Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives, Romain Jalabert, Recherches en éducation

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L’enseignement de la philosophie et les nouvelles pratiques philosophiques

Dossier

Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives

Learn to philosophize in a « café »: assessments and perspectives

Romain Jalabert

Résumés

Fort de près de vingt années d’existence et d’un essaimage géographique extrêmement vaste et diversifié, le phénomène dit « des cafés philo » a largement démenti les soupçons d’« effet de mode » et de « snobisme parisien » qui lui furent longtemps assignés. Par-delà les critiques qui ne cessent d’émettre des doutes quant à la validité philosophique des échanges, le mouvement poursuit son chemin et évolue, sans jamais trop s’éloigner du célèbre vœu de Diderot : « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! ». Chef de file inopiné d’une kyrielle de pratiques plus ou moins dérivées (ciné philo, rando philo, banquet philo, atelier philo dans le cadre d’Universités Populaires, etc.), le café philo reste sans doute la plus populaire et la plus médiatique desdites « Nouvelles Pratiques Philosophiques ». Mais probablement aussi la plus invectivée… A partir d’ouvrages, d’articles de revues, de rapports officiels et d’archives radiophoniques couvrant la période 1992-2010, mais aussi à partir d’une enquête par questionnaire électronique menée durant les mois de mai et juin 2010, nous nous proposons de faire le point sur l’arrivée et l’évolution de ce mouvement dans la cité, et de tenter d’esquisser par ailleurs quelques perspectives pour la plus ancienne – avec la consultation – des Nouvelles Pratiques Philosophiques.


Plan

1. La naissance fortuite du café philo2. Vous avez dit « café philo » ?

3. Pourquoi un café philo ?

4. La « philosophicité » des échanges

5. L’enquête sur les cafés philo (mai – juin 2010)

6. Quelles perspectives pour le café philo de demain ?


Texte intégral

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« Il se peut que ces rencontres n’aient aucune importance, qu’elles ne constituent tout au plus qu’un simple amusement dominical pour solitaires désœuvrés. Mais il se pourrait aussi que ce soit un signe – le signe que la philosophie, n’en déplaise à ceux qui lui ont creusé sa tombe, a encore de beaux jours devant elle et que la pensée, n’en déplaise aux pessimistes, est loin d’être défaite. On conviendra que cela mérite réflexion », Marc Sautet (1995, p. 10)

Fort de près de vingt années d’existence et d’un essaimage géographique extrêmement vaste et diversifié, le phénomène dit « des cafés philo » a largement démenti les soupçons d’« effet de mode » et de « snobisme parisien » qui lui furent longtemps assignés. Par-delà les critiques qui ne cessent d’émettre des doutes quant à la validité philosophique des échanges – au seul prétexte parfois de la précarité des conditions d’exercice de la réflexion dans un tel lieu et sans préparation véritable, le mouvement poursuit son chemin et évolue, sans jamais trop s’éloigner du célèbre vœu de Diderot : « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! ». Chef de file inopiné d’une kyrielle de pratiques plus ou moins dérivées (ciné philo, rando philo, banquet philo, atelier philo dans le cadre d’Universités Populaires, etc.), le café philo reste sans doute la plus populaire et la plus médiatique desdites « Nouvelles Pratiques Philosophiques ». Mais probablement aussi la plus invectivée… A partir d’ouvrages, d’articles de revues, de rapports officiels et d’archives radiophoniques couvrant la période 1992- 2010, nous nous proposons de faire le point sur l’arrivée et l’évolution de ce mouvement dans la cité, et de tenter d’esquisser par ailleurs quelques perspectives pour la plus ancienne – avec la consultation – des Nouvelles Pratiques Philosophiques. Pour ce faire nous nous appuierons aussi sur le travail mené avec Gunter Gorhan(2) depuis 2009, dans le cadre des Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques organisées chaque année à Paris, au Siège de l’UNESCO, et plus particulièrement du chantier de travail « Philocité : philosopher dans la cité aujourd’hui ». De ce travail nous retiendrons notamment une enquête par questionnaire menée durant les mois de mai et juin 2010, à laquelle ont répondu trente cafés philo – français pour la plupart.

1. La naissance fortuite du café philo

Il enseignait la philosophie dans le supérieur et ressentait le besoin, selon ses propres termes, de « faire sortir la philosophie des ghettos des lycées et des universités » ; d’emmener, en bon connaisseur de Nietzsche qu’il était, « la fiancée » en ville. Ce philosophe, cet homme par qui le scandale est arrivé, c’était Marc Sautet, animateur presque malgré lui du premier café philo. Sur le point de lancer à Paris une activité de consultation philosophique (« le cabinet de philosophie ») il évoqua un jour, au détour d’un entretien radiophonique, l’habitude qui était la sienne de retrouver un petit groupe d’amis le dimanche matin au Café des Phares (Place de la Bastille, à Paris) pour discuter librement et philosophiquement de l’avancement de son projet, et par la même occasion de tous ces thèmes qui de près ou de loin concernent l’existence humaine. Le dimanche suivant la diffusion de l’émission radiophonique en question, son cercle d’amis s’était élargi. Quelques auditeurs intéressés par ces discussions philosophiques tout à fait informelles les avaient rejoints. La Place de la Bastille est devenue peu à peu le rendez-vous des « philosophants », et c’est le Café des Phares qui depuis est pris d’assaut chaque dimanche entre 11h et 13h(3) (jusqu’à 150 participants). Ainsi est né le premier « bistrot philo »(4) en France – et sans doute même au monde – dans le courant de l’année 1992(5). En dépit de l’idée première de Marc Sautet qui était celle du « cabinet de philosophie », et de manière vraisemblablement fortuite – voire accidentelle, le café philo s’est précipité sur le devant de la scène, ouvrant la voie à pléthore de pratiques qui se situent à peu près dans le même esprit de démocratisation et de mise à disposition de la philosophie.

2. Vous avez dit « café philo » ?

Entendons-nous tout d’abord sur cette appellation qui, à l’évidence, n’a rien de contrôlée mais semble plutôt approximativement convenue. Notons aussi que Marc Sautet, considéré comme fondateur des cafés philo, n’a vraisemblablement ni proposé, ni reconnu cette dénomination. Avançant « un café pour Socrate » dans son livre publié en 1995, il n’évoque la plupart du temps que « la philosophie au café », quand il ne parle pas du « débat du café des phares ». La devanture du Café des Phares, quant à elle, brandit fièrement la mention » 1er Bistrot Philo ». Que veut donc dire « café philo » (on trouve aussi « café-philo ») ? Cette dénomination proviendrait des médias qui se sont emparés du phénomène peu de temps après « la première fois » – expression qu’une discussion du Café des Phares a définitivement rendue suspecte (Sautet, 1995, pp. 28-34). « Café philo » dépasserait le lieu du café lui-même puisque l’on trouve des « cafés philo » dans des endroits dénués de zinc et de percolateur : médiathèques, salles communales, amphithéâtres d’universités, etc. S’il semble convenu de lire « café philosophique »(6) dans « café philo » – soit plus exactement » café philo. », les usages semblent variés et parfois même contradictoires. Ainsi l’on entend des uns « la café philo », des autres « le café philo ». Voilà un détail qui ne manque pas de soulever une question essentielle quant à cette pratique, ou du moins quant à l’idée que l’on se fait de cette pratique : fait-on de la (véritable) philosophie au cours d’un café philo ? « La café philo(sophie) » laisse imaginer que la philosophie se met au niveau du café, perdant par la même occasion de sa philosophicité, et donc de sa légitimité. Au prétexte que le contexte du café rend forcément la philosophie plus triviale, les détracteurs des cafés philo allèguent une forme dégradée, insatisfaisante voire insuffisante de philosophie : des « propos de café du commerce ». Mais le café semble reconnu « philosophique » si l’on dit « le café philo(sophique) », laissant entendre que le café (et les propos qui s’y tiennent) s’élève au niveau de la philosophie, devenant philosophique. Le renversement est de taille quand ce n’est plus le café qui rend la philosophie plus triviale mais au contraire, selon l’idée formulée par Laura Piccioni(7), la philosophie qui « détrivialise » le lieu du café.

Qu’est-ce alors un café philo ? Si l’on use de termes et expressions pris çà et là dans la « déclaration des cafés-philo du 25 novembre 2000 » (Youlountas, 2002, pp. 79- 81), le café philo apparaît comme un espace public de libre pensée et d’expression, neutre et laïc, favorisant l’écoute active et positive, indépendant de tout groupe religieux ou politique et de leurs dogmes et doctrines, ouvert à tous sans distinction de condition sociale, d’origine, d’âge, de niveau d’étude et de culture personnelle. Caractérisé par « l’accès de chacun à la prise de parole dans le cadre de règles d’échange égalitaires favorisant la participation, quels que soient les qualités oratoires, l’instruction, les connaissances, la culture, les difficultés d’élocution, les éventuels handicaps », le café philo écarte toute forme de prosélytisme et de propagande, se donnant pour seule visée de permettre « de réfléchir ensemble afin d’essayer de penser davantage par soi-même » (ibid.). Ainsi le café, dont Jacques Diament (2001) a rappelé le rôle important dans l’histoire de la pensée (philosophique et politique), devient un lieu dans lequel les gens, quels qu’ils soient, viennent librement et volontairement pour discuter d’un sujet et l’approfondir ensemble. Reprenant les trois pôles qui caractérisent selon lui le café philo (à savoir : le convivial, le démocratique, et bien entendu le philosophique), Michel Tozzi le définit comme « un lieu convivial de réflexion collective à visée philosophique et dispositif démocratique ». Mais le café philo est aussi lieu de souplesse et de liberté, où l’on peut, selon cette belle formule chère à Gunter Gorhan : « prendre de la hauteur sans perdre pied ». L’influence de Marc Sautet n’est assurément pas étrangère à cette expression, puisque nous retrouvons là son souci d’accepter et de permettre que le débat collectif s’élève, mais à condition qu’il demeure accessible pour chacun. « Prendre de la hauteur sans perdre pied », c’est aussi parvenir à des réflexions étonnantes à partir de faits ou d’expressions pourtant anodins.

3. Pourquoi un café philo ?

Parmi les questions fréquemment adressées aux cafés philosophiques, il est celle du « pourquoi » – et par la même occasion du « pour quoi », qui semble viser à la fois le sens, l’utilité et l’impact de cette pratique. Pour Marc Sautet, le café philo répondait assez naturellement – il s’agissait même d’une nécessité – à une situation de crise touchant la société actuelle, mais finalement assez proche de la crise de la cité grecque qu’a connue Socrate : « la philosophie est née il y a deux mille cinq cents ans dans une situation de crise étonnamment analogue à celle que nous connaissons aujourd’hui : la crise de la démocratie athénienne. Aussi incroyable que cela paraisse, nous nous retrouvons, sur une grande échelle, dans une impasse analogue… » (Sautet, 1995, p. 11). Rien de surprenant donc dans cet usage spontané et massif de la philosophie en ville ; et l’idée du cabinet de philosophie reposait notamment sur cette intuition. Dans un entretien radiophonique(8) faisant suite aux retentissements suscités par son expérience innovante au Café des Phares, Marc Sautet disait avoir « l’impression qu’une sorte de fatalité pèse sur nous et que la guerre civile est à l’ordre du jour, et que par conséquent, nous sommes tout au bord d’une guerre du Péloponnèse, la nôtre, et que l’angoisse monte ; et que par conséquent, il est temps d’essayer de garder raison ». Et d’ajouter : « J’ai l’impression que ça a été le travail, la vocation, la tentative de Socrate à cette époque. Il me semble qu’il y a de ça aujourd’hui et que par conséquent, d’une manière ou d’une autre – alors ça passera par le Café des Phares ou ailleurs – on va faire appel à la philosophie de nouveau pour essayer de ne pas devenir fou ». Ainsi le café tenterait de répondre, selon les termes de Michel Tozzi, à « une demande sociétale de philosophie », qui s’expliquerait notamment par une profonde crise du sens, le déclin des institutions, la montée de l’individualisme et la fin des grands récits totalisants (Tozzi, 10/2005). Il suffirait, selon le philosophe Christian Godin, « de quelques individus de bonne volonté, insatisfaits des conditions que le monde leur fait et des discours qu’il leur tient, et qui tentent de lui arracher le plus de sens qu’il est possible » (Gravito, 2005, p. 16). Il y a dans le café philo – mais très probablement aussi dans la plupart des autres pratiques philosophiques – quelque chose de l’ordre du rapport au sens et à la vérité qui se joue, et que l’on vient mettre à l’épreuve de l’autre. Parmi les motivations les plus avancées par les participants nous trouvons la confrontation à l’autre : à d’autres expériences, à d’autres idées, etc.(9) Dans un monde de plus en plus précaire (en termes d’emploi, de relations affectives, etc.), et face à cette issue inéluctable et impénétrable qu’est la mort, notre recherche d’une forme de bonheur – sérénité, sagesse, etc. – semble exiger que l’on se frotte à la pensée d’autrui. Nous éprouvons sans doute ce besoin de nous confronter à d’autres expériences, à d’autres idées. Pour Michel Tozzi, « le café philo est ce lieu d’expression et de partage de l’angoisse métaphysique de l’homme, et de la recherche rationnelle de la vérité et de la joie. Il semble autoriser à tout le monde cette entreprise philosophique qui consiste à tenter de comprendre le monde dans lequel on vit, pour savoir d’où l’on vient, qui l’on est et qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ? On ne sera jamais trop dans ces questions pour essayer d’éclairer chacun »(10).

