Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
Using the Socratic Method in Counseling montre aux conseillers comment utiliser la méthode socratique pour aider les clients à résoudre leurs problèmes de vie en tirant parti de connaissances qu’ils ne réalisent peut-être pas posséder. Coécrit par deux spécialistes des domaines de la philosophie et de la relation d’aide (counseling), l’ouvrage présente une théorie ainsi que des techniques qui offrent aux professionnels une méthode centrée sur le client et contextualisée afin de mieux aborder les questions d’ethnicité, de genre et de culture. Les lecteurs constateront que Using the Socratic Method in Counseling est un manuel approfondi et utile portant sur une nouvelle orientation théorique ancrée dans la philosophie antique.
Biographies des auteurs
Katarzyna Peoples, titulaire d’un doctorat (Ph. D.), est conseillère agréée (LMHC, LPC), formatrice de conseillers, chercheuse en méthodologie qualitative et coach relationnelle. Elle enseigne à temps plein à l’Université Walden au sein du programme de formation et de supervision des conseillers (Counselor Education and Supervision Program), tout en proposant des services de consultation et de coaching relationnel auprès de couples et de particuliers dans le cadre de son cabinet libéral.
Adam Drozdek, titulaire d’un doctorat (Ph. D.), est professeur associé à l’Université Duquesne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles consacrés à la philosophie et à la théologie.
Table des matières
Introduction
Connaissance innée et questionnement socratique
Connaissance innée de la spiritualité
Connaissance innée du langage
Connaissance innée de l’espace, de la causalité et du nombre
Connaissance innée des valeurs et de l’éthique
En quoi la méthode socratique constitue une théorie humaniste différente
Structurer les séances et utiliser le questionnement socratique
Canaliser la connaissance innée
Un dialogue socratique
Utilisation de théories et techniques alternatives dans la méthode socratique de relation d’aide
Aborder les problématiques complexes en séance de relation d’aide socratique
Bibliographie
Description
Texte original an anglais
Using the Socratic Method in Counseling shows counselors how to use the Socratic method to help clients solve life problems using knowledge they may not realize they have. Coauthored by two experts from the fields of philosophy and counseling, the book presents theory and techniques that give counselors a client-centered and contextually bound method for better addressing issues of ethnicities, genders, cultures. Readers will find that Using the Socratic Method in Counseling is a thorough and useful text on a new theoretical orientation grounded in ancient philosophy.
Biography
Katarzyna Peoples, PhD, LMHC, LPC, is a counselor educator, qualitative researcher, licensed counselor, and relationship coach. She teaches full time at Walden University in the Counselor Education and Supervision Program and provides counseling and relationship coaching services for couples and clients in her private practice.
Adam Drozdek, PhD, is an associate professor at Duquesne University and an author of several books and numerous articles on the subject of philosophy and theology.
Table of contents
Introduction
Inborn Knowledge and Socratic Questioning
Inborn Knowledge of Spirituality
Inborn Knowledge of Language
Inborn Knowledge of Space, Causality, and Number
Inborn Knowledge of Values and Ethics
How Socratic Method Is a Different Humanistic Theory
Structuring Sessions and Using Socratic Questioning
Channeling Inborn Knowledge
A Socratic Dialogue
Use of Alternative Techniques and Theories in the Socratic Method of Counseling
Addressing Challenging Issues in Socratic Counseling Sessions
1. La primauté de la dimension morale sur la rationalité
Original :
« And so the human being is primarily a moral being and only secondarily a rational being since the rational dimension is, and it should be, under the control of the moral dimension. The latter establishes goals; the former establishes ways of the realization of these goals. The moral dimension uses the rational dimension as its tool. » (Introduction)
Français :
« Ainsi, l’être humain est avant tout un être moral et seulement secondairement un être rationnel, dans la mesure où la dimension rationnelle est, et doit être, subordonnée à la dimension morale. Cette dernière fixe les objectifs ; la première détermine les moyens de les réaliser. La dimension morale utilise la dimension rationnelle comme son outil. »
2. Le postulat ontologique fondamental : l’anamnèse
Original :
« There really is no learning, there is only recollecting, or rather, « searching and learning, are in their entirety, recollection » (81d). Individuals only make explicit what is already implicit in the soul. » (Chapitre 1)
Français :
« Il n’y a pas véritablement d’apprentissage, il n’y a que de la réminiscence, ou plutôt, « la recherche et l’apprentissage ne sont, dans leur intégralité, que réminiscence » (81d). Les individus ne font que rendre explicite ce qui est déjà implicite dans leur âme. »
3. Les deux phases de la méthode socratique
Original :
« The Socratic method consists of two phases, which sometimes can be executed separately, sometimes they can be executed at the same time. The first phase is destructive: through a series of questions, counselors help their clients see that their actions are unacceptable by showing them that their actions are based on wrong assumptions […]. The second phase of the Socratic method is constructive, in which the counselor, also through questions and examples, leads clients to uncover, in their own selves, the values which should be the guides of their parental, marital, social, and other actions. » (Introduction)
Français :
« La méthode socratique se compose de deux phases, qui peuvent parfois être menées séparément, parfois simultanément. La première phase est destructive : au moyen d’une série de questions, les conseillers aident leurs clients à constater que leurs actes sont inacceptables en leur montrant qu’ils reposent sur des postulats erronés […]. La seconde phase de la méthode socratique est constructive : le conseiller, toujours à l’aide de questions et d’exemples, amène les clients à mettre au jour, en eux-mêmes, les valeurs qui devraient guider leurs actions parentales, conjugales, sociales et autres. »
4. Le rôle du thérapeute comme sage-femme (maïeutique)
Original :
« Following Socrates’ example, the counselor acts here as a midwife who helps clients in birthing what is already in their inner selves, so far hidden or distorted by contrary principles and values accrued through life and harbored by the human disposition. » (Introduction)
Français :
« À l’exemple de Socrate, le conseiller agit ici comme une sage-femme qui aide les clients à donner naissance à ce qui réside déjà au fond d’eux-mêmes, jusqu’alors masqué ou déformé par des principes et des valeurs contraires accumulés au cours de la vie et entretenus par la disposition humaine. »
5. La Règle d’argent universelle
Original :
« Saint Augustine said that in each human heart, this rule is inscribed: « Don’t do to others what you would not like them do to you. » This is a Silver Rule that, in fact, can be found in different times and in different societies. […] The Silver Rule is universal, and because of this, it is a very good candidate for the claim that knowledge is inborn. » (Introduction)
Français :
« Saint Augustin disait que dans chaque cœur humain est inscrite cette règle : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Il s’agit d’une Règle d’argent que l’on retrouve en réalité à travers les époques et dans différentes sociétés. […] La Règle d’argent est universelle, et constitue pour cette raison une excellente candidate à l’appui de l’idée selon laquelle la connaissance est innée. »
6. Le basculement de l’ego vers autrui (Dimension relationnelle et sociale)
Original :
« Rather than focusing on one’s self to solve problems, personal healing is achieved by focusing on others. Also, the moral compass is a key factor. Counselors guide clients in striving towards a higher purpose and innate truth rather than solely focusing on individual problems […], thereby shifting the counseling relationship from an ego-oriented approach to another-oriented approach. » (Chapitre 6)
Français :
« Plutôt que de se centrer sur soi pour résoudre ses problèmes, la guérison personnelle s’accomplit en se tournant vers les autres. De plus, la boussole morale est un facteur clé. Les conseillers guident les clients vers la quête d’une fin plus élevée et d’une vérité innée plutôt que de se focaliser uniquement sur leurs problèmes individuels […], déplaçant ainsi la relation d’aide d’une approche égocentrée vers une approche orientée vers autrui. »
7. Différence avec la TCC (Thérapie Cognitive et Comportementale)
Original :
« Socrates’ goal was not to eliminate or decrease anxiety. His goal was to attain knowledge of the good. In turn, CBT has no real ethical positions whereas Socratic method does. CBT can be argued to be Socratic in terms of questioning technique and of discharging false and adverse beliefs. However, unearthing positive principles about the soul and its purpose in the world, a core Socratic mission, is not a primary goal in CBT. » (Chapitre 1)
Français :
« Le but de Socrate n’était pas d’éliminer ou de réduire l’anxiété. Son but était d’atteindre la connaissance du Bien. De son côté, la TCC ne défend pas de réelles positions éthiques, contrairement à la méthode socratique. On peut affirmer que la TCC est socratique au niveau de sa technique de questionnement et d’élimination des croyances fausses ou néfastes. Néanmoins, déterrer des principes positifs concernant l’âme et sa raison d’être dans le monde — mission centrale du socratisme — n’est pas un objectif premier en TCC. »
8. La place des sentiments et de l’amour (Max Scheler)
Original :
« The heart, the emotive side of the human being, is the crucial element of human morality of which conscience is a store of moral principles. The heart determines the way these principles are tailored […]. In that respect, it is true that « feelings are more critical to human morality than language and reason. » » (Chapitre 5)
Français :
« Le cœur, dimension affective de l’être humain, est l’élément déterminant de la moralité humaine, la conscience servant quant à elle de réservoir de principes moraux. C’est le cœur qui détermine la manière dont ces principes s’ajustent […]. À cet égard, il est exact que « les sentiments sont plus déterminants pour la moralité humaine que le langage et la raison. » »
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Ce document présente un ouvrage intitulé « Using the Socratic Method in Counseling: A Guide to Channeling Inborn Knowledge » (2018), rédigé par Katarzyna Peoples et Adam Drozdek, et publié aux éditions Routledge.
Voici les principaux thèmes et éléments abordés dans ce texte :
1. La thèse centrale : la connaissance innée (Inborn Knowledge)
L’anamnèse socratique : L’ouvrage s’appuie sur la doctrine de Socrate (notamment issue du dialogue du Ménon avec l’esclave) selon laquelle nous n’apprenons jamais rien de radicalement nouveau. La véritable connaissance réside déjà dans notre esprit ou notre âme, sous forme latente ou oubliée ; apprendre consiste donc à « se ressouvenir » (recollection).
Primauté de la morale sur la raison : Les auteurs posent que l’être humain est avant tout un être moral, et secondairement rationnel. La raison sert d’outil pour réaliser des fins morales, tandis que la conscience morale universelle juge la justesse de nos intentions et de nos actions.
2. Le cadre du counseling socratique
Le modèle thérapeutique proposé se distingue des approches humanistes traditionnelles ou égocentrées en mettant l’accent sur la responsabilité sociale et l’orientation vers autrui. Il s’articule autour de deux volets complémentaires :
Le fondement ontologique :
L’hypothèse qu’il existe une vérité morale et objective, indépendante du sujet mais accessible à toute personne.
Le processus épistémologique (en deux phases) :
La phase destructive (elenctic) : Par un questionnement guidé et sans sermon, le thérapeute aide le client à examiner ses raisonnements et à prendre conscience des fausses prémisses, croyances ou contradictions qui sous-tendent ses souffrances ou ses actes inappropriés.
La phase constructive (maïeutique) : À l’image de la sage-femme, le conseiller aide le client à « accoucher » de ses valeurs fondamentales et de sa conscience morale universelle, pour établir un guide durable d’action dans sa vie et ses relations.
3. Les fondements philosophiques et les parallèles contemporains
Le livre consacre plusieurs chapitres à explorer les grands penseurs de l’innéisme et à les confronter aux sciences cognitives actuelles :
Saint Augustin et la spiritualité :
L’idée que la vérité et la loi morale (telle que la règle d’argent : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ») sont imprimées au fond du cœur humain et révélées par l’illumination.
Mis en relation avec la neurothéologie moderne (études sur les corrélats cérébraux des expériences mystiques et religieuses).
René Descartes et le langage :
Les vérités éternelles et les idées innées (le soi, Dieu, les lois de base) accessibles par le doute méthodique.
Mis en relation avec la linguistique générative de Noam Chomsky (la grammaire universelle innée face à la « pauvreté du stimulus ») et l’usage thérapeutique des métaphores.
Emmanuel Kant, l’espace, la causalité et le nombre :
Les formes a priori de la sensibilité (espace, temps), les catégories de l’entendement et l’impératif catégorique moral.
Confronté aux données de la psychologie développementale, montrant que les nourrissons possèdent très tôt une sensibilité innée aux relations spatiales, au lien de cause à effet et aux petites quantités.
Max Scheler, les valeurs et l’éthique matérielle :
La hiérarchie objective des valeurs accessible par « la logique du cœur » et les sentiments moraux (l’amour étant au sommet).
Comparé aux études sur l’empathie naturelle et la distinction précoce chez les enfants entre règles morales et conventions sociales.
4. Directives pratiques et études de cas
Les derniers chapitres présentent la façon dont ces notions s’appliquent concrètement dans le cabinet de consultation :
Structuration d’une séance : Accueil et alliance thérapeutique, établissement collaboratif de l’ordre du jour, passage par la phase destructive pour dissiper les distorsions, phase constructive pour ancrer les valeurs, puis résumé et clôture.
Exemples et dialogues cliniques : Des études de cas (comme celles de Charlie en difficulté scolaire, de Peter rongé par la honte de son passé ou de Janice face au deuil et à la culpabilité de refaire sa vie) illustrent comment le conseiller socratique pose ses questions pour amener le client à débloquer et reconnaître ses propres vérités intérieures.
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
MA QUESTION
D’où vient cette idée réminessence ?
LA RÉPONSE DE GEMIN GOOGLE
L’idée de réminiscence (du grec ancien anámnêsis / ?????????, signifiant « action de se ressouvenir » ou « souvenir ») trouve son origine chez Platon, qui la met en scène à travers la figure de son maître, Socrate.
Voici les origines et les fondements de cette idée :
1. Le point de départ : le « paradoxe de Ménon »
Dans le dialogue du Ménon, Ménon pose à Socrate un dilemme réputé insoluble :
Comment peut-on chercher ce que l’on ne connaît pas du tout ? Même si on le trouvait par hasard, comment saurait-on que c’est bien cela que l’on cherchait ? Et si on le connaît déjà, pourquoi le chercher ?
Pour sortir de cette impasse (qui rendrait tout apprentissage impossible), Socrate formule la thèse de la réminiscence : nous n’apprenons jamais rien de totalement nouveau ; apprendre, c’est se ressouvenir de ce que notre âme sait déjà mais a oublié.
2. L’origine mythologique et métaphysique : la préexistence de l’âme
Pour Platon, la réminiscence repose sur une conception de l’âme humaine (Phédon, Phèdre, Ménon) :
Avant l’incarnation : Avant de naître dans un corps physique, l’âme immortelle a séjourné dans le monde intelligible (le monde des Idées ou des Formes pures : le Beau, le Bien, le Juste, les vérités mathématiques) et a tout contemplé sans intermédiaire.
La chute et l’oubli : Au moment de s’incarner dans la matière et dans un corps biologique, l’âme subit un traumatisme : elle oublie ce qu’elle a vu. Les sens et le corps agissent alors comme un voile ou une prison.
Le réveil par l’expérience et le dialogue : Les objets du monde sensible ne sont que des reflets imparfaits des Idées. En observant une forme ou en étant interrogé avec méthode, l’âme reconnaît confusément ces vérités et entame un travail de ressouvenir.
3. L’expérience célèbre : l’esclave de Ménon
Pour prouver sa thèse, Socrate prend à témoin un jeune esclave sans aucune instruction géométrique. Par une suite de questions graduées et de figures tracées dans le sable (sans jamais lui donner directement la réponse), Socrate l’amène à trouver par lui-même comment doubler la surface d’un carré (en traçant la diagonale). Socrate en conclut que cette vérité géométrique était déjà présente en lui : il ne l’a pas apprise du dehors, il s’en est ressouvenu.
4. La méthode associée : la maïeutique
Cette conception transforme le rôle du maître ou de l’éducateur :
Le philosophe ne « remplit » pas un esprit vide ;
Il pratique la maïeutique (l’art de faire accoucher les âmes, hérité de sa mère sage-femme) : par le questionnement, il aide l’interlocuteur à purger ses fausses certitudes (phase d’élenchos) et à donner naissance à la vérité qu’il porte déjà en lui.
5. Sa postérité (l’innéisme à travers les siècles)
Cette idée platonicienne a irrigué toute l’histoire de la pensée occidentale sous la bannière de l’innéisme :
Saint Augustin : Il christianise l’idée en remplaçant la réincarnation par l’illumination divine : Dieu a inscrit la vérité et les lois morales directement dans le cœur humain.
René Descartes : Il soutient que nous naissons avec des « idées innées » (l’idée de Dieu, de l’infini, les axiomes logiques et mathématiques) que l’esprit découvre par réflexion.
Emmanuel Kant : Il démontre que certaines structures fondamentales (l’espace, le temps, la causalité) ne viennent pas de l’expérience, mais sont des formes et catégories a priori inhérentes à notre esprit.
Les sciences modernes et la linguistique (Chomsky) : L’idée se retrouve sous une forme biologique et cognitive, par exemple avec la grammaire universelle innée chez l’enfant ou les capacités morales et empathiques précoces observées chez le nourrisson.
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MON COMMENTAIRE
Ça demeure une idée dont on n’a pas de preuve.
LA RÉPONSE DE GEMINI GOOGLE
C’est une objection tout à fait légitime, et c’est précisément l’une des critiques majeures adressées à cette théorie depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. Les auteurs du livre le reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes : l’idée d’une âme immortelle qui aurait tout contemplé avant la naissance relève de la métaphysique ou du mythe, et non d’une preuve scientifique.
Dans l’ouvrage, les auteurs analysent cette question sous plusieurs angles :
1. La « preuve » de Socrate n’en est pas vraiment une
Les auteurs soulignent que l’expérience de Socrate avec le jeune esclave dans le Ménon est très contestable :
Les questions posées par Socrate sont extrêmement suggestives et orientées.
La plupart des réponses attendues de l’enfant sont de simples « oui » ou « non » guidés par les dessins tracés sous ses yeux.
Cela prouve tout au plus que l’enfant est intelligent et capable de suivre un raisonnement logique pas à pas, mais certainement pas qu’il portait déjà le théorème dans son âme depuis une vie antérieure.
2. Le glissement du mythe vers la science moderne
Puisque la réincarnation platonicienne ne peut être prouvée, les auteurs expliquent comment la science moderne et la philosophie ont tenté de reformuler cette intuition sous un angle vérifiable empiriquement :
En linguistique (Chomsky) : L’argument de la « pauvreté du stimulus » montre qu’un jeune enfant ne reçoit pas assez de données de son environnement pour déduire seul la grammaire complexe d’une langue. Les linguistes postulent donc des structures cérébrales innées (la grammaire universelle), même si la base neuronale exacte reste encore en partie un mystère.
En psychologie du développement : Des expériences menées sur des nourrissons de quelques semaines ou mois montrent qu’ils possèdent, bien avant tout apprentissage culturel, des notions intuitives de l’espace, de la physique de base (permanence de l’objet, causalité) et de petits calculs arithmétiques simples ($1+1=2$).
En neurosciences : Des recherches en neurothéologie et en psychologie morale suggèrent des prédispositions biologiques à l’empathie, au jugement d’équité et à l’expérience spirituelle.
3. En thérapie : une hypothèse de travail plutôt qu’un dogme
Pour les auteurs, dans le cadre de la relation d’aide (counseling), la réminiscence fonctionne avant tout comme un postulat de travail :
Que cette connaissance vienne d’une inscription divine, de millions d’années d’évolution biologique ou de schémas cognitifs universels, le thérapeute choisit de faire le pari que le client porte déjà en lui les ressources et les repères moraux nécessaires pour éclairer sa situation.
Cela évite au thérapeute d’imposer ses propres réponses de l’extérieur (mode magistral ou moralisateur) et l’oblige à adopter une posture de guide bienveillant qui aide la personne à trouver sa propre vérité.
En somme, prise au pied de la lettre (une âme qui se réincarne avec des souvenirs d’un autre monde), cela reste une métaphore philosophique invérifiable. Mais traduite en termes modernes (des prédispositions biologiques et cognitives innées), elle constitue un champ de recherche scientifique bien réel.
MA QUESTION
Quelle est la logique de cette idée de réminiscence ?
LA RÉPONSE DE GEMINI GOOGLE
La théorie de la réminiscence, bien qu’enveloppée d’un mythe (la préexistence de l’âme), repose sur une véritable chaîne de déductions logiques destinée à résoudre plusieurs apories fondamentales de la connaissance :
1. La résolution d’une impasse logique : le paradoxe de la recherche
Le point de départ est un dilemme rigoureux :
Si vous ignorez totalement ce qu’est une chose (par exemple, la justice ou le cercle parfait), vous ne pouvez même pas formuler une question pour la chercher. Et si vous tombiez dessus par hasard, vous seriez incapable de la reconnaître comme telle.
Si, en revanche, vous la connaissez déjà parfaitement, vous n’avez aucune raison de la chercher.
Face à cette contradiction qui rendrait tout apprentissage impossible, Platon en déduit une nécessité logique : la pensée ne peut pas être une page entièrement blanche. L’esprit doit nécessairement se trouver dans un état intermédiaire : il ne sait pas encore de manière explicite, mais il ne part pas de rien. Il possède une intuition implicite, oubliée ou en sommeil, qui sert d’étalon de repère.
2. L’argument de la perfection : d’où vient l’étalon de mesure ?
La logique platonicienne s’appuie ensuite sur l’écart entre nos concepts et ce que nous montrent nos sens :
Dans le monde physique, nous ne rencontrons jamais la perfection : aucun tracé n’est un cercle géométrique parfait, aucun objet n’est absolument égal à un autre, aucune action humaine n’est parfaitement juste. Tout est approché, variable et relatif.
Pourtant, notre esprit est capable de juger immédiatement qu’un cercle tracé à la craie est imparfait, ou qu’un acte n’est pas tout à fait juste.
Déduction logique : pour juger qu’une chose est imparfaite, il faut déjà disposer mentalement de l’étalon de la perfection. Or, cet étalon ne peut pas provenir de l’observation empirique, puisque l’expérience sensible ne nous montre jamais que de l’imperfection. Cet étalon doit donc nécessairement préexister dans l’esprit. L’expérience sensible ne « produit » pas le concept, elle ne fait qu’en réveiller le souvenir.
3. La nature de la compréhension : la reconnaissance de l’évidence
Sur le plan intellectuel, la réminiscence rend compte du mécanisme même de la compréhension :
Lorsqu’une personne comprend véritablement une démonstration logique ou mathématique, elle ne se contente pas de mémoriser un fait extérieur (comme on apprendrait une date historique).
Elle éprouve un sentiment d’évidence interne : « Mais oui, c’est évident, ça ne pouvait pas être autrement ! ».
Cette intuition montre que la vérité n’a pas été injectée de force du dehors ; l’interlocuteur a seulement réorganisé ses propres pensées pour reconnaître une cohérence interne qui s’impose à lui par sa propre logique.
4. La conséquence pédagogique et thérapeutique
Si l’esprit contient déjà en germe ces principes de vérité et de justice :
L’enseignement ou l’aide psychologique ne doit pas consister à dicter des vérités toutes faites (ce qui relèverait du dogmatisme ou du conditionnement).
La méthode doit être maïeutique : interroger, déconstruire les contradictions apparentes, et amener la personne à reconstituer par elle-même l’ordre et le sens de ses propres valeurs.
En résumé, la logique de la réminiscence consiste à affirmer que l’esprit humain est structuré dès le départ pour la vérité et la cohérence. Même si l’explication mythologique (l’âme avant la naissance) n’est pas une preuve empirique, son raisonnement sous-jacent — la nécessité d’une structure cognitive et morale préalable permettant d’ordonner l’expérience — est ce qui a inspiré l’innéisme moderne, de Descartes et Kant jusqu’aux sciences cognitives contemporaines.
MON COMMENTAIRE ET MES QUESTIONS
Ce que l’on apprend serait déjà programmé (accessible) en nous ? Accoucher des âmes ? Pour la La théorie de la réminiscence, l’âme serait la connaissance ?
LA RÉPONSE DE GEMINI GOOGLE
Ces trois questions touchent précisément au cœur de la pensée socratique et platonicienne, ainsi qu’à la manière dont les auteurs du livre l’adaptent à la psychologie contemporaine.
Voici une analyse point par point de chacune d’elles :
1. Ce que l’on apprend serait déjà programmé (accessible) en nous ?
Oui, c’est exactement le postulat de base, mais il faut distinguer ce qui est « programmé » de ce qui ne l’est pas :
Ce qui est déjà là (le « programme ») : Pour cette tradition de pensée, ce ne sont pas les informations de fait (comme la date de la prise de la Bastille ou le numéro de téléphone de quelqu’un), mais les structures fondamentales de la pensée et de la morale :
Les principes logiques (le principe de non-contradiction).
Les structures géométriques et mathématiques fondamentales.
Les repères moraux universels (le sens de la justice, la réciprocité de la « règle d’argent » : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse).
Pourquoi parle-t-on d’accessibilité plutôt que de simple « savoir » ? Parce que cette connaissance est implicite, latente ou endormie. Nous n’avons pas conscience de la posséder à tout moment. Elle est encombrée par nos habitudes, nos préjugés, nos émotions immédiates et les conventions sociales. L’apprentissage n’est donc pas un « téléchargement » de données venant de l’extérieur, mais une activation ou une mise au jour de ce qui était déjà encodé en nous.
2. « Accoucher des âmes » : que veut dire cette image ?
Cette célèbre métaphore renvoie à la maïeutique (en grec, l’art d’accoucher) :
L’histoire personnelle de Socrate : Socrate rappelait souvent que sa mère, Phénarète, était sage-femme (Théétète). Il disait pratiquer le même métier qu’elle, à une différence près : au lieu de délivrer les corps des femmes enceintes, lui s’occupait de l’âme des hommes qui étaient « enceintes de pensées et de vérité ».
Le rôle du guide / thérapeute :
Une sage-femme ne met pas le bébé dans le ventre de la mère ; le bébé s’y trouve déjà.
De même, le philosophe ou le conseiller socratique n’injecte aucune vérité de l’extérieur et ne donne pas de leçons morales.
L’accouchement intellectuel est douloureux : c’est la phase destructive (élenchos), où les fausses croyances et les illusions s’effondrent sous le poids des questions.
Vient ensuite la délivrance (phase constructive) : par un questionnement bienveillant et structuré, le client ou l’élève « met au monde » sa propre solution et reconnaît ses véritables valeurs.
3. Pour la théorie de la réminiscence, l’âme serait-elle la connaissance ?
Pas tout à fait : l’âme n’est pas la connaissance en elle-même, mais elle en est le réceptacle et le témoin.
Il est plus exact de concevoir leur rapport ainsi :
La connaissance existe en soi (les Idées / Formes pures) :
Pour Platon, la Justice, la Beauté, le Bien ou la Vérité mathématique sont des réalités objectives et éternelles qui existent en dehors de nous (dans le « monde intelligible »).
L’âme est le « sujet » qui a contemplé cette réalité :
L’âme n’est pas le savoir lui-même, elle est l’entité spirituelle et immortelle qui, avant la naissance, a eu un contact direct avec ces vérités. L’âme a une nature apparentée à l’intelligible : elle est capable de « voir » le Vrai.
Dans l’être humain incarné :
Une fois tombée dans le corps biologique, l’âme devient le lieu où la mémoire de ces vérités subsiste à l’état de trace ou d’empreinte.
En résumé : l’âme n’est pas la connaissance, mais elle porte la connaissance en elle. C’est pour cette raison que, selon cette vision, chercher la vérité sur soi ou sur le monde ne demande pas de parcourir l’univers, mais de faire un voyage intérieur : « rentre en toi-même, la vérité habite au cœur de l’homme ».
MON COMMETAIRE
Je ne suis pas d’accord. Dans l’introspection, nous sommes aveugle à nous-même. Seul une faille peut laisser entrer la lumière de l’extérieur pour voir clair en nous-même et ce que nous découvrons, ce n’est pas des connaissances innées acquises d’un autre monde, mais nous-mêmes en vérité, en conformité avec la réalité dans une prise de conscience de soi.
LA RÉPONSE DE GEMINI GOOOGLE
Votre objection touche exactement au point de bascule entre deux grandes visions de la conscience humaine : celle de l’idéalisme classique (qui affirme que tout est déjà présent en nous) et celle d’un réalisme existentiel ou relationnel, pour lequel l’esprit laissé à lui-même tourne en rond dans ses propres illusions.
Cette analyse met en lumière la pertinence et les limites de l’introspection pure à travers plusieurs constats :
1. Le piège du miroir : l’aveuglement de l’introspection solitaire
Se regarder soi-même en vase clos engendre bien souvent l’effet inverse de la lucidité :
La justification automatique : La conscience est experte pour rationaliser ses peurs, légitimer ses torts et habiller ses faiblesses.
L’illusion du savoir : C’est le constat même qui a fait la réputation de Socrate dans Athènes : les hommes (politiques, prêtres, juges) étaient absolument certains de se connaître et de connaître la justice, alors qu’ils ne faisaient que contempler leurs propres préjugés sans s’en rendre compte. L’introspection brute n’est souvent que la contemplation complaisante de notre propre conditionnement.
2. La « faille » : la nécessité absolue de l’altérité
L’image de la « faille qui laisse entrer la lumière de l’extérieur » correspond d’ailleurs très précisément à ce que tente de formaliser l’ouvrage sur le plan thérapeutique :
On ne s’éclaire pas soi-même : Pour qu’il y ait prise de conscience, il faut un choc, une rupture ou un miroir extérieur qui vienne briser l’armure de l’ego.
Le rôle de l’autre : Le dialogue (avec un interlocuteur, une épreuve de vie ou le regard d’autrui) agit comme cette fissure. Sans ce regard externe ou ce questionnement qui pousse le sujet dans ses retranchements (l’élenchos socratique), l’individu ne ferait que répéter ses propres croyances sans jamais percevoir ses incohérences.
3. Pas un savoir d’un autre monde, mais une lucidité ancrée dans le réel
Votre distinction entre « des connaissances innées acquises d’un autre monde » et « nous-mêmes en conformité avec la réalité » est fondamentale :
Le mythe platonicien d’une âme ayant voyagé dans un ciel intelligible avant la naissance demeure une construction métaphysique, souvent perçue aujourd’hui comme une allégorie poétique.
Ce que l’on découvre lorsque la lumière entre, ce n’est pas un catalogue encyclopédique ou des théorèmes oubliés : c’est notre propre fonctionnement réel, libéré du mensonge à soi-même.
La prise de conscience consiste à réaligner notre perception subjective avec les faits concrets de l’existence : comment mes actes affectent-ils les autres ? Quelles sont mes véritables motivations ? En quoi mes représentations étaient-elles faussées par rapport à la réalité du monde ?
En ce sens, la véritable révélation n’est pas de découvrir une vérité abstraite tombée du ciel, mais de parvenir, par le frottement avec l’extérieur, à cette transparence à soi-même qui permet d’agir de façon lucide, responsable et juste au cœur du monde réel.
DING, Xiaojun; YANG, Chao; HARTELOH, Peter; and YU, Feng (2024) DOI: https://doi.org/10.31979/2151-6014(2024).150209 « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, » Comparative Philosophy: Vol. 15: Iss. 2, Article 9. Available at: https://scholarworks.sjsu.edu/comparativephilosophy/vol15/iss2/9
Résumé
Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
Cet article applique la stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, CESCP) de Bo Mou afin d’explorer la pratique philosophique en tant que nouveau paradigme appliquant la philosophie à la vie quotidienne. L’étude préconise une méthodologie transformatrice qui recherche la vérité par l’engagement critique, les contributions conjointes et des outils méthodologiques diversifiés, faisant ainsi progresser la discipline vers une philosophie mondiale globale. La pratique philosophique, caractérisée par son ancrage dans l’expérience humaine et les questionnements existentiels, intègre les philosophies orientales et occidentales pour guider les individus dans l’art de vivre. Elle propose une alternative philosophique au counseling psychologique en mettant l’accent sur le raisonnement pour faire face aux défis de l’existence et aux dilemmes éthiques. L’article examine l’intégration de la philosophie chinoise, en particulier du confucianisme, dans la pratique philosophique, tout en soulignant sa pertinence pour la consultation contemporaine. Il aborde l’impact du confucianisme sur la pratique philosophique, les avancées relatives aux théories de la culture de soi et du gong-fu, ainsi que la vision holistique confucéenne de l’intégration corps-esprit, en la mettant en contraste avec certaines approches occidentales. Nous concluons que les dimensions pratiques du confucianisme s’opposent à la philosophie théorique occidentale, mais s’harmonisent avec la pratique philosophique occidentale. En mobilisant la CESCP, cette recherche enrichit la pratique philosophique en intégrant des philosophies diverses tout en respectant le contexte propre à chaque tradition. Cette démarche combine les perspectives relationnelles orientales avec la profondeur analytique occidentale, bonifiant le conseil philosophique et contribuant à un dialogue philosophique mondial. Cette fusion d’horizons vise à favoriser la compréhension interculturelle et à développer une sagesse d’une portée universelle.
Abstract
Texte original en anglais
This paper applies Bo Mou’s Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy (CESCP) to explore philosophical practice as a novel paradigm that applies philosophy to everyday life. The study advocates for a transformative methodology that seeks truth through critical engagement, joint contributions, and diverse methodological tools, advancing the discipline towards a comprehensive world philosophy. Philosophical practice, characterized by its engagement with human experience and existential inquiries, integrates Eastern and Western philosophies to guide individuals in the art of living. It offers a philosophical alternative to psychological counseling, focusing on reasoning to address life’s challenges and ethical dilemmas. The paper examines the integration of Chinese philosophy, particularly Confucianism, into philosophical practice, highlighting its relevance for contemporary counseling. It discusses Confucianism’s impact on philosophical practice, advances in self-cultivation and gong-fu theory, and the holistic Confucian view of body-mind integration, contrasting it with some Western approaches. We conclude that the practical dimensions of Confucianism oppose Western theoretical philosophy but align with Western philosophical practice. By employing CESCP, this research enriches philosophical practice, integrating diverse philosophies while respecting each tradition’s context. The approach combines Eastern relational perspectives with Western analytical depth, enhancing philosophical counseling and contributing to a global philosophical dialogue. This fusion of horizons aims to foster cross-cultural understanding and develop universally relevant wisdom.
Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
Voici une traduction soignée, rigoureuse et adaptée au registre académique francophone, respectant fidèlement la structure, la terminologie et les nuances du texte d’origine :
1. INTRODUCTION
Le champ de la philosophie embrasse un vaste spectre, allant de la pensée abstraite aux expériences humaines les plus tangibles. La philosophie comparée s’est imposée comme un domaine capital à la faveur des interactions entre perspectives orientales et occidentales. Les fondements de cette discipline ont été posés dès le XVI? siècle avec les missions jésuites en Chine, inaugurant un dialogue entre des traditions philosophiques et culturelles divergentes. Au fil du temps — tout particulièrement à travers les bouleversements des guerres de l’opium, le mouvement réformateur de la fin de la dynastie Qing, ainsi que le mouvement de la Nouvelle Culture —, un effort concerté a vu le jour pour redécouvrir et régénérer la culture chinoise en réévaluant son passé. Des chercheurs pionniers tels que Hu Shi et Liang Shuming se sont attachés par la suite à synthétiser des éléments issus de ces diverses traditions, marquant une avancée décisive dans ce domaine. Vers la fin du XX? siècle, la littérature consacrée à la philosophie et à la culture comparées a connu un véritable essor, portée par les contributions majeures de Li (1988), Zhang (1998), Hall et Ames (2005), Xu (2014b), ainsi que par la collection « Comparative Philosophy Translation and Research », dirigée par Genyou Wu et Bryan W. van Norden.
Le XX? siècle a également été le théâtre d’un « tournant pratique » de la philosophie (Ding et al. 2024b), avec des penseurs comme Hadot (1995) et Nussbaum (1994) qui l’ont définie comme une « manière de vivre » ou une « thérapie du désir », orientée vers l’intégration de l’épanouissement personnel, de l’engagement sociétal et de notre rapport à l’univers. L’idée selon laquelle la philosophie théorique s’était éloignée des visées originelles de la philosophie classique — devenant trop abstraite et coupée des expériences vécues du monde réel — a rallié un consensus grandissant. La pratique philosophique (PP), qui a acquis une visibilité prépondérante dans les années 1980 sous l’impulsion de figures telles que Pierre Grimes aux États-Unis et Gerd Böttcher Achenbach en Allemagne, a cherché à y remédier en appliquant la philosophie selon des modalités plus accessibles, notamment par le dialogue socratique et la consultation philosophique (PC).
La pratique philosophique constitue une évolution déterminante de la philosophie académique vers la philosophie appliquée, témoignant d’une volonté affirmée de répondre aux défis existentiels auxquels les individus sont quotidiennement confrontés (Ding et al. 2024b). Dans cet article, nous introduisons tout d’abord le concept de philosophie comparée ainsi que sa portée, notamment à travers la stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy) théorisée par Bo Mou (Section 2). Nous nous tournons ensuite vers la PP en tant que paradigme émergent au sein de la philosophie occidentale (Section 3). L’exposé s’articule autour de l’émergence et de l’évolution de la PP, en retraçant ses racines historiques et son développement à partir des années 1980. L’article examine les thématiques d’intérêt commun en PP, parmi lesquelles la quête de sens, l’usage de la philosophie comme outil pédagogique et la philosophie comme mode de vie. Il aborde également l’articulation entre la consultation philosophique et la psychothérapie, en mettant en lumière leurs divergences et leurs complémentarités potentielles (Section 4). L’article explore ensuite des aspects spécifiques de la PP, tels que la consultation philosophique et ses méthodologies, dont le dialogue socratique. Nous analysons l’intégration des philosophies orientales, et singulièrement du confucianisme, au sein de la PP, en examinant la manière dont ces différentes traditions philosophiques peuvent nourrir et enrichir la pratique (Section 5). Tout au long de l’étude, cet article maintient une démarche comparative, établissant des passerelles entre les traditions philosophiques occidentales et orientales et leurs applications dans le champ de la PP.
