Article # 317 – Les guerres de la rationalité : une réflexion personnelle / The rationality wars: a personal reflection, Gerd Gigerenzer, Institut Max-Planck pour le développement humain, Berlin, Allemagne, 2024

Gigerenzer G. The rationality wars: a personal reflection. Behavioural Public Policy. 2025;9(3):495-515. doi:10.1017/bpp.2024.51
Gigerenzer G. The rationality wars: a personal reflection. Behavioural Public Policy. 2025;9(3):495-515. doi:10.1017/bpp.2024.51
Information : Cambridge University Press 2026
Type Article
Informations Behavioural Public Policy, Volume 9, Issue 3, July 2025, pp. 495 – 515
DOI: https://doi.org/10.1017/bpp.2024.51
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Droit d’auteur © Gerd Gigerenzer, 2024. Published by Cambridge University Press.

Traduit de l’anglais au français par Google Gemini


Texte original en anglais


Les guerres de la rationalité : une réflexion personnelle

Gerd Gigerenzer

Institut Max-Planck pour le développement humain, Berlin, Allemagne


Résumé

Pendant la Guerre froide, la rationalité logique — axiomes de cohérence, maximisation de l’utilité espérée subjective, mise à jour des probabilités bayésiennes — est devenue le socle de l’économie et des autres sciences sociales. Dans les années 1970, la rationalité logique a subi les attaques du programme des « heuristiques et biais », qui interprétait la théorie comme une norme universelle régissant la manière dont les individus devraient prendre leurs décisions, bien qu’une telle interprétation soit absente de l’ouvrage fondateur de von Neumann et Morgenstern et rejetée par Savage. Les écarts observés entre les jugements humains et cette théorie étaient perçus comme la preuve de biais cognitifs stables, censés à leur tour sous-tendre les problèmes sociaux et justifier le paternalisme gouvernemental. Dans les années 1990, le programme de la rationalité écologique a fait son entrée sur le terrain, s’inspirant des travaux de Simon. Il dépasse les limites étroites de la rationalité logique pour analyser la façon dont les individus et les institutions prennent des décisions en situation d’incertitude et d’intraitabilité. Cette vision plus large a démontré que de nombreux soi-disant biais cognitifs sont les marques d’une forme d’intelligence plutôt que de l’irrationalité, et que les heuristiques constituent des guides indispensables dans un monde incertain. Le débat passionné qui a opposé ces trois programmes de recherche s’est fait connaître sous le nom de « guerres de la rationalité ». Proposant un bref récit depuis la « ligne de front », je montre comment les parties prenantes ont compris de manières de surcroît très différentes ce que cette guerre impliquait.


Mots-clés : rationalité écologique, guerre froide, heuristiques, biais cognitifs, guerres de la rationalité, incertitude.


Le champ de bataille des guerres de la rationalité s’est dessiné dès l’instant où l’hégémonie de la rationalité de la Guerre froide a commencé à s’éroder. Par le biais de la théorie des jeux et de la théorie du choix rationnel, la rationalité de la Guerre froide s’était imposée au premier plan après la Seconde Guerre mondiale. L’idéal d’une rationalité logique fondée sur le respect de règles incarnait l’espoir qu’un raisonnement calculatoire puisse dompter la menace immédiate d’une guerre nucléaire, servant de rempart contre les émotions imprévisibles d’un Khrouchtchev ou d’un Kennedy (Erickson et al., 2013). La rationalité logique — maximisation de l’utilité espérée subjective, axiomes de cohérence, mise à jour des probabilités bayésiennes, équilibre de Nash et induction à rebours — offrait la promesse d’un armement intellectuel capable de guider l’Occident à travers la guerre du Vietnam et la Guerre froide. Dans le même temps, elle est devenue le socle d’une grande partie de l’économie et des autres sciences sociales, et l’un des fleurons de l’esprit humain.

Dans les années 1970, la rationalité logique a été attaquée par un groupe de psychologues soutenant que la prise de décision humaine était empreinte de biais systématiques et que les comportements étaient souvent irrationnels, de façon même prévisible. L’attaque est venue des psychologues cognitifs Tversky et Kahneman, dont le programme de recherche s’est fait connaître sous le nom de programme des « heuristiques et biais » (Tversky & Kahneman, 1974). Pourtant, loin de contester la rationalité logique en tant que norme, ces chercheurs l’ont en réalité adoptée. Lorsqu’un écart était mis en évidence entre les jugements des individus et la rationalité logique, ils l’attribuaient à une faille de l’esprit humain, jamais de la norme, sans souvent mâcher leurs mots. Les intuitions humaines étaient qualifiées d’« accumulation de péchés », d’« indéfendables », d’« autodestructrices » et de « ridicules » (Tversky & Kahneman, 1971, p. 107–110).

Les psychologues sociaux ont rejoint les rangs. Les individus n’étaient pas seulement dits souvent trompés sur les causes de leur propre comportement, mais, en principe, incapables de les identifier parce qu’ils ne peuvent accéder aux processus de leur esprit (Nisbett & Wilson, 1977). La mise à sac de l’introspection s’est accompagnée d’une affirmation, rappelant l’ouvrage Par-delà la liberté et la dignité de Skinner, selon laquelle le comportement serait à 99 % automatique et facilement manipulable par l’amorçage (priming) (Bargh, 1997 ; Leys, 2024). Il en a émergé l’image générale selon laquelle l’être humain est intrinsèquement sujet à des biais irrationnels, manque de conscience et de contrôle, et a besoin d’être orienté par des politiques gouvernementales paternalistes telles que le « coup de pouce » (nudging) (Thaler & Sunstein, 2008). Je désignerai cet ensemble sous le nom de programme des biais cognitifs.

Dans les années 1990, un troisième acteur est entré en scène, sous l’impulsion de mon groupe de recherche (Gigerenzer et al., 1999, 2011). Sa philosophie repose sur les travaux de Herbert Simon (1990), qui soutenait que pour comprendre le comportement, il convient d’analyser à la fois la cognition et son environnement (qu’il comparait aux deux lames d’une paire de ciseaux), ainsi que leur adéquation. Ainsi, la nature de la rationalité n’est pas la cohérence interne, mais plutôt la fonctionnalité dans le monde réel.

Parce que la maximisation de l’utilité espérée s’appuie sur la mathématique de l’optimisation, elle ne peut traiter ni les situations mal définies d’incertitude (par exemple le lancement d’un nouveau produit) ni les situations bien définies d’intraitabilité (par exemple jouer aux échecs). Le programme de la rationalité écologique, plus général que celui de la rationalité logique, s’attaque à ces situations. Il modélise les processus heuristiques utilisés et identifie les environnements dans lesquels ils réussissent. En conséquence, de nombreux soi-disant biais cognitifs s’avèrent fonctionnels dans le monde réel (Gigerenzer, 2018).

Le programme original de Simon, qu’il avait nommé « rationalité limitée » (bounded rationality), est apparu en même temps que l’approche de la rationalité logique, mais n’a été pleinement exploré que plus tard. Le terme de Simon a plutôt été récupéré par les partisans de la rationalité logique pour désigner l’optimisation sous contraintes, et par le programme des biais cognitifs pour signifier son contraire : l’irrationalité. Face à cette double réappropriation, j’ai introduit le terme de rationalité écologique.

Le débat entre ces trois visions de la nature humaine — en tant que Homo economicus, Homer Simpson ou Homo heuristicus — a été baptisé « guerres de la rationalité » par les philosophes Samuels et al. (2002) et Sturm (2012), et « grand débat de la rationalité » par le psychologue Stanovich (2011).

De multiples lignes de front définissent ce débat, qui traverse transversalement les frontières disciplinaires. La rationalité logique est-elle une norme universelle de rationalité, applicable partout et toujours, ou son territoire est-il délimité ? Dans quelle mesure le comportement humain s’écarte-t-il de la rationalité logique, et cela a-t-il de l’importance ? Une théorie du comportement rationnel doit-elle être purement abstraite, aveugle au contexte et à l’expérience humaine, ou doit-elle refléter explicitement la structure de l’environnement et donner de la chair psychologique à des modèles décharnés ?

Dans cet article, je propose un bref récit des guerres de la rationalité. Ayant été sur la ligne de front et témoin direct de la ferveur de ces débats, ce que vous lisez est le point de vue personnel d’un combattant, non d’un observateur. Mais je ferai de mon mieux pour représenter l’ensemble des parties de manière équitable.

La rationalité de la Guerre froide

Pendant la guerre du Vietnam, le philosophe John Searle rendit visite à un ami qui occupait un haut poste au département de la Défense des États-Unis, au Pentagone. Comme le rapporte Searle (2001, p. 6) :

« J’ai essayé de le dissuader de la politique de guerre suivie par les États-Unis, en particulier la politique de bombardement du Vietnam du Nord. Il était titulaire d’un doctorat en économie mathématique. Il s’est avancé vers le tableau noir, a tracé les courbes de l’analyse microéconomique traditionnelle, puis a dit : « Là où ces deux courbes se croisent, l’utilité marginale de la résistance est égale à la désutilité marginale d’être bombardé. À ce point précis, ils sont obligés de renoncer. Tout ce que nous supposons, c’est qu’ils sont rationnels. Tout ce que nous supposons, c’est que l’ennemi est rationnel ! » »

Les Nord-Vietnamiens ont pourtant continué à se battre jusqu’au retrait des forces américaines en 1973.

Dans les années 1940 et 1950, les fondations analytiques de la rationalité logique (également appelée rationalité axiomatique ; Rizzo & Whitman, 2020, p. 52–55) ont été posées, et elle a pris de l’importance dans les années 1960. Le calendrier n’est peut-être pas tout à fait fortuit. La crise de Berlin en 1961, la crise des missiles de Cuba en 1962, l’écrasement du Printemps de Prague par l’URSS en 1968, la guerre du Vietnam de 1955 à 1975, et la menace persistante des missiles atomiques à longue portée incarnaient le climat mondial de menace nucléaire.

À partir de la conférence de Berkeley de 1964 intitulée Strategic Interaction and Conflict, un groupe d’éminents chercheurs s’est réuni à la RAND Corporation à Washington et dans diverses conférences pour discuter des moyens de sauver la planète d’une guerre nucléaire. Ce groupe de personnalités comprenait l’économiste Thomas Schelling de Harvard, l’économiste Daniel Ellsberg (qui devint célèbre par la suite en tant qu’ancien responsable du département de la Défense ayant divulgué les Pentagon Papers), l’économiste Oskar Morgenstern de l’université de Princeton, et le sociologue Erving Goffman de l’université de Californie à Berkeley. Leur objectif était de préserver la Terre non seulement de l’anéantissement nucléaire, mais aussi des périls de l’esprit humain. Selon les mots de Schelling (1960, p. 292) : « Le fait est que ce ne sont pas les accidents qui causent la guerre. Ce sont les décisions qui causent la guerre ».

Ce groupe espérait qu’un calcul rationnel permettrait de dompter la menace immédiate selon laquelle la malveillance, l’arrogance ou la folie humaine pourraient conduire à une guerre nucléaire globale. La rationalité se devait d’être formelle, indépendante de la personnalité et du contexte, et calculatoire. Algorithmique, optimale et impersonnelle — tel était l’idéal de la rationalité de la Guerre froide. Le calcul transformerait notre monde incertain en un monde certain, rendant l’ennemi prévisible.

L’objectif du groupe de la RAND Corporation était plus vaste encore que la guerre du Vietnam et la Guerre froide : découvrir une rationalité pure, universellement et éternellement valide, indépendante du problème posé, et idéalement utilisable de manière mécanique par un ordinateur (Erickson et al., 2013, p. 177). Cette grande vision a ajouté de nouveaux coupables inattendus à l’ancienne liste des obstacles à la raison. Pendant des siècles, les coupables étaient les passions, la pensée confuse, l’ignorance et la folie. La rationalité de la Guerre froide y a ajouté deux étranges compagnons d’infortune qui entravaient le calcul des solutions optimales : l’incertitude et l’intraitabilité (Erickson et al., 2013, p. 9).

  • L’incertitude désigne l’incertitude radicale, ou les « inconnues inconnues » (unknown unknowns), pour reprendre les termes de l’ancien secrétaire américain à la Défense Rumsfeld, où l’ensemble complet des états futurs possibles et de leurs conséquences ne peut être connu.

  • L’intraitabilité signifie que la ligne de conduite optimale ne peut être calculée ni par des humains ni par des ordinateurs. Elle est bien connue dans des jeux comme les échecs, mais de nombreux calculs bayésiens et leurs approximations sont également intraitables (Kwisthout et al., 2011).

Les situations d’incertitude et d’intraitabilité excluent l’optimisation et, avec elle, l’utilité de la théorie de la maximisation de l’utilité espérée subjective.

De nombreux rationalistes de la Guerre froide étaient conscients des limites de la rationalité logique. Ellsberg (1961) soutenait que les axiomes de cohérence de Savage avaient un pouvoir normatif contestable. Morgenstern a souligné que des erreurs dans le système de missiles antiballistiques étaient inévitables. Les rationalistes de la Guerre froide étaient leurs propres critiques les plus sévères, mal à l’aise face au point aveugle de la rationalité logique concernant les facteurs physiques et psychologiques.

À ce stade du débat, les premières lignes de bataille ont émergé — des lignes de front qui restent contestées à ce jour.

Lignes de bataille

Universalité

La rationalité logique est-elle universelle ou limitée ? Par un coup de force extraordinaire, la maximisation de l’utilité espérée subjective a été couronnée par Milton Friedman et d’autres spécialistes des sciences sociales comme une théorie universelle de la prise de décision rationnelle, applicable partout et toujours. Ses limites ont été balayées comme de simples « anomalies ». La critique normative d’Ellsberg a été largement oubliée et ses résultats expérimentaux abondamment cités ont été qualifiés de « paradoxe », tout comme la critique normative d’Allais auparavant.

Pourtant, ce coup de force ne correspondait pas à ce que les fondateurs de la théorie de l’utilité espérée subjective avaient en tête. Savage, qui avait axiomatisé la théorie, considérait son domaine comme très étroit, et non universel. Il avertissait ses lecteurs qu’il serait « ridicule » d’appliquer la théorie de l’utilité espérée subjective à des situations d’incertitude où des événements imprévus pourraient survenir, ou à des problèmes intraitables (Savage, 1954, p. 16). Savage estimait que la théorie n’est normative que dans les « petits mondes » (small worlds), où tous les états futurs possibles du monde et toutes les conséquences de nos actions sont connus avec certitude. De même, une interprétation normative des axiomes du choix ou de la maximisation de l’utilité espérée est absente des trois éditions de l’ouvrage fondateur de von Neumann et Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior (von Neumann & Morgenstern, 1944, 1947, 1953).

Objectif

La rationalité logique vise-t-elle à décrire la manière dont nous nous comportons, ou à prescrire la façon dont nous devrions nous comporter, ou encore à tout autre chose ? L’espoir de la rationalité de la Guerre froide était que la théorie décrivait la manière dont les belligérants pensaient réellement. Si la théorie n’était que normative, les passions et la folie pourraient néanmoins conduire le monde à la guerre nucléaire. Cependant, Allais et Ellsberg ont démontré que les préférences des individus, y compris les intuitions propres de Savage, s’écartent systématiquement des axiomes du choix.

Friedman (1953) a tranché en affirmant que le réalisme psychologique n’a pas d’importance ; la théorie soutient seulement que les gens se comportent comme si (as if) ils maximisaient leur utilité espérée subjective, non qu’ils le font réellement. Suivant la philosophie du comme si de Friedman, de nombreux économistes néoclassiques se sont peu intéressés au processus réel de prise de décision. Friedman (1953) a déclaré qu’une théorie ne devait être évaluée qu’« en voyant si elle produit des prédictions suffisamment bonnes pour l’usage auquel elle est destinée ou supérieures aux prédictions de théories alternatives » (p. 41).

Que valent alors ses prédictions ? L’incapacité des modèles macroéconomiques de la Réserve fédérale à prédire la crise financière de 2008 en est un exemple frappant. Mais dès 1983, l’économiste Heiner notait déjà que la liste des prédictions univoques dérivées des modèles d’optimisation est au mieux très courte (p. 561). En 2014, un groupe d’économistes a publié une revue des preuves empiriques accumulées au cours des 50 dernières années sur la capacité des fonctions d’utilité (y compris l’utilité du revenu, l’utilité de la richesse et la fonction de valeur de la théorie des perspectives) à prédire le comportement. Ils ont conclu : « Leur pouvoir de prédiction hors échantillon (out-of-sample) se situe dans une plage allant de médiocre à inexistant, et nous n’avons vu aucune victoire convaincante contre des alternatives naïves » (D. Friedman et al., 2014, p. 3).

Notez le terme « prédiction hors échantillon ». Cela signifie qu’un modèle est étalonné sur une partie des données et testé sur l’autre partie. C’est une méthodologie standard en apprentissage automatique, mais pas en économie (Artinger et al., 2022). Bien que des modèles du comme si hautement paramétrés tels que la théorie cumulative des perspectives excellent dans l’ajustement des données (data fitting), ils ne prédisent pas nécessairement bien. Toutes sortes de comportements sont compatibles avec un modèle d’utilité quelconque, sans pour autant être prédits par celui-ci.

Les deux lignes de front — La rationalité logique est-elle universelle ou étroite ? Quel est son but réel ? — continuent d’être obscurcies par le brouillard de la guerre. Comme dans un conflit réel, les positions sont loin d’être cohérentes et évoluent rapidement. Pour protéger la rationalité logique, ses modèles ont rarement été soumis à des tests de prédiction hors échantillon, ses limites sont rarement spécifiées, et elle continue d’être présentée tour à tour comme normative, descriptive, du « comme si », ou tout cela à la fois.

Ironiquement, les psychologues qui ont commencé à contester la rationalité logique dans les années 1970 l’ont prise plus au sérieux en tant que théorie universelle et normative que ne l’ont fait de nombreux économistes qui en comprenaient les limites. Contrairement à Friedman, ils ont également pris la théorie au pied de la lettre en tant que description du comportement individuel, et ont entrepris d’attaquer sa validité descriptive.

Biais cognitifs

On pourrait penser que le raisonnement statistique a toujours été un sujet central de la recherche en psychologie. Pourtant, ce n’est qu’au début de la Guerre froide que l’intérêt pour ce sujet est apparu dans les études sur la pensée humaine (Gigerenzer & Murray, 2015). En 1967, les psychologues Peterson et Beach ont passé en revue 110 articles et ont conclu que les lois de la statistique fournissent « une bonne première approximation pour une théorie psychologique de l’inférence » (p. 43). Leur article était intitulé — de manière très représentative de l’époque — « L’homme en tant que statisticien intuitif » (Man as intuitive statistician). De même, Edwards (1968) a conclu que les êtres humains sont de plutôt bons bayésiens, bien que conservateurs, et Piaget et Inhelder (1951/1975) ont conclu qu’à l’âge de 12 ans, les intuitions des enfants se rapprochent des lois de la probabilité. Il convient de noter que ces études, contrairement au programme ultérieur des heuristiques et biais, ont testé les participants sur des dispositifs physiques aléatoires réels plutôt que sur des problèmes textuels hypothétiques.

La psychologie de l’irrationalité

Quelques années après l’article de synthèse de Peterson et Beach, une thèse opposée a émergé. Tversky et Kahneman (1974) ont passé en revue quatre de leurs propres études et conclu : « les gens ne semblent pas suivre le calcul des chances ni la théorie statistique de la prédiction » (p. 237). Cet article a posé la matrice du programme des biais cognitifs, qui a commencé à dresser la liste de prétendues illusions cognitives ressemblant à des illusions d’optique, suggérant leur caractère inévitable : le biais de l’oubli de la fréquence de base (base-rate fallacy), le biais de conjonction (conjunction fallacy), les erreurs d’appréciation du hasard, le biais de surconfiance et des dizaines d’autres travers mentaux. Ariely (2010) a soutenu « que nous ne sommes pas seulement irrationnels, mais de manière prévisible irrationnels — que notre irrationalité se produit de la même façon, encore et encore » (p. xviii). Dans leur livre Nudge, Thaler et Sunstein (2008) ont comparé en plaisantant les humains au personnage de bande dessinée gauche Homer Simpson. Homo sapiens semblait désormais être une appellation impropre.

Les médias, qui n’avaient jusque-là manifesté que peu d’intérêt pour les recherches sur le statisticien intuitif, se sont emparés du nouveau message. Par exemple, Newsweek a publié un grand article concluant que la plupart des gens sont des « processeurs d’informations lamentablement confus » et que la liste des biais cognitifs de ces « pigeons » et « crédules » est si longue qu’elle « démoraliserait Salomon » (McCormick, 1987).

Dans le même ordre d’idées, une troupe de chercheurs a commencé à attribuer toutes sortes de catastrophes humaines à de préétendus biais cognitifs. Considérez la soi-disant « erreur de conjonction » — par exemple, le fait que la plupart des gens jugent plus probable que Linda soit « guichetière de banque et féministe » plutôt que simplement « guichetière de banque », lorsqu’on leur fournit une description suggérant implicitement qu’elle est féministe mais pas guichetière (Tversky & Kahneman, 1983 ; voir Rizzo & Whitman, 2020, p. 133–141). Le philosophe Stich (2012) a tiré la sonnette d’alarme : « Il est inquiétant de spéculer sur l’impact immense que cet échec inférentiel peut avoir sur l’évaluation par les gens du risque de catastrophes telles que les pannes de réacteurs nucléaires » (p. 52). La spécialiste des sciences cognitives Kanwisher (1989) a émis l’hypothèse que le biais de conjonction pourrait sous-tendre des arguments erronés dans les débats sur la politique de sécurité américaine en « surestimant les scénarios les plus extrêmes au détriment de scénarios moins spectaculaires mais plus probables » (p. 655). Et le paléontologue Gould (1992) de conclure : « nos esprits ne sont pas façonnés (pour une raison quelconque) pour fonctionner selon les règles de la probabilité » (p. 469). Aucun d’entre eux ne semblait savoir qu’Inhelder et Piaget (1951/1964, p. 101) avaient démontré que même des enfants de 12 ans comprennent la règle de conjonction : à savoir qu’un sous-ensemble ne peut pas être plus grand que l’ensemble parent (Tversky et Kahneman n’ont pas cité les résultats antérieurs contradictoires d’Inhelder et Piaget). Dès lors, la question de savoir pourquoi les enfants, mais pas les adultes, comprennent cette règle ne s’est même pas posée.

La politique de l’irrationalité

Le message de l’irrationalité a fait les affaires de certaines entreprises. Diverses addictions et catastrophes sociales ont été imputées à nos biais internes, détournant l’attention des mauvais comportements de ces entreprises elles-mêmes. Après la crise financière de 2008, Deutsche Bank Research a publié un article intitulé « Homo economicus — ou plutôt Homer Simpson ? », mettant en avant 17 biais cognitifs présentés comme les causes de la crise (Schneider, 2010). Cependant, selon le département de la Justice des États-Unis (2017), « la Deutsche Bank n’a pas seulement induit les investisseurs en erreur : elle a contribué directement à une crise financière internationale ». En 2017, la Deutsche Bank a accepté de payer 7,2 milliards de dollars pour sa conduite illégale et ses pratiques de prêt irresponsables.

Bientôt, le message de l’irrationalité s’est politisé. Le philosophe Trout (2005) a déclaré que les preuves convergent vers « une seule morale : que la vision des Lumières est profondément erronée » (p. 379), tandis que la philosophe Conley (2013) a balayé le libéralisme de John Stuart Mill parce que Mill « n’a pas correctement pris en compte la psychologie humaine, telle que nous la connaissons aujourd’hui » (p. 9). Le gouvernement britannique a créé une équipe d’enseignements comportementaux (Behavioral Insights Team), également connue sous le nom de Nudge Squad, et l’ancien président américain Obama, qui s’est défini comme un lecteur admiratif de Nudge, a engagé Cass Sunstein comme son « tsar de la réglementation » (plus formellement, directeur du White House Office of Information and Regulatory Affairs ; Ferguson, 2010). Le nudging est devenu une industrie internationale pesant plusieurs milliards de dollars. Ce nouveau paternalisme vise à protéger les individus non pas contre les imperfections des marchés ou les criminels, mais contre l’ennemi intérieur : leur propre irrationalité. Il fonde sa justification sur la soi-disant ténacité des biais cognitifs.

