Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

dossier-philotherapie-bandeau-750

DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide


Article # 43

SOPHIE GEOFFRION

Éloge de la pratique philosophique

Éditions Uppr

96 pages

ISBN : 978-2-37168-252-8

© Uppr 2018

Uppr est une maison d’édition basée à Toulouse et spécialisée dans les livres d’experts au format court.

c.sophie-geoffrion1a

c.sophie-geoffrion-1b-1280


Quatrième de couverture

Souvent, la philosophie est perçue comme une activité purement cérébrale, sans lien réel avec la vie. Pur jeu conceptuel, échafaudage peut-être génial, mais vain, d’idées abstraites, technique intellectuelle au service d’une névrose de domination… Que n’a-t-on pas dit de la philosophie ? Sans doute l’histoire de la pensée nous donne-t-elle quelques exemples qui confirment ces idées reçues. Pourtant, les premiers philosophes, déjà, mettaient en garde contre la fascination de l’abstrait et l’utilisation stérile du langage. Or, dans cet ouvrage nous est proposé un retour aux sources – ou plutôt à la source : celle, bouleversante, de la prise de conscience du mystère de l’existence, d’où éclot l’étonnement philosophique. Par là, Sophie Geoffrion nous initie à l’aventure philosophique. Elle nous rappelle que la pensée n’est pas la négation de l’action et que la philosophie est avant tout une pratique, un mouvement qui s’enracine dans le mouvement même de la vie. Loin d’être une fuite dans l’abstraction ou une complaisance vis-à-vis de la complication, elle est plutôt accueil de l’énigme, retour à soi, ouverture à l’autre, effort de simplicité. Bref, cet éloge de la pratique philosophique est aussi l’éloge d’une façon de vivre intensément sa vie.

Sophie Geoffrion est philosophe praticienne. Elle défend l’idée que la philosophie est l’école de la sagesse et du jugement rationnel, qu’elle ne concerne pas que les érudits, mais bien chaque personne soucieuse de sa vie intérieure : la pratique philosophique fortifie la réflexion et permet de faire faire face aux traversées existentielles

Elle co-réalise et préside le prix de philosophie jeunesse dans le cadre du festival Philosophia 2018 dont elle est membre du comité scientifique.

Source : Éditions Uppr.


Table des matières

tm.sophie-geoffrion-1b-1280


Site web de Sophie Geoffrion

https://www.sophiegeoffrion.com/

Cliquez sur la capture d’écran de la page d’accueil pour accéder au site web de Sophie Geoffrion

web-sophie-geoffrion-001

La causerie philosophique, c’est quoi ?

Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA

La philosophe praticienne Sophie Geoffrion propose de s’interroger et de dialoguer ensemble sur l’art à partir de reproductions d’œuvres du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA. La causerie s’oriente plus spécifiquement sur la question du savoir : doit-on avoir des connaissances pour apprécier une œuvre d’art ?

Source : YouTube et https://www.sophiegeoffrion.com/home.html


Revue de presse

ARTICLE LE PARISIEN Week-End, FEVRIER 2019 :

Extrait : « Exercer le sens critique – chers apprentis philosophes, me revoilà pour le prix Philosophia jeunesse, qui va faire de vous des lecteurs, des philosophes et les membres d’un jury. »

Télécharger l’article

FRANCE CULTURE, LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE, 15 MARS 2019, SOPHIE GEOFFRION EST L’INVITEE D’ADELE VAN REETH  https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/la-philo-se-vend-elle-bien

Interview Sophie Geoffrion.Février 2019 La pause Philo

http://lapausephilo.fr/2019/02/21/sophie-geoffrion-philosophie/

Nouvelles Pratiques Philosophiques -CONFERENCE / Philosophies TV- Théâtre & Philo avec les Enfants –
cliquez ici pour découvrir l’intervention filmée lors du festival Philosophia 2017

SAISON 2017/18. LES ATELIERS DU CABINET DE PHILO.
Retrouvez le programme sur le blog

ITW du 30 septembre 2017  Radio France Gironde. Qu’est-ce que la pratique philsophique ?

Découvrez en vidéo la résidence Philo’ En Scène 2017, Avec pour thème « Un Monde Meilleur » : une performance philosophique et théâtrale réalisée en 5 jours, pour permettre aux jeunes de devenir acteurs de leur pensée !

Expressions et performances philosophiques  et théâtrales.
Cliquez ici pour voir la vidéo

Le teaser de la conférence « Peut-on Penser la Musique ? » est en ligne :
https://vimeo.com/150964818
Une expérience musicale et philosophique orchestrée par Sophie Geoffrion & Arnaud Juan, à découvrir dès maintenant !

Conférence philosophique et musicale.
Découvrez toute l’actualité de Sophie Geoffrion et de Philoland sur son tout nouveau blog « Rendez-vous Philo » : http://rendezvousphilo.com

Retrouvez la bande annonce de notre dernier spectacle philosophique (création 2015) en suivant ce lien :
https://vimeo.com/142501286

Source : https://www.sophiegeoffrion.com/home.html


Sophie Geoffrion a ouvert un cabinet philosophique à Bordeaux afin de répondre à une demande croissante et individuelle : la philosophie comme art de vivre dans notre quotidien.
Le cabinet de philosophie propose une consultation avec un philosophe praticien pour échanger des idées, débattre d’une question existentielle ou d’actualité.

La consultation philosophique vous permet de donner du sens, d’interroger l’existence, et de s’approprier sa propre pensée.


Mon rapport de lecture du livre

Éloge de la pratique philosophique

de Sophie Geoffrion

aux Éditions Uppr

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

La philosophie, c’est pour nous tous, et non pas uniquement les érudits, nous dit madame Geoffrion :

Ainsi, le philosophie est une pratique et un entraînement quotidiens, mais aussi permanents. Elle est une éducation qui vise à renforcer et atteindre la maîtrise de soi. Néanmoins, parce qu’elle reste une discipline érudite, nombre de septiques la considèrent, à tort, comme éloignée des préoccupations de tout un chacun.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 19.

Elle donne à la pratique philosophique un premier but :

(…) Son premier travail est de se libérer de l’opinion.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 24.

Ainsi, il revient non seulement au client de se libérer de ses opinions mais également et en tout premier lieu, à la pratique philosophique elle-même de se libérer de l’opinion. Ayant moi-même observé que l’opinion règne en roi et maître en notre société, madame Geoffrion ne pourrait pas me rejoindre davantage en revenant sur le sujet en traitant du bon sens.

Les hommes naissent avec la capacité de penser. Comme nous l’avons vu, l’expérience du ciel étoilé, fait naître un désir de compréhension, inépuisable, insondable. L’homme a le goût du mystère et la soif de l’énigme. Le désir de comprendre est un moteur. Si le sens commun nous permet de retrouver en nous notre part philosophique, il est un piège que les philosophes savent éviter. Levant les paradoxes, ils ne cessent de combattre l’opinion. Là où le bon sens met tout le monde d’accord, la philosophie réfute, entaille, désosse par une mécanique intellectuelle tous les recoins d’un problème. (…)

Si le bon sens suffisait, il y a bien longtemps que la philosophie aurait disparu et que l’on ne prêterait aucune audience aux philosophes.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, pp. 25-26.

J’insiste : Les philosophes, « ils ne cessent de combattre l’opinion ».

La doxa est l’opinion commune, l’écume d’une vague sociale. Elle est variable, changeant, polémique, que nous portons sans discernement. (…)

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 26.

Philosopher consiste à s’extraire de l’opinion, emprunter le chemin de la vérité pour essayer de comprendre la cause première et déjouer les erreurs ambiantes véhiculées par le sens commun. (…)

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 27.

Madame Geoffrion aborde de nombreux autres sujets (voir la Table des matières ci-dessus). J’ai surligné de nombreux autres passages mais permettez-moi de ne pas abuser. Il faut lire ce livre.

Notez qu’il est disponible en format numérique et papier sur le site web de l’éditeur.

J’accorde à livre et son auteure quatre étoiles sur cinq.

* * * *


dossier-philotherapie-bandeau-750

Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

ff

f

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

dossier-philotherapie-bandeau-750

DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide


Article # 42

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

damasion-erreur-descartes-c2-1280


Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


Vidéos


Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


dossier-philotherapie-bandeau-750

DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide


Article # 41

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

damasion-erreur-descartes-c2-1280


Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


Vidéos


Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule la raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


Antonio R. Damasio introduit les explications ci-dessus en questionnant le fameux « Je pense, donc je suis » de René Descartes. Il soutient que son cette célèbre phrase devrait plutôt être « Je suis, donc je pense » pour respecter les découvertes scientifiques des neurosciences.

Quelle a donc été l’erreur de Descartes ? Ou mieux encore, quelle erreur de Descartes ai-je l’intention de relever, sans ménagement et avec ingratitude ? On pourrait commencer par lui reprocher d’avoir poussé les biologistes à adopter − et ceci est encore vrai à notre époque − les mécanismes d’horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le « Je pense, donc je suis ». Cette formule, peut-être la plus célèbre de l’histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du Discours de la Méthode (1637)’ et en latin (« Cogito, ergo sum »), dans les Principes de philosophie
(1644) 3. Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que Penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante » (res cogitans), et du corps non pensant, qui est caractérisé par une « étendue », et des organes mécaniques (res extensa).

Cependant, bien longtemps avant l’aube de l’humanité, des organismes ont existé. À un certain moment de l’évolution, une conscience élémentaire est apparue, correspondant à un fonctionnement mental simple. Lorsque ce dernier est devenu plus complexe, la possibilité de penser s’est instaurée, et même ultérieurement, celle d’utiliser un langage pour communiquer et mieux penser. Donc, à mes yeux, le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est d’ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et seulement plus tard, nous pensons. Nous sommes, et ensuite nous pensons, et nous ne pensons que dans la mesure où nous sommes, puisque la pensée découle, en fait, de la structure et du fonctionnement de l’organisme.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 334-335.

Antonio R. Damasio a fait ses découvertes en constatant la difficulté à prendre des décisions et l’adoption de comportements sociaux anormaux chez des patients ayant certaines lésions au cerveau, notamment le cortex préfrontal ventro-médian, affectant la réception et l’interprétation des émotions. Autrement dit, privés de la contribution de leurs émotions, les patients ne parviennent plus à prendre des décisions et à se comporter en société de façon normale.

Se référant aux travaux de Antonio R. Damasio, Daniel Golemen écrit dans on livre « L’intelligence émotionnelle » :

Considérons aussi le rôle joué par les émotions, même lorsque nous prenons les décisions les plus « rationnelles ». Dans des travaux très importants pour la compréhension de la vie mentale, Antonio Damasio, neurologue à la faculté de médecine de l’université de l’Iowa, a étudié comment est affecté le comportement des patients dont le circuit lobe préfiontal-amygdale a été endommagé lg. Leurs décisions sont gravement faussées, et pourtant ni leur QI ni aucune de leurs capacités cognitives ne semblent diminués. Bien que leur intelligence soit restée intacte, ils effectuent des choix désastreux dans leur vie professionnelle et privée, et il leur arrive même de tergiverser sans fin avant de prendre une décision aussi simple que le choix de l’heure d’un rendez-vous.

Selon Damasio, si leurs décisions sont aussi erronées, c’est parce qu’ils n’ont plus accès à leurs connaissances émotionnelles. Au point de rencontre entre la pensée et les émotions, le circuit lobe préfrontal-amygdale constitue un passage essentiel vers le réservoir des goûts et dégoûts que nous avons accumulés au cours de notre vie. Coupé de la mémoire affective emmagasinée dans l’amygdale, ce que le néocortex analyse ne parvient plus à déclencher les réactions émotionnelles qui y étaient associées : tout se teinte d’une morne neutralité. Un stimulus, qu’il s’agisse d’un animal adoré ou d’une personne détestée, ne suscite plus ni attirance ni aversion. Ces patients ont « oublié » ces connaissances émotionnelles parce qu’ils ont perdu la clé de leur entrepôt, situé dans l’amygdale.

Des faits de ce genre ont conduit Damasio à considérer que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sentiments sont indispensables aux décisions rationnelles ; ils nous orientent dans la bonne direction, celle où la logique pure peut être utilisée au mieux. Au cours de l’existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (quelle formule d’épargne retraite choisir? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d’ordre émotionnel (le souvenir d’un mauvais investissement ou d’une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d’autres. C’est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 47-48.

La principale leçon que l’on peut retirer de toute cette histoire est que les sentiments jouent un rôle décisif dans le flot incessant de nos décisions personnelles. Si la violence des sentiments peut s’avérer catastrophique pour le raisonnement, leur méconnaissance
peut être tout aussi désastreuse, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions dont peut dépendre notre avenir – quel métier choisir ? doit-on quitter un emploi sûr pour un autre moins stable mais plus intéressant? quel homme ou quelle femme fréquenter ou épouser ? dans quelle région s’établir ? quel appartement ou maison louer ou acheter? et ainsi de suite, notre vie durant. La raison seule ne peut fonder ces décisions ; elles exigent que l’on sente les choses « dans les tripes » et que l’on mette à profit cette sagesse des sentiments accumulée au fil des expériences passées. La logique formelle ne vous permettra jamais de choisir votre conjoint ou votre métier, ni de déterminer si vous pouvez faire confiance à quelqu’un. Il est des domaines où la raison est aveugle sans les sentiments.

Les signes intuitifs qui nous guident en ces moments décisifs sont des impressions viscérales d’origine limbique, ce que Damasio nomme des « marqueurs somatiques », des sentiments instinctifs. Un marqueur somatique est une sorte d’alarme automatique
dont le rôle est d’attirer l’attention sur le danger potentiel présenté par telle ou telle ligne d’action. Le plus souvent, ces marqueurs nous détournent d’un certain choix contre lequel notre expérience nous met en garde, mais il arrive aussi qu’ils nous signalent une occasion à ne pas manquer. Dans ces moments-là, nous ne nous rappelons généralement pas des expériences particulières à l’origine de notre sentiment négatif, seul importe  l’avertissement qui nous est donné. Chaque fois qu’apparaît un tel sentiment instinctif, nous avons la possibilité de nous décider avec plus de confiance, et donc de réduire l’éventail de nos choix. En bref, pour rendre plus saines nos décisions personnelles, il faut être en accord avec nos propres sentiments.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 75.

Des travaux de Antonio R. Damasio et d’autres chercheurs est venu le concept de l’intelligence émotionnelle. On a l’habitude de mesurer en établissant son quotient intellectuel. Or, l’intelligence d’une personne n’est efficiente que si elle profite aussi d’une intelligence émotionnelle. Nous connaissons tous des personnes très intelligentes qui nous paraissent cependant souffrir d’une mauvaise gestion de leurs émotions tant sur le plan personnel qu’interpersonnel affectant leurs comportements.


Permettez-moi de vous mettre en garde contre les nombreuses contrefaçons et exploitations erronées du concept d’intelligence émotionnelle. Référez-vous au concept original popularisé par Daniel Goleman.


Imaginez-vous maintenant dans une consultation philosophique avec un philosophe praticien qui réprime la moindre émotion que vous avez et qui, en place et lieu de vous permettre de les exprimer, vous presse de répondre à ses questions. Je l’ai vécu et j’ai trouvé la méthode de ce philosophe praticien (dialogue socratique – maïeutique) très bizarre.

Si la consultation philosophique est un dialogue d’égal à égal entre le philosophe praticien et son client, l’échange ne peut pas être purement rationnel car la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions. Soit les philosophes praticiens adeptes de la méthode socratique ne sont pas bien au fait des travaux en neuroscience, soit ils souffrent eux-mêmes inconsciemment d’une carence en intelligence émotionnelle. La philosophie évolue souvent  dans une bulle qui la prive des bénéfices de l’interdisciplinarité, dans le cas présent, des neurosciences.


La lecture de « L’erreur de Descartes » de Antonio R. Damasio exige un effort de concentration en raison de son caractère scientifique. Monsieur Damasio offre une véritable leçon d’anatomie du cerveau et de son fonctionnement. Ce livre est écrit en spirale. Monsieur Damasio prend soin de nous introduire à un sujet pour ensuite revenir sur ce dernier en élargissant progressivement son propos, ce qui, avec la concentration utile, est profitable aux lecteurs. Malgré tout, ce livre ne se lit pas comme un roman.


Je recommande la lecture de ce livre et je lui accorde quatre étoiles sur cinq.


dossier-philotherapie-bandeau-750

Liste des articles du dossier par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/ Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

couverture-copie

Durées de lecture

Lecture: 48 min
Lecture orale: 75 min

Téléchargement

Télécharger l’article en format PDF

Résumé

 Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Mots-clés : philothérapie, philosophe praticien, philosophe consultant, philothérapeute, consultation philosophique, philosophie populaire, nouvelles pratiques philosophiques

Entrée en matière

En librairie, la philothérapie se classe dans les rayons fourre-tout du développement personnel. La composition de ce mot-valise (philosophie+thérapie) s’inscrit dans une volonté de concurrencer la psychothérapie sur son terrain commercial. Déjà en tête de liste dans le secteur des services d’aide à la personne et des publications populaires, la psychothérapie a livré d’emblée une chaude lutte à la philothérapie l’accusant de se qualifier à tort de thérapeutique, au sens médical du terme. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le mot « philothérapie » a disparu des catalogues des éditeurs au profit de « consultation philosophique ». Cependant, la majorité des philosophes consultants s’attardent encore et toujours à distinguer leurs services de ceux de la psychothérapie dans leurs ouvrages, conséquence directe des dommages d’une mise en marché sous un nom contesté. Ainsi, le volet médiatique demeure incontournable pour dresser un état des lieux de la philothérapie.

PLAN

Résumé. 1

Mots-clés. 1

Entrée en matière. 1

PLAN.. 2

  1. Premier contact avec la population. 3
  2. Bref historique. 6
  3. Opportunité d’affaire et de carrière. 7

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent. 7

3.2. L’offre de services. 7

3.2.1. La formation de philothérapeutes. 7

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise. 8

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique. 9

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident. 9

3.4. Professionnalisation et formation universitaire. 9

  1. Méthodes. 10

4.1. Le dialogue socratique dogmatique. 10

4.2. Le dialogue philosophique. 12

4.2.1. Critique de Socrate. 13

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible. 13

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique. 15

4.5. Les références aux grands philosophes. 18

  1. Les deux objectifs de la philothérapie. 19
  2. La lumière entre par les failles. 20
  3. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances. 20
  4. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie. 21
  5. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff 24
  6. La philosophie comme thérapie. 25
  7. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique. 27
  8. La question de la crédibilité du philosophe praticien. 29

12.1 Formation. 29

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre. 29

  1. Conclusion. 31

13.1 Le contexte. 31

13.2 Interdisciplinarité. 32

13.2.1 Répression des émotions. 33

13.2.2 Neurosciences. 33

13.2.3 Intelligence émotionnelle. 34

13.2.4 Épistémologie. 35

13.3 Constat final 35

Références. 37

NOTES. 39

1. Premier contact avec la population

La population européenne entre en contact avec la philothérapie grâce à la médiatisation de l’ouverture des premiers cabinets de consultation privée et la publication de livres. À l’époque cette couverture de presse s’avère bon enfant. La nouveauté du sujet retient et captive leur attention en raison de l’accessibilité de ses propos par la population, contrairement au discours universitaire plutôt hermétique de la philosophie. La presse parle même de démocratisation de la philosophie voire d’un retour aux sources en se référant à Socrate qui avait l’habitude de philosopher avec des gens interpellés dans les rues d’Athènes.


QUELQUES EXEMPLES DE LIVRES

  • Platon, pas Projac ! La philosophie comme remède, Lou Marinoff, 2000
  • La philosophie, c’est la vie, Lou Marinoff, 2003
  • La philothérapie, Éric Suárez, 2007
  • La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010
  • Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013
  • La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014
  • Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015
  • Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017
  • Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019
  • L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019
  • La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020

Là où les philosophes de profession trouvent déjà une place de commentateurs vedettes dans les médias, notamment en France, l’accueil de la philothérapie par la population semble bonne compte tenu des nombreux ouvrages qui paraîtront, de la multiplication des cabinets de consultation philosophique et de l’importance de la couverture de presse, d’abord locale, puis régionale et enfin nationale. Chaque philosophe consultant se fait connaître du grand public par l’écriture et la publication d’un livre où il expose théories et exemples concrets tirés de sa propre pratique. Ces publications s’ajoutent à plusieurs autres s’inscrivant déjà dans les efforts de démocratisation de la philosophie au profit du grand public.


QUELQUES ARTICLES DE PRESSE

Après le psy, la philothérapie? Le Temps, Valérie F., 10 janvier 2009.

Soucis, déprime, angoisse … comment la philo-thérapie peut-elle vous aider ? e-santé, Dr Catherine Solano, 26 août 2011.

Un philosophe en guise de psychothérapeute, Pascale Bieri, lematin.ch, 31 octobre 2013.

Philothérapie : le roman qui nous aide à guérir de la maladie d’amour, Le Journal des Femmes, 13 juin 2016

Le premier cabinet de philothérapie de la région est ouvert, La voix du nord (France), 27 mars 2018.

Quand la philo soigne, Émilie Lanez, Le Point (France), 1 septembre 2018.

« Mieux penser pour mieux vivre »: tout savoir sur la philothérapie, Le Vif weekend, 2018


En Amérique, le lancement de la consultation philosophique au sein de la population ne se réalise pas sous le vocable « philothérapie », mais plutôt sous l’appellation «Philosophical Practice » (pratique philosophique) et «Philosophical Counselling » (consultation philosophique). En 1999, un livre marquera les esprits en raison de son titre : Platon, pas Prozac ! dont l’auteur Lou Marinoff s’impose d’emblée comme le leader dans le domaine en Amérique. Cet ouvrage connaît un immense succès de librairie et compte aujourd’hui des traductions en 27 langues. Le premier contact avec la population nord-américaine s’inscrit également dans une comparaison voire une confrontation directe et assumée avec la psychologie à qui l’on reproche de ne pas tenir ses promesses.

Dans son mémoire d’étude de 2010, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Léa Maubon écrit :

«D’une mode à l’autre, la philosophie remplacerait alors la psychologie et la tendance New age. On rejoint ici le phénomène de la “philothérapie”, qui considère la philosophie comme une alternative à la psychologie pour répondre aux problèmes existentiels, aux angoisses, aux cas de conscience, etc. Ainsi, des ouvrages tels que Les consolations de la philosophie ou La philosophie comme remède au chômage, ou encore le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac ! de Lou Marinoff (figure de proue de la philothérapie aux États-Unis) correspondent exactement à ce type de conception de la philosophie. En plus de détourner les idées philosophiques, voire de les déformer aux seules fins du bien-être de l’individu, ces pratiques enferment la discipline dans une forme de complaisance et de consensualisme qui semble contradictoire avec la mission et la nature même de la philosophie. Le souci de soi, qui avait prévalu dans les sagesses antiques notamment, est aujourd’hui l’objet d’une récupération qui transforme la philosophie en une discipline foncièrement utilitariste tournée vers l’individu.»[1]

Ce virage utilitariste de la philosophie tournée vers l’individu ne cause pas de problème au sein de notre société puisque déjà fortement individualiste. En fait, les ouvrages de philothérapie arrivent à point nommé puisque la population demande des alternatives aux approches de développement personnel de plus en plus questionnées quant à leur pertinence.

Le premier contact de la population avec la philothérapie engendré par la publication d’ouvrages grand public depuis les années 2000 s’avère donc prometteur pour cette nouvelle discipline.

2. Bref historique

« Nouvelle discipline » pour le grand public, mais qui s’est mise en branle des années auparavant. Certains philosophes s’adonnent à des consultations philosophiques aussi tôt qu’en 1967.[2]

En 1995, Pierre Hadot, philosophe, historien et philologue français, introduit une idée centrale de la philothérapie en parlant de la « philosophie comme mode de vie » dans son livre « Quʼest-ce que la philosophie antique? ».[3] Si le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une seule question en objet de la consultation, l’objectif dépasse largement la réponse à trouver. Le bénéfice de la consultation philosophique, un esprit critique, doit s’inscrire dans le mode de vie du client.

En 1980, un article intitulé « The Counselling Philosopher » paraît dans le journal The Humanist sous la plume du philosophe consultant Seymon Hersh,[4] devenant ainsi l’un des premiers à décrire cette nouvelle occupation.

En 1982, le philosophe allemand Gerd Achenbach ouvre le tout premier cabinet privé de consultation philosophique à Bergisch-Gladbach, près de Cologne. L’événement marque la naissance officielle du conseil philosophique en cabinet « en tant que mouvement et en tant que profession distincte de la psychothérapie ».[5] L’année suivante, il fonde la German Association for Philosophical Practice qui compte alors 10 membres. Cinq ans plus tard, en 1987, l’association regroupe 125 membres de différents pays. Par exemple, un premier cabinet philosophique est créé en Hollande par le philosophe Ad Hoogendijk en 1987. L’année suivante, Association néerlandaise pour la pratique philosophique voit le jour. En France, le philosophe Marc Sautet fonde le premier « café philosophique » à Paris, une formule adoptée par d’autres villes françaises, européennes et ailleurs dans le monde.

En Amérique, les philosophes Elliot D. Cohen et Paul Sharkey fondent la National Philosophical Counselling Association (NPCA) en 1992 sous les auspices de l’American Philosophical Association (APA).[6] Les philosophes Lou Marinoff et Ran Lahav co-organisent la première conférence internationale sur le conseil philoso­phique à Vancouver au Canada.[7] Suit la création de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) en 1998.[8]

3. Opportunité d’affaire et de carrière

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent

Vu de l’extérieur, ce bref historique laisse entrevoir le développement commercial de la philothérapie. Tenir un cabinet, se doter d’un site web transactionnel, construire une offre de service, adopter une politique de satisfaction de la clientèle et un code d’éthique, se familiariser avec la comptabilité, notamment le seuil de rentabilité et la gestion des actifs, etc., bref, devenir travailleur indépendant, par opposition à fonctionnaire de l’État, salarié d’une institution d’enseignement ou de recherche. Or, la plupart des philothérapeutes ne disposent pas d’une formation aux affaires.

Eugénie Vegleris dans son livre « La consultation philosophie – L’art d’éclairer l’existence » écrit, parlant du philosophe consultant : « Son interlocuteur n’est plus un élève, un étudiant, un collègue, qui le sollicite pour mener une réflexion, mais un client. Ce nouveau statut juridique correspond à un changement de situation existentielle important ».[9]

Ainsi, la pratique de la consultation philosophique implique un aspect moral lié à son rapport à l’argent. « Mais pour rester philosophe, le consultant philosophe ne doit psychologiquement dépendre ni du désir de s’enrichir ni de l’angoisse de manquer. Or, notre rapport à l’argent exprime notre rapport à la vie. » ajoute Eugénie Vegleris.[10]

3.2. L’offre de services

3.2.1. La formation de philothérapeutes

Se retrouver sur la place du marché apporte son lot d’incertitudes; un jour débordé par la demande, un autre jour sans aucune demande. La réaction à cette incertitude dans le domaine de la philothérapie a été et demeure de garnir l’offre de nouveaux services, plus payants que la simple consultation philosophique individuelle.

La formation pour devenir consultant philosophe impliquant un programme de plusieurs séances fut la première extension de l’offre de services. En Europe, pour s’assurer de rejoindre la plus large clientèle possible, aucune qualification académique n’est exigée pour s’inscrire à une telle formation. En France, en l’absence d’une association professionnelle de philosophes consultants, aucun critère d’admission à la formation ne fut formalisé. Aux États-Unis, l’American Philosophical Practitioners Association limite l’accès à la formation de praticiens certifiés est limité « aux titulaires d’un M.A., ABD ou Ph.D. en Philosophie, ou Licensura dans les pays hispaniques. » De plus, les consultants professionnels peuvent accéder à la formation donnant droit au titre de membre affilié de APPA. [11]

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise

La seconde extension de l’offre de service ouvre le conseil philosophique à deux nouvelles sources de revenus, les entreprises et les institutions. La consultation philosophique s’adresse aux dirigeants et aux employés. Le consultant rencontre soit une seule personne, par exemple, un dirigeant, soit un groupe d’employés (ou de dirigeants).

Dans son livre « Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie », Jean-Eudes Arnoux écrit au sujet de la consultation en entreprise :

« Tout comme dans la consultation individuelle, les consultants-philosophes écoutent, posent des questions, ouvrent des perspectives, de nouvelles approches du problème. Mais à la différence d’un expert ou d’un conseiller, ils n’amènent pas une solution. Ils fournissent des outils conceptuels afin que le groupe trouve la solution au problème qui est vécu comme un facteur de blocage. »[12]

Parmi les institutions investies par les philosophes (consultant), l’hôpital attire davantage l’attention. Dans son livre « Un philosophe à l’hôpital » de Guillaume Durand, maître de conférences en philosophie à Nantes (France), écrit :

« J’avais oublié le réel. Les études de philosophie m’ont éloigné de ce que la plupart d’entre nous tiennent pour la réalité. Puis je me suis réveillé, la violence du monde s’est imposée à moi. / Tout a commencé lorsque j’ai rencontré un médecin qui m’a proposé de l’accompagner à la rencontre des patients et des soignants confrontés à des situations difficiles : demandes de contraception définitive par des jeunes d’une vingtaine d’années pour des raisons écologiques, refus de traitements vitaux, etc. Face à des situations délicates, il arrive que les soignants, les patients et leurs proches recherchent une aide dans la philosophie. Une réflexion appliquée, accessible et tournée vers l’action : une éthique clinique, « au chevet » du patient, qui consiste à déterminer pour chaque situation la voie la plus juste. »[13]

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique

Le philosophe (consultant) ajoute une autre source de revenus à la rémunération tirée de l’aide à l’élaboration de code d’éthique ou de déontologie pour les entreprises et les organismes sans but lucratif.

Le consultant en philosophie québécois Jean-Yves Dubé décline en ces mots son offre de service sur son site web :

«Vous aimeriez instaurer un code de déontologie pour votre organisme, votre compagnie ou votre groupe, ou améliorer celui qu’il possède déjà? Vous pouvez compter sur mon expertise. Les questions morales et éthiques sont ma spécialité.»[14]

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident

Deux leaders occidentaux de la philothérapie se démarquent sur la scène internationale : Oscar Brenifier de la France et Lou Marinoff des États-Unis, le premier, président de l’Institut de pratiques philosophique et le second, co-fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association. Les deux hommes divergent de point de vue[15] et se livrent une certaine compétition sur le marché international de la consultation philosophique.

3.4. Professionnalisation et formation universitaire

Certaines universités innovent en offrant des programmes de formation à la philosophie pratique. [16] Voici deux exemples : 1. À l’automne 2014, l’Université de Vienne a ajouté un « programme de formation continue en pratique philosophique offrant la première et la seule formation académique et de formation à la pratique philosophique dans la région germanophone ».[17] Les praticiens philosophes de cette formation « devraient être quelque chose comme des conseillers ou des coachs de vie. »;[18] 2. Depuis 2015, l’Universitatea De Vest Din Timisoara en Roumanie propose un « Master in Philosophical Counselling and Consultancy »,[19] le seul enseigné en anglais en Europe.[20]

La formation à la profession de philosophes consultants suscite des débats universitaires au sujet de la profession elle-même, des méthodes, des prétentions et des intentions des philosophes consultants autoproclamés.[21]

Bref, aujourd’hui, la consultation ou le conseil philosophique offre une opportunité d’affaire et de carrière aux étudiants et aux professeurs en philosophie, autrement confinés à l’enseignement.

4. Méthodes

Il n’y a aucune méthode universelle en philothérapie. Ainsi, la méthode varie d’un philothérapeute à l’autre. Cependant, tous identifient une même source : le dialogue socratique. Chacun en tire sa propre interprétation, sous l’influence de leurs connaissances en philosophie, de leur formation, de leurs expériences de vie, de leur personnalité, etc.

Le philosophe consultant insiste sur le dialogue d’égal à égal entre deux personnes puisque l’un et l’autre profiteront de l’échange. Le philothérapeute oppose le dialogue à la verbalisation privilégiée par le psychothérapeute. D’une part, le client du psychothérapeute n’est pas l’égal de ce dernier puisqu’une relation d’autorité s’établit. D’autre part, le client du psychothérapeute se réfère à son passé (pour se justifier) et s’étend un sujet ou plusieurs sujets, ce qui n’est pas souhaité en philothérapie.

4.1. Le dialogue socratique dogmatique

Certains philosophes praticiens font du dialogue socratique un véritable dogme, quitte à bousculer leurs clients. Questions courtes et réponses courtes s’imposent. Pour y parvenir, le philosophe consultant réprime la moindre émotion et rejette toute justification du client.

Cette observation découle de mon expérience personnelle avec le philosophe praticien français Oscar Brenifier lors de séances de formation en ligne. Le lecteur intéressé prendra connaissance de mon texte « Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien ».[22] La théorie et le témoignage exposés dans ses écrits m’apparaissaient fort à propos[23] jusqu’à ce que je fasse l’expérience de sa pratique. Tête d’affiche de la consultation philosophique en France, monsieur Brenifier forme et inspire d’autres philosophes praticiens. Dans son livre « La pratique philosophique », Jérôme Lecoq écrit :

«Je tiens tout particulièrement à remercier mon ami et mentor Oscar Brenifier, le plus fidèle héritier moderne de Socrate et l’initiateur de cette méthode. Oscar, n’oublie pas de m’inviter pour que je fasse ton apologie quand on te fera boire la cigüe.»[24]

Si l’objectif reconnu du dialogue socratique est de « faire accoucher les esprits », cet accouchement se fait dans la violence avec des forceps sous la direction des philosophes praticiens dogmatiques. Cette violence s’exerce face aux émotions du client et à ses justifications. Le client a l’impression d’être coincé avec ses contradictions. Paradoxalement, l’exercice a pour but de donner naissance ou de développer l’esprit critique du client alors qu’il vit un malaise émotionnel. Il est légitime de se demander si cet esprit critique mourra dans les minutes suivantes ou perdurera dans le temps compte tenu de l’association de sa naissance avec la brutalité de l’expérience. La raison l’emportera-t-elle sur les émotions comme le souhaite le philosophe ?

Selon Platon, Socrate pratiquait ce type de dialogue avec des personnes interpellées dans les rues d’Athènes. Il se permettait d’être de plus en plus rigide au fil du dialogue. La personne pouvait décider de poursuivre sa route sans répondre davantage. Le philosophe praticien soutient que son client peut faire de même.

Cependant, le contexte diffère grandement. 1. La personne interpellée par Socrate n’est pas un client, mais un simple citoyen. 2. Il n’y a pas de rendez-vous fixé par Socrate à la personne pour se rejoindre dans une rue donnée d’Athènes. 3. L’état d’esprit ne saurait être le même en pareilles circonstances tant pour le philosophe que pour la personne.

Aujourd’hui le philosophe patricien tenant du dialogue socratique demande au client de prendre rendez-vous et de préparer une question, la plus courte et la plus simple possible, ce qui exige des efforts particuliers. Aussi, le philosophe patricien vend un service. Il est donc rémunéré par son client. Dans ce contexte, il n’est pas question d’une personne rencontrée au cours d’une promenade dans la rue, mais plutôt d’un client. Une relation d’affaires est en cours. Qui plus est, ce client est déjà habitué à des normes élevées du service à la clientèle adoptées par notre société, notamment le respect et le bien-être liés à l’expérience client.[25]

La référence au contexte ne saurait passer sous silence le rôle de la culture du débat au sein de la société où le philosophe consultant et son client évoluent. En France, c’est bien connu, la culture du débat est bien ancrée dans la société. Le client du philosophe praticien dogmatique du dialogue socratique ne verra peut-être dans la consultation qu’un prolongement naturel de cette culture du débat. Au Québec, la culture du débat a mené la population à détester tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la chicane, tout ce qui peut déboucher sur une chicane. Le client ne s’attend donc pas à une confrontation lors de son expérience de la consultation philosophique.

Si la philosophie, comme manière ou mode de vie, implique nécessairement le dialogue, une approche socratique dogmatique risque de ne pas atteindre son objectif.

4.2. Le dialogue philosophique

À l’opposée du dialogue socratique dogmatique, le dialogue philosophique s’exerce dans un esprit de collaboration volontaire. La considération du client sous tous les angles (sans répression brutale d’un angle au profit d’un autre) suscite une confiance mutuelle, condition essentielle à tout dialogue d’égal à égal. Dans ce contexte, le philothérapeute soutient que le dialogue lui profitera tout autant qu’à son client.

La consultante philosophie Eugénie Vegleris écrit dans son livre :

« La relation philosophique n’a pas lieu entre un thérapeute et des individus à soigner, mais entre des interlocuteurs égaux face aux difficultés de l’existence et aux risques de la liberté. Si cette relation est thérapeutique, elle l’est au sens littéral. Il s’agit d’une relation où, chacun prenant soin de son esprit et de l’esprit des autres, tous deviennent chemin faisant plus ouverts, plus lucides, mieux armés pour faire face à l’existence. »[26]

Cet objectif implique une prise en compte respectueuse du contexte de l’état initial du client. Il exige une grande bienveillance.

4.2.1. Critique de Socrate

Dans son livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence », la philosophe consultante Eugénie Vegleris soutient que «le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action» :

« Placé entre le savoir et l’ignorance, le consultant philosophe se distingue pourtant de Socrate. Celui-ci avait fait table rase de ses connaissances pour placer son savoir dans la conscience de son ignorance. Tel n’est pas le cas du consultant philosophe, qui porte en lui sa culture philosophique. Bien que déclarant ne rien savoir, Socrate occupait, dans le dialogue, le rôle du meneur, pratiquait l’art de l’interrogation maïeutique associé à l’ironie. Tel n’est pas le cas du philosophe consultant, qui questionne sans l’intention de semer la confusion chez son interlocuteur. Enfin, le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action. Or, le consultant philosophe accompagne ses interlocuteurs dans la découverte de leurs pistes d’action. »[27]

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible

Cet état des lieux de la philothérapie doit impérativement inclure la distinction entre les méthodes priorisant l’Être raisonné en réfrénant l’Être sensible et celles respectant les deux à la fois. Chacun des livres servant de références à cet article s’inscrit dans l’un ou l’autre de ces deux courants de pensées : 1. une approche exclusive de l’être raisonné; 2. une approche inclusive de l’Être raisonné et l’Être sensible.

En Amérique du Nord, seule l’approche inclusive dans le respect de l’Être raisonné et de l’Être sensible peut être mise en pratique, et ce, pour des raisons culturelles. La répression des émotions n’a plus sa place depuis qu’il est admis que l’intelligence s’avère à la fois intellectuelle et émotionnelle. Popularisé depuis 1995 par le psychologue américain Daniel Goleman, le concept d’intelligence émotionnelle met en lumière les limites de la raison dans le mode de vie.

Un an auparavant, le neuropsychologue Antonio R. Damasio a fait état de ses recherches dans son livre « L’erreur de Descartes : la raison des émotions » où il nous apprend que la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions et des sentiments dans la prise de décision. Les résultats de la recherche de Damasio impactent sérieusement la société américaine ; aucune thérapie ne pourra désormais miser que sur l’Être raisonné. La philothérapie se voit donc dans l’obligation d’inclure les émotions comme déterminant de la décision et de l’action espérées à la suite de la consultation.

L’Europe n’échappe pas à cette avancée. En 2013 à l’occasion du colloque d’Aix-en-Provence sous le thème « Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique », la philosophe des émotions Laura Candiotto prononce une conférence intitulée « Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue ».[28] En 2020, elle édite avec Olivier Renaut un recueil de textes sous le titre « Emotions in Plato ».[29] Pour sa part, Olivier Renaut a déjà publié en 2014 « Platon La médiation des émotions – L’éducation du thymos dans les dialogues ».[30]

Laura Candiotto écrit :

« En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. » [31]

Ainsi, l’Être raisonné rejoint l’Être sensible dans la pratique de la consultation philosophique, à quelques exceptions près (voir 4.1. Le dialogue socratique dogmatique).

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique

Le tableau ci-dessous publié dans l’édition du 15 avril 2022 de la revue Religions (Bâle, Suisse, MDPI) fait état des théories dominantes et des modes de la pratique philosophie et leurs auteurs philosophes consultants.

religio-tableau-1-page-6-72-1280ppp

Ce tableau témoigne des études des chercheurs universitaires au sujet de cette nouvelle discipline du conseil philosophique. Les auteurs de ce tableau, Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

«Comme dans toutes les autres disciplines émergentes, les chercheurs aiment classer la pratique philosophique en différents modes, en utilisant une variété de méthodes qu’ils trouvent « utiles » comme véhicules pour leur pratique de conseil, en fonction des ressources philosophiques (par exemple, concepts philosophiques pertinents, théories, et méthodes de l’histoire de la philosophie en Orient et en Occident) auxquelles ils ont recours. Si nous discutons de la pratique philosophique dans un sens général, il pourrait y avoir autant de modes que nous voudrions, et ainsi la pratique philosophique présente une pluralité méthodologique distincte (voir tableau 1). Certaines des approches les plus établies dans la pratique philosophique contemporaine comprennent, mais sans s’y limiter, les exercices spirituels (Hadot 1995), l’approche existentielle (Russell 2001), le processus PEACE (Marinoff 2002), les étapes FITT (Raabe 2001), l’Approche stoïcienne romaine (Lahav 2009), dialogue néo-socratique (Brenifier 2020 ; Littig 2010 ; Nelson 1949), méthode IDEA (Ferraiolo 2010), thérapie basée sur la logique (Cohen 2013), arbre des enjeux (Raabe 2013), éthique épicurienne (Fatic 2014), humour (Amir 2014) et poésie (Rolfs 2015). Tous ces modes peuvent aider les visiteurs à éliminer les distractions extérieures et à se concentrer sur leur esprit (et leur corps), conduisant à un équilibre possible à la fin.» [32]

La première colonne du tableau liste les théories et les modes d’intervention. La seconde dresse les étapes de chaque mode. La troisième indique la source ou l’auteur de chaque mode.

Cette multitude de théories et de modes s’inscrit dans l’esprit du fondateur de la consultation philosophique moderne, Gerd Archenback, à l’effet « d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens ».[33] Il ajoute : « (…) la pensée philosophique ne suit pas des voies préétablies, elle cherche plutôt la « bonne voie » dans chaque nouveau cas ; n’utilise aucune routine de pensée, mais les sabote afin d’éduquer à leur sujet. »[34]

« Dans ses écrits fondateurs sur la pratique philosophique, Gerd Achenbach a clairement préconisé d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens. Au lieu de cela, il a qualifié sa conception initiale de « méthode au-delà de la méthode ». Aujourd’hui, une grande variété d’approches et de méthodes forment un éventail éclectique (et souvent vivement contesté) sous la bannière globale du conseil philoso­phique. Cette diversité a conduit à des développements intéressants et controversés dans le domaine. »[35]

L’adaptabilité s’impose donc comme le maître mot des philosophes consultants (les dogmatiques faisant exception).

4.5. Les références aux grands philosophes

Composantes essentielles de toutes les méthodes, les références aux textes des grands philosophes alimentent une part du dialogue lors de la consultation.

Ces références permettent au philosophe consultant de dire à son client qu’il n’est pas le seul à vivre sa situation (À se poser une telle question) puisque des philosophes se sont penchés sur cette même situation (question) dans le passé. Les références poursuivent alors un but psychologique, c’est-à-dire apaiser l’anxiété du client et un but académique en lui livrant une part du potentiel de la philosophie à explorer.

Cette approche référentielle donnera aussi lieu à la publication d’ouvrages tels que « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022) du philosophe consultant Nathanaël Masselot aux Éditions de l’Opportun.[36] Cette approche occupe déjà le terrain depuis l’an 2000 avec la publication du livre « Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques », d’Oreste Saint-Drôme, agrégé de philosophie, avec le renfort de Frédéric Pagès aux éditions La Découverte.

Dans le cadre de la formation aux conseils philosophiques, les références aux textes des grands philosophes servent aussi un objectif académique. Dans ce cas, le texte en référence est lu avant la consultation en guise de préparation. Les questions du philosophes praticiens se réfèrent à ce texte, non pas pour en vérifier la compréhension par le client, mais plutôt pour le former à l’interprétation de la structure philosophique du texte (ex.: Quels présupposés relevez-vous dans ce texte).

5. Les deux objectifs de la philothérapie

Le premier objectif tient de la raison de la consultation : une situation qui impose un problème personnel ou professionnel spécifique à résoudre ou une question existentielle angoissante à dénouer. Le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une question claire, simple et concise dont on ne dérivera pas lors de la consultation. Cette approche pratico-pratique vise ultimement à donner naissance à un esprit critique qui, espère-t-on, persistera au-delà de consultation philosophique. Si le bénéfice immédiat du recours à la philosophe semble démontré, rien n’assure la survie de l’enfant après l’accouchement. Le client n’a aucune obligation face à son philothérapeute; il peut se limiter à une seule et unique consultation.

Le deuxième objectif se rapporte à la philosophie comme mode, manière ou art de vivre. Pierre Hadot démontre la promotion de la philosophie comme mode de vie dans l’Antiquité et il propose qu’il doive en être ainsi aujourd’hui, plutôt que de se limiter à un art spéculatif, une démarche théorique ou un exercice intellectuel. [37] [38]

Je veux dire, donc, que le discours philosophique doit être compris dans la perspective du mode de vie dont il est à la fois le moyen et l’expression et, en conséquence, que la philosophie est bien avant tout une manière de vivre, mais qui est étroitement liée au discours philosophique.[39]

Pour y parvenir, le client doit, soit participer à un programme avec comme but avoué la philosophie comme mode de vie impliquant plusieurs consultations philosophiques, ce qui ne semble pas s’inscrire dans l’offre actuelle. Dès que la consultation philosophique se donne pour mission d’aborder une situation, un problème ou une question particulière, elle ne se concentre pas sur l’essentiel de la formation théorique et pratique nécessaire à la vie de l’esprit critique. Un exemple ou deux d’application pratique de la philosophie ne saurait suffire à son adoption comme mode de vie. Bref, la philothérapie ne développe pas l’autonomie du client en l’absence de la formation et du suivi nécessaires.

La philosophie comme mode de vie ne saurait se limiter à l’omniprésence d’intervention de l’esprit critique dans la vie d’un individu. Une telle vigilance de l’esprit critique devient vite insoutenable au quotidien. Il faut miser sur les vertus, le bien-être, la vie bonne, etc. Heureusement, la plupart de livres traitant de la philothérapie abordent ces sujets et offrent ainsi l’enseignement absent des programmes de consultation philosophique en personne.

6. La lumière entre par les failles

Du dialogue socratique à l’allégorie de la caverne en passant par la maxime Connais-toi toi-même et Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue, la philosophie invite à prendre du recul face à soi, ses pensées et ses croyances pour favoriser la quête de vérité.

En philothérapie, le dialogue socratique tente de créer une faille dans le système de pensées du client afin de permettre à la lumière d’éclairer la conscience du client à partir d’un exemple, d’une question soumise par le client. Malheureusement, cet exercice du dialogue socratique porte davantage sur le contenu de la pensée (sur ce que le client pense) plutôt que sur le contenant (sur comment le client pense).