Dans l’ensemble, notre analyse plaide pour une approche holistique de la philosophie, qui conjugue exigence académique et valorisation des applications pratiques. Notre objectif est de démontrer que la valeur fondamentale de la philosophie ne réside pas seulement dans une intelligence contemplative, mais également dans une sagesse opératoire capable d’éclairer les individus à travers les complexités de l’existence.
Introduction
Texte original en anglais
The domain of philosophy spans a broad spectrum from abstract thought to tangible human experiences. Comparative philosophy has evolved as a crucial field through the interplay of Eastern and Western perspectives. This discipline’s foundations were laid during the 16th century with the Jesuit missions to China, initiating a dialogue between divergent philosophical and cultural traditions. Over time, especially through the upheavals of the Opium Wars and the Reform Movement of the late Qing Dynasty, as well as the New Culture Movement, there was a concerted effort to rediscover and rejuvenate Chinese culture by reevaluating its past. Pioneering scholars like Hu Shi and Liang Shuming later worked on synthesizing elements from these diverse traditions, marking a significant advancement in the field. By the late 20th century, the literature on comparative philosophy and culture flourished, with notable contributions from Li (1988), Zhang (1998), Hall and Ames (2005), Xu (2014b), and the « Comparative Philosophy Translation and Research » series edited by Genyou Wu and Bryan W. van Norden.
The 20th century also saw a practical turn in philosophy (Ding et al. 2024b), with philosophers like Hadot (1995) and Nussbaum (1994) framing it as a ‘way of life’ or ‘therapy of desire’, aimed at integrating personal growth, societal engagement, and our relationship with the universe. There was a growing consensus that theoretical philosophy had drifted from classical philosophy’s original goals, becoming too abstract and detached from real-world human experiences. Philosophical practice (PP), which gained prominence in the 1980s through figures like Pierre Grimes in the United States and Gerd Böttcher Achenbach in Germany, sought to remedy this by applying philosophy in more accessible ways, such as through Socratic dialogue and philosophical counseling (PC).
PP represents an important evolution from academic to applied philosophy, demonstrating a commitment to addressing the existential challenges individuals face daily (Ding et al. 2024b). In this paper, we begin by introducing the concept of comparative philosophy and its significance, including the Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy proposed by Bo Mou (Section 2). We then transition to focus on PP as an emerging paradigm in Western philosophy (Section 3). The issues are structured around the rise and development of PP, tracing its historical roots and evolution from the 1980s onwards. The paper discusses jointly concerned issues in PP, including the search for meaning, the use of philosophy as an educational tool, and philosophy as a way of life. It also addresses the relationship between PC and psychotherapy, highlighting the differences and potential complementarities (Section 4). The paper then delves into specific aspects of PP, such as PC and its methodologies, including Socratic dialogue. We explore the integration of Eastern philosophies, particularly Confucianism, into PP, examining how these different philosophical traditions can contribute to and enrich the practice (Section 5). Throughout, this paper maintains a comparative approach, drawing connections between Western and Eastern philosophical traditions and their applications in PP.
Overall, our analysis advocates for a holistic approach to philosophy that honors academic rigor while also valuing practical applications. We aim to demonstrate that the true value of philosophy lies not only in contemplative understanding but also in actionable wisdom that can guide individuals through the complexities of life.
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Cet article universitaire, intitulé « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy » (publié en 2024 dans la revue Comparative Philosophy par Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu), étudie la manière dont la philosophie comparée et la pratique philosophique (notamment la consultation ou le conseil philosophique) peuvent s’enrichir mutuellement, en s’appuyant en particulier sur la tradition confucéenne.
Voici une synthèse détaillée de son contenu :
1. La stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (CESCP)
Les auteurs s’appuient sur le modèle proposé par Bo Mou (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy), qui dépasse la simple comparaison des ressemblances et différences entre traditions.
Cette approche repose sur trois dimensions : le caractère (une manière générale de philosopher), l’approche (un engagement dialogique entre traditions) et la direction (l’avancement vers une philosophie mondiale).
Elle prône un examen critique et collaboratif où différentes traditions apportent leurs outils conceptuels pour répondre à des préoccupations humaines communes.
2. L’essor de la pratique philosophique (PP) en Occident
Le texte retrace le « tournant pratique » de la philosophie, qui cherche à reconnecter la théorie aux réalités de l’existence quotidienne (dans la lignée de Pierre Hadot pour qui la philosophie est un « mode de vie »).
Réactivée dans les années 1980 (notamment par Gerd Achenbach en Allemagne et Lou Marinoff aux États-Unis), la pratique philosophique englobe des formes comme le dialogue socratique, les cafés philosophiques et la consultation philosophique (Philosophical Counseling).
Alternative à la psychothérapie : Face à la médicalisation et à la pharmacologisation croissantes des crises existentielles, la consultation philosophique propose d’aborder les doutes éthiques, la quête de sens et les choix de vie par la réflexion critique et le raisonnement, sans pathologiser l’individu.
3. Les convergences et tensions philosophiques
L’article analyse plusieurs dichotomies au sein de la discipline :
Théorique vs Pratique : la quête de connaissances pures versus l’action éthique et vécue (praxis).
Continentale vs Analytique : herméneutique et phénoménologie versus clarté logique et rigueur d’argumentation.
Orientale vs Occidentale : recherche d’harmonie, d’équilibre relationnel et de culture de soi versus quête occidentale de vérité universelle et de justice.
4. L’apport du confucianisme à la pratique philosophique
Le cœur de la contribution de l’article réside dans l’intégration de la pensée chinoise, en particulier confucéenne, dans le conseil philosophique contemporain :
Une éthique pratique et relationnelle : Les vertus confucéennes fondamentales (humanité/bienveillance Ren, justice Yi, convenance/rites Li, sagesse Zhi, confiance/intégrité Xin) fournissent une boussole éthique pour analyser les problèmes interpersonnels des consultants. Les Entretiens de Confucius constituent eux-mêmes des exemples ancestraux d’accompagnement et de dialogue personnalisé.
La théorie du « Gong-fu » (??) et la culture de soi (Self-cultivation) : Le confucianisme conçoit la sagesse comme un savoir-faire incarné acquis par un effort soutenu et une pratique quotidienne visant la transformation morale et spirituelle.
Intégration corps-esprit (Body-mind integration) : Contrairement à certains dualismes occidentaux qui ont parfois dévalorisé le corps ou prôné le détachement du monde temporel, le confucianisme « sacralise le profane » : le corps et la vie sociale quotidienne constituent le lieu même de l’accomplissement moral et de la résonance avec l’ordre cosmique (Tian).
Conclusion des auteurs
La rencontre entre traditions orientale et occidentale trouve son point d’ancrage fondamental dans l’amélioration et le soin de soi (la maxime socratique « prendre soin de soi » rejoignant l’injonction confucéenne de « se cultiver avec révérence »). En combinant la profondeur analytique occidentale et l’approche holistique et relationnelle de la pensée chinoise, la pratique philosophique gagne en universalité et répond plus finement aux défis existentiels contemporains.
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Modèle proposé par Bo Mou
Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy
La stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, abrégée en CESCP) a été élaborée et théorisée par le philosophe Bo Mou (professeur à la San José State University et rédacteur en chef de la revue internationale Comparative Philosophy).
1. Qu’est-ce que la stratégie CESCP ?
Traditionnellement, la philosophie comparée se limitait souvent à juxtaposer des traditions (par exemple, la pensée chinoise et la pensée occidentale) pour en dresser la liste des ressemblances et des différences, ou pour expliquer une tradition à travers le prisme de l’autre de manière descriptive ou historiciste.
Bo Mou propose un changement de paradigme méthodologique :
Définition de l’objectif :
Examiner comment, par la critique réflexive (y compris l’autocritique) et le dialogue constructif, différentes approches et ressources issues de diverses traditions philosophiques peuvent apporter une contribution conjointe à la compréhension et à la résolution de questions, thèmes ou problèmes d’intérêt commun (jointly concerned issues).
L’engagement n’est ni un syncrétisme aveugle (« tout se vaut ») ni une simple curiosité historique : c’est une recherche de vérité et un effort conjoint orienté vers la constitution progressive d’une « philosophie mondiale » (World Philosophy).
2. Les 3 dimensions d’identité de la philosophie comparée selon Bo Mou
Bo Mou structure l’identité de la philosophie comparée autour de trois axes :
Le caractère (Character) : La philosophie comparée n’est pas une sous-discipline marginale, mais une « manière générale de faire de la philosophie ».
L’approche (Approach) : L’engagement dialogique et critique à travers les traditions (cross-tradition engagement), permettant de dépasser les biais ethnocentriques ou locaux.
La direction (Direction) : La marche vers une philosophie mondiale, unissant les sagesses collectives de l’humanité pour aborder des questions universelles.
3. Les 6 principes / accents majeurs du cadre méthodologique
Dans ses travaux de référence (notamment en 2010 et 2022), Bo Mou détaille six orientations clés :
L’engagement critique (Critical engagement) : La comparaison exige une évaluation critique et rationnelle rigoureuse dans la quête de la vérité, à l’image du dialogue socratique.
La contribution conjointe constructive (Constructive joint contribution) : Deux traditions distinctes s’éclairent mutuellement afin de produire une compréhension nouvelle impossible dans l’isolement (ce que Gadamer appelle une « fusion des horizons »).
L’interprétation philosophique vivante (Philosophical interpretation) : Aller au-delà de la description historique des textes anciens pour expliciter leurs arguments et leur pertinence contemporaine face à des problèmes actuels.
La complémentarité des perspectives (Complementary nature) : Reconnaître le pluralisme de valeurs et de points de vue, où chaque tradition offre un éclairage singulier sur un même problème.
L’application d’outils et de principes adéquats (Eligible perspectives & effective instruments) : Utiliser méthodiquement les concepts opératoires et cadres explicatifs développés dans une tradition pour enrichir la réflexion dans une autre.
L’attention aux questions implicites et explicites (Implicit and explicit issues) : Ne pas se contenter des problèmes déjà formulés, mais dévoiler les présupposés et les questions sous-jacentes.
Voici les publications de référence de Bo Mou accompagnées de leurs liens d’accès direct :
Mou, Bo (2010), « On Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy: A Journal Theme Introduction », Comparative Philosophy, 1(1), p. 1-32[cite: 1]. Consulter l’article en libre accès (PDF)
Mou, Bo (2020), Cross-Tradition Engagement in Philosophy: A Constructive-Engagement Account, New York : Routledge[cite: 1]. Voir l’ouvrage chez l’éditeur Routledge
Mou, Bo (2022), « Comparative Philosophy as a General Way of Doing Philosophy Through Cross-Tradition Engagement Toward World Philosophy », Comparative Philosophy, 13(2), p. 4-22[cite: 1]. Consulter l’article en libre accès (PDF)
Mou, Bo (2024), Cross-tradition Engagement on the Laws of Logic: Approaching Identity and Reference from Classical Chinese Philosophy to Modern Logic, New York : Routledge[cite: 1]. Voir l’ouvrage chez l’éditeur Routledge
La gouvernance personnelle est l’apprentissage de la connaissance de soi. Elle explore le comment et le pourquoi de sa pensée. Elle permet à chacun de profiter de la lumière qui entre par les failles pour mieux se connaître en identifiant et en corrigeant ses erreurs de pensée. Elle s’attarde à l’origine de ces erreurs de jugement en explorant le système de pensée lui-même pour le soustraire à l’influence de l’ego et des certitudes. La gouvernance personnelle s’inscrit dans une démarche claire, facile, et contribue au bien-être de la personne face à elle-même, à l’Autre et au monde.
En pratique, elle consiste à :
Remonter à la source du système de pensée : Ne pas se limiter à analyser un problème isolé en surface, mais observer les mécanismes, les présupposés et les automatismes qui fabriquent nos conclusions.
Accueillir les failles comme des leviers de lucidité : Cesser de percevoir ses maladresses ou ses contradictions comme des fautes à camoufler, pour y voir l’opportunité d’examiner et de rectifier ses distorsions cognitives et ses sophismes.
Désamorcer le besoin stérile d’avoir raison : Déloger les réflexes de justification défensive de l’ego afin de privilégier l’honnêteté intellectuelle et la vérité sur l’amour-propre.
Cultiver le doute méthodique bienveillant : Utiliser le doute non pas comme une source d’angoisse ou de paralysie, mais comme une soupape de sécurité indispensable pour tester la solidité de ses jugements.
S’affranchir des conditionnements passifs : Identifier l’empreinte des pressions sociales, culturelles ou algorithmiques afin de redevenir le véritable arbitre de ses choix et de son attention.
Harmoniser sa relation avec autrui et le réel : Remplacer le réflexe de confrontation ou de jugement hâtif par une écoute attentive, favorisant une présence paisible, juste et empathique au cœur de la collectivité.
Plus j’explore les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP), plus je me rends compte que mon approche ne cadre pas dans l’évolution des différents mouvements des quarante-cinq dernières années. Seuls quelques philosophes consultants demeurent proches du concept original introduit par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach en 1981. C’est en effet en mai 1981 qu’il a ouvert à Bergisch Gladbach, près de Cologne, le tout premier cabinet de consultation philosophique (Philosophische Praxis), fondant ainsi le mouvement contemporain de la pratique philosophique et de la philothérapie.
Malheureusement, l’intuition d’origine a fait l’objet de dérives dogmatiques et de pratiques parfois brutales. Du projet initial, le praticien d’aujourd’hui n’a souvent retenu que l’étiquette de « consultation philosophique » pour y plaquer des méthodes de son cru. Au fil des ans, cette pratique s’est muée en commerce, soumise aux impératifs de rentabilité d’une entreprise et façonnée par des influences à la fois culturelles, sociales, nationales et économiques. Elle varie désormais d’un pays ou d’un continent à l’autre, privée de véritables balises, en particulier chez les praticiens indépendants de toute association nationale.
La formation de philosophe consultant (ou « philosophe praticien ») est elle-même devenue un produit marchand indispensable à la rentabilité des cabinets. De surcroît, elle varie considérablement d’un formateur à l’autre, comme d’un pays ou d’un continent à l’autre, chaque association nationale imposant son propre cursus là où elle existe.
C’est pourquoi le travail de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques n’a pas été de tout repos depuis sa création, il y a un peu plus de trois ans. Les barrières linguistiques s’y érigent en véritables frontières, limitant considérablement la circulation de l’information. Heureusement, les outils de traduction professionnelle et les progrès de l’intelligence artificielle facilitent désormais l’accès aux publications et leur diffusion.
Pourtant, malgré tous mes efforts, je n’ai trouvé aucune consultation philosophique qui se concentre sur le préalable fondamental à l’acte de philosopher : l’examen approfondi du système de pensée lui-même. Il m’apparaît impératif de se pencher avant tout sur le comment et le pourquoi de la pensée du client. Aborder d’emblée le problème qu’il soumet impose des œillères au philosophe praticien, qui ne peut que le prendre en exemple, ne ciblant ainsi qu’une partie superficielle du système de pensée de son interlocuteur.
Écrit à l’aube de l’an 2000 pour faire le point sur mes connaissances et mes prises de conscience, mon livre J’aime penser se présente comme un Essai et témoignage de gouvernance personnelle. Son sous-titre, Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, fait directement écho au titre. La question de la gouvernance personnelle dépasse en effet largement celle du développement personnel traditionnel : maîtriser son système de pensée, être au pouvoir de soi, demeure selon moi le premier objectif valable d’une intervention philosophique.
Je me lance donc dans la formalisation d’une nouvelle voie avec la Philosophie de gouvernance personnelle.
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Une innovation philosophique de synthèse
La Philosophie de gouvernance personnelle ne constitue pas une rupture technologique, mais une innovation conceptuelle, méthodologique et philosophique de synthèse. Elle introduit une véritable rupture face aux discours dominants actuels :
Une rupture avec le prêt-à-penser du développement personnel : Le marché contemporain traite l’individu comme un système à optimiser (productivité, performance, positivisme). Cette approche y substitue une véritable hygiène épistémique et éthique, fondée sur le doute méthodique, l’esprit critique et l’examen philosophique de l’existence.
L’hybridation inédite entre rigueur scientifique et philosophie pratique : Elle croise l’épistémologie (la méthode scientifique, la détection des biais cognitifs de Burns, les sophismes d’Aristote) avec les sagesses antiques du discernement (Épictète, Marc Aurèle, la dichotomie du contrôle) et l’analyse moderne des motivations (Cheskin, Larry Wilson). Cette passerelle opérationnelle entre psychologie cognitive et sagesse philosophique constitue une armature originale.
Le passage du chaos au « cosmos » individuel : L’innovation réside également dans la formalisation d’une méthode pour s’administrer : identifier ses conditionnements (nationaux, civilisationnels), démanteler le besoin stérile d’« avoir raison » et structurer un ordre intérieur lucide pour vivre en paix avec soi-même et autrui.
Une gouvernance individuelle reliée à l’universel : Loin du repli individualiste ou de la tour d’ivoire, l’auto-gouvernance devient la condition sine qua non pour s’inscrire sereinement dans l’humanité, l’empathie et la conscience collective.
Cette démarche ouvre ainsi une nouvelle voie d’autonomie de pensée face à l’autoroute du conformisme et des certitudes toutes faites.
Le premier être à guider, c’est soi-même : plaidoyer pour une souveraineté intérieure
Face au vacarme algorithmique et à l’illusion du développement personnel réduit à un taylorisme intime, l’individu contemporain subit sa vie plus qu’il ne la dirige. De Socrate à Michel Foucault, l’histoire nous rappelle une vérité fondamentale : nul ne peut prétendre trouver sa juste place auprès des autres sans d’abord savoir s’administrer lui-même.
La gouvernance personnelle désigne l’art et la méthode par lesquels un individu dirige sa propre existence, arbitre ses choix, gère ses ressources (temps, attention, énergie) et aligne ses actes sur ses principes fondamentaux. Loin d’un simple recueil d’astuces de productivité, il s’agit d’une exigence éthique :
Prendre le contrôle de son propre esprit : s’affranchir du besoin d’« avoir raison », des conditionnements extérieurs et des pièges cognitifs.
Fonder sa liberté sur le doute méthodique : s’appuyer sur le doute comme unique soupape de sécurité pour corriger ses jugements et asseoir une confiance sereine.
Ordonner sa vie intérieure : passer du chaos au « cosmos » individuel pour vivre en accord avec soi-même tout en restant relié à la communauté humaine.
Une généalogie historique : du « souci de soi » à l’autonomie moderne
L’idée selon laquelle l’individu est son propre premier territoire traverse l’histoire de la pensée à travers plusieurs mutations clés :
L’Antiquité gréco-romaine (L’épiméleia heautou et le stoïcisme) : À Delphes résonne le « Connais-toi toi-même » socratique, indissociable du souci de soi. Pour Platon (Alcibiade), celui qui aspire à gouverner la cité doit d’abord discipliner son âme. Les stoïciens — Épictète, Sénèque, Marc Aurèle — formalisent ensuite la première matrice opérationnelle : la dichotomie du contrôle, distinguant ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.
La Renaissance et l’humanisme : Avec Montaigne (Les Essais), la gouvernance personnelle devient introspective et humble. Montaigne cherche à « jouir loyalement de son être » et refuse l’asservissement aux dogmes, esquissant le libre arbitre face aux carcans institutionnels.
Les Lumières et l’impératif d’autonomie : Emmanuel Kant pose les fondations de l’autonomie éthique (autos, soi-même, et nomos, loi). Être libre ne signifie pas céder à ses pulsions, mais se donner à soi-même sa propre loi rationnelle et morale (Sapere aude).
Le XIX? siècle et l’indépendance de conscience : Ralph Waldo Emerson théorise la Self-Reliance (fidélité à son intuition morale et refus du conformisme), tandis qu’Henry David Thoreau expérimente à Walden une gouvernance de la frugalité et de la souveraineté individuelle.
Le XXè siècle et la résistance éthique : Michel Foucault réactualise le « souci de soi » et analyse les « technologies du soi », ces pratiques par lesquelles l’individu élabore son identité pour résister aux dispositifs de pouvoir normalisateurs.
Pilier
Principe directeur
Question fondamentale
Clarté axiologique
Définir sa hiérarchie de valeurs et ses limites éthiques
Quelles règles guident mes arbitrages en situation de crise ?
Souveraineté cognitive
Protéger son attention face à la surstimulation algorithmique
Qui décide de l’objet de mon attention quotidienne ?
Boucle de rétroaction
Pratiquer l’examen de conscience régulier (journal, bilan)
Mes actions du jour sont-elles conformes à mes intentions ?
Intégrité systémique
Aligner objectifs, ressources (temps, énergie) et santé
Mon mode de vie est-il soutenable à long terme ?
Pourquoi ce concept redevient central aujourd’hui
Nous vivons dans un siècle paradoxal, saturé d’injonctions stridentes à l’autonomie mais peuplé de consciences assiégées. Jamais l’individu moderne n’a proclamé avec autant de ferveur sa liberté de choix ; rarement s’est-il montré si docilement administré par la sommation perpétuelle des notifications, les urgences fabriquées et la capture algorithmique de ses affects. Réduit au rôle d’opérateur convulsif de sa propre existence, l’homme contemporain ne commande plus guère : il pare au plus pressé, réagit, compense.
Face à cette dispersion chronique, l’époque a érigé une réponse dérisoire : l’industrie du développement personnel. Vaste supermarché d’astuces comportementales, d’injonctions à l’optimisation de soi et de positivisme aseptisé, cette nébuleuse promet l’épanouissement mais ne propose qu’un taylorisme intime. En réduisant le sujet à une ressource à rentabiliser, elle passe à côté de l’essentiel : on ne guérit pas le vide de sens et la dépossession par des méthodes de productivité.
Ce dont nous manquons n’est pas d’outils pour faire davantage en moins de temps, mais d’une armature morale et philosophique pour choisir à quoi consentir. Sans constitution intérieure explicite, l’individu adopte par défaut les lois, les urgences et les décrets du système qui l’environne.
La gouvernance de soi comme prélude au bien commun
On objectera peut-être le soupçon d’individualisme, craignant qu’une telle rigueur intime ne conduise qu’à une forme d’indifférence aristocratique ou de désertion civique. C’est méconnaître la nature même du lien social.
L’individu incapable de gouverner ses impulsions, en proie à une réactivité émotionnelle constante et manipulé par le spectacle de l’indignation marchande, constitue le terreau fertile de toutes les démagogies. L’anarchie intérieure n’a jamais produit de démocratie vivante ; elle ne produit que des foules nerveuses, facilement assujetties. Au contraire, une société composée de citoyens capables de retenue, lucides sur leurs mobiles et fidèles à des principes éthiques stables est infiniment plus résiliente.
La gouvernance personnelle n’est pas une fuite loin de la cité : elle est le tribut moral que l’homme libre doit à la communauté pour ne pas peser sur elle comme un poids mort ou une force destructrice. Le choix qui s’offre à chacun est tranché : accepter de n’être que la résultante passive des stimuli extérieurs, ou assumer la charge d’être l’architecte de sa propre vie. Décider de sa règle et s’y tenir n’est pas un simple exercice d’hygiène mentale : c’est un acte de dissidence silencieux, noble et plus que jamais indispensable.
Parole de la chanson LE VOYAGE de RAOÛL DUGUAY
Version sur le site web de Raôul Dugauay
Version préférée de Raôul Duguay
0,9 Mo / 4:01 Paroles : Raôul Duguay Musique : Michel Garneau
Vouloir savoir Être au pouvoir de soi Est l’ultime avoir Le Vôyage
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Tout est toujours à recommencerMais dites-moi encore où trouver le chemin
Que je ne cherche plus et que j’aille plus loin
La vérité la vérité la vérité est une poignée de sable fin
La vérité la vérité la vérité qui glisse entre mes doigts
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Tout est toujours à recommencer
Tu marches au fond de toi et derrière tes pas
Et tu ne bouges pas seul ton regard avance
La vérité la vérité la vérité est une poignée d’eau de la source
La vérité la vérité la vérité qui coule entre mes mains
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Tout est toujours à recommencerIl marche sur ses pieds et parfois sur sa tête
Il traîne un gros boulet qui est comme lui-même
La vérité la vérité la vérité est une petite poignée d’air pur
La vérité la vérité la vérité qui siffle entre ses dents
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de repas que pour celui qui mange
Tout est toujours à recommencer
Nous marchons sur nous-mêmes comme un bétail perdu
Le mensonge est collé aux semelles de nos souliers
La vérité la vérité la vérité est comme la fumée
La vérité la vérité la vérité qui monte dans nos mots
Il n’y a de repos que pour celui qui cherche
Il n’y a d’oasis que pour celui qui boit
Tout est toujours à recommencer
Vous est-il arrivé de voir dedans vos yeux
Le chemin du retour qui coule avec amour
La vérité la vérité la vérité est comme le soulier
La vérité la vérité la vérité que l’on a délacé
Il n’y a de repos que pour celui qui trouve
Il n’y a de retour que pour celui qui part
Tout est toujours à recommencerIls ont mis des cailloux dans le bout des souliers
Et puis ils sont montés sur leurs épaules
La vérité la vérité la vérité est comme une lumière
La vérité la vérité la vérité qui point à l’horizon
Il n’y a de repos que pour celui marche
Il n’y a de repos que pour celui qui va
Mais dites-moi encore où est-il ce lui qui ne passe pas.
Titre de l’article :Aspecte ale comunic?rii în consilierea filosofic? (Aspects de la communication dans le conseil philosophique)
Auteur : Vasile Hategan
Affiliation : Institut de Recherches Socio-Politiques, Université de l’Ouest de Timi?oara, Roumanie
Publication :Revista de filosofie, LXVI, 6, p. 783-794, Bucarest, 2019
1. Introduction et contextualisation
Le travail de recherche de Vasile Ha?egan s’inscrit dans l’analyse des liens interdisciplinaires récemment formalisés entre les sciences de la communication et les nouvelles formes de la pratique philosophique, à savoir le conseil (consilierea) et la consultation (consultan?a) philosophiques. L’auteur constate une relative rareté des sources académiques roumaines sur ce sujet spécifique, tout en s’appuyant sur les travaux précurseurs d’Anton Ilica (2007), Oana Barbu, Vasile Macoviciuc (2002) et Sandu Frunz? (2019). L’objectif principal est de démontrer la réciproque de la thèse de Barbu (« nous avons besoin de philosophie dans l’approche de la communication ») en arguant que la communication est une partie active et essentielle de la pratique philosophique.
2. Formes de communication dans la pratique philosophique
Ha?egan dresse une typologie rigoureuse des modalités par lesquelles la communication s’opérationnalise dans le conseil philosophique, qu’elle soit individuelle, groupale ou organisationnelle.
A. La communication interpersonnelle et non-verbale
La communication interpersonnelle constitue le socle des interactions entre le praticien et le client (qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou d’une équipe managériale). L’auteur souligne l’importance des éléments non-verbaux (vêtements, mimique, gestuelle, tonalité) comme actes de communication indirecte. Cette analyse intègre :
La sémiotique (via Roland Barthes, Umberto Eco et Ferdinand de Saussure) pour le décodage des signes.
L’impératif catégorique de Kant, instaurant l’obligation morale de dire la vérité dans l’échange.
La thérapie centrée sur le client de Carl Rogers, qui utilise la communication pour créer un climat de confiance et d’empathie.
L’éthique dialogique de Martin Buber (relation Je-Tu) et la communication face-à-face étudiée par Aurel Codoban.
B. La communication réflexive ou intrapersonnelle
Liée à la philosophie existentialiste (Kierkegaard, Sartre, Camus) et aux pratiques méditatives , ce type de communication intervient lorsque le conseiller soutient le sujet pour clarifier une dilemme intérieur. Le conseil philosophique agit ici comme un processus de médiation de la personne face à elle-même.
3. Typologies de dialogue et outils de groupe
L’auteur examine la classification en trois types de dialogues développée par le praticien américain Lou Marinoff :
Dialogue de type A : Une recherche philosophique spontanée et générique de la problématique par la conversation entre le spécialiste et le client.
Dialogue de type B : Un dialogue à effet thérapeutique face aux troubles existentiels, guidé par la vision d’un grand penseur.
Dialogue de type C (Bibliothérapie) : Recommandation de lectures philosophiques spécifiques suivies de discussions réflexives régulières.
Pour les groupes, la communication s’articule autour d’outils tels que le dialogue socratique de type nelsonien (visant une définition universelle d’un concept) , les cafés philosophiques (initiés par Marc Sautet) , ou encore le concept de « conseil philosophique appréciatif » d’Antonio Sandu, qui s’étend aujourd’hui au virtuel via internet.
4. Communication publique, organisationnelle et institutionnelle
Au niveau macroscopique, la communication philosophique s’applique aux organisations à travers :
La consultation éthique et l’audit éthique (création de codes de déontologie, gestion des dilemmes via le Dilema Training de Henk van Luik ou la méthode PEACE de Marinoff).
La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), incluant la communication interculturelle et publique.
Le milieu communautaire (milieu carcéral, pédiatrique, bioéthique médicale).
Enfin, Ha?egan identifie une dimension essentielle de la communication publique liée au processus de reconnaissance légale de la profession en Roumanie. Celle-ci nécessite une communication active avec les autorités étatiques (rédaction de documentations, enregistrements à l’ORC et à l’ANAF) et des stratégies de marketing/branding personnel via des associations professionnelles.
5. Citations bilingues (Régularité et fidélité)
Afin d’illustrer la rigueur de la thèse de l’auteur, voici des extraits clés dans leur langue d’origine (roumain) et traduits en français :
RO : „…dac? realitatea se construie?te în comunicare, via?a noastr? trebuie s? se bazeze pe acest echilibru: cât? tehnic?, atâta filosofie…”
FR : « …si la réalité se construit dans la communication, notre vie doit se baser sur cet équilibre : autant de technique, autant de philosophie… »
RO : „…comunicarea e în primul rând rela?ie pentru c? orice comunicare uman? este cu comunicarea cu cineva, înainte de a fi comunicarea despre ceva!”
FR : « …la communication est avant tout une relation, car toute communication humaine est une communication avec quelqu’un, avant d’être une communication sur quelque chose ! »
RO : „A înv??a s? filosofezi presupune ?i a înv??a s? comunici.”
FR : « Apprendre à philosopher implique aussi d’apprendre à communiquer. »
6. Conclusion du rapport
L’article de Vasile Ha?egan démontre avec succès que le conseil philosophique ne peut être dissocié des processus communicationnels. Qu’il s’agisse de l’expression sémiotique du corps du client, du dialogue thérapeutique ou des démarches administratives de légitimation de cette nouvelle profession distincte du « philosophe académique » traditionnel, la communication s’impose comme l’infrastructure même de la philosophie pratique.
Notice bibliographique (Format académique)
HA?EGAN, Vasile. Aspecte ale comunic?rii în consilierea filosofic?. Revista de filosofie, Bucure?ti, 2019, tomul LXVI, nr. 6, pp. 783-794.
Traduit de l’anglais au français par Google Gemini
Résumé
La consultation philosophique est une pratique contemporaine qui applique la philosophie aux dilemmes personnels. Bien que beaucoup la perçoivent comme une invention moderne, cet article remet en question cette idée reçue en retraçant l’histoire de la philosophie en tant qu’art pratique de vivre. La thèse centrale défendue ici est que la consultation philosophique ne constitue pas un domaine nouveau, mais représente plutôt une résurgence de la vocation originelle de la philosophie, laquelle fut largement éclipsée par la professionnalisation du milieu universitaire et l’essor de la psychologie. Cette histoire commence avec Socrate, qui fit de l’examen de soi la condition sine qua non d’une vie d’une pleine valeur. L’article explore ensuite les écoles hellénistiques — le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme —, qui fonctionnaient explicitement comme des thérapies de l’âme, offrant des cadres conceptuels pour atteindre la tranquillité de l’esprit et l’épanouissement humain. L’article suit cette tradition au Moyen Âge, période où elle fut sublimée au sein de la théologie, avec des figures telles que Boèce qui employa la philosophie comme une consolation face à la souffrance. Un renouveau humaniste s’est ensuite produit à la Renaissance sous la plume de penseurs comme Montaigne. L’Époque moderne a quant à elle connu une « grande divergence », la philosophie devenant une discipline académique de plus en plus abstraite, abandonnant la gestion des problèmes personnels au domaine naissant de la psychologie. Le XXe siècle a toutefois vu éclore les germes d’un renouveau : l’existentialisme et la logothérapie se sont recentrés sur les questions de sens, de liberté et d’angoisse. Enfin, l’article détaille la réémergence formelle de cette pratique à la fin du XXe siècle, lorsque des pionniers comme Gerd Achenbach et Lou Marinoff ont rétabli la philosophie comme un service direct au public. L’article conclut que la consultation philosophique opère un retour aux sources, réaffirmant la valeur durable de la philosophie en tant que guide pour affronter les défis fondamentaux de l’existence humaine.
À une époque marquée par des progrès technologiques sans précédent, les sociétés traversent ce que le philosophe Charles Taylor nomme un changement des « conditions de croyance », susceptible d’engendrer une crise de sens chez de nombreux individus qui se sentent à la dérive, s’interrogeant sur leur but, leurs valeurs et leur place dans le monde [1]. La réponse dominante à cette souffrance a été d’ordre psychothérapeutique et pharmacologique, s’inscrivant dans un modèle médical qui pathologise la détresse. Bien que ces approches soulagent un grand nombre de personnes, elles s’avèrent souvent insuffisantes lorsque le problème ne relève pas de la chimie cérébrale ou d’une distorsion cognitive, mais procède d’une angoisse existentielle ou d’une confusion éthique. La consultation philosophique est réapparue au sein de cette brèche comme une ressource essentielle.
Pour beaucoup, l’idée de consulter un philosophe pour des problèmes personnels relève de la nouveauté [2]. L’image moderne du philosophe est généralement celle d’un universitaire cloîtré, engagé dans des débats techniques très éloignés des contingences de la vie quotidienne. Cet article soutient que cette image constitue une aberration historique. Notre thèse centrale est que la consultation philosophique est une redécouverte, un retour à la mission originelle de la philosophie en tant qu’art de vivre. Comme l’a abondamment documenté le chercheur Pierre Hadot, la philosophie antique n’a jamais été un simple discours théorique, mais se présentait d’abord et avant tout comme un « mode de vie », une manière d’exister qui exigeait des « exercices spirituels » visant la transformation de soi [3]. Le but n’était pas simplement de connaître le monde, mais d’y bien vivre.
Le présent article retracera l’arc historique de cette tradition thérapeutique en démontrant sa présence persistante tout au long de la pensée occidentale. Ce parcours débutera par les origines de la philosophie occidentale en Grèce antique, où Socrate, Platon et Aristote jetèrent les bases d’une vie examinée. Les écoles hellénistiques, à l’instar du stoïcisme et de l’épicurisme, fonctionnaient comme de véritables thérapies de l’âme. Nous suivrons ensuite cette impulsion thérapeutique lorsqu’elle fut absorbée par la théologie chrétienne au Moyen Âge — survivant dans des œuvres telles que La Consolation de la philosophie de Boèce — avant d’être ravivée sous une forme séculière par des penseurs de la Renaissance comme Montaigne. Par la suite, l’article analysera la « Grande Divergence » de l’Époque moderne, où la professionnalisation de la philosophie et la naissance de la psychologie consommèrent son éloignement des préoccupations personnelles. Néanmoins, même au cours de cette période, les germes d’un renouveau furent semés, car des mouvements tels que l’existentialisme et la logothérapie de Viktor Frankl replacèrent les questions de sens au premier plan. Enfin, nous aborderons l’époque contemporaine en détaillant l’établissement formel du mouvement moderne de la consultation philosophique par des pionniers comme Gerd Achenbach en Allemagne et Lou Marinoff aux États-Unis. Comprendre cette riche histoire permet d’apprécier le fait que la consultation philosophique ne constitue pas une thérapie « alternative », mais bien la restauration de la philosophie dans son rôle le plus vital : celui de guide dans la quête humaine d’une vie épanouie.
2. Les racines antiques : la philosophie comme thérapie de l’âme
Dans le monde gréco-romain antique, la distinction entre philosophie et thérapie n’existait pas. Les philosophes étaient considérés comme des médecins de l’âme, et leurs écoles s’apparentaient à des cliniques où les individus apprenaient à diagnostiquer et à traiter les passions ainsi que les fausses croyances génératrices de souffrance. Cette fonction thérapeutique constituait l’essence même de l’entreprise philosophique.
La pratique de la guérison philosophique commence avec Socrate. Tel qu’il est dépeint dans les dialogues de Platon, Socrate s’est vu investi d’une mission divine visant à éveiller ses concitoyens athéniens. Il ne dispensait pas de cours magistraux ; son laboratoire était la place publique et sa méthode était le dialogue. L’élenchos socratique se présentait comme un examen croisé rigoureux, conçu pour exposer l’ignorance de ses interlocuteurs. À mesure que leurs croyances s’effondraient sous le coup du contrôle logique, l’objectif était de provoquer l’aporie, un état douloureux de perplexité. Loin d’être destructive, cette démarche constituait un acte thérapeutique nécessaire. Socrate explique dans le Théétète de Platon qu’il agissait comme un « accoucheur des âmes » (maïeutique), aidant autrui à donner naissance à ses propres idées [4]. L’aporie était la catharsis requise pour libérer le terrain des fausses certitudes et ouvrir l’espace à une authentique enquête. Socrate croyait que toute mauvaise action découle de l’ignorance ; nous poursuivons ce que nous croyons être bon, de sorte que si nous sommes misérables, c’est que nos croyances sur le bien sont erronées. Le remède réside dans la connaissance, et plus spécifiquement dans la connaissance de soi. Son affirmation selon laquelle « une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » constitue la charte fondatrice de la consultation philosophique, établissant que l’épanouissement est impossible sans un examen continu de ses propres croyances [5].
