Article # 96 – Se réaliser – Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Michel Lacroix, (Marabout), Éditions Robert Laffont, 2009

Article # 96

J’AI LU POUR VOUS

Se réaliser

Petite philosophie de l’épanouissement personnel

Michel Lacroix

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Se réaliser

Petite philosophie de l’épanouissement personnel

Michel Lacroix

Langue : Français

Éditeur : ÉDITIONS ROBERT LAFFONT (9 février 2009)

ÉDITEUR : Marabout Psy (novembre 2010)

Collections : Réponses

Catégories : Psychologie / Croissance personnelle

Nombre de pages : 190 pages

ISBN : 10 2501062957

ISBN 13 : 9782501062954

Support : Livre imprimé à couverture souple

Mesure : 22.0 cm (Hauteur), 14 cm (Largeur), 217 gr (Poids)


Texte en quatrième de couverture

Quand on pense au développement personnel, on pense souvent aux inspirations apportées par le bouddhisme, le yoga ou le taoïsme. Mais on oublie toutes les réflexions et les expériences proposées par la philosophie et la littérature occidentale. Goethe, Stendhal, Hegel, Kierkegaard, Sartre, Emmanuel Mounier n’ont cessé de s’interroger sur le développement de l’individu et les moyens de s’épanouir.

Conçu comme un guide philosophique, ce nouveau livre de Michel Lacroix permet à tous de se saisir de ces richesses culturelles pour avancer sur le chemin de la réalisation de soi, un chemin qui peut bifurquer vers l’action aussi bien que la contemplation, et qui, parfois, peut conduire dans certaines impasses comme l’hyperactivité ou le fantasme de grandeur…

Pas de techniques simplistes ici, mais un éclairage novateur sur le potentiel humain, la confiance en soi ou la pensée positive tels que les ont imaginés nos plus grands penseurs.

* * *

MICHEL LACROIX, normalien, agrégé de philosophie, est maître de conférence à l’université Cergy-Pontoise. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages parmi lesquels, chez Marabout, Le Développement personnel et Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION 9

  1. Transcendance ou autoréalisation ? 13
  2. « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry) 19
  3. Du Ciel sur la Terre 25
  4. La pensée positive 31
  5. Se réaliser, au risque de l’immoralité ? 37
  6. Le complexe de Don Juan 47
  7. Le baptême du choix 53
  8. De la vita contemplativa à la vita activa 61
  9. Se réaliser, c’est agir 71
  10. La tentation activiste 77
  11. Le fantasme de la grandeur et de la supériorité 81
  12. Y a-t-il un désir spécifique de réalisation de soi ? 87
  13. Réalisation de soi ou sublimation ?
  14. Le développement personnel face à la psychanalyse 95
  15. La vertu transformatrice de l’amour 103
  16. La confiance d’autrui 107
  17. L’autorité qui entraîne 111
  18. La puissance des modèles 117
  19. La dialectique de la bienveillance 123
  20. Le «Je » et le « Nous » 127
  21. Réalisation de soi ou communautarisation de soi? 133
  22. Le cas Barrès 139
  23. Portrait d’un esthète solitaire 145
  24. L’idéal de Thélème 151
  25. Le développement personnel victime de la contre-culture 157
  26. L’Occident et l’Orient 167
  27. La réalisation de soi, moteur de changement social 171

CONCLUSION : Vers un monde plus humain ? 179

NOTES 183


EXTRAIT

INTRODUCTION

« Me réaliser ». Voilà un projet ambitieux… Le verbe « réaliser » n’est pas pris ici dans le sens ordinaire. Il ne s’agit pas de réaliser un programme, un dessein, un vœu, ni même un rêve. Il ne s’agit pas non plus d’un « événement qui se réalise ». Ce ne sont pas seulement des tâches que j’ai à remplir, des travaux qui m’attendent, un dossier à étudier, un rendez-vous professionnel, un cours à préparer pour mes étudiants, une conférence à peaufiner, un article à écrire, un voyage à organiser, un livre à lire. Il s’agit de mon être. En articulant les cinq syllabes du verbe « se réaliser » dans sa forme réflexive, j’exprime l’intention de me faire moi-même. Mon propre moi est ma tâche. Je veux me prendre comme un matériau, comme une matière première, et faire de cette matière… une œuvre. Qui sait, une œuvre d’art ? Voilà, décidément, un projet audacieux.

« Se réaliser » est aussi une expression déconcertante. Elle est flanquée d’une foule de synonymes, qui provoquent un véritable encombrement sémantique. J’aurais pu écrire « m’épanouir », « me développer », par référence au développement personnel, ou bien « m’accomplir », en hommage à Nietzsche pour qui « l’homme est quelque chose qui s’accomplit encore ». Mon livre aurait pu s’intituler l’Épanouissement de soi, ou l’Accomplissement de soi, ou le Développement personnel. J’avais à ma disposition des expressions comme « vivre plus », « vivre pleinement », « atteindre la plénitude », « augmenter son être », « travailler au perfectionnement de soi », « être un individu complet », un « homme total », « développer l’humanité que l’on porte en soi », « accroître son humanitude », « mener une vie riche et créative », « donner le meilleur de soi-même », « aller jusqu’au bout de soi »… Il y avait d’autres possibilités encore. Avec les sages de l’Antiquité, je pouvais m’interroger sur la « vie bonne », avec Cicéron apprendre à « cultiver mon âme ». Dans les Nourritures terrestres, André Gide m’enseigne à « assumer le plus possible d’humanité ». Maurice Barrès m’assure qu’« en chacun est un être supérieur qui veut se réaliser ». Karl Marx propose de « réaliser l’essence de l’homme », Sartre d’« exister authentiquement ». Quant au philosophe personnaliste Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit dans les années 1930, il écrit simplement : « être une personne ».

En parcourant ainsi le vocabulaire, on est saisi par une impression de flou. De quoi dissuader un philosophe de se pencher sur une telle question… Mais si déconcertante soit-elle, cette abondance lexicale est, en un certain sens, rassurante. N’est-elle pas la preuve qu’il y a ici un vrai sujet de réflexion ? Si tant de mots ont été forgés, n’est-ce pas parce qu’ils répondent à une aspiration profonde de l’être humain ?

Enfin, « se réaliser » est une expression ciblée. Elle est ciblée vers l’adulte. Elle exprime un besoin propre à l’adulte. La réalisation de soi ne saurait être confondue avec le problème de l’éducation de l’enfant et de l’adolescent. Elle ne désigne pas le processus de maturation de la personnalité qui, de stade en stade, conduit l’enfant à devenir un adolescent, et l’adolescent à devenir un adulte. L’enfant et l’adolescent se développent, mûrissent, grandissent, à la fois physiologiquement et psychologiquement, mais à proprement parler ils ne « se réalisent » pas. Non sans raison, le langage courant réserve le verbe « se réaliser » à l’adulte, c’est-à-dire un être éduqué, socialisé, mûr, entré dans la vie. Et j’ajouterais : un adulte qui, ne souffrant pas de problèmes psychologiques sérieux, n’étant pas en proie à des difficultés affectives ou relationnelles graves, et ressentant par conséquent un relatif bien-être, est disponible pour un questionnement sur ce que, d’une façon provisoire, nous pourrions appeler le plus-être.

Le but de ce livre n’est aucunement d’indiquer la voie, la méthode, le chemin de la réalisation de soi. Nous laissons aux gourous et aux donneurs de leçons de vie (ils sont nombreux de nos jours) le douteux privilège de révéler à leurs semblables comment il faut conduire son existence. D’ailleurs, il y a plusieurs manières de se réaliser, plusieurs styles d’existence et rien n’autorise à établir entre eux une hiérarchie de valeur. Tous sont légitimes. Il appartient à chaque individu de trouver son propre style et il est fort heureux, en définitive, que tout le monde ne choisisse pas la même voie. La vie serait bien monotone si tous les individus envisageaient leur réalisation personnelle de la même manière.

Le livre que l’on va lire a une seule finalité : comprendre. Il est écrit par un philosophe depuis toujours passionné par la psychologie, qui a pénétré dans le domaine de l’« épanouissement », du « développement personnel », de la « plénitude », de la « créativité », du « vivre plus », dans le seul but de savoir de quoi l’on parle exactement lorsque l’on utilise ces mots. J’ai essayé de dissiper les brumes qui recouvrent ce domaine et de construire une notion claire et distincte, comme on disait autrefois, de la réalisation de soi. Dans cet univers souvent peu cartésien, je me suis aventuré avec mon esprit cartésien.

Chapitre 1

Transcendance ou autoréalisation ?

Il convient tout d’abord de délimiter notre sujet. D’où une première question. La religion relève-t-elle de la réalisation de soi ? Peut-on dire que le croyant « se réalise » ?

À l’évidence, la foi religieuse a une vertu épanouissante. Qui peut en douter ? Il suffit d’observer les personnes qui ont la foi et de recueillir leurs témoignages : ces personnes ont, la plupart du temps, une aptitude à la joie et à la sérénité, une capacité de plénitude, une confiance dans la vie qui sont, indiscutablement, en rapport direct avec la foi qui les anime. N’en déplaisent aux émules de Nietzsche, pour qui la religion est une cause d’amoindrissement et de décadence, la foi religieuse nous fait grandir humainement. Pendant des siècles, les individus n’ont même envisagé leur accomplissement personnel qu’à travers elle. L’adoration du divin, la prière, le souci du salut, l’observance des préceptes bibliques et évangéliques, l’espérance de la vie éternelle constituaient l’horizon indépassable de l’épanouissement de soi.

Cependant, il y a dans le processus de la « réalisation par la foi » un élément qui empêche de la considérer comme une « réalisation de soi » au plein sens du terme. Le croyant s’épanouit en se reliant à une transcendance divine. À travers ce lien avec la divinité, il découvre du même coup l’être-humain-qu’il-doit-devenir. La religion lui prescrit ce-qu’il-a-à-être. Elle lui fournit une définition canonique de la personne humaine. Pour le croyant, « vivre pleinement », « vivre plus », « assumer le plus possible d’humanité », ne consiste donc pas à s’inventer soi-même, en vertu d’une autocréation, mais à réaliser une essence d’homme prédéfinie dans la transcendance, inscrite de toute éternité dans le projet divin. C’est en Dieu que réside la vérité que le croyant cherche sur lui-même. Dieu abrite la vérité anthropologique fondamentale qu’il s’agit de mettre en œuvre dans la vie. Le Divin prescrit sous quelle forme doit s’accomplir l’Humain.

Dans le christianisme, cette dépendance de l’épanouissement humain par rapport à un projet divin est particulièrement nette. La théologie chrétienne enseigne que l’homme « a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu1  ». En raison de la chute d’Adam, il s’est écarté de ce modèle idéal, il s’est éloigné de l’essence parfaite qui lui était assignée. Sa nature s’est corrompue et le péché est entré dans l’Humanité. La tâche qui incombe à l’être humain dans cette vie terrestre est, à l’aide de la grâce divine, de rétablir cette perfection initiale. Pour le chrétien, « se réaliser » signifie donc être fidèle à l’image originelle de l’homme, et c’est ce qu’il s’efforce de faire en conformant sa vie au modèle idéal de la divinité, c’est-à-dire par une imitation : l’imitation de la perfection de Dieu, comme le demande l’Évangile (« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », lit-on dans saint Matthieu2), ou celle du Fils de Dieu, comme l’enseignait jadis L’Imitation de Jésus-Christ, l’un des grands livres de la piété traditionnelle.

Il convient donc, au seuil de notre enquête, d’établir une distinction nette entre ce qui relève de l’« épanouissement par la religion » et ce qui relève de la « réalisation de soi ». Dans le verbe « se réaliser », la forme réflexive, qui s’exprime par la particule « se », a une signification précise. Elle indique, d’une part, que mon moi constitue la matière première à partir de laquelle s’opère le travail de réalisation personnelle et, d’autre part, que c’est par moi-même que cette réalisation aura lieu. La réalisation de soi est une création de moi-même par moi-même. Mon moi est à construire et c’est à moi, et moi seul, qu’il appartient de mener à bien cette construction. Entrer dans une démarche de réalisation de soi, c’est se déclarer non soumis à des règles prédéfinies, à des lois dictées de l’extérieur. Je ne suis pas l’exécutant d’un programme théologique. Ma destination n’est pas tracée d’avance. Je ne dispose pas d’un patron préétabli d’après lequel je pourrais tailler l’étoffe de mon moi. Ce n’est pas en me reliant à une transcendance divine que j’atteindrai mon maximum d’humanité. La réalisation de soi est un processus entièrement autonome. Elle est autoréférentielle. Elle constitue une autoréalisation. Dans une pièce de théâtre, Jean-Paul Sartre fait dire à un de ses personnages : « Je n’ai d’autre loi que celle que je me donnerai3. » La démarche de réalisation de soi, ou autoréalisation, s’ouvre par une déclaration semblable : « La seule loi de mon épanouissement sera celle que je me donnerai. »

Ayant mis de côté la religion, parce qu’elle ne relève pas de notre étude, il faut nous interroger sur une autre forme d’épanouissement : celle que propose la métaphysique. Ce que nous venons de dire au sujet de la transcendance religieuse vaut-il également pour la transcendance métaphysique ? Tournons-nous vers le philosophe métaphysicien (tous les philosophes ne sont pas métaphysiciens…) et voyons comment ce dernier conçoit l’épanouissement humain. Que signifie pour un philosophe métaphysicien « vivre d’une manière authentiquement humaine », « assumer le plus possible d’humanité » ?

Le philosophe métaphysicien est, à sa manière, un croyant. Il croit en une réalité suprasensible, celle des Essences, des Idées pures. Sa démarche d’épanouissement consiste à rejoindre cette réalité transcendante, à l’assimiler, à se nourrir d’elle. Cette démarche vers une vie plus humaine a été parfaitement décrite par Platon dans le fameux mythe de la Caverne, exposé au livre VII de La République. Ce mythe constitue un véritable apologue de l’épanouissement humain.

Au départ, explique Platon, l’individu est emprisonné dans un lieu obscur, où il ne voit pas les choses elles-mêmes mais seulement leur reflet déformé. Il est éloigné de l’essence des choses et séparé de la vérité. Il décide donc d’entreprendre l’ascension qui va le conduire au Ciel des Idées, qui représente, selon Platon, le domaine métaphysique où sont gravées les Essences éternelles. Une fois parvenu dans ce lieu céleste, il peut enfin contempler les Idées, c’est-à-dire l’essence intemporelle du bien, de la vertu, de la justice, du beau, et d’une manière générale de toutes les réalités dont, dans la Caverne, il n’avait qu’une notion imprécise puisqu’il n’en voyait que le reflet déformé. Parmi toutes les essences qui se dévoilent à lui, il y en a une qui revêt une importance particulière. C’est l’Idée d’Homme. Le philosophe découvre dans la transcendance ce qu’est l’homme dans son essence, l’homme-de-toute-éternité. Il ne lui restera plus, dès lors, qu’à se conformer à ce modèle idéal, à le traduire dans son existence concrète. Tant qu’il était prisonnier dans la Caverne, il vivait d’une vie amoindrie. Grâce à la découverte qu’il fait dans le Ciel des Idées, cet état d’amoindrissement va prendre fin. L’individu sait maintenant en quoi consiste sa vraie nature. Il peut enfin connaître la plénitude. Il peut épanouir son humanité.

La similitude entre l’expérience métaphysique et l’expérience religieuse ressort de façon frappante. De même que le croyant reçoit de Dieu la révélation de la vérité anthropologique, l’homme platonicien la reçoit des Idées. C’est dans la transcendance métaphysique qu’il prend connaissance de la forme parfaite de l’homme, forme parfaite qu’il lui appartient de mettre en pratique dans son existence concrète. Pas plus que le croyant, l’homme platonicien n’a donc à inventer l’homme. Il se transforme, il s’épanouit, il accède à une vie pleine, à la plénitude de soi, mais, à proprement parler, il ne se réalise pas. Il n’a pas à se forger une identité. Il se contente de devenir ce qui-est-écrit-de-toute-éternité-dans-la-transcendance. Son devenir humain est tracé par avance. Pour lui comme pour le croyant religieux, c’est dans la transcendance que, tel le mètre étalon enfermé dans le pavillon de Sèvres, est déposée la norme qui trace l’horizon de son existence.

Ni le croyant ni le philosophe métaphysicien ne se situent, à proprement parler, dans une perspective de réalisation de soi. Leur démarche est celle d’un épanouissement par la transcendance. Le but que nous poursuivons dans ce livre est, au contraire, de suivre l’individu dans son effort pour s’autoréaliser, c’est-à-dire pour s’épanouir en dehors des voies prétracées de la transcendance religieuse ou métaphysique. Nous voulons assumer tous les risques inhérents à cette aventure. Car se réaliser, c’est prendre des risques. Le risque de manquer de repères. Le risque de cheminer sans boussole transcendante. De s’enfermer dans son moi. De s’égarer. Le risque de la liberté.

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1- Genèse 1, 26-29.
2- Saint Matthieu 5, 48.
3- Les Mouches.

Chapitre 2

« Le plus vrai d’un individu, c’est son possible »
 (Paul Valéry)

Nous avons commencé à lever le voile sur la réalisation de soi en montrant ce qu’elle n’est pas. Voyons maintenant ce qu’elle est. J’entre dans une démarche d’autoréalisation à partir de l’instant où, me détournant de la transcendance, je me recentre sur moi-même.

Je déclare que la destination de mon être réside non pas dans une extériorité religieuse ou métaphysique, mais en moi-même, dans ma subjectivité. « Me réaliser » consiste non pas à me relier à un Dieu ou à des Essences éternelles qui prescrivent ce que je dois être, mais à développer quelque chose qui est en moi, quelque chose qui requiert d’être libéré et cultivé. De quoi s’agit-il ? Quel est ce bien que je possède et que je dois mettre en valeur ? Quelle est cette richesse intérieure qui fait l’objet de l’autoréalisation ? Ce sont mes virtualités, mes possibilités, mes capacités, mes facultés, mes aptitudes, mes talents, mes dons, mes ressources. Autrement dit : mon « potentiel ».

Alors que l’épanouissement par la transcendance situe la vérité de mon moi dans une transcendance religieuse ou métaphysique, la réalisation de soi la situe dans mon potentiel. C’est mon potentiel qui me définit. Ce sont mes attributs psychologiques, mes propriétés, ma richesse intérieure qui constituent mon être. « Je suis, écrivait le philosophe Heidegger, une promesse de possibilités. » Et Paul Valéry renchérissait : « Ce qui est le plus vrai d’un individu, c’est son possible.1» Pour me réaliser, il va falloir porter mes potentialités à leur complet développement. Je m’épanouirai à la condition de faire fructifier ce capital intérieur, de faire mûrir ces possibilités, d’exploiter ces ressources. Je dois faire croître ce qui est en germe dans mon moi, actualiser ce qui est virtuel. C’est ce qu’indique très bien l’étymologie du verbe « développer », d’où vient le nom familier de « développement personnel », lequel n’est en définitive qu’une autre façon de nommer la réalisation de soi. Le verbe « développer » est issu du latin volvere, qui signifie rouler, enrouler. Développer, c’est donc « dé-volvere », c’est-à-dire défaire le rouleau, dérouler ce qui est enroulé, déployer ce qui est enveloppé. « Me développer moi-même tel que m’a fait la nature, confiait Goethe, fut obscurément, dès mes jeunes années, mon désir et mon dessein2. » Retenons cet aveu du philosophe de Weimar. Il constitue l’article un de la philosophie de la réalisation de soi.

Mais en quoi consiste ce potentiel ? Quelles sont ces virtualités qu’il faut actualiser, ces ressources qu’il faut utiliser ? Pour répondre à cette question, tournons-nous vers la psychologie. Celle-ci nous apprend que le potentiel d’un individu est constitué de deux éléments : les aptitudes d’une part, et les motivations d’autre part. Je suis un mélange de capacités, de facultés, de pouvoirs et, par ailleurs, d’intérêts, de goûts, de mobiles, d’inclinations, d’aspirations, de désirs. Je me définis à la fois par ce que je suis capable de faire (par exemple résoudre des problèmes logiques, mémoriser un poème, battre la mesure, utiliser mon intelligence sensori-motrice, diriger une équipe) et par ce que j’ai envie de faire (jouer du violon, faire des mathématiques, écrire, chanter, fonder une entreprise). Je suis un réservoir de capacités d’agir et de raisons d’agir. Les premières déterminent le comment, les secondes le pourquoi. Les unes me permettent de faire bien ce que je fais, les autres me poussent à faire ce que je fais.

Ces deux composantes du potentiel humain sont également nécessaires à ma réalisation personnelle. L’une ne saurait aller sans l’autre. Les aptitudes doivent pouvoir s’appuyer sur des motivations, sinon elles ne débouchent sur rien. De quelle utilité serait, par exemple, une disposition pour la musique si je n’ai pas envie de faire de la musique ? À quoi me sert d’avoir un don pour les mathématiques, si celles-ci n’éveillent aucun intérêt en moi ? Et inversement : les motivations sans les aptitudes sont impuissantes. Je cours à l’échec si je désire occuper un poste de dirigeant alors que je n’ai pas d’aptitude au leadership, ou si je prétends devenir chanteur alors que je n’ai pas un beau timbre de voix. Il faut avoir les moyens de ses ambitions et les ambitions de ses moyens. Pour m’accomplir, j’ai besoin de la poussée de ces deux moteurs. Fort heureusement, il y a entre les aptitudes et les motivations une interaction, une alchimie, qui fait que, le plus souvent, elles vont dans le même sens. Elles se renforcent mutuellement.

Poursuivons notre exploration du potentiel. Nous découvrons rapidement qu’il se déploie en un vaste éventail de possibilités. Mon intériorité est riche de trésors de toutes sortes et, par conséquent, il n’y a pas une manière unique de me développer, mais une diversité de développements possibles selon que je me concentrerai sur telle ou telle dimension de mon être. J’ai devant moi une multiplicité d’existences possibles. Il y a plusieurs demeures au royaume de la réalisation personnelle.

Je peux, par exemple, conformément à la philosophie des Lumières, décider que ma destination est de me servir de ma raison, autrement dit que j’accéderai à la plénitude de mon statut d’homme en utilisant à plein mes capacités rationnelles, en exerçant mon esprit critique, en augmentant mon savoir, en usant de ma liberté d’examen, bref, en appliquant la devise de Kant : « Ose te servir de ta raison. » Je peux, au contraire, cultiver ma faculté de sentir, apprendre à vibrer, multiplier les occasions de m’émouvoir, auquel cas je prendrai pour guide Jean-Jacques Rousseau, qui écrivait dans les Confessions : « Être, c’est sentir. » Je peux développer les ressources de la passion, me plaçant ainsi dans la filiation des romantiques. Chateaubriand, Lamartine, Musset ont rompu avec une tradition millénaire qui tenait la passion pour une « maladie de l’âme », et ils ont fait d’elle l’expression la plus authentique de la subjectivité. Ils ont été les premiers à briser l’opprobre qui la frappait et à l’ériger en moyen de réalisation de soi, posant ainsi l’équation vie épanouie = vie passionnée.

D’autres possibilités s’offrent à moi. Je peux développer mes capacités inventives, mon « cerveau droit », comme le recommande le développement personnel. Je peux libérer mon imagination créatrice et tenter de devenir un artiste, en prenant modèle sur l’artiste créateur, visionnaire, sensible, libre, rebelle, prophète d’une société nouvelle, dont la figure a surgi au XIXe siècle comme le symbole même de l’actualisation des possibilités humaines. Je peux fortifier ma volonté, suivant les préceptes de Roberto Assagioli, un des maîtres à penser du développement personnel. Assagioli a fait de la volonté la cheville ouvrière de sa méthode appelée psychosynthèse3. Je peux écouter la grande voix qui, de Rimbaud aux surréalistes, m’incite à libérer les forces de l’inconscient, les puissances du rêve, de l’illumination poétique, de l’hallucination. Je peux même être tenté, comme certains de mes contemporains, de développer des pouvoirs occultes, la voyance, la télépathie, la perception extrasensorielle, la médiumnité, la magie… C’est une idée assez répandue aujourd’hui, notamment dans les milieux ésotérico-mystiques, que les pouvoirs parapsychologiques ne sont pas réservés à une minorité d’individus, mais que chacun de nous les possède sous une forme latente. Je peux aussi nourrir le projet de développer mon énergie, ma force vitale, d’améliorer mes performances physiques, mes prouesses musculaires, de sculpter mon corps, ce qui est après tout une manière parfaitement légitime d’envisager la réalisation de soi : dans ce cas, je pourrai me réclamer de Montherlant qui fut le chantre de la vie sportive. Je peux apprendre avec Bergson à « vivre dans la durée », ou à explorer avec Maine de Biran ma vie intérieure. Je peux m’inspirer de Nietzsche qui m’invite à libérer ma volonté de puissance, laquelle était, à ses yeux, la clé de la réalisation de soi car elle constituait « l’essence la plus intime de l’être4 » : il me restera alors à diriger cette volonté de puissance, à mon gré, vers la sphère politique, l’activité économique, la connaissance scientifique, la technique, la création littéraire. À moins que je ne décide d’apprendre, auprès de Schopenhauer, à renoncer à la volonté, à desserrer l’étau du vouloir, et de m’initier, avec ce philosophe nourri de bouddhisme, aux secrets du lâcher-prise.

Enfin, pour compléter cet inventaire de mon potentiel, je peux feuilleter le catalogue des stages de développement personnel, qui connaissent de nos jours un grand succès. Les thèmes du travail sur soi proposé dans ces stages compléteront l’éventail déjà fort étendu des choix qui s’offrent à moi : par exemple, la capacité de communiquer, l’apprentissage du leadership, la gestion du stress, l’estime de soi, la confiance en soi, le contrôle des émotions, la créativité…

Cette première exploration de la notion de potentiel me révèle d’ores et déjà une chose importante. Pour connaître toutes les possibilités que recèle mon moi, je peux me tourner vers le développement personnel, c’est-à-dire le courant psychologique né dans les années 1960 sous l’égide d’Abraham Maslow et de Carl Rogers, courant qui, de façon révélatrice, s’appelait aussi « Mouvement du potentiel humain ». Le développement personnel est actuellement le principal représentant de la philosophie de la réalisation de soi. Mais je peux aussi puiser dans l’héritage des philosophes et des écrivains qui, depuis deux siècles, ont réfléchi au problème de l’existence. De Hegel à Bergson, de Kierkegaard à Emmanuel Mounier, de Marx à Heidegger, les philosophes n’ont pas cessé de s’interroger sur la réalisation de soi. Il serait dommage d’entamer une démarche de réalisation de soi sans utiliser leur apport. De son côté, la littérature a fait du développement de l’individu un de ses thèmes privilégiés. L’égotisme prôné par Stendhal, le culte du moi célébré par Maurice Barrès, la quête hédoniste de Gide dans les Nourritures terrestres, le message de Goethe dans Wilhelm Meister, la découverte de soi par la mémoire dans la Recherche du temps perdu sont autant de réponses à la question capitale de l’être humain : comment vivre pleinement ? Oui, décidément, j’ai tout intérêt à profiter de la richesse qui est contenue dans les œuvres de ces grands auteurs. La culture qu’ils ont édifiée est une mine inépuisable. Elle est le résumé chatoyant des possibilités humaines. Elle constitue un véritable thésaurus de la réalisation de soi.

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1- Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, Gallimard, collection « Folio », 1992.
2- Lettre à Werner, citée in René Le Senne, Traité de morale générale, PUF, 1967. Cette phrase est prononcée aussi par Wilhelm Meister dans le roman éponyme de Goethe.
3- Roberto Assagioli, Psychosynthèse : principes et techniques, Desclée de Brouwer, 1997.
4- Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes, tome XIV, Gallimard, 1977.


Source des extraits

Ces extraits proviennent du site web leslibraires.ca

Fichier epub disponible au téléchargement


AU SUJET DE L’AUTEUR

Michel Lacroix

(1946 –      )
Arnaud de Saint Simon et Michel Lacroix à l'Université de la Terre, Paris, 2 avril 2011. Photo : Jérôme Choain.
Arnaud de Saint Simon et Michel Lacroix à l’Université de la Terre, Paris, 2 avril 2011. Photo : Jérôme Choain.

langfr-220px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgMichel Lacroix est un philosophe et écrivain français né le .

Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il est agrégé de philosophie, docteur d’État et maître de conférences émérite à l’Université de Cergy-Pontoise.

Il est l’auteur d’une thèse d’État sur « L’idée de politesse dans les manuels de bienséance (XIXe et XXe siècles) » dont le président du jury était Jean Guitton.

Il a reçu le Grand prix de philosophie de l’Académie française et le Prix Psychologies-Fnac 2009 de l’essai pour mieux vivre.

Fils du médecin colonel Roger Lacroix (AOF-AEF-Indochine), il est aussi le neveu de Michel Bernstein, un des responsables du mouvement de Résistance Défense de la France, chargé des faux papiers. Il est marié à Sophie Ader, philosophe. Ils ont trois enfants.

Notices d’autorité :

Source : Michel Lacroix, Wikipédia


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Michel Lacroix sur Radio France

Michel Lacroix – Se réaliser avec le philosophe avec le philosophe Michel Lacroix, Lundi 2 décembre 2013, France Inter.

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Michel Lacroix sur Cairn.info

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Entretien avec le philosophe Michel Lacroix – Le retour du courage, le meilleur et le pire, Antoine Robitaille, Le Devoir, 26 avril 2003

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Michel Lacroix : « Réalisation de soi et style d’existence » ou comment renouveler la sagesse au XXI e siècle, Canal Académies, 25 mars 2012


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Mon rapport de lecture

Se réaliser

Petite philosophie de l’épanouissement personnel

Michel Lacroix

J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.

D’entrée de jeu, je souligne de choix du titre et du sous-titre : « Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel ». L’auteur avait le choix, écrit-il, et il a rejeté celui en référence au « développement personnel » :

« Se réaliser » est aussi une expression déconcertante. Elle est flanquée d’une foule de synonymes, qui provoquent un véritable encombrement sémantique. J’aurais pu écrire « m’épanouir », « me développer », par référence au développement personnel, ou bien « m’accomplir », en hommage à Nietzsche pour qui « l’homme est quelque chose qui s’accomplit encore ». Mon livre aurait pu s’intituler l’Épanouissement de soi, ou l’Accomplissement de soi, ou le Développement personnel. J’avais à ma disposition des expressions comme « vivre plus », « vivre pleinement », « atteindre la plénitude », « augmenter son être », « travailler au perfectionnement de soi », « être un individu complet », un « homme total », « développer l’humanité que l’on porte en soi », « accroître son humanitude », « mener une vie riche et créative », « donner le meilleur de soi-même », « aller jusqu’au bout de soi »… Il y avait d’autres possibilités encore. Avec les sages de l’Antiquité, je pouvais m’interroger sur la « vie bonne », avec Cicéron apprendre à « cultiver mon âme ». Dans les Nourritures terrestres, André Gide m’enseigne à « assumer le plus possible d’humanité ». Maurice Barrès m’assure qu’« en chacun est un être supérieur qui veut se réaliser ». Karl Marx propose de « réaliser l’essence de l’homme », Sartre d’« exister authentiquement ». Quant au philosophe personnaliste Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit dans les années 1930, il écrit simplement : « être une personne ».

En parcourant ainsi le vocabulaire, on est saisi par une impression de flou. De quoi dissuader un philosophe de se pencher sur une telle question… Mais si déconcertante soit-elle, cette abondance lexicale est, en un certain sens, rassurante. N’est-elle pas la preuve qu’il y a ici un vrai sujet de réflexion ? Si tant de mots ont été forgés, n’est-ce pas parce qu’ils répondent à une aspiration profonde de l’être humain ?

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Introduction, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 9-10.

Toutes ces variables synonymes, soutient l’auteur, « provoquent un véritable encombrement sémantique ». L’auteur donne une seule finalité à son livre, « comprendre », et ce, « dans le seul but de savoir de quoi l’on parle exactement lorsqu’on utilise ces mots » :

Le livre que l’on va lire a une seule finalité : comprendre. Il est écrit par un philosophe depuis toujours passionné par la psychologie, qui a pénétré dans le domaine de l’« épanouissement », du « développement personnel », de la « plénitude », de la « créativité », du « vivre plus », dans le seul but de savoir de quoi l’on parle exactement lorsque l’on utilise ces mots. J’ai essayé de dissiper les brumes qui recouvrent ce domaine et de construire une notion claire et distincte, comme on disait autrefois, de la réalisation de soi. Dans cet univers souvent peu cartésien, je me suis aventuré avec mon esprit cartésien.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Introduction, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 11.

Je préfère et de loin une analyse suivant une approche philosophique lorsqu’il est question d’épanouissement personnel et de développement personnel en place et lieu d’une technique :

Pas de techniques simplistes ici mais un éclairage novateur sur le potentiel humain, la confiance en soi ou la pensée positive tels que les ont imaginés nos plus grands penseurs.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Quatrième de couverture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 11.

Dans le premier chapitre de son œuvre, Transcendance ou autoréalisation, Michel Lacroix prend ses distances de la réalisation de soi par l’approche religieuse : « Il convient tout d’abord de délimiter notre sujet. D’où une première question. La religion relève-t-elle de la réalisation de soi ? Peut-on dire que le croyant  »se réalise » ? »

Il convient donc, au seuil de notre enquête, d’établir une distinction nette entre ce qui relève de l’« épanouissement par la religion » et ce qui relève de la « réalisation de soi ». Dans le verbe « se réaliser », la forme réflexive, qui s’exprime par la particule « se », a une signification précise. Elle indique, d’une part, que mon moi constitue la matière première à partir de laquelle s’opère le travail de réalisation personnelle et, d’autre part, que c’est par moi-même que cette réalisation aura lieu. La réalisation de soi est une création de moi-même par moi-même. Mon moi est à construire et c’est à moi, et moi seul, qu’il appartient de mener à bien cette construction. Entrer dans une démarche de réalisation de soi, c’est se déclarer non soumis à des règles prédéfinies, à des lois dictées de l’extérieur. Je ne suis pas l’exécutant d’un programme théologique. Ma destination n’est pas tracée d’avance. Je ne dispose pas d’un patron préétabli d’après lequel je pourrais tailler l’étoffe de mon moi. Ce n’est pas en me reliant à une transcendance divine que j’atteindrai mon maximum d’humanité. La réalisation de soi est un processus entièrement autonome. Elle est autoréférentielle. Elle constitue une autoréalisation. Dans une pièce de théâtre, Jean-Paul Sartre fait dire à un de ses personnages : « Je n’ai d’autre loi que celle que je me donnerai3. » La démarche de réalisation de soi, ou autoréalisation, s’ouvre par une déclaration semblable : « La seule loi de mon épanouissement sera celle que je me donnerai. »

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3- Les Mouches.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 1 – Transcendance ou autoréalisation, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp 14-15.

