarnée

L’article de Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu offre un manifeste pour une philosophie concrète, incarnée et véritablement internationale[cite: 1]. En faisant se rencontrer la maïeutique socratique et l’exigence confucéenne du gong-fu, il illustre la puissance du dialogue transculturel.

Par-delà l’érudition académique, cette étude redonne à la philosophie sa mission première : ne pas se confiner à une contemplation abstraite, mais accompagner lucidement les êtres humains dans l’apprentissage exigeant de l’art de vivre.


Voir tous nos articles

A

A

A

A

A

Article # 343 – La Philosophie de gouvernance personnelle

La Philosophie de gouvernance personnelle


Définition et principes directeurs

La gouvernance personnelle est l’apprentissage de la connaissance de soi. Elle explore le comment et le pourquoi de sa pensée. Elle permet à chacun de profiter de la lumière qui entre par les failles pour mieux se connaître en identifiant et en corrigeant ses erreurs de pensée. Elle s’attarde à l’origine de ces erreurs de jugement en explorant le système de pensée lui-même pour le soustraire à l’influence de l’ego et des certitudes. La gouvernance personnelle s’inscrit dans une démarche claire, facile, et contribue au bien-être de la personne face à elle-même, à l’Autre et au monde.

En pratique, elle consiste à :

  • Remonter à la source du système de pensée : Ne pas se limiter à analyser un problème isolé en surface, mais observer les mécanismes, les présupposés et les automatismes qui fabriquent nos conclusions.

  • Accueillir les failles comme des leviers de lucidité : Cesser de percevoir ses maladresses ou ses contradictions comme des fautes à camoufler, pour y voir l’opportunité d’examiner et de rectifier ses distorsions cognitives et ses sophismes.

  • Désamorcer le besoin stérile d’avoir raison : Déloger les réflexes de justification défensive de l’ego afin de privilégier l’honnêteté intellectuelle et la vérité sur l’amour-propre.

  • Cultiver le doute méthodique bienveillant : Utiliser le doute non pas comme une source d’angoisse ou de paralysie, mais comme une soupape de sécurité indispensable pour tester la solidité de ses jugements.

  • S’affranchir des conditionnements passifs : Identifier l’empreinte des pressions sociales, culturelles ou algorithmiques afin de redevenir le véritable arbitre de ses choix et de son attention.

  • Harmoniser sa relation avec autrui et le réel : Remplacer le réflexe de confrontation ou de jugement hâtif par une écoute attentive, favorisant une présence paisible, juste et empathique au cœur de la collectivité.


Plus j’explore les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP), plus je me rends compte que mon approche ne cadre pas dans l’évolution des différents mouvements des quarante-cinq dernières années. Seuls quelques philosophes consultants demeurent proches du concept original introduit par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach en 1981. C’est en effet en mai 1981 qu’il a ouvert à Bergisch Gladbach, près de Cologne, le tout premier cabinet de consultation philosophique (Philosophische Praxis), fondant ainsi le mouvement contemporain de la pratique philosophique et de la philothérapie.

Malheureusement, l’intuition d’origine a fait l’objet de dérives dogmatiques et de pratiques parfois brutales. Du projet initial, le praticien d’aujourd’hui n’a souvent retenu que l’étiquette de « consultation philosophique » pour y plaquer des méthodes de son cru. Au fil des ans, cette pratique s’est muée en commerce, soumise aux impératifs de rentabilité d’une entreprise et façonnée par des influences à la fois culturelles, sociales, nationales et économiques. Elle varie désormais d’un pays ou d’un continent à l’autre, privée de véritables balises, en particulier chez les praticiens indépendants de toute association nationale.

La formation de philosophe consultant (ou « philosophe praticien ») est elle-même devenue un produit marchand indispensable à la rentabilité des cabinets. De surcroît, elle varie considérablement d’un formateur à l’autre, comme d’un pays ou d’un continent à l’autre, chaque association nationale imposant son propre cursus là où elle existe.

C’est pourquoi le travail de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques n’a pas été de tout repos depuis sa création, il y a un peu plus de trois ans. Les barrières linguistiques s’y érigent en véritables frontières, limitant considérablement la circulation de l’information. Heureusement, les outils de traduction professionnelle et les progrès de l’intelligence artificielle facilitent désormais l’accès aux publications et leur diffusion.

Pourtant, malgré tous mes efforts, je n’ai trouvé aucune consultation philosophique qui se concentre sur le préalable fondamental à l’acte de philosopher : l’examen approfondi du système de pensée lui-même. Il m’apparaît impératif de se pencher avant tout sur le comment et le pourquoi de la pensée du client. Aborder d’emblée le problème qu’il soumet impose des œillères au philosophe praticien, qui ne peut que le prendre en exemple, ne ciblant ainsi qu’une partie superficielle du système de pensée de son interlocuteur.

Exemplaire numérique : GRATUIT (PDF)
J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison. Cliquez ici pour télécharger gratuitement ce livre (PDF) ou cliquez ici pour le lire en ligne sur ce site web.)

Écrit à l’aube de l’an 2000 pour faire le point sur mes connaissances et mes prises de conscience, mon livre J’aime penser se présente comme un Essai et témoignage de gouvernance personnelle. Son sous-titre, Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, fait directement écho au titre. La question de la gouvernance personnelle dépasse en effet largement celle du développement personnel traditionnel : maîtriser son système de pensée, être au pouvoir de soi, demeure selon moi le premier objectif valable d’une intervention philosophique.

Je me lance donc dans la formalisation d’une nouvelle voie avec la Philosophie de gouvernance personnelle.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Une innovation philosophique de synthèse

La Philosophie de gouvernance personnelle ne constitue pas une rupture technologique, mais une innovation conceptuelle, méthodologique et philosophique de synthèse. Elle introduit une véritable rupture face aux discours dominants actuels :

  • Une rupture avec le prêt-à-penser du développement personnel : Le marché contemporain traite l’individu comme un système à optimiser (productivité, performance, positivisme). Cette approche y substitue une véritable hygiène épistémique et éthique, fondée sur le doute méthodique, l’esprit critique et l’examen philosophique de l’existence.
  • L’hybridation inédite entre rigueur scientifique et philosophie pratique : Elle croise l’épistémologie (la méthode scientifique, la détection des biais cognitifs de Burns, les sophismes d’Aristote) avec les sagesses antiques du discernement (Épictète, Marc Aurèle, la dichotomie du contrôle) et l’analyse moderne des motivations (Cheskin, Larry Wilson). Cette passerelle opérationnelle entre psychologie cognitive et sagesse philosophique constitue une armature originale.
  • Le passage du chaos au « cosmos » individuel : L’innovation réside également dans la formalisation d’une méthode pour s’administrer : identifier ses conditionnements (nationaux, civilisationnels), démanteler le besoin stérile d’« avoir raison » et structurer un ordre intérieur lucide pour vivre en paix avec soi-même et autrui.
  • Une gouvernance individuelle reliée à l’universel : Loin du repli individualiste ou de la tour d’ivoire, l’auto-gouvernance devient la condition sine qua non pour s’inscrire sereinement dans l’humanité, l’empathie et la conscience collective.

Cette démarche ouvre ainsi une nouvelle voie d’autonomie de pensée face à l’autoroute du conformisme et des certitudes toutes faites.

Le premier être à guider, c’est soi-même : plaidoyer pour une souveraineté intérieure

Face au vacarme algorithmique et à l’illusion du développement personnel réduit à un taylorisme intime, l’individu contemporain subit sa vie plus qu’il ne la dirige. De Socrate à Michel Foucault, l’histoire nous rappelle une vérité fondamentale : nul ne peut prétendre trouver sa juste place auprès des autres sans d’abord savoir s’administrer lui-même.

La gouvernance personnelle désigne l’art et la méthode par lesquels un individu dirige sa propre existence, arbitre ses choix, gère ses ressources (temps, attention, énergie) et aligne ses actes sur ses principes fondamentaux. Loin d’un simple recueil d’astuces de productivité, il s’agit d’une exigence éthique :

  • Prendre le contrôle de son propre esprit : s’affranchir du besoin d’« avoir raison », des conditionnements extérieurs et des pièges cognitifs.
  • Fonder sa liberté sur le doute méthodique : s’appuyer sur le doute comme unique soupape de sécurité pour corriger ses jugements et asseoir une confiance sereine.
  • Ordonner sa vie intérieure : passer du chaos au « cosmos » individuel pour vivre en accord avec soi-même tout en restant relié à la communauté humaine.

