Comprendre la philosophie de Rousseau grâce à Netflix, le stoïcisme grâce à la crise Covid, ou le concept freudien de sublimation grâce à Rocco Siffredi… Ça vous paraît impossible ? Détrompez-vous !
Ce livre repose sur une conviction, à savoir que la plupart des gens s’intéressent à la philosophie mais ont l’impression que la philosophie n’est pas faite pour eux.
En mêlant récits fictifs, faits d’actualité et culture populaire, Charles Robin rend accessibles les idées des plus grands penseurs, de l’Antiquité à nos jours. Loin du langage intimidant des universitaires, mais avec rigueur et précision, ce livre se donne un objectif clair : vous réconcilier enfin avec la philosophie !
Ancien professeur particulier, Charles Robin est vulgarisateur de philosophie. Il anime la chaîne YouTube et le podcast « Le Précepteur », suivis par plus d’un million d’abonnés.
Je dois vous faire une confidence : rien ne me prédestinait à faire de la philosophie. Je suis issu d’un milieu ouvrier, et à la maison, les factures impayées étaient une source de préoccupation bien plus importante que les questionnements sur le sens de l’existence. Pas de grande bibliothèque dans le salon, ni de discussions enflammées le soir sur La République de Platon. Mon accès à la culture se limitait essentiellement à la télévision : documentaires, émissions de débats et films du dimanche soir.
Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour vous faire comprendre que j’ai grandi avec l’idée que la philosophie n’était pas faite pour moi. Quand j’entendais parler de philosophie, je m’imaginais un monde réservé à des gens qui avaient baigné toute leur vie dans les livres, les conférences et les laboratoires de recherche. Qui étais-je, moi, l’enfant de prolétaires, pour prétendre à ce monde-là ? Je sais que je suis loin d’être seul dans ce cas, et que certains d’entre vous se reconnaîtront dans ce portrait. Mais je sais également, aujourd’hui, que cette barrière entre le monde de la philosophie et celui des « gens normaux » est d’abord une barrière mentale.
La philosophie accompagne ma vie depuis mon enfance. Dès l’école primaire, je me posais des questions dont j’ignorais alors qu’elles étaient de nature philosophique. Pourquoi existons-nous ? La réalité est-elle ce que nous en percevons ? Qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ? Arrivé au lycée, j’ai découvert que ces questions, que je croyais naïves et propres à mon vécu personnel, avaient nourri l’esprit des grands penseurs au cours de l’histoire. Je découvris Socrate, Épicure, les cyniques, les stoïciens… Et soudain, je compris que je n’étais pas seul. Ces philosophes, que je ne connaissais pas et qui vivaient à des époques si reculées, s’étaient posé les mêmes questions que moi. Je venais de réaliser que la philosophie était aussi faite pour moi. Et bien que je ne mesurais pas du tout ce que cela impliquait concrètement, je décidai, à cet instant, d’en faire mon futur métier.
Les difficultés apparurent durant ma première année d’études de philosophie à l’université. Là, j’entendais mes professeurs employer des mots qui auraient tout aussi bien pu provenir d’une langue étrangère. « Métaphysique », « phénoménologie », « transcendantal »… Ce fut la douche froide. Moi qui avais entrepris des études de philosophie par amour pour la réflexion, voilà que je me retrouvais confronté à un mur de concepts qui n’avaient aucune signification pour moi. Étais-je le seul à ne rien comprendre ? Mes camarades avaient l’air si sûrs d’eux, ils débattaient de leurs désaccords avec aisance et citaient des auteurs dont je ne connaissais même pas le nom. Avais-je été trop présomptueux en me croyant capable de faire de la philosophie ?
Mais je ne me laissais pas abattre. Je gardais à l’esprit cette citation de Marc Aurèle, l’une des rares que je pouvais me vanter de connaître par cœur : « Rien de ce qui est possible à l’homme ne saurait être au-dessus de tes forces. » Je lisais et relisais les textes que je ne comprenais pas. J’enregistrais mes cours sur un dictaphone et les écoutais en boucle pendant mes séances de sport. Je consultais des manuels de révision, questionnais mes professeurs, écoutais des cours en ligne. Et au fil des mois, je commençais à tisser des liens entre les concepts, à les voir s’imbriquer, s’articuler. Progressivement, les choses prenaient sens. Enfin.
J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.
Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.
Dans chacune des vingt leçons qui composent ce livre, je vais vous présenter la pensée d’un philosophe. Chaque leçon sera précédée d’une petite histoire destinée à introduire, de façon ludique (et parfois inattendue), la pensée du philosophe en question. Certaines de ces histoires sont librement inspirées de faits réels, d’autres font référence à des œuvres de la culture populaire, d’autres, enfin, sont entièrement fictives. Par le choix de ce format, j’ai souhaité combiner les deux compétences que mes élèves et mes auditeurs me reconnaissent le plus souvent : expliquer des idées complexes avec des mots simples et les illustrer de façon concrète. J’ai bon espoir qu’en procédant ainsi, ce livre donnera matière à divertir autant qu’à réfléchir.
Le choix des vingt philosophes n’a pas été simple à faire. Il m’a fallu rayer de ma liste bon nombre de penseurs éminents, et je sais que certains me reprocheront d’avoir mis sur la touche des figures qu’ils jugent incontournables. Mais choisir, c’est renoncer. J’ai donc pris le parti de sélectionner ces vingt philosophes en fonction de deux critères principaux : la diversité des visions du monde qu’ils proposent, et leur accessibilité à un public de non spécialistes. Il va sans dire (mais il va encore mieux en le disant) que vous n’êtes pas obligés d’adhérer à l’intégralité des conceptions qui vont être exposées dans ce livre, ce qui serait d’ailleurs difficile dans la mesure où les vingt philosophes présentés ici ne sont eux-mêmes pas d’accord entre eux. La philosophie n’est pas une science exacte. Elle ne délivre pas de vérités absolues gravées dans le marbre. Ce qu’offre la philosophie, ce sont des idées, des pistes de réflexion, des perspectives nouvelles, avec lesquelles vous pouvez être en accord ou en désaccord, mais qui, quoi qu’il arrive, vous permettront d’élargir votre regard sur le monde et d’interroger vos certitudes. Car c’est avant tout cela, la philosophie : une invitation à penser contre soi-même.
Ces précisions étant faites, la visite va pouvoir commencer. Que vous soyez novices en philosophie ou déjà familiers avec ses concepts, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir ces penseurs et leurs idées que j’en ai eu à vous les transmettre. Et surtout, qu’après avoir achevé la lecture de ce livre, vous fassiez partie de ceux qui clament fièrement : « La philosophie, c’est pour moi aussi ! »
CHAPITRE 1
Descartes
Où est la vérité ?
« Le premier précepte que je me donnais d’observer était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle. »
Raymond n’oubliera jamais ce qu’il a vu le 4 mars 2021.
Chauffeur poids lourd depuis plus de trente ans, Raymond sillonne les autoroutes et les départementales de Normandie, faisant la navette entre son dépôt, la centrale d’approvisionnement et les trois hypermarchés où il livre la marchandise destinée à être mise en rayon.
En cette journée hivernale, le ciel était dégagé mais l’air particulièrement froid. Raymond pouvait le sentir s’infiltrer dans ses narines même à travers les vitres fermées de son camion. La matinée se déroula sans accroc. Raymond avait réceptionné la marchandise à la centrale à huit heures du matin, et à onze heures, la première livraison était faite. Il profita de cette confortable avance sur son horaire pour s’accorder une pause-déjeuner dans un de ces restaurants routiers où il a ses habitudes, avec buffet à volonté. C’était vendredi, et le vendredi, on a le droit de se faire plaisir.
Raymond reprit la route aux alentours de treize heures. Le soleil rayonnait, mais l’air était toujours aussi glacial. Raymond soufflait régulièrement entre ses mains pour les réchauffer, malgré le thermostat réglé au maximum.
Alors qu’il roulait sur une route côtière, le long de la Manche, son attention fut attirée par quelque chose dans la mer. Il tourna la tête, et là, derrière la digue rocheuse sur laquelle s’écrasaient les vagues grises, il vit un cargo qui flottait dans les airs, plusieurs mètres au-dessus de l’eau.
« Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? »
Raymond cligna fortement des yeux, comme pour se réveiller d’une hallucination.
« Non mais je deviens fou ! »
Rien à faire, le bateau demeurait là, suspendu au-dessus de l’eau. Aussi interloqué qu’inquiet, il arrêta son camion sur le bas-côté pour observer la scène. C’était la chose la plus troublante et la plus surréaliste qu’il ait jamais vue.
Sous l’effet du choc, et parce que Raymond appartient à une autre génération, il n’eut pas le réflexe de saisir son smartphone pour prendre une photo du phénomène, auquel il devinait déjà que personne dans son entourage ne croirait. Il eut quand même l’idée d’allumer la radio locale pour voir s’ils en parlaient aux informations. Rien. Pendant ce temps-là, le cargo était toujours en lévitation, immobile, entre la mer et le ciel.
Raymond se demanda s’il fallait prévenir les autorités maritimes afin de les avertir de l’anomalie physique qui était en train de se dérouler. Mais il se ravisa. Peut-être était-il effectivement sous l’emprise d’une hallucination ? Il s’était resservi plusieurs fois du vin au déjeuner. Nul doute que s’il appelait la gendarmerie, on lui ferait passer un test d’alcoolémie, que celui-ci se révélerait positif, et que sa licence de chauffeur lui serait retirée. Prévenir les autorités dans ces conditions ? Pas question. Raymond se félicita de cet éclair de lucidité qui, à défaut de lui fournir une réponse au mystère du bateau flottant, allait au moins lui permettre de finir la journée chez lui, et non dans une cellule de dégrisement.
Raymond remonta dans sa cabine, redémarra et reprit l’itinéraire prévu. Il ne parla à personne de ce qu’il avait vu l’après-midi. En ramenant le camion au dépôt le soir, son patron Xavier était là. Raymond lui tendit les clefs du véhicule sans dire un mot.
« Ça a été aujourd’hui ?
— Oui, rien de spécial. »
Il osa quand même ajouter : « J’ai vu un truc bizarre en longeant la mer. On aurait dit qu’un bateau flottait au-dessus de l’eau. »
Il avait pris soin de choisir ses mots : « on aurait dit », croyant que cette prudence linguistique le mettrait à l’abri des moqueries de son patron.
« Ah ah ah ! Va te reposer, mon Raymond, tu es fatigué. »
Raymond ne reparlera plus jamais de l’événement dont il a été témoin ce jour-là. Mais depuis, quand il entend parler d’un phénomène inexpliqué, paranormal ou surnaturel, il écoute attentivement sans se moquer, conscient que certaines choses doivent être vues pour pouvoir être crues.
*
Alors, qu’est-il arrivé à Raymond ce jour-là ? A-t-il été victime d’une hallucination, comme il l’a lui-même envisagé ? A-t-il eu le poignet trop leste sur la fontaine à vin ? Non. Raymond a simplement été témoin de ce qu’on appelle un « mirage froid ».
Les mirages appartiennent à la grande famille des illusions d’optique. Il s’agit de phénomènes naturels dus à la déviation de la lumière en raison d’écarts de température entre les couches d’air. Un mirage est dit « chaud » quand la température au sol est plus élevée que dans les airs. C’est le cas, par exemple, lorsque vous croyez voir une flaque d’eau sur le bitume les jours où le soleil chauffe intensément. Un mirage est dit « froid » quand les couches d’air près du sol (en l’occurrence, près de l’eau) sont plus froides que les couches d’air au-dessus. Vous aurez alors l’impression de voir des objets en lévitation. C’est le phénomène auquel Raymond a assisté. Il n’était donc ni ivre, ni sujet à une hallucination : il a simplement constaté ce que les conditions météorologiques ont créé sous ses yeux.
L’histoire de Raymond n’est pas totalement fictive. Il y eut réellement un mirage de cette nature le 4 mars 2021, au large de la ville de Falmouth, en Angleterre. De nombreux automobilistes s’arrêtèrent pour prendre une photo du « bateau flottant » avant que l’image ne fasse le tour des réseaux sociaux. Ce fut l’occasion pour les météorologues de donner une explication rationnelle à ce qui, il faut bien le dire, semble à première vue défier la logique.
La leçon de Descartes : Ne vous fiez pas aux apparences
Le philosophe français René Descartes (1596-1650) a bâti toute sa philosophie sur l’idée qu’on ne pouvait pas se fier à nos perceptions pour atteindre la vérité. En effet, rien n’est plus trompeur qu’une perception. Et l’exemple qu’il utilise pour le démontrer est assez proche de l’expérience vécue par Raymond.
Dans ses Méditations métaphysiques, Descartes prend l’exemple d’un bâton qu’il plonge dans l’eau. Ce bâton, précise-t-il, est parfaitement droit. Pourtant, lorsqu’il se retrouve immergé dans l’eau, il apparaît coupé à la surface. Que faut-il en conclure ? Que les propriétés physiques du bâton changent lorsque celui-ci est dans l’eau ? Qu’il se casse et se recompose entre le moment où on l’immerge et le moment où on le sort de l’eau ? Voilà qui serait pour le moins étrange.
L’explication est beaucoup plus terre à terre : lorsque nous regardons un bâton plongé dans l’eau, les conditions optiques sont modifiées. En passant de l’air à l’eau, la lumière est déviée de sa trajectoire, créant cette impression de brisure à la surface. Vous pouvez faire l’expérience chez vous en plaçant un crayon dans un verre d’eau. Vous verrez alors exactement le phénomène décrit par Descartes.
La conclusion à laquelle aboutit Descartes, c’est qu’en matière de connaissance, on ne peut pas faire confiance à nos sens. Car nos sens ne nous renseignent pas sur la réalité, mais sur les apparences de la réalité. À ce titre, ils constituent une source d’erreur majeure. C’est valable pour ce que nous voyons, mais aussi pour ce que nous entendons, touchons, sentons ou goûtons. Qui n’a jamais tourné la tête subitement dans la rue, croyant avoir entendu quelqu’un l’appeler par son prénom ? Les illusions sensorielles sont partout autour de nous, et pour Descartes, s’appuyer sur nos perceptions pour connaître la réalité, c’est bâtir toute notre connaissance sur du sable.
Il faut douter de tout
Vous savez comment sont les philosophes : d’une taupinière, ils font une montagne. Descartes aurait pu s’en tenir à une simple mise en garde. « Nos sens sont parfois trompeurs, restons prudents. » Mais non. En scientifique rigoureux (rappelons que Descartes n’était pas seulement philosophe, il était aussi physicien et mathématicien), il va radicaliser cette idée et en faire le socle de sa méthode d’investigation philosophique. Voici son raisonnement.
Si nous nous sommes rendu compte que nos sens nous avaient déjà trompés ne serait-ce qu’une seule fois, techniquement, cela signifie deux choses : qu’ils pourront nous tromper à nouveau, et surtout, qu’ils nous ont peut-être trompés à d’autres reprises sans que nous le sachions. Autrement dit, ce n’est pas seulement telle ou telle de nos connaissances qui doit être mise en doute, ce sont TOUTES nos connaissances ! On appelle cela le « doute radical », aussi appelé « doute hyperbolique », puisqu’il s’applique à l’intégralité de ce que nous tenons ordinairement pour vrai. Et comme ce doute n’a pas vocation à demeurer éternellement, mais qu’il constitue simplement la première étape vers l’établissement d’une connaissance plus fiable, il sera dit « méthodique ».
Douter de tout, y compris de ce qui nous paraît le plus sûr et le plus évident, tel est, selon Descartes, le seul et unique moyen de reconstruire tout l’édifice de la connaissance sur des bases solides. Mais alors, jusqu’où faut-il aller ? Devrions-nous douter de l’existence de la réalité elle-même ? Devrions-nous douter de notre propre existence ?
La réponse est oui.
L’hypothèse du malin génie
Pour illustrer le fait que toutes nos connaissances sont douteuses, Descartes prend l’exemple du rêve. En effet, lorsque nous rêvons, nous avons l’impression que ce que nous vivons est parfaitement réel, y compris les situations les plus absurdes et incongrues. Ce n’est qu’au réveil que nous nous rendons compte qu’il s’agissait en réalité d’une pure fabrication de notre esprit.
De cet exemple du rêve, Descartes va tirer une hypothèse, celle du « malin génie1 ». Supposons, écrit-il, qu’un être maléfique emploie toute sa ruse à nous tromper sur tout ce que nous percevons. Une telle hypothèse peut prêter à sourire, mais comment l’écarter sans prendre le risque d’accepter comme vraies des choses qui ne le sont pas ? Après tout, si nous vivions dans un rêve, il nous serait impossible d’en avoir conscience.
Mais Descartes va encore plus loin. Si nous devons douter de l’existence de la réalité, nous devons également douter de notre propre existence. Car comment savons-nous que nous existons ? Nous le savons parce que nous avons la perception de notre corps. Nous pouvons le voir, le toucher, le sentir… Très bien ! Mais le même problème se pose : comment être sûrs que cette perception n’est pas, elle aussi, une illusion ?
Face à tant d’incertitudes, Descartes va entrevoir la solution : le recours à la raison. Que nous dit la raison ? Elle nous dit que même dans l’hypothèse où la réalité serait effectivement une illusion, il y a cependant une chose qui ne peut pas être une illusion, à savoir le fait que nous pensons. Le contenu de notre pensée peut bien être faux, il peut même porter sur une réalité qui n’existe pas, cela n’enlève rien au fait que notre pensée, elle, est bien réelle. Or, comment pourrait-il y avoir de la pensée sans l’existence d’un « je » qui pense ? Ce serait là une absurdité logique. Pour qu’il y ait pensée, il faut nécessairement qu’existe un sujet pensant. Cogito ergo sum (« je pense donc je suis ») : telle est la première vérité indubitable à laquelle aboutit Descartes.
Descartes n’était pas cartésien !
Une erreur s’est progressivement installée dans le langage courant. C’est celle qui consiste à désigner comme « cartésien » quelqu’un qui, à la manière de l’apôtre saint Thomas, « ne croit que ce qu’il voit ». Comment vous dire qu’il n’est pas possible de commettre plus grand contresens ? Car tout le propos de Descartes est justement de critiquer l’idée que nos perceptions seraient une source fiable de connaissance. Ne croire que ce qu’on voit, c’est donner aux illusions, aux rêves et aux hallucinations davantage de crédit qu’à la pensée rationnelle, ce qui, aux yeux de Descartes, est absurde.
Quant à ceux qui pensent qu’être « cartésien » signifie ne pas croire en Dieu, là encore, mauvaise pioche ! Car figurez-vous que non seulement Descartes était un fervent chrétien, mais qu’il est même connu pour avoir proposé une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu.
Donc, de deux choses l’une : ou bien on utilise mal l’adjectif « cartésien », ou bien Descartes lui-même… n’était pas cartésien !
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1.?Il faut entendre ces deux mots au sens ancien : un « génie » est un être doté de pouvoirs surnaturels, et l’adjectif « malin » renvoie à la fois au « mal » et à la « ruse ».
« Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant plus de dix ans.
Depuis 2018, je partage ma passion pour la philosophie sur ma chaine YouTube « Le Précepteur ». Mon objectif : rendre la pensée des grands auteurs accessible à tous et montrer que la philosophie n’est ni obscure ni élitiste, mais qu’elle peut éclairer la vie de chacun, pour peu qu’on la rende vivante, simple et proche de nos questions les plus intimes.
Avec ce livre, j’espère vous réconcilier avec cette discipline merveilleuse et, peut-être, faire changer votre regard sur le monde. »
Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant dix ans. J’ai créé la chaîne YouTube « Le Précepteur » en 2018 pour partager ma passion pour la philosophie.
Lorsque j’ai démarré sur YouTube, je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir un tel engouement du public pour la philosophie. YouTube est avant tout une plateforme de divertissement, et si on m’avait dit un jour que mes vidéos sur Platon, sur Spinoza ou sur le stoïcisme seraient vues par plusieurs millions de personnes, je ne l’aurais jamais cru.
C’est assez paradoxal car, au fond, j’ai toujours considéré que la philosophie était une discipline ouverte à tous et qui s’adressait au plus grand nombre. Bien souvent, si les gens tournent le dos à la philosophie, c’est surtout à cause de la manière dont on leur en parle. Beaucoup l’associent à du verbiage pompeux et sans grande utilité, sans voir que les questions que soulève la philosophie sont des questions qui les concernent directement et qu’ils se posent eux-mêmes au cours de leur vie. Et ça, ce sont d’abord les représentants de la philosophie qui en sont responsables.
Saviez-vous qu’un enfant qui dit « Je n’ai pas fait exprès » manifestait en fait son adhésion à la morale déontologiste de Kant ?
Saviez-vous que le fait de dire « Je fais ce que je veux » traduisait un net penchant pour l’existentialisme de Sartre et son rejet du déterminisme ?
Saviez-vous enfin que quelqu’un qui vous disait « Je t’aime » était en réalité victime d’un stratagème de la nature ? Aimer, pour Schopenhauer, c’est d’abord vouloir… reproduire l’espèce ! […]
L’HISTOIRE DE LA PHILO GRAND PUBLIC : LES ÉMISSIONS ET PODCATS EN LIGNE
4. Le Précepteur
Les vidéos ici sont à la plus longues (entre 25 et 45’) et c’est souvent un exposé avec une image fixe (le portrait du philosophe généralement) dans le format classique d’un exposé académique, et d’un ton sérieux (pas question de faire un gag à deux balles, ici!). Le public est donc probablement un peu plus âgé ou plus scolaire (le précepteur propose une remédiation scolaire et prépare donc au bac philo) que celui de Cyrus. Le précepteur, Charles Robin, ne porte en somme pas trop mal son nom de précepteur (même si on voit aussi qu’il fait de la muscu régulièrement, ce qui fait déjà un peu moins prof de philo…). Il s’agit en général d’aborder une notion clef ou un problème chez un philosophe en particulier (les thèmes sont hyper classiques et se retrouvent d’ailleurs souvent dans d’autres podcast philo), mais pas que : le précepteur ne s’interdit pas à l’occasion d’analyser une pratique, une expression ou un personnage à la mode comme le développement personnel ou la philosophie de D. Raoult, par exemple. C’est fouillé, clair et clairement problématisant.
Enfin ! Un livre de philosophie facile à comprendre ! LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Cet homme excelle dans la vulgarisation de la philosophie. Je le reconnais même comme le Grand Maître de la vulgarisation philosophique. À ce titre, on comprend aisément que son auditoire compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube et d’autres plateformes de diffusion de ses podcasts. Il atteint sans détour son objectif à chacune de ses interventions : « Donner matière à penser ». Le premier chapitre en extrait ci-dessus démontre tout le talent de ce « précepteur » dans l’enseignement populaire de la philosophie.
Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XII.
Charles Robin, NOTRE précepteur, s’est fait une promesse après avoir obtenu son master : « Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière ».
J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XI.
Tant et aussi longtemps que la philosophie demeure entre les griffes académiques, elle ne s’inscrit pas son destin au sein de notre société. Et c’est dommage ! Car la philosophie donne effectivement matière à penser et elle nous incite ainsi à nous pencher sur notre manière de pensée, sur le comment nous pensons.
À mon avis, il ne s’agit d’adopter une ou des philosophies particulières. Je n’ai aucun philosophie préférée. Je m’intéresse au comment nos philosophes pensent, à leurs manières de penser. J’aime bien approfondir tout ce qui concerne la théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie en allemand), ou philosophie de la connaissance ou encore gnoséologie (Composé à l’aide de gnoséo?, tiré du grec gnôsis, « connaissance », et de ?logie, tiré du grec logos, « discours, traité ». Partie de la philosophie qui traite de l’origine, des fondements, des limites de la connaissance.)
En amont, je me dois de comprendre les différentes philosophies des différents philosophes et Charles Robin m’en offre l’occasion à chacune de ses interventions. Pour tout vous dire, il me captive non seulement par son propos mais aussi par son approche explicative.
Voici le résumé de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN par l’IA ChatGPT:
Très bien — voici un résumé court, clair et conceptuel, chapitre par chapitre, fidèle à l’esprit du livre de Charles Robin, sans entrer dans le détail scolaire.
1. Descartes – Où est la vérité ?
La vérité ne se trouve pas dans les apparences ni dans l’opinion commune. Pour penser juste, il faut douter méthodiquement et examiner ses croyances, quitte à remettre en cause ce que l’on croyait évident.
2. Spinoza – Le hasard existe-t-il ?
Ce que nous appelons « hasard » est surtout le nom de notre ignorance des causes. Le monde est déterminé, mais comprendre ce déterminisme permet une forme de liberté intellectuelle.
3. Épicure – Comment être heureux ?
Le bonheur repose sur la modération des désirs, non sur leur multiplication. Savoir distinguer les désirs nécessaires des désirs vains est la clé de la sérénité.
4. Hannah Arendt – Qu’est-ce que le mal ?
Le mal n’est pas toujours monstrueux : il peut venir de l’absence de pensée, du conformisme et du refus de responsabilité individuelle.
5. Sartre – Sommes-nous libres de nos choix ?
L’homme est radicalement libre, même lorsqu’il se croit contraint. Cette liberté est angoissante, car elle nous rend entièrement responsables de ce que nous sommes.
6. Machiavel – Comment gouverner un peuple ?
La politique obéit à une logique propre, distincte de la morale privée. Gouverner, c’est parfois choisir le moindre mal pour préserver l’État.
7. Schopenhauer – Quel est le but de la vie ?
La vie est dominée par un désir sans fin, source de souffrance. L’amour et la sexualité participent d’un mécanisme biologique plutôt que d’un idéal romantique.
8. Ayn Rand – Devons-nous aider les autres ?
L’altruisme n’est pas toujours une vertu. Rand défend l’idée que l’égoïsme rationnel peut être moral, car vivre pour soi n’est pas nécessairement nuire aux autres.
9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ?
La société est une construction nécessaire pour dépasser la force brute. La volonté générale vise l’intérêt commun, pas la somme des intérêts individuels.
10. Hume – Comment se forment nos connaissances ?
Nos connaissances reposent sur l’habitude, non sur la certitude absolue. La causalité elle-même est une croyance issue de l’expérience répétée.
11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ?
Les conventions sociales peuvent aliéner. Diogène prône une liberté radicale, fondée sur la simplicité et le mépris des faux besoins.
12. Freud – Sommes-nous esclaves de nos désirs ?
Nos désirs inconscients nous gouvernent souvent à notre insu. La culture et la création permettent de sublimer ces pulsions plutôt que de les subir.
13. Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ?
Lorsque la foi se transforme en dogme, elle peut étouffer la raison. La pensée critique est indispensable pour résister au fanatisme.
14. Marx – Peut-on échapper à notre condition sociale ?
Nos idées sont largement façonnées par notre position sociale. Comprendre les rapports de classe est une condition pour transformer la société.
15. Épictète – Comment maîtriser nos émotions ?
La paix intérieure consiste à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. La sagesse stoïcienne repose sur le détachement.
16. Simone de Beauvoir – Que veut dire « être une femme » ?
On ne naît pas femme, on le devient. Les inégalités sont des constructions sociales, non des fatalités naturelles.
17. Kant – A-t-on le droit de mentir ?
La morale ne dépend pas des conséquences, mais de principes universels. Mentir est moralement interdit, même si cela semble utile.
18. Nietzsche – D’où vient la morale ?
La morale traditionnelle est née du ressentiment des faibles. Nietzsche invite à créer ses propres valeurs et à dépasser la morale de culpabilité.
19. Simone Weil – Peut-on faire de la politique sans mentir ?
La politique moderne sacrifie souvent la vérité au pouvoir. Weil appelle à une politique fondée sur la justice et l’attention au réel.
20. Socrate – Que savons-nous ?
La sagesse commence par la reconnaissance de son ignorance. Questionner, dialoguer et accoucher des idées : telle est la maïeutique socratique.
– FIN DU RÉSUMÉ PROPOSÉ PAR ChatGPT –
Ce résumé me semble correct. Sans plus. Ce qui donne à chaque chapitre et son explication tout son intérêt dans notre compréhension provient des exemples. En effet chaque chapitre commence par un exemple concret relatant une situation donnée avec des personnes en action. L’explication de la philosophie en vedette dans le chapitre devient ainsi saisissable puis évidente. Charles Robin a choisit les exemples avec une attention toute particulière à la philosophie en vedette. Il pratique-là un art et une logique de haut niveau.
La loi permet la cohabitation
(…) Le rôle de la loi est donc le suivant : autoriser tout ce qui ne nuit pas à autrui. En d’autres termes, vivre en société, c’est accepter de renoncer à une partie de la liberté pour rendre possible la cohabitation avec les autres. La loi apparaît ainsi comme un moyen de préserver l’équilibre social dans le respect des droits de tous, conformément au principe selon lequel « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».
En acceptant de céder une partie de leur liberté en échange des avantages de la vie en société, les individus scellent ce que Rousseau appelle un « pacte social ». Ce contrat implicite stipule que tous les citoyens, inégaux en capacité (c’est-à-dire devant la nature), son désormais égaux en droits (c’est-à-dire devant la loi). Dans cette configuration, nul n’est autorisé à imposer sa volonté à ses semblables. Tout le monde doit se conformer à la loi, et la loi est la même pour tous. (…)
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.101.
Dans le neuvième chapitre de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, Charles Robin expose fort bien la nécessité d’édicter et de respecter des règles communes pour les hommes vivant en société selon la philosophie de ROUSSEAU. C’est clair, net et précis. Les politiques mettent souvent à l’épreuve ce fameux « pacte social » et il trouve là des lignes à ne pas franchir pour éviter d’affaiblir la vie en société au risque de provoquer le chaos.
Au Canada, Pierre Elliott Trudeau (alors ministre de la Justice, en décembre 1967) dira au sujet de la vie privée et des lois sur la sexualité était : « L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation. »
Cet affirmation de Pierre Elliott Trudeau faisait se référait à l’homosexualité et à la réforme des lois sur la sexualité privée. Concrètement, il répondait alors aux journalistes à propos du Criminal Law Amendment Act (aussi appelé Bill C-150), un projet de loi présenté en 1967 pour réformer le Code criminel, notamment en éliminant certaines dispositions qui criminalisaient les relations sexuelles privées entre adultes consentants, y compris entre personnes de même sexe.
Autrement dit, dans ce contexte, la liberté des législateurs trouve sa limite là où commence la vie privée des citoyens, dès lors que celle-ci ne porte pas atteinte au pacte social
La loi, nous dit Rousseau, doit être l’expression de la volonté générale. Car s’est sur la volonté générale que se fonde la souveraineté du peuple. Un peuple qui obéit à ses propres lois n’est pas un peuple asservi. C’est au contraire un peuple libre, car c’est un peuple qui obéit à lui-même.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.103.
Alors comme s’assurer de la volonté générale ?
La volonté générale n’est pas :
la somme des volontés individuelles ;
l’opinion de la majorité en tant que telle ;
un sondage ou une moyenne statistique.
La volonté générale est : « ce que tous voudraient s’ils délibéraient comme citoyens et non comme individus privés. »
Elle vise :
l’intérêt commun,
le bien public,
ce qui est valable pour tous sans exception.
Une loi peut tout de même protéger une communauté sans sortir de la volonté générale si cette loi vise alors une situation et non pas une identité.
Exemples :
protection des enfants,
protection des personnes handicapées,
règles linguistiques,
protection des minorités religieuses.
Ce n’est pas « le groupe est favorisé », mais « cette situation crée une vulnérabilité que la loi doit corriger ».
L’esprit est une toile vierge
Hume est le représentant d’un courant philosophique qui s’appelle l’«empirisme(8) ». La thèse du courant empiriste peut se résumer ainsi : toute connaissance provient de l’expérience. Précision qu’en philosophie, le mot « expérience » n’est pas à entendre au sens courant de « vécu » ou de « pratique dans un domaine ». Il signifie le fait d’«éprouver » ou de « percevoir ». Pour les empiristes, nos idées sont donc le résultat d’une accumulation de perceptions.
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(8) Du latin empeiria qui signifie « expérience ».
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, p.111.
Le problème avec les perceptions, c’est qu’elles ne correspondent pas nécessairement à des connaissances vraies, c’est-à-dire conforment à la réalité.
Si, comme le souligne Charles Robin, nous nous faisons une idée générale de qu’est un chien seulement après perçu de nombreux chiens différents auxquels nous reconnaissons des caractéristiques communes, « nos idées sont le prolongement, sous forme abstraite, de perceptions concrètes ».
Par définition, il ne nous est pas possible de connaître la réalité au-delà de l’expérience qu’on en a. Nous pouvons faire des déductions, des suppositions, des prévisions, mais dès lors que quelque chose échappe à notre expérience directe, nous ne pouvons parler à son sujet que de croyance, et de connaissance. L’exemple du lever du soleil est particulièrement adapté : « cette connaissance » repose en effet sur le présupposé selon lequel ce qui a eu lieu aujourd’hui aura forcément lieu demain. Mais ça, qu’est-ce qui nous le prouve ? Rigoureusement parlant, nous n’en savons rien. Ainsi, au lieu de dire que nous « savons » que le soleil se lèvera demain, nous devrions plutôt dire que nous « croyons » que le soleil se lèvera demain. Tout n’est que croyance, car habitude ne veut pas dire certitude.
Pour autant, faut-il considérer toutes nos croyances comme dénuées de valeur ? Absolument pas ! Hume le dit clairement : au quotidien, nous croyances sont utiles pour naviguer dans le monde. Ce qu’il dit, c’est simplement qu’il ne faut pas leu attribuer un caractère de vérité absolue. Car qui sait si, demain, ce que notre expérience nous fait considérer comme une vérité ne sera pas remplacé par… une autre vérité ?
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, pp. 112-113.
Se prononcer sur un sujet dont on a pas l’expérience directe serait donc l’expression d’un croyance ?
Première formulation : Se prononcer sur un sujet qui excède notre expérience directe relève, chez Hume, non de la connaissance démonstrative, mais de la croyance fondée sur l’habitude et l’expérience passée.
Deuxième formulation : Chez Hume, dès que nous dépassons l’expérience, nous ne savons pas : nous croyons — mais nous croyons nécessairement.
Troisième formulation : L’habitude produit de la croyance, non de la certitude ; mais sans cette croyance, aucune vie humaine n’est possible.
Personnellement, j’ai observé que beaucoup gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent simplement parce qu’ils le pensent, et confondent ainsi croyance et certitude. Autrement dit : Nous croyons souvent ce que nous pensons vrai, mais croire n’est pas savoir.
Il arrive que nous tenions pour vrai ce que nous pensons simplement parce que nous le pensons, confondant ainsi croyance et certitude. Chez Hume, cette distinction est essentielle : croire n’est jamais équivalent à savoir, et nos certitudes quotidiennes reposent avant tout sur l’habitude et l’expérience passée.
Et l’opinion dans tout cela ?
L’opinion “classique” en philosophie « s’oppose à la connaissance certaine » :
L’opinion (doxa chez les Grecs) ou le jugement exprimé
Repose sur une réflexion ou un raisonnement
Peut être discutée ou critiquée
S’oppose à la connaissance certaine (epistémè)
Mais de nos jours, l’opinion n’implique plus nécessairement réflexion ni justification. Elle peut être purement subjective, spontanée ou sociale, ce qui rapproche certaines opinions de la simple croyance.
Disposition psychologique à tenir quelque chose pour vrai, fondée sur l’habitude ou l’expérience
Motive l’action, pas nécessairement justifiée
« Le soleil se lèvera demain » (Hume)
Croire qu’un produit est efficace parce qu’on l’a toujours utilisé
Opinion
Jugement réfléchi ou argumenté sur ce qui est vrai ou juste
Discursif, discuté, peut être critiqué
« La justice consiste à donner à chacun ce qui lui revient »
Tweet ou post politique impulsif, souvent sans preuve
Connaissance
Savoir fondé sur des preuves, l’expérience ou la démonstration
Justifiée, certaine ou rationnelle
Théorème de Pythagore, loi scientifique vérifiée
Preuve scientifique de l’effet d’un médicament
Permettez-moi de citer, pour la x-ième fois dans ce dossier, un chercheur américain, Louis Cheskin, pionnier de la recherche prédictive en marketing et des études de motivations d’achat des consommateurs.
Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.
« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »
TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.
Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
Louis Cheskin met l’emphase sur l’étude des perceptions des consommateurs et non pas sur leurs opinions. Demander à un consommateur s’il va acheter, par exemple, le nouveau produit A, B ou C, revient à lui poser une question DIRECTE, ce qui nous donne son OPINION en réponse. Louis Cheskin constate que l’approche des sondages d’opinion révèle clairement que les consommateurs ne font pas toujours ce qu’ils disent, qu’ils n’agissent pas conformément à leurs opinions.
Prédire le succès commercial d’un nouveau produit (d’une nouveau nom, d’un nouveau design, d’une nouvelle saveur, d’un nouvel emballage…) sur la base d’un sondage d’opinion ou même d’un groupe de discussions demeure très risqué. De fait, 90% des nouveaux produits mis en marché connaissent un échec. Mais là aussi, l’habitude des sondages est fortement ancrée chez les gens de marketing. Il en va de même pour l’une de ses composantes, la publicité. Il est dit que 50% de la publicité fonctionnent mais qu’on ne sait pas lequel.
Heureusement, Louis Cheskin n’a pas cette habitude et il ne provient pas du marketing; il n’a donc pas des habitudes et des croyances à combattre.
Lors de nombreux tests, il se rendra à l’évidence que la perception agit davantage et de loin sur les motivations d’achat des consommateurs. Avant même que le consommateur puisse se faire une opinion, son cerveau a déjà interprété la perception en lien avec son schéma de référence inconscient et ce dernier a pris de court la raison pour lui dicter l’attitude favorable ou défavorable qu’il doit adopter face au produit est ainsi déterminer s’il posera ou non un geste d’achat.
Lorsque l’on adresse une question directe au consommateur, on se confronte à son ego. Sa réponse (son opinion) ne doit pas nuire à son image. Bref, ses mécanismes de défense ne mettent en action. Il ne nous livre donc pas nécessairement des indices sur son comportement passé ou futur face au produit.
C’est pour ne pas éveiller ces mécanismes de défense que Louis Cheskin met au point ce qu’il appellera : l’Approche indirecte des Réactions du Marché. Nom qu’il attribua au titre d’un article publié dans la prestigieuse Harvard Business Review EN 1948.
Un élément crucial dans les travaux de Louis Cheskin demeure à souligner. Il n’étudie pas les consommateurs mais les produits et leurs capacités à motiver les consommateurs à l’achat. Ce choix s’impose à lui car c’est uniquement sur le produit que l’entreprise peut intervenir. Et de ce fait, il quitte la famille des sciences inexactes pour se joindre à la famille des sciences exactes, soit celles qui étudient des objets physiques. Pour lui, le consommateur n’est que le révélateur du pouvoir qu’exerce le produit sur lui.
Ce faisant, il découvre ce qu’il nommera le « transfert de sensations ». Le consommateur transfert inconsciemment les sensations qu’il ressent à la suite de sa perception du nom du produit au produit lui-même, de l’emballage au produit contenu dans l’emballage, de la publicité au produit annoncé, du prix au produit au produit lui-même sou l’angle de la qualité, de sa place en magasin au produit… Ce transfert de sensations s’effectue inconsciemment.
Voici la chaîne : Perceptions – Sensations – Traitement via le Schéma de référence – Attitude favorable ou défavorable – Geste d’achat ou non suivant l’attitude adoptée (et non pas suivant l’opinion du consommateur).
Tout ce long détour par le chercheur Louis Cheskin et ses travaux pour mettre en relief le fait que l’habitude, comme le souligne Hume, n’est pas fiable en ce qu’elle donne lieu à des croyances et non pas des connaissances conforment à la réalité.
« Je peux comprendre pourquoi les gens de marketing et de publicité ne peuvent pas saisir la signification du transfert de sensations, parce que je ne pouvais pas la saisir moi-même. J’ai accepté le transfert de sensations seulement après avoir vu plusieurs tests réalisés auprès des centaines d’individus. J’avais de la difficulté à accepter le transfert de sensations parce que ce dernier était contraire à mon schéma de références; contraire à mon éducation; en opposition avec mon orientation. Le transfert de sensations était une réalité et je ne pouvais pas l’affronter. Mais en n’y faisant pas face, en ne l’acceptant pas, je n’aurais pas été capable de résoudre des problèmes de marketing. »
« I can understand why marketing and advertising men can-not grasp the significance of sensation transference, because I could not grasp it. I accepted it only after I had seen several tests with hundreds of individuals. I had difficulty accepting it because it was contrary to my frame of reference ; it was contradictory to my education ; it was in opposition to my orientation. It was a reality I could not face. But without facing it, without accepting it, I would not be able to solve marketing problems.»
Cheskin, Louis, Secrets of marketing success, Trident Press, New York, 1967, p. 150.
Pour aborder la philosophie de Diogène de Sinope qui prônait le mépris des conventions sociale, Charles Robin donne en exemple le personnage principal du film « Forrest Gump ».
Forrest ne fonctionne pas comme la plupart des gens. Il ne réfléchit pas, ou plutôt, il ne calcule pas. Il ne voit pas le mal dans la franchise, ni de la honte dans le naturel. Et c’est bien ça, le problème. Car si tout nous pousse à voir en Forrest un jeune homme « inadapté », c’est-à-dire quelqu’un à qui les codes de la vie en société font défaut, il se pourrait bien que ce soit en réalité à nous, les « gens normaux », que quelque chose fasse défaut, à savoir l’authenticité.
Les conventions hypocrites, les règles de la bienséance, la comédie sociale, c’est tout cela que nous appelons « adapté ». Nous ne disons jamais qu’en étant adaptés à une société dont le mot d’ordre est de faire semblant, ce sont peut-être les gens comme nous qui ont à apprendre de tous les Forrest Gump de la planète. Des Forrest Gump qui se contentent de vivre alignés avec leur nature profonde, et qui ne se laisse pas dicter leur comportement par les regard des autres ni par les conventions sociales.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 118-119.
Pendant mes études, j’ai réalisé un grand nombre de projets para-scolaires. J’étais très occupé. Et, à vrai dire, je ne vivais que pour mes études et ces projets. Solitaire de nature, je n’impliquais pas dans mes projets des collaborateurs si ce n’est la direction du collège dont j’avais besoin de la permission. À cela s’ajoutait des participations à l’hebdomadaire, la radio et la télévision locale. Je fonçais tête baissée sans me soucier du regard des autres. Je n’avais aucune espèce d’idée de l’opinion des autres étudiants à mon sujet. J’étais, selon moi, authentique. Mais voilà qu’un jour, un étudiant a souhaité ma mort (à la place d’un autre étudiant très apprécié de tous). Je ne savais pas qu’il se trouvait parmi les étudiants des gens qui me détestaient, qui ne m’aimaient pas du tout. Je ne correspondais aux standards de la société étudiante dans laquelle j’évoluais en solitaire en multipliant un projet après l’autre. Il y avait des conventions à respecter pour la vie étudiante et, par simple ignorance, je ne les respectais pas. Je n’avais pas le souci de soumettre mes actions et mes projets à de telles conventions. Seule ma créativité me guidait. Bien sûr, cette affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît. Toujours est-il que ma vie durant j’ai souvent méprisé les conventions sociales, tantôt par insouciance, tantôt pour parvenir à mes fins. Et dans ce dernier cas, j’en ai payé de prix à chaque fois.
Je me m’inscris pas pour tant dans le mouvement cynique dont Diogène de Sinope fut le personnage le plus connu. Contrairement à ce philosophe, je ne rejette pas les conventions sociales, je ne prône pas la simplicité radicale ou l’autosuffisance et je ne recherche pas la vertu comme seul bien véritable.
Forrest n’est pas un cynique, mais il en a la sagesse. Car c’est ainsi que l’on reconnaît les sages : ils ne se contentent pas d’indiquer aux autres le chemin de la vertu. Ils l’empruntent eux-mêmes, au mépris des honneurs et des privilèges.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, p. 123.
Je n’ai pas cette sagesse car le chemin de la vertu ne me semble pas familier. J’étais et je demeure un « problem directed men », un « homme axé sur les problèmes ». Il suffit d’un problème pour que j’en recherche une solution. J’avais ce slogan pour la firme de recherche marketing : « Si vous n’avez pas de problème, me m’appeler pas ! »
Cynique d’hier et cyniques d’aujourd’hui
De nos jours, quand on parle de « cynisme », on fait référence au fait d’avoir un regard désabusé sur le monde. Les cynique moderne est un pessimiste qui utilise l’insolence et la provocation pour manifester son mépris à l’égard d’un monde qu’il perçoit comme profondément dévoyé. Il s’agit donc d’une vision très différente du cynisme antique, lequel était dirigé vers la recherche d’une vie simple et en accord avec la nature.
La cynique d’aujourd’hui est volontiers acerbe, mordant, corrosif. Le cynique d’hier était en quête de liberté, de vertu et de vérité. Le cynique d’aujourd’hui prend plaisir à contester les valeurs établies. Le cynique d’hier, lui, y était simplement indifférent.
Et si le cynique d’aujourd’hui a l’impression de vivre dans un monde corrompu et hypocrite, c’est peut-être parce que, contrairement au cynique d’hier, ses attentes se tournent davantage vers les autres que vers lui-même. Le cynique de l’Antiquité n’attendait rien du monde, il ne cherchait pas à accuser la société ni a revêtir le costume du rebelle. Sa seule volonté était de se libérer de ses chaînes, celles que nous percevons d’autant moins qu’elles sont invisibles : les chaînes du jugement.
ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 123-124.
C’est vrai, les cyniques d’aujourd’hui tournent leurs attentes davantage vers les autres que vers eux-mêmes. Critiquer les autres, c’est facile. Déguiser ses critiques en opinions, c’est encore plus facile. « C’est juste mon opinion et je la partage » disent plusieurs. Et prendre SON opinion pour SA vérité revient à soutenir « À chacun sa vérité ». Les cyniques d’aujourd’hui complotent ou voient des complots partout. Ils parlent de « faits alternatifs » comme si cela était possible. Au final, écrit Myriam Revault d’Allones, nous sommes dans une « Ère de post-vérité ».
Et si je ne peux pas ici me prononcer sur tout ce qui me donne à penser dans le livre LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Mais je ne peux pas non plus passer sous silence le chapitre consacré à la philosophe Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ? Il faut voir le film AGORA qui raconte son histoire pour saisir la réponse à la question poser : oui, la foi peut être dangereuse !
Conclusion
Je vous recommande fortement la lecture de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, de CHARLES ROBIN.
« La liberté, c’est notre destin ! – La philosophie antique au cœur des débats actuels » de Pierre Laurendeau et paru aux Presses de l’Université Laval (PUF) en 2013. Cet ouvrage exprime fort bien comment la philosophie nous aide à mieux vivre.
Pourquoi les propos des philosophes de l’Antiquité grecque et latine, de même qu’asiatique, sont-ils toujours aussi actuels ? C’est en lisant douze extraits de ces penseurs sur la nature, la connaissance, la cité, la morale et le sens de la vie que vous le découvrirez. Mais précisons tout de suite au moins une chose : ces penseurs n’ont cessé de réfléchir à la liberté en lien avec les nécessités de la vie, ce qui demeure un des grands défis du XXIe siècle.
Pierre Laurendeau enseigne la philosophie au cégep. Il a publié quelques ouvrages, dont deux romans philosophiques et un essai intitulé Victor-Lévy Beaulieu en six temps (PUL, 2012).
Texte de présentation sur le site web de l’éditeur
Pour concevoir ce manuel de philosophie, Pierre Laurendeau a réuni des penseurs de l’Antiquité autour d’un questionnement sur la liberté et le déterminisme. Pourquoi les propos des philosophes de l’Antiquité grecque et latine, de même qu’asiatique, sont-ils toujours aussi actuels ? C’est en lisant douze extraits de ces penseurs sur la nature, la connaissance, la cité, la morale et le sens de la vie que vous le découvrirez.
«Il existait deux opinions sur lesquelles se partageaient les anciens philosophes, les uns pensant que cout se produit par le destin, en sorte que ce destin apportait la force de la nécessité (Démocrite, Héraclite, Empédocle, Aristote étaient de cet avis), les autres pour qui les mouvements volontaires de l’âme existaient sans aucune intervention du destin; Chrysippe, en position d’arbitre officieux, me paraît avoir choisi la position intermédiaire; mais il se rattache plutôt à ceux qui veulent voir les mouvements de l’âme libérés de la nécessité. Or quand il utilise ses propres expressions, il tombe dans des difficultés qui l’amènent à confirmer malgré lui la nécessité du destin.»
– (Cicéron, Du destin, §392)
Tout au long de l’histoire de l’humanité, des êtres humains se sont battus contre la nature, les dieux, l’oppression, l’ignorance, et même contre eux-mêmes afin de conquérir leur liberté. Cette conquête de la liberté semble être l’une des motivations fonda mentales de la vie humaine. Mais, face à la liberté, se sont toujours imposées des idées contraires, entre autres celle de la nécessité ou encore celle du déterminisme. L’idée de destin en fut une autre, elle se définissait principalement de la façon suivante: une force plus ou moins occulte, obscure et mystérieuse obligeant les êtres humains à suivre un chemin les menant à une réalité incontournable. À partir de cette vision du destin, la liberté apparaissait, pour beaucoup, comme une illusion.
En partant du fait que les idées de liberté et de destin ont toujours habité l’esprit des hommes, nous proposons une troisième voie, une espèce de duel inhérent à leur réalité. Encore aujourd’hui, ce duel d’idées, déterminant pour l’ensemble de nos choix et de nos actions, exprime, selon nous, le mouvement même de la vie.
Pour comprendre la dynamique de ce duel, remontons à l’Antiquité3 grecque, latine et même asiatique. C’est à cette époque qu’il a pris une tournure décisive: la quête de liberté se faisait alors plus consciente et plus systématique, et ce pour de plus en plus de gens.
Lorsque les premiers penseurs grecs ont remis en question l’ordre du cosmos établi par les dieux, ils cherchaient à comprendre les phénomènes naturels sans avoir recours à des explications surnaturelles. Ils se donnaient ainsi la liberté de penser le monde autrement. Ils remettaient aussi en question le sens et la place de l’être humain dans l’univers afin de mieux délimiter ses marges de manœuvre. De plus, ils instaurèrent la cité démocratique afin d’assurer les conditions de vie nécessaires aux hommes libres. Ils apprirent à débattre et à dialoguer, traçant les voies de la liberté d’expression. Ils visèrent à élargir leur liberté de penser et d’agir, comme si elle seule pouvait donner un sens à leur vie. Mais le duel n’était pas clos pour autant: aux yeux de plusieurs des penseurs et des gens d’action de l’Antiquité, le fait que la liberté soit plus grande ne signifiait pas nécessairement la disparition du destin, et encore moins celle des dieux, vus souvent comme les maîtres de ce destin.
En interrogeant le passé réflexif des êtres humains, c’est une façon de prendre un certain recul face aux enjeux contemporains de l’humanité et, par contraste, d’en dégager une perspective nouvelle. Prenons un seul exemple: les débats et les combats «violents» concernant la religion. Dieu est toujours présent pour la grande majorité des êtres humains et justifie bien des actions, parfois absurdes, sinon cruelles; mais, avec Dieu, il en va aussi du sens que les êtres humains donnent à la vie! Quand on se débarrasse de Dieu, que met-on à sa place?
Les recherches contemporaines en génétique et en psychologie nous font prendre conscience que nous sommes plus ou moins conditionnés, programmés, déterminés. Si une large part de ce que nous sommes est inconsciente, comme le croyait le docteur Freud, père de la psychanalyse, et si la société et les conditions sociales déterminent ce que nous sommes, comme le croyait le philosophe-économiste Karl Marx, que nous reste-e-il comme liberté? L’ONU a défini, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, des principes universels qui semblent valables pour la conduite de tous les humains. En ce sens, n’y a-t-il pas un but, un destin commun à toute vie humaine? Le souci pour l’humanité aurait-il remplacé la sollicitation de Dieu? Finalement, nous constatons que la liberté est au cœur de nos réalités quotidiennes, et que nous sommes constamment amenés à réfléchir à nos propres limites à son sujet.
Globalement, ce duel liberté/destin soulève toujours la question de l’avenir de l’humanité: toujours plus de liberté ou la reconnaissance d’un destin commun à l’espèce vivante que nous sommes? Deux poids à mettre dans la balance de notre conscience personnelle, car il semble bien que le futur humain repose sur la responsabilité de chacun.
Dans ce duel, que nous présentons comme une dualité liberté/destin, nous retenons cinq angles de réflexion qui ont prévalu au cours de l’Antiquité et qui demeurent encore pertinents: la nature, la connaissance, la cité, l’action et le sens de la vie. Pour ce qui a trait au sens de la vie, nous l’avons d’abord présenté sous l’aspect de la pensée occidentale, et ensuite sous l’aspect de la pensée orientale, étant convaincu de la complémentarité de ces deux aspects pour bien comprendre ce que nous sommes, nous, les êtres humains.
Pour chacun des angles de réflexion, nous vous proposons deux extraits de textes en duel: l’un nous apporte des arguments favorables au destin et l’autre à la liberté. Mais on peut souvent sentir que la frontière est bien mince entre les deux positions, car la pensée humaine ne semble pas pouvoir faire abstraction ni de l’une ni de l’autre. Alors, où trouver l’équilibre sinon en explorant les deux pôles et en les gardant vivants, afin de se faire « une tête » sur ce duel profondément humain. En ce sens, nous terminons la présentation de chaque angle de réflexion par un encadré dans lequel nous imaginons une certaine perspective des choses, perspective qui nous semble pertinente pour le XXIe siècle. De plus, nous vous suggérons quelques questions à réflexion après chaque extrait de texte, et finalement une mise en débat ou en dialogue des deux penseurs vus.
Nous osons croire que cette présentation des penseurs de l’Antiquité vous fera voir leur intarissable actualité, comme s’ils demeuraient des sources d’inspiration profondes pour nous, les êtres humains du XXIe siècle.
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NOTES
2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9.
3. On situe l’Antiquité encre -500 avant J.-C. et +400 après J.-C.
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P.S.: Le lien donné en note # 2 conduit à la page de l’entrée « Liberté » de Wikipédia mais cette dernière ne contient pas la citation de Cicéron. Voici celle où j’ai trouvée la citation attribuée à Cicéron sur WIKIVERSITÉ, entrée « Liberté » : https://fr.wikiversity.org/wiki/La_libert%C3%A9/Un_concept_clef_de_la_m%C3%A9taphysique.
« En plus d’enseigner la philosophie au collégial depuis plusieurs années, je suis aussi auteur, conférencier, formateur et animateur. J’ai publié 3 romans Jeunesse, un manuel de philosophie et deux essais. Un de mes romans Jeunesse s’intitule Les mots de mon père. Pour les essais, j’en ai un sur l’œuvre de Victor-Lévy Beaulieu et un en Philosophie pour enfants intitulé Des enfants pensent l’avenir. Mon manuel de philosophie porte le titre La liberté, c’est notre destin.
Comme conférencier, je propose présentement une conférence sur Victor-Lévy Beaulieu et une sur le Bonheur.
Comme formateur, j’ai donné récemment un atelier à des enseignants sur le développement d’une relation éducative satisfaisante avec les étudiants basée sur l’écriture.
Comme animateur, j’anime depuis trois ans des Cafés philo. Je propose aussi un atelier sur L’initiation à la vie philosophique et un autre sur l’écriture. »
De l’intuition à une philosophie de l’éducation : vers l’humain
Résumé
Dans notre travail, nous avions deux objectifs majeurs: rendre l’intuition plus présente au fonctionnement de l’éducateur; montrer l’importance de la philosophie, pour une action consciente. De fait, nous cherchions une philosophie de l’éducation découlant directement d’un approfondissement de l’intuition. Cet approfondissement s’est réalisé par une problématique ouverte sur trois champs d’exploration: pédagogie, psychologie et sociologie. Dans chacun d’eux, nous avons cherché la place de l’intuition, afin de bâtir une structure constituée de l’ensemble des éléments liés à sa présence en éducation. Cette façon de procéder, pour définir l’intuition de manière plus dynamique, nous a permis de la comprendre, non plus uniquement comme état, mais insérer dans un processus. Nous voulions comprendre l’apport de l’intuition, sans en faire l’apologie au détriment des autres composantes essentielles dans un fonctionnement éducatif. Nous voulions démontrer ainsi la nécessité de l’intuition en éducation et indiquer ce qui lui était complémentaire. Nous devions alors nommer sa particularité, la rendant si indispensable. L’intuition, depuis les études en phénoménologie, est devenue essentielle à une action consciente, impliquant une intention claire; ce qui nous a attiré, c’est l’unification active de trois facettes d’une même réalité. Elle agissait simultanément à trois niveaux différents: par la synthèse, au niveau de la connaissance (pédagogique); par la réciprocité, au niveau relationnel (psychologique): par la solidarité, au niveau de l’adaptation (sociologique). L’intuition rendait pour nous, l’apport de chacun d’eux nécessaire, pour une action consciente.
La philosophie antique aux cœur des débats actuels
Pierre Laurendeau
Presse de l’Université Laval, 2013
Ce livre s’inscrit en lien direct avec la philosophie pratique appliquées à notre vie de tous les jours, à notre mode de vie ou notre manière de vivre, et, plus spécifiquement à notre implication dans les débats actuels, en remontant aux philosophes de l’Antiquité.
Le titre, « La liberté, c’est notre destin ! » projette à l’avant scène la dualité de nos vies. Sommes-nous à la fois libres et déterminés ? Au premier abord, la liberté exclue que nous soyons entièrement déterminés et le destin exclue que nous soyons entièrement libres.
«Il existait deux opinions sur lesquelles se partageaient les anciens philosophes, les uns pensant que cout se produit par le destin, en sorte que ce destin apportait la force de la nécessité (Démocrite, Héraclite, Empédocle, Aristote étaient de cet avis), les autres pour qui les mouvements volontaires de l’âme existaient sans aucune intervention du destin; Chrysippe, en position d’arbitre officieux, me paraît avoir choisi la position intermédiaire; mais il se rattache plutôt à ceux qui veulent voir les mouvements de l’âme libérés de la nécessité. Or quand il utilise ses propres expressions, il tombe dans des difficultés qui l’amènent à confirmer malgré lui la nécessité du destin.»
– (Cicéron, Du destin, §392)
Tout au long de l’histoire de l’humanité, des êtres humains se sont battus contre la nature, les dieux, l’oppression, l’ignorance, et même contre eux-mêmes afin de conquérir leur liberté. Cette conquête de la liberté semble être l’une des motivations fonda mentales de la vie humaine. Mais, face à la liberté, se sont toujours imposées des idées contraires, entre autres celle de la nécessité ou encore celle du déterminisme. L’idée de destin en fut une autre, elle se définissait principalement de la façon suivante: une force plus ou moins occulte, obscure et mystérieuse obligeant les êtres humains à suivre un chemin les menant à une réalité incontournable. À partir de cette vision du destin, la liberté apparaissait, pour beaucoup, comme une illusion.
En partant du fait que les idées de liberté et de destin ont toujours habité l’esprit des hommes, nous proposons une troisième voie, une espèce de duel inhérent à leur réalité. Encore aujourd’hui, ce duel d’idées, déterminant pour l’ensemble de nos choix et de nos actions, exprime, selon nous, le mouvement même de la vie.
Pour comprendre la dynamique de ce duel, remontons à l’Antiquité3 grecque, latine et même asiatique. C’est à cette époque qu’il a pris une tournure décisive: la quête de liberté se faisait alors plus consciente et plus systématique, et ce pour de plus en plus de gens.
Globalement, ce duel liberté/destin soulève toujours la question de l’avenir de l’humanité: toujours plus de liberté ou la reconnaissance d’un destin commun à l’espèce vivante que nous sommes? Deux poids à mettre dans la balance de notre conscience personnelle, car il semble bien que le futur humain repose sur la responsabilité de chacun.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Introduction, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), pp. 1-2.
3. On situe l’Antiquité encre -500 avant J.-C. et +400 après J.-C.
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P.S.: Le lien donné en note # 2 conduit à la page de l’entrée « Liberté » de Wikipédia mais cette dernière ne contient pas la citation de Cicéron. Voici celle où j’ai trouvée la citation attribuée à Cicéron sur WIKIVERSITÉ, entrée « Liberté » : https://fr.wikiversity.org/wiki/La_libert%C3%A9/Un_concept_clef_de_la_m%C3%A9taphysique.
Pierre Laurendeau oppose la liberté et le destin dans un duel d’idées, et ce, conformément aux penseurs de l’Antiquité. Or, personnellement, je n’adhère pas l’idée de « destin » reconnu par l’auteur comme : « une force plus ou moins occulte, obscure et mystérieuse obligeant les êtres humains à suivre un chemin les menant à une réalité incontournable ».
DESTIN nom masculin
Étymologie : XIIe siècle. Déverbal de destiner.
1. Puissance supérieure et inconnaissable à laquelle on attribue le pouvoir de gouverner l’ordre des choses et la succession des évènements. L’ordre, les arrêts du destin. Le destin aveugle, implacable. Les anciens tenaient le destin pour une puissance à laquelle les dieux mêmes étaient soumis. Spécialement. Cette puissance divinisée. Le Destin. Litt. Au pluriel. Au-dessus des dieux, il y a les destins. Les destins ennemis. Les destins favorables.
? Expr. Forcer le destin, s’élever contre une apparente fatalité. C’est le destin ! la fatalité contre laquelle on ne peut rien faire.
2. Le cours de la vie humaine, considéré comme relevant de la fatalité. Un heureux destin. Un destin funeste, tragique. Il était promis à un destin glorieux. Accomplir son destin. Se soumettre à son destin.
3. Le cours de la vie personnelle ou collective, regardé comme modifiable par la volonté, les décisions, les choix personnels. Être maître de son destin. Prendre en main son destin. Être responsable de son destin. Agir sur son destin. Manquer son destin.
4. Par analogie. Ce qu’il advient de quelque chose. Le destin, les destins d’un empire. Les destins d’un combat, d’une campagne militaire. Tel est le destin des dictatures, la fin qu’on peut leur prédire.
5. Finalité, vocation, orientation, avenir d’un être, d’une espèce, d’une société, d’une discipline, etc. Le destin de l’homme est de dépasser la condition animale. Le destin d’une découverte.
6. Class. Vie, existence. Il a terminé son destin. Trancher, abréger le destin de quelqu’un.
Il y a eu trop d’aléas décisionnels dans ma vie pour que je puisse me reconnaître un destin, une destinée, même au sens imagé. Je ne m’imagine pas destiné à quoi que ce soit. Le seul point auquel je peux me rallier librement et par compromis dans la définition donnée du « destin » dans le Dictionnaire de l’Académie française est le point numéro 3 : « Le cours de la vie personnelle ou collective, regardé comme modifiable par la volonté, les décisions, les choix personnels. Être maître de son destin. Prendre en main son destin. Être responsable de son destin. Agir sur son destin. Manquer son destin. »
Mon refus de l’idée de destin ne repose pas sur une quête de liberté. Avoir un destin préétablit, dit-on, fait de la liberté une pure illusion. Notre chemin étant déjà tracé, on n’a plus rien à décider que de l’emprunter.
Je me demande si l’idée de destin ne vient pas rescousse de celui ou celle qui cherche à se reconnaître une valeur propre dans une association avec « une force plus ou moins occulte, obscure et mystérieuse ».
Globalement, ce duel liberté/destin soulève toujours la question de l’avenir de l’humanité: toujours plus de liberté ou la reconnaissance d’un destin commun à l’espèce vivante que nous sommes? Deux poids à mettre dans la balance de notre conscience personnelle, car il semble bien que le futur humain repose sur la responsabilité de chacun.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Introduction, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p.3.
Le notion de responsabilité de chacun ( « car il semble bien que le futur humain repose sur la responsabilité de chacun ») dans ce « ce duel liberté/destin » soulève la question de l’individualisme face à l’idée « d’un destin commun à l’espèce vivante que nous sommes ». Je m’oppose à la sur-responsabilisation de l’individu dans le contexte mondial du « futur humain ». Il m’apparaît improbable que nous changions tous individuellement pour influer sur le futur collectif, sur l’humanité dans son ensemble. Un seul espoir m’anime et il repose sur le statut de l’individu comme citoyen, comme membre actif de la Cité.
Mais cet espoir demeure dans les limites civilisationnelles. De toute l’histoire de l’Homme, ce n’est pas l’Homme qui perd pied, mais les civilisations : « Ensemble des connaissances, des croyances, des institutions, des mœurs, des arts et des techniques d’une société. Les civilisations primitives. La civilisation chinoise, égyptienne. La civilisation grecque, hellénistique, romaine, arabe. Les civilisations précolombiennes. La civilisation chrétienne. La civilisation occidentale. La Méditerranée a été le berceau de nos civilisations. Une civilisation agraire. La civilisation industrielle. Une brillante civilisation. Le déclin, la fin, les vestiges d’une civilisation. Une civilisation moribonde, disparue. L’aire de diffusion d’une grande civilisation. » (Civilisation, Dictionnaire de l’Académie française).
Les destin commun de l’humanité est d’abord civilisationnel. La prise de conscience d’un destin commun ne peut se faire qu’entre ceux et celles de même civilisation.
Car aux limites de la liberté s’impose le conditionnement civilisationnel et des sociétés qui la compose. Il n’y a que dans ce conditionnement que je puisse me reconnaître un certain déterminisme, une certaine destinée, un certain destin, couplés d’une certaine liberté de penser et d’action, elle-même conditionnée. Même les instincts innés que je partage avec tous les hommes demeurent sous le conditionnement de la civilisation où je suis né.
Au Chapitre 1, « Cultive le naturel… », entre en scène Marc-Aurèle (stoïcien) (121-180)
Contrairement à Épicure, Marc-Aurèle n’a pas fondé d’école de philosophie. Il appartient à l’école stoïcienne de pensée, dite aussi école du Portique. Le stoïcisme privilégie le respect, tout à la fois, de sa propre nature et de la nature universelle : chacun a un destin qui lui est propre, mais tous les destins conduisent à se reconnaître dans une Intelligence universelle. Selon les stoïciens, on ne choisit pas ce qui nous arrive, mais on choisit les pensées qui les accompagnent. Autrement dit, chaque chose qui nous arrive, on peut la voir positivement ou négativement. Si l’on vit, par exemple, un échec amoureux, on a le choix entre se sentir démoralisé ou décider d’apprendre de son échec, ce qui oriente positivement nos amours futurs. Globalement, il faut retenir de cette philosophie que nous sommes naturellement des être de raison et des êtres sociables, faisant partie d’un tout immuable et harmonieux.
Chez les stoïciens prime donc le destin, mais ce sort n’exclut pas totalement toute forme de liberté, car nous pouvons, avec notre raison, développer une maîtrise de nos pensées, nos croyances et nos jugements. Dans ce contexte, la liberté individuelle, cadeau du divin, sert essentiellement à réaliser notre destin d’être humain, qui lui est universel. En d’autres mots, notre bonheur ne peut faire fi de celui des autres.
Aujourd’hui, de quelqu’un qui adopte cette philosophie, on dit qu’il est un stoïque, c’est-à-dire courageux, ferme, imperturbable, inébranlable, affrontant la souffrance et l’adversité avec détermination. La pensée positive, qui consiste à se convaincre que tout va bien aller, irait peut-être dans le sens du stoïcisme. Notre sens d’une responsabilité face à l’humanité, qui se concrétise par notre engagement dans des causes humanitaires, rejoint de même cette philosophie.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 1 – Cultive le naturel…, Marc-Aurèle (stoïcien) (121-180), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), pp. 14-15.
Selon les stoïciens, on ne choisit pas ce qui nous arrive, mais on choisit les pensées qui les accompagnent.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 1 – Cultive le naturel…, Marc-Aurèle (stoïcien) (121-180), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 15.
Évidemment, si « on ne choisit pas ce qui nous arrive », on ne peut pas être sur-responsabilisé. Or, j’ai connu au cours de ma vie une époque où, selon mes proches, tout ce qui m’arrivait était de ma faute. Ma réponse intérieure : « J’ai fait de mon mieux au meilleur de mes connaissances et de mon expérience ». J’ai souffert de cette sur-responsabilisation jusqu’au jours où un observateur compréhensif m’a dit, sans détour : « Cesse de porter le monde sur tes épaules ». Mais il me fallait comprendre que je ne contrôlais pas tout ce qui m’arrivait. Et pour y parvenir, je devais prendre conscience d’un problème que je ne soupçonnais pas du tout : un problème de rigidité. Ce qui fut réglé. Dès lors, je ne pouvais que prendre la responsabilité et intervenir sur ce que je contrôlais.