Il soutient ensuite que « le philosophe métaphysicien est, à sa manière, un croyant. Il croit en une réalité suprasensible, celles des Essences, des Idées pures. Sa démarche d’épanouissement consiste à rejoindre cette réalité transcendante, à l’assimiler, à se nourrir d’elle. »  Michel Lacroix n’associe donc pas l’épanouissement de soi par transcendance. Il conclut ce premier chapitre en ces mots :

Ni le croyant ni le philosophe métaphysicien ne se situent, à proprement parler, dans une perspective de réalisation de soi. Leur démarche est celle d’un épanouissement par la transcendance. Le but que nous poursuivons dans ce livre est, au contraire, de suivre l’individu dans son effort pour s’autoréaliser, c’est-à-dire pour s’épanouir en dehors des voies prétracées de la transcendance religieuse ou métaphysique. Nous voulons assumer tous les risques inhérents à cette aventure. Car se réaliser, c’est prendre des risques. Le risque de manquer de repères. Le risque de cheminer sans boussole transcendante. De s’enfermer dans son moi. De s’égarer. Le risque de la liberté.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 1 – Transcendance ou autoréalisation, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 17.

Michel La croix nous invite « à développer quelque chose qui est en moi, quelque chose qui requiert d’être libéré et cultivé » et nous oriente rapidement vers le « potentiel » :

Je déclare que la destination de mon être réside non pas dans une extériorité religieuse ou métaphysique, mais en moi-même, dans ma subjectivité. « Me réaliser » consiste non pas à me relier à un Dieu ou à des Essences éternelles qui prescrivent ce que je dois être, mais à développer quelque chose qui est en moi, quelque chose qui requiert d’être libéré et cultivé. De quoi s’agit-il ? Quel est ce bien que je possède et que je dois mettre en valeur ? Quelle est cette richesse intérieure qui fait l’objet de l’autoréalisation ? Ce sont mes virtualités, mes possibilités, mes capacités, mes facultés, mes aptitudes, mes talents, mes dons, mes ressources. Autrement dit : mon « potentiel ».

Alors que l’épanouissement par la transcendance situe la vérité de mon moi dans une transcendance religieuse ou métaphysique, la réalisation de soi la situe dans mon potentiel. C’est mon potentiel qui me définit. Ce sont mes attributs psychologiques, mes propriétés, ma richesse intérieure qui constituent mon être. « Je suis, écrivait le philosophe Heidegger, une promesse de possibilités. » Et Paul Valéry renchérissait : « Ce qui est le plus vrai d’un individu, c’est son possible.1» Pour me réaliser, il va falloir porter mes potentialités à leur complet développement. Je m’épanouirai à la condition de faire fructifier ce capital intérieur, de faire mûrir ces possibilités, d’exploiter ces ressources. Je dois faire croître ce qui est en germe dans mon moi, actualiser ce qui est virtuel. C’est ce qu’indique très bien l’étymologie du verbe « développer », d’où vient le nom familier de « développement personnel », lequel n’est en définitive qu’une autre façon de nommer la réalisation de soi. Le verbe « développer » est issu du latin volvere, qui signifie rouler, enrouler. Développer, c’est donc « dé-volvere », c’est-à-dire défaire le rouleau, dérouler ce qui est enroulé, déployer ce qui est enveloppé. « Me développer moi-même tel que m’a fait la nature, confiait Goethe, fut obscurément, dès mes jeunes années, mon désir et mon dessein2. » Retenons cet aveu du philosophe de Weimar. Il constitue l’article un de la philosophie de la réalisation de soi.

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1- Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, Gallimard, collection « Folio », 1992.
2- Lettre à Werner, citée in René Le Senne, Traité de morale générale, PUF, 1967. Cette phrase est prononcée aussi par Wilhelm Meister dans le roman éponyme de Goethe.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 2 – « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry), Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 19-20.

Est-ce que les potentiels de chacun conduisent tous vers « une manière unique de se développer » ? Michel Lacroix affirme qu’il y a « un vaste éventails de possibilités » parce qu’il y a « une multiplicité d’existences possibles » :

Poursuivons notre exploration du potentiel. Nous découvrons rapidement qu’il se déploie en un vaste éventail de possibilités. Mon intériorité est riche de trésors de toutes sortes et, par conséquent, il n’y a pas une manière unique de me développer, mais une diversité de développements possibles selon que je me concentrerai sur telle ou telle dimension de mon être. J’ai devant moi une multiplicité d’existences possibles. Il y a plusieurs demeures au royaume de la réalisation personnelle.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 2 – « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry), Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 21.

Il donne un exemple d’exploitation de son potentiel par le choix d’une destination d’épanouissement personnel conforme à la philosophie des Lumières.

Je peux, par exemple, conformément à la philosophie des Lumières, décider que ma destination est de me servir de ma raison, autrement dit que j’accéderai à la plénitude de mon statut d’homme en utilisant à plein mes capacités rationnelles, en exerçant mon esprit critique, en augmentant mon savoir, en usant de ma liberté d’examen, bref, en appliquant la devise de Kant : « Ose te servir de ta raison. » Je peux, au contraire, cultiver ma faculté de sentir, apprendre à vibrer, multiplier les occasions de m’émouvoir, auquel cas je prendrai pour guide Jean-Jacques Rousseau, qui écrivait dans les Confessions : « Être, c’est sentir. » Je peux développer les ressources de la passion, me plaçant ainsi dans la filiation des romantiques. Chateaubriand, Lamartine, Musset ont rompu avec une tradition millénaire qui tenait la passion pour une « maladie de l’âme », et ils ont fait d’elle l’expression la plus authentique de la subjectivité. Ils ont été les premiers à briser l’opprobre qui la frappait et à l’ériger en moyen de réalisation de soi, posant ainsi l’équation vie épanouie = vie passionnée.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 2 – « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry), Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 22.

Mais quand le philosophe Michel Lacroix recommande de feuilleter le catalogue du développement personnel « pour connaître toutes les possibilités que recèle mon moi », je décroche, d’autant plus qu’il l’associe à « un courant psychologique ».

Cette première exploration de la notion de potentiel me révèle d’ores et déjà une chose importante. Pour connaître toutes les possibilités que recèle mon moi, je peux me tourner vers le développement personnel, c’est-à-dire le courant psychologique né dans les années 1960 sous l’égide d’Abraham Maslow et de Carl Rogers, courant qui, de façon révélatrice, s’appelait aussi « Mouvement du potentiel humain ». Le développement personnel est actuellement le principal représentant de la philosophie de la réalisation de soi. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 2 – « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry), Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 24.

J’en ai une fois de plus confirmation (comme s’il m’en fallait une de plus), le développement personne s’inscrit dans un courant psychologique. Me voici une fois de plus dans l’obligation de citer le livre de William Kirk KILPATRICK (1940-    ), La séduction psychologique – L’échec de la psychologie moderne publié en 1983.


william-kirk-kilpatrick-seduction-psychologique« L’ÉCHEC DE LA FOI PSYCHOLOGIQUE

Quelque bien intentionné et agréable qu’il soit, il n’est pas évident que l’« establishment » sache aider. Partout il existe de sombres signes que cette foi n’est pas efficace. En dépit de la création d’une armée virtuelle de psychiatres, psychologues, psychométriciens, conseillers et éducateurs sociaux, il n’y a eu aucune diminution du taux de maladies mentales, suicides, alcoolisme, toxicomanie, enfants maltraités, divorces, meurtres et voies de fait de toutes sortes. Contrairement à ce qu’on pourrait espérer dans une société analysée si soigneusement et assistée par tant d’experts de la santé mentale, il y a eu un accroissement dans tous ces domaines. Il semble parfois exister un rapport direct entre le nombre grandissant de ceux qui aident et le nombre grandissant de ceux qui ont besoin d’aide. Plus nous avons de psychologues, plus nous récoltons de maladies mentales; plus nous avons d’éducateurs sociaux et de délégués à la liberté surveillée, plus la criminalité s’accroît; plus nous avons d’enseignants et plus l’ignorance grandit.

Il nous faut nous interroger devant tout cela. En clair, cela est suspect. Nous sommes contraints de concevoir la possibilité que la psychologie et les professions qui gravitent autour d’elle proposent des solutions aux problèmes qu’elles ont elles-mêmes contribué à faire naître. Ainsi, nous voyons des psychologues élever chez les gens l’espoir de bonheur ici-bas à un niveau démesuré, pour ensuite dispenser leurs conseils sur la crise qui survient vers la mi-vie et à la mort. Nous voyons des psychologues faire de l’attention portée à soi-même une vertu, pour ensuite s’étonner du nombre croissant de narcissiques. Nous voyons des psychologues alléguer devant les tribunaux que les mauvais garçons et même les mauvais adultes n’existent pas, pour ensuite formuler des théories afin d’expliquer l’augmentation de la criminalité. Nous voyons des psychologues mettre à rude épreuve les liens de la vie familiale, pour ensuite mener une thérapie dans les foyers brisés.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions. Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »18

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. »19

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu »20 ».

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Référence : ANDRESKI, Stanislas, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.

Source : KILPATRICK (Kirk), William, La séduction psychologique – L’échec de la psychologie moderne, Centre Biblique Européen, 288 pages, 1985. Traduction de l’original anglais « Psychological Seduction: The Failure of Modern Psychology » , William Kirk Kilpatrick, THOMAS NELSON PUBLISHERS Nashville, Tenn, USA Copyright © 1983 by William Kirk Kilpatrick.


C’est clair ! La psychologie associée au développement personnel ne m’apparaît pas comme souhaitable puisque l’un et l’autre n’ont pas la crédibilité utile à leur mission. À lire aussi dans notre dossier : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018.


Heureusement, en bon philosophe, Michel Lacroix ne se limite pas au catalogue du développement personnel :

Mais je peux aussi puiser dans l’héritage des philosophes et des écrivains qui, depuis deux siècles, ont réfléchi au problème de l’existence. De Hegel à Bergson, de Kierkegaard à Emmanuel Mounier, de Marx à Heidegger, les philosophes n’ont pas cessé de s’interroger sur la réalisation de soi. Il serait dommage d’entamer une démarche de réalisation de soi sans utiliser leur apport. De son côté, la littérature a fait du développement de l’individu un de ses thèmes privilégiés. L’égotisme prôné par Stendhal, le culte du moi célébré par Maurice Barrès, la quête hédoniste de Gide dans les Nourritures terrestres, le message de Goethe dans Wilhelm Meister, la découverte de soi par la mémoire dans la Recherche du temps perdu sont autant de réponses à la question capitale de l’être humain : comment vivre pleinement ? Oui, décidément, j’ai tout intérêt à profiter de la richesse qui est contenue dans les œuvres de ces grands auteurs. La culture qu’ils ont édifiée est une mine inépuisable. Elle est le résumé chatoyant des possibilités humaines. Elle constitue un véritable thésaurus de la réalisation de soi.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 2 – « Le plus vrai d’un individu, c’est son possible » (Paul Valéry), Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 24.

Dans le troisième chapitre de son livre, Du Ciel sur la Terre, le philosophe Michel Lacroix souligne que la réalisation de soi est une idée fondamentalement moderne apparue au XVIIIè siècle.

Entre le stoïcien qui cherche à se fondre dans l’ordre divin du cosmos, le platonicien qui se nourrit des Idées et le chrétien qui prend modèle sur la vie de Jésus, il n’y avait, en définitive, pas de différences. Jusqu’au XVIIIè siècle, le idées de Dieu, de salut, d’ordre cosmique, d’essence métaphysique de l’homme constituèrent l’horizon indépassable de la réalisation de soi. En dehors d’elles, il n’y avait pas d’épanouissement possible.

La réalisation de soi est une idée fondamentalement moderne. Elle est apparue au XVIIIè siècle. Elle coïncide avec la naissance de l’individualisme. Elle traduit la volonté de l’homme moderne de s’affranchir de tout modèle transcendant et de penser son épanouissement à partir de la seule idée du potentiel humain. Elle reflète l’état d’esprit de l’individu qui, à partir du tournant du XVIIIè siècle, ont décidé d’être les souverains de leur subjectivité, les seuls et uniques législateur de leur intimité. Le philosophe Matin Heidegger a parfaitement résumé le changement intervenu à cette époque : « Le propre de l’humanité moderne, écrit-il dans son ouvrage sur Nietzsche, est de vouloir le développement autonome de toutes ses facultés1.

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1 Martin Heidegger, Nietzsche, tome II, Gallimard, 1972.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 3 – Du Ciel sur la Terre, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 28.

Michel Lacroix ne relève pas une disparition de la réalisation de soi par transcendance (religion et métaphysique) mais plutôt un nouveau choix, intérieur plutôt qu’extérieur. Nous avons donc le choix entre l’extra-détermination à l’intra-détermination.

Ainsi, nous entrons dans la philosophie de l’existence.

(…) La philosophie de l’existence considère que, comme l’écrit Sarte, « l’homme se fait lui-même à partir de son propre projet », c’est-à-dire par intro-détermination et non en vertu d’une extra-détermination. À l’âge de l’auto-réalisation (âge dans lequel on est entré à la fin du XVIIIè siècle), le psychologue, le spécialiste du développement personnel et le philosophe de l’existence se posent en concurrents du théologien et du métaphysicien en tant que maître de vie. Ce sont eux, désormais, qui fixent les normes de la vie bonne.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 3 – Du Ciel sur la Terre, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 27.

Bref, « Ma destination n’est pas en dehors de moi mais en moi », là où se trouve mon potentiel.

Dans l’autoréalisation, au contraire, je me définis par les attributs, les propriétés, les dons, les talents, les aptitudes, les besoins, les aspiration que recèle mon moi. Mon horizon d’épanouissement est formé par mon potentiel, c’est-à-dire ma raison, ma sensibilité, ma mémoire, mon énergie vitale, ma volonté, ma puissance physique, mon imagination, ma créativité, mes passions, mes émotions, mes rêves, mes désirs. Je n’ai plus besoin de sortir de moi pour me trouver. La vérité anthropologique que je poursuis est immanente à moi-même. Ma destination n’est pas en dehors de moi mais en moi. Ma tâche consiste à cultiver les propriétés de mon être intime. J’accéderai à la plénitude de mon humanité en les portant à leur degré maximal de développement.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 3 – Du Ciel sur la Terre, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 25-26.

Dans sa liste des composantes du potentiel humain, le philosophe Michel Lacroix place en premier lieu la « raison ». Or, comme nous de constatons de nos jours, l’individu qui prend l’habitude de « se donner raison » pour alimenter sa « confiance en soi » bloque souvent tout le reste de mon potentiel. Il est en lutte avec le doute.

La réalisation de soi est la mise en valeur de mon potentiel. Telle est la définition à laquelle nous sommes parvenus. Dès lors, tout paraît aller de soi. J’ai en moi une richesse et je n’ai plus qu’à l’exploiter. Je vais utiliser au mieux mes potentialités afin de « donner le meilleur de moi-même », de « vivre plus », d’« augmenter mon être ».

En réalité, les choses ne sont pas si simple. Le chemin dans lequel je m’engage est hérissé de difficultés. La première difficulté qui surgit tient à l’incertitude qui pèse sur ma démarche. Car ce trésor intérieur que je veux faire fructifier, je ne suis pas sûr, après tout, qu’il existe. Ce potentiel n’est peut-être qu’une chimère. Qui sait si je ne me raconte pas des histoires ?

Il en va, à cet égard, de l’autoréalisation comme de l’épanouissement par transcendance. Ces deux options présente une similitude car, dans les deux cas, l’individu est confronté au doute.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 4 – La pensée positive, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 31.

Selon le philosophe Michel Lacroix, l’individu sortira vainqueur de cette confrontation au doute grâce à la « pensée positive » :

Installer en soi la croyance dans son potentiel est, très précisément, l’objet de ce que l’on appelle la pensée positive. À cet égard, les coachs, les conseiller en développement personnel, les animateurs de stages ont tout a fait raison de lui accorder une place stratégique dans les démarches qu’ils proposent à leurs clients. Il est indispensable, en effet, de commencer par là. Penser de façon positive est la condition préalable à la réalisation de soi.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 4 – La pensée positive, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 33.

Pour lutter contre le doute de son potentiel, il faut y croire et on y parviendra avec la pensée positive. JE NE SUIS PAS D’ACCORD ! Jamais je recommanderai à une personne de surmonter une difficulté, un doute, par la pensée positive. Le potentiel n’est pas avant tout une affaire de croyance mais de dévoilement empirique, d’expérience, et de reconnaissance. Le doute, c’est la faille par laquelle la lumière entre dans la caverne de Platon. Si un individu est malade de pensée négative, le remède est certainement pas la pensée positive. Si je me déprécie au point de renier mon potentiel, je dois douter, douter du doute. Suis-je raisonnable ? Puis-je me raisonner ? Je me dois d’exploiter ma raison et ce faisant d’exploiter la première composante de mon potentiel.

Pourquoi je n’aurai pas de potentiel et que les autres en auraient ? Pourquoi je n’aurai pas les moyens de l’exploiter que les autres en auraient ? Le potentiel n’existe pas parce qu’on y croit positivement. L’expérience le prouve, tous les êtres humains ont du potentiel. Si j’en doute, il me faut le prouver sur le plan universel et non plus individuel. Le potentiel est dans l’être de l’Homme, dans tous les êtres humains. Que j’y crois ou non, mon être possède un potentiel. Le doute s’inscrit dans ce potentiel. Douter de soi revèle son potentiel.

Je dois tirer le bénéfice du doute : la certitude. Non pas une certitude définitive mais toute certitude n’est valide que jusqu’à ce que nous ayons raison d’en douter, généralement par acquis d’expérience. Ainsi, à l’instar de la connaissance scientifique qui s’érige sur la destruction du déjà-su, ma certitude en mon potentiel sera remise en cause par une certitude encore plus valide, de par mon expérience.

Nier en bloc tout son potentiel sans avoir fait l’expérience des possibilités, sans avoir essayer tel ou tel aspect, pose un grave problème que la pensée positive ne peut pas corriger. La condition préalable à la réalisation de soi, c’est d’en penser l’expérimentation et ainsi la préparer, c’est-à-dire ÊTRE dans l’Action. Peu m’importe de croire en tel ou tel potentiel, je vais le prouver ou non que dans l’action de expérimentation. Certes, je peux hésiter mais mon devoir est d’agir.

(…) Là où le savoir s’arrête, il faut que la croyance prenne le relais. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 4 – La pensée positive, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 33.

Il n’est pas obligé « que la croyance prenne le relais ». Je peux fort bien me limiter au savoir.

Tel est, présenté succinctement, le développement du travail sur soi appelé « pensée positive ». Il attire notre attention sur un fait essentiel que nous ne devons jamais perdre de vue : l’autoréalisation est d’abord une autopersuasion.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 4 – La pensée positive, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 35.

Si, par malheur, le fondement de l’autoréalisation est une autopersuasion, c’est-à-dire une croyance, tout risque de s’effondrer au moindre doute, au moindre défaut de confiance en soi. Il ne s’agit donc pas de s’autopersuader mais plutôt de reconnaître en sa conscience son potentiel humain. C’est là une pensée rationnelle et non pas émotive. Le potentiel vient avec l’Être. On pourrait dire : « Je suis donc j’ai du potentiel ». Les pensées autodépréciatives, du type « Je ne vaux rien » ou « Je suis bon à rien », ne peuvent être éliminées par des pensées positives car elles s’équivalent en nature et en force. Ce sont des pensées relevant d’une croyance et, j’insiste, les croyances n’ont pas besoin de preuve. Il est question ici de sentiments inutiles à la réalisation de soi contrairement à la rationalité.

Au chapitre 5, Se réaliser, au risque de l’immoralité ?, le philosophe Michel Lacroix souligne que « c’est peut-être avec Nietzsche que l’exigence d’épanouissement apparut le plus nettement dans la lumière crue de l’immoralisme ». Parlant de la volonté de puissance introduite par Nietzsche, monsieur Lacroix ajoute :

(…) S’épanouir, à ses yeux, consistait à libérer cette volonté de puissance, à lui donner un exutoire, à permettre son expansion. Pour cela, il fallait briser le carcan des préjugés moraux. Il fallait se débarrasser des valeurs morales qui étouffent la volonté de puissance : l’humilité, l’entraide, la compassion, l’égalité, la protection des faibles. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 5 – Se réaliser, au risque de l’immoralité ?, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 38.

Bref, pour Nietzsche, c’est chacun pour soi. Au diable les valeurs morales qui nous relient aux autres dans « l’humilité, l’entraide, la compassion, l’égalité, la protection des faibles ». Et que dire du regain du développement personnel dans les années 1960 ?

Il y a un autre fait troublant. Dans les années 1960, la réalisation de soi a connu un regain sous l’influence du « développement personnel » fondé par les psychologues Carl Rogers et Abraham Maslow. Or, ce regain à coïncidé avec le relâchement des normes morales au sein de la société. Il s’est accompagné d’un déclin des valeurs. On ne peut plus nier cette concomitance. La promotion du « souci de soi » à partir des années 1960 est allée de pair avec une généralisation du « chacun pour soi ». N’y aurait-il pas entre ces deux phénomènes une relation de cause à effet ? Ce qu’on donne à la réalisation personnelle, ne le retire-t-on pas, comme par un jeu de vase communicants, au souci d’autrui ? Peut-on servir deux maîtres ?

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 5 – Se réaliser, au risque de l’immoralité ?, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 39.

À mon humble avis, se réaliser soi-même implique nécessairement des valeurs morales fortes, sans quoi l’épanouissement personnel ne se déploiera pas sainement.

Le message de Goethe reste très actuel. Il nous concerne tous, femmes et homme du XXIè siècle. Car une certaine démagogie s’est répandue dans le développement personnel. Les formateurs, les conseillers, les coachs font entendre un slogan séduisant et flatteur qui résonne inlassablement dans les stages et dans les manuels. Ils répètent à leurs client : « Explorer toutes vos possibilités. » Vraiment toutes ? Est-ce bien raisonnable ? Goethe émet un avis contraire : il faut, nous dit-il en substance, accepter de n’exploiter qu’une partie de nos ressources. Il faut consentir à laisser dans les limbes du virtuel certaines de nos potentialités.

Mais, objectera-t-on, si l’empêche certains de mes possibles d’accéder à l’existence. est-ce que je ne me condamne pas à un « déficit d’être » ? Me limiter, n’est-ce pas me diminuer ? Puis-je parler de « plénitude de vie », d’ «accomplissement », d’ « épanouissement intégral », d’ « augmentation de mon être » si, possesseur d’un riche potentiel, j’en laisse en friche une partie ? N’est-ce pas contradictoire avec le projet gidien d’ «assumer le plus possible d’humanité » ?

La sagesse de Wilhelm Meister est de montrer que, en fait, il y a plus de richesse dans la spécialisation que dans la polyvalence. Ce qu’on perd en extension, on le regagne en profondeur. Par une sorte de paradoxe, c’est quand elle consent à la finitude que notre âme s’élargit. La philosophie de l’autoréalisation fait un pied de nez à l’arithmétique. L’arithmétique enseigne que, pour « avoir plus », il faut faire une opération d’ «addition ». La philosophie de la réalisation déclare au contraire que, pour vivre à un degré supérieur, il faut opérer une retranchement. Pour s’enrichir, il faut… s’appauvrir. Pour être plus, ce n’est pas une addition qu’il faut faire, mais… une soustraction.

Fait révélateur, toutes les philosophies de l’existence ont reconnu le rôle clé de l’acte de choix. Elles en ont fait la cheville ouvrière de la construction de la personnalité.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 7 – Le baptême du choix, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 54-55.

En recherche marketing, l’expert demandera à son client :  « Votre produit vise quelle clientèle ? » La réponse habituelle du manufacturier : « Mon produit, c’est pour tout le monde ». Le manufacturier s’est convaincu que son produit a le potentiel de motiver TOUT LE MONDE à l’achat. Or, l’expert le sait, « en marketing,  »tout le monde », c’est personne ». Il a donc l’obligation d’informer son client de la Loi de la convergence.

“Voici le principe de convergence : c’est en rétrécissant la cible que l’on s’insinue dans les esprits. Lorsqu’elle se réduit à un seul mot ou à un seul concept, tels les rayons lumineux convergeant en un point à travers la loupe, toute l’énergie du message se trouve concentrée en ce point ? et il passe! ”.

Al Ries et Jack Trout, Les 22 lois du marketing, p. 44.

L’exercice est parfois difficile pour le manufacturier. Il vise « tout le monde » et le voilà forcé de « réduire sa cible ». Rare sont les manufacturiers qui dispose des ressources pour rejoindre « tout le monde ». Il faut d’abord concentrer les ressources sur une seule cible, à la manière d’une loupe qui converge les rayons du soleil en leur point le plus petit pour en tirer le maximum de chaleur (et allumer un feu). L’argument des ressources du manufacturier aide à comprendre l’importance d’ajuster sa cible aux ressources dont il dispose pour la mise en marché.

La Loi de la convergence s’applique aussi dans le cas de la réalisation personnelle. Il faut savoir choisir en raison des ressources à sa disposition et, ce choix implique une spécialisation donnée, une partie de son potentiel devient ainsi plus prometteuse que les autres.

Dans le chapitre 8, De la vita contemplativa à la vita activa (De la vie contemplative à la vie active), le philosophe Michel Lacroix écrit : « (…) Pour (Emmanuel) Mounier, ce n’est pas en se plongeant dans la vie intérieure, en s’aventurant dans on ne sait quelle expérience mystique qu’on accède au statut de “personne”, mais en tendant au maximum le ressort de l’action : “La personne prend conscience d’elle-même non pas dans une extase, affirme-t-il, mais dans une lutte de force.” »

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 8 – De la vita contemplativa à la vita activa, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p.67.

Autre domaine où la promotion de la vita activa s’est manifestée de façon spectaculaire : la philosophie. De Kant à Bergson, de Hegel à Emmanuel Moutier, on discerne nettement la courbe d’une évolution qui aboutit à place l’action au sommet de la philosophie de l’existence. L’une des idées les plus fréquemment admises dans la philosophie moderne est que l’existence se définit, avant tout, par l’action. Au « je pense donc je suis » formulé jadis par Descartes dans Le Discours de la méthode s’est substitué un « j’agis donc je suis ».

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 8 – De la vita contemplativa à la vita activa, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p.66.

Mais attention ! Il faut tout de même RÉFLÉCHIR AVANT D’AGIR ! Accéder au statut de « personne » implique de se connaître, de comprendre notre personnalité, ses forces et ses faiblesses. Et puisque l’action n’est jamais solitaire, il y a nécessité de maîtriser son style  interpersonnel et d’identifier celui des autres. Le style interpersonnel inclut des besoins auxquels il faut savoir répondre pour entretenir un lien respectueux de la personnalité de ses interlocuteurs.


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Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

Tiré du document Connaissance de soi, diffusé dans le cadre du cours Tirez votre épingle du jeu pour la création ou l’expansion de votre entreprise offert par le Centre de création et d’expansion d’entreprise du Collège d’enseignement général et professionnel de Limoilou, Québec, Québec, Canada, juin 1992. Site web de Larry Wilson - Wilson Learning Worldwide Inc. : https://global.wilsonlearning.com/
Tiré du document Connaissance de soi, diffusé dans le cadre du cours Tirez votre épingle du jeu pour la création ou l’expansion de votre entreprise offert par le Centre de création et d’expansion d’entreprise du Collège d’enseignement général et professionnel de Limoilou, Québec, Québec, Canada, juin 1992. Site web de Larry Wilson – Wilson Learning Worldwide Inc. : https://global.wilsonlearning.com/

Certes, il existe des tests de personnalité à toutes les sauces et de tout acabit mais souvent d’une fiabilité restreinte. Je retiens celui de Larry Wilson basé sur une étude auprès de plus de 400,000 personnes réalisée par Roger H. Reid et David W. Merril (Personal styles & Effective performance, Chilton Book Company, 1981). Je l’ai expérimenté avec succès dans mes relations interpersonnelles et son efficacité a dépassé toutes mes attentes. Vous trouverez de plus amples informations à la lecture de mon article « Les styles interpersonnels selon Larry Wilson ».


Dans Chapitre 9, « Se réaliser, c’est agir », le philosophe Michel Lacroix revient sur la « vie active » plutôt que contemplative et constate « que l’action est un élément nécessaire » de l’autoréalisation.

Plaçons-nous d’abord au début du processus. Qu’est-ce qui, au point de départ, motive une démarche de réalisation de soi ? Qu’est-ce qui la déclenche ? C’est, la plupart du temps, le sentiment d’insatisfaction que l’on éprouve. Si j’exprime l’intention de me réaliser, c’est que je ressens une insatisfaction. Je ne suis pas tout à fait content de ce que je suis. Je ne m’enferme pas, de façon tautologique et complaisante, dans l’affirmation « je suis ce que je suis » ou « moi = moi ». J’élève, au contraire, une protestation contre moi-même. Je me projette en avant vers un devoir-être. Je me perçois comme ayant à développer mon potentiel, à mettre-en-oeuvre-mes-virtualités, à réveiller-les-puissances-endormies-en moi. Comme l’écrit Heidegger, j’existe sur le mode de l’ «avoir à être ». Je refuse de n’être que ce que je suis. Je suis ce que je ne suis pas et suis pas ce que je suis. Entrer dans une démarche d’autoréalisation, c’est donc, en premier lieu, traverse l’épreuve de la négativité, de l’antagonisme par rapport à soi-même. L’autoréalisation prend sa source dans cette autonégation, dans cette contradiction avec soi-même. Or, cette autonégation constitue, d’une certaine façon, une action. Une action embryonnaire, intériorisé, internalisée, mais une action quand même.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 9 – Se réaliser, c’est agir, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 71-72.

Dans mon cas, un sentiment d’insatisfaction ne fut pas à l’origine de mon autoréalisation. Ce fut plutôt un besoin irrépressible de création dans la communication, à commencer par la poésie, les nombreux projets scolaires et le journalisme. Adolescent, je ne me sentais pas redevable à une quelconque insatisfaction. Certes, j’étais déçu de constater que le monde dans lequel j’allais vivre n’était pas comme celui qu’on m’avait annoncé dans mon enfance ou encore celui que j’avais imaginé suivant une logique naïve, mais je n’ai pas été animé par un sentiment d’insatisfaction. Et je ne me suis pas laisser diriger par cette déception au point de me déprécier, d’être insatisfait de ma vie, de vouloir la changer… Il me semblait être dans l’action depuis toujours et même dans ma solitude que je chérissais tant. En réalité, j’étais dans l’action sans le savoir, sans m’y arrêté. Je constatais un problème ou un manque et cela me motivais à l’action. Bref, je ne suis passé par une étape d’autonégation.

Je comprend les gens qui prennent conscience à un moment donné qu’ils sont insatisfaits de leur vie. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour tomber dans l’autonégation. Il y aura toujours ce que je contrôle et ce que je ne contrôle pas, ce dont j’ai conscience et ce dont je n’ai pas conscience, ce que j’ai compris et ce que je n’ai pas compris. “Ne pas être là où je voulais me rendre” ou “Être là où je ne voulais pas rendre” n’impose à personne une autonégation de soi. À elle seule la prise de conscience de la situation est source de valorisation, non pas dévalorisation.

Le philosophe Michel Lacroix met en garde le lecteur face à « La tentation activiste » (Chapitre 10) ou l’hyperactivité :

L’action est indispensable à l’autoréalisation. Elle ne saurait être retranchée sans que celle-ci soit remise en cause. Ce point est maintenant acquis. Mais ici, deux dangers vont surgir. Deux tentations, directement liées à l’action, guettent l’individu sur le chemin de sa réalisation personnelle.

La première tentation est de l’hyperactivité. L’action peut exacerber, devenir une obsession, dégénérer en addiction. Dans mon impatience à me réaliser, je me précipite vers l’avenir. Je suis tendu vers le futur dans une sorte de survoltage. Incapable de m’attarder, de « me poser », je passe à côté du présent sans pouvoir en goûter la saveur. Je deviens indisponible à l’ici et maintenant. Comme Raphaël dans La Peau de chagrin, je ne songe qu’à « vivre avec excès ». Ma réalisation personne n’est plus qu’une haletante course aux obstacles, une hasardeuse compétition.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 10 – La tentation activiste, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 77.

Il explique ensuite que « Le fantasme de la grandeur et de la supériorité » (Chapitre 11) nous guette :

Une deuxième tentation guette l’individu sur le chemin de la réalisation personnelle : la tentation de grandeur. Elle se traduit par une injonction obsédante, que l’individu s’adresse à lui-même : « Pour me réaliser, je dois faire de grandes choses… Pour avoir une vertu épanouissante, il faut que mon action soit spectaculaire, glorieuse, éclatante… ».

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 11 – Le fantasme de la grandeur et de la supériorité, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 81.

Au Chapitre 12, le philosophe Michel Lacroix pose une question surprenante en titre, « Y a-t-il un désir spécifique de la réalisation de soi ? », et il se réfère à Abraham Maslow pour y répondre :

Maslow insistait également sur le point suivant : le besoin de réalisation personnelle est, à l’instar des besoins psychologiques de base, un besoin inné. Il est constitutif de la nature humaine. De même que nous sommes programmés pour ressentir le besoin de tendresse, d’amitié, d’écoute, d’estime, d’appartenance, de sécurité, c’est-à-dire les besoins psychologiques, nous sommes programmés pour la réalisation de soi. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 12 – Y a-t-il un désir spécifique de la réalisation de soi ?, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 93.