4. La « philosophicité » des échanges

Dès ses débuts le café philo a fait l’objet de critiques virulentes de la part des « philosophes de métier », essentiellement les professeurs de philosophie des lycées et des universités, mais aussi lesdits « philosophes patentés », médiatiquement connus et reconnus, qu’ils enseignent ou pas la philosophie. Au cours de son étude sociologique minutieuse et critique du phénomène des cafés philo, Jacques Diament (2001) s’arrête entre autres sur la controverse déjà vieille – mais toujours d’actualité – entre cafés philo et universitaires, notant que « beaucoup de philosophes « de métier » condamnent les cafés-philo sans les connaître » (2001, p. 28). Tous les prétextes sont bons, à commencer par la précarité des conditions d’exercice de la réflexion dans un lieu comme le café. L’exercice de la philosophie réclamerait, selon les détracteurs du café philo, du sérieux, de la rigueur, du silence et peut-être même de la solitude. Un des autres arguments avancés par les opposants au café philo est le manque de travail préalable (notamment lorsque le sujet est décidé le jour même) qui exclurait a priori toute possibilité d’approfondissement. Enfin, pour ne retenir que les principales critiques, il est reproché aux cafés philosophiques de n’être pas encadrés la plupart du temps par des « professionnels de la philosophie », ou encore de ne pas satisfaire aux rudes exigences de la discipline. Dans ces conditions, peu – pour ne pas dire aucun – de cafés philo parviendraient selon eux à échapper à la doxa (l’opinion) et à se hisser au-dessus des préjugés. Apparenté au débat d’opinion, le débat philosophique de café est rejeté du côté du non-philosophique (Chazerans & Seulin, 2002, pp. 51-54). Tout au mieux certains de ces opposants acceptent de reconnaître un caractère pré-philosophique(11) au café philo qui ne correspondrait alors « à la rigueur [qu’à] un exercice préparatoire à une réelle pratique philosophique » (p. 51). Parmi ces opposants nous trouvons notamment Bernard-Henri Lévy, déclarant que « la philosophie ne sera jamais à la portée de tous : elle suppose un infracassable noyau de nuit dont seule la démagogie ambiante peut faire l’économie » (Diament, 2001, p. 26) ; Michel Onfray qui, s’il n’a pas épargné les cafés philo de ses vitupérations les plus acerbes, s’efforce néanmoins de proposer dans le cadre de l’Université Populaire de Caen un cours de philosophie qui se situerait à mi-chemin entre la rigidité académique de l’Université et le laxisme souvent reproché aux cafés philo (même si, à l’évidence, le modèle de « la leçon du professeur » semble néanmoins nettement prédominer dans ce qu’il propose, tandis que le moment dit « de débat » relèverait plus d’un « questions -réponses » qui n’autorise aucun échange véritable entre les personnes qui constituent le public) ; François Jullien, dans le cadre d’un Collège International de Philosophie soucieux de répondre à une demande de plus en plus pressante de philosophie (dans un esprit d’ouverture) mais en se fondant sur le seul travail théorique, a voulu se démarquer très explicitement à la fois de la chapelle et du café « où l’on ne fait que ressasser de l’opinion sans que s’ébauche de la pensée » (Diament 2001, p. 25) ; enfin, André Comte-Sponville se montre peut-être un peu plus nuancé : avançant que seule une véritable préparation de la séance peut garantir la teneur philosophique des échanges, il reconnaît néanmoins avoir été agréablement surpris à l’occasion d’une séance animée à l’improviste par Marc Sautet(12). Voilà qui, au-delà de la question du « bagage philosophique » de l’animateur, vient renforcer l’idée que chaque animateur ajoute à des compétences spécifiques des qualités très personnelles (Cotte, 2002, p. 91). N’est peut-être pas Marc Sautet qui veut, mais le seul « bagage philosophique » de l’animateur ne garantit assurément pas la philosophicité de la discussion.

D’autres philosophes reconnaissent pourtant bien des qualités et même un caractère nécessaire aux cafés philo. C’est le cas bien entendu de Christian Godin, cité supra, mais aussi d’Edgar Morin, préfacier de l’ouvrage intitulé Comprendre le phénomène café-philo, coordonné par Yannis Youlountas en 2002. Dans La tête bien faite, paru en 1999 aux éditions du Seuil, Edgar Morin énonçait cette conception de la philosophie qui veut qu’elle « concerne l’existence de chacun et la vie quotidienne. La philosophie n’est pas une discipline, c’est une puissance d’interrogation et de réflexion » (Diament, 2001, p. 25). Voilà qui rejoint à certains égards l’un des arguments avancés par Marc Sautet contre ses détracteurs : « la bonne position du philosophe n’est pas d’affirmer, elle consiste à interroger. Il se trouve que, sur tous les sujets, beaucoup de gens ont beaucoup de choses à dire. Au café comme ailleurs, plus qu’ailleurs, peut-être. C’est donc un lieu idéal pour soumettre au crible de la raison les opinions les plus répandues et les plus variées » (Sautet, 1995, p. 43). Et Edgar Morin d’achever ainsi la préface citée supra : « La philosophie était sur la place publique dans l’ancienne Athènes. Nos bistrots sont d’innombrables forums de philosophie sauvage. Il est juste que le bistrot puisse s’essayer à la philosophie civilisée et citoyenne » (Youlountas, 2002, p. 5). Répondant aux deux critiques de non-philosophicité et de pré-philosophicité, Jean-François Chazerans et Jean-Pierre Seulin n’hésitent pas à avancer la thèse suivante : « non seulement nous pensons que l’on philosophe vraiment dans les cafés-philo mais encore, si une réelle pratique de la philosophie existe, qu’elle se retrouve exclusivement dans de tels débats. En effet toutes les critiques adressées aux cafés-philo remettant en question leur “philosophicité” n’épargnent pas davantage les autres façons de pratiquer la philosophie. Ainsi, seul le café-philo permet de philosopher de façon originale » (2002, p. 51).

Conscient des points faibles du café philo (notamment une ambiance bruyante et parfois chaotique), Marc Sautet ne cédait pas pour autant sur certaines de ses convictions, qui l’amenaient entre autres à s’inscrire en faux contre l’affirmation selon laquelle il faudrait exclure « toute possibilité d’approfondissement d’un sujet sans “travail” préalable sur ce sujet » (Sautet, 1995, p. 39). « Ni cercle d’initiés ni groupe de thérapie sauvage », le café philo est un lieu où on ne parle pas pour faire taire les autres mais pour réfléchir avec eux ; on ne parle pas de soi pour se raconter mais pour défendre une opinion et la soumettre à l’examen de tous » (p. 34). « Le libre exercice de la parole dans un débat de café n’implique pas la dictature du pathos, pour peu que la raison veille » (p. 32) ; l’intérêt étant de passer du problème personnel à l’humanité tout entière, du singulier à l’universel. Par ailleurs, « tous les sujets sont susceptibles d’être traités de manière philosophique. La philosophie ne tient pas à ses sujets. Ce n’est pas une « matière » à enseigner ni un champ à cultiver, c’est un état d’esprit, une manière de faire usage de son intellect. Le philosophe n’a pas d’objet propre. Il part des idées reçues, des opinions du sens commun, des idéologies dominantes, des révélations religieuses, des réponses données par la science pour les soumettre à l’examen. Tout est donc objet de sa réflexion » (p. 35).

Au cours de son rapport sur la philosophie dans la cité, remis à l’UNESCO en 2007, Oscar Brenifier pointait le vide laissé par les personnes formées à la philosophie, et que « des amateurs trop souvent peu éclairés » (p. 162) ont rempli à leur manière. Spécificité française s’il en est (Oscar Brenifier estimait en 2007 le nombre de cafés philo en France autour de cent cinquante à deux cents), le café philo fut donc principalement investi par des amateurs, tandis qu’à l’étranger les cafés philo sont bien plus rares mais animés la plupart du temps « par des personnes ayant reçu une formation philosophique. De cela on peut comprendre que la figure de Socrate, avec sa simplicité et son interpellation vivante de tout un chacun, devint la figure emblématique de ce mouvement, contre l’élitisme des sophistes défendant un statut et un pré carré » (p. 163). La virulence de la réaction de l’institution philosophique, marquée par un dédain massif de la part des professeurs de philosophie, n’a fait que « polariser et radicaliser les esprits » (p. 162). Il n’existe toujours pas à ce jour de formation spécifique destinée à ceux qui se lancent dans l’animation d’un café philo. Notons cependant les apports de la didactique de la philosophie. Rédacteur en chef de Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie(13), Michel Tozzi n’a pas manqué d’offrir au vaste champ des Nouvelles Pratiques Philosophiques les bénéfices de ses recherches menées en tout premier lieu sur l’enseignement de la philosophie et l’apprentissage du philosopher. Ainsi l’exigence philosophique, rigueur qu’il faut impérativement conserver au café philo, pourrait trouver par exemple de précieux critères dans le triptyque proposé : problématiser, conceptualiser et argumenter (Tozzi, 06/2005).

5. L’enquête sur les cafés philo (mai – juin 2010)

Afin d’établir un bilan à la fois précis et synthétique du mouvement des cafés philo, mais aussi pour pouvoir esquisser quelques perspectives, notre recherche s’est efforcée de diversifier ses ressources. Outre l’appui essentiel d’une importante bibliographie (ouvrages, articles de revues et rapports), nous avons essayé d’exploiter au mieux d’une part le bénéfice des diverses rencontres organisées depuis le début des années 2000 sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques en général(14) et sur les cafés philosophiques en particulier(15) ; d’autre part le travail entamé en 2009 avec Gunter Gorhan dans le cadre du chantier « Philocité : philosopher dans la cité aujourd’hui ». C’est dans le cadre précis de ce travail que nous avons mené une enquête sur les cafés philosophiques à travers la diffusion d’un questionnaire électronique durant les mois de mai et juin 2010(16). Visant un état des lieux suffisamment complet des pratiques actuelles du café philo, ce questionnaire était composé de divers types de questions, portant notamment sur l’organisation, le fonctionnement, le dispositif d’animation, le public, les animateurs et le mouvement des cafés philo. Un champ de libre expression était également proposé au terme de ce questionnaire. Tous les champs de ce questionnaire en ligne étaient facultatifs. Le questionnaire a été diffusé par le biais de plusieurs listes électroniques de diffusion relatives aux cafés philos et autres pratiques philosophiques en France, donnant lieu à exactement trente retours exploitables – d’autres retours se révélant trop peu détaillés pour pouvoir être utilisés. Parmi les trente questionnaires traités, trois provenaient de l’étranger : Antananarivo (Madagascar), Essen (Allemagne), Vecmont (La Roche-en-Ardenne, Belgique). Les vingt-sept autres provenaient de France, dont seize de la région parisienne et onze de province : Colombiers (34), Forges-les-Eaux (76), Gap (05), Lagrave (81), Lyon (69), Marseille (13), Narbonne (11), Nice (06), Rouen (76), Saint-Quentin (02), Sézanne (51).

En moyenne ces cafés philo comptent près de neuf ans d’activité. Une année ou moins pour six d’entre eux ; plus de dix ans d’existence pour quinze autres. Si pour la plupart le café semble toujours d’actualité, les lieux tendent à se diversifier : médiathèques, maisons pour tous ou de quartiers, centres touristiques et culturels, sièges associatifs, maisons communales, théâtres, cinémas, universités, maisons de détention, etc. Certains sont même organisés dans des châteaux et des casinos ! Pour vingt-sept des trente questionnaires traités, la gratuité semble encore de mise, même si ces nombres sont nuancés par des obligations croissantes d’adhérer à une association ou de consommer – la gratuité sans aucune obligation d’adhérer ni de consommer ne concernant alors plus que douze cafés philo sur les trente exprimés. Largement minoritaires (seulement trois cafés philo), les séances payantes font néanmoins partie désormais du paysage des cafés philo. Cela va de l’animateur « auto-entrepreneur » qui propose aux participants de laisser « ce qu’ils souhaitent (et peuvent) en fin de séance pour rémunérer le travail de l’intervenant », à la soirée à vingt-six euros dans un lieu élégant avec « accueil au champagne ». Entre ces deux tendances nous trouvons des séances avoisinant un montant de sept euros, animées par des « praticiens philosophes » professionnels. Pour autant les cafés philo rattachés à des entreprises ne sont pas encore très nombreux (deux sur trente). La plupart (dix-neuf) reposent sur des associations ou sont rattachés à des Universités Populaires ; quelques-uns (neuf) demeurent encore des électrons libres.

