Wittgenstein et le pouvoir thérapeutique de la philosophie
Par Robert Tirvaudey
L’Enseignement philosophique, 2014
TIRVAUDEY, Robert. Wittgenstein et le pouvoir thérapeutique de la philosophie. L’Enseignement philosophique, 2014/2 64e Année, p.53-85. DOI : 10.3917/eph.642.0053. URL : https://shs.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2014-2-page-53?lang=fr.
Étrange paradoxe de la pensée philosophique wittgensteinienne que d’affirmer, d’une part, que la philosophie n’explique rien, ne découvre rien, ne donne aucune réponse, ne formule aucune thèse, ne peut proposer aucune théorie?[1] ; et d’autre part, d’assigner à celle-ci un pouvoir thérapeutique jamais démenti. Que pense, que fait donc réellement la philosophie ? Que peut authentiquement la philosophie face aux cas pathologiques puisque la philosophie est radicalement impuissante ? En quoi la philosophie aurait-elle une dimension thérapeutique ? Il faut donc de prime abord comprendre la vision hautement complexe de la philosophie wittgensteinienne pour tenter de cerner son pouvoir thérapeutique, d’autant que l’auteur du Tractatus prétend offrir « sur tous les points essentiels la solution finale des problèmes de la philosophie »?[2]. Car l’idée que nous maintiendrons est que cette capacité pour la philosophie de soigner sinon de guérir l’esprit humain de questionnements captieux en raison de sa structure logique et de sa teneur linguistique reste l’un des rares acquis de la pensée wittgensteinienne. Et que sur cette question de la thérapie philosophique se condense la cohérence interne et profonde de sa pensée par-delà les méandres de ses investigations. C’est pourquoi nous nous devons de parcourir la pensée des Notes sur la logique de 1913, des Carnets 1914-1916 aux Investigations philosophiques (1936-1949) que nous pouvons considérer comme le parachèvement de ses recherches. Si Wittgenstein a ébauché une réelle thérapie philosophique, celle-ci, contrairement à la psychanalyse existentielle sartrienne, n’a jamais, à notre connaissance, été mise en pratique, malgré la répercussion de ses œuvres posthumes?[3]. Aussi des questions se posent immanquablement. Comment a-t-on fait pour oblitérer la pratique thérapeutique de Wittgenstein, si ce n’est en l’abordant d’une manière allusive, presque comme une coquetterie intellectuelle ? Comment a-t-il été possible de verser dans un contresens historique qui a fait de lui un déconstructeur de toute philosophie ? Pourquoi les plus grands exégètes de Wittgenstein ont-ils pu ignorer ou minimiser la part incontestable de la dimension thérapeutique de la pensée wittgensteinienne?[4] ? Pourquoi et comment son projet programmatique d’une philosophie thérapeutique, présente dans toute son œuvre, n’a-t-il pas été pris au sérieux, alors que nous avons là un point décisif au sein de la pensée wittgensteinienne ? Wittgenstein ne se pose-t-il pas comme praticien du philosopher sur le mode d’un déni, pour ne pas dire d’un mépris, de la philosophie théorique ? Comment peut-on souffrir de « maladies philosophiques » ? Et est-il suffisant de les identifier pour les surmonter ? Les maladies philosophiques peuvent-elles recevoir une thérapie linguistique ? Qu’est-ce qui garantit que l’effacement des difficultés de nature intellectuelle puisse recevoir une solution par voie d’une « vue synoptique » ? Par quel miracle sortir des mirages, des sortilèges du pouvoir séducteur du langage ? Par le langage lui-même ?
Wittgenstein : Philosophie et pratique de la philosophie
Archives Henri Poincaré, Nancy – France
La notion de non sens est au cœur de la conception wittgensteinienne de la philosophie. Toutefois, elle n’a pas, loin s’en faut, toujours été mise au centre des préoccupations des exégètes. On a pu estimer, peut-être avec raison, que sa conception de la philosophie n’était pas un aspect fondamental, fécond, de sa pensée. Depuis une trentaine d’années, elle s’est trouvée peu à peu projetée sur le devant de la scène. On peut penser, par exemple, au livre de Peter Hacker, Insight and Illusion (1972) ou à celui de A.Kenny intituléWittgenstein (1973). On peut penser ensuite à l’élaboration du grand commentaire des Recherches en quatre volumes par Peter Hacker et Gordon Baker, qui a contribué à instaurer une certaine orthodoxie, quoique relative puisque de nombreux désaccords sur des questions cruciales se posent encore (Ex : Problèmes des objets dans le Tractatus, Suivre une règle dans les Recherches). Le livre de C.Diamond, L’esprit Réaliste (1990), et les travaux de S.Cavell, J.Conant, R.Read, et d’autres dont certains sont réunis dans l’ouvrageThe new Wittgenstein (2002), plaident pour une nouvelle vision de l’œuvre en rupture avec l’interprétation orthodoxe. Cette nouvelle interprétation a fait beaucoup d’émules en France. Aujourd’hui le débat fait rage. Un des enjeux fondamentaux est de savoir comment il est possible de mettre au centre de la philosophie l’idée que la philosophie se compose de non sens sans se placer dans l’impossibilité de rien dire du tout. Cela peut-il avoir la moindre cohérence ? Y a-t-il une (ou plusieurs) pratique ou méthode philosophique en accord avec cette conception de la philosophie ?
La plupart (sinon tous) les exemples que l’on pourrait donner de la critique wittgensteinienne nous ramènent d’un usage sophistiqué (bien que naïf, souvent) à un usage courant du langage ordinaire. Wittgenstein n’était pas du camp de ceux qui considèrent que les solutions sont à chercher du côté d’une plus grande sophistication de nos méthodes, mais plutôt du camp de ceux qui recherchent les solutions les plus simples. Il peut même arriver qu’on ait l’impression qu’il pose les problèmes de manière trop simpliste. Qui a jamais vraiment cru à l’existence des significations (meanings, Bedeutungen)? Qui a pensé que toutes les étapes de l’application d’une règle devaient y être contenues d’avance, implicitement? On pourrait sans doute mettre des noms, mais mieux vaut considérer que Wittgenstein caricature les conceptions philosophiques qu’il veut critiquer (y compris celles du Tractatus). Le procédé est très dynamique, car il nous permet de reconnaître à peu près n’importe qui dans ses exemples de « mauvaise philosophie », et un exemple traité dans un domaine pourrait souvent être éclairant dans un autre domaine (psychologie et mathématiques par ex., sont traitées par les mêmes méthodes (1)). Malheureusement, la plupart du temps, on a tendance à commenter Wittgenstein en se contentant de le reprendre à la lettre, et les « descriptions » qui en résultent ne peuvent pas facilement prouver leur utilité en dehors du cercle des spécialistes. Ce qui amène facilement un auteur comme R.J. Ackermann (il n’est pas le premier à le faire), à affirmer que Wittgenstein aurait rejeté une bonne part de ce qui a été écrit pour tenter de l' »expliquer ». Dans ce qui suit, j’ai tenté de me faire l’écho d’interprétations de Wittgenstein qui sont généralement acceptées, sans perdre de vue que ce philosophe a tiré une bonne partie de son dynamisme de son opposition à la philosophie universitaire.
Wittgenstein ou la philosophie comme activité critique
par Evelyne Rogue, 2014, Académie de Versailles
Sans doute, pour Wittgenstein, la tâche de la philosophie consiste avant tout à dénoncer les mauvais usages que nous faisons des termes, de telles sorte que cette dernière se définit essentiellement dans la théorie qui est celle de notre auteur comme « critique du langage. » En effet, si l’on sait d’une part que pour l’auteur des Leçons sur l’esthétiques, la théorie de la signification est subordonnée à l’exigence apocritique, ou encore à l’exigence de résolution de problèmes; la conséquence directe en est que le problème insoluble n’est pas réellement un problème.
Ou la consultation philosophique éclairée par Wittgenstein
Claude Lupu, DEA de philosophie
Diotime, n°28 (01/2006)
Les années 90 ont été le théâtre d’une explosion de la » demande philosophique » sous diverses formes : édition grand public, cafés-philo, universités populaires, ateliers de philosophie pour enfants… Ainsi, depuis une quinzaine d’années environ, la philosophie déborde de son cadre institutionnel, scolaire et universitaire. Certains ont interprété ce phénomène comme le symptôme d’un profond malaise sociétal : à une époque où les figures de la transcendance sont brouillées et où le sentiment dominant est la peur face à une montée des périls en tout genre, la philosophie apparaît comme un succédané de religion à même d’apporter sens, valeurs et croyances à l’individu occidental en errance dans un self-service normatif.
Les Recherches philosophiques distinguent, dans le corpus resté à l’état de chantier que nous a légué Wittgenstein, deux grandes constellations de questions1. La première, ordonnée au problème de la règle et de l’inférence, renvoie à des préoccupations qui entrent dans le cadre de recherches sur les fondements des mathématiques et ont servi de matrice à l’élaboration de la conception de la Sprache. C’est en effet au cours de l’exploration de cette constellation que s’est imposé le philosophème central, les jeux de langage, définis comme des « objets de comparaison » que le philosophe doit se donner s’il veut faire apparaître la logique de notre langage, telle que la découvrent les différentes figures de son usage. La seconde constellation, à la fois plus diffuse et plus ramifiée, regroupe une série de recherches sur les fondements de la psychologie. Elle contient la micro-analyse des concepts psychologiques les plus variés, ainsi que quelques esquisses de classification de ces mêmes concepts. Dans les notes fragmentaires – et quelque peu désordonnées – qui consignent cette recherche restée à l’état d’ébauche, deux concepts reviennent obsessionnellement : celui de Seherlebnis et celui de Bedeutungserlebnis. La façon dont Wittgenstein les aborde, en montrant l’irréductibilité définitive de la vue de l’aspect au simple voir et celle du « prendre-en-tel-sens » à la compréhension sous sa forme primaire, indique clairement que les recherches dans lesquelles il était ici engagé visaient prioritairement à explorer les sédimentations toujours multiples des formes de vie marquées du sceau du rapport à la langue.
Rigal, Elisabeth. « Ludwig Wittgenstein, un Platon sans platonisme ». In Contre Platon, vol. 2, édité par Monique Dixsaut. Paris: Vrin, 1995. https://doi.org/10.4000/books.vrin.9087.
Wittgenstein et la philosophie
Michel Pasquier Lambert, 1997
Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de Maître es arts (M.A.) en philosophie
et essai expose la conception de la philosophie et la méthode philosophique du Wittgenstein de la deuxième période. Wittgenstein s’oppose à ce que la philosophie soit une science, n distingue clairement la recherche philosophique de la recherche scientifique : la science fournit des théories dans le but d’expliquer la nature des phénomènes et nous permet d’accumuler des connaissances qui peuvent être confirmées ou réfutées par la suite; la philosophie, quant à elle, n’est pas une discipline qui peut apporter de nouvelles connaissances, eUe n’explique rien et ne peut avancer de théories, car elle est purement descriptive. Elle porte sur les normes de représentation qui nous sont imposées par le langage, et donc sur le langage lui-même, et non sur des faits empiriques. Nous ne pouvons donc rien apprendre de nouveau par la recherche philosophique. La philosophie ne saurait découvrir de nouveaux faits, puisque les problèmes dont elle s’occupe ne sont pas des problèmes empiriques, mais des problèmes conceptuels résultant d’une mauvaise compréhension de la nature et du fonctionnement du langage. La philosophie décrit les normes de représentation que nous avons instaurées (par exemple en mathématique) ou qui nous sont imposées par le langage que nous avons appris. Ces normes déterminent notre représentation du monde et ce que nous considérons comme une représentation intelligible et cohérente de la réalité. Wittgenstein appelle ces normes des « règles de grammaire ». Les propositions mathématiques sont de telles nonnes et le langage est ainsi constitué de normes de représentation ou « règles de grammaire » qui déterminent — du moins en partie — notre vision du monde.
Devenir soi, former son caractère : Emerson, Mill, Nietzsche
Phantasia, Volume 14 – 2024
Dirigé par Camille Dejardin, Quentin Landenne, Emmanuel Salanskis et Nicolas Quérini
PRÉSENTATION DE LA REVUE
Phantasia est une revue scientifique à comité de lecture international, annuelle et trilingue (français, anglais, allemand). Elle publie exclusivement en ligne et ses publications sont toutes en accès libre.
À l’instar du Centre Prospéro – Langage, image et connaissance (UCLouvain Saint-Louis – Bruxelles) dont elle émane, la revue Phantasia est de nature interdisciplinaire. Ainsi, la philosophie spéculative, l’histoire de la philosophie, l’anthropologie philosophique, la théorie de la littérature, l’histoire de la littérature, la littérature comparée, la psychanalyse, les études théâtrales ou encore les études cinématographiques sont conviées.
Les différentes démarches scientifiques doivent être sous-tendues par une même préoccupation : une attention spécifique à l’imagination sous toutes ses formes, rigoureusement articulée à des problématiques et des thèmes aussi variés que la conscience, la perception, l’affectivité, la corporéité, la représentation, l’image, l’expérience esthétique, le langage, la textualité, l’écriture, le politique, le social, le droit, l’histoire, la culture ou la connaissance en général. Les articles publiés enrichissent de manière précise notre compréhension de l’imagination et de ses productions sans amoindrir sa complexité, autrement dit en mettant en évidence son rapport de proximité et de distance avec ses « autres », réels ou supposés. Les publications ne sont pas liées à une école, à un auteur ou à un courant de pensée en particulier. Il ne s’agit pas ici de constituer naïvement un énième paradigme pour la pensée, d’autant que les positions les plus critiques à l’égard des pouvoirs présumés de l’imagination sont aussi les bienvenues dans la revue. Bien plutôt s’agit-il de rendre « opératoire » le thème spécifique de l’imagination et de l’image dans leurs rapports multiples avec tous les champs de l’expérience et de la pensée, afin de le rendre porteur et de lui donner un lieu privilégié d’exposition.
La revue publie principalement des articles de recherche, mais peut également publier des traductions ou encore des recensions d’ouvrages. Tous les articles soumis à la revue sont anonymisés et évalués selon le principe du « double aveugle » par des membres du comité scientifique international. Le comité de rédaction se réserve toutefois le droit de faire évaluer certains articles par un ou des experts extérieurs au comité scientifique international lorsqu’il le juge nécessaire. De même, une troisième expertise peut être demandée s’il y a lieu.
Camille Dejardin, Quentin Landenne, Emmanuel Salanskis & Nicolas Quérini
Devenir soi, former son caractère : Emerson, Mill, Nietzsche Introduction
Pour illustrer l’intention qui a présidé à l’élaboration du présent numéro, nous pouvons commencer par mettre en parallèle trois déclarations philosophiques aux accents étonnamment similaires. En 1841, dans un essai intitulé Self?Reliance, le philosophe américain Ralph Waldo Emerson défend une forme radicale d’anticonformisme : « Il y a un moment dans l’éducation de tout homme où il arrive à la conviction que l’envie est ignorance ; que l’imitation est suicide ; qu’il doit se prendre lui?même, pour le meilleur et pour le pire, comme le lot qui lui est dévolu ; que même si le bien abonde dans l’univers, aucun grain de blé nourrissant ne peut lui venir d’ailleurs que du labeur consacré au lopin de terre qu’il a reçu en culture »1. En 1859, le philosophe anglais John Stuart Mill affirme dans On Liberty, contre les conceptions conservatrices qui lui paraissent encore prédominantes dans la société victorienne : « Si l’on considérait le libre développement de l’individualité comme l’un des principes essentiels du bien-être, si on le voyait non pas comme accessoire coordonné à tout ce qu’on désigne par civilisation, instruction, éducation, culture, mais comme un élément et une condition nécessaires de toutes ces choses, il n’y aurait pas de danger que la liberté fût sous?estimée, et il n’y aurait pas de difficulté extraordinaire à tracer la frontière entre elle et le contrôle social »2. Enfin, en 1878, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche esquisse, dans Humain, trop humain, une réflexion sur le talent individuel qui lui est inspirée par un vers célèbre de Pindare : « Chacun possède du talent inné, mais peu possèdent, inné et cultivé par l’éducation, le degré de ténacité, d’endurance, d’énergie qui fait qu’il deviendra vraiment un talent, donc deviendra ce qu’il est »3.
Le thème du caractère et de la formation du caractère chez Nietzsche est probablement celui sur lequel l’influence de sa lecture d’Emerson est la plus sensible. Cet auteur agit pour Nietzsche comme un contrepoids à l’influence de Schopenhauer. Alors que Schopenhauer prêche une doctrine du caractère immuable, Emerson considère la personnalité individuelle comme impliquée dans un processus de développement continu, visant et s’efforçant toujours d’atteindre des degrés de puissance de plus en plus élevés. Nietzsche partage ce modèle et le fait sien, tout en se distançant d’Emerson pour un certain nombre de raisons importantes.
Évite de te connaître toi-même ! Ce que signifie la formule « comment on devient ce qu’on est » chez Nietzsche.
En quel sens Nietzsche entend-il exactement la formule bien connue « comment on devient ce qu’on est », qu’il emprunte à Pindare et reprend sous des formes variées tout au long de son œuvre ? Ce, d’autant plus que son identification à la mise en évidence d’une identité cachée, profonde et authentique est parfaitement intenable. Au contraire, nous sommes toujours plusieurs, souligne Nietzsche. On établira donc que devenir ce que l’on est désigne une réorganisation pulsionnelle menée (ou que l’on échoue à mener) selon la logique de l’intensification de puissance.
« « Donner du style » à son caractère » Ce que l’on doit apprendre d’Emerson selon Nietzsche
De ses études à Leipzig à ses tout derniers écrits, Nietzsche semble entretenir des affinités électives et comme une correspondance continue et secrète avec Emerson, qu’il désigne comme son « frère dans l’âme ». Ne se dit-il pas d’ailleurs « chez lui et dans [sa] propre maison » chez Emerson, à tel point que toute son œuvre résonne des innombrables échos de cette voix gémellaire ? Mais ces reprises étonnantes impliquent-elles réellement une filiation intellectuelle entre les deux penseurs ? Emerson a-t-il été un éducateur pour celui qui le jugeait « mal éduqué », ou bien la troublante familiarité des textes ne relève-t-elle pas d’une de ces énigmes que Nietzsche se targue d’adresser au lecteur ? De quelle manière le pourfendeur du sujet a-t-il pu apprendre du défenseur du caractère ? Et dans quelle mesure le chantre américain de la nature participe-t-il de cette réforme de la culture européenne que Nietzsche s’assigne pour tâche ? Notre étude se donne pour objectif d’examiner le rôle d’Emerson dans la formation de la pensée nietzschéenne, et ce en un double sens : formation de la pensée de Nietzsche, et formation de la pensée par Nietzsche. Elle s’attachera à préciser le statut « d’homme préparatoire » qu’occupe Emerson pour Nietzsche et ce que ce dernier se propose d’apprendre de celui qu’il considère surtout comme un artiste.
Devenir soi dans la troisième Inactuelle De l’éducateur à l’éducation de soi
Cet article se propose d’étudier en quoi la problématique du devenir soi, telle qu’elle émerge dans Schopenhauer éducateur, s’avère redevable de la figure de l’éducateur que Nietzsche y élabore. L’éducateur apparaît paradoxalement moins comme l’instigateur d’une formation de l’individu que comme le type d’homme dont l’éduqué lui-même doit assurer l’émergence future, en se mettant au service de la culture. La notion d’éducation de soi constitue alors le concept clé à partir duquel comprendre la vocation pédagogique nietzschéenne, en réponse au contexte de crise de l’éducation allemande : il lui faut s’éduquer lui-même pour pouvoir devenir à son tour éducateur.
L’individualisme contre l’individualité ? Mill et Nietzsche face au tournant anthropologique de l’ère démocratique
ous deux lecteurs de Humboldt et de Tocqueville, également animés du souci proto-sociologique et même « physiologique » de scruter les interactions liant l’épanouissement de chaque individu et la bonne santé du corps social, John Stuart Mill et Friedrich Nietzsche partagent, à quelques décennies de distance, un diagnostic inquiet sur la mutation qui s’achève sous leurs yeux : le passage de ce que Louis Dumont a appelé le schème holiste au schème individualiste sous l’espèce de la démocratie, non comme forme institutionnelle mais comme nouvelle condition humaine marquée par l’égalisation. De fait, l’anthropologie démocratique consacrant l’individu comme fondement de la souveraineté et comme dépositaire de droits inaliénables se déploie pour la première fois sous le signe de l’égalité, à la fois juridique et représentationnelle, à la fois principe politique et « passion » psychologique. Pourtant, au moment où il se voit ainsi sacré, l’individu semble dissous. Atomisé, nivelé, déchu de toute perspective de grandeur ou de distinction (sinon purement matérielle), il se voit réduit à un ectoplasme juridique et économique. La réalisation voire la fortification de l’individualité sont-elles encore possibles ? Un individualisme de l’individualité est-il compatible avec les valeurs démocratiques ? Si oui, à quelles conditions ? Peut-on envisager une politique de l’individualité ? De Mill à Nietzsche, le regard critique se fait de plus en plus radical et subversif, et aussi plus incompatible avec le maintien de la démocratie.
Le genre de l’individualité chez Harriet Taylor et John Stuart Mill
L’article propose une nouvelle généalogie de l’« individualité », notion centrale de l’ouvrage De la Liberté (1859), généralement attribué à John Stuart Mill. Il met en évidence le rôle majeur joué par Harriet Taylor dans l’élaboration de cette notion, et partant dans celle du texte dont elle est en réalité la co-autrice. Il montre que la philosophe conduit, dès le début des années 1830, une réflexion approfondie sur la formation du caractère et le perfectionnement de soi. Tandis que chez Mill, à la même époque, l’individualité est comprise comme le devoir-être de certaines « natures supérieures », principalement de genre masculin, elle constitue d’emblée pour Taylor une exigence épicène impliquant le développement de l’esprit comme celui des plaisirs sensibles et sexuels. Ainsi, c’est précisément grâce à son analyse de l’expérience douloureuse et propre aux femmes de privation d’individualité que Taylor réussit à formuler des propositions puissantes, novatrices et à la portée universelle sur l’éducation et la culture de soi.
La formation du savant, entre solitude de la pensée et communauté de recherche Les discours à l’Université d’Emerson, Mill et Nietzsche
Cet article propose une lecture parallèle de trois grands textes du XIXe siècle portant sur les missions de l’université et la place que doit y occuper le savant comme individu singulier : The American Scholar donné par R. W. Emerson à Harvard en 1837, le discours inaugural de J. S. Mill à l’Université Saint Andrews en 1867, et les conférences de F. Nietzsche à l’Université de Bâle Über die Zukunft unserer Bildungsanstalten, de 1872. L’objectif de cette comparaison est de mettre en évidence des analogies et des différences éclairantes, en leur adressant une série de questions communes : celle, d’abord, de leur définition de l’idéal éducatif ou culturel, en écho au concept idéaliste allemand de Bildung ; celle ensuite de leur critique des mutations de l’université, comme symptômes majeurs de la crise moderne de la culture ; celle, enfin, de la caractérisation du « savant », de sa destination et de sa formation de soi, en tant qu’il est un individu à la fois voué à une exigence existentielle de solitude, mais aussi appelé à inventer de nouvelles formes de communautés culturelles et intellectuelles, en réponse à la crise de l’institution universitaire.
Dans le § 25 du premier tome d’Humain, trop humain, Nietzsche distingue une morale privée d’une morale universelle qu’il attribue à Kant. S’il y a quelque chose comme une morale nietzschéenne (bien différente de ce qu’il appelle « la morale », à savoir celle héritée du platonisme et du christianisme), elle doit consister en quelque chose de « privé » parce qu’elle diffère d’un individu à un autre. Cela ne signifie évidemment pas que Nietzsche serait relativiste, mais simplement qu’une morale ne peut se dessiner que vis-à-vis de notre complexion et que celle-ci est toujours proprement idiosyncrasique, formée par l’histoire unique qui nous fait être ce que nous sommes. Mais comment peut-on alors parler sans contradiction d’un véritable devoir d’être soi-même ? D’autant plus dans le sillage d’une conception romantique qui va inspirer les trois auteurs que nous voulons interroger et selon laquelle chacun est absolument singulier ? Nous tâcherons ici d’analyser ce devoir si singulier qui nous commande d’être, de développer ou de devenir ce soi-même et de voir comment se construit une forme de morale alternative au kantisme à partir de là. Nous verrons ainsi qu’Emerson pense un devoir d’être soi qui, s’il ne fait fi de la morale kantienne, pense l’individu en dehors de la norme commune. Avec son utilitarisme, Mill dessine une autre forme de morale, plus susceptible de faire coïncider devoir de se développer et progrès de l’humanité tout entière. Enfin, Nietzsche balaie complètement la morale kantienne pour penser un devoir de devenir soi absolument antinomique de celle-ci et dont le premier geste constitue une condition.
Les pratiques autobiographiques de Friedrich Nietzsche et de John Stuart Mill Une lecture comparée
Nietzsche et Mill ont en commun d’avoir écrit une autobiographie dans laquelle ils retracent les jalons de l’émergence de leur philosophie mais aussi de leur personnalité. Toutefois, s’il s’agit, selon les termes de Nietzsche, de dévoiler « comment on devient ce qu’on est », on peut se demander quelle fin est poursuivie à travers cette démarche. En effet, influencés par le romantisme, les deux auteurs insistent sur l’absolue individualité des personnalités véritables, qui s’avèrent dès lors inimitables. Que peut donc tirer le public d’une telle lecture ? Notre propos consiste à inscrire la pratique autobiographique telle qu’elle se décline chez Nietzsche et Mill dans la tradition de ce que Pierre Hadot appelait « exercices spirituels » et Michel Foucault « techniques de soi ». Dans cette perspective, la (re)construction du soi par la pratique autobiographique peut malgré tout constituer une forme de discours édifiant, à même de conduire les lecteurs non pas à imiter le parcours de l’auteur mais à vouloir mener une existence à la hauteur de celle qui se donne à voir au fil des pages. En ce sens, si l’exemplarité nietzschéenne est exemplarité d’une déviance, d’une façon de se montrer singulier, elle est davantage dans le cas de Mill illustration d’une vertu qui cherche à se rendre désirable pour autrui.
« Deviens ce que tu es » Pindare, Nietzsche, Heidegger
Ce texte se propose un double objectif : 1) avancer une interprétation du célèbre vers de la deuxième Pythique de Pindare, genoi’ oios essi mathôn, en le replaçant dans le contexte de la célébration de la sagesse du souverain de Syracuse, Hiéron Ier, qui conjoint les exploits aux Jeux pythiques et olympiques et une conscience aiguë des limites de l’humain qui lui attire les bienfaits des dieux, et où la question n’est pas de « devenir soi-même », avec les accents individualistes qui s’attachent pour nous à cette expression, que de se montrer digne de ses exploits et de sa lignée, et donc conforme à ce qu’il est vraiment ; 2) examiner par quel jeu de déplacements et de transpositions cette formule a pu être traduite par Nietzsche, d’abord, par Heidegger, ensuite, par un « Deviens ce que tu es » dont l’accentuation est toute différente. Cette étude constitue ainsi une apostille à l’archéologie de l’idéal contemporain d’authenticité personnelle que l’auteur a développée dans Être soi-même (Gallimard, 2019).
Parce que cette œuvre importante, méritant de constituer un classique selon nous, demeure assez peu connue du public philosophe francophone1, nous avons tenu à traduire ici un certain nombre d’extraits de l’Autobiographie de John Stuart Mill qui nous ont paru significatifs, en particulier vis-à-vis de la thématique de ce volume : le devenir soi, la formation du caractère, autrement dit la Bildung, idéal humboldtien auquel Mill se réfère ici comme dans plusieurs de ses œuvres, et qui tient chez lui tant à l’éducation si particulière et exigeante qu’il reçut qu’aux événements remarquables qui ponctuèrent sa vie. Nous avons ainsi sélectionné des extraits parmi les plus éloquents à nos yeux, en particulier en ce qui concerne le self-development et son ouvrage De la liberté, dans lequel il déploie ce concept.
Discours inaugural prononcé à l’Université de St Andrews Extraits choisis
De 1865 à 1868, John Stuart Mill exerça deux fonctions institutionnelles majeures : député à la Chambre des Communes pour la circonscription de Westminster – mandat au cours duquel il mit aux voix pour la première fois au Parlement britannique, bien que sans succès, un amendement levant l’interdiction de voter pesant sur les femmes – et « Lord Rector » à l’Université de Saint Andrews, l’une des quatre universités écossaises historiques avec Glasgow, Aberdeen et Édimbourg. Cette fonction de « Recteur », instituée en 1858, est alors moins administrative qu’honorifique et intellectuelle : correspondant au troisième plus haut degré d’autorité d’une université après le Chancelier et le Principal, elle est plus éminemment symbolique dans la mesure où le Recteur est élu par le cortège des étudiants qui placent en sa personne, pour ainsi dire, la mission de représenter leurs aspirations et de les guider dans leur formation. Le Recteur est ainsi réputé orienter l’esprit général de l’enseignement dispensé pendant sa mandature de trois ans, et est notamment chargé de prononcer en ce sens un discours solennel appelé Allocution inaugurale ou Discours inaugural (Inaugural Address). En l’occurrence, ce Discours inaugural à l’Université de Saint Andrews a été prononcé par John Stuart Mill un an et demi après sa prise officielle de fonction, le 1er février 1867. Ce fut l’occasion pour lui d’exposer sa conception de l’éducation et plus particulièrement des fonctions légitimes de l’enseignement universitaire. Selon lui, celui-ci ne doit pas destiner les jeunes gens à un quelconque emploi spécialisé, mais les doter d’une « tournure d’esprit » les disposant à une multiplicité de spécialisations possibles et, surtout, à la compréhension la plus vaste des enjeux de leur temps, lesquels ne peuvent s’appréhender sans la connaissance du passé et la maîtrise fine de la langue et des raisonnements.