Une généalogie historique : du « souci de soi » à l’autonomie moderne

L’idée selon laquelle l’individu est son propre premier territoire traverse l’histoire de la pensée à travers plusieurs mutations clés :

  • L’Antiquité gréco-romaine (L’épiméleia heautou et le stoïcisme) : À Delphes résonne le « Connais-toi toi-même » socratique, indissociable du souci de soi. Pour Platon (Alcibiade), celui qui aspire à gouverner la cité doit d’abord discipliner son âme. Les stoïciens — Épictète, Sénèque, Marc Aurèle — formalisent ensuite la première matrice opérationnelle : la dichotomie du contrôle, distinguant ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.
  • La Renaissance et l’humanisme : Avec Montaigne (Les Essais), la gouvernance personnelle devient introspective et humble. Montaigne cherche à « jouir loyalement de son être » et refuse l’asservissement aux dogmes, esquissant le libre arbitre face aux carcans institutionnels.
  • Les Lumières et l’impératif d’autonomie : Emmanuel Kant pose les fondations de l’autonomie éthique (autos, soi-même, et nomos, loi). Être libre ne signifie pas céder à ses pulsions, mais se donner à soi-même sa propre loi rationnelle et morale (Sapere aude).
  • Le XIX? siècle et l’indépendance de conscience : Ralph Waldo Emerson théorise la Self-Reliance (fidélité à son intuition morale et refus du conformisme), tandis qu’Henry David Thoreau expérimente à Walden une gouvernance de la frugalité et de la souveraineté individuelle.
  • Le XXè siècle et la résistance éthique : Michel Foucault réactualise le « souci de soi » et analyse les « technologies du soi », ces pratiques par lesquelles l’individu élabore son identité pour résister aux dispositifs de pouvoir normalisateurs.
Pilier Principe directeur Question fondamentale
Clarté axiologique Définir sa hiérarchie de valeurs et ses limites éthiques Quelles règles guident mes arbitrages en situation de crise ?
Souveraineté cognitive Protéger son attention face à la surstimulation algorithmique Qui décide de l’objet de mon attention quotidienne ?
Boucle de rétroaction Pratiquer l’examen de conscience régulier (journal, bilan) Mes actions du jour sont-elles conformes à mes intentions ?
Intégrité systémique Aligner objectifs, ressources (temps, énergie) et santé Mon mode de vie est-il soutenable à long terme ?

Pourquoi ce concept redevient central aujourd’hui

Nous vivons dans un siècle paradoxal, saturé d’injonctions stridentes à l’autonomie mais peuplé de consciences assiégées. Jamais l’individu moderne n’a proclamé avec autant de ferveur sa liberté de choix ; rarement s’est-il montré si docilement administré par la sommation perpétuelle des notifications, les urgences fabriquées et la capture algorithmique de ses affects. Réduit au rôle d’opérateur convulsif de sa propre existence, l’homme contemporain ne commande plus guère : il pare au plus pressé, réagit, compense.

Face à cette dispersion chronique, l’époque a érigé une réponse dérisoire : l’industrie du développement personnel. Vaste supermarché d’astuces comportementales, d’injonctions à l’optimisation de soi et de positivisme aseptisé, cette nébuleuse promet l’épanouissement mais ne propose qu’un taylorisme intime. En réduisant le sujet à une ressource à rentabiliser, elle passe à côté de l’essentiel : on ne guérit pas le vide de sens et la dépossession par des méthodes de productivité.

Ce dont nous manquons n’est pas d’outils pour faire davantage en moins de temps, mais d’une armature morale et philosophique pour choisir à quoi consentir. Sans constitution intérieure explicite, l’individu adopte par défaut les lois, les urgences et les décrets du système qui l’environne.

La gouvernance de soi comme prélude au bien commun

On objectera peut-être le soupçon d’individualisme, craignant qu’une telle rigueur intime ne conduise qu’à une forme d’indifférence aristocratique ou de désertion civique. C’est méconnaître la nature même du lien social.

L’individu incapable de gouverner ses impulsions, en proie à une réactivité émotionnelle constante et manipulé par le spectacle de l’indignation marchande, constitue le terreau fertile de toutes les démagogies. L’anarchie intérieure n’a jamais produit de démocratie vivante ; elle ne produit que des foules nerveuses, facilement assujetties. Au contraire, une société composée de citoyens capables de retenue, lucides sur leurs mobiles et fidèles à des principes éthiques stables est infiniment plus résiliente.

La gouvernance personnelle n’est pas une fuite loin de la cité : elle est le tribut moral que l’homme libre doit à la communauté pour ne pas peser sur elle comme un poids mort ou une force destructrice. Le choix qui s’offre à chacun est tranché : accepter de n’être que la résultante passive des stimuli extérieurs, ou assumer la charge d’être l’architecte de sa propre vie. Décider de sa règle et s’y tenir n’est pas un simple exercice d’hygiène mentale : c’est un acte de dissidence silencieux, noble et plus que jamais indispensable.


Parole de la chanson LE VOYAGE de RAOÛL DUGUAY

Version sur le site web de Raôul Dugauay

Version préférée de Raôul Duguay


0,9 Mo / 4:01
Paroles : Raôul Duguay
Musique : Michel Garneau

Vouloir savoir
Être au pouvoir de soi
Est l’ultime avoir
Le Vôyage
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Tout est toujours à recommencerMais dites-moi encore où trouver le chemin
Que je ne cherche plus et que j’aille plus loin

La vérité la vérité la vérité est une poignée de sable fin
La vérité la vérité la vérité qui glisse entre mes doigts

Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Tout est toujours à recommencer

Tu marches au fond de toi et derrière tes pas
Et tu ne bouges pas seul ton regard avance

La vérité la vérité la vérité est une poignée d’eau de la source
La vérité la vérité la vérité qui coule entre mes mains

Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Tout est toujours à recommencerIl marche sur ses pieds et parfois sur sa tête
Il traîne un gros boulet qui est comme lui-même
La vérité la vérité la vérité est une petite poignée d’air pur
La vérité la vérité la vérité qui siffle entre ses dents

Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de repas que pour celui qui mange
Tout est toujours à recommencer

Nous marchons sur nous-mêmes comme un bétail perdu
Le mensonge est collé aux semelles de nos souliers

La vérité la vérité la vérité est comme la fumée
La vérité la vérité la vérité qui monte dans nos mots

Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a d’oasis que pour celui qui boit
Tout est toujours à recommencer
Vous est-il arrivé de voir dedans vos yeux
Le chemin du retour qui coule avec amour

La vérité la vérité la vérité est comme le soulier
La vérité la vérité la vérité que l’on a délacé

Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de retour que pour celui qui part
Tout est toujours à recommencerIls ont mis des cailloux dans le bout des souliers
Et puis ils sont montés sur leurs épaules

La vérité la vérité la vérité est comme une lumière
La vérité la vérité la vérité qui point à l’horizon

Il n’y a de repos que pour celui marche
Il n’y a de repos que pour celui qui va

Mais dites-moi encore où est-il ce lui qui ne passe pas.

Raôul Duguay

Source : Site web Raoûl Duguay.


Voir tous nos articles

Article # 329 – « Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ? Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? » / What is a Philosophical Practitioner ? And is There a Definition We Can Stand Behind ? Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC & Dr. Rodney King

Titre traduit de l’anglais au français par Gemini Google

« Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ?

Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? »

Titre original en anglais

What is a Philosophical Practitioner ?

And is There a Definition We Can Stand Behind ?


Télécharger le texte original en anglais


Par

Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC

&

Dr. Rodney King



Les points à retenir selon Gemini Google

Ce texte est un document de travail (working document, version 2) rédigé par le Dr Jonathan Eric Carroll et le Dr Rodney King pour le collectif The Philosophical Practitioners Collective.

Il a pour objectif principal de proposer une définition unifiée, inclusive et claire de la pratique philosophique afin d’aider ce domaine à sortir de l’invisibilité et à se structurer professionnellement sans brider les approches individuelles.

Voici une synthèse détaillée des points clés du texte :

1. Le problème : la fragmentation, l’invisibilité et la précarité du domaine

  • La division du milieu : Les praticiens utilisent une multitude d’appellations (conseiller philosophique, coach existentiel, philosophe clinicien, animateur de groupes, écrivain, etc.). Chaque sous-domaine a tendance à définir la pratique philosophique selon son propre prisme (une école de pensée, un face-à-face individuel ou un certificat particulier), ce qui exclut les autres.

  • L’invisibilité et l’échec commercial : Malgré des décennies d’existence et la prolifération d’organismes de certification, la grande majorité des praticiens ne parviennent pas à en vivre. Le grand public ignore ce que c’est, perçoit la philosophie comme une discipline académique abstraite et détachée du réel, et confond le mot « counseling » avec une simple thérapie déguisée.

2. L’approche historique d’Achenbach et le besoin d’une définition

  • Gerd Achenbach a fondé la pratique philosophique moderne en 1981 en refusant délibérément de la réduire à une méthode ou une technique reproductible (l’approche « beyond-method »), traitant les personnes comme des « visiteurs » uniques et non comme des cas pathologiques.

  • Les auteurs saluent ce rejet d’une formule rigide, mais constatent que l’absence totale de définition a rendu la profession invisible. Selon eux, nommer clairement la profession ne restreint pas la manière de l’exercer, mais permet au public de la comprendre et de la trouver.

3. La définition proposée

S’appuyant sur Épicure (la philosophie doit soulager la souffrance humaine) et Pierre Hadot (la philosophie comme manière de vivre et d’exercer l’esprit au quotidien), les auteurs proposent cette définition synthétique :

« Un praticien de la philosophie est une personne qui applique délibérément une approche philosophique vécue à l’amélioration de la vie d’une personne. »

(« A philosophical practitioner is one who purposively applies a lived philosophical approach to improving a person’s life. »)

Les auteurs précisent le sens des termes :

  • « Vécue » (lived) : Une philosophie ancrée dans la vie réelle, pas une théorie observée à distance.

  • « Délibérément » (purposively) : L’amélioration de la vie est l’objectif premier et explicite du travail, pas un effet secondaire fortuit.

  • « Amélioration » (improving) : Pas au sens superficiel du « bien-être », mais d’une vie examinée (ce qui implique parfois de traverser des remises en question exigeantes ou douloureuses).

