Article # 137 – Le thérapeute et le philosophe – Atteindre un but par le non-agir, Dany Gerbinet, Enrick B. Éditions, 2017

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Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

Article # 137

Dany Gerbinet

Le thérapeute et le philosophe

Atteindre un but par le non-agir

Enrick B. Éditions, 2017

(Page Facebook d’Enrick B. Éditions)

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Date de sortie : 15 janvier 2017

Langue : Français

Éditeur : ENRICK B.

Collections : Essais en sciences humaines et sociales

Catégories : Psychologie / Psychologie/Psychiatrie

Nombre de pages : 271 pages

Isbn : 978-2-35644-165-2

Support : Livre imprimé à couverture souple

Mesure : 21.0 cm (Hauteur), 14 cm (Largeur), 353 gr (Poids)


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le thérapeute et le philosophe

Pour atteindre le but, il faut l’abandonner.

Cette étrange assertion de Gregory Bateson, père fondateur de l’approche systémique, est le fil conducteur de ce livre. Il explore les processus que nous mettons en œuvre lorsque nous poursuivons un but, quel qu’il soit. D’abord le rétrécissement du champ de la conscience qui se produit lorsque nous ne prenons plus en compte que les informations susceptibles de nous rapprocher du but. Tout se met à ressembler à un marteau pour qui doit enfoncer un clou. Puis nous élaborons des plans, étape par étapes. Nous planifions. Enfin nous nous efforçons de modeler notre environnement à l’image du plan. Et ce faisant, nous négligeons les régulations systémiques de la nature, engendrant par là des désastres écologiques mais aussi une corruption des relations humaines.

Les effets dommageables de ce processus, l’auteur les constate également dans sa pratique de thérapeute?: un homme d’affaires, mû par la volonté de développer son entreprise, ne remarque pas qu’il s’éloigne irrémédiablement de sa femme et de ses enfants ; une enseignante voulant absolument contrôler sa classe finit par se faire agresser par ses élèves ; une maman voulant rassurer sa fille inquiète de l’avenir n’aboutit qu’à l’effrayer davantage… telles sont quelques-unes des illustrations cliniques qui émaillent cet ouvrage.

Nous voici donc en plein paradoxe?: d’une part, la poursuite acharnée de nos buts engendre des effets indésirables et d’autre part, il nous est impossible de ne pas en avoir. Toutes nos actions sont orientées vers un but. Mais alors quelle est la solution??

L’auteur nous indique deux voies?: la première est celle de la thérapie stratégique. La pratique clinique montre que c’est lorsque le patient renonce aux attitudes volontaristes qu’il déploie pour atteindre son but, autrement dit, lorsqu’il lâche prise, que le but se réalise… de manière naturelle.

La seconde voie est une voie plus spirituelle. En effet, si toute action orientée vers un but entraine des effets négatifs, la solution consiste alors à ne pas agir, ou à agir sans but. Ce qui nous entraîne vers la philosophie du non-agir développée par le taoïsme.

Exploration des liens entre la pensée de Bateson, la pratique de la thérapie stratégique et l’antique philosophie chinoise, ce livre est aussi une invitation à faire preuve d’un peu plus de sagesse dans notre rapport au monde.

Dany Gerbinet

Dany Gerbinet pratique la thérapie stratégique depuis une trentaine d’années. Fasciné par les implications philosophiques des travaux de Bateson, il cherche à développer une vision relationnelle de l’homme et des problèmes humains. Il anime régulièrement des formations en France, en Belgique et en Suisse. Il est aussi l’auteur du premier roman de la thérapie stratégique, Le Baron chez les psys.

Source : Enrick B. Éditions, 2017.


SOMMAIRE

REMERCIEMENTS

PRÉFACE

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

La thérapie stratégique

CHAPITRE I. Où le problème, c’est la solution

CHAPITRE II. Bateson et le but conscient

CHAPITRE III. Pour atteindre le but, il faut l’abandonner !

CHAPITRE IV. La thérapie stratégique, une solution à la problématique du but ?

CHAPITRE V. La connaissance processive

CHAPITRE VI. La conscience réflexive

CHAPITRE VII. La coupure réflexif / processif

CHAPITRE VIII. Une thérapie qui débranche

CHAPITRE IX. Les tentatives de solution

CHAPITRE X. Le lâcher-prise

DEUXIÈME PARTIE

La voie spirituelle

CHAPITRE XI. Le paradoxe du but conscient, le Zen et le tir à l’arc !

CHAPITRE XII. Le monde comme Procès

CHAPITRE XIII. La cybernétique

CHAPITRE XIV. Des questions de départ différentes

CHAPITRE XV. Le Yin-Yang

CHAPITRE XVI. Le livre du changement

CHAPITRE XVII. La thérapie du non-agir ?

CHAPITRE XVIII. La question du maître à bord

CHAPITRE XIX. Le non-agir

CHAPITRE XX. Une autre conception de l’efficacité

CHAPITRE XXI. Une autre conception de la stratégie

CHAPITRE XXII. Stratégies d’ouverture, ou phase d’implication du thérapeute

CHAPITRE XXIII. Les stratégies de résolution de problème et le potentiel de la situation

CHAPITRE XXIV. La phase de retrait du thérapeute

CONCLUSION

POSTFACE

BIBLIOGRAPHIE


EXTRAITS DU TEXTE DU LIVRE

Cet extrait est disponible sur le site Enrick B. Éditions.

Remerciements

Ce livre est le résultat du processus qu’il décrit : un processus de transformation lent et continu. Au début, j’ai longtemps hésité sur la forme : je ne savais pas si j’avais envie d’écrire un roman illustrant ce thème, ou plutôt d’en faire un essai philosophique. J’hésitais tant et si bien que mon manuscrit prenait tantôt une tournure romanesque, tantôt une forme plus théorique.

Je me suis ouvert de ce problème à mon ami Yves Ulman, qui s’est évertué à lire un texte polymorphe et à prendre des notes fort pertinentes, mais manuscrites, qu’il s’efforçait de me restituer dans des restaurants parisiens où notre goût commun pour le vin naturel a bien failli compromettre cette noble entre- prise. Néanmoins une forme littéraire en émergea, qu’il en soit remercié.

Samia Khallaf est la personne qui a été la plus impliquée dans l’aide dont j’ai bénéficié. Sans jamais ménager son temps, elle m’a accordé un soutien indéfectible, supportant mes doutes et mes interrogations innombrables, plaçant plus de foi que moi- même en mes propres ressources. Ses multiples relectures, ses feedbacks toujours pertinents, sa disponibilité permanente, ses encouragements m’ont accompagné tout du long.

J’ai été particulièrement ému par la bienveillance de Cyrille Javary à mon égard. Qu’un sinologue de cette envergure, auteur de tant d’ouvrages importants, dont la meilleure traduction du Yi Jing parue à ce jour, prenne au sérieux la demande de pré- face d’un parfait inconnu me paraît un geste d’une grande élégance. Préfacer un ouvrage est un acte engageant, et ses retours sur les lacunes que présentaient çà et là mes connaissances du taoïsme, en particulier sa vigilance quant à ma présentation du concept de non-agir, témoignent de sa rigueur et de son honnêteté intellectuelle. Pour brèves qu’elles furent, nos conversations m’ont beaucoup appris. Une chose m’a particulièrement charmé : l’homme est congruent avec son enseigne- ment, démontrant ainsi qu’il est possible pour un Occidental du XXIe siècle d’incarner l’idéal confucéen.

Je remercie Emmanuelle Piquet de m’avoir mis en contact avec l’éditeur de cet ouvrage et d’avoir accepté avec enthousiasme ma demande de postface. Puisque dans celle-ci elle mentionne avoir été mon élève, je tiens à préciser qu’en plus de trente ans d’enseignement de la thérapie stratégique, c’est la seule fois où, selon l’expression consacrée, j’ai vu l’élève dépasser le maître (si tant est qu’un tel mot me convienne).

Son amitié m’est précieuse.

Enfin je remercie Enrick Barbillon qui m’a démontré qu’un véritable travail d’éditeur pouvait se faire d’une manière aussi amicale qu’agréable pour l’auteur.

Préface

Lâcher (la) prise, pour toucher au but ?

Par Cyrille J.-D. JAVARY

Dany Gerbinet n’est pas Chinois. Pas plus que la « thérapie brève » qu’il pratique avec efficacité. Alors pourquoi s’intéresse-t-il au Yi Jing, le classique chinois du Changement, ainsi qu’à la conception chinoise du « non-agir », particulière- ment développée par le taoïsme, qu’on appelle ici le « lâcher- prise » ? Parce qu’il y construit un écho stimulant avec le concept de « renoncement explicite » qui est au cœur de la stratégie thérapeutique élaborée par Gregory Bateson.

Paul Watzlawick, un des fondateurs de l’École de Palo Alto en Californie, disait de Bateson que son immense culture en faisait un véritable « homme de la Renaissance ». L’apport de Bateson fut immense dans de nombreux domaines, en particulier en psychiatrie où il a introduit le regard systémique qui, cessant de considérer le patient comme un agent isolé, le replace dans toutes ses interactions. Marié avec l’anthropologue Margaret Mead, G. Bateson a eu de nombreux contacts avec des cultures non occidentales, notamment de l’océan Pacifique. Pourtant la Chine est restée absente de son vaste domaine de réflexion. L’époque peut expliquer cela.

En 1949, la fondation de la République populaire maoïste fait disparaître la Chine traditionnelle des préoccupations universitaires américaines. Seul le mouvement de la contre-culture hippy, porté par les poètes de la Beat Generation (William Burroughs, Allen Ginsberg, Jack Kerouac), continuera à s’intéresser au taoïsme et à étudier le Yi Jing, le grand livre du Yin-Yang qu’on appelait alors en France, par dérision, le « livre de Katmandou ».

Ce temps-là est aujourd’hui révolu. La Chine, entrée depuis une trentaine d’années dans une nouvelle ère politique, est aussi entrée dans notre quotidien. Qi Gong, Taiji Quan ne sont plus des mots exotiques, les aiguilles des acupuncteurs et les baguettes des restaurants chinois nous sont devenues familières. Durant la même période, l’« écologie de l’esprit » de G. Bateson a atteint les rives européennes.

Né en Californie, le Mental Resarch Institute (MRI) a développé une façon différente de traiter la souffrance psychologique : la « thérapie brève systémique et stratégique ».

En 1987, le psychothérapeute Jean-Jacques Wittezaele fonde en Belgique l’Institut Gregory Bateson, représentant officiel pour l’Europe francophone du MRI, un organisme qui propose des centres de consultation et cherche à diffuser et à promouvoir une vision interactionnelle du comportement humain tant auprès des professionnels de la santé mentale que du grand public.

L’apport de Dany Gerbinet, qui y travaille depuis sa création, tient à sa perception du lien roboratif qu’il tisse entre les principes de la « thérapie brève » et la perception chinoise du changement exprimée dans le Yi Jing. Thérapeute, donc homme de terrain, D. Gerbinet est aussi stimulé par le lien qu’il discerne entre la conduite taoïste du « non-agir », et le « lâcher-prise » que Bateson n’avait que juste esquissé.

« Lâcher-prise » est une expression à la mode, c’est-à-dire sou- vent employée à tort et à travers. Il n’est donc pas inutile de revenir à son origine pour comprendre comment elle peut exprimer un des principes actifs de la pratique de la thérapie brève batesonienne de D. Gerbinet.

Habituellement, le « lâcher-prise » est compris comme l’abandon d’une crispation négative, inutile, voire oppressive, le renoncement au désir de vouloir tout contrôler. Ce relâchement bienfaisant de la tension vers un objectif déterminé est en effet ce qui rapproche le plus cette expression du binôme chinois : ?? wú wéi, auquel elle est rapportée.

Calligraphie de l’expression ?? wú wéi
Calligraphie de l’expression ?? wú wéi

Le premier des deux idéogrammes qui composent l’expression chinoise est un mot très ancien dont la signification d’origine tourne déjà autour d’une idée d’absence. Les documents archaïques représentent un chaman tenant des queues de renard et en train d’exécuter une danse rituelle destinée à faire tomber la pluie. Seul moyen d’irrigation d’un territoire à 80 % constitué de collines et cultivé en terrasses, la pluie est à l’époque une préoccupation essentielle. La danse de ce chaman vise à remédier à une absence dramatique. Par la suite, au fil des siècles, la forme graphique de cet idéogramme va évoluer, écrivant la signification abstraite d’absence au moyen d’une tout autre image, celle du défrichage par brulis.

Cette pratique, commune dans toute l’Eurasie, consiste à mettre le feu à une zone forestière afin de la rendre cultivable. La transformation d’une réalité (la forêt) en un paysage où ne subsiste plus rien qu’une terre noircie (mais gorgée de cendres et donc potentiellement riche de mille moissons futures) convenait très bien pour décrire l’idée d’une absence, d’un « vide créa- tif », d’où peuvent surgir de nombreuses possibilités. C’est dans ce sens que ce mot est très présent dans le Classique de la Voie et de la Vertu, le Dao De Jing attribué à Laozi, où il est souvent traduit par « vide ».

Le second idéogramme de cette expression : ? wèi (simplifié en ?), a eu lui aussi, une longue histoire étymologique dont les circonvolutions expliquent pourquoi il est parfois mal compris. Certains voient dans les plus anciennes représentations de cet idéogramme le dessin de la main, signe d’action, et l’idéogramme de l’éléphant. Cette curieuse juxtaposition représente- rait la conduite des éléphants, ce qui est plausible, mais hardi dans la mesure où les éléphants ne sont guère présents dans les paysages de la Chine antique.

Au cours des siècles, l’éléphant disparaît et c’est un autre animal qui apparaît dans l’idéogramme. Certains y ont vu une guenon en train de peler un fruit, mais il semble plutôt qu’il s’agisse d’un mouton, au moment du travail de transformation de son pelage en laine à filer.

Dans toutes les civilisations anciennes, les opérations ayant trait au tissage étaient très importantes et en Chine, les nombreux idéogrammes comportant le signe du tissage en témoignent.

Mais avant de pouvoir tisser la laine, il faut d’abord démêler, peigner, régulariser l’amas de poils qui tombe des ciseaux lors de la tonte. Cela s’appelle carder la laine, et ce n’est pas une opération de tout repos. Elle demande au contraire l’appli- cation d’une force certaine.

Jadis, pour démêler la tonte, on utilisait les barbes crochues des chardons (le verbe « carder » dérive du mot « chardon »). Puis on s’est servi de sortes de peignes plats en bois, garnis de clous recourbés que l’on frottait l’un contre l’autre. À l’origine tenus en main, ils furent ensuite installés sur une sorte de machine à pivot simplifiant le passage en force entre deux pièces garnies de clous recourbés, l’une mobile et l’autre fixe, des touffes laineuses.

De l’importance du tissage, l’usage de cet idéogramme en viendra à exprimer toute action d’organisation en général, d’où son sens moderne de « agir », qui a l’inconvénient de masquer l’action énergique que cet agir réclamait pour parvenir à la laine.

Dans l’expression qui nous importe, l’« agir » (mot français qui peut être aussi bien un nom qu’un verbe) est bien précédé d’une négation, qui est spécifiquement une négation de verbe. C’est ainsi que peuvent se comprendre des phrases du Dao De Jing telles que : « agir par le non-agir » (??? wéi wú wéi). Cette injonction est justement suivie par cette recommandation à première vue paradoxale : « alors il n’y a rien qui ne se fasse »1. Comment peut-on comprendre que c’est la diminution de la crispation vers le but qui augmente la possibilité de l’atteindre ? L’explication tient dans la connotation d’effort du cardage de la laine qui sert de métaphore à l’idéogramme wéi. Ce n’est pas simplement du « faire », de l’agir en général, dont il est question (il y a de nombreux autres idéogrammes pour exprimer cela) ; non, c’est un type d’agir bien particulier qu’exprime cet idéogramme : l’agir brutal, la résolution frontale d’un blocage. S’il est sûr que pour peigner la toison des moutons il faille une action vigoureuse, il est moins assuré que la force soit la meilleure méthode pour défaire les nœuds psychologiques dans lesquels s’enferment les êtres humains.

On s’aperçoit alors que parler de « non-agir » ne rend pas ce dont parle l’expression wú wéi. Pour s’en faire une idée plus conforme, il vaut mieux écouter ce que nous en dit François Cheng, le plus grand lettré francophone vivant. Il nous explique en effet qu’il faut y lire une injonction à ne pas « forcer les choses ». Et il souligne alors que cette signification est exactement celle que Mencius (380-289), le grand continuateur de Confucius, illustre avec l’apologue du paysan qui tire sur ses plants de riz afin de les faire pousser plus vite et qui, ainsi, détruit toute sa récolte. N’avons-nous pas nous aussi le proverbe : « on ne fait pas pousser les poireaux en leur tirant dessus » ?

Alors éclot l’écho que ce vieux bon sens paysan chinois rencontre avec la « sagesse systémique » de G. Bateson et la pratique clinique de sa théorie stratégique : la crispation sur le but peut être le meilleur moyen de ne pas l’atteindre. Dans la nature, comme dans la psyché humaine, forcer les choses conduit plus souvent à l’échec qu’à la victoire. Dany Gerbinet dans cet ouvrage nous en montre plusieurs exemples tirés de sa pratique clinique.

E. Herrigel, ce penseur allemand qui, lors de son séjour au Japon avant-guerre, avait entrepris un cheminement vers le zen par le biais du tir à l’arc, était lui aussi parvenu à ce constat. Il le raconte avec simplicité : « Un jour que je faisais remarquer (à mon maître d’archerie) combien je m’efforçais consciencieusement de rester décontracté [c’est moi qui souligne l’oxymore], celui-ci me répondit : “c’est justement parce que vous vous y efforcez que vous n’y parvenez pas”. »

Si Herrigel s’était intéressé à l’idéogramme écrivant le tir à l’arc : ? shè ; il aurait remarqué que ce caractère ne comporte dans sa graphie ni le mot « arc » (? gông), ni le verbe « tirer » (? lâ). Il est en effet composé du signe du corps humain dans son ensemble (? shçn), et d’un élégant caractère (?cùn) qui évoque l’idée de rythme, par le dessin de cet endroit du poignet où, d’une pression du pouce, l’acupuncteur perçoit la pulsation rythmique du pouls de son patient.

Montrant que l’idéal du tir à l’arc n’est pas dans la cible à atteindre mais dans l’ajustement du geste du tireur, cet idéogramme fait clairement apparaître le lien que tisse l’ouvrage de D. Gerbinet entre le renoncement à un but conscient selon

Cyrille J.-D. JAVARY


INTRODUCTION

À la fin de notre vie, nous aurons passé notre temps à poursuivre les buts les plus divers : réussir des études, obtenir tel poste, séduire telle personne, acheter une maison, ou simplement passer le prochain dimanche à la pêche. Ou encore écrire un livre…

La question que ce livre se propose d’explorer est : Que se passe-t-il lorsque nous poursuivons nos buts ? Quels processus mettons-nous en œuvre, psychologiquement et matériellement ? Quelles en sont les conséquences ?

La source de ce questionnement est double. D’une part, je pratique depuis une trentaine d’années la thérapie stratégique, issue de l’école de Palo Alto, et d’une certaine manière, mes patients viennent toujours me demander une aide parce qu’ils ne parviennent pas à atteindre le but qu’ils se sont fixés. Tel parent se désespère parce qu’il n’arrive pas à remettre son enfant sur le droit chemin, tel autre n’arrive pas à prendre la parole en public, ou essaye vainement de se débarrasser de ses rituels compulsifs, de pensées obsédantes, tel autre encore sombre dans la dépression parce qu’incapable de dire non, de fixer ses limites, il permet ainsi involontairement aux autres d’abuser de lui.

Tous ont en commun d’être tendus vers un but, qui est de trouver une solution au problème qui les amène à me consulter.

D’autre part, ce livre a été inspiré par la lecture de Gregory Bateson.

Rien d’étonnant à cela : la thérapie stratégique plonge directement ses racines dans son œuvre. Et la question du but y est abordée sous un angle particulier. Même si ce sujet n’est qu’un des nombreux aspects de ses recherches, il m’a tellement fasciné que j’ai eu l’envie de le prolonger, oserais-je dire de le développer ?

Qui était Bateson ?

Il n’est pas facile de le présenter en quelques lignes, et il est plus difficile encore de donner une idée de son œuvre. Celle-ci est vaste et souvent déroutante, car elle témoigne d’une manière de penser assez inhabituelle.

Au fil de ses recherches, Bateson s’est appuyé sur plusieurs disciplines.

Son chemin l’a mené de la biologie à l’anthropologie, de l’anthropologie à la cybernétique, de la cybernétique à l’étude de la communication (humaine, inter-espèces), de l’étude de la communication à la psychiatrie, et s’est terminé par un questionnement sur le sacré et le fait religieux. Avant toute chose, Bateson était un chercheur, un homme en quête. En quête de ce qu’il appelait, un peu mystérieusement, « la structure qui relie ».

La structure qui relie ? Qu’est-ce à dire ?

Ici encore, il n’est pas simple de répondre en quelques lignes à une question à laquelle ce chercheur de haut vol consacra sa vie entière. Mais pour sortir un peu cette formule de l’obscurité qui l’entoure, je dirais que Bateson était à la recherche d’une sorte de matrice qui unit tous les êtres vivants.

« Quelle est, demande-t-il, la structure qui relie le crabe au homard et l’orchidée à la primevère ? Et qu’est-ce qui les relie, eux quatre, à moi ? Et moi à vous ? Et nous six à l’amibe, d’un côté, et au schizophrène qu’on enferme, de l’autre ? »2

Nous voici d’emblée dans un paradoxe. Car comme nous le verrons, Bateson dénonce les effets pervers du processus que nous mettons en œuvre quand nous poursuivons nos buts conscients. Or un homme en quête est forcément un homme lancé à la poursuite d’un but. Et celui-ci, on le voit, est démesuré. Bien sûr, Bateson n’avait pas la présomption d’apporter à sa question une réponse complète et définitive. À la manière de l’anthropologue, qu’il a d’ailleurs été, il pénètre dans des territoires vierges, observe, cherche à comprendre et à rendre compte de ses découvertes. Il va là où le pousse sa curiosité intellectuelle.

On comprend dès lors que ses ouvrages n’aient pas la structure habituelle d’un livre présentant un sujet unique, avec une division en chapitres et un développement logique. Ils se présentent plutôt comme des compilations d’articles. L’ensemble peut paraître assez disparate. On y trouve néanmoins des thèmes récurrents, notamment la nature systémique du monde et la coupure dualiste entre l’homme et son environnement. On y trouve aussi, en filigrane, la proposition d’une autre relation au monde, un chemin vers une écologie spirituelle.

La réflexion qui suit trouve son point de départ dans deux de ces articles. L’un est intitulé « But conscient ou Nature », l’autre « Effets du but conscient sur l’adaptation humaine ».3

Les idées qui y sont développées seront exposées ici, d’une manière qui se veut plus accessible que dans leur forme originale, la lecture de Bateson pouvant s’avérer rapidement décourageante.

J’ai choisi de construire ce livre selon une architecture à deux niveaux.

Le premier est celui des idées, la strate philosophique qui sous-tend la pensée de Bateson. Le second niveau est celui des implications très concrètes de cette manière particulière de penser.

Ainsi, je tenterai de montrer, à travers des situations réelles, rencontrées dans ma pratique de thérapeute, en quoi les idées

de Bateson ont non seulement une portée intellectuelle et philosophique vertigineuse, mais également une utilité résolument pragmatique.

À un niveau d’abstraction plus élevé, je voudrais montrer qu’en prolongeant la pensée de Bateson, on s’approche d’une conception du monde voisine de l’antique philosophie chinoise.

Un homme en particulier m’a aidé, sans le savoir, à faire le lien : il s’agit de François Jullien.4 Il me semble qu’il existe entre les deux hommes une parenté intellectuelle, notamment en ceci que, comme Bateson, cet éminent sinologue s’intéresse aux fondamentaux de notre pensée.

Ces soubassements sont tellement enfouis dans notre inconscient que nous ne pouvons les questionner sans nous en éloigner. Et c’est précisément en cela que la démarche de Jullien m’intéresse : en quittant notre pensée européenne pour sonder les fondements de la culture chinoise, en mesurant l’écart qui les sépare, il met en évidence les prémisses sur lesquelles se fondent nos propres outils de pensée.

Le voyage nous conduira à revisiter notre conception occidentale de l’action, et notamment de l’action orientée vers un but. Ne nous apparaît-il pas nécessaire d’agir pour atteindre nos buts ? Et pourtant…

En chemin, nous rencontrerons aussi d’autres concepts tellement évidents pour nous que nous ne les voyons plus, comme l’importance que nous accordons à la volonté. Celle-ci ne nous paraît-elle pas indispensable à la réussite de nos entreprises, et donc à la réalisation de nos buts ? N’apparaît-elle pas comme une condition nécessaire pour résoudre nos problèmes psychologiques ? Et pourtant…

De même, nous questionnerons notre tendance à recourir au contrôle.

Car la réalisation de nos buts exige de nous que nous contrôlions la situation. Rien n’est plus effrayant pour un occidental qu’une situation hors contrôle. Et pourtant…

Et si la poursuite acharnée de nos buts n’aboutissait qu’à une crise écologique d’une dimension ahurissante ?

Et si notre attitude volontariste, loin de nous être utile pour résoudre nos problèmes psychologiques, en était au contraire la source ?

Et s’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans notre façon de penser le monde ?

Dans notre façon de penser notre relation à lui, notre relation aux autres, notre relation aux êtres vivants, les hommes, les animaux, les plantes, l’univers ?

Et si nous manquions de sagesse ? Et s’il y avait une alternative ?

Et si notre tâche la plus importante aujourd’hui était d’apprendre à penser autrement ?

Vous connaissez peut-être l’histoire du colibri qui tente d’éteindre un incendie de forêt ? Il prend une goutte d’eau dans son bec, survole les flammes, déverse sa minuscule charge, revient, repart… tu es fou, lui disent les animaux, tu n’y arriveras jamais. Je sais, dit le colibri. Je veux juste faire ma part.

____________

NOTES

1. Bateson, le « non-agir », et le « lâcher-prise » en thérapie brève.

2. Gregory Bateson, La nature et la pensée, Seuil, p. 16

3. « But conscient ou nature », Vers une écologie de l’esprit, Seuil, p. 183 et suivantes. « Effets du but conscient sur l’adaptation humaine », id, p. 197 et suivantes

4. Professeur à l’Université Paris Diderot, titulaire de la Chaire sur l’altérité du Collège d’études mondiales, auteur de plus de vingt ouvrages majeurs, traduits dans plus de 20 pays (dont la Chine), François Jullien est philosophe et sinologue.


PREMIÈRE PARTIE

La thérapie stratégique

CHAPITRE I

Où le problème, c’est la solution

La thérapie stratégique repose sur un concept simple (si simple qu’il en est parfois suspect) et d’une portée souvent insoupçonnée : le concept de « tentative de solution ». L’idée, étonnante lorsqu’on la découvre, est que c’est précisément ce que nous faisons pour résoudre un problème qui le crée et l’amplifie.

Un exemple parmi des milliers d’autres : Madame Jeanne est la maman d’une adolescente de 13 ans, Laetitia. Récemment divorcée, elle craint que la séparation n’ait traumatisé sa fille. Elle se dit que l’adolescence est un âge difficile, et redoute par-dessus tout que Laetitia ne « tourne mal ». Elle est donc très attentive à sa scolarité, ses fréquentations, ses centres d’intérêts, etc. Pourtant, Laetitia a tout de la jeune fille modèle : elle travaille bien à l’école, joue au tennis, se montre volontiers serviable, et son style vestimentaire n’a rien d’extravagant. Le divorce de ses parents lui apparaît davantage comme une solution que comme un problème : les tensions qui lui pesaient à la maison font désormais partie du passé. D’ailleurs rien dans son comportement ne laisse penser qu’elle soit particulièrement perturbée. Mais comme il vaut mieux prévenir que guérir, la maman se montre très vigilante : elle contrôle son journal de classe, vérifie qu’elle a bien fait ses devoirs et étudié ses leçons, et lorsque Laetitia demande à aller chez une amie, elle vérifie auprès des parents qu’elle s’y trouve bien. Les heures de rentrée sont strictes et la maman ne supporte aucun retard. De sorte que Laetitia commence à trouver cette pression permanente quelque peu étouffante. Aussi, lorsqu’elle apprend que le professeur de maths est absent en dernière heure, elle décide de s’accorder une bouffée d’air : au lieu de se rendre à l’étude, elle quitte l’école avec une amie et s’en va boire un coca au MacDo du coin. Las ! Le surlendemain, une carte d’absence arrive dans la boîte à lettres. La maman y lit la confirmation de ses craintes. Elle décide donc de prendre une mesure stricte et punit Laetitia, la prive d’ordinateur, et donc d’accès à Facebook et au « tchat » avec ses copines, et ce pendant 15 jours. C’est la première tentative de solution de la maman (encore pourrait-on considérer le contrôle excessif qu’elle exerce sur sa fille comme étant déjà de l’ordre de la tentative de solution). Pour Laetitia, la sanction est vraiment injuste. Elle est gagnée par une sourde colère intérieure. Les choses ne tardent pas à s’envenimer : quitte à être punie, Laetitia commet d’autres petits écarts. Elle sèche une heure de gymnastique. Nouvelle carte d’absence, et nouvelles sanctions. Bientôt c’est l’escalade : Laetitia cherche par tous les moyens à échapper au contrôle, et comme il est plus facile d’échapper au contrôle exercé par l’école qu’à celui exercé par sa maman, elle sèche de plus en plus souvent les cours. Puis quelques verres d’alcool viennent remplacer le coca. Alarmée, la maman multiplie alors les tentatives de solution : les sanctions se mettent à pleuvoir, elle lui fait la morale (C’est pour ton bien !), interdit à Laetitia de voir sa meilleure amie désormais reléguée au rang de « mauvaise fréquentation ». Elle refuse de la laisser seule à la maison, appelant sa propre mère à la rescousse lorsqu’elle doit s’absenter. Toute sortie est interdite, Laetitia ne peut même plus se rendre au catéchisme. En sorte qu’elle commence à étouffer sérieusement et à manifester comme elle peut quelques signes de rébellion. À la maison, elle ne range plus ses affaires, cesse de participer aux tâches ménagères, et passe le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre. Lorsque sa maman l’emmène, contre son gré, en thérapie, Laetitia est un condensé de désespoir et de révolte intérieure…

Ainsi, avec les meilleures intentions du monde, Madame Jeanne a provoqué précisément ce qu’elle voulait éviter. Pour la thérapie stratégique, ce sont les tentatives de solution de Madame Jeanne (rappeler les règles, punir, limiter les sorties, contrôler à l’excès le comportement de sa fille) qui ont engendré et alimenté le problème.

C’est l’idée même des tentatives de solution : les mesures prises par sa maman engendraient, par réaction, les comportements « rebelles » de Laetitia, qui entraînaient eux-mêmes davantage de mesures « correctrices » de la part de la maman, mesures qui entraînaient en retour davantage de révolte chez Laetitia.

Ce constat est sans doute difficile à croire, mais tous les problèmes fonctionnent de la même manière. Ils sont engendrés par des tentatives de solution inadéquates. C’est en tout cas ce que la thérapie stratégique affirme et ce que sa pratique confirme. Il s’agit de l’une de ses prémisses, la principale.

Ce concept de tentative de solution m’a toujours fasciné. L’idée que c’est précisément ce qu’on fait pour régler le problème qui l’engendre et l’aggrave me paraît toucher à une sorte de fatalité qui pèse sur l’espèce humaine, toujours prompte à faire elle-même son malheur… Il m’arrive souvent de penser que ce que nous appelons « le progrès » est un chemin jalonné de catastrophes sur lequel nous courons comme des lemmings vers le gouffre final.

D’une façon plus optimiste, la découverte du mécanisme par lequel nous engendrons d’innombrables problèmes ouvre des perspectives vertigineuses, car en inversant le processus, nous tenons là une méthode de résolution de problèmes susceptible de rencontrer de multiples champs d’application. Et puis cette idée a un corollaire : si l’on ne fait rien, il n’y a pas de problème ! Voilà qui s’accorde fort bien à mes côtés contempla- tifs, que des esprits grincheux confondent avec de la paresse…

Plus sérieusement, on trouve dans cette prémisse un lien avec certaines philosophies orientales, en particulier le bouddhisme zen et le taoïsme, lequel développe une philosophie dite du non-agir.

On voit aussi poindre un lien entre ce concept et la notion de but conscient. C’est parce qu’elle s’est fixée comme but d’empêcher sa fille de mal tourner que Madame Jeanne a eu recours à toutes ces tentatives de solution. Est-ce à dire que la poursuite de nos buts, même les plus légitimes nous expose inévitable- ment à des résultats catastrophiques ?

C’est toute la question que cet ouvrage se propose d’explorer.

Cet extrait est disponible sur le site Enrick B. Éditions.


AU SUJET DE L’AUTEUR

DANY GERBINET

Psychothérapeute

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DU MÊME AUTEUR

 Ce qui nous relieThérapie stratégique et physique quantique
Ce qui nous relie / Thérapie stratégique et physique quantique, Dany Gerbinet, Enrick B. Éditions. 

Description
Quel rapport y-a-t-il entre la physique quantique et la thérapie brève stratégique ?

Ces deux disciplines, apparemment si distantes, laissent entrevoir une même vision du monde. Quand on pratique la thérapie brève depuis de longues années, on se rend compte d’une chose essentielle : Il ne sert à rien d’étudier isolément le comportement d’un patient. Celui-ci n’a de sens que dans un environnement incluant d’autres personnes : famille, amis, collègues, etc. Ces personnes sont reliées les unes aux autres et s’influencent mutuellement. Le thérapeute, en lien avec le patient, se retrouve ainsi relié à cet environnement humain en interaction et en interdépendance.

De leur côté, les physiciens ont étudié les plus petites particules de matière en tentant de les isoler. Donc en supprimant toute interaction. Ils rencontrèrent alors ce qu’ils nommèrent : « le problème de la mesure ». Selon le choix du dispositif d’observation utilisé, donc selon le choix de l’observateur, la particule change de comportement : tantôt elle se conduit comme un corpuscule, tantôt comme une onde. Les physiciens durent admettre qu’ils étaient inexorablement reliés aux minuscules particules qu’ils s’efforçaient d’isoler. La relation – leur relation à l’objet observé – s’était invitée dans leurs travaux.

Ainsi, par des voies bien différentes, la physique quantique et la thérapie stratégique questionnent les fondamentaux de notre mode de pensée occidental. S’il faut renoncer à l’objectivité, voire à la causalité, que pouvons-nous connaître du monde ? Comment penser notre relation à l’environnement, notre relation aux autres ? Ces questions en entraînent une autre, bien plus vaste encore, à savoir : qu’est-ce que l’esprit ?

Réflexion sur l’art de résoudre les problèmes humains et « d’habiter le monde », ce livre propose une vision du monde fondée sur la relation.

Source : Enrick B. Éditions.

 Ce qui nous relie (Tome 2)Vers un esprit transpersonnel
Ce qui nous relie (Tome 2) / Vers un esprit transpersonnel, Dany Gerbinet, Enrick B. Éditions. 

N’avez-vous pas l’intuition, parfois, qu’il existe quelque chose de plus grand que nous et qui nous relie ?

C’était aussi l’intime conviction de Gregory Bateson : « Quelle est la structure qui relie le crabe au homard et l’orchidée à la primevère ? Et qu’est-ce qui les relie, eux quatre, à moi ? Et moi à vous ? » demandait-il.

En quête de cette mystérieuse structure dynamique, d’une théorie de l’esprit, Dany Gerbinet nous invite à nous relier au monde de manière pacifiée. Il nous montre l’interdépendance de tous les êtres. Cette interdépendance, qui est aussi au cœur de la thérapie brève stratégique et systémique, est illustrée par des cas cliniques.

Cheminant de la biologie à la cybernétique, de la communication des dauphins à l’exploration de la conscience, il nous conduit aux rives du bouddhisme et du taoïsme.

Bienvenue sur la voie de l’ouverture au monde, à vous-même, aux autres – humains et non-humains -, et à l’Esprit Transpersonnel.

Source : Enrick B. Éditions.

 Le baron chez les psysOu les tribulations d’un énergumène au pays des thérapies stratégiques
Le baron chez les psys / Ou les tribulations d’un énergumène au pays des thérapies stratégiques, Dany Gerbinet, Enrick B. Éditions.

Dans une cabane en forêt, deux hommes se rencontrent et parlent. L’un, surnommé le Baron, cherche son chemin de vie. Un chemin rendu plus difficile encore par la découverte de l’autisme de son fils. Cherchant de l’aide du côté des thérapies analytiques, il s’enfonce dans une douloureuse impasse, dont l’autre, un étrange personnage surnommé l’Indien, l’aidera à sortir. En lui révélant progressivement une conception différente des problèmes psychologiques et de leur solution, l’Indien, insensiblement, modifiera profondément la vision du monde du Baron, l’orientant vers une vie plus heureuse.

?Récit initiatique, ce livre s’adresse à tous, même si les professionnels de la « santé mentale » pourront s’amuser à reconnaître, à peine grimés, certains éminents représentants de l’approche systémique. Il poursuit un double objectif : raconter une « belle histoire », et au-delà, proposer une nouvelle vision de l’être humain, celle d’un homme relationnel ; et de l’esprit, celle d’un esprit transpersonnel.

