Article 358 – The Diagnosis in Philosophical Practice, Peter Harteloh, Journal of Humanities Therapy

Peter Harteloh (2013)

The Diagnosis in Philosophical Practice

Le diagnostic dans la pratique philosophique

Journal of Humanities Therapy, 4(null),59-73.


Télécharger le PDF (anglais)


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Résumé

Dans cet article, je présente une approche clinique de la pratique philosophique. Selon cette approche, un concept ou une idée philosophique fait office de diagnostic lors des consultations philosophiques. D’une part, il sert de classification et de description philosophique d’un problème, d’une question ou d’un thème ; d’autre part, il offre un enseignement sous la forme d’un nouveau regard porté sur soi-même et/ou sur les situations. Un diagnostic philosophique distingue la consultation philosophique de la psychothérapie. Il est essentiel pour la pratique philosophique d’expliciter de tels diagnostics et d’élaborer une sorte de guide de référence comparable au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Un tel manuel permettrait de favoriser les échanges d’informations entre praticiens philosophes, de soutenir la formation, de rendre la pratique de la consultation plus lisible pour les clients comme pour les tiers, et, à terme, de contribuer au développement de la pratique philosophique en tant que discipline de conseil et de coaching.

Table des matières

Résumé

1. Introduction

2. Les consultations philosophiques

3. Une approche clinique des consultations philosophiques

4. Le diagnostic philosophique

5. Un cadre pour les diagnostics philosophiques

6. Le rôle du diagnostic philosophique

7. Conclusion

1. Introduction

La dixième thèse de mon doctorat s’énonce ainsi : « La qualité d’une théorie du sens en médecine pourrait être améliorée si l’interprétation d’un signe ou d’un symptôme ne s’effectuait pas uniquement dans le jargon mécaniste de la cause, de la matière et du mouvement, mais également au moyen d’une métaphore contribuant à une conscience réflexive. » L’observation des consultations cliniques d’un hématologue m’a inspiré cette thèse. Je le voyais annoncer ce diagnostic souvent fatal à des patients atteints d’affections malignes du sang ou de la moelle osseuse. J’observais leur stupeur, leur désespoir, leur désarroi et leur combat pour faire face à la situation. Je voyais un hématologue leur tenir un discours conforme au paradigme dominant de la pratique médicale, décrivant des cellules échappant à tout contrôle, se mettant à proliférer et détruisant le fonctionnement normal des tissus. J’étais frappé par la dimension existentielle de ces instants, moments de vérité où la fin de la vie se profilait et où surgissaient les questions relatives au sens de l’existence. Je m’interrogeais sur le récit livré par le médecin. Il pouvait être vrai, mais il manquait de sens. Les patients ne se perçoivent pas comme des cellules ou des réactions chimiques. Mieux encore, ils ne peuvent penser à la manière de cellules ou de réactions chimiques. Il n’existe aucune passerelle entre cette explication naturaliste et l’expérience de la vie quotidienne. C’est pourquoi les explications naturalistes s’avèrent souvent insuffisantes en médecine. La question « que m’arrive-t-il à présent ? » ne reçoit pas de réponse porteuse de sens. La quête de l’attitude juste face à une situation de crise existentielle n’est pas prise en charge. La médecine moderne semble manquer à la fois d’outils et de temps pour y répondre.

Au fil de mon exercice en tant que médecin, le modèle médical m’a de plus en plus troublé. Il m’a d’abord conduit à formuler la thèse précitée, puis m’a poussé, quelques années plus tard, à m’orienter vers la pratique philosophique. Au lieu de devenir médecin praticien, je suis devenu praticien de la philosophie. Au sein de la pratique philosophique, mon approche demeure inspirée du modèle médical. Sa structure réflexive sied à la philosophie et, en y adjoignant un contenu philosophique, elle peut également servir de modèle à une pratique philosophique.¹ ²

Je considère le diagnostic comme un élément commun à la pratique médicale et à la pratique philosophique. À l’instar d’un médecin, chaque praticien philosophe s’appuie sur une idée comme point d’ancrage tout au long de la consultation. Certains praticiens adoptent une posture logique ou épistémologique et limitent la consultation à la résolution d’énigmes intellectuelles ; d’autres privilégient un point de vue plus anthropologique ou phénoménologique et visent la connaissance de soi ou l’enrichissement de l’expérience. En pratique philosophique, l’éthique constitue fréquemment un cadre de référence partagé pour aborder les problématiques liées à l’agir, en identifiant les tendances utilitaristes ou déontologiques ainsi que les apories classiques que ces éthiques véhiculent. Le diagnostic philosophique diffère par son contenu et présente une variabilité bien plus grande qu’en médecine, mais il demeure identifiable au travers des diverses formes de consultation philosophique.

Dans cet article, je présenterai ma conception du diagnostic en pratique philosophique, j’en explorerai le contenu et j’en discuterai la portée. En clarifiant et en précisant la notion de diagnostic philosophique, j’espère contribuer à l’essor de la pratique philosophique en tant que nouveau paradigme de la relation d’aide et de la consultation.

Notes de bas de page :

  • ¹ Harteloh, P.P.M. 1999. The meaning of quality in health care. From intuition to rational reconstruction. Alblasserdam: Haveka (En néerlandais, résumé en anglais).

  • ² Harteloh, P.P.M. 2010. « On the competence of philosophical counselors ». Practical Philosophy 10, 36-48.


Lire la suite – Télécharger le PDF (anglais)


Texte original en anglais

Content

Abstract
1. Introduction
2. Philosophical Consultations
3. A Clinical Approach to Philosophical Consultations
4. The Philosophical Diagnosis
5. A Framework for Philosophical Diagnoses
6. The Role of the Philosophical Diagnosis
7. Conclusion

Abstract

In this paper, I present a clinical approach to philosophical practice. In such an approach, a philosophical concept or idea functions as a diagnosis in philosophical consultations. It serves as a classification and philosophical description of a problem, question or theme on the one hand and provides a lesson in terms of a new way to look at one self and/or situations on the other hand. A philosophical diagnosis distinguishes the philosophical consultation from psychotherapy. It is important for philosophical practice to make such diagnoses explicit and construct a kind of guidebook like the Diagnostic and Statistical Manual for Mental Disorders (DSM). Such a guidebook would enhance the exchange of information among philosophical consultants, serve teaching purposes, make the consultation practice more explicit to clients and third parties, and eventually contribute to the development of philosophical practice as a discipline in consultancy and coaching.

1. Introduction

The tenth thesis of my PhD reads: « The quality of a meaning theory in medicine could be improved if the interpretation of a sign or symptom is not only done in the mechanical jargon of cause, matter and movement, but in terms of a metaphor contributing to a reflexive consciousness as well. » Observing the clinical consultations of a haematologist inspired this thesis. I saw him telling the often-fatal diagnosis to patients suffering from malignancies of the blood or bone marrow. I saw their surprise, their desperation, their wondering and their struggle to cope with the situation. I saw a haematologist telling them a story in line with the current paradigm governing medical practice about cells going out of control, starting to multiply and destroying normal tissue functioning. I was impressed by the existential quality of the moments, moments of truth in which the end of life announced itself and questions about the meaning of life popped up. I wondered about the story that was told by the physician. It might be true, but there was a lack of sense. Patients do not think of themself as cells or chemical reactions. Or even stronger they cannot think like cells or chemical reactions. There is no connection between this naturalistic explanation and experience in daily life. Therefore, naturalistic explanations often do not suffice in medicine. The question « what is happening to me now? » is not answered meaningfully. The quest for the right attitude in a situation of existential crisis is not addressed. Modern medicine seems to lack the tools and time for that.

While working as a medical doctor, the medical model bothered me more and more. It inspired me first to the thesis mentioned, and second some years later to my move into philosophical practice. Instead of becoming a practicing physician, I became a philosophical practitioner. In philosophical practice my approach is still inspired by the medical model. Its reflexive format suits philosophy and by adding philosophical content it can be a model for a philosophical practice too.¹ ²

I consider the diagnosis common to both medical and philosophical practice. Just like a medical doctor, every philosophical practitioner works with an idea as anchor point in the consultation process. Some practitioners take a logical or epistemological stance and restrict the consultation to puzzle solving; others take a more anthropological or phenomenological point of view and aim at self-knowledge or an enrichment of experience. In philosophical practice, often ethics is a common frame of reference for problems on doing, identifying utilitarian or deontological tendencies and the standard problems these kind of ethics carry. A philosophical diagnosis differs in content and varies much more than in medicine, but is recognizable in different forms of philosophical consultations too.

In this paper, I will introduce my idea of a diagnosis in philosophical practice, explore its content and discuss its meaning. By making the idea of a philosophical diagnosis more clear and distinct, I hope to contribute to the development of philosophical practice as a new paradigm in counselling and consultations.

Footnotes :

  • ¹ Harteloh, P.P.M. 1999. The meaning of quality in health care. From intuition to rational reconstruction. Alblasserdam: Haveka (In Dutch, English summary).

  • ² Harteloh, P.P.M. 2010. « On the competence of philosophical counselors ». Practical Philosophy 10, 36-48.


Voir tous nos articles

Article # 357 – De la défense des diagnostics philosophiques / On the Defence of Philosophical Diagnoses, Peter Harteloh, Journal of Humanities therapy

On the Defence of Philosophical Diagnoses

De la défense des diagnostics philosophiques

Peter Harteloh, Journal of Humanities therapy

Institute of Humanities at Kwangwon National University, Journal of Humanities Therapy
Vol.5, 2014.12, 1 – 10 (10 pages), UCI(KEPA) : I410-ECN-0101-2019-001-000618235


Télécharger cet article en PDF (anglais)


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Résumé

Dans cet article, je défends le concept de diagnostic philosophique, c’est-à-dire un concept ou une idée philosophique faisant office de diagnostic lors des consultations philosophiques. Un diagnostic philosophique sert, d’une part, de description philosophique d’un problème, d’une question ou d’un thème et, d’autre part, d’enseignement sous la forme d’un nouveau regard porté sur soi-même et/ou sur des situations. Il est important pour la pratique philosophique d’expliciter ses diagnostics. Un usage explicite des diagnostics philosophiques favoriserait l’échange d’informations entre praticiens de la philosophie, servirait à l’évaluation par les pairs ou à des fins pédagogiques, rendrait la pratique de la consultation plus explicite et contribuerait, à terme, au développement de la pratique philosophique en tant que discipline de conseil et d’accompagnement (coaching).

Table des matières

  • Résumé
  • Introduction
  • Qu’est-ce qu’un diagnostic philosophique ?
  • Le contenu d’un diagnostic philosophique
  • Établir un diagnostic philosophique
  • Quelques exemples
  • La nature des diagnostics philosophiques
  • Les diagnostics philosophiques comme alternative aux diagnostics médicaux
  • Le diagnostic philosophique comme forme de « phronesis » (ou : sagesse pratique / prudence)
  • Conclusions
  • Références bibliographiques

1. Introduction

Lors de la 6? Conférence internationale sur la thérapie par les humanités (International Conference on Humanities Therapy), qui s’est tenue à Chuncheon en 2014, un débat s’est ouvert sur le diagnostic philosophique. En tant qu’ancien médecin, j’y ai défendu ce concept ainsi que son usage dans la pratique philosophique, tout en reconnaissant tant les similitudes que les divergences existant entre l’exercice de la philosophie et celui de la médecine. Le présent article synthétise mon argumentation. J’estime que la notion de « diagnostic philosophique » présente une réelle utilité pour la pratique philosophique. Elle en matérialise la dimension proprement philosophique au sein de la consultation, s’accorde avec la philosophie entendue comme l’art de créer des concepts, offre aux praticiens la possibilité de communiquer et d’instaurer des mécanismes d’évaluation par les pairs, et répond à des impératifs de formation comme d’enseignement. Ainsi, ce concept renforce la professionnalisation de la discipline et permet de distinguer l’art de la pratique philosophique d’autres champs tels que la psychothérapie. Le diagnostic philosophique constitue une alternative aux diagnostics médicaux ou psychologiques en tant qu’instruments de pouvoir et d’assujettissement, tout en favorisant un approfondissement de la conscience et de la compréhension de soi. Ce concept se doit toutefois d’être manié avec circonspection, afin d’écarter les répercussions sociales délétères inhérentes aux diagnostics médicaux ou psychologiques, qu’il s’agisse de l’étiquetage des individus ou de la normalisation des pratiques sous l’effet de contraintes juridiques ou d’enjeux de politiques publiques et de remboursement. Cet article se veut une réponse à la critique — fort appréciée — que Peter Raabe a formulée à l’égard du diagnostic philosophique, ainsi qu’un développement approfondi de mes réflexions initiales sur ce concept.

2. Qu’est-ce qu’un diagnostic philosophique ?

Dans les interactions d’un philosophe (par exemple lors d’une consultation), des concepts ou des idées philosophiques peuvent faire office de diagnostics philosophiques. D’après ses origines grecques et latines, le terme « diagnostic » implique : (i) la description d’une nature ou d’une cause (le grec gnôsis au sens de connaissance profonde), (ii) une distinction (le grec dia signifiant séparer, décomposer), (iii) un enseignement à tirer (le grec gnôsis en tant que leçon transmise), (iv) une formulation écrite (explicite) dotée (v) d’un caractère public (selon l’usage latin du terme). Des notions philosophiques telles que le « malaise culturel », l’« altérité », l’« être-au-monde », le « souci de soi », la « contradiction logique », etc., offrent d’une part la description philosophique d’un problème, d’une interrogation ou d’un thème, et d’autre part un enseignement permettant de porter un regard renouvelé sur soi-même et/ou sur les situations. Dans les interactions menées par le philosophe, le diagnostic philosophique consiste à identifier une teneur philosophique dans les paroles, les pensées, les actes ou l’existence d’une personne. Cette démarche d’identification peut s’étendre du repérage d’anomalies, telles que des erreurs logiques ou paralogismes dans le discours d’un individu, jusqu’à la différenciation de concepts au sein de sa pensée. C’est grâce à son étude de la philosophie que le praticien reconnaît cette teneur philosophique et qu’il la condense, par un acte de conceptualisation, en un concept ou une idée faisant fonction de diagnostic philosophique. Dès lors, le diagnostic philosophique peut être considéré comme l’aboutissement d’un processus de conceptualisation.