Platon, disciple de Socrate, systématisa ces intuitions. Dans La République, il exposa sa théorie de l’âme tripartite, composée de la raison (l’intellect), du cœur (le courage ou l’ardeur) et de l’appétit (les désirs). Une âme saine existe dans l’harmonie, la raison guidant les autres parties. La détresse et le vice sont les symptômes d’une guerre civile psychique, où les parties indisciplinées ont renversé la raison [6]. Pour Platon, la philosophie s’imposait comme le régime thérapeutique ultime.
Aristote développa un système éthique tout aussi pratique, orienté vers l’eudaimonia, ou épanouissement humain. Pour Aristote, l’eudaimonia est la fin suprême de la vie humaine, une activité de l’âme en accord avec la vertu [7]. Les vertus sont des traits de caractère cultivés par l’exercice, et sa doctrine du Juste Milieu fournit un outil pratique, définissant chaque vertu comme un état d’équilibre entre deux vices opposés.
Après la mort d’Alexandre le Grand, l’instabilité politique engendra une angoisse généralisée, et les grandes écoles philosophiques se présentèrent dès lors comme des voies vers la paix de l’esprit. Martha Nussbaum soutient que ces philosophes considéraient les passions comme des erreurs cognitives susceptibles d’être corrigées [8]. Le stoïcisme fut sans doute la philosophie thérapeutique la plus influente. Sa puissance reposait sur la dichotomie du contrôle : comme l’enseignait Épictète, certaines choses dépendent de nous (nos jugements) et d’autres non (la santé, la richesse, la réputation) [9]. Les stoïciens soutenaient que la souffrance naît du désir de ce qui ne dépend pas de nous. Le remède consiste à s’entraîner à ne désirer qu’un caractère vertueux et à accepter les événements extérieurs avec équanimité. Les stoïciens développèrent à cette fin une boîte à outils d’exercices spirituels, un fait qui a conduit les psychothérapeutes modernes à identifier le stoïcisme comme une origine philosophique clé de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) [10].
L’épicurisme offrait une voie différente vers l’ataraxie, ou l’absence de trouble. Épicure identifia la peur des dieux et la peur de la mort comme les sources majeures d’anxiété, affirmant que la mort n’est « rien pour nous » [11]. La vie bonne consistait en un plaisir modeste et durable, que l’on atteignait au mieux en vivant simplement et en cultivant l’amitié. Le scepticisme proposa la thérapie la plus radicale : la suspension de tout jugement afin de libérer les individus des croyances dogmatiques génératrices d’anxiété. Pour tous ces penseurs antiques, la philosophie était une vie à mener, un ensemble de pratiques conçues pour guérir la condition humaine.
3. Le Moyen Âge et la Renaissance : sublimation et renouveau
À mesure que le christianisme s’imposait comme la force dominante en Europe, le centre de gravité de l’existence se déplaça vers le salut éternel, et la philosophie fut largement reléguée au rang de « servante de la théologie ». Son impulsion thérapeutique ne fut pas éteinte pour autant, mais intégrée dans de nouveaux cadres religieux. Les premiers penseurs chrétiens, à l’instar d’Augustin d’Hippone, s’inspirèrent du néoplatonisme ; l’ascension platonicienne vers le Bien devint le voyage de l’âme vers Dieu, et le « connais-toi toi-même » socratique se métamorphosa en une quête de Dieu au plus profond de l’âme.
L’exemple le plus saisissant du rôle thérapeutique de la philosophie se trouve chez Anicius Manlius Severinus Boethius (Boèce). Injustement emprisonné, il rédigea La Consolation de la philosophie, un dialogue entre lui-même et Dame Philosophie. Celle-ci lui administre un remède philosophique, démantelant son attachement aux « dons de la Fortune » en lui rappelant que les biens extérieurs sont inconstants et sans valeur réelle [12]. Le seul bien véritable est la vertu, qui réside en soi.
La Renaissance marqua une renaissance des études classiques et un recentrage de l’intérêt sur l’expérience humaine. Personne n’incarne mieux ce renouveau que Michel de Montaigne. Après s’être retiré des affaires publiques, Montaigne se consacra à ses Essais, se prenant lui-même comme sujet d’étude principal, convaincu que « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » [13]. Sa méthode consistait à éprouver ses propres pensées à l’aune de la sagesse des Anciens, non pour bâtir un système, mais pour apprendre à vivre. Sa devise, « Que sais-je ? », reflète un scepticisme profond qui nourrissait l’humilité et la résistance aux dogmes. Les Essais s’imposent comme un chef-d’œuvre de l’auto-consultation philosophique, déplaçant l’objet de la philosophie de l’abstrait vers la réalité concrète du soi individuel.
4. L’Époque moderne : la Grande Divergence
La période s’étendant du XVIIe au XIXe siècle fut le témoin d’un épanouissement sans précédent du génie philosophique, mais elle correspondit également au moment où la philosophie s’éloigna de sa mission thérapeutique. Deux développements majeurs forgèrent cette divergence : la réorientation de la philosophie vers l’épistémologie doublée de sa professionnalisation, et la naissance de la psychologie en tant que science indépendante.
L’aube de l’ère moderne est souvent associée à René Descartes, dont la quête d’un fondement indubitable de la connaissance déplaça le centre de gravité de la philosophie de l’éthique vers l’épistémologie. Bien que des penseurs comme Baruch Spinoza aient continué à proposer de grands systèmes éthiques, la tendance lourde s’orienta vers une abstraction accrue, une trajectoire cimentée par Emmanuel Kant. La densité technique de ses ouvrages les rendait inaccessibles au public profane, et la philosophie se mua en une discipline académique hautement spécialisée — un sujet d’étude universitaire plutôt qu’un mode de vie pratiqué au-dehors. Le philosophe n’était plus un guide de l’âme, mais un professeur [3].
À mesure que la philosophie désertait le champ des problèmes personnels, une nouvelle discipline s’appropria ce territoire. La fin du XIXe siècle vit la naissance formelle de la psychologie en tant qu’étude scientifique de l’esprit et du comportement. Comme le note l’historien Thomas Leahey, la psychologie fut l’une des dernières sciences spécialisées à s’émanciper de sa matrice originelle, la philosophie [14]. À travers des figures comme Wilhelm Wundt et Sigmund Freud, la psychologie se distingua en revendiquant un statut scientifique, adoptant un modèle médical qui appréhendait la détresse comme le symptôme d’un trouble sous-jacent. Durant la majeure partie du XXe siècle, le schéma culturel était sans équivoque : face à une difficulté personnelle, on consultait un professionnel formé à ce paradigme médico-scientifique. L’art antique du soin de l’âme s’était scindé : à la philosophie revenaient les concepts abstraits, à la psychologie revenait la personne concrète.
5. Le XXe siècle : les germes d’un renouveau philosophique
Malgré la domination de la philosophie académique et de la psychologie scientifique, de puissants courants philosophiques émergèrent au XXe siècle, préservant la vitalité de la tradition thérapeutique. Ces mouvements jetèrent les bases du renouveau de la pratique philosophique.
Dès le XIXe siècle, Søren Kierkegaard avait exploré l’angoisse non comme une pathologie, mais comme le « vertige de la liberté », une conséquence inéluctable du choix humain, préfigurant ainsi les préoccupations thérapeutiques de l’existentialisme [15]. L’existentialisme connut son apogée au lendemain des deux guerres mondiales, résonnant fortement auprès d’une génération confrontée à l’effondrement des valeurs traditionnelles. Des penseurs comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Albert Camus réorientèrent l’attention de la philosophie vers la réalité vécue de l’individu. Ses thèmes centraux — le fardeau de la liberté radicale, l’angoisse omniprésente et la quête de sens au sein d’un univers dénué de signification — constituent la matière même des crises personnelles. La célèbre formule de Sartre, « l’existence précède l’essence », signifiait que nous ne naissons pas avec un but prédéfini ; nous sommes « condamnés à être libres » de créer nos propres valeurs à travers nos choix [16]. Cette philosophie était profondément prescriptive, s’apparentant à un appel à forger un soi authentique, et ses idées possédaient une telle puissance thérapeutique qu’elles donnèrent naissance à la psychothérapie existentielle, portée par des figures telles que Rollo May et Irvin Yalom [17].
Une autre passerelle essentielle fut établie par Viktor Frankl, psychiatre et survivant de la Shoah, qui développa la logothérapie. S’appuyant sur son expérience des camps de concentration, consignée dans son ouvrage Découvrir un sens à sa vie, Frankl postula que la motivation première de l’être humain est une « volonté de sens » [18]. Il soutint que de nombreux problèmes modernes découlent d’un « vide existentiel » — un sentiment de vacuité. La logothérapie se définit comme une thérapie centrée sur l’aide apportée aux individus pour découvrir un sens unique à leur vie, que ce soit par le travail créateur, l’amour ou l’attitude adoptée face à une souffrance inévitable. Bien que théorisée par un médecin, la logothérapie s’avère fondamentalement être une pratique philosophique, dialoguant directement avec les questions intemporelles du but, de la valeur et de la responsabilité.
6. La réémergence : le mouvement moderne de la consultation philosophique
Au cours des dernières décennies du XXe siècle, les conditions étaient réunies pour une réémergence formelle de la philosophie en tant que service public. Le coup d’envoi officiel de ce renouveau est largement attribué à Gerd B. Achenbach, un philosophe allemand qui ouvrit son cabinet de consultation philosophique près de Cologne en 1981 [19]. Achenbach se fit le champion d’une « méthode sans méthode », consistant en un dialogue socratique ouvert, appréhendant le praticien non comme un expert détenteur de réponses, mais comme un interlocuteur qualifié qui aide le « visiteur » à envisager sa situation sous de multiples perspectives.
Si Achenbach a jeté les bases du mouvement, celui-ci a acquis une reconnaissance publique grâce à des philosophes américains dans les années 1990. Le plus éminent fut Lou Marinoff, dont le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac ! introduisit la consultation philosophique auprès du grand public [2]. Contrairement à Achenbach, Marinoff proposa une méthode structurée baptisée le processus PEACE (Problem, Emotion, Analysis, Contemplation, Equilibrium — Problème, Émotion, Analyse, Contemplation, Équilibre). Une autre figure clé est Elliot D. Cohen, concepteur de la thérapie basée sur la logique (LBT pour Logic-Based Therapy), qui soutient qu’une grande part de la souffrance émotionnelle s’enracine dans une pensée irrationnelle [20]. La LBT offre aux clients une méthode pour identifier les sophismes au sein de leur discours intérieur et formuler un « antidote » philosophique. Ces différentes approches, tout en partageant un héritage commun, offrent des modèles distincts pour la pratique (voir Tableau 1).
Aujourd’hui, la consultation philosophique est un domaine mondial et diversifié, théorisé par des penseurs comme Peter Raabe qui s’efforcent d’en synthétiser les différents modèles [21]. Cette pratique s’unit autour de distinctions majeures qui la séparent de la psychothérapie : son but n’est pas de guérir une maladie mentale, mais d’aider les individus à parvenir à la compréhension de soi par le dialogue philosophique, s’appuyant ainsi sur un modèle éducatif et non médical. Elle s’attaque aux problèmes de vision du monde, de sens et de valeurs, offrant un complément vital à un système de santé mentale qui peine parfois à répondre aux questions les plus profondes de l’esprit humain.
Tableau 1. Comparaison des approches modernes de la consultation philosophique.
Caractéristique
Gerd Achenbach
Lou Marinoff (APPA)
Elliot Cohen (LBT)
Méthode centrale
« Méthode sans méthode » ; dialogue socratique ouvert. Accent mis sur la « compréhension » plutôt que sur la « résolution ».
Thérapie basée sur la logique ; identification des biais logiques dans le discours intérieur et application d’antidotes philosophiques.
Rôle du praticien
Partenaire de conversation ; co-philosophe qui aide à élargir la perspective du visiteur.
Consultant philosophique ; apporte la sagesse des traditions philosophiques pour aider à résoudre le problème.
Enseignant philosophe ; instruit le client sur les modes de pensée irrationnels et les principes vertueux.
Objectif principal
« Aller au-delà » du problème en acquérant une compréhension plus riche et plus profonde de celui-ci et de soi-même.
Atteindre l’« équilibre » en trouvant une solution viable à un problème donné.
Surmonter les émotions et habitudes autodestructrices en cultivant une pensée rationnelle et un comportement vertueux.
Position face à la psychothérapie
Fortement différenciée de la psychothérapie ; évite totalement les modèles de diagnostic et de traitement.
Présentée comme une alternative à la psychothérapie pour les problèmes liés à l’existence, et non pour les maladies mentales [2].
Peut être perçue comme un pendant philosophique de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) [20].
7. Conclusion
L’histoire de la philosophie en tant que guide pour l’existence s’apparente au récit d’un retour cyclique chez soi. Cette pratique a débuté sur l’agora d’Athènes avec Socrate, qui pressait ses concitoyens d’examiner leur vie ; au terme d’un long voyage, elle a retrouvé la sphère publique sous la forme de la consultation philosophique moderne. L’impulsion thérapeutique de la philosophie était vibrante au sein des écoles hellénistiques, préservée au sein de la théologie chrétienne par des figures comme Boèce, et réinventée par l’humanisme de Montaigne. Même pendant son exil au sein des universités, l’esprit de la philosophie pratique fut maintenu vivant par les existentialistes et par des innovateurs tels que Viktor Frankl.
La réémergence formelle de la pratique philosophique à la fin du XXe siècle, à travers les travaux d’Achenbach, de Marinoff et de Cohen, a reconnecté les traditions philosophiques avec leur vocation première : servir non pas seulement de matières académiques, mais de ressources vivantes. Dans un monde du XXIe siècle empreint d’incertitude et d’aliénation, le besoin de cette pratique séculaire s’avère aigu. Les problèmes que les clients soumettent aujourd’hui aux conseillers — la quête de sens, un dilemme moral, un sentiment d’épuisement professionnel ou la douleur d’un deuil — ne sont pas fondamentalement des pathologies médicales ; ce sont des questions philosophiques. Le retour du conseiller-philosophe réaffirme une vérité intemporelle : la puissance de clarification et de rigueur de l’enquête philosophique constitue l’un de nos outils les plus essentiels, non seulement pour mieux penser, mais ultimement, pour mieux vivre.
Abréviations
APPA : American Philosophical Practitioners Association (Association américaine des praticiens de la philosophie)
TCC : Thérapie cognitivo-comportementale
LBT : Logic-Based Therapy (Thérapie basée sur la logique)
(Les références bibliographiques d’origine sont conservées à des fins de correspondance académique)
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Philosophy, Counseling, and Psychotherapy, par Elliot D. Cohen et Samuel Zinaich, Jr., Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 2013
Philosophy, Counseling, and Psychotherapy
(Philosophie, Conseil et Psychothérapie)
Elliot D. Cohen and Samuel Zinaich, Jr.
Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 2013
ISBN: 1-4438-4798-4 ISBN13: 978-1-4438-4798-8 Date of Publication: 2013-07-25
PAGES: 270
PRÉSENTATION PAR L’ÉDITEUR
Version originale
Can philosophy help ordinary people confront their personal or interpersonal problems of living? Can it help a couple whose marriage is on the rocks, or someone going through a midlife crisis, or someone depressed over the death of a significant other, or who suffers from anxiety about making a life change? These and many other behavioral and emotional problems are ordinarily referred to psychologists, psychiatrists, clinical social workers, or other mental health specialists. Less mainstream is the possibility of consulting a philosophical counselor or practitioner. Yet, there is presently a steadily increasing, world-wide movement among individuals with postgraduate credentials in philosophy to harness their philosophical training and skills in helping others to address their life problems.
But is this channeling of philosophy outside the classroom into the arena of life a good idea? Are philosophers, as such, competent to handle all or any of the myriad emotional and behavioral problems that arise in the context of life; or should these matters best be left to those trained in psychological counseling or psychotherapy?
Through a diverse and contrasting set of readings authored by prominent philosophers, philosophical counselors, and psychologists, this volume carefully explores the nature of philosophical counseling or practice and its relationship to psychological counseling and psychotherapy. Digging deeply into this relational question, this volume aims to spark more rational reflection, and greater sensitivity and openness to the potential contributions of philosophical practice. It is, accordingly, intended for students, teachers, scholars, and practitioners of philosophy, counseling, or psychotherapy; as well as those interested in knowing more about philosophical counseling or practice.
Version française – Traduction par Google Gemini
La philosophie peut-elle aider les gens ordinaires à affronter leurs problèmes de vie personnels ou interpersonnels ? Peut-elle aider un couple dont le mariage est en péril, ou quelqu’un qui traverse une crise de la quarantaine, ou quelqu’un de déprimé par le décès d’un proche, ou qui souffre d’anxiété à l’idée de changer de vie ? Ces problèmes comportementaux et émotionnels, ainsi que beaucoup d’autres, sont habituellement confiés à des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux cliniques ou d’autres spécialistes de la santé mentale. Moins courante est la possibilité de consulter un conseiller ou un praticien philosophique. Pourtant, il existe actuellement un mouvement mondial en constante augmentation parmi des personnes possédant des diplômes de troisième cycle en philosophie pour exploiter leur formation et leurs compétences philosophiques afin d’aider les autres à aborder leurs problèmes de vie.
Mais cette canalisation de la philosophie hors de la salle de classe pour l’amener dans l’arène de la vie est-elle une bonne idée ? Les philosophes, en tant que tels, sont-ils compétents pour gérer tout ou partie de la myriade de problèmes émotionnels et comportementaux qui surgissent dans le contexte de la vie ; ou vaut-il mieux laisser ces questions à ceux qui sont formés au conseil psychologique ou à la psychothérapie ?
À travers un ensemble de textes diversifiés et contrastés écrits par des philosophes, des conseillers philosophiques et des psychologues de premier plan, ce volume explore attentivement la nature du conseil ou de la pratique philosophique ainsi que sa relation avec le conseil psychologique et la psychothérapie. En creusant profondément cette question relationnelle, ce volume vise à susciter une réflexion plus rationnelle, ainsi qu’une sensibilité et une ouverture accrues aux contributions potentielles de la pratique philosophique. Il est, par conséquent, destiné aux étudiants, enseignants, chercheurs et praticiens de la philosophie, du conseil ou de la psychothérapie, ainsi qu’à ceux qui souhaitent en savoir plus sur le conseil ou la pratique philosophique.
AU SUJET DES AUTEURS
Elliot D. Cohen, PhD et Samuel Zinaich, Jr, PhD
Version originale
Elliot D. Cohen, PhD (Brown University), is Executive Director and a founder of the National Philosophical Counseling Association, and President of the Institute of Critical Thinking: National Center for Logic-Based Therapy. Author or editor of more than 20 books and numerous professional articles, he is also Editor-in-Chief and founder of the International Journal of Applied Philosophy.
Samuel Zinaich, Jr, PhD (Bowling Green State University), is Associate Professor of Philosophy at Purdue University Calumet. Currently he is the Associate Director of the National Philosophical Counseling Association, Co-Editor of the International Journal of Philosophical Practice, and Fellow at the Institute of Critical Thinking.
Version française – Traduction par Google Gemini
Elliot D. Cohen, PhD (Université Brown), est directeur exécutif et l’un des fondateurs de la National Philosophical Counseling Association [Association nationale de consultation philosophique], ainsi que président de l’instutit Institute of Critical Thinking: National Center for Logic-Based Therapy [Institut de la pensée critique : Centre national pour la thérapie basée sur la logique]. Auteur ou éditeur de plus de 20 livres et de nombreux articles professionnels, il est également rédacteur en chef et fondateur de l’International Journal of Applied Philosophy [Journal international de philosophie appliquée].
Samuel Zinaich, Jr, PhD (Université d’État de Bowling Green), est professeur agrégé de philosophie à l’Université Purdue Calumet. Il est actuellement directeur adjoint de la National Philosophical Counseling Association, co-rédacteur en chef de l’International Journal of Philosophical Practice [Journal international de la pratique philosophique], et chercheur associé (Fellow) à l’Institute of Critical Thinking.
Part One: The Nature and Value of Philosophical Counseling
Chapter One : Defining Philosophical Counseling — Roger Paden
Chapter Two : How Does Philosophical Counseling Work? Judgment and Interpretation — Sarah Waller
Chapter Three : Three Questionable Assumptions of Philosophical Counseling — Lydia B. Amir
Chapter Four : Theories of Consciousness, Therapy, and Loneliness — Ben Mijuskovic
Chapter Five : The Central Value of Philosophical Counseling — James Stacey Taylor
Part Two: Approaches to Philosophical Counseling
Chapter Six : Philosophical Counseling and Self-Transformation — Ran Lahav
Chapter Seven : Philosophical Counseling as Psychotherapy — Jon Mills
Chapter Eight : Logic-Based Therapy and Its Virtues — Elliot D. Cohen
Chapter Nine : On Philosophical Self-Diagnosis and Self-Help: A Clarification of the Non-Clinical Practice of Philosophical Counseling — Shlomit C. Schuster
Chapter Ten : Philosophical Counseling: Understanding the Unique Self and Other through Dialogic Approach — Maria daVenza Tillmanns
Chapter Eleven : The Elucidation of Emotional Life: A Philosophical, Eclectic Approach to Psychotherapy — Bryan T. Reuther
Part Three: Applied Issues in Philosophical Counseling
Chapter Twelve : Stoic Anxiolytics — William Ferraiolo
Chapter Thirteen : Anxiety, Angst, Change, and Procrastination — Bill Knaus
Chapter Fourteen : Happiness Pills: Philosophy Versus the Chemical Solution — Peter B. Raabe
Chapter Fifteen : Diagnosis, Philosophical Counseling, and Culturally Recognizable Mental Illnesses — Samuel Zinaich, Jr.
Chapter Sixteen : Is Perfectionism a Mental Disorder? — Elliot D. Cohen
Chapter Seventeen : Licensing Philosophical Counselors — Michael Davis
Traduction avec Google Gemini
Tables des matières
Préface
Remerciements
Introduction
Première partie : La nature et la valeur de la consultation philosophique
Chapitre un : Définir la consultation philosophique — Roger Paden
Chapitre deux : Comment fonctionne la consultation philosophique ? Jugement et interprétation — Sarah Waller
Chapitre trois : Trois postulats discutables de la consultation philosophique — Lydia B. Amir
Chapitre quatre : Théories de la conscience, thérapie et solitude — Ben Mijuskovic
Chapitre cinq : La valeur centrale de la consultation philosophique — James Stacey Taylor
Deuxième partie : Approches de la consultation philosophique
Chapitre six : Consultation philosophique et transformation de soi — Ran Lahav
Chapitre sept : La consultation philosophique en tant que psychothérapie — Jon Mills
Chapitre huit : La thérapie basée sur la logique et ses vertus — Elliot D. Cohen
Chapitre neuf : Sur l’autodiagnostic philosophique et l’auto-assistance : une clarification de la pratique non clinique de la consultation philosophique — Shlomit C. Schuster
Chapitre dix : Consultation philosophique : comprendre le soi unique et l’autre à travers l’approche dialogique — Maria daVenza Tillmanns
Chapitre onze : L’élucidation de la vie émotionnelle : une approche philosophique et éclectique de la psychothérapie — Bryan T. Reuther
Troisième partie : Questions appliquées en consultation philosophique
Chapitre douze : Anxiolytiques stoïciens — William Ferraiolo
Chapitre treize : Anxiété, angoisse, changement et procrastination — Bill Knaus
Chapitre quatorze : Pilules du bonheur : la philosophie contre la solution chimique — Peter B. Raabe
Chapitre quinze : Diagnostic, consultation philosophique et maladies mentales culturellement reconnaissables — Samuel Zinaich, Jr.
Chapitre seize : Le perfectionnisme est-il un trouble mental ? — Elliot D. Cohen
Chapitre dix-sept : L’octroi de licences aux conseillers philosophes — Michael Davis
RAPPORT DE LECTURE
L’émergence de la consultation philosophique : Entre rupture et continuité avec les modèles psychothérapeutiques contemporains
Résumé : Cet article propose une analyse épistémologique et méthodologique stricte des sections liminaires de l’ouvrage collectif dirigé par Elliot D. Cohen et Samuel Zinaich, Jr. (2013). En se limitant rigoureusement aux textes de l’Introduction générale et du premier chapitre rédigé par Roger Paden, l’étude met en lumière la condition « pré-paradigmatique » de la consultation philosophique contemporaine. Elle examine les fondements de sa démarcation avec la psychothérapie ainsi que les défis théoriques liés à la définition de son identité professionnelle.
Introduction
La possibilité de solliciter un philosophe pour résoudre des difficultés existentielles ou des problèmes de vie quotidienne a longtemps été marginalisée au cours de la première moitié du XXe siècle, période durant laquelle la philosophie anglo-américaine s’est largement confinée à l’analyse purement linguistique. Ce n’est qu’à partir des années 1960, à la faveur du développement de l’éthique appliquée, que la discipline a progressivement réinvesti le champ de la praxis. L’acte de naissance de la pratique philosophique contemporaine en dehors du cadre académique est communément attribué à Gerd Achenbach, qui ouvrit son premier cabinet près de Cologne en 1981.
Malgré une expansion internationale continue, la consultation philosophique demeure une discipline en quête d’unification. Selon l’analyse de Roger Paden dans le premier chapitre de l’ouvrage, elle traverse actuellement une période « pré-paradigmatique » au sens de Thomas Kuhn, caractérisée par l’absence d’un paradigme partagé capable de fixer des objectifs et des méthodes uniformes. Cette situation place la discipline dans une tension constante avec les professions d’aide solidement établies, en particulier la psychologie clinique et la psychiatrie.
Le présent article se propose de restituer, avec une stricte fidélité textuelle et une transparence méthodologique totale, les contours de cette confrontation épistémologique, les enjeux de sa réglementation, son rapport critique aux outils de diagnostic médical, ainsi que la typologie de ses principales déclinaisons méthodologiques à partir de l’introduction des éditeurs et du chapitre initial de l’ouvrage.
I. La démarcation professionnelle et les tensions juridico-institutionnelles
L’insertion de la consultation philosophique dans le champ des « professions d’aide » (helping professions) suscite de vives résistances de la part des praticiens traditionnels de la santé mentale. Ces tensions se cristallisent autour de la légitimité scientifique et de l’autonomie de la pratique.
A. L’hostilité de l’industrie de la santé mentale
Une ligne de partage épistémologique stricte est revendiquée par les psychologues et les psychiatres pour exclure les philosophes du domaine de l’intervention thérapeutique. Les éditeurs de l’ouvrage constatent cette opposition frontale à travers l’énoncé textuel suivant :
« […] many psychologists and mental health practitioners argue that philosophers should stick to their traditional roles as teachers and theorists and should not get involved in attempting to use philosophy to help others solve their emotional, behavioral, or cognitive problems. »
[« […] de nombreux psychologues et praticiens de la santé mentale soutiennent que les philosophes devraient s’en tenir à leurs rôles traditionnels d’enseignants et de théoriciens et ne devraient pas s’impliquer dans des tentatives d’utilisation de la philosophie pour aider les autres à résoudre leurs problèmes émotionnels, comportementaux ou cognitifs. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Cette objection institutionnelle s’appuie sur le fait que la psychologie s’est développée comme une « science sociale » s’appuyant sur des fondements empiriques croissants, tandis que la philosophie est perçue comme une discipline des humanités, jugée pertinente pour l’espace de la classe. Les détracteurs formulent ainsi l’argument de l’inadéquation de la philosophie face aux pathologies mentales :
« […] too speculative to provide a scientifically-based, safe and effective treatment plan for persons suffering from mood disorders, anxiety disorders, psychosis, or other mental illness. »
[« […] trop spéculative pour fournir un plan de traitement scientifiquement fondé, sûr et efficace pour les personnes souffrant de troubles de l’humeur, de troubles anxieux, de psychose ou d’autres maladies mentales. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Aux États-Unis, cette divergence se traduit par un affrontement concret, l’industrie de la santé mentale détenant un quasi-monopole sur la prestation de services cliniques, ce qui relègue les conseillers philosophes non diplômés en santé mentale à la périphérie du système d’aide.
B. Le dilemme de la réglementation : certification versus licence (licensure)
Pour pallier ce manque de reconnaissance, les associations professionnelles — à l’instar de la National Philosophical Counseling Association (NPCA) fondée en 1990 — ont mis en place des programmes de certification. Si la certification offre des garanties déontologiques et méthodologiques aux clients, elle ne se confond pas avec la licence d’État (state licensure), obligatoire pour la pratique clinique.
L’opportunité d’une intégration de la consultation philosophique dans les régimes de licence étatique fait l’objet d’un débat crucial. Les risques d’une standardisation et d’une perte d’indépendance de la profession sont décrits en ces termes par les auteurs :
« If philosophical counselors were licensed by the state, the prospect of losing autonomy over practice seems inevitable. In other words, there would likely be greater uniformity in how philosophical counselors could practice, for example, regulations on training and thus on what sort of modalities they could use. »
[« Si les conseillers philosophes étaient agréés par l’État, la perspective de perdre leur autonomie sur la pratique semble inévitable. En d’autres termes, il y aurait probablement une plus grande uniformité dans la manière dont les conseillers philosophes pourraient pratiquer, par exemple, des réglementations sur la formation et donc sur le type de modalités qu’ils pourraient utiliser. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, pp. 3-4.
Pour de nombreux philosophes, l’introduction de réglementations et de contraintes externes est perçue comme une menace directe contre l’essence même de l’investigation philosophique, qui doit demeurer libre de contraintes et d’interférences extérieures.
II. Le rapport au modèle médical : Limites du diagnostic et gestion des risques
Le positionnement des conseillers philosophes face aux outils de la psychiatrie clinique, et en particulier face au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), constitue un point d’ancrage méthodologique majeur.
A. Le consensus autour du rejet du DSM
Il existe un accord quasi général parmi les praticiens de la consultation philosophique pour proscrire l’usage clinique du DSM dans leur exercice courant. Cette exclusion est motivée par la complexité intrinsèque du manuel, lequel abonde en qualifications et exceptions exigeant une formation spécialisée. De surcroît, le texte de présentation rappelle les exigences indissociables de l’acte d’évaluation clinique :
« […] determine the causal relationships between the physical events that take place in the environment and the psychological status of the client. »
[« […] déterminer les relations causales entre les événements physiques qui se déroulent dans l’environnement et l’état psychologique du client. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5.
L’évaluation de ces liens de causalité échappant aux compétences purement académiques de la philosophie, l’usage non maîtrisé du diagnostic comporte un risque substantiel de nuire au client (potential to harm the client).
B. Le paradoxe de l’évaluation initiale et du devoir d’orientation
Bien que les conseillers philosophes rejettent le modèle diagnostique de la psychiatrie, ils se trouvent confrontés à l’obligation pratique d’évaluer l’adéquation de leurs compétences face aux besoins des consultants. Pour éviter de causer des effets indésirables, le praticien doit être en mesure de repérer des indicateurs de troubles mentaux sévères nécessitant une prise en charge médicale. Le texte de l’introduction formalise des cas de réorientation impérative d’une absolue évidence :
« If a woman, who has been brutally raped, seeks counseling from a philosophical counselor, it is in everybody’s interest to send her to someone who specializes in helping women with this issue. Or another obvious problem may occur if a client comes in with detailed plans to kill himself. »
[« Si une femme, qui a été brutalement violée, cherche à obtenir une consultation auprès d’un conseiller philosophique, il est dans l’intérêt de tous de la renvoyer vers une personne spécialisée dans l’aide aux femmes confrontées à ce problème. Ou un autre problème évident peut survenir si un client se présente avec des plans détaillés pour se tuer. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5-6.
Dans de telles occurrences, l’orientation immédiate vers un thérapeute ou un clinicien agréé s’impose comme une obligation de sécurité. La difficulté opérationnelle majeure réside dans l’identification des symptômes non explicites, où l’absence complète de repères cliniques de la part du philosophe peut s’avérer dommageable pour le suivi du client.
III. Les options méthodologiques initiales : Du purisme cognitif au cadre kuhnien
L’examen des premiers segments textuels met en relief la divergence quant à la définition même de la nature de la consultation philosophique.
A. La posture de neutralité thérapeutique : L’analyse conceptuelle stricte
Pour contourner le risque d’empiétement sur le domaine de la psychologie et éviter les dérives liées au manque de formation clinique, une première option radicale présentée par les éditeurs consiste à rejeter explicitement tout objectif thérapeutique et toute modalité psychologique. Le conseiller limite alors son champ d’action exclusif aux compétences logiques et intellectuelles de sa discipline d’origine, adoptant la règle restrictive suivante :
« […] the philosophical counselor should use only the cognitive tools she possesses, namely, the skills of conceptual analysis and critical thinking. »
[« […] le conseiller philosophique devrait utiliser uniquement les outils cognitifs qu’il possède, à savoir les compétences de l’analyse conceptuelle et de la pensée critique. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 6.
La consultation prend alors la forme stricte d’une discussion rationnelle, semblable en tout point à la conversation qu’un professeur de philosophie entretient quotidiennement avec ses étudiants. L’objectif se cantonne à amener le client à penser ses difficultés avec plus de clarté et d’esprit critique. Les éditeurs soulignent toutefois les limites de cette posture épurée : la rectification d’une pensée irrationnelle produit inévitablement un effet thérapeutique bénéfique, et évacuer délibérément la quête du bonheur ou de l’amélioration de la qualité de vie peut profondément déconcerter le consultant.
B. Le cadre méthodologique de Roger Paden : L’isolement conceptuel
Dans le premier chapitre, intitulé « Defining Philosophical Counseling », Roger Paden utilise la grille d’analyse de Thomas Kuhn pour caractériser l’état de la discipline. Paden soutient que la consultation philosophique se trouve dans une période « pré-paradigmatique ». Pour qu’une nouvelle science ou une nouvelle discipline se structure, elle doit parvenir à un certain degré d’isolement afin de développer son identité propre. La tâche prioritaire de cette phase consiste à formuler une définition qui puisse, selon la perspective évolutionniste de Stephen Toulmin reprise par Paden, isoler conceptuellement la discipline de ses parents les plus proches : la psychothérapie traditionnelle, la psychothérapie humaniste et le conseil pastoral.
Paden suggère d’aborder ce projet en suivant les méthodes de Socrate et d’Aristote, c’est-à-dire en cherchant une définition philosophique propre qui sépare la consultation philosophique par ses caractéristiques essentielles, en partant du genre commun de l’activité, à savoir l’appartenance aux « professions d’aide » (the helping professions).
Conclusion
L’analyse de l’introduction générale et du premier chapitre de l’ouvrage de Cohen et Zinaich (2013) révèle que les fondations de la consultation philosophique sont marquées par un débat épistémologique fondamental sur ses limites et sa légitimité. En se confrontant au monopole de l’industrie de la santé mentale et en rejetant l’usage du diagnostic clinique traditionnel symbolisé par le DSM, la discipline cherche sa propre voie. Qu’elle s’oriente vers un purisme intellectuel strict ou qu’elle tente de définir un paradigme unifié pour s’isoler de la psychothérapie, la consultation philosophique demeure, dans son expression théorique initiale, une réflexion ouverte sur les conditions d’application de la rationalité face aux difficultés de l’existence.
Référence Bibliographique Générale
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (Éds.). (2013). Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni : Cambridge Scholars Publishing. (ISBN-10 : 1-4438-4798-4 ; ISBN-13 : 978-1-4438-4798-8).
Sections de l’ouvrage directement exploitées :
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (2013). « Preface » & « Introduction ». In Philosophy, Counseling, and Psychotherapy (pp. viii-xi, 1-15).
Paden, R. (2013). Chapter One: Defining Philosophical Counseling. In E. D. Cohen & S. Zinaich, Jr. (Éds.), Philosophy, Counseling, and Psychotherapy (pp. 16-33).
La philosophie avec des dents : Le mariage des pratiques philosophiques et psychologiques »
Résumé
Cet article propose une extension de l’analyse épistémologique de la consultation philosophique à partir de ses textes fondateurs. La première partie examine sa condition « pré-paradigmatique » et ses rapports initiaux avec le modèle médical à travers l’introduction de l’ouvrage de Cohen et Zinaich (2013) et les thèses de Roger Paden. La deuxième partie, s’appuyant sur les travaux d’Elliot D. Cohen (2004), analyse la dimension synergique de l’alliance entre philosophie et psychologie, tout en réfutant la scission artificielle et stigmatisante opérée par les courants puristes de la pratique philosophique.