Le dialogue socratique s’attarde à une déconstruction des réponses du client aux questions posées par le philosophe consultant, et ce, pour en laisser paraître les faiblesses de son système de pensées. Or, ce dernier ne figure pas en tant que tel au centre du dialogue si ce n’est comme support de la démonstration des erreurs conceptuelles du client. Si la lumière entre par les failles, elle n’apparaît que le temps du dialogue. Elle peut ainsi fort bien aveugler et blesser le client qui vit dans le noir depuis longtemps. En pareille situation, le client se hâtera à colmater la brèche pour retrouver le confort de son ignorance. Dans ce contexte, la consultation philosophique ne donnera pas lieu à la révélation nécessaire pour engendrer un changement fondamental du système de pensées et du comportement du client ou, si vous préférer, accoucher l’esprit du client.

7. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances

Au-delà de la démonstration de l’utilité de philosopher, la consultation philosophique cherche à aider le client à ne pas prendre pour vrai une chose qu’il pense uniquement parce qu’il la pense. Or, parle-t-on des pensées ou des croyances ? Est-ce que toute pensée est une croyance ? Est-ce que l’on peut parler du système de pensées sans distinction avec le système de croyances ?

Le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble) se concentre sur le système de croyances de ses clients et demande à quel besoin répond chaque croyance. Lors de sa conférence « Devenir philothérapeute »,[40] il affirme « je donne beaucoup d’importance au système de croyance dans lesquels chaque personne s’agite » et il soutient que « Le philothérapeute est soucieux de comprendre chaque système de croyances comme un Univers à part entière, respectable et précieux ! »

Or, la philothérapie oublie généralement un domaine d’expertise de la pensée, celui de l’étude de la pensée scientifique dont l’enseignement demeure essentiel à toute quête de sens. Ainsi, la majorité des philosophes consultants passe sous silence la contribution du mathématicien, physicien et philosophe français René Descartes, du philosophe français des sciences, Gaston Bachelard et plusieurs autres dans la compréhension du système de pensées. Cet enseignement interdit de confondre « je pense » avec « je crois ». Toute pensée n’est pas une croyance. Le scientifique se doit de lutter contre ses croyances.[41]

Or, dans notre société, nous utilisons davantage « Je pense » pour exprimer une croyance au lieu de « Je crois », ce qui complique passablement le compréhension de notre système de pensées. Il semble que ce soit aussi le cas en philothérapie.

8. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie

L’histoire révèle un lien étroit entre la psychologie et la philosophie, la première ayant été longtemps considérée comme une branche de la seconde. Malheureu­sement, ce lien est plutôt ténu entre la philothérapie et la psychothérapie. Or, le philothérapeute doit être un fin psychologue lors de la consultation avec son client, non seulement pour établir une relation de confiance et prouver sa bienveillance, mais aussi et surtout pour identifier les biais cognitifs chez son client. Or, rare trouve-t-on en philothérapie une attention portée à ces biais cognitifs, principal obstacle à la logique nécessaire à la quête de sens.

Les chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

Le quatrième aspect est la relation entre la pratique philosophique et d’autres disciplines ou professions d’aide telles que le conseil psychologique et la thérapie. Une mission importante de la pratique philosophique contemporaine au début de son émergence était de remettre en question les présupposés théoriques ainsi que les méthodes et les effets du conseil et de la thérapie psychologiques. La plupart des chercheurs considèrent le conseil philosophique comme une alternative au conseil et à la thérapie psychologiques, visant à fournir aux personnes des conseils pour une vie rationnelle de manière autonome et à éviter l’utilisation de tout moyen psychothérapeutique (Achenbach 1998 ; Marinoff 2002 ; Raabe 2010). Cependant, Russell (2001) soutient qu’il n’y a pas de distinction claire et sans ambiguïté entre le conseil philosophique et la psychothérapie, ne serait-ce qu’en comparant ce que font les conseillers philosophiques et les psychothérapeutes et pourquoi ils le font. Amir (2004) souligne également qu’une partie décisive du conseil philosophique est la connaissance et l’expérience psychologiques pertinentes des conseillers philosophiques ; sinon, les conseillers philosophiques seront très probablement perdus dans leur propre labyrinthe philosophique. [42]

Le philothérapeute se doit de disposer d’une connaissance psychologique des relations interpersonnelles pour servir adéquatement son client en consultation. Dans leurs propos ci-dessous, le chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) parle aussi de l’expérience psychologique pertinente des philothérapeutes.

Entreprendre une consultation philosophique exige donc de prendre grand soin de ne pas éveiller les mécanismes de défense du client, plus souvent qu’autrement de nature psychologique. La provocation tout comme la répression des émotions et des justifications poussent ces mécanismes de défense à entrer en action et engendrer des frustrations ne facilitant pas le dialogue.

Dans son livre «La pratique philosophique», Oscar Brenifier ajoute en annexe une lettre d’appréciation de ses ateliers de formation en Norvège signée par le philosophe-praticien Morten Fastvold (Oslo). Ce dernier décrit la pratique des philothérapeutes en son pays:

Nous sommes supposés, dans une très large mesure, procéder avec nos clients de la même façon qu’un psychothérapeute : une écoute attentive de ce que le client nous dit de sa vie et de ses problèmes, et cela dans une approche empathique et pleine de sympathie, avec le vif désir de le mettre à l’aise et le rassurer, de façon à créer une atmosphère de confiance. C’est le client, et non le philosophe, qui est supposé maîtriser la thérapie, ce qui lui permet de changer de sujet ou de sujet de conversation comme bon lui semble, sans que l’on risque plus qu’un timide « Vous êtes conscient que vous venez de changer de sujet et de mettre fin à notre échange ? », suivi d’un « « Allez-y ! »» consentant, quand il ne change pas d’idée et veut poursuivre dans cette nouvelle direction.

En permanence, surtout lors de la première consultation, il nous faut identifier « l’urgence » du client en l’écoutant avec soin et en posant avec doigté les questions qui peuvent révéler son problème réel. Ainsi, avec cette « urgence » plus ou moins clairement exprimée et le consentement du client, nous pourrons, avec de la chance, lui proposer quelques clés philosophiques ou quelques pensées opportunes qui lui exposeront son problème sous un nouvel éclairage, en le libérant de la manière étroite dont il percevait le problème, entrevoyant quelques solutions possibles. Le plus souvent, nous considérons ceci comme une expérience de bien-être pour les deux acteurs, même si quelquefois nous rencontrons une expression émotionnelle inattendue, à laquelle il nous faut faire face. Ces incidents, cependant, sont supposés se produire rarement, et certainement pas causés par une quelconque provocation du philosophe. Cette image du philosophe comme « M. Gentil » est peut-être un tant soit peu exagérée, mais je ne crois pas qu’elle s’éloigne beaucoup de la vérité. Vrai ou faux, je l’ai moi-même expérimenté de manière évidente, mais en ressentant en même temps une gêne, sans savoir exactement d’où elle provenait. Ce pourrait être la frontière pas très claire entre notre supposée profession et une variété de psychothérapies cognitives basées sur la conversation. Ou alors ma plongée dans le champ embryonnaire de la consultation philosophique m’a-t-elle laissé un sentiment de manque et d’insuccès, peu propice à me rassurer quant à mon devenir de pseudo-psychothérapeute déguisé en « philosophe-essayant-de-faire-quelque-chose-pour-laquelle-il-n’a-pas-été-réellement-formé ». Où est le lien entre mon savoir philosophique acquis de manière théorique à l’université, et cette tâche pratique que je suis supposé entreprendre ? Existe-t-il seulement ? Ou bien la « consultation philosophique » n’est-elle qu’une fantaisie, pleine de bonnes intentions mais néanmoins incapable de créer une nouvelle profession ? [43]

Force est de constater l’influence du modèle de thérapie développé en psychologie sur la consultation philosophique.  Plus encore, l’expérience psychologique du consultant philosophe joue aussi un rôle dans la consultation avec son client. Bref, toute consultation de personne à personne exige un peu de psychologie, même en philothérapie.

9. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff

Dans son livre «La philosophie, c’est la vie» (2003-2004), Lou Marinoff intitule le premier chapitre «Maladie ou mal-être ?» pour lever toute confusion possible entre l’aide psychiatrique, psychologique et philosophique. Il écrit :

Donc, je vous en prie, songez attentivement à la différence entre maladie et mal-être. Si vous pensez souffrir réellement d’une pathologie — par tous les moyens, allez cherche l’assistance médicale appropriée : examen, diagnostic et traitement. Mais si vous souffrez de mal-être, c’est-à-dire d’un trouble de conscience et non pas d’un dysfonctionnement physique — allez aussi cherche l’aide qui convient : examiner votre façon de penser et de vivre. Trouvez le moyen de donner sens à circonstances, et appliquez les principes qui vous guideront le mieux. Cela s’appelle « philosophie appliquée ». Aristote la nommait phronesis, ou sagesse pratique.[44]

Plus loin, Lou Marinoff met les points sur les « i » :

Mais si vous avez juste besoin de parler à quelqu’un de votre situation, afin de lui trouver un sens, ou de distinguer les multiples significations qu’elle revêt — en termes de valeurs et de but —, le philosophe pourrait bien, dans ce cas, être la personne qu’il vous faut. Dans le monde des Anciens, et tout au long de l’histoire, les philosophes ont été ouverts au traitement des malaises de l’existence ; pourtant, dans le monde actuel, ils se montrent incroyablement inaccessibles, et peu concernés par ces problèmes. Il manque aux gens le type de conseil que le philosophe peut prodiguer, la diversité des perspectives qu’il peu proposer. Les dix dernières années, on a ainsi vu la philosophie pratique accomplir un retour impérieux. Des philosophes se sont affirmés en que consultants auprès de personnes privées, de groupes ou d’associations. Certains d’entre eux forment désormais des élèves à la philosophie pratique, en complément du rôle de professeur qu’ils jouent à l’université ou au collège.

Nous ne cherchons pas, cependant, à remplacer ou supplanter la psychiatrie ou la psychologie. Nous nous efforçons simplement de remettre la philosophie à sa juste place, en synergie avec d’autres pratiques. Nous n’avons pas plus pour projet de subvertir la philosophie académique (c’est-à-dire, «théorique»). Au contraire, les tenants les plus renommés de la philosophie pratique ont reçu des diplômes traditionnels dans le cadre des institutions universitaires comme dans celui de leur préparation pour devenir praticien.[45]

Ces précisions sur les intentions de la philosophie pratique dès 2003 s’imposaient en raison d’un débat ayant cours au sujet des lois et des règles nationales gouvernementales et celles des ordres professionnels traitant de la thérapie et du statut de thérapeute. La question était simple : peut-on reconnaître les philosophes praticiens comme des thérapeutes (au sens de la loi) ?

10. La philosophie comme thérapie

La question trouvera sa réponse dans la reconnaissance de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique. Dans son article paru dans la revue Diogène sous le titre «La philosophie comme thérapie», Nikolay Omelchenko écrit :

«D’une part, penser à l’essence infinie de l’univers permet de concevoir une essence infinie chez l’homme lui-même et de l’ancrer dans l’infini du Cosmos. D’autre part, penser à l’infini, c’est en acquérir le pouvoir, c’est-à-dire un pouvoir infini. En un mot, penser en termes d’infini nous remplit d’infini. La philosophie permet à l’individu de dépasser les limites de son expérience vécue, de transporter son moi au-delà de la réalité quotidienne. De toute évidence, c’est précisément cette projection de l’homme dans la réalité métaphysique, dans l’univers des relations essentielles, qui garantit l’effet thérapeutique de la philosophie.

De ce point de vue, la philosophie montre les limites de certaines formes de psychanalyse et de psychothérapie, par exemple en attirant notre attention sur le caractère limité de leurs postulats méthodologiques. En outre, la philosophie a les moyens d’assimiler les résultats d’observations psychanalytiques pour élaborer, par exemple, une meilleure théorie de la vie spirituelle de l’homme. On peut donc évoquer la possibilité d’une thérapie philosophique, une thérapie de l’esprit humain au moyen de la philosophie.»[46]

Dans son Mémoire de maîtrise intitulé « Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète.», Jérôme Revaclier (Université de Lausanne) avance ce constat au sujet de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique :

Bref, le constat de la philosophie antique est clair : l’âme est malade si bien que celui qui prend conscience de l’état maladif de son âme souhaite généralement guérir. Par conséquent, avoir souci de soi, c’est être déterminé à bien vouloir prendre soin de son âme. Pour cela, la philosophie propose un discours et une pratique dont la fonction thérapeutique repose essentiellement sur un bon usage de la raison pour combattre une âme dominée par les passions et les vices.[47]

Aujourd’hui, certains philosophes praticiens rappellent que le mot «thérapie» en grec signifie «soigner». Le philothérapeute Nathanaël Masselot (Lille, France) déclare : « Soigner, cela veut aussi dire donner de l’importance. Prendre cure. Les gens souffrent de leurs questions existentielles. Les aider à les surmonter peut être considéré comme une thérapie. »[48] Sur son site web, le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble, France) écrit : « Tout comme la psychothérapie se propose de prendre soin de l’âme, la philothérapie se propose de prendre soin du désir et de le soigner, c’est-à-dire de redonner à la vie sa couleur, par la recherche de son sens. »[49]

Tant et aussi longtemps que les philothérapeutes et peu importe toute les autres appellations (philosophes consultants, philosophes praticiens…) ne prétendent guérir des maladies physiologiques et mentales pour s’en tenir à leur propre champ d’expertise, ils échappent aux lois et règlements gouvernementaux et aux ordres professionnels sur le statut médical du thérapeute.

11. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique

À l’aspect thérapeutique s’ajoute l’aspect prescriptif de la consultation philosophique. Le philothérapeute livre des conseils à son client, ce dernier étant libre de les suivre ou non. Suivant ma propre expérience de formation en consultation philosophique et mes lectures, je demeure mal à l’aise face à l’aspect prescriptif des jugements de valeur prononcés par le philosophe consultant. Ces jugements de valeur prescriptif (ou «d’obligation») se fondent, à l’évidence, sur une interprétation des propos du client.

Or, dans le cas d’une approche dogmatique du dialogue socratique (maïeutique[50]), cette interprétation souffre du fait que le client ne peut pas justifier ses propos, expliquer ses réponses aux questions en rafale du philosophe praticien. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold relève ce fait dans ses « Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier » :

Apparaît alors Oscar Brenifier sur la scène. Il propose des jeux, au lieu de la « philosophie » comme nous – ou en tout cas moi – pensions devoir l’utiliser. Déclarant que « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter », il rejette d’entrée un des piliers supposés de notre pratique : l’identification de la requête du client, et continue en demandant avec insistance que le client produise une idée qu’il considère importante, sans se soucier si elle est vraie ou fausse, raisonnable ou pas d’un point de vue philosophique. Si cette hypothèse n’est pas trop difficile à accepter, on est choqué, une fois de plus, quand Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. « Que diable ce Frenchman est-il en train de faire ? » se demande M. Gentil — il s’agit de moi. Comment se permet-il de violer l’autonomie de son client quand il ne souhaite guère d’explication du contexte, refusant tout éclaircissement complémentaire ? Jouer simplement d’une idée hors contexte, sans chercher si elle est vraie ou fausse, peut paraître ne pas du tout relever de la consultation philosophique. Pire même, cela semble violer les exigences de considérer et prendre le client comme une personne unique, ce que fait tout psychothérapeute au courant des dernières techniques. Comme les consultants philosophiques, je suppose. Car, qui rêverait seulement de ne pas respecter les concepts d’Empathie, d’Ethique, et d’Autonomie ? Sûrement pas les aspirants au métier de consultant philosophique de Norvège. Revenant aux sessions conduites par Brenifier, M. Gentil commence vraiment à se faire du souci quand il se permet d’interrompre son client à plusieurs reprises, forçant ce malheureux à entrer dans le jeu du philosophe, ce qui augmente sa frustration. J’ai même l’impression que Brenifier, en plein milieu de la pression de retenue et confusion qu’il crée, mène le client à l’aventure en déformant ses arguments et en argumentant lui-même, ce qui conclut la confusion engendrée par quelques conclusions bizarres – ou plutôt quelques conclusions préliminaires – qui ne rendent pas le client très heureux. On est loin de l’atmosphère de bien-être à laquelle je m’attendais, où l’on espérait voir le client partir souriant. Ici, il se sent manipulé et insuffisamment respecté. En fait, il part plus frustré qu’il n’était venu. Et il me faut demander : « Cette sorte de jeu intellectuel plutôt brutal l’a-t-il aidé en quoi que ce soit ? » À ce point, ma réponse est : « Probablement pas. »[51]

Dans le cadre de l’aspect prescriptif (ordonnance) de la consultation philosophique, il faut considérer la certitude avec laquelle est livrée l’interprétation par le philosophe consultant. Plus la certitude est grande plus elle pose un sérieux problème au développement de l’esprit critique pour lequel le doute demeure le principal outil d’apprentissage.

Une interprétation ne peut pas avoir un statut de vérité parce qu’elle repose avant tout sur une perception, laquelle implique davantage les sens et les émotions que la raison. Une interprétation, même descriptive, ne peut pas prétendre à l’objectivité. Bref, toute interprétation est en soi un jugement de valeur, une croyance.

Est-ce que le client d’un philosophe praticien exprime un besoin ou un désir d’être jugé ? Je ne crois pas que ce soit le souhait du client puisque tout jugement implique une réaction émotive et l’éveil des mécanismes de défense, deux freins à un dialogue d’égal à égal. Malheureusement, j’observe un tel aspect prescriptif dans la littérature et sur le terrain de la philothérapie qui trahit ainsi son objectif de développement de l’esprit critique du client et sa quête de mieux-être.

12. La question de la crédibilité du philosophe praticien

12.1 Formation

L’aspect prescriptif impose aussi la question de la crédibilité du philosophe praticien. Elle repose d’abord et avant tout sur sa formation. Tel que précisé plus haut, l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) exige que ses candidats à la formation de conseiller philosophique soient diplômés universitaires en philosophie pour devenir membre agréé de l’association et être référés à ce titre. Aussi « Les membres certifiés sont liés par le code de déontologie de l’APPA et s’engagent à suivre un développement professionnel régulier. »[52] En France, aucune association ne regroupe l’ensemble des philosophes praticiens. Chacun avance son propre code de déontologie et son propre programme de formation de philosophe consultant, formation ouverte à tous. Par conséquent, en ce pays, la prescription philosophique ne repose pas sur un prérequis universitaire, d’où une crédibilité variable.

Cependant, on notera que plusieurs philosophes consultants français s’intéressent à la philosophie pratique après l’obtention d’un diplôme universitaire en philosophie. La consultation philosophique devient ainsi pour eux un autre débouché au côté de l’enseignement à titre de professeur de philosophie.

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre

À la crédibilité de la prescription fondée sur la formation du philosophe praticien s’ajoute celle reposant sur son expérience personnelle de la philosophie comme manière de vivre. Sans une telle expérience, la consultation philosophique s’avère davantage théorique que pratique. Les philosophes consultants auteurs de publications commerciales traitant de la philothérapie témoignent très peu ou pas du tout de leur propre expérience de la philosophie dans leur manière de vivre. Le philothérapeute français Patrick Sorrel fait exception en témoignant de sa propre quête philosophique comme on peut le constater dans l’une de ses conférences disponibles en lignes.[53]

Même si les livres de philothérapie exposent des exemples concrets de client en consultation, on ne peut pas y déceler des expériences personnelles de la philosophie comme manière de vivre dans les propos des auteurs. Ces derniers témoignent largement de leurs expériences professionnelles de philosophe consultant et en tirent différentes théories. Mais ils ne nous informent pas de LEUR cheminement philosophique personnel, de l’histoire de LEURS idées, de LEUR PROPRE quête. Ainsi, la théorie demeure dominante dans ces ouvrages.

Sommes-nous en présence de théoriciens ou de praticiens de la philothérapie ? Les philothérapeutes vivent-t-ils selon la philosophie qu’ils partagent avec leurs clients ? Les philosophes se disant « praticiens » s’appliquent-ils à l’exécution d’une technique ? Est-ce uniquement de leur maîtrise d’une telle technique dont ils peuvent rendre compte, à défaut de la philosophie comme manière de vivre ?

«Emerson et Thoreau, penseurs américains importants, ont défendu l’idée antique de la philosophie comme manière de vivre délibérée, concernée par le souci critique de soi ou l’amélioration de soi. Thoreau l’énonce sans détour, « il y a aujourd’hui des professeurs de philosophie, mais pas des philosophes. Il est admirable de professer ce qu’il fut jadis admirable de vivre2 ». Tous deux ont combattu la restriction de la philosophie à un sujet seulement académique pour le pur intellect. Si Emerson a admis que « la vie n’est pas un simple jeu de dialecticien » et que « goûter la vie par l’intellect ne saurait remplacer l’activité musculaire3 », Thoreau a ensuite dit les choses plus explicitement : « Être un philosophe, ce n’est pas seulement avoir des pensées subtiles, ni même fonder une école, mais aimer la sagesse au point de vivre selon ses arrêts, une vie de simplicité, d’indépendance, de magnanimité et de confiance. C’est résoudre certains problèmes de la vie, non seulement théoriquement, mais pratiquement4.»»[54]

NOTES (dans la citation)

    1. Henry David Thoreau, Walden. NdT : pour les citations de Thoreau, R. Shusterman fait référence à The Portable Thoreau, Carl Bode éd., New York, Viking, 1964, ici p. 270. Désigné après par PT. Je traduis les citations, et donne la référence à la traduction française, ici Walden ou la Vie dans les bois, I, « Économie », trad. de G. Landré-Augier, Paris, Aubier-Montaigne, 1967, p. 89. Désigné après par W.
    1. Ralph Waldo Emerson, « Experience ». NdT : pour les citations d’Emerson, R. Shusterman fait référence à Ralph Waldo Emerson, Richard Poirier éd., Oxford, Oxford University Press, 1990, ici p. 222. Désigné après par RWE. Pour « Experience », je reprends la traduction de Christian Fournier et Sandra Laugier, in Stanley Cavell, Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, Statuts d’Emerson, appendice II, Paris, Gallimard, 2009, coll. « Folio essais », p. 512.
    1. Thoreau, id.

L’expérience personnelle joue un rôle essentiel dans toute entreprise de conseil professionnel à la personne. La philothérapie n’échappe pas à cette règle, notamment en matière de relations interpersonnelles. Si le philothérapeute n’est pas lui-même en quête de savoir et n’a pas adopté la philosophie comme manière de vivre, la logique veut qu’il ne puisse pas interagir en conséquence avec son client.

Heureusement, la diversité des méthodes en philothérapie s’accorde avec la formation, l’expérience et la liberté que s’attribuent les philosophes consultants. Si la résolution de problème du mal-être demeure l’essentiel de l’activité, son avenir reposera sur sa capacité à aider le client à adopter la philosophie comme manière de vivre mieux.

13. Conclusion

13.1 Le contexte

Imaginez un très grand lac datant de plus de 2,500 ans. Un lac où une multitude de poissons de toutes espèces s’épanouissent en harmonie avec la nature depuis la création de leur lac. Ce lac, c’est la philosophie. Chaque poisson représente une philosophie particulière. Imaginez maintenant un homme avec sa canne à pêche dans une barque sur ce lac. Il plonge un sceau dans le lac pour y recueillir l’eau dans laquelle il mettra ses prises, question de leurs procurer le maximum de chance de survie hors du lac. Et voilà qu’un poisson mors à l’hameçon, il le sort de l’eau et il le place dans son sceau d’eau. Combien de temps ce poisson vivra-t-il dans ce sceau, une fois qu’il en aura consommé toute l’oxygène et les nutriments ? Autrement dit, combien de temps vivra-t-il hors de son contexte original ? Si le pêcheur le transfert dans un aquarium aux normes de cette espèce de poisson, se comportera-t-il comme il le faisait dans son lac ou devra-t-il s’adapter ?

L’image de ce lac et de ce pêcheur m’est venue à l’esprit en pensant aux philothérapeutes qui pêchent des références dans les philosophies de l’Antiquité et dans les nouvelles philosophies qui font l’Histoire des Idées.

Je m’interroge sérieusement sur la préservation du contexte premier de ces références tirées des travaux des philosophes depuis l’Antiquité. Le contexte dans lequel Socrate pratiquait la maïeutique n’est certainement pas le même aujourd’hui. Le contexte des personnes avec lesquels il dialoguait dans les rue d’Athènes n’était pas plus le même que le contexte du client aujourd’hui. Il s’informe, décide si l’offre leur convient et, le cas échéant, ils se font clients en prenant rendez-vous, en prévoyant le coût de la consultation dans leur budget, il se déplace au cabinet du consultant et pose la question se rapportant à leur mal-être, et ce, tout en ayant à l’esprit leurs souvenirs des consultations antérieures et leurs attentes. Nous sommes très loin de l’individu interpelé dans les rues d’Athènes il y a 2,500 ans.

Je me questionne aussi sur le fait que la philosophie est devenue un exercice intellectuel purement théorique évoluant dans sa propre bulle universitaire. C’est le contexte de la bulle en dehors de laquelle les philosophes (ou théoriciens de la philosophie) ne peuvent pas survivre, si ce n’est à titre de professeurs dans d’autres institutions scolaires avec des étudiants plus jeunes. Évoluer dans une bulle, peu importe la bulle, ne permet pas d’être en phase avec le monde réel.

Si le philosophe sort de cette bulle pour entreprendre de devenir philosophe praticien aura-t-il les réflexes nécessaires pour dialoguer avec un simple client ? Le contexte d’origine dans lequel ce nouveau philothérapeute a évolué agira-t-il comme le font les biais cognitifs ? Pourra-t-il être en communion avec le contexte propre à son client ? Son expérience personnelle et professionnelle des relations interpersonnelles sera-t-elle à la hauteur des attentes de ses clients ? Ce nouveau philothérapeute ne se trouve plus dans son contexte habituel, devant des étudiants et en contact avec ses pairs. Il se retrouve désormais en présence d’une personne qui se pose devant lui comme son client (un consommateur) sous l’influence de son propre contexte et en quête de solution à son mal-être.

13.2 Interdisciplinarité

Le philothérapeute évolue aussi dans sa propre bulle. J’en ai pour preuve les conséquences directes du manque d’interdisciplinarité dont souffre le philosophe praticien. Toutes les références dans les ouvrages de philothérapie se limitent à la philosophie. Aucun des livres à mon programme de lecture (voir la liste ci-dessous) fait état des travaux scientifiques en d’autres disciplines pouvant orienter le travail du philosophe praticien, notamment mais pas exclusivement, l’épistémologie et les neurosciences.

13.2.1 Répression des émotions

La répression des émotions se veut un des principaux thèmes de cet état des lieux de la philothérapie. D’une part et tel mentionné plus haut, je l’ai vécu personnellement lors d’une séance de formation à la philothérapie avec le philosophe praticien Oscar Brenifier.[55] D’autre part, le dialogue socratique ne considère pas les avancées des neurosciences sur la contribution des émotions dans la prise de décision.

En déclarant « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter »,[56] le philosophe praticien Oscar Brenifier fait preuve d’arrogance face à ses clients. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold observe : « Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. » Une telle pratique du dialogue socratique provoque émotionnellement le client. Parlant des jeux philosophiques dans les quelques Oscar Brenifier convie ses sens, Morten Fastvold écrit : « Ce qui est aussi remarquable, c’est que de tels jeux purement philosophiques puissent faire jaillir autant de troubles et d’émotions, en plusieurs occasions, révélant quelquefois beaucoup de stress et d’obstacles présents dans l’esprit du sujet ». Brenifier ne prend en compte ces troubles et ces émotions, voire les réprime brutalement, selon ma propre expérience.

13.2.2 Neurosciences

Une telle pratique du dialogue socratique se réfère uniquement à l’Être raisonné à soustraire à toute émotivité. Or, les travaux des neurosciences démontrent clairement que l’Être raisonné ne peut pas être ainsi isolé; il a toujours besoin d’un coup de pouce de l’Être sensible, plus particulièrement, des émotions dans la prise de décision.

« Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions » écrit le neuropsychologue Antonio R. Damasio[57] dans son livre L’erreur de Descartes[58] paru en 1994 et où il expose les résultats scientifiques de ses travaux.[59] Il démontre que la conception dualiste du philosophe René Descartes (1596-1650) consistant à séparer le corps et l’esprit n’a aucun fondement scientifique et n’a pas lieu d’être.

« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »[60]

Poursuivant l’objectif de développer l’esprit critique de son client, le philothérapeute conduit son client à douter de ses pensées en suivant des règles de logiques. Il s’agit ni plus ni moins d’inviter le client à ne pas prendre pour vrai ce qu’il pense uniquement parce qu’il le pense. Or, l’attachement du client à ses pensées grandit d’autant qu’il les prend pour vraies. Et cet attachement est davantage de nature émotionnelle que rationnelle. Décider, consciemment ou inconsciemment, de la véracité d’une pensée, relève donc à la fois de la raison et des émotions. Plus encore, le philothérapeute lui-même n’échappe pas à cette relation entre la raison et les émotions dans ses prises de décisions, notamment dans le choix des questions qu’il adresse à son client. Dans un dialogue, les décisions s’enchaînent les unes après les autres et demeurent donc à la fois sous l’influence de la raison et des émotions, les unes n’allant pas sans les autres.

En accord avec cette preuve scientifique déboulonnant le dualisme cartésien, le mal-être du client du philothérapeute implique aussi une part émotive décisive. Le mal-être ne relève donc jamais de la raison pure ou d’une réflexion exclusivement intellectuelle. Ce sont les émotions qui informent le client de son mal-être. Et ce sont aussi ses émotions qui l’aideront à décider s’il suivra ou non les conseils du philothérapeute. Pourquoi les réprimer ?

13.2.3 Intelligence émotionnelle

Un autre concept provenant d’une autre discipline à prendre en compte en philothérapie : l’intelligence émotionnelle (EI) :

« En 1990, Salovey et Mayer en proposent une première définition : c’est la « capacité de contrôler ses propres sentiments et émotions et ceux des autres, de les discriminer et d’utiliser cette information pour guider sa pensée et ses actions » (p. 189, traduction libre)1.[61]

Dans un texte paru en 1997, ces mêmes auteurs orientent leur définition vers un ensemble d’habiletés : l’intelligence émotionnelle, c’est « (a) percevoir et exprimer l’émotion avec précision, (b) se servir de l’émotion pour faciliter les activités cognitives, (c) comprendre les émotions et (d) gérer les émotions pour une croissance à la fois émotionnelle et personnelle » (cités dans Salovey, Brackett et Mayer, 2004, p. ii, traduction libre2). »[62]

Ainsi, un esprit critique fonctionnel exige à la fois une part d’intelligence rationnelle (QI) et une part d’intelligence émotionnelle (IE).[63] Il se refuse donc à toute répression systématique des émotions.

13.2.4 Épistémologie

Enfin, voici un dernier exemple de l’étanchéité de la bulle de la philothérapie. L’épistémologie (grec epistêmê, science), une branche même de la philosophie, semble ignorée. Cette discipline « prend la connaissance scientifique pour objet. »[64].On parle aussi d’épistémologie génétique :

« Épistémologie génétique, étude de l’évolution des structures successives des connaissances au cours du développement cognitif de l’individu. (Selon J. Piaget, celles-ci s’orientent vers une conceptualisation toujours plus abstraite et générale, la pensée étant une intériorisation progressive des actions sous forme d’un système d’opérations.) »[65]

Comment peut-on envisager aider une personne à développer son esprit critique sans tenir compte de son mode de pensée actuel, ou de celui qui lui conviendrait le mieux pour répondre à son mal-être ou pour adopter la philosophie comme manière de vivre ?

13.3 Constat final

La philothérapie ne ratisse pas assez large pour établir les bases d’un esprit critique chez le client. Elle se limite trop souvent à une simple démonstration qu’un travers de pensée, ici un biais cognitif, engendre chez le client une confusion entre savoir et croyance, et ce, dans le but prendre soin d’un mal-être. Or, c’est plutôt la source première de ce mal-être dont il faut se préoccuper, c’est-à-dire l’esprit du client, son mode de pensée. Et, pour y parvenir, il faut outiller le client plutôt que de simplement le forcer à conclure qu’il se trompe, qu’il ne sait pas en réalité de quoi il parle.

En fait, Platon dans ses écrits[66] fait dire à Socrate que nous savons déjà et qu’il s’agit simplement de ramener à la surface les connaissances acquises puis oubliées de nos vies antérieures. C’est la théorie de la réminiscence sur laquelle s’appuie la maïeutique. :

« Cette théorie affirme que notre connaissance de la vérité est le souvenir d’un état ancien où, avant d’être incarnée dans un corps, notre âme vivait au contact immédiat des pures idées dans le monde intelligible. Ainsi, pour Platon, connaître c’est se souvenir, se remémorer. Chercher et apprendre sont un seul et même acte.

Cette théorie est fondée sur le postulat de l’immortalité de l’âme. Si le corps est mortel, l’âme, elle, est impérissable, elle détient donc toutes les connaissances.

Si l’âme détient toutes les vérités, il y a cependant une méthode pour la faire accoucher, pour la faire se remémorer : c’est là qu’intervient la maïeutique, la méthode de questionnement socratique, afin de faire se rappeler l’âme. »[67]

C’est dans ce contexte de ce que j’appelle « l’âme savante et immortelle » que se tiennent les dialogues philosophiques de Socrate il y a plus de 2,500 ans. Depuis, le contexte a bien changé et l’objectif du dialogue en philothérapie semble très peu relié à la théorie de la réminiscence si ce n’est de la consultation elle-même.

Le client se voit offrir soit une vidéo de la consultation, soit un document où le philosophe consultant rappelle ce qui s’est dit lors de la consultation dans le but explicite de lui demander s’il a bien compris les positions de son client.

Le philosophe praticien attend du retour de son client sur sa consultation une prise de conscience à posteriori des opérations de base de la pensée. En cours de consultation, une telle prise de conscience devient pratiquement impossible à moins d’un arrêt sur chaque opération de pensée par le philosophe consultant. Ce dernier cherche à faire comprendre à son client que son mal-être provient en partie d’opération de pensée erronée.

Pour y parvenir, le philosophe consultant doit maîtriser une connaissance approfondie des différents modes de pensée pour identifier celui de son client. Il se doit aussi de connaître et de respecter le rôle des émotions dans la prise de décision de son client et, plus généralement, sur la raison. Enfin, il doit aussi connaître et maîtriser tous les tenants et aboutissants d’une relation interpersonnelle réussie ou, si vous préférez, faire preuve d’une grande intelligence émotionnelle. Autrement, la philothérapie demeure une simple technique et la consultation une séance de questions-réponses dont on ne peut pas espérer un développement de l’esprit critique du client.

Finalement, dans quel état est l’esprit critique du client lorsqu’il se présente en consultation ? Sans un diagnostic au départ et un autre à la fin de la séance, on ne peut certainement pas prétendre à un quelconque développement de l’esprit critique du client au terme de la consultation. Ce diagnostic ne doit pas être posé comme un jugement final, dans un esprit de confrontation, qui éveillera tous les mécanismes de défense du client. Il est donc préférable de l’élaborer avec le client. Et si le client prend pour objet de la démonstration de son mode de pensée et son esprit critique le philosophe praticien ou la consultation elle-même, ce dernier devra faire preuve d’une humilité exemplaire, ce que j’ai peu observé personnellement.

____________________________________________________________________

 

Références

Liste des livres étudiés

SAINT-DRÔME, Oreste (2000), Comment choisir son philosophe, Éditions La Découverte, Paris.

HADOT, Pierre (2001), La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, Librairie générale française, Le livre de poche – Biblio essais, 2004, Paris.

MARINOFF, Lou (2003), La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Faure, La table ronde.

SUÁREZ, Éric (2007), La philo-thérapie, Éditions Eyrolles, Paris.

VEGLERIS, Eugénie (2010), La consultation philosophique, Éditions Eyrolles, Paris.

ARNOUX, Jean-Eudes Arnoux (2013), Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Éditions Favre, Lausanne (Suisse).

LECOQ, Jérôme (2014), La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Éditions Eyrolles, Paris.

BOUCHET, Laurence (2015), Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, Éditions Marabout, Vanves (France).

DEVILLAIRS, Laurence (2017), Guérir la vie par la philosophie, Presses universitaires de France, Paris.

DE MOOR, Mieke (dir.) (2017), Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Éditions Vrin, Paris.

PÉPIN, Charles (2018), La confiance en soi – Une philosophie, Allary Éditions, Paris.

MASSELOT, Nathanaël (2019), Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Les Éditions de l’Opportun, Paris.

BRENIFIER, Oscar (2019), L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

BRENIFIER, Oscar (2020), La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

MASSELOT, Nathanaël (2020), Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2020.

BUISSON, Jean-François (dir.) ( 2021), La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, Genève.

DEWEY, John (2004), Comment nous pensons, John Dewey, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly, Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, (Original anglais : 1909).

MARQUIS, Nicolas (2014), Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel, Nicolas Marquis, Presses universitaires de France, Paris.

D’ALLONNES, Myriam Revault (2018), La faiblesse du vrai – Ce que la post-vérité fait à notre monde commun, Éditions du Seuil, Paris.

ILLOUZ, Eva et CABANAS, Edgar (2018), Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, Paris.

NOTES

[1] MAUBON, Léa, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Mémoires Master « Livre et savoir » / « Édition scientifique et bibliothèque », École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques [enssib], janvier 2010, p. 56. «Résumé en français : Cette étude porte sur un phénomène du paysage éditorial français actuel : la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public. Il s’agit de réfléchir, à partir d’une description de cette tendance, sur ses enjeux éditoriaux, mais également philosophiques. La démocratisation de la philosophie est un projet ancien, aujourd’hui soumis à l’expérience, qui interroge le devenir de la philosophie en France. » https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48581-les-ouvrages-philosophiques-a-destination-du-grand-public.pdf

[2] RAABE, Peter Bruno, Phylosophy of philosophical counselling,   University of British Columbia, 1999, p. 13. https://open.library.ubc.ca/soa/cIRcle/collections/ubctheses/831/items/1.0055555

[3] DESROCHES, D., La philosophie comme mode de vie chez Pierre Hadot, Encyclopédie de l’Agora, Grandes questions, Dossier thématique, première version : juillet 2011, 1-28.

[4] HERSH, Seymon, The counselling philosopher, The Humanist, June 1980, pp, 32-33.

[5] « It is therefore generally held that the official birth date of philosophical counselling as a movement, and as a profession distinct from psychotherapy, is 1981. That is when philosopher Gerd Achenbach opened the first philosophical counselling practice in Bergisch-Gladbach, near Cologne, Germany. In 1982 he established the German Association for Philosophical Practice with an initial membership of 10. By 1987 the association had grown to 125 members from several countries, and it published the first edition of Agora , its journal, which later was renamed Zeitschrift für Philosophische Praxis. » AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html

[6] About Us, National Philosophical Counselling Association (NPCA). URL : https://npcassoc.org/, Consulté le 10 juillet 2022.

[7] Depuis l’événement international baptisé officiellement « International Conference on Philosophical Practice » (ICPP) se tiendra à 16 reprises. Site web : https://icpp.site/canada.html

[8] Site web : https://appa.edu/

[9] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 197.

[10] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclaire l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 200.

[11] American Philosophical Practitioners Association, Memberships. Site web : https://appa.edu/memberships/. Consulté le 20 juillet 2022.

[12] ARNOUX, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Chapitre 1 – Les publics de la consultation philosophique et leurs attentes, La consultation en entreprise, p. 20.

[13] Durand, Guillaume, Un philosophe à l’hôpital, Introduction, pp. 9-10. (Flammarion, 2021)

[14] Source : Jean-Yves-Dubé, consultant en philosophie: https://jeanyvesdube.com/

[15] BRENIFIER, Oscar, La pratique philosophique, Le concept épouvantail : «Échec ou pas – Cette dernière réaction, ainsi que d’autres de même trempe, pose d’ailleurs la question de la continuité du travail philosophique ainsi que sa rentabilité commerciale, s’il s’agit d’une pratique aussi risquée. Sur ce sujet les praticiens n’auront pas tous la même vision des choses. Lors d’un congrès international à Séville, nous eûmes sur ce point une différence avec Lou Marinoff, un célèbre collègue américain.»

[16] Cependant, qui dit philosophie pratique ne dit pas nécessairement consultation philosophique. L’Université de Sherbrooke au Québec offre un doctorat en philosophie pratique consacré à l’éthique. » Ce dernier ne traite pas de la consultation philosophique. Site web : https://www.usherbrooke.ca/admission/programme/733/doctorat-en-philosophie-pratique/. Consulté le 22 juillet 2022.

[17] « The continuing education program in Philosophical Practice offers the first and only academic education and training in philosophical practice in the German-speaking area. » Uiversität Wien, postgraduate centeré Sie wen : https://www.postgraduatecenter.at/en/programs/education-social-care/philosophical-practice/. Consulté le 22 juillet 2022.

[18] WIESELBERG, Lukas, Die « Philosophische Praxis » öffnet ihre Pforten, science.ORF.at. « Philosophische Praktiker sollen also so etwas wie Ratgeber oder Lebensberater sein. » Site web : https://sciencev2.orf.at/stories/1746791/index.html. Consulté le 22 juillet 2022.

[19] Site web : https://admitere.uvt.ro/program/philosophical-counselling-and-consultancy/. Consulté le 22 juillet 2022.

[20] FRUNZA, Sandu, Cu Florin Lobonț despre profesionalizarea consilierii filosofice în lumea aflată în criza pandemicăfrunză. Site web : https://frunzasandu.wordpress.com/2020/06/09/cu-florin-lobont-despre-profesionalizarea-consilierii-filosofice-in-lumea-aflata-in-criza-pandemica/.

[21] ZIMAICH , Samuel, Jr., Gerd B. Achenbach’s ‘Beyond-Method’ Method, International Journal of Philosophical Practice, Volume 2, Issue 2, Spring 2004. Site web : https://www.pdcnet.org/ijpp/content/ijpp_2004_0002_0002_0052_0062. Consulté le 22 juillet 2022. HATEGAN, Vasile (West University of Timisoara ), Philosophical Practitioner or Philosophical Counselor, options for new profession in Romania, Revue Roumaine de Philosophie , December 2018. Site web : https://www.researchgate.net/publication/329610662_Philosophical_Practitioner_or_Philosophical_Counselor_options_for_new_profession_in_Romania. Consulté le 22 juillet 2022.

[22] Lien : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[23] Lien : https://philotherapie.ca/2021/09/07/article-11-la-consultation-philosophique-oscar-brenifier-editions-alcofribas-2020/

[24] LECOQ, Jérôme, La pratique philosophique, Remerciements, Eyrolles, 2014.

[25] « L’expérience client désigne l’ensemble des émotions et sentiments ressentis par un client avant, pendant et après l’achat d’un produit ou service. C’est le résultat de l’ensemble des interactions qu’un client peut avoir avec la marque ou l’entreprise. », Définitions marketing – L’encyclopédie illustrée du marketing. Site web : https://www.definitions-marketing.com/definition/experience-client/. Consulté le 23 juillet 2022.

[26] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Consultation philosophique et mondes de la vie, Consultation philosophique et mondes psy, pp. 31-32.

[27] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contextes d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, Avoir les yeux partout, pp. 184-185.

[28] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017.

[29] Site web : https://brill.com/view/title/35103?contents=editorial-content.

[30] Site web : https://www.vrin.fr/livre/9782711625307/platon-la-mediation-des-emotions.

[31] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017, p. 89. Traduction libre : «En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. »

[32] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[33] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[34] ACHENBACH, Gerd B., Kurzgefaßte Beantwortung der Frage: Was ist Philosophische Praxis?. Site web : https://www.achenbach-pp.de/de/philosophischepraxis_text_was_ist.asp. Consulté le 25 juillet 2022. «Soll nun allerdings bündig gesagt werden, auf welche Weise der praktische Philosoph seinem Besucher weiterhelfe – üblicherweise lautet die Frage: „nach welcher Methode » verfahren werde -, so ist zu sagen, Philosophie arbeite nicht mit, sondern allenfalls an Methoden. Methodengehorsam ist Sache der Wissenschaften, nicht der Philosophie. Philosophisches Denken bewegt sich nicht in vorgefertigten Bahnen, es sucht den jeweils „richtigen Weg » vielmehr jeweils neu; bedient sich keiner Denkroutinen, sondern sabotiert sie, um über sie aufzuklären. »

[35] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[36] « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022). Site web des éditions de l’Opportun : https://www.editionsopportun.com/search?utf8=%E2%9C%93&q=masselot. Consulté le 25 juillet 2022.

[37] HADOT, Pierre, La Philosophie comme manière de vivre. Paris, Albin Michel, 2001.

[38] Philosophie comme mode de vie : http://agora.qc.ca/dossiers/Philosophie_comme_mode_de_vie

[39] HADOT, Pierre, Qu’est-ce que la philosophie antique? p. 19

[40] SOREL, Patrick, conférence «Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel ». Sur la plateforme vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.

[41] Il faut aussi se référer à la linguistique. Voir : GOSSELIN, Laurent (Titulaire d’un doctorat d’université en linguistique française (Caen, 1986). Professeur de linguistique à l’Université de Rouen et membre du laboratoire DYALANG du CNRS (en 2005)), L’expression de l’opinion personnelle : « Je crois / pense / trouve / considère / estime que p ». L’information grammaticale, Peeters Publishers, 2015, 144, pp.34-40. (10.2143/IG.144.0.3071277). (hal-02310056). URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02310056. Consulté le 26 juillet 2022. Site web : https://sites.google.com/site/laurentgosselin14/. Consulté le 26 juillet 2022.

[42] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[43] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[44] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, p. 21

[45] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, pp. 22-23.

[46] OMELCHENKO Nikolay, « La philosophie comme thérapie », Diogène, 2009/4 (n° 228), p. 95-105. DOI : 10.3917/dio.228.0095. URL : https://www.cairn.info/revue-diogene-2009-4-page-95.htm

[47] Revaclier, Jérôme, Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète, (Mémoire de) maîtrise (master), Université de Lausanne, Faculté des lettres (https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_S_31805).

[48] Warsztacki, Sandrine, Soigner par la philosophie, En Marche – Le journal de la Mutualité chrétienne, 15 Septembre 2020.  https://www.enmarche.be/culture/lectures/soigner-par-la-philosophie.htm

[49] https://www.patricksorrel.com/

[50] 1. Méthode suscitant la mise en forme des pensées confuses, par le dialogue (Socrate, dans les œuvres de Platon). (Dictionnaires Le Robert). 2. Dans la philosophie socratique, art de conduire l’interlocuteur à découvrir et à formuler les vérités qu’il a en lui (Dictionnaire Larousse).

[51] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[52] (Certified Members are bound by the APPA Code of Ethical Professional Practice, and are committed to regular professional development.) Memberships, American Philosophical Practitioners Association. https://appa.edu/memberships/

[53] Sorrel, Patrick, Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. Disponible sur la plateforme YouTube :  https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.  «Vous aussi, pensez que la philosophie peut maintenant sortir des bancs de l’école, et permettre d’aider concrètement des personnes à clarifier le sens de leur existence? Entre philosophie et psychologie, la philothérapie offre une approche d’accompagnement centrée».