Source : Enrick B. Éditions.


REVUE DE PRESSE

Itinéraire littéraire – Tribulations d’une journaliste livrovore, Le thérapeute et le philosophe, atteindre un but par le non agir, de Dany Gerbinet

COACH EST LÀ

L’émission de coaching en développement personnel et bien-être de Radio Judaïca

Radio Judaica

L’émission de coaching en développement personnel et bien-être de Radio Judaïca

Une causerie au coin du feu / A l’usage de ceux qui se demandent pourquoi tous leurs efforts sont vains et de ceux qui voudraient en savoir davantage sur les thérapies brèves. Barbara Bay

« Pour atteindre un but, il faut l’abandonner », 25 septembre 2021. À trop vouloir réussir, nous ?nissons souvent par échouer. Dany Gerbinet, spécialiste en thérapie stratégique, nous invite à nous méfier du volontarisme et à nous inspirer de la philosophie taoïste du non-agir. GO MANAGEMENT.

“Pour atteindre un but, il faut l’abandonner”, Hélène Fresnel, 18 août 2021, Le magazine Psychologies


MON RAPPORT DE LECTURE

Dany Gerbinet

Le thérapeute et le philosophe

Atteindre un but par le non-agir

Enrick B. Éditions, 2017

La psychologie, c’est bien connu, s’inspire de tout ce qu’elle peut trouver pour développer sa pratique clinique. Dans le cas de ce livre, l’auteur Dany Gerbinet, psychothérapeute  et clinicien adepte de la thérapie stratégique issue de l’école de Palo Alto, trouve un appui dans l’antique philosophie chinoise Yi Jing et dans la conception du « non-agir » développé par le taoïsme. Aussi, il fait des travaux de Gregory Bateson, anthropologue, psychologue, épistémologue américain et père fondateur de l’approche systémique, « le fil conducteur de ce livre ». Bref, il s’agit avant tout d’un livre de psychologie et non pas de philosophie. La philosophie demeure un simple référence, du moins à mes yeux. Mes lecteurs savent que je ne suis pas un adepte de la psychologie, loin de là. J’ai donc lu ce livre à reculons, c’est-à-dire avec un préjugé défavorable, mais tout de même jusqu’à la dernière page, question de donner une chance au coureur jusqu’à la fin du parcours.

Nous avons plutôt l’habitude de livres de philosophie sur ce site web. Ainsi et dans le plus grand respect de l’auteur et de son ouvrage de psychologie, je ne puis me prononcer sur le nombre d’étoiles à accorder à cet ouvrage.

Cliquez ici pour acheter ce livre sur le site web leslibraires.ca


VOIR AUSSI

Tao Te King. Le livre De La Voie Et De La Vertu … Traduit En Francais Et Publie Avec Le Texte Chinois Et Un Commentaire … Par Stanislas Julien ou ICI.

Yin et yang, Wikipédia

Dao de jing, Wikipédia

Yinyang (Yin-yang), Internet Encyclopedia of Philosophy, ISSN 2161-0002

Gregory Bateson – Vers une Écologie de l’esprit

Bateson Gregory, L’Agoraune agora, une encyclopédie

The International Bateson Institute

Le Livre de la voie et de la vertu, composé dans le VIe siècle avant l’ère chrétienne / par le philosophe Lao-Tseu ; traduit en français et publié avec le texte chinois et un commentaire perpétuel par Stanislas Julien

GREGORY BATESON – VERS UNE ÉCOLOGIE DE L’ESPRIT CRISE DANS L’ÉCOLOGIE DE L’ESPRIT – VI.2 – Pathologies de l’épistémologie

François Jullien, Les transformations silencieuses, revue par Jean-Pierre Thozet ou ICI.

TAOÏSME PHILOSOPHIE ET RELIGION


Voir tous nos articles


Article # 133 – Les essentiels : Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Pierre Soubiale, Éditions First, 2020

J’ai lu pour vous

Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

Article # 133

LES ESSENTIELS

Pierre Soubiale

Vous reprendrez bien un peu de philo ?

10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !

Éditions First

Commander via le site Les Libraires (Canada)


Date de sortie :19 juin 2020

Langue : Français

Éditeur : FIRST

Catégories : Essais / Philosophie/ Métaphysique

Nombre de pages : 173 pages

Composition  Contient un seul article

Mesure : 21.0 cm (Hauteur), 15 cm (Largeur), 352 gr (Poids)

ISBN papier : 9782412055878

ISBN ePub : 9782412059074


RÉSUMÉ SUR LE SITE WEB DE L’ÉDITEUR

Vous reprendrez bien un peu de philo ? :

Le livre de Pierre Soubiale

Les grands concepts philosophiques expliqués avec humour, enfin accessibles à tous !

Doit-on toujours dire la vérité à ses amis, même dans une maternité ?

Pourquoi nous arrive-t-il d’envoyer un texto au mauvais destinataire ?

Que risque-t-on à citer Justin Bieber en dîner mondain ?

Votre chat est-il plus philosophe que vous ?

L’inconscient, le désir, le bonheur, le beau, la vérité… A travers le récit de 10 situations amusantes, Pierre Soubiale, prof emblématique de la chaîne YouTube Les Bons Profs, explique avec beaucoup d’humour et de pédagogie les grands concepts philosophiques, à tous ceux qui regrettent d’avoir manqué le coche en Terminale.

Freud, Sartre, Bergson et autres Descartes n’auront plus de secrets pour vous !

Source : Éditions First.


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le livre qui va vous éclaircir les Idées !

Ce matin, votre téléphone a sonné, et tout a basculé : votre meilleure amie a accouché.

Dix minutes plus tard, vous êtes en route pour la maternité, vous projetant déjà dans le rôle de tonton gâteau qui couvrira de baisers la petite poupées – elle doit être si mignonne,

Si mignonne ? Arrivé dans la chambre, c’est la douche froide : la petite poupée n’est qu’un petit monstre à vos yeux !

Mais qu’ont donc les parents à vous regarder comme ça ? Ils vont oser vous le demander, à vous, celui qu’on a prévenu le premier, fidèle par les fidèles : « Alors, il est beau notre bébé ? »

Mentirez-vous à vos amis ? Sachez que Pascal vous soutient, lui qui écrit que « si tous les hommes savaient ce qu’ils disent les uns les autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde ». Mais prenez garde, car vous aurez Kant contre vous, qui vous reprochera de contourner le fameux impératif catégorique.

Dans cet ouvrage, Pierre Soubiale énonce dix situations aussi drôles qu’embarrassantes pour comprendre les grandes théories philosophiques, et redécouvrir Bergson, Sartre, Descartes et bien d’autres…

Source : Éditions First.


TABLE DES MATIÈRES

Copyright

Introduction

Chapitre 1 – Erreur de destinataire

  1. VOUS AVEZ COMMIS un acte manqué
  2. RASSUREZ-VOUS, vous n’êtes pas malade…
  3. …MAIS SUJET À L’INCONSCIENT, quand même
  4. VOUS AVEZ, COMME FREUD, cédé à un petit compromis
  5. SUR VOTRE TABLE DE CHEVET, un papier et un crayon
  6. UN PEU DE GÉOGRAPHIE, pour finir
  7. POST-SCRIPTUM, pour terminer

Chapitre 2 – Homo Fashionicus

  1. KARL LAGERFELD VS. votre liberté
  2. « J’AI LA MÊME à la maison »
  3. TRÈS CLAIREMENT, CE N’EST PAS LA VESTE que vous avez désirée…
  4. POUR RENÉ GIRARD, le désir n’est jamais linéaire
  5. IL N’Y A DONC JAMAIS de désir spontané
  6. ENTRE LA VESTE ET VOUS, un médiateur
  7. VÉRITÉ romanesque !
  8. PROUST ET la Berma
  9. LE RÔLE du tiers
  10. LA STRUCTURE TRIANGULAIRE du désir
  11. ET NOTRE PERSONNALITÉ dans tout ça ?
  12. LE DÉSIR DU DÉSIR de l’autre
  13. UN BESOIN DE RECONNAISSANCE bien naturel
  14. MAIS ATTENTION, la haine vous guette…

Chapitre 3 – Chute

  1. LE RIRE est le propre de l’homme
  2. LA CHUTE EST essentiellement involontaire…
  3. LE RIRE, une affaire de souplesse
  4. NOUS RIONS QUAND LA DIGNITÉ HUMAINE est en question
  5. LE CORPS, L’ESPRIT, LA GRÂCE… ou pas !
  6. LE RIRE, DU MÉCANIQUE plaqué sur du vivant
  7. LA FONCTION SOCIALE du rire
  8. LE CAS du distrait
  9. RIRE à un enterrement
  10. LE COMIQUE du déguisement
  11. MAIS PEUT-ON rire de tout ?

Chapitre 4 – Macaque crabier

  1. L’ÉMOTION est une conduite…
  2. …QUI NOUS PERMET DE NOUS ADAPTER à des situations de stress
  3. L’ÉMOTION, UNE TRANSFORMATION magique du monde
  4. RETOUR SUR le thème de l’évanouissement
  5. L’ÉMOTION, technique d’évasion !
  6. POURQUOI pleurer ?
  7. MAIS L’ÉMOTION N’EN RESTE pas moins paradoxale…
  8. L’ESSENCE DES CONDUITES irréfléchies
  9. L’EXEMPLE de l’écriture
  10. L’ÉMOTION, une conduite irréfléchie
  11. LE RÔLE du corps
  12. TRISTESSE passive

Chapitre 5 – Vie rêvée

  1. ET SI NOUS PROLONGIONS nos rêves…
  2. …EN LES PRENANT pour la réalité
  3. « TOUS LES HOMMES recherchent d’être heureux… »
  4. MAIS N’Y A-T-IL PAS DES EXIGENCES supérieures au bonheur ?
  5. LA VÉRITÉ d’abord
  6. MÊME S’IL N’Y A QUE LA VÉRITÉ qui blesse !
  7. NOUVELLE EXPÉRIENCE de pensée
  8. IL VAUT MIEUX ÊTRE SOCRATE INSATISFAIT qu’un imbécile satisfait
  9. LE BONHEUR, idéal de l’imagination

Chapitre 6 – Résonnez musettes !

  1. PEUT-ON TROMPER autrui innocemment ?
  2. LE VIEUX CHINOIS de Königsberg
  3. LA BONNE volonté
  4. C’EST L’INTENTION qui compte !
  5. AGIR CONFORMÉMENT AU DEVOIR/ agir par devoir
  6. UNIVERSALISER la maxime de son action
  7. OUI, mais…
  8. L’EXPÉRIENCE de Cathal Morrow
  9. PAS QUATRE AMIS dans le monde

Chapitre 7 – Le prince et le prof

  1. LE PRINCE et le prof…
  2. …DOIVENT APPRENDRE l’art de se maintenir au pouvoir…
  3. …C’EST-À-DIRE d’être réalistes…
  4. …ET DONC DE SÉPARER morale et politique !
  5. FAUT-IL ÊTRE généreux ou avare ?
  6. VAUT-IL MIEUX être aimé que craint ?
  7. SAVOIR mentir
  8. ÊTRE UN LION, et un renard

Chapitre 8 – Biber et Bieber

  1. QUE S’EST-IL DONC passé ?
  2. KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît »
  3. KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît universel »
  4. KANT : « LE BEAU EST CE QUI PLAÎT UNIVERSELLEMENT sans concept. »
  5. BILAN : vous manquez de goût
  6. BOURDIEU : L’UNIVERSALISATION KANTIENNE du goût en question
  7. BOURDIEU : LES GOÛTS SONT socialement déterminés
  8. L’HABITUS : UNE CONTRAINTE SOCIALE INTÉRIORISÉE QUI PASSE pour une simple affaire de goût !
  9. L’ART, FACTEUR de distinction sociale
  10. UNE CRITIQUE DE BOURDIEU, pour finir

Chapitre 9 – Petit lépidoptère

  1. L’EXPÉRIENCE du désir insatiable
  2. CALLICLÈS ET L’HÉDONISME RADICAL : ÊTRE HEUREUX, c’est satisfaire tous ses désirs
  3. MAIS DE SATISFAIRE SES DÉSIRS, TOUT LE MONDE n’en a pas les moyens !
  4. L’ORIGINE DE LA MORALE SELON CALLICLÈS : la jalousie des faibles
  5. CALLICLÈS DÉNONCE UNE MORALE inventée de toutes pièces
  6. LA RÉPLIQUE DE SOCRATE : l’objection des tonneaux percés
  7. LA RÉPONSE DE CALLICLÈS : L’HOMME AUX TONNEAUX PLEINS « vit comme une pierre »
  8. LE MANQUE ET LA FORCE, ou l’ambiguïté du désir
  9. CRITIQUE de la sobriété heureuse

Chapitre 10 – Rabachat

  1. LE PHILOSOPHE sage
  2. DEVENIR stoïque
  3. LA PHYSIQUE stoïcienne
  4. LA DISTINCTION CARDINALE des stoïciens
  5. DÉSIRER LES CHOSES comme elles arrivent…
  6. L’IMAGE de la charrette
  7. DU STOÏCISME au développement personnel
  8. LE STOÏCISME : philosopher par temps de crise
  9. PETITE PARENTHÈSE sur la nature « fantasmée »
  10. PHILOSOPHIE et sagesse
  11. MAIS ALORS LA PHILO, ce n’est pas fait pour aller mieux ?

Remerciements


EXTRAITS DU TEXTE DU LIVRE

Introduction

(Texte intégral)

Rentrée de septembre : l’angoisse de se retrouver devant une classe qui va découvrir une nouvelle matière, en même temps que son professeur ; l’angoisse d’être à la hauteur, de réussir à transmettre une passion.

Mais une fois l’angoisse passée, quel plaisir ! Le professeur de philosophie ne s’y était peut-être pas attendu.

C’est que, parfois, la thèse est abstraite, et l’idée difficile. Que veut dire Kant, avec son « impératif catégorique » ? Et Sartre, avec son « cogito préflexif » ? L’« hédonisme radical », ça fait mal aux dents ?

Il faut trouver le bon exemple, celui qui rend la pensée vivante, concrète, surprenante. C’est ainsi que sont nées les situations reproduites dans ce livre. Elles constituent, à chaque fois, le point de départ d’une réflexion philosophique – point de départ qui a souvent été celui que l’enseignant, en classe, s’était trouvé surpris de proposer !

Car il s’agit de situations qui, sans être toujours communes, sont toutefois de celles auxquelles on s’identifie facilement, quels que soient son âge et sa formation, mais dont on ne voit pas tout de suite ce que Descartes ou Platon auraient eu à en dire. Et pourtant, la philosophie s’est immiscée, souvent de manière très efficace.

Vous ne comprenez pas pourquoi vous ne retrouvez pas vos clés avant de partir, alors que vous les avez sous les yeux ?

Laissez Freud intervenir. Vous éprouvez l’envie de rire, même (et surtout !) dans une situation grave ? Bergson a une hypothèse… Vous êtes persuadé que cette petite veste – celle qui vous coûtera un tiers de salaire – est celle qu’il vous faut ? René Girard vous donne la clé du désir.

On a bien ri, en classe. On s’est même beaucoup amusés en comprenant que la philosophie pouvait éclairer nos comportements. Mais surtout, on a côtoyé les philosophes car l’enseignant veut confronter les élèves à la philosophie telle qu’elle s’est écrite. C’est pourquoi chacune des réflexions proposées, tirées de ces situations, s’appuie sur des textes concis, choisis avec soin. Des textes d’auteurs, simples, essentiels, agrémentés d’une petite citation en début de chapitre, spécialement choisie pour briller en dîner mondain.

Le lecteur aura ainsi l’occasion, lui aussi, de faire de la philosophie, en l’appliquant à son quotidien. Quels que soient son âge et sa formation, il y trouvera son compte : le nouveau bachelier ; l’ancien cancre ; celui pour lequel la-philo-c’est-pas-fait-pour-lui ; celui dont le prof était fou, ou absent ; celui qui pense que la philo, c’est de l’eau… Quel que soit le lecteur, il s’initiera avec plaisir à Freud, Girard, Bergson, Sartre (peut-être un peu moins, pourtant c’est vraiment bien), Descartes, Kant, Machiavel, Platon, Bourdieu et d’autres encore.

Vous en voulez la preuve ? Les élèves me l’ont dit !


Chapitre 1

Erreur de destinataire

(Extrait du chapitre 1)

Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique

« Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Freud

Il va falloir trouver la bonne formule. Vous pensiez avoir fait le plus difficile ? C’est pourtant là que tout commence. Il vous avait déjà fallu bien du courage pour oser lui parler. De mémoire, d’abordage, d’ailleurs, on a rarement vu si maladroit. Humour déplorable, bafouillage ; vous avez fourni la prestation du parfait looser. Mais contre vents et marées, vous avez courageusement mené votre barque : vous disposez du sacro-saint zéro-six.

Un beau numéro, tout rond, tout vrai, qui sonne bien, avec des chiffres et des lettres pour un prénom qui vous obstine depuis trois jours.

Trois jours… C’est que, sous vos airs de néophyte, vous connaissez quelques rudiments. Et au nombre des règles de base, la plus fondamentale, la plus universelle, consiste à ne pas écrire trop vite à celui ou celle que l’on convoite. Eh ! En plus de m’obséder, il faudrait qu’elle jouisse de le savoir ?

Que nenni. Vous prenez vos distances, afin qu’elle comprenne que son sourire ravageur n’est pas une priorité. Vous avez une vie bien remplie, des projets, mille amis à voir, deux mille choses à faire ; laissons planer le doute. Mais voilà, derrière toute cette simagrée, il ne faudrait quand même pas qu’on vous oublie. C’est l’heure de reprendre contact.

C’est ici qu’il intervient. Qui ? « L’homme de la situation. » On en a tous un dans notre entourage. Passé maître dans l’art du boniment, l’origine de sa science est toujours demeurée un mystère ; mais il n’empêche, elle fonctionne ! Il a l’art du mot juste, de la phrase qui décape, ses textos sont comme des missiles en plein cœur ; Cupidon, dit-on, en abandonna ses flèches.

Vous lui racontez la situation. Étant donné votre première approche (qui ne manque pas de susciter ses sarcasmes), vous avez bien conscience de marcher sur des œufs ; il vous faudra donc la jouer fine. Lui proposer un rendez-vous ? Oui, mais pas simplement. Il faut ajouter du piquant, miser sur l’originalité ; tentons une petite blague, feignons la légèreté.

Sauf que vous n’êtes pas le roi des boute-en-train, alors il faut creuser. Pénétré des conseils qu’on a su vous donner, vous composez le message de votre vie, opérant avec la minutie d’un horloger. Mots, virgules, points d’exclamation, tout est pesé.

Vous aboutissez.

Mais avant d’envoyer la fatale missive, il vous faut obtenir la bénédiction du grand gourou. Vous lui proposez votre message, puis écrivez :

« Bon, après 2 heures de travail, et suivant tes bons conseils, je pense écrire ceci. Mais j’hésite encore pour la dernière phrase. Smiley ou pas smiley ? Faudrait pas qu’elle sache que je suis déjà amoureux quand même. Au fait, t’as vu la photo que je t’ai envoyée ? Où elle est avec son chat sur le balcon ? J’aime pas trop la tête de l’animal. »

À peine avez-vous appuyé sur la touche d’envoi que votre cœur se soulève. Vous n’osez y croire, et pourtant c’est vrai : plutôt qu’à lui, c’est à elle que vous avez envoyé le message ! Vous vous arrachez les cheveux. Comment cela a-t-il pu arriver ? De celle-là, vous ne vous remettrez pas. Adieu le premier rendez-vous, le mariage et les enfants. Misères de la communication virtuelle ! L’erreur est irréparable, et vous le savez. Vous accusez le sort, pestez contre votre étourderie…

Mais au fait, s’agit-il vraiment d’un accident ?

VOUS AVEZ COMMIS
un acte manqué

Que tout ceci n’ait rien d’accidentel, voilà très certainement ce qu’aurait pensé Freud : il vous aurait patiemment expliqué que vous avez commis un « acte manqué ».

Un acte manqué ? Certes, vous avez l’impression d’avoir raté quelque chose, mais vous ne voyez pas ce que l’on vous apprend de plus avec ce terme.

C’est que vous n’y êtes pas. En fait, l’acte manqué pourrait tout aussi bien être qualifié de réussi… Reprenons : cette personne-là, vous l’avez aimée dès le premier regard.

C’était comme une évidence, et rares sont les coups de foudre ; ne vous plaignez donc pas ! Mais ce sentiment, vous avez décidé de le garder pour vous, de le tenir secret. Bien plus, vous avez feint le détachement.

Mais regardons bien. Avec cette erreur de destinataire, vous venez d’avouer que vous en pinciez. C’est que vous en avez des contacts, et ce texto, vous ne l’avez pas envoyé à votre frère, à votre sœur ou votre patron, mais à elle !

Quelle conclusion pouvez-vous en tirer ? Sans aucun doute que vous avez fait ce que vous désiriez vraiment. Telle est la définition de l’acte manqué : réaliser un désir malgré vous, sans le vouloir. Vous avez l’impression qu’on se joue de vous ? Vous avez raison. Et qui donc est responsable, docteur Freud ? L’inconscient.

Le mot est lâché. C’est étrange… vous ne voyez pas très bien de quoi il s’agit et pourtant, ça vous remue un peu, ce terme. C’est vrai qu’on vous en a déjà parlé, mais vous avez toujours eu du mal à y croire.

Quoi de plus normal : vous êtes cartésien. L’homme n’a peut-être pas l’agilité du guépard, ni même le style criard du poisson mandarin, mais il a son truc à lui : la conscience. Et avec ça, lui sait au moins ce qui se passe dans sa tête !

Descartes et le cartésianisme

René Descartes, en effet, affirmait que toute pensée était nécessairement consciente. Voir par exemple la définition qu’il donne dans les Principes de la philosophie, I, 9 : « Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes. »

Et pourtant, rien n’est moins sûr, selon Freud, qui affirme doctement : « Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. »

Minute ! Ne vous prendrait-on pas pour un idiot ? L’inconscient… il est bien beau, le terme, mais vous doutez quand même un peu. Qu’est-ce qui lui prouve, au docteur, qu’il existe, cet inconscient ? Ça n’a pas l’air de s’observer, cette chose ; à vous, il vous faut des preuves, du tangible, du concret. Comme saint Thomas, vous ne croyez que ce que vous voyez, et vous trouvez bien difficile de penser que votre mésaventure puisse être autre chose qu’une maladresse.

RASSUREZ-VOUS,
vous n’êtes pas malade…

Rassurez-vous, l’hypothèse de l’inconscient s’est présentée à Freud lui-même comme parfaitement choquante… Pourquoi ? Parce que ça ne collait pas du tout avec sa formation. Car le père de la psychanalyse était d’abord médecin. Or, en médecine, on vous apprenait à l’époque – à Vienne, dans les années 1880 – que toute pathologie devait avoir une cause physiologique ; tout problème, en somme, trouvait sa source dans un dysfonctionnement du corps.

Mais voici qu’arrivèrent dans les hôpitaux de curieux patients, les hystériques, qui se plaignaient de symptômes (cécité, tremblements, paralysie…) parfaitement inexplicables : en effet, tout fonctionnait bien dans leur corps !

Envahis, les médecins ; débordés, même. Mais surtout : agacés ! Imaginez bien que tout le monde les prenait pour des simulateurs…

Tout le monde, sauf un, Freud, qui découvrit après bien des efforts que la cause de cette curieuse maladie n’était pas à chercher dans le corps, mais dans l’esprit. En effet, par la simple mise en place d’un dialogue – qui, il faut le dire, pouvait s’étaler sur des années –, notre docteur découvrit que les hystériques souffraient de désirs qu’ils ignoraient et qui venaient les hanter…

La méthode des associations libres

La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.

La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.

Mais comment pouvait-il savoir, celui-là, qu’il existait des désirs cachés chez ces patients qui les ignoraient eux-mêmes ?

Tout simplement parce que lorsqu’ils en prenaient conscience, les symptômes disparaissaient ! Vraie cathartique !

La méthode cathartique

La méthode cathartique consiste, en psychanalyse, à se libérer d’un ensemble de troubles par la prise de conscience d’un désir refoulé.

Quant à vous, pas de panique, vous n’êtes pas malade. Vous n’avez fait qu’envoyer un texto au mauvais destinataire, et cela ne fait pas nécessairement de vous un névrosé. Certes, mais du névrosé à l’homme sain, sachez qu’il n’y a qu’un pas…

…MAIS SUJET À L’INCONSCIENT,
quand même

Car l’inconscient ne se manifeste pas seulement dans la maladie. En réalité, ses effets sont perceptibles dans nos faits et gestes les plus quotidiens, comme ce petit message envoyé par erreur…

Pour le comprendre, prenons un exemple que nous propose Freud lui-même à l’occasion d’une conférence. En s’adressant au public, il déclare :

Supposez que, dans la salle de conférences, dans mon auditoire calme et attentif, il se trouve pourtant un individu qui se conduise de façon à me déranger et qui me trouble par des rires inconvenants, par son bavardage ou en tapant des pieds.

Jusque-là, le cancre que vous étiez comprend plutôt bien. Continuons :

Je déclarerai que je ne peux continuer à professer ainsi ; sur ce, quelques auditeurs vigoureux se lèveront et, après une brève lutte, mettront le personnage à la porte. Il sera « refoulé » et je pourrai continuer ma conférence. Mais, pour que le trouble ne se reproduise plus, au cas où l’expulsé essaierait de rentrer dans la salle, les personnes qui sont venues à mon aide iront adosser leurs chaises à la porte et former ainsi comme une « résistance ». Si maintenant l’on transporte sur le plan psychique les événements de notre exemple, si l’on fait de la salle de conférences le conscient, et du vestibule l’inconscient, voilà une assez bonne image du refoulement.

Pour un pédagogue, le type en est un. Le personnage récalcitrant figure les désirs inconscients, qui viennent perturber la conscience comme le premier perturbe la séance. La solution ? À la porte ! Au moins, vous serez tranquille.

Tranquille, vous dites ? Pas tout à fait. Voyez la suite :

Je vais reprendre ici notre comparaison […] Il est certain qu’en éloignant le mauvais sujet qui dérangeait la leçon et en plaçant des sentinelles devant la porte, tout n’est pas fini. Il peut très bien arriver que l’expulsé, amer et résolu, provoque encore du désordre […]. Il crie, donne des coups de poing contre la porte et trouble ainsi la conférence plus que par son attitude précédente.

Quelle plaie !

Dans ces conditions, il serait heureux que le président de la réunion veuille bien assumer le rôle de médiateur et de pacificateur. Il parlementerait avec le personnage récalcitrant, puis il s’adresserait aux auditeurs et leur proposerait de le laisser rentrer, prenant soin sur lui de garantir une meilleure conduite. On déciderait de supprimer le refoulement et le calme et la paix renaîtraient.

Supprimer le refoulement ? Laisser entrer l’inconscient ? Oui, mais pas à n’importe quel prix. Il vous faudra parlementer.

VOUS AVEZ, COMME FREUD,
cédé à un petit compromis

Imaginez que vous soyez, vous, un désir interdit. Quelle solution envisageriez-vous pour franchir la barrière de la conscience ? Pour duper la douane ? Pour sûr, vous vous déguiseriez. Eh bien, c’est exactement ce que fait l’inconscient : en se travestissant, il parvient à contourner la censure. Ni vu, ni reconnu !

Vous craignez de comprendre ? C’est que vous voyez juste. Votre petit acte manqué n’est rien d’autre que cela : un déguisement. En prenant le masque de la maladresse, votre souhait le plus cher s’est concrétisé !

Ruse de l’inconscient, donc, qui s’y connaît en compromis : en réalité, pas mal de nos ratés quotidiens s’expliquent par là. À ce propos, connaissez-vous les lapsus ? Figurez-vous qu’ils ont beaucoup intéressé Freud. Vous lirez ainsi, dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne :

On se rappelle encore la manière dont le président de la Chambre des députés autrichienne a, un jour, ouvert la séance : « Messieurs, dit-il, je constate la présence de tant de députés et déclare, par conséquent, la séance close. » L’hilarité générale que provoqua cette déclaration fit qu’il s’aperçut aussitôt de son erreur et qu’il la corrigea. L’explication la plus plausible dans ce cas serait la suivante : dans son for intérieur, le président souhaitait enfin pouvoir clore cette séance dont il n’attendait rien de bon.

D’une certaine façon, c’est aussi ce qui vous est arrivé. Sauf que vous n’êtes pas le représentant de la Chambre autrichienne. Il n’empêche : dans les deux cas, la maladresse n’est qu’apparente.

Soit, mais qu’en est-il de notre psychanalyste ? Est-il également sujet aux actes manqués ? Plus que personne ! Sachez en effet que c’est bien souvent dans sa propre expérience personnelle que pioche notre ami. Parmi différents exemples, on trouvera le cas suivant :

Autrefois, lorsque je faisais plus fréquemment des visites à domicile, il m’arrivait souvent, une fois devant la porte à laquelle je devais frapper ou sonner, de tirer de ma poche les clés de mon propre appartement, pour ensuite… les y remettre honteusement.

Étourderie ? Regardez la suite :

Si j’établis la liste des patients pour qui c’était le cas, alors il me faut admettre que cet acte manqué – sortir ses clés au lieu de sonner – signifiait un hommage rendu à la maison où j’avais fait ce geste raté. Il était l’équivalent de la pensée : « Ici, je suis comme chez moi », car il ne se produisait que là où j’avais pris en affection.

Soudain vous vous sentez moins seul, et vous vous dites que vous ne regarderez plus les choses de la même façon… Toutefois, vous vous sentez comme embêté : s’il faut à chaque fois vous mettre dans l’embarras pour savoir ce que vous désirez vraiment, vous risquez fort de rester longtemps célibataire. Rassurez-vous, il existe une autre solution !

SUR VOTRE TABLE DE CHEVET,
un papier et un crayon

Savez-vous comment devenir psychanalyste ? Il n’y a qu’une option : c’est d’avoir soi-même suivi une psychanalyse. Quid de l’œuf et de la poule : comment Freud est-il devenu psychanalyste, puisque c’est lui-même qui l’a inventée ? Réponse : il s’est auto-psychanalysé, évidemment !

Comment ? En interprétant ses rêves. Car, oui, les rêves ont une grande importance en psychanalyse. Et devinez quoi ? Vous détenez déjà la première clé des songes…

Comme tout le monde, votre vie onirique a ses hauts et ses bas. Parfois, vous rêvez de choses agréables, à d’autres moments, c’est carrément l’enfer, et vous vous réveillez en sursaut. Mais bien souvent, tout cela n’a franchement ni queue ni tête, et sonne comme un joyeux désordre. Reste que, dans tous les cas, la fonction du rêve est la même.

Pour nous faire comprendre cela, Freud s’appuie sur un rêve simple : celui du petit Hermann. La journée, l’enfant est envoyé par son grand-père pour aller cueillir des cerises. Mais, folle proscription, celui-ci lui interdit, une fois rentré, de goûter à la précieuse récolte. La nuit, Hermann se met à rêver. De quoi ? Le lendemain matin, son récit est sans équivoque : « Hermann a rêvé qu’il mangeait toutes les cerises ! »

Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre ce qui s’est passé : dans son rêve, le petit Hermann a réalisé un désir qu’il n’avait pas pu satisfaire. En somme, donc, le rêve a procuré une satisfaction imaginaire à un désir interdit. Or, telle est bien la fonction de tout rêve pour Freud, qui affirme : « Tout rêve est la réalisation d’un désir. »

Soit, mais vous ne voyez pas très bien quel désir vous réalisez quand vous cauchemardez, par exemple, que les nazis reviennent. Mais l’on vous a déjà dit que vous disposiez de la première clé des songes.

C’est que les rêves, dans leur mécanisme, ne sont pas autre chose que les actes manqués : s’ils sont la réalisation de désirs, ils sont bien souvent la réalisation déguisée de désirs. Et pourquoi ? Parce que ces désirs sont justement les mêmes : ce sont des désirs interdits, inconscients, refoulés. Là encore, nos pulsions prennent soin de se travestir pour accéder à la conscience !

Mais il y a plus. Vous voyez comment le rêve, contrairement à ce que l’on croit, est le « gardien du sommeil ». Vous est-il déjà arrivé, un matin, de vous faire tromper par votre radio réveil quand l’impétueuse sonnerie, plutôt que de vous ranimer, s’intègre à votre rêve ? Si oui, vous comprendrez très bien de quoi il s’agit : plutôt que de perturber votre sommeil, le rêve est en fait ce qui vous permet de le prolonger…

Ce sera la même chose avec l’inconscient qui vient frapper à la porte quand vous dormez : pour ne pas vous réveiller, la censure ouvre une trappe… à la condition de se déguiser pour rentrer !

D’où l’art du psychanalyste, qui consiste à interpréter le rêve. Lui sait quelles sont les techniques qu’adopte l’inconscient pour se travestir. Et parmi celles-ci on trouve par exemple :

  •  La symbolisation : elle consiste à transformer une idée en image ;

  •  La condensation : sorte de compression, c’est quand un petit nombre d’images du contenu objectif exprime une diversité beaucoup grande d’idées du contenu latent ;

  • Le déplacement : le plus important du point de vue latent va devenir secondaire du point de vue manifeste ;

  • L’élaboration secondaire : c’est la conscience qui, percevant le rêve après coup, cherche à lui donner une cohérence.

Clou du spectacle. Vous croyez avoir tout vu, mais vous apprendrez que, bien souvent, nos désirs inconscients sont de nature sexuelle. Alors, ce soir, au moment de dormir, vous disposerez peut-être un crayon et un papier sur votre table de chevet. Et dès le réveil… il vous faudra faire vite pour les transcrire, car les rêves sont fugaces !



AU SUJET DE L’AUTEUR

PIERRE SOUBIALE

Professeur agrégé de philosophie,
Ministère de l’Éducation nationale
(lycée Blanche de Castille (Le Chesnay).

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DU MÊME AUTEUR

100 questions pour réfléchir et philosopher !

Être fort au Trivial Pursuit, est-ce être intelligent ?

Peut-on dire de Mbappé qu’il est un artiste ?

Les sex friends sont-ils vraiment des amis ?

La justice n’est-elle qu’un idéal ?

Draguer, est-ce séduire ?

Peut-on rire de tout ?

Ce n’est pas pour rien que Socrate se comparait à un taon, cet animal qui pique le cheval et l’empêche de s’endormir. Car il en va de la philosophie comme d’un excitant : elle maintient en alerte. Mais contre quoi ? Contre l’évidence des jugements ordinaires, dont les grands penseurs nous invitent à nous défier par amour du sens, de celui des idées et des mots, que l’on prend goût à clarifier dès lors qu’on nous y invite.

C’est ce que sont les 100 questions proposées dans ce livre : une invitation. On y parle, bien sûr, des grands auteurs. Des grandes thèses aussi. Mais surtout, on tâche de philosopher pour de bon ! Alors, prêt à réfléchir aux côtés des plus grands penseurs ?

Date de sortie : 20 octobre 2023

Éditeur : FIRST

Collections : Pour les nuls, poche

Catégories : Essais / Philosophie/ Métaphysique

Nombre de pages : 208 pages

Source : Éditions First.

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MON RAPPORT DE LECTURE

PIERRE SOUBIALE

Vous reprendrez bien un peu de philo ?

10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !

Éditions First

Le livre « Vous reprendrez bien un peu de philo ?  » du professeur de philosophie Pierre Soubiale remplis toutes ses promesses. J’ai bien ri à la lecture des « 10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre » mises en scène par l’auteur avec une grande imagination. Et comment ne pas souligner le talent de Pierre Soubiale dans son écriture et son humour. Je classe ce livre, unique en son genre, parmi « Les essentiels », comme l’un des meilleurs livres de vulgarisation de la philosophie.


LES ESSENTIELS

Article #121 – Les essentiels : Réfléchir pour mourir moins cave – 35 questions philosophiques à se mettre sous la dent, Louis Dugal, Les Éditions de La bagnole, 2024.

Article #120 – Les essentiels : Histoire illustrée des méthodes scientifiques, Jean-Marie Nicolle, Éditions Bréal, 2024.


Dans le premier chapitre, Erreur de destinataire, Pierre Soubiale met de l’avant « Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique ».

Dans le deuxième chapitre, Homo Fashionicus, l’auteur nous instruit au sujet de « René Girard et la notion de désir triangulaire ». Je comprends qu’il y a toujours un intermédiaire ou un médiateur entre notre désir d’un objet (par exemple une veste) et l’objet lui-même (Nous – Médiateur – Objet). Notre désir d’un objet se réalise toujours vis à médiateur plutôt que directement ( Nous – Objet)

LA STRUCTURE TRIANGULAIRE

du désir

À chaque fois, donc, le mécanisme est le même : autrui s’intercale entre l’objet du désir et moi-même.

C’est pourquoi Girard affirme que tout désir est triangulaire.

Avec ce schéma, nous voyons bien que le désir n’est jamais spontané ; encore une fois, ce sont toujours une ou plusieurs personnes qui nous mettent en mouvement.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 36.


Philosophie

19 novembre 2018

Le désir authentique et le désir triangulaire

par Gilles Martin

Nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.

Dans le roman de Cervantès, « Don Quichotte », Sancho Pança, depuis qu’il fréquente Don Quichotte, rêve d’une « île » dont il deviendra le gouverneur. Il veut aussi un titre de duchesse pour sa fille. En fait ces désirs-là ne sont pas venus spontanément à cet homme simple de Sancho, mais c’est Don Quichotte qui les lui a suggérés. C’est d’ailleurs de Don Quichotte lui-même que le valet Sancho compte recevoir cette île.