Première partie : La nature, la valeur et le cadre initial de la consultation philosophique
I. La démarcation professionnelle et les tensions juridico-institutionnelles
La possibilité de solliciter un philosophe pour résoudre des difficultés existentielles ou des problèmes de vie quotidienne a longtemps été marginalisée au cours de la première moitié du XXe siècle, période durant laquelle la philosophie anglo-américaine s’est largement confinée à l’analyse purement linguistique. Ce n’est qu’à partir des années 1960, à la faveur du développement de l’éthique appliquée, que la discipline a progressivement réinvesti le champ de la praxis. L’insertion de la consultation philosophique dans le champ des « professions d’aide » (helping professions) suscite toutefois de vives résistances de la part des praticiens traditionnels de la santé mentale qui revendiquent une ligne de partage épistémologique stricte. Les éditeurs de l’ouvrage constatent cette opposition frontale à travers l’énoncé textuel suivant :
« […] many psychologists and mental health practitioners argue that philosophers should stick to their traditional roles as teachers and theorists and should not get involved in attempting to use philosophy to help others solve their emotional, behavioral, or cognitive problems. »
[« […] de nombreux psychologues et praticiens de la santé mentale soutiennent que les philosophes devraient s’en tenir à leurs rôles traditionnels d’enseignants et de théoriciens et ne devraient pas s’impliquer dans des tentatives d’utilisation de la philosophie pour aider les autres à résoudre leurs problèmes émotionnels, comportementaux ou cognitifs. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Cette objection institutionnelle s’appuie sur le fait que la psychologie s’est développée comme une « science sociale » s’appuyant sur des fondements empiriques croissants, tandis que la philosophie est perçue comme une discipline des humanités, jugée trop spéculative pour faire face aux pathologies mentales :
« […] too speculative to provide a scientifically-based, safe and effective treatment plan for persons suffering from mood disorders, anxiety disorders, psychosis, or other mental illness. »
[« […] trop spéculative pour fournir un plan de traitement scientifiquement fondé, sûr et efficace pour les personnes souffrant de troubles de l’humeur, de troubles anxieux, de psychose ou d’autres maladies mentales. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Pour pallier ce manque de reconnaissance, les associations professionnelles ont mis en place des programmes de certification, mais l’opportunité d’une intégration dans les régimes de licence étatique fait l’objet d’un dilemme majeur concernant la perte d’indépendance de la profession, décrite en ces termes par les auteurs :
« If philosophical counselors were licensed by the state, the prospect of losing autonomy over practice seems inevitable. In other words, there would likely be greater uniformity in how philosophical counselors could practice, for example, regulations on training and thus on what sort of modalities they could use. »
[« Si les conseillers philosophes étaient agréés par l’État, la perspective de perdre leur autonomie sur la pratique semble inévitable. En d’autres termes, il y aurait probablement une plus grande uniformité dans la manière dont les conseillers philosophes pourraient pratiquer, par exemple, des réglementations sur la formation et donc sur le type de modalités qu’ils pourraient utiliser. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, pp. 3-4.
II. Le rapport au modèle médical et la gestion des risques cliniques
Il existe un accord quasi général parmi les praticiens de la consultation philosophique pour proscrire l’usage clinique du DSM dans leur exercice courant en raison de la complexité intrinsèque de l’acte d’évaluation clinique :
« […] determine the causal relationships between the physical events that take place in the environment and the psychological status of the client. »
[« […] déterminer les relations causales entre les événements physiques qui se déroulent dans l’environnement et l’état psychologique du client. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5.
L’évaluation de ces liens de causalité échappant aux compétences philosophiques, le praticien se trouve confrontés à l’obligation pratique d’évaluer l’adéquation de ses compétences face aux besoins des consultants afin d’opérer une réorientation impérative en cas de troubles mentaux sévères :
« If a woman, who has been brutally raped, seeks counseling from a philosophical counselor, it is in everybody’s interest to send her to someone who specializes in helping women with this issue. Or another obvious problem may occur if a client comes in with detailed plans to kill himself. »
[« Si une femme, qui a été brutalement violée, cherche à obtenir une consultation auprès d’un conseiller philosophique, il est dans l’intérêt de tous de la renvoyer vers une personne spécialisée dans l’aide aux femmes confrontées à ce problème. Ou un autre problème évident peut survenir si un client se présente avec des plans détaillés pour se tuer. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5-6.
III. Les options méthodologiques initiales : Du purisme cognitif au cadre kuhnien
Pour contourner le risque d’empiétement clinique, une première option consiste à rejeter tout objectif thérapeutique et à limiter l’action aux outils cognitifs de la discipline d’origine :
« […] the philosophical counselor should use only the cognitive tools she possesses, namely, the skills of conceptual analysis and critical thinking. »
[« […] le conseiller philosophique devrait utiliser uniquement les outils cognitifs qu’il possède, à savoir les compétences de l’analyse conceptuelle et de la pensée critique. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 6.
Dans le premier chapitre, intitulé « Defining Philosophical Counseling », Roger Paden utilise la grille d’analyse de Thomas Kuhn pour caractériser cet état de la discipline, soulignant qu’elle se trouve dans une période « pré-paradigmatique » nécessitant un certain degré d’isolement pour développer son identité propre face à la psychothérapie traditionnelle, la psychothérapie humaniste et le conseil pastoral.
Deuxième partie : Le mariage des pratiques philosophiques et psychologiques – La philosophie avec des « dents »
I. Les fondements historiques et l’hypothèse de la logique défaillante
L’émergence du modèle d’interdépendance défendu par l’ASPCP (American Society for Philosophy, Counseling, and Psychotherapy) repose sur le postulat que les pratiques philosophiques et psychologiques ne sont pas mutuellement exclusives mais complémentaires. Elliot D. Cohen formalise cette intuition dès 1985 dans son ouvrage Making Value Judgments, en insistant sur la finalité pratique de l’évaluation des croyances :
« This book is not intended as an attempt at introducing a theory of belief justification for theory’s sake; its mission is rather a practical one, viz., to give the reader an effective basis for assessing beliefs, especially ones about value–the reader’s own beliefs or those of others. The test of whether this book meets its mark is thus whether those who read it and assimilate its ideas will be disposed to make more effective judgments in the course of their lives. »
[« Ce livre n’est pas conçu comme une tentative d’introduire une théorie de la justification des croyances pour le plaisir de la théorie ; sa mission est plutôt pratique, à savoir donner au lecteur une base efficace pour évaluer les croyances, en particulier celles portant sur les valeurs – les propres croyances du lecteur ou celles des autres. Le test permettant de savoir si ce livre atteint son but est donc de déterminer si ceux qui le lisent et assimilent ses idées seront disposés à porter des jugements plus efficaces au cours de leur vie. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, p. 1.
L’hypothèse clinique de Cohen postule que de nombreux troubles émotionnels et comportementaux proviennent d’erreurs de raisonnement élémentaires qui pourraient être corrigées par l’application de la logique. Ce constat rejoint historiquement les bases de la thérapie comportementale rationnelle-émotive (REBT) d’Albert Ellis, elle-même héritière du stoïcisme d’Épictète.
II. Réfutation de la bifurcation puriste de l’APPA
L’article d’Elliot D. Cohen s’oppose frontalement à la scission idéologique opérée en 1998 par Louis Marinoff et l’APPA (American Philosophical Practitioners Association). L’APPA définit en effet la pratique philosophique de la manière suivante :
« Philosophical practice is defined…as a set of philosophically-based activities…. The intent of these activities is to benefit clients. The activities are non-medical, non-iatrogenic and not allied intrinsically with psychiatry or psychology. The foci of these activities are educational, axiological, and noetic. »
[« La pratique philosophique est définie… comme un ensemble d’activités à fondement philosophique… L’intention de ces activités est de bénéficier aux clients. Les activités sont non médicales, non iatrogènes et ne sont pas intrinsèquement alliées à la psychiatrie ou à la psychologie. Les points centraux de ces activités sont éducatifs, axiologiques et noétiques. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, p. 3.
Cohen qualifie cette séparation d’artificielle, d’impraticable et de contre-productive. Il critique vivement l’expression de « thérapie pour les sains » (therapy for the sane) popularisée par Marinoff, démontrant qu’elle propage un stéréotype populaire dangereux voulant que quiconque a besoin d’une thérapie psychologique soit jugé « fou ». De plus, l’application globale d’étiquettes de « sanité » ou de « folie » omet d’évaluer les cognitions et comportements spécifiques de l’individu.
III. La nature hybride de l’applied philosophy et la boîte aux lettres philosophique
Pour Cohen, affirmer que la consultation philosophique doit être indépendante de la psychologie relève d’un sophisme de composition : la philosophie est un apport (input) mais la discipline concrète est intrinsèquement hybride et appliquée. Sans dimension psychologique, elle ne constituerait aucune forme de thérapie. L’ASPCP codifie d’ailleurs les activités formelles du praticien dans le préambule de ses normes professionnelles :
« While individual philosophical practitioners may differ in method and theoretical orientation, for example, analytic or existential-phenomenological, they facilitate such activities as: (1) the examination of clients’ arguments and justifications; (2) the clarification, analysis, and definition of important terms and concepts; (3) the exposure and examination of underlying assumptions and logical implications; (4) the exposure of conflicts and inconsistencies; (5) the exploration of traditional philosophical theories and their significance for client issues; and (6) all other related activities that have historically been identified as philosophical. »
[« Bien que les praticiens de la philosophie puissent différer quant à leur méthode et leur orientation théorique, par exemple analytique ou existentielle-phénoménologique, ils facilitent des activités telles que : (1) l’examen des arguments et des justifications des clients ; (2) la clarification, l’analyse et la définition des termes et concepts importants ; (3) la mise au jour et l’examen des hypothèses sous-jacentes et des implications logiques ; (4) la mise au jour des conflits et des incohérences ; (5) l’exploration des théories philosophiques traditionnelles et de leur signification pour les problématiques du client ; et (6) toutes les autres activités connexes historiquement identifiées comme philosophiques. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, pp. 6-7.
L’originalité du conseiller philosophique face au psychologue classique réside ainsi dans trois spécificités : sa formation approfondie dans l’utilisation thérapeutique des grands penseurs de l’histoire (Platon, Aristote, Kant, etc.), sa focalisation stricte sur la justification rationnelle des croyances, et le recours à un catalogue d’outils logiques et de « sophismes informels » bien plus vaste que celui des approches cognitives standards.
Conclusion générale
L’analyse conjointe des textes de Cohen, Zinaich et Paden met en évidence le défi épistémologique majeur de la consultation philosophique : trouver son autonomie sans pour autant se couper des acquis empiriques de la psychologie clinique. Le modèle d’interdépendance défendu par l’ASPCP démontre que la philosophie possède des « dents » concrètes pour transformer l’existence humaine lorsqu’elle accepte sa nature hybride d’éthique appliquée, tandis que le repli vers un purisme conceptuel strict risque de réduire cette pratique à un simple exercice académique désincarné.
Références Bibliographiques
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (Éds.). (2013). Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni : Cambridge Scholars Publishing.
Cohen, E. D. (2004). Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices. International Journal of Philosophical Practice, 2(2), 1-9.
Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA
Les histoires nous ont réunis.
Les livres ont diffusé nos idées et nos mythologies.
Internet nous a promis le savoir infini.
Les algorithmes ont découvert nos secrets – et nous ont divisés.
Quel monde nous promet l’IA ?
Depuis cent mille ans, nous, les Sapiens, avons acquis un gigantesque pouvoir. Mais malgré nos découvertes, inventions et conquêtes, nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise existentielle inédite. Le monde est au bord de l’effondrement écologique. Les tensions politiques se multiplient. La désinformation abonde. Et nous entrons de plain-pied dans l’ère de l’IA, un réseau d’information qui sera bientôt capable de nous dominer.
Avec ce nouvel ouvrage, Yuval Noah Harari, l’auteur du best-seller mondial Sapiens, revisite l’histoire de l’humanité pour comprendre comment les réseaux d’information ont fait et défait notre monde. Il aborde les choix cruciaux auxquels nous sommes – et serons – confrontés, au moment où l’IA révolutionne la médecine, la guerre, les démocraties, et menace notre existence même.
Nexus est un livre capital pour comprendre comment, en faisant des choix éclairés, il nous est encore possible d’empêcher le pire.
Nous avons baptisé notre espèce Homo sapiens – l’homme sage. Mais on est en droit de se demander dans quelle mesure nous avons fait honneur à ce nom.
Au cours des cent mille dernières années, nous autres, Sapiens, avons certes accumulé un pouvoir immense. La simple liste de nos découvertes, inventions et conquêtes noircirait des volumes entiers. Mais pouvoir n’est pas sagesse, et après cent mille ans de découvertes, d’inventions et de conquêtes, l’humanité s’est elle-même précipitée dans une crise existentielle. Nous sommes au bord de l’effondrement écologique, conséquence du mauvais usage que nous faisons de notre pouvoir. Nous sommes par ailleurs occupés à créer de nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle (IA), potentiellement capables d’échapper à notre contrôle et de nous réduire en esclavage ou de nous annihiler. Pourtant, à l’heure où notre espèce devrait s’unir pour affronter ces défis existentiels, les tensions internationales ne cessent de croître, la coopération à l’échelle mondiale se fait de plus en plus difficile, certains pays constituent des stocks d’armes apocalyptiques et une nouvelle guerre mondiale ne paraît pas impossible.
Si nous sommes si sages, nous autres Sapiens, pourquoi faisons-nous preuve d’une telle tendance à l’autodestruction ?
Plus fondamentalement, les quantités d’informations que nous avons amassées sur absolument tout, des molécules d’ADN aux galaxies les plus lointaines, ne semblent pas nous avoir apporté de réponse aux grandes questions existentielles : Qui sommes-nous ? À quoi devons-nous aspirer ? Qu’est-ce qu’une vie bonne, et comment devrions-nous la vivre ? Malgré la masse démesurée d’informations dont nous disposons, nous sommes tout aussi enclins que nos lointains ancêtres aux illusions et aux fantasmes. Le nazisme et le stalinisme ne sont que deux exemples récents, parmi tant d’autres, de la folie collective qui s’empare parfois des sociétés, même les plus modernes. Nul ne conteste le fait que les humains d’aujourd’hui possèdent bien plus d’informations et de pouvoir que ceux de l’âge de pierre – mais notre compréhension de nous-mêmes et de notre rôle dans l’univers a-t-elle réellement progressé ? Rien n’est moins sûr.
Pourquoi sommes-nous si forts pour emmagasiner toujours plus d’informations et de pouvoir, mais beaucoup moins pour acquérir de la sagesse ? Au fil des âges, bien des traditions ont considéré qu’un défaut dans notre nature nous poussait à vouloir posséder des pouvoirs que nous étions incapables de maîtriser. Le mythe grec de Phaéton raconte ainsi l’histoire d’un jeune homme découvrant qu’il est le fils d’Hélios, le dieu Soleil. Désireux de prouver son origine divine, Phaéton réclame le privilège de conduire le char du soleil. Hélios le met en garde sur le fait qu’aucun humain ne saurait contrôler les chevaux célestes qui tirent le char solaire. Mais Phaéton insiste tant que le dieu Soleil finit par céder. Après s’être fièrement élevé dans le ciel, Phaéton perd bel et bien le contrôle du char. Le soleil dévie de sa course, brûlant toute végétation, tuant d’innombrables créatures et menaçant d’embraser la Terre entière. Zeus intervient alors et foudroie Phaéton. Notre humain vaniteux, lui-même en proie aux flammes, tombe du ciel telle une étoile filante. Reprenant le contrôle du ciel, les dieux sauvent le monde.
Deux mille ans plus tard, alors que la révolution industrielle faisait ses premiers pas et que les machines commençaient à remplacer les humains dans de nombreuses tâches, Johann Wolfgang von Goethe publia un conte moral du même ordre, intitulé « L’apprenti sorcier ». Ce poème (que Walt Disney rendra plus tard célèbre sous la forme d’un court-métrage d’animation dans lequel Mickey Mouse interprète le rôle-titre) évoque un vieux sorcier qui, devant s’absenter, demande à son jeune apprenti de veiller sur son atelier et lui confie quelques corvées – aller chercher, entre autres, de l’eau à la rivière. L’apprenti décide de se faciliter la vie : empruntant au sorcier l’un de ses sortilèges, il enchante un balai afin qu’il aille puiser l’eau à sa place. Mais l’apprenti ne sait pas comment arrêter le balai, qui ne cesse plus de rapporter des seaux, menaçant d’inonder l’atelier. Pris de panique, l’apprenti tranche alors le balai d’un coup de hache, avec pour seul résultat que chacune des moitiés s’anime sous ses yeux : ce sont à présent non plus un, mais deux balais enchantés qui déversent leur eau dans l’atelier ! Quand le vieux sorcier revient, l’apprenti l’implore de l’aider : « Les esprits que j’ai invoqués, je ne peux plus m’en débarrasser. » Le sorcier brise aussi- tôt le sortilège et met fin au déluge. La leçon adressée à l’apprenti – et à l’humanité en général – est claire : ne jamais invoquer des pouvoirs qu’on ne peut maîtriser.
Que nous disent les fables de l’apprenti et de Phaéton en ce début de XXIe siècle ? Nous autres, les humains, sommes manifestement restés sourds à leurs avertissements. Nous avons d’ores et déjà déséquilibré le climat terrestre et invoqué des milliards de balais enchantés, de drones, de chatbots et autres esprits algorithmiques qui pourraient échapper à notre contrôle et provoquer un déferlement de conséquences involontaires.
Mais alors, que devons-nous faire ? Ces fables n’offrent aucune solution, si ce n’est attendre qu’un dieu ou un sorcier vole à notre secours. Ce qui constitue, bien sûr, un message extrêmement dangereux : il encourage les gens à se décharger de toute responsabilité pour s’en remettre aux dieux ou aux sorciers. Pire encore, ce message méconnaît le fait que dieux et sorciers sont eux-mêmes des inventions humaines – au même titre que les chars, les balais et les algorithmes. La tendance à créer des choses puissantes aux conséquences imprévisibles n’est pas née avec l’invention de la machine à vapeur ou de l’IA, mais avec celle de la religion. Prophètes et théologiens n’ont cessé d’invoquer des esprits puissants censés apporter l’amour et la joie, mais qui, parfois, ont ensanglanté le monde.
Si le mythe de Phaéton et le poème de Goethe échouent à nous fournir des conseils utiles, c’est parce qu’ils se méprennent sur la manière dont les hommes acquièrent leur pouvoir. Dans ces deux récits, un seul être humain se retrouve investi d’un pouvoir immense, mais il est alors corrompu par l’avidité et son orgueil démesuré. Dès lors, une conclusion s’impose : c’est l’imperfection de notre psychologie individuelle qui nous pousse à abuser de notre pouvoir. Ce que ne saisit pas cette analyse grossière, c’est que le pouvoir des hommes ne résulte jamais d’une initiative individuelle : il découle toujours d’une coopération entre un grand nombre d’êtres humains.
Par conséquent, ce n’est pas notre psychologie individuelle qui nous conduit à abuser de ce pouvoir. Après tout, les hommes ne sont pas seulement capables d’avidité, d’orgueil et de cruauté, mais aussi d’amour, de compassion, d’humilité et de joie. Certes, chez les pires représentants de notre espèce, avidité et cruauté règnent en maîtres et poussent ces acteurs malintentionnés à abuser de leur pouvoir. Mais pourquoi les sociétés humaines décideraient-elles de confier le pou- voir à leurs pires représentants ? En 1933, par exemple, la plupart des Allemands n’étaient pas des psychopathes. Pourquoi, alors, ont-ils voté pour Hitler ?
Notre tendance à invoquer des pouvoirs que nous ne maîtrisons pas ne naît pas de notre psychologie individuelle mais de la capacité unique de notre espèce à coopérer à grande échelle. L’argument central de ce livre, c’est que l’humanité acquiert énormément de pouvoir en construisant d’immenses réseaux de coopération, mais que la manière dont ces derniers sont conçus les prédispose à un usage déraisonnable de ce pouvoir. Notre problème est donc un problème de réseau.
Pour être plus précis encore, il s’agit d’un problème d’information. L’information est la colle qui fait tenir ensemble les réseaux. Mais depuis des dizaines de milliers d’années, les Sapiens ont bâti et pérennisé des réseaux à grande échelle en inventant et en diffusant des fictions, des fantasmes et des illusions collectives – au sujet des dieux, de balais enchantés, au sujet de l’IA et de tout un tas d’autres choses. Si ce qui intéresse en général chaque individu humain, c’est de connaître la vérité sur lui-même et sur le monde, les réseaux à grande échelle s’appuient, pour relier leurs membres et instaurer l’ordre, sur des fictions et des fantasmes. C’est ce qui nous a conduits, notamment, au nazisme et au stalinisme : deux réseaux extraordinairement puissants, dont la cohésion reposait sur des idées extraordinairement fallacieuses. Pour citer la fameuse phrase de George Orwell : l’ignorance, c’est la force.
Le fait que les régimes nazi et stalinien aient été fondés sur de cruels fantasmes et des mensonges éhontés n’avait rien d’exceptionnel au regard de l’histoire, pas plus qu’il ne les prédestinait à s’effondrer. Nazisme et stalinisme font partie des réseaux les plus solides jamais créés par l’homme. À la fin de l’année 1941 et au début de la suivante, les puissances de l’Axe furent à deux doigts de remporter la Seconde Guerre mondiale. Staline sortit finalement vainqueur de ce conflit1 et, au cours des années 1950 et 1960, le dirigeant soviétique puis ses héritiers eurent également de raisonnables chances de gagner la guerre froide. Dans les années 1990, les démocraties libérales finirent par prendre le dessus, mais cette victoire semble aujourd’hui n’avoir été que temporaire. Au XXIe siècle, un nouveau régime totalitaire pourrait bien réussir là où Hitler et Staline ont échoué, et créer un réseau tout- puissant capable d’empêcher toute tentative de la part des générations futures de ne serait-ce qu’essayer de dénoncer ses mensonges et ses fictions. Nous ne devrions pas partir du principe que les réseaux dévoyés sont voués à l’échec. Si nous voulons les empêcher de triompher, il va falloir nous retrousser les manches.
La vision naïve de l’information
La force des réseaux dévoyés est difficile à mesurer, à cause d’un malentendu plus général au sujet de la manière dont opèrent les grands réseaux d’information – qu’ils soient ou non fondés sur des illusions. On peut résumer ce malentendu à ce que j’appellerai la « vision naïve de l’information ». Là où des fables comme le mythe de Phaéton et
« L’apprenti sorcier » offrent une vision pessimiste de la psychologie individuelle des hommes, la vision naïve de l’information voit d’un œil exagérément optimiste les réseaux humains à grande échelle.
Cette vision naïve soutient en effet qu’en collectant et en traitant bien plus d’informations que ne pourraient le faire des individus, les grands réseaux accèdent à une meilleure compréhension de la médecine, de la physique, de l’économie et de nombreux autres domaines, ce qui les rend non seulement puissants, mais sages. Ainsi, grâce aux informations récoltées sur des agents pathogènes, laboratoires pharmaceutiques et services de santé sont capables de déterminer les véritables causes de nombreuses maladies, ce qui leur permet de développer des médicaments plus efficaces et de déterminer leur usage de manière mieux avisée. Cette vision pose comme principe que, recueillie en quantité suffisante, l’information mène à la vérité, laquelle mène à son tour au pouvoir et à la sagesse. L’ignorance, en revanche, semble ne mener nulle part. Si des réseaux dévoyés ou trompeurs peuvent parfois surgir dans des moments de crise historique, ils sont à long terme condamnés à céder devant des rivaux plus clairvoyants et plus honnêtes. Un service de santé qui ne tient pas compte des informations sur les agents pathogènes, ou une multinationale pharmaceutique qui se livre à une entreprise de désinformation, finiront toujours par être terrassés par des concurrents qui font un usage plus raisonnable des informations. La vision naïve implique donc que les réseaux dévoyés sont forcément des aberrations et qu’on peut généralement faire confiance aux grands réseaux pour exercer le pouvoir avec discernement.
Bien sûr, la vision naïve reconnaît que le chemin qui mène de l’information à la vérité est semé d’embûches. Nous pouvons commettre des erreurs de bonne foi en récoltant et en traitant les informations. Des acteurs malintentionnés mus par l’avidité ou la haine peuvent dis- simuler des faits cruciaux ou tenter de nous tromper. Avec pour conséquence que l’information mène parfois à l’erreur plutôt qu’à la vérité. Des informations incomplètes, par exemple, des analyses erronées ou des campagnes de désinformation peuvent conduire les spécialistes eux-mêmes à mal identifier la cause véritable de telle ou telle maladie.
Néanmoins, la vision naïve postule que l’antidote à la plupart des problèmes rencontrés dans la collecte et le traitement des informations consiste à en collecter et à en traiter toujours plus. Bien qu’on ne soit jamais à l’abri d’une erreur, dans la plupart des cas, plus il y a d’informations, plus on se rapproche de l’exactitude. Un seul médecin cherchant à identifier la cause d’une épidémie en examinant un seul patient a moins de chances d’y parvenir que des milliers de médecins récoltant les données de millions de patients. Et si les médecins complotent entre eux pour dissimuler la vérité, le fait de rendre les informations médicales plus accessibles au grand public et aux journalistes d’investigation permettra tôt ou tard de révéler la fraude. Dans cette vision, plus le réseau d’information est grand, plus il tend nécessaire- ment vers la vérité.
Naturellement, le simple fait d’analyser avec justesse des informations et de mettre au jour d’importantes vérités ne garantit en rien que nous utiliserons avec sagesse les capacités qui en résultent. On entend généralement par sagesse l’aptitude à « prendre de bonnes décisions », mais le sens de « bonnes » dépend ici de jugements de valeur qui diffèrent d’une personne, d’une culture et d’une idéologie à l’autre. Des scientifiques qui découvrent un nouvel agent pathogène pourront développer un vaccin pour protéger les populations. Mais si ces scientifiques – ou leurs supérieurs politiques – adhèrent à une idéologie raciste soutenant que certaines races sont inférieures et qu’il faut les exterminer, ces nouvelles connaissances médicales pourront aussi servir à créer une arme biologique capable de tuer des millions de personnes.
Là encore, selon la vision naïve de l’information, un surcroît d’informations offre au moins un remède partiel : à y regarder de plus près, postule cette vision, les désaccords au sujet des valeurs se révèlent être le fruit soit d’un manque d’informations, soit d’une désinformation délibérée. Les racistes seraient donc des personnes mal informées, qui ignorent simplement les faits biologiques et historiques. Des théories du complot bidon leur ont lavé le cerveau, et ils croient que la « race » est une catégorie biologique valable. Par conséquent, le remède au racisme consiste à fournir aux gens davantage de faits historiques et biologiques. Cela prendra sans doute un certain temps, mais dans un libre marché de l’information, tôt ou tard, la vérité s’imposera.
La vision naïve est bien sûr plus nuancée et réfléchie qu’on ne saurait l’expliquer en quelques paragraphes, mais son postulat de départ est que l’information est une chose fondamentalement bonne, et que plus nous en possédons, mieux c’est. Avec suffisamment d’informations et de temps, nous découvrirons forcément la vérité sur tout un tas de sujets, allant des infections virales aux préjugés racistes, et développerons par conséquent non seulement notre pouvoir mais aussi la sagesse nécessaire pour en faire bon usage.
Cette vision naïve, qui justifie la quête de technologies de l’information toujours plus puissantes, constitue depuis le début l’idéologie semi-officielle de l’ère informatique et d’Internet. En juin 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, Ronald Reagan déclare ainsi que « le Goliath du contrôle totalitaire ne tardera pas à être abattu par le David de la puce électronique », et que « le plus grand de tous les Big Brother est de plus en plus impuissant face aux technologies de la communication. […] L’information est l’oxygène des temps modernes. […] Elle s’infiltre dans les murs cou- ronnés de fils barbelés. Elle flotte par-delà les frontières électrifiées et minées. Des brises de rayons électroniques soufflent à travers le rideau de fer comme si c’était de la dentelle2. » En novembre 2009, Barack Obama prononce un discours assez similaire lors d’une visite à Shanghai, déclarant à ses hôtes chinois : « Je crois beaucoup en la technologie et je crois beaucoup en l’ouverture en ce qui concerne les flux d’information. Je crois que plus l’information circule librement, plus la société devient forte3. »
Entrepreneurs et PDG ont souvent exprimé une vision tout aussi optimiste des technologies de l’information. En 1858, déjà, dans The New ffnglander un éditorial consacré à l’invention du télégraphe pro- clamait : « Il est impossible que les préjugés et les hostilités d’antan continuent d’exister, maintenant qu’un tel instrument a été créé afin de permettre l’échange d’idées entre toutes les nations de la Terre4. » Près de deux siècles et deux guerres mondiales plus tard, Mark Zuckerberg décrit ainsi l’objectif de Facebook : « Aider les gens à partager davantage afin de rendre le monde plus ouvert et favoriser la compréhension entre les hommes5. »
Dans son ouvrage The Singularity is Nearer, publié en 2024, l’éminent futurologue et entrepreneur Ray Kurzweil, retraçant l’histoire des technologies de l’information, parvient à cette conclusion : « La réalité, c’est que pratiquement tous les aspects de la vie s’améliorent peu à peu grâce aux progrès exponentiels de la technologie. » Passant en revue la grande histoire de l’humanité, il s’appuie sur des exemples comme l’invention de l’imprimerie pour démontrer que, par leur nature même, les technologies de l’information tendent à engendrer un « cercle vertueux permettant de faire progresser quasiment tous les aspects du bien-être humain, notamment l’alphabétisation, l’éducation, la santé, la démocratisation et la réduction de la violence6 ».
C’est sans doute dans la déclaration de mission de Google que cette vision naïve de l’information est le plus succinctement condensée : « organiser les informations du monde et les rendre universellement accessibles et utiles ». La réponse de Google à la mise en garde de Goethe est que si un seul apprenti chapardant le livre de sortilèges secret de son maître a toutes les chances de provoquer une catastrophe, dès lors qu’on offre à un grand nombre d’apprentis un accès libre à toute l’information du monde, non seulement ils créeront des balais enchantés utiles, mais ils apprendront à s’en servir avec discernement.
Google vs Goethe
Force est de reconnaître que, dans bien des cas, le fait de disposer de plus d’informations a bel et bien permis aux hommes de mieux com- prendre le monde et de faire un usage mieux avisé de leur pouvoir. Prenez, par exemple, la baisse spectaculaire de la mortalité infantile. Johann Wolfgang von Goethe était l’aîné d’une fratrie de sept, mais seuls sa sœur Cornelia et lui fêtèrent leur septième anniversaire. La maladie emporta leur frère Hermann Jacob à l’âge de six ans, leur sœur Catharina Elisabeth à quatre ans, leur sœur Johanna Maria à deux ans et leur frère Georg Adolf à l’âge de huit mois ; un cinquième enfant, mort-né, n’eut même pas le temps d’être baptisé. Cornelia succomba ensuite à une maladie à l’âge de vingt-six ans, faisant de Johann Wolfgang von Goethe l’unique survivant de la famille7.
Johann Wolfgang von Goethe eut lui-même cinq enfants, qui, à l’exception du fils aîné, August, moururent tous dans les deux semaines qui suivirent leur naissance. Selon toute probabilité, la cause en était une incompatibilité entre le groupe sanguin de l’épouse de Goethe, Christiane, et celui de son premier enfant, après la naissance duquel elle se mit à produire des anticorps, phénomène aux conséquences fâcheuses pour les grossesses suivantes. Cette pathologie, connue sous le nom de…
Présentation de l’auteur sur le site web officiel de l’auteur
Le Professeur Yuval Noah Harari est historien, philosophe, et auteur des bestsellers Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Homo Deus, une brève histoire de l’avenir, 21 leçons pour le XXIe siècle, de la série d’essais dessinés Sapiens, de Nous, les indomptables, et de Nexus, une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA. Ses livres se sont vendus à plus de 45 millions d’exemplaires et ont été traduits dans 65 langues, et il est considéré comme l’un des plus grands penseurs contemporains.
Né en 1976 à Haïfa, en Israël, il obtient son doctorat à l’Université d’Oxford en 2002 et est actuellement chercheur émérite au Centre pour l’étude des risques existentiels de l’université de Cambridge. En 2019, à la suite du succès de ses livres, Yuval Noah Harari et Itzik Yahav ont co-fondé Sapienship : une entreprise à but social avec des projets dans les domaines de l’éducation et de la fiction. Le principal objectif de Sapienship est de focaliser le débat public sur les défis cruciaux auxquels le monde est aujourd’hui confronté.
En 2018 puis en 2020, Yuval Noah Harari a prononcé le discours inaugural sur le futur de l’humanité lors des deux réunions annuelles du Forum économique mondial à Davos. Il rencontre régulièrement des chefs d’État pour aborder différents problèmes internationaux, et il a participé à des débats publics avec le Chancelier autrichien Sébastian Kurz, le Premier ministre des Pays Bas Mark Rutter et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Il a également rencontré le Président Emmanuel Macron, la Chancelière allemande Angela Merkel, le Président argentin Mauricio Macri, le Président allemand Franck-Walter Steinmeier, et le maire de Shangaï Ying Yong. En 2018, Yuval Noah Harari a présenté la première conférence TED donnée par un avatar numérique, et en 2019, il a participé à un débat filmé organisé entre lui et le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, sur la technologie et l’avenir de notre société. En 2021, il a fait l’objet d’un reportage dans l’émission « 60 Minutes » (CBS).
Yuval Noah Harari s’est d’abord spécialisé dans l’histoire internationale, l’histoire médiévale et l’histoire militaire. Ses recherches actuelles portent sur des questions de macro-histoire : Quelle relation existe-t-il entre l’histoire et la biologie ? Qu’est-ce qui distingue Homo Sapiens des autres animaux ? L’histoire est-elle juste ? L’histoire a-t-elle un but ? Les gens sont-ils plus heureux aujourd’hui qu’auparavant ? Quelles questions éthiques la science et la technologie posent-elles au XXIe siècle ?
Publié en 2014, Sapiens, une brève histoire de l’humanité est devenu un succès mondial, avec 25 millions d’exemplaires vendus. Aux États-Unis, il est resté dans le palmarès des meilleures ventes du New York Times pendant plus de la moitié du temps les 6 premières années après sa parution. Au Royaume-Uni, il est resté dans le top 3 du palmarès du Sunday Times pendant plus de 96 semaines consécutives. Sapiens a été recommandé par Barack Obama, Bill Gates, Natalie Portman, Janelle Monáe, Chris Evans et beaucoup d’autres. Pour le Guardian, Sapiens a révolutionné le marché de la non-fiction et contribué à populariser les « livres intelligents ». En 2024, Sapiens a figuré dans la rubrique du New York Times « Readers Pick Their 100 Best Books of the 21st Century » (Les lecteurs choisissent leurs 100 meilleurs livres du 21e siècle) et est arrivé en 10e position sur la liste du Sunday Times des « 100 livres les plus vendus au cours des 50 dernières années » (où Homo Deus est également apparu en 44e position).
En 2016, le Professeur Harari revient avec Homo Deus, une brève histoire de l’avenir, un livre acclamé par la critique qui examine les grands défis auxquels l’humanité sera confrontée au XXIe siècle. Homo Deus met en garde contre la menace que représentent de nouveaux pouvoirs technologiques sans précédents, qui pourraient permettre à certains Homo sapiens d’augmenter artificiellement leur corps et leur esprit, tandis que d’autres membres de la société seraient laissés pour compte.
En 2018, Yuval Noah Harari publie 21 leçons pour le XXIe siècle. Après avoir exploré le passé puis le futur, il se concentre sur les questions cruciales du présent et prend le pouls du climat mondial. Que se passe-t-il réellement maintenant ? Quels sont les plus grands défis et choix de notre temps ? A quoi devrions-nous prêter attention ?
En 2020, Yuval Noah Harari (en tant que créateur et co-scénariste) fait équipe avec les artistes de bande-dessinée David Vandermeulen (co-scénariste) et Daniel Casanave (dessinateur). Ensemble, ils créent le premier volume de Sapiens, une adaptation du Sapiens originel en une série de romans graphiques débordant d’intelligence, d’humour et de couleurs. Ce livre illustré met en scène Yuval Noah Harari dans le rôle du guide, qui emmène le lecteur à travers toute l’histoire de l’espèce humaine, accompagné d’un éventail de personnages fictifs, à travers le temps, l’espace et les références culturelles populaires. La série sera publiée en quatre tomes, dont les trois premiers sont déjà disponibles.
À l’automne 2022, Harari s’est aventuré pour la première fois dans l’univers des livres pour enfants, avec la série pour adolescents Nous, les indomptables. Il y raconte l’incroyable histoire des humains – notre espèce conquérante et insatiable – d’une manière accessible aux enfants. La série sera publiée en quatre volumes immersifs, avec des illustrations en couleurs de Ricard Zaplana Ruiz, à commencer par Nous, les indomptables : Comment les humains ont conquis le monde. Ce livre est rapidement devenu un best-seller cité parmi les meilleurs livres pour enfants de 2022 du New York Times, et a été chaleureusement recommandé par Jeff Kinney, Kristen Bell et Kirkus Review. La série continue avec le tome 2 : Pourquoi le monde est-il injuste ? sorti fin 2023.
Fin 2024, Yuval Noah Harari a publié un nouvel essai majeur sur l’évolution de l’humanité dans l’ère de l’information – Nexus : une brève histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à l’IA. Nous donnant des clés essentielles pour comprendre les promesses et les menaces de la révolution actuelle de l’IA, Nexus retrace l’histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à la résurgence des populismes actuels, en passant par la Bible, les chasses aux sorcières du début de l’époque moderne, le stalinisme et le nazisme. Cet essai interroge la relation complexe entre l’information et la vérité, les systèmes bureaucratiques et la mythologie, la sagesse et la puissance, et questionne les choix urgents auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle menace notre existence même. Nexus a connu un succès immédiat, en 2 e position sur la liste des bestsellers du New York Times, du Times et d’Audible dans la semaine qui a suivi sa parution. Numéro 1 de la liste des audiolivres du New York Times pour le mois de septembre 2024, Nexus a été recommandé notamment par Mustafa Suleyman, Stephen Fry et Kristalina Georgieva.