  • « D’une personne » (a person’s) : À comprendre comme un niveau de relation et non un simple décompte individuel ; cela inclut le travail mené avec un couple, une famille ou une organisation.

La frontière tracée par la définition : Elle n’exclut aucun format (écrit, individuel, groupe). En revanche, elle exclut le coaching classique qui n’utilise la philosophie que comme vernis marketing, ainsi que l’enseignement purement théorique ou académique qui ne s’applique pas concrètement à l’existence.

4. La frontière clinique et la compétence diagnostique

  • L’angoisse existentielle n’est pas une pathologie : Faire face à un deuil, à sa finitude ou à une rupture n’est pas en soi une maladie mentale ou un trouble à diagnostiquer.

  • Savoir reconnaître ses limites : À l’inverse, la philosophie n’est pas armée pour traiter un système nerveux en crise, des traumatismes lourds ou une dépression clinique sévère.

  • Un bilinguisme nécessaire : Le praticien doit développer un discernement aiguisé (« un bilinguisme à la frontière ») pour distinguer les crises existentielles des crises cliniques et orienter avec bienveillance vers des soignants quand c’est nécessaire. C’est cette rigueur qui permettra aux hôpitaux et au corps médical de collaborer avec eux.

5. Le vide éthique à combler d’urgence

  • Les auteurs alertent sur le fait que de nombreuses formations certifiantes actuelles ne comportent aucun module d’éthique (frontières relationnelles, consentement, confidentialité, abus d’influence).

  • Dans un domaine non réglementé où il n’existe pas d’ordre professionnel pour radier un praticien abusif, l’éthique ne peut pas être optionnelle.

  • Le collectif doit se doter rapidement d’un code de déontologie clair, et les praticiens doivent intégrer ces engagements éthiques directement dans leurs contrats de service avec leurs visiteurs.

6. Perspectives et notes personnelles des auteurs

  • L’exemple de la psychothérapie : À ses débuts, la psychothérapie était tout aussi éclatée et contestée ; elle n’a pas trouvé son assise grâce à une théorie unique, mais en bâtissant des standards observables et vérifiables qui ont inspiré confiance aux institutions extérieures.

  • Dr Rodney King : Ancien créateur d’une marque mondiale d’arts martiaux, il explique avoir déjà réussi à transformer des instructeurs passionnés mais précaires en professionnels viables, et souhaite mettre cette expérience organisationnelle au service des praticiens de la philosophie.

  • Dr Jonathan Eric Carroll : Psychothérapeute clinicien agréé et praticien de la philosophie, il apporte son regard sur l’intersection clinique-philosophique et sur la nécessité de délimiter rigoureusement les champs d’intervention.

Le texte se conclut en rappelant qu’il s’agit d’un document de travail ouvert à la discussion, aux critiques et aux contributions de l’ensemble de la communauté.


Voir tous nos articles

Article # 300 – Aspects de la communication dans le conseil philosophique, Vasile Hategan, Institutul de Cercetari Social-Politice, 2019

RAPPORT DE LECTURE


HA?EGAN, Vasile. Aspecte ale comunic?rii în consilierea filosofic?. Revista de filosofie, Bucure?ti, 2019, tomul LXVI, nr. 6, pp. 783-794.


Titre de l’article : Aspecte ale comunic?rii în consilierea filosofic? (Aspects de la communication dans le conseil philosophique)

Auteur : Vasile Hategan

Affiliation : Institut de Recherches Socio-Politiques, Université de l’Ouest de Timi?oara, Roumanie

Publication : Revista de filosofie, LXVI, 6, p. 783-794, Bucarest, 2019


1. Introduction et contextualisation

Le travail de recherche de Vasile Ha?egan s’inscrit dans l’analyse des liens interdisciplinaires récemment formalisés entre les sciences de la communication et les nouvelles formes de la pratique philosophique, à savoir le conseil (consilierea) et la consultation (consultan?a) philosophiques. L’auteur constate une relative rareté des sources académiques roumaines sur ce sujet spécifique, tout en s’appuyant sur les travaux précurseurs d’Anton Ilica (2007), Oana Barbu, Vasile Macoviciuc (2002) et Sandu Frunz? (2019). L’objectif principal est de démontrer la réciproque de la thèse de Barbu (« nous avons besoin de philosophie dans l’approche de la communication ») en arguant que la communication est une partie active et essentielle de la pratique philosophique.

2. Formes de communication dans la pratique philosophique

Ha?egan dresse une typologie rigoureuse des modalités par lesquelles la communication s’opérationnalise dans le conseil philosophique, qu’elle soit individuelle, groupale ou organisationnelle.

A. La communication interpersonnelle et non-verbale

La communication interpersonnelle constitue le socle des interactions entre le praticien et le client (qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou d’une équipe managériale). L’auteur souligne l’importance des éléments non-verbaux (vêtements, mimique, gestuelle, tonalité) comme actes de communication indirecte. Cette analyse intègre :

  • La sémiotique (via Roland Barthes, Umberto Eco et Ferdinand de Saussure) pour le décodage des signes.

  • L’impératif catégorique de Kant, instaurant l’obligation morale de dire la vérité dans l’échange.

  • La thérapie centrée sur le client de Carl Rogers, qui utilise la communication pour créer un climat de confiance et d’empathie.

  • L’éthique dialogique de Martin Buber (relation Je-Tu) et la communication face-à-face étudiée par Aurel Codoban.

B. La communication réflexive ou intrapersonnelle

Liée à la philosophie existentialiste (Kierkegaard, Sartre, Camus) et aux pratiques méditatives , ce type de communication intervient lorsque le conseiller soutient le sujet pour clarifier une dilemme intérieur. Le conseil philosophique agit ici comme un processus de médiation de la personne face à elle-même.

3. Typologies de dialogue et outils de groupe

L’auteur examine la classification en trois types de dialogues développée par le praticien américain Lou Marinoff :

  1. Dialogue de type A : Une recherche philosophique spontanée et générique de la problématique par la conversation entre le spécialiste et le client.

  2. Dialogue de type B : Un dialogue à effet thérapeutique face aux troubles existentiels, guidé par la vision d’un grand penseur.

  3. Dialogue de type C (Bibliothérapie) : Recommandation de lectures philosophiques spécifiques suivies de discussions réflexives régulières.

Pour les groupes, la communication s’articule autour d’outils tels que le dialogue socratique de type nelsonien (visant une définition universelle d’un concept) , les cafés philosophiques (initiés par Marc Sautet) , ou encore le concept de « conseil philosophique appréciatif » d’Antonio Sandu, qui s’étend aujourd’hui au virtuel via internet.

4. Communication publique, organisationnelle et institutionnelle

Au niveau macroscopique, la communication philosophique s’applique aux organisations à travers :

  • La consultation éthique et l’audit éthique (création de codes de déontologie, gestion des dilemmes via le Dilema Training de Henk van Luik ou la méthode PEACE de Marinoff).

  • La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), incluant la communication interculturelle et publique.

  • Le milieu communautaire (milieu carcéral, pédiatrique, bioéthique médicale).

Enfin, Ha?egan identifie une dimension essentielle de la communication publique liée au processus de reconnaissance légale de la profession en Roumanie. Celle-ci nécessite une communication active avec les autorités étatiques (rédaction de documentations, enregistrements à l’ORC et à l’ANAF) et des stratégies de marketing/branding personnel via des associations professionnelles.

5. Citations bilingues (Régularité et fidélité)

Afin d’illustrer la rigueur de la thèse de l’auteur, voici des extraits clés dans leur langue d’origine (roumain) et traduits en français :

RO : „…dac? realitatea se construie?te în comunicare, via?a noastr? trebuie s? se bazeze pe acest echilibru: cât? tehnic?, atâta filosofie…”

FR : « …si la réalité se construit dans la communication, notre vie doit se baser sur cet équilibre : autant de technique, autant de philosophie… »

RO : „…comunicarea e în primul rând rela?ie pentru c? orice comunicare uman? este cu comunicarea cu cineva, înainte de a fi comunicarea despre ceva!”

FR : « …la communication est avant tout une relation, car toute communication humaine est une communication avec quelqu’un, avant d’être une communication sur quelque chose ! »

RO : „A înv??a s? filosofezi presupune ?i a înv??a s? comunici.”

FR : « Apprendre à philosopher implique aussi d’apprendre à communiquer. »

6. Conclusion du rapport

L’article de Vasile Ha?egan démontre avec succès que le conseil philosophique ne peut être dissocié des processus communicationnels. Qu’il s’agisse de l’expression sémiotique du corps du client, du dialogue thérapeutique ou des démarches administratives de légitimation de cette nouvelle profession distincte du « philosophe académique » traditionnel, la communication s’impose comme l’infrastructure même de la philosophie pratique.


Notice bibliographique (Format académique)

HA?EGAN, Vasile. Aspecte ale comunic?rii în consilierea filosofic?. Revista de filosofie, Bucure?ti, 2019, tomul LXVI, nr. 6, pp. 783-794.

Voir tous nos articles

Article # 291 – Au-delà du nihilisme juvénile ; la philosophie et l’autonomisation des jeunes « sans emploi, ne suivant ni études ni formation » (NEET), Mario Lupoli, Journal of Philosophical Investigations, 2026

RAPPORT DE LECTURE


Lupoli, M. (2026). Beyond youth nihilism; Philosophy and the empowerment of young people « not in education, employment or training ». Journal of Philosophical Investigations, 19(53), 757–776.