Mais je demeure persuadé de ma part de responsabilité dans ce qui m’arrive. Je ne parviens pas à me percevoir que comme une victime de ce qui m’arrive parce que je suis un acteur de ce qui m’arrive. Il y a parfois des pensées décisionnelles, des choix, qui provoquent ce qui nous arrive. Et de la justesse de nos choix tient la connaissance.
Dans nos pays occidentaux, on a même démocratisé la connaissance à travers nos systèmes d’éducation afin que de plus en plus d’humains acquièrent un pouvoir sur leur vie. A-t-on obtenu le résultat escompté ? En partie peut-être, mais une question de fond demeure, héritée de l’Antiquité : nos connaissances sont-elles toujours mises à profit pour le meilleur de l’être humain ? Il parait évident que certains usent de la connaissance pour dominer et manipuler et, en ce sens, elle favorise la discrimination, l’exploitation et l’exclusion. L’humanité est donc de plus en plus appelée à garder vivante le but de la connaissance : ne doit-elle pas toujours nous conduire vers le bonheur, la liberté, et ultimement la sagesse ? À ce sujet, il semble bien que Platon et Aristote tomberaient d’accord. Et beaucoup d’humains sont aussi convaincus que le but de la connaissance, c’est l’épanouissement de notre humanité. Tel serait notre destin comme espèce vivante !
La dualité entre liberté et destin, face à la connaissance, se passe entre l’Idée innée de Platon, aux allures de destin, et l’idée construite d’Aristote, aux figures de liberté. Personne aujourd’hui ne peut nier l’importance de la connaissance pour notre avenir, mais il faut savoir à quelles sources s’abreuver et dans quel sens il faut l’orienter pour le meilleur de l’humanité…
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 2 – Connaissance – Allume tes lumières…, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), pp. 24-25.
Si « Personne aujourd’hui ne peut nier l’importance de la connaissance pour notre avenir, mais il faut savoir à quelles sources s’abreuver et dans quel sens il faut l’orienter pour le meilleur de l’humanité », le problème demeure dans sa définition.
CONNAISSANCE nom féminin
Étymologie : XIIe siècle, conoisance, « acte de connaître, idée, notion de quelque chose ». Dérivé du radical du participe présent de connaître.
I. Exercice de la faculté par laquelle on connaît et distingue les objets, ainsi que les actes ou états du sujet.
1. Acte de l’esprit par lequel on se représente, définit ou comprend un objet. Les voies de la connaissance. Connaissance intuitive, rationnelle, empirique, sensible. Une connaissance claire et distincte. La connaissance scientifique. Théorie de la connaissance. Critique de la connaissance.
2. Le fait d’être informé ou de s’informer, d’apprendre quelque chose. Cela est venu à la connaissance des autorités. Porter un règlement à la connaissance du public. J’ai eu, je n’ai pas eu connaissance de cet évènement, de cette affaire. On m’a donné connaissance des dernières conclusions de l’enquête.
? Expr. À ma connaissance, autant que je sache. À ma connaissance, il est déjà de retour.
3. Idée, notion que l’on a d’une personne ou d’une chose, représentation que l’on s’en fait. La connaissance de Dieu. La connaissance du bien et du mal. La connaissance des hommes, du cœur humain. La connaissance de l’avenir.
4. Sentiment de sa propre existence ; plein exercice de ses facultés. Perdre connaissance, tomber sans connaissance, s’évanouir. Elle est restée longtemps sans connaissance. Il a repris rapidement connaissance. Il a conservé toute sa connaissance.
5. Ce que l’on connaît par l’étude, l’expérience ou par tout autre moyen d’information. Avoir une connaissance théorique, pratique. Avoir d’un sujet une connaissance approximative, vague, fragmentaire, précise, exhaustive, exacte. Il n’a qu’une connaissance superficielle du dossier. Il a une grande connaissance des langues, une solide connaissance de la musique.
? Au pluriel. Ensemble de ce que l’on a appris ; savoir, acquis. Avoir de grandes, de profondes, de vastes connaissances. Des connaissances sommaires, élémentaires, fragmentaires. Acquérir, amasser, accumuler les connaissances. Il a, dans ce domaine, des connaissances précises, étendues. Savoir tirer parti de ses connaissances. Faire montre de ses connaissances et, péj., étaler ses connaissances. Marque de domaine : enseignement. Contrôle continu des connaissances, mode d’évaluation des acquisitions de l’élève par des contrôles partiels et fréquents.
Titre célèbre : Connaissance de l’Est, de Paul Claudel (1900 et 1907).
6. Spécialement. Marque de domaine : droit. Le droit de connaître de certaines affaires, le droit de juger. Attribuer à un tribunal la connaissance de certaines causes. Expr. En connaissance de cause, voir Cause. – Marque de domaine : marine. Avoir connaissance d’une côte, d’une île, l’apercevoir et l’identifier. – Marque de domaine : vènerie. Avoir connaissance d’une bête, en apercevoir les traces. Au pluriel. Traces laissées par le pied de l’animal, donnant des indications sur son âge, sa taille, etc. – Marque de domaine : astronomie. Connaissance des temps, volume de tables, publié chaque année par le Bureau des longitudes, et donnant à l’avance les éléments variables des différents astres.
Observez l’absence du mot « opinion » dans cette définition de la « connaissance ». Or, de nos jours, l’opinion qu’on a de la connaissance est devenue plus importante que la connaissance elle-même. Penser la connaissance, c’est s’en faire une opinion. Et de là la dérive qui conduit une personne à prendre pour vrai ce qu’elle pense uniquement parce qu’elle le pense.
Il y avait donc, pour Platon, un ordre du monde préexistant à notre existence. Une fois que nous étions conscients de ce déterminisme, de ce destin, nous étions sur la bonne voie. Nous pouvions voir progressivement l’essentiel des choses, que Platon appelait connaissance intelligible et qu’il opposait à la connaissance sensible. En ce sens, « Platon prétendait s’attaquer aux connaissances fondées sur la sensation et l’empirisme et opposait la stabilité du véritable savoir aux changements de l’opinion (…) » 5. L’opinion, considérée comme un point de vue non remis en question sur quelque chose, ne nous permettait pas d’acquérir un savoir certain sur la chose perçue.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 2 – Connaissance – Allume tes lumières…, Platon (-428 -348), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 27.
Bref, la connaissance n’est pas une opinion prise pour vraie. « Il est vrai que je pense », ça va. « Ce que je pense est vrai », ça ne va pas.
Je ne m’accorde pas avec l’idée de réminiscence mise de l’avant par Platon, d’un « ordre du monde préexistant à notre existence ». Je ne crois que nous savons tout par nos vie passées et qu’il suffit de s’en souvenir.
Je ne m’accorde pas non plus avec l’opposition de Platon à la connaissance sensible. Je préfère celle d’Aristote.
Pour Aristote, ce sont nos sensations qui sont à la base de nos connaissances. Autrement dit, la connaissance sensible est au fondement de toute connaissance. Il faut d’abord s’intéresser au monde des choses avant de regarder du côté du monde des idées. Aristote parle alors d’induction : pour connaître, il faut partir des choses concrètes, des cas particuliers avant d’arriver à l’idée ou concept. Nous construisons notre idée au lieu de la trouver toute faite en nous, et ce grâce à notre puissance de juger. La sensation est un préliminaire à la connaissance, mais n’est pas suffisante ; il faut à partir de plusieurs sensations, de plusieurs cas particuliers, bâtir la connaissance, qui elle est universelle. C’est ce que vise d’ailleurs la démonstration qui, si elle est bien faite, entraîne l’assentiment de tous. En ce sens, « Aristote, (…), va emprunter à Socrate et à Platon l’idée que la connaissance doit être la recherche du nécessaire et de l’universel et dépasser la sphère de l’opinion changeante et incertaine »9. Par contre, il n’y a pas d’opposition entre la sensation et l’idée, comme chez Platon, mais continuité de l’une à l’autre.
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9Jacqueline Russ, Panorama des idées philosophiques. De Platon aux contemporains, Armand Colin, 2000, p. 26.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 2 – Connaissance – Allume tes lumières…, Aristote (-384 -322), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 27.
La connaissance sensible, acquise par les sens, révèle beaucoup sur nous mêmes en nous informant ce qui attire et retient notre attention. Notre subjectivité influence la connaissance sensible.
Le pouvoir de la « chose », de l’objet de la connaissance qui, par ses stimulus, appelle notre subjectivité. Un objet, quel qu’il soit, n’est jamais neutre en soi :
Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.
« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »
TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.
Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
Voilà l’entrée en scène de la pensée scientifique dans le traitement de la connaissance sensible. « C’est ce que vise d’ailleurs la démonstration qui, si elle est bien faite, entraîne l’assentiment de tous » écrit Pierre Laurendeau au sujet d’Aristote. Il faut ici parler d’une démonstration scientifique, soumise aux règles de la pensée scientifique pour être dite « bien faite ». Elle permet alors de dégager une connaissance qui soit universelle par la mise à l’épreuve de la connaissance sensible : « La sensation est un préliminaire à la connaissance, mais n’est pas suffisante ; il faut à partir de plusieurs sensations, de plusieurs cas particuliers, bâtir la connaissance, qui elle est universelle » écrit Pierre Laurendeau. Par exemple, il me faut une connaissance sensible de plusieurs arbres de différentes essences pour parvenir à une connaissance universelle de l’arbre, ainsi je peux déduire la définition d’un arbre dans chacune des composantes que les arbres partagent pour être un arbre.
Il faut aussi prendre en considération le déterminisme de la connaissance sensible en nous livrant à une catharsis intellectuelle pour ainsi conduire notre intelligence avec rigueur.
CITATION
De la psychanalyse du sujet connaissant à l’objectivité scientifique dans l’épistémologie Bachelardienne, Merleau NSIMBA NGOMA
L’exigence de la catharsis intellectuelle et affective
« Toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, nous dit Bachelard »174(*).
Par cette exigence, Bachelard pense que pour donner vraiment à la raison d’évoluer, il nous faut en toute permanence nous purifier des préjuges, des idées toutes faites, des opinions admises. La culture scientifique doit, dans ses mots, se défaire de tout narcissisme intellectuel et de tout vain optimisme. « Une tète bien faite est malheureusement, une tête fermée. C’est un produit de l’école »175(*).
La catharsis intellectuelle et affective est ce combat contre nous-mêmes. Elle est une condition préalable pour quiconque qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle.
Elle nous donne cette conviction que « pour que nous ayons quelque garantie d’être du même avis, sur une idée particulière, il faut, pour le moins que nous n’ayons été du même avis. Deux hommes, s’ils veulent s’entendre vraiment, ont du d’abord se contrarie. La vérité est la fille de la discussion, non pas fille de la sympathie »176(*).
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174(*) G. BACHELARD, La formation de l’esprit scientifique, p.18.
Gaston Bachelard. La formation de l’esprit scientifique, Académie de Grenoble
CHAPITRE I : La notion d’obstacle épistémologique
Dans l’acte même de connaître, la connaissance scientifique doit faire face à des obstacles épistémologiques qui sont causes de lenteur, d’inertie, de stagnation.
La science doit accepter son passé faits d’erreurs dans un véritable « repentir intellectuel ». Mais elle doit aussi détruire ces obstacles qui sont « des connaissances mal faites » et qui font obstacle à l’abstraction et à la « spiritualisation ». Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.
La science s’oppose donc à l’opinion. L’opinion de Bachelard sur l’opinion est sans appel :
« l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances ! En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. »
Ce qui manque à l’opinion, c’est le « sens du problème ».
« La notion d’obstacle épistémologique peut être étudiée dans le développement historique de la pensée scientifique et dans la pratique de l’éducation. Dans l’éducation, la notion d’obstacle pédagogique est également méconnue. J’ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas. s’agit alors, non pas d’acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne. »
« Ainsi toute culture scientifique doit commencer, comme nous l’expliquerons longuement, par une catharsis intellectuelle et affective. Reste ensuite la tâche la plus difficile : mettre la culture scientifique en état de mobilisation permanente, remplacer le savoir fermé et statique par une connaissance ouverte et dynamique, [19] dialectiser toutes les variables expérimentales, donner enfin à la raison des raisons d’évoluer. Un éducateur n’a pas le sens de l’échec précisément parce qu’il se croit un maître. »
Revenons au livre « La liberté, c’est notre destin ! » de Pierre Laurendeau. Il conclut en ces mots et et avec ces questions le deuxième chapitre traitant de la connaissance :
Aujourd’hui, lorsque l’on parle de CONNAISSANCE, on pense pour beaucoup à la connaissance scientifique qui vise l’objectivité, c’est-à-dire qu’à partir de faits concrets elle élabore des théories. Et ces théories sont valables lorsqu’elles permettent de résoudre des problèmes concrets. Au quotidien, chacun d’entre nous fonctionne à partir de connaissances pratiques, à savoir comment faire cuire un œuf ou comment se comporter avec les autres pour se faire des amis. Sur le plan professionnel, on développe des compétences dans un champ de connaissance afin de pouvoir travailler avec efficacité. Puis la société a besoin de connaissances qui font consensus afin que les différentes tendances et les différentes croyances puissent cohabiter ensemble. Il y aurait donc des connaissances individuelle et des connaissances collectives, des connaissances scientifiques et des connaissances philosophiques.
Nos deux philosophes, Aristote et Platon, visaient, par une réflexion sur la connaissance, à rendre l’être humain raisonnable et meilleur, donc plus sage. Se pourrait-il que ce but philosophique soit toujours aussi valable ?
En s’inspirant de Platon et Aristote,
qui ont défini les bases de la connaissance humaine,
ne faut-il pas continuer à réfléchir
à qui nous sommes comme êtres humains
pour comprendre le sens à donner
à notre recherche de connaissance ?
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 2 – Connaissance – Allume tes lumières…, Aristote (-384 -322), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 38.
Pierre Laurendeau nous parle de quatre types de connaissance : les connaissances individuelle et les connaissances collectives, les connaissances scientifiques et les connaissances philosophiques. Ces connaissances représentent pour moi les différentes branches de l’arbre et leur le feuillage. Dans ce contexte, il faut tenir compte du tronc et des racines de l’arbre afin de comprendre comment je connais, comment nous pensons (voir mon rapport de lecture : Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond/Seuil).
Du troisième chapitre, « Cité – Arrive en ville… », je retiens cette citation de Cicéron :
DES BIENS ET DES MAUX (DE FINIBUS)6
C’est la nature qui nous pousse à vouloir rendre service au plus grande nombre possible, particulièrement en instruisant les autres et en leur transmettant les règles de la sagesse. Aussi n’est-il pas facile de trouver un homme qui ne transmette à autrui les connaissances qu’il a lui-même acquises ; et nous sommes portés non seulement à apprendre, mais à enseigner. Comme la nature a donné aux taureaux de lutter contre les liens de toutes leurs forces et de tout leur élan pour défendre leurs veaux, elle pousse également les hommes valeureux et capables d’agir, (…), à sauver le genre humain. (…) Donc, de même que nous nous servons de nos membres avoir d’avoir appris pour quel usage nous les possédons, de même c’est la nature qui nous a liés et associés en vue d’une communauté politique : s’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait place ni pour la justice ni pour l’honnêteté. (…) puisque la nature humaine est telle qu’il y a entre chaque homme et le genre humain une sorte de droit civil, le juste est celui qui observe ce droit, l’injuste celui qui le transgresse, Mais de même que, au théâtre, on peut dire justement, bien qu’il appartienne à tous, que la place qu’un spectateur a occupé est bien à lui, ainsi, dans la cité ou le monde qui est commun à tous, le droit ne s’oppose pas à ce que chaque chose appartienne en propre à chacun. Puisque nous voyons que l’homme est né pour la protection et le salut de ses semblables, il est conforme à cette nature que le sage veuille s’occuper des affaires publiques et administrer.
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6 Cicéron, Des biens et des maux (De finibus), traduction par Émile Brehier, Livre III, chap. XX, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1962, P. 286-287
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 3 – Cité – Arrive en ville…, Cicéron (-106 -43), Aristote (-384 -322), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 46.
Cicéron écrit : « C’est la nature qui nous pousse à vouloir rendre service au plus grande nombre possible » et il ajoute « (…) de même c’est la nature qui nous a liés et associés en vue d’une communauté politique ». Je me demande si la société individualiste occidentale ne va pas contre-nature en s’attardant avant tout et quasi exclusivement à la personne et freine ainsi la volonté naturelle à rendre service au plus grand nombre. Les maigres taux de participation aux élections dans la Cité ne démontrent-ils pas que nos liaisons et nos associations en vue d’une communauté politique s’effritent ?
Est-ce vraiment dans notre nature de vouloir rendre service au plus grand nombre ? J’en doute. Il me semble plutôt que c’est une question d’éducation à la solidarité. Quand ma mère me demandait d’aller porter un plat de soupe à notre voisin de 98 ans, elle m’enseignait l’importance de la solidarité.
Aussi, je me demande si les individus sont encore motivés à instruire les autres et leur transmettent les règles de la sagesse. Les individus ne se désengagent-ils pas personnellement de leur volonté naturelle à rendre service au plus grand nombre possible, et ce, au profit de la Cité (de l’État). Si l’entraide s’inscrit dans la nature même de l’homme, elle revenait davantage à quelques individus et institutions religieuses. Au Québec, lorsque les citoyens rejetèrent la religion catholique, jusque-là dominante sur tous les aspects de la vie et même du travail et de la politique, lors de la Révolution tranquille dans les années 1960, les institutions religieuses furent déclassées par l’État en matière de charité. La charité n’était plu désormais une affaire interpersonnelle mais une affaire politique.
CITATION
L’histoire du droit à l’aide sociale au Québec (1969-2011)
Avant 1969
Il existait un éventail de programmes d’aide:
Assistance aux mères nécessiteuses
Allocations aux personnes aveugles
Aide aux personnes invalides
Allocations sociales
Allocations scolaires
Assistance aux personnes âgées
Assistance publique
Chaque programme avait ses critères d’admissibilité et prévoyait des prestations différentes. La gestion relevait des municipalités, des églises et des communautés religieuses. La distribution de l’aide était principalement basée sur des motifs « dits » charitables, sur la valeur morale et non sur des principes de justice et de droit. On étiquetait les personnes soit de «bons pauvres méritants» soit de «mauvais pauvres». Les individus se devaient d’avoir des comportements répondant aux mentalités de l’époque pour avoir accès à de l’aide. Par exemple, pour avoir accès aux programmes destinés aux mères nécessiteuses, les femmes devaient obtenir du clergé un certificat de bonne conduite. Le clergé décidait alors si les femmes qui faisaient une demande d’aide étaient de bonnes mères et avaient des mœurs de « bonnes chrétiennes ». Les femmes qui n’allaient pas assez souvent à l’église ou étaient soupçonnées d’avoir des relations avec plusieurs hommes pouvaient se voir refuser de l’aide.
(…)
1969 : première Loi sur l’aide sociale (bill 26)
Pour faire suite aux recommandations du Rapport Boucher, le gouvernement du Québec adopte la première loi d’aide sociale (bill 26) en 1969. À cette époque, le chèque d’aide sociale pour les personnes âgées de plus de 30 ans était de 217$ par mois. Si l’on avait indexé ce montant chaque année au même taux que les différents régimes de pension (RRQ, CSST, Pension du Canada), le chèque d’aide sociale serait aujourd’hui de 1299,87$ par mois. Ce montant était pour couvrir ce que le gouvernement qualifiait de besoins ordinaires (logement, nourriture, vêtement, besoins personnels et domestiques). Toutefois, le gouvernement accordait des montants supplémentaires pour les personnes ayant des besoins spéciaux, tels que diète prescrite, aide pour déménagement, prothèses, frais dentaires ou auxiliaires familiales6.
En dépit des tensions au sein même du gouvernement libéral d’alors, entre le droit à l’aide sociale et la norme relative à l’obligation de travailler, « le droit à l’aide sociale a constitué l’objet principal de la Loi sur l’aide sociale adoptée en 19697 ». « Dans le cadre de cette loi seront désormais unifiés tous les programmes d’assistance catégorielle […] ([ex.] aveugles, invalides, mères seules, assistance publique, etc.)»8. Toutefois, une nouvelle division se crée entre les sans emploi et les moins de 30 ans.
Pierre Laurendeau adresse des questions à la fin de chaque chapitre de son ouvrage. Voici celles à la fin du troisième chapitre « Cité – Arrive en ville… » :
Est-ce vrai, comme le pensait Cicéron, que les hommes sont naturellement portés à « sauver le genre humain » ?
Quand Cicéron parle de la cité, il parle essentiellement de justice et d’honnêteté : ces deux valeurs guident-elles encore les hommes pour répondre à la nécessité de vivre ensemble dans une communauté politique ?
Êtes-vous d’accord avec Cicéron lorsqu’il écrit que l’être humain de qualité est naturellement bon, qu’il est bâti pour faire le bien, et que tel est son destin ?
Les conflits entre les êtres humains sont inévitables : ne faut-il pas enseigner les règles de sagesse à tous pour les régler ?
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 3 – Cité – Arrive en ville…, Cicéron (-106 -43), Aristote (-384 -322), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 47.
Le quatrième chapitre, « Action -Lance-toi.. », met en vedette Épictète et Plutarque et traite de l’éthique.
L’éthique (morale) s’intéressait à l’action des êtres humains et aux répercussions que celle-ci avant sur eux-mêmes et sur les autres. Elle remettait en question leurs actions sur le monde et leurs réactions face aux situations qui s’imposaient à eux. Les êtres humains avaient une nature humaine qui appelait une morale réfléchie afin de bien encadrer leurs actions et leurs réactions, et ce vers le bien.
Sur le plan de l’action, comme quatrième angle de réflexion, la question centrale .tait alors, pour beaucoup, dans la distinction entre le bien et le mal, au niveau tant personnel qu’universel. Les penseurs de l’Antiquité étaient amenés à se demander si tout était permis à l’être humain, au nom de notre liberté, ou si notre appartenance au genre humain nous créait des limites et des devoirs, comme une certaine forme de destin. (…)
Pour explorer davantage cet angle de réflexion touchant l’action, nous avons fait appel à deux penseurs de l’Antiquité que sont Épictète et Plutarque : le premier nous oriente plus particulièrement vers la liberté et le second vers le destin. Les deux donnent des repères pour développer notre sens moral, morale que certains définissent de la manière suivante : « La morale est un élément essentiel de l’éducation, qui un “art d’incliner la volonté libre vers le bien2”3».
Épictète considérait qu’il ne fallait pas se laisser écraser par notre destin, mais plutôt faire preuve de liberté en maîtrisant nos pensées. De la sorte, la bonne façon d’agir était basé sur notre liberté intérieure, qui nous permettait de ne pas être à la merci des événements sur lesquels nous avions si peu de contrôle. Quand à Plutarque, il visait l’équilibre entre la raison et la passion, en se basant sur des lois fiables comme la décence et la modération. Ces lois s’imposaient à l’être humain, comme des déterminations favorable à la réussite de notre vie, un peu comme un destin relié à notre nature humaine.
____________
2 Citation tirée d’un article, Laïcité, de Ferdinand Buisson.
3 Anne-Marie Drouin-Hans, La laïcité à l’épreuve du relativisme, dans Repères pour l’éthique professionnelles des enseignants, Presses de l’Université du Québec, 2009, p. 221.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 4 – Action – Lance-toi…, Cicéron (-106 -43), Aristote (-384 -322), Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), pp. 59-60.
« Par là même l’enseignement moral se meut dans une tout autre sphère que le reste de l’enseignement. La force de l’éducation morale dépend bien moins de la précision et de la liaison logique des vérités enseignées que de l’intensité du sentiment, de la vivacité des impressions et de la chaleur communicative de la conviction. Cette éducation n’a pas pour but de faire savoir, mais de faire vouloir ; elle émeut plus qu’elle ne démontre ; devant agir sur l’être sensible, elle procède plus du cœur que du raisonnement ; elle n’entreprend pas d’analyser toutes les raisons de l’acte moral, elle cherche avant tout à le produire, à le répéter, à en faire une habitude qui gouverne la vie. A l’école primaire surtout, ce n’est pas une science, c’est un art, l’art d’incliner la volonté libre vers le bien.»
Pierre Laurendeau nous informe qu’Épictète invitait à « faire preuve de liberté en maîtrisant nos pensées ». Est-ce une invitation à devenir libre-penseur ? Il va sans dire que nos pensées, dans la vision d’Épictète, vont dans tous les sens pendant que nos actions sont « à la merci des événements sur lesquels nous avions si peu de contrôle ». Ainsi, « la bonne façon d’agir était basé sur notre liberté intérieure ».
Pour faire preuve de sa liberté, il nous faut être conscient de cette liberté et cela implique plus souvent qu’autrement d’être d’abord conscient de notre conditionnement par la famille, nos proches et nos amis(es), l’école, la société… Il me semble qu’on se croit libre sans pour autant l’être vraiment. À mon humble avis, si la liberté s’inscrit dans la nature de l’homme, elle doit aussi être libérée de son conditionnement.
Quant à la liberté intérieure, le professeur de philosophie Olivier Verdun au Lycée franco-costaricien, San José (Costa Rica) demande « Peut-on parler d’une liberté intérieure ? »
CITATION
Peut-on parler d’une liberté intérieure ?
Olivier Verdun, professeur de philosophie
La notion de liberté intérieure semble d’abord renvoyer à une expérience commune et fruste de la pensée ou de la subjectivité qui, en son for intérieur, se conçoit comme indépendance, c’est-à-dire capacité de se déprendre des contraintes extérieures et d’agir en vertu d’une causalité purement interne au sujet. Ainsi la liberté intérieure désignerait-elle, en premier lieu, par opposition au monde des choses et des nécessités, cet espace intime que le sujet se donne ou découvre lorsqu’il croit tout bonnement faire ce qu’il veut. Ce qui apparaît, dès lors, dans l’idée ou l’expérience naïve de la liberté intérieure, c’est l’opposition tranchée entre le sujet et le monde, dans la mesure où l’adjectif « intérieur » évoque ce qui est au-dedans d’un être, ce qui se passe dans l’esprit et délimite une sphère d’intimité. Liberté toute spirituelle, en somme, interne au sujet, repliée sur elle-même, et qui passerait pour la liberté authentique.
Or, lorsque l’idée de liberté est convoquée, le concept d’action ou d’activité apparaît également et, avec lui, celui d’extériorité. Par liberté, il conviendrait d’entendre l’intervention transformatrice de l’agent dans le monde tentant de s’approprier et de façonner l’univers des choses. Il n’y aurait alors d’action et de liberté qu’extérieures, si l’action désigne la réalisation ou l’exécution d’un projet, c’est-à-dire l’objectivation, dans une réalité externe au sujet, de dispositions internes comme la volonté, l’intelligence, l’esprit, etc. L’extériorité en question ne s’identifierait plus uniquement avec le dehors, le monde ou l’objet dans lesquels le sujet pourrait se perdre ou s’aliéner, mais coïnciderait avec le mouvement de projection de soi vers les choses qui semble au fondement de la conscience créatrice et libre. Ici c’est la notion de liberté intérieure qui fait pâle figure et apparaît bien creuse, en ce qu’elle semble instaurer une coupure artificielle et stérile entre la volonté et l’action, la subjectivité et l’ordre phénoménal.
(…)
On aboutit alors à cette idée que l’on peut et doit parler de liberté intérieure, afin de penser l’idée même de sagesse, c’est-à-dire d’une existence singulière à la recherche du sens, de la plénitude, du bonheur. Et c’est précisément à cela que nous conduisent conjointement les démarches stoïcienne et spinoziste. L’idée de sagesse traduit, en effet, l’aspiration profonde de l’homme à la joie et au bonheur, à la maîtrise du mal et des passions, c’est-à-dire à la liberté. La sagesse se fonde sur une ontologie où le savoir de la nécessité introduit ordre et bien-être et constitue une forme d’action authentique ; la pensée devient une forme d’action et l’action une pensée, ce qui est la caractéristique de la philosophie en tant qu’amour de la sagesse. La sagesse est plutôt une éthique, un questionnement sur le sens à donner à notre existence, l’effort pour passer à une modalité neuve de l’existence et pour construire la liberté.
On peut donc bien parler d’une liberté intérieure, si l’on entend par cette expression, non pas une volonté creuse et solitaire se repliant sur elle-même et ignorant toute intervention dans le monde ou dans l’espace public, mais le mouvement par lequel un sujet tente de se hausser au niveau d’une existence signifiante et comblée par son propre pouvoir de réflexivité. Parler de liberté intérieure, c’est évoquer le pouvoir créateur du sujet (« intérieur » voulant désormais dire « subjectif ») qui, en constante relation avec le monde et les autres, constitue le sens du monde et les déterminations par lesquelles ce monde agit sur le sujet, se libérant ainsi des souffrances imaginaires. Le risque de dualisme est évacué puisque la volonté désirante n’est plus opposée au monde mais le réfléchit d’une manière neuve et significative. Du coup, le sujet n’est plus comme à distance du monde, l’individu n’est pas à opposer au citoyen, la liberté du sage n’est pas en contradiction avec celle du citoyen ou de l’homme de l’action, quelle que soit par ailleurs la scène sur laquelle se déploient les différentes figures possibles de l’action. La liberté intérieure renvoie à cette dimension fondamentale de la conscience humaine qui est aspiration à la liberté et au bonheur. Si la démocratie constitue la forme la plus parfaite de la liberté politique, elle est d’abord à chercher au cœur même de cette aspiration fondamentale qui est précisément celle du désir.
Dans le cinquième chapitre de « La liberté, c’est notre destin ! », le professeur de philosophie Pierre Laurendeau nous instruit du « Sens de la vie à l’occidentale » et met en vedette deux autres philosophes de l’Antiquité, Sextus Empiricus (IIe-IIIe s.) et Lucrèce (-95 -55). Il nous rapporte d’abord les positions de Platon, Socrate, Plotin Aristote et celle des sophistes.
Les philosophes de l’Antiquité, prenant peu à peu leur distance face à un destin jusqu’alors coulé dans le béton, étaient en quête de liberté. Pour aller dans cette direction, ils devraient revoir la place allouée aux dieux. Si les dieux avaient auparavant donné un sens à notre vie, il fallait maintenant apprendre aussi à le façonner comme homme, à même notre vie terrestre. Mais alors, sur quoi fallait-il mettre l’accent ? Que fallait-il chercher ? Le bonheur était-il à la portée de tous ? Vers quoi fallait-il aller pour que la vie y trouve tout son sens ? Toutes ces interrogations sur le sens de la vie faisaient partie du domaine de la philosophie que l’on appelait la métaphysique.
Pour Platon et Socrate, une vie ne valait pas la peine d’être vécue si elle n’était pas analysée, examinée, justifiant ainsi la pratique de la philosophie ; et c’est ainsi que l’être humain réalisait que le sens de sa vie, c’est de faire le bien. Plotin, philosophie du IIIe siècle après J.-C., cherchait à concilier destin et liberté. Pour lui, la liberté venait de l’âme ; quant au corps, il était plutôt déterminé. Il fallait donc se mettre à l’écoute de ce que nous pensions et ressentions pour trouver le véritable sens de la vie. Il espérait nous faire voyager d’une vérité relative, propre à chacun d’entre nous, à une vérité absolue, c’est-à-dire vers un sens valable pour tous les êtres humains. Pour Plotin, si nous savions bien regarde la vie, nous ne pouvions que constater chez l’être humain une quête d’unité à même la diversité des hommes : c’était, selon lui, cette quête d’unité qui, faisant vibrer depuis toujours le cœur des hommes, nous avait conduit à « inventer » dieu. Mais fallait-il vraiment en rester là ? Il voulait aussi nous amener à développer une conscience cosmique, ce sentiment d’appartenir au tout de l’univers.
Les sophistes, eux, proposaient le succès politique et la réussite sociale et, en cela, ils étaient proches des valeurs que beaucoup d’Athéniens privilégiaient dans leur vie : richesse, bonheur et pouvoir. Quant à Aristote, il prenait soin de préciser que le bonheur était propre à l’homme, qu’il donnait un sens à sa vie et qu’il reposait sur la conformité à la raison et à la vertu.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 5 – Sens de la vie à l’occidentale – Suis ta route…, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), pp. 74-75.
Façonner soi-même le sens de notre vie plutôt que de laisser la tâche à/aux dieu/x. Se mettre au service du bien, est-ce là le sens universel de la vie ? On le voudrait… bien. Mais dans la civilisation occidentale, le sens de notre vie supplante le sens universel de la vie. Notre individualisme nous ramène sans cesse à ce qui nous est personnel. Ainsi va notre vite. La question « Quel sens tu donnes à ta vie ? » dit tout.
La vie a-t-elle un sens en soi ? Faut-il nous mettre à la recherche du sens caché de la vie ? Évidemment, je ne peux répondre que pour moi ou, si vous préférez, personnellement, et à mon humble avis : la vie n’a pas de sens en soi, il faut lui en donner un.
Curieusement, je crois aussi que c’est l’expérience de la vie qui nous permet de lui donner un sens. Mais ne me questionnez pas au sujet du sens de ma vie car je ne le connais pas encore, même à 67 ans et malgré mes expériences intenses de la vie. Ce n’est pas que je n’ai pas analysé et examiné ma vie, mais l’exercice demeurera ouvert jusqu’à ma mort.
Aussi, le sens de ma vie me semble intimement lié à mon identité, cette dernière étant modelée sur mes expériences de vie. Et à la lumière de ces dernières, tout ce que je puis affirmer, c’est que je suis « un gars de cause » ; j’épouse des problèmes soumis à mon attention et, de préférence, touchant le plus grands nombre de personnes, dans un domaine ou un autre, pour leur trouver des solutions. Est-ce cela tendre vers le bien ?
Je suis un « Problem-Directed Men » comme le dirait le chercheur américain Louis Cheskin, pionnier des études de motivation d’achat.
Our Greatest Need In Business and Governement, 1964, The Bobbs-Merrill Company Inc., New York, 320 pages. Ce livre s’inscrit à la suite du témoignage de Louis Cheskin devant deux comités du Congrès américain, soit le comité du Sénat sur l’emballage (Anti-Trust and Monopoly) et le comité de la Chambre des Représentants sur la promotion de l’American Way (“Winning the cold war : The US Ideological Offensive” ? Foreign Affairs). Louis Cheskin traite des principaux problèmes socio-économiques. Dans son intervention, Louis Cheskin se porte à la défense des plus faibles. Louis Mariano, Éditeur Associé du World Book, écrira : “In his testimony, he has made our leaders aware of the fact that in our affluent society over 90 percent of our income is spent on psychological satisfactions ? fashionable clothes, not overalls; decorated homes, not mere shelters; tasteful foods, not only the necessities of life.” LE CONTEXTE : Le passage d’une société de pénurie à une société d’abondance soulève de nombreuses préoccupations socio-économiques alors que l’establishment en place éprouve des difficultés à évoluer vers des raisonnements plus actuels. Voir le site web : Comment motiver les consommateurs à l’achat avec Louis Cheskin.
La position d’Aristote m’intéresse. Si j’ai bien compris, Aristote trouve le sens de sa vie dans le bonheur et ce bonheur repose « sur la conformité à la raison et à la vertu ». Tout est dit si et seulement si le bonheur s’imprime dans ma nature humaine. Je suis heureux lorsque je suis satisfait de ma contribution à la résolution d’un problème avec ma raison et par bonté d’âme.
Afin de poursuivre notre réflexion sur le sens de la vie à l’occidental, nous vous proposons Sextus Empiricus, sceptique, qui doutait de tout, et Lucrèce, épicurien, qui regardait du côté des plaisirs simples de la vie terrestre. Pour Sextus Empiricus, le sens de la vie ne se trouvait dans la recherche de la vérité, comme chez Platon, Aristote et bien d’autres, mais plutôt en apprenant à ne plus la chercher. C’est en doutant de toute vérité, que les autres tentaient souvent de nous imposer, que nous accédions à l’ataraxie, à la paix de l’esprit, qui était le but véritable de la vie. Pour Lucrèce, le sens de la vie se trouvait dans la reconnaissance et l’acceptation de notre condition de mortel. Nous n’étions que matière, tout autant d’esprit que de corps, et il ne servait à rien de chercher plus loin. Il fallait savoir jouir de notre nature corporelle et vivre le plus simplement du monde. Si Sextus Empiricus misait sur notre destin lié à notre état d’esprit, Lucrèce misait sur la reconnaissance de notre liberté purement matérielle. Matérialisme et spiritualisme, voici les deux grandes options que nous proposaient les philosophes pour trouver un sens à notre vie.
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 5 – Sens de la vie à l’occidentale – Suis ta route…, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 75.
Je doute avec nécessité et grand plaisir pour garantir ma paix d’esprit mais je reconnais pas là le sens de ma vie. Quand j’écris « La lumière entre par les failles », je confesse implicitement que la lumière vient de l’extérieur de moi. Et quand je précise que « Le doute est la faille qui permet à la lumière de m’éclairer », je mets de l’avant le bénéfice du doute. Le doute fait donc mon bonheur. Mais mon bonheur n’est pas ce qui donne sens à vie. Si je cherche le bonheur, c’est involontairement et inconsciemment.
La vie aurait bien un sens, mais chacun aurait à travailler pour le trouver ou l’inventer, en fonction de notre nature humaine ou de notre condition humaine. (…)
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 5 – Sens de la vie à l’occidentale – Suis ta route…, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 76.
« Donner un sens à sa vie, à la vie » ne doit pas devenir une charge au point de pousser à l’abandon d’y réfléchir sereinement. Aussi, je me permets de croire que le sens de la vie peut changer au fil de notre vie, surtout si nous associons le sens de la vie à ce qu’il y a de plus important pour soi. La valeur de la vie dépasse le sens qu’elle a ou qu’on lui donne.
Quant au sixième et dernier chapitre, « Sens de la vie à l’orientale – Éclaire l’univers », je l’ai lu avec une certaine appréhension et beaucoup de préjugées. Dans ces régions du monde, il me semble que tout va de travers quant à la liberté des hommes, la vie dans la Cité et dans l’État. Leurs philosophies religieuses bouddhiques et taôismes tout comme leurs philosophies sociales ne donnent pas aux hommes les moyens de leur liberté de penser et de mouvement. À ces peuples, il ne reste plus que la vie intérieure comme refuge et la méditation pour y entrer… dans le plus grand des silences.
Un jour, un homme m’a affirmé que l’Occident était le plus bel hommage que l’homme puisse rendre aux valeurs historiques qui inspirèrent les Droits de l’Homme. Et je suis depuis de cet avis.
À l’Orient, je n’ai plus qu’une seule question à poser : « Où est votre Descartes ? » J’ai déjà demandé « Où est le René Descartes de la société musulmane ? » Ne serait-il pas temps que le soleil se lève sur l’Orient ? Certes, je respecte les différences entre les civilisations, les sociétés et les peuples mais la noirceur demeure la noirceur peu importe la culture. « C’est la faute de l’Occident » diront certains. Mais il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui est un autre jour.
Dans le dernier chapitre de son livre, Pierre Laurendeau se réfère au fameux « Village global » du sociologue canadien Marshall McLuhan.
Aujourd’hui, en Occident, on parle abondamment de mondialisation, et il est évident qu’elle passe par l’Orient : c’est vrai sur le plan commercial, mais aussi sur les plans culturel, spirituel et humain. La terre devient de plus en plus un village global, comme l’annonçait, à la fin des années 1960, le penseur canadien Marshall McLuhan, et notre quête de sens de la vie humaine ne peut en faire abstraction. N’aurions-nous pas, nous les êtes humains, un destin commun à penser ? Une réalité devient de plus en plus évidente : l’Occident ne peut plus voir l’Orient comme ce qui s’oppose à lui, mais plutôt comme son complément d’humanité. Il semble bien qu’il en va de notre destin comme espèce vivante, et de l’extension de notre liberté, qui ne peut être ultimement que partagées. Jean-Paul Sartre, philosophe français contemporain, écrivait qu’il ne serait jamais totalement libre aussi longtemps que des êtres humains ne le seraient pas, et que chacune de nos actions engageait toute l’humanité : l’Occident a besoin de l’Orient !
LAURENDEAU, Pierre, La liberté, c’est notre destin !, Chapitre 6 – Sens de la vie à l’orientale – Éclaire l’univers…, Presses de l’université Laval (PUL), Québec (Québec), p. 93.
En Occident, nous croyons que tout un chacun à droit à la liberté. Nous croyons même que cette liberté s’inscrit dans la nature humaine, une réalité que nous qualifions ainsi d’universelle. Mais est-ce réellement le cas ? Peut-on en douter. N’y a-t-il pas des hommes qui ne cherchent pas l’émancipation sur cette Terre ? Depuis le temps où l’Occident se donne en exemple d’émancipation des uns et des autres, ne devrions-nous pas nous attendre à un raz-de-marée planétaire si la liberté s’inscrit bel et bien dans la nature humaine ? Dans ce Village global, des quartiers demeurent barricadés et seul le commerce (l’argent) avec les autres quartiers semblent les intéresser. Dans ce Village global, il n’y a pas de mairie… de Cité, pas plus que d’État global. Nous sommes proches de loin.
Une mondialisation « sur les plans culturel, spirituel et humain » ? Est-ce réaliste de penser une telle mondialisation, une mondialisation au-delà du commercial ? N’est-il pas dans la nature humaine d’être différent, et insoluble dans ses différences ? Mondialisation ne signifie certainement pas fusion.
Je ne peux pas nier que le livre LA LIBERTÉ, C’EST NOTRE DESTIN ! de PIERRE LAURENDEAU me donne à penser encore et encore. Ce livre est un bijoux, un ouvrage essentiel. J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq.
Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.
Article # 133
LES ESSENTIELS
Pierre Soubiale
Vous reprendrez bien un peu de philo ?
10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !
Mesure : 21.0 cm (Hauteur), 15 cm (Largeur), 352 gr (Poids)
ISBN papier : 9782412055878
ISBN ePub : 9782412059074
RÉSUMÉ SUR LE SITE WEB DE L’ÉDITEUR
Vous reprendrez bien un peu de philo ? :
Le livre de Pierre Soubiale
Les grands concepts philosophiques expliqués avec humour, enfin accessibles à tous !
Doit-on toujours dire la vérité à ses amis, même dans une maternité ?
Pourquoi nous arrive-t-il d’envoyer un texto au mauvais destinataire ?
Que risque-t-on à citer Justin Bieber en dîner mondain ?
Votre chat est-il plus philosophe que vous ?
L’inconscient, le désir, le bonheur, le beau, la vérité… A travers le récit de 10 situations amusantes, Pierre Soubiale, prof emblématique de la chaîne YouTube Les Bons Profs, explique avec beaucoup d’humour et de pédagogie les grands concepts philosophiques, à tous ceux qui regrettent d’avoir manqué le coche en Terminale.
Freud, Sartre, Bergson et autres Descartes n’auront plus de secrets pour vous !
Ce matin, votre téléphone a sonné, et tout a basculé : votre meilleure amie a accouché.
Dix minutes plus tard, vous êtes en route pour la maternité, vous projetant déjà dans le rôle de tonton gâteau qui couvrira de baisers la petite poupées – elle doit être si mignonne,
Si mignonne ? Arrivé dans la chambre, c’est la douche froide : la petite poupée n’est qu’un petit monstre à vos yeux !
Mais qu’ont donc les parents à vous regarder comme ça ? Ils vont oser vous le demander, à vous, celui qu’on a prévenu le premier, fidèle par les fidèles : « Alors, il est beau notre bébé ? »
Mentirez-vous à vos amis ? Sachez que Pascal vous soutient, lui qui écrit que « si tous les hommes savaient ce qu’ils disent les uns les autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde ». Mais prenez garde, car vous aurez Kant contre vous, qui vous reprochera de contourner le fameux impératif catégorique.
Dans cet ouvrage, Pierre Soubiale énonce dix situations aussi drôles qu’embarrassantes pour comprendre les grandes théories philosophiques, et redécouvrir Bergson, Sartre, Descartes et bien d’autres…
TRÈS CLAIREMENT, CE N’EST PAS LA VESTE que vous avez désirée…
POUR RENÉ GIRARD, le désir n’est jamais linéaire
IL N’Y A DONC JAMAIS de désir spontané
ENTRE LA VESTE ET VOUS, un médiateur
VÉRITÉ romanesque !
PROUST ET la Berma
LE RÔLE du tiers
LA STRUCTURE TRIANGULAIRE du désir
ET NOTRE PERSONNALITÉ dans tout ça ?
LE DÉSIR DU DÉSIR de l’autre
UN BESOIN DE RECONNAISSANCE bien naturel
MAIS ATTENTION, la haine vous guette…
Chapitre 3 – Chute
LE RIRE est le propre de l’homme
LA CHUTE EST essentiellement involontaire…
LE RIRE, une affaire de souplesse
NOUS RIONS QUAND LA DIGNITÉ HUMAINE est en question
LE CORPS, L’ESPRIT, LA GRÂCE… ou pas !
LE RIRE, DU MÉCANIQUE plaqué sur du vivant
LA FONCTION SOCIALE du rire
LE CAS du distrait
RIRE à un enterrement
LE COMIQUE du déguisement
MAIS PEUT-ON rire de tout ?
Chapitre 4 – Macaque crabier
L’ÉMOTION est une conduite…
…QUI NOUS PERMET DE NOUS ADAPTER à des situations de stress
L’ÉMOTION, UNE TRANSFORMATION magique du monde
RETOUR SUR le thème de l’évanouissement
L’ÉMOTION, technique d’évasion !
POURQUOI pleurer ?
MAIS L’ÉMOTION N’EN RESTE pas moins paradoxale…
L’ESSENCE DES CONDUITES irréfléchies
L’EXEMPLE de l’écriture
L’ÉMOTION, une conduite irréfléchie
LE RÔLE du corps
TRISTESSE passive
Chapitre 5 – Vie rêvée
ET SI NOUS PROLONGIONS nos rêves…
…EN LES PRENANT pour la réalité
« TOUS LES HOMMES recherchent d’être heureux… »
MAIS N’Y A-T-IL PAS DES EXIGENCES supérieures au bonheur ?
LA VÉRITÉ d’abord
MÊME S’IL N’Y A QUE LA VÉRITÉ qui blesse !
NOUVELLE EXPÉRIENCE de pensée
IL VAUT MIEUX ÊTRE SOCRATE INSATISFAIT qu’un imbécile satisfait
LE BONHEUR, idéal de l’imagination
Chapitre 6 – Résonnez musettes !
PEUT-ON TROMPER autrui innocemment ?
LE VIEUX CHINOIS de Königsberg
LA BONNE volonté
C’EST L’INTENTION qui compte !
AGIR CONFORMÉMENT AU DEVOIR/ agir par devoir
UNIVERSALISER la maxime de son action
OUI, mais…
L’EXPÉRIENCE de Cathal Morrow
PAS QUATRE AMIS dans le monde
Chapitre 7 – Le prince et le prof
LE PRINCE et le prof…
…DOIVENT APPRENDRE l’art de se maintenir au pouvoir…
…C’EST-À-DIRE d’être réalistes…
…ET DONC DE SÉPARER morale et politique !
FAUT-IL ÊTRE généreux ou avare ?
VAUT-IL MIEUX être aimé que craint ?
SAVOIR mentir
ÊTRE UN LION, et un renard
Chapitre 8 – Biber et Bieber
QUE S’EST-IL DONC passé ?
KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît »
KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît universel »
KANT : « LE BEAU EST CE QUI PLAÎT UNIVERSELLEMENT sans concept. »
BILAN : vous manquez de goût
BOURDIEU : L’UNIVERSALISATION KANTIENNE du goût en question
BOURDIEU : LES GOÛTS SONT socialement déterminés
L’HABITUS : UNE CONTRAINTE SOCIALE INTÉRIORISÉE QUI PASSE pour une simple affaire de goût !
L’ART, FACTEUR de distinction sociale
UNE CRITIQUE DE BOURDIEU, pour finir
Chapitre 9 – Petit lépidoptère
L’EXPÉRIENCE du désir insatiable
CALLICLÈS ET L’HÉDONISME RADICAL : ÊTRE HEUREUX, c’est satisfaire tous ses désirs
MAIS DE SATISFAIRE SES DÉSIRS, TOUT LE MONDE n’en a pas les moyens !
L’ORIGINE DE LA MORALE SELON CALLICLÈS : la jalousie des faibles
CALLICLÈS DÉNONCE UNE MORALE inventée de toutes pièces
LA RÉPLIQUE DE SOCRATE : l’objection des tonneaux percés
LA RÉPONSE DE CALLICLÈS : L’HOMME AUX TONNEAUX PLEINS « vit comme une pierre »
LE MANQUE ET LA FORCE, ou l’ambiguïté du désir
CRITIQUE de la sobriété heureuse
Chapitre 10 – Rabachat
LE PHILOSOPHE sage
DEVENIR stoïque
LA PHYSIQUE stoïcienne
LA DISTINCTION CARDINALE des stoïciens
DÉSIRER LES CHOSES comme elles arrivent…
L’IMAGE de la charrette
DU STOÏCISME au développement personnel
LE STOÏCISME : philosopher par temps de crise
PETITE PARENTHÈSE sur la nature « fantasmée »
PHILOSOPHIE et sagesse
MAIS ALORS LA PHILO, ce n’est pas fait pour aller mieux ?
Remerciements
EXTRAITS DU TEXTE DU LIVRE
Introduction
(Texte intégral)
Rentrée de septembre : l’angoisse de se retrouver devant une classe qui va découvrir une nouvelle matière, en même temps que son professeur ; l’angoisse d’être à la hauteur, de réussir à transmettre une passion.
Mais une fois l’angoisse passée, quel plaisir ! Le professeur de philosophie ne s’y était peut-être pas attendu.
C’est que, parfois, la thèse est abstraite, et l’idée difficile. Que veut dire Kant, avec son « impératif catégorique » ? Et Sartre, avec son « cogito préflexif » ? L’« hédonisme radical », ça fait mal aux dents ?
Il faut trouver le bon exemple, celui qui rend la pensée vivante, concrète, surprenante. C’est ainsi que sont nées les situations reproduites dans ce livre. Elles constituent, à chaque fois, le point de départ d’une réflexion philosophique – point de départ qui a souvent été celui que l’enseignant, en classe, s’était trouvé surpris de proposer !
Car il s’agit de situations qui, sans être toujours communes, sont toutefois de celles auxquelles on s’identifie facilement, quels que soient son âge et sa formation, mais dont on ne voit pas tout de suite ce que Descartes ou Platon auraient eu à en dire. Et pourtant, la philosophie s’est immiscée, souvent de manière très efficace.
Vous ne comprenez pas pourquoi vous ne retrouvez pas vos clés avant de partir, alors que vous les avez sous les yeux ?
Laissez Freud intervenir. Vous éprouvez l’envie de rire, même (et surtout !) dans une situation grave ? Bergson a une hypothèse… Vous êtes persuadé que cette petite veste – celle qui vous coûtera un tiers de salaire – est celle qu’il vous faut ? René Girard vous donne la clé du désir.
On a bien ri, en classe. On s’est même beaucoup amusés en comprenant que la philosophie pouvait éclairer nos comportements. Mais surtout, on a côtoyé les philosophes car l’enseignant veut confronter les élèves à la philosophie telle qu’elle s’est écrite. C’est pourquoi chacune des réflexions proposées, tirées de ces situations, s’appuie sur des textes concis, choisis avec soin. Des textes d’auteurs, simples, essentiels, agrémentés d’une petite citation en début de chapitre, spécialement choisie pour briller en dîner mondain.
Le lecteur aura ainsi l’occasion, lui aussi, de faire de la philosophie, en l’appliquant à son quotidien. Quels que soient son âge et sa formation, il y trouvera son compte : le nouveau bachelier ; l’ancien cancre ; celui pour lequel la-philo-c’est-pas-fait-pour-lui ; celui dont le prof était fou, ou absent ; celui qui pense que la philo, c’est de l’eau… Quel que soit le lecteur, il s’initiera avec plaisir à Freud, Girard, Bergson, Sartre (peut-être un peu moins, pourtant c’est vraiment bien), Descartes, Kant, Machiavel, Platon, Bourdieu et d’autres encore.
Vous en voulez la preuve ? Les élèves me l’ont dit !
Chapitre 1
Erreur de destinataire
(Extrait du chapitre 1)
Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique
« Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Freud
Il va falloir trouver la bonne formule. Vous pensiez avoir fait le plus difficile ? C’est pourtant là que tout commence. Il vous avait déjà fallu bien du courage pour oser lui parler. De mémoire, d’abordage, d’ailleurs, on a rarement vu si maladroit. Humour déplorable, bafouillage ; vous avez fourni la prestation du parfait looser. Mais contre vents et marées, vous avez courageusement mené votre barque : vous disposez du sacro-saint zéro-six.
Un beau numéro, tout rond, tout vrai, qui sonne bien, avec des chiffres et des lettres pour un prénom qui vous obstine depuis trois jours.
Trois jours… C’est que, sous vos airs de néophyte, vous connaissez quelques rudiments. Et au nombre des règles de base, la plus fondamentale, la plus universelle, consiste à ne pas écrire trop vite à celui ou celle que l’on convoite. Eh ! En plus de m’obséder, il faudrait qu’elle jouisse de le savoir ?
Que nenni. Vous prenez vos distances, afin qu’elle comprenne que son sourire ravageur n’est pas une priorité. Vous avez une vie bien remplie, des projets, mille amis à voir, deux mille choses à faire ; laissons planer le doute. Mais voilà, derrière toute cette simagrée, il ne faudrait quand même pas qu’on vous oublie. C’est l’heure de reprendre contact.
C’est ici qu’il intervient. Qui ? « L’homme de la situation. » On en a tous un dans notre entourage. Passé maître dans l’art du boniment, l’origine de sa science est toujours demeurée un mystère ; mais il n’empêche, elle fonctionne ! Il a l’art du mot juste, de la phrase qui décape, ses textos sont comme des missiles en plein cœur ; Cupidon, dit-on, en abandonna ses flèches.
Vous lui racontez la situation. Étant donné votre première approche (qui ne manque pas de susciter ses sarcasmes), vous avez bien conscience de marcher sur des œufs ; il vous faudra donc la jouer fine. Lui proposer un rendez-vous ? Oui, mais pas simplement. Il faut ajouter du piquant, miser sur l’originalité ; tentons une petite blague, feignons la légèreté.
Sauf que vous n’êtes pas le roi des boute-en-train, alors il faut creuser. Pénétré des conseils qu’on a su vous donner, vous composez le message de votre vie, opérant avec la minutie d’un horloger. Mots, virgules, points d’exclamation, tout est pesé.
Vous aboutissez.
Mais avant d’envoyer la fatale missive, il vous faut obtenir la bénédiction du grand gourou. Vous lui proposez votre message, puis écrivez :
« Bon, après 2 heures de travail, et suivant tes bons conseils, je pense écrire ceci. Mais j’hésite encore pour la dernière phrase. Smiley ou pas smiley ? Faudrait pas qu’elle sache que je suis déjà amoureux quand même. Au fait, t’as vu la photo que je t’ai envoyée ? Où elle est avec son chat sur le balcon ? J’aime pas trop la tête de l’animal. »
À peine avez-vous appuyé sur la touche d’envoi que votre cœur se soulève. Vous n’osez y croire, et pourtant c’est vrai : plutôt qu’à lui, c’est à elle que vous avez envoyé le message ! Vous vous arrachez les cheveux. Comment cela a-t-il pu arriver ? De celle-là, vous ne vous remettrez pas. Adieu le premier rendez-vous, le mariage et les enfants. Misères de la communication virtuelle ! L’erreur est irréparable, et vous le savez. Vous accusez le sort, pestez contre votre étourderie…
Mais au fait, s’agit-il vraiment d’un accident ?
VOUS AVEZ COMMIS un acte manqué
Que tout ceci n’ait rien d’accidentel, voilà très certainement ce qu’aurait pensé Freud : il vous aurait patiemment expliqué que vous avez commis un « acte manqué ».
Un acte manqué ? Certes, vous avez l’impression d’avoir raté quelque chose, mais vous ne voyez pas ce que l’on vous apprend de plus avec ce terme.
C’est que vous n’y êtes pas. En fait, l’acte manqué pourrait tout aussi bien être qualifié de réussi… Reprenons : cette personne-là, vous l’avez aimée dès le premier regard.
C’était comme une évidence, et rares sont les coups de foudre ; ne vous plaignez donc pas ! Mais ce sentiment, vous avez décidé de le garder pour vous, de le tenir secret. Bien plus, vous avez feint le détachement.
Mais regardons bien. Avec cette erreur de destinataire, vous venez d’avouer que vous en pinciez. C’est que vous en avez des contacts, et ce texto, vous ne l’avez pas envoyé à votre frère, à votre sœur ou votre patron, mais à elle !
Quelle conclusion pouvez-vous en tirer ? Sans aucun doute que vous avez fait ce que vous désiriez vraiment. Telle est la définition de l’acte manqué : réaliser un désir malgré vous, sans le vouloir. Vous avez l’impression qu’on se joue de vous ? Vous avez raison. Et qui donc est responsable, docteur Freud ? L’inconscient.
Le mot est lâché. C’est étrange… vous ne voyez pas très bien de quoi il s’agit et pourtant, ça vous remue un peu, ce terme. C’est vrai qu’on vous en a déjà parlé, mais vous avez toujours eu du mal à y croire.
Quoi de plus normal : vous êtes cartésien. L’homme n’a peut-être pas l’agilité du guépard, ni même le style criard du poisson mandarin, mais il a son truc à lui : la conscience. Et avec ça, lui sait au moins ce qui se passe dans sa tête !
Descartes et le cartésianisme
René Descartes, en effet, affirmait que toute pensée était nécessairement consciente. Voir par exemple la définition qu’il donne dans les Principes de la philosophie, I, 9 : « Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes. »
Et pourtant, rien n’est moins sûr, selon Freud, qui affirme doctement : « Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. »
Minute ! Ne vous prendrait-on pas pour un idiot ? L’inconscient… il est bien beau, le terme, mais vous doutez quand même un peu. Qu’est-ce qui lui prouve, au docteur, qu’il existe, cet inconscient ? Ça n’a pas l’air de s’observer, cette chose ; à vous, il vous faut des preuves, du tangible, du concret. Comme saint Thomas, vous ne croyez que ce que vous voyez, et vous trouvez bien difficile de penser que votre mésaventure puisse être autre chose qu’une maladresse.
RASSUREZ-VOUS, vous n’êtes pas malade…
Rassurez-vous, l’hypothèse de l’inconscient s’est présentée à Freud lui-même comme parfaitement choquante… Pourquoi ? Parce que ça ne collait pas du tout avec sa formation. Car le père de la psychanalyse était d’abord médecin. Or, en médecine, on vous apprenait à l’époque – à Vienne, dans les années 1880 – que toute pathologie devait avoir une cause physiologique ; tout problème, en somme, trouvait sa source dans un dysfonctionnement du corps.
Mais voici qu’arrivèrent dans les hôpitaux de curieux patients, les hystériques, qui se plaignaient de symptômes (cécité, tremblements, paralysie…) parfaitement inexplicables : en effet, tout fonctionnait bien dans leur corps !
Envahis, les médecins ; débordés, même. Mais surtout : agacés ! Imaginez bien que tout le monde les prenait pour des simulateurs…
Tout le monde, sauf un, Freud, qui découvrit après bien des efforts que la cause de cette curieuse maladie n’était pas à chercher dans le corps, mais dans l’esprit. En effet, par la simple mise en place d’un dialogue – qui, il faut le dire, pouvait s’étaler sur des années –, notre docteur découvrit que les hystériques souffraient de désirs qu’ils ignoraient et qui venaient les hanter…
La méthode des associations libres
La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.
La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.
Mais comment pouvait-il savoir, celui-là, qu’il existait des désirs cachés chez ces patients qui les ignoraient eux-mêmes ?
Tout simplement parce que lorsqu’ils en prenaient conscience, les symptômes disparaissaient ! Vraie cathartique !
La méthode cathartique
La méthode cathartique consiste, en psychanalyse, à se libérer d’un ensemble de troubles par la prise de conscience d’un désir refoulé.
Quant à vous, pas de panique, vous n’êtes pas malade. Vous n’avez fait qu’envoyer un texto au mauvais destinataire, et cela ne fait pas nécessairement de vous un névrosé. Certes, mais du névrosé à l’homme sain, sachez qu’il n’y a qu’un pas…
…MAIS SUJET À L’INCONSCIENT, quand même
Car l’inconscient ne se manifeste pas seulement dans la maladie. En réalité, ses effets sont perceptibles dans nos faits et gestes les plus quotidiens, comme ce petit message envoyé par erreur…
Pour le comprendre, prenons un exemple que nous propose Freud lui-même à l’occasion d’une conférence. En s’adressant au public, il déclare :
Supposez que, dans la salle de conférences, dans mon auditoire calme et attentif, il se trouve pourtant un individu qui se conduise de façon à me déranger et qui me trouble par des rires inconvenants, par son bavardage ou en tapant des pieds.
Jusque-là, le cancre que vous étiez comprend plutôt bien. Continuons :
Je déclarerai que je ne peux continuer à professer ainsi ; sur ce, quelques auditeurs vigoureux se lèveront et, après une brève lutte, mettront le personnage à la porte. Il sera « refoulé » et je pourrai continuer ma conférence. Mais, pour que le trouble ne se reproduise plus, au cas où l’expulsé essaierait de rentrer dans la salle, les personnes qui sont venues à mon aide iront adosser leurs chaises à la porte et former ainsi comme une « résistance ». Si maintenant l’on transporte sur le plan psychique les événements de notre exemple, si l’on fait de la salle de conférences le conscient, et du vestibule l’inconscient, voilà une assez bonne image du refoulement.
Pour un pédagogue, le type en est un. Le personnage récalcitrant figure les désirs inconscients, qui viennent perturber la conscience comme le premier perturbe la séance. La solution ? À la porte ! Au moins, vous serez tranquille.
Tranquille, vous dites ? Pas tout à fait. Voyez la suite :
Je vais reprendre ici notre comparaison […] Il est certain qu’en éloignant le mauvais sujet qui dérangeait la leçon et en plaçant des sentinelles devant la porte, tout n’est pas fini. Il peut très bien arriver que l’expulsé, amer et résolu, provoque encore du désordre […]. Il crie, donne des coups de poing contre la porte et trouble ainsi la conférence plus que par son attitude précédente.
Quelle plaie !
Dans ces conditions, il serait heureux que le président de la réunion veuille bien assumer le rôle de médiateur et de pacificateur. Il parlementerait avec le personnage récalcitrant, puis il s’adresserait aux auditeurs et leur proposerait de le laisser rentrer, prenant soin sur lui de garantir une meilleure conduite. On déciderait de supprimer le refoulement et le calme et la paix renaîtraient.
Supprimer le refoulement ? Laisser entrer l’inconscient ? Oui, mais pas à n’importe quel prix. Il vous faudra parlementer.
VOUS AVEZ, COMME FREUD, cédé à un petit compromis
Imaginez que vous soyez, vous, un désir interdit. Quelle solution envisageriez-vous pour franchir la barrière de la conscience ? Pour duper la douane ? Pour sûr, vous vous déguiseriez. Eh bien, c’est exactement ce que fait l’inconscient : en se travestissant, il parvient à contourner la censure. Ni vu, ni reconnu !
Vous craignez de comprendre ? C’est que vous voyez juste. Votre petit acte manqué n’est rien d’autre que cela : un déguisement. En prenant le masque de la maladresse, votre souhait le plus cher s’est concrétisé !
Ruse de l’inconscient, donc, qui s’y connaît en compromis : en réalité, pas mal de nos ratés quotidiens s’expliquent par là. À ce propos, connaissez-vous les lapsus ? Figurez-vous qu’ils ont beaucoup intéressé Freud. Vous lirez ainsi, dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne :
On se rappelle encore la manière dont le président de la Chambre des députés autrichienne a, un jour, ouvert la séance : « Messieurs, dit-il, je constate la présence de tant de députés et déclare, par conséquent, la séance close. » L’hilarité générale que provoqua cette déclaration fit qu’il s’aperçut aussitôt de son erreur et qu’il la corrigea. L’explication la plus plausible dans ce cas serait la suivante : dans son for intérieur, le président souhaitait enfin pouvoir clore cette séance dont il n’attendait rien de bon.
D’une certaine façon, c’est aussi ce qui vous est arrivé. Sauf que vous n’êtes pas le représentant de la Chambre autrichienne. Il n’empêche : dans les deux cas, la maladresse n’est qu’apparente.
Soit, mais qu’en est-il de notre psychanalyste ? Est-il également sujet aux actes manqués ? Plus que personne ! Sachez en effet que c’est bien souvent dans sa propre expérience personnelle que pioche notre ami. Parmi différents exemples, on trouvera le cas suivant :
Autrefois, lorsque je faisais plus fréquemment des visites à domicile, il m’arrivait souvent, une fois devant la porte à laquelle je devais frapper ou sonner, de tirer de ma poche les clés de mon propre appartement, pour ensuite… les y remettre honteusement.
Étourderie ? Regardez la suite :
Si j’établis la liste des patients pour qui c’était le cas, alors il me faut admettre que cet acte manqué – sortir ses clés au lieu de sonner – signifiait un hommage rendu à la maison où j’avais fait ce geste raté. Il était l’équivalent de la pensée : « Ici, je suis comme chez moi », car il ne se produisait que là où j’avais pris en affection.
Soudain vous vous sentez moins seul, et vous vous dites que vous ne regarderez plus les choses de la même façon… Toutefois, vous vous sentez comme embêté : s’il faut à chaque fois vous mettre dans l’embarras pour savoir ce que vous désirez vraiment, vous risquez fort de rester longtemps célibataire. Rassurez-vous, il existe une autre solution !
SUR VOTRE TABLE DE CHEVET, un papier et un crayon
Savez-vous comment devenir psychanalyste ? Il n’y a qu’une option : c’est d’avoir soi-même suivi une psychanalyse. Quid de l’œuf et de la poule : comment Freud est-il devenu psychanalyste, puisque c’est lui-même qui l’a inventée ? Réponse : il s’est auto-psychanalysé, évidemment !
Comment ? En interprétant ses rêves. Car, oui, les rêves ont une grande importance en psychanalyse. Et devinez quoi ? Vous détenez déjà la première clé des songes…
Comme tout le monde, votre vie onirique a ses hauts et ses bas. Parfois, vous rêvez de choses agréables, à d’autres moments, c’est carrément l’enfer, et vous vous réveillez en sursaut. Mais bien souvent, tout cela n’a franchement ni queue ni tête, et sonne comme un joyeux désordre. Reste que, dans tous les cas, la fonction du rêve est la même.
Pour nous faire comprendre cela, Freud s’appuie sur un rêve simple : celui du petit Hermann. La journée, l’enfant est envoyé par son grand-père pour aller cueillir des cerises. Mais, folle proscription, celui-ci lui interdit, une fois rentré, de goûter à la précieuse récolte. La nuit, Hermann se met à rêver. De quoi ? Le lendemain matin, son récit est sans équivoque : « Hermann a rêvé qu’il mangeait toutes les cerises ! »
Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre ce qui s’est passé : dans son rêve, le petit Hermann a réalisé un désir qu’il n’avait pas pu satisfaire. En somme, donc, le rêve a procuré une satisfaction imaginaire à un désir interdit. Or, telle est bien la fonction de tout rêve pour Freud, qui affirme : « Tout rêve est la réalisation d’un désir. »
Soit, mais vous ne voyez pas très bien quel désir vous réalisez quand vous cauchemardez, par exemple, que les nazis reviennent. Mais l’on vous a déjà dit que vous disposiez de la première clé des songes.
C’est que les rêves, dans leur mécanisme, ne sont pas autre chose que les actes manqués : s’ils sont la réalisation de désirs, ils sont bien souvent la réalisation déguisée de désirs. Et pourquoi ? Parce que ces désirs sont justement les mêmes : ce sont des désirs interdits, inconscients, refoulés. Là encore, nos pulsions prennent soin de se travestir pour accéder à la conscience !
Mais il y a plus. Vous voyez comment le rêve, contrairement à ce que l’on croit, est le « gardien du sommeil ». Vous est-il déjà arrivé, un matin, de vous faire tromper par votre radio réveil quand l’impétueuse sonnerie, plutôt que de vous ranimer, s’intègre à votre rêve ? Si oui, vous comprendrez très bien de quoi il s’agit : plutôt que de perturber votre sommeil, le rêve est en fait ce qui vous permet de le prolonger…
Ce sera la même chose avec l’inconscient qui vient frapper à la porte quand vous dormez : pour ne pas vous réveiller, la censure ouvre une trappe… à la condition de se déguiser pour rentrer !