(…) Pour Maslow, la capacité de réalisation personnelle est présente en chacun. Elle est inscrite dans la nature de l’être humain. Comme la raison chez Descartes, elle est « la chose du monde la mieux partagée ». Tout le monde peut mener une vie créative. Tout le monde a un désir de progrès, une propension au dépassement, une aspiration au plus-être. Ce postulat universalisme, qui est au cœur de la théorie de Maslow, est resté l’un des traits distinctifs du mouvement du développement personnel.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 13 – Réalisation de sou ou sublimation ? Le développement personnel face à la psychanalyse, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 100.

La réalisation personnelle est-elle vraiment « Innée », « Inscrite dans la nature de l’être humain » ? Est-ce que « Tout le monde a un désir de progrès, une propension au dépassement, une aspiration au plus-être » ? Ces affirmations demeurent une théorie, une idée. Abraham Maslow va beaucoup trop loin à mon humble avis. Sa théorie est un jugement :

En second lieu, expliquait Maslow, il y a les personnes qui, par une espèce d’autocensure, se défendent contre leur propre désir de réalisation de soi. Elles se laissent gagner par la paresse, la léthargie, le contentement de soi, la résignation. Elles ont peur de croître, peur d’affronter la nouveauté, peur de s’élever. Elles exercent une sorte de répression sur leur autoréalisation. Maslow n’hésitait pas à faire usage, à leur propos, du concept de « résistance ». (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 12 – Y a-t-il un désir spécifique de la réalisation de soi ?, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 94.

Pour s’autocensurer, il faut d’abord connaître et admettre ce que l’on censure. Ici, il nous faudrait faire appel à un déni de son potentiel, à un déni du désir de connaître.

Cette théorie de Maslow ne peut pas être appréciée en dehors du contexte des années 1960 alors que celui ou celle qui ne suit pas le mouvement du développement personnel, ne s’y éveille pas, est relégué au sous-sol de l’édifice de la réalisation de soi et jugé comme résistant à lui-même. Or, en cette période de changement radicale des mœurs, il est normal de le constater, qu’elle met en cause les valeurs reconnues comme universelles jusque-là. Bref, il y a une résistance naturelle, innée, face au changement comme en toutes les autres périodes historiques où s’opère une rupture. Celui ou celle qui actionne le frein de sécurité n’est pas pour autant une personne qui refoule son désir de réalisation de soi. Et elle n’est pas obligatoirement « gagner par la paresse, la léthargie, le contentement de soi, la résignation ». Le sécurité s’accorde alors avec la Sagesse.

Le philosophe Michel Lacroix souligne ensuite l’apport d’autrui dans la réalisation de soi. : « La réalisation de soi nécessite la relation à autrui ». Il pose la question à savoir quels « nutriments psychologiques » m’apportent mes semblables.

Le premier de ces nutriments est l’amour. Il faudrait un livre entier pour analyser ses multiples formes. Je me bornerai à en mentionner deux. D’abord, l’amour qui s’empare de nous lorsque nous « tombons amoureux ». C’est un fait d’expérience que l’éclosion du sentiment amoureux s’accompagne d’une sensation d’épanouissement. Quand nous commençons à aimer un être et que nous découvrons que nous sommes aimés de lui, notre expérience est, pour ainsi dire, portée à un diapason supérieur. Nous ressentons une intensité de vie plus grande. l’euphorie amoureuse balaie, comme par enchantement, ce qu’il y a de négatif en nous. Une éclosion de notre moi se produit. L’expérience amoureuse est la plus parfaite illustration de la pensée exprimée par Hegel dans La Phénoménologie de l’esprit, selon laquelle l’être humain accède à la conscience de soi dans « le rapport des consciences ». Sous le regard aimant de l’autre, je déchiffre mon identité. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 14 – La vertu transformatrice de l’amour, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 105.

Le philosophe Michel Lacroix propose aussi l’amour fraternel : « L’amour que l’on porte à son prochain, l’amour fraternel, est de nature différente, mais il a lui aussi une puissance transformatrice ». À la suite de l’amour, vient le deuxième nutriment : « la confiance d’autrui ».

J’ai besoin d’un deuxième nutriment psychologique pour me réaliser : la confiance d’autrui. (…) Mais les plus savantes méthodes de gestion mentale, les plus sophistiquées des techniques d’autosuggestion sont impuissantes à maintenir durablement la confiance en soi. Celle-ci requiert autre chose. J’ai besoin d’un environnement humain favorable. Je ne peux avoir confiance en moi que si l’on me fait confiance. Je ne croirai en moi que si, en face de moi, se tient quelqu’un qui croit en moi. la vision positive que j’ai de moi n’est, en définitive, que l’ombre portée de la vision que les autres ont de moi.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 15 – La confiance d’autrui, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 107.

Ai-je commis au cours de mon adolescence un grave erreur en ne me souciant de savoir si j’étais aimé ou non par les autres étudiants de mon collège alors que j’investissais toutes mes énergies dans la réalisation de différents projet ?

Ce fut un choc d’apprendre que parmi ces étudiants non seulement certains ne m’aimaient pas mais aussi que l’un d’eux a souhaité ouvertement ma mort (plutôt que celle d’un ami étudiant) en ma présence.

J’étais occupé, très occupé, je n’avais pas le temps pour réfléchir à l’idée d’être aimé par mes pairs. Je conserve un mauvais souvenir de cette situation.

J’étais déjà un solitaire endurci, autonome, audacieux et débrouillard. Je refusais le travail en équipe. J’ai poursuivi la réalisation de mes nombreux projets scolaires tout en posant un premier pied dans le monde des médias de ma région.

Je dois aussi avouer que je ne réalisais pas mes projets dans le but d’être aimé mais plus simplement pour explorer mon potentiel. Ce fut une période grisante et passionnante.

J’étais, je l’ai appris plus tard, un fonceur pur (voir la grille des Styles interpersonnels de Larry Wilson ci-dessus). Le fonceur fonce et est orienté vers la Tâche plutôt que la Personne. J’avais une confiance aveugle en moi et je ressentais inconsciemment la confiance envers moi dans l’acceptation de mes projets par les autorités scolaires et les dirigeants des médias locaux. « Inconsciemment » parce que je me réjouissais avant tout de l’acceptation de mes projets que de la confiance que l’on me manifestait en acceptant mes projets. À cette époque, je pensais qu’il n’y avait qu’un seul style interpersonnel, celui du Fonceur. Tout changera au cours des années 1990 au début de la trentaine mais c’est une autre histoire.

Dans le chapitre suivant, e philosophe Michel Lacroix introduit le troisième nutriment nécessaire à la réalisation de soi : l’autorité.

Au cours des années 1960 et 1970, les psychologues et les philosophes qui s’intéressaient au développement personnel étaient très sensibles à cet argument en forme de syllogisme. Ils s’accordaient sur l’idée, hérité de la tradition anarchiste, selon laquelle, pour permette l’épanouissement des individus, il fallait détruire toutes les formes d’autorité, celle de l’État, de la justice, de l’armée, de la police, de la loi, de la famille, des professeurs, des règles morales, des interdits sexuels.

Caractéristique à cet égard était la pensée de Carl Rogers, l’un des pères fondateurs du « développement personnel ». Rogers plaçait au centre de sa doctrine une notion à laquelle son nom est resté, depuis lors, attaché : la « non-directivité ». Pour Rogers, la réalisation de soi requérait un climat totalement non directif. Développement personnel et non-directivité étaient indissociables. (…) Autrui m’aide à prendre conscience de moi-même, à me révéler à moi-même, à découvrir le potentiel que je possède. Mais il doit se garder de parasiter le processus de mon autoréalisation en déversant sur moi des conseils, des jugements, des critiques, des directives. Rogers exprimait cette exigence en disant qu’autrui doit avoir une attitude d’ «acceptation inconditionnelle » (encore une notion forgée par lui…).

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 16 – L’autorité qui entraîne, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 111-112.

En soi, cette non-directivité est elle-même une directive. Sans conseils, sans jugements, sans critiques, sans directives, on peut parler d’un chemin à parcourir à l’aveugle. » Or, conseils, jugements, critiques et directives sont souvent énoncé par amour d’autrui et non pas par un désir de restreindre la liberté de l’autre et encore moins par une expression d’autorité sur autrui. Est-ce que si autrui, avançant à l’aveugle, au abord d’une falaise où il peut tomber et se blesser sérieusement, je lui doit une « acceptation inconditionnelles » ? Dans l’Amour, il n’y a jamais d’acceptation inconditionnelle mais plutôt une acceptation éclairée.

Mais l’autorité ne se réduit pas au pouvoir d’interdire et de réprimer. Celui-ci n’est, en définitive, qu’un aspect mineur. Le détenteur de l’autorité n’est pas seulement quelqu’un qui interdit et qui réprime. Il est aussi, et surtout, quelqu’un qui « autorise ». L’erreur des années 1960 et 1970 a été de méconnaître cet aspect fondamental. À côté de l’autorité qui s’oppose, il y a l’autorité qui permet, qui encourage, qui pousse vers l’avant. La première exerce une fonction d’empêchement, la seconde une fonction d’entraînement. Le chef n’est pas celui qui dit : « ne fais pas », mais celui qui dit : « fais ». Un chef d’entreprise, un chef de service, un professeur, un leader politique n’ont pas pour rôle de déclarer : « Je vous interdis de », mais « Je vous incite à … ». Ils lancent des projets, ils accompagnent leur exécution. Il facilite l’action, la stimulent, la dynamisent.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 16 – L’autorité qui entraîne, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 113-114.

J’ai rencontré un grand nombre de personnes en autorité au cours de ma vie et très peu d’entre elles s’évertuèrent à m’interdire de faire ceci ou cela. La très grande majorité de ces personnes en autorité facilitèrent mon autoréalisation. Je me soumettais volontiers à leur autorité considérant la supériorité de leur expérience. Mon attitude laissait transparaître ma disposition à leurs conseils, leurs critiques et leurs jugements. Comme je le répétais sans cesse : « Si vous avez une meilleure idée que la mienne ne tardez pas à me la transmette car je n’ai pas de temps à perdre ».

Le quatrième nutriment psychologique de la réalisation de soi est exposé dans le titre du chapitre 17 : « La puissance des modèles ». Le philosophe Michel Lacroix écrit : « J’ai besoin d’exemple à imiter. Ma réalisation personnelle se nourrit d’exemplarité ».

Sur ce point, nous sommes amenés de nouveau à prendre le contre-pied de la conception de l’épanouissement qui prévalait dans les années 1960 et 1970. Les psychologue et les philosophes qui s’intéressaient alors au problème de l’épanouissement ne voulaient pas entendre parler de modèle. Le mot même les hérissait. Non contents d’évacuer l’autorité, ils évacuèrent donc aussi l’exemplarité. Au nom d’une conception radicale de l’autonomie, ils destituèrent les figures identificatoires. Pour se construire, affirmaient-ils, le sujet doit puiser au fond de lui-même, à la source d’une singularité absolue. Il doit s’inventer à partir d’une table rase. Dans cette conception de l’épanouissement, l’identité d’un individu devait être aussi dissemblable que possible de celle des autres, sous peine d’être « inauthentique ». Pour être soi-même, il ne fallait ressembler à personne. Le principe de la construction de soi était la différence et non similitude.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 17 – La puissance des modèles, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 117.

Au Québec (Canada), nous avons connu ce que nous appelons une « Révolution tranquille ».

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La Révolution tranquille désigne une période de transformation et de modernisation du Québec dans les années 1960. Elle est caractérisée par l’action intensément réformiste et nationaliste du gouvernement du Québec de l’époque, initiée par l’équipe du tonnerre de Jean Lesage de 1960 à 1966 et continuée par l’équipe de Daniel Johnson de 1966 à 1968.

Cette période peut se définir par une série de réformes sociales, économiques et politiques à l’intérieur d’un cadre démocratique et d’une économie libérale, inspirées par des idées keynésiennes renforçant l’intervention de l’État dans la vie des citoyens. Elles ont mené à la réforme complète du système d’éducation, du système de santé, ainsi qu’à la création de plusieurs institutions et structures modernes. Portées par un sentiment national nouveau axé sur le progrès, ces mesures avaient pour but de donner un État national aux Québécois, à la mesure de leurs besoins et de leurs aspirations collectives.

La Révolution tranquille désigne également une période d’ouverture et d’effervescence sociale et culturelle. Elle a reflété le désir des Québécois de rompre avec un passé qualifié de « Grande Noirceur », de se redéfinir selon leurs intérêts nationaux propres, ainsi que leurs préoccupations face à l’émergence d’une certaine modernisation.

Révolution tranquille, Wikipédia.

À cette époque, j’étudiais à l’école primaire (obligée à partir de six ans et d’une durée de six ans). En cinquième année primaire, au milieu des années 1960, j’ai été témoin d’un grand bouleversement avec, ce que le minsitère de l’éducation appelait, « l’école active », en complète rupture avec le passé historique de l’éducation au Québec.

Une rupture passionnelle car on jeta alors le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire plus de 2,600 ans d’histoire et d’accumulation du Savoir par l’Homme. Dans la vingtaine, je découvrirai les derniers manuels scolaires des années 1950 rejetés par la Révolution tranquille et je me rendrai compte de cette coupure avec les Savoirs accumulés par l’Homme au fil des siècles passés. Ce fut « table rase ». Et un grand nombre des modèles façonnés par des siècles d’histoire de l’Homme disparurent de nos manuels scolaires ou furent réduits à de simples mentions.

lecons-de-logique-arthur-robertJe donne en exemple le retrait du programme scolaire du cours Leçons de logique (Leçons de logique, ABBÉ ARTHUR ROBERT (1876-1939), Manuel scolaire, Première édition : 1914 – Québec, Réédition de la huitième édition parue en 1940, Collection du domaine public de la Fondation littéraire Fleur de Lys, Laval, Québec, Canada, 20 novembre 2009, 236 pages). Heureusement, je l’ai réédité et je l’offre gratuitement en format PDF.

La société québécoise se demandera dans les années 1980 où est passé la logique. Réponse facile : « Elle n’est plus enseignée depuis la Révolution tranquille ».

Relevons aussi le retrait du cours de Stylistique française des programmes scolaires. Aujourd’hui, la société québécoise se demande encore pourquoi la qualité du français baisse constamment et drastiquement d’une génération à l’autre, pourquoi que l’usage des verbes Être et Avoir prime sur tous les autres. « Voici l’un de ces vénérables manuels de stylistique propres à consoler l’écrivain novice que l’école a déçu » (22 novembre 2000) peut-on lire sur le site web québécois L’Agora, une agora, une encyclopédie.

( Stylistique Française, E. Legrand, Éditions J. De Gigord, Éditeur, 1928, 327 pages, dimensions : 16 x 22 x 1,9 cm.)
Stylistique Française, E. Legrand, Éditions J. De Gigord, Éditeur, 1928, 327 pages, dimensions : 16 x 22 x 1,9 cm.

Les tables rases des modèles, dans l’éducation tout comme dans le développement personnel, expriment un profond manque de respect pour l’histoire de l’Homme et toutes les sciences.

(…) Toute dénivellation, toute suggestion d’une différence de valeurs entre les individus heurtait de plein fouet l’idéologie égalitariste qui régnait dans les années 1960 et 1970. Préconiser des modèles eût été reconnaître qu’il y a dans le monde humain une hiérarchie, que certains êtres s’élèvent au-dessus des autres. C’eût été approuver une imitation ascendante, orientée vers ces modèles.

Mais la thèse d’une « réalisation de soi sans modèles » ne résiste pas à un examen approfondi. Trois arguments majeurs peuvent lui être opposés. D’abord une argument pschanalitique. La psychanalyse a bien montré le rôle décisif que joue l’idéal du moi dans la formation de la personnalité. Or, l’idéal du moi est, en grande partie, le résultat d’une intériorisation de modèles familiaux et sociaux. Il est étayé sur les figures identificatoires que le sujet trouve dans son environnement — un parent, un ami, un professeur, un héros, une célébrité, un personnage public. La loi psychanalytique selon laquelle « on se construit grâce à l’idéal du moi » équivaut à dire : « on se construit grâce à des modèles ».

Le deuxième argument est d’ordre historique. À toutes les époques de l’histoire, ont observe que se sont constitués des types d’humains idéaux. Ces types d’humains idéaux incarnaient les valeurs les plus hautes auxquelles adhérait la société du moment. (…) Ces types d’humains idéaux jouaient un rôle essentiel dans la réalisation de soi. Chacun s’efforçait de les imiter. Ils prescrivaient les normes de la vie bonne, de la vie accomplie. Ils indiquaient comment on doit se comporter, quel style de vie on doit adopter pour devenir un être complet. En se conformant à ces types d’humains idéaux, les individus accédaient au niveau de ce qui était considéré comme l’excellence humaine.

(…)

Le troisième argument que l’on peut opposer à la thèse d’une autoréalisation sans modèles est tiré, banalement, de l’introspection. Il ne faut jamais s’interdire d’en appeler à l’introspection, c’est-à-dire à l’expérience subjective. Or, que nous apprend celle-ci ? Quand nous nous penchons sur notre vie intime, nous découvrons que nous avons, enfoui au plus profond de nous, une sorte de panthéon personnel, privée, singulier, peuplé de héros auxquels nous vouons de l’admiration. Chacun de nous a un jardin secret de figures idéales. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 17 – La puissance des modèles, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 118-120.

Personnellement, je me blinde à toute influence de modèle dès mon plus jeune âge parce que je me sais très influençable. Je tente alors à protéger l’originalité de ma créativité, mon authenticité. Si je veux voir ce dont je suis capable par moi-même, je dois me soustraire au pouvoir potentiel de modèles. Poète dès mon adolescence, je refuserai de lire les grands poètes. Aussi, j’admire plusieurs personnes mais je n’en fais pas pour autant des modèles. Et plus une personne a surmonté de difficultés pour réaliser son projet, plus elle m’apparaît admirable.

Venons-en au cinquième nutriment de la réalisation de soi. Quand nous réfléchissons aux personnes qui ont contribué à notre progrès personnel, nous nous apercevons qu’il y en a parmi elles qui, en toute rigueur, ne nous rien apporté. C’est nous, au contraire, qui leur avons apporté quelque chose. Nous leur avons apporté une aide. un soutien ; nous leur avons donné du temps ; nous les avons écoutées, nous leur avons témoigné de l’empathie et de la compréhension. Et, curieusement, cette aide nous été profitable.

Tel est le paradoxe de la bienveillance. Elle produit son effet aux deux bouts de la chaîne. Elle agit dans les deux sens. Elle bénéficie à celui qui en est le destinataire et à celui qui en est la source. Je m’épanouis quand les autres me veulent du bien, mais je m’épanouis tout autant quand je leur veux du bien. Autrui contribue à mon développement non seulement par ce qu’il m’apporte, mais par ce que je lui apporte. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 18 – La dialectique de la bienveillance, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 123.

Je suis bienveillant quand une personne ou une collectivité vit un problème dont je prend conscience et que j’entreprends de le résoudre, sans pour autant me déclarer. Je test alors ma capacité à identifier et à comprendre les problèmes et par la suite ma capacité à y apporter une solution. Dans le cas d’une collectivité, je n’en fais pas toute une histoire; je demeure anonyme autant que faire se peut. Dans le cas d’une personne, je suis prêt à mettre en jeu ma relation avec elle pour l’aider à résoudre son problème. Lorsque je constate qu’une personne ne parvient pas à dire « non », c’est à moi, à mon initiative, qu’elle apprendra à dire « non ».

La réalisation de soi requiert la médiation d’autrui. Le « Moi » ne peut se développer sans l’aide d’un « Tu ». Tel est le constat auquel nous sommes parvenus dans les chapitres précédents. La question qui se pose maintenant est de savoir si ce qui vaut pour le « Tu » vaut aussi pour le « Nous », c’est-à-dire le groupe. J’ai besoin de l’aide d’individus particuliers pour m’épanouir : mais ai-je besoin également d’une communauté, d’une société ? Pour me réaliser pleinement, faut-il faire partie d’un « Nous » ? Quel rapport y a-t-il entre la réalisation de soi et l’appartenance groupale ?

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 19 – Le « Je » et le « Nous », Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 127.

Solitaire, je demeure en marge du « Nous » tout en conservant ma bienveillance face à la collectivité dans laquelle j’évolue. Je ne m’accorde pas le temps utile pour rejoindre un groupe. Je suis trop occupé par mes études et mes projets. Il y aura bien quelques « Tu » dont je souhaite l’amitié et avec lesquels je serai effectivement ami… secrètement. Car plus tu bouges au sein d’une collectivité, plus tu t’exposes aux jugements impitoyables des uns et des autres. Être l’ami d’une personne solitaire et en marge de la collectivité implique d’être soi-même jugé.

(…) En ce point, la philosophie de la réalisation de soi est tentée d’aller plus loin. Elle est tenter de renverser l’équilibre entre le Je et le Nous en déclarant : s’il veut se réaliser, l’individu à l’obligation de s’intégrer à un groupe. Dans cette optique, l’appartenance au groupe ne constitue plus seulement une option facultative, une possibilité offerte, mais une nécessité, un contrainte. Hors du groupe, point de salut… Il ne s’agit pas seulement de se relier à un groupe par une adhésion consentie et révocable. La réalisation de soi exige maintenant la dissolution de soi, le reddition de son ego dans le communautaire, et c’est uniquement par cette reddition que l’on atteindra une plénitude de vie.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 20 – Réalisation de soi ou communautarisation de soi ?, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 133.

« Hors du groupe, point de salut… » ? Si je découvre et exploite mon potentiel, si je me réalise, avec un apport indéniable des autres, il ne faut pas minimiser l’importance de l’indépendance de soi. Il n’est pas question de répondre à l’exigence de « la dissolution de soi » et encore moins de « reddition de son ego dans le communautaire ». Et il n’est pas plus question de reconnaître que « cette reddition que l’on atteindra une plénitude de vie ». Bref, il n’est pas obligé de rejoindre un groupe pour assurer la réalisation de soi. Au sein d’un groupe la dépendance se développe au détriment de l’indépendance de l’individu. Cette indépendance est essentielle pour échapper à une réalisation de soi suivant un consensus de groupe. Il y a au sein d’un groupe beaucoup de temps perdu, notamment avec les membres qui se donnent raison à tout vent pour dominer le groupe. J’ai toujours privilégié une position d’observateur en marge du groupe, une position qui aide à prendre du recul non seulement face au groupe mais aussi et surtout face à soi-même.

Si je chérie mon indépendance, ma liberté, je ne cède pas pour autant à la tentation solipsiste ; je ne suis pas un esthète solitaire. Tous mes projets se sont toujours adressés au « Tu » et au « Nous », d’où le besoin de relations interpersonnelles intenses, bienveillantes.

Le philosophe Michel Lacroix introduit le chapitre 24, Le développement personnel victime de la contre-culture, en ces mots :

Thélème est une éclatante illustration du lien étroit qui unit la réalisation de soi et la culture littéraire et artistique. Mais ce lien est fragile. «il peut se rompre et c’est ce qui s’est produit, nous allons le voir dans ce chapitre, à partir des années 1960. Au tournant des années 1960, la réalisation de soi a pris en effet une nouvelle orientation, une orientation qui s’est traduite tout d’abord par l’adoption d’une nouvelle appellation. On s’est mis à parler de « développement personnel » et non plus comme autrefois de « réalisation de soi ». Ce ne fut pas là seulement un changement de vocabulaire. Ce fut un véritable changement d’état d’esprit. Un changement qui a entraîné la rupture des liens traditionnels avec la culture littéraire et artistique. Voyons cela d’un peu plus près.

Depuis sa naissance (qui se situe à la fin du XVIIIè siècle), l’idéal de réalisation de soi avait été porté par des philosophes, des écrivains, des poètes, des artistes. De Hegel à Nietzsche, de Chateaubriand à Barrès, de Marx à Gide, du socialiste Charles Fourier au philosophe Emmanuel Mounier, cet idéal n’avait pas cessé d’être discuté, travaillé, enrichi dans les milieux de la culture. Conçu par des gens de culture, il portait l’empreinte de la culture. Toute personne qui se posait le problème de la réalisation de soi, toute personne désireuse de s’épanouir, considérait qu’il fallait pour cela face une place dans sa vie aux instruments de culture, c’est-à-dire aux œuvres artistiques ou littéraires.

Cette situation s’est brusquement modifiée au cours des années 1960. L’idée de la réalisation de soi est entrée dans une nouvelle ère, une ère qui s’est annoncée par le changement sémantique que nous venons d’évoquer `on s’est mis à parler de « développement personnel ». Or, il ne faut jamais sous-estimer les mutations langagières. L’ère qui s’est ouverte dans les années 1960 s’est traduite également par l’entrée en scène d’une foule de psychologues, formateurs, coachs, thérapeutes, conseillers en ressources humaines. Ces acteurs nouveaux se sont présentés comme des spécialiste du développement personnel.. Sous leur influence, d’innombrable techniques ont vu le jour. Des stages, des séminaires, des consultations ont attiré un public de plus en plus large. Les manuels de développement personnel ont inondé les rayons des libraires. Un véritable marché de l’épanouissement s’est constitué. De son côté, le monde de l’entreprise a commencé à s’intéresser au développement personnel. Les directions des ressources humaines ont compris le parti qu’elles pouvaient en tirer pour « dynamiser » les salariés.

Quand on considère tous les changements intervenus depuis les années 1960, le sens de l’évolution ressort très nettement. La réalisation de soi s’est tout à la fois psychologisée, technicisée et professionnalisée. Elle s’est appauvrie culturellement. Son lien avec la culture s’est distendu. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 24 – Le développement personnel victime de la contre-culture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 157-158.


(…) Alors que, au XIXè et dans la première moitié du XXè siècle, la réalisation de soi avait été conçue par des gens de culture, c’est-à-dire des écrivains, des philosophes, des poètes, des artistes, le développement personnel, lui, a été conçu par les partisan de la contre-culture. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 24 – Le développement personnel victime de la contre-culture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 161-162.


Première conséquence : le développement personnel s’est détourné des écrivains, philosophes, artistes qui, depuis deux siècles, avaient mené la réflexion sur la réalisation de soi. (…) Deux siècles de questionnement sur la réalisation de soi, d’interrogation sur le sens de l’existence, de méditation sur la condition humaine, on été balayés au nom de l’impératif contre-culturel. D’où l’impression de pauvreté que l’on ressent quand on feuillette un manuel de développement personnel ou que l’on participe à un stage. Cette pauvreté était programmée dès l’instant où le développement personnel se rangeait sous la bannière de la contre-culture.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 24 – Le développement personnel victime de la contre-culture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 162.


La naissance du développement personnel en milieu contre-culturel a eu une deuxième conséquence paradoxale qui continue de se faire sentir de nos jours. Le rejet de la culture créa un appel d’air qui, finalement, profita à… la technique. En évacuant la culture des démarches de développement personnel, les pères fondateurs ouvrirent un boulevard aux spécialistes de psychologie appliquée. Ceux-ci s’empressèrent d’inonder le marché d’outils, d’instruments de toutes sortes. (…)

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 24 – Le développement personnel victime de la contre-culture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 163.


Ainsi, faute de s’appuyer sur des gens de culture, le développement personnel moderne a été pris en main par des techniciens. Le technicisme s’est emparé de la réalisation de soi. Il lui a insufflé son esprit. Si bien que, depuis cinq décennies, le public a pris l’habitude d’associer « développement personnel » et « techniques. On l’a persuadé qu’il ne pouvait y avoir de développement personnel sans recours à des techniques.

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 24 – Le développement personnel victime de la contre-culture, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 164.


P.S.: Voir Thelema sur Wikipédia.

Le développement personnel est l’un des sujets les plus abordée dans cette Observatoire de la philothérapie car il détourne les individus de plus de 2,600 ans de la philosophie comme mode de vie. Avec la prise de contrôle de réalisation de soi par le développement personnel, c’est chacun pour soi.


À lire aussi dans notre dossier

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Article # 63 – Contre le développement personnel, Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Article # 9 – Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France


La contre-culture des années 1960 n’a pas seulement éloigné le développement personnel de la culture classique en l’engageant dans la voie du technicisme psychologique. Elle l’a influencé aussi d’une autre manière. La cible que visaient les partisans de la contre-culture n’était pas tant, en effet, la culture générale que la culture occidentale. En revanche, on considérant avec sympathie les culture extra-occidentales, celles des sociétés amérindiennes, africaines, océanienne, et surtout de l’orient. L’orientalisme jouissait d’une grande faveur à Esalen. On s’y référait volontiers au bouddhisme, à l’hindouisme, au taoïsme, au confucianisme.

Du coup, le pères fondateurs du développement personnel introduisirent la référence à l’Orient dans leur conception de la réalisation de soi. Ils lui donnèrent un « biais oriental » qui est resté, depuis lors,l’un de ses traits caractéristiques. Nombreux son aujourd’hui les « adeptes », les clients du développement personnel qui pratique le yoga ou zazen. Certains d’entre eux ont séjourné dans un ashram, ou suivi l’enseignement d’un maître spirituel. Le Bhagavad-gita, le livre du Tao, les grands livres du bouddhisme sont sur leur table de chevet.

Nul ne conteste la richesse de la sagesse orientale. Celle-ci a élaboré un remarquable art de vivre. Elle a mis au point des pratiques de méditation, de respiration, de concentration, de relaxation, de découverte du corps. Elle propose une éthique de la compassion qui répond aux aspirations de l’individu contemporain. Elle indique la voie d’une spiritualité épanouissante, ouverte sur le cosmos. Mais les trésors de l’orient ne nous font-ils pas parfois oublier… ceux de l’Occident ? À force de regarder du côté de l’Orient et de lui demander le secret de la réalisation de soi, n’avons-nous pas oublié que notre culture était capable, elle aussi, d’enrichir l’âme ? Ne négligeons-nous pas notre patrimoine ?

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 25 – L’Occident et l’Orient, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, pp. 167-169.

P.S. : Les liens dans la citation sont de nous.

Quoiqu’il en soit la contre-culture a terminé sa course dans le système qu’elle critiquait, à l’instar de tous nos collègues de classe révolutionnaires aujourd’hui bien rangés. Le capitalisme a gagné une fois de plus son pari en récupérant la contre-culture pour en faire une industrie soumise aux impératifs économiques du système où chaque individu est un client potentiel. Aujourd’hui, il faut donc parler d’une véritable « industrie du développement personnel », une industrie de techniques psychologiques. Or, la réalisation de soi fait appel à la culture classique occidentale de la philosophie comme mode de vie.


À lire dans notre dossier

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006


“Nous proclamons donc au terme de cet ouvrage, en une sorte d’ultime profession de foi qui parachève notre philosophie de la réalisation de personnelle : « La Cité existe pour permettre à tous les individus, sans exception, de se réaliser . »”

LACROIX, Michel, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Chapitre 26 – La réalisation de soi, moteur de changement social, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, p. 177.


Un mot manque à cette déclaration du philosophe Michel Lacroix : « (…), de se réaliser ENSEMBLE. Même si je demeure un solitaire, peu enclin au travail d’équipe, ma réalisation de soi fut et demeure une épopée de relations interpersonnelles. Je ne peux pas soutenir la réalisation de soi pour soi comme une finalité philosophiquement et culturellement acceptable. Nous sommes tous nés dans la Cité. Elle est en nous et nous en elle.


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J’accorde 4½ étoiles sur 5 au livre Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel paru en 2009 sous la plume du philosophe Michel Lacroix.


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Articles du dossier

Liste des rapports de lecture et autres articles

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article # 82 – À quoi sert la philosophie ?, Marc Sautet, Éditions Pleins Feux, 1997

Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.

Article # 83 – Raviver de l’esprit en ce monde – Diagnostic du contemporain, François Jullien, Éditions de l’Observatoire, 2023

L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.

Article # 84 – La philosophie appelle à une révélation suivie d’une conversion

La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.

Article # 85 – La philosophie comme mode de vie, Daniel Desroches, Deuxième édition revue et corrigée, Coll. À propos, Les Presses de l’Université Laval, Québec, 2019

La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).

Article # 86 – Les consolations de la philosophie, Alain De Botton, Mercure de France, 2001, Pocket

La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.

Article # 87 – La philothérapie – Philosophie pratique à l’international

L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.

Article # 88 – L’approche intellectuelle en philothérapie et en philosophie pratique

Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.

Article # 89 – En thérapie avec… Épicure – Combattre votre anxiété – 40 antidotes du philosophe antique, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2024

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 90 – Êtes-vous sûr d’avoir raison ?, Gilles Vervisch, Flammarion, 2022

De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.

Article # 91 – L’approche interrogative et l’approche conversationnelle dans la pratique philosophique

Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)

Article # 92 – Introduction à la philosophie, Karl Jaspers, Plon, coll. 10-18, 2001

« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.

Article # 93 – Le rôle social des idées – Esquisse d’une philosophie de l’histoire contemporaine, Max Lamberty, Éditions de la Cité Chrétienne, 1936

« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?

Article # 94 – L’étonnement philosophique – Une histoire de la philosophie, Jeanne Hersch, Gallimard, coll. Folio Essai, 1993

J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.

Article # 95 – Qu’est-ce que la Deep Philosophy ? – Philosopher depuis notre profondeur intérieure, Ran Lahav, Loyev Books, 2023

Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.

Article # 96 – Se réaliser – Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Michel Lacroix, (Marabout), Éditions Robert Laffont, 2009

J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 83 – Raviver de l’esprit en ce monde – Diagnostic du contemporain, François Jullien, Éditions de l’Observatoire, 2023

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Article # 83

J’AI LU POUR VOUS

Raviver de l’esprit en ce monde

Un diagnostic contemporain

François Jullien

© Éditions de l’Observatoire / Humensis, 2023
170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris

ISBN : 9791032930014

EAN : 9791032930014

Date de parution : 23 novembre 2023

Collection : Hors collection

Nombre de pages : 224

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J’accorde au livre RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC DU CONTEMPORAIN de FRANÇOIS JULLIEN chez Éditions de l’Observatoire (2023) 4 étoiles sur cinq.