À partir de cette histoire, René Girard a construit sa théorie du « désir triangulaire » : le disciple se précipite vers le modèle, l’objet, que lui indique le médiateur du désir.

Ainsi, nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.

Pour illustrer cette thèse, René Girard utilise des exemples tirés de la littérature romanesque dans son ouvrage « Mensonge romantique et vérité romanesque ».

Lire la suit sur le site source IREF – Contrepoints

P.S.: Voici un lien de téléchargement du livre « Mensonge romantique et vérité romanesque » de René Girard sur le site web d’internet Archives en format PDF.


Au sous-tire « Le désir du désir de l’autre » du Chapitre 2 (Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire)), on peut lire :

En une formule saisissante, Girard résume alors : « L’élan vers l’objet est au fond élan vers le médiateur. »

Et il ne faut pas chercher très loin pour comprendre que cet élan vers le médiateur équivaut au désir de lui ressembler. Pourquoi ? La réponse ne fait aucun doute : parce que celui-ci possède, aux yeux du sujet désirant, une certaine valeur.

Autrement dit : le médiateur auquel nous voulons ressembler est un être que nous savons désirez par les autres.

Voilà le clé du problème : ce qui motive tout désir, c’est le fait de vouloir obtenir soi-même de la valeur. En d’autres termes, tout désir est d’abord désir du désir des autres ; tout désir, quel que soit l’objet qu’il focalise, est d’abord désir de reconnaissance : nous voulons ressembler aux médiateurs pour obtenir la même reconnaissance qu’eux… de la part des autres !

D’où le principe de l’égérie dans la publicité : si vous avez le même parfum que Julia Roberts ou que Jude Law, vous serez un peu comme Julia Roberts ou Jude Law.

Mais, au fond, le fait de désirer de ressembler n’est pas une fin en soi : c’est d’abord dans l’optique d’obtenir la même reconnaissance qu’eux que vous vous mettez en mouvement.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, pp. 38-39.

P.S. : Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.

Ce passage de « Vous reprendrez bien un peu de philo ? » me parle personnellement parce que je m’interroge depuis un certain temps au sujet de la reconnaissance de mon travail passé, présent et à venir. À la retraite, âgé de 67 ans, ai-je encore besoin de reconnaissance ? Et quels sont donc les médiateurs de mon désir de reconnaissance ? Je penche de plus en plus l’idée de me contenter de me reconnaître moi-même, d’abandonner mon désir. Est-ce réaliste ? Je ne sais pas encore. Mais ce désir m’embête.

La question du médiateur me pose comme question : « À qui voulais-je ressembler ? » À ceux et celles qui ont changé ma vie, mes idées, ma conception de moi-même… ? Si oui, c’est que je voulais acquérir le même talent dans ma vie personnelle et professionnelle.

Pierre Soubiale consacre un sous titre de son deuxième chapitre au sujet : « Un besoin de reconnaissance bien naturel ».

En désirant être désiré à son tour, le sujet humain ne désire donc jamais que d’autres sujet. Mais en se focalisant en fait sur des objets, tout en se masquant le médiateur à lui-même, il ne s’en rend pas toujours compte, surtout en période de soldes.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.

Est-ce que je comprends bien ? On veut de la reconnaissance pour « être désiré à son tour » ? Personnellement, à moins d’aveuglement de ma part, je ne souhaite pas être désiré pour moi-même. Je désire que l’on désire mon travail (et, ainsi, que je puisse profiter des revenus utiles pour vivre avec ma famille). Je ne crois pas être désirable parce que je me reconnais comme trop tranchant.

La conscience humaine est ainsi faite, qu’elle a besoin de la reconnaissance de l’Autre pour s’attribuer à elle-même de la valeur. Avant d’être un loup l’homme, l’homme est donc d’abord « un dieu pour l’homme ».

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.

J’étais et je demeure trop solitaire pour désirer la reconnaissance de l’Autre, si ce n’est par mes écrits et, même encore là, je me suis convaincu que j’écris désormais d’abord et avant tout pour moi-même, pour mieux me comprendre. Mes écrits sont une porte d’entrée dans mon univers pour l’Autre.

Le chapitre 3 intitulé « Chute – (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ? » m’a fait rire aux éclats. Et Pierre Soubiale donne en exemple un fou rire lors d’un enterrement.

Ne vous en cachez pas. De toute évidence, le fait de rire d’un individu qui tombe est bien naturel, et ce à tel point qu’Henri Bergson, lorsqu’il décide d’étudier les ressorts du rire dans un petit livre, par de l’exemple d’une chute pour lancer son analyse.

Seulement, sommes-nous de cyniques personnages – qui rions gratuitement – ou bien le rire remplit-il une fonction cachée ? Notre philosophe a la réponse.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 3 – Chute (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ?), « Le rire est du mécanique plaqué sur du vivant . » Bergson, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 45.


EXTRAIT DU LIVRE DE HENRI BERGSON

BNF - Gallica

Le rire. Essai sur la signification du comique (1900)

Chapitre I. — Du comique en général. — Le comique des formes et le comique des mouvements. — Force d’expansion du comique.

II

Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient. On ne rirait pas de lui, je pense, si l’on pouvait supposer que la fantaisie lui est venue tout à coup de s’asseoir par terre. On rit de ce qu’il s’est assis involon­tairement. Ce n’est donc pas son changement brusque d’attitude qui fait rire, c’est ce qu’il y a d’involontaire dans le changement, c’est la mala­dresse. Une pierre était peut-être sur le chemin. Il aurait fallu changer d’allure ou tourner l’obstacle. Mais par manque de souplesse, par distraction ou obstination du corps, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, les muscles ont continué d’accomplir le même mouvement quand les circonstances demandaient autre chose. C’est pourquoi l’homme est tombé, et c’est de quoi les passants rient.

Voici maintenant une personne qui vaque à ses petites occupations avec une régularité mathématique. Seulement, les objets qui l’entourent ont été truqués par un mauvais plaisant. Elle trempe sa plume dans l’encrier et en retire de la boue, croit s’asseoir sur une chaise solide et s’étend sur le parquet, enfin agit à contresens ou fonctionne à vide, toujours par un effet de vitesse acquise. L’habitude avait imprimé un élan. Il aurait fallu arrêter le mouvement ou l’infléchir. Mais point du tout, on a continué machinalement en ligne droite. La victime d’une farce d’atelier est donc dans une situation analogue à celle du coureur qui tombe. Elle est comique pour la même raison. Ce qu’il y a de risible dans un cas comme dans l’autre, c’est une certaine raideur de mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d’une personne. Il y a entre les deux cas cette seule différence que le premier s’est produit de lui-même, tandis que le second a été obtenu artifi­ciellement. Le passant, tout à l’heure, ne faisait qu’observer ; ici le mauvais plaisant expérimente.

Toutefois, dans les deux cas, c’est une circonstance extérieure qui a déterminé l’effet. Le comique est donc accidentel ; il reste, pour ainsi dire, à la surface de la personne. Comment pénétrera-t-il à l’intérieur ? Il faudra que la raideur mécanique n’ait plus besoin, pour se révéler, d’un obstacle placé devant elle par le hasard des circonstances ou par la malice de l’homme. Il faudra qu’elle tire de son propre fonds, par une opération naturelle, l’occasion sans cesse renouvelée de se manifester extérieurement. Imaginons donc un esprit qui soit toujours à ce qu’il vient de faire, jamais à ce qu’il fait, comme une mélodie qui retarderait sur son accompagnement. Imaginons une certaine inélasticité native des sens et de l’intelligence, qui fasse que l’on continue de voir ce qui n’est plus, d’entendre ce qui ne résonne plus, de dire ce qui ne convient plus, enfin de s’adapter à une situation passée et imaginaire quand on devrait se modeler sur la réalité présente. Le comique s’installera cette fois dans la personne même : c’est la personne qui lui fournira tout, matière et forme, cause et occasion. Est-il étonnant que le distrait (car tel est le person­nage que nous venons de décrire) ait tenté généralement la verve des auteurs comiques ? Quand La Bruyère rencontra ce caractère sur son chemin, il comprit, en l’analysant, qu’il tenait une recette pour la fabrication en gros des effets amusants. Il en abusa. Il fit de Ménalque la plus longue et la plus minu­tieuse des descriptions, revenant, insistant, s’appesantissant outre mesure. La facilité du sujet le retenait. Avec la distraction, en effet, on n’est peut-être pas à la source même du comique, mais on est sûrement dans un certain courant de faits et d’idées qui vient tout droit de la source. On est sur une des grandes pentes naturelles du rire.

Mais l’effet de la distraction peut se renforcer à son tour. Il y a une loi générale dont nous venons de trouver une première application et que nous formulerons ainsi : quand un certain effet comique dérive d’une certaine cause, l’effet nous paraît d’autant plus comique que nous jugeons plus natu­relle la cause. Nous rions déjà de la distraction qu’on nous présente comme un simple fait. Plus risible sera la distraction que nous aurons vue naître et grandir sous nos yeux, dont nous connaîtrons l’origine et dont nous pourrons reconstituer l’histoire. Supposons donc, pour prendre un exemple précis, qu’un personnage ait fait des romans d’amour ou de chevalerie sa lecture habituelle. Attiré, fasciné par ses héros, il détache vers eux, petit à petit, sa pensée et sa volonté. Le voici qui circule parmi nous à la manière d’un somnambule. Ses actions sont des distractions. Seulement, toutes ces distrac­tions se rattachent à une cause connue et positive. Ce ne sont plus, purement et simplement, des absences ; elles s’expliquent par la présence du personnage dans un milieu bien défini, quoique imaginaire. Sans doute une chute est toujours une chute, mais autre chose est de se laisser choir dans un puits parce qu’on regardait n’importe où ailleurs, autre chose y tomber parce qu’on visait une étoile. C’est bien une étoile que Don Quichotte contemplait. Quelle profon­deur de comique que celle du romanesque et de l’esprit de chimère ! Et pourtant, si l’on rétablit l’idée de distraction qui doit servir d’intermédiaire, on voit ce comique très profond se relier au comique le plus superficiel. Oui, ces esprits chimériques, ces exaltés, ces fous si étrangement raisonnables nous font rire en touchant les mêmes cordes en nous, en actionnant le même méca­nisme intérieur, que la victime d’une farce d’atelier ou le passant qui glisse dans la rue. Ce sont bien, eux aussi, des coureurs qui tombent et des naïfs qu’on mystifie, coureurs d’idéal qui trébuchent sur les réalités, rêveurs candides que guette malicieusement la vie. Mais ce sont surtout de grands distraits, avec cette supériorité sur les autres que leur distraction est systéma­tique, organisée autour d’une idée centrale, — que leurs mésaventures aussi sont bien liées, liées par l’inexorable logique que la réalité applique à corriger le rêve, — et qu’ils provoquent ainsi autour d’eux, par des effets capables de s’additionner toujours les uns aux autres, un rire indéfiniment grandissant.

BERGSON, Henri, Le rire. Essai sur la signification du comique, Les Presses universitaire de France, « Édition du centenaire » des Œuvres de Bergson, 1959, pp. 391 à 485.


Intégral en version numérique gratuite sur le site web Les Classiques des sciences sociales :

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Je ne vais pas aller plus dans ce chapitre afin d’en préserver les « punchs » si ce n’est cette citation : « D’abord, remarquons avec Bergson que le rire a pour condition une certaine forme d’insensibilité : “Le comique naîtra quand les hommes réunis en groupe dirigeront leur attention sur l’un d’entre eux en faisant taire leur sensibilité et en exerçant leur seule intelligence” ». Le rire, une affaire d’intelligence ? À vous de le découvrir à la lecture de l’œuvre de Pierre Soubiale, Vous reprendrez bien un peu de philo ?

Tous les autres chapitres de ce livre sont de petits bijoux qui donnent à penser tout en développant notre esprit critique. J’accorde donc cinq étoiles sur cinq à Vous reprendrez bien un peu de philo ? de Pierre Soubiale. Apprendre la philo avec le rire ! C’est un ESSENTIEL !


Cinq étoiles sur cinq

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À LIRE AUSSI

Baudelaire et le rire classique – Comment se moquer du monde – Par Catherine Kintzler, le 14 août 2015

Bergson, Freud et le rire, Par Catherine Kintzler, le 6 septembre 2015

René Descartes, Les passions de l’âme (PDF)

Girard René Essais Français Mensonge Romantique Et Vérité Romanesque


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Article # 136 – Une fausse citation de Carl Gustav Jung circule sur le web francophone

« Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. »

Carl Gustav Jung

Citation tirée de : LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, Épigraphe, Le Livre de Poche, 2 juin 2021.


Personnellement et par défaut professionnel, je vérifie toujours les sources des citations mais celle-ci de Carl Gustav Jung n’est nulle part. Voici les résultats de ma recherche auprès des autorités et experts reconnus des écrits de Carl Gustav Jung.


Réponse # 1.

Bonjour,

Nous venons de publier un article Sur l’utilisation des citations de Carl Gustav Jung et nous déplorons comme vous que la plupart des citations ne sont pas sourcées. C’est un fléau sur internet, et si vous nous posez cette question c’est que vous n’avez pas trouvé l’information. Possiblement elle est tirée d’une phrase voisine, voire une paraphrase. En l’absence de source, prudence donc.


Bien à vous.

Jean-Pierre ROBERT

Espace Francophone Jungien cgjung.net

https://www.cgjung.net/


Réponse # 2.

Dear Mr. Guay

Thank you for your message and request, which we are unfortunately unable to answer. However, you are welcome to visit our library and carry out your research on site. The library is open on Friday between 9-12h and 13-16h.

May I mention at this point that in order to find a quotation, you would have to physically read through all of C.G. Jung’s works. Unfortunately, digital research is not possible. Thank you for your understanding.

With kind regards

Julia Budai

Library / Program & Event Organization
C.G. Jung-Institut Zürich, Küsnacht
Hornweg 28, CH-8700 Küsnacht
Tel.: +41 44 914 10 51, Fax: +41 44 914 10 50
budai@junginstitut.ch , www.junginstitut.ch


Réponse # 3.

Bonjour,

Je suis désolé de ne pas pouvoir répondre à votre question. Peut-être que l’institut C.G. Jung pourra vous aider : https://junginstitut.ch/en/About-Us/Contact.

Meilleures salutations,

Oliver Ammann

ETH Zurich, Oliver Ammann, Rare Books, ETH Library, Rämistrasse 101, 8092 Zurich, Switzerland, Phone +41 44 632 49 05, oliver.ammann@library.ethz.ch,

www.library.ethz.ch/en/


Réponse # 4.

Cher Serge-André Guay,

Je suis désolé mais il n’a pas été possible de trouver l’original allemand de la citation que vous recherchez. Franchement, je ne pense pas qu’il s’agisse vraiment d’une phrase de Jung. Elle semble s’être largement répandue sur les sites internet francophones, mais surtout dans des milieux non académiques, souvent dans le contexte de textes sur la covidopandémie ou sur des sites de coachs/thérapeutes. Et il n’y avait pas une seule référence scientifique (par exemple aux Collected Works de Jungs) à trouver. Je suppose que quelqu’un a attribué cette phrase à Jung et qu’elle s’est ensuite répandue sur l’internet francophone.

Je connais très bien Jung, en particulier ses textes sur la guérison. Il y a une citation qui se rapproche un peu de celle que vous recherchez – mais qui est en même temps très différente.

« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)

« […] nous [devons] d’abord prendre le chemin de la maladie, le mauvais chemin qui exacerbe les conflits et accroît la solitude jusqu’à l’insupportable, dans l’espoir que des profondeurs de l’âme, d’où vient toute destruction, grandira aussi le salut. »

Tous mes vœux de réussite,

Christiane Neuen

(membre du conseil d’administration de la Société C. G. Jung, Cologne)

ORIGINAL EN ANGLAIS

Dear Serge-André Guay,

I am sorry but it was not possible to find the German original of the quotation you are looking for. Frankly, I do not think it really is a sentence of Jung. It seems to have widely spread on French-speaking internet sites, but mostly in non-academic circles, often in the context of texts on the covid-pandemic or on sites by coaches/therapists. And there was not a single scientific reference (e.g. to Jungs Collected Works) to be found. I assume that someone attributed this sentence to Jung and then in spread in the French-speaking Internet.

I am very familiar with Jung, especially with his texts on healing. There is one quotation which comes a bit close to the one your are looking for – but at the same time it is very different.

« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)

« […] we [must] first take the path of illness, the wrong path that exacerbates the conflicts and increases the loneliness to the point of unbearability, in the hope that from the depths of the soul, from which all destruction comes, salvation will also grow. »

Wishing you all the best,

Christiane Neuen

(Board member of the C. G. Jung Society, Cologne)


Article # 135 – Débattre avec décence, Louis Cornellier, Opinion – Chronique, Le Devoir, 9 novembre 2024.

Nous sommes généralement convaincus d’avoir raison de penser ce que nous pensons. C’est normal. Dans le cas contraire, nous changerions d’idée. Personne ne veut être irrationnel. C’est la raison pour laquelle il est difficile de convaincre autrui.

CORNELLIER, Louis, Débattre avec décence, Opinion – Chronique, Le Devoir, 9 novembre 2024.

Cette citation est le premier paragraphe de « Débattre avec décence » publié par le quotidien LE DEVOIR dans la section Opinion/Chronique et signée par Louis Cornellier, chroniqueur (Présence Info, Jeu), essayiste et poète, enseignant de la littérature au collégial.

Revenons à la première phrase : « Nous sommes généralement convaincus d’avoir raison de penser ce que nous pensons. » Puisque je dis moi-même depuis déjà plusieurs années qu’il ne faut pas prendre pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense, je suis d’accord avec l’affirmation de Louis Cornellier.

Il ajoute « C’est normal » : « Nous sommes généralement convaincus d’avoir raison de penser ce que nous pensons. C’est normal. » Mais ce n’est pas normal de prendre pour vrai ce que nous pensons et ainsi se donner raison. « Penser » est un chose, « Avoir raison » en est une autre.

Louis Cornellier pour suit : « Dans le cas contraire, nous changerions d’idée. Personne ne veut être irrationnel. » Changer d’idée, ce n’est pas « être irrationnel ». Ce qui est irrationnel, c’est de prendre pour vrai ce que l’on pense pour se donner raison. Ce qui est tout aussi irrationnel, c’est d’être « convaincus d’avoir raison de penser ce que nous pensons ».

Enfin, il termine son paragraphe en soutenant : « C’est la raison pour laquelle il est difficile de convaincre autrui. » Chacun étant convaincu d’avoir raison, on peut comprendre qu’il soit effectivement « difficile de convaincre autrui ». Mais ce n’est certainement parce que je suis convaincu d’avoir raison que je veux nécessairement convaincre autrui. On peut tout aussi bien se donner raison tout seul dans son coin, dans sa caverne.

Cette Opinion/Chronique de Louis Cornellier se veut un recensement du livre L’ART DE NE PAS TOUJOURS AVOIR RAISON de MARTIN DESROSIERS dont j’ai fait rapport de ma lecture (cliquez ici pour le lire) et c’est pourquoi Louis Cornellier appelle en titre à « Débattre avec décence ». Il justifie clairement cet appel dans l’avant-dernier paragraphe de son texte :

L’échange d’idées s’accompagne inévitablement de désaccords, ce qui est normal et légitime, mais il devient stérile quand il dégénère en un « combat sans merci ». Si on exclut la possibilité de se corriger soi-même grâce à l’échange, si on réserve son esprit critique à l’autre sans jamais le tourner vers soi, on plastronne pour la galerie, on s’autocongratule, on fait monter la pression sociale, mais on méprise la justesse, la justice et l’esprit démocratique. Être un « interlocuteur décent » est un défi pour tous, pour moi y compris.

CORNELLIER, Louis, Débattre avec décence, Opinion – Chronique, Le Devoir, 9 novembre 2024.

Comment ne pas constater que tous ceux celles qui ne pensent que pour se donner raison vivent au rez-de-chaussé de l’édifice social, ce qui implique de ne disposer d’aucune possibilité de prendre du recul pour ainsi penser contre soi-même.


Lire l’intégral de cette Opinion/Chronique de Louis Cornellier sur le site web du quotidien LE DEVOIR


VOIR AUSSI

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

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Article # 134 – Développer son esprit critique face au monde de la désinformation, Gérald Bronner, vidéos de la conférence

« Développer son esprit critique face au monde de la désinformation », première partie du cycle de conférence présenté par Gérald Bronner.

Présenté le 4 février 2025

Amphithéâtre Richelieu de La Sorbonne

L’ère des infox et des « vérités alternatives » menace ce qu’il y a de plus précieux dans les sociétés humaines : la possibilité du débat constructif. L’une des solutions possibles les mieux identifiées par la science contemporaine à cette situation préoccupante est que chaque citoyen puisse affiner son jugement face à ce déferlement d’informations : développer son esprit critique. C’est ce que propose ce séminaire gratuit et ouvert à toutes et tous en Sorbonne, grâce au soutien de la Fondation Descartes.

Gérald Bronner est Professeur à la Sorbonne, membre de l’Académie des technologies et de l’Académie nationale de médecine. Sociologue, il travaille notamment sur les croyances collectives et a publié de nombreux ouvrages sur ces questions : Apocalypse cognitive ; Les Origines…. Ses travaux ont été couronnés par onze prix dont le prix des Lumières, le prix Aujourd’hui ou encore le prestigieux EUROPEAN AMALFI PRIZE For Sociology and Social Science. Il est traduit dans de nombreux pays.

Le Fonds de dotation pour la création de la Fondation Descartes est une initiative citoyenne, apartisane, indépendante et européenne dédiée aux enjeux de l’information et du débat public dans une société démocratique. Elle a pour mission de nourrir la recherche et la réflexion sur les conditions de production d’une information de qualité et de contribuer à restaurer la confiance des citoyens en l’information.

Coordination technique, sonorisation et enregistrement : Yann Domenech

Captation vidéo : Maxence Magniez et Valentine Petitjean

Montage vidéo : Maxence Magniez

Postproduction & étalonnage : Maxence Magniez

Lien documentation et supports : https://dropsu.sorbonne-universite.fr…

Crédits vidéo : Direction des affaires culturelles de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université


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Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

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Article # 132 – L’art de ne pas toujours avoir raison, Martin Desrosiers, Leméac Éditeur, 2024

J’ai lu pour vous

Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

Martin Desrosiers

L’art de ne pas toujours avoir raison

Penser contre soi-même avec Montaigne

Leméac Éditeur

Commander via le site Les Libraires (Canada)


Titre : L’art de ne pas toujours avoir raison

Collection : L’Inconvénient

Auteur : Martin Desrosiers (Professeur de philosophie)

Éditeur : Leméac (Editeur), 2024

ISBN EPUB : 9782760970618

ISBN Papier : 9782760994935

Nombre de pages : 112 pages

Publication : 25 septembre 2024


RÉSUMÉ SUR LE SITE WEB DE L’ÉDITEUR

RÉSUMÉ

Martin Desrosiers se demande comment retrouver les conditions d’un dialogue sain et constructif dans un contexte de forte polarisation et de guerre culturelle, où les médias sociaux servent davantage à conforter ses propres opinions qu’à les confronter à des idées autres, adverses. Il part du constat que la promesse annoncée par les réseaux sociaux au moment de leur lancement – servir la démocratie, encourager les échanges – s’avère jusqu’ici un échec.

Le titre de cet essai prend le contrepied du célèbre traité de Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison, et l’auteur y démontre qu’une grande partie de la philosophie moderne (et de son enseignement) sert malgré elle à former des rhéteurs habiles, capables de triompher de leur adversaire, bref de gagner une joute oratoire, sans égard pour la recherche de la vérité elle-même, qui se trouve pourtant au cœur de l’aventure philosophique. Si nous sommes bien formés dans l’art de persuader l’autre, si nous maîtrisons la logique de l’argumentation, nous sommes étrangement démunis quand vient le temps de nous laisser persuader par l’autre. Car le vrai dialogue, rappelle Desrosiers, renferme aussi la possibilité que nous ayons tort et que l’autre ait raison.

Pour retrouver le sens perdu du dialogue, l’auteur propose de revenir à la figure de Montaigne, le saint patron des essayistes. Il montre que le doute, l’humilité, l’écoute et le silence sont des vertus que Montaigne place au centre de sa recherche, et que nous aurions tout intérêt, à l’échelle individuelle aussi bien que collective, à cultiver.

À l’aide d’une écriture précise, cet essai éclaire le présent par le prisme du passé et enrichit notre compréhension du monde actuel par l’entremise d’une culture humaniste toujours pertinente. Ce livre intéressera toute personne soucieuse de comprendre pourquoi le dialogue est aujourd’hui si difficile, et qui voudrait apprendre à se disputer de manière plus productive.


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le dialogue démocratique est-il encore possible alors que les médias sociaux et la joute politique favorisent les réactions épidermiques et polarisantes ? Comment sortir du cul-de-sac dans lequel nous sommes coincés et apprendre à discuter d’enjeux sociaux de manière à la fois robuste, inclusive et productive ? Car si nous sommes enclins à vouloir persuader l’autre, nous sommes étrangement démunis quand vient le temps de l’écouter et de nous laisser convaincre. Pourtant, tout échange authentique suppose que nous puissions avoir tort.

Afin de se retrouver dans cette cacophonie, l’auteur propose, avec une lucidité pleine d’humour, une lecture fine de notre époque, de ses limites comme de ses promesses. Convoquant Montaigne, il montre à quel point l’humilité, l’ouverture, la souplesse, la curiosité et l’écoute sont des vertus intellectuelles précieuses, que nous aurions plus que jamais intérêt à cultiver.

Martin Desrosiers

Professeur de philosophie au collège Jean-de-Brébeuf, Martin Desrosiers a fait paraître des textes dans le journal Le Devoir. L’art de ne pas toujours avoir raison est son premier livre.

Source : Leméac éditeur.


TABLE DES MATIÈRES

1. L’obstineux et le philosophe

2. Démilitariser le dialogue

3. Le contrepoids de l’humilité

4. Montaigne, dégonfleur d’ego

5. Sortir de soi : l’ouverture comme vertu

6. Changer d’idée : la souplesse comme vertu

7. Rester attentif : la curiosité comme vertu

8. Apprendre à se taire : la générosité comme vertu

Épilogue


EXTRAIT DU TEXTE DU LIVRE

1. L’obstineux et la philosophe

« Nous sommes à un moment charnière dans le développement de notre communauté globale […] L’histoire est ponctuée de moments semblables. Nous avons fait des pas de géant en passant des tribus aux villes puis aux nations, et avons toujours réussi à nous épanouir, à atteindre le niveau suivant en construisant de nouvelles infrastructures […] C’est un honneur de partager cette aventure avec vous. Merci de faire partie de cette communauté, et merci de créer un monde plus ouvert et connecté. »

MARK ZUCKERBERG (notre traduction)

On nous avait promis un tout autre monde. Pendant au moins une décennie, de 2005 à 2015, tous les espoirs étaient permis : grâce au développement de ce qu’il était alors convenu d’appeler le web participatif, ou web social, nous devions créer un vaste réseau délibératif, plus ouvert, plus invitant, où chacun aurait enfin voix au chapitre. Le cyberespace se transformant en une immense place publique virtuelle, de meilleurs jours politiques étaient devant nous : jusqu’alors des ego atomisés, nous étions appelés à devenir les membres d’une grande et heureuse famille cybernétique qui, par- delà les anciennes frontières, pourraient discuter et délibérer en temps réel. « Inventez la presse à imprimer, et la démocratie devient inévitable », disait déjà Thomas Carlyle. L’histoire plus récente devait emprunter le même chemin : inventez les réseaux sociaux, et les atomes isolés d’hier deviendront, demain, des citoyens numériques avisés et engagés ? une « communauté globale », dixit Zuckerberg. Les Anciens avaient leurs agoras et leurs forums, les Lumières avaient leurs salons et leurs cafés, nous aurions Twitter et Facebook. Entre la vidéo d’un chat avec un chapeau comique qui joue du piano et une photo de mon dernier osso buco, nous allions réinventer la démocratie.

On connaît la suite : les espoirs des prophètes du web 2.0 ont été brutalement déçus et, pour beaucoup, le fantasme de ce qu’on appelait encore sans rire la cyberdémocratie a viré au cauchemar. S’est installée, depuis, une suspicion généralisée à l’égard des nouvelles technologies (un techlash, selon le terme consacré), désormais tenues responsables de tous nos maux et malaises sociaux. Chroniqueurs et quidams, intellectuels et politiciens, tous s’entendent : le dérèglement de notre climat politique serait d’abord dû à l’emprise culturelle et psychologique des réseaux sociaux. La montée des discours haineux, du populisme et du conspirationnisme serait ainsi la rançon des « progrès » technologiques que l’on connaît. Alors que les plus modérés regrettent « l’art oublié du débat démocratique1 », les plus inquiets en sont à se demander si, dans ce « cauchemar à la Blade Runner 2 » que sont devenus les réseaux sociaux, la démocratie pourra même survivre3 ? et, parmi eux, comble de l’ironie, certains collaborateurs de la première heure chez Facebook4.

Bien sûr, ces inquiétudes sont parfois aussi excessives que l’enthousiasme quasi messianique qui les a précédées. Elles tendent à nous faire oublier les bienfaits récréatifs des réseaux sociaux, qui facilitent comme jamais la construction de communautés d’intérêts et qui optimisent de manière extraordinairement efficace nos échanges avec nos proches (et nos moins proches). Cela dit, les critiques de ce genre visent juste lorsqu’elles mettent en cause les effets corrosifs des réseaux sociaux sur la qualité de nos discussions politiques et, plus exactement, sur notre capacité collective à entretenir une conversation démocratique libre et fructueuse. Les cris d’alarme sont stridents parce que l’enjeu est vital : lorsque le dialogue politique est entravé au point d’interdire tout échange digne de ce nom, il en va non seulement de la santé, mais de la survie même de nos démocraties. Si nous restons tous obstinément attachés à nos certitudes, et que les clivages politiques qui en résultent sont perçus, à tort plus qu’à raison, comme des gouffres insurmontables, le débat démocratique devient une guerre de tranchées sans issue. Chacun reste indéfiniment campé sur ses positions, parce que la moindre concession à l’ennemi est une compromission. Il ne reste alors plus qu’à nous autocongratuler de nos certitudes en lançant, du haut de notre supériorité morale, des grenades rhétoriques à nos adversaires.

Bien sûr, le dialogue démocratique ne peut pas se faire sans heurts. Il comporte nécessairement une dimension antagoniste. Seulement, il existe des conflits plus productifs que d’autres. Si nous nous retrouvons présentement dans une impasse, donc, c’est que nous ne savons pas nous disputer d’une manière qui soit à la fois robuste, inclusive et productive. La nuance est importante : notre problème ne tient pas tellement au fait que l’on se chicane trop, mais que l’on se chicane mal. En ce sens, il ne faut pas toujours s’effrayer de la présence de convictions politiques contradictoires dans l’espace public : après tout, ce qui distingue une société totalitaire d’une société démocratique, c’est justement la possibilité de créer une sphère de délibération publique dans laquelle s’entrechoquent des idées contraires. Il ne faudrait pas non plus s’émouvoir de la présence, dans ce même espace, d’idées trop « extrêmes », pour autant qu’elles ne cherchent pas à subvertir les règles du jeu démocratique : de toute manière, la radicalité est une catégorie bien relative, et les idées consensuelles d’aujourd’hui étaient, pas plus tard qu’hier, jugées irréalistes. Qu’il y ait chicane dans la cabane démocratique, c’est justement l’idée, mais que cette chicane soit véhémente au point de devenir irraisonnable et improductive, c’est le danger bien réel qui nous guette. Ainsi, si la polarisation politique, en général, n’est pas intrinsèquement problématique ? le fait qu’il existe au sein de la société civile et de la classe politique des forces idéologiques plurielles et antagonistes, loin de constituer une menace pour l’avenir des démocraties, est plutôt la preuve de leur vitalité ?, la polarisation affective 5, par contre, est autrement inquiétante : la tendance, partout présente sur les réseaux sociaux, à entretenir une animosité envers nos opposants idéologiques au point de présumer de leurs moindres intentions, d’exagérer les différences qui nous séparent et de les envisager comme des ennemis indignes de considération met fin au dialogue démocratique avant même qu’il ne commence. D’ailleurs, nul besoin de s’inventer des scénarios catastrophes, puisque les culture wars étatsuniennes peuvent déjà servir d’avertissement : non seulement l’hostilité affective qui oppose les démocrates aux républicains paralyse la vie politique en rendant presque impossible toute initiative transpartisane, et non seulement le spectre de la violence hante constamment le débat public, mais la conversation démocratique consiste essentiellement à rivaliser d’insultes et d’invectives. La démocratie meurt dans le silence, certes, mais elle peut tout aussi bien se perdre dans la cacophonie d’un dialogue de sourds.

Ce que j’évoque ici peut sembler une évidence. Et pourtant, j’ai mis beaucoup trop de temps à le comprendre. Car j’ai été, je l’avoue, un ergoteur. Un obstineux. Celui qui feint l’ouverture, mais qui, en réalité, souhaite secrètement mettre en échec la personne à qui il s’adresse. Celui qui, avec un mélange d’insécurité et d’arrogance, cherche avant tout la phrase assassine, la saillie cinglante, la pique acerbe. Celui qui balance aussi passivement qu’agressivement des énormités, puis qui s’étonne des réactions qu’il suscite (« C’est quoi le problème, je fais juste poser des questions ! »). Celui qui défend bec et ongles une position, mais sans trop y croire, pour le pur plaisir de la polémique. Celui qui adopte un ton inutilement combatif et convaincu, mais qui se scandalise dès que l’autre devient émotif. Celui qui interrompt, qui roule des yeux, qui soupire. Celui qui, au fond, veut surtout gagner. Et, oui, je dois aussi l’avouer : celui qui passe beaucoup trop de temps sur Twitter et Facebook à s’immiscer dans des débats stériles, non pas pour réfléchir et évoluer, mais pour marquer des points ou, par voyeurisme, pour guetter les réactions qu’il suscite. Pour tout dire, j’ai été celui qui consacre toutes ses énergies à toujours avoir raison, ou du (…)

Cet extrait est disponible sur le site web de LESLIBRAIRES.CA.


REVUE DE PRESSE

Discussion : comment sortir de sa chambre d’écho?
Pénélope, Radio-Canada, 7 janvier 2025.

Entrevue livre avec Martin Desrosiers pour L’art de ne pas avoir raison.
Il restera toujours la culture, 18 décembre 2024.


Pour une éthique de la discussion

L’art de dialoguer de manière constructive

Dans l’essai L’art de ne pas avoir toujours raison, Martin Desrosiers jette les bases d’une éthique de la discussion. L’enseignant de philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf nous invite à redécouvrir des vertus intellectuelles essentielles à l’échange démocratique : l’humilité, l’ouverture, la curiosité et l’écoute. Un ouvrage à la fois précis et décontracté, qui offre un remède à la polarisation des idées.

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Apprendre à ne rien savoir ou presque

Paul Journet, La Presse

« Oh, tu devrais acheter ce livre pour ton ami… »

Publié le 4 janvier

Au Salon du livre de Montréal, Martin Desrosiers entendait souvent la remarque devant le présentoir de son excellent essai L’art de ne pas toujours avoir raison.

On connaît en effet tous quelqu’un qui gagnerait à découvrir les charmes insoupçonnés de l’humilité. Mais il y a une personne en priorité à qui chacun devrait offrir ce livre : soi-même.

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Opinions- Publié le 18 février

Dans le confort de ma chambre d’écho

Selon Martin Desrosiers, une chambre d’écho est « un espace discursif à l’intérieur duquel j’entends les voix de l’extérieur, mais, puisque je m’en méfie au point de ne leur accorder aucune crédibilité, je les déconsidère avant même qu’un quelconque dialogue puisse commencer ».

Le professeur de philosophie Martin Desrosiers fournit quelques pistes pour réussir à écouter « les voix de l’extérieur » et à reprendre le dialogue avec celles-ci.

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Débattre avec décence

Louis Cornellier, LE DEVOIR, 9 novembre 2024.

Nous sommes généralement convaincus d’avoir raison de penser ce que nous pensons. C’est normal. Dans le cas contraire, nous changerions d’idée. Personne ne veut être irrationnel. C’est la raison pour laquelle il est difficile de convaincre autrui.

Au moment où le débat s’enclenche, les participants ne sont pas idéologiquement vierges. Des opinions les habitent depuis longtemps, construites au gré des expériences, de l’éducation, des lectures et des rencontres. Ces convictions nous constituent, forment une part importante de notre identité, si bien qu’en changer devient presque impossible.

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L’art de ne pas toujours avoir raison

Sébastien St-Hilaire, LE DEVOIR, 11 février

Il y a des livres qui tombent entre nos mains au moment parfait. L’art de ne pas toujours avoir raison, de Martin Desrosiers, est un de ceux-là. Arrivé sous le sapin à Noël, ce court essai m’a immédiatement interpellé, car, depuis quelques années, je m’efforce de poser des questions plutôt que de donner mon opinion. Est-ce un signe de sagesse ou de lassitude ? J’ai mis de côté les autres ouvrages que je lisais pour le dévorer en quelques heures. Peut-être parce que, comme beaucoup d’entre nous, je trouve difficile de naviguer dans un monde polarisé, où chacun campe sur ses positions et sur ses croyances, convaincu d’avoir raison et refusant d’envisager une autre perspective.