D’où l’art du psychanalyste, qui consiste à interpréter le rêve. Lui sait quelles sont les techniques qu’adopte l’inconscient pour se travestir. Et parmi celles-ci on trouve par exemple :
La symbolisation : elle consiste à transformer une idée en image ;
La condensation : sorte de compression, c’est quand un petit nombre d’images du contenu objectif exprime une diversité beaucoup grande d’idées du contenu latent ;
Le déplacement : le plus important du point de vue latent va devenir secondaire du point de vue manifeste ;
L’élaboration secondaire : c’est la conscience qui, percevant le rêve après coup, cherche à lui donner une cohérence.
Clou du spectacle. Vous croyez avoir tout vu, mais vous apprendrez que, bien souvent, nos désirs inconscients sont de nature sexuelle. Alors, ce soir, au moment de dormir, vous disposerez peut-être un crayon et un papier sur votre table de chevet. Et dès le réveil… il vous faudra faire vite pour les transcrire, car les rêves sont fugaces !
Être fort au Trivial Pursuit, est-ce être intelligent ?
Peut-on dire de Mbappé qu’il est un artiste ?
Les sex friends sont-ils vraiment des amis ?
La justice n’est-elle qu’un idéal ?
Draguer, est-ce séduire ?
Peut-on rire de tout ?
Ce n’est pas pour rien que Socrate se comparait à un taon, cet animal qui pique le cheval et l’empêche de s’endormir. Car il en va de la philosophie comme d’un excitant : elle maintient en alerte. Mais contre quoi ? Contre l’évidence des jugements ordinaires, dont les grands penseurs nous invitent à nous défier par amour du sens, de celui des idées et des mots, que l’on prend goût à clarifier dès lors qu’on nous y invite.
C’est ce que sont les 100 questions proposées dans ce livre : une invitation. On y parle, bien sûr, des grands auteurs. Des grandes thèses aussi. Mais surtout, on tâche de philosopher pour de bon ! Alors, prêt à réfléchir aux côtés des plus grands penseurs ?
10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !
Éditions First
Le livre « Vous reprendrez bien un peu de philo ? » du professeur de philosophie Pierre Soubiale remplis toutes ses promesses. J’ai bien ri à la lecture des « 10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre » mises en scène par l’auteur avec une grande imagination. Et comment ne pas souligner le talent de Pierre Soubiale dans son écriture et son humour. Je classe ce livre, unique en son genre, parmi « Les essentiels », comme l’un des meilleurs livres de vulgarisation de la philosophie.
Dans le premier chapitre, Erreur de destinataire, Pierre Soubiale met de l’avant « Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique ».
Dans le deuxième chapitre, Homo Fashionicus, l’auteur nous instruit au sujet de « René Girard et la notion de désir triangulaire ». Je comprends qu’il y a toujours un intermédiaire ou un médiateur entre notre désir d’un objet (par exemple une veste) et l’objet lui-même (Nous – Médiateur – Objet). Notre désir d’un objet se réalise toujours vis à médiateur plutôt que directement ( Nous – Objet)
LA STRUCTURE TRIANGULAIRE
du désir
À chaque fois, donc, le mécanisme est le même : autrui s’intercale entre l’objet du désir et moi-même.
C’est pourquoi Girard affirme que tout désir est triangulaire.
Avec ce schéma, nous voyons bien que le désir n’est jamais spontané ; encore une fois, ce sont toujours une ou plusieurs personnes qui nous mettent en mouvement.
SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 36.
Philosophie
19 novembre 2018
Le désir authentique et le désir triangulaire
par Gilles Martin
Nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.
Dans le roman de Cervantès, « Don Quichotte », Sancho Pança, depuis qu’il fréquente Don Quichotte, rêve d’une « île » dont il deviendra le gouverneur. Il veut aussi un titre de duchesse pour sa fille. En fait ces désirs-là ne sont pas venus spontanément à cet homme simple de Sancho, mais c’est Don Quichotte qui les lui a suggérés. C’est d’ailleurs de Don Quichotte lui-même que le valet Sancho compte recevoir cette île.
À partir de cette histoire, René Girard a construit sa théorie du « désir triangulaire » : le disciple se précipite vers le modèle, l’objet, que lui indique le médiateur du désir.
Ainsi, nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.
Pour illustrer cette thèse, René Girard utilise des exemples tirés de la littérature romanesque dans son ouvrage « Mensonge romantique et vérité romanesque ».
Au sous-tire « Le désir du désir de l’autre » du Chapitre 2 (Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire)), on peut lire :
En une formule saisissante, Girard résume alors : « L’élan vers l’objet est au fond élan vers le médiateur. »
Et il ne faut pas chercher très loin pour comprendre que cet élan vers le médiateur équivaut au désir de lui ressembler. Pourquoi ? La réponse ne fait aucun doute : parce que celui-ci possède, aux yeux du sujet désirant, une certaine valeur.
Autrement dit : le médiateur auquel nous voulons ressembler est un être que nous savons désirez par les autres.
Voilà le clé du problème : ce qui motive tout désir, c’est le fait de vouloir obtenir soi-même de la valeur. En d’autres termes, tout désir est d’abord désir du désir des autres ; tout désir, quel que soit l’objet qu’il focalise, est d’abord désir de reconnaissance : nous voulons ressembler aux médiateurs pour obtenir la même reconnaissance qu’eux… de la part des autres !
D’où le principe de l’égérie dans la publicité : si vous avez le même parfum que Julia Roberts ou que Jude Law, vous serez un peu comme Julia Roberts ou Jude Law.
Mais, au fond, le fait de désirer de ressembler n’est pas une fin en soi : c’est d’abord dans l’optique d’obtenir la même reconnaissance qu’eux que vous vous mettez en mouvement.
SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, pp. 38-39.
P.S. : Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.
Ce passage de « Vous reprendrez bien un peu de philo ? » me parle personnellement parce que je m’interroge depuis un certain temps au sujet de la reconnaissance de mon travail passé, présent et à venir. À la retraite, âgé de 67 ans, ai-je encore besoin de reconnaissance ? Et quels sont donc les médiateurs de mon désir de reconnaissance ? Je penche de plus en plus l’idée de me contenter de me reconnaître moi-même, d’abandonner mon désir. Est-ce réaliste ? Je ne sais pas encore. Mais ce désir m’embête.
La question du médiateur me pose comme question : « À qui voulais-je ressembler ? » À ceux et celles qui ont changé ma vie, mes idées, ma conception de moi-même… ? Si oui, c’est que je voulais acquérir le même talent dans ma vie personnelle et professionnelle.
Pierre Soubiale consacre un sous titre de son deuxième chapitre au sujet : « Un besoin de reconnaissance bien naturel ».
En désirant être désiré à son tour, le sujet humain ne désire donc jamais que d’autres sujet. Mais en se focalisant en fait sur des objets, tout en se masquant le médiateur à lui-même, il ne s’en rend pas toujours compte, surtout en période de soldes.
SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.
Est-ce que je comprends bien ? On veut de la reconnaissance pour « être désiré à son tour » ? Personnellement, à moins d’aveuglement de ma part, je ne souhaite pas être désiré pour moi-même. Je désire que l’on désire mon travail (et, ainsi, que je puisse profiter des revenus utiles pour vivre avec ma famille). Je ne crois pas être désirable parce que je me reconnais comme trop tranchant.
La conscience humaine est ainsi faite, qu’elle a besoin de la reconnaissance de l’Autre pour s’attribuer à elle-même de la valeur. Avant d’être un loup l’homme, l’homme est donc d’abord « un dieu pour l’homme ».
SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.
J’étais et je demeure trop solitaire pour désirer la reconnaissance de l’Autre, si ce n’est par mes écrits et, même encore là, je me suis convaincu que j’écris désormais d’abord et avant tout pour moi-même, pour mieux me comprendre. Mes écrits sont une porte d’entrée dans mon univers pour l’Autre.
Le chapitre 3 intitulé « Chute – (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ? » m’a fait rire aux éclats. Et Pierre Soubiale donne en exemple un fou rire lors d’un enterrement.
Ne vous en cachez pas. De toute évidence, le fait de rire d’un individu qui tombe est bien naturel, et ce à tel point qu’Henri Bergson, lorsqu’il décide d’étudier les ressorts du rire dans un petit livre, par de l’exemple d’une chute pour lancer son analyse.
Seulement, sommes-nous de cyniques personnages – qui rions gratuitement – ou bien le rire remplit-il une fonction cachée ? Notre philosophe a la réponse.
SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 3 – Chute (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ?), « Le rire est du mécanique plaqué sur du vivant . » Bergson, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 45.
EXTRAIT DU LIVRE DE HENRI BERGSON
Le rire. Essai sur la signification du comique (1900)
Chapitre I. — Du comique en général. — Le comique des formes et le comique des mouvements. — Force d’expansion du comique.
II
Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient. On ne rirait pas de lui, je pense, si l’on pouvait supposer que la fantaisie lui est venue tout à coup de s’asseoir par terre. On rit de ce qu’il s’est assis involontairement. Ce n’est donc pas son changement brusque d’attitude qui fait rire, c’est ce qu’il y a d’involontaire dans le changement, c’est la maladresse. Une pierre était peut-être sur le chemin. Il aurait fallu changer d’allure ou tourner l’obstacle. Mais par manque de souplesse, par distraction ou obstination du corps, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, les muscles ont continué d’accomplir le même mouvement quand les circonstances demandaient autre chose. C’est pourquoi l’homme est tombé, et c’est de quoi les passants rient.
Voici maintenant une personne qui vaque à ses petites occupations avec une régularité mathématique. Seulement, les objets qui l’entourent ont été truqués par un mauvais plaisant. Elle trempe sa plume dans l’encrier et en retire de la boue, croit s’asseoir sur une chaise solide et s’étend sur le parquet, enfin agit à contresens ou fonctionne à vide, toujours par un effet de vitesse acquise. L’habitude avait imprimé un élan. Il aurait fallu arrêter le mouvement ou l’infléchir. Mais point du tout, on a continué machinalement en ligne droite. La victime d’une farce d’atelier est donc dans une situation analogue à celle du coureur qui tombe. Elle est comique pour la même raison. Ce qu’il y a de risible dans un cas comme dans l’autre, c’est une certaine raideur de mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d’une personne. Il y a entre les deux cas cette seule différence que le premier s’est produit de lui-même, tandis que le second a été obtenu artificiellement. Le passant, tout à l’heure, ne faisait qu’observer ; ici le mauvais plaisant expérimente.
Toutefois, dans les deux cas, c’est une circonstance extérieure qui a déterminé l’effet. Le comique est donc accidentel ; il reste, pour ainsi dire, à la surface de la personne. Comment pénétrera-t-il à l’intérieur ? Il faudra que la raideur mécanique n’ait plus besoin, pour se révéler, d’un obstacle placé devant elle par le hasard des circonstances ou par la malice de l’homme. Il faudra qu’elle tire de son propre fonds, par une opération naturelle, l’occasion sans cesse renouvelée de se manifester extérieurement. Imaginons donc un esprit qui soit toujours à ce qu’il vient de faire, jamais à ce qu’il fait, comme une mélodie qui retarderait sur son accompagnement. Imaginons une certaine inélasticité native des sens et de l’intelligence, qui fasse que l’on continue de voir ce qui n’est plus, d’entendre ce qui ne résonne plus, de dire ce qui ne convient plus, enfin de s’adapter à une situation passée et imaginaire quand on devrait se modeler sur la réalité présente. Le comique s’installera cette fois dans la personne même : c’est la personne qui lui fournira tout, matière et forme, cause et occasion. Est-il étonnant que le distrait (car tel est le personnage que nous venons de décrire) ait tenté généralement la verve des auteurs comiques ? Quand La Bruyère rencontra ce caractère sur son chemin, il comprit, en l’analysant, qu’il tenait une recette pour la fabrication en gros des effets amusants. Il en abusa. Il fit de Ménalque la plus longue et la plus minutieuse des descriptions, revenant, insistant, s’appesantissant outre mesure. La facilité du sujet le retenait. Avec la distraction, en effet, on n’est peut-être pas à la source même du comique, mais on est sûrement dans un certain courant de faits et d’idées qui vient tout droit de la source. On est sur une des grandes pentes naturelles du rire.
Mais l’effet de la distraction peut se renforcer à son tour. Il y a une loi générale dont nous venons de trouver une première application et que nous formulerons ainsi : quand un certain effet comique dérive d’une certaine cause, l’effet nous paraît d’autant plus comique que nous jugeons plus naturelle la cause. Nous rions déjà de la distraction qu’on nous présente comme un simple fait. Plus risible sera la distraction que nous aurons vue naître et grandir sous nos yeux, dont nous connaîtrons l’origine et dont nous pourrons reconstituer l’histoire. Supposons donc, pour prendre un exemple précis, qu’un personnage ait fait des romans d’amour ou de chevalerie sa lecture habituelle. Attiré, fasciné par ses héros, il détache vers eux, petit à petit, sa pensée et sa volonté. Le voici qui circule parmi nous à la manière d’un somnambule. Ses actions sont des distractions. Seulement, toutes ces distractions se rattachent à une cause connue et positive. Ce ne sont plus, purement et simplement, des absences ; elles s’expliquent par la présence du personnage dans un milieu bien défini, quoique imaginaire. Sans doute une chute est toujours une chute, mais autre chose est de se laisser choir dans un puits parce qu’on regardait n’importe où ailleurs, autre chose y tomber parce qu’on visait une étoile. C’est bien une étoile que Don Quichotte contemplait. Quelle profondeur de comique que celle du romanesque et de l’esprit de chimère ! Et pourtant, si l’on rétablit l’idée de distraction qui doit servir d’intermédiaire, on voit ce comique très profond se relier au comique le plus superficiel. Oui, ces esprits chimériques, ces exaltés, ces fous si étrangement raisonnables nous font rire en touchant les mêmes cordes en nous, en actionnant le même mécanisme intérieur, que la victime d’une farce d’atelier ou le passant qui glisse dans la rue. Ce sont bien, eux aussi, des coureurs qui tombent et des naïfs qu’on mystifie, coureurs d’idéal qui trébuchent sur les réalités, rêveurs candides que guette malicieusement la vie. Mais ce sont surtout de grands distraits, avec cette supériorité sur les autres que leur distraction est systématique, organisée autour d’une idée centrale, — que leurs mésaventures aussi sont bien liées, liées par l’inexorable logique que la réalité applique à corriger le rêve, — et qu’ils provoquent ainsi autour d’eux, par des effets capables de s’additionner toujours les uns aux autres, un rire indéfiniment grandissant.
BERGSON, Henri, Le rire. Essai sur la signification du comique, Les Presses universitaire de France, « Édition du centenaire » des Œuvres de Bergson, 1959, pp. 391 à 485.
Je ne vais pas aller plus dans ce chapitre afin d’en préserver les « punchs » si ce n’est cette citation : « D’abord, remarquons avec Bergson que le rire a pour condition une certaine forme d’insensibilité : “Le comique naîtra quand les hommes réunis en groupe dirigeront leur attention sur l’un d’entre eux en faisant taire leur sensibilité et en exerçant leur seule intelligence” ». Le rire, une affaire d’intelligence ? À vous de le découvrir à la lecture de l’œuvre de Pierre Soubiale, Vous reprendrez bien un peu de philo ?
Tous les autres chapitres de ce livre sont de petits bijoux qui donnent à penser tout en développant notre esprit critique. J’accorde donc cinq étoiles sur cinq à Vous reprendrez bien un peu de philo ? de Pierre Soubiale. Apprendre la philo avec le rire ! C’est un ESSENTIEL !
L’importance de l’esprit critique prend de l’ampleur en ces temps de désinformation qui laissent apparaître « La faiblesse du vrai » (Myriam Revault d’Allones, Seuil, 2018). Aujourd’hui, la situation de l’information sur les réseaux sociaux nous plonge dans une crise réelle de désinformation. Hier, dans les années 1960-1970-1980, nous parlions de la nécessité de développer l’esprit critique de la population face aux médias traditionnels (journaux, radio, télévision). Il s’agissait alors de mettre en branle une toute nouvelle discipline, l’éducation aux médias, à laquelle nous ajoutons aujourd’hui « et à l’information ».
Qu’est-ce que l’éducation aux médias?
L’éducation aux médias est le processus par lequel les personnes acquièrent des compétences médiatiques, c’est-à-dire qu’elles sont capables de comprendre de manière critique la nature, les techniques et les impacts des messages et des productions médiatiques. Selon Sonia Livingstone, spécialiste de la littératie aux médias numériques, « plus les médias imprègnent tout dans la société, notamment le travail, l’éducation, l’information, la participation civique et les relations sociales, plus il est essentiel que les gens soient informés et capables de juger de manière critique le contenu qui est utile ou trompeur, de comprendre comment les médias sont réglementés, qui sont les médias dignes de confiance, et quels intérêts commerciaux ou politiques sont en jeu. Bref, l’éducation aux médias est nécessaire non seulement pour interagir avec les médias, mais aussi pour interagir avec la société par le biais de médias[1]. »
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[1] Livingstone, S. (2018). « Media literacy – everyone’s favourite solution to the problems of regulation ». Media @ LSE. Consulté à l’adresse : https://blogs.lse.ac.uk/medialse/2018/05/08/media-literacy-everyones-favourite-solution-to-the-problems-of-regulation/. [traduction]
Par exemple, le journal Le Monde s’implique dans l’éducation aux médias en publiant en 1979 un guide sous le titre « Lire le journal – Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques » signé par deux de ses journalistes, Yves Agnès et Jean-Michel Croissandeau.
La même année, toujours en France, un programme interministériel voit le jour sous le nom « Jeunes Téléspectateur actif » (JTA). Le terme « Actif » s’oppose ici à « Passif »; on s’interroge sur l’influence de la télévision sur les jeunes compte tenu de leur passivité face à ce média. La psychologue Évelyne Pierre sera l’une des principales observatrices des impacts de ce programme.
DEUX EXPÉRIENCES SCOLAIRES DE FORMATION À L’AUDIOVISUEL : ICAV ET JTA
Brigitte Chapelain, Université Paris XIII
Parmi les expériences d’intégration de l’audiovisuel à l’école, deux expérimentations, très différentes, l’Icav (Initiation à la culture audiovisuelle), démarrée en 1966, et le programme JTA (Jeune Téléspectateur Actif), lancé après 1975, sont à la fois les plus symboliques et les plus abouties. Elles reflètent le désir d’une interaction entre les pratiques pédagogiques, la formation et la recherche, et elles témoignent d’une effervescence pionnière tentant d’utiliser un appareil théorique issu des Sciences de l’information et de la communication.
A priori, ces deux expérimentations présentent de nombreux points communs : des organisations pensées et structurées en termes de formation et d’objectifs éducatifs ; des programmes, ou tout au moins des outils et des dispositifs pédagogiques mis à la disposition des enseignants ; une évaluation scientifique et institutionnelle pour s’interroger sur une éventuelle généralisation. Par ailleurs, ces deux formes d’intégration de la communication audiovisuelle dans l’éducation secondaire n’ont pas été expérimentées au niveau national, mais laissées à la responsabilité des instances régionales.
Leurs différences s’expliquent par un décalage de dix ans durant lequel ont évolué les Sciences de l’information et de la communication, ainsi que les théories de l’apprentissage, la pratique sociale des médias et la gestion institutionnelle de l’innovation.
Source : Chapelain, B. (2007) . Deux expériences scolaires de formation à l’audiovisuel : Icav et Jta. Hermès, La Revue, n° 48(2), 53-60. https://doi.org/10.4267/2042/24098.
À l’époque (1960-1980), certains médias hésitent à s’impliquer, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique, au Québec, parce qu’ils perçoivent l’éducation aux médias comme ayant pour but de critiquer leur travail et ses résultats, c’est-à-dire les informations qu’ils offrent à la population. Mais là n’est pas le but de l’éducation aux médias. Il faut bien lire le sous-titre du livre « Lire le journal » :
« Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques »
Il s’agit alors de « comprendre et expliquer » le fonctionnement des médias d’information en vue de permettre aux utilisateurs de formuler une critique sur des bases solides. Par exemple, on s’attend à ce que le lecteur ne se limite plus à une simple affirmation : « Je n’aime pas cet article ». Mais qu’il puisse proposer une analyse plus fine : « Je n’aime pas le chapeau et le titre de cet article mais le contenu est intéressant même si je n’en partage pas la conclusion (la chute) ». Autre exemple, le jugement « Je n’aime pas cette émission de télévision », on espère une argumentation mieux informer : « Je n’aime pas le scénario ou la réalisation, ou encore l’animation, de cette émission ». Il s’agit simplement de savoir de quoi l’on parle, d’où l’intérêt pour le fonctionnement des médias, leurs mécanismes, de la cueillette de l’information à son traitement en passant par la vérification.
C’est ainsi qu’il faut comprendre l’objectif de l’éducation aux médias : développer de l’esprit critique des consommateurs de média plutôt que d’apprendre à formuler des opinions éditoriales.
On se souviendra du temps où nous disions « Si c’est dans le journal, c’est que c’est vrai ». La confiance envers les médias était quasi inébranlable. On ne voyait l’utilité de douter du contenu des médias. Nous pouvions être en accord ou en désaccord avec une prise de position éditoriale mais nous n’avions pas la connaissance et l’expertise pour remettre en question l’information elle-même, dite objective, même si notre réaction demeurait subjective.
Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.
« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »
TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.
Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
L’éducation aux médias des années 1960-1980 fut donc la première étape de l’introduction officielle de la formation de l’esprit critique des élèves dans les programmes scolaires avec effets sur la population en générale.
L'esprit critique consistait alors à savoir de quoi on parle.
La démarche pédagogique se voulait à la fois théorique et pratique. Par exemple, après la théorie sur le fonctionnement de la télévision, on demandait aux jeunes de concocter eux-mêmes un bulletin d’information télévisé.
Dans les années 1980, ma partenaire et moi, fondateurs du Club d’Initiation aux médias, le tout premier organisme québécois d’éducation aux médias, nous sommes allés un peu plus loin dans notre expérimentation du programme Jeune Téléspectateur Actif. L’atelier au cours duquel les jeunes enregistraient leur bulletin de nouvelle télévisée se déroula en présence de journalistes des grands médias de la Capitale nationale (Québec, Québec). L’atelier pris fin avec une conférence de presse des jeunes interrogés par les journalistes présents. Nous nous attendions à une couverture de presse des principaux médias invités et ce fut le cas. Ainsi, l’atelier suivant, le lendemain, permis aux élèves de constater le traitement de l’information par ces médias, c’est-à-dire qu’est-ce qui avait été mis de l’avant par les journalistes, comment et avec quelle ampleur.
Le quotidien le plus populaire de la région titra sa première page, la une, avec une citation tirée de la réponse d’un élève à la question d’un journaliste : « S’il n’y avait plus de télé, je me suiciderais ». D’autres médias offrirent un traitement tout aussi surprenant.
Vous pouvez imaginer facilement les réactions des élèves face à ce traitement de leurs réponses aux questions des journalistes. Et cette fois, l’esprit critique faisait une place au doute, à un doute sur la pertinence du rapport médiatique de leur expérience. L’esprit critique de ces élèves devint, non plus une simple théorie appliquée à une expérience pratique, mais une étincelle qui alluma un feu en leur conscience. Le traitement journaliste fut pour les uns un trauma et pour les autres une révélation qui changea leur appréciation des médias d’information.
Quand l'esprit critique naît d'une étincelle révélatrice ou traumatique, il éclaire à jamais la conscience.
La question de la désinformation sur le web, notamment sur les réseaux sociaux, propulse à nouveau la nécessité de l’esprit critique à l’avant de la scène au sein de nos institutions d’enseignement et tout comme au sein de la population.
Mais tant et aussi longtemps que l’esprit critique demeure une théorie, il est intellectualisé davantage que pratiqué. Et si les exercices pratiques proposés pour l’acquérir et le développer donnent en exemple les efforts intellectuels à déployer, il ne servent alors qu’à donner raison à la théorie. Dans ce cercle, l’esprit critique devient un sujet de plus en plus populaire sans pour autant l’expliciter.
Esprit critique
Détrompez-vous !
1 – Esprit critique, de quoi s’agit-il ?
Il faut faire preuve d’esprit critique. Cette expression, entendue dans des contextes variés, sonne souvent comme une évidence. La sensibilisation à l’esprit critique, spécifiquement dans le monde de l’éducation, est un enjeu majeur face à une surabondance d’informations erronées. Toutefois, la notion d’esprit critique est rarement explicitée. Quelle définition pourrait en être donnée ?
J’apprécie le rapprochement entre « esprit critique » et « esprit scientifique » dans les offres pédagogiques, l’un n’allant pas sans l’autre.
Les principes du projet «?Esprit scientifique, Esprit critique?»
Ce projet thématique propose aux élèves ainsi qu’à leurs enseignants de découvrir les outils propres à développer notre esprit critique, en s’appuyant sur l’enseignement de la méthode scientifique. Son objectif est d’aider l’élève à les mobiliser de manière pertinente dans différentes situations, et notamment dans leur vie quotidienne.
Pour favoriser l’apprentissage de ces outils, deux stratégies pédagogiques doivent être mobilisées?: premièrement, l’enseignant doit se montrer explicite quant à l’outil utilisé?; deuxièmement, il doit multiplier les situations où l’outil est nécessaire.
Nous avons choisi de produire des ressources pluridisciplinaires, qui s’ancrent sur toutes les sciences et même d’autres disciplines (mathématiques, histoire et géographie, français, éducation aux médias et à l’information). Nous pensons que la pluridisciplinarité crée le cadre pour mettre en place ces deux stratégies. En multipliant les exemples et en diversifiant les situations où un même outil se révèle pertinent, on donne à l’élève les moyens de s’affranchir du contexte d’apprentissage et de transférer le savoir-faire acquis.
Enseigner l’esprit critique fondé sur l’esprit scientifique exige de comprendre soi-même les enjeux qui sous-tendent ce défi. Les pages qui suivent se proposent de fournir une base de réflexion. On portera l’attention sur les capacités et attitudes qui nous guident dans la recherche et collecte d’informations, les obstacles et les solutions «?expertes?» que la science a su développer au cours du temps. Révéler les obstacles est indispensable pour aller à l’encontre de ceux-ci et apprendre à se construire des connaissances plus solides et fiables.
Séminaire national « Esprit scientifique, esprit critique » – cycles 2, 3 et 4
Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives.
On peut faire preuve d’esprit scientifique dans une variété de domaines et de disciplines. Au cours de ce séminaire, nous avons donc proposé des activités et des pistes de réflexion qui, tout en s’inspirant des méthodes de la science, concernent en réalité toutes les disciplines.
L’éducation à l’esprit critique, telle qu’elle a été abordée, n’est pas une « écoute du doute » ou de la méfiance. Elle poursuit au contraire un objectif pluridisciplinaire d’outillage du raisonnement de l’élève. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.
De l’art de conjuguer esprit critique et démarche scientifique
En science, il ne suffit pas de posséder un savoir encyclopédique pour donner une lecture interprétative d’un monde en progrès. Il faut aussi savoir conjuguer la démarche scientifique et l’esprit critique.
Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet en outre de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.
Ainsi, l’esprit scientifique est le meilleur moyen d’acquérir un esprit critique. La définition de l’esprit scientifique impose la « méthode scientifique ». Et ici encore, l’enseignement de la méthode scientifique ne suffit pas pour acquérir un esprit scientifique; il faut la vivre en conscience.
Mais sans conscience de la conscience rien ne peut y pénétrer volontairement. Et cette conscience de la conscience, une conscience de soi, demande un certain recul face à soi-même, une prise de conscience de soi pouvant mener à une prise de conscience du « Comment je connais » Nous revenons donc à la base de la philosophie de Socrate : « Connais-toi toi-même ». L’esprit critique s’inscrit donc d’abord et avant tout dans la connaissance de soi, y compris de ses propres “mécanismes” de pensée.
La majorité du temps, on se contente de penser sans penser à comment on pense avec le regard sur le résultat, la pensée exprimée. Les pensées nous viennent sans que l’on sache le « où-quand-comment-et-pourquoi » de chacune. Certes, nous trouverons toujours une justification, au besoin, mais ce n’est pas une préoccupation a priori.
Être une révélation pour soi-même
Découvrir comment je connais peut être très révélateur de soi à soi. Pour y parvenir, il faut ne pas prendre pour vrai ce que je pense uniquement parce que je le pense. Autrement dit, si nous fondons notre valeur sur la valeur que nous accordons à nos pensées, il nous sera difficile de remettre en cause nos pensées, plus particulièrement, nos opinions. Nous nous imposons inconsciemment d’avoir raison, d’être dans le vrai, pour respecter notre valeur. Dans ce cas, nous sommes emprisonnés en notre esprit sans faille, sans aucune entrée de lumière. Bref, nous visions alors dans un système sans faille, dans le noir. Car la lumière ne pourra entrer en notre esprit qu’avec une faille. Et sans cette lumière sur nous, il est impossible de nous connaître.
Si nous visons depuis longtemps dans un système sans faille, dans le noir, la moindre petite faille qui laissera entrer un peu de lumière nous aveuglera. La réaction est alors de vite colmater cette faille en trouvant le moyen de se donner raison, de garder raison.
Or, notre valeur ne provient pas de la valeur que nous attribuons à nos pensées mais du fait que nous possédons la faculté de penser. « La “machine” avant le résultat » ou « Sans la “machine”, pas de résultat ». Ce que je pense a moins d’importance que le fait même que je pense car… « Je pense, donc je suis ». Il n’est pas dit « Je pense ceci ou cela, donc je suis ». « La valeur d’une maison ne repose pas sur l’ameublement qu’elle contient mais d’abord et avant tout sur le fait même qu’elle existe et qu’elle puisse remplir sa fonction. »
Vivre dans un esprit sans faille, un esprit qui a toujours raison, c'est se priver de lumière, c'est vivre dans le noir.
Le rôle de la faculté de penser n’est pas de nous donner raison. Il n’est pas d’esprit critique si tout ce qui importe est d’avoir raison. Notre valeur tient donc dans notre capacité à penser et non dans les pensées qui en résultent.
La prise de conscience de la valeur intrinsèque de notre faculté de penser permet à cette dernière de s’interroger sur elle-même, de se demander pourquoi je pense, comment je pense, comment je peux être bénéfique à celui ou celle qui me pense, bref comment je peux penser mieux, penser juste. La faculté de penser demande, à l’instar de toute autre faculté, à être formée. Ainsi, la connaissance d’elle-même et les qualités acquises par la faculté de penser donnent aux pensées toute leur valeur.
Une faculté de pensée molle donnera des pensées molles. Une faculté de penser qui pense de travers donnera des pensées de travers. Une faculté de penser sous l’influence de biais cognitifs donnera des pensées biaisées. Imaginez une faculté de penser au prise avec les biais cognitifs ci-dessous.
Liste de biais cognitifs
Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul
et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :
Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.
Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.
À elle seule, cette liste a été une autre grande révélation pour moi en ma conscience. Je pouvais cocher chacun des dix biais cognitifs de la liste proposée par le docteur David D. Burns dans son livre « Être bien dans peau — Traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur ». Cette liste a raisonné en ma conscience parce que j’étais ouvert à toutes les remises en question possible depuis mon adolescence. J’avais entendu à la radio :
« La lumière entre par les failles. Ceux qui vivent dans un système sans faille demeure dans le noir. »
Si cela ne m’a pas empêché d’être une victime inconsciente de biais cognitifs, c’est que je pensais, toujours à mon adolescence, qu’être un adulte donnait le pouvoir de se donner raison sur les autres. C’est du moins l’image que me renvoyait mes adultes de mon entourage. Ils avaient raison et ils parlaient avec une telle force de conviction qu’il valait mieux les observer plutôt que de tenter d’intervenir. Je savais que j’avais tort avant même d’ouvrir la bouche avec ces adultes, sans doute en raison de ma jeunesse et de mon manque d’expérience.
« Tu atteins toujours tes objectifs
mais il faut bâtir un cimetière après ton passage »
Cette attitude des adultes de mon entourage a eu un effet inattendu sur moi : j’ai cru qu’il s’agissait là de la seule et unique façon de d’exploiter ma faculté de penser et de vivre mes relations interpersonnels. En fait, j’avais la ferme conviction que tout le monde vivait ainsi, sauf ma mère. Il n’y avait qu’un seul modèle à suivre, celui du fonceur pur et dur. À l’époque, une institution financière au premier rang au Québec, avait lancé une campagne publicitaire auprès des jeunes sous le thème « Foncer, c’est permis » qui me rassura davantage.
Mais n’allez pas vous imaginer que j’avais conscience d’être un fonceur. Je fonçais sans me questionner. Je commettais une erreur, je me relevais et je fonçais de nouveau, toujours sans me questionner.
Au début de la trentaine, j’ai fait quelque chose qui ne se fait pas : j’ai critiqué la présidence de l’organisme qui retenait mes services en m’adressant directement les autres membres du conseil d’administration. Cette remise en question la présidence a entraîné la tenue d’une réunion extraordinaire du conseil d’administration, non pas décidé de ma critique du président, mais plutôt pour décider s’il fallait ou non me congédier.
La décision de me garder en poste fut prise et c’est le président en personne qui avait la mission de me l’annoncer lors d’une rencontre privée en tête-à-tête le lendemain. J’ai été sérieusement sermonné et avec raison par le président. Il me confirma la pertinence de ma critique de sa présidence mais il désapprouvait vivement ma démarche. Je retiens de cette rencontre l’une de ses observations sur ma conduite : « Tu atteins toujours tes objectifs mais il faut bâtir un cimetière après ton passage ». Il me soulignait le peu d’attention que j’accordais aux personnes sur le chemin de mon objectif. Ma conscience a gravé cette phrase en ma mémoire pour toujours. On m’avait déjà dit dans le passé qu’ « on ne se taillait pas une place dans la vie en marchant sur la tête des autres » mais, cette fois, c’était plus grave. Il y avait des “morts”. La lutte mon changer mon comportement ne fut pas aisé en raison de mon penchant naturel de fonceur, ce dernier demeurant en place malgré mes efforts. « Chasser le naturel et il revient au galop ».
« J’ai l’impression d’être passé sous un train »
À la mi-trentaine, c’était inévitable, le fonceur naturel frappa un autre mur. Un événement inédit dans la conduite de mes affaires à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing me fit perdre pied. J’ai été battu sur un appel d’offres pour la première fois de ma vie professionnelle.
J’ai décrit la situation à une psychologue enseignante en entrepreneuriat en ces mots : « J’ai l’impression d’être passé sous un train », ce qui venait de me faire perdre tous mes moyens et l’événement leva un sérieux doute sur mes capacités entrepreneuriales. J’étais profondément traumatisé. La confidence à cette psychologue enseignante suivait le tout premier cours du cursus d’une formation à l’entrepreneuriat dont le titre me surprenait : « Connaissance de soi ». Par association incongrue, je me demandais ce que Socrate venait faire dans cette formation de futurs entrepreneurs mais j’ai compris. Si on enseigne qu’il faut bien connaître ses fournisseurs et ses clients, il faut d’abord et avant tout bien se connaître soi-même.
Et en abordant la question des « Styles interpersonnels » de ce premier cours, je me reconnaissais puisque mon style « Fonceur » s’inscrivait dans la liste. Mon étonnement fut de constater qu’il y avait une liste, que plus d’un style interpersonnel existait. Je percevais tout le monde comme des fonceurs et, qui plus est, dans une cohorte composée uniquement de futurs entrepreneurs. Ensemble, nous devions déterminer le style interpersonnel de chaque participant. Le groupe questionnait chaque participait à tour de rôle et, selon ses réactions et son comportement, nous devions nous prononcer sur son style interpersonnel. Mon tour venu, les autres participants me bombardèrent de questions auxquelles je répondais plus instantanément, il me fallait un temps de réflexion, moi qui, auparavant, avait réponse à tout tout le temps. Ce temps de réflexion quasi-automatique m’étonnait grandement. Ce n’était pas dans mes habitudes de fonceur et mes collègues de classe ne m’attribuèrent pas ce style, ce qui m’étonna davantage. C’étaient-ils tous trompé ?
Le cours terminé, j’ai discuté en privé avec la psychologue pour lui demander : « Est-ce qu’il advient que l’on puisse changer de style interpersonnel ? » « Oui, cela est possible, surtout à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme ». « C’est sans doute ce qui m’arrive puisque j’ai l’impression d’être passé sous un train récemment en perdant un appel d’offres pour la première fois de ma vie » ai-je précisé.
Je suis rentré chez moi avec les Notes du cours « Connaissance de soi » remises par la psychologue enseignante en les considérant comme un trésor, une découverte qui changea à jamais ma vie.
Et ce, d’autant plus que ces notes de cours comprenaient des instructions précises à suivre pour adopter la bonne approche avec chacun des quatre styles interpersonnels et dont je fis l’expérience sur le terrain avec beaucoup de succès au cours des années suivantes, encore et toujours avec un étonnement soutenu. Les professeurs suivants des autres cours avaient insisté sur le fait que les statistiques veulent que des 100% des efforts déployés pour recruter un nouveau client, seuls 20% porteraient des fruits. Je vivais, avec cette histoire des styles interpersonnels, tout le contraire en obtenant 80% de succès dans mon recrutement de nouveaux clients. Je n’en revenais pas. Je n’étais connu ni d’Ève ni d’Adam dans mon nouveau domaine d’expertise, et 80% des gens d’affaire sollicités devenaient mes clients. Le succès fut tel que ma partenaire et moi, avons du ralentir le recrutement de nouveaux clients de peut de ne pas être capables de répondre à la demande.
Je suivais les instructions quasi-aveuglément car je ne comprenais pas vraiment comment ça marchait cette affaire des styles interpersonnels. Mais, devenu Analytique et ayant désormais besoin du maximum d’information, j’ai creusé l’affaire.
Une autre surprise de taille : l’esprit scientifique
En parallèle, une autre surprise m’attendais pendant mon auto-apprentissage à mon nouveau domaine d’action : les études de motivation d’achat des consommateurs, une forme de recherche prédictive du succès ou de l’échec d’un nouveau produit ou la relance d’un produit existant.
Une surprise de taille : l’esprit scientifique ! Je dévorais chaque page de chacun des quinze livres signés par le pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs et dans lesquels il offrait des rapports détaillés des succès de ses clients. La particularité des ces études de marché : elles se fondaient sur la science, la science dure. Ce chercheur apportait à la recherche marketing toute la scientificité dont elle avait cruellement besoin.
Il avait trouvé une erreur fondamentale dans le choix original de l’objet d’étude des recherches en marketing. Jusque-là, le marketing, cherchant à devenir une discipline à part entière au sein des universités et ainsi s’émanciper des cours en management et direction des affaires, plaidait sa cause en soutenant que son objet d’étude était les consommateurs. Dans le contexte de l’arborescence des disciplines universitaires, le marketing se retrouvait ainsi classé, en raison de son objet d’étude, parmi les sciences humaines ou, pour le dire plus simplement, dans la famille des sciences inexactes par opposition à celle des sciences exactes, tel que la physique. Depuis, la recherche marketing se fonde essentiellement sur les sondages auprès des consommateurs et les groupes de discussion (focus group). Le résultat est clair : seulement un nouveau produit sur dix rencontre le succès de vente espéré, soit un taux d’échec de 90%. Et lorsqu’il y a un succès, ne ne peut pas le répéter à volonté puisqu’on ne connaît les clés du succès. En publicité, ont dit que 50% des publicités atteignent leurs objectifs mais on ne sait pas pourquoi à coup sûr.
Ceci dit, où est donc l’erreur fondamentale de la recherche marketing trouvée par le chercheur américain : dans le choix de l’objet de la recherche. Le bon objet de la recherche, c’est le produit lui-même. Et puisqu’il s’agit d’un objet physique, on peut parler d’une science exacte, à l’instar de la physique. Il ne s’agit plus de sondages et de groupes de discussion mais plutôt de tester des produits et puisque tester est un processus scientifique, il faut l’appliquer à la recherche marketing. C’est simple : le produit plutôt que les consommateurs comme objet d’étude. Le marketing devient une science exacte. Tant mieux si vous pouvez le croire car près de 99% des gens de marketing refuse d’y croire, par manque d’esprit scientifique – d’esprit critique. Et il en va de même au sein des universités.
Je fais rapport de mon expérimentation de cette approche scientifique de la recherche marketing auprès d’entreprises québécoises dans mon livre « Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université » offert gratuitement en format numérique (PFD). Et ça fonctionne très bien à chaque fois grâce aux tests réalisés méticuleusement dans le respect du processus scientifique. De vendeur d’idée à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing je suis devenu « testeur » des propositions des autres. Mes opinions n’avaient plus autant d’importance que les tests auxquels soumettre les propositions de nouveaux produits.
Le chercheur américain a éveillé ma conscience à la méthode scientifique en s’y référant à de nombreuses reprises dans ses écrits et les résultats de mes expérimentations avec différentes entreprises confirmèrent sa scientificité. De là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que je me penche sur la « connaissance et de la connaissance », sur le “comment” la science produit du savoir, sur l’importance du doute… « La connaissance scientifique se bâtit sur la destruction du déjà-su, rien n’est jamais acquis définitivement » ai-je découvert. Il n’est donc plus important désormais de se donner raison, pas plus que de chercher à avoir raison. La méthode scientifique est une lutte constante contre nos opinions.
J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scientifique(7) fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions »(8), pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie.
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NOTES
Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999. (Disponible en livre de poche).
Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107.
Le professeur Jean-Marie Nicolle, dans son livre « Histoire des méthodes scientifiques » formule en ces mots la démarche :
« La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».
Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.
N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connaissance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !
Mais notre habitude de prendre pour vraies les évidences se pose comme un obstacle au doute assurant le développement de la connaissance. Gaston Bachelard introduit la notion d’« obstacles épistémologiques », de épistémè, savoir.
Les sept obstacles à surmonter pour acquérir
un esprit scientifique selon Gaston Bachelard
“1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)
2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)
3. L‘obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)
4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en famille. (…)
5. L‘obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique.
Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (sub-stans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)
6. L‘obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)
7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction.”
Ma lecture de ces deux ouvrages (Histoire des méthodes scientifiques et La formation de l’esprit scientifique) entretient ma curiosité d’un étonnement à l’autre. Elle m’incite à faire le ménage dans le « comment » je connais. Elle déplace mes opinions sur mon échelle hiérarchique au profit de la connaissance acquise dans le respect des méthodes scientifiques. « Je me trompe souvent mais mes recherches ne se trompent jamais » écrira le chercheur américain pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs, fort de sa méthode scientifique.
Ensuite, j’ai suivi le cours en ligne « Science, éthique et société » donné par Olivier Clain, professeur de sociologie à l’Université de Laval (Québec, Québec). Selon Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». (Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval). Le cours Science, éthique et société est disponible en ligne en libre accès sur Canal U.
Je garde en mémoire ma découverte du terme « obstacles épistémologiques » introduite par Gaston Bachelard. Jean-Marie Nicolle en parle en ces mots :
« La nouveauté de sa réflexion tient à la découverte des obstacles épistémologiques. Ce ne sont pas des obstacles extérieurs, comme la difficulté d’observer les phénomènes, de les mesurer, d’expérimenter sur eux; ni des obstacles techniques liées à la mise au point d’instruments au service de la science; ce sont des phénomènes internes à l’esprit même du chercheur. G. Bachelard a emprunté à la psychanalyse le concept de résistance. Une résistance est tout ce qui, dans les actions et les paroles d’un patient, s’oppose à l’exploration, par celui-ci, de son inconscient (ex. : fatigue, oublis, refus d’une interprétation, impatience, etc.)
L’obstacle épistémologique est une résistance au développement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »
Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.
Et me voilà plongé dans une nouvelle étude, l’épistémologie :
Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.
Gaston Bachelard nous propose ces quatre exercices disciplinaires pour conduire notre intelligence avec rigueur(13) :
1. La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.
2. La réforme de l’esprit : il faut éduquer convenablement son esprit, c’est-à-dire non pas le remplir de connaissances jusqu’à saturation, mais le former avec méthode. Plus précisément, il faut apprendre à son esprit à se réformer sans cesse, à ne jamais s’installer dans des habitudes intellectuelles qui deviennent vite des carcans; il doit être capable de renoncer à une théorie à laquelle il était attaché, il doit être capable de refondre totalement le système de son savoir chaque fois que c’est nécessaire. Il faut avoir un esprit souple
3. Le refus de l’argument d’autorité : comme nous l’ont appris les savants de la Renaissance, il faut savoir rompre avec le respect pour les autorités intellectuelles, quel que soit leur prestige. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. Effectivement, dès qu’un chercheur devient célèbre, il acquiert une autorité intellectuelle et morale qui peut gêner ses étudiants. Pour progresser, ceux-ci doivent souvent rompre avec les idées de leur maître, ce qui n’est pas toujours facile lorsque celui-ci détient le pouvoir d’orienter les travaux de recherche, les thèses, les carrières, etc. À ceux qui veulent apprendre, c’est souvent une gêne que l’autorité de ceux qui leur donnent leur enseignement, écrivait Cicéron.(14)
4. L’inquiétude de la raison : il ne faut jamais laisser sa raison en repos (quies); il faut l’inquiéter, la déranger. Il ne faut pas s’installer dans la sympathie avec une doctrine. La sympathie enlève l’esprit critique, la liberté de jugement. Il ne faut jamais se sentir à l’aise avec ses propres idées, il faut se remettre toujours en question. Celui qui ne s’interroge plus se sclérose. L’esprit qui finit toujours par dire oui s’endort. Penser, c’est dire non, pensait Alain. »(15)
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NOTES
(13) Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.
(14) Homme politique et orateur latin, 106 – 43 av. J.-C. Le Petit Larousse Illustré.
(15) Gaston Bachelard fait référence à Émile Chartier, dit Alain, « essayiste français » (1868 – 1951). Le Petit Larousse Illustré.
Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.
La rupture avec l’opinion revient très souvent à une rupture avec ce que l’on admet pour vrai parce que nous prenons pour vrai nos opinions, elles est notre vérité.
« Lorsque quiconque avance une affirmation qu’il prétend être une vérité, lorsqu’il veut la faire reconnaître et partager comme telle (comme une vérité), on est toujours en droit de lui demander « pourquoi devrais-je vous croire? ». Selon les domaines et les circonstances, les réponses peuvent être très diverses : on peut invoquer l’expérience quotidienne, la pratique, un témoignage, l’autorité de quelqu’un de reconnu comme compétent, la tradition, une révélation, l’intime conviction, l’intuition, le raisonnement, le sentiment d’évidence, et encore bien d’autres raisons de croire. »
Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, pp. 21-22.
La science procède autrement :
« Les affirmations scientifiques, elles, devraient en principe appuyer leur validité sur des arguments à la fois empiriques, rationnels, et publics. À la question ci-dessus, le scientifique devrait pouvoir répondre : « voilà l’expérience ou l’observation que j’ai réalisée et les raisonnements que j’ai faits pour en tirer mes conclusions. Vous pouvez les refaire, je vous donne toutes les indications nécessaires pour cela, vous verrez que vous aboutirez au même point que moi ». »
Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 22.
Quelle différence remarquez-vous? Lorsqu’un scientifique avance une affirmation qu’il prétend être vraie, il doit la soumettre à l’approbation publique. Dans notre vie privée, nous nous contentons souvent de nous approuver nous-mêmes. Nous jugeons nous-mêmes si nous pouvons être certains ou non, par conséquent, notre capacité à reconnaître nos erreurs est réduite uniquement à notre propre expérience.
Le scientifique ne saurait se contenter d’une preuve personnelle, il la soumettra aux d’autres :
« Une preuve scientifique doit pouvoir s’imposer à toute personne suffisamment informée; obtenir le consensus est donc une visée de tout effort de recherche. La connaissance scientifique est, par sa nature même, partageable. (Un chimiste anglais, Ziman (1968), a forgé pour cela l’adjectif “consensible”, c’est-à-dire susceptible d’être l’objet d’un consensus, pour exprimer la même idée ».
Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 23.
Dans ce contexte, je prends conscience qu’il vaut mieux valoriser la connaissance “consensible”, « susceptible d’être l’objet d’un consensus ». Mais attention, en dehors de la sphère scientifique, il y a des consensus que je qualifie de « créatifs », c’est-à-dire inventés et sans preuve suffisante mais auxquels le grand nombre d’adhésions donnent l’impression d’un consensus.
Les quatre « P » du marketing soumis au doute scientifique
J’ai creusé la question du consensus dans ma sphère d’activité, soit autours des quatre piliers ou quatre « P » du marketing (Produit, Prix, Place, Promotion) (Price, place, product, promotion). L’étudiant universitaire en marketing les découvrira dans le manuel choisie par son professeur. Il abordera la question des quatre « P » du marketing comme faisant consensus au sein de sa discipline. À prime abord, il n’a aucune raison de remettre en question les quatre « P ».
La logique impose ainsi que l’on prennent d’abord soin du produit, que l’on en fixe le prix ensuite, puis la place qu’il occupera dans sa catégorie (ou la place qu’il occupera en magasin), pour terminer l’exercice avec la promotion du produit.
Dans ma pratique de la recherche marketing dans les années 1990, plusieurs de mes clients, les vice-président et les directeurs du marketing, arrivaient en bout de course en constatant qu’il n’y a plus d’argent pour la promotion, notamment la publicité. Je me suis demandé pourquoi il en était ainsi, d’autant plus que plusieurs autres dirigeants en d’autres entreprises faisaient le même constat. Est-ce que l’épuisement des ressources financières pour la promotion découlait d’un simple manque d’argent ou d’une erreur de planification ?
J’ai donc fouillé la question des quatre « P ». Presque tous les livres de formation universitaire abordent le sujet. J’en ai consulté plusieurs pour constater que leurs auteurs agissaient comme si la structure du marketing ne tenait qu’à eux. Certains affirment qu’il y a quatre composantes majeures ? les 4 P ? et d’autres qui soutiennent qu’il y en a cinq, six voire huit et même dix.
Parmi les tenants des 4 P, il y en a qui placent la Publicité avant le Prix, d’autres le Prix avant la Publicité,… Il y en a aussi qui font de l’emballage un des 4 P et d’autres qui incluent l’emballage avec le produit.
En d’autres mots, après plus de cinquante ans d’étude, il n’est toujours pas de consensus sur le nombre de composantes, sur les éléments de ces composantes et l’ordre ou la place spécifique occupé par chaque composante dans la structure, tout comme la place occupée par chaque élément dans chaque composante. Il faut le faire : réinventer la structure du marketing d’un livre à l’autre. Ainsi, la structure du marketing n’est pas la même selon que vous fréquentez telle ou telle université. C’est vrai que dans les fausses sciences, bien des largesses sont permises.
S’il ne reste plus d’argent pour la promotion ou la publicité, c’est parce qu’elle se retrouve en dernière place des quatre « P », c’est-à-dire après la fixation du « Prix ». Or, ce dernier devrait venir en dernier afin d’inclure une part du budget de la promotion ou de la publicité. Plus encore, le « Prix » doit venir en dernier parce que la « Place » du « Produit » occupé sur les tablettes implique aussi un budget.
La plupart des gens considèrent le marketing comme une invention de l’homme; nous pouvons donc en modifier la structure par une simple pensée ? une création purement intellectuelle.
La question des quatre « P » du marketing pose un autre problème : l’absence de fondation sur laquelle reposera les quatre piliers. sur quelle fondation repose ces quatre piliers ?
Le pionnier des études de motivation d’achat, le chercheur américain Louis Cheskin, écrit ceci dans son livre « Secrets of marketing success » :
“There is actually no single road to success. At least four roads have to be taken. I have found, however, that a marketing program should be viewed as a type of structure built around four pillars and on a solid foundation.”
Louis Cheskin, Secrets of marketing success, p. 8.
TRADUCTION avec DeepL
« En fait, il n’y a pas de voie unique vers le succès. Il faut en emprunter au moins quatre. J’ai toutefois constaté qu’un programme de marketing doit être considéré comme une sorte de structure reposant sur quatre piliers et sur des fondations solides ».
Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l’homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier 1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est l’exposition (par la distribution et la mise à l’étalage).
C’est en appliquant le doute dicté par la méthode scientifique que j’ai questionné la structure des quatre piliers du marketing. Le consensus ou plutôt les différents consensus d’une université à l’autre ne relavaient que de l’imagination créative, comme si, pour se distinguer dans la masse, il revenait à chaque groupe de bâtir son propre temple du marketing.
Dès que j’ai observé avec étonnement les différences des quatre « P » du marketing entre deux enseignements, je me suis questionné plutôt que de choisir l’un ou l’autre, comme l’esprit scientifique l’exige.
Je trouve l’origine primaire de cette attitude dans ma pratique du journalisme à la fin des années 1970 alors que j’étais encore aux études et au cours des années 1980. Formé par des rédacteurs en chef expérimentés intéressés à motiver un jeune talent, j’ai écrit des chroniques et des reportages pour différents médias. Si tout commence par la cueillette de l’information, l’étape suivante, la vérification de l’information s’avère cruciale. Et si cette vérification de l’information permet de conclure à un consensus général, il faut chercher s’il n’y a pas quelqu’un quelque part qui remet en cause de consensus.
Ma dernière année d’étude collégiale a mis à l’épreuve mes professeurs. J’assistais à mes cours en soumettant à mes professeurs des sources différentes de celles qu’ils avaient retenues. Pourquoi telle ou telle hypothèque plutôt que celles-là ? Pourquoi tel ou tel auteur plutôt que celui-là ? Cet auteur soutient le contraire dans son livre, pouvez-vous me dire si vous l’avez lu ? Et ainsi de suite, cours après cours. Moi, ce que j’attendais de ma formation scolaire, c’était qu’on m’enseigne comment chercher et évaluer les informations dont j’aurais besoin tout au long de ma vie, non pas que l’on choisisse pour moi.
J’avais quinze ans lorsque je me suis rendu à l’évidence que la lumière entre par les failles. Tout au long de ma vie, j’ai été sensible à la remise en question de ce qu’on m’enseignait, de ce que j’apprenais par mes propres expériences. Mais parfois, j’étais aveugle sur certains sujets, certaines attitudes et certains comportement de ma part.
Au début de la quarantaine, j’ai perdu pied, les deux pieds. Je me suis retrouvé à genoux, pour ne pas dire allongé au sol, lorsqu’un client de ma firme de notre firme de recherche en marketing m’a trahi et m’a entraîné dans sa faillite. Naïf, trop confiant, ma garde baissée, j’avançais encore avec des œillères. Ce fut un dépression, non pas psychologique, mais philosophique. Je venais de perdre toutes mes valeurs, mes convictions, mes croyances… Ce fut difficile, très difficile. En plus d’être victime des biais cognitifs dont j’ai fait mention ci-dessus, j’étais victime de rigidité émotive et intellectuelle par adhésions à une idée qui m’était très chère. Je percevais out compromis sur certains sujets, attitudes et comportements comme des sources de pollutions de mon authenticité, de mon identité. Autant j’étais ouvert d’esprit sur certaines choses, autant j’étais fermé, barricadé, sur d’autres.
Et c’est cette phrase étonnante de mon thérapeute à la fin de notre première rencontre, « Vous avez un problème de rigidité » qui allait enfin m’ouvrir les yeux au début des années 2000. Tous les jours de la semaine suivante, je me questionnais sur cette affirmation en essayant de trouver une réponse positive à ma soit-disant rigidité. « Les compromis, c’est de la pollution » me répétais-je en vue de ma prochaine séance de thérapie. Je ne me disais qu’il était important de faire des compromis en certaines circonstances mais plutôt qu’il valait mieux s’en tenir à sa perception, à son idées, à son attitude, à son comportement face à certaines personnes et à certaines circonstances. J’avais tort. Et le tout premier compromis que je devais faire était avec moi-même. Je devais m’accorder une marge de manœuvre plutôt que de rester figé en rejetant en bloc tout compromis. Ma thérapie fut un succès parce qu’elle créa une faille en mon esprit permettant ainsi à la lumière de m’éclairer à nouveau.
Conclusion
Dans cet article j’ai partagé une partie du parcours de mon esprit critique sous l’influence de l’esprit scientifique. Chaque étape s’enclenche à la suite d’un étonnement engendrant une étincelle en ma conscience. Chez moi, l’esprit critique n’est pas acquis définitivement d’un seul coup mais il se développe au fil du temps et des étonnements. La prise de recul n’est jamais complète et durable. Il faut sans cesse re-prendre du recul car nous avons tendance à nous prendre pour acquis à chaque étape de notre vie.
Se connaître soi-même implique d’abord et avant tout de connaître comment je connais.
Quand le philosophe Pierre Hadot nous propose « La philosophie comme manière de vivre », il nous invite, entre autre, à la permanence de l’esprit critique pour une conscience fondamentalement critique par elle-même. Il m’inspire à vivre en connaissance de cause.
Et le meilleur moyen de tenir éveiller ma conscience est de permettre à l’étincelle d’allumer un feu pérenne et, pour ce faire, de l’alimenter avec le combustible de la connaissance.
Désormais, je valorise davantage la connaissance que mes opinions sur cette connaissance.
Évidemment « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais). Je me dois d’adopter une « manière de vivre » vertueuse.
Dans cette nouvelle section, je traite des livres qui m’apparaissent essentiel au développement de l’esprit critique, la toute première étape pour aborder la philosophie comme mode de vie.
Je bâtie les articles « LES ESSENTIELS » en suivant la même structure que mes « RAPPORTS DE LECTURE » soit un référencement exhaustif du livre suivi de mon commentaire.
Voici un livre clair, net et précis pour ajouter la méthode scientifique à notre vie de tous les jours
Histoire illustrée des méthodes scientifiques
Jean-Marie Nicolle
Agrégé et docteur en philosophie
Histoire illustrée des méthodes scientifiques
Sciences & Techniques > Généralités sur la science > Histoire des sciences
Jean-Marie Nicolle
Agrégé et docteur en philosophie
Éditions Bréal
Auteur(s) : Jean-Marie Nicolle
Collection : Essais
Niveau : Débutant
Publication : 13 novembre 2024
Édition : 1ère édition
Intérieur : Couleur
Support(s) : Livre papier
Poids (en grammes) : 580
Nombre de pages : 216
Longueur : 4 cm
Largeur : 17 cm
Épaisseur : 1.2 cm
Langue(s) : Français
Code(s) CLIL : 4050, 3051
EAN13 Livre papier : 9782749556093
TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE
À quoi sert l’histoire des sciences ? Elle étudie les tentatives par lesquelles les hommes ont essayé de satisfaire leur désir de connaître le monde grâce à l’observation et au raisonnement. Elle est inséparable de l’histoire des méthodes scientifiques. Elle permet de comprendre un peu pourquoi … on ne comprend pas, et elle fait partie d’une formation véritablement scientifique.
Un esprit scientifique n’est pas constitué d’un savoir accumulé au fil des enseignements, c’est un esprit qui sait réfléchir, qui s’interroge sur lui-même et qui transforme son savoir en culture.
L’objet de cet ouvrage est d’initier un débutant à cette réflexion en lui donnant le lexique de base de l’épistémologie. Chaque chapitre expose les données d’un problème, l’illustre avec des exemples, l’explique avec les schémas nécessaires, et fournit des documents commentés.
L’abondante iconographie de cet ouvrage montre également la représentation que les artistes se font du travail scientifique.
« Le désir de savoir, qui est commun à tous les hommes, est une maladie qui ne se peut guérir, car la curiosité s’accroît avec la doctrine» (Descartes)1. li ne saurait être question de guérir une telle maladie ; on ne peut mettre fin à un désir; tout au plus peut-on le satisfaire pour un moment. L’histoire des sciences est l’histoire des tentatives par lesquelles les hommes ont essayé de satisfaire leur désir de savoir, notamment grâce à l’exercice de leur raison. C’est pourquoi l’histoire des sciences est inséparable de l’histoire des méthodes des sciences.
Or, les difficultés qu’éprouve un étudiant dans l’acquisition du savoir scientifique sont généralement analogues à celles que nos prédécesseurs ont éprouvées autrefois. L’étude de l’histoire des sciences permet donc de comprendre un peu pourquoi … on ne comprend pas, et on ne saurait trop la conseiller à qui cherche une formation véritablement scientifique. En effet, un esprit scientifique n’est pas constitué d’un savoir accumulé au fil des enseignements, mais est un esprit qui sait réfléchir, qui s’interroge sur lui-même et qui transforme son savoir en culture.
L’objet de cet ouvrage est d’initier un débutant à cette réflexion en lui donnant le lexique de base en épistémologie. Chaque chapitre expose les données d’un problème, l’illustre avec des exemples tirés de l’histoire, l’explique avec les schémas nécessaires, et fournit un ou plusieurs document(s) commenté(s). Dans cette nouvelle édition abondamment illustrée, nous avons également voulu montrer comment les représentations artistiques de la science sont elles-mêmes problématiques.
Notre ambition n’est pas de dresser un panorama complet de l’histoire des sciences, mais d’aider le lecteur à bien commencer le chemin qu’il accomplira ensuite, à son gré, dans « la recherche de la vérité par la lumière naturelle».
L’auteur
1Descartes R., La recherche de la vérité par la lumière naturelle, in Œuvres et lettres, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1953, p. 88
Jean-Marie Nicolle est docteur et agrégé de philosophie. Il a enseigné au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen puis au centre théologique universitaire de Rouen. Le thème central de ses recherches est le rapport entre les mathématiques et la métaphysique. ll est d’ailleurs spécialiste de l’œuvre de Nicolas de Cues. Il a également mené des recherches dans des domaines aussi variés que l’informatique, la toxicomanie, l’histoire des mathématiques, l’histoire de l’art.
Jean-Marie Nicolle est professeur agrégé de philosophie et enseigne en CPGE de Lettres au lycée Jeanne d’Arc de Rouen. Il a soutenu une thèse de Doctorat de Philosophie sur le sujet : Mathématiques et métaphysique dans l’œuvre de Nicolas de Cues, sous la direction de Monsieur le professeur Jean Seidengart. Il a traduit et publié les écrits mathématiques de Nicolas de Cues : Nicolas de Cues, Ecrits mathématiques, texte latin, présentation, traduction et notes par Jean-Marie Nicolle, Paris, éd. Honoré Champion, 2007. Il a publié une biographie romancée du Cusain : L’homme à la proposition d’or, Paris, éditions Ipagine, 2010. Il est membre du comité scientifique de la Cusanus Gesellschaft de Trêves et a publié de nombreux articles sur la philosophie du Cusain. Il est par ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages de philosophie générale aux éditions Bréal (le dernier en date, La société, 2011).
Jean-Marie Nicolle, né le 4 janvier 1951 à Dieppe, est un philosophe français. Il a été professeur au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen. Il est entre autres l’auteur d’ouvrages de préparation aux concours, ainsi que de plusieurs ouvrages de philosophie générale aux éditions Bréal (les derniers en date : La société 2011, La nature 2015, La parole 2016), qui représentent des synthèses de vulgarisation et des compilations pour les non-spécialistes, à destination du grand public mais aussi des étudiants.
En tant que philosophe, il est spécialiste de la pensée médiévale, de l’évolution conjointe des mathématiques et de la métaphysique à la fin du Moyen-Âge(1), de l’émergence de la démarche scientifique et des nouveaux concepts mathématiques, de leur émancipation progressive hors de toute considération métaphysique(2) ; mais aussi de leur influence réciproque(3). Sur cette question, il est spécialiste singulièrement de l’œuvre de Nicolas de Cues, à laquelle il a consacré sa thèse(4), des traductions, de nombreux articles, et plusieurs ouvrages de vulgarisation dont une biographie romancée : L’homme à la proposition d’or(5).
Voir sur ces sujets, dans le numéro spécial 202 consacré à L’Infini de la revue Sciences et Avenir, avec interview et citations de J.-M. Nicolle, l’article de Denis Delbecq, « Deux mille cinq cents ans pour approcher l’inconcevable », Sciences et Avenir,? , pp. 26-31.
Jean-Marie Nicolle, « Curriculum [archive] », sur jm.nicolle.cusa (consulté le ), « Recherches ».
On pourra lire le résumé et la quatrième de couverture de ce livre ici : Jean-Marie Nicolle, « L’homme à la proposition d’or [archive] », Editions Ipagine, (consulté le ).
Histoire des méthodes scientifiques, 1994 (2de édition, 2006).
L’indispensable en culture générale, 2002-2024.
Platon, Gorgias, 2003.
La science, 2006.
L’action, 2007.
La beauté, 2008.
La vie, 2009.
L’imagination, 2010.
La société, 2011.
Le plaisir, 2012.
L’espace, 2013.
La vérité, 2014.
La nature, 2015.
Histoire de la pensée philosophique, 2015.
La parole, 2016.
Chez d’autres éditeurs
Nicolas de Cues, Écrits mathématiques, texte latin, présentation, traduction et notes par Jean-Marie Nicolle, Paris, Honoré Champion, 2007 (réédition Classiques Garnier, 2024).
L’homme à la proposition d’or, Paris, Ipagine, 2010.
La science, Paris, Vuibert, 2013.
Le laboratoire mathématique de Nicolas de Cues, Paris, Beauchesne, 2019.
Les trois fenêtres: essai, Paris, Ipagine, 2021.
La tête à l’envers, essai sur les inversions, Paris, Ipagine, 2023.
DOSSIER
Ce que les philosophes ont appris des mathématiques ou y a-t-il un ordre dans ce monde ?
Par Jean-Marie Nicolle
Le Bulletin précédent (n° 451) comporte un dossier maths-philo.
Un remarquable texte de Jean-Marie Nicolle n’a pu s’y trouver faute d’être prêt à temps. Nous en commençons aujourd’hui la diffusion, prévue sur trois numéros.
Pour les deux prochains, toujours sous le même titre général, il s’agira de : – « De quoi parle-t-on ? », – « Y a-t-il un ordre dans ce monde ? ».
Ce livre a profondément influencé ma façon de pensée en me donnant les clés de l’esprit scientifique appliquée à ma vie de tous les jours, tant sur le plan personnel que professionnel. Partisan de la méthode scientifique pour son objectivité, je prête une attention toute spéciale à tous les outils pouvant m’instruire sur la naissance et l’acquisition de la connaissance, et ce, dans les moindre détails de sa construction. La question « Comment je connais ? » demeure ouverte afin de de mieux de me connaître, et de connaître mieux.
J’ai découvert ce livre dans sa première édition dans les années 1990 dans la réserve d’un kiosque au Salon international du livre de Montréal. Je ne me souviens plus du nom de la maison d’édition qui tenait ce kiosque. En revanche, je me souviens fort bien de la réponse du responsable à ma question à savoir s’il avait des livres sur la pensée scientifique. « Il se peut qu’il y en ait dans mes boîtes dans la réserve. Allez voir ! » m’a répondu le responsable. Et j’ai trouvé le livre « Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro » de Jean-Marie Nicolle, première édition, 1994. Oh ! J’étais content. Cette trouvaille a fait ma visite au Salon du livre. Et je suis très fier d’avoir encore ce livre dans ma bibliothèque.
Pour le néophyte que je suis dans le domaine des sciences, de toutes les sciences, je trouvais alors dans ce livre une porte d’entrée dans le monde de la pensée scientifique que j’appelle aussi « La pensée certaine » dans mon livre J’AIME PENSER (à lire gratuitement en ligne).
Ce livre est l’ancêtre ce celui en vedette sur cette page, « Histoire illustrée de la méthode scientifique » paru en 2024 et que je me suis procuré sans tarder. Jean-Marie Nicolle explique si bien la méthode scientifique qu’il est quasi impossible de ne pas comprendre en quoi elle consiste. Jean-Marie Nicolle est l’expert par excellence de la vulgarisation de la pensée scientifique. Ce livre revêt une importance capitale et devrait être au programme d’enseignement partout sur la planète. En fait, il nous concerne tous, pour autant que nous nous préoccupions de penser juste à l’image de la science dans sa méthode de connaissance.
Dans un monde où tout un chacun se donne raison, pour tout et rien, où les gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent uniquement parce qu’ils le pensent, où l’opinion est plus importante que les faits eux-mêmes, comment trouver un oasis pour penser librement avec justesse ? Cet oasis, on ne trouve pas dans les centres de recherche des sciences, pas plus que dans les laboratoires. Il se trouve dans la façon de penser des scientifiques, plus particulièrement auprès des scientifiques en sciences exactes, ceux qui savent adroitement tirer le bénéfice du doute, c’est-à-dire la certitude. Mais attention, en science, du moins dans les vraies science, la connaissance se construit sur la destruction du déjà su. Autrement dit, une connaissance n’est vraie que le temps qu’un doute viennent la remettre en question et qu’elle puisse être ainsi détrônée.