Pour ce qui est de la fréquence, les pratiques mensuelles semblent les plus courantes (dix-huit), notamment en province, tandis que les séances plus répétées ont tendance à se concentrer en région parisienne (d’une séance tous les quinze jours à deux voire trois séances par semaine pour un même lieu). Quelques cafés philo seulement (deux) résistent encore aux cadences – quelles qu’elles soient – et proposent des séances « de temps en temps » – parfois même à la demande des participants. Les jours des séances varient et couvrent désormais la semaine tout entière. Fini le « philosophe du dimanche » ; on pourrait presque assister à des séances de manière quotidienne en région parisienne

En termes de fréquentation, nous trouvons un peu tout : du café philo en milieu rural qui réunit chaque mois moins de dix personnes au café philo parisien qui en compte près de cent chaque semaine. La moyenne semble néanmoins se situer autour de vingt-cinq à trente participants par séance. Le public est lui aussi assez hétérogène puisque sont représentées à peu près toutes les classes d’âges, depuis les « 15-20 ans » jusqu’aux « 80 ans et plus », même si ces extrêmes demeurent assez rares. Une moyenne semble nettement se dégager pour constituer une tranche d’âge allant de 40 à 70 ans. Les catégories socioprofessionnelles apparaissent très diversifiées, même si les groupes « cadres et professions intellectuelles supérieures », « retraités », « étudiants » et « demandeurs d’emplois » prédominent assez largement. Selon les informations recueillies, le public de vingt-sept des cafés philo ayant répondu est à la fois constitué d’un noyau de fidèles que l’on retrouve très régulièrement (autour de 35 – 40 %), et d’un renouvellement permanent (environ 60 – 65 %). Le profil des animateurs varie. Si l’on perçoit un certain équilibre entre les purs autodidactes d’une part, et les personnes ayant reçu une formation philosophique d’autre part (quelques licences ; de nombreux diplômes de maîtrise, DEA et master ; quelques doctorats), il est intéressant de constater que bon nombre d’animateurs ayant reçu une formation universitaire en philosophie (un tiers enseigne d’ailleurs la philosophie) se considèrent aussi comme des autodidactes. Comme si la fonction d’animateur réclamait nécessairement, au-delà de connaissances spécifiques, de développer de nouvelles compétences. Encore une fois, la question de la formation des animateurs de cafés philo se pose.

6. Quelles perspectives pour le café philo de demain ?

« Plutôt que dans le tarot ou la boule de cristal, l’avenir des bistrots-philo se lit sans doute dans le marc de café », écrivait Yannis Youlountas en 2002 (p. 179) avant de se risquer à la question « comment les cafés-philo vont-ils évoluer ? », fort de dix années d’observation de l’émergence et de la progression du phénomène. Sans doute faut-il encore « [parier] sur le formidable potentiel de la pensée humaine » (p. 181), avant d’essayer de nous projeter dans ce « futur [forcément] opaque et indéterminé » (p. 179). Dans le questionnaire évoqué supra, nous proposions les questions suivantes : « comment voyez-vous le café philo de demain ? » et « doit-il évoluer ou pas ? ». Outre les avis opposés mais relativement stériles de type » il ne doit rien changer » et « il doit évoluer », nous trouvons quelques pistes qu’il ne faudrait peut-être pas négliger trop vite. Les uns encouragent le café philo à conserver des exigences philosophiques fortes s’il ne veut pas devenir une forme de « happening » débridé où n’importe qui pourrait raconter n’importe quoi ; les autres l’incitent à se multiplier encore et encore, à se rendre plus attractif pour les jeunes et essayer de réunir les générations. Comme nous en convenions déjà en 2008 dans le cadre d’une table-ronde sur les cafés philo organisée à l’UNESCO, il n’existe pas « un » mais « des » cafés philo (Jalabert, 2009) – et peut-être autant de manières d’organiser et d’animer, cette diversité constituant à la fois une richesse inestimable et une faiblesse préjudiciable. Cette diversité est richesse quand elle permet d’emprunter d’innombrables voies pour des questions finalement peu nombreuses et (ou car) communes – et peut-être même une seule question : « qu’est-ce que l’homme ? ». Elle est faiblesse quand au nom de quelques pratiques insuffisantes ou déviantes l’ensemble des cafés philo perd de sa légitimité. Elle est faiblesse encore lorsqu’elle compromet le sentiment d’appartenance à un groupe – ou réseau – et donc le groupe lui-même. En dépit de cela, et contre l’hypothèse de l’effet de mode, les cafés philo semblent poursuivre leur chemin. Certains ne font que passer, cessent ou suspendent leur cours ; d’autres naissent chaque année en France et dans le monde. La plupart perdurent dans le temps, et l’on fête çà et là les cinq, dix, quinze ans du café philo local. Le café philo du Café des Phares, à Paris, comptera vingt années d’existence en 2012. L’une des principales perspectives qui s’ouvrent au café philo de demain, c’est probablement de participer au débat citoyen et d’y incarner une force de proposition. Mais pour cela, le café philo devrait peut-être se défaire – ou tout au moins s’accommoder – d’une tension qui semble le caractériser en même temps qu’elle le ronge : que faire, face à l’urgence d’une crise sociétale, du souci de prendre le temps de penser les réponses possibles à cette même situation de crise ? Par ailleurs, le café philo devrait peut-être prendre garde à la tentation du jeu et du divertissement qui plane au-dessus de lui, s’il ne veut pas – dans le meilleur des cas – faire de la philosophie « le nouvel opium du peuple », selon une crainte exprimée à maintes reprise par Marc Sautet, reprise par Gunter Gorhan (Marc Sautet employait pour cela le terme de « narcotique »).

Enfin, quelle meilleure perspective, pour le café philo de demain, que le souci de conserver cette conviction commune et motrice : « La philosophie est l’affaire de tous comme c’est l’affaire de tous de penser sa vie et la société. Ce n’est ni un luxe, ni un artifice mais une démarche essentielle pour s’émanciper et se choisir » (Youlountas, 2002, p. 180).


Bibliographie

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YOULOUNTAS Y. (2002), « Comment les cafés-philo vont-ils évoluer ? », Comprendre le phénomène café-philo. Les raisons d’un essor étonnant en 30 questions-réponses, Y. Youlountas (dir.), Durfort, La gouttière, pp. 179-182.


Notes

2 Animateur au Café des Phares, Gunter Gorhan est l’une des figures du mouvement des cafés philo en France, dont il fut l’un des pionniers aux côtés de Marc Sautet. Enseignant retraité de l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), il anime également des débats dans des foyers de jeunes travailleurs et s’investit en tant qu’écoutant au sein de la Fédération S.O.S. Suicide Phénix.

3 Depuis peu les horaires ont changé : 10h30 – 12h15.

4 Si l’on parle la plupart du temps de « café philo », c’est bien de « bistrot philo » qu’il est question sur la devanture du Café des Phares.

5 Marc Sautet parle dans son livre du mois de juillet 1992 pour la première séance ; mais un peu plus loin il évoque une séance qui aurait eu lieu le 4 avril de la même année… (Sautet, 1995).

6 L’expression « café de philosophie » était également utilisée au départ, sans doute en référence à l’autre expérience du « cabinet de philosophie ».

7 Intervention de Laura Piccioni, professeur à l’Université d’Urbino (Italie), dans le cadre de l’atelier « Philocité » à l’occasion des 10èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (UNESCO, Paris, 18 novembre 2010).

8 Enregistrement disponible sur la page d’accueil du site internet du Café des Phares : http://cafe-philo-des-phares.info/ (dernière consultation : le 30 septembre 2010).

9 Cf. les comptes-rendus des séances du Café Philo de Narbonne http://cafephilo.unblog.fr du lundi 30 septembre 1996 (première séance) et du lundi 9 octobre 2006 (dixième anniversaire, centième séance), portant toutes deux sur le thème suivant : « Pourquoi un café philo : quel intérêt à discuter philosophiquement dans un café aujourd’hui ? ». Cf. également : Jalabert, 07/2010.

10 Propos tenus à l’occasion du dixième anniversaire du Café Philo de Narbonne http://cafephilo.unblog.fr le 9 octobre 2006.

11 Marc Sautet ne parlait-il pas lui-même d’« amorcer » : « on peut amorcer dans un café, même avec cent cinquante personnes, une réflexion qui mérite d’être appelée « philosophique ». Amorcer ne veut pas dire mener à bien. Cela veut dire… amorcer. Libre ensuite à qui le souhaite d’approfondir le sujet, de plonger dans les ouvrages évoqués à l’improviste, d’entamer un dialogue en tête à tête avec un auteur cité en cours de route, dans le calme le plus total » (Sautet, 1995, p. 11).

12 Propos tenus à l’occasion d’une discussion informelle, le 4 avril 2008 après la conférence » Mondialisation et civilisations : quelles valeurs pour le XXIème Siècle ? ». André Comte-Sponville, reçu par le Café Philo Agathois en la Maison des Savoirs d’Agde, répondait à la question : « que pensez-vous des cafés philo ? ».

13 Revue en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

14 Notamment les Rencontres Internationales sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques, organisées chaque année à l’Unesco (Paris) à l’occasion de la Journée Mondiale de la Philosophie, durant la troisième semaine du mois de novembre. La dixième édition s’est tenue les 17 et 18 novembre 2010.

15 Nous pensons aux « Rencontres de Sorèze » (ex. « Festival Philo-des-champs ») qui réunissent chaque année au mois de juillet, depuis plus de douze ans, des café-philistes (animateurs et participants) venus de plusieurs villes de France. Nous pensons encore au « Philostival » coorganisé depuis deux ans maintenant par les associations Himéros (Marseille) et Agora Philo (Lyon). La troisième édition se tiendra à Marseille dans le courant du mois de juin 2011. Des comptes rendus (Jalabert & Tozzi, 10/2010) de ces diverses rencontres sont régulièrement publiés dans Diotime, revue internationale de didactique de la philosophie en ligne : http://www.educ-revues.fr/diotime

16 Le questionnaire diffusé est disponible dans son intégralité à l’adresse suivante : http://www.jotform.com/form/1080343342


Pour citer cet article

Référence électronique

Romain Jalabert, « Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives »Recherches en éducation [En ligne], 13 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2012, consulté le 25 septembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/ree/5283 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ree.5283


Auteur

Romain Jalabert

Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche, Département des sciences de l’éducation, Université Paul Valéry Montpellier III


Droits d’auteur

CC BY-NC-ND 4.0

Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International – CC BY-NC-ND 4.0

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Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

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Article # 44

Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?


Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client.


OPINION

Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique » :

Le questionnement philosophique demande d’entrer dans une démarche en combinant la problématisation, la conceptualisation et l’argumentation et d’adopter une attitude d’humilité en relativisant les opinions pour entrer dans une recherche du vrai.

Problématisation

La problématisation, c’est la capacité à interroger ses opinions et à relativiser leur évidence pour moi par le doute (ce qui permet la confrontation à l’autre différent), à analyser leurs présupposés et leurs conséquences ; à questionner les préjugés ; à comprendre en quoi une question pose problème, à entrer dans une attitude de recherche, portée par un souci de vérité.

Conceptualiser

Conceptualiser, c’est tenter de définir une notion, lui donner un contenu de signification. C’est préciser les notions portées par le langage qui nous permet de penser : savoir de quoi on parle exactement, quels sens ont les « grands mots » (amitié, vérité, justice…) pour leur donner par la réflexion une définition, un contenu délimité. Conceptualiser, c’est :

  • Définir une notion, en fonction de ma propre expérience, de ma vision du monde et de la confrontation aux autres
  • Donner des caractéristiques importantes d’un concept, donner des attributs de sa
    définition.
  • Comparer des notions voisines, associées, proches ou opposées, opérer des distinctions et des rapprochements conceptuels.

Argumenter

Argumenter, c’est fonder ce que l’on affirme sur des arguments rationnels, c’est se donner des raisons convaincantes de douter ou d’affirmer.

Il existe différents types d’arguments : l’argument d’efficacité, de rentabilité, l’argument
éthique, l’argument logique, esthétique, historiques, sociologiques, psychologiques.


Ces trois exigences intellectuelles permettent le passage du « dire ce qu’on pense » au « penser ce qu’on dit ».


Source : Outil 4) Le questionnement philosophique – Enseignement Catholique (lenseignement.catholique.be). http://lenseignement.catholique.be/segec/fileadmin/DocsFede/FESeC/religion/Outil_4_Le_questionnement_philosophique.pdf


La méthode « problématiser- conceptualiser – argumenter » est attribué à Michel Tozzy.

À la base de la problématisation se retrouve l’identification et l’analyse des présupposés (suppositions préalables) de l’opinion ou de la question posé par le client. Le but est de démonter ces présupposés.

Un présupposé est « une affirmation impliquée par une proposition, et sans laquelle elle ne pourrait être valide. Il faut l’expliciter, car il est généralement contenu implicitement dans la proposition » (TOZZI, M., 1996).

Source : Une méthode d’analyse de contenu basée sur la philosophie : l’analyse des présupposés épistémologiques et éthiques, Philosophie, médias et société – Par Julien Lecomte.

Voici des exemples de présupposés :

A-t-on le droit de refuser la vérité?
présupposé = la vérité existe.

Doit-on renoncer aux passions ?
présupposé = on est capable de porter un jugement sur les passions et de s’en dégager.

A noter que toutes les questions en « doit-on » ou « faut-il » présuppose qu’on peut le faire.
A quelles conditions est-on un homme libre ?
présupposé = on peut être libre et il y a des conditions à la liberté.

Faut-il aimer la vérité?
présupposé = on peut aimer la vérité.

Source : Le blog de Robin Guilloux, Penser hors du cadre : les présupposés dans les sujets de dissertation de philosophie.

Le présupposé n’est pas exprimé dans l’opinion ou la question. La définition des Dictionnaires Le Robert est : « Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé. »


Système de pensée

Si une opinion se définit comme « Idée ou ensemble des idées que l’on a, dans un domaine déterminé » (Dictionnaires Le Robert), elle est aussi « Manière de penser, de juger » (Dictionnaires Le Robert). À mon humble avis, une « manière de penser » implique à la base un « système de pensée » et son fonctionnement.

Je me demande pourquoi le philosophe praticien se casse la tête en fondant son dialogue avec son client sur une opinion ou une question existentielle pour finalement aboutir au développement de l’esprit critique.