Fatigue, inhibition, insomnie, anxiété, indécision : la plupart des difficultés rencontrées dans la vie quotidienne sont aujourd’hui assimilées à de la dépression. Pourquoi ce « succès » de la dépression ? Croisant l’histoire de la psychiatrie et celle des modes de vie, Alain Ehrenberg suggère que cette « maladie » est inhérente à une société où la norme n’est plus fondée sur la culpabilité et la discipline, mais sur la responsabilité et l’initiative ; elle est la contrepartie de l’énergie que chacun doit mobiliser pour devenir soi-même. Et si la dépression était surtout le révélateur des mutations de l’individu ?
Sociologue, Alain Ehrenberg dirige le groupement de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS. La Fatigue d’être soi est le troisième volet d’une recherche qui, après Le Culte de la performance (1991) et L’Individu incertain (1995), s’attache à dessiner les figures de l’individu contemporain.
Sociologue, Alain Ehrenberg dirige le groupement de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS. La Fatigue d’être soi est le troisième volet d’une recherche qui, après Le Culte de la performance (1991) et L’Individu incertain (1995), s’attache à dessiner les figures de l’individu contemporain.
Présentation
Mes recherches portent sur les transformations de la liberté et de l’égalité par les valeurs et les normes de l’autonomie à travers le vaste domaine de la « santé mentale ». Ils visent à mettre en lumière les nouvelles articulations entre le commun et le chacun dans une forme de vie imprégnée par les représentations collectives de l’autonomie.
Après avoir travaillé quelques années sur l’histoire du dressage militaire (Le Corps militaire. Politique et pédagogie en démocratie, 1983) un premier ouvrage a été consacrée à la diffusion de ces représentations collectives en France via les transformations de la compétition, de l’esprit d’entreprise et de la consommation (Le Culte de la performance, 1991), un deuxième à l’ascension d’une nouvelle culture de la souffrance psychique (L’Individu incertain, 1995), un troisième a consisté en une étude de cas permettant de mettre en relation les nouvelles manières d’agir et de subir en société via la dépression (La Fatigue d’être soi. Dépression et société, 1998, traduit en six langues).
Mon approche a ensuite évolué vers une approche comparative. Mon précédent livre, La Société du malaise (2010, traduit en italien et en allemand) traitait de la version psychanalytique de la condition autonome, dans ses variantes américaine et française, en mettant en question le thème canonique de l’opposition entre l’individu et la société. La Mécanique des passions. Cerveau, comportement, société (2018), un livre sur les neurosciences cognitives en tant que phénomène social s’attaque à la version neuroscientifique de la condition autonome à travers un autre grand thème canonique : l’opposition entre le biologique et le social. Source : Centre de recherche, médecine, sciences, santé, santé mentale, société – UMR CNRS 8211 – Unité Inserm 988 – EHESS – Université Paris Cité.
La dépression décline aujourd’hui les différentes facettes du malheur intime. Au cours des années 1940, elle n’est qu’un syndrome repérable dans la plupart des maladies mentales et ne fait l’objet d’aucune attention dans nos sociétés. En 1970, la psychiatrie montre, chiffres à l’appui, qu’elle est le trouble mental le plus répandu dans le monde, tandis que les psychanalystes perçoivent une nette croissance des déprimés parmi leur clientèle. Elle capte aujourd’hui le regard psychiatrique comme les psychoses il y a cinquante ans. C’est sa réussite médicale. Parallèlement, quotidiens et magazines la tiennent pour une maladie à la mode, voire pour le mal du siècle. La dépression s’est transformée en outil pratique pour définir nombre de nos malheurs et les alléger éventuellement par des moyens multiples. Or les mots anxiété, angoisse ou névrose auraient pu prétendre au même succès par la généralité des troubles qu’ils désignent. C’est sa réussite sociologique.
Pourquoi et comment la dépression s’est-elle imposée comme notre principal malheur intime ? Dans quelle mesure est-elle révélatrice des mutations de l’individualité à la fin du XXe siècle ? Telles sont les deux questions auxquelles s’attache cette exploration du continent dépressif.
La dépression est une zone morbide particulièrement privilégiée pour comprendre l’individualité contemporaine, à savoir les nouveaux dilemmes qui en sont le lot. Elle occupe en psychiatrie une position carrefour pour une excellente raison : hier comme aujourd’hui, les psychiatres ne savent pas la définir. Dès lors, elle autorise une rare plasticité d’usages. Le « choix » de la dépression résulte de la combinaison d’éléments internes à la psychiatrie et de changements normatifs profonds dans nos modes de vie. Elle n’est certes pas la première maladie à la mode. L’hystérie et, surtout, la neurasthénie ont connu, à la fin du XIXe siècle, un succès analogue. L’histoire de la dépression n’est d’ailleurs pas sans lien avec ces deux pathologies. Les nerveux de la fin du XXe siècle semblent atteints par un mal aussi insaisissable que l’hystérie. Nous jouerait-elle un de ses nouveaux tours ?
En 1898, un médecin pouvait écrire dans un ouvrage de vulgarisation : « Chacun sait aujourd’hui ce que veut dire le mot neurasthénie — c’est, avec le mot bicyclette, un des termes les plus usuels de ce temps1. » Il en va de même avec la dépression, et ce grâce au succès d’une médication fort célèbre. C’est donc par la molécule qu’il faut aborder les rivages de la question dépressive.
Dans le langage de tous les jours, Prozac2 s’est substitué à antidépresseur comme Frigidaire à réfrigérateur ou Kleenex à mouchoir en papier. Comment un médicament en est-il venu à incarner à lui tout seul l’espoir, sans doute déraisonnable, mais aujourd’hui des plus compréhensibles, de se débarrasser de la souffrance psychique ? Aujourd’hui et non hier. Pour qu’un remède mental puisse incarner un tel fantasme, pour que se produise une telle rencontre entre une médication et des aspirations sociales, il a fallu que ladite souffrance vienne progressivement occuper une place centrale dans nos sociétés. Le langage du for intérieur est à ce point entré dans nos usages que chacun l’emploie spontanément afin de dire quelque chose à propos de lui-même ou de l’existence : il fait corps avec nous.
La dépression amorce sa réussite au moment où le modèle disciplinaire de gestion des conduites, les règles d’autorité et de conformité aux interdits qui assignaient aux classes sociales comme aux deux sexes un destin ont cédé devant des normes qui incitent chacun à l’initiative individuelle en l’enjoignant à devenir lui-même. Conséquence de cette nouvelle normativité, la responsabilité entière de nos vies se loge non seulement en chacun de nous, mais également dans l’entre-nous collectif. Cet ouvrage montrera que la dépression en est l’envers exact. Cette manière d’être se présente comme une maladie de la responsabilité dans laquelle domine le sentiment d’insuffisance. Le déprimé n’est pas à la hauteur, il est fatigué d’avoir à devenir lui-même.
Mais que signifie devenir soi ? La question n’est simple qu’en apparence. Elle soulève d’épineux problèmes de frontières : entre le permis et le défendu, le possible et l’impossible, le normal et le pathologique. L’intime, aujourd’hui, joue des rapports instables entre culpabilité, responsabilité et pathologie mentale.
Cette enquête est le troisième volet d’un travail visant à dessiner les contours de l’individu contemporain, c’est-à-dire le type de personne qui s’institue au fur et à mesure que nous sortons de la société de classes, du style de représentation politique et de régulation des conduites qui lui était attaché. Une première recherche tendait à montrer comment la montée en puissance des valeurs de la concurrence économique et de la compétition sportive dans la société française avait propulsé un individu-trajectoire à la conquête de son identité personnelle et de sa réussite sociale, sommé de se dépasser dans une aventure entrepreneuriale. Un second travail décrivait comment cette conquête s’accompagnait d’un souci inédit pour la souffrance psychique. Deux problèmes relevant des pratiques de masse étaient passés au crible : les mises en scène de soi avec les programmes télévisuels où des vies ordinaires se donnent en pâture, les techniques d’action sur soi avec les psychotropes qui stimulent l’humeur et multiplient les capacités individuelles sur le mode du dopage en sport3.
Une enquête sur l’histoire de la notion psychiatrique de dépression s’est ensuite imposée parce que le débat public tend depuis peu à rapprocher confusément médicaments psychotropes, qui traitent les pathologies mentales, et drogues illicites, qui modifient nos états de conscience. La différence entre les deux classes de psychotropes n’est plus aussi nette que la médecine le pensait (à juste titre) dans les années 1950, période au cours de laquelle sont découverts les médicaments de l’esprit. Il nous faudra de plus en plus vivre avec des psychotropes améliorant l’humeur, augmentant la maîtrise de soi et adoucissant peut-être les chocs de l’existence : autant prendre la mesure du mode de vie qu’ils révèlent.
Le succès médical et sociologique de la notion de dépression ne va en effet pas sans poser problème, comme en témoignent les polémiques confuses et décisives sur le Prozac : au bonheur sur ordonnance répond la chimie du désespoir ; à la médicalisation du mal-être s’oppose la dépression en tant qu’authentique maladie ; à la publicité faisant l’éloge d’un médicament miracle répond la contre-publicité d’une drogue sans toxicité ni risque de dépendance. La médicalisation de la vie est un phénomène général, mais elle semble poser des problèmes particuliers en psychiatrie.
L’ambivalence du Prozac ne tient pas à ce qu’il soit, comme tout médicament, remède et poison : on ne meurt pas d’une sur-dose de cet antidépresseur, alors que la dose létale est vite atteinte avec l’aspirine qui s’avère largement plus dangereuse. Nous en prenons bien en permanence pour alléger des symptômes de douleur, pourquoi devrait-il en être autrement avec un antidépresseur, à condition qu’il soit sans danger ? En suscitant l’espoir de surmonter toute souffrance psychique parce qu’ils stimuleraient l’humeur de personnes qui ne sont pas « véritablement » déprimées, la nouvelle classe d’antidépresseurs confortables, dont Prozac est le chef de file, incarne, à tort ou à raison, la possibilité illimitée d’usiner son intérieur mental pour être mieux que soi. On ne distinguerait plus se soigner de se droguer. Dans une société où les gens prennent en permanence des substances psychoactives qui agissent sur le système nerveux central et modifient ainsi articiellement leur humeur, on ne saurait plus ni qui est soi-même ni même qui est normal. Le « qui » apparaît comme le terme clé parce qu’il désigne le lieu où il y a un sujet. Assisterait-on à son éclipse ?
En effet, un lourd soupçon s’est manifestement installé : un bien-être artificiel prendrait insidieusement la place de la guérison. S’ensuit une série de questions non résolues. La souffrance est-elle utile ? et si oui, à quoi ? Allons-nous vers une société de confortables dépendances dans laquelle chacun prendra au quotidien sa pilule psychotrope ? Ne fabrique-t-on pas des hypocondriaques en masse ? Peut-on encore distinguer entre les malheurs et les frustrations de la vie ordinaire, et la souffrance pathologique ? Faut-il le faire ? Question des plus délicates, car elle suppose une distinction stable entre ce qui relève d’une « maladie » et ce qui n’en relève pas. Si la déontologie médicale contraint moralement le médecin à soulager la souffrance, même quand il ne peut guérir une maladie, pourquoi devrait-il en aller autrement en matière de souffrance psychique ?
Posé de cette manière, le problème reste obscur. Il faut donc dépasser les polémiques sur le traitement médicamenteux de la dépression par une mise en perspective historique.
Explorer les modes d’institution de la personne en suivant les avatars de la notion psychiatrique de dépression à partir des années 1940, moment où commence son histoire contemporaine avec l’usage de l’électrochoc, apportera quelques éclaircissements. Les transformations de la notion de personne sont un aspect de l’histoire de la démocratie. Elles concernent ses mœurs, ce que Montesquieu appelle l’esprit général d’une société : « Les lois sont établies, les mœurs sont inspirées ; celles-ci tiennent plus à l’esprit général, celles-là tiennent plus à une institution particulière4. »
Deux hypothèses sont ici proposées : la première porte sur la place prise par la dépression à la faveur des transformations normatives qu’a connues la société française depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la seconde sur le rôle joué par la dépression dans les mutations de l’individualité pathologique en psychiatrie au cours de la même période. Ces deux hypothèses sont construites en fonction d’une grille d’interprétation dont les grandes lignes seront ensuite indiquées.
Rien n’est vraiment interdit, rien n’est vraiment possible
Les années 1960 ont ébranlé préjugés, traditions, entraves, bornes qui structuraient la vie de chacun. Les débats politiques, les bouleversements juridiques provoqués par ces changements sont les signes apparents d’un séisme profond. Nous sommes émancipés au sens propre du terme : l’idéal politique moderne, qui fait de l’homme le propriétaire de lui-même et non le docile sujet du Prince, s’est étendu à tous les aspects de l’existence. L’individu souverain, qui n’est semblable qu’à lui-même, dont Nietzsche annonçait la venue, est désormais une forme commune de vie.
C’est à ce point précis que l’on se méprend d’ordinaire à propos de l’individu. D’aucuns se contentent un peu légèrement de se lamenter sur la trop fameuse perte des repères de l’homme moderne, l’affaiblissement consécutif du lien social, la privatisation de l’existence qui en serait la cause, et le déclin de la vie publique la conséquence. Ces stéréotypes nous ramènent à des pleurnicheries sur le bon vieux temps. Illusions rétrospectives ! Querelles théologiques ! N’avons-nous rien gagné à cette liberté nouvelle ? Nous sommes bien plus confrontés à la confusion entre repères multiples qu’à leur perte (des nouvelles sagesses, philosophiques ou religieuses, aux programmes télévisuels destinés à donner du sens). L’offre accrue de repères n’est-elle d’ailleurs pas une condition sans laquelle cette liberté ne pourrait tout simplement pas exister ? Plutôt qu’à un déclin du public, nous avons affaire aux transformations des références politiques et des modes d’action publique qui se cherchent dans le contexte de l’individualisme de masse et de l’ouverture des sociétés nationales. Voulons-nous retourner dans l’étouffoir disciplinaire ? Plus encore, comment ferions-nous ? Il est temps d’aborder avec un minimum de sens historique et pratique la question de l’émancipation au lieu de s’apitoyer sur la souffrance qui désormais exsude de partout.
Cette souveraineté nouvelle ne nous rend pas tout-puissants ou libres de faire ce qui nous convient, elle ne signe pas le règne de l’homme privé. C’est là l’illusion individualiste même qui ne veut pas « convenir, selon Claude Lefort, que l’individu se dérobe à lui-même en se rapportant à lui-même, qu’il est aux prises avec son inconnu(e)5 ». Deux modifications fondamentales portant sur la place de la loi et celle de la discipline accompagnent cette souveraineté.
Le séisme de l’émancipation a d’abord bouleversé collectivement l’intimité même de chacun : la modernité démocratique — c’est sa grandeur — a progressivement fait de nous des hommes sans guide, nous a peu à peu placés dans la situation d’avoir à juger par nous-mêmes et à construire nos propres repères. Nous sommes devenus de purs individus, au sens où aucune loi morale ni aucune tradition ne nous indiquent du dehors qui nous devons être et comment nous devons nous conduire. De ce point de vue, le partage permis-défendu, qui normait l’individualité jusqu’aux années 1950-1960, a perdu de son efficacité. Le souci inflationniste pour le rappel de la loi, l’impérieuse nécessité de nouvelles références structurantes et de « limites-à-ne-pas-dépasser » trouvent là leur ressort. Le droit de choisir sa vie et l’injonction à devenir soi-même placent l’individualité dans un mouvement permanent. Cela conduit à poser autrement le problème des limites régulatrices de l’ordre intérieur : le partage entre le permis et le défendu décline au profit d’un déchirement entre le possible et l’impossible. L’individualité s’en trouve largement transformée.
Parallèlement à la relativisation de la notion d’interdit, la place de la discipline dans les modes de régulation de la relation individu-société s’est réduite. Ceux-ci ont moins recours à l’obéissance disciplinaire qu’à la décision et à l’initiative personnelles. Au lieu que la personne soit agie par un ordre extérieur (ou une conformité à la loi), il lui faut prendre appui sur ses ressorts internes, recourir à ses compétences mentales. Les notions de projet, de motivation, de communication sont aujourd’hui des normes. Elles sont entrées dans nos mœurs, elles sont devenues une habitude à laquelle, du haut en bas de la hiérarchie sociale, nous avons appris à nous adapter plus ou moins bien. Les acteurs publics et privés s’appuient sur ces notions ; on en use autant dans la gestion des entreprises que dans les politiques de réinsertion.
Faute d’intégrer dans notre réflexion ces transformations normatives, nous ne pourrons comprendre combien ont changé les relations aux inégalités, aux formes de domination et au politique. La mesure de l’individu idéal est moins la docilité que l’initiative. Ici réside l’une des mutations décisives de nos formes de vie, parce que ces modes de régulation ne sont pas un choix que chacun peut faire de manière privée, mais une règle commune, valable pour tous6 sous peine d’être mis en marge de la socialité. Ils tiennent à « l’esprit général » de nos sociétés, ils sont les institutions du soi7.
D’où une première hypothèse : la dépression nous instruit sur notre expérience actuelle de la personne, car elle est la pathologie d’une société où la norme n’est plus fondée sur la culpabilité et la discipline mais sur la responsabilité et l’initiative. Hier, les règles sociales commandaient des conformismes de pensée, voire des automatismes de conduite ; aujourd’hui, elles exigent de l’initiative et des aptitudes mentales. L’individu est confronté à une pathologie de l’insuffisance plus qu’à une maladie de la faute, à l’univers du dysfonctionnement plus qu’à celui de la loi : le déprimé est un homme en panne. Le déplacement de la culpabilité à la responsabilité ne va pas sans brouiller les rapports entre le permis et le défendu.
Laboratoire des ambivalences d’une société dans laquelle l’homme de masse est son propre souverain, la dépression est instructive au sens où elle rend visible ce double changement des contraintes structurant l’individualité : du côté intérieur, elles ne se montrent plus dans les termes de la culpabilité ; du côté extérieur, elles ne s’imposent plus dans les termes de la discipline.
Du point de vue d’une histoire de l’individu, peu importe qu’elle désigne un mal de vivre ou une vraie maladie : la dépression a ceci de particulier qu’elle marque l’impuissance même de vivre, qu’elle s’exprime par la tristesse, l’asthénie (la fatigue), l’inhibition ou cette difficulté à initier l’action que les psychiatres appellent « le ralentissement psychomoteur » : le déprimé, happé par un temps sans avenir, est sans énergie, englué dans un « rien n’est possible ». Fatigués et vides, agités et violents, bref, nerveux, nous mesurons dans nos corps le poids de la souveraineté individuelle. Déplacement décisif de la lourde tâche à bien se porter qui, selon Freud, est le lot du civilisé.
La dépression ou le déclin du conflit dans l’espace psychique
Le déplacement de la culpabilité à la responsabilité peut parfaitement être repéré en psychiatrie à condition de s’équiper d’une grille de lecture adéquate. Mais il faut d’abord formuler la seconde hypothèse.
L’individualisme en démocratie a cette singularité de reposer sur un double idéal : être une personne par soi-même — un individu — dans un groupement humain qui tire de lui-même la signification de son existence — une société. Nous ne sommes plus guidés par le religieux ni soumis à un souverain qui décide pour tous. Deux notions les ont remplacés, celle d’intériorité et celle de conflit.
Dans les sociétés démocratiques, l’esprit, plus encore que le corps, est l’objet de controverses interminables. Quelles que soient les avancées ou les découvertes des sciences biologiques, elles restent inaptes à mettre fin à la querelle sur l’esprit. Pas plus qu’en philosophie il n’y a aujourd’hui d’accord en neurobiologie8. Ces controverses s’imposent parce que nos croyances fondamentales sont ici en jeu. Au lieu d’une âme inséparable de la notion de péché, une nouvelle catégorie désigne le dedans de la personne : l’esprit, la psyché, le mental, bref, l’intériorité, cachée, dissimulée, mais manifestant son existence par des signes multiples. Sacrée comme l’âme, c’est un tabou pour les modernes qui ne peuvent la manipuler sans risque. L’intériorité est une fiction qu’ils ont fabriquée pour dire ce qui se passe à l’intérieur d’eux-mêmes. Mais cette fiction est aussi une vérité : nous y croyons comme d’autres croient en la métempsycose ou au pouvoir magique des ancêtres.
L’institutionnalisation du conflit permet la confrontation libre des intérêts contradictoires et l’obtention de compromis acceptables. Elle est la condition de la démocratie dans la mesure où elle permet de représenter sur une scène — politique — la division du social. De même, la conflictualité psychique est la contrepartie de l’autofondation qui caractérise l’individualité moderne. La notion de conflit est le moyen de maintenir un écart entre ce qui est possible et ce qui est permis. L’individu moderne est en guerre avec lui-même : pour être relié à soi, il faut être séparé de soi. Du politique à l’intime, la conflictualité est le noyau normatif du mode de vie démocratique.
De là, une deuxième hypothèse : le succès de la dépression repose sur le déclin de la référence au conflit sur laquelle s’est construite la notion de sujet que la fin du XIXe siècle nous a léguée. L’identification des notions de conflit et de sujet s’est faite avec l’invention de « la psychonévrose de défense » par Freud. Cet essai voudrait montrer que l’histoire psychiatrique de la dépression est caractérisée par la difficulté à en définir le sujet9.
Une autre difficulté à propos du « sujet » se voit dans un domaine voisin, celui des addictions ou des dépendances. Les psychiatres l’enseignent, l’addiction est un moyen de lutter contre la dépression : elle abrase les conflits par un comportement compulsif. Or addiction et dépression sont des thèmes qui se diffusent ensemble à partir des années 1970. L’une comme l’autre sont les manifestations d’une difficulté symbolique avec les notions de loi et de conflit.
Les addictions incarnent l’impossibilité d’une prise complète de soi sur soi : le drogué est l’esclave de lui-même, qu’il dépende d’un produit, d’une activité ou d’une personne. Sa capacité à faire sujet et, ce qui revient au même, à faire société est en cause. Il se trouve dans un rapport « impossible » à la loi. La liberté de mœurs, soit le déclin de la polarité permis/défendu, et le dépassement des limites qu’imposait la nature à l’humain, grâce aux progrès des sciences biologiques et de la pharmacologie, font que tout devient concrètement possible. Pour cette raison, le drogué est aujourd’hui la figure symbolique employée pour définir les visages d’un anti-sujet. C’était le fou qui occupait autrefois cette place. Si la dépression est l’histoire d’un introuvable sujet, l’addiction est la nostalgie d’un sujet perdu.
Comme la névrose guettait l’individu divisé par ses conflits, déchiré par un partage entre ce qui est permis et ce qui est défendu, la dépression menace un individu apparemment émancipé des interdits, mais certainement déchiré par un partage entre le possible et l’impossible. Si la névrose est un drame de la culpabilité, la dépression est une tragédie de l’insuffisance. Elle est l’ombre familière de l’homme sans guide, fatigué d’entreprendre de devenir seulement lui-même et tenté de se soutenir jusqu’à la compulsion par des produits ou des comportements.
De la névrose à la dépression et à l’addiction, j’explorerai la façon dont nous sommes passés d’une expérience collective de nous-mêmes à une autre, je tenterai de suivre quelques mutations de la subjectivité à travers celles de ses pathologies.
Le « déficit » et le « conflit », grille de lecture pour une histoire de la dépression
La constitution de la notion de névrose à la fin du XIXe siècle offre cette grille de lecture éclairant les déplacements de la culpabilité à la responsabilité. À la conception de Freud s’oppose celle de son grand concurrent : Pierre Janet. L’affaire est bien connue des historiens de la psychiatrie et de la psychanalyse. Freud et Janet ont modernisé la vieille nervosité en créant la notion du psychique ; ils ont rendu acceptable l’idée que l’esprit peut être malade sans qu’il y ait besoin d’une cause organique et ont « inventé » la psychothérapie en intégrant la vieille hypnose des charlatans dans la science médicale. Leurs oppositions sont notoires, mais j’en isole une parce qu’elle permet, me semble-t-il, d’interpréter les métamorphoses de la dépression en les reliant à celle de l’individualité. Freud pense la névrose à partir du conflit alors que Janet se réfère à un déficit ou à une insuffisance. S’il existe indubitablement un sujet de ses conflits, car le patient est considéré comme un agent, c’est beaucoup moins évident pour le déficit.
Cette étude historique sur la dépression se déroulera en trois temps. L’alliance subtile entre le déficit et le conflit fournira à la psychiatrie la référence pour traiter la dépression d’un sujet malade, paradigme de départ de la dépression contemporaine (première partie). Lorsque cette alliance se brisera au cours des années 1970, la névrose amorcera son déclin. La dépression sortira du champ médical sans qu’aucune innovation pharmacologique ne soit le vecteur de son expansion, mais dans un contexte où l’émancipation conduit à un changement de place de l’interdit, la culpabilité se dissimulant sous la montée de la responsabilité. Elle devient une maladie à la mode bien avant que ne soient lancés les antidépresseurs de type Prozac, bien avant aussi que notre société ne succombe au pessimisme d’aujourd’hui. La dépression apparaîtra non comme une pathologie du malheur, mais comme une pathologie du changement, celle d’une personnalité qui cherche à être seulement elle-même : l’insécurité intérieure sera le prix de cette « libération » (deuxième partie). À partir des années 1980, la dépression entre dans une problématique où dominent non pas tant la douleur morale que l’inhibition, le ralentissement et l’asthénie : l’ancienne passion triste se transforme en une panne de l’action, et cela dans un contexte où l’initiative individuelle devient la mesure de la personne. La notion de guérison entre parallèlement en crise à mesure que la dépression est redéfinie comme une maladie chronique sur le modèle du diabète. Mais parce qu’il s’agit d’esprit, cette chronicité conduit à une interrogation identitaire qui n’existait pas au cours des années 1960 : drogue ou médicament ? La dépression et l’addiction dessinent alors l’envers de l’individu de la fin du XXe siècle.
Note sur la démarche
Le mot clé de cette démarche est : éclaircissement. Elle consiste à mettre en relief les arguments contradictoires qui ont forgé l’image savante et populaire de la dépression. L’intention critique est donc politique. Elle vise moins une vérité scientifique qu’une contribution au débat public, elle cherche moins à juger qu’à comprendre. La critique sociale doit être à la fois réaliste en décrivant des mondes vraisemblables, prescriptive en évaluant des mondes vivables, et politique en proposant des démarches intellectuelles qui rendent l’action possible.
La dépression, comme toute pathologie mentale, ne fait pas partie des maladies assignables dans une partie du corps humain. Pour qui s’intéresse à l’histoire ou à l’anthropologie des catégories psychiatriques et des troubles mentaux, un double écueil en résulte : un penchant positiviste en sciences de la vie réduisant ces troubles à de purs dérèglements biologiques ; un penchant relativiste en sciences sociales ne prenant pas en compte la dimension biologique de l’humain et dissolvant la réalité de la pathologie dans des fonctions purement sociales (étiqueter une déviance, gérer certains désordres ou contrôler des comportements inadéquats). Le sociologue se contente trop souvent d’aborder ces questions en termes de médicalisation du mal-être10 ou de psychologisation des rapports sociaux. Ces deux penchants sont sans doute un aspect non négligeable de la difficulté à penser la place sociale de la notion de psychique dans nos sociétés.
Comment apprendrions-nous que souffrir, c’est ceci ou cela si nous n’avions pas les mots pour le dire ? Or la psychiatrie fournit précisément ce langage parce qu’elle est la seule spécialité médicale chargée du domaine de la personne pathologique. Si la dimension psychologique peut avoir une importance en dermatologie ou en cancérologie, la psychiatrie est un système de pratiques normées dont l’objet est l’individualité pathologique. Elle est un savoir privilégié pour observer comment les relations individu-société se transforment simultanément. D’où l’insistance de ce travail non sur les pratiques psychiatriques, mais sur le raisonnement psychiatrique, c’est-à-dire sur le type d’expérience de la personne qu’il perçoit et signale.
La psychiatrie ne peut déchiffrer avec certitude les signes morbides sur le corps du malade, dans son sang ou dans ses urines, la caractéristique d’un trouble mental étant qu’il désigne un sentiment, une émotion ou une image de soi. Toute l’histoire de cette discipline est traversée par une lancinante interrogation : comment objectiver le subjectif ? La psychiatrie se trouve dans une situation particulière : lorsqu’elle découvre la cause d’une pathologie mentale, comme ce fut le cas pour l’épilepsie, c’est que celle-ci n’était pas mentale. La psychiatrie traite généralement de pathologies dont la cause, ou le motif, ne peut faire consensus11. Le travail du clinicien consiste à interpréter symptômes et syndromes12 non pour distinguer le normal du pathologique, mais en vue d’un diagnostic13. Pourtant, cette distinction est obsédante aujourd’hui. Il faut moins y voir une insuffisante réflexion clinique, comme on pourra le constater dans cet ouvrage, qu’une conséquence pratique du caractère symbolique attaché à la notion d’intériorité dans la modernité. Les désaccords sur les causes, les définitions et les traitements des pathologies, les incertitudes qui accompagnent l’histoire du raisonnement psychiatrique14 sont particulièrement révélateurs des transformations de la personne. Il faut respecter ces difficultés en reconstituant leur cohérence.
