Article # 316 – Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)

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Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)

RAPPORT DE LECTURE


Logos: Philosophical Counseling and Practises (Vol. 1, No. 2, Juillet 2026)


Introduction et Données Institutionnelles du Périodique

La revue Logos: Philosophical Counseling and Practices (e-ISSN: 3108-7655), éditée par Mustafa Çevik (MC Publishing), s’inscrit dans une démarche académique d’interconnexion entre la théorie philosophique et ses applications pratiques au sein de diverses sphères de l’existence contemporaine (vie personnelle, monde des affaires, politique, domaine numérique, conseil familial et éducation). Publiée de manière semestrielle (janvier et juin) en libre accès (Creative Commons CC BY-NC 4.0), elle est dirigée par un comité éditorial international, avec pour rédacteur en chef ?lyas Altuner (Université d’I?d?r, Turquie). Ce numéro de juillet 2026 regroupe un ensemble de contributions de haut niveau explorant principalement les fondements de la philosophie de la peur (Fearism), les biais de genre dans la psychologie moderne, les crises ontologiques du néolibéralisme relues à la lumière de la philosophie islamique classique, ainsi que les cadres méthodologiques de la consultation philosophique (argumentation et ateliers démocratiques).

Analyse Thématique Partie par Partie (Contributions de Recherche)

Partie 1 : Philosophie du Fearism (Desh Subba) et Applications au Conseil Philosophique

Auteur : R. Michael Fisher (Southwestern College, Nouveau-Mexique, États-Unis).

  • Problématique et Concepts Clés : L’auteur introduit la philosophie du Fearism, conceptualisée à l’origine par l’intellectuel népalais Desh Subba. Fisher propose un glissement paradigmatique majeur : alors que le canon philosophique occidental traditionnel (des Stoïciens à Sartre, Kierkegaard et Heidegger) a systématiquement privilégié l’angoisse (anxiety) ou le sous-produit métaphysique au détriment de la peur substantive (considérée comme triviale ou superficielle), le Fearism affirme la primauté ontologique et neurologique de la Peur (avec une majuscule, Fear). La Peur est redéfinie comme une force omniprésente façonnant l’évolution, la culture et l’action humaine.

  • Mécanismes et Critique Épistémologique : Subba et Fisher démontrent que l’angoisse n’est qu’une « peur diluée » ou une rumination cognitive sans objet immédiat, dépourvue de structure neuronale dédiée, contrairement à la peur qui est ancrée biologiquement dans l’amygdale. L’article théorise le « Problème de la Peur » (Fear Problem) et les « architectures de gestion de la peur » (fear-management architectures), postulant que tous les systèmes politiques et sociaux (le Sotalism de Subba) sont des structures de régulation de cette dernière.

  • Application Clinique : Pour le conseil philosophique, la cure ne vise pas l’élimination de la peur (impossible), mais la fearmorphosis (transmutation consciente par l’intelligence collective) pour guider le sujet vers un « Âge sans peur » (Fearless Age).

Partie 2 : Le Motif Inachevé – Peur, Curiosité et Résolution Neuro-philosophique

Auteure : Irada Gezalova (Chercheuse indépendante, Londres, Royaume-Uni).

  • Cadre Théorique : Ce travail enrichit la philosophie du Fearism en articulant les neurosciences cognitives (le principe d’énergie libre de Friston, le traitement prédictif de Clark) avec la psychologie de la motivation (la théorie de l’écart d’information de Loewenstein, l’effet Zeigarnik) et l’esthétique aristotélicienne.

  • Thèse Centrale : La peur et la curiosité ne sont pas des opposés antinomiques, mais deux expressions contextuelles d’un même mécanisme d’origine : la tendance irrépressible du cerveau à résoudre des schémas ou motifs incomplets (incomplete patterns). L’incertitude (le fossé cognitif) est perçue par le système prédictif comme une anomalie exigeant une réduction.

