Article # 252 – De l’académie à l’action : La pratique philosophique comme profession et paradigme émergents dans la société contemporaine, Revue canadienne de philosophie, Publié en ligne par Cambridge University Press,19 Août 2025

Dialogue est la revue officielle de l’Association canadienne de philosophie, publiée avec l’assistance financière du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Dialogue publie en anglais et en français des articles scientifiques révisés par les pairs ainsi que des tribunes du livre et des études critiques, soutenant ainsi le mandat de l’Association canadienne de philosophie, lequel consiste à promouvoir la recherche et l’éducation en philosophie. Les textes publiés dans Dialogue appartiennent aux divers domaines de la recherche universitaire en philosophie, sans discrimination d’allégeance philosophique. Tous les articles et les études critiques soumis sont évalués sans indication d’auteur par les pairs. La revue s’adresse à un lectorat composé principalement d’enseignant-e-s en philosophie, d’étudiant-e-s aux cycles universitaires supérieurs et de chercheurs œuvrant dans des disciplines connexes.


TRADUCTION DE L’ARTICLE DE L’ANGLAIS AU FRANÇAIS PAR GOOGLE GEMINI

Intelligence artificielle GEMINI de Google

TITRE ORIGINAL – ANGLAIS

From Academia to Action: Philosophical Practice as an Emerging Profession and Paradigm in Contemporary Society

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SOURCE

Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie , First View , pp. 1-32

DOI: https://doi.org/10.1017/S0012217325100723

Publié en ligne par Cambridge University Press: 19 August 2025


AUTEURS

Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Science, Xi’an Jiaotong University, Xi’an, China

Jiayi Xin, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Science, Xi’an Jiaotong University, Xi’an, China

Peter Harteloh, Erasmus Institute for Philosophical Practice, Rotterdam, The Netherlands

Caifeng Xie, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Science, Xi’an Jiaotong University, Xi’an, China

Sirui Fu, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Science, Xi’an Jiaotong University, Xi’an, China

Minqiang Xu, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Science, Xi’an Jiaotong University, Xi’an, China.


Notice bibliographique

Ding X, Xin J, Harteloh P, Xie C, Fu S, Xu M. From Academia to Action: Philosophical Practice as an Emerging Profession and Paradigm in Contemporary Society. Dialogue. Published online 2025:1-32.

doi:10.1017/S0012217325100723


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Droit d’auteur

© The Author(s), 2025. Published by Cambridge University Press on behalf of the Canadian Philosophical Association/Publié par Cambridge University Press au nom de l’Association canadienne de philosophie.


Résumé

La pratique philosophique a émergé en tant que discipline transformative qui fait le lien entre la recherche théorique et la vie quotidienne. Apparu à la fin du XXe siècle, ce domaine intègre le conseil, la thérapie et d’autres applications pratiques des perspectives philosophiques permettant de répondre aux défis existentiels et pragmatiques auxquels sont confrontés les individus, les groupes et les organisations dans la société contemporaine. Cet article examine la définition, l’évolution historique, les bases théoriques et les méthodologies de la pratique philosophique, tout en discutant des perspectives de professionnalisation — y compris la certification, les directives éthiques et l’intégration au sein des systèmes de santé et d’éducation. En fin de compte, cette étude souligne le potentiel de la pratique philosophique à revitaliser la pertinence de la philosophie, à favoriser l’épanouissement personnel et à améliorer le bien-être de la société.


Table des matières

  • 1. Introduction

  • 2. Définir la pratique philosophique : Relier la théorie et la vie quotidienne

    • 2.1 L’émergence de la pratique philosophique

    • 2.2 Les différents modes de pratique philosophique

      • 2.2.1 Conseil / Consultation individuel(le)

      • 2.2.2 Animation de groupes

      • 2.2.3 Conseil organisationnel

  • 3. La pratique philosophique comme nouveau paradigme

  • 4. Fondements théoriques et applications contemporaines de la pratique philosophique

    • 4.1 Les ressources intellectuelles historiques des consultations philosophiques

    • 4.2 Définir le concept de « consultation philosophique »

    • 4.3 Objectifs et valeurs des consultations philosophiques

    • 4.4 La relation entre les consultations philosophiques et la psychothérapie

    • 4.5 Diversité des méthodes et modèles de consultations philosophiques

    • 4.6 Critères d’admission, méthodes de formation, normes de valeurs et lignes directrices éthiques dans l’industrie de la consultation philosophique

  • 5. L’avenir de la pratique philosophique : Professionnalisation et engagement public

    • 5.1 L’essor du conseil philosophique en tant que profession mondiale

    • 5.2 Faire progresser les normes professionnelles et les qualifications en conseil philosophique

  • 6. Conclusion

  • Remerciements

  • Conflits d’intérêts

  • Références


1. Introduction

Dans un monde caractérisé par des changements rapides, une diversité culturelle et des dilemmes éthiques complexes, les individus cherchent de plus en plus de repères pour faire face à leurs défis personnels et existentiels. La philosophie académique traditionnelle, souvent perçue comme abstraite et déconnectée des préoccupations quotidiennes, a du mal à répondre à ces besoins immédiats. En réponse, un mouvement connu sous le nom de « pratique philosophique » a vu le jour, visant à combler le fossé entre la théorie philosophique et la vie de tous les jours. Bien que l’éthique, la philosophie sociale et la philosophie politique telles qu’elles sont enseignées à l’université puissent être considérées comme des applications pratiques (voir Aristote, 2011), la pratique philosophique s’étend au-delà de ces domaines. Aujourd’hui, nous distinguons la philosophie théorique (ontologie, épistémologie, etc.), la philosophie pratique (éthique, philosophie sociale, etc.) et la pratique philosophique. La pratique philosophique implique l’application de méthodes et de perspectives philosophiques pour aider les individus à examiner leurs croyances, à améliorer leurs schémas de pensée et à résoudre des problèmes pratiques ou existentiels. Elle représente un passage du paradigme traditionnel de la « philosophie de salon » (fauteuil) à une approche plus engagée et accessible qui intègre la philosophie dans la vie quotidienne.

Apparue en Europe et en Amérique du Nord à la fin du $XX^{e}$ siècle, la pratique philosophique englobe le conseil et la thérapie philosophiques, l’animation de groupes, le conseil organisationnel, la philosophie pour enfants, etc. Des philosophes pionniers tels que Gerd B. Achenbach, Lou Marinoff, Peter B. Raabe, Oscar Brenifier et Ran Lahav ont joué un rôle déterminant dans l’établissement de ce domaine en tant que profession et paradigme distincts. Ce mouvement reflète une insatisfaction croissante face aux limites de la philosophie académique traditionnelle et cherche à revitaliser la pertinence de la philosophie en répondant directement aux préoccupations des individus et des sociétés modernes, se présentant souvent comme une alternative ou un complément à la psychothérapie.

Cet article examine l’histoire, les fondements théoriques et les méthodologies pratiques de la pratique philosophique, en mettant en évidence son évolution vers un nouveau paradigme. La revue de la littérature offre un aperçu complet des recherches existantes et des fondements théoriques pertinents pour la pratique philosophique. Elle explore les différentes formes et méthodes employées par les praticiens de la philosophie, la relation entre le conseil philosophique et la psychothérapie, ainsi que les efforts de la profession en matière de certification et de normes éthiques. De plus, l’article aborde l’avenir de la pratique philosophique, en considérant son potentiel à devenir partie intégrante de la vie publique et du marché, ainsi que son rôle dans la transformation de la philosophie en une discipline plus inclusive et pratique. En analysant le développement et l’état actuel de la pratique philosophique, cette étude vise à fournir un éclairage sur son importance en tant que profession bourgeonnante et sur son potentiel à influencer à la fois la recherche philosophique et le bien-être sociétal.

2. Définir la pratique philosophique : Relier la théorie et la vie quotidienne

Selon Abraham Maslow (1981), le but ultime de l’existence humaine est l’accomplissement de soi et la réalisation personnelle — l’aspiration à une vie bonne. Bien que la théorie de la hiérarchie des besoins de Maslow soit largement reconnue, son applicabilité varie d’une culture à l’autre. La recherche démontre que, si les besoins physiologiques et de sécurité de base sont universels, l’accent mis sur les besoins de niveau supérieur, tels que l’estime et l’accomplissement de soi, diffère considérablement selon les cultures. Dans les sociétés individualistes, l’accomplissement de soi est souvent considéré comme le but suprême, tandis que les cultures collectivistes peuvent donner la priorité à la communauté et à la famille plutôt qu’à l’accomplissement individuel (Hofstede, 2001 ; Nevis, 1983). Par conséquent, la théorie de Maslow est valable d’une culture à l’autre, mais se manifeste à des degrés différents et par des voies diverses.

Cependant, dans un monde caractérisé par la diversité des cultures et des valeurs, la coexistence de différentes idéologies crée un labyrinthe de confusion, entraînant de profonds conflits dans les relations personnelles et des troubles intérieurs. Par exemple, la mondialisation a intensifié les interactions entre les cultures, entraînant parfois des crises d’identité ou des conflits culturels (Berry, 2005). L’essor des médias sociaux a amplifié l’exposition à des valeurs contradictoires, amenant les individus à se débattre avec des questions sur le relativisme moral et les normes éthiques (Turkle, 2011). Ces conflits sont souvent perçus comme des maladies psychologiques ou des manquements moraux préjudiciables à l’humanité. À mesure que les problèmes psychologiques s’aggravent, les individus s’interrogent de plus en plus sur le monde et la société, mais peinent à trouver des réponses définitives.

2.1 L’émergence de la pratique philosophique

La pratique philosophique apparaît comme un moyen de relever ces défis, offrant une voie vers l’accomplissement de soi en aidant les individus à explorer les questions fondamentales sur l’existence, le sens et les valeurs. En s’engageant dans une démarche d’investigation philosophique, les gens peuvent clarifier leurs croyances, surmonter la confusion et parvenir à une compréhension plus profonde d’eux-mêmes et du monde, progressant ainsi vers l’accomplissement de soi décrit par Maslow. Grâce à la pratique philosophique, les individus peuvent atteindre la paix intérieure et la plénitude en alignant leurs actions avec leur moi authentique.

En tant que représentantes du tournant appliqué de la philosophie occidentale contemporaine, le conseil et la thérapie philosophiques, ainsi que diverses approches intégrant la philosophie dans la vie quotidienne, sont collectivement désignés sous le nom de « pratique philosophique ». La pratique philosophique consiste à faire entrer la philosophie dans la vie quotidienne des gens, généralement avec l’aide d’un praticien de la philosophie formé, qui emploie des méthodes philosophiques — telles que l’utilisation de théories et de techniques philosophiques — pour examiner les croyances des individus et améliorer leurs schémas de pensée grâce à des perspectives issues de leurs propres expériences. Ce processus aide les participants à apprendre à penser comme des philosophes, les aidant ainsi à résoudre des problèmes pratiques ou des questions existentielles qu’ils rencontrent dans la vie quotidienne. En fin de compte, la pratique philosophique conduit à une plus grande compréhension de soi, à la croissance personnelle et à la paix intérieure.

En ce qui concerne l’émergence de la pratique philosophique contemporaine, son commencement dépend fondamentalement de la manière dont on définit le terme. Lorsqu’elle est comprise au sens strict comme des consultations individuelles conçues comme des alternatives à la psychothérapie traditionnelle, on fait souvent remonter la pratique philosophique à ses débuts dans l’Europe de la fin du $XX^{e}$ siècle (Achenbach et al., 1984). Dans ce contexte, les méthodes mettent l’accent sur le dialogue individuel à l’aide de techniques philosophiques classiques pour aborder des questions personnelles et existentielles dans le cadre d’une pratique privée en dehors du monde universitaire. Bien que certains chercheurs aient attribué les origines de la pratique philosophique américaine à des affirmations selon lesquelles Peter Grimes en était un pionnier précoce, les preuves restent ambiguës. Grimes est principalement connu pour son travail académique — enseignant le dialogue socratique dans des contextes universitaires et animant des sessions de groupe (par exemple, avec des personnes confrontées à l’addiction) — pourtant, il existe peu de preuves étayant l’existence d’une pratique soutenue au-delà de ces frontières institutionnelles (Grimes & Uliana, 1998). De plus, l’intégration de l’investigation philosophique dans les contextes psychothérapeutiques peut être considérée comme l’un des précédents à partir desquels les consultations philosophiques contemporaines ont évolué par la suite (Cohen, 2003a ; Rogers, 1951).

L’élargissement de la perspective pour inclure le dialogue de groupe socratique repousse l’horizon historique vers le début du $XX^{e}$ siècle. Des pionniers tels que Leonard Nelson et Gustav Heckmann ont joué un rôle séminal dans le développement de ces pratiques en Allemagne, où ils menaient des sessions avec des ouvriers et d’autres groupes non académiques. Leur travail a non seulement démocratisé le dialogue philosophique, mais a également posé les techniques fondamentales pour engager des publics divers en dehors des cadres académiques formels (Heckmann, 1981 ; Nelson, 1949). Cette tradition précoce souligne la possibilité pour la pratique philosophique d’être une activité publique et socialement engagée, plutôt que confinée aux murs de l’académie.

Si l’on adopte une compréhension plus large de la pratique philosophique — comme un « art de vivre » qui met l’accent sur la philosophie en tant que mode de vie — les origines deviennent encore plus anciennes et transculturelles (Ding et al., 2024b). Dans ce sens large, la philosophie a longtemps servi à la fois de guide pour la vie quotidienne et de source de conseil éthique et thérapeutique. Pierre Hadot (1995) souligne que la philosophie n’est pas seulement une entreprise intellectuelle mais un mode de vie qui implique un examen de soi continu et un engagement actif dans le monde, une perspective évidente dans les dialogues classiques de Socrate et dans les pratiques des stoïciens, tels qu’Épictète et Marc Aurèle, qui cultivaient la tranquillité et la résilience à travers leur mode de vie. De même, de l’Asie ancienne à la Grèce et Rome, les philosophes se sont engagés dans des dialogues consultatifs et thérapeutiques. En Chine, par exemple, Confucius a non seulement débattu de la conduite éthique et personnelle avec ses disciples et les dirigeants, mais a également promu l’harmonie sociale et la vertu (Ames & Rosemont, 1998 ; Zhang, 1999). Bien que la philosophie occidentale ait souvent été confinée à l’exploration théorique et à l’analyse conceptuelle rigoureuse depuis l’époque de Platon, la notion universelle de la philosophie en tant qu’art de vivre intégratif transcendant les frontières culturelles et temporelles demeure un paradigme intemporel et influent.

Alors que la « philosophie de salon » a bâti un vaste royaume intellectuel par le raisonnement systématique et la spéculation abstraite, sa déconnexion du grand public et de la vie quotidienne a suscité l’insatisfaction de beaucoup. La pratique philosophique est née de ce mécontentement à l’égard de la philosophie académique traditionnelle, proposant que la philosophie se tourne vers la vie quotidienne et réponde à des préoccupations pratiques. Comme le note Hadot, l’émergence des universités a également contribué au mode actuel de la philosophie. Au départ, la philosophie était un phénomène public, Socrate interpellant les gens sur la place publique. Ensuite, des écoles sont apparues, comme l’Académie de Platon et l’école stoïcienne, et finalement la philosophie s’est retrouvée enclose au sein des universités (par exemple, l’Université de Bologne, établie en 1088, reçut sa charte formelle (Authentica Habita) de l’empereur Frédéric Ier Barberousse en 1158), devenant une branche de la science. Aujourd’hui, on assiste à une redécouverte de la philosophie en tant que phénomène public.

2.2 Les différents modes de pratique philosophique

Selon leurs objectifs et leurs méthodes, la pratique philosophique se divise principalement en trois catégories : le conseil ou les consultations individuelles, l’animation de groupes (y compris la philosophie avec les enfants dans les écoles) et le conseil organisationnel. Il est important de distinguer la pratique philosophique des consultations philosophiques. La « pratique philosophique » fait référence à la philosophie comme mode de vie, englobant une approche large de l’intégration de la philosophie dans la vie quotidienne. Les « consultations philosophiques » sont des activités spécifiques au sein de cette pratique, impliquant un engagement direct avec des clients pour aborder des questions personnelles ou organisationnelles. De même, il existe une distinction entre le conseil philosophique (philosophical counselling) et les consultations philosophiques. Le terme « conseil » (counselling) comporte des connotations psychothérapeutiques et est utilisé au sein de la pratique philosophique ; cependant, le terme « consultation » peut être préféré pour souligner la nature philosophique de l’engagement sans impliquer de psychothérapie. Les consultations individuelles, le dialogue de groupe et le conseil organisationnel soutiennent tous la philosophie comme mode de vie.

2.2.1 Conseil / Consultation individuel(le)

Les clients qui recherchent un conseil ou des consultations individuelles s’adressent généralement aux praticiens de la philosophie avec des problèmes pratiques ou des dilemmes spécifiques, en quête d’assistance. Historiquement, lorsque les individus rencontraient des difficultés dans la vie, ils se tournaient souvent vers des psychologues ou des membres du clergé pour obtenir des conseils. Cependant, en raison de problèmes tels que la longueur des traitements, la lenteur de l’efficacité, la dépendance aux médicaments, la stigmatisation des individus comme « patients » et la tendance à la récurrence des symptômes en psychothérapie, certains psychologues — notamment Albert Ellis — se sont tournés vers la philosophie comme complément ou alternative à la psychothérapie. Ellis a développé la thérapie cognitive en psychologie et a créé la thérapie rationnelle-émotive comportementale, intégrant des principes philosophiques dans la pratique psychologique (Ellis & Harper, 1997 ; Ellis & MacLaren, 2005).

Tous les problèmes que les gens rencontrent dans la vie quotidienne ne découlent pas de troubles psychologiques ou mentaux. Particulièrement pour les individus modernes dans ce monde complexe et en constante évolution, les gens sont souvent confrontés à diverses confusions et dilemmes existentiels plutôt qu’à des troubles neurobiologiques identifiés par la psychopathologie. Si les problèmes d’une personne peuvent être résolus en examinant attentivement, en diagnostiquant et en ajustant ses philosophies de vie fondamentales — telles que sa vision du monde, sa conception de la vie et ses valeurs — alors consulter un conseiller philosophique est plus approprié que de s’adresser à un psychiatre qui traite principalement par des médicaments (Harteloh, 2013c). Inversement, si quelqu’un souffre d’un dysfonctionnement émotionnel ou d’une maladie physiologique, une consultation médicale et un éventuel traitement pharmacologique sont nécessaires. Néanmoins, même pour les patients qui ont besoin de médicaments, l’intervention de la philosophie peut grandement aider leur traitement. Cette synergie entre la philosophie et la médecine souligne l’essor des humanités médicales aujourd’hui. Lorsque les pensées des gens sont clarifiées, leur perception du monde devient plus nette, et leurs souffrances et luttes intérieures diminuent. La recherche a montré que soulager l’angoisse mentale peut conduire à une réduction de la douleur physique, car le stress psychologique et les émotions négatives sont connus pour aggraver les symptômes physiques (Gatchel et al., 2007 ; Lumley et al., 2017). En abordant la souffrance mentale par la pratique philosophique, les individus peuvent connaître des améliorations de leur bien-être physique. C’est pourquoi Marinoff, le président fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA), qualifie le conseil philosophique de « thérapie pour les personnes saines » (Marinoff, 2004).

Dans les régions hautement industrialisées telles que les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Inde et l’Europe, les préoccupations existentielles sont omniprésentes et sont souvent médicalisées sous forme de dépression. En revanche, les pratiques philosophiques offrent un cadre alternatif en se réappropriant la forme philosophique fondamentale. Ces pratiques permettent une transformation dans laquelle les individus passent du simple fait de fonctionner dans des rôles (tels qu’étudiants, managers ou parents au foyer) à un engagement authentique en tant qu’apprenants, travailleurs ou amants — passant ainsi du simple fonctionnement à l’existence véritable (Harteloh, 2024).

2.2.2 Animation de groupes

La pratique philosophique peut être menée soit en tête-à-tête, soit de un à plusieurs — ce dernier cas étant connu sous le nom d’« animation de groupe », une forme de pratique philosophique impliquant plusieurs participants. Les sessions informelles d’animation de groupe se tiennent généralement dans des cafés, des bars et des librairies. Au début du développement de la pratique philosophique, en particulier en France, les lieux publics comme les cafés ont joué un rôle crucial en facilitant le dialogue et l’échange entre les praticiens de la philosophie et le grand public (Sautet, 1995). Les gens se réunissaient régulièrement pour participer à des discussions animées par un praticien de la philosophie. Les sujets de discussion pouvaient être prédéterminés ou décidés sur le champ par consultation ou vote des participants. Ces sujets intéressent tout le monde et sont ouverts à la discussion, comme « La liberté consiste-t-elle à agir selon notre propre volonté ? » ou « Dans quelles circonstances le mensonge n’est-il pas condamnable ? ». En raison des parcours académiques et professionnels divers des participants, leurs points de vue diffèrent souvent. Même si un consensus n’est pas atteint à la fin de la discussion, le processus implique une réflexion indépendante et critique, atteignant ainsi le but de la pratique philosophique qui est de cultiver la pensée.

L’animation de groupe formelle comporte des procédures relativement fixes, la méthode principale étant la méthode socratique nelsonienne (Heckmann, 1981 ; Nelson, 1949), qui a été élargie et affinée plus tard dans ce qu’on appelle aujourd’hui le dialogue « néo-socratique ». Le groupe participant à la pratique se compose généralement d’environ 10 personnes, qui peuvent être des étudiants, des parents au foyer, des employés d’entreprise ou du personnel gouvernemental, sans nécessiter de bagage philosophique préalable. Le praticien de la philosophie n’a pas besoin de beaucoup parler tout au long du processus ni d’exprimer ses points de vue personnels, mais sert principalement à guider la progression de la discussion. La méthode progresse d’une question vers des principes sous-jacents en passant par des exemples. Ces principes ne sont pas généraux ou théoriques par nature, mais sont valables pour le groupe impliqué dans le processus. L’animation de groupe formelle se déroule généralement dans un espace relativement clos et calme, comme une salle de classe ou une salle de conférence, mais a parfois lieu dans des bibliothèques ou des librairies. Contrairement à l’animation de groupe informelle, l’animation de groupe formelle vise en fin de compte à parvenir à une réponse concluante valable pour le groupe de participants, de sorte que les discussions peuvent durer plusieurs jours.

Il convient de noter que la méthode socratique nelsonienne peut également être appliquée aux consultations individuelles — par exemple, par le praticien de la philosophie français Oscar Brenifier. Une question constitue à la fois l’entrée et la sortie de la consultation. Le processus de consultation socratique passe de la question initiale du client, à travers une analyse d’exemples tirés de l’expérience, à une autre question philosophique illustrant les principes sous-jacents ou les présupposés du client.

2.2.3 Conseil organisationnel

Toute organisation, qu’il s’agisse d’un gouvernement, d’une école, d’un hôpital ou d’une entreprise, est confrontée à divers dilemmes éthiques et moraux. Le conseil organisationnel désigne le processus par lequel les praticiens de la philosophie utilisent une série de techniques philosophiques pour accroître ou améliorer la sensibilité éthique et l’éthos spirituel de l’organisation (Ha?egan, 2019a). Le philosophe économique néerlandais Henk van Luijk soutient que là où il y a des affaires, il y a des crises morales. Une organisation éthique peut offrir à ses employés un environnement de travail plus positif et favoriser des relations collégiales plus harmonieuses, améliorant ainsi les relations entre les employés et les clients. Par conséquent, un tel conseil organisationnel est bénéfique pour tous et atteint finalement l’objectif de maximiser les intérêts de l’organisation (van Luijk, 1993). Les praticiens de la philosophie peuvent faire partie de l’organisation ou agir en tant que consultants externes facilitant des discussions de groupe au sein de l’entreprise, telles que des délibérations morales ou des marches philosophiques.

Aux Pays-Bas, la méthode socratique nelsonienne et le dialogue néo-socratique qui en découle sont fondamentaux pour la philosophie d’entreprise. Ils sont appliqués dans des domaines tels que l’élaboration des politiques et l’identité d’entreprise, la promotion du bien-être humain au sein des entreprises (souvent appelée « ressources humaines »), la gestion de la qualité et l’éthique environnementale. En s’engageant dans un dialogue réflexif et critique, les praticiens explorent les valeurs et les hypothèses profondes qui sous-tendent les pratiques organisationnelles, ce qui aide les entreprises à résoudre les dilemmes éthiques, à améliorer la prise de décision et à favoriser une approche de la gouvernance d’entreprise plus durable et centrée sur l’humain.

Les praticiens de la philosophie peuvent également intégrer des techniques de conseil individuel et d’animation de groupe pour résoudre des problèmes organisationnels et interpersonnels spécifiques. Marinoff, s’appuyant sur ses années d’expérience en pratique philosophique, a développé le célèbre modèle de processus « PEACE » (voir Figure 1), permettant à ce modèle de pratique philosophique auprès d’organisations et d’individus comme clients de se diffuser avec succès d’Amérique du Nord vers l’Europe et dans le monde entier. La méthode PEACE comprend les cinq étapes suivantes (Marinoff, 1999, pp. 37-51) :

  • Problème (P) : Identifier correctement les problèmes centraux.

  • Émotion (E) : Exprimer de manière constructive les réactions émotionnelles du client face aux problèmes, rendant possible la discussion ultérieure.

  • Analyse (A) : Aider à résoudre les problèmes en considérant de manière rationnelle et logique les différentes solutions possibles du client, plutôt que de chercher simplement à apaiser le client ou à l’aider à tourner la page, comme dans la psychothérapie traditionnelle.

  • Contemplation (C) : Découvrir les intentions, les cadres de pensée et les environnements qui permettent au client de faire les meilleurs choix.

  • Équilibre (E) (Equilibrium) : Atteindre un état où les problèmes initiaux ne sont plus perçus comme problématiques.

L’aspect philosophique du modèle PEACE réside dans l’exploration approfondie des choix rationnels faits par les individus. Marinoff pense que le processus PEACE est applicable tant au conseil individuel qu’au conseil organisationnel. Par conséquent, il considère le modèle PEACE comme la méta-méthodologie ou le cadre universel de la pratique philosophique. Notamment, l’expression des émotions (E) est l’endroit où ce modèle chevauche la psychothérapie.

Une autre méthode de conseil individuel qui mérite d’être mentionnée est l’approche de réflexion philosophique telle qu’appliquée par Gerd B. Achenbach, Anders Lindseth et Peter Harteloh. Cette méthode implique une réflexion systématique sur les paroles du client d’un point de vue neutre en termes de valeurs (aporie), permettant au client de se reconstruire en tant que personne. Bien qu’elle ressemble à la psychothérapie existentielle par ses techniques de miroir, elle en diffère par sa nature et son contenu philosophiques, mettant l’accent sur un examen de soi récursif. Le processus se déplace de la forme vers le contenu, entraînant un renouveau de la conscience du client (Harteloh, 2024).

3. La pratique philosophique comme nouveau paradigme

Le praticien de la philosophie néerlandais Peter Harteloh (2013a), s’inspirant de la terminologie du philosophe Thomas S. Kuhn, considère la pratique philosophique comme un paradigme émergent dans la philosophie occidentale contemporaine. Le terme « paradigme » désigne à l’origine un exemple ou un modèle ; différents paradigmes scientifiques incarnent des modes de pensée, des visions du monde, des théories fondamentales, des modèles, des méthodes, des outils, des normes et tous les aspects liés à la recherche scientifique distincts. Selon Kuhn (1962), les scientifiques adhérant à des paradigmes différents — comme les partisans de la théorie géocentrique par rapport à la théorie héliocentrique — éprouvent des différences si profondes dans leurs perspectives théoriques qu’ils « voient » effectivement des mondes entièrement différents. C’est comme s’ils portaient des lentilles différentes qui façonnent leurs observations. De même, la divergence entre la philosophie théorique traditionnelle et la pratique philosophique contemporaine est prononcée. Les philosophes de ces deux communautés peuvent avoir des compréhensions et des attitudes Josephson très différentes à l’égard de la philosophie.

La philosophie académique traditionnelle se considère souvent comme une science indépendante du philosophe — une discipline exercée de manière objective sans référence aux expériences personnelles ou aux perspectives de l’individu. En revanche, la pratique philosophique reconnaît que la philosophie est intrinsèquement liée à la personne qui l’étudie ou la pratique. La notion d’une science entièrement indépendante du scientifique a été contestée et largement abandonnée au $XX^{e}$ siècle dans divers domaines. Par exemple, en physique, le principe d’incertitude de Werner Heisenberg a mis en évidence l’interaction inévitable entre l’observateur et l’observé, démontrant que l’acte de mesure affecte le phénomène mesuré (Heisenberg, 1927). En sociologie, l’effet Hawthorne, identifié par des études menées aux usines Hawthorne, a montré que les individus modifient leur comportement en réponse au fait d’être observés, soulignant l’influence du chercheur sur le sujet (Adair, 1984). La philosophie, cependant, attendait une réponse à cette anomalie. La pratique philosophique émerge comme la réponse à ce défi en reconnaissant l’inséparabilité de l’investigation philosophique de la propre vie et des expériences du philosophe.

Dans le paradigme traditionnel de la « philosophie de salon », de nombreux philosophes théoriques s’engagent profondément dans une pensée abstraite et des investigations sur des questions métaphysiques et épistémologiques, exposant souvent leurs pensées et leurs méthodes à l’aide d’une terminologie complexe et spécialisée. Les profanes dépourvus d’un solide bagage philosophique trouvent fréquemment ces théories inaccessibles, et même les philosophes eux-mêmes peuvent peiner à communiquer de manière fluide d’une école de pensée à l’autre. Bien que la philosophie moderne ait fait des progrès en matière de lisibilité et d’accessibilité, ses méthodes sont largement restées dans les schémas académiques établis, se concentrant principalement sur l’écriture philosophique et le discours savant. Bien qu’un tel travail théorique possède une valeur significative, si la recherche philosophique ne prend pas en compte la manière dont ces points de vue impactent la vie réelle des individus, et si les théories et méthodes des philosophes ne s’imprègnent pas dans leurs propres modes de vie ou ne fournissent pas de conseils pratiques aux autres, les limites d’une telle recherche en valeur pratique deviennent évidentes. Par conséquent, l’influence de la philosophie sur le développement historique de l’humanité est souvent moins directe et apparente que celle de la science, qui produit fréquemment des avancées technologiques et des changements sociétaux tangibles.

Bien que l’application par Harteloh (2013a) du terme « paradigme » puisse ne pas s’aligner parfaitement avec l’usage original de Kuhn, sa caractérisation du développement et de l’état actuel de la pratique philosophique est juste. Les travaux de Kuhn ont conduit à la sociologie des sciences (développée plus tard par des chercheurs tels que Robert K. Merton), fournissant une analyse de la science comme un ensemble de connaissances entremêlées de facteurs sociaux (Kuhn, 1962 ; Merton, 1973). L’interprétation de Harteloh résonne plus étroitement avec cette compréhension. Des études comparatives révèlent que la pratique philosophique a bel et bien initié une révolution dans le domaine de la recherche philosophique, précipitant un changement de paradigme. Comme l’affirme Harteloh, la signification de cette transition « réside dans l’auto-amélioration de la philosophie » (Harteloh, 2013a, p. 35). Établissant des parallèles avec la description des paradigmes scientifiques par Kuhn, Harteloh soutient que la pratique philosophique a déjà manifesté les caractéristiques d’un véritable paradigme : elle compte des praticiens de la philosophie renommés, des théories et des méthodes représentatives propres à la pratique philosophique, des organisations spécialisées, des revues universitaires, des conférences, ainsi que des programmes d’éducation et de formation professionnelles dédiés à ce domaine.

La formation préliminaire de la pratique philosophique en tant que paradigme est attestée par plusieurs événements marquants. Notamment, la première Conférence internationale sur la pratique philosophique a été coorganisée par Lahav et Marinoff en 1994 à Vancouver, au Canada, et a réuni 55 praticiens de la philosophie venus du monde entier. Depuis lors, la conférence s’est tenue environ tous les deux ans, dans des lieux tels que Leusden aux Pays-Bas (1996, 2010), New York aux États-Unis (1997), Bensberg en Allemagne (1998), Oxford au Royaume-Uni (1999), Oslo en Norvège (2001), Copenhague au Danemark (2004), Séville en Espagne (2006), Carloforte en Italie (2008), Chuncheon en Corée du Sud (2012), Athènes en Grèce (2013), Belgrade en Serbie (2014), Berne en Suisse (2016), Mexico au Mexique (2018), en ligne en Russie (2021), Timi?oara en Roumanie (2023) et Zagreb en Croatie (2025). La large répartition géographique de ces conférences souligne le fait que la pratique philosophique est devenue un mouvement mondial, dont l’influence s’étend à l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie de l’Est et au-delà.