La démarche suivie dans cet ouvrage a donc été de comprendre comment les psychiatres formulent les problèmes et quelles solutions ils leur apportent à travers leurs controverses. Une des particularités de la dépression est qu’aucun grand nom, aucune œuvre clé n’y sont attachés au contraire de la monomanie (Esquirol), de l’hystérie (Charcot, Janet et Freud), de la psychose maniaco-dépressive (Kraepelin), de la schizophrénie (Bleuler). Il a donc fallu manier un corpus aux multiples aspects pharmacologiques, cliniques, épidémiologiques, nosographiques, neurobiologiques, etc. Une grande partie des thèmes examinés ici ne sont qu’explorés faute de travaux sur l’histoire de la psychiatrie française au XXe siècle.
Cette enquête s’est appuyée sur une revue de la littérature psychiatrique française à partir des années 1930-1940 ainsi que sur un sondage dans les travaux anglo-américains15. La Revue du praticien, qui joue un rôle de formation permanente pour les généralistes, à partir du premier article sur les antidépresseurs en 1958, deux magazines féminins et un hebdomadaire ont été consultés16. Il a alors été possible d’établir des relations entre trois niveaux : débats internes à la profession psychiatrique, type d’expertise qu’elle fournit à la médecine générale et problèmes que celle-ci rencontre, manière dont le grand public a été initié à une grammaire de la vie intérieure, indiquant les règles permettant que se formule une demande sociale. Cette enquête ne traite donc pas des pratiques de la dépression, mais des conceptions, des manières de raisonner et des modèles de maladie en médecine mentale. Ainsi mis en scène pour mieux faire ressortir la multitude d’aspects à la fois hétérogènes et contradictoires qui façonnent une pathologie mentale, les textes permettront peut-être au lecteur de prendre une vue d’ensemble tout en respectant la complexité de la chose psychiatrique.
Lors de la conférence d’ouverture du premier colloque tenu en France sur les états dépressifs à Sainte-Anne en novembre 1954, un nom vient à la bouche de l’orateur : Pierre Janet. « Au début du siècle, déclare le Dr Julien Rouart, on insistait sur certaines dépressions névrotiques aujourd’hui quelque peu oubliées, comme la neurasthénie, et Pierre Janet fondait toute sa théorie de la psychasthénie sur la notion d’une “baisse de la tension psychologique”. En fait, […] les dépressions névrotiques s’opposaient aux psychotiques comme une faiblesse de constitution à une maladie?[1]. » Asthénies, baisse, faiblesse : l’état dépressif est une insuffisance. Freud, les psychanalystes l’ont largement souligné depuis, a peu écrit sur la dépression?[2] : l’angoisse est au centre de son attention. Y aurait-il une opposition entre l’angoisse et l’insuffisance ? En effet, la frontière de la culpabilité sépare leurs territoires respectifs. Freud a joué un rôle pivot dans l’histoire de l’homme coupable, et Janet dans celle de l’homme insuffisant.
D’anciennes questions philosophiques portant sur le statut de l’esprit et la spécificité de ce qui est psychologique, de vieilles querelles disciplinaires entre biologie et psychologie sur ce thème, des antinomies propres à chacune de ces disciplines encombrent depuis toujours les questions posées par la maladie mentale. Prenez garde au sujet, disent les uns, c’est-à-dire à l’humain ; n’oubliez pas le malade, c’est-à-dire le corps, rétorquent les autres. Une tension règne dans l’histoire des désordres de l’esprit entre une conception de l’humain en tant qu’animal, vivant par rapport au végétal, et une conception contraire en tant qu’être de parole, humain à l’intérieur du vivant animal. Opposition décisive, à l’origine des conflits quant aux causes de la maladie, sa définition, ses traitements et l’idée que l’on se fait de la guérison, mais opposition trompeuse à un autre niveau, dans la mesure où l’on ne voit pas très bien ce que pourrait être un sujet sans corps. En quoi serait-il un être « vivant »?[3] ? Or les modes d’intégration de l’animalité dans la personnalité sont une des clés du type de subjectivité que la fin du xixe siècle nous léguera.
Si le souci collectif pour la fatigue dans les sociétés occidentales n’est nullement un phénomène nouveau, il a pris un tour particulier depuis la pandémie de Covid-19, avec une généralisation des problèmes de santé mentale. Pour le sociologue et directeur de recherche au CNRS Alain Ehrenberg, cette généralisation constitue, au-delà d’une problématique de santé publique, un langage permettant d’exprimer les tensions morales d’une société individualiste de masse.
L’anorexie mentale : une fatigue de ne pas être soi ?
Margaux Merand, UMR Inserm U 1253, UFR de médecine de l’Université de Tours, 2, Boulevard Tonnellé, 37032 Tours, France
Maël Lemoine, UMR 5164 « ImmunoConcept » ; équipe « Conceptual Biology and Medicine », Université de Bordeaux, 146, rue Léo-Saignat, 33000 Bordeaux, France
Le présent article comprend l’anorexie mentale comme une stratégie visant à se produire soi-même, en modelant le corps d’une manière déterminée, afin d’obtenir une reconnaissance intersubjective. Il s’agirait plus précisément d’une stratégie permettant de systématiser la réussite de trois objectifs caractéristiques de l’existence sociale moderne où les individus sont appelés à se réaliser au moyen de leurs propres ressources, en s’émancipant de toute tutelle. Soumis à l’injonction d’être « quelqu’un », et d’accomplir une performance individuelle remarquée, le sujet anorexique serait singulièrement sensible aux risques d’échec constitutifs de ces deux idéaux sociaux. Ainsi, 1) la maigreur permettrait au sujet anorexique de faire l’économie de la question de son identité, en produisant à travers le corps maigre un type d’identité plutôt qu’une véritable subjectivité. Effrayée à l’idée de ne pas parvenir à cerner les frontières et facultés du « soi », la personne anorexique se retrancherait derrière le type d’identité que suggère une apparence très amincie. 2) Travaillant sur son corps, le sujet anorexique échapperait aux aléas des formes conventionnelles de travail et d’accomplissement de soi, en choisissant un matériau – son propre corps – sur lequel il a un pouvoir immédiat et qui a priori ne met à l’épreuve que sa volonté, en supprimant tout aléa extérieur immaîtrisable. 3) Conscient des représentations sociales dont la maigreur est investie, le sujet anorexique contrôlerait le genre de jugement porté sur lui par les autres : il échapperait ainsi au risque, normalement structurel, de ne pas être reconnu par les autres sujets conscients, ou d’être incompris d’eux.
Individus en société : individualisme versus communautarisme ?
Novembre 2024
L’individualisme croissant supposé de la société interroge et s’inscrit au cœur des réflexions menées par les collectivités pour accompagner les évolutions des modes de vie. Quelques précisions s’imposent alors pour comprendre la société. La modernité du XXe siècle a eu pour corollaire l’individualisation de la société. Aujourd’hui, l’individu est placé au centre de la société et est collectivement valorisé, créant pour les individus des impératifs de réalisation de soi et de singularité pour se distinguer des autres. Toutefois, la société des individus n’est pas pour autant une société individualiste par définition, de nouvelles formes de solidarités et manières de faire cohésion et communauté émergent en son sein.
Fatigue d’être soi et souffrances de subjectivation.
Par Jacques Arènes
Imaginaire & Inconscient
« La fatigue d’être soi », renvoie au livre éponyme d’Alain Ehrenberg. Cette locution décrit les difficultés de subjectivation de l’individu contemporain. Le centre de ce type de souffrance de subjectivation est le sentiment de passivité et de déprise par rapport à son propre destin. La méthode analytique se trouve ainsi mise à l’épreuve, car elle bute sur une éternisation de son processus, avec des sujets qui ne semblent pas avancer, s’enfoncent progressivement dans une souffrance qu’aucune interprétation ne modifie. Une hypothèse clinique d’accompagnement de ceux qui ont du mal à saisir les possibles, et à incarner une dynamique de subjectivation, est celle d’un travail sur les épreuves de vie. Plutôt que d’adopter une posture « ferenczienne », favorisant la régression et la réparation psychique dans le lieu de la cure, le psychanalyste sera, en ce cas, particulièrement attentif aux événements à potentialité traumatique. L’épreuve de réalité peut alors s’avérer « thérapeutique », et le travail du négatif lié à la perte de l’objet peut, dans certaines conditions, rendre possible la sortie de la fatigue d’être soi.
La souffrance des intervenants : perte d’idéal collectif et confusion sur le plan des valeurs
Par Lucie Biron
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°36(1), 209-224.
Le présent essai propose l’idée selon laquelle l’état de désarroi qui marque le monde contemporain – en raison de l’absence de consensus sur ce qui pourrait constituer un horizon de sens – a un impact sur l’épuisement professionnel vécu par les intervenants psychosociaux. Désignés comme les experts du soulagement de la souffrance dans un monde qui fait du bonheur sa norme, les professionnels de la relation d’aide se trouvent dans une position paradoxale. Ils paraissent tiraillés entre, d’une part, le modèle productiviste qui domine les milieux de travail et, d’autre part, les idéaux éthiques au fondement d’un travail de solidarité humaine.
es travaux d’Alain Ehrenberg semblent frappés par la malédiction d’un malentendu total. Il est extrêmement courant de lui voir attribuer sinon la paternité, du moins le talent d’avoir particulièrement bien exprimé l’idée selon laquelle la dépression, dans les sociétés contemporaines, serait en augmentation du fait des grandes modifications sociétales en cours depuis la fin des années 1960. Récemment, et d’ailleurs dans la direction idéologique inverse, dans un échange pour La vie des idées avec Robert Castel, il a été considéré comme le promoteur d’un style d’individualisme plus américain que français, quelqu’un dont les analyses de l’idéal contemporain d’autonomie feraient le fourrier à peine caché d’une sorte de néolibéralisme niant la « souffrance psychosociale » et les besoins de protection des faibles.
Pour Alain Ehrenberg, la lecture que Robert Castel a proposée de son livre dans La Vie des Idées repose sur un contresens. Loin d’ériger l’Amérique en modèle, sa démarche comparative vise à dégager les significations sociales de l’autonomie pour dépasser l’opposition libéralisme/antilibéralisme. Il s’agit alors de substituer à la sociologie individualiste une sociologie de l’individualisme.
Ce texte est une réponse au compte rendu de Robert Castel sur le livre d’Alain Ehrenberg (La Société du malaise, Odile Jacob, 2010), paru sous le titre « L’autonomie, aspiration ou condition ? », La Vie des Idées, 26 mars 2010.
Volume 41, numéro 5 (245), octobre 1999, p. 110–116
L’individu à l’aune de la dépression
Alain Ehrenberg, La Fatigue d’être soi. Dépression et société, Paris, Odile Jacob, 1998, 318 p
Par Luis Carlos Fernandez
On sentait bien que l’ampleur sans précédent du phénomène dépressif — nouveau visage du malaise dans la civilisation — ne pouvait être étrangère à la façon dont l’époque conçoit l’individu. La Fatigue d’être soi montre à quel point on voyait juste. Dans ce troisième volet] de son analyse de l’individualité contemporaine, Alain Ehrenberg — sociologue, directeur du collectif de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS à Paris — se livre à un examen attentif de ses transformations et de l’évolution concomitante de la dépression en tant qu’entité nosologique. Cela nous vaut un remarquable essai d’histoire de la psychiatrie, champ aussi fertile que peu labouré par les chercheurs français en sciences sociales depuis les travaux marquants de Robert Castel.
La philosophie des sciences définit les critères de scientificité qui permettent d’évaluer la validité et la pertinence des théories scientifiques. Elle a donc une vocation critique. Cet ouvrage propose une analyse de la pratique scientifique aussi bien dans les sciences exactes que dans les sciences sociales et humaines, et ce, à partir d’une perspective constructiviste qui donne un accès direct à la logique interne de l’entreprise scientifique.
Après avoir fait la génèse du savoir scientifique contemporain, l’auteur examine plus particulièrement les deux grandes théories du XXe siècle, soit la théorie de la relativité et la mécanique quantique. Il ouvre ensuite une voie singulière vers les sciences humaines qui débouchera sur un tour d’horizon éclairé du structuralisme et des thématiques du langage dans les sciences sociales et humaines. De Hegel à Gadamer et de Lévi-Strauss à Foucault, la rétrospective critique qui se déploie apparaît ici comme un complément nécessaire à la discussion du constructivisme contemporain.
Cette introduction à la philosophie des sciences s’adresse tout aussi bien aux philosophes et aux scientifiques intéressés au problème des fondements qu’aux étudiants en philosophie.
AUTEUR
Yvon Gauthier
Professeur de logique et de philosophie des sciences à l’Université de Montréal
SOMMAIRE
Avant-propos
Première partie. Sciences
1. Introduction
2. Philosophie et histoire des sciences
3. Espace, temps et causalité
Deuxième partie. Passages critiques
4. Réalismes et antiréalismes
Troisième partie. Cultures
5. Structures et constructions
6. Langages et histoires
7. Histoire et histoires
8. Conclusion. Contructivisme et constructionnisme
Bibliographie
Index des sujets
Index des noms propres
SOURCE
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Bienenstock, Myriam, et Michèle Crampe-Casnabet, éditeurs. Dans quelle mesure la philosophie est pratique. ENS Éditions, 2000, https://doi.org/10.4000/books.enseditions.25403.
Dans quelle mesure la philosophie est pratique
Fichte, Hegel
Sous la direction de Myriam Bienenstock et Michèle Crampe-Casnabet
Éditeur : ENS Éditions
Lieu d’édition : Lyon
Publication sur OpenEdition Books : 10 mars 2022
ISBN numérique : 979-10-362-0370-1
DOI : 10.4000/books.enseditions.25403
Collection : Theoria
Année d’édition : 2000
ISBN (Édition imprimée) : 978-2-902126-70-5
Nombre de pages : 263
RÉSUMÉ
Dans quelle mesure la philosophie est-elle pratique ? Formulée par Hegel dans ses tout premiers cours d’Iéna, au début du XIXe s., la question renvoie d’abord au débat bien connu sur la thèse, classiquement rapportée à Fichte, d’un primat du pratique : lorsque Fichte affirme que « tout est issu de l’agir et de l’agir du moi », revendique-t-il simplement le primat de la loi morale sur la raison théorique ? N’est-ce pas plutôt le rapport de la philosophie à la vie qu’il veut souligner, comme Hegel quelques années plus tard ? C’est le statut même de la philosophie pratique, placée par Fichte au fondement même du savoir, qui est en question dans ces débats.
Ils sont d’une grande actualité : la philosophie pratique contemporaine se cherche en effet des ancêtres, des « pères fondateurs ». L’attention se porte sur Hegel, mais aussi, de plus en plus, sur Fichte, considéré comme l’un des fondateurs de la théorie dite de la « reconnaissance». Aux études de fond traitant de la philosophie pratique dans l’idéalisme allemand s’ajoutent ainsi, dans ce volume, plusieurs études consacrées à la théorie de la reconnaissance, au droit et à l’économie ; ainsi qu’un examen circonstancié des débats contemporains.
AUTEURS
Myriam Bienenstock (dir.)
Professeur de philosophie à l’université de Tours. Parmi ses publications : Politique du jeune Hegel (1992)?; Fichte/ Schelling : Correspondance (1991)?; Herder, Dieu (1996)?; Hegel, Le Premier Système. La philosophie de l’esprit (1999).
Michèle Crampe-Casnabet (dir.)
Crampe-Casnabet, Michèle (1936-2012), philosophe. Maître de conférence à l’École normale supérieure de Fontenay (en 1987).
EXTRAIT
Présentation
Myriam Bienenstock
« […] Pour ce qui concerne le besoin de la philosophie dans ce qu’il a d’universel, nous tenterons de l’élucider sous forme d’une réponse à la question de savoir quelle relation la philosophie a avec la vie ; une question qui ne fait qu’une avec celle de savoir dans quelle mesure la philosophie est pratique. Car le véritable besoin de la philosophie ne porte tout de même, en fin de compte, sur rien d’autre, que sur le fait d’apprendre à vivre d’elle, et par elle1… »
G.W.F. Hegel, « Introductio in philosophiam », Fragmente aus Vorlesungsmanuskripten (1801/02 : manuscrits de conférences, fragments), in Schriften und Entwürfe (1799-1808), Gesammelte Werke, vol. 5, éd. par M. Baum et K.R. Meist avec la collaboration de T. Ebert, Hamburg, Meiner, 1998, p. 261. – Le texte manuscrit, très fragmentaire, de ces conférences de Hegel fut découvert il y a une vingtaine d’années seulement. Il fut publié pour la première fois en mai 1998, dans le volume cité ci-dessus.
Dans quelle mesure la philosophie est-elle pratique ? Cette question posée par Hegel à Iéna, au tout début du xixe s., semble au premier abord renvoyer à la discussion sur la thèse bien connue d’un « primat du pratique » (Primat des Praktischen) : une thèse que l’on rapporte classiquement à Fichte, pour souligner cependant qu’elle se trouve déjà chez Kant, et même peut-être chez Descartes : à en croire ce grand interprète du kantisme que fut Ernst Cassirer, il serait en effet possible d’attribuer à Descartes lui-même un « primat du pratique2 ». Descartes, déjà, aurait affirmé que la vérité ne nous est pas simplement donnée de l’extérieur, mais qu’elle doit être trouvée, et qu’elle ne peut l’être que par celui qui sait ou, plutôt, par celui qui veut chercher la vérité : par celui qui veut se débarrasser du doute, et qui prend la décision – une décision libre – d’atteindre la vérité. Selon Cassirer, Descartes aurait donc déjà accordé la primauté, et même la « suprématie », au sens défini par Kant3, à la « pratique », c’est-à-dire ici à la détermination de la volonté, par rapport à l’usage théorique de la raison.
La thèse, pourtant, mérite d’être examinée de plus près – comme, d’ailleurs, le lien de filiation, apparemment si simple et si direct, établi de Descartes à Kant, et de Kant à Fichte. En quel sens, en effet, le terme de « pratique » est-il utilisé ici ? La question se pose non pas seulement dans l’étude du cartésianisme, mais aussi, et surtout, pour ce qui concerne la philosophie de Fichte, auquel la thèse fameuse d’un « primat du pratique » est le plus souvent identifiée. Fichte lui-même, certes, se réclama explicitement de Kant, et proclama haut et fort le « primat » de la raison pratique4. Il serait pourtant bien insuffisant de se limiter, dans l’interprétation de sa pensée, à de telles affirmations ; et de conclure sur cette base, comme on le fit souvent, que nous sommes ici en présence d’un « idéalisme éthique » ou « moral » : comme le souligne fort justement Claudio Cesa dans sa belle étude sur « Le concept du pratique chez Fichte5 », dans la pensée de cet auteur la notion de « pratique » n’est qu’indirectement en rapport avec le monde moral. Cesa montre aussi – et c’est là le point le plus important – que, chez Fichte, le sens propre de la distinction entre « théorique » et « pratique » ne peut être élucidé sans référence à une distinction tout aussi importante, et aussi profondément enracinée dans sa pensée : la distinction entre la « philosophie » et la « vie »…– S’impose alors, immédiatement, le rapprochement avec Hegel : lorsque, dans le passage cité ci-dessus, Hegel identifie la question de savoir « dans quelle mesure la philosophie est pratique » à la question de savoir « quel rapport la philosophie a avec la vie », il semble être très proche de Fichte, et d’une problématique fichtéenne.
Dans cette nouvelle section, je traite des livres qui m’apparaissent essentiel au développement de l’esprit critique, la toute première étape pour aborder la philosophie comme mode de vie.
Je bâtie les articles « LES ESSENTIELS » en suivant la même structure que mes « RAPPORTS DE LECTURE » soit un référencement exhaustif du livre suivi de mon commentaire.
Voici un livre clair, net et précis pour ajouter la philosophie à notre vie de tous les jours
Réfléchir pour mourir moins cave
35 questions philosophiques à se mettre sous la dent
Louis Dugal
Enseignant de philosophie au collège de Rosemont et secrétaire du Comité d’éthique du Réseau de soins palliatifs du Québec
Réfléchir pour mourir moins cave
35 questions philosophiques à se mettre sous la dent
Louis Dugal
Enseignant de philosophie au collège de Rosemont et secrétaire du Comité d’éthique du Réseau de soins palliatifs du Québec
Les éditions La Bagnole
Support : Format papier
Mesure : 23.53 cm (Hauteur), 17.74 cm (Largeur), 524 gr (Poids)
Nombre de page : 148 pages
Date de sortie : 11 avril 2024
ISBN : 13 9782897148669
TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE
À quoi ça sert de connaître des choses ?
Pourquoi les vieux n’écoutent pas la jeune génération ?
Est-on obligé d’aimer sa famille ?
Est-ce responsable d’avoir des enfants dans le monde actuel ?
Pourquoi est-on incapable de réagir face aux changements climatiques ?
Devenez un pro de l’argumentation et jetez un éclairage philosophique sur 35 sujets vous concernant directement.
LOUIS DUGAL travaille dans le milieu collégial à titre d’enseignant de philosophie et de conseiller pédagogique. Il sait construire des forteresses avec des Lego, avec des concepts et avec des mèmes.
35 questions philosophiques à se mettre sous la dent
J’aime mieux être seul qu’avec des amis. Suis-je bizarre ?
Face à l’urgence climatique, peut-on être alarmiste sans être pessimiste ?
À partir de quand on cesse d’être ignorant ?
Pourquoi est-on incapable de réagir face aux changements climatiques ?
Est-ce qu’on peut arrêter le progrès ?
À quoi ça sert de connaître des choses ?
L’argent fait-il le bonheur?
Pourquoi a-t-on peur de faire des erreurs ?
Siri, heu… l’intelligence peut-elle être artificielle ?
Pourquoi les adultes n’écoutent pas les jeunes ?
Pourquoi suis-je jalouse ?
Est-on obligé d’aimer sa famille ?
À quoi servent les humains?
À quoi ça sert de réussir à l’école ?
Comment faire les bons choix dans la vie ?
La vraie démocratie, ça existe ?
Est-ce que le travail rend heureux ?
Est-ce que c’est responsable d’avoir des enfants dans le monde actuel ?
Pourquoi le temps existe ?
Doit-on sauver l’environnement?
Est-on libre de faire ce qu’on veut dans notre vie privée ?
De quoi doit-on douter ?
Pourquoi la sexualité existe-t-elle ?
Est-ce que je peux être en désaccord avec quelqu’un qui pense comme moi?
Faut-il espérer que les choses aillent mieux?
Le civisme, est-ce que ça s’enseigne ?
Peut-on détester toutes les fêtes et refuser de les célébrer ?
La mort, est-ce que c’est grave ?
Est-ce qu’il vaut mieux être content ou être conscient ?
Comment distinguer les vrais des faux amis?
Qu’est-ce qu’il faut désirer pour être heureux ?
Peut-on lutter contre la tristesse ?
Pourquoi est-ce qu’il y a des gens méchants?
Quelle est mon importance, considérant que je ne suis qu’un grain de sable dans l’univers ?
Est-ce qu’on est proche de la fin du monde?
«La philosophie, c’est plus que «faire de la philo». À la base, c’est constater qu’il y a des choses qui font problème, se questionner sur elles et tenter d’en faire sens. Réfléchir pour mourir moins cave, ce sont 35 tentatives d’offrir des pistes de réponses à des questionnements qui travaillent les ados, tout en les forçant à lire plus loin que la réponse qui est offerte, à la questionner et à se questionner à son sujet. C’est pour ça que les textes ont pris la forme de dialogues, mais aussi qu’ils sont agrémentés de suggestions de lectures, de visionnements, d’écoutes et même de mèmes. Chaque élément du livre (incluant la magnifique mise en page de Clémence Beaudoin) cherche à être une étincelle pour la réflexion.»
Louis Dugal, auteur du livre, conseiller à la réussite et enseignant de philosophie au Collège de Rosemont
Extrait du recueil Réfléchir pour mourir moins cave, de Louis Dugal, publié aux Éditions de la Bagnole.Extrait du recueil Réfléchir pour mourir moins cave, de Louis Dugal, publié aux Éditions de la Bagnole.Extrait du recueil Réfléchir pour mourir moins cave, de Louis Dugal, publié aux Éditions de la Bagnole.
Extrait du recueil Réfléchir pour mourir moins cave, de Louis Dugal, publié aux Éditions de la Bagnole.
Parler de philosophie avec nos enfants? C’est plus facile qu’on pense! On en discute avec Louis Dugal, collaborateur à notre magazine Curium et auteur d’un livre de philosophie pour les adolescents.
Parler de philo, c’est plus facile qu’on pense! Louis Dugal, collaborateur à Curium,publie en avril le recueil Réfléchir pour mourir moins cave, aux Éditions de la Bagnole.
L’équipe de Curium a préparé des fiches pédagogiques en lien avec avec certaines réflexions abordées dans le recueil. Elles sont rassemblées dans un seul document pratique pour les profs!
Louis Dugal rend la philosophie accessible et ludique pour les ados
Comment aborder la philosophie à l’adolescence? Louis Dugal, conseiller à la réussite et enseignant de philosophie au Cégep de Rosemont, a trouvé une manière simple et ludique de le faire: un recueil de brefs dialogues philosophiques. Dans son livre Réfléchir pour mourir moins cave, publié par les éditions La Bagnole, il aborde 35 questions éthiques, politiques, sociales, environnementales ou morales qui font souvent surface entre 12 et 17 ans. Un ouvrage qui fait philosopher, rire et mourir moins cave!
On n’associe pas nécessairement la philosophie à un sujet polarisant. Et pourtant! Chacun a une opinion étonnamment étoffée et bien tranchée sur le sujet. La philosophie est source de bien des maux de tête ou est le point de départ d’une longue histoire d’amour. Certains d’entre nous la subissent alors que d’autres en mangent. Pas étonnant que les ados ne savent plus trop sur quel pied danser lorsqu’ils entrent dans leur cours de philosophie 101, les yeux déjà cernés par des cauchemars de dissertations interminables. Et si l’on prenait collectivement un grand respire et que l’on trouvait un moyen de démystifier la philosophie, à hauteur d’ado, pour éviter que cette matière se transforme en traumatisme générationnel?
À partir de quand cesse-t-on d’être ignorant ? Est-ce que l’argent fait le bonheur ? Et est-ce qu’on est proche de la fin du monde ? Un sympathique recueil propose de s’attaquer avec humour, et surtout avec philosophie, à une trentaine de grandes et existentielles questions en textes, en images, même en mèmes.
Réfléchir pour mourir moins cave, ou l’art de philosopher en gardant le sourire
Louis Dugal a enseigné la philo aux ados durant quelques années avant de se reconvertir: il est aujourd’hui conseiller à la réussite, au niveau collégial. Il a également continué à publier, dans la revue Curium, de courtes chroniques, dans lesquelles il répondait aux questions à saveur philosophiques des jeunes lecteurs du magazine.
35 questions philosophiques à se mettre sous la dent
Louis Dugal
Les Éditions La Bagnole
L’enseignement scolaire de la philosophie aux adolescents peut être vécu par l’étudiant comme une autre matière à son programme et demeurer dans sa sphère intellectuelle une théorie de plus à maîtriser pour obtenir des bonnes notes pour ses travaux et lors de ses examen. Ainsi, l’enseignement de la philosophie ne donne pas lieu automatiquement à l’étonnement qui éveille un esprit philosophique transcendant.
Le secret de l’être (1/3)
L’étonnement philosophique
Aristote a dit au début de sa Métaphysique : « Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques ». [1] Pour comprendre la nature de cet étonnement qui fait office de point de départ de la philosophie, il est nécessaire de le distinguer de l’étonnement au sens ordinaire du terme.
En effet, si l’étonnement au sens usuel est provoqué par le caractère inattendu de phénomènes que l’on ne parvient pas à expliquer, il n’en va pas de même dans l’étonnement philosophique. « Avoir l’esprit philosophique expliquait Arthur Schopenhauer, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire ». [2] Avoir l’esprit philosophique, c’est effectivement s’étonner de tout. C’est faire de la plus simple des choses existantes une source vive de méditation. C’est jeter sur la moindre pierre, la moindre fleur, un regard suffisamment neuf pour que se révèle tout le mystère de leur simple présence.
_____________
NOTES
[1] Aristote, Métaphysique, t. 1, A, 2, 982b 10, trad. J. Tricot, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. « Bibliothèques des textes philosophiques », 1991, p. 8-9.
[2] A. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Supplément au Livre premier, chap. 17, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2004, p. 852.
Selon Platon, l'étonnement est à l'origine de la sagesse et donc de la philosophie.
« D’un philosophe ceci est le pathos : l’étonnement. Il n’existe pas d’autre origine de la philosophie. »
Platon, Théétète, 155 d
Selon Aristote, l'étonnement est le sentiment de crainte et d'anxiété ressenti par l'homme. Une fois que ses besoins matériels immédiats sont satisfaits, il commence à s'interroger sur son existence et ses relations avec le monde.
« C’est, en effet, l’étonnement qui poussa comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l’esprit ; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’Univers. Or apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (c’est pourquoi même l’amour des mythes est, en quelque manière, amour de la sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c’est qu’évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. »
De la question viendra une réponse étonnante, cette étincelle nécessaire à l’embrassement de l’esprit philosophique. C’est sans doute dans une telle approche que le professeur de philosophie, aujourd’hui, conseiller en réussite scolaire, au Collège d’Enseignement Général et Professionnel (Cégep) de Rosemont au Québec, monsieur Louis Dugal, a adoptée auprès de ses étudiants et dont témoigne son livre « Réfléchir pour mourir moins cave » soumettant à ses lecteurs « 35 questions philosophiques à se mettre sous la dent ».