Le Professeur Yuval Noah Harari a reçu de nombreuses récompenses. En 2020, il a reçu un doctorat honoraire de l’Université Libre de Bruxelles et le prix CITIC de l’auteur en Chine pour Sapiens – t.1 : La Naissance de l’humanité. En 2019, 21 leçons pour le XXIe siècle a été désigné comme « Livre scientifique de l’année » par le magazine allemand Bild der Wissenschaft, et Sapiens a reçu le Prix du livre académique de l’année lors des Academic Book Trade Awards au Royaume-Uni. En 2017, Homo Deus a reçu le prix allemand « Handelblatt » du livre économique « le plus réfléchi et influent » de l’année et, en 2015 Sapiens a reçu le Wenjin Book Award en Chine. Yuval Noah Harari a remporté le prix Polonsky pour la créativité et l’originalité à deux reprises, en 2009 puis en 2012. En 2011, il s’est également vu décerner le Society for Military History’s Moncado Award, pour ses articles exceptionnels sur l’histoire militaire.
Le Professeur Harari donne régulièrement des conférences à travers le monde sur les sujets abordés dans ses livres et ses articles, et écrit pour des journaux tels que The Guardian, The Financial Times, The New York Times, TIME, The Washington Post et The Economist. En 2020, il a écrit et a été interviewé à de très nombreuses reprises sur les principales chaînes d’informations, dont CNN et la BBC, à propos de la crise mondiale du coronavirus, et des conséquences de la pandémie. En 2022, il a publiquement commenté l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Son article sur le sujet est devenu celui de la rubrique « Opinion » du Guardian le plus lu de tous les temps. Depuis 2023, Harari a pris position et écrit de nombreux articles sur la guerre à Gaza.
Yuval Noah Harari, en hébreu : ???? ?? ????, né le 24 février 1976 à Kiryat-Ata en Israël, est un historien et professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem, il est l’auteur du best-seller international Sapiens : Une brève histoire de l’humanité et de sa suite Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir puis 21 leçons pour le XXIe siècle.
Yuval Harari est né à Kiryat-Ata en Israël de parents juifs libanais séfarades(1) et juifs ashkénazes roumains, ayant émigré d’Europe de l’Est(2). Il se spécialise en histoire médiévale et militaire et obtient son doctorat au Jesus College de l’université d’Oxford en 2002. Il devient enseignant de World History à l’université hébraïque de Jérusalem en 2005.
Harari pratique la méditation vipassana depuis 2003(3), telle qu’enseignée par S. N. Goenka et ses assistants-enseignants, dans la tradition de Sayagyi U Ba Khin (en). Son livre Homo Deus est d’ailleurs dédié à son maître S. N. Goenka(4). Il médite deux heures par jour et fait souvent de longues retraites d´une dizaine de jours à plusieurs mois(5).
En écrivant Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, Yuval Harari s’est documenté en zootechnie, sur le traitement des animaux dans l’industrie de la viande, des produits laitiers et des œufs jusqu’à en être horrifié, ce qui l’a amené à devenir végan3,6. Le sort des animaux, en particulier des animaux d’élevage, est traité à plusieurs reprises dans ses ouvrages.
Il est homosexuel, ce qui lui permet selon lui « de remettre en question les idées reçues »5, et vit avec son mari7 et manager Itzik Yahav8 dans le moshav (communauté agricole coopérative) Mesilat Zion près de Jérusalem.
Ses conférences en hébreu sur l’histoire du monde ont été visionnées par des dizaines de milliers d’internautes en Israël. Yuval Harari a proposé également en 2014 une série de cours en ligne gratuits en anglais (MOOC) intitulée « A Brief History of Humankind »9. Plus de 100 000 personnes y étaient inscrites. Harari a pu se faire connaître dans le monde entier par le biais de ses Ted talks10.
Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA
Yuval Noah Harari
Albin Michel, Paris, 2024
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet.
Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
“Nexus”, de Yuval Noah Harari : l’information, c’est de la dynamite !
Après avoir narré l’histoire de notre espèce, Harari propose, dans son nouvel opus, de la relire à la lumière de ses réseaux d’information. Moins sexy, à première vue. Pourtant, l’historien parvient à dramatiser les livres de comptes mésopotamiens et les querelles d’interprétation de l’Ancien Testament comme s’il s’agissait de la dernière saison de Game of Thrones. Un constat de départ : alors que nous sommes doués pour emmagasiner de l’information, cela ne nous a pas rendus plus sages au fil des millénaires. Pour lui, c’est un problème de réseau et de pouvoir : « L’humanité acquiert énormément de pouvoir en construisant d’immenses réseaux [d’information] mais la manière dont ces derniers sont conçus les prédispose à un usage déraisonnable de ce pouvoir. » Là où la vision « naïve » de l’information voit en elle la solution à tous les maux – il faudrait seulement la « factchecker », la rendre transparente, la faire circuler, la corriger –, Harari soutient qu’elle est, par nature, ambiguë. N’en déplaisent aux gourous de la Silicon Valley, collecter et partager plus d’information ne nous fait pas tendre vers la vérité et la justice. Il n’y a qu’à se souvenir du rôle joué par la diffusion de la Bible dans les guerres civiles européennes. L’information n’est pas ce tissu de signes bien sages : c’est à la fois la colle qui fait tenir les civilisations et la dynamite qui les fait imploser – elle donne forme au réel.
Yuval Noah Harari : « Nos connaissances sont mises au service de mythologies parfois délirantes »
Idées. IA, religions, Israël… L’historien, auteur de « Nexus » et « Sapiens », montre comment les révolutions de l’information ont transformé nos sociétés, de la Bible jusqu’à l’actuel conflit au Proche-Orient. Vertigineux !
Des médias français ont un peu rapidement présenté Nexus (Albin Michel) comme un livre sur l’intelligence artificielle. C’est comme réduire le Nouveau Testament au Livre de l’Apocalypse. Car dans cette fresque vertigineuse, dix ans après Sapiens, Yuval Noah Harari revient une nouvelle fois sur l’histoire de l’humanité, mais à travers les réseaux d’information. Des mythes anciens jusqu’à l’IA en passant par la Bible, l’imprimerie et les médias de masse, l’historien israélien, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, montre comment chaque révolution technologique a entraîné de profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux, pour le meilleur comme le pire.
Considéré comme l’un des intellectuels les plus influents de la planète, l’homme aux 45 millions d’ouvrages vendus livre à L’Express ses analyses percutantes sur la technologie, les religions, les mythes nationaux et le monde de demain. (…)
Yuval Noah Harari, prophète contesté de la « big history », des origines de l’homme à l’intelligence artificielle
L’historien israélien, auteur à succès de « Sapiens » et de « Nexus », brosse de grands récits allant des origines du cosmos au développement à venir de l’espèce humaine. Un sens de la généralisation que lui reprochent ses détracteurs.
Costume sombre et chaussettes fantaisie dépareillées, silhouette d’ascète, Yuval Noah Harari apparaît sur la scène de la Cité des sciences et de l’industrie sous les applaudissements de 800 spectateurs. Le 7 novembre, l’auteur israélien de 48 ans est de passage à Paris pour présenter son dernier ouvrage, Nexus (Albin Michel, 576 pages, 24,90 euros), un récit historique promis aux têtes des ventes qui raconte la façon dont les révolutions de l’information ont transformé nos sociétés « de la Bible aux intelligences artificielles [IA] ».
Je me range facilement du côté de l’auteur Yuval Noah Harari lorsqu’il explique que l’information n’est pas nécessairement et obligatoirement « vérité » ou conforme à la réalité. Une information, nous le savons tous aujourd’hui, n’est pas vraie par elle-même.
Première partie – Réseaux humains
Chapitre 1 – Qu’est ce que l’information
(…)
On le voit donc, l’information ne saurait être définie comme un ou plusieurs types spécifiques d’objets matériels. En fonction du contexte, tout objet — une étoile, un volet, un pigeon — peut devenir une information. Mais alors, quel contexte, au juste, définit de tels objets comme des « informations » ? À en croire la vision naïve de l’information, c’est dans le contexte d’une recherche de la vérité que les objets se définissent comme des informations. Un chose est une information dès lors qu’on l’utilise pour tenter de découvrir la vérité. Cette vision associe le concept d’information au concept de vérité, partant du principe que l’information a pour fonction essentielles de représenter la réalité. Il existe une réalité « extérieure », et l’information en est la représentation, de sorte que nous pouvons nous en servir pour en apprendre davantage sur la réalité. (…)
(…)
Qu’est-ce que la vérité ?
Tout au long de ce livre, la « vérité » est entendue comme ce qui représente fidèlement tel ou tel aspect de la réalité. La notion même de vérité repose sur l’idée qu’il n’existe qu’une seule réalité universelle. Tout ce qui a existé jusqu’ici ou qui existera jamais dans l’univers — depuis l’étoile Polaire jusqu’au pigeons du réseau NILI, en passant par les sites d’astrologie en ligne — fait partie de cette unique réalité. C’est ce qui permet à la quête de la vérité d’être un projet universel. Si différentes personnes, nations ou cultures peuvent se nourrir des croyances ou des sentiments divergents, elles ne sauraient posséder des vérités contradictoires, puisqu’elles partagent toutes une même réalité universelle. Quiconque rejette l’universalisme, rejette la vérité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp.40-42.
P.S.: Le lien dans cette citation est de nous.
En 1972, alors âgé de 15 ans, j’entrais dans le monde des médias à titre de chroniqueur pour notre hebdomadaire régional, La Tribune de Lévis. Sous le titre « Salut les poètes ! », j’informais et orientais les poètes de la région vers la Société des poètes canadiens-français dont j’étais le plus jeune des directeurs. La chronique eu aussi son pendant à la station de radio locale où je lisais des poèmes en ondes le dimanche soir. Ainsi, j’adhérais déjà à « ce que fait l’information » selon Yuval Noah Harari, c’est-à-dire réseauter.
Ce qu’illustre le cas de l’astrologie, c’est que erreurs, mensonges, fantasmes et fictions sont aussi des informations. Contrairement à ce qu’affirme la vision naïve de l’information, celle-ci n’a pas de lien essentiel avec la vérité, et son rôle dans l’histoire ne consiste pas à représenter une réalité préexistante. Ce que fait l’information, c’est plutôt créer des nouvelles réalités en connectant entre eux des éléments disparates — qu’il s’agisse de couples ou d’empires. Sa caractéristique essentielle, ce qui la définit, ce n’est pas tant la représentation que la connexion : l’information est ce qui relie différents points pour former un réseau. L’information ne nous informe pas nécessairement sur les choses – elle met plutôt les choses « en forme », c’est-à-dire qu’elle les agence. Les horoscopes disposent ainsi les amoureux en formations astrologiques, les bulletins de propagandes disposent les électeurs en formations politiques, et les chants de marche dispose les soldats en formations militaires.
Prenons ce cas paradigmatique qu’est la musique. La plupart des symphonies, des mélodies et des morceaux ne représentent rien — demander s’ils sont vrais ou faux n’aurait aucun sens. Au fil des siècles, les hommes ont créé beaucoup de mauvaise musique, mais pas de fausse musique. La musique a beau ne rien représenter, elle n’en est pas moins remarquablement efficace pour connecter un grand nombre de personnes, synchroniser leurs émotions et leurs mouvements. Elle sait nous faire danser en discothèque et batte des mains en cadence à l’église, faire chanter en chœur les supporters et défiler au pas les soldats.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp.46-47.
Avec ma chronique, je cherchais à recruter d’aussi jeunes poètes que moi au sein de la Société des poètes canadiens-français. Je me représentais l’information comme « un vecteur de lien social ».
L’information dans l’histoire de l’humanité
Envisager l’information comme un nexus, un vecteur de lien social, permet de mieux comprendre plusieurs aspects de l’histoire humaine qui mettent à mal la vision naïve de l’information comme représentation. Cela explique le succès à travers le siècles non seulement de l’astrologie mais de choses bien plus importantes, comme la Bible. Si certains dénigrent l’astrologie en la présentant comme un aspect aussi mineur que pittoresque de l’histoire de l’humanité, nul ne peut nier le rôle central qu’y a joué la Bible. Si la principale fonction de l’information était de représenter fidèlement la réalité, il serait difficile d’expliquer comment la Bible a pu devenir l’un des textes les plus influents de l’histoire.
La Bible multiplie les erreurs flagrantes dans sa description des affaires humaines et des processus naturels. (…)
(…)
Pourtant, bien que la représentation qu’elle donne de la réalité des origines de l’humanité, de ses migrations et des épidémies qui la frappent laisse grandement à désirer, la Bible ne s’en est pas moins montrée très efficace pour connecter des milliards d’hommes et créer les religions juives et chrétienne. De la même manière que l’ADN enclenche des processus chimiques qui relient entre elles des milliards de cellules pour former des réseaux organiques, la Bible a enclenché des processus sociaux qui ont relié entre eux des milliards d’êtres humains pour former des réseaux religieux. (…)
Pour conclure, l’information représente tantôt la réalité, tantôt non. Mais toujours, elle connecte. C’est sa caractéristique fondamentale. Par conséquent, lorsqu’on étudie le rôle de l’information dans l’histoire, bien qu’il soit parfois pertinent de demander : Avec quelle exactitude représente-t-elle la réalité ? Est-elle vraie ou fausse, les questions les plus cruciales sont généralement les suivantes : « Dans quelle mesure connecte-t-elle les gens ? Quel nouveau réseau crée-t-elle ? »
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 49-51.
P.S.: le soulignement remplace le mot en italique dans le texte original.
À la suite de ma chronique « Salut les poètes ! », j’ai convaincu le rédacteur en chef de La Tribune de Lévis qu’il nous fallait informer les parents de ce qui passe dans les écoles de leurs enfants, ces derniers ne leurs parlant peu ou pas du tout de leur vie d’étudiant. Un page entière de l’hebdomadaire régional ne fut accorder pour y tenir une toute nouvelle chronique, « La Semaine Étudiante ». Je passais des heures et des heures au téléphones avec des étudiants de différentes institutions scolaires des niveaux élémentaires, secondaires et collégial pour m’informer des activités de leur milieu de vie respectif. J’ai ainsi créée un réseau d’information ayant à sa source les étudiants comme émetteurs et les parents comme récepteurs, le journal étant lu avant tout pas les parents. C’était aussi un nouveau réseau entre les étudiants des différentes écoles et un autre entre les parents. Les étudiants devinrent des lecteurs de la chronique découvrant ainsi ce qui se passait dans les autres écoles de la région. Et ceux et celles qui faisaient la une de la chronique en soutenait la promotion auprès de leurs confrères et consœurs dans leurs écoles. La chronique répondait à une demande de mise en réseaux. Le succès de ma chronique dans le journal fut tel qu’elle donna naissance à une émission hebdomadaire en direct à la station de télévision locale que j’animais avec plaisir. Chacune des émissions était suivie d’une rencontre en personne des téléspectateurs avec l’animateur et ses invités dans un bar de la région. Et une fois par mois, tous les téléspectateurs étudiants se regroupaient par milliers lors d’une soirée dansante dans la plus grande école de la région, le CÉGEP Lévis-Lauzon.
Chers lecteurs, vous comprenez déjà beaucoup mieux mon intérêt pour les médias. Et si je donne une place au livre NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA dans cet Observatoire de la philothérapie, c’est pour questionner le rôle des technologies de l’information dans la diffusion de la philosophie, de l’Antiquité à nos jours, et la perception que nous avons des philosophies apparues au fil du temps.
En contemplant l’histoire de l’information de l’âge de pierre à l’âge du silicium, nous assistons donc à un accroissement constant de la connectivité. qui ne s’accompagne pas d’un progrès en termes de véracité ou de sagesse. Contrairement à ce que professe la vision naïve, nous autres Homo sapiens n’avons pas conquis le monde grâce à notre talent pour transformer les informations en une carte fidèle de la réalité.
Non, le secret de notre réussite, c'est avant tout notre faculté à utiliser les informations pour connecter un grand nombre d'individus. Malheureusement, cette capacité va souvent de pair avec une propension à croire aux mensonges, aux erreurs et aux fantasmes.
Non, le secret de notre réussite, c’est avant tout notre faculté à utiliser les informations pour connecter un grand nombre d’individus. Malheureusement, cette capacité va souvent de pair avec une propension à croire aux mensonges, aux erreurs et aux fantasmes. C’est pour cette raison que même des sociétés aussi avancées d’un point de vue technologique que l’Allemagne nazie ou l’Union soviétique ont pu nourrir des idées délirantes, sans forcément que ces illusions les affaiblissent. À vrai dire, les délires de masses des idéologies nazie et stalinienne, notamment concernant les questions de race et de classes sociales, les ont en fait aidées à faire marcher d’un même pas des dizaines de millions de personnes.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 52.
P.S.: le caractère gras et l’encadrement du texte sont de nous.
Encore et encore ce fameux verbe : « CROIRE ». Est-ce là un besoin fondamental de l’être humain ? Vivons-nous pour croire ? Faut-il croire dans la vérité ? La vérité est-elle conditionnelle à sa croyance ? Croire quelque chose est-ce en reconnaître la vérité ? Que je crois ou non dans la réalité universelle, cette dernière demeure la seule vraie réalité. Ce que je crois n’est pas nécessairement vrai. Alors pourquoi je fais de la vérité une croyance ? Je n’ai pas besoin de croire pour que ce soit vrai.
« Les histoires furent la première technologie de l’information décisive inventée par l’homme » écrit Yuval Noah Harari. Lorsque l’homme abandonne le nomadisme pour prendre racine et donner lieu à ce que nous appelons la révolution néolithique, les histoires circulent entre les habitants du village sans pour autant circuler d’un village à l’autre, à moins de contacts entre eux. Chaque village d’autosuffisant grâce à l’agriculture et à élevage, il n’y avait pas lieu de partir à la découverte des autres villages dont on ignorait souvent l’existence. Mais l’homme étant ce qu’il est, il a tout de même rencontrer sur son chemin d’autres villages avec lesquels il a partagé ses histoires et inaugurer le commerce. On connaît la suite. Des villages sont devenus des villes, puis des villes-états, incapable de s’autosuffire et ainsi pousser à la spécialisation de certains de ses habitants (artisans) en plus d’être dans l’obligation de commercer avec d’autres villes-états.
(…) Contrairement aux poèmes et au mythes nationaux, qui peuvent être stockés dans nos cerveaux, les systèmes de taxation et d’administration plus complexes des États ont nécessité, pour pouvoir fonctionner, une technologie de l’information unique, non organique. Cette technologie, c’est le document écrit.
Prêt à tuer
Le document écrit a été inventé plusieurs fois, à plusieurs endroits différents. Certains des ses plus anciens exemples remontent à la Mésopotamie antique. Une tablette d’argile cunéiforme datée du vingt-huitième jour du dixième mois de la quarante et unième année du règne du roi Shulgi d’Ur (v. 2053-2054 av. J.C.) tenait ainsi compte des livraisons mensuelles de moutons et des chèvres : 14 moutons avaient été livré le deuxième jour du mois, 7 moutons les troisième jours du mois, (…) Au total, nous apprend cette tablette d’argile, 896 animaux furent livrés ce mois-là. Il était essentiel pour l’administration royale de garder la trace de toutes ces livraisons, afin de contrôler l’obéissance du peuple et d’assurer le suivi des ressources disponibles. Si enregistrer tous ces éléments dans l’esprit d’un humain représentait un insurmontable défi, un scribe pouvait sans peine les inscrire sur une tablette d’argile.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 82-83.
P.S.: (…) = passage non cité dans cet article mais présent dans le texte original.
Évidemment, les documents écrits ne sont pas exempts de toute erreur uniquement parce qu’ils sont écrits. Yuval Noah Harari souligne d’ailleurs une erreur sur la tablette d’Ur. Cette dernière dénombrait 896 animaux alors que les chercheurs modernes en compte 898.
Mais qu’ils soient justes ou erronés, les documents écrits ont créé de nouvelles réalités. En enregistrant des listes de biens, d’impôts et de paiements, ils ont grandement facilité la mise en place de systèmes administratifs, des royaumes, d’organisations religieuses et de réseaux commerciaux. Ou, pour être plus précis, ces documents ont transformé la méthode utilisée pour créer des réalités intersubjectives. Dans les cultures orales, les réalités intersubjectives étaient créées en racontant une histoire que de nombreuses personnes répétaient avec leur bouche et mémorisaient dans leur cerveau. Par conséquent, les capacités de ce dernier imposait une limite aux genres de réalités intersubjectives que les humains pouvaient créer. Les hommes ne pouvaient pas fabriquer des réalités intersubjectives que leur cerveau était incapable de retenir.
Les documents écrits, eux, permettaient de dépasser cette limite. Ils ne représentaient pas une réalité empirique objective : la réalité, c’étaient les documents eux-mêmes. Comme nous le verrons aux chapitres suivants, les documents écrits constituaient donc des précédents et des modèles qui seraient ensuite utilisés par les ordinateurs, La faculté des ordinateurs à créer des réalités intersubjectives est une extension du pouvoir des tablettes d’argile et des feuilles de papier.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 83.
Mais pourquoi le sous titre « Prêt à tuer » ?
Le pouvoir qu’on les documents de créer des réalités intersubjectives s’incarne magnifiquement dans l’ancien dialecte assyrien, qui traitait les documents comme des choses vivantes qu’on pouvait également faire mourir. Dans cette langue, les contrats de prêt étaient en effet « tués » (duãkum) dès le remboursement de la dette en question. Ce que l’on faisait en détruisant la tablette, en y ajoutant une marque ou en brisant le sceau. Le contrat de prêt ne représentait par la réalité : il était la réalité. Si quelqu’un remboursait l’emprunt mais omettait de «tuer le document», la dette demeurait exigible. À l’inverse, si l’on ne remboursait pas l’emprunt mais que le document «mourrait» d’une autre manière — disons, croqué par un chien —, le dette disparaissait. Cela vaut aussi pour l’argent : si votre chien mange un billet de cent dollars, ces cent dollars cessent d’exister.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 84-85.
Puis vient le sous-titre « Bureaucratie » avec cette anecdote en ouverture :
Chaque nouvelle technologie de l’information comporte des goulets d’étranglement inattendus. Elle résout d’anciens problèmes, mais en crée de nouveaux. Au début des années 1730 av. J.C., Marâmtani, prêtresse de la ville mésopotamienne de Sippar. écrit une lettre (sur une tablette d’argile) à un membre de sa famille, pour demander à celui-ci de lui faire parvenir les tablettes entreposées dans sa maison. Elle lui expliquait qu’on lui contestait ses droits sur un héritage, et qu’elle avait besoin de faire valoir ces documents devant un tribunal. Elle achevait son message par cet appel : «Surtout, ne me néglige pas !»
Nous ignorons ce qui s’est passé ensuite, mais imaginez un instant que ce proche ait fouillé partout sans pouvoir retrouver les tablettes manquantes… La quantité de documents produits ne cessant de croître au fil du temps, il s’est avéré de plus en plus difficile de la localiser. Cela représentait un défi particulièrement ardu pour les rois, les prêtres, les marchands, et tous ceux qui amassaient dans leurs archives des milliers de documents. Comment remettre la main sur le bon registre fiscal, le bon reçu de paiement ou le bon contrat commercial lorsque vous en avez besoin ? Les document écrits étaient bien meilleurs que les cerveaux humains pour mémoriser certains types d’information. Mais ils créaient un nouveau problème, particulièrement épineux : celui de leur récupération.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 85-86.
Ainsi naîtra la bureaucratie ! Si l’évolution de l’homme a équipé ce dernier pour se débrouiller dans un monde organique : « (…) si vous cherchez une pomme, il faut d’abord localiser un pommier, puis lever la tête. En vivant dans la forêt, les hommes apprennent cet ordre organique.»), il en va tout autrement avec les documents inorganiques, tels que les documents écrits.
Il en va tout autrement avec les archives. Les documents n’étant pas des organismes, il n’obéissent à aucune loi biologique et l’évolution ne les a pas organisés pour nous. Les déclarations fiscale ne poussent par sur une étagère à déclaration fiscales. Il faut les y déposer. Pour ce faire, quelqu’un doit d’abord avoir l’idée de catégoriser les informations par étagères, et déterminer quels documents doivent être déposés sur quelles étagères. Contrairement au cueilleurs, qui n’ont qu’à découvrir l’ordre préexistant de la forêt, les archivistes sont obligés de concevoir un nouvel ordre pour le monde. Cet ordre est ce qu’on appelle la bureaucratie.
La bureaucratie est la manière dont les hommes, dans les organisations de grande ampleur, ont résolu le problème de la récupération et, ce faisant, ont créé des réseaux d’information plus vastes et plus puissants.
Mais comme la mythologie, la bureaucratie a tendance a sacrifier la vérité au nom de l'ordre.
Mais comme la mythologie, la bureaucratie a tendance a sacrifier la vérité au nom de l’ordre. En inventant un nouvel ordre et en l’imposant au monde, la bureaucratie a déformé de manière tout à fait unique notre compréhension du monde. Une bonne partie des problèmes rencontrés par nos réseaux d’information du XXIè siècle — pensez aux algorithme biaisés qui cataloguent mal les gens, ou aux protocoles trop rigides qui ne tiennent par compte des besoins et sentiments humains — ne sont pas nouveaux, ni propres à l’ère informatique. Ces problèmes typiquement bureaucratiques existaient déjà bien avant que quiconque ait pu les imaginer les ordinateurs.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 87.
P.S.: l’encadré est de nous.
Je retiens de cette citation :
« catégoriser les informations »
« concevoir un nouvel ordre pour le monde »
« sacrifier la vérité au nom de l’ordre »
« a déformé de manière tout à fait unique notre compréhension du monde »
Puisque le simple fait de créer des catégories pour classer les informations n’est pas un processus naturel, c’est-à-dire, relatif à une réalité préexistante dans le monde, cette catégorisation débouche sur un nouvel ordre intersubjectif pour le monde, et ce dernier priorisant l’ordre au détriment de la vérité (de la conformité avec la réalité), elle résulte en une déformation de notre compréhension du monde.
Bureaucratie et recherche de la vérité
Le terme bureaucratie signifie littéralement le « pouvoir du bureau ». Il fut inventé dans la France du XVIIIe siècle, où les fonctionnaires étaient généralement assis devant une table dotée de tiroirs – le fameux bureau. Le tiroir se trouve donc au cœur de l’ordre bureaucratique. La bureaucratie s’attache à résoudre le problème de la récupération des données en divisant le monde en une série de tiroirs, et en déterminant quel document va venir dans quel tiroir.
Le principe demeure le même, que le document soit placé au fond d’un tiroir, sur une étagère, dans un panier, un pot, un fichier informatique ou tout autre réceptacle : diviser pour régner. Diviser le monde en une série de contenants, et les séparer pour que les documents ne se mélangent pas. Cependant, ce principe a un prix : au lieu de se concentrer sur la compréhension du monde tel qu’il est, la bureaucratie s’acharne souvent à imposer au monde un nouvel ordre, artificiel. Les bureaucrates comment par inventer toute une variété de tiroirs, lesquels sont des réalités intersubjectives que ne correspondent pas nécessairement à de quelconques divisions objectives existant dans le monde. Les bureaucrates tentent alors de faire entrer de force le monde dans ces tiroirs, et si ça coince aux entournures, ils forcent un peu. Quiconque a eu l’occasion de remplir un formulaire administratif ne le sait que trop bien. Il arrive qu’aucune des options proposées par le document ne corresponde à notre situation particulière. On est alors contraint de s’adapter au formulaire, plutôt que l’inverse. Réduire le désordre de la réalité en un nombre limités de tiroirs fixes aide les bureaucrates à instaurer l’ordre, mais ce la se fait au détriment de la vérité. Obnubilés par leurs tiroirs — même lorsque la réalité est beaucoup plus complexe —, les bureaucrates finissent souvent par développer une compréhension déformée du monde.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 87-88.
Et les documents ne font pas que remonter à la bureaucratie, cette dernière conçoit, édite et diffuse des documents, ces derniers devant lui revenir. Et il n’est pas aisé de contrôler une bureaucratie, même pour les politiciens.
En 1985, Année internationale de la Jeunesse, en pleine crise économique, le taux de chômage chez les jeunes est très élevé et le gouvernement du Québec a déjà mis en place des programmes d’aides pour les jeunes ayant des projets en tête pour s’en sortir, notamment pour créer leurs propres emplois. Mais le Premier ministre du Québec, Renée Lévesque, est informé au sujet du blocage de l’attribution de ces aides aux jeunes par les bureaucrates. Il décide alors de passer outre la bureaucratie et de recruter lui-même une trentaine de jeunes à intégrer à la bureaucratie et dont la seule et unique fonction sera d’aider les jeunes qui demandent l’aide de l’État pour leurs projets.
Le tout se fait à la hâte, un vendredi soir, alors que le gouvernement du Québec est en pause pour la fin de semaine, je reçois un appel d’un ami fonctionnaire au ministère des communications qui tâte mon intérêt ce travail. « Je suis intéressé. » Il me répond : « Alors du dois de rendre dès demain à 15h.00 au bureau du Premier ministre à Montréal. » C’est à plus de 200 kilomètres de chez-moi et un véhicule du gouvernement est à ma disposition.
Le lendemain, samedi, je me présente au bureau du Premier ministre et je suis dirigé vers une salle de conférence avec tous les autres jeunes provenant de tous les coins du Québec. Le Premier ministre fait son entrée et prend place avec nous à l’énorme table ronde de la salle de conférence. Il nous explique son programme baptisé « Déclic Jeunesse ».
Nous, les jeunes, allons être déployés dans tous les bureaux régionaux de Communication Québec (centre de renseignements de l’ensemble du gouvernement au service de la population). Notre tâche, recevoir les jeunes qui souhaitent recevoir une aide financière de l’État pour leurs projets, les aider à compléter leurs formulaires de demandes dans l’optique avouée qu’ils soient approuvées pour l’obtention de l’aide. Autrement, faire sortir au plus vite les subventions pour les jeunes !
Si le Premier ministre du Québec procède ainsi, plutôt que de confier la tâche à son ministre des communications, ce dernier la confiant à ses fonctionnaire, ce qui est la procédure normale, c’est parce que les fonctionnaires sont au centre du problème : ils ne collaborent pas avec les jeunes et les jeunes les boycottent. L’argent de l’aide de l’État pour les jeunes dort au fond d’un tiroir. Le Premier ministre court-circuite la hiérarchie et passe outre le protocole pour engager lui-même une escouade de jeunes pour venir en aide aux jeunes en mal de financement de leurs projets. Évidemment, la publicité dira toute autre chose :
La bureaucratie est un pouvoir en soi, un pouvoir avec ses propres règles de gouvernance et travaille à son propre rythme. Elle se trouve entre les politiciens et la population.
Après quelques jours de travail au Centre Déclic-Jeunesse, je réalise que les fonctionnaires classent très rapidement les formulaire de demande de subvention des jeunes et je découvre comment ils procèdent. Il faut — disons — que la somme d’argent inscrite à la case F de la première colonne égale la somme d’argent inscrite à la case K de la deuxième colonne et ainsi de suite. C’est la vérification qu’effectue les fonctionnaires pour accepter ou non d’examiner un projet, peu importe s’il s’agit d’une simple erreur, peu importe la pertinence du projet, ses chances de réussite.
Je réunis toutes ces procédures dans un immense cahier et je prends l’initiative de le photocopier pour mes collègues des autres bureaux. Et imaginez ce qui se passe quand je demande au patron du bureau de Communication Québec (là où se trouve le Centre Déclic-Jeunesse) le budget pour envoyer ces cahiers par la poste. Il refuse. Je fais donc parvenir mon cahier au Premier ministre lui avec une note explicative. Je ne connais pas la suite de l’histoire puisque j’ai quitté mes fonctions.
* * *
Yuval Noah Harari intitule le quatrième chapitre de son ouvrage, « Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité », et y traite des mécanismes d’autocorrection nécessaires à tout réseau d’information.
Pour pouvoir fonctionner, les mécanisme d’autocorrection ont besoin de légitimité. Si les humains sont enclins à commettre des erreurs, comment imaginer raisonnablement que les mécanisme d’autocorrection en soient exempts ? Pour échapper à cette boucle apparemment sans fin, les humains ont souvent nourri le fantasme d’un mécanisme suprahumain, absolument infaillible, sur lequel ils pourraient s’appuyer pour identifier et corriger leurs propres erreurs. Aujourd’hui, c’est l’IA qui porte cet espoir comme en atteste ce que déclarait Elon Musk en avril 2023 : « Je vais lancer quelque chose que j’appelle Truth GPT, une IA qui recherche la vérité maximale et essaie de comprendre la nature de l’univers. » Nous verrons dans les prochains chapitres pourquoi il s’agit là d’un dangereux fantasme. Lequel a pu, par le passé, se manifester sous une autre forme : la religion.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 109-110.
Nous voilà aux portes de la création du livre saint tels que la Bible et le Coran, dit infaillible.
Le livre s’est imposé, au cours du premier millénaire avant notre ère, comme une importante technologie religieuse. Après des dizaines de milliers d’années où les dieux s’étaient adressés aux humains via des chamans, des prêtres, des prophètes, des oracles, entre autres messagers humains, des mouvements religieux tels que le judaïsme se sont mis à défendre l’idée que les dieux s’exprimaient à travers cette technologie nouvelle qu’était le livre. Selon eux, il existe un livre bien précis, dont les nombreux chapitres contiennent toutes les paroles divines à propos de tout, de la création de l’univers aux préceptes alimentaires. Surtout, nul prêtre ou prophète, nulle institution humaine ne pourra oublier ou modifier ces paroles divine, car il sera toujours possible de confronter ce qu’avancent les humains faillibles à ce qui est gravé dans l’infaillible livre.
Mais les religions du Livre avaient elles aussi leurs problèmes, dont le plus évident était celui-ci : qui décide ce qu’il faut inclure dans le livre saint ? Le premier exemplaire n’est pas tombé du ciel : il a fallu que des humains le compilent. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 113-114.
P.S.: (…) = passage non cité dans cet article mais présent dans le texte original.
Nous connaissons la suite, on discuta âprement des contenus à sélectionner pour constituer le livre saint et du livre saint infaillible nous sommes passé à l’institution infaillible (l’Église) dans son interprétation du livre saint, puis à la multiplication du livre saint à la suite de l’invention de l’imprimerie :
Deuxième enjeu, plus crucial encore : le fait de disposer de nombreux exemplaires du même livre empêchait toute altération du texte. Puisqu’il en existait des milliers de copies identiques en de nombreux endroits, il sera facile de dénoncer comme une imposture toute tentative de changer ne serait-ce qu’une malheureuse lettre de ce code sacré. En rendant disponible une multitude d’exemplaires de la Bible dans des lieux fort éloignés les uns des autres, les juifs remplaçaient donc le despotisme humain par une souveraineté divine. L’ordre social était désormais garanti par l’infaillible technologie du livre. C’est du moins ce qu’ils croyaient.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 118.
Les livres saints ont ainsi constitué chacun leur réseau d’information, dont certain incluant plus d’un milliard de personnes, et ce, de partout à travers le monde, et chacun sous l’égide d’une Église… infaillible ! Il n’en fallait pas plus pour que des guerres entre les religions éclatent.
Le cinquième chapitre, sous le titre « Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme ».
Les réseaux d’information dictatoriaux sont centralisés à l’extrême. Ce qui signifie deux choses. Premièrement, le pouvoir central jouissant d’une autorité illimitée, l’information a tendance à affluer vers le centre névralgique, où sont prise les décisions les plus importantes. Dans l’Empire romains, tous les chemins menaient à Rome ; dans l’Allemagne nazie, les informations convergeaient vers Berlin ; et en Union soviétique, vers Moscou. Parfois, le gouvernement central tente de concentrer entre ses mains toute l’information, et d’imposer lui-même toutes les décisions, contrôlant ainsi complètement la vie des gens. Cette forme de dictature totalisante, pratiquée par des dirigeants comme Hitler ou Staline, est connu sous le nom de totalitarisme. Mais toutes les dictatures ne sont pas totalitaires. Nous le verrons, des difficultés techniques empêchent souvent les dictateurs de devenir totalitaires. L’empereur romain Néron, par exemple, ne disposait pas des moyens permettant de microgérer les vies des millions de paysans dans les lointains villages aux confins de l’empire. Une bonne partie des régimes dictatoriaux laissent donc une part d’autonomie considérable aux individus, aux entreprises et aux communautés. Cependant, les dictateurs se réservent toujours le pouvoir d’intervenir dans la vie des gens. Dans la Rome de Néron, la liberté n’était pas un idéal mais un corolaire de l’incapacité du gouvernement à exercer un contrôle totalitaire.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 161-162.
Dans les années 1970-1980, nous sommes passés de « Le pouvoir est à celui qui détient l’information » à « Le pouvoir est à celui qui diffuse l’information ».
L'information est le pouvoir. Mais comme tout pouvoir, il y a ceux qui veulent le garder pour eux.
Aaron Swartz, Informaticien (1986 - 2013)
C’est pourquoi j’endosse personnellement et professionnellement la culture de gratuité sur internet. J’ai édité de nombreux livres dont les auteurs acceptaient d’en offrir gratuitement la version numérique. À notre libraire en ligne fut donc ajoutée une bibliothèque de livres numériques gratuits qui connaît encore beaucoup de succès depuis sa création il y a plus de vingt ans déjà.