[54] SHUSTERMAN Richard, « La philosophie comme vie éveillée chez Emerson et Thoreau », Cahiers philosophiques, 2009/4 (N° 120), p. 15-24. DOI : 10.3917/caph.120.0015. URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques1-2009-4-page-15.htm

[55] Voir mon article en ligne «Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien» sur le site web de l’observatoire québécois de la philothérapie : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[56] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[57] « Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[58] « L’Erreur de Descartes : la raison des émotions est un essai paru en 1994 du neuropsychologue António Damásio qui traite de la question du dualisme entre le corps et l’esprit. Damásio présente l’hypothèse du marqueur somatique, un mécanisme proposé par lequel les émotions guident le comportement et la prise de décision, et posent que cette rationalité requiert un apport émotionnel. Il soutient que « l’erreur » de René Descartes était la séparation dualiste de l’esprit et du corps, la rationalité et l’émotion. » Source : Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Erreur_de_Descartes_:_la_raison_des_%C3%A9motions

[59] « Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[60] DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.

[61] Denise Normand-Guérette, orthopédagogue, professeure associée, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal, Comment apprivoiser les émotions ?, Société de recherche en orientation humaine (SROH). Voir l’article en ligne pour prendre connaissance de la note en bas de page # 1 :  https://sroh.org/fr/pages/que-signifie-sroh

[62] Létourneau, M. (2015). Comprendre et équilibrer ses émotions dans un contexte professionnel, Psychologie préventive, (48), 30-38. Chronique sur l’intelligence émotionnelle, en ligne : http://www.sroh.org/fr/intelligence-emotionnelle-section/243-equilibrer-la-volonte-de-puissance-et-insecurite-pour-renforcer-identite.

NOTES 1 et 2 dans la citation :

1 Pour expliquer le concept de « volonté de puissance », nous nous référons aux travaux de Guitouni :

« L’étude de la globalité identitaire nécessite la connaissance de trois éléments : la nature du fonctionnement cognitif, émotif et instinctif de la personne. La dynamique de ces trois éléments qui forment la base de l’identité humaine doit être comprise à la lumière des deux pulsions de vie animant tout être, à savoir la volonté de puissance et la recherche de sécurité. » (Guitouni et Brissette, 2000, p. 143.)

« “[…] chaque personne vient au monde avec une double pulsion : la recherche de sécurité et la volonté de puissance. Ces deux éléments sont innés. L’insécurité est déclenchée par le choc de la naissance et par la dépendance du nourrisson dans ses besoins de survie. Mais au-delà de la fragilité de la petite enfance, l’être humain naît aussi avec un autre mécanisme de pulsion de vie qui s’appelle la volonté de puissance et que je définis comme la force qui nous pousse à réclamer nos droits et à puiser en nous-mêmes l’énergie pour nous libérer de la dépendance. L’insécurité permet de protéger sa survie et la volonté de puissance incite à chercher le moyen de grandir. […]

L’établissement, au courant de la vie, d’un équilibre entre ces deux tendances conduit l’individu au développement et à l’épanouissement de son identité. En effet, si quelqu’un sait se protéger et en même temps se développer, il s’achemine vers une évolution personnelle garante d’une identité forte.” (Guitouni, 1991, p. 10-11.)

Par contre, “nous avons constaté qu’une personne vivant un conflit continuel entre sa volonté de puissance, c’est-à-dire son désir de s’imposer et de prendre la place qui lui revient, et son incapacité à faire face à l’insécurité, sera dans l’impossibilité d’avancer et de s’améliorer. […]” (Guitouni, 1985, p. 23.)

Ainsi, lorsque nous vivons un déséquilibre, “notre volonté de puissance [est réduite] à un mécanisme de réaction alors qu’en fait, [elle] devrait en être un d’action et de correction, et […] nos insécurités [sont exacerbées] au point de nous rendre obsédés de la sécurité et de pousser le ridicule de notre préservation jusqu’à l’apathie et au laisser-aller.” (Guitouni, 1985a, p. 9) » (Guitouni et Normand-Guérette, 1993, p. 161-162.)

L’exemple que nous analysons dans cet article illustre une forme de déséquilibre entre la sécurité et la volonté de puissance. L’intervention que le professionnel doit faire suscite son insécurité pour toutes les raisons mentionnées, cependant, en hésitant à prendre des décisions, il va à l’encontre de sa volonté de puissance, dont le rôle est de l’amener à s’affirmer et à évoluer. Après avoir brimé sa volonté de puissance, lorsque le professionnel s’affirme enfin, sa réaction peut ressembler à celle d’un ressort qui se détend brusquement et il peut avoir de la difficulté à évaluer sa portée. Il en est de même avec la volonté de puissance qui cherche à prendre sa revanche et à s’exprimer avec force. Elle prend alors une ampleur surdimensionnée et pousse la personne à se gonfler d’orgueil et à se croire momentanément plus forte qu’elle ne l’est. L’intérêt de développer son intelligence émotionnelle est d’enrichir la connaissance de soi par la compréhension des émotions, ce qui concoure au renforcement de son identité personnelle. Ainsi, l’individu est de plus en plus conscient des raisons de ses comportements, de ses forces, de ses compétences et de ses vulnérabilités. De plus, une connaissance réaliste de sa valeur contribue au développement d’une confiance et d’une sécurité personnelles ainsi qu’à l’expression d’une volonté de puissance équilibrée.

2 Bien sûr, la complexité de certaines de ces expériences dérangeantes nécessitera que le professionnel fasse appel à des services spécialisés pour l’aider dans sa démarche.

[63] «L’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres. [TRADUCTION] (Mayer & Salovey, 1997). » © Academic, 2000-2022, https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/824844.

[64] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[65] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[66] Ménon, Phédon, Phèdre : https://1000idcg.com/reminiscence-platon/

[67] Platon et la Réminiscence: Definition & Analyse, La-Philosophie.com, https://la-philosophie.com/reminiscence-platon.


Au sujet de l’auteur

Marié et père de quatre enfants, Serge-André Guay est né à Lévis (Québec, Canada) en 1957.
Il est avant tout un auteur. Il a d’abord écrit et publié deux recueils de poésie au cours de son adolescence: Lueur de solitude et La conscience aux heures de pointe. À la même époque, il fonde une revue de poésie: Infusion. Il glisse très tôt vers les médias avec une chronique intitulée «Salut les poètes» publiée dans La tribune de Lévis et diffusée à l’antenne de la station de radio CFLS. À 16 ans, il est le plus jeune membre de la Société des poètes canadiens français, rebaptisée depuis Société des poètes Québécois. Il accède au Conseil d’administration de la Société et devient directeur national du concours annuel de poésie.

De formation autodidacte et travailleur autonome depuis plus de 30 ans, il a été animateur, commentateur, chroniqueur, journaliste, recherchiste et rédacteur en chef au service de différents médias québécois et ontariens, notamment à la radio de Radio-Canada à Québec, au quotidien Le Soleil de Québec, aux hebdomadaires L’Express de Toronto et Le Nord de Hearst, au magazine Flash PME de Québec et autres.

Son expérience des médias et un stage de formation en Europe font de lui un éducateur aux médias dont les interventions sont recherchées par le milieu scolaire. Le film, Les enfants de la télévision, produit par l’Office National du Film du Canada, témoigne du projet «Jeunes téléspectateurs actifs» réalisé par le Club d’initiation aux médias, un organisme d’éducation aux médias qu’il a fondé en 1981. Il a animé plus de 250 conférences et séminaires au sujet de l’influence des médias devant plus de 35,000 jeunes du Québec, de l’Ontario et des provinces maritimes.

En 1987, il quitte le milieu communautaire pour se joindre à l’entreprise privée à titre de consultant en communication et en marketing. En 1990, il développe une expertise hautement spécialisée en recherche marketing, soit l’étude des motivations d’achat des consommateurs, axée sur l’évaluation prédictive du potentiel commercial des produits et des services, nouveaux et améliorés. Il a étudié les réactions sensorielles involontaires et les réactions inconscientes de plus de 25,000 consommateurs dans le cadre de plus d’une centaine d’études des motivations d’achat pour différents manufacturiers et distributeurs canadiens. Il a signé de nombreux articles et donné plusieurs conférences. Il a aussi publié une série de vingt-quatre études traitant du caractère scientifique du marketing sous le titre “Science & Marketing ”, Prédire le potentiel commercial des biens et des services”.

Reconnu depuis toujours pour sa franchise, il n’hésite pas à questionner les idées reçues. Animé par une profonde réflexion sur la conscience et la condition humaine, il est un «penseur entrepreneur», à la fois fonceur et analytique.

Il revient à l’écriture à l’aube de l’an 2000 avec un essai de gouvernance personnel intitulé «J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison», un essai sur le marketing intitulé «Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université» et un essai sur le marketing politique intitulé «Comment motiver les Québécois à voter pour ou contre l’indépendance du Québec – Analyse et point de vue strictement marketing / Apolitique».

En savoir plus (curriculum vitae)

AVERTISSEMENT

Je suis pas un philosophe consultant et, par conséquent, je n’offre pas de consultation philosophique privée. Je n’offre pas de formation en philothérapie. Je demeure un observateur de la naissance et du développement de la philothérapie ou, si vous préférez, du domaine de la consultation philosophique. Il n’est pas non plus question ici de coach et encore moins de gourou en philothérapie. Je me limite à la lecture de livres et autres documents traitant de la philothérapie et de faire rapport de ces lectures. Aussi, à partir de ces lectures, je prépare, offre et anime des conférences. De plus, je témoigne de l’apport de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle. Enfin, je suis l’auteur d’un livre intitulé J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison (exemplaire numérique gratuit – PDF), un essai et témoignage de gouvernance personnelle qui est le sujet de l’une de mes conférences.


Au sujet de l’Observatoire québécois de la philothérapie

(Lévis – Québec – 11 avril 2022) Le Lévisien Serge-André Guay crée le tout premier Observatoire québécois de la philothérapie consacré à l’examen et à la promotion de cette nouvelle pratique. Déjà bien implantée en Europe et aux États-Unis, la philothérapie offre à la personne la possibilité de rencontrer en privé un consultant philosophe pour discuter de sa vie et de ses problèmes existentiels. Le terme « philothérapie » est copié sur le terme « psychothérapie ». Cependant, la philothérapie ne relève pas de la médecine; elle ne soigne pas les traumatismes et les troubles psychiques. Lors d’une séance de philothérapie, le clinicien ou le consultant philosophe entretiendra un dialogue d’égal à égal avec vous. L’animateur s’assure uniquement que ce dialogue soit initiateur de prises de conscience révélatrices de la réalité de soi et du monde. La philothérapie se distingue ainsi de l’exercice de verbalisation du patient du psychologue.

Serge-André Guay ne se présente pas comme un consultant en philosophie. Il se limite à observer le développement de la nouvelle pratique. Il met à la disposition de la population des informations, dont plus de vingt rapports de lecture de livres traitant de la philothérapie. Il offre des conférences fondées sur ses lectures et sa propre expérience de la philosophie dans sa vie personnelle et professionnelle.

La création de cet observatoire s’inscrit parmi les suites de la publication de son livre J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, un essai et témoignage de gouvernance personnelle.

Les intéressés peuvent visiter le site web de l’observatoire au https://philotherapie.ca/.

J’expérimente les bienfaits de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle depuis plus de 25 ans. La philosophie contribue au bien-être de mon esprit et de ma psyché. Désormais, je partage avec vous mes connaissances et mon témoignage sur ce site web dédié.

Aussi, j’offre des conférences traitant de la philothérapie. Vous trouverez sur ce site web la vidéo et les notes de ma toute première conférence « La philothérapie ─ Quand la philosophie nous aide » accessible gratuitement.

Cette conférence vous introduit à la philothérapie à l’aide de mes lectures sur le sujet.
À titre de bibliographe amateur, je mets à votre disposition l’ensemble de mes rapports de lecture au sujet de philothérapie dans la section «J’ai lu pour vous».

Enfin, ce site web se veut un Observatoire de la philothérapie au Québec.


dossier-philotherapie-bandeau-750

Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR


Ressources : études et articles

LE STATUT DES EXPÉRIENCES DE PENSÉE EN PHILOSOPHIE

© Jérôme Richard

Résumé

Les expériences de pensée sont des situations hypothétiques qui cherchent à critiquer ou défendre des théories et des concepts. Leur utilisation est répandue dans une multitude de disciplines, autant en science qu’en philosophie. Malgré sa popularité dans les débats philosophiques, l’usage des expériences de pensée est contesté. Par contre, en science elles sont acclamées. Est-ce que les expériences de pensée en science et en philosophie font partie de la même méthode? Nous avons examiné la thèse de Sorensen (1992) qui défend qu’il n’y a pas de différence disciplinaire entre les EP. Le premier chapitre est consacré à l’examen de la thèse de Sorensen. Le deuxième chapitre exposera les critiques de Sorensen. Dans le troisième chapitre, nous répondrons aux critiques établis dans le deuxième chapitre, ainsi qu’aux critiques sceptiques qui attaquent la légitimité de cette méthode. Nous défendrons une thèse expérimentaliste qui assure le caractère informatif et légitime des expériences de pensée, plus particulièrement en philosophie.

L’encyclopédie philosophique

ISSN 2606-6661

Expérience de pensée (GP)

Margherita Arcangeli, Université de Genève

Résumé

Le vocabulaire philosophique a récemment consolidé l’utilisation du terme « expériences de pensée » pour désigner des expériences conduites dans le « laboratoire de la pensée » et réalisées grâce à nos capacités d’imagination. Cette pratique, que l’on observe aussi bien dans les disciplines philosophiques, que dans les sciences, est cependant plus ancienne que le terme qui sert à la décrire. Que faut-il alors entendre exactement par « expérience de pensée » ? Pour répondre à cette question il est utile de partir d’exemples concrets. Nous nous proposons d’en détailler deux : une expérience de pensée scientifique et une expérience de pensée philosophique (§1). La discussion des caractéristiques des expériences de pensée nous amènera à aborder deux autres questions importantes, à savoir celle de leur fonction (§2) et de leur indispensabilité (§3).

Cliquez ici pour lire la suite de ce texte en ligne sur le site de L’encyclopédie philosophique


Le doute

par Raymond-Robert Tremblay, du cégep du Vieux Montréal

Il existe deux formes de doute: le doute ordinaire et le doute philosophique.

Le doute ordinaire

Commençons par ce que nous connaissons tous très bien pour l’avoir pratiqué: le doute ordinaire est l’expression d’un sentiment d’incertitude quant aux événements ou aux personnes. Nous dirons « j’en doute » lorsque nous ne sommes pas certains de réussir un examen ou lorsque nous pensons que quelqu’un pourrait nous mentir. Nous dirons « je doute de lui » pour signifier que nous n’avons pas confiance en quelqu’un. Enfin, nous dirons « je m’en doute » pour signifier que nous soupçonnons qu’une idée est vraie. Le doute ordinaire est fréquent parce qu’il survient spontanément, sans qu’on l’ait spécialement voulu.

Cliquez ici pour lire la suite de ce texte en ligne sur le site du Cégep du Vieux Montréal


Philosophie, médias et société

Par Julien Lecomte

Une méthode d’analyse de contenu basée sur la philosophie : l’analyse des présupposés épistémologiques et éthiques

Dans cet article, nous présentons une méthode d’analyse de contenu originale basée sur des notions philosophiques (développées notamment dans le cours Médias, philosophie et citoyenneté).

Cliquez ici pour lire cet article sur le site web Philosophie, médias et société


LES TEXTES SONT DES OUTILS POUR PHILOSOPHER

© Michel Damien

Dans l’étude de la philosophie classique il y a deux grandes approches: L’étude chronologique
et l’étude par thèmes. Avec l’étude par thèmes, le professeur propose à la réflexion, plusieurs
extraits de textes de différents auteurs sur le même sujet. Les auteurs se retrouvent ainsi
mélangés, sans parfois tenir compte des dates où ils ont vécu. Ainsi si Jung a lu Aristote,
Aristote n’a jamais lu Jung. Qu’importe ! Leurs propos sont rapprochés et mis en résonance.
Pour réaliser cela, il me parait important de prendre la précaution de tenir compte que les
écrits du plus ancien ont influencés ceux du plus jeune. L’avantage de cette méthode est de
travailler sur des textes de plusieurs auteurs, même si ils sont distants dans le temps, sur la
même préoccupation. Il en ressort une synthèse qui doit apporter un éclairage nouveau pour
celui qui étudie.

Cliquez ici pour télécharger le document complet en format PDF

Cliquez ici pour visiter le site web


9 « Connais-toi toi-même »

Actualité de l’injonction de Socrate

Guy Lazorthes

L’injonction de Socrate était en son temps justifiée car de tout événement heureux ou
malheureux, un dieu était alors responsable ; la mythologie 1 régnait. Les hommes oubliaient de se mettre en cause. Justifiée, elle le fut encore pendant les siècles au cours desquels les vérités et les règles de conduite étaient dictées par les seuls textes sacrés.

L’incitation à s’interroger sur soi-même ne s’impose pas moins aux temps modernes. Les
fanatismes religieux persistent, et de plus les esprits accaparés par la Science et par la Technologie négligent la réflexion sur la condition humaine.

Cliquez ici pour télécharger le document complet en format PDF

Cliquez ici pour visiter le site web


Cours de philosophie

Séries technologiques

Eric Delassus

1. Qu’est-ce que la philosophie?

1.1 Introduction :

La question de savoir ce qu’est la philosophie est une question difficile dans la mesure où il s’agit
déjà d’une question philosophique au sujet de laquelle les avis des philosophes eux-mêmes
sont divergents. Cependant, il semble difficile également de débuter son éducation philosophique sans avoir une idée, même vague, de ce que peut être la philosophie. C’est pourquoi, avant d’aborder la philosophie d’un point de vue purement philosophique, nous l’aborderons selon un angle à la fois historique et étymologique.

Cliquez ici pour télécharger le document complet en format PDF

Cliquez ici pour visiter le site web


Vivre en philosophe

Exercices spirituels antiques et contemporains
Entretiens avec Philippe Hoffmann et Xavier Pavie
par Maël Goarzin

HAL Id : hal-03020164
https://hal-essec.archives-ouvertes.fr/hal-03020164

Apprendre à lire, apprendre à vivre :
la lecture comme exercice spirituel

Résumé : Entretiens avec Philippe Hoffmann et Xavier Pavie par Maël Goarzin Apprendre à lire, apprendre à vivre : la lecture comme exercice spirituel : Introduction par Maël GOARZIN Pierre Hadot et la philosophie antique : Entretien avec Philippe HOFFMANN  La réception des exercices spirituels dans la philosophie contemporaine, vers un choix d’exister moderne : Entretien avec Xavier PAVI.

Chaque époque doit reprendre cette tâche, apprendre à lire et à relire ces « vieilles vérités ». Nous passons notre temps à « lire », c’est-à-dire à faire des exégèses, et même des exégèses d’exégèses (…), nous passons notre vie à « lire », mais nous ne savons plus lire, c’est-à-dire nous arrêter, nous libérer de nos soucis, revenir à nous-mêmes, laisser de côté nos recherches de subtilité et d’originalité, méditer calmement, ruminer, laisser les textes nous parler. C’est un exercice spirituel, un des plus difficiles¹.
Pierre Hadot

1- Pierre Hadot, « Exercices spirituels », dans Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Editions Albin Michel, 2002, p. 73-74.

Lien de téléchargement (PDF)


La philosophie comme thérapie, transformation de soi et style de vie chez Sénèque

[article]

Aldo Setaioli

Setaioli Aldo. La philosophie comme thérapie, transformation de soi et style de vie chez Sénèque. In: Vita Latina, N°187-188, 2013. pp. 200-221;
https://www.persee.fr/doc/vita_0042-7306_2013_num_187_1_1762

Le but premier de la philosophie de Sénèque est la thérapie de l’âme, c’est-à-dire la progrès moral du lecteur comme de l’écrivain lui-même. Il s’agit d’un processus impliquant plusieurs étapes. Le thérapeute philosophique s’adressera d’abord aux émotions du lecteur encore loin de la sagesse et de la raison ; il encouragera alors des ‘‘exercices’’ ascétiques, et pourra enfin faire appel à la raison. Un rôle important dans ce progrès spirituel est également joué par la lecture.

Retrouver le lien de téléchargement (PDF) sur le site web


je pense, je crois & je suppose…

Une caractérisation sémantique des verbes parenthétiques penser, croire et supposer

Mémoire de Master
Marjet de Vries
S1176250 Directeur de mémoire : Prof. Dr. J.E.C.V Rooryck Second lecteur : Dr. E Schoorlemmer Université de Leiden, Département de français le 26 avril 2016

Ce travail vise à fournir des éléments permettant d’établir des distinctions interprétatives plus nettes entre penser, croire et supposer dans la construction parenthétique. En outre, ce travail explique également la différence de traduction dans les constructions parenthétiques denken et geloven en néerlandais.

Lien de téléchargement (PDF)


Systeme 1, Systeme 2

Les Deux Vitesses De La Pensee

Daniel Kahneman

Retrouver le lien de téléchargement (PDF) sur le site web


Synthèse du livre : «Se libérer de l anxiété sans médicaments» de David BURNS

Lecture JUIN 2008

(Evelyne PERNOT)

Lien de téléchargement (PDF)


Croire, savoir, connaître (article complet)
dans l’œuvre de Jean Borella

Bruno Bérard

Lire cet article sur le site web d’origine


LE CARACTÈRE PERSONNEL DES ÉMOTIONS

Hichem Naar
Presses Universitaires de France | « Revue philosophique de la France et de
l’étranger »
2016/2 Tome 141 | pages 197 à 214
ISSN 0035-3833
ISBN 9782130734437
DOI 10.3917/rphi.162.0197

Article disponible en ligne à l’adresse :

Téléchargement (PDF) offert sur le site web original

https://www.cairn.info/revue-philosophique-2016-2-page-197.htm


« Connais-toi toi-même » à la manière de Philon

Jean-Georges Kahn
Résumé
Philon d’Alexandrie, qui a abondamment médité sur la célèbre maxime delphique, donne de celle-ci une interprétation nouvelle :
après être passé à travers une large propédeutique scientifique , le sage découvre son propre néant , ce qui le rend disponible
pour Dieu et lui permet de se mettre au diapason de l’harmonie universelle où se révèle la volonté divine.
Citer ce document / Cite this document :
Kahn Jean-Georges. « Connais-toi toi-même » à la manière de Philon. In: Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 53e
année n°3-4,1973. pp. 293-307;

Téléchargement (PDF) sur le site web original

doi : https://doi.org/10.3406/rhpr.1973.4162

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1973_num_53_3_4162


Pour la philosophie de la conscience

Alfred Binet
Citer ce document / Cite this document :
Binet Alfred. Pour la philosophie de la conscience. In: L’année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 113-136;

Téléchargement (PDF) sur le site original

doi : https://doi.org/10.3406/psy.1905.3712

https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_1905_num_12_1_3712


Mon expérience de la consultation philosophique en entreprise

Eugénie Vegleris, consultante en philosophie dans les entreprises

Lien pour lire cet article sur le site original


PSYCHANALYSE

Ils prescrivent du Kierkegaard à leurs patients

Les philosophes sont de plus en plus nombreux à ouvrir des cabinets de consultation. Et des filières universitaires se créent pour donner une qualification à ces thérapeutes d’un nouveau genre.

Courrier international, 29 septembre 2011


9 « Connais-toi toi-même »

Actualité de l’injonction de Socrate

L’injonction de Socrate était en son temps justifiée car de tout événement heureux ou malheureux, un dieu était alors responsable ; la mythologie 1 régnait. Les hommes oubliaient de se mettre en cause. Justifiée, elle le fut encore pendant les siècles au cours desquels les vérités et les règles de conduite étaient dictées par les seuls textes sacrés.

L’incitation à s’interroger sur soi-même ne s’impose pas moins aux temps modernes. Les fanatismes religieux persistent, et de plus les esprits accaparés par la Science et par la Technologie négligent la réflexion sur la condition humaine.

Télécharger (PDF)

Source : https://psychaanalyse.com/index.php?page=page_recherche


Qu’est-ce qu’une thérapie philosophique ?

Michel Le Du
Citer ce document / Cite this document :
Le Du Michel. Qu’est-ce qu’une thérapie philosophique ?. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 108, n°3,
2010. pp. 403-420;

doi : 10.2143/RPL.108.3.2056218

Téléchargement (PDF) sur le site web original

https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2010_num_108_3_8134


Le counselling philosophique : une pratique en quête d’identité et de normes

Philippe Leblanc

Résumé

II est tout à fait raisonnable d’affirmer que le counselling a sa place parmi les autres approches en relation d’aide. II possède une expertise unique, des techniques, approches et méthodes spécifiques ou adaptées, ainsi qu’une formation qui répond aux besoins inhérents a la pratique. Toutefois, cette place est mince et fragile. Puisqu’il n’y a aucun paradigme commun unifiant les différents praticiens en ce qui concerne les éléments fondamentaux de la pratique, il devient intéressant de contribuer a combler ce vide. Le présent mémoire propose d’explorer la définition, les critères d’admissibilité et les arguments justifiant l’existence de l’approche de counselling philosophique. Puis, nous compilerons, analyserons et évaluerons les techniques et approches, ainsi que trois des méthodes proposées (Marinoff, Raabe et Prins-Bakker). Troisièmement, nous dresserons une liste des limites inhérentes a la pratique (épistémologiques, pratiques et éthiques), évaluerons comment ces limites s’intègrent dans un code de conduite, puis questionnerons les parcours académiques qui sont proposés pour mener à bien le processus de counselling philosophique. Nous conclurons le mémoire en nous demandant s’il ne s’agit pas ici de vendre l’âme de Socrate.

URI : http://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/5279

Lien de téléchargement (PDF)


Ressources de mieux-être

Université d’Ottawa

La résolution de problèmes (PDF, 422,12 Ko)

Résoudre ses problèmes (PDF, 638,58 Ko)

Accepter l’incertitude (PDF, 722,3 Ko)

Analyser ses pensées (PDF, 620,68 Ko)

Comment améliorer son humeur (PDF, 689,9 Ko)

Comment fonctionne l’inquietude (PDF, 722,9 Ko)

La gestion du stress (PDF, 803,78 Ko)

L’activation comportementale (PDF, 652,69 Ko)

Les modes de pensées négatives (PDF, 628,4 Ko)

Les pensees et les émotions (PDF, 609,63 Ko)

Modifier son mode de pensée (PDF, 534,55 Ko)

Reportez vos soucis (PDF, 636,96 Ko)


Manuel d’accompagnement pour une thérapie cognitivo-comportementale

Chaloult, L., Goulet J. et Ngô, T. L.
1re édition

Téléchargement (PDF) sur le site web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Autre téléchargement

Manuel d’accompagnement pour une thérapie cognitivo-comportementale, guide complet (avril 2018)


Les dimensions philosophiques de la relation d’aide

Raymond, Cécile (2007). « Les dimensions philosophiques de la relation d’aide » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en philosophie.

Résumé

Ce mémoire se base sur l’hypothèse que l’être humain a quatre grands types d’aspects et de besoins : les besoins spirituels, psychiques, psychologiques et physiques. C’est pour répondre à ces quatre grands types de besoins que différents types de modèles relationnels ont été élaborés à travers l’histoire. La relation d’aide comme nous la connaissons est plus récente. Celle-ci consiste à déterminer lequel de ces aspects est déficient, afin de permettre le type de traitement qui permettra le rétablissement de l’équilibre de la personne présentant un état de déséquilibre et de besoin que l’on pourrait qualifier de trouble du désir. D’abord, les aspects physiques s’adressent au corps et au bon fonctionnement physique. Le modèle d’aide correspondant fait en parti appel au traitement psychologique et à la médication. C’est le domaine de la psychiatrie et de la science médicale. Les aspects psychologiques s’adressent à la personnalité et à la vie en société. Le psychologue s’intéresse à la manière de se comporter, de réagir aux impressions reçues, tout en tentant de modifier les réactions par l’expérience. Mais comme beaucoup de psychologues ont éliminé de leur vocabulaire, la notion d’âme et d’esprit conscient de lui-même, la psychologie ne peut se substituer à la philosophie, à la logique, et à la morale. Car ses différents domaines d’étude ne touchent pas à ces aspects. Les aspects psychiques sont ceux de la vie de la conscience et du fonctionnement mental. C’est parce que chaque personne a conscience de ses idées, émotions et affections, de ses tendances et de ses actions qu’elle considère comme la constituant elle-même, qu’il lui est possible de se représenter les autres comme étant semblable à elle-même. C’est par la découverte des autres dans son imaginaire que la personne découvre des ressemblances, mais également des différences avec les autres. Mais à ce stade, les autres ne sont encore tout au plus que des sensations, des perceptions et des représentations qui doivent ensuite être symbolisées. Pour ces raisons l’on peut affirmer que le traitement du psychisme peut s’effectuer essentiellement par le moyen du langage, des représentations et de la logique. Ces domaines sont donc essentiellement ceux de la philosophie. Les aspects spirituels se rapportent au domaine de l’esprit conscient de lui-même, de l’intelligence et de la morale. C’est donc la psychologie ontologique qui permet l’observation de l’esprit au-delà de lui-même, et au-delà des phénomènes. C’est ce type de psychologie qui permet de découvrir une réalité substantielle et permanente dont les phénomènes ne sont que la manifestation. On nomme une telle psychologie, la psychologie rationnelle au sens où l’employait Kant. La médecine et la psychologie étant incapables à elles seules de dépasser les limites de leurs champs d’intérêt propres, la philosophie conserve toujours la possibilité de répondre à un besoin humain de dépassement, que ne permettent pas les deux premiers moyens d’aide. Puis, ce n’est que la philosophie qui permet de poser les questions éthiques essentielles à l’interrogation sur la valeur et les buts de l’existence humaine. L’ontologie et l’éthique sont donc les deux dernières interrogations essentielles sur la voie du développement humain. Ce sont elles qui permettront de donner un objet valable au désir, atteignant ainsi la forme d’aide la plus empathique qui puisse être donnée par une personne à une autre.

Lien de téléchargement (PDF)


La logique de la science

par

Charles-Sanders Peirce

Deux articles publiés dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger

« Comment se fixe la croyance »
troisième année, tome VI, décembre 1878, pages 553-569

et

« Comment rendre nos idées claires »
quatrième année, tome VII, janvier 1879, pages 39-57

Lien de téléchargement (PDF)


L’EXPRESSION DE L’OPINION PERSONNELLE

« Je crois / pense / trouve / considère / estime que p »

Laurent GOSSELIN

L’Information grammaticale n° 144, janvier 2015

Lien de téléchargement (PDF)


La philosophie antique comme soin de l’âme

David Lucas

https://doi.org/10.4000/leportique.948

Résumé

La philosophie antique peut être conçue comme soin de l’âme dans la mesure où les passions dont elle nous détourne sont susceptibles de nous faire souffrir. L’antiquité affirme d’une seule voix que l’homme en lequel la raison domine est plus sain que celui qui s’abandonne à la pente naturelle de ses désirs, de sorte qu’il est effectivement possible de parler d’une philosophia medicans. Le bien rationnel promettrait donc finalement davantage de bonheur que le plaisir des sens, avertissement qui raisonne avec une force particulière à l’âge où il est acquis que c’est en « se faisant plaisir » que l’on profite le mieux de la vie.

Lien de téléchargement (PDF)


Vivre philosophiquement aujourd’hui ?

Jean-François Balaudé
Dans Cahiers philosophiques 2009/4 (N° 120), pages 9 à 14

Lien de téléchargement (PDF)


« La Consultation Philosophique Socratique ou l’art de philosopher dans le dialogue, nouveau paradigme pour la pratique de la philosophie ? »

Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis
Ecole Doctorale : PRATIQUES ET THEORIES DU SENS
LABORATOIRE LLCP EA 4008 : ÉTUDES ET RECHERCHES SUR LES LOGIQUES CONTEMPORAINES DE LA PHILOSOPHIE
Thèse de Philosophie
Par Jérôme LECOQ

Lien de téléchargement (PDF)

Voir aussi

Sur l’évaluation de la légitimité philosophique d’une pratique déjà établie.


La théorie argumentative du raisonnement

Hugo Mercier 1

ECOLE DES HAUTES ETUDES EN SCIENCES SOCIALES
Thèse de doctorat en sciences sociales, mention sciences cognitives
Dirigée par Dan SPERBER
Date de soutenance : 5 janvier 2009

1 IJN – Institut Jean-Nicod

Résumé : Habituellement, le raisonnement est conçu comme un mécanisme permettant d’améliorer la qualité de nos connaissances, d’en acquérir de nouvelles, ou de prendre de meilleures décisions. L’objet de cette thèse est de défendre une autre théorie du raisonnement selon laquelle il a pour fonction d’évaluer des raisons afin de déterminer si elles feront de bons arguments, ou pour juger de la qualité d’un argument qui nous est présenté. En d’autres termes, la fonction du raisonnement est argumentative. Après avoir présenté un argument défendant la plausibilité évolutionniste de cette théorie, des conséquences en sont tirées pour le fonctionnement du raisonnement. Ces prédictions sont ensuite évaluées à l’aune de la littérature en psychologie du raisonnement, psychologie sociale et psychologie de la prise de décision. Le premier argument concerne les performances du raisonnement, qui sont bien supérieures en contexte argumentatif qu’en contexte abstrait. Le raisonnement montre également un fort biais de confirmation, ce qui est normal pour une capacité argumentative, mais étrange pour une vision classique du raisonnement. Le raisonnement est souvent utilisé uniquement pour justifier une croyance déjà établie. Il peut alors avoir des conséquences épistémiques fâcheuses (persévérance ou polarisation des croyances) achetées au prix de la possibilité de se justifier. Finalement, lorsque le raisonnement guide nos choix, il nous oriente vers une option facile à justifier plutôt que vers une meilleure solution.

Lien de téléchargement (PDF)


La science et l’esprit (À la recherche de l’âme)

Raymond Colle, 2020

Le thème de l’âme n’est généralement pas abordé dans la littérature scientifique. Le concept de l’âme, en fait, est principalement religieux, et il est clair que nous ne pouvons pas nous attendre à des références directes à lui dans les écrits scientifiques. Mais le concept à rechercher dans les écrits des scientifiques est celui de l’esprit, et il y a de multiples scientifiques qui l’abordent, ce qui est repris dans ce texte (traduit de l’original en espagnol par l’auteur lui-même).

Lien de téléchargement (PDF)

Liste de livres traitant de la philothérapie

J’ai lu pour vous

Les liens sous les couvertures vous conduirons à la page web de mon rapport de lecture du livre.

Liste par ordre chronologique de parutions

oreste-saint-drome-philo-c1-1280

Comment choisir son philosophe, Oreste Daint-Drôme, 2000

pierre-hadot-c1-1280

La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, 2001

lou-marinoff-philosophie-vie-c1-1280

La philosophie, c’est la vie, Lou Marinoff, 2003

la-philo-therapie-eric-suarez-c1-1200

La philothérapie, Éric Suárez, 2007

eugenie-vegleris-1a-1200

La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010

sur-le-divan-d-un-philosophe-0011

Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013

nicolas-marquis-dp-001

Note : Ce livre ne traite pas de philothérapie. J’accorde une attention toute spéciale au développement personnel en raison de la remise en question qui s’impose.

Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel, Nicolas Marquis, 2014

laurence-bouchet-001

Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015

laurence-devillaires-01a

Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017

socrate-a-l-agora-vrin-c1

Socrate à l’agora, Collectif, 2017

happycratie-1a-1200

Note : Ce livre ne traite pas de philothérapie. J’accorde une attention toute spéciale au développement personnel en raison de la remise en question qui s’impose.

Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, 2018

philotherapie-nathaniel-masselot-001

Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019

la-consultation-philosophique-oscar-brenifier-p1

La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020

philotherapie-nathaniel-masselot-001

Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, 2020

la-philosophie-un-art-de-vivre-c1

La philosophie, un art de vivre, Collectif, 2021


Lectures à venir

L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019

La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014

Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ? par Léa MAUBON

dossier-consulter-un-philosophe.01

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Nous reproduisons ci-dessous le mémoire d’étude de madame Léa Maubon intitulé Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ? Ce mémoire traite de certains des livres dont je fais rapport de lecture dans notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide». La travail de madame Léa Maubon nous éclaire sur «la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public».

lea-maubon-001

Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?

Master 2 Livre et Savoirs

Léa MAUBON

Sous la direction de Gérard Wormser

Professeur agrégé de philosophie – ENS-LSH

logo-enssib-2019-e1632250481417

École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib)

L’Enssib est membre associé de l’Université de Lyon

MAUBON Léa | Master LS | Mémoire d’étude | Janvier 2010 – 75 –

Droits d’auteur réservés.


Reproduit avec l’aimable auroisation de Léa MAUBON


Source : École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques.

Téléchargement du document (PDF)


Description : Mémoire de recherche du master « Livre et Savoirs », spécialité Bibliothèques, portant sur le paysage éditorial de philosophie contemporain en tant qu’objet.

Collection : Mémoires Master « Livre et savoir » / « Edition scientifique et bibliothèque »

Thèmes : Science de l’information , Edition

Indexation sujet Rameau : Edition–France–20e siècle

Indexation sujet Rameau : Edition–Philosophie–France

Licence de diffusion : Tous droits réservés

Format : Fichier Adobe PDF

Étendue : 1.94 Mo

Étendue : 76 p.

Date de publication : janvier 2010

Langue : fr

Éditeur ou organisme : École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques [enssib]

Éditeur ou organisme : Ecole normale supérieure Lettres et Sciences Humaines

Couverture spatiale : France

Couverture temporelle : XXe siècle

Type de ressource : text

Diplôme : Master ESB « Édition scientifique et bibiothèque », spécialité Bibliothèque


Résumé

Français

Cette étude porte sur un phénomène du paysage éditorial français actuel: la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public. Il s’agit de réfléchir, à partir d’une description de cette tendance, sur ses enjeux éditoriaux mais également philosophiques. La démocratisation de la philosophie est un projet ancien, aujourd’hui soumis à l’expérience, qui interroge le devenir de la philosophie en France.

Anglais

This study deals with a tendency of the french contemporary editorial landscape : the increasing production of philosophical books intended for general public. From a description of this tendency, the aim is to consider its editorial stakes, but also philosophical stakes. The democratization of philosophy, that has been contemplated for a long time in the history of philosophy, since the Enlightenment, is today experienced, and questions the evolution of philosophy in France.

Descripteurs : Edition — Philosophie — France

Droits d’auteurs

Droits d’auteur réservés.

Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier vivement M. Wormser, qui a accepté de diriger mes recherches, et dont l’attention et les conseils avisés m’ont été d’une grande aide.

Je remercie par ailleurs M. Puech, Mme Vanin-Verna et M. Pierron, philosophes et auteurs d’ouvrages de philosophie destinés au grand public, qui ont bien voulu m’accorder du temps pour répondre à mes questions et m’apporter des précisions importantes dans le cadre de mon travail. Merci pour votre sympathie et votre disponibilité.

Table des matièeres

INTRODUCTION page 7


I – CONTEXTUALISATION ET DESCRIPTION DU PHENOMENE EDITORIAL page 10


1 POPULARISER, VULGARISER, RENDRE ACCESSIBLE : UN PROJET ANCIEN AUJOURD’HUI RENDU POSSIBLE page 10

a Une conception « populaire » de la philosophie opposée à une conception « ésotérique » page 10

b Les “nouveaux philosophes” ou la philosophie sortie de l’université page 12

c Le contexte actuel de démocratisation de la philosophie : engouement et phénomène de société page 13

d Que revendiquent les auteurs d’aujourd’hui ? Diffusion et accessibilité page 15

2 L’EXPERIMENTATION AUJOURD’HUI DU PROJET DE DEMOCRATISATION DANS L’EDITION page 18

a Les ouvrages et les auteurs à l’origine du phénomène éditorial page 18

b Une typologie des ouvrages pour le grand public page 20

c De l’ouvrage isolé à la collection : différents niveaux d’exigence, différentes approches page 23

3 PUBLIER DE LA PHILOSOPHIE POUR LE GRAND PUBLIC DANS LE CONTEXTE MEDIATIQUE ACTUEL : ENJEUX ET PROBLEMATIQUES DE LA TRANSMISSION PAR LE LIVRE page 26

a L’arrivée du marketing en philosophie et ses enjeux pour la création philosophique page 26

b Les relations problématiques entre le livre de philosophie et les médias page 28

II – TRANSMISSION ET COMMUNICABILITE DE LA PHILOSOPHIE : COMMENT S’ADRESSER AUX NON-SPECIALISTES ? page 31


1 LA QUESTION DES PUBLICS ET DE LA DEMANDE DE PHILOSOPHIE page 31

a Les publics : à qui s’adresse-t-on et qui lit ? page 31

b La notion de “grand public” à relativiser page 33

c La demande philosophique aujourd’hui : entre besoins réels, consommation culturelle et fantasmes page 35

d Susciter la demande autour du livre page 37

2 COMMENT INCITER, COMMENT RENDRE LA PHILOSOPHIE ATTRAYANTE : STRATEGIES EDITORIALES ET AUCTORALES page 39

a L’objet-livre page 39

b Le titre et les promesses de la quatrième de couverture page 41

c Le pacte de lecture dans les ouvrages d’initiation page 42

d Faire de la philosophie avec tous les matériaux possibles, inventer des voies d’accès différentes pour « entrer en philosophie » page 44

3. LA PROBLEMATIQUE DE L’ECRITURE : COMMUNICABILITE ET TRANSMISSION page 45

a Vulgariser, rendre accessible la philosophie : un exercice problématique page 46

b Le passage d’une écriture universitaire à une écriture pédagogique page 47

c Style léger, humour et désacralisation : vers une philosophie « décomplexée » ? page 49

III – LE DEVENIR DE LA PHILOSOPHIE AU TRAVERS DE CE PHENOMENE EDITORIAL page 51


1 UNE CONCEPTION PRATIQUE VOIRE UTILITARISTE DE LA PHILOSOPHIE page 51

a Une volonté de revenir aux fondements de la philosophie et à l’attitude de la sagesse page 51

b Le retour d’une philosophie morale et surtout pratique page 53

c Une pensée centrée sur l’individu et la quête du bien-être : conception utilitariste de la philosophie page 55

2 UN PHENOMENE QUI MET EN JEU LA SANTE DE LA PHILOSOPHIE page 56

a La popularisation de la philosophie dans notre société : une exigence démocratique ?page 56

b Le fossé s’accroît-il entre philosophie universitaire et philosophie grand public ? Méfiance et rejet réciproques page 58

c Vedettariat et présence médiatique comme indice de santé de la philosophie ? 60

3 QUE DONNE-T-ON A PENSER ? page 62

a Quelle valeur accorder à l’initiation ? page 62

b Philosophie et divertissement page 64

c Entre prêt-à-penser et initiatives intéressantes de certains auteurs : le problème du discernement page 65

CONCLUSION page 67


BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE page 69


Introduction

Depuis un certain temps déjà, la philosophie semble avoir quitté le strict milieu universitaire et étudiant pour atteindre un public plus large mais aussi pour infiltrer des domaines qui lui étaient auparavant étrangers. Elle s’est étendue à des activités situées en dehors de ses cadres institués. L’entreprise par exemple, se réclame aujourd’hui d’une « philosophie » pour justifier ses politiques, et embauche même des consultants en philosophie pour « humaniser » le management. Le journalisme et les médias en sont eux-mêmes imprégnés. On trouve la philosophie dans les cafés, où des débats autour de thèmes divers sont organisés pour un public dont les origines sociales ou le bagage culturel peuvent être très variés. Aussi parle-t-on d’une démocratisation ou d’une popularisation de la philosophie, ces termes étant eux-mêmes déjà philosophiquement problématiques. La philosophie semble de plus en plus présente à tous les niveaux du débat public et se manifeste sous forme de nouvelles pratiques.

Un véritable engouement pour un certain type de philosophie est apparu, ces dernières années, ainsi qu’en témoignent les succès de librairie de certains ouvrages, la forte présence médiatique de la discipline, et l’existence de véritables philosophes-vedettes. Plus généralement, le domaine éditorial des sciences humaines s’adresse à un public élargi, lui-même de plus en plus demandeur de débats et d’outils de pensée pour comprendre le monde actuel. Dans ce contexte, pourtant marqué par une certaine fragilité de l’édition en sciences humaines, les ouvrages de philosophie à destination du grand public se multiplient. Ils occupent une place importante dans les ventes et le chiffre d’affaire des maisons d’édition pour le secteur. On peut citer comme symbole de cet engouement le Monde de Sophie, de Jostein Gaarder, paru en Norvège en 1991, traduit en 54 langues (en français en 1995), et vendu à des millions d’exemplaires dans le monde. Le succès de ce livre semble avoir relancé un mouvement dont l’origine est sans aucun doute à situer à la fin des années 1970 avec l’apparition des « nouveaux philosophes ». La tendance actuelle est certainement très différente de ce qu’était la démocratisation de la philosophie il y a trente ans. Cependant, en évoquant les « nouveaux philosophes », nous mettons d’emblée le doigt sur une problématique fondamentale et permanente du phénomène, à savoir la présence de la philosophie dans les médias, et partant, de la compatibilité des contraintes médiatiques avec l’exigence philosophique.

Il s’agira donc, à travers un état des lieux du paysage éditorial français, de s’intéresser à une expérience originale dans l’histoire de la philosophie : la popularisation de la discipline par des ouvrages ouvertement destinés au « grand public » – encore faudra-t-il s’interroger sur la composition de ce lectorat – et la construction d’une réputation qui puisse s’inscrire en faux contre les traditionnelles accusations d’élitisme et d’hermétisme faites à la philosophie. On pourra, bien sûr, considérer le phénomène comme un simple effet de mode, et rester dans une conception pessimiste de la démarche vulgarisatrice. Mais ce serait manquer des enjeux qui interrogent les fondements même de la philosophie, notamment sa fonction au sein d’une société, son aptitude à la clarté pour participer au débat public, pour ne pas dire son utilité. Que peut-on attendre de la philosophie aujourd’hui, en particulier dans une société démocratique ? De plus, la question de l’accessibilité de la philosophie à un public autre que celui des « spécialistes » se pose depuis longtemps dans l’histoire de la philosophie, oscillant entre les deux conceptions extrêmes d’une philosophie « populaire » et d’une philosophie « ésotérique ». À l’heure de la démocratisation de tous les savoirs et de l’accessibilité quasi-totale de la culture, les ouvrages à destination d’un public non-spécialiste se présentent comme une forme possible de concrétisation d’un projet, certes flou, de popularisation de la discipline. Le contexte politique, social, et culturel permet aujourd’hui que soit expérimentée dans les faits une question qui tourmente la philosophie : est -ce un avilissement, une compromission pour elle que de s’adresser aux non-spécialistes et aux masses ; ou bien est-ce au contraire une exigence démocratique, une démarche que l’on est en droit d’attendre de la philosophie à l’égard d’un public en quête de sens et de réponses sur notre monde ?