Je reconnais l’aspect pratique de l’opinion ou de la question du client parce qu’il se trouvera concerné plus directement dans ce qu’il pense. Mais l’important n’est-il pas comment il pense ? Non pas comment il pense l’opinion ou la question qu’il soumet au philosophe praticien mais plutôt comment toute pensée se forme en son esprit. Et si l’objectif est justement de développer l’esprit critique du client, pourquoi ne pas en faire le principal sujet du dialogue ?

Discutant de l’opinion ou de la question existentielle posée par son client, le philosophe praticien se réfère à d’autres philosophes s’étant déjà pencher sur la question et leurs réponses. Tel que mentionné plus haut, le philosophe praticien aura d’abord soumis l’opinion ou la question existentielle aux différentes étapes du questionnement philosophique pour dégager le vrai sujet à l’origine de la démarche du client.

Dans le cas de ces références à d’autres philosophes, on parle alors des différentes philosophies passées et actuelles dans l’espoir que le client repèrera une réponse qui lui convient. Le but ultime est de permettre à son client de se débarrasser du mal-être que sa question lui pose ou du mauvais chemin que lui fait prendre son opinion.

Nous sommes alors dans « les philosophies » à la différence de « la Philosophie », celle avec un grand « P ». Je considère la philosophie comme étant la science des profondeurs permettant de plonger jusqu’à la source première. Alors, ne vaut-il pas mieux s’attarder en priorité au système de pensées du client pour jeter les bases de l’esprit critique ?

Mon idée est simple : créer une faille dans le système de pensée du client pour permettre à la lumière d’entrer et ainsi l’éclairer. Comprenez moi bien : je ne parle pas ici de créer une faille dans l’opinion du client ou dans la question existentielle qui le turlupine. Je parle du système de pensée à l’origine, la source première de son opinion ou de sa question existentielle.

Clé de voute de la consultation philosophique, le doute sera cette faille qui permettra à la lumière d’entrer. Non pas le doute des détails de l’opinion ou de la questions existentielle, mais plutôt le doute systématique face à toutes les opinions et toutes les grandes questions de l’existence.

Très souvent, nous prenons pour vrai ce que l’on pense uniquement parce qu’on le pense, uniquement parce qu’elle nous vient l’esprit. Ainsi, nous nous donnons raison. Cette pratique de notre esprit nous pousse à asseoir notre bien-être sur la confiance en nos pensées. À contrario, nous ne sommes pas heureux lorsque nous n’avons pas raison, lorsque que nous sommes contrariés par les opinions des autres personnes. Dans ce cas, si débat d’opinions il y a, il se terminera trop souvent sur un « À chacun son opinion » avant de passer par un « C’est mon opinion et je la partage ».

Le problème du client n’est pas tant son opinion sur un sujet donné mais le statut qu’il accorde à toutes ses opinions, un statut de vérité ou de croyance. Et le problème se complique lorsque le client fonde, consciemment ou inconsciemment, sa valeur et même celle de son existence sur ses vérités et ses croyances, bref, sur ses opinions, ainsi devenues des jugements définitifs voire dogmatiques.

Il y a rien de moins solide qu’une opinion. Elle demeure un produit dérivé de piètre qualité du savoir et de la connaissance. Pour plusieurs individus, ce n’est pas la connaissance qui est acquise mais plutôt l’opinion qu’ils en ont. Ils ne peuvent parler de leurs connaissances qu’en exprimant l’opinion qu’ils en ont. Ils ne mettent pas en pratique leurs connaissances tirées su savoir mais plutôt l’opinion qu’ils en ont. La confusion entre le statut de l’un et de l’autre est généralement inconsciente et totale. Il exprime une opinion avec l’impression d’exprimer une connaissance, vraie et objective. Il prenne pour vrai ce qu’il pense uniquement parce qu’il le pense. En fin de compte, ils prennent connaissance que pour se faire opinion. La connaissance elle-même a peu d’importance ou elle n’a d’importance que si elle permet de se faire une opinion.

L’opinion est souvent adoptée sans même être précédée de l’acquisition d’une connaissance tirée d’un savoir. Il ne s’agit pas de se faire une opinion mais d’en adopter une. Ainsi, la très grandes majorité des opinions en circulation dans notre monde sont très rarement inédites.

Pour certaines personnes, il suffit d’avoir une opinion pour connaître. Dans un monde submergé d’opinions de toutes sortes, le choix est presque infini. Et les critères du choix d’une opinion plutôt qu’une autre varient passablement. Pour les uns, c’est la crédibilité de celui ou celle qui avance son opinion qui prime. Pour les autres, c’est la ressemblance de l’opinion avec ce que l’on pense déjà ou croit penser qui guide le choix.

Dans tous les cas, la décision en faveur d’une opinion plutôt qu’une autre repose sur des critères subjectifs. Dans le cas où la personne confond « opinion » et « connaissance », cette dernière étant associée à une certaine objectivité, on croit décider objectivement. Mais ce n’est qu’une illusion. Louis Cheskin, un chercheur américain en études des motivations, écrit :

Traduction libre

« Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »

Texte original

« We like to believe that we are ob-jective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it.

We say we judge objectively, but actually we react subjectively. We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

L’opinion permet d’apercevoir quelques éléments du système de pensée qui la supporte. Si toutes les opinions se valent, question de liberté de pensée et d’expression, elles ont les qualités et les défauts du système de pensée de la personne. C’est le cas des biais cognitifs.

Parmi toutes listes de biais cognitifs disponibles, je vous propose celle de « David D Burns, psychiatre américain et professeur émérite adjoint au Département de psychiatrie et des sciences du comportement de la Stanford University School of Medicine » (Wikipédia – En anglais seulement) (Site web) et auteur du livre Être bien dans sa peau. Cette liste a été établie d’après les erreurs de jugement communes aux personnes dépressives. Le psychiatre David D Burns cherchait alors un moyen de traiter la dépression sans médicament. Il a observé que ses patients parvenaient a sortir de la dépression en corrigeant leurs biais cognitifs.


Liste de biais cognitifs du psychiatre David D Burns

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
  6. L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
  7. L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  8. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  9. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  10. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  11. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  12. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


Il suffit d’un seul biais cognitif pour démontrer la faiblesse d’une opinion. Plus encore, le et les biais cognitifs agissent non seulement sur une seule opinion mais sur l’ensemble des opinions, Un biais cognitif est « une tendance à… ». Sa source n’est autre que le système de pensée lui-même.

Permettre au client d’une consultation philosophique de prendre conscience de son système de pensée, de comment il pense, y compris de ses biais cognitifs, permet de remonter à la cause première de son mal-être.

Il ne s’agit plus ici du questionnement philosophique décrit plus haut, mais plutôt de faire du système de pensée du client le seul et unique sujet de la consultation. Le dialogue sur ce sujet doit permettre des prises consciences et l’acquisition de connaissances qui lui serviront de boîte à outils pour son bien-être. Il faut aller sans détour à la cause première du mal-être, le système de pensée lui-même. L’opinion ou la question existentielle soumise par le client ne sera utile, non pas que si on creuse cette opinion ou cette question sous tous les angles philosophique, mais comme porte d’entrée vers le système de pensée du client.

Pour atteindre son but, développer l’esprit critique de son client, le philosophe praticien doit transmettre des connaissances à la conscience au sujet de l’esprit critique.

Je comprends le philosophe praticien puisse se donner le même objectif par le questionnement philosophique en prenant comme sujet l’opinion ou la question existentielle du client. Il espère que l’expérience du questionnement philosophique vécu par le client contribuera au développement de son esprit critique. Cependant, la connaissance acquise par le client ne concerne que l’expérience vécue, c’est-à-dire le questionnement philosophique, l’opinion qu’il en aura et les quelques citations des philosophes se rapportant à sa situation.

Le client apprendra peut-être l’utilité du doute mais il ne saura pas nécessairement comment en tirer le bénéfice de façon générale, en toute connaissance de cause, à moins de devenir lui-même un expert du questionnement philosophique et un exégète des philosophies.

Si le questionnement philosophique n’a pas de limite en soi, l’expérience vécue par le client est d’abord psychologique, davantage psychologique qu’intellectuelle. Même si le client témoigne de son ouverture à l’expérience philosophique puisqu’il a lui-même pris rendez-vous, il ne faut pas minimiser l’appréhension naturelle de l’Homme face à l’inconnu, sa fébrilité face à une première rencontre, bref son état psychologique. Le questionnement philosophique ne laisse que peu ou pas du tout d’espace au psychologique. Or, douter est d’abord et avant tout un acte psychologique qui requiert la plus grande attention de la part de celui ou celle qui le soulève.

En résumé, l’expérience du questionnement philosophique, avec son impact psychologique, ne facilite pas la transmission des connaissance utiles à la naissance et au fonctionnement de l’esprit critique.

Il m’apparaît plus sage de précéder l’expérience d’un esprit critique d’une connaissance de ce qu’est un esprit critique et comment le développer.

Évidemment, on peut toujours apprendre sur le tas mais le client n’est pas un apprenti lors de la consultation philosophique. La démonstration orchestrée par le philosophe praticien et ayant pour sujet la question existentielle de son client demeure une démonstration et non pas un enseignement proprement dit. Il est espéré du client une analyse de cette démonstration de laquelle il tirera un apprentissage du questionnement philosophique pour son propre profit. Or, le client ne dispose pas de la base théorique pour une telle analyse. Le client porte son attention sur les questions du philosophe praticien et les réponses qu’il lui donne. Il ne s’arrête pas nécessairement à la fois au contenu et au contenant. Lors d’une consultation philosophique, le client participe (contenu) davantage qu’il observe (contenant).

Système de penser – Lutter contre ses opinions

Tous s’entendent sur l’importance d’apprendre à douter de ses opinions pour développer son esprit critique. Un client prisonnier de ses opinions doit être libéré (voir : Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?). Plus le client se donne raison sur la base de ses opinions, plus il démontre que son bien-être repose sur le fait d’avoir raison. Peu importe la théorie et ses propres expériences, l’important est qu’elles lui donnent raison. Ce client n’est pas heureux lorsqu’il n’a pas raison. Il déteste l’incertitude, cette dernière étant vécu comme un vide dont sa nature à horreur, un vide à combler. Le lien du client à ses opinions est (très) émotif, aussi émotif que peut l’être son bien-être.

Dans ce contexte, le client accorde une valeur fondamentale à ses opinions et, par conséquent, il fonde sa propre valeur sur ses opinions. Lui dire « qu’il n’est pas important d’avoir raison et qu’il vaut mieux mise sur un esprit critique » ne le servira pas. Déplacer la valeur fondamentale d’une personne de ses opinions vers sa faculté de penser, du fruit à l’arbre puis au racine de cet arbre, demande doigtée et empathie parce que l’opération implique aussi un changement d’attitude.

Or, on n’abandonne pas une attitude pour la remplacer par une autre. À lui seul le temps de remplacement d’une attitude est insupportable en raison de l’incertitude. Une attitude est toujours détrônée par une autre, sans aucun temps mort. Il n’y a pas d’incertitude mais victoire d’une attitude sur une autre.

Et puisque l’attitude est le dernier maillon de la chaîne du traitement des sensations, juste avant le comportement, c’est l’attitude qui dicte finalement le comportement à adopter. Aussi, on sait que les changement de comportement interviennent à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme.

Traduction libre

Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références.

 Texte original en anglais

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

La sensation donne lieu à une perception et une question se pose  à savoir qu’elle attitude (comportement) à adopter face à cette perception. Pour ce faire, la perception sera évaluée en relation avec le schéma de références de la personne pour déboucher sur l’attitude à adopter qui sera traduite par le comportement. Exemple :

J’ai été élevé dans une famille très politisée en raison de la présence d’un politicien dans la grande famille de l’un de mes parents. Lorsque mon père parlait, il avançait telle ou telle opinion et il se donnait raison avec une très grande force de conviction. Il en allait de même d’autres membres de cette grande famille. Jeune adolescent, je croyais qu’être adulte procurait le pouvoir de se donner raison sur les autres. Cette idée fut inscrite dans mon schéma de référence et dictait ma conduite avec les jeunes de ma génération voire même quelques adultes. Puis, un dimanche soir, un animateur à la radio m’a révélé que les gens qui se donnent raison vivre dans un système de pensées sans faille et que c’est justement par les failles que la lumière entre. Ces failles, c’étaient le doute. Mon schéma de référence a enregistré cette révélation et mon attitude et mon comportement ont changé face aux personnes qui se donnent raison pour tout et pour rien, et j’ai moi-même abandonné l’idée de me donner raison.

C’est dans ce contexte que je me suis donné comme maxime : « Si vous avez une meilleure idée que la mienne, n’hésitez pas à me la donner que je ne perde pas de temps ».

Ma valeur repose donc sur mon esprit critique et la capacité de ce dernier à douter, bref, à la base, sur ma faculté de penser. En amont, ma faculté de penser tire sa valeur ultime de la vie qui m’habite et du fait d’Être. Que j’ai on non raison n’a aucune importance.

Je me rallie au propos du neuropsychologue Antonio Damasio : « J’existe, donc je pense », par opposition au « Je pense, donc j’existe » du philosophe et mathématicien René Descartes. Ma valeur ne repose plus sur mes opinions, avis, jugements… mais sur le fait incontestable que j’existe et que cela me permet de vivre et ainsi de penser.