Depuis qu’Achenbach a fondé la première organisation de pratique philosophique, la Société internationale pour la pratique philosophique (Internationale Gesellschaft für Philosophische Praxis), en 1982, la pratique philosophique s’est rapidement propagée sur le continent européen, florissant particulièrement aux Pays-Bas. À la fin des années 1990, le nombre de praticiens de la philosophie et d’organisations régionales a explosé, et de plus en plus de clients ont commencé à apparaître. La pratique philosophique a fait l’objet d’une attention significative et d’une couverture enthousiaste de la part des médias mondiaux. Au-delà de l’Allemagne, des sociétés ou associations formelles de pratique philosophique ont été établies dans de nombreux pays, notamment aux Pays-Bas, en Norvège, en Israël, en Finlande, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, aux États-Unis, au Canada, en Australie, au Brésil, en Afrique du Sud, en Inde, en Roumanie, en Corée du Sud, au Japon et en Chine (Hong Kong et Taïwan). De plus, des pays comme le Mexique, l’Argentine, la Colombie, la Pologne et la République tchèque ont développé des communautés actives de pratique philosophique, indiquant ainsi l’expansion mondiale de ce domaine. Ces organisations comptent de nombreux membres et organisent régulièrement des séminaires et des ateliers liés à la pratique philosophique. Sur les sites web de l’APPA et de la National Philosophical Counseling Association (NPCA), on peut trouver des centaines de praticiens de la philosophie certifiés aux États-Unis et à l’étranger, ainsi que leurs coordonnées.

La pratique philosophique a également vu naître plusieurs revues académiques afin de publier des articles professionnels connexes, formant un modèle interactif positif qui met l’accent à la fois sur la théorie et la pratique — guidant la pratique par la théorie et favorisant la réflexion théorique à travers la pratique. Les revues pertinentes actuellement disponibles comprennent principalement :

  • Philosophical Practice: Journal of the APPA

  • International Journal of Philosophical Practice: Journal of the NPCA

  • Practical Philosophy: Journal of the Society for Philosophy in Practice

  • International Journal of Applied Philosophy

  • Journal of Applied Philosophy

  • HASER: Revista Internacional de Filosofía Aplicada

  • Journal of Humanities Therapy

  • Philosophical Practice and Counseling

  • Interdisciplinary Research in Counseling, Ethics and Philosophy

  • Journal of Philosophy in Schools

En 1995, la première anthologie sur le conseil philosophique a été publiée, rassemblant 14 articles importants de praticiens de la philosophie de renom tels que Gerd B. Achenbach, Ran Lahav, Lou Marinoff et Elliot D. Cohen (Lahav & da Venza Tillmanns, 1995). Les praticiens de la philosophie ont également rédigé de nombreux ouvrages d’introduction et de théorie sur la pratique philosophique, fournissant des orientations à ceux qui aspirent à devenir praticiens de la philosophie (Marinoff, 2001 ; Raabe, 2001). Des livres populaires écrits pour le grand public ont encore renforcé la visibilité et la reconnaissance de la pratique philosophique. Certains de ces livres sont devenus des best-sellers internationaux, augmentant considérablement la notoriété de ce domaine dans la société contemporaine (Baggini & Macaro, 2012 ; Cohen, 2003b ; Marinoff, 1999 ; Pigliucci, 2017 ; Weiner, 2008).

En matière d’éducation professionnelle, la pratique philosophique a commencé à faire son entrée dans les institutions académiques, recevant l’attention et le soutien des organismes administratifs compétents (Knapp & Tjeltveit, 2005). L’Université de Séville en Espagne a été l’une des premières à établir un master d’arts en conseil philosophique. En 2010, le City College de New York a approuvé un plan visant à créer un programme de master d’arts en philosophie appliquée, qui inclut le conseil philosophique comme sous-discipline. L’APPA et la NPCA proposent respectivement des programmes de certification en conseil philosophique et en thérapie basée sur la logique (Logic-Based Therapy, LBT). L’Université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie propose des cours de conseil philosophique au sein de son cursus de philosophie. L’Université de Vienne en Autriche propose des programmes de formation en pratique et conseil philosophiques. En Corée du Sud, plusieurs institutions de premier plan ont fait des pas importants dans le domaine académique du conseil philosophique et de la thérapie par les humanités (Rhee, 2017). Par exemple, l’Université nationale de Kangwon, l’Université nationale de Kyungpook, l’Université d’Hannam et l’Université d’Ulsan proposent chacune des programmes de licence et de doctorat axés sur ces disciplines. De plus, l’Université de Dongguk prévoit de lancer un programme connexe en 2025, élargissant ainsi les opportunités de développement académique et professionnel dans ce domaine émergent.

Actuellement, plusieurs chercheurs ont soutenu des thèses de doctorat dans le domaine du conseil et de la pratique philosophiques. Shlomit C. Schuster (1997) a analysé les autobiographies d’Augustin d’Hippone, de Jean-Jacques Rousseau et de Jean-Paul Sartre, illustrant comment la théorie et la pratique philosophiques ont transformé la vie de ces philosophes. Sa thèse conclut que, contrairement à la compréhension psychanalytique de la continuité et de la cohérence, ces philosophes ont atteint l’unité et l’harmonie personnelles en pratiquant la philosophie à leur manière propre. Maria da Venza Tillmanns (1998) a développé une théorie du conseil et de l’enseignement philosophiques basée sur le maintien d’une tension entre la théorie et la pratique. Sa thèse se concentre sur le concept du dialogique de Martin Buber, soulignant l’importance de reconnaître « l’altérité » d’autrui dans le conseil et l’enseignement. Un aspect crucial consiste à reconnaître et à valoriser les perspectives des clients ou des étudiants tout en maintenant son propre point de vue, ce qui facilite une communication et un échange authentiques.

Raabe (1999) critique les modèles existants de conseil philosophique, plaidant pour son lien avec la psychothérapie tout en soulignant ses forces uniques. Il introduit le modèle FIIT (Free Floating, Immediate Problem Resolution, Intentional Teaching, and Transcendence), qu’il affirme être plus clair, plus pratique et mieux aligné sur les normes philosophiques. Raabe explore également les avantages du conseil philosophique par rapport à la psychothérapie. Patrick Neubauer (2000) a exploré le développement institutionnel et les fondements conceptuels du conseil philosophique, en examinant les objectifs philosophiques de la philosophie du dialogue et du conseil. Il a procédé à des comparaisons approfondies de différents types de psychothérapie et a fourni des analyses de cas de divers conseillers, offrant pour la première fois des perspectives systématiques sur la pratique réelle du conseil dans la recherche allemande.

Xiaojun Ding (2016) a développé la pratique philosophique analytique (Analytic Philosophical Practice, APP) pour remédier aux limites des approches non analytiques. En utilisant des outils tels que la méthode socratique nelsonienne et le dialogue néo-socratique, l’APP analyse les visions du monde des clients et cherche à résoudre les problèmes de la vie par l’analyse logique et conceptuelle. En clarifiant les concepts, en dévoilant les présupposés, en résolvant les conflits et en justifiant les croyances, l’APP favorise la pensée critique et des effets thérapeutiques durables. Ding mène également une réflexion sur les défis du développement de l’APP, tels que les conflits potentiels entre les traditions analytique et continentale et la commercialisation de la pratique philosophique. Richard Sivil (2019) a exploré la diversité de la pratique philosophique et son enrichissement potentiel à travers le concept de phronesis (sagesse pratique). Critiquant les limites du modèle socratique nelsonienne, Sivil réimagine la pratique philosophique comme un mode de vie caractérisé par des aspirations transformatrices, des projets exploitables, un engagement personnel, des outils pratiques et un système cohérent. S’appuyant sur six traditions et philosophes occidentaux — le stoïcisme, l’épicurisme, Emmanuel Kant, John Dewey, Søren Kierkegaard et Friedrich Nietzsche — Sivil met en lumière des objectifs partagés (bonheur, moralité, authenticité) et des perspectives métaphysiques diverses.

4. Fondements théoriques et applications contemporaines de la pratique philosophique

Cette revue de la littérature vise à fournir un aperçu complet de la recherche existante et des fondements théoriques pertinents pour la pratique philosophique. Cette section examine le développement historique, les méthodologies et les applications de la pratique philosophique, ainsi que sa relation avec la psychothérapie. En passant systématiquement la littérature en revue, nous posons les jalons pour comprendre l’état actuel du domaine et identifier les lacunes que cette recherche vise à combler.

4.1 Les ressources intellectuelles historiques des consultations philosophiques

La pratique philosophique a considérablement évolué depuis les années 1980. Des pionniers de la première heure tels que Gerd B. Achenbach en Allemagne et Adriaan Hoogendijk aux Pays-Bas ont jeté les bases du domaine en établissant le conseil philosophique comme une discipline distincte. Leur travail a mis l’accent sur l’application pratique des perspectives philosophiques aux problèmes quotidiens, distinguant la pratique philosophique de la philosophie académique traditionnelle. Bien qu’un large éventail de psychologues et de psychothérapeutes comme Karl Jaspers, Ludwig Binswanger, Solomon Eliot Asch, Carl Rogers et Elliot D. Cohen aient incorporé des concepts philosophiques dans le conseil, Achenbach et Hoogendijk ont été les premiers à initier explicitement des pratiques privées de conseil philosophique en dehors du milieu universitaire comme alternatives à la psychothérapie. Cet axe de recherche se concentre sur les philosophes et les écoles influents qui fournissent des ressources intellectuelles pour le conseil philosophique contemporain. En clarifiant les origines théoriques et l’héritage intellectuel du conseil philosophique, ces études soutiennent la légitimité du conseil philosophique contemporain.

L’histoire des consultations philosophiques est profondément entrelacée avec l’histoire plus large de la philosophie. Les philosophes se sont longuement engagés dans des dialogues et des correspondances qui s’apparentent aux consultations philosophiques modernes. Par instance, René Descartes a entretenu une correspondance approfondie avec la princesse Élisabeth de Bohême, discutant de questions d’éthique et du problème corps-esprit (Shapiro, 2007). Ces lettres peuvent être considérées comme des formes précoces de consultations philosophiques, où les connaissances philosophiques sont appliquées à des préoccupations personnelles (Mochizuki & Harteloh, 2019). Le support a évolué, passant de lettres écrites à des dialogues en face-à-face, et aujourd’hui à des communications virtuelles, mais l’essence du dialogue philosophique demeure constante. Des dialogues de Platon, où Socrate s’engage dans de profondes discussions philosophiques avec divers interlocuteurs, jusqu’aux consultations virtuelles contemporaines, la pratique du dialogue philosophique a été un fil conducteur continu dans le tissu de la philosophie (Chen et al., 2025 ; Gill, 2012). Cette continuité souligne le fait que les consultations philosophiques ne sont pas une invention du $XX^{e}$ siècle mais sont inhérentes à la tradition philosophique à travers l’histoire.

La pratique philosophique puise dans un riche éventail de ressources intellectuelles. Les origines de la pratique philosophique occidentale sont profondément enracinées dans la philosophie grecque et romaine antique, les chercheurs se concentrant sur les idées de Socrate (Chen, 2014 ; Weiss & Ohrem, 2016), Platon (Holger, 2017), Aristote (Li, 2010), l’épicurisme (Fati? & Dentsoras, 2014) et le stoïcisme (Mesaro?, 2020). Hadot a exploré les philosophies de Socrate, des cyniques, d’Aristote, de l’épicurisme et du stoïcisme, résumant la philosophie comme un mode de vie. Il a soutenu que la philosophie appelle les gens à s’efforcer d’atteindre la sagesse par des exercices spirituels. Faisant écho au point de vue de Hadot, William Ferraiolo (2010) souligne que malgré le fait que l’un était esclave (Épictète) et l’autre empereur (Marc Aurèle), les idées de ces deux philosophes stoïciens sur la maîtrise de soi peuvent aider les individus modernes à faire face de manière rationnelle et efficace aux hauts et aux bas inévitables et incontrôlable de la vie, atteignant ainsi la paix intérieure et menant une vie bonne. Aleksandar Fati? (2014) soutient que l’épicurisme, en tant que philosophie de vie universelle, peut être un outil puissant pour aborder les questions émotionnelles et existentielles dans le conseil philosophique.

Outre les philosophes grecs et romains de l’Antiquité, de nombreux penseurs modernes et contemporains ont apporté des théories et des ressources intellectuelles profondes au conseil philosophique. Donald Robertson (1998) estime que le conseil philosophique contemporain s’inspire des pensées philosophiques de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Martin Buber, Martin Heidegger, Jean-Paul Sartre et Ludwig Wittgenstein. Leslie Spivak (2004) note que la philosophie de la liberté humaine de Kierkegaard possède un pouvoir explicatif et une pertinence significatifs pour le conseil philosophique. Richard Shusterman (1997), à travers l’examen des théories philosophiques et de la vie de pragmatistes comme John Dewey, Nelson Goodman, Richard Rorty et Hilary Putnam, suggère que la philosophie devrait être utilisée pour analyser et guider la vie personnelle, aidant les gens à mieux vivre.

Certains chercheurs interprètent également la pratique philosophique à la lumière de la philosophie chinoise traditionnelle, notamment les enseignements du confucianisme (Chen & Ni, 2016 ; Lu, 2004 ; Su, 2011) et du taoïsme (Guo, 2023 ; Lahav, 1996). Ding et al. (2024a) explorent l’intégration des principes confucéens de culture de soi (self-cultivation) dans la pratique philosophique contemporaine, en mettant l’accent sur l’application combinée du gongfu (effort) et du jingjie (état spirituel) pour parvenir à l’unité de la connaissance et de l’action.

Xichen Lv (2007) associe la thérapie rationnelle-émotive d’Albert Ellis et la logothérapie de Viktor Frankl à des concepts taoïstes tels que s’adapter à la nature, accepter les circonstances et l’interdépendance de la fortune et de l’infortune pour traiter l’anxiété et la dépression. De plus, certains chercheurs intègrent des perspectives religieuses dans la pratique philosophique, s’appuyant sur le bouddhisme, le christianisme, l’islam, le jaïnisme et d’autres traditions pour compléter ses ressources intellectuelles (Casewell, 2022 ; Devarakonda, 2023 ; Hsu, 2011 ; Louw, 2011 ; Pilpel & Gindi, 2019 ; Su, 2020). Une contribution importante à la pratique philosophique est l’anthologie d’Achenbach (2010) Zur Einführung der Philosophischen Praxis. Ce recueil compile ses principales conférences, essais, dialogues et conversations qui résument son travail de pionnier en pratique philosophique. Il insiste sur l’importance de s’engager avec les clients dans des dialogues philosophiques ouverts, en allant au-delà des méthodologies rigides pour favoriser une véritable exploration philosophique.

En général, les sources philosophiques définissent la pratique philosophique comme intrinsèquement philosophique, même si les philosophes mentionnés n’étaient peut-être pas des praticiens au sens moderne du terme. Il existe fondamentalement quatre types de sources (voir Figure 2) :

  1. Les philosophes qui illustrent la philosophie comme mode de vie : Cette catégorie comprend des philosophes comme Socrate, les stoïciens (par exemple, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle), Michel de Montaigne, Nietzsche, Kierkegaard et Wittgenstein. Ils ont vécu leurs philosophies, incarnant leurs principes philosophiques dans leur vie quotidienne.

  2. Les philosophes académiques qui ont préparé la voie à la pratique philosophique : Des philosophes tels que Jean-Paul Sartre, Pierre Hadot et Michel Foucault entrent dans cette catégorie. Ils ont comblé le fossé entre la philosophie académique et la pratique philosophique, Sartre utilisant par exemple des pièces de théâtre, des romans et des essais pour diffuser les idées existentialistes. De plus, la philosophie du langage ordinaire développée par A. J. Ayer et Paul Grice a jeté les bases des consultations philosophiques avec des clients et des invités dépourvus de formation académique formelle.

  3. Les philosophes académiques qui ont travaillé sur des concepts adaptés pour définir la pratique philosophique comme philosophique : Cela comprend des philosophes comme Platon, Aristote, Baruch Spinoza, Karl Marx, Martin Heidegger et d’autres qui ont développé des concepts et des théories fondateurs qui alimentent la pratique philosophique.

  4. Les philosophes non formés à l’académie qui illustrent la philosophie comme mode de vie : Cela comprend des auteurs comme Harry Mulisch, Franz Kafka, Thomas Mann et d’autres qui, à travers leurs œuvres littéraires, ont exploré de profonds thèmes philosophiques et contribué au discours philosophique.

4.2 Définir le concept de « consultation philosophique »

Lorsqu’on examine ce que font concrètement les praticiens de la philosophie, une consultation philosophique peut être définie comme un dialogue en tête-à-tête entre un philosophe et un client (invité) dans un espace privé, discutant de questions, de problèmes, d’inquiétudes ou de thèmes de pensée ou de vie à l’aide de moyens philosophiques et en gardant à l’esprit une idée philosophique (Harteloh, 2023). Cette définition s’aligne sur la définition générale de la psychothérapie comme une interaction entre un psychologue et un client pour traiter un état mental indésirable ou un comportement perturbateur par des moyens psychologiques — une technique qui peut être apprise ou entraînée, visant un objectif spécifié, en gardant à l’esprit une théorie du normal et de l’anormal. Cependant, les différences entre la psychothérapie et les consultations philosophiques résident dans l’idée sous-jacente (pathologie par rapport à philosophie), l’intention (traitement par rapport à discussion), l’objet (état mental indésirable par rapport à thème de vie), les moyens (technique standardisée par rapport au fait de philosopher) et la relation avec le client (hiérarchique par rapport à « co-penseur »). Une consultation philosophique peut au mieux être considérée comme une investigation philosophique sur le sens, dans la lignée de l’approche tardive de Wittgenstein de la philosophie comme une forme de thérapie pour l’intellect (Wittgenstein, 1953).

Robertson (1998) considère le conseil philosophique, tout comme l’éthique appliquée, comme un sous-domaine de la philosophie appliquée. Dans la pratique philosophique, les praticiens et les clients traitent de questions de vie personnelles et spécifiques. Les praticiens de la philosophie, inspirés par la philosophie académique, utilisent une série de techniques philosophiques pour rendre leurs dialogues avec les clients véritablement philosophiques, abordant ainsi les problèmes de vie privés et concrets des clients.

Lahav (1995) conçoit le conseil philosophique comme une forme d’interprétation de la vision du monde, proposant que les différentes approches de conseil philosophique disposent de diverses méthodes pour interpréter les visions du monde. Il affirme que sous la diversité des approches du conseil philosophique se cache un principe : les différents aspects de la vie quotidienne peuvent être interprétés comme des expressions des concepts que l’on a de soi et du monde. Ces concepts peuvent être expérientiels ou philosophiques, et leur somme constitue la vision du monde d’une personne.

Lydia Amir (2004) assimile directement le conseil philosophique à ses méthodes, suggérant qu’il s’agit d’un ensemble d’approches qui utilisent des voies philosophiques pour résoudre les problèmes et les dilemmes de la vie quotidienne. Schuster (1999) estime que le conseil philosophique implique un soin philosophique apporté au soi du client à travers un dialogue autonome entre le conseiller et le client.

4.3 Objectifs et valeurs des consultations philosophiques

La pratique philosophique n’est pas simplement l’application de la philosophie à un objet, un cas ou une personne indépendante ; c’est la philosophie comme mode de vie — vivre des concepts philosophiques. Elle représente un mode de philosophie où l’acte de philosopher définit la philosophie elle-même. L’un des buts premiers de la pratique philosophique est de discuter ou de résoudre les dilemmes cognitifs du quotidien, de façonner les philosophies de vie des individus et d’établir des systèmes de valeurs personnels. Les consultations philosophiques soutiennent la philosophie comme mode de vie, permettant aux participants non seulement de penser à des philosophes ou à la philosophie, mais de philosopher eux-mêmes.

Michael Grosso (2012) considère le conseil philosophique comme un art conceptuel, affirmant que son but est d’aider les clients à envisager leurs problèmes sous de nouveaux angles, leur permettant ainsi de surmonter ces difficultés différemment. Yohsuke Tsuchiya et Mai Miyata (2015) considèrent le conseil philosophique comme un outil réalisable dans la philosophie pour enfants (P4C) pour développer les vertus intellectuelles des enfants. Au-delà de l’entraînement aux méthodes de pensée et de la quête de sagesse, certains chercheurs soutiennent que le conseil philosophique est un moyen important pour l’éducation aux vertus éthiques. Barbara Jones (2012) considère la comédie de cabaret comme une forme de conseil philosophique, où les artistes dispensent une éducation morale au public en racontant des histoires personnelles d’une portée universelle. James A. Tuedio (2003) souligne que le conseil philosophique ne promet pas de résultats utilitaires ultimes ; la seule responsabilité du philosophe est de s’engager dans une investigation et un questionnement continus.

Tianqun Pan (2021) préconise l’analyse de la pensée, combinant le dialogue socratique avec l’analyse logique pour atténuer les souffrances d’origine cognitive et aider les gens à mener des vies meilleures dans la technosociété. Marinoff suggère que de nombreux problèmes mentaux modernes découlent de profonds problèmes existentiels, de conflits de valeurs et de la recherche du sens de la vie plutôt que de simples déséquilibres biochimiques. Son livre Platon, pas Prozac ! remet en question les perceptions traditionnelles des interventions en santé mentale, démontrant comment les idées philosophiques peuvent aborder les problèmes psychologiques et améliorer le bien-être mental (Marinoff, 1999).

Qian Ouyang (2012) considère le conseil philosophique comme une forme de philosophie pratique qui régénère la fonction de « guérison spirituelle » de la philosophie. De plus, favoriser la pensée critique est un objectif clé. Ding et al. (2022) préconisent l’utilisation du dialogue socratique pour cultiver la pensée critique, envisageant la pratique philosophique comme un processus dialectique qui examine et expose les schémas de pensée inefficaces menant à des croyances fausses ou incohérentes, évitant ainsi les biais et erreurs logiques.

Blanka Šulavíková (2011) explore le rôle central de la pensée critique dans la pratique philosophique, en particulier à travers le dialogue socratique, pour parvenir à une compréhension de la vérité (Ollinheimo & Hakkarainen, 2023). La pratique philosophique est également perçue comme un moyen et une technique cruciaux pour réaliser le soin humaniste dans l’éducation idéologique et politique (Huang, 2011, 2014 ; Wang, 2018 ; Yu, 2021). Le cœur du soin humaniste dans l’éducation idéologique et politique réside dans le soin des valeurs, visant à soulager les crises spirituelles caractérisées par une perte de repères et une quête de valeurs dévoyée. Pour répondre à ces questions, Xisheng Wang propose le « conseil de la pensée » (thought counselling) pour résoudre les dilemmes intellectuels, soulager la détresse spirituelle et renforcer l’efficacité de l’éducation idéologique et politique (Wang, 2014, 2018).

En outre, le conseil philosophique soutient la philosophie en tant que pratique, art de vivre, guidant les individus dans la recherche d’une vie pleine de sens et examinée. Cela implique d’adopter des principes philosophiques qui favorisent la croissance personnelle, le comportement éthique et l’équilibre émotionnel. En intégrant ces objectifs, la pratique philosophique cherche à améliorer le bien-être général et l’autonomie.

4.4 La relation entre les consultations philosophiques et la psychothérapie

Les praticiens de la philosophie s’attaquent à un large éventail de questions, allant des crises existentielles personnelles aux dilemmes éthiques dans les milieux professionnels. La polyvalence de la pratique philosophique la rend applicable à un large public, renforçant sa pertinence et son impact.

Une mission importante du conseil philosophique contemporain depuis sa création a été de contester les hypothèses théoriques, les méthodes et l’efficacité du conseil psychologique et de la psychothérapie. De nombreux chercheurs considèrent le conseil philosophique comme une alternative au conseil psychologique et à la psychothérapie, tentant de fournir une guidance de vie rationnelle de manière indépendante à travers le conseil philosophique sans recourir à aucun moyen psychothérapeutique (Achenbach et al., 1984 ; Marinoff, 2001 ; Raabe, 2010). Au contraire, J. Michael Russell (2001) soutient que le simple fait de comparer ce que font les conseillers philosophiques et les psychothérapeutes, et pourquoi ils le font, ne révèle aucune frontière claire et distincte entre les deux. Amir (2004) souligne également qu’une composante décisive du conseil philosophique réside dans l’expertise et l’expérience psychologiques pertinentes du conseiller philosophique ; faute de quoi, le conseiller risque de se perdre dans son propre labyrinthe philosophique.

La pratique philosophique partage certaines similitudes avec la psychothérapie, en particulier dans son accent sur le développement personnel et la résolution de problèmes. Cependant, il existe des différences clés. La pratique philosophique met l’accent sur le raisonnement et le dialogue philosophiques, tandis que la psychothérapie se concentre souvent sur les théories psychologiques et les techniques thérapeutiques. Comprendre ces différences est crucial pour définir les contributions uniques de la pratique philosophique.

Les chercheurs différencient souvent la pratique philosophique de la psychothérapie sur la base des concepts, des fondements théoriques, des objectifs, des méthodes et des publics cibles (Dâlcu, 2022 ; Fischer, 2011 ; Sivil, 2009 ; Valencia Magallón, 2019 ; Wei, 2013 ; Yang, 2015 ; Yu, 2010). Certains affirment que le conseil philosophique est plus efficace que le conseil psychologique pour clarifier les systèmes de croyances confus des clients ou leur fournir de meilleures croyances (Li, 2015). Harteloh (2023) note que la pratique philosophique transcende la psychothérapie traditionnelle en se concentrant sur la résolution des problèmes philosophiques de la vie par le dialogue, plutôt que sur le simple traitement des troubles psychologiques. D’autres chercheurs considèrent le conseil philosophique et la psychothérapie comme complémentaires (Cohen, 2013a ; Ha?egan, 2019b ; Liu & Ge, 2011 ; Zhou & Liu, 2009). Cependant, un débat persiste sur la question de savoir si le conseil philosophique peut être considéré comme une forme de thérapie (Šulavíková, 2012).

Certains chercheurs estiment que, bien que le conseil philosophique ne puisse pas remplacer complètement la psychothérapie, les psychothérapeutes ont besoin d’utiliser le conseil philosophique pour fournir aux clients des moyens plus efficaces et profonds d’atténuer les troubles psychologiques. Par conséquent, ils considèrent le conseil philosophique comme un outil supplémentaire à la psychothérapie (Cohen, 2013b). Jon Mills (2001) affirme que le conseil philosophique est une forme de psychothérapie, mais qu’il nécessite une structure et une direction pour se développer en une approche fiable pour résoudre les problèmes psychologiques — un paradigme « philosophico-psychologique » en théorie et en pratique.

En explorant la relation entre les consultations philosophiques et les diverses formes de psychothérapie, il est évident que certaines approches psychothérapeutiques ont des fondements philosophiques profondément ancrés. Sigmund Freud a introduit des théories qui explorent l’esprit inconscient, examinant des concepts tels que l’éros (pulsions de vie) et le thanatos (pulsions de mort) (Freud, 1920/1955). Les spéculations de Freud sur ces pulsions humaines fondamentales reflètent des interrogations philosophiques sur la nature humaine, l’éthique et le sens de l’existence. Certains chercheurs contemporains suggèrent que le travail de Freud chevauche la frontière entre la psychologie et la philosophie, postulant qu’il pourrait être considéré comme un philosophe à part entière en raison de ses profondes réflexions sur la condition humaine (DiCenso, 2005 ; Falque, 2020 ; Wakefield, 2018).

De même, la thérapie centrée sur le client de Rogers met l’accent sur l’expérience subjective de l’individu et sa capacité innée d’accomplissement de soi (Rogers, 1951). Cette approche humaniste favorise un environnement d’empathie, d’authenticité et de considération positive inconditionnelle, permettant aux clients d’explorer librement leurs pensées et sentiments intérieurs. Cet accent mis sur la croissance personnelle et l’exploration de soi résonne avec la priorité donnée par le conseil philosophique au dialogue et à la compréhension de soi. L’approche de Rogers est parfois considérée comme philosophique parce qu’elle est centrée sur des thèmes existentiels, tels que l’authenticité et la recherche de sens, qui sont des préoccupations fondamentales en philosophie (Cooper, 2003).

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), bien que déjà reconnue pour ses racines stoïciennes, reflète également des principes associés à Descartes. L’accent mis par Descartes sur la pensée rationnelle et le doute (cogito, ergo sum) souligne le pouvoir de la cognition dans la compréhension de la réalité (Descartes, 1641/1998). La TCC postule que les schémas de pensée dysfonctionnels contribuent à la détresse émotionnelle et aux problèmes de comportement, et qu’en contestant et modifiant ces pensées, les individus peuvent atteindre le bien-être émotionnel (Beck, 1976). L’accent cartésien mis sur le doute systématique et l’analyse rationnelle fait écho aux techniques de la TCC visant à identifier et restructurer les croyances inadaptées (Hofmann et al., 2013).

De plus, la thérapie systémique, y compris la thérapie des systèmes familiaux développée par Murray Bowen (1985), introduit une perspective holistique en considérant les individus dans le contexte de leurs relations et de systèmes sociaux plus larges. Cette approche s’aligne sur les notions philosophiques d’interconnexion et sur les dimensions sociales de l’existence humaine, telles qu’explorées par Buber dans son concept de relation « Je-Tu » (Buber, 1970). Les consultations philosophiques intègrent souvent des discussions sur le rôle de l’individu au sein de ses réseaux familiaux et sociaux, examinant l’impact de ces relations sur ses défis personnels et ses visions philosophiques (Goldenberg et al., 2016).

En résumé, bien que les consultations philosophiques et les diverses approches psychothérapeutiques puissent partager des objectifs communs et se chevaucher dans certaines techniques, le conseil philosophique se distingue en ancrant explicitement sa pratique dans les théories et méthodologies philosophiques. Il met l’accent sur le dialogue ouvert, la réflexion critique et l’exploration de questions existentielles, visant à donner aux individus les moyens de construire leurs propres significations et philosophies de vie. La psychothérapie a ses racines dans la philosophie, pourtant son adoption d’un modèle médical/thérapeutique occulte souvent ces fondements philosophiques sous-jacents. Reconnaître l’interaction entre la philosophie et la psychologie enrichit les deux domaines, offrant une compréhension plus complète de la pensée et du comportement humains.

4.5 Diversité des méthodes et modèles de consultations philosophiques

Le conseil philosophique présente une diversité méthodologique significative, reflétant la variété des ressources et approches philosophiques dans lesquelles les praticiens puisent pour leurs activités de conseil. Les philosophes peuvent adopter différentes méthodes qu’ils jugent efficaces comme vecteurs d’engagement avec les clients, les approches courantes incluant le dialogue socratique, l’analyse phénoménologique et le questionnement existentiel. Ces méthodologies visent à favoriser l’autoréflexion et la pensée critique, permettant aux individus de mieux appréhender leur vie et leurs défis.

Bien que l’on pense souvent que la pratique philosophique nécessite une approche méthodique ou structurée pour guider son processus, cette hypothèse n’est pas universellement acceptée. Raabe (2001) soutient que le domaine de la pratique philosophique n’est pas encore parvenu à un consensus sur la nécessité de méthodes spécifiques ou sur l’existence d’une seule méthode définitive. Achenbach s’oppose à la nécessité de toute méthode spécifique. Il estime que la pratique philosophique doit être flexible et adaptable, soulignant l’importance d’un dialogue libre et ouvert qui répond aux besoins et contextes uniques de chaque individu (Achenbach et al., 1984). Une adhésion rigide à une méthode particulière pourrait, selon lui, contraindre la nature dynamique et exploratoire de l’investigation philosophique.

Harteloh (2013a) soutient qu’une consultation philosophique doit être guidée par une idée philosophique centrale. Lorsque le philosophe traduit les expressions d’un client en concepts tels que la justice, la liberté ou le bonheur et les situe dans leur contexte historique, la consultation acquiert un caractère distinctement philosophique. Par exemple, si un client discute d’autonomie, le consultant peut examiner la définition du concept et son rôle dans la vision du monde du client en le reliant à son héritage philosophique. Par conséquent, le consultant peut proposer des interprétations alternatives qui élargissent la perspective du client et l’aident à résoudre son dilemme (Harteloh, 2023).

À la lumière de ces perspectives divergentes, notre exploration de la pratique philosophique reconnaît à la fois les avantages potentiels des approches méthodiques et les arguments en faveur d’une pratique plus fluide et individualisée. Cette vision équilibrée permet une compréhension plus large de la manière dont la pratique philosophique peut être menée efficacement, en s’adaptant aux diverses traditions philosophiques et aux préférences des praticiens. Privilégier les principes plutôt que les méthodes prescriptives s’aligne sur les fondements mêmes de la philosophie, encourageant l’adaptabilité et la transformation personnelle à travers la réflexion critique et le dialogue.