Il faudra ainsi s’interroger sur de multiples aspects de ce phénomène éditorial. Comment la philosophie a-t-elle su se rendre attrayante (se rendre « populaire ») aux yeux d’un public qui pouvait se montrer méfiant pour la discipline, dans une société capitaliste voire utilitariste qui a tendance à affirmer – pour reprendre une expression très souvent entendue – que « la philo, ça ne sert à rien » ? Justement, on montrera que la philosophie promet aujourd’hui de se rendre utile, en épousant les préoccupations concrètes des lecteurs, allant même jusqu’à se présenter comme une thérapie. Que nous proposent donc les auteurs d’ouvrages à destination du grand public, que nous promettent-ils et par quelles stratégies nous incitent- ils à les lire ? On s’interrogera en outre sur la problématique de l’écriture comme vecteur de transmission d’une philosophie accessible et claire, propice à initier, à faire « entrer en philosophie ». Il est nécessaire de s’intéresser aux méthodes aussi bien qu’aux contenus.

Il semble que ce phénomène éditorial doive également être observé comme une réponse à une certaine demande de la part du public. Ce qui vient en premier à l’esprit est cette notion de « quête de sens », souvent employée pour désigner la situation de l’homme contemporain cherchant à reconstruire ses repères et ses valeurs, aux prises avec une société matérialiste qui nivelle tout et qui ne produit plus de représentations du monde. Mais il serait bon de compléter cette explication, notamment par le fait que la philosophie peut être l’objet de fantasmes sur ce qu’elle peut apporter à l’homme d’aujourd’hui, et pour reprendre une formule de Jacques Bouveresse, sur « ce que l’on est en droit d’attendre d’elle ».

Par ailleurs, comme il en a été question plus haut, le livre est l’objet d’un marché, et il est soumis aux contraintes de la visibilité médiatique. C’est d’autant plus le cas pour les ouvrages qui nous concernent qu’ils s’adressent au grand public. Ce contexte peut donc poser des difficultés quant à la portée réelle de ces ouvrages, si les contenus qui y sont véhiculés sont conditionnés ou dictés par les lois du marché et des médias.

Tous ces enjeux conduisent ainsi à des interrogations plus larges et peut-être plus problématiques encore sur ce que devient la philosophie au travers de ce phénomène. Quelle forme, quelle tournure prend aujourd’hui la philosophie dans les livres de philosophie destinés au grand public ? Peut-on circonscrire un type de pensée ou des thèmes qui domineraient dans ces ouvrages ? Que nous donne-t- on véritablement à penser ? Tenter d’apporter des réponses à ces questions supposera d’avoir auparavant dressé un tableau et une typologie des ouvrages concernés.

La question de savoir ce que l’on transmet vraiment, et comment on le transmet, est ici essentielle : on pourrait se risquer à demander si l’apparition du marketing dans le livre de philosophie n’aurait pas fait évoluer cette dernière en une forme parmi d’autres de « communication », et y voir l’absorption progressive de la philosophie dans une forme d’anti-philosophie. Cependant, l’on peut parallèlement étudier ce phénomène éditorial comme une manifestation des nouvelles pratiques philosophiques nées ces dernières décennies, et ainsi tenter de montrer en quoi la philosophie, au lieu de mourir de sa démocratisation, poursuit son devenir dans des formes inattendues.

I – Contextualisation et description du phénomène éditorial.

Il convient de replacer le phénomène éditorial que nous pouvons observer actuellement dans son contexte et dans les conditions historiques qui lui ont donné naissance. Nous ne pouvons l’aborder sans nous intéresser au préalable à ce qui, dans l’histoire de la pensée, permet de rendre compte d’un projet ou d’une demande déjà anciens. En effet, il ne faudrait pas restreindre le champ d’analyse en imaginant que cette demande de popularisation et de prise de distance par rapport à la philosophie universitaire serait née ces dernières décennies, parallèlement à l’apparition de l’accessibilité pour tous de tous les savoirs et de la culture.

1. POPULARISER, VULGARISER, RENDREACCESSIBLE : UN PROJET ANCIEN AUJOURD’HUI RENDU POSSIBLE.

a. Une conception « populaire » de la philosophie opposée à une conception « ésotérique ».

Il s’agit ici de replacer le projet dans son historicité, afin de comprendre ses enjeux. Le divorce entre d’une part la philosophie que l’on peut qualifier de « savante », celle qui est instituée, et d’autre part une philosophie « vivante », plus populaire voire spontanée, ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’Antiquité, la demande est faite à la philosophie de ne pas s’abstraire des préoccupations concrètes et des grandes questions qui se posent à tous les hommes, tout en conservant un langage accessible. On a de tout temps reproché aux philosophes « professionnels » le jargon, la technicité de leur discours, et le caractère abscons de leurs analyses, en y opposant l’idéal de la clarté, de l’idée claire, du « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Le problème du discours, du langage employé par les philosophes, est donc un enjeu majeur pour notre problématique. Il faut remarquer que la philosophie est la seule discipline qui puisse être traitée aussi bien à l’aide d’un discours très technique qu’avec un langage des plus accessibles. Ce n’est pratiquement pas le cas pour les disciplines scientifiques et celles des sciences humaines, auxquelles on ne reproche jamais leur caractère technique et difficile d’accès. Comme nous l’explique Yvon Belaval dans Les philosophes et leur langage1, c’est sans doute parce que l’on considère généralement que l’objet de la philosophie n’est justement pas un objet technique et spécial, mais qu’elle traite d’une réalité commune à tous, de questions qui concernent tout le monde. Le grand public est déstabilisé par le discours difficile des philosophes : il lui semble que la philosophie aurait, en quelques sortes, des comptes à lui rendre étant donné qu’elle traite d’objets omniprésents dans la vie ordinaire : le langage, la mort par exemple. Le problème de la communicabilité de la vérité, par le biais de l’écriture, est donc un problème central.

Ce sont aussi deux conceptions de la philosophie elle-même qui s’opposent : d’un côté, une conception qui se voudrait populaire, avec un idéal de compréhension par le plus grand nombre, et à l’extrême inverse une conception ésotérique telle que revendiquée par exemple par Hegel affirmant : « Il est de fait que la philosophie doit reconnaître la possibilité pour le peuple de se hausser jusqu’à elle, mais elle ne doit pas s’abaisser au niveau du peuple. Mais en notre temps de liberté et d’égalité où s’est formé un si vaste public qui n’entend être exclu de rien, qui prétend qu’il est bon pour tout, et que tout lui est bon, les choses les plus belles et les meilleures n’ont pu échapper au destin de voir la foule, qui est incapable de se hausser à ce qu’elle voit planer au dessus d’elle, tenter d’y parvenir en le manipulant assez pour le rendre vulgaire (…) ; et la vulgarisation s’est rapidement élevée au rang d’une tâche reconnue et méritoire. »2. Le caractère ésotérique de la philosophie serait la garantie de sa qualité. Il s’agit donc d’un véritable problème philosophique, un questionnement à la fois sur la communicabilité du vrai mais aussi sur le rapport de la philosophie à un public, à tous ceux qui ne sont pas des spécialistes mais des profanes souhaitant s’intéresser aux questions philosophiques.

Le problème de l’accessibilité de la philosophie aux non-spécialistes se pose de manière explicite à l’époque des Lumières avec l’apparition de la notion de philosophie populaire », qui a pour finalité de nouer le lien le plus étroit possible entre évidence et philosophie. Dans la préface de l’ouvrage collectif Popularité de la philosophie3, Philippe Beck écrit que la philosophie populaire est effectivement une forme de réponse possible à la demande ancienne de clarté. Le mot d’ordre de Diderot « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! », tiré du paragraphe XL des Pensées sur l’interprétation de la nature4, renvoie à toute une conception du savoir qui s’est développée pendant cette période. Notons que dans l’expression de Diderot, la notion de philosophie désigne à la fois la discipline philosophique au sens strict, mais aussi plus largement le savoir en général. L’objectif de Diderot, ainsi que nous l’explique Véronique Le Ru dans Popularité de la philosophie5, était de dénoncer « l’affectation des grands maîtres qui se plaisent à tirer un voile entre le peuple et la nature », et de démontrer que c’est en la rendant accessible que les philosophes font avancer leur pensée. Il y a là une volonté de répandre la bonne nouvelle de la liberté, mais aussi de rendre possible cette liberté par la progression de la raison et de l’esprit critique. Toujours selon Diderot, il y aurait deux objectifs à atteindre pour populariser la philosophie. D’une part, réformer le langage, en imposant un modèle d’expression simple et rationnel, en évitant les tics de langage, le jargon, en adoptant un art de la définition. D’autre part, il s’agirait de montrer au « vulgaire » l’utilité de la philosophie, la proximité de celle-ci avec ses préoccupations quotidiennes, afin de ne jamais se trouver dans la situation de devoir dire que la philosophie ne sert à rien. Ainsi, la question de savoir ce que la philosophie apporte réellement à l’homme, et à tous les hommes, devient inévitable. La pensée doit se rapporter directement à l’action et aux

questions qui touchent la société. Cependant, il faut nuancer cet idéal de popularisation chez les Lumières. Pas de pensée égalitariste, ni même l’idée de « rendre la philosophie au peuple ». Rendre la philosophie « populaire » signifierait plutôt ici, rendre la philosophie attrayante, désirable, bien plus que la vulgariser et l’abaisser au niveau du peuple.

Il semble donc qu’une bonne part de l’origine du phénomène éditorial actuel soit à chercher dans ce projet formulé par les Lumières. Si les conditions politiques, culturelles, sociales, sont aujourd’hui extrêmement différentes, il n’en reste pas moins que depuis Diderot s’est fortement développée l’idée d’une popularisation de la philosophie, expérimentée aujourd’hui sous des formes très concrètes.

b. Les “nouveaux philosophes” ou la philosophie sortie de l’université.

En France, depuis une vingtaine d’années environ, des pratiques philosophiques sont apparues en dehors des universités, s’installant dans de multiples strates de la société. On constate un engouement important des français pour cette discipline qui semblait jadis l’apanage d’une élite intellectuelle mais qui, depuis que les « nouveaux philosophes » ont fait entrer la philosophie sur la scène médiatique dans les années 1980, s’est vue comme démocratisée et exposée au grand public.

Le début d’une forme de popularisation de la philosophie concorde avec l’apparition de la télévision dans les années 1950 où déjà, des philosophes comme Bachelard, Foucault ou Sartre étaient reçus dans des émissions telles que Lecture pour tous. Des débats y sont régulièrement diffusés. Les philosophes apparaissent aux yeux du grand public et deviennent, en quelques sortes, des figures plus accessibles, d’autant plus que les débats philosophiques à la télévision sont souvent moins « pointus » que les livres de leurs auteurs. Le rythme de cette médiatisation s’accélère dans les années 1980, époque de l’apparition des « nouveaux philosophes », en particulier grâce à l’émission Apostrophes, bénéficiant d’une très grande audience. Les représentants de cette « nouvelle philosophie » (autoproclamée) parviennent à construire un dispositif médiatique très différent de ce qu’on avait connu jusqu’alors, consistant en une forte présence médiatique (plateaux de télévision, presse, radio) et une influence importante dans les maisons d’édition (direction de collection, construction d’un réseau etc.) Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Maurice Clavel et beaucoup d’autres, portent la philosophie sur la scène médiatique (avec toutes les critiques et les problématiques que cela a pu engendrer), aux yeux d’un grand public pour qui désormais cette discipline paraît moins ésotérique, moins enfermée dans l’Université, mais restant toujours lointaine, faisant encore partie d’une culture légitime peu accessible pour qui n’aurait pas eu la formation exigée. En effet on ne peut pas encore parler d’un véritable phénomène de vulgarisation ou même de popularisation : des auteurs comme Bernard-Henri Lévy sont loin de revendiquer l’idée d’une philosophie accessible à tous, comme il l’explique dans un Hors Série du Magazine Littéraire en 1996, à propos des cafés-philo : « La philosophie ne sera jamais à la portée de tous : elle suppose un infracassable noyau dont seule la démagogie ambiante peut faire l’économie. »6 Ainsi, même si l’on ne peut pas comparer le phénomène des « nouveaux philosophes » à celui que l’on observe aujourd’hui, on peut y voir l’origine de la forte médiatisation de la philosophie, qui a contribué à rapprocher la discipline du plus grand public, jusqu’à engendrer en lui ce « besoin » ou cette demande de philosophie dont on parle aujourd’hui.

c. Le contexte actuel de démocratisation de la philosophie : engouement et phénomène de société.

En 1992 naissait au Café des Phares, place de la Bataille à Paris, le premier « café-philo », organisé par Marc Sautet, docteur en philosophie ayant ouvert également un cabinet de consultations philosophiques. Réunissant entre 10 et 100 personnes, ces rencontres consistent en un exposé fait par le philosophe, puis en un débat auquel tout le monde peut participer, dans une ambiance relativement conviviale. Pas de pré-requis pour participer : ni formation philosophique, ni lectures particulières. L’accent est mis sur la pratique du dialogue, de l’échange. Comme le montre l’ouvrage de Jacques Diament, Les Cafés de philosophie7 , ce phénomène a suscité à la fois l’enthousiasme, la condescendance, et les critiques les plus cinglantes. La question se posait surtout quant à la nature véritablement philosophique de ces débats. Pour certains, en particulier quelques journalistes virulents, on transformait la pratique philosophique en une forme de consommation parmi d’autres (d’autant plus qu’elle s’exerçait dans des cafés), un étalage anarchique d’opinions sans même l’ébauche d’une pensée ; bref l’expression « philosophie de comptoir » tendait à reprendre tout son sens. D’autres, au contraire, ont vu dans le café-philo une forme de socialisation des individus autour d’une activité intellectuelle valorisante, qui ressuscitait d’une certaine manière le dialogue socratique : il ne fallait donc pas surestimer la prétention philosophique de ces débats, ceux-ci étant à analyser comme une forme de pratique intellectuelle sociabilisante, plutôt que comme un véritable apprentissage de la philosophie. Surtout, ce phénomène était interprété comme le symptôme d’une société en crise, submergée par le flot d’informations et angoissée par la perte des repères et des valeurs. Marc Sautet – pourtant souvent taxé de sophiste par les journalistes – se revendiquait d’ailleurs de la figure de Socrate, qu’il fallait selon lui imiter dans une démocratie menacée par le capitalisme et l’individualisme. Le concept des cafés -philo s’est depuis largement répandu en France et s’est exporté (Japon, Etats-Unis). La philosophie devient donc l’objet d’une véritable demande, voire d’un besoin, qui se manifestent dans les années 1990 dans l’apparition de pratiques de diverses formes, et auxquels tente de répondre le phénomène éditorial que nous constatons aujourd’hui.

De manière concomitante on observe le renouveau des universités populaires. Si le concept n’est pas d’aujourd’hui – des universités populaires sont apparues au moment de l’affaire Dreyfus dans le but de combattre l’antisémitisme par la propagation d’idées humanistes – il y a eu en revanche un engouement nouveau et beaucoup plus massif depuis une dizaine d’années. La plus célèbre est celle créée par Michel Onfray à Caen en 2002, qui a initié un développement massif de ces universités partout en France. L’objectif est de démocratiser gratuitement le savoir, en particulier envers ceux dont la situation ne permet pas ou plus l’accès aux études supérieures (femmes au foyer, retraités, etc.). Dans ces universités, la philosophie tient en général une assez large place. Sur le site Internet de l’Université Populaire de Caen, le principe de fonctionnement est défini en ces termes : « L’Université Populaire retient de l’Université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle qui permet d’envisager une progression personnelle, la nécessité d’un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l’ouverture à tous les publics, l’usage critique des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu. »8. Il y a le souhait d’une pratique philosophique moderne répondant à la demande populaire de philosophie mais désireuse de conserver l’exigence et la rigueur propres à la discipline. C’est en effet l’enjeu des nouvelles pratiques philosophiques : éviter la dégradation de la philosophie et de ses exigences spécifiques, tout en instaurant des formes originales d’exposition et de construction de la pensée, et en intégrant à ce processus les non-spécialistes.

La philosophie s’est évidemment invitée sur Internet, comme en témoignent les nombreux blogs et forums de discussion consacrés de près ou de loin à la discipline. Mais là encore se pose la question du contenu véritablement philosophique de ces sites. On observe souvent une confusion entre philosophie, spiritualité, religion, développement personnel, etc. Les frontières traditionnelles de la philosophie deviennent très floues sur la toile. Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres disciplines et objets de pensée sur Internet, les non- spécialistes ont tendance à s’emparer d’un objet pour se l’approprier individuellement et le transformer en des hybrides difficiles à identifier. Les concepts philosophiques échappent à leur cadre académique formel, devenant des objets dont tous peuvent se saisir et user à leur guise.

Pour citer d’autres exemples de ces nouvelles pratiques philosophiques constituant le contexte général du phénomène éditorial qui nous intéresse, nous pouvons citer le développement des cabinets de consultation philosophique. En se présentant comme une alternative à la psychothérapie, leur visée est d’utiliser les méthodes du dialogue philosophique (maïeutique et dialectique) afin de faire émerger dans le discours « patient » des contradictions, des confusions, et finalement de créer un nouveau sens à sa demande. Les consultations philosophiques existent dans certains pays d’Europe (Hollande, Allemagne) mais aussi aux Etats-Unis par exemple. En France, leur représentant principal est Oscar Brenifier, qui participe par ailleurs à de nombreuses études sur la pédagogie en philosophie (il travaille notamment sur la pratique de la philosophie avec les enfants.) De plus, il a collaboré au rapport de l’Unesco sur la pratique de la philosophie dans le monde9.

Un dernier exemple de la pénétration de la philosophie dans toutes les strates de notre société : la pratique de la philosophie en entreprise, en particulier dans les méthodes de management. Plusieurs ouvrages sur la question sont parus : Manager avec la philo, d’Eugénie Vegleris10 ou encore Le Philosophe et le manager de Rodolphe de Borchgrave11. Le but est d’introduire dans le management les méthodes de réflexion philosophique afin d’aider le manager à mieux comprendre l’entreprise, à développer sa créativité, etc. L’enjeu affiché étant, bien sûr, d’ « humaniser » des pratiques managériales qui montrent de plus en plus leurs limites.

On peut donc observer aujourd’hui l’extension de pratiques dites « philosophiques » hors des cadres établis de la discipline. La philosophie s’est installée au cœur de la culture populaire. Comme l’affirme Rosi Braidotti dans La philosophie…là où on ne l’attend pas12, « la philosophie perce, s’insinue, contamine tous ceux avec qui elle entre en contact ». La philosophie se répand en effet par tous les moyens possibles : médias, gestion d’entreprise, droits de l’homme. La discipline est aujourd’hui en train d’expérimenter, bon gré mal gré, l’exploration de formes de pensée inédites. Quant à la question de la qualité philosophique de ces pratiques, qui plus est sur la scène médiatique, elle reste en suspens. Il convient donc de les interroger, de les analyser, en évitant toute forme de jugement hâtif ou de condescendance, car elles sont de toute manière à interpréter comme un symptôme, comme une caractéristique propre de la société actuelle.

d. Que revendiquent les auteurs d’aujourd’hui ? Diffusion et accessibilité.

Dans ce contexte dont nous avons tenté de peindre les grandes lignes, les auteurs des ouvrages de philosophie pour le grand public inscrivent tous leur démarche dans une conception spécifique de la philosophie, et l’on pourrait dire qu’ils revendiquent l’existence non seulement de droits pour le public à pouvoir accéder à la philosophie, mais également de devoirs que la discipline serait tenue de respecter.

Il faut tout d’abord noter que cette tentative de démocratisation de la pratique philosophique s’inscrit dans le contexte de démocratisation de la culture, instituée d’ailleurs par les politiques culturelles mises en œuvre depuis 1959 avec Malraux et son Ministère des Affaires culturelles. On peut donc considérer que, comme toute autre domaine de la culture, la philosophie doit légitimement être rendue accessible au plus grand nombre. Ce phénomène s’inscrit également, de manière plus récente, dans une volonté internationale d’étendre les pratiques philosophiques à un public beaucoup plus large, en particulier avec les actions engagées par l’Unesco.

Ainsi, l’on peut se référer au rapport de l’Unesco publié en 200713 sur la diffusion de la philosophie dans le monde, par l’enseignement mais aussi par toutes les autres formes de pratiques qu’elle s’invente. Selon ce rapport, qui présente la philosophie comme une « école de la liberté », diffuser cette discipline et rendre accessible ses méthodes, ses modes de réflexion au plus grand nombre serait une nécessité non seulement individuelle (réponse à des besoins existentiels, spirituels, intellectuels…) mais surtout collective, et par là, démocratique. Il s’agit de « développer l’esprit critique, rempart par excellence contre toute forme de passion doctrinaire ». La philosophie rendrait possible « une lecture intelligible du monde, afin de mieux faire face aux défis qui se posent à lui ». Le rapport prend acte de l’engouement pour la philosophie qui s’est manifesté ces dernières années, ainsi que des pratiques nouvelles qui en sont nées, et il interroge notamment les enjeux de la découverte de la philosophie autrement que par le biais de l’Université ou de l’enseignement traditionnel. C’est donc une conception large de la philosophie qui semble s’imposer au sein de cette institution, une conception qui ne restreint pas la discipline au champ universitaire, mais qui, au contraire, voit dans les pratiques nouvelles une opportunité à saisir si l’on souhaite que la raison critique et l’apprentissage du philosopher soient possibles pour chaque individu dans un contexte démocratique.

Il semble que les auteurs des ouvrages qui nous intéressent s’inscrivent, chacun à leur niveau et à leur manière, dans cette démarche de promotion de la philosophie jusque chez les non-spécialistes, afin de les aider à s’engager dans le dialogue et la réflexion critique. Le point commun à ces démarches est sans nul doute la volonté de donner de la philosophie une image nouvelle, et surtout une image accessible, non pas transcendante comme elle pouvait l’être dans l’Université, mais plus immanente : bref montrer que la philosophie nous « concerne » tous, qu’elle peut se mettre à notre portée pour nous aider à réfléchir sur le monde qui nous entoure. Ainsi Fabrice Gerschel, directeur de Philosophie Magazine créé en mars 2006, a-t-il déclaré lors d’un entretien au magazine Médias : « Nous avons essayé de dire à un grand public cultivé : c’est pour vous, c’est accessible ».14 La visée du magazine était de montrer l’actualité aujourd’hui de la philosophie, justement en traitant l’actualité et les enjeux contemporains avec une « boîte à outils » philosophique. Il s’agissait également de présenter de manière pédagogique les notions essentielles de la philosophie ou de grands auteurs. Philosophie Magazine est aujourd’hui le seul en France à être destiné à un large public.

De même, Vincent Cespedes, directeur de la collection “Philosopher“ chez Larousse, explique dans une vidéo sur le site internet dédié à la collection15 que son but est de montrer que la pensée n’est pas réservée à une élite » : « il faut revenir à l’idée que la philosophie c’est la création, la création en commun, la création d’intelligence ». Toujours selon lui, l’accès à la philosophie pour tous est absolument nécessaire, car celle-ci est « vitale » : « on passe à côté de la vie si on passe à côté de la philosophie », agir sans savoir ce qu’on fait, c’est ne pas vivre à propos ». La philosophie serait, de plus, intimement liée à la démocratie où elle tient un rôle éminent: « (…) on est tous potentiellement philosophes, sinon la démocratie n’existe plus ». L’opposition au système universitaire et à son caractère élitiste est très nette : « Depuis les années soixante, on a une philosophie universitaire qui se sclérose, qui se coupe de la vie ». Vincent Cespedes a lui-même, comme il dit, « joué le jeu des colloques, fait des études très pointues », mais il est revenu de ce système, au nom de la sauvegarde la dimension créatrice de la philosophie, et surtout de la nécessité de l’ouvrir à tous.

Dans l’avant-propos de ses Présentations de la philosophie16, A. Comte-Sponville souligne lui aussi l’importance fondamentale de la philosophie pour chaque individu. La philosophie serait une dimension constitutive de l’existence : mieux la penser, ce serait donc mieux vivre. La critique de certains travers de l’Université est toujours présente mais un peu plus modérée: il a pour souci d’écrire « pour l’humanité », et pas uniquement « pour ses pairs », ainsi qu’il le revendique dans le chapitre qui lui est dédié au sein de l’ouvrage Comment je suis devenu philosophe ?17. A l’occasion d’un entretien avec S. Charles publié dans La Philosophie française en questions18, il avoue aimer écrire à la fois pour un public universitaire et pour le grand public, car les deux types d’écriture s’enrichissent mutuellement. Les deux sont compatibles dans une vie de philosophe. Cependant, selon lui, l’Université finirait parfois par s’enfermer dans des problèmes dont les enjeux philosophiques seraient très réduits. Il ne se présente pas comme un « vulgarisateur », mais comme quelqu’un qui cherche à produire une véritable œuvre philosophique et qui s’adresse à un grand public cultivé, en construisant ce qu’il appelle « une sagesse pour aujourd’hui ».

Dans le dernier chapitre de Penser sa vie19, intitulé “La vie sans pourquoi”, Fernando Savater déplore lui aussi les maux de l’enseignement de la philosophie aujourd’hui : « la sacralisation de notre jargon de spécialistes et le refus de discuter avec quelqu’un qui ne le maîtrise pas ». De plus, les philosophes aujourd’hui ne peuvent plus « se fermer dédaigneusement aux questions que pose le profane intelligent. (…) Les philosophes doivent tenter de répondre aux questions et aux inquiétudes des humains, et non s’enfermer pour des discussions pointilleuses de terminologie avec leurs seuls pairs »20.

Les partisans de la pratique philosophique dès l’enfance ont quant à eux une position très argumentée, théorisée dans de nombreux ouvrages sur la question : La philosophie pour enfants : Le modèle de Matthew Lipman en discussion21, dirigé par Claudine Leleux, ou encore La pratique de la philosophie avec les enfants22, de Michel Sasseville.

Matthew Lipman, philosophe et pédagogue américain, fut le premier théoricien de cette pratique. Lui et les chercheurs qui poursuivent ses travaux considèrent la pratique de la philosophie comme un enjeu tout d’abord pédagogique : dans un monde où les connaissances circulent avec rapidité et où elles sont pourtant vouées à l’obsolescence, on ne peut plus se contenter de donner priorité à la transmission du savoir. Il s’agit plutôt de former le raisonnement, le jugement, de développer le sens de l’investigation et de la critique. L’enjeu est également politique : la pratique philosophique serait fondamentale dans l’apprentissage du dialogue, des échanges entre les hommes, et serait donc une nécessité démocratique. Les livres de philosophie pour enfants constitueraient donc des supports précieux pour cet apprentissage.

Comme on peut le constater, la plupart des auteurs d’ouvrages d’initiation à la philosophie revendiquent clairement leur opposition à l’université et à l’académisme. Ils défendent les nouvelles pratiques philosophiques pour leur vivacité par rapport à un certain immobilisme de l’université. Il s’agira, plus tard dans notre réflexion, de réfléchir sur ce fossé et cette incompréhension mutuelle qui semblent séparer le monde de l’université de ces nouvelles pratiques philosophiques. En tout cas, le droit à la philosophie pour tous est explicitement revendiqué par les auteurs. Ce serait même un devoir pour la philosophie et le philosophe que de s’ouvrir à tous ceux qui le désirent. Il est souvent fait référence à une époque – l’Antiquité – où la philosophie se pratiquait partout, avec l’exemple de Socrate. C’est bien à ce type de philosophie qu’il est fait référence : une pratique plus spontanée, qui reviendrait aux sources de la discipline elle-même. En revanche, il est assez peu question de « vulgarisation ». Nos auteurs s’en défendent, ce terme étant semble-t-il lui-même devenu vulgaire (pourtant leur manière de rendre accessible la pensée des grands auteurs s’apparente bien à de la vulgarisation). Ils prétendent plutôt réactualiser les pensées des auteurs traditionnels afin de les adapter au monde d’aujourd’hui et d’en montrer la portée pratique. Il s’agit donc de désacraliser la philosophie, et tenter de revenir à des “fondamentaux”. L’idée est que chaque individu, y compris et surtout l’enfant, possèderait naturellement les capacités d’étonnement et de questionnement qui sont à l’origine de la philosophie. Chacun serait alors capable, sans conditions particulières de culture ou d’érudition, de construire lui-même son propre rapport à la philosophie.

2. L’EXPERIMENTATION AUJOURD’HUI DU PROJET DE DEMOCRATISATION DANS L’EDITION.

Il convient de réfléchir à présent sur les formes prises par ces nouvelles pratiques philosophiques dans l’édition française. On constate en effet une production importante et de nombreux best-sellers qui inscrivent de plus en plus la philosophie dans la culture populaire. Il s’agira donc de s’intéresser avant tout au livre et à la presse.

a. Les ouvrages et les auteurs à l’origine du phénomène éditorial.

Il convient de distinguer, au sein de ces pratiques, d’une part celles qui relèvent d’une pratique active et participante, où l’individu est invité à penser par lui-même et à exprimer ses idées devant un public (cafés-philo et débats au sein des universités populaires, ou encore les blogs et forums sur internet) et d’autre part les pratiques solitaires, personnelles, relevant plutôt de la réception d’un contenu intellectuel, culturel et philosophique, comme c’est le cas pour la lecture. Ces deux formes d’expériences sont évidemment liées, et souvent pratiquées de manière concomitante chez les non-spécialistes cherchant à s’initier à la philosophie. Le phénomène éditorial qui nous intéresse concerne donc le deuxième type d’expérience. Il s’agit d’en dresser les grandes lignes et surtout de chercher les auteurs et les ouvrages qui en sont à l’origine.

On peut considérer le début des années 1990 (voire la toute fin des années 1980) comme le point de départ du phénomène éditorial qui nous intéresse sous la forme qu’il connaît encore actuellement. Il coïncide donc en quelque sorte avec la création des cafés-philo. Ces deux faits semblent manifester une demande et un engouement nouveau en France pour la philosophie. Le Monde de Sophie, de J. Gaarder, paru en France en 1995, en constitue le symbole. Traduit en 53 langues et vendus à 25 millions d’exemplaires dans le monde, il est encore aujourd’hui le best-seller incontournable en matière d’initiation à la philosophie. On y retrouve l’idée que chaque individu peut découvrir en lui cette faculté de questionnement qui le poussera à explorer l’histoire des idées pour tenter d’y trouver des réponses. L’ouvrage prend la forme d’un récit initiatique, sorte de roman d’apprentissage dont la principale aventure est le cheminement progressif dans la philosophie. Mais si cet ouvrage constitue un symbole de cette nouvelle passion française pour les livres de philosophie, il n’en est pas pour autant à l’origine. Dès la fin des années 1980, des auteurs comme André Comte-Sponville et Luc Ferry commencent à publier des ouvrages pour le grand public. Ces deux auteurs appartiennent à la même génération ; ils aspirent tous deux à une forme de sagesse moderne inspirée des grands auteurs d’autrefois et marquée par l’athéisme. Ils souhaitent revenir à des questions fondamentales qui semblent avoir été occultées par la philosophie contemporaine: « qu’est-ce que l’homme ? », « comment être libre ? », « comment être heureux ? », « comment bien vivre ? » etc. – questions propices à intéresser même un lecteur profane et à reprendre les concepts fondamentaux de la philosophie dans une visée d’initiation. Ces ouvrages rencontrent un franc succès auprès du public, ils reçoivent parfois des prix – prix Médicis pour Le Nouvel ordre écologique23 de L. Ferry en 1992 par exemple, ou prix Ernest-Thorel de l’Académie des sciences morales et politiques en 1998 pour La Sagesse des modernes24 de L. Ferry et A. Comte-Sponville – et sont souvent réédités en poche. Ces auteurs écrivent également dans la presse. Il semble qu’ils soient – entre autres – à l’origine de cette tendance, qui se généralisera ensuite, vers un retour à la philosophie traditionnelle pour interpréter le monde d’aujourd’hui ; on peut aussi y observer un attrait important pour les notions de sagesse, de bien-vivre, d’épanouissement grâce à la philosophie et de quête de sens, qui sont encore des thèmes très présents dans les ouvrages publiés pour le grand public.

Plus prolifique encore est le philosophe Michel Onfray, auteur depuis les années 1990 d’une cinquantaine d’ouvrages et fondateur de l’Université Populaire de Caen. Ses livres rencontrent également un grand succès auprès des lecteurs non-spécialistes mais ne situent pas dans la même veine que les deux auteurs que nous venons de citer. Il y a plutôt chez M. Onfray la volonté d’aller à l’encontre de l’image académique de la philosophie et des auteurs traditionnels. Outre son adhésion aux courants matérialistes et athées, c’est une pensée qui se propose de réhabiliter des auteurs oubliés ou méprisés par l’histoire de la philosophie et par l’enseignement actuel. On citera par exemple sa Contre-histoire de la philosophie, en six tomes, dont le premier est paru en 200725, ou encore cet Antimanuel de philosophie26, à l’usage des bacheliers. Il propose également d’aborder des thèmes oubliés : gastronomie, sens délaissés (Le Ventre des philosophes. Critique de la raison diététique27 ou La Raison gourmande : Philosophie du goût28).

Cette forme d’impertinence, voire d’insolence habilement maniée par Onfray est en grande partie cause de son succès envers tous ceux qui se sentent déçus par l’académisme et réclamant une approche différente mais toujours accessible de la philosophie. Il semble ainsi que M. Onfray soit le représentant d’une tendance à traiter la philosophie traditionnelle avec ironie et irrévérence, contribuant aussi à la désacraliser, à la faire descendre de son piédestal, à en montrer les faiblesses. Il critique assez radicalement le système universitaire et son conformisme, son féodalisme, la désignant par l’expression « chambre stérile ». « On ne devient pas philosophe à l’université », déclare-t-il dans un entretien publié dans La Philosophie française en questions29. En contrepartie, il reste également très critique sur le phénomène médiatique qui touche la philosophie actuellement, et auquel, paradoxalement, il participe. Il revendique, pour ce qui le concerne, une démarche rigoureuse, opposée à celle des « sophistes » d’aujourd’hui, et aspire à la popularisation d’une philosophie de qualité.

Ces figures de philosophes contemporains, citées ici à titre d’exemples car il en existe bien d’autres, ont participé à la généralisation de la philosophie “grand public” dans le monde éditorial. Depuis, la philosophie a en effet investi une grande part de la production éditoriale, avec des best -sellers côtoyant des ouvrages à plus faible vente. Elle investit également les médias et en particulier la presse, qui semble elle aussi profiter de cet engouement massif. De nombreux magazines littéraires (Lire, le Magazine littéraire…) font régulièrement des dossiers ou des hors-série consacrés la philosophie : dossiers sur Althusser en 1992 ou sur Marx en 1994, hors-série sur Nietzsche en 2001 ou sur Socrate en juin 2009 pour ce qui est du Magazine littéraire par exemple. Mais les magazines plus généralistes consacrent également des hors-série à la philosophie : Le Point, par exemple, a publié des hors-série sur la pensée antique (juillet- août 2005), sur la philosophie moderne de Kant, Hegel, Spinoza etc. (septembre-octobre 2006), sur les trois philosophes Nietzsche, Schopenhauer, Kierkegaard (septembre-octobre 2007) etc. Ces numéros, auxquels collaborent des auteurs comme L. Ferry, Roger-Pol Droit, M. Onfray, mais aussi des universitaires ou normaliens comme Pierre-François Moreau, Jean-Michel Besnier, proposent généralement une découverte des grands textes de la philosophie (page de gauche, un extrait d’œuvre) et leur commentaire (page de droite). Cette approche donne donc un accès direct (bien que très fragmentaire) aux textes, tout en proposant une explication souvent rigoureuse mais accessible qui permet une compréhension relativement aisée de leurs enjeux fondamentaux. Le succès de ce type de magazines nous permet d’évaluer l’enthousiasme généré par la démarche de démocratisation de la philosophie. C’est d’ailleurs sans doute ce succès qui a motivé la création du premier magazine grand public entièrement consacré à la philosophie : Philosophie Magazine . Fondé en 2006 par l’ex- financier Fabrice Gerschel, ce périodique a connu un chiffre de vente inespéré dans les kiosques dès le premier numéro (plus de 50 000 ventes, ce qui semblait énorme pour un magazine dédié à une discipline considérée comme hermétique). Visiblement, il correspondait parfaitement à la demande des français en matière d’accès à la philosophie : traitement philosophique de l’actualité, questions et enjeux contemporains, découverte des grands penseurs de notre civilisation… Enfin, pour terminer le tour d’horizon non exhaustif de ce phénomène éditorial, citons ce Cahier de vacance philo édité en 2008 par le CNRS, qui propose une exploration rapide, ludique et humoristique de l’histoire de la philosophie, avec des exercices pour vérifier ses connaissances. Une forme de philosophie semble avoir trouvé sa voie dans un style et un traitement journalistiques.

b. Une typologie des ouvrages pour le grand public.

Afin d’affiner notre analyse du paysage éditorial en matière de philosophie destinée au grand public, il convient d’ébaucher une typologie des ouvrages qui nous intéressent. Il n’est pas forcément évident au premier coup d’œil d’opérer un tri entre ce qui relèverait soit d’une philosophie savante soit d’une philosophie grand public. Certains ouvrages ou auteurs « à la mode » ne s’adressent pas nécessairement à un grand public : ainsi le philosophe Slavoj Žižek, star actuelle de la philosophie, n’est assurément pas un philosophe accessible ; de même un ouvrage sur la trilogie Matrix (Matrix : Machine philosophique30 paru en 2003), traitant pourtant d’un film très populaire, est loin d’être lisible par tous les publics. Seule une véritable lecture de l’ouvrage nous permet d’apprécier leur accessibilité. On peut également se fier à la mise en rayon, dans les librairies ou les bibliothèques, qui ont parfois un rayon dédié intitulé « Initiation » (bibliothèque municipale de la Part Dieu) ou « Penseurs d’aujourd’hui » (Librairie Decitre à Lyon, place Bellecour). On se réfèrera enfin au classement par Livres Hebdo qui distingue les niveaux de publics ciblés : “niveau universitaire”, “public motivé”, et “tout public”. Il ne sera pas question ici des ouvrages scolaires sauf si ceux-ci débordent un usage strictement scolaire (comme l’Antimanuel de philosophie31 de M. Onfray, à l’origine destiné aux bacheliers mais qui a atteint un public beaucoup plus large). Après examen d’un grand nombre de ces ouvrages, il est possible de mettre en valeur des catégories, qui peuvent parfois se recouper ou se cumuler pour un même ouvrage.

– Les ouvrages d’initiation retraçant les grandes lignes de l’histoire de la philosophie : ils peuvent se présenter sous forme de manuels grand format, avec images (comme La Philosophie pour les nuls32), ou d’ouvrages plus traditionnels en format poche comme L’étonnement philosophique33 de Jeanne Hersch. Ce dernier montre d’ailleurs qu’il est possible d’aborder l’histoire de la philosophie de manière très accessible tout en adoptant une approche à la fois rigoureuse et originale, ici par le prisme de l’expérience de l’étonnement en philosophie. Cet ouvrage reste d’ailleurs une référence en matière d’initiation à la philosophie aussi bien auprès d’un public non-spécialiste que des étudiants en philosophie.

– Les ouvrages portant sur un problème ou une notion philosophiques classiques, dans le but d’en exposer les principaux enjeux et les réponses données par la philosophie traditionnelle : les grands problèmes philosophiques, comme l’expérience esthétique, la morale, sont alors traités comme des “nœuds” autour desquels convergent différentes réponses données par l’histoire de la philosophie. On citera par exemple les ouvrages de la collection Chemins philosophiques chez Vrin (Qu’est-ce que l’imagination ?34 Qu’est-ce qu’une personne ?35 ). Certains ouvrages proposent de traiter plusieurs de ces problèmes. C’est le cas pour certains ouvrages qui se présentent sous la forme de manuels destinés aux bacheliers (et qui reprennent donc les grandes notions au programme) mais qui, comme nous l’avons dit, excèdent ce strict usage, comme La Philosophie sans complexe36.

– Les ouvrages présentant une ou plusieurs figures philosophiques remarquables : un ou plusieurs grands auteurs sont présentés, les grandes lignes de leur pensée exposées. On constate une forte présence d’éléments biographiques et anecdotiques dont la visée est de dresser un portrait éloquent de l’auteur en question. Les auteurs peuvent aussi y être abordés par le biais d’un instrument de pensée qui leur est propre, par exemple un animal comme dans Un Animal, un philosophe37, ou Zénon et la tortue38. Il y a souvent mise en relation de la vie et de la pensée, selon l’idée que pour comprendre la pensée d’un homme il faut connaître l’homme lui-même. Les Philosophes vus autrement39, de Laurence Vanin-Verna, illustre bien cette démarche. On peut mettre également dans cette catégorie des ouvrages qui présentent le parcours de philosophes contemporains, comme Comment je suis devenu philosophe40 ou La vocation philosophique41.

– Les ouvrages proposant de traiter des problèmes contemporains et d’en exposer les enjeux à un grand public : ces ouvrages s’intéressent à des enjeux très actuels comme la bioéthique, le développement durable, la démocratie…Ces sujets parfois pointus sont exposés de manière très claire et très adaptée à un public non-spécialiste. Ils sont la plupart du temps rédigés par des spécialistes de la question qui estiment nécessaire de permettre l’appropriation des grands thèmes contemporains par le grand public, tout aussi concerné par ces problèmes que les spécialistes eux-mêmes. On citera par exemple le livre Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangene-Vilmer42.

– Les ouvrages proposant des réponses à des questions existentielles ou métaphysiques, et les ouvrages se posant comme remède à un problème existentiel : dans ces ouvrages la philosophie est présentée le plus souvent comme un instrument qui peut nous permettre de trouver la sagesse ou la sérénité, d’accéder au bonheur : Qu’est-ce qu’une vie réussie43, ou Vaincre les peurs : La philosophie comme amour de la sagesse44, de L. Ferry ; La construction de soi : Un usage de la philosophie d’Alexandre Jollien45 ; Penser sa vie46, de Fernando Savater etc.

La philosophie est également proposée comme une forme de consolation, de remède, voire d’alternative à la psychanalyse : La philosophie comme remède au chômage47, de Jean-Louis Cianni ; Les Consolations de la philosophie48 d’Alain de Botton etc.

C’est donc une pensée qui se veut proche de l’existence dans ses aspects les plus concrets et pratiques. La plupart de ces ouvrages s’inscrivent dans la niche éditoriale de ce qu’on appelle « développement personnel », mais ne s’en réclament pas explicitement car ils semblent placer la philosophie sur un terrain plus noble, plus élevé. D’où l’on peut esquisser l’idée que l’estampillage « philosophie » peut conférer une forme de légitimité particulière à certains ouvrages.

– Les ouvrages proposant des exercices spirituels, des expériences de pensées, voire des jeux : ces ouvrages invitent le lecteur à faire des expériences de pensée nouvelles, à déplacer et modifier son regard habituel sur le monde, afin de renouveler notre étonnement et de contredire ce que nous prenons pour des évidences. Ils se présentent sous forme de dialogues (39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité49), ou d’exercices spirituels parfois ludiques (101 expériences de philosophie quotidienne50 ou Ceci n’est pas un livre : Leçons de philosophie et jeux d’esprit51).

– Les ouvrages proposant d’entrer en philosophie par des voies originales ou moins traditionnelles : ces ouvrages traitent de sujets qui ne sont a priori pas des objets philosophiques en montrant qu’ils peuvent le devenir au même titre que d’autres plus traditionnels. On a ici l’idée que tout ce qui existe peut être pensé philosophiquement, qu’il n’y a pas d’objet qui puisse échapper à un traitement philosophique. Ces ouvrages s’intéressent donc au cinéma ou à la télévision (Cinéphilo52, ou La philosophie sur grand écran : Manuel de cinéphilosophie53, ou Philosophie en séries54), à la vie quotidienne (Philosophie matin, midi et soir55 ; Petite philosophie du rugby56 ; Petite philosophie du shopping57), mais aussi par exemple aux histoires drôles (Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues58).

– Les ouvrages qui se veulent à l’encontre d’une approche traditionnelle de la philosophie : ce sont des antimanuels (Antimanuel de philosophie59), des contre-dictionnaires (Contre-dico philosophique60), ou des contre-histoires comme celle, déjà citée, de M. Onfray.

– Les ouvrages de philosophie pour enfants : ces ouvrages s’adressent aux enfants depuis le plus jeune âge (maternelle) jusqu’à l’adolescence. Ils proposent surtout d’initier l’enfant au questionnement philosophique, à la pensée réflexive, et de l’inviter à s’interroger un peu plus méthodiquement sur les grandes questions qu’il est spontanément porté à se poser : ainsi les collections Philozenfants et Philozidées chez Nathan, ou les Goûters Philo chez Milan.

– Les ouvrages dérivés d’émissions de télévision ou de radio, et de chroniques dans la presse : certaines émissions de philosophie ou certaines chroniques journalistiques qui ont rencontré le succès peuvent faire l’objet d’un livre. C’est le cas pour Pas si vite !61 et Petits dialogues entre amis62, tous deux issus de l’émission Pas si vite ! diffusée sur Canal+ pendant deux ans à la fin des années 1990. On peut également citer une fois de plus Un animal, un philosophe63, composé à partir d’une série de chroniques écrites par Robert Maggiori dans Libération au cours de l’été 2004.

c. De l’ouvrage isolé à la collection : différents niveaux d’exigence, différentes approches.

Certains ouvrages de philosophie pour le grand public ne font pas partie d’une collection spécifique dédiée à cette discipline. C’est souvent le cas lorsque l’auteur possède déjà une certaine renommée. Mais quelques éditeurs choisissent de créer une collection, afin de mettre en valeur leurs ouvrages dans un ensemble harmonisé qui donnera une cohérence à leur démarche. Ces livres sont alors souvent l’objet de commandes. Mais il arrive aussi qu’un ou deux auteurs seulement soient les rédacteurs de tous les ouvrages d’une collection, comme c’est le cas pour “La philo ouverte à tous” chez Milan, dirigée et entièrement rédigée par L. Vanin-Verna. Il est intéressant de décrire ces collections car elles peuvent donner à voir différentes approches, différentes conceptions de la manière dont on peut rendre accessible la philosophie, ainsi que différents niveaux d’exigence.

Le plus souvent, les directeurs de ces collections sont eux-mêmes professeurs de philosophie au lycée ou à l’université, docteurs en philosophie : Martine Laffont (“Boîte à outils philo” chez Milan), est doctorante en philosophie ; L. Vanin-Verna est docteur en philosophie politique et épistémologie, professeur à l’université du Sud Toulon- Var ; Myriam Revault d’Allones, (collection “Chouette ! Penser”), est professeur des universités à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes etc. On constate donc dans ces collections une adéquation entre la démarche philosophique et les compétences des personnes qui y participent. Les exigences imposées aux collections ne sont pas le fait de personnes qui seraient extérieures au processus de l’écriture philosophique et à la pédagogie.

Un certain nombre de collections mettent l’accent sur la dimension concrète et quotidienne que peut contenir la philosophie. L’idée est de montrer l’utilité et la pertinence de la philosophie dans tous les domaines de la vie, afin notamment de donner l’image d’une discipline moins abstraite que ce que l’on pense ordinairement. Ainsi, Vincent Cespedes choisit ses auteurs en fonction de cette exigence : une philosophie qui nous parlerait depuis le monde, depuis la vie, et non depuis des « refuges de mandarins qui parlent des hauteurs ». La collection aborde ainsi des thèmes tels que la vieillesse64, le charme65, Mai 6866, la France67 … C’est le cas également pour la collection “Pause philo” chez Milan qui propose des thèmes inhabituels voire surprenants mais toujours ancrés dans la vie quotidienne : Petite philosophie du voyage 68, et Petite philosophie de l’amateur de vin69, de Thierry Tahon ; Petite philosophie du shopping70, de Frédérique Pernin etc.