1. Identification du document

  • Auteur : Mario Lupoli, Professeur à la Faculté de Philosophie de l’Université Pontificale Antonianum (Italie).

  • Titre de l’article : Beyond Youth Nihilism; Philosophy and the Empowerment of Young People « Not in Education, Employment or Training ».

  • Revue : Journal of Philosophical Investigations (JPI), Volume 19, Numéro 53, 2026, pages 757-776.

  • Données éditoriales : Reçu le 25 décembre 2025, accepté le 30 décembre 2025, publié en ligne le 20 janvier 2026.

  • Mots-clés : NEET, Dialogue socratique, Pratiques philosophiques, Entraînement au dilemme.

2. Problématique et contextualisation du phénomène NEET

L’article de Mario Lupoli s’attaque à la problématique multidimensionnelle des jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training). L’auteur propose de dépasser la seule lecture économique de ce phénomène pour y déceler une crise existentielle et culturelle plus profonde : le nihilisme juvénile.

Les dimensions structurelles et genrées du phénomène

  • Le statut de NEET découle d’une exclusion progressive des parcours éducatifs et professionnels, menant à un abandon de la recherche d’opportunités.

  • Il existe une forte disparité de genre au niveau européen : 20,9 % des femmes âgées de 20 à 34 ans sont NEET, contre 12,2 % des hommes.

  • Cette vulnérabilité accrue des femmes s’explique par des facteurs structurels et culturels selon Eurostat : les pressions sociales qui dévaluent le rôle économique des femmes, l’orientation professionnelle genrée, les écarts de rémunération, l’insécurité de l’emploi et les difficultés de réinsertion après un congé maternité.

La racine philosophique : la crise du futur

  • Lupoli conteste le récit économique dominant qui enferme les jeunes dans une fatalité systémique imperméable à la réflexion critique.

  • La difficulté d’insertion n’est pas qu’un manque d’opportunités, mais une méfiance radicale envers les institutions et l’avenir.

  • L’avenir n’est plus perçu comme une « promesse » mais comme une « menace », annihilant toute motivation et tout projet existentiel.

3. Cadre théorique et conceptuel

L’auteur construit un modèle d’intervention émancipateur à l’intersection de plusieurs influences philosophiques et sociologiques :

  • Umberto Galimberti (Le nihilisme et la crise de la temporalité) : L’être humain n’habite pas directement le monde, mais la description (philosophique, mythologique, scientifique) qu’il s’en fait. Lorsque l’attente est vidée d’espoir, le nihilisme surgit, le temps vécu devient inerte et l’ennui s’installe.

  • Gerd Achenbach (Lebenskönnerschaft) : Concept défini comme « l’art de bien vivre ». La pratique philosophique (Philosophische Praxis) ne vise pas à résoudre des problèmes de manière thérapeutique, mais à aider les sujets à s’orienter de façon autonome et d’une manière qui les rende dignes du bonheur.

  • Mark Fisher (L’impuissance réflexive) : Les jeunes intériorisent le fait que la situation est mauvaise tout en se déclarant incapables d’agir pour la changer, créant une prophétie autoréalisatrice de l’échec.

  • Paulo Freire (Pédagogie de l’émancipation) : Le travail sur le logos (la pensée et la parole) permet aux exclus de sortir de la « culture du silence » pour conscientiser leur situation et anticiper un monde meilleur par l’imagination critique.

4. Démarche méthodologique et étude de cas

Protocole de recherche

L’étude repose sur une recherche-action qualitative prenant la forme d’une étude de cas critique située dans le sud de l’Italie :

Paramètre Description
Échantillon

20 jeunes NEETs âgés de 18 à 29 ans.

Durée & Cadre

Programme intensif de deux semaines à temps plein dans un laboratoire civique (cadre non scolaire).

Approche globale

Éducation non formelle (ENF) combinant le learning by doing, l’apprentissage coopératif et la réflexion existentielle.

Posture du chercheur

Double posture d’observateur et de facilitateur.

Validité scientifique et limites

  • Stratégies de triangulation (Lincoln & Guba) : Tenue d’un journal de recherche quotidien, retranscription textuelle (verbatim) des définitions des participants pour éviter les surinterprétations, et analyse intersubjective avec le coordinateur externe du projet.

  • Limites méthodologiques : Absence de groupe de contrôle et manque de mesures longitudinales à long terme pour évaluer la durabilité des effets.

  • Justification épistémologique : En s’appuyant sur Bent Flyvbjerg et la théorie des savoirs situés de Donna Haraway, l’auteur défend la valeur de cette étude de cas comme « cas critique » permettant de tester la viabilité de l’approche dans des conditions de vulnérabilité extrême.

5. Analyse des ateliers et des dynamiques dialogiques

Lupoli présente trois dispositifs méthodologiques complémentaires mis en œuvre durant le séminaire :

A. L’exercice d’éthique narrative : Le cas d’Abigail

Les participants ont travaillé sur une adaptation de l’histoire morale d’Abigail en anglais.

  • Processus : Traduction collective vers l’italien, suivie d’un travail en sous-groupes pour classer les personnages du plus moral au plus répréhensible.

  • Objectifs linguistiques et philosophiques : L’anglais a été utilisé comme outil d’ouverture à une autre vision du monde (selon l’approche de Wilhelm von Humboldt) et comme ressource partagée horizontalement.

  • Résultats et résistances : Le groupe a conscientisé le caractère socialement construit et fluide de la morale. Deux cas de résistance ont émergé : un participant peu enclin à la coopération et un autre rattaché à une doctrine religieuse rigide. Ces résistances ont servi de révélateurs des tensions entre dogmatisme et pluralisme au sein de l’espace de discussion.

B. L’entraînement au dilemme : « Le Violoniste » de Judith Jarvis Thomson

  • Dispositif : Confrontation avec le dilemme éthique de la perte d’autonomie corporelle au profit de la survie d’un tiers.

  • Méthode : Application rigoureuse de la grille en 7 étapes de Henk van Luijk (formulation, identification des acteurs, évaluation des arguments, prise de décision).

  • Impact : Ce processus de problématisation a permis de déconstruire les certitudes binaires initiales. Un participant très réservé et s’estimant incapable de s’exprimer a réussi à déployer des compétences d’argumentation rationnelle complexes. L’exercice s’est positionné aux antipodes du simple problem solving managérial en cultivant l’inconfort intellectuel comme moteur d’apprentissage.

C. Le Dialogue socratique : « Qu’est-ce que l’espoir ? »

Inspiré de la méthode de Leonard Nelson, cet atelier visait à redéfinir collectivement l’espoir à partir d’expériences vécues.

  • Formulation progressive : Les sous-groupes ont produit cinq définitions initiales reliant l’espoir à la motivation, à la survie, ou au désir de vivre.

  • Synthèse collective : Après délibération plénière, les participants ont formulé la définition universelle suivante :

    « L’espoir est la recherche individuelle et universelle de quelque chose de positif qui peut se réaliser. »

  • Portée pédagogique : Cette transition d’un ressenti émotionnel subjectif à un principe d’action universel illustre le concept d’apprentissage transformateur de Jack Mezirow, redonnant du pouvoir d’agir (agency) face au sentiment d’impuissance.

6. Évaluation des résultats et portée émancipatrice

L’évaluation s’est articulée autour de la méthodologie Youthpass (promue par la Commission européenne), basée sur l’auto-évaluation guidée par le facilitateur à la lumière des 8 compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie.

Synthèse des acquis perçus par les participants

  • Compétences personnelles et relationnelles : Amélioration des capacités d’écoute active, de respect des différences et de dépassement des rigidités cognitives. Le groupe est devenu un « espace sécurisé » affranchi du jugement scolaire traditionnel.

  • Apprendre à apprendre : Prise de conscience que l’apprentissage s’effectue aussi hors des cadres formels par l’expérience et la réflexion critique.

  • Communication : Confiance accrue dans l’expression orale en public et dans la structuration de l’argumentation.

  • Esprit d’initiative et citoyenneté : Capacité à proposer des idées, à assumer des responsabilités partagées et à se concevoir comme un sujet actif au sein de la collectivité.

7. Conclusion de l’analyse

L’étude de Mario Lupoli démontre de manière convaincante que la philosophie pratique, lorsqu’elle s’associe à l’éducation non formelle, dépasse le cadre académique pour devenir un puissant outil d’émancipation politique et existentiel.

En redonnant une voix à des sujets marginalisés, le dispositif rompt l’isolement du « non-savoir » et du silence. L’exercice du dialogue critique permet de requalifier l’avenir : celui-ci cesse d’être subi comme une fatalité pour redevenir un espace de projet ouvert, redéfinissant ainsi la posture de ces jeunes dans le monde.

Voici l’intégration rigoureuse des citations bilingues (anglais et français) issues directement de l’article de Mario Lupoli, afin d’enrichir le rapport de lecture et d’en renforcer la portée académique.

8. Sélection de citations clés (Bilingual Quotes)

Pour appuyer l’analyse et illustrer les concepts fondamentaux de l’étude, voici une sélection de citations marquantes tirées du texte original, accompagnées de leur traduction ou de leur analyse en français.