Un tel ouvrage est rare et essentiel pour introduire la philosophie aux étudiants, non pas comme un ensemble de différentes philosophies, mais comme une source d’étonnement à laquelle abreuvée un esprit philosophique naissant.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.
Ce livre rassemble « six travaux scientifiques composé d’une communication et de cinq articles dont l’écriture s’est étalée entre 2005 et 2015 » lit-on en quatrième de couverture. L’auteur Baptiste Rappin fait preuve d’une grande érudition et d’une analyse fine qui confèrent à son ouvrage son caractère scientifique. Il ne s’agit pas d’un livre accessible même si l’auteur juge « le moment venu de les mettre à disposition du grand public ».
Ce livre a profondément influencé ma façon de pensée en me donnant les clés de l’esprit scientifique appliquée à ma vie de tous les jours, tant sur le plan personnel que professionnel. Partisan de la méthode scientifique pour son objectivité, je prête une attention toute spéciale à tous les outils pouvant m’instruire sur la naissance et l’acquisition de la connaissance, et ce, dans les moindre détails de sa construction. La question « Comment je connais ? » demeure ouverte afin de de mieux de me connaître, et de connaître mieux.
L’enseignement scolaire de la philosophie aux adolescents peut être vécu par l’étudiant comme une autre matière à son programme et demeurer dans sa sphère intellectuelle une théorie de plus à maîtriser pour obtenir des bonnes notes pour ses travaux et lors de ses examen. Ainsi, l’enseignement de la philosophie ne donne pas lieu automatiquement à l’étonnement qui éveille un esprit philosophique transcendant. / De la question viendra une réponse étonnante, cette étincelle nécessaire à l’embrassement de l’esprit philosophique. C’est sans doute dans une telle approche que le professeur de philosophie, aujourd’hui, conseiller en réussite scolaire, au Collège d’Enseignement Général et Professionnel (Cégep) de Rosemont au Québec, monsieur Louis Dugal, a adoptée auprès de ses étudiants et dont témoigne son livre « Réfléchir pour mourir moins cave » soumettant à ses lecteurs « 35 questions philosophiques à se mettre sous la dent ».
Dans cette nouvelle section, je traite des livres qui m’apparaissent essentiel au développement de l’esprit critique, la toute première étape pour aborder la philosophie comme mode de vie.
Je bâtie les articles « LES ESSENTIELS » en suivant la même structure que mes « RAPPORTS DE LECTURE » soit un référencement exhaustif du livre suivi de mon commentaire.
Voici un livre clair, net et précis pour ajouter la méthode scientifique à notre vie de tous les jours
Histoire illustrée des méthodes scientifiques
Jean-Marie Nicolle
Agrégé et docteur en philosophie
Histoire illustrée des méthodes scientifiques
Sciences & Techniques > Généralités sur la science > Histoire des sciences
Jean-Marie Nicolle
Agrégé et docteur en philosophie
Éditions Bréal
Auteur(s) : Jean-Marie Nicolle
Collection : Essais
Niveau : Débutant
Publication : 13 novembre 2024
Édition : 1ère édition
Intérieur : Couleur
Support(s) : Livre papier
Poids (en grammes) : 580
Nombre de pages : 216
Longueur : 4 cm
Largeur : 17 cm
Épaisseur : 1.2 cm
Langue(s) : Français
Code(s) CLIL : 4050, 3051
EAN13 Livre papier : 9782749556093
TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE
À quoi sert l’histoire des sciences ? Elle étudie les tentatives par lesquelles les hommes ont essayé de satisfaire leur désir de connaître le monde grâce à l’observation et au raisonnement. Elle est inséparable de l’histoire des méthodes scientifiques. Elle permet de comprendre un peu pourquoi … on ne comprend pas, et elle fait partie d’une formation véritablement scientifique.
Un esprit scientifique n’est pas constitué d’un savoir accumulé au fil des enseignements, c’est un esprit qui sait réfléchir, qui s’interroge sur lui-même et qui transforme son savoir en culture.
L’objet de cet ouvrage est d’initier un débutant à cette réflexion en lui donnant le lexique de base de l’épistémologie. Chaque chapitre expose les données d’un problème, l’illustre avec des exemples, l’explique avec les schémas nécessaires, et fournit des documents commentés.
L’abondante iconographie de cet ouvrage montre également la représentation que les artistes se font du travail scientifique.
« Le désir de savoir, qui est commun à tous les hommes, est une maladie qui ne se peut guérir, car la curiosité s’accroît avec la doctrine» (Descartes)1. li ne saurait être question de guérir une telle maladie ; on ne peut mettre fin à un désir; tout au plus peut-on le satisfaire pour un moment. L’histoire des sciences est l’histoire des tentatives par lesquelles les hommes ont essayé de satisfaire leur désir de savoir, notamment grâce à l’exercice de leur raison. C’est pourquoi l’histoire des sciences est inséparable de l’histoire des méthodes des sciences.
Or, les difficultés qu’éprouve un étudiant dans l’acquisition du savoir scientifique sont généralement analogues à celles que nos prédécesseurs ont éprouvées autrefois. L’étude de l’histoire des sciences permet donc de comprendre un peu pourquoi … on ne comprend pas, et on ne saurait trop la conseiller à qui cherche une formation véritablement scientifique. En effet, un esprit scientifique n’est pas constitué d’un savoir accumulé au fil des enseignements, mais est un esprit qui sait réfléchir, qui s’interroge sur lui-même et qui transforme son savoir en culture.
L’objet de cet ouvrage est d’initier un débutant à cette réflexion en lui donnant le lexique de base en épistémologie. Chaque chapitre expose les données d’un problème, l’illustre avec des exemples tirés de l’histoire, l’explique avec les schémas nécessaires, et fournit un ou plusieurs document(s) commenté(s). Dans cette nouvelle édition abondamment illustrée, nous avons également voulu montrer comment les représentations artistiques de la science sont elles-mêmes problématiques.
Notre ambition n’est pas de dresser un panorama complet de l’histoire des sciences, mais d’aider le lecteur à bien commencer le chemin qu’il accomplira ensuite, à son gré, dans « la recherche de la vérité par la lumière naturelle».
L’auteur
1Descartes R., La recherche de la vérité par la lumière naturelle, in Œuvres et lettres, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1953, p. 88
Jean-Marie Nicolle est docteur et agrégé de philosophie. Il a enseigné au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen puis au centre théologique universitaire de Rouen. Le thème central de ses recherches est le rapport entre les mathématiques et la métaphysique. ll est d’ailleurs spécialiste de l’œuvre de Nicolas de Cues. Il a également mené des recherches dans des domaines aussi variés que l’informatique, la toxicomanie, l’histoire des mathématiques, l’histoire de l’art.
Jean-Marie Nicolle est professeur agrégé de philosophie et enseigne en CPGE de Lettres au lycée Jeanne d’Arc de Rouen. Il a soutenu une thèse de Doctorat de Philosophie sur le sujet : Mathématiques et métaphysique dans l’œuvre de Nicolas de Cues, sous la direction de Monsieur le professeur Jean Seidengart. Il a traduit et publié les écrits mathématiques de Nicolas de Cues : Nicolas de Cues, Ecrits mathématiques, texte latin, présentation, traduction et notes par Jean-Marie Nicolle, Paris, éd. Honoré Champion, 2007. Il a publié une biographie romancée du Cusain : L’homme à la proposition d’or, Paris, éditions Ipagine, 2010. Il est membre du comité scientifique de la Cusanus Gesellschaft de Trêves et a publié de nombreux articles sur la philosophie du Cusain. Il est par ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages de philosophie générale aux éditions Bréal (le dernier en date, La société, 2011).
Jean-Marie Nicolle, né le 4 janvier 1951 à Dieppe, est un philosophe français. Il a été professeur au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen. Il est entre autres l’auteur d’ouvrages de préparation aux concours, ainsi que de plusieurs ouvrages de philosophie générale aux éditions Bréal (les derniers en date : La société 2011, La nature 2015, La parole 2016), qui représentent des synthèses de vulgarisation et des compilations pour les non-spécialistes, à destination du grand public mais aussi des étudiants.
En tant que philosophe, il est spécialiste de la pensée médiévale, de l’évolution conjointe des mathématiques et de la métaphysique à la fin du Moyen-Âge(1), de l’émergence de la démarche scientifique et des nouveaux concepts mathématiques, de leur émancipation progressive hors de toute considération métaphysique(2) ; mais aussi de leur influence réciproque(3). Sur cette question, il est spécialiste singulièrement de l’œuvre de Nicolas de Cues, à laquelle il a consacré sa thèse(4), des traductions, de nombreux articles, et plusieurs ouvrages de vulgarisation dont une biographie romancée : L’homme à la proposition d’or(5).
Voir sur ces sujets, dans le numéro spécial 202 consacré à L’Infini de la revue Sciences et Avenir, avec interview et citations de J.-M. Nicolle, l’article de Denis Delbecq, « Deux mille cinq cents ans pour approcher l’inconcevable », Sciences et Avenir,? , pp. 26-31.
Jean-Marie Nicolle, « Curriculum [archive] », sur jm.nicolle.cusa (consulté le ), « Recherches ».
On pourra lire le résumé et la quatrième de couverture de ce livre ici : Jean-Marie Nicolle, « L’homme à la proposition d’or [archive] », Editions Ipagine, (consulté le ).
Histoire des méthodes scientifiques, 1994 (2de édition, 2006).
L’indispensable en culture générale, 2002-2024.
Platon, Gorgias, 2003.
La science, 2006.
L’action, 2007.
La beauté, 2008.
La vie, 2009.
L’imagination, 2010.
La société, 2011.
Le plaisir, 2012.
L’espace, 2013.
La vérité, 2014.
La nature, 2015.
Histoire de la pensée philosophique, 2015.
La parole, 2016.
Chez d’autres éditeurs
Nicolas de Cues, Écrits mathématiques, texte latin, présentation, traduction et notes par Jean-Marie Nicolle, Paris, Honoré Champion, 2007 (réédition Classiques Garnier, 2024).
L’homme à la proposition d’or, Paris, Ipagine, 2010.
La science, Paris, Vuibert, 2013.
Le laboratoire mathématique de Nicolas de Cues, Paris, Beauchesne, 2019.
Les trois fenêtres: essai, Paris, Ipagine, 2021.
La tête à l’envers, essai sur les inversions, Paris, Ipagine, 2023.
DOSSIER
Ce que les philosophes ont appris des mathématiques ou y a-t-il un ordre dans ce monde ?
Par Jean-Marie Nicolle
Le Bulletin précédent (n° 451) comporte un dossier maths-philo.
Un remarquable texte de Jean-Marie Nicolle n’a pu s’y trouver faute d’être prêt à temps. Nous en commençons aujourd’hui la diffusion, prévue sur trois numéros.
Pour les deux prochains, toujours sous le même titre général, il s’agira de : – « De quoi parle-t-on ? », – « Y a-t-il un ordre dans ce monde ? ».
Ce livre a profondément influencé ma façon de pensée en me donnant les clés de l’esprit scientifique appliquée à ma vie de tous les jours, tant sur le plan personnel que professionnel. Partisan de la méthode scientifique pour son objectivité, je prête une attention toute spéciale à tous les outils pouvant m’instruire sur la naissance et l’acquisition de la connaissance, et ce, dans les moindre détails de sa construction. La question « Comment je connais ? » demeure ouverte afin de de mieux de me connaître, et de connaître mieux.
J’ai découvert ce livre dans sa première édition dans les années 1990 dans la réserve d’un kiosque au Salon international du livre de Montréal. Je ne me souviens plus du nom de la maison d’édition qui tenait ce kiosque. En revanche, je me souviens fort bien de la réponse du responsable à ma question à savoir s’il avait des livres sur la pensée scientifique. « Il se peut qu’il y en ait dans mes boîtes dans la réserve. Allez voir ! » m’a répondu le responsable. Et j’ai trouvé le livre « Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro » de Jean-Marie Nicolle, première édition, 1994. Oh ! J’étais content. Cette trouvaille a fait ma visite au Salon du livre. Et je suis très fier d’avoir encore ce livre dans ma bibliothèque.
Pour le néophyte que je suis dans le domaine des sciences, de toutes les sciences, je trouvais alors dans ce livre une porte d’entrée dans le monde de la pensée scientifique que j’appelle aussi « La pensée certaine » dans mon livre J’AIME PENSER (à lire gratuitement en ligne).
Ce livre est l’ancêtre ce celui en vedette sur cette page, « Histoire illustrée de la méthode scientifique » paru en 2024 et que je me suis procuré sans tarder. Jean-Marie Nicolle explique si bien la méthode scientifique qu’il est quasi impossible de ne pas comprendre en quoi elle consiste. Jean-Marie Nicolle est l’expert par excellence de la vulgarisation de la pensée scientifique. Ce livre revêt une importance capitale et devrait être au programme d’enseignement partout sur la planète. En fait, il nous concerne tous, pour autant que nous nous préoccupions de penser juste à l’image de la science dans sa méthode de connaissance.
Dans un monde où tout un chacun se donne raison, pour tout et rien, où les gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent uniquement parce qu’ils le pensent, où l’opinion est plus importante que les faits eux-mêmes, comment trouver un oasis pour penser librement avec justesse ? Cet oasis, on ne trouve pas dans les centres de recherche des sciences, pas plus que dans les laboratoires. Il se trouve dans la façon de penser des scientifiques, plus particulièrement auprès des scientifiques en sciences exactes, ceux qui savent adroitement tirer le bénéfice du doute, c’est-à-dire la certitude. Mais attention, en science, du moins dans les vraies science, la connaissance se construit sur la destruction du déjà su. Autrement dit, une connaissance n’est vraie que le temps qu’un doute viennent la remettre en question et qu’elle puisse être ainsi détrônée.
On ne lit donc pas ce livre de Jean-Marie Nicolle pour se donner raison mais pour apprendre à douter sans perdre l’équilibre et ainsi pouvoir, nous aussi, simples lecteurs, en tirer le bénéfice. En bout de ligne, nous pouvons vivre toujours davantage en conformité avec la réalité, avec ce qui est réellement.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.
Méthode d’accompagnement née dans les années 1990 qui se développa dans la décennie suivante, le coaching s’est aujourd’hui pleinement institutionnalisé : il est reconnu, à part entière, comme un outil de développement de la personne qui conjugue recherche du bien-être et souci de l’efficacité. Le présent ouvrage contient un ensemble de six travaux scientifiques, composé d’une communication et de cinq articles dont l’écriture s’est étalée entre 2005 et 2015. Quels axes y sont développés, quels thèmes y sont abordés ? Le lecteur y trouvera trois types d’approche : tout d’abord une mise exergue des fondements philosophiques du coaching allant de l’utilitarisme jusqu’à la question de la « vie nue » ; ensuite, une enquête généalogique qui conduit du coaching contemporain vers le Nouvel Âge de la contreculture californienne ; enfin, une interrogation sur le type de subjectivité à l’œuvre dans le déploiement opérationnel du coaching. Le présent recueil se trouve précédé d’une longue introduction, rédigée pour l’occasion et intitulée « Desseins pour une anthropologie historiale », fournissant à mes réflexions sur le sujet une perspective générale d’interprétation. De quoi est-il question, au fond, dans le coaching ? De rien de moins que de la fabrique de l’homme cybernétique planétaire.
Batiste Rappin est Maître de Conférences à l’IAE Metz School of Management (Université de Lorraine». Il y dirige le Master «Management des ressources humaines et organisation » et y enseigne la philosophie du management.
« Titulaire d’un diplôme d’école supérieure de commerce (SKEMA Business School), d’un Diplôme d’Études Approfondies en Philosophie et Histoire des Idées, d’un doctorat et d’une habilitation à diriger les recherches en Sciences de Gestion, Baptiste Rappin a rejoint l’IAE Metz School of Management en 2010. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles consacrés à une analyse philosophique du management. »
Ce livre rassemble « six travaux scientifiques composé d’une communication et de cinq articles dont l’écriture s’est étalée entre 2005 et 2015 » lit-on en quatrième de couverture. L’auteur Baptiste Rappin fait preuve d’une grande érudition et d’une analyse fine qui confèrent à son ouvrage son caractère scientifique. Il ne s’agit pas d’un livre accessible même si l’auteur juge « le moment venu de les mettre à disposition du grand public ».
Ayant désormais publié plusieurs dizaines d’articles lesdites revues, dans des disciplines aussi variées que les sciences de gestion, la philosophie, les sciences de l’information et de la communication, les sciences politiques, le droit, la sociologie, l’histoire des sciences et la théologie, j’ai jugé le moment venu de les mettre à disposition du grand public sous la forme de volumes thématiques indépendants les uns des autres : ces volumes, j’ai décidé de leur donner le nom d’«Études», car, par vocation et destination, l’article académique se doit de procéder à l’examen approfondi d’une problématique précise. Dans mon esprit, ces analyse minutieuses, pointilleuses parfois, contrastent avec les développements plus amples que je privilégie dans mes livres.
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Avant-propos à la série des « études », Les Éditions Ovadia, 2024, p. 8.
L’auteur ajoute : « (…) j’estime que les articles ici regroupés forment un complément utile à la lecture de mes livres, et plus particulièrement de mes réflexions placées sous l’estampille de la Théologie de l’Organisation » (voir le livre Au fondement du management – Théologie de l’organisation – Volume 1, Les Éditions Ovadia). Le lecteur de ce recueil sera plus à son aise s’il a lu précédemment les autres livres de l’auteur, plus d’une dizaine, ce qui m’a découragé.
Il est désormais temps de conclure cette introduction générale. Le présent recueil regroupe des études qui durent publiées ou présentées entre 2005, alors que je menais encore ma thèse sur le coaching, et 2015, date du dernier article que je publiais sur ce thème. Les textes rassemblés forment par conséquent une ensemble hétérogène, non pas seulement en raison du principe même du recueil, mais également en vertu de leur étalement dans le temps — une décennie. Et cet étalement est pour tout dire tout à fait révélateur : je fus moi-même saisi, lors de la lecture rétrospective de ces articles entreprise pour la constitution de cet ouvrage, par la franche et nette césure qui sépare les écrits de « jeunesse » des travaux plus matures qui prennent leur essor à partir de 2010, moment charnière de la découverte passionnée de la cybernétique et de l’écriture du premier volume de « Théologie de l’Organisation », Au fondement du Management (Rappin, 2014).
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Introduction générale – Le coaching : desseins pour une anthropologie historiale, Les Éditions Ovadia, 2024, pp. 29-30.
L’auteur dit au lecteur qu’il fut lui-même saisi par « (…) par la franche et nette césure qui sépare les écrits de « jeunesse » des travaux plus matures qui prennent leur essor à partir de 2010 (…) ». Cette présentation de son ouvrage implique, pour lecteur « grand public » que je suis, non seulement de comprendre le contenu de chaque texte mais aussi de repérer l’évolution de l’auteur d’un texte à l’autre.Cette deuxième tâche ne me convient pas. Quand je lis un livre, je souhaite être en contact avec un contenu mature de la première à la dernière page.
Voici cinq des passages qui ont retenu mon attention.
Passage 1
L’époque planétaire, assurément la nôtre, est celle du Gestell, terme que la tradition traduit par « Arraisonnement » ou encore « Dispositif » : elle est le moment historial de la mise à disposition généralisée de l’étant en vue de son utilisation. Quand le système technicien s’impose et recouvre le globe, et que s’y généralise la substitution des automates aux outils, alors les choses déchoient de leur objectivité, par laquelle elles se dressaient face à nous dans toute leur durable robustesse, et se soumettent au nouveau logo, celui de la logistique, qui les enrégimente comme pièce d’un stock ou élément d’un flux, selon la dualité onde-corpuscule que la mécanique quantique a mise au jour.
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Introduction générale – Le coaching : desseins pour une anthropologie historiale, Les Éditions Ovadia, 2024, pp. 10-11.
Passage 2
Si nous avons débuté cette introduction à partir de l’histoire de l’être de Heidegger, et plus précisément par l’insigne rôle de la cybernétique à l’époque planétaire, c’est parce qu’il y a dans le coaching, de rien de moins que d’un accès privilégié à une anthropologie historiale, c’est-à-dire à la conception et à la programme de l’homme du Gestell. La transformation de soi, l’éclosion du potentiel, la libération des talents, tous résultats obtenus par les méthode du développement personnel, accouche d’un homme nouveau : déraciné, car au-delà de toutes les appartenances, aussi bien charnelles que politiques ; pacifique, car débarrassé et même lavé de toutes ses pulsions thanatiques ; connecté, car en lien avec toutes les autres énergies spirituelles et l’ensemble des systèmes d’information ; performant, car capable d’exploiter tous es atours en combinant l’approche rationnelle de la résolution de problèmes et de développement de soi.
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Introduction générale – Le coaching : desseins pour une anthropologie historiale, Les Éditions Ovadia, 2024, p.26.
P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.
P.S.: GESTELL – Le Dispositif (ou Gestell) est un texte de Martin Heidegger, qui correspond à la deuxième conférence du cycle de quatre conférences prononcées en décembre 1949 à Brême, sous l’appellation générale Einblick in das was ist – « Regard dans ce qui est » – paru dans le tome 79 de la Gesamtausgabe, Bremer und Freiburger Vorträge, Francfort/Main, Klostermann, traduite par Servanne Jollivet, publiée en 2006 dans la revue Poésis et mis en ligne sur le site CAIRN. Seule une version ultérieure, et intégralement remaniée, Die Frage nach der Technik, conférence du 18 novembre 1953 tenue à Munich, traduite par André Préau, était jusqu’ici accessible, sous le titre « La question de la technique », Essais et conférences, Paris, Gallimard, de 1958. Lire la suite sur Wikipédia.
La transformation de soi, au cœur des multiples pratiques, outils et méthodes du développement personnel et du coaching, vise avant toute chose à gagner la juste maîtrise de l’information et, ce faisant, à éveiller le potentiel ignoré — le « mozart selon la frappante expression d’un coach auquel il sera fait référence dans les quatrième et cinquième études de ce recueil — qui sommeille en chacun de nous. Car nous sommes tous les êtres créatifs, doués, talentueux, pour peu que nous en prenions conscience et que nous nous libérions du joug des siècles passés. Centré sur l’individu et son accomplissement, le Nouvel Âge n’en est pas moins un mouvement révolutionnaire qui condamne fermement les institutions de l’ancien monde et promeut l’avènement d’un temps de paix et de fraternité planétaire, L’Ère du Verseau.
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Introduction générale – Le coaching : desseins pour une anthropologie historiale, Les Éditions Ovadia, 2024, pp. 18-19.
Passage 4
Définition et problématique
Définition du coaching
Vincent Lenhardt, que l’on peut considérer comme l’introducteur du coaching en France, le définit comme étant
l’accompagnement d’un responsable ou d’une équipe dans leur vie professionnelle. Cet accompagnement s’apparente à celui d’un entraîneur vis-<a-vis d’un champion. L’attitude que suppose le coaching est l’attitude commune du manager ou du consultant qui considère la personne ou l’équipe accompagnée dans son fonctionnement actuel mais plus encore dans son potentiel en train de se réaliser. cette approche comporte à la fois une philosophie, une attitude, des comportements, des compétences et des procédure. (Lenhardt, 1992).
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Le coaching : outil de réconciliation de l’économie et de l’humain ?(8), Les Éditions Ovadia, 2024, p. 34.
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(8) Le titre de ce chapitre s’explique par le thème du Congrès de l’AGRH qui se tient à Paris en 2005 : « (Ré)concilier l’économique et le social ».
Passage 5
L’imaginaire du coaching
Un imaginaire psychologique
(…)
(…) En effet, à force de marteler des slogans, les coachs ont ancré dans l’esprit des managers l’idée qu’ils deviendront un parfait cadre au sortir d’une dizaine de séance de coaching. Des psychosociologue ont utilisé le terme de « soumission consentie » pour décrire ce phénomène : en effet, dans leurs différents ouvrages, Beauvois et Joule (1981, 1998, 2002) montrent que l’on n’est jamais plus soumis que lorsque l’on croit être libre. Le coaching se vend comme une pratique qui amène le responsable à l’utilisation correcte de sa raison et à la gestion de ses émotions, donc à l’autonomie ou encore à la « majorité » dirait Kant. Le manager, au bout des dix séances, est donc persuadé, dans son imaginaire, d’avoir progressé, d’être plus libre qu’avant, d’avoir atteint un stade de maturité dans son comportement rationnel. Cette impression de liberté lui procure un sentiment de toute-puissance que le déconnecte de la réalité humaine et organisationnelle. En plus de cela, le coaching fournit une idéologie et des recettes toutes faites qui permettent au manager de justifier ses actes après coup : « Désormais, je suis autonome, je maîtrise mes actes, et comme je suis responsable, mes actes sont justes ! ». La rationalisation après coup est justement un moyen d’éviter ses vraies responsabilités. Autrement dit, il se pourrait bien que le coaching ne soit pas un outil d’aide au dirigeants, et qu’il ne fasse, au fond, que renforcer les convictions déjà en place : il assurerait de la sorte la stabilité d’un ordre social préexistant, ce qui rentrerait en parfaite contradiction avec la qualification du coaching comme « outil de changement ».
RAPPIN, Baptiste, Les enjeux anthropologiques du coaching, Études, Volume 2, Le coaching : outil de réconciliation de l’économie et de l’humain ?(8), Les Éditions Ovadia, 2024, pp. 43-44.
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(8) Le titre de ce chapitre s’explique par le thème du Congrès de l’AGRH qui se tient à Paris en 2005 : « (Ré)concilier l’économique et le social ».
Loin d’avoir tout compris par manque d’érudition face à un tel recueil d’articles et de textes “scientifiques”, je ne peux que le recommander à un public tout aussi érudit que l’auteur car ce dernier n’est pas un vulgarisateur. Cependant, je demeure convaincu de la grande valeur dans son approche des enjeux anthropologiques du coaching pour les exégètes de la philosophie du management.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.
Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité à changer individuellement ou collectivement ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.
Mais cette profusion de discours sur le cerveau – cette neuromania – se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités. On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas.
En rendant accessibles les dernières études, Albert Moukheiber redonne la parole aux chercheurs et démêle le vrai du faux dans les discours sur le cerveau. Il nous libère ainsi de nombreuses idées reçues, et nous rend plus lucide sur nous-même et les autres.
Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024).
Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité ou incapacité à changer ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.
On peut évidemment se réjouir que les neurosciences1 et les sciences cognitives, des disciplines encore jeunes, aient gagné en si peu de temps l’intérêt du grand public. Elles ont, de fait, réalisé des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le traitement des maladies neurodégénératives. Et nous n’en sommes qu’au début. Mais en tant que neuroscientifique, et comme beaucoup de mes confrères et consœurs, je m’inquiète de cette prolifération de discours sur le cerveau, de cette neuromania, car elle se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités.
Faut-il y voir l’exigence de scientifiques soucieux de ne pas retrouver dans les discours tenus au grand public toutes les nuances et réserves qui figuraient dans leurs articles de recherche ? Pas seulement. Car en matière de neurosciences et de sciences cognitives, les croyances sont performatives. Autrement dit, elles ont des effets dans le monde réel. Si, après avoir effectué un test ou lu un article de vulgarisation, vous vous considérez plutôt cerveau droit que cerveau gauche – un découpage rejeté par la plupart des chercheurs actuels – vous n’aurez pas simplement une vision caricaturale de votre cerveau, cette vision influencera vos choix d’études ou de carrière. Elle aura un impact dans votre vie.
Pour gagner en lucidité, en liberté, il est donc urgent de savoir ce que les neuroscientifiques et les sciences cognitives disent vraiment, et pas simplement ce qu’on leur fait dire. C’est le projet de ce livre, qui redonne la parole aux scientifiques et rend accessibles leurs travaux, avec leurs limites et précautions, pour ne plus être condamné aux discours caricaturaux instrumentalisant, pour des raisons idéologiques ou mercantiles, les recherches sur le cerveau.
Cela est d’autant plus important que cette neuromania installe l’idée que, de l’intime au politique, tout s’éclaire par le cerveau. Or, celui-ci n’est pas le bon niveau explicatif pour beaucoup de nos comportements individuels et collectifs. Tout réduire à nos neurones revient, dans certains cas, à vouloir expliquer le fonctionnement d’une voiture en étudiant au microscope les atomes de carbone qui la composent. Le réductionnisme est l’un des moteurs de la science, il a certes permis des avancées fantastiques en neurosciences, mais il provoque une myopie sur des sujets comme les addictions, les douleurs, les maladies psychosomatiques, les fake news… Pour bien comprendre les phénomènes humains et sociaux, il est parfois nécessaire d’élargir la focale : penser le cerveau non pas dans un bocal mais en lien avec le corps, avec son contexte, et ne pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau. Les chercheurs et les scientifiques sont les premiers à le dire. Il est donc important de les écouter pour démêler le vrai du faux dans cette profusion de discours sur le cerveau.
Partie I
Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau²
« Le cerveau est la seule chose à s’être nommée elle-même »
/r/showerthoughts
La méthode cartésienne
Notre cerveau est l’organe le plus mystérieux de notre corps. Si vous opérez une dissection d’un corps humain, vous pourrez à grands traits déduire les fonctions de l’essentiel de ses constituants : vous trouverez des restes d’aliments dans l’estomac et le système digestif, vous constaterez la fonction structurelle et mécanique des os et des ligaments, vous pourrez inférer de vos observations le principe du système circulatoire et le rôle de pompe à sang du cœur. C’est d’ailleurs, historiquement, la manière dont nos connaissances anatomiques se sont constituées. Le cerveau cependant se livre plus difficilement. Impossible par un simple examen de comprendre les principes qui le régissent. Un cerveau mort ne nous apprend pas grand-chose. Son opacité a longtemps constitué un obstacle à notre compréhension des bases biologiques de notre psyché. Nous savions que le cerveau était le siège de « l’esprit », mais, jusqu’au siècle des Lumières, la majorité de nos connaissances se résumaient à des schémas anatomiques purement descriptifs, à l’image de ceux d’Ibn al-Haytham(3) datant du Xe siècle.