Nouvelles lignes de bataille

Réplicabilité

Le message de l’irrationalité a ouvert une troisième ligne de bataille concernant la réalité même des biais cognitifs. Sont-ils réplicables ? Il s’est avéré que certains ne le sont pas. Lorsque nous avons (Sedlmeier et al., 1998) mené la première (et à ce jour la seule) tentative de réplication de la célèbre étude sur la fréquence des lettres de Tversky et Kahneman (1973), nous n’avons trouvé aucun biais systématique de disponibilité.

Les effets d’amorçage (priming) ont été les victimes suivantes des études de réplication. Doyen et al. (2012) n’ont pas réussi à répliquer l’expérience emblématique de Bargh et al. (1996), dans laquelle les participants invités à trier des mots associés aux personnes âgées ralentissaient automatiquement leur démarche en quittant le laboratoire. Malgré de multiples échecs de réplication, Bargh et ses partisans ont maintenu que les biais qui les avaient rendus célèbres étaient réels et ont lancé des attaques personnelles contre ceux qui ne pouvaient les répliquer, proférant des termes tels que « police de la réplication », « petits tyrans sans vergogne », « chasse aux sorcières », « terrorisme méthodologique » ou même « la Stasi » (Lewis-Kraus, 2023). Kahneman, qui avait consacré de nombreuses pages de Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée aux « merveilles de l’amorçage » (2011, p. 52), a reconnu avoir souscrit de façon acritique à ces recherches et a adressé une lettre ouverte dans Nature enjoignant les chercheurs sur l’amorçage à cesser leur « déni défiant face à leur problème de réplication » (Kahneman, 2012).

Quantité

Samuels et al. (2002), qui ont nommé le débat « guerres de la rationalité », ont compris de manière très différente ce que la guerre impliquait : non pas l’universalité, l’objectif ou la réplicabilité, mais simplement la quantité. Ils se sont demandé : dans quelle mesure les humains s’écartent-ils réellement de la rationalité logique ? Pour eux, cette question descriptive délimitait l’unique ligne de front des guerres de la rationalité. Selon eux, le programme des biais cognitifs voit le verre de la rationalité à moitié vide, tandis que le programme de la rationalité écologique le voit à moitié plein. Où réside donc le désaccord ?

Dans leurs tentatives de réconciliation, Samuels et al. sont passés à côté de l’essentiel. Le différend sur ce qui constitue un bon raisonnement est fermement normatif, et non simplement descriptif. Ce qui est en jeu, c’est la nature même du contenu du verre de la rationalité, et pas seulement le niveau du liquide.

Coûts sur le bien-être

Les deux dernières lignes de front concernent les coûts réels supposés des écarts par rapport à la rationalité logique, et l’efficacité du nudging pour réduire ces coûts. Les violations de la rationalité logique sont-elles associées à des coûts dans le monde réel qui justifieraient le nouveau paternalisme ?

Arkes, Hertwig et moi-même (Arkes et al., 2016) avons cherché dans la littérature la preuve de conséquences matérielles préjudiciables, telles que des gains plus faibles, une santé détériorée ou une espérance de vie réduite. Par exemple, selon l’argument de la « pompe à fric » (money pump), une personne ayant des préférences intransitives perdra de l’argent : si vous préférez A à B, B à C, et C à A, et que vous êtes prêt à payer pour passer de A à B, et ainsi de suite, vous finissez dans un cercle vicieux et devenez une pompe à fric. Nous avons identifié plus de 100 études faisant état de violations de la transitivité, et n’avons trouvé aucune preuve que ces violations conduisent réellement à des pompes à fric. Nous avons également examiné plus de mille articles à la recherche de violations de la règle de conjonction, de l’axiome d’indépendance, d’inversions de préférences, d’effets de cadrage et d’autres biais cognitifs supposés, avec le même résultat. L’absence de preuves montrant que les violations de la rationalité logique ont un impact réel est frappante.

Efficacité du nudging

Le nudging améliore-t-il réellement la santé, la richesse et le bonheur des individus, comme on le prétend souvent ? Une méta-analyse de 212 études a fait état d’une taille d’effet faible à moyenne, tout en notant un biais de publication (Mertens et al., 2021). Un biais de publication signifie que les études ayant trouvé des effets nuls ou négatifs ne sont pas entrées dans la méta-analyse. En corrigeant ce biais de publication, des chercheurs indépendants n’ont trouvé aucun bénéfice du nudging, quel que soit le domaine (Maier et al., 2022).

L’une des raisons pour lesquelles le nudging semble fonctionner alors qu’il n’en est rien réside dans l’utilisation d’indicateurs de substitution (surrogate measures). Un récit à succès populaire prétend que le nudging sauve des vies en augmentant le taux de donneurs d’organes. Les pays disposant d’un système de consentement présumé (tout le monde est donneur sauf refus explicite / opt-out) présentent des taux de donneurs potentiels plus élevés que les pays avec consentement explicite (opt-in). Parce que la plupart des gens ont tendance à suivre le choix par défaut, Thaler et Sunstein (2008, p. 186) ont attribué la pénurie de dons à l’inertie des gens. La solution semblait être de changer simplement la valeur par défaut du consentement explicite vers le consentement présumé.

Cependant, augmenter le nombre de donneurs potentiels n’est pas la même chose qu me d’augmenter les dons réels. Lorsque 17 pays de l’OCDE à consentement présumé ont été comparés à 18 pays de l’OCDE à consentement explicite, aucune différence n’a été constatée dans les taux de dons réels (Arshad et al., 2019) ; une seconde étude suivant cinq pays qui étaient passés au consentement présumé a montré que cette transition augmentait le taux de donneurs potentiels, mais à nouveau pas celui des dons réels (Dallacker et al., 2024).

Le cas de l’Espagne — le pays affichant le taux le plus élevé de donneurs réels — montre que le problème ne réside pas dans l’inertie des esprits individuels, mais dans la structure du système. L’Espagne disposait à l’origine d’un consentement présumé, mais ce n’est qu’après l’introduction par le gouvernement de changements structurels ciblés que le taux de dons réels a augmenté de manière substantielle. Ces changements comprenaient des incitations financières suffisantes pour que les hôpitaux fournissent l’infrastructure coûteuse nécessaire, un réseau de transplantation organisant efficacement le processus, des programmes d’éducation du public et du personnel formé en psychologie pour s’entretenir avec les familles des défunts, qui prennent en grande partie la décision finale indépendamment du choix par défaut (Matesanz, 2005). Augmenter le nombre de donneurs potentiels n’est qu’un substitut à la véritable tâche, qui consiste à accroître le taux de dons réels par des modifications structurelles et par l’éducation.

Une deuxième raison pour laquelle le nudging semble fonctionner alors qu’il n’en est rien réside malheureusement dans la manipulation de données et la fraude. Selon Ariely, lorsque les individus devaient signer un engagement d’honnêteté au début d’un formulaire déclaratif de leur kilométrage annuel à leur assurance, ils étaient plus honnêtes que lorsqu’ils signaient à la fin. Après avoir examiné les données d’Ariely, Simonsohn et al. (2021) ont conclu qu’elles avaient été délibérément manipulées pour produire cet effet, et ont découvert des preuves supplémentaires de fraude de la part de la coauteure d’Ariely, Francesca Gino, qui avait contribué à une étude en laboratoire sur le thème de la malhonnêteté (Lewis-Kraus, 2023).

Pourquoi les gens étaient-ils rationnels avant 1970 et irrationnels après ?

Étonnamment, la question de savoir pourquoi les gens sont soudainement devenus irrationnels a rarement été posée. Que s’est-il passé dans les années 1970 ? Lopes (1991) a été l’une des rares personnes à poser la question et à pointer deux facteurs qui ont alimenté le nouveau message d’irrationalité : le biais de citation et le manque d’opportunités d’apprentissage.

Le biais de citation

Prenez l’article de synthèse de 110 études par Peterson et Beach (1967), qui concluait que les gens sont d’assez bons statisticiens intuitifs. En 2020, cet article avait été cité 479 fois selon Scopus, tandis que l’article de Tversky et Kahneman (1974) défendant le message opposé l’avait été plus de 15 000 fois (Lejarraga & Hertwig, 2021). Et dans la même période, l’article d’Edwards et al. (1965) concluant que les êtres humains sont des bayésiens conservateurs a été cité 214 fois, alors que l’article correspondant de Kahneman et Tversky (1972) affirment que les gens ne sont ni des bayésiens conservateurs ni des bayésiens tout court (p. 450) a été cité 5 815 fois (Lejarraga & Hertwig, 2021). Le biais de citation ne se limite pas à ces paires de publications classiques.

Considérez l’effet de cadrage (framing effect), qui a été interprété comme une erreur logique persistante : « dans leur attrait tenace, les effets de cadrage ressemblent davantage à des illusions perceptives qu’à des erreurs de calcul » (Kahneman & Tversky, 1984, p. 343). Cependant, plusieurs groupes de recherche, notamment celui de McKenzie (ex. McKenzie & Nelson, 2003 ; Sher & McKenzie, 2006) et celui de Kühberger (ex. 1995 ; Kühberger & Tanner, 2010), ont montré que le cadrage est un moyen intelligent de véhiculer des messages sous-entendus, et que l’attention portée au cadrage reflète la capacité correspondante à lire entre les lignes, conformément aux théories psycholinguistiques (Grice, 1989). Une fois de plus, cet ensemble de recherches contradictoires est rarement, voire jamais, mentionné dans la partie de la littérature qui continue d’interpréter tous les effets de cadrage comme des biais cognitifs (ex. Thaler & Sunstein, 2008 ; Kahneman, 2011).

L’ignorance massive des recherches scientifiques contradictoires s’étend à l’effet de dotation (endowment effect), à l’aversion à la perte, à la surconfiance, à l’illusion de la « main chaude » (hot hand fallacy), et à de nombreux autres biais cognitifs, maintenant la fiction selon laquelle il s’agirait d’aberrations mentales stables (Gigerenzer, 2018 ; Rizzo & Whitman, 2020, p. 408). La fiction s’étend aux spéculations sur le rôle des biais cognitifs en politique. Lorsque Kanwisher (1989) a attribué les faiblesses de la politique de sécurité américaine au biais de conjonction et à la surconfiance, ou lorsque McDermott (2002) a reproché à l’ancien président américain Reagan de s’appuyer sur l’heuristique de disponibilité au lieu de calculer rationnellement la future expansion soviétique, ils sont restés muets sur les recherches critiques de ces prétendus biais.

Le biais de citation est une forme de biais de confirmation. Il devrait faire l’objet de l’enquête scientifique, et non constituer sa méthode.

Expériences rapides, aucune opportunité d’apprentissage

Le biais de citation explique pourquoi beaucoup ignorent l’existence de recherches contradictoires, mais il n’explique pas les résultats divergents eux-mêmes. L’une des raisons de ces derniers réside dans une transformation radicale de la manière dont les expériences sont conduites. Les recherches démontrant de bonnes intuitions statistiques utilisent généralement des dispositifs aléatoires réels, tels que des urnes et des boules, et offrent aux participants l’opportunité d’apprendre par l’expérience. Par exemple, dans une expérience d’apprentissage des probabilités que Tversky a menée dans le cadre de sa thèse de doctorat sous la direction d’Edwards, chacun des 24 participants était assis devant une boîte équipée d’un dispositif aléatoire, étudié individuellement, et bénéficiait de 1 000 essais pour apprendre (Tversky & Edwards, 1966). Une session individuelle durait environ une heure.

Après que Tversky s’est associé à Kahneman, ils ont créé un nouveau type d’expérience qui remplaçait les dispositifs aléatoires par des problèmes textuels hypothétiques, substituait aux expériences contrôlées en laboratoire des questionnaires pouvant être distribués n’importe où, et n’offrait aucune opportunité d’apprentissage. Une telle expérience pouvait être menée en quelques minutes (Heukelom, 2012).

Le passage d’expériences chronophages d’apprentissage des probabilités à de rapides questions hypothétiques n’est pas neutre quant aux conclusions tirées sur la rationalité humaine. En fait, il est amplement documenté que les jugements des individus diffèrent systématiquement selon qu’ils font l’expérience directe d’une tâche ou qu’elle leur est seulement décrite. Ce décalage est connu sous le nom d’écart description-expérience (description-experience gap ; Schulze & Hertwig, 2021).

Dans le feu du débat

Les premières contestations

En 1981, le philosophe Cohen a été l’un des premiers à contester les normes de Kahneman et Tversky. Des commentateurs de son article paru dans Behavioral and Brain Sciences (BBS) ont qualifié sa « querelle » de trop polémique, regrettable et inutile, ce à quoi Cohen a répondu que personne ne peut accuser ses semblables de commettre des erreurs de raisonnement tout en prétendant être à l’abri d’accusations similaires (Cohen, 1983, p. 515).

Le théoricien de la décision Levi (1983) a rejeté la conclusion de Kahneman et Tversky selon laquelle les gens commettent le biais de la fréquence de base dans le « problème du taxi » (cab problem), faisant remarquer que le fait de ne pas ignorer les fréquences de base dans ce problème textuel ambigu constituerait précisément l’erreur. Chose inhabituelle pour BBS, dans la même section de commentaires, Kahneman et Tversky ont été autorisés à répondre aux remarques de Levi ; comme l’explique une note de la rédaction, ils avaient demandé à l’éditeur de voir le commentaire de Levi au stade des épreuves, empêchant Levi de répliquer à son tour.

Lopes (1981) soutenait que, contrairement au précepte de la théorie de l’utilité espérée, la prise de décision à court terme n’est pas identique à celle à long terme. Par exemple, les gens peuvent hésiter à accepter un pari consistant à gagner 2 000 $ ou perdre 1 000 $ sur un seul lancer de pièce non biaisée, mais accepter ce même pari s’il est répété 100 fois. Ses objections ont été réfutées par Tversky et Bar-Hillel (1983) qui défendaient la théorie de l’utilité, mais il n’y a eu aucune réponse de Lopes — ce qui violait la séquence standard article-réfutation-réplique. Lorsque j’ai demandé à Lopes pourquoi elle n’avait pas répondu à la réfutation de Tversky et Bar-Hillel, elle m’a confié qu’elle avait en réalité soumis une réplique, mais que celle-ci n’avait curieusement jamais été publiée.

Au début des années 1990, la guerre tournait au détriment des critiques du programme des biais cognitifs. Thaler (1991) déclarait que « les illusions mentales doivent être considérées comme la règle plutôt que l’exception » (p. 4). Lorsque Lopes (1991) a critiqué la « rhétorique de l’irrationalité » grandissante, bien peu l’ont écoutée. Frustrée, elle a fini par abandonner la recherche sur la prise de décision pour consacrer son grand talent à l’administration universitaire.

Souvenir personnel

Mon entrée dans le débat a eu lieu en 1989-1990, alors que j’étais chercheur invité au Center for Advanced Study de Stanford. En février 1990, j’ai été invité à donner une conférence au département de psychologie de Stanford, au sein duquel Tversky travaillait depuis des décennies. J’avais un profond respect pour ses travaux antérieurs sur la théorie de la mesure, les modèles de similitude et les modèles d’heuristiques comme l’élimination par aspects. Mais plus tard dans sa carrière, les modèles ont été remplacés par des étiquettes, et son attention s’est déplacée vers les travaux des années 1960 de Kahneman sur les erreurs cognitives.

Le psychologue Lee Ross m’a présenté ainsi : « Avant l’arrivée d’Amos, nous croyions que les gens étaient rationnels. Amos a montré que ce n’était pas le cas. Ces dernières années, des voix se sont élevées pour soutenir que les gens ne sont pas si irrationnels. » Le titre de mon exposé était : « Beyond heuristics and biases: How to make cognitive illusions disappear » (Au-delà des heuristiques et biais : comment faire disparaître les illusions cognitives). Comme le sujet était controversé à Stanford, j’ai demandé à l’auditoire de me laisser parler pendant une heure et de réserver les questions pour la fin. L’exposé comportait trois points : un normatif, un descriptif et un théorique.

Premièrement, j’ai soutenu que de nombreuses soi-disant erreurs dans le raisonnement probabiliste ne sont en réalité pas des violations de la théorie des probabilités. Le programme des heuristiques et biais s’est appuyé sur une vision normative étroite partagée par certains économistes théoriciens, mais non par les partisans de la vision fréquentiste des probabilités qui domine les départements de statistique actuels, ni même par tous les bayésiens. Mon propos est que si chacun est libre d’appliquer des probabilités subjectives à tous les événements, y compris les cas singuliers, cela ne justifie en rien d’imposer cette vision comme norme aux autres. Selon cet étalon étroit du raisonnement probabiliste, les probabilistes et statisticiens les plus éminents du $XX^e$ siècle — des figures de la carrure de von Mises et Neyman — seraient coupables de « biais » dans leur raisonnement probabiliste.

Deuxièmement, nous pouvons corriger ces normes problématiques en interrogeant les gens sur des fréquences plutôt que sur des événements isolés. Dans le problème de Linda, la question « Qu’est-ce qui est le plus probable : « Linda est guichetière de banque » ou « Linda est guichetière de banque et milite dans le mouvement féministe » ? » est ambiguë, car le terme « probable » appliqué à un événement unique peut renvoyer à n’importe quel sens non mathématique du terme, tel que ce qui est plausible ou la présence de preuves. Pour résoudre cette ambiguïté, on peut poser la question sous forme de fréquences : « Il y a 100 personnes comme Linda : Combien sont guichetières de banque ? Combien sont guichetières de banque et militent dans le mouvement féministe ? ». Ce simple passage de l’événement unique à la fréquence suffit à faire disparaître en grande partie l’erreur de conjonction (Fiedler, 1988 ; voir aussi Hertwig & Gigerenzer, 1999). Ce résultat explique également pourquoi les enfants des études d’Inhelder et Piaget ne commettaient pas la « faute » : on les interrogeait sur des fréquences, et non sur des événements isolés.

J’ai montré que le biais de surconfiance disparaît également lorsque l’on demande aux individus : « À combien des dix dernières questions pensez-vous avoir répondu correctement ? », par opposition à : « Quelle est votre confiance d’avoir bien répondu à cette question ? ».

De plus, la statistique repose sur des hypothèses. Dans un problème textuel, celles-ci doivent être clairement spécifiées par l’expérimentateur, et de façon plausible. Par exemple, dans le problème de Tom W. (Kahneman & Tversky, 1973), aucune information n’était fournie sur la manière dont le portrait de l’étudiant (hypothétique) Tom W. avait été sélectionné, que ce soit au hasard ou non. Pour le problème des ingénieurs et des avocats, où les participants recevaient une brève description suggérant qu’un individu était ingénieur, on leur disait que la description provenait d’un tirage au sort dans un groupe de 30 ingénieurs et 70 avocats. Mais en réalité, ce n’était pas le cas : la description avait été inventée de toutes pièces. Lorsque nous avons répété l’expérience en laissant les participants tirer au sort dans une vraie urne et expérimenter un véritable échantillonnage aléatoire (Gigerenzer et al., 1988), le biais de l’oubli de la fréquence de base a largement disparu et les participants ont pris en compte les fréquences de base.

Enfin, j’ai soutenu que les théories psychologiques de la prise de décision devaient cesser d’expliquer les écarts par rapport à des normes contestables, comme le faisait le programme des heuristiques et biais. Au contraire, nous devrions reconnaître les limites de la rationalité logique et accorder l’attention due aux heuristiques que les individus et les institutions utilisent, les modéliser avec précision et identifier les environnements dans lesquels elles fonctionnent ou non. J’ai esquissé un programme théorique fondé sur les deux lames des ciseaux de Simon : l’analyse de la manière dont les heuristiques exploitent les structures environnementales (voir Gigerenzer, 1991, pour une version révisée de la conférence).

Après l’exposé, une discussion vive a éclaté. Dans une déclaration remarquable, Tversky a affirmé publiquement qu’il n’avait ni théorie ni hypothèses, mais seulement des généralisations empiriques ; dès lors, ses idées ne pouvaient être réfutées.

Deux semaines plus tard, Kahneman m’a contacté : « J’ai entendu dire que vous aviez eu un séminaire très réussi à Stanford. Seriez-vous disposé à donner une ou deux conférences à Berkeley ? » J’ai finalement donné deux conférences à Berkeley, l’une pour le département de psychologie et l’autre pour le groupe de sciences cognitives. J’ai trouvé qu’il était beaucoup plus facile de débattre avec Kahneman qu’avec Tversky. Après chaque exposé, Kahneman demandait un temps de réponse de 10 minutes, à la suite duquel je répondais à sa réponse, une formule qui s’est répétée lors de la réunion de la Judgment and Decision Making Society en novembre 1992. Un échange public d’idées permet au public d’entendre simultanément les deux côtés, les arguments et contre-arguments, permettant ainsi à la science de progresser.

Pour ma part, j’ai toujours essayé de séparer le respect personnel pour Kahneman et Tversky et leurs réalisations de nos points de vue scientifiques divergents. Cela n’a pas toujours fonctionné. Comme je l’ai appris bien plus tard dans la biographie de Lewis (2017) : « Amos ne voulait pas seulement contrer Gigerenzer ; il voulait le détruire » (p. 335). Les trois philosophes qui ont forgé le terme de « guerres de la rationalité » avaient peut-être raison après tout.

En 1996, Kahneman et Tversky ont répondu à ma critique par un article dans la Psychological Review. La soumission originale s’intitulait « On the reality of cognitive illusions: A reply to Gigerenzer ». La version publiée a supprimé le sous-titre, mais a adopté un ton plus agressif, encouragé par un relecteur partisan que l’éditeur a immédiatement écarté du processus d’évaluation. (J’ai plus tard invité ce relecteur à franchir la ligne de front et à passer une semaine avec mon groupe de recherche pour observer le débat de l’autre côté. Ce fut une expérience enrichissante pour chacun.) Dans leur article, Kahneman et Tversky ont défendu leurs normes contre ma critique visant l’imposition de celles-ci à tous, qualifiant ma position d’« agnosticisme normatif ». Ils ont continué d’insister sur le fait que le défaut ne résidait pas dans leurs normes étroites, mais dans l’esprit humain. Ma réponse à leur réplique a été publiée dans Gigerenzer (1996).

Examinons à présent trois questions fondamentales pour faire progresser le débat : prendre au sérieux l’incertitude et l’intraitabilité, les modèles algorithmiques d’heuristiques, et la rationalité écologique.

Voies d’avenir

Incertitude et intraitabilité

Dans son ouvrage Risk, Uncertainty, and Profit (1921), Knight, fondateur de l’École d’économie de Chicago, a établi une distinction entre le risque et l’incertitude. Comme il le résumait, dans un monde de risque — c’est-à-dire doté d’une prévoyance parfaite — toutes les actions deviendraient mécaniques, les humains des automates, et les assureurs ne réaliseraient aucun profit. Keynes (1937) a établi une distinction similaire : « Le sens dans lequel j’utilise le terme [incertitude] est celui dans lequel la perspective d’une guerre européenne est incertaine, ou le prix du cuivre et le taux d’intérêt dans vingt ans, ou l’obsolescence d’une nouvelle invention » (p. 214).

Sous l’autorité de Friedman, la distinction entre risque et incertitude a été balayée d’un revers de main. Friedman (1963) déclarait :

« Frank Knight a établi une distinction nette entre le risque, faisant référence à une distribution de probabilité connue ou connaissable, et l’incertitude, faisant référence à des événements pour lesquels il n’était pas possible de spécifier des probabilités numériques. Je n’ai pas fait référence à cette distinction parce que je ne la crois pas valide… Nous pouvons traiter les gens comme s’ils attribuaient des probabilités numériques à chaque événement concevable. » (p. 282)

Friedman n’a pas seulement rejeté l’incertitude knightienne ; il l’a surtout dénaturée pour la réduire à de simples situations de probabilités manquantes, ignorant ainsi les deux limites majeures de la rationalité logique : l’intraitabilité et l’incertitude.