A. Sur le diagnostic du phénomène NEET et la crise du futur

Original (EN) :

« Without waiting and without hope, time becomes a desert and, in the absence of a future, that disturbing guest we call nihilism reappears. »

Traduction (FR) :

« Sans attente et sans espoir, le temps devient un désert et, en l’absence d’avenir, cet invité dérangeant que nous appelons le nihilisme réapparaît. »

  • Portée théorique : Cette citation, empruntée par l’auteur à Umberto Galimberti, résume l’impact psychologique et temporel de l’inactivité forcée des NEETs. Le temps n’est plus un vecteur de projets, mais une épaisseur opaque et vide.

B. Sur la vision du monde comme prisme existentiel

Original (EN) :

« …human beings do not simply experience the world: they live a vision of the world. From this vision arises their perception of existence, of their capacity to change life and society for the better… »

Traduction (FR) :

« …les êtres humains ne font pas que faire l’expérience du monde : ils vivent une vision du monde. De cette vision découle leur perception de l’existence, de leur capacité à changer la vie et la société pour le mieux… »

  • Portée théorique : Lupoli pose ici le fondement de son intervention. Si l’on veut redonner du pouvoir d’agir (agency) aux jeunes, il faut d’abord travailler sur le logos et modifier les représentations mentales et culturelles qu’ils habitent.

C. Sur l’impuissance réflexive (Reflective Impotence)

Original (EN) :

« They ‘know things are bad, but more than that, they know they can’t do anything about it. But that « knowledge », that reflexivity, is not a passive observation of an already existing state of affairs. It is a self-fulfilling prophecy.' »

Traduction (FR) :

« Ils « savent que les choses vont mal, mais plus encore, ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Pourtant, ce ‘savoir’, cette réflexivité, n’est pas une observation passive d’un état de fait déjà existant. C’est une prophétie autoréalisatrice. » »

  • Portée théorique : Citant Mark Fisher, l’auteur met en lumière le piège cognitif dans lequel se trouvent les NEETs. La conscience de leur situation se transforme en paralysie plutôt qu’en moteur de changement, d’où l’importance de déconstruire cette croyance par la problématisation philosophique.

D. Sur la redéfinition de la philosophie face au Problem Solving

Original (EN) :

« …philosophical practices stand as the very opposite of problem solving, since philosophy, at best, multiplies problems. By adding new questions, philosophy dismantles narrow worldviews… »

Traduction (FR) :

« …les pratiques philosophiques se situent à l’opposé même de la résolution de problèmes, puisque la philosophie, au mieux, multiplie les problèmes. En ajoutant de nouvelles questions, la philosophie démantèle les visions du monde trop étroites… »

  • Portée théorique : Lupoli rejette l’instrumentalisation néolibérale de la philosophie ou des soft skills conçues uniquement sous l’angle de la performance. La philosophie sert à perturber les fausses certitudes et à ouvrir le champ des possibles, plutôt qu’à s’adapter passivement au système existant.

E. Sur l’émancipation par la prise de parole (Écho freirien)

Original (EN) :

« …accustomed to having little or no space to express their worldview, thoughts, or words, many young people tend to adopt the position of the student hidden in the back row… Within philosophical practices, the intention was that everyone’s voice should gain prominence. »

Traduction (FR) :

« …habitués à n’avoir que peu ou pas d’espace pour exprimer leur vision du monde, leurs pensées ou leurs mots, de nombreux jeunes ont tendance à adopter la position de l’étudiant caché au dernier rang… Au sein des pratiques philosophiques, l’intention était que la voix de chacun gagne en importance. »

  • Portée théorique : Ce passage souligne la dimension politique et démocratique de l’atelier. Sortir de la « culture du silence » implique de restaurer la valeur de la parole individuelle au sein d’une communauté de recherche.


Voir tous nos articles

Article # 289 – Explication du modèle théorique de l’accompagnement philosophique en éducation basé sur la sagesse et le dialogue socratique, Seyyed Hesam Hosseini, Akbar Rahnama, Mahdi Sobhaninejad, Journal of Philosophical Investigations, 2022

RAPPORT DE LECTURE


Hosseini, S. H., Rahnama, A., & Sobhaninejad, M. (2022). Explaining of the Theoretical Model of Philosophical Counseling in Education based on Wisdom and Socratic Dialogue. Journal of Philosophical Investigations, 16(40), 86-110.


Fiche technique de l’article

  • Titre original : Explaining of the Theoretical Model of Philosophical Counseling in Education based on Wisdom and Socratic Dialogue

  • Auteurs : Seyyed Hesam Hosseini, Akbar Rahnama, Mahdi Sobhaninejad (Université de Shahed, Téhéran, Iran)

  • Revue : Journal of Philosophical Investigations (JPI), Vol. 16, n° 40, 2022, pp. 86-110

  • ISSN : 2251-7960 (Imprimé) / 2423-4419 (En ligne)

  • Approche méthodologique : Recherche appliquée qualitative ; analyse conceptuelle, interprétative et rationnelle.

1. Introduction et problématique

L’article s’inscrit dans le mouvement contemporain de la philosophie pratique, né à la fin du XX? siècle en réaction à l’hégémonie du positivisme logique qui avait confiné la philosophie à des spéculations purement théoriques. Les auteurs partent du constat que l’être humain moderne est confronté à des crises existentielles profondes (dépression, perte de repères, matérialisme).

Dans le contexte éducatif iranien, le système d’orientation scolaire souffre d’un manque quantitatif et qualitatif de conseillers, mais surtout d’une absence d’approche spirituelle et philosophique pour traiter les problèmes des élèves. Les auteurs proposent donc d’introduire le conseil philosophique (philosophical counseling) en milieu éducatif comme un paradigme alternatif ou complémentaire à la psychologie clinique.

2. Cadre méthodologique

La recherche adopte une approche qualitative et s’articule autour de trois méthodes analytiques complémentaires :

  • L’analyse conceptuelle et interprétative : utilisée pour élucider la nature du conseil philosophique et ses fondements socratiques à partir de sources primaires (notamment les dialogues platoniciens tels que le Ménon, le Protagoras, le Gorgias, l’Apologie de Socrate et le Théétète).

  • L’analyse rationnelle : mobilisée pour concevoir et structurer le modèle d’intervention idéal au sein des écoles.

3. Fondements philosophiques du modèle socratique

Le modèle théorique proposé repose sur plusieurs postulats socratiques fondamentaux :

L’ignorance comme source du mal moral : Socrate soutient que personne ne fait le mal volontairement. Le choix d’actions néfastes ou destructrices découle d’une ignorance existentielle, c’est-à-dire d’une méprise sur ce qu’est le véritable Bien.

L’orientation innée vers le Bien : L’être humain possède une volonté intrinsèque dirigée vers le Bien. Les dérives comportementales résultent de l’influence persuasive de visions du monde superficielles et non examinées.

L’auto-connaissance comme thérapeutique : Reprenant la maxime delphique « Connais-toi toi-même », l’approche pose que la clarification des croyances fondamentales d’un individu permet de dissoudre ses conflits internes.

4. Le modèle idéal en trois étapes

Le cœur de l’article réside dans la modélisation d’un processus thérapeutique et éducatif structuré en trois grandes phases interconnectées :

[Étape 1 : Découverte de l'identité fausse] ? [Étape 2 : Remise en question / Déconstruction] ? [Étape 3 : Reconstruction d'une nouvelle vision]

Étape 1 : Découverte de l’identité fausse (Auto-connaissance)

Cette première phase vise à mettre en lumière le « soi superficiel » du client (ou de l’élève). Elle se décompose en plusieurs sous-actions :

  • Identification des schémas répétitifs : repérer les attitudes passives ou conflictuelles (ex. jouer la victime, manque d’assurance).

  • Clarification et distinction des croyances : différencier les opinions adoptées de manière passive des véritables convictions internes.

  • Mise entre parenthèses de l’expertise du conseiller : le conseiller n’impose aucun diagnostic préétabli et attend la validation du client.

  • Observation de l’espace de conscience : inviter l’élève à observer ses propres pensées et émotions sans s’y identifier.

  • Mise en évidence de la pluralité interne : travailler sur les contradictions intérieures (ex. « je veux, mais je ne peux pas ») pour aller vers une unification de l’identité.

Étape 2 : Le défi et la mise en question de l’identité fausse

Cette phase utilise la méthode dialogique socratique pour déconstruire les certitudes erronées :

  • Le dialogue maïeutique et l’aporia : amener le client vers un état d’impasse logique (aporia) où ses croyances limitantes s’effondrent d’elles-mêmes.

  • L’analyse logique et conceptuelle : examiner rigoureusement la structure argumentative et la définition des concepts clés (justice, liberté, etc.) utilisés par l’élève.

Étape 3 : Le mouvement vers une nouvelle vision du monde

Une fois les fausses croyances ébranlées, le sujet doit reconstruire son cadre de référence pour éviter de sombrer dans le nihilisme :

  • Le soi comme sujet créatif : amener l’élève à se percevoir non comme un objet passif de déterminismes psychologiques, mais comme un sujet actif capable de choix libres.

  • L’ancrage dans le moment présent : libérer l’esprit des regrets passés et des anxiétés futures.

  • L’alignement avec la vertu : guider l’élève vers une vie authentique basée sur ses propres valeurs rationnellement examinées.

5. Distinction : Conseil psychologique vs Conseil philosophique

L’article propose une distinction épistémologique cruciale entre l’approche psychologique classique et l’approche philosophique :

Dimension Conseil Psychologique Conseil Philosophique (Socratique)
Postulat de base

Analyse les relations de cause à effet (déterminisme causal).