Lorsqu’il examine la méthode par rapport au principe, Achenbach pose que le conseil philosophique se caractérise non par une méthode fixe mais par la flexibilité d’appliquer diverses approches (par exemple, analytique, phénoménologique, herméneutique) d’une manière adaptée à chaque client. Au lieu d’adhérer à une procédure uniforme, le processus est guidé par de grands principes philosophiques (Achenbach et al., 1984). Selon Achenbach, le conseil ne doit pas suivre une méthode standardisée, qui risque de reproduire la personne comme un produit de cette méthode. Au contraire, embrasser les principes philosophiques permet un ajustement individuel et donne à la personne le pouvoir de se reconstruire authentiquement en réponse à sa situation unique.

Divers chercheurs ont proposé différentes méthodes et formes de pratique philosophique. Les approches et principes représentatifs comprennent :

  • La méthode au-delà de la méthode (Beyond-Method Method) (Achenbach et al., 1984)

  • La méthode des exercices spirituels (Hadot, 1995)

  • La méthode d’interprétation de la vision du monde (Lahav, 1995)

  • Le processus PEACE (Marinoff, 2001)

  • La méthode FIIT (Raabe, 2001)

  • La méthode existentielle (Russell, 2001)

  • La LBT (Cohen, 2003a)

  • La méthode C.I.S.A. (Li, 2007)

  • La méthode du stoïcisme romain (Lahav, 2009)

  • Le dialogue néo-socratique (Littig, 2010)

  • La méthode IDEA (Ferraiolo, 2010)

  • La méthode de l’arbre des problèmes (Issues Tree Method) (Raabe, 2013)

  • L’analyse de la pensée (Pan, 2013)

  • Le conseil de la pensée (Thought Counselling) (Wang, 2014)

  • La méthode épicurienne (Fati? & Dentsoras, 2014)

  • La méthode de l’humour (Amir, 2014)

  • La méthode de la poésie (Rolfs, 2015)

  • La méthode APP (Ding, 2016)

  • La méthode réflexive (Harteloh, 2023)

La pratique philosophique englobe également diverses formes telles que les cafés philosophiques (Ding, 2019 ; Grosso, 2002 ; Harteloh, 2019 ; Katini? & Janeš, 2021), la P4C (Daniel & Auriac, 2011 ; Juuso, 2007 ; Pan, 2007) et les marches philosophiques (Harteloh, 2013b). Harteloh élargit le concept de marche philosophique, la définissant non pas seulement comme une activité physique, mais comme une exploration de l’esprit. En marchant, en choisissant des itinéraires spécifiques et en engageant le dialogue, les marches philosophiques encouragent l’interaction avec la nature et la société, favorisant une profonde réflexion philosophique. Par exemple, une marche philosophique a été organisée à l’Université de Nankin en 2013 (Harteloh, 2021). L’approche de Harteloh intègre des compétences philosophiques fondamentales comme la contemplation, le questionnement et la conceptualisation, créant une expérience unique qui relie les concepts, la sagesse philosophique et le lieu.

4.6 Critères d’admission, méthodes de formation, normes de valeurs et lignes directrices éthiques dans l’industrie de la consultation philosophique

En tant que profession relativement jeune qui continue de mûrir et de s’améliorer, le conseil philosophique est confronté à des questions pratiques liées à son fonctionnement et à son développement. Eric Hoffman (2003) propose un plan raisonnable pour le développement futur des conseillers et des organisations philosophiques, prônant une formation standardisée et des directives professionnelles claires. David A. Jopling (1996) met en garde le public contre les dangers potentiels qui pourraient survenir dans certaines situations impliquant le conseil philosophique, soulignant la nécessité d’une vigilance éthique. Mills (1999) examine les codes de déontologie professionnels émis par la Société canadienne de pratique philosophique, l’APPA et l’American Society for Philosophy, Counseling, and Psychotherapy, pointant des ambiguïtés au sein de ces codes et plaidant pour des normes éthiques plus claires. Schuster (1999) offre des conseils pratiques aux conseillers philosophiques américains préoccupés par la responsabilité légale, soulignant l’importance d’une pratique éthique et de la responsabilité professionnelle.

Des études récentes ont exploré plus avant la professionnalisation du conseil philosophique. Julia Clare et Richard Sivil (2014) discutent des normes de formation et de certification des praticiens de la philosophie, insistant sur la nécessité d’une éducation complète comprenant à la fois des connaissances philosophiques et des compétences de conseil. Tim LeBon (2001) examine les responsabilités éthiques des conseillers philosophiques, mettant en évidence l’importance d’établir des directives éthiques claires pour protéger à la fois les clients et les praticiens. Ces discussions soulignent les efforts continus au sein de la communauté du conseil philosophique pour formaliser les programmes de formation, standardiser les qualifications et renforcer l’intégrité professionnelle du domaine.

Spécifiquement, les questions marquantes dans l’éducation et la formation à la consultation philosophique comprennent :

  1. Les compétences philosophiques comme partie intégrante du programme : Les compétences philosophiques sont au cœur des programmes de formation des praticiens de la philosophie. Harteloh (2010) met en évidence les compétences critiques pour le conseil philosophique, notamment l’analyse logique, le raisonnement éthique, la compréhension herméneutique et le dialogue dialectique, tout en classant les compétences pratiques en questionnement, interprétation et compréhension. Les praticiens doivent exceller dans la construction et la déconstruction d’arguments complexes, l’identification des hypothèses sous-jacentes et l’animation de discussions significatives. Ils doivent également développer des métaphores pour articuler et clarifier le sens lors des interactions avec les clients. De plus, la familiarité avec les traditions philosophiques tant occidentales que non occidentales dote les praticiens d’une boîte à outils diversifiée pour répondre aux préoccupations des clients sous de multiples angles et situer leur discours au sein d’une longue tradition intellectuelle.

  2. La littérature utilisée dans le programme : Les programmes de formation intègrent un large éventail de textes philosophiques pour établir une base théorique solide. Les lectures fondamentales comprennent des œuvres classiques comme les dialogues de Platon, l’éthique à Nicomaque d’Aristote et la Critique de la raison pratique de Kant, aux côtés de textes modernes tels que les Recherches philosophiques de Wittgenstein et Être et Temps de Heidegger. Des ouvrages pratiques, y compris Philosophische Praxis d’Achenbach et al. (1984) et Plato, Not Prozac! de Marinoff (1999), relient la théorie à l’application. Ce programme diversifié permet aux praticiens de s’appuyer sur des idées pertinentes lors des consultations. De plus, il permet aux étudiants d’identifier des points de référence philosophiques qui étayent leur pratique comme étant intrinsèquement philosophique.

  3. L’exigence d’un master en philosophie pour l’admission : Comme la pratique philosophique s’appuie sur la capacité humaine inhérente à philosopher, l’exigence d’un master en philosophie pour l’admission reste contestée. La formation académique ne produit pas nécessairement les compétences communicationnelles essentielles à une pratique philosophique efficace ; un diplômé peut exceller en philosophie théorique tout en manquant d’aptitudes pour un dialogue engagé et pratique. Inversement, une personne non formée à l’académie peut développer de solides compétences pour questionner, spéculer et interpréter des idées lors de la communication interpersonnelle. Dans le langage courant, une telle personne est simplement considérée comme « un philosophe ». Des organisations comme l’APPA soutiennent qu’une formation académique avancée garantit une compréhension rigoureuse des méthodes philosophiques (APPA, s.d.). Les critiques soutiennent que des exigences strictes peuvent exclure des praticiens compétents et négliger des perspectives interdisciplinaires. Le débat s’articule autour de l’équilibre entre le besoin d’une expertise philosophique rigoureuse, l’inclusivité et la reconnaissance de parcours éducatifs diversifiés (Clare & Sivil, 2014).

  4. Critères d’admission pour les personnes sans master en philosophie : Pour les candidats sans master, les critères alternatifs peuvent inclure des portfolios, des études antérieures et une expérience professionnelle pertinente. Un entretien d’admission mené par des praticiens de la philosophie expérimentés peut servir à évaluer et à reconnaître l’aptitude d’un individu en tant que philosophe, en se basant sur son attitude et son mode de raisonnement. Certains programmes proposent des cours de base ou des évaluations pour mesurer les compétences philosophiques. Ces parcours visent à maintenir les standards tout en élargissant l’accès à la profession (LeBon, 2001).

  5. Le développement de l’étudiant (Bildung) et la durée de la formation : Le développement de l’étudiant, ou Bildung, fait référence au processus éducatif holistique axé sur la croissance personnelle et intellectuelle. L’étudiant doit développer son propre style de pratique en intégrant les éléments fondamentaux du programme — cultiver la sagesse, étudier les biographies des philosophes comme modèles, interpréter des textes originaux et s’engager dans des exercices ciblés. Les programmes s’étendent généralement sur 1 à 2 ans, combinant l’enseignement théorique et l’étude d’exemples avec une pratique supervisée, des ateliers et du mentorat. Les exigences varient ; l’accent est mis sur les connaissances, les compétences interpersonnelles, la conscience de soi et la sensibilité éthique (Mills, 1999).

  6. Critères de diplomation (Thèse, Consultations, Supervision) : L’obtention du diplôme requiert à la fois des réalisations académiques et pratiques. Les étudiants peuvent rédiger un mémoire ou un projet de recherche démontrant leur compréhension des principes du conseil philosophique. Cependant, l’exigence la plus cruciale est qu’ils démontrent leurs compétences à travers une série de consultations enregistrées. Les composantes pratiques incluent souvent au moins un an de consultations supervisées pour développer une expérience de terrain. La supervision par des praticiens expérimentés garantit le perfectionnement des compétences et le respect de l’éthique (Hoffman, 2003). Par exemple, selon les directives établies par la Société coréenne de conseil philosophique, pour se qualifier en tant que conseiller professionnel, les candidats doivent être titulaires d’un master ou plus, suivre plus de 240 heures de cours liés à la philosophie, participer à plus de 160 heures d’ateliers, s’engager dans au moins 50 heures d’activités sociétales et effectuer plus de 70 heures d’activités sous supervision. En outre, ils sont tenus de présenter au moins un cas de conseil et de publier au moins trois articles de recherche indépendants.

En résumé, la communauté académique a développé des recherches relativement matures et complètes sur les théories et les applications du conseil philosophique, réalisant des percées et des innovations significatives dans le développement de divers modèles et méthodes de conseil. En particulier, les chercheurs chinois ont accompli des progrès substantiels dans les introductions théoriques et dans l’exhumation des pensées pratiques et de la sagesse de la philosophie chinoise traditionnelle (Ding et al., 2024c). La croissance continue et la professionnalisation du conseil philosophique dépendent de la prise en compte de ces considérations pédagogiques et éthiques, garantissant que les praticiens sont bien armés pour répondre aux besoins évolutifs des clients. La pratique philosophique offre une voie de carrière alternative au-delà des rôles académiques traditionnels. Au lieu de chercher des postes d’enseignants ou de chercheurs après avoir terminé des études académiques en philosophie, les étudiants peuvent être formés pour devenir des philosophes praticiens. Cette approche leur permet d’exercer en pratique privée en dehors du cadre universitaire, au service d’une clientèle diversifiée qui peut comprendre des individus, des écoles ou des entreprises. Cette forme de pratique met l’accent sur l’application pratique des perspectives philosophiques, favorisant un engagement direct avec les dilemmes du monde réel tout en s’appuyant sur les riches traditions de l’investigation philosophique.

5. L’avenir de la pratique philosophique : Professionnalisation et engagement public

Alors que la pratique philosophique continue de prendre de l’ampleur, elle se trouve à une intersection charnière entre la philosophie académique traditionnelle et l’application pratique dans la société. L’évolution de la pratique philosophique influence non seulement la façon dont la philosophie est perçue, mais ouvre également de nouvelles voies pour le développement professionnel et l’engagement public. Cette section explore la professionnalisation du conseil philosophique, son état actuel, ses défis et ses orientations futures potentielles.

5.1 L’essor du conseil philosophique en tant que profession mondiale

En tant que nouvelle dynamique dans la recherche philosophique, la pratique philosophique a donné naissance à une profession distincte : le conseil philosophique. À certains égards, la professionnalisation du conseil philosophique a précédé la recherche théorique ou du moins a progressé simultanément avec elle. L’établissement d’une institution spécialisée dans la pratique philosophique par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach en 1981 a marqué le début officiel du conseil philosophique contemporain dans une pratique privée en dehors du milieu universitaire. Il est important de distinguer la pratique philosophique du conseil ; bien que le mouvement de la pratique philosophique soit antérieur à cette période, le conseil philosophique explicite a véritablement commencé avec Achenbach, s’appuyant sur les intégrations implicites antérieures de la philosophie dans le conseil psychologique.

Comme cela a été discuté précédemment, le conseil philosophique, en tant que forme de consultation, engage les clients dans un dialogue philosophique pour les aider à réfléchir sur des événements de vie significatifs, à surmonter le deuil et la douleur découlent de transitions majeures, et à trouver un sens et un but. Ce sont des questions cruciales auxquelles la plupart des gens sont confrontés à une étape de leur vie. Plutôt que d’appliquer simplement les enseignements de grands philosophes — un concept plus adapté au conseil psychologique — le conseil philosophique implique de « co-philosopher » avec les clients, favorisant une exploration collaborative des idées et des croyances.

À l’heure actuelle, de nombreux conseillers philosophiques exercent à temps partiel ; leurs rôles principaux impliquent l’enseignement et la recherche académique dans les universités ou les collèges. Cependant, certains travaillent à temps plein dans ce domaine et opèrent en tant qu’indépendants. Le conseil philosophique ne constitue pas encore une catégorie d’emploi traditionnelle et n’a pas été intégré dans les marchés du travail réglementés par l’État ou dans les systèmes de santé. Il reste en grande partie une entreprise personnelle menée par des philosophes employant leur intellect et leurs connaissances, caractérisée par une indépendance distinctive. Certains praticiens de la philosophie créent leurs propres instituts, conçoivent des sites web personnels et s’affilient à des associations de pratique philosophique pour attirer des clients et générer de l’activité. Leurs méthodes de communication ne se limitent pas aux conversations en face-à-face mais tirent également parti des commodités de l’ère numérique, développant des méthodes de consultation utilisant des outils de communication modernes tels que le téléphone, le courrier électronique et les plateformes de visioconférence comme Zoom ou Tencent Meeting.

5.2 Faire progresser les normes professionnelles et les qualifications en conseil philosophique

Pour les conseillers philosophiques, la philosophie est devenue un outil qui non seulement enrichit les vies mais offre également un parcours de carrière viable, leur permettant de gagner leur vie et de s’établir professionnellement. Dans le climat économique mondial actuel, c’est indubitablement une nouvelle encourageante pour les diplômés en philosophie qui font face à d’importants défis sur le marché du travail. De nombreux départements de philosophie ont inclus le « conseil philosophique » comme une orientation de carrière potentielle pour les diplômés en philosophie dans leurs brochures d’inscription et fournissent ou recommandent des cours de formation professionnelle pertinents aux étudiants.

Pour obtenir des qualifications professionnelles et devenir un praticien de la philosophie certifié, certaines conditions doivent être remplies. En prenant l’APPA comme exemple, la certification peut être obtenue par invitation, sur dossier ou par la formation. Des praticiens éminents peuvent être invités à devenir membres certifiés ou à rejoindre le corps professoral de l’APPA (APPA Faculty). Les praticiens expérimentés répondant aux exigences de l’APPA peuvent demander leur certification. L’APPA propose également des programmes de niveau I (introductif) et de niveau II (avancé) en conseil, animation et consultation. Les programmes sont dispensés dans le monde entier sous la supervision du corps professoral de l’APPA, couvrant les compétences fondamentales, les analyses de cas avancées et les applications pratiques. L’APPA met l’accent sur les vertus professionnelles d’expertise, d’excellence et d’intégrité, avec des normes de certification strictes pour garantir une pratique de haute qualité.

Actuellement, parallèlement à l’augmentation rapide du nombre de praticiens de la philosophie, la base de clients de la pratique philosophique s’élargit continuellement. Davantage d’individus, de groupes et d’organisations recherchent de manière consciente et proactive l’aide des philosophes. Une analyse comparative des données de trafic des utilisateurs via la plateforme Similarweb montre qu’en mai 2025, le site officiel de l’APPA a enregistré 3 512 visites — représentant une baisse de 51,39 % par rapport à avril 2025 — avec une durée moyenne de visite sur le site de 38 secondes. En revanche, le site web de la NPCA a enregistré 2 267 visites en mai 2025 — soit une augmentation de 49,36 % par rapport à avril 2025 — avec une durée moyenne de visite sur le site de 2 minutes et 25 secondes.

De plus, l’influence de la pratique philosophique sur la philosophie académique traditionnelle devient de plus en plus significative. L’interaction entre la pratique philosophique et la philosophie académique, traditionnellement limitée à l’enseignement et à la recherche théorique, a donné des résultats fructueux. La pratique philosophique révèle de nouvelles approches dans la recherche philosophique, nécessitant l’introduction de nouvelles ressources et méthodes distinctes de l’exploration philosophique traditionnelle. En d’autres termes, elle emploie des théories et méthodes philosophiques existantes de manière innovante ou sous des angles différents dans la vie quotidienne de l’être humain. Le domaine de la pratique philosophique est incontestablement passionnant ; son émergence lie étroitement la philosophie aux questions qui importent aux profanes. Simultanément, la pratique philosophique s’efforce de devenir une véritable discipline au sein de l’institution philosophique académique. En tant qu’application de la philosophie, elle a soulevé de nouvelles questions philosophiques dans de nombreux aspects de la vie philosophique (Li et al., 2024).

Par conséquent, la pratique philosophique est à la fois une profession — un nouveau membre de la philosophie appliquée — et un sujet philosophique — un nouveau paradigme dans la recherche philosophique. Le passage d’un paradigme théorique à un paradigme pratique transforme fondamentalement la philosophie, qui passe d’une quête académique élitiste et exclusive à une culture séculière à laquelle tout le monde peut participer.

6. Conclusion

La pratique philosophique représente un virage transformateur dans la manière dont la philosophie est perçue et appliquée, passant d’exercices académiques abstraits à une discipline pratique répondant directement aux préoccupations quotidiennes. En jetant un pont entre la théorie et la pratique, le conseil philosophique offre aux individus, aux groupes et aux organisations des outils pour naviguer à travers les défis existentiels, clarifier leurs croyances et réaliser leur croissance personnelle. L’émergence de la pratique philosophique en tant que nouveau paradigme revitalise la pertinence de la philosophie et contribue au bien-être de la société.

La professionnalisation du conseil philosophique est critique pour établir sa légitimité et son efficacité. Le développement d’une formation standardisée et de directives éthiques, l’examen de l’efficacité des méthodologies de conseil philosophique et l’intégration de la pratique philosophique dans les systèmes de santé peuvent renforcer son accessibilité et son impact. À mesure que le domaine évolue, il est essentiel de relever les défis liés à la reconnaissance professionnelle, aux exigences éducatives et à l’engagement du public.

Des études comparatives entre le conseil philosophique et la psychothérapie traditionnelle peuvent éclairer les forces et les domaines à améliorer, en identifiant comment la pratique philosophique peut compléter et enrichir les approches thérapeutiques existantes. La recherche transculturelle est indispensable pour adapter la pratique philosophique aux différents contextes sociétaux, en reconnaissant les variations dans les valeurs culturelles, les traditions philosophiques et les styles de communication. De plus, l’exploration des plateformes numériques pour le conseil philosophique mérite attention, en particulier pour élargir l’accès et s’adapter aux besoins changeants d’un monde interconnecté par la technologie.

La collaboration interdisciplinaire entre philosophes, psychologues et autres professionnels de la santé mentale peut enrichir à la fois les aspects théoriques et pratiques de la pratique philosophique. En comblant les fossés entre les disciplines, les praticiens peuvent développer des approches holistiques pour aborder les expériences humaines complexes. En outre, l’intégration de la pratique philosophique dans les systèmes éducatifs (par exemple, la P4C) pourrait stimuler la pensée critique et le raisonnement éthique dès le plus jeune âge, favorisant une société plus réflexive.

En conclusion, la pratique philosophique recèle un potentiel important pour enrichir les vies et transformer les sociétés. En embrassant la philosophie comme mode de vie, les praticiens et les clients s’engagent dans des dialogues significatifs, favorisant une compréhension plus profonde de la condition humaine. Le développement et l’intégration continus de la pratique philosophique contribueront à un monde plus compatissant et plus éclairé.

Remerciements : Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude à Nancy Salay, rédactrice anglophone de Dialogue, pour son aimable soutien et ses conseils précieux. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers Jill Flohil, l’assistante éditoriale, dont la révision méticuleuse et rigoureuse a grandement amélioré la qualité de cet article. Ce travail a été soutenu par le projet de sciences humaines et sociales du ministère de l’Éducation en Chine (subvention n° 19YJC720006) et la Fondation nationale des sciences sociales de Chine (subvention n° 20FZXB047).

Conflits d’intérêts : Les auteurs déclarent n’en avoir aucun.

Voici l’intégralité de la section des références bibliographiques du document « from-academia-to-action-philosophical-practice-as-an-emerging-profession-and-paradigm-in-contemporary-society.pdf », retranscrite avec rigueur et incluant tous les liens hypertextes disponibles dans le texte d’origine :

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Cliquez ici pour lire la reproduction de l’intégral de cet article en anglais

Article # 236 – Philosophical Health – Thinking as a Way of Healing, Luis de Miranda (Anthology Editor), Bloomsbury Publishing, 2023

Philosophical Health

Thinking as a Way of Healing

Luis de Miranda

Published Dec 28 2023

Format Ebook (Epub & Mobi)

Edition 1st

Pages 296

ISBN 9781350353060

Imprint Bloomsbury Academic

Series Re-inventing Philosophy as a Way of Life

Publisher Bloomsbury Publishing


Description

(Traduction libre avec Google Gemini de l’anglais au Français)

Réunissant d’éminents chercheurs internationaux et interdisciplinaires, cet ouvrage novateur examine la théorie et la pratique de la santé philosophique dans les contextes contemporains du soin pris au sens large : le soin de soi, le soin de l’autre et le soin du monde.

Mais qu’entend-on par santé philosophique ? Bien que ce livre ne cherche pas à en fournir une définition normative — puisqu’il explore des perspectives disparates et encourage le pluralisme dans les modes de vie philosophiques —, on peut concevoir la santé philosophique comme un état de cohérence créative entre la manière de penser d’une personne ou d’un groupe et sa manière d’agir, de telle sorte que les possibilités d’une vie bonne soient accrues et les besoins d’épanouissement satisfaits.

Le concept de « possibilité » est une idée centrale de la santé philosophique. Sans un sens des possibilités de soi et sans une ouverture vers l’avenir, la santé perd sa signification ; à l’inverse, les pathologies se définissent par diverses formes d’impossibilités. À ce titre, la santé philosophique reconsidère le soin comme un processus de culture ou d’élagage du compossible en termes incarnés, psychologiques et sociaux, permettant aux choses de se régénérer ou, dans certains cas, de disparaître.

S’appuyant sur l’histoire de la philosophie, la phénoménologie, le nouveau matérialisme, le postcolonialisme, mais aussi sur un large éventail d’approches contemporaines de la pratique philosophique, Santé philosophique met en lumière la dimension philosophique sous-étudiée du soin et la dimension curative de l’acte de philosopher. En défendant la philosophie comme une pratique vécue, cet ouvrage révèle la pertinence croissante de la santé philosophique dans les débats contemporains sur le bien-être, le bien-appartenir (well-belonging), le conseil philosophique et le développement.

Source : © Bloomsbury Publishing.


TABLES DES MATIÈRES

(Traduction libre avec Google Gemini de l’anglais au Français)

Remerciements

Introduction : Introduction à la santé philosophique : la dimension curative du sens, Luis de Miranda (Université de Turku, Finlande)

Partie I : Le Soi

  1. Vivre pour de vrai, pas dans le faux : « L’honnêteté envers soi-même » comme fondement de la santé philosophique, Eugenia I. Gorlin (Université du Texas, États-Unis)

  2. Les approches existentiales-phénoménologiques en psychiatrie et en psychothérapie face à l’idée de santé philosophique, Lehel Balogh (Université de Hokkaido, Japon)

  3. Mécanismes, organismes et personnes : santé philosophique et soins centrés sur la personne, Michael Loughlin (Université de West London, Royaume-Uni)

  4. L’état d’équanimité (Samata) comme santé philosophique : une perspective issue de la Bhagavad-Gita, Balaganapathi Devarakonda (Université de Delhi, Inde)

  5. Le constructivisme logique dans la santé philosophique, Elliot D. Cohen (Association nationale du conseil philosophique, États-Unis)

Partie II : Les Autres

6. La vertu de la vulnérabilité : Merleau-Ponty et Minuchin sur les frontières de l’identité personnelle, Laura McMahon (Université d’Eastern Michigan, États-Unis)

7. Santé philosophique, communication juste non violente et justice épistémique, Raja Rosenhagen (Université d’Ashoka, Inde)

8. Santé philosophique, sens et rôle de l’autre : une approche herméneutique, Dennis Schutijser (Université pontificale catholique, Équateur)

9. Ubuntu : une approche afro-communautaire du conseil et de la santé philosophiques, Richard Sivil (Université du KwaZulu-Natal, Afrique du Sud)

10. Qu’est-ce que cela fait de conseiller comme un philosophe ? Une lecture phénoménologique de la santé philosophique, Andrei Simionescu-Panait (Université polytechnique de Bucarest, Roumanie)

11. Intelligence artificielle et santé philosophique : de l’analytique à la créalectique, Luis de Miranda (Université de Turku, Finlande)

Partie III : Le Monde

12. Professionnalisation et mauvaise santé philosophique : maladies et conseils, Matthew Sharpe (Université Deakin, Australie) et Eli Kramer (Université de Wroc?aw, Pologne)

13. La santé philosophique et le pouvoir transformateur du récit, Abdullah Ba?aran (Université Hitit, Turquie)

14. La décolonisation comme santé philosophique, Brendan Moran (Université de Calgary, Canada)

15. La santé philosophique au sein du posthumanisme cosmopolite enchevêtré, Jacob Vangeest (Université Western, Canada)

16. Les philosophies somatiques d’Asie de l’Est comme guides pour une vie philosophiquement saine, Lehel Balogh (Université de Hokkaido, Japon)

17. Santé philosophique, créalectique et sens du possible, Luis de Miranda (Université de Turku, Finlande)

Épilogue méthodologique

Entretiens de construction de sens axés sur les éléments de la santé philosophique (SMILE_PH), Luis de Miranda (Université de Turku, Finlande)

Source : © Bloomsbury Publishing.


Table of Contents

Acknowledgements

Introduction: Introducing philosophical health: the healing dimension of making-sense, Luis de Miranda (University of Turku, Finland)

1. Living for Real, not Counterfeit: ‘Self-honesty’ as a Foundation for Philosophical health,

2. Existential-Phenomenological Approaches in Psychiatry and Psychotherapy to the Idea of Philosophical Health,

3. Mechanisms, Organisms and Persons: Philosophical Health and Person-centred Care,

4. State of Equanimity () as Philosophical Health: A Perspective from the Bhagavad-

5. Logical Constructivism in Philosophical Health,

6. The virtue of vulnerability: Merleau-Ponty and Minuchin on the Boundaries of Personal Identity,

7. Philosophical Health, Non-violent Just Communication, and Epistemic Justice,

8. Philosophical Health, Meaning, and the Role of the Other: a Hermeneutic Approach,

9. Ubuntu: An Afro-communitarian Approach to Philosophical Counselling and Health,

10. What is it like to Counsel like a Philosopher? A Phenomenological Reading of Philosophical Health, (

11. Artificial Intelligence and Philosophical Health: From Analytics to Crealectics,

12. Professionalisation and Philosophical Ill-health: Maladies and Counsels,

13. Philosophical Health and the Transformative Power of Storytelling,

14. Decolonization as Philosophical Health,

15. Philosophical Health in Entangled Cosmopolitan Posthumanism,

16. East Asian Somatic Philosophies as Guides to a Philosophically Healthy Life,

17. Philosophical Health, Crealectics and the Sense of the Possible,

Methodological epilogue

Sense-making interviews looking at elements of philosophical health (SMILE_PH),

Source : © Bloomsbury Publishing.


INTRODUCTION

Introduction à la santé philosophique

La dimension curative du sens

Luis de Miranda

(Traduction libre avec Google Gemini de l’anglais au Français)

Suis-je en bonne santé philosophique ? Vivez-vous votre plus haute destinée ? Ses actions reflètent-elles ses pensées ? Ses paroles sont-elles le miroir de son âme ? Quel est notre but dans la vie ? Vivons-nous dans une contradiction obscure avec nos pensées, nos valeurs, nos croyances et nos idéaux les plus profonds, ou dans l’ignorance de ceux-ci ? Avons-nous développé un sens philosophique robuste ou sommes-nous, comme Macbeth, les spectateurs ou les acteurs regrettables d’un récit global plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ?

Imaginez un livre écrit au début du XIXe siècle sur le thème suivant : la santé physique pour tous. Ce livre aurait fait figure de nouveauté, car la pratique systématique de l’exercice ou du régime pour le seul bien de la santé physique était alors le privilège d’une minorité aristocratique. Aujourd’hui, la santé physique est devenue une préoccupation pour tous.

Imaginez maintenant un livre sur la santé psychologique pour tous, publié au début du XXe siècle : la psychologie (et la psychothérapie) était alors un domaine nouveau, et la pratique des soins psychologiques était le privilège de quelques rares (mal)heureux. De nos jours, la santé psychologique est bel et bien une préoccupation mondiale.

Moi-même et la plupart des auteurs de cet ouvrage croyons en la santé philosophique pour tous. Domaine foisonnant de pratiques, de recherches et mouvement diversifié, la santé philosophique sera peut-être un jour reconnue comme une nécessité universelle si nous voulons donner du sens à notre existence terrestre, aujourd’hui plus complexe que jamais. Cela se produit au moment même où nous écrivons : le nombre de conseillers philosophiques augmente régulièrement d’année en année dans le monde entier, que ce soit en Inde ou aux États-Unis, en Suède, en Roumanie ou en Amérique du Sud. Des personnes de tous âges et d’origines diverses décident d’utiliser les outils philosophiques pour guider leur vie. Parfois, pour des questions de sens personnel ou collectif et de construction cohérente du sens, elles s’entretiennent régulièrement avec un praticien de la philosophie, tel que moi-même ou certains des auteurs de ce livre.

Les présents auteurs viennent également de cultures et de régions du monde différentes, ainsi que d’horizons disciplinaires variés. Certains ne seront peut-être pas entièrement d’accord sur les détails de la santé philosophique tels que je les ai esquissés précédemment (de Miranda, 2019 ; 2021a ; 2021b ; 2022) ; néanmoins, ils s’engagent en faveur de son importance et de son intention générale : penser est une manière de se guérir soi-même et de guérir les autres.

En lisant ces lignes, vous ressentez probablement votre corps d’une manière ou d’une autre : peut-être êtes-vous debout devant un écran numérique ou enfoncé dans un fauteuil, un livre à la main. Peut-être êtes-vous paralysé dans un lit ou bienheureux assis sur un banc au bord de la mer pendant que le vent agite les pages du livre, faisant écho aux voiles des bateaux qui passent. Vous prenez une profonde inspiration : en tant qu’être appartenant au règne de la biologie, vous avez un sens corporel. Vous ressentez votre corps et votre corps ressent le monde. Parfois, il vous dit vrai par l’intermédiaire de votre intuition.

Et puis il y a vous en tant que perspective sur vous-même : une personne qui peut se percevoir comme plus ou moins en phase avec son corps, ses objectifs quotidiens, ses tactiques, ses peurs ou ses aspirations. Vous, la voix intérieure qui évalue, juge et s’interroge. Vous dites souvent : « Mon nom est [insérer votre nom ici] » : vous avez le sens du soi. Parfois, vous réussissez même à être constamment honnête avec vous-même.

Maintenant, vous savez ou espérez aussi que vous n’êtes pas seul. Peut-être aimez-vous et êtes-vous aimé, ou peut-être vous êtes-vous senti étranger à votre environnement, comme un extraterrestre oublié dans ce monde par un équipage d’autres semblables. Vous partagez ou non des liens profonds avec votre communauté ou votre entourage ; vous avez, fort ou affaibli, un sentiment d’appartenance. Parfois, vous vous rencontrez dans le visage de l’autre et faites l’expérience de l’amitié et de la joie.

Vous vivez peut-être depuis quelques décennies déjà, juste assez pour savoir que certains soirs, vous vous êtes senti lourd ou vide, comme si les portes de l’avenir étaient fermées et les fenêtres du passé obscurcies par de noirs rideaux. Et pourtant, certains matins, vous sautez du lit avec un puissant élan existentiel, porté par un élan conquérant vers un horizon encore indéfini : vous avez, haut ou bas, le sens du possible. Vous le ressentez plus ou moins intensément : parfois, vous percevez un flux créatif vivant derrière nos protocoles routiniers ; vous ressentez la pulsation de la possibilité ultime qui est peut-être la source créatrice du Réel, ou « Créel » (de Miranda, 2021c).