Dans leur ouvrage influent Games and Decisions (1957), Luce et Raiffa ont de la même manière utilisé le terme « incertitude » pour désigner l’« ambiguïté », éliminant ainsi toute véritable incertitude du domaine de la prise de décision. Tout comme dans la rationalité de la Guerre froide, leur idéal était une prévoyance parfaite et des décisions automatiques affranchies du jugement humain :

« il est possible d’imaginer qu’un dirigeant prévoie toutes les contingences possibles et qu’il décrive en détail l’action à entreprendre dans chaque cas… [de sorte] que la poursuite du fonctionnement de l’usine puisse être confiée à un employé ou à une machine. » (p. 6)

Le programme des heuristiques et biais a emboîté le pas à Friedman, allant jusqu’à utiliser le terme « incertitude » tant pour l’ambiguïté que pour les situations de risque (Tversky & Kahneman, 1974). Cette confusion conceptuelle a alimenté l’illusion de certitude selon laquelle tous les problèmes posés comportent exactement une réponse correcte, que toutes les autres réponses sont des erreurs, et que les heuristiques sont toujours inférieures à la rationalité logique.

Pour dissiper cette confusion terminologique, je définis ces concepts dans le Tableau 1 en utilisant la notion de « petit monde » de Savage (1954/1972), une situation où un agent possède une prévoyance parfaite de tous les états futurs possibles $S$ et de toutes les conséquences $C$. Un petit monde aux probabilités inconnues est une situation d’ambiguïté ; un petit monde aux probabilités connues est une situation de risque (Tableau 1). Des dés pipés et des machines à sous au biais non divulgué sont des exemples d’ambiguïté ; les loteries et la roulette sont des exemples de situations de risque.

Tableau 1. Risque, ambiguïté, incertitude et intraitabilité

Conditions Petits mondes : Risque Petits mondes : Ambiguïté Grands mondes : Incertitude Grands mondes : Intraitabilité
Tous les états futurs possibles et les conséquences de toutes les actions sont-ils connus ? Oui Oui Non Oui
Toutes les probabilités sont-elles connues ? Oui Non Non Oui
L’action optimale peut-elle être calculée ? Oui Oui Non Non

L’incertitude, en revanche, s’applique aux « grands mondes » (large worlds) dans lesquels l’espace des états $(S, C)$ ne peut être connu. Dans ce cadre, aucune distribution de probabilités (avec des probabilités dont la somme est égale à un) ne peut être construite de manière sensée sur les événements ou les conséquences, pas même des probabilités subjectives. L’incertitude fait partie des décisions réelles les plus importantes, des problèmes de budget administratif à la planification d’une guerre.

Enfin, un problème bien défini est intraitable si la ligne de conduite optimale ne peut être calculée, même si elle existe. Envisagez un problème de tournée : étant donné $n$ villes reliées par des routes de longueur connue, trouver le trajet le plus court pour visiter chaque ville exactement une fois, en revenant au point de départ. Avec $n$ villes, il y a $(n – 1)! / 2$ parcours possibles, ce qui signifie que pour 61 villes ou plus, le nombre de parcours dépasse le nombre estimé d’atomes dans l’univers.

Le Tableau 1 cartographie le véritable territoire de la rationalité logique : les petits mondes. Des outils méthodologiques tels que les probabilités subjectives, les probabilités de second ordre et les distributions a priori uniformes permettent de traiter les situations d’ambiguïté. Mais ils ne s’appliquent pas aux situations d’incertitude où l’espace des états n’est pas intégralement connu.

Comme l’a noté Simon, il existe deux manières d’aborder une situation en contexte d’incertitude et d’intraitabilité. La première consiste à convertir le problème d’origine en un petit monde afin de calculer une conduite optimale, en espérant que la solution se généralisera au problème initial. La seconde consiste à affronter l’incertitude et l’intraitabilité, à renoncer à l’idéal d’optimisation et à étudier comment les individus et les institutions prennent réellement de bonnes décisions dans le grand monde. Dans la lignée de Friedman, la majorité des économistes néoclassiques et des théoriciens de la décision ont emprunté la première voie ; à la suite de Knight et Simon, une minorité de spécialistes des sciences sociales, dont mon propre groupe de recherche, a suivi la seconde. Mais comment prendre de bonnes décisions dans de grands mondes ?

Heuristiques

Le programme des heuristiques et biais a le mérite d’avoir attiré l’attention des chercheurs en sciences sociales sur les heuristiques. Tversky et Kahneman (1974) ont reconnu que les heuristiques sont extrêmement économiques et généralement efficaces. Cependant, un tel éloge était presque toujours suivi de mises en garde indiquant que les heuristiques peuvent conduire à des erreurs graves et systématiques. Comme l’a fait observer Lopes (1991), malgré tout le soin apporté à souligner les erreurs, Tversky et Kahneman ne citent pas un seul exemple illustrant une heuristique fonctionnant bien. C’est la conséquence directe de la rationalité logique, au sein de laquelle les heuristiques sont systématiquement considérées comme un pis-aller.

Les trois heuristiques initialement proposées — disponibilité, ancrage et représentativité — constituaient une première étape importante. Il est compréhensible qu’au début des années 1970, elles n’aient été que vaguement caractérisées. Cependant, comme je l’ai soutenu 25 ans et de nombreuses expériences plus tard (Gigerenzer, 1996), des notions comme la représentativité restent vagues, non définies et non spécifiées, tant en ce qui concerne les conditions antécédentes qui les déclenchent que les processus cognitifs qui les sous-tendent. Kahneman et Tversky (1996, p. 591) ont défendu cette imprécision en arguant que les psychologues de la Gestalt n’avaient pas non plus spécifié entièrement les règles de similitude et de bonne continuité, et qu’il serait « imprudent » d’« imposer des modèles de processus comme moyen principal de faire progresser la psychologie ». Plus de 25 ans après, le processus sous-jacent à ces trois concepts demeure nébuleux.

Dans mes propres recherches, je me suis appuyé sur les modèles algorithmiques d’heuristiques de Simon (et Tversky). Une première innovation a été de tester des modèles d’heuristiques pour les inférences, et non seulement pour les préférences comme dans le satisficing de Simon ou l’élimination par aspects de Tversky. Contrairement aux préférences, les inférences permettent de mesurer réellement l’exactitude des heuristiques. Cela a permis la découverte des effets du « moins c’est mieux » (less-is-more effects), des situations dans lesquelles des heuristiques simples prédisent de manière plus précise que des modèles linéaires complexes — et avec moins de temps et d’efforts (Gigerenzer et al., 1999).

La première objection à nos résultats fut qu’ils étaient impossibles. Les effets du « moins c’est mieux » ne sont en effet pas concevables dans les petits mondes de la rationalité logique, mais ils se produisent dans les grands mondes. Lorsque des chercheurs indépendants ont répliqué nos résultats, l’objection suivante a été de dire que si les heuristiques peuvent prédire plus précisément que des modèles linéaires, elles restent toujours inférieures aux algorithmes complexes d’apprentissage automatique. Lorsque nous avons par la suite testé des heuristiques telles que take-the-best et les arbres rapides et frugaux (fast-and-frugal trees) sur des ensembles de données d’apprentissage automatique, nous avons trouvé des jeux de données où les heuristiques prédisaient de manière aussi exacte, voire meilleure, que les forêts aléatoires (random forests) ou les machines à vecteurs de support (support vector machines), et de façon plus efficiente (Brighton & Gigerenzer, 2015 ; Katsikopoulos et al., 2020 ; Buckmann, 2024).

La découverte des effets du « moins c’est mieux » a soulevé une nouvelle question : pouvons-nous identifier les conditions dans lesquelles une classe donnée d’heuristiques réussit ou échoue ?

Rationalité écologique

L’étude de la rationalité écologique s’appuie sur l’analyse et la simulation informatique pour modéliser l’adéquation entre les heuristiques et les conditions environnementales. Lors d’une conférence en 1996, lorsque j’ai présenté le premier résultat de mon groupe de recherche, celui-ci a retenu l’attention de Reinhard Selten, qui avait reçu le prix de Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel deux ans plus tôt. À la fin de mon exposé, Selten a déclaré : « C’est une véritable percée ».

La condition que nous avions découverte était simple : si les poids bêta des variables sur lesquelles repose une inférence décroissent de manière exponentielle, aucun modèle linéaire ne peut effectuer de meilleures prédictions que l’heuristique take-the-best (Martignon & Hoffrage, 1999). Pour Selten, la théorie des jeux était un puzzle mathématique, qu’il ne fallait pas confondre avec une prescription ou une description de la prise de décision en incertitude, comme l’avaient espéré les rationalistes de la Guerre froide. Pour l’illustrer, il a prouvé par induction à rebours qu’une politique de prix coopérative, et non agressive, est logiquement impliquée dans le paradoxe de la chaîne de magasins (chain-store paradox). Pourtant, ajoutait-il, dans le monde réel, il ne suivrait pas la déduction logique mais se montrerait agressif pour dissuader d’autres acteurs d’entrer sur le marché (Selten, 1978, p. 132–133). La validité logique d’un argument dans un petit monde bien défini n’implique pas son caractère raisonnable dans le grand monde de la compétition économique.

La rationalité écologique signifie la fonctionnalité dans la tradition de James, Dewey et Brunswik, et non la véridicités (veridicality ; Rizzo, 2023). Le compromis biais-variance (bias-variance trade-off) implique que les heuristiques peuvent être biaisées, mais parce qu’elles présentent une faible erreur due à la variance, elles peuvent néanmoins conduire à un comportement plus précis et plus efficace que ne le font des stratégies complexes (Gigerenzer & Brighton, 2009). L’étude de la rationalité écologique donne de la consistance aux lames des ciseaux de Simon. Simon s’est réjoui de voir comment son analogie s’était développée en analyse mathématique. Dans sa recommandation pour notre ouvrage Simple Heuristics That Make Us Smart, il a écrit qu’il « offre une introduction passionnante à cette révolution dans les sciences cognitives, portant un grand coup en faveur de la raison dans l’approche de la rationalité humaine » (Simon, 1999). La découverte des effets du « moins c’est mieux » a révolutionné la compréhension de la rationalité limitée. Ce qui semblait être une négligence irrationnelle d’informations s’est révélé être écologiquement rationnel sous des conditions précises que nous avons pu déterminer.

Vernon Smith (2003) a introduit le terme de « rationalité écologique » de manière indépendante dans sa leçon d’attribution du prix Nobel, où il a reconnu sa similitude avec le concept employé dans Simple Heuristics. Pour Smith, la rationalité écologique émerge du cerveau inconscient plutôt que de l’esprit conscient, à travers les traditions, les heuristiques, les normes et d’autres processus culturels et biologiques. L’usage du terme par Smith comme le nôtre signale la nécessité d’aller au-delà du programme des biais cognitifs, bien qu’ils diffèrent également, par exemple en ce que la rationalité écologique, selon mon acception du terme, inclut l’analyse d’heuristiques utilisées de manière délibérée, comme dans le diagnostic médical et la gestion d’entreprise (Dekker & Remic, 2019 ; Reb et al., 2024).

En résumé, la rationalité logique est un outil pour les petits mondes, et les heuristiques sont des outils pour l’incertitude et l’intraitabilité. À de nombreuses reprises, j’ai été témoin d’une résistance émotionnelle face à ce message, parfois mêlée à une reconnaissance implicite de sa validité. En 2010, l’université de Bonn a célébré le 80e anniversaire de Selten, pour lequel il a invité quatre conférenciers : trois économistes (dont deux lauréats du prix Nobel) et moi-même. Après mon exposé, l’un des lauréats du prix Nobel s’est approché de moi et m’a dit : « Très intéressant, mais vous savez, je n’aime pas l’incertitude. »

Ces dernières années, cependant, un bon nombre d’économistes sont devenus curieux des modèles algorithmiques d’heuristiques et ont commencé à les étudier dans la prise de décision en incertitude. Les économistes de la Banque d’Angleterre, par exemple, en collaboration avec des chercheurs de mon groupe, ont conçu des arbres rapides et frugaux pour prédire la faillite bancaire, après avoir constaté que lorsque les données sont limitées et les risques à queues épaisses (fat-tailed risks), les heuristiques simples l’emportent sur les modèles plus complexes pour calculer les exigences de fonds propres des banques (Aikman et al., 2021). D’autres, dont Stiglitz, ont testé la capacité prédictive des heuristiques dans des situations macroéconomiques caractérisées par le changement technologique, l’information imparfaite, les obstacles de coordination et les ruptures structurelles :

« Nos résultats suggèrent que les heuristiques simples et robustes ne sont pas une option de second rang, mais plutôt des réponses « rationnelles » dans des environnements macroéconomiques complexes et changeants. » (Dosi et al., 2020, p. 1)

L’éducation plutôt que le paternalisme

Un article de Nature intitulé « Risk School » posait la question suivante : Le grand public peut-il apprendre à évaluer les risques avec précision, ou les autorités doivent-elles l’orienter vers les bonnes décisions (Bond, 2009) ? L’auteur s’est adressé aux « deux camps opposés » des heuristiques et biais et de la rationalité écologique. Le juriste Kahan y est cité affirmant que « la prise de décision en matière de risque devrait être concentrée encore davantage dans des agences d’experts isolées de la politique », Thaler soutenant que « notre capacité à éliminer les biais chez les gens est très limitée », et Kahneman déclarant qu’« il faut une quantité énorme de pratique pour modifier son intuition » (p. 1189–1192). Si personne ne conteste l’existence de mauvaises décisions, nous sommes en désaccord sur la nature de la rationalité et sur la capacité des êtres humains à apprendre et à s’améliorer.

Considérez le raisonnement bayésien, le conflit d’origine entre Edwards d’une part et Kahneman & Tversky d’autre part. En utilisant des représentations intuitives de la numérosité, la plupart des élèves de CM1 savent déjà raisonner de manière bayésienne (Gigerenzer et al., 2021). J’ai formé 1 000 gynécologues dans le cadre de leur formation médicale continue, et environ 80 % d’entre eux ne savaient pas comment interpréter les statistiques de base sur les chances qu’a une femme d’avoir un cancer du sein sachant que sa mammographie de dépistage s’est révélée positive. Pourtant, après une heure d’enseignement des mêmes outils que ceux appris par les enfants, la quasi-totalité d’entre eux a compris (Gigerenzer et al., 2007). L’apprentissage est facilité par des représentations intuitives, que la rationalité logique prend à tort pour des erreurs de cadrage. De la même manière, il est essentiel d’enseigner des heuristiques efficientes pour les situations impliquant de l’incertitude, telles que les arbres rapides et frugaux pour la répartition des patients dans les services d’urgence et pour rendre le monde de la finance plus sûr (Katsikopoulos et al., 2020).

Conclusion

La Guerre froide a pris fin, mais les guerres de la rationalité se poursuivent. Elles sont toujours alimentées par une profonde fracture conceptuelle sur la nature et la psychologie humaines. Comme me l’a expliqué un économiste réputé avec une grande assurance : « Écoutez, soit un raisonnement est rationnel, soit il est psychologique. » La rationalité sans la psychologie — tel était l’idéal commun à la rationalité de la Guerre froide et au programme des biais cognitifs, bien qu’ils apparaissent diamétralement opposés. Il est remarquable que de nombreux psychologues aient préféré marcher sous la bannière de la rationalité logique et combattre le jugement, l’intuition, l’expérience, l’émotion et tout le reste de la psychologie comme les ennemis de la raison.

La rationalité écologique n’est pas véritablement en guerre contre la rationalité logique. Je vois la rationalité écologique comme un concept plus vaste. Elle comprend non seulement l’analyse des conditions sous lesquelles une classe d’heuristiques fonctionne, mais aussi des conditions sous lesquelles s’appuyer sur la rationalité logique, comme la règle de Bayes, a des chances d’aboutir. Par exemple, la règle de Bayes exige un monde stable pour que le passé puisse fournir des distributions a priori fiables. En revanche, appliquer la règle de Bayes à un monde incertain sujet à des changements soudains peut conduire à « l’illusion de la dinde » (turkey illusion ; Taleb, 2010).

Selon moi, la rationalité implique bien plus qu’une logique froide. Elle exige du jugement et de l’expérience. Les bonnes décisions dépendent de la connaissance des environnements sociaux et physiques dans lesquels nous vivons. En conséquence, il n’existe pas une rationalité unique, tout comme il n’existe pas une méthode d’inférence statistique unique qui soit optimale pour tous les problèmes. La rationalité est écologique, dépendante du problème particulier et du contexte auquel nous faisons face. La voie à suivre est de libérer la rationalité du carcan d’une rationalité logique universelle, de prendre les heuristiques au sérieux, et de modéliser systématiquement la prise de décision dans notre monde d’incertitude et d’intraitabilité.

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Article #118 – Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Albert Moukheiber, Allary Éditions, 2024

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Article # 118

J’AI LU POUR VOUS

Neuromania

Le vrai du faux sur votre cerveau

Albert Moukheiber

Création graphique de la couverture :
Raphaëlle Faguer

© Allary Éditions, 2024
Création graphique de la couverture : Raphaëlle Faguer. © Allary Éditions, 2024

Neuromania

Le vrai du faux sur votre cerveau

ISBN : 978-2-37073-431-0

Allary Éditions

5 septembre 2024

22.0 cm (Hauteur), 15 cm (Largeur), 372 gr (Poids)

288 pages

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TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité à changer individuellement ou collectivement ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.

Mais cette profusion de discours sur le cerveau – cette neuromania – se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités. On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas.

En rendant accessibles les dernières études, Albert Moukheiber redonne la parole aux chercheurs et démêle le vrai du faux dans les discours sur le cerveau. Il nous libère ainsi de nombreuses idées reçues, et nous rend plus lucide sur nous-même et les autres.

Source : © Allary Editions.

 * * *

Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024).

Source : Allary Éditions.


TABLE DES MATIÈRES


EXTRAIT

INTRODUCTION

Cet extrait est disponible en libre accès sur le site web leslibraires.ca

Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité ou incapacité à changer ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.

On peut évidemment se réjouir que les neurosciences1 et les sciences cognitives, des disciplines encore jeunes, aient gagné en si peu de temps l’intérêt du grand public. Elles ont, de fait, réalisé des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le traitement des maladies neurodégénératives. Et nous n’en sommes qu’au début. Mais en tant que neuroscientifique, et comme beaucoup de mes confrères et consœurs, je m’inquiète de cette prolifération de discours sur le cerveau, de cette neuromania, car elle se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités.

Faut-il y voir l’exigence de scientifiques soucieux de ne pas retrouver dans les discours tenus au grand public toutes les nuances et réserves qui figuraient dans leurs articles de recherche ? Pas seulement. Car en matière de neurosciences et de sciences cognitives, les croyances sont performatives. Autrement dit, elles ont des effets dans le monde réel. Si, après avoir effectué un test ou lu un article de vulgarisation, vous vous considérez plutôt cerveau droit que cerveau gauche – un découpage rejeté par la plupart des chercheurs actuels – vous n’aurez pas simplement une vision caricaturale de votre cerveau, cette vision influencera vos choix d’études ou de carrière. Elle aura un impact dans votre vie.

Pour gagner en lucidité, en liberté, il est donc urgent de savoir ce que les neuroscientifiques et les sciences cognitives disent vraiment, et pas simplement ce qu’on leur fait dire. C’est le projet de ce livre, qui redonne la parole aux scientifiques et rend accessibles leurs travaux, avec leurs limites et précautions, pour ne plus être condamné aux discours caricaturaux instrumentalisant, pour des raisons idéologiques ou mercantiles, les recherches sur le cerveau.

Cela est d’autant plus important que cette neuromania installe l’idée que, de l’intime au politique, tout s’éclaire par le cerveau. Or, celui-ci n’est pas le bon niveau explicatif pour beaucoup de nos comportements individuels et collectifs. Tout réduire à nos neurones revient, dans certains cas, à vouloir expliquer le fonctionnement d’une voiture en étudiant au microscope les atomes de carbone qui la composent. Le réductionnisme est l’un des moteurs de la science, il a certes permis des avancées fantastiques en neurosciences, mais il provoque une myopie sur des sujets comme les addictions, les douleurs, les maladies psychosomatiques, les fake news… Pour bien comprendre les phénomènes humains et sociaux, il est parfois nécessaire d’élargir la focale : penser le cerveau non pas dans un bocal mais en lien avec le corps, avec son contexte, et ne pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau. Les chercheurs et les scientifiques sont les premiers à le dire. Il est donc important de les écouter pour démêler le vrai du faux dans cette profusion de discours sur le cerveau.

Partie I

Aux origines du réductionnisme :
une brève histoire du cerveau²

« Le cerveau est la seule chose à s’être nommée elle-même »

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La méthode cartésienne

Notre cerveau est l’organe le plus mystérieux de notre corps. Si vous opérez une dissection d’un corps humain, vous pourrez à grands traits déduire les fonctions de l’essentiel de ses constituants : vous trouverez des restes d’aliments dans l’estomac et le système digestif, vous constaterez la fonction structurelle et mécanique des os et des ligaments, vous pourrez inférer de vos observations le principe du système circulatoire et le rôle de pompe à sang du cœur. C’est d’ailleurs, historiquement, la manière dont nos connaissances anatomiques se sont constituées. Le cerveau cependant se livre plus difficilement. Impossible par un simple examen de comprendre les principes qui le régissent. Un cerveau mort ne nous apprend pas grand-chose. Son opacité a longtemps constitué un obstacle à notre compréhension des bases biologiques de notre psyché. Nous savions que le cerveau était le siège de « l’esprit », mais, jusqu’au siècle des Lumières, la majorité de nos connaissances se résumaient à des schémas anatomiques purement descriptifs, à l’image de ceux d’Ibn al-Haytham(3) datant du Xe siècle.

Les premières tentatives systématiques de percer les mystères du cerveau de manière méthodique apparaissent au XVIIe siècle avec la parution de trois ouvrages : L’Homme (posth. 1662) de René Descartes ; Cerebri anatome (1664) de Thomas Willis et Discours sur l’anatomie du cerveau (1669) de Nicolas Sténon. On y trouve les bases des débats philosophiques et scientifiques qui vont fonder pour quatre siècles nos connaissances du sujet, que ce soit sur la nature de l’esprit ou le fonctionnement du cerveau. Nous avons ainsi hérité d’un certain nombre d’hypothèses fausses auxquelles nous prêtons encore foi aujourd’hui. Par exemple, Descartes, pour étayer son système dualiste, fait de la glande pinéale l’interface entre le corps et l’âme. Willis défend l’idée que chaque aire du cerveau est responsable d’une fonction spécifique, une théorie très ancienne et essentiellement intuitive qui se base sur le constat que certains traumas de la boîte crânienne peuvent faire perdre certaines fonctions du corps. Sténon, quant à lui, propose d’une part, contre Willis, d’abandonner les spéculations sur d’éventuelles fonctions mentales localisées, théories trop spéculatives et non étayées par des preuves empiriques, et d’autre part, il préconise d’appliquer au cerveau les méthodes employées pour le reste des organes : le « démanteler » de la manière la plus délicate possible pour ne pas l’abîmer, cartographier les différentes connexions neuronales et suivre une approche multidisciplinaire englobant l’anatomie pathologique et comparative des cerveaux d’autres animaux ; en somme appliquer la méthode cartésienne. Sténon reprochait en effet à Descartes de ne pas avoir mis en application dans son étude du cerveau sa propre méthode. Il n’avait pas suivi son principe de « diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre(4) ».