J’en recommande la lecture.

Lire mon rapport de lecture à la suite la présentation du livre et son auteur.


Résumé

Réflexion philosophique sur la potentialité d’une perte d’intelligence et d’esprit dans la société du XXIe siècle. L’auteur s’interroge sur les habitudes et les modes de vie qui traduisent une tendance allant vers la fainéantise intellectuelle : livres faciles à lire, relations sans prises de tête, entre autres. A l’heure de l’intelligence artificielle, il s’interroge sur l’intelligence humaine.


Texte en quatrième de couverture

Il est une menace dont tout le monde s’émeut – à juste titre – parce qu’elle est spectaculaire : la Terre se réchauffe et la vie pourrait s’y tarir. Mais il en est une autre qu’on évite de remarquer. Cela parce qu’elle touche à l’invisible et nous implique peut-être encore davantage – d’ailleurs comment la nommer??

Ses effets cependant sont des moins contestables : «?d’un clic?», on croit que tout est à portée, qu’il n’y a plus à accéder. Ou l’on fait du Livre un « produit » comme un autre. L’écran fait écran et l’événement de la présence est perdu. Et, d’abord, les médias distillent leur coïncidence idéologique à notre insu.

Ne sommes-nous pas en train de devenir des sujets inertes sans plus d’élan – d’essor – qui nous mobilise??

J’ai choisi de nommer de l’«?esprit?» cette autre perte qui nous menace. Et donc, à l’encontre de la vie qui ne vit pas, de la non-vie menaçant nos vies, d’appeler à la défense et l’illustration de l’«?esprit?», une fois celui-ci décapé de tout spiritualisme.

Dans le monde de la Connexion généralisée, de la Communication et de la Consommation gérées par le numérique, où font loi la Commodité et le Marché, quel écart et quel espacement reste-t-il encore où de l’esprit puisse se déployer??

Or rien ne sert de dénoncer cet état de fait et le renverser est impossible. Mais j’appelle à en dé-coïncider?: en fissurant la chape invisible sous laquelle nos vies se laissent enfermer.


SOMMAIRE

Copyright

I. D’un clic

II. L’adieu au Livre

III. La perte de la présence

IV. L’étau de la coïncidence

V. Sujet inerte / sujet alerte

VI. Fin de la philosophie ?

VII. « De l’esprit », concept de combat

Table des matières


EXTRAIT

Chapitre I. D’un clic

1. Un si petit mot – à peine un mot – règle désormais nos vies entières : un « clic ». « D’un clic », je dirige et je dispose. L’onomatopée ne fait même plus, comme jadis, entendre le bruit d’un claquement ; elle commande en silence à l’ordinateur : je clique sur l’écran, sur l’icône, et tout, d’un coup, apparaît : tout aussitôt se réalise. Y a-t-il geste plus simple, mais qui soit plus magique ? D’un clic, on atteint sans attendre, apparaît soudain sur l’écran le résultat escompté et cette automaticité est merveilleuse. Car « cliquer » n’est même pas appuyer, la pression du doigt est la plus légère, elle est égale et sans insistance : je n’éprouve plus sous la main, venant du monde, de résistance. Et même, tout s’opérant à proximité, entre le doigt et le clavier, il n’y a plus à franchir de distance ou d’opacité. L’homme enfin n’aurait plus à faire ce qu’il a fait depuis la nuit des temps : à faire effort. Car le geste est minimal, à peine esquissé, je ne fais qu’effleurer la touche : il n’y a même plus à enfoncer, donc de force à dépenser, l’intensité est minimale. Il n’y a même plus de bouton à tourner, comme pour régler le niveau du son ou du chauffage : « Vous n’avez qu’à cliquer », du bout du doigt, et l’effet suit de lui-même. N’a-t-on pas su capter enfin – et canaliser – l’immanence dispersée naguère encore dans tant de rouages et de processus, mais désormais soumise à mon gré ? Il n’y aura donc plus à chercher, à viser, ou même seulement à projeter. L’obtention est quasi immédiate et tout ne fait toujours qu’obtempérer, il n’y aura même plus à souhaiter ou espérer. Et même qu’ai-je besoin encore de « volonté » ?

« Cliquer » est par là même le verbe de notre contemporain. En outre, il s’associe à d’autres formant réseau. Cliquer d’abord va avec « cocher ». Or, quand on coche, on n’a plus à écrire et exprimer : les cases sont prêtes, prédisposées ; autrement dit, les choix sont faits, en tout cas sont cadrés : le système des possibles est pré-déterminé. Où serait encore mon initiative ? Ou bien l’autre de « cliquer » est « zapper ». Je clique pour garder ou bien je zappe : ou je retiens ou je laisse aller. Il y a beau temps que zapper ne signifie plus seulement passer d’une chaîne de télévision à l’autre (to zap) et ce verbe donne sa forme générale – comme son allure – à notre temps. Dès que cela ne m’intéresse plus, je zappe. Que je clique pour m’arrêter et m’attacher ou bien que je zappe et passe à autre chose est désormais la seule alternative connue du dispositif, mais qui reste constamment ouverte : je peux passer à tout instant de l’un à l’autre. Mais, dans un cas comme dans l’autre, je reste dans l’instantané et le réactif. Ces emplois sont devenus symboliques de tout un comportement et même sans doute d’une nouvelle façon d’être de l’humain. Je ne patiente et ne persévère plus : dès que cela ne m’attire plus, je « saute ». On connaît tous cette baisse d’expérience : quand on se dérange pour aller au cinéma, à l’heure donnée, au lieu fixé, on regarde le film en demeurant tenu et tendu par lui, en continu, les yeux levés au loin dans l’obscurité concentrante. Mais quand c’est en restant chez moi et sur mon écran, dans cet étroit circuit qui ne me donne plus à me déplacer, dès que cela ne me plaît plus, je « zappe ». Or quelle en est la conséquence pour ce qu’on appelle d’ordinaire la « vie de l’esprit » ? – commençons d’avancer précautionneusement ce terme qui sera tout au long à reprendre et retravailler. Car si mon esprit aussi n’a plus comme critère que ce qui d’emblée le capte et temporairement l’arrête ? S’il ne va plus au-delà d’une première impression, se conforme aussitôt à mon impulsion et ne « creuse » pas davantage ?

On lisait cette affiche, en ce début d’hiver, dans les stations du métro parisien : « Vous êtes à un clic de vos prochaines vacances en Égypte ». Est-ce mon rêve qui serait enfin mis en image : vue du désert doré, des dunes et des pyramides ? « À un clic », c’est mieux encore qu’« à portée de main » : toutes les démarches sont désormais comprimées, réduites à ce léger toucher du clavier. Comme si ce petit geste suffisait à faire enjamber d’un coup le temps et l’espace, qu’il réussissait à nous transporter dans un autre monde. Le raccourci tendant à l’instantané, je pourrais « d’un clic » réaliser mon désir, car celui-ci s’y trouverait déjà complètement formaté – et même y a-t-il place encore pour du « désir » ? Click and collect : le clic est le coup de baguette magique de notre temps que nous répétons désormais à longueur de journée, sans même plus nous en étonner. Il n’y a plus à cheminer soi-même, par une démarche qui serait proprement la sienne, dans l’étendue et dans la durée : le « clic » dispense de la lente et longue médiation qui donne accès. Car, ce clic étant inscrit dans tout un agencement aménagé pour prédisposer ma conduite, il est d’emblée son résultat, le geste pré-commandé n’a plus ensuite à appeler de ma part ni de réflexion ni d’action. Plus de quête aventureuse et qui serait volontaire : le monde se gère sous mon doigt, dompté, discipliné, sans plus broncher. Et moi-même sans plus bouger.

Dans l’instant, à ma table et de mon fauteuil : le « monde » est soumis à mon clavier, celui-ci est devenu un tableau de bord, il n’y a plus de dehors à conquérir, il n’y a même plus de différé. De quoi qu’il s’agisse dans ma vie de tous les jours et de plus ordinaire – une commande, une demande, un achat, etc. – j’avance désormais, non plus de moment en moment, mais de clic en clic, télécommandé que je suis par le programme et ses algorithmes. C’est peu de dire que j’y suis « guidé », j’y suis plutôt conditionné et, n’ayant plus de marge de manœuvre, je n’ai pas plus à faire appel à ma pensée qu’à ma volonté : qu’est-ce qui, d’un clic, s’atrophie alors de ma capacité, dans ma relation au monde comme à moi-même, qui ne me laisse plus désirer ou même seulement imaginer ? Quel espace à la fois de creusement et de déploiement m’est retiré, non seulement au dehors, mais à l’intérieur de moi ? Or c’est là ce que personne n’a choisi, ce pour quoi personne n’a « voté », ce n’est là qu’un effet conséquent du marché, lui-même suscitant et précipitant l’invention, mais ne se prévalant, en fait, que de sa commodité – et qui fait que, bientôt, je n’aurai plus à pénétrer dans rien du « monde » ; et même que je n’aurai peut-être un jour, à travers tous ces « portails » successivement ouverts, plus personne, au bout du tunnel, à qui m’adresser.

2. Je peux d’ordinaire, par volonté, résister à la commodité : préférer monter à pied plutôt qu’utiliser l’ascenseur ; ou gravir la montagne au lieu de prendre le téléphérique. Mais dorénavant cette commodité m’est imposée : je ne peux plus me déplacer pour me rendre un jour quelque part, dans un bureau, me renseigner ; je ne peux opérer ma commande ou formuler ma demande que d’un clic et « sur Internet ». Déjà, quand je n’ai plus qu’à tourner le bouton pour régler l’intensité du son, la musique en est aplatie en même temps qu’elle est amortie ; en réglant au degré près la température, je m’installe dans mon confort, je ne sais plus rien du froid au dehors. Or c’est ce que ce clic, de nos jours, généralise : en cliquant, je reste définitivement chez moi, au propre comme au figuré : je n’ai plus à risquer et m’aventurer. Dès lors, qu’est-ce que je rencontrerai encore du monde ? Ou qu’est-ce qui du coup se nivelle de mon expérience, à la fois s’égalise et s’uniformise : un clic fait entrer dans la même quasi-immédiateté, établit sur le même plan et comme étant du même ordre la commande d’un billet de train et l’apparition d’un ami par Zoom sur l’écran de l’ordinateur. Or les deux ne sont-ils pas – si discrètement que cela soit – incommensurables entre eux et que reste-t-il alors, dans ce cadrage, de son Visage ? Peut-on donc n’y pas prêter attention, feindre d’ignorer ce si peu, si discrètement, mais qui change tout ?

Cette commodité du clic a donc son coût et son envers : non seulement le fastidieux du geste n’appelle plus aucune habileté, à l’opposé du piano n’exige plus de « doigté » et ne peut qu’être inlassablement répété. Mais, en outre, la montée du stress rôde toujours sous cette facilité, et cela jusqu’à l’angoisse. Car « stress » est bien le mot et le mal générés par notre modernité technologique : le stress, comme tension nerveuse d’appréhension, est à l’opposé de la fatigue venant de l’effort effectué, qu’il soit intellectuel ou physique. Déjà, comme on a été mis par contrainte dans le régime de l’instantané, ces quelques secondes qui sont à attendre à l’allumage sont, par leur vide, longues à passer. En outre, si l’accès est quasi immédiat, les conditions d’accès, quant à elles, ne cessent d’être toujours plus retorses et compliquées : mot de passe, identifiant, code de vérification… – n’y a-t-il pas là, en amont, toujours plus d’embûches à traverser ? Or il faut que je suive sans le moindre écart toutes les chicanes du dispositif, sans quoi tout s’annule et doit être recommencé ; ou tout peut aussi bien d’un coup, sans que je sache pourquoi, se paralyser. Ou bien tout simplement la case indiquée ne correspond pas à ma demande. Or, je n’ai là plus aucune initiative, tout se trouvant toujours déjà emboîté.

Bien sûr – inutile de me le répéter – je sais bien que, de cette commodité du « clic », on ne pourra plus désormais se priver. Je sais surtout qu’il faut se garder de tout « attardement », de tout attachement passif au passé, et s’ouvrir par principe à l’invention qui vient. Mais il n’en est pas moins vrai que, de par ce dispositif et son confort, s’organise – en même temps qu’une paresse – une déréliction. Car l’attention demandée n’est pas d’intelligence, mais régie par le mécanisme : qu’est-ce que, en apprenant à « cliquer », je désapprends du même coup sans le mesurer ? Dans quel tunnel secrètement édifié, et dont je ne vois pas les parois, suis-je obligé chaque fois d’entrer ? Je demanderai de nouveau : qu’y reste-t-il d’une démarche possible de l’« esprit » ? On me répondra bien sûr que ce n’est là qu’une question d’habitude, de réflexes à acquérir, que la jeunesse y est tellement à l’aise désormais et que, à force, on s’y fait. Mais on « se fait » à quoi ? Mais au prix de quelle aliénation d’un moi-sujet ?

Au-delà de la commodité, du temps gagné par tant de démarches et de déplacements évités, on vantera l’offre illimitée. Avec le développement des réseaux, le débit ne cesse de s’accroître, la vitesse de s’accélérer, la précision d’être plus poussée et par suite le choix, en streaming, de se multiplier. Le stockage ne cessant d’augmenter, les propositions affluent de partout et à tout instant. D’un clic, vous avez indéfiniment accès à la musique la plus variée, à tous les films et documentaires que vous voulez, vous suivez sur YouTube toutes les conférences qui pourraient vous intéresser… C’est là le triomphe du « culturel » : à la fois par la diversification – il y en a pour « tous les goûts » – et la gratuité. On ne dépend plus d’une programmation, comme dans la télévision d’autrefois, et chacun peut désormais y faire son marché à son gré.

Face à quoi je ne répéterai pas seulement que la pollution va croissant de concert et même augmente vertigineusement d’année en année ; ou que le système génère de lui-même une addiction à son égard : que, comme le spectacle est en continu, on ne cesse plus de regarder et que cette profusion nous rend prisonniers. De fait, il ne s’agit même pas de juger, comme c’est le cas à chaque nouveauté, si c’est là une bonne ou mauvaise invention : de mettre en regard la commodité acquise et le risque de dépendance, de faire un bilan comparatif des avantages et des inconvénients ou de mettre en regard les gains et les pertes. Mais plutôt de comprendre comment ce gain lui-même se retourne en perte. Comme le disent les Anglais, too many choices is no choice : à pouvoir indéfiniment choisir, on n’est plus en mesure de choisir. Car ou bien le choix est paramétré d’avance ou bien s’offre en premier ce qui a été le plus écouté ou regardé. Mon choix est alors plus qu’influencé, il est induit, quantitativement pré-déterminé. Ou bien il y a tant de choix possibles que j’en suis complètement recouvert et encombré : je ne peux plus faire de comparaison et mon « choix » n’est plus concerté, il ne peut être qu’aléatoire. Car puis-je encore exercer mon jugement sur ce dont je me trouve ainsi submergé ?

3. Le terme auquel on recourt le plus volontiers, en Europe, pour parler de notre contemporain et juger de ses mutations abruptes est celui de « crise ». « Crise » à la fois focalise et dramatise : en cet instant même, tout va soudain et définitivement se « trancher », krisis. Chez les Grecs, « crise » dit, au théâtre, le point culminant de l’action : entre le bain de sang ou la réconciliation finale, dans quel sens va basculer l’histoire ? En médecine (Hippocrate) : la maladie, parvenue à son acmé, va-t-elle basculer vers un retour à la santé ou vers la mort ? Ce terme passionne, crée de lui-même une intensité, nous met dans la tension d’une imminence : quelle en sera donc l’issue ? Le terme est tragique en mettant dans l’attente d’un dénouement : il capte notre désir, suscite notre intérêt par ce qu’il fait craindre ou bien espérer. Or souvenons-nous, en regard, qu’une langue-pensée comme la chinoise en a développé, à l’inverse, une intelligence stratégique et non point pathétique : le binôme traduisant « crise » en chinois, wei-ji (??), en même temps qu’il reconnaît qu’il y a là une « difficulté », dit aussi qu’il faut savoir la faire muter patiemment, avec persévérance (mais ce « faire » est déjà trop actif), jusqu’à ce qu’elle s’inverse en « opportunité ». Il est vrai aussi que, en Europe, ce terme de « crise » nous rassure en secret, en même temps qu’il nous alarme, par ce qu’il laisse entendre d’un nécessaire et prochain dénouement : si l’on y est entré, on ne peut qu’en sortir – « crise » reste marqué par l’idée religieuse, jamais complètement évacuée en Europe, jamais complètement laïcisée, d’un salut. Or ce passionnel de la « crise » et son montage, en nous maintenant sous la pression du sensationnel et de l’événement, ne nous dissimuleraient-ils pas une logique plus discrète de l’Histoire, en tout cas de celle que nous sommes en train de vivre, sans peut-être nous en rendre compte ?

Il y a bien cette ouverture indéfinie des possibles que nous croyons connaître aujourd’hui grâce aux exploits du numérique, à l’offre illimitée que celui-ci procure, à l’annonce spectaculaire qui s’en fait chaque fois sur le marché. Or ne sommes-nous pas aussi en train de subir, sous elle, en cette génération et même de façon accélérée, ce qu’il faudrait plutôt nommer, à l’envers, une restriction ou, mieux, une « rétraction des possibles », mais d’un autre ordre ? Cependant, parce qu’elle ne se manifeste pas en événement, sous forme de « crise », mais se distille au fil des jours, cette rétraction des possibles nous échappe. Sous ce que nous aimons nous figurer comme l’avènement, d’une « crise » à l’autre, d’un nouveau monde accroissant toujours ses prouesses, prodiguant par à-coups ses promesses, et dont ces crises seraient d’inévitables sursauts et soubresauts de croissance, ne sommes-nous pas en train de subir, de fait, un grand rabattement ? Par différence avec le « déclin » dont on se plaint tant, qu’on dénonce à grands cris quand on ne croit plus au Progrès, mais de façon aussi sonore et démonstrative, ce « rabattement », avouons-le, n’offre guère de prise à la déclamation. Car rabattement dit seulement qu’on prive alors de sa hauteur, de sa vigueur, comme on rabat un arbre : non pas qu’on taille ou qu’on élague pour concentrer la force, mais qu’on rabaisse et qu’on réduit : rabattre est priver de son essor. Ou l’on rabat le bétail qui s’égaille pour qu’il se range en troupeau. « Se rabattre sur » est se contenter d’un moindre ; « en rabattre » est renoncer à ses exigences… Or quel rabattement général, que je qualifierai de l’« esprit », vivons-nous donc aujourd’hui sans même nous en rendre compte ?

Ce qui fait que ce rabattement contemporain de l’esprit nous échappe est en effet que, à l’encontre de la logique de la crise qui est celle de l’événement, un tel rabattement relève plutôt de ce que j’ai nommé, m’inspirant de la pensée chinoise, une « transformation silencieuse ». Si l’événement focalise et passionne, fait saillie dans la continuité temporelle et émerge par conséquent au regard, que c’est par suite sur lui que se braque l’attention, la transformation silencieuse procède, quant à elle, d’une logique inverse : parce qu’elle est globale et continue, elle ne se démarque pas, donc on ne la remarque pas et c’est pourquoi elle est « silencieuse » – on ne l’entend pas cheminer. À la fois elle se déploie sans bruit et on n’en parle pas : silence des deux côtés. Mais, moins on perçoit cette transformation progresser, plus son résultat ensuite éclate de façon sonore : l’« événement » qui en résulte est d’autant plus frappant dans son débouché.

Or cela est de commune expérience. Nous ne nous percevons pas vieillir parce que c’est tout en nous qui vieillit, qui se transforme et dans la durée, que rien donc ne s’en distingue suffisamment pour se bien repérer. Mais, quand nous tombons sur une photographie d’il y a vingt ans, soudain, brutalement, nous nous en rendons compte. Ou bien le réchauffement climatique est une transformation silencieuse à laquelle, parce qu’elle est globale et continue, nous n’avons si longtemps pas prêté d’attention. Mais maintenant qu’elle est devenue spectaculaire dans son résultat, si « sonore » dans ses méfaits, nous en faisons finalement le grand événement de notre temps et sonnons le tocsin – mais si tard. Or il en va de même du rabattement de l’esprit que nous vivons aujourd’hui : comme il concerne tout de notre monde comme en nous-mêmes, procède de tant de modifications diverses et s’étend en durée, qu’il se dissout dans le quotidien en se mêlant au cours entier de nos vies, nous ne le distinguons pas et, par conséquent, ne le percevons pas. Mais, quand il aura enfin manifesté bruyamment ses effets et que nous ne pourrons pas ne pas le constater, alors ce sera trop tard. Ou peut-être n’aurons-nous même plus alors la capacité de l’analyser, nous y étant à ce point habitués, et n’en ferons-nous plus qu’un « état de fait ». Un état de fait, c’est-à-dire ce qui fait partie désormais de la réalité, dont nous ne nous étonnons plus, dont nous ne songeons même plus à nous étonner, tellement nous en sommes habités, nous y sommes définitivement soumis et « pliés ».

Ou plutôt ce résultat sonore, quant à la « vie de l’esprit », n’aurait-il pas commencé déjà de s’imposer ? Si par mégarde on ouvre encore, un soir, un poste de télévision, on mesure d’un coup, avec effroi, un tel rabattement. On est stupéfait soudain de ce qui s’étale sur l’écran de vulgarité généralisée, à la fois de faux pathétique et d’ineptie de la pensée : entre le tout positif de la réclame publicitaire et le sensationnel impudique, on est si tôt lassé. Nous ne pouvons pas ne pas nous en rendre compte en même temps que nous y sommes déjà tellement conformés et soumis. Cependant, à voir tant de médiocrité affichée, se consommant selon la loi de l’audimat et du marché, on se demande, dès qu’on y songe, comment on a pu en arriver là : y reste-t-il une percée d’intelligence ou bien la moindre trace d’élégance, quelque saillie de l’esprit sous ce plafond bas qu’on ne voit pas ? Or, ce n’est pas « élitiste » de le dire, pas plus qu’il n’était « passéiste » de soupçonner précédemment la commodité imposée – je préférerais tellement être « futuriste » (comme y appelait Apollinaire) : « À la fin tu es las de ce monde ancien. »

Mais qu’on se rappelle seulement les émissions intellectuelles de qualité qui ont été supprimées, au cours des dernières années. Or à peine a-t-on protesté. Ou qu’on pense à l’évolution récente du marché des revues, dont les meilleurs titres ont été fauchés l’un après l’autre ; ainsi qu’à l’étiolement des « Suppléments littéraires ». Or, il n’y a pas nostalgie à le dire – ou quelle fausse pudeur (serait-ce de l’« intelligence », celle de celui qui « comprend » son époque ?) me retiendrait de l’évoquer ? Force seulement est de comparer et de constater. On répondra bien sûr que personne, en fait, ne regarde plus « cela » le soir et n’y prête attention. Et puis « on sait bien tout cela », dit-on en haussant les épaules, pourquoi encore s’en alarmer ? Or néanmoins, ce faisant et nul ne s’y opposant ou même seulement ne le faisant remarquer, ce bas régime finit par s’imposer, fixe ce qui devient la norme, s’étale avec complaisance, « forme » l’opinion et en vient insidieusement à rétracter les possibles de l’esprit jusqu’à les faire oublier. Sans même qu’on s’en aperçoive, on s’y est résigné : le rabattement de l’esprit est déjà de fait si avancé – procédant d’une transformation silencieuse, mais qui maintenant devient « sonore » – qu’il ne nous choque plus et même ne nous étonne plus.

4. Il est vrai qu’on s’inquiète enfin aujourd’hui de ce qui nous menace, depuis peu, mais si brutalement : on s’inquiète de la perte des ressources naturelles et de l’avenir de la planète et même on en fait, à raison, une priorité de notre temps comme de notre monde. L’avenir de celui-ci, au lieu d’apparaître comme un déploiement indéfini, soudain se referme brutalement sur nous et nous nous découvrons pris au piège que nous avons nous-mêmes provoqué. Mais n’en va-t-il pas de même de ces autres ressources qu’on appellera globalement de l’intelligence ou de la conscience ou, plus globalement encore, de l’« esprit », ce terme, je l’ai dit, étant lui-même à retravailler ? Nous multiplions aujourd’hui les marches pour le climat, la volonté de mobilisation est de plus en plus générale, et cela pour continuer de pouvoir vivre – ou survivre – sur la Terre et de respirer. Mais s’aperçoit-on que ces autres ressources – de l’« esprit » – pour des raisons analogues sont en train, elles aussi, de s’atrophier et de se raréfier ? Car, de même que la production technique s’est retournée contre la vie sur Terre et la menace, la commodité technique et, plus récemment, numérique s’est retournée contre ces ressources de l’esprit qui nous font « vivre », et cela d’une façon qui n’est pas seulement figurée. Mais se soucie-t-on de cette autre « menace » ?

Car s’il y a bien eu également dans les deux cas transformation silencieuse, parce que globale et continue, mais qui maintenant se perçoit dans ses résultats, il s’avère que dans l’un, de ce que la Terre se réchauffe, le phénomène s’éprouve de façon flagrante, à vif, dans notre chair et physiquement. On voit sous nos yeux que tant d’espèces sont en train de disparaître et que la Terre est effectivement menacée dans sa vivabilité. Les savants peuvent analyser les facteurs en jeu, en développer un savoir positif et même modéliser l’évolution à venir. Dans l’autre cas, en revanche, celui de la vie de l’esprit, le phénomène est intérieur à nous-mêmes, à notre « esprit », ce pourquoi on est sans distance, par conséquent aussi sans prise aisée pour l’analyser. D’un côté, il y a une cause assignable, qu’on peut nettement invoquer et dénoncer (le CO2) ; mais, de l’autre, non seulement les raisons sont plus diffuses et ne se prêtent pas aussi commodément à l’objectivité de la mesure, mais surtout la transformation s’opère elle-même dans l’invisible. Pour autant on en perçoit maintenant des effets également sensibles : la chute de la lecture, la perte de la présence, l’étiolement du sujet, etc. – je reprendrai tous ces points l’un après l’autre et pas à pas.

Mais encore faut-il vouloir, ces effets devenus patents, les remarquer. Ou bien l’on s’en fait de temps en temps la remarque, mais sans plus l’approfondir. Ou bien même l’on s’y résigne justement parce que le principe en est dans l’invisible et qu’on ne se voit pas de prise tangible pour s’y opposer. Voire, nous faisons semblant de croire, parce que les moyens culturels, grâce au numérique, vont se démultipliant, que tout ce qui s’y laisse remarquer d’effets négatifs, concernant la vie de l’esprit, est promis à être largement compensé. En vrai, nous sommes concernés de trop près, c’est-à-dire en nous-mêmes, cela nous remet nous-mêmes trop en question, pour accepter d’y prêter davantage attention et entreprendre d’y résister. Ce pourquoi nous continuons de passer cette transformation sous silence, au lieu de nous en alarmer.

On entend annoncer, chez ceux qui se sont les premiers mobilisés pour la planète, que nous devrions ne plus avoir dorénavant d’autre « morale » que de « favoriser la vie sur Terre ». Or, la question désormais nous revient cruciale : peut-il y avoir « vie » proprement humaine sans que celle-ci soit également une « vie de l’esprit » ? Ou bien « vie », quand il s’agit de l’esprit, ne serait-il que d’un emploi second, dilué ou métaphorique ? Ou bien sinon métaphysique ? De là qu’il incombe désormais à la philosophie, après avoir critiqué la pensée religieuse et métaphysique qui l’a précédée, elle qui exaltait l’« Esprit » par rupture d’avec le monde, mais maintenant est en retrait, de repenser ce qu’est la « vie » quand elle ne se borne pas au vital, mais ne se cantonne pas non plus dans un sens abstrait ou figuré ni ne s’extrapole dans un autre monde. C’est-à-dire de se demander en quoi « être en vie » n’est pas seulement « ne pas être mort », mais relève également de la capacité d’être plus pleinement ou surabondamment vivant – « au-delà » donc du vital, mais sans que cet au-delà soit celui d’un Au-delà du monde et d’une autre vie. Ou comment penser l’invisible de l’« esprit » sans qu’il renvoie à l’Invisible ?

Il faudra repenser, autrement dit, sous le terme de « vie de l’esprit », une vie dont le contraire n’est pas la mort, mais ce que j’ai nommé la « non-vie », la vie inerte, enlisée, qui n’est plus qu’une apparence de vie ou pseudo-vie, vie rabattue ou vie « perdue ». En opposition à quoi est à concevoir la vie « alerte », vie en essor, ou la « vraie vie ». Or, ne sommes-nous pas en train précisément aujourd’hui, par transformation silencieuse et sous le régime du numérique, de l’Intelligence artificielle et de tout ce qui s’impose de technicité trop commode, de sombrer peu à peu dans ce qui ne serait plus que de la non-vie – de « la vie qui ne vit pas » – sans même nous en rendre compte ? De là qu’il faudra faire de la vie de l’esprit un concept de combat, décapé de la spiritualité d’antan, celle du spiritualisme et de la métaphysique, et mobilisant notre présent même. Nous mobilisant par conséquent comme on se mobilise aujourd’hui pour la planète : de sorte que la vie humaine soit portée à se promouvoir, et cela « en ce monde », le seul, au lieu de s’y laisser étioler, sans même qu’on songe à s’en révolter.

5. Car c’est aussi un fait de notre modernité que le philosophe, ne s’occupant plus seulement d’idéalité et de raison pure, tourne son regard vers le présent de ce monde : qu’il se conçoive ainsi en diagnosticien du contemporain. Mais quelle disposition – ou plus précisément quelle distance – faut-il avoir alors avec ce contemporain, en même temps qu’on y applique son attention, pour pouvoir « voir à travers » lui, dis-cerner en son centre, ou plus précisément dans son « entre », dia : en être proprement le « dia-gnosticien » ? Car la tâche du philosophe n’est pas de commenter ce présent, ce que fait pour son compte le journaliste (en quoi je me sépare ici de ceux qu’on nomme des « Intellectuels ») ; n’est pas de le jauger et de l’évaluer pour le gérer à ses fins, comme le fait l’homme politique ; ni non plus de le juger, de le blâmer et de le dénoncer, comme le fait le Moraliste. Il s’agit, pour mener ce diagnostic du présent, d’en dégager l’évolution d’après ce qu’il laisse appréhender de symptômes, donc aussi en fonction d’exigences et de cohérences qui puissent rendre ces faits plus lisibles.

(…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre 1 – D’un clic, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 7-27. Extrait disponible sur le site web de l’éditeur.



AU SUJET DE L’AUTEUR

FRANÇOIS JULLIEN

Source : https://francoisjullien.hypotheses.org/
Source : https://francoisjullien.hypotheses.org/

Philosophe, helléniste et sinologue, François Jullien a déployé son chantier entre les pensées de la Chine et de l’Europe. Il en a développé une philosophie de l’existence. Son œuvre compte plus d’une trentaine d’essais. C’est l’un des penseurs contemporains les plus traduits dans le monde.

Source : Éditions de l’Observatoire.


Philosophe et sinologue français. Ancien élève de l’École normale supérieure, Ulm, Paris (1972-1977). Agrégé de l’université (1974). Responsable de l’antenne française de sinologie, Hong-Kong (1978-1981). Docteur ès lettres (1983). Président du Collège International de philosophie, Paris (1995-1998).

Professeur, Université Paris-Diderot, France / Chaire sur l’altérité, FMSH, Paris, France L’œuvre de François Jullien se déploie au carrefour la sinologie et de la philosophie générale. Fondée sur une étude de la pensée de la Chine antique, du néoconfucianisme et des conceptions littéraires et esthétiques de la Chine classique, elle questionne l’histoire et les catégories de la raison européenne en instaurant un vis à vis entre les cultures. En faisant le détour par la Chine, le travail de François Jullien a ainsi ouvert des pistes fécondes et exigeantes pour penser l’interculturalité.

Le travail actuel de François Jullien vise à la fois à dépayser la pensée, en explorant en Extrême-­Orient d’autres intelligibilités que celles qu’a développées la pensée européenne ; et, par effet de retour, à partir de cet écart, à remonter dans les choix enfouis de la raison européenne et à la réinterroger dans ses partis pris – autrement dit dans son impensé. En tentant d’éviter le double écueil du préjugé ethnocentrique et de la fascination exercée par l’exotisme, l’ambition du chantier ouvert est de construire un rapport interculturel qui se garde de l’universalisme facile comme du relativisme paresseux qui aboutit au culturalisme ; elle est, en faisant jouer l’« hétérotopie » chinoise, de remettre en perspective la tradition européenne, de dé­ et re-catégoriser la pensée et de contribuer ainsi à une reconfiguration du champ du pensable.

François Jullien est l’auteur de plus de vingt ouvrages majeurs, traduits dans plus de 20 pays (dont  la Chine et le Viet-Nam). Il a récemment signé Cette étrange idée du beau (Grasset, Paris, 2010) ; L’invention de l’idéal et le destin de l’Europe (Seuil, Paris, 2009) ; De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures (Fayard, Paris  2008) et Chemin faisant, connaître la Chine ou relancer la philosophie (Seuil, Paris, 2006).

Son œuvre a fait l’objet de nombreuses études et colloques. Il a reçu le prix Rousseau de la Ville de Genève, le prix de l’Académie Française, le prix de la Maison des gens de lettres et le prix Hannah-Arendt pour la pensée politique.

Source : François Jullien, Canal U.


Bibliographie

Chantier philosophique Chine-Europe

Lu Xun. Écriture et révolution, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1979, 128 p. (ISBN 2-7288-0061-8)

La Valeur allusive : Des catégories originales de l’interprétation poétique dans la tradition chinoise, Paris, École française d’Extrême-Orient, 1985, 312 p. (ISBN 2-85539-744-8)19 ; rééd. PUF, « Qudrige », 2002

La Chaîne et la trame. Du canonique, de l’imaginaire et de l’ordre du texte en Chine, Extrême-Orient/Extrême-Occident, Presses Universitaires de Vincennes ; réed. « Quadrige », PUF, 2004, 240 p.