C’est là, à mon avis, qu’il faut amener le client d’une consultation philosophique. Mettre en lumière une valeur fondamentale stable et incontestable, peu importe ce qu’il pense, de par son existence (son Être), sa vie et sa faculté de penser. Personne ne peut remettre en question le fait de son existence, son Être, à moins d’un défaut de compréhension de ces concepts. Il se trouve ainsi libéré de la prison de ses opinions et de l’oppression de l’incertitude. Il peut douter librement de tout son Être, raisonné et sensible.


Un esprit critique en exercice sera à la fois rationnel et émotif
parce que la raison n’est rien sans les émotions.
Voir : Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995.


Le bénéfice du doute

Pour plusieurs personnes, le doute est synonyme d’incertitude et celle dernière d’inconfort souvent insupportable tant par la raison et les émotions. S’exprime ici un préjugé face au doute alors associé à une certaine faiblesse d’esprit.

Nous évoluons dans un monde où la crédibilité d’une connaissance augmente avec la force de conviction de celui qui l’avance. Cette force de conviction laisse peu de place au doute. Nous ne sommes pas invités à réfléchir à cette connaissance pour en douter ou la remettre en question mais y croire, hors de tout doute. Nous pensons et nous agissons, consciemment et/ou inconsciemment selon cette référence négative au doute. Nous n’aimons pas douter ou nous doutons que si cela nous permet de remettre en cause une connaissance qui nous indispose, c’est-à-dire contraire à nos valeurs, et, le cas échéant, nous diagnostiquons une faiblesse d’esprit chez soi ou chez l’autre. Dans ce cas, je qualifierais ce doute de pervers.

Ainsi pratiquer, le doute ne nous apparaît pas comme porteur d’un bénéfice. L’expression « savoir tirer le bénéfice du doute » soutient que nous pouvons apprendre à tirer un bénéfice du doute, qui ne soit pas négatif, par exemple, autre chose que l’inconfort.

Quel est le bénéfice du doute ?

Permettez-moi de vous surprendre : le bénéfice du doute, c’est la certitude. Concernant une connaissance, il ne s’agit pas d’une certitude définitive mais plutôt admissible comme une vérité. Et il est permis de douter cette vérité. 

Pour l’esprit critique, toute vérité n’a de valeur que si elle est remise en question, admise pour un temps, sujette au doute, à la destruction par une vérité meilleure. Cette approche provient de la science. La connaissance scientifique se bâtit sur la destruction du déjà-su. Ainsi, la connaissance scientifique suit obligatoirement une évolution; seule une meilleure connaissance peut en détruire une autre et prendre sa place.

Pourquoi notre esprit critique ne pourrait-t-il pas adopter ce processus de la pensée scientifique ?


« Si vous avez une meilleure idée que la mienne, n’hésitez pas à me la donner que je ne perde pas de temps ».


Le doute est avant tout une affaire de philosophie. Douter de ses opinions. Douter des vérités admises. Douter de nos certitudes. Douter de la vie que nous menons. Douter de nos émotions. Douter du diagnostique que nous posons sur nous et les autres. Douter de nos valeurs. Douter de notre esprit critique. Douter de nos attitudes. Et ainsi de suite.

La valeur suprême : l’Existence

On peut douter de tout à l’exception de notre valeur fondamentale, ultime, car elle repose sur le fait d’Être ou l’Existence. On ne parle pas ici de quelque chose qui existe mais de l’existence elle-même. On l’explique aux lycéens en ces mots : « L’être n’est pas quelque chose qui existe, mais l’existence elle-même (…) » (source : Kidsvacances).

Cette valeur ne peut pas être remise en question. Elle est donc la plus sûre et la plus solide qui soit. Personne ne peut douter de votre Existence, pas même vous. Cette valeur n’implique aucun jugement.

La reconnaissance de la valeur fondamentale de l’Existence doit être au cours de la consultation philosophique parce qu’elle permet à l’esprit critique de prendre librement son envol et ainsi, par exemple, de remettre en question les autres valeurs que nous avons adoptées, et ce, sans nous déstabiliser ou nous dévaloriser. L’attachement par la raison et les émotions à ces autres valeurs peut aveugler l’Existence ou, si vous préférez, on peut Être inconscient de sa valeur.


Conclusion : valoriser le savoir et la connaissance

Dans ce texte, je me demande si le philosophe praticien doit porter son attention sur les opinions et les questions existentielles ou le système de pensée du client. Je mets de l’avant une réponse : le système de pensée. C’est le système de pensée qui formate les opinions et les questions du client. Ainsi, un système de pensée défectueux ne saurait déboucher sur des formulations en adéquation avec la réalité perçue et vécue. Il faut corriger les défauts de pensée et de logique à la source.

Lutter contre ses opinions les unes après les autres ne m’apparaît pas comme une solution durable. S’il faut que le client entretienne un doute face à chacune de ses opinions, il n’est pas sorti du bois. D’où l’importance d’aller à la source même de l’opinion, là où elle est pensée, c’est-à-dire le système de pensée. La question essentielle est : « Comment je pense ? »

Enfin, le savoir et la connaissance que j’en tire sont plus importants que les opinions que j’en ai. Lutter contre ses opinions, c’est aussi lutter contre les liens émotif et subjectifs que nous entretenons avec elles, contre le statut et la valeur de vérité que nous leurs accordons.

La consultation philosophique doit permettre de valoriser le savoir et la connaissance auprès du client, notamment de son système de pensée.


EN COMPLÉMENT

Vous trouverez ci-dessous les chapitres LA PENSÉE CERTAINE et LA PENSÉE PROFONDE tiré de mon essai et témoignage de gouvernement personnelle, J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison.

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La pensée certaine

Pour tirer le bénéfice du doute – Il fut un temps où la pensée était certaine uniquement si les autorités religieuses la cautionnaient. Nous sommes au Moyen Age. À cette époque, un homme avait raison que si l’église lui donnait raison. Les autorités religieuses s’étaient attribuées le monopole de toute certitude en se donnant le titre de représentantes suprêmes de Dieu sur Terre.

Parlons-en de la Terre. Un homme avait beau se lever et démontrer que la Terre n’était pas au centre de l’univers d’après de savantes observations, si les autorités religieuses ne lui donnaient pas raison, il avait tort et la Terre demeurait au centre de l’univers. Un autre pouvait bien prouver que la Terre était ronde comme une orange et non pas plate comme une assiette, selon de savants calculs, si l’église préférait ses raisons de croire la Terre plate, l’homme avait tort et devait se taire.

Aussi, un homme ne s’est pas levé de bon matin avec la ferme intention d’avoir raison et de donner tort à l’église. Ce n’est pas comme cela que l’homme de cette époque en est venu à se donner raison. Mais un homme s’est effectivement levé un matin en se demandant, sans doute pour la ixième fois, pourquoi la raison toute puissante de l’église, au lieu d’engendrer le bien et l’Amour, conduisait à des guerres de religions plongeant les hommes, les femmes et les enfants de l’Europe dans les douleurs les plus terribles. Faire le mal pour faire le bien ne parut sans doute pas tout à fait logique à cet homme, d’autant plus que le bien se faisait attendre, toujours repoussé un peu plus loin. Bref, cet homme doutait de l’efficacité de la raison de l’église.

Il ne fut pas le premier à entretenir un tel doute, mais la mise à mort imposait le secret et limitait ainsi très sérieusement les discussions sur le sujet.

Cependant, cet homme médiéval fit un pas de plus que les autres : il se questionna à savoir s’il n’y avait pas une autre source que l’église pour donner raison à la connaissance. Il se mit donc silencieusement à la recherche d’une autre source de certitude. Et s’il ne fut ni le premier à douter dans l’histoire de l’Homme, ni le premier à en tirer profit, il fut le premier à y voir le bénéfice de la certitude.

Voici comment je comprends le raisonnement de cet homme, certes, modestement mais suffisamment pour m’éclairer. La vérité se manifeste quand je ne puis plus douter mais pour ce faire je dois douter de tout de peur de me tromper dans une fausse vérité.

Ainsi, la première certitude acquise par cet homme est celle de son existence: je doute mais tandis que je doute, je ne puis douter que je pense et si je pense je suis au moins en tant que je pense. Conclusion: Je pense donc je suis ou j’existe.1 Les penseurs parmi nous auront reconnu notre homme, René Descartes, philosophe, mathématicien et physicien français ayant vécu de 1596 à 1650.

Cette première certitude revient à dire que je ne peux pas douter de mon existence tant et aussi longtemps que je pense. Dans l’affirmative, cela nous donne : j’ai la certitude de mon existence tant et aussi longtemps que je pense. Pas besoin de l’église pour me confirmer que j’ai raison d’admettre ainsi mon existence. Je peux donc produire une connaissance certaine, avoir raison, par moi-même, indépendamment des autorités religieuses. À partir de ce moment-là, la certitude de la pensée humaine s’ajoute définitivement à la certitude de la pensée divine, que prétend posséder l’église.

Descartes va ensuite chercher à savoir s’il peut étendre cette première certitude à d’autres sujets, en dehors de son existence. Le chemin à suivre est le même : tant qu’un doute subsiste dans mon esprit, je ne puis me permettre d’être certain de quoi que ce soit. Ce faisant, je ne peux plus prendre pour vrai tout ce qui vient à ma pensée, seules mes pensées dont je ne pourrai plus douter seront certaines.

Mais la certitude ne viendra pas de n’importe quel doute qui hante mon esprit; il faut un doute systématique, « qui procède avec méthode, dans un ordre défini, pour un but déterminé »2. Descartes fera donc du doute systématique la première règle de sa méthode qu’on peut résumer ainsi : le doute systématique de tout ce que je sais, de toutes les évidences apparentes pour qu’ensuite je produise systématiquement ma connaissance à partir d’un contrôle, d’une maîtrise de chacune des opérations de pensée que j’effectue lorsque je connais. Autrement dit, douter uniquement de ce que je veux et uniquement quand cela me tente ne sera pas utile. Le risque d’erreurs demeure le même.

Pour être certain, je dois donc soumettre tout ce que je sais à un doute intentionnel et organisé. Descartes nous invite à douter de toutes les évidences apparentes, de tout ce qui apparaît à notre esprit comme une vérité. Notre esprit a le défaut de prendre pour vrai ce qu’il pense. C’est pourquoi un doute systématique de tout ce que nous pensons s’impose.

Tant et aussi longtemps que je crois penser une vérité, mon esprit ne remettra pas en cause cette vérité. Si une autre vérité se présente, plus certaine, je risque de la rejeter parce que je crois déjà détenir la vérité, parce que je ne doute pas de la vérité que je détiens. Comment éviter de passer à côté d’une vérité ou découvrir si je suis dans l’erreur ? En laissant planer un doute sur toutes les vérités que j’ai déjà acquises, sur tout ce que je sais.

Dans les faits, la certitude d’une connaissance grandit toujours en repoussant la certitude d’une autre connaissance, d’une connaissance jusque-là prise pour vraie. La certitude que la Terre est plate a cédé sa place à la certitude que la Terre est ronde. Mais pour cela, il fallut que l’homme puisse douter que la Terre était plate. Si je doute, dès le départ, de tout ce que je sais, je m’expose à la possibilité d’une plus grande certitude. Je m’accorde la possibilité d’être induit en erreur par une fausse vérité. Pour ce doute général, je n’ai besoin d’aucune raison, si ce n’est mon souci d’éviter l’erreur par une trop grande certitude. Notre affirmation « Je pense que… » devrait être reformulée en « Jusqu’ici, je pense que…. », pour exprimer le doute garant de notre ouverture d’esprit à une plus grande certitude.

Et tant et aussi longtemps que nous n’exprimons pas notre doute, nous donnons à l’autre l’impression de prendre pour vrai tout ce que nous pensons. Nous cachons notre ouverture d’esprit à l’autre et nous l’incitons à faire de même. Lorsque notre esprit constate cette absence apparente d’ouverture d’esprit chez l’autre, son attitude est différente que s’il constatait le contraire, ne serait-ce qu’une toute petite ouverture d’esprit. Cette attitude incite notre esprit à « affirmer » plutôt qu’à « proposer », c’est-à-dire à « donner (une chose) pour vraie, énoncer (un jugement) comme vrai » plutôt que de « soumettre », de « faire connaître » à l’autre une connaissance sans la prétendre nécessairement vraie dès le départ. En termes imagés, notre esprit a tendance à mettre le point sur la table plutôt qu’à tendre la main lorsque les apparences lui laissent croire que l’autre n’a aucun doute, aucune ouverture d’esprit. Il en va de même de l’autre lorsque son esprit dresse le même constat à notre égard.

Alors, ce qui est dit n’est pas vraiment discutable puisque chacun avance ce qu’il considère comme une vérité. On peut discuter uniquement lorsque la valeur de la connaissance n’est pas certaine. Comprenez-moi bien : il y a vraiment discussion uniquement dans le cas où c’est la vérité d’une connaissance qui est l’enjeu. En d’autres temps, nous devons parler d’un débat d’opinions où des vérités s’affrontent.

Nous pouvons attribuer au moins quatre grandes différences entre la discussion et le débat d’opinions :

1. Dans une discussion, on cherche avec la vérité d’une connaissance. Dans un débat d’opinion, on cherche à imposer sa vérité.

2. Dans une discussion, je m’adonne avec l’autre à l’étude de la vérité sans rien prendre pour acquis. Dans un débat d’opinions, je m’oppose à l’autre en prenant pour acquis que je détiens la vérité.

3. Dans une discussion, chacun s’enrichit de la recherche de la vérité. Dans un débat d’opinions, chacun se contente de défendre sa propre vérité.