Les premières tentatives systématiques de percer les mystères du cerveau de manière méthodique apparaissent au XVIIe siècle avec la parution de trois ouvrages : L’Homme (posth. 1662) de René Descartes ; Cerebri anatome (1664) de Thomas Willis et Discours sur l’anatomie du cerveau (1669) de Nicolas Sténon. On y trouve les bases des débats philosophiques et scientifiques qui vont fonder pour quatre siècles nos connaissances du sujet, que ce soit sur la nature de l’esprit ou le fonctionnement du cerveau. Nous avons ainsi hérité d’un certain nombre d’hypothèses fausses auxquelles nous prêtons encore foi aujourd’hui. Par exemple, Descartes, pour étayer son système dualiste, fait de la glande pinéale l’interface entre le corps et l’âme. Willis défend l’idée que chaque aire du cerveau est responsable d’une fonction spécifique, une théorie très ancienne et essentiellement intuitive qui se base sur le constat que certains traumas de la boîte crânienne peuvent faire perdre certaines fonctions du corps. Sténon, quant à lui, propose d’une part, contre Willis, d’abandonner les spéculations sur d’éventuelles fonctions mentales localisées, théories trop spéculatives et non étayées par des preuves empiriques, et d’autre part, il préconise d’appliquer au cerveau les méthodes employées pour le reste des organes : le « démanteler » de la manière la plus délicate possible pour ne pas l’abîmer, cartographier les différentes connexions neuronales et suivre une approche multidisciplinaire englobant l’anatomie pathologique et comparative des cerveaux d’autres animaux ; en somme appliquer la méthode cartésienne. Sténon reprochait en effet à Descartes de ne pas avoir mis en application dans son étude du cerveau sa propre méthode. Il n’avait pas suivi son principe de « diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre(4) ».
Ainsi, en 1665, au domicile de Melchisédech Thévenot5, Sténon mettait en œuvre sa méthode face à un groupe de savants et opérait la dissection d’un cerveau humain. Sténon affirmait que « le cerveau est une machine » et qu’on devait donc l’aborder comme telle, pièce par pièce, en tentant de comprendre la fonction de chaque élément. Il pensait qu’une fois ce travail accompli, les autres mystères, comme les localisations et les aires cérébrales, se trouveraient résolus d’eux-mêmes. Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout. Associée à la vision mécaniste de Sténon, elle a constitué la feuille de route des neurosciences depuis et a permis des bonds de compréhension fulgurants, mais conduit aussi aujourd’hui à des impasses. Elle est pourtant encore largement suivie. Elle s’est tant et si bien implantée dans l’imaginaire collectif qu’elle continue d’influencer et d’orienter les travaux des scientifiques. L’approche mécaniste s’est vue – et se voit encore – souvent associée à une vision localiste ou localisée, à l’image de celle proposée par Willis, et a donné naissance à des théories telle que la phrénologie.
La phrénologie
« J’ai rarement vu un crâne aussi dolichocéphalique que le vôtre, ni des bosses supra-orbitales aussi développées. Voulez-vous me permettre de promener mon doigt sur votre suture pariétale ? Un moulage de votre crâne, monsieur, en attendant la pièce originale, ferait l’ornement d’un musée d’anthropologie. Loin de moi toute pensée macabre ! Mais je convoite votre crâne. »
Ce sont là les premiers mots que Mortimer adresse au célèbre détective Sherlock Holmes dans Le Chien des Baskerville(6). Arthur Conan Doyle reprend ici le lexique de la phrénologie (du grec phren, « cerveau », et logos, « connaissance »), une théorie selon laquelle la forme du crâne reflète la personnalité, le caractère et certaines compétences de la personne. Cette discipline rencontrait une audience assez large dans divers milieux au xixe siècle : la reine Victoria elle-même a fait analyser la boîte crânienne de ses enfants par un praticien phrénologue. AuXIXe siècle et encore au début du XXe siècle, la phrénologie a tant le vent en poupe qu’on la trouve mentionnée chez des auteurs tels que Mark Twain ou Balzac. Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine, décrit le père Goriot de la sorte : « Moi qui étudie le système de Gall, je lui [Goriot] trouve les bosses de Judas. […] ; je lui ai pris la tête : il n’y a qu’une bosse, celle de la paternité(7) ». Le « Gall » que mentionne Balzac à travers Bianchon est Franz Gall. Ce médecin viennois émit l’hypothèse dans les années 1790 que les différentes facultés mentales d’un individu humain seraient produites respectivement dans différents organes du cerveau, mesurables par palpation du crâne. Gall s’appuyait sur des observations « empiriques » : par exemple, ses camarades de classe possédant les meilleures capacités à retenir présentaient des yeux proéminents et de larges fronts. Ses diverses conjonctures le menèrent à déterminer 27 facultés mentales identifiables grâce à la crânioscopie. On y trouvait aussi bien la sagesse que l’estime de soi ou la capacité à déterminer les poids et les forces par la manipulation des objets physiques. Gall travaillait avec le médecin Johann Spurzheim et, ensemble, ils vont expérimenter, développer et promouvoir leur approche. Le terrain avait été préparé quelques décennies plus tôt par le Suisse Johann Lavater, qui avait fondé la physiognomonie à la fin du xviiie siècle, une discipline proche qui prétendait pouvoir définir le caractère d’une personne par l’étude de son visage et de ses mimiques. Balzac cite aussi ce dernier dans Le Père Goriot.
Si la phrénologie sut séduire le grand public auprès duquel elle rencontra un certain succès, accaparant une place de choix dans les croyances populaires, elle ne fut jamais considérée comme une hypothèse crédible par les scientifiques, au grand dam de Gall. Il se vit d’ailleurs refuser plusieurs fois son admission à l’Académie des sciences de Paris. Et à juste titre ! Au-delà des problèmes de méthodologie et d’hypothèses hasardeuses, les recherches scientifiques nous ont confirmé qu’il n’existe pas de « bosse des maths » et que la forme du crâne ne reflète en rien l’anatomie cérébrale. Cela n’a pas empêché les thèses phrénologiques de se répandre pour justifier le racisme et l’esclavage ou affirmer la supériorité masculine. Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. Quatre croyances principales se sont ainsi implantées et nous orientent encore aujourd’hui.
La première de ces croyances identifie le cerveau comme l’organe responsable de notre identité et chargé de piloter notre corps. La deuxième affirme que nos capacités sont localisées dans le cerveau ; qu’il existe des aires responsables des différentes fonctions psychologiques et physiologiques que nous possédons. La troisième de ces idées présume que ces fonctions peuvent potentiellement être mesurées et que nous pouvons ainsi évaluer nos capacités. La quatrième et dernière estime que le cerveau humain ne serait pas très différent de celui des autres animaux. Selon Gall, nous partageons 19 de nos 27 fonctions cérébrales – cartographiées par ses soins, telles que le penchant pour le sexe, le talent musical ou le génie mathématique, l’instinct de propriété, la tendance au vol… – avec les animaux, quels qu’ils soient.
Un des plus féroces contradicteurs de Gall fut le médecin français Marie-Jean-Pierre Flourens, membre de l’Académie des sciences, un des fondateurs de la science expérimentale du cerveau. Il publia Examen de la phrénologie en 1842 et se montra formel : la phrénologie ne repose sur aucune donnée expérimentale. Flourens mena ses expériences sur un grand nombre d’animaux, principalement des oiseaux, en opérant différentes lésions sur leur cerveau et en observant les changements ainsi provoqués. Il en déduisit que seules les fonctions les plus primitives telles que le mouvement ou les besoins physiologiques sont localisées alors que toutes les autres fonctions sont distribuées : elles ne prennent pas leur source dans une zone spécifique du cerveau, mais impliquent divers réseaux de neurones plus ou moins éloignés les uns des autres. Ainsi naissait l’approche distribuée de nos fonctions en opposition à la vision localiste, débat qui se poursuit de nos jours.
Localistes contre distributistes
À la suite des travaux de Flourens, deux camps se sont donc formés : d’un côté les défenseurs d’un fonctionnement distribué du cerveau, représentés par Flourens et, de l’autre, les partisans de la localisation des fonctions cérébrales qu’avait proposée Gall, position soutenue par un de ses anciens étudiants : Jean-Baptiste Bouillaud. Ce dernier rejetait la méthode phrénologique, comme la majorité de ses pairs, mais pensait qu’il y avait de bonnes raisons de supposer que nos fonctions étaient localisées. En 1825, il présente un rapport à l’Académie royale de médecine exposant plusieurs cas de personnes ayant perdu la capacité de parler mais conservé celle de comprendre le langage. Les études post-mortem de leur cerveau montraient une lésion similaire dans une partie du lobe frontal. Bouillaud en conclut que Gall avait raison et que l’hypothèse de la localisation était la bonne.
À la même époque, ce même débat eut lieu à quelques rues de là, à la Société d’anthropologie de Paris, fondée par Paul Broca(8). Cet illustre médecin et anatomiste, à qui l’on doit nombre d’avancées dans diverses disciplines médicales, était également un anthropologue aux motivations plus sombres… Il s’intéressait à l’étude comparative de la taille des cerveaux et de la forme de la boîte crânienne pour, entre autres, démontrer la supériorité des Blancs sur les peuples présentant un taux de mélanine plus élevé dans leur épiderme. Broca défendait des hypothèses sexistes et racistes, et sa vision du monde orientait ses travaux(9). En 1861, il organise un débat sur les liens entre la taille du cerveau et les capacités mentales au cours duquel la question de la localisation versus le fonctionnement distribué du cerveau soulève les passions. Le gendre de Bouillaud, Ernest Auburtin, y présente le cas d’un patient parisien qui avait fait une tentative de suicide au pistolet. La blessure avait complètement exposé son lobe frontal. Au cours du traitement, Auburtin conduisit une expérience aussi horrifique qu’efficace pour sa démonstration. Avec une large spatule, il appuya sur la partie antérieure du lobe frontal du patient et remarqua que la capacité à produire des mots disparaissait alors immédiatement, coupant net la phrase émise à cet instant. Le patient devenait muet. Plus important encore, la faculté revenait dès qu’il relâchait la pression. Son beau-père, Bouillaud, semblait avoir raison : la capacité du langage articulé se trouvait dans le lobe frontal.
C’est pourtant Broca qui entra dans les livres de médecine pour sa découverte de la zone du cerveau responsable de la production du langage. Quelques mois plus tard, le hasard lui fit rencontrer Louis Leborgne, patient à l’hôpital Bicêtre, qui se trouvait dans l’incapacité de prononcer d’autres mots que « tan », qui devint son surnom. Sa compréhension de ce qu’on lui disait n’était cependant en rien altérée. Leborgne était atteint de gangrène et décéda quelques jours après sa rencontre avec Broca. Intrigué et se souvenant de l’exposé d’Auburtin, Broca procéda à une autopsie du cerveau de Leborgne et découvrit une lésion frontale. Toutefois, Broca se montra très précautionneux quant aux conclusions qu’il pouvait tirer de cette découverte. Un autre cas se présenta à Broca : Lazare Lelong, 84 ans, qui ne pouvait produire que cinq mots : « Lelo » (probablement son nom), « oui », « non », « toujours » et « trois ». Après sa mort, Broca constata une lésion frontale similaire à celle de Leborgne, mais la prudence restait de mise, d’autant plus que la vision distribuée de Flourens était encore dominante. Au cours des deux années suivantes, Broca accumula les données de douze patients présentant tous des problèmes de production du langage et trouva des lésions frontales localisées dans l’hémisphère gauche. Il publia ses découvertes en 1865 dans son article « Sur le siège de la faculté du langage articulé » dans lequel il spécifia la localisation de l’aire de l’articulation du langage, qui sera connue sous le nom d’aire de Broca. Ses travaux ont eu un tel impact qu’une partie des cerveaux des patients aphasiques de Broca sont préservés et accessibles pour observation à l’université Pierre-et-Marie-Curie à Paris. La vision localiste regagnait du terrain.
Quelques années plus tard, un jeune médecin allemand, Carl Wernicke, allait faire une série de découvertes qui, comme c’est souvent le cas en science, complexifieraient le débat. En 1874, il rencontra une patiente qui, presque à l’inverse des patients de Broca, pouvait produire du langage mais en avait perdu la compréhension. Wernicke en déduisit que les fonctions liées au langage se trouvaient réparties entre diverses aires dans le cerveau. Depuis, la zone que l’on pense responsable de la compréhension du langage porte le nom d’aire de Wernicke. Les expériences vont se poursuivre et la vision localisée du fonctionnement du cerveau ne va cesser de gagner du terrain. À la fin du XIXe siècle, elle est la vision dominante, et elle persiste encore mais de plus en plus de données viennent contredire cette conception et les scientifiques aujourd’hui réfléchissent en termes de « réseaux impliqués dans le langage », les aires de Broca et de Wernicke appartenant à ceux-ci.
Mais surtout, la vision localiste reste bien ancrée dans l’esprit du grand public. Elle s’accompagne souvent d’une vision latéralisée, séparant hémisphères droit et gauche du cerveau et associant à chacun des fonctions et caractéristiques précises.
La théorie des deux cerveaux
Le cerveau est constitué, physiologiquement, sur un principe symétrique (comme l’essentiel de notre corps) : deux hémisphères (un gauche et un droit) liés par une structure que l’on appelle le corps calleux. À la suite des théories localistes, cette caractéristique cérébrale a conduit à l’hypothèse latéraliste : chacun de nos hémisphères abriterait des fonctions spécifiques, indépendantes de l’autre. Des opérations du cerveau sont venues appuyer cette thèse. Jusqu’à récemment, on pratiquait quasi systématiquement la callosotomie chez des patients épileptiques, et dans certains cas, à défaut d’alternatives, on continue à le faire. Cette opération chirurgicale consiste à sectionner, partiellement ou totalement, le corps calleux, afin de déconnecter l’hémisphère gauche de l’hémisphère droit. Cette pratique s’est développée dans les années 1950 notamment avec les travaux du neuropsychologue et neurophysiologiste Roger Sperry, qui avait découvert, en sectionnant le corps calleux de singes, que cela n’avait pratiquement aucun impact notable sur leur comportement général. Michael Gazzaniga, étudiant de Sperry, a opéré des callosotomies sur des patients souffrant d’épilepsie. Ces patients allaient relativement bien et l’opération semblait traiter certaines de leurs crises épileptiques. Gazzaniga, à l’occasion de ses opérations, voulait étudier la communication et le traitement mono-hémisphérique des informations. Il espérait ainsi parvenir à une meilleure compréhension de la latéralisation. En effet, le corps est contrôlé de manière controlatérale : l’hémisphère gauche contrôle la partie droite du corps et vice versa. Sperry avait par exemple déterminé que si le langage est souvent latéralisé à gauche, la perception spatiale est plutôt latéralisée à droite. Partant de là, une extension s’est effectuée, l’hémisphère gauche s’est vu associé au langage et aux fonctions analytiques et de compréhension, et le droit à la perception et aux fonctions créatives. Mais, comme c’est souvent le cas avec de nouvelles données, le passage entre la recherche et la communication au grand public ne s’est pas très bien passé et les découvertes sur la latéralisation ont muté en un système binaire qui oppose nos capacités analytiques et nos capacités créatives. De plus, le mot « hémisphère » a été remplacé par « cerveau » et un modèle a émergé dans lequel notre « cerveau droit » serait responsable des pensées intuitives, du non-verbal, des émotions, alors que le gauche serait plus précautionneux, logique, rationnel.
Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique ! Que ce soit au temps de Broca ou de Gazzaniga, et jusqu’à la littérature scientifique contemporaine, même les défenseurs les plus localistes n’ont jamais prétendu avoir découvert une latéralisation complète de nos fonctions. Aucune lésion hémisphérique connue n’a par exemple fait perdre à une personne sa capacité « créative ». On prétend aussi que l’hémisphère droit est en charge de la perception spatiale, mais certaines données scientifiques indiquent que l’hémisphère gauche est impliqué dans la localisation des objets dans l’espace(10). Les fonctions sont donc distribuées et les deux hémisphères travaillent de concert sur les divers paramètres d’une même fonction complexe. La réduction hémisphérique dont il est si souvent question dans les discours sur le cerveau ne tient pas.
Pour pouvoir prétendre à une latéralisation de nos fonctions, il faut d’abord les définir et les délimiter, et cela n’est pas si simple. Par exemple, pour peindre ses visages constitués de fruits, Arcimboldo ne devait-il pas être aussi méthodique, respectueux des principes géométriques et spatiaux (proportions, perspective…) que créatif ? Lorsque Benjamin Franklin, en 1752, essaie de capturer un éclair dans une bouteille en envoyant son cerf-volant au milieu d’un orage, était-il analytique et rationnel ou intuitif et créatif ? L’opposition binaire entre ces catégories ne reflète pas leur usage ni les liens étroits qu’elles entretiennent.
D’ailleurs, un autre découpage est venu concurrencer celui du cerveau gauche et du cerveau droit auprès du grand public. Le cerveau n’est plus théoriquement découpé en deux parties, mais en trois !
La théorie des trois cerveaux
Charles Darwin publia L’Origine des espèces en 1859, pavant la route de la théorie de l’évolution. Quelques années plus tard, l’hypothèse évolutionniste était acceptée par la grande majorité de la communauté scientifique. Cependant, diverses interprétations spécifiques de cette théorie de l’évolution vont se concurrencer et ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la théorie se stabilise et se voit appliquée à de multiples champs du vivant. Les neurosciences n’échappent pas à l’évolutionnisme. Parmi les chercheurs qui travaillaient sur ces approches, on peut citer Paul MacLean, médecin et neuroscientifique, à l’origine du mythe du cerveau triunique, encore bien présent. Il postule que notre cerveau s’est développé au cours de l’évolution en étages : un complexe reptilien, le plus ancien ; un complexe paléomammalien, un peu plus récent et qu’on partage avec les autres mammifères et, enfin, un complexe néomammalien, la toute nouvelle addition évolutionniste que seuls certains mammifères développés, notamment les humains, posséderaient. MacLean commence à poser les bases de son modèle dans les années 1960, il devient directeur du Laboratory of Brain Evolution and Behavior en 1971 et publie en 1990 le fruit de toutes ses recherches sur le sujet dans le grand ouvrage de sa vie : The Triurne Brain in Evolution(11).
Dans son modèle, chaque couche est en charge de fonctions différenciées, on retrouve donc une vision localisée du fonctionnement cérébral, qui se cartographie non plus en deux (droite/gauche), mais en trois niveaux correspondant à trois « étages » cérébraux distincts. Le complexe reptilien, composé des ganglions de la base et du tronc cérébral, serait responsable de nos comportements instinctifs, d’agression, de domination, de territorialité, bref de nos pulsions primitives ; le complexe paléomammalien, que MacLean appelle aussi système limbique, composé du septum, de l’amygdale, de l’hypothalamus, de l’hippocampe et du cortex cingulaire, serait responsable de nos émotions et de notre motivation ; et, enfin, le complexe néomammalien, composé du néocortex, serait responsable de compétences réservées à un nombre restreint d’espèces, au sommet desquelles se tiendraient les humains avec le langage, l’abstraction, la planification ou le raisonnement. On renoue ici avec une séparation et une hiérarchisation très anciennes : la raison – supérieure, pondérée et réfléchie – doit dominer et maîtriser les instincts et les émotions perturbatrices. Désormais, les instincts, rattachés au complexe reptilien, et les émotions, appartenant au complexe paléomammalien, relèvent de couches primitives et inférieures de notre cerveau, et notre cognition – plus récente, valorisée et différenciante – possède un ascendant sur eux.
Le cerveau triunique va rapidement rencontrer un certain succès auprès du grand public grâce à son approche d’apparence rigoureuse et scientifique : le modèle de MacLean se base sur des travaux d’anatomie comparative et des travaux évolutionnistes. Une telle approche du développement cérébral pourrait théoriquement être cohérente, mais son application dans le modèle triunique est erronée. Le modèle de MacLean perdure bien qu’il n’ait jamais vraiment été adopté par les chercheurs en neurobiologie. Il a même été assez vite rejeté par la communauté scientifique. Aucune partie de notre cerveau n’est venue s’ajouter spontanément à un ensemble préexistant qui se serait révélé insuffisant, ou trop limité. Le cerveau ne s’est pas développé en strates à l’image des couches géologiques, et l’évolution est beaucoup plus chaotique qu’on pourrait le penser(12). En général, l’évolution opère par le développement de l’existant, comme c’est le cas pour nos autres organes ou membres. Ainsi, notre coccyx est probablement la transformation d’une queue qui s’est rétrécie jusqu’à disparaître. De la même manière, notre cortex n’est pas une structure qui est venue s’ajouter spontanément à un complexe néomammalien : quasiment tous les vertébrés possèdent des structures comparables à notre cortex, et certains chercheurs(13) pensent que ce dernier pourrait être antérieur à l’apparition des vertébrés. Ensuite, le développement du système nerveux ne s’est pas fait de manière linéaire, des organismes les plus simples aux plus complexes. Il s’est déployé selon un cheminement nébuleux constitué de lignes indépendantes, de fausses routes et de recombinaisons. Par exemple, certains céphalopodes possèdent des systèmes nerveux très complexes et très différents des nôtres alors qu’ils sont plus anciens, et on retrouve cette complexité chez certains insectes ou oiseaux. Enfin, notre cortex préfrontal n’est pas du tout spécifique à notre espèce, tous les mammifères en possèdent un. L’idée d’un cerveau se construisant en couches successives et gagnant en complexité au fur et à mesure de son développement et de celui de l’espèce est donc invalidée. Complexité du système et « intelligence/développement » de l’espèce ne sont pas nécessairement corrélées. L’évolution des systèmes cérébraux des diverses espèces s’est faite de manière confuse et désordonnée à partir de structures existantes sans que l’on puisse distinguer de phases successives claires liées à l’apparition de zones spécifiques.
Pourtant, en 2020, dans leur article « Votre cerveau n’est pas un ognon avec un petit reptile à l’intérieur »(14), Joseph Cesario et ses collègues du département de psychologie de l’université de Michigan révèlent que le modèle de MacLean est retrouvé dans nombre de manuels universitaires de psychologie : sur vingt livres introductifs publiés entre 2009 et 2017, 14 parlaient de l’évolution du cerveau et 12 le faisaient avec une notion erronée.
Au-delà de ces différentes visions, le modèle localiste a aussi prospéré sous l’impulsion de l’imagerie cérébrale.
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NOTES
1.?Les neurosciences sont les études du système nerveux, aussi bien de sa structure que de son fonctionnement. On abordera principalement dans cet ouvrage les neurosciences cognitives qui se focalisent surtout sur le cerveau et le système nerveux central.
2.?Ce retour historique se base notamment sur le livre de Matthew Cobb, The Idea of the Brain: The Past and Future of Neuroscience, Profile Books, 2020.
3.?Abu Ali al-Hasan Ibn al-Haytham, né en 965 à Bassora, dans l’actuel Irak, décédé au Caire en 1040, et connu en Occident sous le nom d’Alhazen, est un savant et philosophe, mathématicien, physiologiste et physicien.
4.?René Descartes, Discours de la méthode, 1637. Il s’agit de la deuxième règle de la méthode cartésienne, qui divise le complexe en éléments simples.
5.?Melchisédech Thévenot, né vers 1620, mort à Issy en 1692, écrivain et physicien français. Humaniste, il créa chez lui un cercle de savants qui, associé à d’autres, formera l’Académie des sciences en 1666.
6.?Arthur Conan Doyle, Le Chien des Baskerville, 1902.
7.?Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.
8.?Paul Broca (1824-1880), médecin praticien, fut chirurgien des hôpitaux, vice-président du Conseil général des hôpitaux, président de la Société de chirurgie, membre de l’Académie de médecine… Il créa la chirurgie moderne du cerveau et fonda la Société d’anthropologie en 1859.
9.?Les mesures de Broca ainsi que son approche furent réfutées plus de cent ans plus tard par Stephen Jay Gould dans La Mal-mesure de l’homme, 1981.
10.?Langdon, D., Warrington, EK., « The role of the left hemisphere in verbal and spatial reasoning tasks », Cortex, vol. 36, no5, p. 691-702, 2000. https://doi.org/10.1016/S0010-9452(08)70546-X
11.?Paul D. MacLean, The Triune Brain in Evolution: Role in Paleocerebral Functions, Springer US, 1990.
12.?À ce sujet, voir : Hain, D., Gallego-Flores, T., Klinkmann, M., et al., « Molecular diversity and evolution of neuron types in the amniote brain », Science, vol. 377, sept. 2022. https://doi.org/10.1126/science.abp8202
13.?Briscoe, S. D., & Ragsdale, C. W., « Evolution of the chordate telencephalon », Current Biology, vol. 29, no13, R647-R662, 2019. https://doi.org/10.1016/j.cub.2019.05.026
14.?Cesario, J., Johnson, D. J., & Eisthen, H. L., « Your Brain Is Not an Onion With a Tiny Reptile Inside », Current Directions in Psychological Science, vol. 29, no3, juin 2020. https://doi.org/10.1177/0963721420917687
« On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas ». lit-on en quatrième de couverture de l’essai NEUROMANIA de ALBERT MOUKHEIBER docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Au programme : distinguer le vrai du faux sur notre cerveau. Je ne savais pas que ces sciences étaient elles aussi victimes de désinformation et de raccourcis trompeurs dans les médias et ainsi au sein de nos propres croyances sur le cerveau. L’auteur note aussi une approche éhontée des neurosciences et des sciences cognitives dans le développement personne1.
Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité ou incapacité à changer ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.
On peut évidemment se réjouir que les neurosciences1 et les sciences cognitives, des disciplines encore jeunes, aient gagné en si peu de temps l’intérêt du grand public. Elles ont, de fait, réalisé des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le traitement des maladies neurodégénératives. Et nous n’en sommes qu’au début. Mais en tant que neuroscientifique, et comme beaucoup de mes confrères et consœurs, je m’inquiète de cette prolifération de discours sur le cerveau, de cette neuromania, car elle se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités.
(…)
Cela est d’autant plus important que cette neuromania installe l’idée que, de l’intime au politique, tout s’éclaire par le cerveau. Or, celui-ci n’est pas le bon niveau explicatif pour beaucoup de nos comportements individuels et collectifs. Tout réduire à nos neurones revient, dans certains cas, à vouloir expliquer le fonctionnement d’une voiture en étudiant au microscope les atomes de carbone qui la composent. Le réductionnisme est l’un des moteurs de la science, il a certes permis des avancées fantastiques en neurosciences, mais il provoque une myopie sur des sujets comme les addictions, les douleurs, les maladies psychosomatiques, les fake news… Pour bien comprendre les phénomènes humains et sociaux, il est parfois nécessaire d’élargir la focale : penser le cerveau non pas dans un bocal mais en lien avec le corps, avec son contexte, et ne pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau. Les chercheurs et les scientifiques sont les premiers à le dire. Il est donc important de les écouter pour démêler le vrai du faux dans cette profusion de discours sur le cerveau.
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NOTE
1 Les neurosciences sont les études du système nerveux, aussi bien de sa structure que de son fonctionnement. On abordera principalement dans cet ouvrage les neurosciences cognitives qui se focalisent surtout sur le cerveau et le système nerveux central.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Introduction, Éditions Allary, 2024, p. 9.
Les premières tentatives systématiques de percer les mystères du cerveau de manière méthodique apparaissent au XVIIe siècle avec la parution de trois ouvrages : L’Homme (posth. 1662) de René Descartes ; Cerebri anatome (1664) de Thomas Willis et Discours sur l’anatomie du cerveau (1669) de Nicolas Sténon. On y trouve les bases des débats philosophiques et scientifiques qui vont fonder pour quatre siècles nos connaissances du sujet, que ce soit sur la nature de l’esprit ou le fonctionnement du cerveau. Nous avons ainsi hérité d’un certain nombre d’hypothèses fausses auxquelles nous prêtons encore foi aujourd’hui. (…)
(…)
Ainsi, en 1665, au domicile de Melchisédech Thévenot5, Sténon mettait en œuvre sa méthode face à un groupe de savants et opérait la dissection d’un cerveau humain. Sténon affirmait que « le cerveau est une machine » et qu’on devait donc l’aborder comme telle, pièce par pièce, en tentant de comprendre la fonction de chaque élément. Il pensait qu’une fois ce travail accompli, les autres mystères, comme les localisations et les aires cérébrales, se trouveraient résolus d’eux-mêmes.
Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout.
Cette approche qui consiste à réduire des phénomènes complexes à leurs composants les plus simples s’appelle le « réductionnisme », une sorte de découpage à la plus petite entité pour ensuite tenter de reconstituer et comprendre le tout. Associée à la vision mécaniste de Sténon, elle a constitué la feuille de route des neurosciences depuis et a permis des bonds de compréhension fulgurants, mais conduit aussi aujourd’hui à des impasses. Elle est pourtant encore largement suivie. Elle s’est tant et si bien implantée dans l’imaginaire collectif qu’elle continue d’influencer et d’orienter les travaux des scientifiques. L’approche mécaniste s’est vue – et se voit encore – souvent associée à une vision localiste ou localisée, à l’image de celle proposée par Willis, et a donné naissance à des théories telle que la phrénologie.