Explore le sens, les valeurs et les structures logiques de la pensée.

Focalisation

Centré principalement sur les émotions et les symptômes.

Centré sur la cohérence des croyances et la vision globale du monde (Weltanschauung).

Objectif ultime

Auto-actualisation, réduction du symptôme.

Auto-connaissance profonde, sagesse pratique et vertu.

Rôle du professionnel

Expert qui diagnostique et traite.

Guide maïeutique qui co-explore et stimule la réflexion autonome.

Conclusion et portée académique

L’étude d’Hosseini, Rahnama et Sobhaninejad démontre de manière convaincante que la philosophie ne se limite pas à l’histoire des idées, mais s’avère être une médecine de l’âme directement applicable au domaine de l’éducation.

En redéfinissant les difficultés des élèves non comme des pathologies mentales, mais comme des tensions conceptuelles ou des incohérences logiques au sein de leur vision du monde, le modèle socratique redonne à l’apprenant sa pleine souveraineté rationnelle. Ce modèle en trois étapes (découverte, défi, reconstruction) offre une alternative rigoureuse et humaniste aux approches psychothérapeutiques conventionnelles en milieu scolaire.


Voir tous nos articles

Artcile # 286 – Le counselling philosophique : une pratique en quête d’identité et de normes, Philippe Leblanc, Mémoire, Université de Sherbrooke, Québec, Canada, 2008

RAPPORT DE LECTURE


Leblanc, Philippe, Le counselling philosophique : une pratique en quête d’identité et de normes, mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise ès arts (philosophie), Université de Sherbrooke, juin 2008, 227 pages (ISBN : 978-0-494-42978-5).


Détails du document :

  • Auteur : Philippe Leblanc

  • Titre : Le counselling philosophique : une pratique en quête d’identité et de normes

  • Type de document : Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise ès arts (Philosophie)

  • Institution : Université de Sherbrooke, Faculté de théologie, d’éthique et de philosophie

  • Lieu de publication : Sherbrooke (Québec, Canada)

  • Date de publication : Juin 2008

  • Pagination : vi, 227 pages

  • Directeur de recherche : André Duhamel

  • Membres du jury / correcteurs : M. Létourneau et M. Nisole

  • Identifiant (ISBN) : 978-0-494-42978-5 (Bibliothèque et Archives Canada)


1. Introduction et mise en contexte

Ce mémoire de maîtrise est le premier rédigé en langue française à s’intéresser spécifiquement à l’identité du counselling philosophique parmi les autres pratiques en relation d’aide. L’auteur inscrit cette étude dans le cadre d’une discipline pré-paradigmatique et préscientifique au sens de Thomas Kuhn, caractérisée par une absence de consensus unificateur sur ses concepts, ses méthodes et ses buts. L’objectif principal de l’ouvrage est de démontrer que le counselling philosophique possède une place légitime et distincte dans le domaine de la relation d’aide, tout en s’inspirant de l’idéal antique de la philosophie comme art de vivre.

2. Définition, critères d’éligibilité et spécificité (Chapitre 1)

Définition du counselling philosophique

Le counselling philosophique se définit comme l’intervention d’un philosophe qualifié qui aide un client à résoudre une question ou un problème embarrassant par le biais d’un dialogue réflexif et critique. Cette démarche s’appuie sur deux postulats fondamentaux :

  • Les individus vivent selon des valeurs ou suppositions préjugées et conscientes qui affectent leurs pensées ou comportements lors de moments critiques.

  • L’individu est nourri par son enfance mais n’est pas déterminé par celle-ci.

Quatre critères d’éligibilité du client

Pour s’engager dans ce processus, le client doit obligatoirement satisfaire à quatre critères :

  • Penser par soi-même : Le candidat doit accepter d’être le seul maître de sa quête intellectuelle et en assumer la responsabilité.

  • Consistance et non-contradiction : La pensée du client doit respecter les règles élémentaires de la logique. Les personnes atteintes de troubles altérant cette cohérence (comme la schizophrénie) doivent être réorientées.

  • Ouverture au dialogue : Le candidat doit vouloir communiquer et expliciter l’architecture de ses principes fondamentaux.

  • Acceptation de la critique : Le client doit accepter d’être questionné, confronté et stimulé dans ses convictions dogmatiques.

Distinctions antinomiques (Les six fronts)

Le counselling philosophique se positionne de manière exclusive face aux autres disciplines :

  • Contre les « psy » : Le but est la clarification conceptuelle et non la guérison clinique. Il rejette le modèle médical, ne s’occupe pas de l’inconscient et refuse d’établir une norme objective de santé mentale.

  • Contre la philosophie académique : Contrairement à l’académicien qui traite les problèmes de manière abstraite et impersonnelle, le conseiller s’ancre toujours dans le contexte concret et subjectif du client.

  • Contre la philosophie et l’éthique appliquées : Le counselling philosophique est plus englobant ; il traite de questions existentielles, métaphysiques ou logiques pour elles-mêmes, sans être restreint aux seuls impératifs éthiques.

  • Contre le counselling pastoral : Il ne s’appuie sur aucun dogme religieux ni herméneutique confessionnelle, garantissant une totale liberté de pensée (incluant l’athéisme ou le scepticisme).

  • Contre la philo-pop et la psycho-pop : Il rejette les recettes toutes faites, le « prêt-à-penser » et la simplification dogmatique au profit du doute constructif et de la rigueur critique.

  • Contre les coachs de vie : Le conseiller philosophique ne peut adopter une posture neutre sur le contenu (comme le fait le coach) ; il doit posséder une expertise de haut niveau dans le domaine des idées pour stimuler et confronter le dialogue.

3. Techniques, approches et méthodes (Chapitre 2)

Quatre techniques fondamentales

Ces outils logiques constituent la base de l’intervention :

  • L’analyse conceptuelle : Clarifier et délimiter les concepts fondamentaux du client par des exemples et contre-exemples.

  • L’examen des présupposés : Mettre en lumière et évaluer la cohérence des prémisses implicites d’un raisonnement.

  • La pensée critique : Garantir la validité des arguments et débusquer les raisonnements fallacieux ou tautologiques.

  • L’examen des conséquences : Extrapoler les implications logiques ou pratiques des affirmations du client.

Seize approches répertoriées

Les approches correspondent à des styles d’interaction combinant les techniques susmentionnées :

  1. Dialogue maïeutique : Questionner pour faire accoucher le client de ses propres réponses.

  2. Dialogue au pair : Échange horizontal d’idées d’égal à égal.

  3. Dialogue pédagogique : Transmission didactique de notions logiques nécessaires.

  4. Orientée sur le problème : Résolution spécifique du motif de consultation.

  5. Orientée sur un but précis : Réponse directe à un objectif défini, détaché de tout problème personnel.

  6. Orientée sur la personne : Focalisation globale sur les relations existentielles et l’autonomie du sujet.

  7. Orientée vers les textes (bibliothérapie) : Lecture critique d’œuvres philosophiques ciblées.

  8. Investigation critique : Questionnement systématique des prémisses du client.

  9. La quête d’équilibre : Résolution des conflits de valeurs internes ou externes pour retrouver la paix de l’âme.

  10. Autonomie du client : Neutralité du conseiller qui se limite à stimuler la réflexion autonome.

  11. Apport du conseiller : Interventions théoriques ponctuelles pour nourrir la discussion.

  12. Interprétation descriptive : Clarification de la situation pour rendre visible l’origine d’un malaise.

  13. Sans buts prédéterminés (open-ended) : Processus improvisé et sur mesure pour préserver l’étonnement.

  14. Demande d’approbation : Évaluation logique de la consistance de la pensée du client à sa demande.

  15. Analyse de la conception du monde : Examen de l’articulation globale du réseau d’idées et de croyances du client.

  16. La pensée utopique : Recours à l’imagination conceptuelle pour dépasser un blocage réel.

Analyse de trois méthodes structurées

Le mémoire confronte trois modèles d’application :

Caractéristiques Méthode Lou Marinoff (PEACE) PDF Méthode Peter B. Raabe PDF Méthode Anette Prins-Bakker PDF
Étapes

1. Problème


2. Émotion


3. Analyse


4. Contemplation


5. Équilibre.

1. Écoute maïeutique


2. Résolution du problème


3. Enseignement intentionnel


4. Transcendance.

1. Dis-moi…


2. Qui es-tu ?


3. À propos de ta vie ?


4. Dans quelle phase es-tu ?


5. À propos de ta relation ?


6. Poursuite du mariage ?

Public cible

Tout public.

Tout public.

Couples (Counselling conjugal).

Limites / Critiques

Critiquée pour sa simplification « philo-pop », son rejet excessif des psys, et l’absence de balises sur ses propres limites.

Méthode souple, rigoureuse et modulable selon les besoins spécifiques du client.

Met l’accent sur l’individu et brise avec succès l’identification de la personne à son problème.

Le travail de recherche du mémoire conclut à une préférence marquée pour la méthode de Peter B. Raabe en raison de sa flexibilité thérapeutique et de sa rigueur conceptuelle.