4. Dans une discussion, l’autre peut me donner raison et je peux donner raison à l’autre. Dans un débat d’opinions, l’autre ne peut pas me donner raison et je ne peux pas donner raison à l’autre, si ce n’est pour le piéger en vue de faire triompher ma vérité sur la sienne.

Seule l’ouverture d’esprit, entretenue par le doute, détermine si nous discutons de la vérité ou si nous débattons de nos opinions.

Aussi, j’ai passablement cherché à discuter de la vérité pour conclure que la plupart des gens ont davantage l’habitude des débats d’opinions que de la discussion. Celui qui doute a tout le recul nécessaire pour s’apercevoir que la plupart des gens ont le nez collé à « leurs » vérités. Nous vivons dans un monde d’opinions ou très peu de vérités sont réellement discutées, même dans nos relations intimes. L’enfant apprend vite à défendre son opinion, très peu à en discuter. Il imite les adultes.

Dès qu’on laisse voir qu’on a un doute sur ce qu’on pense, l’esprit de l’autre y voit une faiblesse, une occasion d’imposer sa vérité toute faite. Dans un monde aussi vantard d’être certain à chaque fois qu’il ouvre la bouche, il n’est pas étonnant que le doute soit perçu comme une faiblesse. Le plus fort est certain et le plus faible doute. Ainsi, la plupart des gens apprennent vite à cacher au monde leur moindre doute, de peur de voir le loup entrer dans la bergerie.

Certaines personnes sont si profondément convaincues de la nécessité d’être certaines, face aux autres et à elles-mêmes, que le plus petit doute les rend mal à l’aise, inconfortables. Si jamais le doute persiste, la déprime les gagne. Elles perdent leur assurance, leur confiance en soi et leurs certitudes, sans différenciation. Cette indifférenciation généralise la déprime jusqu’à la dépression.

Or, l’assurance se rapporte à nos convictions, la confiance en soi à nos capacités et la certitude aux connaissances accumulées. Une pensée responsable doit faire ces différenciations (différences de fonctions) sans quoi l’assurance, la confiance et la certitude sont soumises à l’effet domino (la chute de la première entraîne celle de la deuxième et cette dernière entraîne la chute de la troisième).

Dans la pensée responsable, douter de la certitude de ses connaissances n’est pas associé à une faiblesse ou à un manque de confiance en soi mais à une force. La force de déceler ses erreurs de connaissance et ainsi de pouvoir prendre de l’expérience puisque cette dernière, après tout, est la somme de nos erreurs. La personne qui ne doute pas ne peut pas relever ses erreurs et prendre de l’expérience. Aussi, la pensée responsable limite la pratique du doute à la raison, au cerveau pensant, bref, à la conscience.

La pensée responsable peut étendre le doute à la connaissance de soi, y compris, à nos capacités en tant que personne, et à nos convictions mais uniquement sous une perspective rationnelle. Le doute recommandé par Descartes est celui organisé par la pensée rationnelle, à distinguer de la pensée émotionnelle (sous l’emprise des émotions et des passions), de la pensée spirituelle (qui sous-tend les croyances), de la pensée initiatique (qui modèle la vision de soi et du monde). Qu’importe l’objet du doute, il ne peut pas porter sur un autre aspect que l’aspect rationnel de cet objet.

Par exemple, je peux douter de l’existence de Dieu avec ma raison, c’est-à-dire examiner s’il m’apparaît raisonnable de croire en l’existence de Dieu, mais je ne peux pas douter de l’existence de Dieu avec mes émotions et mes convictions. En fait, l’existence de Dieu relève des croyances, fondées sur des connaissances révélées plutôt que rationnelles. Autrement dit, la croyance en l’existence de Dieu ne peut pas être fondée sur la raison seule, les connaissances et la compréhension raisonnable. Ainsi, je peux entretenir un doute raisonnable quant à l’existence de Dieu mais une profonde conviction (révélation personnelle) peut m’en convaincre au-delà de ce doute de la raison.

La pensée responsable est respectueuse de tout mon être dans toutes ses composantes et n’accorde pas la permission de douter de tout et de rien, à tort et à travers. Seul le doute raisonnable de ce qui est raisonnable est permis et elle sait que tout n’est pas raisonnable. Aussi, elle sépare la raison des émotions, le cerveau pensant du cerveau émotionnel, tout comme elle sépare le cœur de la raison. Et si jamais des liens sont reconnus entre le cerveau pensant et le cerveau émotionnel, la pensée responsable les respectera. Nous verrons d’ailleurs que ces liens existent.

Ainsi, je peux douter de mes convictions mais je ne peux pas permettre à la raison seule de réduire mes croyances à néant. Je peux douter de mes capacités mais je ne peux pas permettre à ma conscience de prétendre connaître et comprendre toutes mes capacités et de poser un jugement définitif sur ma personne. Il y a aussi les capacités fournies à ma personne par mon cerveau émotionnel, généralement inconscientes ou hors de portée de l’analyse de la raison.

La personne abattue au moindre doute demeure dans l’ignorance de ces différenciations. Son doute n’est pas raisonnable et ne peut que l’entraîner dans la déprime voire la dépression. Seul un doute raisonnable est utile car il permet une pensée certaine tout aussi raisonnable.

Non contrôlé par la raison, le doute devient maladif. Il court partout où il n’a pas raison (et ce n’est pas une figure de style), partout où la raison n’a pas juridiction et il fout librement le trouble, comme un virus mortel. La pensée certaine doit s’obliger à être raisonnable, autrement, elle produit l’incertitude plutôt que la certitude et les connaissances s’emballent et font chavirer le navire.

Personnellement, je doute de mes connaissances sans que cela n’enlève de la valeur à ma raison, au contraire, pour moi, la raison sans le doute n’a pas de valeur. Je doute aussi de mes capacités en tant que personne mais raisonnablement, c’est-à-dire sans jamais prétendre que toutes mes capacités sont réduites ou que mon jugement porte sur toutes mes capacités. Il y a des capacités cachées à ma conscience, souvent, insoupçonnables. Et pour que ma conscience ne puisse plus me jouer des tours de logique en me rendant incapable de tout, je lui reconnais une capacité intelligente qu’elle ne peut pas attaquer : la capacité de douter. Tant que je doute, je suis intelligent. Enfin, je doute de mes convictions mais jamais je ne laisse ma raison seule fonder mes convictions, mes croyances. Certains événements ébranlent très sérieusement mes convictions, parfois même je perds une conviction profonde dans la tourmente, mais j’ai trouvé ici encore un moyen de m’en tenir à un doute raisonnable. Je reconnais à mon cœur une capacité immuable, inattaquable par la raison : la capacité de croire en quelque chose. Ainsi, même lorsque je ne crois plus en rien, j’ai tout de même la capacité de croire en d’autres choses, d’acquérir de nouvelles croyances voire de nouvelles valeurs.

Ainsi organisé, impossible d’admettre raisonnablement : « Je n’ai plus confiance en moi ». Car mon moi s’étend bien au-delà des limites de ma raison. Si j’existe parce que je pense, la qualité de mon existence est loin de dépendre uniquement de mes pensées raisonnables, de mon cerveau pensant. Lorsqu’on a perdu confiance en soi, il faut savoir qui pense, son cœur ou sa raison.

Absolument certains de ne plus pouvoir se faire confiance, de cœur et d’esprit, certains tombent dans la pensée malheureuse.3

Revenons à l’inconfort du doute. Certaines personnes mal à leur aise refoulent leurs doutes au plus profond d’elles-mêmes dans l’espoir de ne plus jamais les voir ressurgir, convaincues qu’il faille être certain, même aveuglément. Ces personnes se privent ainsi de la possibilité de tirer le bénéfice du doute. Ainsi, parmi elles, se retrouvent les gens conservant les mêmes vérités toute leur vie. Ces gens resteront sensiblement sur les mêmes positions, souvent avec la même attitude de certitude, de l’adolescence ou du début de leur vie adulte à la vieillesse. Plus une personne est certaine, moins elle a l’opportunité d’évoluer, à tout le moins, en changeant ses idées actuelles pour de meilleures.

Dans le secret de son intimité, la personne privée de doute considère ses idées comme étant les meilleures qu’elles puissent adopter. Dans le public, deux choix s’offrent à elle pour faire bonne figure, soit elle reconnaît ses idées n’étant peut-être pas les meilleures mais que ce sont les siennes, soit elle soutient adopter une meilleure idée mais uniquement si elle la juge personnellement vraiment meilleure. Dans tous les cas et qu’importent ses dires, la personne privée de doute conserve « ses » idées. Elle en fait une affaire strictement personnelle. Nous approfondirons le sujet au chapitre de la pensée universelle à laquelle nous opposerons la pensée personnelle car il y a des gens prêts à tout pour préserver la certitude de leurs pensées personnelles même si ces dernières sont contredites par des vérités universelles, des vérités vraies pour tous les êtres humains.

La difficulté de douter apparaît dans la « simple conscience » et disparaît dans la « double conscience », reste l’effort. Oui. Je m’explique. Lorsque je dis « Je sais », c’est une question de simple conscience. Lorsque je dis « Je sais que je sais », c’est la double conscience qui intervient. Dans « Je sais que je sais », il y a une vérification de ce que je sais. Dans la simple conscience, il n’y a pas de vérification, je ne me questionne pas à savoir si je sais vraiment. Dans la simple conscience, je me réfère aux évidences apparentes ou à l’expérience immédiate, d’où que je puisse rapidement conclure « Je sais » ou « Je ne sais pas ».

L’expérience immédiate se réduit généralement à la connaissance accumulée à l’aide des sens (goût, odorat, ouïe, toucher et vue). Elle n’est pas inutile, au contraire, elle nous permet de combler nos besoins de base et de vivre en toute sécurité. Par exemple, c’est par l’expérience immédiate de l’odeur d’un aliment mauvais au goût que je garderai cette odeur en mémoire. Si jamais je fais à nouveau l’expérience immédiate de cette odeur, le souvenir aidant, je n’aurai pas besoin d’y goûter pour savoir qu’il est mauvais. Autre exemple, c’est l’expérience immédiate connue qui m’évitera de me brûler à nouveau en passant ma main dans la vapeur s’échappant d’un chaudron d’eau bouillante sur le feu de la cuisinière. C’est aussi l’expérience immédiate vécue à l’audition des crissements de pneus d’une automobile qui me fera remonter sur le trottoir sans prendre le temps de réfléchir si jamais la même expérience immédiate se présente. Somme toute, l’expérience immédiate est à toutes fines pratiques essentiellement sensorielles.

Mais nos sens peuvent nous tromper. « J’étais certain que mon camion passait aisément sous ce viaduc », dira le conducteur. « Je n’ai pas vu la marche », dira le visiteur. « J’avais pas l’impression d’écouter cette musique à un volume aussi élevé », dira le colocataire. Ce sont là des exemples terre-à-terre mais nos sens peuvent aussi induire en erreur notre appréciation d’une personne, d’un événement de grande importance voire d’un objet dangereux.

J’ai ajouté « connue » et « vécue » après « expérience immédiate » car certaines expériences immédiates semblent échapper à notre mémoire, du moins, ne pas s’y inscrire dès la première fois. En effet, il nous faut parfois plusieurs expériences immédiates similaires, par exemple, de déshydratation avant de prendre l’habitude de boire suffisamment lors d’un effort physique soutenu. Certaines personnes oublient toujours de faire le plein du réservoir d’essence de leur automobile malgré l’expérience immédiate de plusieurs pannes sèches.

Bref, nos sens peuvent nous trahir et l’expérience immédiate est loin d’être toujours suffisante pour engendrer une pensée certaine. Autrement dit, une simple conscience ne fournit pas toute la connaissance et la compréhension nécessaire pour prendre du recul et maîtriser la certitude.

Il faut une double conscience, c’est-à-dire, une conscience de la conscience. Disons-le avec d’autres mots. La simple conscience est une conscience spontanée tandis que la double conscience est une conscience réfléchie. Le professeur L. Meynar 4 parle aussi de la conscience réfléchissante et de la conscience réfléchie. La première se limite au reflet de la réalité, la seconde se veut une réflexion au sujet de ce reflet. « (…), mais au fond la conscience et la conscience de la conscience sont deux opérations de l’esprit qui ne diffèrent que par le degré d’intériorisation et de réflexion », écrit le professeur.

Par intériorisation, entendons simplement l’« aptitude mentale à s’isoler du monde extérieur » (Le Petit Robert), ce qui implique, pour nous, la capacité à nous soustraire à l’influence de nos sens, ces derniers étant responsables de nous relier au monde extérieur. Autrement dit, une fois que nous avons acquis toute la connaissance possible avec nos sens au sujet de ce à quoi nous voulons réfléchir, on ferme la porte; on ne laisse plus les sens se mêler de nos affaires.

L’opération est difficile à celui ou celle qui se demande : « Oui. Mais ne ressent-on pas toujours quelque chose ? Comment soustraire complètement ma réflexion à mes sens ? ». Évidemment, il ne s’agit pas de « débrancher » les nerfs; nous mourrions. Blague à part, nos sens alimentent constamment notre cerveau et c’est très bien ainsi. Mais il ne faut pas être comme l’élève à la merci de tout ce qu’il voit et entend au point de perdre le fil de sa propre réflexion, ce qui fait référence à un premier aspect de l’intériorisation : la capacité de concentration dans l’ambiance du monde extérieur.