On ne lit donc pas ce livre de Jean-Marie Nicolle pour se donner raison mais pour apprendre à douter sans perdre l’équilibre et ainsi pouvoir, nous aussi, simples lecteurs, en tirer le bénéfice. En bout de ligne, nous pouvons vivre toujours davantage en conformité avec la réalité, avec ce qui est réellement.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.
Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes philosophiques. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre ces deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentale. Au-delà de leurs théories sur la vérité ou l’expérience, au-delà même de leurs méthodes d’analyse et d’enquête, la promotion et l’extension d’une manière de penser antidogmatique et antiautoritaire dans tous les secteurs de la vie humaine – depuis la science jusqu’à la morale, la politique et la religion – sont leur projet le plus important et le plus digne d’être enseigné aujourd’hui.
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Stéphane Madelrieux est professeur de philosophie à l’université Jean-Moulin Lyon 3. Il est l’auteur de William James. L’attitude empiriste (Puf, 2008), de La Philosophie de John Dewey (Vrin, 2016) et plus récemment de Philosophie des expériences radicales (Seuil, 2022).
Nos actions peuvent être considérées sous trois aspects. Il y a d’abord le mouvement qu’elles accomplissent et les changements qu’elles effectuent dans le monde. Je joue aux échecs : je déplace manuellement une pièce sur un plateau. Toute action est un changement qui produit un changement, une différence faite qui fait une différence. Je lève mon bras, et ce geste fait une différence dans la situation. Je bouge mon cavalier, et une nouvelle configuration est produite dont mon adversaire devra tenir compte. Mais ces actions ne s’accomplissent pas au hasard, et les changements conséquents ne sont pas fortuits. Les différents gestes effectués sont coordonnés comme leur succession est organisée pour atteindre l’objectif visé. Les mouvements peuvent bien sûr être mal coordonnés et organisés, et dans ce cas l’action pourra échouer ; mais si l’action que j’entreprends vise bien à atteindre une fin désirée, on trouvera toujours à chaque instant une certaine coordination sensori-motrice comme une certaine organisation de la séquence temporelle de son déroulement. Je bouge le cavalier avec ma main, plutôt qu’avec mon pied ou ma bouche – même si cela serait possible –, et je suis également la règle de ses déplacements autorisés pour que le changement effectué soit reconnu par mon adversaire comme un coup valable pour le jeu. On peut regrouper sous le terme général « méthode » l’ensemble des manières dont nos mouvements volontaires sont organisés, régulés et dirigés pour atteindre une fin. Il faut prendre ici le terme dans le sens le plus large possible, qui va des manières régulières d’agir qui ont prouvé leur valeur par le passé, comme les habitudes, les coutumes ou les savoir-faire empiriques, jusqu’aux règles explicites, comme un algorithme avec des étapes bien distinctes, le règlement d’un jeu ou d’un sport, ou les lois d’un pays qui visent l’obtention de certaines conditions d’existence jugées désirables (la sécurité, la liberté, etc.). On pourrait voir l’ensemble de ces « méthodes » comme des manières de canaliser et de réguler les changements que nous accomplissons pour les rapprocher du but désiré, un peu comme le tracé des berges d’un canal permet d’orienter le mouvement spontané de l’eau de la rivière qui l’alimente dans une direction voulue. Les êtres humains, comme tous les autres animaux, n’ont pas besoin qu’on leur apprenne à bouger : un nouveau-né agite spontanément ses bras et ses jambes. Mais l’apprentissage consiste à lui faire acquérir tout un ensemble de techniques, de procédés, de méthodes pour canaliser cette activité en organisant et régulant ses mouvements en fonction de buts jugés utiles, importants ou intéressants (apprendre à parler, à manger correctement à table, à jouer aux échecs).
Mais il y a un troisième aspect que l’on peut dégager de nos actions. Lorsque je joue du piano, mon buste est penché en avant, mes mains parcourent le clavier, mes doigts enfoncent les touches, mais pas sans ordre ni méthode comme on l’a vu – il a fallu de longues heures d’apprentissage pour arriver à produire les effets musicaux que je tire aujourd’hui de l’instrument. Seulement, on dit parfois que tel interprète joue « sans âme », un peu comme le ferait un piano mécanique dont les mouvements suivent un algorithme. On ne veut pas dire ici que « l’âme » serait quelque chose de séparé ou de séparable de l’action faite, et qui s’ajouterait ou non aux enchaînements mécaniques des doigts et des touches. On porte plutôt un jugement sur la manière dont cette action est menée, et sur l’effet global qui en résulte. Ce n’est pas que cette action manque de méthode : la coordination sensori-motrice est parfaite, et les notes sont enfoncées dans le bon ordre – on reconnaît sans problème la mélodie, exécutée sans faute. Ce qui est en cause, c’est la manière dont la méthode elle-même est suivie : il faudrait plus d’ardeur, ou plus d’élégance, plus de caractère en tout cas ; or le pianiste n’y est pas, et l’ensemble manque d’expressivité. Comme la méthode, ce troisième aspect de l’action relève de la manière d’accomplir un mouvement, mais il marque un degré supplémentaire de réflexivité. Si la méthode se comprend en rapport avec le mouvement qu’elle régule et organise, ce nouvel aspect se comprend en rapport à cette méthode elle-même et à la manière dont elle est employée et mise en œuvre. Les esprits étroits sont ainsi dits appliquer mécaniquement les règles de leur institution, comme s’il s’agissait de lois de la nature ne souffrant aucune exception, et tant pis pour les cas singuliers ou atypiques. Ces trois aspects ne sont pas des couches séparables d’une action finalisée, mais on peut les distinguer par ce degré de réflexivité, et la description de l’action peut se concentrer sur l’une ou l’autre de ces dimensions. Je porte du riz à ma bouche ; je le fais en formant une boulette avec mes doigts, ou en le saisissant avec des baguettes, ou en le soulevant avec une fourchette ; je manipule mon ustensile distraitement, sans guère prêter attention à ce que je mange, ou bien je peux le faire solennellement, comme pour mieux célébrer l’instant savoureux. Je déplace une pièce en bois sur un plateau (playing) ; je bouge le cavalier selon la règle de son déplacement (the game) ; je bouge la pièce dans un esprit ludique (the playfulness), ou bien avec tout le sérieux du monde, ce qui n’en fait plus tout à fait un jeu. Il s’agit bien d’une seule et même action, mais sous trois descriptions différentes, celle du changement pratique effectuée, celle de la forme de son effectuation, celle de l’attitude de l’agent qui l’effectue.
L’idée directrice que ce livre veut défendre et illustrer est que l’on peut analyser la philosophie de la même manière. Comme jouer au piano ou monter des meubles, la philosophie est une activité, et il n’y a pas de raison qu’elle soit un état d’exception par rapport aux autres actions humaines. C’est plus précisément une activité de réflexion, et qui produit certains résultats. Ces résultats peuvent être de nouvelles prises de position, de nouvelles thèses soutenues, de nouvelles argumentations qui les justifient, de nouveaux concepts qu’elles articulent, de nouvelles manières de juger certaines choses. Ces changements qu’un individu prétend apporter sur la manière dont il conviendrait de concevoir ou de juger tel ou tel point permettent de distinguer facilement un philosophe d’un autre. Platon pense qu’il faut chasser les poètes de la Cité. Wittgenstein pense que les règles diffèrent en nature des propositions factuelles. Locke soutient que l’âme n’est pas le principe de notre identité personnelle. Bergson défend l’idée que l’être humain est une espèce privilégiée dans l’évolution de la vie. Goodman défend celle que les œuvres d’art ont des fonctions cognitives. Ces philosophes ne se contentent pas d’énoncer de telles thèses, ils les explicitent, les illustrent, en donnent des raisons, en dégagent des présupposés, en déroulent des implications, préviennent des objections à leur encontre, les situent vis-à-vis de thèses concurrentes, etc., et l’ensemble que forment ces propositions constitue ce qu’on appelle communément leur « doctrine ». Pour le dire sommairement, une doctrine, c’est l’ensemble articulé des thèses d’un auteur, formulées dans son vocabulaire propre. Ces doctrines sont quelquefois identifiées par un terme en « -isme ». Elles peuvent s’appliquer non seulement à cet auteur mais également à celles et ceux qui le suivent plus ou moins fidèlement : le platonisme, le cartésianisme, le bergsonisme. De tels termes peuvent opérer des recoupements plus larges, qui permettent de distinguer de grandes positions philosophiques entre lesquelles les philosophes se partagent en fonction de la proximité de leurs thèses et de la manière dont ils comprennent certains concepts fondamentaux, même s’ils le font chacun à leur manière singulière : matérialisme et spiritualisme, réalisme et idéalisme, empirisme et rationalisme, déterminisme et indéterminisme, monisme, dualisme et pluralisme, etc. Ces positions générales, mais cela vaut pour chaque thèse affirmée et chaque nouveau concept introduit, sont comme des coups effectués par un philosophe dans l’espace philosophique : ce sont des propositions, au sens dynamique et non pas seulement linguistique du terme.
Ces doctrines sont néanmoins inséparables de méthodes que les philosophes utilisent, que ce soient des procédures de découverte permettant d’aboutir à ces résultats, des modes de justification visant à fournir des raisons de les accepter, des règles d’analyse pour éclairer les concepts mobilisés ou des règles de composition pour en proposer des nouveaux, des moyens d’organisation formelle et de systématisation de ces résultats, voire des procédés stylistiques ou de mise en page. L’ensemble de ces méthodes montre qu’une philosophie ne se compose pas seulement de résultats énonçables sous forme de thèses et d’éléments de doctrine, mais qu’elle propose de manière indissociable une certaine manière de conduire la réflexion permettant d’aboutir ou de rendre plus intelligible ces résultats. Les controverses philosophiques, pour peu qu’elles se développent dans tous leurs présupposés, ne portent jamais seulement sur le contenu de telle ou telle thèse, mais toujours également sur la manière même de faire de la philosophie, sur la conception qu’il faut avoir de la philosophie et de ses méthodes – comme le clivage de la philosophie continentale et de la philosophie analytique nous l’a montré tout au long du XXe siècle. C’est une caractéristique bien connue de la philosophie que chaque thèse philosophique implique toujours aussi des thèses métaphilosophiques dont l’explicitation demande un degré de réflexivité supplémentaire. Les grands philosophes ne proposent d’ailleurs pas seulement de nouvelles thèses ou de nouvelles manières de concevoir les choses qui bouleversent le paysage philosophique de leur époque en en redistribuant les lignes de partage ; ils proposent aussi de nouvelles méthodes, en cherchant à les imposer comme la manière supérieure de faire de la philosophie et d’aboutir à des résultats qui soient proprement philosophiques. Ils ne font pas qu’introduire de nouveaux coups dans le jeu ou de nouvelles ouvertures, en inventant une nouvelle manière de positionner les pièces les unes par rapport aux autres – à la manière de Bergson disant de Berkeley qu’il a proposé une combinaison inédite du nominalisme, de l’idéalisme, du spiritualisme et du théisme. Les grands philosophes sont en effet ceux qui parviennent à changer les règles mêmes du jeu, parce qu’ils ont compris qu’au grand jeu de la philosophie, le gagnant est celui qui arrive à imposer ses règles plutôt que ses thèses, en amenant ses interlocuteurs sur son propre terrain. Si l’on fait généralement commencer la philosophie avec Socrate, c’est précisément parce qu’avec la recherche de définition générale sur des termes difficiles (« beauté », « piété », etc.), conduite dans le cadre d’un dialogue, il lance un nouveau mode de réflexion, et l’absence de résultats de certains dialogues importe peu face à cette nouvelle manière d’interroger. Platon est un nom qu’on associe de manière privilégiée à une doctrine, celle des Idées « platoniciennes », mais Socrate est d’abord le nom d’une méthode, d’un moyen de faire accoucher de la vérité. Et si l’on fait parfois de Calliclès son adversaire le plus irréductible, c’est que celui-ci refuse d’entrer dans le jeu socratique, pas seulement en refusant de répondre à ses questions, mais en refusant le type même de question qui lui est posée. Les disciples orthodoxes d’un philosophe répètent généralement à la fois la doctrine et la méthode de leur maître, en se contentant d’en corriger çà et là quelques points secondaires et de systématiser davantage l’ensemble, mais les disciples hétérodoxes les plus inventifs savent retourner la nouvelle méthode contre sa doctrine. Ils font alors valoir le manque de systématicité dans l’application de la nouvelle méthode, comme si des vestiges des anciennes manières de penser se mêlaient encore aux percées accomplies. On songe au cas exemplaire des hégéliens de gauche, qui ont cherché à émanciper la dialectique comme méthode révolutionnaire proposée par Hegel du conservatisme religieux et politique de sa position idéaliste générale, pour mieux la retourner contre lui : « celui qui mettait l’accent sur le système de Hegel pouvait être passablement conservateur dans ces deux domaines ; celui qui, par contre, considérait la méthode dialectique comme l’essentiel, pouvait, tant en religion qu’en politique, appartenir à l’opposition la plus extrême[1] ». Les découpages chronologiques que nous effectuons en histoire de la philosophie suivent d’ailleurs bien plus souvent les ruptures méthodologiques que les nouvelles propositions doctrinales. Si l’on fait débuter la philosophie moderne à Descartes et à Bacon, ce n’est pas seulement pour les nouvelles conceptions de l’esprit ou de la nature qu’ils proposent, mais aussi et avant tout en raison de leur prétention à apporter de toutes nouvelles méthodes en philosophie, plus fécondes que celles utilisées au cours des siècles précédents, dans la mesure où elles comptent répercuter les innovations méthodologiques qui ont fait décoller les mathématiques et les sciences physiques modernes. Si Kant occupe dans cette histoire une place privilégiée, c’est encore parce qu’il a su reprendre ces théories modernes en faisant de l’enquête philosophique la recherche non pas des causes des phénomènes de connaissance ou des actions morales, mais de leurs conditions de possibilité telles qu’elles sont en droit : un nouveau type de question, d’analyse et d’argumentation (l’argumentation dite transcendantale) semble ouvrir une nouvelle page dans la philosophie moderne. Les grands courants contemporains, comme la philosophie analytique, la phénoménologie ou le pragmatisme, se sont tous d’abord présentés comme de nouvelles méthodes pour faire enfin de la philosophie une activité digne d’être poursuivie, plutôt que comme de nouvelles doctrines, de nouveaux « -ismes », même si ces méthodes étaient d’emblée liées à des thèses substantielles.
Doctrines et méthodes sont des aspects bien répertoriés et largement étudiés de l’activité philosophique. Or non seulement il faut distinguer une troisième dimension, à laquelle on réservera le nom d’« attitude », mais on soutiendra tout au long de ce livre que cette troisième dimension est la plus importante pour la philosophie. Il arrive qu’on rencontre un étudiant qui connaisse bien une doctrine et qui maîtrise suffisamment les règles d’un exercice philosophique, mais qui semble manquer, comme on le dit parfois, de « sens philosophique » dans la restitution de cette doctrine comme dans l’application de ces règles. On veut dire par là qu’il n’a pas encore acquis certaines dispositions d’esprit qui font de la philosophie une activité vivante, un exercice de réflexion en acte – un peu comme le pianiste dont le jeu est « sans âme ». Ces dispositions ne se confondent pas avec des thèses soutenues ou avec des méthodes utilisées, puisqu’elles mettent en jeu une attitude générale envers ces thèses et ces méthodes, une manière de se rapporter à elles : une certaine façon de proposer une position, une certaine façon d’utiliser un outil de réflexion et de se rapporter à son but. Ces dispositions s’acquièrent, comme les informations doctrinales et les procédés méthodiques, mais il est plus difficile de les transmettre sous forme d’énoncés. Non pas qu’elles ne soient générales, ni susceptibles d’être mises en œuvre au cours d’occasions différentes, dans l’énoncé de tel ou tel élément particulier de doctrine ou dans l’utilisation de telle ou telle règle particulière. Ces dispositions sont au contraire comme des grandes habitudes de pensée, des tournures d’esprit affectant l’ensemble de sa pensée, des ways of thinking. Mais elles sont personnelles, qualifiant la manière la plus générale dont un philosophe pense. Elles composent comme son caractère ou son tempérament philosophique. Elles sont ainsi moins détachables du philosophe que les doctrines ou les méthodes, et elles s’apprennent plus facilement par l’exemple, en voyant comment font les modèles qui les exhibent de manière particulièrement exemplaire et convaincante.
C’est une conception de la philosophie qu’on associe généralement aux écoles de l’Antiquité depuis les travaux pionniers de Pierre Hadot. Celui-ci a fait valoir que la philosophie antique, et, en réalité, toute philosophie authentique, devait se comprendre non pas seulement comme un ensemble de doctrines et de systèmes d’idées, mais avant tout comme une manière de conduire sa vie. Il y a bien des doctrines, et des règles à suivre, mais ce qui compte est l’engagement personnel du philosophe dans un certain mode de vie, son « effort pour se mettre dans certaines dispositions intérieures[2] ». Au cœur de chaque système philosophique, il s’est ainsi proposé de découvrir une « attitude existentielle » ou « spirituelle » qui l’anime et que le philosophe a cherché à exhiber et mettre en œuvre dans tous les événements de sa vie[3] : attitude d’indifférence du sceptique, attitude de consentement du stoïcien, attitude de détente de l’épicurien. Si les éléments de doctrines sont tributaires du contexte de leur époque, ces grandes attitudes philosophiques lui paraissent réactualisables, et en ce sens, elles seraient transhistoriques et même transculturelles (on en retrouverait des équivalents dans les pensées non occidentales). Cette conception antique de la philosophie aurait disparu au Moyen Âge, avec la prise en charge de la conduite de la vie par la religion chrétienne et la création des premières universités, au profit de sa seule identification à l’élaboration de discours conceptuels systématiques, même si elle a survécu en marge de l’institution scolaire et refait surface çà et là chez un Montaigne ou un Wittgenstein[4].
Si la thèse du primat de l’attitude est fortement exprimée par Hadot, il n’y a pas de raison de limiter cette conception à une période particulière ou à un type de philosophie particulier. Il n’y a pas de raison non plus de penser que seules ces attitudes sont réactualisables, comme si les doctrines et les méthodes ne l’étaient pas, et comme si, surtout, ces attitudes étaient invariables à travers le temps, formant une sorte d’essence de la philosophie authentique qui courrait plus ou moins souterrainement depuis les Grecs. Les dispositions, comme les doctrines et les méthodes, dépendent des contextes, et elles sont proposées et deviennent visibles à des moments précis de l’histoire : il y a une histoire possible des attitudes philosophiques, tout autant que des doctrines et des méthodes, même si elles sont sans doute plus persistantes. Rien ne dit d’ailleurs qu’on en ait déjà le compte complet, et les grands philosophes continuent de recommander de nouvelles dispositions, si ce n’est de nouvelles attitudes. Enfin, il n’y a pas à opposer doctrine théorique et attitude pratique comme deux pôles contraires. D’abord, il n’y a pas à restreindre l’idée d’attitude à l’éthique pratique ou aux engagements existentiels : une attitude envers ses propres croyances et ses propres thèses est tout aussi philosophiquement importante qu’une attitude envers ce qui nous arrive dans la vie, d’autant plus si l’on considère que les croyances sont des dispositions à l’action. Qu’on songe à l’esprit critique, attitude majeure de la philosophie moderne et notamment du siècle des Lumières et qu’on aurait de la peine à retrouver dans l’Antiquité. Non seulement ces attitudes philosophiques sont générales, ne se réduisant pas à une réaction particulière ou à une collection de réactions particulières, mais elles sont potentiellement susceptibles d’affecter l’ensemble de la vie intellectuelle et morale : elles animent et peuvent unifier l’ensemble de nos rapports à nos concepts, nos jugements, nos théories, mais aussi à nos valeurs, nos normes, nos critères, nos idéaux, et encore à nos habitudes, nos savoir-faire, nos coutumes et nos règles, nos institutions, nos organisations, etc., et ceci dans toutes les activités humaines (éducation, travail, science, religion, politique, art, commerce, etc.) et tous les modes d’association (famille, école, entreprise, gouvernement, club, église, etc.). Cette généralité même contribue à en faire des attitudes philosophiques, puisque la philosophie a depuis toujours revendiqué un certain rapport au tout et à l’ultime. Mais c’est une erreur de penser qu’il faille nécessairement substantiver ce tout et cet ultime sur le modèle des Grecs, et qu’une attitude n’est philosophique que si elle est prise envers le tout cosmique ou envers la mort comme point ultime devant déterminer tous les moments de la vie. Généralité, totalité, caractère ultime, sont d’abord des traits de l’attitude elle-même, et non pas de ce à quoi elle se rapporte. Il en va ici comme d’un tempérament psychologique (comme être optimiste ou dépressif) : il est général, il unifie la personnalité, il est utilisé comme explication finale d’un comportement. De même une attitude philosophique, qu’on dégage comme « l’esprit » d’une méthode ou d’une doctrine : elle est plus générale que la méthode et la doctrine, elle permet d’en unifier les différents aspects, elle leur donne leur sens le plus important et leur valeur finale.
S’il n’y a pas à opposer un pôle théorique et un pôle pratique, c’est précisément aussi parce que toute philosophie se présente d’emblée à la fois comme une doctrine, articulée dans des thèses, comme une méthode, formulée dans des règles, et comme une attitude, exhibée dans des dispositions intellectuelles et morales. Les trois dimensions sont inséparables, bien qu’elles soient distinguables et que l’on puisse argumenter en faveur d’un primat de la méthode sur la doctrine et de l’attitude sur la méthode. Du point de vue factuel, il y a une circularité inévitable entre les trois dimensions. Ce point a souvent été relevé au sujet des rapports entre doctrine et méthode. Certes, il est toujours possible, à partir d’une doctrine, d’en isoler la méthode et d’en expliciter formellement les règles en les énonçant dans leur plus grande généralité abstraite. Mais il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit alors d’une abstraction, commandée soit par le désir de l’examiner, comme on démonte un moteur ou qu’on inspecte n’importe quel outil, afin d’en proposer des améliorations possibles, soit par l’objectif pédagogique de la communiquer ou de l’enseigner. Une méthode ne s’exerce pas dans le vide, et elle n’est pas susceptible d’être étudiée de manière totalement séparée de l’activité de recherche où elle est employée ni des résultats qu’elle produit : « c’est en action qu’il faut la considérer[5] ». Surtout, il est illusoire de penser qu’une méthode pourrait être parfaitement neutre, dénuée de tout présupposé, indépendante donc de toute thèse substantielle[6]. Dans l’énoncé même des règles sont mobilisés des concepts solidaires de la doctrine du philosophe, et l’idée qu’il se fait de la méthode, des objectifs qu’il lui donne, des obstacles majeurs qu’il se propose de surmonter grâce à elle, n’est pas totalement dissociable des engagements doctrinaux qu’il défend par ailleurs, sur la nature de la réalité, de l’esprit ou de la connaissance par exemple. Dès la première règle de Descartes, « ne recevoir aucune chose pour vraie, que je connusse évidemment être telle », il y a toute une théorie de la vérité, reposant sur l’évidence, qui y est impliquée, et l’on pourrait contester d’emblée cette méthode en raison des présupposés substantiels sur lesquels elle repose, avant même d’en examiner la mise en œuvre efficace. Présenter sa propre méthode comme étant la méthode d’une philosophie prenant enfin le bon départ ou parvenant enfin à réaliser son essence propre n’est précisément qu’un coup de plus dans le jeu philosophique, un coup visant à imposer ses règles comme les seules possibles – the only game in town. On peut toujours chercher à émanciper une méthode des engagements doctrinaux de son inventeur ou promoteur, mais cette émancipation, il faut justement la faire, elle n’est pas déjà donnée toute faite dans son œuvre. Elle implique des interventions critiques sur son œuvre qui modifieront non seulement sa doctrine, mais le sens et la valeur de la méthode qu’il a proposée, en la rendant susceptible de résultats différents et parfois même contraires. Réciproquement, en philosophie, une doctrine n’est pas, sauf abstraction, susceptible d’être présentée comme un résultat tout fait, détaché et clos sur lui-même, autosuffisant, indépendant de l’ensemble des moyens que le philosophe a mobilisés pour y parvenir, la justifier et l’exposer. En philosophie, la méthode n’est pas comme un échafaudage qu’on pourrait retirer une fois l’édifice construit. C’est plutôt la manière même dont le matériau de la doctrine a été assemblé et continue de tenir ensemble, et on ne peut la retirer sans tout faire s’écrouler. Les berges de la rivière, bien que plus stables que le courant, sont sculptées et remodelées par le mouvement de l’eau, autant qu’elles en régulent et en orientent le cours. La doxographie, que personne ne confond avec la restitution authentique d’une philosophie, est précisément la tentative d’énoncer des thèses d’un auteur comme si elles étaient détachées de la manière et des moyens mis en œuvre pour les formuler : une collection d’opinions détachées entre elles comme de toute activité organisée de réflexion. Il n’est pas jusqu’aux procédés de style d’un philosophe, dans la mesure où ils sont réfléchis, qui n’adhèrent aux thèses qu’il propose, et leur paraphrase dans un langage différent, si elle est utile et importante du point de vue de la communication et de l’enseignement, et même nécessaire du point de vue de la critique, laisse toujours échapper quelque chose de sa pensée, comme lorsque l’on traduit ligne à ligne un poème en prose.
Les mêmes arguments s’appliquent a fortiori aux rapports de l’attitude avec la méthode et la doctrine. Il n’y a pas d’attitude qui vaille en soi et pour soi, indépendamment des règles dans lesquelles elle s’opérationnalise et des thèses qui l’incarnent et l’expriment dans un contexte historique donné, déterminé par les débats d’une époque. On n’est pas colérique si l’on ne se met jamais en colère dans aucune situation particulière. On pourra certes ne pas se mettre en colère dans telles ou telles circonstances particulières, mais on le fera quand même généralement. Ce qui vaut pour les tempéraments psychologiques vaut pour les attitudes philosophiques : c’est en action qu’il faut les considérer. On ne les trouvera nulle part ailleurs que dans les méthodes et les doctrines. On peut bien chercher à abstraire et à réactualiser, comme le dit Hadot, une grande attitude philosophique, mais ce sera encore au sein des débats de son époque, et sous des formes qu’ils conditionneront en partie. C’est néanmoins sur l’ordre de dépendance inverse qu’on veut ici insister. Car cet ordre ne signale pas seulement une interdépendance factuelle entre doctrine, méthode et attitude. Il permet aussi d’illustrer la thèse normative selon laquelle le niveau le plus important, dans une philosophie, est le type d’attitude qu’elle exhibe et promeut. Si les trois sont nécessaires pour l’articulation d’une pensée, c’est sur le plan des attitudes que les doctrines et les méthodes trouvent leur sens et leur valeur philosophiques les plus décisifs et les plus durables. La philosophie doit d’abord se comprendre comme une attitude, et non seulement comme un ensemble de doctrines ou de méthodes spécifiques de penser. Derrière les doctrines et les méthodes des philosophes, il faut savoir retrouver les grandes attitudes de pensée qu’ils incarnent et expriment. C’est d’abord à ce niveau, plutôt qu’à celui des thèses doctrinales ou même des règles méthodologiques, que les grands problèmes ou les grands débats philosophiques devraient être posés.
Il en ressort une règle de lecture des philosophes, qu’on peut appeler la méthode de « l’ascension éthique ». Une doctrine vaut certes par les thèses qu’elle articule, et par rapport aux autres doctrines dans l’espace des positions philosophiques. Mais elle peut être lue à un autre niveau, comme illustrant et incarnant des méthodes de penser. Il s’agit non pas de sauter purement et simplement du niveau de la doctrine à celui de la méthode, comme s’il s’agissait de plans séparés, mais de comprendre cette doctrine même du point de vue méthodologique, en montrant qu’au-delà du sens immédiat qu’elle possède en tant que doctrine reliée ou opposée à d’autres doctrines, elle exhibe et promeut une certaine manière de faire de la philosophie. Il s’agit moins de passer de la doctrine à la méthode comme si la méthode était extérieure à la doctrine que de transposer l’ensemble de la doctrine dans une clef méthodologique. De ce point de vue, les thèses défendues sont à présent comprises comme des règles à recommander pour bien penser en philosophie. Les concepts proposés sont à leur tour compris non dans leur sens substantiel, mais dans un sens opératoire – comme des instruments d’analyse et de direction de la réflexion, attirant l’attention sur les aspects les plus importants des phénomènes étudiés. Un bon exemple de cette ascension méthodologique est la lecture que Deleuze donne de Bergson dans le premier chapitre de son commentaire[7]. Du point de vue doctrinal, la durée chez Bergson est un concept métaphysique qui entend faire référence à un trait constitutif de la réalité. Sa thèse est qu’on ne peut éliminer la durée d’une réalité quelconque sans faire disparaître cette réalité même : ce qui en reste, si on le fait, n’en est plus qu’une représentation symbolique, qui peut avoir son utilité pratique mais qui n’est pas vraie. Deleuze fait valoir dans sa lecture qu’il faut d’abord entendre cette thèse comme une règle générale de méthode philosophique. Ce que Bergson propose, c’est de considérer toute chose du point de vue de la durée. En ce sens, la durée est moins l’objet privilégié de la philosophie, qui devrait se substituer aux objets philosophiques traditionnels tels que la substance, Dieu, la nature humaine ou les valeurs, que la méthode permettant d’étudier tous les autres objets, que ce soit la substance, Dieu, la nature humaine ou les valeurs – mais aussi le rapport du corps à l’esprit, l’évolution des espèces, le rire ou les œuvres d’art. Tous ces objets doivent être compris et définis en termes temporels, ou bien l’on n’en aura que des représentations symboliques. Il s’agit d’un « tournant temporaliste » en philosophie, qui doit affecter la manière d’ensemble de poser et de résoudre les problèmes philosophiques. Dans le même sens, comme l’a bien souligné Richard Rorty, le « tournant linguistique » n’a pas consisté (seulement) à prendre le langage propositionnel comme objet privilégié de l’analyse philosophique en lieu et place des états mentaux, mais aussi et surtout à considérer que « les problèmes philosophiques sont des problèmes qui peuvent être résolus (ou dissous) soit en réformant le langage, soit en comprenant mieux le langage que nous utilisons quotidiennement[8] ». C’est un tournant méthodologique encore plus que doctrinal : toute la philosophie ne se réduit pas à la « philosophie du langage », mais elle devrait tout entière prendre la forme d’une « philosophie linguistique », où le langage est considéré comme l’outil d’analyse des problèmes philosophiques en général[9].
Cette ascension méthodologique peut se poursuivre jusqu’au niveau éthique, en entendant par là celui des grandes attitudes et dispositions intellectuelles et morales. Car si les méthodes, à leur tour, valent par rapport aux résultats doctrinaux qu’elles produisent comme par rapport aux autres méthodes philosophiques auxquelles elles entendent se substituer, elles peuvent être comprises au niveau des grandes dispositions qu’elles permettent d’opérationnaliser et dont elles incarnent l’esprit dans la lettre de leurs règles. Si l’on distingue la lettre et l’esprit d’une règle, c’est que l’énoncé d’une règle n’indique pas en lui-même l’esprit dans lequel il convient de l’appliquer : on peut toujours appliquer une règle dans un esprit contraire à celui dans lequel elle avait été originellement énoncée. Mais cet esprit est précisément ce qui donne son sens à la règle dans la manière dont on l’utilise dans un cas particulier, et c’est lui qui fournit un modèle d’interprétation pour les applications suivantes. C’est aussi lui qui permet, au besoin, de corriger la lettre de la règle si l’on s’aperçoit qu’elle est systématiquement utilisée à l’encontre de l’esprit qu’on aurait voulu promouvoir lorsqu’on l’a énoncée. En ce qui concerne la philosophie, et comme pour le rapport entre doctrine et méthode, il ne s’agit pas de sauter purement et simplement d’un plan à l’autre, mais de comprendre une doctrine (et une méthode) du point de vue de l’esprit qu’elle incarne, exhibe et promeut – de retrouver l’esprit qui l’anime, et qui permet si besoin de la corriger en étant plus fidèle à cet esprit que les thèses (ou les règles), telles qu’elles sont énoncées à un moment historique donné, ne le manifestent. Le rationalisme par exemple est classiquement défini comme la doctrine selon laquelle toute connaissance véritable est fondée sur des principes universels et nécessaires, qu’on ne peut dériver de l’expérience, mais qu’on tire seulement de la raison, et en ce sens, il s’oppose à la théorie empiriste. Derrière cette doctrine, qui connaît d’ailleurs de nombreuses variantes et évolutions, on peut retrouver l’exigence d’une méthode plus permanente. Le rationalisme peut et doit s’entendre aussi et même d’abord comme la promotion de la méthode de la démonstration rationnelle, qui part de prémisses considérées comme simples et évidentes, pour produire, par des étapes contrôlées et rigoureusement enchaînées, des vérités certaines. C’est en fait plus généralement la promotion d’un ensemble de techniques de mise en ordre de la pluralité des idées et des choses (d’une multiplicité quelconque de termes), qui puisse faire saisir leurs relations intelligibles réelles par-delà leurs relations empiriques de coexistence et de succession comme leurs relations de ressemblances et de différences sensibles. Les jardins zoologiques classiques sont des espaces rationnellement organisés, car leur architecture spatiale tend à reproduire la classification rationnelle du vivant, en regroupant dans une même zone les animaux qui sont proches du point de vue anatomique – tous les félins par exemple –, alors même qu’ils peuvent ne jamais se côtoyer dans leurs milieux empiriques – comme le jaguar d’Amazonie et le tigre d’Asie. Au nom de cette méthode, on peut critiquer des éléments de doctrine qui semblent en gêner la pleine application : il n’y a par exemple aucune nécessité à définir la raison comme la faculté des « idées innées » pour justifier une telle technique de mise en ordre, et le rationalisme pourra dépasser ce stade « cartésien » sans perdre de sa force méthodologique. Les techniques de mise en ordre d’une multiplicité empirique quelconque ont en effet rapidement débordé les présupposés du rationalisme doctrinal de Descartes qui limitait la méthode à des chaînes unilinéaires de raisons suspendue à des « natures simples ». Notamment le mode d’arrangement tabulaire, qui croise lignes et colonnes en une série de séries, et dont le tableau de Mendeleiev sera vu comme l’une des grandes réussites, marquera durablement un rationalisme plus complexe, des combinatoires leibniziennes aux diagrammes structuralistes.
Mais l’on peut reconduire encore la doctrine et la méthode au rationalisme comme attitude. Si l’on peut en effet corriger une technique rationnelle donnée au nom même du rationalisme, d’un rationalisme mieux compris et plus radical, c’est que celui-ci ne se confond pas purement et simplement avec un ensemble de méthodes. À la raison entendue comme faculté de connaissance des principes et comme ensemble d’instruments de mise en ordre s’ajoute la raison comme attitude générale de l’esprit. Ce qui importe en effet pour un rationaliste, c’est d’être rationnel dans sa pensée et sa conduite, et les méthodes ne sont là que pour aider l’esprit à le devenir en acquérant les bonnes habitudes de penser. Sur ce plan, le rationalisme est d’ailleurs plus facile à saisir par les attitudes qu’il rejette. C’est ainsi que Gilles-Gaston Granger l’oppose au mysticisme, au romantisme et à l’existentialisme considérés non comme des doctrines, mais bien comme des « attitudes négatives », « des modes de pensée et d’action qui, pour être moins systématiques que les doctrines des différents philosophes, n’en sont pas moins doués d’une existence et d’une consistance historique probablement plus prégnante »[10]. Ce qui définit l’attitude rationnelle, c’est en effet une foi dans la puissance de l’esprit à pouvoir pénétrer dans l’ordre véritable des choses, qui ne serait jamais donné immédiatement. Son premier adversaire est l’esprit pré-rationnel, qui fait naïvement confiance à l’ordre apparent des choses – ordre qui n’est pourtant dû qu’au hasard, aux coïncidences non réfléchies, à la tradition, aux conventions –, et qu’il n’accepte pour clair et évident que parce qu’il y est accoutumé. Mais son adversaire le plus frontal, son ennemi intime, est le mode de pensée irrationnel, qui est disposé à croire qu’il existe quelque chose de plus profond et d’inanalysable qui résistera toujours à nos techniques de mise en ordre rationnelle. Une telle attitude dispose à croire aux miracles exceptionnels qui échappent à l’ordre de la nature ou aux mystères insondables qui défient toute entreprise de compréhension rationnelle. Elle dispose à invoquer comme des principes supérieurs d’explication et de direction morale des forces naturelles ou humaines plus profondes que tout ordre précairement imposé par la raison, comme l’élan de la Vie qui déborde toutes les catégories ou la violence des passions qui dépasse toute mesure. Le rationalisme est en ce sens critique de l’expérience sensible, de l’imagination, des coutumes sociales, des savoir-faire empiriques, comme modes de pensée et de conduite infra-rationnels (empiriques) et en attente de rationalisation. De ce point de vue, il se veut révolutionnaire : il veut tout reprendre à partir de principes d’organisation censés découler de l’ordre même des choses, plutôt que de l’expérience et de la tradition. Mais il est encore plus critique des révélations de la foi, de l’expérience mystique, de l’intuition ou de l’émotion métaphysique comme supposés modes supra-rationnels (mystiques, romantiques ou existentialistes) d’accès au véritable sens des choses sous l’ordre de surface de la raison humaine. Et de ce point de vue, il est de tempérament classique et manifeste une tendance conservatrice, dont le danger propre est de convertir la recherche d’ordre en défense d’un ordre spécifique établi[11].
Il ne s’agit ici que d’une esquisse d’ascension éthique, pour attirer l’attention sur les rapports entre doctrine, méthode et attitude. L’ascension éthique ne consiste pas à dire que telle position philosophique renvoie à une attitude plutôt qu’à une doctrine, car les deux sont indissociables. Mais qu’il faut la comprendre d’abord comme une attitude, avant de la comprendre comme une méthode et une doctrine, qui en constituent des sens dérivés, bien qu’indispensables. Si l’on pouvait émanciper la formule kantienne de ses connotations dualistes, on pourrait dire que l’attitude est vide sans règles de méthode qui canalisent et opérationalisent ses dispositions et sans thèses doctrinales qui lui donnent voies d’expression et points d’application dans un espace de positions déterminé ; et que doctrines et méthodes sont aveugles sans attitude pour indiquer l’orientation générale de la réflexion ou sa ligne directrice. Les résultats méthodologiques et doctrinaux obtenus constituent des preuves spécifiques de l’intérêt et de l’importance d’une attitude philosophique, quand cette attitude fournit la raison la plus générale de les adopter – pas seulement au sens où l’attitude permettrait de rendre compte de telle méthode ou doctrine, mais au sens où la fréquentation de telle méthode ou doctrine doit permettre de développer des dispositions intellectuelles et morales qui paraissent les meilleures, celles qui permettent de faire le plus progresser la réflexion. L’attitude est en effet la plus générale et la plus durable de ces trois dimensions. On changera plus facilement de croyances doctrinales, et même de règles de méthode, que d’attitude. C’est d’ailleurs ainsi qu’on rend compte du mélange de continuité et de discontinuité dans le parcours de philosophes qui ont changé, parfois spectaculairement, de conceptions, comme c’est le cas par exemple de Wittgenstein et de Putnam. Leurs changements dans les doctrines défendues et dans les méthodes d’analyse recommandées permettent de dégager la constance d’une grande attitude philosophique qui n’avait pas encore trouvé les moyens d’expression adéquats dans leur première période. C’est une telle attitude, qui prend de plus en plus conscience d’elle-même, qui les pousse à réformer leurs thèses et leurs techniques. C’est que de telles attitudes constituent le cœur de la personnalité philosophique, quand les méthodes et les croyances sont plus périphériques. Elles sont plus directement liées à l’image que l’on se fait de soi-même comme philosophe et à ce qui compte par-dessus tout à ses yeux en philosophie. Face à des critiques et objections, on sera plus enclin à abandonner ou corriger telle thèse qu’à changer d’attitude, ce qui impliquerait une transformation profonde de notre tempérament philosophique. C’est pourquoi, lorsqu’une telle transformation se produit, elle prend souvent la forme d’une sorte de conversion, qui donne l’impression que l’ensemble des convictions et méthodes d’un philosophe bascule tout d’un coup – comme un changement de l’ensemble de la personnalité, plutôt que de telle ou telle thèse ou règle particulière, aussi cruciales soient-elles.
Les positions en « -isme » constituent un terrain de choix pour une telle lecture éthique de la philosophie. Il a déjà été proposé de dépasser les impasses de la controverse entre réalisme et antiréalisme en la reprenant du point de vue des attitudes adoptées envers la science, plutôt que du point de vue des positions doctrinales défendues[12]. Bas C. Van Fraassen, renvoyant d’ailleurs à Crasnow, et à partir du cas privilégié de l’empirisme, a cherché à montrer
qu’une position philosophique peut consister en quelque chose d’autre qu’une croyance au sujet du monde […] [elle] peut consister en une posture [stance] (une attitude, un engagement, une approche, ou un assemblage de telles choses, qui pourrait également inclure des attitudes propositionnelles comme des croyances). Une telle posture peut bien sûr être exprimée, et elle peut également impliquer ou présupposer des croyances, mais elle ne peut pas purement et simplement équivaloir au fait d’avoir des croyances ou de faire des assertions au sujet de ce qui est[13].
Il en vient alors à défendre l’idée que « l’empirisme est une posture plutôt qu’une thèse factuelle ou une théorie[14] » – comme le fait de croire que toute proposition au sujet du monde dérive de l’expérience. Sur son exemple, Daniel Andler a plus récemment proposé de « renonc[er] à considérer le naturalisme comme une thèse au profit d’une autre modalité », et de retrouver « l’esprit du naturalisme » en en faisant précisément une « attitude » ou un « parti » à prendre et à développer dans des programmes de recherche spécifiques[15]. Mon exemple privilégié sera ici le pragmatisme. Plus encore que le réalisme, l’empirisme ou le naturalisme, je crois qu’il peut constituer un modèle pour penser la philosophie comme attitude.
Mon attention avait déjà été attirée sur ce point lors de mon livre sur William James, que j’avais significativement intitulé William James. L’attitude empiriste[16]. Le problème qui l’avait amené était le fait que les commentateurs étaient divisés sur la question de savoir ce qui constitue le « centre de la vision » de James. On le considère traditionnellement d’abord comme un pragmatiste, mais certains ont cherché à montrer que son pragmatisme dépendait d’une position plus fondamentale, tantôt l’indéterminisme, tantôt le pluralisme ou l’empirisme radical, parfois le panpsychisme. Ma lecture systématique m’avait conduit à comprendre qu’il n’y avait pas moyen de ramener toutes les thèses défendues dans sa psychologie comme dans sa philosophie à un seul et même cœur doctrinal, et que, lorsqu’on le faisait, c’était toujours au détriment d’aspects de son œuvre qu’on négligeait ou dont on réduisait la spécificité. L’erreur m’est apparue dans le fait non pas de chercher un centre de sa vision, mais dans le fait de l’identifier à une doctrine particulière, à laquelle il aurait fallu ramener tout le système. Ce centre rayonnant, le noyau de son champ de conscience philosophique, il était en revanche possible de le caractériser comme une attitude, d’autant qu’il définissait lui-même l’empirisme comme une attitude avant d’en faire une doctrine. Tel était le centre de sa pensée, qui était partout sans être localisé en un point spécifique : pour chaque problème traité, que ce soit la fonction de la conscience, la nature de la vérité ou la valeur de l’expérience religieuse, James l’aborde en adoptant une certaine attitude qui se voulait empiriste et qu’il a cherché à caractériser et déployer dans toute son œuvre. Mais si, dans cet ouvrage, j’avais tenté de montrer que chaque doctrine reflétait chacune pour son compte une telle attitude de fidélité envers l’expérience, je n’avais pas cherché à lire le pluralisme, l’empirisme radical ou le surnaturalisme eux-mêmes comme des attitudes. Je n’avais pas suffisamment vu que le pragmatisme se trouve plus dans ce mouvement d’ascension éthique que dans la théorie de la vérité ou la méthode que James appelle de ce nom, et qu’il est possible de comprendre tous ces « -isme » comme autant de grandes dispositions de l’esprit composant ensemble le tempérament philosophique que James préconise.
Ce livre est donc en un sens une reprise systématique de ce programme, et James est un modèle historique essentiel dans la compréhension de la philosophie comme attitude[17]. Mais il en élargit l’examen au-delà du seul cas de James, car c’est en réalité l’ensemble du pragmatisme classique qui est animé par cette question. Plusieurs grandes raisons font en effet de l’étude du pragmatisme un modèle privilégié à mes yeux pour tout examen général de la philosophie comme attitude.
La première est que les pragmatistes ont distingué, de manière explicite et relativement détaillée, les trois niveaux et qu’ils ont eux-mêmes identifié le pragmatisme d’abord et avant tout à une attitude. Charles S. Peirce a défini le pragmatisme non comme une doctrine métaphysique mais comme une simple méthode de logique pour rendre les idées claires : la signification d’un concept réside selon lui dans « les habitudes générales de conduite que la croyance en la vérité du concept […] développerait de manière raisonnable[18] ». En conséquence, « l’explication la plus parfaite d’un concept susceptible d’être transmise par des mots consiste dans la description de l’habitude que ce concept est destiné à produire[19] ». Il concevait cette méthode comme la transposition dans le champ philosophique de celle qui a fait le succès des sciences modernes, dans la mesure où les scientifiques, contrairement à celles et ceux dont la culture est essentiellement livresque, pensent toute chose en termes d’expérimentation possible, c’est-à-dire de conduite rationnellement contrôlée. Or Peirce voyait précisément dans la science non pas seulement un système de vérités (premier niveau) ni même une méthode spécifique pour parvenir à la vérité (deuxième niveau), mais d’abord et avant tout une certaine attitude générale – la manière expérimentale de penser, la tournure d’esprit expérimentaliste – et même un mode de vie. La philosophie ne pourrait que progresser, selon lui, si les philosophes adoptaient une même tournure d’esprit pour les problèmes qui les occupent. On trouve généralement à l’entrée « pragmatisme » des dictionnaires la référence à la théorie de la vérité de James. Mais pour James, comme pour Peirce, le pragmatisme désigne avant tout non une doctrine mais une méthode, qui fournit non seulement un test pour clarifier la signification des concepts abstraits, mais un moyen pour résoudre les disputes philosophiques qui semblent interminables. Or cette méthode, il la réfère à son tour à une attitude plus générale :
le pragmatisme représente une attitude tout à fait familière en philosophie, l’attitude empiriste, mais elle la représente, à ce qu’il me semble, sous une forme à la fois plus radicale et moins contestable qu’elle ne l’a jamais été. Un pragmatiste tourne le dos résolument et une fois pour toutes à tout un tas d’habitudes invétérées qui sont chères aux philosophes professionnels […] la méthode pragmatique signifie donc jusqu’à présent non pas un résultat particulier quelconque, mais seulement une attitude d’orientation. L’attitude de se détourner des choses premières, des principes, des « catégories », des prétendues nécessités ; et de se retourner vers les choses dernières, les fruits, les conséquences, les faits[20].
C’est la raison pour laquelle il dédia son Pragmatism (1907) à la mémoire du philosophe empiriste britannique John Stuart Mill « qui, le premier, m’enseigna l’ouverture d’esprit pragmatique », et qu’il lui donna comme sous-titre : « un nouveau nom pour une ancienne manière de penser [way of thinking] ». De cette formule, on souligne souvent les marqueurs temporels, mais l’idée d’une manière générale de penser, qui marque une continuité entre l’empirisme britannique et le pragmatisme américain par-delà les ruptures doctrinales et les infléchissements méthodologiques, est en réalité plus déterminante pour comprendre la philosophie de James. John Dewey a critiqué à son époque l’enseignement des sciences à l’école, dans la mesure où il n’était présenté que des résultats sous la forme d’un ensemble d’informations à apprendre dans un manuel. S’il a fait campagne pour introduire des laboratoires dans les écoles, c’était pour que les élèves apprennent la science en la faisant, c’est-à-dire en comprenant de quelle manière ces résultats sont produits, selon quelle méthode et avec quels instruments. Il s’est même présenté comme un philosophe de la méthode, cherchant à transposer la méthode scientifique dans la résolution des problèmes humains et des conflits de valeurs. On ne peut savoir à l’avance quelle sera la solution à ces problèmes, mais on a selon lui de bonnes raisons de savoir à l’avance que la meilleure méthode pour les résoudre sera une méthode d’intelligence collective en action, comme l’est la méthode expérimentale des scientifiques. Or le projet même de cette transposition indique que l’on puisse décoller une attitude scientifique plus générale des méthodes particulières que les scientifiques utilisent dans leur laboratoire. C’est, au-delà des procédures particulières des méthodes scientifiques, cette attitude d’enquête que Dewey souhaitait faire acquérir aux élèves et dont il défendait l’adoption pour résoudre les conflits humains : lorsque la science dénote non pas seulement un compte rendu de faits particuliers découverts au sujet du monde mais une attitude générale envers lui – par contraste avec des choses spécifiques à faire –, alors elle devient philosophie. Car une disposition sous-jacente représente une attitude, non pas envers telle ou telle chose, ni même envers une collection de choses connues, mais envers les considérations qui gouvernent la conduite [Dewey, DE, LW9, p. 334].
Du point de vue même de ses premiers propagateurs, ce serait donc une erreur de rabattre le pragmatisme comme philosophie sur le seul plan de la méthode (serait-ce la méthode pour rendre les idées claires ou la méthode de l’enquête) ou de la doctrine (serait-ce la théorie de la vérité ou de l’expérience)[21].
La deuxième raison qui fait du pragmatisme un modèle privilégié est l’image globale de l’histoire et des progrès de la pensée qu’on y trouve. Peirce a distingué quatre grandes méthodes pour fixer les croyances, mais en réalité il en oppose une, la méthode scientifique, aux trois autres (méthode de ténacité, méthode d’autorité, méthode a priori). Du point de vue des attitudes, l’histoire de la philosophie oscille en effet entre l’attitude du scientifique, prêt à renverser toutes ses théories si l’expérience le demande, et l’attitude de celles et ceux qui s’accrochent à leurs croyances et ne raisonnent que pour les défendre coûte que coûte. James a affirmé que l’on peut voir toute l’histoire de la philosophie comme celle du conflit entre deux grands tempéraments philosophiques, les « tender-minded » (les délicats) qu’il qualifie de « rationalistes », et les « tought-minded » (les coriaces) qu’il identifie aux « empiristes ». Les premiers aiment les grands principes et tendent à être dogmatiques, quand les seconds préfèrent les petits faits et sont enclins à être critiques. On pourrait écrire l’histoire de la philosophie en rangeant chaque philosophe dans l’une ou l’autre colonne, selon l’inclination dominante de sa pensée, et en montrant comment chaque avancée doctrinale ou méthodologique de l’une des tendances appelle des réactions et des modifications de l’autre pour en défendre et en réactualiser l’attitude générale. L’ensemble de l’œuvre de Dewey est structuré par l’opposition entre une ancienne et une nouvelle manière de penser, dont il analyse les formes générales à travers tous les champs philosophiques et dont il dégage les facteurs historiques, tant sociaux que scientifiques. S’il fait de la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles un tournant dans l’histoire de la culture, c’est qu’elle commence à introduire un nouvel esprit d’enquête à l’opposé de cette manière dualiste de penser qui répond à une quête de certitude absolue. À leur suite, Rorty voit dans la culture et la pensée l’histoire d’une lutte entre des tendances pour et des tendances contre la recherche de fondements intemporels pouvant servir de sources non-humaines d’autorité à nos manières de vivre et de penser. Il se dégage donc de l’œuvre de ces pragmatistes une image globale de l’histoire de la philosophie, sinon de la culture, qui en localise la détermination la plus importante dans le conflit entre deux grandes attitudes, l’attitude faillibiliste, expérimentale et antidogmatique d’une part, qui prépare les individus à critiquer et reconstruire toutes leurs croyances et leurs valeurs lorsque c’est nécessaire, et d’autre part l’attitude fondationnaliste, absolutiste, dogmatique, qui exprime le besoin des individus de chercher la certitude et de se référer à l’autorité de principes ultimes et de critères définitifs. La philosophie, au sens normatif du terme, y est d’ailleurs identifiée à la première de ces attitudes, qui, dans l’histoire, est en réalité toujours seconde et doit être conquise en surmontant la première, qui représente une inclination plus naturelle de la pensée. Ce conflit se joue à l’échelle des individus tout autant que de l’histoire collective. Il est ainsi possible de lire l’œuvre d’un philosophe comme étant encore en transition, partagée selon des proportions variables entre l’ancienne et la nouvelle manière de penser. Cette tension n’épargne pas les pragmatistes eux-mêmes, si bien que leurs successeurs et héritiers peuvent chercher à expurger de leurs œuvres les vestiges de modes de pensée pré-pragmatistes au nom d’une fidélité supérieure à l’attitude même qu’ils ont cherché à promouvoir. Cette tension est également à l’œuvre en chacun d’entre nous, et si la philosophie, pour les pragmatistes, a une vocation éthique et éducative fondamentale, c’est qu’elle doit nous inciter à former les bonnes dispositions à penser, et pas seulement à nous informer sur les traits constituants de la réalité, la nature de la connaissance ou les principes fondamentaux de la démocratie.
La troisième raison générale est que les pragmatistes ont réalisé eux-mêmes un certain nombre d’ascensions éthiques qui ont ouvert la voie d’une telle stratégie de compréhension des conceptions philosophiques. Ils l’ont fait, nous l’avons noté, pour le terme même « pragmatisme », terme en « -isme » à qui il convient d’appliquer sa propre médecine. Une telle caractérisation éthique du pragmatisme est fidèle au pragmatisme lui-même puisqu’elle permet de le comprendre pragmatiquement : identifié à une attitude ou à un caractère comme complexe de dispositions, plutôt qu’à un système de thèses ou un ensemble de méthodes, le pragmatisme comme conception philosophique se voit ainsi défini en termes de résultats pratiques et d’habitudes d’action. Il en va de même pour tous les autres termes dont on se sert communément pour préciser la position pragmatiste, et dont la plupart ont fait l’objet, de la part des pragmatistes historiques, d’une lecture méthodologique ou éthique : « faillibilisme », « expérimentalisme », « empirisme », « pluralisme », « naturalisme », « méliorisme », « antifondationnalisme », « antireprésentationalisme », « antiscepticisme », etc. Cette stratégie de lecture permet de retrouver le sens pragmatiste de ces conceptions dont le succès a parfois amoindri le tranchant. Par exemple, le faillibilisme, dont le terme est inventé par Peirce, est défini aujourd’hui dans les dictionnaires philosophiques par la thèse suivant laquelle il n’est pas de croyance si justifiée qui ne puisse être fausse. Or le faillibilisme énonce moins une thèse sur une propriété curieuse de nos croyances qu’il ne désigne une attitude à recommander vis-à-vis de l’ensemble de nos croyances. Il se formule sous la forme de préceptes tels que « ne te repose jamais dans tes croyances établies », « ne les érige pas en dogmes absolus », « cherche constamment à les améliorer », « ne bloque pas la voie de l’enquête ». Le rapport entre le faillibilisme et le reste des croyances n’est ainsi pas un lien d’une croyance particulière (sur nos croyances) aux autres croyances. Il renvoie à une manière de croire, plutôt qu’à une croyance particulière énonçable sous la forme d’une thèse séparée. Sa valeur tient dans les effets qu’une telle disposition vis-à-vis de ses propres croyances produit, en ce qu’elle est la condition de la critique et de la reconstruction de toutes nos croyances. C’est donc en faisant du faillibilisme une attitude et non simplement une doctrine (même si elle est inséparable de certaines conceptions substantielles, par exemple sur la nature des croyances) qu’on retrouvera le sens pragmatiste du faillibilisme, en même temps que sa dimension éthique. Enfin, tous les concepts majeurs des pragmatistes ont fait l’objet de la part des pragmatistes, ou sont susceptibles de faire l’objet, d’une telle ascension méthodologique et éthique. On l’a déjà aperçu pour le concept pragmatiste de « science ». On en approfondira plusieurs autres exemples, à titre de modèles, dans les chapitres qui suivent, au sujet de la « volonté de croire », de l’« enquête » ou de l’« expérience pure ».
La dernière raison est que les pragmatistes n’ont pas seulement conçu la philosophie comme attitude, mais qu’ils ont également élaboré une riche philosophie des attitudes. Leur participation à l’essor de la nouvelle psychologie scientifique, dans ses aspects aussi bien biologiques que sociaux, les a conduits à mobiliser largement un vocabulaire éthologique ou comportementaliste : tempérament, caractère, disposition, habitude, geste, rôle et attitude sociale, vertu. Leur perspective naturaliste singulière – anti-dualiste et anti-réductioniste – les a par ailleurs amenés à favoriser le champ lexical de la modalité (une nature unique, mais diversement modulée) : manière d’agir et de penser, mode de vie, modification, adverbe de manière, ways, méthode, moyen. Ces deux aspects sont particulièrement développés chez Dewey. Partant d’un monde d’interactions, il entend rendre compte de toute chose, y compris des différents aspects de l’expérience humaine, en fonction des modes particuliers d’interactions qui les constituent. L’instinct, l’habitude et l’intelligence sont des modes spécifiques d’interaction avec l’environnement naturel et social. L’esprit en général est une certaine manière de se conduire (la manière intelligente), et non une substance séparée du corps ou de l’environnement. Le moi est un complexe d’habitudes en reconstruction continue. Les croyances sont des dispositions générales à agir. Les concepts sont des manières générales de se comporter vis-à-vis des faits particuliers. La science est une certaine manière de conduire sa pensée. L’éducation est le processus contrôlé de formation des dispositions, l’école n’étant qu’une des formes que ce contrôle peut prendre. La démocratie est un certain mode de vie associée, avant d’être un ensemble d’institutions. La religion est une certaine attitude envers le tout de la vie, avant d’être un ensemble de doctrines et d’organisations[22]. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la philosophie elle-même, considérée à son tour comme une activité, se voie définie par les grandes attitudes qu’elle exhibe et promeut. Si l’on considère que les croyances sont des habitudes d’action, alors les dispositions pragmatistes sont des habitudes au second degré. Ce sont les habitudes de la pensée réfléchie[23].
Ce livre porte sur la philosophie et il aborde plus particulièrement les rapports entre philosophie et métaphysique, philosophie et science, philosophie et religion. Il le fait à travers l’examen de quelques thèses majeures des pragmatistes sur la philosophie, en montrant qu’il convient, pour bien les apprécier et les évaluer, de les rapporter à chaque fois aux grandes manières de penser qu’elles incarnent et exhibent. La première partie détaille la caractérisation du pragmatisme comme attitude, en retrouvant, au plus près des textes, les arguments généraux qui permettent de distinguer les trois niveaux de la doctrine, de la méthode et de l’attitude et d’accorder le primat du point de vue de la valeur philosophique à celui de l’attitude. La seconde partie souligne l’un des aspects les plus importants de l’attitude pragmatiste : sa disposition à la critique, qui en fait l’héritière de l’esprit des Lumières. Elle met notamment en œuvre cet esprit critique sur des problèmes de métaphysique et de religion. Parce qu’une telle compréhension du pragmatisme ne décourage pas mais au contraire favorise la critique des thèses doctrinales et des méthodes des pragmatistes eux-mêmes, parce que la valeur du pragmatisme se trouve précisément dans cet encouragement à la critique, une grande partie de ces chapitres indiquent les limites de certaines thèses des pragmatistes historiques ou dénoncent la présence de reliquats de modes de penser antérieurs ou antagonistes, mais au nom d’un meilleur déploiement de l’attitude qu’ils ont proposée en philosophie.
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NOTES
[1]?Engels, 1974, p. 19-20.
[2]?Hadot, 2001, p. 177.
[3]?Hadot, 2001, p. 117-120, 124.
[4]?Hadot, 1995, p. 379-407.
[5]?Comte, 1996, p. 74.
[6]?Rorty, LT, p. 1-15.
[7]?Deleuze, 1966, p. 1-28.
[8]?Rorty, LT, p. 4.
[9]?Marconi, 1997, p. 13-16.
[10]?Granger, 1955, p. 24.
[11]?Karl Popper définit aussi son rationalisme critique comme une attitude générale de l’esprit plutôt qu’en fonction de doctrines particulières (l’attitude d’être disposé à écouter les arguments critiques et à apprendre de l’expérience, Popper, 1994, p. XII-XIII – voir sur ce point Bouveresse, 1984, p. 78-79), mais il caractérise en fait ici l’attitude critique dans son opposition à l’attitude dogmatique, plutôt que l’attitude rationaliste dans son opposition à l’attitude empiriste (on verra tout au long de ce livre que l’empirisme a prétendu depuis le début à incarner de manière plus consistante l’attitude antidogmatique).
[12]?Fine, 1984 et surtout Crasnow, 2000.
[13]?Van Fraassen, 2002, p. 47-48.
[14]?Van Fraassen, 2002, p. 49.
[15]?Andler, 2016, p. 93-94.
[16]?Madelrieux, 2008.
[17]?Van Fraassen en reconnaît la priorité pour la caractérisation de l’empirisme comme attitude (2002, p. 213) et Andler le mentionne quand il indique que le choix en faveur du naturalisme exprime un tempérament philosophique (Andler, 2016, p. 95 et 476 n).
[18]?Peirce, EP2, p. 448.
[19]?Peirce, CP5, p. 491.
[20]?James, P, p. 32.
[21]?Les ouvrages d’ensemble sur le pragmatisme se présentent généralement : 1) soit comme des études historiques retraçant le développement du mouvement et l’élargissement progressif du sens du terme « pragmatisme », avec une insistance sur les œuvres des différentes figures (du club métaphysique de Peirce et James au néopragmatisme post-analytique de Rorty et Putnam : Mounce, 1997 ; Murphy, 1990 ; Misak, 2013) ; 2) soit comme des études thématiques (Morris, 1970 ; Eames, 1977, Talisse et Atkins, 2008) : la méthode pragmatique, la théorie faillibiliste de la connaissance et de la vérité, la métaphysique indéterministe et pluraliste, l’analyse naturaliste des valeurs (morale, politique, art, religion) ; 3) soit comme le relevé d’une série de thèses fondamentales (par exemple Putnam, 1994) comme l’antifondationnalisme et l’antiscepticisme, l’opposition à la dichotomie fait/valeur, l’antireprésentationnalisme, etc. ; 4) soit, le plus souvent, comme un mixte de ces différentes présentations (Thayer, 1981 ; Cometti, 2010). Même si leur importance est soulignée, les considérations sur le pragmatisme comme méthode, et a fortiori comme manière générale de penser, sont donc généralement réservées et limitées aux premiers temps de la présentation (ou aux moments de bilan, dans la conclusion), au lieu d’être prises comme point de vue systématique permettant d’éclairer l’ensemble des thèses et des thèmes, voire le développement d’une même histoire. L’expression « tournant pragmatiste » ou « pragmatique », au lieu de référer à une révolution méthodologique à l’exemple du « tournant linguistique », a même pu être utilisée dans un sens relativement substantiel. Egginton et Sandbothe (2004) font résider ce tournant dans les différentes stratégies néo-pragmatistes de critique du représentationalisme. Richard Bernstein (2010) le repère dans la critique de la conception cartésienne de l’esprit et de la connaissance inaugurée par Peirce. John E. Smith a bien parlé de « l’esprit de la philosophie américaine » (Smith, 1963), mais il utilise l’expression de manière vague, synonyme de « vision philosophique », qui mélange attitude d’esprit et thèses métaphysiques et épistémologiques fondamentales (Smith, 1992). L’ouvrage de Colin Koopman (2009) présentant le pragmatisme comme l’introduction d’un point de vue « transitionnel » en chaque champ d’étude (connaissance, éthique, politique, etc.) peut être considéré comme un essai d’ascension méthodologique et même, implicitement, éthique (Madelrieux, 2017b).
[22]?Pour des contributions francophones récentes à la théorie pragmatiste des attitudes en philosophie de l’esprit et de l’action, voir Steiner, 2019 ; Girel, 2021 ; Quéré, 2021. Sur la démocratie comme manière d’agir, voir Frega, 2020.
[23]?Sur le rapport entre habitude et moralité réfléchie chez Dewey, voir Madelrieux, 2020. La redescription du pragmatisme comme attitude ne doit pas être comprise comme une simple réduction de la connaissance à la morale – non seulement parce que l’on ne peut court-circuiter les méthodes et les doctrines, mais aussi parce que les théories morales elles-mêmes doivent être revivifiées dans l’épreuve de l’ascension éthique.
Doctrines et méthodes sont des aspects bien répertoriés et étudiés de l’activité philosophique. Mais il y a aussi l’attitude philosophique. Alors qu’est ce qu’une attitude philosophique? Examen de la philosophie pragmatiste avec Stéphane Madelrieux dans » La philosophie comme attitude » au PUF
Le pragmatisme, un modèle privilégié pour tout examen général de la philosophie comme attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes philosophiques. Dans » La philosophie comme altitude », édité au PUF, de Stéphane Madelrieux, c’est surtout de pragmatisme dont il est question ainsi que de l’attitude philosophique des pragmatistes. Le philosophe William James est pour l’auteur un modèle historique essentiel dans la compréhension de la philosophie comme attitude.
L’essai « La philosophie comme attitude » voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Stéphane Madelrieux défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre ces deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentale. Au-delà de leurs théories sur la vérité ou l’expérience, au-delà même de leurs méthodes d’analyse et d’enquête, la promotion et l’extension d’une manière de penser antidogmatique et antiautoritaire dans tous les secteurs de la vie humaine – depuis la science jusqu’à la morale, la politique et la religion – sont leur projet le plus important et le plus digne d’être enseigné aujourd’hui.
La philosophie comme attitude, Stéphane Madelrieux
Jean-Philippe Pierron
Philosophe, directeur de la chaire « Valeurs du soin », enseigne à l’université de Bourgogne où il dirige le master « Humanités médicales et environnementales ».
Dans ce nouvel ouvrage, rédigé avec une grande clarté de style, et non sans d’incisives touches d’ironie, le philosophe Stéphane Madelrieux, spécialiste de William James (1842-1910) et de John Dewey (1859-1952), poursuit son projet en faveur d’une compréhension moins métaphysique (Henri Bergson, Jean Wahl et Gilles Deleuze) du projet pragmatiste de James et de Dewey (voir la recension de son précédent livre, Philosophie des expériences radicales, Seuil, 2022, dans Études, mai 2023). Le livre débute par une magistrale et limpide introduction qui donne son titre au livre. Alors que l’on tend à penser essentiellement les philosophies par leurs méthodes, entendues comme une certaine manière de conduire la réflexion, et par leurs doctrines formulées en des thèses et un vocabulaire spécifique, l’auteur propose de se concentrer sur ce qui les fonde, à savoir une attitude. Cette façon spécifique de penser et de se conduire mobilise des dispositions intérieures et un style : l’attitude éthique des Grecs, l’attitude critique des Lumières… C’est elle qui fait de la philosophie une activité vivante. Sur un mode combatif, il cherche alors à prémunir, parfois en radicalisant plus encore l’empirisme radical (James sans le malentendu de la religion, Dewey sans la foi religieuse), contre un dogmatisme dont la « Religion » serait le concentré. Face au « Dogme », l’attitude empiriste consiste à « être disposé à expérimenter ses croyances et ses valeurs, à les mettre à l’œuvre et à l’épreuve dans l’expérience pour savoir s’il faut les adopter, les rejeter ou les corriger » (p. 317). Mais les autres attitudes philosophiques, si elles ne se muent pas en idéologies, ne font-elles pas de même ?
À propos de : Stéphane Madelrieux, La philosophie comme attitude, Puf
par Romain Mollard , le 6 janvier
Le pragmatisme est bien plus qu’une méthode d’analyse ou un ensemble de thèses fondées sur l’expérience : c’est une disposition d’esprit, et c’est certainement en cela que ce courant reste si vivant.
Cet ouvrage de Stéphane Madelrieux est issu d’articles réécrits ou augmentés pour composer un volume dont l’unité est bien réelle. L’auteur y développe des idées déjà exposées dans ses précédents livres, dont William James, L’attitude empiriste (2008) et Philosophie des expériences radicales (2022) avec une maturité accrue.
Stéphane Madelrieux – La philosophie comme attitude
1 juillet 2024
Rencontre-Dédicace du 29 juin 2024 avec Stéphane Malderieux pour son ouvrage La Philosophie comme attitude aux éditions PUF. La rencontre en partenariat avec les rencontre philosophiques clermontoises était animée par Nathan Ben Kemoun et Valentin Debatisse.