Sens corporel, sens du soi, sentiment d’appartenance, sens du possible : ces manières de donner du sens au monde — universelles dans leur forme et pourtant si diverses dans leur pratique — sont dans une certaine mesure partagées avec les créatures non humaines : une pieuvre a un sens corporel, un gibbon possède un certain sens du soi, les poissons manifestent un sentiment d’appartenance et les fourmis sont dotées d’un sens du possible, de sorte que l’on peut dire qu’une définition commune de la santé pour tous les êtres vivants est, pour faire simple, un bon sens du possible. D’un point de vue étymologique, on peut appeler cela l’eudynamia — de eu-, bon, et dynamis, potentiel, force, possibilité (de Miranda, 2021b).

Il existe ensuite deux sens ultérieurs que la plupart des philosophes considèrent comme spécifiquement humains. Nous pouvons suivre des valeurs, des idéaux ou des visions porteuses de sens qui nous donnent une orientation profonde à plus long terme, au-delà du présent de nos perceptions immédiates : ils constituent notre sens de la finalité (sense of purpose). Grâce à lui, nous pouvons dévoiler et déployer notre destin sous la forme d’un projet transpersonnel, soutenu par une dialectique créative entre l’idéal, le groupe et le monde. Il manifeste notre liberté de prospérer vers un horizon collectif « imparadisant ». Rares sont ceux d’entre nous qui possèdent un sens aigu de la finalité, car cela exige de la maturité, de la sagesse et du courage.

De plus, nous pouvons expliquer le monde et lui donner du sens par le biais de mythes, de cosmologies, de récits structurés, d’édifices conceptuels ou de réseaux systématiques d’idées qui guident et justifient notre finalité : c’est notre vision du monde, notre sens philosophique. En fin de compte, la propriété de notre vision philosophique du monde est que, une fois explicitée, elle peut générer des bénéfices salutaires dans la dynamique intercréative des cinq sens précédents.

Le sens corporel, le sens du soi, le sentiment d’appartenance, le sens du possible, le sens de la finalité et le sens philosophique sont les éléments de la santé philosophique qui, lorsqu’ils sont harmonisés plutôt que défaillants, douloureux ou conflictuels, contribuent à créer des personnes accomplies, des groupes ou des institutions sains. Notre manière de penser et notre manière de faire peuvent ainsi s’accorder de telle sorte que nous puissions faire l’expérience d’une intégrité profonde dans le monde.

Soins holistiques et santé philosophique
Le mot anglais « wholesome » [sain, salutaire, complet] est un terme intéressant ; il est porteur de l’ancienne étymologie germanique du mot « santé » (heil), évoquant les idées d’unité, de totalité. La langue allemande parle encore du profond soulagement d’être heilfroh, complètement apaisé ou soulagé. « Le Vrai est le tout », écrit Hegel dans la Phénoménologie de l’esprit (1977 : 11) : la philosophie est la discipline qui se soucie de la totalité de la réalité et au-delà, tandis que les autres disciplines dominantes ont tendance à se soucier de parties ou de domaines spécifiques du Réel, comme l’atmosphère (la météorologie), les machines (l’ingénierie) ou les papillons (le lépidoptérologie). La philosophie est généralement ignorée, moquée ou considérée comme vaine parce qu’il est très difficile, voire asymptotiquement possible, de connaître ou d’intuiter le tout, et plus facile de se concentrer sur un seul aspect du monde comme le font la biologie, la physique, la paléontologie, l’économie, la linguistique et toutes sortes d’affaires humaines.

La médecine, par exemple, s’attache à éradiquer la maladie ici et là plutôt qu’à comprendre ce qu’est la santé de manière holistique. Considérez pourtant la définition de la santé largement diffusée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans sa Constitution (1948) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » L’adjectif complet fait ici encore écho à l’étymologie de la santé comme un tout, pointant vers l’unité, la compréhension ou l’harmonie globale qui est le but de la philosophie. Qu’est-ce donc qu’un tout en bonne santé s’il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition de parties ? Qu’est-ce qu’une personne en bonne santé si elle n’est pas seulement un corps biologique fonctionnel ? Qu’est-ce qu’une action saine si elle n’est pas un simple comportement en pilote automatique ? Qu’est-ce qu’une institution saine si elle n’est pas une forme de crime organisé ? Qu’est-ce qu’une société saine s’il s’agit de plus d’un marché stochastique ?

Cet ouvrage est le premier à proposer une réflexion plurielle et internationale sur la notion de santé philosophique prise au sérieux en tant que champ théorique et pratique. C’est une idée qui a émergé d’une pratique historiquement nouvelle : au cours des dernières décennies, quelques individus indépendants à travers le monde ont commencé à prendre soin d’autres êtres humains à travers ce qu’ils appellent le « conseil philosophique » (philosophical counselling) ou la « philosophie comme thérapie » (Banicki, 2014 ; Marinoff, 2013). Il existe aujourd’hui des dizaines de conseillers philosophiques praticiens actifs sur la plupart des continents, et comme je l’ai mentionné plus haut, certains d’entre eux, dont moi-même, figurent parmi les auteurs de la présente anthologie.

Les conseillers philosophiques pratiquent souvent leur approche holistique du soin comme un passe-temps parce que leur activité n’est pas encore une profession reconnue par les systèmes de santé, ou dans certains cas parce qu’ils ne souhaitent pas être pleinement professionnalisés ou dogmatiquement institutionnalisés. Les conseillers philosophiques mènent des dialogues individuels ou collectifs lorsqu’ils n’enseignent pas, ne font pas de recherche universitaire, n’écrivent pas de livres ou n’essaient pas de donner du sens à des offres d’emploi non philosophiques. Ils peuvent être totalement indépendants ou organisés au sein de diverses associations, telles que, entre autres, l’APPA (American Philosophical Practitioners Association), la SSFP (Swedish Society for Philosophical Practice) et la PPAI (Philosophical Practitioners Association of India).

Mais pourquoi parler de santé philosophique plutôt que, par exemple, de bien-être mental ? Parce que tout ce qui est juste n’est pas purement mental et que tout ce qui est correct ne nous met pas nécessairement à l’aise. La santé n’est pas seulement l’une des préoccupations majeures de l’humanité, c’est désormais une préoccupation mondialisée qui engage notre destin sur terre (Walraven, 2010 ; Frumkin, 2016). Au cours du siècle dernier, la santé physique et la santé psychologique ont été systématisées en un impératif social (Bell, Taylor et Marmot, 2010). Des résultats positifs tangibles ont été produits en termes d’espérance de vie ou de guérison de pathologies que l’on pensait autrefois incurables, mais une certaine version des soins de santé est également devenue une industrie capitaliste et une forme de gouvernance sociale normative (O’Byrne, 2019).

Dans les sociétés occidentales, au début du XXe siècle, la gymnastique, le régime alimentaire et la psychothérapie étaient un luxe réservé à un petit nombre, mais ils sont devenus une nécessité pour le plus grand nombre à la fin de ce même siècle. Les États nationaux financent et administrent des programmes de santé psychologique et physique régis par des statistiques, conformément à ce que Foucault (1975) appelait la biopolitique ou le contrôle des populations. Les institutions, dont le pouvoir est aujourd’hui renforcé par des données numériques massives, promeuvent souvent une voie médicalisée vers la santé, fondée sur une conception mécanique ou chimique de l’esprit et du corps (Fee, 1999 ; Tyreman, 2020).

La santé physique et la santé psychologique sont aujourd’hui des catégories de santé bien acceptées : elles sont considérées comme des conditions nécessaires au « bien-être », mais elles ne suffisent pas à rendre compte de la vie bonne et du sens de la finalité des individus et des collectifs. En 2019, le mouvement Philosophical Health International (PHI) a été lancé pour engager une conversation mondiale sur la théorie et la pratique de la santé et du soin philosophiques, y compris — mais aussi au-delà — de la pratique spécifique du conseil philosophique. Cet ouvrage est la première publication collective issue du réseau florissant du PHI. Il envisage la « santé philosophique » comme un concept et une pratique transdisciplinaires, mettant en lumière l’idée que penser peut être une manière de prendre soin des individus, des groupes ou même des visions du monde, non pas de manière normative, mais plutôt d’une manière qui ouvre notre sens du possible sous des formes et dans des directions variées. Cela est illustré dans le présent livre par la diversité des perspectives sur l’idée de santé philosophique : psychologique, logique, centrée sur le soin à la personne, mythologique, herméneutique, bibliothérapeutique, intersubjective, institutionnelle, phénoménologique, décoloniale, asiatique, africaine, etc.

En anglais, l’expression « philosophical health » a commencé à apparaître dans quelques publications à la fin du XXe siècle : par exemple, la revue Life & Health suggérait que la santé philosophique est une forme de « santé spirituelle » et un élément essentiel du bien-être, dans lequel notre comportement est « en rythme » avec nos valeurs (Levy, Dignan et Shirreffs, 1984 : 7). Une décennie plus tard, dans une monographie sur Wittgenstein intitulée Philosophical Health, Richard A. Gilmore comparait Wittgenstein à Socrate et écrivait : « Le concept de « santé » philosophique ou psychologique que je propose qu’ils partageaient tous deux était celui dans lequel les manières de parler et de penser d’une personne sont cohérentes avec ses manières d’agir » (Gilmore, 1999 : 134).

Bien que la « santé philosophique » soit une expression relativement nouvelle, ce n’est pas une idée neuve, mais plutôt une redécouverte collective : son essence a été incarnée ou défendue de manière plus ou moins implicite par quelques figures notables de l’histoire de la philosophie, notamment Socrate, Épicure, les Stoïciens ou plus récemment Nietzsche, Bergson ou encore Wittgenstein. Pour eux, la santé philosophique consistait à essayer de se hisser à la hauteur de la version la plus élevée possible de son destin, en accord avec un questionnement constant sur le sens de l’être.

Le renouveau actuel des formes grecques et romaines d’une philosophie attentive au soin semble s’inscrire dans une réinvention de la philosophie comme forme de thérapie existentielle sans diagnostic, et du philosophe comme catalyseur d’harmonie vécue. Certains ont critiqué la pertinence de cette approche (Knapp et Tjeltveit, 2005 ; Louw, 2013), mais que l’on soit favorable ou non au mouvement actuel de la santé philosophique, incluant la philosophie comme soin, comme art de vivre et comme conseil philosophique, la plupart admettent que cette approche nécessite un ancrage théorique et une exploration plus approfondis — d’où le présent livre.

L’idée de santé philosophique a une longue généalogie, qui n’est pas le sujet principal des chapitres suivants ; ces derniers s’intéressent davantage aux perspectives contemporaines. Beaucoup de choses ont été écrites sur l’histoire intellectuelle de la philosophie comme thérapie. Dans L’Herméneutique du sujet (Foucault, 2005), la source européenne de l’idée de santé philosophique se trouve dans la conception platonicienne et socratique de l’????????? ?????? (epimeleia heautou), le soin de l’âme ou de soi. Dans le Premier Alcibiade de Platon, le soin philosophique est une condition nécessaire non seulement pour la vertu de la personne individuelle, mais aussi pour devenir un bon gouvernant ou un agent politique de la cité via une certaine éthique du soin et du sacrifice de soi (Cawston et Archer, 2018). Il y avait, pour les Grecs, un lien entre l’idée collective de justice et l’idée individuelle d’équilibre. L’esprit philosophique n’était en fin de compte pas seulement individuel ou logiquement rationnel, il était une reconnexion inspirante avec le divin ou le sublime en nous, une idée souvent illustrée par le démon (daimon) de Socrate. Le daimon était l’esprit intuitif, le génie tutélaire, la voix intérieure chuchotant des paroles de sagesse (Silverman, 2010). Le concept grec de santé philosophique articulait la croissance personnelle à une cosmologie partagée, un récit cosmo-politique.

Des auteurs à sensibilité historique, tels que Martha Nussbaum (1994), Pierre Hadot (1995) et à nouveau Michel Foucault (2005), ont ainsi grandement contribué à faire reconnaître que la philosophie des anciens Grecs et Romains était liée à une préoccupation pour la santé — pour des auteurs comme Plutarque, la philosophie et la médecine constituaient un seul et même domaine commun. Selon Nussbaum (1994), la pratique philosophique se caractérisait par des arguments, un raisonnement précis, une rigueur logique et une recherche d’acuité définitionnelle. Construire un art de vivre par la philosophie devait être un art engagé envers la vérité rationnelle et envers une praxis de l’argumentation et de l’interaction visant la transformation personnelle et sociétale : les philosophes antiques voulaient se distinguer des magiciens, des guérisseurs chamaniques ou des sophistes. Cela a déplacé l’intérêt du philosophe vers l’efficacité existentielle du discours et des arguments (rhétoriques, narratifs, imaginaires, mnémoniques).

Selon Hadot et Foucault, un argument philosophiquement thérapeutique est également « spirituel » et ne peut être compris sans son contexte subjectif. La philosophie antique ne se restreignait pas à une activité intellectuelle de rationalisation ; elle était un mode de vie (Sharpe et Ure, 2021). Le discours logique n’était qu’une partie du mode de vie philosophique précisément parce que les connaissances acquises devaient être mises en œuvre dans le désordre de la vie pratique et des comportements en chair et en os. La philosophie, selon les mots de Sénèque, « nous apprend à agir, non à parler » (Inwood, 2005). On ne pouvait prétendre posséder un véritable savoir philosophique à moins de produire une forme de vie entière qui soit authentiquement philosophique, un exercice biographique et effectif de fusion entre la vérité et l’incarnation subjective (Foucault, 2005). Traduire la compréhension théorique en intuition pratique et incarnée, et vice versa, exigeait un entraînement persistant et un rappel constant de notre sens de la finalité et de notre sens philosophique. Cette forme de soin intellectuel se montrait critique envers une pratique de la culture et de la civilisation consommée comme un vernis, une façade superficielle qui échoue à masquer notre égocentrisme, nos peurs irrationnelles, notre nihilisme immature ou notre hubris.

Plus près de nous, Nietzsche considérait la philosophie comme le fondement de la santé mentale et physique. Il pensait que les arguments philosophiques ou moraux dits universels sont souvent biaisés par un certain esprit de corps et ne peuvent être discutés sans référence à leurs destinataires et à leurs auteurs, qui en incarnent les valeurs. Notre recréation contemporaine de l’idée de santé philosophique trouve son origine, du moins en partie, dans la notion nietzschéenne de « grande santé », perçue comme un éthos d’affirmation de la vie et des valeurs et comme une incarnation créative, idéalement capable de résister à toutes sortes de virus sociaux et à la pensée de groupe (Glenn, 2001 ; Nietzsche, 1979, 1982). Avec l’approche tentativement non dualiste de la santé de Nietzsche, la philosophie a recommencé à aspirer à une pratique incarnée et à une attitude concrète, une manière profondément honnête et engagée de s’épanouir avec détermination dans le monde : la santé comme actualisation de sa plus haute destinée (Bestimmung) (Nietzsche, 2004 : 67). De manière moins différente qu’on ne l’imaginerait, Ludwig Wittgenstein, dans ses Recherches philosophiques tardives, a promu une compréhension thérapeutique de la philosophie articulée à une « forme de vie » : « Le travail en philosophie est en réalité plutôt un travail sur soi-même » (Gilmore, 1999 : 19).

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les fondements analytiques et abstraits de la philosophie de la « tour d’ivoire » (Vossen, 2015) sont ébranlés, non seulement par la philosophie dite « continentale » ou la « philosophie globale », mais aussi par un outsider surprenant : le mouvement international du conseil philosophique et de la pratique philosophique. Celui-ci se développe régulièrement, comme nous l’avons dit, dans des pays comme l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suisse, la Norvège, l’Italie, l’Espagne, le Canada, Israël, la Turquie, l’Afrique du Sud, l’Inde ou la Suède (Louw, 2013). Jusqu’à présent, ce mouvement a été largement ignoré par la recherche et l’enseignement universitaires. La majorité des philosophes universitaires n’en ont pas conscience ou, selon le New York Times, se montrent même méfiants ou hostiles : « Parmi les philosophes universitaires sérieux — même ceux qui se penchent sur les questions relatives à la condition humaine —, il existe une répulsion presque viscérale à l’idée même de conseil philosophique » (Duane, 2004). De nombreux départements de philosophie ou universités déploient encore des efforts actifs pour fermer leurs portes aux versions de la philosophie qui sont immergées dans la société et actives dans le changement pratique. Pourtant, nous pensons que la santé philosophique est une recherche et une praxis effectives, et qu’elle devrait être accueillie par le monde universitaire.

La plupart des psychologues, psychanalystes et psychiatres se montrent également hostiles à l’égard d’une activité qui semble parfois revendiquer des bénéfices thérapeutiques sans protocole bien défini ou scientiste : « Les psychologues rencontrent de plus en plus de philosophes en pratique indépendante qui utilisent la philosophie pour aider des individus ou des groupes à résoudre des problèmes pratiques. […] Le conseil philosophique n’est pas actuellement une alternative viable au traitement de la santé mentale » (Knapp et Tjeltveit, 2005 : 1). Est-ce vraiment le cas ? Devons-nous alors continuer à abandonner l’écologie de notre esprit et de notre santé mentale à une industrie psychiatrique qui semble avoir délaissé le souci de la singularité de la personne et de notre besoin de sens, alors que sa réponse à la détresse repose trop souvent sur des pilules chimiques, des questionnaires corsetés, des statistiques tatillonnes, des astuces comportementales éphémères et une nomenclature alambiquée de diagnostics ? Platon n’est pas le Prozac (Marinoff, 1999) et les pilules philosophiques ne sont pas chimiques, mais sont plutôt des idées dynamiques telles que : penser de manière indépendante et pourtant engagée dans la vie, écouter profondément et pourtant donner du sens au monde de manière créative, et être conscient que la santé n’est atteinte que lorsque l’esprit et le corps sont profondément accordés à une quête non dogmatique et généreuse de vérité, de justice et d’honnêteté.

L’aspect créatif de la phrase précédente est important si l’on veut éviter que la santé philosophique ne devienne un énième discours normatif monochrome, un nouveau dogme proclamant ce qui est méta-sain ou ce qui doit être fait absolument pour éviter la maladie intellectuelle ou morale. Comme le soutenait Nietzsche, le « concept d’une santé normale, ainsi que ceux d’un régime normal et d’une évolution normale d’une maladie, doivent être abandonnés » (Nietzsche, 2001 [1882] : 117).

Le soi, les autres et le monde

La construction de sens philosophique et le corpus de la philosophie sont aujourd’hui de plus en plus utilisés dans des contextes pratiques, parallèlement à la conviction qu’il peut y avoir une symbiose entre un esprit sain, une incarnation saine et des environnements sains (Banicki, 2014). Selon la philosophe Yolanda Angulo Parra, qui s’intéresse particulièrement à l’utilisation du conseil philosophique pour aider les femmes mexicaines, par exemple dans les prisons, « le conseiller philosophique renforce l’autonomie de l’individu, améliore les capacités de raisonnement des personnes, les introduit à la recherche philosophique dans le seul but de parvenir à un processus d’introspection qui mènera à une meilleure compréhension du soi intérieur [et] à devenir une meilleure personne » (Omelchenko, 2012 : 78). Ces ambitions d’autonomie personnelle et de développement de soi sont-elles les caractéristiques fondamentales d’une personne en bonne santé philosophique ? En partie, mais la santé philosophique est aussi, plus humblement, un soin fondé sur l’écoute profonde des autres et le soin de la terre, tous ces aspects étant entrelacés et intercréatifs. Le présent ouvrage est donc divisé en trois parties — le Soi, les Autres et le Monde — même si une telle segmentation séquentielle, nécessaire à des fins d’analyse, ne rend pas justice au fait que, dans la réalité, nous ne pouvons pas pleinement isoler le soi des autres ni du monde.

La Partie I s’ouvre sur la proposition éclairante d’Eugenia Gorlin selon laquelle « l’honnêteté envers soi-même » est le fondement de la santé philosophique. Étant donné la propension humaine à l’auto-illusion, l’honnêteté ne peut être tenue pour acquise mais doit, selon elle, faire l’objet d’un engagement de principe si l’on veut acquérir une bonne santé philosophique. Gorlin suggère que le cadre de l’honnêteté envers soi-même peut offrir un front unifié aux philosophes et aux psychologues désireux de faire progresser l’épanouissement humain. Nous devons, dit-elle, apprendre à être honnêtes sur ce que nous pensons, ressentons, croyons, envisageons et voulons, afin de pouvoir choisir nos actions et construire notre vie en conséquence : « La poursuite de la santé philosophique dépend de cette volonté de suivre ses réflexions là où elles mènent, quelles que soient les vérités ou les possibilités que cela puisse mettre en lumière. » L’auteure conclut par quelques techniques et pratiques visant à promouvoir l’honnêteté envers soi-même.

Dans le Chapitre 2, Lehel Balogh apporte une contribution indispensable et inspirante à l’histoire intellectuelle récente en examinant comment, dans la tradition existentiale-phénoménologique du XXe siècle, l’idéal d’authenticité en tant que gage de santé mentale se compare à l’idéal de santé philosophique. Ce chapitre passe en revue diverses approches inspirées de la pensée philosophique de penseurs séminaux tels que Kierkegaard, Nietzsche, Heidegger et Sartre : la Daseinsanalyse de Ludwig Binswanger et Medard Boss, ainsi que l’analyse existentielle et la logothérapie de Viktor Frankl, ou encore l’école américaine de psychothérapie existentielle de Rollo May et Irvin Yalom. Balogh écrit que « reconquérir le soi depuis la zone médiane floue entre l’authenticité et l’inauthenticité s’avère être l’intuition curative clé qui garantit non seulement la santé mentale et physique de l’individu, mais aussi sa santé philosophique. »

Le Chapitre 3 est une réflexion faisant autorité de Michael Loughlin sur les soins centrés sur la personne et la terminologie associée — y compris la prise de décision partagée, la pratique fondée sur les valeurs, l’autonomisation du patient (patient empowerment) et l’expertise du patient — qui est aujourd’hui au cœur des débats sur l’avenir des prestations et des pratiques de services de santé. L’auteur y soutient que les formes les plus plausibles de soins centrés sur la personne doivent intégrer, de manière explicite, l’idée de santé philosophique : dans les contextes cliniques, la discussion sur la santé philosophique représente une opportunité passionnante d’élargir notre compréhension de ce que signifie traiter les patients comme des personnes. Tout aussi important, écrit Loughlin, l’approche de la santé philosophique nous aide « à apprécier l’importance de reconnaître la qualité de personne (personhood) des praticiens, et ainsi à clarifier le rôle du dialogue dans le diagnostic et le soin, la nature relationnelle de la condition de personne et la relation entre la science et les valeurs dans les soins de santé et d’assistance sociale. »

Dans le Chapitre 4, Balaganapathi Devarakonda explore de manière intrigante la tradition philosophique indienne, en particulier la Bhagavad Gita, pour défendre l’idée que l’équanimité personnelle est une composante clé de la santé philosophique. En cultivant la perspective du Samata drishti ou du juste équilibre, un individu peut atteindre et maintenir, explique Devarakonda, une forme de bien-être holistique qui peut être conceptualisée comme une santé philosophique. Après avoir passé en revue plusieurs visions occidentales problématiques de la signification de la santé, l’auteur détaille les avantages de définir la santé philosophique comme « un état de juste équilibre naturel et harmonieux contribuant à une perspective équilibrée qui aide les individus à gérer leur vie en se confrontant aux divers objets du monde, à leurs semblables et à leurs expériences subjectives. »

Le dernier chapitre de la partie sur le Soi, le Chapitre 5, est écrit avec la clairvoyance de l’expérience par Elliot D. Cohen, l’un des pionniers de la pratique du conseil philosophique aux États-Unis et fondateur de la thérapie et de la consultation basées sur la logique (Logic-Based Therapy and Consultation). Cohen commence par nous rappeler que l’idéal de santé philosophique est au moins aussi ancien que Platon, qui, dans la République, définissait la santé de l’âme comme une harmonie amicale entre le principe directeur de la raison et les deux principes soumis de l’esprit [le cœur/le courage] et du désir. Cohen utilise dans sa pratique à la fois la logique formelle (déduction) et la logique informelle (identification et évitement des « sophismes »). Il pense que nos cogitations irrationnelles en général, et notre perfectionnisme en particulier, peuvent mener à de graves problèmes existentiels, et écrit : « Enclin à penser que la santé philosophique est la construction de base, et que la santé mentale est une fonction de cette dernière. Lorsque la santé philosophique souffre au point qu’un consultant n’est plus capable de fonctionner dans la vie quotidienne, on peut alors dire qu’il est mentalement malade. »

La Partie II de ce livre, consacrée aux Autres, s’ouvre (Chapitre 6) par un compte rendu phénoménologique empathique de Laura McMahon sur l’importance de la vulnérabilité pour notre santé philosophique en tant que sois existentiels vivant au sein de familles, de groupes et de collectifs. Pour McMahon, la vulnérabilité est une vertu au sens aristotélicien, la capacité de nous situer en relation avec les autres en abandonnant notre illusion d’omnipotence égoïste. Une intuition centrale ici, inspirée de Merleau-Ponty, est que l’identité personnelle est toujours déjà accomplie de manière interpersonnelle, et par conséquent que les problèmes psychologiques ne doivent pas être recherchés « dans » l’individu mais plutôt dans les systèmes interpersonnels auxquels l’individu appartient. McMahon écrit qu’il est « crucial pour notre santé existentielle que nous reconnaissions notre vulnérabilité comme une capacité positive à être, au cœur de nos « propres » identités, ouverts à et façonnés par notre entrelacement avec les choses et les autres dans le monde. »

Dans le Chapitre 7, Raja Rosenhagen propose une analyse affûtée de la littérature antérieure sur la notion de « santé philosophique » (de Miranda, 2021a, 2021b, 2021c), afin de poser les jalons de sa définition de la santé philosophique comme un « bien trans-subjectif ». Rosenhagen combine ensuite des éléments issus des travaux d’Iris Murdoch et de Marshall Rosenberg pour esquisser une pratique qu’il nomme « communication juste non violente », dont il démontre de manière convaincante qu’elle peut aider à relier la santé philosophique aux notions de justice épistémique et de vie collective bonne. Un sujet en bonne santé philosophique, écrit l’auteur, « est en harmonie avec lui-même dans sa façon de penser, de parler, d’agir et de ressentir, et en harmonie avec les autres (humains et non humains) en étant orienté, en pensée et en action, vers l’actualisation du bien commun de tous. »

Le Chapitre 8 est une tentative inspirante d’approche herméneutique de la santé philosophique, écrite par Dennis Schutijser sous l’influence de Paul Ricœur. Que signifie considérer que notre vie a du sens ? Pour répondre à cette question, nous devons comprendre que l’épanouissement ne peut être uniquement subjectif, mais doit également être intersubjectif : par conséquent, plutôt que de tenter de répondre seuls à la question du sens de la vie, nous devrions, soutient Schutijser, étudier comment ce sens tend à se constituer de manière collective et narrative. Il écrit : « La santé philosophique est herméneutique parce qu’elle oscille constamment entre ses propres expériences et interprétations […] et des cadres d’interprétation intersubjectifs. Le jeu entre le particulier et l’universel, entre le texte et le contexte, est la manière dont la santé philosophique peut unifier les perspectives personnelles et les interprétations partagées. »

Dans le Chapitre 9, Richard Sivil explore en profondeur la contribution que la vision du monde afro-communautaire Ubuntu pourrait apporter au conseil philosophique et à la santé philosophique. Envisagée à travers le prisme de l’individualisme, la santé philosophique pourrait être comprise comme une forme d’épanouissement personnel, mais l’Ubuntu élargit la notion de santé philosophique de l’épanouissement individuel vers l’épanouissement communautaire de telle sorte, soutient Sivil, « que la personne est comprise comme socialement ancrée — un enchevêtrement, nécessairement interconnecté avec les autres. » Cela, ajoute l’auteur, « élargit la notion de santé philosophique au-delà d’une étroite cohérence de la pensée et de l’action de l’individu pour en faire quelque chose qui émerge dans et par la cohérence de la communauté. »

Le Chapitre 10 examine la relation entre le conseiller philosophique et le consultant d’un point de vue phénoménologique. Andrei Simionescu-Panait, l’un des conseillers philosophiques notables de Roumanie, y explique comment les notions husserliennes de « conscience du « je peux » », d’époché et de réduction sont des portes éprouvées vers une bonne pratique de l’écoute profonde et du focusing. Le consultant doit se voir offrir une forme d’attention que Simionescu-Panait appelle « l’empathie observationnelle », et par conséquent, la santé philosophique peut être mieux cultivée par le dialogue avec un autre formé à cet effet. L’auteur ajoute : « Le consultant trouve une orientation profonde en lui-même en séparant et même en discriminant les idées. » En prenant soin des affects et des concepts selon leur pertinence, écrit Simionescu-Panait, « on trouve son chemin à travers la jungle de sa pensée en traçant des sentiers à travers une végétation abondante et désorganisée. »

Le dernier chapitre de la partie consacrée à l’Autre aborde le récent défi épistémologique de l’intelligence artificielle sous l’angle de la santé philosophique. J’y distingue trois modes d’intelligence : analytique, dialectique et créalectique. Le monde peut, dans une certaine mesure, être divisé en parties analytiques concrètes à des fins de manipulation et de possession ; il peut en partie être divisé en tensions dialectiques de déploiement agonistique pour arbitrer les luttes de pouvoir. Pourtant, aucune de ces deux formes de compréhension ne suffit à atteindre la santé philosophique, soutient ce chapitre, car la réalité en tant que simple ensemble de choses ou de bits n’épuise pas notre besoin vivant de sublimité. Une forme saine d’intelligence doit collaborer avec notre sens du possible, c’est-à-dire notre relation avec le fondement créatif du Réel, ou « Créel ».

Dépassant le Soi et l’Autre tout en les incluant, la troisième partie de l’ouvrage — Le Monde — s’ouvre sur un chapitre réjouissant de Matthew Sharpe et Eli Kramer (Chapitre 12). Les auteurs y démontrent que certaines caractéristiques de l’environnement professionnel mondial actuel des universitaires en général, et des philosophes universitaires en particulier, sont incompatibles avec les cinq principes de la santé philosophique (de Miranda, 2021a) : l’héroïsme mental, l’orientation profonde, la créativité critique, l’écoute profonde et le Créel (le Réel créatif en tant que possibilité ultime). Sharpe et Kramer diagnostiquent une culture de « mauvaise santé philosophique » à l’université, qui, écrivent-ils, « possède cinq « maladies » correspondantes : la lâcheté mentale, la superficialité, le culte du commentateur, l’écoute dédaigneuse et le dogmatisme fataliste. » Dépassant la seule critique, le chapitre se conclut en plaidant pour des voies capables de favoriser la santé philosophique à l’université et au-delà.

Dans le Chapitre 13, Abdullah Ba?aran examine de manière remarquable la fonction thérapeutique et transformative du récit (storytelling) du point de vue de la santé philosophique. Les récits littéraires et les textes philosophiques qui incluent des narrations de transformation peuvent être utilisés, soutient-il, comme une pratique de traitement philosophique non seulement pour les conseillers, mais aussi pour ceux qui souhaitent prendre soin d’eux-mêmes par la lecture. L’auteur nous convainc que le récit, avec sa qualité du « et si », est un moyen fructueux de redéfinir constamment notre place dans la réalité. Il écrit : « La pédagogie du récit pour la santé philosophique réside dans le fait que les histoires de transformation personnelles, biographiques ou fictionnelles possèdent l’attribut distinctif de formuler les concepts essentiels qui nous lient les uns aux autres. »

Le Chapitre 14 propose une vision provocatrice de la décolonisation en tant que santé philosophique, inspirée par les écrits de la philosophe franco-algérienne Seloua Luste Boulbina. Brendan Moran affirme que la décolonisation et la santé philosophique sont complémentaires et exigent le démantèlement de diverses sortes d’attitudes coloniales qui ne peuvent être sainement déconstruites sans un élan philosophique profond passant par la réflexion et la voix à la première personne. Le but de cette pratique de soin et d’écoute philosophiques est que ni les individus ni les sociétés ne soient privés de possibilités de remettre en question les contraintes et de recommencer à neuf. « La santé philosophique, écrit Moran, est simplement la capacité de revisiter et d’engager les conditions de vie sans l’engourdissement que ces conditions pourraient autrement entraîner. » L’auteur amène la priorité de la première personne au cœur d’un débat avec Gilles Deleuze et Roberto Esposito et leur affirmation selon laquelle la santé philosophique est renforcée par un rapport à soi-même à la troisième personne.