J’ai appliqué la même politique de diffusion de l’information que je détenais lorsque je me suis lancé en recherche marketing (étude des motivations d’achat des consommateurs). J’adressais à mes clients potentiels un document de 24 pages bien tassé, aux allures d’un article de presse écrite, avec toute l’information nécessaire pour bien comprendre en détails mon offre de services. J’optais pour un document d’information plutôt qu’un document de publicité ou de propagande. Que le client potentiel donne suite ou non à sa lecture de mon document, il avait tout de même appris quelque chose d’important. Les conseillers en publicité et en marketing conseillaient à cet époque (années 1990) de se limiter à une brochure sous prétexte que les gens d’affaires et les dirigeants d’entreprise n’ont pas le temps de lire. Toujours selon ces conseillers, je devais m’attendre à une réponse de seulement 20% des clients potentiels à qui j’avais adressé mon document. Or, ce fut le contraire. Plus de 80% des clients potentiels ayant reçu mon document voulaient aller plus loin avec moi et ma partenaire en retenant nos services. Et puisque nous n’étions que deux dans notre entreprise, nous avons du réduire passablement les envois de ce document pour éviter d’être débordés par la demande. Le pouvoir est donc vraiment à celui qui détient l’information ET LA DIFFUSE !
En résumé, une dictature est un réseau d’information centralisé, dénué de mécanisme d’autocorrection puissants. Une démocratie, en revanche, est un réseau d’information décentralisé, qui possède de solides mécanismes d’autocorrection. Lorsqu’on observe un réseau d’information démocratique, on y trouve certes un centre névralgique. Le gouvernement est le pouvoir exécutif le plus puissant d’une démocratie, et les organismes publics collectent et stockent donc d’immenses quantités d’informations. Mais il existe de nombreux canaux d’information supplémentaires, qui connectent une multiplicité de nœuds indépendants. Organes législatifs, partis politiques, tribunaux, presses, entreprises, communautés locales, ONG et citoyens individuels communiquent entre eux librement et directement, de sorte que la majeure partie des informations ne transitent jamais par aucun organisme gouvernemental, et que nombre de décisions importantes se prennent ailleurs. Les individus décident eux-mêmes de leur lieu de vie, de l’endroit où ils travaillent et de la personne qu’ils épousent. Les entreprises font leurs propres choix concernant le lieu d’implantation d’une succursale, les sommes à investir dans tel ou tel projet, les montants a facturer pour les biens et les services qu’elles proposent. Les communautés décident par elles-mêmes d’organiser des œuvres de bienfaisance, des événements sportifs et des fêtes religieuses. L’autonomie n’est pas une simple conséquence de l’inefficacité du gouvernement : elle constitue l’idéal démocratique.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 162-163.
« L’autonomie », oui mais conditionnée, formatées et souvent inconsciente de l’être. Aucun régime n’est parfait, loin de là, mais il y en a de meilleurs.
La dictature de la majorité
La définition de la démocratie comme un réseau d’information décentralisé doté de solides mécanisme d’autocorrection contraste fortement avec l’idée fausse, quoique très répandue, qui assimile la démocratie aux seules élections. Celles-ci sont un élément essentiel de la boîte à outils démocratique, mais elles ne sont pas la démocratie. En l’absence de mécanismes d’autocorrection supplémentaires, les élections peuvent facilement être truquées. Et même lorsqu’elles sont totalement libres et équitables, cela ne suffit pas non plus à garantir la démocratie. Car la démocratie n’est pas une dictature de la majorité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 165.
Les droits de l’Homme et les droits civiques protègent tout un chacun, minoritaire et majoritaire, et limitent le pouvoir du gouvernement. La liberté et l’égalité pour tous sont essentielles à toute démocratie.
Il est important de noter que droits de l’homme et droits civiques n’ont pas pour seul effet de de limiter le pouvoir du gouvernement central : ils lui imposent en outre de nombreuses obligations positives. Il ne suffit pas qu’un gouvernement démocratique s’abstienne d’enfreindre les droits de l’homme et du citoyen — il doit prendre des mesures pour les sauvegarder. Ainsi, le droit à la vie impose au gouvernement démocratique de protéger ses citoyens contre les violences criminelles. Si un gouvernement ne tue personne, mais ne fait par ailleurs aucun effort pour protéger ses citoyens du meurtre, nous n’avons plus affaire à une démocratie mais à l’anarchie.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 168.
Une seule question me vient à l’esprit : est-ce que le gouvernement des États-Unis d’Amérique en fait suffisamment pour « protéger ses citoyens contre les violences criminelles » en refusant de réglementer davantage l’accès, le port et l’usage des armes à feu ?
Par Adel Miliani, publié le 15 février 2024 à 14h32, modifié le 19 février 2024.
Adopté il y a plus de deux cent trente ans, le deuxième amendement de la Déclaration des droits américaine demeure fondamental pour la population, en dépit des fusillades à répétition.
La plupart des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée.
C’est l’un des faits contenus dans un rapport sans précédent présenté par le Surgeon General des États-Unis, Vivek Murthy, sur la base duquel il a déclaré que la violence par arme à feu constituait une crise de santé publique aux États-Unis.
Dans le texte, Murthy explique que l’objectif de cette déclaration est de réduire le nombre de victimes dans le pays qui occupe la première place mondiale dans les statistiques sur les décès par arme à feu.
Selon le rapport, depuis 2022, un total de 48 204 personnes sont mortes de blessures liées aux armes à feu, y compris les suicides, les homicides et les décès accidentels. Cela représente 8 000 décès de plus qu’en 2019 et près de 16 000 de plus qu’en 2010.
Lorsque le candidat à la présidentielle américaine annonce qu’il veut réglementer davantage l’achat, le port et l’usage des armes à feu, il perd des votes. Si le candidat adverse à l’élection présidentielle américaine annonce qu’il protègera le deuxième amendement de la constitution du pays ( Traduction : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Original : « A well regulated militia being necessary to the security of a free State, the right of the People to keep and bear arms shall not be infringed. », il gagne des votes. À mon avis, c’est de l’anarchie.
Il est particulièrement important de se rappeler que les élections ne sont pas une méthode pour découvrir la vérité, mais bien plutôt une méthode pour maintenir l’ordre en opérant un arbitrage entre les désirs contradictoires des uns et des autres. Les élections établissent non pas ce qu’est la vérité, mais ce que désire la majorité des gens. Or, les gens désirent souvent que la vérité soit autre chose que ce qu’elle est. Les réseaux démocratiques se dotent donc de mécanismes d’autocorrection pour protéger la vérité, y compris contre la volonté de la majorité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 169.
Des « mécanismes d’autocorrection pour protéger la vérité, y compris contre la volonté de la majorité », dites-vous ? Ce n’est pas le cas aux États-Unis d’Amérique dans le dossier des armes à feu. Et que dire lorsque le président de ce pays ridiculise les mécanismes d’autocorrection que sont les médias ?
L’irruption de la notion de « post-vérité », désignée comme mot de l’année 2016 par le dictionnaire d’Oxford, a suscité beaucoup de commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fake news, mais peu de réflexions de fond. Or, cette notion ne concerne pas seulement les liens entre politique et vérité, elle brouille la distinction essentielle du vrai et du faux, portant atteinte à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun.
En questionnant les rapports conflictuels entre politique et vérité, Myriam Revault d’Allonnes déconstruit nombre d’approximations et de confusions. Elle montre que le problème majeur de la politique n’est pas celui de sa conformité à la vérité mais qu’il est lié à la constitution de l’opinion publique et à l’exercice du jugement. L’exploration du « régime de vérité » de la politique éclaire ce qui distingue fondamentalement les systèmes démocratiques, exposés en permanence à la dissolution des repères de la certitude, à la tentation du relativisme et à la transformation des « vérités de fait » en opinions, des systèmes totalitaires, où la toute-puissance de l’idéologie fabrique un monde entièrement fictif.
Loin d’enrichir le monde, la « post-vérité » appauvrit l’imaginaire social et met en cause les jugements et les expériences sensibles que nous pouvons partager. Il est urgent de prendre conscience de la nature et de la portée du phénomène si nous voulons en conjurer les effets éthiques et politiques.
Myriam Revault d’Allonnes est professeur à l’École pratique des hautes études. Elle a publié de nombreux essais au Seuil, et notamment La Crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps (2012).
(...) les démocratie ne meurent pas uniquement quand les gens ne sont pas libres de parler, mais aussi quand les gens ne veulent pas ou ne peuvent pas écouter.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS - Une brève histoire des réseaux d'information de l'âge de pierre à l'IA, Première partie - Réseaux humains, chapitre 5 - Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 180.
Écouter pour parler, pour déformer ce qu’on a écouter. Souvent, le problème n’est pas que les gens ne veulent pas écouter et réfléchir à ce qu’ils ont écouté, non, le problème c’est que les gens ont une écoute très active, c’est-à-dire qu’ils déforment instantanément ce qu’ils entendent en opinion. Le relais de la réflexion ne fonctionne pas. L’écoute active, jadis une force dans la communication, n’est plus qu’une chaîne de réactions subjectives même face à une information objective ou, si vous préférez face à la réalité.
Pourquoi est-ce important de savoir bien communiquer?
Pour bien communiquer, il ne suffit pas de parler. Cela nécessite aussi une écoute active, de l’authenticité et de l’empathie. Dans le cadre de la communication, l’écoute active est une façon structurée d’écouter son interlocuteur et de lui répondre. Lorsque vous écoutez de façon active, votre attention se porte sur l’autre personne pour vous permettre de comprendre, d’interpréter et d’évaluer ce qu’elle vous dit.
L’essentiel est de communiquer sans porter de jugement. En milieu de travail, vous pouvez collaborer avec les gens pour établir des objectifs de rendement individuels réalistes, établir un calendrier de rétroaction et mesurer les progrès vers l’atteinte de ces objectifs. Ces techniques faciliteront l’établissement d’une relation de travail plus efficace et plus positive.
Tweets, sms, emails, posts, etc. se multiplient et rebondissent, circulant à une telle vitesse qu’ils deviennent irrattrapables — les agressifs et les toxiques aussi vite relayés que les sympathiques. La facilité et la rapidité avec lesquelles nous pouvons nous exprimer tout autant que l’idée que nous existons que si nous communiquons nous ont fait oublier les vertus du silence. Happés par ce tourbillon compulsif et communicationnel, nous devons réapprendre à nous taire pour redevenir conscients de ce que nous ressentons avant de le dire, pour redonner du poids et de la bienveillance à notre communication , pour ne pas regretter d’avoir parlé . Savoir se taire est la force cachée de la personne qui agit en pleine conscience et sait s’exprimer à bon escient et avec les mots justes .
L’expression « hystérie de la parole » me plaît car elle reflète fort bien les gens qui parlent beaucoup trop et sans arrêt, qui verbalisent à outrance, souvent en sautant du coq à l’âne ou en se perdant dans moult détails. J’ai déjà interrompu une telle personne en lui disant : « Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées ».
La deuxième partie de NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA s’intitule « Le réseau inorganique », c’est-à-dire le réseau d’information dont les membres sont inorganiques, soient les ordinateurs, contrairement aux êtres organiques que nous sommes et qui assuraient jusque-là les échanges.
Nous analyserons les relations précises entre les termes « ordinateurs », « algorithme » et « IA » dans la dernière partie du présent chapitre une que nous aurons acquis une meilleure compréhension de l’histoire des ordinateurs. Pour le moment, nous nous contenterons de préciser qu’en substance, un ordinateur est une machine potentiellement capable d’accomplir deux choses remarquables : prendre d’elle-même des décisions, et créer d’elle-même de nouvelles idées. (…)
L’avènement de machines intelligentes capables de prendre des décisions et de créer de nouvelles idées signifie que, pour la première fois dans l’histoire, le pouvoir s’éloigne de l’homme et glisse vers une autre entité. (…)
(…) En termes d’intelligence, ils (ordinateurs) dépassent de loin non seulement les bombes atomiques, mais toutes les technologies de l’information antérieures, comme les tablettes d’argile, les presses à imprimer et les postes de radio. (…) Là où presses à imprimer et postes de radio n’étaient que des outils passifs dans la main de l’homme, les ordinateur sont en passe de devenir des agents actifs échappant à notre contrôle et à notre compréhension, et sont à même de prendre des initiatives pour façonner la société, la culture et l’histoire.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 6 – Les nouveaux membres: en quoi les ordinateurs sont différents des presses à imprimer, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 241-243.
Bref, les technologies étaient alors des outils maniés par les agents organiques (humains) alors que les ordinateurs sont des agents inorganiques capables de prendre des décisions et de créer de nouvelles idées par eux-mêmes. Cette nouvelle entité inorganique suscite la peur au fur et à mesure qu’elle monte en puissance décisionnelle et créatrice par auto-apprentissage (IA). La science fiction a souvent mise en scène cette peur notamment dans le célèbre film 2001 : l’odyssée de l’espace en avril 1968.
La peur d’ordinateurs puissants n’a commencé à hanter l’humanité qu’au début de l’ère informatique, au mitant du XXe siècle. Mais depuis toujours, les humains sont hantés par une peur beaucoup plus profonde : nous avons toujours eu conscience du pouvoir qu’avaient les histoires et les images de manipuler nos esprits et de créer des illusions. Par conséquent, depuis la nuit des temps, les humains ont toujours craint d’être enfermés dans un monde d’illusions. Dans la Grèce antique, déjà, Platon livrait sa fameuse allégorie de la caverne, dans laquelle un groupe d’individus passent toute leur vie enchaînés au fond d’une grotte, face à une paroi nu — un écran. Sur cet écran, ils voient défiler différentes ombres projetées. Les prisonniers prennent à tort ces illusions qui s’offrent à leur regard pour la réalité. Dans l’Inde antique, les sages bouddhistes et hindous affirmaient que tous les humains vivaient emprisonnées à l’intérieur de la Mãyã — le monde des illusions. Ce que nous prenons généralement pour la « réalité » n’est souvent qu’une simple fiction dans nos esprits. Les hommes sont parfois prêts à mener des guerres atroces, à tuer et à accepter le risque d’être eux-mêmes tués, à cause de leur croyance en telle ou telle illusion. Au début de XVIIe siècle, Renée Descartes craignait d’être maintenu enfermé dans un monde d’illusions par un « mauvais génie » qui créerait tout ce qu’il voyait et entendait. La révolution numérique nous confronte aujourd’hui à la caverne de Platon, à la Mãyã, au mauvais génie de Descartes.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 6 – Les nouveaux membres: en quoi les ordinateurs sont différents des presses à imprimer, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 263.
Yuval Noah Harari ne parle quasiment pas de la philosophie dans son livre NEXUS. La citation ci-dessus est l’un des seuls exemples, un peu élaboré. On n’a une idée du pourquoi au sous-titre « Le nazi kantien » au chapitre 8 intitulé « Faillible : les réseau a souvent tort ». Le texte de ce sous-titre est beaucoup trop simpliste pour associer « nazi » et « kantien ». Voici un très court passage de ce sous-titre qui, même hors contexte, place l’historien Yuval Noah Harari en porte-à-faux avec la philosophie.
La nazi kantien
Depuis des millénaires, les philosophes n’ont cessé de chercher une définition du but ultime qui ne repose pas sur l’alignement avec un but plus élevé encore. Tous ont été attirés par deux solutions potentielles, connues dans le jargon philosophique sous les noms de déontologisme et d’utilitarisme. Les déontologistes (du grec deon, qui signifie « devoir ») pensent qu’il existe des devoirs moraux universels qui s’appliquent à tout le monde. Ces règles morales ne reposent pas sur l’alignement avec un but plus élevé : elles sont intrinsèquement bonnes. Si de telles règles existent réellement, et que nous parvenons à trouver un moyen de les programmer dans des ordinateurs, alors nous pourrons faire en sorte que le réseau informatique soit une force au service du bien.
Mais que signifie « intrinsèquement bonnes, au juste ? On doit la plus célèbre tentative de définir une règle intrinsèquement bonne au philosophe Emmanuel Kant, un contemporain de Clausewitz et Napoléon. D’après Kant, toute règle que je souhaiterait rendre universelle est intrinsèquement bonne. En vertu de ce conception, une personne sur le point d’en assassiner une autre devrait s’arrêter et se soumettre au processus suivant : « Je vais assassiner un être humain. Aimerais-je établir une règle universelle stipulant qu’il n’y a pas de mal à tuer des êtres humains ? Si une telle règle universelle est mise en place, alors n’importe qui pourrait m’assassiner. Donc, il ne devrai pas exister de règle universelle autorisant le meurtre. D’où il s’ensuit que moi non plus, je ne devais pas tuer. » Pour le dire simplement, Kant reformule la règle d’or immémoriale : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux » (Mathieu 7:12).
Cela semble une idée simpliste évidente : chacun de nous devrait se comporter de la manière dont il voudrait que tous les autres se comportent. Mais les idées qui semblent bonne dans le royaume éthéré de la philosophie ont souvent du mal à se transposer sur les terres rugueuses de l’histoire. La question clé que tout historien poserait à Kant est la suivante : quand vous parlez de règles universelles, quelle définition donnez-vous à cet adjectif ? C’est ce qu’on fait, par exemple, Wirathu et les autres extrémistes anti-Rohingyas. En que que moine bouddhiste, Wirathu était certainement opposé à l’idée universelle d’assassiner des humains. Mais il n’estimait pas que cette règle universelle s’appliquait lorsqu’on tuait des Rohingyas, considérés comme des sous-hommes. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 8 – Faillible : le réseau a souvent tort, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 334-335.
À mes yeux, Yuval Noah Harari perd toute crédibilité face au rôle de la philosophie dans l’histoire en nommant la discipline comme un « royaume », et ce royaume comme étant « éthéré » et qu’il soutient que les idées philosophiques « ont souvent du mal à se transposer sur les terres rugueuses de l’histoire ». La philosophie ne se compare pas et de loin avec un royaume où un roi gouvernent ses sujets. Aucun philosophe ne s’est imposé ou s’impose de nos jours comme un roi ou chef d’un royaume. Et la philosophie est loin de s’élever au-dessus des choses terrestres puisqu’elle elle-même reconnue comme un mode de vie.
Aussi, une question a retenu mon attention tout au long de ma lecture de NEXUS : quel rôle les réseaux d’information ont joué dans la propagation de la philosophie et, par conséquent, son influence sur l’histoire humaine ? NEXUS ne répond pas à cette question même si la philosophie constitue en soi un « nexus », un réseau d’information dont l’influence pèse lourd sur l’histoire de l’humanité depuis plus de deux milles ans. Et rares sont les réseaux d’information ayant ainsi entrer dans le langage populaire.
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Charles Robin
Tous philosophes ?
L’inconscient philosophique
Saviez-vous qu’un enfant qui dit « Je n’ai pas fait exprès » manifestait en fait son adhésion à la morale déontologiste de Kant ?
Saviez-vous que le fait de dire « Je fais ce que je veux » traduisait un net penchant pour l’existentialisme de Sartre et son rejet du déterminisme ?
Saviez-vous enfin que quelqu’un qui vous disait « Je t’aime » était en réalité victime d’un stratagème de la nature ? Aimer, pour Schopenhauer, c’est d’abord vouloir… reproduire l’espèce !
Avant-propos
Honnie par les foules et combattue par les hommes de pouvoir, la philosophie est parfois obligée de trouver refuge dans les interstices du langage quotidien pour continuer à survivre. C’est de manière invisible (et imprévisible) qu’elle s’immisce dans nos paroles les plus triviales, au point, bien souvent, de nous laisser perplexes quant à la profondeur que certains esprits fantaisistes voudraient leur prêter.
Que notre lecteur soit prévenu : nous faisons partie de ces esprits-là !
Le langage est le véhicule de la philosophie, comme il est le véhicule de toute pensée qui cherche à s’exprimer. Sans langage, la pensée est pour ainsi dire réduite à l’isolement. Elle a besoin d’un canal de diffusion pour pouvoir se faire connaître et communiquer avec d’autres pensées. Le langage est ce canal.
C’est par les phrases que nous prononçons chaque jour que nous informons nos interlocuteurs sur notre personnalité philosophique : nos convictions, nos croyances, nos doutes, nos préjugés…
Lorsque nous formulons une opinion, aussi anodine puisse-t- elle nous sembler, c’est toute une conception philosophique que nous engageons avec elle. Y compris inconsciemment. Surtout inconsciemment.
La question du langage occupe une place centrale dans la psychanalyse, qui en fait l’un des supports de révélation privilégiés de
l’inconscient. S’il est vrai que nos mots peuvent parfois dépasser notre pensée, ils peuvent également la trahir en la faisant remonter à la surface de nos lèvres, contre son gré en quelque sorte. On citera ici un exemple bien connu, celui du lapsus (dit précisément révélateur pour cette raison) que les psychanalystes interprètent comme un symptôme de la pression exercée sur nos pensées par nos désirs refoulés dans l’inconscient.
C’est à dévoiler l’inconscient philosophique de nos petites phrases de tous les jours que ce livre souhaiterait contribuer.
Des petites phrases qui, à force d’être entendues et répétées autour de nous, finissent par ne plus susciter aucun questionnement de notre part. Des petites phrases que l’habitude a condamnées à
l’indifférence, alors qu’elles sont le miroir dans lequel se reflètent nos pensées les plus enracinées.
Lorsque nous prononçons une phrase aussi banale que « Je fais ce que je veux », sommes-nous vraiment sûrs d’en mesurer toutes les implications ? Avons-nous jamais réfléchi à ce que signifiait le fait de dire « Chacun sa vérité » quand notre intention était seulement de plaider pour le respect de la pluralité des opinions ? Comment expliquer l’appréhension qui accompagne si souvent les mots « Je t’aime » qui ne devraient théoriquement faire naître que bonheur et légèreté ? Tel est le type de réflexion auquel nous invitons notre lecteur.
Une réflexion sur ce que nos paroles révèlent sur notre époque et sur nous-mêmes, à l’heure où le sens des mots tend de plus en plus à se diluer dans la profusion des messages et le règne médiatique du slogan.
Pour conclure ce rapport de lecture, je retiens la proposition de Yuval Noah Harari à savoir le création d’un droit à l’explication lorsque la décision prise implique un algorithme opaque. L’auteur se réfère à L’affaire Loomis mettant en cause la peine prononcée contre l’accusée Eric Loomis par la Cour de justice de l’État du Wisconsin aux États-Unis.
L’affaire Loomis
Les fantômes de Descartes et de Grotius à l’assaut de la justice ? 1
Khaled DIKA – 20 avril 2020
Résumé : Nous présentons dans cet article l’affaire E. Loomis (State v. Loo- mis, 881 N.W.2d 749 (Wis. 2016)). Cette affaire a eu un grand retentissement à cause de l’utilisation dans l’instance d’un algorithme qui estime une probabilité de récidive et surtout à cause des conséquences dramatiques de cette utilisation. Nous parlons de l’algorithme secret de COMPAS et de son rôle au cœur de cette affaire. Nous présentons des analyses de plusieurs juristes qui ont conclu à une violation de droits fondamentaux dans l’affaire Loomis et nous apportons nos propres contributions à ce débat. Nous déconstruisons ensuite quelques dis- cours axés sur le caractère disruptif de l’usage des « nouvelles technologies » en montrant l’ancrage de ces discours dans des courants philosophiques du XVIIe siècle. Nous analysons l’éventualité d’un usage des algorithmes d’évaluation du risque de récidive dans une décision qui porte sur la libération conditionnelle, pour montrer le caractère non constitutionnel d’un tel usage hypothétique. Dans la conclusion nous plaidons l’importance des analyses relevant de la philosophie du droit pour mieux comprendre les enjeux de cette affaire et afin de ne pas restreindre les débats à des considérations techniques de « validité statistique » ou de performance d’un modèle.
Voir aussi : Clarisse Valmalette. L’algorithme de dangerosité pénale aux États-Unis : vers une érosion des droits fondamentaux du procès. Annuaire internationale de justice constitutionnelle, 2020, XXXV. https://hal.science/hal-03169476v1.
(…) Au début des années 2020, les citoyens de nombreux pays se voient régulièrement infliger des peines d’emprisonnement fondées en partie sur une évaluation des risques par des algorithmes auxquels ni les juges ni les accusés ne comprennent rien. Et encore, ces peines de prison ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Le droit à une explication
Outre les peines d’emprisonnement, les algorithmes jouent un rôle sans cesse plus important dans de nombreuses décisions nous concernant, certaines insignifiantes, d’autres à même de changer le cours d’une vie : nous admettre à l’université, nous offrir un travail, nous accorder de l’aide sociale ou un prêt. Ils contribuent également à déterminer quels traitements médicaux nous recevons, le montant de nos primes d’assurance, les actualités qui nous parviennent et qui pourrait vouloir sortir avec nous.
En confiant une proportions dans cesse croissante des décisions aux ordinateurs, les sociétés mettent en péril la viabilité même des mécanismes d’autocorrection démocratique, mais aussi de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes propres à la démocratie. Comment des fonctionnaires élus pourraient-ils réglementer des algorithmes impénétrables ? La consécration d’un nouveau droit de l’homme est par conséquent de plus en plus réclamée : le droit à une explication. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Troisième partie – Politique informatique, chapitre 9 – Démocraties : une conversation impossible ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 392-393.
Propriétés d’entreprises privées, les algorithmes sont des secrets commerciaux dont elles me veulent pas révéler la méthodologie, même lorsqu’il s’agit de décisions prisent par des administrations publiques sur la base de ces algorithmes. Je pense que le droit à une explication doit être précédé d’un droit à la divulgation et à l’identification de l’algorithme impliqué dans la décision qui nous concerne.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
J’accorde 5 étoiles sur cinq au livre L’étonnement philosophique : Une histoire de la philosophie de Jeanne Hersch paru chez Gallimard, Collection Folio Essais (n° 216) en 1993.
J’en recommande la lecture.
Lire mon rapport de lecture à la suite la présentation du livre et de son auteur
Texte en quatrième de couverture
L’originalité de cet ouvrage, très vite devenu une référence, est de réorganiser le développement de la philosophie en Occident à partir, non plus de ses principales thèses, mais de sa nature même, de son objet premier : l’étonnement.
L’étonnement est cette capacité qu’il y a à s’interroger sur une évidence aveuglante. La première des évidences est qu’il y a de l’être, qu’il existe matière et monde. De cette question apparemment toute simple est née voilà des siècles en Grèce un type de réflexion qui depuis lors n’a cessé de relancer la pensée : la philosophie.
L’histoire de cet étonnement, toujours repris, sans cesse à vif, continûment reformulé, Jeanne Hersch nous la raconte à partir de quelques philosophes occidentaux : les présocratiques, Socrate, Platon, Aristote, les épicuriens, les stoïciens, saint Augustin, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Leibniz, Locke, Kant, Hegel, Comte, Marx, Freud, Bergson, Kierkegaard, Nietzsche, Husserl, Heidegger, Jaspers. Aussi cette histoire de la philosophie nous dit-elle, en réalité, comment la philosophie fut en tout temps, actuelle.
Jeanne Hersch (juillet 1910 – juin 2000 à Genève) fut pendant vingt ans professeur de philosophie à l’université de Genève. Elle dirigea la division de philosophie à l’Unesco et publia, entres autres ouvrages, L’illusion philosophique, L’être et la forme, Idéologie et réalité, Le droit d’être un homme, Éclairer l’obscur. Elle a traduit Philosophie de Karl Jaspers.
TABLE DES MATIÈRES
Avertissement
L’École de Milet : Thalès (environ 600 av. J.-C.)
Ecole ionienne et Ecole éléate : Héraclite (env. – 550-480 av. J.-C.) et Parménide (env. 500 av. J.-C.)
Zénon (env. 490 – 430 av. J.-C.)
Socrate (470-430 av. J.-C.)
Platon (427-347 av. J.-C.)
Aristote (384 -322 av. J.-C.)
Les Épicuriens (IVème et IIIème siècles av. J.-C.)
Les Stoïciens (IIIème siècle av. J.-C.)
Saint Augustin (354 – 430 ap. J.-C.)
La philosophie médiévale
Thomas d’Aquin (1225 – 1274)
La Renaissance (XVème et XVIème siècles)
René Descartes (1576-1650)
Spinoza (1632-1650)
Leibniz (1646-1716)
L’empirisme anglais
John Locke (1632-1704)
George Berkeley (1685-1753)
David Hume (1711-1776)
Emmanuel Kant (1724-1804)
De Kant à l’idéalisme allemand
Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831)
Auguste Comte (1789-1857)
Karl Marx (1818-1883)
Sigmund Freud (1873-1939)
Henri Bergson (1859-1941)
Sören Kierkegaard (1813-1900)
Friedrich Nietzsche
Après Kierkegaard et Nietzsche
Edmund Husserl (1859-1938)
Martin Heidegger (1889-1976)
Karl Jaspers (1883-1969)
La philosophie aujourd’hui
EXTRAIT
AVERTISSEMENT
Le présent ouvrage n’est pas une histoire traditionnelle de la philosophie. Je vais seulement tenter de montrer, à propos de quelques exemples choisis dans plus de deux mille ans de pensée occidentale, comment et à propos de quoi certains hommes ont été saisis d’étonnement, de cet étonnement dont la philosophie est née.
Quelle a été la nature, quelle a été l’occasion de cet étonnement ? Comment s’est-il exprimé ?
Il ne m’est pas possible ici de le suivre à la trace de façon continue, d’établir un exposé relativement complet. Je ferai délibérément un choix pour m’attacher à quelques points de repère, quelques tournants de la pensée, quelques moments privilégiés où un regard plus neuf ou plus naïf a fait surgir les quelques questions essentielles qui, désormais, ne cessent de se poser pour peu qu’on renonce à les dissimuler par le bavardage ou la banalité.
Savoir s’étonner, c’est le propre de l’homme. Il s’agit ici de susciter à nouveau cet étonnement. Le lecteur, je l’espère, retrouvera sa capacité d’étonnement dans l’étonnement d’autrui. Il saura le reconnaître. Il dira : « Oui, c’est bien ça. Comment se fait-il que je ne me sois pas encore étonné à ce sujet ? »
Tel est chez l’homme le processus créateur, capable d’amener le lecteur à philosopher lui-même.
J’espère aussi, chemin faisant, lui transmettre un minimum de moyens qui lui permettront d’exprimer son étonnement, ou du moins de lire les textes de ceux qui se sont « étonnés » avant lui.
Mais l’homme du XXe siècle peut-il encore « s’étonner » ou même s’émerveiller ? Nous vivons à l’âge de la science. Nous croyons presque tout savoir, ou du moins pouvoir tout savoir. Et pourtant, il y a toujours et il y aura toujours des êtres humains pour s’étonner. L’étonnement est essentiel à la condition d’homme. Il ne suffit pas d’être le contemporain de grands hommes de science pour échapper déjà à l’ignorance. Et parmi les physiciens eux-mêmes, il y en a qui continuent à s’étonner — non les « demis » ou les « quarts » de
physiciens, mais les plus grands. Leurs œuvres sont pleines d’un étonnement métaphysique et philosophique, semblable à celui des enfants. «… Comme des enfants…», dit la Bible, c’est ce que nous devons devenir pour comprendre de quoi il s’agit. Il nous faut dépouiller l’arrogance adulte, qui considère tout le passé avec condescendance, du haut de la magnificence de la science moderne.
Nous traiterons d’abord de l’étonnement des hommes qui vécurent au début de la période antique grecque, et qui « s’étonnèrent » autour du VIe siècle avant J.-C., en Grande-Grèce, en Asie Mineure, en Sicile. Nous ne nous hâterons pas de juger : « Quelles sottes questions ils ont posées, et quelles sottes réponses ils ont trouvées ! Tout cela n’a plus aucun intérêt pour nous aujourd’hui. »
Nous ne parlerons pas de la philosophie en général, mais nous nous attacherons à tel ou tel philosophe pour apprendre à connaître sa manière de s’étonner et surmonter ainsi l’étrangeté supposée de la philosophie. Chacun d’entre nous possède en vérité une certaine expérience philosophique qui lui est propre : chaque fois que nous nous trouvons devant une véritable décision à prendre, nous nous interrogeons nous-mêmes, sans le savoir, philosophiquement. Les enfants, autour de leur cinquième année, posent des questions philosophiques ; les jeunes de quinze ou seize ans aussi.
Nous nous garderons donc de toute condescendance face aux penseurs du passé, fût-ce les plus anciens. En vérité leur étonnement philosophique radical, qui en leur temps était tout neuf, témoigne de la force créatrice et de la capacité d’invention de l’homme. C’est ce qui leur a permis de poser leurs étranges questions. Ils étaient de très grands esprits. Ne l’oublions pas. Dès le début, nous avons affaire à des philosophes capables d’étonnement, capables de dépasser ce qui, dans la vie quotidienne, va sans dire pour poser des questions fondamentales.
« Licence: CC BY-SA 4.0. You must give appropriate credit (Library Am Guisanplatz, Collection Rutishauser), provide a link to the license, and indicate if changes were made. » Quote from [2]
Jeanne Hersch (née le 13 juillet 1910 à Genève et morte le 5 juin 2000 dans la même ville) est une philosophe suisse, reconnue internationalement, dont l’œuvre a pour centre la notion de liberté et les concepts qui s’y rattachent. Elle a été professeure de philosophie à l’université de Genève, directrice de la division philosophique de l’UNESCO, et représentante de la Suisse au conseil exécutif de cette même organisation. Wikipédia
Œuvres
Jeanne Hersch est l’autrice d’une quinzaine d’ouvrages. Malgré sa retraite en 1977, elle a continué à écrire ; c’est même de cette période que datent certains de ces ouvrages les plus importants, notamment Éclairer l’Obscur. Ce titre résume sa démarche telle qu’elle l’a expliquée à la fin du long entretien accordé à la Télévision romande en 1972 : la clarté de la parole est le meilleur moyen de révéler la profondeur et la complexité d’un concept, comme une torche qui éclaire le fond d’un puits, dit-elle (En Direct avec, 21 février 1972, entretien avec Gaston Nicole et Roland Bahy, archives RTS). En 1993 paraît L’Étonnement philosophique, dans lequel elle refait l’histoire de la philosophie à partir de l’étonnement, compris comme capacité fondamentale d’interroger et de mettre en doute les évidences.
1936 : L’Illusion philosophique, Plon, 1964 [1936]. 1940 : Temps alternés, Metropolis, 1990, (ISBN 2-88340-009-1). 1946 : L’être et la forme, La Baconnière, 1946. 1956 : Idéologies et réalité. Essai d’orientation politique, Plon, 1956 1956 : Traduction du polonais en français de Sur les bords de l’Issa, de Czes?aw Mi?osz 1968 : Le droit d’être un homme, UNESCO, Payot, 1956. 1978 : Karl Jaspers, Éd. L’Âge d’Homme, poche, 2007 [1978], (ISBN 2-8251-1727-7) 1981 : L’étonnement philosophique (De l’école Milet à Karl Jaspers, Poche, Gallimard, 1999 [1981], (ISBN 2-07-032784-1)) 1981 : L’ennemi c’est le nihilisme, Genève, Georg, 1981. 1985 : Textes, Fribourg, Le feu de nuict (sic), 1985 1986 : Éclairer l’obscur, Lausanne, l’Âge d’Homme, 1986 1986 : Traduction en français de Philosophie, de Karl Jaspers 1986 : Temps et musique, Fribourg, Le feu de nuict ( [sic]), 1986 1991 : La Suisse, État de droit : le retrait d’Elisabeth Kopp, (J. Hersch, Dir.) Lausanne, L’Âge d’Homme, 1991 (ISBN 2-8251-0186-9). 2008 : L’exigence absolue de la liberté : textes sur les droits humains (1973-1995), M?tisPresses, coll. « Voltiges », 2008 (ISBN 2-940406-06-5).
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
À la lecture de ce livre, j’ai situe beaucoup mieux la philosophie dans le monde des idées, des idées qui innovent, des idées qui se complètent, des idées qui se contredisent, des idées qui questionnent, des idées qui critiquent d’autres idées… Dans ce contexte, les hypothèses développées par les philosophes au cours des siècles demeurent subjectives, sous l’influence de la subjectivité des philosophes. Par conséquent, chacun de nous peut exercer sa liberté d’adhésion aux différentes hypothèses. Je comprends mieux le profit de notre liberté dans ma propre compréhension des différentes philosophies, des différents mouvements philosophiques, et de ma propre subjectivité. Ce qui retient mon attention me livre de sérieux indices sur ma subjectivité.
Cette liberté fut mon étonnement philosophique au cours de cette lecture. Je n’ai plus à m’imposer une adhésion obligatoire parce que je comprends l’objectivité de l’hypothèse avancée par l’un et l’autre des philosophes. Je m’illusionnais. Jeanne Hersch m’a libéré et je suis désormais fort aise de comprendre ou non la logique de chaque philosophe pour m’attarder librement aux idées suggérées par les philosophes.
C’est sans doute le recul exercé par Jeanne Hersch qui me donne cette nouvelle liberté. Elle ne propose pas l’histoire de la philosophie mais bel et bien «Une histoire de la philosophie». On relève dans ce sous titre de son ouvrage une certaine distance face à sa propre compréhension de l’histoire de philosophie. D’ailleurs, Jeanne Hersch ne se gêne pas pour commenter personnellement ici et là certaines idées historiques de la philosophie.
L’École de Milet : Thalès (environ 600 av. J.-C.)