William James Le pragmatisme
Un nouveau nom pour d’anciennes manières de penser
Édition de : Stéphane Madelrieux
Traduction (Anglais) : Nathalie Ferron
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VOIR AUSSI
La revue en ligne Pragmata est consacrée à la recherche en langue française sur le pragmatisme, par la connaissance de son histoire et l’exploration de ses usages.
Pragmatism and/on Science and Scientism Multilingual Symposium sur Stéphane Madelrieux Philosophie des expériences radicales La différence pragmatiste Réponse à Rossella Fabbrichesi, Claude Gautier et Philippe Sabot Stéphane Madelrieux https://doi.org/10.4000/11p5a
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
Le lecteur tirera de cet ouvrage, suivant l’idée que « le médium est le message », non seulement un exemple de la structure d’une histoire érudite, dans ce cas précis, de la philosophie pragmatiste, mais aussi une exemple concret d’application d’un esprit critique étendu à tous les aspects d’un sujet.
Personnellement, le mot « attitude » m’interpelle plus particulièrement en raison de mon travail de président fondateur et directeur général d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs au cours des années 1990. Notre méthode d’enquête prédictive mesurait le pouvoir du produit à générer des attitudes favorables ou défavorables des consommateurs potentiels. Plus le pourcentage d’attitudes favorables générées par les consommateurs face au produit est élevé, au-delà du seuil de 70%, plus le succès du produit sur le marché est assuré. Pourquoi les attitudes ? Parce qu’il s’agit de la toute dernière opération mentale déterminant et agissant sur le comportement d’achat du consommateur. Et pour le chercheur américain Louis Cheskin (1907—1981), à l’origine de cette méthode, les consommateurs n’ont pas conscience de leurs attitudes, On ne peut donc pas fonder sa recherche sur des questions directes aux consommateurs. Il faut plutôt adopter une « Approche indirectes des réactions du marché » pour passer outre les mécanismes de défense naturelle des consommateurs. Pour de plus amples information, télécharger gratuitement mon livre « Comment motiver les consommateur à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez pas à l’université (PDF) ». Le processus conduit à l’adoption d’une attitude favorable ou défavorable est plus court que celui débouchant sur une opinion. L’attitude a donc, à ce titre, plus d’impact sur le comportement du consommateur que son opinion. Et si je rapporte cela à la philosophie, je dois donc admettre que toute philosophie implique en amont une attitude, ce qui rejoint les propos du professeur Stéphane Madelrieux.
Doctrines et méthodes sont des aspects bien répertoriés et largement étudiés de l’activité philosophique. Or non seulement il faut distinguer une troisième dimension, à laquelle on réservera le nom d’« attitude », mais on soutiendra tout au long de ce livre que cette troisième dimension est la plus importante pour la philosophie. Il arrive qu’on rencontre un étudiant qui connaisse bien une doctrine et qui maîtrise suffisamment les règles d’un exercice philosophique, mais qui semble manquer, comme on le dit parfois, de « sens philosophique » dans la restitution de cette doctrine comme dans l’application de ces règles.
« On veut dire par là qu’il n’a pas encore acquis certaines dispositions d’esprit qui font de la philosophie une activité vivante, un exercice de réflexion en acte — un peu comme le pianiste dont le jeu est « sans âme ». »
On veut dire par là qu’il n’a pas encore acquis certaines dispositions d’esprit qui font de la philosophie une activité vivante, un exercice de réflexion en acte – un peu comme le pianiste dont le jeu est « sans âme ». Ces dispositions ne se confondent pas avec des thèses soutenues ou avec des méthodes utilisées, puisqu’elles mettent en jeu une attitude générale envers ces thèses et ces méthodes, une manière de se rapporter à elles : une certaine façon de proposer une position, une certaine façon d’utiliser un outil de réflexion et de se rapporter à son but. Ces dispositions s’acquièrent, comme les informations doctrinales et les procédés méthodiques, mais il est plus difficile de les transmettre sous forme d’énoncés. Non pas qu’elles ne soient générales, ni susceptibles d’être mises en œuvre au cours d’occasions différentes, dans l’énoncé de tel ou tel élément particulier de doctrine ou dans l’utilisation de telle ou telle règle particulière. Ces dispositions sont au contraire comme des grandes habitudes de pensée, des tournures d’esprit affectant l’ensemble de sa pensée, des ways of thinking. Mais elles sont personnelles, qualifiant la manière la plus générale dont un philosophe pense. Elles composent comme son caractère ou son tempérament philosophique. Elles sont ainsi moins détachables du philosophe que les doctrines ou les méthodes, et elles s’apprennent plus facilement par l’exemple, en voyant comment font les modèles qui les exhibent de manière particulièrement exemplaire et convaincante.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 13-14.
P.S.: L’encadré est de nous. Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.
Qu’est qu’une attitude ? « L’attitude est l’« état d’esprit » d’un sujet ou d’un groupe vis-à-vis d’un objet, d’une action, d’un autre individu ou groupe. Elle ressort au savoir-être de quelqu’un. C’est une prédisposition mentale à agir de telle ou telle façon. Elle désigne surtout une intention et n’est donc pas directement observable. » (Source Wikipédia).
Il y a toujours un problème ou un autre avec la définition d’une attitude, surtout en philosophie. On le constate à la lecture du texte « Les attitudes philosophiques » du Docteur en philosophie Oscar BRENIFIER (Diotime, n°30 (07/2006). Tantôt il parle d’« attitude philosophique », tantôt il parle de « vertu philosophique », ce qui est très d’être la même chose. Aussi, il écrit que « Les attitudes sont des aptitudes ».
APTITUDES
Les attitudes sont des aptitudes. L’origine est la même, le sens quasiment identique. Si ce n’est que le premier renvoie à l’être, à un savoir-être, et le second à l’action, à un savoir-faire. Mais il reste à savoir si l’action doit déterminer l’être, ou si l’être doit déterminer l’action. Là encore, question d’attitude ou d’acte de foi, ce positionnement déterminera à la fois le contenu de la philosophie enseignée, mais aussi la manière de l’enseigner, la nécessité de l’enseigner, le rapport à l’autre, le rapport à soi ainsi que le rapport au monde. Mais pour prendre en charge cette problématique faut-il encore ne pas nier que le philosopher ait un sujet : nous-même, ou l’autre. Constat qui nous empêche de parler pour la philosophie et nous autorise à se saisir de la parole uniquement dans la perspective réduite d’un être singulier, d’une parole singulière. Mais là encore, c’est prôner une attitude spécifique qui ne saurait échapper à la critique de celui qui souhaiterait y échapper.
L’Internet Encyclopedia of Philosophy and its Authors parle de « Propositional Attitudes » (Attitudes propositionnelles) :
Propositional Attitudes
Sentences such as “Galileo believes that the earth moves” and “Pia hopes that it will rain” are used to report what philosophers, psychologists, and other cognitive scientists call propositional attitudes—for example, the belief that the earth moves and the hope that it will rain. Just what propositional attitudes are is a matter of controversy. In fact, there is some controversy as to whether there are any propositional attitudes. But it is at least widely accepted that there are propositional attitudes, that they are mental phenomena of some kind, and that they figure centrally in our everyday practice of explaining, predicting, and rationalizing one another and ourselves.
For example, if you believe that Jay desires to avoid Sally and has just heard that she will be at the party this evening, you may infer that he has formed the belief that she will be at the party and so will act in light of this belief so as to satisfy his desire to avoid Sally. That is, you will predict that he will not attend the party. Similarly, if I believe that you have these beliefs and that you wish to keep tabs on Jay’s whereabouts, I may predict that you will have made the prediction that he will not attend the party. We effortlessly engage in this sort of reasoning, and we do it all the time.
Des phrases telles que « Galilée croit que la terre bouge » et « Pia espère qu’il pleuvra » sont utilisées pour décrire ce que les philosophes, psychologues et autres spécialistes des sciences cognitives appellent des attitudes propositionnelles — par exemple, la croyance que la terre bouge et l’espoir qu’il pleuvra. La définition exacte des attitudes propositionnelles est sujette à controverse. En fait, il existe une certaine controverse quant à l’existence d’attitudes propositionnelles. Mais il est au moins largement admis qu’il existe des attitudes propositionnelles, qu’elles sont des phénomènes mentaux d’une certaine sorte et qu’elles occupent une place centrale dans notre pratique quotidienne d’explication, de prédiction et de rationalisation des autres et de nous-mêmes.
Par exemple, si vous croyez que Jay désire éviter Sally et vient d’apprendre qu’elle sera à la fête ce soir, vous pouvez en déduire qu’il a formé la croyance qu’elle sera à la fête et qu’il agira donc en fonction de cette croyance afin de satisfaire son désir d’éviter Sally. Autrement dit, vous prédirez qu’il n’ira pas à la fête. De même, si je crois que vous avez ces croyances et que vous souhaitez garder un œil sur les allées et venues de Jay, je peux prédire que vous aurez fait la prédiction qu’il n’ira pas à la fête. Nous nous engageons sans effort dans ce genre de raisonnement, et nous le faisons tout le temps.
L’Encyclopédie Universalis introduit en ces mots sa définition de Attitude :
Le mot attitude vient du latin aptitudo. Son sens primitif appartient au domaine de la plastique : « Manière de tenir le corps. [Avoir] de belles attitudes », dit Littré. Du physique le terme se transpose au moral : « L’attitude du respect » ; puis il déborde le moral pour indiquer des dispositions diverses : « Le gouvernement par son attitude a rassuré les amis de la paix », dit encore Littré. Le mot commence à apparaître régulièrement dans le vocabulaire scientifique avec les premiers travaux de la psychologie expérimentale. Très rapidement, en effet, les psychologues ont remarqué que la réussite devant une tâche, et plus généralement la réaction à une stimulation, dépendait de certaines dispositions mentales. Déjà, H. ?Spencer écrivait que « la formulation des jugements corrects sur des questions controversées dépend beaucoup de l’attitude mentale (the attitude of mind) que nous manifestons en écoutant ou en prenant part à la discussion ». La notion d’attitude apparaît donc comme fondamentale pour expliquer la relation entre stimulation et réponses.
Aussi on peut ce résumé ans le document « La relation attitude-comportement : un e?tat des lieux » :
Résumé·s
La de?finition psychosociale de l’attitude en fait un e?tat mental pre?disposant a? agir d’une certaine manie?re lorsque la situation implique la pre?sence re?elle ou symbolique de l’objet d’attitude, d’ou? l’effort re?current d’e?valuer ce lien qui existe entre les re?ponses verbales et les actes. L’auteur pre?sente ainsi trois ge?ne?rations de travaux qui abordent, avec des e?clairages diffe?rents la question de la consistance entre attitude et comportement : ceux qui concluent a? une relation tre?s faible, ceux qui concluent a? une relation mode?re?e, ceux qui mettent en e?vidence des conditions ne?cessaires a? la pre?dictivite? des attitudes.
Les deux premiers paragraphe de l’article
La relation attitude-comportement est une des relations les plus difficiles à cerner. En effet, elle est l’objet d’importants débats depuis de nombreuses années, et pourtant elle ne semble pas encore clairement définie.
Nous savons que dans le langage ordinaire, l’attitude correspond, au sens propre, à une position du corps, à une manière de se tenir, et au sens figuré, à une conduite tenue dans certaines circonstances. Par contre en psychologie sociale, l’attitude est essentiellement employée dans le sens d’un état mental et neurophysiologique déterminé par l’expérience et qui exerce une influence dynamique sur l’individu en le préparant à agir d’une manière particulière à un certain nombre d’objets ou d’événements (Allport, 1935). Autrement dit, l’attitude est considérée comme une variable intermédiaire qui prépare l’individu à agir d’une certaine manière à l’égard d’un objet donné. Cependant, les auteurs qui se sont intéressés à la question de l’attitude ont un point de vue différent au sujet de l’évaluation de l’attitude. Pour certains, l’attitude a essentiellement un caractère unidimensionnel : elle ne s’exprimerait que par des réponses affectives positives ou négatives (Osgood, Succi & Tannenbaum, 1957 ; Petty & Cacioppo, 1981). Pour d’autres, l’attitude a un caractère tridimensionnel (Hovland & Rosenberg, 1960) : son évaluation est à la fois cognitive (connaissances et croyances au sujet d’un objet d’attitude), conative (les intentions), tout autant qu’affective.
Et voici la définition que je donne au mot attitude dans mon livre « Comment motiver les consommateurs à l’achat » :
ATTITUDES. Les mots-clés : 1. Inconscient. 2. Convergence.
Disposition, état d’esprit (à l’égard de quelqu’un ou quelque chose); ensemble de jugements et de tendances qui pousse à un comportement (Le Petit Robert). “Une attitude est donc une orientation générale de la manière d’être face à certains éléments du monde. C’est l’expression dynamique d’un principe affectif profond et inconscient (ou valeur) acquis à travers la succession ou la répétition d’expérience de la vie. Une attitude prédispose à percevoir et à agir d’une certaine manière. C’est parce que les attitudes influencent la perception, la mémoire et le raisonnement qu’elles interviennent puissamment dans l’orientation des conduites et sont donc des motivations.” (13). L’attitude est le dernier facteur en liste à influencer le comportement, après l’attitude vient l’acte. À ce titre, l’attitude est le point de convergence de tous les facteurs, conscients et inconscients, qui influencent le comportement. Aussi, l’attitude prédispose à l’action et, par le fait même, elle annonce (laisse voir) l’acte qui sera posé. Il n’est donc pas besoin de connaître et de contrôler tous les facteurs agissant sur le comportement d’un individu pour prédire s’il posera ou non un geste d’achat. Il suffit d’identifier l’objet des attitudes (ex. : praticité), d’en déterminer la qualité (favorable, défavorable ou mi-favorable, mi-défavorable) et d’en mesurer la force pour savoir si le produit sera ou non l’objet d’un geste d’achat. Alors que nous nous sommes déjà faits une « opinion inconsciente » de l’objet perçu et avons adopté inconsciemment l’attitude qui s’impose, le cerveau conscient vient à peine de recevoir sa copie du message envoyé par les organes sensoriels. Il entreprend alors de se faire une opinion de l’objet perçu.
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13. Alex Mucchielli, Les Motivations, Collection Que sais-je ?, No 1949, Presses Universitaires de France, Paris, 2000, Cinquième édition mise à jour, p. 78.
Bref, à mon avis, l’attitude n’est pas une disposition intellectuelle consciente.
Reprenons la citation tirée de LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE ci-dessus et poursuivons avec le paragraphe suivante :
Doctrines et méthodes sont des aspects bien répertoriés et largement étudiés de l’activité philosophique. Or non seulement il faut distinguer une troisième dimension, à laquelle on réservera le nom d’« attitude », mais on soutiendra tout au long de ce livre que cette troisième dimension est la plus importante pour la philosophie. Il arrive qu’on rencontre un étudiant qui connaisse bien une doctrine et qui maîtrise suffisamment les règles d’un exercice philosophique, mais qui semble manquer, comme on le dit parfois, de « sens philosophique » dans la restitution de cette doctrine comme dans l’application de ces règles. On veut dire par là qu’il n’a pas encore acquis certaines dispositions d’esprit qui font de la philosophie une activité vivante, un exercice de réflexion en acte – un peu comme le pianiste dont le jeu est « sans âme ». Ces dispositions ne se confondent pas avec des thèses soutenues ou avec des méthodes utilisées, puisqu’elles mettent en jeu une attitude générale envers ces thèses et ces méthodes, une manière de se rapporter à elles : une certaine façon de proposer une position, une certaine façon d’utiliser un outil de réflexion et de se rapporter à son but. Ces dispositions s’acquièrent, comme les informations doctrinales et les procédés méthodiques, mais il est plus difficile de les transmettre sous forme d’énoncés. Non pas qu’elles ne soient générales, ni susceptibles d’être mises en œuvre au cours d’occasions différentes, dans l’énoncé de tel ou tel élément particulier de doctrine ou dans l’utilisation de telle ou telle règle particulière. Ces dispositions sont au contraire comme des grandes habitudes de pensée, des tournures d’esprit affectant l’ensemble de sa pensée, des ways of thinking. Mais elles sont personnelles, qualifiant la manière la plus générale dont un philosophe pense. Elles composent comme son caractère ou son tempérament philosophique. Elles sont ainsi moins détachables du philosophe que les doctrines ou les méthodes, et elles s’apprennent plus facilement par l’exemple, en voyant comment font les modèles qui les exhibent de manière particulièrement exemplaire et convaincante.
C’est une conception de la philosophie qu’on associe généralement aux écoles de l’Antiquité depuis les travaux pionniers de Pierre Hadot. Celui-ci a fait valoir que la philosophie antique, et, en réalité, toute philosophie authentique, devait se comprendre non pas seulement comme un ensemble de doctrines et de systèmes d’idées, mais avant tout comme une manière de conduire sa vie.
Il y a bien des doctrines, et des règles à suivre, mais ce qui compte est l’engagement personnel du philosophe dans un certain mode de vie, son « effort pour se mettre dans certaines dispositions intérieures » (Hadot, 2001, p. 177.)
Il y a bien des doctrines, et des règles à suivre, mais ce qui compte est l’engagement personnel du philosophe dans un certain mode de vie, son « effort pour se mettre dans certaines dispositions intérieures[1] ». Au cœur de chaque système philosophique, il s’est ainsi proposé de découvrir une « attitude existentielle » ou « spirituelle » qui l’anime et que le philosophe a cherché à exhiber et mettre en œuvre dans tous les événements de sa vie[2] : attitude d’indifférence du sceptique, attitude de consentement du stoïcien, attitude de détente de l’épicurien. Si les éléments de doctrines sont tributaires du contexte de leur époque, ces grandes attitudes philosophiques lui paraissent réactualisables, et en ce sens, elles seraient transhistoriques et même transculturelles (on en retrouverait des équivalents dans les pensées non occidentales). Cette conception antique de la philosophie aurait disparu au Moyen Âge, avec la prise en charge de la conduite de la vie par la religion chrétienne et la création des premières universités, au profit de sa seule identification à l’élaboration de discours conceptuels systématiques, même si elle a survécu en marge de l’institution scolaire et refait surface çà et là chez un Montaigne ou un Wittgenstein[3].
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[1]?Hadot, 2001, p. 177.
[2]?Hadot, 2001, p. 117-120, 124.
[3]?Hadot, 1995, p. 379-407.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 13-15.
P.S.: L’encadré est de nous. Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.
À chaque référence à « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Hadot (voir mon rapport de lecture), je pense inévitablement à la manière de vivre des philosophes à savoir si leurs dires étaient en adéquation avec leurs comportements. Et je trouve une part de la réponse dans le livre « Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques » d’Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès chez La Découverte et paru en 2000. (Voir mon rapport de lecture).
« (...) En philosophie, la méthode n'est pas un échafaudage qu'on pourrait retirer une fois l'édifice construit. C'est plutôt de la manière même dont le matériau de la doctrine à été assemblé et continue de tenir ensemble, et on ne peu la retirer sans tout faire s'écrouler. (...) »
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p.18.
Ce qui vaut pour les tempéraments psychologiques vaut pour les attitudes philosophiques : c’est en action qu’il faut les considérer. On ne les trouvera nulle part ailleurs que dans les méthodes et les doctrines. On peut bien chercher à abstraire et à réactualiser, comme le dit Hadot, une grande attitude philosophique, mais ce sera encore au sein des débats de son époque, et sous des formes qu’ils conditionneront en partie. C’est néanmoins sur l’ordre de dépendance inverse qu’on veut ici insister. Car cet ordre ne signale pas seulement une interdépendance factuelle entre doctrine, méthode et attitude. Il permet aussi d’illustrer la thèse normative selon laquelle le niveau le plus important, dans une philosophie, est le type d’attitude qu’elle exhibe et promeut. Si les trois sont nécessaires pour l’articulation d’une pensée, c’est sur le plan des attitudes que les doctrines et les méthodes trouvent leur sens et leur valeur philosophiques les plus décisifs et les plus durables. La philosophie doit d’abord se comprendre comme une attitude, et non seulement comme un ensemble de doctrines ou de méthodes spécifiques de penser. Derrière les doctrines et les méthodes des philosophes, il faut savoir retrouver les grandes attitudes de pensée qu’ils incarnent et expriment. C’est d’abord à ce niveau, plutôt qu’à celui des thèses doctrinales ou même des règles méthodologiques, que les grands problèmes ou les grands débats philosophiques devraient être posés.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p.19.
J’insiste sur ce passage : « La philosophie doit d’abord se comprendre comme une attitude, et non seulement comme un ensemble de doctrines ou de méthodes spécifiques de penser. Derrière les doctrines et les méthodes des philosophes, il faut savoir retrouver les grandes attitudes de pensée qu’ils incarnent et expriment. » C’est clair ! Avant même que soient penser les doctrines et les méthodes des philosophes, il y a en chacune une attitude déjà en action dans la vie du philosophe.
Permettez-moi de citer Louis Cheskin :
Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.
« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »
TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.
Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
Le philosophe n’échappe pas à cet état de fait. C’est pourquoi, Stéphane Madelrieux se rapporte à la réalité, lorsqu’il écrit : « Derrière les doctrines et les méthodes des philosophes, il faut savoir retrouver les grandes attitudes de pensée qu’ils incarnent et expriment. »
(…) L’attitude est en effet la plus générale et la plus durable de ces trois dimensions. On changera plus facilement de croyances doctrinales, et même de règles de méthode, que d’attitude. C’est d’ailleurs ainsi qu’on se rend compte du mélange de continuité et de discontinuité dans le parcours de philosophes qui ont changé, parfois spectaculairement, de conceptions, comme c’est le cas par exemple de Wittgenstein et de Putnam. Les changements dans les doctrines défendues et dans les méthodes d’analyse recommandées permettent de dégager la constance d’une grande attitude philosophique qui n’avait pas encore trouvé les moyens d’expression adéquats dans leur première période. C’est une telle attitude, qui prend de plus en plus conscience d’elle-même, qui les pousse à réformer leurs thèses et leurs techniques. C’est que de telle attitudes constituent le cœur de la personnalité philosophique, quand les méthodes et les croyances sont plus périphériques. Elles sont plus directement liées à l’image que l’on se fait de soi-même comme philosophe et à ce qui compte par-dessus tout à ses yeux en philosophie. Face à des critiques et objections, on sera plus enclin à abandonner ou corriger telle thèse qu’à changer d’attitude, ce qui impliquerait une transformation profonde de notre tempérament philosophique. (…)
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p.25.
« Changes d’attitudes » est un ordre que nous entendons souvent. Or, changer d’attitude ne se fait généralement pas avec l’aisance que nous voudrions. En fait, lors des études de motivation, on constate que l’abandon d’une attitude n’est possible que si une autre vient la détrôner, souvent à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme.
Doctrines et méthodes sont des aspects bien répertoriés et étudiés de l’activité philosophique. Mais il y a aussi l’attitude philosophique. Alors qu’est ce qu’une attitude philosophique? Examen de la philosophie pragmatiste avec Stéphane Madelrieux dans » La philosophie comme attitude » au PUF / Le pragmatisme, un modèle privilégié pour tout examen général de la philosophie comme attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes philosophiques. Dans » La philosophie comme altitude », édité au PUF, de Stéphane Madelrieux, c’est surtout de pragmatisme dont il est question ainsi que de l’attitude philosophique des pragmatistes. Le philosophe William James est pour l’auteur un modèle historique essentiel dans la compréhension de la philosophie comme attitude. / L’essai « La philosophie comme attitude » voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Stéphane Madelrieux défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre ces deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentale. Au-delà de leurs théories sur la vérité ou l’expérience, au-delà même de leurs méthodes d’analyse et d’enquête, la promotion et l’extension d’une manière de penser antidogmatique et antiautoritaire dans tous les secteurs de la vie humaine – depuis la science jusqu’à la morale, la politique et la religion – sont leur projet le plus important et le plus digne d’être enseigné aujourd’hui. À écouter sur FranceInter – Radio France.
Attitude empiriste et référence directes à William James
Mon attention avait déjà été attirée sur ce point lors de mon livre sur William James, que j’avais significativement intitulé William James. L’attitude empiriste[16]. Le problème qui l’avait amené était le fait que les commentateurs étaient divisés sur la question de savoir ce qui constitue le « centre de la vision » de James. On le considère traditionnellement d’abord comme un pragmatiste, mais certains ont cherché à montrer que son pragmatisme dépendait d’une position plus fondamentale, tantôt l’indéterminisme, tantôt le pluralisme ou l’empirisme radical, parfois le panpsychisme. Ma lecture systématique m’avait conduit à comprendre qu’il n’y avait pas moyen de ramener toutes les thèses défendues dans sa psychologie comme dans sa philosophie à un seul et même cœur doctrinal, et que, lorsqu’on le faisait, c’était toujours au détriment d’aspects de son œuvre qu’on négligeait ou dont on réduisait la spécificité. L’erreur m’est apparue dans le fait non pas de chercher un centre de sa vision, mais dans le fait de l’identifier à une doctrine particulière, à laquelle il aurait fallu ramener tout le système. Ce centre rayonnant, le noyau de son champ de conscience philosophique, il était en revanche possible de le caractériser comme une attitude, d’autant qu’il définissait lui-même l’empirisme comme une attitude avant d’en faire une doctrine. Tel était le centre de sa pensée, qui était partout sans être localisé en un point spécifique : pour chaque problème traité, que ce soit la fonction de la conscience, la nature de la vérité ou la valeur de l’expérience religieuse, James l’aborde en adoptant une certaine attitude qui se voulait empiriste et qu’il a cherché à caractériser et déployer dans toute son œuvre. Mais si, dans cet ouvrage, j’avais tenté de montrer que chaque doctrine reflétait chacune pour son compte une telle attitude de fidélité envers l’expérience, je n’avais pas cherché à lire le pluralisme, l’empirisme radical ou le surnaturalisme eux-mêmes comme des attitudes. Je n’avais pas suffisamment vu que le pragmatisme se trouve plus dans ce mouvement d’ascension éthique que dans la théorie de la vérité ou la méthode que James appelle de ce nom, et qu’il est possible de comprendre tous ces « -isme » comme autant de grandes dispositions de l’esprit composant ensemble le tempérament philosophique que James préconise.
Ce livre est donc en un sens une reprise systématique de ce programme, et James est un modèle historique essentiel dans la compréhension de la philosophie comme attitude[17]. Mais il en élargit l’examen au-delà du seul cas de James, car c’est en réalité l’ensemble du pragmatisme classique qui est animé par cette question. Plusieurs grandes raisons font en effet de l’étude du pragmatisme un modèle privilégié à mes yeux pour tout examen général de la philosophie comme attitude.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 27-28.
Citation tirée de l’œuvre de William James
le pragmatisme représente une attitude tout à fait familière en philosophie, l’attitude empiriste, mais elle la représente, à ce qu’il me semble, sous une forme à la fois plus radicale et moins contestable qu’elle ne l’a jamais été. Un pragmatiste tourne le dos résolument et une fois pour toutes à tout un tas d’habitudes invétérées qui sont chères aux philosophes professionnels […] la méthode pragmatique signifie donc jusqu’à présent non pas un résultat particulier quelconque, mais seulement une attitude d’orientation. L’attitude de se détourner des choses premières, des principes, des « catégories », des prétendues nécessités ; et de se retourner vers les choses dernières, les fruits, les conséquences, les faits[20].
[20] James, P, p. 32.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p.29.
« Ce livre porte sur… »
Ce livre porte sur la philosophie et il aborde plus particulièrement les rapports entre philosophie et métaphysique, philosophie et science, philosophie et religion. Il le fait à travers l’examen de quelques thèses majeures des pragmatistes sur la philosophie, en montrant qu’il convient, pour bien les apprécier et les évaluer, de les rapporter à chaque fois aux grandes manières de penser qu’elles incarnent et exhibent. La première partie détaille la caractérisation du pragmatisme comme attitude, en retrouvant, au plus près des textes, les arguments généraux qui permettent de distinguer les trois niveaux de la doctrine, de la méthode et de l’attitude et d’accorder le primat du point de vue de la valeur philosophique à celui de l’attitude. La seconde partie souligne l’un des aspects les plus importants de l’attitude pragmatiste : sa disposition à la critique, qui en fait l’héritière de l’esprit des Lumières. Elle met notamment en œuvre cet esprit critique sur des problèmes de métaphysique et de religion. Parce qu’une telle compréhension du pragmatisme ne décourage pas mais au contraire favorise la critique des thèses doctrinales et des méthodes des pragmatistes eux-mêmes, parce que la valeur du pragmatisme se trouve précisément dans cet encouragement à la critique, une grande partie de ces chapitres indiquent les limites de certaines thèses des pragmatistes historiques ou dénoncent la présence de reliquats de modes de penser antérieurs ou antagonistes, mais au nom d’un meilleur déploiement de l’attitude qu’ils ont proposée en philosophie.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Introduction, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p.36.
Dans ce rapport de lecture, je me suis limité à commenter l’introduction du livre LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE de Stéphane Madelrieux parce que je ne me sens pas capable d’aborder l’histoire très complexe du pragmatisme et de l’œuvre de William James.
La référence au philosophe québécois Charles Taylor a retenu mon attention :
A feast of vision
On peut considérer que le pragmatisme américain classique continue en partie le romantisme européen en ce que celui-ci avait accordé une place centrale à la créativité humaine[1] . (…)
Cette insistance sur la créativité dépend en effet de ce que Charles Taylor a justement nommé « un tournant expressiviste[2]. Pour un romantique, exprimer quelque chose dans un médium particulier (comme des mots ou des pigments) n’est pas manifester de manière extérieure, comme s’il s’agissait seulement de soulever un voile et de découvrir ce qui était déjà la mais encore dissimulé. Au contraire, le processus même par lequel des sentiments intérieurs inchoatifs sont formulées dans des mots contribue à leur donner forme, si bien que le médium fait partie du message. L’expression est par là un processus de création et non seulement d’explication. (…)
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[1] Goodaman, 2008.
[2] Taylor, 1998, p. 567-601
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 44-45.
Une affaire canadienne
L’idée que « le médium fait partie du message », en référence à l’essai « LES SOURCES DU MOI – LA FORMATION DE L’IDENTITÉ MODERNE » du philosophe canadien CHARLES TAYLOR, me ramène au sociologue canadien MARSHALL McLUHAN qui soutenait « Le médium est le message » dans son livre POUR COMPRENDRE LES MÉDIAS. Dans sa version originale en anglais, POUR COMPRENDRE LES MÉDIAS fut publié en 1964, soit 25 ans avant LES SOURCES DU MOI de Charles Taylor dont la première édition originale en anglais remonte à 1989. Autrement dit, l’idée que le médium fait partie du message ne provient pas d’une analyse de Charles Taylor mais plutôt de Marshall McLuhan. Pourquoi est-ce important ? Pour illustrer la portée du texte fondateur de McLuhan dans toutes les disciplines, et ce, par la force même de la nouvelle attitude avec laquelle le sociologue canadien a abordé la compréhension du rôle des médias. McLuhan force une prise de recul dans l’analyse de l’impact des médias sur la société. Le choix du médias pour annoncer son produit ou son service ne relèvera plus uniquement de la clientèle spécifique à chaque médium mais aussi et surtout de perception du médium lui-même par la société en générale, comme quoi une attitude peut se propager dans le temps sur une large échelle.
Une philosophie est ainsi une « attitude intellectualisée envers la vie[1] ». La vérité de sa vision n’est pas atteinte par révélation ou par hasard. Par opposition à l’amateur que ne développe par une vision tempéramentale puissante, mais accepte celles des autres ou, à la rigueur, combine ou alterne des visions toutes faites sans trop se soucier de leur compatibilité, ce qui intéresse le philosophe professionnel est « les prémises spécifiques » de sa croyance, « le sens dans lequel elle est comprise, les objections qu’elle évite, les difficultés dont elle rend compte. La théorie doit donc faire médiation entre la vision et la réaction. Mais cela signifie que « tout l’appareil technique[2] » est subordonné aux fonctions d’articulation de la vision et de justification de la réaction, et n’a donc pas sa fin en elle-même. Prendre les détails techniques du système d’un philosophe professionnel pour sa vision philosophique personnelle et sa contribution propre à l’histoire, c’est « prendre l’arbre pour la forêt[3] ».
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[1] James, SPP, p.10.
[2] James, PU, p. 12.
[3] James, ERM, p. 24.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 52-53.
Bon, je suis un amateur, tel que je le précise sur la page d’accueil de cet Observatoire de la philothérapie. Et c’est par défaut que je corresponds pas à la définition qui en est donnée dans la citation ci-dessus car je ne m’intéresse pas (encore) aux différentes philosophies et aux différent philosophes. Je me limite à la philosophie elle-même. C’est aussi pourquoi, tout au long de ma lecture de ce livre, je ne suis pas entré dans le débat plus que complexe entourant William James et son œuvre.
Lire un philosophe, c’est par là même accompagner « le centre d’expansion d’un caractère humain » : une personnalité originale et singulière, dans le cours de son processus d’expression de soi, sous la forme d’une vision articulée et intellectualisée, qui contribue en retour à définir qui il est. Ramener toutes ses thèses au centre actif d’une vision en cours de développement est, par là même, faire l’expérience et la connaissance d’une personne dans sa singularité : c’est une connaissance par « sympathie intuitive[1] » ou, dirait plutôt James, une « knowledge by acquaintance[2] ». Une telle compréhension sympathique est une manière de surmonter ce que James a appelé « la cécité naturelle des êtres humains », en se placant du point de vue de ce qui rend le monde intéressant pour quelqu’un d’autre, afin de comprendre ce qui, pour lui, rend la vie précieuse[3].
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[1] James, PU, p. 117.
[2] James TT, p. 132-149.
[3] James, P, p. 7.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, pp. 53-54.
On pourrait même parler d’une « compréhension bienveillante » ou d’une « compréhension compatissante ». La question « À quoi ce philosophe est-il sensible ? » se traduit par « Quels sont les éléments auxquels l’auteur s’arrête compte tenu qu’il ne peut s’arrêter qu’à ce qui attire subjectivement son attention ? ».
(…) Ce ne sont donc pas les méthodes spécifiques des sciences de la nature que les pragmatistes proposent d’adopter en philosophie, mais plus généralement, et plus fondamentalement, l’esprit scientifique, c’est-à-dire les dispositions intellectuelles et vertus morales dont font preuve les enquêteurs scientifiques (ou dont ils devraient faire preuve pour être à proprement parler scientifique) — on reviendra plus en détail sur cette question au chapitre 4.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p. 83.
J’adhère fortement à cette idée d’un esprit scientifique étendu à la philosophie, mais, pas seulement à la philosophie, mais aussi à toutes les autres disciplines des sciences humaines, sans oublier à notre propre vie, personnelle et professionnelle.
Quand le président d’une importante boulangerie se pointe dans mon bureau, un vendredi en fin d’après-midi, et me demande « Y a-t-il un moyen de prédire si un produit sera ou non un succès ? », les bras chargés de retours d’un nouveau produit, je n’ai pour réponse que je vais m’informer. Jusque-là, à titre de conseiller en communication, je ne connaissais les tenants et les aboutissants des études de marché. Une semaine plus tard, je concluais que les différents d’études prédictives du marché se classaient parmi les sciences inexactes, ce qui ne valait pas la peine de s’y arrêter dans le contexte où les directeurs du marketing affirmaient « des fois, ça marche », « des fois, ça ne marche pas » et on ne sait pas pourquoi. À l’époque, dans les années 1990, au Québec, seul un nouveau produit sur dix connaissait le succès commercial espéré par l’entreprise. Un taux d’échec de 90% décridibilisait les études de marché, pourtant très populaires.
Finalement, j’ai trouvé les travaux d’un chercheur, Louis Cheskin, qui s’efforcait d’enseigner comment il était parvenu à sortir les études prédictives du marché de la famille des sciences inexactes pour les faire entrer dans la famille des sciences exactes. Je vous livre ici un seul indice du « comment » il a fait. Il s’est d’abord demandé quel était l’object d’étude du marketing compte tenu que l’objet d’étude d’une science détermine s’il doit être classé parmi les exactes ou les sciences inexactes. En ce temps-à, nous sommes dans les années 1930-1940, les spécialistes répondaient que l’objet d’étude du marketing était les consommateurs, ce qui en faisait une science humaine et par conséquent une science inexacte. Louis Cheskin a soutenu qu’il s’agissait d’une erreur grave et que le seul objet du marketing était le produit lui-même, un objet physique dont l’étude se classe parmi les sciences exactes. Pour la suite, prière de télécharger gratuitement mon livre « Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tous ce que vous n’apprendrez jamais à l’université » (PDF).
(…) Être un philosophe, ce serait adopter une telle attitude antidogmatique dans tous les problèmes de la vie, et non pas seulement pour résoudre les problèmes spécifiques que les scientifiques professionnels étudient. En ce sens, une vision personnelle serait philosophique dans la mesure où, d’abord, elle exhiberait une telle attitude générale et la ferait vivre sur le plan personnel.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p. 85.
Je le répète depuis des décennies : « Il ne faut pas prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense ». Aujourd’hui, je constate que la très grande majorité des opinions ne sont en fait que des croyances. L’information circule beaucoup moins que les opinions que nous en avons. Il est devenu plus important de croire que d’être informé. Et je le répète aussi depuis des décennies : « La lumière entre par les failles ». Le dogmatique n’aiment pas les failles qui laissent pénétrer la lumière car elles l’aveuglent. Je prône de se ranger du côté des véritables sciences en admettant que la connaissance se contruit sur la destruction du déjà-su; une connaissance n’est vraie que le temps qu’une autre connaissance vienne la détrôner.
(…) Si un caractère est un système d’habitudes, et si la philosophie est un complexe de dispositions, être un philosophe signifie alors développer les bonnes habitudes expérimentales pour l’esprit, les manières les plus fécondes de penser et d’expériencier — ce qui n’est rien d’autre qu’un processus moral de construction de soi. À ce compte, il n’y a plus d’objection à faire de la philosophie une affaire de caractère et de développement de soi, c’est-à-dire de mode de vie.
MADELRIEUX, Stéphane, La philosophie comme attitude, Chapitre 1 – Philosophie et tempérament, Première partie – L’attitude pragmatiste, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2023, p. 87.
Va pour « la philosophie une affaire de caractère et de développement de soi, c’est-à-dire de mode de vie », mais ce n’est pas nécessairement le cas des philosophies puisque chacune tire la couverture de son bord. Peut-on, dans le respect et la pratique de l’esprit scientifique, adopter une philosophie plutôt qu’une autre ? Est-ce je dois choisir une philosophie en fonction de mon caractère ou en fonction d’intérêts supérieurs à mon mode de vie ? À vous de réfléchir.
Je vous recommande fortement la lecture de LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE de STÉPHANE MADELRIEUX aux Presses Universitaires de France paru en 2023.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA
Les histoires nous ont réunis.
Les livres ont diffusé nos idées et nos mythologies.
Internet nous a promis le savoir infini.
Les algorithmes ont découvert nos secrets – et nous ont divisés.
Quel monde nous promet l’IA ?
Depuis cent mille ans, nous, les Sapiens, avons acquis un gigantesque pouvoir. Mais malgré nos découvertes, inventions et conquêtes, nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise existentielle inédite. Le monde est au bord de l’effondrement écologique. Les tensions politiques se multiplient. La désinformation abonde. Et nous entrons de plain-pied dans l’ère de l’IA, un réseau d’information qui sera bientôt capable de nous dominer.
Avec ce nouvel ouvrage, Yuval Noah Harari, l’auteur du best-seller mondial Sapiens, revisite l’histoire de l’humanité pour comprendre comment les réseaux d’information ont fait et défait notre monde. Il aborde les choix cruciaux auxquels nous sommes – et serons – confrontés, au moment où l’IA révolutionne la médecine, la guerre, les démocraties, et menace notre existence même.
Nexus est un livre capital pour comprendre comment, en faisant des choix éclairés, il nous est encore possible d’empêcher le pire.
Nous avons baptisé notre espèce Homo sapiens – l’homme sage. Mais on est en droit de se demander dans quelle mesure nous avons fait honneur à ce nom.
Au cours des cent mille dernières années, nous autres, Sapiens, avons certes accumulé un pouvoir immense. La simple liste de nos découvertes, inventions et conquêtes noircirait des volumes entiers. Mais pouvoir n’est pas sagesse, et après cent mille ans de découvertes, d’inventions et de conquêtes, l’humanité s’est elle-même précipitée dans une crise existentielle. Nous sommes au bord de l’effondrement écologique, conséquence du mauvais usage que nous faisons de notre pouvoir. Nous sommes par ailleurs occupés à créer de nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle (IA), potentiellement capables d’échapper à notre contrôle et de nous réduire en esclavage ou de nous annihiler. Pourtant, à l’heure où notre espèce devrait s’unir pour affronter ces défis existentiels, les tensions internationales ne cessent de croître, la coopération à l’échelle mondiale se fait de plus en plus difficile, certains pays constituent des stocks d’armes apocalyptiques et une nouvelle guerre mondiale ne paraît pas impossible.
Si nous sommes si sages, nous autres Sapiens, pourquoi faisons-nous preuve d’une telle tendance à l’autodestruction ?
Plus fondamentalement, les quantités d’informations que nous avons amassées sur absolument tout, des molécules d’ADN aux galaxies les plus lointaines, ne semblent pas nous avoir apporté de réponse aux grandes questions existentielles : Qui sommes-nous ? À quoi devons-nous aspirer ? Qu’est-ce qu’une vie bonne, et comment devrions-nous la vivre ? Malgré la masse démesurée d’informations dont nous disposons, nous sommes tout aussi enclins que nos lointains ancêtres aux illusions et aux fantasmes. Le nazisme et le stalinisme ne sont que deux exemples récents, parmi tant d’autres, de la folie collective qui s’empare parfois des sociétés, même les plus modernes. Nul ne conteste le fait que les humains d’aujourd’hui possèdent bien plus d’informations et de pouvoir que ceux de l’âge de pierre – mais notre compréhension de nous-mêmes et de notre rôle dans l’univers a-t-elle réellement progressé ? Rien n’est moins sûr.
Pourquoi sommes-nous si forts pour emmagasiner toujours plus d’informations et de pouvoir, mais beaucoup moins pour acquérir de la sagesse ? Au fil des âges, bien des traditions ont considéré qu’un défaut dans notre nature nous poussait à vouloir posséder des pouvoirs que nous étions incapables de maîtriser. Le mythe grec de Phaéton raconte ainsi l’histoire d’un jeune homme découvrant qu’il est le fils d’Hélios, le dieu Soleil. Désireux de prouver son origine divine, Phaéton réclame le privilège de conduire le char du soleil. Hélios le met en garde sur le fait qu’aucun humain ne saurait contrôler les chevaux célestes qui tirent le char solaire. Mais Phaéton insiste tant que le dieu Soleil finit par céder. Après s’être fièrement élevé dans le ciel, Phaéton perd bel et bien le contrôle du char. Le soleil dévie de sa course, brûlant toute végétation, tuant d’innombrables créatures et menaçant d’embraser la Terre entière. Zeus intervient alors et foudroie Phaéton. Notre humain vaniteux, lui-même en proie aux flammes, tombe du ciel telle une étoile filante. Reprenant le contrôle du ciel, les dieux sauvent le monde.
Deux mille ans plus tard, alors que la révolution industrielle faisait ses premiers pas et que les machines commençaient à remplacer les humains dans de nombreuses tâches, Johann Wolfgang von Goethe publia un conte moral du même ordre, intitulé « L’apprenti sorcier ». Ce poème (que Walt Disney rendra plus tard célèbre sous la forme d’un court-métrage d’animation dans lequel Mickey Mouse interprète le rôle-titre) évoque un vieux sorcier qui, devant s’absenter, demande à son jeune apprenti de veiller sur son atelier et lui confie quelques corvées – aller chercher, entre autres, de l’eau à la rivière. L’apprenti décide de se faciliter la vie : empruntant au sorcier l’un de ses sortilèges, il enchante un balai afin qu’il aille puiser l’eau à sa place. Mais l’apprenti ne sait pas comment arrêter le balai, qui ne cesse plus de rapporter des seaux, menaçant d’inonder l’atelier. Pris de panique, l’apprenti tranche alors le balai d’un coup de hache, avec pour seul résultat que chacune des moitiés s’anime sous ses yeux : ce sont à présent non plus un, mais deux balais enchantés qui déversent leur eau dans l’atelier ! Quand le vieux sorcier revient, l’apprenti l’implore de l’aider : « Les esprits que j’ai invoqués, je ne peux plus m’en débarrasser. » Le sorcier brise aussi- tôt le sortilège et met fin au déluge. La leçon adressée à l’apprenti – et à l’humanité en général – est claire : ne jamais invoquer des pouvoirs qu’on ne peut maîtriser.
Que nous disent les fables de l’apprenti et de Phaéton en ce début de XXIe siècle ? Nous autres, les humains, sommes manifestement restés sourds à leurs avertissements. Nous avons d’ores et déjà déséquilibré le climat terrestre et invoqué des milliards de balais enchantés, de drones, de chatbots et autres esprits algorithmiques qui pourraient échapper à notre contrôle et provoquer un déferlement de conséquences involontaires.
Mais alors, que devons-nous faire ? Ces fables n’offrent aucune solution, si ce n’est attendre qu’un dieu ou un sorcier vole à notre secours. Ce qui constitue, bien sûr, un message extrêmement dangereux : il encourage les gens à se décharger de toute responsabilité pour s’en remettre aux dieux ou aux sorciers. Pire encore, ce message méconnaît le fait que dieux et sorciers sont eux-mêmes des inventions humaines – au même titre que les chars, les balais et les algorithmes. La tendance à créer des choses puissantes aux conséquences imprévisibles n’est pas née avec l’invention de la machine à vapeur ou de l’IA, mais avec celle de la religion. Prophètes et théologiens n’ont cessé d’invoquer des esprits puissants censés apporter l’amour et la joie, mais qui, parfois, ont ensanglanté le monde.
Si le mythe de Phaéton et le poème de Goethe échouent à nous fournir des conseils utiles, c’est parce qu’ils se méprennent sur la manière dont les hommes acquièrent leur pouvoir. Dans ces deux récits, un seul être humain se retrouve investi d’un pouvoir immense, mais il est alors corrompu par l’avidité et son orgueil démesuré. Dès lors, une conclusion s’impose : c’est l’imperfection de notre psychologie individuelle qui nous pousse à abuser de notre pouvoir. Ce que ne saisit pas cette analyse grossière, c’est que le pouvoir des hommes ne résulte jamais d’une initiative individuelle : il découle toujours d’une coopération entre un grand nombre d’êtres humains.
Par conséquent, ce n’est pas notre psychologie individuelle qui nous conduit à abuser de ce pouvoir. Après tout, les hommes ne sont pas seulement capables d’avidité, d’orgueil et de cruauté, mais aussi d’amour, de compassion, d’humilité et de joie. Certes, chez les pires représentants de notre espèce, avidité et cruauté règnent en maîtres et poussent ces acteurs malintentionnés à abuser de leur pouvoir. Mais pourquoi les sociétés humaines décideraient-elles de confier le pou- voir à leurs pires représentants ? En 1933, par exemple, la plupart des Allemands n’étaient pas des psychopathes. Pourquoi, alors, ont-ils voté pour Hitler ?
Notre tendance à invoquer des pouvoirs que nous ne maîtrisons pas ne naît pas de notre psychologie individuelle mais de la capacité unique de notre espèce à coopérer à grande échelle. L’argument central de ce livre, c’est que l’humanité acquiert énormément de pouvoir en construisant d’immenses réseaux de coopération, mais que la manière dont ces derniers sont conçus les prédispose à un usage déraisonnable de ce pouvoir. Notre problème est donc un problème de réseau.
Pour être plus précis encore, il s’agit d’un problème d’information. L’information est la colle qui fait tenir ensemble les réseaux. Mais depuis des dizaines de milliers d’années, les Sapiens ont bâti et pérennisé des réseaux à grande échelle en inventant et en diffusant des fictions, des fantasmes et des illusions collectives – au sujet des dieux, de balais enchantés, au sujet de l’IA et de tout un tas d’autres choses. Si ce qui intéresse en général chaque individu humain, c’est de connaître la vérité sur lui-même et sur le monde, les réseaux à grande échelle s’appuient, pour relier leurs membres et instaurer l’ordre, sur des fictions et des fantasmes. C’est ce qui nous a conduits, notamment, au nazisme et au stalinisme : deux réseaux extraordinairement puissants, dont la cohésion reposait sur des idées extraordinairement fallacieuses. Pour citer la fameuse phrase de George Orwell : l’ignorance, c’est la force.
Le fait que les régimes nazi et stalinien aient été fondés sur de cruels fantasmes et des mensonges éhontés n’avait rien d’exceptionnel au regard de l’histoire, pas plus qu’il ne les prédestinait à s’effondrer. Nazisme et stalinisme font partie des réseaux les plus solides jamais créés par l’homme. À la fin de l’année 1941 et au début de la suivante, les puissances de l’Axe furent à deux doigts de remporter la Seconde Guerre mondiale. Staline sortit finalement vainqueur de ce conflit1 et, au cours des années 1950 et 1960, le dirigeant soviétique puis ses héritiers eurent également de raisonnables chances de gagner la guerre froide. Dans les années 1990, les démocraties libérales finirent par prendre le dessus, mais cette victoire semble aujourd’hui n’avoir été que temporaire. Au XXIe siècle, un nouveau régime totalitaire pourrait bien réussir là où Hitler et Staline ont échoué, et créer un réseau tout- puissant capable d’empêcher toute tentative de la part des générations futures de ne serait-ce qu’essayer de dénoncer ses mensonges et ses fictions. Nous ne devrions pas partir du principe que les réseaux dévoyés sont voués à l’échec. Si nous voulons les empêcher de triompher, il va falloir nous retrousser les manches.
La vision naïve de l’information
La force des réseaux dévoyés est difficile à mesurer, à cause d’un malentendu plus général au sujet de la manière dont opèrent les grands réseaux d’information – qu’ils soient ou non fondés sur des illusions. On peut résumer ce malentendu à ce que j’appellerai la « vision naïve de l’information ». Là où des fables comme le mythe de Phaéton et
« L’apprenti sorcier » offrent une vision pessimiste de la psychologie individuelle des hommes, la vision naïve de l’information voit d’un œil exagérément optimiste les réseaux humains à grande échelle.
Cette vision naïve soutient en effet qu’en collectant et en traitant bien plus d’informations que ne pourraient le faire des individus, les grands réseaux accèdent à une meilleure compréhension de la médecine, de la physique, de l’économie et de nombreux autres domaines, ce qui les rend non seulement puissants, mais sages. Ainsi, grâce aux informations récoltées sur des agents pathogènes, laboratoires pharmaceutiques et services de santé sont capables de déterminer les véritables causes de nombreuses maladies, ce qui leur permet de développer des médicaments plus efficaces et de déterminer leur usage de manière mieux avisée. Cette vision pose comme principe que, recueillie en quantité suffisante, l’information mène à la vérité, laquelle mène à son tour au pouvoir et à la sagesse. L’ignorance, en revanche, semble ne mener nulle part. Si des réseaux dévoyés ou trompeurs peuvent parfois surgir dans des moments de crise historique, ils sont à long terme condamnés à céder devant des rivaux plus clairvoyants et plus honnêtes. Un service de santé qui ne tient pas compte des informations sur les agents pathogènes, ou une multinationale pharmaceutique qui se livre à une entreprise de désinformation, finiront toujours par être terrassés par des concurrents qui font un usage plus raisonnable des informations. La vision naïve implique donc que les réseaux dévoyés sont forcément des aberrations et qu’on peut généralement faire confiance aux grands réseaux pour exercer le pouvoir avec discernement.
Bien sûr, la vision naïve reconnaît que le chemin qui mène de l’information à la vérité est semé d’embûches. Nous pouvons commettre des erreurs de bonne foi en récoltant et en traitant les informations. Des acteurs malintentionnés mus par l’avidité ou la haine peuvent dis- simuler des faits cruciaux ou tenter de nous tromper. Avec pour conséquence que l’information mène parfois à l’erreur plutôt qu’à la vérité. Des informations incomplètes, par exemple, des analyses erronées ou des campagnes de désinformation peuvent conduire les spécialistes eux-mêmes à mal identifier la cause véritable de telle ou telle maladie.
Néanmoins, la vision naïve postule que l’antidote à la plupart des problèmes rencontrés dans la collecte et le traitement des informations consiste à en collecter et à en traiter toujours plus. Bien qu’on ne soit jamais à l’abri d’une erreur, dans la plupart des cas, plus il y a d’informations, plus on se rapproche de l’exactitude. Un seul médecin cherchant à identifier la cause d’une épidémie en examinant un seul patient a moins de chances d’y parvenir que des milliers de médecins récoltant les données de millions de patients. Et si les médecins complotent entre eux pour dissimuler la vérité, le fait de rendre les informations médicales plus accessibles au grand public et aux journalistes d’investigation permettra tôt ou tard de révéler la fraude. Dans cette vision, plus le réseau d’information est grand, plus il tend nécessaire- ment vers la vérité.
Naturellement, le simple fait d’analyser avec justesse des informations et de mettre au jour d’importantes vérités ne garantit en rien que nous utiliserons avec sagesse les capacités qui en résultent. On entend généralement par sagesse l’aptitude à « prendre de bonnes décisions », mais le sens de « bonnes » dépend ici de jugements de valeur qui diffèrent d’une personne, d’une culture et d’une idéologie à l’autre. Des scientifiques qui découvrent un nouvel agent pathogène pourront développer un vaccin pour protéger les populations. Mais si ces scientifiques – ou leurs supérieurs politiques – adhèrent à une idéologie raciste soutenant que certaines races sont inférieures et qu’il faut les exterminer, ces nouvelles connaissances médicales pourront aussi servir à créer une arme biologique capable de tuer des millions de personnes.
Là encore, selon la vision naïve de l’information, un surcroît d’informations offre au moins un remède partiel : à y regarder de plus près, postule cette vision, les désaccords au sujet des valeurs se révèlent être le fruit soit d’un manque d’informations, soit d’une désinformation délibérée. Les racistes seraient donc des personnes mal informées, qui ignorent simplement les faits biologiques et historiques. Des théories du complot bidon leur ont lavé le cerveau, et ils croient que la « race » est une catégorie biologique valable. Par conséquent, le remède au racisme consiste à fournir aux gens davantage de faits historiques et biologiques. Cela prendra sans doute un certain temps, mais dans un libre marché de l’information, tôt ou tard, la vérité s’imposera.
La vision naïve est bien sûr plus nuancée et réfléchie qu’on ne saurait l’expliquer en quelques paragraphes, mais son postulat de départ est que l’information est une chose fondamentalement bonne, et que plus nous en possédons, mieux c’est. Avec suffisamment d’informations et de temps, nous découvrirons forcément la vérité sur tout un tas de sujets, allant des infections virales aux préjugés racistes, et développerons par conséquent non seulement notre pouvoir mais aussi la sagesse nécessaire pour en faire bon usage.
Cette vision naïve, qui justifie la quête de technologies de l’information toujours plus puissantes, constitue depuis le début l’idéologie semi-officielle de l’ère informatique et d’Internet. En juin 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, Ronald Reagan déclare ainsi que « le Goliath du contrôle totalitaire ne tardera pas à être abattu par le David de la puce électronique », et que « le plus grand de tous les Big Brother est de plus en plus impuissant face aux technologies de la communication. […] L’information est l’oxygène des temps modernes. […] Elle s’infiltre dans les murs cou- ronnés de fils barbelés. Elle flotte par-delà les frontières électrifiées et minées. Des brises de rayons électroniques soufflent à travers le rideau de fer comme si c’était de la dentelle2. » En novembre 2009, Barack Obama prononce un discours assez similaire lors d’une visite à Shanghai, déclarant à ses hôtes chinois : « Je crois beaucoup en la technologie et je crois beaucoup en l’ouverture en ce qui concerne les flux d’information. Je crois que plus l’information circule librement, plus la société devient forte3. »
Entrepreneurs et PDG ont souvent exprimé une vision tout aussi optimiste des technologies de l’information. En 1858, déjà, dans The New ffnglander un éditorial consacré à l’invention du télégraphe pro- clamait : « Il est impossible que les préjugés et les hostilités d’antan continuent d’exister, maintenant qu’un tel instrument a été créé afin de permettre l’échange d’idées entre toutes les nations de la Terre4. » Près de deux siècles et deux guerres mondiales plus tard, Mark Zuckerberg décrit ainsi l’objectif de Facebook : « Aider les gens à partager davantage afin de rendre le monde plus ouvert et favoriser la compréhension entre les hommes5. »
Dans son ouvrage The Singularity is Nearer, publié en 2024, l’éminent futurologue et entrepreneur Ray Kurzweil, retraçant l’histoire des technologies de l’information, parvient à cette conclusion : « La réalité, c’est que pratiquement tous les aspects de la vie s’améliorent peu à peu grâce aux progrès exponentiels de la technologie. » Passant en revue la grande histoire de l’humanité, il s’appuie sur des exemples comme l’invention de l’imprimerie pour démontrer que, par leur nature même, les technologies de l’information tendent à engendrer un « cercle vertueux permettant de faire progresser quasiment tous les aspects du bien-être humain, notamment l’alphabétisation, l’éducation, la santé, la démocratisation et la réduction de la violence6 ».
C’est sans doute dans la déclaration de mission de Google que cette vision naïve de l’information est le plus succinctement condensée : « organiser les informations du monde et les rendre universellement accessibles et utiles ». La réponse de Google à la mise en garde de Goethe est que si un seul apprenti chapardant le livre de sortilèges secret de son maître a toutes les chances de provoquer une catastrophe, dès lors qu’on offre à un grand nombre d’apprentis un accès libre à toute l’information du monde, non seulement ils créeront des balais enchantés utiles, mais ils apprendront à s’en servir avec discernement.
Google vs Goethe
Force est de reconnaître que, dans bien des cas, le fait de disposer de plus d’informations a bel et bien permis aux hommes de mieux com- prendre le monde et de faire un usage mieux avisé de leur pouvoir. Prenez, par exemple, la baisse spectaculaire de la mortalité infantile. Johann Wolfgang von Goethe était l’aîné d’une fratrie de sept, mais seuls sa sœur Cornelia et lui fêtèrent leur septième anniversaire. La maladie emporta leur frère Hermann Jacob à l’âge de six ans, leur sœur Catharina Elisabeth à quatre ans, leur sœur Johanna Maria à deux ans et leur frère Georg Adolf à l’âge de huit mois ; un cinquième enfant, mort-né, n’eut même pas le temps d’être baptisé. Cornelia succomba ensuite à une maladie à l’âge de vingt-six ans, faisant de Johann Wolfgang von Goethe l’unique survivant de la famille7.
Johann Wolfgang von Goethe eut lui-même cinq enfants, qui, à l’exception du fils aîné, August, moururent tous dans les deux semaines qui suivirent leur naissance. Selon toute probabilité, la cause en était une incompatibilité entre le groupe sanguin de l’épouse de Goethe, Christiane, et celui de son premier enfant, après la naissance duquel elle se mit à produire des anticorps, phénomène aux conséquences fâcheuses pour les grossesses suivantes. Cette pathologie, connue sous le nom de…
Présentation de l’auteur sur le site web officiel de l’auteur
Le Professeur Yuval Noah Harari est historien, philosophe, et auteur des bestsellers Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Homo Deus, une brève histoire de l’avenir, 21 leçons pour le XXIe siècle, de la série d’essais dessinés Sapiens, de Nous, les indomptables, et de Nexus, une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA. Ses livres se sont vendus à plus de 45 millions d’exemplaires et ont été traduits dans 65 langues, et il est considéré comme l’un des plus grands penseurs contemporains.
Né en 1976 à Haïfa, en Israël, il obtient son doctorat à l’Université d’Oxford en 2002 et est actuellement chercheur émérite au Centre pour l’étude des risques existentiels de l’université de Cambridge. En 2019, à la suite du succès de ses livres, Yuval Noah Harari et Itzik Yahav ont co-fondé Sapienship : une entreprise à but social avec des projets dans les domaines de l’éducation et de la fiction. Le principal objectif de Sapienship est de focaliser le débat public sur les défis cruciaux auxquels le monde est aujourd’hui confronté.
En 2018 puis en 2020, Yuval Noah Harari a prononcé le discours inaugural sur le futur de l’humanité lors des deux réunions annuelles du Forum économique mondial à Davos. Il rencontre régulièrement des chefs d’État pour aborder différents problèmes internationaux, et il a participé à des débats publics avec le Chancelier autrichien Sébastian Kurz, le Premier ministre des Pays Bas Mark Rutter et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Il a également rencontré le Président Emmanuel Macron, la Chancelière allemande Angela Merkel, le Président argentin Mauricio Macri, le Président allemand Franck-Walter Steinmeier, et le maire de Shangaï Ying Yong. En 2018, Yuval Noah Harari a présenté la première conférence TED donnée par un avatar numérique, et en 2019, il a participé à un débat filmé organisé entre lui et le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, sur la technologie et l’avenir de notre société. En 2021, il a fait l’objet d’un reportage dans l’émission « 60 Minutes » (CBS).
Yuval Noah Harari s’est d’abord spécialisé dans l’histoire internationale, l’histoire médiévale et l’histoire militaire. Ses recherches actuelles portent sur des questions de macro-histoire : Quelle relation existe-t-il entre l’histoire et la biologie ? Qu’est-ce qui distingue Homo Sapiens des autres animaux ? L’histoire est-elle juste ? L’histoire a-t-elle un but ? Les gens sont-ils plus heureux aujourd’hui qu’auparavant ? Quelles questions éthiques la science et la technologie posent-elles au XXIe siècle ?
Publié en 2014, Sapiens, une brève histoire de l’humanité est devenu un succès mondial, avec 25 millions d’exemplaires vendus. Aux États-Unis, il est resté dans le palmarès des meilleures ventes du New York Times pendant plus de la moitié du temps les 6 premières années après sa parution. Au Royaume-Uni, il est resté dans le top 3 du palmarès du Sunday Times pendant plus de 96 semaines consécutives. Sapiens a été recommandé par Barack Obama, Bill Gates, Natalie Portman, Janelle Monáe, Chris Evans et beaucoup d’autres. Pour le Guardian, Sapiens a révolutionné le marché de la non-fiction et contribué à populariser les « livres intelligents ». En 2024, Sapiens a figuré dans la rubrique du New York Times « Readers Pick Their 100 Best Books of the 21st Century » (Les lecteurs choisissent leurs 100 meilleurs livres du 21e siècle) et est arrivé en 10e position sur la liste du Sunday Times des « 100 livres les plus vendus au cours des 50 dernières années » (où Homo Deus est également apparu en 44e position).
En 2016, le Professeur Harari revient avec Homo Deus, une brève histoire de l’avenir, un livre acclamé par la critique qui examine les grands défis auxquels l’humanité sera confrontée au XXIe siècle. Homo Deus met en garde contre la menace que représentent de nouveaux pouvoirs technologiques sans précédents, qui pourraient permettre à certains Homo sapiens d’augmenter artificiellement leur corps et leur esprit, tandis que d’autres membres de la société seraient laissés pour compte.
En 2018, Yuval Noah Harari publie 21 leçons pour le XXIe siècle. Après avoir exploré le passé puis le futur, il se concentre sur les questions cruciales du présent et prend le pouls du climat mondial. Que se passe-t-il réellement maintenant ? Quels sont les plus grands défis et choix de notre temps ? A quoi devrions-nous prêter attention ?
En 2020, Yuval Noah Harari (en tant que créateur et co-scénariste) fait équipe avec les artistes de bande-dessinée David Vandermeulen (co-scénariste) et Daniel Casanave (dessinateur). Ensemble, ils créent le premier volume de Sapiens, une adaptation du Sapiens originel en une série de romans graphiques débordant d’intelligence, d’humour et de couleurs. Ce livre illustré met en scène Yuval Noah Harari dans le rôle du guide, qui emmène le lecteur à travers toute l’histoire de l’espèce humaine, accompagné d’un éventail de personnages fictifs, à travers le temps, l’espace et les références culturelles populaires. La série sera publiée en quatre tomes, dont les trois premiers sont déjà disponibles.
À l’automne 2022, Harari s’est aventuré pour la première fois dans l’univers des livres pour enfants, avec la série pour adolescents Nous, les indomptables. Il y raconte l’incroyable histoire des humains – notre espèce conquérante et insatiable – d’une manière accessible aux enfants. La série sera publiée en quatre volumes immersifs, avec des illustrations en couleurs de Ricard Zaplana Ruiz, à commencer par Nous, les indomptables : Comment les humains ont conquis le monde. Ce livre est rapidement devenu un best-seller cité parmi les meilleurs livres pour enfants de 2022 du New York Times, et a été chaleureusement recommandé par Jeff Kinney, Kristen Bell et Kirkus Review. La série continue avec le tome 2 : Pourquoi le monde est-il injuste ? sorti fin 2023.
Fin 2024, Yuval Noah Harari a publié un nouvel essai majeur sur l’évolution de l’humanité dans l’ère de l’information – Nexus : une brève histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à l’IA. Nous donnant des clés essentielles pour comprendre les promesses et les menaces de la révolution actuelle de l’IA, Nexus retrace l’histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à la résurgence des populismes actuels, en passant par la Bible, les chasses aux sorcières du début de l’époque moderne, le stalinisme et le nazisme. Cet essai interroge la relation complexe entre l’information et la vérité, les systèmes bureaucratiques et la mythologie, la sagesse et la puissance, et questionne les choix urgents auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle menace notre existence même. Nexus a connu un succès immédiat, en 2 e position sur la liste des bestsellers du New York Times, du Times et d’Audible dans la semaine qui a suivi sa parution. Numéro 1 de la liste des audiolivres du New York Times pour le mois de septembre 2024, Nexus a été recommandé notamment par Mustafa Suleyman, Stephen Fry et Kristalina Georgieva.
Le Professeur Yuval Noah Harari a reçu de nombreuses récompenses. En 2020, il a reçu un doctorat honoraire de l’Université Libre de Bruxelles et le prix CITIC de l’auteur en Chine pour Sapiens – t.1 : La Naissance de l’humanité. En 2019, 21 leçons pour le XXIe siècle a été désigné comme « Livre scientifique de l’année » par le magazine allemand Bild der Wissenschaft, et Sapiens a reçu le Prix du livre académique de l’année lors des Academic Book Trade Awards au Royaume-Uni. En 2017, Homo Deus a reçu le prix allemand « Handelblatt » du livre économique « le plus réfléchi et influent » de l’année et, en 2015 Sapiens a reçu le Wenjin Book Award en Chine. Yuval Noah Harari a remporté le prix Polonsky pour la créativité et l’originalité à deux reprises, en 2009 puis en 2012. En 2011, il s’est également vu décerner le Society for Military History’s Moncado Award, pour ses articles exceptionnels sur l’histoire militaire.
Le Professeur Harari donne régulièrement des conférences à travers le monde sur les sujets abordés dans ses livres et ses articles, et écrit pour des journaux tels que The Guardian, The Financial Times, The New York Times, TIME, The Washington Post et The Economist. En 2020, il a écrit et a été interviewé à de très nombreuses reprises sur les principales chaînes d’informations, dont CNN et la BBC, à propos de la crise mondiale du coronavirus, et des conséquences de la pandémie. En 2022, il a publiquement commenté l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Son article sur le sujet est devenu celui de la rubrique « Opinion » du Guardian le plus lu de tous les temps. Depuis 2023, Harari a pris position et écrit de nombreux articles sur la guerre à Gaza.
Yuval Noah Harari, en hébreu : ???? ?? ????, né le 24 février 1976 à Kiryat-Ata en Israël, est un historien et professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem, il est l’auteur du best-seller international Sapiens : Une brève histoire de l’humanité et de sa suite Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir puis 21 leçons pour le XXIe siècle.
Yuval Harari est né à Kiryat-Ata en Israël de parents juifs libanais séfarades(1) et juifs ashkénazes roumains, ayant émigré d’Europe de l’Est(2). Il se spécialise en histoire médiévale et militaire et obtient son doctorat au Jesus College de l’université d’Oxford en 2002. Il devient enseignant de World History à l’université hébraïque de Jérusalem en 2005.
Harari pratique la méditation vipassana depuis 2003(3), telle qu’enseignée par S. N. Goenka et ses assistants-enseignants, dans la tradition de Sayagyi U Ba Khin (en). Son livre Homo Deus est d’ailleurs dédié à son maître S. N. Goenka(4). Il médite deux heures par jour et fait souvent de longues retraites d´une dizaine de jours à plusieurs mois(5).