  • Modèle à Deux Facteurs : L’auteure propose un curseur d’incertitude modulé par la sécurité environnementale évaluée :

    1. Si l’incertitude est modérée et le contexte sécurisé, le vecteur se traduit par la curiosité spécifique et l’approche exploratoire (renforcée par la dopamine lors de la résolution du motif).

    2. Si l’incertitude est élevée ou le contexte menaçant, la pulsion mute en peur clinique et en comportement d’évitement.

  • Le Compromis Cathartique : Gezalova réinterprète la catharsis aristotélicienne et le transfert d’excitation de Zillmann comme une recherche volontaire d’une peur encadrée (ex. : le cinéma d’horreur) où le sujet accepte les signaux de stress biologiques car la résolution finale garantit une décharge dopaminergique gratifiante.

Partie 3 : Guérir les Femmes en les Masculinisant – Le Projet Caché de la Psychologie Moderne ?

Auteur : Mustafa Çevik (Université des Sciences Sociales d’Ankara, Turquie).

  • Critique de la Rationalité Normative : À travers une relecture déconstructiviste de l’ouvrage de Carol Gilligan (In a Different Voice), Çevik démontre que la psychologie développementale du XXe siècle (Piaget, Kohlberg, Erikson, Freud) a universalisé un modèle de développement humain qui est, en réalité, calqué exclusivement sur l’expérience masculine occidentale.

  • Le Biais Universalisant : Dans le paradigme du développement moral de Kohlberg, la maturité suprême (Stade 6) est définie par l’autonomie kantienne, l’abstraction et le détachement relationnel au nom de principes universels de justice. À l’inverse, l’éthique de la sollicitude (ethics of care), la pensée contextuelle et le maintien des réseaux relationnels — prépondérants chez les femmes — ont été structurellement codés comme des retards de développement ou des carences cognitives.

  • Implications Épistémologiques et Cliniques : En s’appuyant sur l’épistémologie féministe (Harding, Haraway) et la psychologie morale contemporaine (Haidt), l’auteur met en garde contre les dérives de la psychothérapie classique qui cherche à « guérir » les femmes en leur imposant une assimilation normative (séparation, individualisation absolue). Le conseil philosophique doit suspendre ce modèle téléologique pour reconnaître une pluralité d’orientations rationnelles où la maturité réside dans la capacité à maintenir la tension dialectique entre attachement relationnel et autonomie.

Partie 4 : Crises Ontologiques de l’Ère Néolibérale et Conseil Philosophique selon al-Kindi

Auteur : Hüseyin Sar?o?lu (Université des Sciences Sociales d’Ankara, Turquie).

  • Diagnostic de la Modernité Retardée : L’auteur dresse un constat sévère de l’éthos néolibéral qui réduit l’individu à un « entrepreneur de soi », soumis à l’injonction de la performance instantanée, de la vitesse numérique et de la quête de validation spectaculaire (les réseaux sociaux), générant une érosion du caractère et une insécurité ontologique profonde.

  • La Méthodologie Kindienne : Face à ces pathologies de l’esprit, Sar?o?lu réactive le traité du philosophe islamique du IXe siècle al-Kindi, Sur les moyens de dissiper les chagrins (Risala fi al-Hila li-Daf al-Ahzan). Al-Kindi y définit le chagrin comme une perturbation psychologique issue de la perte de ce qui est aimé ou de l’échec des désirs.

  • Restructuration Cognitive (Les 10 Stratégies) : L’article transpose les préceptes péripatéticiens d’al-Kindi dans le cadre moderne du conseil philosophique (en dialogue avec la logothérapie de Frankl et l’approche de Marinoff). Al-Kindi invite le sujet à opérer une distinction stricte entre les biens contingents, extérieurs et instables (considérés comme de simples « dépôts » temporaires), et la substance intellectuelle éternelle de l’âme humaine. La guérison s’articule autour des quatre vertus cardinales (sagesse, courage, chasteté/modération, justice) pour détacher l’esprit des impératifs du marché et reconstruire l’intégrité axiologique individuelle.