Ainsi, en 1665, au domicile de Melchisédech Thévenot5, Sténon mettait en œuvre sa méthode face à un groupe de savants et opérait la dissection d’un cerveau humain. Sténon affirmait que « le cerveau est une machine » et qu’on devait donc l’aborder comme telle, pièce par pièce, en tentant de comprendre la fonction de chaque élément. Il pensait qu’une fois ce travail accompli, les autres mystères, comme les localisations et les aires cérébrales, se trouveraient résolus d’eux-mêmes. Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout. Associée à la vision mécaniste de Sténon, elle a constitué la feuille de route des neurosciences depuis et a permis des bonds de compréhension fulgurants, mais conduit aussi aujourd’hui à des impasses. Elle est pourtant encore largement suivie. Elle s’est tant et si bien implantée dans l’imaginaire collectif qu’elle continue d’influencer et d’orienter les travaux des scientifiques. L’approche mécaniste s’est vue – et se voit encore – souvent associée à une vision localiste ou localisée, à l’image de celle proposée par Willis, et a donné naissance à des théories telle que la phrénologie.

La phrénologie

« J’ai rarement vu un crâne aussi dolichocéphalique que le vôtre, ni des bosses supra-orbitales aussi développées. Voulez-vous me permettre de promener mon doigt sur votre suture pariétale ? Un moulage de votre crâne, monsieur, en attendant la pièce originale, ferait l’ornement d’un musée d’anthropologie. Loin de moi toute pensée macabre ! Mais je convoite votre crâne. »

Ce sont là les premiers mots que Mortimer adresse au célèbre détective Sherlock Holmes dans Le Chien des Baskerville(6). Arthur Conan Doyle reprend ici le lexique de la phrénologie (du grec phren, « cerveau », et logos, « connaissance »), une théorie selon laquelle la forme du crâne reflète la personnalité, le caractère et certaines compétences de la personne. Cette discipline rencontrait une audience assez large dans divers milieux au xixe siècle : la reine Victoria elle-même a fait analyser la boîte crânienne de ses enfants par un praticien phrénologue. AuXIXe siècle et encore au début du XXe siècle, la phrénologie a tant le vent en poupe qu’on la trouve mentionnée chez des auteurs tels que Mark Twain ou Balzac. Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine, décrit le père Goriot de la sorte : « Moi qui étudie le système de Gall, je lui [Goriot] trouve les bosses de Judas. […] ; je lui ai pris la tête : il n’y a qu’une bosse, celle de la paternité(7) ». Le « Gall » que mentionne Balzac à travers Bianchon est Franz Gall. Ce médecin viennois émit l’hypothèse dans les années 1790 que les différentes facultés mentales d’un individu humain seraient produites respectivement dans différents organes du cerveau, mesurables par palpation du crâne. Gall s’appuyait sur des observations « empiriques » : par exemple, ses camarades de classe possédant les meilleures capacités à retenir présentaient des yeux proéminents et de larges fronts. Ses diverses conjonctures le menèrent à déterminer 27 facultés mentales identifiables grâce à la crânioscopie. On y trouvait aussi bien la sagesse que l’estime de soi ou la capacité à déterminer les poids et les forces par la manipulation des objets physiques. Gall travaillait avec le médecin Johann Spurzheim et, ensemble, ils vont expérimenter, développer et promouvoir leur approche. Le terrain avait été préparé quelques décennies plus tôt par le Suisse Johann Lavater, qui avait fondé la physiognomonie à la fin du xviiie siècle, une discipline proche qui prétendait pouvoir définir le caractère d’une personne par l’étude de son visage et de ses mimiques. Balzac cite aussi ce dernier dans Le Père Goriot.

Si la phrénologie sut séduire le grand public auprès duquel elle rencontra un certain succès, accaparant une place de choix dans les croyances populaires, elle ne fut jamais considérée comme une hypothèse crédible par les scientifiques, au grand dam de Gall. Il se vit d’ailleurs refuser plusieurs fois son admission à l’Académie des sciences de Paris. Et à juste titre ! Au-delà des problèmes de méthodologie et d’hypothèses hasardeuses, les recherches scientifiques nous ont confirmé qu’il n’existe pas de « bosse des maths » et que la forme du crâne ne reflète en rien l’anatomie cérébrale. Cela n’a pas empêché les thèses phrénologiques de se répandre pour justifier le racisme et l’esclavage ou affirmer la supériorité masculine. Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. Quatre croyances principales se sont ainsi implantées et nous orientent encore aujourd’hui.

La première de ces croyances identifie le cerveau comme l’organe responsable de notre identité et chargé de piloter notre corps. La deuxième affirme que nos capacités sont localisées dans le cerveau ; qu’il existe des aires responsables des différentes fonctions psychologiques et physiologiques que nous possédons. La troisième de ces idées présume que ces fonctions peuvent potentiellement être mesurées et que nous pouvons ainsi évaluer nos capacités. La quatrième et dernière estime que le cerveau humain ne serait pas très différent de celui des autres animaux. Selon Gall, nous partageons 19 de nos 27 fonctions cérébrales – cartographiées par ses soins, telles que le penchant pour le sexe, le talent musical ou le génie mathématique, l’instinct de propriété, la tendance au vol… – avec les animaux, quels qu’ils soient.

Un des plus féroces contradicteurs de Gall fut le médecin français Marie-Jean-Pierre Flourens, membre de l’Académie des sciences, un des fondateurs de la science expérimentale du cerveau. Il publia Examen de la phrénologie en 1842 et se montra formel : la phrénologie ne repose sur aucune donnée expérimentale. Flourens mena ses expériences sur un grand nombre d’animaux, principalement des oiseaux, en opérant différentes lésions sur leur cerveau et en observant les changements ainsi provoqués. Il en déduisit que seules les fonctions les plus primitives telles que le mouvement ou les besoins physiologiques sont localisées alors que toutes les autres fonctions sont distribuées : elles ne prennent pas leur source dans une zone spécifique du cerveau, mais impliquent divers réseaux de neurones plus ou moins éloignés les uns des autres. Ainsi naissait l’approche distribuée de nos fonctions en opposition à la vision localiste, débat qui se poursuit de nos jours.

Localistes contre distributistes

À la suite des travaux de Flourens, deux camps se sont donc formés : d’un côté les défenseurs d’un fonctionnement distribué du cerveau, représentés par Flourens et, de l’autre, les partisans de la localisation des fonctions cérébrales qu’avait proposée Gall, position soutenue par un de ses anciens étudiants : Jean-Baptiste Bouillaud. Ce dernier rejetait la méthode phrénologique, comme la majorité de ses pairs, mais pensait qu’il y avait de bonnes raisons de supposer que nos fonctions étaient localisées. En 1825, il présente un rapport à l’Académie royale de médecine exposant plusieurs cas de personnes ayant perdu la capacité de parler mais conservé celle de comprendre le langage. Les études post-mortem de leur cerveau montraient une lésion similaire dans une partie du lobe frontal. Bouillaud en conclut que Gall avait raison et que l’hypothèse de la localisation était la bonne.

À la même époque, ce même débat eut lieu à quelques rues de là, à la Société d’anthropologie de Paris, fondée par Paul Broca(8). Cet illustre médecin et anatomiste, à qui l’on doit nombre d’avancées dans diverses disciplines médicales, était également un anthropologue aux motivations plus sombres… Il s’intéressait à l’étude comparative de la taille des cerveaux et de la forme de la boîte crânienne pour, entre autres, démontrer la supériorité des Blancs sur les peuples présentant un taux de mélanine plus élevé dans leur épiderme. Broca défendait des hypothèses sexistes et racistes, et sa vision du monde orientait ses travaux(9). En 1861, il organise un débat sur les liens entre la taille du cerveau et les capacités mentales au cours duquel la question de la localisation versus le fonctionnement distribué du cerveau soulève les passions. Le gendre de Bouillaud, Ernest Auburtin, y présente le cas d’un patient parisien qui avait fait une tentative de suicide au pistolet. La blessure avait complètement exposé son lobe frontal. Au cours du traitement, Auburtin conduisit une expérience aussi horrifique qu’efficace pour sa démonstration. Avec une large spatule, il appuya sur la partie antérieure du lobe frontal du patient et remarqua que la capacité à produire des mots disparaissait alors immédiatement, coupant net la phrase émise à cet instant. Le patient devenait muet. Plus important encore, la faculté revenait dès qu’il relâchait la pression. Son beau-père, Bouillaud, semblait avoir raison : la capacité du langage articulé se trouvait dans le lobe frontal.

C’est pourtant Broca qui entra dans les livres de médecine pour sa découverte de la zone du cerveau responsable de la production du langage. Quelques mois plus tard, le hasard lui fit rencontrer Louis Leborgne, patient à l’hôpital Bicêtre, qui se trouvait dans l’incapacité de prononcer d’autres mots que « tan », qui devint son surnom. Sa compréhension de ce qu’on lui disait n’était cependant en rien altérée. Leborgne était atteint de gangrène et décéda quelques jours après sa rencontre avec Broca. Intrigué et se souvenant de l’exposé d’Auburtin, Broca procéda à une autopsie du cerveau de Leborgne et découvrit une lésion frontale. Toutefois, Broca se montra très précautionneux quant aux conclusions qu’il pouvait tirer de cette découverte. Un autre cas se présenta à Broca : Lazare Lelong, 84 ans, qui ne pouvait produire que cinq mots : « Lelo » (probablement son nom), « oui », « non », « toujours » et « trois ». Après sa mort, Broca constata une lésion frontale similaire à celle de Leborgne, mais la prudence restait de mise, d’autant plus que la vision distribuée de Flourens était encore dominante. Au cours des deux années suivantes, Broca accumula les données de douze patients présentant tous des problèmes de production du langage et trouva des lésions frontales localisées dans l’hémisphère gauche. Il publia ses découvertes en 1865 dans son article « Sur le siège de la faculté du langage articulé » dans lequel il spécifia la localisation de l’aire de l’articulation du langage, qui sera connue sous le nom d’aire de Broca. Ses travaux ont eu un tel impact qu’une partie des cerveaux des patients aphasiques de Broca sont préservés et accessibles pour observation à l’université Pierre-et-Marie-Curie à Paris. La vision localiste regagnait du terrain.

Quelques années plus tard, un jeune médecin allemand, Carl Wernicke, allait faire une série de découvertes qui, comme c’est souvent le cas en science, complexifieraient le débat. En 1874, il rencontra une patiente qui, presque à l’inverse des patients de Broca, pouvait produire du langage mais en avait perdu la compréhension. Wernicke en déduisit que les fonctions liées au langage se trouvaient réparties entre diverses aires dans le cerveau. Depuis, la zone que l’on pense responsable de la compréhension du langage porte le nom d’aire de Wernicke. Les expériences vont se poursuivre et la vision localisée du fonctionnement du cerveau ne va cesser de gagner du terrain. À la fin du XIXe siècle, elle est la vision dominante, et elle persiste encore mais de plus en plus de données viennent contredire cette conception et les scientifiques aujourd’hui réfléchissent en termes de « réseaux impliqués dans le langage », les aires de Broca et de Wernicke appartenant à ceux-ci.

Mais surtout, la vision localiste reste bien ancrée dans l’esprit du grand public. Elle s’accompagne souvent d’une vision latéralisée, séparant hémisphères droit et gauche du cerveau et associant à chacun des fonctions et caractéristiques précises.

La théorie des deux cerveaux

Le cerveau est constitué, physiologiquement, sur un principe symétrique (comme l’essentiel de notre corps) : deux hémisphères (un gauche et un droit) liés par une structure que l’on appelle le corps calleux. À la suite des théories localistes, cette caractéristique cérébrale a conduit à l’hypothèse latéraliste : chacun de nos hémisphères abriterait des fonctions spécifiques, indépendantes de l’autre. Des opérations du cerveau sont venues appuyer cette thèse. Jusqu’à récemment, on pratiquait quasi systématiquement la callosotomie chez des patients épileptiques, et dans certains cas, à défaut d’alternatives, on continue à le faire. Cette opération chirurgicale consiste à sectionner, partiellement ou totalement, le corps calleux, afin de déconnecter l’hémisphère gauche de l’hémisphère droit. Cette pratique s’est développée dans les années 1950 notamment avec les travaux du neuropsychologue et neurophysiologiste Roger Sperry, qui avait découvert, en sectionnant le corps calleux de singes, que cela n’avait pratiquement aucun impact notable sur leur comportement général. Michael Gazzaniga, étudiant de Sperry, a opéré des callosotomies sur des patients souffrant d’épilepsie. Ces patients allaient relativement bien et l’opération semblait traiter certaines de leurs crises épileptiques. Gazzaniga, à l’occasion de ses opérations, voulait étudier la communication et le traitement mono-hémisphérique des informations. Il espérait ainsi parvenir à une meilleure compréhension de la latéralisation. En effet, le corps est contrôlé de manière controlatérale : l’hémisphère gauche contrôle la partie droite du corps et vice versa. Sperry avait par exemple déterminé que si le langage est souvent latéralisé à gauche, la perception spatiale est plutôt latéralisée à droite. Partant de là, une extension s’est effectuée, l’hémisphère gauche s’est vu associé au langage et aux fonctions analytiques et de compréhension, et le droit à la perception et aux fonctions créatives. Mais, comme c’est souvent le cas avec de nouvelles données, le passage entre la recherche et la communication au grand public ne s’est pas très bien passé et les découvertes sur la latéralisation ont muté en un système binaire qui oppose nos capacités analytiques et nos capacités créatives. De plus, le mot « hémisphère » a été remplacé par « cerveau » et un modèle a émergé dans lequel notre « cerveau droit » serait responsable des pensées intuitives, du non-verbal, des émotions, alors que le gauche serait plus précautionneux, logique, rationnel.

Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique ! Que ce soit au temps de Broca ou de Gazzaniga, et jusqu’à la littérature scientifique contemporaine, même les défenseurs les plus localistes n’ont jamais prétendu avoir découvert une latéralisation complète de nos fonctions. Aucune lésion hémisphérique connue n’a par exemple fait perdre à une personne sa capacité « créative ». On prétend aussi que l’hémisphère droit est en charge de la perception spatiale, mais certaines données scientifiques indiquent que l’hémisphère gauche est impliqué dans la localisation des objets dans l’espace(10). Les fonctions sont donc distribuées et les deux hémisphères travaillent de concert sur les divers paramètres d’une même fonction complexe. La réduction hémisphérique dont il est si souvent question dans les discours sur le cerveau ne tient pas.

Pour pouvoir prétendre à une latéralisation de nos fonctions, il faut d’abord les définir et les délimiter, et cela n’est pas si simple. Par exemple, pour peindre ses visages constitués de fruits, Arcimboldo ne devait-il pas être aussi méthodique, respectueux des principes géométriques et spatiaux (proportions, perspective…) que créatif ? Lorsque Benjamin Franklin, en 1752, essaie de capturer un éclair dans une bouteille en envoyant son cerf-volant au milieu d’un orage, était-il analytique et rationnel ou intuitif et créatif ? L’opposition binaire entre ces catégories ne reflète pas leur usage ni les liens étroits qu’elles entretiennent.

D’ailleurs, un autre découpage est venu concurrencer celui du cerveau gauche et du cerveau droit auprès du grand public. Le cerveau n’est plus théoriquement découpé en deux parties, mais en trois !

La théorie des trois cerveaux

Charles Darwin publia L’Origine des espèces en 1859, pavant la route de la théorie de l’évolution. Quelques années plus tard, l’hypothèse évolutionniste était acceptée par la grande majorité de la communauté scientifique. Cependant, diverses interprétations spécifiques de cette théorie de l’évolution vont se concurrencer et ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la théorie se stabilise et se voit appliquée à de multiples champs du vivant. Les neurosciences n’échappent pas à l’évolutionnisme. Parmi les chercheurs qui travaillaient sur ces approches, on peut citer Paul MacLean, médecin et neuroscientifique, à l’origine du mythe du cerveau triunique, encore bien présent. Il postule que notre cerveau s’est développé au cours de l’évolution en étages : un complexe reptilien, le plus ancien ; un complexe paléomammalien, un peu plus récent et qu’on partage avec les autres mammifères et, enfin, un complexe néomammalien, la toute nouvelle addition évolutionniste que seuls certains mammifères développés, notamment les humains, posséderaient. MacLean commence à poser les bases de son modèle dans les années 1960, il devient directeur du Laboratory of Brain Evolution and Behavior en 1971 et publie en 1990 le fruit de toutes ses recherches sur le sujet dans le grand ouvrage de sa vie : The Triurne Brain in Evolution(11).

Dans son modèle, chaque couche est en charge de fonctions différenciées, on retrouve donc une vision localisée du fonctionnement cérébral, qui se cartographie non plus en deux (droite/gauche), mais en trois niveaux correspondant à trois « étages » cérébraux distincts. Le complexe reptilien, composé des ganglions de la base et du tronc cérébral, serait responsable de nos comportements instinctifs, d’agression, de domination, de territorialité, bref de nos pulsions primitives ; le complexe paléomammalien, que MacLean appelle aussi système limbique, composé du septum, de l’amygdale, de l’hypothalamus, de l’hippocampe et du cortex cingulaire, serait responsable de nos émotions et de notre motivation ; et, enfin, le complexe néomammalien, composé du néocortex, serait responsable de compétences réservées à un nombre restreint d’espèces, au sommet desquelles se tiendraient les humains avec le langage, l’abstraction, la planification ou le raisonnement. On renoue ici avec une séparation et une hiérarchisation très anciennes : la raison – supérieure, pondérée et réfléchie – doit dominer et maîtriser les instincts et les émotions perturbatrices. Désormais, les instincts, rattachés au complexe reptilien, et les émotions, appartenant au complexe paléomammalien, relèvent de couches primitives et inférieures de notre cerveau, et notre cognition – plus récente, valorisée et différenciante – possède un ascendant sur eux.

Le cerveau triunique va rapidement rencontrer un certain succès auprès du grand public grâce à son approche d’apparence rigoureuse et scientifique : le modèle de MacLean se base sur des travaux d’anatomie comparative et des travaux évolutionnistes. Une telle approche du développement cérébral pourrait théoriquement être cohérente, mais son application dans le modèle triunique est erronée. Le modèle de MacLean perdure bien qu’il n’ait jamais vraiment été adopté par les chercheurs en neurobiologie. Il a même été assez vite rejeté par la communauté scientifique. Aucune partie de notre cerveau n’est venue s’ajouter spontanément à un ensemble préexistant qui se serait révélé insuffisant, ou trop limité. Le cerveau ne s’est pas développé en strates à l’image des couches géologiques, et l’évolution est beaucoup plus chaotique qu’on pourrait le penser(12). En général, l’évolution opère par le développement de l’existant, comme c’est le cas pour nos autres organes ou membres. Ainsi, notre coccyx est probablement la transformation d’une queue qui s’est rétrécie jusqu’à disparaître. De la même manière, notre cortex n’est pas une structure qui est venue s’ajouter spontanément à un complexe néomammalien : quasiment tous les vertébrés possèdent des structures comparables à notre cortex, et certains chercheurs(13) pensent que ce dernier pourrait être antérieur à l’apparition des vertébrés. Ensuite, le développement du système nerveux ne s’est pas fait de manière linéaire, des organismes les plus simples aux plus complexes. Il s’est déployé selon un cheminement nébuleux constitué de lignes indépendantes, de fausses routes et de recombinaisons. Par exemple, certains céphalopodes possèdent des systèmes nerveux très complexes et très différents des nôtres alors qu’ils sont plus anciens, et on retrouve cette complexité chez certains insectes ou oiseaux. Enfin, notre cortex préfrontal n’est pas du tout spécifique à notre espèce, tous les mammifères en possèdent un. L’idée d’un cerveau se construisant en couches successives et gagnant en complexité au fur et à mesure de son développement et de celui de l’espèce est donc invalidée. Complexité du système et « intelligence/développement » de l’espèce ne sont pas nécessairement corrélées. L’évolution des systèmes cérébraux des diverses espèces s’est faite de manière confuse et désordonnée à partir de structures existantes sans que l’on puisse distinguer de phases successives claires liées à l’apparition de zones spécifiques.

Pourtant, en 2020, dans leur article « Votre cerveau n’est pas un ognon avec un petit reptile à l’intérieur »(14), Joseph Cesario et ses collègues du département de psychologie de l’université de Michigan révèlent que le modèle de MacLean est retrouvé dans nombre de manuels universitaires de psychologie : sur vingt livres introductifs publiés entre 2009 et 2017, 14 parlaient de l’évolution du cerveau et 12 le faisaient avec une notion erronée.

Au-delà de ces différentes visions, le modèle localiste a aussi prospéré sous l’impulsion de l’imagerie cérébrale.

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NOTES

1.?Les neurosciences sont les études du système nerveux, aussi bien de sa structure que de son fonctionnement. On abordera principalement dans cet ouvrage les neurosciences cognitives qui se focalisent surtout sur le cerveau et le système nerveux central.

2.?Ce retour historique se base notamment sur le livre de Matthew Cobb, The Idea of the Brain: The Past and Future of Neuroscience, Profile Books, 2020.

3.?Abu Ali al-Hasan Ibn al-Haytham, né en 965 à Bassora, dans l’actuel Irak, décédé au Caire en 1040, et connu en Occident sous le nom d’Alhazen, est un savant et philosophe, mathématicien, physiologiste et physicien.

4.?René Descartes, Discours de la méthode, 1637. Il s’agit de la deuxième règle de la méthode cartésienne, qui divise le complexe en éléments simples.

5.?Melchisédech Thévenot, né vers 1620, mort à Issy en 1692, écrivain et physicien français. Humaniste, il créa chez lui un cercle de savants qui, associé à d’autres, formera l’Académie des sciences en 1666.

6.?Arthur Conan Doyle, Le Chien des Baskerville, 1902.

7.?Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.

8.?Paul Broca (1824-1880), médecin praticien, fut chirurgien des hôpitaux, vice-président du Conseil général des hôpitaux, président de la Société de chirurgie, membre de l’Académie de médecine… Il créa la chirurgie moderne du cerveau et fonda la Société d’anthropologie en 1859.

9.?Les mesures de Broca ainsi que son approche furent réfutées plus de cent ans plus tard par Stephen Jay Gould dans La Mal-mesure de l’homme, 1981.

10.?Langdon, D., Warrington, EK., « The role of the left hemisphere in verbal and spatial reasoning tasks », Cortex, vol. 36, no5, p. 691-702, 2000. https://doi.org/10.1016/S0010-9452(08)70546-X

11.?Paul D. MacLean, The Triune Brain in Evolution: Role in Paleocerebral Functions, Springer US, 1990.

12.?À ce sujet, voir : Hain, D., Gallego-Flores, T., Klinkmann, M., et al., « Molecular diversity and evolution of neuron types in the amniote brain », Science, vol. 377, sept. 2022. https://doi.org/10.1126/science.abp8202

13.?Briscoe, S. D., & Ragsdale, C. W., « Evolution of the chordate telencephalon », Current Biology, vol. 29, no13, R647-R662, 2019. https://doi.org/10.1016/j.cub.2019.05.026

14.?Cesario, J., Johnson, D. J., & Eisthen, H. L., « Your Brain Is Not an Onion With a Tiny Reptile Inside », Current Directions in Psychological Science, vol. 29, no3, juin 2020. https://doi.org/10.1177/0963721420917687

Source : © Allary Editions via leslibraires.ca.


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Albert Moukheiber pour « Neuromania » : « Notre cerveau est beaucoup plus complexe qu’on l’imagine » / Radio France / France Inter, Publié le vendredi 13 septembre 2024

Neuromania: Le vrai du faux sur notre cerveau, Planetesante.ch, Dernière mise à jour 11/11/24 | Audio

Autour de la question, le magazine de toutes les sciences / Pourquoi tant d’idées reçues sur le cerveau ? Radio France International, Publié le : 16/09/2024 – 12:27

Albert Moukheiber : “le cerveau est instrumentalisé à des fins idéologiques ou mercantiles”, Bon Pote, 27/09/2024

Neuromanie : un vrai casse-tête ? Radio, France, Publié le mercredi 8 janvier 2025

Neurosciences : le cerveau devenu argument marketing « alors que souvent, ce n’est pas là que ça se joue », RTBF ACTU, 8 oct. 2024

Comment se fabriquent les idées reçues à propos du cerveau ? Radio France / France Culture, Publié le samedi 19 octobre 2024


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Journée professionnelle académique 25/01/2019 – Atelier Canopé 13 Marseille, Apprendre à apprendre : Neurosciences et pédagogie, Albert Moukheiber – L’importance du doute de soi, – Transcription de l’intervention

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Description : Français : Albert Moukheiber en 2024. Auteur : K192837 (Wikipédias).
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Crédit photo : ©Bojana Tatarska/Allary Éditions
Crédit photo : ©Bojana Tatarska/Allary Éditions

« Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024). » Source : © Allary Editions.