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AU SUJET DE L’AUTEUR

Martin-Desrosiers-©-Annemarie-Baribeau
Martin-Desrosiers – © – Annemarie-Baribeau

Professeur de philosophie au collège Jean-de-Brébeuf, Martin Desrosiers a fait paraître des textes dans le journal Le Devoir. L’art de ne pas toujours avoir raison est son premier livre.

Une idée derrière la tête

Par Martin Desrosiers et Gabriel Malenfant

Balado philosophique animé par Martin Desrosiers et Gabriel Malenfant, professeurs au Collège Jean-de-Brébeuf. Ce balado s’adresse en premier lieu aux étudiant.es en philosophie du réseau collégial québécois, mais pourra plaire à quiconque a une idée derrière la tête.

Visiter le site web du balado

VOIR AUSSI

Les six lauréats du concours Philosopher 2021 « La popularité est-elle la nouvelle autorité? »


MON RAPPORT DE LECTURE

Martin Desrosiers

L’art de ne pas toujours avoir raison

Penser contre soi-même avec Montaigne

Dans « L’art de ne pas toujours avoir raison », le professeur de philosophie au Collège Jean-de-Brébœuf (Montréal, Québec), Martin Desrosiers, confesse son comportement sur les réseaux sociaux : « Car j’ai été, je l’avoue, un ergoteur. Un obstineux. »

OBSTINÉ, -ÉEa) Qui s’attache fermement, avec constance à une idée, à une conviction, à une résolution, à une entreprise. Synon. acharné, opiniâtre, persévérant, tenace. Adversaire, chercheur obstiné.Source : Obstineux, définition, Centre Nationale de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL).

Ce que j’évoque ici peut sembler une évidence. Et pourtant, j’ai mis beaucoup trop de temps à le comprendre. Car j’ai été, je l’avoue, un ergoteur. Un obstineux. Celui qui feint l’ouverture, mais qui, en réalité, souhaite secrètement mettre en échec la personne à qui il s’adresse. Celui qui, avec un mélange d’insécurité et d’arrogance, cherche avant tout la phrase assassine, la saillie cinglante, la pique acerbe. Celui qui balance aussi passivement qu’agressivement des énormités, puis qui s’étonne des réactions qu’il suscite (« C’est quoi le problème, je fais juste poser des questions ! »). Celui qui défend bec et ongles une position, mais sans trop y croire, pour le pur plaisir de la polémique. Celui qui adopte un ton inutilement combatif et convaincu, mais qui se scandalise dès que l’autre devient émotif. Celui qui interrompt, qui roule des yeux, qui soupire. Celui qui, au fond, veut surtout gagner. Et, oui, je dois aussi l’avouer : celui qui passe beaucoup trop de temps sur Twitter et Facebook à s’immiscer dans des débats stériles, non pas pour réfléchir et évoluer, mais pour marquer des points ou, par voyeurisme, pour guetter les réactions qu’il suscite. Pour tout dire, j’ai été celui qui consacre toutes ses énergies à toujours avoir raison, ou du moins à en avoir l’air aux yeux d’autrui, et qui fait ainsi passer son ego avant son caractère intellectuel. Le problème avec l’obstineux que je fus naguère, ce n’est pas simplement qu’il pouvait être désagréable ou manquer de civilité : le problème, c’est que ses défauts faisaient carrément obstacle à la connaissance elle-même, en radant quasi impossible tout progrès ou toute compréhension mutuelle. J’étais loin d’être seul, et loin d’être le pire, mais j’ai trop longtemps joué dans ce mauvais film.

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 12-13.

L’auteur pointe du doigt la formation en philosophie.

À ma décharge, ma formation en philosophie m’aura peut être ouvert la voie. C’est que trop souvent, pour ne pas dire presque toujours, ce qu’on pourrait appeler la dimension caractérologique de la pensée critique est passée sous silence, même et surtout chez ceux et celles qui, comme moi aujourd’hui, l’enseignent. Dans les cours de philosophie – du moins dans les cours d’introduction qui présentent les théories de l’argumentation -, l’accent est souvent mis, plutôt que sur le développement d’un caractère intellectuel, sur l’acquisition de compétences argumentatives : il s’agit, en gros, d’éviter les raisonnements fallacieux (sophismes et paralogismes) en assimilant de nouvelles connaissances théoriques (règle de l’inférence déductive et inductive), puis en maîtrisant de nouvelles techniques (la construction de raisonnements valides). C’est ainsi que l’on s’assure – du moins est-ce l’intention pédagogique, comme le précise de ministère de l’Éducation du Québec à l’intention des professeur•e•s de philosophie – du « respect des exigences de la rationalité dans l’argumentation7 ». Vaste programme, mais qui reste pourtant insuffisant. (…)

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NOTE

7 Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Composantes de la formation générale, Québec, Bibliothèques et archives nationales du Québec, 2017, p. 18.

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 13-14.

P.S. : Voici le lien vers le document en référence à la note 7.

Martin Desrosiers constate l’échec des réseaux sociaux ayant promis de « créer un monde plus ouvert et connecté » (Mark Zuckerberg).

On connaît la suite : les espoirs des prophètes du web 2.0 ont été brutalement déçus et, pour beaucoup, le fantasme de ce qu’on appelait encore sans rire la cyberdémocratie a viré au cauchemar. S’est installée, depuis, une suspicion généralisée à l’égard des nouvelles technologies (un techlash, selon le terme consacré), désormais tenues responsables de tous nos maux et malaises sociaux. Chroniqueurs et quidams, intellectuels et politiciens, tous s’entendent : le dérèglement de notre climat politique serait d’abord dû à l’emprise culturelle et psychologique des réseaux sociaux. La montée des discours haineux, du populisme et du conspirationnisme serait ainsi la rançon des « progrès » technologiques que l’on connaît. Alors que les plus modérés regrettent « l’art oublié du débat démocratique1 », les plus inquiets en sont à se demander si, dans ce « cauchemar à la Blade Runner2 » que sont devenus les réseaux sociaux, la démocratie pourra même survivre3 ? et, parmi eux, comble de l’ironie, certains collaborateurs de la première heure chez Facebook4.

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NOTES

1Michael Sandel, The Lost Art of Democratic Debate (vidéo), TED Talk, 2010, 19 min 26 s. Voir aussi « L’art (presque perdu) du dialogue, numéro spécial de l’Inconvénient, no 83, 2001.

2Peter Pomeranstev, « The Web Is a Blade Runner Nightmare, but There Is a Way to Stem the Tide of Lies », The Guardian, 17 février 2023.

3 Nathaniel Persily, « Can Democracy Survive the Internet? », Journal of Democracy, vol. 28, No 2, 2017, P. 63-76

4 Roger McNamee, Facebook, une catastrophe annoncée, Lausanne, Quanto, 2019.

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 8-9.


(…) Le nuance est importante : notre problème ne tient pas tellement au fait que l’on se chicane trop, mais que l’on se chicane mal. (…)

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 10.


Le fait d’être intellectuellement adroit n’a jamais été un gage de droiture intellectuelle. Mes aptitudes argumentatives ne garantissent aucunement que je sois un penseur constructif (dans mon rapport à moi-même). (…) Raison de plus pour ne pas confondre l’argumentateur habile et l’interlocuteur décent : on peut très bien être intelligent (au sens faible du terme) sans être intelligent (au sens fort du terme). Entre un provocateur professionnel et un véritable penseur, entre un arriviste de l’argumentation et un philosophe, il y a tout un monde.

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 15-16.

Le professeur de philosophie Martin Desrosiers conclut en ces mots le premier chapitre de son essai :

En tant que professeur de philosophie, je n’ai plus envie de former des obstineux habiles que se servent de leur talent intellectuel pour mieux rationaliser leurs certitudes, ou pour affirmer leur ascendant sur les autres, ou pour épater la galerie numérique. J’ai envie de contribuer à une pensée qui, plutôt que de chercher par tous les moyens à s’imposer envers et contre les autres, est assez courageuse pour penser contre elle-même.

DESROSIERS, Martin, 1. L’obstineux et le philosophe, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 16.

Je savais déjà que nous visons dans un monde où tout un chacun se donne raison, s’enferme dans ses croyances, se barricade dans un système sans faille qui ne laisse pas entrer la lumière, mais je ne savais pas que l’enseignement de la philosophie au collégial contribuait un temps soit peu à cet état de fait. En fait, je croyais le contraire. Il faut certainement pas généraliser et mettre au banc des accusés l’ensemble de l’enseignement de la philosophie au collégial. Je suis accablé par la confession de ce professeur de philosophie. Je viens de me rendre compte que je m’illusionnais d’espoir sur l’enseignement de la philosophie. Je ne tenais pas compte de l’importance du caractère intellectuel propre à chaque professeur dans l’exercice de ses fonctions.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, je vis depuis plus de cinquante ans avec l’idée que la lumière entre par les failles et qu’il ne sert à rien de se donner raison, c’est-à-dire de s’enferme dans le noir. Adolescent, je soutenais que si tu as une meilleure idée que la mienne, dépêches-toi de m’en faire part que je ne perdre pas mon temps avec une idée devenue désuète. Le comportement des adultes de mon entourage avait joué un rôle essentiel dans ma compréhension des aléas d’un système de penser sans faille. À un moment donné, j’ai même cru que de devenir adulte, c’était acquérir le pouvoir de se donner raison envers et contre tous, c’était du moins ce que je constatais autours de moi. Avoir raison ne me servirait à rien tout au long de ma vie. Je ne suis pas du genre à colmater en urgence toute faille dans mon système de penser et encore moins dans mes pensées elles-mêmes. Certes, j’avais de profondes convictions et des croyances que je mettais à l’épreuve, question de ne pas m’enfermer dans le noir et être à 68 ans ce que j’étais à 15 ans.

Aussi, j’ai très peu participé à des échanges sur les réseaux sociaux. Je n’ai donc pas été victime d’un détournement de mon caractère intellectuel. Je fuyais tout ce qui pouvait s’en approcher. M’obstiner pour M’obstiner ne m’a jamais intéressé. Et si je défendais un point de vue, c’était uniquement sur la base d’une expérience pratique de mes connaissances dans un domaine donné. Mes opinions n’avaient donc aucune valeur contrairement à mes connaissances. Ma vie se résume en trois étapes : 1. j’ai vendu mes idées (de solutions à des problèmes); 2. j’ai testé les idées des autres (pour aider à la prise de décision); 3. j’ai édité les idées des autres (pour donner droit au chapitre).

Si, à mon époque, les adultes donnaient l’impression qu’il fallait avoir raison pour être bien dans sa peau et soutenir ses convictions, aujourd’hui, les jeunes cherchent par eux-mêmes à avoir raison avec une étonnante force de conviction circulaire. Ils n’ont apparemment plus besoin de l’exemple des adultes. Les réseaux sociaux s’en chargent. Et je me désole de voir notre jeunesse dépendante des écrans sans souci aucun dans une ambiance de corridor.

Dans ce contexte, la prise de conscience et les efforts déployés par le professeur de philosophie Martin Desrosiers auprès de ses élèves et de la population des lecteurs sont plus que louables.

Il dénonce la polarisation extrême sur les réseaux sociaux, notamment dans le domaine de la politique. Il introduit le deuxième chapitre de son essai, Démilitariser le dialogue, en ces mots :

Comment revenir du précipice politique et apprendre à mieux dialoguer ? C’est là que les choses se corsent. Si à peu près tout le monde s’entend pour déplorer le climat délétère qui sévit sur les réseau sociaux, les avis divergent quand vient le temps d’en cerner les causes. Première hypothèse, plus sociologique : les espaces numériques dans lesquels la plupart de nos échanges politiques ont maintenant lieu son structurés de manière à nous conduite, nécessairement, au tribalisme idéologique. On se définit d’abord en choisissant un clan : nationaliste-anti-woke, vegan-intersectionnel, livre-penseur-empêcheur-de-tourner-en-rond, etc. C’est l’architecture même des réseaux sociaux qui serait en cause : non seulement le caractère public de nos échanges offre de forts incitatifs au fait de signifier ostentatoirement notre appartenance à une tribu politique en écrasant un membre de la tribu voisine ( de l’exogroupe envers et contre lequel nous nous définissons), mais les structures algorithmiques des réseaux sociaux nous enferment dans des chambres d’écho médiatiques à l’intérieur desquelles nous sommes continuellement réexposés à ce que nous savons et croyons déjà. (…)

DESROSIERS, Martin, 2. Démilitariser le dialogue, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 17-18.

« Très intuitive, ajoute Martin Desrosiers, cette hypothèse reste tout de même fragile, du moins pour l’instant ». Il y a débat précise le professeur de philosophie : « Faute de consensus scientifique, technophile et technophobes peuvent facilement trouver de quoi justifier leurs présupposés respectifs. Ainsi le débat sur les chambres d’écho se déroule désormais… dans les chambres d’écho ».

(…) Nous n’avons peut-être pas « oublié » ou « perdu » l’art du débat démocratique, pour la simple raison que, n’ayant pas été formés en ce sens, nous ne l’avons jamais pratiqué. (…)

DESROSIERS, Martin, 2. Démilitariser le dialogue, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 20.

Personnellement, j’ai été éduquer par des parents très impliqués dans une famille politique en raison de l’élection d’un frère de mon père à titre de député à la Chambre des Communes du gouvernement du Canada, et ce, pendant vingt ans à compter des années 1960. À cette époque riche en débats contradictoires, nous apprenions vite les règles de l’art de la politique respectées dans les assemblées publiques entre les candidats. Oui au débat dans le plus grand respect de l’autre. Oui à l’argumentaire du meilleur programme politique. Non à la démolition de l’autre, du moins en public.

(…) D’où la première de deux intuitions qui ne serviront de fil conducteurs : notre capacité à réfléchir, discourir et débattre de manière fructueuse ne dépend pas d’abord de nos habiletés argumentatives, mais de nos habitudes et attitudes intellectuelles12. (…)

____________

NOTE

12 Je suis loin d’être le premier à défendre cette thèse. Ma position s’inspire très largement de la virtue epistemoloy (que je proposerais de traduire par « éthique des vertus épistémiques»), un courant contemporains en philosophie anglo-saxonne, malheureusement très peu connu dans le monde francophone, qui cherche à penser des habitudes et des attitudes favorisant la connaissance (des vertus épistémiques) et à identifier celles qui y font obstacle (des vices épistémique). Pour le texte fondateur de cette tradition, voir Linda Zagebski, Vertues of the Mind : An Inquiry into the Narure of Virtue ans the Ethical Foundation ok Knowledge, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

DESROSIERS, Martin, 2. Démilitariser le dialogue, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 22. P.S. : Le lien vers le livre mentionné dans la Note est de nous.

P.S. : Le lien vers le livre mentionné dans la Note est de nous.

1. Introduction à l’épistémologie de la vertu

L’épistémologie de la vertu est un ensemble d’approches récentes de l’épistémologie qui accordent aux concepts de vertu épistémique ou intellectuelle un rôle important et fondamental.

L’avènement de l’épistémologie de la vertu a été au moins partiellement inspiré par un renouveau assez récent de l’intérêt pour les concepts de vertu parmi les philosophes moraux (voir, par exemple, Crisp et Slote 1997). Notant cette influence de l’éthique, Ernest Sosa a introduit la notion de vertu intellectuelle dans le débat épistémologique contemporain dans un article de 1980 intitulé « The Raft and the Pyramid » (Le radeau et la pyramide). Sosa y soutenait qu’un appel à la vertu intellectuelle pourrait résoudre le conflit entre les fondamentalistes et les cohérentistes sur la structure de la justification épistémique. Depuis la publication de l’article de Sosa, plusieurs épistémologues se sont tournés vers les concepts de vertu intellectuelle pour aborder un large éventail de questions, du problème de Gettier au débat internalisme/externalisme en passant par le scepticisme.

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

1. Introduction to Virtue Epistemology

Virtue epistemology is a collection of recent approaches to epistemology that give epistemic or intellectual virtue concepts an important and fundamental role.

The advent of virtue epistemology was at least partly inspired by a fairly recent renewal of interest in virtue concepts among moral philosophers (see, for example, Crisp and Slote 1997). Noting this influence from ethics, Ernest Sosa introduced the notion of an intellectual virtue into contemporary epistemological discussion in a 1980 paper, “The Raft and the Pyramid.” Sosa argued in this paper that an appeal to intellectual virtue could resolve the conflict between foundationalists and coherentists over the structure of epistemic justification. Since the publication of Sosa’s paper, several epistemologists have turned to intellectual virtue concepts to address a wide range of issues, from the Gettier problem to the internalism/externalism debate to skepticism.

Source : Virtue Epistemology, © Copyright Internet Encyclopedia of Philosophy and its Authors | ISSN 2161-0002.

P.S.: Les liens vers l’article « The Raft and the Pyramid / Le radeau et la pyramide  » sont de nous.


Ah ! L’épistémologie. C’est par cette discipline que je fus réintroduit à la philosophie dans les années 1990. Voici une science que j’aime beaucoup parce qu’elle est au fondement du développement de l’esprit critique, de la pensée qui se pense.

épistémologie

nom féminin           didactique

  1. Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
  2. Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget).

Épistémologie génétique.

Source : Dictionnaires Le Robert – Dico en ligne.

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Dans mon essai et témoignage de gouvernance personnelle, accessible gratuitement sur le web sous le titre « J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout chacun se donne raison », le premier chapitre s’inspire de l’épistémologie appliquée à mes connaissances sous le titre « La pensée certaine », un éloge à mon dicton « La lumière entre par les failles ».

Je m’instruis alors avec des manuels scolaires traitant de la connaissance scientifique et de la connaissance en générale.

C’est le chercheur américain pionnier des études des motivations d’achat des consommateurs, Louis Cheskin, qui me conduit à l’épistémologie. Dans ses livres où il expose les résultats de ses recherches, un nouveau titre à tous les deux ans pendant trente ans, Louis Cheskin traite entre autres sujets des attitudes, fondement de notre comportement. Les attitudes adoptées en dernière étape du traitement d’un stimulus en notre esprit dictent nos comportements. J’en suis informé en 1992 à la lecture de son premier livre publié en 1940.

Je suis étonné que le texte fondateur de la « virtue epistemoloy (que je proposerais de traduire par « éthique des vertus épistémiques»), « courant contemporains en philosophie anglo-saxonne, (…),qui cherche à penser des habitudes et des attitudes favorisant la connaissance » ne remonte qu’à 1996 selon le professeur de philosophie Martin Desrosiers.

Il m’apparaît évident, depuis mon adolescence, que nos attitudes favorisent ou défavorisent la connaissance. Ce que l’on remarque avant tout chez une personne qui passe son temps à se donner raison, c’est son attitude, avant même tout ce qu’elle peut dire.


Le renforcement de l’ego par le fait de se donner raison m’apparaît tout aussi évident. C’est sans doute pourquoi Martin Desrosiers consacre le troisième chapitre de son essai à l’humilité (« Le contrepoison de l’humilité »).

D’où la deuxième intuition qui parcourt cet essai : l’humilité est la mère des vertus intellectuelles, puisqu’une grande part de mon développement intellectuel dépend de ma capacité à me mettre en cause, Ou plus simplement : toutes les personnes humbles ne sont pas forcément intelligentes, mais toutes les personnes vraiment intelligentes sont, nécessairement, humbles, puisqu’il s’agit de la vertu qui rend possible toutes les autres. C’est que l’humilité a des qualités anti-inflammatoire : elle empêche notre orgueil de s’enfler. (…) Ainsi, l’humilité serait surtout une vertu dans la mesure où elle sert de rempart contre des défauts de caractère intellectuel qui – comme l’arrogance et l’intolérance – naissent d’une incapacité à se remettre sincèrement en question. Car vouloir penser de manière critique sans faire preuve d’autocritique, c’est scier la branche sur laquelle est assis notre esprit.

DESROSIERS, Martin, 3. Le contrepoison de l’humilité, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 29.

Un jour, au début des années 1990, debout à clôture délimitant le terrain de notre maison, un homme arrête son automobile, en descend et vient me parler. Je le reconnais à peine (je n’ai pas la mémoire des visages). C’est un prêtre que j’ai connu au cours de mes études au collège. Nous discutons et il finit par me dire que je suis différent. Je lui demande pourquoi. Il me répond que j’étais arrogant. Je ne le savais pas. Et on ne me l’avait jamais dit auparavant. Que j’ai changé pour le mieux aux yeux de cet homme, tout était bon. Mais étais-je vraiment arrogant ? L’arrogant, semble-t-il, se sent supérieur aux autres. Personnellement, je ne me sentais pas supérieur mais j’étais fier de ma différence. Trop Fier ? Peut-être ? Mais supérieur, pas du tout. À la lecture de l’essai de Martin Desrosiers, je me demande si fierté et humilité peuvent cohabiter.

Puis nous entrons dans le cœur de cet essai au chapitre quatre intitulé « Montaigne, le dégonfleur d’ego ».

(…) Mais malgré ses quelques défauts, ce qui me séduit avant tout chez lui, c’est qu’il s’agit sans doute du philosophe le moins « philosophe » des philosophes, c’est-à-dire celui qui correspond le moins à l’image stéréotypée que l’on peut s’en faire. En un certain sens, Montaigne a d’abord appris à penser contre lui-même en pensant contre la philosophie. Alors que le philosophe aura tendance à se perdre dans ses idées et à construire des systèmes abstraits au point de ne plus voir ce qui est juste devant ses yeux – on se souviendra de Thalès. le premier des philosophes, est tombé dans un puits en contemplant le ciel étoilé –, Montaigne jette son regard sur les réalités les plus concrètes du quotidien. Alors que le philosophe aura tendance à placer l’être humain sur un piédestal ontologique, prétextant sa supériorité intellectuelle, Montaigne le ramène brutalement sur terre. Comme il le rappelle à la toute fin des Essais, « sur le plus élevé trône du monde, encore ne sommes-nous assis que sur notre cul » (III/13/1091). En ce sens lorsque Montaigne se défend d’être philosophe (« Je ne suis pas philosophe » (III/9/925), déclare-t-il lui-même), il faut lire : je ne suis pas ce philosophe-là, idéaliste et imbu de sa prétendue sagesse.

Si j’ai été à ce point charmé par les Essais et si, surtout, j »y reviens aussi assidument, c’est que j’y ai trouvé un remède au pire fléau de l’intellect humain. et donc, du mien : notre tendance à nous enfler d’orgueil ou, comme l’écrit Montaigne, notre propension à la « présomption ». Je ne connais aucun philosophe qui nous ait aussi brillamment mis en garde contre les dérives et délire de notre propre intelligence. Si l’humilité était une discipline olympique, il en serait non seulement le premier, mais le plus illustre champion.

DESROSIERS, Martin, 3. Le contrepoison de l’humilité, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 36- 37.

P.S.: Le soulignement remplace l’italique dans le texte du livre


Penser contre soi-même par Nathan Devers Chez Albin Michel, 2024.
Penser contre soi-même par Nathan Devers Chez Albin Michel, 2024.

Penser contre soi-même

Nathan Devers

Palmarès Les 100 livres de l’année 2024 – Lire Magazine

Prix Cazes – Brasserie LIPP 2024

Sélection de Printemps du Prix Renaudot

Pourquoi la philosophie ?

Qu’apporte-t-elle à l’existence ?

Que change-t-elle à nos vies ?

Nathan Devers a voulu répondre à ces questions de manière personnelle : pourquoi, alors qu’il avait choisi de devenir rabbin au terme d’une adolescence très croyante, a-t-il perdu la foi ? Comment a-t-il pu abandonner une vocation profonde au profit d’un univers sans dogme ?

Intense et puissant, avec sa poésie mais aussi sa violence, ce récit est une vibrante invitation à philosopher, c’est-à-dire à penser contre soi-même. Une quête universelle et pourtant difficile : le désir d’échapper à ses préjugés, de bouleverser ses certitudes, d’aller au-delà de l’identité déterminée par sa naissance.

C’est l’histoire d’une rupture vécue comme une aurore. Ou comment donner du sens à un monde qui en manque.

Nathan Devers, normalien et agrégé de philosophie, a vingt-cinq ans. Son dernier roman, Les liens artificiels (Albin Michel, 2022), a été salué par la critique. Il est éditeur de la revue La règle du Jeu.

 » Un livre [..] disert, inventif, éclatant. Feu d’artifice d’écriture, il mêle intelligence et humour, rigueur et poésie. C’est brillant […]. » Roger Pol-Droit – Le Monde des livres.

Lire un extrait en ligne


Penser contre soi-même reste le plus solide rempart contre les incendies de l’esprit. Ce n’est pas le doute qui conduit à la folie, mais les certitudes.

Sébastien Le Fol – Penser contre soi-même, Débats – Les éditorialistes du Point, Le Point, 20 septembre 2018.

Une seule règle me guide: ne rien négliger de ce que la vie comporte; ne jamais se dispenser d’écouter les autres et de penser par soi-même.

CHENG, François, Cinq méditations sur la beauté (2006), ALBIN MICHEL, 2006.

En un certain sens, Montaigne a d’abord appris à penser contre lui-même en pensant contre la philosophie.

DESROSIERS, Martin, 3. Le contrepoison de l’humilité, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, p. 36.

‘Penser par soi-même’, qu’est-ce à dire? selon moi c’est passer toute information, toute image, toute statistique, tout schéma, au tamis de son expérience propre ; et n’admettre que le vraisemblable, celui qui émerge de l’intuition vécue, et qui ne contrevient ni à l’expérience personnelle, ni à la cohérence. Il y faut d’abord la capacité de suspendre son propre jugement, ‘jugement de fait’ préformaté par les catégories de l’habitus, ‘jugement de valeur’ cadré par l’éducation et l’expérience passée. Suspendre mon jugement n’est pas le renier, c’est avoir conscience qu’il est soumis à mon milieu, mon éducation à ma mémoire sélective qui propulse mes projets d’une manière singulière. Car la démarche de penser naît d’une pratique baignée dans le ‘jugement prudentiel’, celui de l’intelligence des situations en devenir vécues en tensions (entre l’attention et l’extension qui englobe les phénomènes, entre la rétention des traces du passé et la pro-tension qui projette la pensée dans l’avenir). C’est pourquoi la culture est ici nécessaire, rapport-au-monde qui permet de relativiser les informations numériques en les resituant dans leur lieu d’élaboration (groupements idéologiques, tendances politiques, logiques commerciales, travers journalistiques, traditions philosophiques).

PERROT, Etienne, Penser par soi-même (et contre soi-même), Blogs « Deux doigts au-dessus du sol », Revue ETUDES, 1 janvier 2024.

Je n’aime pas beaucoup cette expression « Penser contre soi-même ». Je la trouve trop négative. Et elle ne dit rien au commun des mortels. Il vaudrait mieux une expression qui vante les bénéfices du doute. Mais encore là, l’expression « Tirer le bénéfice du doute » n’en dit pas plus au commun des mortels. Il n’en demeure pas moins que le doute est la clé pour penser contre soi-même, contre ses présomptions. Et cela se fait dans la plus grande humilité selon Montaigne dans ses Essais et Martin Desrosiers dans L’art de ne pas toujours avoir raison. Celui ou celle qui doute laisse entrer la lumière. Est-ce que le doute instaure automatiquement l’humilité ?

En vue d’éviter les excès, la diète intellectuelle de Montaigne soumet notre esprit à une stricte discipline, en lui imposant deux conditions préalable. La première: nos progrès intellectuels doivent toujours nous aider à mieux penser et mieux vivre. Le défi du ou de la philosophe n’est pas de se bourrer le crâne de connaissances, mais, tâche autrement ardue, de mettre à profit ses connaissances de manière à vivre une vie belle et bonne. (…) En ce sens, pour que le fameux adage humaniste scientia potentia est (« Le savoir, c’est le pouvoir») ait pour Montaigne un sens, les savoirs que nous assimilons doivent servir au développement d’un art de vivre, sans quoi ils sont tout simplement sans intérêt. L’objectif, répète Montaigne, n’est pas d’être plus savant, mais mieux savant.

La deuxième condition imposée par l’éthique intellectuelle de Montaigne est plus sévère encore : nos énergies intellectuelles doivent avant tout être dirigées contre nous-mêmes, dans un effort constant d’introspection critique. Pourquoi autant de méfiance ? C’est que le vaccin de l’humilité reste la seule manière de nous immuniser contre les deux vices le plus vicieux qui soient, à savoir, dans mon rapport à moi-même, la suffisance (une confiance excessive en mes propres moyens intellectuels, qui me dissimule mes propres manquements), et dans mon rapport aux autres, la vanité (un désir de faire impression sur autrui, qui subordonne mon intellect à mon ego).

D’abord, l’humilité telle que la conçoit Montaigne passe par la reconnaissance du caractère tout à la fois partiel, partiel et précaire de mes connaissances : partiel, parce que je ne saurais prétendre détenir la vérité de manière définitive et exhaustive; partial, parce que ma perspective n’est pas tout englobante, mais circonscrite par un ensemble de préconceptions plus ou moins conscientes; précaire, puisqu’aucune certitude n’est à l’abri, du moins en théorie, d’une révision ou d’une réfutation future. (…)

DESROSIERS, Martin, 3. Le contrepoison de l’humilité, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 40-42.

P.S. : Le soulignement remplace l’italique dans le texte original.

Je me demande qu’est-ce qui se passe avec ces personnes à qui l’on doit conseiller de penser contre eux-mêmes, de déployer « un effort constant d’introspection critique ». Sont-ils prisonniers de ce qu’ils pensent ? Prennent-ils pour vrai tout ce qu’ils pensent uniquement parce qu’ils le pensent ? Ces personnes sont-elles emportées par le courant de la rivière de leurs pensées instantanées ?

J’ai réfléchi à ces questions dans mon essai et témoignage de gouvernance personnelle, J’aime penser, au chapitre consacré à « La pensée solitaire », la solitude étant essentielle pour penser contre soi-même :

Quand une personne s’organise de façon à se retrouver le moins souvent possible seule avec elle-même, son espace intérieur se rétrécit et se comprime elle-même jusqu’à ce qu’elle en soit évacuée. La petitesse de son espace intérieur ne lui offre plus la place nécessaire pour se loger en elle-même et, encore moins, pour s’y épanouir. L’exiguïté de son espace intérieur lui permet à peine de se rendre compte qu’elle pense et, pis encore, qu’elle peut penser par elle-même; la conscience chétive de sa conscience ne vit que par soubresauts successifs frôlant la mort à chaque fois. Cette personne sombre dans l’obsession de la compagnie d’autrui et elle n’est plus que le fruit de la société des autres, pareille en défaut et en qualité plutôt que différente. Son « moi » est bien vivant et profite avec une vigueur peu commune mais son « moi-même » agonise au bout d’une existence minable. Et son état intérieur finira par se refléter dans son état extérieur, par exemple, la personne célibataire redoutera de rentrer chez elle, comme elle craint de rentrer en elle-même, de peur de s’y retrouver terriblement seule.

Je dis souvent de cette personne qu’elle suit le courant car il ne lui viendrait pas à l’idée de diriger elle-même sa barque et, encore moins, d’accoster le rivage le temps d’une pause pour se demander si la rivière conduit là où elle veut réellement se rendre. À la limite, cette personne n’a pas choisi de se laisser porter par le courant, c’est tout ce qu’elle connaît et y prend suffisamment de plaisir pour ne pas penser à se questionner sur sa vie. Que la rivière ne mène nulle part n’a pas d’importance pour elle, du moins, tant et aussi longtemps qu’elle s’y trouve entourée d’autres barques et de préférence en bonne compagnie.

GUAY, Serge-André, J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, La pensée solitaire, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec, Canada), Édition augmentée, 2020.

Ce dont je puis personnellement être certain, c’est que je pense et cette faculté est à mes yeux le bien ultime de chaque être humain, ce qui lui confère sa plus grande valeur après la vie elle-même. Ce que je pense n’a pas d’importance, pas plus que mes opinions et mes croyances. Je ne crois pas que « La vérité est ce en quoi je crois ».

Et voici que Martin Desrosiers apporte une réponse très intéressante :

(…) C’est plus fort que nous : nous nous accrochons à nos certitudes comme à des bouées, parce que les eaux troubles nous effraient.

(…) Par quels processus psychologiques et affectifs nos opinions politiques en viennent-elles parfois à se cristalliser en dogmes, au point que nous nous replions idéologiquement sur nous-mêmes ? Dans son excellent ouvrage The Scout Mindset, la philosophe Julia Galef soutient que notre tendance à nous cramponner à nos croyances serait d’abord le résultat d’un processus d’identification par lequel nous faisons de nos opinions des parties intégrantes de notre conception de nous-mêmes.

Nous nous attachons d’autant plus désespérément à ce que nous tenons pour vrai que nous nous y identifions existentiellement.

Nous nous attachons d’autant plus désespérément à ce que nous tenons pour vrai que nous nous y identifions existentiellement. Surtout, elle suggère que cette tendance serait exacerbée par deux sentiments moraux : le fait de nous sentir assiégés dans un monde hostile, qui nous pousse à nous recroqueviller sur nous même pour mieux nous défendre, et la fierté orgueilleuse avec laquelle nous tenons notre vision du monde, qui nous oblige inévitablement à défendre notre intégrité morale contre des personnes concurrentes. (…)

DESROSIERS, Martin, 3. Le contrepoison de l’humilité, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 63-64.

P.S. : L’encadré est de nous. Le soulignement remplace l’italique dans le texte original. Le lien vers le livre de la philosophe Julia Galef  est de nous.

Intégrer à son identité ses opinions, ce que nous prenons pour vrai, sur le plan existentiel ? Wow ! Quelle idée de fou ! Mais elle explique fort bien pourquoi les gens redoute le doute. N’y aurait-il pas derrière cette idée un problème liée à la conception et l’utilité de la vérité. Personnellement, « J’ai un problème avec la vérité ».


J’ai un problème avec la vérité

Observatoire de la philothérapie, Serge-André Guay

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Lire la suite.


Le chercheur américain Louis Cheskin, pionnier des études de motivations d’achat des consommateurs, écrivait : « Je me trompe souvent mais mes recherches ne se trompent jamais ». Pour appuyer une telle affirmation, il se référait à la scientificité des tests qu’il réalisait.

Puisque la connaissance scientifique se construit sur la destruction – sur les ruines – du déjà-su, nous devions en faire tout autant dans notre vie. La connaissance repose sur sa remise en question.


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Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées » (Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval).

Le professeur Jean-Marie Nicolle formule en ces mots la démarche : « La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal » (Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.).

N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connaissance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !

GUAY, Serge-André, J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, La pensée certaine, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec, Canada), Édition augmentée, 2020.


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La pensée profonde

J’aime penser – Serge-André Guay

« La vérité est une invention de l’Homme.
L’Homme est imparfait.
Donc la vérité est imparfaite. »

Pour trouver la cause première – Celui ou celle qui aime penser n’évite pas la pensée profonde mais y plonge toujours avec prudence. Le risque de se perdre dans les profondeurs de la pensée est réel. Rien ne sert de se lancer dans la recherche de la cause première d’un problème et ainsi pouvoir le résoudre une fois pour toutes, à tout le moins, de le comprendre vraiment, s’il devient impossible de revenir à la surface. De nombreuses illusions peuvent nous retenir. Certaines usent du charme de la poésie pour nous perdre dans nos pensées. Voyez par vous-même.

On peut toujours rester à la surface et se laisser bercer par les flots de la mer. Par beau temps, tout va pour le mieux. Malheureusement, la mer perd souvent son calme, signe de problèmes à résoudre. Parfois, il tempête de problèmes. Notre embarcation risque de chavirer à la prochaine vague. Et la plupart d’entre nous prennent place dans un simple canot. Malgré nos efforts honnêtes de pensée positive pour en faire un paquebot, nos mains agrippées au rebord nous trahissent et nous ramènent vite à la dure réalité du tangage et du roulis excessif de la vie en ces jours malades de mauvais temps.

De toute évidence, le recours à l’arme secrète s’impose. Il faut vite sauter à bord du sous-marin de la raison et plonger loin du tumulte des pensées incisives.

Inimaginable d’envisager aplanir les vagues avec nos mains, même avec un mouvement soutenu en nageant directement à la surface de la mer. Ça prendrait un front de bœuf et une pensée écervelée pour se lancer dans l’aventure. C’est pourtant l’impression que me donnent les animateurs des débats d’opinions dans les médias et ailleurs. Tombés à la mer, on ne voit plus que leurs mains tapant désespérément sur le dos des vagues, entourées de dizaines voire de centaines d’autres mains s’agitant dans un pareil effort perdu d’avance. À vol d’oiseau, la scène ressemble au naufrage du Titanic de la raison, retenu à la surface par des poches pleines d’air de l’esprit vide de sens. En fait, il n’y a plus que le courant qui a du sens dans ces débats d’idées. Rien de plus normal : les idées suivent le courant qui les entraîne. Pendant ce temps, l’esprit ballotte dans un sens, puis dans l’autre, revient, ballotte encore dans un sens, puis dans l’autre. Il y a de quoi avoir le mal de mer et plusieurs l’ont, si l’on se fie aux vomissements avalés par la mer de sa gigantesque bouche de liberté d’expression dont l’appétit vorace ne connaît jamais la satiété. C’est peu dire que j’en ai contre les débats d’opinions, de véritables cliniques d’avortement de la raison.