Dans ces temps anciens, la profession de « philosophe » n’existait pas. Les philosophes étaient en même temps des savants, des mathématicien, des géomètres, des astronomes. Ils s’intéressaient aux éclipses du soleil et de la lune, aux nombres et aux calculs, aux figures de la géométrie et à leurs propriétés. Ainsi l’école philosophique la plus ancienne, la célèbre École de Milet, en Asie Mineure, a été fondée par Thalès, l’inventeur du théorème faisant du cercle le lieu géométrique des angles droits construits sur un segment de droite.
Il s’agit donc de puissants esprits, qui étaient, par rapport au savoir de leur temps, des esprits universels. Ce qui suscita avant tout leur étonnement, ce fut le changement. Nous visons dans un monde où tout ne cesse de changer. (…)
La première question se pose à peu près ainsi : « Qu’y a-t-il donc qui persiste à travers tout le changement ? » La première réponse philosophique donnée à cette question fut la suivante : c’est la substance qui persiste dans tout ce qui change et ne cesse de passer. Il doit bien y avoir quelque chose qui se maintient dans l’être ; sinon, il n’y aurait depuis longtemps plus rien.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, l’École de Milet, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 11-12.
Ecole ionienne et Ecole éléate : Héraclite (env. – 550-480 av. J.-C.) et Parménide (env. 500 av. J.-C.)
En ces temps anciens, on s’est encore posé d’autres problèmes, par exemple celui du temps qui passe. On ne le pose pas encore directement, mais en liaisons avec les cycles de l’univers — une idée d’origine orientale, que d’anciens philosophes lièrent à celle de l’éternel retour. Ils supposèrent un vaste cycle universel, englobant la totalité des changements, et comme ils admettaient rien ne se perd, ils admirent un perpétuel recommencement, un « éternel retour ».
Nous allons maintenant considérer deux écoles, contemporaines et contrastées, l’École ionienne, dont le grand philosophe fut Héraclite, et l’École éléate, dont le grand philosophe fut Parménide.
(…)
Héraclite reprend la question posée à Milet : Qu’est-ce qui persiste à travers le changement ? Sa réponse : le changement lui-même.
Le changement, c’est l’être des choses. (…)
(…)
Retenons donc ceci : Héraclite met l’accent sur le multiple, sur les contraires, sur le changement, sur le combat, sur l’écoulement. La seule substance, c’est pour lui le changement lui-même. Mais il y a un principe régulateur, le logos.
Parménide était contemporain d’Héraclite et son grand adversaire. Il fonda l’École éléate.
La pensée d’Héraclite se développe à partir du monde qu’il a sous les yeux, du changement, des données sensibles, de l’univers naturel. La pensée de Parménide se fonde sur les exigences de la logique. Il affirme avec une puissance exceptionnelle les principe d’identité et il l’installe dans l’être même. Ainsi les impossibilités logiques so9nt du même coup des impossibilité ontologiques (au niveau de l’être). Il dit : Je peux dire « L’être est », mais je ne peux pas dire « les non-être est ». Pourquoi ? Parce que ce serait une contradiction, ce serait me contredire.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Héraclite et Parménide, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 14-18.
Zénon (env. 490 – 430 av. J.-C.)
Zénon d’Élée fut un disciple de Parménide. Il inventa des sophismes et des paradoxes. En grec, sophos signifie « sage » ; les sophismes sont des raisonnements qui ont l’air vrais et qui sont pourtant manifestement faux. Il y a eu recours pour venir en aide à son maître.
Quand Parménide disait : seul l’être existe, il n’y a pas de non-être, le devenir et l’éphémère n’appartiennent qu’au domaine de l’opinion, non de la vérité. ses paroles heurtaient par trop l’expérience quotidienne des hommes. Zénon, pour combattre cette évidence empirique trop puissante, entreprend de montrer que si le mouvement et le changement règnent en effet sur notre expérience de la réalité, nous sommes pourtant incapables de les penser.. Toute une série de sophisme lui serviront à la prouver. En voir un exemple, particulièrement simple et beau : un archer tend son arc et fait partir une flèche. Cette flèche trace une trajectoire dans l’espace. Zénon, fait observer ceci : vous voyez cette flèche. À un certain instant, elle se trouve en un lieu A de sa trajectoire. Un peu plus tard, elle occupe le lieu B. Entre les deux, elle a occupé un lieu A, et entre le lieu A et le lieu A, elle a occupé un lieu A ». A tout instant, la flèche a occupé un lieu déterminé.
(…)
Zénon touche ainsi, avec une simplicité qui émerveille, la problématique du mouvement en son centre.
(…)
Zénon d’Élée nous montre que, tout bien considéré. nous ne pensons pas le mouvement. Certes, nous voyons voler la flèche, mais nous ne pouvons pas penser son mouvement parce que notre esprit est fait pour l’immuable, l’identique, l’éternel. Et pourtant, nous voici vivant et peinant dans ce monde où tout est éphémère et changeant.
Socrate était d’origine modeste. On a souvent fait de lui un portrait contrasté avec celui de son disciple, Platon. Platon, aristocrate, beau comme un dieu, Socrate, lourd et laid. Il n’était pas un grand orateur, selon le goût antique. Seul de toute la tradition philosophique européenne, il n’a pas écrit une ligne. Et pourtant, c’est ce philosophe qui a exercé la plus forte influence au cours des siècles.
Pourquoi n’a-t-il rien écrit ? On peut supposer que ce fut parce qu’il ne croyait pas à une vérité séparable de celui qui l’énonce et de l’instant où elle est énoncée.
Pour lui, les « vérité » ne sont pas comme des choses, elles sont philosophiques. Qu’est-ce donc un vérité philosophique ?
Une vérité philosophique n’est pas simplement un énoncé se rapportant de façon adéquate à un état de fait objectif, indépendamment de celui qui parle ou qui écrit. C’est un énoncé par lequel un être humain responsable, libre, assume une vérité, la fait sienne, la fait « vérité » par la manière dont il s’engage envers elle. C’est dire que pour Socrate, une vérité dite théorique est toujours en même temps une vérité pratique, qui dépend de celui qui la saisit — de l’action qu’elle exerce sur lui, de ce qu’elle fait de lui. On l’appellerait aujourd’hui vérité existentielle.
La question principale posée par Socrate fut : comment faut-il vivre pour vivre selon le bien ? Nous le voyons : sa préoccupation centrale est bien différente de celle des penseurs précédents. Il est le premier à s’être étonné de cette obligation qu’a l’être humain de diriger sa vie, d’orienter ses actes vers le bien, selon des voies qu’il lui faut trouver lui-même.
Selon Socrate, donc, nous ne faisons le mal que par ignorance. Par conséquent, si nous voulons connaître le vrai et développer en nous notre exigence du vrai, il nous faut co9mmencer par travailler sur nous-mêmes. D’où la célèbre maxime de Socrate : « Connais-toi toi-même ». Connais-toi toi-même, la formule n’a rien à voir avec des interprétations psychanalytiques, avec l’introspection, avec la contemplation intérieure.
Nous connaître nous-même, cela signifie : découvrir en nous la racine la plus profonde de notre sens pour le vrai, mais aussi les faiblesses et les manques de cette racine ; découvrir également notre non-savoir ; nos tendances à l’illusion ; notre penchant à nous tromper nous-mêmes. Tout cela est contenu dans le « Connais-toi toi-même ».
Il ne s’agit pas d’un simple regard dans le miroir de la réflexion, d’une façon de se voir et de se décrire. Il s’agit d’une action. Ici encore, au cœur de l’influence socratique s’unissent théorie et pratique.
Toute prétention à une connaissance, toute possession d’un savoir doit être en quelque sorte traversée et dépassée afin que soit aiguisé par là le sens que nous avons du vrai, du bien. Telle est l’intention centrale de la pensée platonicienne. Au coeur de cet enseignement, nous trouvons la théorie des idées. Platon est le philosophe des Idées.
On peut dire que Platon a repris l’ancien problème posé par l’école de Milet : qu’est-ce qui persiste à travers le devenir éphémère ? Tout passe, tout ce que nous percevons à travers nos sens finit par dépérir et disparaître. Qu’y a-t-il donc de permanent ? Réponse de Platon : ce sont les Idées. Que sont-elles, ces Idées ? Elles sont la vraie vérité, celle dont dérive l’être des choses dans le monde.
Les Idées ne sont pas « réelles » dans le même sens que les choses. Elles sont, en un, être et valeur. Elles sont source de l’être des choses, et, en même temps, source du bien. L’être est en même temps valeur. L’être est valeur. Être, c’est valoir.
Au niveau des choses sensibles, nous ne pouvons, selon Platon, avoir que des opinions, plus ou moins probables, puisque le réalité empirique elle-même appartient au domaine de l’approximation. La connaissance vraie n’existe qu’au niveau des Idées. L’homme se tient dans l’entre-deux, entre le monde sensible et les Idées. Il ne peut pas renoncer aux idées car – qu’il veuille ou non – elles lui sont essentielles; il ne peut pas davantage négliger les choses sensibles car – qu’il le veuille ou non – c’est à travers elles qu’il doit cherche à se ressouvenir.
Le système d’Aristote représente un sommet, mais un sommet d’une sorte différente de l’œuvre de Platon. Celle-ci domine la pensée philosophique par son intensité et sa profondeur. La réflexion qu’elle exige fait mûrir l’esprit dans toutes les directions.
Chez Aristote, nous trouvons l’une des trois grandes synthèses réalisées par la pensée philosophique au cours de son histoire. Dans l’Antiquité, au Moyen-Âge, à l’époque moderne, il y eut chaque fois un philosophe pour tenter d’unifier en un système tout le savoir de son temps : Aristote, Thomas d’Aquin, Hegel. Leurs œuvres constituent les trois plus grands système de la pensée européenne.
Systèmes
Il ne faudrait pas s’y tromper : aucun des ces synthèses ne représente un simple somme de savoir, ni même une simple mise en ordre du savoir à l’intérieur du système, qui serait comme une armoire bien rangée. Un système, c’est autre chose, c’est un concept, en philosophie, assez difficile à cerner.
Certains philosophes ont horreur de tout système, nécessairement mensonger par nature à leur yeux : l’image qu’ils donnent d’un savoir unitaire se refermant sur lui-même est contraire dans son essence à une pensée vraiment philosophique. (…)
D’autres penseurs, à l’inverse, comme par exemple Aristote, refusent, au nom de l’exigence philosophique elle-même, de s’en tenir à des problèmes partiels ou ponctuels, et leur réflexion a besoin de s’achever dans un tout. Ils considèrent que toute démarche philosophique a pour tâche de donner forme à une totalité.
Aujourd’hui, on abuse souvent du concept de totalité, mais bien employé il remplit en philosophie une fonction légitime et nécessaire. L’esprit philosophique naît de l’unité d’une personne. Il témoigne de l’unité d’un processus de pensée. La signe extérieur de l’unité d’un sujet spirituel, c’est justement la forme unitaire qu’il donne à ce que sa pensée produit. Cette unité qu’il nous présente, c’est justement son système. Un système, c’est l’invention, la création d’une forme. Pour un penseur systématique, tout le savoir de son temps, qu’il organise en un système, est comme le matériau dont se sert un artiste. Il donne forme par le système, qui est du même coup son interprétation du matériau. Mais il y a plus : la forme systématique imprègne de son sens, en profondeur, toute la matière qu’elle contient.
Rien de plus révélateur que d’approfondir la nature de l’élément systématique des grandes œuvres qui constituent des systèmes. C’est là qu’on peut découvrir, plus encore que dans les énoncés particuliers, la figure essentielle, le « geste » fondamental qui, du point de vue philosophique, caractérise chacune d’elles.
La philosophie, exige Aristote, doit s’interroger sur l’être en tant qu’être.
Nous saisissons ici l’extrême tension de cette pensée entre son intérêt passionné pour réalités concrètes singulières et son exigence philosophique : il faut connaître la cause première, l’être en tant qu’être.
L’être en tant qu’être, nous nous sommes déjà interrogés à son sujet, et au sujet de son rapport avec les réalités éphémères du monde sensible : c’était chez Parménide. La doctrine de l’être, c’est l’ontologie. Poser la question « qu’est-ce que l’être ? », c’est poser une question ontologique.
Aristote appelle l’être en soi, ou l’être en tant qu’être, substance. L’École de Milet se servait de cette notion, Parménide également. Mais Aristote pose la question avec une netteté nouvelle. La substance, l’être en tant qu’être, qui fait que quelque chose est, sera considérée en elle-même. La philosophie devient tentative de connaissance de la substance, donc essentiellement ontologie.
La science a pour objet d’étude ce qui est en mouvement, ce qui passe, ce qui est perceptible par les sens. La philosophie en revanche, en tant qu’ontologie, en tant que métaphysique – ici on peut à peu près employer ces deux mots l’un pour l’autre – vise l’être, qui est immuable. Non pas immuable au sens où il exclurait tout devenir et tout dépérissement, mais au sens où il reste l’être à travers tous les changements. Ceux-ci n’atteignent pas l’être. L’être « porte » les changements, il fait que les choses qui changent sont, mais il est lui-même immuable en tant qu’il est l’être, et rien d’autre.
Il me faut prévenir un malentendu possible. La cause première dans parle Aristote ne doit pas être comprise comme « commencement » du monde. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de la cause première fondamentale, qui porte dans l’être tout le reste.
Revenons au concept de cause, si central dans la pensée d’Aristote. Au sens moderne, le terme « cause » s’applique dans une série cohérente dont chaque terme est un effet du terme précédent et cause du terme suivant. Chez Aristote, le sens du mot est différent. Ce qu’il appelle cause de quelque chose, c’est en somme une des conditions de réalité de cette chose. Toutes les conditions de la réalité d’une chose s’appellent des causes.
Les Épicuriens (IVème et IIIème siècles av. J.-C.)
Épicure vécut à la fin du IVème et IIIème siècle. Le poète Lucrèce, qui vécut à Rome au 1er siècle avant J.-C., a développé dans doctrine dans un long et célèbre poème intitulé De rerum natura (De la nature).
La doctrine épicurienne se divise en trois parties.
La première, c’est la canonique ou logique, qui contient l’ensemble des normes et des règles nécessaires à la recherche de la vérité. La seconde, c’est la physique, c’est-à-dire la théorie de la nature, où les normes et les règles de la première partie sont mises en œuvre. La troisième, la plus importante et la raison d’être des deux autres, c’est la morale, qui détermine les buts à poursuivre dans la vie et qui nous donne les moyens de les atteindre.
Selon les épicuriens, le but de la philosophie – de la morale éclairée par la canonique et la physique -, c’est d’aider les hommes à trouver le bonheur. Mais ce qu’ils appelait bonheur, c’était avant tout la sérénité de l’âme. Il s’agit de réaliser un état intérieur de paix, de calme, que les épicuriens appelaient ataraxie. Cette ataraxie, c’était le contraire d’une indifférence, ou d’un laisser-aller. Elle avait pour fondement une radicale indépendance intérieure à l’égard de toute menace qui pourrait survenir, comme aussi à l’égard de toutes les sources de plaisir. Le point central, c’est le refus de s’asservir à quelque chose que ce soit. Devenir dépendant à l’égard d’un plaisir – pas seulement d’une drogue -, c’est devenir vulnérable au-dehors, c’est exposer sa paix intérieure, et donc son bonheur à une menace de privation ; car tout ce qui est extérieur, et à quoi nous sommes tentés de nous soumettre, peut nous être pris.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Les épicuriens, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 73-74.
Le sage est heureux et sûr de son bonheur, car il ne craint aucune perte. Il ne redoute ni la fin du monde, ni la mort, ni les dieux.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Les épicuriens, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 79.
Les Stoïciens (IIIème siècle av. J.-C.)
La structure de la doctrine stoïcienne est semblable à celle de la doctrine épicurienne. Elle aussi comporte trois parties, dont la troisième est la plus importante. Elle a le même but : enseigner comment il convient de vivre. Tout ce qui, en elle, n’est pas d’ordre moral sert en vérité à préparer la morale, C’est la morale (l’éthique) qui est ici l’essentiel, Ici encore on trouve une logique (ou théorie de la connaissance), un physique (ou théorie de la nature), dont on finit par tirer des conclusions quant à un juste comportement des hommes.
La logique stoïcienne est complexe. Nous n’en retiendrons ici qu’un seul élément : ce qu’elle appela l’aperception compréhensive. Ce terme désigne une impression claire, évidente, produite dans l’âme par les choses. Par sa clarté, cette impression emporte le consentement de l’âme, ce qui fonde la savoir et la science. On peut dire que l’aperception compréhensive est une forme particulière de l’«expérience de l’évidence» dont nous sommes capables. Faire l’expérience de l’évidence, c’est saisir par la pensée une représentation synthétique dont les éléments constitutifs imposent la cohérence au point qu’ils forment un tout. Quand nous disons : je saisis, je comprends,, nous déclarons qu’une évidence s’est imposé à notre esprit. Nous avons « vu » une certaines évidence briller entre les éléments divers, avec un éclat qui exclut toute espèce de doute. L’aperception compréhensive, par la clarté avec la quelle son unité synthétique est perçue, s’impose ainsi à l’esprit avec la force de l’évidence.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Les stoïciens, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 80-81.
Il n’y a plus guère aujourd’hui, autour de nous, d’épicuriens ou de stoïciens. Et pourtant il se pourrait que chacun d’entre nous ait encore en lui quelque chose de l’un et de l’autre.
Nous ne pouvons plus être des épicuriens : notre civilisation est trop active, son tissu trop serré, comportant pour chacun trop de chances et de menaces, pour que nous nous contentions de gérer notre compte personnel de plaisir et de douleur. D’autre part, des siècles d’histoire cruelle et douloureux approfondissements nous ont rendus trop vulnérables – et aussi trop conscient de notre vulnérabilité – pour que l’héroïsme impassible des stoïciens nous soit encore accessible.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Les stoïciens, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 86.
Saint Augustin (354 – 430 ap. J.-C.)
(…) Augustin trouve la célèbre formule : credo, ut intelligam. Non pas : je crois, bien que je comprenne, ou bien : je crois mais je veux comprendre, mais à l«,inverse : je crois pour comprendre. Nous saisissons ici ce qui caractérise essentiellement l’attitude du croyant à l’égard de la raison.
Il nous faut aller à la racine. Quiconque se contente de rejeter une telle manière de penser en tant que « dépassée » ou en tant que « démarche philosophique impure » s’interdit toute possibilité de véritable compréhension philosophique. Cette manière de penser ne livre son sens qu’à celui qui consent à la reproduire existentiellement. Au fond, elle n’a de sens que pour le croyant. Le non-croyant qui désire malgré tout saisir ce sens doit par conséquent, dans toute la mesure du possible, imiter intérieurement l’attitude du croyant, faute de quoi il ne lui reste qu’à la mettre de côté – ce qui n’est pas, à vrai dire, une solution philosophique.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Saint Augustin, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 92.
Une courte parenthèse : la remarque que nous venons de faire ne concerne pas le seul problème du temps, elle met en lumière, par cet exemple, un trait essentiel de la pensée philosophique en général. La pensée philosophique ne peut se déployer que lorsque celui qui pense use de sa liberté. Penser philosophiquement, c’est penser avec sa liberté. La liberté n’est pas seulement un « organe » de décision, elle est aussi un « organe » de la pensée. En philosophie, elle fait partie de notre « appareil » de connaissance et de compréhension. C’est pourquoi, quand nous posons un problème philosophique, nous ne pouvons pas en isoler et en objectiver les termes et faire abstraction de nous-mêmes.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Saint Augustin, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 99-100.
La philosophie médiévale – Thomas d’Aquin (1225 – 1274)
Nous reprenons, plus de six cents ans après Augustin, aux environs de 1100, la philosophie médiévale.
Pourquoi la philosophie médiévale porte-t-elle le nom de scolastique ? Ce mot vient du latin schola, qui veut dire « école ». Il s’agit donc d’une philosophie d’école. La pensée scolastique se développe dans le cadre de l’église chrétienne. Elle obéit au principe que nous avons déjà mentionné : Fides quaerens intellectum, « La foi à la recherche de la compréhension ».
Nous verrons que quelques exemples de cette recherche – ce qui ne signifie nullement qu’il s’agisse d’une période où la pensée fut primitive ou maladroite. En fait, les scolastiques, en discutant sur les rapports de la foi et de l’entendement, ont élaboré un langage philosophique dont les concepts sont remarquablement précis et profonds. En comparaison, les moyens d’expression de maints philosophes modernes apparaissent grossiers et simplistes. Il est vrai que les subtiles distinctions des scolastiques ont parfois conduit à une virtuosité artificielle et purement verbale : mais beaucoup de termes qu’ils ont créés pourraient encore donner plus de clarté et de concision au style philosophique contemporain.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, La philosophie médiévale, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 107.
Thomas d’Aquin (1225 – 1274)
Il y a donc pour le théologien quelque chose de donné au départ, et un verrou qui arrête l’interrogation. Dans la philosophie proprement dite, en revanche, qui n’est pas imprégnée de théologie, ni subordonnée à elle, l’interrogation est radicale. Cela signifie que nous pouvons continuer à poser toutes les questions qui se présentent aussi longtemps qu’il s’en présente ; rie nous nous arrêtera ; et nous pouvons poser nos questions avec une énergie telle que nous n’aurons d’égard pour rien d’autre que pour l’exigence de notre quête ; de telle sorte que les résultats de notre réflexion pourront finalement se tourner contre l’autorité, contre ses interprétations, contre le Livre*.
Le chemin de la philosophie n’a probablement pas de fin. Certains philosophes ont tellement écrit que leurs œuvres remplissent à elles seules une bibliothèque – pensons par exemple à Hegel. Peut-être ont-ils tant écrit justement parce que ce qu’ils voulaient vraiment écrire, ils n’ont jamais pu l’exprimer. Au cœur d’un système comme celui de Hegel, une question reste béante. Certains penseurs repoussent les problèmes non résolus vers l’extérieur du système, Chez d’autres, ces problèmes rentent au centre et les répandent de là dans l’œuvre entière. Mais un édifice achevé, statique, qui couronnerait une recherche philosophique, cela n’existe pas.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Thomas d’Aquin, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 124-125.
* Le « livre » : « (…) la pensée théologique possède au départ un savoir préalable – du moins dans la tradition européenne. Au départ, il y a déjà un Texte sacré, un Livre, une Révélation, une Institution, une Église, donc : des autorités ou une autorité. »
La Renaissance (XVème et XVIème siècles)
On ne peut pas délimiter clairement cette période, pendant laquelle se prépare l’époque moderne.
Elle bouillonne d’idée nouvelles. Institutions, croyances, systèmes de pensée sont contestés ou profondément transformée. Le bouleversement des idées, leur diversité, les attitudes nouvelles, la mise en question des valeurs et de leur hiérarchie, les facteurs de dissolution et de recréation font penser à notre temps. Toutes les interprétations deviennent possibles, même les plus diverses, les plus contradictoires. Des tendances opposées s’affirment simultanément.
Ainsi, l’époque est marquée par une volonté de retour à l’expérience. Alors que la scolastique s’attachait avant tout aux textes (que dit Aristote ? que dit l’écriture ? que dit l’Encyclique ?), des méthodes empiriques s’élaborent, permettant d’interroger directement la nature.
D’autre part, la raison jusqu’alors limitée dans ses démarches par son accord nécessaire avec les dogmes et l’Écriture, se libère totalement et conquiert le droit d’imaginer. (On se plant souvent aujourd’hui de ce que l’intelligence des enfants soit développé au dépend de leur imagination. Mais c’est méconnaître une vérité fondamentale : l’intelligence elle-même doit être imaginative, sinon elle n’est pas intelligence.)
La raison libérée lors de la Renaissance, imagine donc : de nouveaux schèmes de pensée, de nouvelles questions, de nouvelles méthodes. Elle envisage des hypothèses inédites et élabore des modèles neufs.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, La Renaissance, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 126-127.
(…) La Renaissance agite les esprits d’aujourd’hui, avec raison : nous cherchons à travers elle à comprendre où nous allons.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, La Renaissance, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 133.
Nicolas de Cuse (1401-1464)
Il est philosophe que l’on peut considérer comme étant la charnière entre le Moyen Âge et la Renaissance : c’est Nicolas de Cuse, Il a été le dernier grand penseur médiéval. Et pourtant il a été considéré par Bruno, par Kepler, et même plus tard par Descartes, comme celui à qui revient le mérite ou la faute – selon le jugement que l’on porte à ce sujet – d’avoir affirmé que l’univers était infini.
Comment a-t-il acquis cette conviction ? Dès le XIIIè siècle on avait, recourant à une métaphore, décrit Dieu comme étant un sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Cette définition reconnaît à Dieu l’ubiquité et le dépouille de toute spatialité.
Nicolas de Cuse transposa cette description de Dieu pour l’appliquer à l’univers. D’après lui, l’univers a son centre partout et sa circonférence nulle part, puisque c’est Dieu qui est son centre et sa périphérie, et que Dieu est partout et nulle part. Cette formulation remarquable montre que la représentation rationnelle de l’univers infini n’a pas été d’abord une découverte de la science, mais qu’elle provient d’une impulsion religieuse : elle est né de l’idée de Dieu, ou plutôt de l’échec de toute idée de Dieu, projeté ensuite sur l’univers. Cela se passait au début de la Renaissance.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, La Renaissance, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 133.
René Descartes (1576-1650)
Pour Descartes, le modèle idéal que la pensée doit tenter de rejoindre, c’est le modèle mathématique.
Cette admiration pour la pensée mathématique, nous la retrouvons constamment chez les philosophes depuis Pythagore. Ce qui provoquait leur admiration, souvent mêlée d’envie, c’était la clarté, la transparence parfaite du raisonnement et l’évidence contraignante, l’apodicticité, qui en résultait.
À notre époque, en revanche, nombreux sont les penseurs qui considèrent avec une certaine condescendance le rationalisme d’un Descartes. Fiers de notre savoir psychologique, de notre psychanalyse, de la conscience que nous avons prise de l’ambiguïté, de la complexité, de l’interpénétration de l’esprit et du corps, de l’individuel et du social, du naturel et de l’historique, etc., nous sommes facilement tentés de juger simpliste la claire pensée classique du XVIIe siècle.
Je voudrais ici au contraire reconnaître que nous ne sommes plus guère capables aujourd’hui de revivre en profondeur l’expérience intellectuelle que l’évidence mathématique représentait pour les penseurs de ce temps. Ils admiraient les mathématiques justement parce qu’elle leur procuraient l’expérience de l’évidence, et que leur sens pour l’évidence était vif, alors qu’en nous il s’est émoussé. Nous apprenons à l’école à démontrer que les trois angles d’un triangle valent deux droits. Une fois la preuve acquise, elle reste inerte dans le cahier ou le livre. Nous n’en vivons pas l’évidence, ou à peine. Nous ne l’intégrons pas dans notre expérience.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, René Descartes, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 136-136.
Pour rester sur le terrain de la certitude, il lui fallait élaborer des concepts et des raisonnements ne permettant aucune erreur. Il pose donc l’exigence des concepts clairs et distincts. Je voudrais insister sur ce point car nous vivons en un temps où beaucoup se servent avec prédilection de concepts confus, gonflée ou ambigus. Un concept est clair lorsqu’il est parfaitement défini, c’est-à-dire nettement délimité par rapport à d’autres concepts. Et un concept est distinct lorsque sa compréhension apparaît à l’esprit avec une parfaite transparence. La clarté préserve pour ainsi dire le pourtour du concepts ; la distinction, ce qui est à l’intérieur de ce pourtour. Il nous faut des concepts clairs et distincts afin que nous puissions penser selon la vérité.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, René Descartes, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 141.
Spinoza (1632-1650)
Baruch de Spinoza naquit à Amsterdam, dans une famille de Juifs portugais, et il passa toute sa vie en Hollande. Pour lui, rien au monde n’avait autant d’importance que l’indépendance de sa pensée et son indépendance d’être humain. Il gagna sa vie en polissant des verres de lunettes. Toute sa vie, il vécut dans une relative pauvreté, et lorsqu’il mourut il fallut que Leibniz et quelques autres amis assument les frais de ses funérailles et s’occupent de ses manuscrits.
Il n’avait, de son vivant, publié que deux œuvres : les Principes de la philosophie cartésienne, et le Traité théologico-politique. Et comme ses œuvres, la seconde surtout, déclenchèrent un vaste scandale, Spinoza résolut de ne plus rien publier. C’est ainsi que la plupart de ses ouvrages ne parurent qu’après sa mort – entre autres son œuvre principale, l’Éthique, l’un des grands chef-d’œuvre de la philosophie occidentale.
Spinoza n,avait que quarante-cinq ans lorsqu’il mourut. Il aurait pu avoir une vie bien différente : on lui avait offert une chaire à l’Université de Heildelberg, l’une des plus fameuse de ce temps. Il refusa, pensant qu’il y perdrait son indépendance, qu’on ne le laisserait pas penser et enseigner ce qu’il croyait.
Indépendance à tout prix, tel est le trait caractéristique de sa vie et de sa pensée. ce trait nous paraît d’autant plus impressionnant que nous considérons la notion dont il a fait le centre de sa philosophie. Cette notion, c’est celle de la nécessité. Indépendance-nécessité, avec un trait d’union, c’est Spinoza.
(…) Nous nous trouvons dès lors au cœur de la pensée de Spinoza : liberté et nécessité ne font qu’un. Finalement, la liberté est nécessaire, la nécessité est liberté. Mais il nous faut suivre le chemin qui conduit à un tel résultat et qui lui donne son sens.
Revenons encore une fois au rapport liberté-nécessité chez Spinoza, pour essayer maintenant de le saisir plus concrètement, grâce à une expérience personnelle.
Chacun d’entre nous, lorsqu’on l’interroge, s’efforce de justifier une décision qu’il a prise en en donnant la ou les raisons. Il arrive cependant que cette décision se soit imposée même sans les raisons qu’il évoque, parce qu’elle s’enracine au plus profond de son être. Lorsqu’il en est saisi, il sent bien que les raisons alléguées, dans être fausses, restent insuffisantes et n’atteignent pas le fond. Il a pris cette décision parce que, étant celui qu’il est, il ne pouvait pas agit autrement.
C’est de cela qu’il s’agit : être libre à un tel point qu’on ne peut agir autrement, c’est vivre la coïncidence de la liberté et de la nécessité. Une telle expérience, qu’il nous arrive de faire dans notre vie personnelle, où nous éprouvons que nous n’aurions pas pu agit autrement, est comme le signe d’une décision jaillie de l’absolu de notre liberté.
Chez Descartes , on s’en souvient, la substance de la « chose étendue » (res extensa), c’était l’étendue elle-même des corps, à la différence de l’espace vide, abstrait, de la géométrie, qui n’est qu’un espace conçu. L’étendu, et non l’espace, constituait à ses yeux la véritable essence des corps.
Leibniz s’interroge aussi sur la substance – c’est une que question que nous connaissons depuis l’école de Milet. Mais pour lui, l’étendue ne saurait être la substance des choses. La substance des choses, c’est l’énergie. Il conçoit l’énergie comme le principe de l’activité, un principe qui est constamment en action si on ne l’entrave pas. Leibniz ne part donc pas d’une réalité inerte, pour se demander ensuite comment le mouvement peut intervenir. Au contraire : il part d’un principe d’activité, et il s’agit ensuite de comprendre ce qui peut empêcher d’agir. Ce sont les obstacles qui entravent l’activité qu’il s’agit d’expliquer. Le point de départ, c’est donc une énergie originelle, qui dans son état présent contient en elle le passé tout entier, comme aussi, dans un certain sens, l’avenir. Elle est grosse de tout le possible futur. Pour exprimer cela, Leibniz utilise un concept auquel il donne la plus grande importance : celui de puissance. (On se souvient de l’ «être en puissance » chez Aristote.) L’énergie est l’activité qui contient en elle l’avenir, pour autant que rien ne vienne l’empêcher d’advenir.
En abordant la philosophie anglaise, nous changeons de climat.
Deux traits caractérisent ces penseurs : 1) au niveau du savoir, c’est expérience sensible qui est pour eux fondamentale et 2) au niveau de l’éthique, ils s’attachent avant tout à la manière dont les hommes organisent leur vie commune dans la société et l’État.
Ainsi, l’empirisme des Anglais et leur sens civique sont étroitement liés. La plupart des penseurs continentaux se sont intéressés à la fois à la connaissance de l’absolu et à l’action. S’ils croient avoir atteint une certaine connaissance de l’absolu, ils s’efforcent d’en tirer une éthique sociale. Les Anglais, en revanche, développent leurs vertus civiques tout en évitant, dans la mesure du possible, de se référer à un absolu.
Il y a dans l’absolu, à leurs yeux, quelque chose d’exclusif qui s’oppose à l’adaptation, alors que la vie normale dans un État implique que l’on consente à s’adapter. Ils ont donc tendance à faciliter les compromis nécessaires à la vie civile en laissant l’absolu hors du jeu. Ils se fondent sur des constatations et des expérience, ou alors sur des accords ou des traités, qui n’ont rien d’absolu, qui ne prétendent à aucune validité éternelle, et auxquels on peut jusqu’à un certain point s’adapter. On perçoit chez eux une préférence pour ce qui est relatif – qui correspond peut-être, étrangement, à un sens profond qu’implique historiquement concret et d’unique tout acte de libre décision.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, L’empirisme anglais – John Locke, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 184-185.
Bien que Locke ait vécu dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, il s’apparente par bien des traits aux penseurs du XVIIIe siècle. Il a fait des étude de médecine.
Comme d’autres penseurs anglais, il combat la théorie platonicienne des idées innées. Il n’y croit pas. Descartes l’avait acceptée, Leibniz à sa manière aussi. Locke argumente ainsi : il ne peut rien y avoir dans l’esprit sans que l’esprit en ait conscience. On le voit, Locke rejette radicalement « les petites perceptions » qui, sans devenir claires dans la conscience, assurait chez Leibniz la continuité et d’identité de la nomade. Locke ne reconnaît donc que la conscience claire, et ce trait aussi est caractéristique. Pour lui, il y a contradiction à dire que quelque chose est dans la conscience sans être conscient. Il rejette tout recours à la réminiscence, à la virtualité, etc. Il rejette donc l’idée d’une connaissance originelle absolue, que nous aurions eue dans une vie antérieure à l’existence terrestre.
L’âme commence donc par être une tabula rasa. Locke veut inciter les philosophes à tenir les yeux ouverts face au monde réel, c’est-à-dire celui de l’expérience. Toutes nos idées sont des idées acquises, et non innées ; et elles ont été acquises grâce aux sensations.
Les idées n’ont qu’une source : l’expérience. Il y a deux sortes d’expérience : l’expérience extérieure, qui provient des sensations, et l’expérience intérieur. Sans les sensations, l’esprit ne peut rien faire – quand il en est privé il tourne à vide ; car l’âme, d’abord, n’est rien. Selon Locke, nous ne pensons jamais avant d’avoir des sensations. D’abord sentir, après penser. Locke appelle nos sensations des idées simples, idée signifiant ici représentation, matière première de la connaissance. L’esprit, par son travail, en fait des idées composées en comparant les idées entre elles, en dégageant des abstractions, tec.
(…) Nous prenons pour des choses sensibles des idées. Tout ce qui existe n’existe qu’en tant que perçu par un sujet percevant.
Berkeley aboutit ainsi à la célèbre formule double : esse est percipe (être, c’est être perçu) ou : esse est pefcipere (être, c’est percevoir). L’être n’existe pas en soi, mais seulement en tant qu’il est perçu. Or, pour qu’il soit perçu, il faut qu’il y ait quelqu’un qui perçoive. D’où la seconde formule : être, c’est percevoir. Les deux seules formes d’existences qui nous soient accessibles sont celle de percevoir et celle d’être perçu. Si nous tentons de nous représenter une réalité qui ne soit ni l’un ni l’autre, nous n’obtenons qu’un être illusoire, une non-chose. Les idées (perceptions) ne peuvent en aucune façon être causes d’autre chose puisqu’elles sont, par rapport à nos sens, d’une totale passivité. La cause des idées, ce ne sont pas les choses, c’est l’esprit qui perçoit. L’esprit est un être simple, indivisible, actif, qui produit la perception en percevant. Mais il ne faudrait pas cherche une quelconque « idée de l’esprit » car cela serait contradictoire : idée signifie passivité, esprit signifie activité.
Berkeley énonce la formule : les idées sont les choses mêmes. Aujourd’hui nous dirions : les représentations des choses sont les choses (mêmes). Ou, autrement dit : les choses ne sont rien d’autre que les représentations que nous en avons. Cette conception porte le nom d’idéalisme absolu.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, L’empirisme anglais – George Berkeley, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 191-192.
David Hume (1711-1776)
Hume est un penseur écossais du XVIIIe siècle. Il pose la même question que les autres empiriste : comment la connaissance est-elle possible ? Que connaît-on quand on connaît ? Où sont les limites de la connaissance ? Selon les empiristes, l’unique source de la connaissance est la perception sensible, donc l’expérience, la rencontre avec le donne. (Mais pour Berkeley déjà il n’y avait aucun donné hormis les perceptions et l’esprit qui perçoit.) Hume demande si l’homme est capable de résoudre le problème de l’être : « Qu’est-ce que l’être ? » Il répond ainsi : pour aborder cette question, il faut adopter une attitude critique.
Nous verrons bientôt que ce terme, « critique », va jouer un rôle essentiel pour Kant, qui le fera figurer dans les titres de ses trois principaux ouvrages. Par la suite, la mode s’en est mêlée et le mot a perdu la précision de son sens.