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5 Melchisédech Yhévenot, né vers 1620, mort à Issy en 1692, écrivain et physicien français. Humaniste, il créa chez lui un cercle de savants qui, associé à d’autres, formera l’Académie des sciences en 1666.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La méthode cartésienne, Éditions Allary, 2024, pp. 14-15.
P.S.: Les liens et l’encadré dans la citation sont de nous.
Je ne suis ni savant ni scientifique mais il me fut enseigné très jeune que le tout est supérieur à la somme de ses parties. Il me suffisait, disait-on, de prendre en considération les ingrédients d’un gâteau pour comprendre. Mais peu importe car ce souvenir remonte loin dans le temps.
Albert Moukheiber met en cause le « réductionnisme » qui, associé à l’approche mécaniste, « a donné naissance à des théories telle que la phrénologie » : « (…) une théorie selon laquelle la forme du crâne reflète la personnalité, le caractère et certaines compétences de la personne ». L’hypothèse fut émise dans les années 1790 par le médecin viennois Franz Gall à l’effet « que les différentes facultés mentales d’un individu humain seraient produites respectivement dans différents organes du cerveau, mesurables par palpitation du crâne ».
Si la phrénologie sut séduire le grand public auprès duquel elle rencontra un certain succès, accaparant une place de choix dans les croyances populaires, elle ne fut jamais considérée comme une hypothèse crédible par les scientifiques, au grand dam de Gall. Il se vit d’ailleurs refuser plusieurs fois son admission à l’Académie des sciences de Paris. Et à juste titre ! Au-delà des problèmes de méthodologie et d’hypothèses hasardeuses, les recherches scientifiques nous ont confirmé qu’il n’existe pas de « bosse des maths » et que la forme du crâne ne reflète en rien l’anatomie cérébrale. Cela n’a pas empêché les thèses phrénologiques de se répandre pour justifier le racisme et l’esclavage ou affirmer la supériorité masculine. Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. Quatre croyances principales se sont ainsi implantées et nous orientent encore aujourd’hui.
La première de ces croyances identifie le cerveau comme l’organe responsable de notre identité et chargé de piloter notre corps. La deuxième affirme que nos capacités sont localisées dans le cerveau ; qu’il existe des aires responsables des différentes fonctions psychologiques et physiologiques que nous possédons. La troisième de ces idées présume que ces fonctions peuvent potentiellement être mesurées et que nous pouvons ainsi évaluer nos capacités. La quatrième et dernière estime que le cerveau humain ne serait pas très différent de celui des autres animaux. Selon Gall, nous partageons 19 de nos 27 fonctions cérébrales – cartographiées par ses soins, telles que le penchant pour le sexe, le talent musical ou le génie mathématique, l’instinct de propriété, la tendance au vol… – avec les animaux, quels qu’ils soient.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La phrénologie, Éditions Allary, 2024, pp. 18-19.
Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des animaux par la configuration de leurs têtes / Par F. J. Gall et G. Spurzheim. Gall, F. J. (Franz Joseph), 1758-1828. Date: 1810-1819
Pl. LXXXII. Fig. 1. Bruegel / Fig. 2. Colomb / Fig. 3. Galilée / Fig. 4. Lalande / Fig. 5. Descartes / Fig. 6. Bacon – Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des animaux par la configuration de leurs têtes. Quatrième volume. Source: Université Paris Cité.
Classement phrénologie du XIXe siècle – From People’s Cyclopedia of Universal Knowledge (1883). Source : Wikipédia.Illustration et définition de la phrénologie, Dictionnaire Webster 1895. Source : Wikipédia.
Pour le moins que l’on soit curieux, on a vu de telles illustration du cerveau au cours de notre adolescence. Ce fut mon cas et elles me laissèrent perplexes. Mais Albert Moukheiber a bien raison de dire que : « Les théories de Gall, bien que discréditées, s’instillèrent si bien dans les esprits qu’elles influèrent malgré tout sur la direction que prit la recherche scientifique concernant le fonctionnement du cerveau. » Albert Moukheiber nomme de cette quête de localisation dans le cerveau « la vision localiste ». Parlant des recherches de Paul Broca et de Carl Wernicke sur la localisation du langage dans le cerveau, il écrit :
(…) Les expériences vont se poursuivre et la vision localisée du fonctionnement du cerveau ne va cesser de gagner du terrain. À la fin du XIXe siècle, elle est la vision dominante, et elle persiste encore mais de plus en plus de données viennent contredire cette conception et les scientifiques aujourd’hui réfléchissent en termes de « réseaux impliqués dans le langage », les aires de Broca et de Wernicke appartenant à ceux-ci.
Mais surtout, la vision localiste reste bien ancrée dans l’esprit du grand public. Elle s’accompagne souvent d’une vision latéralisée, séparant hémisphères droit et gauche du cerveau et associant à chacun des fonctions et caractéristiques précises.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², Les localistes contre distributrices, Éditions Allary, 2024, pp. 22-23.
Cette question des hémisphères droit et gauche, bien ancrée en mon esprit, avant la lecture de NEUROMANIA, a trouvé un développement inattendu : ce n’est pas vrai !
(…) En effet, le corps est contrôlé de manière controlatérale : l’hémisphère gauche contrôle la partie droite du corps et vice versa. Sperry avait par exemple déterminé que si le langage est souvent latéralisé à gauche, la perception spatiale est plutôt latéralisée à droite. Partant de là, une extension s’est effectuée, l’hémisphère gauche s’est vu associé au langage et aux fonctions analytiques et de compréhension, et le droit à la perception et aux fonctions créatives. Mais, comme c’est souvent le cas avec de nouvelles données, le passage entre la recherche et la communication au grand public ne s’est pas très bien passé et les découvertes sur la latéralisation ont muté en un système binaire qui oppose nos capacités analytiques et nos capacités créatives. De plus, le mot « hémisphère » a été remplacé par « cerveau » et un modèle a émergé dans lequel notre « cerveau droit » serait responsable des pensées intuitives, du non-verbal, des émotions, alors que le gauche serait plus précautionneux, logique, rationnel.
Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique !
Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique ! Que ce soit au temps de Broca ou de Gazzaniga, et jusqu’à la littérature scientifique contemporaine, même les défenseurs les plus localistes n’ont jamais prétendu avoir découvert une latéralisation complète de nos fonctions. Aucune lésion hémisphérique connue n’a par exemple fait perdre à une personne sa capacité « créative ». On prétend aussi que l’hémisphère droit est en charge de la perception spatiale, mais certaines données scientifiques indiquent que l’hémisphère gauche est impliqué dans la localisation des objets dans l’espace(10). Les fonctions sont donc distribuées et les deux hémisphères travaillent de concert sur les divers paramètres d’une même fonction complexe. La réduction hémisphérique dont il est si souvent question dans les discours sur le cerveau ne tient pas.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des deux cerveaux, Éditions Allary, 2024, pp. 24-25.
P.S. : L’encadré est de nous.
Juste pour cette mise au point, il vaut la peine de lire NEUROMANIA. On comprends qu’il nous faut nous débarrasser des présupposés même dans le domaine d’une science que je croyais exactes, du moins en apparence. Car il y a des mythes, même en science.
D’ailleurs, un autre découpage est venu concurrencer celui du cerveau gauche et du cerveau droit auprès du grand public. Le cerveau n’est plus théoriquement découpé en deux parties, mais en trois !
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des deux cerveaux, Éditions Allary, 2024, p. 26.
Wow ! Nous voilà avec « La théorie des trois cerveaux » !
Charles Darwin publia L’Origine des espèces en 1859, pavant la route de la théorie de l’évolution. Quelques années plus tard, l’hypothèse évolutionniste était acceptée par la grande majorité de la communauté scientifique. Cependant, diverses interprétations spécifiques de cette théorie de l’évolution vont se concurrencer et ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la théorie se stabilise et se voit appliquée à de multiples champs du vivant. Les neurosciences n’échappent pas à l’évolutionnisme. Parmi les chercheurs qui travaillaient sur ces approches, on peut citer Paul MacLean, médecin et neuroscientifique, à l’origine du mythe du cerveau triunique, encore bien présent. Il postule que notre cerveau s’est développé au cours de l’évolution en étages : un complexe reptilien, le plus ancien ; un complexe paléomammalien, un peu plus récent et qu’on partage avec les autres mammifères et, enfin, un complexe néomammalien, la toute nouvelle addition évolutionniste que seuls certains mammifères développés, notamment les humains, posséderaient. MacLean commence à poser les bases de son modèle dans les années 1960, il devient directeur du Laboratory of Brain Evolution and Behavior en 1971 et publie en 1990 le fruit de toutes ses recherches sur le sujet dans le grand ouvrage de sa vie : The Triurne Brain in Evolution11
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NOTE
11 Paul D. MacLean, The triune Brain in Evolution : Role in Paleocerebral Functions, Springer US, 1990.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², La théorie des trois cerveaux, Éditions Allary, 2024, pp. 26-27.
Quatrième de couverture : « The main substance of the present book concerns comparative neurobehavioral and clinical studies germane to evolutionary considerations. Here the evidence, along with other considerations, seems to present an surmountable obstacle to our ever obtaining confidence in scientific or other intellectual beliefs—a confidence that is essential to make it worthwhile to pursue a search for the meaning of life. If the reader were able to contradict or circumvent the interpretations that have been reached in this respect, that would be a contribution of endless value. »
Tout le monde n’est pas d’accord avec cette théorie des trois cerveaux comme on peut le lire dans l’article ci-dessous. Steffen Patrick R (Department of Psychology, Brigham Young University, Provo, UT, United States), Hedges Dawson and Matheson Rebekka (Departments of Psychology and Neuroscience, Brigham Young University, Provo, UT, United States) avance une autre théorie (« adaptative ») :
Frontiers Media
The Brain Is Adaptive Not Triune: How the Brain Responds to Threat, Challenge, and Change
Theory impacts how research is conducted. A popular theory used to conceptualize brain functioning is the triune brain theory. The triune brain theory is an evolutionary theory of brain development that emphasizes three key brain regions consisting of the brainstem, the limbic system, and the cortex that function relatively independently in coping with stress via fight or flight, emotion, and cognition, respectively. However, modern neuroscience research demonstrates that the triune brain theory does not accurately explain how the brain functions in everyday life or during the stress response. Specifically, emotion and cognition are interdependent and work together, the limbic system is not a purely emotional center nor are there purely emotional circuits in the brain, and the cortex is not a purely cognitive center nor are there purely cognitive circuits in the brain. We propose a new evolutionarily based model, the adaptive brain, that is founded on adaptive prediction resulting from interdependent brain networks using interoception and exteroception to balance current needs, and the interconnections among homeostasis, allostasis, emotion, cognition, and strong social bonds in accomplishing adaptive goals.
Traduction avec DeepL
Le cerveau est adaptatif et non trinitaire : Comment le cerveau réagit à la menace, au défi et au changement
La théorie influe sur la manière dont la recherche est menée. Une théorie populaire utilisée pour conceptualiser le fonctionnement du cerveau est la théorie du cerveau trinitaire. Il s’agit d’une théorie évolutionniste du développement du cerveau qui met l’accent sur trois régions cérébrales clés, à savoir le tronc cérébral, le système limbique et le cortex, qui fonctionnent de manière relativement indépendante pour faire face au stress par la lutte ou la fuite, l’émotion et la cognition, respectivement. Cependant, les recherches neuroscientifiques modernes démontrent que la théorie du cerveau triunique n’explique pas avec précision le fonctionnement du cerveau dans la vie de tous les jours ou pendant la réponse au stress. Plus précisément, l’émotion et la cognition sont interdépendantes et fonctionnent ensemble, le système limbique n’est pas un centre purement émotionnel et il n’existe pas de circuits purement émotionnels dans le cerveau, et le cortex n’est pas un centre purement cognitif et il n’existe pas de circuits purement cognitifs dans le cerveau. Nous proposons un nouveau modèle basé sur l’évolution, le cerveau adaptatif, qui repose sur la prédiction adaptative résultant de réseaux cérébraux interdépendants utilisant l’interoception et l’extéroception pour équilibrer les besoins actuels, et sur les interconnexions entre l’homéostasie, l’allostasie, l’émotion, la cognition et les liens sociaux forts dans l’accomplissement des objectifs adaptatifs.
On va s’en sortir comment ? Que pouvons-nous savoir scientifiquement sur notre cerveau, nous, le commun des mortels ? Je croyais que nous pouvions nous fier à l’imagerie médicale mais… Nous arrivons au sous-titre « Les limites de l’imagerie médicale ».
(…) La « photographie du cerveau en marche », fascinante, qui vient illustrer les articles de vulgarisation, n’est en fait que le résultat probabibliste d’activation d’un groupe très grossier de neuronnes qu’on surimpose sous forme colorée sur un dessins de cerveau. Cela ne dit pas rien, mais ce la ne montre pas tout, loin de là. Certains chercheurs, comme la psychiatre Sally Satel et le professeur de psychologie Scott O. Lilienfeld, ou le psychologue et neurscientifique Russel A. Poldrack, se montrent d’ailleurs très critiques envers l’utilisation des données de l’IRMf, considérant qu’y recourir pour expliquer des fonctions complexes comme des comportements, des cognitions ou des émotions revient le plus souvent à cherche à confirmer sa vision des choses plutôt qu’à décrire objectivement le cerveau. (…)
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², Les limites de l’imagerie médicale, Éditions Allary, 2024, p. 34.
Puis vient un autre sous-titre : « L’analogie cerveau/machine et les promesses de l’IA ».
(…) Mais si les IA copient certaines de nos fonctions, nos fonctionnement ne sont pas similaires. Une connexion entre deux neurones artificielles est différentes d’une synapse, et l’apprentissage d’une intelligence artificielle est très éloigné de l’apprentissage d’un cerveau humain. Par exemple, une petite fille de 2 ans peut reconnaître des chiens à partir de 3 ou 4 photo « d’entraînement » alors qu’une IA aura besoin de milliers de photos de chiens de différentes formes, races, sous différents angles de vue, peut-être aussi de photos de chats et de rats pour établir les différences d’espèce, avant de se montrer capable d’identifier et de reconnaître un chien. (…)
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie I, Aux origines du réductionnisme : une brève histoire du cerveau², L’analogie cerveau/machine et les promesses de l’IA, Éditions Allary, 2024, pp. 39-40.
La connaissance scientifique se construit sur la destruction du déjà su. Mais si plusieurs connaissances devenues obsolètes agissent toujours sur les chercheurs et sur le grand public, que faire ? En conclusion de la première partie de NEUROMANIA, Albert Moukheiber écrit :
Si les réductionnismes opérés par Descartes et Sténon ont eu leurs vertus et ont conduit à des découvertes et progrès notables, il se révèlent aujourd’hui réducteurs et nous éloignent d’une juste compréhension du cerveau
Pourtant, nos représentations du cerveau héritées d’approches devenues obsolètes influencent encore les schémas mentaux de certains chercheurs et, surtout, restent dominantes auprès du grand public. Avec des conséquences néfastes.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, p. 48.
Il faut souligner l’esprit critique dont fait preuve Albert Moukheiber dans NEUROMANIA.
« J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scientifique fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions », pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie. »
Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.
« Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». »
Le professeur Nicolle formule en ces mots la démarche : « La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».
« L’obstacle épistémologique est une résistance au développement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »
Laissons à Gaston Bachelard le soin de replacer nos dires dans la version originale de son texte :
« Quand on recherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain : c’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C’est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c’est là que nous décèlerons des causes d’inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques. La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. Le réel n’est jamais « ce qu’on pourrait croire », mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. La pensée empirique est claire, après coup, quand l’appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.
L’idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l’âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d’un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque que doit contredire un passé.
La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion; de sorte que l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit.
Une connaissance acquise par un effort scientifique peut elle-même décliner. La question abstraite et franche s’use : la réponse concrète reste. Dès lors, l’activité spirituelle s’invertit et se bloque. Un obstacle épistémologique s’incruste sur la connaissance non questionnée. Des habitudes intellectuelles qui furent utiles et saines peuvent, à la longue, entraver la recherche. « Notre esprit, dit justement M. Bergson, a une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent ». L’idée gagne ainsi une clarté intrinsèque abusive. À l’usage, les idées se valorisent indûment. Une valeur en soi s’oppose à la circulation des valeurs. C’est un facteur d’inertie pour l’esprit. Parfois une idée dominante polarise un esprit dans sa totalité. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. L’instinct formatif est si persistant chez certains hommes de pensée qu’on ne doit pas s’alarmer de cette boutade. Mais enfin l’instinct formatif finit par céder devant l’instinct conservatif. Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. »
Si la connaissance scientifique se batit sur la destruction du déjà su, que fait-on lorsqu’une science accumule des connaissances les unes sur les autres et dans des directions théoriques différentes voire en compétition sans cette destruction du déjà su ? Si aucune théorie s’impose comme étant meilleure ou détrônant les anciennes théories, nous ne sommes plus dans une évolution de la connaissance scientifique mais dans un cul de sac.
Albert Moukheiber consacre la deuxième partie de NEUROMANIA à l’exploitation éhonté des sciences cognitives par le développement personnel : « Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives ».
C’est une des raison pour lesquelles les connaissances et hypothèses neuroscientifiques, plus ou moins approximative, voire fausses, se répandent dans l’opinion publique et se voient instrumentalisées par les méthodes de développement personnel qui, à travers elles, se parent à moindre frais d’un vernis pseudoscientifique. Contrevérités et mensonges ainsi véhiculés ouvre la porte à toutes sortes de supercheries : nouveaux outils cognitifs qui vont vous reconnecter à vous-même, vous aider à effacer vos traumas, à mieux collaborer, à vous imposer comme un meilleur leader. Ils vous permettront de manifester vos désirs grâce à la puissance de votre volonté. Vous trouverez sans peine des tests pour vous dire quel cerveau est dominant chez vous, et, armé de ce savoir « scientifiquement prouvé » vous pourrez vous tourner vers nombre de livres vous promettant de débloquer votre cerveau droit pour libérer vos émotions ou votre créativité, ou activer votre cerveau gauche pour privilégier votre rationalité, si le modèle convoqué est dualiste ; à mieux utiliser votre cerveau néomammalien (votre capacité d’abstraction de planification et de raisonnement) si on se réfère au découpage triunique de MacLean. On vous proposera des méthodes adaptées à la configuration de votre cerveau pour faciliter l’apprentissage, d’autres permettant de résoudre des problèmes plus vite en développant votre pensée en arborescence, voire des techniques pour arrêter le prétendu conflit entre vos hémisphères, pour qu’ils travaillent enfin à l’unisson, à votre service. La liste est infinie et le business du développement personnel avoisine aujourd’hui les 45 milliards de dollars33. Cette dérive mercantile d’une certaine forme de scientisme n’est d’ailleurs pas nouvelle. Fut un temps, la radioactivité connue elle aussi une telle instrumentalisation, et l’on vendait des crèmes de beauté et des couches pour bébé au radium. Aujourd’hui c’est pas discipline en encore la physique quantique qui sont utilisées comme caution scientifique. Le point commun entre ces disciples c’est qu’elles sont relativement nouvelles et complexes.
Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n'est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques.
Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n’est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques. Il y a encore beaucoup d’incertitudes, la recherche est foisonnante et explore plusieurs direction. Cela multiplie les interprétation possibles sur les résultats des expériences et facilite la projection de croyances. Les neurosciences deviennent le cadre idéal pour projet notre vision du monde. en offrant à celle-ci un vernis « scientifique ». Chacun peu y trouver ce qu’il a envie d’y voir.
Les coachs en développement personnel ne s’en privent pas et n’hésitent à ajouter des éléments empruntés aux spiritualités, rituels religieux ou traditions médicinales aussi anciennes qu’exotiques, comme autant de sagesse ancestrales avec lesquelles renouer. Il leur suffit de la amputer de leur dimension religieuse et historique. (…)
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, pp. 50-52.
P.S.: L’encadré est de nous. Le lien dans la Note 33 est de nous.
Cette dénonciation de l’instrumentalisation des sciences cognitives par le développement personnel s’avère essentielle dans un livre qui distingue « Le vrai du faux sur votre cerveau ». Si « Dans le cas des sciences cognitives, le cadre théorique n’est pas encore stabilisé, on parle alors de sciences pré-paradigmatiques », il en va de même pour toutes les disciplines qui s’appuient sur elles.
Si le coaching se présente comme un moyen aisé et efficace de reprendre sa vie en mais pour les personnes rencontrant des difficultés, il est aussi et surtout une nouvelle profession particulièrement lucrative pour les coachs et leurs formateurs. Le coaching consiste en effet essentiellement à convaincre à devenir coach soi-même. Sans refléter l’ensemble des acteurs de cette profession, c’est une réalité qui s’approche d’une pyramide de Ponzi34. Le principe est d’orienter autant de candidats que possible vers les centres de formation certifié (en fait, auto-certifés), et leurs propriétaires qui s’enrichissent. Au final beaucoup de coach en son en fait que des formateurs de futurs coachs, qui eux-mêmes formeront de futures coachs.
Pour parvenir à leurs fins, coachs, auteurs et conférenciers en développement personnel s’appuient sur des concepts et des méthodes qui se veulent simples et efficaces, attractifs, mais sont en réalité simplistes et réducteurs voire mensongers. Notre personnalité devient, entre leurs mains, un système que quelques techniques permettent de décrypter.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Une science séduisante, Éditions Allary, 2024, pp. 52-53.
P.S.: Le liens dans la Note 34 est de nous.
Le sujet du développement personnel est largement traité par cet Observatoire de la philothérapie. Voici les rapports de lecture de livres remettant en cause le développement personnel.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ; 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
(…) En somme, lorsque vous partez à la poursuite de votre moi véritable, profond, et de ses désirs et aspirations enfouis, vous vous engagez sur un chemin sans fin ni but, celui-ci évoluant et se déroulant au fur et à mesure que vous avancez. Vous serez ainsi baladé de sessions de coaching en thérapies diverses, de tests de personnalité en parcours d’orientation, d’atelier de yoga en réinvention professionnelle sans jamais dévoiler ce mystère de votre identité, puisqu’il n’y en a pas. L’introspection n’est pas pour autant inutile, elle a ses vertus. Par contre, la quête d’une sorte de trésor caché au coeur de votre intimité est aussi vaine que la course du chein après sa propre queue.
Bien qu’il n’existe vraisemblablement aucune identité secrète cachée en nous, toute une litanie de tests en ligne, dans les livres de développement personnel ou des magazines, ainsi que nombre de coachs, vous promettent de vous révéler votre « véritable moi », de vous profiler, vous vous analyser, de découper votre personnalité en catégories et couleurs pour que vous puissiez mieux vous comprendre, vous connaître et événtuellement savoir avec quels types de profils vous êtes compatibles, si vous cherchez l’amour ou devez travailler en équipe par exemple. Et merveille de méthode tautologique : on vous vend un développement de votre personne par votre personne elle-même, ce qui vous permettra de réaliser vos potentiels dans une version améliorée de vous-même.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie II – Quand le développement personnel instrumentalise les sciences cognitives, Qu’est-ce que le « moi » ?, Éditions Allary, 2024, pp. 55-56.
La « Partie III – La beauté complexe du cerveau » traite de « La fausse opposition entre émotion et raison » et aborde « Le “problème difficile” de la conscience ».
La « Partie IV – Je ne suis pas que mon cerveau », Albert Moukheiber démontre que « Notre cognition est incarnée » et nous invite à « en finir avec… » :
En finir avec une vision réductrice de la douleur;
En finir avec une vision réductrice du médicament;
En finir avec une vision réductrice des maladies psychiatriques;
En finir avec une vision réductrice de notre état psychologique;
En finir avec une vision réductrice de l’addiction;
En finir avec une vision réductrice de la performance.
D’où il tire la conclusion suivante de cette quatrième partie :
Une chose est certaine : le mystère de notre psyché ne se trouve pas dans notre seul cerveau, coupé de son contexte, du corps qui le porte et le prolonge, de la réalité sociale et politique qui l’impacte. Pas plus que l’on ne peut réduire notre douleur à un signal ascendant, nos émotions à la chimie, ou la suffrance psychologique à une maladie du cerveau, nous ne pourrons comprendre ce qui fait le propre de l’humain en s’en tenant à décortiquer ce qui se passe dans sa boîte cranienne, Pourtant, ce fantasme perdure, en partie dans la recherche elle-même, mais surtout dans les interprétations et vulgarisations des études menées par les neuroscientifiques, en particulier lorsqu’elles touchent à des questions sociales et politiques. Une chimère persiste, laissant croire, que l’on pourrait « cartographier » nos pensées et en révéler le subtil mécanisme cérébral. Les neurosciences et leurs outils d’analyse deviennent alors l’alpha et l’omega de l’explication de nos fonctionnements individuels et même collectifs.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie IV – Je ne suis pas que mon cerveau – Le rôle de l’environnement, Éditions Allary, 2024, p. 193.
On ne peut donc pas isoler le cerveau de son environnement corporel, social, culturel, politique…
Au fur et à mesure que le neuropsychologue Albert Moukheiber se dirige vers la cinquième et dernière partie de son livre, il prend des positions éditoriales intéressantes pour le lecteur que je suis. L’importance de ce livre tient en partie de cette approche éditoriale de l’auteur à la suite des énoncés des faits et de ses observations toutes aussi pertinentes les unes que les autres.
Cette cinquième partie dit tout de par son titre : « Quand la politique instrumentalise les sciences cognitives » et de par ses sous-titres :
Les neurosciences peuvent-elles prédire votre vote ?
Le cerveau et le droit : quand les neurosciences font la loi
Notre cerveau est-il anti-écolo ?
Fakes news et biais cognitifs
Qu’est-ce qu’un biais cognitif et peut-on le contourner ?
Comment lutter contre les fake news ?
Les réseaux sociaux et de « marché de la rationalisation »
Le problème des croyances performatives
Souffrons-nous de « déficit informationnel » ?
Les gens sont résistants au changement
Les injonctions paradoxales et le problème de la cohérence systémique
Panique et mouvement de foule en situation de crise
L’effet cobra et les incitations perverses
Albert Moukheiber conclut cette dernière partie de NEUROMANIA en ces mots :
Que ce soit Hugo Mercier sur la critique des biais cognitifs et l’hypothèses de la crédulité, ou encore Caron Chess et Lee Clarke sur les théorie des foules, de plus en plus de voix s’élèvent pour ne pas extrapoler les résultats des sciences cognitives, afin de leur donner une lecture publique, et pour rappeler l’importance de la prise en compte du contexte de ces études. Cette remise en perspective de la manière dont nous nous pensons et nous projetons face aux sujets politiques et de société est en fait éminemment scientifique, loin de toute opposition stérile et fausse entre les sciences dures (dont relèveraient les neurosciences) et les sciences dites « douces » voire « molles » que seraient les sciences humaines et sociales. D’ailleurs, les critiques présentées dans ce livre contre l’instrumentalisation et la réduction aux neurosciences n’émanent pas que de sociologues, philosophes ou psychologues, mais d’abord des neuroscientifiques conscients de la nécessité d’élargir le cadre conceptuel dans lequel ils abordent le cerveau et d’appréhender les problématiques humaines par le bon niveau d’approche. La plupart des scientifique ne craignent pas de partager leurs incertitudes et de tracer les limites de leur savoir. Et ils ne manquent pas d’alerter lorsqu’on tire de leurs recherches des conclusions et affirmations qui ne sont pas les leurs.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Partie V – Quand la politique instrumentalise les sciences cognitives – Le rôle de l’environnement, Éditions Allary, 2024, pp. 245- 246.
Il n’en demeure pas moins, à mes yeux, que la psychologie cherche dans les neurosciences une certaine crédibilité scientifique « dure ». Ce n’est pas un reproche envers la psychologie même si j’en critique vivement l’efficacité. Toute science « dure » est bonne à prendre pour autant qu’elle ne soit pas sujette à l’instrumentalisation et au réductionnisme, tout comme à la mésinterprétation de ses données.
Et dans sa Conclusion, Albert Moukheiber écrit :
Je doute que nous parvenions à une pleine compréhension du cerveau, de son fonctionnement et de ses secrets, de mon vivant. Cela ne fait qu’augmenter ma fascination pour cet organe d’une incroyable complxité. C’est aussi cet amour pour la richesse et la beauté du vivant que j’ai voulu transmettre à travers ces lignes. Les neurosciences méritent mieux que des discours simplistes et réducteurs. Notre discipline est en pleine effervescence et reste ern partie à inventer pour être en mesure de prendre en compte notre subjectivité, les relations interpersonnelles, les contexte… et, au-delà, intégrer les autres savoirs pour créer une science inter- et pluri-disciplinaire. Nous ne percevons en effet pas les mystères de notre psyché et de nos comportements par les seuls apports des neurosciences, mais par les dialogue fécond de l’ensemble des savoirs, de la socilogie, de l’anthropologie, de la psychologie, des sciences sociales, de la linguistique, de la philosophie, de l’économie, etc. Il est temps de s’y mettre.
MOUKHEIBER, Albert, Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, Conclusion, Éditions Allary, 2024, pp. 249-250.
Dans NEUROMANIA, je suis surpris par l’absence de références aux recherches d’Antonio Damascio, médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain, notamment aux livres L’ERREUR DES DESCARTES – LA RAISON DES ÉMOTIONS et SENTIR ET SAVOIR – UNE NOUVVELE THÉORIE DE LA CONSCIENCE, dont j’ai fait rapport de ma lecture sur ce site web (suivre les liens). Je m’étonne aussi de l’absence de références au livre HAPPYCRATIE : COMMENT L’INDUSTRIE DU BONHEUR A PRIS LE CONTRÔLE DE NOS VIES de Eva Illouz et Edgar Cabanas (Cliquez sur lien pour lire mon rapport de lecture). Dans ma bibliothèque, je place NEUROMANIA côte à côte avec HAPPYCRATIE. Et que dire de l’absence de référence au livre L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE de Daniel Goleman, ce dernier étant à mes yeux l’exemple parfait de l’instrumentalisation de données issues des neurosciences par le développement personnel au point où le concept a perdu toute son essence.