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Mon rapport de lecture du livre

Neuromania

Le vrai du faux sur votre cerveau

Albert Moukheiber

Allary Éditions, 2024

« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.

Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité ou incapacité à changer ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.

On peut évidemment se réjouir que les neurosciences1 et les sciences cognitives, des disciplines encore jeunes, aient gagné en si peu de temps l’intérêt du grand public. Elles ont, de fait, réalisé des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le traitement des maladies neurodégénératives. Et nous n’en sommes qu’au début. Mais en tant que neuroscientifique, et comme beaucoup de mes confrères et consœurs, je m’inquiète de cette prolifération de discours sur le cerveau, de cette neuromania, car elle se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités.

(…)

Cela est d’autant plus important que cette neuromania installe l’idée que, de l’intime au politique, tout s’éclaire par le cerveau. Or, celui-ci n’est pas le bon niveau explicatif pour beaucoup de nos comportements individuels et collectifs. Tout réduire à nos neurones revient, dans certains cas, à vouloir expliquer le fonctionnement d’une voiture en étudiant au microscope les atomes de carbone qui la composent. Le réductionnisme est l’un des moteurs de la science, il a certes permis des avancées fantastiques en neurosciences, mais il provoque une myopie sur des sujets comme les addictions, les douleurs, les maladies psychosomatiques, les fake news… Pour bien comprendre les phénomènes humains et sociaux, il est parfois nécessaire d’élargir la focale : penser le cerveau non pas dans un bocal mais en lien avec le corps, avec son contexte, et ne pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau. Les chercheurs et les scientifiques sont les premiers à le dire. Il est donc important de les écouter pour démêler le vrai du faux dans cette profusion de discours sur le cerveau.

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NOTE

1 Les neurosciences sont les études du système nerveux, aussi bien de sa structure que de son fonctionnement. On abordera principalement dans cet ouvrage les neurosciences cognitives qui se focalisent surtout sur le cerveau et le système nerveux central.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Introduction, Éditions Allary, 2024, p. 9.

Je m’intéresse aux neurosciences depuis les 1990. J’ai toute une collection d’éditions spéciales de magazines consacrés au cerveau. J’ai lu aussi avec beaucoup d’attention les livres L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE – COMMENT TRANSFORMER SES ÉMOTIONS EN INTELLIGENCE de DANIEL GOLEMAN paru en 1997, L’ERREUR DE DESCARTES – LA RAISON DES ÉMOTIONS de ANTONIO R. DAMASCIO paru en 1994 et d’autres livres au sujet des neurosciences. Ma lecture de NEUROMANIA a remis drastiquement les pendules à l’heure et j’en remercie l’auteur ALBERT MOUKHEIBER.

Les premières tentatives systématiques de percer les mystères du cerveau de manière méthodique apparaissent au XVIIe siècle avec la parution de trois ouvrages : L’Homme (posth. 1662) de René Descartes ; Cerebri anatome (1664) de Thomas Willis et Discours sur l’anatomie du cerveau (1669) de Nicolas Sténon. On y trouve les bases des débats philosophiques et scientifiques qui vont fonder pour quatre siècles nos connaissances du sujet, que ce soit sur la nature de l’esprit ou le fonctionnement du cerveau. Nous avons ainsi hérité d’un certain nombre d’hypothèses fausses auxquelles nous prêtons encore foi aujourd’hui. (…)

(…)

Ainsi, en 1665, au domicile de Melchisédech Thévenot5, Sténon mettait en œuvre sa méthode face à un groupe de savants et opérait la dissection d’un cerveau humain. Sténon affirmait que « le cerveau est une machine » et qu’on devait donc l’aborder comme telle, pièce par pièce, en tentant de comprendre la fonction de chaque élément. Il pensait qu’une fois ce travail accompli, les autres mystères, comme les localisations et les aires cérébrales, se trouveraient résolus d’eux-mêmes.

Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout.

Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout. Associée à la vision mécaniste de Sténon, elle a constitué la feuille de route des neurosciences depuis et a permis des bonds de compréhension fulgurants, mais conduit aussi aujourd’hui à des impasses. Elle est pourtant encore largement suivie. Elle s’est tant et si bien implantée dans l’imaginaire collectif qu’elle continue d’influencer et d’orienter les travaux des scientifiques. L’approche mécaniste s’est vue – et se voit encore – souvent associée à une vision localiste ou localisée, à l’image de celle proposée par Willis, et a donné naissance à des théories telle que la phrénologie.

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NOTE

5 Melchisédech Yhévenot, né vers 1620, mort à Issy en 1692, écrivain et physicien français. Humaniste, il créa chez lui un cercle de savants qui, associé à d’autres, formera l’Académie des sciences en 1666.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La méthode cartésienne, Éditions Allary, 2024, pp. 14-15.

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NOTE

² Ce retour historique sur base notamment sur le livre de Matthew Cobb, The Idea of the Brain : The Past and Future of Neuroscience, Profile Books, 2020.

P.S.: Les liens et l’encadré dans la citation sont de nous.

Je ne suis ni savant ni scientifique mais il me fut enseigné très jeune que le tout est supérieur à la somme de ses parties. Il me suffisait, disait-on, de prendre en considération les ingrédients d’un gâteau pour comprendre. Mais peu importe car ce souvenir remonte loin dans le temps.

Albert Moukheiber met en cause le « réductionnisme » qui, associé à l’approche mécaniste, « a donné naissance à des théories telle que la phrénologie » : « (…) une théorie selon laquelle la forme du crâne reflète la personnalité, le caractère et certaines compétences de la personne ». L’hypothèse fut émise dans les années 1790 par le médecin viennois Franz Gall à l’effet « que les différentes facultés mentales d’un individu humain seraient produites respectivement dans différents organes du cerveau, mesurables par palpitation du crâne ».

Si la phrénologie sut séduire le grand public auprès duquel elle rencontra un certain succès, accaparant une place de choix dans les croyances populaires, elle ne fut jamais considérée comme une hypothèse crédible par les scientifiques, au grand dam de Gall. Il se vit d’ailleurs refuser plusieurs fois son admission à l’Académie des sciences de Paris. Et à juste titre ! Au-delà des problèmes de méthodologie et d’hypothèses hasardeuses, les recherches scientifiques nous ont confirmé qu’il n’existe pas de « bosse des maths » et que la forme du crâne ne reflète en rien l’anatomie cérébrale. Cela n’a pas empêché les thèses phrénologiques de se répandre pour justifier le racisme et l’esclavage ou affirmer la supériorité masculine. Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. Quatre croyances principales se sont ainsi implantées et nous orientent encore aujourd’hui.

La première de ces croyances identifie le cerveau comme l’organe responsable de notre identité et chargé de piloter notre corps. La deuxième affirme que nos capacités sont localisées dans le cerveau ; qu’il existe des aires responsables des différentes fonctions psychologiques et physiologiques que nous possédons. La troisième de ces idées présume que ces fonctions peuvent potentiellement être mesurées et que nous pouvons ainsi évaluer nos capacités. La quatrième et dernière estime que le cerveau humain ne serait pas très différent de celui des autres animaux. Selon Gall, nous partageons 19 de nos 27 fonctions cérébrales – cartographiées par ses soins, telles que le penchant pour le sexe, le talent musical ou le génie mathématique, l’instinct de propriété, la tendance au vol… – avec les animaux, quels qu’ils soient.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La phrénologie, Éditions Allary, 2024, pp. 18-19.


Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des animaux par la configuration de leurs têtes / Par F. J. Gall et G. Spurzheim. Gall, F. J. (Franz Joseph), 1758-1828. Date: 1810-1819

Credit: Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnoître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux par la configuration de leurs têtes / Par F. J. Gall et G. Spurzheim. Wellcome Collection. Source: Wellcome Collection.
Pl. LXXXII. Fig. 1. Bruegel / Fig. 2. Colomb / Fig. 3. Galilée / Fig. 4. Lalande / Fig. 5. Descartes / Fig. 6. Bacon – Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des animaux par la configuration de leurs têtes. Quatrième volume. Source: Université Paris Cité.

Voir le livre sur Gallica.


Classement phrénologie du XIXe siècle -  From People's Cyclopedia of Universal Knowledge (1883). Source : Wikipédia.
Classement phrénologie du XIXe siècle – From People’s Cyclopedia of Universal Knowledge (1883). Source : Wikipédia.

Illustration et définition de la phrénologie, Dictionnaire Webster 1895
Illustration et définition de la phrénologie, Dictionnaire Webster 1895. Source : Wikipédia.

Pour le moins que l’on soit curieux, on a vu de telles illustration du cerveau au cours de notre adolescence. Ce fut mon cas et elles me laissèrent perplexes. Mais Albert Moukheiber a bien raison de dire que : « Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. » Albert Moukheiber nomme de cette quête de localisation dans le cerveau « la vision localiste ». Parlant des recherches de Paul Broca et de Carl Wernicke sur la localisation du langage dans le cerveau, il écrit :

(…) Les expériences vont se poursuivre et la vision localisée du fonctionnement du cerveau ne va cesser de gagner du terrain. À la fin du XIXe siècle, elle est la vision dominante, et elle persiste encore mais de plus en plus de données viennent contredire cette conception et les scientifiques aujourd’hui réfléchissent en termes de « réseaux impliqués dans le langage », les aires de Broca et de Wernicke appartenant à ceux-ci.

Mais surtout, la vision localiste reste bien ancrée dans l’esprit du grand public. Elle s’accompagne souvent d’une vision latéralisée, séparant hémisphères droit et gauche du cerveau et associant à chacun des fonctions et caractéristiques précises.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², Les localistes contre distributrices, Éditions Allary, 2024, pp. 22-23.

Cette question des hémisphères droit et gauche, bien ancrée en mon esprit, avant la lecture de NEUROMANIA, a trouvé un développement inattendu : ce n’est pas vrai !

(…) En effet, le corps est contrôlé de manière controlatérale : l’hémisphère gauche contrôle la partie droite du corps et vice versa. Sperry avait par exemple déterminé que si le langage est souvent latéralisé à gauche, la perception spatiale est plutôt latéralisée à droite. Partant de là, une extension s’est effectuée, l’hémisphère gauche s’est vu associé au langage et aux fonctions analytiques et de compréhension, et le droit à la perception et aux fonctions créatives. Mais, comme c’est souvent le cas avec de nouvelles données, le passage entre la recherche et la communication au grand public ne s’est pas très bien passé et les découvertes sur la latéralisation ont muté en un système binaire qui oppose nos capacités analytiques et nos capacités créatives. De plus, le mot « hémisphère » a été remplacé par « cerveau » et un modèle a émergé dans lequel notre « cerveau droit » serait responsable des pensées intuitives, du non-verbal, des émotions, alors que le gauche serait plus précautionneux, logique, rationnel.

Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique !

Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique ! Que ce soit au temps de Broca ou de Gazzaniga, et jusqu’à la littérature scientifique contemporaine, même les défenseurs les plus localistes n’ont jamais prétendu avoir découvert une latéralisation complète de nos fonctions. Aucune lésion hémisphérique connue n’a par exemple fait perdre à une personne sa capacité « créative ». On prétend aussi que l’hémisphère droit est en charge de la perception spatiale, mais certaines données scientifiques indiquent que l’hémisphère gauche est impliqué dans la localisation des objets dans l’espace(10). Les fonctions sont donc distribuées et les deux hémisphères travaillent de concert sur les divers paramètres d’une même fonction complexe. La réduction hémisphérique dont il est si souvent question dans les discours sur le cerveau ne tient pas.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des deux cerveaux, Éditions Allary, 2024, pp. 24-25.

P.S. : L’encadré est de nous.

Juste pour cette mise au point, il vaut la peine de lire NEUROMANIA. On comprends qu’il nous faut nous débarrasser des présupposés même dans le domaine d’une science que je croyais exactes, du moins en apparence. Car il y a des mythes, même en science.

D’ailleurs, un autre découpage est venu concurrencer celui du cerveau gauche et du cerveau droit auprès du grand public. Le cerveau n’est plus théoriquement découpé en deux parties, mais en trois !

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des deux cerveaux, Éditions Allary, 2024, p. 26.

Wow ! Nous voilà avec « La théorie des trois cerveaux » !

Charles Darwin publia L’Origine des espèces en 1859, pavant la route de la théorie de l’évolution. Quelques années plus tard, l’hypothèse évolutionniste était acceptée par la grande majorité de la communauté scientifique. Cependant, diverses interprétations spécifiques de cette théorie de l’évolution vont se concurrencer et ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la théorie se stabilise et se voit appliquée à de multiples champs du vivant. Les neurosciences n’échappent pas à l’évolutionnisme. Parmi les chercheurs qui travaillaient sur ces approches, on peut citer Paul MacLean, médecin et neuroscientifique, à l’origine du mythe du cerveau triunique, encore bien présent. Il postule que notre cerveau s’est développé au cours de l’évolution en étages : un complexe reptilien, le plus ancien ; un complexe paléomammalien, un peu plus récent et qu’on partage avec les autres mammifères et, enfin, un complexe néomammalien, la toute nouvelle addition évolutionniste que seuls certains mammifères développés, notamment les humains, posséderaient. MacLean commence à poser les bases de son modèle dans les années 1960, il devient directeur du Laboratory of Brain Evolution and Behavior en 1971 et publie en 1990 le fruit de toutes ses recherches sur le sujet dans le grand ouvrage de sa vie : The Triurne Brain in Evolution11

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NOTE

11 Paul D. MacLean, The triune Brain in Evolution : Role in Paleocerebral Functions, Springer US, 1990.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des trois cerveaux, Éditions Allary, 2024, pp. 26-27.



Quatrième de couverture
The main substance of the present book concerns comparative neurobehavioral and clinical studies germane to evolutionary considerations. Here the evidence, along with other considerations, seems to present an surmountable obstacle to our ever obtaining confidence in scientific or other intellectual beliefs---a confidence that is essential to make it worthwhile to pursue a search for the meaning of life. If the reader were able to contradict or circumvent the interpretations that have been reached in this respect, that would be a contribution of endless value.

Quatrième de couverture : « The main substance of the present book concerns comparative neurobehavioral and clinical studies germane to evolutionary considerations. Here the evidence, along with other considerations, seems to present an surmountable obstacle to our ever obtaining confidence in scientific or other intellectual beliefs—a confidence that is essential to make it worthwhile to pursue a search for the meaning of life. If the reader were able to contradict or circumvent the interpretations that have been reached in this respect, that would be a contribution of endless value. »

Tout le monde n’est pas d’accord avec cette théorie des trois cerveaux comme on peut le lire dans l’article ci-dessous. Steffen Patrick R (Department of Psychology, Brigham Young University, Provo, UT, United States), Hedges Dawson and Matheson Rebekka (Departments of Psychology and Neuroscience, Brigham Young University, Provo, UT, United States) avance une autre théorie (« adaptative ») :


Frontiers Media
Frontiers Media

The Brain Is Adaptive Not Triune: How the Brain Responds to Threat, Challenge, and Change

Theory impacts how research is conducted. A popular theory used to conceptualize brain functioning is the triune brain theory. The triune brain theory is an evolutionary theory of brain development that emphasizes three key brain regions consisting of the brainstem, the limbic system, and the cortex that function relatively independently in coping with stress via fight or flight, emotion, and cognition, respectively. However, modern neuroscience research demonstrates that the triune brain theory does not accurately explain how the brain functions in everyday life or during the stress response. Specifically, emotion and cognition are interdependent and work together, the limbic system is not a purely emotional center nor are there purely emotional circuits in the brain, and the cortex is not a purely cognitive center nor are there purely cognitive circuits in the brain. We propose a new evolutionarily based model, the adaptive brain, that is founded on adaptive prediction resulting from interdependent brain networks using interoception and exteroception to balance current needs, and the interconnections among homeostasis, allostasis, emotion, cognition, and strong social bonds in accomplishing adaptive goals.

Traduction avec DeepL

Le cerveau est adaptatif et non trinitaire : Comment le cerveau réagit à la menace, au défi et au changement

La théorie influe sur la manière dont la recherche est menée. Une théorie populaire utilisée pour conceptualiser le fonctionnement du cerveau est la théorie du cerveau trinitaire. Il s’agit d’une théorie évolutionniste du développement du cerveau qui met l’accent sur trois régions cérébrales clés, à savoir le tronc cérébral, le système limbique et le cortex, qui fonctionnent de manière relativement indépendante pour faire face au stress par la lutte ou la fuite, l’émotion et la cognition, respectivement. Cependant, les recherches neuroscientifiques modernes démontrent que la théorie du cerveau triunique n’explique pas avec précision le fonctionnement du cerveau dans la vie de tous les jours ou pendant la réponse au stress. Plus précisément, l’émotion et la cognition sont interdépendantes et fonctionnent ensemble, le système limbique n’est pas un centre purement émotionnel et il n’existe pas de circuits purement émotionnels dans le cerveau, et le cortex n’est pas un centre purement cognitif et il n’existe pas de circuits purement cognitifs dans le cerveau. Nous proposons un nouveau modèle basé sur l’évolution, le cerveau adaptatif, qui repose sur la prédiction adaptative résultant de réseaux cérébraux interdépendants utilisant l’interoception et l’extéroception pour équilibrer les besoins actuels, et sur les interconnexions entre l’homéostasie, l’allostasie, l’émotion, la cognition et les liens sociaux forts dans l’accomplissement des objectifs adaptatifs.

Source : Steffen Patrick R (Department of Psychology, Brigham Young University, Provo, UT, United States), Hedges Dawson and Matheson Rebekka (Departments of Psychology and Neuroscience, Brigham Young University, Provo, UT, United States), The Brain Is Adaptive Not Triune: How the Brain Responds to Threat, Challenge, and Change, JOURNAL Frontiers in Psychiatry, VOLUME13, 2022.

Télécharger cet article (anglais) (PDF)


On va s’en sortir comment ? Que pouvons-nous savoir scientifiquement sur notre cerveau, nous, le commun des mortels ? Je croyais que nous pouvions nous fier à l’imagerie médicale mais… Nous arrivons au sous-titre « Les limites de l’imagerie médicale ».

(…) La « photographie du cerveau en marche », fascinante, qui vient illustrer les articles de vulgarisation, n’est en fait que le résultat probabibliste d’activation d’un groupe très grossier de neuronnes qu’on surimpose sous forme colorée sur un dessins de cerveau. Cela ne dit pas rien, mais ce la ne montre pas tout, loin de là. Certains chercheurs, comme la psychiatre Sally Satel et le professeur de psychologie Scott O. Lilienfeld, ou le psychologue et neurscientifique Russel A. Poldrack, se montrent d’ailleurs très critiques envers l’utilisation des données de l’IRMf, considérant qu’y recourir pour expliquer des fonctions complexes comme des comportements, des cognitions ou des émotions revient le plus souvent à cherche à confirmer sa vision des choses plutôt qu’à décrire objectivement le cerveau. (…)

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², Les limites de l’imagerie médicale, Éditions Allary, 2024, p. 34.

Puis vient un autre sous-titre : « L’analogie cerveau/machine et les promesses de l’IA ».

(…) Mais si les IA copient certaines de nos fonctions, nos fonctionnement ne sont pas similaires. Une connexion entre deux neurones artificielles est différentes d’une synapse, et l’apprentissage d’une intelligence artificielle est très éloigné de l’apprentissage d’un cerveau humain. Par exemple, une petite fille de 2 ans peut reconnaître des chiens à partir de 3 ou 4 photo « d’entraînement » alors qu’une IA aura besoin de milliers de photos de chiens de différentes formes, races, sous différents angles de vue, peut-être aussi de photos de chats et de rats pour établir les différences d’espèce, avant de se montrer capable d’identifier et de reconnaître un chien. (…)

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², L’analogie cerveau/machine et les promesses de l’IA, Éditions Allary, 2024, pp. 39-40.


La connaissance scientifique se construit sur la destruction du déjà su. Mais si plusieurs connaissances devenues obsolètes agissent toujours sur les chercheurs et sur le grand public, que faire ? En conclusion de la première partie de NEUROMANIA, Albert Moukheiber écrit :

Si les réductionnismes opérés par Descartes et Sténon ont eu leurs vertus et ont conduit à des découvertes et progrès notables, il se révèlent aujourd’hui réducteurs et nous éloignent d’une juste compréhension du cerveau

Pourtant, nos représentations du cerveau héritées d’approches devenues obsolètes influencent encore les schémas mentaux de certains chercheurs et, surtout, restent dominantes auprès du grand public. Avec des conséquences néfastes.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, p. 48.

Il faut souligner l’esprit critique dont fait preuve Albert Moukheiber dans NEUROMANIA.


Dans mon livre J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, au premier chapitre, LA PENSÉE CERTAINE, on peut lire :

« J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scientifique fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions », pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie. »

Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

« Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». »

Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval.

Le professeur Nicolle formule en ces mots la démarche : « La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».

Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

« L’obstacle épistémologique est une résistance au développement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »

Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

Laissons à Gaston Bachelard le soin de replacer nos dires dans la version originale de son texte :

« Quand on recherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain : c’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C’est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c’est là que nous décèlerons des causes d’inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques. La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. Le réel n’est jamais « ce qu’on pourrait croire », mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. La pensée empirique est claire, après coup, quand l’appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.

L’idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l’âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d’un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque que doit contredire un passé.

La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion; de sorte que l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit.

Une connaissance acquise par un effort scientifique peut elle-même décliner. La question abstraite et franche s’use : la réponse concrète reste. Dès lors, l’activité spirituelle s’invertit et se bloque. Un obstacle épistémologique s’incruste sur la connaissance non questionnée. Des habitudes intellectuelles qui furent utiles et saines peuvent, à la longue, entraver la recherche. « Notre esprit, dit justement M. Bergson, a une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent ». L’idée gagne ainsi une clarté intrinsèque abusive. À l’usage, les idées se valorisent indûment. Une valeur en soi s’oppose à la circulation des valeurs. C’est un facteur d’inertie pour l’esprit. Parfois une idée dominante polarise un esprit dans sa totalité. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. L’instinct formatif est si persistant chez certains hommes de pensée qu’on ne doit pas s’alarmer de cette boutade. Mais enfin l’instinct formatif finit par céder devant l’instinct conservatif. Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. »

Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999, pp. 13-15.


Si la connaissance scientifique se batit sur la destruction du déjà su, que fait-on lorsqu’une science accumule des connaissances les unes sur les autres et dans des directions théoriques différentes voire en compétition sans cette destruction du déjà su ? Si aucune théorie s’impose comme étant meilleure ou détrônant les anciennes théories, nous ne sommes plus dans une évolution de la connaissance scientifique mais dans un cul de sac.


Albert Moukheiber consacre la deuxième partie de NEUROMANIA à l’exploitation éhonté des sciences cognitives par le développement personnel : « Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives ».