Procès ou Création. Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 198920, 320 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 1996

Fonder la morale. Dialogue de Mencius avec un philosophe des Lumières., Grasset, 199521, 219 p. ; rééd. Dialogue sur la morale, Le Livre de Poche, « Biblio », 1998

Un sage est sans idée ou L’Autre de la philosophie, Seuil, 1998, 237 p. ; rééd. « Points », Seuil, 2013.

Du « temps ». Éléments d’une philosophie du vivre, Grasset, 2001, 240 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2012

L’Ombre au tableau, du mal ou du négatif, Seuil, 200422, 192 p. ; rééd. Du mal/du négatif, « Points Essai », 2006

Nourrir sa vie. À l’écart du bonheur, Seuil, 2005, 176 p. ; rééd. « Points », Seuil, 2015

Chemin faisant, connaître la Chine, relancer la philosophie. Réplique à ***, Seuil, 2006, 160 p.

Sortir de la langue de l’Être ?

Figures de l’immanence. Pour une lecture philosophique du Yi king, Grasset, 199323,24,21, 288 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 1995 : rééd. Seuil « Points essai », 2012

Si parler va sans dire. Du logos et d’autres ressources, Seuil, 2006, 208 p.

Les Transformations silencieuses, Grasset, 2009, 200 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2010.

De l’Être au vivre, Lexique euro-chinois de la pensée, Gallimard, 2015, 315 p. ; rééd Gallimard « Folio », 2019

Ce Point obscur d’où tout a basculé, Éditions de l’Observatoire, 2021, 160 p.25 ; rééd. De l’évasif, « Alpha » Éditions de l’Observatoire, 2023

Interroger « Dieu »

Ressources du christianisme, Mais sans y entrer par la foi, Éditions de L’Herne, 2018, 121 p.

Moïse ou la Chine. Quand ne se déploie pas l’idée de Dieu, Éditions de l’Observatoire, 2022, 384 p. ; rééd. Gallimard « Folio », 2004

Dieu est dé-coïncidence, Labor et Fides, 2024, 103 p.

Efficacité et stratégie

La Propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, Seuil, 199226, 288 p. ; rééd. Seuil, « Points essais », 2003

Le Détour et l’Accès. Stratégies du sens en Chine, en Grèce, Grasset, 199527,21,28,29, 462 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 1995 ; Seuil, « Points essais », 2010

Traité de l’efficacité, Grasset, 199730,31,32,33, 240 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2002

Conférence sur l’efficacité, PUF, 2005, 96 p. ; rééd. PUF, « Quadrige », 2020

Philosophie de l’art

Éloge de la fadeur. À partir de la pensée et de l’esthétique de la Chine, Philippe Picquier, 1991[1], [2], [3], 144 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 1993, 2004

De l’Essence ou du nu34, 152 p., Seuil, 2000 ; rééd. Le Nu impossible, Seuil, « Points », 2005.

La Grande image n’a pas de forme ou Du non-objet par la peinture, Seuil, 2003[4], 384 p. ; rééd. Seuil, « Points essais », 2009

Cette étrange idée du beau, Grasset, 2010, 266 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2011

Vivre de paysage ou L’impensé de la Raison, Gallimard, 2014, 258 p. ; rééd. Gallimard, « Folio essais », 202235

L’universel et le dialogue des cultures

De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures36, Fayard, 2008, 270 p. ; rééd. « Points », Seuil, 2010.

L’invention de l’idéal et le destin de l’Europe, Seuil, 2009, 204 p. ; rééd. Gallimard, Folio, 2017

L’écart et l’entre. Leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité, Galilée, 2012, 91 p. ; rééd. Gallimard, « Folio essais », 2018.

Le Pont des singes (De la diversité à venir). Fécondité culturelle face à identité nationale, Galilée, 2010, 72 p. ; rééd Altérités, Gallimard, « Folio essais », 2020

Il n’y a pas d’identité culturelle, mais nous défendons les ressources d’une culture37, Éditions de L’Herne, 2016, 93 p.

Entrer dans une pensée ou Des possibles de l’esprit, Gallimard, 2012, 188 p. ; rééd. Gallimard, « Folio essais « , 2018.

Philosophie du vivre

Philosophie du vivre, Gallimard, 2011, 256 p. ; rééd. Gallimard, Folio, 2015.

Cinq concepts proposés à la psychanalyse, Grasset, 2012, 185 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2013.

De l’intime. Loin du bruyant Amour, Grasset, 2013, 253 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2014.

Vivre en existant, Une nouvelle éthique, Gallimard, 2016, 281 p.

Près d’elle, Présence opaque : présence intime, Galilée, 2016, 119 p. ; rééd. Altérités, Gallimard, « Folio essais », 2020

Une seconde vie, Grasset, 2017, 185 p. ; rééd. Le Livre de Poche, « Biblio », 2018.

Si près tout autre, De l’écart et de la rencontre, Grasset, 2018, 223 p. ; rééd. De la rencontre, Gallimard, « Folio essais », 2020

L’inouï, Grasset, 2019, 207 p. ; rééd. Le Livre de Poche, 2021

De l’écart à l’inouï, Éditions de L’Herne, 2019, 129 p.

De la vraie vie, Éditions de l’Observatoire, 2020, 200 p. ; rééd. Le Livre de Poche, 2022

L’Incommensurable, Éditions de L’Observatoire, 2022, 250 p.

La Transparence du matin, Éditions de L’Observatoire, 2023, 272 p.38

Philosophie de la dé-coïncidence

Dé-coïncidence. D’où viennent l’art et l’existence?, Grasset, 2017, 162 p. ; rééd. Le Livre de Poche, 2020

Politique de la décoïncidence, Éditions de L’Herne, 2020, 122 p.

Rouvrir des possibles. Décoïncidence, un art d’opérer [archive], 2023, 168 p., Éditions de l’Observatoire

Raviver de l’esprit en ce monde, un diagnostic du contemporain, Éditions de l’Observatoire, 2023, 217 p.

Source : François Jullien, Wikipédia.


Voir aussi

La page François Jullien sur Lieux-dits

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Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

Raviver de l’esprit en ce monde

Un diagnostic du contemporain

François Jullien

Éditions de l’Observatoire, 2023

L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.

I. D’un clic

« L’homme enfin n’aurait plus à faire ce qu’il a fait depuis la nuit des temps : à faire effort.  »

1. Un si petit mot – à peine un mot – règle désormais nos vies entières : un « clic ». « D’un clic », je dirige et je dispose. L’onomatopée ne fait même plus, comme jadis, entendre le bruit d’un claquement ; elle commande en silence à l’ordinateur : je clique sur l’écran, sur l’icône, et tout, d’un coup, apparaît : tout aussitôt se réalise. Y a-t-il geste plus simple, mais qui soit plus magique ? D’un clic, on atteint sans attendre, apparaît soudain sur l’écran le résultat escompté et cette automaticité est merveilleuse. Car « cliquer » n’est même pas appuyer, la pression du doigt est la plus légère, elle est égale et sans insistance : je n’éprouve plus sous la main, venant du monde, de résistance. Et même, tout s’opérant à proximité, entre le doigt et le clavier, il n’y a plus à franchir de distance ou d’opacité. L’homme enfin n’aurait plus à faire ce qu’il a fait depuis la nuit des temps : à faire effort. Car le geste est minimal, à peine esquissé, je ne fais qu’effleurer la touche : il n’y a même plus à enfoncer, donc de force à dépenser, l’intensité est minimale. Il n’y a même plus de bouton à tourner, comme pour régler le niveau du son ou du chauffage : « Vous n’avez qu’à cliquer », du bout du doigt, et l’effet suit de lui-même. N’a-t-on pas su capter enfin – et canaliser – l’immanence dispersée naguère encore dans tant de rouages et de processus, mais désormais soumise à mon gré ? Il n’y aura donc plus à chercher, à viser, ou même seulement à projeter. L’obtention est quasi immédiate et tout ne fait toujours qu’obtempérer, il n’y aura même plus à souhaiter ou espérer. Et même qu’ai-je besoin encore de « volonté » ?

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre I – D’un clic, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 7.

J’ose parler de la culture du clic, qui ne l’a pas observé avance lui-même sans conscience de son clic. En faut parler de la culture du clic, clic, clic par empressement car très souvent la personne ne se donne même plus la peine de s’arrêter aux résultats affichés et se perd. Ce clic, clic, clic témoigne d’une confiance en soi et en la machine mal placée. Nous pouvons parler de parler de geste machinale voire involontaire, qui échappe à la conscience.

(…) j’avance désormais, non plus de moment en moment, mais de clic en clic, télécommandé que je suis par le programmes et ses algorithmes. C.est peu dire que l’y suis «guidé», j’y suis plutôt conditionné et, n’ayant plus de marge de manœuvre, je n’ai pas plus à faire appel à ma pensée qu’à ma volonté : qu’est-ce qui, d’un clic, s’atrophie alors de ma capacité, dans ma relation au monde comme à moi-même, que ne me laisse plus désirer ou même seulement imaginer ? (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre I – D’un clic, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 11.

Je me suis arrêté à chaque occasion offerte sur le philosophie elle-même, notamment ce passage :

Car la tâche du philosophe n’est pas de commenter ce présent, ce que fait pour son compte le journaliste (en quoi je me sépare ici de ceux qu’on nomme des « Intellectuels ») ; n’est pas de le jauger et de l’évaluer pour le gérer à ses fins, comme le fait l’homme politique ; ni non plus de le juger, de le blâmer et de le dénoncer, comme le fait le Moraliste. Il s’agit, pour mener ce diagnostic du présent, d’en dégager l’évolution d’après ce qu’il laisse appréhender de symptômes, donc aussi en fonction d’exigences et de cohérences qui puissent rendre ces faits plus lisibles.

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre I – D’un clic, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 27.

II. l’adieu au Livre

1. Partons donc de plus haut, en amont, au départ de ce qui fait « livre » : un livre n’est pas seulement l’œuvre d’un auteur, il est aussi un support de civilisation. Et cela depuis des millénaires, depuis que la civilisation se connaît comme civilisation.(…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre II – L’adieu au Livre, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 31.

J’ai lu ce chapitre avec un intérêt particulier parce que je suis moi-même auteur (et non pas écrivain professionnel) et éditeur (Fondation littéraire Fleur de Lys). Je partage avec François Jullien son constat : les livres contribuant à la « vie de l’esprit » se font rares.

Car encore faut-il s’entendre sur ce qu’est un « livre » : un texte un peu long et qui soit édité suffit-il à faire un livre ? Un Livre ne se détache-t-il pas de la mer indéfinie de l’écrit qui l’entoure ou par quoi se qualifie-t-il, ou se rehausse-t-il, à par-tir de quoi se noue-t-il, et cela sans qu’on veuille l’enrober pour autant de sacralité, serait-elle la dernière qui nous reste ? Or demandons-nous : quelle est la nature, en regard, de ce qui se vise et se vend aujourd’hui comme « livre » ? Que de plus en plus de personnes veuillent, dans notre société, écrire un livre et le publier peut être tenu pour un progrès démocratique et participe à l’émancipation politique. Et que l’édition numérique le permette, pourquoi ne serait-ce pas, en effet, le plus souhaitable ? Car chacun n’a-t-il pas dans sa tête quelque livre à écrire et ne peut-on imaginer qu’il y ait, au fil du temps et par inversion progressive des parties, de plus en plus d’« auteurs » et de moins en moins de « lecteurs » ? Que, à terme, tout le monde écrive et que plus personne ne lise n’est pas une hypothèse à éliminer. Mais il vaudra alors d’autant plus la peine de préciser à quelles exigences internes répond un « livre » et ce qui, en termes de civilisation, avec le Livre, aujourd’hui disparaît ; et par quoi aussi il est remplacé. Ou bien à quoi nous disons « adieu ». À mieux cerner cette transformation silencieuse se présentant donc comme tout le contraire d’un séisme, mais néanmoins si perceptible désormais dans son résultat, saura-t-on mieux ce qui se joue là d’une mutation qui fait si violemment symptôme et nous donne à songer pour l’avenir.

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre II – L’adieu au Livre, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 34-35.

À titre d’éditeur en ligne de livres papier (imprimé à la demande – un exemplaire à la sois à la suite de l’achat par un lecteur) et de livres numériques et n’ayant pour seule distribution et point de vente ma propre librairie en ligne, je m’inscris dans « un progrès démocratique » et je « participe à l’émancipation politique ».

Je m’appuie sur un constant simple : les éditeurs traditionnels (avec distribution en librairies) refusent plus de 90% des manuscrit soumis à leur attention par les nouveaux auteurs et les écrivains professionnels. Il nous reste donc un maigre 10% des écrits qui sont édités. Ainsi, aussi grande que puisse être une librairie avec pignons sur rue, elle n’offre qu’une part des 10% des écrits finalement édités puisqu’il n’en est pas proposé davantage. Et il va de même des bibliothèques nationales. Elles ne recueille, par le dépôt légal, que les 10% des écrits édités.

Le plus important critère de sélection des manuscrit par les éditeurs traditionnels est commercial (Ce manuscrit, si je l’édite, sera-t-il rentable ?) C’est dire que les éditeurs traditionnels sélectionnent les manuscrits à éditer, moins de 10%, sur la base de leur rentabilité commerciale.

En bout de ligne, nous disposons que de moins de 10% des écrits du bon peuple, de ceux et celles qui se donnent la peine d’écrire en vue d’être lus. Notre patrimoine littéraire est donc amputé de plus de 90% des écrits du bon peuple.

Depuis l’arrivée de l’impression à la demande (un exemplaire à la fois suivant la vente de ce dernier) jumelée aux technologies numériques permettant la production à moindre coût du livre en format numérique, l’accès à l’édition et à l’autoédition se démocratise. Plusieurs nouveaux auteurs, auteurs et écrivains n’offrent plus leurs manuscrits en lecture à un éditeur traditionnel. Ils s’adresse directement à un éditeur en ligne ou un service d’autoédition en ligne.

François Jullien écrit : « Car chacun n’a-t-il pas dans sa tête quelque livre à écrire et ne peut-on imaginer qu’il y ait, au fil du temps et par inversion progressive des parties, de plus en plus d’« auteurs » et de moins en moins de « lecteurs » ? Que, à terme, tout le monde écrive et que plus personne ne lise n’est pas une hypothèse à éliminer ». Certes, la question est légitime mais dans une perspective uniquement économique de rentabilité. Car, les nouveaux auteurs, les auteurs et les écrivains professionnels que j’édite ne poursuivent pas tous un ou ne souffrent pas tous du « syndrome Harry Potter » (succès mondial). Ces gens-à écrivent avant tout pour leurs proches ou les personnes intéressées par l’expérience de vie et ou de travail dans une discipline donnée.

Quand j’accepte le manuscrit d’un auteur et que je lui demande quelle de mise en marché ils souhaitent, il peut choisir, entre trois options, la seule option de la gratuité : « Offrir gratuitement la version numérique aux lecteurs potentiels ». Et plusieurs auteurs préfèrent cette option. Ainsi, plutôt que de voir leurs œuvres en vente dans notre librairie en ligne, ils les retrouvent dans notre bibliothèque de livres numériques gratuits. Le mercantilisme a donc beaucoup moins d’importance que le laisse prétendent les statistiques de vente des grands éditeurs en ligne.

Et qui sont ces auteurs ? On dénombre très de jeunes; ils sont occupés à cliquer, texter, et faire leurs devoirs scolaires. Ces auteurs sont plus souvent qu’autrement des pré-retraités, des retraités ou des professionnels aguerris encore au travail dans leur discipline respective, avec leurs expériences en sujet de leurs essais, bref, des gens qui ont le temps d’écrire et, souvent, pour qui écrire est un projet longuement mûri au cours de leur vie. La plupart ne regardent pas du côté de l’édition traditionnelle avant de se tourner vers l’édition en ligne ou l’autoédition. Et dans notre maison d’édition, plus du tiers des livres édités depuis plus de vingt ans sont des ouvrages qui donnent à penser, qui ravivent l’esprit. Sachant qu’il n’y aura pas rejet ou de censure d’un éditeur traditionnel, ils se donnent une grande liberté en s’engageant dans des chemins de travers.

François Jullien écrit : « Mais il vaudra alors d’autant plus la peine de préciser à quelles exigences internes répond un « livre » et ce qui, en termes de civilisation, avec le Livre, aujourd’hui disparaît ; et par quoi aussi il est remplacé. » C’est vrai, le livre, celui avec une lettre majuscule, le livre de fond qui donne conscience et la change en même temps, le livre révélateur au sens philosophique du terme, disparaît peu à peu, d’une génération à l’autre.

Les lecteurs en âge et en expérience, scolarisés et instruits au cours des décennies des années 1950-1960, héritiers de l’enseignement Classique, meurent peu à peu et avec eux le Livre.

On peut toujours mettre en cause la marchandisation du livre mais, de par sa nature, si le marché du livre ne trouvait pas preneurs (lecteurs), sous un clic ou en personne, il sombrerait avec le livre ou s’adapterait à créer une nouvelle demande et s’imaginer qu’il répond à un besoin. Il pourrait s’accaparer un part de marché d’autres produits, vendre des jeux, des bibelots et même des soupes aux côtés des livres. Que le meilleur gagne.

Les jeunes ne lisent plus, dit-on. Forcés de lire au cours de leurs études, ils abandonnent rapidement la lecture au cours de leur vie d’adulte. C’est pourquoi j’ai intitulé mon plus récent ouvrage : « LE DERNIER LIVRE – POUR LE JEUNES QUI NE PASSERONT PAS LEUR VIE À LIRE – TOUT CE QUE VOUS N’APPRENDREZ PAS AU SECONDAIRE ET AU COLLÉGIAL ».


Le dernier livre – Pour les jeunes qui ne passeront pas leur vie à lire. Cliquez ici pour télécharger gratuitement ce livre (PDF) ou cliquez ici pour le lire en ligne sur ce site web.
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La civilisation du livre va-t-elle céder sa place à la civilisation du clic ? Pour les jeunes, c’est déjà le cas. Pour les adultes, c’est la civilisation du « non livres » :

Je n’ai même pas besoin de citer de tels livres puisque ce sont ceux qu’on voit le plus souvent étalés dans les librairies et que chacun connaît. Car les librairies se sont elles-mêmes, durant ces dernières années, silencieusement recomposées. Sauf exceptions dues à la résistance de libraires indépendants et qu’il faut hautement saluer. Des rayons se sont souvent massivement accrus, plutôt faits de ce que j’appellerai des « non livres », s’étendant du Développement personnel au marché du Bonheur : relevant donc à la fois de la « spiritualité » et de la « para-psychologie », comme on parle de « para-pharmacie ». Les rayons consacrés à la philosophie se trouvent, de ce fait, de plus en plus reportés dans le fond et réduits : l’érosion a été lente et régulière, mais elle devient maintenant spectaculaire. Car cela se mesure bien d’abord en termes de place : non pas tant qu’il y en ait moins, mais on retrouve de plus en plus les mêmes livres empilés partout pour être imposés à la vente. La loi est de plus en plus, comme ailleurs, celle du monopole sous la diversité tant vantée : il n’est plus guère laissé de lieu pour les autres, l’espace réservé aux livres sur table ou sur les rayons, mais tout aussi bien dans les journaux comme à la radio, se trouvant de plus en plus consacré au tout-venant de l’actualité captant l’intérêt du jour. (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre II – L’adieu au Livre, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 38-39.

À la fin des années 1990, toujours consterné par le succès des non livres de la série « Bouillon de poulet pour l’âme », du fait que les lecteurs préféraient un bouillon en place et lieu d’un repas complet nourrissant (ravivant) l’esprit, j’ai entrepris la rédaction d’un essai offrant à la conscience un tel repas : « J’AIME PENSER – COMMENT PRENDRE PLAISIR À PENSER DANS UN MONDE OÙ TOUT UN CHACUN SE DONNE RAISON – ESSAI ET TÉMOIGNAGE DE GOUVERNANCE PERSONNEL ».

J'aime penser - Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison. Cliquez ici pour télécharger gratuitement ce livre (PDF) ou cliquez ici pour le lire en ligne sur ce site web
J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison. Cliquez ici pour télécharger gratuitement ce livre (PDF) ou cliquez ici pour le lire en ligne sur un site web dédié.

Ce livre, anti-développement-personnel-à-la-volée, fut proposé, par principe à l’éditeur des « Bouillons de poulet pour l’âme » et refusé d’emblée. Un casse-croûte n’offre pas de restauration gastronomique, même amateur, et je le savais. Je voulais simplement que cet éditeur le sache aussi, si ce n’était pas déjà le cas.

III. La perte de présence

Parmi les pertes de notre contemporain, il en est une particulièrement cruciale, en effet, mais que nous pointons moins – sans doute parce qu’elle se mêle désormais le plus intimement à notre quotidien et  que nous ne savons plus suffisamment la repérer pour la penser. Une perte qui, par suite, ira s aggravant en même temps que s’assimilant toujours davantage et qui ne peut appeler – une fois pointée – que le sursaut d’une résistance : celle que j’ai commencé de nommer la « perte de la présence ». (…)

(…) Perte sans doute la plus urgente à penser parce que abîmant si crûment l’humain, aggravant la non-vie, en même temps qu’elle paraît compensée par tant d’avantages qui sont patents et par suite la recouvrent et la dissimulent : on évite ainsi tant de déplacements, on pourra tout gérer de son fauteuil – le numérique nous relie aussitôt à tout et à tous, on est d’emblée « connecté » avec le monde, à tout instant. Plus besoin de se déranger ni de se dépenser : il y a à la fois économie de moyens et gain de temps. En outre, à cette facilité et « démocratie » de l’accès s’ajoute un profit écologique « pour la planète »… (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre III – La perte de présence, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 55.

Je résume ainsi ce chapitre : « Je ne suis plus ici mais là, là et encore là, bref ne m’attendez pas au coin de la rue. Et même si je vais au café avec mes amis, je ne serai pas présent à eux. »

Si cette commodité technique défait donc si cruellement – parce que si sournoisement, si sourdement – la présence, c’est qu’on se croit encore en présence, alors qu’on ne l’est plus, qu’on est dans un semblant de présence, ou pseudo-présence, comme j’ai déjà parlé de pseudo-livres et de pseudo-vie : de ce semblant de présence je n’aurais même pas à m’inquiéter parce que son leurre demeure dissimulé et qu’on reste dans une proximité physique qui le cautionne et l’absout. Il ne s’agira pourtant pas là de refaire le procès ordinaire contre la technique, mais seulement de constater : quand les voyageurs descendent du car devant un « beau » paysage, ils se mettent aussitôt à prendre des photos sans commencer de se rendre présents à ce paysage, c’est-à-dire de se laisser envahir par ce qu’ils ont sous les yeux – mais qui n’est pas seulement « sous les yeux » et se creuse « en esprit ». En quoi leur vue peut se perdre jusqu’à les absorber. Ou plutôt le font-ils comme par réflexe et par démission pour ne pas avoir à tenter d’être présents au paysage, à en faire effort : pour pouvoir se dérober à l’effraction, au dérangement silencieux, au si bouleversement qu’il pourrait susciter. Ces photos, qui n’ont rien à voir avec l’art de la photographie, escamotent ainsi la présence, s’y substituent et en dispensent. Ou bien les jeunes gens qui se retrouvent au café et se mettent à lire chacun leurs textos s’évitent le heurt du face-à-face, l’inouï de se rencontrer. Et cela sans s’en rendre compte, comme si de rien n’était.

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre III – La perte de présence, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 57-58.

Cette situation impliquant des jeunes attablés ensemble dans un café et chacun plongé, rivé à son téléphone cellulaire, sans dire un seul mot à l’Autre, ça me dépasse complètement. Je ne comprends pas. Et même les familles, les couples font de même au restaurant. Je classe un tel comportement dans les insultes, tant à soi-même qu’à l’Autre. Ces gens n’ont pas de vie. Ils sont dans la « non-vie » comme le souligne si bien François Jullien dans son livre RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE. Mais contrairement à Monsieur Jullien, je ne parlerais même pas de « pseudo-présence ». Ce gens-là ne sont pas là du tout. Et s’agit-il encore d’être humain ou simplement de robots en esclavage technologique ? « Ne gaspillez pas votre jeunesse ! » Sont-ils conscients d’être absents ? Je ne comprend pas.

Et pour qu’il y ait « perte de la présence », ne faut-il pas qu’une présence précède ? Ont-ils déjà été présents ? Dès l’enfance, ils se fixent à leurs téléphones, à leurs console de jeux, à leur tablette, avec l’assentiment de leur parents. Comment ces parents peuvent-ils éduquer ces absents ?

Notre jeunesse gaspille sa jeunesse. Dans la Bible Louis Segond, il est écrit : « Que personne ne méprise ta jeunesse; mais sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté. » IL LA MÉPRISE EUX-MÊMES !!!

IV. L’étau de la coïncidence

(…) J’ai déjà été conduit à nommer « coïncidence », d’un point de vue social et politique, ce fait élémentaire qu’une « idée » – dès lors qu’elle est collectivement assimilée, n’est par conséquent plus questionnée et même n’est plus soupçonnée, donc qu’on ne pense plus à la penser – devient par là même « idéologie ». Elle s’étale dès lors en pseudo-« évidence » – comme j’ai parlé de pseudo-présence – et génère d’elle-même une obédience, en deçà même de l’opinion ou de la croyance, qui est d’autant plus puissante dans ses effets, par
l’adhérence engendrée, qu’elle est subie sans plus laisser de prise pour la critiquer ou même seulement la remarquer. Or il n’en découle pas seulement que l’uniformisation intellectuelle tue alors la pensée ; ou que la standardisation des thèmes empêche la singularité des points de vue ; ou bien que la logique de la communication l’emporte sur
le travail d’élaboration ; ou encore que ces sillons /filons) du marché se creusent désespérément en ornières restreignant l’invention. Il en résulte surtout un effet de contrainte d’autant plus redoutable qu’il n’est pas suspecté et donc n’est pas interrogé, encore moins analysé.

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre IV – L’étau de la coïncidence, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 86-87.

Tout coïncide et tout doit coïncider. C’est la devise du nouveau marché des idées remplaçant la place, le lieu, des débats. Le monde des idées est marchandisé. Ainsi, il revient sur les mêmes idées à la mode et y revient encore, creusant ce que François Jullien identifie comme des sillons, des ornières. Et nous connaissons tous les dangers de sortir des ornières sur la route avec nos automobiles; il faut y rester au risque de prendre le clot (prendre le champ). Cette coïncidence des idées créée l’uniformisation intellectuelle et la standardisation des thèmes dans un chemin toujours plus étroit, d’où l’idée de « l’étau de la coïncidence ».

La thématisation médiatique obéit comme telle à deux lois concurrentes qui la mettent en tension et la tiennent constamment en activité : la répétition poussée jusqu’au ressassement (et recouvrant tout autre événement) et la variation appelant un perpétuel renouvellement (empêchant par là l’approfondissement). D’une part, le fait qu’on ne peut parler que de ce dont on parle (ou que l’on ne peut débattre que de ce qui est déjà en débat) est la grande loi des médias tendant à bloquer la machine médiatique en circuit fermé. Il faut entendre ce « ne peut » : il signifie que les médias ne prêtent attention qu’à ce qu’ils ont déjà fait entrer dans le champ de leur attention. Le montage médiatique ne vaut dès lors que pour lui-même, tournant en boucle jusqu’à épuisement. D’où se justifie, d’autre part, la loi de son renouvellement appelant à faire entrer du nouveau dans le champ de son attention, mais un « nouveau » qui, dans ce cas, n’est pas véritablement nouveau puisqu’il est moins d’exploration que de compensation et de variation : il faut bien en effet « passer à autre chose » nous changeant de cet événement « usé ».

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre IV – L’étau de la coïncidence, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 94-95.

J’ai travaillé à la radio de Radio-Canada à Québec alors que je n’avais que 18 ans (il y a près de vingt ans). Je prenais le micro à titre de chroniqueur au culturel aux émissions matinales de la fin de la semaine (weekend).

Un jour, je flânais dans la salle des nouvelles et j’ai saisi un dossier sur un bureau ayant attiré mon attention de par son titre annonçant les nouvelles à venir. Je l’ai ouvert et je l’ai lu. Il s’y trouvait une liste des événements à ne pas oublier À CHAQUE ANNÉE : magasinage des Fêtes de Noël, Fêtes du Nouvel An, St-Valentin, arrivée du printemps, Pâques et le chocolat, le solstice d’été, la fin de l’année scolaire, la Fête Nationale, le début des vacances d’été, les récoltes de fruits et légumes, la Fête du Travail et ainsi de suite jusqu’au retour au début (magasinage des Fêtes de Noël). Pour un sillon, en voilà tout un. Et c’était il y a presque cinquante ans ! Je fus bouleversé du seul fait de l’existence de cette liste dans un dossier sur le bureau du chef de pupitre de la salle des nouvelles. L’étau de la coïncidence se resserre depuis plusieurs décennies !

V. Sujet inerte / sujet alerte

Comme elle ne croit plus à un statut donné, substantiel et comme auto-consistant d’un moi-sujet, la pensée moderne s’est plutôt attachée aux modes de « subjectivation » générés par la société. Or notre contemporain est marqué par trois modes prépondérants de subjectivation nous portant à l’« inertie » : le sujet est aujourd’hui Connecté, Communiquant et Consommateur. (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre V – Sujet inerte / sujet alerte, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 113.

Dans la vingtaine, j’ai importé de la France au Québec le programme JEUNES TÉLÉSPECTATEURS ACTIFS (JTA). Il s’agissait d’une nouvelle disciple, l’éducation aux médias. Le but du programme, comme son nom le révèle, visait à contrer la passivité des jeunes connectés à l’écran du téléviseur. Nous parlions alors des livres L’enfant de la télévision, Lire le journal et Pour comprendre les médias. On croyait qu’il suffisait d’expliquer le fonctionnement des médias pour développer le sens critique de leurs auditoires respectifs.  La lutte contre l’abrutissement du monde par les médias ne date donc pas d’hier. Le sous-titre du livre Pour comprendre les médias était le suivant : « Les prolongements technologiques de l’homme ». Aujourd’hui, avec les appareils numériques, on ne peut pas parler de prolongements technologiques de l’homme mais plutôt de prolongement humain de la technologie. Les rôles son complètement inversé. L’homme ne possède plus la machine. C’est la machine qui le possède. Elle fait de lui un sujet inerte, en référence aux propos de François Jullien.

VI. Fin de la philosophie ?

(…) Car ce ne sont peut-être pas les ressources propres à la philosophie, mais les conditions de possibilités de son exercice qui se sont aujourd’hui taries. (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre VI – La fin de la philosophie, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 155.

Heureusement qu’il s’agit d’une question : « Fin de la philosophie ? ». La philosophie, pour autant qu’elle se donne de l’esprit et se rapporte à lui, résiste à sa disparition depuis des millénaires. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? Parce que « les conditions de possibilités de son exercice qui se sont aujourd’hui taries » nous signale François Jullien. Parmi ces conditions, la place – le lieu – l’agora – où exercer la philosophie, où les esprits se rencontrent, partagent et débattent. Cette place se rétrécie. C’est vrai.

Cependant, je crois que la philosophie, avant toute rencontre de l’Autre, s’exerce dans un espace intérieur pour murir en mode de vie. Il est aussi vrai que cet espace intérieur se rétrécie (sujet inerte).

Personnellement, j’en suis venu à la conclusion que la philosophie n’est pas pour tout le monde, n’est pas accessible à tous. La philosophie est devenue le secret d’une vie bonne, d’une vraie vie. Alors, la philosophie peut-elle vivre que par l’exemple de ce mode de vie au sein de notre civilisation ? Oui. Mais l’influence sur l’Autre n’est pas plus assuré aujourd’hui qu’hier. La philosophie n’est pas tout le monde. Elle est non seulement devenue un secret mais aussi mystère. Et c’est ce statut, comme une graine en terre qu’on ne voit pas, qui éveillera l’intérêt dans un autre temps, lorsque la jeune pousse sortira en plein milieu du désert. Les secrets et les mystères en feront l’attrait comme toujours en toute civilisation.

Encore faut-il que celle-ci (la philosophie) reconnaisse sa part de responsabilité dans son propre naufrage : quand, faisant le choix de se penser comme « connaissance », elle a défini la « sagesse » comme étant la « science », sophia comme épistémè, elle a laissé tomber le « désir » de sagesse qui la portait – qui la portait à penser quoi si ce n’est vivre ? C’est donc le religieux, avec la pensée du « mystère » et du « salut », qui en a récupéré la charge. De cette bifurcation s’ensuivent une complicité et comme une bipartition des rôles, en Europe, avec le christianisme. Or, avec le retrait contemporain du religieux, vivre s’est trouvé abandonné et comme laissé en friche ; et c’est pourquoi, dans ce vide de la pensée, le marché du Développement personnel et du Bonheur a prospéré avec le succès qu’on sait – autant dire jusqu’à recouvrir la philosophie. (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre VI – La fin de la philosophie, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 177.

Note : Les mots (la philosophie) entre parenthèses sont de moi.

Pour l’instant, nous marchons dans un champ fleuri de bout en bout des fleurs du développement personnel. Mais ce dernier se tarira aussi en raison d’une contribution trop éphémère, par manque d’efficacité durable de la vie bonne promise et qui, somme toute, ne sera que saisonnière, et non pas vivace. Les gens ne veulent pas un Moi amélioré mais un tout nouveau Moi et seule la philosophie l’offre. Les fournisseurs et les distributeurs du développement personnel le savent. Et c’est pourquoi ils tentent de se relier à la philosophie pour se crédibiliser. Malheureusement pour eux, il n’est pas dans la nature même de la philosophie en en vertu de son statut civilisationnelle d’être autrement que vécue plutôt qu’exploitée comme un simple produit. Ils donnent l’illusion de la philosophie mais ils ne sont pas eux-mêmes des philosophes, si ce n’est que corrompus par un méli-mélo de toutes les sciences.