Dans le Chapitre 15, Jacob Vangeest plonge dans un voyage stimulant de pensée planétaire, associant le posthumanisme cosmopolite (Rosi Braidotti), l’enchevêtrement (entanglement) (Karen Barad) et la santé philosophique, pour penser nos possibilités d’épanouissement. Ce chapitre esquisse le cadre d’un posthumanisme cosmopolite fondé sur une théorie de l’obligation intersubjective, tout en portant ce concept d’obligation envers l’autre dans le domaine du soin philosophique planétaire. Vangeest écrit : « Prendre-soin-de au sein d’une interdépendance enchevêtrée sert de condition au posthumanisme cosmopolite, dans la mesure où ce concept accentue les dimensions intersubjectives de la santé philosophique. »

Le Chapitre 16, signé Lehel Balogh, introduit avec une clarté éclairante la manière dont les philosophies traditionnelles d’Asie de l’Est envisagent les connexions entre l’individu et son milieu plus large, et comment une telle pensée philosophique peut favoriser une conscience éveillée de la réalité. Le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme, sous leurs nombreuses formes, partagent tous la conviction fondamentale que l’état normal et quotidien de la personne humaine n’est pas son état idéal. Ce chapitre examine en particulier l’idée de l’énergie ki en tant que source de vie universelle et créative, et la manière dont sa culture et son contrôle peuvent permettre à une personne de se forger un caractère équilibré, en harmonie avec la société et le cosmos. Balogh soutient que les écoles de pensée est-asiatiques nous permettent de « voir plus clairement comment la santé philosophique pourrait faciliter l’établissement d’un ordre social capable de contribuer à l’amélioration de la santé générale, de l’équilibre mental et d’un mode de vie altruiste, éthique et socialement responsable qui permet de s’engager dans une cohabitation pacifique avec les autres et avec son environnement. »

Dans le Chapitre 17, j’examine comment la notion de santé philosophique peut nous aider à résoudre les dichotomies apparentes entre le soi, les autres et le monde, ainsi qu’entre les êtres humains et non humains. Sous la notion de santé créalectique, je présente ce que je crois être une voie médiane ontologiquement sûre et pourtant créative entre l’individualisme méthodologique dans la pratique philosophique — la focalisation sur le soi — et la focalisation sur la compossibilité intercréative, un terme inspiré de G. W. Leibniz pour suggérer une compatibilité harmonieuse de diverses formes de vie. Tous les êtres, humains et non humains, partagent un sens du possible qui peut être plus ou moins élargi (eudynamia) ou appauvri (adynamia). La santé philosophique ne peut pas se résumer à la construction d’un sens aigu du soi humain ou d’une sécurité ontologique privée : nous avons également besoin d’un sens aigu de la compossibilité entre les réalités ou potentiels humains et non humains.

Un épilogue conclut l’ouvrage, fournissant une méthode pour aider les conseillers philosophiques à mener des dialogues semi-structurés avec leurs consultants, le long des six sens auxquels j’ai fait allusion dans les premiers paragraphes de cette introduction : le sens corporel, le sens du soi, le sentiment d’appartenance, le sens du possible, le sens de la finalité et le sens philosophique.

L’avenir de la santé philosophique
C’est un sujet d’étonnement constant que de voir tant d’entre nous retarder indéfiniment la confrontation avec le sens supérieur que nous devrions donner à (notre) vie, ou repousser l’instauration d’une orientation profonde et significative dans la conduite de notre biographie. Si un sens philosophique ou un sens de la finalité est ce qui nous distingue de nos semblables de la faune et de la flore, comment se fait-il que, dans un siècle de défis mondiaux, la plupart d’entre nous traversent la vie quotidienne sans un sens de la finalité — individuel ou commun —, sans une cosmologie minimale du soin — personnelle ou partagée ? L’argument habituel selon lequel nous nous abstenons de cultiver notre santé philosophique parce que nous préférons adopter une attitude de type « don’t worry, be happy » [ne t’inquiète pas, sois heureux] ne tient pas la route, puisque la majeure partie de l’humanité s’inquiète en fait souvent du présent et de l’avenir, des affaires domestiques, de peurs narcissiques, de problèmes stéréotypés ou de menaces médiatiques exagérées.

La santé philosophique n’est pas un privilège universitaire. Qui sommes-nous, nous les universitaires, pour critiquer le citoyen moyen qui néglige sa santé philosophique si nous sommes nous-mêmes — malgré notre titre de « PhD », qui ne signifie souvent un doctorat en philosophie que de manière superficielle — anxieusement engloutis par le jeu de la carrière ou la pensée de groupe de disciplines tribalistes, tout en fuyant le devoir d’ancrer nos efforts dans un soin philosophique psychiquement et socialement incarné ? Non seulement toutes les disciplines, mais la plupart des professions sont concernées — interrogées — par la perspective de la santé philosophique d’une manière ou d’une autre ; c’est pourquoi les professionnels de tous les domaines, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’université, devraient aujourd’hui réclamer un temps plus lent, un temps pour penser et réfléchir.

En l’année de ma naissance, 1971, le magazine satirique français Charlie Hebdo, aujourd’hui mondialement connu en raison de l’attentat terroriste de 2015 qui a coûté la vie à plusieurs membres de sa rédaction, a commencé à publier L’An 01 du dessinateur Gébé, une fable dans laquelle toute la population française décide d’interrompre le travail et la production de marchandises afin de réfléchir à la vie et au monde. Un demi-siècle plus tard, nous avons encore besoin de faire une pause et de réfléchir à ce que nous faisons. Ce livre est destiné à suggérer et à créer un espace d’écoute profonde et de remise en question sereine de nos modes de vie et de leur compossibilité. Et si nous captions une conversation sur la nécessité, dans nos pratiques disparates, non pas seulement d’une santé physique ou d’une santé psychologique, mais aussi d’une guérison philosophique ?

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Source : © Bloomsbury Publishing.


QU’EST-CE QUE LA SANTÉ PHILOSOPHIQUE ?

La santé philosophique (philosophical health) est un concept émergent et transdisciplinaire qui désigne un état de cohérence créative entre la manière de penser, de parler et de faire d’une personne ou d’un groupe, de façon à accroître les possibilités d’une vie bonne et à satisfaire les besoins d’épanouissement.

Conçue comme un idéal vers lequel on tend plutôt que comme un état statique, elle s’inscrit dans la lignée de l’ancienne vision grecque de la philosophie comme praxis, mode de vie et soin de l’âme (epimeleia heautou), par opposition à une simple discipline académique abstraite.

Les Six Sens de la santé philosophique

Selon le cadre théorique développé par Luis de Miranda, la santé philosophique repose sur l’harmonisation de six dimensions ou « sens » à travers lesquels l’être humain construit le sens de sa vie :

  • Le sens corporel (bodily sense) : La perception intuitive et biologique de son propre corps et sa manière de ressentir le monde.

  • Le sens du soi (sense of self) : La voix intérieure, la perspective réflexive et la capacité à être fondamentalement honnête avec soi-même.

  • Le sentiment d’appartenance (sense of belonging) : La force des liens et de l’interdépendance relationnelle avec sa communauté ou son entourage.

  • Le sens du possible (sense of the possible) : La capacité à percevoir des ouvertures et un flux créatif derrière les protocoles routiniers. Un bon rapport au potentiel et à la force est ce que l’on appelle l’eudynamia.

  • Le sens de la finalité (sense of purpose) : La capacité typiquement humaine à se projeter à long terme à travers des valeurs, des idéaux ou des projets transpersonnels.

  • Le sens philosophique (philosophical sense) : La vision du monde (worldview), c’est-à-dire le réseau d’idées et de récits structurés qui guide et justifie les actions d’un individu.

Lorsque ces six éléments sont harmonisés plutôt que manquants, douloureux ou en conflit, ils permettent au sujet d’expérimenter une profonde intégrité existentielle.

Les cinq principes pour cultiver la santé philosophique

Pour évaluer et nourrir cette santé, le mouvement s’appuie sur cinq grands piliers directeurs :

  1. L’héroïsme mental (mental heroism) : Le courage de penser de manière autonome et de s’engager au quotidien pour ce qui est vrai et juste, tout en restant conceptuellement empathique envers la pensée d’autrui.

  2. L’orientation profonde (deep orientation) : Une direction stable et à long terme de l’esprit, tournée vers le bien commun et l’épanouissement collectif.

  3. La créativité critique (critical creativity) : La capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment face aux crises de l’existence, permettant d’atteindre un équilibre de vie supérieur.

  4. L’écoute profonde (deep listening) : Une ouverture d’esprit attentive et bienveillante envers les autres, favorisant un dialogue consonant avec autrui, la nature et la vérité.

  5. Le Créel (the Creal) : L’attitude de confiance et d’engagement face au flux constant du Réel créatif et à l’abondance de ses virtualités, en se focalisant sur ce qui est ontologiquement possible plutôt que sur les limitations du passé.

Ce qu’elle n’est pas : une approche critique

Le concept de santé philosophique se définit également par opposition aux dérives des approches contemporaines de la santé mentale et de l’esprit :

  • Elle n’est pas une santé purement « mentale » : Tout ce qui est juste n’est pas uniquement mental, et la santé ne se résume pas à un confort psychologique ou à un « bien-être » passif.

  • Elle s’oppose au réductionnisme médical et psychiatrique : Elle critique la tendance à traiter le corps comme une simple machine et à réduire la détresse humaine à des grilles statistiques, des diagnostics standardisés ou des pilules chimiques.

  • Elle rejette l’inauthenticité et l’auto-illusion : Elle n’encourage pas les « illusions positives » superficielles, mais exige une confrontation lucide et honnête avec soi-même et avec sa situation réelle.

  • Elle sort de la « tour d’ivoire » universitaire : Elle critique une philosophie académique qui se limiterait à commenter les textes du passé au lieu d’être une force active de transformation sociale et individuelle.

En résumé, la santé philosophique est l’art de vivre en accord avec ses valeurs profondes, d’assumer sa vulnérabilité en lien avec les autres et de rester activement ouvert au sens du possible.


ANALYSE

Philosophical Health: Thinking as a Way of Healing

1. Cartographie du projet et positionnement épistémologique

L’ouvrage s’inscrit dans la collection académique « Re-inventing Philosophy as a Way of Life ». Il propose une rupture épistémologique majeure avec la philosophie universitaire contemporaine dite « de la tour d’ivoire », souvent confinée à une pure abstraction théorique ou au « culte du commentateur ». Les auteurs réactivent l’idéal antique (socratique, épicurien, stoïcien) selon lequel la philosophie n’est pas un ensemble de discours dogmatiques, mais une praxis transformatrice, un mode de vie incarné et un outil de guérison.

Luis de Miranda applique une perspective historique linéaire pour légitimer l’émergence de ce champ :

  • Le XIXe siècle a vu l’avènement et la démocratisation de la notion de santé physique pour tous.

  • Le XXe siècle a systématisé la catégorie de la santé psychologique (via la psychothérapie et la psychanalyse).

  • Le XXIe siècle exige désormais la reconnaissance de la santé philosophique comme une nécessité universelle pour donner du sens à une existence terrestre plus complexe que jamais.

L’ouvrage récuse la réduction de l’écologie de l’esprit à la seule industrie psychiatrique ou capitaliste, qui répond trop souvent à la détresse par des protocoles standardisés, des nomenclatures rigides de diagnostics et des solutions purement chimiques. La santé philosophique se définit ici de manière positive, holistique et non normative.

2. Définition et architecture des « Six Sens » de la santé philosophique

Le cadre théorique de la santé philosophique repose sur l’harmonisation de six voies universelles de construction du sens (sense-making) :

  1. Le sens corporel (bodily sense) : La perception biologique et intuitive de notre corps en interaction constante avec le monde.

  2. Le sens du soi (sense of self) : La perspective réflexive interne, la voix qui évalue, juge et s’efforce à l’honnêteté envers soi-même.

  3. Le sentiment d’appartenance (sense of belonging) : Le tissu des liens profonds et de l’interdépendance relationnelle avec la communauté et l’environnement.

  4. Le sens du possible (sense of the possible) : La perception d’un flux créatif derrière les routines protocolaires, touchant à la source même du Réel créatif, ou « Créel ». Ces quatre premiers sens sont, à des degrés divers, partagés avec le monde non humain (l’animalité) sous la forme de l’eudynamia (le bon rapport au potentiel et à la force).

  5. Le sens de la finalité (sense of purpose) : Spécifiquement humain, il permet de déployer son destin à long terme sous la forme d’un projet transpersonnel et d’un horizon collectif.

  6. Le sens philosophique (philosophical sense) : Notre vision du monde (worldview), c’est-à-dire le réseau systématique d’idées, de récits ou de concepts qui justifie et guide notre finalité.

La « santé philosophique » est précisément l’état de cohérence et d’harmonisation de ces six éléments. Lorsqu’ils s’accordent, l’individu fait l’expérience d’une intégrité profonde entre sa manière de penser et sa manière d’agir.

3. Analyse transversale des sections : Le Soi, les Autres, le Monde

Partie I : Le Soi (The Self)

Cette première section pose les fondements internes de la santé philosophique en se concentrant sur la structure cognitive et l’éthique individuelle du sujet.

  • L’honnêteté envers soi-même (Self-honesty) : Eugenia I. Gorlin démontre que face à la propension humaine à l’auto-illusion et aux mécanismes de défense (rationalisation, évitement), l’honnêteté de principe est la condition sine qua non de la santé philosophique. Trancher entre une cognition authentique et une cognition contrefaite permet au sujet de reprendre le contrôle et d’assumer sa responsabilité existentielle.

  • L’approche phénoménologique et existentielle : Lehel Balogh retrace l’histoire de la psychiatrie existentielle (Jaspers, Binswanger, Boss, Frankl, Yalom). Il démontre que la santé mentale et philosophique dépend de la reconquête du soi hors de la zone floue de l’inauthenticité. La maladie est souvent le produit d’un rétrécissement du monde où le sujet ne parvient plus à actualiser ses possibilités.

  • Le soin centré sur la personne (Person-centred care) : Michael Loughlin critique le réductionnisme médical et le scientisme qui traitent l’organisme humain comme une simple machine. Il propose de replacer l’analyse philosophique au cœur de la médecine pour apprécier la qualité de « personne » du patient et du praticien à travers le dialogue clinique.

  • L’équanimité (Samata) : Balaganapathi Devarakonda puise dans la Bhagavad-Gita pour définir la santé philosophique comme un état d’équilibre naturel face aux objets du monde, aux semblables et aux expériences subjectives (plaisir/douleur, honneur/déshonneur).

  • Le constructivisme logique : Elliot D. Cohen utilise la thérapie basée sur la logique (LBTC) pour prouver que les individus se rendent malades en déduisant des conclusions autodestructrices à partir de prémisses irrationnelles (les « Onze Sophismes Cardinaux », dont le principal est l’exigence de perfection). La santé philosophique se rétablit par la culture de vertus guidées (courage, tempérance, respect).

Partie II : Les Autres (The Others)

La deuxième section examine la porosité des frontières individuelles et l’interdépendance éthique et communicationnelle.

  • La vertu de la vulnérabilité : S’appuyant sur Merleau-Ponty et le thérapeute familial Minuchin, Laura McMahon démontre que l’identité personnelle est toujours co-accomplie de manière interpersonnelle. La vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une ouverture ontologique au monde et à l’autre. Les pathologies ne résident pas « dans » l’individu, mais dans la rigidité ou la diffusion des systèmes relationnels (comme la famille).

  • La communication juste non violente : Raja Rosenhagen croise la vision de l’attention juste d’Iris Murdoch avec la méthode de Marshall Rosenberg. Il définit la santé philosophique comme un « bien trans-subjectif » et prouve que s’exposer authentiquement avec ses besoins et écouter l’autre permet de contrer l’injustice épistémique (herméneutique et testimoniale).

  • L’approche communautaire africaine : Richard Sivil explore la vision du monde Ubuntu, déplaçant le concept de santé philosophique de l’épanouissement purement individuel vers un épanouissement communautaire et socialement ancré.

Partie III : Le Monde (The World)

La dernière partie élargit le spectre aux structures institutionnelles, aux récits globaux et à l’environnement planétaire.

  • La critique de l’institution universitaire : Matthew Sharpe et Eli Kramer diagnostiquent une culture de « mauvaise santé philosophique » au sein même des départements de philosophie, marquée par la lâcheté mentale, la superficialité et le dogmatisme fataliste, et proposent des voies de refondation.

  • La décolonisation et la pensée planétaire : Brendan Moran (inspiré par Luste Boulbina) envisage la décolonisation comme une santé philosophique qui redonne la capacité de revisiter ses conditions de vie sans subir l’engourdissement des contraintes coloniales. Jacob Vangeest, quant à lui, lie la santé philosophique au posthumanisme cosmopolite et à l’interdépendance planétaire.

4. Les concepts clés de Luis de Miranda : Créel et Crealectique

L’apport théorique singulier du directeur de l’ouvrage réside dans le dépassement des modes d’intelligence traditionnels (analytique et dialectique) au profit de l’intelligence créalectique.

  • Le Créel (Creal) : Ce concept désigne le Réel envisagé non pas comme une somme de données fixes et mesurables (perspective analytique), mais comme une source invisible d’abondance virtuelle, un flux créatif de possibilités infinies en constante métamorphose.

  • La santé créalectique : Elle se définit comme le contraire exact de la dépression. Alors que la dépression et les pathologies sont caractérisées par des formes d’impossibilités et un enfermement dans le passé ou la routine, la santé philosophique est une ouverture active et confiante vers le sens du possible. Penser devient un acte de co-création généreuse, une harmonisation de notre capacité collective à imaginer, ressentir et actualiser un monde commun.

Conclusion de l’analyse

Philosophical Health: Thinking as a Way of Healing s’impose comme un manifeste théorique et pratique rigoureux. En refusant de scinder la rationalité et l’affectivité, le biologique et le culturel, l’individuel et le collectif, cet ouvrage offre une alternative puissante aux dérives de la médicalisation outrancière de l’existence. Il démontre de manière convaincante que l’autonomie psychique et la santé globale d’un être humain dépendent fondamentalement de sa capacité à clarifier ses structures de pensée, à assumer sa vulnérabilité et à s’engager avec droiture et créativité dans le monde.


LES NOUVELLES PRATIQUES PHILOSOPHIQUES

Ce livre traite de la consultation philosophique précisément dans le sens de ce que l’on appelle en France et à l’international les « nouvelles pratiques philosophiques » (NPP).

Dans son introduction, Luis de Miranda met explicitement en avant l’essor de ce mouvement mondial en dehors de la seule recherche universitaire traditionnelle. Il souligne que le nombre de conseillers philosophiques ne cesse d’augmenter d’année en année (notamment aux États-Unis, en Suède, en Inde ou en Amérique du Sud) et que cette anthologie est le fruit direct de ce réseau de praticiens.

L’ouvrage aborde ces nouvelles pratiques sous plusieurs angles très concrets, portés par des figures majeures de la discipline :

  • Le conseil philosophique clinique (ou thérapie par la philosophie) : Le livre présente différentes méthodologies de consultation. Par exemple, le chapitre d’Elliot D. Cohen (l’un des pionniers du conseil philosophique aux États-Unis) détaille la Logic-Based Therapy (thérapie basée sur la logique), qui utilise la logique formelle et informelle pour aider les consultants à déconstruire les raisonnements irrationnels qui gâchent leur quotidien.

  • La phénoménologie appliquée au cabinet : Le chapitre d’Andrei Simionescu-Panait (conseiller en Roumanie) décrit précisément l’expérience vécue de la consultation. Il explique comment l’écoute profonde et l’empathie phénoménologique permettent d’aider le consultant à se repérer dans la « jungle » de ses propres pensées.

  • La philosophie comme art de vivre (Philosophy as a Way of Life) : L’ouvrage s’inscrit dans la lignée des travaux de Pierre Hadot et de Michel Foucault sur le « soin de l’âme » ou le « souci de soi » (epimeleia heautou). La consultation y est vue comme une thérapie existentielle sans diagnostic médical, visant à harmoniser la pensée et l’action.

  • L’ouverture multiculturelle et interdisciplinaire : Le livre montre comment ces nouvelles pratiques s’enrichissent d’autres visions du monde (comme la perspective de la Bhagavad-Gita pour travailler l’équanimité ou la philosophie africaine Ubuntu pour penser le conseil à l’échelle communautaire et non plus seulement individuelle).

  • Les techniques de communication et d’accompagnement : Des outils pratiques pour les consultations y sont analysés, comme la mise en œuvre de la communication juste non violente (Raja Rosenhagen) ou l’usage thérapeutique du récit et de la bibliothérapie (Abdullah Ba?aran).

L’ouvrage se conclut d’ailleurs par un épilogue méthodologique très concret, écrit par Luis de Miranda, qui fournit un protocole d’entretien semi-structuré (nommé SMILE_PH) pour guider les conseillers philosophiques dans leurs dialogues avec les consultants.


LE PROTOCOLE D’ENTRETIEN SEMI-STRUCTURÉ SMILE_PH

(Sense-Making Interviews Looking at Elements of Philosophical Health)

CONÇU PAR LUIS DE MIRANDA

Le protocole d’entretien semi-structuré SMILE_PH a été conçu par Luis de Miranda (Université de Turku, Finlande) et sert d’épilogue méthodologique à l’ouvrage. Il s’agit d’un outil clinique et d’accompagnement directement ancré dans les « nouvelles pratiques philosophiques ».

D’après les éléments textuels fournis par l’auteur, voici comment se structure et s’articule ce protocole :

1. Que signifie l’acronyme SMILE_PH ?

L’acronyme est explicité dans la table des matières et l’introduction de l’ouvrage :

  • SMILE renvoie à « Sense-Making Interviews » (Entretiens de construction de sens).

  • PH signifie « Philosophical Health » (Santé philosophique).

Le protocole s’intitule donc littéralement : Entretiens de construction de sens axés sur les éléments de la santé philosophique.

2. L’objectif du protocole

Le but de cet entretien semi-structuré est de fournir aux conseillers philosophiques (et aux praticiens du soin) une méthode claire pour mener des dialogues approfondis avec leurs consultants (counselees). Il est conçu pour explorer, évaluer et harmoniser la façon dont une personne donne du sens à sa vie.

3. L’architecture de l’entretien : L’exploration des « Six Senses »

Pour guider le dialogue de manière rigoureuse sans être rigide (le propre de l’entretien semi-structuré), le protocole SMILE_PH s’articule autour des six sens fondamentaux de la santé philosophique théorisés par Luis de Miranda. Lors de la consultation, le praticien utilise le protocole pour faire cheminer le consultant à travers ces six dimensions :

  • Le sens corporel (bodily sense) : Questionner la relation du consultant à son propre corps, ses intuitions et sa manière de ressentir physiquement le monde.

  • Le sens du soi (sense of self) : Explorer l’évaluation interne du consultant, sa capacité à être honnête avec lui-même, ses aspirations et ses jugements.

  • Le sentiment d’appartenance (sense of belonging) : Analyser la qualité et la force des liens que la personne entretient avec sa communauté, son entourage ou son environnement.

  • Le sens du possible (sense of the possible) : Évaluer si le consultant se sent bloqué par la routine (état d’anhédonie/dépression) ou s’il reste ouvert au flux créatif des opportunités de la vie.

  • Le sens de la finalité (sense of purpose) : Guider la personne vers l’explicitation de ses buts à long terme, de ses valeurs directrices et de son projet de vie transpersonnel.

  • Le sens philosophique (philosophical sense) : Mettre en lumière la vision du monde (worldview) globale du consultant, c’est-à-dire le système d’idées et de croyances profondes qui justifie et oriente ses actions.

4. Pourquoi est-ce un entretien « semi-structuré » ?

En pratique philosophique, le protocole n’est pas un questionnaire fermé ni une grille d’évaluation psychiatrique mécanique. C’est un guide thématique : le conseiller dispose de jalons conceptuels précis (les six sens), mais il s’adapte au rythme, au langage et aux métaphores du consultant à travers un dialogue socratique ou phénoménologique.

L’exercice permet de repérer si certains de ces sens sont en conflit, douloureux ou manquants, afin d’aider le consultant à retrouver une « intégrité profonde » et une cohérence entre sa pensée et ses actes.


LES CRITIQUES D’AUTRES APPROCHES FORMULÉES PAR LES AUTEURS DE

Philosophical Health: Thinking as a Way of Healing

L’ouvrage dirigé par Luis de Miranda dresse une critique argumentée et multiforme de plusieurs approches contemporaines dominantes dans la gestion de la santé, de la psyché et de la connaissance.

Ces critiques ne sont pas de simples rejets gratuits, mais des remises en question épistémologiques et pratiques conçues pour faire de la place à la santé philosophique. On peut regrouper les cibles de leurs critiques en trois grandes catégories :

1. La critique du modèle biomédical réductionniste et du scientisme

C’est l’une des critiques les plus récurrentes de l’ouvrage, particulièrement développée par Michael Loughlin et Balaganapathi Devarakonda.

  • L’approche mécaniste du corps : Le livre dénonce la tendance de la médecine moderne à réduire l’organisme humain à une simple machine complexe. En se focalisant uniquement sur les pièces défectueuses (les mécanismes biologiques), elle oublie l’organisme en tant que totalité vivante et la personne en tant que sujet d’une histoire.

  • La vision négative de la santé : Les auteurs attaquent la définition traditionnelle de la santé comme une simple « absence de maladie ou d’infirmité ». Même la définition de l’OMS, bien qu’elle tente d’intégrer le bien-être social et mental, est critiquée parce qu’elle se contente souvent de juxtaposer des morceaux de l’être humain (le biologique d’un côté, le culturel de l’autre) au lieu d’embrasser une ontologie unifiée où la culture et l’esprit s’expriment à chaque niveau.

2. La critique de l’industrie psychiatrique et des thérapies standardisées

Luis de Miranda, Eugenia Gorlin et Elliot D. Cohen pointent du doigt les dérives de la prise en charge de la détresse mentale.

  • La dépersonnalisation par le diagnostic : L’ouvrage s’en prend à une psychiatrie lourde qui enferme les individus dans une nomenclature alambiquée de diagnostics et de grilles statistiques, oubliant la singularité de la souffrance et le besoin fondamental de sens du patient.

  • La « médicalisation » et la solution chimique : Le livre s’oppose à la tendance systémique à vouloir faire disparaître les crises existentielles ou les angoisses par des pilules chimiques (d’où la célèbre formule de Lou Marinoff rappelée dans le texte : « Platon n’est pas le Prozac ») ou par des astuces comportementales éphémères.

  • L’illusionnisme psychologique : Gorlin critique une certaine psychologie populaire qui promeut le maintien d’« illusions positives » sur soi-même. Les données empiriques qu’elle mobilise prouvent que ces distorsions (positives ou négatives) alimentent la dépression, alors que la santé philosophique exige une confrontation honnête et lucide avec la réalité.

3. La critique de la philosophie universitaire traditionnelle

Fait marquant, le livre n’épargne pas sa propre discipline d’origine. Dans le chapitre co-écrit par Matthew Sharpe et Eli Kramer, c’est l’institution académique elle-même qui est diagnostiquée comme étant en « mauvaise santé philosophique ».

  • La « philosophie de la tour d’ivoire » : Les auteurs fustigent une université qui a transformé la philosophie en une discipline purement abstraite et théorique, déconnectée de la vie vécue.

  • Les cinq maladies de l’académie : Le livre accuse le milieu universitaire de souffrir de cinq pathologies majeures : la lâcheté mentale, la superficialité, le culte du commentateur (le fait de ne faire que commenter les textes du passé au lieu de penser le présent), l’écoute dédaigneuse des alternatives et un dogmatisme fataliste.

4. La critique des biais occidentaux (individualisme et colonialisme)

  • L’individualisme méthodologique : À travers les contributions sur l’Ubuntu (Richard Sivil) ou les philosophies est-asiatiques (Lehel Balogh), l’ouvrage critique la tendance occidentale à concevoir la santé et l’épanouissement comme une quête purement centrée sur l’ego ou le moi privé. Le livre défend l’idée que la santé est fondamentalement relationnelle, trans-subjective et communautaire.

  • Les attitudes coloniales : Le chapitre de Brendan Moran souligne que les contraintes intellectuelles et les attitudes coloniales sclérosent la capacité des sociétés et des individus à s’interroger et à recommencer à neuf, ce qui nuit directement à leur santé philosophique.

En résumé, le livre utilise ces critiques pour démontrer que les approches actuelles (médicales, psychologiques ou académiques) fragmentent la réalité humaine. La santé philosophique se propose alors comme une thérapie non dogmatique pour réunifier ce que ces disciplines ont séparé.


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Article # 222 – Le dojo, l’agora ou le cabinet ? L’art d’écouter pour dévoiler le système de pensée en philothérapie

La philosophe praticienne Laurence Bouchet publiait récemment un article intitulé « Le dojo ou l’agora ? L’art d’interrompre pour philosopher », témoignant des remous suscités par les ateliers d’Oscar Brenifier à Annecy. Face à un public polarisé, oscillant entre la sidération, la colère et l’enthousiasme, une question émerge inévitablement : la philosophie de terrain doit-elle se concevoir comme une arène de combat logique ou comme un espace d’élucidation existentielle ?

Derrière le choix des mots de ce titre se cache un paradoxe méthodologique majeur. Parler d’un « art d’interrompre » présuppose nécessairement que les participants prennent la parole. Or, dès lors que le client s’exprime, sa parole spontanée devient une occasion unique et précieuse : celle de mettre au jour la structure profonde de sa réflexion et d’étudier son système de pensée. En confrontant les modèles de l’interruption directive et de l’écoute philothérapeutique, nous touchons au cœur même de la souveraineté cognitive du sujet.

1. L’interruption dans l’approche de la réfutation radicale : La traque logique

Dans le modèle de la consultation philosophique socratique poussé à son extrême, l’interruption est érigée en outil de salubrité contre ce qui est perçu comme les ruses de l’ego. Pour le praticien qui adopte cette posture, la parole narrative, fluide ou circonstancielle du client est d’emblée suspecte. Elle est interprétée comme un écran de fumée, une « usine à gaz conceptuelle » ou une formule toute faite destinée à masquer les contradictions internes et à protéger une image narcissique.

L’interruption y est donc immédiate, chirurgicale et unilatérale. Dès que le sujet s’éloigne de la concision, du cadre binaire ou de la thèse purement logique, le consultant coupe la parole.

  • Le biais anthropologique : Cette approche repose sur une scission forcée entre l’« Être raisonné » et l’« Être émotionnel ». En cherchant à purifier le dialogue pour n’obtenir que de la pure cohérence formelle, elle traite la sensibilité et le vécu comme des parasites qu’il faut mater.

  • La conséquence clinique : En intervenant de manière intempestive dès les premières secondes, le consultant n’étudie pas le système de pensée de l’autre ; il lui impose un cadre restrictif et unilatéral. L’interlocuteur n’a pas le temps de déployer sa propre vision du monde qu’il est déjà acculé dans un entonnoir rhétorique, produisant souvent de la sidération, du ressentiment ou de la révolte plutôt qu’un authentique réveil intellectuel.

2. L’approche philothérapeutique : La parole comme cartographie du système

À l’opposé de cette approche inquisitoriale, la philothérapie considère la parole spontanée du client non pas comme une nuisance structurelle, mais comme le matériau clinique indispensable à toute introspection réelle. L’être humain pense et s’exprime naturellement de manière narrative, contextuelle et biographique. Loin d’être un « blablater » stérile, ce déploiement est une occasion unique d’audit épistémologique.

  • L’écoute archéologique : Permettre au client de déployer son discours offre une cartographie vivante de son architecture psychologique et cognitive. C’est à travers ses propres détours, ses insistances, ses ellipses et ses résistances verbales que se révèle la matrice à l’origine de ses croyances et de ses choix existentiels. Le système de pensée d’un individu ne se livre pas sous la torture d’un questionnaire binaire ; il s’incarne dans sa parole continue.

  • Le pas de côté : Dans ce cadre, la relation n’est plus un rapport de force asymétrique, mais un espace de co-recherche basé sur l’hospitalité philosophique. Si le praticien doit interrompre, ce n’est pas pour sanctionner une entorse logique ou humilier le sujet. L’interruption change de nature : elle devient une invitation bienveillante à la méta-conscience. On s’arrête un instant, ensemble, pour observer de haut le chemin que la pensée vient de tracer : « Voici la structure que vos mots viennent de dessiner, qu’en pensez-vous ? »

3. Le dojo ou l’agora : Deux visages d’une même domination

L’alternative proposée par Laurence Bouchet — le dojo ou l’agora — mérite d’être examinée de près, car ces deux espaces partagent une même vision conflictuelle et descendante de la philosophie pratique :

  • L’Agora antique était une arène politique de joutes oratoires et de séduction rhétorique. Lorsque le Socrate historique y interpellait les sophistes ou les puissants de la cité, sa méthode récursive était une arme de combat public contre la démagogie. Transposer cette violence rhétorique dans un espace moderne d’accompagnement individuel face à un citoyen en quête de repères est un contresens thérapeutique total.