Télécharger cet article en PDF (anglais)


Texte original en anglais

Abstract

In this paper, I defend the concept of a philosophical diagnosis, i.e. a philosophical concept or idea functioning as a diagnosis in philosophical consultations. A philosophical diagnosis serves as a philosophical description of a problem, question or theme on the one hand, and as a lesson in terms of a new way to look at one self and/or situations on the other hand. It is important for philosophical practice to make its diagnoses explicit. An explicit use of philosophical diagnoses would enhance the exchange of information among philosophical practitioners, serve peer review or teaching purposes, make the consultation practice more explicit, and eventually contribute to the development of philosophical practice as a discipline in consultancy and coaching.

CONTENT

Abstract
1. Introduction
2. What is a Philosophical Diagnosis?
3. The Content of a Philosophical Diagnosis
4. Making a Philosophical Diagnosis
5. Some Examples
6. The Nature of Philosophical Diagnoses
7. Philosophical Diagnoses as Alternative to Medical Diagnoses
8. The Philosophical Diagnosis as a Form of “Phronesis”
9. Conclusions
References

1. Introduction

During the 6th International Conference on Humanities Therapy, Chuncheon 2014, there was a debate on the philosophical diagnosis. As a former medical doctor, I defended the concept and its use in philosophical practice, acknowledging both the similarities and differences between philosophical and medical practice. This paper summarizes my arguments. I think the concept of a « philosophical diagnosis » is useful for philosophical practice. It represents the philosophical aspect of a philosophical consultation, suits philosophy as the art of producing concepts, enables philosophical practitioners to communicate and develop peer review mechanisms, and serves training or teaching purposes. Thus, the concept enhances professionalism and helps to distinguish the art of philosophical practice from other disciplines such as psychotherapy. A philosophical diagnosis offers an alternative to medical or psychological diagnoses as instruments of power and suppression, and offers a deepening of consciousness and self-understanding. The concept of a philosophical diagnosis has to be used carefully in order to avoid the negative social consequences of a medical or psychological diagnosis such as labelling persons or disciplining practices by legal consequences or policy/reimbursement implications. This paper is a reaction to Peter Raabe’s (appreciated) critique of the philosophical diagnosis and an elaboration on my earlier introduction to the concept.

2. What is a Philosophical Diagnosis?

In the interactions of a philosopher (e.g. a consultation), philosophical concepts or ideas may function as philosophical diagnoses. From the Greek and Latin origin, the word « diagnosis » implies: (i) a description of nature or cause (Gr. « gnosis » as deep knowledge), (ii) a distinction (Gr. dia = taking apart), (iii) a lesson to be learned (Gr. « gnosis » as a teaching), (iv) a written (explicit) statement with (v) a public character (from the Latin use of the term). Philosophical ideas such as « cultural dis-ease », « otherness », « being-in-the-world », « self-care », « logical contradiction », etc., provide a philosophical description of a problem, question or theme on the one hand, and a lesson in terms of a new way to look at one self and/or situations on the other hand. In the interactions of a philosopher, the philosophical diagnosis is the identification of philosophical content in the words, thoughts, acts or life of a person. This identification may vary from the detection of problems, such as logical fallacies in the speech of a person, to the distinction of concepts in the thoughts of a person. The philosopher recognizes philosophical content by his study of philosophy and captures this content in a concept or idea, which functions as a philosophical diagnosis, by an act of conceptualization. Thus, we can consider a philosophical diagnosis the outcome of a conceptualization process.

Source : Journal of Humanities therapy.


Télécharger cet article en PDF (anglais)


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Voici le résumé complet de l’article « On the Defence of Philosophical Diagnoses » de Peter Harteloh (publié en 2014 dans le Journal of Humanities Therapy) :

1. Contexte et objectif

L’auteur, Peter Harteloh (ancien médecin et praticien de la philosophie), répond aux critiques formulées à l’encontre de la notion de diagnostic en consultation philosophique (notamment celles de Peter Raabe). Il y défend l’idée qu’un diagnostic philosophique est un outil légitime, utile et émancipateur pour la pratique philosophique.

2. Qu’est-ce qu’un diagnostic philosophique ?

  • Définition : Il s’agit de l’identification d’un contenu ou d’un thème philosophique dans les paroles, pensées ou actes d’une personne.
  • Double fonction :
    1. Une description philosophique d’un problème ou d’une interrogation.
    2. Une leçon / nouvelle perspective permettant au consultant de poser un autre regard sur lui-même ou sur sa situation.
  • Processus de conceptualisation : En référence à Gilles Deleuze (qui définit la philosophie comme « l’art de créer des concepts »), le diagnostic philosophique correspond à la création/mobilisation d’un concept appliqué à une situation singulière.

3. Méthode : un processus dialogique et linguistique

  • Ancrage linguistique : Le diagnostic ne repose pas sur les données démographiques, physiques ou l’historique personnel (comme en psychologie), mais sur les mots exacts employés par le consultant (analyse de mots-clés).
  • Co-construction et auto-diagnostic (self-diagnosis) : Le praticien ne plaque pas une étiquette rigide de l’extérieur. Il agit comme une « sage-femme » (maïeutique socratique) : il formule une sorte de « diagnostic différentiel » (plusieurs pistes conceptuelles possibles), mais c’est le consultant lui-même qui choisit et valide la distinction conceptuelle qui fait sens pour lui.
  • Nature dynamique : Il s’agit d’un processus réflexif, cyclique et révisable dans le temps.

4. Une alternative critique au modèle médical et au DSM

  • Refus de l’étiquetage pathologique : Contrairement aux diagnostics psychiatriques (DSM) qui classent les individus comme « normaux » ou « anormaux » et servent d’instruments de contrôle, de remboursement ou d’intérêts pharmaceutiques, la pratique philosophique est affranchie de ces dérives mercantiles.
  • Exemple : Plutôt que de catégoriser une personne sous l’étiquette de « dysthymique » (trouble dépressif persistant), le praticien philosophique l’aide à analyser sa situation comme une modalité d’« être-au-monde » ou une crise existentielle, favorisant ainsi la prise de conscience et l’émancipation.

5. Une forme de sagesse pratique (phronesis)

  • Le diagnostic philosophique ne s’applique pas comme une formule issue d’un manuel. Il relève de la phronesis (la prudence ou sagesse pratique selon Aristote), c’est-à-dire l’aptitude à manier la bonne idée au bon moment pour une personne singulière.
  • Il s’acquiert par l’expérience de terrain et l’échange collégial.

6. Conclusion et portée pour la profession

L’auteur plaide pour que la profession développe un cadre explicite de diagnostics philosophiques. Selon lui, expliciter ces diagnostics permettrait :
  1. De mieux distinguer la consultation philosophique de la psychothérapie.
  2. De faciliter l’évaluation par les pairs (peer review) et l’enseignement de la discipline.
  3. De renforcer la reconnaissance et le professionnalisme de la pratique philosophique dans les domaines du conseil et du coaching.

Voir tous nos articles

Article # 355 – Publication à découvrir : International Journal of Philosophical Practice

Publication à découvrir

International Journal of Philosophical Practice

The Journal of the National Philosophical Counseling Association (USA)


Visiter le site web

National Philosophical Counseling Association (NPCA)

Philosophy Documentation Center


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

L’International Journal of Philosophical Practice est la revue officielle de la National Philosophical Counseling Association (NPCA) et paraît sous son égide en collaboration avec le Ramnarain Ruia College.

Tous les numéros sont en libre accès et consultables gratuitement sur le site du Philosophy Documentation Center. Les articles peuvent être téléchargés, diffusés et utilisés à des fins universitaires et professionnelles, mais ne peuvent en aucun cas être vendus sans l’autorisation expresse de la rédaction.

À propos de la pratique philosophique et de l’IJPP

La pratique philosophique désigne l’application des théories, compétences et méthodes philosophiques au sein d’une multitude de contextes professionnels et opérationnels. Elle comprend, sans s’y limiter, la consultation philosophique, le conseil en éthique ainsi que la mise à profit, hors du cadre universitaire, d’une formation en philosophie dans des domaines aussi variés que le droit, la médecine, les affaires, la santé mentale, le journalisme, les sciences naturelles, l’informatique, la politique et la religion. L’IJPP publie des articles de haut niveau qui contribuent à une meilleure compréhension de la nature et de la valeur de la pratique philosophique sous toutes ses formes.

La revue accueille des articles théoriques, descriptifs et empiriques, ainsi que des études de cas relevant de son champ d’expertise. Elle publie également des comptes rendus d’ouvrages récents soulevant des enjeux et problématiques propres à la pratique philosophique, ainsi que des notes d’actualité et des informations relatives à cette discipline. L’IJPP maintient un appel à contributions permanent pour tout sujet lié à la pratique philosophique. Pour plus d’informations, cliquez ici.

Voici quelques-uns des thèmes généraux d’intérêt :

  • La nature de la consultation philosophique

  • Les liens entre consultation psychologique et consultation philosophique

  • La certification et l’exercice réglementé des praticiens de la philosophie

  • Les questions de formation et de programmes d’études en pratique philosophique

  • La place de la logique et de l’esprit critique dans la pratique philosophique

  • Les enjeux éthiques de la pratique philosophique

  • Le conseil en éthique dans les secteurs médical, juridique, entrepreneurial, environnemental et connexes

  • Le rôle des philosophes au sein des comités d’éthique institutionnels

  • Les philosophes en tant que consultants politiques et analystes des politiques publiques

  • La valeur d’un diplôme de premier cycle (bachelor) en philosophie

  • Les philosophes comme gestionnaires et administrateurs

  • Les philosophes en tant que développeurs de logiciels et spécialistes des technologies de l’information

Si vous n’êtes pas encore membre de la NPCA et souhaitez le devenir, veuillez cliquer ici pour obtenir de plus amples informations.


Texte original en anglais

The International Journal of Philosophical Practice is the official journal of the National Philosophical Counseling Association and is published by the NPCA in cooperation with Ramnarain Ruia College.

All issues are open access and freely available on the Philosophy Documentation Center website. Copies of the articles may be downloaded, distributed and used for scholarly and professional purposes but may not be sold without the express permission of the Editors.

About Philosophical Practice & IJPP

Philosophical practice refers to the application of philosophical theories, skills, and methods in a myriad of professional and work contexts. It includes but is not restricted to philosophical counseling, ethics consultation, and the nonacademic deployment of philosophical training in diverse professional areas such as law, medicine, business, mental health, journalism, natural science, computer science, politics, and religion. IJPP publishes articles of high quality that contribute to an improved understanding of the nature and value of philosophical practice in its diverse forms.

The journal publishes theoretical as well as descriptive and empirical articles and case studies falling within its purview. It also publishes book reviews of recent books that raise issues and problems of philosophical practice as well as notes and news relating to philosophical practice.  The IJPP has a standing call for papers on any subject related to philosophical practice.  For more information click here.

Some general topics of interest include:

  • The nature of philosophical counseling
  • The relationship between psychological and philosophical counseling
  • The certification and licensure of philosophical practitioners
  • Training and curriculum issues in philosophical practice
  • The role of logic and critical thinking in philosophical practice
  • Ethical issues in philosophical practice
  • Ethics consultation in medicine, law, business, the environment, and related fields
  • The role of philosophers on institutional ethics committees
  • Philosophers as political consultants and policy analysts
  • The value of an undergraduate major in philosophy
  • Philosophers as administrators
  • Philosophers as software developers and information technologists

If you are not yet a member of NPCA and would like to become one, please click here for more information.

Source : The National Philosophical Counseling Association (NPCA).

Article # 352 – 19th International Conference on Philosophical Practice, June 10-12, 2027 Helsinki, Finland

19th International Conference on Philosophical Practice

June 10-12, 2027 Helsinki, Finland


International Conference on Philosophical Practice 2027 – ICPP

Traduction des textes de l’anglais au français du site web dédié par Gemini Google

Bienvenue en Finlande !

En 2027, la Conférence internationale sur la pratique philosophique (International Conference on Philosophical Practice – ICPP) se tiendra du 10 au 12 juin à Helsinki, capitale de la Finlande.

L’ICPP est un mouvement mondial de praticiens de la philosophie, qui se réunit régulièrement à l’occasion de conférences internationales. La communauté de l’ICPP est entièrement autonome, fondée sur la collégialité et la bienveillance. La mission de l’ICPP est de promouvoir l’essor et le développement de la philosophie en tant que pratique. Elle est dépourvue de toute structure politique ou idéologie. Sa vocation est de favoriser le partage d’idées, d’expériences et d’initiatives portant sur l’ensemble des dimensions de la pratique philosophique.

Depuis 1994, les Conférences internationales sur la pratique philosophique ont eu lieu dans différents pays à travers le monde. Parmi les pays hôtes figurent le Canada (1994), les Pays-Bas (1996, 2010), les États-Unis (1997), l’Allemagne (1998), le Royaume-Uni (1999), la Norvège (2001), le Danemark (2004), l’Espagne (2006), l’Italie (2008), la Corée du Sud (2012), la Grèce (2013), la Serbie (2014), la Suisse (2016), le Mexique (2018), la Russie (2021), la Roumanie (2023) et la Croatie (2025). Pour de plus amples informations, veuillez consulter le site : https://icpp.site/.