C’est une des raison pour lesquelles les connaissances et hypothèses neuroscientifiques, plus ou moins approximative, voire fausses, se répandent dans l’opinion publique et se voient instrumentalisées par les méthodes de développement personnel qui, à travers elles, se parent à moindre frais d’un vernis pseudoscientifique. Contrevérités et mensonges ainsi véhiculés ouvre la porte à toutes sortes de supercheries : nouveaux outils cognitifs qui vont vous reconnecter à vous-même, vous aider à effacer vos traumas, à mieux collaborer, à vous imposer comme un meilleur leader. Ils vous permettront de manifester vos désirs grâce à la puissance de votre volonté. Vous trouverez sans peine des tests pour vous dire quel cerveau est dominant chez vous, et, armé de ce savoir « scientifiquement prouvé » vous pourrez vous tourner vers nombre de livres vous promettant de débloquer votre cerveau droit pour libérer vos émotions ou votre créativité, ou activer votre cerveau gauche pour privilégier votre rationalité, si le modèle convoqué est dualiste ; à mieux utiliser votre cerveau néomammalien (votre capacité d’abstraction de planification et de raisonnement) si on se réfère au découpage triunique de MacLean. On vous proposera des méthodes adaptées à la configuration de votre cerveau pour faciliter l’apprentissage, d’autres permettant de résoudre des problèmes plus vite en développant votre pensée en arborescence, voire des techniques pour arrêter le prétendu conflit entre vos hémisphères, pour qu’ils travaillent enfin à l’unisson, à votre service. La liste est infinie et le business du développement personnel avoisine aujourd’hui les 45 milliards de dollars33. Cette dérive mercantile d’une certaine forme de scientisme n’est d’ailleurs pas nouvelle. Fut un temps, la radioactivité connue elle aussi une telle instrumentalisation, et l’on vendait des crèmes de beauté et des couches pour bébé au radium. Aujourd’hui c’est pas discipline en encore la physique quantique qui sont utilisées comme caution scientifique. Le point commun entre ces disciples c’est qu’elles sont relativement nouvelles et complexes.

Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n'est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques.

Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n’est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques. Il y a encore beaucoup d’incertitudes, la recherche est foisonnante et explore plusieurs direction. Cela multiplie les interprétation possibles sur les résultats des expériences et facilite la projection de croyances. Les neurosciences deviennent le cadre idéal pour projet notre vision du monde. en offrant à celle-ci un vernis « scientifique ». Chacun peu y trouver ce qu’il a envie d’y voir.

Les coachs en développement personnel ne s’en privent pas et n’hésitent à ajouter des éléments empruntés aux spiritualités, rituels religieux ou traditions médicinales aussi anciennes qu’exotiques, comme autant de sagesse ancestrales avec lesquelles renouer. Il leur suffit de la amputer de leur dimension religieuse et historique. (…)

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NOTE

33 Rod Berger, « Buiulding A Self-Development Business That Priritizes Education », forbes.com, 22 novembre 2022.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, pp. 50-52.

P.S.: L’encadré est de nous. Le lien dans la Note 33 est de nous.

Cette dénonciation de l’instrumentalisation des sciences cognitives par le développement personnel s’avère essentielle dans un livre qui distingue « Le vrai du faux sur votre cerveau ». Si « Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n’est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques », il en va de même pour toutes les disciplines qui s’appuient sur elles.

Si le coaching se présente comme un moyen aisé et efficace de reprendre sa vie en mais pour les personnes rencontrant des difficultés, il est aussi et surtout une nouvelle profession particulièrement lucrative pour les coachs et leurs formateurs. Le coaching consiste en effet essentiellement à convaincre à devenir coach soi-même. Sans refléter l’ensemble des acteurs de cette profession, c’est une réalité qui s’approche d’une pyramide de Ponzi34. Le principe est d’orienter autant de candidats que possible vers les centres de formation certifié (en fait, auto-certifés), et leurs propriétaires qui s’enrichissent. Au final beaucoup de coach en son en fait que des formateurs de futurs coachs, qui eux-mêmes formeront de futures coachs.

Pour parvenir à leurs fins, coachs, auteurs et conférenciers en développement personnel s’appuient sur des concepts et des méthodes qui se veulent simples et efficaces, attractifs, mais sont en réalité simplistes et réducteurs voire mensongers. Notre personnalité devient, entre leurs mains, un système que quelques techniques permettent de décrypter.

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NOTE

34 Pyramide de Ponzi : escroquerie reposant sur le principe d’un système d’investissement pyramidal, les premiers contributeurs se voyant rémunérés par les mises des nouveaux arrivants, jusqu’à l’effondrement du mécanisme. À ce sujet, voir : Anne-Sophie Moreau, « Coaching, a neoliberal pyramid scheme – A tale of aggreghated individualism », Philonomist, 2 février 2022.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, pp. 52-53.

P.S.: Le liens dans la Note 34 est de nous.

Le sujet du développement personnel est largement traité par cet Observatoire de la philothérapie. Voici les rapports de lecture de livres remettant en cause le développement personnel.


À LIRE AUSSI

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article #106 – Crise de soi – Construire son identité à l’ère des réseaux sociaux et du développement personnel, Thierry Jobard, coll. Amorce, Éditions 10/18, 2024

L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ; 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.


(…) En somme, lorsque vous partez à la poursuite de votre moi véritable, profond, et de ses désirs et aspirations enfouis, vous vous engagez sur un chemin sans fin ni but, celui-ci évoluant et se déroulant au fur et à mesure que vous avancez. Vous serez ainsi baladé de sessions de coaching en thérapies diverses, de tests de personnalité en parcours d’orientation, d’atelier de yoga en réinvention professionnelle sans jamais dévoiler ce mystère de votre identité, puisqu’il n’y en a pas. L’introspection n’est pas pour autant inutile, elle a ses vertus. Par contre, la quête d’une sorte de trésor caché au coeur de votre intimité est aussi vaine que la course du chein après sa propre queue.

Bien qu’il n’existe vraisemblablement aucune identité secrète cachée en nous, toute une litanie de tests en ligne, dans les livres de développement personnel ou des magazines, ainsi que nombre de coachs, vous promettent de vous révéler votre « véritable moi », de vous profiler, vous vous analyser, de découper votre personnalité en catégories et couleurs pour que vous puissiez mieux vous comprendre, vous connaître et événtuellement savoir avec quels types de profils vous êtes compatibles, si vous cherchez l’amour ou devez travailler en équipe par exemple. Et merveille de méthode tautologique : on vous vend un développement de votre personne par votre personne elle-même, ce qui vous permettra de réaliser vos potentiels dans une version améliorée de vous-même.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Qu’est-ce que le « moi » ?, Éditions Allary, 2024, pp. 55-56.

La « Partie III – La beauté complexe du cerveau » traite de « La fausse opposition entre émotion et raison » et aborde « Le “problème difficile” de la conscience ».

La « Partie IV – Je ne suis pas que mon cerveau », Albert Moukheiber démontre que « Notre cognition est incarnée » et nous invite à « en finir avec… » :

  • En finir avec une vision réductrice de la douleur;
  • En finir avec une vision réductrice du médicament;
  • En finir avec une vision réductrice des maladies psychiatriques;
  • En finir avec une vision réductrice de notre état psychologique;
  • En finir avec une vision réductrice de l’addiction;
  • En finir avec une vision réductrice de la performance.

D’où il tire la conclusion suivante de cette quatrième partie :

Une chose est certaine : le mystère de notre psyché ne se trouve pas dans notre seul cerveau, coupé de son contexte, du corps qui le porte et le prolonge, de la réalité sociale et politique qui l’impacte. Pas plus que l’on ne peut réduire notre douleur à un signal ascendant, nos émotions à la chimie, ou la suffrance psychologique à une maladie du cerveau, nous ne pourrons comprendre ce qui fait le propre de l’humain en s’en tenant à décortiquer ce qui se passe dans sa boîte cranienne, Pourtant, ce fantasme perdure, en partie dans la recherche elle-même, mais surtout dans les interprétations et vulgarisations des études menées par les neuroscientifiques, en particulier lorsqu’elles touchent à des questions sociales et politiques. Une chimère persiste, laissant croire, que l’on pourrait « cartographier » nos pensées et en révéler le subtil mécanisme cérébral. Les neurosciences et leurs outils d’analyse deviennent alors l’alpha et l’omega de l’explication de nos fonctionnements individuels et même collectifs.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie IV – Je ne suis pas que mon cerveau – Le rôle de l’environnement, Éditions Allary, 2024, p. 193.

On ne peut donc pas isoler le cerveau de son environnement corporel, social, culturel, politique…

Au fur et à mesure que le neuropsychologue Albert Moukheiber se dirige vers la cinquième et dernière partie de son livre, il prend des positions éditoriales intéressantes pour le lecteur que je suis. L’importance de ce livre tient en partie de cette approche éditoriale de l’auteur à la suite des énoncés des faits et de ses observations toutes aussi pertinentes les unes que les autres.

Cette cinquième partie dit tout de par son titre : « Quand la politique instrumentalise les sciences cognitives » et de par ses sous-titres :

  • Les neurosciences peuvent-elles prédire votre vote ?
  • Le cerveau et le droit : quand les neurosciences font la loi
  • Notre cerveau est-il anti-écolo ?
  • Fakes news et biais cognitifs
    • Qu’est-ce qu’un biais cognitif et peut-on le contourner ?
    • Comment lutter contre les fake news ?
    • Les réseaux sociaux et de « marché de la rationalisation »
  • Le problème des croyances performatives
    • Souffrons-nous de « déficit informationnel » ?
    • Les gens sont résistants au changement
    • Les injonctions paradoxales et le problème de la cohérence systémique
    • Panique et mouvement de foule en situation de crise
    • L’effet cobra et les incitations perverses

Albert Moukheiber conclut cette dernière partie de NEUROMANIA en ces mots :

Que ce soit Hugo Mercier sur la critique des biais cognitifs et l’hypothèses de la crédulité, ou encore Caron Chess et Lee Clarke sur les théorie des foules, de plus en plus de voix s’élèvent pour ne pas extrapoler les résultats des sciences cognitives, afin de leur donner une lecture publique, et pour rappeler l’importance de la prise en compte du contexte de ces études. Cette remise en perspective de la manière dont nous nous pensons et nous projetons face aux sujets politiques et de société est en fait éminemment scientifique, loin de toute opposition stérile et fausse entre les sciences dures (dont relèveraient les neurosciences) et les sciences dites « douces » voire « molles » que seraient les sciences humaines et sociales.  D’ailleurs, les critiques présentées dans ce livre contre l’instrumentalisation et la réduction aux neurosciences n’émanent pas que de sociologues, philosophes ou psychologues, mais d’abord des neuroscientifiques conscients de la nécessité d’élargir le cadre conceptuel dans lequel ils abordent le cerveau et d’appréhender les problématiques humaines par le bon niveau d’approche. La plupart des scientifique ne craignent pas de partager leurs incertitudes et de tracer les limites de leur savoir. Et ils ne manquent pas d’alerter lorsqu’on tire de leurs recherches des conclusions et affirmations qui ne sont pas les leurs.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie V – Quand la politique instrumentalise les sciences cognitives – Le rôle de l’environnement, Éditions Allary, 2024, pp. 245- 246.

Il n’en demeure pas moins, à mes yeux, que la psychologie cherche dans les neurosciences une certaine crédibilité scientifique « dure ». Ce n’est pas un reproche envers la psychologie même si j’en critique vivement l’efficacité. Toute science « dure » est bonne à prendre pour autant qu’elle ne soit pas sujette à l’instrumentalisation et au réductionnisme, tout comme à la mésinterprétation de ses données.

Et dans sa Conclusion, Albert Moukheiber écrit :

Je doute que nous parvenions à une pleine compréhension du cerveau, de son fonctionnement et de ses secrets, de mon vivant. Cela ne fait qu’augmenter ma fascination pour cet organe d’une incroyable complxité. C’est aussi cet amour pour la richesse et la beauté du vivant que j’ai voulu transmettre à travers ces lignes. Les neurosciences méritent mieux que des discours simplistes et réducteurs. Notre discipline est en pleine effervescence et reste ern partie à inventer pour être en mesure de prendre en compte notre subjectivité, les relations interpersonnelles, les contexte… et, au-delà, intégrer les autres savoirs pour créer une science inter- et pluri-disciplinaire. Nous ne percevons en effet pas les mystères de notre psyché et de nos comportements par les seuls apports des neurosciences, mais par les dialogue fécond de l’ensemble des savoirs, de la socilogie, de l’anthropologie, de la psychologie, des sciences sociales, de la linguistique, de la philosophie, de l’économie, etc. Il est temps de s’y mettre.

MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Conclusion, Éditions Allary, 2024, pp. 249-250.


Dans NEUROMANIA, je suis surpris par l’absence de références aux recherches d’Antonio Damascio, médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain, notamment aux livres L’ERREUR DES DESCARTES – LA RAISON DES ÉMOTIONS et SENTIR ET SAVOIR – UNE NOUVVELE THÉORIE DE LA CONSCIENCE, dont j’ai fait rapport de ma lecture sur ce site web (suivre les liens). Je m’étonne aussi de l’absence de références au livre HAPPYCRATIE : COMMENT L’INDUSTRIE DU BONHEUR A PRIS LE CONTRÔLE DE NOS VIES de Eva Illouz et Edgar Cabanas (Cliquez sur lien pour lire mon rapport de lecture). Dans ma bibliothèque, je place NEUROMANIA côte à côte avec HAPPYCRATIE. Et que dire de l’absence de référence au livre L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE de Daniel Goleman, ce dernier étant à mes yeux l’exemple parfait de l’instrumentalisation de données issues des neurosciences par le développement personnel au point où le concept a perdu toute son essence.


J’invite toutes les personnes intéressées par le cerveau humain et les neurosciences à se prémunir contre les fausses informations en lisant NEUROMANIA.


Je vous recommande fortement la lecture de l’essai NEUROMANIA – LE VRAI DU FAUX SUR VOTRE CERVEAU du docteur en neurosciences et psychologue clinicien ALBERT MOUKHEIBER chez Allary Éditions paru en 2024.

J’accorde à NEUROMANIA – LE VRAI DU FAUX SUR VOTRE CERVEAU cinq étoiles sur cinq.

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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article # 82 – À quoi sert la philosophie ?, Marc Sautet, Éditions Pleins Feux, 1997

Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.

Article # 83 – Raviver de l’esprit en ce monde – Diagnostic du contemporain, François Jullien, Éditions de l’Observatoire, 2023

L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.

Article # 84 – La philosophie appelle à une révélation suivie d’une conversion

La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.

Article # 85 – La philosophie comme mode de vie, Daniel Desroches, Deuxième édition revue et corrigée, Coll. À propos, Les Presses de l’Université Laval, Québec, 2019

La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).

Article # 86 – Les consolations de la philosophie, Alain De Botton, Mercure de France, 2001, Pocket

La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.

Article # 87 – La philothérapie – Philosophie pratique à l’international

L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.

Article # 88 – L’approche intellectuelle en philothérapie et en philosophie pratique

Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.

Article # 89 – En thérapie avec… Épicure – Combattre votre anxiété – 40 antidotes du philosophe antique, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2024

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 90 – Êtes-vous sûr d’avoir raison ?, Gilles Vervisch, Flammarion, 2022

De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.

Article # 91 – L’approche interrogative et l’approche conversationnelle dans la pratique philosophique

Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)

Article # 92 – Introduction à la philosophie, Karl Jaspers, Plon, coll. 10-18, 2001

« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.

Article # 93 – Le rôle social des idées – Esquisse d’une philosophie de l’histoire contemporaine, Max Lamberty, Éditions de la Cité Chrétienne, 1936

« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?

Article # 94 – L’étonnement philosophique – Une histoire de la philosophie, Jeanne Hersch, Gallimard, coll. Folio Essai, 1993

J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.

Article # 95 – Qu’est-ce que la Deep Philosophy ? – Philosopher depuis notre profondeur intérieure, Ran Lahav, Loyev Books, 2023

Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.

Article # 96 – Se réaliser – Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Michel Lacroix, (Marabout), Éditions Robert Laffont, 2009

J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.

Article # 97 – Une histoire de la raison par François Châtelet – Entretiens avec Émile Noël, Édition du Seuil, 1992

Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.

Article # 98 – La raison, Bertrand Saint-Sernin, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je, Paris, 2003

Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».

Article # 99 – Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté, Michel Lacroix, Éditions Robert Laffont, 2013

Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.

Article # 100 – Vivre dans un monde où tout un chacun se donne raison, en réponse à l’article « L’art de couper les cheveux en quatre » d’Alexandre Lacroix publié dans Philosophie magazine, juin 2024

Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.

Article # 101 – Loin de moi – Étude sur l’identité, Clément Rosset, Les Éditions de Minuit, 1999

Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.

Article # 102 – Penser par soi-même, Sous la direction de Maud Navarre, Sciences Humaines Éditions, 2024

Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.

Article # 103 – Éloge du point d’interrogation – Tous philosophes ? Patrick Moulin, Les Éditions du Net, 2022

Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.

Article # 104 – Grandeur et misère de la modernité, Charles Taylor, Coll. L’essentiel, Éditions Bellarmin (Éditions Fides), 1992

Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.

Article # 105 – La philosophie antique comme exercice spirituel ? Un paradigme en question, Sylvain Roux, Les Belles Lettres, 2024

J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement

Article #106 – Crise de soi – Construire son identité à l’ère des réseaux sociaux et du développement personnel, Thierry Jobard, coll. Amorce, Éditions 10/18, 2024

L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.

Article #107 – Le parler de soi, Vincent Descombes, Collections Folio. Essais, Éditions Gallimard, 2014

Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.

Article #108 – La philosophie fait-elle votre bonheur ? Dossier, Revue Les Libraires, no 145, 2024

Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.

Article #109 – Quatre moyens d’en finir avec la pointeuse, Clara Degiovanni, Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »

Article #110 – Pascal Chabot-Hélène L’Heuillet : silence, ça pulse !, propos recueillis par Cédric Enjalbert, Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !

Article #111 – Émile Durkheim : l’individu, ferment de la société, par Athénaïs Gagey, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.

Article #112 – Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne, Jean-Marie Nicolle, Bréal, 2015

Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.

Article #113 – Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Yuval Noah Harari, Albin Michel, Paris, 2024

Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.

Article # 114 – Conférence vidéo «Qu’est-ce que la pratique philosophique ? » par Laurence Bouchet, Philo Mobile

Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.

Article #115 – Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Vincent Cocquebert, Les Éditions Arkê, 2023

« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.

Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !

Article #116 – La philosophie comme attitude, Stéphane Madelrieux, Presses universitaires de France, Paris, 2023

L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).

Article #117 – Votre cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber, Allary Éditions, 2019

L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.

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Article #117 – Votre cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber, Allary Éditions, 2019

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Article # 117

J’AI LU POUR VOUS

Votre cerveau vous joue des tours

Albert Moukheiber

Traduit dans 13 pays

ISBN : 9782370732606

Allary Éditions

21 mars 2019

22.0 cm (Hauteur), 15 cm (Largeur), 310 gr (Poids)

233 pages

Création graphique : Alice Guillier

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TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

Pourquoi croyons-nous souvent avoir raison lorsque nous avons tort?? Pourquoi sommes-nous terrorisés par une toute petite araignée inoffensive?? Pourquoi avons-nous peur de parler en public alors qu’aucun danger ne nous guette?? Pourquoi nous laissons-nous avoir par les infox??

Face à un réel multiple et complexe, nous sommes sujets à l’approximation, à l’illusion et à l’erreur. Ces mécanismes cérébraux nous permettent de construire une vision cohérente du monde. Mais trop souvent ils nous font perdre notre lucidité, nous enferment dans nos a priori et nous détournent des autres.

Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances.

 * * *

Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024).

Source : Allary Éditions.


TABLE DES MATIÈRES

PARTIE I

COMMENT PERÇOIT-ON LE MONDE?

 1. Voyons-nous vraiment le monde avec nos yeux?

Le cerveau humain face à l’ambiguüé du monde

Ce que les tours de magie nous apprennent

Remplir le vide

 2. Comment le cerveau fait-il pour nous raconter des histoires ?

Quand les aveugles pensent voir

Le cerveau, auteur-compositeur et interprète

La réécriture du passé

On ne se souvient pas toujours des choix que l’on fait, niais on les justifie

 3. Pourquoi sommes-nous si souvent dans l’approximation

L’inférence, ou l’art de trouver un taxi le Jour de l’an

La poignée de main

Quand la pensée intuitice nous induit en erreur

Intuition vs réflexion : pense-t-on seulement de deux manières

Les vertus de l’intuition

PARTIE II

NOTRE CERVEAU, LES AUTRES CERVEAUX ET LE MONDE

 4. Le stress, notre meilleur ennemi 65

Stress et anxiété, même combat ?

 5. L’illusion de nos certitudes

Penser comme un détective ou comme un avocat

«Bulles de l’entre-soi» et infox

Un biais peut en cacher un autre!

 6. La dissonance cognitive 95

Manipuler autrui grâce à la dissonance cognitive

Utiliser les mécanismes de dissonance à des fins positives

Quand nous sommes aveuglés par un excès de cohérence

 7. Ce sur quoi j’ai prise et ce qui m’échappe

Locus de contrôle et sentiment de responsabilité

L’impuissance acquise

L’illusion de contrôle

 8. L’illusion de connaissance

Conséquences sociétales et politiques de l’illusion de connaissance

Quand des idées fausses ont l’apparence du vrai

Pièges de la simplification et «conneries pseudo-profondes»

 9. L’importance du contexte

Le choix par défaut

Les nudges : quand on vous souffle à l’oreille la bonne décision

L’influence du contexte social

La conformité sociale

Effets de groupe et (in)action

Les chaînes de solidarité

 10. La boîte à outils pour plus de flexibilité mentale

Au-delà de nos pensées automatiques

Pondérer l’étendue de nos connaissances

Utiliser ces outils face aux infox

Quand Google et Facebook luttent contre les infox

Conclusion. Retrouver un socle commun de réalité

Appendices

Remerciements

Glossaire

Notes


EXTRAIT

Cet extrait est disponible en libre accès sur le site web leslibraires.ca

Notre perception est partiale, notre attention est limitée, notre mémoire est infidèle. Pourtant, nous avons tous une « vision du monde » cohérente. Nous pouvons en remercier notre cerveau, qui met en œuvre des « tours », des mécanismes qui nous permettent d’appréhender le monde multiple, complexe, et de l’avoir en partage.

Le cerveau, foyer de la connaissance, fonctionne par approximations. Il découle de cela que notre connaissance des choses et du monde est toujours relative. Le cerveau crée des modèles mentaux pour absolument tout : nos relations amicales et amoureuses, notre conception du travail, nos opinions politiques… Souvent à notre insu, le cerveau nous raconte des histoires qui nous aident à mieux naviguer dans le monde. Il peut reconstituer de toutes pièces des souvenirs d’enfance, nous préparer à un danger potentiel pour que nous puissions sauver notre peau si jamais ce danger s’avérait bien réel, nous faire comprendre qu’un tas de cire devant nous est en fait une bougie fondue… Il peut tout aussi bien nous berner avec une illusion d’optique ou un tour de magie, nous faire tomber dans le piège des fake news, aussi appelées « infox », ou dans celui de l’illusion de connaissances. Au cours de ce voyage au centre du cerveau, nous étudierons les mécanismes et les modes de fonctionnement de cet organe à la fois si mystérieux et extraordinaire, pour découvrir quand, pourquoi et comment il nous joue des tours, il se joue des tours.

AVERTISSEMENT

Les sciences cognitives sont un domaine assez récent et en pleine expansion. Un certain degré d’approximation et d’erreur est inévitable, surtout lorsque nous nous intéressons à un organe aussi complexe que le cerveau humain. Tout au long de ce livre, nous allons procéder selon un principe que nous tenons d’Isaac Asimov : la relativité du faux. Contrairement à l’idée largement répandue, le vrai et le faux sont rarement absolus, mais plutôt relatifs. C’est pourquoi nous vous proposerons les modèles théoriques les plus fiables possibles à l’heure actuelle pour mieux connaître votre cerveau et mieux vous comprendre.

PARTIE I

Comment perçoit-on le monde ?

1

Voyons-nous vraiment le monde avec nos yeux ?

« Comme tous les grands voyageurs, j’ai vu plus que je me souviens et je me souviens de plus que j’ai vu. »

Benjamin Disraeli,
homme d’État britannique

Nous avons tendance à penser que nous voyons le monde avec nos yeux, que nous l’entendons avec nos oreilles, et c’est normal : notre perception passe d’abord par nos sens. Et pourtant, c’est avant tout avec notre cerveau que nous appréhendons le monde.