En écrivant Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, Yuval Harari s’est documenté en zootechnie, sur le traitement des animaux dans l’industrie de la viande, des produits laitiers et des œufs jusqu’à en être horrifié, ce qui l’a amené à devenir végan3,6. Le sort des animaux, en particulier des animaux d’élevage, est traité à plusieurs reprises dans ses ouvrages.
Il est homosexuel, ce qui lui permet selon lui « de remettre en question les idées reçues »5, et vit avec son mari7 et manager Itzik Yahav8 dans le moshav (communauté agricole coopérative) Mesilat Zion près de Jérusalem.
Ses conférences en hébreu sur l’histoire du monde ont été visionnées par des dizaines de milliers d’internautes en Israël. Yuval Harari a proposé également en 2014 une série de cours en ligne gratuits en anglais (MOOC) intitulée « A Brief History of Humankind »9. Plus de 100 000 personnes y étaient inscrites. Harari a pu se faire connaître dans le monde entier par le biais de ses Ted talks10.
Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA
Yuval Noah Harari
Albin Michel, Paris, 2024
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet.
Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
“Nexus”, de Yuval Noah Harari : l’information, c’est de la dynamite !
Après avoir narré l’histoire de notre espèce, Harari propose, dans son nouvel opus, de la relire à la lumière de ses réseaux d’information. Moins sexy, à première vue. Pourtant, l’historien parvient à dramatiser les livres de comptes mésopotamiens et les querelles d’interprétation de l’Ancien Testament comme s’il s’agissait de la dernière saison de Game of Thrones. Un constat de départ : alors que nous sommes doués pour emmagasiner de l’information, cela ne nous a pas rendus plus sages au fil des millénaires. Pour lui, c’est un problème de réseau et de pouvoir : « L’humanité acquiert énormément de pouvoir en construisant d’immenses réseaux [d’information] mais la manière dont ces derniers sont conçus les prédispose à un usage déraisonnable de ce pouvoir. » Là où la vision « naïve » de l’information voit en elle la solution à tous les maux – il faudrait seulement la « factchecker », la rendre transparente, la faire circuler, la corriger –, Harari soutient qu’elle est, par nature, ambiguë. N’en déplaisent aux gourous de la Silicon Valley, collecter et partager plus d’information ne nous fait pas tendre vers la vérité et la justice. Il n’y a qu’à se souvenir du rôle joué par la diffusion de la Bible dans les guerres civiles européennes. L’information n’est pas ce tissu de signes bien sages : c’est à la fois la colle qui fait tenir les civilisations et la dynamite qui les fait imploser – elle donne forme au réel.
Yuval Noah Harari : « Nos connaissances sont mises au service de mythologies parfois délirantes »
Idées. IA, religions, Israël… L’historien, auteur de « Nexus » et « Sapiens », montre comment les révolutions de l’information ont transformé nos sociétés, de la Bible jusqu’à l’actuel conflit au Proche-Orient. Vertigineux !
Des médias français ont un peu rapidement présenté Nexus (Albin Michel) comme un livre sur l’intelligence artificielle. C’est comme réduire le Nouveau Testament au Livre de l’Apocalypse. Car dans cette fresque vertigineuse, dix ans après Sapiens, Yuval Noah Harari revient une nouvelle fois sur l’histoire de l’humanité, mais à travers les réseaux d’information. Des mythes anciens jusqu’à l’IA en passant par la Bible, l’imprimerie et les médias de masse, l’historien israélien, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, montre comment chaque révolution technologique a entraîné de profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux, pour le meilleur comme le pire.
Considéré comme l’un des intellectuels les plus influents de la planète, l’homme aux 45 millions d’ouvrages vendus livre à L’Express ses analyses percutantes sur la technologie, les religions, les mythes nationaux et le monde de demain. (…)
Yuval Noah Harari, prophète contesté de la « big history », des origines de l’homme à l’intelligence artificielle
L’historien israélien, auteur à succès de « Sapiens » et de « Nexus », brosse de grands récits allant des origines du cosmos au développement à venir de l’espèce humaine. Un sens de la généralisation que lui reprochent ses détracteurs.
Costume sombre et chaussettes fantaisie dépareillées, silhouette d’ascète, Yuval Noah Harari apparaît sur la scène de la Cité des sciences et de l’industrie sous les applaudissements de 800 spectateurs. Le 7 novembre, l’auteur israélien de 48 ans est de passage à Paris pour présenter son dernier ouvrage, Nexus (Albin Michel, 576 pages, 24,90 euros), un récit historique promis aux têtes des ventes qui raconte la façon dont les révolutions de l’information ont transformé nos sociétés « de la Bible aux intelligences artificielles [IA] ».
Je me range facilement du côté de l’auteur Yuval Noah Harari lorsqu’il explique que l’information n’est pas nécessairement et obligatoirement « vérité » ou conforme à la réalité. Une information, nous le savons tous aujourd’hui, n’est pas vraie par elle-même.
Première partie – Réseaux humains
Chapitre 1 – Qu’est ce que l’information
(…)
On le voit donc, l’information ne saurait être définie comme un ou plusieurs types spécifiques d’objets matériels. En fonction du contexte, tout objet — une étoile, un volet, un pigeon — peut devenir une information. Mais alors, quel contexte, au juste, définit de tels objets comme des « informations » ? À en croire la vision naïve de l’information, c’est dans le contexte d’une recherche de la vérité que les objets se définissent comme des informations. Un chose est une information dès lors qu’on l’utilise pour tenter de découvrir la vérité. Cette vision associe le concept d’information au concept de vérité, partant du principe que l’information a pour fonction essentielles de représenter la réalité. Il existe une réalité « extérieure », et l’information en est la représentation, de sorte que nous pouvons nous en servir pour en apprendre davantage sur la réalité. (…)
(…)
Qu’est-ce que la vérité ?
Tout au long de ce livre, la « vérité » est entendue comme ce qui représente fidèlement tel ou tel aspect de la réalité. La notion même de vérité repose sur l’idée qu’il n’existe qu’une seule réalité universelle. Tout ce qui a existé jusqu’ici ou qui existera jamais dans l’univers — depuis l’étoile Polaire jusqu’au pigeons du réseau NILI, en passant par les sites d’astrologie en ligne — fait partie de cette unique réalité. C’est ce qui permet à la quête de la vérité d’être un projet universel. Si différentes personnes, nations ou cultures peuvent se nourrir des croyances ou des sentiments divergents, elles ne sauraient posséder des vérités contradictoires, puisqu’elles partagent toutes une même réalité universelle. Quiconque rejette l’universalisme, rejette la vérité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp.40-42.
P.S.: Le lien dans cette citation est de nous.
En 1972, alors âgé de 15 ans, j’entrais dans le monde des médias à titre de chroniqueur pour notre hebdomadaire régional, La Tribune de Lévis. Sous le titre « Salut les poètes ! », j’informais et orientais les poètes de la région vers la Société des poètes canadiens-français dont j’étais le plus jeune des directeurs. La chronique eu aussi son pendant à la station de radio locale où je lisais des poèmes en ondes le dimanche soir. Ainsi, j’adhérais déjà à « ce que fait l’information » selon Yuval Noah Harari, c’est-à-dire réseauter.
Ce qu’illustre le cas de l’astrologie, c’est que erreurs, mensonges, fantasmes et fictions sont aussi des informations. Contrairement à ce qu’affirme la vision naïve de l’information, celle-ci n’a pas de lien essentiel avec la vérité, et son rôle dans l’histoire ne consiste pas à représenter une réalité préexistante. Ce que fait l’information, c’est plutôt créer des nouvelles réalités en connectant entre eux des éléments disparates — qu’il s’agisse de couples ou d’empires. Sa caractéristique essentielle, ce qui la définit, ce n’est pas tant la représentation que la connexion : l’information est ce qui relie différents points pour former un réseau. L’information ne nous informe pas nécessairement sur les choses – elle met plutôt les choses « en forme », c’est-à-dire qu’elle les agence. Les horoscopes disposent ainsi les amoureux en formations astrologiques, les bulletins de propagandes disposent les électeurs en formations politiques, et les chants de marche dispose les soldats en formations militaires.
Prenons ce cas paradigmatique qu’est la musique. La plupart des symphonies, des mélodies et des morceaux ne représentent rien — demander s’ils sont vrais ou faux n’aurait aucun sens. Au fil des siècles, les hommes ont créé beaucoup de mauvaise musique, mais pas de fausse musique. La musique a beau ne rien représenter, elle n’en est pas moins remarquablement efficace pour connecter un grand nombre de personnes, synchroniser leurs émotions et leurs mouvements. Elle sait nous faire danser en discothèque et batte des mains en cadence à l’église, faire chanter en chœur les supporters et défiler au pas les soldats.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp.46-47.
Avec ma chronique, je cherchais à recruter d’aussi jeunes poètes que moi au sein de la Société des poètes canadiens-français. Je me représentais l’information comme « un vecteur de lien social ».
L’information dans l’histoire de l’humanité
Envisager l’information comme un nexus, un vecteur de lien social, permet de mieux comprendre plusieurs aspects de l’histoire humaine qui mettent à mal la vision naïve de l’information comme représentation. Cela explique le succès à travers le siècles non seulement de l’astrologie mais de choses bien plus importantes, comme la Bible. Si certains dénigrent l’astrologie en la présentant comme un aspect aussi mineur que pittoresque de l’histoire de l’humanité, nul ne peut nier le rôle central qu’y a joué la Bible. Si la principale fonction de l’information était de représenter fidèlement la réalité, il serait difficile d’expliquer comment la Bible a pu devenir l’un des textes les plus influents de l’histoire.
La Bible multiplie les erreurs flagrantes dans sa description des affaires humaines et des processus naturels. (…)
(…)
Pourtant, bien que la représentation qu’elle donne de la réalité des origines de l’humanité, de ses migrations et des épidémies qui la frappent laisse grandement à désirer, la Bible ne s’en est pas moins montrée très efficace pour connecter des milliards d’hommes et créer les religions juives et chrétienne. De la même manière que l’ADN enclenche des processus chimiques qui relient entre elles des milliards de cellules pour former des réseaux organiques, la Bible a enclenché des processus sociaux qui ont relié entre eux des milliards d’êtres humains pour former des réseaux religieux. (…)
Pour conclure, l’information représente tantôt la réalité, tantôt non. Mais toujours, elle connecte. C’est sa caractéristique fondamentale. Par conséquent, lorsqu’on étudie le rôle de l’information dans l’histoire, bien qu’il soit parfois pertinent de demander : Avec quelle exactitude représente-t-elle la réalité ? Est-elle vraie ou fausse, les questions les plus cruciales sont généralement les suivantes : « Dans quelle mesure connecte-t-elle les gens ? Quel nouveau réseau crée-t-elle ? »
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 49-51.
P.S.: le soulignement remplace le mot en italique dans le texte original.
À la suite de ma chronique « Salut les poètes ! », j’ai convaincu le rédacteur en chef de La Tribune de Lévis qu’il nous fallait informer les parents de ce qui passe dans les écoles de leurs enfants, ces derniers ne leurs parlant peu ou pas du tout de leur vie d’étudiant. Un page entière de l’hebdomadaire régional ne fut accorder pour y tenir une toute nouvelle chronique, « La Semaine Étudiante ». Je passais des heures et des heures au téléphones avec des étudiants de différentes institutions scolaires des niveaux élémentaires, secondaires et collégial pour m’informer des activités de leur milieu de vie respectif. J’ai ainsi créée un réseau d’information ayant à sa source les étudiants comme émetteurs et les parents comme récepteurs, le journal étant lu avant tout pas les parents. C’était aussi un nouveau réseau entre les étudiants des différentes écoles et un autre entre les parents. Les étudiants devinrent des lecteurs de la chronique découvrant ainsi ce qui se passait dans les autres écoles de la région. Et ceux et celles qui faisaient la une de la chronique en soutenait la promotion auprès de leurs confrères et consœurs dans leurs écoles. La chronique répondait à une demande de mise en réseaux. Le succès de ma chronique dans le journal fut tel qu’elle donna naissance à une émission hebdomadaire en direct à la station de télévision locale que j’animais avec plaisir. Chacune des émissions était suivie d’une rencontre en personne des téléspectateurs avec l’animateur et ses invités dans un bar de la région. Et une fois par mois, tous les téléspectateurs étudiants se regroupaient par milliers lors d’une soirée dansante dans la plus grande école de la région, le CÉGEP Lévis-Lauzon.
Chers lecteurs, vous comprenez déjà beaucoup mieux mon intérêt pour les médias. Et si je donne une place au livre NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA dans cet Observatoire de la philothérapie, c’est pour questionner le rôle des technologies de l’information dans la diffusion de la philosophie, de l’Antiquité à nos jours, et la perception que nous avons des philosophies apparues au fil du temps.
En contemplant l’histoire de l’information de l’âge de pierre à l’âge du silicium, nous assistons donc à un accroissement constant de la connectivité. qui ne s’accompagne pas d’un progrès en termes de véracité ou de sagesse. Contrairement à ce que professe la vision naïve, nous autres Homo sapiens n’avons pas conquis le monde grâce à notre talent pour transformer les informations en une carte fidèle de la réalité.
Non, le secret de notre réussite, c'est avant tout notre faculté à utiliser les informations pour connecter un grand nombre d'individus. Malheureusement, cette capacité va souvent de pair avec une propension à croire aux mensonges, aux erreurs et aux fantasmes.
Non, le secret de notre réussite, c’est avant tout notre faculté à utiliser les informations pour connecter un grand nombre d’individus. Malheureusement, cette capacité va souvent de pair avec une propension à croire aux mensonges, aux erreurs et aux fantasmes. C’est pour cette raison que même des sociétés aussi avancées d’un point de vue technologique que l’Allemagne nazie ou l’Union soviétique ont pu nourrir des idées délirantes, sans forcément que ces illusions les affaiblissent. À vrai dire, les délires de masses des idéologies nazie et stalinienne, notamment concernant les questions de race et de classes sociales, les ont en fait aidées à faire marcher d’un même pas des dizaines de millions de personnes.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 1 – Qu’est ce que l’information ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 52.
P.S.: le caractère gras et l’encadrement du texte sont de nous.
Encore et encore ce fameux verbe : « CROIRE ». Est-ce là un besoin fondamental de l’être humain ? Vivons-nous pour croire ? Faut-il croire dans la vérité ? La vérité est-elle conditionnelle à sa croyance ? Croire quelque chose est-ce en reconnaître la vérité ? Que je crois ou non dans la réalité universelle, cette dernière demeure la seule vraie réalité. Ce que je crois n’est pas nécessairement vrai. Alors pourquoi je fais de la vérité une croyance ? Je n’ai pas besoin de croire pour que ce soit vrai.
« Les histoires furent la première technologie de l’information décisive inventée par l’homme » écrit Yuval Noah Harari. Lorsque l’homme abandonne le nomadisme pour prendre racine et donner lieu à ce que nous appelons la révolution néolithique, les histoires circulent entre les habitants du village sans pour autant circuler d’un village à l’autre, à moins de contacts entre eux. Chaque village d’autosuffisant grâce à l’agriculture et à élevage, il n’y avait pas lieu de partir à la découverte des autres villages dont on ignorait souvent l’existence. Mais l’homme étant ce qu’il est, il a tout de même rencontrer sur son chemin d’autres villages avec lesquels il a partagé ses histoires et inaugurer le commerce. On connaît la suite. Des villages sont devenus des villes, puis des villes-états, incapable de s’autosuffire et ainsi pousser à la spécialisation de certains de ses habitants (artisans) en plus d’être dans l’obligation de commercer avec d’autres villes-états.
(…) Contrairement aux poèmes et au mythes nationaux, qui peuvent être stockés dans nos cerveaux, les systèmes de taxation et d’administration plus complexes des États ont nécessité, pour pouvoir fonctionner, une technologie de l’information unique, non organique. Cette technologie, c’est le document écrit.
Prêt à tuer
Le document écrit a été inventé plusieurs fois, à plusieurs endroits différents. Certains des ses plus anciens exemples remontent à la Mésopotamie antique. Une tablette d’argile cunéiforme datée du vingt-huitième jour du dixième mois de la quarante et unième année du règne du roi Shulgi d’Ur (v. 2053-2054 av. J.C.) tenait ainsi compte des livraisons mensuelles de moutons et des chèvres : 14 moutons avaient été livré le deuxième jour du mois, 7 moutons les troisième jours du mois, (…) Au total, nous apprend cette tablette d’argile, 896 animaux furent livrés ce mois-là. Il était essentiel pour l’administration royale de garder la trace de toutes ces livraisons, afin de contrôler l’obéissance du peuple et d’assurer le suivi des ressources disponibles. Si enregistrer tous ces éléments dans l’esprit d’un humain représentait un insurmontable défi, un scribe pouvait sans peine les inscrire sur une tablette d’argile.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 82-83.
P.S.: (…) = passage non cité dans cet article mais présent dans le texte original.
Évidemment, les documents écrits ne sont pas exempts de toute erreur uniquement parce qu’ils sont écrits. Yuval Noah Harari souligne d’ailleurs une erreur sur la tablette d’Ur. Cette dernière dénombrait 896 animaux alors que les chercheurs modernes en compte 898.
Mais qu’ils soient justes ou erronés, les documents écrits ont créé de nouvelles réalités. En enregistrant des listes de biens, d’impôts et de paiements, ils ont grandement facilité la mise en place de systèmes administratifs, des royaumes, d’organisations religieuses et de réseaux commerciaux. Ou, pour être plus précis, ces documents ont transformé la méthode utilisée pour créer des réalités intersubjectives. Dans les cultures orales, les réalités intersubjectives étaient créées en racontant une histoire que de nombreuses personnes répétaient avec leur bouche et mémorisaient dans leur cerveau. Par conséquent, les capacités de ce dernier imposait une limite aux genres de réalités intersubjectives que les humains pouvaient créer. Les hommes ne pouvaient pas fabriquer des réalités intersubjectives que leur cerveau était incapable de retenir.
Les documents écrits, eux, permettaient de dépasser cette limite. Ils ne représentaient pas une réalité empirique objective : la réalité, c’étaient les documents eux-mêmes. Comme nous le verrons aux chapitres suivants, les documents écrits constituaient donc des précédents et des modèles qui seraient ensuite utilisés par les ordinateurs, La faculté des ordinateurs à créer des réalités intersubjectives est une extension du pouvoir des tablettes d’argile et des feuilles de papier.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 83.
Mais pourquoi le sous titre « Prêt à tuer » ?
Le pouvoir qu’on les documents de créer des réalités intersubjectives s’incarne magnifiquement dans l’ancien dialecte assyrien, qui traitait les documents comme des choses vivantes qu’on pouvait également faire mourir. Dans cette langue, les contrats de prêt étaient en effet « tués » (duãkum) dès le remboursement de la dette en question. Ce que l’on faisait en détruisant la tablette, en y ajoutant une marque ou en brisant le sceau. Le contrat de prêt ne représentait par la réalité : il était la réalité. Si quelqu’un remboursait l’emprunt mais omettait de «tuer le document», la dette demeurait exigible. À l’inverse, si l’on ne remboursait pas l’emprunt mais que le document «mourrait» d’une autre manière — disons, croqué par un chien —, le dette disparaissait. Cela vaut aussi pour l’argent : si votre chien mange un billet de cent dollars, ces cent dollars cessent d’exister.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 84-85.
Puis vient le sous-titre « Bureaucratie » avec cette anecdote en ouverture :
Chaque nouvelle technologie de l’information comporte des goulets d’étranglement inattendus. Elle résout d’anciens problèmes, mais en crée de nouveaux. Au début des années 1730 av. J.C., Marâmtani, prêtresse de la ville mésopotamienne de Sippar. écrit une lettre (sur une tablette d’argile) à un membre de sa famille, pour demander à celui-ci de lui faire parvenir les tablettes entreposées dans sa maison. Elle lui expliquait qu’on lui contestait ses droits sur un héritage, et qu’elle avait besoin de faire valoir ces documents devant un tribunal. Elle achevait son message par cet appel : «Surtout, ne me néglige pas !»
Nous ignorons ce qui s’est passé ensuite, mais imaginez un instant que ce proche ait fouillé partout sans pouvoir retrouver les tablettes manquantes… La quantité de documents produits ne cessant de croître au fil du temps, il s’est avéré de plus en plus difficile de la localiser. Cela représentait un défi particulièrement ardu pour les rois, les prêtres, les marchands, et tous ceux qui amassaient dans leurs archives des milliers de documents. Comment remettre la main sur le bon registre fiscal, le bon reçu de paiement ou le bon contrat commercial lorsque vous en avez besoin ? Les document écrits étaient bien meilleurs que les cerveaux humains pour mémoriser certains types d’information. Mais ils créaient un nouveau problème, particulièrement épineux : celui de leur récupération.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 85-86.
Ainsi naîtra la bureaucratie ! Si l’évolution de l’homme a équipé ce dernier pour se débrouiller dans un monde organique : « (…) si vous cherchez une pomme, il faut d’abord localiser un pommier, puis lever la tête. En vivant dans la forêt, les hommes apprennent cet ordre organique.»), il en va tout autrement avec les documents inorganiques, tels que les documents écrits.
Il en va tout autrement avec les archives. Les documents n’étant pas des organismes, il n’obéissent à aucune loi biologique et l’évolution ne les a pas organisés pour nous. Les déclarations fiscale ne poussent par sur une étagère à déclaration fiscales. Il faut les y déposer. Pour ce faire, quelqu’un doit d’abord avoir l’idée de catégoriser les informations par étagères, et déterminer quels documents doivent être déposés sur quelles étagères. Contrairement au cueilleurs, qui n’ont qu’à découvrir l’ordre préexistant de la forêt, les archivistes sont obligés de concevoir un nouvel ordre pour le monde. Cet ordre est ce qu’on appelle la bureaucratie.
La bureaucratie est la manière dont les hommes, dans les organisations de grande ampleur, ont résolu le problème de la récupération et, ce faisant, ont créé des réseaux d’information plus vastes et plus puissants.
Mais comme la mythologie, la bureaucratie a tendance a sacrifier la vérité au nom de l'ordre.
Mais comme la mythologie, la bureaucratie a tendance a sacrifier la vérité au nom de l’ordre. En inventant un nouvel ordre et en l’imposant au monde, la bureaucratie a déformé de manière tout à fait unique notre compréhension du monde. Une bonne partie des problèmes rencontrés par nos réseaux d’information du XXIè siècle — pensez aux algorithme biaisés qui cataloguent mal les gens, ou aux protocoles trop rigides qui ne tiennent par compte des besoins et sentiments humains — ne sont pas nouveaux, ni propres à l’ère informatique. Ces problèmes typiquement bureaucratiques existaient déjà bien avant que quiconque ait pu les imaginer les ordinateurs.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 87.
P.S.: l’encadré est de nous.
Je retiens de cette citation :
« catégoriser les informations »
« concevoir un nouvel ordre pour le monde »
« sacrifier la vérité au nom de l’ordre »
« a déformé de manière tout à fait unique notre compréhension du monde »
Puisque le simple fait de créer des catégories pour classer les informations n’est pas un processus naturel, c’est-à-dire, relatif à une réalité préexistante dans le monde, cette catégorisation débouche sur un nouvel ordre intersubjectif pour le monde, et ce dernier priorisant l’ordre au détriment de la vérité (de la conformité avec la réalité), elle résulte en une déformation de notre compréhension du monde.
Bureaucratie et recherche de la vérité
Le terme bureaucratie signifie littéralement le « pouvoir du bureau ». Il fut inventé dans la France du XVIIIe siècle, où les fonctionnaires étaient généralement assis devant une table dotée de tiroirs – le fameux bureau. Le tiroir se trouve donc au cœur de l’ordre bureaucratique. La bureaucratie s’attache à résoudre le problème de la récupération des données en divisant le monde en une série de tiroirs, et en déterminant quel document va venir dans quel tiroir.
Le principe demeure le même, que le document soit placé au fond d’un tiroir, sur une étagère, dans un panier, un pot, un fichier informatique ou tout autre réceptacle : diviser pour régner. Diviser le monde en une série de contenants, et les séparer pour que les documents ne se mélangent pas. Cependant, ce principe a un prix : au lieu de se concentrer sur la compréhension du monde tel qu’il est, la bureaucratie s’acharne souvent à imposer au monde un nouvel ordre, artificiel. Les bureaucrates comment par inventer toute une variété de tiroirs, lesquels sont des réalités intersubjectives que ne correspondent pas nécessairement à de quelconques divisions objectives existant dans le monde. Les bureaucrates tentent alors de faire entrer de force le monde dans ces tiroirs, et si ça coince aux entournures, ils forcent un peu. Quiconque a eu l’occasion de remplir un formulaire administratif ne le sait que trop bien. Il arrive qu’aucune des options proposées par le document ne corresponde à notre situation particulière. On est alors contraint de s’adapter au formulaire, plutôt que l’inverse. Réduire le désordre de la réalité en un nombre limités de tiroirs fixes aide les bureaucrates à instaurer l’ordre, mais ce la se fait au détriment de la vérité. Obnubilés par leurs tiroirs — même lorsque la réalité est beaucoup plus complexe —, les bureaucrates finissent souvent par développer une compréhension déformée du monde.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 3 – Document : la morsure des tigres de papier, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 87-88.
Et les documents ne font pas que remonter à la bureaucratie, cette dernière conçoit, édite et diffuse des documents, ces derniers devant lui revenir. Et il n’est pas aisé de contrôler une bureaucratie, même pour les politiciens.
En 1985, Année internationale de la Jeunesse, en pleine crise économique, le taux de chômage chez les jeunes est très élevé et le gouvernement du Québec a déjà mis en place des programmes d’aides pour les jeunes ayant des projets en tête pour s’en sortir, notamment pour créer leurs propres emplois. Mais le Premier ministre du Québec, Renée Lévesque, est informé au sujet du blocage de l’attribution de ces aides aux jeunes par les bureaucrates. Il décide alors de passer outre la bureaucratie et de recruter lui-même une trentaine de jeunes à intégrer à la bureaucratie et dont la seule et unique fonction sera d’aider les jeunes qui demandent l’aide de l’État pour leurs projets.
Le tout se fait à la hâte, un vendredi soir, alors que le gouvernement du Québec est en pause pour la fin de semaine, je reçois un appel d’un ami fonctionnaire au ministère des communications qui tâte mon intérêt ce travail. « Je suis intéressé. » Il me répond : « Alors du dois de rendre dès demain à 15h.00 au bureau du Premier ministre à Montréal. » C’est à plus de 200 kilomètres de chez-moi et un véhicule du gouvernement est à ma disposition.
Le lendemain, samedi, je me présente au bureau du Premier ministre et je suis dirigé vers une salle de conférence avec tous les autres jeunes provenant de tous les coins du Québec. Le Premier ministre fait son entrée et prend place avec nous à l’énorme table ronde de la salle de conférence. Il nous explique son programme baptisé « Déclic Jeunesse ».
Nous, les jeunes, allons être déployés dans tous les bureaux régionaux de Communication Québec (centre de renseignements de l’ensemble du gouvernement au service de la population). Notre tâche, recevoir les jeunes qui souhaitent recevoir une aide financière de l’État pour leurs projets, les aider à compléter leurs formulaires de demandes dans l’optique avouée qu’ils soient approuvées pour l’obtention de l’aide. Autrement, faire sortir au plus vite les subventions pour les jeunes !
Si le Premier ministre du Québec procède ainsi, plutôt que de confier la tâche à son ministre des communications, ce dernier la confiant à ses fonctionnaire, ce qui est la procédure normale, c’est parce que les fonctionnaires sont au centre du problème : ils ne collaborent pas avec les jeunes et les jeunes les boycottent. L’argent de l’aide de l’État pour les jeunes dort au fond d’un tiroir. Le Premier ministre court-circuite la hiérarchie et passe outre le protocole pour engager lui-même une escouade de jeunes pour venir en aide aux jeunes en mal de financement de leurs projets. Évidemment, la publicité dira toute autre chose :
La bureaucratie est un pouvoir en soi, un pouvoir avec ses propres règles de gouvernance et travaille à son propre rythme. Elle se trouve entre les politiciens et la population.
Après quelques jours de travail au Centre Déclic-Jeunesse, je réalise que les fonctionnaires classent très rapidement les formulaire de demande de subvention des jeunes et je découvre comment ils procèdent. Il faut — disons — que la somme d’argent inscrite à la case F de la première colonne égale la somme d’argent inscrite à la case K de la deuxième colonne et ainsi de suite. C’est la vérification qu’effectue les fonctionnaires pour accepter ou non d’examiner un projet, peu importe s’il s’agit d’une simple erreur, peu importe la pertinence du projet, ses chances de réussite.
Je réunis toutes ces procédures dans un immense cahier et je prends l’initiative de le photocopier pour mes collègues des autres bureaux. Et imaginez ce qui se passe quand je demande au patron du bureau de Communication Québec (là où se trouve le Centre Déclic-Jeunesse) le budget pour envoyer ces cahiers par la poste. Il refuse. Je fais donc parvenir mon cahier au Premier ministre lui avec une note explicative. Je ne connais pas la suite de l’histoire puisque j’ai quitté mes fonctions.
* * *
Yuval Noah Harari intitule le quatrième chapitre de son ouvrage, « Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité », et y traite des mécanismes d’autocorrection nécessaires à tout réseau d’information.
Pour pouvoir fonctionner, les mécanisme d’autocorrection ont besoin de légitimité. Si les humains sont enclins à commettre des erreurs, comment imaginer raisonnablement que les mécanisme d’autocorrection en soient exempts ? Pour échapper à cette boucle apparemment sans fin, les humains ont souvent nourri le fantasme d’un mécanisme suprahumain, absolument infaillible, sur lequel ils pourraient s’appuyer pour identifier et corriger leurs propres erreurs. Aujourd’hui, c’est l’IA qui porte cet espoir comme en atteste ce que déclarait Elon Musk en avril 2023 : « Je vais lancer quelque chose que j’appelle Truth GPT, une IA qui recherche la vérité maximale et essaie de comprendre la nature de l’univers. » Nous verrons dans les prochains chapitres pourquoi il s’agit là d’un dangereux fantasme. Lequel a pu, par le passé, se manifester sous une autre forme : la religion.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 109-110.
Nous voilà aux portes de la création du livre saint tels que la Bible et le Coran, dit infaillible.
Le livre s’est imposé, au cours du premier millénaire avant notre ère, comme une importante technologie religieuse. Après des dizaines de milliers d’années où les dieux s’étaient adressés aux humains via des chamans, des prêtres, des prophètes, des oracles, entre autres messagers humains, des mouvements religieux tels que le judaïsme se sont mis à défendre l’idée que les dieux s’exprimaient à travers cette technologie nouvelle qu’était le livre. Selon eux, il existe un livre bien précis, dont les nombreux chapitres contiennent toutes les paroles divines à propos de tout, de la création de l’univers aux préceptes alimentaires. Surtout, nul prêtre ou prophète, nulle institution humaine ne pourra oublier ou modifier ces paroles divine, car il sera toujours possible de confronter ce qu’avancent les humains faillibles à ce qui est gravé dans l’infaillible livre.
Mais les religions du Livre avaient elles aussi leurs problèmes, dont le plus évident était celui-ci : qui décide ce qu’il faut inclure dans le livre saint ? Le premier exemplaire n’est pas tombé du ciel : il a fallu que des humains le compilent. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 113-114.
P.S.: (…) = passage non cité dans cet article mais présent dans le texte original.
Nous connaissons la suite, on discuta âprement des contenus à sélectionner pour constituer le livre saint et du livre saint infaillible nous sommes passé à l’institution infaillible (l’Église) dans son interprétation du livre saint, puis à la multiplication du livre saint à la suite de l’invention de l’imprimerie :
Deuxième enjeu, plus crucial encore : le fait de disposer de nombreux exemplaires du même livre empêchait toute altération du texte. Puisqu’il en existait des milliers de copies identiques en de nombreux endroits, il sera facile de dénoncer comme une imposture toute tentative de changer ne serait-ce qu’une malheureuse lettre de ce code sacré. En rendant disponible une multitude d’exemplaires de la Bible dans des lieux fort éloignés les uns des autres, les juifs remplaçaient donc le despotisme humain par une souveraineté divine. L’ordre social était désormais garanti par l’infaillible technologie du livre. C’est du moins ce qu’ils croyaient.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 4 – Erreurs : le fantasme de l’infaillibilité, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 118.
Les livres saints ont ainsi constitué chacun leur réseau d’information, dont certain incluant plus d’un milliard de personnes, et ce, de partout à travers le monde, et chacun sous l’égide d’une Église… infaillible ! Il n’en fallait pas plus pour que des guerres entre les religions éclatent.
Le cinquième chapitre, sous le titre « Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme ».
Les réseaux d’information dictatoriaux sont centralisés à l’extrême. Ce qui signifie deux choses. Premièrement, le pouvoir central jouissant d’une autorité illimitée, l’information a tendance à affluer vers le centre névralgique, où sont prise les décisions les plus importantes. Dans l’Empire romains, tous les chemins menaient à Rome ; dans l’Allemagne nazie, les informations convergeaient vers Berlin ; et en Union soviétique, vers Moscou. Parfois, le gouvernement central tente de concentrer entre ses mains toute l’information, et d’imposer lui-même toutes les décisions, contrôlant ainsi complètement la vie des gens. Cette forme de dictature totalisante, pratiquée par des dirigeants comme Hitler ou Staline, est connu sous le nom de totalitarisme. Mais toutes les dictatures ne sont pas totalitaires. Nous le verrons, des difficultés techniques empêchent souvent les dictateurs de devenir totalitaires. L’empereur romain Néron, par exemple, ne disposait pas des moyens permettant de microgérer les vies des millions de paysans dans les lointains villages aux confins de l’empire. Une bonne partie des régimes dictatoriaux laissent donc une part d’autonomie considérable aux individus, aux entreprises et aux communautés. Cependant, les dictateurs se réservent toujours le pouvoir d’intervenir dans la vie des gens. Dans la Rome de Néron, la liberté n’était pas un idéal mais un corolaire de l’incapacité du gouvernement à exercer un contrôle totalitaire.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 161-162.
Dans les années 1970-1980, nous sommes passés de « Le pouvoir est à celui qui détient l’information » à « Le pouvoir est à celui qui diffuse l’information ».
L'information est le pouvoir. Mais comme tout pouvoir, il y a ceux qui veulent le garder pour eux.
Aaron Swartz, Informaticien (1986 - 2013)
C’est pourquoi j’endosse personnellement et professionnellement la culture de gratuité sur internet. J’ai édité de nombreux livres dont les auteurs acceptaient d’en offrir gratuitement la version numérique. À notre libraire en ligne fut donc ajoutée une bibliothèque de livres numériques gratuits qui connaît encore beaucoup de succès depuis sa création il y a plus de vingt ans déjà.
J’ai appliqué la même politique de diffusion de l’information que je détenais lorsque je me suis lancé en recherche marketing (étude des motivations d’achat des consommateurs). J’adressais à mes clients potentiels un document de 24 pages bien tassé, aux allures d’un article de presse écrite, avec toute l’information nécessaire pour bien comprendre en détails mon offre de services. J’optais pour un document d’information plutôt qu’un document de publicité ou de propagande. Que le client potentiel donne suite ou non à sa lecture de mon document, il avait tout de même appris quelque chose d’important. Les conseillers en publicité et en marketing conseillaient à cet époque (années 1990) de se limiter à une brochure sous prétexte que les gens d’affaires et les dirigeants d’entreprise n’ont pas le temps de lire. Toujours selon ces conseillers, je devais m’attendre à une réponse de seulement 20% des clients potentiels à qui j’avais adressé mon document. Or, ce fut le contraire. Plus de 80% des clients potentiels ayant reçu mon document voulaient aller plus loin avec moi et ma partenaire en retenant nos services. Et puisque nous n’étions que deux dans notre entreprise, nous avons du réduire passablement les envois de ce document pour éviter d’être débordés par la demande. Le pouvoir est donc vraiment à celui qui détient l’information ET LA DIFFUSE !
En résumé, une dictature est un réseau d’information centralisé, dénué de mécanisme d’autocorrection puissants. Une démocratie, en revanche, est un réseau d’information décentralisé, qui possède de solides mécanismes d’autocorrection. Lorsqu’on observe un réseau d’information démocratique, on y trouve certes un centre névralgique. Le gouvernement est le pouvoir exécutif le plus puissant d’une démocratie, et les organismes publics collectent et stockent donc d’immenses quantités d’informations. Mais il existe de nombreux canaux d’information supplémentaires, qui connectent une multiplicité de nœuds indépendants. Organes législatifs, partis politiques, tribunaux, presses, entreprises, communautés locales, ONG et citoyens individuels communiquent entre eux librement et directement, de sorte que la majeure partie des informations ne transitent jamais par aucun organisme gouvernemental, et que nombre de décisions importantes se prennent ailleurs. Les individus décident eux-mêmes de leur lieu de vie, de l’endroit où ils travaillent et de la personne qu’ils épousent. Les entreprises font leurs propres choix concernant le lieu d’implantation d’une succursale, les sommes à investir dans tel ou tel projet, les montants a facturer pour les biens et les services qu’elles proposent. Les communautés décident par elles-mêmes d’organiser des œuvres de bienfaisance, des événements sportifs et des fêtes religieuses. L’autonomie n’est pas une simple conséquence de l’inefficacité du gouvernement : elle constitue l’idéal démocratique.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 162-163.
« L’autonomie », oui mais conditionnée, formatées et souvent inconsciente de l’être. Aucun régime n’est parfait, loin de là, mais il y en a de meilleurs.
La dictature de la majorité
La définition de la démocratie comme un réseau d’information décentralisé doté de solides mécanisme d’autocorrection contraste fortement avec l’idée fausse, quoique très répandue, qui assimile la démocratie aux seules élections. Celles-ci sont un élément essentiel de la boîte à outils démocratique, mais elles ne sont pas la démocratie. En l’absence de mécanismes d’autocorrection supplémentaires, les élections peuvent facilement être truquées. Et même lorsqu’elles sont totalement libres et équitables, cela ne suffit pas non plus à garantir la démocratie. Car la démocratie n’est pas une dictature de la majorité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 165.
Les droits de l’Homme et les droits civiques protègent tout un chacun, minoritaire et majoritaire, et limitent le pouvoir du gouvernement. La liberté et l’égalité pour tous sont essentielles à toute démocratie.
Il est important de noter que droits de l’homme et droits civiques n’ont pas pour seul effet de de limiter le pouvoir du gouvernement central : ils lui imposent en outre de nombreuses obligations positives. Il ne suffit pas qu’un gouvernement démocratique s’abstienne d’enfreindre les droits de l’homme et du citoyen — il doit prendre des mesures pour les sauvegarder. Ainsi, le droit à la vie impose au gouvernement démocratique de protéger ses citoyens contre les violences criminelles. Si un gouvernement ne tue personne, mais ne fait par ailleurs aucun effort pour protéger ses citoyens du meurtre, nous n’avons plus affaire à une démocratie mais à l’anarchie.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 168.
Une seule question me vient à l’esprit : est-ce que le gouvernement des États-Unis d’Amérique en fait suffisamment pour « protéger ses citoyens contre les violences criminelles » en refusant de réglementer davantage l’accès, le port et l’usage des armes à feu ?
Par Adel Miliani, publié le 15 février 2024 à 14h32, modifié le 19 février 2024.
Adopté il y a plus de deux cent trente ans, le deuxième amendement de la Déclaration des droits américaine demeure fondamental pour la population, en dépit des fusillades à répétition.
La plupart des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée.
C’est l’un des faits contenus dans un rapport sans précédent présenté par le Surgeon General des États-Unis, Vivek Murthy, sur la base duquel il a déclaré que la violence par arme à feu constituait une crise de santé publique aux États-Unis.
Dans le texte, Murthy explique que l’objectif de cette déclaration est de réduire le nombre de victimes dans le pays qui occupe la première place mondiale dans les statistiques sur les décès par arme à feu.
Selon le rapport, depuis 2022, un total de 48 204 personnes sont mortes de blessures liées aux armes à feu, y compris les suicides, les homicides et les décès accidentels. Cela représente 8 000 décès de plus qu’en 2019 et près de 16 000 de plus qu’en 2010.
Lorsque le candidat à la présidentielle américaine annonce qu’il veut réglementer davantage l’achat, le port et l’usage des armes à feu, il perd des votes. Si le candidat adverse à l’élection présidentielle américaine annonce qu’il protègera le deuxième amendement de la constitution du pays ( Traduction : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Original : « A well regulated militia being necessary to the security of a free State, the right of the People to keep and bear arms shall not be infringed. », il gagne des votes. À mon avis, c’est de l’anarchie.
Il est particulièrement important de se rappeler que les élections ne sont pas une méthode pour découvrir la vérité, mais bien plutôt une méthode pour maintenir l’ordre en opérant un arbitrage entre les désirs contradictoires des uns et des autres. Les élections établissent non pas ce qu’est la vérité, mais ce que désire la majorité des gens. Or, les gens désirent souvent que la vérité soit autre chose que ce qu’elle est. Les réseaux démocratiques se dotent donc de mécanismes d’autocorrection pour protéger la vérité, y compris contre la volonté de la majorité.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Première partie – Réseaux humains, chapitre 5 – Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 169.
Des « mécanismes d’autocorrection pour protéger la vérité, y compris contre la volonté de la majorité », dites-vous ? Ce n’est pas le cas aux États-Unis d’Amérique dans le dossier des armes à feu. Et que dire lorsque le président de ce pays ridiculise les mécanismes d’autocorrection que sont les médias ?
L’irruption de la notion de « post-vérité », désignée comme mot de l’année 2016 par le dictionnaire d’Oxford, a suscité beaucoup de commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fake news, mais peu de réflexions de fond. Or, cette notion ne concerne pas seulement les liens entre politique et vérité, elle brouille la distinction essentielle du vrai et du faux, portant atteinte à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun.
En questionnant les rapports conflictuels entre politique et vérité, Myriam Revault d’Allonnes déconstruit nombre d’approximations et de confusions. Elle montre que le problème majeur de la politique n’est pas celui de sa conformité à la vérité mais qu’il est lié à la constitution de l’opinion publique et à l’exercice du jugement. L’exploration du « régime de vérité » de la politique éclaire ce qui distingue fondamentalement les systèmes démocratiques, exposés en permanence à la dissolution des repères de la certitude, à la tentation du relativisme et à la transformation des « vérités de fait » en opinions, des systèmes totalitaires, où la toute-puissance de l’idéologie fabrique un monde entièrement fictif.
Loin d’enrichir le monde, la « post-vérité » appauvrit l’imaginaire social et met en cause les jugements et les expériences sensibles que nous pouvons partager. Il est urgent de prendre conscience de la nature et de la portée du phénomène si nous voulons en conjurer les effets éthiques et politiques.
Myriam Revault d’Allonnes est professeur à l’École pratique des hautes études. Elle a publié de nombreux essais au Seuil, et notamment La Crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps (2012).
(...) les démocratie ne meurent pas uniquement quand les gens ne sont pas libres de parler, mais aussi quand les gens ne veulent pas ou ne peuvent pas écouter.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS - Une brève histoire des réseaux d'information de l'âge de pierre à l'IA, Première partie - Réseaux humains, chapitre 5 - Décisions : une brève histoire de la démocratie et du totalitarisme, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 180.
Écouter pour parler, pour déformer ce qu’on a écouter. Souvent, le problème n’est pas que les gens ne veulent pas écouter et réfléchir à ce qu’ils ont écouté, non, le problème c’est que les gens ont une écoute très active, c’est-à-dire qu’ils déforment instantanément ce qu’ils entendent en opinion. Le relais de la réflexion ne fonctionne pas. L’écoute active, jadis une force dans la communication, n’est plus qu’une chaîne de réactions subjectives même face à une information objective ou, si vous préférez face à la réalité.
Pourquoi est-ce important de savoir bien communiquer?
Pour bien communiquer, il ne suffit pas de parler. Cela nécessite aussi une écoute active, de l’authenticité et de l’empathie. Dans le cadre de la communication, l’écoute active est une façon structurée d’écouter son interlocuteur et de lui répondre. Lorsque vous écoutez de façon active, votre attention se porte sur l’autre personne pour vous permettre de comprendre, d’interpréter et d’évaluer ce qu’elle vous dit.
L’essentiel est de communiquer sans porter de jugement. En milieu de travail, vous pouvez collaborer avec les gens pour établir des objectifs de rendement individuels réalistes, établir un calendrier de rétroaction et mesurer les progrès vers l’atteinte de ces objectifs. Ces techniques faciliteront l’établissement d’une relation de travail plus efficace et plus positive.
Tweets, sms, emails, posts, etc. se multiplient et rebondissent, circulant à une telle vitesse qu’ils deviennent irrattrapables — les agressifs et les toxiques aussi vite relayés que les sympathiques. La facilité et la rapidité avec lesquelles nous pouvons nous exprimer tout autant que l’idée que nous existons que si nous communiquons nous ont fait oublier les vertus du silence. Happés par ce tourbillon compulsif et communicationnel, nous devons réapprendre à nous taire pour redevenir conscients de ce que nous ressentons avant de le dire, pour redonner du poids et de la bienveillance à notre communication , pour ne pas regretter d’avoir parlé . Savoir se taire est la force cachée de la personne qui agit en pleine conscience et sait s’exprimer à bon escient et avec les mots justes .
L’expression « hystérie de la parole » me plaît car elle reflète fort bien les gens qui parlent beaucoup trop et sans arrêt, qui verbalisent à outrance, souvent en sautant du coq à l’âne ou en se perdant dans moult détails. J’ai déjà interrompu une telle personne en lui disant : « Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées ».
La deuxième partie de NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA s’intitule « Le réseau inorganique », c’est-à-dire le réseau d’information dont les membres sont inorganiques, soient les ordinateurs, contrairement aux êtres organiques que nous sommes et qui assuraient jusque-là les échanges.
Nous analyserons les relations précises entre les termes « ordinateurs », « algorithme » et « IA » dans la dernière partie du présent chapitre une que nous aurons acquis une meilleure compréhension de l’histoire des ordinateurs. Pour le moment, nous nous contenterons de préciser qu’en substance, un ordinateur est une machine potentiellement capable d’accomplir deux choses remarquables : prendre d’elle-même des décisions, et créer d’elle-même de nouvelles idées. (…)
L’avènement de machines intelligentes capables de prendre des décisions et de créer de nouvelles idées signifie que, pour la première fois dans l’histoire, le pouvoir s’éloigne de l’homme et glisse vers une autre entité. (…)
(…) En termes d’intelligence, ils (ordinateurs) dépassent de loin non seulement les bombes atomiques, mais toutes les technologies de l’information antérieures, comme les tablettes d’argile, les presses à imprimer et les postes de radio. (…) Là où presses à imprimer et postes de radio n’étaient que des outils passifs dans la main de l’homme, les ordinateur sont en passe de devenir des agents actifs échappant à notre contrôle et à notre compréhension, et sont à même de prendre des initiatives pour façonner la société, la culture et l’histoire.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 6 – Les nouveaux membres: en quoi les ordinateurs sont différents des presses à imprimer, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 241-243.
Bref, les technologies étaient alors des outils maniés par les agents organiques (humains) alors que les ordinateurs sont des agents inorganiques capables de prendre des décisions et de créer de nouvelles idées par eux-mêmes. Cette nouvelle entité inorganique suscite la peur au fur et à mesure qu’elle monte en puissance décisionnelle et créatrice par auto-apprentissage (IA). La science fiction a souvent mise en scène cette peur notamment dans le célèbre film 2001 : l’odyssée de l’espace en avril 1968.
La peur d’ordinateurs puissants n’a commencé à hanter l’humanité qu’au début de l’ère informatique, au mitant du XXe siècle. Mais depuis toujours, les humains sont hantés par une peur beaucoup plus profonde : nous avons toujours eu conscience du pouvoir qu’avaient les histoires et les images de manipuler nos esprits et de créer des illusions. Par conséquent, depuis la nuit des temps, les humains ont toujours craint d’être enfermés dans un monde d’illusions. Dans la Grèce antique, déjà, Platon livrait sa fameuse allégorie de la caverne, dans laquelle un groupe d’individus passent toute leur vie enchaînés au fond d’une grotte, face à une paroi nu — un écran. Sur cet écran, ils voient défiler différentes ombres projetées. Les prisonniers prennent à tort ces illusions qui s’offrent à leur regard pour la réalité. Dans l’Inde antique, les sages bouddhistes et hindous affirmaient que tous les humains vivaient emprisonnées à l’intérieur de la Mãyã — le monde des illusions. Ce que nous prenons généralement pour la « réalité » n’est souvent qu’une simple fiction dans nos esprits. Les hommes sont parfois prêts à mener des guerres atroces, à tuer et à accepter le risque d’être eux-mêmes tués, à cause de leur croyance en telle ou telle illusion. Au début de XVIIe siècle, Renée Descartes craignait d’être maintenu enfermé dans un monde d’illusions par un « mauvais génie » qui créerait tout ce qu’il voyait et entendait. La révolution numérique nous confronte aujourd’hui à la caverne de Platon, à la Mãyã, au mauvais génie de Descartes.
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 6 – Les nouveaux membres: en quoi les ordinateurs sont différents des presses à imprimer, Édition Albin Michel, Paris, 2024, p. 263.
Yuval Noah Harari ne parle quasiment pas de la philosophie dans son livre NEXUS. La citation ci-dessus est l’un des seuls exemples, un peu élaboré. On n’a une idée du pourquoi au sous-titre « Le nazi kantien » au chapitre 8 intitulé « Faillible : les réseau a souvent tort ». Le texte de ce sous-titre est beaucoup trop simpliste pour associer « nazi » et « kantien ». Voici un très court passage de ce sous-titre qui, même hors contexte, place l’historien Yuval Noah Harari en porte-à-faux avec la philosophie.
La nazi kantien
Depuis des millénaires, les philosophes n’ont cessé de chercher une définition du but ultime qui ne repose pas sur l’alignement avec un but plus élevé encore. Tous ont été attirés par deux solutions potentielles, connues dans le jargon philosophique sous les noms de déontologisme et d’utilitarisme. Les déontologistes (du grec deon, qui signifie « devoir ») pensent qu’il existe des devoirs moraux universels qui s’appliquent à tout le monde. Ces règles morales ne reposent pas sur l’alignement avec un but plus élevé : elles sont intrinsèquement bonnes. Si de telles règles existent réellement, et que nous parvenons à trouver un moyen de les programmer dans des ordinateurs, alors nous pourrons faire en sorte que le réseau informatique soit une force au service du bien.
Mais que signifie « intrinsèquement bonnes, au juste ? On doit la plus célèbre tentative de définir une règle intrinsèquement bonne au philosophe Emmanuel Kant, un contemporain de Clausewitz et Napoléon. D’après Kant, toute règle que je souhaiterait rendre universelle est intrinsèquement bonne. En vertu de ce conception, une personne sur le point d’en assassiner une autre devrait s’arrêter et se soumettre au processus suivant : « Je vais assassiner un être humain. Aimerais-je établir une règle universelle stipulant qu’il n’y a pas de mal à tuer des êtres humains ? Si une telle règle universelle est mise en place, alors n’importe qui pourrait m’assassiner. Donc, il ne devrai pas exister de règle universelle autorisant le meurtre. D’où il s’ensuit que moi non plus, je ne devais pas tuer. » Pour le dire simplement, Kant reformule la règle d’or immémoriale : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux » (Mathieu 7:12).
Cela semble une idée simpliste évidente : chacun de nous devrait se comporter de la manière dont il voudrait que tous les autres se comportent. Mais les idées qui semblent bonne dans le royaume éthéré de la philosophie ont souvent du mal à se transposer sur les terres rugueuses de l’histoire. La question clé que tout historien poserait à Kant est la suivante : quand vous parlez de règles universelles, quelle définition donnez-vous à cet adjectif ? C’est ce qu’on fait, par exemple, Wirathu et les autres extrémistes anti-Rohingyas. En que que moine bouddhiste, Wirathu était certainement opposé à l’idée universelle d’assassiner des humains. Mais il n’estimait pas que cette règle universelle s’appliquait lorsqu’on tuait des Rohingyas, considérés comme des sous-hommes. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Deuxième partie – Le réseau inorganique, chapitre 8 – Faillible : le réseau a souvent tort, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 334-335.
À mes yeux, Yuval Noah Harari perd toute crédibilité face au rôle de la philosophie dans l’histoire en nommant la discipline comme un « royaume », et ce royaume comme étant « éthéré » et qu’il soutient que les idées philosophiques « ont souvent du mal à se transposer sur les terres rugueuses de l’histoire ». La philosophie ne se compare pas et de loin avec un royaume où un roi gouvernent ses sujets. Aucun philosophe ne s’est imposé ou s’impose de nos jours comme un roi ou chef d’un royaume. Et la philosophie est loin de s’élever au-dessus des choses terrestres puisqu’elle elle-même reconnue comme un mode de vie.
Aussi, une question a retenu mon attention tout au long de ma lecture de NEXUS : quel rôle les réseaux d’information ont joué dans la propagation de la philosophie et, par conséquent, son influence sur l’histoire humaine ? NEXUS ne répond pas à cette question même si la philosophie constitue en soi un « nexus », un réseau d’information dont l’influence pèse lourd sur l’histoire de l’humanité depuis plus de deux milles ans. Et rares sont les réseaux d’information ayant ainsi entrer dans le langage populaire.
Livre numérique gratuit (PDF)
Charles Robin
Tous philosophes ?
L’inconscient philosophique
Saviez-vous qu’un enfant qui dit « Je n’ai pas fait exprès » manifestait en fait son adhésion à la morale déontologiste de Kant ?
Saviez-vous que le fait de dire « Je fais ce que je veux » traduisait un net penchant pour l’existentialisme de Sartre et son rejet du déterminisme ?
Saviez-vous enfin que quelqu’un qui vous disait « Je t’aime » était en réalité victime d’un stratagème de la nature ? Aimer, pour Schopenhauer, c’est d’abord vouloir… reproduire l’espèce !
Avant-propos
Honnie par les foules et combattue par les hommes de pouvoir, la philosophie est parfois obligée de trouver refuge dans les interstices du langage quotidien pour continuer à survivre. C’est de manière invisible (et imprévisible) qu’elle s’immisce dans nos paroles les plus triviales, au point, bien souvent, de nous laisser perplexes quant à la profondeur que certains esprits fantaisistes voudraient leur prêter.
Que notre lecteur soit prévenu : nous faisons partie de ces esprits-là !
Le langage est le véhicule de la philosophie, comme il est le véhicule de toute pensée qui cherche à s’exprimer. Sans langage, la pensée est pour ainsi dire réduite à l’isolement. Elle a besoin d’un canal de diffusion pour pouvoir se faire connaître et communiquer avec d’autres pensées. Le langage est ce canal.
C’est par les phrases que nous prononçons chaque jour que nous informons nos interlocuteurs sur notre personnalité philosophique : nos convictions, nos croyances, nos doutes, nos préjugés…
Lorsque nous formulons une opinion, aussi anodine puisse-t- elle nous sembler, c’est toute une conception philosophique que nous engageons avec elle. Y compris inconsciemment. Surtout inconsciemment.
La question du langage occupe une place centrale dans la psychanalyse, qui en fait l’un des supports de révélation privilégiés de
l’inconscient. S’il est vrai que nos mots peuvent parfois dépasser notre pensée, ils peuvent également la trahir en la faisant remonter à la surface de nos lèvres, contre son gré en quelque sorte. On citera ici un exemple bien connu, celui du lapsus (dit précisément révélateur pour cette raison) que les psychanalystes interprètent comme un symptôme de la pression exercée sur nos pensées par nos désirs refoulés dans l’inconscient.
C’est à dévoiler l’inconscient philosophique de nos petites phrases de tous les jours que ce livre souhaiterait contribuer.
Des petites phrases qui, à force d’être entendues et répétées autour de nous, finissent par ne plus susciter aucun questionnement de notre part. Des petites phrases que l’habitude a condamnées à
l’indifférence, alors qu’elles sont le miroir dans lequel se reflètent nos pensées les plus enracinées.
Lorsque nous prononçons une phrase aussi banale que « Je fais ce que je veux », sommes-nous vraiment sûrs d’en mesurer toutes les implications ? Avons-nous jamais réfléchi à ce que signifiait le fait de dire « Chacun sa vérité » quand notre intention était seulement de plaider pour le respect de la pluralité des opinions ? Comment expliquer l’appréhension qui accompagne si souvent les mots « Je t’aime » qui ne devraient théoriquement faire naître que bonheur et légèreté ? Tel est le type de réflexion auquel nous invitons notre lecteur.
Une réflexion sur ce que nos paroles révèlent sur notre époque et sur nous-mêmes, à l’heure où le sens des mots tend de plus en plus à se diluer dans la profusion des messages et le règne médiatique du slogan.
Pour conclure ce rapport de lecture, je retiens la proposition de Yuval Noah Harari à savoir le création d’un droit à l’explication lorsque la décision prise implique un algorithme opaque. L’auteur se réfère à L’affaire Loomis mettant en cause la peine prononcée contre l’accusée Eric Loomis par la Cour de justice de l’État du Wisconsin aux États-Unis.
L’affaire Loomis
Les fantômes de Descartes et de Grotius à l’assaut de la justice ? 1
Khaled DIKA – 20 avril 2020
Résumé : Nous présentons dans cet article l’affaire E. Loomis (State v. Loo- mis, 881 N.W.2d 749 (Wis. 2016)). Cette affaire a eu un grand retentissement à cause de l’utilisation dans l’instance d’un algorithme qui estime une probabilité de récidive et surtout à cause des conséquences dramatiques de cette utilisation. Nous parlons de l’algorithme secret de COMPAS et de son rôle au cœur de cette affaire. Nous présentons des analyses de plusieurs juristes qui ont conclu à une violation de droits fondamentaux dans l’affaire Loomis et nous apportons nos propres contributions à ce débat. Nous déconstruisons ensuite quelques dis- cours axés sur le caractère disruptif de l’usage des « nouvelles technologies » en montrant l’ancrage de ces discours dans des courants philosophiques du XVIIe siècle. Nous analysons l’éventualité d’un usage des algorithmes d’évaluation du risque de récidive dans une décision qui porte sur la libération conditionnelle, pour montrer le caractère non constitutionnel d’un tel usage hypothétique. Dans la conclusion nous plaidons l’importance des analyses relevant de la philosophie du droit pour mieux comprendre les enjeux de cette affaire et afin de ne pas restreindre les débats à des considérations techniques de « validité statistique » ou de performance d’un modèle.
Voir aussi : Clarisse Valmalette. L’algorithme de dangerosité pénale aux États-Unis : vers une érosion des droits fondamentaux du procès. Annuaire internationale de justice constitutionnelle, 2020, XXXV. https://hal.science/hal-03169476v1.
(…) Au début des années 2020, les citoyens de nombreux pays se voient régulièrement infliger des peines d’emprisonnement fondées en partie sur une évaluation des risques par des algorithmes auxquels ni les juges ni les accusés ne comprennent rien. Et encore, ces peines de prison ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Le droit à une explication
Outre les peines d’emprisonnement, les algorithmes jouent un rôle sans cesse plus important dans de nombreuses décisions nous concernant, certaines insignifiantes, d’autres à même de changer le cours d’une vie : nous admettre à l’université, nous offrir un travail, nous accorder de l’aide sociale ou un prêt. Ils contribuent également à déterminer quels traitements médicaux nous recevons, le montant de nos primes d’assurance, les actualités qui nous parviennent et qui pourrait vouloir sortir avec nous.
En confiant une proportions dans cesse croissante des décisions aux ordinateurs, les sociétés mettent en péril la viabilité même des mécanismes d’autocorrection démocratique, mais aussi de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes propres à la démocratie. Comment des fonctionnaires élus pourraient-ils réglementer des algorithmes impénétrables ? La consécration d’un nouveau droit de l’homme est par conséquent de plus en plus réclamée : le droit à une explication. (…)
NOAH HARARI, Yuval, NEXUS – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA, Troisième partie – Politique informatique, chapitre 9 – Démocraties : une conversation impossible ?, Édition Albin Michel, Paris, 2024, pp. 392-393.
Propriétés d’entreprises privées, les algorithmes sont des secrets commerciaux dont elles me veulent pas révéler la méthodologie, même lorsqu’il s’agit de décisions prisent par des administrations publiques sur la base de ces algorithmes. Je pense que le droit à une explication doit être précédé d’un droit à la divulgation et à l’identification de l’algorithme impliqué dans la décision qui nous concerne.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
« Je ne suis pas heureux quand je n’ai pas raison. »
Je suis forcé de conclure que son éducation exige une sérieuse réorientation.
Serge-André Guay, Observatoire de la philothérapie
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Toutes les observations et les théories concernant l’Homme qui se donne raison retient mon attention depuis mon adolescence dans les années 70-80.
À cette époque, je ne pouvais pas placer un mot durant les repas en famille et lorsque j’y parvenais tout de même je n’avais pas raison. La force de conviction avec laquelle les adultes se donnaient raison m’impressionnait. J’eus même l’impression qu’être adulte, c’était obtenir le pouvoir d’avoir raison. Adolescent, on n’est trop jeune, sans l’expérience utile de la vie, pour avoir raison, du moins du point de vue des adultes.
Le contexte se distinguait assurément de celui de mes connaissances. Je grandissais dans une famille fortement politisée puisque l’un des mes oncle était député à la Chambre des Communes du parlement canadien. En politique, se donner raison, prendre pour vrai ce que l’on dit est essentiel. Mais cela vous donne une vision trouble du monde si vous ne suivez pas la parade. Le bénéfice de se donner raison me paraissait très faible comparé à la liberté de parole.
Enfin, les opinions exprimées avec une telle force de conviction me semblaient davantage des croyances aveugles, des prisons, que des vérités de faits.
Tout cela s’ajoutait à ma déception grandissante face au monde loin d’être tel que l’on me l’avait inculqué durant mon enfance et depuis mon adolescence.
À la maison, je préférais la solitude à tous ces échanges où tout un chacun se donnait raison, heureusement, la plupart du temps, dans la même direction. J’écrivais de la poésie dans le plus grand secret et plongé dans le silence du grand salon à l’usage réservé aux grandes occasions dans la maison familiale.
Cette solitude, épousée et chérie avec le plus grand soin, a fait de moi un solitaire. J’avais donc peu d’amis, dans mon quartier et à l’école.
Moi, tout ce que j’avais, c’était des idées et un amour fou de la métaphores à la base de ma poésie. Mes idées se présentaient comme des solutions aux problèmes que j’observais au sein de notre société.
Mais, du premier au cinquième secondaire (de la 5ème à Première en France), tout a progressivement changé. Je suis devenu, bien inconsciemment, comme un fonceur pur à l’image des adultes de ma famille, de bon nombre de mes professeurs, de mes nouveaux amis, de mes camarades… Il semble que le seul modèle disponible était celui du fonceur, obligatoire pour réussir dans la vie.
Le fonceur ne se demande pas s’il a ou non raison. Cette question lui est étrangère. Il est la raison en soi. Ainsi, il se donne toujours raison.
J’avais un trait distinctif : j’étais un fonceur solitaire et créatif, avec pour seuls outils, des idées et ma capacité à en faire des projets.
Je fus et je demeure un « gars de cause ». À cette âge, ayant vécu des problèmes de communication avec ces adultes, je croyais que tous les problèmes impliquaient un problème de communication. Il ne s’agissait pas d’établir ou de réorienter la communication ou, si vous préférez, de communiquer pour communiquer en misant sur la bonne volonté. Je cherchais une communication qui provoquerait une nouvelle prise de conscience, une révélation. Bref, je communiquais mes idées sous la forme de projet qui forçait une nouvelle approche du problème ciblé.
J’ai donc vendu mes idées pendant ma carrière pour brusquement prendre un virage à 180 degrés à trente-cinq ans. Un chercheur en marketing provoqua en moi une grande révélation : il valait mieux offrir de tester les idées plutôt que d’en fournir de nouvelles à l’infini. Et « tester » relève d’un processus scientifique. De là, je me suis intéressé à la pensée scientifique et son développement. J’ai vite compris que la pensée scientifique ne cherche pas à avoir raison, que ce n’est pas parce que le chercheur se donne raison que la science progresse. « La connaissance scientifique se bâtie sur la destruction du déjà-su. » Il ne faut donc rien tenir pour acquis définitivement. On peut tout remettre en question… sur des bases scientifiques. La suite de ma carrière en communication consista à tester les idées proposée par d’autres idéateurs et créateurs aux entrepreneurs.
Ma vie personnelle et familiale changea drastiquement. Désormais, avoir raison n’avait plus aucune importance. Je m’efforçais d’intégrer une pensée scientifique dans ma vie de tous les jours et dans l’éducation de mes enfants. « Notre valeur n’est pas liée au fait d’avoir ou non raison. » « La confiance en soi ne doit pas reposer sur le fait d’avoir raison ». « Le doute est notre meilleur allié pour avancer librement dans la vie. » « Il ne faut pas prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense. »
Et ainsi de suite jusqu’au jour un l’un de mes proches me déclara : « Je ne suis pas heureux lorsque je n’ai pas raison ». Une telle déclaration au sein de mon entourage me déstabilisa. Je croyais avoir inculqué à mon entourage les principes énoncés ci-dessus. J’ai tout repris à zéro avec cette personne au meilleur de mes capacité. Si l’objectif d’avoir raison s’est maintenu, l’idée de liée le bonheur au fait d’avoir ou non raison s’est éteinte.
La question en titre du dossier de Philosophie magazine de juin 2024, « Comment savoir quand on a raison ? », présuppose que l’on peut avoir raison ou non. Personnellement, je me demande plutôt s’il est nécessaire et important d’avoir raison ? Le but dans la vie n’est pas d’avoir raison. Avoir raison ne se pose pas comme une condition pour vivre, pour vivre bien en amoureux et praticien de la Sagesse.
Dans l’introduction de son article « L’art de couper les cheveux en quatre », Alexandre Lacroix explique qu’avoir raison peut s’entendre de deux manières différentes. Voici la première :
« Cela peut signifier que ce que j’affirme est justifié, est vrai. »
SOURCE : LACROIX, Alexandre, L’art de couper les cheveux en quatre, Dossier : Comment savoir quand on a raison ? Philosophie Magazine, No 180, Juin 2024, p. 44.
La notion du vrai, de la vérité, s’impose parce que nous vivons dans un monde où tout un chacun se donne raison. Et plus souvent qu’autrement, on se donne raison sur l’autre. La question « Qui dit vrai ? » ou « Qui a raison ? » devient essentielle dans un tel monde. Tous s’accordent sur l’importance de savoir qui dit vrai et qui dit faux. Mais ne serait-ce pas là un engrenage dont notre monde est victime ? Je me demande si la quête d’avoir raison ne produit par une vision du monde étriquée, réductrice de la réalité qui, objectivement, ne cherche pas à avoir raison.
Voici la deuxième manière dont peut s’entendre « Avoir raison » :
« Mais cela peut aussi vouloir dire que j’ai de bonnes raisons de croire ce que je crois ou de penser ce que je pense, indépendamment du fait que ce soit vrai ou non. »
SOURCE : LACROIX, Alexandre, L’art de couper les cheveux en quatre, Dossier : Comment savoir quand on a raison ? Philosophie Magazine, No 180, Juin 2024, p. 44.
Lier « Avoir raison » et « Croire » n’a pas de sens parce que la première demande des preuves et la seconde n’en demande aucune. Ainsi, dès que je crois avoir raison, je suis dans la croyance en ce que je pense. Et de là il n’y a qu’un pas à franchir pour prendre pour vrai ce que je pense uniquement parce que je le pense.
Centre national d’enseignement à distance (CNED), France.
On a raison lorsque ce qu’on dit est vrai, ou lorsque ce qu’on fait est juste. La vérité a souvent été définie comme l’adéquation de ce qu’on pense et de ce qui est. On serait sûr d’avoir raison s’il n’y avait en nous aucun doute à propos de cette adéquation.
Il importe de bien prendre la mesure de la question posée : on ne demande pas si l’on peut avoir raison, et quels sont les moyens dont on dispose pour cela, mais si l’on peut être sûr d’avoir raison. La question ne porte pas seulement sur le fait – donnée objective – qu’on ait ou non raison, mais aussi sur ses modalités subjectives : peut-on ou non en être assuré ?
Ce dont on peut d’abord s’étonner, c’est qu’une telle question soit simplement posée. Il ne fait aucun doute en effet qu’il nous arrive d’être sûr d’avoir raison. Le fanatisme en témoigne, d’une manière tellement paroxystique qu’on pourrait voir dans cette assurance un fait extraordinaire. Mais il est assez banal d’être comme on dit, « sûr et certain » du bien-fondé de ce qu’on fait, ou de ce qu’on dit. La difficulté qu’on éprouve à détromper ceux qui sont dans l’erreur l’indique immédiatement.