Pendant ce temps, les plus sages, évidemment beaucoup moins nombreux, sont déjà en discussion dans leur raison sous-marine, chargée d’une bonne provision d’idées éclairantes alimentées par des piles de doutes et d’une réserve d’ouverture d’esprit oxygénante reliée à un caisson à air comprimé de connaissances et de compréhensions permettant d’éviter en tout temps les accidents de décompressions de la raison. Une carte des profondeurs du grand Esprit dans une main, le bâton de contrôle des émotions de navigation dans l’autre, le sage s’éloigne lentement mais sûrement de la surface énervée et énervante. Bientôt, seule la lumière des idées l’éclaire. Sur le plateau du continent, il distingue déjà l’épave de la raison utile à rien. Il progresse sur la pente descendante, évite d’autres épaves de l’« hommerie », cette fois, avec difficultés, car les courants idéologiques, les plus meurtriers de l’histoire humaine secouent sans ménagement la raison. Sur la carte, il peut lire : « Cimetière perdu des idées aveugles ». Absorbé par le drame de la vision de toutes ces catastrophes, il est surpris par un premier signe du mal des profondeurs : il hallucine. Il voit des fantômes idéologiques sortir de la coque des navires irraisonnés. Il imagine le pire à l’idée de voir ces fantômes atteindre la réalité de la surface. Il augmente l’arrivée d’oxygène, retrouve ses esprits et le mal disparaît peu à peu. L’hallucination l’a motivé davantage à trouver la cause première du problème, la source de la foule folle tuée par le remous de sa raison sans gouvernail. Il arrive à la limite du plateau de la bêtise, à ses pieds, les bas fonds, dangereux, très dangereux, là où se trouvent les meilleures raisons mais aussi les pires, dont celles avec le pouvoir de l’empêcher de revenir à la surface, qui le rendraient complètement ivre des profondeurs de la pensée.

Mais il dispose d’une deuxième arme secrète : une science des profondeurs, la philosophie. Sa recherche de la cause première ne sera pas désordonnée, sans méthode. Il a mis un certain temps à maîtriser quelque peu cette arme au nom rébarbatif. Au départ, il avait l’impression d’une science difficile et ennuyeuse. Même après une certaine familiarité, cette impression n’est jamais complètement disparue, d’où une certaine prudence, souvent salutaire, il faut le dire, car la science a deux tranchants : on risque de comprendre mais aussi de ne pas être compris.

Une seule condition s’impose pour accepter de courir le risque de la réflexion : demeurer raisonnable par les autres, c’est-à-dire, s’assurer qu’il y aura toujours quelqu’un pour me comprendre et me ramener à la raison si je perds la tête. Un sage est sage tant qu’il n’est pas seul, tant qu’il y a quelqu’un pour prendre de ses nouvelles. Si le sage apprend à réfléchir en profondeur avec sa raison, cela ne lui servirait à rien s’il ne pouvait pas en discuter ensuite avec d’autres, pour recharger ses piles de doutes.

GUAY, Serge-André, J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, La pensée profonde, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec, Canada), Édition augmentée, 2020.


Je cite mon propre essai J’AIME PENSER pour ne pas réécrire ce que je pense.

Dans le huitième et dernier chapitre de son essai, Martin Desrosiers nous parle de l’importance d’ « Apprendre à se taire : le générosité comme vertu ». À la suite du « silence expressif », du « silence introspectif », du « silence éloquent », du « silence gêné », du « silence écrasant », et du « silence complice » l’auteur cible un autre silence :

Il existe par ailleurs un autre silence, dont il me semble que l’on sous-estime gravement l’importance : le silence éthique qui s’observe lorsque nous choisissons de céder la parole puis, attentivement, d’écouter. Les philosophes ne se préoccupent que rarement de ces silence. Ils apprennent à dire leurs vérités, mais plus rarement à se taire. Pourtant, l’écoute attentive est une pratique proprement philosophique, au même titre que la mise en discours. Malheureusement, c’est aussi une pratique qui, aujourd’hui, se perd – raison de plus, peut-être, pour que les philosophes s’y intéresse davantage. C’est que, pour le dire en termes économiques, nous subissons depuis plusieurs années une hyperinflation de l’opinion : tout le monde, tout le temps, a un avis sur tout, et ressent le besoin irrésistible de la partager. Everyone’s a critic, comme disent les Américain, et la critique ne s’est jamais mieux portée depuis que nous avons tous et toutes notre mégaphone virtuel. (…)

DESROSIERS, Martin, 8. Apprendre à se taire : le générosité comme vertu, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 94-95.


Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, et Laurent Carouana, Formateur-animateur et concepteur en communication orale, je suis un professionnel de l’apprentissage et du perfectionnement à la prise de parole en public et à la relation interpersonnelle, se sont intéressés de près à ce que j’appelle la verbalisation à outrance dans leur livre Savoir se taire, savoir parler :

Présentation du livre par l’éditeur

Tweets, sms, emails, posts, etc. se multiplient et rebondissent, circulant à une telle vitesse qu’ils deviennent irrattrapables — les agressifs et les toxiques aussi vite relayés que les sympathiques. La facilité et la rapidité avec lesquelles nous pouvons nous exprimer tout autant que l’idée que nous existons que si nous communiquons nous ont fait oublier les vertus du silence. Happés par ce tourbillon compulsif et communicationnel, nous devons réapprendre à nous taire pour redevenir conscients de ce que nous ressentons avant de le dire, pour redonner du poids et de la bienveillance à notre communication , pour ne pas regretter d’avoir parlé . Savoir se taire est la force cachée de la personne qui agit en pleine conscience et sait s’exprimer à bon escient et avec les mots justes .

Source : www.hachette.fr.

Mon point de vue : Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. C’est par l’article du Figaro / Santé que j’ai découvert ce livre : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», dont voici un court extrait :

Quelles autres dérives de la parole avez-vous pu observer?

Chez certains, la tendance à commenter toute situation de manière négative, c’est-à-dire la plainte, nourrit l’anxiété. En réalité, cette parole est une vaine tentative de masquer sa fragilité essentielle, cette vulnérabilité de base que l’ACT, thérapie de l’acceptation que je pratique, pose comme un fondement à l’existence. Avez-vous observé? Certains sont littéralement «accros» aux discours pour ne pas rentrer en contact avec leur intériorité vacillante. Les pervers narcissiques n’utilisent guère la parole comme un instrument de dialogue, mais parfois comme un masque de leur fragilité au service d’une agressivité relationnelle. L’usage des SMS peut aussi servir à cet évitement relationnel. D’autres, dans leur conversation, reviennent sans cesse sur trois ou quatre thèmes obsessionnels qui leur servent à installer un monologue et, ainsi, à se sentir exister.

Source : SENK, Pascale, Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», Figaro – Santé, 3 juin 2018.


Martin Desrosiers nous offre trois conseils pour  : Écouter soigneusement, Écouter avec équité, Écouter charitablement. Cette offre s’inscrit dans ce qu’il nomme le « silence éthique » :

Plutôt que de nous obstiner à vociférer dans le vide, peut-être devrions-nous consacrer nos énergie à affirmer notre ouïe. Ce qui nécessite, comme tout art, un enseignement et un apprentissage. Quelque chose comme une pédagogie pour les oreilles.

À quoi pourrait ressembler ce silence éthique qui reste à penser ? Il ferait appel à une vertu qui, de plus en plus rare, est sans doute la condition première de tout échange fructueux : la générosité. (…)

DESROSIERS, Martin, 8. Apprendre à se taire : le générosité comme vertu, L’art de ne pas toujours avoir raison, Leméac Éditeur, Montréal, 2024, pp. 95-96.

Si Martin Desrosiers a bien raison d’en appeler à la générosité dans nos échanges, le simple fait que nous en soyons rendus à parler de générosité pour savoir se taire afin d’écouter illustre bien le point de rupture atteint dans nos communications. On parle, on parle, on parle… Mais on écoute peu par simple égoïste. Or, c’est grâce aux réactions de l’Autre à ce que je dis que je peux me connaître.


Cinq étoiles sur cinq

Parce qu’il me donne sérieusement à penser et qu’il m’étonne, j’accorde cinq étoiles sur cinq au livre L’ART DE NE PAS TOUJOURS AVEC RAISON du professeur de philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf (Montréal, Québec), MARTIN DESROSIERS, paru chez LEMÉAC ÉDITEUR en 2024.

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Article # 131 – Vivre ! dans un monde imprévisible, Manuel de résilience pour surmonter les crises, Frédéric Lenoir, Éditions Fayard, Paris, 2020

J’ai lu pour vous

Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

L'édition lue est celle du Le Livre de Poche dite « Édition mise à jour » publiée le 2 août 2021.
L’édition lue est celle du « Le Livre de Poche » dite « Édition mise à jour » publiée le 2 août 2021.

Frédéric Lenoir

Vivres ! dans un monde imprévisible

Manuel de résilience pour surmonter les crises

Éditions Fayard

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Date de sortie : 02 août 2021

Langue : Français

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE

Collections : Le Livre de poche. Documents

Catégories : Essais / Sciences sociales

Nombre de pages : 137 pages

Composition  Contient un seul article

Support : Livre imprimé à couverture souple

Format : Livre de poche

Mesure : 18.0 cm (Hauteur), 11 cm (Largeur), 92 gr (Poids)

Couverture : Hokus Pokus

ISBN : 97-8-221-371923-8

EAN : 9782253104643


Fayard, 17 juin 2020 – 144 pages – EAN : 9782213717609 – EAN (numérique) : 9782213719238

Le Livre de Poche, 2 juin 2021 – 144 pages – EAN : 9782253104643


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Il a suffi d’un virus lointain pour que le cours de nos vies soit bouleversé. « Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie », disaient les Anciens. Je suis convaincu que plus rien ne sera comme avant et qu’il nous faut apprendre à développer nos ressources intérieures pour vivre le mieux possible dans un monde imprévisible.
F. L.

Pour traverser ces temps difficiles, cet ouvrage optimiste nous invite à revenir à l’essentiel, à entretenir la joie et la sérénité malgré l’adversité. Frédéric Lenoir nous y montre comment les grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs, peuvent nous y aider, et pourquoi cette crise est une occasion de changer notre regard, nos comportements, de devenir davantage nous-mêmes, de mieux nous relier aux autres et au monde.

Frédéric Lenoir nous donne les clés du bonheur (presque) retrouvé.
Le Parisien Week-end.

Son livre invite à grandir.
Nice Matin.

Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue et écrivain. Il est l’auteur de nombreux essais et romans vendus à plus de 7 millions d’exemplaires dans le monde.

Source : Éditions Fayard.


TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

1. Se sentir en sécurité

2. Entrer en résilience

3. S’adapter

4. Cultiver le plaisir et les émotions positives

5. Ralentir et savourer l’instant

6. Resserrer les liens

7. Donner du sens

8. Devenir libres

9. Apprivoiser la mort

10. Agir et consentir

Notes


EXTRAIT DU LIVRE AUDIO

EXTRAIT DU TEXTE DU LIVRE

Avant-propos

Qui aurait pu imaginer au début de l’année 2020 que, deux mois plus tard, la moitié de la population mondiale serait confinée, qu’il n’y aurait plus d’avions dans le ciel, plus de touristes à Venise et qu’on vivrait une récession économique mondiale historique ? La pandémie du Covid-19, qui n’est pourtant pas la plus grave que l’humanité ait connue, révèle l’extrême vulnérabilité du monde globalisé. Lorsque la peste noire a décimé plus du tiers des Européens (soit environ 25 millions de personnes) au milieu du XIVe siècle, les Chinois ou les Indiens n’étaient pas concernés, et ils n’en étaient sans doute même pas informés. Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes aujourd’hui tous connectés, et un simple virus, surgi dans n’importe quel coin du globe, peut mettre l’économie mondiale à terre et impacter la vie de près de 8 milliards d’individus. Car ce sont bien toutes les dimensions de notre existence qui sont bouleversées par cette pandémie : notre vie familiale et professionnelle, comme notre rapport au monde, à l’espace et au temps. Nous sommes touchés ou angoissés – pour nous-même et pour nos proches – par la maladie et par la mort. Mais aussi par l’insécurité matérielle, par la perte de notre liberté de circuler, par l’impossibilité de nous projeter dans l’avenir.

Face à de tels bouleversements, nous pouvons serrer les dents et espérer que tout redevienne comme avant le plus rapidement possible. Cela me semble illusoire. Non seulement parce qu’on ne peut sortir d’un tel chaos en quelques mois, mais surtout parce que les causes profondes qui ont conduit à cette situation vont perdurer après la fin de la pandémie du Covid-19. Comme je l’ai déjà longuement expliqué en 2012 dans mon ouvrage La Guérison du monde, la crise contemporaine est systémique : toutes les crises que nous vivons dans notre monde globalisé – économique, sanitaire, écologique, migratoire, sociale, etc. – sont reliées entre elles par une même logique consumériste et de maximisation des profits, dans le contexte d’une mondialisation dérégulée. La pression exercée sur la planète et sur les sociétés humaines est intenable à long terme. Si nous cherchons à repartir « comme avant », nous irons de crise économique en crise économique, de crise écologique en crise écologique, de crise sociale en crise sociale et de crise sanitaire en crise sanitaire. La vraie solution consiste à changer de logique, à sortir de la frénésie consumériste, à relocaliser des pans entiers des activités économiques, à réguler la finance, à passer du « toujours plus » au mieux-être, de la compétition à la collaboration.

Ces grandes questions, capitales pour l’avenir de l’humanité et de la planète, font l’objet d’un autre livre auquel je travaille depuis plus d’un an avec Nicolas Hulot (qui sera vraisemblablement publié au second semestre 2020). Pour l’instant, la question que je souhaite aborder dans ce petit ouvrage est tout autre : comment vivre le mieux possible en temps de crise ? En attendant l’hypothétique changement de paradigme auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer, quelle solution intérieure pouvons-nous trouver pour faire face à la crise sanitaire, aux bouleversements de nos modes de vie et aux angoisses qui en découlent ? Comment essayer de rester serein, voire heureux, dans un monde de plus en plus chaotique et imprévisible ? Ou, pour le dire encore autrement : en attendant que le monde change, comment nous changer nous-mêmes ou transformer notre regard pour nous adapter le plus positivement possible à un réel qui nous déstabilise ?

J’ai donc conçu ce livre comme un manuel de survie et de croissance intérieure, c’est-à-dire un manuel de résilience, en apportant aux lecteurs des conseils pour vivre mieux en cette période douloureuse et déstabilisante à bien des égards. Je me suis beaucoup inspiré de philosophes du passé – comme les stoïciens, Montaigne ou Spinoza – qui ont vécu et pensé pendant des périodes de crise profonde et qui nous apportent des réflexions essentielles pour traverser au mieux l’adversité. Mais je m’inspire aussi de considérations plus contemporaines, issues notamment des neurosciences et de la psychologie, qui nous offrent des clés précieuses pour faire face aux perturbations de nos besoins biologiques, psychiques et affectifs fondamentaux.

Puisse ce petit livre, écrit dans l’urgence du temps présent, apporter durablement lumière et réconfort à tous ceux qui le liront.

1 – SE SENTIR EN SÉCURITÉ

CHAPITRE 1

Au moment où je commençais l’écriture de ce livre, j’ai eu un échange téléphonique avec une amie canadienne très chère, maître en yoga et en qi gong : Nicole Bordeleau. Elle m’a demandé quel était, selon moi, notre besoin le plus fondamental : celui du lien ou celui de la sécurité ? Je lui ai répondu sans hésiter : celui de la sécurité. Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité, tant intérieure (psychique) que matérielle et sociale.

Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Spinoza constate ensuite que, de manière tout aussi naturelle, chaque organisme vivant essaye de progresser, de grandir, de parvenir à une plus grande perfection. Il observe enfin que, chaque fois qu’il y parvient, sa puissance vitale augmente, il est habité par un sentiment de joie, alors que chaque fois qu’il rencontre un obstacle, qu’il se sent menacé dans son être ou que sa puissance vitale diminue, il est envahi par un sentiment de tristesse. Toute l’éthique spinoziste consiste dès lors à organiser notre vie grâce à la raison, pour préserver l’intégrité de notre être et augmenter notre puissance d’agir et la joie qui l’accompagne. Spinoza met au jour deux mécanismes de la vie : se préserver et augmenter sa puissance vitale et d’action. Dit autrement, il nous explique que la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux.

Entre 1943 et 1970, le psychologue américain Abraham Maslow a élaboré et affiné une théorie de la motivation qui s’incarne dans une hiérarchisation universelle des besoins humains, et qui n’est pas sans lien avec la théorie spinoziste. À la base de la pyramide, on trouve d’abord nos besoins physiologiques élémentaires : respirer, boire, se nourrir, dormir, éliminer… Surgissent ensuite les besoins de sécurité : être en bonne santé et vivre dans un environnement stable et prévisible. Puis viennent les besoins d’appartenance et d’amour. Apparaissent enfin les besoins d’estime et de reconnaissance et, tout en haut de la pyramide, le besoin d’accomplissement de soi. L’idée développée par Maslow, fort bien illustrée par la forme pyramidale, est qu’une nouvelle motivation survient lorsque qu’un besoin plus fondamental est satisfait : je ne chercherai à m’accomplir que lorsque tous mes autres besoins auront été pris en compte.

Autant la typologie des besoins élaborée par Maslow me semble pertinente, autant leur hiérarchisation peut prêter le flanc à la critique. De nombreux auteurs ont constaté que certains besoins, comme l’appartenance ou la reconnaissance, étaient tout aussi fondamentaux pour vivre que les besoins physiologiques ou de sécurité. On sait par exemple qu’un bébé qui ne reçoit pas d’amour sera incapable de se développer psychiquement de manière harmonieuse, voire de survivre. On peut constater aussi que certaines personnes mettent tout en œuvre pour satisfaire un besoin de reconnaissance, alors que leurs besoins primaires ne sont pas pleinement satisfaits : un ado d’une famille pauvre préférera parfois avoir le même smartphone ou les mêmes baskets hors de prix que ses copains plutôt que bien s’alimenter ou vivre sous un toit décent. De même, le besoin de s’accomplir, qui inclut la dimension spirituelle et la foi, peut s’exprimer chez ceux dont les autres besoins n’ont pas été pleinement satisfaits. J’ai rencontré aux quatre coins du monde des gens très pauvres habités par une foi intense qui les aidait justement à supporter leur condition misérable.

Il ne faut donc pas faire un absolu de la hiérarchisation des besoins de Maslow. Néanmoins, on peut constater qu’en période de crise profonde, à l’instar de celle que nous vivons actuellement, elle semble retrouver une certaine pertinence. La survie est brutalement redevenue la principale motivation des humains. On l’a vu dès les premiers signes de la propagation du virus : les magasins d’alimentation ont été dévalisés. J’ai croisé au supermarché, en bas de chez moi, des personnes qui avaient un Caddy rempli à ras-bord de pâtes, d’eau minérale, de farine et de papier hygiénique, et qui se moquaient des sarcasmes ou des critiques d’autres clients. Le premier réflexe dans un contexte de survie, c’est de s’assurer que nos besoins physiologiques pourront être satisfaits, et peu importe qu’on apparaisse comme égoïste ou ridicule. En cas de crise majeure, les besoins primaires passent avant tout, et les besoins de sécurité viendront juste après : une fois le frigo plein, on se confine chez soi pour échapper à la contamination. Et ce n’est qu’une fois en sécurité qu’on pourra laisser s’exprimer notre besoin d’appartenance, en appelant nos proches et nos amis, en resserrant – dans une distance protectrice – nos liens affectifs et sociaux. Les besoins de reconnaissance et d’accomplissement viendront ensuite, lorsque tous les autres auront été satisfaits.

Dans le monde occidental relativement stable et opulent dans lequel nous vivons depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart d’entre nous avions échappé à la peur de ne plus pouvoir satisfaire nos besoins vitaux et de sécurité les plus fondamentaux. On pourrait d’ailleurs regrouper les trois premiers besoins et motivations (physiologique, sécurité, appartenance) dans une même catégorie : celle de la sécurité. Tandis que les deux suivants (reconnaissance, accomplissement) relèveraient d’un autre ordre : celui de notre croissance (dans la société, mais aussi spirituel). Les trois premiers sont indispensables à la survie. Les deux suivants permettent le déploiement de la vie, tant sur le plan social que personnel. Nous retrouvons dès lors les deux grands besoins démontrés par Spinoza : se préserver (sécurité) et croître. Et on peut globalement affirmer que lorsque nos besoins de sécurité sont satisfaits on peut davantage se concentrer sur nos besoins de croissance, lesquels nous apportent les joies les plus profondes : joie de l’amour qui s’épanouit, de nos réalisations professionnelles qui nous permettent de nous accomplir et d’être reconnus, joies créatives, intellectuelles et spirituelles de notre esprit qui progresse, etc. Mais lorsque nous ressentons un profond sentiment d’insécurité, le besoin de protection l’emporte sur le besoin de croissance, et la recherche de la sérénité, de l’apaisement émotionnel, sur celui de la joie.

Il existe cependant une interaction importante entre la base et le sommet de la pyramide, entre notre besoin de sécurité (à travers ses diverses dimensions) et notre dimension spirituelle : la force de notre esprit peut nous aider à renforcer notre sentiment de sécurité ou, plus précisément, à mieux vivre en temps d’insécurité. Je l’ai déjà évoqué à propos de la foi religieuse, qui aide de nombreuses personnes démunies à mieux vivre, voire à être joyeuses. Il en va de même aujourd’hui en Occident pour des personnes qui ont une foi profonde, mais aussi pour des personnes non croyantes qui ont développé leur potentiel humain ou une forme de spiritualité laïque. Ceux qui cultivent leur esprit en lisant des livres de philosophie ou de poésie, ceux qui pratiquent régulièrement le yoga ou la méditation, ceux qui ont une activité créatrice, ceux qui développent l’amour et la compassion en s’engageant dans la société, ceux qui cherchent à donner un sens à leur existence sont sans doute mieux armés pour traverser les périodes difficiles de la vie. En effet, ils déploient des qualités spirituelles qui viennent soutenir le corps et stabiliser les émotions (notamment la peur), améliorer la qualité des liens affectifs et sociaux, renforcer la confiance et l’amour de la vie. Autant de qualités précieuses qui favorisent, après un choc ou une déstabilisation profonde comme celle que nous venons de vivre, la possibilité d’un rebond, d’un travail sur soi, d’une entrée en résilience.

____________

NOTE

1?Antonio Damasio, Spinoza avait raison. Joie et tristesse. Le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 40.

Source : © 2020 Librairie Arthème Fayard, 2020.

Note : Cet extrait est disponible sur le site web LESLIBRAIRES.CA.


REVUE DE PRESSE

Vivre! dans un monde imprévisible : le manuel de survie de Frédéric Lenoir, Plus on est de fous, plus on lit! Radio-Canada, 17 août 2020,

Frédéric Lenoir : un manuel de (sur)vie pour surmonter la pandémie, Sylvain Sarrazin, La Presse, 24 août 2020

Le petit manuel de reconstruction intérieure du sociologue Frédéric Lenoir, Marie-France Bornais, Le Journal de Québec, 9 août 2020

Frédéric Lenoir et sa philosophie pour affronter la pandémie, Julie Mainville, Radio-Canada, 23 juillet 2020

Il faut voir la crise actuelle comme une occasion à saisir, selon le philosophe Frédéric Lenoir, Bien entendu, Radio-Canada, 22 décembre 2020


THÈSES

Gilbert, Nathanaël (2019). Arthur Schopenhauer et ses divergences avec Emmanuel Kant. Mémoire. Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 119 p.

La théorie du génie selon Arthur Schopenhauer par Nathanaël Gilbert

La notion d’inconscient dans la philosophie d’Arthur Schopenhauer : pour une nouvelle interprétation du lien entre Schopenhauer et Freud par Jean-Charles Banvoy


AU SUJET DE L’AUTEUR

https://www.fredericlenoir.com/

Philosophe et sociologue. Docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

Ecrivain. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à dix millions d’exemplaires dans le monde, il écrit aussi pour le théâtre, la télévision (documentaires) et la bande dessinée.

En 2016, il crée l’association Ensemble pour les Animaux et en 2017, il cofonde la Fondation et l’association SEVE, Savoir Être et Vivre Ensemble (sous l’égide de la Fondation de France).

En novembre 2024, il fonde La Maison des sagesses afin de diffuser une connaissance philosophique au sens d’un art de vivre, tel que les Grecs l’entendaient.

Il partage sa vie entre sa résidence principale en Haute-Savoie, la Corse, Paris et le reste du monde où il fait de nombreux séminaires et conférences.

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DU MÊME AUTEUR

(Ouvrages disponibles)

ESSAIS ET DOCUMENTS

Méditer à cœur ouvert, Robert Laffont, 2018, Pocket, 2019.

La Sagesse expliquée à ceux qui la cherchent, Seuil, 2018.

Le Miracle Spinoza, Fayard, 2017, Le Livre de Poche, 2019.

Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Fayard, 2017.

Philosopher et méditer avec les enfants, Albin Michel, 2016.

La Puissance de la joie, Fayard, 2015.

François, le printemps de l’Évangile, Fayard, 2014, Le Livre de Poche, 2015.

Du Bonheur, un voyage philosophique, Fayard, 2013, Le Livre de Poche, 2015.

La Guérison du monde, Fayard, 2012, Le Livre de Poche, 2014.

Petit traité de vie intérieure, Plon, 2010 ; Pocket, 2012.

Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, 2010 ; Le Livre de Poche, 2012.

La Saga des francs-maçons, avec Marie-France Etchegoin, Robert Laffont, 2009 ; Points, 2010.

Socrate, Jésus, Bouddha, Fayard, 2009 ; Le Livre de Poche, 2011.

Petit traité d’histoire des religions, Plon, 2008 ; Points, 2011.

Tibet, 20 clés pour comprendre, Plon, 2008, Prix « Livres et droits de l’homme » de la ville de Nancy ; Points, 2010.

Le Christ philosophe, Plon, 2007 ; Points, 2009.

Code Da Vinci, l’enquête, avec Marie-France Etchegoin, Robert Laffont, 2004 ; Points, 2006.

Les Métamorphoses de Dieu, Plon, 2003, Prix européen des écrivains de langue française 2004 ; Plon, « L’Abeille » 2019.

L’Épopée des Tibétains, avec Laurent Deshayes, Fayard, 2002.

La Rencontre du bouddhisme et de l’Occident, Fayard, 1999 ; Albin Michel, « Spiritualités vivantes », 2001 et 2012.

Le Bouddhisme en France, Fayard, 1999.

FICTION

La Consolation de l’ange, roman, Albin Michel, 2019.

Cœur de cristal, conte, Robert Laffont, 2014 ; Pocket, 2016.

Nina, avec Simonetta Greggio, roman, Stock, 2013, Le Livre de Poche, 2014.

L’Âme du monde, conte de sagesse, NiL, 2012 ; version illustrée par Alexis Chabert, NiL, 2013, Pocket, 2014.

La Parole perdue, avec Violette Cabesos, roman, Albin Michel, 2011 ; Le Livre de Poche, 2012.

Bonté divine !, avec Louis-Michel Colla, théâtre, Albin Michel, 2009.

L’Oracle della Luna, roman, Albin Michel, 2006 ; Le Livre de Poche, 2008.

La Promesse de l’ange, avec Violette Cabesos, roman, Albin Michel, 2004, Prix des Maisons de la Presse 2004 ; Le Livre de Poche, 2006.

Le Secret, fable, Albin Michel, 2001 ; Le Livre de Poche, 2003.

ENTRETIENS

Oser l’émerveillement, avec Leili Anvar, Albin Michel, 2016.

Sagesse pour notre temps, avec Leili Anvar, Albin Michel, 2016.

Dieu, Entretiens avec Marie Drucker, Robert Laffont, 2011 ; Pocket, 2013.

Mon Dieu… Pourquoi ?, avec l’abbé Pierre, Plon, 2005.

Mal de Terre, avec Hubert Reeves, Seuil, 2003 ; Points, 2005.

Le Moine et le Lama, avec Dom Robert Le Gall et Lama Jigmé Rinpoché, Fayard, 2001 ; Le Livre de Poche, 2003.

Sommes-nous seuls dans l’univers ?, avec J. Heidmann, A. Vidal-Madjar, N. Prantzos et H. Reeves, Fayard, 2000 ; Le Livre de Poche, 2002.

Entretiens sur la fin des temps, avec Jean-Claude Carrière, Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Fayard, 1998 ; Pocket, 1999.

Le Temps de la responsabilité. Entretiens sur l’éthique, postface de Paul Ricœur, Fayard, 1991 ; nouvelle édition, Pluriel, 2013.

DIRECTION D’OUVRAGES ENCYCLOPÉDIQUES

La Mort et l’immortalité. Encyclopédie des croyances et des savoirs, avec Jean-Philippe de Tonnac, Bayard, 2004.

Le Livre des sagesses, avec Ysé Tardan-Masquelier, Bayard, 2002 et 2005 (poche).

Encyclopédie des religions, avec Ysé Tardan-Masquelier, 2 volumes, Bayard, 1997 et 2000 (poche).


MON RAPPORT DE LECTURE

Frédéric Lenoir

Vivre ! dans un monde imprévisible


Fayard, 17 juin 2020 – 144 pages – EAN : 9782213717609 – EAN (numérique) : 9782213719238

Le Livre de Poche, 2 juin 2021 – 144 pages – EAN : 9782253104643


J’ai longtemps résisté à l’achat des livres de Frédéric Lenoir car je craignais de tomber dans le développement personnel avec tous ses travers largement dénoncés dans mes rapports de lecture. Sur un coup de tête, avec l’achat de plusieurs livres de philosophie, j’ai glissé dans ma pile un titre de Frédéric Lenoir : « Vivres ! dans un monde imprévisible (édition mise à jour – Le Livre de Poche, 2021). Ma lecture de ce livre confirme crainte : nous sommes bel et bien dans un manuel de développement personnel plutôt qu’un livre de philosophie. Dès qu’un auteur se dit philosophe et d’une autre profession, on peut être certain de la contamination de la première par cette dernière. De plus, Frédéric Lenoir se réfère non seulement aux « grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs (…) ». La mention de la psychologie par un philosophe éveille en moi de forts mécanismes de défense. Il faut lire ma « Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie » pour comprendre ma réticence. Quand aux neurosciences, je m’en méfie tout autant depuis ma lecture du livre « Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau » d’Albert Moukheiber, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, paru chez Allary Éditions en 2024 (voir mon rapport de lecture). Bref, j’ai lu ce livre les deux pieds sur les freins.

Pour traverser ces temps difficiles, cet ouvrage optimiste nous invite à revenir à l’essentiel, à entretenir la joie et la sérénité malgré l’adversité. Frédéric Lenoir nous y montre comment les grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs, peuvent nous y aider, et pourquoi cette crise est une occasion de changer notre regard, nos comportements, de devenir davantage nous-mêmes, de mieux nous relier aux autres et au monde.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, Quatrième de couverture, Le Livre de Poche, 2 juin 2021.

Frédéric Lenoir accorde l’épigraphe de son livre à Carl Gustav Jung, psychanalyste et psychiatre, fondateur de la psychologie analytique, plutôt qu’à un philosophe.

« Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. »

Carl Gustav Jung

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, Épigraphe, Le Livre de Poche, 2 juin 2021.

Personnellement et par défaut professionnel, je vérifie toujours les sources des citations mais celle-ci de Carl Gustav Jung n’est nulle part. En désespoir de cause, j’ai même demandé à l’intelligence artificielle Microsoft Copilot et Gemini Google :

Quelle est l’origine de la citation suivante : « Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. » de Carl Gustav Jung

La citation que vous avez mentionnée est couramment attribuée à Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse et fondateur de la psychologie analytique. Cependant, il semble qu’il n’existe pas de source écrite ou d’œuvre précise de Jung qui contienne cette citation exacte. Il est possible que cette phrase soit une interprétation ou une paraphrase des idées de Jung, qui accordait une grande importance à la signification des crises et des bouleversements dans le développement psychologique de l’individu. Si vous souhaitez en savoir plus sur la pensée de Jung, je vous recommande de lire ses œuvres, telles que « L’Homme à la découverte de son âme » et « Les Racines de la Conscience ».

Microsoft Copilot


Quelle est l’origine de la citation suivante : «Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. » de Carl Gustav Jung

Il est important de noter que l’attribution exacte de certaines citations à Carl Gustav Jung peut parfois être sujette à interprétation. Cependant, l’idée générale exprimée dans la citation que vous avez fournie est tout à fait cohérente avec la pensée de Jung. Voici ce que nous pouvons dire à ce sujet :

La philosophie de Jung :Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, croyait profondément que les expériences de vie, y compris les crises et les maladies, avaient un sens et un but.

Il considérait que ces expériences pouvaient servir de catalyseurs pour la croissance personnelle et l’individuation, un processus de réalisation de soi.

Jung mettait l’accent sur l’importance de l’inconscient et de la recherche de sens dans la vie. Il pensait que les difficultés rencontrées pouvaient être des signaux de l’inconscient, nous invitant à explorer des aspects de nous-mêmes que nous avions négligés.

Les concepts clés de Jung :Le concept d’« individuation » est central dans la pensée de Jung. Il s’agit d’un processus de développement psychologique qui implique l’intégration des aspects conscients et inconscients de la personnalité.

Les crises et les bouleversements peuvent être vus comme des étapes nécessaires sur le chemin de l’individuation.

La maladie comme expérience précieuse. Jung a lui même expérimenté la maladie et en a tiré des expériences précieuses.

Il a notamment partagé des réflexions très profondes lors de sa maladie en 1944.

En résumé, bien que la formulation exacte de la citation puisse varier, l’idée qu’elle véhicule est profondément enracinée dans la psychologie jungienne.

Cela ne répond pas à ma question. Je cherche l’origine.

Vous avez raison de souligner que l’origine précise de cette citation est difficile à établir avec certitude. Bien qu’elle soit largement attribuée à Carl Gustav Jung, il est fréquent que des citations soient reformulées ou interprétées au fil du temps.

Voici ce que l’on peut dire à ce sujet :

La pensée jungienne comme source d’inspiration :Les concepts développés par Jung, notamment l’individuation, l’importance des symboles et la signification des expériences de vie, sont au cœur de cette citation.

Jung considérait que les crises et les maladies pouvaient être des manifestations de l’inconscient, nous invitant à prendre conscience de certains aspects de nous-mêmes.

Cette idée est très présente dans son œuvre, où il explore la relation entre le corps et l’esprit, ainsi que la dimension symbolique des maladies.

La diffusion de la citation :La citation a probablement été diffusée et popularisée à travers des ouvrages de vulgarisation de la psychologie jungienne, des conférences et des articles.

Il est possible qu’elle ait été reformulée ou adaptée au fil du temps, ce qui rend difficile son identification exacte dans les écrits originaux de Jung.

De nombreux site internet ou blog reprennent cette citation, mais sans indiquer sa source précise.

En résumé, bien que l’on puisse affirmer que l’esprit de cette citation est profondément jungien, il est difficile de retrouver sa formulation exacte dans ses écrits.

Gemini, Google


Citer Carl Gustav Jung sans en donner la source exacte aux lecteurs
atténue la crédibilité de l’auteur.


( Je poursuis mes recherches pour trouver l’origine de cette citation)


Bonjour,

Nous venons de publier un article Sur l’utilisation des citations de Carl Gustav Jung et nous déplorons comme vous que la plupart des citations ne sont pas sourcées. C’est un fléau sur internet, et si vous nous posez cette question c’est que vous n’avez pas trouvé l’information. Possiblement elle est tirée d’une phrase voisine, voire une paraphrase. En l’absence de source, prudence donc.

Sur l’utilisation des citations de Carl Gustav Jung


Bien à vous.

Jean-Pierre ROBERT

Espace Francophone Jungien cgjung.net

https://www.cgjung.net/


Bonjour,

Je suis désolé de ne pas pouvoir répondre à votre question. Peut-être que l’institut C.G. Jung pourra vous aider : https://junginstitut.ch/en/About-Us/Contact.

Meilleures salutations,

Oliver Ammann

ETH Zurich, Oliver Ammann, Rare Books, ETH Library, Rämistrasse 101, 8092 Zurich, Switzerland, Phone +41 44 632 49 05, oliver.ammann@library.ethz.ch,

www.library.ethz.ch/en/


Dear Mr. Guay

Thank you for your message and request, which we are unfortunately unable to answer. However, you are welcome to visit our library and carry out your research on site. The library is open on Friday between 9-12h and 13-16h.

May I mention at this point that in order to find a quotation, you would have to physically read through all of C.G. Jung’s works. Unfortunately, digital research is not possible. Thank you for your understanding.

With kind regards

Julia Budai

Library / Program & Event Organization
C.G. Jung-Institut Zürich, Küsnacht
Hornweg 28, CH-8700 Küsnacht
Tel.: +41 44 914 10 51, Fax: +41 44 914 10 50
budai@junginstitut.ch , www.junginstitut.ch


Dear Serge-André Guay,

I am sorry but it was not possible to find the German original of the quotation you are looking for. Frankly, I do not think it really is a sentence of Jung. It seems to have widely spread on French-speaking internet sites, but mostly in non-academic circles, often in the context of texts on the covid-pandemic or on sites by coaches/therapists. And there was not a single scientific reference (e.g. to Jungs Collected Works) to be found. I assume that someone attributed this sentence to Jung and then in spread in the French-speaking Internet.

I am very familiar with Jung, especially with his texts on healing. There is one quotation which comes a bit close to the one your are looking for – but at the same time it is very different.

« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)

« […] we [must] first take the path of illness, the wrong path that exacerbates the conflicts and increases the loneliness to the point of unbearability, in the hope that from the depths of the soul, from which all destruction comes, salvation will also grow. »

Wishing you all the best,

Christiane Neuen

(Board member of the C. G. Jung Society, Cologne)

TRADUCTION

Cher Serge-André Guay,

Je suis désolé mais il n’a pas été possible de trouver l’original allemand de la citation que vous recherchez. Franchement, je ne pense pas qu’il s’agisse vraiment d’une phrase de Jung. Elle semble s’être largement répandue sur les sites internet francophones, mais surtout dans des milieux non académiques, souvent dans le contexte de textes sur la covidopandémie ou sur des sites de coachs/thérapeutes. Et il n’y avait pas une seule référence scientifique (par exemple aux Collected Works de Jungs) à trouver. Je suppose que quelqu’un a attribué cette phrase à Jung et qu’elle s’est ensuite répandue sur l’internet francophone.

Je connais très bien Jung, en particulier ses textes sur la guérison. Il y a une citation qui se rapproche un peu de celle que vous recherchez – mais qui est en même temps très différente.

« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)

« […] nous [devons] d’abord prendre le chemin de la maladie, le mauvais chemin qui exacerbe les conflits et accroît la solitude jusqu’à l’insupportable, dans l’espoir que des profondeurs de l’âme, d’où vient toute destruction, grandira aussi le salut. »

Tous mes vœux de réussite,

Christiane Neuen

(membre du conseil d’administration de la Société C. G. Jung, Cologne)


Si vous la connaissez, écrivez-moi s’il-vous-plaît à : info@philotherapie.ca


Quel est notre besoin le plus fondamental ? Voici la réponse de Frédéric Lenoir :

Au moment où je commençais l’écriture de ce livre, j’ai eu un échange téléphonique avec une amie canadienne très chère, maître en yoga et en qi gong : Nicole Bordeleau. Elle m’a demandé quel était, selon moi, notre besoin le plus fondamental : celui du lien ou celui de la sécurité ? Je lui ai répondu sans hésiter : celui de la sécurité. Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité, tant intérieure (psychique) que matérielle et sociale.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 1. Se sentir en sécurité, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p.17.

Frédéric Lenoir répond sans hésiter à la question du besoin le plus fondamental en pointant du doigt « celui de la sécurité ». Mais, il précise que la sécurité provient d’un autre besoin à combler, celui du lien. Sans lien, pas de sécurité. En vérité, le besoin le plus fondamentale est le lien qui débouche sur la sécurité. Il y a souvent confusion entre l’objet (le sujet), l’objectif fixé au sujet de l’objet et le moyen d’atteindre cet objectif.

La question était simple : Quel est notre besoin le plus fondamentale entre le lien et la sécurité. Frédéric Lenoir fait du lien un moyen pour combler le besoin de sécurité. Or, la question faisait du lien et de la sécurité deux besoins, non pas un besoin et un moyen. Le philosophe et sociologue affirme que « Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité (…) ». Le moyen ne vient jamais avant l’objet et l’objectif. Si l’objectif demeure d’être sécurité, le moyen est le lien. mais là n’était pas la question.

Objet : Sécurité ou lien à titre de besoins fondamentaux

Objectif : déterminer lequel est le plus fondamental (avant tout).

Moyen : le lien (capital, et même vital).

Résultat : Sécurité.

La réponse adéquate était donc : le besoin le plus fondamental est le lien parce qu’une fois comblé il procurera la sécurité. À la base, un besoin ne comble pas un autre besoin. Ce ne sera que la réponse à un besoin dont on pourra déduire qu’il comblera un autre besoin. Il y a une logique à respecter, un ordre des choses. Il ne s’agit pas de jouer avec les mots.

Frédéric Lenoir enchaîne avec Baruch Spinoza, Abraham Maslow et Antonio Damasio :

Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Spinoza constate ensuite que, de manière tout aussi naturelle, chaque organisme vivant essaye de progresser, de grandir, de parvenir à une plus grande perfection. Il observe enfin que, chaque fois qu’il y parvient, sa puissance vitale augmente, il est habité par un sentiment de joie, alors que chaque fois qu’il rencontre un obstacle, qu’il se sent menacé dans son être ou que sa puissance vitale diminue, il est envahi par un sentiment de tristesse. Toute l’éthique spinoziste consiste dès lors à organiser notre vie grâce à la raison, pour préserver l’intégrité de notre être et augmenter notre puissance d’agir et la joie qui l’accompagne. Spinoza met au jour deux mécanismes de la vie : se préserver et augmenter sa puissance vitale et d’action. Dit autrement, il nous explique que la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux.

____________

NOTE

1?Antonio Damasio, Spinoza avait raison. Joie et tristesse. Le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 40.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 1. Se sentir en sécurité, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp.17-18.

Bon, Spinoza ne semble pas d’accord avec Frédéric Lenoir. Pour Spinoza, « la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux ». Le besoin du lien n’est plus dans le décor, à moins qu’il faille le déterminer comme un moyen et non pas comme un besoin.

Je comprends ces différences dans le fait que Frédéric Lenoir fait le tour de la question avec différents points de vue.

J’aime bien quand Frédéric Lenoir nuance : « Il ne faut donc pas faire un absolu de la hiérarchisation des besoins de Maslow. » Personnellement, je ne vois pas en quoi il fut utile de parler de la pyramide des besoins de Maslow s’il faut s’en méfier. En abordant le sujet, j’aurais tout de suite prévenu le lecteur des critiques à venir.

Le livre « Vivre ! dans un monde imprévisible » de Frédéric Lenoir s’inscrit dans le temps ordonnée par la crise mondiale du COVID-19. Il nous guide afin de surmonter le ou les traumatismes créés par l’épidémie. Après le chapitre 1, « Se sentir en sécurité », il consacre le deuxième à la résilience.

Dans ce deuxième chapitre, « Entrer en résilience », on trouve cette définition :

(…) La résilience désigne dès lors le processus psychique qui permet à un individu affecté par un traumatisme profond de se reconstruire, de trouver en lui, sans rien nier de ce choc, les ressources nécessaires pour avancer dans la vie. (…)

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 2. Entrer en résilience, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 30.

Selon les dictionnaires Le Robert – Dico en ligne, la résilience est une « capacité » : « Capacité à surmonter les chocs traumatiques ». La Confédération des associations de proches en santé mentale du Québec va dans le même sens : « La résilience est la capacité, de chacun, à reprendre un nouveau développement psychologique, après avoir vécu une épreuve significative. Les individus résilients vont avoir la capacité de s’adapter de manière flexible et ingénieuse aux situations qu’ils ne peuvent pas contrôler. En effet, ils vont puiser dans leurs qualités personnelles afin de modifier leurs comportements étant donné les nouveaux contextes auxquels ils font face. »

Pour le dictionnaire Larousse, la résilience est une « aptitude » : « Aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques ». Le dictionnaire USITO de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada) parle aussi d’une « aptitude » : « Aptitude à faire face avec succès à une situation représentant un stress intense ainsi qu’à se ressaisir, à s’adapter et à réussir à vivre et à se développer positivement en dépit de ces circonstances défavorables. »

« Processus » ou « Aptitude », la résilience implique nécessairement des « Attitudes », notamment mais pas exclusivement, celle engendrée par le traumatisme et qui vient d’en détrôner une autre désormais désuète. S’il faut parler de processus psychique, ce dernier doit conduire non seulement à un réajustement de ses perceptions et de ses valeurs mais aussi et surtout de son comportement face à l’adversité. Or, les changements de comportement surviennent généralement à la suite d’un traumatisme en raison de la nouvelle attitude qu’il a entraîné. On peut aussi associer les changements de comportement à des révélations soudaines de vérité permettant de se rendre à l’évidence d’une nouvelle compréhension de soi et/ou du monde.

Le processus de résilience fait l’objet de nombreuses recherches et théorie, mais on peut schématiquement évoquer trois étapes principales après le traumatisme : la résistance, l’adaptation et la croissance. Lorsqu’on est déstabilisé et en souffrance, on commence par résister, par se protéger pour éviter ce qui nous affecte. Cette première étape peut être salutaire, car il est souvent nécessaire de lutter contre l’angoisse et les effets destructeurs du traumatisme. Mais elle peut conduire à des mécanismes de défense extrêmes (déni, clivage, refuge dans une bulle psychique protectrice…) qui n’aideront pas la personne à guérir. Pour avancer, il est nécessaire de regarder la réalité en face et de tenter de nous adapter au mieux de la situation. Cette étape est cruciale, dans le processus de résilience, car elle signifie que nous ne sommes pas dans le déni, dans le refus du réel, dans une attitude passive. Nous agissons en prenant acte du caractère inéluctable de l’épreuve que nous traversons, de notre douleur physique ou psychique, et nous cherchons le meilleur moyen de nous adapter à cette situation difficile. La croissance nous conduit plus loin encore : il ne s’agit plus seulement de moins souffrir, mais de s’appuyer sur ce traumatisme pour grandir, évoluer, aller plus loin. La fameuse formule de Nietzsche dans Le Crépuscule des idoles l’exprime très bien : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 2. Entrer en résilience, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp. 31-32.

La résistance « car il est souvent nécessaire de lutter contre l’angoisse et les effets destructeurs du traumatisme » ? Résister demande une somme considérable d’énergie à la personne qui, déjà, épuisée par la souffrance voire un mal-être profond, en dispose très peu. Je doute donc de l’efficacité de cette étape au profit d’une bonne hygiène de vie en prescription d’une baisse du stress post-traumatique.

À la suite de la résistance en première étape, voici la deuxième étape : « Pour avancer, il est nécessaire de regarder la réalité en face et de tenter de nous adapter au mieux de la situation. Cette étape est cruciale, dans le processus de résilience, car elle signifie que nous ne sommes pas dans le déni, dans le refus du réel, dans une attitude passive. » Traumatisé et conscient de l’être, on ne peut certainement pas être dans le déni de la cause et de son état. C’est la compréhension qui fait défaut. Nous avons le nez collé sur la réalité et dans l’incapacité de la regarder avec le recul nécessaire. Ainsi, la deuxième étape est de prendre du recul face au traumatisme et notre réaction face à ce dernier.

Pour prendre ce recul face à la réalité, Henri Laborit, médecin chirurgien, neurobiologiste, éthologue, eutonologue et philosophe, propose la fuite dans son livre « Éloge de la fuite » (voir aussi le livre en ligne en accès libres en format PDF). Il faut s’éloigner de la réalité et ainsi prendre du recul face à elle. Aussi bien fuir la vallée pour les sommets.

Henri Laborit - Éloge de la fuite - «Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté… Il ne reste plus que la fuite.» Henri Laborit pose, à la lumière des découvertes biologiques, la question de notre libre arbitre, de notre personnalité même. La politique, la société, tout prend dès lors une autre dimension.
Henri Laborit – Éloge de la fuite – «Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté… Il ne reste plus que la fuite.» Henri Laborit pose, à la lumière des découvertes biologiques, la question de notre libre arbitre, de notre personnalité même. La politique, la société, tout prend dès lors une autre dimension.

AVANT-PROPOS

Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière, avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.

Vous connaissez sans doute un voilier nommé «Désir ».

LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 4.

Vue de loin, la réalité nous semblera plus abordable. Il sera plus aisé de s’y adapter.

Cela nous ramène à l’angoisse. Comment donner une « idée de l’Homme » sans parler d’elle? Je pense que l’on n’a pas suffisamment insisté jusqu’ici sur cette idée simple que le système nerveux avait comme fonction fondamentale de nous permettre d’agir. Le phénomène de conscience chez l’homme, que l’on a évidemment rattaché au fonctionnement du système nerveux central, a pris une telle importance, que ce qu’il est convenu d’appeler « la pensée » a fait oublier ses causes premières, et qu’à côté des sensations il y a l’action. Or, nous le répétons, celle-ci nous parait tellement essentielle que lorsqu’elle n’est pas possible, c’est l’ensemble de l’équilibre d’un organisme vivant qui va en souffrir, quelquefois jusqu’à entraîner la mort. Et ce fait s’observe aussi bien chez le rat que chez l’homme, plus souvent chez le rat que chez l’homme, car le rat n’a pas la chance de pouvoir fuir dans l’imaginaire consolateur ou la psychose. Pour nous, la cause primordiale de l’angoisse c’est donc l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante, en précisant qu’échapper à une souffrance par la fuite ou par la lutte est une façon aussi de se gratifier, donc d’échapper à l’angoisse.

LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Une idée de l’Homme, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 21.

Personnellement, la première étape de ma fuite consiste et refermé la porte derrière moi, à ne plus permettre à la source du traumatisme de m’atteindre. Je coupe donc tous les liens avec le passé pour me concentrer sur le moment présent. Et je me permets avec un malin plaisir d’en informer cette source. Évidemment, cela fonctionne beaucoup mieux si je ne suis pas moi-même la cause de mon traumatisme. Car, dans ce cas, je ferme la porte à une part de moi-même, ce qui peut s’avérer périlleux.

Envisagée sous cet aspect, la création est bien une fuite de la vie quotidienne, une fuite des réalités sociales, des échelles hiérarchiques, une fuite dans l’imaginaire.

LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Une idée de l’Homme, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 23.

C’est donc dans mon imaginaire que je cherche le meilleur moyen de m’adapter à cette situation difficile.Mais le verbe d’action « adapter » ne me plaît pas réellement puisque je viens de fuit cette situation difficile pour me réfugier dans mon imaginaire créatif. Par ma fuite, j’abandonne cette situation difficile à elle-même et je me concentre sur le nouveau présent réservant mon énergie à la création d’un nouvel avenir.

La troisième étape proposée par Frédéric Lenoir se lit comme suit : « La croissance nous conduit plus loin encore : il ne s’agit plus seulement de moins souffrir, mais de s’appuyer sur ce traumatisme pour grandir, évoluer, aller plus loin. » Personnellement, je ne reconnais aucune source de créativité au traumatisme, donc de m’y appuyer « pour grandir, évoluer, aller plus loin. » Je ne pas de ceux qui cherchent à retourner une situation négative en situation positive. Au diable ! La situation négative. Je la fuis comme la peste.

Mais une étape s’impose avant la fuite : me relever, regarder en arrière pour voir si la situation difficile dans laquelle je me trouve est la conséquence d’une erreur de ma part. Il n’est pas question de vite me relever pour foncer tête baissée vers l’avant. Je ne souhaite pas répéter la même erreur à l’avenir. À elle seule, cette étape me valorise.

Je ne comprends pas l’usage du terme « croissance » dans cette troisième étape. La directive qu’il faille « grandir, évoluer, aller plus loin » et ainsi croître me pèserait sur les épaules comme une injonction. Or, en situation difficile suite à un traumatisme, j’ai besoin de toute ma liberté pour fuir, créer et décider de mon nouvel avenir. Je ne cherche pas nécessairement à être meilleur et, pour ce faire à aller plus loin.

La psychologie prescrit de chercher à être meilleur tout au long de notre vie, un travail sans fin jusqu’à la mort. Un fois au sommet de la montagne, on découvre une autre montagne à gravir plus haute que la première et ainsi de suite. La vie n’est pas une suite d’escalades de montagnes plus hautes les unes que les autres.

Enfin, je n’adhère à l’idée de Nietzsche dans le Crépuscule des idoles à l’effet que « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Je n’ai pas constaté cela au cours de ma vie.  Je ne suis pas plus fort que la vie elle-même. Je ne trouve rien qui puisse me rendre plus fort dans les traumatismes que j’ai vécu difficilement à chaque fois, pas plus que quoique ce soit qui me rende plus fort dans le mon moi traumatisé. On peut toujours croire l’affirmation de Nietzsche mais est-ce une vérité universelle ? Certainement pas.

Une des qualité qui peut le mieux nous aider à nous adapter à une situation douloureuse subie, c’est l’humour. L’humour, on le sait depuis Aristote, et notamment l’autodérision (se moquer de soi), permet de mettre le tragique à distance. Puisqu’on ne peut rien changer à la situation pénible ou absurde, mieux vaut en rire ! (…)

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 3. S’adapter, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 44.

L’humour, le rire, l’ironie sont au cœur d’un courant philosophique dont je me sens très proche : le taoïsme. Apparu en Chine vers le VIe siècle avant notre ère, le taoïsme valorise l’humour comme facteur de détachement. Le rire nous permet de nous détacher d’une situation douloureuse, absurde, inconfortable, par la force de l’esprit. De prendre du recul et donc de faire preuve d’adaptabilité. (…)

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 3. S’adapter, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 46.


Au Québec l’humour est une industrie culturelle très importante.


Le titre du quatrième chapitre trahit toute philosophie au profit de la psychologie positive et du développement personnel : « Cultiver le plaisir et les émotions positives ».

Lorsque nous sommes fragilisés, angoissés, déstabilisés, il n’y a sans doute pas de meilleur remède que de rechercher ce qui nous procure du plaisir ou de la joie : savourer des mets qu’on aime, faire du sport, cultiver son jardin, s’adonner à une activité créatrice, se promener dans la nature, téléphoner à un ami cher, écouter un morceau de musique qui nous apaise, faire du yoga, méditer, regarder un film qui nous met de bonne humeur, lire des poèmes, savourer un bon verre de vin… Cela m’évoque aussi ce qu’affirme Spinoza dans son livre IV de l’Éthique : « Un affect ne peut être supprimé ou contrarié que par un affect plus fort que l’affect à contrarier3. » Tout est dit : on ne peut quitter une émotion ou un sentiment de peur, de tristesse, de colère, une dépression, qu’en mobilisant une autre émotion ou sentiment positif : du plaisir, de la gratitude, de l’amour, de la joie. De manière générale, mais davantage encore en période de crise, recherchons toute expérience qui nous procure des émotions positives, de la satisfaction de vivre.

____________

NOTE

3 Spinoza, Éthique, IV, proposition 7.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 4. Cultiver le plaisir et les émotions positives, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp 57-58.

Il n’y a rien qui me tombe plus sur les nerfs, et cela depuis mon adolescence, que la pensée positive.

La pensée positive désigne un mouvement pseudo-scientifique créé en 1952 par le pasteur Norman Vincent Peale et véhiculé dans les années 2010 par différents acteurs œuvrant dans le secteur économique du développement personnel.

Qui a inventé la pensée positive ?

Histoire. La psychologie positive a officiellement commencé aux États-Unis, en 1998, par le discours de Martin Seligman, nommé président de l'Association américaine de psychologie (APA) lors du congrès annuel de cette association.

Pensée positive, Wikipédia.
En fait, le terme « psychologie positive » a été inventé par Maslow dans son livre « Motivation et personnalité » (Maslow, 1954). Maslow détestait la préoccupation de la psychologie pour le désordre et le dysfonctionnement, affirmant qu'elle manquait d'une compréhension précise du potentiel humain.

Positive Psychology, 3 Dec 2024, The 5 Founding Fathers and A History of Positive Psychology, 12 Feb 2015 by Jo Nash, Ph.D., Scientifically reviewed by Tiffany Sauber Millacci, Ph.D.

« Sois positif ! » NON ! Je préfère et de loin être réaliste. Quand un malheur traumatisant m’accable, je ne mange pas mes émotions pour me vautrer dans les plaisirs de la table. Franchement, il tel conseil de la part d’un philosophe ! Et je ne vais pas « Ralentir et savourer l’instant » (chapitre 5)… Quel instant ! Celui de ma souffrance ! Celui de la dégustation d’un bon plat ? Ne suis-je pas immobiliser par l’angoisse ? Dans mon cas, j’ai déjà fui.

Puis, Frédéric Lenoir nous invite à « Resserrer les liens » dans le sixième chapitre de ce livre. Il nous laisse croire à une approche philosophique avec la première phrase de ce chapitre : « “L’Homme est un animal social” affirmait Aristote. Il est dans sa nature de vivre en relation étroite avec ses semblables, comme d’ailleurs la plupart des animaux. » Mais la philosophie prend vite le bord au profit de la psychanalyse en remontant à l’enfance, pour ne pas dire, au fœtus.

Le « développeur » personnel propose ensuite de « Donner du sens » dans son septième chapitre.

Après les étapes de résistance et d’adaptation, le processus de résilience – de reconstruction et de croissance intérieure – s’approfondit avec le resserrement de nos liens affectifs et sociaux, mais aussi par notre capacité à donner du sens à notre vie. Je dis bien « donner du sens à notre vie » et non « chercher le sens de la vie ». En effet, il ne s’agit pas tant qu’un questionnement métaphysique sur le sens de la vie humaine, si important soit-il, que de chercher à donner du sens à sa propre existence. Peut-être existe-t-il autant de sens que d’individus, peu importe. Ce qui compte, pour mieux vivre, mais aussi pour se reconstruire après un traumatisme, c’est que chaque individu puisse donner une signification à son existence.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 7. Donner du sens, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 87.

Quel philosophe recommande d’éviter « (…) un questionnement métaphysique sur le sens de la vie humaine (…) » lorsque vient le temps de donner du sens à sa vie ? Si je m’accorde aisément avec l’affirmation « Je dis bien “donner du sens à notre vie” et non “chercher le sens de la vie”. » Je crois que la vie n’a pas de sens en elle-même, qu’il faut lui en donner un. Mais, prudence, seul un sens partagé me satisfait par souci de mon humanité et non pas limité à mon existence personnelle. Je suis un Homme avant d’être un individu. Quant à resserrer les liens, aussi bien embrasser l’humanité. Après tout, c’est dans ma nature.

Face à un obstacle ou à une épreuve, nous demeurons libre de faire « contre mauvaise fortune bon cœur », comme le dit si bien l’expression populaire, ou bien de nous « ronger les sangs ». Nous demeurons libres de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, de cherche à nous adapter au mieux, ou pas, à une situation déstabilisante. Et notre plus bel acte de liberté intérieure sera même de savoir utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir. C’est le sommet de la résilience, et les personnes qui ont fait ce chemin sont souvent les plus belles et les plus humaines qui soient.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 8. Devenir libre, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 103.

Comment un le plus bel acte de liberté intérieure peut être de savoir ? Frédéric Lenoir est-il en train de me dire que je suis libre de savoir ? Savoir « utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir ». Utiliser pour mobiliser ? Il me faut mobiliser avant d’utiliser.

Et je dois savoir utiliser ma blessure, ma contrainte, ma maladie, mon échec, mon traumatisme de vie pour grandir. Il vaut mieux faire table rase plutôt que de tourner le fer dans la plaie.

Il fallait bien un chapitre sur la mort et c’est le neuvième : « Apprivoiser la mort ».

Agissons donc avec raison et apprenons à apprivoiser la mort, c’est-à-dire à vivre avec l’idée que nous mourrons tous un jour et qu’elle fait partie intégrante de la vie… ne serait-ce que parce que si la mort n,existait pas, la vie sur Terre serait impossible ! (…)

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 9. Apprivoiser la mort, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 114.

(…) Si le sage n’a pas peur de la mort, c’est qu’il est dans une profonde acceptation de la vie et de ses lois : la naissance, la croissance, le déclin, la mort. (…)

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 9. Apprivoiser la mort, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 115.

Chapitre 10, « Agir et consentir » :

(…) Mais nous ne pouvons pas aller jusqu’au bout du processus de guérison intérieure qui si nous apprenons aussi à aimer la vie de manière inconditionnelle. Nous découvrirons alors que le bonheur et la joie sont en nous et non dans les conditions extérieures. Qu’ils résident dans notre capacité d’agir et de réagir, dans le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde. Comme le dit encore Épictète dans son Manuel : « Ce qui tourmente les Hommes, ce n’est pas la réalité, mais les jugements qu’ils portent sur elle. » Formule saisissante qui fait écho à celle de Tilopa, un moine bouddhiste du IXe siècle : « Ce ne sont pas les choses qui te lient, mais ton attachement aux choses. » Autrement dit, le bonheur, la sérénité ou la satisfaction de notre existence ne dépendent pas tant des événements toujours aléatoires du monde extérieur (santé, richesse, honneurs, etc.) que de l’harmonie de notre monde intérieur.

LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 10. Agir et consentir, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp. 129-130.

L’idée que le bonheur et la joie sont en moi, déjà en moi, ne me plaît du tout. À ce compte, le malheur est aussi en moi, et non pas dans les conditions extérieures. Ça ne tient pas la route. Qui plus est, je ne cherche pas le bonheur et la joie. Je les construis. Mon bonheur, s’il doit loger quelque part, est en l’Autre, dans l’Autre.


Si vous êtes un amateur de développement personnel légèrement épicé de philosophie, le livre Vivres ! dans un monde imprévisible de Frédéric Lenoir est pour vous. Votre bonheur durera le temps de la lecture de ce livre. C’est mieux que rien.

J’accorde à ce livre deux étoiles sur cinq.


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Article #130 – L’art de se connaître soi-même, Arthur Schopenhauer, Rivages poche, 2015

J’ai lu pour vous

Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

Arthur Schopenhauer

L’art de se connaître soi-même

Franco Volpi (Préfacier)

Laurent Ferec (Traducteur)

Éditions Payot & Rivages


Univers : Philosophie / Petite bibliothèque

Collection : Rivages Poche Petite Bibliothèque

Genre : Philosophie

Numéros poche : 830

Traduit de l’allemand

ISBN : 978-2-7436-2961-8

EAN : 9782743629618

Parution : 28 janvier 2015

Nombre de pages : 160 pages

Poids de l’article ? : ? 98 g

Format : 11.0 x 17.0


QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Dès que j’ai commencé à penser, je me suis trouvé en rupture avec le monde. »

Arthur Schopenhauer

L’Art de se connaître soi-même» rassemble les notes intimes que le maître du pessimisme écrivit tout au long de sa vie. Ces souvenirs, bribes de pensées, maximes, citations et sentences sont un véritable bréviaire des règles de vie personnelles du philosophe. Avec une ironie parfois féroce, il explique comment et pourquoi il lui faut mettre le monde à distance, y vivre seul tout en se constituant une famille spirituelle parmi les esprits avec lesquels il se sent en communion.

Longtemps considéré comme disparu, ce « cahier secret » a été reconstitué par le philosophe italien Franco Volpi au prix d’une minutieuse recherche philologique.

Source : Éditions Payot & Rivages.


Commencé en 1821, inédit en français, ce petit « livre secret » de Schopenhauer composé de notes autobiographiques, de souvenirs, de maximes et de règles de vie distille sa sagesse de la vie. Un petit manuel utile pour se connaître soi-même et pour rendre moins difficile la vie avec les autres. « Vouloir le moins possible, connaître le plus possible, a été la maxime qui a guidé ma vie » Schopenhauer.

Source : L’art de se connaître soi-même, Amazon.


Cet écrit autobiographique de Schopenhauer se compose de 30 feuillets rassemblés dans un « cahier secret », sorte de journal intime tendant à la maxime, dont la publication fit l’objet d’une polémique à la disparition du philosophe.

Plus une réflexion générale sur la nécessité et la façon de se connaître, L’Art de se connaître soi-même reste centré sur la personne d’un auteur au pessimisme revendiqué, vécu au quotidien. Il justifie son éloignement du monde par la mission intellectuelle au service de la vérité dont il s’est senti tôt investi. Renonçant à se servir soi-même, il s’attache pour le bien de l’humanité à se détacher du monde. Comme le regard porté sur le monde n’est pas purement spéculatif, mais qu’il se pose sur l’environnement concret du philosophe, une ironie savoureuse est souvent convoquée pour mettre ce monde à distance. Ce texte est un bel exemple de regard ironique porté sur soi-même.

Source : L’art de se connaître soi-même, Librairie des Sciences-Politiques.


EXTRAIT

L’art de se connaître soi-même

Si tu veux tirer jouissance de ta valeur, c’est à toi d’en conférer au monde.

 * * *

De la même façon qu’un peu de chaleur rend la cire, par nature dure et cassante, assez souple pour prendre n’importe quelle forme, un soupçon de politesse et d’amabilité pourra rendre dociles et complaisants jusqu’aux individus récalcitrants et hostiles. D’où il s’ensuit que la politesse est à l’homme ce que la chaleur est à la cire.

 * * *

Lorsqu’il m’est arrivé parfois de me sentir malheureux, la cause en a plutôt été une simple méprise, une erreur de personne. Dans ces moments, je me suis pris pour un autre que moi, un être dont je me suis mis à déplorer le triste sort. Je me suis pris par exemple pour un chargé de cours à l’université qui n’obtient pas de chaire et dont les cours n’ont pas d’auditeurs, ou pour quelqu’un sur le compte duquel tel philistin dit des horreurs et les commères cancanent en sirotant leur café, ou bien pour l’accusé d’un procès pour injures, ou encore pour l’amoureux que la jeune fille dont il s’est entiché ne veut pas exaucer, ou pour ce patient que la maladie condamne à garder la chambre, ou pour d’autres personnes de ce genre qui s’escriment contre ce genre de misère. Tout cela, ce n’était pas moi, tout cela, c’est une matière étrangère dont était faite tout au plus la redingote que j’ai portée un temps avant de l’abandonner pour une autre.

 * * *

Ce qui, dans la vie réelle, a été à tout moment et en tout lieu une entrave pour moi, c’est que, jusqu’à un âge avancé, je n’ai pas été capable de me faire une idée suffisante de la petitesse et de la médiocrité des hommes.

 * * *

Une fois qu’ils ont compris qui ils sont, ceux qui, comme moi, ont pour mission de transmettre la vérité au genre humain s’abstiendront autant que possible de se mêler aux gens en dehors de leur mission […]. Dans toutes les circonstances de la vie, et en particulier tant que dure la jeunesse, un être comme moi se sent à tout moment comme une personne affublée de vêtements qui ne lui vont pas.

 * * *

Vouloir le moins possible et connaître le plus possible : telle est la maxime qui a dirigé le cours de ma vie.

 * * *

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015.


REVUE DE PRESSE

Série « Les arts d’Arthur Schopenhauer »

Épisode 1/4 : L’art de se connaître soi-même


THÈSES

Gilbert, Nathanaël (2019). Arthur Schopenhauer et ses divergences avec Emmanuel Kant. Mémoire. Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 119 p.

La théorie du génie selon Arthur Schopenhauer par Nathanaël Gilbert

La notion d’inconscient dans la philosophie d’Arthur Schopenhauer : pour une nouvelle interprétation du lien entre Schopenhauer et Freud par Jean-Charles Banvoy


AU SUJET DE L’AUTEUR

Arthur Schopenhauer

Portrait photograph of Arthur Schopenhauer par Johann Schäfer, March 1859, Frankfurt am Main University Library
Portrait photograph of Arthur Schopenhauer par Johann Schäfer, March 1859, Frankfurt am Main University Library

Arthur Schopenhauer

(1788-1860)

Voici le philosophe du pessimisme par excellence ! Toute la philosophie d’Arthur Schopenhauer est en effet marquée par le constat du caractère tragique de l’existence humaine. Selon le penseur allemand, nous passons toute notre vie à poursuivre un objet puis un autre, allant du désir et de la privation à la déception que la possession engendre toujours.

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Éléments de biographie (Th. Duret)

«Arthur Schopenhauer est né à Dantzig le 22 février 1788, fils d’un des principaux négociants de la ville. Envoyé très jeune à l’étranger, il séjourna plusieurs années en Angleterre et en France. Il s’initia ainsi de bonne heure à la connaissance des langues, et finit par parler facilement le français, l’anglais, l’italien et même l’espagnol. Il montrait la plus vive répulsion pour la carrière commerciale à laquelle on le destinait; aussi, à la mort de son père, abandonna-t-il le comptoir pour aller étudier à l’Université d’Iéna. Au sortir de l’Université, il visita Weimar et connut Gœthe, puis fit de longs voyages, particulièrement en Italie. Sa fortune se trouva un instant compromise par la mauvaise gestion de sa mère, et, cherchant à se créer une profession, il se fit inscrire à l’Université de Berlin comme privat-docent, pour enseigner la philosophie. Le cours qu’il essaya n’eut aucun succès. Il dut renoncer à l’enseignement que régentaient alors des professeurs célèbres, tels que Hegel, dont il s’était déclaré l’implacable ennemi. En 1832, il s’établit à Francfort qu’il ne quitta plus, et où il mourut le 23 septembre 1860.

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La vie de Schopenhauer

Autobiographie

Les tribulations du jeune Arthur

Le récit d’un drame éternel

Biographie d’un philosophe tragique

Le bagne de Toulon

Les malentendus

Copyright © Guy Heff – Schopenhauer.fr


DU MÊME AUTEUR

Œuvres de Schopenhauer

Les œuvres proposées ici ne sont pas des fac-similés. Elles ont été ressaisies, corrigées, annotées et mises en page.

Visiter le site

Guy Heff – Schopenhauer.fr

Télécharger les livres d’Arthur Schopenhauer

« Langage, éthique, compassion, folie… Les sujets abordés par la philosophie d’Arthur Schopenhauer sont nombreux et variés, et son influence sur les écrivains et philosophes qui l’ont suivie est tout aussi multiple. Flaubert, Maupassant, Nietzsche, Freud ou encore Dostoïevski… Jusqu’aux sœurs Wachowski, qui en revendiquent l’influence sur la trilogie Matrix. Redécouvrez la philosophie du penseur allemand en téléchargeant gratuitement ses livres au format numérique. »

Essais

De la quadruple racine du principe de raison suffisante, 1813, via Schopenhauer.fr

Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818-1819, via Wikisource

L’Art d’avoir toujours raison, 1830-1831, via Wikisource

Les Deux Problèmes fondamentaux de l’éthique : Essai sur le libre arbitre (1839) et Le

Fondement de la morale (1841), via Schopenhauer.fr

Parerga et Paralipomena : Aphorismes sur la sagesse dans la vie, 1851, via Schopenhauer.fr

La philosophie universitaire, 1851, via Schopenhauer.fr

Essai sur les femmes, 1851, via Wikisource

Écrivains et Style, 1851, via Schopenhauer.fr

Éthique, droit et politique, 1851, via Schopenhauer.fr

Philosophie et philosophes, 1851, via Schopenhauer.fr

Mémoires sur les sciences occultes, 1912, via Wikisource

Pour effectuer les téléchargements de ce livres, visitez le site web ActuaLitté


MON RAPPORT DE LECTURE

Arthur Schopenhauer

L’art de se connaître soi-même

Franco Volpi (Préfacier)

Laurent Ferec (Traducteur)

L’art de se connaître soi-même du philosophe allemand Arthur Schopenhauer rassemble des textes de ses carnets de notes personnelles et fut publiés après son décès. Je ne crois pas que ces carnets de notes furent intitulée « L’art de se connaître soi-même » par Arthur Schopenhauer. À lecture des textes, j’ai la nette impression que l’auteur se donne lui-même en exemple dans l’art de se connaître soi-même. Arthur Schopenhauer parle de lui et par projection de sa vision du monde. Avant tout, il faut nous pencher sur la fameuse injonction « Connais-toi toi-même », ce que fait fort bien le philosophe italien Franco Volpi, professeur à l’Université de Vicenze, dans sa préface :

La connaissance de soi est le premier pas sur la voie de la sagesse. « Connais-toi toi-même ! », ????? ???????, nosce te ipsum : cette injonction, venue de la nuit des temps et attribuée à l’un des sept sages, est censée guider qui veut être heureux. Elle concentre en soi la sagesse de la vie et s’est transmise presque sans interruption sans perdre en influence. Les sources les plus anciennes la mentionnent comme un commandement initiatique pour parvenir à la réalisation de soi, et renvoient à son origine divine. Elle était gravée comme précepte sur le temps d’Apollon à Delphes, autrement dit au « nombril du monde », le lieu où deux aigles que Zeus avant lâchés aux extrémités du cosmos se croisèrent dans leur vol dirigé vers le centre de la terre. (…)

« Connais-toi toi-même » est en même temps la pierre angulaire de la philosophie, comprise comme l’ «amour de la vérité ». C’est la première règle de vie que la philosophie se propose de transmettre, depuis toujours. « Il a été accordé à tous les hommes de pouvoir se connaître », affirmait déjà Héraclite (fragment 116). Mais c’est surtout Socrate qui fait de l’art de se connaître soi-même la base de toute la sagesse philosophique. Dans ses dialogues (dans son Apologie de Socrate et puis surtout dans son Alcibiade majeur), Platon le présente comme un enseignant de la connaissance de soi. (…)

Le thème de la connaissance de soi traverse toute la philosophie antique et connaît un développement particulier avec la littérature hellénistique du « soin de soi » (epiméleia beautoû), qui atteint son apogée avec Cicéron, Sénèque, Épictète ou Marc Aurèle (entre autres auteurs). Désormais, la connaissance de soi n’est plus liée à une mission politique, elle n’est plus limitée à un âge précis, celui de la transition de la jeunesse à la maturité. Elle n’est plus comprise simplement comme un savoir théorique sur soi-même, comme une simple contemplation de soi. La connaissance de soi s’assimile de plus en plus à l’intégralité du soin qu’on prend se soi, un soin qui s’applique à toute la durée de la vie et implique quotidiennement une série d’exercices, tant pratiques que spirituels, dont le but est de s’imprimer à la vie comme on façonne une œuvre d’art pour lui conférer la forme la plus belle et la plus réussie possible. Connaissance de soi et soin de soi sont les principes sur lesquels se fonde une esthétique de l’existence.

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 7-10.

« En véritable philosophe, Schopenhauer s’attaque lui aussi au motif de la connaissance de soi » souligne Franco Volpi et avance qu’ « (…) il ne pouvait pas ne pas traiter de ce thème ».