Certaines collections affichent la volonté de concilier la démarche de démocratisation et le maintien d’un certain niveau d’exigence philosophique, tentant ainsi de montrer que les deux ne sont pas incompatibles. Ainsi V. Cespedes déclare-t-il à propos de la collection “Philosopher” : « Cette collection doit en même temps satisfaire les philosophes, parce qu’elle apporte du nouveau dans la pensée. (…) Je veux que mes auteurs aient des thèses à défendre ». Dans la plupart des collections de philosophie pour le grand public, on est finalement assez loin d’une simple démarche de vulgarisation. Il y a plutôt volonté de création, recherche d’innovation aussi bien dans les thèmes abordés que dans la manière de les traiter. Le public est donc invité à entrer en philosophie par des portes nouvelles, à explorer des chemins un peu moins habituels et porteurs de sens pour aujourd’hui, mais sur lesquels il pourra de toute manière rencontrer les incontournables auteurs classiques. Car il ne s’agit pas non plus, à l’inverse, de s’extraire de toute l’histoire de la philosophie : de nombreuses références sont faites aux philosophes de la tradition. En somme leur pensée est certes vulgarisée mais là n’est pas la fin en soi de ces ouvrages.

Pour les personnes qui souhaiteraient en revanche rester sur des problématiques plus traditionnelles, sur des notions qui ont traversé l’histoire des idées, il existe des collections dont la ligne éditoriale consiste justement à reprendre les grands thèmes philosophiques tels que l’art, le temps, autrui, l’illusion, le devoir, le désir… Ainsi, la collection “Philosopher”71 aux éditions Quintette propose une quarantaine de petits ouvrages très courts qui traitent ces questions sous forme de petits essais très structurés, ne dépassant jamais les 80 pages.

Certaines collections se présentent un peu comme des hybrides et traitent à la fois de questions traditionnelles et de thèmes plus contemporains, comme la collection “Chemins philosophiques” chez Vrin. Elle se caractérise par ses titres toujours formés sur la base « Qu’est-ce que … » et nous invite à réfléchir sur des thèmes aussi variés que la laïcité, l’œuvre d’art, la fiction, la ville, l’imagination, l’Internet etc. Il est à noter que là encore le niveau d’exigence est assez élevé, du point de vue de l’écriture philosophique. Il sera donc question plus tard de nuancer la notion de “grand public”.

En ce qui concerne les collections destinées aux enfants, les démarches sont très différentes de celles que l’on vient de voir. En effet, toute l’attention est portée sur la capacité des enfants à s’interroger et sur l’idée qu’il faut développer en eux la réflexivité et la faculté critique. Ainsi, il n’est pas question de vulgariser des auteurs ou d’expliquer des thèses philosophiques. On voit ici radicalisée l’idée kantienne selon laquelle il faudrait non pas apprendre “la philosophie” mais apprendre “à philosopher”. Dans la collection “Philozenfants” chez Nathan (pour les enfants à partir de 7 ans), les questions abordées sont très courantes : la vie, les sentiments, le savoir, le bonheur, la liberté…Sur chaque double page on trouve une question, une réponse spontanée, puis plusieurs petites questions introduites par « oui, mais… », qui viennent mettre en doute cette première réponse spontanée. Aucune réponse n’est donnée, mais seulement des pistes de réflexion. La volonté des auteurs est de poser les bases d’un dialogue avec les parents (ou avec l’instituteur ou autre intervenant au sein d’un groupe de travail). C’est la pratique qui est mise en avant, bien plus que la transmission d’un contenu. Dans la célèbre collection “Les goûters philo” chez Milan (pour les enfants à partir de 8-9 ans), il y a plus de place pour le texte. Une situation de la vie courante est mise en relation avec une réflexion, avec un peu plus d’affirmations et moins d’interrogations que pour la collection précédemment citée. Dans ces ouvrages, la démarche narrative du premier moment du texte vient justifier et rendre plus concrète la partie réflexive qui suit. La réflexion s’ancre beaucoup plus dans l’univers de l’enfant. C’est sans doute ce qui a fait le succès de cette collection.

A l’image de la collection “Boîte à outils philo” chez Milan, certaines collections se présentent comme des propositions d’outils conceptuels ou bibliographiques pour aider à la compréhension du monde contemporain. La démarche pédagogique est toujours très claire, que ce soit au niveau stylistique ou dans l’organisation visuelle de l’ouvrage. L’idée est de permettre à tous ceux qui le souhaitent de se réapproprier des instruments de pensée pour conquérir une forme d’indépendance intellectuelle, par le biais de la philosophie. Il ne s’agit pas de donner des réponses toutes faites, ou de considérer la lecture de ces ouvrages comme une fin en soi. Au contraire ces derniers invitent le lecteur à aller plus loin que cette simple lecture. Il sera question plus tard de s’interroger sur la portée réelle de ces ouvrages chez les lecteurs non-spécialistes.

Il convient de remarquer que très généralement, les ouvrages et les auteurs de ces collections sont peu médiatisés, et n’entrent pas dans le système du vedettariat. Il semble, que ces ouvrages moins exposés médiatiquement conservent justement une certaine indépendance rendant possible le maintien d’une plus grande rigueur philosophique.

3. PUBLIER DE LA PHILOSOPHIE POUR LE GRAND PUBLIC DANS LE CONTEXTE MEDIATIQUE ACTUEL : ENJEUX ET PROBLEMATIQUES DE LA TRANSMISSION PAR LE LIVRE.

a. L’arrivée du marketing en philosophie et ses enjeux pour la création philosophique.

L’arrivée du marketing dans le monde de l’édition a très probablement découlé des phénomènes de concentration économique que l’on a pu observer ces dernières décennies et qui ont entrainé des exigences plus fortes de rentabilité. Même si l’on essaie toujours aujourd’hui de “dédiaboliser” le marketing du livre en montrant qu’il n’est pas incompatible avec la création, force est de constater que des stratégies économiques, des études de marché, sont mises en œuvre pour répondre à des impératifs beaucoup plus triviaux, ceux de la rentabilité. Le livre a toujours été, comme le démontrait Bourdieu72, un objet à la fois économique et symbolique, marchandise et signification. Mais aujourd’hui le marketing présente des caractéristiques qui peuvent mettre en péril l’indépendance de la création, en particulier s’il s’agit d’un marketing qui intervient sur la conception du livre et non plus seulement sur l’offre (mise sur le marché, publicité, promotion…).

Il convient donc ici de s’interroger sur les enjeux de l’arrivée du marketing dans le domaine de la philosophie. Notons qu’il s’agit là d’un phénomène récent, puisque les ouvrages de philosophie ont très longtemps circulé dans une sphère restreinte, celle de l’université et des étudiants. Il n’était pas besoin de développer des stratégies spécifiques pour augmenter les ventes auprès d’un public d’ores et déjà acquis. La philosophie n’avait pas vraiment de public potentiel mais bien un public réel et limité. Cela tenait en partie aux contenus des livres eux-mêmes, réservés aux initiés et aux spécialistes. Mais dès lors qu’il a été question de “populariser” la philosophie, alors il a fallu repenser les stratégies de conception et de vente de ces objets nouveaux qu’étaient les livres de philosophie pour le grand public, en trouvant les moyens de convaincre de nouveaux publics.

Déjà, avec les “nouveaux philosophes”, une certaine forme de marketing s’était imposée. Elle a été analysée et critiquée par Deleuze notamment à l’occasion d’un entretien publié en supplément de la revue Minuit73 en 1977 : il s’agissait, entre autre, de faire dire au livre plus qu’il n’en dit en profitant d’une forte présence médiatique (presse, radio, télévision) et faire parler du livre par tous ceux dont le travail est de relayer l’information. Cette manière de “créer l’événement” autour d’un livre et de monopoliser la scène médiatique est une composante importante du marketing éditorial, qui a bien sûr évolué aujourd’hui, mais qui est toujours observable en ce qui concerne les auteurs-vedettes de la philosophie. Il est évident que la moindre présence médiatique joue un rôle non négligeable dans les chiffres de vente.

Mais ce qui différencie la situation actuelle de celle des “nouveaux philosophes”, c’est qu’il y a aujourd’hui une large production de livres de philosophie pour le grand public, qui n’existait pas il y a trente ans, et qui reste très peu médiatisée. C’est le cas en particulier pour la majeure partie des livres composant les collections que nous avons décrites un peu plus haut. Les meilleures ventes de livres de philosophie se concentrent sur un petit nombre d’auteurs médiatisés, et font ignorer la partie immergée de l’iceberg que constitue cette importante production observable principalement sous forme de collections. Le marketing qui est à l’œuvre pour la diffusion de ces ouvrages ne mise alors pratiquement pas sur la médiatisation. Il consiste à créer une image de marque, une garantie de qualité, comme on a pu le voir pour certaines collections qui promettaient de concilier accessibilité avec exigence de rigueur et de créativité. La fidélisation des lecteurs sur une même collection joue donc ici un rôle fondamental. Les ventes sont alors assurées par la publicité (dans la presse littéraire et sciences humaines notamment) et la fidélisation des lecteurs. On se situe finalement à mi-chemin entre le long-seller et le fast- seller. Une étude d’Olivier Godechot sur le marché du livre philosophique publiée en 1999 dans la revue Actes de la Recherches en sciences humaines74, fait en effet une distinction entre d’une part le long-seller, dont le succès économique se fait sur une longue durée et découle du succès symbolique au sein d’un grand public cultivé, et d’autre part le fast-seller dont le succès, rapide, repose essentiellement sur la visibilité médiatique et suppose d’imposer à l’auteur des contraintes d’écriture et de promotion – ce qui pose par ailleurs la question de la qualité philosophique intrinsèque des ouvrages. Le phénomène de développement des collections que l’on a pu analyser précédemment pourrait être un compromis entre ces deux tendances.

Cependant, et pour tous les ouvrages de philosophie pour le grand public sans distinction, on peut toujours légitimement s’interroger quant au rôle de l’estampillage « philosophie populaire » dans la vente de ces ouvrages. Proposer de s’adresser au plus grand nombre, se déclarer accessible et lisible, voilà un argument de vente qui promet des ventes faciles. Du même coup, on qualifiera ce qui se vend bien de “populaire”, renforçant ainsi l’argument selon lequel la philosophie peut facilement se rendre accessible et que de ce fait, elle le doit. Le succès du phénomène éditorial actuel repose donc en partie sur ce consensus, qui veut que tout ce qui porte aujourd’hui le nom de philosophie et qui affiche une volonté de démocratisation serait bon à prendre. Le terme de “philosophie” est toujours entouré d’une certaine aura et confère aux ouvrages qui s’en réclament une légitimité certaine : ainsi, dès lors qu’on lui associe le terme de “populaire”, c’est comme si l’on brisait enfin une contradiction qui avait trop longtemps vécu, engendrant nécessairement l’enthousiasme chez le grand public. Celui-ci ne peut d’ailleurs manquer de se sentir valorisé par les démarches de ces auteurs qui le considèrent tout à fait capable d’accéder à la philosophie. Ainsi, il semble que le marketing éditorial ait repris à son compte la volonté déjà ancienne de la philosophie – et donc ses arguments – de s’ouvrir à un plus grand nombre de lecteurs. On est alors tenté de parler d’une forme de démagogie à l’œuvre dans ces stratégies.

Il faut également noter un aspect important de l’édition philosophique : certains éditeurs publiant des ouvrages philosophiques d’érudition à public restreint se voient aujourd’hui contraints de diversifier leur production vers des ouvrages à diffusion beaucoup plus large et de vente plus facile, précisément pour pouvoir maintenir leur équilibre économique et préserver la production d’ouvrages spécialisés à vente restreinte. L’absence d’un public suffisant pour les livres d’une haute exigence intellectuelle peut engendrer chez les éditeurs le besoin de commander des ouvrages qui toucheront un public plus large. Mais ce n’est pas le cas pour tous les éditeurs, par exemple pour Milan qui est toujours restée fidèle à la même démarche, celle de la vulgarisation et de la démocratisation de la philosophie. Chez Milan, la production d’ouvrages de philosophie relève d’une volonté positive et non d’une stratégie par défaut pour sauvegarder un secteur plus difficile.

Dans ce contexte éditorial, la création en philosophie pose problème, en particulier si le marketing intervient en amont, c’est- à-dire dans le processus de conception, et non plus seulement en aval, pour la diffusion et la vente. Des contraintes d’écriture, de style, de volume de texte, de thématiques également, peuvent alors s’imposer à l’auteur. Mais comme le montre un article de Paul Dirkx intitulé “Les obstacles à la recherche sur les stratégies éditoriales”75, il est assez difficile – et donc problématique pour la recherche – d’accéder à des données complètes et claires sur les stratégies éditoriales des maisons d’édition. Le milieu éditorial semblerait vouloir se protéger contre toute tentative d’objectivation de son fonctionnement. On sait donc peu de choses sur la manière dont les éditeurs analysent le marché en fonction de la demande, sur les études qui sont réalisées pour cibler un lectorat. On ne sait pas dans quelle mesure les ouvrages grand public sont conçus pour correspondre aux attentes et aux goûts de certains segments de marché, ni quelle place est laissée aux choix et à la créativité de l’auteur.

b. Les relations problématiques entre le livre de philosophie et les médias.

Le marketing appliqué à l’industrie du livre implique généralement la nécessité d’une visibilité médiatique de l’auteur. On a vu à quel point cela avait pu être important à travers le phénomène des “nouveaux philosophes” : ceux-ci ont fait de leur omniprésence médiatique l’instrument principal d’une stratégie de promotion – et d’autopromotion – tout à fait nouvelle, en tout cas dans le monde de la philosophie. La philosophie est alors entrée elle aussi dans la société du spectacle, spectacle que François Aubral et Xavier Delcourt qualifiaient de « tapageur et grossier » dans leur essai Contre la nouvelle philosophie 76 publié en 1977. Leur analyse dénonçait une double imposture : d’une part celle du contenu même des ouvrages (doctrines à la mode mais philosophiquement vides, mystification, renonciation à la rigueur philosophique) ; d’autre part celle des méthodes promotionnelles et de la soumission de la création philosophique aux exigences médiatiques et journalistiques.

Aujourd’hui les “nouveaux philosophes” sont moins présents sur les plateaux de télévision et dans la presse, hormis A. Glucksmann et B-H. Lévy qui ont toujours une forte influence. Ce courant est désormais passé de mode, et on n’a finalement retenu des nouveaux philosophes que leurs méthodes de promotion. Mais de nombreux autres philosophes occupent une place notable dans la sphère médiatique, comme L. Ferry, A. Finkielkraut, R. Enthoven, R-P. Droit etc. Les philosophes sont en même temps des journalistes, prolifiques dans la presse, et interviennent régulièrement sur les plateaux de télévision pour des débats, souvent à l’occasion de la parution de leurs livres. Par ailleurs, les livres de philosophie eux-mêmes sont passés au crible très normatif des médias: ainsi, non seulement le jugement sur la philosophie se fait par des journalistes et non plus par les pairs, mais le livre de philosophie, s’il veut bénéficier d’un public assez large, doit se conformer aux normes imposées par cette sphère médiatique, normes qui semblent entrer en contradiction avec les exigences propres de la philosophie.

Cette publicité de la discipline pose de nombreux problèmes et notamment celui du statut du livre de philosophie dans cette relation étroite avec les médias. Publier un livre de philosophie semble parfois constituer un simple prétexte à la présence médiatique. Pierre Bourdieu aborde ce phénomène dans son essai Sur la télévision77 : « Être, disait Berkeley, c’est être perçu. Pour certains de nos philosophes, être, c’est être perçu à la télévision (…) et il est vrai que ne pouvant guère compter sur leur œuvre pour exister dans la continuité, ils n’ont pas d’autre recours que d’apparaître aussi fréquemment que possible à l’écran, donc d’écrire à intervalles réguliers, et aussi brefs que possible, des ouvrages qui ont pour fonction de leur assurer des invitations à la télévision »78. La présence médiatique et tout ce qui s’engendre autour du livre importent bien plus que le livre et son contenu. Bourdieu souligne également l’influence considérable du journalisme, lui-même soumis aux exigences du marché, sur les différents champs de la production culturelle, et notamment la philosophie (voir l’essai publié dans l’ouvrage cité précédemment, intitulé L’emprise du journalisme). Le journalisme, en situation de dépendance vis-à-vis des verdicts du marché et de l’audimat, se fait extrêmement prescriptif vis-à-vis des productions philosophiques se voulant accessibles à un large public.

Si le journalisme impose ses normes au livre de philosophie, il n’est pas rare également que ce dernier soit lui-même engendré directement par les productions médiatiques. Le livre est alors en quelque sorte un sous-produit de l’activité médiatique, un épiphénomène. C’est le cas particulièrement lorsque le livre ou même la collection est issue d’une émission de radio ou de télévision sur la philosophie : on citera la collection “Les nouveaux chemins de la connaissance” tirée de l’émission du même nom sur France Culture présentée par R. Enthoven ; également Pas si vite !79 et Petits dialogues entre amis 80, deux livres publiés à la suite de l’émission “Pas si vite !” diffusée sur Canal+ à la fin des années 1990 et présentée par Jackie Berroyer ; enfin, un autre exemple avec Un animal, un philosophe 81, de Robert Maggiori, composé à partir de chroniques publiées dans Libération. Le livre de philosophie n’est parfois que prétexte à relayer ce qui se fait dans les médias. Le livre de philosophie se fait alors le véhicule des débats à la mode, d’idées très consensuelles : il est une manière comme une autre de diffuser, de relayer “ce qui se dit”, c’est-à-dire de faire – uniquement – de la communication. Et même lorsque ces livres se veulent irrévérencieux, allant à contre-courant des idées dominantes, ce n’est que pour mieux nourrir l’impertinence et la polémique, méthodes spectaculaires désormais inévitables du marketing télévisuel.

L’écriture philosophique qui veut sortir du strict cadre universitaire doit donc souvent se plier à la temporalité journalistique, à la rapidité d’apparition et de disparition des sujets à la mode, et il est très rare que ces productions retiennent l’attention plus de quelques semaines et soient considérées peu à peu comme des références en philosophie. Le statut du livre de philosophie, dans ce contexte, apparaît désacralisé, au sens où il n’y a plus forcément d’équation entre présence d’un livre et présence d’une pensée véritablement philosophique. Une grande partie de la littérature philosophique aujourd’hui a perdu son autonomie interne, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la pensée et la création philosophique.

Il est donc difficile de comprendre Rosi Braidotti quand elle affirme, dans un ouvrage intitulé La philosophie…là où on ne l’attend pas82, que « le monde des médias et de l’édition se révèle un allié essentiel » des nouvelles expérimentations de la pensée philosophique. Dans les faits, la philosophie ne semble pas tirer bénéfice de la médiatisation d’une petite partie de la production philosophique. L’image actuelle de la discipline (accessible, facile, peu exigeante), véhiculée dans les médias, pourrait même entrainer de la part du public des réactions de plus en plus négatives, et des accusations d’hermétisme envers toutes les productions philosophiques qui refuseraient d’adhérer à ce modèle.

II – Transmission et communicabilité de la philosophie : comment s’adresser aux non-spécialistes ?

La problématique de la transmission de la philosophie à des non-spécialistes est présente à tous les niveaux d’un ouvrage de philosophie : elle implique d’identifier le ou les publics auxquels on s’adresse, mais aussi de mettre en place des stratégies éditoriales visant à rendre la philosophie attrayante et à briser l’image hermétique qu’elle a auprès du grand public, que ce soit dans l’aspect matériel des ouvrages ou dans leur contenu philosophique. Enfin, la question de l’écriture est fondamentale, si on veut s’interroger sur les conditions des nécessaires médiations et de la communicabilité de la philosophie. La manière dont on s’adresse au grand public est spécifique et mérite d’être prise en compte si l’on veut comprendre ce phénomène éditorial.

1. LA QUESTION DES PUBLICS ET DE LA DEMANDE DE PHILOSOPHIE.

Avant d’aborder la question de la médiation à mettre en place pour atteindre un public plus large, il est indispensable de s’intéresser à ce public lui-même, dont nous verrons qu’il constitue une notion déjà problématique. De plus, on ne cesse de parler aujourd’hui d’une “demande de philosophie” de la part de ce public : il s’agit donc de comprendre dans quelle mesure le grand public français formulerait une telle demande.

a. Les publics : à qui s’adresse-t-on et qui lit ?

La philosophie tente de conquérir de nouveaux publics, mais on parle d’un “grand public” sans vraiment savoir de quoi il est composé. S’il est assez simple de savoir à qui les philosophes souhaitent s’adresser, il est en revanche plus difficile de savoir qui lit vraiment ces ouvrages, d’autant plus qu’il y a souvent une différence entre les publics visés et les publics réels.

Les philosophes ou les éditeurs tentent de définir le lectorat qu’ils visent, soit sur la quatrième de couverture, soit dans une préface ou un avertissement au début du livre. En ce qui concerne les tranches d’âge, il est fréquent que les auteurs s’adressent en premier lieu aux élèves de terminale, pour qui l’initiation à la philosophie est un comme un rite de passage. Ils auraient donc besoin de guides, d’ouvrages auxquels se référer mais qui ne soient pas simplement des manuels scolaires et rébarbatifs. Bien souvent, ces ouvrages atteignent d’autres types de publics. Beaucoup d’adultes en effet sont également intéressés par la philosophie et se dirigent assez spontanément vers ces publications : ils ne prennent pas le risque de se sentir illégitimes en les lisant étant donné qu’ils sont censés posséder un bagage culturel à peu près équivalent à celui d’un lycéen. Ces ouvrages peuvent également être utilisés par les professeurs de terminale eux-mêmes pour leurs cours. Ainsi l’Antimanuel de philosophie83 de M. Onfray, originellement conçu comme guide pour le bac, a-t -il conquis des publics adultes et des professeurs. Les auteurs sont d’ailleurs conscients de cela, comme F. Savater qui, dans l’avertissement de Penser sa vie84, invite à la lecture les élèves de terminale, « mais aussi les profanes désireux de connaître cette vénérable tradition intellectuelle qui a vu le jour en Grèce ».

Les lycéens et les adolescents en général sont souvent sollicités, d’une part du fait de cette période de la vie propice au questionnement, et d’autre part parce qu’ils constituent une nouvelle génération, potentiellement capable de donner à la philosophie la place que, selon ces auteurs, elle mérite dans notre société. L. Ferry par exemple considère ce public comme un lectorat privilégié, notamment dans son livre Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’usage des jeunes générations85, dans lequel il s’adresse à un adolescent potentiel en le tutoyant. Dans l’avant-propos de ses Présentations de la philosophie86, A. Comte-Sponville souhaite s’adresser particulièrement aux adolescents, qui ont « plus besoin que les autres d’être accompagnés ». Encore une fois, ce type d’ouvrage vise implicitement des publics plus larges, notamment des adultes néophytes que ces questions intéressent et qui verraient là une manière de s’initier à la philosophie. Paradoxalement, on remarque que les publics jeunes, s’ils sont très sollicités, sont aussi les plus difficiles à atteindre, d’après de nombreux auteurs. Vincent Cespedes par exemple, déclare sur osezphilosopher.fr que les jeunes lisent très peu d’ouvrages philosophiques car ils sont plus spontanément attirés par les romans, et qu’il faut trouver d’autres voies pour les atteindre. On constate donc que très peu d’ouvrages s’adressent à un public précis et ciblé : les jeunes constituent souvent un public idéalement réceptif à la philosophie, mais dont les auteurs savent qu’il sera finalement peu atteint, et préfèrent s’adresser aux non-spécialistes en général.

En ce qui concerne la philosophie pour enfants, en revanche, on a un public très ciblé, et les tranches d’âge sont définies : les “Goûters philo”, chez Milan, s’adressent aux enfants à partir de 8-9 ans, les ouvrages de la collection “Philozenfants“ chez Nathan, aux enfants à partir de 7 ans, et la collection “Chouette ! Penser”, aux enfants de plus de 11 ans. En effet chaque contenu est adapté au niveau de lecture et de compréhension de chaque âge, avec plus ou de moins d’illustrations et de place laissée au texte. Mais là encore, ces petits livres pour enfants ont peut -être pour premier public les parents eux-mêmes, déjà parce qu’ils les choisissent, et ensuite parce qu’ils s’y intéressent eux-mêmes. Comme le note M. Puech dans l’intervention déjà citée, « nos livres sont aussi lus par des adultes, ce sont peut-être mêmes de faux livres pour enfants : ce serait une ruse pour décomplexer des adultes qui ont été tellement humiliés par la culture… ». Cette remarque pose dès lors la question du profil socio-culturel des lecteurs des ouvrages grand public.

b. La notion de “grand public” à relativiser.

Les ouvrages estampillés “grand public” ne s’adressent assurément pas à “tout le monde”. Il faut nuancer la notion de “grand public” en ce qui concerne la philosophie, car même vulgarisée, cette discipline n’est pas “grand public” comme le serait un jeu télévisé ou même un roman de Marc Lévy. Les partisans d’une philosophie “ouverte à tous” sont généralement bien conscients qu’ils ne s’adressent en vérité qu’à un public d’un certain niveau socio-culturel, ce qui invite à se poser la question des limites de la démocratisation de la philosophie si l’éducation ne contrebalance pas suffisamment les inégalités dues aux déterminations socio-économiques. L’acte même de lecture, qui plus est la lecture d’essais, n’est pas une pratique universellement répandue dans notre société. Elle suppose un bagage culturel et intellectuel que tout le monde ne possède pas. De plus, la lecture d’ouvrages de philosophie serait peut- être moins populaire que la pratique des cafés-philo par exemple. Dès lors, on rencontre assez souvent l’expression de “grand public cultivé”, dans les paroles de L. Ferry ou d’A. Comte-Sponville par exemple. Elle est également utilisée lorsqu’il s’agit d’associer à des publics étudiants un lectorat plus large qui souhaiterait s’intéresser à la philosophie. C’est le cas, par exemple dans la description, sur la quatrième de couverture, de la collection “Chemins philosophiques” chez Vrin : « Ce livre s’adresse aux étudiants des universités et des classes préparatoires, mais aussi au grand public cultivé attendant un traitement direct et clair d’une question de philosophie générale ». Mais l’appellation “grand public cultivé” est peu commentée. On lui préfère parfois celle de “grand public éclairé”, expression qui permet peut-être d’exclure l’idée d’une détermination par le capital culturel que peut contenir le terme “cultivé”.

On peut trouver une description de ce lectorat dans l’article paru dans le magazine Médias sur le fondateur de la revue Philosophie Magazine, F. Gerschel87, qui parle lui aussi d’un grand public cultivé. Certes, le lectorat d’un magazine de philosophie ne correspond pas forcément à celui de livres de philosophie, mais on peut supposer qu’il s’en rapproche beaucoup. F. Gerschel décrit donc le public de Philosophie Magazine comme un lectorat extrêmement urbain, très éduqué et généralement grand consommateur de livres. D’après les études de marché, la moyenne d’âge de ce lectorat serait de 45 ans, et les lycées et étudiants n’en représenteraient que 25 %. Ce serait un profil similaire à celui des lecteurs du Monde. Toujours selon le fondateur de ce magazine, il serait encore possible d’élargir ce lectorat, car une partie du public serait encore réticente à l’idée de découvrir la philosophie, à cause d’une véritable “barrière psychologique”.

Si l’on se réfère à l’enquête Pratiques Culturelles des Français à l’ère numérique88 de 2008, la lecture des ouvrages de philosophie (et encore moins les ouvrages grand public) ne fait pas l’objet d’une étude détaillée. Elle fait partie d’une catégorie intitulée “Essais politiques, philosophiques, religieux” dans la question 64A : « Genre de livre lus le plus souvent »89. Seulement 16% des personnes interrogées ont lu au moins un livre de ce type au cours des 12 derniers mois, dont une majorité d’hommes et une majorité âgée de plus de 45 ans. Ce lectorat est généralement diplômé (bac +3 et plus) et les lecteurs se retrouvent principalement dans les catégories socio-professionnelles du type “cadres et professions intellectuelles supérieures” (34%), “anciens cadres” (37%), “anciens indépendants” (27%), ou “anciens professions intermédiaires” (20%). Le lectorat est par ailleurs très urbain (44 % à Paris intra muros). L’observation de ces résultats nous indique que la philosophie est encore loin d’être véritablement populaire, du moins en ce qui concerne la lecture effective d’ouvrages philosophiques. Il nous a paru difficile de comparer les résultats des enquêtes précédentes (1973/81 et 1997) car les types de question (genres de livre lus le plus souvent sur un an ou en général ? Genre de livres lus ou possédés ?) et les catégories de livres varient. Cependant, si l’on essaie de comparer la dernière enquête avec celle réalisée entre 1973 et 198190, avec le même type de question (genre de livres lus le plus souvent) et une catégorie à peu près équivalente (essais politiques, philosophiques, religieux, ouvrages de psychologie etc.), on remarque tout de même une évolution : en 1973 la lecture de ce type d’ouvrage concernait 11.8 % des personnes interrogées et 12.9 % en 1981. Aujourd’hui ils sont 16% à lire des ouvrages de cette catégorie. Ainsi, même si la sociologie de la culture et notamment les études sur les publics de la culture tendent à démontrer qu’il n’y aurait pas vraiment de démocratisation de la culture et que les déterminations économiques, sociales et culturelles auraient toujours le même rôle dans les inégalités des pratiques culturelles, c’est peut-être un peu différent en ce qui concerne la philosophie. Et c’est sans doute à cause de ce phénomène éditorial récent. Mais la tendance ne connaît pas une évolution massive et la lecture de ce type d’ouvrages reste généralement réservée à certaines catégories de la population. Finalement, même si aujourd’hui des ouvrages philosophiques deviennent des best-sellers, ce n’est pas parce qu’ils touchent des catégories plus populaires de la société, mais bien parce qu’ils conquièrent un lectorat déjà habitué à la lecture d’essais intellectuels. La culture reste aux mains des gens cultivés. Les démarches de popularisation de la philosophie n’ont finalement brisé que la barrière psychologique qui retenait des lecteurs déjà cultivés de s’initier à la philosophie, mais elles n’ont pas vraiment franchi les barrières culturelles et sociales qui empêchent des catégories moins privilégiées de s’intéresser à cette discipline. De plus, il semble ici important de distinguer d’une part les nouvelles pratiques philosophiques que sont les cafés-philo ou même les universités populaires, qui sont effectivement assez populaires, et d’autre part l’acte de lecture d’ouvrages philosophiques, qui implique toujours un bagage culturel plus important. Cela peut également être compris du point de vue de la discipline philosophique elle-même : celle-ci serait par nature très difficile à vulgariser absolument, et il y aurait possibilité pour les lecteurs de s’élever jusqu’à elle, mais impossibilité pour la philosophie de se rendre totalement accessible à n’importe quel type de lecteur. Elle supposerait un travail, l’acquisition d’une culture philosophique et d’un minimum de rigueur intellectuelle dont on ne pourrait faire l’économie. Il existe donc assurément un fantasme autour d’un lectorat “populaire”, voire d’une sorte de “vrai peuple” laissé de côté par la culture légitime et qui aurait dorénavant la possibilité de s’élever à cette culture. Les véritables lecteurs de ce type d’ouvrage sont déjà engagés dans des pratiques culturelles légitimes.

c. La demande philosophique aujourd’hui : entre besoins réels, consommation culturelle et fantasmes.

Depuis les années 1990, la philosophie ferait l’objet d’une demande spécifique qui émanerait d’un public nouveau. Comme nous venons de le voir, il faut se montrer prudent avec la notion de grand public. Il y a un réel fantasme sur la notion de “philosophie populaire”. Il est pourtant coutume de parler d’une “demande” de philosophie ; les auteurs et éditeurs s’en réclament, à tort ou à raison, pour justifier la publication de leurs livres.

On peut dès lors s’interroger sur les raisons de cette demande, sur ce qui est en jeu derrière tout cela. Tout d’abord, est-elle née spontanément ou a-t-elle été engendrée par l’industrie culturelle ? Il est possible en effet que le marketing éditorial ait essayé d’explorer une nouvelle tendance éditoriale et que celle-ci se soit révélée une véritable manne. Cependant il semble plutôt que l’édition ait profité d’un phénomène préexistant et de démarches spontanées d’auteurs souhaitant écrire la philosophie différemment.

Un certain nombre d’auteurs de philosophie pour le grand public interprètent de manière similaire la demande actuelle de philosophie. Marc Sautet, créateur des cafés-philo, affirmait que notre société se trouve dans une situation de crise de la démocratie, semblable à celle de l’époque de Socrate et de la naissance de la philosophie occidentale. Pratiquer la philosophie serait alors une manière pour les citoyens de réactiver le débat démocratique. Beaucoup de libraires, selon un article de Livres Hebdo sur les sciences humaines91, ressentiraient en effet « l’envie des gens de comprendre le monde », avec une « boulimie impressionnante pour les débats », et donc de s’approprier les outils pour y participer. C’est également la position partagée par L. Ferry et Comte-Sponville, ainsi que V. Cespedes. On rencontre souvent l’idée que la philosophie doit, comme elle le faisait dans l’Antiquité, se mêler des affaires de la cité.

La demande de philosophie aurait également pour origine une crise du sens. Les milieux du journalisme et de l’édition interprètent cette demande comme émanant d’une société en manque de repères et de valeurs, perdue dans un monde capitaliste et déshumanisé. J. Gaarder, auteur du Monde de Sophie, affirme dans un entretien accordé à l’Express.fr (16-07-1998)92, que la société serait devenue plus cynique, plus égoïste, et que serait donc né le désir de renouer avec des valeurs plus communes, d’où l’importance de rendre la philosophie accessible à tous. Jackie Berroyer, dans Pas si vite ! 93, interprète l’engouement nouveau pour la philosophie comme une manière de créer un contrepoids spiritualiste face au matérialisme de notre société. Il formule même une utopie dans laquelle la philosophie deviendrait nécessaire à l’existence et à l’humanité, se référant à une formule de Malraux (qu’il n’a sans doute jamais prononcée) : « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Oreste Saint-Drôme évoque, dans Comment choisir son philosophe ?94 la panne des systèmes de pensée, la difficulté des foules déboussolées à suivre des idéologies agonisantes, qui expliqueraient le recours à “dame Philo”. Quant à O. Brenifier, dans sa contribution au rapport de l’Unesco sur la diffusion de la philosophie, il affirme que l’origine la plus flagrante de ce besoin de philosophie est à trouver dans la chute des grands schémas politiques, idéologiques, moraux ou religieux traditionnels : dès lors, chacun essaie de faire « sa propre cuisine », tentant de formuler des valeurs tant collectives qu’individuelles. La transformation des fonctionnements socio-économiques traditionnels, due à l’accélération des échanges, à la déstabilisation des structures identitaires établies, obligerait à une recherche d’ancrages et de valeurs nouvelles.

L’engouement actuel pour la philosophie est aussi souvent associé au besoin individuel de donner un sens à sa propre existence, voire de résoudre des problèmes personnels. Peut-être la psychanalyse a-t-elle montré ses limites, c’est pourquoi le public se tournerait vers la philosophie. Le souci de soi est en effet très présent dans notre civilisation, et certains aspects de la philosophie pourraient contribuer à y répondre.

L’engouement que nous constatons peut donc venir de demandes très diverses, et il est difficile d’en cibler une en particulier. Sur ce point, le rapport de l’Unesco sur la diffusion de la philosophie s’avère intéressant : O. Brenifier y distingue en effet plusieurs types de demande. Il y aurait une demande culturelle, celle qui consiste en une quête de connaissances ; une demande existentielle, lié à la question du sens et au besoin de comprendre la finitude, la mort etc. ; une demande spirituelle, de l’ordre de la métaphysique, apparentée par O. Brenifier à un succédané de la religion ; une demande thérapeutique, qui exacerberait les problèmes personnels déjà présents dans la demande existentielle, liée à une douleur de l’existence, avec une dimension pathologique qu’il s’agirait de guérir ; une demande politique, due à l’idée que la philosophie n’aurait de sens que si elle débouche sur l’action et le débat ; une demande relationnelle, qui voudrait qu’une des motivations de l’activité philosophique serait d’entrer en relation avec ses semblables, de faire des rencontres ; et enfin une demande intellectuelle, liée au besoin spécifique d’apprendre à penser, au plaisir de penser. Selon Brenifier, c’est cette dernière demande surtout qu’il serait indispensable de mettre en avant dans le cadre du développement d’un esprit critique nécessaire à la bonne marche d’une démocratie.

Par ailleurs, il est important de se demander si l’achat et la lecture de livres de philosophie ne font pas partie d’une démarche de consommation culturelle valorisante pour l’individu. Lire de la philosophie, discipline de la culture légitime par excellence, serait devenu un passage obligé pour acquérir un certain statut et se sentir valorisé aux yeux d’autrui. La philosophie deviendrait même mondaine. En témoignent certains ouvrages – certes traités sur le mode de l’humour, mais néanmoins très révélateurs – tels que Juste assez de philosophie pour briller en société de Ben Dupré95.

Il y aurait également, dans le fait aujourd’hui d’acheter un livre de philosophie, l’idée d’un acte d’achat relevant du “bien-consommer”, dont on peut se demander s’il est associé à un désir de “bien-vivre”, c’est-à-dire de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et de participer réellement au vivre-ensemble. Il semble en effet que l’acte d’achat nous dédouane d’une véritable militance. Il favoriserait une certaine passivité, une bonne conscience, une militance à vide mais pas vraiment une participation active au débat public et démocratique.

Enfin, la position de J. Bouveresse sur la demande philosophique mérite d’être mentionnée. Il tente en effet de relativiser le besoin réel de philosophie aujourd’hui. Il s’agirait d’un malentendu, comme il l’explique dans un article de Télérama du 3 février 1999 : « Quand les gens demandent de la philosophie ils veulent surtout du sens, des valeurs, des croyances »96. Il y aurait derrière le besoin de philosophie, non un besoin de penser par soi-même et d’élaborer ses propres jugements, mais le besoin d’obtenir directement les résultats de cette pensée : valeurs toutes faites, croyances… Les philosophes d’aujourd’hui profiteraient donc de ce besoin pour nous faire croire que c’est de philosophie dont nous avons manquons. Mais J. Bouveresse fait remarquer, dans Le Philosophe et le réel97 que ce droit à la philosophie pour tous, inventé et proclamé par nos philosophes, ferait totalement oublier les devoirs que nous avons, également, à l’égard de la philosophie. On demande aujourd’hui au philosophe de se montrer accessible, extrêmement clair, mais on en oublie combien cela peut, dans les excès occasionnés, nuire à la philosophie elle-même. Ce droit à la philosophie pour tous, qui implique qu’on ne respecte plus cette discipline, serait créé de toutes pièces et proviendrait d’une mauvaise évaluation de la demande de philosophie aujourd’hui. Bouveresse affirme que le grand public, en vérité, ne serait pas si demandeur qu’on le pense de philosophie “grand public”: « Par exemple les reproches qu’on adresse constamment à la philosophie de n’être pas suffisamment proche des préoccupations des gens ordinaires, de ne pas s’attaquer aux vraies questions (…), on ne les entend pas tellement de la bouche des intéressés eux-mêmes, ce ne sont pas tellement les gens du peuple qui disent cela. Ils comprennent assez bien que, même pour traiter de grandes questions qui intéressent tout le monde, il se peut qu’on ait besoin d’instruments conceptuels relativement sophistiqués, dont le maniement doive s’apprendre. (…)Le peuple, dans tout cela, n’a pas droit au chapitre, et il l’a d’autant moins que ce sont essentiellement les médias qui sélectionnent, selon leurs critères, les philosophes qui sont censés lui convenir »98. De plus, il serait faux de penser, comme la plupart de nos philosophes, qu’une existence sans philosophie ne serait pas authentique. Selon Bouveresse, ce serait faire preuve de mépris envers les gens qui n’ont pas de relation explicite avec la philosophie. Il y aurait donc, en France, une peur de la “barbarie non-philosophique”, plus ou moins fondée, mais en tout cas fortement récupérée par les auteurs et les médias pour nous présenter la philosophie comme indispensable.

d. Susciter la demande autour du livre.

La demande d’ouvrages philosophique peut être suscitée par des stratégies mises en places autour du livre. Le secteur des sciences humaines, d’après les nombreux rapports produits sur celui-ci, présente actuellement une santé économique inquiétante due à la diminution des ventes. Le Livre Hebdo de juin 2009 nous expose les grandes lignes de cette crise, en expliquant que le lectorat en général, et les universitaires tout particulièrement, délaissent le livre pour l’Internet. Malgré la représentation de plus en plus importante de certaines sciences humaines (philosophie, sociologie, psychologie) dans la société et dans les médias, les fonds s’appauvrissent et les ventes baissent. Les éditeurs ont donc tout intérêt à mettre en place des stratégies pour reconquérir ce public universitaire, mais aussi capter le « “petit” grand public éclairé », selon l’expression de Monique Labrune, directrice du département sciences humaines du Seuil. Le modèle économique de l’avenir consisterait d’ailleurs en une synergie entre universitaires et grand public.

Comme il a été dit un peu plus haut, la solution de certains éditeurs pour sauvegarder la production d’ouvrages érudits et spécialisés, serait d’opter en parallèle pour une production plus grand public. Afin d’attirer ce grand public, diverses opérations peuvent être mises en place : les éditeurs emploient en effet beaucoup d’énergie à rendre désirables les livres qu’ils publient.

Une première stratégie consiste à mettre l’accent sur l’événement autour du livre : organisation de rencontres, de débats sur le thème du livre dans les librairies, comme c’est le cas avec les “forum Fnac”, ou encore les “rencontres Decitre” dans la région Rhône-Alpes. Ces forums ou rencontres associent souvent une petite conférence, un débat, puis une séance de dédicaces. Ils ont l’avantage d’attirer non seulement les lecteurs qui connaissent déjà l’auteur et viennent spécialement le rencontrer, mais aussi les personnes qui passaient dans la librairie pour tout autre chose. Des débats ou conférences peuvent aussi être organisés à l’extérieur des librairies : salons ou journées du livre dans certaines villes. Par exemple, Laurence Vanin-Verna, directrice et auteure de la collection “La philo ouverte à tous”, participe très régulièrement aux forums Fnac, aux rencontres Decitre, à des conférences organisées par d’autres librairies, ou encore, par exemple, aux journées du livre de Felletin en août. Comme elle nous l’a confié, cette forte activité est nécessaire pour combler son manque de notoriété dans le milieu médiatique, du fait qu’elle n’a pas un “nom” qui parlerait de lui-même. Mais on peut imaginer que ces multiples opérations de promotion sont beaucoup plus enrichissantes pour elle (et pour le public) que des passages à la télévision : l’échange avec le public y est sans doute beaucoup plus instructif et fructueux sur le plan de l’initiation à la philosophie.

Une autre stratégie, moins fréquente, peut consister à mettre en place un site internet autour d’une collection. On parle alors d’un “site compagnon”, complément de la collection. Ce site peut avoir une rédaction dédiée, spécifique au site et n’est donc pas, dans ce cas, un simple double de la version papier. Ainsi le site de la collection “Philosopher” chez Larousse (osezphilosopher.fr99) propose-t-il des compléments à la collection dans divers onglets, comme une sélection de références bibliographiques pour pousser plus loin la lecture, un dictionnaire de notions philosophiques, une page présentant tous les ouvrages de la collection avec des extraits en ligne, des interviews-vidéos de V. Cespedes s’exprimant sur l’utilité de la philosophie aujourd’hui, sur ses rapports avec la démocratie etc. Selon lui, Internet permettrait d’attirer surtout les jeunes, qui ont plus tendance à délaisser le livre. Le site propose également un blog, tenu par le directeur de collection, mais il est pour l’instant un peu délaissé (pas de mise à jour depuis octobre 2008). Selon V. Cespedes, le site avait pour vocation d’être une sorte d’agora philosophique, avec un forum où auteurs et lecteurs pourraient débattre librement. Or, à ce jour, il n’en est rien, preuve peut-être qu’allier deux médias est difficile. C’est en tout cas l’avis de F. Gerschel, fondateur de la revue Philosophie Magazine, qui ne croit pas au modèle du bi- média, car il serait difficile de faire coexister une offre payante et une offre gratuite. Le site philomag.com est donc un site compagnon mais sans rédaction dédiée, car le public serait beaucoup plus attaché au papier. Une exception au moment du bac où une opération spéciale est organisée sur le site : le corrigé en direct des sujets de philo, qui attirent près de 50 000 visiteurs en une journée.

2. COMMENT INCITER, COMMENT RENDRE LA PHILOSOPHIE ATTRAYANTE : STRATEGIES EDITORIALES ET AUCTORALES.

L’enjeu, pour les éditeurs et pour les auteurs, est d’inviter des lecteurs non-spécialistes à lire des ouvrages consacrés à une discipline qui possède encore une certaine sacralité, ou qui inspire en tout cas des réticences et des craintes (notamment celle de ne pas se sentir un lecteur légitime). La philosophie doit donc plus que jamais se montrer incitative, attrayante, et se donner une image en rupture avec celle qu’on lui donnerait à l’université. Depuis le livre pris comme objet attrayant, jusqu’aux thèmes abordés, en passant par les promesses faites au lecteur sur les quatrièmes de couverture et dans les préfaces, les voies sont multiples et il s’agit de les conjuguer.

a. L’objet-livre.

Premier reflet d’un ouvrage, l’apparence du livre en tant qu’objet doit attirer l’œil du lecteur potentiel et l’inciter à le découvrir.

Le format, tout d’abord, peut jouer un rôle dans cette attractivité. Certains éditeurs préfèreront une taille très réduite avec un petit nombre de pages, comme les collections “Boîte à outils philo” de Milan (carré de 12×12) ou “Philosopher” chez Quintette (12×16), pour plaire à des lecteurs qui ne sont pas habitués à lire ou pour montrer qu’on est capable de relever le défi de concilier concision et clarté. Ces petits formats, auxquels il faut ajouter les formats poche un peu plus grands, sont également facilement transportables, à mettre dans une poche ou un sac à main pour lire dans le métro par exemple. La maniabilité peut en effet être un argument de vente non négligeable. Les très petits formats et les poche ont aussi l’avantage de proposer des prix attractifs (entre 4 et 10 euros), enjeu important de la démocratisation de la philosophie et de la culture en général. Les livres plus épais, plus grands, viseront des lecteurs déjà aguerris pour qui le nombre de pages et l’effort de lecture ne constituent pas un obstacle psychologique pour découvrir la philosophie. Ainsi les ouvrages de L. Ferry, Comte-Sponville ou Onfray dans leurs premières éditions (souvent rééditées en poches du fait de leur succès). Une taille plus grande et une maquette plus travaillée que celle d’un poche confèrera au livre un certain prestige auprès des lecteurs habitués et sensibles aux ouvrages de meilleure facture. Ils sont néanmoins plus chers, autour de 20 euros.