Si question il y a, c’est donc sous une certaine hypothèse : que l’assurance d’avoir raison ait été ébranlée, qu’on la soupçonne de n’être pas aussi bien fondée qu’on croyait. Qui pose cette question ? C’est un homme inquiet : y a-t-il une assurance véritable et durable d’avoir raison, et pas seulement une assurance hâtive, destinée à disparaître au moindre examen sérieux ? L’inquiétude, ce serait que l’assurance puisse se dérober, et qu’on s’aperçoive qu’elle est, en réalité, chose impossible ou illusoire. Pourquoi serait-on conduit à une telle situation ? Quel est ici le problème ?
On en prend une première mesure en considérant l’oscillation suivante :
la vérité est tellement difficile à établir qu’elle semble parfois échapper : les tribunaux les plus intègres commettent des erreurs, les savants les plus scrupuleux se trompent. Les progrès de la science supposent qu’on identifie les erreurs des prédécesseurs, qu’on travaille patiemment à les rectifier… jusqu’au jour où l’on sera soi-même critiqué et peut-être réfuté. Qui pourrait dans ces conditions être « sûr » d’avoir raison ? Ne serait-ce pas surestimer les capacités humaines à connaître, et prendre, naïvement, le simplement probable pour le vrai ?
mais il est difficile de nier qu’il y a des vérités : il est vrai que « 3 + 3 = 6 », et j’ai raison lorsque j’adhère à un tel énoncé. Celui qui en douterait passerait pour bien farfelu, d’autant plus que des preuves existent, et qu’un tel énoncé est tout sauf arbitraire. On peut faire et refaire les opérations, croiser les résultats, retourner aux règles fondamentales de l’arithmétique… Les cahiers des jeunes écoliers sont remplis de ces vérités « élémentaires », et ils vont à l’école justement pour en prendre connaissance, pour pouvoir ensuite faire fond sur elles, dans des analyses plus sophistiquées et plus délicates. Comment de telles vérités pour- raient-elles ne pas donner lieu à certitude ? Ne serait-il pas déraisonnable de douter qu’on ait alors raison ?
Qu’est-ce qui est ici indiqué : que certains objets sont plus difficiles à connaître que d’autres ? Que certaines méthodes sont moins performantes que d’autres ? Le problème serait alors celui de la délimitation des lieux et des moyens de la vérité.
Mais, et peut-être plus profondément, la difficulté est ailleurs : qu’advient-il à la vérité, dès lors qu’on l’inscrit dans l’ordre de la raison, et non plus simplement dans l’ordre de la révélation ou de l’autorité ? On a le souci de montrer que ce qui est donné comme vrai peut aussi être déduit, ou retrouvé par expérience : il s’agit de vérifier, d’apporter la preuve – la raison d’être – de ce qu’on avance, en considérant que la vérité consiste moins dans la conformité d’un énoncé à la réalité des choses (qui pourrait être due au hasard) que dans le mouvement de pensée qui permet de l’établir. Aurait-on raison sans ce travail du raisonnement, de l’observation, souvent associés ? L’efficacité de ce travail, c’est d’arracher la vérité au dogmatisme : au lieu qu’elle soit ce qui précède la pensée et qui la commande, elle en sera le produit. N’est-ce pas ce travail de la vérification qui est incompatible avec l’assurance d’avoir raison ? En a-t-on jamais fini avec le travail d’identification des faits, de détermination des valeurs ?
N’y a-t-il d’assurance que dogmatique ? Y a-t-il, et à quelles conditions, une assurance instruite, compatible avec les réquisits1 d’une détermination rationnelle du vrai et du faux ?
Toute croyance relève du dogmatisme. Par conséquent, « Croire » que j’ai raison donne à ce que je pense le statut de dogme, une vérité fondamentale, incontestable. Je ne doute pas.
Or, sans le doute, rien ne peut venir éclairer ce que je pense et ce que je crois. Je ne peux pas savoir si j’ai raison ou si j’ai tort, pas plus que les hommes dans la Caverne de Platon.
Un jour, un proche à qui je demandais inlassablement des preuves de chacune de ses affirmations a fini par répondre : « C’est moi la preuve. » À force de réfléchir à cette réponse étonnante, j’ai conclu que les affirmations en question étaient, non pas des faits démontrés, mais de simples croyances, ce qui ne demande aucune preuve formelle.
Bon nombre de discussions se limite à des échanges de ce que les gens pensent d’un fait. Dans ce contexte, le fait lui-même n’a plus autant d’importance qu’il devrait. L’opinion ou le jugement du fait prime sur le fait lui-même. Finalement, c’est l’opinion ou le jugement du fait qu’on l’on prend pour la vérité et que l’on intègre automatiquement à ses croyances.
Personnellement, j’ai l’impression qu’en ce monde la vérité pour être « vérité » doit atteindre le statut de croyance, de dogme, pour plusieurs personnes.
L’irruption de la notion de « post-vérité », désignée comme mot de l’année 2016 par le dictionnaire d’Oxford, a suscité beaucoup de commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fake news, mais peu de réflexions de fond. Or, cette notion ne concerne pas seulement les liens entre politique et vérité, elle brouille la distinction essentielle du vrai et du faux, portant atteinte à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun.
En questionnant les rapports conflictuels entre politique et vérité, Myriam Revault d’Allonnes déconstruit nombre d’approximations et de confusions. Elle montre que le problème majeur de la politique n’est pas celui de sa conformité à la vérité mais qu’il est lié à la constitution de l’opinion publique et à l’exercice du jugement. L’exploration du « régime de vérité » de la politique éclaire ce qui distingue fondamentalement les systèmes démocratiques, exposés en permanence à la dissolution des repères de la certitude, à la tentation du relativisme et à la transformation des « vérités de fait » en opinions, des systèmes totalitaires, où la toute-puissance de l’idéologie fabrique un monde entièrement fictif.
Loin d’enrichir le monde, la « post-vérité » appauvrit l’imaginaire social et met en cause les jugements et les expériences sensibles que nous pouvons partager. Il est urgent de prendre conscience de la nature et de la portée du phénomène si nous voulons en conjurer les effets éthiques et politiques.
Myriam Revault d’Allonnes est professeur à l’École pratique des hautes études. Elle a publié de nombreux essais au Seuil, et notamment La Crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps (2012).
Aujourd’hui, on s’approprie un fait pour s’en faire une opinion en le jugeant et ainsi se donner raison. Il y a une grande différence entre « Avoir raison » et « Se donner raison ». « Avoir raison » exige un degré élevée de concordance avec le réel, la réalité, en dehors de tout jugement. « Se donner raison » relève plutôt de la liberté que l’on se donne face au réel, une liberté débridée.
Apparemment, l’idée selon laquelle nous nous situerions à un moment, voire à une époque, d’« après » la vérité constitue une rupture signifiante au regard d’une notion fondamentale de la métaphysique occidentale et sur laquelle repose également, pour le sens commun, l’évidence du réel : une proposition est dite « vraie » lorsqu’elle est garantie par sa conformité à ce qui est. Le souci de la vérité a pu s’énoncer de multiples façons, antagonistes, plus ou moins savantes, dans des domaines divers, mais la pluralité des approche n’a jamais conduit à remettre en question le caractère « vital » de la référence au vrai.
(…)
Il n’en va pas de même avec la « post-vérité » selon laquelle — à suivre le dictionnaire d’Oxford — les faits objectifs ont moins d’importance que leur appréhension subjective. La capacité du discours politique à modeler l’opinion publique en faisant appel aux émotions prime sur la réalité des faits. Peu importe que ces derniers informent ou non les opinions : l’essentiel, c’est l’impact du propos. Le partage du vrai et du faux devient donc insignifiant au regarde de l’efficacité du « faire-croire ». L’ère de la post-vérité est aussi celle du post-factuel.
Bref, la liberté de se donner raison se traduit par « À chacun sa vérité », peu importe les faits, le réel. « C’est ce que je crois être vrai qui est vrai… pour moi. »
La mise en exergue des défauts de la perception et des biais cognitifs au cours des décennies a discrédité l’universel au profit de l’individuel. « C’est ma perception du réel qui compte. » Le doute demeure absent avec toutes les conséquences néfastes du manque de recul. Le réel est une affaire devenue personnelle sans l’obligation consciente des conventions universelles, si ce n’est civilisationnelle, y compris culturelle.
Dans ce contexte personnel, un lien malsain est né, celui entre « Avoir raison » et la confiance en soi et, par extension, avec le bonheur.
Quand un proche me dit :
« Je ne suis pas heureux quand je n’ai pas raison. »
Je suis forcé de conclure que son éducation exige une sérieuse réorientation
Serge-André Guay, Observatoire de la philothérapie
La confiance en soi repose sur notre valeur intrinsèque, c’est-à-dire la vie en elle-même, celle qui nous fait Être. La confiance en soi vacille si elle se fonde sur l’idée d’avoir raison car l’expérience démontre que nous avons souvent tort. Il en va de même avec l’idée de lier notre bonheur avec l’idée d’avoir raison. Il suffit amplement d’être heureux d’Être, d’Être en vie. Quand nous soutenons être insatisfait de notre vie, ce n’est jamais la vie elle-même qui en cause. La vie ne se compare pas à baromètre de la température. Elle garde sa valeur intrinsèque peu importe ce que nous visons dans l’exercice de nos facultés, peu importe nos pensées et nos expériences, peu importe les contraintes et les opportunités. La valeur de l’Être et de l’existence demeure inaltérable et le fondement le plus sûr de la confiance en soi. Accuser la vie de « sa vie » relève de la confusion dans la quête d’une excuse mal ficelée d’avance.
Mais prenons garde car la vie n’est pas l’ivresse de la vie. L’ébriété, cet « état d’exaltation, d’euphorie sous l’effet d’une passion forte » installe la confusion et, à terme, la dépendance aveugle. Il ne s’agit pas d’être ivre de la vie mais plutôt de la reconnaître comme la valeur ultime de soi et des autres. Il s’agit de vivre pleinement sa vie et non pas de s’en enivrer. Pour ce faire, il faut vivre en harmonie avec ses émotions et nous éviter la perte contrôle.
Évidemment, la démarche demande beaucoup de créativité. Or, « Avoir raison » ou « Donner raison » tue la créativité car cette dernière exige le doute, le doute systématique, que nous assure de toujours prendre le recul nécessaire pour une vision libérée des acquis et du conditionnement. Être créatif, c’est être capable de tout remettre en question, condition essentielle pour la naissance d’idées nouvelles.
« Si vous avez une meilleure idée que la mienne, je vous prie de bien vouloir me la transmettre rapidement que je ne perde pas mon temps » ai-je souvent répété au cours de ma vie. Une telle disposition permet de maintenir l’ouverture d’esprit à son meilleur et alimente ainsi la créativité. Je n’accorde jamais à mes idées le statut de vérité et encore moins de croyance. Vous m’entendrez dire « J’ai une idée » beaucoup plus souvent que « Je crois ». Dans le monde des idées, avoir raison importe peu.
Il en va autrement dans le monde de l’opinion et du jugement où avoir raison est le motif principal de la prise de recul. Or, on ne prend pas du recul pour juger ou se faire une opinion mais pour comprendre. Et toute compréhension doit elle-même être sujette au doute. Dans cet optique, le savoir et la connaissance (expérience du savoir) ne seront jamais acquises définitivement.
Personnellement, ma créativité trouve sa motivation dans les problèmes à résoudre, qu’ils soient personnels, interpersonnels, sociaux, culturels, économiques…
J’adhère à l’idée que ce dont notre société a le plus besoin, ce sont des hommes et des femmes orientés vers les problèmes.[1]
« Se donner raison » demeure un grave problème en notre monde. Il referme chaque individu sur lui-même ou, si vous préférez, il l’enferme dans la Caverne de Platon.
Exprimer sa compréhension d’un problème sous la forme d’une opinion ou d’un jugement ou confondre sa compréhension d’un problème avec son opinion ou son jugement est en soi un problème. Car comprendre n’est pas juger. Comprendre, c’est d’abord acquérir un savoir et une connaissance de l’objet et du problème s’y rattachant, une connaissance qui permet ensuite d’expliquer le problème, non pas de juger.
La compréhension se définit comme la « Faculté de comprendre, de percevoir par l’esprit, par le raisonnement. La compréhension du problème.? intelligence ; familier comprenette. » (Dictionnaires Le Robert). En philosophie, l’explication de la compréhension s’avère beaucoup plus complexe.
3 – L’unité de l’acte de compréhension
1° – Comprendre, c’est dénombrer
Comprendre la table, c’est saisir l’unité de la table ; c’est comprendre qu’il s’agit d’un objet. Quoi que je pense, il faut que je pense « un ». Mais penser la table et la comprendre revient à penser et comprendre l’unité d’une pluralité. En effet, la table a quatre pieds. L’unité et la pluralité sont deux limites : on ne pense jamais l’unité pure et la pluralité pure puisque l’unité pure ne peut être saisie que comme la négation de la pluralité. Aussi ce qui m’est donné à comprendre est-il ce qui fait la synthèse de l’unité et de la pluralité, à savoir la totalité. C’est pourquoi comprendre revient à dénombrer.
2° – Comprendre, c’est comparer
Il faut bien reconnaître que nous ne saisissons rien en soi mais toujours par comparaison. Supposons que le monde soit vert, nous ne le saurions pas puisque le vert n’est que par comparaison à d’autres couleurs. Il n’y a donc pas de couleur en soi : si le tableau est, c’est par rapport à la blancheur de la craie. Il y a d’abord une existence qualitative qui s’impose à partir d’une intuition : par exemple, le jaune de la table se donne immédiatement au niveau de la perception. Mais le jaune est une détermination qui exclut tout le reste. Enfin, si je conçois que cette chose est mais qu’elle n’est pas plus que cela, on cerne la couleur jaune par élimination successive. Ainsi paraît la limitation : je saisis les choses comme étant et, par comparaison, n’étant pas plus que ce qu’elles sont.
3° – Comprendre, c’est relier
Comprendre, c’est comprendre selon des rapports et les choses relativement les unes par rapport aux autres. Or, la chose se présente à moi comme devenir. Aussi, pour comprendre l’objet, faut-il voir que tout se tient sous les diverses apparences du devenir. Ce qui se tient, c’est la substance : l’arbre change mais c’est le même arbre. Ainsi pensé-je que le devenir est supporté par une identité à savoir la substance. Mais, à son tour, le changement reste identique à lui-même. Les choses changent toujours de la même façon. Malgré les apparences, les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Nous trouvons donc la permanence à l’intérieur du changement. Dans la nature, tout se tient ; les causes ne sont pas isolées, elles s’entrecroisent. Ainsi le vase clos est-il relié à l’univers par sa clôture.
4° – Comprendre, c’est donner plus ou moins de valeur à son jugement
Comprendre consiste à savoir limiter la valeur de son jugement, c’est-à-dire le nuancer : par exemple, si l’on me pose la question de savoir combien il y a de tables dans une salle et que je suis à l’extérieur, je ferai un calcul qui me permettra de dire qu’il est possible que la salle contienne tant de tables. Le jugement que j’émettrai est problématique. Alors que si je suis dans la salle même, ma perception me met en rapport avec les tables réelles et le jugement que je vais émettre va être un jugement assertorique.
La catégorie du nécessaire apparaît au niveau des rapports conceptuels : j’émets alors un jugement apodictique (par exemple, lorsque j’affirme que la sphère est nécessairement obtenue par un demi cercle tracé autour du diamètre).
Références
Scholz, Oliver R. « Compréhension, interprétation et herméneutique ». Sens et interprétation, édité par Christian Berner et Denis Thouard, traduit par Christian Berner, Presses universitaires du Septentrion, 2008, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.75173.
À cette étape, le doute prend toute son importance et se soustraire à l’objectif d’avoir raison. Sans le doute, l’individu vit dans un système sans faille. Or, c’est par les failles que la lumière entre. Évidemment, plus l’individu vit dans le noir depuis une longue période, la lumière l’aveuglera. Il sera alors porté à colmater la faille qui laisse entrer cette lumière pour retrouver son confort… dans le noir. Se donner raison, c’est vivre dans le noir.
Bref éloge du doute
Quand des convictions intimes deviennent certitudes absolues, la folie guette, la barbarie aussi. C’est pourquoi, tout en défendant ses choix, il faut cultiver le doute philosophique.
Par Roger-Pol Droit, Les Échos, 5 juillet 2019
« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. » Le diagnostic – établi par Nietzsche en 1888, dans « Ecce Homo » – paraît plus actuel et plus utile que jamais. Car notre époque voit proliférer et se durcir des kyrielles de pseudocertitudes affolantes. Elles engendrent des flots de discours, mais aussi des actions marquées par le délire et la déraison.
Complotistes, islamistes et djihadistes, collapsologues fanatiques de décroissance, néonazis, suprématistes blancs – par exemple… – rivalisent ainsi de certitudes qui les font délirer. Il n’est pas question de les mettre dans le même sac : des différences colossales et insurmontables les séparent. Malgré tout, ils ont en commun avec bon nombre d’autres contemporains d’être habités de convictions arrogantes, de se croire certains de détenir des vérités, de se considérer par là même justifiés à les mettre en œuvre quoi qu’il en coûte.
Contre cette montée des dogmatismes, il faut rappeler combien le noyau dur de l’attitude philosophique est au contraire constitué, depuis Socrate, par une forme spécifique de prise de distance envers les certitudes – même les mieux assurées, même les plus répandues. Il faut préciser que ce n’est évidemment pas toute certitude, quelle qu’elle soit, qui fait déraisonner. Que deux et deux fassent quatre, nul n’en doute. Mais cela ne suscite aucune fantasmagorie. La dérive commence seulement quand une croyance est confondue avec un savoir, quand une conviction forte est prise pour une vérité absolue.
Éprouver un malaise face au doute signale une confrontation avec ses certitudes, ses vérités, devenues des croyances, elles-mêmes devenues des dogmes. Il nous faut apprendre à vivre dans le doute et comment en tirer le bénéfice.
Dans l’enseignement de la pensée scientifique, je trouve la réponse à la question « Quel est le bénéfice du doute ? » « Il faut apprendre à tirer le bénéfice du doute » nous dit-on mais sans jamais nous préciser quel est ce fameux bénéfice. « Le bénéfice du doute», c’est la certitude ». Ce n’est qu’une fois que l’on a douté (remis en question) une connaissance, une expérience et ses résultats, ce que nous pensons, comment nous l’avons pensé… que l’on sera certain, jusqu’au prochain doute. Ainsi va la connaissance scientifique. Elle n’est certaine que le temps qu’un nouveau doute la remette en question, soutenu par une connaissance nouvelle ou complémentaire.
« La connaissance (scientifique) se bâtit sur la destruction du déjà-su ». Une nouvelle connaissance scientifique vient en détruire une plus ancienne pour prendre sa place. Ce processus n’est possible que si on accepte de douter de toutes les connaissances scientifiques, de rien prendre pour acquis pour l’éternité. Le scientifique n’a jamais raison. Son opinion n’a aucune valeur. Il dispose uniquement des preuves fournies par ses expériences, reprises par ses collègues pour les confirmer. Bref, pas de doute, pas de connaissance scientifique.
Et pourquoi n’en serait-il pas ainsi dans nos vies ? Si oui, ce n’est plus la connaissance (expérience su savoir) qui mobilise l’attention mais plutôt le processus et plus particulièrement le doute. C’est ma capacité de douter qui donne à mon esprit toute sa valeur. Je peux avoir confiance en moi que si je doute.
C’est la démonstration de mes doutes que met de l’avant ma force de conviction, non pas à titre de vérité ou de croyance, mais d’une simple idée à débattre.
Toute ma vie professionnelle fut bâtie sur mes idées, mes idées de solutions à des problèmes. Je ne me suis pas avancé en soutenant avoir raison mais avec des idées originales et contextualisées.
J’ai mené la plus grande partie de ma carrière à titre de travailleur indépendant (autonome) plutôt que d’employé. Ainsi, je me suis soustrait à l’influence du système de l’entreprise cliente de mes idées. J’ai aussi échappé à l’obligation d’une vision de l’intérieur de l’entreprise au profit d’une vision de l’extérieur permettant la prise de recul nécessaire pour cerner et comprendre le problème à l’étude.
Jamais au grand jamais je me suis présenté en affirmant « J’ai raison » et je vous démontrerai que « Vous avez raison » de retenir mes services. Ma devise : « Je propose, vous disposez. »
J’exposais mes idées sous la forme de projets développés sur papier. Autrement dit, peu importe le démarchage, je déposais toujours un projet écrit original pour chaque client avec un résultat de 80/20[2] pour la signature d’un contrat. J’ai donc gagné ma vie en écrivant.
Je ne demandais pas au client de me donner raison mais d’expérimenter avec moi la réalisation d’un projet avec une définition claires de l’objet, de l’objectif et des moyens. Je me suis imposé ces définitions après avoir observé une certaine confusion chez les décideurs en entreprise.
Tous mes projets/écrits visaient un seul objectif : démontrer que je comprenais le problème avoué ou non par le décideur. En effet, souvent le décideur désire ce dont il n’a pas besoin. Mais mission : l’amener à désirer ce dont il a réellement besoin.
Les décideurs me demandaient souvent mon opinion, ce à quoi je me refusais en affirmant « Mes opinions ne comptent pas. Je me trompe souvent mais ce n’est pas le cas de mes recherches. » Je soutenais ma position en insistant sur le processus scientifique auquel je soumettais mes recherches. « Il nous faut entretenir le doute sur la décision à prendre jusqu’à ce que les résultats de mes recherches soient connus. »
À cette époque je ne vendais plus mes idées mais je testais celles des autres proposées aux décideurs. Mes projets se présentaient alors comme des « projets de recherche » consistant en une série de tests, chacun soumis à un processus scientifique. Le défi du décideur est d’accepter ces résultats.
À son habitude, le décideur fonde ses décisions sur des études, des rapports statistiques notamment des sondages, les résultats de groupes de discussion et le fruit de ses échanges avec d’autres personnes, compris des conseillers externes. À vrai dire, en bout de ligne, c’est son opinion au sujet de ces études, de ces rapports… qui compte le plus dans la balance ou, si vous préférez, sa subjectivé.
« Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
Source : CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
« Avoir raison » ou « Se donner raison » se fonde toujours sur la subjectivité de l’individu. Aucune opinion, aucun jugement, ne peut se targuer d’être un tant soit peu objectif. Pour être honnête, il nous faudrait toujours déclarer « Voici ce qui a attiré mon attention ». Et les plus humbles d’entre nous ajouteront : « Et ce n’est peut-être pas l’essentiel ».
Dans ce contexte, la subjectivité fournit des indices sur la sensibilité, la culture et l’expérience de l’individu. Il est donc impossible de la bannir de la réflexion pour autant que l’on puisse la cerner.
Dans son rapport au savoir, et plus largement au réel, la bêtise est celle de la doxa, dont le règne mérite d’être qualifié de dictature idéologique tant son influence est contraignante. Il y a un dogme de la doxa que l’on pourrait décomposer selon trois traits distinctifs, et qui relèvent tous d’une survalorisation des fonctions intellectuelles : narcissique, angoissée, et fataliste. Le narcissisme de l’opinion se caractérise par une surdétermination des atouts psychologiques, qui se répand en discours dérisoires de rationalisation, de dénégation de l’ignorance, employant au service de la certitude les arguments les plus inconsistants — l’évidence sensible (c’est vrai parce que je l’ai vu), l’autorité (c’est vrai parce qu’un tel l’a dit) et le consensus (c’est vrai parce que tout le monde le dit) —. L’opinion a toujours raison.
L’ignorant justifie sa propre ignorance en en faisant porter la responsabilité par quelqu’un ou quelque chose d’autre que lui ; s’il ignore, ça n’est pas de son propre chef, ça n’est pas qu’il est bête, c’est qu’il a été empêché de savoir — la proximité du narcissisme et de la paranoïa est ici flagrante —. L’exaltation de soi est d’autant plus forte que le sujet n’est pas dupe de ce qui s’oppose au libre exercice de son intelligence feinte. Elle atteint son paroxysme lorsqu’il se flatte de ce qu’on lui cache, car pourquoi faudrait-il tenir un impuissant dans l’ignorance ? La plupart du temps, l’homo loquax se moque bien de toute justification à son discours (laquelle se satisfait de l’obscurité de l’implicite), puisque l’enjeu est tout autre : la justification de soi par le discours. La manière est commode. « C’est parce que je l’affirme vrai que ça l’est » assure-t-il, en lieu et place de « c’est parce que c’est vrai que je l’affirme ». Ce qui est affirmé dans le discours, c’est l’image d’un soi-même désirée mais non réalisée, par répugnance pour ce long et patient travail d’ascèse qu’impose tout désir authentique de connaissance. Ce qui est affirmé, c’est l’impuissance de la raison, drapée du voile de la certitude. Le besoin de certitude cache l’angoisse, le deuxième trait distinctif de l’opinion évoqué plus haut. Le besoin irréfléchi de positivités conduit à ce comportement intellectuel trouble qui voit tout discours, pour aussi inepte qu’il fût, confirmé par n’importe quoi de persuasif ou de rassurant. L’« idiot » pense sur le mode de la fascination, la fascination du vraisemblable, et son manque d’imagination à créer un sens du monde le conduit le plus souvent à se rendre au consensus amiotique de la culture. Le sentiment de déréliction, qui ne manque d’envahir toute conscience affrontant la question du sens du monde, est traité par l’homme de l’opinion par la distraction. La pensée d’opinion est une conduite de fuite à l’égard du réel qui ne cesse de manifester sa cruauté, sa résistance à l’égard de notre désir de vérité et de bien-être. La maladie, la douleur, la vieillesse, la mort font l’objet d’une crainte incontrôlée ou d’une indifférence feinte. Et que dire des désordres de l’âme (passions, désirs refoulés, espoirs déçus…), des aléas et du chaos de l’histoire (les violences absurdes du totalitarisme, de la pauvreté, de l’injustice sociale…), des incertitudes de la science (caractère provisoire des théories, problèmes irrésolus) ? Le fatalisme, troisième trait distinctif de l’opinion, traduit l’inefficacité des stratégies communes à résoudre une crainte irréductible et des désirs irrépressibles. Victime de lui-même, acculé au constat d’impuissance, le misologue choisit l’extrême refuge de l’indigence en quoi consiste d’ériger des faits en commandements. Comme le troupeau de brebis, qui prend la fuite soudaine d’une des leurs pour un ordre, il fait sien, parce qu’il ne le comprend pas, tout ce qui s’affirme et le persuade. Impuissant à jouir du réel — il n’en connaît que les postiches de positivités — il se contente des miettes du banquet et, à la manière du chameau de Nietzsche, se charge du poids des valeurs esclaves. Et si pour jouir il adopte les distractions, ça n’est pas pour être heureux mais pour oublier qu’il ne l’est pas.
Dans ce contexte, revenons à la question posée en tête de l’article « L’art de couper les cheveux en quatre » dans le numéro de juin 2024 de Philosophie magazine : « Quand peut-on se fier à son jugement ? ».
L’auteur de cet article, Alexandre Lacroix enchaine en soutenant que « Selon les circonstances, il existe plusieurs manières de répondre à cette question ». En fait, il en propose quatre.[3]
« Je sais que j’ai raison, parce que beaucoup de gens pensent ou font comme moi. »
Alexandre Lacroix qualifie cette approche de « conformiste ». Lorsque je pense ou que je fais comme « beaucoup de gens », je me questionne à savoir si nous ne sommes pas tous dans l’erreur. Je double mon doute de ma créativité. Ma sensibilité attire tout particulièrement mon attention sur les problèmes persistant d’une génération à l’autre. J’avoue préférer vivre en marge, ce qui me permet des prises de recul originales ou non conformistes.
« Je sais que j’ai raison parce que, lorsque je mets mes idées en pratique, ça marche, j’obtiens de bon résultat. »
« Cette approche relève du pragmatisme » écrit Alexandre Lacroix. Si une idée mise en pratique fonctionne et donne de bon résultat, pourquoi dois-je ajouter « J’ai raison » ? Juger une idée ne sert pas la crédibilité du fondement de son utilité.
« Je sais que j’ai raison, parce que je peux avancer des arguments solides en faveur de ma position et répondre aux objections.»
« L’une des méthodes couramment utilisées pour savoir si l’on a raison consiste à soumettre son avis ou son projet aux autres. On s’en remet alors à la dynamique de la délibération » écrit Alexandre Lacroix. Est-ce là attendre des autres qu’ils nous donnent raison ? Faut-il que les autres me donnent raison pour combler mon désir d’avoir raison ? Et si c’est le cas, est-ce réellement mon désir d’avoir raison pour me conforter dans ma position ou mon désir d’avoir raison sur les autres ? Est-ce nécessaire ?
« Je sais que j’ai raison, parce que je dis la vérité et que je peux le prouver !»
« La vérité la vérité la vérité est une poignée de sable fin. La vérité la vérité la vérité qui glisse entre mes doigts » chante de philosophe et artiste Raôul Duguay dans Le voyage :
« La vérité est une invention de l’Homme.
L’Homme est imparfait.
Donc la vérité est imparfaite. »
Serge-André Guay, Observatoire de la philothérapie
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ». La philosophe Myriam Revault d’Allonnes va encore plus loin en parlant d’une « ère post-factuel » dans son livre « La faiblesse du vrai » :
Il n’en va pas de même avec la « post-vérité » selon laquelle — à suivre le dictionnaire d’Oxford — les faits objectifs ont moins d’importance que leur appréhension subjective. La capacité du discours politique à modeler l’opinion publique en faisant appel aux émotions prime sur la réalité des faits. Peu importe que ces derniers informent ou non les opinions : l’essentiel, c’est l’impact du propos. Le partage du vrai et du faux devient donc insignifiant au regarde de l’efficacité du « faire-croire ». L’ère de la post-vérité est aussi celle du post-factuel.
L’erreur serait pourtant de penser que la post-vérité et la fabrication de « faits alternatifs » dans des sociétés démocratiques relèvent des mêmes mécanismes que l’idéologie totalitaire. Certes, dans les deux cas on propose un substitut à la réalité, un réarrangement de toute la texture factuelle en sorte qu’un monde fictif vient en lieu et place du monde des expériences et des relations que nous avons en partage et qui est le « sol » sur lequel nous nous tenons.
Dans les systèmes totalitaires, une idéologie « fantasmatiquement fictive » suscite un monde à la fois mensonger et cohérent que l’expérience est impuissante à contrarier. Le penser idéologique s’affranchit de l’existence de la réalité plus « vraie » que celle que nous appréhendons et percevons. Il ordonne les faits selon une procédure entièrement logique : en partant d’une prémisse tenue pour un axiome et dont tout le reste est déduit, on parvient à une cohérence jamais rencontrée dans le réel.
La vérité se fait bardasser par tout un chacun en ces temps qui courent. Elle est victime d’érosion comme les berges soumis aux ondes de tempête provoquées par les changements climatiques.[5]
Soutenir que l’on a raison parce qu’on dit la vérité, preuves à l’appui, est d’abord et avant tout une affaire de croyance. Et dans ce cas, les preuves ne sont que des croyances si elles ne sont pas scientifiques. « Avoir raison », c’est croire que ce que l’on pense est vrai ou prendre pour vrai ce que l’on pense. « Dire la vérité », c’est croire que l’on dit la vérité. Peu importe la nature des preuves à l’appui, il faut en douter, être toujours prêt à les remettre en question. Ce qui est vrai un jour ne le sera peut-être pas un jour suivant.
« La vérité la vérité la vérité est une poignée de sable fin. La vérité la vérité la vérité qui glisse entre mes doigts. »
DUGUAY, Raôul, Le voyage, Disque 2, Monter en amour, 1993.
À la vérité, je préfère et de loin la connaissance, cette expérience personnelle ou professionnelle du Savoir, pour autant que l’on sache distinguer Savoir, Connaissance, Opinion et Croyance.
Savoir – Un savoir s’appuie sur des données et des faits objectifs, concrets et rationnels qui peuvent être justifiés, prouvés et qui sont validés collectivement. Au point de départ d’un savoir, on trouve un questionnement ; chaque savoir peut être continuellement questionné, voire potentiellement réfuté.
Croyance – Une croyance est une certitude individuelle et subjective qui peut reposer sur l’autorité ou sur la confiance, mais qui n’a pas été validée de façon objective. Une croyance n’est pas justifiée rationnellement et elle ne peut donc pas être réfutée.
Opinion – Une opinion repose sur de multiples fondements, plus ou moins objectifs et rationnels : des savoirs, des croyances, des informations de sources diverses, des vécus individuels ou collectifs, ou encore des données culturelles et sociales. / Une opinion est personnelle, mais elle peut être débattue, exposée, confrontée, ce qui lui permet souvent d’évoluer.
L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit.
Il nous faut aussi tenir compte de la distinction entre Savoir et Connaissance.
Le savoir est un construit formalisé pour être transmis. Il est décrit dans des ouvrages, des programmes d’études, des documents. Le savoir est admis et partagé par une communauté, qui le place justement au rang de « savoir » ; il peut dès lors être transmis (par exemple, enseigné), acquis et valorisé. La transmission du savoir se fait par apprentissage ; en d’autres mots, pour devenir connaissance, le savoir doit être appris. Cela suppose un acte volontaire, « une démarche mentale active au cours de laquelle chaque apprenant confronte toute information nouvelle avec ses connaissances antérieures avant de l’incorporer dans sa base de connaissances » (12). Pour intérioriser un savoir, il faut le comprendre et se l’approprier.
L’intériorisation, l’incorporation de savoirs et d’expériences par une personne produisent la connaissance. Ainsi, la connaissance recouvre une dimension individuelle, alors que le savoir est plus général et « impersonnel » au sens qu’il n’est pas lié à une personne. La connaissance ne se transmet pas mais peut être transposée d’une situation à une autre par le même individu. La connaissance permet d’appréhender une réalité, de se faire une idée de la situation.
(…)
Il est possible de dire aussi que la connaissance est un processus dynamique permanent, alors que le savoir est « figé » à un moment donné en sachant que, par ailleurs, il est évolutif et formalisé par périodes. Selon Juignet, « Il est cependant intéressant de distinguer le processus actif de production, que nous nommerons la “connaissance”, de son résultat, que nous appellerons le “savoir”. Il s’agit de faire jouer la différence entre l’action et son résultat, ce qui revient à dire que la mise en acte d’une connaissance produit du savoir » (13).
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Nendaz M, Charlin B, Leblanc V, Bordage G. Le raisonnement clinique : données issues de la recherche et implications pour l’enseignement. Pédagogie médicale. 2005 Nov;6(4):235-54.
Sur le plan sémantique, connaître, c’est avoir la connaissance de l’existence d’une chose, c’est l’identifier, la tenir pour réelle; tandis que savoir, c’est avoir une connaissance approfondie d’une chose qui résulte d’un apprentissage, c’est avoir dans l’esprit un ensemble d’idées et d’images constituant des connaissances à propos de cet objet de pensée.
Généralement, savoir implique une connaissance plus approfondie et plus rationnelle que connaître.
Il ne s’agit donc pas d’avoir ou de se donner raison lorsqu’on parle de la connaissance et du savoir. Il s’agit de comprendre.
« Connaître » c’est rassembler le maximum d’information, « savoir » c’est intégrer cette connaissance dans son esprit, « comprendre » c’est relier ce savoir à tout ce qu’on sait déjà et l’utiliser pour aller plus loin dans la conscience de soi-même et du monde.
« J’ai compris » ne signifie pas « J’ai raison ». Autrement dit, le but de l’exercice de compréhension ne s’inscrit pas dans une démarche pour avoir raison. Car, lorsque je comprends, je ne juge pas. Je me rends à une évidence en mon intelligence ou, si vous préférez, une évidence m’est révélée en ma conscience. Bref, comprendre ne me donne pas raison. Je peux ainsi m’expliquer ou expliquer ma compréhension, y réfléchir et, si besoin est, l’exposer aux autres. Et cet exposé ne sert pas davantage à me donner raison sur les autres mais plutôt constitue un simple partage de connaissance et de savoir qui demeure discutable par le fait même que l’on puisse en douter.
Je ne m’oppose pas à la raison, cette « faculté qui permet à l’être humain de connaître, juger et agir conformément à des principes (? compréhension, entendement, esprit, intelligence), et spécialement de bien juger et d’appliquer ce jugement à l’action (? discernement, jugement, bon sens) » (définition de raison, Le Robert – Dico en ligne).
Cette définition généraliste de la raison implique de « juger », de « bien juger ». Or, « le jugement fou le camp[7] », par manque d’attention, de formation, d’expérience, de connaissance, de savoir, de rigueur, de logique… Aussi, le jugement est devenu affaire d’opinion davantage que de raison.
Juger, dit Aristote, c’est affirmer une chose d’une autre chose. Le jugement est essentiellement l’opération de l’esprit qui consiste à affirmer un attribut d’un sujet. « Le feu est chaud, la terre est ronde, l’homme est un animal raisonnable, Dieu est bon », sont des jugements.
Exprimé par le langage, le jugement s’appelle proposition. Toute proposition a en effet trois termes : le sujet et l’attribut, mis en rapport par le verbe.
Aujourd’hui, le jugement n’est pas une simple « proposition ». On croit en son jugement. On se donne implicitement raison en jugeant.
On a le jugement facile et industriel, comme des produits fabriqués à la chaîne par des robots qui ne pensent pas. On va même jusqu’à se donner de la valeur sur la base de ses jugements, une valeur toute subjective.
Notons aussi la dictature des jugements de valeur sur les jugements de la réalité ou d’existence, sur l’expression des faits. L’Office québécois de la langue française offre cette définition du jugement de valeur : « Opinion formulant une appréciation, des préférences, par laquelle un être projette sur un objet, une personne ou une activité ses desiderata. Note : S’oppose au jugement de réalité qui, lui, repose sur des faits, des critères objectifs.[8] »
Kant: Synthetic A Priori Judgments
Traduction en français après le texte en anglais
Varieties of Judgment
In the Prolegomena to any Future Metaphysic (1783) Kant presented the central themes of the first Critique in a somewhat different manner, starting from instances in which we do appear to have achieved knowledge and asking under what conditions each case becomes possible. So he began by carefully drawing a pair of crucial distinctions among the judgments we do actually make.
The first distinction separates a priori from a posteriori judgments by reference to the origin of our knowledge of them. A priori judgments are based upon reason alone, independently of all sensory experience, and therefore apply with strict universality. A posteriori judgments, on the other hand, must be grounded upon experience and are consequently limited and uncertain in their application to specific cases. Thus, this distinction also marks the difference traditionally noted in logic between necessary and contingent truths.
But Kant also made a less familiar distinction between analytic and synthetic judgments, according to the information conveyed as their content. Analytic judgments are those whose predicates are wholly contained in their subjects; since they add nothing to our concept of the subject, such judgments are purely explicative and can be deduced from the principle of non-contradiction. Synthetic judgments, on the other hand, are those whose predicates are wholly distinct from their subjects, to which they must be shown to relate because of some real connection external to the concepts themselves. Hence, synthetic judgments are genuinely informative but require justification by reference to some outside principle.
Kant supposed that previous philosophers had failed to differentiate properly between these two distinctions. Both Leibniz and Hume had made just one distinction, between matters of fact based on sensory experience and the uninformative truths of pure reason. In fact, Kant held, the two distinctions are not entirely coextensive; we need at least to consider all four of their logically possible combinations:
Analytic a posteriori judgments cannot arise, since there is never any need to appeal to experience in support of a purely explicative assertion.
Synthetic a posteriori judgments are the relatively uncontroversial matters of fact we come to know by means of our sensory experience (though Wolff had tried to derive even these from the principle of contradiction).
Analytic a priori judgments, everyone agrees, include all merely logical truths and straightforward matters of definition; they are necessarily true.
Synthetic a priori judgments are the crucial case, since only they could provide new information that is necessarily true. But neither Leibniz nor Hume considered the possibility of any such case.
Unlike his predecessors, Kant maintained that synthetic a priori judgments not only are possible but actually provide the basis for significant portions of human knowledge. In fact, he supposed (pace Hume) that arithmetic and geometry comprise such judgments and that natural science depends on them for its power to explain and predict events. What is more, metaphysics—if it turns out to be possible at all—must rest upon synthetic a priori judgments, since anything else would be either uninformative or unjustifiable. But how are synthetic a priori judgments possible at all? This is the central question Kant sought to answer.
TRADUCTION
Variétés de jugement
Dans les Prolégomènes à une métaphysique future (1783), Kant a présenté les thèmes centraux de la première Critique d’une manière quelque peu différente, en partant de cas dans lesquels nous semblons avoir atteint la connaissance et en se demandant dans quelles conditions chaque cas devient possible. Il a donc commencé par établir soigneusement une paire de distinctions cruciales entre les jugements que nous portons effectivement.
La première distinction distingue les jugements a priori des jugements a posteriori en fonction de l’origine de la connaissance que nous en avons. Les jugements a priori sont fondés sur la seule raison, indépendamment de toute expérience sensorielle, et s’appliquent donc avec une stricte universalité. Les jugements a posteriori, en revanche, doivent être fondés sur l’expérience et sont par conséquent limités et incertains dans leur application à des cas spécifiques. Ainsi, cette distinction marque également la différence traditionnellement observée en logique entre les vérités nécessaires et les vérités contingentes.
Mais Kant fait également une distinction moins connue entre les jugements analytiques et les jugements synthétiques, en fonction de l’information qu’ils véhiculent en tant que contenu. Les jugements analytiques sont ceux dont les prédicats sont entièrement contenus dans leurs sujets ; comme ils n’ajoutent rien à notre concept du sujet, ces jugements sont purement explicatifs et peuvent être déduits du principe de non-contradiction. Les jugements synthétiques, en revanche, sont ceux dont les prédicats sont entièrement distincts de leurs sujets, auxquels il faut montrer qu’ils se rapportent en raison d’un lien réel extérieur aux concepts eux-mêmes. Par conséquent, les jugements synthétiques sont véritablement informatifs mais doivent être justifiés par référence à un principe extérieur.
Kant supposait que les philosophes précédents n’avaient pas réussi à faire correctement la différence entre ces deux distinctions. Leibniz et Hume n’avaient fait qu’une seule distinction, entre les faits fondés sur l’expérience sensorielle et les vérités non informatives de la raison pure. En fait, selon Kant, les deux distinctions ne sont pas entièrement coextensibles ; nous devons au moins considérer les quatre combinaisons logiquement possibles :
Les jugements analytiques a posteriori ne peuvent pas apparaître, puisqu’il n’est jamais nécessaire de faire appel à l’expérience pour soutenir une affirmation purement explicative.
Les jugements synthétiques a posteriori sont les questions de fait relativement peu controversées que nous connaissons grâce à notre expérience sensorielle (bien que Wolff ait essayé de les dériver du principe de contradiction).
Les jugements a priori analytiques, tout le monde en convient, comprennent toutes les vérités purement logiques et les questions de définition simples ; ils sont nécessairement vrais.
Les jugements synthétiques a priori constituent le cas crucial, puisqu’ils sont les seuls à pouvoir fournir de nouvelles informations nécessairement vraies. Mais ni Leibniz ni Hume n’ont envisagé la possibilité d’un tel cas.
Contrairement à ses prédécesseurs, Kant soutenait que les jugements synthétiques a priori sont non seulement possibles, mais qu’ils constituent en fait la base d’une grande partie de la connaissance humaine. En fait, il suppose (comme Hume) que l’arithmétique et la géométrie comprennent de tels jugements et que la science naturelle dépend d’eux pour son pouvoir d’expliquer et de prédire les événements. De plus, la métaphysique – si elle s’avère possible – doit reposer sur des jugements synthétiques a priori, car toute autre approche serait soit non informative, soit injustifiable. Mais comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? Telle est la question centrale à laquelle Kant a cherché à répondre.
Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)
Je dénonce le détournement de la raison au profit de la confiance en soi et son glissement aveugle dans le monde des croyances. « Aussitôt dit, aussitôt cru. » L’obligation volontaire et/ou inconsciente de croire ce que l’on dit dénature la raison.
Du fait que l’on croit ce que l’on dit, on croit aussi que l’autre dit ce qu’il croit. Ainsi, nous demeurons dans le monde des croyances même lorsqu’il s’agit d’une simple opinion (d’un simple jugement). L’opinion n’est plus qu’une croyance.
Or, il manque une étape importante tenant à la nature même de la raison : le raisonnement. L’effort de raisonner par soi-même ne peut s’enclencher sans une formation et un entraînement rigoureux de notre esprit.
Définition de raisonnement – nom masculin
Activité de la raison (I), manière dont elle s’exerce.
Opinion fondée sur le raisonnement ou sur l’expérience.
Fait de raisonner en vue de parvenir à une conclusion. Les prémisses, la conclusion d’un raisonnement. Un raisonnement juste ; faux.
Activité, exercice de la raison, de la pensée : Comprendre les choses par intuition plutôt qu’en faisant appel au raisonnement.
Contraires : instinct – intuition
Suite d’arguments, de propositions liés les uns aux autres, en particulier selon des principes logiques, et organisés de manière à aboutir à une conclusion : Suivez bien mon raisonnement.
Dans notre société, les conclusions des raisonnements circulent davantage que la « suite d’argument, de propositions liés les uns aux autres, en particulier selon des principes logiques ».
Ainsi, nous adoptons des conclusions sans en connaître le raisonnement. Notre seule préoccupation consiste à croire ou non en cette conclusion en référence à nos autres croyances. « J’ai raison de croire » ou « J’ai raison de rejeter » cette conclusion. Il faut maintenir l’équilibre de la confiance en soi en ne mettant pas en cause ce que je crois déjà.
Le raisonnement, en cas de demande d’explication, viendra à posteriori. On justifiera ce l’on croit, souvent sans lien avec le raisonnement d’origine puisqu’on ne le connaît pas.
Toute conclusion éveille d’emblée nos mécanismes de défense, lesquels protègent alors notre confiance en soi et l’image que nous donnerons aux autres en l’adoptant ou en la rejetant. À la limite, il s’agit d’une réaction involontaire qui échappe à notre conscience.
Dans notre société submergée de conclusions, nous n’avons pas le temps de remonter au raisonnement à la source de chaque conclusion. Nous trouverons bien une raison pour expliquer notre croyance si jamais une demande d’explications se pointe.
Au-delà de nos mécanismes de défense, se trouve notre inconscient et ce dernier est informé par nos sens de ce qui se passe et des options qui s’offrent à nous (croire ou ne pas croire) bien avant notre conscience
Car il ne faut pas oublier notre subjectivité et sa gestion par notre inconscient a priori de tout travail de la conscience. Lorsque nos sens transmettent des sensations au cerveau, l’inconscient est le tout premier à en être informé. L’objet de la sensation devient une perception et elle sera appréciée suivant notre schéma de références, lui-même acquis inconsciemment au fil de nos expériences auprès des membres de notre famille, de nos amis et de nos ennemis, de nos professeurs, etc. Cette référence d’appréciation de l’objet perçu dicte alors l’attitude à adopter (favorable, défavorable ou indifférence) face à l’objet de la perception. Et cette attitude dictera la position à adopter ou le geste concret à poser. Tout ce processus demeure inconscient et a priori du processus conscient. Ce processus inconscient est particulièrement bien expliqué par le chercheur américains Louis Cheskin (1907-1981), pionnier de l’étude des motivations d’achat et de la recherche prédictive en marketing.[9]
Dans notre contexte, le stimuli d’origine capté par nos sens peut être aussi bien un texte lu ou une parole entendue exprimant une opinion (un jugement) ou une croyance. Lorsque le confiance en soi repose sur l’absence de doute, la certitude de détenir la vérité (sa vérité), une opinion soulevant un doute engendrera une attitude défavorable et nos mécanismes de défense la rejetteront, question de survie, de protection de la confiance en soi. Il faut avoir raison de penser ce que l’on pense sur toute la ligne. Le doute, ennemi no 1 de la confiance en soi, doit mourir dans l’œuf. Il est plus pressant de sauter aux conclusions plutôt que de s’enquérir du raisonnement en amont et réfléchir à son tour.
Il n’y a donc pas de prise de recul. On est en accord ou en désaccord avec l’opinion ou la croyance, sans réfléchir davantage.
Un monde où tout un chacun se donne raison vit dans un bocal étanche à tout raisonnement. De l’extérieur, nous pouvons nous demander si la raison n’a pas perdu la raison. C’est la dictature du « J’ai raison » sur la conscience et l’esprit. La raison, pour autant que cela soit logiquement envisageable, est en voie de déshumanisation, réduite à des réactions involontaires et inconscientes.
Quand l’opinion que l’on a des faits prime sur les faits eux-mêmes, on doit faire le deuil du raisonnement, de cette « Suite d’arguments, de propositions liés les uns aux autres, en particulier selon des principes logiques, et organisés de manière à aboutir à une conclusion ». Ainsi, le raisonnement ne s’exprime plus dans opinion. Seule la conclusion compte.
Revenons au texte de Philosophie Magazine. Dans son article, Alexandre Lacroix, pose cette question : « Quand peut-on se fier à son jugement ? » et il explique qu’il y a plusieurs manières d’y répondre selon les circonstances. Nous avons déjà vu les trois premières. Voici la quatrième :
« Je sais que j’ai raison, parce que je dis la vérité et que je peux le prouver ! »
SOURCE : LACROIX, Alexandre, L’art de couper les cheveux en quatre, Dossier : Comment savoir quand on a raison ? Philosophie Magazine, No 180, Juin 2024, p. 44.
D’emblée Alexandre Lacroix précise que « La notion de preuve n’a pas le même sens dans tous les domaines (…) ». Il donne en exemple les preuves de la culpabilité d’un suspect (identification ADN, traces archéologiques, écrites ou photographiques) déposées au tribunal. Il enchaîne avec la preuve mathématique : « elle repose sur une démonstration contraignante qui progresse, à partir de ses prémisses, en respectant les règles formelles de la logique ».
« Malheureusement, écrit Alexandre Lacroix, il existe aussi de nombreux domaines où il n’est passible d’avancer aucune preuve! » Monsieur Lacroix ajoute : « C’est ce qu’affirme le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus (1921) : « en dehors des tautologies et des contradictions, qui sont toujours vraies ou fausses, seules les “propositions de la science naturelle” sont susceptibles de se révéler, après une confrontation avec l’expérience, exactes ou inexactes. (…) D’où cette règle que se propose de suivre Wittgenstein : “Ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la science de la nature – quelque chose qui, par conséquent, n’a rien à voir avec la philosophie –, puis, quand quelqu’un voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu’il a omis de donner, dans ses propositions, une signification à certains signes. ” »
Alexandre Lacroix conclut son texte en ces mots : « En dehors du conformisme, du pragmatisme ou de la délibération, nous n’avons pas grand-chose pour nous conforter dans nos avis personnels : même quand les autres nous approuvent et que la chance nous sourit, dans l’absolu, il reste possible que nous ayons tort ! »
Et cette possibilité implique ce que je mets de l’avant dans ce texte : le doute. Il est le fondement de ma liberté de penser, de mon indépendance de penser. Je suis un libre penseur que si je doute. Je doute donc je suis libre ! Autrement, je suis comme cette luciole enfermé dans un bocal; ma raison devient prison. Je suis coupable d’abus et de détournement de raison. Bref, un appel à la raison est un appel au doute.
Pour celui ou celle qui cherche constamment à se donner raison, le doute éveille une sensibilité déstabilisante en laissant libre court aux émotions les plus inconfortables. Dans ce cas, le doute n’est pas une affaire raisonnable mais strictement émotive.
Dans cette relation émotionnelle avec le doute nous ne pouvons plus parler d’un « doute raisonnable ». Pour plusieurs, « douter de ce que l’on pense » revient à « douter de soi » et ainsi à remettre en cause la « confiance en soi ». Ce lien est fallacieux et insidieux car il rejette tout doute.
Pourquoi ? Parce que « Détenir la vérité » est devenu un besoin existentiel. On en trouve la démonstration dans la conclusion malheureuse de plusieurs débats interpersonnels : « À chacun sa vérité », « À chacun son opinion ». Ainsi, la personne s’enferme dans « sa » vérité et elle emprisonne l’autre dans la sienne. Tout doute est écarté ou, si vous préférez, la possibilité que nous ayons tort est réduite à néant. À la limite, on ne doutera plus de l’opinion de l’autre puisque la vérité est une affaire personnelle. Il est admis que chacun possède la vérité, « sa » vérité.
Ce besoin existentiel de vérité expulse le vrai et le faux universels au profit du particulier : « Pour autant que j’y crois ». Devenue individuelle, la vérité n’a plus besoin de s’accorder avec le réel, si ce n’est « ma » perception du réel et « mon intuition personnelle comme preuves de véracité de ce que je pense et de ce que je dis ». Bref, « Si je crois que c’est vrai, cela me suffit amplement. »
La question d’avoir « confiance en soi » est remplacée par celle d’avoir « foi en soi », d’avoir « Foi en ce que je crois ». C’est la religion de soi, le dogme de soi.
J’ai interrogé avec insistance une personne sur les preuves de ses affirmations interprétatives au sujet de l’actualité. Exaspérée, la personne finira par me répondre : « C’est moi la preuve ». J’ai cogité cette réponse plusieurs mois pour admettre que les affirmations de cette personne devaient être avant tout des croyances (vraies) plutôt que des vérités de faits. Ma demande répétée de preuves avait donc tout pour agacer cette personne puisque les croyances n’ont pas besoin de preuves formelles. Croire suffit.
Dans le cas précis de l’actualité diffusée par les médias d’information, le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur n’ont ni les compétences ni le temps de vérifier l’information. Pour adopter ou croire en une actualité, ils doivent donc s’en remettre aux médias d’information.
Paradoxalement, le doute reprend sérieusement du service dans le cas des médias d’information comme le démontre le Digital news reports Canada et l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme. La confiance envers les médias d’information connaît une baisse constante.
3.1 La confiance dans les nouvelles : La confiance envers la plupart des nouvelles la plupart du temps continue à fléchir au pays : seulement 39 % (-1 pp par rapport à 2023) des Canadiens partagent cette confiance (figure 34). Il s’agit du plus bas score obtenu par le Canada dans l’enquête jusqu’ici. Avec cette légère baisse depuis l’an dernier, ce score se retrouve tout juste en dessous du score international, qui reste stable (40 %), mais il demeure bien au-dessus des résultats des États-Unis (32 %) ou de la France (30 %)10. Depuis 2016, première participation du pays à l’enquête, la part de personnes en confiance est passée de 55 % à 39 % (-16 pp), et l’écart entre les Canadiens qui estiment pouvoir faire confiance à la plupart des informations la plupart du temps (39 %) et ceux qui réfutent cette idée (30 %) n’a jamais été aussi faible.
3.4 L’évitement des nouvelles : Paradoxalement, l’augmentation de l’intérêt des Canadiens pour les nouvelles (voir section 3.2) concorde avec une hausse de la part de répondants les évitant (figure 37). Ils sont 69 % (+6 pp) à essayer au moins occasionnellement d’éviter les nouvelles, et 40 % des répondants (+7 pp) indiquent le faire parfois ou souvent. Dans les deux cas, ces proportions se rapprochent de celles de 2022 (respectivement 42 % et 71 %).
3.5 La fatigue informationnelle : Le sentiment de découragement face à la quantité d’informations suit le même mouvement que l’évitement des nouvelles (figure 38). La part de Canadiens s’estimant « découragé(e) par la quantité d’informations qui circule aujourd’hui » est passée de 28 % en 2019, dernière année où nous avions posé cette question, à 41 % en 2024 (+13 pp). Contrairement à ce qui était observé en 2019, les répondants anglophones sont plus portés à être découragés par la quantité d’informations qui circule (41 %, une hausse de 14 pp) que les francophones (38 %, une hausse de 6 pp).
Le doute remettant en cause le degré de confiance envers les médias concerne, selon moi, plus spécifiquement les prises de position par les commentateurs-chroniqueurs (qui se donnent raison) et auxquels les rédactions accordent de plus en plus de place. La prise de connaissance de ces prises de position a le pouvoir de confronter les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs. Qui plus est, et ce n’est pas de moindre importance, « les nouvelles ne sont pas bonnes », ce qui finit par ébranler le sentiment de sécurité des « consommateurs de médias », d’où l’évitement tire probablement une part de son explication. Le doute envers les médias…
Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point ; il s’épuiserait en démonstrations préliminaires sans avancer ; comme il n’a pas le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opinions qu’il n’a eu ni le loisir ni le pouvoir d’examiner et de vérifier par lui-même, mais que de plus habiles ont trouvés ou que la foule adopte. C’est sur ce premier fondement qu’il élève lui-même l’édifice de ses propres pensées. Ce n’est pas sa volonté qui l’amène à procéder de cette manière ; la loi inflexible de sa condition l’y contraint.
Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de vérités qu’il n’en établit.
Ceci est non seulement nécessaire, mais désirable. Un homme qui entreprendrait d’examiner tout par lui-même ne pourrait accorder que peu de temps et d’attention à chaque chose ; ce travail tiendrait son esprit dans une agitation perpétuelle qui l’empêcherait de pénétrer profondément dans aucune vérité et de se fixer avec solidité dans aucune certitude. Son intelligence serait tout à la fois indépendante et débile. Il faut donc que, parmi les divers objets des opinions humaines, il fasse un choix et qu’il adopte beaucoup de croyances sans les discuter, afin d’en mieux approfondir un petit nombre dont il s’est réservé l’examen.
Il est vrai que tout homme qui reçoit une opinion sur la parole d’autrui met son esprit en esclavage ; mais c’est une servitude salutaire qui permet de faire un bon usage de la liberté.
Source : TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Tome III — Première partie — Influence de la Démocratie sur le Mouvement intellectuel aux États-Unis, Chapitre II — De la source principale des croyances chez les peuples démocratiques, Pagnerre, 1848, pp. 12-13 (Wikisource).
MA CONCLUSION
L’article « L’art de couper les cheveux en quatre » d’Alexandre Lacroix de le numéro de juin 2024 de PHILOSOPHIE MAGAZINE est excellent en ce qu’il nous fait réfléchir sérieusement à la question « Quand peut-on se fier à son jugement ? » Ma recherche personnelle à la suite de la lecture de cet article me conduit à conclure que vivre dans un monde où tout chacun se donne raison, pour tout et pour rien, par habitude défensive de la confiance en soi, ne nous permet pas de vivre raisonnablement, c’est-à-dire en tirant le bénéfice du doute. La force de la raison se définit par la force du doute qu’elle entretient en plaçant la confiance en soi dans celui-ci. Ce n’est que si je doute que je peux, si je le désire, avoir raison, mais, dans le temps, cela se limite au prochain doute.
J’ai aussi pris davantage conscience que la philosophie est un monde d’idées plutôt que de certitudes. Pour philosopher, il m’apparaît essentiel de mettre sa raison au service des idées et de soumettre ces idées au doute pour réfléchir encore et encore. Je peux me fier à mon jugement que si j’en doute.
Aussi, la confiance en soi ne repose donc pas sur des certitudes mais sur mes facultés que me procure la simple fait d’Être, d’avoir une existence pour en prendre conscience et les développer. C’est là à la fois ma valeur ultime et mon devoir. Et avoir ou se donner raison ne sera jamais un outil utile pour accomplir ce devoir.
Enfin, avant de rejeter ou de se détourner d’une idée que l’on ne comprend pas, il faut se demander « Pourquoi je ne comprends pas ? ». Et si je comprends, je dois m’interroger à savoir pourquoi tel ou tel autre soutient le contraire, pour autant que je me donne la peine de ne pas épouser la première idée venue, de faire vraiment le tour du sujet. Dans ce contexte l’école devrait avoir comme première mission de nous apprendre à chercher, à trouver ce dont nous aurons besoin de savoir au cours de notre vie. Un professeur qui se donne raison ne sert à rien, sinon à enseigner que le bonheur, c’est d’avoir raison.
NOTES
[1] Problem-directed men – Our greatest need in business and government, Louis Cheskin, The Bobbs-Merrill Company Inc., New York, 320 pages, 1964.
[2] Le taux de succès de mes démarches auprès de clients potentiels s’élevait 80%. Habituellement, le taux de succès est de 20% (20/80).
[3] SOURCE : LACROIX, Alexandre, L’art de couper les cheveux en quatre, Dossier : Comment savoir quand on a raison ? Philosophie Magazine, No 180, Juin 2024, pp. 44-49.
[6] « Guillaume Lecointre est l’auteur de plusieurs livres à succès aux éditions Belin, notamment la Classification phylogénétique du vivant et le Guide critique de l’évolution. Il intervient fréquemment dans les écoles, collèges et lycées. »
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Aussi, j’ai ajouté au mon livre « J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison» offert gratuitement en format numérique (PDF) ou à lire en ligne sur un site web dédié.
La raison se présente sous un jour paradoxal référence à laquelle les hommes soumettent leurs projets, leurs interrogations, leurs hypothèses pour les confirmer ou les critiquer, elle est en même temps exposée aux pressions extérieures et aux troubles intérieurs. Emane-t-elle de Dieu, imprègne-t-elle le réel ou simplement la réflexion que celui-ci inspire à l’humanité ? Pourquoi est-il si difficile de penser ce qui fait de l’homme un «animal doué de raison» ? A partir d’une exploration historique de ce concept chez les philosophes anciens et modernes, cet ouvrage se propose de préciser la fonction de la raison dans les sciences, d’en discerner le rôle dans l’action, de voir comment, dans la connaissance et dans la pratique, cette faculté affronte la réalité du mal, de juger enfin si, au début du XXIième siècle, s’esquisse un nouveau visage de la raison.
* * *
Bertrand Saint-Sernin (1925-1985)
Membre de l’Institut, Bertrand Saint-Sernin est ancien recteur d’Académie et professeur émérite à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV).
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
I — Histoire du concept : Platon — Aristote — Les stoïciens — Le christianisme — Le scepticisme — Descartes — Kant — Philosophie de la nature et dialectique — Cournot — Whitehead
II — La raison et les sciences : L’énigme des origines — Décrire — La raison et les théories sublimes
III — La raison et l’action : Les peintures de l’action — La raison et les jeux de stratégie — La raison et l’histoire — L’idée de « science de l’action »
IV — La raison et les fins : Raison et liberté — La haine de la raison — Les projets de la raison
V — Aspects nouveaux de la raison : Les trois états de la raison — Les deux formes du lien intersubjectif — Le nouveau gouvernement de la raison — Raison partagée, réseaux, stratégie
Conclusion
Bibliographie
AU SUJET DE L’AUTEUR
Bertrand Saint Sernin
Date/Lieu de naissance : 20 décembre 1931, Brest, France
Date de décès : 24 juin 2024, Plougonvelin, France
Bertrand Saint-Sernin, né le 20 décembre 1931 à Brest1 (Finistère) et mort à Plougonvelin (Finistère) le 24 juin 20242, est un professeur de philosophie et un spécialiste de l’histoire des sciences français, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, ancien recteur d’académie.
Biographie
Né en 1931 à Brest, Bertrand Saint-Sernin est agrégé de philosophie. Il a fait une carrière universitaire à Lille et à Paris, où il est professeur honoraire (université Paris-Sorbonne). Influencé par Simone Weil, Bergson et Malebranche, il est aussi spécialiste de la théorie des jeux et des philosophies de Cournot et Whitehead 3.
Après un passage dans le secondaire (1957-1963) aux lycées de Chambéry, Rouen puis au lycée Michelet de Vanves, il devient consultant à la direction des affaires scientifiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 1963 à 1965, puis revient à l’enseignement comme maître assistant à l’université de Paris I jusqu’en 1972. Ayant obtenu sa thèse de doctorat d’État, sur Les mathématiques de la décision à la Sorbonne en 1971, sous la direction de René Poirier, il est nommé à l’université Charles De Gaulle (Lille III) où il demeure de 1972 à 1986, tout d’abord comme maître de conférences, puis comme professeur à partir de 1982.
Durant cette période, il est détaché comme recteur de l’académie de Dijon et chancelier de l’université de Bourgogne (1973-1976) puis comme recteur de l’université de Nancy-Metz et chancelier des universités de Nancy et de Metz (1976-1982). De 1986 à 1987, il est directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, après quoi il est nommé recteur de l’Académie de Créteil et chancelier des universités Paris VIII, Paris XII et Paris XIII (1987-1989).
En 1989, il est élu professeur à l’université Paris-Nanterre, où il reste jusqu’à sa retraite, en 1993.
Distinctions
Commandeur de la Légion d’honneur (2016).
Commandeur de l’ordre national du Mérite (2005).
Commandeur de l’ordre des Palmes académiques (2021).
Les mathématiques de la décision, Paris, PUF, 1973, 375 p.
Le décideur, Paris, Gallimard, 1979, préface de Raymond Aron, 222 p.
L’Action politique selon Simone Weil, Paris, Cerf, 1988, 196 p. (couronné par l’Académie des sciences morales et politiques), deuxième édition révisée en 2008 disponible en cliquant ici.
Genèse et unité de l’action, Paris, Vrin, 1989, 189 p.
Parcours de l’ombre. Les trois indécidables, Archives contemporaines, 1994, 207 p.
La Raison au XXe siècle, Le Seuil, 1995, 320 p.
Entretiens nocturnes sur la théorie des jeux, la poésie et le “nihilisme” chrétien, Le Cri, Bruxelles, 1997, 240 p.
Cournot, Vrin, 1998, 192 p.
Whitehead. Un univers en essai, Vrin, 2000, 208 p.
Philosophie des sciences (I) & (II), Daniel Andler, Anne Fagot-Largeault et Bertrand Saint-Sernin, Gallimard, coll. Folio, 1333 p., sept. 2002.
La raison, PUF, coll. « Que sais-je ? », juillet 2003.
Le rationalisme qui vient, Gallimard, coll. Tel, jv 2007.
Blondel, un univers chrétien, Paris, Vrin, 2009
Précis de l’action, Paris, Cerf, 2012
Ouvrages traduits
La raison au XXe siècle en portugais (Brésil)
La raison au XXe siècle en polonais, 2002.
Philosophie des sciences (I) & (II) de Daniel Andler, Anne Fagot-Largeault et Bertrand Saint-Sernin en portugais (Brésil), mai 2005.
La raison (Ho Logos), To Vèma Gnôsè, Athènes, 2007.
Ouvrages collectifs
Coordination du Numéro spécial sur Georges Canguilhem, Revue de Métaphysique et de Morale , jv. 1985 (voir contribution plus loin).
“L’idée du destin” in Lord Jim. Figures mythiques, Joseph Dobrinsky, Autrement, 1998.
“Complétude et incomplétude de l’action” in Les modèles de l’action, PUF, 1998, p. 165-188.
“The Categoreal Scheme” in Alfred North Whitehead, l’univers solidaire, Ali Benmakhlouf éd., Université Paris X-Nanterre, 1999, p. 11-37.
“Possibilité d’une philosophie de la Nature aujourd’hui”, Anne Fagot-Largeault, Daniel Andler, Bertrand Saint-Sernin, in Science et philosophie de la Nature. Un nouveau dialogue, Luciano Boi (éd), Peter Lang, 2000.
“Peut-on connaître la nature ?”, in Préparer l’agrégation de philosophie. La Nature, sous la direction de Laurent Cournaire et Pascal Dupond, ellipses, 2001, p. 20-41.
“L’École française de l’action”, in Jean-François Mattéi, éd. Philosopher en français. Essai, PUF, coll. Quadrige, 2001, p. 21-43.
“Qu’est-ce qu’une vérité scientifique ?” in Droit à la connaissance, respect des personnes et recherche clinique, Journées d’éthique médicale Maurice Rapin, Médecine-Sciences Flammarion, 2001, p. 1-13 (Conférence prononcée le 17 novembre 2000).
“La philosophie de la nature de Jean Largeault” in De la Science à la philosophie. Hommage à Jean Largeault, L’Harmattan, 2001, sous la direction de Miguel Espinoza, p. 21-30.
« Le risque : appréhension subjective et réalité objective » in Probabilités subjectives et rationalité de l’action, CNRS éditions, Paris, 2003, p.101-117, 140 pages, (reçu le 13/12/03), p. 101-117.
“L’idée de conversion intellectuelle selon Alain, Brunchvicg et Blondel” in Le moment 1900 en philosophie, Septentrion, 2004, (417 pages), Études réunies sous la direction de Frédéric Worms, (p. 43-61).