Évidemment, les cinq sens et le cerveau fonctionnent ensemble pour que l’être humain puisse percevoir le monde. Mais nos yeux, nos oreilles, notre langue et notre peau sont en fait des récepteurs qui vont transformer les signaux que nous renvoie le monde extérieur (optiques, sonores, olfactifs…) en signaux électriques. Ce sont ces milliers de signaux électriques que notre cerveau va traiter, qu’il va filtrer et qui vont nous permettre de reconstruire le monde mentalement.

Le cerveau humain face à l’ambiguïté du monde

Analysons une expérience que chacun de nous a faite : l’illusion d’optique. Ce terme est trompeur car il laisse penser que ce sont nos yeux qui nous trompent. Or c’est souvent notre cerveau qui est victime de l’illusion.

Regardez cette image :

© Allary Editions
© Allary Editions

Spontanément, la silhouette noire vous apparaît-elle de face ou bien de dos ? Êtes-vous situé au-dessus ou en dessous d’elle ? Vous hésitez.

Regardez maintenant l’image ci-dessous : le personnage apparaît clairement de face, accoudé à la rambarde, et il est situé au-dessus de vous. Maintenant que vous avez cette image-là en tête, regardez de nouveau la première version de l’image. L’interprétation que vous en faites va se calquer sur le scénario que vous a donné à voir l’image (a), et la silhouette noire vous apparaît à présent de face, en contre-plongée !

© Allary Editions
© Allary Editions

À présent, passons à l’image (b). Regardez-la pendant quelques secondes, comme vous l’avez fait pour l’image (a), puis revenez de nouveau à l’image initiale.

© Allary Editions
© Allary Editions

La silhouette noire de l’image de départ se trouve maintenant dos à vous, et vous l’observez du dessus.

Les voici maintenant toutes les trois, placées les unes à côté des autres :

En regardant quelques secondes la version du haut ou la version du bas, vous pouvez modifier votre perception de l’image centrale à votre guise.

Enfin, concentrez-vous uniquement sur la version initiale : maintenant que vous connaissez les deux variantes que celle-ci contient en germe, vous pouvez aisément changer votre perspective mentalement et voir le personnage de face, puis de dos, d’en haut, puis d’en bas, sans avoir à regarder à nouveau les versions (a) et (b) de l’image.

© Allary Editions
© Allary Editions

Entrons maintenant dans le détail de cette illusion pour bien comprendre comment cette image affecte le cerveau humain : les images (a) et (b) sont les versions stables de l’image initiale. Il n’existe qu’une seule façon de les interpréter. L’image initiale en revanche est ambiguë car elle porte en elle plusieurs façons d’être vue – deux en l’occurrence. L’image centrale est donc une image bistable.

Face à elle, notre cerveau ne possède pas suffisamment d’informations pour résoudre l’ambiguïté et l’interpréter d’une seule et unique manière. Si en revanche vous fixez pendant quelques secondes l’une ou l’autre des versions stables de l’image initiale, à savoir l’image (a) ou l’image (b), votre cerveau va créer un a priori visuel et, lorsque vous regarderez de nouveau l’image bistable, vous réduirez son ambiguïté et verrez dans la silhouette noire soit une personne de face (a priori (a)), soit une personne de dos (a priori (b)).

Le cerveau a besoin d’interpréter les signaux que lui renvoie le monde de façon à s’en créer une représentation cohérente et stable. C’est ce qu’on appelle la réduction de l’ambiguïté : dès lors qu’on lui refuse la stabilité en lui présentant des images ambiguës (bistables ou multistables), il opère un choix parmi les différentes options que le réel contient.

Imaginez cette fois que vous regardez la première image, à savoir l’image bistable, en compagnie d’un ami. Aucun de vous n’a encore vu les versions stables de l’image. Chacun de vous réduit l’ambiguïté à sa façon : la silhouette vous apparaît comme étant de dos, alors que votre ami la voit de face. Vous êtes en fait tous les deux en train de regarder la même image mais vous voyez deux choses différentes. Si vous en discutez ensemble, vous n’allez pas vous entendre car votre perception n’est pas la même, et pourtant chacun de vous est intimement persuadé de voir l’image telle qu’elle est. Vous êtes même incapable de voir ce que l’autre voit.

Une illusion bistable a défrayé la chronique en 2015 sur les réseaux sociaux, posant de façon éclatante la question de savoir si nous avions vraiment le même monde en partage. Une utilisatrice de Tumblr du nom de « Swiked » avait posté une photo d’une robe à empiècements en dentelle, suivie de ce commentaire : « Les gars, aidez-moi, cette robe est-elle blanche et or ou bleue et noire ? Mes amis et moi ne pouvons nous mettre d’accord et ça nous fait totalement flipper. » Suite à cela, l’image est devenue « virale » sur Internet, et le monde entier, divisé, a débattu plusieurs jours de la couleur de la robe ! Si à l’époque vous avez pris part au débat, vous avez peut-être pensé que la moitié du monde qui ne voyait pas la robe de la même couleur que vous avait tort. Mais vous comprenez à présent qu’aucun des deux groupes n’avait tort ou raison, il y avait simplement deux façons pour le cerveau humain de réduire l’ambiguïté.

Ce que nous apprennent ces deux exemples d’illusions bistables est que l’être humain a tendance à faire une confiance aveugle à sa perception, au point de la considérer comme partagée par tout le monde.

Lorsqu’il filtre, traite et interprète les stimuli que le monde lui renvoie, le cerveau construit une vision globale du monde, en faisant sans cesse, sans s’en apercevoir, des suppositions sur la manière dont il fonctionne. Il opère sans cesse des réductions de l’ambiguïté – et pas seulement dans le cas d’illusions bistables –, afin de nous présenter un réel stable et cohérent.

Il existe dans le champ de vision un « point aveugle » qui correspond à l’endroit par lequel le nerf optique sort de la rétine vers le cerveau. Ce point ne contient pas de récepteurs de lumière contrairement au reste de la rétine. Nous pourrions supposer qu’il devrait y avoir un « trou » dans notre champ de vision à l’endroit où la lumière n’est pas reçue par la rétine. Toutefois, dans la vie de tous les jours, notre champ visuel est complet car nous avons deux yeux. Mais si nous étions borgnes, ou que nous fermions simplement un œil, il en irait tout autrement.

Fermez donc l’œil gauche et regardez la croix sur l’image ci-dessous avec votre œil droit tout en maintenant votre visage au centre de la page. Rapprochez progressivement la page de votre visage.

© Allary Editions
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D’un coup – lorsque la page est à peu près à 25 cm de votre œil –, le point noir à droite de la croix disparaît. Cela est dû au fait qu’il se situe exactement sur le point aveugle de votre rétine, et votre cerveau va estimer que la page entière est blanche. Il va donc donner une fausse interprétation du réel.

Faites maintenant la même expérience avec cette image :

© Allary Editions
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Dès que le point noir tombera sur votre point aveugle, la barre grise va vous sembler continue. Votre cerveau voit du gris avant et après le point : il remplit le vide avec la même chose.

Ce que les tours de magie nous apprennent

Les tours de magie nous fascinent. S’ils sont universels, c’est parce qu’ils jouent avec les mécanismes de notre cerveau et notamment celui que nous venons de mettre au jour : la réduction de l’ambiguïté.

C’est le cas, par exemple, du tour de la pièce de monnaie. Le magicien attrape une pièce entre le pouce et l’index de sa main droite, et la place lentement dans sa paume gauche avant de fermer le poing qu’il dirige ensuite vers vous en vous demandant de souffler dessus. Puis il ouvre sa main de façon théâtrale : la pièce a disparu, comme par magie ! Et il ne s’arrête pas là : il s’ingénie alors à faire réapparaître la pièce derrière votre oreille, ou dans votre poche.

En fait, la pièce n’a jamais été déposée dans sa main gauche. Le magicien a effectué ce qu’on appelle un « palming » (de l’anglais palm, « paume de la main ») : il fait comme si il déposait la pièce dans sa paume gauche, alors qu’il l’a gardée dans sa paume droite. Tout cela s’effectue très doucement, car ce ne sont pas les yeux que le magicien essaye de tromper mais le cerveau et l’interprétation logique que celui-ci fera du déplacement des objets. L’être humain se fie à sa perception du monde : il pense avoir vu la pièce passer d’une main à l’autre, il ne va donc pas comprendre comment elle peut se retrouver derrière son oreille. Il y a donc pour lui une rupture de cohérence, quelque chose d’irréel vient de se produire, et c’est cela qu’il appelle « magie ».

Notre cerveau, à partir du moment où nous sommes éveillés, passe son temps à faire des suppositions sur le réel, à l’interpréter, à en combler les vides. Il le fait dès notre plus jeune âge, et à notre insu. La table où nous mangeons, quel que soit l’angle sous lequel nous la regardons, quelle que soit la lumière dans la pièce, reste bien la même table. De même, si nous posons un objet à un endroit précis, nous savons qu’il n’en bougera pas. C’est le principe de permanence des objets. C’est grâce à ce constant travail d’interprétation et de recomposition du réel, forcément partiel, que le réel semble si réel, que les objets semblent des choses fixes et immuables. Voilà pourquoi nous sommes bernés par le tour de la pièce de monnaie.

Curieux de savoir grâce à quels mécanismes psychologiques leurs tours de magie arrivaient à bluffer les gens, des prestidigitateurs ont collaboré avec des neuroscientifiques. Le magicien Teller, l’un des plus grands de notre temps, a par exemple contribué à la rédaction d’un article dans la revue Nature[1], où sont exposés les liens qui existent entre magie et conscience du monde chez l’être humain. Teller part d’un tour de magie célèbre, celui des gobelets et des balles : face au spectateur se trouvent trois gobelets et des balles que le magicien fait « disparaître » ou fait passer « comme par magie » d’un gobelet à l’autre.

Teller raconte qu’un jour, juste avant de monter sur scène, il s’aperçoit qu’il a oublié chez lui ses balles et ses gobelets. Il se retrouve à devoir utiliser ce qu’il y a dans sa loge : des gobelets transparents, et des balles qu’il façonne à partir de mouchoirs en papier. Alors qu’il craint que le public ne comprenne d’emblée les rouages du tour, Teller raconte qu’en réalité, les spectateurs ont l’air encore plus bluffés que d’habitude. « Tous les gens présents dans le public pouvaient voir ce que je faisais et pourtant leurs cerveaux n’arrivaient pas à le comprendre », dit-il dans une interview accordée au magazine Wire[2].

Une formule célèbre dit que « nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais plutôt tel que nous sommes ». C’est une vérité profonde que les travaux des sciences cognitives confirment aujourd’hui : le monde nous renvoie en permanence une multitude de signaux, nous en réduisons l’ambiguïté en choisissant ce que nous voulons voir. Ainsi, petit à petit, notre interprétation du monde nous façonne psychologiquement, culturellement et socialement.

Cela ne veut pas dire pour autant que nous pouvons voir tout le temps ce que nous voulons voir, en d’autres termes que rien n’existe vraiment et que nous sommes libres de façonner notre propre réalité simplement en l’imaginant dans notre tête : dans le cadre de l’illusion d’optique étudiée précédemment, je suis libre de voir une silhouette de face ou de dos, mais je ne peux pas voir dans cette silhouette un arbre ou une banane, par exemple. Le réel existe et il est intangible, quand bien même on ne saurait l’appréhender sans que notre cerveau ne l’interprète.

Remplir le vide

L’ambiguïté des signaux reçus nous place toujours dans une situation inconfortable d’incertitude. Ainsi, si un élément manque à notre perception pour sortir de l’ambiguïté, notre cerveau va vouloir remplir le vide. Descartes écrit dans la deuxième de ses Méditations métaphysiques : « Que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts ? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, par la seule puissance de juger qui est en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux. » L’œil ne voit pas les hommes sous les capes et les chapeaux, mais le cerveau les rétablit. Bien avant les premiers travaux en sciences cognitives, Descartes avait compris que notre cerveau « comblait les vides ».

Voici un autre exemple amusant de « vide » comblé par notre cerveau. Comment lisez-vous cette phrase : « C’35t cmmoe ca qu3 v0u5 3t2s enrtian de l1r3 c3tt3 l1gn3 » ?

Vous venez sûrement de lire : « C’est comme ça que vous êtes en train de lire cette ligne. » Votre cerveau vient de recréer du sens alors qu’en réalité, cette phrase ne veut rien dire. Votre cerveau a réordonné le désordre apparent et a donc choisi de privilégier son interprétation plutôt que de s’en tenir à la stricte réalité de ce qui était écrit. Bel exemple du travail de notre cerveau qui préfère donner du sens à un ensemble de lettres et donc, par extension, donner du sens aux choses et au monde, plutôt que de rester dans le flou !

 * * *

Notre cerveau, qui filtre la myriade d’informations ambiguës que la réalité nous fournit en permanence, interprète le monde et recrée le réel, souvent à notre insu. Dans la plupart des cas, c’est très utile et même vital. Mais cela peut aussi conduire à des erreurs susceptibles de nous être préjudiciables.

Il va falloir éclaircir la façon dont notre cerveau procède pour nous jouer des tours.

____________

[1]?S. L. Macknik, M. King, J. Randi, A. Robbins, Teller, J. Thompson et S. Martinez-Conde, « Attention and awareness in stage magic: turning tricks into research », Nature Reviews Neuroscience, 9 (2008), p. 871–879.

[2]?J. Lehrer « Magic and the Brain: Teller Reveals the Neuroscience of Illusion », Wired.com (2009).

Source : © Allary Editions via leslibraires.ca.


?Cet extrait est disponible en libre accès sur le site web leslibraires.ca

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REVUE DE PRESSE

Votre cerveau vous joue des tours, Agnès Lenoire, Le club mediapart

« On ne peut pas laisser s’installer des récits pourris », Usbek & Rica

Albert Moukheiber : « S’engager pour préserver notre capacité à changer d’avis », 20 Minutes

Albert Moukheiber : « Notre cerveau nous joue des tours ? Tant mieux ! », Patrick Schobbens – Director Private Banking Brabant wallon, Degroof Petercam Wealth Management

LE LIBRE ARBITRE, UNE ILLUSION ? , Entretien avec Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Propos recueillis par Charlotte Collot. Salut & Fraternité, périodique trimestriel, est édité par le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège asbl


Du même auteur

Albert Moukheiber

Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité à changer individuellement ou collectivement ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.

Mais cette profusion de discours sur le cerveau – cette neuromania – se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités. On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas.

En rendant accessibles les dernières études, Albert Moukheiber redonne la parole aux chercheurs et démêle le vrai du faux dans les discours sur le cerveau. Il nous libère ainsi de nombreuses idées reçues, et nous rend plus lucide sur nous-même et les autres.

En librairie le 5 septembre 2024
288 pages – Format 145*215mm
ISBN : 978-2-37073-431-0

Source : © Allary Editions.


Journée professionnelle académique 25/01/2019 – Atelier Canopé 13 Marseille, Apprendre à apprendre : Neurosciences et pédagogie, Albert Moukheiber – L’importance du doute de soi, – Transcription de l’intervention

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Albert Moukheiber

Description : Français : Albert Moukheiber en 2024. Auteur : K192837 (Wikipédias).
Description : Français : Albert Moukheiber en 2024. Auteur : K192837 (Wikipédias).
Crédit photo : ©Bojana Tatarska/Allary Éditions
Crédit photo : ©Bojana Tatarska/Allary Éditions

« Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024). » Source : © Allary Editions.

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Mon rapport de lecture du livre

Votre cerveau vous joue des tours

Albert Moukheiber

Allary Éditions, 2019

L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.

Une formule célèbre dit que « nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais plutôt tel que nous sommes ». C’est une vérité profonde que les travaux des sciences cognitives confirment aujourd’hui : le monde nous renvoie en permanence une multitude signaux, nous en réduisons l’ambiguïté en choisissant ce que nous voulons voir. Ainsi, petit à petit, notre interprétation du monde nous façonne psychologiquement, culturellement et socialement.

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 1 – Voyons-nous vraiment le monde avec nos yeux ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 25-26.

P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.

Heureuse confirmation des sciences cognitives car nous apprenons rapidement, dès l’enfance, que nos visions du monde diffèrent, et à l’adolescence, que la vision du monde que l’on nous inculquée ne correspond pas à la réalité, du moins à ce que nous voyons. Et c’est très souvent une source de conflit interne philosophique, psychologique, culturel et social qui engendre un traumatisme qui conduit certains à changer d’attitude et de comportement au profit d’une rébellion contre son entourage, pourvoyeur de visions du monde au cours de l’enfance, et contre le monde lui-même.

On ne se souvient pas toujours des choix que l'on fait, mais on les justifie.

Quand nous prenons une décision, nous pensons que le mécanisme qui s’enclenche est le suivant : plusieurs options se présentent à moi ? je réfléchis à la situation ?  je tranche en prenant une décision que je pourrai ensuite justifier froidement. Mais cela se passe-t-il vraiment ainsi dans notre cerveau ?

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 2 – Comment le cerveau fait-il pour nous raconter des histoires ?, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 43.

Albert Moukheibert vient de m’ouvrir toute grande la porte avec son énoncé « On ne se souvient pas toujours des choix que l’on fait, mais on les justifie » pour je vous parle de la découverte, dans les années 1930-1940, d’un phénomène inconscient connu sous le nom de « TRANSFERT DE SENSATION » et popularisé par le chercheur en étude des motivations Louis Cheskin.


DÉFINITION BRÈVE

TRANSFERT DE SENSATIONS. Les mots-clés : Phénomène inconscient universel. Transférer la sensation d’une chose à une autre, tel que de l’emballage au produit contenu dans l’emballage; juger un livre par sa couverture ou une personne par ses vêtements. En plus d’être inconscient, le phénomène du transfert de sensations est universel, dans le sens scientifique du terme.

GUAY, Serge-Andre, Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendre jamais à l’université, Les mots-clés ouvrant les portes de l’étude des motivations d’achat, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec), 2006, p.43. (PDF gratuit).


Dans les années 1930-1940, Louis Cheskin, alors professeur d’art plastique dans un collège de Chicago, s’adonne à la sculpture. Il reproduit le même modèle en différentes couleurs. Il les met en vente et se rend compte que des sculptures d’une couleur donnée se vendent davantage que les autres. Pourtant, il s’agit du même modèle de base pour toutes les sculptures. Il se concentre donc sur la couleur pour en cerner l’influence et fonde la « Color Research Institute of America » en septembre 1944. Il fait rapport de ses recherches dans huit livres entre 1940 et 1955 :

  1. Living with Art (1940, 233 pages)
  2. Colors: What They Can Do for You (1947, 333 pages)
  3. Notation on a Color System for Planning Color Identification (1949, 18 pages)
  4. Color for Profit (1951, 164 pages)
  5. Colours and What They Can Do (1951, 214 pages)
  6. Color Wheel for Color Planning (1953, 4 pages)
  7. Color Guide for Marketing Media (1954, 209 pages)
  8. Cheskin Color Charts (1955, 8 pages)

Louis Cheskin observe un phénomène qu’il nommera « transfert de sensation » : les gens effectuent inconsciemment un transfert de la sensation éprouvée avec la couleur vers l’objet coloré. Il constate aussi qu’il est impossible de questionner directement les gens au sujet de la couleur en raison de leurs mécanismes de défense à l’œuvre dans leurs réponses pour contrôler leurs images et la perception d’eux-mêmes qu’ils donnent à l’intervieweur.

Il en va de même du transfert de sensation puisque ce dernier est une opération automatique, involontaire et inconsciente.

À la demande de l’industrie des biens de consommation, Louis Cheskin investigue le domaine du marketing.

Il lui faut désormais abandonner les questions directes s’il veut cerner l’influence réelle des couleurs des objets. Il mettra au point une toute nouvelle approche : Aprroche indirecte des réactions du marché (Indirect Approach to Market Reactions). Il la dévoile dans un article qu’il signe avec Louis B. Ward sous le titre “Indirect Approach to Market Reaction” dans la Harvard Business Review, Vol. 26, en septembre 1948 (pp. 572–580). Vous trouverez cet article traduit en français à la page 77 et suivantes de mon livre Comment motiver les consommateurs à l’achat (PDF gratuit). Avec cette approche, il laisse de côté les questions directes (sondages et groupes de discussion) pour une méthode qui ne dévoile pas aux interviewés l’objet réel à l’étude.

Par exemple, si vous voulez tester un emballage, différentes propositions d’emballages pour un produit donné, vous ne devez certainement pas interroger les consommateurs au sujet de ces projets d’emballage mais plutôt au sujet du produit qu’ils contient puisque ce consommateur effectue inconsciemment le transfert des sensations qu’il éprouve à la vue et à la manutention de l’emballage au produit qu’il renferme. Il faut donc lui demander ce qu’il pense de chaque produit dans chaque emballage, non pas lui demander ce qu’il pense de l’emballage lui-même.

Toutes les composantes et les éléments de chacune ces composantes de l’emballage jouent un rôle primordiale dans la perception du produit qu’il contient, du nom de la marque, à la typographie de cette dernière, en passant par sa ou ses couleurs, le logotype de la marque, l’illustration du produit, les dimensions de cette illustration et ainsi de suite.

Et comme pour lui Cheskin « tester est un processus scientifique » qui implique une méthode scientifique, il faut alors tester chaque élément de chaque composante de l’emballage.

Dans une expérience dans notre propre firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, ma partenaire et moi rencontrons un client qui nous demande quel étiquette sera la mieux pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa confiture, son produit vedette. Dans le respect du « Système Cheskin », j’ai demandé à ce manufacturier de produit de nous fournir des pots de sa confiture avec les différentes étiquettes proposées par son graphisme, en prenant soin de mettre dans chacun des pots la même confiture issue du même lot de production afin d’éviter toute différence. Puis, nous avons étiqueté ces pots de confiture des trois différentes étiquettes, une étiquette par pot. Nous avons distribué ces différents pots de confiture (différent que par leur étiquette) en demandant aux consommateurs, après une semaine de tests maison, de nous dire qu’elle était la meilleure confiture entre les trois pots. L’un des pots gagna haut la main la faveur des consommateurs. En fait, puisque la seule et unique différence entre ces pots étaient l’étiquette, nous savions laquelle recommandé à notre client manufacturier de cette confiture nationale. Aussi, nous avons demandé à chaque consommateur de justifier leur choix. Évidemment, aucun ne mentionnait l’étiquette mais nous parlait plutôt de la confiture elle-même, les différentes étiquettes donnant lieu à la perception d’une confiture différente d’un pot à l’autre, ce qui n’était pas le cas.

Et c’est ici que je rejoins Albert Moukheibert à l’effet que nos choix ne sont pas toujours raisonnés consciemment avant même de choisir, que nous choisissons plus souvent qu’autrement inconsciemment et que ce n’est qu’après que nous le justifions ce choix si on nous le demande.

Notez ici un fait d’une importance capitale : l’objet de l’étude de motivation d’achat était le produit plutôt que les consommateurs, ces derniers n’étant, dans ce contexte, qu’un révélateur du pouvoir de l’étiquette sur eux. L’objet d’une étude des motivations d’achat des consommateurs est toujours un objet « physique », ce qui permet de mener des tests scientifiques et de classer ce type d’étude parmi les sciences exactes. Lorsque l’étude de marché a pour objet les consommateurs, cette dernière se classe parmi les sciences inexactes, ce qui explique pourquoi les gens de marketing ne peuvent pas répéter le succès qu’ils obtiennent à volonté. C’est bien connu, « On sait que 50% de la publicité fonctionnent mais on ne sait pas lesquels ».

Autre aspect fondamentale dans la détermination du pouvoir du produit, son emballage, sa publicité et son prix sur les motivations d’achat des consommateurs : la mesure du résultat du transfert de sensation à savoir si le produit à l’étude a le pouvoir de motiver ou non les consommateurs à l’achat. On parle ici d’une mesure toute aussi précise que les sciences physiques le permettent lors d’un test lui aussi scientifique. Je ne vais vous exposé ici comment Louis Cheskin a conçu ses différents tests de mesure du transfert de sensation. Le défi : mesurer avec des lettres de l’alphabet comme on mesure avec des nombres. Louis Cheskin a expérimenté avec succès la « sémantique différentielle » (voir le chapitre La technique d’associations de mots et la sémantique différentielle dans mon livre Comment motiver les consommateurs à l’achat (PDF gratuit) (pp. 433-439).