Le deuxième aspect se rapporte à la capacité de contrôler la connaissance par les sens, comme s’il fallait à un moment donné la fixer, décider qu’on a la connaissance de base nécessaire pour réfléchir. Autrement, on se retrouve à réfléchir à une connaissance qui change constamment parce que toujours alimentée par les sens. En fait, il s’agit de considérer que la conscience et la conscience de la conscience ne peuvent pas travailler en même temps. Comparez-vous au chercheur en laboratoire tentant de réfléchir à un virus tout en gardant les yeux rivés sur ce virus à l’aide de son microscope. L’exercice est toujours possible, l’image du virus peut stimuler l’imagination, mais le chercheur sait fort bien que son travail au microscope (le recours à ses sens) consiste à prendre des connaissances auxquelles il réfléchira plus tard, dans un deuxième temps, à son bureau, par exemple. Ce faisant, il intériorise la connaissance, il ne lui reste plus que des notes. Il amène la connaissance sensorielle de la simple conscience dans la double conscience. Par le fait même, il s’isole lui-même et isole la connaissance du monde. Le travail de la simple conscience est terminé et celui de la double conscience commence.

Personnellement, il me semble plus aisé de différencier la simple de la double conscience en les qualifiant de conscience spontanée et de conscience réfléchie. Pour en finir avec cette différenciation, comparons l’exercice de conscience à celui de la photographie. La conscience spontanée fournit la photographie et la conscience réfléchie l’analyse. L’objet photographié, c’est le monde extérieur. L’appareil photographique représente mes sens (en tant qu’il les prolonge, comme le fait un microscope). La photographie, c’est la connaissance produite par la conscience spontanée à l’aide de mes sens. Je dispose en mon esprit d’une représentation du monde extérieur. Je n’ai plus besoin de l’appareil ou de mes sens pour me représenter le monde extérieur puisque j’en ai une représentation indépendante en mon esprit. Je puis donc me couper du monde extérieur pour réfléchir à cette représentation.

Dans cet exercice, la photographie ou la représentation du monde extérieur en mon esprit est une première connaissance, la connaissance spontanée. Ma réflexion sera une connaissance réfléchie de la connaissance spontanée, une « connaissance de la connaissance » à l’image d’une « conscience de la conscience ».

Dans ce contexte, vous comprendrez peut-être mieux que jamais la réflexion : « Retour de la pensée sur elle-même en vue d’examiner plus à fond une idée, une situation, un problème » (Le Petit Robert). Ce retour de la pensée sur elle-même est nécessaire parce que la conscience spontanée peut m’induire en erreur, produire une pensée d’une fausse certitude :

« La conscience naïve ne connaît que des choses et s’ignore elle-même comme conscience. Par exemple, je dis spontanément : « Devant moi il y a une lampe, sous mes pieds il y a un tapis, sur le balcon il y a des fleurs ». Je ne pense pas d’abord à l’acte de mon esprit par lequel j’affirme tout cela; mais ma pensée s’oublie, s’efface devant les choses qu’elle affirme. (…). Elle affirme les choses, l’être, le « il y a ».

Cependant, je fais bien vite l’expérience de l’erreur. Par exemple, je me dis : « Il y a un moineau sur le balcon »; je m’approche et ce n’est qu’un petit papier gris. Donc il n’y avait pas de moineau, mais j’avais cru voir un moineau. J’avais cru… Ici ma pensée, d’abord tournée vers les choses, revient sur elle-même; je réfléchis sur ma connaissance, je me demande quelle est sa valeur. (…). » 5

Si la conscience naïve (spontanée) se limite à « affirmer », on comprend encore mieux pourquoi les débats d’opinions ont tout pour nous induire en erreur, contrairement à la discussion qui force la réflexion sur chaque affirmation.

Cela dit, l’exemple du moineau sur le balcon est une certitude banale sans trop de conséquences. Vous n’êtes sûrement pas sans penser à des exemples plus dramatiques où de fausses certitudes peuvent conduire à des erreurs fatales. « Je peux éprouver un sentiment très fort et très sincère de certitude et pourtant être dans l’erreur », soulignent messieurs Huiman et Vergez.6 La chose sur le balcon apparaissait « de toute évidence » comme un moineau et j’accorde sur-le-champ le statut de vérité à cette évidence; j’affirme « Il y a un moineau sur le balcon ». Je ne me dis pas : « Il y a peut-être un oiseau sur le balcon » car, pour moi, il n’y a pas de doute que je vois un oiseau.

L’erreur commune de la conscience spontanée est de prendre les évidences comme des vérités sans en douter. La conscience spontanée nous donne souvent un sentiment d’évidence, une impression d’évidence. Les mots « sentiment » et « impression » sont justes parce que la conscience spontanée est directement en relation avec les sens dont l’activité débouche précisément sur des sentiments et des impressions. Or, un simple sentiment ou une simple impression ne suffit pas pour fonder une pensée certaine. Bref, il faut se méfier de toutes les évidences, en douter systématiquement, comme nous le recommande Descartes.

Plus une personne est sensible à ses sentiments et à ses impressions, plus elle devrait se méfier des évidences qui lui viennent à l’esprit. Et c’est justement parce que nous sommes tous sujets à une telle sensibilité que nous devrions tous douter systématiquement des évidences. Même lorsque nous nous vantons d’avoir réfléchi, il arrive que notre réflexion ait été induite en erreur par notre première impression, généralement la plus influente de toutes. En fait, notre réflexion consiste souvent à expliquer et à justifier notre première impression parce que nous la prenons pour vraie, du début à la fin. Or, pour découvrir si une première impression est vraie, il faut en douter. Seul un doute systématique peut produire la certitude et confirme si la première impression est vraie ou fausse. On peut être certain d’une première impression que si plus aucun doute ne persiste en notre esprit, non pas en rejetant le doute pour uniquement en justifier l’évidence.

Pour déceler si une personne n’a pas été bernée par sa première impression dans sa réflexion, il faudrait la forcer à nous exposer tous les doutes qu’elle a levés pour en arriver à être certaine. J’imagine la surprise de cette personne à la question : « Avez-vous eu des doutes ? ». Une réponse du genre « Je suis comme tout le monde, j’ai eu des doutes mais maintenant je suis certain », ne serait que de la poudre aux yeux. Il ne fut pas demandé si la personne doutait comme tout le monde mais si elle, elle avait eu des doutes. Il nous faudrait insister : « Quels ont été vos doutes ? ». Une réponse du genre « Je ne suis pas ici pour faire état de mes doutes mais pour partager ce que je sais » démontrerait définitivement que la personne est uniquement capable d’une conscience de la conscience, d’une réflexion, dont le seul but est d’imposer ses évidences, à elle-même et aux autres. Elle ne peut que nous montrer jusqu’à quel point elle a le sentiment d’être certaine de posséder la vérité. C’est comme si elle nous lançait : « Ne doutez plus, j’arrive ! » ou « Me voilà, il n’y a plus de raison de douter ». En fait, cette personne nous dit : « Je connais la vérité et j’ai la certitude de la connaître ». Or, sa fuite devant le doute prouve tout à fait le contraire. Car qui n’a pas douté, connaît mais il ne peut pas en être certain.

Descartes écrit : « L’acte par lequel on connaît une chose est différent de celui par lequel on connaît qu’on la croit ». Je connais avec ma conscience spontanée, je connais que j’y crois avec ma conscience réfléchie ou, si vous préférez, je sais, avec ma conscience spontanée, je sais que je peux y croire ou non avec ma conscience réfléchie.

Le doute systématique enseigné par Descartes deviendra la première règle de la méthode scientifique. Toute la certitude accumulée en science fut et est possible grâce à l’application, à l’exercice, du doute systématique. La première caractéristique de l’esprit scientifique est de douter systématiquement.

C’est à partir du moment où l’homme s’est mis à douter systématiquement de ses connaissances qu’il a pu qualifier ses connaissances d’exactes et d’approfondies et les réunir dans différents « corps de connaissances ayant chacun un objet déterminé et reconnu, et une méthode propre » ou, différents « ensembles de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisés chacun par un objet (domaine) et une méthode déterminés, et fondés sur des relations objectives fiables » (Le Petit Robert). Il s’agit là de la définition d’une science, des sciences. Pour le moment, retenons uniquement (nous verrons les autres aspects plus tard) que la référence à la méthode est obligée pour définir une science et que cette méthode peut varier d’une science à l’autre mais toutes ont en commun la pratique du doute systématique.

On peut donc mettre un peu de science dans sa pensée, profiter de la certitude scientifique dans sa vie, en nous prêtant au doute systématique. Et cela n’est pas aussi compliqué qu’il y paraît. Ne vous imaginez pas bloqué par le doute systématique chaque fois que vous cherchez à connaître, que vous pensez à quelque chose et chaque fois que vous vivez quelque chose, la tête en train d’exploser, dans la position du penseur de Rodin. Même le scientifique qui a fait profession de douter systématiquement des connaissances dans un domaine ou sur un objet déterminé ne s’imagine pas chercher et penser ses doutes jusqu’à la surchauffe de son cerveau au point d’en brûler des neurones et en devenir fou. Le doute systématique n’est pas paralysant, à preuve, les sciences avancent sans cesse depuis qu’elles le pratiquent. Lorsqu’un problème demeure incompréhensible et irrésolu, c’est que le doute systématique n’a pas encore produit une pensée suffisamment certaine pour comprendre et résoudre le problème.

Mais il n’est pas nécessaire de faire du doute systématique une profession pour en tirer le bénéfice d’une pensée certaine profitable à tout un chacun. Le scientifique passera des années sur les bancs d’école qu’il ne quittera pas vraiment puisqu’il est en formation toute sa vie. Il choisit un objet d’étude déterminé et passera en revue tous les doutes levés par ses prédécesseurs dans son domaine. Il se mettra au parfum des doutes et des problèmes actuels et il commencera sa recherche. Nous ne disposons pas d’autant de temps pour étudier chacun de nos problèmes. Impossible d’imaginer nous concentrer sur un seul problème toute notre vie.

En revanche, nous pouvons former quelque peu notre esprit à la pensée scientifique. Nous pouvons importer de la science les principales règles de sa méthode d’être certaine. Bien comprises, ces règles deviennent quasiment une seconde nature, si je puis dire. L’effort nous paraîtra naturel, ne serait-ce que l’effort du doute, la règle suprême. Il faut bien peser les mots « seconde nature » et « effort naturel » car, en fait, l’esprit scientifique va à l’encontre de notre nature qui, nous l’avons souligné, nous pousse à prendre pour vraie la moindre évidence. Ne pas prendre pour vrai ce que nous pensons n’est pas dans notre nature et c’est ce en quoi consiste principalement l’esprit scientifique.

J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scientifique7 fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions »8, pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie.

Aussi, la réflexion sur la connaissance proposée par Descartes est d’ordre critique plutôt que dogmatique, fondée sur un doute systématique plutôt que sur un dogme, sur des « vérités fondamentales incontestables » ou des « opinions émises comme des certitudes » (Le Petit Robert), comme on en trouve plusieurs au sein de l’église.

On peut qualifier une réflexion de critique que si elle met en doute systématiquement les connaissances acquises. Pas de doute, pas de qualité critique, pas de certitude, uniquement des dogmes. C’est la qualité critique de la démarche de mes professeurs lors de ma troisième session en sciences humaines au collège que j’ai remise en cause en demandant pourquoi leurs sources disaient sensiblement toutes la même chose sur les sujets à l’étude. « Cet auteur affirme le contraire de l’auteur que vous avez choisi. Que fait-on avec son point de vue? » demandais-je à répétition sans obtenir de réponses intelligentes pour me convaincre de poursuivre plus loin mes études avec eux.

Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ».9

Le professeur Nicolle formule en ces mots la démarche : « La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».10

N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connaissance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !

Mais notre habitude de prendre pour vraies les évidences se pose comme un obstacle au doute assurant le développement de la connaissance. Gaston Bachelard introduit la notion d’« obstacles épistémologiques », de épistémè, savoir.

« La nouveauté de sa réflexion tient à la découverte des obstacles épistémologiques. Ce ne sont pas des obstacles extérieurs, comme la difficulté d’observer les phénomènes, de les mesurer, d’expérimenter sur eux; ni des obstacles techniques liées à la mise au point d’instruments au service de la science; ce sont des phénomènes internes à l’esprit même du chercheur. G. Bachelard a emprunté à la psychanalyse le concept de résistance. Une résistance est tout ce qui, dans les actions et les paroles d’un patient, s’oppose à l’exploration, par celui-ci, de son inconscient (ex. : fatigue, oublis, refus d’une interprétation, impatience, etc.)

L’obstacle épistémologique est une résistance au développement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »11

Laissons à Gaston Bachelard le soin de replacer nos dires dans la version originale de son texte :

« Quand on recherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain : c’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C’est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c’est là que nous décèlerons des causes d’inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques. La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. Le réel n’est jamais « ce qu’on pourrait croire », mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. La pensée empirique est claire, après coup, quand l’appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.

L’idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l’âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d’un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque que doit contredire un passé.

La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion; de sorte que l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit.