Philosophiquement, le terme « critique » a un sens très précis, qui provient de cette époque. Une attitude critique consiste en ceci : l’esprit s’examine lui-même, observe ses opérations et ses méthodes, afin de décrire clairement son propre appareil à connaître, d’en saisir le nature et d’en apprécier la portée et la validité – au lieu de se tourner vers les objets qui l’entourent. Il s’agit de se connaître soi-même, mais non pas tant comme sujet moral ou existentiel (Socrate), que comme sujet connaissant. Que fait l’esprit qui cherche à connaître ? Quelle est l’essence de ce qu’on appelle « comprendre » ? Quelles sont les opérations fondamentales assurant la connaissance ?
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, L’empirisme anglais – David Hume, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 195-196.
La question la plus importe posée par Hume concerne la causalité : qu’est-ce que la causalité ? Provient-elle de notre esprit ? Faut-il admettre que notre esprit, dès qu’il entre en action, implique déjà la finalité ? Ou la causalité est-elle au contraire dérivée de nos perceptions sensibles ?
(…)
La causalité, selon Hume, dérive donc simplement de l’expérience des successions constantes. Nous constatons que deux phénomènes se produisent toujours l’un après l’autre et nous disons que le premier est cause du second. Ainsi donc l’idée de causalité, avec l’élément des nécessité qu’elle implique, résulte tout simplement de l’habitude empirique de successions qu’on voit se produire constamment, sans qu’il y ait eu d’exception.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, L’empirisme anglais – David Hume, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 196-197.
Emmanuel Kant (1724-1804)
Kant va nous occuper plus longtemps que les autres philosophes. Il a en effet transformé radicalement, en profondeur, les perspectives et les concepts de la pensée philosophique. Si nous négligions Kant, nous ne comprendrions pas grand-chose à tout le développement philosophique ultérieur, y compris aux nombreux penseurs qui ne se sont vraiment mis à philosopher pour le combattre. C’est chez lui qu’ils ont trouvé les moyens d’expression nécessaires à leur attaque.
Kant a dit de Hume qu’il l’avait tiré de son sommeil dogmatique. Qu’était-ce donc que ce « sommeil dogmatique » ? Kant était comme emprisonné dans le vaste système, cohérent, assuré, construit par Leibniz – dans une philosophie embrassant un savoir si riche et si rigoureusement organisé qu’il est possible de s’y tenir et d’y vivre. Le « sommeil dogmatique », c’est le contraire de l’attitude critique. Kant vivait, content, exempt de doute critique, à l’intérieur d’un doctrine solide.
Hume, en revanche, en mettant en question la connaissance elle-même, en s’interrogeant sur le concept de causalité, à tiré Kant de son sommeil dogmatique. Et si Kant s’est éveillé, ce n’est pas que la pensée du Hume lui donnait satisfaction ; au contraire : c’est qu’elle ne le satisfaisait aucunement. Hume a posé le problème de la causalité, et il l’a résolu d’une manière inacceptable pour Kant. C’est ce qui l’éveilla – par un processus bien caractéristique pour la philosophie.
Kant s’étonne. Il s’étonne, fait au fait que la science, en général, puisse exister ; qu’il y ait un savoir nécessaire et universel.
Il avait pour Hume la plus grande admiration. Or Hume affirme que la causalité ne repose que sur l’habitude. Kant, épris de la certitude et de l’évidence des mathématiques, où tout doute est exclu, ne peut se satisfaire d’une telle explication : l’habitude est incapable de fonder aucune sorte de certitude. Hume a eu le grand mérite de poser le problème du fondement de la causalité, en un temps où la physique se fondait sur le déterminisme. Aujourd’hui, la causalité a perdu quelque chose de l’importance exclusive qu’elle avait pour la physique au XVIIIe siècle, pour laquelle elle était une exigence absolue et décisive.
Ainsi donc, Kant se dit qu’il est impossible de fonder une science qui se veut certaine sur quelque chose d’aussi incertain que l’habitude.
(…) Cela veut dire : croire n’est pas en contradiction avec la raison. Cela ne signifie pas qu’il y ait un domaine où la raison a des droits, et un autre où elle n’en a pas. Mais comme notre nous révèle elle-même ses limites, il est raisonnable de les reconnaître. Là où, dès lors, on ne peut ni démontrer ni réfuter, il est permis de croire – et on croit, ou bien on ne croit pas. Citons encore la célèbre phrase de Kant : « Il me fallait limiter le savoir pour faire place à la croyance. »
On dit souvent de Kant qu’il représente le sommet des Lumières. Et l’on désigne par les Lumières la foi optimiste et exclusive que son époque mettait dans la raison humaine, en tant qu’instrument adéquat pour la connaissance du monde, sans aucun compromis avec une aide quelconque d’origine surnaturelle ou irrationnelle. La raison serait autosuffisante pour la morale, l’État, la religion ; elle suffirait à garantir – pour peu qu’on s’en serve correctement – le progrès de l’humanité. L’homme, dès lors, se tenait pour indépendant, l’humanité n’avait pas d’autre fin qu’elle même, que son propre épanouissement.
Il faut comprendre que, dans ce sens, Kant n’est nullement le sommet des Lumières ; il en est le dépassement.
Il engage l’homme dans un processus sans fin, dans un combat qui n’aura pas de terme, non pas vers l’extérieur, mais vers l’intérieur, un combat contre sa propre finitude et sa propre relativité, qu’il lui faut pourtant découvrir et reconnaître. Ainsi, lorsque Kant parle des chemins qui s’ouvrent à l’homme, il introduit aussitôt des facteurs de limitation, de rupture, de discontinuité, de non-totalité. Et lorsqu’il justifie cet effort à accomplir sans fin comme étant nécessaire à cause précisément des indépassables limites et des irrémédiables ruptures, il s’affirme comme un penseur anti-démiurgique, au sens le plus profond. Il n’est pas permis à l’homme de se prendre pour le double du Créateur. Il n’engendre rien dans l’être en soi, il ne lui ajoute rien ; au sens ontologique il n’a rien d’un créateur.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, De Kant à l’idéalisme allemand, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 255-256.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831)
Il nous faut maintenant comprendre pourquoi les deux premiers concepts, l’être et le non-être, sont dits par Hegel « abstrait », alors que le devenir, cette première synthèse, est un concept concret.
Il emploie ces mots de façon très particulière. Si l’être et le non-être sont des concepts abstrait, c’est au sens étymologique de ce terme « abs-trait », qui signifie : tiré hors de…, séparé de… Pour Hegel, l’être est un concept abstrait parce qu’il est unilatéral, exclusif. Il ne se prête à aucune combinaison avec autre chose. La négation n’y a pas encore pénétré. Son antithèse, le non-être, est un concept abstrait, lui aussi, parce qu’il exclut de soi l’être, il se maintient dans son stérile isolement. En revanche, le devenir est le premier concept dans lequel être et non-être se fondent pour engendre quelque chose de nouveau. « Concret » vient de concrescere, concretum, croître ensemble, se lier dans une croissance commune. Ce sens de de « concret » et d’« abstrait » est très important pour qui veut comprendre la pensée de Hegel.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Friedrich Hegel, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 264.
Hegel a dit : « Le soleil et la lune ont moins d’influence sur nous que les forces morales et sociales. » Nous sommes loin désormais de la grande tradition classique, selon laquelle une grande personnalité impose son exemple en toute indépendance du lieu, du temps et de l’histoire où elle se situe. Selon Hegel, mous sommes immergés dans l’histoire et la société. Et désormais, après Hegel, c’est ainsi que l’homme moderne continuera à se concevoir lui-même.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Friedrich Hegel, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 274.
Auguste Comte (1789-1857)
Nous allons nous occuper de penseurs beaucoup moins considérables, mais qui essayé, chacun à leur manière, à l’époque de la science et en étant eux-même fascinés par la connaissance scientifique, de poursuivre et de renouveler l’effort de la révolution philosophique.
Voyons d’abord un penseur français, ne l’année de la Révolution française, qui vécut pendant la première moitié du XIXe siècle : Auguste Comte. Il a été le fondateur de ce qu»’»on a appelé l’École positiviste. Aujourd’hui, ce terme de « positiviste » a pris souvent une nuance péjorative : quand ont traite quelqu’un de « pur positiviste », on veut dire qu’il ne s’est pas encore libéré d’une foi excessive, naïve, dans le pouvoir de la science et qu’il en est resté dépendant comme on l’était au XIXe siècle.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Auguste Comte, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 280-181.
(…) L’ouvrage le plus célèbre d’Auguste Comte, le Cours de philosophie positive, a été publié entre 1830 et 1842. « Positif » n’a donc nullement chez lui le sens d’un contraire de « négatif », mais bien du contraire de « spéculatif » : une théorie est « positive » lorsqu’elle est scientifiquement fondée sur des faits. Une « philosophie positive » ne doit présenter aucune trace de métaphysique et ne s’occuper que d’un classement des faits et des lois. Ainsi, Cours de philosophie positive développe une philosophie que ne repose que sur des faits et des lois, qui ne s’intéresse à rien d’autre et qui n’admet rien d’autre.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Auguste Comte, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 282-183.
Karl Marx (1818-1883)
Sigmund Freud (1873-1939)
Je voudrai ici faire un rappel : on s’en souvient, au Ve siècle avant J,-C. le principe fondamental de Socrate était : « Connais-toi toi-même. » Serait-il possible de faire un rapprochement entre la célèbre maïeutique de Socrate et la méthode psychanalytique de Freud ? Ne pourrait-on pas mettre en exergue de l’œuvre de Freud la devise socratique elle-même : « Connais-toi toi-même » ?
Tous deux s’attachent à l’idée authentiquement philosophique selon laquelle l’homme a pour tâche de se connaître « lui-même ». Que signifie « toi-même » ou « moi-même » ? Pour Socrate, le « moi-même », c’est le libre sujet moral qui cherche le bien, et pour qui le bien est toujours au-delà de ce qu’il a déjà atteint. Cela signifie que chez Socrate, il y a dans le « Connais-toi toi-même » quelque chose que nous, en langage moderne, appellerions « existentiel » : le sujet s’appréhende dans sa liberté essentielle en voyant devant lui un bien qui ne pourra jamais lui appartenir. La connaissance de soi qui est ici visée est une connaissance visant la liberté, ou une connaissance à travers la liberté. Pour Socrate, z se connaître soi-même », c’est se demander quel est le bien, quelle est la justice, quel est le bonheur – autant de concepts qui n’ont un sens que pour la liberté, mais qui n’ont aucun sens objectif au sens des choses qui sont tout juste ce qu’elles sont.
Freud, en revanche, inspiré par l’esprit scientifique de son temps, en énonçant l’exigence « Connais-toi toi-même », demande à l’homme de découvrir son inconscient, qui est en quelque sorte en lui une donnée empirique, mais refoulée. L’inconscient est à la fois donné et dissimulé. Nous pourrions aussi avoir recours à Kant : la chose en soi, la liberté en tant que chose en soi – quelque chose de tout autre que chez Freud. Kant se tient aux côtés de Socrate, mais non pas Freud.
Changement de direction : nous allons considérer maintenant des penseurs qui ont fortement réagi contre les tendances du monde contemporain aux diverses superstitions scientistes. Ils se sont efforcés de reconquérir justement ce qui, étant essentiel et d’un grand poids, ne se laisse maîtriser par la science. Il s’agira, d’une part, d,Henri Bergson, en France, et d’autre part, de Nietzsche en Allemagne, et de Kierkegaard, au Danemark.
La philosophie d’Henri Bergson constitue une réaction spécifique à tout le courant de pensée qui comptait avant tout sur la science pour expliquer l’essence de l’homme et de la société, et permettre ainsi de résoudre les problèmes posés par la condition humaine. Sa réflexion se développa à contre-courant, contre une Sorbonne et un environnement culturel largement dominés par le positivisme et la crédulité scientiste d’Auguste Comte. Aujourd’hui, nous vivons dans une monde tout différent. Nous pourrions dire, dans un certain sens, que le succès de Bergson en son temps a réduit l’influence sur la postérité. Il a consacré toutes ses forces à enfoncer des portes qui aujourd’hui nous paraissent ouvertes, mais qui étaient à son époque solidement closes. (…)
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Henri Bergson, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 328.
Bergson souligne combien il est difficile à l’homme de se libérer de ses besoins et de ses intérêts pratiques, par lesquels il se trouve asservi à la fois à son intelligence mécaniste et à son aveugle instinct, afin de parvenir à la connaissance du vivant que seule permet cette sympathie désintéressée qu’il appelle « intuition ». Pour réussir il lui faut pour ainsi dire s’opposer à lui-même jusqu’à ce qu’il s’ouvre à une autre réalité et à une connaissance d’un autre ordre.
Cela ne nous rappelle-t-il pas l’histoire du captif dans la caverne de Platon ? Il a fallu que ce captif se détourne du monde des ombres, des prévisions compétentes concernant leur succession, à propos desquels ses compagnons faisaient preuve de tant d’habileté. il a fallu qu.il s’arrache à la sécurité des ses habitudes quotidiennes, pour se mettre à grimper vers la sortie de la caverne. Là, devant le monde des Idées, il fut saisi d’un éblouissement, et il dut s’exercer à regarder leurs ombres et leurs reflets dans l’eau avant de devenir capable de supporter la vue su souverain bien lui-même. Mais il est finalement retourné dans la caverne, où tous alors se moquèrent de son incompétence et de sa maladresse. Tel pourrait bien être le sort de celui qui aurait conquis, à grand effort, la capacité de l’intuition. Par la sympathie celle-ci est capable de fondre en elle l’immédiateté de l’instinct avec la capacité de connaître de l’intelligence, ce qui permet à la conscience de s’ouvrir à la profondeur de la vie.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Henri Bergson, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 350.
Sören Kierkegaard (1813-1900)
Nous commençons par Kierkegaard. Pour lui, comme pour Nietzsche, il est important, plus que pour des penseurs anciens, de savoir ce que fut sa vie. C’est là encore un trait de la modernité : la réflexion philosophique ne peut plus être séparée de la biographie. Nietzsche et Kierkegaard ont vécu leur philosophie, et leur philosophie est issue de leur vie. Mais non pas dans un sens naturaliste, comme si nous pouvions dériver leur pensée des données sociales, politiques, familiales de leur existence. Tous deux tenaient passionnément à authenticité et à la crédibilité de ce qu’ils exprimaient. Tous deux avaient la rhétorique en horreur lorsqu’elle se prend elle-même pour fin. Lorsque leur ton devient pathétique, c’est le plus souvent malgré eux. Ils ont souvent tourné leur ironie contre eux-mêmes, tenant leurs réflexions à distance de leur vie vécue, comme si celle-ci risquaient d’être compromises par les insuffisances de leur existence propre. Il faut donc avoir une certaine connaissance de leur vie pour pouvoir les comprendre.
Qu’est-ce que l’existence ? Pour Kierkegaard, il s’agit du surgissement de la liberté responsable d’un sujet. Un exemple pour illustrer ce concept : on peut, considérant les choses de l’extérieur, voir de l’eau couler, des branches tomber, une personne accomplir un acte – et tout cela se passe dans le même temps, qu’il s’agisse de l’eau qui coule, des branches qui tombent, de l’homme qui accomplit un acte. Mais l’acte librement accompli de l’homme ne peut pas être dérivé de ce qui s’est passé avant dans ce temps qui est commun à la nature et à l’homme qui agit. L’acte de l’homme provient de ce qui s’est passé au cœur de sa subjectivité et c’est pourquoi il en assume lui-même la responsabilité. En agissant, il ne se laisse pas simplement insérer dans la série des causes et des effets, il n’est pas simplement lui-même un effet d’autre chose, mais il devient une sorte d’absolu commencement. Il insère, dans la texture des causes et des effets, son acte libre venu d’une origine différente, il accompli un rupture, que l’existentialisme, ou philosophie de l’existence, appelle rupture existentielle.
Le terme « existence », avec cette signification, vient de Kierkegaard. C’est lui qui lui a donné ce sens. Dès lors, le verbe « exister » a pris en philosophie une nouvelle signification. Il ne signifie plus seulement : la présence de quelque chose dans le réel. Il faut revenir à son étymologie, comme l’a fait Heidegger : ek-sistere signifie : émerger hors du magma des choses, provoquer une rupture, n’est pas le dérivé d’une continuité homogène.
La séduction poétique que Nietzsche n’hésite pas à mettre en œuvre ne change rien au fait que sa volonté de vérité était une passion dévorante. Mais pour lui, comme pour Kierkegaard, la vérité qu’il s’agit de sauver et de réhabiliter se situe au-delà du concept de vérité objective que connaît la recherche scientifique. Ce n’est pas qu’il veuille dénigrer ou dévaluer la vérité objective ou rationnelle des sciences. Mais celle-ci, selon Nietzsche, dépend de ses prémisses et n’est pas toute la vérité. La vérité philosophique vise quelque chose qui est au-delà de cette simple vérité de surface. Nietzsche a mis l’accent sur l’interprétation, et c’est une raison de plus qui explique l’influence qu’il exerce aujourd’hui. On a été, de nos jours, jusqu’à dire qu’il n’existe en général aucune vérité, qu’il n’y a que des interprétations, et des interprétations d’interprétations, à perte de vue. Ainsi, on entend dire qu’il y a de la naïveté, lorsqu’on explique un texte, à vouloir atteindre ce que l’auteur a vraiment voulu dire. Car il n’existe en réalité aucun texte originel, à proprement parler, et encore moins un sens originel. Nietzsche ne pensait pas ainsi, mais il est certainement l’un des auteurs qui ont le plus contribué au développement de cette tendance. Selon lui, tout savoir est interprétation de l’être par un sujet vivant qui cherche à connaître. La vérité ne peut donc pas se maintenir comme étant quelque chose de solide et d’indépendant du sujet. Elle est toujours déjà interprétation. Dans sa théorie interprétative de la vérité, Nietzsche a exprimé ce doute profond, resté fiché comme un aiguillon au centre de la raison qui cherche la vérité. Il se heurta ainsi à une imite indépassable pour la conscience, et il vécut du même coup l’exigence existentielle d’aller au-delà.
Nous n’avons jamais la vérité clairement en face de nous, nous nous efforçons de la saisir telle qu’elle est, donc indépendamment de nous. Mais malgré tout, une relation essentielle persiste entre la vérité à connaître e celui qui la connaît. La qualité de ce rapport entre un sujet et la réalité qui lui est donnée est elle-même un élément constitutif de la vérité qu’il cherche. Par conséquent, toute interprétation se trouve être à la fois objective et subjective; il n’existe pas d’objectivité pure, que l’on trouverait en dehors du sujet et qui serait totalement indépendante de lui. Il ne peut s’agir que d’une objectivité médiatisée, imprégnée par la vie de celui qui l’énonce, et liée à sa subjectivité. Nous rencontrons ici à nouveau la subjectivité dont nous avons vu la signification qu’elle prenait chez Kierkegaard pour l’expérience religieuse. Mais ici, chez Nietzsche, il s’agit de la vérité philosophique elle-même, telle qu’il est possible de l’atteindre indépendamment de toute foi — ou plutôt : telle qu’il est à jamais impossible de l’atteindre.
Il ne faudrait pourtant pas croire que Nietzsche invoque la subjectivité pour être moins exigeant envers la vérité. Beaucoup de nos contemporains, trop paresseux ou trop engagés pour chercher vraiment la vérité objective, se réfèrent à Nietzsche pour avancer l’argument que l’accord du sujet suffit à constituer la vérité. Non. Si Nietzsche a développé cette théorie, c’est au contraire parce qu’il se faisait une idée bien plus exigeante et bien plus profonde de la vérité que ceux qui se contentent du donné objectif.
C’est donc par passion de la vérité que Nietzsche doit s’interroger: comment la vérité se constitue-t-elle? Comment pouvons-nous l’atteindre? Lorsqu’on s’engage sur ce chemin, on découvre qu’il est impossible d’en prendre tout à fait possession. Et nous retrouvons ainsi le thème du dépassement. La quête de la vérité est une tâche sans fin, elle exige une faim de vérité illimitée et insatiable, et la vérité elle-même vit dans l’acte de dépasser toute prétendue vérité.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Friedrich Nietzsche, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 377-379.
Après Kierkegaard et Nietzsche
Dans un langage plus explicite, cela signifie : il n’est pas de pensée moderne qui puisse se dispenser de passer par le nihilisme ou par l’impossible philosophique. Impossible de s’installer à mi-chemin. Ces penseurs ne sont donc pas des modèles à suivre, mais des appels qu’il faut percevoir, ou plutôt, des exigences auxquelles il faut répondre. Et c’est pourquoi, après Kierkegaard, après Nietzsche, une certaine liberté — qui n’est pas seulement la faculté de prendre une décision, mais celle de connaître et de transcender — est absolument indispensable à la réflexion philosophique. On se rend, je crois, la tâche trop facile lorsqu’on consent, avec une certaine complaisance ou du moins une dose de paresse, à s’installer dans un pessimisme irrémédiable au sujet de notre monde occidental, déclaré vide de sens et de valeur. Ce qui permet d’y trouver une bonne place en se sentant supérieur à tout. Personne n’a réfléchi à cette situation avec plus de passion et de radicalité que Nietzsche et Kierkegaard, chacun à sa manière, et leur condamnation semble sans appel. Mais il est vain de la répéter. Ce qui est nécessaire, c’est de la comprendre, de la prendre au sérieux et d’aller au-delà ; de voir s’il est possible d’aller au-delà. Pour ancrer la liberté de l’homme par-delà les dénonciations, les mises à nu, de Kierkegaard et de Nietzsche, il faut pénétrer dans le nihilisme, le traverser et le dépasser.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Après Kierkegaard et Nietzsche, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 390-391.
Edmund Husserl (1859-1938)
Après Nietzsche et Kierkegaard, la pensée philosophique se développe selon trois directions principales. L’une de ces directions est la phénoménologie, dont l’initiateur a été le philosophe allemand Edmund Husserl. La seconde est la philosophie de l’existence ou existentialisme. Quant à la troisième, dont nous ne ferons qu’indiquer le début, elle n’est pas une philosophie à proprement parler, elle se divise et se subdivise, pour ainsi dire, selon les diverses sciences sociales et humaines.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Edmund Husserl, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 392.
D’abord il se bat contre la psychologie et l’introspection. Il ne veut en aucun cas et d’aucune manière être confondu avec ceux qui prétendent trouver le fondement de la certitude dans la description d’états de conscience intérieurs. Il souligne avec insistance — et selon nous, à juste titre — que les états psychiques que nous pouvons observer, par exemple à l’aide de l’introspection, sont des objets pour nous, tout autant que les objets du monde extérieur; ce sont, certes, des objets psychiques, mais néanmoins des objets. En cela il est encore fidèle à Kant, car pour Kant aussi, tout ce que nous pouvons décrire de notre conscience est déjà de la conscience objectivée. En tout cas, ce n’est pas a priori. Husserl ne veut pas être de ceux qui se contentent de descriptions introspectives du psychisme, et qui en viennent ainsi à se perdre dans le subjectivisme, c’est-à-dire dans une sorte d’empirisme. Et l’on en arrive bientôt, comme les empiristes anglais, à l’idéalisme. Pensons à Berkeley. Husserl ne veut rien avoir à faire avec une objectivation de la conscience, et d’une façon générale avec la psychologie. Ce qu’il cherche doit être immédiat et originel.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Edmund Husserl, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 395-396.
Sa devise bien connue « Allons aux choses mêmes ! » n’appelle nullement à un réalisme naïf. Elle signifie qu’il est indispensable de saisir l’essence de la conscience si l’on veut comprendre comment un « étant quel qu’il soit devient accessible à la conscience intentionnelle ».
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Edmund Husserl, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 398.
Ce qui subsiste alors sans être touché par la réduction phénoménologique, c’est la conscience, qui constitue en principe une région de l’être particulière, et qui peut devenir le domaine d’une science nouvelle — de la phénoménologie. Cette région de l’être, nous pouvons peut-être l’illustrer par une image. Prenons une feuille de papier. Sur l’une de ses faces se trouvent les phénomènes de l’expérience, sur l’autre face, ce qui se produit dans la conscience. Nous sommes enclins à prendre en considération l’une ou l’autre face du papier. Mais dans la méthode phénoménologique de Husserl, ce dont il s’agit c’est en quelque sorte ce qui se passe à l’intérieur de la feuille de papier, c’est-à-dire le donné même des phénomènes, l’activité de la conscience, grâce à laquelle ce donné est rendu possible.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Edmund Husserl, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 401.
Martin Heidegger (1889-1976)
Le rapport de Heidegger au langage est si particulier que ses « pensées fondamentales » ou sa « doctrine de base » ne peuvent être fidèlement reproduites que dans ses propres termes. Il a forgé tant de mots nouveaux, ou employé tant de mots anciens autrement que selon l’usage courant ou la tradition, qu’il est impossible de les faire comprendre brièvement. Les termes dont il se sert ne sont pas traduisibles par d’autres, ils ne se laissent en aucune façon séparer du mouvement philosophique qui s’accomplit à travers eux et en eux. Cette impossibilité me prouve à nouveau combien Heidegger était sur la défensive : ses pensées refusent de se laisser toucher sans leur cuirasse verbale. Au fond, ce n ‘est pas là une défensive philosophique (car un philosophe s’efforce toujours de dire encore une fois autrement ce qu’il a pensé), c’est une défensive poétique : c’est en effet une qualité fondamentale de toute poésie que d’être comme elle est et de ne pas pouvoir être autrement — elle ne se laisse ni traduire ni expliquer.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Martin Heidegger, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 410-411.
Heidegger fait donc une distinction entre « étant » et « être ». L’étant doit son être à l’être, et l’être n’est qu’en tant qu’étant. Et pourtant — c’est décisif — l’étant « dissimule » l’être. Prenons un exemple : voici un crayon sur la table ; il est en bois, il est jaune, avec une pointe dorée, et il écrit noir. Ce crayon est un étant, mais son être n’est pas en bois, il n’est ni jaune ni doré, et l’on ne peut pas se servir de son être pour écrire. D’autre part, son être n’est pas non plus quelque chose qui subsisterait si l’on retranchait le bois, la couleur jaune, la pointe dorée, l’écriture noire. L’être n’est pas « ce qui reste ». Il disparaîtrait lui-même avec toutes les qualités sensibles et avec l’utilité du crayon, et pourtant il est « quelque chose d’autre » que ces qualités et cette utilité. Dans ce sens, on peut dire que les qualités et l’utilité de l’étant dissimulent son être.
Il y a encore autre chose, selon Heidegger, qui contribue à dissimuler l’être de l’étant ou à l’obscurcir — en même temps que le sens de la question posée à son sujet —, c’est l’habitude, et surtout l’habitude « qui va sans dire », qui ne soulève aucun problème, qui consiste à se servir de l’étant conformément à son utilité — donc : le fonde de la technique tout entier, comme aussi celui des sciences exactes. Lorsqu’il s’adonne à de telles activités, ! sujet se perd dans l’anonymat du « on » impersonnel et devient incapable de poser authentiquement la question e l’être de l’étant.
Or, c’est seulement par la découverte du vrai sens de cette question primordiale qu’une quête de la vérité devient possible.
Pour expliquer le sens de la vérité, Heidegger a recours au mot grec aletheia : « ce qui n’est plus caché ». Il le traduit, entre autres, par le mot Entschleierung (« dévoilement ») et il entend par là le dévoilement de l’être. Pour lui, la vérité ne réside jamais dans une cohérence rationnelle, mais dans une « vision » de l’être qui, d’abord « dissimulé par les outils disponibles », se dévoile dans la question primordiale (Urfrage).
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Martin Heidegger, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 413.
Karl Jaspers (1883-1969)
Pendant les années les plus amères qu’il eut à vivre en Allemagne sous le national-socialisme, il trouva en lui- même — comme il le dit — assez de paix pour se plonger dans l’étude du problème en apparence le plus abstrait du monde : il essaya d’élucider le problème de la vérité et développa une Logique philosophique. Il examina les prémisses des méthodes générales de pensée, en se plaçant au point de vue et dans la perspective de la philosophie. Il s’agissait pour lui de comprendre, de manière à la fois plus claire et plus critique, ce qu’était la rationalité des sciences de la nature et, grâce à cette élucidation préalable, d’éclairer le rapport de cette rationalité avec la réflexion et la foi philosophiques. C’est ainsi qu’il mit en lumière ce qui constitue le paradoxe fondamental de la philosophie : dans la science, on a toujours un objet de recherche, mais en philosophie on n’en a pas. Pourquoi pas ? Ce que la philosophie cherche, au fond, c’est l’être même. Nous touchons ici à la racine kantienne de la pensée de Jaspers — et kantienne, elle l’est profondément. Pensons à la Subjekt-Objekt-Spaltung, à la scission sujet-objet. En science, cette scission règne partout, elle est claire : le chercheur étudie une réalité qui se trouve en face de lui, qui est pour lui objective. Mais la philosophie demande : qu’est-ce que l’être ? L’être n’est ni subjectif ni objectif, ou bien il est l’un et l’autre. Si j’essaie de penser une synthèse de sujet et d’objet —, je n’y arrive pas : le sujet est toujours ce que je suis et qui pense un objet, quel qu’il soit, et fut-il quelque chose dans ma propre conscience. La philosophie n’a pas d’objet ; elle est ce « penser » particulier, qui n’a pas d’objet. Son être « englobe » (umgreift) le sujet et l’objet ; il est, comme dit Jaspers, « un englobant » (ein Umgreifendes).
Mais quelle peut bien être la justification d’un « penser » qui n’a pas d’objet ? En science, on procède à la vérification des hypothèses; en logique, on examine la cohérence de la conduite de la preuve. Mais que peut-on faire en philosophie ?
Loin de nier le caractère précaire de la réflexion philosophique, Jaspers l’a mis fortement en lumière. Il le reconnaît : elle n’est, en effet, ni « contraignante » ni « généralement valable ». Elle est autre chose, et donc quelque chose de précaire. On peut toujours la « réfuter » parce qu’elle n’est pas « vraiment scientifique », parce que le philosophe ne peut jamais définitivement « prouver » ce qu’il affirme.
Mais alors, comment la philosophie a-t-elle pu se maintenir en vie au cours des millénaires ? Pour continuer à vivre, elle a besoin du consentement de l’élève. Cela n’implique nullement que l’élève doive penser la même chose que le maître ; mais il faut qu’il commence par consentir au mode de penser du maître, qui est un mode de penser philosophique. Ensuite il trouvera lui- même, par la pratique même de la philosophie, la justification existentielle de sa propre pensée.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Karl Jaspers, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 429-430.
Nous touchons ici à un caractère essentiel de la philosophie, et qui explique pourquoi certains philosophes ne comprennent rien à certains autres. Dans la mesure où la philosophie s’adresse à l’existence possible, c’est-à-dire à la liberté, il lui faut user d’un langage indirect, qu’un autre penseur comprend ou ne comprend pas. Ce sont des langages qu’on ne peut pas rendre objectivement homogènes ou comparer entre eux. Aux yeux de certains philosophes, c’est là une manière de se dérober à tout critère et de se réfugier dans un subjectivisme pur. Mais, à mon avis, c’est qu’ils se refusent simplement à voir la condition humaine telle qu’elle est, et non pas telle que Jaspers, ou la philosophie, l’aurait inventée. Lorsque l’être humain, en tant que possible liberté, cherche à éclairer l’existence, il ne dispose évidemment pas d’un langage direct, universellement valable, qui ne pourrait être qu’objectif. Aussi recourt-il à un langage indirect, dont la portée se mesure à son efficacité ; ce langage ne peut être ni technique ni objectif; il éveille la liberté en se faisant comprendre d’elle.
Le langage scientifique n’est universellement contraignant que lié à un point de vue, à une méthode, à un stade de la connaissance atteint au moment où il est utilisé. Ce qu’il énonce est donc contraignant pour tout esprit normal, mais de manière relative, alors que le langage qui éclaire l’existence n’est jamais universellement valable et contraignant, puisqu’il s’adresse à la liberté d’autrui — mais il se réfère à l’absolu.
Si donc on veut comprendre un certain philosophe, il est absurde de commencer par le refuser. Pour le comprendre, il faut d’abord consentir à penser avec lui, en lui < prêtant » sa propre liberté. Si cette liberté s’y refuse, on ne le comprendra jamais. Nous trouvons ainsi chez Jaspers deux pôles opposés, celui de la validité contraignante, mais relative, et l’autre, où s’éclaire l’absolu. La relativité se trouve du côté de la validité universelle, l’absolu du côté de l’éclairement, qui ne contraint jamais personne.
Tels sont les deux pôles de cette philosophie. Mais alors une question se pose : pourquoi constatons-nous que, tout au long de l’histoire de la philosophie, les philosophes n’ont cessé d’argumenter et d’enchaîner les déductions logiques ? Ils se sont toujours efforcés d’éviter les contradictions, d’avancer des démonstrations cohérentes et bien liées — et Kant plus que quiconque. Mais si l’on examine ces raisonnements de plus près, on découvre que, par-delà leur validité contraignante, ils possèdent une efficacité différente, par laquelle ils modifient l’esprit de celui qui les lit. Souvenons-nous : nous avons vu, à propos de Platon, que lorsque nous lisons un de ses dialogues, nous ne sommes plus les mêmes, à la fin de notre lecture, que ceux que nous étions au commencement.
La philosophie est un domaine étrange. Elle argumente en cherchant des points d’appui dans l’objectivité et la rationalité, et pourtant elle s’attend à être comprise, justement à travers cette argumentation, par une possible liberté, par une existence qui « mime » sa démarche afin de saisir en elle-même ou de devenir quelque chose de plus essentiel que cette démarche même.
Je suis convaincu qu’elle ne peut pas renoncer à ce double aspect, justement parce qu’il correspond à la situation qui est celle de l’homme. Quand l’homme cherche le vrai, c’est le vrai absolu qu’il cherche ; mais chercher le vrai absolu implique, pour l’homme, prendre appui sur l’objectivité et la rationalité — et reconnaître en même temps que les conditions en sont prisonnières de la scission sujet-objet, ce qui signifie que l’être ne saurait se laisser réduire à une connaissance de cette sorte.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, Karl Jaspers, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, pp. 439-441.
La philosophie aujourd’hui
En même temps, des théories se répandent, selon lesquelles les problèmes fondamentaux de la philosophia perennis ne sont pas du tout de véritables problèmes : ils ne se posent qu’à cause du langage, par suite de formulations diverses, et il suffirait de les énoncer autrement pour les voir s’évanouir.
Cette évolution ne concerne pas seulement les problèmes de la philosophie. Ce que les hommes tenaient jusqu’ici pour le monde qui leur était « donné » a perdu sa réalité. Il n’y a plus que des interprétations ou des conventions concernant cet univers, qui découlent de langues naturelles diverses, ou alors des langues artificielles créées par les sciences. Par-delà l’expression verbale il n’y a pas de réalité, et par conséquent les « problèmes » ont cessé de se poser.
Ces sciences humaines et sociales procèdent comme les termites dans le bois : elles vident la philosophie par l’intérieur et réduisent en poudre ses mises en question et ses recherches du sens. Elles ne proposent pas de solutions à ses problèmes, elles les dissolvent, en dissolvant la réalité, l’être même. La possibilité de poser la question disparaît, avec le sens pour la vérité.
Les causes en sont aussi nombreuses que diverses. L’une d’entre elles me paraît évidente : plus une civilisation est évoluée, plus la langue et les langages spécialisés y prennent de l’importance. Dans notre société occidentale, l’« homme cultivé » vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même.
HERSCH, Jeanne, L’étonnement philosophique, La philosophie aujourd’hui, Gallimard, Collection Folio essais (n° 216), Paris, 1993, p. 457.
Wow ! Quel bouquin ! Je distingue nettement mieux LA philosophie DES philosophies à la suite de ma lecture de L’étonnement philosophique de Jeanne Hersch. Je demeure avant tout un adepte de LA philosophie comme mode de pensée, premier pas pour un mode de vie. Je m’attarde plus spécifiquement à la philosophie de la connaissance, aux « Comment nous pensons ? », « Comment nous prenons conscience ? », « Comment nous visons la connaissance ? », etc.
J’aime plus particulièrement l’épistémologie lorsqu’elle se demande « Qu’est-ce que la connaissance et le connu ? » ou simplement « Qu’est-ce que la connaissance ? » À lecture de L’étonnement philosophique de Jeanne Hersch, je constate que ces questions et bien d’autres sur la connaissance et son acquisition par l’homme a passionné et passionnent encore presque tous les philosophes, chacun ayant sa propre idée sur les réponses à apporter.
ÉPISTÉMOLOGIE
Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.
Partie de la philosophie qui a pour objet l’étude critique des postulats, conclusions et méthodes d’une science particulière, considérée du point de vue de son évolution, afin d’en déterminer l’origine logique, la valeur et la portée scientifique et philosophique (cf. philosophie* des sciences, empirisme* logique).
Bref, je me questionne sur la pensée philosophique elle-même. Dans le livre L’étonnement philosophique de Jeanne Hersch, je trouve de nombreuses pistes de réflexion sur la pensée philosophique, qu’il soit question d’esthétique, d’éthique, de logique, de métaphysique, de morale, d’ontologie,de théologie, etc.
À mon humble avis, la connaissance de la connaissance en notre conscience avec la prise de recul nécessaire s’impose comme le premier pas du philosophe. Comment JE connais ?
J’accorde 5 étoiles sur cinq au livre L’étonnement philosophique : Une histoire de la philosophie de Jeanne Hersch paru chez Gallimard, Collection Folio Essais (n° 216) en 1993.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?