Thème de la conférence :

La pratique philosophique dans la société et les praticiens comme activistes

L’un des idéaux de l’activisme repose sur l’idée que nous ne sommes pas de simples spectateurs du cours de la vie. Nous créons et entretenons activement ce cours, tout en étant façonnés par lui — à travers nos choix, nos pratiques, nos préférences, notre esthétique, nos pensées, nos engagements et nos interconnexions, pour n’en citer que quelques-uns — et nous détenons le pouvoir de changer la société si nécessaire. Quel rôle revient à la philosophie dans les transformations sociétales ? Souvent, les praticiens de la philosophie n’adoptent pas une posture active à cet égard.

Dès lors, notre question centrale est la suivante : la pratique philosophique peut-elle s’intégrer à l’activisme ou en devenir une composante ? Si oui, de quelle forme d’activisme pourrait-il s’agir ? Quels types d’interrogations et de pratiques convient-il de soulever et de mettre en œuvre au sein de notre discipline ? En tant que praticiens de la philosophie, sommes-nous prêts à endosser des rôles plus actifs ?

L’activisme n’est pas une idée neuve au sein de la pratique philosophique. Si l’on observe la manière dont des praticiens (aujourd’hui) reconnus tels que Gerd Achenbach, Lou Marinoff, Ran Lahav, Ora Gruengard, Shlomit C. Schuster, Lydia Amir et bien d’autres ont ouvert la voie pour nous permettre d’échanger et de pratiquer la philosophie afin d’insuffler une nouvelle vie aux sagesses anciennes, nous pouvons mesurer la valeur du travail accompli — y compris face aux oppositions et aux critiques.

Toutefois, nous sommes désormais confrontés à de nouveaux enjeux, à de nouveaux défis et à la nécessité d’un nouvel élan pour la pratique philosophique. Quelle sera notre utilité face aux temps à venir ? Pourquoi la pratique philosophique est-elle essentielle ? Quels champs de recherche et d’application devons-nous (ré)investir ? La pratique philosophique peut-elle — ou doit-elle — s’engager davantage dans la construction des communautés et de la société ? Quels actes d’espoir radical sont aujourd’hui requis ?

Autour de la table : les pionniers de la pratique philosophique

Pia Houni anime une table ronde au cours de laquelle les praticiens invités mènent une réflexion sur leur pratique philosophique, sous le double prisme de la discipline et de l’activisme. Au-delà du regard porté sur le passé, quels types de questions devrions-nous poser aujourd’hui, et dans quels types d’activités devrions-nous nous engager ou quelles pratiques devrions-nous cultiver ? La pratique philosophique a-t-elle la responsabilité d’accompagner le changement, non seulement chez les individus, mais aussi au sein de la société dans son ensemble ?

L’activisme n’est pas une idée nouvelle au sein de la pratique philosophique. Par leur travail de pionniers, bon nombre de praticiens aujourd’hui reconnus dans le milieu — y compris les intervenants de cette table ronde, parmi tant d’autres — ont ouvert la voie aux débats contemporains et permis d’exercer la philosophie de manière à insuffler une nouvelle vie à la sagesse antique.

Invités — et d’autres annonces sont encore à venir :

Pia Houni

Docteure (Ph. D.), professeure associée, autrice. Modératrice du débat. Elle est la force motrice de la pratique philosophique en Finlande, en tant que directrice du programme de formation et cofondatrice du Réseau finlandais de pratique philosophique (Finnish Philosophical Practice Network). Elle est également active au sein de la communauté internationale et membre de… En savoir plus (à venir)

Lou Marinoff

Docteur (Ph. D.), professeur au City College de New York, auteur de plusieurs succès de librairie internationaux, président-fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) et rédacteur en chef de la revue de l’APPA. Présent dès les débuts de l’ICPP, il a été le coorganisateur de la première conférence internationale en 1994 à Vancouver… En savoir plus (à venir)

Ran Lahav

Docteur (Ph. D.) en philosophie, titulaire d’un master en psychologie, auteur. Enseignant à la Vermont State University. Fondateur et directeur de la Deep Philosophy School, concepteur de la philosophie contemplative. Praticien en exercice depuis 1992. Il a dispensé les premiers cours universitaires sur la consultation philosophique (philosophical counseling, Université de Haïfa, 1993-2006). Coorganisateur de la première ICPP en 1994… En savoir plus (à venir)

Lydia Amir

Docteure (Ph. D.), professeure à l’Université Tufts, autrice. Codirectrice de l’APPA, coprésidente de l’Association israélienne de pratique philosophique. Elle est également une figure de proue de la philosophie transformative et de la philosophie de l’humour, présidente-fondatrice de l’International Association for the Philosophy of Humor, rédactrice et membre du conseil d’administration de… En savoir plus (à venir)

Guro Hansen Helskog

Professeure de pédagogie en formation des enseignants à l’Université de Norvège du Sud-Est, codirigeante du groupe de recherche sur la pratique philosophique pédagogique, autrice, conceptrice de l’approche « Dialogos » dans le contexte éducatif. Ses intérêts théoriques portent sur la philosophie de l’éducation, l’étude de la sagesse et la Bildung… En savoir plus (à venir)

Sari Mattila

Docteure (Ph. D.), directrice de psychodrame, autrice, co-enseignante au sein du programme de formation finlandais en pratique philosophique, praticienne certifiée SMILE_PH. Elle partage son temps entre l’Inde et la Finlande, où elle a notamment enseigné à des étudiants de MBA et de doctorat, tout en intervenant auprès d’équipes de direction générale… En savoir plus (à venir)

Jeanette Bresson Ladegaard Knox

Docteure (Ph. D.) et diplômée en études théâtrales et en sciences des religions, professeure associée en humanités médicales et éthique biomédicale à l’Université de Copenhague, ancienne présidente de la Société danoise de pratique philosophique, autrice. Ses recherches portent sur le rôle des humanités dans la médecine et les soins de santé, la santé existentielle, le soin de soi et la réflexion éthique… En savoir plus (à venir)

Les conférenciers d’honneur

Jessica Böhme

Docteure (Ph. D.), professeure à la Fachhochschule des Mittelstands (FHM) de Berlin | Spécialiste de la durabilité et chercheuse sur la transformation | Ékophilosophe praticienne | Fondatrice de l’Institute for Practical ekoPhilosophy | Autrice | jessicaboehme.com | En savoir plus (à venir)

Anu Virtanen

Doctorante-chercheuse à l’Université de Jyväskylä | Praticienne de la philosophie | Projet « WISDOM in Practice » | Autrice | Cofondatrice du Réseau finlandais de pratique philosophique (Finnish Philosophical Practice Network) | jyu.fi/en/people/anu-virtanen | En savoir plus (à venir) (Photo : Martti Minkkinen)

Luis de Miranda

Professeur associé en bioéthique à l’Université d’Uppsala | Praticien et conseiller en philosophie | Fondateur et président de Philosophical Health International et d’Eudynamia® | Auteur | luisdemiranda.com | En savoir plus (à venir)


Visiter le site web


Welcome to Finland! 

In 2027, the International Conference on Philosophical Practice will be held 10-12 June in Helsinki, the capital of Finland

The ICPP is a global movement of philosophical practitioners, which convenes regularly at international conferences. The ICPP community is entirely self-governing, on the basis of collegiality and goodwill. The ICPP’s mission is to further the growth and development of philosophy as a practice. It has no political structure, and no ideology. Its purpose is to share insights, experiences and initiatives on all aspects of philosophical practice. 

Since 1994, International Conferences on Philosophical Practice have been held in different countries of the world. Countries such as Canada (1994), the Netherlands (1996, 2010), USA (1997), Germany (1998), United Kingdom (1999), Norway (2001), Denmark (2004), Spain (2006), Italy (2008), South Korea (2012), Greece (2013), Serbia (2014), Switzerland (2016), Mexico (2018), Russia (2021), Romania (2023), Croatia (2025) hosted these conferences. For additional details, please visit: https://icpp.site/.

Theme of the conference: 

Philosophical Practice in Society and Practitioners as Activists

One of the ideals of activism is that we are not bystanders in the flow of life. We actively create and maintain the flow and are created by that flow – through our choices, practices, preferences, aesthetics, thoughts, participations, entanglements – just to name a few – and we have the power to change society if needed. What is the role of philosophy in societal change? Philosophical practitioners often do not take an active view into this. 

Our main question thus is, can philosophical practice be or become part of activism? If so, what kind of activism could it be? What kinds of questions and practices within the field need to be asked and practiced? Are we as philosophical practitioners ready for more active roles? 

Activism is not a new idea in Philosophical Practice. If we look at how (now) well known practitioners such as Gerd Achenbach, Lou Marinoff, Ran Lahav, Ora Gruengard,  Schlomit C. Shuster, Lydia Amir, and many, many others, paved the way for us to discuss and practice philosophy in a way that gave new life to old wisdom, we can appreciate the work done – even amidst opposition and critique.

However, we are now faced with new issues, challenges, and a need for another leap for philosophical practice. How are we useful in the times to come? Why is philosophical practice important? What areas of research and practice do we need to (re-)enter? Can – or should – philosophical practice be more involved in community and society building? What actions of radical hope are called for?

Pioneers of philosophical practice around the table 

Pia Houni facilitates a roundtable discussion in which invited practitioners reflect on their philosophical practice from the perspectives of both the discipline and activism. In addition to reflecting on the past, what kinds of questions should we be asking today, and what kinds of activities should we engage in or practices should we cultivate? Does philosophical practice have a responsibility to support change, not only in individuals but also in society at large?

Activism is not a new idea in philosophical practice. Through their pioneering work, many of the practitioners who are now well known in the field, including participants in the Round Table, and many others, have paved the way for contemporary discussions and for practising philosophy in a manner that breathes new life into ancient wisdom.

Guests – and more announcements still coming up: 

Pia Houni

PhD, Adjunct Professor, author. Facilitator of the discussion. She is the driving force behind philosophical practice in Finland, as the programme director of the education program and co-founder of the Finnish Philosophical Practice Network. she is also active in international community and member of… Read more (coming up)

Lou Marinoff

PhD, Professor, The City College of New York, author of several international bestsellers, founding president of the American Philosophical Practitioners Association (APPA), and editor of APPA’s Journal. He has been there from the start of ICPP – as co-organizer of the first international conference in 1994 in Vancouver… Read more (coming up)

Ran Lahav

PhD in philosophy, MA in psychology, author. Teaching at Vermont State University. Founder and director of the Deep Philosophy School, developer of contemplative philosophy. Active practitioner since 1992. Taught the first univ. courses on philosophical counseling (Haifa University 1993-2006). Co-organizer of the first ICPP in 1994… Read more (coming up).

Lydia Amir

PhD, Professor, The Tufts University, author. Co-director of APPA, co-president of the Israeli Association for Philosophical Practice. She is also a leading voice in transformative philosophy and the philosophy of humor, founding-president of the International Association for the Philosophy of Humor, editor and board member of… Read more (coming up).

Guro Hansen Helskog

Professor of pedagogy in teacher education, University of South-Eastern Norway, co-leader in the research group for pedagogical philosophical practice, author, creator of « The Dialogos Way » in educational context. Her theoretical interest is in the philosophy of education, wisdom research, and Bildung… Read more (coming up).

Sari Mattila

PhD, Psychodrama Director, author, co-teacher of the Finnish philosophical practice education program, a certified SMILE_PH practitioner. She divides her life between India and Finland, and has taught e.g. MBA and PhD students in India and worked with executive management teams… Read more (coming up).

Jeanette Bresson Ladegaard Knox

PhD & degrees in Theatre and Religious Studies, Associate Professor of Health Humanities and Medical Ethics, University of Copenhagen, former President of the Danish Society for Philosophical Practice, author. Her research explores the role of the humanities in medicine and healthcare; existential health, care of self, and ethical reflection… Read more (coming up).

The Keynote Speakers 

Jessica Böhme

PhD, professor at Fachhochschule des Mittelstands (FHM) Berlin | Sustainability scientist and transformation researcher | Practical ekoPhilosopher | Founder of the Institute for Practical ekoPhilosophy | Author | jessicaboehme.com | Read more (coming up)

Anu Virtanen

PhD researcher at the University of Jyväskylä | Philosophical practitioner | WISDOM in Practice -project | Author | Co-founder the Finnish Philosophical Practice Network | jyu.fi/en/people/anu-virtanen | Read more (coming up) (Photo: Martti Minkkinen)

Luis de Miranda

Associate professor in Bioethics at Uppsala University | Philosophical practitioner and counsellor | Founder and President of Philosophical Health International and Eudynamia® | Author | luisdemiranda.com | Read more (coming up)


Visiter le site web


Voir tous nos articles

Article # 346 – De la contemplation à la consultation : explorer la pratique philosophique par la stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée / From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy

From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy

(De la contemplation à la consultation : explorer la pratique philosophique par la stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée )


Télécharger cet article (Anglais)


DING, Xiaojun; YANG, Chao; HARTELOH, Peter; and YU, Feng (2024) DOI: https://doi.org/10.31979/2151-6014(2024).150209  « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, » Comparative Philosophy: Vol. 15: Iss. 2, Article 9. Available at: https://scholarworks.sjsu.edu/comparativephilosophy/vol15/iss2/9


Résumé

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Cet article applique la stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, CESCP) de Bo Mou afin d’explorer la pratique philosophique en tant que nouveau paradigme appliquant la philosophie à la vie quotidienne. L’étude préconise une méthodologie transformatrice qui recherche la vérité par l’engagement critique, les contributions conjointes et des outils méthodologiques diversifiés, faisant ainsi progresser la discipline vers une philosophie mondiale globale. La pratique philosophique, caractérisée par son ancrage dans l’expérience humaine et les questionnements existentiels, intègre les philosophies orientales et occidentales pour guider les individus dans l’art de vivre. Elle propose une alternative philosophique au counseling psychologique en mettant l’accent sur le raisonnement pour faire face aux défis de l’existence et aux dilemmes éthiques. L’article examine l’intégration de la philosophie chinoise, en particulier du confucianisme, dans la pratique philosophique, tout en soulignant sa pertinence pour la consultation contemporaine. Il aborde l’impact du confucianisme sur la pratique philosophique, les avancées relatives aux théories de la culture de soi et du gong-fu, ainsi que la vision holistique confucéenne de l’intégration corps-esprit, en la mettant en contraste avec certaines approches occidentales. Nous concluons que les dimensions pratiques du confucianisme s’opposent à la philosophie théorique occidentale, mais s’harmonisent avec la pratique philosophique occidentale. En mobilisant la CESCP, cette recherche enrichit la pratique philosophique en intégrant des philosophies diverses tout en respectant le contexte propre à chaque tradition. Cette démarche combine les perspectives relationnelles orientales avec la profondeur analytique occidentale, bonifiant le conseil philosophique et contribuant à un dialogue philosophique mondial. Cette fusion d’horizons vise à favoriser la compréhension interculturelle et à développer une sagesse d’une portée universelle.