Partant du principe que ce type de livre, pour rendre attrayante la philosophie, doit donner une image non rébarbative de la discipline, la couverture occupe une place de choix pour la dimension visuelle. Il s’agit, encore une fois, de faire rupture avec la représentation qu’on se fait de la philosophie universitaire, donc de proposer des couvertures plus originales et d’autant plus séduisantes qu’on s’adresse à un public potentiellement jeune. On pourra alors jouer sur la typographie de la page de titre (jeux sur la forme, la taille, la disposition des caractères). Par ailleurs, le jeu sur les couleurs est presque omniprésent : on fera le choix de couleurs gaies ou lumineuses, surtout pour les ouvrages s’adressant à des publics jeunes ou centrés spécifiquement sur l’initiation à la philosophie. On rencontre fréquemment des illustrations sur la couverture : dessins humoristiques, parodiques, ou dessins représentants des traits d’esprit. Ainsi, les ouvrages de la collection “pause philo” chez Milan présentent souvent des dessins ou photos-montages amusants : une carte bleue anthropomorphe chargée de sacs de courses sur la couverture de Petite philosophie du shopping100 ; un ballon de rugby placé entre la main de Dieu et celle d’Adam dans une parodie d’un détail de la création de Michel-Ange, sur la couverture de Petite philosophie du rugby101. On trouvera aussi des photos ou dessins assez spirituels sur les couvertures de 39 petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité102, de 101 expériences de philosophie quotidienne103. Les éditeurs et auteurs peuvent aussi faire le choix d’intégrer des illustrations à l’intérieur de l’ouvrage. C’est souvent le cas pour des ouvrages de taille moyenne à grande. Le texte sera alors plus aéré, et la lecture plus ludique. La place de ces illustrations est importante dans les ouvrages de type manuels ou guides : l’Antimanuel de philosophie, ou encore le Guide de l’apprenti philosophe104 auquel a collaboré l’artiste et auteur de bandes dessinées Benoît Jacques. Dans Les consolations de la philosophie105 Alain de Botton a choisi d’illustrer de manière exhaustive tous ses propos : reproductions d’œuvres d’art, images extraites de films, paysages, mais aussi photo d’un avion puis d’un carcasse d’avion lorsqu’il est question d’un crash d’avion, photos de noix de Saint Jacques lorsqu’il est question de ces coquillages etc.

D’autres auteurs ou éditeurs font le choix de plus de sobriété dans la maquette de leurs livres. Un Luc Ferry, un Comte-Sponville, un Finkielkraut, ou même les ouvrages de la collection “Philosopher” chez Larousse, accordent au texte la plus grande place et proposent une maquette beaucoup plus traditionnelle. Finalement, on remarque qu’en règle générale les livres en tant qu’objets auront une apparence différente selon qu’ils s’adressent à un public vraiment très large (couvertures colorées, bariolées, illustrations…) ou à ce fameux “grand public cultivé” (maquettes plus traditionnelles, et, si illustration il y a, celles-ci seront plus “sérieuses”, moins humoristiques).

Dans la presse, mis à part les hors-séries et dossiers spéciaux de certains magazines, il n’existe qu’un mensuel dédié à la philosophie. Philosophie magazine a beaucoup misé sur sa présentation, son aspect visuel, comme nous l’explique son fondateur Fabrice Gerschel106. Les techniques sont classiques : choix du papier glacé très brillant pour la couverture, maquette aérée, nombreuses photos, rubriques diversifiées. Mais le résultat est souvent original. Les couvertures, en particulier, sont toujours des montages de photos surprenants qui attirent l’œil et invitent déjà à s’étonner, à réfléchir sur la question posée par le dossier central. Ces stratégies contribuent, selon le fondateur de la revue, à “dépoussiérer” l’image de la philosophie.

L’aspect visuel des livres de philosophie pour enfants fait bien entendu l’objet d’une attention encore plus importante. Plus les publics visés sont jeunes, plus il y aura d’illustrations et moins il y aura de texte. Par exemple, la collection “Philozidées” chez Nathan propose seulement une réflexion par double-page. Tout l’espace de cette double-page est occupé par les images virtuelles conçues par Jacques Després.

b. Le titre et les promesses de la quatrième de couverture.

Pour viser un public non-initié, le titre d’un ouvrage doit être d’emblée très évocateur, pour ne pas dire “accrocheur”. Il doit être représentatif du contenu de l’ouvrage, ne pas être trop abscons, et susciter un désir de lecture soit en répondant éventuellement en quelques mots aux attentes du public, soit en proposant un titre surprenant, intrigant.

Une partie des titres rencontrés évoquent des préoccupations quotidiennes ou existentielles que peut avoir le public et présentent l’ouvrage comme une réponse à ces préoccupations : Les consolations de la philosophie107, d’A. de Botton ; La philosophie comme remède au chômage108, de J-L. Cianni ; ou Vaincre les peurs109 et Apprendre à vivre110, de L. Ferry. Ce type de titre met l’accent sur la dimension pratique et l’utilité de la philosophie. D’autres titres peuvent évoquer des activités ou des problèmes quotidiens, mais avec un traitement plus léger : avec Petite philosophie du shopping ou Petite philosophie du bricolage etc., la collection “Pause philo” chez Milan propose de traiter des questions très concrètes et a donc opté, dans la plupart de ses ouvrages, pour un titre commençant par Petite philosophie de… Le mot « petite » permet d’annoncer à la fois un sujet philosophique modeste, un traitement sans prétention de la question, mais aussi une compréhension facilitée, sans grands mots, sans grands concepts. Cette cohérence dans les titres est d’ailleurs un repère important pour les lecteurs.

Mis à part le cas des ouvrages proposant de traiter des notions philosophiques traditionnelles, les titres des ouvrages de philosophie pour le grand public contiennent rarement des concepts. Ils se veulent souvent au plus proche de la “vie”, et au plus loin du type de titre que l’on peut rencontrer dans les productions universitaires. Ils doivent marquer les esprits, proposer des thèmes porteurs.

Certains titres sont des questions. Ils rappellent ainsi des sujets de dissertations, invitant dès la couverture à s’interroger et à aller voir à l’intérieur de l’ouvrage comment il est possible de répondre à la question. Les petits ouvrages de la collection “Boîte à outils philo” chez Milan en font partie : Faut-il tolérer toutes les idées ?111, Faut-il donner un sens à la vie ?112 etc. Certains ouvrages pour enfants ont aussi un titre en forme de question, stimulante et propice à éveiller les réponses du petit lecteur, comme la collection “Philozenfants” qui demande « c’est quoi ? », un peu à la manière des enfants (Les sentiments, c’est quoi ?, Moi, c’est quoi ?, La liberté, c’est quoi ? etc.).

D’autres collections pour enfants préfèrent des titres opposant deux notions, comme “les goûters philo” : Le succès et l’échec, Le respect et le mépris. A noter que cette collection a fait le choix d’évoquer parfois, dès le titre, des notions plus abstraites et difficiles : L’être et l’apparence, Le bien et le mal, Les dieux et Dieu, Normal et pas normal etc.

Il peut arriver, plus rarement, que les auteurs et les éditeurs misent sur un titre surprenant, intrigant, jouant ainsi sur la puissance d’attraction que peut engendrer l’étonnement chez le lecteur. Des titres comme Platon et son ornithorynque entrent dans un bar113 ou Zénon et la tortue114 ne peuvent manquer de susciter la curiosité.

Quant à la quatrième de couverture, elle va s’avérer déterminante dans le choix ou non du livre. Elle répond bien sûr à une logique beaucoup plus commerciale que pour des livres de philosophie à public plus restreint. Elle doit évidemment s’accorder au titre et exposer le projet de l’ouvrage ainsi que la problématique philosophique abordée. Elle doit retenir définitivement l’attention du lecteur déjà sollicitée par le titre. Parfois, c’est un extrait du livre qui est reproduit, visant ainsi à prouver que le contenu est accessible, à donner un aperçu du style adopté. La quatrième de couverture doit également vanter les mérites du livre et les qualités de l’auteur. Sur celle de l’Antimanuel de philosophie de M. Onfray, on peut lire : « On peut philosopher en charentaises, tranquille; sans mettre en jeu le monde comme il va ; on peut, aussi user de la philosophie comme de la dynamite – en nietzschéen. C’est ce que propose Michel Onfray dans cet Antimanuel qui interroge philosophiquement le monde réel à partir de questions très contemporaines (…). Ce Livre transfigure les contraintes du programme scolaire des élèves de terminale en une série de Leçons socratiques et alternatives dans lesquelles la jubilation n’empêche pas la pensée – puisqu’au contraire elle la rend possible ». Sur celle des Consolations de la philosophie, on lit : « Et donc, si l’on en croit Alain de Botton, Socrate nous consolera d’être impopulaire, Épicure de manquer d’argent, Sénèque de se sentir perpétuellement frustré, Montaigne de ne jamais se sentir à la hauteur, Nietzsche de devoir sans cesse affronter de nouvelles difficultés et, sans doute plus surprenant encore, Schopenhauer d’avoir des chagrins d’amour. En six chapitres pleins de verve et d’érudition, sans oublier une solide dose de bon sens, nous allons apprendre à mieux vivre ».

Le plus souvent, donc, les quatrièmes de couverture des ouvrages grand public présentent essentiellement des arguments de vente et répondent à une logique commerciale, utilisant des formules très accrocheuses et présentant la philosophie comme une sorte de promesse de bonheur. Encore une fois, c’est d’autant plus le cas que l’ouvrage se veut “très grand public”. Des livres grand public mais un peu moins accessibles usent de plus de sobriété dans leurs arguments : ainsi par exemple, les quatrièmes de couvertures de la collection “Philosopher” chez Quintette nous disent « Cette collection est une invitation à l’effort de chacun pour penser par soi-même ». On peut également privilégier sur la quatrième de couverture les principales problématiques du livre, sans avoir à louer de façon excessive l’auteur ou l’ouvrage.

c. Le pacte de lecture dans les ouvrages d’initiation.

Les ouvrages d’initiation destinés au grand public visent à rendre la philosophie plus accessible : ils doivent répondre aux attentes potentielles ou avérées du public tout en restant fidèle à une forme d’écriture qui reste – quoi qu’en en pense après jugement – philosophique, une écriture qui résiste nécessairement plus ou moins à la lecture pour un public non-initié. Cet obstacle peut d’ailleurs s’avérer uniquement psychologique et non fondé sur une difficulté réelle de compréhension. L’auteur est donc souvent forcé de passer avec le lecteur une sorte de “pacte de lecture”, où il expose son projet, avec ses ambitions et parfois ses difficultés, tout en invitant le lecteur à le suivre et à lui faire confiance. Il peut également inciter le lecteur à aller plus loin que cette seule lecture. Ce pacte de lecture est le plus souvent formulé dans l’introduction, l’avertissement, l’avant-propos, ou la préface.

Ainsi, bien que l’objectif affiché soit de rendre la philosophie accessible à tous, beaucoup d’auteurs restent, en quelque sorte, honnêtes en annonçant que cette discipline est un chemin long, relativement difficile, et qui demandera un minimum d’effort de la part du lecteur. Il est important de remarquer toutefois que cette honnêteté, qui consiste à prévenir des difficultés de la philosophie, constitue la justification même de l’existence de tels ouvrages. Car si la philosophie était vraiment facile, les livres d’initiation à la philosophie n’auraient pas lieu d’être et l’on pourrait philosopher à partir de rien.

Dans l’avant-propos des Présentations de la philosophie115, A. Comte-Sponville commence par décrire la philosophie comme un travail, qui exige efforts, patience et lectures nécessaires. Il se présente comme une simple introduction, une porte parmi d’autres pour “entrer en philosophie”, et laisse au lecteur le soin d’aller ensuite, par lui-même, faire ses propres lectures, de partir à la découverte des œuvres. L’auteur se réclame ici de Kant, pour qui il est important non pas d’apprendre la philosophie mais d’apprendre à philosopher, à penser par soi-même mais avec les autres. Le pacte de lecture est ici assez clair et l’auteur semble conscient des faiblesses d’une simple introduction à la philosophie. En même temps, il nous dissuade d’interrompre là notre lecture en affirmant que l’homme « ne peut renoncer à la philosophie qu’en renonçant à une part de son humanité ». Dire cela, c’est forcer un peu l’acceptation du pacte de lecture. Voilà donc le lecteur averti : ce sera relativement difficile pour lui, mais maintenant qu’il a commencé, il ne peut s’arrêter là. D’autres ouvrages également invitent le lecteur à un travail et des lectures personnelles, comme le Guide de l’apprenti philosophe116 de Christian Roche et Jean-Jacques Barrère : dans l’introduction, les auteurs justifient la nécessité d’un guide pour explorer la philosophie, pour savoir où commencer. Ils présentent le livre comme à la fois instructif et distrayant, tout en invitant les lecteurs à ne pas s’en arrêter à cette lecture, à réfléchir par eux-mêmes : « Et enfin, vous adonner à la réflexion, à la comparaison et même – pourquoi pas ? – à la méditation. (…) Le seul espoir que nous ayons : que vous finissiez, après l’avoir acheté, par abandonner ce livre sur quelque étagère de votre bibliothèque (…) et qu’alors, vous alliez en voyage, seul, le nez au vent… ». La collection “Philosopher” des éditions Quintette se place, elle, sous l’autorité d’Alain : « La fonction de penser ne se délègue point, disait Alain. C’est tout le sens de la réflexion philosophique. Si philosopher c’est s’interroger sur le sens des mots et des choses, cette collection est une invitation à l’effort de chacun pour penser par soi-même ». Fernando Savater, auteur de Penser sa vie, invite le lecteur à « penser avec lui, voire contre lui ». Il dit ne proposer qu’un itinéraire, pour des tâtonnements, et pas un « guide définitif de pensées valables ». Il insiste sur la nécessité de l’investigation. Ces ouvrages semblent donc rester assez lucides sur la nature de la philosophie. Si l’on peut discuter de la valeur intrinsèque de ces ouvrages, il faut tout de même leur concéder qu’ils gardent envers la philosophie un certain respect et n’affichent pas des prétentions excessives, ce qui n’est pas toujours le cas.

Dans Comment choisir son philosophe ?117, O. Saint-Drôme (qui n’est pas lui-même philosophe) se fait l’apôtre d’une simplification nécessaire de la philosophie, en évoquant la collaboration du philosophe Frédéric Pagès : « Nous l’avons (…) irrité avec notre volonté de simplifier ; indisposé avec notre refus de retracer l’historique des concepts ; horripilé avec notre tendance à surfer sur la crête des idées ». Mais il finit par reconnaître : « La philo, ça commence par un effort, ça continue para des efforts et ça se termine par des efforts » (cette formule plutôt complaisante semble d’ailleurs signifier que la pratique de la philosophie se “termine” un jour, ce qui parait contradictoire avec la nature même de la philosophie). On remarque ainsi que parfois, le fait de concéder à la philosophie qu’elle est exigeante et difficile n’est peut- être qu’une manière de se donner bonne conscience tout en s’autorisant par ailleurs à ne plus vraiment respecter ses “devoirs” à l’égard de la philosophie. Beaucoup d’ouvrages cependant ne s’embarrassent pas de ces précautions et ne semblent pas s’interroger sur leurs limites ni sur les limites en général d’un livre d’initiation ou de vulgarisation. Ils promettent au public une lecture facile, sans jargon, sans technicité, avec une grande complaisance à l’égard des attentes supposées du grand public.

d. Faire de la philosophie avec tous les matériaux possibles, inventer des voies d’accès différentes pour « entrer en philosophie ».

Pour rendre la philosophie plus attrayante, les auteurs et éditeurs peuvent faire le pari d’inventer des voies d’accès nouvelles vers la philosophie. Les ouvrages grands public publiés ces dernières années essaient de montrer que l’on peut philosopher à partir de tout, même des choses les plus banales ou qui semblent les plus étrangères à la philosophie. Ils font donc le choix de plus d’originalité en abordant des thèmes non traditionnels ou non académiques. Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Rosi Braidotti, la philosophie interviendrait désormais « là où on ne l’attend pas ».

Comme nous l’avons observé plus haut, beaucoup d’ouvrages abordent des questions de la vie quotidienne, des activités courantes comme le sport, le bricolage, le shopping. Les préoccupations et activités du quotidien concernent tout le monde et peuvent donc, si l’on prend la peine réfléchir dessus, constituer une porte d’entrée accessible pour les non-spécialistes. Par exemple Pierre Riffard, dans Philosophie matin, midi et soir118, choisit même de construire une réflexion à la fois littéraire et philosophique selon la trame d’une journée, depuis le réveil matinal jusqu’à l’endormissement le soir, en passant par la douche, les trajets en bus, le travail etc.

On peut aussi choisir d’inviter à la philosophie par le biais d’autres domaines culturels ou artistiques, par exemple le cinéma (Cinéphilo119, La philosophie sur grand écran120…). Désormais la philosophie s’occupe également de télévision, avec l’ouvrage Philosophie en séries121 publié en 2009.

Il faut enfin mentionner ces auteurs américains Thomas Cathcart et Daniel Klein, qui dans Platon et son ornithorynque entrent dans un bar…122, proposent de philosopher à partir des histoires drôles. Selon eux, les concepts et théories philosophiques pourraient s’éclairer « à la lumière de bonnes blagues », celles-ci regorgeant de contenus philosophiques. Les histoires drôles auraient en commun avec la philosophie la même envie de « confondre nos préjugés, de tournebouler notre univers et de surprendre au gîte où elles se cachent les vérités sur la vie, le plus souvent dérangeantes ». On pourrait ainsi montrer qu’une blague sur l’adultère peut être le support d’un concept empiriste britannique, ou encore qu’il existe des blagues pour illustrer le telos aristotélicien. Cet ouvrage, certes surprenant et relativement bien écrit, a cependant tendance à se présenter comme un précurseur en la matière alors que d’autres ont été écrits dans la même veine quelques années plus tôt : par exemple en 2007 Petite philosophie des histoires drôles de Luc de Brabandere123.

Cette manière de “dépoussiérer” la philosophie en s’intéressant à des domaines qui lui sont a priori extérieurs semble avoir pour visée, entre autres, de faire rupture avec une tendance de la philosophie universitaire ou érudite que l’on pourrait qualifier de tendance autoréférentielle : philosopher sur la pensée d’un philosophe ou sur un concept purement philosophique. Désormais les auteurs veulent montrer que l’on peut philosopher même à partir de ce qui n’est pas d’emblée philosophique, et qu’il est possible de tout penser grâce à la philosophie. Cet argument est sans doute très vendeur, et un lecteur non-initié sera probablement plus attiré par un livre de philosophie sur le rugby ou le cinéma que par un ouvrage traitant du sujet transcendantal chez Husserl, même si celui-ci relève de la vulgarisation. Ces livres de philosophie, pour être lus, doivent s’adapter aussi aux centres d’intérêt du grand public. Mais au delà de cet aspect promotionnel, il s’agira plus tard de s’interroger sur cette tendance actuelle de la philosophie à vouloir tout penser, non pas dans le but de penser le tout mais d’explorer dans leurs moindres détails tous les domaines du réel.

3. LA PROBLEMATIQUE DE L’ECRITURE : COMMUNICABILITE ET TRANSMISSION.

La problématique de l’écriture philosophique est centrale si l’on veut étudier ces ouvrages pour le grand public. L’enjeu est la communicabilité d’un langage qui doit rester, même en étant plus simple, philosophique. Ce langage doit rendre possible la transmission d’un savoir, d’une culture philosophique, mais aussi, idéalement, la transmission du désir de penser par soi-même. Il convient donc de s’interroger sur les notions de vulgarisation et de pédagogie ainsi que sur les différentes manières d’écrire choisies par les auteurs de ces ouvrages destinés au grand public.

a. Vulgariser, rendre accessible la philosophie : un exercice problématique.

Il existe dans l’histoire de la philosophie des ouvrages très abscons et techniques côtoyant des ouvrages qui au contraire, sans pour autant traiter des questions moins importantes ou moins sérieuses, utilisaient un langage plus proche de l’exigence de clarté. Les Méditations Métaphysiques de Descartes par exemple, ou de nombreux ouvrages d’Alain, sont écrits dans une langue extrêmement commune et avec le moins de jargon possible. A l’inverse, un Kant ou un Husserl s’avèrent très difficiles à lire pour le non-philosophe. Ainsi semblent cohabiter dans l’histoire de la pensée deux conceptions, deux traitements différents du langage philosophique. La manière d’exposer sa pensée, de la partager, dépend entièrement du langage utilisé. Ainsi, comme l’écrit P. Thouard dans l’introduction de son ouvrage Le Partage des idées124, « des apophtegmes les plus abscons à la translucidité de l’essai pédagogique, du mime savant au mime poétique, l’éventail des possibilités formelles qui s’offrent [au philosophe] est vaste. Il relève d’un enjeu qui excède la simple stratégie de séduction ou de dissimulation, puisqu’il engage (…) le sort de sa pensée comme pensée partagée. »125. A une écriture simple, diaphane, tentant de réduire « l’écart entre la voix qui parle et l’oreille qui écoute », s’opposeraient une forme de séduction pour le mystère, l’obscurité, et une stratégie du retrait visant parfois à susciter la curiosité et à aiguiser l’intelligence du lecteur. Le problème de la communicabilité de la vérité a donc toujours été au cœur de l’histoire de la discipline.

Mais comme nous l’explique Y. Belaval dans Les philosophes et leur langage126, il ne faut pas confondre la clarté du langage avec celle de la pensée. Il y a une différence entre pouvoir lire et pouvoir comprendre et interpréter. Ainsi, le langage de Nietzsche peut sembler simple – c’est surtout dû à sa dimension poétique – mais la pensée, elle, l’est beaucoup moins. C’est là le piège de la facilité de lecture, à laquelle s’ajoute la facilité d’écriture : écrire de manière simple ce n’est pas pour autant être clair dans l’exposé de sa pensée. Et c’est prendre le risque de trop simplifier les problèmes voire de sacrifier l’exigence de rigueur propre à la philosophie. De plus, on reproche au langage technique et abstrait de s’écarter de l’évidence et de la clarté pour se perdre dans du « bavardage » ; pourtant « la raison d’être du vocabulaire technique ne réside -t-elle pas dans l’exigence de la clarté ? ». Ainsi Husserl fait-il de l’évidence la garantie de l’élucidation alors qu’il s’exprime lui-même dans un langage plutôt ésotérique. L’écriture philosophique est donc d’emblée problématique, et cela ne facilite pas l’élaboration d’ouvrages pour le grand public, ce qui explique peut -être que ce type d’exercice soit si difficile et si rarement réussi. Toujours est-il que l’utilisation d’un langage commun, partagé, n’a jamais interdit l’accès à des problèmes complexes ni empêché de les traiter avec profondeur. C’est cette particularité du langage philosophique qui doit sous-tendre la rédaction des ouvrages pour le grand public.

Il convient de faire remarquer que la notion de vulgarisation, appliquée à la philosophie, s’avère problématique. Elle signifie le fait de rendre accessible un savoir à un public profane. Or, ce qui pose ici problème n’est pas l’idée d’accessibilité, mais bien celle de “savoir”. Car la philosophie est certes un savoir (les concepts, l’histoire de la philosophie, tout cela s’apprend) mais elle ne peut en aucun cas se réduire à cela. Elle est aussi – et surtout – une réflexion, l’élaboration d’une pensée dans le temps. Dès lors, on voit mal comment vulgariser une réflexion sans la dénaturer, sans mutiler ses étapes et ses rebonds. Et il semble difficile de séparer le savoir philosophique de son élaboration historique et temporelle, d’autant plus que la philosophie consiste en une réflexion sur les savoirs. Il ne s’agit pas d’un simple exposé de connaissances. En somme, le savoir philosophique a ceci de spécifique qu’il est toujours déjà réflexion. Et ce qui permet de dire qu’un ouvrage est réellement philosophique, c’est précisément qu’il construit une réflexion propre, inédite, voire innovante.

L’écriture de philosophie pour le grand public est donc un exercice problématique car il ne s’agit pas uniquement de transmettre un savoir : ce qu’il faut aussi transmettre c’est la teneur et l’évolution d’une réflexion, c’est la pensée en train de se faire et non simplement le résultat. Enfin, idéalement, il faut transmettre un certain type de rapport à la philosophie, qui ne relève pas uniquement de l’observation et de la réception, mais qui suscite une réflexivité, un désir d’imiter non pas le contenu de la pensée mais l’acte de penser lui-même.

b. Le passage d’une écriture universitaire à une écriture pédagogique.

Il se trouve que très rares sont les auteurs de philosophie pour le grand public qui s’expriment et s’expliquent dans leurs ouvrages sur leur manière d’écrire. La plupart d’entre eux sont des professeurs ou d’anciens professeurs d’université. Il serait donc intéressant d’apprendre comment il est possible de passer d’une écriture universitaire (destinée aux spécialistes voire aux étudiants) à une écriture très pédagogique, accessible aux non-spécialistes. Mis à part le rejet du jargon et de la technicité, on en sait peu sur leur travail d’écriture. La manière de traiter ce qui relève du concept, par exemple, est peu commentée.

Ce qui ressort dans les ouvrages grand public de qualité, ce sont des démarches qui ne relèvent pas de la réduction ou de la renonciation (au concept, à l’abstraction, à l’analyse…) mais plutôt de la reformulation ou du “dépliage” des idées. On ne cherche pas un langage qui épouse le concept pur : il faut au contraire déplier (selon l’étymologie même d’ “expliquer”), retracer les étapes d’une réflexion. C’est là une forme de “vulgarisation” valable pour la philosophie. A l’inverse, certains ouvrages ne s’embarrassent pas de cette rigueur et contiennent ainsi de nombreux raccourcis (c’est-à-dire le fait de ne pas retracer le lien entre les idées) et des approximations. L’honnêteté intellectuelle, valeur indispensable en philosophie, doit donc sans cesse sous-tendre l’écriture. L’impact pédagogique de cela est aisé à comprendre : en effet, ne donner que les résultats d’une réflexion ou faire des liens peu justifiés entre les idées ne constitue pas un modèle de pensée à imiter pour les lecteurs. Le lecteur, pour comprendre et s’approprier l’essence de la réflexion philosophique (et non pas uniquement ses résultats), doit trouver en face de lui une pensée en train de se faire, une pensée qui s’explique et se justifie elle-même.

Jean-Philippe Pierron, professeur à l’Université Lyon III et auteur de Faut-il donner un sens à la vie ? dans la collection “Boîte à outils philo” chez Milan, a aimablement accepté d’expliquer la manière dont a été composé ce petit ouvrage. Tout d’abord ce dernier a fait l’objet d’une commande de la part de l’éditrice, Martine Laffont, elle-même docteur en philosophie – ce qui a permis une collaboration fructueuse. Le fait qu’il s’agisse d’une commande posait d’emblée des contraintes d’écriture, difficiles mais stimulantes : sujet et titre (sous forme de question) étaient imposés, un peu comme l’exercice de la dissertation. L’auteur et l’éditrice se sont mis d’accord sur la nécessité d’écrire des phrases courtes, de bannir le vocabulaire technique. Un autre point important a été l’interdiction des notes en bas de pages, ce qui obligeait à la clarté au tout premier degré de l’écriture. Cette contrainte a été mise en place au niveau de la collection car celle-ci vise des publics jeunes et peu habitués à la lecture de philosophie. Enfin, l’ouvrage devait proposer, à la fin, une “boîte à outils” : quelques concepts expliqués et des références pour pousser plus loin les lectures. J-P. Pierron nous a par ailleurs expliqué que cette écriture était le fruit d’une collaboration et d’échanges successifs entre lui et l’éditrice. Plusieurs relectures ont été faites par l’éditrice, qui proposait ensuite de retravailler certaines formulations, de raccourcir certaines phrases. Du fait de la formation philosophique de Martine Laffont, ce travail a été très efficace et pertinent. Ensuite, l’ouvrage a été soumis à des lectures-tests : l’auteur a fait lire certains passages du livre à des adolescents de son entourage (deux lycéens et un élève de 15 ans). Ceux-ci ont émis des questions, beaucoup plus sur le fond que sur la forme, ils ont réagi au contenu philosophique lui-même, prouvant que l’écriture adoptée ne constituait pas un obstacle à la compréhension. Une autre lecture-test a été faite avec un journaliste de l’Equipe , afin d’essayer de s’adapter à plusieurs types de publics. Celle-ci également s’est avérée positive. On constate donc que l’écriture, loin de se réduire à une activité solitaire, est parfois le fruit d’échanges multiples et se fait par adaptations successives. Elle est mise à l’épreuve bien avant la publication et retravaillée dans les détails afin de coller le plus possibles aux caractéristiques du lectorat. M. Pierron a beaucoup insisté sur la démarche pédagogique mise en œuvre dans son écriture, la communicabilité de la philosophie passant selon lui par la nécessité de trouver des médiations efficaces. Trouver ces médiations est un exercice très difficile qui demande tout autant de rigueur qu’une écriture philosophique plus érudite et technique. La pédagogie, la clarté, sont un type de travail différent mais tout aussi exigeant. Selon M. Pierron, le fait d’être enseignant lui a été d’un grand secours, car il a pris l’habitude – et c’est même un principe fondamental dans tous ses cours – de toujours trouver des médiations, des manières de reformuler habilement les idées sans jamais les dénaturer. Pour cela, il dit privilégier “l’ordre de l’exposition” à “l’ordre des raisons”. Il est convaincu qu’il existe des manières intelligentes de rendre la philosophie accessible sans opérer une dégradation.

Cet exemple ne fait pas office de règle d’écriture pour tous les ouvrages de philosophie grand public. Beaucoup ne bénéficient pas de ce type de collaboration entre éditeur et auteur, et l’écriture ne relève pas nécessairement des mêmes exigences.

L’expérience de Michel Puech, co-auteur de la plupart des livres de la collection “Les goûters philo” chez Milan, est tout aussi instructive : son rôle était d’opérer un cadrage, une mise en forme philosophique, avant et après l’écriture du texte par Brigitte Labbé (celle-ci n’étant pas philosophe de formation) . Il nous a expliqué ne pas travailler en termes de renoncement mais plutôt en termes de ressources : « on peut s’appuyer sur toutes les ressources de la vie et des connaissances et sensibilités d’un enfant à partir de 10 ans, et c’est très riche ». Selon lui, toute pédagogie (en particulier envers les enfants) consiste à se mettre à la place de celui à qui l’on parle. Surtout, un point important est de ne pas faire ressentir à son lecteur ses lacunes en références philosophiques, son éloignement par rapport au concept.

c. Style léger, humour et désacralisation : vers une philosophie « décomplexée » ?

Il s’agit ici de s’arrêter sur une caractéristique d’écriture rencontrée assez fréquemment dans les ouvrages de philosophie pour le grand public. C’est la pratique de certaines formes d’humour, de légèreté dans le ton, contribuant à désacraliser la philosophie, à la traiter de manière moins solennelle, à la fois pour la rendre plus proche des lecteurs, plus accessible, plus désirable, mais aussi pour s’inscrire en faut contre la philosophie universitaire et sa réputation grave et hermétique.

L’écriture, libérée des exigences universitaires, se fait souvent moqueuse envers la philosophie des spécialistes. Ainsi P. Riffard commence-t-il son livre Philosophie matin, midi et soir par cette remarque : « La philosophie est comme un casse-noix : certaines personnes ne réussissent qu’à se pincer les doigts avec, les professionnels le retournent dans tous les sens, et puis – quand même – il se trouve des gens qui s’en servent pour ouvrir ces merveilleuses noix qu’on appelle les pensées »127. Cette manière d’opposer la philosophie des spécialistes obnubilés par la technicité et coupés du monde à une philosophie utile, proche de la vie relève, il faut bien le dire, du stéréotype. Ce genre d’idée traverse pourtant bon nombre d’ouvrages de philosophie pour le grand public, contribuant à accentuer l’image négative que le public peut se faire de la philosophie universitaire.

Le ton humoristique peut être adopté tout au long d’un ouvrage. Par exemple, dans Comment choisir son philosophe ?, O. Saint-Drome choisit de traiter la philosophie comme une thérapie pour laquelle il faudrait bien choisir son remède (le sous-titre est : Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques). Le titre lui-même renvoie à ces dossiers “consommation” publiés dans certains magazines (comment choisir son écran plat ou sa voiture), et chaque chapitre porte des titres humoristiques : “C’est quoi un philosophe ?”, “Où trouver du philosophe ?”, “Quelles actions acquérir pour un profit maximal ?”, ou encore “La Sécurité Sociale acceptera -t-elle de me rembourser ce livre ?”. Ce livre se moque bien sûr de la tendance à considérer la philosophie comme une thérapie, mais il est assez difficile de savoir dans quelle mesure il adhère lui-même à ce type de représentation, où s’arrête l’humour et où commence le sérieux. Et on se demande si l’auteur tente de ridiculiser les excès de la philosophie grand public actuelle, ou s’il se moque de la philosophie elle-même. En tout cas, la philosophie dans ce livre est traitée de manière superficielle, avec de nombreuses approximations et un manque certain de rigueur. Il y a beaucoup de biographies d’auteurs, traitées sur le mode de l’humour également. Certains auteurs semblent avoir pris à la lettre le trait de Pascal (« Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher »), en oubliant qu’on ne se moque bien d’une chose que lorsqu’on la connaît et qu’on la traite profondément. D’autres ouvrages au ton humoristique peuvent s’avérer pourtant un peu plus rigoureux, comme Platon et son ornithorynque… qui se sert des histoires drôles pour illustrer des thèses philosophiques, et dont l’aspect pédagogique est réellement intéressant. Ce registre humoristique est donc très présent dans beaucoup des livres étudiés, contribuant à désacraliser la philosophie pour la rendre plus accessible mais aussi, et c’est peut-être plus regrettable, à la tourner en dérision sans vraiment proposer de réflexion alternative.

La tendance est aussi à la désacralisation des philosophes eux-mêmes. On tente de les faire descendre du piédestal où la philosophie académique les aurait placés. Ces figures intouchables de l’histoire de la pensée sont souvent raillées pour leurs manies, leurs petits défauts, ou toutes sortes de choses relevant de la biographie, mais aussi sur des traits souvent caricaturés de leur philosophie. Kant en particulier fait l’objet de pointes, chez Onfray notamment (« les conditions de possibilité, les limites – obsessions kantiennes (…) »128, qui se fait le porte-parole de philosophes mis à l’écarts en démystifiant certains philosophes qui n’ont peut -être pas la place qu’ils méritent dans l’histoire des idées (comme certains philosophes des Lumières, Voltaire et Diderot par exemple). On trouve aussi cette tendance à la désacralisation chez le philosophe Jean-Baptiste Botul (supercherie philosophique créée par Frédéric Pagès) dans La vie sexuelle d’Emmanuel Kant 129. Pagès a également fait paraître sous ce pseudonyme Nietzsche et le démon de midi130, dans la même veine. Souvent, on fait appel à ce qui est de l’ordre de la biographie et de l’anecdote pour rendre les philosophes moins impressionnants pour les lecteurs, pour leur donner un caractère plus humain. Dans Les philosophes vus autrement, par exemple, Laurence Vanin-Verna propose des anecdotes sur les grands penseurs, à partir desquelles elle expose les grands traits de leur philosophie.

Le langage employé dans ces ouvrages, enfin, contient parfois des expressions relâchées, un style familier, s’inscrivant en rupture avec le style très soutenu des ouvrages plus érudits.

La philosophie fait ainsi l’objet de tentatives de désacralisation plus ou moins pertinentes et plus ou moins justifiées, qui laissent penser qu’elle devient “décomplexée”, selon une expression en vogue. Le problème n’est pas que l’humour ou la légèreté soient incompatibles avec cette discipline, bien au contraire. La philosophie ne souffre pas d’un peu de fantaisie, de gaieté, voire de légèreté, à partir du moment où ces registres la servent au lieu de lui nuire. L’humour, la critique ironique, se doivent d’être constructives, et c’était sans doute tout le sens de la phrase de Pascal.

III – Le devenir de la philosophie au travers de ce phénomène éditorial.

Ce phénomène éditorial qui touche aujourd’hui la philosophie, avec les caractéristiques propres que nous venons d’étudier, met en question le devenir de cette discipline. Car au-delà de l’effet de mode, de l’influence du marketing et des médias, il s’agit de s’interroger sur la nature et la forme de la philosophie qui nous est proposée. Même s’il semble que le véritable devenir de la philosophie et les avancées de la pensée se jouent davantage dans la sphère universitaire ou des formes de recherches plus savantes, il n’en reste pas moins que ce qui prend aujourd’hui le nom de philosophie, destinée au grand public, influe de façon non négligeable sur l’évolution de la discipline, ou du moins sur la représentation que l’on s’en fait. Il convient donc de s’interroger sur ce que devient la philosophie, sur ce que l’on nous donne véritablement à penser lorsqu’on nous propose de nous initier ou d’aborder philosophiquement des questions qui nous concernent tous. Que met-on aujourd’hui derrière le terme de philosophie ?

1. UNE CONCEPTION PRATIQUE VOIRE UTILITARISTE DE LA PHILOSOPHIE.

Cette tendance à promouvoir une conception pratique voire utilitariste de la philosophie, souvent inspirée par les sagesses antiques, ne concerne pas tous les ouvrages destinés au grand public. Pourtant elle en sous-tend un nombre important, si bien qu’il semble nécessaire ici de s’y arrêter, afin d’en étudier les différents aspects.

a. Une volonté de revenir aux fondements de la philosophie et à l’attitude de la sagesse.

Il s’agit tout d’abord de faire remarquer une tendance qui sous-tend beaucoup d’ouvrages de philosophie destinés au grand public, à savoir une volonté de retourner aux fondements de la philosophie, à ses principes originels. Cela révèle une fois de plus une opposition au monde universitaire qui ferait de la philosophie une discipline technique et érudite alors que le véritable devoir de celle-ci serait de répondre aux interrogations les plus fondamentales des hommes. Nous avons vu combien étaient critiqués ces soi-disant excès de la philosophie enfermée dans l’académisme, s’abstrayant des préoccupations importantes des individus. Les philosophes spécialistes en auraient oublié leur curiosité d’origine, selon Jostein Gaarder131, auteur du Monde de Sophie. C’est cette curiosité, cet étonnement qu’il s’agirait de remettre à l’honneur dans toute démarche qui se voudrait philosophique. On considère en effet la philosophie comme naturelle à tout individu, devant être stimulée par l’étonnement. En somme, les débuts de la philosophie occidentale, sorte d’ “âge d’or” de la philosophie, seraient le modèle à imiter à l’échelle de chaque individu qui voudrait entrer en philosophie : l’étonnement originel, puis le questionnement, le dialogue, la réflexion, l’analyse, etc.

Il faudrait donc prendre pour archétype la démarche originelle des premiers philosophes de notre civilisation. Et en particulier Socrate, qui constitue une figure de proue, la référence la plus récurrente, symbole à lui tout seul de la philosophie. Jostein Gaarder, dans la source citée précédemment, pose l’attitude socratique comme un modèle (Socrate apprenant par la bouche de l’oracle de Delphes qu’il est l’homme le plus sage d’Athènes alors qu’il croit qu’il ne sait rien). Marc Sautet, inventeur du café-philo, se réclamait lui aussi de Socrate, et la presse l’a souvent comparé à ce personnage. Il en va ainsi de la référence socratique dans bon nombre d’ouvrages pour le grand public. Socrate représente l’autodidaxie et la spontanéité de la pratique philosophique, spontanéité qu’il faudrait justement réinstaurer, car tous les individus possèderaient en eux les germes d’une pensée ne demandant qu’à être sollicitée. La figure de Socrate et sa destinée originale constituent donc un mythe, avec ses valeurs, ses anecdotes qu’on n’en finit par de raconter comme symboles de son attitude philosophique totale. Il a d’ailleurs fait l’objet dernièrement de deux dossiers spéciaux (très similaires) dans le Magazine Littéraire de juin 2009132 et dans Lire d’octobre 2009133. Il est également courant que des livres de philosophie pour le grand public adoptent plus ou moins la forme de dialogues socratiques, comme La philosophie expliquée à ma fille134, de Roger-Pol Droit, Eloge de la faiblesse, d’Alexandre Jollien, mais aussi Le Monde de Sophie de J. Gaarder. A. Comte-Sponville, lui, affirme « philosopher à l’ancienne, mais pour aujourd’hui »135.

Par ailleurs, les philosophies antiques (l’épicurisme, le stoïcisme, ou l’hédonisme et les cyniques grecs pour Onfray par exemple) jouissent actuellement d’une notoriété importante. Des auteurs comme A. Jollien, M. Onfray, A. Comte-Sponville, se réfèrent fréquemment à ces sagesses qui réinstaurent la quête du bonheur et du bien-vivre au cœur de la démarche philosophique. Ces sagesses grecques, nées de réactions aux philosophies platonicienne et aristotélicienne qui dévalorisaient la recherche du bonheur, sont considérées aujourd’hui comme des passages obligés pour l’initiation à la philosophie mais aussi comme des garde-fous contre les pressions que nos sociétés capitalistes et individualistes peuvent faire subir aux individus.

Remettre les philosophies antiques à l’honneur, c’est aussi réhabiliter des démarches philosophiques et des modes de pensées que la philosophie moderne avait évincés. Ainsi, la notion de sagesse revient au centre des préoccupations de beaucoup d’auteurs. Il s’agit de considérer la philosophie non plus comme une forme d’érudition ou comme une volonté d’interpréter du monde – et encore moins de le transformer – mais bien comme une manière de devenir sage, d’adopter une attitude sensée face au monde, et même, si l’on en croit certains auteurs, de redonner un sens à notre existence. On en appelle à l’étymologie même du mot “philosophie”, habituellement traduit par amour de la sagesse, pour rappeler qu’on s’est peut être trop éloignés des fondements de la discipline, et que la rendre accessible au plus grand nombre nécessite peut- être de retourner à ces origines. Des ouvrages comme ceux de Comte-Sponville ou A. Jollien par exemple, sont sous-tendus par l’idée que la valeur de la philosophie consiste essentiellement dans sa capacité à nous rendre heureux et sages. Pour Comte-Sponville, qui souhaite penser une « sagesse pour notre temps » les malheurs de l’homme viendraient de l’espoir, cause de souffrance car l’homme ne peut que faire le constat d’une absence de progrès de l’humanité, d’un échec à vouloir penser les grandes valeurs comme la vérité ou Dieu. Il propose donc une attitude du désespoir, vertu qui serait source de sérénité et de béatitude. Il a été l’un des premiers à remettre à l’honneur cette forme d’éthique en France. Roger-Pol Droit nous invite à réfléchir sur les sagesses autres que grecques, comme les sagesses chinoises, tibétaines, indiennes, dans les deux tomes de Philosophies d’ailleurs136. Quant à A. Jollien (Le métier d’homme137, La construction de soi138 etc.), il préconise une sagesse basée sur la joie et la libération du regard d’autrui pour parvenir à vivre avec le handicap et mieux s’enrichir de ce que la vie offre à chacun. Et dans Qu’est-ce qu’une vie réussie, L. Ferry s’interroge sur ce que les anciens peuvent nous apporter afin de comprendre ce qu’est une “vie bonne”.

Ces exemples symbolisent la tendance actuelle de bon nombre d’ouvrages pour le grand public, à savoir proposer une sagesse inspirée des philosophies antiques ou plus récentes (Montaigne, Pascal, Nietzsche sont également des figures assez récurrentes). Il convient de s’interroger sur cet engouement pour la “sagesse” et plus largement pour la philosophie pratique.

b. Le retour d’une philosophie morale et surtout pratique.

A travers cette notion de sagesse, c’est la volonté de revenir à une philosophie morale et pratique qui prévaut. De nombreux ouvrages de philosophie pour le grand public ont une visée essentiellement éthique, centrée sur le désir de mieux vivre, d’ordonner son existence selon des préceptes et des valeurs plus solides que celles que nous offre le monde actuel.

Pour nous attarder un peu sur la notion de sagesse, il va sans dire qu’elle possède un pouvoir d’attraction important vis-à-vis des lecteurs. Elle constitue un argument de vente solide, surtout lorsque l’on nous propose de « apprendre à vivre », de « vaincre les peurs », de « se construire ». Ces propositions sont désirables pour un grand nombre d’individus en quête de développement personnel. De plus, l’appel aux philosophies antiques confère à ces ouvrages une aura et une légitimité toutes trouvées. La référence aux racines, aux fondements de la philosophie, justifie d’elle-même ces ouvrages : Socrate, Platon, deviennent des marques qui en garantissent le bien-fondé, car la confiance à l’égard de ces nobles origines ne peut être remise en question.

De plus, l’attrait pour ces philosophies peut se justifier par leur apparente simplicité et facilité d’accès. Les dialogues des œuvres de Platon, les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, peuvent sembler à la portée de tous, soit du fait de leur clarté et de leur fluidité, soit du fait de leur dimension littéraire. On aurait l’idée d’une philosophie plus pure, plus spontanée, plus originelle, qui n’aurait pas été “pervertie” par les élucubrations de la philosophie universitaire et académique. Ce fantasme d’un âge d’or, selon lequel cette philosophie-là serait plus vraie, plus authentique, est bien sûr très discutable.

D’un point de vue philosophique, la sagesse s’oppose en quelque sorte à la philosophie elle- même : la philosophie serait le mouvement, l’inassouvissement, la soif de toujours plus de vérité par l’analyse et la déconstruction des concepts, ou encore, selon la théorie hégélienne, le moteur du progrès intellectuel de notre civilisation et selon Marx, le moteur de la transformation du monde ; la sagesse au contraire représente une certaine forme d’immobilité de la pensée et de l’âme, du fait de la recherche exclusive de la sérénité, de l’ataraxie. Cet “amour de la sagesse” peut donc être interprété de deux manières : soit en se plaçant du côté de la sagesse et donc de la tranquillité de l’âme, soit en se plaçant du côté de l’amour, qui place la philosophie sous le signe d’Eros, du désir jamais complètement assouvi de vérité. Ce que contiennent ces sagesses auxquelles nous invitent les philosophes d’aujourd’hui, c’est une forme d’intemporalité, dont on peut se demander si elle n’est pas en même temps abstraction vis-à-vis des réalités auxquelles nous sommes confrontées : on a du mal à comprendre comment ces sagesses antiques pourraient répondre aux enjeux de la société de l’information ou du développement durable, à moins de leur faire dire ce qu’elles ne disent pas. De plus, la notion de sagesse peut promouvoir une vie désabusée, une renonciation au progrès voire à la dimension révolutionnaire de la philosophie. Enfin, ces sagesses telles qu’on nous les présente possèdent à la limite une valeur esthétique et peuvent également apporter, de temps à autres, des solutions pour certains embarras de l’existence. Ainsi, du fait de leur nature même et de la manière dont elles nous sont servies (c’est-à -dire un peu toujours de la même façon et à la sauce d’aujourd’hui), on pourrait dire que ces sagesses ont sans doute une utilité existentielle mais qu’elles sont nulles d’un point de vue philosophique.