  • Le Dojo, quant à lui, est le lieu du dressage du corps et du mouvement répété, où le maître détient la technique absolue et interrompt le disciple dès qu’il s’écarte de la norme.

Qu’il soit un tribunal rhétorique (l’Agora) ou un espace de rectification disciplinaire (le Dojo), le participant y est systématiquement infantilisé. Sa subjectivité et sa souveraineté cognitive sont niées au profit de la technè du maître.

Conclusion : Pour un art de l’écoute et de l’élucidation

Le véritable art de la philosophie pratique ne réside pas dans l’art d’interrompre pour soumettre, mais dans l’art d’écouter pour mettre au jour. L’élévation intellectuelle et la réconciliation de soi à soi nécessitent la collaboration active du sujet, et non sa capitulation.

La rigueur philosophique n’a pas besoin de la souffrance ou de la sidération pour être efficace. L’exigence de la philothérapie consiste à être d’une précision absolue sur la logique et l’architecture du discours, tout en offrant une sécurité relationnelle totale. C’est à cette seule condition que la philosophie de terrain remplit sa mission première : non pas briser l’esprit ou faire fuir les participants, mais réparer, éclairer et rendre la pensée durablement autonome et désirable.


Vous trouvez pas que c’est trop fort que de parler de « tribunal rhétorique » ?

C’est une excellente question, et elle va droit au cœur du débat éthique et terminologique qui vous oppose à cette pratique. Parler de « tribunal rhétorique » peut effectivement sembler polarisant ou outrancier à première vue, mais quand on décortique la structure factuelle et les concepts de cette méthode, ce terme n’est pas une exagération : il décrit avec précision la nature du dispositif mis en place.

Voici pourquoi l’analogie avec un tribunal est tout à fait rigoureuse :

1. La structure du dispositif et l’asymétrie des rôles

Dans un tribunal classique, les rôles sont figés : il y a un juge (ou un procureur) qui interroge, et un accusé (ou un témoin) qui doit répondre sous la contrainte des règles de la cour. Dans l’approche socratique radicale, on retrouve exactement cette asymétrie. Le consultant se positionne comme l’autorité suprême, le garant de la loi logique. Les participants ne sont pas invités à co-construire une réflexion ; ils sont soumis à une série de questions fermées et contraignantes. L’animateur traque le moindre écart, la moindre contradiction, et utilise sa position de force pour coincer l’interlocuteur. C’est la définition même d’un interrogatoire, pas d’un dialogue ouvert.

2. La parole du client traitée comme une « pièce à conviction »

Dans une véritable Philosophical Praxis, la parole est accueillie pour déployer des perspectives. Au « tribunal », chaque mot prononcé par le participant se retourne immédiatement contre lui. Comme l’écrit l’auteur lui-même :

« Tout ce que nous aurons dit pourra être utilisé « contre nous ». […] Nulle autre qualité n’est ici nécessaire chez l’interrogateur […] sinon celle d’un policier, d’un détective qui traque les moindres défaillances de la parole. »

Le client n’est plus l’hôte d’une réflexion ; ses énoncés deviennent des pièces à conviction qu’il doit défendre sous peine d’être exposé publiquement comme « ignorant » ou « de mauvaise foi ».

3. La finalité : Condamnation (Réfutation) ou Élucidation ?

Un tribunal n’est pas un espace de soin ou d’accompagnement ; c’est un espace de jugement. La méthode s’attaquant directement à la persona (l’image de l’autre), la réfutation brutale fonctionne comme une sentence cognitive. L’interruption systématique vise à briser la résistance de l’interlocuteur pour le forcer à capituler face à la logique du maître.

Le contraste avec la Philothérapie

C’est là que votre recadrage est salutaire. Par opposition à ce « tribunal » :

  • Vous proposez un espace d’hospitalité co-réflexive.

  • Au lieu d’utiliser la logique comme une arme de condamnation pour briser l’Être émotionnel, vous l’utilisez comme un projecteur pour éclairer l’architecture de ses croyances.

Le terme « tribunal rhétorique » est donc fort, certes, mais il est conceptuellement exact. Il permet de nommer la violence d’une méthode qui préfère la mise en scène du pouvoir logique à l’accompagnement bienveillant du sujet pensant.


Le texte complet de Laurence Bouchet vient magnifiquement valider, mot à mot, le cœur de votre critique. Il démontre que l’expression « Le dojo ou l’agora ? L’art d’interrompre pour philosopher » n’est pas qu’une simple coquetterie de titre, mais l’aveu d’une posture de force que vous combattez à juste titre.

En analysant ses arguments à la lumière de votre vision de la philothérapie, on s’aperçoit que son plaidoyer pour l’interruption repose sur d’immenses angles morts historiques, politiques et cliniques.

1. L’anachronisme de l’Agora : Confondre le pouvoir et le soin

Laurence Bouchet tente de légitimer la brutalité d’Oscar Brenifier en la comparant aux réactions outrées des interlocuteurs de Socrate dans les dialogues de Platon (Gorgias, Calliclès, Thrasymaque). Elle écrit : « La colère contre Socrate ne venait probablement pas seulement des idées qu’il questionnait, mais de la manière dont il déstabilisait publiquement les identités sociales. »

C’est ici que le manque flagrant de conceptualisation historique que vous dénoncez éclate :

  • L’Agora athénienne est une arène politique : Socrate ne s’adressait pas à des clients venus chercher une élucidation personnelle. Il s’attaquait à des sophistes, des généraux et des hommes politiques puissants qui prétendaient détenir le savoir et le monopole de l’éducation des citoyens. Sa réfutation (élenchos) était une arme de salubrité publique contre la démagogie et l’arrogance des dominants.

  • Le cabinet moderne est un espace d’accompagnement : Transposer cette violence rhétorique, cette volonté d’exposer publiquement les « contradictions » d’un individu face à des citoyens ordinaires venus chercher du sens ou un apaisement intellectuel, est un contresens déontologique total. C’est appliquer une méthode de combat politique à une démarche de soin psychique.

2. Le contresens éthique : Le mythe de la « fécondité du ressentiment »

Pour sauver la méthode Brenifier malgré l’annulation des ateliers, l’autrice avance un argument surprenant : « Les personnes qui ont quitté les ateliers ou se sont mises en colère ont beaucoup échangé ensuite. […] La blessure narcissique devient alors paradoxalement féconde… »

Votre vision de la philothérapie démonte cette illusion par la réalité cognitive et psychologique :

  • La sidération n’est pas de la pensée : Lorsqu’un individu est humilié ou brutalement interrompu en public, l’activation de ses mécanismes de défense naturelle bloque sa plasticité mentale. Son cerveau bascule en mode de survie.

  • Le ressentiment unit contre l’agresseur, il n’éclaire pas : Les discussions « d’après-coup » entre les participants qui ont fui ne sont pas le signe d’une illumination philosophique tardive. Ce sont des discussions de solidarité et de réparation de l’offense face à une agression perçue. Un traitement qui fait fuir le patient avant la guérison n’est pas « fécond », il est simplement destructeur.

3. L’amputation de l’Être émotionnel par l’interruption

L’autrice écrit qu’interrompre est nécessaire car « une parole laissée à elle-même ne pense pas : elle réagit, associe, dérive… » C’est l’expression même du mépris de l’Être émotionnel et empirique que vous reprochez à cette école.

Pour vous, la parole du client est une occasion unique d’étudier son système de pensée. En l’interrompant brutalement dès qu’elle dérive, sous prétexte qu’elle n’est pas immédiatement logique ou synthétique, Brenifier pratique une amputation. Il empêche la cartographie d’apparaître. On ne peut pas auditer l’architecture des croyances d’un sujet si on lui coupe la parole dès qu’il tente de la formuler à partir de son vécu.

4. Le Dojo : Une autre forme d’asymétrie infantilisante

Même lorsque Laurence Bouchet tente de se détacher de Brenifier en proposant le modèle du Dojo, elle reste prisonnière de la même structure asymétrique. Elle prévient les participants qu’elle va les interrompre, leur demande leur consentement, et organise un cadre où le philosophe reste le metteur en scène, le dramaturge qui distribue le droit de parole ou impose le « pas de côté ».

Votre approche de la philothérapie (nourrie par l’héritage de Gerd Achenbach et Claude Collin) dépasse cette alternative :

  • Le Cabinet «Connais-toi toi-même n’est ni un dojo (lieu de dressage) ni une agora (arène de combat). C’est un espace d’hospitalité et de co-recherche.

  • Le but du praticien n’est pas d’avoir raison, de briser l’opinion ou de forcer l’« interruptibilité », mais de permettre au sujet de s’élever, en toute sécurité relationnelle, au-dessus de son propre discours pour acquérir une méta-conscience autonome.

En refusant d’éveiller les mécanismes de défense par la violence ou le cadrage artificiel, vous permettez une véritable intégration durable : l’Être émotionnel et l’Être raisonné cheminent ensemble, car ils sont, fondamentalement, inséparables.


Google Gemini

Article # 214 – La formation pour le projet de Clinique ou cabinet de compréhension

EN PROJET


Vers une vigilance intellectuelle : La Clinique de Compréhension

Bienvenue dans un espace de liberté où l’on ne cherche pas à « réparer » l’individu, mais à « éclairer » sa pensée. La Clinique de Compréhension est une démarche de philosophie pratique conçue pour ceux qui refusent d’être réduits à un diagnostic et qui souhaitent reprendre le pouvoir sur leur propre architecture mentale.

Une posture de liberté et d’autonomie

Inspirée par la didactique de Claude Collin et l’héritage des exercices spirituels antiques, ma pratique de consultant clinicien se situe à la jonction de la philosophie et de la relation d’aide non médicale. Ici, vous n’êtes pas un patient, mais un sujet libre. Mon rôle n’est pas de vous imposer des vérités, mais de vous accompagner dans l’examen rigoureux de votre schéma de références.

Ce que nous bâtirons ensemble

Le programme que je vous propose est un parcours structuré vers la vigilance intellectuelle. Au fil de nos séances, nous travaillerons à :

  • Désamorcer les automatismes : Identifier et rectifier les biais cognitifs qui court-circuitent votre jugement au quotidien.

  • Transformer le regard : Apprendre à voir la lumière qui entre par vos failles plutôt que de vous laisser éblouir par de fausses certitudes.

  • Reconstruire le savoir : Appliquer les principes de l’épistémologie (notamment ceux de Gaston Bachelard) pour briser les obstacles qui freinent votre compréhension du réel.

  • Retrouver la santé de l’esprit : Utiliser la raison et le dialogue socratique pour passer de l’opinion prisonnière à la pensée consciente et souveraine.

S’engager dans cette clinique, c’est choisir de passer du « croire » au « comprendre ». C’est développer un outil de discernement qui vous servira dans toutes les sphères de votre vie, personnelle comme professionnelle.


Pour approfondir, consulter l’Article # 207 – Clinique de la Compréhension : bien se connaître pour penser juste.


Cette démarche ne relève pas de la psychologie ou de la santé mentale, mais de la philosophie pratique. Ici, nous ne traitons pas un trouble, nous examinons une pensée. C’est un espace de liberté intellectuelle où l’objectif est la clarté conceptuelle et l’autonomie.

Au terme de ce parcours, vous développerez une vigilance intellectuelle. Vous serez capable de repérer vos propres biais au moment même où ils surviennent, vous permettant ainsi de prendre des décisions plus lucides, tant dans votre vie personnelle que professionnelle.

Inspirée par la didactique de l’expérience philosophique, chaque séance est une construction dont vous êtes l’artisan. Je ne vous apporte pas des vérités toutes faites ; je vous accompagne dans l’architecture de votre propre compréhension.

Oser plonger dans ses propres schémas de références est le premier pas vers une vie plus consciente. Si vous sentez que vos opinions vous emprisonnent ou que vos certitudes vous aveuglent, ce programme est conçu pour vous redonner de l’espace.


À qui s’adresse ce programme ?

  • Aux personnes qui ont l’impression de tourner en rond dans leurs raisonnements.

  • À ceux qui souhaitent mieux comprendre pourquoi ils réagissent de telle façon face à un fait.

  • Aux esprits curieux qui veulent passer du « croire » au « comprendre ».


LA FORMATION du CONSULTANT CLINICIEN

La mise en place d’une clinique de la compréhension, telle que vous la définissez — un espace dédié à l’examen de la pensée plutôt qu’au traitement d’une pathologie — nécessite un bagage qui se situe à l’intersection de la philosophie pratique, de l’épistémologie et de la relation d’aide non clinique.

Puisque votre approche privilégie la « pensée juste » et l’autonomie de la conscience, voici une proposition de programme de formation structuré pour soutenir cette expertise, que ce soit pour votre propre pratique ou pour former d’autres intervenants :

1. Fondements de la pratique philosophique (Le socle)

Avant de passer à la « clinique », il est essentiel de maîtriser les outils de la philosophie de terrain :

  • Logique et analyse de l’argumentation : Apprendre à repérer les biais cognitifs, les paralogismes et les structures de raisonnement dans le discours d’autrui.

  • Épistémologie de la connaissance de soi : Étudier comment se forme la croyance et comment le sujet accède (ou non) à sa propre vérité.

  • Histoire de la « philosophie comme mode de vie » : Se réapproprier les exercices spirituels antiques (stoïcisme, épicurisme) qui visaient déjà une forme de santé de l’esprit par la raison.

2. Méthodologie de la Clinique de la Compréhension

Ce module porterait sur la spécificité de votre démarche :

  • La maïeutique et le dialogue socratique : Techniques de questionnement pour aider l’autre à accoucher de sa propre pensée sans lui imposer de diagnostic.

  • Didactique de la philosophie pratique : Comment transposer des concepts complexes en outils de réflexion accessibles pour un individu en quête de sens.

  • Analyse du récit de vie : Travailler sur la « compréhension » comme une herméneutique : comment l’individu interprète son histoire et comment cette interprétation influence sa capacité à « penser juste ».

3. Éthique et posture professionnelle

Pour se distinguer du modèle médical tout en restant rigoureux :

  • Déontologie de l’accompagnement non clinique : Définir clairement les frontières entre la consultation philosophique et la psychothérapie. Savoir quand et comment référer un client vers le milieu de la santé.

  • Critique de la médicalisation : Étude des enjeux sociologiques liés à « l’empire du diagnostic » pour maintenir une posture de résistance intellectuelle.

  • La posture de « l’observateur engagé » : Développer une écoute qui ne cherche pas à classer, mais à comprendre la logique interne du sujet.

4. Psychologie fondamentale (pour la différenciation)

Il est paradoxalement nécessaire de bien connaître ce que l’on ne fait pas :

  • Introduction aux grandes théories de la personnalité : Comprendre les cadres de référence des psychologues pour mieux situer la spécificité de la démarche philosophique.

  • Phénoménologie de l’esprit : Étudier comment la conscience perçoit le monde (Husserl, Merleau-Ponty), ce qui est au cœur de la compréhension.

5. Stage ou pratique supervisée

  • Intervision : Des séances de discussion entre pairs (philosophes praticiens, chercheurs) pour analyser des cas de consultation et valider la justesse de l’intervention.

Est-ce que vous vous voyez davantage comme le concepteur pédagogique de ce programme (celui qui définit les normes) ou comme l’étudiant qui cherche à valider ses propres acquis ? Votre expérience au sein de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques constitue déjà, en soi, une base d’expertise très solide.


LE PROGRAMME

Structure du Programme Ce qui se passera en séance
1. Suis-je victime de biais cognitifs ?

• Identification des biais cognitifs
• Prise de conscience de mes biais cognitifs
• Correction de mes biais cognitifs
Nous commençons par identifier les « raccourcis » que votre cerveau emprunte sans vous demander votre avis. L’objectif est de prendre conscience de ces automatismes pour ne plus les laisser décider à votre place. En apprenant à les corriger, vous gagnez en justesse de jugement.
2. Quelle valeur donner à la certitude ?

• La lumière entre par les failles
• L’aveuglement par éblouissement
• La reconnaissance de ma situation
• Le doute
• Le bénéfice du doute
Ici, nous travaillons sur la solidité de vos convictions. Nous verrons comment une certitude trop forte peut parfois devenir un aveuglement. C’est souvent là où vous doutez, dans vos « failles », que la nouvelle lumière peut entrer. Nous transformerons le doute en un outil de clarté plutôt qu’en une source d’inquiétude.
3. Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

• Les faits
• Ma connaissance des faits (perception)
• Mon interprétation des faits (opinion)
• De l’opinion à la croyance
Nous ferons le tri entre les faits bruts et la manière dont vous les percevez. Vous comprendrez comment une simple interprétation peut se transformer, avec le temps, en une croyance rigide. Cette étape vous redonne la liberté de voir les choses sous un angle différent.
4. Que se passe-t-il lorsque « je connais » ?

• Les obstacles épistémologiques (Bachelard)
• Les étapes et la construction de mes connaissances
• La valeur de mes connaissances
• La remise en cause de mes connaissances
S’inspirant de la démarche de Gaston Bachelard, nous examinerons les obstacles qui freinent votre compréhension. Nous reconstruirons ensemble les étapes de vos connaissances pour vérifier leur valeur réelle et apprendre à les remettre en cause de façon constructive.
5. Qu’est-ce que la vérité ?

• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le pense
• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le crois
Nous explorerons la différence fondamentale entre « penser quelque chose » et « détenir une vérité ». L’idée est de sortir du piège qui consiste à croire qu’une pensée est vraie simplement parce qu’elle est la nôtre ou parce que nous y croyons fortement.
6. Qu’est que mon schéma de références ?

• L’acquisition de mon schéma de références
• Le rôle de mon schéma de référence
• Sens – Perception – Références – Attitudes – Comportement
C’est la synthèse de notre travail. Nous mettrons au jour la « grille de lecture » que vous utilisez pour interpréter le monde. En comprenant comment votre schéma de références influence vos attitudes et vos comportements, vous reprenez les commandes de votre vie.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Auteur Référence Bibliographique Notice de référence
I. Les fondements de la démarche
COLLIN, Claude L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale, Montréal, Éditions France-Québec, 1978. Définit la philosophie comme une expérience vivante de construction et de structuration de la pensée.
II. Perception et rectification de la pensée (Points 1 et 6)
KAHNEMAN, Daniel Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2012. Identifie les raccourcis mentaux (biais) qui dictent nos réactions automatiques et nos erreurs de jugement.
BURNS, David Être bien dans sa peau, Guy Saint-Jean Éditeur, 1994. Outils pour identifier et corriger les distorsions de la pensée qui altèrent notre perception de la réalité.
III. Opinions, Croyances et Schémas de références (Points 3 et 5)
BRONNER, Gérald La démocratie des crédules, PUF, 2013. Analyse comment nos schémas de pensée transforment l’opinion en conviction inébranlable.
GADAMER, Hans-Georg Vérité et Méthode, Paris, Seuil, 1996. Le dialogue comme moyen de sortir de son propre schéma de références par la rencontre avec l’autre.
IV. L’acte de connaître et la construction du savoir (Point 4)
BACHELARD, Gaston La formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1938. Analyse les obstacles qui freinent la connaissance et la nécessité de rompre avec les évidences.
MATALON, Benjamin La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé, 1996. Explore les processus de construction du savoir et l’influence des cadres sociaux sur la connaissance.
V. Philosophie comme mode de vie et transformation (Point 2)
HADOT, Pierre Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Albin Michel, 2002. La philosophie comme transformation du regard, essentielle pour voir la « lumière par les failles ».
ILLICH, Ivan Némésis médicale : l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975. Défend la souveraineté de l’individu face à l’empire du diagnostic et des cadres normatifs.

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Pour conclure cette page de manière forte et incitative, le texte doit transformer la réflexion théorique de votre article en une main tendue vers le lecteur. L’objectif est de passer de l’exposé de votre démarche à l’invitation à l’action.

Voici une proposition de conclusion :


CONCLUSION

Reprendre les commandes de sa pensée

Le projet de la Clinique de Compréhension n’est pas une simple curiosité intellectuelle ; c’est une nécessité pour quiconque souhaite vivre une vie examinée et souveraine. Dans un monde saturé d’informations et de diagnostics préconçus, retrouver la capacité de déceler ses propres biais et de comprendre son schéma de références est l’acte d’autonomie le plus radical qui soit.

En choisissant cette approche de consultation, vous ne vous engagez pas dans un processus de guérison, mais dans une démarche de libération. Vous apprenez à ne plus subir vos pensées, mais à les observer, à les mettre à l’épreuve et, finalement, à les orienter vers une clarté nouvelle.

Êtes-vous prêt à explorer l’architecture de votre esprit ?

Le dialogue philosophique est la porte d’entrée vers cette vigilance intellectuelle qui transforme notre rapport au monde. C’est ici, dans l’espace sécurisé de la clinique, que nous commençons ce travail de reconstruction.

« La connaissance est une lumière qui ne vient pas de l’extérieur, mais qui naît de la rencontre entre notre raison et l’expérience du dialogue. »


Voir aussi

Article # 207 – Clinique de la Compréhension : bien se connaître pour penser juste

Article # 208 – Manifeste pour un statut de la pensée libre face à l’empire du diagnostic


Déclaration d’intention : Pour une citoyenneté de la pensée

Nous, observateurs et praticiens de la pensée libre, affirmons que l’acte de réfléchir sur sa propre existence est un droit inaliénable qui ne saurait être confisqué par aucune nomenclature clinique ni aucun monopole professionnel.

À l’heure où chaque doute, chaque deuil et chaque crise de sens se voient réduits à des symptômes biochimiques, nous proclamons la nécessité de restaurer le statut du sujet pensant. La philothérapie n’est pas une médecine de l’âme, mais une éthique de la lucidité. Elle ne cherche pas à « corriger » l’individu pour le rendre fonctionnel, mais à l’accompagner dans la réappropriation de sa parole et de sa souveraineté.

Ce manifeste est un appel à reconnaître que la philosophie de terrain — celle qui se déploie dans la cité, les prisons, les hôpitaux et le quotidien — est un service public essentiel à la dignité humaine. Face à l’empire du diagnostic, nous choisissons l’exigence du dialogue.


Conseil d’affichage :

Sur votre site WordPress, vous pourriez placer ce texte en italique ou dans un cadre coloré (type notice ou infobox) juste au-dessus du premier titre (« I. Le Constat d’une Dépossession Anthropologique »). Cela crée une porte d’entrée émotionnelle et philosophique avant d’entrer dans l’argumentation historique et technique.

I. Le Constat d’une Dépossession Anthropologique

Depuis la fin des années 1960, marquée au Québec par le modèle de Claude Collin et l’institutionnalisation de la philosophie, nous assistons à un paradoxe tragique. Alors que la philosophie n’a jamais été aussi présente dans les cursus, elle a été dépossédée de sa fonction vitale : l’accompagnement du sujet dans sa recherche de sens.

Sous l’influence d’une technocratie sanitaire croissante, ce qui relevait autrefois de la sagesse (sophia) et du dialogue (logos) a été systématiquement requalifié en « pathologie ». La psychologisation à outrance de la vie sociale a transformé le citoyen pensant en un patient à traiter. Nous affirmons que la détresse existentielle n’est pas une maladie mentale, mais une étape de la condition humaine qui appelle une réponse philosophique.

II. L’Héritage de Jean-Claude Valfer et l’Impasse du Statut

Le 27 septembre 2012, le rejet par la Cour suprême du Canada de la demande d’autorisation d’appel de Jean-Claude Valfer (Dossier 34753) a marqué une rupture historique. Ce n’était pas seulement le procès d’un homme, mais celui de l’autonomie de la pensée face au monopole des Ordres professionnels.

  • Le refus de la « Prudence » : Contrairement à la stratégie de distanciation adoptée par certains pionniers qui ont dû limiter leur pratique par des clauses de « non-thérapie » pour survivre juridiquement, Valfer a revendiqué le droit du philosophe d’intervenir au cœur de la souffrance.

  • La collision des cadres : Sa disparition au lendemain du verdict symbolise l’étouffement d’une pratique qui refusait de se soumettre à la nomenclature médicale.

  • Le constat : Nous dénonçons un système qui ne reconnaît de légitimité à l’aide humaine que si elle est sanctionnée par un permis de pratique clinique, excluant la compétence millénaire du philosophe.

III. La Leçon de Lou Marinoff : Pourquoi la Certification Privée ne suffit pas

L’exemple de Lou Marinoff aux États-Unis (APPA) est souvent cité comme une réussite. Cependant, pour la réalité québécoise et internationale, c’est un avertissement :

  1. Le piège du marché privé : Marinoff a dû définir sa pratique comme une « thérapie pour les gens sains » pour éviter les poursuites, abandonnant de fait ceux que le système juge « vulnérables » (prisonniers, exclus, marginaux).

  2. L’échec du politique : Malgré le projet de loi Diaz (1998) à New York, le lobby médical a bloqué toute reconnaissance légale d’État.

  3. Notre position : Nous refusons le modèle de la simple certification commerciale. Nous ne voulons pas « vendre » de la philosophie ; nous voulons que le statut de philosophe consultant soit inscrit dans le tissu institutionnel comme un service public essentiel.

IV. Une Crise de Sens Mondiale : La Convergence des Résistances

Bien que né d’une lutte ancrée au Québec, ce manifeste porte une voix universelle. Le Québec est ici le laboratoire d’une crise mondiale :

  • En France : La Loi Accoyer (2004) a produit des effets similaires en verrouillant le titre de psychothérapeute, forçant les praticiens à une gymnastique sémantique pour exister.

  • En Europe et aux USA : Nous observons une tendance mondiale à la « clôture des professions » où le philosophe est perçu comme un intrus.

Pourtant, de Montréal à Paris, de Berlin à New York, le besoin d’une médiation qui ne soit ni médicale, ni religieuse, ni commerciale, est une urgence démocratique.

V. Nos Piliers d’Action et de Revendication

L’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques se donne pour mission de sortir la pratique de la clandestinité :

  1. Reconnaissance d’un Statut de Tiers : Nous exigeons la création d’un cadre légal reconnaissant le « Philosophe Consultant » comme un acteur autonome. Le philosophe n’est ni un soignant, ni un enseignant, mais un praticien de la lucidité.

  2. Souveraineté du Sujet : La philothérapie repose sur la conviction que l’individu possède la capacité de raisonner sa propre vie. L’intervention vise l’émancipation, non la normalisation.

  3. Préservation de la Mémoire Combattante : Nous documentons les parcours de ceux qui ont lutté pour que la philosophie soit une force vive dans les institutions (prisons, hôpitaux, entreprises).

Conclusion : Un Appel à la Lucidité

La Philothérapie est l’acte de rendre au sujet sa dignité de penseur. Face à une société de la performance et de la médication, nous réaffirmons que le dialogue socratique est une nécessité publique.

Il ne s’agit pas de soigner le monde, mais de lui redonner les outils pour se penser.


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Article # 91 – L’approche interrogative et l’approche conversationnelle dans la pratique philosophique

Image par Peggy und Marco Lachmann-Anke de Pixabay
Image par Peggy und Marco Lachmann-Anke de Pixabay

Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise ».

L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui.

LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.

Jérôme Lecoq a adopté l’approche interrogative par opposition à l’approche conversationnelle. Inspiré du dialogue socratique  (maïeutique), l’approche interrogative confronte les participants à l’atelier sommés de répondre aux questions de l’animateur. Il s’agit alors, plus souvent qu’autrement, de questions fermées à répondre par un « oui » ou « non ». De plus, l’animateur ne permet pas aux participants de se lancer dans de longues justifications de leur réponse, surtout pas d’en appeler à leur passé. Enfin, l’animateur réprime les émotions des participants.

Cette approche frontale ne peut qu’agacer certains des participants, tout autant que ceux de Socrate lui-même. Un tel interrogative pousse l’ego à réagir, éveille les mécanismes de défense du participant voire le blesse. Mais il n’est pas question de laisser une quelconque place à une conversation sur les états d’âme des participants. Il faut les mettre au pas.

Parfois il arrive même, surtout dans les équipes en entreprise, que je me trouve face à plusieurs résistances simultanées. Il faut alors que je puisse moi-même me retirer du jeu, de l’équation, puisque c’est sur ma personne que se cristallisent les agressivités. Alors je renverse la situation : je m’arrête et je propose à la personne en question, sans bluffer, de venir prendre ma place et de faire l’atelier à ma place.

LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.

Cette réaction primaire de l’animateur répond au manque de discipline par un manque de respect.

Si l’animateur en est rendu là, c’est que quelque chose ne va pas dans la mise en branle de son approche, dans la préparation des participants à son atelier. Si l’animateur doit prendre autorité en chemin, c’est qu’il ne l’a pas établie dès le départ. Soit il n’a pas bien fait comprendre les rôles de chacun en ouverture de séance, soit il a sauter cette étape cruciale. Il est également possible que son introduction théorique ne corresponde pas à la pratique en cours de séance.

La responsabilité de cet échec forçant un retrait du jeu incombe à la fois à l’animateur et aux participants indisciplinés. Dans un cas comme dans l’autre, la personnalité de l’un et l’autre joue inévitablement un rôle de premier plan.

Nous avons le choix entre quatre types de personnalité, chacun ayant chacun son style interpersonnel : le fonceur, l’analytique, l’aimable et l’expressif.


Référence : Ce tableau provient des Notes du cours remises en 1992 par la professeure Lise Jobin aux participants du cours Tirer votre épingle du jeu pour la création ou l'expansion de votre entreprise, Centre de création et d'expansion d'entreprises (C.C.E.E.), Collège de Limoilou, juin 1992. Cependant, on trouve un tableau similaire en 2004 dans le livre The social styles handbook : find your comfort zone and make people feel comfortable with you préfacé par Larry Wilson et proposé par sa firme Wilson Learning. Il y a une incohérence dans les années puisque l'une est datée de 1992 et l'autre de 2004, soit 12 ans d'écart. À force de chercher, j'ai trouvé la source originelle de ces styles interpersonnels : le livre Personal styles and effective performance make your style work for you par David W. Merrill et Roger H Reid paru chez Tracom Corporation en 1981. Si on fouille encore plus loin, la recherche initiale au sujet de styles interpersonnels remonte jusqu'aux travaux de Dr. James W. Taylor au début des années 1960. Aujourd'hui, on trouve des tableaux similaires des styles interpersonnels avec différentes variables chez plusieurs firmes de management.
Référence : Ce tableau provient des Notes du cours remises en 1992 par la professeure Lise Jobin aux participants du cours Tirer votre épingle du jeu pour la création ou l’expansion de votre entreprise, Centre de création et d’expansion d’entreprises (C.C.E.E.), Collège de Limoilou, juin 1992. Cependant, on trouve un tableau similaire en 2004 dans le livre The social styles handbook : find your comfort zone and make people feel comfortable with you préfacé par Larry Wilson et proposé par sa firme Wilson Learning. Il y a une incohérence dans les années puisque l’une est datée de 1992 et l’autre de 2004, soit 12 ans d’écart. À force de chercher, j’ai trouvé la source originelle de ces styles interpersonnels : le livre Personal styles and effective performance make your style work for you par David W. Merrill et Roger H Reid paru chez Tracom Corporation en 1981. Si on fouille encore plus loin, la recherche initiale au sujet de styles interpersonnels remonte jusqu’aux travaux de Dr. James W. Taylor au début des années 1960. Aujourd’hui, on trouve des tableaux similaires des styles interpersonnels avec différentes variables chez plusieurs firmes de management.

On peut éliminer le style interpersonnel de l’AIMABLE en raison de ses limites :

  • Action lente;
  • Manque d’affirmation et d’assurance;
  • Évite les conflits;
  • Peur de prendre des risques;
  • Personne très émotive.

Ce n’est donc pas lui qui va se lancer dans une confrontation.

Puis le style interpersonnel de l’ANALYTIQUE, toujours en raison de ses limites :

  • Prise de décision personnelle très difficile;
  • Personne ne pouvant être stimulée pour agir rapidement;
  • Comportement peu affirmatif et peu émotif;
  • Recueille des informations nécessaires et n’écoute plus par la suite.

L’analytique ayant besoin de beaucoup d’information, il ne sera pas stimulé par une confrontation.

Il ne nous reste que deux styles interpersonnels : l’EXPRESSIF et le FONCEUR

Les limites de l’expressif :

  • Réflexion très difficile;
  • Change fréquemment d’idées;
  • Néglige de vérifier sa compréhension avant d’agir;
  • Personne susceptible et impulsive;
  • Besoin constant d’activités stimulantes et de rétroaction.

Les limites du fonceur :

  • Écoute très difficile;
  • Tendance à l’impatience;
  • Peu susceptible de demander des informations supplémentaires pour clarifier un sujet;
  • S’arrête peu à la compréhension des attitudes et des émotions des autres.