Abstract

Texte original en anglais

This paper applies Bo Mou’s Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy (CESCP) to explore philosophical practice as a novel paradigm that applies philosophy to everyday life. The study advocates for a transformative methodology that seeks truth through critical engagement, joint contributions, and diverse methodological tools, advancing the discipline towards a comprehensive world philosophy. Philosophical practice, characterized by its engagement with human experience and existential inquiries, integrates Eastern and Western philosophies to guide individuals in the art of living. It offers a philosophical alternative to psychological counseling, focusing on reasoning to address life’s challenges and ethical dilemmas. The paper examines the integration of Chinese philosophy, particularly Confucianism, into philosophical practice, highlighting its relevance for contemporary counseling. It discusses Confucianism’s impact on philosophical practice, advances in self-cultivation and gong-fu theory, and the holistic Confucian view of body-mind integration, contrasting it with some Western approaches. We conclude that the practical dimensions of Confucianism oppose Western theoretical philosophy but align with Western philosophical practice. By employing CESCP, this research enriches philosophical practice, integrating diverse philosophies while respecting each tradition’s context. The approach combines Eastern relational perspectives with Western analytical depth, enhancing philosophical counseling and contributing to a global philosophical dialogue. This fusion of horizons aims to foster cross-cultural understanding and develop universally relevant wisdom.

Source : Comparative Philosophy: Vol. 15: Iss. 2, Article 9.


Introduction

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Voici une traduction soignée, rigoureuse et adaptée au registre académique francophone, respectant fidèlement la structure, la terminologie et les nuances du texte d’origine :

1. INTRODUCTION
Le champ de la philosophie embrasse un vaste spectre, allant de la pensée abstraite aux expériences humaines les plus tangibles. La philosophie comparée s’est imposée comme un domaine capital à la faveur des interactions entre perspectives orientales et occidentales. Les fondements de cette discipline ont été posés dès le XVI? siècle avec les missions jésuites en Chine, inaugurant un dialogue entre des traditions philosophiques et culturelles divergentes. Au fil du temps — tout particulièrement à travers les bouleversements des guerres de l’opium, le mouvement réformateur de la fin de la dynastie Qing, ainsi que le mouvement de la Nouvelle Culture —, un effort concerté a vu le jour pour redécouvrir et régénérer la culture chinoise en réévaluant son passé. Des chercheurs pionniers tels que Hu Shi et Liang Shuming se sont attachés par la suite à synthétiser des éléments issus de ces diverses traditions, marquant une avancée décisive dans ce domaine. Vers la fin du XX? siècle, la littérature consacrée à la philosophie et à la culture comparées a connu un véritable essor, portée par les contributions majeures de Li (1988), Zhang (1998), Hall et Ames (2005), Xu (2014b), ainsi que par la collection « Comparative Philosophy Translation and Research », dirigée par Genyou Wu et Bryan W. van Norden.

Le XX? siècle a également été le théâtre d’un « tournant pratique » de la philosophie (Ding et al. 2024b), avec des penseurs comme Hadot (1995) et Nussbaum (1994) qui l’ont définie comme une « manière de vivre » ou une « thérapie du désir », orientée vers l’intégration de l’épanouissement personnel, de l’engagement sociétal et de notre rapport à l’univers. L’idée selon laquelle la philosophie théorique s’était éloignée des visées originelles de la philosophie classique — devenant trop abstraite et coupée des expériences vécues du monde réel — a rallié un consensus grandissant. La pratique philosophique (PP), qui a acquis une visibilité prépondérante dans les années 1980 sous l’impulsion de figures telles que Pierre Grimes aux États-Unis et Gerd Böttcher Achenbach en Allemagne, a cherché à y remédier en appliquant la philosophie selon des modalités plus accessibles, notamment par le dialogue socratique et la consultation philosophique (PC).

La pratique philosophique constitue une évolution déterminante de la philosophie académique vers la philosophie appliquée, témoignant d’une volonté affirmée de répondre aux défis existentiels auxquels les individus sont quotidiennement confrontés (Ding et al. 2024b). Dans cet article, nous introduisons tout d’abord le concept de philosophie comparée ainsi que sa portée, notamment à travers la stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy) théorisée par Bo Mou (Section 2). Nous nous tournons ensuite vers la PP en tant que paradigme émergent au sein de la philosophie occidentale (Section 3). L’exposé s’articule autour de l’émergence et de l’évolution de la PP, en retraçant ses racines historiques et son développement à partir des années 1980. L’article examine les thématiques d’intérêt commun en PP, parmi lesquelles la quête de sens, l’usage de la philosophie comme outil pédagogique et la philosophie comme mode de vie. Il aborde également l’articulation entre la consultation philosophique et la psychothérapie, en mettant en lumière leurs divergences et leurs complémentarités potentielles (Section 4). L’article explore ensuite des aspects spécifiques de la PP, tels que la consultation philosophique et ses méthodologies, dont le dialogue socratique. Nous analysons l’intégration des philosophies orientales, et singulièrement du confucianisme, au sein de la PP, en examinant la manière dont ces différentes traditions philosophiques peuvent nourrir et enrichir la pratique (Section 5). Tout au long de l’étude, cet article maintient une démarche comparative, établissant des passerelles entre les traditions philosophiques occidentales et orientales et leurs applications dans le champ de la PP.

Dans l’ensemble, notre analyse plaide pour une approche holistique de la philosophie, qui conjugue exigence académique et valorisation des applications pratiques. Notre objectif est de démontrer que la valeur fondamentale de la philosophie ne réside pas seulement dans une intelligence contemplative, mais également dans une sagesse opératoire capable d’éclairer les individus à travers les complexités de l’existence.


Introduction

Texte original en anglais

The domain of philosophy spans a broad spectrum from abstract thought to tangible human experiences. Comparative philosophy has evolved as a crucial field through the interplay of Eastern and Western perspectives. This discipline’s foundations were laid during the 16th century with the Jesuit missions to China, initiating a dialogue between divergent philosophical and cultural traditions. Over time, especially through the upheavals of the Opium Wars and the Reform Movement of the late Qing Dynasty, as well as the New Culture Movement, there was a concerted effort to rediscover and rejuvenate Chinese culture by reevaluating its past. Pioneering scholars like Hu Shi and Liang Shuming later worked on synthesizing elements from these diverse traditions, marking a significant advancement in the field. By the late 20th century, the literature on comparative philosophy and culture flourished, with notable contributions from Li (1988), Zhang (1998), Hall and Ames (2005), Xu (2014b), and the « Comparative Philosophy Translation and Research » series edited by Genyou Wu and Bryan W. van Norden.

The 20th century also saw a practical turn in philosophy (Ding et al. 2024b), with philosophers like Hadot (1995) and Nussbaum (1994) framing it as a ‘way of life’ or ‘therapy of desire’, aimed at integrating personal growth, societal engagement, and our relationship with the universe. There was a growing consensus that theoretical philosophy had drifted from classical philosophy’s original goals, becoming too abstract and detached from real-world human experiences. Philosophical practice (PP), which gained prominence in the 1980s through figures like Pierre Grimes in the United States and Gerd Böttcher Achenbach in Germany, sought to remedy this by applying philosophy in more accessible ways, such as through Socratic dialogue and philosophical counseling (PC).

PP represents an important evolution from academic to applied philosophy, demonstrating a commitment to addressing the existential challenges individuals face daily (Ding et al. 2024b). In this paper, we begin by introducing the concept of comparative philosophy and its significance, including the Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy proposed by Bo Mou (Section 2). We then transition to focus on PP as an emerging paradigm in Western philosophy (Section 3). The issues are structured around the rise and development of PP, tracing its historical roots and evolution from the 1980s onwards. The paper discusses jointly concerned issues in PP, including the search for meaning, the use of philosophy as an educational tool, and philosophy as a way of life. It also addresses the relationship between PC and psychotherapy, highlighting the differences and potential complementarities (Section 4). The paper then delves into specific aspects of PP, such as PC and its methodologies, including Socratic dialogue. We explore the integration of Eastern philosophies, particularly Confucianism, into PP, examining how these different philosophical traditions can contribute to and enrich the practice (Section 5). Throughout, this paper maintains a comparative approach, drawing connections between Western and Eastern philosophical traditions and their applications in PP.

Overall, our analysis advocates for a holistic approach to philosophy that honors academic rigor while also valuing practical applications. We aim to demonstrate that the true value of philosophy lies not only in contemplative understanding but also in actionable wisdom that can guide individuals through the complexities of life.

Source : Comparative Philosophy: Vol. 15: Iss. 2, Article 9.


Télécharger cet article (Anglais)


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Cet article universitaire, intitulé « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy » (publié en 2024 dans la revue Comparative Philosophy par Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu), étudie la manière dont la philosophie comparée et la pratique philosophique (notamment la consultation ou le conseil philosophique) peuvent s’enrichir mutuellement, en s’appuyant en particulier sur la tradition confucéenne.

Voici une synthèse détaillée de son contenu :

1. La stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (CESCP)

  • Les auteurs s’appuient sur le modèle proposé par Bo Mou (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy), qui dépasse la simple comparaison des ressemblances et différences entre traditions.
  • Cette approche repose sur trois dimensions : le caractère (une manière générale de philosopher), l’approche (un engagement dialogique entre traditions) et la direction (l’avancement vers une philosophie mondiale).
  • Elle prône un examen critique et collaboratif où différentes traditions apportent leurs outils conceptuels pour répondre à des préoccupations humaines communes.

2. L’essor de la pratique philosophique (PP) en Occident

  • Le texte retrace le « tournant pratique » de la philosophie, qui cherche à reconnecter la théorie aux réalités de l’existence quotidienne (dans la lignée de Pierre Hadot pour qui la philosophie est un « mode de vie »).
  • Réactivée dans les années 1980 (notamment par Gerd Achenbach en Allemagne et Lou Marinoff aux États-Unis), la pratique philosophique englobe des formes comme le dialogue socratique, les cafés philosophiques et la consultation philosophique (Philosophical Counseling).
  • Alternative à la psychothérapie : Face à la médicalisation et à la pharmacologisation croissantes des crises existentielles, la consultation philosophique propose d’aborder les doutes éthiques, la quête de sens et les choix de vie par la réflexion critique et le raisonnement, sans pathologiser l’individu.

3. Les convergences et tensions philosophiques

L’article analyse plusieurs dichotomies au sein de la discipline :

  • Théorique vs Pratique : la quête de connaissances pures versus l’action éthique et vécue (praxis).
  • Continentale vs Analytique : herméneutique et phénoménologie versus clarté logique et rigueur d’argumentation.
  • Orientale vs Occidentale : recherche d’harmonie, d’équilibre relationnel et de culture de soi versus quête occidentale de vérité universelle et de justice.

4. L’apport du confucianisme à la pratique philosophique

Le cœur de la contribution de l’article réside dans l’intégration de la pensée chinoise, en particulier confucéenne, dans le conseil philosophique contemporain :

  • Une éthique pratique et relationnelle : Les vertus confucéennes fondamentales (humanité/bienveillance Ren, justice Yi, convenance/rites Li, sagesse Zhi, confiance/intégrité Xin) fournissent une boussole éthique pour analyser les problèmes interpersonnels des consultants. Les Entretiens de Confucius constituent eux-mêmes des exemples ancestraux d’accompagnement et de dialogue personnalisé.
  • La théorie du « Gong-fu » (??) et la culture de soi (Self-cultivation) : Le confucianisme conçoit la sagesse comme un savoir-faire incarné acquis par un effort soutenu et une pratique quotidienne visant la transformation morale et spirituelle.
  • Intégration corps-esprit (Body-mind integration) : Contrairement à certains dualismes occidentaux qui ont parfois dévalorisé le corps ou prôné le détachement du monde temporel, le confucianisme « sacralise le profane » : le corps et la vie sociale quotidienne constituent le lieu même de l’accomplissement moral et de la résonance avec l’ordre cosmique (Tian).

Conclusion des auteurs

La rencontre entre traditions orientale et occidentale trouve son point d’ancrage fondamental dans l’amélioration et le soin de soi (la maxime socratique « prendre soin de soi » rejoignant l’injonction confucéenne de « se cultiver avec révérence »). En combinant la profondeur analytique occidentale et l’approche holistique et relationnelle de la pensée chinoise, la pratique philosophique gagne en universalité et répond plus finement aux défis existentiels contemporains.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Modèle proposé par Bo Mou

Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy

La stratégie d’engagement constructif en philosophie comparée (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy, abrégée en CESCP) a été élaborée et théorisée par le philosophe Bo Mou (professeur à la San José State University et rédacteur en chef de la revue internationale Comparative Philosophy).

1. Qu’est-ce que la stratégie CESCP ?

Traditionnellement, la philosophie comparée se limitait souvent à juxtaposer des traditions (par exemple, la pensée chinoise et la pensée occidentale) pour en dresser la liste des ressemblances et des différences, ou pour expliquer une tradition à travers le prisme de l’autre de manière descriptive ou historiciste.

Bo Mou propose un changement de paradigme méthodologique :

Définition de l’objectif :

Examiner comment, par la critique réflexive (y compris l’autocritique) et le dialogue constructif, différentes approches et ressources issues de diverses traditions philosophiques peuvent apporter une contribution conjointe à la compréhension et à la résolution de questions, thèmes ou problèmes d’intérêt commun (jointly concerned issues).

L’engagement n’est ni un syncrétisme aveugle (« tout se vaut ») ni une simple curiosité historique : c’est une recherche de vérité et un effort conjoint orienté vers la constitution progressive d’une « philosophie mondiale » (World Philosophy).

2. Les 3 dimensions d’identité de la philosophie comparée selon Bo Mou

Bo Mou structure l’identité de la philosophie comparée autour de trois axes :

  1. Le caractère (Character) : La philosophie comparée n’est pas une sous-discipline marginale, mais une « manière générale de faire de la philosophie ».
  2. L’approche (Approach) : L’engagement dialogique et critique à travers les traditions (cross-tradition engagement), permettant de dépasser les biais ethnocentriques ou locaux.
  3. La direction (Direction) : La marche vers une philosophie mondiale, unissant les sagesses collectives de l’humanité pour aborder des questions universelles.

3. Les 6 principes / accents majeurs du cadre méthodologique

Dans ses travaux de référence (notamment en 2010 et 2022), Bo Mou détaille six orientations clés :

  1. L’engagement critique (Critical engagement) : La comparaison exige une évaluation critique et rationnelle rigoureuse dans la quête de la vérité, à l’image du dialogue socratique.
  2. La contribution conjointe constructive (Constructive joint contribution) : Deux traditions distinctes s’éclairent mutuellement afin de produire une compréhension nouvelle impossible dans l’isolement (ce que Gadamer appelle une « fusion des horizons »).
  3. L’interprétation philosophique vivante (Philosophical interpretation) : Aller au-delà de la description historique des textes anciens pour expliciter leurs arguments et leur pertinence contemporaine face à des problèmes actuels.
  4. La complémentarité des perspectives (Complementary nature) : Reconnaître le pluralisme de valeurs et de points de vue, où chaque tradition offre un éclairage singulier sur un même problème.
  5. L’application d’outils et de principes adéquats (Eligible perspectives & effective instruments) : Utiliser méthodiquement les concepts opératoires et cadres explicatifs développés dans une tradition pour enrichir la réflexion dans une autre.
  6. L’attention aux questions implicites et explicites (Implicit and explicit issues) : Ne pas se contenter des problèmes déjà formulés, mais dévoiler les présupposés et les questions sous-jacentes.

Voici les publications de référence de Bo Mou accompagnées de leurs liens d’accès direct :


Voir tous nos articles

Article # 344 – Le souci de soi à l’épreuve de l’Orient

De la contemplation à la consultation : explorer la pratique philosophique par la stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée

From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy

Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu

Revue : Comparative Philosophy, vol. 15, n° 2, 2024, pp. 88-112


Ding, Xiaojun, Chao Yang, Peter Harteloh, et Feng Yu. 2024. « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ». Comparative Philosophy 15, n? 2 : 88–112. https://doi.org/10.31979/2151-6014(2024).150209.


Références bibliographiques de l’étude

  • Titre original : From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy
  • Auteurs : Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu
  • Revue : Comparative Philosophy, vol. 15, n° 2, 2024, pp. 88-112
  • DOI : 10.31979/2151-6014(2024).150209[cite: 1]

Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

1. Introduction et synthèse générale

L’article publié en 2024 par Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu étudie la manière dont la pratique philosophique contemporaine — tout particulièrement la consultation philosophique (Philosophical Counseling) — peut être profondément enrichie par un dialogue rigoureux entre pensées occidentale et orientale, notamment le confucianisme.

Pour mener cette mise en relation, les auteurs s’appuient sur l’appareil méthodologique élaboré par le philosophe Bo Mou : la « stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée » (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ou CESCP)[cite: 1]. Loin d’un inventaire passif de similitudes ou de dissemblances, cette démarche conçoit la philosophie comparée comme une recherche active et conjointe de la vérité, orientée vers l’édification d’une philosophie mondiale (world philosophy) capable de répondre aux défis concrets de l’existence.

L’étude s’articule autour de quatre grands axes :

  1. L’assise méthodologique de la CESCP : une manière globale de philosopher qui dépasse les cloisonnements identitaires et favorise l’apport mutuel entre traditions.
  2. Le renouveau de la pratique philosophique en Occident : une réactivation de la philosophie comme mode de vie et un contrepoids à la psychiatrisation systématique du mal-être existentiel.
  3. Le dépassement des dichotomies traditionnelles : la mise en tension féconde entre théories et pratiques, approches analytiques et continentales, paradigmes orientaux et occidentaux.
  4. L’apport de la matrice confucéenne : l’articulation entre l’éthique des cinq vertus fondamentales, la discipline du gong-fu (??) et une vision holistique de l’unité corps-esprit.

2. Problématique et thèse centrale

L’article prend acte d’une double fracture au sein du paysage philosophique contemporain :

  • Une fracture interne entre théorie et pratique : la philosophie institutionnelle occidentale s’est largement repliée sur une spéculation académique abstraite, s’éloignant de sa vocation antique d’« art de vivre » (way of life) ou de « thérapeutique du désir », telle que mise en lumière par Pierre Hadot ou Martha Nussbaum.
  • Une fracture géographique et épistémologique entre Orient et Occident : les approches comparatives traditionnelles se bornent fréquemment à un comparatisme muséal et descriptif, incapable de faire dialoguer les concepts au présent.

Face à ce constat, les auteurs posent une thèse centrale : la pratique philosophique contemporaine constitue le terrain d’élection pour surmonter ces clivages. Grâce au cadre méthodologique de Bo Mou, les dimensions relationnelles, somatiques et éthiques du confucianisme viennent équilibrer les penchants intellectualistes et rationalistes de la pensée occidentale. Il devient alors possible de co-construire une pratique philosophique d’envergure globale, centrée sur l’auto-culture (self-cultivation) et l’accompagnement des dilemmes existentiels.

3. Architecture argumentative et concepts clés

A. La stratégie d’engagement constructif (CESCP) de Bo Mou

L’identité de la philosophie comparée repose, selon Bo Mou, sur une structure tripartite : son caractère (une modalité générale de l’acte de philosopher), son approche (l’engagement dialogique entre traditions distinctes) et sa direction (la visée d’une philosophie mondiale intégrée).

Cette démarche s’incarne à travers six exigences fondamentales :

  • Un engagement critique orienté vers la découverte de la vérité (filiation socratique).
  • Une contribution constructive partagée, pensée comme une « fusion d’horizons » au sens de Gadamer.
  • Une réactualisation interprétative des textes canoniques au regard des enjeux du présent.
  • La prise en compte de la complémentarité des perspectives sur des interrogations universelles.
  • La mobilisation conjointe d’outils et de démarches méthodologiques variés.
  • Une double vigilance accordée aux aspects manifestes comme aux prémisses implicites des problématiques traitées.

B. L’essor de la pratique philosophique et la critique de la surmédicalisation

Le texte retrace l’émergence contemporaine de la pratique philosophique depuis le début des années 1980, sous l’impulsion pionnière de Gerd Achenbach en Allemagne et de Pierre Grimes aux États-Unis, relayée plus tard par des initiatives néerlandaises et les écrits grand public de Lou Marinoff (Platon, pas le Prozac !).

L’un des apports majeurs réside dans la distinction rigoureuse entre consultation philosophique et cadre psychiatrique ou psychothérapeutique conventionnel :

  • Refus de la pathologisation systématique : les déchirements moraux, le sentiment de vide ou la quête de sens ne relèvent pas intrinsèquement d’une anomalie clinique ou d’un désordre neurochimique nécessitant une prise en charge pharmacologique.
  • Intervention au niveau de la vision du monde : la consultation philosophique ne cherche pas le simple soulagement des symptômes, mais une clarification réflexive de la Weltanschauung de l’individu, reconnectant ses souffrances à ses croyances, ses postulats et ses choix éthiques.

C. Le dépassement dialectique des grandes polarités

Les auteurs soumettent quatre dichotomies classiques à la méthode comparative :

  1. Théorique vs Pratique : réhabilitation de la praxis et de la phronesis aristotéliciennes face au monopole de l’épistémologie purement contemplative.
  2. Courant continental vs Courant analytique : synthèse féconde entre l’acuité herméneutique-phénoménologique et la clarté logique propre à l’analyse du langage ordinaire.
  3. Orient vs Occident : dépassement de la fausse frontière entre autonomie individuelle occidentale et harmonie collective asiatique, réunies autour de questionnements humains partagés.
  4. Accompagnement philosophique vs Psychothérapie : réaffirmation de l’antériorité historique de la philosophie dans le soin de l’âme (matrice stoïcienne des thérapies cognitives, schème platonicien de la psychanalyse).

D. L’apport du confucianisme : éthique, incarnation et Gong-fu

L’originalité première de l’article se situe dans la mobilisation directe des ressources confucéennes au sein de la consultation :

  • Un compas éthique opératoire : les cinq vertus constantes — Ren (bienveillance/humanité), Yi (droiture/justice), Li (rites/convenance), Zhi (discernement/sagesse) et Xin (intégrité/parole tenue) — constituent un cadre de repérage et de discernement pour examiner les impasses du consultant.
  • La notion de Gong-fu (??) : réévalué par la philosophie chinoise contemporaine (Peimin Ni, Lisheng Chen), le gong-fu désigne un art de vivre et un entraînement continu alliant effort moral, maîtrise technique et transformation existentielle.
  • L’unité corps-esprit et la sacralité de l’immanence : à l’opposé d’une tradition intellectualiste occidentale marquée par le dualisme et l’idéal de désincarnation (« s’exercer à mourir » chez Platon), le confucianisme conçoit le corps comme le réceptacle premier de l’expérimentation éthique. Suivant la thèse d’Herbert Fingarette, le sacré s’actualise au cœur même des relations ordinaires et profanes (« the secular as sacred »).

E. La convergence : l’auto-culture (Self-Cultivation)

Le point d’ancrage fondamental entre Orient et Occident réside dans l’auto-transformation du sujet. L’injonction confucéenne de se perfectionner par une attention vigilante (cultivate oneself in reverential carefulness / ????) résonne directement avec le « souci de soi » (epimeleia heautou) gréco-romain réactualisé par Michel Foucault et Pierre Hadot. Dans les deux cas, philosopher ne consiste pas à accumuler un savoir livresque, mais à opérer une métamorphose de son être au monde.

4. Évaluation critique de l’étude

Forces conceptuelles

  • Déprovincialisation de la pratique : l’article décentre la pratique philosophique hors de son berceau occidental exclusif (socratisme, stoïcisme, existentialisme) pour lui donner une assise planétaire.
  • Précision méthodologique : l’usage strict des préceptes de Bo Mou prévient les dérives syncrétiques ou les comparaisons hâtives dépourvues de fondement théorique[cite: 1].
  • Réhabilitation de l’incarnation : la perspective confucéenne protège la consultation philosophique du piège d’un intellectualisme désincarné, en réintégrant le corps et les relations sociales au cœur du processus.

Limites et zones de tension

  • Risque de généralisation culturelle : opposer un Occident dualiste et individualiste à un Orient holiste et relationnel comporte une part de schématisation, même si les auteurs nuancent leur propos par des rappels à la tradition aristotélicienne ou stoïcienne[cite: 1, 1].
  • Frontières cliniques incertaines : si la critique de la psychiatrisation à outrance est légitime, l’article n’explicite pas les critères de discernement clinique indispensables pour réorienter un individu vers la médecine en cas de pathologie psychiatrique sévère (décompensation psychotique, dépression majeure).
  • Transposition des normes relationnelles : l’application de devoirs relationnels comme la piété filiale (Xiao) ou la stricte observance rituelle (Li) pose d’importants défis d’adaptation auprès d’individus formés aux valeurs de l’individualisme contemporain.

5. Focus théorique : qui est Bo Mou (??) ?

Pour apprécier la portée de cette étude, il convient de situer Bo Mou, dont les travaux constituent le socle épistémologique du texte.

Professeur de philosophie à l’Université d’État de San José (San José State University, Californie) et directeur du Center for Comparative Philosophy, Bo Mou est également le rédacteur en chef de la revue internationale Comparative Philosophy. Spécialiste à la croisée de la philosophie comparée, de la philosophie analytique (langage, logique, métaphysique) et de la pensée chinoise classique (confucianisme, taoïsme, moïsme), il s’est imposé comme un théoricien méthodologique majeur.

Ses publications déterminantes comprennent notamment :

  • Substantive Perspectivism (2009)
  • Cross-Tradition Engagement in Philosophy: A Constructive-Engagement Account (Routledge, 2020)
  • Cross-Tradition Engagement on the Laws of Logic (Routledge, 2024)

Dans les travaux de Ding et ses coauteurs, la grille de Bo Mou remplit une fonction décisive : elle légitime le fait que la sagesse confucéenne ne soit pas simplement traitée comme une archive historique, mais mobilisée comme un réservoir d’instruments vivants pour la pratique philosophique contemporaine.

6. Conclusion : vers une philosophie mondiale incarnée

L’article de Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu offre un manifeste pour une philosophie concrète, incarnée et véritablement internationale[cite: 1]. En faisant se rencontrer la maïeutique socratique et l’exigence confucéenne du gong-fu, il illustre la puissance du dialogue transculturel.

Par-delà l’érudition académique, cette étude redonne à la philosophie sa mission première : ne pas se confiner à une contemplation abstraite, mais accompagner lucidement les êtres humains dans l’apprentissage exigeant de l’art de vivre.


Voir tous nos articles

A

A

A

A

A

Article # 329 – « Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ? Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? » / What is a Philosophical Practitioner ? And is There a Definition We Can Stand Behind ? Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC & Dr. Rodney King

Titre traduit de l’anglais au français par Gemini Google

« Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ?

Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? »

Titre original en anglais

What is a Philosophical Practitioner ?

And is There a Definition We Can Stand Behind ?


Télécharger le texte original en anglais


Par

Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC

&

Dr. Rodney King



Les points à retenir selon Gemini Google

Ce texte est un document de travail (working document, version 2) rédigé par le Dr Jonathan Eric Carroll et le Dr Rodney King pour le collectif The Philosophical Practitioners Collective.

Il a pour objectif principal de proposer une définition unifiée, inclusive et claire de la pratique philosophique afin d’aider ce domaine à sortir de l’invisibilité et à se structurer professionnellement sans brider les approches individuelles.

Voici une synthèse détaillée des points clés du texte :

1. Le problème : la fragmentation, l’invisibilité et la précarité du domaine

  • La division du milieu : Les praticiens utilisent une multitude d’appellations (conseiller philosophique, coach existentiel, philosophe clinicien, animateur de groupes, écrivain, etc.). Chaque sous-domaine a tendance à définir la pratique philosophique selon son propre prisme (une école de pensée, un face-à-face individuel ou un certificat particulier), ce qui exclut les autres.

  • L’invisibilité et l’échec commercial : Malgré des décennies d’existence et la prolifération d’organismes de certification, la grande majorité des praticiens ne parviennent pas à en vivre. Le grand public ignore ce que c’est, perçoit la philosophie comme une discipline académique abstraite et détachée du réel, et confond le mot « counseling » avec une simple thérapie déguisée.

2. L’approche historique d’Achenbach et le besoin d’une définition

  • Gerd Achenbach a fondé la pratique philosophique moderne en 1981 en refusant délibérément de la réduire à une méthode ou une technique reproductible (l’approche « beyond-method »), traitant les personnes comme des « visiteurs » uniques et non comme des cas pathologiques.

  • Les auteurs saluent ce rejet d’une formule rigide, mais constatent que l’absence totale de définition a rendu la profession invisible. Selon eux, nommer clairement la profession ne restreint pas la manière de l’exercer, mais permet au public de la comprendre et de la trouver.

3. La définition proposée

S’appuyant sur Épicure (la philosophie doit soulager la souffrance humaine) et Pierre Hadot (la philosophie comme manière de vivre et d’exercer l’esprit au quotidien), les auteurs proposent cette définition synthétique :

« Un praticien de la philosophie est une personne qui applique délibérément une approche philosophique vécue à l’amélioration de la vie d’une personne. »

(« A philosophical practitioner is one who purposively applies a lived philosophical approach to improving a person’s life. »)

Les auteurs précisent le sens des termes :

  • « Vécue » (lived) : Une philosophie ancrée dans la vie réelle, pas une théorie observée à distance.

  • « Délibérément » (purposively) : L’amélioration de la vie est l’objectif premier et explicite du travail, pas un effet secondaire fortuit.

  • « Amélioration » (improving) : Pas au sens superficiel du « bien-être », mais d’une vie examinée (ce qui implique parfois de traverser des remises en question exigeantes ou douloureuses).

  • « D’une personne » (a person’s) : À comprendre comme un niveau de relation et non un simple décompte individuel ; cela inclut le travail mené avec un couple, une famille ou une organisation.

La frontière tracée par la définition : Elle n’exclut aucun format (écrit, individuel, groupe). En revanche, elle exclut le coaching classique qui n’utilise la philosophie que comme vernis marketing, ainsi que l’enseignement purement théorique ou académique qui ne s’applique pas concrètement à l’existence.

4. La frontière clinique et la compétence diagnostique

  • L’angoisse existentielle n’est pas une pathologie : Faire face à un deuil, à sa finitude ou à une rupture n’est pas en soi une maladie mentale ou un trouble à diagnostiquer.

  • Savoir reconnaître ses limites : À l’inverse, la philosophie n’est pas armée pour traiter un système nerveux en crise, des traumatismes lourds ou une dépression clinique sévère.

  • Un bilinguisme nécessaire : Le praticien doit développer un discernement aiguisé (« un bilinguisme à la frontière ») pour distinguer les crises existentielles des crises cliniques et orienter avec bienveillance vers des soignants quand c’est nécessaire. C’est cette rigueur qui permettra aux hôpitaux et au corps médical de collaborer avec eux.

5. Le vide éthique à combler d’urgence

  • Les auteurs alertent sur le fait que de nombreuses formations certifiantes actuelles ne comportent aucun module d’éthique (frontières relationnelles, consentement, confidentialité, abus d’influence).

  • Dans un domaine non réglementé où il n’existe pas d’ordre professionnel pour radier un praticien abusif, l’éthique ne peut pas être optionnelle.

  • Le collectif doit se doter rapidement d’un code de déontologie clair, et les praticiens doivent intégrer ces engagements éthiques directement dans leurs contrats de service avec leurs visiteurs.

6. Perspectives et notes personnelles des auteurs

  • L’exemple de la psychothérapie : À ses débuts, la psychothérapie était tout aussi éclatée et contestée ; elle n’a pas trouvé son assise grâce à une théorie unique, mais en bâtissant des standards observables et vérifiables qui ont inspiré confiance aux institutions extérieures.

  • Dr Rodney King : Ancien créateur d’une marque mondiale d’arts martiaux, il explique avoir déjà réussi à transformer des instructeurs passionnés mais précaires en professionnels viables, et souhaite mettre cette expérience organisationnelle au service des praticiens de la philosophie.

  • Dr Jonathan Eric Carroll : Psychothérapeute clinicien agréé et praticien de la philosophie, il apporte son regard sur l’intersection clinique-philosophique et sur la nécessité de délimiter rigoureusement les champs d’intervention.

Le texte se conclut en rappelant qu’il s’agit d’un document de travail ouvert à la discussion, aux critiques et aux contributions de l’ensemble de la communauté.


Voir tous nos articles

Article # 325 – De l’université à l’action : la pratique philosophique comme profession émergente et paradigme dans la société contemporaine / From Academia to Action: Philosophical Practice as an Emerging Profession and Paradigm in Contemporary Society, Xiaojun Ding, Jiayi Xin, Peter Harteloh, Caifeng Xie, Sirui Fu et Minqiang Xu, Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie

De l’université à l’action : la pratique philosophique comme profession émergente et paradigme dans la société contemporaine


From Academia to Action: Philosophical Practice as an Emerging Profession and Paradigm in Contemporary Society

Télécharger le pdf


Xiaojun Ding, Jiayi Xin, Peter Harteloh, Caifeng Xie, Sirui Fu et Minqiang Xu

Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, 2025, 1–32. https://doi.org/10.1017/S0012217325100723.


Creative Commons

Creative Common License - CCCreative Common License - BY

This is an Open Access article, distributed under the terms of the Creative Commons Attribution licence (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted re-use, distribution and reproduction, provided the original article is properly cited.

Copyright

© The Author(s), 2025. Published by Cambridge University Press on behalf of the Canadian Philosophical Association/Publié par Cambridge University Press au nom de l’Association canadienne de philosophie


Résumé

La pratique philosophique a émergé en tant que discipline transformative qui fait le lien entre la recherche théorique et la vie quotidienne. Apparu à la fin du XXe siècle, ce domaine intègre le conseil, la thérapie et d’autres applications pratiques des perspectives philosophiques permettant de répondre aux défis existentiels et pragmatiques auxquels sont confrontés les individus, les groupes et les organisations dans la société contemporaine. Cet article examine la définition, l’évolution historique, les bases théoriques et les méthodologies de la pratique philosophique, tout en discutant des perspectives de professionnalisation — y compris la certification, les directives éthiques et l’intégration au sein des systèmes de santé et d’éducation. En fin de compte, cette étude souligne le potentiel de la pratique philosophique à revitaliser la pertinence de la philosophie, à favoriser l’épanouissement personnel et à améliorer le bien-être de la société.

Source : Cambridge University Press.


Analyse académique par l’Intelligence artificielle Gemini Google

Titre : From Academia to Action: Philosophical Practice as an Emerging Profession and Paradigm in Contemporary Society

Auteurs : Xiaojun Ding, Jiayi Xin, Peter Harteloh, Caifeng Xie, Sirui Fu, Minqiang Xu

Affiliations : Département de philosophie, École des humanités et sciences sociales, Université Jiaotong de Xi’an (Chine) ; Institut Érasme pour la pratique philosophique, Rotterdam (Pays-Bas)

Publication : Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, Cambridge University Press, 2025, p. 1–32

1. Problématique et thèse centrale

L’article aborde la crise de pertinence de la philosophie universitaire contemporaine, souvent qualifiée d’« armchair philosophy » (philosophie de fauteuil), caractérisée par une spéculation abstraite, métaphysique ou analytique, isolée des défis vécus par les individus. Face aux mutations sociétales accélérées, à la dissolution des repères traditionnels et aux limites du paradigme biomédical de la santé mentale (qui tend à médicaliser et pathologiser des angoisses purement existentielles sous le terme d’états dépressifs), les auteurs soutiennent la thèse suivante :

Thèse centrale : La pratique philosophique contemporaine (Philosophical Practice) ne constitue pas une simple déclinaison vulgarisée ou appliquée de la philosophie théorique, mais incarne un véritable changement de paradigme épistémologique (au sens kuhnien réinterprété sociologiquement) et une profession émergente autonome, restaurant la philosophie comme « mode de vie » (art of living) et dialogue dialectique non pathologisant.

2. Archéologie historique et clarification conceptuelle

Les auteurs établissent une généalogie rigoureuse de la discipline en distinguant trois échelles temporelles et conceptuelles :

             ??????????????????????????????????????????????????????????
             ? PHILOSOPHIE COMME MODE DE VIE (Antiquité / Transculturel)?
             ?   Hadot, Socrate, Stoïciens, Confucius, Daoïsme        ?
             ??????????????????????????????????????????????????????????
                                        ?
             ??????????????????????????????????????????????????????????
             ?  DIALOGUE SOCRATIQUE DE GROUPE (Début du XXe siècle)    ?
             ?   Nelson & Heckmann (ouvriers, espace public)           ?
             ??????????????????????????????????????????????????????????
                                        ?
             ??????????????????????????????????????????????????????????
             ?  CONSULTATION PHILOSOPHIQUE PRIVÉE (Années 1980)        ?
             ?   Achenbach (1981), Hoogendijk (hors académie/thérapie)?
             ??????????????????????????????????????????????????????????
  1. La temporalité immémoriale et transculturelle : En référence explicite aux travaux de Pierre Hadot (1995), la philosophie antique (grecque, romaine, mais également chinoise confucéenne ou taoïste) n’était pas un discours universitaire sur des concepts, mais un ensemble d’exercices spirituels et un art de vivre. Les auteurs rappellent la transition historique : la philosophie socratique se tenait sur l’agora (marché public), s’est sédimentée dans des écoles (l’Académie de Platon, le Portique), avant d’être confinée dans l’espace universitaire médiéval (charte de Bologne, 1158) et moderne, devenant une discipline scientifique coupée du profane.
  2. Le tournant socio-critique du début du XX? siècle : L’essor des dialogues néo-socratiques initiés en Allemagne par Leonard Nelson et Gustav Heckmann auprès de travailleurs et d’ouvriers a démontré la capacité de l’investigation philosophique à exister comme activité démocratique, collective et publique.
  3. L’institutionnalisation contemporaine (fin du XX? siècle) : L’acte de naissance de la consultation philosophique individuelle moderne est fixé en 1981 en Allemagne avec Gerd B. Achenbach (fondation de l’IGPP en 1982), suivi par Adriaan Hoogendijk aux Pays-Bas. Ce geste a consisté à ouvrir des cabinets de consultation privés en dehors des institutions académiques et psychiatriques.

3. Typologie des modalités d’intervention

L’étude cartographie l’exercice de la discipline selon trois grands axes opérationnels :
Modalité Contextes & Dispositifs Méthodologies représentatives Finalités visées
Consultation individuelle (Individual Counselling / Consultation)
Cabinet privé, téléconsultation (Zoom, Tencent Meeting)
• Méthode « Beyond-Method » (Achenbach)
• Modèle FIIT (Raabe)
• Analytic Philosophical Practice (APP, Ding)
• Approche réflexive (Harteloh)
Examen des visions du monde (worldview), clarification conceptuelle, autocompréhension, alignement existentiel (« thérapie pour les personnes saines » selon Marinoff).
Facilitation de groupe (Group Facilitation)
Cafés philosophiques (Marc Sautet), bibliothèques, écoles (Philosophie pour enfants / P4C de Lipman)
• Dialogue néo-socratique (Nelson-Heckmann)
• Méthode maïeutique interrogative (Brenifier)
Élucidation coopérative, développement des vertus intellectuelles, délibération publique, déconstruction des présupposés non examinés.
Conseil organisationnel (Organizational Consulting)
Entreprises, hôpitaux, administrations gouvernementales
• Modèle P.E.A.C.E. (Marinoff)
• Délibérations morales d’entreprise (van Luijk)
• Marches philosophiques (philosophical walks, Harteloh)
Résolution des dilemmes éthiques d’entreprise, clarification des valeurs institutionnelles, gestion de la souffrance au travail, gouvernance éthique.

4. La modélisation méthodologique : l’exemple du protocole P.E.A.C.E.

Pour surmonter le reproche de flou méthodologique souvent adressé aux philosophes, Lou Marinoff a développé un modèle universel en cinq étapes articulé par les auteurs :
  • P (Problem) : Identification dialectique du problème fondamental soulevé par le client.
  • E (Emotion) : Reconnaissance et verbalisation constructive des réactions émotionnelles (point d’intersection avec la psychothérapie).
  • A (Analysis) : Évaluation rationnelle, logique et argumentation critique des options envisageables (la philosophie ne cherche pas à anesthésier la douleur, mais à clarifier les implications logiques).
  • C (Contemplation) : Élargissement de la perspective ; identification des cadres interprétatifs globaux et intégration des philosophies existentielles ou éthiques pertinentes.
  • E (Equilibrium) : Atteinte d’un équilibre réflexif où la situation de départ cesse d’être vécue comme une aporie paralysante.
En miroir, l’article met en évidence la méthode du « Beyond-Method » d’Achenbach ou la méthode réflexive de Harteloh : ici, l’imposition d’un protocole standardisé est rejetée car elle risquerait de transformer le client en un simple sous-produit d’une technique comportementale, au détriment de sa singularité existentielle et de son auto-reconstruction.

5. Démarcation épistémologique : Consultation philosophique vs Psychothérapie

L’un des apports majeurs de l’article réside dans la déconstruction des frontières entre psychothérapie clinique et consultation philosophique :
                          ?????????????????????????????????
                          ?     AXES DE DIFFÉRENCIATION   ?
                          ?????????????????????????????????
                                          ?
            ?????????????????????????????????????????????????????????????
            ?                                                           ?
 ????????????????????????????????????????    ????????????????????????????????????????
 ?       PSYCHOTHÉRAPIE CLINIQUE        ?    ?      CONSULTATION PHILOSOPHIQUE      ?
 ????????????????????????????????????????    ????????????????????????????????????????
 ? Modèle médicalisé / Pathologique     ?    ? Examen philosophique / Non-médical   ?
 ? Statut : Thérapeute vs Patient       ?    ? Statut : Co-penseurs symétriques     ?
 ? Cible : Dysfonctionnement mental     ?    ? Cible : Apories existentielles       ?
 ? Objectif : Disparition du symptôme   ?    ? Objectif : Lucidité et autonomie     ?
 ????????????????????????????????????????    ????????????????????????????????????????
  1. La question des fondements cachés de la psychothérapie :
    Les auteurs rappellent que les grandes psychothérapies reposent sur des postulats philosophiques implicites :
    • Freud et l’ontologie des pulsions (Éros et Thanatos).
    • Carl Rogers et la perspective humaniste/phénoménologique de l’authenticité et de l’autoréalisation.
    • Les thérapies cognitives comportementales (TCC de Beck, REBT d’Ellis), directement issues du stoïcisme antique (Épictète) et du doute méthodique cartésien.
  2. Le refus de la médicalisation : Les souffrances modernes (perte de sens, anxiété face à la mort, crises éthiques, sentiment d’absurdité) ne relèvent généralement pas de dysfonctionnements neurobiologiques, mais d’incohérences de vision du monde ou de crises de valeurs. Traiter ces questions exclusivement sous l’angle de la dépression biochimique constitue une erreur de catégorie épistémologique.
  3. La relation dialogique : Contrairement à la relation clinique asymétrique (soignant/patient diagnostiqué), la relation en consultation philosophique est une maïeutique horizontale entre co-penseurs (co-thinkers).

6. La pratique philosophique comme nouveau paradigme kuhnien

S’appuyant sur les travaux de Peter Harteloh (2013), l’article soutient que la pratique philosophique remplit les critères d’un paradigme scientifique et intellectuel au sens de Thomas Kuhn (adapté par la sociologie des sciences de Merton) :
  • Rupture épistémologique : Dépassement du dogme positiviste séparant l’observateur de l’objet observé (analogie avec le principe d’incertitude d’Heisenberg en physique ou l’effet Hawthorne en sociologie). La pratique philosophique postule que la philosophie est inséparable de la subjectivité et de la conduite de vie de celui qui l’énonce.
  • Communauté et institutions dédiées : 
    Réseau mondial de conférences biennales initié à Vancouver en 1994 par Lahav et Marinoff (tenu à Paris, Leusden, New York, Oxford, Oslo, Mexico, Timi?oara, et Zagreb en 2025).
    • Revues académiques à comité de lecture spécialisées (Philosophical Practice: Journal of the APPA, International Journal of Philosophical Practice, HASER, etc.).
    • Sociétés professionnelles certifiantes (APPA et NPCA aux États-Unis, sociétés nationales en Allemagne, aux Pays-Bas, en Corée du Sud, etc.).

7. Professionnalisation : Critères, tensions éthiques et cursus

L’article consacre un développement approfondi à la transition du statut de mouvement intellectuel vers celui de profession réglementée :
  1. La controverse du prérequis académique : Faut-il exiger un Master ou un Doctorat en philosophie pour pratiquer ?
    • Arguments corporatistes/qualitatifs (APPA) : Nécessité d’une rigueur herméneutique et logique pour éviter les dérives de coaching superficiel ou pseudo-thérapeutique.
    • Arguments d’ouverture : L’érudition livresque ne confère pas l’écoute bienveillante, l’agilité communicative ou l’empathie maïeutique nécessaires au dialogue en cabinet ; certains non-universitaires possèdent des vertus dialogiques remarquables.
  2. Le concept de Bildung et la formation clinique supervisée : La formation (généralement sur 1 à 2 ans) ne repose pas uniquement sur l’acquisition de théories, mais sur l’auto-transformation du praticien (Bildung), l’étude de biographies exemplaires, et des stages pratiques supervisés avec enregistrement et analyse de consultations réelles. L’article cite en exemple la Corée du Sud (Société coréenne de consultation philosophique), qui impose des conditions strictes : Master minimum, 240 h de cours magistraux, 160 h d’ateliers, 70 h de pratique supervisée, présentation d’études de cas et publication d’au moins 3 articles de recherche.

8. Évaluation critique et portée prospective

Forces et apports épistémologiques

  • Décloisonnement culturel : Les auteurs intègrent un corpus transculturel équilibré, combinant traditions analytiques/continentales occidentales et sagesses chinoises (confucianisme avec l’articulation gongfu [effort]/jingjie [état spirituel], taoïsme), enrichissant l’assise théorique du dialogue.
  • Alternative concrète à la précarité des humanités : L’article valorise un débouché professionnel légitime pour les diplômés en philosophie, en dehors du goulet d’étranglement des postes universitaires ou de l’enseignement secondaire.

Limites et défis non résolus

  • Absence de régulation publique et d’intégration assurantielle : Les consultations philosophiques demeurent des actes privés non remboursés par la sécurité sociale ou les assurances maladie, limitant leur accessibilité financière aux classes socio-économiques favorisées.
  • Frontière pathologique et risque de responsabilité légale (malpractice) : Bien que l’article délimite la « thérapie pour personnes saines », le repérage précoce de troubles psychotiques ou de conduites suicidaires exige des compétences diagnostiques que la formation philosophique classique n’inclut pas, exposant le praticien à des dilemmes éthico-légaux sévères.
  • Tension entre commercialisation et authenticité : Le risque de voir la consultation philosophique dériver vers un « néo-coaching » néolibéral dépolitisé, axé sur l’optimisation des performances individuelles ou la pacification du mécontentement au sein de l’entreprise, demeure un point de vigilance éthique essentiel

Conclusion de l’analyse

L’étude de Ding et al. (2025) formalise un tournant fondamental : la pratique philosophique n’est plus une périphérie contestée, mais un paradigme structuré qui réconcilie la rigueur du concept universitaire et l’urgence de l’existence concrète, proposant une redéfinition démocratique et séculière du rôle du philosophe au XXI? siècle.


Voir tous nos articles

Article # 299 – La logothérapie comme pratique philosophique / Logotherapy as philosophical practice, Stephen J. Costello, Institure of Ireland, Dublin, 2016

RAPPORT DE LECTURE


Stephen J. Costello, Institure of Ireland, Dublin, (2016). Logotherapy as philosophical practice, Philosophical Practice, March 2016, 11.1: 1684-1703.


Éléments détaillés de la notice :

  • Auteur : Costello, Stephen J.

  • Année de publication : 2016

  • Titre de l’article : Logotherapy as philosophical practice

  • Nom de la revue : Philosophical Practice (Journal of the APPA)

  • Volume & Numéro : Volume 11, Numéro 1

  • Plage de pages : p. 122–153

Introduction

Dans cet article académique, le philosophe et logothérapeute Stephen J. Costello démontre que la logothérapie et l’analyse existentielle (LTEA) de Viktor Frankl gagnent à être appréhendées non pas uniquement comme une branche de la psychothérapie moderne, mais fondamentalement comme une forme de pratique philosophique. En rattachant les thèses de Frankl aux traditions platonicienne et stoïcienne, l’auteur met en lumière la manière dont la logothérapie réactive l’idéal antique de la philosophie comme therapeia — un soin et une guérison de l’âme par la raison et la quête de sens.

I. L’héritage platonicien : La philosophie comme Therapeia

Costello commence par situer la logothérapie dans le sillage de la pensée de Platon, pour qui la philosophie est un mode de vie et une thérapie des troubles de l’âme (therapeia).

  • Santé mentale et harmonie intérieure : Pour Platon, la santé de l’esprit est assimilée à une harmonie musicale résultant de l’intégration des différentes parties de la personnalité. Chez Frankl, cette quête d’unité se traduit par l’intégration des dimensions somatique, psychique et noétique (spirituelle) de l’être humain.

  • La conversion (metanoia) vers le Bien : Le passage des ombres de la caverne à la lumière du Bien (Agathon) s’apparente à une conversion de l’âme vers le sens et le mystère de l’Être.

  • La maïeutique socratique : Socrate est décrit comme le premier « logothérapeute » occidental. Sa méthode maïeutique, visant à faire accoucher ses interlocuteurs de leur propre vérité, constitue l’essence même du dialogue socratique employé en logothérapie.

« We can therefore surely say that Socrates was the first logotherapist in the West and Plato its preeminent philosophical practitioner… »

(« Nous pouvons donc assurément affirmer que Socrate fut le premier logothérapeute de l’Occident et Platon son praticien philosophique prééminent… »)

II. L’écoute du Logos et la quête d’un bonheur véritable (Eudaimonia)

L’article explore la richesse sémantique du terme Logos, qui dépasse largement la simple rationalité instrumentale moderne.

  • Les visages du Logos : À travers l’histoire, le Logos a été défini comme source de l’ordre cosmique (Héraclite) , discours rationnel (Aristote) , principe divin animant l’univers (Stoïciens) et Verbe incarné (Évangile de Jean). Costello rappelle que le Logos inclut indissociablement la raison et l’amour comme piliers de la réalité.

  • L’Eudaimonia contre le bonheur hédoniste : Contrairement aux conceptions contemporaines qui réduisent le bonheur à un sentiment subjectif de plaisir , l’épanouissement spirituel (eudaimonia) grec s’obtient par l’harmonisation de l’âme avec le Logos.

  • Le « credo psychiatrique » de Frankl : Costello souligne un principe clinique fondamental de Frankl : la dimension noétique (l’esprit humain) peut être entravée, mais elle ne peut jamais être malade en soi. Il y a toujours une personne entière et saine derrière chaque pathologie.

III. De la psychopathologie à la pneumapathologie

Costello introduit une distinction conceptuelle rigoureuse entre la psychopathologie (l’étude des troubles mentaux) et la pneumapathologie (le trouble ou la maladie de l’esprit).

1. La Pneumapathologie selon Voegelin et Frankl

Le terme, conceptualisé par Schelling puis repris par Eric Voegelin, désigne une fermeture ou une révolte de la conscience contre le Fondement divin de l’existence. Toutefois, Costello précise que Frankl est plus rigoureux à cet égard : puisque l’esprit ne peut pas être malade , la frustration de la quête de sens produit une névrose noogène (une maladie issue de l’esprit blessé dans ses aspirations, et non une maladie dans l’esprit).

2. Le refus de la confusion religieuse (Hagiothérapie vs Logothérapie)

L’auteur insiste sur la nécessité de préserver le caractère laïque et autonome de la logothérapie face aux dérives théologiques :

  • Rejet de la « thérapie chrétienne » : Costello s’oppose à l’appellation de « logothérapie chrétienne » (Donald Tweedie). La logothérapie est une science séculaire. Ses praticiens peuvent être théistes, athées ou agnostiques.

  • Distinction d’avec l’Hagiothérapie : Contrairement à l’hagiothérapie (Tomislav Ivan?i?) qui implique l’Esprit Saint et la prière dans la cure , la logothérapie s’occupe de la santé de l’âme (guérison par le sens), tandis que la religion s’occupe du salut de l’âme.

IV. La logothérapie face aux exigences institutionnelles de la psychothérapie

Un point saillant de l’analyse de Costello réside dans la confrontation entre la logothérapie et la réglementation bureaucratique moderne de la psychothérapie en Europe (notamment les critères de l’Association Européenne de Psychothérapie).