J’invite toutes les personnes intéressées par le cerveau humain et les neurosciences à se prémunir contre les fausses informations en lisant NEUROMANIA.
Je vous recommande fortement la lecture de l’essai NEUROMANIA – LE VRAI DU FAUX SUR VOTRE CERVEAU du docteur en neurosciences et psychologue clinicien ALBERT MOUKHEIBER chez Allary Éditions paru en 2024.
J’accorde à NEUROMANIA – LE VRAI DU FAUX SUR VOTRE CERVEAU cinq étoiles sur cinq.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
Pourquoi croyons-nous souvent avoir raison lorsque nous avons tort?? Pourquoi sommes-nous terrorisés par une toute petite araignée inoffensive?? Pourquoi avons-nous peur de parler en public alors qu’aucun danger ne nous guette?? Pourquoi nous laissons-nous avoir par les infox??
Face à un réel multiple et complexe, nous sommes sujets à l’approximation, à l’illusion et à l’erreur. Ces mécanismes cérébraux nous permettent de construire une vision cohérente du monde. Mais trop souvent ils nous font perdre notre lucidité, nous enferment dans nos a priori et nous détournent des autres.
Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances.
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Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions. Il?est l’auteur d’un premier essai à succès Votre cerveau vous joue des tours (Allary Éditions, 2019), en cours d’adaptation pour Arte et traduit dans 12 langues. Son dernier livre paru est Neuromania (2024).
Notre perception est partiale, notre attention est limitée, notre mémoire est infidèle. Pourtant, nous avons tous une « vision du monde » cohérente. Nous pouvons en remercier notre cerveau, qui met en œuvre des « tours », des mécanismes qui nous permettent d’appréhender le monde multiple, complexe, et de l’avoir en partage.
Le cerveau, foyer de la connaissance, fonctionne par approximations. Il découle de cela que notre connaissance des choses et du monde est toujours relative. Le cerveau crée des modèles mentaux pour absolument tout : nos relations amicales et amoureuses, notre conception du travail, nos opinions politiques… Souvent à notre insu, le cerveau nous raconte des histoires qui nous aident à mieux naviguer dans le monde. Il peut reconstituer de toutes pièces des souvenirs d’enfance, nous préparer à un danger potentiel pour que nous puissions sauver notre peau si jamais ce danger s’avérait bien réel, nous faire comprendre qu’un tas de cire devant nous est en fait une bougie fondue… Il peut tout aussi bien nous berner avec une illusion d’optique ou un tour de magie, nous faire tomber dans le piège des fake news, aussi appelées « infox », ou dans celui de l’illusion de connaissances. Au cours de ce voyage au centre du cerveau, nous étudierons les mécanismes et les modes de fonctionnement de cet organe à la fois si mystérieux et extraordinaire, pour découvrir quand, pourquoi et comment il nous joue des tours, il se joue des tours.
AVERTISSEMENT
Les sciences cognitives sont un domaine assez récent et en pleine expansion. Un certain degré d’approximation et d’erreur est inévitable, surtout lorsque nous nous intéressons à un organe aussi complexe que le cerveau humain. Tout au long de ce livre, nous allons procéder selon un principe que nous tenons d’Isaac Asimov : la relativité du faux. Contrairement à l’idée largement répandue, le vrai et le faux sont rarement absolus, mais plutôt relatifs. C’est pourquoi nous vous proposerons les modèles théoriques les plus fiables possibles à l’heure actuelle pour mieux connaître votre cerveau et mieux vous comprendre.
PARTIE I
Comment perçoit-on le monde ?
1
Voyons-nous vraiment le monde avec nos yeux ?
« Comme tous les grands voyageurs, j’ai vu plus que je me souviens et je me souviens de plus que j’ai vu. »
Benjamin Disraeli, homme d’État britannique
Nous avons tendance à penser que nous voyons le monde avec nos yeux, que nous l’entendons avec nos oreilles, et c’est normal : notre perception passe d’abord par nos sens. Et pourtant, c’est avant tout avec notre cerveau que nous appréhendons le monde.
Évidemment, les cinq sens et le cerveau fonctionnent ensemble pour que l’être humain puisse percevoir le monde. Mais nos yeux, nos oreilles, notre langue et notre peau sont en fait des récepteurs qui vont transformer les signaux que nous renvoie le monde extérieur (optiques, sonores, olfactifs…) en signaux électriques. Ce sont ces milliers de signaux électriques que notre cerveau va traiter, qu’il va filtrer et qui vont nous permettre de reconstruire le monde mentalement.
Le cerveau humain face à l’ambiguïté du monde
Analysons une expérience que chacun de nous a faite : l’illusion d’optique. Ce terme est trompeur car il laisse penser que ce sont nos yeux qui nous trompent. Or c’est souvent notre cerveau qui est victime de l’illusion.
Spontanément, la silhouette noire vous apparaît-elle de face ou bien de dos ? Êtes-vous situé au-dessus ou en dessous d’elle ? Vous hésitez.
Regardez maintenant l’image ci-dessous : le personnage apparaît clairement de face, accoudé à la rambarde, et il est situé au-dessus de vous. Maintenant que vous avez cette image-là en tête, regardez de nouveau la première version de l’image. L’interprétation que vous en faites va se calquer sur le scénario que vous a donné à voir l’image (a), et la silhouette noire vous apparaît à présent de face, en contre-plongée !
À présent, passons à l’image (b). Regardez-la pendant quelques secondes, comme vous l’avez fait pour l’image (a), puis revenez de nouveau à l’image initiale.
La silhouette noire de l’image de départ se trouve maintenant dos à vous, et vous l’observez du dessus.
Les voici maintenant toutes les trois, placées les unes à côté des autres :
En regardant quelques secondes la version du haut ou la version du bas, vous pouvez modifier votre perception de l’image centrale à votre guise.
Enfin, concentrez-vous uniquement sur la version initiale : maintenant que vous connaissez les deux variantes que celle-ci contient en germe, vous pouvez aisément changer votre perspective mentalement et voir le personnage de face, puis de dos, d’en haut, puis d’en bas, sans avoir à regarder à nouveau les versions (a) et (b) de l’image.
Entrons maintenant dans le détail de cette illusion pour bien comprendre comment cette image affecte le cerveau humain : les images (a) et (b) sont les versions stables de l’image initiale. Il n’existe qu’une seule façon de les interpréter. L’image initiale en revanche est ambiguë car elle porte en elle plusieurs façons d’être vue – deux en l’occurrence. L’image centrale est donc une image bistable.
Face à elle, notre cerveau ne possède pas suffisamment d’informations pour résoudre l’ambiguïté et l’interpréter d’une seule et unique manière. Si en revanche vous fixez pendant quelques secondes l’une ou l’autre des versions stables de l’image initiale, à savoir l’image (a) ou l’image (b), votre cerveau va créer un a priori visuel et, lorsque vous regarderez de nouveau l’image bistable, vous réduirez son ambiguïté et verrez dans la silhouette noire soit une personne de face (a priori (a)), soit une personne de dos (a priori (b)).
Le cerveau a besoin d’interpréter les signaux que lui renvoie le monde de façon à s’en créer une représentation cohérente et stable. C’est ce qu’on appelle la réduction de l’ambiguïté : dès lors qu’on lui refuse la stabilité en lui présentant des images ambiguës (bistables ou multistables), il opère un choix parmi les différentes options que le réel contient.
Imaginez cette fois que vous regardez la première image, à savoir l’image bistable, en compagnie d’un ami. Aucun de vous n’a encore vu les versions stables de l’image. Chacun de vous réduit l’ambiguïté à sa façon : la silhouette vous apparaît comme étant de dos, alors que votre ami la voit de face. Vous êtes en fait tous les deux en train de regarder la même image mais vous voyez deux choses différentes. Si vous en discutez ensemble, vous n’allez pas vous entendre car votre perception n’est pas la même, et pourtant chacun de vous est intimement persuadé de voir l’image telle qu’elle est. Vous êtes même incapable de voir ce que l’autre voit.
Une illusion bistable a défrayé la chronique en 2015 sur les réseaux sociaux, posant de façon éclatante la question de savoir si nous avions vraiment le même monde en partage. Une utilisatrice de Tumblr du nom de « Swiked » avait posté une photo d’une robe à empiècements en dentelle, suivie de ce commentaire : « Les gars, aidez-moi, cette robe est-elle blanche et or ou bleue et noire ? Mes amis et moi ne pouvons nous mettre d’accord et ça nous fait totalement flipper. » Suite à cela, l’image est devenue « virale » sur Internet, et le monde entier, divisé, a débattu plusieurs jours de la couleur de la robe ! Si à l’époque vous avez pris part au débat, vous avez peut-être pensé que la moitié du monde qui ne voyait pas la robe de la même couleur que vous avait tort. Mais vous comprenez à présent qu’aucun des deux groupes n’avait tort ou raison, il y avait simplement deux façons pour le cerveau humain de réduire l’ambiguïté.
Ce que nous apprennent ces deux exemples d’illusions bistables est que l’être humain a tendance à faire une confiance aveugle à sa perception, au point de la considérer comme partagée par tout le monde.
Lorsqu’il filtre, traite et interprète les stimuli que le monde lui renvoie, le cerveau construit une vision globale du monde, en faisant sans cesse, sans s’en apercevoir, des suppositions sur la manière dont il fonctionne. Il opère sans cesse des réductions de l’ambiguïté – et pas seulement dans le cas d’illusions bistables –, afin de nous présenter un réel stable et cohérent.
Il existe dans le champ de vision un « point aveugle » qui correspond à l’endroit par lequel le nerf optique sort de la rétine vers le cerveau. Ce point ne contient pas de récepteurs de lumière contrairement au reste de la rétine. Nous pourrions supposer qu’il devrait y avoir un « trou » dans notre champ de vision à l’endroit où la lumière n’est pas reçue par la rétine. Toutefois, dans la vie de tous les jours, notre champ visuel est complet car nous avons deux yeux. Mais si nous étions borgnes, ou que nous fermions simplement un œil, il en irait tout autrement.
Fermez donc l’œil gauche et regardez la croix sur l’image ci-dessous avec votre œil droit tout en maintenant votre visage au centre de la page. Rapprochez progressivement la page de votre visage.
D’un coup – lorsque la page est à peu près à 25 cm de votre œil –, le point noir à droite de la croix disparaît. Cela est dû au fait qu’il se situe exactement sur le point aveugle de votre rétine, et votre cerveau va estimer que la page entière est blanche. Il va donc donner une fausse interprétation du réel.
Faites maintenant la même expérience avec cette image :
Dès que le point noir tombera sur votre point aveugle, la barre grise va vous sembler continue. Votre cerveau voit du gris avant et après le point : il remplit le vide avec la même chose.
Ce que les tours de magie nous apprennent
Les tours de magie nous fascinent. S’ils sont universels, c’est parce qu’ils jouent avec les mécanismes de notre cerveau et notamment celui que nous venons de mettre au jour : la réduction de l’ambiguïté.
C’est le cas, par exemple, du tour de la pièce de monnaie. Le magicien attrape une pièce entre le pouce et l’index de sa main droite, et la place lentement dans sa paume gauche avant de fermer le poing qu’il dirige ensuite vers vous en vous demandant de souffler dessus. Puis il ouvre sa main de façon théâtrale : la pièce a disparu, comme par magie ! Et il ne s’arrête pas là : il s’ingénie alors à faire réapparaître la pièce derrière votre oreille, ou dans votre poche.
En fait, la pièce n’a jamais été déposée dans sa main gauche. Le magicien a effectué ce qu’on appelle un « palming » (de l’anglais palm, « paume de la main ») : il fait comme si il déposait la pièce dans sa paume gauche, alors qu’il l’a gardée dans sa paume droite. Tout cela s’effectue très doucement, car ce ne sont pas les yeux que le magicien essaye de tromper mais le cerveau et l’interprétation logique que celui-ci fera du déplacement des objets. L’être humain se fie à sa perception du monde : il pense avoir vu la pièce passer d’une main à l’autre, il ne va donc pas comprendre comment elle peut se retrouver derrière son oreille. Il y a donc pour lui une rupture de cohérence, quelque chose d’irréel vient de se produire, et c’est cela qu’il appelle « magie ».
Notre cerveau, à partir du moment où nous sommes éveillés, passe son temps à faire des suppositions sur le réel, à l’interpréter, à en combler les vides. Il le fait dès notre plus jeune âge, et à notre insu. La table où nous mangeons, quel que soit l’angle sous lequel nous la regardons, quelle que soit la lumière dans la pièce, reste bien la même table. De même, si nous posons un objet à un endroit précis, nous savons qu’il n’en bougera pas. C’est le principe de permanence des objets. C’est grâce à ce constant travail d’interprétation et de recomposition du réel, forcément partiel, que le réel semble si réel, que les objets semblent des choses fixes et immuables. Voilà pourquoi nous sommes bernés par le tour de la pièce de monnaie.
Curieux de savoir grâce à quels mécanismes psychologiques leurs tours de magie arrivaient à bluffer les gens, des prestidigitateurs ont collaboré avec des neuroscientifiques. Le magicien Teller, l’un des plus grands de notre temps, a par exemple contribué à la rédaction d’un article dans la revue Nature[1], où sont exposés les liens qui existent entre magie et conscience du monde chez l’être humain. Teller part d’un tour de magie célèbre, celui des gobelets et des balles : face au spectateur se trouvent trois gobelets et des balles que le magicien fait « disparaître » ou fait passer « comme par magie » d’un gobelet à l’autre.
Teller raconte qu’un jour, juste avant de monter sur scène, il s’aperçoit qu’il a oublié chez lui ses balles et ses gobelets. Il se retrouve à devoir utiliser ce qu’il y a dans sa loge : des gobelets transparents, et des balles qu’il façonne à partir de mouchoirs en papier. Alors qu’il craint que le public ne comprenne d’emblée les rouages du tour, Teller raconte qu’en réalité, les spectateurs ont l’air encore plus bluffés que d’habitude. « Tous les gens présents dans le public pouvaient voir ce que je faisais et pourtant leurs cerveaux n’arrivaient pas à le comprendre », dit-il dans une interview accordée au magazine Wire[2].
Une formule célèbre dit que « nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais plutôt tel que nous sommes ». C’est une vérité profonde que les travaux des sciences cognitives confirment aujourd’hui : le monde nous renvoie en permanence une multitude de signaux, nous en réduisons l’ambiguïté en choisissant ce que nous voulons voir. Ainsi, petit à petit, notre interprétation du monde nous façonne psychologiquement, culturellement et socialement.
Cela ne veut pas dire pour autant que nous pouvons voir tout le temps ce que nous voulons voir, en d’autres termes que rien n’existe vraiment et que nous sommes libres de façonner notre propre réalité simplement en l’imaginant dans notre tête : dans le cadre de l’illusion d’optique étudiée précédemment, je suis libre de voir une silhouette de face ou de dos, mais je ne peux pas voir dans cette silhouette un arbre ou une banane, par exemple. Le réel existe et il est intangible, quand bien même on ne saurait l’appréhender sans que notre cerveau ne l’interprète.
Remplir le vide
L’ambiguïté des signaux reçus nous place toujours dans une situation inconfortable d’incertitude. Ainsi, si un élément manque à notre perception pour sortir de l’ambiguïté, notre cerveau va vouloir remplir le vide. Descartes écrit dans la deuxième de ses Méditations métaphysiques : « Que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts ? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, par la seule puissance de juger qui est en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux. » L’œil ne voit pas les hommes sous les capes et les chapeaux, mais le cerveau les rétablit. Bien avant les premiers travaux en sciences cognitives, Descartes avait compris que notre cerveau « comblait les vides ».
Voici un autre exemple amusant de « vide » comblé par notre cerveau. Comment lisez-vous cette phrase : « C’35t cmmoe ca qu3 v0u5 3t2s enrtian de l1r3 c3tt3 l1gn3 » ?
Vous venez sûrement de lire : « C’est comme ça que vous êtes en train de lire cette ligne. » Votre cerveau vient de recréer du sens alors qu’en réalité, cette phrase ne veut rien dire. Votre cerveau a réordonné le désordre apparent et a donc choisi de privilégier son interprétation plutôt que de s’en tenir à la stricte réalité de ce qui était écrit. Bel exemple du travail de notre cerveau qui préfère donner du sens à un ensemble de lettres et donc, par extension, donner du sens aux choses et au monde, plutôt que de rester dans le flou !
* * *
Notre cerveau, qui filtre la myriade d’informations ambiguës que la réalité nous fournit en permanence, interprète le monde et recrée le réel, souvent à notre insu. Dans la plupart des cas, c’est très utile et même vital. Mais cela peut aussi conduire à des erreurs susceptibles de nous être préjudiciables.
Il va falloir éclaircir la façon dont notre cerveau procède pour nous jouer des tours.
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[1]?S. L. Macknik, M. King, J. Randi, A. Robbins, Teller, J. Thompson et S. Martinez-Conde, « Attention and awareness in stage magic: turning tricks into research », Nature Reviews Neuroscience, 9 (2008), p. 871–879.
[2]?J. Lehrer « Magic and the Brain: Teller Reveals the Neuroscience of Illusion », Wired.com (2009).
Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité à changer individuellement ou collectivement ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones.
Mais cette profusion de discours sur le cerveau – cette neuromania – se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités. On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas.
En rendant accessibles les dernières études, Albert Moukheiber redonne la parole aux chercheurs et démêle le vrai du faux dans les discours sur le cerveau. Il nous libère ainsi de nombreuses idées reçues, et nous rend plus lucide sur nous-même et les autres.
En librairie le 5 septembre 2024 288 pages – Format 145*215mm ISBN : 978-2-37073-431-0
L’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS par ALBERT MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, tient sa promesse. « Riche de nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de récits d’expériences de psychologie sociale, cet essai rend accessibles les dernières découvertes des neurosciences et propose des outils pour faire de notre cerveau notre allié en toutes circonstances. » Le lecteur néophyte y trouvera son compte à l’instar de ceux et celles qui ont perdu de vue les neurosciences. Et sûrement en raison de sa pratique à titre psychologue clinicien, Albert Moukheiber parsème son livre de quelques judicieux conseils à ses lecteurs.
Une formule célèbre dit que « nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais plutôt tel que nous sommes ». C’est une vérité profonde que les travaux des sciences cognitives confirment aujourd’hui : le monde nous renvoie en permanence une multitude signaux, nous en réduisons l’ambiguïté en choisissant ce que nous voulons voir. Ainsi, petit à petit, notre interprétation du monde nous façonne psychologiquement, culturellement et socialement.
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 1 – Voyons-nous vraiment le monde avec nos yeux ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 25-26.
P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.
Heureuse confirmation des sciences cognitives car nous apprenons rapidement, dès l’enfance, que nos visions du monde diffèrent, et à l’adolescence, que la vision du monde que l’on nous inculquée ne correspond pas à la réalité, du moins à ce que nous voyons. Et c’est très souvent une source de conflit interne philosophique, psychologique, culturel et social qui engendre un traumatisme qui conduit certains à changer d’attitude et de comportement au profit d’une rébellion contre son entourage, pourvoyeur de visions du monde au cours de l’enfance, et contre le monde lui-même.
On ne se souvient pas toujours des choix que l'on fait, mais on les justifie.
Quand nous prenons une décision, nous pensons que le mécanisme qui s’enclenche est le suivant : plusieurs options se présentent à moi ? je réfléchis à la situation ? je tranche en prenant une décision que je pourrai ensuite justifier froidement. Mais cela se passe-t-il vraiment ainsi dans notre cerveau ?
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 2 – Comment le cerveau fait-il pour nous raconter des histoires ?, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 43.
Albert Moukheibert vient de m’ouvrir toute grande la porte avec son énoncé « On ne se souvient pas toujours des choix que l’on fait, mais on les justifie » pour je vous parle de la découverte, dans les années 1930-1940, d’un phénomène inconscient connu sous le nom de « TRANSFERT DE SENSATION » et popularisé par le chercheur en étude des motivations Louis Cheskin.
DÉFINITION BRÈVE
TRANSFERT DE SENSATIONS. Les mots-clés : Phénomène inconscient universel. Transférer la sensation d’une chose à une autre, tel que de l’emballage au produit contenu dans l’emballage; juger un livre par sa couverture ou une personne par ses vêtements. En plus d’être inconscient, le phénomène du transfert de sensations est universel, dans le sens scientifique du terme.
GUAY, Serge-Andre, Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendre jamais à l’université, Les mots-clés ouvrant les portes de l’étude des motivations d’achat, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec), 2006, p.43. (PDF gratuit).
Dans les années 1930-1940, Louis Cheskin, alors professeur d’art plastique dans un collège de Chicago, s’adonne à la sculpture. Il reproduit le même modèle en différentes couleurs. Il les met en vente et se rend compte que des sculptures d’une couleur donnée se vendent davantage que les autres. Pourtant, il s’agit du même modèle de base pour toutes les sculptures. Il se concentre donc sur la couleur pour en cerner l’influence et fonde la « Color Research Institute of America » en septembre 1944. Il fait rapport de ses recherches dans huit livres entre 1940 et 1955 :
Living with Art (1940, 233 pages)
Colors: What They Can Do for You (1947, 333 pages)
Notation on a Color System for Planning Color Identification (1949, 18 pages)
Color for Profit (1951, 164 pages)
Colours and What They Can Do (1951, 214 pages)
Color Wheel for Color Planning (1953, 4 pages)
Color Guide for Marketing Media (1954, 209 pages)
Cheskin Color Charts (1955, 8 pages)
Louis Cheskin observe un phénomène qu’il nommera « transfert de sensation » : les gens effectuent inconsciemment un transfert de la sensation éprouvée avec la couleur vers l’objet coloré. Il constate aussi qu’il est impossible de questionner directement les gens au sujet de la couleur en raison de leurs mécanismes de défense à l’œuvre dans leurs réponses pour contrôler leurs images et la perception d’eux-mêmes qu’ils donnent à l’intervieweur.
Il en va de même du transfert de sensation puisque ce dernier est une opération automatique, involontaire et inconsciente.
À la demande de l’industrie des biens de consommation, Louis Cheskin investigue le domaine du marketing.
Il lui faut désormais abandonner les questions directes s’il veut cerner l’influence réelle des couleurs des objets. Il mettra au point une toute nouvelle approche : Aprroche indirecte des réactions du marché (Indirect Approach to Market Reactions). Il la dévoile dans un article qu’il signe avec Louis B. Ward sous le titre “Indirect Approach to Market Reaction” dans la Harvard Business Review, Vol. 26, en septembre 1948 (pp. 572–580). Vous trouverez cet article traduit en français à la page 77 et suivantes de mon livre Comment motiver les consommateurs à l’achat (PDF gratuit). Avec cette approche, il laisse de côté les questions directes (sondages et groupes de discussion) pour une méthode qui ne dévoile pas aux interviewés l’objet réel à l’étude.
Par exemple, si vous voulez tester un emballage, différentes propositions d’emballages pour un produit donné, vous ne devez certainement pas interroger les consommateurs au sujet de ces projets d’emballage mais plutôt au sujet du produit qu’ils contient puisque ce consommateur effectue inconsciemment le transfert des sensations qu’il éprouve à la vue et à la manutention de l’emballage au produit qu’il renferme. Il faut donc lui demander ce qu’il pense de chaque produit dans chaque emballage, non pas lui demander ce qu’il pense de l’emballage lui-même.
Toutes les composantes et les éléments de chacune ces composantes de l’emballage jouent un rôle primordiale dans la perception du produit qu’il contient, du nom de la marque, à la typographie de cette dernière, en passant par sa ou ses couleurs, le logotype de la marque, l’illustration du produit, les dimensions de cette illustration et ainsi de suite.
Et comme pour lui Cheskin « tester est un processus scientifique » qui implique une méthode scientifique, il faut alors tester chaque élément de chaque composante de l’emballage.
Dans une expérience dans notre propre firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, ma partenaire et moi rencontrons un client qui nous demande quel étiquette sera la mieux pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa confiture, son produit vedette. Dans le respect du « Système Cheskin », j’ai demandé à ce manufacturier de produit de nous fournir des pots de sa confiture avec les différentes étiquettes proposées par son graphisme, en prenant soin de mettre dans chacun des pots la même confiture issue du même lot de production afin d’éviter toute différence. Puis, nous avons étiqueté ces pots de confiture des trois différentes étiquettes, une étiquette par pot. Nous avons distribué ces différents pots de confiture (différent que par leur étiquette) en demandant aux consommateurs, après une semaine de tests maison, de nous dire qu’elle était la meilleure confiture entre les trois pots. L’un des pots gagna haut la main la faveur des consommateurs. En fait, puisque la seule et unique différence entre ces pots étaient l’étiquette, nous savions laquelle recommandé à notre client manufacturier de cette confiture nationale. Aussi, nous avons demandé à chaque consommateur de justifier leur choix. Évidemment, aucun ne mentionnait l’étiquette mais nous parlait plutôt de la confiture elle-même, les différentes étiquettes donnant lieu à la perception d’une confiture différente d’un pot à l’autre, ce qui n’était pas le cas.
Et c’est ici que je rejoins Albert Moukheibert à l’effet que nos choix ne sont pas toujours raisonnés consciemment avant même de choisir, que nous choisissons plus souvent qu’autrement inconsciemment et que ce n’est qu’après que nous le justifions ce choix si on nous le demande.
Notez ici un fait d’une importance capitale : l’objet de l’étude de motivation d’achat était le produit plutôt que les consommateurs, ces derniers n’étant, dans ce contexte, qu’un révélateur du pouvoir de l’étiquette sur eux. L’objet d’une étude des motivations d’achat des consommateurs est toujours un objet « physique », ce qui permet de mener des tests scientifiques et de classer ce type d’étude parmi les sciences exactes. Lorsque l’étude de marché a pour objet les consommateurs, cette dernière se classe parmi les sciences inexactes, ce qui explique pourquoi les gens de marketing ne peuvent pas répéter le succès qu’ils obtiennent à volonté. C’est bien connu, « On sait que 50% de la publicité fonctionnent mais on ne sait pas lesquels ».
Autre aspect fondamentale dans la détermination du pouvoir du produit, son emballage, sa publicité et son prix sur les motivations d’achat des consommateurs : la mesure du résultat du transfert de sensation à savoir si le produit à l’étude a le pouvoir de motiver ou non les consommateurs à l’achat. On parle ici d’une mesure toute aussi précise que les sciences physiques le permettent lors d’un test lui aussi scientifique. Je ne vais vous exposé ici comment Louis Cheskin a conçu ses différents tests de mesure du transfert de sensation. Le défi : mesurer avec des lettres de l’alphabet comme on mesure avec des nombres. Louis Cheskin a expérimenté avec succès la « sémantique différentielle » (voir le chapitre La technique d’associations de mots et la sémantique différentielle dans mon livre Comment motiver les consommateurs à l’achat (PDF gratuit) (pp. 433-439).
Mais depuis, la cécité au choix a été introduite dans plusieurs protocoles expérimentaux, et la littérature scientifique foisonne d’exemple montrant l’étendue des capacité de justification a posteriori de notre cerveau. En 2010, le chercheur américain Lars Hall a conduit une autre expérience sur la cécité au choix. Dans le supermarché d’une petite ville américaine, Hall et son équipe montent un faux stand de produit locaux. Déguisés en vendeurs, ils présentent aux clients deux confiture et deux thés différents, et leur proposent de donner leur avis sur le duo confiture-thé qu’ils préfèrent. Soulignons ici que les deux confitures ont des goût prononcés et bien distincts : l’une est à la pomme et à la cannelle, l’autre aux agrumes. Et que le pot truqué : il s’ouvre des deux côtés, chaque côté étant associé à un parfum différents.
Une fois que le client a goûté aux différents confitures, qu’il a bu sa tasse de thé et son choix, l’expérimentateur retourne le pot à l’insu du client et lui demande de goûter à nouveau sa confiture préférée afin de justifier son choix. Seuls un tiers des participants détectent le changement de goût. Tous les autres justifient leur choix sans s’apercevoir qu’ils font le plaidoyer de la confiture qu’ils n’ont pas choisie ! Lorsqu’on leur révèle le tour de passe-passe et qu’on leur explique le but de l’expérience, les réactions vont de la surprise à l’incrédulité la plus totale.
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 2 – Comment le cerveau fait-il pour nous raconter des histoires ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 44-45.
Est-ce vraiment une « cécité au choix » que de justifier son choix après coup ? Si l’explication consciente du choix vient souvent après le choix, c’est surtout parce que la conscience est la dernière informée du résultat de la perception. Le processus observé par Louis Cheskin est le suivant : stimulus ? sens ? sensation ? perception ? schéma de référence ? attitude ? geste (dans ce cas, un geste d’achat). Le cerveau n’a pas le choix d’attendre que la conscience reçoive l’information, en vérifie la validité, l’analyse, décide de l’attitude à adopter et du geste à commander au corps. Nous conscientisons donc notre choix après coup et nous nous en formons une opinion justificatrice.