Plus largement – car cela va bien au-delà de la simple notion de sagesse – l’heure est donc à un regain d’attention pour la dimension essentiellement pratique de la philosophie. Sa dimension spéculative est largement mise de côté. Il s’agit bien évidemment, comme nous l’avons vu, de rendre la philosophie attrayante et désirable pour le lecteur non-spécialiste qui, sans cette dimension pratique, ne trouverait pas d’autre intérêt à la philosophie qu’un simple aspect ludique. Dès lors, nous sommes invités dans bon nombre de ces ouvrages à relire les textes de la philosophie traditionnelle afin de comprendre en quoi ils peuvent nous aider, aujourd’hui, à mieux vivre et à adopter une attitude raisonnée vis-à-vis de ce qui nous entoure. Ainsi A. de Botton nous propose-t-il de nous « consoler », grâce à quelques philosophes, de certains malheurs qui peuvent s’abattre sur nous, comme nous le résume la quatrième de couverture : « Et donc, si l’on en croit Alain de Botton, Socrate nous consolera d’être impopulaire, Épicure de manquer d’argent, Sénèque de se sentir perpétuellement frustré, Montaigne de ne jamais se sentir à la hauteur, Nietzsche de devoir sans cesse affronter de nouvelles difficultés et, sans doute plus surprenant encore, Schopenhauer d’avoir des chagrins d’amour »139. On ne cesse de vouloir nous prouver que la philosophie peut être utile en toutes circonstances, comme J- L. Cianni dans La philosophie comme remède au chômage140, et qu’elle peut changer notre existence. Selon Comte-Sponville dans Présentations de la philosophie, les questions kantiennes correspondant aux trois critiques peuvent être réunies en une seule : « Comment vivre ? ». Et pour mieux vivre, il faut donc mieux penser. La réforme de notre manière de réfléchir et de considérer le monde doit nous permettre de mener une existence plus authentique. Il est également souvent fait référence à la notion d’humanisme, notamment chez L. Ferry.

L’éthique, la dimension pratique de la philosophie, sont à comprendre comme une réponse à la demande de sens des individus de la société contemporaine. La quête de valeurs se fait alors par bricolages plus ou moins légitimes : épicurisme, kantisme, nietzschéisme, stoïcisme, scepticisme, ou hédonisme selon les situations. Les auteurs eux-mêmes défendent cette démarche en sollicitant de nombreux philosophes pour répondre à une seule et même question. Chacun est alors amené à faire sa propre cuisine parmi ces références. On peut dès lors se demander une fois de plus avec Jacques Bouveresse si la demande philosophique actuelle ne correspondrait pas plutôt à une demande de valeurs et de croyance et non à un légitime besoin de penser par soi-même et de construire ses propres valeurs. C’est tout le problème de la valeur que l’on peut accorder à l’initiation à la philosophie par ce genre d’ouvrages.

De plus, cette demande d’éthique, à laquelle répondent ces sagesses et ces formes d’humanisme réactualisées, relèverait toujours selon Bouveresse d’une certaine hypocrisie de notre société : à mesure que le cynisme se répand, on attendrait de plus en plus du philosophe qu’il renforce la bonne conscience générale en prêchant une éthique et des valeurs universelles141. Cette tendance ne serait d’ailleurs pas nouvelle, et il cite Musil dans L’Homme sans qualités : « Aujourd’hui, si tout le monde est autorisé à agir en commerçant, une vieille tradition exige que l’on parle en idéaliste ».

c. Une pensée centrée sur l’individu et la quête du bien-être : conception utilitariste de la philosophie.

On a vu que les auteurs cherchaient surtout à montrer l’utilité de la philosophie, sa pertinence dans nos préoccupations quotidiennes. Du coup, une partie de ces ouvrages axés sur la sagesse et la portée pratique de la philosophie s’adressent bien souvent au lecteur en tant qu’individu, et leur visée est avant tout celle du bien-être. De plus, on peut être amené à parler d’une conception utilitariste de la philosophie, qui pencherait vers une visée thérapeutique.

Il faut tout d’abord remarquer la tendance à s’adresser uniquement au lecteur comme individu et à son univers personnel. Certains livres, comme la plupart des ouvrages de la collection “Pause philo” chez Milan, se concentrent sur le quotidien, sur l’univers immédiat du lecteur : le voyage, le bricolage, le shopping, la naissance d’un enfant, la cuisine etc. On pourrait considérer cela comme une tendance “cocooning” de la philosophie (le cocooning étant une attitude à la mode qui consiste à valoriser le confort de la maison, le plaisir d’être chez soi). La philosophie que l’on rencontre dans ce type d’ouvrage a un aspect très casanier, elle reste cantonnée au petit monde du lecteur, sans le dépayser, sans l’inviter à explorer des thèmes plus étrangers ou plus étranges. On reste dans le quotidien, le loisir, le divertissement, c’est-à-dire dans la sphère du privé, avec toutes les implications que cela peut avoir sur la dimension politique – au sens large – de la philosophie. On ne prend pas le risque de brusquer l’individu, de le troubler dans sa quiétude ou de nuire à son identité.

La quête du bien-être, de l’épanouissement par la philosophie est également très valorisée, avec l’idée que cette discipline peut participer à la construction de soi dans l’harmonie et la plénitude. La philosophie se confond alors avec la mode du “développement personnel”. Le développement personnel est une tendance actuelle qui concerne essentiellement la psychologie, et qui vise à l’amélioration de la qualité de l’existence par une meilleure connaissance de soi, une valorisation des talents et de son propre potentiel, et à la concrétisation des aspirations. On fait appel à cette notion dans le cadre de l’existence individuelle mais aussi dans le cadre professionnel (être mieux au travail, améliorer ses relations avec ses collègues etc.) De là découle le phénomène très en vogue du “coaching”, dont le but est d’améliorer ses performances professionnelles et personnelles grâce à un suivi personnalisé. Il arrive donc qu’une partie de ce qui porte aujourd’hui le nom de philosophie participe de ce phénomène- ci, à savoir prendre les idées philosophiques comme des instruments de coaching ou de “management de soi”.

D’une mode à l’autre, la philosophie remplacerait alors la psychologie et la tendance New age. On rejoint ici le phénomène de la “philothérapie”, qui considère la philosophie comme une alternative à la psychologie pour répondre aux problèmes existentiels, aux angoisses, aux cas de conscience etc. Ainsi des ouvrages tels que Les consolations de la philosophie ou La philosophie comme remède au chômage, ou encore le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac !142 de Lou Marinoff (figure de proue de la philothérapie aux Etats-Unis) correspondent exactement à ce type de conception de la philosophie. En plus de détourner les idées philosophiques, voire de les déformer aux seules fins du bien-être de l’individu, ces pratiques enferment la discipline dans une forme de complaisance et de consensualisme qui semble contradictoire avec la mission et la nature même de la philosophie. Le souci de soi, qui avait prévalu dans les sagesses antiques notamment, est aujourd’hui l’objet d’une récupération qui transforme la philosophie en une discipline foncièrement utilitariste tournée vers l’individu.

2. UN PHENOMENE QUI MET EN JEU LA SANTE DE LA PHILOSOPHIE.

a. La popularisation de la philosophie dans notre société : une exigence démocratique ?

Une grande partie des auteurs justifient la démarche de popularisation de la philosophie en la présentant comme une exigence démocratique. Certains ouvrages permettraient de s’approprier des outils de réflexion nécessaires à la participation au débat public. De plus, il est vrai que dans un régime démocratique, la souveraineté du peuple suppose que celui-ci soit éduqué et qu’il contribue aux décisions politiques dans l’exercice de son libre arbitre. Dans ce cadre là, et comme le promeut d’ailleurs le rapport de l’Unesco sur la pratique de la philosophie dans le monde, la démocratisation de la philosophie peut à juste titre être considérée comme une nécessité pour former des citoyens éclairés et permettre un fonctionnement sain de la démocratie. La philosophie peut en effet fournir des instruments critiques et des méthodes de réflexion très salutaires. Les enjeux que le monde d’aujourd’hui pose à nos sociétés sont, de surcroit, des problématiques qui impliquent la réflexion et l’action de chaque citoyen à son échelle, comme c’est le cas avec les enjeux environnementaux. D’autres phénomènes comme Internet, la société de l’information, la bioéthique, sont l’affaire de chaque individu et il semble nécessaire que chacun ait non seulement accès à la réflexion produite sur ces sujets mais aussi la possibilité de participer soi-même à des discussions, des débats, voire à des formes de militance. Il existe ainsi des livres, parmi ceux que nous avons étudiés, qui proposent, avec un contenu accessible, de traiter ces enjeux :

L’Ethique animale143 de Jean-Baptiste Jeangene-Vilmer, Humain, Post-Humain144 de Dominique Lecourt en sont de bons exemples. Ils s’adressent à un grand public cultivé et offrent un traitement accessible, limpide et éclairant de ces questions.

On rencontre ainsi de temps en temps dans le paysage éditorial actuel des ouvrages de ce type qui créent un véritable réseau de sens pour la société d’aujourd’hui. Mais la lecture d’un livre, vecteur de transmission d’un savoir et d’une réflexion, a un impact personnel au premier abord, et ne peut à elle seule constituer un engagement dans le débat public. De la lecture au débat ou à l’acte politique, il y a souvent un écart, d’autant plus que la possibilité de participer au débat public pour l’ensemble des citoyens semble aujourd’hui assez limitée.

J. Bouveresse fait souvent remarquer145 que dans la démocratie française actuelle, on a beaucoup plus tendance à s’adresser au citoyen par la voie de la séduction que par celle de l’argumentation. Le type d’ouvrage que nous avons cité plus haut, en plus d’être assez rare, serait donc moins susceptible d’être apprécié par un grand nombre de lecteurs, ceux-ci développant une résistance à l’égard des règles de l’argumentation, ressenties comme une violence. Les mécanismes de la sphère médiatique et journalistique auraient donc pour effet une forme de violence douce, celle de la séduction. Leur influence s’étendrait jusque dans les attentes et des exigences du public, désormais plus habitué aux formes journalistiques qu’à des formes d’argumentation rigoureuses. Du coup, il suffirait de bien écrire pour penser. Plutôt que de forcer la philosophie à se conformer à ces attentes, Bouveresse « considère l’argumentation, même si elle demande au destinataire un effort plus grand, comme plus démocratique que la simple tentative de séduction »146. Il invite à manifester beaucoup plus d’égards pour la raison d’autrui que l’on en manifeste pour ses émotions et sentiments : c’est à ce prix seulement que l’on pourrait aujourd’hui se réclamer d’une doctrine comme celle de Kant. Le problème, c’est que proclamer aujourd’hui cette exigence, c’est risquer d’être soupçonné de mépris envers les désirs, les sentiments, et l’individualité de ses contemporains. Ainsi, l’idéal d’une démocratie où l’on s’adresserait à la capacité de chacun à se servir de son entendement, et où la philosophie serait le meilleur moyen de développer cette capacité, apparaît plutôt comme une fiction. Dans ce contexte, l’idéal de démocratisation de la philosophie ne peut se faire que par des formes dégradées de philosophie, et il serait plus judicieux de vouloir donner une idée exacte de la philosophie à un nombre de lecteurs éventuellement plus restreint que d’en proposer au plus grand nombre possible une idée totalement inexacte147. Bouveresse ajoute également que la pratique de la philosophie n’est pas nécessairement une condition sine qua non pour l’exercice du libre-arbitre. Un citoyen éclairé pourrait donc très bien se passer de philosophie, malgré, encore une fois, la peur de la “barbarie non-philosophique” qui règne en France.

On attendrait donc aujourd’hui de la philosophie qu’elle éclaire le plus grand nombre de citoyens, et cet idéal est celui promu par beaucoup d’auteurs. On voudrait, selon Bouveresse, faire jouer à la philosophie un rôle beaucoup trop grand pour elle, un rôle héroïque. Il semble au contraire qu’il faille recentrer la discipline sur une visée plus modeste, et attendre d’elle uniquement ce qu’elle est en mesure de nous apporter. Même si, dans la forme que prend la démocratie actuellement la philosophie peut difficilement être démocratisée pour un très grand nombre sans s’adapter aux attentes des lecteurs – et donc, sans se manifester dans des formes dégradées – il n’en reste pas moins qu’un combat doive être mené pour que subsiste la rigueur intellectuelle, quitte à s’adresser à un nombre de lecteurs plus réduit.

b. Le fossé s’accroît-il entre philosophie universitaire et philosophie grand public ? Méfiance et rejet réciproques.

Comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, il existe actuellement une incompréhension réciproque entre une philosophie adressée au grand public et une philosophie universitaire spécialisée. Cette dernière est en effet considérée comme un monde fermé, coupé de « la vie » et des préoccupations des citoyens. Il y aurait donc d’un côté une philosophie cantonnée à son univers abstrait et technique, et de l’autre une philosophie « spontanée », « naturelle », plus créative, plus proche de la vie et des enjeux fondamentaux du monde contemporain. C’est également une opposition entre d’un côté le savoir, l’érudition, la technicité, et de l’autre la sagesse. Mais on peut par ailleurs observer que ces positions, si attrayantes qu’elles puissent sembler au premier abord, sont assez peu étayées par de véritables arguments. On se pose par exemple assez peu la question de l’éducabilité philosophique des individus dans le contexte culturel actuel. On considère cette demande de philosophie de la part du public comme acquise, sans prendre la peine de l’interroger, en particulier eu égard au contexte médiatique relativement coercitif que nous connaissons aujourd’hui. Ces questions sont étrangement balayées d’un revers de la main. La critique d’une élite intellectuelle est donc bel et bien à l’œuvre en même temps qu’une attitude plus ou moins anti-intellectuelle envers tout ce qui relève du concept, de l’abstraction, au nom du vécu et des enjeux plus concrets. Selon ces conceptions, la créativité ne serait plus possible au sein de l’Université.

De plus, ces positions semblent finalement enfermer l’université dans un poncif qui ne date pas d’aujourd’hui, et dont la propagation conduirait à ignorer complètement la vitalité de la production philosophique universitaire en ce qui concerne, justement, des enjeux très contemporains : société de l’information, écologie, éthique biomédicale etc.

D’ailleurs, la grande majorité des ouvrages traitant de ces sujets sont écrits par des universitaires pour le grand public, preuve que l’université n’est pas si fermée sur elle-même qu’on le prétend, et qu’elle semble s’occuper d’enjeux finalement tout aussi concrets et fondamentaux (nanotechnologies, écologie par exemple) que ceux qui concernent l’existence individuelle.

Mais à l’inverse, les universitaires ne sont pas les derniers à favoriser cette incompréhension. Généralement, toute démarche qui vise à rendre accessible la philosophie à un public plus large est méprisée, jugée avec condescendance comme un manque de sérieux. M. Pierron et Mme Vanin-Verna, professeurs d’université et auteurs d’ouvrages pour le grand public, nous ont fait part du dédain dont ils ont été l’objet de la part de leurs collègues à l’occasion de la parution de leurs ouvrages. Cette perte d’estime leur semble assez pesante professionnellement parlant, d’autant plus que la plupart de ces professeurs ne font pas de différence entre des ouvrages de vulgarisation bien écrits et rigoureux, et des ouvrages beaucoup moins sérieux et manifestant une forme dégradée de philosophie. Ils tiennent eux aussi au vieux poncif selon lequel la philosophie ne peut et ne doit s’abaisser jusqu’au grand public. Ils ne semblent pas accepter – et à juste titre dans une certaine mesure – l’intervention du marketing en philosophie, qu’ils jugent immorale.

Ce fossé entre deux conceptions de la philosophie est sans nul doute nuisible pour la “santé” de la philosophie : d’une part, les tenants d’une philosophie populaire qui critiquent vertement l’hermétisme de l’université profitent de la division pour imposer au grand public une image faussée de la discipline et une pensée pauvre ; d’autre part la plupart des universitaires, rejetant en bloc la philosophie grand public, ne laissent aucune place à la possibilité pour celle -ci de proposer des ouvrages de qualité. Mais n’est-il pas de la responsabilité de ceux qui détiennent le savoir de prendre en compte voire d’épauler des démarches balbutiantes dont certaines sont véritablement pertinentes ? La responsabilité de l’université est ici interrogée, car il ne faudrait pas croire que les productions philosophiques pour le grand public sont inoffensives et n’ont aucune influence sur la santé de la philosophie. Au contraire, la philosophie universitaire aurait tout intérêt à chaperonner, à accompagner des productions plus grand public afin de leur assurer une meilleure qualité et de réduire la séparation entre ces deux conceptions de la philosophie. Ainsi M. Pierron estime nécessaire de trouver un équilibre entre les publications universitaires et les publications destinées au grand public. Il croit en la possibilité d’exporter dans le marché grand public certaines normes et exigences propres à la philosophie universitaire.

Il semble que le fossé dont il est question ici tende pourtant à se réduire quelque peu, notamment avec l’exemple de la revue Philosophie magazine, à laquelle contribuent chaque mois de très nombreux philosophes universitaires. Selon son fondateur Fabrice Gerschel, un certain nombre de ces professeurs verraient dans cette initiative « un sérieux allié pour redorer l’image de la philosophie et empêcher la fermeture des facultés de philosophie faute d’étudiants ». Il semble également que de plus en plus d’universitaires fassent le choix d’écrire pour un plus large public et fassent ainsi bouger les représentations qui circulent dans l’université.

c. Vedettariat et présence médiatique comme indice de santé de la philosophie ?

Quand il n’est pas méprisé, le phénomène éditorial qui nous intéresse est très souvent interprété par les journalistes et par les auteurs eux-mêmes comme un regain ou un réveil de la philosophie. Celle -ci retrouverait sa vitalité, sa créativité, perdues depuis longtemps dans les ténèbres de l’université.

Mais dans le contexte de médiatisation accrue de la philosophie, une large part du public a de la discipline une image univoque : l’antinomie insoluble entre une philosophie facile et peu exigeante telle qu’elle se pratique dans les médias, et une philosophie universitaire ésotérique et inaccessible, abstraite, sclérosée. Dans l’optique d’une démocratisation de la philosophie, et au nom de la qualité de la production philosophique, cet état des choses ne semble pas acceptable. D’une part, cette représentation de la philosophie universitaire est erronée, et l’enfermer dans ces accusations revient à ignorer sa portée réelle et sa contribution essentielle à des problèmes concernant pourtant toute la société. D’autre part, l’aura des vedettes de la philosophie et des best-sellers occulte tout un pan de production philosophique très vivante, se voulant à la fois accessible et rigoureuse : on a d’un côté une surmédiatisation, de l’autre une quasi-invisibilité – du moins pour un public moins cultivé et moins informé qui n’a accès qu’à ce qu’on lui propose dans les médias, c’est-à-dire la majeure partie du public.

Tous les ans, la même chose se produit : deux ou trois best-sellers dans les 300 000 ventes ; loin derrière, des ouvrages qui plafonnent à 3000 ventes ; et entre ces deux extrêmes, rien. Cette invisibilité de la plupart des ouvrages philosophiques pour le grand public se traduit dans les médias mais également dans toute la chaine de diffusion. Interrogée à ce sujet, Mme Vanin-Verna, directrice de la collection “La philo ouverte à tous” nous a fait part des difficultés à trouver des distributeurs quand on n’a pas un “nom”, des difficultés également dans les grandes librairies, où les libraires hésitent à déballer les cartons réceptionnés et à mettre les ouvrages en rayon. Un réseau très fermé d’auteurs et d’éditeurs (Ferry, Comte-Sponville, Onfray, ou encore Raphaël Enthoven dont le père est éditeur) semble s’être constitué, détenant le monopole sur la diffusion de leurs ouvrages. Et le vedettariat en philosophie, selon Bouveresse, transformerait la recherche de la vérité en « une entreprise tout aussi digne d’intérêt que la recherche du succès, de la célébrité, de l’argent ».

Il semble donc difficile, pour le grand public, de se faire une idée de l’état de santé et de vitalité réel de la philosophie. On a tendance à assimiler le nombre de ventes à la qualité. La mode est en effet considérée par les médias comme ce qui est nouveau, créatif. Mais il semble qu’il ne puisse guère y avoir de “mode” pour une discipline dont l’objet est la recherche de la vérité. J. Bouveresse, dans ses Essais II148, souligne que ce qui fait la valeur et la force d’une philosophie, « c’est aussi de savoir résister aux modes et aux séductions de causes qui font trop facilement l’unanimité ». D’ailleurs, les modes que l’on observe aujourd’hui en philosophie sont loin d’être si innovantes qu’on le croit : il s’agit souvent de “faire du neuf avec du vieux”, de réactualiser des philosophies traditionnelles, de remettre à l’honneur les sagesses anciennes, des formes d’humanisme quelque peu anachroniques. Par des rapprochements douteux, on en arrive à présenter les auteurs populaires et très médiatisés comme des philosophes qui renouent avec une philosophie originelle, une philosophie “purifiée” des excès qu’elle aurait connu à l’université. Comme le dit avec ironie Bouveresse dans La Demande philosophique, « les véritables héritiers de Socrate, à ce qu’on dit, ne sont pas ceux qui enseignent la philosophie dans les Universités, mais ceux qui la font à la télévision ou dans les cafés »149. Ainsi, selon les journalistes et les tenants de cette philosophie populaire qui investit les médias, il semblerait que la discipline retrouve vitalité et santé, qu’elle renoue le dialogue avec le présent, qu’elle soit donc désormais “bien avec son temps”. Il y aurait donc là un progrès de la philosophie. Ce progrès se mesurerait en terme d’accessibilité croissante de la philosophie du fait de sa médiatisation. Mais ce jugement est probablement biaisé par les mécanismes du système médiatique en lui-même, où les critères de qualité sont bien plus l’éloquence que la valeur intrinsèque d’un propos. Bouveresse fait d’ailleurs remarquer qu’il est beaucoup plus difficile de juger de la valeur d’un homme ou d’une idée, tandis qu’il est très aisé de mesurer le succès, surtout quand celui-ci est quantifiable (best-sellers, présence médiatique etc.).

La philosophie telle qu’elle est pratiquée dans les médias et pour une grande partie du public, n’est pas du tout représentative du véritable état de la philosophie, surtout celle de la recherche actuelle. Mises à part quelques émissions de télévisions diffusées la nuit, comme “Ce soir ou jamais” sur France 3, présentée par Frédéric Taddéi, qui invite régulièrement des philosophes universitaires (Jean-Pierre Dupuy, Alain Badiou, Bernard Stiegler etc.), et des émissions sur France Culture, la recherche philosophique est très peu mise à l’honneur. On ne peut donc pas valider la prétention des médias à démocratiser la philosophie, car les ouvrages et les auteurs médiatisés véhiculent bien souvent une forme “dégradée” de philosophie, pour reprendre le mot de Bouveresse.

Quand l’univers médiatique et le marketing éditorial imposent à la philosophie leurs exigences en termes de rapidité d’écriture, de volume de texte, de sujets à traiter, c’est malheureusement toute la production philosophique qui en souffre et pas seulement les ouvrages médiatisés, ainsi que le fait remarquer Bouveresse dans ses Essais IV150. Pour pouvoir se vendre, des auteurs de philosophie souhaitant sortir de la sphère universitaire sans pour autant verser dans la médiatisation se voient peu à peu forcés de conformer eux aussi aux contraintes formelles et thématiques imposées désormais par les ouvrages qui se vendent le mieux. Les exigences de rigueur et d’exactitude de la philosophie sont alors menacées de dégradation. Le fast-thinking et le fast-reading semblent s’imposer de plus en plus dans la littérature philosophique. Cette « intrusion du pouvoir journalistique à l’intérieur du champ philosophique », selon les mots de Bouveresse, écarte totalement la possibilité d’un jugement sur la valeur intrinsèque des œuvres, d’abord parce que l’on privilégie ce qui se passe autour de l’œuvre (le personnage de l’auteur, la promotion, la publicité, les “débats”, les polémiques), imposant du même coup une forme de censure, et ensuite parce que les critères de jugements sont de plus en plus dictés par des formes de malhonnêteté intellectuelle du fait, toujours selon Bouveresse, des conflits d’intérêt, des rapports de pouvoir, de la domination de l’audimat, et de l’opportunisme à l’œuvre dans l’univers du journalisme. Certains auteurs, pourtant, se défendent de dégrader la philosophie, en affirmant que s’inscrire dans la sphère médiatique, c’est participer activement au débat public : ainsi, A. Comte-Sponville déclare-t-il assumer « ses responsabilités d’intellectuel-citoyen ». Il ajoute qu’être médiatisé, ce n’est pas nécessairement avoir un problème d’égo et il s’inscrit en faux contre Pierre Bourdieu « qui prétend dans son livre sur la télévision (…) que les intellectuels médiatiques (les fast -thinkers comme il dit – et apparemment je fais partie du lot même si au fond il parle peu de moi) n’écrivent des livres que pour passer à la télévision »151. Certes, les affirmations de Bourdieu peuvent sembler excessives eu égard à la part certaine de bonne volonté et de sincérité dans les démarches de ces auteurs. Mais on ne peut ignorer que les mécanismes à l’œuvre dans les médias (temps de parole limité, conditions de communication imposées…) empêchent le développement d’une pensée rigoureuse et proprement philosophique. Les exigences de la philosophie semblent bien peu compatibles avec celles du journalisme.

Un aspect plus positif peut être envisagé avec les ouvrages de philosophie pour enfants, qui échappent pour le moment à la sphère médiatique et connaissent malgré cela un franc succès. Comme l’indique Michel Puech – directeur avec Brigitte Labbé de la collection “les Goûters philo” – dans une intervention à un colloque qui s’est tenu à Paris sur la transmission culturelle152, le vecteur de la littérature jeunesse semble moins « abîmé » que les autres vecteurs culturels, car il repose beaucoup plus sur le bouche à oreille, sur des micro-actions d’achat ou d’emprunt de livres qui ont encore un sens.

Ainsi, la santé de la philosophie actuelle semble souffrir de représentations biaisées par la division qui règne entre deux conceptions opposées de la philosophie – opposées mais pas nécessairement incompatibles, comme nous l’avons vu.

3. QUE DONNE-T-ON A PENSER ?

 a. Quelle valeur accorder à l’initiation ?

Parmi la diversité et les différents degrés de qualité de la production philosophique pour le grand public, il est difficile de savoir quelle valeur accorder à l’initiation à la philosophie. Le livre en tant que vecteur de transmission d’un contenu intellectuel, culturel, mais surtout d’un désir de penser, semble affaibli par certaines productions : certaines sont trop conditionnées par la sphère médiatique, d’autres sont médiocres philosophiquement, d’autres encore détournent la philosophie à des fins très discutables. A propos des nouvelles pratiques philosophiques en général, le rapport de l’Unesco lui-même reste très critique : bien qu’approuvant les qualités philosophiques de certaines démarches ambitieuses, qui doivent être considérées comme « idéaux régulateurs », il analyse bien les problèmes voire les pathologies de ces pratiques philosophiques, notamment des problèmes de subjectivisme, de facilité, de complaisance dans les débats, de certains aspects anti-culturels ou anti-intellectuels, etc. Quand l’initiation se veut trop démagogique, elle peut tomber dans des excès de ce genre et ainsi proposer une forme dégradée de philosophie. Le rapport interroge donc la capacité de la philosophie elle-même à lutter contre ces dérives, la responsabilité des institutions à parvenir à une compréhension de ces nouvelles pratiques pour promouvoir une philosophie d’une haute qualité, c’est-à -dire pas nécessairement rattachée à l’académisme, mais ne se risquant pas à l’ignorer.

Au niveau des livres de philosophie plus particulièrement, l’enjeu de l’initiation étant de donner véritablement matière à penser, on peut s’interroger sur l’impact effectif de certains ouvrages où tout est déjà pensé à la place du lecteur, où tout est mâché et digéré pour lui. On démocratise bien un contenu (dont la qualité elle-même est encore à discuter) mais démocratise-t-on vraiment la philosophie en tant que processus de pensée ? La question qui se pose ici, et peut-être celle qui interroge le plus profondément l’initiation à la philosophie, c’est s’il est possible de se passer d’un maître pour commencer à philosopher, si la simple lecture de textes est suffisante pour parvenir à une autonomie de pensée : c’est-à-dire la possibilité ou non d’être un autodidacte en philosophie. La relation avec un professeur, avec un magister qui nous enseigne la maîtrise, pourrait bien apparaître indispensable, non seulement par la dimension dialectique qu’elle offre mais aussi parce que, pour imiter le désir de philosopher, il faudrait imiter quelqu’un philosophant. Le phénomène de démocratisation de la philosophie par le support du livre pose donc le problème des limites de l’initiation par la simple lecture et des limites de l’autodidaxie.

Il semble, de plus, qu’on ne puisse pas renoncer au travail et à l’effort de pensée personnel, de même qu’on ne peut pas se passer d’une culture philosophique minimale et d’une maîtrise des concepts. Car une chose est de comprendre un livre d’initiation, une autre est de s’attaquer directement aux textes originaux et de pouvoir soi-même en tirer quelque chose. Les livres d’initiation sont souvent simples à comprendre, soit parce qu’ils sont effectivement très bien écrits, soit – et c’est plus problématique – parce qu’ils adoptent un style littéraire séduisant et fluide, sans obstacle à la lecture, qui cache un contenu peu rigoureux. Il faut donc valoriser les ouvrages qui invitent à se confronter aux textes eux-mêmes, les ouvrages qui ne se posent pas comme des directeurs de conscience mais plutôt comme des premiers pas sur un très long chemin. Certains ouvrages font preuve de modestie et ne profitent pas de l’estampillage “philosophie populaire” pour proposer une philosophie condescendante, qui s’abaisserait dans un acte généreux jusqu’au grand public.

Par ailleurs, les problèmes que peuvent poser certains ouvrages, dans leur dimension démagogique, c’est qu’en voulant plaire au grand public et en s’adaptant au consensus ambiant sur l’hermétisme de la philosophie universitaire, ils véhiculent des représentations négatives de la discipline. Or, on ne peut sensément promouvoir l’initiation à la philosophie sur fond de division, de dénigrement, de dénonciation d’un “camp adverse”. Cette méthode, qui s’apparente à la maxime « diviser pour mieux régner », permet en effet aux auteurs qui s’en réclament de proclamer leur légitimité, contre l’élitisme de la philosophie des spécialistes. Il s’agit là d’arguments extrêmement consensuels et anti-intellectuels qui, tout en flattant le lecteur et en l’invitant à s’initier, font beaucoup de tort à la philosophie en général. A ce prix-là, avec ces méthodes, on ne peut espérer initier authentiquement quelqu’un à la philosophie.

Il faut donc nuancer la portée initiatique de la plupart des ouvrages pour le grand public. On est souvent confronté à du prêt-à-penser, à du fast-thinking et du fast-reading, et les ouvrages concernés par cela occultent malheureusement une autre partie de la production philosophique qui, bien que tournée vers le grand public, essaie de résister à la tendance en proposant des livres de qualité.

b. Philosophie et divertissement.

Quelle représentation de la philosophie les lecteurs se font-ils lorsqu’ils accèdent à cette discipline pour la première fois avec des ouvrages qui la leur présentent comme facile ? On peut imaginer que certains ouvrages de philosophie ont le même impact sur le lecteur que n’importe quel roman en vogue. La philosophie penche en effet du côté du divertissement (on va même jusqu’à éditer des cahiers de vacances philo) et de la mondanité. Il est plus difficile en revanche d’éveiller les consciences. Le lecteur est ainsi souvent enfermé dans un monde à son image, un monde qui lui ressemble tellement qu’il n’est peut -être même plus la peine de s’en interroger. Non seulement on ne lui donne à penser que ce qu’il a sous les yeux, mais en plus on lui permet parfois une certaine complaisance à l’égard de lui-même. Par exemple, dans Petite philosophie du shopping de Frédérique Pernin, qui est pourtant un ouvrage bien écrit et par certains côtés intéressant, l’objet est finalement de réhabiliter la pratique du shopping comme « acceptation sereine, voire ludique, de l’existence », au nom de la « liberté de nos désirs » et de la « constitution de l’identité par la possession ». Certes, cet ouvrage présente une interprétation originale de ce phénomène de société, et il est salutaire d’entendre des idées alternatives sur quelque chose qui a tant été critiqué. Mais quelle est la portée philosophie d’un ouvrage si au bout du compte, le lecteur se voit absolument conforté dans sa position de consommateur et donc dans son univers familier ? Le rôle de la philosophie n’est-il pas de nous arracher à ce qui nous est familier, à prendre le recul nécessaire à la critique, et surtout à déplacer notre regard vers les choses que nous ne voulons pas voir ? Au contraire, et c’est aussi tout le problème de la culture de masse, le caractère essentiellement marchand de ces productions qui se veulent philosophiques se répercute sur l’ordre du discours et il n’y a plus de place pour une extériorité critique. Le consensus peut donc continuer à prévaloir.

Ces productions philosophiques tendent de plus en plus vers la revendication du quotidien, du singulier, du détail et de l’anecdote. L’universel n’est plus vraiment l’objet d’une pensée constructive : paradoxalement, on veut tout penser, dans les moindres détails de la vie quotidienne, mais on n’est plus capable de penser le tout. La philosophie voudrait s’attaquer à tout, montrer une forme de toute-puissance et surtout valoriser avant tout le plaisir qu’elle peut procurer. Le goût pour l’anecdote et la dimension spectaculaire de la philosophie sont très souvent utilisés pour rendre attrayante la discipline. Mais comme le fait remarquer Jacques Bouveresse, « la pire forme de mépris du grand public est celle qui consiste à essayer de satisfaire jusque sur le terrain de la philosophie son besoin de sensationnel »153.

C’est là le symptôme le plus préoccupant d’une part de la production philosophique destinée au grand public : l’entrée de la philosophie (ou de ce qui en porte le nom) dans la société du divertissement, et du coup, la perte de son caractère contestataire, subversif, ou simplement critique.

c. Entre prêt-à-penser et initiatives intéressantes de certains auteurs : le problème du discernement.

Il convient donc de distinguer d’un côté des ouvrages qui relèvent davantage du prêt-à-penser, souvent conditionnés par les exigences propres à la sphère médiatique, et de l’autre côté des initiatives vraiment intéressantes, innovantes, qui nous procurent matière à penser et qui donnent du sens à la démarche de démocratisation de la philosophie. Il semble qu’il faille ébaucher les conditions minimales dans lesquelles l’initiation et la démocratisation de la philosophie seraient possibles, en discernant ce qui relève d’une démarche véritablement philosophique et ce qui n’en est qu’un ersatz. Le problème principal qui se pose est l’incapacité d’un lecteur non-spécialiste à juger de la qualité philosophique des livres qui se présentent à lui. Comment lui est-il possible de se repérer et de faire un choix parmi cette diversité, hormis (au pire) le critère des “meilleures ventes” sur Amazon.fr ou (au mieux) les conseils avisés d’un libraire aguerri, d’un ami plus connaisseur en la matière ? En somme, on se demande comment s’orienter dans la pensée. Etant donné que les ouvrages d’initiation s’adressent tout particulièrement à des lecteurs qui n’ont pas nécessairement de relations étroites avec un milieu intellectuel prescripteur, la bouche-à-oreille, le conseil, semblent encore être les moyens les plus fiables pour espérer faire une lecture intéressante. Mais on peut se demander à ce propos si certains auteurs ne profitent pas de la situation d’ignorance et de manque de discernement dans laquelle se trouvent les lecteurs non-initiés pour leur faire acheter des ouvrages finalement bien peu porteurs de sens. On ne saurait mieux conseiller aux lecteurs qu’un devoir de méfiance envers les ouvrages qui manquent de modestie et font leur autopromotion, envers ceux qui se présentent comme la panacée, la solution à un problème, et ceux qui font de l’opposition à la philosophie universitaire la principale légitimation de leur démarche.

Tout d’abord, il est préférable de distinguer les attentes des lecteurs en matière de philosophie pour le grand public. Il peut s’agir de s’initier en voulant découvrir l’histoire de la philosophie, ses figures marquantes, l’évolution des concepts. Cela relève plutôt d’une demande culturelle et intellectuelle, qui pourra s’accompagner par la suite d’une découverte des textes eux-mêmes et de lecture d’ouvrages un peu plus pointus et spécialisés sur des questions qui auront éveillé la curiosité du lecteur. Les bons ouvrages de vulgarisation seraient alors ceux qui se présentent avant tout comme des ponts vers les textes d’origine, comme des portes d’entrée et non comme des fins en soi. Il n’est pas nécessairement demandé à ces ouvrages qu’ils offrent une innovation ou une créativité en termes conceptuels, mais peut-être qu’ils proposent un angle d’approche original de l’histoire de la pensée, de manière à ce que celle-ci n’ait pas un aspect trop encyclopédique et rébarbatif. L’ouvrage de Jeanne Hersch (L’étonnement philosophique154), qui invite à visiter l’histoire de la philosophie par le prisme de l’étonnement, en est un bon exemple. La pédagogie et la vulgarisation peuvent donc se faire de manière inédite tout en restant rigoureuse. Mais le problème est que la qualité pédagogique d’un texte et sa propension à nous porter à lire d’autres ouvrages ne peuvent faire l’objet d’un jugement qu’à la fin de la lecture.

L’autre type d’attente que l’on pourrait identifier serait celle d’un lecteur non-spécialiste mais plus aguerri, plus habitué à la lecture d’essais philosophiques, qui rechercherait des ouvrages traitant des enjeux plus contemporains de manière philosophique et des pistes pour penser le monde d’aujourd’hui. Ainsi, à l’inverse de ces ouvrages qui nous proposent une sagesse hors-temps, voire un recyclage des pensées de la tradition adaptées pour l’individu d’aujourd’hui, une démarche plus pertinente consisterait à prendre pour point de départ un questionnement de la réalité. Il ne s’agit pas de faire un simple constat catastrophiste (le monde est amoral, cynique), mais plutôt une analyse en profondeur de la situation pour, enfin, en tirer les conséquences éthiques nécessaires. Si l’on tient à la notion de sagesse, celle- ci ne peut se cantonner à la sphère privée et individuelle, aux problèmes existentiels de chacun, ou alors il faut parler de développement personnel et non de philosophie. Car la philosophie ne peut se confondre avec une thérapie ni se réduire à un utilitarisme centré sur le souci de soi. Ce serait là une conception fermée de la philosophie, le renoncement à la production d’un sens pour aujourd’hui. De plus, c’est la contraindre à l’immobilisme et au recyclage continuel.

Précisément, il s’agirait d’initier le lecteur en conciliant la transmission d’une culture philosophique (une batterie de concepts et un repérage dans l’histoire de la pensée) avec la production de sens à partir de phénomènes observés : la philosophie doit nous parler depuis aujourd’hui pour nous aider à entrer dans le monde de demain. Lire de la philosophie devient alors une manière d’appréhender des enjeux qui dépassent la simple sphère privée tout en se dotant soi-même d’outils d’analyse pour acquérir une autonomie de pensée. Un ouvrage d’initiation proprement philosophique permettrait donc au lecteur d’expérimenter ce qui pourrait se penser autrement, une pensée féconde tournée vers l’extériorité.

Il semble en effet que la philosophie pour le grand public, à l’inverse de ces sagesses rassurantes, lénifiantes et de cet humanisme mou qui sont véhiculés dans bon nombre d’ouvrages, se doive de déplacer le regard du lecteur, de bousculer ses idées établies. On serait ici probablement plus proche du projet de Diderot qui appelait à populariser la philosophie, dans cet esprit contestataire qui faisait du philosopher une condition de la liberté. De plus, cette démarche serait fidèle à celle qui a marqué la philosophie depuis ses origines, à savoir : le paradoxe, le fait d’aller contre la doxa. Il y aurait là le moyen, pour rejoindre Jacques Bouveresse, de respecter les devoirs que les philosophes ont envers la philosophie.

Conclusion

Le caractère hétéroclite de la production philosophique destinée aux non-spécialistes, notamment en termes de diversité des démarches et des degrés de qualité, impose de réviser deux opinions antagonistes selon lesquelles la philosophie pour le grand public serait en tous points méprisable ou bien, au contraire, absolument approuvable et désirable dans la société contemporaine. Ces positions a priori ignorent toutes deux la complexité du phénomène éditorial que nous pouvons observer depuis les années 1990. Médiatisation n’est pas synonyme de qualité, mais ne signifie pas non plus nécessairement dégradation de la philosophie : il se pourrait que de temps à autres, certains livres médiatisés soient de bons livres. De même, l’apparente clarté du langage n’est pas forcément un gage de clarté des idées et de pédagogie. L’existence d’un livre n’est plus la garantie de la présence d’une pensée. Enfin, l’humour et la légèreté n’empêchent pas un certain sérieux de la réflexion. Les critères de jugement doivent donc être élaborés avec prudence. En tout cas, il apparaît très difficile pour le lecteur néophyte de trouver ses repères dans cette production hétérogène. L’absence d’une autorité prescriptive autre que celle des médias rend problématique l’idée d’une véritable initiation à l’exigence et à la rigueur philosophiques. Elle pose aussi le problème des publics et de la démocratisation de la philosophie, qui est peut-être une illusion eu égard aux capacités et aux désirs réels des classes les plus populaires à accéder à cette forme de pensée, mais surtout eu égard à la nature même de la philosophie qui consisterait en une irréductibilité de ses exigences propres.

Il semble donc, et c’est là sans doute le point le plus problématique, que ce phénomène éditorial fonde ses principes sur un certain nombre de fantasmes, à commencer par celui de la démocratisation généralisée de la philosophie, d’une philosophie “populaire” voire d’un peuple philosophant. Nous avons vu combien nombreux en étaient les obstacles (culturels, sociologiques, psychologiques) et combien la notion de “grand public” était à nuancer. Mais la question la plus importante est de savoir s’il est vraiment souhaitable de populariser la philosophie, et ce sous divers points de vue : problèmes posés par la médiatisation, préservation de la qualité de la production philosophique, “besoins philosophiques” réels du public qui seraient beaucoup moins importants que ce qu’on pense, etc. Il y a ici deux autres formes de chimères qui entourent le phénomène éditorial : celle qui concerne la demande de philosophie de la part du grand public français, et celle qui affirme la nécessité de démocratiser la philosophie, sans doute engendrée par la peur de la “barbarie non-philosophique” selon l’expression de Bouveresse et qui fait de ce phénomène une spécificité française. Cela nous amène à une problématique centrale qui a été formulée par Bouveresse, à savoir ce que l’on peut légitimement et raisonnablement attendre de la philosophie aujourd’hui. Là aussi, un fantasme sous-tend la plupart des ouvrages étudiés : celui d’une omnipotence ou d’une toute-puissance de la philosophie qui pourrait tout penser, tout s’approprier, et qui constituerait aussi une promesse inégalable de bonheur et de bien-être. La philosophie apparaît comme la panacée pour restaurer la capacité des individus et de la société à fabriquer du sens et des valeurs. Paradoxalement, cette tendance à absolutiser les bienfaits de la philosophie conduit à la malmener et à ne plus respecter les contraintes qu’elle impose à la pensée. C’est aussi probablement surestimer ou mal interpréter les besoins réels du public. Cette tendance va même jusqu’à imposer la pratique philosophique comme indispensable à une existence humaine authentique, manière à la fois de créer des besoins au départ inexistants, mais aussi d’exercer une forme de violence symbolique et de mépris envers ceux qui n’ont pas accès (ou pas envie d’avoir accès) à cette pratique – ceci contribuant de surcroit à former dans l’esprit du grand public des réactions négatives envers la discipline.

La production philosophique souffre des excès que connaissent toutes les disciplines de la pensée dès lors qu’elles sont soumises aux contraintes médiatiques, mercantiles, et mercatiques ; mais ce qui lui est spécifique, c’est cette tendance à la division, au cloisonnement de part et d’autre. En voulant critiquer la philosophie universitaire qui se sclérose et s’isole, la philosophie grand public a tendance à elle-même se scléroser de son côté, chacun restant sur ses positions. Au travers de ce phénomène éditorial, mais aussi des nombreuses autres pratiques qui se sont créées de manière concomitantes, la philosophie fait l’objet de représentations nouvelles, principalement marquées par un antagonisme entre deux conceptions de la philosophie, alors qu’il existe sans aucun doute une troisième voie à explorer (que d’ailleurs certains ouvrages très intéressants ont commencé à esquisser).

L’accessibilité de la philosophie à un public plus large, et par là, le changement de statut de la discipline dans les représentations collectives sont à considérer comme un phénomène inévitable et même souhaitable pour la philosophie elle-même, qui peut dès lors faire l’expérience de risques, de limites, mais aussi de potentialités nouvelles qu’elle n’aurait probablement pas pu voir sans cela. Ainsi, plutôt que de traiter avec condescendance ce phénomène comme une simple mode, il conviendrait d’en tirer les enseignements, à condition qu’il fasse l’objet d’une réflexivité – ce que ce travail avait pour visée d’ébaucher.

L’idée d’une ouverture de la philosophie aux non-spécialistes, dans les limites des réductions que l’on peut faire subir à ses exigences propres, est en soi quelque chose de tout à fait souhaitable et contre laquelle on ne peut lutter qu’en enfermant la philosophie dans une tour d’ivoire. Car tout le problème vient sans doute de ce phénomène de claustration propre à la fois à l’université qui tend à vouloir garder ses prérogatives, mais aussi à la philosophie grand public qui encourage la division, la désolidarisation. Au contraire, il semble que la philosophie doive rester le domaine par excellence de l’ouverture et non de la fermeture, mais d’une ouverture raisonnée, canalisée depuis le haut par ceux qui sont sensés détenir le savoir. D’où l’importante responsabilité de l’université qui, plutôt qu’une attitude de rejet ou de condescendance, doive peut-être se placer dans une optique de régulation, pour trouver les moyens d’empêcher le monopole des ouvrages ultra-médiatisés véhiculant des formes dégradées de philosophie. Il est évident qu’on pourra difficilement stopper ce type de productions dans le contexte actuel d’hégémonie des médias (et l’on peut même espérer que lorsque la mode sera passée, ne subsisteront que les ouvrages de qualité qui deviendront des références). L’enjeu serait donc, en déconstruisant les fantasmes sur lesquels est fondé ce phénomène éditorial, de permettre une production alternative de qualité sous-tendue non plus par l’idéal de démocratisation ou de popularisation, mais par l’idée régulatrice, plus rationnelle, d’ouverture de la philosophie vers un public qui en formule expressément la demande.

Bibliographie thématique

Ouvrages de philosophie pour le grand public (adolescents et adultes) :

Monographies :

ALFANT, Marianne (dir.) La vocation philosophique. Paris : Bayard, 2004, 200 p.

ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008.

AURENCHE, Sophie (dir.) La mort devant soi. Euthanasie, des clés pour un débat. Paris : Autrement, 2003, 125 p. Collection Mutations.

BADIOU, Alain, DURING, Elie, MANIGLIER, Patrice, BENATOUIL, Thomas, et al. Matrix : Machine philosophique. Paris : Ellipses, 2003, 192 p.

BERROYER, Jackie, et SCALA, André. Pas si vite ! Paris : Canal+ Editions, 2000, 214 p.

BORCHGRAVE, Rodolphe de. Le Philosophe et le manager. Penser autrement le management. Bruxelles : De Boeck, 2006, 228 p.

BOTTON, Alain de. Les Consolations de la philosophie. Paris : Mercure de France, 2001, 254 p.

BOUAMAMA Saïd. La France : Autopsie d’un mythe national. Paris : Larousse, 2008, 222 p. Collection Philosopher.

BOURIAU, Christophe. Qu’est-ce que l’imagination ? Paris : Vrin, 2003, 128 p. Collection Chemins philosophiques.

BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.

CASATI, Roberto, et C. VARZI, Achille. 39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité. Paris : LGF, 2008, 213 p.