4. Limites, déontologie et formation (Chapitre 3)

Les quinze limites de la pratique

L’auteur répertorie quinze limites réparties en trois catégories que tout praticien se doit de respecter :

Épistémologiques

  1. Interdiction d’intervenir sur l’inconscient ou les conflits d’ordre psychanalytique.

  2. Impossibilité de fournir des réponses absolues ou dogmatiques aux grandes questions de l’existence.

Pratiques

  1. L’efficacité est nulle si le client est intentionnellement trompeur ou menteur.

  2. Le conseiller ne peut forcer ni imposer des changements de comportement chez le client.

  3. Le counselling ne produit pas directement d’états d’esprit positifs (bonheur, estime de soi) ; ceux-ci découlent indirectement de la résolution des conflits.

  4. Le processus est impossible si le client est émotionnellement absorbé par sa détresse et incapable de distance critique.

  5. Le diplôme universitaire ne garantit pas les compétences interpersonnelles (empathie, respect) requises.

  6. Risque de rupture de l’alliance si le conseiller est perçu comme une menace par un client en crise.

  7. Les blocages ou impasses personnelles du conseiller limitent sa capacité à aider le client sur ces mêmes sujets.

  8. Des divergences métaphysiques trop profondes entre le conseiller et le client peuvent empêcher l’établissement d’un terrain commun.

  9. Le conseiller ne peut se substituer au besoin d’affection et de relations amicales du client.

Éthiques

  1. Les thèmes de discussion doivent rester dans les limites de la légalité et de la moralité (interdiction de planifier des actes violents ou criminels).

  2. Interdiction de traiter des pathologies physiologiques ou de se prononcer sur l’usage ou l’arrêt de la médication psychiatrique.

  3. Obligation de ne pas garantir le succès d’une démarche et de faire preuve de pondération sur les résultats.

  4. Obligation éthique de réorienter le client vers d’autres professionnels de la santé si ses besoins dépassent le cadre philosophique.

Codes d’éthique

L’analyse du code préliminaire proposé autrefois par la SCPP (Société Canadienne pour la Pratique Philosophique) montre des lacunes importantes : absence de définitions claires du client et du counselling, absence de procédure de plainte, et présence d’un désengagement complet de responsabilité juridique en cas d’abus. L’auteur valorise davantage les codes d’éthique hollandais et britannique, beaucoup plus structurés et exigeants en matière de protection du public et de formation continue.

Recommandations pour la formation

Pour assurer la crédibilité de la profession et minimiser les risques de dérapage, le mémoire soutient la nécessité d’une double compétence :

  • Niveau théorique : Une maîtrise universitaire en philosophie doublée d’études ou de compétences avérées en santé mentale ou en counselling.

  • Niveau pratique : Un long stage théorique et de simulation pratique, sur le modèle proposé par l’Hotel de Filosoof d’Amsterdam, favorisant l’écoute active, les jeux de rôles croisés (conseiller/conseillé), l’évaluation vidéo et la supervision de groupe.

La question de la rémunération

Le mémoire confronte les critiques de Socrate (dans les textes de Platon et de Xénophon) contre les sophistes qui vendaient leur savoir. L’auteur justifie la rémunération contemporaine des conseillers par le fait qu’ils ne vendent pas une vérité toute faite mais une technique d’accompagnement de la pensée, et que l’investissement financier du client favorise son autonomie et son engagement dans la démarche. Les honoraires habituels répertoriés se situent entre 50 $et 100$ par séance.

5. Conclusion générale du mémoire

Philippe Leblanc conclut que le counselling philosophique possède bel et bien une identité propre, à la fois unique et fragile. L’absence d’un paradigme commun exige un travail constant d’élaboration de normes éthiques, de codes professionnels et de formation rigoureuse. Pour combler le vide méthodologique de la discipline, l’auteur propose en ouverture de recherche la mise en œuvre d’études empiriques basées sur des questionnaires de rétroaction systématiques soumis directement aux praticiens et à leurs clients.

Article # 285 – La pratique philosophique aide-t-elle ? Une enquête à travers le dialogue philosophique en milieu médical / Does Philosophical Practice Help? An Inquiry through a Philosophical Dialogue in Medical Settings, Flavia Baldari, Tokyo College, The University of Tokyo, 2023


RAPPORT DE LECTURE


Baldari, F. (2023). Does Philosophical Practice Help? An Inquiry through a Philosophical Dialogue in Medical Settings. Tetsugaku, 7, 107–122


L’article de Flavia Baldari démontre que la pratique philosophique en milieu hospitalier, bien qu’elle ne constitue pas une thérapie clinique visant une guérison ou un soulagement immédiat, offre un espace de transformation existentielle indispensable pour aider les patients à reconfigurer leur identité face à la maladie. À travers l’analyse de l’OncoloCafé, l’auteure établit que la philosophie permet de redonner du sens à une réalité déstructurée par l’épreuve médicale, non pas en résolvant les problèmes pratiques, mais en transformant la manière dont les sujets perçoivent et habitent leur condition.


Identification bibliographique

  • Auteure et affiliation : Flavia Baldari (Tokyo College, Université de Tokyo).

  • Publication : Tetsugaku, vol. 7, 2023, The Philosophical Association of Japan.

  • Objet de l’étude : Évaluer dans quelle mesure la philosophie pratique (conseil philosophique, cafés philosophiques) peut être considérée comme une « relation d’aide » (helping profession) dans un contexte de soins de santé, en s’appuyant sur l’étude de cas de l’OncoloCafé à Osaka.


Cadre théorique : Phénoménologie et Existentialisme

Pour comprendre l’intervention de la philosophie en milieu médical, l’article s’appuie sur un ancrage théorique qui rejette une vision purement organique de la maladie.

  • Le corps vécu et le monde de la vie (Husserl) : L’auteure rejette le dualisme cartésien corps-esprit pour adopter la notion de « corps vécu » (Lived Body) chez Edmund Husserl, qui considère le corps comme le médium indispensable de toute perception et de l’accès au monde intersubjectif (Lebenswelt). Cette approche permet de rendre compte du fossé (gap), conceptualisé par S. Kay Toombs, qui sépare l’expérience quotidienne de la maladie vécue par le patient (illness) et la définition clinique de la pathologie par les médecins (disease).

  • La déstructuration de la projection existentielle (Heidegger) : En mobilisant le concept de Da-sein (être-au-monde) de Martin Heidegger, l’étude analyse la découverte d’une maladie grave ou incurable comme une rencontre brutale avec des possibilités existentielles limitées. Cette épreuve déstructure la « projection » du sujet, c’est-à-dire la compréhension qu’il a de lui-même et de son avenir, provoquant une crise d’identité profonde qui exige de reconfigurer son rapport au monde.

  • La clarification de la vision du monde (Achenbach et Lahav) : Selon Gerd Achenbach, les individus se tournent vers la pratique philosophique pour comprendre et être compris, et pour rendre compte de la forme de leur vie. Cette démarche vise à élucider ce que Ran Lahav nomme la « vision du monde » (worldview), à savoir le cadre conceptuel et le système de coordonnées qui permettent au sujet d’interpréter sa réalité et de conférer du sens à ses attitudes.

L’Étude de cas : L’OncoloCafé

L’OncoloCafé sert de terrain d’observation pour analyser la dynamique du dialogue philosophique face à des situations d’extrême vulnérabilité.

  • Origine et participants : Fondé en 2016 à l’Hôpital universitaire d’Osaka par Nakaoka Narifumi et Sano Keiko, ce café philosophique rassemble des patients atteints de cancer ou de maladies incurables (notamment la SLA), leurs familles et des professionnels de santé. Depuis 2020, les sessions se déroulent en ligne en raison de la pandémie de COVID-19.

  • Égalité et absence de hiérarchie : Conformément aux analyses de Neri Pollastri, le dialogue s’exerce dans une parfaite égalité de dignité rationnelle, humaine et éthique entre soignants, patients et proches. L’espace ne fonctionne ni comme un groupe de parole traditionnel ni comme un lieu de conseil médical, mais comme un laboratoire où l’on pense ensemble sans obligation d’aboutir à une conclusion commune.

  • Décentrement thématique : Les sujets abordés sont délibérément déconnectés des conditions médicales (ex. : « Qu’est-ce que le bonheur ? », « La fiabilité », « Que signifie faire de son mieux ? »). Ce choix vise à briser le dualisme sain/malade et à accueillir le participant en tant que personne entière, et non en tant que simple patient.

  • Dialectique du narratif et du réflexif : Le processus s’initie par le récit biographique et l’énonciation d’expériences subjectives, souvent marquées par un sentiment de vide ou une perte de repères (comme l’exprime le témoignage d’un patient se sentant « renaît, mais de manière négative »). Le rôle du facilitateur consiste à faire basculer ce niveau narratif vers une réflexion conceptuelle, en s’appuyant sur des exemples concrets du quotidien pour expliciter les présupposés flous ou indicibles.

Portée critique : Transformation philosophique contre thérapie clinique

L’apport majeur de l’article réside dans sa clarification rigoureuse de la frontière entre philosophie et profession d’aide.

  • Une absence de visée thérapeutique directe : La philosophie pratique ne cherche pas à soulager immédiatement la détresse ni à procurer un bien-être à court terme. Au contraire, comme l’a souligné le professeur Nishimura Takahiro lors d’un colloque en 2022, amener des patients en fin de vie à interroger leurs valeurs fondamentales peut s’avérer douloureux, confrontant, voire sembler « violent » en rappelant la réalité de la mort.