(…) À ceci prêt : il ne se limite pas à traiter de la connaissance de soi comme un objet abstrait d’un examen théorique, mais il la prend au sérieux en tant que règle pour mener une vie sage dans la pratique, et il la met en œuvre (…)

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, p. 13.

C’est « La philosophie comme manière de vivre » avancée par Pierre Hadot. Il ne s’agit non plus de la philosophie pour la philosophie évoluant dans son enclos théorique mais de la philosophie libérée en notre mode de vie, y compris nos choix de vie, à commencer en notre mode de pensée, en nos attitudes et en nos comportements.

(…) Le cahier comprenait au total une trentaine de feuillets, et le maître du pessimisme y tenait tout particulièrement, car il représentait une sorte de somme de sa propre expérience de la vie, de son expérience personnelle, son « journal intime * » : des remarques d’ordre autobiographique, des souvenirs, des observations de soi, des instructions pour l’action, des règles de comportement, des maximes, des citations et des proverbes. (…)

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 14-15.

On présente Arthur Schopenhauer comme étant « Le pessimiste le plus connu du monde ».

Le véritable titre de ce « cahier secret », nous dit Franco Volpi est « Eis beautón ».

Sous le titre de Eis beautón, choisi vraisemblablement par analogie aux Pensées pour lui-même de Marc Aurèle (en grec : Tà eis beautón), il rassembla au fils des ans des réflexions, des méditations et des bribes de pensées « adressées à soi-même », qui donnèrent naissance à un « cahier secret » personnel dont on perdit la trace après sa mort et qui, par conséquent, se trouve ici reconstitué dans une version fondée sur des supputations. (…)

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, p.14.

Mais puisqu’on ne naît pas pessimiste, il faut bien une explication.

Ce n’est pas par hasard si Schopenhauer a commencé à remplir ce précieux cahier à une époques de grands questionnements qui mettaient son caractère à rude épreuve. Après la publication du Monde comme volonté et représentation (1819), il avait pleinement conscience de sa vocation pour la philosophie, et dans ce domaine, il ne se sentait inférieur à personne. Mieux, il se voyait même investi d’une mission au service de l’humanité. Et pourtant, cette conscience ne lui valut pas la moindre reconnaissance de la part de la corporation des philosophes. Au lieu de cela, sont œuvre fut ignorée et sa dure confrontation avec Hegel, l’astre resplendissant au firmament philosophique de son temps, tua dans l’œuf toute perspective de carrière. À cela s’ajoutaient des obstacles et des contrariétés de toute sorte : la rupture douloureuse avec sa même, des problèmes financiers liés à la faillite des banques qui administraient l’héritage de son père, des difficultés insurmontables et des heurts constants dans ses rapports avec les autres, une méfiance viscérale vis-à-vis de l’autre sexe — bref, toute une série d’alimenta misanthropiae supplémentaires qui justifiaient et aggravaient sa vision pessimiste de l’existence. Et pourtant, il ne s’agissait pas d’un pessimisme qui tirait son origine de l’aigreur, de la faiblesse ou de la résignation. Non, c’était le résultat logique de la clairvoyance, de la désillusion et du sens du tragique de l’existence. En ce sens, un véritable pessimisme, comme l’était Schopenhauer, est en même temps un optimiste bien informé.

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 15-17.

« Un optimiste bien informé » ? Ce n’est pas du tout ma compréhension des textes de Schopenhauer dans les pages de ce livre. « Une vision pessimiste de l’existence » ne s’inscrit pas en toute logique pour celui ou celle qui ne cesse de recevoir une brique après l’autre sur la tête à chaque fois qu’il avance d’un pas dans la vie. En pareille situation ou quand le malheur s’acharne, il y a plus d’une réaction possible. Le pessimisme n’est certainement pas la seule voie possible. Or, Schopenhauer fait du pessimisme sa philosophie de vie. C’est un choix, un choix sous l’influence directe et indirecte, volontaire et involontaire, conscient et inconscient, de ses difficultés. Je l’imagine se dire : « S’il en va ainsi, aussi bien demeurer pessimiste ». On peut certes pas soutenir qu’il s’agit là d’un « résultat logique de la clairvoyance ». Soutenir qu’il n’y a là ni aigreur, ni faiblesse ou ni résignation ne tient pas la route. Je ne vois en cette « vision pessimiste de l’existence » de Schopenhauer aucune sagesse et aucune vie bonne.

(…) Avec son Eis beautón, Schopenhauer s’était constitué au fil des ans un petit manuel personnel de philosophie pratique auquel il pouvait recourir à tout moment, comme un outil. Les règles fondamentales de sa philosophie de la vie y sont identifiables : autarcie, estime de soi, amour-propre, solitude, aristocratie de l’intelligence, saine misanthropie, retenue dans ses rapports à l’autre sexe, et bien d’autres choses encore. Le fondement de tout cela est la conviction que notre monde est un mundus pessimus, et que dans les cas de doute et les incertitudes que la vie nous réserve, il vaut toujours mieux agir ex summo malo, c’est-à-dire en présumant le pire, que de se laisser berner par le mirage d’un improbable mundus optimus.

SCHOPENHAUER, Arthur, Préface (VOLPI, Franco), L’art de se connaître soi-même, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 31-32.

Je ne crois pas qu’il vaut toujours mieux agir en présumant le pire. Et je ne crois pas le contraire, c’est-à-dire qu’il vaut mieux agir en présumant le meilleur.

Notez bien le mot « conviction » dans ce passage : « (…) Le fondement de tout cela est la conviction que notre monde est un mundus pessimus (…) » Peut-on fonder une philosophie sur une conviction, une croyance, qui repose de toute évidence sur une perception de réalité plutôt que sur la réalité elle-même ? Le monde n’est pas en soi ou par essence pessimiste ou optimiste. La réalité n’est jamais autre chose que ce que nous en percevons de notre point de vue.

On peut toujours juger ce que nous percevons mais est-ce là encore une fois de la philosophie. À la limite, on peut parler d’UNE « philosophie » mais certainement pas de LA philosophie.

On ne peut pas se connaître soi-même en s’abreuvant uniquement de jugements enchaînés à nos perceptions et à nos interprétations de nos expérience de vie. Ce que je lis dans le cahier de Schopenhauer, ce sont des jugements sous l’influence, entre autres, de biais cognitifs et de préjugés.

La phrase de Bacon dans laquelle il dit que toute suspicion repose sur de l’ignorance, je la rejette, et fais mienne la pensée de Chamfort qui veut que le commencement de la sagesse soit la criante des hommes.13 Démosthène a raison quand il dit que fortifications et murailles sont certes une bonne protection, mais que la meilleurs est la méfiance. Le proverbe de Bias (…)14  [« La plupart des hommes sont mauvais »] et les maximes de Leopardi (…)15  [« L’imposture est l’âme de la vie sociale »] et (…)16  [« Le monde est une bande de filous qui s’en prennent aux honnêtes gens, et d’êtres mesquins qui s’en prennent aux êtres généreux »] sont les guides de ma pensée et de mon action.

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NOTES

13. Cf. Chamfort, Produit de la civilisation perfectionné, chap. 11, 116. « L’Écriture a dit que le commencement de la sagesse était la crainte de Dieu; moi, je crois que c’est la crainte des hommes. » Schopenhauer utilise également cette citation dans son avant-propos à la première édition de Die beiden Grundprobleme der Ethik (Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique) (1841).

14 Sentence de Bias, l’un des sept sages (cf. Diogène Laërce, I, 5, 87 ; Stobée, III, 1, 172). Schopenhauer découvrit cette sentence dans une inscription gravée sous le buste de Bias au Vatican (cf. Der bandschriftliche Nachlass, vol. III, p. 9), et on la trouve à plusieurs reprises dans ses écrits posthumes et dans ses lettres (par exemple sa lettre du 25 mai 1822 à Osann, et dans celle du 22 juin 1854 à Frauenstädt), cf. Schopenhauer, Gesammelte Briefe, p. 86-87, 346.

15 Giacomo Leopardi, Pensieri, XXIX, dans l’édition utilisée par Schopenhauer : Opere, vol. II, Antonio Ranieri (ed.), Florence, Le Monnier, 1845, p. 128.

16 Ibid, p. 107


P.S. : (…) = Remplacement des équivalents en grec ancien.

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, 13, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, p. 59.

Je ne crois pas que « le commencement de la sagesse soit la criante des hommes ». Je ne crois pas que « La plupart des hommes sont mauvais ». Je ne crois pas que « L’imposture est l’âme de la vie sociale ». Je ne crois pas que « Le monde est une bande de filous ».

Aussi, lisez attentivement cette affirmation : « Le monde est une bande de filous qui s’en prennent aux honnêtes gens, et d’êtres mesquins qui s’en prennent aux êtres généreux ». Est-ce à dire que les honnêtes gens et que les êtres généreux ne font pas partie monde puisque ce dernier est dit comme étant « une bande de filous » « et d’êtres mesquins ». On peut ici parler du biais de généralisation à outrance. Il eut mieux valu écrire : « Il y a en ce monde une bande de filous » plutôt que « Le monde est une bande de filous ».

Voilà un exemple explicatif de mon désintérêt envers LES philosophies au profit de LA philosophie. Ce que je trouve dans LES philosophies, ce sont de simples opinions et des croyances prise pour la vérité. Notez que je répond à cette citation par des « Je ne crois pas ». Face à une croyance, on croit ou on ne croit pas. Est-ce là une marche vers la vérité ?

Le titre de ce livre est bel bien « L’art de se connaître soi-même ». Or, l’autre demeure le seul révélateur de la connaissance de soi. Seul sur Terre, je ne peux pas me connaître. Si j’approche l’autre en le craignant, j’aurai donc une fausse connaissance de soi-même.

(…) Si pour les autres la véritable compréhension de ce que veut dire Plaute par son « homo bomini lupus »  [ « l’homme est un loup pour l’homme » ] est le produit du hasard, elle repose chez moi sur un instinct vital. On craint les bêtes dangereuses sans pour autant les haïr : j’ai la même attitude vis-à-vis des hommes. Je ne veux pas être un misanthrope mais un contempteur des hommes. Pour pouvoir mépriser ceux qui le méritent comme ils le mérite (c’est-à-dire les cinq sixièmes de l’humanité), il faut avant tout qu’on ne les haïsse pas. Il faut éviter de laisser monter la haine en soi. Car ce que l’on hait, on ne le méprise pas totalement. Ou, pour prendre les choses par l’autre bout : le moyen le plus simple d’éviter de haïr les hommes est de les mépriser. Mais alors de les mépriser radicale ment, ce à quoi on arrive quand on a une vision claire et nette de l’incroyable petitesse de leurs vues, de la colossale étroitesse de leur intelligence et de leur égoïsme dans fin de leur envie et de pure méchanceté, et parfois même de cruauté.

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, 17, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 66-67.

P.S. : Les notes en bas de page et les termes grecs originaux sont supprimés de la citation.

P.S.: Contempteur : Personne qui méprise, dénigre (qqn, qqch.). Source : Le Robert.

Comment Schopenhauer peut-il soutenir que ceux qui méritent d’être méprisés comme ils le mérite représente « les cinq sixièmes de l’humanité » ? A-t-il parcouru le monde, rencontré un échantillonnage suffisant scientifiquement pour se prononcer sur « les cinq sixièmes de l’humanité » ? Schopenhauer privilégiait sa solitude à toute socialisation. Il vivait en retrait du monde. Comment pouvait-il avoir une telle connaissance de l’humanité ?

Dans un monde composé pour les cinq sixièmes de voyous ou bien de fous et d’imbéciles, tout individu du sixième restant devra, dans une mesure qui croît avec la distance le séparant des autres, nécessairement fonder l’organisation de sa vie sur le retrait du monde. Plus il vivra loin du monde, mieux ce sera. La conviction que le monde est une contrée désertique où il ne faut pas compter sur la compagnie des hommes doit devenir un sentiment profond, rentrer dans son caractère. (…)

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, 18, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, p. 68.

Un jour, un pasteur m’a dit que la lumière ne brille pas au soleil dans le noir. Comment un homme en retrait du monde peut-il alors prétendre éclairer ce monde ?

Schopenhauer garde le cap en se référant à Heinrich von Kleist, écrivain prussien, poète, dramaturge et essayiste.

(…) Kleist ne dit rien d’autre quand il chante les louanges de Schiller :

« Un homme véritable doit se tenir loin des hommes »

Dans un monde si bassement commun, tout ce qui échappe au commun est appelé à s’isoler, et ne s’est pas privé de le faire. Plus on peut se soustraire à la compagnie des hommes, mieux on s’en trouve. Il faut que celui qui ressent un besoin de compagnie agisse avec les hommes dans l’état où ils sont en s’inspirant de l’attitude de celui qui meurt de faim et laisse sans y toucher une herbe non comestible, peut-être même toxique. Et c’est de ce fait un rare et grand bonheur que d’être suffisamment riche de sa propre personne pour ne pas être poussé par l’ennui et la lassitude vis-à-vis soi-même à recherche la compagnie des hommes, dont même le noble et doux Pétrarque que dit :

« Car l'homme est non seulement un être vil et répugnant, mais aussi — je le dis avec déplaisir, ah si seulement l'expérience ne l'avait pas montré et ne continuait à le montrer largement ! — un être nuisible, inconstant, infidèle, traître, sauvage et cruel. »

Pétrarque
De vita solitaria, praefatio

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, 18, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, pp. 69-70.

Schopenhauer s’est-il demandé : « Pourquoi tous les hommes ne sont-ils tous pas comme moi, un homme véritable ? » Il me semble qu’il y a un rejet des différences dans sa critique de l’homme. Est-ce que tout homme qui n’est pas comme moi est à rejeter, à traiter d’être vil, répugnant, nuisible, inconstant, infidèle, traître, sauvage et cruel ? Du fin fond de ma solitude, coupé de tout contact avec les hommes, que puis-je observer de l’autre ?

Pour Schopenhauer, il n’est pas question de laisser l’autre nous révéler qui on est.

(…) Du comportement que les autres ont vis-à-vis de nous, nous ne devrions surtout pas apprendre et déduire qui nous sommes, mais qui ils sont eux. (…)

SCHOPENHAUER, Arthur, L’art de se connaître soi-même, 20, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015, p. 78.

En opposition à la position d’Arthur Schopenhauer, voici quelques citations tirées de l’œuvre d’Albert Jacquard :

Respecter autrui, c’est le considérer comme une partie de soi, ce qui correspond à une évidence si l’on accepte la définition : je suis les liens que je tisse avec d’autres.

 * * *

L’autre est différent, certes. Il ne s’agit pas de nier cette différence, ou de prétendre l’oublier, mais d’en tirer parti. Car la vie se nourrit de différences; l’uniformité mène à la mort.

 * * *

La véritable activité de l’homme consiste à se construire soi-même en rencontrant les autres.

 * * *

Il faut prendre conscience de l’apport d’autrui, d’autant plus riche que la différence avec soi-même est plus grande.

 * * *

Albert Jacquard

Source : Citation du jour, Ouest France.


AUTRUI

En quel sens ai-je besoin d’autrui
pour être conscient de moi-même ?

Extrait de « Autrui », Guillaume Nicaise, 19 octobre 2015.

« Pour Hobbes, j’ai besoin d’autrui parce qu’il est dans la nature humaine de désirer qu’autrui admette ma supériorité. La nature humaine révèle donc un désir de pouvoir sur autrui. Hegel juge cette thèse insuffisante, car Hobbes suppose une nature humaine antérieure à la rencontre d’autrui. Mais selon Hegel, je ne suis homme que si l’on m’accorde ce statut. Le désir de pouvoir, et donc le besoin d’autrui n’est pas seulement révélateur, mais bien constitutif de mon humanité.4

Pour Husserl, la visée d’autrui est en soi spécifique et diffère de la visée de tout autre objet intentionnel, parce que je sais qu’autrui me voit le voir : autrui est bien un objet de ma perception parmi tous les autres, mais il diffère de tous les autres objets parce que je suis moi- même un objet de sa perception. Il est vrai que c’est également le cas avec les animaux : mais même si je sais qu’un animal me voit lorsque je le regarde, je ne sais pas quel sens il peut bien donner à cette perception.

Face à autrui, je peux m’assurer de la signification qu’il donne à ce qu’il voit de moi par le langage : parce qu’autrui peut me parler, je suis face à lui en situation de compréhension réciproque. Paresser lorsqu’on a du travail sous le regard de son chien n’est pas un problème ; mais si autrui me voit dans cette situation, j’en suis gêné, parce que je sais le sens qu’il donne à mon comportement. Autrui n’est donc pas celui qui a des devoirs envers moi ; c’est bien plutôt moi qui ai toujours des devoirs envers lui, parce que c’est aussi à travers lui que je me juge.

Quel est le sens de la thèse de Hegel ? Selon Hegel, l’humanité ne nous est pas donnée à la naissance, au contraire, elle est gagnée si nous voyons autrui nous l’accorder, car c’est lui qui me donne le statut d’être humain. Il faut le miroir de l’autre pour que la conscience de nous- même ne soit pas une illusion : ce qui différencie le fou qui se prend pour Napoléon, et Napoléon lui-même, c’est qu’autrui ne reconnaît pas que le fou est ce qu’il croit être. Or, la reconnaissance par l’autre ne passe pas simplement par la reconnaissance de l’autre : tel est le véritable sens de la dialectique du maître et de l’esclave. Qu’est-ce que la reconnaissance d’autrui ? Je reconnais autrui comme un homme, et en échange, il fait de même. Hegel va montrer en quoi cette thèse est absurde : si je cesse de dominer autrui, si je le reconnais comme un autre homme, alors, c’est lui qui va me dominer. La reconnaissance est donc pour Hegel « une rivalité à mort » dont l’enjeu est le choix entre la vie et la liberté. Dans la lutte pour la reconnaissance, l’esclave est le premier à lâcher prise : il préfère abandonner sa liberté plutôt que de risquer sa vie. Le maître arrive donc à obliger l’autre à le reconnaître comme étant un homme, c’est-à-dire comme étant libre ; et en acceptant de reconnaître le maître, l’esclave accepte d’être asservi, c’est-à-dire de ne pas être lui-même reconnu comme homme. Selon Hegel, c’est finalement le maître qui devient inhumain en refusant le statut d’homme à l’esclave. Il est en réalité esclave de son désir qui l’enchaîne au plaisir. Faisant d’autrui un moyen d’assouvir ses désirs, et non une fin en soi, le maître méconnaît la liberté véritable : je ne suis vraiment libre que si je reconnais autrui, malgré toutes ses différences, comme étant le même que moi.

La moralité ne se fonde donc pas sur un prétendu « droit à la différence », bien au contraire : c’est parce qu’autrui, malgré ses différences, appartient au même, c’est-à-dire à l’humanité, que j’ai des devoirs moraux envers lui ; c’est pourquoi Rousseau faisait de la pitié, sentiment naturel par lequel je m’identifie aux souffrances d’autrui, le fondement de la moralité. Rousseau pose la pitié, ou compassion suscitée par le malheur d’autrui, comme le sentiment caractéristique de la nature humaine. La tradition philosophique insiste en général davantage sur l’ambivalence de ce sentiment, qui permet d’asseoir sa domination sur autrui. En effet, cette tendance humanitariste à considérer l’autre comme un être en souffrance ayant besoin de moi pose un rapport équivoque qui peut cautionner un rapport de domination (celui qui souffre et qui est dans le besoin est alors un être inférieur à moi). En outre, cette affection pour l’autre ne suppose pas nécessairement une véritable sortie de soi. Or sans celle-ci, il est vain de croire qu’il puisse y avoir position d’autrui comme une altérité irréductible à soi, il peut s’agir d’une simple projection de soi sur l’autre. Pour que l’autre soit posé dans son altérité, il faut transcender le pathos. Un sentiment plus noble serait donc de poser le mécanisme de solidarité sur la dignité humaine. »

Source : Autrui, Guillaume Nicaise, 19 octobre 2015.


À mon avis et contrairement à Arthur Schopenhauer, « L’art de la connaissance de soi-même » ne passe pas par le rejet de l’autre, l’isolement et la solitude mais plutôt par l’Autre comme révélateur de moi-même.

C’est bien là toute la difficulté avec LES philosophies et LA philosophie. Chacune DES philosophie est celle de son auteur ou celle d’un autre rapportée par un autre auteur. Ce sont des philosophies personnelles avancées sur la scène publique par leurs publications. Les lecteurs se retrouvent donc dans un débat d’opinion, un débat entre différentes philosophies personnelles. Chacun avance SA philosophie. C’est ainsi qu’on préfère certains philosophes à d’autres.

Quand à LA philosophie, elle ne concerne pas l’opinion philosophique personnelle, mais bel et bien la manière de penser cette opinion dans le respect des principes de la philosophie instaurés par Descartes (voir aussi ce document : Première partie : des principes de la connaissance humaine), et ce, par Amour de la Sagesse, comme connaissance du vrai et du bien, fondée sur la raison et sur l’expérience.

Ce que je connais par la raison et l’expérience, je peux librement le reconnaître comme vrai et fondé mais je me dois, pour philosopher, d’en douter et d’en questionner l’idéal supérieur de vie.

Je ne crois donc pas que le pessimisme avancé par Arthur Schopenhauer dans « L’art de se connaître soi-même » puisse être un idéal supérieur de vie.

Ce livre, comme tous les autres dont j’ai fait rapport de lecture, m’a aidé à mieux connaître en raison de ce qui a attiré et retenue mon attention. Je ne suis pas un pessimiste même si je m’amuse à envisager le pire pour m’y préparer au cas où.

J’accorde à ce livre une seule étoile sur cinq parce qu’il ne tient pas sa promesse en titre, c’est-à-dire d’enseigner ou de témoigner de « L’art de se connaître soi-même ».

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Article # 129 – L’étincelle nécessaire à l’acquisition de l’esprit critique

L’importance de l’esprit critique prend de l’ampleur en ces temps de désinformation qui laissent apparaître « La faiblesse du vrai » (Myriam Revault d’Allones, Seuil, 2018). Aujourd’hui, la situation de l’information sur les réseaux sociaux nous plonge dans une crise réelle de désinformation. Hier, dans les années 1960-1970-1980, nous parlions de la nécessité de développer l’esprit critique de la population face aux médias traditionnels (journaux, radio, télévision). Il s’agissait alors de mettre en branle une toute nouvelle discipline, l’éducation aux médias, à laquelle nous ajoutons aujourd’hui « et à l’information ».

Qu’est-ce que l’éducation aux médias?

L’éducation aux médias est le processus par lequel les personnes acquièrent des compétences médiatiques, c’est-à-dire qu’elles sont capables de comprendre de manière critique la nature, les techniques et les impacts des messages et des productions médiatiques. Selon Sonia Livingstone, spécialiste de la littératie aux médias numériques, « plus les médias imprègnent tout dans la société, notamment le travail, l’éducation, l’information, la participation civique et les relations sociales, plus il est essentiel que les gens soient informés et capables de juger de manière critique le contenu qui est utile ou trompeur, de comprendre comment les médias sont réglementés, qui sont les médias dignes de confiance, et quels intérêts commerciaux ou politiques sont en jeu. Bref, l’éducation aux médias est nécessaire non seulement pour interagir avec les médias, mais aussi pour interagir avec la société par le biais de médias[1]. »

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[1] Livingstone, S. (2018). « Media literacy – everyone’s favourite solution to the problems of regulation ». Media @ LSE. Consulté à l’adresse : https://blogs.lse.ac.uk/medialse/2018/05/08/media-literacy-everyones-favourite-solution-to-the-problems-of-regulation/. [traduction]

Source : Qu’est-ce que l’éducation aux médias? HabiloMédias.

Par exemple, le journal Le Monde s’implique dans l’éducation aux médias en publiant en 1979 un guide sous le titre « Lire le journal – Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques » signé par deux de ses journalistes, Yves Agnès et Jean-Michel Croissandeau.

La même année, toujours en France, un programme interministériel voit le jour sous le nom « Jeunes Téléspectateur actif » (JTA). Le terme « Actif » s’oppose ici à « Passif »; on s’interroge sur l’influence de la télévision sur les jeunes compte tenu de leur passivité face à ce média. La psychologue Évelyne Pierre sera l’une des principales observatrices des impacts de ce programme.

DEUX EXPÉRIENCES SCOLAIRES DE FORMATION À L’AUDIOVISUEL : ICAV ET JTA

Brigitte Chapelain, Université Paris XIII

Parmi les expériences d’intégration de l’audiovisuel à l’école, deux expérimentations, très différentes, l’Icav (Initiation à la culture audiovisuelle), démarrée en 1966, et le programme JTA (Jeune Téléspectateur Actif), lancé après 1975, sont à la fois les plus symboliques et les plus abouties. Elles reflètent le désir d’une interaction entre les pratiques pédagogiques, la formation et la recherche, et elles témoignent d’une effervescence pionnière tentant d’utiliser un appareil théorique issu des Sciences de l’information et de la communication.

A priori, ces deux expérimentations présentent de nombreux points communs : des organisations pensées et structurées en termes de formation et d’objectifs éducatifs ; des programmes, ou tout au moins des outils et des dispositifs pédagogiques mis à la disposition des enseignants ; une évaluation scientifique et institutionnelle pour s’interroger sur une éventuelle généralisation. Par ailleurs, ces deux formes d’intégration de la communication audiovisuelle dans l’éducation secondaire n’ont pas été expérimentées au niveau national, mais laissées à la responsabilité des instances régionales.

Leurs différences s’expliquent par un décalage de dix ans durant lequel ont évolué les Sciences de l’information et de la communication, ainsi que les théories de l’apprentissage, la pratique sociale des médias et la gestion institutionnelle de l’innovation.

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Source : Chapelain, B. (2007) . Deux expériences scolaires de formation à l’audiovisuel : Icav et Jta. Hermès, La Revue, n° 48(2), 53-60. https://doi.org/10.4267/2042/24098.

À l’époque (1960-1980), certains médias hésitent à s’impliquer, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique, au Québec, parce qu’ils perçoivent l’éducation aux médias comme ayant pour but de critiquer leur travail et ses résultats, c’est-à-dire les informations qu’ils offrent à la population. Mais là n’est pas le but de l’éducation aux médias. Il faut bien lire le sous-titre du livre « Lire le journal » :

« Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques »

Il s’agit alors de « comprendre et expliquer » le fonctionnement des médias d’information en vue de permettre aux utilisateurs de formuler une critique sur des bases solides. Par exemple, on s’attend à ce que le lecteur ne se limite plus à une simple affirmation : « Je n’aime pas cet article ». Mais qu’il puisse proposer une analyse plus fine : « Je n’aime pas le chapeau et le titre de cet article mais le contenu est intéressant même si je n’en partage pas la conclusion (la chute) ». Autre exemple, le jugement « Je n’aime pas cette émission de télévision », on espère une argumentation mieux informer : « Je n’aime pas le scénario ou la réalisation, ou encore l’animation, de cette émission ». Il s’agit simplement de savoir de quoi l’on parle, d’où l’intérêt pour le fonctionnement des médias, leurs mécanismes, de la cueillette de l’information à son traitement en passant par la vérification.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’objectif de l’éducation aux médias : développer de l’esprit critique des consommateurs de média plutôt que d’apprendre à formuler des opinions éditoriales.

On se souviendra du temps où nous disions « Si c’est dans le journal, c’est que c’est vrai ». La confiance envers les médias était quasi inébranlable. On ne voyait l’utilité de douter du contenu des médias. Nous pouvions être en accord ou en désaccord avec une prise de position éditoriale mais nous n’avions pas la connaissance et l’expertise pour remettre en question l’information elle-même, dite objective, même si notre réaction demeurait subjective.


Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.


L’éducation aux médias des années 1960-1980 fut donc la première étape de l’introduction officielle de la formation de l’esprit critique des élèves dans les programmes scolaires avec effets sur la population en générale.

L'esprit critique consistait alors à savoir de quoi on parle.

La démarche pédagogique se voulait à la fois théorique et pratique. Par exemple, après la théorie sur le fonctionnement de la télévision, on demandait aux jeunes de concocter eux-mêmes un bulletin d’information télévisé.

Dans les années 1980, ma partenaire et moi, fondateurs du Club d’Initiation aux médias, le tout premier organisme québécois d’éducation aux médias, nous sommes allés un peu plus loin dans notre expérimentation du programme Jeune Téléspectateur Actif. L’atelier au cours duquel les jeunes enregistraient leur bulletin de nouvelle télévisée se déroula en présence de journalistes des grands médias de la Capitale nationale (Québec, Québec). L’atelier pris fin avec une conférence de presse des jeunes interrogés par les journalistes présents. Nous nous attendions à une couverture de presse des principaux médias invités et ce fut le cas. Ainsi, l’atelier suivant, le lendemain, permis aux élèves de constater le traitement de l’information par ces médias, c’est-à-dire qu’est-ce qui avait été mis de l’avant par les journalistes, comment et avec quelle ampleur.

Le quotidien le plus populaire de la région titra sa première page, la une, avec une citation tirée de la réponse d’un élève à la question d’un journaliste : « S’il n’y avait plus de télé, je me suiciderais ». D’autres médias offrirent un traitement tout aussi surprenant.

Vous pouvez imaginer facilement les réactions des élèves face à ce traitement de leurs réponses aux questions des journalistes. Et cette fois, l’esprit critique faisait une place au doute, à un doute sur la pertinence du rapport médiatique de leur expérience. L’esprit critique de ces élèves devint, non plus une simple théorie appliquée à une expérience pratique, mais une étincelle qui alluma un feu en leur conscience. Le traitement journaliste fut pour les uns un trauma et pour les autres une révélation qui changea leur appréciation des médias d’information.


Quand l'esprit critique naît d'une étincelle révélatrice ou traumatique, il éclaire à jamais la conscience.

La question de la désinformation sur le web, notamment sur les réseaux sociaux, propulse à nouveau la nécessité de l’esprit critique à l’avant de la scène au sein de nos institutions d’enseignement et tout comme au sein de la population.

Mais tant et aussi longtemps que l’esprit critique demeure une théorie, il est intellectualisé davantage que pratiqué. Et si les exercices pratiques proposés pour l’acquérir et le développer donnent en exemple les efforts intellectuels à déployer, il ne servent alors qu’à donner raison à la théorie. Dans ce cercle, l’esprit critique devient un sujet de plus en plus populaire sans pour autant l’expliciter.

Esprit critique

Détrompez-vous !

1 – Esprit critique, de quoi s’agit-il ?

 Il faut faire preuve d’esprit critique.  Cette expression, entendue dans des contextes variés, sonne souvent comme une évidence. La sensibilisation à l’esprit critique, spécifiquement dans le monde de l’éducation, est un enjeu majeur face à une surabondance d’informations erronées. Toutefois, la notion d’esprit critique est rarement explicitée. Quelle définition pourrait en être donnée ?

Esprit critique, 1 – Esprit critique, de quoi s’agit-il ? Universcience, Palais des découverte.

Esprit critique et esprit scientifique

J’apprécie le rapprochement entre « esprit critique » et « esprit scientifique » dans les offres pédagogiques, l’un n’allant pas sans l’autre.

Les principes du projet «?Esprit scientifique, Esprit critique?»

Ce projet thématique propose aux élèves ainsi qu’à leurs enseignants de découvrir les outils propres à développer notre esprit critique, en s’appuyant sur l’enseignement de la méthode scientifique. Son objectif est d’aider l’élève à les mobiliser de manière pertinente dans différentes situations, et notamment dans leur vie quotidienne.

Pour favoriser l’apprentissage de ces outils, deux stratégies pédagogiques doivent être mobilisées?: premièrement, l’enseignant doit se montrer explicite quant à l’outil utilisé?; deuxièmement, il doit multiplier les situations où l’outil est nécessaire.

Nous avons choisi de produire des ressources pluridisciplinaires, qui s’ancrent sur toutes les sciences et même d’autres disciplines (mathématiques, histoire et géographie, français, éducation aux médias et à l’information). Nous pensons que la pluridisciplinarité crée le cadre pour mettre en place ces deux stratégies. En multipliant les exemples et en diversifiant les situations où un même outil se révèle pertinent, on donne à l’élève les moyens de s’affranchir du contexte d’apprentissage et de transférer le savoir-faire acquis.

Enseigner l’esprit critique fondé sur l’esprit scientifique exige de comprendre soi-même les enjeux qui sous-tendent ce défi. Les pages qui suivent se proposent de fournir une base de réflexion. On portera l’attention sur les capacités et attitudes qui nous guident dans la recherche et collecte d’informations, les obstacles et les solutions «?expertes?» que la science a su développer au cours du temps. Révéler les obstacles est indispensable pour aller à l’encontre de ceux-ci et apprendre à se construire des connaissances plus solides et fiables.

Esprit scientifique, Esprit critique – Cycle 3, Projets, Fondation La main à la pâte.


Séminaire national « Esprit scientifique, esprit critique » – cycles 2, 3 et 4

Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives.

On peut faire preuve d’esprit scientifique dans une variété de domaines et de disciplines. Au cours de ce séminaire, nous avons donc proposé des activités et des pistes de réflexion qui, tout en s’inspirant des méthodes de la science, concernent en réalité toutes les disciplines.

L’éducation à l’esprit critique, telle qu’elle a été abordée, n’est pas une « écoute du doute » ou de la méfiance. Elle poursuit au contraire un objectif pluridisciplinaire d’outillage du raisonnement de l’élève. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.

Séminaire national « Esprit scientifique, esprit critique » – cycles 2, 3 et 4, éduscol | Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche | Dgesco


De l’art de conjuguer esprit critique et démarche scientifique

En science, il ne suffit pas de posséder un savoir encyclopédique pour donner une lecture interprétative d’un monde en progrès. Il faut aussi savoir conjuguer la démarche scientifique et l’esprit critique.

The conversation, Academic Journalism Society


Esprit scientifique, esprit critique

Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet en outre de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.

Eduscol. (2018, 26 mars). Esprit scientifique, esprit critique – Intervention d’Élena Pasquinelli , in Esprit scientifique, esprit critique. [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/q957-cd56. (Consultée le 10 février 2025)

VOIR AUSSI

Pasquinelli, E., Farina, M., Bedel, A. & Casati, R. (2020). Définir et éduquer l’esprit critique [Rapport]. Institut Jean-Nicod. (PDF)

Pasquinelli, E., Bronner, G. et al. (2021). Éduquer à l’esprit critique – Bases théoriques et indications pratiques pour l’enseignement et la formation [Rapport]. CSEN. (PDF)

Ainsi, l’esprit scientifique est le meilleur moyen d’acquérir un esprit critique. La définition de l’esprit scientifique impose la « méthode scientifique ». Et ici encore, l’enseignement de la méthode scientifique ne suffit pas pour acquérir un esprit scientifique; il faut la vivre en conscience.

Mais sans conscience de la conscience rien ne peut y pénétrer volontairement. Et cette conscience de la conscience, une conscience de soi, demande un certain recul face à soi-même, une prise de conscience de soi pouvant mener à une prise de conscience du « Comment je connais » Nous revenons donc à la base de la philosophie de Socrate : « Connais-toi toi-même ». L’esprit critique s’inscrit donc d’abord et avant tout dans la connaissance de soi, y compris de ses propres “mécanismes” de pensée.

La majorité du temps, on se contente de penser sans penser à comment on pense avec le regard sur le résultat, la pensée exprimée. Les pensées nous viennent sans que l’on sache le « où-quand-comment-et-pourquoi » de chacune. Certes, nous trouverons toujours une justification, au besoin, mais ce n’est pas une préoccupation a priori.

Être une révélation pour soi-même

Découvrir comment je connais peut être très révélateur de soi à soi. Pour y parvenir, il faut ne pas prendre pour vrai ce que je pense uniquement parce que je le pense. Autrement dit, si nous fondons notre valeur sur la valeur que nous accordons à nos pensées, il nous sera difficile de remettre en cause nos pensées, plus particulièrement, nos opinions. Nous nous imposons inconsciemment d’avoir raison, d’être dans le vrai, pour respecter notre valeur. Dans ce cas, nous sommes emprisonnés en notre esprit sans faille, sans aucune entrée de lumière. Bref, nous visions alors dans un système sans faille, dans le noir. Car la lumière ne pourra entrer en notre esprit qu’avec une faille. Et sans cette lumière sur nous, il est impossible de nous connaître.

Si nous visons depuis longtemps dans un système sans faille, dans le noir, la moindre petite faille qui laissera entrer un peu de lumière nous aveuglera. La réaction est alors de vite colmater cette faille en trouvant le moyen de se donner raison, de garder raison.

Or, notre valeur ne provient pas de la valeur que nous attribuons à nos pensées mais du fait que nous possédons la faculté de penser. « La “machine” avant le résultat » ou « Sans la “machine”, pas de résultat ». Ce que je pense a moins d’importance que le fait même que je pense car… « Je pense, donc je suis ». Il n’est pas dit « Je pense ceci ou cela, donc je suis ». « La valeur d’une maison ne repose pas sur l’ameublement qu’elle contient mais d’abord et avant tout sur le fait même qu’elle existe et qu’elle puisse remplir sa fonction. »

Vivre dans un esprit sans faille, un esprit qui a toujours raison, c'est se priver de lumière, c'est vivre dans le noir.

Le rôle de la faculté de penser n’est pas de nous donner raison. Il n’est pas d’esprit critique si tout ce qui importe est d’avoir raison. Notre valeur tient donc dans notre capacité à penser et non dans les pensées qui en résultent.