Partie 5 : Le Rôle de l’Argumentation dans le Conseil Philosophique – Analyse d’un Cas Fictif

Auteure : Özlem Küçük?abano?lu (Chercheuse indépendante, Istanbul, Turquie).

  • Modélisation Dialectique : L’étude examine comment la théorie de l’argumentation contemporaine (le modèle structurel de Stephen Toulmin et l’approche pragmatique-dialogique de Douglas Walton) sert d’outil analytique rigoureux au sein de la consultation philosophique. Les souffrances existentielles des clients s’énoncent souvent sous forme de sophismes logiques ou de prémisses enthymématiques implicites (ex. : « Personne ne m’estime »).

  • L’Apport de Toulmin et Walton : Le modèle de Toulmin permet d’isoler la thèse (claim), les données (grounds), les garanties (warrants) et les conditions de réfutation (rebuttal) au sein du discours ordinaire du patient, mettant en lumière les sauts logiques. La typologie des dialogues de Walton (dialogue de persuasion, d’enquête, de négociation) et les questions critiques associées aux schémas argumentatifs permettent au conseiller de redistribuer la charge de la preuve sans basculer dans la confrontation clinique. L’auteure applique cette méthode à une étude de cas fictive (« Succès et Valorisation »), démontrant la transition réussie d’une inférence causale erronée vers un jugement restructuré et cohérent.

Partie 6 : Démocratie et Éducation – Un Exemple d’Étude sous Forme d’Atelier

Auteures : Fatma Hürrem Sünney & Yasemin Mamur I??kç? (Université de Giresun, Turquie).

  • Cadre Praxéologique : S’appuyant sur la philosophie de John Dewey qui conçoit la démocratie non pas comme un simple dispositif gouvernemental mais comme une forme de vie partagée indissociable de l’éducation, les chercheuses décrivent une recherche-action menée en août 2023.

  • Expérimentation : L’atelier a réuni 62 enfants (âgés de 9 à 12 ans) issus de familles de travailleurs agricoles saisonniers dans les vergers de noisettes d’Ordu. Ces enfants, structurellement marginalisés et subissant des vulnérabilités socio-économiques majeures, ont suivi un programme intensif de quatre semaines axé sur les valeurs démocratiques et les droits de l’enfant (justice, égalité, participation, non-exploitation).

  • Analyse Métonymique : À travers l’analyse de contenu d’expressions métaphoriques récoltées en pré-test et post-test (ex. : « La justice est comme… parce que… »), l’étude documente l’évolution cognitive des enfants : d’une incompréhension initiale des concepts systémiques, ils sont parvenus à conceptualiser l’exploitation de leur propre force de travail, l’arbitraire de l’autorité, et la légitimité de leur droit à la parole au sein de la cellule familiale et scolaire.

Synthèse Critique Épistémologique

L’ensemble de ce volume de la revue Logos témoigne de la vitalité théorique du champ de la pratique philosophique en 2026. La cohérence interne du numéro réside dans son effort constant pour arracher la philosophie à l’abstraction spéculative afin d’en faire une trousse à outils clinique et sociopolitique.

D’un point de vue critique, on notera l’émergence d’une tension constructive entre les approches de la cognition : d’un côté, le Fearism (Fisher, Gezalova) tend à ancrer la motivation humaine dans des mécanismes biologiques d’incertitude et de traitement de la peur universels ; de l’autre, les contributions de Çevik, Sar?o?lu et Sünney rappellent l’irréductibilité du tissu historique, du genre et des structures de domination socio-économiques (néolibéralisme, patriarcat, travail saisonnier) dans la construction des désordres de l’esprit et du sens. C’est précisément dans l’articulation de cette double polarité — entre universalité biologique des affects et plasticité des cadres axiologiques et culturels — que le conseil philosophique contemporain affirme sa singularité face à la psychiatrisation de la souffrance existentielle.


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