  • La primauté de la transformation existentielle : Contrairement à une thérapie de remédiation, le dialogue philosophique vise à « rester dans le problème » pour mieux le comprendre et en modifier la perception. En s’exposant au regard et aux remises en question respectueuses des autres, les participants élargissent leur horizon et génèrent une nouvelle « macro-vision du monde ».

  • Un bénéfice thérapeutique indirect : Si la pratique philosophique n’est pas une thérapie au sens médical, ses effets n’en demeurent pas moins profondément bénéfiques. En permettant aux participants de mettre au jour leurs biais, de clarifier leurs concepts et de redonner du sens à une existence bouleversée par la maladie, elle offre des instruments de navigation existentielle qui contribuent indirectement, mais durablement, à leur bien-être.

La pratique philosophique dans le domaine de la santé ne se substitue donc ni aux soins cliniques ni aux soutiens psychologiques classiques, mais elle comble un angle mort de l’accompagnement médical. En rendant aux patients leur agentivité par le maniement des concepts et le dialogue intersubjectif, elle transforme l’épreuve subie de la maladie en un espace de réappropriation de soi. La relation d’aide philosophique s’affirme alors non comme une promesse de guérison, mais comme une conquête de lucidité permettant de réédifier une identité face à la fragilité de la vie.


Voir tous nos articles

Article # 284 – Le conseil philosophique comme méthode de pratique de la philosophie africaine contemporaine / Philosophical Counselling as a Method of Practising Contemporary African Philosophy, Jaco Louw, 2024

Rapport de lecture analytique


Louw, J. (2024). Philosophical Counselling as a Method of Practising Contemporary African Philosophy: Setting the Context for a Conversation between Serequeberhan and Chimakonam. Journal of Comparative Literature and Aesthetics, 47(1), 117-130.


Introduction et Thèse de l’Auteur

Dans cet article, Jaco Louw aborde une double problématique au sein du mouvement du conseil philosophique (philosophical counselling) : le débat incessant sur ses méthodes et l’exclusion presque systématique des traditions philosophiques non occidentales, particulièrement la philosophie africaine.

Pour y remédier, Louw propose une reconceptualisation radicale : envisager le conseil philosophique non pas comme une discipline autonome cherchant sa propre méthodologie, mais comme une méthode en soi pour pratiquer la philosophie académique hors de la tour d’ivoire. En s’appuyant sur les travaux des philosophes africains Tsenay Serequeberhan et Jonathan Chimakonam, il démontre comment cette approche permet de co-créer des concepts pertinents ancrés dans le « monde vécu » (lifeworld) africain.


Tsenay Serequeberhan et Jonathan Chimakonam

Il s’agit de deux figures majeures et incontournables de la philosophie africaine contemporaine, dont les travaux théoriques servent de fondement à la restructuration du conseil philosophique proposée dans l’article de Jaco Louw :

Tsenay Serequeberhan

Qui est-il ? C’est un philosophe érythréen (né en Érythrée) et universitaire, professeur de philosophie à la Morgan State University aux États-Unis.

Son apport clé : Il est le théoricien de l’herméneutique critique africaine. Pour lui, la philosophie africaine doit être une interprétation rigoureuse du « monde vécu » (lifeworld) de l’Afrique actuelle, en se concentrant sur la déconstruction de l’eurocentrisme et des séquelles du néo-colonialisme. Il préconise un processus de « filtration et fertilisation » pour s’approprier les savoirs extérieurs tout en valorisant la vitalité de l’histoire africaine (concept du « retour à la source »).

Jonathan Chimakonam

Qui est-il ? C’est un philosophe et logicien nigérian d’ethnie Igbo, professeur de philosophie, ayant enseigné notamment à l’Université de Calabar (Nigeria) et à l’Université de Pretoria (Afrique du Sud).

Son apport clé : Il est le fondateur et principal théoricien du conversationnalisme (ou philosophie conversationnelle). Il a développé un système de logique propre à la philosophie africaine (Ezumezu logic) ainsi que la méthode de la lutte créative (arumaru-uka), un face-à-face intellectuel tendu et permanent entre un partisan (nwa nsa) et un opposant (nwa nju) visant à rejeter la synthèse pour continuellement faire émerger de nouveaux concepts.

Dans l’article de Jaco Louw, la pensée de Serequeberhan fournit le cadre d’analyse de la réalité concrète (le diagnostic du vécu), tandis que la méthode de Chimakonam offre les outils dynamiques de dialogue (la thérapie par la confrontation d’idées).


1. Les Limites du Conseil Philosophique Contemporain

Louw identifie plusieurs failles majeures dans le paysage actuel de la pratique philosophique :

  • L’impasse méthodologique : Le milieu du conseil philosophique est divisé entre ceux qui exigent une méthode unique, ceux qui défendent un pluralisme méthodologique et ceux qui rejettent toute méthode.

  • L’hégémonie occidentale : La discipline s’appuie presque exclusivement sur des cadres théoriques et des sujets épistémiques occidentaux, ce qui limite sa portée thérapeutique et herméneutique auprès de populations non occidentales.

  • Le piège de l’« inclusion indigène » : Les rares tentatives d’intégrer la philosophie africaine (souvent via l’Ubuntu ou la philosophie des sages) souffrent d’un manque de nuance. Cette inclusion superficielle force les traditions marginalisées à devoir justifier leur validité selon les critères et les normes du statu quo occidental.

2. Le Cadre Théorique : L’Herméneutique et le Conversationnalisme Africains

Pour structurer une pratique philosophique contextualisée et dynamique, Louw fait dialoguer deux figures majeures de la philosophie africaine contemporaine :

L’herméneutique critique de Tsenay Serequeberhan

  • Analyse de la situation contemporaine : La philosophie de Serequeberhan se veut une interprétation critique de la réalité africaine actuelle, fortement marquée par le néo-colonialisme.

  • La double tâche du philosophe : Le philosophe doit opérer une déconstruction critique de l’eurocentrisme et, en même temps, reconstruire un cadre conceptuel propre.

  • Filtration et fertilisation : Ce processus implique de trier l’héritage historique et d’indigéniser de manière organique les apports extérieurs, tout en effectuant un « retour à la source » (s’inspirer de la vitalité des luttes de libération sans idéaliser un passé précolonial figé).

  • Limites identifiées : Louw souligne, en accord avec les critiques, que l’approche de Serequeberhan peut parfois s’enfermer dans une posture purement réactive face au néo-colonialisme, risquant de figer le dialogue.

Le conversationnalisme de Jonathan Chimakonam

  • La relation de doute (Arumaru-uka) : Chimakonam propose une méthode axée sur l’interdépendance et la confrontation critique d’idées entre un partisan (nwa nsa) et un opposant (nwa nju).

  • La lutte créative : Contrairement au dialogue classique visant une synthèse, le conversationnalisme rejette la synthèse, la qualifiant de « reddition créative » qui met fin à la pensée. Les participants préservent leurs positions initiales mais en ressortent transformés et stimulés.

  • Création de concepts : C’est de cette tension dialectique continue que naissent de nouveaux concepts philosophiques adaptés au contexte réel.

3. Le Conseil Philosophique comme Méthode : Trois Implications Majeures

En redéfinissant le conseil philosophique comme une méthode de mise en pratique de la philosophie académique, Louw dégage trois conséquences positives :

Implication Description
Obsolescence de la quête méthodologique

En assimilant le conseil à l’acte même de philosopher, le besoin de lui trouver des protocoles cliniques ou des méthodes distinctes de la philosophie s’efface.

Démocratisation et utilité publique

Le conseiller philosophique devient un traducteur capable de transposer la rigueur académique dans le langage du quotidien. Cela rend des théories complexes accessibles et utiles pour surmonter des difficultés existentielles concrètes.

Production active de concepts

Le conseil ne se limite pas à prescrire ou transmettre passivement des textes philosophiques. Par la traduction contextuelle et le dialogue critique, la séance devient le lieu de production de nouveaux concepts co-créés avec le consultant.

4. Concrétisation Pratique : La « Lutte Créative » en Séance

Louw illustre comment cette approche se traduit lors d’une séance de conseil :

  • Contre le compromis lénifiant : Dans le conseil philosophique classique, le but est souvent de résoudre le problème du consultant en lui appliquant une grille de lecture (par exemple, stoïcienne ou socratique). Louw qualifie cela d’abandon intellectuel si cela évite la confrontation.

  • L’inconfort nécessaire : En s’inspirant de Gerd Achenbach, Louw rappelle qu’une philosophie qui ne bouscule pas ne mérite pas d’attention. La séance doit générer une tension intellectuelle saine.

  • Le rôle du consultant : Le consultant n’est pas un patient passif receveur d’un traitement. Il s’engage activement en tant que partenaire de conversation (nwa nsa / nwa nju), questionnant ses propres présupposés et collaborant à la réinterprétation de son existence.

Conclusion

L’article de Jaco Louw offre une contribution essentielle pour décoloniser et revitaliser le conseil philosophique. En cessant de vouloir singer la psychothérapie et en embrassant le conseil comme la méthode naturelle de diffusion et de création de la philosophie, l’auteur ouvre la voie à une pratique authentiquement contextualisée. Appliquée au monde vécu africain, cette démarche permet d’émanciper les sujets des cadres de pensée importés et de faire émerger, par la lutte créative du langage, des réponses philosophiques viables face aux défis existentiels contemporains.


Voir tous nos articles