CATHCART, Thomas, et KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues. Paris : Seuil, 2008, 253 p.

CESPEDES, Vincent. Contre-dico philosophique. Toulouse : Milan, 2006, 285 p.

CESPEDES, Vincent. Mai 68 : La philosophie est dans la rue ! Paris : Larousse, 2008, 289 p. Collection Philosopher.

CHAUVIER, Stéphane. Qu’est-ce qu’une personne ? Paris : Vrin, 2003, 128 p. Collection Chemins philosophiques.

CIANNI, Jean-Louis. La philosophie comme remède au chômage. Paris : Albin Michel, 2007, 217p.

COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.

DECKENS, Olivier. La philosophie sur grand écran. Manuel de cinéphilosophie. Paris : Ellipses, 2007, 208 p. Collection Philo.

DROIT, Roger-Pol. La Philosophie expliquée à ma fille. Paris : Seuil, 2004, 96 p. Collection Expliqué à…

DROIT, Roger-Pol. 101 expériences de philosophie quotidienne. Paris : Odile Jacob, 2002, 259 p.

DUPONT-BEURIER, Pierre-François. Petite philosophie du bricoleur. Toulouse : Milan, 2006, 151 p. Collection pause philo.

DUPRE, Ben. Juste assez de philosophie pour briller en société. Paris : Dunod, 2009, 208 p.

ENTHOVEN, Raphaël. Le visage. Paris : Perrin / France Culture, 2009, 107 p. Collection Les Nouveaux chemins de la connaissance.

FEARN, Nicholas. Zénon et la tortue: Apprendre à penser comme un philosophe. Paris : Bréal, 2003, 223 p.

FERRY, Luc. Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Paris : LGF, 2002, 537 p. Collection Le Livre de Poche.

FERRY, Luc. Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’égard des jeunes générations. Paris : Plon, 2006, 202 p.

FERRY, Luc. Vaincre les peurs : La philosophie comme amour de la sagesse. Paris : Odile Jacob, 2006, 299 p.

FERRY, Luc. Le Nouvel ordre écologique. Paris : Grasset, 1992, 274 p.

FERRY, Luc, et COMTE-SPONVILLE, André. La sagesse des modernes. Paris : Robert-Laffont, 1998, 572 p.

FIELD, Michel, et SCALA, André. Petits dialogues entre amis. Paris : Albin Michel, 1997, 286 p.

GAARDER, Jostein. Le Monde de Sophie. Paris : Seuil, 2002, 617 p. Collection Points.

GODART, Elsa. La sincérité : Ce que l’on dit, ce que l’on est. Paris: Larousse, 2008, 189 p. Collection Philosopher.

GODIN, Christian. La Philosophie pour les Nuls. Edition revue et augmentée. Paris : Editions Générales First, 2007, 656 p. Collection Pour les Nuls.

GRUILLOT, Etienne. Faut-il tolérer toutes les idées ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.

HERSCH, Jeanne. L’étonnement philosophique. Paris : Gallimard, 1993, 462 p. Collection Folio.

HUISMAN-PERRIN, Emmanuelle (dir.). La Consolation .Mots pour maux. Paris : Autrement, 1997, 174 p. Collection Morales.

HUISMAN, Denis et VERGEZ, André. La philosophie sans complexe. Paris : Hugo et Cie, 2009, 351 p.

JACQUARD, Albert. Petite philosophie à l’usage des non-philosophes. Paris : LGF, 1999, 250 p.

JEANGENE-VILMER, Jean-Baptiste. Ethique animale. Paris : PUF, 2008, 304 p. Collection Ethique et philosophie morale.

JOLLIEN, Alexandre. La construction de soi : Un usage de la philosophie. Paris : Seuil, 2006, 182 p.

LAUNAY, Marc de. Qu’est-ce que traduire ? Paris : Vrin, 2006, 123 p. Collection Chemins Philosophiques.

LAURENT, Jérôme. Le Charme. Un pouvoir si singulier. Paris : Larousse, 2008, 217 p. Collection Philosopher.

LECOURT, Dominique. Humain, Post-humain. PUF : paris, 2003, 192 p

LE RU, Véronique. La vieillesse : De quoi avons-nous peur ? Paris : Larousse, 2008, 219 p. Collection Philosopher.

MAGGIORI, Robert. Un animal, un philosophe. Paris : Julliard, 2004, 160 p.

ONFRAY, Michel. Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique. Paris : LGF, 1990, 182 p.

ONFRAY, Michel. La Raison gourmande : Philosophie du goût. Paris : Grasset, 1995, 267 p.

ONFRAY, Michel. Contre-histoire de la philosophie. Tome 1 : les Sagesses antiques. Paris : LGF, 2007, 350 p.

PEPIN, Charles. Une semaine de philosophie : 7 questions pour entrer en philosophie. Paris : Flammarion, 2006, 250 p.

PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause Philo.

PICARD, Michael. Ceci n’est pas un livre : Leçons de philosophie et jeux d’esprit. Paris : Marabout, 2008, 160 p.

PIERRON, Jean-Philippe. Faut-il donner un sens à la vie ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.

POURRIOL, Ollivier. Cinéphilo. Paris : Hachette, 2008, 405 p. Collection Haute tension.

RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, 185 p. Collection Perspectives Critiques.

ROCHE, Christian, BARRERE, Jean-Jacques, JACQUES, Benoît. Guide de l’apprenti -philosophe. Paris : Seuil, 2002, 223 p.

SAINT-DROME, Oreste. Comment choisir son philosophe. Paris : La Découverte, 2000, 223 p.

SAINT-MAURICE, Thibaut de. Philosophie en séries. Paris : Ellipses, 2009, 176 p.

SAVATER, Fernando. Penser sa vie. Paris : Seuil, 1999, 283 p.

TAHON, Thierry . Petite philosophie du rugby. Toulouse : Milan, 2005, 199 p. Collection Pause Philo.

TAHON, Thierry. Petite philosophie de l’amateur de vin. Toulouse : Milan, 2005, 120 p. Collection Pause philo.

VANIN-VERNA, Laurence. Les philosophes vus autrement – Petites anecdotes des grands penseurs. Paris: Ellipses, 2009, 165 p.

VANIN- VERNA, Laurence. Pourquoi Philosopher ? Les Chemins de la Liberté. Paris : Ellipses, 2008, 134 p. Collection La philo ouverte à tous.

VEGLERIS, Eugénie. Manager avec la philo. Paris : 2006, Editions d’Organisation, 216 p.

VERGELY, Bertrand. Petite philosophie grave et légère. Toulouse : Milan, 2003, 180 p. Collection Pause Philo.

–  Articles

BAILLARGEON, Normand. Comment rire d’une banane molle. Entretien avec les auteurs de Platon et son ornithorynque entrent dans un bar…Philosophie magazine, novembre 2009, n° 34.

BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68.

Autour de la philosophie pour enfants :

BRENIFIER, Oscar, et DESPRES, Jacques. L’amour et l’amitié. Paris : Nathan, 2009, 30 p. Collection Philozidées.

BRENIFIER, Oscar, et MEURISSE, Catherine. Le Bonheur, c’est quoi ? Paris: Nathan, 2007, 150p. Collection Philozenfants.

FOESSEL, Michaël, et CALLIAS, Aurore. Pourquoi les hommes se disputent-ils à propos de Dieu ? Paris: Gallimard Jeunesse, 2007, 73 p. Collection Chouette! Penser.

LABBE, Brigitte, et PUECH, Michel. La beauté et la laideur. Nouv. éd. Paris : Milan Jeunesse, 2005, 56 p. Collection Les Goûters Philo.

LELEUX, Claudine (dir.) La philosophie pour enfants. Le modèle de Matthew Lipman en discussion. Bruxelles : De Boeck, 2004, 259 p. Collection Pédagogies en développement.

SASSEVILLE, Michel. La pratique de la philosophie avec les enfants. 3ème édition. Laval : PU Laval, 2009, 253 p.

Réflexions sur l’état de la philosophie française :

–  Monographies :

AUBRAL, François, DELCOURT, Xavier. Contre la nouvelle philosophie. Paris : Gallimard, 1977, 345 p. Collection Idées.

BOUVERESSE, Jacques. La Demande philosophique : Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ? 2nde éd. Paris : Editions de l’Eclat, 1997, 174 p.

BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, 262 p.

BOUVERESSE, Jacques. Essais II. L’époque, la mode, la morale, la satire. Marseille : Agone, 2001, 234 p. Collection Bans d’essais.

BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.

BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.

CHARLES, Sébastien. La philosophie française en questions. Paris : LGF, 2003, 319 p.

DIAMENT, Jacques. Les « cafés de philosophie”. Paris : L’Harmattan, 2001, 175 p.

–  Articles :

DELEUZE, Gilles. Les « nouveaux philosophes ». Minuit. Paris : mai 1977, n° 24. Disponible sur http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm (consulté le 28-11-2009).

Autour de l’édition :

–  Articles

ANDREUCCI, Catherine, CHARONNAT, Cécile. Sciences humaines, l’éditeur multidimensionnel. Livres Hebdo, 12 juin 2009, n° 781, p. 80-87.

BOURDIEU, Pierre. Une révolution conservatrice dans l’édition. Actes de la Recherche en sciences sociales. Paris : Seuil, 1999, n° 126-27. 127 p.

DIRKX, Paul. Les obstacles à la recherche sur les stratégies éditoriales. Actes de la Recherche en sciences sociales. Paris : 1999, n° 126-127, pp. 70-74. Disponible sur http://www.persee.fr/ (consulté le 28-11-2009).

GODECHOT, Olivier. Le marché du livre philosophique. Actes de la Recherche en sciences humaines. Paris : 1999, n° 130, pp. 11-28. Disponible sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1999_num_130_1_3309.

Sur la notion de philosophie populaire et le langage de la philosophie :

BECK, Philippe, et THOUARD, Denis (dir.) Popularité de la philosophie. Paris: Ecole Normale Supérieure de Fontenay St Cloud, 2002.

BELAVAL, Yvon. Les philosophes et leur langage. Paris : Gallimard, 1990, 218 p. Collection Tel.

DIDEROT, Denis. Pensées sur l’interprétation de la nature. Paris : Flammarion, 2005, 244 p. Première édition 1753.

HEGEL, G. W. F. L’essence de la critique philosophique. Paris : Vrin, 1986.

THOUARD, Denis. Le partage des idées: études sur la forme de la philosophie. Paris : CNRS Editions, 231 p.

Sociologie de la culture :

–  Monographies :

BOURDIEU, Pierre. Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme. Paris : Liber, 1996, 95 p.

DONNAT, Olivier. Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008. Paris : La Découverte, 2009, 282 p.

Webographie :

Site web de la collection “Philosopher” chez Larousse : http://www.osezphilosopher.fr (consulté le 02-12-09)

Autres :

GOUCHA, Moufida (dir.) La philosophie, une école de la Liberté. Rapport de l’UNESCO, ONU, 2007. Disponible sur http://http://www.unesco.org/shs/fr/philosophy (consulté le 17-11-2009)

NOTES

  1. BELAVAL, Yvon. Les philosophes et leur langage. Paris : Gallimard, 1990, 218 p. Collection Tel.
  2. HEGEL, G. W. F. L’essence de la critique philosophique. Paris : Vrin, 1986.
  3. BECK, Philippe, et THOUARD, Denis (dir.) Popularité de la philosophie. Paris: Ecole Normale Supérieure de Fontenay St Cloud, 2002.
  4. DIDEROT, Denis. Pensées sur l’interprétation de la nature. Paris : Flammarion, 2005, 244 p. Première édition 1753.
  5. Op. Cit.
  6. Cité par Jacques Diament in Les « cafés de philosophie”. Paris : L’Harmattan, 2001, 175 p
  7. DIAMENT, Jacques. Les « cafés de philosophie”. Paris : L’Harmattan, 2001, 175 p.
  8. Site internet d’Oscar Brenifier : http://pagesperso-orange.fr/michel.onfray/UPcaen.htm . Consulté le 17-11-2009.
  9. GOUCHA, Moufida (dir.) La philosophie, une école de la Liberté. Rapport de l’UNESCO, ONU, 2007. Disponible sur http://www.unesco.org/shs/fr/philosophy (consulté le 17-11-2009).
  10. VEGLERIS, Eugénie. Manager avec la philo. Paris : 2006, Editions d’Organisation, 216 p
  11. BORCHGRAVE, Rodolphe de. Le Philosophe et le manager. Penser autrement le management. Bruxelles : De Boeck, 2006, 228 p.
  12. BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.
  13. GOUCHA, Moufida (dir.) La philosophie, une école de la Liberté. Rapport de l’UNESCO, ONU, 2007. Disponible sur http://www.unesco.org/shs/fr/philosophy (consulté le 17-11-2009).
  14. BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Entretien avec Fabrice Gerschel. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68 .
  15. Disponible sur http://www.osezphilosopher.fr/ . Consulté le 18-11-2009.
  16. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
  17. ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008
  18. CHARLES, Sébastien. La philosophie française en questions. Paris : LGF, 2003, 319 p.
  19. SAVATER, Fernando. Penser sa vie. Paris : Seuil, 1999, 283 p.
  20. Ibid., p. 264.
  21. LELEUX, Claudine (dir.) La philosophie pour enfants. Le modèle de Matthew Lipman en discussion. Bruxelles : De Boeck,  2004, 259 p. Collection Pédagogies en développement.
  22. SASSEVILLE, Michel. La pratique de la philosophie avec les enfants. 3ème édition. Laval : PU Laval, 2009, 253 p.
  23. FERRY, Luc. Le Nouvel Ordre écologique. Paris : Grasset, 1992, 274 p.
  24. FERRY, Luc, et COMTE-SPONVILLE, André. La sagesse des modernes. Paris : Robert-Laffont, 1998, 572 p.
  25. ONFRAY, Michel. Contre-histoire de la philosophie. Tome 1 : les Sagesses antiques. Paris : LGF, 2007, 350 p.
  26. ONFRAY, Michel. Antimanuel de philosophie. Paris : Bréal, 2001, 334p.
  27. ONFRAY, Michel. Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique. Paris : LGF, 1990, 182 p.
  28. ONFRAY, Michel. La Raison gourmande : Philosophie du goût. Paris : Grasset, 1995, 267 p.
  29. CHARLES, Sébastien. Op. Cit.
  30. BADIOU, Alain, DURING, Elie, MANIGLIER, Patrice, BENATOUIL, Thomas, et al. Matrix : Machine philosophique. Paris : Ellipses, 2003, 192 p.
  31. ONFRAY, Michel. Op. cit.
  32. GODIN, Christian. La Philosophie pour les Nuls. Edition revue et augmentée. Paris : Editions Générales First, 2007, 656 p. Collection Pour les Nuls.
  33. HERSCH, Jeanne. L’étonnement philosophique. Paris : Gallimard, 1993, 462 p. Collection Folio.
  34. BOURIAU, Christophe. Qu’est-ce que l’imagination ? Paris : Vrin, 2003, 128 p. Collection Chemins philosophiques.
  35. CHAUVIER, Stéphane. Qu’est-ce qu’une personne ? Paris : Vrin, 2003, 128 p. Collection Chemins philosophiques.
  36. HUISMAN, Denis et VERGEZ, André. La philosophie sans complexe. Paris : Hugo et Cie, 2009, 351 p.
  37. MAGGIORI, Robert. Un animal, un philosophe. Paris : Julliard, 2004, 160 p.
  38. FEARN, Nicholas. Zénon et la tortue: Apprendre à penser comme un philosophe. Paris : Bréal, 2003, 223 p.
  39. VANIN-VERNA, Laurence. Les philosophes vus autrement : Petites anecdotes des grands penseurs. Paris: Ellipses, 2009, 165 p.
  40. ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008.
  41. ALFANT, Marianne (dir.) La vocation philosophique. Paris : Bayard, 2004, 200 p.
  42. JEANGENE-VILMER, Jean-Baptiste. Ethique animale. Paris : PUF, 2008, 304 p. Collection Ethique et philosophie morale.
  43. FERRY, Luc. Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Paris : LGF, 2002, 537 p. Collection Le Livre de Poche.
  44. FERRY, Luc. Vaincre les peurs : La philosophie comme amour de la sagesse. Paris : Odile Jacob, 2006, 299 p.
  45. JOLLIEN, Alexandre. La construction de soi : Un usage de la philosophie. Paris : Seuil, 2006, 182 p.
  46. SAVATER, Fernando. Penser sa vie. Paris : Seuil, 1999, 283 p.
  47. CIANNI, Jean-Louis. La philosophie comme remède au chômage. Paris : Albin Michel, 2007, 217p.
  48. BOTTON, Alain de. Les Consolations de la philosophie. Paris : Mercure de France, 2001, 254 p.
  49. CASATI, Roberto, et C. VARZI, Achille. 39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité. Paris : LGF, 2008, 213 p.
  50. DROIT, Roger-Pol. 101 expériences de philosophie quotidienne. Paris : Odile Jacob, 2002, 259 p.
  51. PICARD, Michael. Ceci n’est pas un livre : Leçons de philosophie et jeux d’esprit. Paris : Marabout, 2008, 160 p.
  52. POURRIOL, Ollivier. Cinéphilo. Paris : Hachette, 2008, 405 p. Collection Haute tension.
  53. DECKENS, Olivier. La philosophie sur grand écran. Manuel de cinéphilosophie. Paris : Ellipses, 2007, 208 p. Collection Philo.
  54. SAINT-MAURICE, Thibaut de. Philosophie en séries. Paris : Ellipses, 2009, 176 p.
  55. RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, 185 p. Collection Perspectives Critiques.
  56. TAHON, Thierry. Petite philosophie du rugby. Toulouse : Milan, 2005, 199 p. Collection Pause Philo.
  57. PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause Philo.
  58. CATHCART, Thomas, et KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues. Paris : Seuil, 2008, 253 p.
  59. ONFRAY, Michel. Antimanuel de philosophie. Paris : Bréal, 2001, 334 p.
  60. CESPEDES, Vincent. Contre-dico philosophique. Toulouse : Milan, 2006, 285 p.
  61. BERROYER, Jackie, et SCALA, André. Pas si vite ! Paris : Canal+ Editions, 2000, 214 p.
  62. FIELD, Michel, et SCALA, André. Petits dialogues entre amis. Paris : Albin Michel, 1997, 286 p.
  63. MAGGIORI, Robert. Un animal, un philosophe. Paris : Julliard, 2004, 160 p.
  64. LE RU, Véronique. La Vieillesse. De quoi avons-nous peur ? Paris : Larousse, 2008, 219 p. Collection Philosopher.
  65. LAURENT, Jérôme. Le Charme. Un pouvoir si singulier. Paris : Larousse, 2008, 217 p. Collection Philosopher.
  66. CESPEDES, Vincent. Mai 68 : La philosophie est dans la rue ! Paris : Larousse, 2008, 289 p. Collection Philosopher.
  67. BOUAMAMA Saïd. La France : Autopsie d’un mythe national. Paris : Larousse, 2008, 222 p. Collection Philosopher.
  68. TAHON, Thierry. Petite philosophie du voyage. Toulouse : Milan, 2006, 123 p. Collection Pause philo.
  69. TAHON, Thierry. Petite philosophie de l’amateur de vin. Toulouse : Milan, 2005, 120 p. Collection Pause philo.
  70. PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause philo.
  71. Il est surprenant que les éditions Larousse aient créé plus récemment une collection du même nom. Cela s’explique sans doute par le fait que la collection des éditions Quintette a été arrêtée.
  72. BOURDIEU, Pierre. Une révolution conservatrice dans l’édition. Actes de la Recherche en sciences sociales. N° 126-27. Paris : Seuil, 1999, 127 p.
  73. DELEUZE, Gilles. Les « nouveaux philosophes ». Minuit. N° 24, mai 1977. Disponible sur http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm (consulté le 28-11-2009).
  74.  GODECHOT, Olivier. Le marché du livre philosophique. Actes de la Recherche en sciences humaines. Paris : 1999, n° 130, pp. 11-28. Disponible sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1999_num_130_1_3309.
  75. DIRKX, Paul. Les obstacles à la recherche sur les stratégies éditoriales. Actes de la Recherche en sciences sociales. Paris : 1999, n° 126-127, pp. 70-74. Disponible sur http://www.persee.fr/ (consulté le 28-11-2009).
  76. AUBRAL, François, DELCOURT, Xavier. Contre la nouvelle philosophie. Paris : Gallimard, 1977, 345 p. Collection Idées.
  77. BOURDIEU, Pierre. Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme. Paris : Liber, 1996, 95 p.
  78. Ibid. p. 11.
  79. BERROYER, Jackie, et SCALA, André. Pas si vite ! Paris : Canal+ Editions, 2000, 214 p.
  80. FIELD, Michel, et SCALA, André. Petits dialogues entre amis. Paris : Albin Michel et Canal+ Editions, 1997, 286 p.
  81. Op. Cit.
  82. BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.
  83. Op. Cit.
  84. Op. Cit.
  85. FERRY, Luc. Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’égard des jeunes générations. Paris : Plon, 2006, 202 p.
  86. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
  87. BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68.
  88. DONNAT, Olivier. Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008. Paris : La Découverte, 2009, 282 p.
  89. Tableau disponible sur http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/doc/tableau/chap6/VI-4-1-Q64A.pdf Consulté le 04-12-
  90. Ministère de la culture, service des études et recherches. Pratiques culturelles des français, description socio-démographique, évolution 1973-1981. Paris : Dalloz, 1982, 438 p.
  91. ANDREUCCI, Catherine, CHARONNAT, Cécile. Sciences humaines, l’éditeur multidimensionnel. Livres Hebdo, 12 juin 2009, n° 781, p. 80-87.
  92. Jostein Gaarder : entretien avec Dominique Simonnet. « La philosophie, c’est le rock des années 90 ». 16-07-09. Disponible sur http://www.lexpress.fr/informations/la-philosophie-c-est-le-rock-des-annees-90_629658.html . Consulté le 04-12-09.
  93. BERROYER, Jackie, et SCALA, André. Pas si vite ! Paris : Canal+ Editions, 2000, 214 p.
  94. SAINT-DROME, Oreste. Comment choisir son philosophe. Paris : La Découverte, 2000, 223 p.
  95. DUPRE, Ben. Juste assez de philosophie pour briller en société. Paris : Dunod, 2009, 208 p.
  96. Cité dans : DIAMENT, Jacques. Les cafés de philosophie. Paris : l’Harmattan, 2001, 175 p. Collection Questions contemporaines.
  97. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, 262 p.
  98. Ibid. p. 61-62.
  99. http://www.osezphilosopher.fr . Consulté le 09-12-09.
  100. PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause Philo.
  101. TAHON, Thierry. Petite philosophie du rugby. Toulouse : Milan, 2005, 199 p. Collection Pause Philo.
  102. CASATI, Roberto, et C. VARZI, Achille. 39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité. Paris : LGF, 2008, 213 p.
  103. DROIT, Roger-Pol. 101 expériences de philosophie quotidienne. Paris : Odile Jacob, 2002, 259 p.
  104. ROCHE, Christian, JACQUES, Benoît. Guide de l’apprenti-philosophe. Paris : Seuil, 2002, 223 p.
  105. BOTTON, Alain de. Les Consolations de la philosophie. Paris : Mercure de France, 2001, 254 p.
  106. BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68.
  107. 107 Op. Cit.
  108. CIANNI, Jean-Louis. La philosophie comme remède au chômage. Paris : Albin Michel, 2007, 217p.
  109. FERRY, Luc. Vaincre les peurs : La philosophie comme amour de la sagesse. Paris : Odile Jacob, 2006, 299 p.
  110. FERRY, Luc. Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’égard des jeunes générations. Paris : Plon, 2006, 202 p.
  111. GRUILLOT, Etienne. Faut-il tolérer toutes les idées ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.
  112. PIERRON, Jean-Philippe. Faut-il donner un sens à la vie ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.
  113. CATHCART, Thomas, et KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues. Paris : Seuil, 2008, 253 p.
  114. FEARN, Nicholas. Zénon et la tortue: Apprendre à penser comme un philosophe. Paris : Bréal, 2003, 223 p.
  115. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
  116. ROCHE, Christian, BARRERE, Jean-Jacques, JACQUES, Benoît. Guide de l’apprenti-philosophe. Paris : Seuil, 2002, 223 p.
  117. SAINT-DROME, Oreste. Comment choisir son philosophe. Paris : La Découverte, 2000, 223 p.
  118. RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, 185 p. Collection Perspectives Critiques.
  119. POURRIOL, Ollivier. Cinéphilo. Paris : Hachette, 2008, 405 p. Collection Haute tension.
  120. DECKENS, Olivier. La philosophie sur grand écran. Manuel de cinéphilosophie. Paris : Ellipses, 2007, 208 p. Collection Philo.
  121. SAINT-MAURICE, Thibaut de. Philosophie en séries. Paris : Ellipses, 2009, 176 p.
  122. CATHCART, Thomas, et KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues. Paris : Seuil, 2008, 253 p.
  123. BRABANDERE, Luc de. Petite philosophie des histoires drôles. Paris : Eyrolles, 2007, 93 p.
  124. THOUARD, Denis. Le partage des idées: études sur la forme de la philosophie. Paris : CNRS Editions, 231 p.
  125. Ibid. p. 5.
  126. BELAVAL, Yvon. Les philosophes et leur langage. Paris : Gallimard, 1990, 218 p. Collection Tel.
  127. RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, p. 9.
  128. ONFRAY, Michel. Contre-histoire de la philosophie. Tome 4 : Les Ultras des Lumières. Paris : Grasset, 2007, 338 p.
  129. BOTUL, Jean-Baptiste. La vie sexuelle d’Emmanuel Kant. Paris : Mille et une nuits, 1999, 93 p.
  130. BOTUL, Jean-Baptiste. Nietzsche et le démon de midi. Paris : Mille et une nuits, 2004, 127 p.
  131. Jostein Gaarder : entretien avec Dominique Simonnet. « La philosophie, c’est le rock des années 90 ». 16-07-09. Disponible sur http://www.lexpress.fr/informations/la-philosophie-c-est-le-rock-des-annees-90_629658.html . Consulté le 04-12-09.
  132. Socrate, un maître à penser. Magazine littéraire, juin 2009, n° 487.
  133. Socrate, enquête sur l’inventeur de la philosophie. Lire, octobre 2009, n° 380.
  134. DROIT, Roger-Pol. La Philosophie expliquée à ma fille. Paris : Seuil, 2004, 96 p. Collection Expliqué à…
  135. ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008.
  136. DROIT, Roger-Pol. Philosophies d’ailleurs. Paris : Hermann, 2009, 488 p.
  137. JOLLIEN, Alexandre. Le métier d’homme. Paris : Seuil, 2002, 90 p.
  138. JOLLIEN, Alexandre. La construction de soi. Paris : Seuil, 2006, 182 p.
  139. BOTTON, Alain de. Les Consolations de la philosophie. Paris : Mercure de France, 2001, 254 p.
  140. CIANNI, Jean-Louis. La philosophie comme remède au chômage. Paris : Albin Michel, 2007, 217p.
  141. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, p. 10.
  142. MARINOFF, Lou. Plus de Platon, moins de Prozac ! Paris : Michel Lafon, 2002, 390 p.
  143. JEANGENE-VILMER, Jean-Baptiste. Ethique animale. Paris : PUF, 2008, 304 p. Collection Ethique et philosophie morale.
  144. LECOURT, Dominique. Humain, Post-humain. PUF : paris, 2003, 192 p.
  145. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, 262 p.
  146. Ibid. p. 12.
  147. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  148. BOUVERESSE, Jacques. Essais II. L’époque, la mode, la morale, la satire. Marseille : Agone, 2001, 234 p. Collection Bans d’essais.
  149. BOUVERESSE, Jacques. La Demande philosophique : Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ? 2nde éd. Paris : Editions de l’Eclat, 1997, p. 19.
  150. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  151. CHARLES, Sébastien. La philosophie française en questions. Paris : LGF, 2003, 319 p.
  152. PUECH, Michel. La transmission culturelle. Intervention au CMPP Paris, colloque « De la culture à la pensée », 24 novembre 2004. Disponible sur http://michel.puech.free.fr. Consulté le 02-12-09.
  153. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  154. Op. Cit.

Téléchargement du document (PDF)


dossier-consulter-un-philosophe.01

Prendre connaissance de notre dossier

Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide


Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR


Article # 4 – Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

dossier-consulter-un-philosophe.01

DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 4

Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Ma lecture

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie» de Jean-Eudes Arnoux aux Éditions Favre.

sur-le-divan-d-un-philosophe-0011

sur-le-divan-d-un-philosophe-0022

Sur le divan d’un philosophe

La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie

Jean-Eudes Arnoux

Éditions Favre


  • Version livre papier
  • 19 €
  • Format 13 x 23.5cm
  • 160 pages
  • noir/blanc
  • Couverture souple
  • Parution : 15 octobre 2013
  • ISBN 978-2-8289-1373-1

Présentation par l’éditeur

La philosophie, une discipline rébarbative d’intellos réservée aux auditoires de l’université? Et si au contraire elle pouvait vous apporter les réponses que vous cherchez? C’est le pari de Jean-Eudes Arnoux, philosophe qui, sans se prétendre thérapeute, propose à ceux qui viennent le voir de les aider dans leurs questionnements existentiels. La consultation philosophique se présente comme une alternative originale à d’autres types de coachings ou de psychothérapies et s’adresse aux particuliers mais aussi aux entreprises ou institutions. Une pratique au succès grandissant, qui a pour but de mieux se connaître, gagner en liberté, y voir plus clair, changer de perspective, trouver un sens à ses interrogations en allant puiser dans les sagesses anciennes et récentes. Avec de nombreux cas pratiques et exemples.


Au sujet de l’auteur

Jean-Eudes Arnoux

Après avoir étudié la philosophie à Grenoble jusqu’à l’obtention d’une maîtrise puis d’un DEA d’histoire et de philosophie sur les échanges culturels internationaux, j’ai enseigné la philosophie, en France pendant deux ans, et dès 1992, en Suisse, à Lausanne, avant de devenir doyen des classes gymnasiales dans un établissement privé réputé.

J’ai ouvert en 2013 un cabinet de consultation philosophique, qui trouve une nouvelle forme d’expression dans Philocité.

Ouvert aux différentes formes d’accompagnement, j’ai acquis de fait une compétence plus particulière dans le domaine de la consultation individuelle, de l’animation d’ateliers auprès des enfants, plus particulièrement à l’école Vivalys depuis 2015 (Classes de 3 à 5 P).

J’anime aussi des formations auprès des clowns intervenant en soins palliatifs pour adultes. Ce qui m’a permis de mettre en place des modules questionnant l’éthique et l’humain : la vulnérabilité, la signification humaine du clown, la valeur du rire…

Publication:

Sur le divan d’un philosophe aux éditions Favre. En commande auprès de l’éditeur.

Source : PHILOCITÉ – Association Romande de Philosophes Praticien-e-s, 2020.

Voir aussi : Page de l’auteur sur LinkedIn.


Table des matières

sur-le-divan-d-un-philosophe-0033


EXTRAIT

Introduction

Ce livre a comme sujet d’étude la consultation philosophique. Cette pratique de la philosophie est apparue en 1981. Elle est donc plus ancienne que les cafés philo des années 90. Elle est aussi moins connue, moins médiatisée, plus confidentielle. Cela tient en partie à sa modalité. Elle est un dialogue entre deux personnes : le consultant-philosophe et la personne qui le sollicite pour penser un sujet qui revêt de l’importance pour elle, pour s’exercer à l’exigence de la réflexion philosophique sous forme de dialogue ou pour penser sa vie afin de mieux se connaître et de gagner en lucidité et en liberté.

Quatre parties structurent le livre. La première partie est une présentation de la consultation philosophique et se termine par une définition de cette pratique. La deuxième partie explore les conditions sociales qui ont rendu possible la naissance de cette pratique. La troisième partie situe la consultation philosophique au sein de l’activité philosophique. En quoi, cette pratique est aussi une des manières de faire de la philosophie. La quatrième partie expose le style des consultations philosophiques menées jusqu’à ce jour en privilégiant la diversité qu’elles couvrent et les différents questionnements abordés.

Ce livre s’adresse à deux publics : celui des professionnels de la philosophie et celui plus large des personnes qui seraient intéressées par une telle démarche.

Du premier public dont je suis issu, mon intention est de lui faire connaître cette pratique encore méconnue par lui et de lui donner des arguments qui le convainquent de la qualité philosophique de cette démarche. J’ai conscience des réticences que ces arguments rencontreront parfois, voire du rejet qu’ils susciteront. Mais dans l’ensemble je fais confiance aux lecteurs nourris de philosophie, à leur goût pour la nouveauté en philosophie et à leur plaisir de la conversation philosophique. La philosophie est née avec la parole critique en Grèce au VIe siècle avant J.-C. Elle est philologue (ami du discours). Ainsi, la philosophie renoue avec sa tradition orale dans la pratique de la consultation philosophique. Cette pratique ose aussi une présence de la philosophie dans le secteur de la consultation. Aujourd’hui, un individu se rend chez son médecin, chez son psy, chez son coach pour parler de lui. Il cherche auprès de ce professionnel une réponse aux questions qu’il se pose. Ses questions s’articulent autour du vécu de l’individu. En parlant de lui, l’individu pose la question du sens de ce qu’il fait, de ce qu’il est. La philosophie aurait tort de ne pas proposer son aide sous prétexte qu’elle perdrait son âme ou qu’elle compromettrait la rigueur académique de ses analyses en se mettant au service de l’individu (et de l’individuel).

Au second public, au public élargi, celui du plus grand nombre, mon intention a été d’employer un langage compréhensible, le plus clair possible afin d’être compris par tous. Je me suis efforcé d’éviter les travers d’un langage trop technique. J’espère que ce livre éveillera auprès du lecteur la curiosité, le goût pour la réflexion et l’amènera au questionnement philosophique de l’existence. Je l’invite à considérer ce livre comme un voyage. Pour celui qui serait méfiant envers le monde des idées – trop générales par nature – je lui conseille de commencer par la dernière partie. Il y est question des différentes consultations philosophiques que j’ai menées. Ensuite, de continuer par l’ordre logique qui est celui du livre. Il se donnera alors les moyens de mieux connaître les enjeux sociaux et disciplinaires de cette démarche parfois surprenante.

ARNOUX, Jeau-Eudes, Introduction, SUR LE DIVAN D’UN PHILOSOPHE, Éditions Favre, 2013, pp. 5-7


MES COMMENTAIRES

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

 4 étoiles sur 5

J’accorde à ce livre 4 étoiles sur 5. Je l’ai lu avec un grand intérêt et je vous en recommande la lecture si vous désirez découvrir qu’est ce qui justifie la philothérapie.

En effet, à la suite de ma lecture, une impression persiste : l’auteur a voulu justifié la philothérapie auprès des milieux universitaires et de la population. L’auteur laisse entendre que la philothérapie fait débat, d’où le besoin de la justifier. L’auteur nous offre un plaidoyer en faveur de la philothérapie. Il faut, pour prendre plaisir à la lecture de cet essai, s’intéresser aux différentes contextes historiques et sociaux dans lesquels la philothérapie arrive à nous et se développe.

L’auteur se réfère à plusieurs sources, notamment des livres récents traitant de la philosophie, pour renforcer son propos. Cela m’a un peu agacé quoique je dois reconnaître l’importance des références dans un tel essai. Qu’un auteur se réfère à tel ou tel auteur et ses ouvrages va de soi dans un tel essai. Jean-Eudes Arnoux accorde une si grande place à ces référence que je me suis demandé si son propre propos ne passait au second plan. Une chose est certaine : l’auteur nous renseigne très bien sur les influences de son approche de la philosophie et de la philothérapie.

L’auteur a divisé son essai en quatre grandes parties :

  1. La consultation philosophique;
  2. Les mutations de l’occident depuis les années 1960-1970;
  3. Les vies de la philosophie;
  4. Exemples de consultations philosophiques.

Les personne qui sollicitent mon aide et mes commentaires s’inscrivent dans cette attente de mieux se connaître elles-mêmes. À la différence de certaines approches psychologiques ou psychothérapeutique, le souci de soi n’est pas centré sur la simple individualité mais sur cette tension entre sa propre idiosyncrasie et son appartenance à la condition humaine.

ARNOUX, Jeau-Eudes, Chapitre 1 – Les publics de la consultation philosophique et leurs attentes, SUR LE DIVAN D’UN PHILOSOPHE, Éditions Favre, 2013, p. 19

Pour votre information, on trouve la définition suivante de l’idiosyncrasie dans LE LAROUSSE : «Manière d’être particulière à chaque individu qui l’amène à avoir tel type de réaction, de comportement qui lui est propre.» On trouve aussi cette définition dans WIKIPÉDIA sous le thème idiosyncrasie et au sous-titre Philosophie : « L’idiosyncrasie est un ensemble de particularités et de traits de caractères propres à chaque individu, qui représente ce qu’il est en tant qu’être conscient, ce qui définit son ontologie. C’est un concept particulièrement associé à Nietzsche. »


Les autres articles de ce dossier témoignent mon intérêt pour une nette distinction entre psychothérapie et consultation philosophique. J’ai donc aimé le chapitre 3 « Définition de la consultation philosophique » et plus spécifiquement le sous-titre « Consultation philosophique et psychothérapie ».

La consultation philosophique et la psychothérapie sont deux pratiques qui ne se confondent pas, au même titre que la psychologie et la philosophie qui sont deux discours différents sur l’homme. La psychologie – en dépit de son problème d’unité – développe un discours sur l’homme à partir d’un domaine spécifique de son identité : son psychisme dans sa dimension mentale et affective. La philosophie – en dépit aussi du problème de son unit – est un discours qui aborde le sujet de l’homme dans sa totalité. La réflexion philosophique traite de l’homme selon la perspective de l’existence. La question qu’elle pose : que-ce qu’être un homme ? Quelle est la condition de l’homme ? Socrate inaugure d’emblée une question bien spécifique. Dans le « Connais-toi toi-même », l’appel à cette connaissance n’est pas de nature introspective au sens psychologique. (…)

ARNOUX, Jeau-Eudes, Chapitre 3 – Définition de la consultation philosophique, SUR LE DIVAN D’UN PHILOSOPHE, Éditions Favre, 2013, pp. 33-34

La quatrième et dernière partie du livre présente des « Exemples de consultations philosophiques » tirés de l’expérience de l’auteur. Elle n’arrivent à la cheville des autres exemples dont j’ai pris connaissance à la lecture d’autres livres. Mais je reconnais l’effort de l’auteur. En ce domaine, tous les efforts sont appréciés.

Le choix de mots

L’auteur Jean-Eudes Arnoux ne nomme pas sa pratique « philothérapie ». Il préfère parler de « consultation philosophique » et de « philosophe-consultant » ou « philoconsultant ». Dans le magazine « Diotime – Revue internationale de didactique de la philosophie » ( n° 62 – octobre 2014), il écrit en parlant de son approche et de son livre (le caractère gras est de nous) :

Concernant le rapport entre psychothérapie et consultation philosophique, il faut d’abord souligner la diversité des psychothérapies. Entre une thérapie cognitiviste et une analyse freudienne, la différence est notable. En dépit des différences, le psychothérapeute considère la souffrance de son patient comme relevant d’un état pathologique. Il y a en lui quelque chose de morbide. Il s’agit pour le thérapeute de soigner son patient, d’essayer de le guérir. La philosophie, dans son passé, a aussi porté un regard sur les troubles de l’homme comme relevant de la maladie. Le philosophe soignait les âmes, et le médecin les corps. Cette lecture me semble caduque aujourd’hui en philosophie. Les approches existentialistes et phénoménologiques considèrent les inquiétudes auxquelles les hommes sont exposés comme des logiques de vie. Elles sont l’expression de notre condition humaine, de sa fragilité. Le philoconsultant n’est donc pas un thérapeute, même si la pratique du dialogue porte en elle des effets thérapeutiques, c’est-à-dire des effets permettant à la personne de se sentir mieux. Le philoconsultant se sert des « connaissances » philosophiques pour permettre à la personne de mieux comprendre ce qu’elle est en train de vivre.


Au vu des analyses ci-dessus, il apparait assez clairement que la consultation philosophique n’est pas plus du coaching que de la thérapie. Le coaching et la psychothérapie ont leur valeur et leur pertinence. Dans le cadre de leur pratique, l’effet recherché est souvent produit. Si elle veut garder son identité et être fidèle à ses propres raisons d’être, la consultation philosophique ne doit pas viser à faire du coaching ou à jouer au thérapeute. La consultation philosophique est une pratique dialogique qui inscrit le questionnement retenu dans une rationalité intellectuelle inséparable de son déploiement éthique propre à la nature de cette démarche.


Dans la dernière partie du livre, je donne à voir différentes situations de consultation philosophique touchant le domaine de la vie privée comme celui du monde du travail. L’intérêt de ces situations est de donner à voir concrètement au lecteur que la consultation philosophique n’est pas du coaching ou de la thérapie, mais une façon vivante de produire de la réflexion philosophique à partir de l’examen d’une situation de vie.


SOURCE : ARNOUX, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Diotime, n° 62, octobre 2014 (Voir en ligne).

Le choix du mot « divan » dans le titre du livre trouve une explication dans ce même article. Jean-Eudes Arnoux écrit : « Répondant à une proposition de l’éditeur suisse Pierre-Marcel Favre, j’ai écrit le livre dont le titre ci-dessus est un clin d’œil malicieux et ironique à l’égard de la pratique du divan.  ». On sait que cette pratique du divan est l’apanage des psychologues et des psychiatres.

Dans le journal d’information LE RÉGIONAL (Suisse), le journaliste note : « Le philosophe se défend néanmoins de jouer le thérapeute. » (Voir en ligne)

Il n’est donc pas étonnant que la mise en scène de la philothérapie titille autant la psychologie et la psychiatrie. Le Docteur Fabrice Lorin, Psychiatre des hôpitaux, CHU de Montpellier se donne la peine de répondre à la question en titre de son article « La philosophie est-elle une thérapie ? » Il écrit (le caractère gras est de nous) :

Philosophie et thérapie ne sont pas opposables, ce sont deux activités foncièrement différentes. Il est exclu que l’une tienne lieu de l’autre. La philosophie n’a jamais guéri personne ; la philosophie ne peut pas guérir une dépression et ne peut pas remplacer un antidépresseur. A l’inverse, si on compte sur un antidépresseur pour nous dire comment vivre c’est la même erreur. La philosophie n’est pas une thérapie et elle ne guérira aucune pathologie mais comme la santé psychique ne suffit pas, comme la santé ne répond pas à des questions essentielles, comme la science ne répond pas à des questions essentielles, alors nous avons besoin de la philosophie.

SOURCE : La philosophie est-elle une thérapie?, PsychiatrieMed, Fédération Régionale de Formation Médicale Continue des Psychiatres des cliniques privées du Languedoc-Roussillon (FR PCP L-R).

Un article affublé du même titre fut publié dans le magazine Psychologies rapporte un débat entre deux agrégés de philosophie et dont voici l’introduction :

Y a-t-il chez Descartes ou Spinoza de quoi soulager nos souffrances et nous éviter d’avoir à nous allonger sur un divan ? Nous avons réuni deux agrégés de philosophie, amis et clairement opposés sur cette question. D’un côté, Ollivier Pourriol, pour qui la philosophie est un outil de formation quotidien qui peut suffire; de l’autre, Charles Pépin, convaincu du pouvoir supérieur de la psychanalyse face au mal-être.

SOURCE : GANNAC,Anne Laure, La philosophie est-elle une thérapie ? Psychologies, 6 novembre 2009.

Bref, il y a non seulement un débat entre philosophes et psychologues et psychiatres mais aussi entre les philosophes.

C’est la notion de « thérapie » qui cause problème, en raison de sa définition et ses usages par la médecine. Le magasine Psychologies la définit en ces mots :

Définition du mot Thérapie

Méthode curative

La thérapie est un moyen de prévenir, traiter, soigner ou soulager une maladie. Il existe un grand nombre de thérapies. Certaines agissent uniquement sur le psychisme à l’exemple des psychothérapies (qui elles mêmes sont nombreuses). Certaines médecines non conventionnelles sont assimilées à des thérapies : hypnose, luminothérapie, art thérapie. Les thérapies paramédical comme la kinésithérapie. Il y a des thérapies brèves, et des thérapies longues, des thérapies individuelles ou en groupe (thérapie de couple, thérapie familiale).

SOURCE : Psychologies (Voir en ligne).

Dans ce contexte, on comprend mieux les efforts de Jean-Eudes Arnoux dans son livre «Sur le divan d’un philosophe» pour s’en tenir à l’appellation «consultation philosophique».

Nous pourrions ici argumenter longuement sur le débat à partir de l’un des aspects les plus importants de la consultation philosophie souligné à grands traits par Jean-Eudes Arnaux dans son livre : la consultation philosophique est DIALOGIQUE.

(…) Le consultant-philosophe ne donne pas un cours. Il n’enseigne pas à l’autre personne un savoir que cette dernière ignorerait. Le consultant-philosophe ne se met pas en position de supériorité. Il ne délivre aucune leçon. Il y a une modestie de sa part. Il est à l’écoute de la question de l’autre. Dans la mesure où l’autre (s’) interroge, l’interrogation ne lui appartient plus en propre. Il la partage par le dialogue. Ce qui fait de cet exercice, une démarche fondamentalement dialogique. Le consultant-philosophe a pour tâche de s’installer dans la question, d’en faire ressortir le questionnement que la sous-tend. Il se donne pour mission d’aider l’autre à la plus grande élucidation possible de la questions posée.

(…)

Cet exercice ne serait pas possible sans la condition d’égalité des interlocuteurs. Si penser est dialogique, le dialogue ne tient que par l’égalité de ceux qui le conduisent. On ne dialogue jamais vraiment avec un autre dont la position serait inférieure ou supérieure. Le dialogue pour exister doit mettre entre parenthèses l’autorité qu’une des parties pourrait avoir sur l’autre. C’est la raison pour laquelle le dialogue n’est pas un cours ni une leçon donnée ou reçue. On grandit ensemble par le dialogue, on évolue ensemble. Si l’un déserte, s’absente, le dialogue est rompu.

ARNOUX, Jeau-Eudes, Chapitre 2 – Les styles de la consultation philosophique, SUR LE DIVAN D’UN PHILOSOPHE, Éditions Favre, 2013, pp. 24-25

Le « dialogue », voilà le maître-mot de la consultation philosophique. Merci Monsieur Arnaux d’avoir éclairé en mon esprit cette évidence, le dialogue comme nécessité philosophique. Ainsi, le consultant philosophique et la personne discutent ensemble ! Le psychologue et le psychiatre écoutent davantage qu’ils ne parlent avec leurs patients. On croit que ce silence est signe de sagesse de leur part. Mais ce que nous cherchons en consultation de cet ordre, c’est une personne avec dialoguer, échanger, pour avancer. Et lorsque cette personne est un philosophe, nous sommes choyés.

Le contenu du livre m’a plus.

Je l’ai lu avec joie.

Je vous en recommande la lecture.

Je lui accorde 4 étoiles sur 5

* * * *

Serge-André Guay, auteur et président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


dossier-consulter-un-philosophe.01

Page d’accueil du dossier

Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR