Article # 317 – Les guerres de la rationalité : une réflexion personnelle / The rationality wars: a personal reflection, Gerd Gigerenzer, Institut Max-Planck pour le développement humain, Berlin, Allemagne, 2024

Gigerenzer G. The rationality wars: a personal reflection. Behavioural Public Policy. 2025;9(3):495-515. doi:10.1017/bpp.2024.51
Gigerenzer G. The rationality wars: a personal reflection. Behavioural Public Policy. 2025;9(3):495-515. doi:10.1017/bpp.2024.51
Information : Cambridge University Press 2026
Type Article
Informations Behavioural Public Policy, Volume 9, Issue 3, July 2025, pp. 495 – 515
DOI: https://doi.org/10.1017/bpp.2024.51
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Droit d’auteur © Gerd Gigerenzer, 2024. Published by Cambridge University Press.

Traduit de l’anglais au français par Google Gemini


Texte original en anglais


Les guerres de la rationalité : une réflexion personnelle

Gerd Gigerenzer

Institut Max-Planck pour le développement humain, Berlin, Allemagne


Résumé

Pendant la Guerre froide, la rationalité logique — axiomes de cohérence, maximisation de l’utilité espérée subjective, mise à jour des probabilités bayésiennes — est devenue le socle de l’économie et des autres sciences sociales. Dans les années 1970, la rationalité logique a subi les attaques du programme des « heuristiques et biais », qui interprétait la théorie comme une norme universelle régissant la manière dont les individus devraient prendre leurs décisions, bien qu’une telle interprétation soit absente de l’ouvrage fondateur de von Neumann et Morgenstern et rejetée par Savage. Les écarts observés entre les jugements humains et cette théorie étaient perçus comme la preuve de biais cognitifs stables, censés à leur tour sous-tendre les problèmes sociaux et justifier le paternalisme gouvernemental. Dans les années 1990, le programme de la rationalité écologique a fait son entrée sur le terrain, s’inspirant des travaux de Simon. Il dépasse les limites étroites de la rationalité logique pour analyser la façon dont les individus et les institutions prennent des décisions en situation d’incertitude et d’intraitabilité. Cette vision plus large a démontré que de nombreux soi-disant biais cognitifs sont les marques d’une forme d’intelligence plutôt que de l’irrationalité, et que les heuristiques constituent des guides indispensables dans un monde incertain. Le débat passionné qui a opposé ces trois programmes de recherche s’est fait connaître sous le nom de « guerres de la rationalité ». Proposant un bref récit depuis la « ligne de front », je montre comment les parties prenantes ont compris de manières de surcroît très différentes ce que cette guerre impliquait.


Mots-clés : rationalité écologique, guerre froide, heuristiques, biais cognitifs, guerres de la rationalité, incertitude.


Le champ de bataille des guerres de la rationalité s’est dessiné dès l’instant où l’hégémonie de la rationalité de la Guerre froide a commencé à s’éroder. Par le biais de la théorie des jeux et de la théorie du choix rationnel, la rationalité de la Guerre froide s’était imposée au premier plan après la Seconde Guerre mondiale. L’idéal d’une rationalité logique fondée sur le respect de règles incarnait l’espoir qu’un raisonnement calculatoire puisse dompter la menace immédiate d’une guerre nucléaire, servant de rempart contre les émotions imprévisibles d’un Khrouchtchev ou d’un Kennedy (Erickson et al., 2013). La rationalité logique — maximisation de l’utilité espérée subjective, axiomes de cohérence, mise à jour des probabilités bayésiennes, équilibre de Nash et induction à rebours — offrait la promesse d’un armement intellectuel capable de guider l’Occident à travers la guerre du Vietnam et la Guerre froide. Dans le même temps, elle est devenue le socle d’une grande partie de l’économie et des autres sciences sociales, et l’un des fleurons de l’esprit humain.

Dans les années 1970, la rationalité logique a été attaquée par un groupe de psychologues soutenant que la prise de décision humaine était empreinte de biais systématiques et que les comportements étaient souvent irrationnels, de façon même prévisible. L’attaque est venue des psychologues cognitifs Tversky et Kahneman, dont le programme de recherche s’est fait connaître sous le nom de programme des « heuristiques et biais » (Tversky & Kahneman, 1974). Pourtant, loin de contester la rationalité logique en tant que norme, ces chercheurs l’ont en réalité adoptée. Lorsqu’un écart était mis en évidence entre les jugements des individus et la rationalité logique, ils l’attribuaient à une faille de l’esprit humain, jamais de la norme, sans souvent mâcher leurs mots. Les intuitions humaines étaient qualifiées d’« accumulation de péchés », d’« indéfendables », d’« autodestructrices » et de « ridicules » (Tversky & Kahneman, 1971, p. 107–110).

Les psychologues sociaux ont rejoint les rangs. Les individus n’étaient pas seulement dits souvent trompés sur les causes de leur propre comportement, mais, en principe, incapables de les identifier parce qu’ils ne peuvent accéder aux processus de leur esprit (Nisbett & Wilson, 1977). La mise à sac de l’introspection s’est accompagnée d’une affirmation, rappelant l’ouvrage Par-delà la liberté et la dignité de Skinner, selon laquelle le comportement serait à 99 % automatique et facilement manipulable par l’amorçage (priming) (Bargh, 1997 ; Leys, 2024). Il en a émergé l’image générale selon laquelle l’être humain est intrinsèquement sujet à des biais irrationnels, manque de conscience et de contrôle, et a besoin d’être orienté par des politiques gouvernementales paternalistes telles que le « coup de pouce » (nudging) (Thaler & Sunstein, 2008). Je désignerai cet ensemble sous le nom de programme des biais cognitifs.

Dans les années 1990, un troisième acteur est entré en scène, sous l’impulsion de mon groupe de recherche (Gigerenzer et al., 1999, 2011). Sa philosophie repose sur les travaux de Herbert Simon (1990), qui soutenait que pour comprendre le comportement, il convient d’analyser à la fois la cognition et son environnement (qu’il comparait aux deux lames d’une paire de ciseaux), ainsi que leur adéquation. Ainsi, la nature de la rationalité n’est pas la cohérence interne, mais plutôt la fonctionnalité dans le monde réel.

Parce que la maximisation de l’utilité espérée s’appuie sur la mathématique de l’optimisation, elle ne peut traiter ni les situations mal définies d’incertitude (par exemple le lancement d’un nouveau produit) ni les situations bien définies d’intraitabilité (par exemple jouer aux échecs). Le programme de la rationalité écologique, plus général que celui de la rationalité logique, s’attaque à ces situations. Il modélise les processus heuristiques utilisés et identifie les environnements dans lesquels ils réussissent. En conséquence, de nombreux soi-disant biais cognitifs s’avèrent fonctionnels dans le monde réel (Gigerenzer, 2018).

Le programme original de Simon, qu’il avait nommé « rationalité limitée » (bounded rationality), est apparu en même temps que l’approche de la rationalité logique, mais n’a été pleinement exploré que plus tard. Le terme de Simon a plutôt été récupéré par les partisans de la rationalité logique pour désigner l’optimisation sous contraintes, et par le programme des biais cognitifs pour signifier son contraire : l’irrationalité. Face à cette double réappropriation, j’ai introduit le terme de rationalité écologique.

Le débat entre ces trois visions de la nature humaine — en tant que Homo economicus, Homer Simpson ou Homo heuristicus — a été baptisé « guerres de la rationalité » par les philosophes Samuels et al. (2002) et Sturm (2012), et « grand débat de la rationalité » par le psychologue Stanovich (2011).

De multiples lignes de front définissent ce débat, qui traverse transversalement les frontières disciplinaires. La rationalité logique est-elle une norme universelle de rationalité, applicable partout et toujours, ou son territoire est-il délimité ? Dans quelle mesure le comportement humain s’écarte-t-il de la rationalité logique, et cela a-t-il de l’importance ? Une théorie du comportement rationnel doit-elle être purement abstraite, aveugle au contexte et à l’expérience humaine, ou doit-elle refléter explicitement la structure de l’environnement et donner de la chair psychologique à des modèles décharnés ?

Dans cet article, je propose un bref récit des guerres de la rationalité. Ayant été sur la ligne de front et témoin direct de la ferveur de ces débats, ce que vous lisez est le point de vue personnel d’un combattant, non d’un observateur. Mais je ferai de mon mieux pour représenter l’ensemble des parties de manière équitable.

La rationalité de la Guerre froide

Pendant la guerre du Vietnam, le philosophe John Searle rendit visite à un ami qui occupait un haut poste au département de la Défense des États-Unis, au Pentagone. Comme le rapporte Searle (2001, p. 6) :

« J’ai essayé de le dissuader de la politique de guerre suivie par les États-Unis, en particulier la politique de bombardement du Vietnam du Nord. Il était titulaire d’un doctorat en économie mathématique. Il s’est avancé vers le tableau noir, a tracé les courbes de l’analyse microéconomique traditionnelle, puis a dit : « Là où ces deux courbes se croisent, l’utilité marginale de la résistance est égale à la désutilité marginale d’être bombardé. À ce point précis, ils sont obligés de renoncer. Tout ce que nous supposons, c’est qu’ils sont rationnels. Tout ce que nous supposons, c’est que l’ennemi est rationnel ! » »

Les Nord-Vietnamiens ont pourtant continué à se battre jusqu’au retrait des forces américaines en 1973.

Dans les années 1940 et 1950, les fondations analytiques de la rationalité logique (également appelée rationalité axiomatique ; Rizzo & Whitman, 2020, p. 52–55) ont été posées, et elle a pris de l’importance dans les années 1960. Le calendrier n’est peut-être pas tout à fait fortuit. La crise de Berlin en 1961, la crise des missiles de Cuba en 1962, l’écrasement du Printemps de Prague par l’URSS en 1968, la guerre du Vietnam de 1955 à 1975, et la menace persistante des missiles atomiques à longue portée incarnaient le climat mondial de menace nucléaire.

À partir de la conférence de Berkeley de 1964 intitulée Strategic Interaction and Conflict, un groupe d’éminents chercheurs s’est réuni à la RAND Corporation à Washington et dans diverses conférences pour discuter des moyens de sauver la planète d’une guerre nucléaire. Ce groupe de personnalités comprenait l’économiste Thomas Schelling de Harvard, l’économiste Daniel Ellsberg (qui devint célèbre par la suite en tant qu’ancien responsable du département de la Défense ayant divulgué les Pentagon Papers), l’économiste Oskar Morgenstern de l’université de Princeton, et le sociologue Erving Goffman de l’université de Californie à Berkeley. Leur objectif était de préserver la Terre non seulement de l’anéantissement nucléaire, mais aussi des périls de l’esprit humain. Selon les mots de Schelling (1960, p. 292) : « Le fait est que ce ne sont pas les accidents qui causent la guerre. Ce sont les décisions qui causent la guerre ».

Ce groupe espérait qu’un calcul rationnel permettrait de dompter la menace immédiate selon laquelle la malveillance, l’arrogance ou la folie humaine pourraient conduire à une guerre nucléaire globale. La rationalité se devait d’être formelle, indépendante de la personnalité et du contexte, et calculatoire. Algorithmique, optimale et impersonnelle — tel était l’idéal de la rationalité de la Guerre froide. Le calcul transformerait notre monde incertain en un monde certain, rendant l’ennemi prévisible.

L’objectif du groupe de la RAND Corporation était plus vaste encore que la guerre du Vietnam et la Guerre froide : découvrir une rationalité pure, universellement et éternellement valide, indépendante du problème posé, et idéalement utilisable de manière mécanique par un ordinateur (Erickson et al., 2013, p. 177). Cette grande vision a ajouté de nouveaux coupables inattendus à l’ancienne liste des obstacles à la raison. Pendant des siècles, les coupables étaient les passions, la pensée confuse, l’ignorance et la folie. La rationalité de la Guerre froide y a ajouté deux étranges compagnons d’infortune qui entravaient le calcul des solutions optimales : l’incertitude et l’intraitabilité (Erickson et al., 2013, p. 9).

  • L’incertitude désigne l’incertitude radicale, ou les « inconnues inconnues » (unknown unknowns), pour reprendre les termes de l’ancien secrétaire américain à la Défense Rumsfeld, où l’ensemble complet des états futurs possibles et de leurs conséquences ne peut être connu.

  • L’intraitabilité signifie que la ligne de conduite optimale ne peut être calculée ni par des humains ni par des ordinateurs. Elle est bien connue dans des jeux comme les échecs, mais de nombreux calculs bayésiens et leurs approximations sont également intraitables (Kwisthout et al., 2011).

Les situations d’incertitude et d’intraitabilité excluent l’optimisation et, avec elle, l’utilité de la théorie de la maximisation de l’utilité espérée subjective.

De nombreux rationalistes de la Guerre froide étaient conscients des limites de la rationalité logique. Ellsberg (1961) soutenait que les axiomes de cohérence de Savage avaient un pouvoir normatif contestable. Morgenstern a souligné que des erreurs dans le système de missiles antiballistiques étaient inévitables. Les rationalistes de la Guerre froide étaient leurs propres critiques les plus sévères, mal à l’aise face au point aveugle de la rationalité logique concernant les facteurs physiques et psychologiques.

À ce stade du débat, les premières lignes de bataille ont émergé — des lignes de front qui restent contestées à ce jour.

Lignes de bataille

Universalité

La rationalité logique est-elle universelle ou limitée ? Par un coup de force extraordinaire, la maximisation de l’utilité espérée subjective a été couronnée par Milton Friedman et d’autres spécialistes des sciences sociales comme une théorie universelle de la prise de décision rationnelle, applicable partout et toujours. Ses limites ont été balayées comme de simples « anomalies ». La critique normative d’Ellsberg a été largement oubliée et ses résultats expérimentaux abondamment cités ont été qualifiés de « paradoxe », tout comme la critique normative d’Allais auparavant.

Pourtant, ce coup de force ne correspondait pas à ce que les fondateurs de la théorie de l’utilité espérée subjective avaient en tête. Savage, qui avait axiomatisé la théorie, considérait son domaine comme très étroit, et non universel. Il avertissait ses lecteurs qu’il serait « ridicule » d’appliquer la théorie de l’utilité espérée subjective à des situations d’incertitude où des événements imprévus pourraient survenir, ou à des problèmes intraitables (Savage, 1954, p. 16). Savage estimait que la théorie n’est normative que dans les « petits mondes » (small worlds), où tous les états futurs possibles du monde et toutes les conséquences de nos actions sont connus avec certitude. De même, une interprétation normative des axiomes du choix ou de la maximisation de l’utilité espérée est absente des trois éditions de l’ouvrage fondateur de von Neumann et Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior (von Neumann & Morgenstern, 1944, 1947, 1953).

Objectif

La rationalité logique vise-t-elle à décrire la manière dont nous nous comportons, ou à prescrire la façon dont nous devrions nous comporter, ou encore à tout autre chose ? L’espoir de la rationalité de la Guerre froide était que la théorie décrivait la manière dont les belligérants pensaient réellement. Si la théorie n’était que normative, les passions et la folie pourraient néanmoins conduire le monde à la guerre nucléaire. Cependant, Allais et Ellsberg ont démontré que les préférences des individus, y compris les intuitions propres de Savage, s’écartent systématiquement des axiomes du choix.

Friedman (1953) a tranché en affirmant que le réalisme psychologique n’a pas d’importance ; la théorie soutient seulement que les gens se comportent comme si (as if) ils maximisaient leur utilité espérée subjective, non qu’ils le font réellement. Suivant la philosophie du comme si de Friedman, de nombreux économistes néoclassiques se sont peu intéressés au processus réel de prise de décision. Friedman (1953) a déclaré qu’une théorie ne devait être évaluée qu’« en voyant si elle produit des prédictions suffisamment bonnes pour l’usage auquel elle est destinée ou supérieures aux prédictions de théories alternatives » (p. 41).

Que valent alors ses prédictions ? L’incapacité des modèles macroéconomiques de la Réserve fédérale à prédire la crise financière de 2008 en est un exemple frappant. Mais dès 1983, l’économiste Heiner notait déjà que la liste des prédictions univoques dérivées des modèles d’optimisation est au mieux très courte (p. 561). En 2014, un groupe d’économistes a publié une revue des preuves empiriques accumulées au cours des 50 dernières années sur la capacité des fonctions d’utilité (y compris l’utilité du revenu, l’utilité de la richesse et la fonction de valeur de la théorie des perspectives) à prédire le comportement. Ils ont conclu : « Leur pouvoir de prédiction hors échantillon (out-of-sample) se situe dans une plage allant de médiocre à inexistant, et nous n’avons vu aucune victoire convaincante contre des alternatives naïves » (D. Friedman et al., 2014, p. 3).

Notez le terme « prédiction hors échantillon ». Cela signifie qu’un modèle est étalonné sur une partie des données et testé sur l’autre partie. C’est une méthodologie standard en apprentissage automatique, mais pas en économie (Artinger et al., 2022). Bien que des modèles du comme si hautement paramétrés tels que la théorie cumulative des perspectives excellent dans l’ajustement des données (data fitting), ils ne prédisent pas nécessairement bien. Toutes sortes de comportements sont compatibles avec un modèle d’utilité quelconque, sans pour autant être prédits par celui-ci.

Les deux lignes de front — La rationalité logique est-elle universelle ou étroite ? Quel est son but réel ? — continuent d’être obscurcies par le brouillard de la guerre. Comme dans un conflit réel, les positions sont loin d’être cohérentes et évoluent rapidement. Pour protéger la rationalité logique, ses modèles ont rarement été soumis à des tests de prédiction hors échantillon, ses limites sont rarement spécifiées, et elle continue d’être présentée tour à tour comme normative, descriptive, du « comme si », ou tout cela à la fois.

Ironiquement, les psychologues qui ont commencé à contester la rationalité logique dans les années 1970 l’ont prise plus au sérieux en tant que théorie universelle et normative que ne l’ont fait de nombreux économistes qui en comprenaient les limites. Contrairement à Friedman, ils ont également pris la théorie au pied de la lettre en tant que description du comportement individuel, et ont entrepris d’attaquer sa validité descriptive.

Biais cognitifs

On pourrait penser que le raisonnement statistique a toujours été un sujet central de la recherche en psychologie. Pourtant, ce n’est qu’au début de la Guerre froide que l’intérêt pour ce sujet est apparu dans les études sur la pensée humaine (Gigerenzer & Murray, 2015). En 1967, les psychologues Peterson et Beach ont passé en revue 110 articles et ont conclu que les lois de la statistique fournissent « une bonne première approximation pour une théorie psychologique de l’inférence » (p. 43). Leur article était intitulé — de manière très représentative de l’époque — « L’homme en tant que statisticien intuitif » (Man as intuitive statistician). De même, Edwards (1968) a conclu que les êtres humains sont de plutôt bons bayésiens, bien que conservateurs, et Piaget et Inhelder (1951/1975) ont conclu qu’à l’âge de 12 ans, les intuitions des enfants se rapprochent des lois de la probabilité. Il convient de noter que ces études, contrairement au programme ultérieur des heuristiques et biais, ont testé les participants sur des dispositifs physiques aléatoires réels plutôt que sur des problèmes textuels hypothétiques.

La psychologie de l’irrationalité

Quelques années après l’article de synthèse de Peterson et Beach, une thèse opposée a émergé. Tversky et Kahneman (1974) ont passé en revue quatre de leurs propres études et conclu : « les gens ne semblent pas suivre le calcul des chances ni la théorie statistique de la prédiction » (p. 237). Cet article a posé la matrice du programme des biais cognitifs, qui a commencé à dresser la liste de prétendues illusions cognitives ressemblant à des illusions d’optique, suggérant leur caractère inévitable : le biais de l’oubli de la fréquence de base (base-rate fallacy), le biais de conjonction (conjunction fallacy), les erreurs d’appréciation du hasard, le biais de surconfiance et des dizaines d’autres travers mentaux. Ariely (2010) a soutenu « que nous ne sommes pas seulement irrationnels, mais de manière prévisible irrationnels — que notre irrationalité se produit de la même façon, encore et encore » (p. xviii). Dans leur livre Nudge, Thaler et Sunstein (2008) ont comparé en plaisantant les humains au personnage de bande dessinée gauche Homer Simpson. Homo sapiens semblait désormais être une appellation impropre.

Les médias, qui n’avaient jusque-là manifesté que peu d’intérêt pour les recherches sur le statisticien intuitif, se sont emparés du nouveau message. Par exemple, Newsweek a publié un grand article concluant que la plupart des gens sont des « processeurs d’informations lamentablement confus » et que la liste des biais cognitifs de ces « pigeons » et « crédules » est si longue qu’elle « démoraliserait Salomon » (McCormick, 1987).

Dans le même ordre d’idées, une troupe de chercheurs a commencé à attribuer toutes sortes de catastrophes humaines à de préétendus biais cognitifs. Considérez la soi-disant « erreur de conjonction » — par exemple, le fait que la plupart des gens jugent plus probable que Linda soit « guichetière de banque et féministe » plutôt que simplement « guichetière de banque », lorsqu’on leur fournit une description suggérant implicitement qu’elle est féministe mais pas guichetière (Tversky & Kahneman, 1983 ; voir Rizzo & Whitman, 2020, p. 133–141). Le philosophe Stich (2012) a tiré la sonnette d’alarme : « Il est inquiétant de spéculer sur l’impact immense que cet échec inférentiel peut avoir sur l’évaluation par les gens du risque de catastrophes telles que les pannes de réacteurs nucléaires » (p. 52). La spécialiste des sciences cognitives Kanwisher (1989) a émis l’hypothèse que le biais de conjonction pourrait sous-tendre des arguments erronés dans les débats sur la politique de sécurité américaine en « surestimant les scénarios les plus extrêmes au détriment de scénarios moins spectaculaires mais plus probables » (p. 655). Et le paléontologue Gould (1992) de conclure : « nos esprits ne sont pas façonnés (pour une raison quelconque) pour fonctionner selon les règles de la probabilité » (p. 469). Aucun d’entre eux ne semblait savoir qu’Inhelder et Piaget (1951/1964, p. 101) avaient démontré que même des enfants de 12 ans comprennent la règle de conjonction : à savoir qu’un sous-ensemble ne peut pas être plus grand que l’ensemble parent (Tversky et Kahneman n’ont pas cité les résultats antérieurs contradictoires d’Inhelder et Piaget). Dès lors, la question de savoir pourquoi les enfants, mais pas les adultes, comprennent cette règle ne s’est même pas posée.

La politique de l’irrationalité

Le message de l’irrationalité a fait les affaires de certaines entreprises. Diverses addictions et catastrophes sociales ont été imputées à nos biais internes, détournant l’attention des mauvais comportements de ces entreprises elles-mêmes. Après la crise financière de 2008, Deutsche Bank Research a publié un article intitulé « Homo economicus — ou plutôt Homer Simpson ? », mettant en avant 17 biais cognitifs présentés comme les causes de la crise (Schneider, 2010). Cependant, selon le département de la Justice des États-Unis (2017), « la Deutsche Bank n’a pas seulement induit les investisseurs en erreur : elle a contribué directement à une crise financière internationale ». En 2017, la Deutsche Bank a accepté de payer 7,2 milliards de dollars pour sa conduite illégale et ses pratiques de prêt irresponsables.

Bientôt, le message de l’irrationalité s’est politisé. Le philosophe Trout (2005) a déclaré que les preuves convergent vers « une seule morale : que la vision des Lumières est profondément erronée » (p. 379), tandis que la philosophe Conley (2013) a balayé le libéralisme de John Stuart Mill parce que Mill « n’a pas correctement pris en compte la psychologie humaine, telle que nous la connaissons aujourd’hui » (p. 9). Le gouvernement britannique a créé une équipe d’enseignements comportementaux (Behavioral Insights Team), également connue sous le nom de Nudge Squad, et l’ancien président américain Obama, qui s’est défini comme un lecteur admiratif de Nudge, a engagé Cass Sunstein comme son « tsar de la réglementation » (plus formellement, directeur du White House Office of Information and Regulatory Affairs ; Ferguson, 2010). Le nudging est devenu une industrie internationale pesant plusieurs milliards de dollars. Ce nouveau paternalisme vise à protéger les individus non pas contre les imperfections des marchés ou les criminels, mais contre l’ennemi intérieur : leur propre irrationalité. Il fonde sa justification sur la soi-disant ténacité des biais cognitifs.

Nouvelles lignes de bataille

Réplicabilité

Le message de l’irrationalité a ouvert une troisième ligne de bataille concernant la réalité même des biais cognitifs. Sont-ils réplicables ? Il s’est avéré que certains ne le sont pas. Lorsque nous avons (Sedlmeier et al., 1998) mené la première (et à ce jour la seule) tentative de réplication de la célèbre étude sur la fréquence des lettres de Tversky et Kahneman (1973), nous n’avons trouvé aucun biais systématique de disponibilité.

Les effets d’amorçage (priming) ont été les victimes suivantes des études de réplication. Doyen et al. (2012) n’ont pas réussi à répliquer l’expérience emblématique de Bargh et al. (1996), dans laquelle les participants invités à trier des mots associés aux personnes âgées ralentissaient automatiquement leur démarche en quittant le laboratoire. Malgré de multiples échecs de réplication, Bargh et ses partisans ont maintenu que les biais qui les avaient rendus célèbres étaient réels et ont lancé des attaques personnelles contre ceux qui ne pouvaient les répliquer, proférant des termes tels que « police de la réplication », « petits tyrans sans vergogne », « chasse aux sorcières », « terrorisme méthodologique » ou même « la Stasi » (Lewis-Kraus, 2023). Kahneman, qui avait consacré de nombreuses pages de Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée aux « merveilles de l’amorçage » (2011, p. 52), a reconnu avoir souscrit de façon acritique à ces recherches et a adressé une lettre ouverte dans Nature enjoignant les chercheurs sur l’amorçage à cesser leur « déni défiant face à leur problème de réplication » (Kahneman, 2012).

Quantité

Samuels et al. (2002), qui ont nommé le débat « guerres de la rationalité », ont compris de manière très différente ce que la guerre impliquait : non pas l’universalité, l’objectif ou la réplicabilité, mais simplement la quantité. Ils se sont demandé : dans quelle mesure les humains s’écartent-ils réellement de la rationalité logique ? Pour eux, cette question descriptive délimitait l’unique ligne de front des guerres de la rationalité. Selon eux, le programme des biais cognitifs voit le verre de la rationalité à moitié vide, tandis que le programme de la rationalité écologique le voit à moitié plein. Où réside donc le désaccord ?

Dans leurs tentatives de réconciliation, Samuels et al. sont passés à côté de l’essentiel. Le différend sur ce qui constitue un bon raisonnement est fermement normatif, et non simplement descriptif. Ce qui est en jeu, c’est la nature même du contenu du verre de la rationalité, et pas seulement le niveau du liquide.

Coûts sur le bien-être

Les deux dernières lignes de front concernent les coûts réels supposés des écarts par rapport à la rationalité logique, et l’efficacité du nudging pour réduire ces coûts. Les violations de la rationalité logique sont-elles associées à des coûts dans le monde réel qui justifieraient le nouveau paternalisme ?

Arkes, Hertwig et moi-même (Arkes et al., 2016) avons cherché dans la littérature la preuve de conséquences matérielles préjudiciables, telles que des gains plus faibles, une santé détériorée ou une espérance de vie réduite. Par exemple, selon l’argument de la « pompe à fric » (money pump), une personne ayant des préférences intransitives perdra de l’argent : si vous préférez A à B, B à C, et C à A, et que vous êtes prêt à payer pour passer de A à B, et ainsi de suite, vous finissez dans un cercle vicieux et devenez une pompe à fric. Nous avons identifié plus de 100 études faisant état de violations de la transitivité, et n’avons trouvé aucune preuve que ces violations conduisent réellement à des pompes à fric. Nous avons également examiné plus de mille articles à la recherche de violations de la règle de conjonction, de l’axiome d’indépendance, d’inversions de préférences, d’effets de cadrage et d’autres biais cognitifs supposés, avec le même résultat. L’absence de preuves montrant que les violations de la rationalité logique ont un impact réel est frappante.

Efficacité du nudging

Le nudging améliore-t-il réellement la santé, la richesse et le bonheur des individus, comme on le prétend souvent ? Une méta-analyse de 212 études a fait état d’une taille d’effet faible à moyenne, tout en notant un biais de publication (Mertens et al., 2021). Un biais de publication signifie que les études ayant trouvé des effets nuls ou négatifs ne sont pas entrées dans la méta-analyse. En corrigeant ce biais de publication, des chercheurs indépendants n’ont trouvé aucun bénéfice du nudging, quel que soit le domaine (Maier et al., 2022).

L’une des raisons pour lesquelles le nudging semble fonctionner alors qu’il n’en est rien réside dans l’utilisation d’indicateurs de substitution (surrogate measures). Un récit à succès populaire prétend que le nudging sauve des vies en augmentant le taux de donneurs d’organes. Les pays disposant d’un système de consentement présumé (tout le monde est donneur sauf refus explicite / opt-out) présentent des taux de donneurs potentiels plus élevés que les pays avec consentement explicite (opt-in). Parce que la plupart des gens ont tendance à suivre le choix par défaut, Thaler et Sunstein (2008, p. 186) ont attribué la pénurie de dons à l’inertie des gens. La solution semblait être de changer simplement la valeur par défaut du consentement explicite vers le consentement présumé.

Cependant, augmenter le nombre de donneurs potentiels n’est pas la même chose qu me d’augmenter les dons réels. Lorsque 17 pays de l’OCDE à consentement présumé ont été comparés à 18 pays de l’OCDE à consentement explicite, aucune différence n’a été constatée dans les taux de dons réels (Arshad et al., 2019) ; une seconde étude suivant cinq pays qui étaient passés au consentement présumé a montré que cette transition augmentait le taux de donneurs potentiels, mais à nouveau pas celui des dons réels (Dallacker et al., 2024).

Le cas de l’Espagne — le pays affichant le taux le plus élevé de donneurs réels — montre que le problème ne réside pas dans l’inertie des esprits individuels, mais dans la structure du système. L’Espagne disposait à l’origine d’un consentement présumé, mais ce n’est qu’après l’introduction par le gouvernement de changements structurels ciblés que le taux de dons réels a augmenté de manière substantielle. Ces changements comprenaient des incitations financières suffisantes pour que les hôpitaux fournissent l’infrastructure coûteuse nécessaire, un réseau de transplantation organisant efficacement le processus, des programmes d’éducation du public et du personnel formé en psychologie pour s’entretenir avec les familles des défunts, qui prennent en grande partie la décision finale indépendamment du choix par défaut (Matesanz, 2005). Augmenter le nombre de donneurs potentiels n’est qu’un substitut à la véritable tâche, qui consiste à accroître le taux de dons réels par des modifications structurelles et par l’éducation.

Une deuxième raison pour laquelle le nudging semble fonctionner alors qu’il n’en est rien réside malheureusement dans la manipulation de données et la fraude. Selon Ariely, lorsque les individus devaient signer un engagement d’honnêteté au début d’un formulaire déclaratif de leur kilométrage annuel à leur assurance, ils étaient plus honnêtes que lorsqu’ils signaient à la fin. Après avoir examiné les données d’Ariely, Simonsohn et al. (2021) ont conclu qu’elles avaient été délibérément manipulées pour produire cet effet, et ont découvert des preuves supplémentaires de fraude de la part de la coauteure d’Ariely, Francesca Gino, qui avait contribué à une étude en laboratoire sur le thème de la malhonnêteté (Lewis-Kraus, 2023).

Pourquoi les gens étaient-ils rationnels avant 1970 et irrationnels après ?

Étonnamment, la question de savoir pourquoi les gens sont soudainement devenus irrationnels a rarement été posée. Que s’est-il passé dans les années 1970 ? Lopes (1991) a été l’une des rares personnes à poser la question et à pointer deux facteurs qui ont alimenté le nouveau message d’irrationalité : le biais de citation et le manque d’opportunités d’apprentissage.

Le biais de citation

Prenez l’article de synthèse de 110 études par Peterson et Beach (1967), qui concluait que les gens sont d’assez bons statisticiens intuitifs. En 2020, cet article avait été cité 479 fois selon Scopus, tandis que l’article de Tversky et Kahneman (1974) défendant le message opposé l’avait été plus de 15 000 fois (Lejarraga & Hertwig, 2021). Et dans la même période, l’article d’Edwards et al. (1965) concluant que les êtres humains sont des bayésiens conservateurs a été cité 214 fois, alors que l’article correspondant de Kahneman et Tversky (1972) affirment que les gens ne sont ni des bayésiens conservateurs ni des bayésiens tout court (p. 450) a été cité 5 815 fois (Lejarraga & Hertwig, 2021). Le biais de citation ne se limite pas à ces paires de publications classiques.

Considérez l’effet de cadrage (framing effect), qui a été interprété comme une erreur logique persistante : « dans leur attrait tenace, les effets de cadrage ressemblent davantage à des illusions perceptives qu’à des erreurs de calcul » (Kahneman & Tversky, 1984, p. 343). Cependant, plusieurs groupes de recherche, notamment celui de McKenzie (ex. McKenzie & Nelson, 2003 ; Sher & McKenzie, 2006) et celui de Kühberger (ex. 1995 ; Kühberger & Tanner, 2010), ont montré que le cadrage est un moyen intelligent de véhiculer des messages sous-entendus, et que l’attention portée au cadrage reflète la capacité correspondante à lire entre les lignes, conformément aux théories psycholinguistiques (Grice, 1989). Une fois de plus, cet ensemble de recherches contradictoires est rarement, voire jamais, mentionné dans la partie de la littérature qui continue d’interpréter tous les effets de cadrage comme des biais cognitifs (ex. Thaler & Sunstein, 2008 ; Kahneman, 2011).

L’ignorance massive des recherches scientifiques contradictoires s’étend à l’effet de dotation (endowment effect), à l’aversion à la perte, à la surconfiance, à l’illusion de la « main chaude » (hot hand fallacy), et à de nombreux autres biais cognitifs, maintenant la fiction selon laquelle il s’agirait d’aberrations mentales stables (Gigerenzer, 2018 ; Rizzo & Whitman, 2020, p. 408). La fiction s’étend aux spéculations sur le rôle des biais cognitifs en politique. Lorsque Kanwisher (1989) a attribué les faiblesses de la politique de sécurité américaine au biais de conjonction et à la surconfiance, ou lorsque McDermott (2002) a reproché à l’ancien président américain Reagan de s’appuyer sur l’heuristique de disponibilité au lieu de calculer rationnellement la future expansion soviétique, ils sont restés muets sur les recherches critiques de ces prétendus biais.

Le biais de citation est une forme de biais de confirmation. Il devrait faire l’objet de l’enquête scientifique, et non constituer sa méthode.

Expériences rapides, aucune opportunité d’apprentissage

Le biais de citation explique pourquoi beaucoup ignorent l’existence de recherches contradictoires, mais il n’explique pas les résultats divergents eux-mêmes. L’une des raisons de ces derniers réside dans une transformation radicale de la manière dont les expériences sont conduites. Les recherches démontrant de bonnes intuitions statistiques utilisent généralement des dispositifs aléatoires réels, tels que des urnes et des boules, et offrent aux participants l’opportunité d’apprendre par l’expérience. Par exemple, dans une expérience d’apprentissage des probabilités que Tversky a menée dans le cadre de sa thèse de doctorat sous la direction d’Edwards, chacun des 24 participants était assis devant une boîte équipée d’un dispositif aléatoire, étudié individuellement, et bénéficiait de 1 000 essais pour apprendre (Tversky & Edwards, 1966). Une session individuelle durait environ une heure.

Après que Tversky s’est associé à Kahneman, ils ont créé un nouveau type d’expérience qui remplaçait les dispositifs aléatoires par des problèmes textuels hypothétiques, substituait aux expériences contrôlées en laboratoire des questionnaires pouvant être distribués n’importe où, et n’offrait aucune opportunité d’apprentissage. Une telle expérience pouvait être menée en quelques minutes (Heukelom, 2012).

Le passage d’expériences chronophages d’apprentissage des probabilités à de rapides questions hypothétiques n’est pas neutre quant aux conclusions tirées sur la rationalité humaine. En fait, il est amplement documenté que les jugements des individus diffèrent systématiquement selon qu’ils font l’expérience directe d’une tâche ou qu’elle leur est seulement décrite. Ce décalage est connu sous le nom d’écart description-expérience (description-experience gap ; Schulze & Hertwig, 2021).

Dans le feu du débat

Les premières contestations

En 1981, le philosophe Cohen a été l’un des premiers à contester les normes de Kahneman et Tversky. Des commentateurs de son article paru dans Behavioral and Brain Sciences (BBS) ont qualifié sa « querelle » de trop polémique, regrettable et inutile, ce à quoi Cohen a répondu que personne ne peut accuser ses semblables de commettre des erreurs de raisonnement tout en prétendant être à l’abri d’accusations similaires (Cohen, 1983, p. 515).

Le théoricien de la décision Levi (1983) a rejeté la conclusion de Kahneman et Tversky selon laquelle les gens commettent le biais de la fréquence de base dans le « problème du taxi » (cab problem), faisant remarquer que le fait de ne pas ignorer les fréquences de base dans ce problème textuel ambigu constituerait précisément l’erreur. Chose inhabituelle pour BBS, dans la même section de commentaires, Kahneman et Tversky ont été autorisés à répondre aux remarques de Levi ; comme l’explique une note de la rédaction, ils avaient demandé à l’éditeur de voir le commentaire de Levi au stade des épreuves, empêchant Levi de répliquer à son tour.

Lopes (1981) soutenait que, contrairement au précepte de la théorie de l’utilité espérée, la prise de décision à court terme n’est pas identique à celle à long terme. Par exemple, les gens peuvent hésiter à accepter un pari consistant à gagner 2 000 $ ou perdre 1 000 $ sur un seul lancer de pièce non biaisée, mais accepter ce même pari s’il est répété 100 fois. Ses objections ont été réfutées par Tversky et Bar-Hillel (1983) qui défendaient la théorie de l’utilité, mais il n’y a eu aucune réponse de Lopes — ce qui violait la séquence standard article-réfutation-réplique. Lorsque j’ai demandé à Lopes pourquoi elle n’avait pas répondu à la réfutation de Tversky et Bar-Hillel, elle m’a confié qu’elle avait en réalité soumis une réplique, mais que celle-ci n’avait curieusement jamais été publiée.

Au début des années 1990, la guerre tournait au détriment des critiques du programme des biais cognitifs. Thaler (1991) déclarait que « les illusions mentales doivent être considérées comme la règle plutôt que l’exception » (p. 4). Lorsque Lopes (1991) a critiqué la « rhétorique de l’irrationalité » grandissante, bien peu l’ont écoutée. Frustrée, elle a fini par abandonner la recherche sur la prise de décision pour consacrer son grand talent à l’administration universitaire.

Souvenir personnel

Mon entrée dans le débat a eu lieu en 1989-1990, alors que j’étais chercheur invité au Center for Advanced Study de Stanford. En février 1990, j’ai été invité à donner une conférence au département de psychologie de Stanford, au sein duquel Tversky travaillait depuis des décennies. J’avais un profond respect pour ses travaux antérieurs sur la théorie de la mesure, les modèles de similitude et les modèles d’heuristiques comme l’élimination par aspects. Mais plus tard dans sa carrière, les modèles ont été remplacés par des étiquettes, et son attention s’est déplacée vers les travaux des années 1960 de Kahneman sur les erreurs cognitives.

Le psychologue Lee Ross m’a présenté ainsi : « Avant l’arrivée d’Amos, nous croyions que les gens étaient rationnels. Amos a montré que ce n’était pas le cas. Ces dernières années, des voix se sont élevées pour soutenir que les gens ne sont pas si irrationnels. » Le titre de mon exposé était : « Beyond heuristics and biases: How to make cognitive illusions disappear » (Au-delà des heuristiques et biais : comment faire disparaître les illusions cognitives). Comme le sujet était controversé à Stanford, j’ai demandé à l’auditoire de me laisser parler pendant une heure et de réserver les questions pour la fin. L’exposé comportait trois points : un normatif, un descriptif et un théorique.

Premièrement, j’ai soutenu que de nombreuses soi-disant erreurs dans le raisonnement probabiliste ne sont en réalité pas des violations de la théorie des probabilités. Le programme des heuristiques et biais s’est appuyé sur une vision normative étroite partagée par certains économistes théoriciens, mais non par les partisans de la vision fréquentiste des probabilités qui domine les départements de statistique actuels, ni même par tous les bayésiens. Mon propos est que si chacun est libre d’appliquer des probabilités subjectives à tous les événements, y compris les cas singuliers, cela ne justifie en rien d’imposer cette vision comme norme aux autres. Selon cet étalon étroit du raisonnement probabiliste, les probabilistes et statisticiens les plus éminents du $XX^e$ siècle — des figures de la carrure de von Mises et Neyman — seraient coupables de « biais » dans leur raisonnement probabiliste.

Deuxièmement, nous pouvons corriger ces normes problématiques en interrogeant les gens sur des fréquences plutôt que sur des événements isolés. Dans le problème de Linda, la question « Qu’est-ce qui est le plus probable : « Linda est guichetière de banque » ou « Linda est guichetière de banque et milite dans le mouvement féministe » ? » est ambiguë, car le terme « probable » appliqué à un événement unique peut renvoyer à n’importe quel sens non mathématique du terme, tel que ce qui est plausible ou la présence de preuves. Pour résoudre cette ambiguïté, on peut poser la question sous forme de fréquences : « Il y a 100 personnes comme Linda : Combien sont guichetières de banque ? Combien sont guichetières de banque et militent dans le mouvement féministe ? ». Ce simple passage de l’événement unique à la fréquence suffit à faire disparaître en grande partie l’erreur de conjonction (Fiedler, 1988 ; voir aussi Hertwig & Gigerenzer, 1999). Ce résultat explique également pourquoi les enfants des études d’Inhelder et Piaget ne commettaient pas la « faute » : on les interrogeait sur des fréquences, et non sur des événements isolés.

J’ai montré que le biais de surconfiance disparaît également lorsque l’on demande aux individus : « À combien des dix dernières questions pensez-vous avoir répondu correctement ? », par opposition à : « Quelle est votre confiance d’avoir bien répondu à cette question ? ».

De plus, la statistique repose sur des hypothèses. Dans un problème textuel, celles-ci doivent être clairement spécifiées par l’expérimentateur, et de façon plausible. Par exemple, dans le problème de Tom W. (Kahneman & Tversky, 1973), aucune information n’était fournie sur la manière dont le portrait de l’étudiant (hypothétique) Tom W. avait été sélectionné, que ce soit au hasard ou non. Pour le problème des ingénieurs et des avocats, où les participants recevaient une brève description suggérant qu’un individu était ingénieur, on leur disait que la description provenait d’un tirage au sort dans un groupe de 30 ingénieurs et 70 avocats. Mais en réalité, ce n’était pas le cas : la description avait été inventée de toutes pièces. Lorsque nous avons répété l’expérience en laissant les participants tirer au sort dans une vraie urne et expérimenter un véritable échantillonnage aléatoire (Gigerenzer et al., 1988), le biais de l’oubli de la fréquence de base a largement disparu et les participants ont pris en compte les fréquences de base.

Enfin, j’ai soutenu que les théories psychologiques de la prise de décision devaient cesser d’expliquer les écarts par rapport à des normes contestables, comme le faisait le programme des heuristiques et biais. Au contraire, nous devrions reconnaître les limites de la rationalité logique et accorder l’attention due aux heuristiques que les individus et les institutions utilisent, les modéliser avec précision et identifier les environnements dans lesquels elles fonctionnent ou non. J’ai esquissé un programme théorique fondé sur les deux lames des ciseaux de Simon : l’analyse de la manière dont les heuristiques exploitent les structures environnementales (voir Gigerenzer, 1991, pour une version révisée de la conférence).

Après l’exposé, une discussion vive a éclaté. Dans une déclaration remarquable, Tversky a affirmé publiquement qu’il n’avait ni théorie ni hypothèses, mais seulement des généralisations empiriques ; dès lors, ses idées ne pouvaient être réfutées.

Deux semaines plus tard, Kahneman m’a contacté : « J’ai entendu dire que vous aviez eu un séminaire très réussi à Stanford. Seriez-vous disposé à donner une ou deux conférences à Berkeley ? » J’ai finalement donné deux conférences à Berkeley, l’une pour le département de psychologie et l’autre pour le groupe de sciences cognitives. J’ai trouvé qu’il était beaucoup plus facile de débattre avec Kahneman qu’avec Tversky. Après chaque exposé, Kahneman demandait un temps de réponse de 10 minutes, à la suite duquel je répondais à sa réponse, une formule qui s’est répétée lors de la réunion de la Judgment and Decision Making Society en novembre 1992. Un échange public d’idées permet au public d’entendre simultanément les deux côtés, les arguments et contre-arguments, permettant ainsi à la science de progresser.

Pour ma part, j’ai toujours essayé de séparer le respect personnel pour Kahneman et Tversky et leurs réalisations de nos points de vue scientifiques divergents. Cela n’a pas toujours fonctionné. Comme je l’ai appris bien plus tard dans la biographie de Lewis (2017) : « Amos ne voulait pas seulement contrer Gigerenzer ; il voulait le détruire » (p. 335). Les trois philosophes qui ont forgé le terme de « guerres de la rationalité » avaient peut-être raison après tout.

En 1996, Kahneman et Tversky ont répondu à ma critique par un article dans la Psychological Review. La soumission originale s’intitulait « On the reality of cognitive illusions: A reply to Gigerenzer ». La version publiée a supprimé le sous-titre, mais a adopté un ton plus agressif, encouragé par un relecteur partisan que l’éditeur a immédiatement écarté du processus d’évaluation. (J’ai plus tard invité ce relecteur à franchir la ligne de front et à passer une semaine avec mon groupe de recherche pour observer le débat de l’autre côté. Ce fut une expérience enrichissante pour chacun.) Dans leur article, Kahneman et Tversky ont défendu leurs normes contre ma critique visant l’imposition de celles-ci à tous, qualifiant ma position d’« agnosticisme normatif ». Ils ont continué d’insister sur le fait que le défaut ne résidait pas dans leurs normes étroites, mais dans l’esprit humain. Ma réponse à leur réplique a été publiée dans Gigerenzer (1996).

Examinons à présent trois questions fondamentales pour faire progresser le débat : prendre au sérieux l’incertitude et l’intraitabilité, les modèles algorithmiques d’heuristiques, et la rationalité écologique.

Voies d’avenir

Incertitude et intraitabilité

Dans son ouvrage Risk, Uncertainty, and Profit (1921), Knight, fondateur de l’École d’économie de Chicago, a établi une distinction entre le risque et l’incertitude. Comme il le résumait, dans un monde de risque — c’est-à-dire doté d’une prévoyance parfaite — toutes les actions deviendraient mécaniques, les humains des automates, et les assureurs ne réaliseraient aucun profit. Keynes (1937) a établi une distinction similaire : « Le sens dans lequel j’utilise le terme [incertitude] est celui dans lequel la perspective d’une guerre européenne est incertaine, ou le prix du cuivre et le taux d’intérêt dans vingt ans, ou l’obsolescence d’une nouvelle invention » (p. 214).

Sous l’autorité de Friedman, la distinction entre risque et incertitude a été balayée d’un revers de main. Friedman (1963) déclarait :

« Frank Knight a établi une distinction nette entre le risque, faisant référence à une distribution de probabilité connue ou connaissable, et l’incertitude, faisant référence à des événements pour lesquels il n’était pas possible de spécifier des probabilités numériques. Je n’ai pas fait référence à cette distinction parce que je ne la crois pas valide… Nous pouvons traiter les gens comme s’ils attribuaient des probabilités numériques à chaque événement concevable. » (p. 282)

Friedman n’a pas seulement rejeté l’incertitude knightienne ; il l’a surtout dénaturée pour la réduire à de simples situations de probabilités manquantes, ignorant ainsi les deux limites majeures de la rationalité logique : l’intraitabilité et l’incertitude.

Dans leur ouvrage influent Games and Decisions (1957), Luce et Raiffa ont de la même manière utilisé le terme « incertitude » pour désigner l’« ambiguïté », éliminant ainsi toute véritable incertitude du domaine de la prise de décision. Tout comme dans la rationalité de la Guerre froide, leur idéal était une prévoyance parfaite et des décisions automatiques affranchies du jugement humain :

« il est possible d’imaginer qu’un dirigeant prévoie toutes les contingences possibles et qu’il décrive en détail l’action à entreprendre dans chaque cas… [de sorte] que la poursuite du fonctionnement de l’usine puisse être confiée à un employé ou à une machine. » (p. 6)

Le programme des heuristiques et biais a emboîté le pas à Friedman, allant jusqu’à utiliser le terme « incertitude » tant pour l’ambiguïté que pour les situations de risque (Tversky & Kahneman, 1974). Cette confusion conceptuelle a alimenté l’illusion de certitude selon laquelle tous les problèmes posés comportent exactement une réponse correcte, que toutes les autres réponses sont des erreurs, et que les heuristiques sont toujours inférieures à la rationalité logique.

Pour dissiper cette confusion terminologique, je définis ces concepts dans le Tableau 1 en utilisant la notion de « petit monde » de Savage (1954/1972), une situation où un agent possède une prévoyance parfaite de tous les états futurs possibles $S$ et de toutes les conséquences $C$. Un petit monde aux probabilités inconnues est une situation d’ambiguïté ; un petit monde aux probabilités connues est une situation de risque (Tableau 1). Des dés pipés et des machines à sous au biais non divulgué sont des exemples d’ambiguïté ; les loteries et la roulette sont des exemples de situations de risque.

Tableau 1. Risque, ambiguïté, incertitude et intraitabilité

Conditions Petits mondes : Risque Petits mondes : Ambiguïté Grands mondes : Incertitude Grands mondes : Intraitabilité
Tous les états futurs possibles et les conséquences de toutes les actions sont-ils connus ? Oui Oui Non Oui
Toutes les probabilités sont-elles connues ? Oui Non Non Oui
L’action optimale peut-elle être calculée ? Oui Oui Non Non

L’incertitude, en revanche, s’applique aux « grands mondes » (large worlds) dans lesquels l’espace des états $(S, C)$ ne peut être connu. Dans ce cadre, aucune distribution de probabilités (avec des probabilités dont la somme est égale à un) ne peut être construite de manière sensée sur les événements ou les conséquences, pas même des probabilités subjectives. L’incertitude fait partie des décisions réelles les plus importantes, des problèmes de budget administratif à la planification d’une guerre.

Enfin, un problème bien défini est intraitable si la ligne de conduite optimale ne peut être calculée, même si elle existe. Envisagez un problème de tournée : étant donné $n$ villes reliées par des routes de longueur connue, trouver le trajet le plus court pour visiter chaque ville exactement une fois, en revenant au point de départ. Avec $n$ villes, il y a $(n – 1)! / 2$ parcours possibles, ce qui signifie que pour 61 villes ou plus, le nombre de parcours dépasse le nombre estimé d’atomes dans l’univers.

Le Tableau 1 cartographie le véritable territoire de la rationalité logique : les petits mondes. Des outils méthodologiques tels que les probabilités subjectives, les probabilités de second ordre et les distributions a priori uniformes permettent de traiter les situations d’ambiguïté. Mais ils ne s’appliquent pas aux situations d’incertitude où l’espace des états n’est pas intégralement connu.

Comme l’a noté Simon, il existe deux manières d’aborder une situation en contexte d’incertitude et d’intraitabilité. La première consiste à convertir le problème d’origine en un petit monde afin de calculer une conduite optimale, en espérant que la solution se généralisera au problème initial. La seconde consiste à affronter l’incertitude et l’intraitabilité, à renoncer à l’idéal d’optimisation et à étudier comment les individus et les institutions prennent réellement de bonnes décisions dans le grand monde. Dans la lignée de Friedman, la majorité des économistes néoclassiques et des théoriciens de la décision ont emprunté la première voie ; à la suite de Knight et Simon, une minorité de spécialistes des sciences sociales, dont mon propre groupe de recherche, a suivi la seconde. Mais comment prendre de bonnes décisions dans de grands mondes ?

Heuristiques

Le programme des heuristiques et biais a le mérite d’avoir attiré l’attention des chercheurs en sciences sociales sur les heuristiques. Tversky et Kahneman (1974) ont reconnu que les heuristiques sont extrêmement économiques et généralement efficaces. Cependant, un tel éloge était presque toujours suivi de mises en garde indiquant que les heuristiques peuvent conduire à des erreurs graves et systématiques. Comme l’a fait observer Lopes (1991), malgré tout le soin apporté à souligner les erreurs, Tversky et Kahneman ne citent pas un seul exemple illustrant une heuristique fonctionnant bien. C’est la conséquence directe de la rationalité logique, au sein de laquelle les heuristiques sont systématiquement considérées comme un pis-aller.

Les trois heuristiques initialement proposées — disponibilité, ancrage et représentativité — constituaient une première étape importante. Il est compréhensible qu’au début des années 1970, elles n’aient été que vaguement caractérisées. Cependant, comme je l’ai soutenu 25 ans et de nombreuses expériences plus tard (Gigerenzer, 1996), des notions comme la représentativité restent vagues, non définies et non spécifiées, tant en ce qui concerne les conditions antécédentes qui les déclenchent que les processus cognitifs qui les sous-tendent. Kahneman et Tversky (1996, p. 591) ont défendu cette imprécision en arguant que les psychologues de la Gestalt n’avaient pas non plus spécifié entièrement les règles de similitude et de bonne continuité, et qu’il serait « imprudent » d’« imposer des modèles de processus comme moyen principal de faire progresser la psychologie ». Plus de 25 ans après, le processus sous-jacent à ces trois concepts demeure nébuleux.

Dans mes propres recherches, je me suis appuyé sur les modèles algorithmiques d’heuristiques de Simon (et Tversky). Une première innovation a été de tester des modèles d’heuristiques pour les inférences, et non seulement pour les préférences comme dans le satisficing de Simon ou l’élimination par aspects de Tversky. Contrairement aux préférences, les inférences permettent de mesurer réellement l’exactitude des heuristiques. Cela a permis la découverte des effets du « moins c’est mieux » (less-is-more effects), des situations dans lesquelles des heuristiques simples prédisent de manière plus précise que des modèles linéaires complexes — et avec moins de temps et d’efforts (Gigerenzer et al., 1999).

La première objection à nos résultats fut qu’ils étaient impossibles. Les effets du « moins c’est mieux » ne sont en effet pas concevables dans les petits mondes de la rationalité logique, mais ils se produisent dans les grands mondes. Lorsque des chercheurs indépendants ont répliqué nos résultats, l’objection suivante a été de dire que si les heuristiques peuvent prédire plus précisément que des modèles linéaires, elles restent toujours inférieures aux algorithmes complexes d’apprentissage automatique. Lorsque nous avons par la suite testé des heuristiques telles que take-the-best et les arbres rapides et frugaux (fast-and-frugal trees) sur des ensembles de données d’apprentissage automatique, nous avons trouvé des jeux de données où les heuristiques prédisaient de manière aussi exacte, voire meilleure, que les forêts aléatoires (random forests) ou les machines à vecteurs de support (support vector machines), et de façon plus efficiente (Brighton & Gigerenzer, 2015 ; Katsikopoulos et al., 2020 ; Buckmann, 2024).

La découverte des effets du « moins c’est mieux » a soulevé une nouvelle question : pouvons-nous identifier les conditions dans lesquelles une classe donnée d’heuristiques réussit ou échoue ?

Rationalité écologique

L’étude de la rationalité écologique s’appuie sur l’analyse et la simulation informatique pour modéliser l’adéquation entre les heuristiques et les conditions environnementales. Lors d’une conférence en 1996, lorsque j’ai présenté le premier résultat de mon groupe de recherche, celui-ci a retenu l’attention de Reinhard Selten, qui avait reçu le prix de Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel deux ans plus tôt. À la fin de mon exposé, Selten a déclaré : « C’est une véritable percée ».

La condition que nous avions découverte était simple : si les poids bêta des variables sur lesquelles repose une inférence décroissent de manière exponentielle, aucun modèle linéaire ne peut effectuer de meilleures prédictions que l’heuristique take-the-best (Martignon & Hoffrage, 1999). Pour Selten, la théorie des jeux était un puzzle mathématique, qu’il ne fallait pas confondre avec une prescription ou une description de la prise de décision en incertitude, comme l’avaient espéré les rationalistes de la Guerre froide. Pour l’illustrer, il a prouvé par induction à rebours qu’une politique de prix coopérative, et non agressive, est logiquement impliquée dans le paradoxe de la chaîne de magasins (chain-store paradox). Pourtant, ajoutait-il, dans le monde réel, il ne suivrait pas la déduction logique mais se montrerait agressif pour dissuader d’autres acteurs d’entrer sur le marché (Selten, 1978, p. 132–133). La validité logique d’un argument dans un petit monde bien défini n’implique pas son caractère raisonnable dans le grand monde de la compétition économique.

La rationalité écologique signifie la fonctionnalité dans la tradition de James, Dewey et Brunswik, et non la véridicités (veridicality ; Rizzo, 2023). Le compromis biais-variance (bias-variance trade-off) implique que les heuristiques peuvent être biaisées, mais parce qu’elles présentent une faible erreur due à la variance, elles peuvent néanmoins conduire à un comportement plus précis et plus efficace que ne le font des stratégies complexes (Gigerenzer & Brighton, 2009). L’étude de la rationalité écologique donne de la consistance aux lames des ciseaux de Simon. Simon s’est réjoui de voir comment son analogie s’était développée en analyse mathématique. Dans sa recommandation pour notre ouvrage Simple Heuristics That Make Us Smart, il a écrit qu’il « offre une introduction passionnante à cette révolution dans les sciences cognitives, portant un grand coup en faveur de la raison dans l’approche de la rationalité humaine » (Simon, 1999). La découverte des effets du « moins c’est mieux » a révolutionné la compréhension de la rationalité limitée. Ce qui semblait être une négligence irrationnelle d’informations s’est révélé être écologiquement rationnel sous des conditions précises que nous avons pu déterminer.

Vernon Smith (2003) a introduit le terme de « rationalité écologique » de manière indépendante dans sa leçon d’attribution du prix Nobel, où il a reconnu sa similitude avec le concept employé dans Simple Heuristics. Pour Smith, la rationalité écologique émerge du cerveau inconscient plutôt que de l’esprit conscient, à travers les traditions, les heuristiques, les normes et d’autres processus culturels et biologiques. L’usage du terme par Smith comme le nôtre signale la nécessité d’aller au-delà du programme des biais cognitifs, bien qu’ils diffèrent également, par exemple en ce que la rationalité écologique, selon mon acception du terme, inclut l’analyse d’heuristiques utilisées de manière délibérée, comme dans le diagnostic médical et la gestion d’entreprise (Dekker & Remic, 2019 ; Reb et al., 2024).

En résumé, la rationalité logique est un outil pour les petits mondes, et les heuristiques sont des outils pour l’incertitude et l’intraitabilité. À de nombreuses reprises, j’ai été témoin d’une résistance émotionnelle face à ce message, parfois mêlée à une reconnaissance implicite de sa validité. En 2010, l’université de Bonn a célébré le 80e anniversaire de Selten, pour lequel il a invité quatre conférenciers : trois économistes (dont deux lauréats du prix Nobel) et moi-même. Après mon exposé, l’un des lauréats du prix Nobel s’est approché de moi et m’a dit : « Très intéressant, mais vous savez, je n’aime pas l’incertitude. »

Ces dernières années, cependant, un bon nombre d’économistes sont devenus curieux des modèles algorithmiques d’heuristiques et ont commencé à les étudier dans la prise de décision en incertitude. Les économistes de la Banque d’Angleterre, par exemple, en collaboration avec des chercheurs de mon groupe, ont conçu des arbres rapides et frugaux pour prédire la faillite bancaire, après avoir constaté que lorsque les données sont limitées et les risques à queues épaisses (fat-tailed risks), les heuristiques simples l’emportent sur les modèles plus complexes pour calculer les exigences de fonds propres des banques (Aikman et al., 2021). D’autres, dont Stiglitz, ont testé la capacité prédictive des heuristiques dans des situations macroéconomiques caractérisées par le changement technologique, l’information imparfaite, les obstacles de coordination et les ruptures structurelles :

« Nos résultats suggèrent que les heuristiques simples et robustes ne sont pas une option de second rang, mais plutôt des réponses « rationnelles » dans des environnements macroéconomiques complexes et changeants. » (Dosi et al., 2020, p. 1)

L’éducation plutôt que le paternalisme

Un article de Nature intitulé « Risk School » posait la question suivante : Le grand public peut-il apprendre à évaluer les risques avec précision, ou les autorités doivent-elles l’orienter vers les bonnes décisions (Bond, 2009) ? L’auteur s’est adressé aux « deux camps opposés » des heuristiques et biais et de la rationalité écologique. Le juriste Kahan y est cité affirmant que « la prise de décision en matière de risque devrait être concentrée encore davantage dans des agences d’experts isolées de la politique », Thaler soutenant que « notre capacité à éliminer les biais chez les gens est très limitée », et Kahneman déclarant qu’« il faut une quantité énorme de pratique pour modifier son intuition » (p. 1189–1192). Si personne ne conteste l’existence de mauvaises décisions, nous sommes en désaccord sur la nature de la rationalité et sur la capacité des êtres humains à apprendre et à s’améliorer.

Considérez le raisonnement bayésien, le conflit d’origine entre Edwards d’une part et Kahneman & Tversky d’autre part. En utilisant des représentations intuitives de la numérosité, la plupart des élèves de CM1 savent déjà raisonner de manière bayésienne (Gigerenzer et al., 2021). J’ai formé 1 000 gynécologues dans le cadre de leur formation médicale continue, et environ 80 % d’entre eux ne savaient pas comment interpréter les statistiques de base sur les chances qu’a une femme d’avoir un cancer du sein sachant que sa mammographie de dépistage s’est révélée positive. Pourtant, après une heure d’enseignement des mêmes outils que ceux appris par les enfants, la quasi-totalité d’entre eux a compris (Gigerenzer et al., 2007). L’apprentissage est facilité par des représentations intuitives, que la rationalité logique prend à tort pour des erreurs de cadrage. De la même manière, il est essentiel d’enseigner des heuristiques efficientes pour les situations impliquant de l’incertitude, telles que les arbres rapides et frugaux pour la répartition des patients dans les services d’urgence et pour rendre le monde de la finance plus sûr (Katsikopoulos et al., 2020).

Conclusion

La Guerre froide a pris fin, mais les guerres de la rationalité se poursuivent. Elles sont toujours alimentées par une profonde fracture conceptuelle sur la nature et la psychologie humaines. Comme me l’a expliqué un économiste réputé avec une grande assurance : « Écoutez, soit un raisonnement est rationnel, soit il est psychologique. » La rationalité sans la psychologie — tel était l’idéal commun à la rationalité de la Guerre froide et au programme des biais cognitifs, bien qu’ils apparaissent diamétralement opposés. Il est remarquable que de nombreux psychologues aient préféré marcher sous la bannière de la rationalité logique et combattre le jugement, l’intuition, l’expérience, l’émotion et tout le reste de la psychologie comme les ennemis de la raison.

La rationalité écologique n’est pas véritablement en guerre contre la rationalité logique. Je vois la rationalité écologique comme un concept plus vaste. Elle comprend non seulement l’analyse des conditions sous lesquelles une classe d’heuristiques fonctionne, mais aussi des conditions sous lesquelles s’appuyer sur la rationalité logique, comme la règle de Bayes, a des chances d’aboutir. Par exemple, la règle de Bayes exige un monde stable pour que le passé puisse fournir des distributions a priori fiables. En revanche, appliquer la règle de Bayes à un monde incertain sujet à des changements soudains peut conduire à « l’illusion de la dinde » (turkey illusion ; Taleb, 2010).

Selon moi, la rationalité implique bien plus qu’une logique froide. Elle exige du jugement et de l’expérience. Les bonnes décisions dépendent de la connaissance des environnements sociaux et physiques dans lesquels nous vivons. En conséquence, il n’existe pas une rationalité unique, tout comme il n’existe pas une méthode d’inférence statistique unique qui soit optimale pour tous les problèmes. La rationalité est écologique, dépendante du problème particulier et du contexte auquel nous faisons face. La voie à suivre est de libérer la rationalité du carcan d’une rationalité logique universelle, de prendre les heuristiques au sérieux, et de modéliser systématiquement la prise de décision dans notre monde d’incertitude et d’intraitabilité.

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Article # 316 – Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)

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Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)

RAPPORT DE LECTURE


Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)


Introduction et Données Institutionnelles du Périodique

La revue Logos: Philosophical Counseling and Practices (e-ISSN: 3108-7655), éditée par Mustafa Çevik (MC Publishing), s’inscrit dans une démarche académique d’interconnexion entre la théorie philosophique et ses applications pratiques au sein de diverses sphères de l’existence contemporaine (vie personnelle, monde des affaires, politique, domaine numérique, conseil familial et éducation). Publiée de manière semestrielle (janvier et juin) en libre accès (Creative Commons CC BY-NC 4.0), elle est dirigée par un comité éditorial international, avec pour rédacteur en chef ?lyas Altuner (Université d’I?d?r, Turquie). Ce numéro de juillet 2026 regroupe un ensemble de contributions de haut niveau explorant principalement les fondements de la philosophie de la peur (Fearism), les biais de genre dans la psychologie moderne, les crises ontologiques du néolibéralisme relues à la lumière de la philosophie islamique classique, ainsi que les cadres méthodologiques de la consultation philosophique (argumentation et ateliers démocratiques).

Analyse Thématique Partie par Partie (Contributions de Recherche)

Partie 1 : Philosophie du Fearism (Desh Subba) et Applications au Conseil Philosophique

Auteur : R. Michael Fisher (Southwestern College, Nouveau-Mexique, États-Unis).

  • Problématique et Concepts Clés : L’auteur introduit la philosophie du Fearism, conceptualisée à l’origine par l’intellectuel népalais Desh Subba. Fisher propose un glissement paradigmatique majeur : alors que le canon philosophique occidental traditionnel (des Stoïciens à Sartre, Kierkegaard et Heidegger) a systématiquement privilégié l’angoisse (anxiety) ou le sous-produit métaphysique au détriment de la peur substantive (considérée comme triviale ou superficielle), le Fearism affirme la primauté ontologique et neurologique de la Peur (avec une majuscule, Fear). La Peur est redéfinie comme une force omniprésente façonnant l’évolution, la culture et l’action humaine.

  • Mécanismes et Critique Épistémologique : Subba et Fisher démontrent que l’angoisse n’est qu’une « peur diluée » ou une rumination cognitive sans objet immédiat, dépourvue de structure neuronale dédiée, contrairement à la peur qui est ancrée biologiquement dans l’amygdale. L’article théorise le « Problème de la Peur » (Fear Problem) et les « architectures de gestion de la peur » (fear-management architectures), postulant que tous les systèmes politiques et sociaux (le Sotalism de Subba) sont des structures de régulation de cette dernière.

  • Application Clinique : Pour le conseil philosophique, la cure ne vise pas l’élimination de la peur (impossible), mais la fearmorphosis (transmutation consciente par l’intelligence collective) pour guider le sujet vers un « Âge sans peur » (Fearless Age).

Partie 2 : Le Motif Inachevé – Peur, Curiosité et Résolution Neuro-philosophique

Auteure : Irada Gezalova (Chercheuse indépendante, Londres, Royaume-Uni).

  • Cadre Théorique : Ce travail enrichit la philosophie du Fearism en articulant les neurosciences cognitives (le principe d’énergie libre de Friston, le traitement prédictif de Clark) avec la psychologie de la motivation (la théorie de l’écart d’information de Loewenstein, l’effet Zeigarnik) et l’esthétique aristotélicienne.

  • Thèse Centrale : La peur et la curiosité ne sont pas des opposés antinomiques, mais deux expressions contextuelles d’un même mécanisme d’origine : la tendance irrépressible du cerveau à résoudre des schémas ou motifs incomplets (incomplete patterns). L’incertitude (le fossé cognitif) est perçue par le système prédictif comme une anomalie exigeant une réduction.

  • Modèle à Deux Facteurs : L’auteure propose un curseur d’incertitude modulé par la sécurité environnementale évaluée :

    1. Si l’incertitude est modérée et le contexte sécurisé, le vecteur se traduit par la curiosité spécifique et l’approche exploratoire (renforcée par la dopamine lors de la résolution du motif).

    2. Si l’incertitude est élevée ou le contexte menaçant, la pulsion mute en peur clinique et en comportement d’évitement.

  • Le Compromis Cathartique : Gezalova réinterprète la catharsis aristotélicienne et le transfert d’excitation de Zillmann comme une recherche volontaire d’une peur encadrée (ex. : le cinéma d’horreur) où le sujet accepte les signaux de stress biologiques car la résolution finale garantit une décharge dopaminergique gratifiante.

Partie 3 : Guérir les Femmes en les Masculinisant – Le Projet Caché de la Psychologie Moderne ?

Auteur : Mustafa Çevik (Université des Sciences Sociales d’Ankara, Turquie).

  • Critique de la Rationalité Normative : À travers une relecture déconstructiviste de l’ouvrage de Carol Gilligan (In a Different Voice), Çevik démontre que la psychologie développementale du XXe siècle (Piaget, Kohlberg, Erikson, Freud) a universalisé un modèle de développement humain qui est, en réalité, calqué exclusivement sur l’expérience masculine occidentale.

  • Le Biais Universalisant : Dans le paradigme du développement moral de Kohlberg, la maturité suprême (Stade 6) est définie par l’autonomie kantienne, l’abstraction et le détachement relationnel au nom de principes universels de justice. À l’inverse, l’éthique de la sollicitude (ethics of care), la pensée contextuelle et le maintien des réseaux relationnels — prépondérants chez les femmes — ont été structurellement codés comme des retards de développement ou des carences cognitives.

  • Implications Épistémologiques et Cliniques : En s’appuyant sur l’épistémologie féministe (Harding, Haraway) et la psychologie morale contemporaine (Haidt), l’auteur met en garde contre les dérives de la psychothérapie classique qui cherche à « guérir » les femmes en leur imposant une assimilation normative (séparation, individualisation absolue). Le conseil philosophique doit suspendre ce modèle téléologique pour reconnaître une pluralité d’orientations rationnelles où la maturité réside dans la capacité à maintenir la tension dialectique entre attachement relationnel et autonomie.

Partie 4 : Crises Ontologiques de l’Ère Néolibérale et Conseil Philosophique selon al-Kindi

Auteur : Hüseyin Sar?o?lu (Université des Sciences Sociales d’Ankara, Turquie).

  • Diagnostic de la Modernité Retardée : L’auteur dresse un constat sévère de l’éthos néolibéral qui réduit l’individu à un « entrepreneur de soi », soumis à l’injonction de la performance instantanée, de la vitesse numérique et de la quête de validation spectaculaire (les réseaux sociaux), générant une érosion du caractère et une insécurité ontologique profonde.

  • La Méthodologie Kindienne : Face à ces pathologies de l’esprit, Sar?o?lu réactive le traité du philosophe islamique du IXe siècle al-Kindi, Sur les moyens de dissiper les chagrins (Risala fi al-Hila li-Daf al-Ahzan). Al-Kindi y définit le chagrin comme une perturbation psychologique issue de la perte de ce qui est aimé ou de l’échec des désirs.

  • Restructuration Cognitive (Les 10 Stratégies) : L’article transpose les préceptes péripatéticiens d’al-Kindi dans le cadre moderne du conseil philosophique (en dialogue avec la logothérapie de Frankl et l’approche de Marinoff). Al-Kindi invite le sujet à opérer une distinction stricte entre les biens contingents, extérieurs et instables (considérés comme de simples « dépôts » temporaires), et la substance intellectuelle éternelle de l’âme humaine. La guérison s’articule autour des quatre vertus cardinales (sagesse, courage, chasteté/modération, justice) pour détacher l’esprit des impératifs du marché et reconstruire l’intégrité axiologique individuelle.

Partie 5 : Le Rôle de l’Argumentation dans le Conseil Philosophique – Analyse d’un Cas Fictif

Auteure : Özlem Küçük?abano?lu (Chercheuse indépendante, Istanbul, Turquie).

  • Modélisation Dialectique : L’étude examine comment la théorie de l’argumentation contemporaine (le modèle structurel de Stephen Toulmin et l’approche pragmatique-dialogique de Douglas Walton) sert d’outil analytique rigoureux au sein de la consultation philosophique. Les souffrances existentielles des clients s’énoncent souvent sous forme de sophismes logiques ou de prémisses enthymématiques implicites (ex. : « Personne ne m’estime »).

  • L’Apport de Toulmin et Walton : Le modèle de Toulmin permet d’isoler la thèse (claim), les données (grounds), les garanties (warrants) et les conditions de réfutation (rebuttal) au sein du discours ordinaire du patient, mettant en lumière les sauts logiques. La typologie des dialogues de Walton (dialogue de persuasion, d’enquête, de négociation) et les questions critiques associées aux schémas argumentatifs permettent au conseiller de redistribuer la charge de la preuve sans basculer dans la confrontation clinique. L’auteure applique cette méthode à une étude de cas fictive (« Succès et Valorisation »), démontrant la transition réussie d’une inférence causale erronée vers un jugement restructuré et cohérent.

Partie 6 : Démocratie et Éducation – Un Exemple d’Étude sous Forme d’Atelier

Auteures : Fatma Hürrem Sünney & Yasemin Mamur I??kç? (Université de Giresun, Turquie).

  • Cadre Praxéologique : S’appuyant sur la philosophie de John Dewey qui conçoit la démocratie non pas comme un simple dispositif gouvernemental mais comme une forme de vie partagée indissociable de l’éducation, les chercheuses décrivent une recherche-action menée en août 2023.

  • Expérimentation : L’atelier a réuni 62 enfants (âgés de 9 à 12 ans) issus de familles de travailleurs agricoles saisonniers dans les vergers de noisettes d’Ordu. Ces enfants, structurellement marginalisés et subissant des vulnérabilités socio-économiques majeures, ont suivi un programme intensif de quatre semaines axé sur les valeurs démocratiques et les droits de l’enfant (justice, égalité, participation, non-exploitation).

  • Analyse Métonymique : À travers l’analyse de contenu d’expressions métaphoriques récoltées en pré-test et post-test (ex. : « La justice est comme… parce que… »), l’étude documente l’évolution cognitive des enfants : d’une incompréhension initiale des concepts systémiques, ils sont parvenus à conceptualiser l’exploitation de leur propre force de travail, l’arbitraire de l’autorité, et la légitimité de leur droit à la parole au sein de la cellule familiale et scolaire.

Synthèse Critique Épistémologique

L’ensemble de ce volume de la revue Logos témoigne de la vitalité théorique du champ de la pratique philosophique en 2026. La cohérence interne du numéro réside dans son effort constant pour arracher la philosophie à l’abstraction spéculative afin d’en faire une trousse à outils clinique et sociopolitique.

D’un point de vue critique, on notera l’émergence d’une tension constructive entre les approches de la cognition : d’un côté, le Fearism (Fisher, Gezalova) tend à ancrer la motivation humaine dans des mécanismes biologiques d’incertitude et de traitement de la peur universels ; de l’autre, les contributions de Çevik, Sar?o?lu et Sünney rappellent l’irréductibilité du tissu historique, du genre et des structures de domination socio-économiques (néolibéralisme, patriarcat, travail saisonnier) dans la construction des désordres de l’esprit et du sens. C’est précisément dans l’articulation de cette double polarité — entre universalité biologique des affects et plasticité des cadres axiologiques et culturels — que le conseil philosophique contemporain affirme sa singularité face à la psychiatrisation de la souffrance existentielle.


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Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Problèmes de philosophie (1912) marque un tournant dans l'histoire philosophique de la logique moderne. Ce livre offre aussi, par le souci constant qu'il manifeste d'éviter les questions trop techniques ; par le rappel des grandes conceptions classiques que Bertrand Rus-sell passe en revue afin de mieux situer sa démarche ; par la clarté, enfin, avec laquelle il pose les grands problèmes de la théorie de la connaissance et en parcourt le domaine — une excellente introduction à toute une part de la philosophie contemporaine.
Problèmes de philosophie (1912) marque un tournant dans l’histoire philosophique de la logique moderne. Ce livre offre aussi, par le souci constant qu’il manifeste d’éviter les questions trop techniques ; par le rappel des grandes conceptions classiques que Bertrand Russell passe en revue afin de mieux situer sa démarche ; par la clarté, enfin, avec laquelle il pose les grands problèmes de la théorie de la connaissance et en parcourt le domaine — une excellente introduction à toute une part de la philosophie contemporaine. Source : Bibliothèque philosophique Payot.

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Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.


Citation tirée du livre Problèmes de philosophie (1912), chapitre La valeur de la philosophie, de Bertrand Russell

« En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. Celui qui ne s’y est pas frotté traverse l’existence comme un prisonnier : prisonnier des préjugés du sens commun, des croyances de son pays ou de son temps, de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Tout dans le monde lui paraît aller de soi, tant les choses sont pour lui comme ceci et pas autrement, tant son horizon est limité; les objets ordinaires ne le questionnent pas, les possibilités peu familières sont refusées avec mépris. Mais nous l’avons vu dès le début de ce livre : à peine commençons-nous à philosopher que même lés choses de tous les jours nous mettent sur la piste de problèmes qui restent finalement sans réponse. Sans doute la philosophie ne nous apprend-elle pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu’elle fait surgir : mais elle suggère des possibilités nouvelles, elle élargit le champ de la pensée en la libérant de la tyrannie de l’habitude. Elle amoindrit notre impression de savoir ce que sont les choses; mais elle augmente notre connaissance de ce qu’elles pourraient être; elle détruit le dogmatisme arrogant de ceux qui n’ont jamais traversé le doute libérateur, et elle maintient vivante notre faculté d’émerveillement en nous montrant les choses familières sous un jour inattendu. »

Source : Problèmes de philosophie, Bertrand Russell (trad. François Rivenc), éd. Payot, 1989 (ISBN 2-228-88172-4), chap. XV. La valeur de la philosophie, p. 180-181.

Note : Ce livre de Bertrand Russell est disponible gratuitement dans sa langue originale de publication (anglais) (1912).


Bertrand Russell : ce qu’est la philosophie

par Caroline Vincent, professeur de philosophie, site web : Apprendre la philosophie.

Bienvenue sur Apprendre la philosophie ! Comme ça n’est pas la première fois que vous venez ici, vous voudrez sans doute lire mon livre qui vous explique comment réussir votre épreuve de philosophie au bac : cliquez ici pour télécharger le livre gratuitement !

« Dans ce texte (voir la citation ci-dessus), Bertrand Russell fait un éloge de la philosophie en commençant par une affirmation qui peut paraître paradoxale. La valeur de la philosophie ne vient pas essentiellement de sa capacité à répondre aux questions quelle pose, comme cela peut être le cas de la science. La valeur de la philosophie vient notamment de sa capacité à susciter l’incertitude. Cela peut sembler étonnant car, en tant qu’humain, nous avons plutôt tendance à fuir l’incertitude et à chercher des certitudes. Pourquoi pourrait-on alors dire que l’incertitude est une bonne chose ?

Pour Bertrand Russell, l’incertitude n’est pas la seule valeur de la philosophie, mais elle est essentielle car être incertain c’est être travaillé par le doute, c’est refuser d’adhérer à une idée sans s’interroger. En somme, c’est donc être le contraire d’un esprit dogmatique qui accepte les idées sans les remettre en question. Ainsi, pour Russell, un homme qui ne fait pas de philosophie aura tendance à être aveuglé et prisonnier des préjugés et croyances de son époques et de son pays. Ne pas faire de philosophie c’est donc ne pas être libre car c’est être conditionné par les opinions communes et rester toujours dans les mêmes idées et les mêmes habitudes.

A ses yeux, la philosophie a une grande valeur car elle nous sort de l’habitude et l’habitude est un grand mal. Selon lui, une âme habituée est une âme morte, c’est une âme où il ne se passe plus rien de nouveau, où tout ce qui nous entoure a toujours le même sens et n’a rien de surprenant. Au contraire, faire de la philosophie c’est questionner le réel pour tenter de le voir différemment, c’est peut-être refuser ce qui est pour dire ce qui devrait être, c’est envisager les possibles. »

Source : Apprendre la philosophie, Bertrand Russell : ce qu’est la philosophie, Caroline Vincent, professeur de philosophie.


Russell. La valeur de la philosophie.

par Gabriel Gay-Para, ggpphilo.

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Introduction

Dans ce texte extrait de l’ouvrage intitulé Problèmes de philosophie (1912), Bertrand Russell s’interroge sur la valeur de la philosophie. Cette interrogation est d’autant plus nécessaire que la philosophie rencontre de nombreux détracteurs, tant chez ceux qui, ralliant l’opinion commune, la jugent inutile au regard des préoccupations de la vie pratique, que chez ceux qui la dénigrent sous prétexte qu’elle ne peut pas accéder au statut de science. Dans le cadre de cette polémique, Russell avance un argument décisif en faveur de la philosophie. La thèse qu’il défend est énoncée explicitement dès la première phrase : « En fait, c’est dans son incertitude que réside largement la valeur de la philosophie ». Encore faut-il en saisir toute la portée. Loin de faire une simple et complaisante apologie de la philosophie, Russell cherche ici à retourner contre lui-même l’argument de ses adversaires.

Il est, en effet, de bon ton d’opposer la science et la philosophie. La science serait définie par un ensemble de connaissances dont nous pouvons être sûrs, car elles ont été soit démontrées, soit prouvées expérimentalement. La philosophie, en revanche, dans la mesure où elle échoue à répondre de manière définitive aux problèmes dont elle se préoccupe, serait placée sous le signe de l’incertitude. Or, cette incertitude, loin d’être un défaut, n’est-elle pas ce qui fait la valeur de la philosophie ? L’opinion commune aurait tendance à considérer l’incertitude comme une faiblesse et le doute comme un échec. La thèse défendue par Russell est paradoxale, puisqu’elle consiste à renverser cette opinion commune. Dans quelle mesure l’incertitude et le doute qui l’accompagne, loin d’être le signe d’une faiblesse ou la conséquence d’un échec, sont-ils bénéfiques ?

Pour établir sa thèse, Russell commence par montrer dans quelle mesure la certitude et l’absence de doute peuvent être néfastes (lignes 1 à 8). L’homme ordinaire, parce qu’il est certain, ne pense pas : il se contente de croire. Replié sur lui-même, enfermé dans ses certitudes, il est incapable de s’interroger et de considérer des points de vue différents du sien. La philosophie, parce qu’elle réintroduit le doute au milieu des croyances communément admises, permet d’éviter ces écueils (lignes 8 à 18). Celui qui la pratique non seulement se libère des croyances, mais, reconsidérant le monde à partir d’un point de vue nouveau, le redécouvre et devient ainsi plus à même de l’apprécier dans toute sa complexité.

* * *

Développement

1.  La prison des certitudes
a) L’attitude du non-philosophe

Russell a recours à une comparaison : celui qui ne fait pas de philosophie vit « comme un prisonnier ». Cette comparaison n’est pas originale [1]. En filigrane, on comprend aussitôt que, si la philosophie a de la valeur, c’est dans la mesure où elle contribue à la libération de l’individu. Ce thème sera repris dans la deuxième partie du texte. Encore faut-il préciser de quoi l’homme ordinaire est prisonnier. Russell énumère rapidement les différents barreaux de sa prison.

Celui qui ne fait pas de philosophie ne doute pas : il vit donc dans la croyance.  Russell envisage différents cas : certaines croyances sont universelles et se retrouvent chez tous les hommes (« les préjugés du sens commun ») ; d’autres sont relatives à une société ou à une culture particulière, et sont transmises par l’éducation (« les croyances de son pays ou de son temps ») ; enfin, certaines croyances sont individuelles : l’homme croit, parce qu’il a besoin de croire ; la croyance l’aide à vivre. Pensons, par exemple, aux croyances religieuses (« convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison »).

Dans tous les cas, l’homme ordinaire est passif. Cette passivité provient du fait qu’il croit, au lieu de penser par lui-même et de faire usage de sa raison. D’une part, puisqu’il ne pense pas par lui-même, il est soumis à la pensée des autres : il croit ce que les autres croient ; ses croyances dépendent très largement de la société dans laquelle il vit. D’autre part, il croit sans faire usage de sa raison, donc de manière irrationnelle : esclave des autres, il est aussi esclave de lui-même, car il est soumis à ses propres émotions et sentiments. L’homme ordinaire est donc prisonnier de toutes ces idées auxquelles il a donné son assentiment sans réfléchir, et qu’il a intériorisées malgré lui, à cause de l’influence des autres, ou en proie à certaines émotions. L’absence de questionnement qui le caractérise va de pair avec une attitude dogmatique, à la fois face au monde et dans le rapport avec les autres.

 b) Les conséquences de cette attitude
  • Le rapport au monde. Tout d’abord, ne pensant pas, refusant de s’interroger, l’homme ordinaire considère le monde à travers le verre réducteur de ses propres croyances. « Tout dans le monde lui paraît aller de soi, tant les choses sont pour lui comme ceci et pas autrement » : la certitude s’accompagne d’un sentiment de familiarité avec le monde. Du point de vue de l’homme ordinaire, les choses sont telles qu’elles lui apparaissent ; à aucun instant, il n’envisage la possibilité que les choses soient différentes. Lorsqu’il regarde autour de lui, on pourrait dire qu’il est « en terrain connu » : chaque chose peut entrer dans une catégorie distincte ; un chat est un chat, un chien est un chien ; il n’y a pas de place pour des objets insolites ou inclassables. Il n’y a pas non plus de place pour des événements imprévisibles, tant tout semble se répéter sous l’effet de l’habitude. Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’homme ordinaire refuse de douter, et consent à son propre esclavage. Même si sa connaissance du monde est illusoire ou trompeuse, elle a au moins le mérite de le rassurer. Un monde « connu », c’est-à-dire un monde familier et auquel on est habitué, est un monde dans lequel on peut se sentir en sécurité. Des croyances même fausses valent mieux qu’une remise en question perpétuelle qui entraînerait une perte de repères, ce qui est, à l’évidence, déstabilisant et inconfortable dans la vie quotidienne.
  • Le rapport aux autres. On comprend aussi pourquoi « les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris ». Refusant d’interroger le monde dans lequel il vit, l’homme qui ne fait pas de philosophie refuse toute remise en question éventuelle de ses croyances. En ce sens, puisqu’il est si sûr de lui, il se montre facilement méprisant à l’égard d’autrui, lorsque celui-ci ose émettre une opinion différente de la sienne, et refuse, à l’avance, tout dialogue. Ainsi, non seulement il se montre intolérant, ce qui pose problème, d’un point de vue moral, mais il se prive aussi de toute chance d’évoluer : ses croyances sont définitivement figées. Pour se libérer de la « prison mentale » qu’il s’est construite, il devra apprendre à considérer les choses à partir d’un point de vue différent du sien, quitte à abandonner le sentiment de certitude qui l’habite.
2. Le doute libérateur
a) Concession

Ayant établi que la certitude peut avoir des conséquences négatives, Russell en vient à montrer, de manière symétrique, les bienfaits de l’incertitude, et donc de la philosophie. Son éloge échappe pourtant à la naïveté et à la complaisance : en tant que philosophe réfléchissant sur la valeur de sa propre discipline, il ne nie pas son caractère incertain, et concède même volontiers son échec à connaître. « Sans doute la philosophie ne nous apprend pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu’elle fait surgir ». Il faut donc distinguer le domaine de la philosophie, et celui des sciences. Si l’homme scientifique peut répondre aux questions qu’il pose, car il dispose d’un procédé fiable pour découvrir la réponse, le philosophe, en revanche, échoue à savoir. Mais cet échec est, en quelque sorte, et non sans paradoxe, positif. Certes, le philosophe ne sait pas. Mais, à l’instar de Socrate, il sait qu’il ne sait pas : tel est son avantage décisif tant par rapport à l’homme ordinaire qui vit dans les croyances que par rapport à l’homme scientifique qui peut se targuer de savoir. Le doute se révèle positif, parce qu’il permet à l’homme de se libérer de ses croyances, et d’envisager le monde selon de nouvelles perspectives. Russell reprend donc, de manière rigoureuse, les différents thèmes qu’il a abordés précédemment, instaurant un certain parallélisme entre les deux moments du texte.

 b) Les vertus du doute
  • Se libérer des croyances. Tout d’abord, le doute a une valeur libératrice. Si l’homme ordinaire « traverse l’existence comme un prisonnier », le philosophe peut, en doutant, se libérer « de la tyrannie de l’habitude ». Russell a, de nouveau, recours à une image : en assimilant l’habitude à un pouvoir tyrannique, il suggère que celle-ci s’impose, avant tout, par la force, du fait de la répétition des événements, et donc sans aucune légitimité. Contrairement à l’homme ordinaire, le philosophe refuse d’obéir au pouvoir de l’habitude ; au lieu de croire, il préfère examiner et continuer à chercher, pour se prémunir contre toute conclusion hâtive. De fait, il ne faut pas se fier aux premières impressions : les choses « pourraient » être autrement qu’elles n’apparaissent. Le philosophe possède ce qu’on pourrait appeler avec Robert Musil « le sens du possible », c’est-à-dire, « la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas [2]». Ainsi, contrairement à l’homme de science, le philosophe ne dira pas : « ici s’est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose » ;  mais « il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre [3]». Ce « sens du possible » a des conséquences dans le domaine pratique : le philosophe critique les idées reçues, mais aussi la morale établie et la politique de son temps ; selon lui, les hommes pourraient vivre autrement. Il y aurait un lien profond entre la philosophie et l’utopie.
  • Redécouvrir le monde. Si la philosophie est positive, c’est aussi qu’elle « détruit le dogmatisme arrogant de ceux qui n’ont jamais traversé le doute libérateur » et qu’elle « maintient vivante notre faculté d’émerveillement en nous montrant les choses familières sous un jour inattendu ». En ce sens, remettant en question l’opinion commune, le philosophe s’ouvre au dialogue avec les autres, et redécouvre le monde. Tel un enfant, il pose sans cesse de nouvelles questions, est toujours capable de s’étonner, contrairement à l’homme ordinaire que rien n’étonne. En ce sens, le philosophe peut prétendre, au cours de sa recherche de la vérité, à une certaine forme de « bonheur ». Russell le sous-entend ici, mais il faut le rappeler. Depuis l’origine, la philosophie est étroitement liée à la recherche du bonheur. S’il s’agit de se libérer des croyances, apprendre à penser par soi-même pour redécouvrir le monde dans toute sa complexité, c’est d’abord dans l’espoir qu’une telle activité procure à celui qui s’y consacre une vie plus riche et plus intense, donc plus heureuse.

NOTES

[1] Elle est même devenue un lieu commun depuis l’allégorie de la caverne, développée par Platon au début du livre VII de la République.

[2] L’Homme sans qualités, I, Chap. 4. Le passage en entier ( « Points Seuil », p.20) :

« S’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible.

L’homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas : ici s’est produite, va se produire, doit de produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre. Ainsi pourrait-on définir simplement le sens du possible comme la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas. On voit que les conséquences de cette disposition créatrice peuvent être remarquables : malheureusement, il n’est pas rare qu’elle fasse apparaître faux ce que les hommes admirent et licite ce qu’ils interdisent, ou indifférents l’un et l’autre… Ces hommes du possible vivent, comme on dit ici, dans une trame plus fine, trame de fumée, d’imaginations, de rêveries et de subjonctifs ; quand on découvre des tendances de ce genre chez un enfant, on s’empresse de les lui faire passer, on lui dit que ces gens sont des rêveurs, des extravagants, des faibles, d’éternels mécontents qui savent tout mieux que les autres.

Quand on veut les louer au contraire, on dit de ces fous qu’ils sont des idéalistes, mais il est clair que l’on ne définit jamais ainsi que leur variété inférieure, ceux qui ne peuvent pas saisir le réel ou l’évitent piteusement, ceux chez qui, par conséquent, le manque de sens du réel est une véritable déficience. Néanmoins, le possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. Un événement et une vérité possibles ne sont pas égaux à un événement et une vérités réels moins la valeur « réalité », mais contiennent selon leurs partisans du moins, quelque chose de très divin, un feu, une envolée, une volonté de bâtir, une utopie consciente qui, loin de redouter la réalité, la traite simplement comme une tâche et une invention perpétuelles. ».

[3] Ibid.

Source : GAY-PARA, Gabriel, Russell. La valeur de la philosophie. Site web : ggpphilo. Consulté le 19 janvier 2023.


wikipedia-1pceProblèmes de philosophie

Problèmes de philosophie est un livre écrit par Bertrand Russell, publié en 1912.

Ce livre comporte une perspective analytique générale. Russell s’efforce, par le rappel de quelques conceptions classiques, de passer en revue afin de mieux situer sa propre démarche. Il pose les questions de la théorie de la connaissance et offre une introduction à la philosophie.

Russell aborde sous le titre kantien : « comment la connaissance a priori est-elle possible ? », une question de la possibilité de l’application des mathématiques au monde empirique; comment comprendre, se demande Russell, ce pouvoir d’anticipation de l’expérience que semble posséder la mathématique, si on refuse la réponse kantienne des formes a priori de la sensibilité ? La réponse passe par la découverte que les énoncés arithmétiques sont concernés exclusivement par des universaux, que nous connaissons par « expérience directe. »

Source : Problèmes de philosophie, Wikipédia. Consulté le 18 janvier 2023.


wikipedia-1pce Bertrand Russell

Bertrand Arthur William Russell, 3e comte Russell, né le 18 mai 1872 à Trellech (Monmouthshire) et mort le 2 février 1970 près de Penrhyndeudraeth (pays de Galles), est un mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique.

Russell est considéré comme l’un des philosophes les plus importants du XXe siècle. Sa pensée peut être présentée selon trois grands axes : la logique, la philosophie analytique, et l’éthique.

Russell est, avec Frege, l’un des fondateurs de la logique contemporaine qui fait de cette dernière le fondement des mathématiques. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. À la suite des travaux d’axiomatisation de l’arithmétique de Peano, Russell a tenté d’appliquer ses propres travaux de logique à la question du fondement des mathématiques (cf. logicisme).

Il soutient l’idée d’une philosophie scientifique et propose d’appliquer l’analyse logique aux problèmes traditionnels, tels que l’analyse de l’esprit, de la matière (problème corps-esprit), de la connaissance, ou encore de l’existence du monde extérieur. Il est ainsi le père de la philosophie analytique.

Bertrand Russell en novembre 1957.
Bertrand Russell en novembre 1957.

Il écrit des ouvrages philosophiques dans une langue simple et accessible, en vue de faire partager sa conception d’une philosophie rationaliste œuvrant pour la paix et l’amour. Il s’engage dans de nombreuses polémiques qui lui valent le qualificatif de « Voltaire anglais » ou de « Voltaire du XXe siècle », défend des idées proches du socialisme de tendance libertaire et milite également contre toutes les formes de religion, considérant qu’elles sont des systèmes de cruauté inspirés par la peur et l’ignorance. Il organise le tribunal Sartre-Russell contre les crimes commis pendant la guerre du Viêt Nam.

Son œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature en 1950, « en reconnaissance des divers écrits, toujours de premier plan, qui le posent en champion des idéaux humanistes et de la liberté de pensée ».

Source : Bertrand Russell, Wikipédia.


Mon commentaire

Le bénéfice du doute

La découverte de la citation en vedette dans cet article me rend heureux, tout comme les commentaires des professeurs Caroline Vincent et de Gabriel Gay-Para. Tirée du livre Problèmes de philosophie de Bertrand Russell publié en 1912, cette citation demeure pertinente.

Et c’est sans compter qu’elle s’inscrit en ligne directe avec l’idée que je mets de l’avant depuis mon adolescence : la lumière entre par les failles, ces dernières étant les doutes nécessaires pour éclairer notre esprit et nos pensées. Vivre sans douter, c’est vivre dans le noir. Et vivre en se précipitant pour colmater toutes failles, c’est aussi vivre dans le noir.

Or le doute est le principal outil de l’acquisition et du développement de l’esprit critique à la base de LA philosophie.

Tout aussi paradoxale que cela puisse paraître, le bénéfice du doute, c’est la certitude, une certitude dont on se permettra de douter si elle est remise en question. En science, on acquiert des connaissances que l’on considère comme vraies que le temps qu’une autre connaissance viennent la mettre en doute. Bref, la connaissance scientifique se bâtie sur la destruction du déjà-su. Pourquoi ne pas nous appliquer cette méthode pour penser et réfléchir sainement et librement ?

J’ai remarqué que bon nombre de personnes prennent pour vrai ce qu’elles pensent uniquement parce qu’elles le pensent. Le doute est le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux. Dans une société où l’on enseigne qu’il faut se convaincre, renforcer ses convictions, croire dur comme fer, se faire confiance pour réussir, et pour y parvenir, de ne pas douter, on devient esclave de soi-même. Pourtant, le doute n’est pas lié à un manque de confiance en soi. Au contraire, douter, c’est se faire confiance, confiance en sa liberté de penser et en sa capacité de réfléchir.

« Si tu as une meilleure idée que la mienne, presses-toi de me la donner. Je n’ai pas de temps à perdre. Rien n’est coulé dans le béton. Je veux avancer ». Je suis prêt à remettre en question toutes mes idées, mes connaissances et mes croyances. Je ne vis pas pour autant dans l’incertitude et le doute ne me fait pas peur. Mes opinions n’ont de valeur que pour être remise en question. Je profite d’une grande liberté intellectuelle…

La liberté intellectuelle, ou sagesse, c’est le doute. (…). Douter, c’est examiner, c’est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation, contre la puissance de croire qui est formidable en chacun de nous.

Alain, Propos, 1912, p. 134.

Dans le doute, je ne m’abstiens pas car je peux ainsi changer mes actions en tout temps et en toute autre direction.

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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007.

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE. L’auteur prend le temps de situer son sujet dans son contexte historique soulignant la reconnaissance plutôt récente de la dépression comme une maladie. Auparavant, on parlait d’acédie et d’ennui.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole» – Avec cet article, nous sortons de du cadre de la philosophie pour entrer de plein pied dans celui de la psychologie. Le livre Savoir se taire, savoir parler a attiré mon attention à la suite de ma lecture de l’article « Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole » paru dans le Figaro.fr. J’accepte cette intrusion de la psychologie dans ce dossier sur la philosophie parce que cette « hystérie de la parole » observable à notre époque, notamment sur les réseaux sociaux, entre directement en conflit avec le silence nécessaire et incontournable à la réflexion philosophique. Bref, il faut savoir se taire, savoir parler pour philosopher. J’ai donc acheté ce livre et voici mon rapport de lecture.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques (…)

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thiery Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.

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