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VII. « De l’esprit », concept de combat

J’imagine avoir déjà fait assez travailler ici le terme d’« esprit », jusqu’à le mailler le plus étroite-ment avec la philosophie, l’avoir accommodé progressivement et plié à mon usage, l’avoir à la fois dégonflé et fait lever d’à ras l’expérience, pour pouvoir enfin l’aborder de front et le porter au concept en vue de penser en lui ce qui vient à défaillir : pour en faire l’outil d’un diagnostic du contemporain et, par suite, d’un combat à mener contre ce qui, par sa défaillance, nous menace aujourd’hui. Et d’abord il ne s’agit pas ici de l’« âme », mais de l’esprit. On clame de nos jours à grands cris la « mort de l’âme », son « abolition », mais l’âme est une notion qui restera irrémédiablement idéologique (est-elle « immortelle » ou non ?), affectivement connotée (le « supplément d’âme »), donc dont la perte porte si facilement à la désolation-consolation – ce dont je veux d’abord me garder ici. En outre, l’âme a rapport à la vie par le vital (déjà l’âme « nutritive » d’Aristote), mais l’esprit par le vivant. Or c’est ce vivant, comme contraire de la « vie qui ne vit pas », c’est-à dire qui ne vit pas vraiment, de la vie aliénée dont nous sommes menacés, que j’appelle à défendre et à promouvoir. Et ce en faisant de l’esprit un concept de combat – Kampf-hegriff dirait l’allemand – à tourner contre cette non-vie en train de nous enserrer sans qu’on l’aperçoive.

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre VII – « De l’esprit », concept de combat, Éditions de l’Observatoire, 2023, pp. 188-189.

(…) Pourquoi ne ferait-on pas en effet de ce rabattement de la vie de l’esprit, de ce qui s’en perd de ressources, une Cause, nationale et mondiale, réunissant l’humanité face à son danger, comme tente de la faire pour l’autre menace, concernant la « planète » ? (…)

JULLIEN. François, Raviver de l’esprit en ce monde – Un diagnostic du contemporain, Chapitre VII – « De l’esprit », concept de combat, Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 217.

Mener un combat ? Devenir combattant ? « Et ce en faisant de l’esprit un concept de combat » ? Mobiliser les esprits alertes pour en faire des lanceurs d’alerte ? Le tout dans une « Cause, nationale et mondiale, réunissant l’humanité » ? « Réunissant l’humanité, toutes les civilisations » ?

On ne peut pas envisager un tel combat sur l’inspiration du combat pour la « planète ». Ce dernier est né de l’extérieur, de la planète elle-même qui se fait lanceur d’alerte. La planète se fait entendre et prend tous les moyens naturels à sa disposition. Dans ce contexte, quel agent extérieur aussi tangible que la planète pourrait aussi se faire entendre et provoquer un combat, une mobilisation de toute l’humanité contre « ce rabattement de la vie de l’esprit » ?

À bien y penser, il faut admettre que la crise climatique est un symptôme du « rabattement de la vie de l’esprit » depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours avec la révolution technologique/numérique. Autrement dit, pour sauver la planète et nos civilisations, il faut lutter contre ce rabattement de l’esprit. Car c’est bien un problème de conscience qui a laissé courir la pollution de la planète depuis plus d’un siècle. Et c’est encore un problème de conscience qui permis le rabattement de l’esprit. Pollution de la planète et pollution de l’esprit proviennent toutes deux d’un manque de conscience. Nous n’avons pas anticipé les effets de nos inventions sur nous-même sur la planète par manque d’exercice de notre conscience devenue aussi enfumée que l’air. Nous n’avons pas écouté les lanceurs d’alerte à l’époque de l’ère industrielle. Notre conscience dormait au gaz. Puis, soudainement, nous nous sommes mis à courir dans tous les sens, pour tout et pour rien. C’est toute une chance que l’anxiété nous fut donnée en réponse normale aux menaces.

Il y a près de cinquante ans, j’écrivais ce poème sur les rives de mon adolescence.


L’Homme de course

La Terre est un champ de course.
Les dieux misent sur les points de vie
À savoir qui trouvera la fin
de ce circuit où la rapidité
ne détermine aucun vainqueur.

L’Homme de course

L’homme a métamorphosé la Terre
en une grande piste de course
sans loi et sans limite.

L’homme de course court
pour rattraper le temps perdu.

Mais il n’aura jamais le temps
de reprendre le temps
qu’il met à la poursuite du temps
déjà perdu.

Et si l’homme de course réussissait
à rejoindre son temps
il mourrait
puisque son temps serait écoulé.

Un conseil ? Prenez votre temps.

Serge-André Guay, 17 ans
Juillet 1975


François Jullien est un lanceur d’alerte dont je recommande fortement la lecture de son livre  RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC DU CONTEMPORAIN chez les Éditions de l’Observatoire et paru en 2023.

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J’accorde 4½ étoiles sur 5 au livre RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC DU CONTEMPORAIN chez les Éditions de l’Observatoire (2023).


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets :…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article # 82 – À quoi sert la philosophie ?, Marc Sautet, Éditions Pleins Feux, 1997

Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

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Article # 73Qu’est-ce que la philosophie ?

J’AI LU POUR VOUS

Qu’est-ce que la philosophie ?

Michel Meyer

(1950-2022)

Le livre de poche – Librairie générale française

Paris, 1997

EAN : 9782253942412

160 pages


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PRÉSENTATION

(Texte de la quatrième de couverture)

La question de ce petit livre est simple : peut-on aller au-delà du constat de crise et d’impuissance dont le philosophe se fait le prophète depuis plus d’un siècle ? Peut-on parler de la science sans complexe d’infériorité, de Dieu sans obscurantisme, d’existence sans tomber dans la banalité du café du commerce, de politique sans consacrer le cynisme, de morale sans faire dans le sermon ? Bref, la philosophie peut-elle aider à faire comprendre et à dépasser les apories du temps présent qu’elle a fait siennes, comme un malade ressasse sa propre maladie pour se donner le sentiment qu’ainsi il peut la mettre à distance à défaut de la vaincre ?

Toutes ces questions sont aujourd’hui les nôtres, et il ne faut pas avoir peur de parler des grands problèmes qui agitent les hommes depuis l’aube des temps, car si la philosophie a un sens, c’est bien en ce qu’elle seule envisage les questions ultimes dans une plus ou moins grande systématicité selon les époques.

M. M.


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Extrait du livre

L’ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE

Jamais on n’a eu autant besoin de philosophie qu’aujourd’hui. Dans un monde fragmenté, désorienté, où l’esprit analytique semble l’avoir emporté, la quête d’une synthèse est plus pressante que jamais. Les scientifiques ont pris le relais des philosophes, trop occupés à répéter que la philosophie était morte et qu’il n’y a plus rien à dire, qu’au mieux, on peut tout juste redire et relire le plus fidèlement du monde les penseurs du passé, l’idéal étant là aussi de devenir un « spécialiste ». Déjà Nietzsche condamnait l’esprit philologique que certains philosophes professent en passant leur vie à décortiquer un auteur : au nom de la pensée, la grande, ils s’interdisent ainsi toute pensée propre, pour se réfugier dans le confort d’une orthodoxie dont ils se veulent les dépositaires vigilants. Mais qui parlera alors de l’origine de l’univers, de la mort, de la vie, de l’évolution, de la nature, de la vérité, de la liberté, du sens du Soi et de l’Autre, sinon les hommes de science ou les hommes de religion ? À cela, qu’oppose la philosophie, si ce n’est que tout a été dit, ou impossible à dire au nom d’une rigueur qu’elle n’a jamais eue et dont elle se fait l’écho lointain, depuis que les progrès de la science l’ont amputée de ses illusions ?

La question de ce petit livre est simple : peut-on aller au-delà du constat de crise et d’impuissance dont le philosophe se fait ainsi le prophète depuis plus d’un siècle ? Peut-on parler de la science sans complexe d’infériorité, de Dieu sans obscurantisme, d’existence sans tomber dans la banalité du café du commerce, de politique sans consacrer le cynisme, de morale sans faire dans le sermon ? Bref, la philosophie peut-elle aider à faire comprendre et à dépasser les apories du temps présent qu’elle a faites siennes, comme un malade ressasse sa propre maladie pour se donner le sentiment qu’ainsi, il peut la mettre à distance à défaut de la vaincre ?

Toutes ces questions sont aujourd’hui les nôtres, et il ne faut pas avoir peur de parler des grands problèmes qui agitent les hommes depuis l’aube des temps, car si la philosophie a un sens, c’est bien en ce qu’elle seule envisage les questions ultimes dans une plus ou moins grande systématicité selon les époques.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’état de la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 7-8.


Extrait du livre

LES QUESTIONS ULTIMES DE LA PENSÉE

Pour les Anciens, la philosophie était divisée en trois grandes disciplines : la logique, la physique et l’éthique. Les Stoïciens parlaient même de la physique comme d’un champ dont les clôtures étaient la logique et le produit, l’éthique. D’où vient cette division de la philosophie ? A-t-elle encore un sens, à une époque où les disciplines scientifiques se sont multipliées au-delà de la seule physique, où la métaphysique spéculative issue d’Aristote et du christianisme a fécondé la philosophie moderne, où le rapport à l’action et au politique déborde le cadre de la morale ?

Si on regarde attentivement l’histoire de la pensée, on ne peut s’empêcher d’observer que la tripartition est demeurée une constante, malgré tous les développements dont il a été question.

Prenons Kant par exemple. Il écrit trois grandes Critiques, celle de la Raison Pure, celle de la Raison Pratique et celle de la Critique de la Faculté de juger. De quoi traitent précisément ces trois grands livres ? La Critique de la raison pure s’attache à rendre compte de notre rapport au monde ; la Critique de la raison pratique porte sur le rapport à autrui ; quant à la dernière Critique, elle est en quelque sorte la synthèse des deux premières en ce qu’elle s’interroge sur ce qui rend possible le fait de s’interroger sur la nature, de s’en distancier, de la contempler pour elle-même bref, de l’étudier tout en en faisant partie. Cette réflexivité consacre l’identité, qui est le maître mot de la logique, même si le projet kantien est anthropologique et esthétique, au sens où la contemplation de soi par rapport à ce qui n’est pas soi est source d’étonnement, d’admiration.

Certes, on est loin ici de la logique au sens classique du terme, mais si l’on veut bien réfléchir au sens qu’a pris l’identité après et avec Descartes, on pourra se rendre compte que l’identité des choses et des êtres s’enracine désormais dans celle du Soi, immortalisée dans le Je pense, donc je suis, source de toute identité possible, même si elle est avant tout la nôtre.

D’ailleurs, déjà chez Hume, grand inspirateur de Kant, on peut voir à l’œuvre la tripartition de la philosophie proclamée par les Anciens. Le Traité de la nature humaine, par exemple, se subdivise en trois grands livres : l’entendement, les passions et la morale en sont les objets respectifs. Ce qui recouvre précisément la physique, c’est-à-dire le rapport à la nature, au monde, pour le premier livre ; et pour le second, qui traite des passions, on retrouve le problème du Soi, de l’identité, forme nouvelle que prend le fondement du champ logique à l’ère de la subjectivité – qui devient la pensée – qui a connu, on le sait, peu de progrès en logique au sens strict ; reste le troisième livre, consacré à l’éthique.

Soi, le Monde et Autrui : telles sont, en définitive, et semble-t-il depuis toujours, les grandes questions de la philosophie. Celles qui agitent l’homme depuis l’aube des temps, et qui alimentent tous ses soucis et ses préoccupations les plus fondamentales. L’identité n’est d’ailleurs pas simplement une affaire de logique, de raisonnement, de méthode ; elle est aussi l’expression de ce que l’on est, et l’âme, qui nourrit tout raisonnement possible, s’est vue interrogée sur son identité éternelle, au travers du problème de la survie, de la mort, de l’existence. Avant toute psychologie, au sens où on l’entend habituellement, l’âme – ce que l’on appellerait aujourd’hui le Soi – a été conçue comme le principe moteur de la vie, de ce que l’on était, de l’identité et des identités issues de la pensée et du raisonnement, une partie d’elle-même étant la source du logique et du rationnel, à côté d’autres parties, retenues davantage par l’émotion, le biologique et l’animal (anima = âme), où, précisément, l’identité se perd, se dilue, se fluidifie dans une sensibilité erratique, tissée de mouvements contradictoires et changeants. Les goûts, les besoins, les plaisirs, les intérêts même, relèvent ainsi de cette partie de l’âme où elle n’est pas vraiment un Soi, une identité, une raison logique, car elle est déchirée entre plusieurs directions qui l’attirent tour à tour ou simultanément, selon les circonstances.

Soi, le Monde et Autrui sont ainsi les points d’ancrage de la réflexion philosophique depuis toujours, et le lecteur contemporain, s’il est sincère avec lui-même, retrouvera dans ces trois grands problèmes ce qui sous-tend les siens encore à l’heure actuelle. Qui ne s’interroge sur ce qu’il est, surtout dans un monde comme le nôtre ? Les rôles sociaux, jadis fixés une fois pour toutes, se diluent : on est enfant, parent, mari ou femme, amant, employé un jour, cadre ou chômeur peu après (c’est rarement l’ordre inverse), contribuable, citoyen, électeur, voire élu, client, épargnant, pensionné, voyageur, etc. Bref, qui est-on au juste et quel sens cela a-t-il de faire tous ces parcours, alors que la mort annule tous nos rôles d’un revers de la main ?

Mais aussi que faire, si tout est futile, absurde eût dit Camus ou Sartre ? N’y a-t-il pas un minimum d’exigence à l’égard d’autrui, que prescrit la morale et que la politique s’efforce de faire respecter en théorie, dans l’intérêt de tous ?

Et enfin, il y a les choses. Pour notre malheur mais aussi notre bonheur : elles nous sont utiles, mais avant cela, elles nous posent problème ; le monde est opaque, l’univers mystérieux. A-t-il été créé ou existe-t-il depuis toujours ? Pourquoi l’Homme ? Y aurait-il un dessein caché dans l’Univers, que l’on pourrait peut-être même découvrir ? La science, la connaissance, le goût d’apprendre, donc de lire et de voir, ne peuvent qu’orienter et alimenter cette quête pour comprendre ce qui fait question.

Soi, le Monde, Autrui : vivre, c’est toujours d’une certaine façon, dérivée la plupart du temps, avoir résolu, souvent sans l’avoir voulu, ces trois grands problèmes. On n’y échappe pas. On a tous, de fait, une vision du monde et des autres comme de soi-même, qui agit sur nous, qui guide nos actes et nos pensées. On est donc tous philosophes, comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir. C’est sans doute pour cela que tout le monde s’intéresse à la philosophie, pour aller au fond de soi, de ses possibilités, de ses angoisses et de ses espérances.

Le philosophe y répond-il ?

Trop souvent, on lui reproche d’être obscur. Il prétend décrire l’entendement commun ou l’homme que nous sommes chacun, mais ce faisant, il va forcément au-delà de ce que chacun dirait, s’éloignant ainsi de son objet, au point que certains n’hésiteront pas à dire qu’il le perd et que cela n’a plus rien à voir avec l’homme de la rue. Certes, le physicien n’agit pas autrement sans qu’on le lui reproche. Il explique la lumière ou la chaleur avec des concepts inintelligibles pour la plupart d’entre nous. Mais chez le philosophe, cela semble inadmissible. La philosophie ne saurait être une science : elle doit divulguer les vérités enfouies au fond de soi, de chacun, pour les rendre accessibles à chacun. Le concept est par là condamné, même s’il est bien souvent inévitable.

L’autre reproche est sans doute le fait que la philosophie ne donne pas de réponses, alors que la science progresse en résolvant sans arrêt de nouveaux problèmes. N’est-ce pas le signe même de sa faiblesse ? Ne faut-il pas alors quitter le terrain de la Raison, préférer la religion, ou qui sait ?, la secte et la magie, l’horoscope et la divination ?

Que répondre à de tels reproches ?

Il est vrai que la philosophie est parfois obscure, qu’elle nécessite un apprentissage, tout simplement parce qu’elle a une histoire, avec des concepts qui se modifient au fil des siècles. On ne peut rentrer dans la philosophie contemporaine et ignorer ce qui précède. La philosophie est difficile ; c’est une ascèse, elle incarne l’inutile parce que l’essentiel est inutile. Mais le propre de l’essentiel est que l’on en a besoin, qu’il est incontournable. Il faut donc accepter de penser de façon élaborée. De plus, il est moins que certain que l’objet de la philosophie soit l’homme ordinaire. En tout cas, ce n’est pas la préoccupation première de la philosophie, et c’est au mieux, un problème dérivé. L’homme n’intéresse en propre la philosophie que de Descartes à Nietzsche, car avant comme après, il est appréhendé à partir d’autre chose que lui-même : Dieu, l’être, l’univers, la matière et, aujourd’hui, les sciences humaines ont détrôné la philosophie à cet égard, même si ce n’est que pour offrir des visions fragmentées et analytiques. C’est l’esprit du temps : d’ailleurs les synthèses sont rares, et les esprits synthétiques ont été remplacés par des « spécialistes ».

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 9-14.


Au sujet de l’auteur

Source : https://data.bnf.fr/fr/12007973/michel_meyer/
Source : https://data.bnf.fr/fr/12007973/michel_meyer/


wikipedia-1pceMichel Meyer, né le 11 novembre 1950 à Bruxelles et mort le 23 mai 2022 à Waterloo, est un philosophe belge, professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’université de Mons.

Michel Meyer est économiste et philosophe de formation, licencié en sciences économiques (1973), maître ès arts de l’Université Johns-Hopkins aux États-Unis (1975), agrégé de philosophie (1973) et docteur en philosophie (1977).

Professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’Université de Mons, il a été président du Centre européen pour l’étude de l’argumentation, directeur de la Revue internationale de philosophie et directeur de la collection L’interrogation philosophique aux Presses universitaires de France. Il est membre de l’Académie royale de Belgique et de I’Institut international de philosophie.

Sa réflexion porte sur la rhétorique à laquelle il a contribué par l’introduction d’une approche de l’argumentation qu’il nomme « problématologie ».

Lire la suite : Wikipédia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Meyer_(philosophe)


Hommage au philosophe Michel Meyer (1950-2022)

Comment concevoir la morale aujourd’hui ?

La rhétorique, l’argumentation et les sciences humaines (1) – Philippe Descola (2010-2011)


LinkedIn

Page de Michel Meyer sur le réseau d’affaire LinkedIn


In memoriam. Michel Meyer (1950-2022)

Paul Earlie, Arnaud Pelletier

Dans Revue internationale de philosophie 2022/2 (n° 300), pages 5 à 7

La Revue internationale de philosophie pleure la disparition de son directeur Michel Meyer, décédé subitement le 23 mai 2022 à l’âge de 71 ans. Il laisse derrière lui un héritage intellectuel foisonnant et varié non seulement à sa famille – son épouse Corinne et ses fils Patrick et Alexandre –, mais aussi à ses amis, ses collègues, ses étudiants, et enfin ses lecteurs.

2 Beaucoup a été dit – et beaucoup sera encore dit – de la contribution très singulière de Michel Meyer à la pensée contemporaine, de sa recherche sans cesse renouvelée du questionnement dans les aspects fondamentaux de la réflexion humaine, tant en histoire de la philosophie que dans les domaines du langage, de la rhétorique, de la politique ou de la société. À une époque de spécialisation croissante et de partis pris méthodologiques, son œuvre est tout à fait unique et inclassable. Son souci d’embrasser toutes les disciplines et de regarder ce qui les unit, plutôt que ce qui les divise, allait à contre-courant de la culture universitaire contemporaine, vis-à-vis de laquelle il gardait une certaine distance amusée. Cette distance lui conférait toutefois une précieuse vision d’ensemble. Comme il l’a écrit, de son aplomb si caractéristique, dans la préface de ses récents Principia Politica : « la question essentielle qui se pose aujourd’hui en sciences humaines, comme en philosophie d’ailleurs, est celle de la synthèse ».

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IN MEMORIAM MICHEL MEYER
(11 novembre 1950 – 23 mai 2022)

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ULB-Faculté de Philosophie et Sciences sociales – C’est avec une grande tristesse que avons appris le décès de notre collègue Michel MEYER, Professeur émérite de notre Faculté et philosophe belge de renommée internationale, ce 23 mai 2022. Michel Meyer était l’un des héritiers de la pensée de Chaïm Perelman. Il a notamment introduit la notion de « problématologie » dans le champ et la pratique philosophiques. Il a également dirigé pendant de nombreuses années la « Revue internationale de Philosophie ». Nos pensées accompagnent sa famille à qui nous présentons nos condoléances les plus sincères.


ARTICLES

L’origine du questionnement

À propos de la lecture de Platon et Aristote par Michel Meyer

Arnaud Macé

Dans Revue internationale de philosophieRevue internationale de philosophie 2011/3 (n° 257)2011/3 (n° 257), pages 17 à 46
Éditions De Boeck Supérieur

Qu’est-ce que la philosophie? Comme en témoigne Hérodote, «philosopher», c’est, au sens courant que ce verbe avait en grec ancien, être mû par la curiosité de tout savoir, parcourir le monde pour observer la diversité des choses 1 , la forme et les couleurs des fleurs comme la configuration des institutions et des mœurs des hommes. En ce sens la philosophie est un désir de tout connaître, et par conséquent un désir de tous les savoirs et de toutes les pratiques en lesquels se dissémine l’expérience que les hommes font de ce qu’il y a: de la botanique à la science politique, de la médecine à l’astronomie, rien n’échappe à ce désir. Il semble que se soit en outre ajouté à cet idéal celui de chercher l’unité dissimulée derrière l’étonnante diversité des choses, aussi bien que des savoirs et des pratiques qui se préoccupent de celles-ci2. Michel Meyer adhère résolument à cette idée de l’exercice philosophique comme recherche d’une «vision synthétique des différents domaines de la culture comme des diverses activités humaines»: il souligne en outre que la philosophie propose une certaine «lisibilité» de cette diversité, en essayant peut-être de déterminer un type de «problèmes» commun3. Nous avons récemment avancé l’idée que l’œuvre de Platon consiste à proposer une telle lisibilité, en déployant un type d’écriture susceptible à la fois de recueillir la plus grande diversité des formes d’expérience et de savoir de son temps et de faire paraître l’unité transversale d’un même problème à l’œuvre dans chacune de celles-ci4. Plus encore, parce qu’il met en scène les protagonistes de conversations variées et toujours recommencées, sans jamais parler en son nom propre, Platon choisit un mode d’écriture qui qui manifeste la nature même du problème dont il s’agit de lire la présence dans tous les domaines de la réalité. C’est en effet sous la forme d’une multiplicité dont l’unité n’est pas donnée d’avance que les dialogues platoniciens se présentent: or, en faisant l’épreuve de la lecture de ces œuvres, on découvre aussi que la réalité que les hommes découvrent se signale, dans chacune de ses parties ou sous toutes ses formes, comme une multiplicité dont l’unité doit être trouvée. L’écriture platonicienne reproduit le type de problématicité qui est celle des choses mêmes et c’est en ce sens qu’elle est un lieu où s’exercer à devenir philosophe, en parcourant ces anciennes multiplicités que Platon pouvait trouver dans les savoirs et les pratiques de son temps. Beaucoup de lecteurs, depuis deux millénaires et demi, se sont exercés dans les dialogues, avant de sortir au grand air, affronter le multiple de leur temps.

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Argumentation et Analyse du Discours

2 | 2009

Rhétorique et argumentation

Comment repenser le rapport de la rhétorique et de l’argumentation ?

How should we consider the relationship between rhetoric and argumentation?

Michel Meyer

La rhétorique, dit Aristote, est le pendant de la dialectique et de l’argumentation. Cela pose le problème de leur harmonisation au sein d’une théorie unifiée, où la rhétorique littéraire voisine avec la logique juridique. La problématologie est cette conception unifiée. Les questions expresses relèvent du conflit argumenté, comme en droit, qui les codifie, et les questions indirectes, des réponses qui les avalent par l’élégance et le style pour se faire passer pour résolutoires de ces questions. La rhétorique est la négociation de la distance entre les individus sur une question donnée, une question plus ou moins problématique et conflictuelle. La problématologie est à la base d’une véritable nouvelle rhétorique, avec de nouvelles prémisses fondées sur le questionnement, laissées jusque-là en friche. Des figures de rhétorique à l’inférence du vraisemblable, le questionnement est le socle où viennent s’articuler la raison, le langage et la persuasion.

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Bibliographie – Michel Meyer

Découverte et justification en science – Kantisme, néo-positivisme et problématologie, Klincksieck, Paris, 1979.

Logique, langage et argumentation, Michel Meyer, Hachette, Paris, 1982, 2e édition 1985, (ISBN 978-2010072901).

(en) Meaning and Reading. A philosophical Essay on Language and Litterature, John Benjamins Publishing Company (en), Amsterdam, 1983.

De la problématologie : langage, science et philosophie, Mardaga, Bruxelles, 1986, Le Livre de Poche, 1994.

Science et métaphysique chez Kant, Michel Meyer et Quadrige, PUF, Paris, 1988. 2e édition Poche : Quadrige, Paris, PUF, 1995, (ISBN 978-2130471271).

Langage et littérature, PUF, Paris, 1992, Quadrige, 2001.

Questions de rhétorique, Hachette, Le Livre de Poche, Biblio-essais, 1993.

De l’insolence : essai sur la morale et le politique, Paris, Grasset, 1995.

Science et métaphysique chez Kant, Paris, Presses Universitaires de France – PUF, coll. « Quadrige », 1er juin 1995, 256 p. (ISBN 978-2-13-047127-1).

Pour une critique de l’ontologie, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1996, (ISBN 978-2800410265). Édition de Poche, Quadrige, PUF, 1999.

Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Hachette, Biblio-Essais, 1997.

Les passions ne sont plus ce qu’elles étaient, Bruxelles, Labor, 1998.

Histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, avec Manuel Maria Carrilho et Benoît Timmermans, Le Livre de Poche, Biblio-Essais, 1999.

Petite métaphysique de la différence, Paris, Hachette, Le Livre de Poche, Biblio-Essais, 2000.

Questionnement et historicité, Paris, PUF, 2000. Réédition : Paris, PUF, Quadrige, mars 2011.

Le tragique et le comique. Penser le théâtre et son histoire, Paris, PUF, 2003.

La rhétorique, « Que Sais-je ? », PUF, 2004.

Éric-Emmanuel Schmitt ou les identités bouleversées, Albin Michel, 2004.

Qu’est-ce que l’argumentation ?, Paris, Librairie Philosophique Vrin, 2005.

Comment penser la réalité ?, Paris, PUF, 2006.

Le philosophe et les passions. Esquisse d’une histoire de la nature humaine, Michel Meyer, Presses Universitaires de France – PUF, Paris, 14 septembre 2007, (ISBN 978-2130564423).

Rome et la naissance de l’art européen, Paris, Éditions Arléa, 2007.

Principia Rhetorica, Paris, Fayard, 2008. Réédition : Paris, PUF, « Quadrige », 2010, traduction roumaine, 2011.

De la problématologie, Paris, PUF, 2008.

La problématologie, « Que Sais-je ? », Paris, PUF, 2009.

Esthétique générale. Les éléments fondamentaux de l’histoire de l’art, Paris, PUF, 2009.

La rhétorique, Paris, PUF, collection Que sais-je, 2009.

Chaïm Perelman (1912-2012). De la nouvelle rhétorique à la logique juridique, avec Benoît Frydman, Paris, PUF, 2012.

Qu’est-ce que le refoulement?, Paris, L’Herne, 2012.

Principia Moralia, Paris, Fayard, 2013.

Qu’est-ce que l’histoire, progrès ou déclin ?, Paris, PUF, 2013.

Source : Meyer, Michel – Wikipédia.


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Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

Qu’est-ce que la philosophie ?

Michel Meyer

Le livre de poche

© Librairie Générale Française

Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond :

La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Dans le Développement personnel (DP), on trouve plutôt des directives (Faites ceci, faite cela…) en réponse aux questions adressés par les clients à leurs coachs. Le développement personnel exploite (malheureusement trop) souvent la philosophie mais, en fait, cette activité ne se questionne pas sur elle-même, si ce n’est sur le comment commercial.

Michel Meyer consacre un chapitre de son livre aux arguments en philosophie dont voici un court extrait :

L’argumentation en philosophie est essentielle, car celle-ci n’a ni les ressources expérimentales de la sciences, ni la contraignance formelle des mathématique ou de la logique. Il ne lui reste qu’à débattre des questions, en se nourrissant des multiples arguments qui ont trait aux thèses qu’elle défend à un moment donné.

Les conclusions de la philosophie n’auront donc jamais rien d’absolu : elles resteront toujours, quelque part, problématiques. C’est-à-dire source de questions, celles que l’on se pose, celles qui nous interpellent et même qui s’adressent à notre sensibilité. C’est là, peut-être, que la philosophie est le plus proche de la sophistique, cette mauvaise rhétorique tant décrié par Platon, et que l’on doit dénoncer en déconstruisant la rhétorique en général pour ne plus se laisser abuser par des artifices de langage. Cela dit, n’oublions jamais que la problématicité de la philosophie est conforme à ce qu’elle est : une réflexion sur les problèmes, ce qui est déjà une réponse.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les arguments de la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 41.

Bref, on ne peut pas conclure définitivement en philosophie. La réponse pose toujours d’autres problèmes à questionner à leur tour.

Michel Meyer aborde aussi la question de la « nature même de la pensée philosophique » dans le chapitre Philosophie, art et religion :

(…) Quelle est la différence de base entre la philosophie et la religion. La religion se meut dans le dogme et la foi, c’est-à-dire ce qui échappe à l’interrogation. Elle répond sans mettre en question, et elle accepte mal la mise en question. La philosophie, elle, aimerait pouvoir se réclamer de certitudes, mais les seules réponses qu’elle peut mettre en avant sont issues d’un questionnement, et le plus souvent, elle se maintient dans un répondre éminament problématique. La philosophie est, jusque dans la métaphysique même, interrogative. N’admettre pour réponse que ce qui a d’abord été mis en question : telle est, depuis Socrate, la nature même de la pensée philosophique. (…)

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Philosophie, art et religion, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 44.

Philosopher, c’est questionner la question. Il s’agit d’ailleurs du propre de l’Homme que de pouvoir se retrouver en lui-même, en sa conscience, et de se questionner. Un singe ne se demande pas s’il est un singe. Une fleur ne se demande pas si elle-est une fleur. Seul l’Homme se demande ce qu’il est vraiment.

Évidemment, on peut vivre sans se poser de questions, à la surface de Soi. On peut repousser toutes les questions embarrassantes pour éviter le malaise des réponses ou de l’absence de réponses. Se questionner est négatif pour certaines personnes.

Encore faut-il  « Bien poser une question, la réfléchir, en appréhender les tenants et les aboutissants ».

La problémacité est dont vécue non comme une richesse et une positivité, mais comme une impossibilité et un échec. Faute d’avoir questionner le questionnement, la philosophie se heurte malgré tout à lui avec les vieux concepts qui en ont fait quelque chose de négatif. Elle affronte le problématique sans y être préparée. Elle véhicule une tradition centrée sur les solutions qui évacuent les questions, et non ce qui les pensent.

Il faut donc aller au-delà, et ne pas se contenter de voir les questions qui surgissent. Il faut penser le questionnement comme tel, à partir de lui-même, et accepter l’idée que la première étape de toute résolution possible a lieu avec la question. Bien poser une question, la réfléchir, en appréhender les tenants et les aboutissants, est le tout premier pas de la pensée dans sa positivité même.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Qu’est-ce que la métaphysique ?, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 52.

À mon humble avis, toute question soulève un doute et ce dernier pose lui-même problème. En effet, certaines personnes tissent un lien malsain entre le doute et la confiance en soi. Plus encore, elles lient la confiance en soi au confort d’avoir raison. Autrement dit, certaines personnes perdent pied lorsqu’elles n’ont pas raison. Elles évacuent ainsi tous les doutes possibles et bénéfiques à la vie bonne. Or et ce n’est pas nouveau : la lumière entre par les failles ou, si vous préférez, par les doutes. Le doute est aussi la clé de toute pensée féconde, notamment la pensée scientifique.

Or, on ne peut négliger la science, encore moins l’ignorer, car elle fait partie intégrante de la réflexion de l’homme. Tout dépend de ce que l’on attend d’elle. Et s’il s’agit de la « fonder », comme Descartes le voulait, force est de constater que c’est inutile : elle n’en a pas besoin. Par contre, s’il s’agit de voir comment elle procède afin de mieux comprendre la Raison, alors la science est importante pour la philosophie. Et il s’agit d’interpréter la science et ses résultats, afin d’intégrer en une vision systématique ce qu’elle dit de l’espace, du temps, de la matière, etc., alors la philosophie, en retour, sera importante pour la science, qui verra mieux, ce qu’elle apporte de façon fragmentée et analytique, au nom de l’efficacité, alimentant la réflexion de fond que l’homme a de l’univers et de sa place dans cet univers.

La méthodologie de la science – ce que l’on appelle l’épistémologie – illustre bien le fonctionnement de l’esprit humain.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Que dit la philosophie à propos de la science ?, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 57-58.


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épistémologie

Définition de épistémologie ???

nom féminin

didactique

  1. Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
  2. Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.

L’épistémologie m’intéresse depuis plus de 25 ans. Je cherche dans cette discipline de la philosophie des réponses à la question « Comment nous pensons ? » afin de prendre conscience et d’agir sur mes erreurs de pensée, ce que je considère comme une forme de philothérapie.

Un peu d’esprit scientifique dans nos ne nous fera pas de tort.