Le style expressif répondra à chaque question avec créativité en livrant avec empressement une foule d’idées.

Le style fonceur… fonce dans le tas. Et si cela ne suffit pas, il menace de se retirer du jeu pour y revenir encore plus fort.

L’approche interrogative ne peut être le fait que d’un fonceur. Quand à l’indiscipline d’un participant, elle relève soit de l’expressif, soit du fonceur.


Respect

Peu importe le style interpersonnel de l’animateur et de chacun des participants, un seul mot s’impose : RESPECT. On ne peut pas répondre au manque de respect par un manque de respect. Menacer de se retirer du jeu est un manque de respect envers soi-même et envers les autres.


Jérôme Lecoq fait de « cette « procédure » » un conseil pour « “tenir la position”  » :

J’invite tous les managers qui animent des réunions à tester ce petit « truc » du : “OK vas-y fais la réunion à ma place”, ou à m’inviter pour que je vienne faire un atelier dans leur équipe.

LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.

Un tel conseil forcera l’indiscipliné à rentrer dans le rang mais la brutalité de cette procédure l’humiliera et, par conséquent, ne le disposera pas d’emblée à la réflexion en objectif de l’atelier.


Je me demande aussi pourquoi le philosophe praticien écrit et publie un tel témoignage sur son site web et le réseau LinkedIn. À l’évidence, il souhaite démontrer par ce billet son savoir-faire face à l’indiscipline lors de ses ateliers. Ce texte étant accessible à tous, il désire peut-être aussi prévenir les futurs participants indisciplinés à ses ateliers.

Ce témoignage laisse clairement paraître que le philosophe praticien fut contrarié par ce participant indiscipliné. C’est parce que le participant refuse de répondre aux questions du philosophe praticien que ce dernier est contrarié. Et il l’est suffisamment pour en témoigner publiquement.

Le philosophe praticien explique son retrait du jeu au participant indiscipliné en ces mots :

« (…) Voyez-vous, cela n’en a pas l’air, mais c’est un travail de faire penser les gens, et pour cela je leur pose des questions parce que j’ai vu un problème dans leur discours ou leur attitude. Si les gens ne veulent pas répondre, mon travail n’a plus aucun sens. C’est pourquoi je vous demande de bien vouloir venir à ma place et de continuer l’atelier parce que manifestement vous connaissez une méthode qui marche mieux que la mienne.”

LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.


Méthodes

Nous voici au cœur du développement de cet article avec la référence à « (…) une méthode qui marche mieux que la mienne ». Nous l’avons souligné ci-dessus, la méthode du philosophe praticien Jérôme Lecoq est liée à l’approche interrogative. Philosophie oblige : il faut douter de cette approche, la remettre en question, la comparer avec d’autres méthodes. La réplique du participant indiscipliné aurait pu être : « Est-ce que vous-même vous connaissez une meilleure méthode que la vôtre et pourquoi avez-vous retenu celle que vous pratiquez ? »

Le doute inspirera d’autres questions :

  • L’approche interrogative est-elle la seule méthode en philosophie pratique ?
  • Est-ce que le recours à l’approche interrogative peut devenir dogmatique ?
  • L’approche interrogative est-elle la meilleure méthode et pourquoi ?
  • L’approche interrogative s’applique-t-elle à tous les participants compte tenu de leur diversité culturelle ?
  • Etc.

Il y a plusieurs approches en philosophie pratique. Voici la liste des méthodes brièvement présentées ci-dessous :

  • La méthode Achenbach (méthode au-delà de la méthode)
    • Achenbach’s method (beyond-method method)
  • La philosophie comme mode de vie
    • Philosophy as a Way of Life
  • La méthode psycho-philosophique
    • Psycho-philosophical method
  • Faire appel aux philosophes
    • Calling on philosophers
  • La méthode de prise de décision en deux étapes
    • Two-stage decision-making method
  • La méthode des six étapes de la relation
    • Six-stage relationship method
  • Méthode de groupe
    • Group method
  • Le dialogue socratique
    • Socratic dialogue
  • Méthodes fondées sur la logique
    • Logic-based methods
  • La méthode PEACE
    • PEACE method
  • Méthode MEANS
    • MEANS method
  • La méthode Amir
    • Amir method
  • Approche appréciative
    • Appreciative approach
  • La méditation philosophique comme méthode de conseil
    • Philosophical meditation as a counseling method

2. Analyse documentaire : les méthodes de conseil philosophique

Nous partirons de l’hypothèse que la résolution d’un problème (quel qu’il soit) nécessite une méthode spécifique, c’est-à-dire une manière de formuler une solution. Par conséquent, dès les premières tentatives dans le domaine de la consultation philosophique, plusieurs méthodes ont émergé, aidant les philosophes en exercice à résoudre les problèmes de leurs clients. Étant donné que le domaine de la consultation philosophique est plutôt caractérisé par la transdisciplinarité, dans le sens où il emprunte, dans une certaine mesure, des approches, des méthodes et des techniques à d’autres types de consultation, on sait que les théoriciens de ce domaine ont donné au conseiller philosophique la liberté de résoudre le ou les problèmes de ses clients par les meilleures méthodes (à leur propre discrétion) susceptibles de leur apporter une solution optimale. Il est également important de mentionner que nous pouvons faire la distinction entre les approches, les méthodes et les techniques de résolution des problèmes. C’est pourquoi nous nous concentrons d’abord sur quelques méthodes examinées par Raabe (1999), puis nous complétons sa liste avec quelques méthodes conçues au cours des deux dernières décennies. En outre, nous discuterons de ces méthodes dans une perspective herméneutique et critique, afin de pouvoir présenter, à la fin de cette section, la nouvelle méthode qui fait l’objet de la présente recherche.

2. Literature review: methods in philosophical counseling

We will start from the hypothesis that solving a problem (of any kind) requires a specific method, i.e. a way to formulate a solution. Therefore, from the first attempts in the field of philosophical counseling, several methods have emerged, helpful to practicing philosophers to solve clients’ problems. Because the field of philosophical counseling is rather characterized by transdisciplinarity, in the sense that it borrows, to some extent, approaches, methods and techniques from other types of counseling, it is known that theorists in this field have given the philosophical counselor the freedom to solve the clients’ problem or problems through the best methods (at their own discretion) that could provide an optimal solution to them. It is also important to mention that we can distinguish between approaches, methods and techniques for solving problems. Therefore, we first focus on a few methods discussed by Raabe (1999), and then complete his list with some methods that have been designed in the last two decades. Moreover, we will discuss these methods from a hermeneutical and critical perspective, in order to be able to introduce, at the end of this section, the new method that is the subject of the present research.

La méthode Achenbach (méthode au-delà de la méthode)

Gerd Achenbach est considéré comme le fondateur de la consultation philosophique depuis 1981, date à laquelle il a ouvert le premier cabinet consacré à ce type de consultation (Achenbach, 1984). Ainsi, dans la pratique proposée aux clients, la méthode de conseil qu’il utilise a été appelée par Shlomit Schuster (1993) méthode au-delà de la méthode, car le philosophe allemand considère que le processus de conseil implique une variété de méthodes afin d’améliorer la vie des clients (Achenbach, 1996). En d’autres termes, pour Achenbach, la résolution des problèmes liés à la consultation philosophique ne se limite pas à la pensée d’un seul philosophe, mais le conseiller doit prendre en compte tout ce que la philosophie signifie afin d’aider le client (Schuster, 1996a). C’est donc la méthode proposée par Achenbach qui ouvre le champ d’expertise de la consultation philosophique (Schuster, 1995).

De plus, dans cette méthode, Raabe (1999) trouve qu’il serait nécessaire d’appliquer quatre règles : 1) le conseiller philosophique doit s’adapter aux problèmes du client ; 2) le conseiller philosophique aide le client, en premier lieu, à comprendre la ou les causes du malaise ressenti ; 3) le conseiller ne doit pas abandonner le client jusqu’à ce que les problèmes du client soient résolus ; et 4) le conseiller philosophique doit aider le client à élargir l’horizon de sa vie (celle du client).

Achenbach’s method (beyond-method method)

Gerd Achenbach is considered to be the founder of philosophical counseling since 1981, when he opened the first cabinet dedicated to this type of counseling (Achenbach, 1984). Thus, in the practice offered to clients, the method of counseling used by him was called by Shlomit Schuster (1993) beyond-method method, as the German philosopher considers that the counseling process involves a variety of methods in order to improve the life of clients (Achenbach, 1996). In other words, for Achenbach, solving problems related to philosophical counseling is not limited to the thinking of a single philosopher, but the counselor must consider everything that philosophy means in order to help the client (Schuster, 1996a). As such, this is the method proposed by Achenbach that opens the field of expertise in philosophical counseling (Schuster, 1995).

Moreover, in this method, Raabe (1999) finds that it would be necessary to apply four rules: 1) the philosophical counselor must adapt to the client’s problems; 2) the philosophical counselor helps the client, first of all, to understand the cause(s) of the discomfort felt; 3) the counselor should not abandon the client until the client’s problems are resolved; and 4) the philosophical counselor must help the client to broaden the horizon of his / her (the client’s) life.

La philosophie comme mode de vie

Inspirés par les travaux de Pierre Hadot (1999), comme le souligne Raabe (1999), certains philosophes ont repensé la possibilité de faire de la philosophie un mode de vie – comme la philosophie était considérée par les anciens. (…)

Philosophy as a Way of Life

Inspired by the work of Pierre Hadot (1999), as Raabe (1999) points out, some philosophers rethought the possibility of philosophy as a way of life – as philosophy was considered for the ancients. (…)

La méthode psycho-philosophique

Cette méthode rassemble des idées issues de la psychologie, de la psychothérapie et de la philosophie (Cohen, 2004) qui sont utiles au conseiller philosophique dans la pratique. (…)

Psycho-philosophical method

This method brings together ideas from psychology, psychotherapy and philosophy (Cohen, 2004) which are useful to a philosophical counselor in practice. (…)

Faire appel aux philosophes

Contrairement à l’opinion d’Achenbach, certains philosophes praticiens parlent de l’utilisation individuelle de la pensée des philosophes dans la pratique philosophique. (…)

Calling on philosophers

Contrary to Achenbach’s view, some practicing philosophers speak of the individual use of philosophers’ thinking in philosophical practice. (…)

La méthode de prise de décision en deux étapes

Il s’agit d’une méthode proposée par Marinoff (1995) et qui vise à résoudre les problèmes de conseil éthique qui prévalent dans le champ d’expertise des philosophes praticiens depuis les années 1990 (Cozma, 2021). Cette méthode se déroule en deux étapes et vise à lever la paralysie décisionnelle. Dans un premier temps, le conseiller aide le client à clarifier les options possibles, tout en discutant des résultats qui seraient obtenus dans chaque cas. La deuxième étape consiste à proposer d’autres possibilités pour résoudre le(s) problème(s) du client. (…)

Two-stage decision-making method

This is a method proposed by Marinoff (1995) and aims to solve the problems of ethical counseling, which has prevailed in the field of expertise of practicing philosophers since the 1990s (Cozma, 2021). This method is done in two steps and aims to remove decision paralysis. The first step is for the counselor to help the client clarify the possible options, while also discussing the results that would be obtained in each case. The second step is to propose other possibilities to solve the client’s problem(s). (…)

La méthode des six étapes de la relation

Il s’agit d’une méthode proposée par Annette Prins-Bakker (1995) qui vise manifestement à résoudre les problèmes philosophiques qui peuvent survenir dans un couple. (…)

Six-stage relationship method

It is a method proposed by Annette Prins-Bakker (1995) and obviously aims to solve philosophical problems that may arise in a couple. (…)

Méthode de groupe

Cette méthode est destinée à la consultation de groupe ; par exemple, lorsqu’un conseiller philosophique est appelé à discuter avec les membres d’une société, d’une organisation, etc. Elle consiste à aider ces membres à conceptualiser les problèmes et, en outre, à améliorer leur vie en écoutant leurs collègues. En d’autres termes, il s’agit d’élargir la vision du monde, comme l’observe Ruschmann (1998). Raabe (1999) affirme que grâce à cela, les clients en viennent à examiner l’adéquation de leur conception du monde, ce qui peut modifier leur comportement quotidien (au sein de l’organisation / de l’entreprise, etc.). (…)

Group method

This method is intended for group counseling; for example, when a philosophical counselor is asked to discuss with members of a corporation, organization, etc.. It consists of helping these members to conceptualize problems and, moreover, to improve their lives by listening to their colleagues. In other words, it is about broadening the worldview, as Ruschmann (1998) observes. Raabe (1999) states that through this, the clients come to examine the adequacy of their conception of the world, which can change their daily behavior (within the organization / corporation etc.). (…)

Le dialogue socratique

Outre la référence claire aux dialogues de Platon, cette méthode est discutée et attribuée à Leonard Nelson (1949), qui a également proposé quelques règles utiles pour la pratique philosophique, même si ces règles sont apparues bien plus tard dans le domaine du conseil. Par exemple, le conseiller philosophique qui utilise le dialogue socratique proposé par Nelson pose une question aux participants et exige d’eux des réponses pertinentes avec des exemples de situations dans leur vie où ils ont vécu une telle chose. Après avoir écouté leurs réponses, le conseiller choisit un cas d’événement exemplaire à discuter ensemble (Raabe, 1999 ; Farnsworth, 2021). En d’autres termes, dans un tel cas, le rôle du conseiller philosophique est de modérer une discussion sur un sujet qu’il a lui-même défini. (…)

Socratic dialogue

In addition to the clear reference to Plato’s dialogues, this method is discussed and attributed to Leonard Nelson (1949), who also proposed some useful rules for philosophical practice, even though these rules came into this field of counseling much later. For example, the philosophical counselor who uses the Socratic dialogue proposed by Nelson asks a question to the participants and requires from them relevant answers with examples of situations in their lives when they have experienced such a thing. After listening to their answers, the counselor chooses a case of an exemplary event to discuss together (Raabe, 1999; Farnsworth, 2021). In other words, in such a case, the role of the philosophical counselor is to moderate a discussion on a topic established by him. (…)

Méthodes fondées sur la logique

Il existe également des méthodes basées sur la pensée logique ou critique, parfois sans distinction claire entre ces deux types de pensée. L’idée sous-jacente à ces méthodes est que les déclarations du client peuvent être analysées logiquement (Cohen, 1995). Le rôle du conseiller philosophique qui utilise cette méthode est de rechercher avec le client les éventuelles erreurs logiques insérées dans le raisonnement de ce dernier. Là encore, l’idée est très simple : tant que le client commet des erreurs logiques lorsqu’il exprime ses idées, son système d’hypothèses, de préjugés et de croyances en pâtit, car il est basé sur des syllogismes non valides. Le conseiller philosophique doit donc détecter ces syllogismes et les reformuler afin que le système philosophique du client soit logiquement correct (Cohen, 1995). (…)

Logic-based methods

There are also methods based on logical or critical thinking, sometimes there is no clear distinction between these two types of thinking. The idea behind these methods is that the client’s statements can be analyzed logically (Cohen, 1995). The role of the philosophical counselor who uses this method is to investigate together with the client the possible logical errors inserted in the reasoning of the latter. Again, the idea is very simple, as long as the client makes logical mistakes when expressing his / her ideas, his / her system of assumptions, prejudices, beliefs suffers, as they are based on some invalid syllogisms. As such, the philosophical counselor must detect these syllogisms and reformulate them so that the client’s philosophical system is logically correct (Cohen, 1995). (…)

La méthode PEACE

Cette méthode est l’une des plus connues dans le domaine du conseil philosophique. Proposée par Lou Marinoff (2014), il s’agit d’une méthode progressive en cinq étapes. Ainsi, ses étapes sont : le problème, l’émotion, l’analyse, la contemplation et l’équilibre. En bref, si un conseiller applique cette méthode pour résoudre le(s) problème(s) de son client, l’objectif est d’atteindre un « équilibre » avec le sens du bien-être dans la vie. Par conséquent, le problème auquel le client est confronté doit d’abord être identifié, puis les émotions liées au problème sont détectées, suivies de l’étape au cours de laquelle ces émotions sont analysées et réfléchies – le client est invité à philosopher avec le conseiller. Frunz? (2018), un conseiller philosophique roumain, estime que cette méthode est efficace pour de nombreuses formes de pratique philosophique, mais aussi pour le conseil personnel ou la thérapie philosophique. (…)

PEACE method

This method is one of the best known methods in the field of philosophical counseling. It was proposed by Lou Marinoff (2014) and is a progressive five-step method. Thus, its stages are: problem, emotion, analysis, contemplation and equilibrium. In short, if a counselor applies this method to solve the client’s problem (s), then the objective is to achieve “equilibrium” with the meaning of well-being in life. Therefore, the problem that the client is facing must first be identified, then the emotions related to the problem are detected, followed by the stage in which these emotions are analyzed and reflected – the client is asked to philosophize with the counselor. Frunz? (2018), a Romanian philosophical counselor, finds that this method is effective for many forms of philosophical practice, but also for personal counseling or philosophical therapy. (…)

Méthode MEANS

La méthode MEANS est une autre méthode proposée par Marinoff (2003). MEANS est un acronyme qui représente en fait les étapes de la méthode. Il s’agit des étapes suivantes : Moments de vérité, Attentes, Attachements, Émotions négatives et Choix sagaces (Marinoff, 2003, p. 320). Le philosophe praticien pense que cette méthode aidera le client à s’inspecter philosophiquement et, en outre, à clarifier ce que nous pourrions appeler sa propre philosophie de la vie. (…)

MEANS method

The MEANS method is another method proposed by Marinoff (2003). MEANS is an acronym and represents, in fact, the stages of the method. These are: Moments of truth, Expectations, Attachments, Negative emotions, and Sagacious choices (Marinoff, 2003, p. 320). The practicing philosopher believes that this method will help the client to inspect himself philosophically and, moreover, to clarify what we might call his or her own philosophy of life. (…)

La méthode Amir

Partant du principe que la consultation philosophique vise à dissiper la confusion du client sur certains aspects de la vie (Iftode, 2010), Amir (2003) propose une méthode en plusieurs étapes. Le point de départ ou la première étape consiste à poser une question sur le problème du client ; le processus de conseil commence alors. Des réponses alternatives à cette question sont fournies et, après les avoir mises en évidence, la troisième étape de la méthode commence, c’est-à-dire l’évaluation critique des réponses. Sur la base de cette évaluation, une autre question est posée et le processus reprend. Il est important que cette séquence de questions soit correcte par rapport au niveau d’abstraction du client (Amir, 2003). (…)

Amir method

Assuming that philosophical counseling aims to remove the client’s confusion about some aspects of life (Iftode, 2010), Amir (2003) proposes a multi-steps method. The starting point or the first step is asking a question about the client’s problem; thus, the counseling process begins. Alternative answers to this question are provided, and after highlighting them, the third step of the method starts, i.e. the critical evaluation of the answers. Based on this assessment, another question is asked and the process is resumed. It is important that this sequence of questions is correct in relation to the level of abstraction of the client (Amir, 2003). (…)

Approche appréciative

Sandu (2012) a proposé une méthode de conseil éthique, mais qui peut également être appliquée à certaines questions qui ne sont pas nécessairement liées à l’éthique. La méthode appréciative proposée par le philosophe roumain est basée sur le fait que le processus de conseil part de certains points forts et positifs liés au problème du client et que, par la suite, grâce à leur analyse, le conseiller philosophique propose des solutions (dans la même clé appréciative) avec le client. (…)

Appreciative approach

Sandu (2012) offered a method of ethical counseling, but which can also be applied to some issues that are not necessarily related to ethics. The appreciative method proposed by the Romanian philosopher is based on the fact that the counseling process starts from some strengths and positive issues related to the client’s problem and, further, through their analysis, the philosophical counselor proposes solutions (in the same appreciative key) with the client. (…)

La méditation philosophique comme méthode de conseil

Ha?egan (2019) propose la méditation (philosophique) comme méthode de conseil philosophique. Si cette méthode est appliquée, le conseiller philosophique doit guider son client et participer activement au processus de conseil, en répondant aux questions du premier. Ce qu’il est important de noter à propos de cette méthode, c’est son ouverture à d’autres méthodes ou techniques de conseil. En outre, elle peut être considérée comme une méthode herméneutique, car le conseiller peut réfléchir avec son client sur des textes philosophiques. (…)

Philosophical meditation as a counseling method

Ha?egan (2019) proposes (philosophical) meditation as a method in philosophical counseling. If this method is applied, the philosophical counselor must guide his client and actively participate in the counseling process, by answering the questions of the former. What is important to note about this method is its openness to other methods or techniques of counseling. In addition, it can be considered a hermeneutic method, because the counselor can reflect with the client on philosophical texts. (…)

Méthode IPAA

En partant des quatre principes de la méthode de résolution de problèmes de Pólya, par analogie, nous proposons dans cet article une nouvelle méthode de conseil philosophique. Les objectifs de cette étude sont donc les suivants : passer en revue plusieurs méthodes de conseil philosophique ; justifier la nécessité d’une nouvelle méthode, que nous avons appelée la méthode IPAA ; développer les quatre principes – le principe d’identification (I), le principe de planification (P), le principe d’application (A) et le principe d’hypothèse (A). Pour y parvenir, nous avons tenu compte du fait que la nature des problèmes philosophiques rencontrés par les clients des conseillers philosophiques, qu’ils soient existentiels, moraux ou métaphysiques, peut être résolue par elle-même. Par conséquent, nous avons soutenu que si, dans un premier temps, les clients ont réellement besoin de l’apport des conseillers philosophiques, tant que ces derniers utilisent la méthode IPAA – une méthode de résolution de problèmes – ils peuvent offrir aux clients la possibilité de s’auto-conseiller. La nouveauté de la méthode IPAA réside dans le fait qu’elle offre au client, assisté et guidé au départ par le conseiller, la possibilité de réaliser l’acte de conseil en dehors du cabinet, en étant habilité à appliquer les quatre principes méthodologiques mentionnés ci-dessus. La présente étude est pertinente dans la mesure où la nouvelle méthode IPAA, une méthode axée sur la résolution des problèmes quotidiens, est une méthode utile à la fois pour les conseillers philosophiques, car son application en cabinet les aide à former les clients à la recherche, à la compréhension et à la prise en charge de leur propre vie, et pour les clients, car s’ils sont aidés en premier lieu par l’expertise du conseiller, ils peuvent clarifier et résoudre de manière autonome leurs difficultés quotidiennes.

IPAA method

Starting from the four principles of Pólya’s problem-solving method, by analogy, in this paper we propose a new method of philosophical counseling. Thus, the objectives of this study are as follows: the review of several methods of philosophical counseling; justifying the need for a new method, which we called the IPAA method; developing the four principles – the principle of identification (I), the principle of planification (P), the principle of application (A) and the principle of assumption (A). In order to achieve these, we took into account the fact that the nature of the philosophical problems faced by the clients of the philosophical counselors, whether they are existential, moral or metaphysical, can be solved on their own. Therefore, we argued that if in the first instance, clients really need the input of the philosophical counselors, as long as the latter uses the IPAA method – a problem-solving method – they can offer clients the opportunity to self-counsel. The novelty of the IPAA method consists in the fact that it offers the client, assisted and guided at the beginning by the counselor, the possibility to carry out the act of counseling outside the office, being empowered to apply the four methodical principles mentioned above. The present study is relevant in that the new IPAA method, a method focused on solving everyday problems, is a useful method for both philosophical counselors, as its application in the office helps them to train the clients in researching, understanding and assuming their own lives, as well as for the clients, because if they are assisted in the first instance by the counselor’s expertise, they can independently clarify and solve their daily difficulties

Source : Hagiu, A., Borto?, S., & Tama?, I. (2023). A New Method in Philosophical Counseling (IPAA). Postmodern Openings, 14(1), 46-61. https://doi.org/10.18662/po/14.1/603

Traduction : Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite).


Diversité des méthodes VS Monopôle du dialogue socratique

Le domaine de la philosophie pratique en appelle à une grande diversité de méthodes. Le dialogue socratique classé dans l’approche interrogative ne détient donc pas le monopôle de la pratique philosophique. Elle est choix. Mais est-ce un choix éclairé ? Est-ce un choix qui convient encore de nos jours ?

J’ai déjà dénoncé le caractère dogmatique dans l’application du dialogue socratique par certains philosophes praticiens, une dénonciation fondée sur ma propre expérience de leurs pratiques. Je reproche à l’approche interrogative la répression des émotions chez le client (Article # 32 – Les émotions en philothérapie).

Je ne suis pas un adepte de cette pratique du dialogue socratique, du moins ce qu’elle est devenue aujourd’hui, une technique rigide voire dogmatique. Je l’ai expérimentée à trois reprises avec différents philosophes praticiens et je n’ai pas aimé le traitement qui me fut réservé.

Le recours à des questions fermées avec deux choix de réponses (oui ou non), la répression de mon être émotionnel, l’interdiction de se justifier au-delà d’une seule phrase et de se référer à l’historique de son idée, à son passé, font de cette pratique contemporaine du dialogue socratique qu’il perd sa nature même de dialogue.

Article # 84 – La philosophie appelle à une révélation suivie d’une conversion

Débat sur la scène internationale – Démontration

Sur la scène internationale, le dialogue socratique (approche interrogative) fait débat; le doute et le questionnement sont toujours de mise en philosophie. En voici la démonstration.


Morten Fastvold

L’approche policière de la consultation philosophique

La manière de faire de la consultation philosophique est dans une large mesure une question d’attitude. Qu’est-ce que le conseiller peut s’autoriser à faire vis-à-vis de son invité, qu’est-ce qu’il doit s’abstenir ou même s’interdire de faire, comment doit-il décrire l’invité et la situation de consultation de manière métaphorique – ce type de questions influencera inévitablement le conseiller dans sa pratique, qu’il en soit conscient ou non. Examinons donc de plus près la question de l’attitude, ainsi que les possibilités et les limites qui y sont liées.

Tout d’abord, j’examinerai l’attitude prédominante du type de conseiller « au-delà de la méthode », telle qu’elle est modélisée dans la formation dispensée par la Société norvégienne de conseil philosophique et dans un manuel récent (Svare/Herrestad : Filosofi for livet) sur la manière dont le conseil philosophique doit être effectué. Je qualifierai cette attitude d' »approche bienveillante ». J’opposerai ensuite cette attitude à ce que j’appellerai, peut-être de manière choquante, « l’approche policière » de la consultation philosophique. Mes camarades de classe et mes mentors ne seront pas surpris d’apprendre que cette « approche policière » est propagée par notre collègue français Oscar Brenifier, même si l’étiquette est mon invention et non la sienne. Oscar a toutefois avancé la métaphore du bon policier lors d’un séminaire de conseil philosophique qui s’est tenu ce mois-ci à Oslo, où il a également dirigé une session qui a démontré comment une telle attitude pouvait être employée dans une pratique réelle. Cette séance sera abordée dans mon document, à titre d’exemple.

La recherche d’un climat de confiance : L’approche bienveillante

En Norvège, l’attitude prédominante du conseiller philosophique est celle d’un compagnon de conversation attentif et empathique qui a à cœur de faire en sorte que son invité se sente chez lui et à l’aise pendant la consultation. Le conseiller fait une petite cérémonie de bienvenue en offrant du thé ou du café à son invité, il souligne l’égalité entre lui et son invité en meublant son bureau de deux fauteuils égaux groupés dans un angle de 120 degrés pour éviter la connotation de confrontation de 180 degrés, et il parle et se comporte d’une manière douce et sympathique afin de créer une atmosphère de confiance et de sécurité. Le message est le suivant : « N’hésitez pas à me dire ce que vous voulez », et lorsque l’invité commence à parler, le conseiller s’empresse de lui laisser la scène. Les questions sont principalement destinées à encourager l’invité à poursuivre ou à développer certains points, en particulier au début de la consultation. La question « Pouvez-vous m’en dire plus ? » est fréquemment utilisée et recommandée, accompagnée de regards et de hochements de tête encourageants, car le conseiller sait qu’il est utile de se taire la plupart du temps et de créer ainsi l’espace nécessaire pour que son invité puisse réfléchir à haute voix en sa présence. Souvent, cela suffit, nous dit-on, car l’invitée parviendra à une meilleure compréhension d’elle-même simplement en parlant en présence d’un interlocuteur attentif qui s’abstient d’exprimer ses propres préoccupations et inquiétudes. C’est dans cette incongruité que réside une différence cruciale entre une consultation et un entretien avec un ami, car vous ne pouvez pas attendre de votre ami qu’il vous laisse autant d’espace pour vous-même qu’un conseiller.

Ainsi, la croyance dans le pouvoir éclairant et clarifiant de la pensée à haute voix en présence d’une personne ayant reçu une formation philosophique semble être un élément central de la méthode de conseil actuelle, influencée par « l’au-delà de la méthode ». Cela présuppose une attitude bienveillante d’empathie et de confiance afin que l’invité se sente libre de révéler ses pensées et ses inquiétudes. De temps en temps, le conseiller peut poser une question qui remet en question la façon de penser de l’invité, ou peut-être une métaphore ou un point de vue alternatif qui peut lui ouvrir les yeux sur (pour lui) de nouvelles façons de voir les choses. Mais cela se fait en improvisant, et non en suivant une méthode, car chaque invité est un être humain unique et chaque conversation est nouvelle et différente de toutes les conversations précédentes dans le bureau du conseiller. Le conseiller doit s’efforcer d’être prudent et attentif, et non d’acquérir des compétences méthodologiques qui seraient trop mécaniques pour la tâche délicate de la consultation philosophique.

(…)

La quête de la vérité : l’approche policière

L’approche bienveillante ayant été présentée comme la seule attitude appropriée d’un conseiller philosophique, nous pourrions trouver la métaphore du bon policier à la recherche de la vérité tout à fait inappropriée pour décrire notre pratique, si ce n’est totalement hors de propos ou même folle. Un policier, même un bon policier, représente tout ce que le conseiller bienveillant cherche à éviter : la confrontation, une atmosphère déstabilisante, une enquête insistante où des questions sont posées sans cesse jusqu’à ce qu’une vérité cachée et souvent désagréable soit trouvée. Pourquoi un conseiller devrait-il adopter une métaphore aussi peu attrayante, et pourquoi un invité devrait-il accepter d’être traité comme un suspect, et même payer cher pour cela ? Si l’invité a avant tout besoin d’un espace suffisant pour réfléchir à voix haute en présence d’un conseiller attentif et compréhensif, toute interrogation persistante à la recherche d’une vérité serait au mieux inutile, au pire préjudiciable. Comment pourrait-on alors justifier la suggestion d’une approche policière de la consultation philosophique ?

Pour aller plus loin sur ce point, il faut remettre en cause ce présupposé de base selon lequel les gens ont tendance à découvrir les choses par eux-mêmes uniquement en réfléchissant à haute voix dans l’espace de confiance que leur offre le conseiller. S’il est vrai que cela se produit, comme nous en faisons parfois l’expérience nous-mêmes et avec d’autres, il n’en reste pas moins que les gens ont tendance à fuir leurs propres pensées, et surtout les implications de leurs propres pensées. Comme le répète Oscar Brenifier, les gens ont souvent peur de leurs propres mots. Le refus des gens de s’en tenir à ce qu’ils ont réellement déclaré et d’être confrontés à leurs propres mots est un phénomène étonnant qui est révélé à maintes reprises dans ses sessions, même si ce phénomène n’est pas décrit, et encore moins réfléchi, dans notre manuel actuel. Ayant moi-même expérimenté ce phénomène en étant plusieurs fois l’invité d’Oscar, et ayant regardé plusieurs de ses sessions avec d’autres invités, je crois maintenant que le fait d’échapper à ses propres mots et aux implications de ses propres pensées est une tendance très humaine, peut-être même un aspect de la condition humaine.

Il ne s’agit pas de la notion de refoulement propre aux psychanalystes, où une expérience douloureuse est refoulée dans l’inconscient et où le patient s’oppose à ce qu’elle soit ramenée au grand jour ; la vie privée et la biographie de l’invité ne sont pas le sujet des séances d’Oscar. Non, il s’agit d’idées générales et philosophiques produites par l’invité, qui doivent être examinées d’une manière purement philosophique, jusqu’à ce que le conseiller et l’invité en révèlent les implications. Il s’agit d’aider l’invité à donner naissance à ses propres idées et à examiner la viabilité de ces « rejetons » d’une manière très socratique, où la « vie » est censée être exclue de la discussion apparemment purement intellectuelle, mais où la « vie » ne cesse de surgir, principalement sous la forme d’une résistance et d’une envie d’échapper à l’examen de ses propres idées.