Mais depuis, la cécité au choix a été introduite dans plusieurs protocoles expérimentaux, et la littérature scientifique foisonne d’exemple montrant l’étendue des capacité de justification a posteriori de notre cerveau. En 2010, le chercheur américain Lars Hall a conduit une autre expérience sur la cécité au choix. Dans le supermarché d’une petite ville américaine, Hall et son équipe montent un faux stand de produit locaux. Déguisés en vendeurs, ils présentent aux clients deux confiture et deux thés différents, et leur proposent de donner leur avis sur le duo confiture-thé qu’ils préfèrent. Soulignons ici que les deux confitures ont des goût prononcés et bien distincts : l’une est à la pomme et à la cannelle, l’autre aux agrumes. Et que le pot truqué : il s’ouvre des deux côtés, chaque côté étant associé à un parfum différents.

Une fois que le client a goûté aux différents confitures, qu’il a bu sa tasse de thé et son choix, l’expérimentateur retourne le pot à l’insu du client et lui demande de goûter à nouveau sa confiture préférée afin de justifier son choix. Seuls un tiers des participants détectent le changement de goût. Tous les autres justifient leur choix sans s’apercevoir qu’ils font le plaidoyer de la confiture qu’ils n’ont pas choisie ! Lorsqu’on leur révèle le tour de passe-passe et qu’on leur explique le but de l’expérience, les réactions vont de la surprise à l’incrédulité la plus totale.

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 2 – Comment le cerveau fait-il pour nous raconter des histoires ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 44-45.


Hall, Lars & Johansson, Petter & Tärning, Betty & Sikström, Sverker & Deutgen, Thérèse. (2010). Magic at the marketplace: Choice blindness for the taste of jam and the smell of tea. Cognition. 117. 54-61. 10.1016/j.cognition.2010.06.010.   Download PDF.

Voir aussi : Nous sommes aveugles à bien des causes de nos choix conscients
Le cerveau à tous les niveaux, Agence Science-Presse, 14 novembre 2017.


Est-ce vraiment une « cécité au choix » que de justifier son choix après coup ? Si l’explication consciente du choix vient souvent après le choix, c’est surtout parce que la conscience est la dernière informée du résultat de la perception. Le processus observé par Louis Cheskin est le suivant : stimulus ? sens ? sensation ? perception ? schéma de référence ? attitude ? geste (dans ce cas, un geste d’achat). Le cerveau n’a pas le choix d’attendre que la conscience reçoive l’information, en vérifie la validité, l’analyse, décide de l’attitude à adopter et du geste à commander au corps. Nous conscientisons donc notre choix après coup et nous nous en formons une opinion justificatrice.

Personnellement, je doute du respect de l’application des critères de la scientificité du test parce qu’il implique, non pas un seul stimulus, mais plusieurs, notamment trois sources de goûts (confitures et thé), pouvant s’influencer l’un l’autre. Je crois que lorsque « l’expérimentateur retourne le pot à l’insu du client », il contrevient à la scientificité du test. Enfin, le phénomène inconscient et involontaire du transfert de sensation n’est pas pris en compte.

Ces heuristiques nous permettent de composer avec les limites de notre attention et de nos facultés cérébrales : nous n’avons pas les capacités attentionnelles, le temps ou l’énergie d’intégrer l’ensemble des informations que l’on reçoit dans une situation donnée avant de prendre une décision.

Au sujet de l’utilisation des heuristiques dans la prise de décision, on se rapportera avantageusement à un article de référence paru en 1974, signé Amos Tversky et Daniel Kahneman, qui vaudra à ce dernier le prix de la banque de Suède en sciences économiques[10].

Quand la pensée intuitive nous induit en erreur

Les heuristiques nous permettent donc de réaliser toutes ces petites actions dont nous n’avons pas conscience et qui nous servent au quotidien. Mais il existe des cas de figure dans lesquels une réflexe de pensée trop rapide et approximatif peut nous pousser à commettre des erreurs. Les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky ont appelé ces dérivations de la pensée conduisant à des erreurs de jugement ainsi qu’à des interprétations illogiques ou irrationnelles d’une situation donnée des biais cognitifs. C’est ainsi que dans certains cas nous prenons des décisions trop rapidement en nous appuyant sur un nombre limité d’éléments que l’on considère comme représentatifs d’une situation. Ils appellent cela le biais de représentativité.

____________

NOTE

[10] A. Tversky et D. Kahneman, « Judgment under Uncertainty: Heuristics ans Biases, Science, 185, N0 4157 (1974), P. 1124-1131.

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 3 – Pourquoi sommes-nous si souvent dans l’approximation ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 52-53.

P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.

P.S. : Voir l’article en référence en ligne (PDF) ou ici ou ici.


Heuristique : action ou pensée spontanée qui donne d’assez bons résultats dans une situation donnée et qui a pour avantage d’être quasi instantanée, même si elles pêche par approximation.

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Glossaire, Heuristique, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 214.


A. Tversky et D. Kahneman, « Judgment under Uncertainty: Heuristics ans Biases, Science, 185, N0 4157 (1974), P. 1124-1131.
A. Tversky et D. Kahneman, « Judgment under Uncertainty: Heuristics ans Biases, Science, 185, N0 4157 (1974), P. 1124-1131.

Nous voici donc au cœur des fameux « biais cognitifs » avec les chercheurs qui ont ainsi nommé ces opérations mentales, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky.

Voici la définition donnée par Albert Moukheiber dans le Glossaire son livre « Votre cerveau vous joue des tours » :

Biais cognitifs : détour que fait notre cerveau pour prendre des décisions ou de porter des jugements da façon moins laborieise qu’en passant par un raisonnement analytique qui tiendrait compte de toutes les informations pertinentes à notre disposition. Radides et utiles, les viais cognitifs peuvent aussi être à l’origine d’erreurs de jugement. La liste des biais cognitifs ne cesse de s’étoffer, en voici les principaux :

  • Biais d’ancrage : (…).
  • Biais de confirmation : (…).
  • Biais de notoriété : (…).
  • biais de représentativité : (…).
  • Biaus de sélection : (…).
  • Biais de stéréotypahe négatif : (…).
  • Biais de surconfiance: (…).
  • Biais du moment présent : (…).
  • Biais fondamentale d’attribution : (…).
  • Biais négatif d’interprétation : (…).

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Glossaire, Heuristique, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 211-212.

P.S.: Notez que l’auteur Albert Moukheiber définit chacun des biais cognitifs ci-dessus dans le Glossaire son livre « Votre cerveau vous joue des tours».


BIAIS COGNITIF

Les biais cognitifs peuvent être organisés en quatre catégories : les biais qui découlent de trop d’informations, pas assez de sens, la nécessité d’agir rapidement et les limites de la mémoire.

Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3)

Modèle Organisationnel: Buster Benson.

Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3), Modèle Organisationnel: Buster Benson, Liste des Biais Cognitifs: Wikipedia. Traduction: Albert Moukheiber & Mariam Chammat; www.chiasma.co . Cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.
Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3), Modèle Organisationnel: Buster Benson, Liste des Biais Cognitifs: Wikipedia. Traduction: Albert Moukheiber & Mariam Chammat; www.chiasma.co. Cliquez sur l’illustration pour l’agrandir. Source : BENSON, Buster, Cognitive bias cheat sheet – An organized list of cognitive biases because thinking is hard, Sep 1, 2016.

« La liste des biais cognitifs ne cesse de s’étoffer » écrit Albert Moukheiber et c’est cela qui me cause un problème car nous finissons par nous y perdre. Plus encore, le nombre même de listes de biais cognitifs augmente lui aussi ajoutant ainsi à la confusion. C’est à se demander si toute pensée est un biais cognitif.

Encore faut-il savoir les corriger et une simple prise de conscience ne suffit pas. Il faut lutter contre l’habitude de ces biais cognitifs.


Réduire l’emprise des biais en 10 étapes

Les biais cognitifs sont aussi inévitables qu’insaisissables. À moins de se comporter en détective et de soumettre ses pensées erronées au tordeur, comme permet de le faire la psychothérapie quand elles font voir la vie en noir. Voici 10 façons de relever ce défi, qui requiert temps et recul.

Lire la suite

MALBOEUF, Marie-Claude, Réduire l’emprise des biais en 10 étapes, La Presse, 4 mars 2024.

 * * *

Voir aussi : MALBOEUF, Marie-Claude, Biais cognitifs Comme des lunettes déformantes, La Presse, 4 mars 2024.

Voir aussi : GARNIER, Emmanuèle, Choix d’un traitement – Quels biais cognitifs peuvent toucher les patients ? Le médecin du Québec, 1 avril 2019.


Dans mes comptes-rendus de lecture, je reviens souvent sur les travaux de David D. Burns, psychiatre américain et professeur émérite au département de psychiatrie et de sciences comportementales de la faculté de médecine de l’université de Stanford. J’ai lu son livre « Feeling Good: The New Mood Therapy » traduit en français sous le titre « Être bien dans sa peau » et sous-titré « Traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur ».

Feeling Good est né de l’insatisfaction suscitée par le traitement freudien conventionnel de la dépression. Le mentor de Burns, Aaron T. Beck (considéré comme le « père » de la thérapie cognitive ; Albert Ellis est considéré comme le « grand-père »), a conclu qu’il n’existait aucune preuve empirique du succès de la psychanalyse freudienne dans le traitement des personnes dépressives. L’idée que les sentiments négatifs tels que la dépression et l’anxiété sont déclenchés par des pensées ou des perceptions a une longue histoire, qui remonte au philosophe grec Épictète, qui disait que les gens ne sont pas perturbés par les choses, mais par la façon dont nous pensons à elles.


Feeling Good grew out of dissatisfaction with conventional Freudian treatment of depression. Burns’s mentor, Aaron T. Beck (considered the « father » of cognitive therapy; Albert Ellis is considered the « grandfather »), concluded that there was no empirical evidence for the success of Freudian psychoanalysis in treating depressed people. The idea that negative feelings such as depression and anxiety are triggered by thoughts or perceptions has a long history, dating back to the Greek philosopher Epictetus, who said that people are disturbed not by things but by the way we think about them.

Source : Feeling Good: The New Mood Therapy, Wikipédia.

Voici la liste qu’il dresse des dix distorsions cognitives responsables « de plusieurs, sinon tous vos états dépressif ». À l’époque de ma découverte de ce livre, j’étais en thérapie pour une dépression que je ne parvenais pas à surmonter. Ma lecture de la liste des distorsions cognitives relevées par le Dr. David D. Burns, je suis tombé en bas de ma chaise parce que je les avais toutes. À partir de là, le programme de ma thérapie fut de me corriger de ces distorsions cognitives et cela contribua grandement à ma réhabilitation et me maintient toujours hors des sentiers de la dépression.


Ces 10 types de distorsions cognitives sont à l’origine de plusieurs, sinon de tous vos états dépressifs. Vous les trouverez en résumé aux pages 65 et 66. Étudiez ce tableau de façon à bien posséder ces notions, elles doivent vous devenir aussi familière que votre numéro de téléphone. Consultez le tableau 3-1 aussi souvent que nécessaire au cours de votre apprentissage des diverses méthodes de modification de l’humeur. Une connaissance approfondie de ces 10 types de distorsions vous sera utile pour le restant de vos jours.

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : BURNS, David D., Tableau 3-1 Les distorsions cognitives, Être bien dans sa peau : traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur, Collection Vive la vie ! Les éditions Héritage inc., 1985, pp. 64-66.

Mais il nous faut accepter que notre cerveau nous joue encore et toujours des tours que nous ne sommes pas des êtres rationnels par défaut car notre attention et nos jugements demeurent soumis à notre subjectivité. La citation ci-dessous, tiré d’un livre traitant des études de motivation d’achat, « Basis For marketing Decision » du chercheur américain Louis Cheskin, dont j’ai pris connaissance dans les années 1990, m’a permis de prendre le recul utile pour mieux m’observer et me connaître autrement.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

Tous les appartés ci-dessus dans mon rapport de lecture servent à démontrer ma familiarité avec certains des sujets abordés par Albert Moukheiber dans son livre « Votre cerveau vous joue des tours ». Autrement dit, je savais déjà que mon cerveau me jouiait des tours avant d’acheter ce livre, au départ, en raison de son titre très évocateur. J’ai donc été attiré subjectivement par cet ouvrage et je ne peux certainement pas prétendre l’aborder avec objectivité. Ma lecture permet de me mettre à jour.

Suite aux travaux de Kahneman et de Tversky, des centaines de biais cognitifs (11) ont été répertoriés et des chercheurs continuent à en identifier régulièrement. Deux des biais dont on parle le plus en cette période d’avènement des infox, nouveau terme utilisé pour parler des informations fausses ne reposant sur aucun fait, sont les biais de confirmation et le biais de la preuve anecdotique : les biais de confirmation nous pousse à ne prendre en compte que les informations qui renforcent nos opinions, nos convictions et nos croyances, et de rejeter comme fausses toutes les autres idées qui pourraient nous être présentées. Le biais de la preuve anecdotique intervient quand nous utilisons un exemple anecdotique pour justifier notre raisonnement. (…)

____________

NOTE

(11) A. P. Gregg, N. Mahadevan, C. Sedikides, « The SPOT effect : People spontaneously prefer their own theories », The Quartely Journal of Experimental Psychology, 70, No 6 (2017).

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 3 – Pourquoi sommes-nous souvent dans l’approximation ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 55-56.

P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.

A. P. Gregg, N. Mahadevan, C. Sedikides, « The SPOT effect : People spontaneously prefer their own theories », The Quartely Journal of Experimental Psychology, 70, No 6 (2017).
A. P. Gregg, N. Mahadevan, C. Sedikides, « The SPOT effect : People spontaneously prefer their own theories », The Quartely Journal of Experimental Psychology, 70, No 6 (2017).

RÉSUMÉ

« Les gens font souvent preuve d’un biais de confirmation : ils traitent les informations relatives à la véracité de leurs théories d’une manière qui leur permet de continuer à considérer ces théories comme vraies. Ici, nous avons testé si le biais de confirmation émergeait même dans les conditions les plus minimales. Plus précisément, nous avons testé si l’établissement d’un lien nominal entre le soi et une théorie suffirait à inciter les gens à considérer cette théorie comme vraie. Si, toutes choses égales par ailleurs, les gens se considèrent comme bons (c’est-à-dire qu’ils se valorisent) et que les bonnes théories sont vraies (en accord avec leur fonction prévue), alors les gens devraient considérer leurs propres théories comme vraies ; autrement dit, ils devraient manifester une préférence spontanée pour leurs propres théories (c’est-à-dire un effet SPOT). Dans trois expériences, les participants ont été initiés à une théorie selon laquelle l’une de deux espèces extraterrestres imaginaires s’attaquait à l’autre. Les participants ont ensuite examiné tour à tour plusieurs éléments de preuve relatifs à la théorie et ont évalué à chaque fois la probabilité que la théorie soit vraie ou fausse. Comme nous l’avions supposé, les participants considéraient que la théorie avait plus de chances d’être vraie lorsqu’elle leur était attribuée arbitrairement qu’à un « Alex » (expérience 1) ou à personne (expérience 2). Nous avons également constaté que l’effet SPOT ne convergeait pas avec quatre indices différents de valorisation de soi (expérience 3), ce qui suggère qu’il pourrait avoir un caractère distinctif. »

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite).

Texte original en anglais

« People often exhibit confirmation bias: they process information bearing on the truth of their theories in a way that facilitates their continuing to regard those theories as true. Here, we tested whether confirmation bias would emerge even under the most minimal of conditions. Specifically, we tested whether drawing a nominal link between the self and a theory would suffice to bias people towards regarding that theory as true. If, all else equal, people regard the self as good (i.e., engage in self-enhancement), and good theories are true (in accord with their intended function), then people should regard their own theories as true; otherwise put, they should manifest a Spontaneous Preference for their Own Theories (i.e., a SPOT effect). In three experiments, participants were introduced to a theory about which of two imaginary alien species preyed upon the other. Participants then considered in turn several items of evidence bearing on the theory, and each time evaluated the likelihood that the theory was true versus false. As hypothesized, participants regarded the theory as more likely to be true when it was arbitrarily ascribed to them as opposed to an « Alex » (Experiment 1) or to no one (Experiment 2). We also found that the SPOT effect failed to converge with four different indices of self-enhancement (Experiment 3), suggesting it may be distinctive in character. »

Source : A. P. Gregg, N. Mahadevan, C. Sedikides, « The SPOT effect : People spontaneously prefer their own theories », The Quartely Journal of Experimental Psychology, 70, No 6 (2017).


Le plus difficile, disait Louis Cheskin, est d’amener le client à désirer ce dont il a réellement besoin plutôt que de simplement répondre à sa demande, cette dernière n’étant pas ce dont il a besoin. Bref, le client est parfois prisonnier de son opinion.

Dans les année 1990, plus de 90% des diagnostics d’entreprise, imposé par le ministère de l’Industrie et du Commerce du gouvernement du Québec pour obtenir une subvention, conclurent que le problème à régler n’était pas celui formulé dans la demande de subvention mais l’entrepreneur lui-même. Il fut décidé d’imposer un tel diagnostic afin de mettre fin aux subventions gouvernementales qui n’aboutissaient pas aux résultats énoncés dans la demande. Notez que les fonctionnaires de ce ministère confiaient la réalisation des diagnostics d’entreprise à des firmes extermes de façon à ne pas devoir confronter eux-mêmes les entrepreneurs en faute. Bref, l’entrepreneur est parfois prisonnier de son opinion.

Image modifiée – Image originale par Kaspar Lunt de Pixabay

J’ai écrit un article sur le sujet dans les pages de ce site web : « Êtes-vous prisonnier de vos opinions ? »


Le biais de confirmation implique, selon mois, « de prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense », une situation qui peut s’avérer très coûteuse pour la personne rour comme pour la société. Dans ce contexte la théorie devient une croyance dont la peuve demeure personnelle ou, pis encore, sans preuve aucune.

(…) Aujourd’hui, les dangers auxquels nous sommes confrontés sont même pour la plupart d’ordre psychologique : si on vous demande quelle est votre principale source de stress, vous avez peu de chance de répondre qu’il s’agit d’un lynx affamé, mais plutôt des factures qui s’accumulent, des impôts, de votre supérieur hiérarchques…

MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 2 – Mon cerveau, les autres cerveaux et le monde. Chapitre 4 – Le stress, notre meilleur ennemi, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 71.

Oui… Mais il faut aussi se demander si la psychologie suffit à la tâche. Nous n’avons pas eu dans l’histoire moderne autant de psychologues et de psychiatres qu’aujourd’hui. La question de la « foi psychologique » se pose, du moins dans le livre « La séduction psychologique – L’échec de la psychologie moderne » du psychologue américain William Kirk Kilpatrick. (Voir aussi : Why Secular Psychology Is Not Enough, William Kirk Kilpatrick, Boston College, Imprimis, Hillsdale College, April 1986 | Volume 15, Issue 4.) et The Drift of Modern Psychology, Ivan Thorn, and William Kilpatrick, Foundation for economic education, August 1, 1984.)

Heureusement, les neurosciences viennent à la rescousse pour confirmer ou infirmer la connaissance dans le domaine de la psychologie. Merci Albert Moukheiber pour votre contribution.


Je vous recommande fortement la lecture de l’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS du docteur en neurosciences cognitives ALBERT MOUKHEIBER chez Allary Éditions paru en 2019.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq.

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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article # 82 – À quoi sert la philosophie ?, Marc Sautet, Éditions Pleins Feux, 1997

Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.

Article # 83 – Raviver de l’esprit en ce monde – Diagnostic du contemporain, François Jullien, Éditions de l’Observatoire, 2023

L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.

Article # 84 – La philosophie appelle à une révélation suivie d’une conversion

La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.

Article # 85 – La philosophie comme mode de vie, Daniel Desroches, Deuxième édition revue et corrigée, Coll. À propos, Les Presses de l’Université Laval, Québec, 2019

La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).

Article # 86 – Les consolations de la philosophie, Alain De Botton, Mercure de France, 2001, Pocket

La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.

Article # 87 – La philothérapie – Philosophie pratique à l’international

L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.

Article # 88 – L’approche intellectuelle en philothérapie et en philosophie pratique

Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.

Article # 89 – En thérapie avec… Épicure – Combattre votre anxiété – 40 antidotes du philosophe antique, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2024

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 90 – Êtes-vous sûr d’avoir raison ?, Gilles Vervisch, Flammarion, 2022

De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.

Article # 91 – L’approche interrogative et l’approche conversationnelle dans la pratique philosophique

Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)

Article # 92 – Introduction à la philosophie, Karl Jaspers, Plon, coll. 10-18, 2001

« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.

Article # 93 – Le rôle social des idées – Esquisse d’une philosophie de l’histoire contemporaine, Max Lamberty, Éditions de la Cité Chrétienne, 1936

« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?

Article # 94 – L’étonnement philosophique – Une histoire de la philosophie, Jeanne Hersch, Gallimard, coll. Folio Essai, 1993

J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.

Article # 95 – Qu’est-ce que la Deep Philosophy ? – Philosopher depuis notre profondeur intérieure, Ran Lahav, Loyev Books, 2023

Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.

Article # 96 – Se réaliser – Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Michel Lacroix, (Marabout), Éditions Robert Laffont, 2009

J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.

Article # 97 – Une histoire de la raison par François Châtelet – Entretiens avec Émile Noël, Édition du Seuil, 1992

Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.

Article # 98 – La raison, Bertrand Saint-Sernin, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je, Paris, 2003

Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».

Article # 99 – Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté, Michel Lacroix, Éditions Robert Laffont, 2013

Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.

Article # 100 – Vivre dans un monde où tout un chacun se donne raison, en réponse à l’article « L’art de couper les cheveux en quatre » d’Alexandre Lacroix publié dans Philosophie magazine, juin 2024

Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.

Article # 101 – Loin de moi – Étude sur l’identité, Clément Rosset, Les Éditions de Minuit, 1999

Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.

Article # 102 – Penser par soi-même, Sous la direction de Maud Navarre, Sciences Humaines Éditions, 2024

Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.

Article # 103 – Éloge du point d’interrogation – Tous philosophes ? Patrick Moulin, Les Éditions du Net, 2022

Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.

Article # 104 – Grandeur et misère de la modernité, Charles Taylor, Coll. L’essentiel, Éditions Bellarmin (Éditions Fides), 1992

Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.

Article # 105 – La philosophie antique comme exercice spirituel ? Un paradigme en question, Sylvain Roux, Les Belles Lettres, 2024

J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement

Article #106 – Crise de soi – Construire son identité à l’ère des réseaux sociaux et du développement personnel, Thierry Jobard, coll. Amorce, Éditions 10/18, 2024

L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.

Article #107 – Le parler de soi, Vincent Descombes, Collections Folio. Essais, Éditions Gallimard, 2014

Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.

Article #108 – La philosophie fait-elle votre bonheur ? Dossier, Revue Les Libraires, no 145, 2024

Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.

Article #109 – Quatre moyens d’en finir avec la pointeuse, Clara Degiovanni, Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »

Article #110 – Pascal Chabot-Hélène L’Heuillet : silence, ça pulse !, propos recueillis par Cédric Enjalbert, Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !

Article #111 – Émile Durkheim : l’individu, ferment de la société, par Athénaïs Gagey, Philosophie magazine, no 183, octobre 2024

Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.

Article #112 – Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne, Jean-Marie Nicolle, Bréal, 2015

Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.

Article #113 – Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Yuval Noah Harari, Albin Michel, Paris, 2024

Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.

Article # 114 – Conférence vidéo «Qu’est-ce que la pratique philosophique ? » par Laurence Bouchet, Philo Mobile

Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.

Article #115 – Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Vincent Cocquebert, Les Éditions Arkê, 2023

« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.

Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !

Article #116 – La philosophie comme attitude, Stéphane Madelrieux, Presses universitaires de France, Paris, 2023

L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).

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