La formation de l’esprit scientifique

Gaston Bachelard

La Formation de l’esprit scientifique (sous-titré Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective) est un essai d’épistémologie de Gaston Bachelard publié aux éditions Vrin en 1938. Bachelard y propose une analyse de la transition entre l’esprit « préscientifique » et l’esprit « scientifique » au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Cette évolution est rendue possible par la prise en compte et le dépassement de ce qu’il définit comme des obstacles épistémologiques, permettant alors la construction rationnelle d’une expérience. Celle-ci, par la longue réflexion qui la précède, dépasse l’observation directe d’un fait empirique et entraîne l’abstraction et la mathématisation du phénomène physique, seul moyen à ses yeux d’échapper aux préjugés inhérents à la nature humaine qui ont longtemps paralysé le progrès scientifique. Tout au long de l’ouvrage, il cite un grand nombre d’ouvrages préscientifiques illustrant les différents obstacles qu’il met en lumière, en particulier des œuvres d’alchimistes et de savants du siècle des Lumières. Source : InternetArchive.

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)

2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)

3. L’obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)

4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en f-mille. (…)

5. L’obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique. Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (substans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)

6. L’obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)

7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction. » (…)

Consulter ce livre en libre téléchargement


Évidemment, on ne peut pas se limiter à surmonter des obstacles épistémologiques pour acquérir un peu d’esprit scientifique dans notre vie de tous les jours. Pour penser juste, il faut suivre quelques « Leçons de logiques ».


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Leçons de logique

ABBÉ ARTHUR ROBERT (1876-1939)

Manuel scolaire,
Première édition : 1914 – Québec
Réédition de la huitième édition parue en 1940
Collection du domaine public de la
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, Québec, Canada,
20 novembre 2009, 236 pages.
ISBN 978-2-89612-315-5

EXEMPLAIRE NUMÉRIQUE : GRATUIT (PDF)

NOTES DE L’ÉDITEUR

Collection du domaine public de la Fondation littéraire Fleur de Lys

«Où est passée la logique ?» À la poubelle, tout simplement, comme un vieux manuel scolaire. Car la logique ne tombe pas du ciel. Il faut l’enseigner. Or, au Québec, l’enseignement de la logique a pris le bord lors du grand ménage de la Révolution tranquille au cours des années 60. Parce que la logique alors au programme se référait à la religion catholique, la logique est disparue dans le tourbillon de la modernisation, comme on jette le bébé avec l’eau du bain. Aujourd’hui, on la cherche partout sans succès, d’où l’urgence de remettre en circulation LEÇONS DE LOGIQUE, un petit manuel scolaire, purement québécois, dont la toute première édition remonte à 1914. Lire la suite.


À ces leçons de logiques nécessaires pour profiter de l’esprit scientifique dans nos vie de tous les jours, j’ajoute la correction incontournable de nos biais cognitifs.


Biais cognitifs

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David D Burns, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :

Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

L’interprétation indue : vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.

Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

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Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


(…) « le philosophe ne peut aller au fond des choses sans s’interroger sur ce qu’il fait en s’interrogeant. » (…)

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Pour une ontologie minimale : les faits, les choses et leur catégorisation, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 93.

Ainsi nous faut-il découvrir comment nous pensons pour penser juste. J’ai finalement compris pourquoi le philosophe consultant Jérôme Lecoq interroge et problématise les interventions et les questions des participants à ses ateliers de philosophie en ligne.

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Quelques exemples d’ateliers

ATELIER SUR LE RESSENTI

ATELIER CONFLITS INTERNES

ATELIER LE MOI EST-IL HAïSSABLE ?

ATELIER FAUT-IL PLUS SE MÉFIER DE NOUS-MÊMES OU D’AUTRUI ?

À lire

Les 10 accords socratiques par Jérôme Lecoq.

À visiter

Site web de Jérôme Lecoq

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« Raison sans passion n’est ruine de l’âme. »

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’homme est-il un animal raisonnable ? La logique des passions, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 113.

La raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions pour parvenir à prendre une décision. Lorsque vous vous retrouver devant cinq chois différents pour l’achat d’une automobile, d’une maison, de la date d’un prochain rendez-vous, etc., vous pouvez analyser en détails toutes les offres pendant des heures sans pour autant avoir les connaissances et les synthèses pour effectuer votre choix. C’est dans de telles circonstances que les émotions viennent à la rescousse avec « un coup de cœur » pour la meilleure offre. À lire : L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, Antonio Damascio. À écouter : Sentir d’abord : une exploration de la conscience, Antonio Damasio, Fleur bleue, Radio France.


La philosophie est une question en soi, pour elle-même, parce qu’elle est l’interrogativité même qui s’interroge, qui est en question. De ce fait même, on la voit à l’oeuvre dans la science comme dans la vie, qui l’une et l’autre interpellent et problématisent. La philosophie nous ramène au principe, au sens, c’est-à-dire à ce dont il est question, mais elle nous oblige à penser systématiquement les différentes problématiques, telle que les voit en science ou en art par exemplae, donc à les articuler et à les différencier également.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’homme et la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 151.


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J’accorde au livre QU’EST-CE LA PHILOSOPHIE ? de MICHEL MEYER cinq étoiles sur cinq.

Je vous en recommande fortement la lecture.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

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Cet article répond à la démarche de Jean-Charles Kurdali, philopreneur


Quelques liens web de Jean-Charles Kurdali

https://www.linkedin.com/in/jean-charles-kurdali/

https://jeancharleskurdali.substack.com/

https://jeancharleskurdali.com/

https://books.google.ca/books?id=9IrVEAAAQBAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false

https://www.vie-intentionnelle.com/

https://books.google.ca/books?id=9IrVEAAAQBAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false

https://www.facebook.com/jeancharles.kurdali

https://x.com/JCKurdali?s=20


Article # 61

Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

Jean-Charles Kurdali est un coach très présent sur le web et plus particulièrement sur les réseaux sociaux (voir liens ci-dessus). Il se dit « Philopreneur » (contraction de « Philosophie » et de « Entrepreneur ».

Il met beaucoup l’accent sur l’argent et l’espoir de devenir millionnaire :

Conviction personnelle ? Toute personne qui sait (VRAIMENT) utiliser internet peut devenir millionnaire en moins de 10 ans.

https://www.linkedin.com/posts/jean-charles-kurdali_conviction-personnelle-toute-personne-qui-activity-7121872837241397248-1lOU?utm_source=share&utm_medium=member_desktop

Je dis souvent à mes amis en privé : « avec notre niveau de connaissance, ne pas être millionnaire dans quelques années serait une anomalie ».https://www.linkedin.com/posts/jean-charles-kurdali_jai-liquid%C3%A9-mon-compte-courant-mais-avec-activity-7119581724895768576-pXGr?utm_source=share&utm_medium=member_desktop


Le commerce extrême de la philosophie

Il m’apparaît tout à fait légitime et normal que nos philosophes consultants ou praticiens et nos philothérapeutes assurent le commerce de leurs services, ici et ailleurs sur le web. Malheureusement, assujettir la philosophie à un commerce extrême me tombe royalement sur les nerfs.

Ce matin, j’ai reçu à la suite de mon abonnement l’édition du 13 novembre 2023 de l’infolettre de Jean-Charles Kurdali. Elle s’intitule :

« Mes 3 piliers pour devenir millionnaire – Dans la tête d’un Philopreneur / no 240 ».

Déjà, le mot-valise « philopreneur » (contraction de « philosophie » et de « entrepreneur ») m’agaçait beaucoup, voilà maintenant la philosophie attachée à la quête d’argent plutôt qu’à la quête de la Sagesse. Or, l’argent ne règle aucun problème philosophique; ce n’est pas son domaine de prédilection. Et c’est sans compter que « l’argent ne fait pas le bonheur », même si vous êtes d’une générosité exemplaire.

L’usage du mot « millionnaire » en marketing sert attirer les gens qui rêvent d’un mode de vie où ils seront libres et riches en travaillant davantage sur eux-mêmes. Or, c’est la philosophie elle-même qui est un mode de vie, une manière de vivre (réf.: HADOT, Pierre, La philosophie comme manière de vivre, 2001).

La vie n’est pas une entreprise. Il n’est pas nécessaire d’entreprendre sa vie pour adopter la philosophie comme manière de vivre. Il ne s’agit pas en philosophie de « l’esprit d’entreprise » mais plutôt de « l’esprit critique » en Amour avec la Sagesse.


Sortir du cadre pour devenir millionnaire

Le philopreneur Jean-Charles Kurdali nous propose de sortir du cadre et des normes inhérentes à la société pour devenir millionnaire.

Or, il n’y a pas plus normatif dans une société à l’économie capitaliste d’offrir des opportunités de devenir millionnaire. Motiver les gens par l’appât du gain a toujours été partie prenante de l’histoire de l’humanité. Le capitalisme l’a très bien compris en poussant à l’extrême cette quête de l’appât du gain.

Que des gens vous disent que vous serez une meilleure personnes en sortant du cadre et que vous aurez ainsi l’opportunité de devenir millionnaire s’inscrit dans le même cadre dont vous devez vous devez vous priver.

Endimancher l’entrepreneur des habits de la philosophie demeure aussi dans la cadre du capitalisme.

Il faut tout monétiser et sans limite, même la philosophie, s’inscrit dans une démarche capitaliste dont le modèle de base est bien connu.

L’entrepreneur ne sort pas du cadre car il lui permet de réussir financièrement et ainsi satisfaire sa soif d’argent. Emprunter les chemins de la philosophie pour l’adopter comme manière de vivre, ça se comprend aisément. Mais détourner la philosophie pour la présenter comme moyen de devenir millionnaire du web, ça c’est extrêmement tordu.


L’abandon du terme « Philothérapie » ouvre la voie à toutes sortes d’excès

La protection offerte par le mot « Philothérapie »

La consultation philosophique privée a d’abord été connu sous le nom « Philothérapie » comme en témoigne la publication de plusieurs essais signés par les nouveaux « philothérapeutes ». Puis, le mot « philothérapie » est disparu du discours tout comme le mot « philothérapeute », et ce, au profit de « philosophe consultant » ou « philosophe praticien ».

Certains pionniers de la philothérapie vont même beaucoup plus loin en rejoignant la communauté des « coachs », un glissement fort dommageable à la promotion de la consultation philosophique privée. Les coachs, à l’affut de tout ce qui peut les aider dans leur promotion, ont perçu la philosophie comme une corde de plus à leurs arcs.

Avec l’abandon de la référence à l’apport thérapeutique de la philosophie par les philosophes consultants ou praticiens, ces derniers ont perdu la protection qu’offrait le terme distinctif « philothérapie » sous tous ses aspects, y compris poétique.
Les philosophes étant ce qu’ils sont, c’est-à-dire sans connaissance suffisamment approfondie de la mise en marché, ils ont eu peur d’une association de leurs pratiques avec la médecine et, par conséquent avec la thérapie définit comme un « Traitement médical en général et, en particulier, psychothérapie » (Dictionnaire de français Larousse).

La philothérapie se distinguait nettement de la psychothérapie en ouvrant un nouveau champ au sein des Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP).

Les philosophes consultants ou praticiens devaient tenir bon avec l’appellation « Philothérapie » pour jouir de la protection dévolue à une nouvelle pratique, unique, distincte, innovatrice. Le titre « philothérapeute » procurait aussi des moyens forts pour se distinguer de la masse des coachs. Il a été abandonné par les philosophes consultants ou praticiens.

Malheureusement, cette approche marketing (abandon de  »philothérapie » et de  »philothérapeute ») a laissé la place à toutes sortes de récupérations par toutes sortes de coachs par qui la philosophie devient un moyen de faire de l’argent motivé par l’appât du gain plutôt qu’une manière de vivre… philosophique !

L’argent est un moyen et non une fin, et encore moins une fin philosophique.


PHILO – Les bienfaits et méfaits de l’argent selon le philosophe viennois Georg Simmel

Le revers de la médaille

En effet en substituant l’objet par de l’argent, il s’en trouve comme « dématérialisé ». Dans le cas de la terre par exemple, outre sa valeur patrimoniale, cette substitution induit la perte d’un centre d’intérêts, d’un contenu de vie donnant une orientation à l’existence. Lorsqu’un sol ne possède plus qu’une seule valeur en argent, et ceci est valable pour tous les objets, il perd le caractère substantiel de l’activité personnelle qui confère à la liberté sa valeur. Ce fut le cas à l’époque de l’Athènes et la Rome tardive et cette préoccupation est tout aussi valable pour notre monde moderne.

OLIVAR, Franck, PHILO – Les bienfaits et méfaits de l’argent selon le philosophe viennois Georg Simmel, France Inter, 28 mai 2021.


L’organisation des philosophes consultants dans le monde

Pendant que les philosophes consultants aux États-Unis se rassemblent au sein d’une association dont l’adhésion repose sur leurs qualifications et des attestations liées à l’expérience et des formations spécifiques, American Philosophical Practitioners Association et la National Philosophical Counseling Association (NPCA), en Italie au sein de l’Association Pragma, la Société des professionnels des pratiques philosophiques en Italie (Associazione Pragma – ASSOCIAZIONE DI CATEGORIA DEI PROFESSIONISTI DELLE PRATICHE FILOSOFICHE), les philosophes consultants ou praticiens en France ne parviennent à s’imposer des standards au sein d’une association nationale reconnue, si ce n’est l’Institut de pratiques philosophiques. On trouve aussi l’Association internationale pour la pratique philosophique (International Association for Philosophical Practice) qui compte parmi ses membres (notez l’absence de pays francophones) :


Source : https://www.igpp.org/mitglieder.


La 17ème Conférence internationale de philosophie pratique fut organisé par Romanian Association of Philosophical and Ethical Counseling en 2023.

Bref, dans le domaine de la consultation philosophique, tout est encore à rassembler. Il y a des associations professionnelles ici et là mais aucun centre mondial dédié et convergeant.


La désorganisation des philosophes consultants et praticiens en France

Il n’en demeure pas moins que la France joue un rôle déterminant dans l’ensemble de la francophonie et, à ce titre, elle n’offre pas encore une association nationale professionnelle des forces en présence pour nous guider. Sans une telle association professionnelle, la France n’a pas pu rejoindre l’une ou l’autre des associations internationales.

À mon humble avis, ce vide associatif témoigne PEUT-ÊTRE de conflits et/ou de la compétition des forces en présence, chacun des philosophes consultants ou praticiens tentant de faire sa place au soleil.

Pourtant, la France est le pays de la philosophie à plusieurs égards. Et si l’on trouve des ouvrages très intéressants au sujet de la philothérapie, c’est grâce aux contributions de plusieurs philosophes consultants ou praticiens. Je me suis fait un grand plaisir de témoigner de ma lecture de plusieurs de ces essais dans notre dossier CONSULTER UN PHILOSOPHE :


Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

 Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022


À LIRE AUSSI

La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie


Conclusion

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.


dossier-consulter-un-philosophe.01

Liste de tous les articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

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Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

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Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn :

« L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. »


Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ».

D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

D’autre part, le développement personnel se fonde sur une science inexacte dont l’efficience demeure encore et toujours à démontrer : La psychologie.

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Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » William Kirk Kilpatrick, lui-même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie » :


« L’ÉCHEC DE LA FOI PSYCHOLOGIQUE

Quelque bien intentionné et agréable qu’il soit, il n’est pas évident que l’« establishment » sache aider. Partout il existe de sombres signes que cette foi n’est pas efficace. En dépit de la création d’une armée virtuelle de psychiatres, psychologues, psychométriciens, conseillers et éducateurs sociaux, il n’y a eu aucune diminution du taux de maladies mentales, suicides, alcoolisme, toxicomanie, enfants maltraités, divorces, meurtres et voies de fait de toutes sortes. Contrairement à ce qu’on pourrait espérer dans une société analysée si soigneusement et assistée par tant d’experts de la santé mentale, il y a eu un accroissement dans tous ces domaines. Il semble parfois exister un rapport direct entre le nombre grandissant de ceux qui aident et le nombre grandissant de ceux qui ont besoin d’aide. Plus nous avons de psychologues, plus nous récoltons de maladies mentales; plus nous avons d’éducateurs sociaux et de délégués à la liberté surveillée, plus la criminalité s’accroît; plus nous avons d’enseignants et plus l’ignorance grandit.

Il nous faut nous interroger devant tout cela. En clair, cela est suspect. Nous sommes contraints de concevoir la possibilité que la psychologie et les professions qui gravitent autour d’elle proposent des solutions aux problèmes qu’elles ont elles-mêmes contribué à faire naître. Ainsi, nous voyons des psychologues élever chez les gens l’espoir de bonheur ici-bas à un niveau démesuré, pour ensuite dispenser leurs conseils sur la crise qui survient vers la mi-vie et à la mort. Nous voyons des psychologues faire de l’attention portée à soi-même une vertu, pour ensuite s’étonner du nombre croissant de narcissistes. Nous voyons des psychologues alléguer devant les tribunaux que les mauvais garçons et même les mauvais adultes n’existent pas, pour ensuite formuler des théories afin d’expliquer l’augmentation de la criminalité. Nous voyons des psychologues mettre à rude épreuve les liens de la vie familiale, pour ensuite mener une thérapie dans les foyers brisés.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions. Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. »

Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, p. 26.

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu ».

Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, p. 29.

Séduction psychologique – L’échec de la psychologie moderne, William Kirk Kilpatrick, Traduction de l’original anglais (Psychological seduction, Thomas Nelson Publishers, Nashville, USA, 1983), Traduit en français par Alain Chong, Centre Biblique Européen, 1985, pp. 32-35


Dans la même veine, on peut se demander « Quel est donc le profit du développement personnel ? » La logique veut que si la source est polluée, le ruisseau, la rivière, le fleuve… le seront. Si nous pouvons remettre en question l’efficacité de la psychologie, nous pouvons tout autant questionner tout ce qui s’y abreuve, y compris le développement personnel.


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En 2005, Steve Salerno fit un portrait du mouvement de développement personnel américain qui le montre non seulement comme sans efficacité pour atteindre ses buts, mais aussi dangereux socialement. Salerno dit que 80 % des clients du développement personnel sont des clients répétés qui continuent à y revenir, que le programme les ait aidés ou pas. D’autres, de manière similaire, soulignent qu’avec les livres consacrés au développement personnel, l’« offre fait augmenter la demande ». Plus les gens les lisent, plus ils pensent qu’ils en ont besoin, plus comme une addiction que comme une alliance*.

* Sham: How the Self-Help Movement Made America Helpless, Steve Salerno (2005). Le développement personnel, Manque de bases scientifiques, Wikipédia, consulté le 25 octobre 2023.

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9veloppement_personnel


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Le développement (im)personnel, Julia de Funès. Présentation : Comment se «?développer?» quand on est sans cesse «?enveloppé?» par des coachs?? Comment le développement serait-il «?personnel?» quand guides et manuels s’adressent à chacun comme à tout autre?? La philosophe Julia de Funès fustige avec délectation les impostures d’une certaine psychologie positive. «?L’authenticité en 5 leçons?», «?La confiance en soi?: mode d’emploi?», «?Les 10 recettes du bonheur?»… Les librairies sont envahies d’ouvrages qui n’en finissent pas d’exalter l’empire de l’épanouissement personnel. Les coachs, nouveaux vigiles du bien-être, promettent eux aussi sérénité, réussite et joie. À les écouter, il n’y aurait plus de «?malaise dans la civilisation?», mais une osmose radieuse. Nous voici propulsés dans la «?pensée positive?» qui positive plus qu’elle ne pense?! C’est le non-esprit du temps. Pourquoi le développement personnel, nouvel opium du peuple, rencontre-t-il un tel engouement?? Sur quels ressorts psychologiques et philosophiques prend-il appui?? L’accomplissement de soi ne serait-il pas à rechercher ailleurs que dans ces (im)postures intellectuelles et comportementales?? Pour lutter contre la niaiserie facile et démagogique des charlatans du «?moi?», Julia de Funès propose quelques pépites de grands penseurs. Si la philosophie, âgée de 3?000 ans, est toujours là, c’est qu’en cultivant le point d’interrogation, elle développe l’intelligence de l’homme, fait voler en éclats les clichés et les lourdeurs du balisé, et permet à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté. L’esprit n’est jamais mort, la réflexion ne rend pas les armes, une libération est toujours possible?!


La philosophe Julia de Funès, auteure de « Développement (im)personnel, le succès d’une imposture » aux Éditions de L’Observatoire, va plus loin :


Julia de Funès prédit le déclin à venir du coaching. « On va le voir avec quelques années de décalage, mais le développement personnel était très en avance aux Etats-Unis, et là il commence à y avoir beaucoup d’usages critiques sur ces approches. Les gens en reviennent parce qu’ils voient que ça ne marche pas, qu’il n’y a pas de recettes, qu’il y a beaucoup d’idéologie individualiste derrière, dont on est un peu lassé. »

AFP, Les philosophes se rebiffent contre le développement personnel, 2 février, 2021.


Différentes dénonciations du développement personnel pointent du doigt son manque de rigueur :


Une des critiques que l’on fait souvent au développement personnel c’est son manque de « rigueur » ou de lucidité et c’est indéniable qu’il y a de nombreux « gourous » qui prétendent avoir atteint la sagesse et qui veulent te guider moyennant une certaine somme d’argent (parfois très conséquente !).

Un des critères que j’utilise pour savoir si une approche de développement personnel est sérieuse ou pas, c’est le degré d’investissement personnel demandé et surtout  le degré de liberté laissé à l’individu pour progresser sur son chemin.  Si tout ce qu’on demande c’est d’obéir et de payer, il faut se méfier. On ne peut pas faire l’économie de la liberté de penser, de l’effort, pour se remettre en question, du doute, de la patience, de l’étude, de l’attention à soi, à ses besoins, aux autres, etc.

Source : Herrault, Sophie, Philosophie ou développement personnel ? Interview de Xavier Godet, philosophe dans l’âme, par Sophie Herrault – coach en motivation et intelligence émotionnelle et romancière (www.livre.sophieherrault.fr)


Dans le cadre de son émission Carnet de philo, édition du 16 mai 2019, Radio France initule son balado : « Faut-il détester le développement personnel ? »


Comment distinguer la philo du coaching ?

Vous connaissez tous ces livres qui vous donnent de quoi vous épanouir, vous sentir mieux, de quoi gagner du temps, atteindre le bonheur, savoir dire non, de quoi s’aimer pour aimer les autres, etc. Aller dans un rayon de développement personnel est une expérience à part entière, puisqu’on y voit étalés devant soi tous les complexes possibles. À chacun de choisir son problème, de piocher un ouvrage et d’en découvrir le remède.

En philosophie, il est de bon ton de détester ça : pas scientifique, pas rigoureux, mercantile, les raisons sont nombreuses. Mais la principale pourrait être celle-ci : le développement personnel donne des solutions, quand la philosophie, elle, formule des problèmes.

(…)

Les faiblesses du développement personnel

La philosophe Julia de Funès dénonce ce paradoxe du « tout coaching » qui ne fait disparaître aucun problème, mais qui, comble du sort, devient du « développement impersonnel ». Contre-productif, conformiste, a priori rien de grave pour la philosophie qui pourrait laisser se déployer ce genre de librairie sans intervenir… mais une autre critique se trouve aussi dans ce terme mentionné d’« imposture ».

Source : Faut-il détester le développement personnel ? Carnet de philo, France culture, 16 mai 2019.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-journal-de-la-philo/faut-il-detester-le-developpement-personnel-8866377


Le développement personnel étend ses tentacules jusque dans la philosophie, sans doute pour profiter de sa crédibilité mais encore faut-il bien connaître la philosophie, ce qui n’est pas bien assuré au sein de la communauté des coachs de vie et d’entreprise.


A priori, difficile de dire quel livre use honnêtement ou pas de philosophie (s’il est facile de distinguer une publication de thèse d’un manuel de survie quotidien, il est plus difficile de trancher pour tout un ensemble d’essais, même les exercices spirituels des Antiques sont redoutables de ce point de vue), mais en se penchant sur les livres eux-mêmes, on a quand même une idée : ceux qui font des catalogues, qui listent des auteurs par problèmes et en tirent des « conseils », mais qui surtout, vous donnent des solutions, des attitudes à suivre, et réduisent des problèmes à des obstacles à franchir, risquent bien de vous décevoir.

Source : Faut-il détester le développement personnel ? Carnet de philo, France culture, 16 mai 2019.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-journal-de-la-philo/faut-il-detester-le-developpement-personnel-8866377


Le développement personne s’inscrit aujourd’hui dans la « science du bonheur » :

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Disons-le franchement, la science du bonheur est une pseudoscience, dont les postulats et la logique se révèlent tout à fait défectueux. Le philosophe pragmatiste Charles Peirce a dit un jour qu’une chaîne de raisonnement n’est pas plus solide que son lien le plus faible ; de fait, la science du bonheur s’appuie sur de nombreux postulats sans fondement, sur des incohérences théoriques, des insuffisances méthodologiques, des résultats non prouvés et des généralisations ethnocentriques et abusives. Tout cela interdit d’accepter de manière non critique ce que cette science affirme en se réclamant de la vérité et de l’objectivité.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 16-17.

(…)

Elle (seconde révolution individualiste) a en effet permis de présenter sous l’angle de la psychologie et de la responsabilité individuelle les déficits structurels, les contradictions et les paradoxes propres à la société. Le travail, par exemple, est progressivement devenu une affaire de projets personnels, de créativité et d’entreprenariat ; l’éducation, une affaire de compétences individuelles et de talents personnels ; la santé, une affaire d’habitudes de vie et de mode de vie ; l’amour, d’affinités interpersonnelles et de compatibilité ; l’identité, de choix et de personnalité ; le progrès social, de prospérité individuelle, et ainsi de suite. La conséquence a été l’effondrement général de la dimension sociale au profit de la dimension psychologique. «La» politique s’est ainsi vu progressivement remplacée par «une» politique, et une politique a forte consonance thérapeutique, la rhétorique du bonheur se substituant peu à peu à celle de l’individualisme dans la définition du modèle néolibéral de citoyenneté (nous développerons cette idée dans le quatrième chapitre).

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 77.

La forteresse intérieure n’est pas l’endroit où nous voulons construire notre vie. Nous ne voulons pas vivre dans l’obsession égocentrique de l’amélioration de soi, qui n’est qu’une façon de se discipliner à outrance, de se censurer. L’idée d’une meilleure version de nous-mêmes à laquelle il s’agirait de parvenir n’est que chimère et faux-semblant, et nous n’entendons pas nous épuiser à la poursuivre. Nous refusons de nous retrouver prisonniers de postulats prétendant que l’amélioration de la société ne passerait que par l’amélioration des individus. (…)

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 234-235.


Le développement personnel se concentre sur l’amour de Soi tandis que la philosophie est l’Amour de la Sagesse. L’une et l’autre de ces disciplines ne peuvent pas être mises en équilibre dans une collaboration honnête. La philosophie doit éviter de toutes les influences engendrant sa dénaturation.


«D’abord, la psychologie est essentiellement centrée sur le “moi”. Elle cherche à comprendre les failles, les problèmes et les troubles du patient. Tandis que les domaines concernés par la philosophie sont bien plus larges : elle traite de l’homme en général, mais elle se demande aussi ce qu’est le monde, Dieu, les autres, la vie, le bonheur…

Ensuite, bien souvent la psychologie invite le patient à regarder en arrière ; à fouiller dans son enfance, à se souvenir d’un évènement qui serait l’origine d’un traumatisme. Elle cherche à guérir le passé. À l’inverse, la philosophie ne panse pas le passé. Elle permet, grâce à la rencontre des philosophes d’il y a 500 ou 2500 ans, de penser autrement, de ne pas rester bloqué sur des idées/pensées qui nous font du mal. On en découvre d’autres qui nous correspondent et on agit en fonction de celles-ci. En ce sens, la philosophie nous donne les clés pour agir, et pour prendre notre futur en main et redevenir maître de son destin.»

Source : Quelle est la différence entre la psychologie et la philosophie ?, Institut pandore.

https://www.institut-pandore.com/philosophie/difference-psychologie-philosophie/


Personnellement, le développement personnel me monte au nez depuis mon tout premier contact avec « la pensée positive » au cours de mon adolescence dans les années 1970-80. Le livre La puissance de la pensée positive de Norman Vincent Peale paru chez Marabout et paru en 1952 (Prentice Hall, New York) faisait alors et fait encore tourner les têtes aujourd’hui.

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À l’adolescence, venir me dire que j’aurai une vie meilleure si je nourris des pensées positives m’a paru complètement irréaliste, insignifiantes, inutiles, trompeuses, etc. J’ai vite conclu cette affaire de pensée positive comme étant rien d’autre qu’une arnaque grand public. Comment peut-on croire en une chose pareille, en une telle magie ? Je voulais me comprendre, non pas avec les lunettes roses de la pensée positive, mais comme un être humain dans toute sa réalité. Il en allait de même dans ma quête de compréhension de ce monde fort loin des idées que j’en avais acquis au cours de mon enfance. Des pensées positives, même envoyées jour et nuit à mes proches, et pourquoi pas à la planète entière, ne changeraient rien aux malheurs des uns et des autres.

Il n’y a rien de plus insignifiant que de dire à une personne en situation difficile : « Courage, je t’envoie plein d’ondes positives ».

Ah ! Toutes ces histoires d’autosuggestion impliquant la pensée positive, je les redoute encore de nos jours comme la peste.

Certaines personnes témoignent des bienfaits de la pensée positive en parlant de « restructuration cognitive. C’est le cas de Rémi Thériault, candidat au doctorat en psychologie au Laboratoire de résilience sociale de l’Université du Québec à Montréal et lauréat du Prix du mérite de la relève étudiante, dans la section Idée du quotidien québécois LE DEVOIR de l’édition du 23 août 2023 :


Pour une positivité responsable et bienveillante

(…)

En six mois de cet exercice de restructuration cognitive, je suis sorti de ma dépression et revenu à un état psychologique neutre. Cependant, cela ne s’est pas arrêté là : mon bien-être psychologique a continué d’augmenter jusqu’à ce que je puisse me dire véritablement heureux — pour la première fois de ma vie. Le reste a suivi naturellement. J’ai commencé à expérimenter du succès à la fois socialement et à l’école. La vie avait finalement un sens. À la fin d’année, j’ai été nommé la personne la plus souriante de ma cohorte.

Source : Thériault, Rémi, Pour une positivité responsable et bienveillante, Idées, LE DEVOIR, 28 août 2023.

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/796952/serie-l-ete-c-est-fait-pour-penser-pour-une-positivite-responsable-et-bienveillante


Dans l’extrait ci-dessus, on trouve un lien sur l’expression « restructuration cognitive » qui nous conduit à cette définition :


La restructuration cognitive est une stratégie visant à identifier les pensées négatives et fausses et à les remplacer par des pensées alternatives plus réalistes et utiles. Cette stratégie cognitive est un élément clé des thérapies cognitivo-comportementales et a été inventée par Aaron Beck, psychiatre américain. Elle favorise la réflexion sur une situation stressante ou accablante afin de réduire la détresse émotionnelle. L’idée est de prendre de la distance avec ses pensées et ses émotions.

Source : Restructuration cognitive, le10 septembre 2019, mis à jour le10 août 2023, Institut Pi-Psy (Psychopédie).

https://encyclopedie.pi-psy.fr/psychopedy/restructuration-cognitives/


Dans cette définition, il n’est question de « pensées positives » mais plutôt de « pensées alternatives plus réalistes et utiles ».

Monsieur Thériault ajoute :


Pas une panacée

Attention, la pensée positive n’est pas magique et ne réglera pas tous nos problèmes. En effet, les études indiquent une réalité un peu plus complexe à laquelle il n’est pas possible de rendre justice dans un texte si court. Il est par exemple suggéré de « s’attendre au mieux, mais de se préparer au pire », en générant un contraste mental de l’avenir désiré et de la réalité actuelle, une sorte d’optimisme réaliste dans laquelle on prévoit des plans de contingence pour les obstacles possibles.

Pour éviter de se culpabiliser lorsque cela ne fonctionne pas, l’auto-compassion peut aider. Dans nos rapports sociaux, il faut également éviter la positivité toxique, caractérisée par une invalidation émotionnelle et une absence de souci et d’écoute de l’autre, par exemple lorsqu’on exhorte quelqu’un à être positif. La positivité, on ne peut ni l’exiger ni l’imposer aux autres.

Source : Thériault, Rémi, Pour une positivité responsable et bienveillante, Idées, LE DEVOIR, 28 août 2023.

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/796952/serie-l-ete-c-est-fait-pour-penser-pour-une-positivite-responsable-et-bienveillante


Non seulement, la pensée positive n’est pas une panacée mais il s’agit d’une dérive égocentrique mettant à mal la formation et la pratique de la pensée critique dans son sens philosophique.

On nous prie de ne pas confondre la « pensée positive » avec la « psychologie positive ».


100px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgLa psychologie positive est une discipline de la psychologie fondée officiellement en 1998 lors du congrès annuel de l’Association américaine de psychologie par son président de l’époque, Martin E. P. Seligman (cf. son discours publié en 1999 dans le journal de l’APA, The American Psychologist). Cependant, la psychologie positive a des racines plus anciennes. La psychologie positive ne doit pas être confondue avec la pensée positive, une pseudo-science1 basée sur l’autosuggestion2, faisant l’objet de nombreux best-sellers vendus à des millions d’exemplaires à travers le monde depuis les années 19503.

La psychologie positive s’intéresse surtout à la santé, à qualité de vie et au bien-être, à ce qui rend les humains résilients, heureux, optimistes, plutôt qu’aux sources des psychopathologies. L’hypothèse de la psychologie positive est qu’en étudiant pourquoi et comment certains animaux et certaines personnes surmontent mieux que d’autres les difficultés de la vie, il sera possible de trouver des moyens de développer ces qualités chez tout un chacun. Son objectif est de promouvoir l’épanouissement (en anglais, flourishing) et l’accomplissement de soi (en anglais, fulfillment), au niveau individuel, groupal et social. La psychologie positive « étudie ce qui donne un sens à la vie », selon son fondateur, Martin E. P. Seligman. C’est l’étude des forces, du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être.