Personnellement, je doute du respect de l’application des critères de la scientificité du test parce qu’il implique, non pas un seul stimulus, mais plusieurs, notamment trois sources de goûts (confitures et thé), pouvant s’influencer l’un l’autre. Je crois que lorsque « l’expérimentateur retourne le pot à l’insu du client », il contrevient à la scientificité du test. Enfin, le phénomène inconscient et involontaire du transfert de sensation n’est pas pris en compte.
Ces heuristiques nous permettent de composer avec les limites de notre attention et de nos facultés cérébrales : nous n’avons pas les capacités attentionnelles, le temps ou l’énergie d’intégrer l’ensemble des informations que l’on reçoit dans une situation donnée avant de prendre une décision.
Au sujet de l’utilisation des heuristiques dans la prise de décision, on se rapportera avantageusement à un article de référence paru en 1974, signé Amos Tversky et Daniel Kahneman, qui vaudra à ce dernier le prix de la banque de Suède en sciences économiques[10].
Quand la pensée intuitive nous induit en erreur
Les heuristiques nous permettent donc de réaliser toutes ces petites actions dont nous n’avons pas conscience et qui nous servent au quotidien. Mais il existe des cas de figure dans lesquels une réflexe de pensée trop rapide et approximatif peut nous pousser à commettre des erreurs. Les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky ont appelé ces dérivations de la pensée conduisant à des erreurs de jugement ainsi qu’à des interprétations illogiques ou irrationnelles d’une situation donnée des biais cognitifs. C’est ainsi que dans certains cas nous prenons des décisions trop rapidement en nous appuyant sur un nombre limité d’éléments que l’on considère comme représentatifs d’une situation. Ils appellent cela le biais de représentativité.
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NOTE
[10] A. Tversky et D. Kahneman, « Judgment under Uncertainty: Heuristics ans Biases, Science, 185, N0 4157 (1974), P. 1124-1131.
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 3 – Pourquoi sommes-nous si souvent dans l’approximation ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 52-53.
P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.
Heuristique : action ou pensée spontanée qui donne d’assez bons résultats dans une situation donnée et qui a pour avantage d’être quasi instantanée, même si elles pêche par approximation.
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Glossaire, Heuristique, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 214.
Nous voici donc au cœur des fameux « biais cognitifs » avec les chercheurs qui ont ainsi nommé ces opérations mentales, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky.
Voici la définition donnée par Albert Moukheiber dans le Glossaire son livre « Votre cerveau vous joue des tours » :
Biais cognitifs : détour que fait notre cerveau pour prendre des décisions ou de porter des jugements da façon moins laborieise qu’en passant par un raisonnement analytique qui tiendrait compte de toutes les informations pertinentes à notre disposition. Radides et utiles, les viais cognitifs peuvent aussi être à l’origine d’erreurs de jugement. La liste des biais cognitifs ne cesse de s’étoffer, en voici les principaux :
Biais d’ancrage : (…).
Biais de confirmation : (…).
Biais de notoriété : (…).
biais de représentativité : (…).
Biaus de sélection : (…).
Biais de stéréotypahe négatif : (…).
Biais de surconfiance: (…).
Biais du moment présent : (…).
Biais fondamentale d’attribution : (…).
Biais négatif d’interprétation : (…).
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Glossaire, Heuristique, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 211-212.
P.S.: Notez que l’auteur Albert Moukheiber définit chacun des biais cognitifs ci-dessus dans le Glossaire son livre « Votre cerveau vous joue des tours».
BIAIS COGNITIF
Les biais cognitifs peuvent être organisés en quatre catégories : les biais qui découlent de trop d’informations, pas assez de sens, la nécessité d’agir rapidement et les limites de la mémoire.
« La liste des biais cognitifs ne cesse de s’étoffer » écrit Albert Moukheiber et c’est cela qui me cause un problème car nous finissons par nous y perdre. Plus encore, le nombre même de listes de biais cognitifs augmente lui aussi ajoutant ainsi à la confusion. C’est à se demander si toute pensée est un biais cognitif.
Encore faut-il savoir les corriger et une simple prise de conscience ne suffit pas. Il faut lutter contre l’habitude de ces biais cognitifs.
Réduire l’emprise des biais en 10 étapes
Les biais cognitifs sont aussi inévitables qu’insaisissables. À moins de se comporter en détective et de soumettre ses pensées erronées au tordeur, comme permet de le faire la psychothérapie quand elles font voir la vie en noir. Voici 10 façons de relever ce défi, qui requiert temps et recul.
Dans mes comptes-rendus de lecture, je reviens souvent sur les travaux de David D. Burns, psychiatre américain et professeur émérite au département de psychiatrie et de sciences comportementales de la faculté de médecine de l’université de Stanford. J’ai lu son livre « Feeling Good: The New Mood Therapy » traduit en français sous le titre « Être bien dans sa peau » et sous-titré « Traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur ».
Feeling Good est né de l’insatisfaction suscitée par le traitement freudien conventionnel de la dépression. Le mentor de Burns, Aaron T. Beck (considéré comme le « père » de la thérapie cognitive ; Albert Ellis est considéré comme le « grand-père »), a conclu qu’il n’existait aucune preuve empirique du succès de la psychanalyse freudienne dans le traitement des personnes dépressives. L’idée que les sentiments négatifs tels que la dépression et l’anxiété sont déclenchés par des pensées ou des perceptions a une longue histoire, qui remonte au philosophe grec Épictète, qui disait que les gens ne sont pas perturbés par les choses, mais par la façon dont nous pensons à elles.
Feeling Good grew out of dissatisfaction with conventional Freudian treatment of depression. Burns’s mentor, Aaron T. Beck (considered the « father » of cognitive therapy; Albert Ellis is considered the « grandfather »), concluded that there was no empirical evidence for the success of Freudian psychoanalysis in treating depressed people. The idea that negative feelings such as depression and anxiety are triggered by thoughts or perceptions has a long history, dating back to the Greek philosopher Epictetus, who said that people are disturbed not by things but by the way we think about them.
Voici la liste qu’il dresse des dix distorsions cognitives responsables « de plusieurs, sinon tous vos états dépressif ». À l’époque de ma découverte de ce livre, j’étais en thérapie pour une dépression que je ne parvenais pas à surmonter. Ma lecture de la liste des distorsions cognitives relevées par le Dr. David D. Burns, je suis tombé en bas de ma chaise parce que je les avais toutes. À partir de là, le programme de ma thérapie fut de me corriger de ces distorsions cognitives et cela contribua grandement à ma réhabilitation et me maintient toujours hors des sentiers de la dépression.
Ces 10 types de distorsions cognitives sont à l’origine de plusieurs, sinon de tous vos états dépressifs. Vous les trouverez en résumé aux pages 65 et 66. Étudiez ce tableau de façon à bien posséder ces notions, elles doivent vous devenir aussi familière que votre numéro de téléphone. Consultez le tableau 3-1 aussi souvent que nécessaire au cours de votre apprentissage des diverses méthodes de modification de l’humeur. Une connaissance approfondie de ces 10 types de distorsions vous sera utile pour le restant de vos jours.
Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.
Source : BURNS, David D., Tableau 3-1 Les distorsions cognitives, Être bien dans sa peau : traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur, Collection Vive la vie ! Les éditions Héritage inc., 1985, pp. 64-66.
Mais il nous faut accepter que notre cerveau nous joue encore et toujours des tours que nous ne sommes pas des êtres rationnels par défaut car notre attention et nos jugements demeurent soumis à notre subjectivité. La citation ci-dessous, tiré d’un livre traitant des études de motivation d’achat, « Basis For marketing Decision » du chercheur américain Louis Cheskin, dont j’ai pris connaissance dans les années 1990, m’a permis de prendre le recul utile pour mieux m’observer et me connaître autrement.
Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.
Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.
« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »
TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS
We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.
We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »
An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.
Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.
Tous les appartés ci-dessus dans mon rapport de lecture servent à démontrer ma familiarité avec certains des sujets abordés par Albert Moukheiber dans son livre « Votre cerveau vous joue des tours ». Autrement dit, je savais déjà que mon cerveau me jouiait des tours avant d’acheter ce livre, au départ, en raison de son titre très évocateur. J’ai donc été attiré subjectivement par cet ouvrage et je ne peux certainement pas prétendre l’aborder avec objectivité. Ma lecture permet de me mettre à jour.
Suite aux travaux de Kahneman et de Tversky, des centaines de biais cognitifs (11) ont été répertoriés et des chercheurs continuent à en identifier régulièrement. Deux des biais dont on parle le plus en cette période d’avènement des infox, nouveau terme utilisé pour parler des informations fausses ne reposant sur aucun fait, sont les biais de confirmation et le biais de la preuve anecdotique : les biais de confirmation nous pousse à ne prendre en compte que les informations qui renforcent nos opinions, nos convictions et nos croyances, et de rejeter comme fausses toutes les autres idées qui pourraient nous être présentées. Le biais de la preuve anecdotique intervient quand nous utilisons un exemple anecdotique pour justifier notre raisonnement. (…)
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NOTE
(11) A. P. Gregg, N. Mahadevan, C. Sedikides, « The SPOT effect : People spontaneously prefer their own theories », The Quartely Journal of Experimental Psychology, 70, No 6 (2017).
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 1 – Comment perçoit-on le monde ? Chapitre 3 – Pourquoi sommes-nous souvent dans l’approximation ?, Allary Éditions, Paris, 2019, pp. 55-56.
P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.
« Les gens font souvent preuve d’un biais de confirmation : ils traitent les informations relatives à la véracité de leurs théories d’une manière qui leur permet de continuer à considérer ces théories comme vraies. Ici, nous avons testé si le biais de confirmation émergeait même dans les conditions les plus minimales. Plus précisément, nous avons testé si l’établissement d’un lien nominal entre le soi et une théorie suffirait à inciter les gens à considérer cette théorie comme vraie. Si, toutes choses égales par ailleurs, les gens se considèrent comme bons (c’est-à-dire qu’ils se valorisent) et que les bonnes théories sont vraies (en accord avec leur fonction prévue), alors les gens devraient considérer leurs propres théories comme vraies ; autrement dit, ils devraient manifester une préférence spontanée pour leurs propres théories (c’est-à-dire un effet SPOT). Dans trois expériences, les participants ont été initiés à une théorie selon laquelle l’une de deux espèces extraterrestres imaginaires s’attaquait à l’autre. Les participants ont ensuite examiné tour à tour plusieurs éléments de preuve relatifs à la théorie et ont évalué à chaque fois la probabilité que la théorie soit vraie ou fausse. Comme nous l’avions supposé, les participants considéraient que la théorie avait plus de chances d’être vraie lorsqu’elle leur était attribuée arbitrairement qu’à un « Alex » (expérience 1) ou à personne (expérience 2). Nous avons également constaté que l’effet SPOT ne convergeait pas avec quatre indices différents de valorisation de soi (expérience 3), ce qui suggère qu’il pourrait avoir un caractère distinctif. »
« People often exhibit confirmation bias: they process information bearing on the truth of their theories in a way that facilitates their continuing to regard those theories as true. Here, we tested whether confirmation bias would emerge even under the most minimal of conditions. Specifically, we tested whether drawing a nominal link between the self and a theory would suffice to bias people towards regarding that theory as true. If, all else equal, people regard the self as good (i.e., engage in self-enhancement), and good theories are true (in accord with their intended function), then people should regard their own theories as true; otherwise put, they should manifest a Spontaneous Preference for their Own Theories (i.e., a SPOT effect). In three experiments, participants were introduced to a theory about which of two imaginary alien species preyed upon the other. Participants then considered in turn several items of evidence bearing on the theory, and each time evaluated the likelihood that the theory was true versus false. As hypothesized, participants regarded the theory as more likely to be true when it was arbitrarily ascribed to them as opposed to an « Alex » (Experiment 1) or to no one (Experiment 2). We also found that the SPOT effect failed to converge with four different indices of self-enhancement (Experiment 3), suggesting it may be distinctive in character. »
Le plus difficile, disait Louis Cheskin, est d’amener le client à désirer ce dont il a réellement besoin plutôt que de simplement répondre à sa demande, cette dernière n’étant pas ce dont il a besoin. Bref, le client est parfois prisonnier de son opinion.
Dans les année 1990, plus de 90% des diagnostics d’entreprise, imposé par le ministère de l’Industrie et du Commerce du gouvernement du Québec pour obtenir une subvention, conclurent que le problème à régler n’était pas celui formulé dans la demande de subvention mais l’entrepreneur lui-même. Il fut décidé d’imposer un tel diagnostic afin de mettre fin aux subventions gouvernementales qui n’aboutissaient pas aux résultats énoncés dans la demande. Notez que les fonctionnaires de ce ministère confiaient la réalisation des diagnostics d’entreprise à des firmes extermes de façon à ne pas devoir confronter eux-mêmes les entrepreneurs en faute. Bref, l’entrepreneur est parfois prisonnier de son opinion.
Le biais de confirmation implique, selon mois, « de prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense », une situation qui peut s’avérer très coûteuse pour la personne rour comme pour la société. Dans ce contexte la théorie devient une croyance dont la peuve demeure personnelle ou, pis encore, sans preuve aucune.
(…) Aujourd’hui, les dangers auxquels nous sommes confrontés sont même pour la plupart d’ordre psychologique : si on vous demande quelle est votre principale source de stress, vous avez peu de chance de répondre qu’il s’agit d’un lynx affamé, mais plutôt des factures qui s’accumulent, des impôts, de votre supérieur hiérarchques…
MOUKHEIBERT, Albert, Votre cerveau vous joue des tours, Partie 2 – Mon cerveau, les autres cerveaux et le monde. Chapitre 4 – Le stress, notre meilleur ennemi, Allary Éditions, Paris, 2019, p. 71.
Heureusement, les neurosciences viennent à la rescousse pour confirmer ou infirmer la connaissance dans le domaine de la psychologie. Merci Albert Moukheiber pour votre contribution.
Je vous recommande fortement la lecture de l’essai VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS du docteur en neurosciences cognitives ALBERT MOUKHEIBER chez Allary Éditions paru en 2019.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages nous offre la retranscription de la conférence « À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? » animée par Marc Sautet, philosophe ayant ouvert le premier cabinet de consultation philosophique en France et également fondateur des Cafés Philo en France.
L’essai RAVIVER DE L’ESPRIT EN CE MONDE – UN DIAGNOSTIC CONTEMPORAIN par FRANÇOIS JULLIEN chez les Éditions de l’Observatoire, parue en 2023, offre aux lecteurs une prise de recul philosophique révélatrice de notre monde. Un tel recul est rare et fort instructif.
La philosophie a pour but l’adoption d’un mode de vie sain. On parle donc de la philosophie comme un mode de vie ou une manière de vivre. La philosophie ne se possède pas, elle se vit. La philosophie souhaite engendrer un changement de comportement, d’un mode de vie à celui qu’elle propose. Il s’agit ni plus ni moins d’enclencher et de soutenir une conversion à la philosophie.
La lecture de cet essai fut très agréable, instructive et formatrice pour l’amateur de philosophie que je suis. Elle s’inscrit fort bien à la suite de ma lecture de « La philosophie comme manière de vivre » de Pierre Habot (Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001).
La lecture du livre Les consolations de la philosophie, une édition en livre de poche abondamment illustrée, fut très agréable et instructive. L’auteur Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, nous adresse son propos dans une langue et un vocabulaire à la portée de tous.
L’Observatoire de la philothérapie a consacré ses deux premières années d’activités à la France, puis à la francophonie. Aujourd’hui, l’Observatoire de la philothérapie s’ouvre à d’autres nations et à la scène internationale.
Certaines personnes croient le conseiller philosophique intervient auprès de son client en tenant un « discours purement intellectuel ». C’est le cas de Dorothy Cantor, ancienne présidente de l’American Psychological Association, dont les propos furent rapportés dans The Philosophers’ Magazine en se référant à un autre article parue dans The New York Times.
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
De lecture agréable et truffé d’humour, le livre ÊTES-VOUS SÛR D’AVOIR RAISON ? de GILLES VERVISCH, agrégé de philosophie, pose la question la plus embêtante à tous ceux qui passent leur vie à se donner raison.
Dans un article intitulé « Se retirer du jeu » et publié sur son site web Dialogon, le philosophe praticien Jérôme Lecoq, témoigne des « résistances simultanées » qu’il rencontre lors de ses ateliers, « surtout dans les équipes en entreprise » : « L’animation d’un atelier de “pratique philosophique” implique que chacun puisse se « retirer de soi-même », i.e. abandonner toute volonté d’avoir raison, d’en imposer aux autres, de convaincre ou persuader autrui, ou même de se “faire valider” par les autres. Vous avez une valeur a priori donc il n’est pas nécessaire de l’obtenir d’autrui. » (LECOQ, Jérôme, Se retirer du jeu, Dialogon, mai 2024.)
« Jaspers incarne, en Allemagne, l’existentialisme chrétien » peut-on lire en quatrième de couverture de son livre INTRODUCTION À PHILOSOPHIE. Je ne crois plus en Dieu depuis vingt ans. Baptisé et élevé par défaut au sein d’une famille catholique qui finira pas abandonner la religion, marié protestant, aujourd’hui J’adhère à l’affirmation d’un ami philosophe à l’effet que « Toutes les divinités sont des inventions humaines ». Dieu est une idée, un concept, rien de plus, rien de moins. / Dans ce contexte, ma lecture de l’œuvre INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE de KARL JASPERS fut quelque peu contraignante à titre d’incroyant. Je me suis donc concentré sur les propos de JASPERS au sujet de la philosophie elle-même.
« La philosophie a gouverné toute la vie de notre époque dans ses traits les plus typiques et les plus importants » (LAMBERTY, Max, Le rôle social des idées, Chapitre premier – La souveraineté des idées ou La généalogie de notre temps, Les Éditions de la Cité Chrétienne (Bruxelles) / P. Lethielleux (Paris), 1936, p. 41) – la démonstration du rôle social des idées par Max Lamberty doit impérativement se poursuivre de nos jours en raison des défis qui se posent à nous, maintenant et demain, et ce, dans tous les domaines. – Et puisque les idées philosophiques mènent encore et toujours le monde, nous nous devons d’interroger le rôle social des idées en philosophie pratique. Quelle idée du vrai proposent les nouvelles pratiques philosophiques ? Les praticiens ont-ils conscience du rôle social des idées qu’ils véhiculent dans les consultations et les ateliers philosophiques ?
J’aime beaucoup ce livre. Les nombreuses mises en contexte historique en lien avec celui dans lequel nous sommes aujourd’hui permettent de mieux comprendre cette histoire de la philosophie et d’éviter les mésinterprétations. L’auteure Jeanne Hersch nous fait découvrir les différentes étonnements philosophiques de plusieurs grands philosophes à l’origine de leurs quêtes d’une meilleure compréhension de l’Être et du monde.
Mon intérêt pour ce livre s’est dégradé au fil de ma lecture en raison de sa faible qualité littéraire, des nombreuses répétitions et de l’aveu de l’auteur à rendre compte de son sujet, la Deep Philosophy. / Dans le texte d’introduction de la PARTIE A – Première rencontre avec la Deep Philosophy, l’auteur Ran Lahav amorce son texte avec ce constat : « Il n’est pas facile de donner un compte rendu systématique de la Deep Philosophy ». Dans le paragraphe suivant, il écrit : « Néanmoins, un tel exposé, même s’il est quelque peu forcé, pourrait contribuer à éclairer la nature de la Deep Philosophy, pour autant qu’il soit compris comme une esquisse approximative ». Je suis à la première page du livre et j’apprends que l’auteur m’offre un exposé quelque peu forcé et que je dois considérer son œuvre comme une esquisse approximative. Ces précisions ont réduit passablement mon enthousiasme. À partir de là, ma lecture fut un devoir, une obligation, avec le minimum de motivation.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Michel Lacroix, Se réaliser — Petite philosophie de l’épanouissement personnel. Il m’importe de vous préciser que j’ai lu l’édition originale de 2009 aux Éditions Robert Laffont car d’autres éditions sont parues, du moins si je me rapporte aux différentes premières et quatrièmes de couverture affichées sur le web. Ce livre ne doit pas être confondu avec un ouvrage plus récent de Michel Lacroix : Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté parue en 2013 et qui sera l’objet d’une rapport de lecture dans ce dossier.
Personnellement, je me suis limité à lecture du livre car je préfère et de loin l’écrit à l’audio. J’aime le titre donné à ce livre, « Une histoire de la raison », plutôt que « L’histoire de la raison », parce qu’il laisse transparaître une certaine humilité dans l’interprétation.
Les ouvrages de la collection Que sais-je ? des PUF (Presses universitaires de France) permettent aux lecteurs de s’aventurer dans les moult détails d’un sujet, ce qui rend difficile d’en faire un rapport de lecture, à moins de se limiter à ceux qui attirent et retient davantage notre attention, souvent en raison de leur formulation. Et c’est d’entrée de jeu le cas dans le tout premier paragraphe de l’Introduction. L’auteur écrit, parlant de la raison (le soulignement est de moi) : « (…) elle est une instance intérieure à l’être humain, dont il n’est pas assuré qu’elle puisse bien fonctionner en situation de risque ou dans un état trouble ».
Dans son livre « Philosophie de la réalisation personnelle – Se construire dans la liberté », le philosophe Michel Lacroix s’engage clairement en faveur du développement personnel. Il le présente comme l’héritier des efforts déployés par la philosophie dans le domaine de la réalisation de soi au cours siècles passés. À mon avis et si c’est effectivement le cas, le mouvement du développement personnel a vite fait de dilapider cet héritage de la philosophie en le déchiquetant en petits slogans vide de sens.
Dans le dossier de son édition de juin 2024, Philosophie magazine tente de répondre à cette question en titre : « Comment savoir quand on a raison ? » Il n’en fallait pas plus pour me motiver à l’achat d’un exemplaire chez mon marchand de journaux.
Le texte en quatrième de couverture de LOIN DE SOI de CLÉMENT ROSSET confronte tous les lecteurs ayant en tête la célèbre maxime grecque gravés sur le fronton du temple de Delphes et interprété par Socrate : « Connais-toi toi-même » : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante. Qui souvent s’examine n’avance guère dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte. » ROSSET, Clément, Loin de moi – Étude sur l’identité, Les Éditions de Minuit, 1999, quatrième de couverture.
Avec ses dix-sept articles de différents auteurs, le recueil PENSER PAR SOI-MÊME , sous la direction de MAUD NAVARRE, docteure en sociologie et journaliste scientifique, chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS paru en 2024, complète et bonifie généreusement le dossier du même nom de l’édition de mars 2020 du magazine Sciences Humaines.
Je n’ai pas aimé ce livre en raison de mon aversion face au style d’écriture de l’auteur. J’ai abandonné ma lecture au trois quarts du livre. Je n’en pouvais plus des trop nombreuses fioritures littéraires. Elles donnent au livre les allures d’un sous-bois amazonien aussi dense que sauvage où il est à charge du lecteur de se frayer un chemin, machette à la main. Ce livre a attiré mon attention, l’a retenue et l’auteur pouvait alors profiter de l’occasion pour communiquer avec moi. Mais les ornements littéraires agissent comme de la friture sur la ligne de cette communication. J’ai finalement raccroché.
Notre place dans le monde s’inscrit dans notre identité. Construire sa propre philosophie de vie bonne exige non seulement de se connaître soi-même mais aussi de connaître le monde dans lequel nous existons. C’est l’« Être-au-monde » selon de Martin Heidegger. Bref, voilà donc pourquoi cet Observatoire de la philothérapie – Quand la philosophie nous aide dépasse son sujet avec le livre GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ du philosophe CHARLES TAYLOR paru en 1992, il y a plus de trente ans.
J’aime beaucoup ce livre. Tout philosophe se doit de le lire. Voici une enquête essentielle, à la fois très bien documentée, fine et facile à suivre. Elle questionne la conclusion du philosophe Pierre Hadot à l’effet que la philosophie est une manière de vivre. Sous le titre « La philosophie comme exercice spirituel ? – Un paradigme en question », le professeur de philosophie ancienne à l’université de Poitiers, Sylvain Roux, déterre les racines de la philosophie pour en montrer leur enchevêtrement
L’essayiste Thierry Jobard nous propose trois ouvres : 1. CONTRE LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (voir mon rapport de lecture); 2. JE CROIS DONC JE SUIS : LE GRAND BAZAR DES CROYANCES CONTEMPORAINE; 3. CRISE DE SOI – CONSTRUIRE SON IDENTITÉ À L’ÈRE DES RÉSEAUX SOCIAUX ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL. — Avec ce troisième essai, Thierry Jobard approfondit encore davantage son sujet démontrant ainsi une maîtrise de plus en plus grande des aléas de l’identité, cette fois-ci, sous l’influence des réseaux sociaux et du développement personnel.
Si vous avez aimez cet extrait, vous aimerez ce livre car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Personnellement, je cherchais des indices pour répondre à la question « Qui suis-je ? » et ce livre n’en offre pas. En revanche, j’aime bien quand un auteur remonte à la source de son sujet et le retrace dans le contexte historique. Vincent Descombes excelle en ce sens dans PARLER DE SOI. C’est pourquoi je me suis rendu jusqu’à la page 248 des 366 pages de son texte (Appendices exclues) avant d’abandonner ma lecture. J’aime bien m’informer de l’histoire d’une idée comme le fait si bien Vincent Descombes mais la vue sous microscope du fil historique de chaque détail a fini par me lasser. J’ai tenu bon dans l’espoir de me faire une vision d’ensemble de l’évolution du concept mais je ne suis pas parvenu à prendre le recul utile face à une telle multitude de détails.
Peut-être vous dites-vous : « La philosophie, pas pour moi, non merci! » Pourtant, à partir du moment où une question germe dans votre tête et que vos neurones s’activent à faire des liens, à envisager des hypothèses, à analyser les pour et les contre, à réfuter certaines pistes, à emprunter d’autres foulées, à mettre en parallèle ou en confrontation des idées, vous êtes en train de philosopher.
CITATION « 4. Raconter sa journée / 18 heures. Vous rejoignez un ami pour prendre un verre après le travail. Vous lui racontez votre journée, qui était finalement très réussie. Intéressé et sincèrement content pour vous, il vous invite à évoquer les perspectives qui s’offrent à vous dans votre entreprise actuelle. »
Philosophe, spécialiste du burn-out, Pascal Chabot vient de publier une enquête cherchant Un sens à la vie et montrant qu’il est toujours ouvert et dynamique. Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, fait non seulement reparaître son Éloge du retard mais elle signe également un ouvrage sur Le Vide qui est en nous. Ensemble, ils montrent comment rythme de vie et sens de la vie se répondent !
Fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim pense l’individu comme la partie d’un tout. Alors que les fractures sociales sont légion dans notre société, sa lecture est une proposition pour tenter de (re)faire société.
Le livre « Histoire de la pensée philosophique – De l’homme grec à l’homme post-moderne » par Jean-Marie Nicolle se classe parmi les meilleurs, sinon comme le meilleur, que j’ai pu lire. Jean-Marie Nicolle fait preuve d’une maîtrise quasi absolue de son sujet et en témoigne par des explications simples dans une écriture compréhensible par tous accompagnée de graphiques fort utiles. Ce livre rempli toutes ses promesses.
Le livre Nexus – Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA signé par Yuval Noah Harari donne à penser que les civilisations se transforment avec la capacité de l’homme à produire, recueillir, centraliser et contrôler ou à diffuser l’information au fil des grandes innovations, de la tablette d’argile à l’intelligence artificielle (IA) en passant par l’imprimerie, le télégraphe, l’imprimerie, la presse écrite, la radio, la télévision, l’ordinateur et l’internet. / Difficile pour la presse de passer sous silence un auteur avec plus de 45 millions d’exemplaires vendus de ses livres témoigne les trois exemples ci-dessous.
Lors de cette conférence organisée à Poitiers par l’association Poitiers Cité Philo, j’ai montré la place que la philosophie peut prendre dans nos vies, puis j’ai proposé à quelques personnes volontaires, un atelier interactif sur le thème de la honte, choisi par les participants. Avec l’ensemble de la salle nous avons ensuite commenté cette façon de philosopher.
« Ce dresse le panorama oppressant de cette société du sur-mesure et nous invite le sens d’une indépendance vertueuse. » COCQUEBERT, Vincent, Uniques au monde – De l’invention de soi à la fin de l’autre, Les Éditions Arkhê, 2023, Quatrième de couverture.
Et c’est tout un « panorama » ! Complet en relevant bon nombre d’exemples concrets, l’essai UNIQUES AU MONDE de l’auteur et journaliste indépendant Vincent Cocquebert, permet aux lecteurs de se mettre à jour sur les sources et les impacts de l’individualisation de l’homme depuis plusieurs décennies, à commencer par le « surinvestissement émotionnel dans la consommation ». À titre de conseiller en marketing et en publicité puis de président directeur d’une firme d’études des motivations d’achat des consommateur dans les années 1980-1990, j’ai reconnu la tendance au repli sur soi, notamment le cocooning, relevée par monsieur Cocquebert dans son ouvrage. Et que, poussé à l’extrême, ce repli sur soi conduise à « la fin de l’autre » a tout pour nous inquiéter tout en nous mobilisant. Un livre dont la lecture surprend le lecteur de page en page. À lire absolument !
L’auteur, STÉPHANE MADELRIEUX, professeur de philosophie à l’université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur adjoint de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPhiL), nous offre une histoire détaillée et de grande érudition de la LA PHILOSOPHIE COMME ATTITUDE. En quatrième de couverture, nous lisons : « Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c’est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d’abord l’exercice d’une attitude spécifique, l’esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l’examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l’histoire de la pensée et de la culture le conflit entre deux grandes tendances : l’attitude dogmatique et autoritaire, et l’attitude critique et expérimentales (…).