Une grande partie de notre esprit critique prend ses sources dans notre capacité à penser et dans notre pouvoir d’analyse pour prendre les bonnes décisions et les actions pour vivre mieux.

Gilles Julien, pédiatre social, Avons-nous encore le droit et la possibilité de penser?, Libre opinion, Le Devoir, 10 octobre 2023.

La prise de conscience de la valeur intrinsèque de notre faculté de penser permet à cette dernière de s’interroger sur elle-même, de se demander pourquoi je pense, comment je pense, comment je peux être bénéfique à celui ou celle qui me pense, bref comment je peux penser mieux, penser juste. La faculté de penser demande, à l’instar de toute autre faculté, à être formée. Ainsi, la connaissance d’elle-même et les qualités acquises par la faculté de penser donnent aux pensées toute leur valeur.

Une faculté de pensée molle donnera des pensées molles. Une faculté de penser qui pense de travers donnera des pensées de travers. Une faculté de penser sous l’influence de biais cognitifs donnera des pensées biaisées. Imaginez une faculté de penser au prise avec les biais cognitifs ci-dessous.


Liste de biais cognitifs

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul
et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


À elle seule, cette liste a été une autre grande révélation pour moi en ma conscience. Je pouvais cocher chacun des dix biais cognitifs de la liste proposée par le docteur David D. Burns dans son livre « Être bien dans peau — Traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur ». Cette liste a raisonné en ma conscience parce que j’étais ouvert à toutes les remises en question possible depuis mon adolescence. J’avais entendu à la radio :

« La lumière entre par les failles. Ceux qui vivent dans un système sans faille demeure dans le noir. »

Si cela ne m’a pas empêché d’être une victime inconsciente de biais cognitifs, c’est que je pensais, toujours à mon adolescence, qu’être un adulte donnait le pouvoir de se donner raison sur les autres. C’est du moins l’image que me renvoyait mes adultes de mon entourage. Ils avaient raison et ils parlaient avec une telle force de conviction qu’il valait mieux les observer plutôt que de tenter d’intervenir. Je savais que j’avais tort avant même d’ouvrir la bouche avec ces adultes, sans doute en raison de ma jeunesse et de mon manque d’expérience.

« Tu atteins toujours tes objectifs
mais il faut bâtir un cimetière après ton passage
»

Cette attitude des adultes de mon entourage a eu un effet inattendu sur moi : j’ai cru qu’il s’agissait là de la seule et unique façon de d’exploiter ma faculté de penser et de vivre mes relations interpersonnels. En fait, j’avais la ferme conviction que tout le monde vivait ainsi, sauf ma mère. Il n’y avait qu’un seul modèle à suivre, celui du fonceur pur et dur. À l’époque, une institution financière au premier rang au Québec, avait lancé une campagne publicitaire auprès des jeunes sous le thème « Foncer, c’est permis » qui me rassura davantage.

Mais n’allez pas vous imaginer que j’avais conscience d’être un fonceur. Je fonçais sans me questionner. Je commettais une erreur, je me relevais et je fonçais de nouveau, toujours sans me questionner.

Au début de la trentaine, j’ai fait quelque chose qui ne se fait pas : j’ai critiqué la présidence de l’organisme qui retenait mes services en m’adressant directement les autres membres du conseil d’administration. Cette remise en question la présidence a entraîné la tenue d’une réunion extraordinaire du conseil d’administration, non pas décidé de ma critique du président, mais plutôt pour décider s’il fallait ou non me congédier.

La décision de me garder en poste fut prise et c’est le président en personne qui avait la mission de me l’annoncer lors d’une rencontre privée en tête-à-tête le lendemain. J’ai été sérieusement sermonné et avec raison par le président. Il me confirma la pertinence de ma critique de sa présidence mais il désapprouvait vivement ma démarche. Je retiens de cette rencontre l’une de ses observations sur ma conduite : « Tu atteins toujours tes objectifs mais il faut bâtir un cimetière après ton passage ». Il me soulignait le peu d’attention que j’accordais aux personnes sur le chemin de mon objectif. Ma conscience a gravé cette phrase en ma mémoire pour toujours. On m’avait déjà dit dans le passé qu’ « on ne se taillait pas une place dans la vie en marchant sur la tête des autres » mais, cette fois, c’était plus grave. Il y avait des “morts”. La lutte mon changer mon comportement ne fut pas aisé en raison de mon penchant naturel de fonceur, ce dernier demeurant en place malgré mes efforts. « Chasser le naturel et il revient au galop ».

« J’ai l’impression d’être passé sous un train »

À la mi-trentaine, c’était inévitable, le fonceur naturel frappa un autre mur. Un événement inédit dans la conduite de mes affaires à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing me fit perdre pied. J’ai été battu sur un appel d’offres pour la première fois de ma vie professionnelle.

J’ai décrit la situation à une psychologue enseignante en entrepreneuriat en ces mots : « J’ai l’impression d’être passé sous un train », ce qui venait de me faire perdre tous mes moyens et l’événement leva un sérieux doute sur mes capacités entrepreneuriales. J’étais profondément traumatisé. La confidence à cette psychologue enseignante suivait le tout premier cours du cursus d’une formation à l’entrepreneuriat dont le titre me surprenait : « Connaissance de soi ». Par association incongrue, je me demandais ce que Socrate venait faire dans cette formation de futurs entrepreneurs mais j’ai compris. Si on enseigne qu’il faut bien connaître ses fournisseurs et ses clients, il faut d’abord et avant tout bien se connaître soi-même.

Et en abordant la question des « Styles interpersonnels » de ce premier cours, je me reconnaissais puisque mon style « Fonceur » s’inscrivait dans la liste. Mon étonnement fut de constater qu’il y avait une liste, que plus d’un style interpersonnel existait. Je percevais tout le monde comme des fonceurs et, qui plus est, dans une cohorte composée uniquement de futurs entrepreneurs. Ensemble, nous devions déterminer le style interpersonnel de chaque participant. Le groupe questionnait chaque participait à tour de rôle et, selon ses réactions et son comportement, nous devions nous prononcer sur son style interpersonnel. Mon tour venu, les autres participants me bombardèrent de questions auxquelles je répondais plus instantanément, il me fallait un temps de réflexion, moi qui, auparavant, avait réponse à tout tout le temps. Ce temps de réflexion quasi-automatique m’étonnait grandement. Ce n’était pas dans mes habitudes de fonceur et mes collègues de classe ne m’attribuèrent pas ce style, ce qui m’étonna davantage. C’étaient-ils tous trompé ?

Le cours terminé, j’ai discuté en privé avec la psychologue pour lui demander : « Est-ce qu’il advient que l’on puisse changer de style interpersonnel ? » « Oui, cela est possible, surtout à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme ». « C’est sans doute ce qui m’arrive puisque j’ai l’impression d’être passé sous un train récemment en perdant un appel d’offres pour la première fois de ma vie » ai-je précisé.

Je suis rentré chez moi avec les Notes du cours « Connaissance de soi » remises par la psychologue enseignante en les considérant comme un trésor, une découverte qui changea à jamais ma vie.

Et ce, d’autant plus que ces notes de cours comprenaient des instructions précises à suivre pour adopter la bonne approche avec chacun des quatre styles interpersonnels et dont je fis l’expérience sur le terrain avec beaucoup de succès au cours des années suivantes, encore et toujours avec un étonnement soutenu. Les professeurs suivants des autres cours avaient insisté sur le fait que les statistiques veulent que des 100% des efforts déployés pour recruter un nouveau client, seuls 20% porteraient des fruits. Je vivais, avec cette histoire des styles interpersonnels, tout le contraire en obtenant 80% de succès dans mon recrutement de nouveaux clients. Je n’en revenais pas. Je n’étais connu ni d’Ève ni d’Adam dans mon nouveau domaine d’expertise, et 80% des gens d’affaire sollicités devenaient mes clients. Le succès fut tel que ma partenaire et moi, avons du ralentir le recrutement de nouveaux clients de peut de ne pas être capables de répondre à la demande.

Je suivais les instructions quasi-aveuglément car je ne comprenais pas vraiment comment ça marchait cette affaire des styles interpersonnels. Mais, devenu Analytique et ayant désormais besoin du maximum d’information, j’ai creusé l’affaire.

Une autre surprise de taille : l’esprit scientifique

En parallèle, une autre surprise m’attendais pendant mon auto-apprentissage à mon nouveau domaine d’action : les études de motivation d’achat des consommateurs, une forme de recherche prédictive du succès ou de l’échec d’un nouveau produit ou la relance d’un produit existant.

Une surprise de taille : l’esprit scientifique ! Je dévorais chaque page de chacun des quinze livres signés par le pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs et dans lesquels il offrait des rapports détaillés des succès de ses clients. La particularité des ces études de marché : elles se fondaient sur la science, la science dure. Ce chercheur apportait à la recherche marketing toute la scientificité dont elle avait cruellement besoin.

Il avait trouvé une erreur fondamentale dans le choix original de l’objet d’étude des recherches en marketing. Jusque-là, le marketing, cherchant à devenir une discipline à part entière au sein des universités et ainsi s’émanciper des cours en management et direction des affaires, plaidait sa cause en soutenant que son objet d’étude était les consommateurs. Dans le contexte de l’arborescence des disciplines universitaires, le marketing se retrouvait ainsi classé, en raison de son objet d’étude, parmi les sciences humaines ou, pour le dire plus simplement, dans la famille des sciences inexactes par opposition à celle des sciences exactes, tel que la physique. Depuis, la recherche marketing se fonde essentiellement sur les sondages auprès des consommateurs et les groupes de discussion (focus group). Le résultat est clair : seulement un nouveau produit sur dix rencontre le succès de vente espéré, soit un taux d’échec de 90%. Et lorsqu’il y a un succès, ne ne peut pas le répéter à volonté puisqu’on ne connaît les clés du succès. En publicité, ont dit que 50% des publicités atteignent leurs objectifs mais on ne sait pas pourquoi à coup sûr.

Ceci dit, où est donc l’erreur fondamentale de la recherche marketing trouvée par le chercheur américain : dans le choix de l’objet de la recherche. Le bon objet de la recherche, c’est le produit lui-même. Et puisqu’il s’agit d’un objet physique, on peut parler d’une science exacte, à l’instar de la physique. Il ne s’agit plus de sondages et de groupes de discussion mais plutôt de tester des produits et puisque tester est un processus scientifique, il faut l’appliquer à la recherche marketing. C’est simple : le produit plutôt que les consommateurs comme objet d’étude. Le marketing devient une science exacte. Tant mieux si vous pouvez le croire car près de 99% des gens de marketing refuse d’y croire, par manque d’esprit scientifique – d’esprit critique. Et il en va de même au sein des universités.

Je fais rapport de mon expérimentation de cette approche scientifique de la recherche marketing auprès d’entreprises québécoises dans mon livre « Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université » offert gratuitement en format numérique (PFD). Et ça fonctionne très bien à chaque fois grâce aux tests réalisés méticuleusement dans le respect du processus scientifique. De vendeur d’idée à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing je suis devenu « testeur » des propositions des autres. Mes opinions n’avaient plus autant d’importance que les tests auxquels soumettre les propositions de nouveaux produits.

Le chercheur américain a éveillé ma conscience à la méthode scientifique en s’y référant à de nombreuses reprises dans ses écrits et les résultats de mes expérimentations avec différentes entreprises confirmèrent sa scientificité. De là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que je me penche sur la « connaissance et de la connaissance », sur le “comment” la science produit du savoir, sur l’importance du doute… « La connaissance scientifique se bâtit sur la destruction du déjà-su, rien n’est jamais acquis définitivement » ai-je découvert. Il n’est donc plus important désormais de se donner raison, pas plus que de chercher à avoir raison. La méthode scientifique est une lutte constante contre nos opinions.

J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scien­tifique(7) fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions »(8), pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie.

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NOTES

  1. Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999. (Disponible en livre de poche).
  2. Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107.

Le professeur Jean-Marie Nicolle, dans son livre « Histoire des méthodes scientifiques » formule en ces mots la démarche :

« La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».

Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connais­­sance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !

Mais notre habitude de prendre pour vraies les évidences se pose comme un obstacle au doute assurant le développement de la connaissance. Gaston Bachelard introduit la notion d’« obstacles épistémologiques », de épistémè, savoir.

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir
un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

“1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)

2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)

3. L‘obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)

4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en famille. (…)

5. L‘obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique.

Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (sub-stans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)

6. L‘obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)

7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction.”

Source : Jean-Marie Nicolle, Histoire des méthodes scientifiques – Du Théorème De Thalès à La Fécondation In Vitro, Bréal, Rosny, France, 1994, pp. 108-114. En référence à : La Formation de l’Esprit Scientifique, Gaston Bachelard, 1934.

P.S.: Voir notre article au sujet du livre «Histoire illustrée des méthodes scientifiques » de Jean-Marie Nicolle (2024).

Ma lecture de ces deux ouvrages (Histoire des méthodes scientifiques et La formation de l’esprit scientifique) entretient ma curiosité d’un étonnement à l’autre. Elle m’incite à faire le ménage dans le « comment » je connais. Elle déplace mes opinions sur mon échelle hiérarchique au profit de la connaissance acquise dans le respect des méthodes scientifiques. « Je me trompe souvent mais mes recherches ne se trompent jamais » écrira le chercheur américain pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs, fort de sa méthode scientifique.

Ensuite, j’ai suivi le cours en ligne « Science, éthique et société » donné par Olivier Clain, professeur de sociologie à l’Université de Laval (Québec, Québec). Selon Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». (Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval). Le cours Science, éthique et société est disponible en ligne en libre accès sur Canal U.

Je garde en mémoire ma découverte du terme « obstacles épistémologiques » introduite par Gaston Bachelard. Jean-Marie Nicolle en parle en ces mots :

« La nouveauté de sa réflexion tient à la découverte des obstacles épistémologiques. Ce ne sont pas des obstacles extérieurs, comme la difficulté d’observer les phénomènes, de les mesurer, d’expérimenter sur eux; ni des obstacles techni­ques liées à la mise au point d’instruments au service de la science; ce sont des phénomènes internes à l’esprit même du chercheur. G. Bachelard a emprunté à la psychanalyse le concept de résistance. Une résistance est tout ce qui, dans les actions et les paroles d’un patient, s’oppose à l’exploration, par celui-ci, de son inconscient (ex. : fatigue, oublis, refus d’une interprétation, impatience, etc.)

L’obstacle épistémologique est une résistance au déve­loppement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »

Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

Et me voilà plongé dans une nouvelle étude, l’épistémologie :

  1. Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
  2. Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.

Source : Épistémologie, Dictionnaires Le Robert.

Gaston Bachelard nous propose ces quatre exercices disciplinaires pour conduire notre intelligence avec rigueur(13) :

1. La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.

2. La réforme de l’esprit : il faut éduquer convenablement son esprit, c’est-à-dire non pas le remplir de connaissances jusqu’à saturation, mais le former avec méthode. Plus précisément, il faut apprendre à son esprit à se réformer sans cesse, à ne jamais s’installer dans des habitudes intellectuelles qui deviennent vite des carcans; il doit être capable de renoncer à une théorie à laquelle il était attaché, il doit être capable de refondre totalement le système de son savoir chaque fois que c’est nécessaire. Il faut avoir un esprit souple

3. Le refus de l’argument d’autorité : comme nous l’ont appris les savants de la Renaissance, il faut savoir rompre avec le respect pour les autorités intellectuelles, quel que soit leur prestige. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. Effectivement, dès qu’un chercheur devient célèbre, il acquiert une autorité intellectuelle et morale qui peut gêner ses étudiants. Pour progresser, ceux-ci doivent souvent rompre avec les idées de leur maître, ce qui n’est pas toujours facile lorsque celui-ci détient le pouvoir d’orienter les travaux de recherche, les thèses, les carrières, etc. À ceux qui veulent apprendre, c’est souvent une gêne que l’autorité de ceux qui leur donnent leur enseignement, écrivait Cicéron.(14)

4. L’inquiétude de la raison : il ne faut jamais laisser sa raison en repos (quies); il faut l’inquiéter, la déranger. Il ne faut pas s’installer dans la sympathie avec une doctrine. La sympathie enlève l’esprit critique, la liberté de jugement. Il ne faut jamais se sentir à l’aise avec ses propres idées, il faut se remettre toujours en question. Celui qui ne s’interroge plus se sclérose. L’esprit qui finit toujours par dire oui s’endort. Penser, c’est dire non, pensait Alain. »(15)

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NOTES

(13) Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

(14) Homme politique et orateur latin, 106 – 43 av. J.-C. Le Petit Larousse Illustré.

(15) Gaston Bachelard fait référence à Émile Chartier, dit Alain, « essayiste français » (1868 – 1951). Le Petit Larousse Illustré.

Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

La rupture avec l’opinion revient très souvent à une rupture avec ce que l’on admet pour vrai parce que nous prenons pour vrai nos opinions, elles est notre vérité.

« Lorsque quiconque avance une affirmation qu’il prétend être une vérité, lorsqu’il veut la faire reconnaître et partager comme telle (comme une vérité), on est toujours en droit de lui demander « pourquoi devrais-je vous croire? ». Selon les domaines et les circonstances, les réponses peuvent être très diverses : on peut invoquer l’expérience quotidienne, la pratique, un témoignage, l’autorité de quelqu’un de reconnu comme compétent, la tradition, une révélation, l’intime conviction, l’intuition, le raisonnement, le sentiment d’évidence, et encore bien d’autres raisons de croire. »

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, pp. 21-22.

La science procède autrement :

« Les affirmations scientifiques, elles, devraient en principe appuyer leur validité sur des arguments à la fois empiriques, rationnels, et publics. À la question ci-dessus, le scientifique devrait pouvoir répondre : « voilà l’expérience ou l’observation que j’ai réalisée et les raisonnements que j’ai faits pour en tirer mes conclusions. Vous pouvez les refaire, je vous donne toutes les indications nécessaires pour cela, vous verrez que vous aboutirez au même point que moi ». »

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 22.

Quelle différence remarquez-vous? Lorsqu’un scientifique avance une affirmation qu’il prétend être vraie, il doit la soumettre à l’approbation publique. Dans notre vie privée, nous nous contentons souvent de nous approuver nous-mêmes. Nous jugeons nous-mêmes si nous pouvons être certains ou non, par conséquent, notre capacité à reconnaître nos erreurs est réduite uniquement à notre propre expérience.

Le scientifique ne saurait se contenter d’une preuve personnelle, il la soumettra aux d’autres :

« Une preuve scientifique doit pouvoir s’imposer à toute personne suffisamment informée; obtenir le consensus est donc une visée de tout effort de recherche. La connaissance scientifique est, par sa nature même, partageable. (Un chimiste anglais, Ziman (1968), a forgé pour cela l’adjectif  “consensible”, c’est-à-dire susceptible d’être l’objet d’un consensus, pour exprimer la même idée ».

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 23.

Dans ce contexte, je prends conscience qu’il vaut mieux valoriser la connaissance “consensible”, « susceptible d’être l’objet d’un consensus ». Mais attention, en dehors de la sphère scientifique, il y a des consensus que je qualifie de « créatifs », c’est-à-dire inventés et sans preuve suffisante mais auxquels le grand nombre d’adhésions donnent l’impression d’un consensus.

Les quatre « P » du marketing soumis au doute scientifique

J’ai creusé la question du consensus dans ma sphère d’activité, soit autours des quatre piliers ou quatre « P » du marketing (Produit, Prix, Place, Promotion) (Price, place, product, promotion). L’étudiant universitaire en marketing les découvrira dans le manuel choisie par son professeur. Il abordera la question des quatre « P » du marketing comme faisant consensus au sein de sa discipline. À prime abord, il n’a aucune raison de remettre en question les quatre « P ».

La logique impose ainsi que l’on prennent d’abord soin du produit, que l’on en fixe le prix ensuite, puis la place qu’il occupera dans sa catégorie (ou la place qu’il occupera en magasin), pour terminer l’exercice avec la promotion du produit.

Dans ma pratique de la recherche marketing dans les années 1990, plusieurs de mes clients, les vice-président et les directeurs du marketing, arrivaient en bout de course en constatant qu’il n’y a plus d’argent pour la promotion, notamment la publicité. Je me suis demandé pourquoi il en était ainsi, d’autant plus que plusieurs autres dirigeants en d’autres entreprises faisaient le même constat. Est-ce que l’épuisement des ressources financières pour la promotion découlait d’un simple manque d’argent ou d’une erreur de planification ?

J’ai donc fouillé la question des quatre « P ». Presque tous les livres de formation universitaire abordent le sujet. J’en ai consulté plusieurs pour constater que leurs auteurs agissaient comme si la structure du marketing ne tenait qu’à eux. Certains affirment qu’il y a quatre composantes majeures ? les 4 P ? et d’autres qui soutiennent qu’il y en a cinq, six voire huit et même dix.

Parmi les tenants des 4 P, il y en a qui placent la Publicité avant le Prix, d’autres le Prix avant la Publicité,… Il y en a aussi qui font de l’emballage un des 4 P et d’autres qui incluent l’emballage avec le produit.

En d’autres mots, après plus de cinquante ans d’étude, il n’est toujours pas de consensus sur le nombre de composantes, sur les éléments de ces composantes et l’ordre ou la place spécifique occupé par chaque composante dans la structure, tout comme la place occupée par chaque élément dans chaque composante. Il faut le faire : réinventer la structure du marketing d’un livre à l’autre. Ainsi, la structure du marketing n’est pas la même selon que vous fréquentez telle ou telle université. C’est vrai que dans les fausses sciences, bien des largesses sont permises.

S’il ne reste plus d’argent pour la promotion ou la publicité, c’est parce qu’elle se retrouve en dernière place des quatre « P », c’est-à-dire après la fixation du « Prix ». Or, ce dernier devrait venir en dernier afin d’inclure une part du budget de la promotion ou de la publicité. Plus encore, le « Prix » doit venir en dernier parce que la « Place » du « Produit » occupé sur les tablettes implique aussi un budget.

La plupart des gens considèrent le marketing comme une invention de l’homme; nous pouvons donc en modifier la structure par une simple pensée ? une création purement intellectuelle.

La question des quatre « P » du marketing pose un autre problème : l’absence de fondation sur laquelle reposera les quatre piliers. sur quelle fondation repose ces quatre piliers ?

Le pionnier des études de motivation d’achat, le chercheur américain Louis Cheskin, écrit ceci dans son livre « Secrets of marketing success » :

“There is actually no single road to success. At least four roads have to be taken. I have found, however, that a marketing program should be viewed as a type of structure built around four pillars and on a solid foundation.”

Louis Cheskin, Secrets of marketing success, p. 8.

TRADUCTION  avec DeepL

« En fait, il n’y a pas de voie unique vers le succès. Il faut en emprunter au moins quatre. J’ai toutefois constaté qu’un programme de marketing doit être considéré comme une sorte de structure reposant sur quatre piliers et sur des fondations solides ».

Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l'homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier 1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est : exposition (par la distribution et la mise à l'étalage).
Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l’homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier 1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est l’exposition (par la distribution et la mise à l’étalage).

C’est en appliquant le doute dicté par la méthode scientifique que j’ai questionné la structure des quatre piliers du marketing. Le consensus ou plutôt les différents consensus d’une université à l’autre ne relavaient que de l’imagination créative, comme si, pour se distinguer dans la masse, il revenait à chaque groupe de bâtir son propre temple du marketing.

Dès que j’ai observé avec étonnement les différences des quatre « P » du marketing entre deux enseignements, je me suis questionné plutôt que de choisir l’un ou l’autre, comme l’esprit scientifique l’exige.

Je trouve l’origine primaire de cette attitude dans ma pratique du journalisme à la fin des années 1970 alors que j’étais encore aux études et au cours des années 1980. Formé par des rédacteurs en chef expérimentés intéressés à motiver un jeune talent, j’ai écrit des chroniques et des reportages pour différents médias. Si tout commence par la cueillette de l’information, l’étape suivante, la vérification de l’information s’avère cruciale. Et si cette vérification de l’information permet de conclure à un consensus général, il faut chercher s’il n’y a pas quelqu’un quelque part qui remet en cause de consensus.

Ma dernière année d’étude collégiale a mis à l’épreuve mes professeurs. J’assistais à mes cours en soumettant à mes professeurs des sources différentes de celles qu’ils avaient retenues. Pourquoi telle ou telle hypothèque plutôt que celles-là ? Pourquoi tel ou tel auteur plutôt que celui-là ? Cet auteur soutient le contraire dans son livre, pouvez-vous me dire si vous l’avez lu ? Et ainsi de suite, cours après cours. Moi, ce que j’attendais de ma formation scolaire, c’était qu’on m’enseigne comment chercher et évaluer les informations dont j’aurais besoin tout au long de ma vie, non pas que l’on choisisse pour moi.

J’avais quinze ans lorsque je me suis rendu à l’évidence que la lumière entre par les failles. Tout au long de ma vie, j’ai été sensible à la remise en question de ce qu’on m’enseignait, de ce que j’apprenais par mes propres expériences. Mais parfois, j’étais aveugle sur certains sujets, certaines attitudes et certains comportement de ma part.

Au début de la quarantaine, j’ai perdu pied, les deux pieds. Je me suis retrouvé à genoux, pour ne pas dire allongé au sol, lorsqu’un client de ma firme de notre firme de recherche en marketing m’a trahi et m’a entraîné dans sa faillite. Naïf, trop confiant, ma garde baissée, j’avançais encore avec des œillères. Ce fut un dépression, non pas psychologique, mais philosophique. Je venais de perdre toutes mes valeurs, mes convictions, mes croyances… Ce fut difficile, très difficile. En plus d’être victime des biais cognitifs dont j’ai fait mention ci-dessus, j’étais victime de rigidité émotive et intellectuelle par adhésions à une idée qui m’était très chère. Je percevais out compromis sur certains sujets, attitudes et comportements comme des sources de pollutions de mon authenticité, de mon identité. Autant j’étais ouvert d’esprit sur certaines choses, autant j’étais fermé, barricadé, sur d’autres.

Et c’est cette phrase étonnante de mon thérapeute à la fin de notre première rencontre, « Vous avez un problème de rigidité » qui allait enfin m’ouvrir les yeux au début des années 2000. Tous les jours de la semaine suivante, je me questionnais sur cette affirmation en essayant de trouver une réponse positive à ma soit-disant rigidité. « Les compromis, c’est de la pollution » me répétais-je en vue de ma prochaine séance de thérapie. Je ne me disais qu’il était important de faire des compromis en certaines circonstances mais plutôt qu’il valait mieux s’en tenir à sa perception, à son idées, à son attitude, à son comportement face à certaines personnes et à certaines circonstances. J’avais tort. Et le tout premier compromis que je devais faire était avec moi-même. Je devais m’accorder une marge de manœuvre plutôt que de rester figé en rejetant en bloc tout compromis. Ma thérapie fut un succès parce qu’elle créa une faille en mon esprit permettant ainsi à la lumière de m’éclairer à nouveau.


Conclusion

Dans cet article j’ai partagé une partie du parcours de mon esprit critique sous l’influence de l’esprit scientifique. Chaque étape s’enclenche à la suite d’un étonnement engendrant une étincelle en ma conscience. Chez moi, l’esprit critique n’est pas acquis définitivement d’un seul coup mais il se développe au fil du temps et des étonnements. La prise de recul n’est jamais complète et durable. Il faut sans cesse re-prendre du recul car nous avons tendance à nous prendre pour acquis à chaque étape de notre vie.

Se connaître soi-même implique d’abord et avant tout de connaître comment je connais.

Quand le philosophe Pierre Hadot nous propose « La philosophie comme manière de vivre », il nous invite, entre autre, à la permanence de l’esprit critique pour une conscience fondamentalement critique par elle-même. Il m’inspire à vivre en connaissance de cause.

Et le meilleur moyen de tenir éveiller ma conscience est de permettre à l’étincelle d’allumer un feu pérenne et, pour ce faire, de l’alimenter avec le combustible de la connaissance.

Désormais, je valorise davantage la connaissance que mes opinions sur cette connaissance.

Évidemment « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais). Je me dois d’adopter une « manière de vivre » vertueuse.


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Article #128 – «Troquez votre consultant pour un philosophe», Philonomist.Lab

« Troquez votre consultant pour un philosophe »

Le message de Philonomist.Lab est clair : « Troquez votre consultant pour un philosophe » ! Cette publicité est tirée du numéro spécial de Philosophie & Philonomist. magazine « Quel sens donner au travail ? » Avec cette publicité la philosophie s’affirme haut et fort comme une ressource pour les entreprises et confirme l’avancée de la discipline dans son sens pratique.

« Je donnerais toute ma technologie pour passer une après-midi avec Socrate »
Steve Jobs

« Je donnerais toute ma technologie pour passer une après-midi avec Socrate » ( « I would trade all of my technology for an afternoon with Socrates » The Classroom Of The Future, By Newsweek Staff, Newsweek ,Oct 28, 2001) déclare Steve Jobs à Newsweek. « Vous aussi ? Contactez-nous ! » ajoute Philonomist.lab.


The Classroom Of The Future

Steve Jobs
CEO, APPLE

Steve Jobs, one of the inventors of personal computing, is cofounder and CEO of Apple Computer. He divides his time between computing and making movies as cofounder and CEO of Pixar Animation Studios, which has produced such hits as « Toy Story » and « A Bug’s Life. »

« One of our issues as a society going forward is to teach kids to express themselves in the medium of their generation. For the better part of the past century, the medium was the printed page, whether it was a newspaper or a novel. People not only consumed; they authored. When people read novels, they wrote letters. The medium of our times is video and photography, but most of us are still consumers as opposed to being authors.

« We see things changing. We are doing more and more with movies and DVDs. The drive over the next 20 years is to integrate these multimedia tools to the point where people become authors in the medium of their day. We think there is tremendous power in this. You should see the movies that kids and teachers are making now. They make movies to sell an idea and to lead a team. I can show you a movie made by a sixth-grade teacher with her kids about learning the principles of geometry in a way that you will never forget. Or one by a high-school junior who felt passionately about women workers in sweatshops. When students are creating themselves, learning is taking place. And teachers will be at the epicenter of this. Anyone who believes differently has never had a good teacher. I would trade all of my technology for an afternoon with Socrates. »

Source : The Classroom Of The Future, By Newsweek Staff, Newsweek ,Oct 28, 2001.


Non, Descartes n’est pas dispo en 2025. Mais nos 120 philosophes-conférenciers, si !

Nous y voilà ! « 120 philosophes-conférenciers » prêts pour les organisations en quête de l’approche unique qu’offre la philosophie, y compris celle de Descartes. » C’est là toute une avancée de la philosophie pratique.


La philosophie en entreprise

Conférences    Ressources digitales    Formation    Conseil    Projets éditoriaux

En mobilisant la philosophie et les sciences humaines, Philonomist porte un nouveau regard sur le travail et aide les organisations à s’inspirer, se former et se transformer.

À elle seule la page d’accueil du site web PHILONOMIST.LAB témoigne de l’avancée de la philosophie en entreprise avec une multitude de services.


EN COMPLÉMENT

Et le sujet de la « philosophie en entreprise » gagne du terrain sur le web et dans la magazines destinés aux organisations et même dans les formations universitaires.


Le philosophe en entreprise, « un drôle d’animal »

BRIÈRE, Thibaud., JANAND, Anne., MAIZERAY, Lidwine.

Question(s) de management, 2018/1 n° 20, p.15-25. DOI : 10.3917/qdm.181.0015. URL : https://shs.cairn.info/revue-questions-de-management-2018-1-page-15?lang=fr.


Philosopher en entreprise : quelles méthodes pour quels apports spécifiques

Claire DE CHESSE, Secrétaire de l’association Philolab (France) philolab@wanadoo.fr

Diotime, n°40 (04/2009)


La philosophie au service de l’entreprise

Pourquoi le CAC 40 s’intéresse à Platon

Par Gaspard Dellhemmes, Revue du Crieur

DELLHEMMES, Gaspard. La philosophie au service de l’entreprise Pourquoi le CAC 40 s’intéresse à Platon. Revue du Crieur, 2016/1 N° 3, p.122-131. DOI : 10.3917/crieu.003.0122. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-crieur-2016-1-page-122?lang=fr.


La philosophie d’entreprise

Une méthode pour apprendre à réfléchir, à dialoguer, à échanger et à argumenter individuellement et collectivement sur des sujets professionnels et sociétaux.

« Confrontées à de perpétuelles transformations ou défi majeurs que ce soit sur le plan économique, des méthodes de travail, de la gouvernance, sur le plan éthique, social ou environnemental, les organisations engendrent de nouveaux rapports, de nouveaux comportements, une attente ou volonté d’engagement et de responsabilité.
C’est ici que la philosophie d’entreprise prend tout son sens ! En questionnant les collaborateurs à titre individuel, en équipe, sur les valeurs, leurs visions d’un sujet, d’un projet, d’une transformation, l’entreprise proposer d’apporter, par l’art du questionnement et de la pensée, du sens, de la réflexion et une recherche possibles d’actions positives.

Travailler notre système de pensée permet d’avoir une influence positive sur sur notre existence, nos actions, nos valeurs. »

NOW.be


Chief philosophy officer ou l’importance de la philosophie en entreprise

NEOMA Business School, publié le 14/04/2020

« La nouvelle génération de managers manifeste un désir de plus en plus fort de sens au travail et exhorte les organisations à faire preuve d’éthique dans les affaires. Face à ce constat, les entreprises créent des postes de « Chief Philosophy Officer ». Tout droit venu des start-ups américaines, ce phénomène est-il une simple mode ou une réelle tendance de fond ? Décryptage avec Nicolas Raineri, professeur adjoint en gestion des ressources humaines et comportement organisationnel et Hadrien Simon, enseignant spécialisé en philosophie et management à NEOMA Business School.

Aujourd’hui, de nombreuses entreprises s’intéressent à la philosophie. Cette discipline favoriserait la pensée critique et la logique, pour mieux saisir et gérer la complexité du business. « Le monde des affaires est en mutation permanente et les managers doivent trouver des repères stables pour guider leurs actions » analyse Hadrien Simon. « La philosophie, depuis ses origines, a cherché à identifier des composantes immuables dans cette multiplicité des phénomènes ».

NEOMA Business School


Pourquoi le philosophe d’entreprise est un allié pour piloter son entreprise en des temps incertains ?

« Nous connaissons aujourd’hui de nombreux défis qui percutent nos entreprises : sociétaux, technologiques, environnementaux… On parle, à qui veut bien l’entendre, de temps incertains. Pour un dirigeant, la compétence clé devient le pilotage de cette incertitude. Car les modèles qui nous permettaient de comprendre le développement de nos organisations et de nous donner des perspectives sont bousculés. C’est dans ce contexte que le philosophe d’entreprise émerge comme une figure ressource. Alliant des compétences de réflexion, de conception d’accompagnement pragmatique, il offre une approche singulière et efficace pour guider les entreprises à travers ces terrains inexplorés. »

NOETIC BEES


CAS en Philosophie et Management
Cure de philosophie pour cadres – volée 14

« Public-cible : Cadres, responsables des ressources humaines, dirigeants, consultants, toute personne passionnée par les relations humaines

Contenu : Proposant un point de vue qui n’est pas orienté principalement vers la maximisation technique, vers des recettes qu’il suffirait d’appliquer, l’approche philosophique du management permet non seulement une prise de distance par rapport aux pratiques quotidiennes, mais aussi un temps d’arrêt pour réfléchir aux enjeux humains complexes auxquels sont confrontées les entreprises et les organisations. La réflexion philosophique constitue le fondement d’un engagement conscient et authentique dans la transformation de la pratique quotidienne. Avec les apports de la pensée philosophique et en s’ancrant dans les expériences professionnelles des participant-e-s, ces séminaires de formation continue proposent d’aborder les thèmes les plus actuels touchant le management et les ressources humaines et sociales. »

Université de Fribourg


L’ESSEC Business School et l’Institut Catholique de Paris signent un partenariat pour un double parcours en philosophie et management

« L’ESSEC et la faculté de philosophie de l’ICP s’associent et lancent un double parcours en philosophie et management à compter de septembre 2023. Ce programme d’échange permettra aux étudiants de l’ESSEC et de l’ICP de suivre des cours dans les écoles respectives. »

“Ce double cursus est une nouvelle reconnaissance de l’excellence académique qu’offre l’ESSEC à ses étudiants avec un nouveau parcours en partenariat avec l’ICP, un établissement d’enseignement supérieur de renommée internationale. La diversité de l’offre pédagogique du programme Grande Ecole de l’ESSEC permet à chaque étudiante et à chaque étudiant de construire son projet professionnel et personnel, mais aussi de s’épanouir intellectuellement”. Emmanuelle Le Nagard, Directrice Académique du programme Grande Ecole ESSEC.

“Compte tenu des enjeux contemporains qui sont les nôtres, avoir une double compétence en management et philosophie permet aux étudiants de se former au questionnement sur le monde, la connaissance, acquérir des compétences analytiques de haut niveau pour dessiner un avenir durable et responsable”. Xavier Pavie, Professeur à l’ESSEC, référent du double-parcours.

« Eclairer les défis sociétaux, telle est l’ambition de ce partenariat ICP-ESSEC. La double compétence en philosophie et management permettra aux étudiants d’affronter les enjeux sociétaux et économiques actuels en puisant dans les ressources philosophiques ». Camille Riquier, Doyen de la Faculté de Philosophie de l’ICP. »

ESSEC Business School





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