(…)

Cependant, la discipline est dénoncée par de nombreux chercheurs comme une pseudo-science4 et fait l’objet de divers critiques. Sur le plan éthique, il lui est opposé, d’une part, une réappropriation de concepts, théories et méthodes existants dans d’autres branches de la psychologie ou dans le domaine des soins spirituels (spiritual care) et, d’autre part, son application pratique dans le secteur militaire. Sur le plan théorique, la dichotomie qu’elle opère entre les processus négatifs et positifs est considérée trop réductrice, voire erronée 5. Sur le plan thérapeutique, la nouveauté et l’efficacité des méthodes de la psychologie positive sont également questionnées6

1 Marie Claire – La psychologie positive, qu’est-ce que c’est ? – Par Julia Kadri – Publié le 19/02/2018 [archive] : « Il ne faut cependant pas confondre psychologie positive et pensée positive : leur principale différence étant la science. »

2 Matthieu Ricard – La psychologie. positive ne consiste pas à « positiver » – le 27 novembre 2014 [archive]

3 Le secret de Rhonda Byrne vendu à près de 4 millions d’exemplaires ou encore La puissance de la pensée positive de Norman Vincent Peale vendu à environ 15 millions d’exemplaires

4. Annabelle Laurent, « « Happycratie » : faut-il en finir avec le développement personnel ? » [archive], sur usbeketrica.com, 30 août 2018.

5. Michel Hansenne, La face cachée de la psychologie positive : approche critique et perspectives, dl 2021 (ISBN 978-2-8047-2008-7 et 2-8047-2008-X, OCLC 1272858750, lire en ligne [archive])

6. Hansenne, La face cachée de la psychologie positive : approche critique et perspectives, dl 2021 (ISBN 978-2-8047-2008-7 et 2-8047-2008-X, OCLC 1272858750, lire en ligne [archive])

Source : Wikipédia ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_positive ).


La pensée positive et la psychologie positive, à la base du développement personnel, sont toutes deux dénoncées comme étant des « pseudo-sciences ».

Mettre dans la balance, d’un côté le développement personnel et, de l’autre la philosophie, et le tout penchera en faveur de la philosophie.

Plus dense que le développement personnel, la philosophie n’est rien de moins que la MÈRE de toutes les sciences. La métaphore du sous-marin se prête bien pour décrire la philosophie. Pendant que le développement personnel se débat dans sa chaloupe sous l’effet de la houle de l’océan, le sous-marin de la philosophie plonge en profondeur en toute quiétude et sécurité pour trouver la cause première, la cause originale.


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La pensée profonde

Pour trouver la cause première – Celui ou celle qui aime penser n’évite pas la pensée profonde mais y plonge toujours avec prudence. Le risque de se perdre dans les profondeurs de la pensée est réel. Rien ne sert de se lancer dans la recherche de la cause première d’un problème et ainsi pouvoir le résoudre une fois pour toutes, à tout le moins, de le comprendre vraiment, s’il devient impossible de revenir à la surface. De nombreuses illusions peuvent nous retenir. Certaines usent du charme de la poésie pour nous perdre dans nos pensées. Voyez par vous-même.

On peut toujours rester à la surface et se laisser bercer par les flots de la mer. Par beau temps, tout va pour le mieux. Malheureusement, la mer perd souvent son calme, signe de problèmes à résoudre. Parfois, il tempête de problèmes. Notre embarcation risque de chavirer à la prochaine vague. Et la plupart d’entre nous prennent place dans un simple canot. Malgré nos efforts honnêtes de pensée positive pour en faire un paquebot, nos mains agrippées au rebord nous trahissent et nous ramènent vite à la dure réalité du tangage et du roulis excessif de la vie en ces jours malades de mauvais temps.

De toute évidence, le recours à l’arme secrète s’impose. Il faut vite sauter à bord du sous-marin de la raison et plonger loin du tumulte des pensées incisives.

Inimaginable d’envisager aplanir les vagues avec nos mains, même avec un mouvement soutenu en nageant directement à la surface de la mer. Ça prendrait un front de bœuf et une pensée écervelée pour se lancer dans l’aventure. C’est pourtant l’impression que me donnent les animateurs des débats d’opinions dans les médias et ailleurs. Tombés à la mer, on ne voit plus que leurs mains tapant désespérément sur le dos des vagues, entourées de dizaines voire de centaines d’autres mains s’agitant dans un pareil effort perdu d’avance. À vol d’oiseau, la scène ressemble au naufrage du Titanic de la raison, retenu à la surface par des poches pleines d’air de l’esprit vide de sens. En fait, il n’y a plus que le courant qui a du sens dans ces débats d’idées. Rien de plus normal : les idées suivent le courant qui les entraîne. Pendant ce temps, l’esprit ballotte dans un sens, puis dans l’autre, revient, ballotte encore dans un sens, puis dans l’autre. Il y a de quoi avoir le mal de mer et plusieurs l’ont, si l’on se fie aux vomissements avalés par la mer de sa gigantesque bouche de liberté d’expression dont l’appétit vorace ne connaît jamais la satiété. C’est peu dire que j’en ai contre les débats d’opinions, de véritables cliniques d’avortement de la raison.

Pendant ce temps, les plus sages, évidemment beaucoup moins nombreux, sont déjà en discussion dans leur raison sous-marine, chargée d’une bonne provision d’idées éclairantes alimentées par des piles de doutes et d’une réserve d’ouverture d’esprit oxygénante reliée à un caisson à air comprimé de connaissances et de compréhensions permettant d’éviter en tout temps les accidents de décompressions de la raison. Une carte des profondeurs du grand Esprit dans une main, le bâton de contrôle des émotions de navigation dans l’autre, le sage s’éloigne lentement mais sûrement de la surface énervée et énervante. Bientôt, seule la lumière des idées l’éclaire. Sur le plateau du continent, il distingue déjà l’épave de la raison utile à rien. Il progresse sur la pente descendante, évite d’autres épaves de l’« hommerie », cette fois, avec difficultés, car les courants idéologiques, les plus meurtriers de l’histoire humaine secouent sans ménagement la raison. Sur la carte, il peut lire : « Cimetière perdu des idées aveugles ». Absorbé par le drame de la vision de toutes ces catastrophes, il est surpris par un premier signe du mal des profondeurs : il hallucine. Il voit des fantômes idéologiques sortir de la coque des navires irraisonnés. Il imagine le pire à l’idée de voir ces fantômes atteindre la réalité de la surface. Il augmente l’arrivée d’oxygène, retrouve ses esprits et le mal disparaît peu à peu. L’hallucination l’a motivé davantage à trouver la cause première du problème, la source de la foule folle tuée par le remous de sa raison sans gouvernail. Il arrive à la limite du plateau de la bêtise, à ses pieds, les bas fonds, dangereux, très dangereux, là où se trouvent les meilleures raisons mais aussi les pires, dont celles avec le pouvoir de l’empêcher de revenir à la surface, qui le rendraient complètement ivre des profondeurs de la pensée.

Mais il dispose d’une deuxième arme secrète : une science des profondeurs, la philosophie. Sa recherche de la cause première ne sera pas désordonnée, sans méthode. Il a mis un certain temps à maîtriser quelque peu cette arme au nom rébarbatif. Au départ, il avait l’impression d’une science difficile et ennuyeuse. Même après une certaine familiarité, cette impression n’est jamais complètement disparue, d’où une certaine prudence, souvent salutaire, il faut le dire, car la science a deux tranchants : on risque de comprendre mais aussi de ne pas être compris.

Une seule condition s’impose pour accepter de courir le risque de la réflexion : demeurer raisonnable par les autres, c’est-à-dire, s’assurer qu’il y aura toujours quelqu’un pour me comprendre et me ramener à la raison si je perds la tête. Un sage est sage tant qu’il n’est pas seul, tant qu’il y a quelqu’un pour prendre de ses nouvelles. Si le sage apprend à réfléchir en profondeur avec sa raison, cela ne lui servirait à rien s’il ne pouvait pas en discuter ensuite avec d’autres, pour recharger ses piles de doutes.

Extrait de mon livre J’AIME PENSER – COMMENT PRENDRE PLAISIR À PENSER DANS UN MONDE OÙ TOUT UN CHACUN SE DONNE RAISON, essai et témoignage de gouvernance personnel édité par la Fondation littéraire Fleur de Lys. En lecture et téléchargement gratuit : https://sergeandreguay1.wordpress.com/


L’affirmation à l’origine de cette réplique parle de « développement spirituel ou philosophique » :

« L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. »

Le « ou » me cause un problème. Le « spirituel » est une chose, le « philosophique » en est une autre; ce n’est pas l’un ou l’autre. Il n’y a pas de choix à faire entre le spirituel et le philosophique.


« Quelle est la différence entre spiritualité et philosophie ? La philosophie essaie d’atteindre le vrai, le bien par le raisonnement, la spiritualité essaie de l’atteindre par l’affectivité. »

Yves Rousson, Anciennement Professeur certifié hors classe de mathématiques à Ministère de l’Éducation nationale (France) (1968–2008).

On peut dire que la spiritualité est un courant de pensée caractérisé par la place essentielle qu’il accorde à l’esprit ou à l’âme considérés comme une réalité autonome à la source de l’agir humain et donc de la conscience morale. C’est la définition la plus générale que l’on puisse trouver de la spiritualité, mais elle est insuffisante. Il faut y ajouter deux éléments.

Jeanmart, Gaëlle, Introduction : qu’est-ce que la spiritualité ? 1 Philosophie et spiritualité aujourd’hui – Université de Liège – philocité – 13 et 15 février.

https://www.philocite.eu/basewp/wp-content/uploads/2014/02/gjeanmart_2007_philosophie_spiritualite1.pdf

D’abord le fait que la spiritualité s’intéresse toujours à la fois à la définition des fins de l’homme et aux moyens de parvenir à leur réalisation effective, de sorte que, comme courant de pensée, elle implique toujours conjointement un certain nombre de pratiques destinées à accomplir le sujet, c’est-à-dire à accomplir cette partie essentielle de lui-même qu’est son âme. Et troisièmement, on peut dire que ces processus de transformation lui ouvre toujours l’accès à la vérité ou à plus de vérité. La spiritualité postule donc, d’une part, que la vérité n’est jamais donnée au sujet de plein droit et tel qu’il est, mais qu’il faut qu’il se modifie pour s’assurer un accès au vrai ; et elle postule, d’autre part, que cet accès à la vérité produit en retour des effets sur lui : la vérité n’est pas simplement le fruit d’un acte de connaissance, elle illumine, elle donne la tranquillité, le bonheur véritable : en somme, elle accomplit le sujet. »

Jeanmart, Gaëlle, Introduction : qu’est-ce que la spiritualité ? 1 Philosophie et spiritualité aujourd’hui – Université de Liège – philocité – 13 et 15 février.

https://www.philocite.eu/basewp/wp-content/uploads/2014/02/gjeanmart_2007_philosophie_spiritualite1.pdf


Personnellement, j’accepte le concept de l’âme uniquement dans le cadre de la spiritualité tout en soutenant que l’âme n’est pas le seul concept de la spiritualité. Par exemple, on retrouve aussi dans concept de spiritualité celui de la Religion et dans ce dernier les concepts de « cœur » et de « foi ».

J’accepte et le concept de l’esprit uniquement dans le cadre de philosophie.

Bref, je n’emploie pas les termes « âme » et « esprit » comme étant des synonymes, pas plus que les termes « philosophie » et « spiritualité » sont pour moi des synonymes.


Qu’est-ce que l’âme ?

La notion d’âme est historiquement importante, mais son intérêt contemporain est limité. L’âme relève aujourd’hui de la religion ou de la métaphysique. La notion n’est plus utilisée ni en science, ni réellement en philosophie.

Les textes anciens qui parlent de l’âme sont souvent ré-interprétés pour en tirer un apport utile aujourd’hui. On évacue la notion d’âme et on considère que ces textes parlent de l’esprit ou du psychisme (par exemple).

Âme, Dicophilo – Dictionnaire de philosophie en ligne : https://dicophilo.fr/definition/ame/


Il faut prendre connaissance de la définition de l’esprit :


1698685650402https://dicophilo.fr/definition/esprit/


« Le concept de spiritualité est relativement controversé car ses attributs varient en fonction de sa définition laïque ou religieuse » souligne Ellen Herve-Desirat dans « Les concepts en sciences infirmières (2012), pages 288 à 291 » (https://www.cairn.info/concepts-en-sciences-infirmieres-2eme-edition–9782953331134-page-288.htm ou https://docplayer.fr/235192808-Spiritualite-ellen-herve-desirat.html).

Voici une variante très importante dans la définition de la spiritualité : « laïque ou religieuse ». Cette variante s’applique aussi à la définition du développement personnel.

Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française classe le développement personnel relève du domaine de psychologie (psychologie du développement) et en donne la définition suivante: « Démarche volontaire et continue de valorisation de soi en tenant compte de ses valeurs, de ses objectifs, de ses forces. »  (https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/19467099/developpement-personnel).

Nous sommes loin de la philosophie se définissant comme l’Amour de la Sagesse et manière de vivre.

Le site web superprof – La plateforme qui connecte profs particuliers et élèves ajoute : « La philosophie refuse de prendre en compte l’opinion comme fondements de la communication et en fait une critique sévère. Pour philosopher, on doit faire l’effort de remettre en doute une fois dans sa vie tout ce que jusque-là, on considérait comme vrai. » (https://www.superprof.fr/ressources/philosophie/philosophie-terminale-stmg/explication-definition-philosophie.html).

Or, dans le développement personnel, l’opinion règne en roi et maître. Et bon nombre de ces opinions sont en réalité des croyances.

Impossible dans ce contexte, de soutenir que « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. »


A lire aussi

Le piège de la pensée positive, Marc Allard, LE SOLEIL, Les Coops de l’information, 27 août 2021. https://www.lesoleil.com/2021/08/27/le-piege-de-la-pensee-positive-a89aa29a510925a0d38960ba6c4324e1/

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.


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Liste de tous les articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 10 – Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

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Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies

Eva Illouz et Edgar Cabanas

Premier Parallèle, 2018

260 pages – Publié le 23 août 2018

Traduit de l’anglais par Frédéric Joly

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Informations de l’éditeur


Résumé

Une analyse de la psychologie positive et de ses origines. Apparue à la fin des années 1990, cette pensée suggère qu’il est possible de se débarrasser de tout sentiment négatif afin de mieux tirer parti de soi-même. Les auteurs lui reprochent de présenter l’individu comme seul responsable de ses succès et de ses échecs sans prendre en compte les maux de la société.


Texte en quatrième de couverture

Le bonheur se construirait, s’enseignerait et s’apprendrait : telle est l’idée à laquelle la psychologie positive prétend conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d’écouter les experts et d’appliquer leurs techniques pour devenir heureux. L’industrie du bonheur, qui brasse des milliards d’euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d’elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.

Mais n’aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre, encore une fois, que la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?
Et si la dite science du bonheur élargissait le champ de la consommation à notre intériorité, faisant des émotions des marchandises comme les autres ?

Edgar Cabanas et Eva Illouz reconstituent ici avec brio les origines de cette nouvelle « science » et explorent les implications d’un phénomène parmi les plus captivants et inquiétants de ce début de siècle.


Appréciations – Médias

« Eva Illouz et Edgar Cabanas s’attaquent avec brio à la dictature du bonheur. Un livre édifiant, important et urgent pour comprendre l’emprise d’une idéologie devenue mondiale au service du pouvoir. » Marie Lemonnier, L’Obs

« Dans son dernier livre, la sociologue dénonce l’injonction qui nous est faite d’être heureux. Cette idéologie, dont la psychologie positive est le bras armé, n’a qu’un objectif : culpabiliser les individus et conforter le néolibéralisme. Une fois de plus, l’auteure veut « mettre de la sociologie là où domine la psychologie »». Virginie Bloch-Lainé, Libération

« Une lecture terrifiante et indispensable.? » Estelle Lenartowicz, L’Express?

« On pourrait comparer Happycratie à une cellule de dégrisement, tant l’ivresse du bonheur nous a gagnés. (…) Une lecture qui déconstruit l’esprit du temps. » Elodie Maurot La Croix

« Un livre exceptionnel (…) qui montre l’aporie, l’impasse, de la société individualiste actuelle. Aujourd’hui, Socrate se baladant sur l’agora et posant ses grandes questions sur le bien, le juste, ce vers quoi on doit tendre verrait un mec arriver pour lui proposer d’être coach en développement personnel chez Google. » Raphaël Glucksmann sur France Inter (à 51’10 de l’émission Le grand face-à-face)

« Un essai décapant. » Laurent Lemire, Livres Hebdo

« La sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas, fins observateurs de l’usage des émotions intimes par le capitalisme, décryptent comment le bonheur est devenu un marché juteux et une idéologie aussi captivante que perverse. » Catherine Portevin, PhiloMag

« La thèse est simple et lumineuse. (…) Merci à eux de nous rappeler l’importance du travail négatif, sous peine « d’oublier la bigarrure du monde humain, si chère à Freud ». » Psychologies Magazine

« Méfions-nous de ce nouvel ordre moral qui fait de la souffrance un scandale et refoule la douleur comme une maladie honteuse. » Dominique Garandet, Centre France

« Un ouvrage érudit et percutant. » Europe1

« Une lecture éclairante, qui appelle à quitter l’obsession égocentrique de l’amélioration de soi, et à combattre une tyrannie de l’optimisme. » Annabelle Laurent, Usbek & Rica

« Une somme urgente et salutaire à la fois. » Livres Critique

« Un livre passionnant. » Xavier Lambrechts, TV5 Monde

« Une critique juste de la tyrannie d’un modèle du bonheur artificialisé, dégagé de tout contexte social. » Jean-Marie Durand, Les Inrocks

« On le cultive, on le théorise, on en fait un business, des livres, des cours… Il est même le nouveau carburant de la productivité. En société et au travail, le bonheur est devenu une injonction. » Nicolas Santolaria, Le Monde

« La science du bonheur n’est-elle pas le prélude à une société ultra-individuaslite ? Le docteur en psychologie Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz explorent ces questions essentielles. » We Demain

« (Pour les auteurs), le bonheur, reformaté par la « psychologie positive », est devenu non plus une promesse désirable, mais un secteur lucratif, un outil de management et un leurre politique, surtout depuis la crise de 2008. Bienvenue en « happycratie »…», Joseph Confavreux, Mediapart

« L’essai Happycratie dénonce les techniques inspirées de la pensée positive et du développement personnel, qui véhiculent une vision du monde moralement discutable. » Jean-Laurent Cassely, Slate

« Captivant et brillant. » Le Devoir

« Un livre salutaire, une élucidation passionnante de l’alliance du commerce, de la para-scientificité, et de l’idéologie par laquelle nous est proposée une redoutable injonction au bonheur. » Pierre Coutelle, librairie Mollat, Bordeaux.

« Il y a quelque chose de fort plaisant à voir démontés et exposés les divers éléments constituants la psychologie positive. Avec l’esprit d’analyse qui la caractérise, Eva Illouz, avec Edgar Cabanas, exhibe à la fois l’indigence théorique de cette industrie du bonheur et les effets qu’elle induit : produire des psytoyens. C’est-à-dire des citoyens « parfaitement heureux » qui doivent pratiquer l’implication la résilience et l’autonomie. Des entrepreneurs d’eux-mêmes, n’ayant pour seule liberté que l’amélioration de soi perpétuelle. Pour cette tendance auto-proclamée, il s’agit, en somme, de former de bons petits soldats : confusionnistes, consuméristes, conformistes. » Thierry Jobard, librairie Kléber, Strasbourg.


Les auteurs

Edgar Cabanas

Docteur en psychologie rattaché à l’Institut Max Planck, à Berlin, il enseigne actuellement à l’université Camilo José Cela de Madrid. Ses travaux portent sur les usages politiques, économiques et sociaux du bonheur, tel qu’il est aujourd’hui envisagé, conçu et « vendu » par la psychologie, notamment positive.

Suivre Edgar Cabanas

Eva Illouz

Directrice d’études à l’EHESS (Paris), Eva Illouz enseigne aussi la sociologie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Ses travaux portent sur la marchandisation des émotions et ce qu’elle appelle le « capitalisme affectif ». Elle a notamment écrit Les Sentiments du capitalisme (Seuil, 2006) et Pourquoi l’amour fait mal (Seuil, 2012, Points, 2014). Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues.

Suivre Eva Illouz


Source : Premier Parallèle.


Extraits disponibles en ligne sur le site web leslibraires.ca

Feuilleter le livre

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Source : leslibraires.ca.


Revue de presse

Faut-il rejeter en bloc l’industrie du bonheur ? par Antonin BROI, Nonfiction

Happycratie, philosophie magazine

Happycratie: une simple critique de l’industrie du bonheur ? 7 mai 2020 Par Screenshot Blog : Le blog de Screenshot, Mediapart

Le bonheur, un juteux business pour les entreprises, Par Anne-Sophie Leurquin Journaliste au service, Le Soir (Belgique)

La psychologie positive : cheval de Troie du néolibéralisme ? Psychologies


DOSSIER

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Article # 10

RAPPORT DE LECTURE

Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies

Eva Illouz et Edgar Cabanas

Premier Parallèle

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Si le présent ouvrage apporte une contribution à l’actuel débat, très vivace, sur le bonheur, c’est en vertu de sa perspective sociologique critique. Nous nous sommes appuyés ici sur les travaux que nous avons précédemment menés – des travaux consacrés aux émotions, au néolibéralisme et à la culture thérapeutique –, en creusant certaines idées déjà exposées ailleurs et en en introduisant de nouvelles, notamment quant aux rapports entre la poursuite du bonheur et les modalités d’exercice du pouvoir dans les sociétés capitalistes néolibérales. Le terme « happycratie », que nous avons forgé, souligne la visée principale de ce livre, qui s’attache avant tout à montrer comment, à l’ère du bonheur, sont apparus, de concert avec une nouvelle notion de la citoyenneté, de nouvelles stratégies coercitives, de nouvelles décisions politiques, de nouveaux styles de management, de nouvelles obsessions individuelles et hiérarchies émotionnelles.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 23-24.

À la lecture de ce livre, je suis allé d’étonnement en étonnement, page après page. J’ai découvert la « psychologie positive », son histoire et ses ramifications dans nos universités, nos gouvernements, nos armées, nos entreprises et nos industries, sans oublier au sein de nos populations partout là où sévit le néo-libéralisme.

Si j’ai été témoin des poussées de fièvre de la pensée positive il y a près de 50 ans au cours de mon adolescence. Je n’ai jamais été attiré par ce mouvement de pensée. En fait, il m’a rebuté dès le départ parce que je savais déjà fort bien qu’il ne s’agit pas d’avoir des pensées positives pour traverser les épreuves de la vie. À l’adolescence, il faut le rappeler, nous découvrons que la société n’est pas comme on nous l’avait présentée dans notre enfance. Nous sommes déçu et, par conséquent, rebelles, ne serait-ce qu’un temps. Alors quand, dans les librairies et les médias, nous sommes confrontés à la « pensée positive », nous savons fort bien qu’il y a la-dessous quelque chose qui ne vas pas, du moins dans mon cas.

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Puissance de la pensée positive (La)

Par Norman Vincent Peale

Éditeur DE L’HOMME

Papier ISBN: 9782761922920 Épuisé : non disponible. 24.95$

Publié pour la première fois aux États-Unis en 1952, ce livre contient un message qui n’a rien perdu de sa portée universelle: il nous enseigne que c’est en convertissant nos émotions négatives en attitudes positives que nous pouvons connaître une vie bien remplie et satisfaisante. Il nous montre comment vaincre la peur, la frustration et le désespoir en suivant un cheminement qui s’appuie à la fois sur l’énergie divine et sur notre propre potentiel humain. Les conseils de l’auteur sont simples, précis et extrêmement efficaces.

Source : leslibraires.ca.

Mon rejet catégorique de la pensée positive s’accorde avec mon refus de m’arroger le droit de percevoir autrement la réalité que pour ce qu’elle est et de modifier mes perceptions pour toujours voir dans le malheur un aspect positif.

Disons-le franchement, la science du bonheur est une pseudoscience, dont les postulats et la logique se révèlent tout à fait défectueux. Le philosophe pragmatiste Charles Peirce a dit un jour qu’une chaîne de raisonnement n’est pas plus solide que son lien le plus faible ; de fait, la science du bonheur s’appuie sur de nombreux postulats sans fondement, sur des incohérences théoriques, des insuffisances méthodologiques, des résultats non prouvés et des généralisations ethnocentriques et abusives. Tout cela interdit d’accepter de manière non critique ce que cette science affirme en se réclamant de la vérité et de l’objectivité.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 16-17.

Ma lecture de Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies m’a appris l’existence, au delà de la pensée positive, d’une nouvelle psychologie, la psychologie positive.

Le bonheur est désormais fait d’un ensemble d’« emodities**** », c’est-à-dire de services, thérapies et produits qui promettent une transformation émotionnelle et aident à la mettre à œuvre5. Ces « emodities » empruntent des voies sinueuses : bien souvent, elles font leur apparition dans certains départements d’université, sous forme de théories, mais elles ne tardent guère à s’intégrer aux différents marchés – les entreprises, les fonds consacrés à la recherche, l’industrie du style de vie… La maîtrise de soi et de ses émotions, la quête d’authenticité et d’épanouissement personnel ne font pas que pousser le moi à se façonner constamment : elles permettent aussi à diverses institutions de faire circuler dans le corps social des marchandises émotionnelles – des « emodities ».

**** Néologisme produit par une contraction des termes anglais emotions et commodities (« marchandises »). Voir Eva Illouz (dir.), Les Marchandises émotionnelles, Premier Parallèle, 2019 [N.d.T.].

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 22.

La psychologie clinicienne, celle que nous connaissons, s’occupe des personnes se portent mal en raison de maladies mentales ou, si vous préférez, d’une santé mentale déficiente. La psychologie positive s’adresse à tout un chacun, les gens heureux qui veulent (ou qui furent persuader) être davantage heureux. C’est un tournant majeur pour la psychologie puisque sa clientèle vient de s’ouvrir à tout le monde.

(…) Les gens n’avaient pas seulement besoin d’être plus heureux lorsque les choses allaient mal : ce besoin-là, ils l’éprouvaient aussi, et plus encore, lorsque tout allait bien. La psychologie classique se devait donc d’assumer un rôle fondamentale inédit pour elle : elle ne devait plus se contenter de remédier à la souffrance; elle devait maximiser les potentiels de l’individualité.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 44.

Le bonheur a supplanté l’objectif de justice et celui d’égalité dans la sphère politique de plusieurs pays conseillés par des psychologues et des « économistes du bonheur ».

Il s’agissait d’imposer le concept de bonheur national brut (BNB), en le présentant comme un indice bien plus pertinent que le produit intérieur brut (PIB), mais aussi des extensions de ce concept : l’«indice de bien-être économique», les dimensions «économiques du bien -être, l’«indice de bien-être durable» ou encore l’«indice de développement humain», censé permettre de mesurer l’efficacité des politiques publiques et le progrès économique à l’échelon national. Depuis 2008, tous les pays se sont peut à peu rangés, dans une plus ou moins grande mesure, à ces pratiques.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 53.

Un processus général d’individualisation et de psychologisation a profondément transformé, au sein de nos sociétés capitalistes avancées, les «mécanismes politiques et sociaux de la responsabilisation». On parle même d’une «seconde révolution individualiste».

(…) Elle (seconde révolution individualiste) a en effet permis de présenter sous l’angle de la psychologie et de la responsabilité individuelle les déficits structurels, les contradictions et les paradoxes propres à la société. Le travail, par exemple, est progressivement devenu une affaire de projets personnels, de créativité et d’entreprenariat ; l’éducation, une affaire de compétences individuelles et de talents personnels ; la santé, une affaire d’habitudes de vie et de mode de vie ; ; l’amour, d’affinités interpersonnelles et de compatibilité ; l’identité, de choix et de personnalité ; le progrès social, de prospérité individuelle, et ainsi de suite. La conséquence a été l’effondrement général de la dimension sociale au profit de la dimension psychologique. «La» politique s’est ainsi vu progressivement remplacée par «une» politique, et une politique a forte consonance thérapeutique, la rhétorique du bonheur se substituant peu à peu a celle de l’individualisme dans la définition du modèle néolibéral de citoyenneté (nous développerons cette idée dans le quatrième chapitre).

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 77.

Je trouvais déjà notre société individualiste lors de mon entrée dans le monde adulte il y a quarante ans. Je suis tout de même surpris que ce soit pas une affaire de choix personnel Si je soupçonnais la société elle-même d’être devenue individualisante, je ne pouvais pas m’imaginer qu’il s’agissait d’une application structurelle orchestrée par les apôtres de la psychologie positive dans l’ensemble de la société.

La forteresse intérieure n’est pas l’endroit où nous voulons construire notre vie. Nous ne voulons pas vivre dans l’obsession égocentrique de l’amélioration de soi, qui n’est qu’une façon de se discipliner à outrance, de se censurer. L’idée d’une meilleure version de nous-mêmes à laquelle il s’agirait de parvenir n’est que chimère et faux-semblant, et nous n’entendons pas nous épuiser à la poursuivre. Nous refusons de nous retrouver prisonniers de postulats prétendant que l’amélioration de la société ne passerait que par l’amélioration des individus. (…)

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 234-235.

(…)

(…) Nous répondons à ces arguments en renvoyant à la célèbre réfutation de l’utilitarisme proposée par le philosophe Robert Nozick, qui enseignait à Harvard et dont la sensibilité était anarchiste. Nozick proposait à son lecteur une expérience de pensée fort singulière : s’imaginer dans une machine lui fournissant à sa demande telle ou telle sensation de plaisir. La personne s’installant dans une telle machine, laissait entendre Nozick, serait poussée à croitre vivre en permanence la vie qu’elle désire vivre. La question soulevée était la suivante : une telle machine est-elle préférable à la vraie vie, censément moins plaisante ? Répondre à cette question semble aujourd’hui d’une actualité plus brûlante encore qu’à l’époque – tout particulièrement au regard de l’hégémonie grandissante de la science du bonheur (et des technologie virtuelles). Notre réponse, proche de celle de Nozick, est que le plaisir et la poursuite du bonheur ne peuvent pas l’emporter sur la réalité et la recherche du savoir – sur la pensée critique, la réflexion menée sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure. (…)

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 236.

La recherche du bonheur à laquelle nous sommes tous invités depuis des décennies n’a pas eu de prise sur moi. Je ne suis pas à la recherche du bonheur afin qu’il occupe tous les coins et recoins de ma vie, qu’il soit présent même dans le malheur et la douleur. Je refuse de vivre dans l’illusion du bonheur. J’accepte volontiers des moments de bonheur, surtout ceux qui s’inscrivent en récompense à ma recherche du savoir et à mon apprentissage de la pensée critique.

Quand les auteurs Eva Illouz et Edgar Cabanas m’étonnent et me surprennent à la lecture de leur essai Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, j’éprouve du bonheur, celui de la découverte. Et que cette découverte me soit agréable ou non, qu’elle me mette en colère ou non, je suis heureux.

La sur-responsabilisation de l’individu face à son bonheur engendrée par la psychologie positive me déplaît comme toute autre sur-responsabilisation. « Si tu n’es pas heureux, c’est de ta faute. Il faut que tu travaille à ton bonheur. Personne d’autre que toi n’est responsable de ton bonheur. » Voilà le propos de la psychologie positive pour nous sur-responsabiliser.

Quand je suis déboussolé, je retrouve le nord à la lecture de l’essai « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » de William Kirk Kilpatrick, lui même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie » :

« L’ÉCHEC DE LA FOI PSYCHOLOGIQUE

Quelque bien intentionné et agréable qu’il soit, il n’est pas évident que l’« establishment » sache aider. Partout il existe de sombres signes que cette foi n’est pas efficace. En dépit de la création d’une armée virtuelle de psychiatres, psychologues, psychométriciens, conseillers et éducateurs sociaux, il n’y a eu aucune diminution du taux de maladies mentales, suicides, alcoolisme, toxicomanie, enfants maltraités, divorces, meurtres et voies de fait de toutes sortes. Contrairement à ce qu’on pourrait espérer dans une société analysée si soigneusement et assistée par tant d’experts de la santé mentale, il y a eu un accroissement dans tous ces domaines. Il semble parfois exister un rapport direct entre le nombre grandissant de ceux qui aident et le nombre grandissant de ceux qui ont besoin d’aide. Plus nous avons de psychologues, plus nous récoltons de maladies mentales; plus nous avons d’éducateurs sociaux et de délégués à la liberté surveillée, plus la criminalité s’accroît; plus nous avons d’enseignants et plus l’ignorance grandit.

Il nous faut nous interroger devant tout cela. En clair, cela est suspect. Nous sommes contraints de concevoir la possibilité que la psychologie et les professions qui gravitent autour d’elle proposent des solutions aux problèmes qu’elles ont elles-mêmes contribué à faire naître. Ainsi, nous voyons des psychologues élever chez les gens l’espoir de bonheur ici-bas à un niveau démesuré, pour ensuite dispenser leurs conseils sur la crise qui survient vers la mi-vie et à la mort. Nous voyons des psychologues faire de l’attention portée à soi-même une vertu, pour ensuite s’étonner du nombre croissant de narcissistes. Nous voyons des psychologues alléguer devant les tribunaux que les mauvais garçons et même les mauvais adultes n’existent pas, pour ensuite formuler des théories afin d’expliquer l’augmentation de la criminalité. Nous voyons des psychologues mettre à rude épreuve les liens de la vie familiale, pour ensuite mener une thérapie dans les foyers brisés.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislav Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions. Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. »

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu »

Source : KILPATRICK, William (KIRK), Séduction psychologique, Centre biblique européen (Suisse), 1985.

Et même s’il s’agit d’un livre se référant à la foi chrétienne, l’auteur donne d’abord une juste mesure de sa pensée critique sur la psychologie, étant lui même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue.

Le livre Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle me donnera à l’avenir la même possibilité de retrouver le nord… un sourire en coin aux lèvres.

Bonne lecture !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


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Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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