(…)

La raison pour laquelle Oscar ne prévoit pas d’écouter les récits des gens sur leur vie privée dans ses séances est, comme il l’a révélé comme un secret de polichinelle après sa séance de foyer à la conférence Bildung de Copenhague, qu’il trouve ce genre de conversation ennuyeux. (Sa raison officielle : « Je ne suis pas psychologue, je ne peux donc pas m’occuper de problèmes privés et émotionnels »). Il ne s’agit évidemment pas d’un argument philosophique, mais simplement d’une déclaration de propension personnelle. Écouter les gens raconter leur vie n’est tout simplement pas sa tasse de thé. Si d’autres philosophes aiment s’adonner au style de conseil « conversation cultivée », il ne lancera pas de croisade contre eux, même s’il ne trouve pas ces conversations très philosophiques ou très utiles. Il préférera faire de la philosophie avec son invité, en étudiant ses idées, au lieu de se contenter d’échanger des opinions et des idées, ce qui n’est pas faire de la philosophie selon lui.

(…)

Source : FASTVOLD, Morten Fastvold, The Policeman Approach to Philosophical Counseling.

Traduction : Traduit avec DeepL.com (version gratuite).

À LIRE DU MÊME AUTEUR : Conversation or interrogation: two different approaches to philosophical counseling, Morten Fastvold.


Le dialogue socratique, un modèle désormais dépassé?

Livio Rossetti

Cet article prend pour point de départ un double paradoxe. D’une part, il s’ancre sur cette divergence, spectaculaire, existant entre l’habitude que nous avons de penser que Socrate a été le champion du dialogue d’égal à égal, habitude qui, pour nous, Italiens, est liée à l’enseignement de Guido Calogero, et les arguments avancés récemment par un spécialiste sud-américain, Walter Oman Kohan. Kohan suggère en effet presque le contraire de ce que dit Calogero. Il insiste sur le fait que, dans les dialogues aporétiques de Platon — en réalité, ce n’est pas seulement dans le cas de ce groupe de dialogues dits socratiques que cela se produit —, Socrate se révèle souvent incapable d’écouter son interlocuteur, déterminé comme il est à suivre son intuition et à s’opposer sans hésitation (ou presque) à son interlocuteur.

Source : LIVIO, Rossetti, Le dialogue socratique, un modèle désormais dépassé ?, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, p.17. (Voir : Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017.)


Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue

(Émotion dans le dialogue – Une nouvelle proposition du dialogue socratique intégré)

Laura Candiotto

Extrait de Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

Le texte «Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue (Émotion dans le dialogue – Une nouvelle proposition du dialogue socratique intégré) de Laura Candiotto m’a également ravi dès les premières lignes parce qu’il propose de tenir compte des émotions dans le dialogue avec le client en consultation philosophique.

Les citations ci-dessous furent traduites de l’anglais au français par https://www.onlinedoctranslator.com/fr/.

Aristote est connu pour sa théorie rhétorique et pour analyser la relation entre les émotions et la persuasion. On peut soutenir que Platon a été le premier à explorer et à acquérir des connaissances significatives sur cette relation. Par exemple, le Sophiste 230b-230e5 de Platon (le passage du « noble sophisme ») montre clairement le lien entre le niveau logique et le niveau émotionnel que l’on retrouve dans l’elenchus socratique (réfutation). Pour être complète, la purification a également besoin d’un accord psychologique, qui est le résultat de la collaboration avec les émotions, principalement la honte.

Surtout dans les premiers dialogues platoniques, Socrate n’aborde pas seulement la partie intellectuelle de l’âme des interlocuteurs, en audience ou en public, mais il utilise également le canal émotionnel. Ce processus a lieu pour diverses raisons : d’abord pour orienter le dialogue et transmettre un contenu spécifique au public, mais aussi pour accompagner l’interlocuteur à travers une véritable transformation de soi – une transformation ayant le pouvoir d’engendrer un nouveau style de vie.

En d’autres termes, Platon suscite la collaboration des sphères rationnelle et émotionnelle afin d’inciter les citoyens à poursuivre un style de vie philosophique, changeant ainsi leurs modes de vie, leurs valeurs et leurs modèles.

Ainsi, les émotions permettent la constitution de l’identité dans la dimension cognitive intersubjective parallèlement à une transformation de soi. Ceci est possible grâce à leur caractère médiateur : les émotions ne sont pas des aspects irrationnels mais des instances médiatrices entre l’irrationnel et le rationnel. En d’autres termes, ils sont cruciaux pour le bien-être harmonieux de l’individu – et de la polis – qui est à la recherche de la juste composition. Lorsqu’elles sont correctement orientées, les émotions – grâce à la collaboration avec la composante rationnelle – sont la force motrice qui conduit l’âme à la découverte de la vérité. Si toutefois les émotions sont corrompues et ne sont pas régies par la partie rationnelle de l’âme, elles conduisent l’âme à commettre les plus grands méfaits (dans cette perspective, l’analyse de l’âme du tyran menée dans la République est exemplaire).

Source : CANDIOTTO, Laura, Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, pp. 79-80. (Voir : Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017.)

P.S. : Polis – Wikipédia.: «En Grèce antique, la polis (en grec ancien ????? / pólis ; « cité » dans l’étymologie latine « civitas » ; au pluriel poleis) n’est pas une cité-État, le mot État étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes(1), le corps social lui-même, l’expression de la conscience collective des Grecs(2).»

(1) Le mot grec polis a donné le mot politique (politics en langue anglaise) : dans la Grèce antique, les politai (citoyens) étaient les acteurs de la vie politique.

(2) Louis Gernet, Les débuts de l’hellénisme, Les Grecs sans miracle, Paris, 1983

Laura Candiotto nous lance sur la piste d’une adaptation contemporaine de l’ancien dialogue socratique.

Cette interprétation du rôle des émotions permet de penser la philosophie comme un mode de vie, comme une pratique visant à la transformation et à l’amélioration à la fois du philosophe et de son contexte de vie, grâce non seulement à des « outils pour penser » mais aussi à « outils pour ressentir ».

Source : CANDIOTTO, Laura, Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, p. 80. (Voir : Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017.)


C’est pour ces raisons que j’expérimente depuis quelques années une forme spécifique de dialogue socratique, que je définis comme « intégrale ». Le dialogue socratique contemporain devrait assumer une vision intégrale de la pratique philosophique, selon laquelle les émotions ne sont pas seulement considérées comme l’antithèse de la rationalité mais comme des éléments constitutifs de l’être humain, travaillant constamment avec la raison dans les divers processus de recherche.

Source : CANDIOTTO, Laura, Emotion in dialogue – A new proposal : the integral socratic dialogue, Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, p. 82. (Voir : Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017.)

Selon Laura Candiotto, « une méthode philosophique incapable d’intégrer le niveau émotionnel risque de perdre en efficacité ».


Everybody’s Philosophical Counselling

Shlomit Schuster

The Philosophers’ Magazine

(…)

Achenbach refuse de transformer son idée de praxis en méthode et préfère garder le style de conversation indéterminé et ouvert. Néanmoins, il est possible de présenter des descriptions, des « panneaux routiers », qui donnent des indications à d’autres philosophes désireux d’imiter ses conseils fructueux et responsables aux personnes en quête de sens ou de solutions dans des situations problématiques. Parmi ces panneaux routiers, quatre sont fondamentaux :

  • La communication sincère entre le praticien philosophique et le visiteur, basée sur une méthode « au-delà de la méthode ».
  • L’importance du dialogue, en tant que ce qui vivifie – et découle de l’être.
  • « Auslegen » – une recherche d’explications – dans laquelle le praticien s’unit au problème, non pas en transmettant sa propre compréhension de celui-ci, mais en donnant au visiteur une nouvelle impulsion pour s’expliquer lui-même.
  • La composante innovante du dialogue, l’élément d’émerveillement dans la pratique philosophique, qui ne permet pas de points de vue fixes, d’attitudes standard ou de solutions permanentes.


Beyond method, Anders Lindseth style: The quest to open up philosophical space in the consulting room

The Norwegian Society of Philosophical Counseling

Philosophical Practice, November 2005; 1(3): 171 /183.

MORTEN FASTVOLD

L’approche « au-delà de la méthode » est essentielle pour le philosophe norvégien Anders Lindseth, qui a été le pionnier de la consultation philosophique en Norvège et le mentor d’autres conseillers. Lui-même influencé par Gerd Achenbach, Lindseth n’aime ni les méthodes ni les thérapies et préconise plutôt le principe de « l’ignorance touchée ». Lors d’un séminaire à Oslo l’année dernière, Lindseth a discuté de ces concepts avec des étudiants en conseil philosophique, et a fait évaluer une session de démonstration. Basé sur le séminaire, cet article présente la position de Lindseth et jette un regard critique sur la notion de  » au-delà de la méthode « . Au lieu de renoncer complètement à la méthode, l’auteur affirme que les conseillers philosophiques peuvent employer la méthode dans un sens limité sans succomber à la « thérapie » au sens professionnel et péjoratif du terme. Mots-clés : L’approche au-delà de la méthode, le mode du non-savoir touché, la création d’un « espace libre » pour la pensée, la focalisation sur la vulnérabilité de l’invité, la métaphore d’un ruisseau de soupirs, le mode de travail « structurel », le dédain de la méthode et de la thérapie.

FASTVOLD, Morten, Beyond method, Anders Lindseth style: The quest to open up philosophical space in the consulting room, The Norwegian Society of Philosophical Counseling, Philosophical Practice, November 2005; 1(3): 171 /183.


On Getting Beyond Idle Talk – some Additional Reflections on Oscar Brenifier’s Sessions

(Dépasser le stade des discussions oiseuses – quelques réflexions supplémentaires sur les sessions d’Oscar Brenifier)

Mes efforts pour comprendre et défendre la méthode de conseil d’Oscar Brenifier ont déclenché un débat parmi les conseillers philosophiques norvégiens au printemps 2004. Dans cet article, je réponds aux critiques de certains de mes collègues et je présente une autre méthode de conseil, préconisée par le conseiller canadien Peter Raabe.

Depuis la visite d’Oscar, j’ai trouvé le temps de lire le livre de Peter B. Raabe Philosophical Counceling. Theory and Practice de Peter B. Raabe, que je trouve très instructif et judicieux dans sa description de ce que pourrait être le conseil philosophique. L’un de ses termes intéressants est celui de « compétence dialogique », et je suggère que la découverte de ce qu’est réellement la compétence dialogique devrait être une question majeure dans nos études ultérieures. J’ai trouvé qu’Oscar possédait une bonne dose de compétence dialogique, tout comme Socrate, selon les écrits de Platon, même si je ne peux pas donner une définition exacte de ce qu’est cette faculté. Étant un nouveau venu dans ce domaine, je peux seulement dire que « je le sais quand je le vois ». Et que je veux certainement en apprendre davantage à ce sujet, que ce soit en ayant des séances avec des praticiens ayant une compétence dialogique considérable ou en lisant attentivement les histoires de cas de Raabe et d’autres, et certainement les dialogues socratiques.

Pour en revenir à Raabe, je trouve que son propre concept de pratique philosophique (tel qu’il est décrit dans son chapitre 4) dans son chapitre 4) pour combler le fossé supposé entre ma conception initiale de la pratique philosophique comme une entreprise centrée sur l’invité et, dans une large mesure, sur l’écoute, et une approche directe et centrée sur le praticien représentée par Oscar. Selon Raabe, la consultation philosophique devrait comporter quatre étapes, à savoir :

– Étape 1 : Conversation libre où l’invité est autorisé à parler librement de ses problèmes et où le praticien se contente d’écouter.

– Étape 2 : Résolution immédiate du problème, où l’invité et le praticien se concentrent sur un problème immédiat qui doit être résolu par le biais d’un dialogue philosophique.

– Étape 3 : L’enseignement en tant qu’acte intentionnel, où le praticien fournit à l’invité les capacités de réflexion nécessaires pour faire face à des problèmes similaires aujourd’hui et à l’avenir.

– Étape 4 : Trancendance, où l’invité est amené à discuter de questions antérieures d’une manière générale, en transcendant son besoin immédiat de résolution de problèmes.

Tous les invités ne vont pas jusqu’au stade 4, nous dit Raabe ; certains se contentent d’être écoutés au stade 1, d’autres abandonnent après avoir résolu leurs problèmes immédiats au stade 2, tandis que d’autres veulent acquérir des compétences de réflexion au stade 3 et peut-être même s’adonner à une véritable philosophie au stade 4. Ces étapes peuvent également être entrelacées, dit-il, par exemple en revenant à l’étape 1 si un nouveau problème émerge lors du traitement d’un autre problème à l’étape 2, ou même pendant la session d’enseignement à l’étape 3.

Ce que je trouve révélateur, c’est que le stade 1 de Raabe correspond très bien à mon concept initial de conseil philosophique, comme « la façon dont nous le faisons ici en Norvège ». Ce qui est révélateur, c’est que le stade 1, aussi nécessaire qu’il soit, ne représente pas l’ensemble de la situation, comme j’étais initialement enclin à le croire. À un moment donné, peut-être dès la deuxième séance, le praticien peut estimer que l’invité est prêt à passer à l’étape 2, en s’attaquant plus directement à ses problèmes.

Pour ce faire, il ne suffit pas d’être un bon auditeur emphatique qui connaît les positions philosophiques et a quelques citations réconfortantes à portée de main ; il faut aussi posséder un certain minimum de compétences dialogiques que l’on pourrait qualifier d’outils et d’astuces du métier. La capacité à poser la bonne question au bon moment me semble essentielle à cet égard, tout comme un boucher doit savoir où planter son couteau dans l’animal abattu, afin d’obtenir les bonnes tranches de viande souhaitées par ses clients. (Platon n’utilise-t-il pas cette analogie du boucher pour parler de ce que nous pourrions appeler la compétence dialogique ? Je me souviens qu’il le fait). Pour amener l’invité au stade 3, le praticien doit également connaître les techniques de pensée critique telles que la logique informelle et être capable de l’enseigner d’une manière adaptée à l’invité, et au stade 4, il doit vraiment connaître les différentes positions philosophiques. Il s’agit là d’exigences très strictes.

Si l’on s’en tient au modèle de Raabe, la compétence dialogique d’Oscar et d’autres ne sera pas utilisée avant le stade 2, et les jeux « purement philosophiques » d’Oscar ne seront peut-être pas joués avant les stades 3 et 4. Vu sous cet angle, nous n’avons pas à débattre pour ou contre « l’approche d’Oscar », comme si nous devions choisir entre « notre belle manière » et « sa manière grossière » de faire les choses. Une telle discussion me semble peu fructueuse et en fait inutile. Le modèle de Raabe, plutôt orienté vers le bon sens, utilise les deux approches, ce qui est une situation gagnant-gagnant – mais une situation où les exigences en matière de compétence dialogique doivent être mises en évidence. Et doit être enseigné de manière approfondie à tous les étudiants en conseil philosophique.

Pour le dire brièvement et crûment : si vous ne possédez pas de compétence dialogique au point de pouvoir l’utiliser pendant une séance, vous n’êtes tout simplement pas compétent en tant que conseiller philosophique. L’exercice de la capacité d’écoute par la répétition de l’étape 1 dans les séances d’apprentissage entre étudiants ne nous permettra pas d’être des conseillers philosophiques à terme. Ce sur quoi nous devons vraiment nous concentrer, c’est sur la manière de dépasser ce flot de paroles et de commencer à mener une enquête dialogique, ce qui n’est pas facile du tout. Je pense que nous devons nous livrer à des histoires de cas et à des jeux de rôles basés sur de bons exemples, afin d’acquérir les compétences nécessaires.

(…)

Ayant fait de Peter Raabe un héros intermédiaire de ce document, j’aimerais lui donner le dernier mot (extrait de Philosophical Counseling, p. 171), où il développe ce point et souligne également la principale différence, selon lui, entre la consultation philosophique et la psychothérapie :

[Le conseil philosophique implique clairement que si certaines aptitudes cognitives et compétences rationnelles/morales sont enseignées au client au cours du processus de conseil philosophique pour une utilisation future, le conseil philosophique peut fournir les moyens par lesquels le client peut non seulement être mieux en mesure de faire face aux problèmes futurs lorsqu’ils surviennent, mais aussi de prévoir, d’anticiper et donc d’éviter les problèmes ou d’empêcher qu’ils ne surviennent en premier lieu. C’est en dépassant le stade 2, la résolution immédiate des problèmes, pour passer aux stades 3 et 4, l’enseignement et la transcendance, tels que présentés par le modèle, que la consultation philosophique devient véritablement proactive ou préventive, car c’est au cours de ces deux stades que les connaissances spécialisées, les capacités et les dispositions du philosophe sont transmises au client. Les étapes 3 et 4 permettent au client de mieux comprendre pourquoi les problèmes sont apparus dans le passé, et c’est cette compréhension qui l’aide à éviter les problèmes à l’avenir.

Je pense que toute conception de la consultation philosophique devrait inclure l’impératif selon lequel chaque conseiller philosophique devrait travailler à la création du type de conscience et de capacité de raisonnement chez son client qui lui permettra d’anticiper – et donc de prévenir – d’éventuels problèmes futurs. Non seulement un élément proactif ou préventif fort rendra beaucoup moins probable le fait que le client se retrouve involontairement confronté à des problèmes inattendus et malvenus, mais la pratique de la consultation philosophique sera ainsi plus propice à l’autonomie que la psychothérapie, et donc plus clairement différenciée de cette dernière.

FASTVOLT, Morten, On Getting Beyond Idle Talk – some Additional Reflections on Oscar Brenifier’s Sessions.

Traduction : Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite).


Cette démonstration des débats sur la scène internationale au sujet des approches interrogatives et conversationnelles nous invite à la réflexion et à fuir tout dogmatisme. Le choix d’une approche et de l’attitude face aux clients en consultation philosophique doivent être libres du biais de rigidité ou d’ancrage qui bloque la prise de recul.


« Le biais de rigidité, aussi connu sous le nom de biais d’ancrage, est un biais cognitif qui nous incite à accorder une importance disproportionnée à la première information que nous recevons sur un sujet. Cela peut nous amener à nous accrocher à des idées ou à des croyances même lorsqu’elles sont contredites par des preuves contraires. » (Gemini, Google, IA.)


Voir aussi : Biais d’ancrage sur Biaiscongnitifs.com.


Gerd B. Achenbach

On Wisdom in Philosophical Practice

(De la sagesse dans la pratique philosophique)

Lecture for the “Third International Conference on Philosophical Practice”, New York, 22. – 24. July 1997

(…)

Puisque la pratique philosophique a été fondée il y a 16 ans, nous pouvons répondre : Oui, il est temps de poser une telle question, et la pratique philosophique est cette institution qui lui offre l’espace dont elle a besoin. Nietzsche l’appelait « la question de la vérité », je propose de l’appeler la question réelle de la sagesse, qui est nécessairement une question très personnelle, ou, en termes plus distingués, une question existentielle. Reposer cette question est la tâche de la pratique philosophique. Et il appartient à sa sagesse de trouver une réponse toujours nouvelle dans chaque cas singulier et particulier. En tant que telle, cette sagesse doit faire ses preuves.

J’aurais pu m’arrêter ici. Mais je veux laisser les derniers mots à un philosophe que j’admire et que j’aime depuis longtemps – et seul un pédant pourrait objecter qu’il est impossible d’admirer et d’aimer quelqu’un en même temps. longtemps – et seul un pédant pourrait objecter qu’il est impossible d’admirer et d’aimer quelqu’un en même temps.
Mais qui se soucie des pédants ?

Ainsi : Dans son « Sur la notion de sagesse », Ernst Bloch a défini le mode d’emploi d’une philosophie actuelle de la sagesse d’une manière telle qu’il est difficile d’imaginer une devise plus précise pour la pratique philosophique : « La philosophie de la sagesse ». de telle manière qu’il est difficile de trouver une devise plus précise pour la pratique philosophique : « La sagesse », dit Bloch, « est une caractéristique, aussi discrète qu’inévitable, d’une philosophie pratique savante et unifiée ».

Et plus loin : Il faut des sages pour éviter qu’un « mouvement ne devienne routinier et pragmatique ». Ce sont eux qui maintiennent le savoir en mouvement. (Ernst Bloch: “Philosophische Aufsätze – Zur objektiven Phantasie”, Frankfurt 1969, p. 388f). A l’avenir, rien ne sera plus important pour le mouvement encore jeune de la pratique philosophique.

Source : Achenbach, Gerd B., On Wisdom in Philosophical Practice (Translated by Patrick Neubaue). Lecture for the „Third International Conference on Philosophical Practice”, New York, 22. – 24. July 1997.

Original en anglais

Since philosophical practice was founded 16 years ago, we can reply: Yes, there is time for such a question now, and philosophical practice is that institution which offers it the space it needs. Nietzsche called it „the question of truth”, I suggest calling it the actual question of wisdom, which necessarily is a very personal question, or, in more distinguished terms, an existential one. To raise this question again is the task of philosophical practice. And it belongs to its wisdom that it has to find an answer ever anew in any singular, particular case. As this kind of wisdom, it has to prove itself.

I might have stopped here. But I want to leave the last words to a philosopher whom I have admired and loved for a long time – and only a pedant might object that it is impossible to admire and to love somebody at the same time. But who cares about pedants anyway?

Thus: In his „On the notion of wisdom”, Ernst Bloch has defined the instructions for a today’s philosophy of wisdom in such a way that a more pointed motto for philosophical practice could hardly be thought of: “Wisdom”, says Bloch, “is a characteristic, as unobstrusive as unavoidable, of a learned and unified practical philosophy”.

And further: There have to be wise persons in order to prevent “a movement from becoming routine and practicistic. They are the ones who keep knowledge moving.”

In the future, there will be nothing more important for the still young movement of philosophical practice.

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


Qu’il s’agissent de l’approche interrogative ou de l’approche conversationnelle, il faut maintenir le savoir en mouvement et, pour ce faire, il ne faut rien tenir pour acquis définitivement, c’est-à-dire douter.

Dans le cas où le philosophe praticien détermine que le problème est le participant indiscipliné à son atelier ou sa consultation, une question demeure : est-ce que l’approche interrogative employée par le philosophe praticien est ou n’est pas partie prenante au comportement du participant indiscipliné ? Mais cette question ne vient pas naturellement à l’esprit.

Le philosophe praticien Jérôme Lecoq ne se limite pas au participant indiscipliné. Il va plus loin et généralise en pointant du doigts « surtout les hommes » « qui avons justement appris qu’au contraire il fallait s’exprimer, défendre son point de vue, convaincre les autres etc. » Il note aussi que l’exercice proposé dans son atelier « entraîne de grandes résistances notamment en provenance des « mâles alphas ». » C’est donc la faute des autres, « surtout les hommes » et « les mâles alphas ». Si le philosophe praticien rapporte ici de simples observations fondées sur son expérience personnelle et professionnelle, en aucun temps il se retourne vers lui-même dans son article. De toute évidence, il dérange comme dérangeait Socrate en son temps.


Désormais en quête de vérité, Socrate dérange ses contemporains dans leur vie quotidienne pour leur proposer un examen serré de leurs idées. Il traite n’importe quelle personne de la même manière, comme un parent, sans politesse ; tel un psychanalyste, il passe au crible l’existence de son interlocuteur – il l’examine avec une certaine cruauté, il ne fait aucun cadeau.

Source : TREFFEL, Romain, Socrate comme vous ne le connaissez pas, 1000 idées de culture générale.

Socrate dérange beaucoup de monde à Athènes. Il questionne, il provoque, il interroge sur le travail, le pouvoir, la démocratie, la bonne moralité. Souvent on voyait Socrate errer à travers les rues d’athènes pour questionner ses concitoyens, la barbe mal taillée et les pieds nus.

Source : Socrate le rebelle !


C’est le propre de l’Homme se s’accrocher à ce qu’il fait, non plus comme une simple pratique maîtrisée, mais comme une croyance en sa propre interprétation de l’efficacité de sa pratique. Cette croyance fonde sa confiance en sa pratique, en son approche. Et devenue croyance, la pratique n’accorde plus autant d’importance aux preuves empririques, si ce n’est qu’accessoire de la croyance. Nous sommes alors a un pas d’une pratique dogmatique. On ne se questionne pas sur les autres méthodes ou les autres approches. On demeure dans l’IGNORANCE inconsciente de ces méthodes et de ces approches. Le savoir n’est plus en mouvement. On reste sur place. On devient expert… sur place. On dira : « Peu m’importe si je dérange, j’ai la bonne approche. Et c’est justement parce que je dérange que je suis réconforté dans le choix mon approche. » Mais est-ce un choix sur j’ignore les autres approches ? Suis-je prisonnier de la première impression de la première approche avec laquelle je fus en contact ? Ma quête s’est-elle arrêtée à la première approche recontrée ? Philosophie oblige : me suis-je donné la peine d’effectuer la visite de toutes les écoles avant d’en choisir une ?


L’approche interrogative et l’approche conversationnelle dans la pratique philosophique

L’approche interrogative permet de disséquer une idée (ou un problème) jusqu’à ce que je me contredise et que je sois forcé de conclure que je ne sais pas de quoi je parle, bref que je suis ignorant. Cette ignorance doit engendrer en moi un étonnement suffissamment révélateur et motivant pour que je me mette à la recherche du vrai.

L’approche conversationnelle permet de comprendre le mécanisme à l’origine de l’idée (ou de mon problème), son historique et sa logique actuelle, à savoir le « comment je pense » cette idée et de corriger mes erreurs à la source. Cette nouvelle compréhension permet la prise de recul dans l’étonnement et motive un quête philosophique saine.


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Liste des rapports de lecture

et autres articles

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Article # 82 – À quoi sert la philosophie ?, Marc Sautet, Éditions Pleins Feux, 1997

Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.

Article # 83 – Raviver de l’esprit en ce monde – Diagnostic du contemporain, François Jullien, Éditions de l’Observatoire, 2023

L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.

Article # 84 – La philosophie appelle à une révélation suivie d’une conversion

La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.

Article # 85 – La philosophie comme mode de vie, Daniel Desroches, Deuxième édition revue et corrigée, Coll. À propos, Les Presses de l’Université Laval, Québec, 2019

La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).

Article # 86 – Les consolations de la philosophie, Alain De Botton, Mercure de France, 2001, Pocket

La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.

Article # 87 – La philothérapie – Philosophie pratique à l’international

L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.

Article # 88 – L’approche intellectuelle en philothérapie et en philosophie pratique

Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.

Article # 89 – En thérapie avec… Épicure – Combattre votre anxiété – 40 antidotes du philosophe antique, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2024

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 90 – Êtes-vous sûr d’avoir raison ?, Gilles Vervisch, Flammarion, 2022

De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

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Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

L’expression « hystérie de la parole » me plaît car elle reflète fort bien les gens qui parlent beaucoup trop et sans arrêt, qui verbalisent à outrance, souvent en sautant du coq à l’âne ou en se perdant dans moult détails. J’ai déjà interrompu une telle personne en lui disant : « Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées ».


Savoir se taire, savoir parler

Présentation du livre par l’éditeur

Tweets, sms, emails, posts, etc. se multiplient et rebondissent, circulant à une telle vitesse qu’ils deviennent irrattrapables — les agressifs et les toxiques aussi vite relayés que les sympathiques. La facilité et la rapidité avec lesquelles nous pouvons nous exprimer tout autant que l’idée que nous existons que si nous communiquons nous ont fait oublier les vertus du silence. Happés par ce tourbillon compulsif et communicationnel, nous devons réapprendre à nous taire pour redevenir conscients de ce que nous ressentons avant de le dire, pour redonner du poids et de la bienveillance à notre communication , pour ne pas regretter d’avoir parlé . Savoir se taire est la force cachée de la personne qui agit en pleine conscience et sait s’exprimer à bon escient et avec les mots justes .

Source : Dunod.


Les auteurs de ce livre promeuvent la méditation pleine conscience. J’adhère à l’idée et à la pratique de méditation mais réfute l’idée qu’elle puisse procurer une « pleine conscience » (voir mon article L’impossible pleine conscience).

À cette question de la journaliste « Mais dans la psychothérapie, qui est vraiment «le soin par la parole», quelle évolution notez-vous? », le psychiatre répond :

Nous voyons arriver des patients qui ont «trop de paroles» dans leur tête. Ils s’usent à commenter leur quotidien, ce qui accentue leur anxiété au travail, avec leurs enfants… et favorise les ruminations mentales. Ils se noient dans le discours en oubliant d’être. Je les aide à se libérer de trop de mentalisation. Je leur dis que la vie, c’est comme un match de foot. Elle se vit sur le terrain. Lorsqu’on commente, on se retrouve sur les gradins, loin du jeu. Alors, arrêtons de juger, pour jouer et composer avec ce qui se présente à nous.

Source : Senk, Pascale, Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», Le Figaro (santé), 3 juin 2018.

Le phénomène attire même l’attention dans le domaine du conseil en management. En témoigne, l’article « Comment interrompre une personne qui parle sans arrêt? » signé par Isabelle Lord, présidente de Lord Communication managériale, et publié dans son blog Gestionnaires inspirants sur le site web du magazine québécois Les affaires le 31 mai 2016.

« D’abord, nous dit-elle, il faut savoir pourquoi la personne devant vous n’arrête pas de parler ». Une étape simple mais qui m’apparaît importante puisqu’elle relève deux catégories de personnes, chacune exigeant une intervention donnée.

Est-ce que c’est simplement une personne qui parle toujours beaucoup, peu importe le contexte, une personne du type verbomoteur?? Ou bien c’est quelqu’un à qui vous venez d’annoncer une mauvaise nouvelle??

Source : Senk, Pascale, Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», Le Figaro (santé), 3 juin 2018.

Je vous recommande la lecture de cet article pour en savoir plus sur la réaction à mettre en pratique selon le type de personne.

Dans mon livre J’aime penser, on peut lire :

Enfin, pour ne pas manquer de respect à l’autre et à soi-même, il vaut toujours mieux prendre le temps de penser afin d’exposer et d’offrir à l’autre le meilleur de nous-mêmes. La communication avec l’autre exige donc de mûrir ses pensées en son for intérieur comme un bon vin mûrit seul dans son cellier pour gagner à être connu d’un meilleur goût. Pour cela, il faut avoir le goût de penser ou apprendre à aimer la pensée solitaire. Même notre goût de penser doit mûrir pour être en mesure de tirer de la solitude le meilleur d’elle-même. Autrement dit, pour ne pas dire n’importe quoi n’importe comment n’importe quand à l’autre, c’est-à-dire pour ne pas considérer l’autre comme une poubelle où jeter les premières pensées venues, non réfléchies, il faut mûrir dans la solitude : être capable de se retrouver seul face à soi-même pour produire une pensée solitaire intéressante pour soi-même et pour l’autre, sujet de notre prochain chapitre. Au départ, plus on se connaît, moins la solitude nous fait peur; il nous fallait donc voir La pensée différente avant d’aborder La pensée solitaire.

Source : GUAY, Serge-André, J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout chacun se donne raison, essai et témoignage de gouvernance personnelle, Fondation littéraire Fleur de Lys. ? Cliquez ici pour télécharger la version PDF gratuite.

En philothérapie, les praticiens dogmatiques du dialogue socratique ne donnent pas libre court à l’expression verbale de leurs clients. La verbalisation ne figure pas au programme de ce type de consultation philosophique. Ils ne permettent pas à leurs clients tentent de revenir sur leurs propos ou de les justifier. Bref, les clients à la recherche d’une oreille attentive et bienfaisante se retrouvent brimés et leurs émotions réprimées.

Or, que ce soit en psychologie ou en philosophie, les émotions jouent un rôle important dans la prise de décision, ce qui inclut la décision de livrer telle ou telle réponse à la question posée au client.

À l’instar de la psychothérapie, la philothérapie se doit de tenir compte du besoin de verbalisation de son client. Évidemment, il ne s’agit pas de laisser le client verbaliser ses idées et ses émotions à outrance. Il faut tout de même permettre une certaine verbalisation qui laisse entrevoir la philosophie et les biais cognitifs du client, sans quoi la séance ne portera pas ses fruits.

Le philothérapeute adepte du dialogue socratique demande souvent à son client de lui soumettre, avant la séance, une question, une seule question, sur laquelle portera le dialogue. À cette question, il est d’usage de demander au client de définir l’objet de sa question. Puis, le philothérapeute questionne son client sur sa réponse. Et en va ainsi d’une réponse à l’autre. Dans ce cas, le client et le philothérapeute ne dialoguent pas. Le philothérapeute ne fait que poser des questions et le client doit se limiter à répondre à ces questions. La séance en est une de questions-réponses, non pas de dialogue.

Dans le cas du dialogue socratique dogmatique, on peut donc dire que le philothérapeute verbalise à outrance en s’affairant à enchaîner rapidement les questions sur les réponses de son client à qui il interdit toute justification, tout retour sur ses réponses et même l’expression de ses émotions, bref, toute verbalisation.

Je crois que cette approche ne parvient pas à donner au client les moyens de développer son esprit critique car elle ne se fonde pas sur un véritable dialogue d’égal à égal.

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Liste de tous les articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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