  • Ces normes imposent des critères quantitatifs stricts (heures de formation, thérapie personnelle obligatoire de type psychanalytique).

  • Or, Frankl s’opposait à l’obligation d’une thérapie personnelle imposée pour les praticiens. De plus, la logothérapie part de l’esprit humain , utilise la bibliothérapie et des exercices comme l’autobiographie dirigée.

  • La logothérapie s’efforce de purger la psychothérapie de son « psychologisme » réductionniste. C’est pourquoi l’auteur plaide pour qu’elle soit officiellement reconnue et pratiquée sous la bannière de la conseil philosophique (philosophical counselling) plutôt que de la psychologie clinique standardisée.

V. Stoïcisme et Logothérapie : Parallèles conceptuels et pratiques

Costello consacre une partie majeure de son travail à démontrer l’affinité profonde entre l’éthique stoïcienne et la logothérapie de Frankl. Bien qu’il n’y ait pas de lien de causalité direct, les points de convergence structurels sont saisissants.

Tableau comparatif des principes fondamentaux

Sur la base des analyses de Costello, les correspondances s’articulent ainsi :

Stoïcisme Logothérapie

Cosmopolis : Le monde est une communauté unique où tous les hommes sont frères.

Monanthropisme : L’humanité est une et universelle.

Logos cosmique : L’univers est régi par une providence ou raison suprême.

Conscience : Elle est l’organe du sens, perçue comme un « message du Ciel ».

Dichotomie du contrôle : Certaines choses dépendent de nous, d’autres non (Épictète). Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais l’opinion que nous en avons.

Liberté d’attitude : Face à un destin inchangeable, l’homme conserve la liberté ultime de choisir son attitude.

Ascèse des passions : La raison doit guider et réguler les instincts.

Autotranscendance : Le noyau noétique transcende le biologique et le psychique.

Le bonheur comme sous-produit : L’ataraxie et la joie découlent de la vertu, elles ne doivent pas être recherchées pour elles-mêmes.

Intention paradoxale : Le bonheur fuit à mesure qu’on le recherche ; il doit demeurer l’effet collatéral d’une vie pleine de sens.

Les techniques clés de la logothérapie — telles que la déreflection (détourner l’attention de soi), la modification des attitudes et l’intention paradoxale — trouvent ainsi leurs précurseurs directs dans les exercices spirituels des Stoïciens (comme l’examen de conscience du soir ou la « vue d’en haut »).

VI. Le Sens Ultime et l’Inconscient Spirituel

En conclusion, Costello aborde la métaphysique de la logothérapie. Frankl a découvert l’existence d’un inconscient spirituel et, en son sein, d’une relation inconsciente à la transcendance qu’il nomme « l’Inconscient divin » (the unconscious God).

  • Le Dieu intime : Pour Frankl, Dieu n’est pas un archétype impersonnel (comme chez Jung) , mais le destinataire de nos dialogues intérieurs les plus secrets:

    « God is the partner of our most intimate soliloquies. »

    (« Dieu est le partenaire de nos soliloques les plus intimes. »)

  • Le mystère de la souffrance : Face aux pires tragédies humaines (les camps de concentration), la foi dans un sens inconditionnel de la vie postule que ce qui semble impossible dans une dimension inférieure devient parfaitement intelligible dans une dimension supérieure.

Conclusion du rapport

L’article de Stephen J. Costello démontre avec rigueur que la logothérapie de Viktor Frankl ne se limite pas à un ensemble de protocoles cliniques pour traiter les névroses. Elle s’inscrit pleinement dans la grande tradition de la philosophie thérapeutique occidentale, reliant Platon et les Stoïciens à la phénoménologie contemporaine. En rappelant que « l’amour est notre salut » et que l’esprit humain est doté d’un pouvoir de résistance inaliénable face au destin , Costello redonne à la logothérapie son statut de philosophie pratique majeure pour le XXIe siècle.

Article # 287 – La pratique philosophique comme expérience et voyage / Philosophical practice as experience and travel, Barrientos Rastrojo José PhD, Professor of the University of Seville, Spain, 2019

RAPPORT DE LECTURE


Barrientos Rastrojo, J. (2019). Philosophical practice as experience and travel. Socium i vlas?, ? 4 (78), pp. 29-44.


L’article intitulé « Philosophical practice as experience and travel » est un travail de recherche fondamentale rédigé par José Barrientos Rastrojo, docteur et professeur à l’Université de Séville (Espagne). Cette étude a été publiée en 2019 dans la revue scientifique russe Socium i vlas? (?????? ? ??????), au sein du numéro 4 (78), précisément des pages 29 à 44. Enregistré sous les classifications thématiques académiques UDC 101.8 + 101.9, ce texte rédigé principalement en espagnol (et introduit par un résumé détaillé en anglais et en russe) s’inscrit dans les champs de la philosophie appliquée, de la phénoménologie de l’expérience et du conseil philosophique (philosophical counseling). L’auteur y examine de manière critique les dérives méthodologiques des animateurs non formés à la discipline, tout en posant les jalons théoriques et épistémologiques d’une « Philosophie Appliquée Expérientielle » capable d’opérer une véritable transformation métaphysique chez le sujet


1. Introduction et Problématique générale

Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo examine les fondements conceptuels et épistémologiques de la philosophie appliquée (ou pratique philosophique).

L’auteur part d’un constat contrasté : d’un côté, il existe un intérêt croissant et une forte demande de formations en philosophie appliquée de la part de professionnels extérieurs à la discipline. De l’autre, cette popularité génère une vive inquiétude quant au risque de dilution de la nature philosophique de ces pratiques. L’auteur cite notamment le philosophe Ran Lahav pour illustrer cette dérive :

« Personally, I acknowledge that many of the activities presented […] are very valuable. But please, let us not call « philosophy » what is obviously very different from the philosophy which philosophers throughout history have been doing. »

(« Personnellement, je reconnais que beaucoup des activités présentées […] sont très précieuses. Mais s’il vous plaît, n’appelons pas « philosophie » ce qui est manifestement très différent de la philosophie que les philosophes ont pratiquée tout au long de l’histoire. »)

De nombreux praticiens non formés réduisent la philosophie à l’usage d’un simple dialogue ou à l’emploi superficiel de concepts isolés (comme la « liberté » ou le « genre »). L’auteur s’interroge sur cette légitimité en citant Lydia Amir :

« Philosophical practitioners should take philosophy seriously and avoid setting philosophy short, misrepresenting it, or passing it for what it is not. To take philosophy seriously is to be loyal to its objectives. […] However, not every conversation with a philosopher is philosophical. »

(« Les praticiens de la philosophie devraient prendre la philosophie au sérieux et éviter de la rabaisser, de la dénaturer ou de la faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Prendre la philosophie au sérieux, c’est être fidèle à ses objectifs. […] Cependant, toute conversation avec un philosophe n’est pas nécessairement philosophique. »)

L’objectif de l’auteur est de réaffirmer la nécessité d’une formation rigoureuse et de proposer un modèle alternatif novateur : la Philosophie Appliquée Expérientielle.

2. Cartographie de la Philosophie Appliquée

L’auteur structure le champ de la philosophie en trois grandes catégories : la philosophie théorique (métaphysique, logique, épistémologie), la philosophie pratique (éthique, philosophie politique) et enfin, la philosophie appliquée.

La tendance logico-argumentative (analytique)

L’article rappelle que la philosophie appliquée s’est d’abord structurée autour d’approches discursives et logiques. L’auteur définit traditionnellement sa propre conception de cette tendance ainsi :

« La Filosofía Aplicada es un proceso de conceptualización y/o clarificación acerca de cuestiones relevantes y/o esenciales cuyo objetivo es la mejora del acto de pensamiento del consultante y de sus contenidos veritativos y cuyo resultado acostumbra a ser el bien-estar. »

(« La philosophie appliquée est un processus de conceptualisation et/ou de clarification de questions pertinentes et/ou essentielles dont l’objectif est l’amélioration de l’acte de pensée du consultant et de ses contenus de vérité, et dont le résultat est habituellement le bien-être. »)

Cette démarche repose sur les travaux de figures majeures du courant analytique, telles que Warren Shibles ou encore Oscar Brenifier, qui résume la pratique philosophique à l’exercice d’habiletés critiques :

« [La Filosofía Aplicada] se centra en habilidades de pensamiento crítico como identificar (reconocer las fronteras de una realidad), criticar o problematizar […] y conceptualizar (dar nombre a una realidad). »

(« [La philosophie appliquée] se concentre sur des compétences de pensée critique telles que identifier (reconnaître les frontières d’une réalité), critiquer ou problématiser […] et conceptualiser (nommer une réalité). »)

3. La Philosophie Appliquée Expérientielle : Vers une transformation globale

Au-delà de la seule dimension analytique et discursive, l’auteur soutient que la philosophie appliquée doit engager la totalité de la personne afin de susciter une véritable transformation interne (métamorphose). Il définit cinq caractéristiques majeures de cette approche expérientielle :

A. Une épistémologie anagogique

L’anagogie postule que la connaissance authentique exige une synchronisation existentielle avec l’objet connu. L’auteur s’appuie sur la formule d’Antón Pacheco pour définir ce processus :

« La anagogía […] implica la coincidencia de los modi essendi, los modi cognoscendi y los modi interpretandi. »

(« L’anagogie […] implique la coïncidence des modes d’être, des modes de connaissance et des modes d’interprétation. »)

Il cite également Martín Velasco pour illustrer la transition d’un savoir théorique à un savoir vécu :

« « Quien lo ha visto, comprende », decía Plotino. « Quien no ha experimentado esto no lo comprenderá bien ». »

(« « Celui qui l’a vu comprend », disait Plotin. « Celui qui n’en a pas fait l’expérience ne le comprendra pas bien ». »)

B. L’ouverture à des rationalités alternatives

La rationalité d’une telle philosophie ne se réduit pas à l’exercice logico-argumentatif. S’inspirant de María Zambrano, l’auteur aspire à une raison plus ouverte :

« [Algo] que sea razón, pero más ancho. »

(« [Quelque chose] qui soit de la raison, mais plus large. »)

Elle fait également appel à l’art et à l’esthétique. S’appuyant sur John Dewey, l’auteur rappelle que :

« El artista realiza su pensamiento en los medias cualitativos mismos con que trabaja, y sus fines se encuentran tan cerca del objeto que produce que se fundan directamente con él. »

(« L’artiste réalise sa pensée dans les supports qualitatifs mêmes avec lesquels il travaille, et ses fins sont si proches de l’objet qu’il produit qu’elles se fondent directement avec lui. »)

C. L’expérience conçue comme un voyage et un danger

Faire l’expérience implique d’accepter le risque d’abandonner ses anciennes certitudes pour laisser advenir son être authentique. L’auteur cite à ce sujet María Zambrano :

« Se precisa una cierta aventura y hasta una cierta perdición en la experiencia, un cierto andar perdido el sujeto en quien se va formando. »

(« Il faut une certaine aventure et même une certaine perdition dans l’expérience, un certain égarement du sujet chez qui elle est en train de se former. »)

D. Une vérité évidentielle et événementielle

La validité de l’expérience philosophique repose sur la force de sa vérité « évidentielle ». Comme le souligne Xavier Zubiri :

« Experiencia significa algo adquirido en el transcurso real y efectivo de la vida. No es un conjunto de pensamientos que el intelecto forja, con verdad o sin ella, sino el haber que el espíritu cobra en su comercio efectivo con las cosas. »

(« L’expérience signifie quelque chose d’acquis dans le cours réel et effectif de la vie. Ce n’est pas un ensemble de pensées que l’intellect forge, à tort ou à raison, mais l’avoir que l’esprit acquiert dans son commerce effectif avec les choses. »)

Cette évidence, bien que parfois dépouillée sur le plan discursif, est le seul véritable moteur de changement, car elle est :

« …terriblemente pobre en contenido intelectual; sin embargo, opera en la vida una transformación sin igual que otros pensamientos más ricos y complicados no fueron capaces de hacer. » (M. Zambrano)

(« …terriblement pauvre en contenu intellectuel ; pourtant, elle opère dans la vie une transformation sans pareille que d’autres pensées plus riches et plus complexes n’ont pas été capables de produire. »)

E. Un niveau de compréhension ontologique (métaphysique)

Enfin, la philosophie expérientielle dépasse le cadre purement psychologique ou personnel. C’est l’expérience elle-même qui façonne le sujet, et non l’inverse. Pour étayer cette thèse ontologique, l’auteur convoque le philosophe Kitaro Nishida :

« No hay experiencia porque exista un individuo sino que existe un individuo porque hay experiencia. »

(« Il n’y a pas d’expérience parce qu’un individu existe, mais un individu existe parce qu’il y a de l’expérience. »)

4. Conclusion et Implications pratiques

Le rapport de José Barrientos Rastrojo démontre que la pratique de la philosophie ne s’improvise pas à l’aide de simples outils de communication. Elle exige une maîtrise rigoureuse de l’histoire de la pensée combinée à un engagement existentiel profond. En définitive, si pour María Zambrano, philosopher consistait à « déchiffrer le sentiment originel », l’auteur conclut qu’une philosophie appliquée digne de ce nom doit :

« …implicar el despliegue de la experiencia originaria en el sujeto, es decir, convertir a la persona en un Da-Sein Experiencial o, si se me permite, en un Da-Erfahrung. »

(« …impliquer le déploiement de l’expérience originelle chez le sujet, c’est-à-dire convertir la personne en un Da-Sein Expérientiel ou, si l’on me permet l’expression, en un Da-Erfahrung. »)