Coordination du N° spécial de la Revue de métaphysique et de morale, 3 Septembre 2004, consacré à la “Philosophie de la nature” (voir contributions plus loin)
“La nature dans la philosophie de Husserl et de Whitehead” in Chromatiques whiteheadiennes (Volume 2) : François Beets • Michel Dupuis • Michel Weber, Alfred North Whitehead De l’algèbre universelle à la théologie naturelle, Ontos Verlag, Frankfurt • Lancaster, 2004, p. 171-192.
“Xavier Tilliette, un portrait” in La filosofia come santità della ragione. Scritti in onore di Xavier Tilliette, a cura di Antonio Russo e Jean-Louis Vieillard-Baron, Edizioni Università di Trieste, 2004, p. 17-34.
L’illettrisme, PUF, 2005 : “Attitudes françaises à l’égard de l’évaluation” et “Conclusions”.
“Relativité et interconnexité” in La science et le monde moderne d’Alfred North Whitehead, Alfred North Whitehead’s Science and the Modern World, Actes des Journées d’étude internationales tenues à l’Université catholique de Louvain, les 30-31 mai et 1 juin 2003, Ontos Verlag, 2006.
“Expérience et pensée chez Jean Brun” in Jean Brun, la Vérité et le Chemin, sous la direction de Maryvonne Perrot, Centre Gaston Bachelard de Recherches sur l’Imaginaire et la Rationalité, Université de Bourgogne, Dijon, 2006, p.41-52.
“Vers un nouvel état de la raison” in Science, Éthique et Droit, sous la direction de Nicole Le Douarin etr Catherine Puigelier, Odile Jacob, mai 2007, p. 343-348.
“L’interconnexité entre les êtres selon Les deux sources de la morale et de la religion” in Annales bergsoniennes III, Bergson et la science, édité et présenté par Frédéric Worms, PUF, 2007, mai, p. 295-312.
“Destiny in the Work of Joseph Conrad” in Conrad in France, Edited with an Introduction by Josiane Paccaud-Huguet, Conrad : Eastern and Western Perspectives, Editor Wieslaw Krajka, Vol. XV, Social Science Monographs, Boulder, Maria Curie-Sklodowska University, Lublin, Distributed by Columbia University Press, New York, 2006, p. 73-94.
“L’erreur en philosophie” in L’erreur, sous la direction de Jean Foyer, François Terré, Catherine Puigelier, PUF, Cahiers des sciences morales et politiques, 2007, p. 183-192.
“Blondel et l’école française de l’action” in Maurice Blondel et la philosophie française, Emmanuel Gabellieri et Pierre de Cointet (ed), Parole et Silence, 2007, p. 103-121.
“L’autorité à la lumière des Lois de Platon” in L’autorité, sous la direction de Jean Foyer, Gilles Lebreton, Catherine Puigelier, Cahier des sciences morales et politiques, PUF, 2008, 328 pages, p. 3-14.
“La rationalité scientifique au début du XXIe siècle” in Filosophie, Scienza et Bioetica nel dibattito contemporaneo. Studi internationali in onore di Evandro Agazzi a cura di Fabio Minazzi, Roma, Presidenza del Consiglio dei Ministri, Dipartimento per l’Informazione et l’Editoria, 2007, p. 771-779.
“L’identité changeante de l’individu vue par Bergson et par Whitehead” in L’identité changeante de l’individu. La constante construction du Soi, Edmardo D. Rarosella, Bertrand Saint-Sernin, Philippe Capelle, S.E. Marcelo Sanchez Sorondo, ed., L’Harmattan, 2008, p. 221-232.
“Autorité et décision » in De l’autorité, Colloque annuel du Collège de France sous la direction de Antoine Compagnon, Odile Jacob, 2008, p. 307-322.
“Simone Weil, critique de la société” (reprise d’un article d’Études, fév. 87) in Simone Weil Sagesse et grâce violente, sous la dir. de Florence de Lussy, Bayard, 2009, p. 249-271.
“Instruire selon Simone Weil” in Simone Weil, Chantal Delsol (éd.), Cerf, 2009, p. 153-168.
“Sur les morales de la vertu” in La vertu, sous la direction de Jean Foyer, Catherine Puigelier, François Terré, PUF, 2009, p. 115-129.
“Scientific Method and Philosophical Method” in The Humanities and Social Studies in the Far East, 5th Russian Philosophical Congress, special issue of “Methodology of Philosophical Knowledge” N°3 (23), 2009, p. 193-201.
“La rationalidad cientifica a principios del siglo XXI” in Filosofia y ciencias de la vida, Juliana Gonzalez V. Coordinadora, Universidad Nacional Autonoma de Mexico, 2009, p. 94-107.
“La générosité : lumière de Jean Foyer” in Jean Foyer In Memoriam, textes rassemblés par Catherine Puigelier et François Terré, Litec, Paris, 2010, p. 407-414.
“La Reconnaissance à la lumière du Timée” in La reconnaissance. Recognition, sous la direction de Catherine Puigelier, Centre de recherches en théorie générale du Droit, Bruyland, Bruxelles, 2011, p. 67-80.
“Durkheim et les philosophes de son temps” in Durkheim fut-il durkheimien ?, Actes du Colloque organisé les 4 et 5 novembre 2008 par l’Académie des sciences morales et politiques, Armand Colin/Recherches, 2011, p. 187-204.
Direction d’ouvrage (avec Catherine Puigelier), Le droit à la lumière de Bergson : mémoire et évolution, Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2013.
Direction d’ouvrage (avec Anne Fagot-Largeault), La philosophie et l’état du monde, entretiens de l’Institut international de philosophie, Paris, 15-18 septembre 2010, Paris, Vrin, 2013.
Éditions de texte
Écrits de Dina Dreyfus, Paris, Hermann, “Hermann Philosophie”, 2013, textes rassemblés et présentés par Christiane Menasseyre et Bertrand Saint-Sernin.
Traductions
Carl G. Hempel, Éléments d’épistémologie, Paris, Armand Colin, 1972.
W.V.O. Quine, Logique élémentaire, Paris, Armand Colin, 1972, avec Jean Largeault. 2e édition, Paris, Vrin, 2006.
Articles
La politique de la science, Études philosophiques, 1966.
Technique et technologie, Le Progrès scientifique, oct. 1967.
Programmes et programmation, Le Progrés scientifique, nov. 1967.
L’idée de révolution scientifique selon A.A. Cournot, Revue de l’enseignement philosophique, déc.1974-jan.1975.
Paradoxes technologiques des sociétés modernes, Les Études Philosophiques, 1976.
Pierre Oster Soussouev, entrée en poésie, La Voix des poètes, fév. 1978.
Le décideur et la santé, avec François Regnier, Prospective et Santé, 1980, N° 16.
Michel Alexandre, La Revue de Métaphysique et de Morale, janvier-mars1981, tome 44.
P. Oster Soussouev, Un lyrisme véridique, Critique, août-sept. 1981.
L’idée de décision collective: mythe ou réalité? Etudes, déc. 1982.
Finalité de l’éducation, Paradoxes, automne 1982.
Michel Serres, philosophe et gascon, Cahiers du Sud-Ouest, 1983.
Le souverain dans la Critique de la raison dialectique, Revue de Métaphysique et de Morale,1983.
L’âme ou le nom propre, Cahiers philosophiques, 1983, N° 15.
Essence et images de la liberté, Cahiers Philosophiques, 1983, N° 17.
Les figures politiques du mal chez Sartre, Études, déc. 1983.
Groupe et choix, La marge, 1983.
P. Oster Soussouev ou la fluidité dramatique, Don Quichotte, Lausanne, fév. 1984.
Michel Serres à mi-parcours, Etudes, mars 1984.
René Poirier, ou la métaphysique de l’image, Études philosophiques, 1984.
Raymond Aron, Études, juillet-août, 1984.
Éthique de la décision, Prospective et santé, automne 1984.
Coordination du Numéro spécial sur Georges Canguilhem, Revue de Métaphysique et de Morale, jv. 1985, et article sur “Georges Canguilhem à la Sorbonne”.
Georges Canguilhem, une philosophie du concept, Cahiers philosophiques, 1985, N° 23.
La critique sociale selon Simone Weil, Études, 1986.
Images de la matière et matérialisme, Études, 1986.
Dina Dreyfus ou la raison enseignante, Les Temps modernes, 1989, N° 516.
Philosophie et fiction dans l’oeuvre de Sartre, Les Temps modernes, 1990, N° 531-533.
Dimensions de l’éthique, Études, déc. 1990.
La philosophie de la nature de Jean Largeault, étude critique, Revue de Métaphysique et de Morale, 1990.
Conrad, peintre de l’action, L’Époque conradienne, Bulletin de la société conradienne de France, édité par la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Limoges ,1990.
Georg Simmel : Métaphysique du laconisme, Germanica, 8/1990, Université Charles de Gaulle, Lille.
L’attention selon Simone Weil, Sud, 1991.
Les Causes de la mort d’Anne Fagot Largeault, étude critique, Revue de Métaphysique et de Morale, 1991.
Munier le Lorrain, NRF, 1991, N° 460.
Les représentations de l’action, Bulletin Société française de Philosophie, 1991 N°2 : 61-78.
La ligne d’ombre : un traité du destin, dans le dossier Joseph Conrad, Magazine littéraire, mars 1992, N°297.
La chambre de veille de Joseph Conrad, Les Temps modernes,1992, N° 555.
Les messagers du destin, L’Epoque conradienne, Bulletin de la société conradienne de France, édité par la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Limoges, 1992.
La beauté pas à pas dans Une machine à indiquer l’univers de Pierre Oster, Obsidiane, 1992.
Blessure de la raison à l’aube du XXe siècle, Études, sept. 1992.
Les états du structuralisme, Études, avril 1993.
La science de l’action, Études, juillet-août 1994.
Le doute au XXe siècle, Études, déc. 1995.
“Les ordres de la nature”, in Dioti 5. Sciences et Philosophie, CRDP Midi-Pyrénées, 1999, p. 87-125.
“L’idée de décision”, in Sciences et Avenir, Hors-Série, N° 121, décembre 1999-janvier 2000, p. 52-57.
L’action à l’aube du XXIe siècle, Études, fév. 1999.
“Sur le contrôle étatique du clonage”, in Cités, 2/2000, p. 181-185
“Y a-t-il place, aujourd’hui, pour une philosophie de la nature ?” Société française de philosophie, séance du 21 novembre 1998, in Bulletin de la Société française de philosophie, 93e Année, N° 1, Janvier-Mars 1999.
“La voie vers l’univers est politique”, Poésie 2000 (décembre 2000) (sur P. Oster).
“Le jeu stratégique” in Sciences et Avenir, Hors-Série, N° 128, octobre-novembre 2001, p. 48-53.
“Morphogenèse mathématique du monde matériel” in Les Études philosophiques, octobre-décembre 2002, numéro spécial Whitehead, p. 427-440.
”Légitimité et existence de la philosophie de la nature” in Philosophie de la nature, Revue de métaphysique et de morale, 3 Septembre 2004, p. 331-342.
“Entretien avec Jean-Marie Lehn sur les possibles naturels en chimie” in Philosophie de la nature, Revue de métaphysique et de morale, 3 Septembre 2004, p. 371-380.
“La critique du coup d’État dans la pensée biologique de Cournot” in Bulletin d’Histoire et d’Épistémologie des sciences de la vie, volume 10, N°2, 2003, publié en 2004, p. 131-155.
“Actualité de la philosophie de la nature de Cournot” in Actualité de Cournot, Thierry Martin (éd), Vrin, 2005, p. 31-50.
“ Portrait de Whitehead ”, Études, avril 2003.
“Les états du structuralisme”, Études, 1993.
“La science et l’action au XXe siècle”, Études, 1994.
“Le doute au XXe siècle”, Études, 1995.
“Les carnets de la drôle de guerre – Cahiers pour une morale de Jean-Paul Sartre, NL, Études, 1983.
“L’art du commencement” in NUNC N°13, juin 2007.
“Rationalité scientifique et communion des saints” in NUNC N° 16, sept. 2008
“Y a-t-il de l’universel dans l’action ?” in Revue de Métaphysique et de Morale, 1, janvier 2009, p. 49-60.
“Raison et cosmos : un entretien avec Bertrand Saint-Sernin”, NUNC N° 21, juin 2010, p. 13-20.
Articles d’Encyclopédies ou de Dictionnaires
Dans le Dictionnaire philosophique des PUF, l’article : La décision.
Dans l’Encyclopaedia Universalis, les articles :
Causalité. Contingence. Erreur. Hasard. Induction. Tactique et stratégie.
Les notices de Georges Canguilhem et René Poirier.
Dans le Symposium de l’Encyclopaedia Universalis, deux essais :
Le Décideur.
L’Indécidable.
Dans le Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF, 1996, les articles :
Simone Weil
Nihilisme.
Dans le Dictionnaire de la pensée médicale, sous la direction de Dominique Lecourt, PUF, 2004, l’article :
Dignité de la personne (pp. 338-341).
Conférences publiées
Probabilités et préférences, Dossiers pédagogiques de la radio scolaire, mai 1973.
Théorie mathématique de l’agrégation des préférences, idem, juin 1973.
Programmation et stratégie, idem, juin 1973.
De l’idéalité de l’espace au choix d’une géométrie physique, Dossiers pédagogiques de la radio et de la télévision scolaires, 1975-1976.
La mesure du temps et les paradoxes de l’extension et du mouvement, idem, 1975-1976.
L’idée d’univers : physique ou métaphysique ? idem, 1975-1976.
Frontières et limites des mathématiques dans l’art de la décision, dans Les Frontières de la Science, Colloque du 29 Avril 1977, Nancy.
L’indétermination de la traduction chez Quine, dans La Traduction, un art, une technique, Actes du 11e Congrés des Germanistes de l’Enseignement supérieur 1978.
Imagination scientifique et imagination poétique chez Bachelard, Gaston Bachelard. L’homme du poème et du théorème, Colloque du centenaire, Dijon, 1984, publié en 1986.
Suturer les paradigmes, Médecine et Humanisme, revue de l’Association Economie et santé, 1991.
Mesurer la vie, intégrer la mort, Colloque international de Clinimétrie, Paris, 1991, Actes, 1992.
Forces et faiblesses des démocraties dans la gestion des crises (1991), La Défense, revue Administration, janvier-mars 1992.
L’atelier de Pierre Oster, Colloque de Pau, mai 1992, Pierre Oster : Poétique et poésie, Presses universitaires de Pau, 1994.
Crises et révolutions scientifiques selon A. A. Cournot”, Revue de métaphysique et de morale, N° 3/1993, p. 331-346.
“Principe et origine”, Recherches de Science religieuse, Tome 814 (1993), p. 559-580.
“Fait et forme selon Whitehead”, in Dioti 4, Ellipses CRDP Midi-Pyrénées, 1998, p. 191-222.
“L’idée de patrie et l’universel chez Simone Weil”, “Simone Weil spirituelle ou politique?”, Journée d’étude, Sorbonne, 29 mai 1999, in Cahiers Simone Weil, Tome XXII-N° 4, décembre 1999, p. 355-365.
“Vérité et autorité dans un univers marqué par les sciences et les techniques”, Recherches de Science religieuse, Janvier-Mars 2000, Tome 88/1, p. 17-37.
“Expérience et culture chez Jean Brun”, Actes du Colloque international d’Agen (20-21-22 mars 1996), in Recueil des travaux de la société académique d’Agen, 3e série – Tome VIII, mai 2000, p. 9-18.
“Y a-t-il place, aujourd’hui, pour une philosophie de la nature ?” Société française de philosophie, séance du 21 novembre 1998, in Bulletin de la Société française de philosophie, 93e Année, N° 1, Janvier-Mars 1999.
“La voie vers l’univers est politique”, Poésie 2000 (décembre 2000) (sur P. Oster).
« La philosophie de la nature de Pierre Oster », NUNC, revue spirituelle 3, mai 2003.
« L’âme et la raison dans L’enracinement », Cahiers Simone Weil, « L’Enracinement » I Démocratie, obligation, raison, TOME XXVI – N° 3, septembre 2003.
« Problèmes ouverts », Bulletin de la Société française de Philosophie, séance du centenaire, 15 décembre 2001, publié en mai ou juin 2003.
Compte rendu de « Penser avec Whitehead » d’Isabelle Stengers, Archives de philosophie, 65-4, octobre-décembre 2002.
« “Le divin dans le monde” selon Whitehead et Blondel », Nice, déc. 2006, in NOESIS. Quine, Whitehead et leurs contemporains, N° 13, Nice, 2008, p. 195-215.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
La raison se manifeste par la puissance de sentir (en grec, l’intellect, noûs, veut d’abord dire : « le flair »), de juger, de décider, d’agir en observant la justice, quel que soit le prix à payer. Elle peut aussi se laisser séduire et agir par calcul, en vue de fins injustes. Elle ne constitue pas à elle seule l’âme ou l’esprit (animus) de l’individu ni non plus son intelligence ou son psychisme (mens) : elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état de trouble. Cette capacité ne nous est connue que logée dans des individus exposés à la peur, au désir — bref, aux « perturbations de l’âme » (perturbationes animi).
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Introduction, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 3.
P.S.: Les mots soulignés remplacent les mots en italique dans le texte original du livre.
En fait, on nous a inculqués que la raison souffrait de nos passions, de nos émotions et de nos sentiments dans l’exercice de son fonctionnement. Passions, émotions et sentiments qui ont le pouvoir de désarçonner la raison, il est vrai, « en situation de risque ou dans un état de trouble ». Mais, attention, il faut prendre en considération notre instinct et nos réactions involontaires acquises de nos expériences, lorsqu’en situation de crise, d’urgence, nous n’aurions pas le temps de raisonner tant l’action est requise sur le champ.
Si vous marchez dans la rue plutôt que sur le trottoir, et que vous entendez le crissement de ses pneus d’une automobile, il n’est pas question de vous retourner vers la source du bruit pour la voir et en confirmer l’identification, évaluer la vitesse de l’automobile et sa distance de votre position, etc. Le bruit à lui seul vous pousse à monter sur le trottoir sans pensée consciente si ce n’est l’appréhension du risque d’un accident sur votre personne. En pareil cas, la raison n’a pas le temps de bien fonctionner.
Il en va de même lors de le temps est venu de décider si vous achetez cette maison-ci ou celle-là suivant les options disponibles. Une analyse raisonnée peut alors prendre des mois et vous paralyser. Vous ne parvenez pas à prendre une décision, vous êtes donc indécis malgré le bon fonctionnement de votre raison. Les récentes études en neurosciences démontrent que la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions pour passer à l’action, c’est-à-dire, prendre une décision. La raison, à elle seule, ne suffit que rarement.
(…) Dans l’ordre théorique, la raison n’est pas seulement d’ordre individuelle ; elle ne fonctionne bien que grâce à l’interaction entre les hommes. John Herschel (1792-1871), astronome et philosophe anglais, remarquait en 1830 : « Il n’y a pas de corps de connaissances qui soit assez complet pour ne pas recevoir un accroissement ou assez exempt d’erreurs pour ne pas recevoir des corrections, quand il passe par des millions d’esprits » (A Preliminary Discourse on the Stydy of Natural philosophy [1830], reprint The University of Chicago Press, 1987, p. 60).
Pour qu’un tel échange intersubjectif soit efficace, il faut supposer que la raison opère de la même manière chez tous les individus, ce qui est une hypothèse forte. De fait, elle est énoncée très tôt par les penseurs grecs. Héraclite, nous dit Sextus Empiricus, « affirme que la raison est le critère de la vérité : non pas cependant n’importe quelle raison, mais la raison commune et divine » (Contre les Mathématiciens, VII, § 127). Et, selon Démocrite : « De l’exercice de la raison procèdent ces trois qualités : bien délibérer, parler sans se tromper et agir comme il se doit » (Démocrite, B II).
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Introduction, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, pp. 4-5.
P.S.: Les mots soulignés remplacent les mots en italique dans le texte original du livre.
Cette citation m’inspire une question : Possédons tous la même faculté de raisonner ( « il faut supposer que la raison opère de la même manière chez tous les individus ») ? La culture et, plus spécifiquement, la langue et le langage de chaque nation (peuple), joue un rôle de premier plan dans notre manière de penser.
Ici, au Canada, nous comptons deux grands peuples : les Canadiens anglais et les Québécois (anciennement les canadiens français), chacun ayant sa culture, sa langue et son langage propre. Je suis Québécois. Le peuple québécois traite souvent les Canadiens anglais de « têtes carrées ». Ces deux peuples ne s’entendent pas très bien.
Tête carrée – Se dit de quelqu’un de buté et de têtu. – D’origine québécoise, cette expression date des débuts de la colonisation du Canada. En effet, les Français, déjà installés, voient des Anglais arriver. Ceux-ci construisent des maisons carrées et dont le toit adopte la même forme. Les relations n’étant pas toujours au beau fixe entre français et anglais, les Français décrivent les Anglais comme étant des têtes carrées en rapport avec leurs maisons et pour qualifier leur entêtement. Source : Tête carrée, lintern@ute.
Non seulement il s’agit d’une insulte utilisée pour dénoncer les opinions des Canadiens anglais mais aussi et surtout pour souligner qu’ils ne pensent pas comme nous en raison de leur culture.
Si chaque homme est doté de raison, elle est modelé, dans son exercice, par sa culture. La raison ne peut donc pas opérer, dans ses résultats, de la même manière chez tous les hommes à moins de se limiter aux sciences exactes. L’addition 2 + 2 = 4 est une opération à laquelle tous les hommes parviennent. Bref, avec des concepts abstraits parfaitement définis, tels que les nombres, tout va pour le mieux pour tous les hommes. Ils partagent tous la même compréhension de l’exactitude du résultat de cette opération, évident et universel. Dans ce cas précis, peut-on parler pour autant d’un « échange intersubjectif » nécessaire au bon fonctionnement de la raison ?
Lorsque Bertrand Saint-Sernin écrit « Dans l’ordre théorique, la raison n’est pas seulement d’ordre individuelle ; elle ne fonctionne bien que grâce à l’interaction entre les hommes », ou il traite des sciences dont l’accréditation du savoir exige désormais l’accord des pairs, ou il fait allusion au savoir lui-même qui, d’un individu à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une époque à l’autre, évolue par interaction. Dans cette situation où le seul fait que le savoir peut être partagé, reçu, comprise, par la raison des millions d’autres hommes, on note une particularité de son fonctionnement.
Ainsi alors que la philosophie antique recommande que l’âme soit tenue à distance du corps, la pensée chrétienne, inspirée par le dogme de l’Incarnation, préconise une autre façon de résoudre le problème posée par la stoïciens. Elle fait un pari audacieux : l’usage plein de la raison, que les stoïciens réservent au sage, elle l’attribue par principe à tous les hommes. C’est sur cette foi en une raison en laquelle ont part tous les hommes que le concept moderne de la raison humaine repose. Toutefois, le pari chrétien en faveur de l’universalité de la raison humaine ne lève pas les obstacles à son exercice.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre I – Histoire du concept, IV. – Le christianisme, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 22.
À mon humble avis, parmi ces obstacles, se trouvent encore la langue et le langage, et plus généralement la culture de l’individu, comme étant des influenceurs de l’exercice de la raison, de la manière de penser.
Et que dire de cet autre influenceur : la religion. Et est-ce que « pari chrétien » tenait davantage de l’universalité de leurs doctrines que de l’universalité de la raison humaine ?
Parlant de l’étude « Apologie de Raymond Sebond » de Montaigne (Essais, livre II, chapitre 12), Bertrand Saint-Sernin écrit :
Le scepticisme est là pour mettre à l’épreuve ce qu’aurait de naïf une excessive confiance en la raison. Montaigne dans les Essais, se livre à une expérimentation : se prenant comme laboratoire et tentant sur lui-même les arguments des septiques, il consigne les résultats de son enquête dans une étude intitulé « Apologie de Raymond Sebond » (Essais, II, 12). Il ne s’agit pas de rapporter en historien les thèses des septiques au sujet de la raison, mais bien, tout restant exact dans l’exposé des doctrines, d’en vivre le sens de l’intérieur, d’une façon qu’on appellera plus tard « existentielle ». (…)
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre I – Histoire du concept, V. – Le scepticisme, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 23.
J’aime beaucoup ce passage : « (…) vivre le sens de l’intérieur, d’une façon qu’on appellera plus tard “existentielle” ». Un élément de plus à ma compréhension du concept « existentiel ».
Fichte a été le premier, s’accorde-t-on à dire, à former l’idée d’intersubjectivité transcendantale. Il a vue que le cogito, le « je pense », ne désignait pas la démarche solitaire d’esprits isolés, mais que la pensée impliquait un lien entre les esprits. Hegel reprend cette perspective, l’approfondit et la transforme. Il donne à ce processus qui concerne à la fois la nature et l’esprit le nom de « dialectique ». Celle-ci est indissolublement pensée critique, puisqu’elle cherche à dissoudre les vues illusoires que nous nous faisons de notre être ; et action, dans la mesure où la réalité n’est jamais passivement reçue. (…)
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre I – Histoire du concept, VIII. – Philosophie de la nature et dialectique, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, pp. 30-31.
Personne s’oppose à l’importance de la « pensée critique », pas plus qu’au fait amplement démontré aujourd’hui que « la réalité n’est jamais passivement reçue ». Nous sommes des êtres à la fois raisonnables et subjectifs. Mais de là à admettre que « que le cogito, le « je pense », ne désignait pas la démarche solitaire d’esprits isolés, mais que la pensée impliquait un lien entre les esprits », il y a toute une marge. La raison elle-même est avant tout individuelle, sans autre attache que sa langue, son langage et tout les autres composantes cadre de la culture dans et par laquelle elle se développe. Que les savoirs auxquels l’individu pense, repense, remodèle, change… proviennent d’autres esprits, cela va de soi. Et que la subjectivité de chacun soit en cause, cela va aussi de soi. Que la prise de connaissance d’autres savoirs puisse impliquer des prises de consciences transcendantales, cela va de soi. Mais je ne peux soutenir que la pensée impliquait en elle-même un lien entre les esprits, à moins d’admettre que l’esprit, qui demeure le propre de chaque individu, s’incarne dans le savoir produit par cet individu pour survive dans la transmission de ce savoir.
Cette « idée d’intersubjectivité transcendantale » m’apparaît relever du spiritisme.
Il est paradoxal, à première vue, de s’appuyer sur les sciences pour observer la raison. En effet, celles-là sont des institutions récentes, alors que, si l’on définit l’homme comme « un animal doué de raison », celle-ci est aussi ancienne que l’humanité.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre II – La raison et les sciences, I. – L’énigme des origines, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 35.
À mon avis, ce n’est pas une question de définition mais de réalité historique, que dis-je, préhistorique. La migration des hommes préhistoriques selon le climat et les ressources répondait déjà de la raison qu’ils exerçaient, non pas de l’instinct animal. Il en va de même de sédentarisation de l’homme à la période néolithique où il s’adonnera à l’agriculture à l’élevage, en partagera les fruits et les produits et conservera ces derniers pour les saisons creuses. Ces comportements, j’insiste, ne relèvent pas du simple instinct de l’homme mais de sa capacité à raisonner. Cet homme préhistorique invente et s’adonne à l’art rupestre et de l’art pariétal avec raison. Il créera les premiers villages et cités. Il comprend et raisonne ses expérience avec raison.
Weimar ( Thuringia ). Museum for Prehistory in Thuringia: Model of the neolithic settlement ( 7300 BC ) of Catal Höyük ( Turkey ). Photographie prise le 12 août 2016, Source : Wolfgang Sauber (Wikipédia).
« Il y a environ 9 000 ans, alors que l’art, l’agriculture et l’architecture en étaient à leurs balbutiements, l’une des premières villes de chasseurs-cueilleurs de notre histoire, Çatal Hüyük, a émergé au cœur de l’Anatolie centrale, dans l’actuelle Turquie actuelle. Façonnée à la fin du 8e millénaire av. J.-C., cette agglomération a atteint son apogée au début du 6e millénaire av. J.-C., s’étendant sur près de 13 hectares. Près de 8 000 habitants y étaient répartis au sein de 2 000 foyers. » Source : Arnaud Sacleux, Çatal Hüyük, la première ville du monde, était égalitaire, National Geographic Society.
Le philosophe Bertrand Saint-Sernin attribue aux Grecs que « le savoir cesse de relever uniquement de la sagacité individuelle pour devenir un processus cumulatif, transmissible, enseignable » et, tout cela, en deux ou trois générations :
Les historiens tentent de démêler en quoi consista le « miracle grec » : ils notent qu’il ne s’agit pas d’une création ex nihilo ; Les Grecs ont dit eux-mêmes qu’ils étaient les héritiers de l’Égypte et de la Mésopotamie. Reste un fait troublant : en deux ou trois génération, un lien se noue entre l’intuition et la méthode (Whitehead), de telle sorte que le savoir cesse de relever uniquement de la sagacité individuelle pour devenir un processus cumulatif, transmissible, enseignable. Cet événement a suscité des interrogations : Les hommes s’étaient-ils mis à percevoir les idées même de Dieu ? Les lois de la nature étaient-elles écrites en caractères géométriques et numériques ? Comment se faisait-ils que les hommes, si prompt à la discorde, furent capables de parvenir aux mêmes démonstrations ? Une grande partie de la philosophie est issue de ces interrogations.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre II – La raison et les sciences, I. – L’énigme des origines, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 36.
Un lien se noue entre l’intuition et la méthode bien avant les Grecs comme nous venons de le voir ci-dessus avec l’homme au cours de la préhistoire, notamment le néolithique. On adopte pas un modèle de subsistance fondé sur l’agriculture et l’élevage, pas plus qu’on se lance dans des innovations techniques et « la généralisation de l’outillage en pierre polie, la poterie, le tissage, ainsi que le développement de l’architecture (Wikipédia) »,sans un lien fort entre l’intuition et la méthode.
Et ce n’est certainement pas non plus aux Grecs que l’on doit que « le savoir cesse de relever uniquement de la sagacité individuelle pour devenir un processus cumulatif, transmissible, enseignable ». C’est une aberration historique. L’homme du néolithique savait fort bien ce qu’il faisait avec ses pairs. D’expérience en expérience, ils développaient « un processus cumulatif, transmissible, enseignable » bien avant les premiers philosophes et les hommes de science de la Grèce Antique, période qui va environ de 1,200 à 31 ans avant Jésus-Christ. N’oublions pas que l’arrivée de l’agriculture en Grèce remonte au VIIe millénaire av. J.-C. et que cette dernière impliquait, je me répète, « un processus cumulatif, transmissible, enseignable » collectif.
Évidemment, je ne renie en rien l’importance de la naissance de la philosophie dans la Grèce Antique et son énorme contribution à la philosophie occidentale.
La physique classique des XVIIe et XVIIIe siècles a réalisé une partie du programme de Timée en élaborant une science du ciel et de la Terre. On pourrait dire, de même, que la cosmologie scientifique du XXe siècle, en articulant l’étude de l’univers pris comme un tout et celle de ses éléments ultimes, poursuit la réalisation du programme de Platon. La première synthèse des sciences physiques à laquelle participèrent Copernic, Galilée, Descartes, Kepler et quelques autres, mais qui reçut de Newton sa qualité d’œuvre singulière, est, comme tous les travaux de l’esprit, individuée et impersonnelle : on y décèle la signature de chacun de ses fondateurs, mais l’œuvre n’est pas close ; elle laisse de la place pour d’autres auteurs. C’est là le trait distinctif, insistons-y, du travail de la raison : il est individué, comme l’est toute action libre ; mais il est impersonnel, dans la mesure où tout agent qui pense peut poursuivre le travail là où il a été laissé.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre II – La raison et les sciences, III. – La raison et les théories sublimes, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 45.
Les travaux de l’esprit de tous ces hommes et quelques autres se fondent d’abord et avant tout sur leur sagacité propre. Il nous faut donc admettre que « les travaux de l’esprit » sont « individués ». Sont-ils pour autant impersonnels, à l’instar de la première synthèse des sciences physiques, comme le propose le philosophe Bertrand Saint-Sernin ? Est-ce là le plus pertinent des adjectifs pour signifier qu’une œuvre n’est pas close à d’autres contributions ? Certainement pas. Les synonymes d’impersonnel laisse perplexe : « banal, commun, fade, incolore, inconsistant, inodore et sans saveur, monotone, ordinaire, pâle, plat, quelconque, terne, uniforme » (Larousse). Un travail ne devient pas « impersonnel, dans la mesure où tout agent qui pense peut poursuivre le travail là où il a été laissé ». Ce n’est pas là un trait distinctif du travail de la raison. Rien n’est impersonnel dans le travail de la raison, même dans le partage et sa continuité par d’autres. La contribution personnelle demeure, même dans l’universel.
Dans le chapitre suivant, III – L’action et la raison, Bertrand Saint-Sernin revient sur le questionnement à savoir si la raison est ou non présente en chaque individu.
Y a-t-il en chaque être une puissance de calcul, de jugement, de décision ? Ou bien la raison ne désigne-t-elle que des pratiques (dites « logique ») de penseurs isolés, non une faculté présente en chaque être humain. Ce qui soulève cette interrogation, c’est l’action : certes, chacun trouve dans sa propre expérience des moments où il sent, où il doute, où il juge, où il prend parti. Mais aucun de nous ne voit clairement comment imputer ces expériences à une faculté appelée raison, que serait logé en chacun de nous.
Se servir de l’action comme d’un laboratoire pour scruter la raison est donc un choix légitime : « C’est dans l’action, notre Maurice Blondel, qu’il va falloir transporter le centre de la philosophie, parce que là se trouve aussi le centre de la vie » (L’action [1893], p. XXIII). Mais c’est un pari. En effet, les expériences particulières à l’aide desquels nous nous connaissons ne nous donnent pas une vue systématique de nous-même (Malebranche). Nous prendrons l’action comme révélateur des opérations de la raison, tout en sachant que nous sommes dans l’incapacité de constituer une psychologie rationnelle, c’est-à-dire une science des opérations de l’âme.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre III – La raison et les sciences, III. – La raison et l’action, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 51.
P.S.: Les mots soulignés remplacent les mots en italique dans le texte original du livre.
Il me semblait que ce questionnement avait déjà trouvé sa réponse dans une citation précédente ci-dessus (reprise ci-dessous) :
Il est paradoxal, à première vue, de s’appuyer sur les sciences pour observer la raison. En effet, celles-là sont des institutions récentes, alors que, si l’on définit l’homme comme « un animal doué de raison », celle-ci est aussi ancienne que l’humanité.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre II – La raison et les sciences, I. – L’énigme des origines, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 35.
Aussi, il m’apparaît tout à fait normal que « les expériences particulières à l’aide desquels nous nous connaissons ne nous donnent pas une vue systématique de nous-même » puisque ce n’est pas le but de ces expériences « particulières ». Une expérience particulière demeure particulière et, par conséquent, ne nous donne jamais une « vue systématique de nous-même ».
Le philosophe Bertrand Saint-Sernin souligne « que nous sommes dans l’incapacité de constituer une psychologie rationnelle » ou, selon les dictionnaires Larousse, « qui est conforme à la raison, repose sur une bonne méthode (…) ». La psychologie demeure une science inexacte et j’ai déjà amplement souligné dans mes précédents rapports de lecture « La séduction psychologique — L’échec de la psychologie moderne ».
Se laisser conduire par la raison n’est pas à la portée de tous les hommes, nous l’avons vu (chap. 1), à moins qu’ils ne soient aidés ou entraînés. D’où, dans la plupart des sociétés, des rites d’initiation destinés à éprouver les individus avant de leur confier des charges. Platon, dans La République, décrit par le menu comment trier et former les futurs défenseurs de la cité. Comparant avec humour les défenseurs des lois à des moutons, il recommande de les choisir vigoureux, d’en laver la laine, avant de les tremper (baptiser) « dans la teinture des lois » (IV, 430 a).
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre III – La raison et les sciences, III. – La raison et l’action, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, p. 63.
P.S.: Le mot souligné remplace le mot en italique dans le texte original du livre.
Tous les hommes sont dotés de raison mais il ne lui semble pas naturelle de se laisser conduire par elle ; de l’aide et de l’entraînement sont nécessaires. Mais prenons garde à l’endoctrinement, au conditionnement malsain, autant dans les pays totalitaires que démocratiques, ces derniers souffrant de multiples mises à l’épreuve. Dans ce contexte, la mission première de l’aide et de l’entraînement de la raison est d’assurer la liberté de chaque homme, une liberté raisonnable.
La haine de la raison naît de ce que l’activité rationnelle par excellence, la science, devient étroitement liée à la puissance économique et militaire, dans ses buts, mais aussi dans son organisation. Cet état de chose provoque un sentiment d’incompréhension et d’injustice : nous ne sommes pas plus bêtes que les Occidentaux, pensent les exclus, et pourtant ce sont eux qui ont la science, la technologie, la richesse, la puissance ! Il y a là de quoi provoquer la colère et le ressentiment, dans la mesure où la raison est identifiée à la possession des biens rares et convoités. Pour désarmer un tel ressentiment, il faut l’entendre : faire apparaître que, par essence, la connaissance est un bien commun qui se développe mieux dans les régimes démocratiques que dans les dictatures ; qu’il y a donc là une tâche essentielle.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Chapitre IV – La raison et les fin, II. – La haine de la raison, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, pp. 80-81.
Dans les dictatures, la science sert la dictature et non pas le bien commun. On notera la violation des droits d’auteur occidentaux par les dictatures.
En effet, il y a quelque chose de risqué dans l’acte de regarder en face et d’accueillir en soi la vie et l’histoire. La difficulté est que, même si l’homme est défini comme « un animal pourvu de raison, animal rationale », il ne lui est pas aisé de se comporter selon la raison. Celui vient de ce qu’il ne se réduit pas à un faisceau de propriétés. Il doit devenir ce qu’il est : être, pour lui, est une destination plutôt qu’un état. La raison représente une fonction à assumer. Certes, elle est en chacun de nous, prête à se mobiliser ; encore faut-il que nous décidions de l’écouter. Elle ne se découvre que si nous faisons attention à elle. Faute de quoi, elle organise silencieusement l’univers et prend à nos yeux le visage étranger de la nécessité et du hasard.
SAINT-SERNIN, Bertrand, La raison, Conclusion, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 2003, pp. 117-118.
P.S.: Les mots soulignés remplacent les mots en italique dans le texte original du livre.
Cette citation tirée de la Conclusion du livre de Bertrand Saint-Sernin, La raison, plusieurs affirmations malaisantes.
Le philosophe écrit, parlant de l’homme, qu’ « il ne lui est pas aisé de se comporter selon la raison ». Selon le réel ? Selon la morale ? La raison demeure un mode de penser à acquérir. Elle ne dicte pas la conduite.
Il ajoute, parlant de l’homme qu’ « Il doit devenir ce qu’il est : être, pour lui, est une destination plutôt qu’un état. ». Cette affirmation tire un peu trop à mon goût vers le discours tenu par les tenants du développement personnel. Être est, selon moi, bel et bien un état plutôt qu’une destination s’oppose à la permanence de l’Être.
« Deviens ce que tu es »
Nicolas Quérini
Les Cahiers philosophiques de Strasbourg
Demander ou commander à quelqu’un de « devenir ce qu’il est », c’est immédiatement se confronter au problème de l’identité personnelle en supposant d’emblée une certaine dualité du soi. Il y aurait le soi que l’on est présentement, banal et peu intéressant sans doute, et un soi que l’on doit devenir, un soi profond, un soi authentique qu’il s’agirait de retrouver, de découvrir en soi. Le soi actuel serait un point de départ, le second un but. Dire : « Deviens ce que tu es », c’est immédiatement énoncer un impératif éthique, puisque c’est dire que tout homme qui ne deviendrait pas ce qu’il est destiné à devenir mènerait une existence ratée. Cet impératif qui nous commande de devenir nous-mêmes semble supposer toutefois une certaine connaissance de soi. « Deviens qui tu es » serait ainsi quasiment synonyme de « prends conscience de toi-même », ou serait en tout cas conditionné par une telle connaissance de soi. Cela signifierait alors que l’on aurait une nature réelle, authentique, dont il faudrait prendre conscience pour devenir celui que l’on est véritablement. Nous voudrions ici interroger la relation de priorité et la relation d’implication qui gouvernent ces deux impératifs : prendre conscience de soi et devenir soi. Nous le ferons à partir de trois auteurs chez qui cette articulation entre connaissance de soi et devenir soi nous semble capitale, et dont les interprétations de ces impératifs nous paraissent intéressantes à confronter : Platon, Pindare et Nietzsche. Nous ne respecterons pas un ordre chronologique puisque Nietzsche se revendique en l’occurrence davantage de Pindare que de Platon, et qu’il nous a donc semblé plus pertinent de les lire ensemble.
Nicolas Quérini, « Deviens ce que tu es », Les Cahiers philosophiques de Strasbourg [En ligne], 40 | 2016, mis en ligne le 03 décembre 2018, consulté le 21 septembre 2024. URL : http://journals.openedition.org/cps/354 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cps.354.
Le philosophe Bertrand Saint-Sernin affirme, parlant de la raison : « Certes, elle est en chacun de nous, prête à se mobiliser ; encore faut-il que nous décidions de l’écouter. ». La raison ne doit pas être confondu avec le concept de la voix intérieure d’autant plus que cette dernière est souvent revendiquée par la spiritualité. La raison ne nous parle pas par elle-même.
J’ai aimé le livre LA RAISON dans la Collection Que-Sais-je des PUF et signé par le philosophe BERTRAND SAINT-SERNIN quoiqu’il n’est pas répondu à toutes mes attentes. Il est parfois difficile à comprendre et il revient trop souvent sur les mêmes idées sans pour autant en élargir l’étendue. L’association de la raison au-delà de la faculté qu’elle est avec différentes manières de penser ayant pour finalité de bien juger et de bien agir ne me plaît pas. Si l’histoire des idées m’intéresse et me captive, je n’en tire pas une explication de la raison dans son fonctionnement.
J’accorde 3 étoiles sur 5 au livre LA RAISON du philosophe BERTRAND SAINT-SERNIN.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Composante essentielle de la civilisation occidentale, la rationalité imprègne si bien tous nos modes de pensée que l’on en viendrait presque à oublier qu’elle a une histoire. À l’heure du triomphe de la raison technicienne, François Châtelet nous invite à une passionnante remontée aux sources. De Socrate à Platon, de Galilée à Machiavel et de Nietzsche à Freud, il retrace «l’invention de la raison», marque les grandes étapes de la pensée philosophique et montre — avec sa simplicité coutumière et un rare talent de conteur — comment se sont tissés d’indissolubles liens entre la liberté et la raison, même si cette dernière, conclut l’auteur, n’a pas encore atteint «l’âge de raison».
* * *
FRANÇOIS CHÂTELET (1925-1985)
Philosophe, cofondateur du département de philosophie de l’université de Vincennes et du Collège international de philosophie, il eut toujours le souci d’unir sa pensée et son action dans un combat d’homme engagé dans son siècle.
Maurice Nédoncelle, « François Chatelet, Platon, (Collections Idées) 1965 ; Jules Chaix-Rut, La pensée de Platon, (Collection Pour connaître) 1966 [compte-rendu] », Revue des sciences religieuses,? , p. 260-261 (lire en ligne [archive])
François Châtelet était philosophe, au sens premier du mot : chez lui l’acte était inséparable du désir de transmettre. De Platon à Galilée, de Machiavel à Marx et Freud, il montre comment la pensée occidentale a peu à peu tissé d’indissolubles liens entre la raison et la liberté.
Notice CHÂTELET François [CHÂTELET Michel, François, Jacques] par René Gallissot, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 juillet 2022.
Le philosophe François Châtelet se confie à Émile Noël.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Chapitre 1 – L’invention de la raison
Le premier chapitre attire aussi mon attention avec son titre : « 1. L’invention de la raison ». Jusque-là, je tenais pour acquis que la raison est innée à chaque homme.
Émile Noël
(…) L’essentiel de notre philosophie occidentale, européenne, ne tient-il pas dans cette progression vers la rationalité.
D’abord, la raison est-elle inhérente à la pensée ou bien a-t-elle été « inventée » ? L’humanité a-t-elle fait apparaître, à un moment de son histoire, un genre culturel inconnu jusque-là, dont le principe serait la pensée rationnelle et définirait ce qu’on appelle la philosophie ?
François Châtelet
Je crois qu’on peut parler d’une invention de la raison. Et pour comprendre comment la philosophie a pu surgir comme genre culturel nouveau, je choisirai de me référer à une situation privilégiée : la Grèce classique. Ce n’est pas que je pense que toute philosophie soit grecque. Mais il est clair que la Grèce a connu, pour des raisons contingentes, historiques, des événements tels que des hommes ont pu faire apparaître ce genre original qui n’avait pas d’équivalent à l’époque. Il s’est imposé dans un débat avec d’autres genres culturels qui cherchaient, eux aussi, la prééminence. Et il se trouve que, pour d’autres raisons contingentes — on verra comment par la suite — il a connu un succès étonnant.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp.17-18.
Le philosophe François Châtelet croit que l’on peut parler d’une « invention de la raison », ce qui me surprend. Elle ne serait donc pas innée à chaque homme dès sa naissance. Puis, il associe la philosophie à un « genre culturel », ce qui me surprend de nouveau. La philosophie ne serait donc pas né dans un genre culturel propice à son émergence mais elle serait elle-même un genre culturel.
François Châtelet
(…) C’est particulièrement vrai pour Athènes, où des hommes vont inventer ce qu’on appellera la « démocratie ». À l’époque, la démocratie se définit essentiellement par l’égalité. Tous les citoyens, quels qu’ils soient, quelques soient leur fortune, leur origine, l’ancienneté de leur famille, tous sont égaux devant la loi. Ils ont le même droit d’intervenir devant les tribunaux et à prendre la parole dans les assemblées où l’on délibère du destin collectif.
Émile Noël
On image l’impact d’un tel changement sur la culture traditionnelle.
François Châtelet
En effet, en démocratie la parole devient reine. Jusqu’alors les décisions étaient en général prises dans le secret par les aristocrates. Les familles nobles délibéraient et annonçaient au public la décision prise pour l’ensemble de la collectivité. Dans les cités traditionnelles, l’éducation était surtout morale et militaire. On accordait peu de prix à la parole. On parle peu et, quand on parle, on récite les vieux poèmes traditionnels qui glorifient les origines mystérieuses de la ville. Dans la cité démocratique la parole va s’imposer et celui qui la maîtrise va dominer.
(…)
(…) Ce développement de la parole va entraîner la naissance de techniques particulières, qu’on appellera plus tard la « rhétorique ». Pour avoir une chance dans une pareille cité, il faut savoir parler, savoir convaincre. Comme il est arrivé maintes fois dans d’autres civilisations, l’apparition d’une tekhnê engendre la naissance d’une profession. La démocratie athénienne a besoin d’instituteurs, des gens capables d’apprendre aux autres à bien parler, à manier habillement les arguments de façon à convaincre soit dans les tribunaux, qui traitent des affaires privées, soit dans les assemblées, qui traitent des affaires publiques. Savoir convaincre que telle proposition est meilleure que telle autre devient capital.
Platon — qui vient un peu après, à la fin du siècle (Ve siècle avant notre ère) — nous parle des instituteurs de la démocratie. Il les appelle, d’un terme qui a pris, à cause de lui, une nuance péjorative, des « sophistes ».
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp.19-20.
P.S.: La parenthèse est de nous. Les mots mis en caractères gras équivalent aux mots en italique dans le texte (les citation s’affichant déjà en italique dans WordPress).
Je note avec intérêt le lien direct entre la démocratie naissante engendrant le besoin de maîtrise de la parole, entraînant lui-même un besoin d’instituteurs alors incarnés par les sophistes.
Émile Noël
Il est vrai pour nous, aujourd’hui, cela (sophiste) désigne plutôt un personnage de mauvais aloi qui utilise des arguties douteuses pour éviter de traiter sérieusement des problèmes.
François Châtelet
En fait, « étymologiquement », « sophiste » veut simplement dire « intellectuel qui sait parler », qui a la maîtrise du langage. (…) Ce sont des gens au langage sonore, dit Platon, qui s’installent à Athènes, ouvrent des écoles d’éloquence qui sont en même temps — j’insiste sur ce fait — des écoles de politique. Donc, après la deuxième guerre médique, lorsqu’on est à peu près tranquille du côté des Barbares, Athènes devient une cité puissante qui se constitue un empire et renforce son régime démocratique.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp.20-21.
P.S.: Les parenthèses sont de nous et en référence au texte.
Le philosophe François Châtelet, au détour d’une phrase, soutient que la raison est « une manière de construire la sagesse » :
François Châtelet
(…) Mais les Grecs ont inventé ce que j’ai appelé le logos, ou la raison, une manière de construire la sagesse. Il y en a d’autres. Il n’y a aucun privilège du côté des Grecs, simplement le fait que, pour des raisons historiques, cette conception de la sagesse née de la philosophie stricto sensu a influé de manière décisive sur la conception de la science qui, par la suite, a eu des effets considérables dans la transformation de l’humanité. (…)
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 39.
P.S.: Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.
À la conclusion de ce premier chapitre, Émile Noël relance François Châtelet au sujet de la philosophie et de la recherche de vérité
Émile Noël
J’ai retenu aussi que, dans la recherche de la vérité, ni l’opinion de la majorité ni les discours d’autorité de la compétence ne sont les garants satisfaisants. Ainsi, le chemin de la vérité serait exclusivement réservé à la philosophie.
François Châtelet
Oui. C’est l’ambition philosophique qui, à certains égards, peut paraître folle. Freud n’hésitait à dire que le philosophe est un paranoïaque, un homme aux ambitions démesurées. L’ambition de Platon, c’est pourtant bien celle-là. Il constate que la démocratie se trompe, que les hommes de métier se trompent tout autant. Aux démocrates, il emprunte l’idée de la majorité en la développant d’une manière extrême. De la majorité il fait l’universalité. À l’idée de compétence il emprunte la technique du dialogue et, réunissant ces deux aspects, il prétend pouvoir instituer une manière de compétence universelle, qui serait la compétence de la raison. C’est en ce sens que j’ai dit, dans une parenthèse que j’ai voulue inquiétant — et je suis content que cette affirmation vous ait inquiété —, qu’au fond le philosophe prend une responsabilité énorme lorsqu’il dit : Je vais construire un discours universel capable de juger tous les autres discours et, par conséquent, toutes les conduites — un discours qui rend sage. Je vais déterminer qui est fou et qui est criminel. C’est à la fois une position excessive et une responsabilité exorbitante.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 42.
Platon, de « l’idée de la majorité » à celle de « l’universalité », puis de « l’idée de compétence » à celle de « la technique du dialogue », « prétend pouvoir instituer une manière de compétence universelle, qui serait la compétence de la raison ».
À mon humble avis, pour autant que la raison soit elle-même universelle, c’est-à-dire présente en tout homme, il m’apparaît possible d’en déduire la capacité d’une compétence universelle, soit que tout homme peut acquérir s’il la développe. La raison doit donc être douée de compétences et ces dernières ne tombent pas du ciel comme par hasard.
Aussi, dans ce contexte, il légitime de se demander si j’ai toutes les compétences requises pour me donner raison.
LA COMPÉTENCE PHILOSOPHIQUE
Publications de Gilbert Boss
Apparemment, ce n’est plus d’hommes savants, ou performants ou habiles, que notre société a besoin, mais de personnes compétentes. Étant donné que, comme le savoir, la compétence n’est pas innée, elle doit être acquise par une formation adéquate. Certes, il arrive que l’expérience contribue au développement des compétences ; toutefois, pour l’essentiel, il exige une éducation, qui chez nous se donne principalement dans les écoles. Celles-ci sont donc poussées à viser dorénavant, au lieu de l’enseignement des savoirs, la formation des compétences. Or ce changement n’a pas lieu sans résistances de la part des enseignants, dont beaucoup tiennent à leur fonction traditionnelle et demeurent viscéralement attachés à la transmission des savoirs. On peut d’ailleurs comprendre leur sentiment que le savoir est plus noble, lié à la culture de l’esprit pour lui-même, tandis que la compétence place l’usage de nos facultés dans la dépendance d’objectifs étrangers à cette pure culture, le plus souvent d’ordre économique. Mais en quoi consiste la différence entre l’apprentissage des savoirs et celui des compétences ?
La philosophie emprunte à la compétence cette idée que le discours va devenir l’instrument de la transparence et de la vérité, par la vertu dialectique du logos — je vous cite. Cette dialecticité est-elle une invention de Socrate ou de Platon ? Dans les Dialogues de Platon, c’est Socrate que le dit, mais c’est Platon qui écrit les Dialogues.
François Châtelet
Je dirais que Platon formalise cette idée. Il invente d’ailleurs, à ma connaissance, l’adjectif dialektikos. Jusqu’alors il n’y avait que le verbe dialekestaï, « discuter dans un dialogue ». En inventant l’adjectif, il lui confère une contenu technique. Mais je pense que cela correspond à l’enseignement essentiellement pratique de Socrate. Plus généralement, c’est la cité qui invente la dialectique, cette cité démocratique qui parle, qui discute qui s’interroge, qui échange des idées. Je crois, en fin de compte, que les grands penseurs ne font que formaliser ce que les peuples inventent.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 1 – L’invention de la raison, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 43.
P.S.: Le soulignement est de nous et remplace les passages en italique dans le texte original.
Chapitre 2 – La raison et la réalité
Le philosophe François Châtelet s’arrête à « l’invention de l’hypothèse des Idées par Platon ».
François Châtelet
Pour que les choses soient claires, il est nécessaire de rappeler dans quelles condition Platon a été amené à construire cette hypothèse. Il constate que les hommes sont malheureux. Ils sont malheureux parce qu’ils souffrent, par qu’ils commettent l’injustice et qu’ils la subissent. Il constate aussi — il croit constater — qu’aucun des remèdes proposés empiriquement ne permet de dépasser cette situation. Alors, il décide, lui, d’inventer le remède par excellence. Ce sera le discours universel. Entendons par là un ensemble d’énoncés cohérent, bien composé, légitimé à chaque étape de son développement, tel que tout individu de bonne foi soit obligé, par la rectitude de ce discours, de s’y soumettre. Ce discours vise à répondre aux grandes comme aux petites que les hommes se posent. (…)
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp. 45-46.
À la question « Alors, en quoi consiste l’hypothèse des Idées ? », le philosophe François Châtelet répond :
François Châtelet
En ceci : qu’il existe quelque part, dans un autre monde — qui n’est pas ce monde-ci, qui ne se donne pas à la sensibilité, c’est-à-dire à la perception, visuelle, auditive ou olfactive —, des triangles qui possèdent une réalité. À première vue, l’hypothèse paraît aberrante. Platon soutient pourtant avec beaucoup de fermeté que, si l’on ne fait pas l’hypothèse que cet autre monde existe, alors il faut se résoudre au malheur. Il faut accepter de commettre l’injustice ou de la subir, il faut accepter la finitude de l’homme, la mort en particulier. La pensée philosophique s’élabore, en quelque sorte, à partir de ce pari.
(…)
Il propose avec l’hypothèse des Idées, que ce discours qui a recueilli l’adhésion de tout un chacun soit étayé, ponctué, affirmé par la reconnaissance du fait qu’il y a une autre réalité que cette réalité apparente. Le monde des Idées, réalité essentielle, demeure immuable alors que les apparences ne cessent de changer, en proie au devenir – nous dirons maintenant : au flux de la temporalité. Les mondes des Idées, par essence, est stable et transparent. Au triangle en image, dessiné sur le sable, au triangle convenu pour amorcer une discussion doit correspondre, en fin de compte, un triangle essentiel, toujours le même, véritable objet de ce discours universel. Cette hypothèse à été contrebattue, vivement, par des philosophes, Nietzsche, par exemple, sera très sévère et appellera les partisans des Idées les « hallucinés de l’arrière-monde ». Donc, je ne dis pas que toute philosophie est platonicienne. je dis que le point de départ de toute philosophie est la reconnaissance de la nécessité de ce détour par ce monde stable, construit antithétiquement du monde des apparence. Les monde des apparences est confus, le monde des Idées est transparent. Dans le monde des apparences, les diverses séquences se chevauchent, de telle sorte que l’on ne sait mais où l’on en est. La monde des Idées est, comme le monde mathématique, constitué d’essences qui entretiennent l’une avec les autres des rapports clairs. Descartes développera par la suite l’idée de la clarté et de l’intelligibilité intégrale de cet univers du philosophe.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp. 48-51.
Qu’un homme, Platon, au Ve siècle avant notre ère, émette une telle hypothèse pour en appeler à l’universalité comme remède aux malheurs des hommes étonne et émerveille. Comme on dit, « il fallait y penser ». Il nous faut chercher dans le concept, dans l’idée même de chose existante, un appui stable, au-delà de son apparence.
François Châtelet
(…) Il faut supposer que l’homme possède, en même temps qu’un corps plongé dans les apparences, un esprit capable, à travers la construction du discours, de saisir des Idées, ou essences. Ainsi, on comprend pourquoi la philosophie se fait pédagogie. « Pédagogie », étymologiquement, c’est le chemin qu’on offre aux enfants, la route qu’on leur désigne en les prenant par la main pour les conduire de l’ignorance jusqu’à la connaissance. La philosophie est pédagogique dans la mesure où elle considère les hommes restés rivés aux apparences, que ne croient qu’à ce qu’ils perçoivent avec leurs sens, comme des enfants. Elle s’assigne de les délivrer de ces passions qui les condamnent à l’injustice et au malheur. Le philosophe va alors proposer un cours des études, un cursus studiorum, pour permettre à ces hommes enfants de devenir enfin des hommes adultes, sachant enfin ce qu’il en est de l’être.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 53.
P.S.: Le soulignement est de nous et remplace les passages en italique dans le texte original.
Cette question des « hommes restés rivés aux apparences, que ne croient qu’à ce qu’ils perçoivent avec leurs sens, comme des enfants » demeure d’une étonnante actualité aujourd’hui comme hier et probablement dans le futur. Pénétrer dans l’être n’est donc pas une chose innée et naturelle pour l’homme.
François Châtelet
(…) Avant d’en venir à Aristote, je voudrais encore définir un autre terme qui fait peur ou suscite l’hilarité de ceux qui se moquent de la philosophie. C’est le mot « être ». On se moque volontiers de la formule : « La philosophie, c’est la science de l’être en tant qu’être. » On dit : Qu’est-ce que ce charabia ? En fait, c’est très simple. L’être — cela apparaît très clairement dans la pensée grecque originaire —est ce sur quoi on peut s’appuyer pour essayer de vivre comme il convient à un homme digne de ce nom. L’être, c’est, comme on dirait maintenant, ce qui est fiable, ce qui nous donne des indications pour acquérir le savoir indispensable afin de se conduire selon la justice, dans l’intérêt général, toutes règles qui apportent une satisfaction durable. Ce n’est donc pas un mot mystérieux. C’est ce qui existe vraiment, ce qui soutient les apparences qui flottent au-dessus. L’erreur commune consiste à ne pas réfléchir suffisamment à ce sur quoi on peut sérieusement s’appuyer.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 58.
Le triangle dessiné sur le sable possède des apparences mais son « être triangle » relève du monde universel des Idées. C’est parce que j’ai en mon esprit la mémoire de l’être d’un triangle que je peux en reconnaître un dans ses apparences perceptibles par mes sens, c’est-à-dire reconnaissable dans le monde sensible. Toute chose « est » avant d’apparaître à nos sens. Si les apparences varient d’un triangle à l’autre (triangle isocèle, triangle équilatéral, triangle scalène, triangle obtusangle ou ambligone, triangle rectangle, Triangle acutangle ou oxygone), l’être, lui, demeure le même; il est stable.
François Châtelet
Pour expliquer l’apport essentiel d’Aristote, le mieux est encore de se référer au couple essence/apparence. Chez Platon, il y a une coupure absolue entre l’arrière-monde seulement sensible à l’esprit de celui-ci, dans lequel nous vivons. C’est cette rupture qui rend nécessaire une éducation longue et violente, permettant seule de passer de l’un à l’autre. Aristote pense que ce n’est pas ainsi qu’il faut présenter les choses si l’on veut que la philosophie soit active. Je n’entre pas dans le détail de la vision du monde qu’Aristote développe : sa cosmologie, sa théorie des quatre causes, sa métaphysique et sa logique. Tel n’est pas mon propos ici, où je me limite à la définition du discours philosophique. Je m’en tiens donc au rapport entre l’essence et l’apparence. Le philosophe aristotélicien part de cette idée qu’il faut prendre l’apprenti philosophe comme il est, dans le monde sensible auquel il croit, qui développe à son propos des opinions et construit ses certitudes à partir de ses expériences. Il n’est nullement question, au départ, de lui montrer qu’il se trompe nécessairement. Ainsi, on commence en lui faisant confiance. C’est ce qu’on a appelé l’«empirisme aristotélicien ». L’empirisme est la doctrine selon laquelle la connaissance commence obligatoirement par l’expérience. À cet égard, Aristote est d’accord avec la pensée populaire : pour apprendre, il faut expérimenter. Mais c’est à ce niveau qu’intervient le jeu aristotélicien. On va demander à celui qui, ayant fait des expériences, les formule dans un certain discours et construit à leur propos conceptions ou théories, de cherche à savoir exactement ce qu’il veut dire. Aristote ne procède pas comme Socrate, qui se livre à une critique féroce ; il insiste simplement que celui qui parler de manière univoque, pour que son discours ne soit pas double, comme il arrive couramment. En particulier, Aristote demande à celui qui intervient dans une discussion, politique, technique ou autre, de se conformer à une règle très simple : lorsqu’au début d’une démonstration on a donné un sens à un mot, il faut lui conserver ce sens jusqu’à la fin de la démonstration. Puis Aristote complique sa tâche : il montre que, puisque le discours courant est ambigu, il faut se conformer, pour être clair et convaincant, à des formes normales du discours. Toute cette partie de la pensée d’Aristote est comprise dans un certains nombre de traités, qu’on appelle les Topiques, le topos étant le lieu commun à partir de quoi on peut trouver des formulations convaincantes.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp. 58-59.
P.S.: Le caractère gras est de nous.
Aristote s’oppose à Socrate dans ses relations interpersonnelles. Alors que l’approche de Socrate bouscule son interlocuteur, le bombarde de question et le pousse dans ses derniers retranchements, Aristote fait preuve d’un grand respect de la personne, comme quoi le philosophe consultant se doit d’être psychologue avec son client.
François Châtelet : « Le philosophe aristotélicien part de cette idée qu’il faut prendre l’apprenti philosophe comme il est, dans le monde sensible auquel il croit, qui développe à son propos des opinions et construit ses certitudes à partir de ses expériences. Il n’est nullement question, au départ, de lui montrer qu’il se trompe nécessairement. Ainsi, on commence en lui faisant confiance. »
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 58.
Le philosophe consultant éprouvant un sentiment de supériorité face à ses clients prendra ces derniers de haut et lui manquera de respect. Le philosophe consultant doit être pédagogue à l’instar de Socrate.
Ensuite, il (Socrate) montre que si le discours ainsi formaté est convaincant, alors il doit corresponde à l’expérience de l’autre. L’adhésion est non seulement le signe que le discours est bien construit, mais c’est aussi le preuve que celui qui le reçoit s’en trouve convaincu et voit les choses comme l’émetteur du discours. Aristote en infère donc — toujours avec des raisonnements que nous appellerions aujourd’hui des raisonnements de bon sens — que cet accord qui s’établit autour d’un discours bien réglé correspond à un accord concernant la chose dont on parle et non pas l’Idée, l’essence, de l’arrières-monde. Il s’agit bien pour lui de la chose que nous avons actuellement sous les yeux, à laquelle chacun peut de référer, la chose que l’on peut désigner du doigt. Alors que Platon proposait ce programme fou de montrer ce qui, par définition, ne peut pas apparaître, Aristote met la philosophie à la portée de tous les citoyens puisque chacun peut juger de la validité de ce discours en se référant à son expérience coutumière.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp. 59-60.
Cette approche d’Aristote change profondément « l’essence ».
Émile Noël
Alors l’essence devient autre chose. Ce n’est plus cette réalité transparente qui se trouve ailleurs. On la trouve dans la chose elle-même. Elle est le noyau commun que chacun peut repérer pourvu qu’il sache exprimer son expérience selon les formes normales d’un discours bien réglé, bien construit.
François Châtelet
La philosophie médiévale, qui a beaucoup réfléchi sur ces questions, avait coutume d’opposer la philosophie de Platon et celle d’Aristote de la manière suivante :
Pour Platon, le cheval que je vois est un cheval purement apparent ; le vrai existe dans le monde des Idées. L’Idée du cheval est seulement sensible à l’œil de l’âme et ce cheval que je vois se contente de l’imiter maladroitement.
Pour Aristote, l’essence du cheval se trouve dans chacun des chevaux sensibles ; chaque cheval que je peux possède en lui l’essence de ce que j’appellerai la « cabaléité », ou essence de la « chevalité ».
Bref, Aristote fait cette opération qui va devenir celle du travail philosophique : introduire une constante circulation entre l’essence et l’apparence. L’essence n’est pas une réalité au-delà, l’essence est essence de l’apparence comme l’apparence est apparence de l’essence. Essayons de faire comprendre les choses encore un peu mieux. Pour désigner le mot « essence », Aristote se sert de deux mots : le mot tiesti, qui veut dire « ce que c’est », et un mot un peu plus compliqué, mais très joli — je ne résiste pas au plaisir de l’analyser —, le tau ti en ênai , expression mystérieuse que l’on a au Moyen Age traduite pas Quid dite – mais ne sombrons pas leurs complications. Tau ti ênai veut dire : « ce qu’une chose à l’habitude d’être ». L’essence est donc, dans une réalité sensible quelconque, ce qui est permanent, ce qui ne change pas, ce qui subsiste quels que soient les accidents. Ainsi de l’homme : il y en a des grands et des petits, des gros et des maigres, qui s’appellent Socrate ou Calias, courent vite ou lentement, sont riches ou pauvres… Je peux multiplier les accidents, cela restera l’homme. Mais je ne pourrai jamais dire que l’essence de l’homme est d’être petit ou riche, non plus que c’est d’avoir deux jambes, parce que les oiseaux aussi ont deux jambes. Sans faire une preuve exhaustive de ce que pourrait être l’homme, constatons que, en toute certitude, il n’y a que lui qui prononce des phrases, des séquences de phrases qui aient une signification. C’est l’être qui parle, qui parle pour dire quelque chose. Certes, les animaux crient, les animaux signalent, mais ils ne parlent pas, ils n’ont pas échanges symboliques. Et Aristote dit : l’essence de l’homme est de posséder la parole signifiante, ce que nous avons rencontré sous le terme de logos, ce noyau signifiant. Les médiévaux traduiront cela par : l’homme est un animal raisonnable.
CHÂTELET, François, Une histoire de la raison, Chapitre 2 – La raison et la réalité, Coll. Points – Sciences, Éditions du Seuil, Paris, 1992, pp. 60-61.
P.S.: Le soulignement est de nous et remplace les passages en italique dans le texte original.
Je pourrais ici poursuivre avec vous mon rapport de lecture en citant encore et encore le livre Une histoire de la raison du philosophe François Châtelet tant j’en ai souligné des passages et des pages. Mais je vous laisse découvrir tous les chapitres sur Radio France – France Culture accessibles gratuitement. Le livre Une histoire de la raison est une transcription de cette série d’émission.
J’ai compris à la lecture de ce livre que la philosophie, en fin de compte, nous offre des idées et des hypothèses dont l’entendement dans leur contexte respectif construit les pensées et les actes des hommes et ainsi leur vision du monde (idéal) dans lequel ils cherchent la vie bonne. Une histoire de la raison, c’est une histoire des différentes prises de conscience de l’Homme à travers les âges, comme un curriculum vitae de la philosophie.
Personnellement, je préfère observer les différents philosophies que de prendre partie pour l’une ou pour l’autre. Il s’agit à la fois d’une observation contemplative et active, contemplative parce qu’ouverte à des étonnements, active parce qu’ouverte à des prises de conscience. Je donne à ma raison toute la liberté qu’elle demande pour me guider. Je n’ai donc pas besoin d’avoir raison mais plutôt de découvrir et de comprendre. J’aime quand la philosophie m’étonne et me pousse à des prises de recul car c’est en ces occasions que je vois et que je comprends mieux.
« La raison n’a pas atteint l’âge de raison. L’atteindra-t-elle jamais ? Cela dépend de l’homme et de lui seul » conclut le philosophe François Châtelet dans Une histoire de la raison.
J’accorde 5 étoiles sur 5 au livre UNE HISTOIRE DE LA RAISON paru en 1992 sous la plume du philosophe FRANÇOIS CHÂTELET.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.