Une connaissance acquise par un effort scientifique peut elle-même décliner. La question abstraite et franche s’use : la réponse concrète reste. Dès lors, l’activité spirituelle s’invertit et se bloque. Un obstacle épistémologique s’incruste sur la connaissance non questionnée. Des habitudes intellectuelles qui furent utiles et saines peuvent, à la longue, entraver la recherche. « Notre esprit, dit justement M. Bergson, a une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent ». L’idée gagne ainsi une clarté intrinsèque abusive. À l’usage, les idées se valorisent indûment. Une valeur en soi s’oppose à la circulation des valeurs. C’est un facteur d’inertie pour l’esprit. Parfois une idée dominante polarise un esprit dans sa totalité. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. L’instinct formatif est si persistant chez certains hommes de pensée qu’on ne doit pas s’alarmer de cette boutade. Mais enfin l’instinct formatif finit par céder devant l’instinct conservatif. Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. » 12

Gaston Bachelard nous propose ces quatre exercices disciplinaires pour conduire notre intelligence avec rigueur13 :

1. La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.

2. La réforme de l’esprit : il faut éduquer convenablement son esprit, c’est-à-dire non pas le remplir de connaissances jusqu’à saturation, mais le former avec méthode. Plus précisément, il faut apprendre à son esprit à se réformer sans cesse, à ne jamais s’installer dans des habitudes intellectuelles qui deviennent vite des carcans; il doit être capable de renoncer à une théorie à laquelle il était attaché, il doit être capable de refondre totalement le système de son savoir chaque fois que c’est nécessaire. Il faut avoir un esprit souple

3. Le refus de l’argument d’autorité : comme nous l’ont appris les savants de la Renaissance, il faut savoir rompre avec le respect pour les autorités intellectuelles, quel que soit leur prestige. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. Effectivement, dès qu’un chercheur devient célèbre, il acquiert une autorité intellectuelle et morale qui peut gêner ses étudiants. Pour progresser, ceux-ci doivent souvent rompre avec les idées de leur maître, ce qui n’est pas toujours facile lorsque celui-ci détient le pouvoir d’orienter les travaux de recherche, les thèses, les carrières, etc. À ceux qui veulent apprendre, c’est souvent une gêne que l’autorité de ceux qui leur donnent leur enseignement, écrivait Cicéron.14

4. L’inquiétude de la raison : il ne faut jamais laisser sa raison en repos (quies); il faut l’inquiéter, la déranger. Il ne faut pas s’installer dans la sympathie avec une doctrine. La sympathie enlève l’esprit critique, la liberté de jugement. Il ne faut jamais se sentir à l’aise avec ses propres idées, il faut se remettre toujours en question. Celui qui ne s’interroge plus se sclérose. L’esprit qui finit toujours par dire oui s’endort. Penser, c’est dire non, pensait Alain. »15

Ces exercices prolongent fort bien notre propos. Il faudrait nous les enseigner dès notre plus jeune âge pour plus de rigueur dans l’ensemble des réflexions de tous les gens.

Pour le moment, les critères de vérité diffèrent tellement d’un individu à l’autre que le développement de la connaissance s’en trouve réduit, autant dans nos vies personnelles que publiques. Il y a prolifération de connaissances sans pour autant qu’elles soient certaines car on peut justement douter des critères de vérité retenus. Bref, il y a une multitude de raisons de croire de certitude très inégale.

« Lorsque quiconque avance une affirmation qu’il prétend être une vérité, lorsqu’il veut la faire reconnaître et partager comme telle (comme une vérité), on est toujours en droit de lui demander « pourquoi devrais-je vous croire? ». Selon les domaines et les circonstances, les réponses peuvent être très diverses : on peut invoquer l’expérience quotidienne, la pratique, un témoignage, l’autorité de quelqu’un de reconnu comme compétent, la tradition, une révélation, l’intime conviction, l’intuition, le raisonnement, le sentiment d’évidence, et encore bien d’autres raisons de croire. »16

La science procède autrement :

« Les affirmations scientifiques, elles, devraient en principe appuyer leur validité sur des arguments à la fois empiriques, rationnels, et publics. À la question ci-dessus, le scientifique devrait pouvoir répondre : « voilà l’expérience ou l’observation que j’ai réalisée et les raisonnements que j’ai faits pour en tirer mes conclusions. Vous pouvez les refaire, je vous donne toutes les indications nécessaires pour cela, vous verrez que vous aboutirez au même point que moi ». »17

Quelle différence remarquez-vous? Lorsqu’un scientifique avance une affirmation qu’il prétend être vraie, il doit la soumettre à l’approbation publique. Dans notre vie privée, nous nous contentons souvent de nous approuver nous-mêmes. Nous jugeons nous-mêmes si nous pouvons être certains ou non, par conséquent, notre capacité à reconnaître nos erreurs est réduite uniquement à notre propre expérience.

Le scientifique ne saurait se contenter d’une preuve personnelle, il la soumettra aux d’autres :

« Une preuve scientifique doit pouvoir s’imposer à toute personne suffisamment informée; obtenir le consensus est donc une visée de tout effort de recherche. La connaissance scientifique est, par sa nature même, partageable. (Un chimiste anglais, Ziman (1968), a forgé pour cela l’adjectif ‘ consensible ’, c’est-à-dire susceptible d’être l’objet d’un consensus, pour exprimer la même idée ».18

Les mots-clés : « à toute personne suffisamment informée ». La personne qui nous propose une vérité est-elle suffisamment informée ? Et nous, sommes-nous suffisamment informés pour juger cette vérité vraie ou fausse ? La plupart du temps, non seulement nous ne prenons pas le temps de vérifier les informations disponibles, nous n’avons pas le temps. Plus encore, la surabondance d’informations nous démotive. Même lorsqu’on se donne quelque peu la peine de fouiller un sujet, de consulter différentes sources d’informations, on a l’impression de piger au hasard.

Il faut que les informations soient loin, en dehors de la science, de former un ensemble de connaissances ordonnées, faciles à consulter. La pagaille voire l’anarchie caractérise l’autoroute de l’information et on trouve difficilement ce que l’on cherche. Or, le fouillis sur l’autoroute de l’information est à l’image de l’esprit de l’homme. L’informatique est une science, le contenu véhiculé est loin d’être soumis à la même organisation de pensée, une grave erreur qui nous laisse dans l’erreur. Si l’autoroute de l’information avait été conçue comme une gigantesque encyclopédie, le problème serait réglé mais cela ne se produira pas car les penseurs des moteurs de recherche manquent eux-mêmes de conscience de la conscience. Pressés de passer à l’action avec les évidences du bord, ils ne doutent pas suffisamment voire correctement, bref, ils manquent de réflexions.

Dans ce contexte de fouillis général, débordant amplement l’autoroute de l’information, nous ne pouvons avoir qu’une seule qualité : rester ouverts à l’idée de douter de nos pensées certaines si jamais nous en croisons une autre qui n’y corresponde pas, en tout ou en partie. N’est-ce pas la moindre des choses au lieu de rejeter instantanément toutes connaissances contredisant nos pensées certaines ?

Parler avec certitude m’apparaît prétentieux et arrogant, très peu raisonnable. Ajoutez à cela l’assurance et la confiance en soi avec lesquelles les gens renforcent l’impression de dire la vérité et vous pouvez conclure que la plupart des gens exagèrent. Il suffit d’y prêter attention lors des réunions de famille, des séances de travail au bureau, des pauses-café, des activités de loisirs, des déplacements en public, de l’épicerie au centre commercial en passant par la station-service et le cinéma, bref, partout où l’autre parle avec un autre, pour se rendre compte que les gens donnent force de vérité à ce qu’ils disent et pensent, sans entretenir le moindre doute.

J’ai commencé bien jeune à me rendre compte que je ne pouvais pas me fier aux pensées les plus certaines des gens. Même les journalistes sont trompés par l’évidence. Je ne sais plus combien d’informations de toutes sortes sur les sujets les plus variés j’ai vérifiées jusqu’à la source pour m’apercevoir que les médias m’avaient induit en erreur, faute d’avoir eux-mêmes vérifié.

À titre d’exemple, à la sortie dans les médias de l’affaire des messages subliminaux dans la musique rock, piqué au vif, j’ai entrepris une vaste vérification de l’information pour satisfaire un doute systématique. Le sujet était traité par les médias avec tellement d’erreurs que je n’ai pu faire autrement que d’intituler ma première tournée de conférences dans les écoles élémentaires, secondaires et collégiales et les maisons de jeunes du Québec, de l’Ontario et des provinces maritimes : « Le rock et la déformation de l’information ». Il me fallait un minimum de deux heures et demie par conférence pour expliquer les erreurs relevées dans cinq articles publiés par différents quotidiens parmi les plus prestigieux au Canada. Et gare aux directeurs et aux animateurs qui voulaient couper court à la conférence car les jeunes, tout comme les parents rencontrés en soirée, voulaient savoir, tout savoir; la vérité ne court pas les rues et je l’avais trouvée pour la partager.

Pire encore, l’ignorance d’un seul homme peut priver tout un peuple d’une meilleure connaissance. À titre d’exemple, j’ai vu de mes yeux vu le dossier de l’éducation aux médias foirer lamentablement au Québec dans la première moitié des années 80 alors que je revenais de la France avec toutes les informations originales du projet initié par l’U.N.E.S.C.O., expérimenté pour la première fois en plusieurs pays sous l’égide du Conseil de l’Europe parmi lesquels la France était le plus avancé. J’avais en main non seulement les informations pédagogiques nécessaires à l’implantation du projet au Québec mais même les notes ministérielles confidentielles expliquant comment promouvoir le projet en hauts lieux. Je ne parle pas ici d’une valise de documents mais de plus d’une dizaine de caisses bourrées des informations les plus précieuses étalant un savoir de grande valeur. Dès mon arrivée, je me suis mis à la recherche d’informations du côté américain pour être en mesure de comparer la vision européenne avec la vision américaine. J’ai procédé de même avec le Québec et les autres provinces canadiennes, plus pauvres que jamais sur le sujet.

Avec une équipe, qui a compté au plus fort une quinzaine de personnes, nous avons expérimenté sur le terrain pendant cinq ans, ajustant ici et là le projet aux réalités québécoises, et de façon à avoir en main une version parfaitement adaptée avant de nous rendre en commission parlementaire lors de l’étude des crédits du ministère des communications du Québec pour demander de l’aide en vue de généraliser le projet dans les écoles, les maisons de jeunes et les services de loisirs. Déjà, nous avions fait la une de plusieurs médias et été l’objet de nombreux reportages, même l’Office National du Film du Canada avait produit un documentaire sur nos ateliers dans les écoles primaires.

Mais il ne fallut même pas une minute à un politicien de l’opposition, parfait ignorant du sujet, pour faire de notre cause un dossier partisan et ainsi inciter le ministre à ignorer notre demande. Il a laissé croire que le but de l’éducation aux médias était de critiquer les médias alors qu’en réalité, il s’agit de développer le sens critique. Mais pour lui, on ne pouvait pas développer le sens critique autrement qu’en faisant des critiques engagées. On devient critique des médias en apprenant « comment ça marche » par une expérimentation pratique des médias et en cernant l’influence des médias dans nos vies. Ainsi et seulement ainsi, on peut prétendre à des critiques objectives et être en mesure d’expliquer pourquoi on aime et pourquoi on n’aime pas. Nous avons poursuivi nos expériences sur le terrain, ajoutant même une véritable escouade pour répondre aux demandes de directeurs d’écoles aux prises avec la violence, celle dans les médias étant devenue un Cheval de Troie pour aborder la question. Au bout de quelques années, nous avons dû abandonner, faute de subventions gouvernementales pour compléter le financement privé. Ailleurs, l’éducation aux médias est toujours plus évoluée qu’au Québec et largement subventionnée par le privé et le public.

Frustré ? Comment ne pas l’être lorsque l’absence d’un doute raisonnable cause autant de ravage dans tous les milieux de la société. Qu’importe la région du monde où vous habitez, vous observerez de multiples décisions prises sous la seule connaissance des évidences plutôt qu’une juste compréhension de cette connaissance brute. Une conscience respectueuse d’elle-même se compose de la connaissance et de la compréhension tirées de la connaissance par la réflexion. La connaissance seule ne suffit jamais à l’être humain conscient de lui-même. Aussi, l’être humain conscient fait preuve d’humilité dans l’énoncé de ses certitudes car il sait fort bien qu’il ne dispose pas généralement de toutes les connaissances nécessaires pour réfléchir sur un sujet au point et produire une réflexion à toute épreuve. L’être humain responsable demeure continuellement à la recherche de nouvelles connaissances, particulièrement celles pouvant mettre en doute ce qu’il sait et croit savoir.

Nous terminerons notre chapitre sur la pensée certaine en traitant du « bon sens », ce qui me permettra de tenir ma promesse de vous présenter les opérations de pensées telles qu’expliquées par le professeur Clain :

« Il y a trois moments dans toute connaissance du monde :

1. Moment dans lequel je fais l’expérience de l’objet avec ses qualités propres et ses déterminations empiriques.

2. Moment de la construction des concepts, des catégories que j’utilise pour décrire les qualités de l’objet.

3. Moment, en constante relation avec les deux autres et qui sert de médiation dans le rapport entre les deux autres, et qui est le moment de la formulation des énoncés à caractère théorique. »

Quand je dis « La table est jaune et rectangulaire », j’affirme une connaissance dans laquelle ces trois moments sont présents. D’abord, l’expérience de l’objet, c’est le moment où s’effectue le premier contact avec l’objet, un contact sensoriel; je vois, je sens, je touche, j’entends et/ou je goûte l’objet. Lors de ce moment l’objet agit sur mes sens, il les stimule. Chaque sens stimulé produit alors une sensation (tactile, oculaire, auditive, etc.) qui sera acheminée au cerveau sous la forme d’un influx nerveux par les nerfs. La connaissance de l’objet se limite alors à un message sensoriel en route vers le cerveau. Ce message comprend alors toutes les données nécessaires pour me représenter mentalement l’objet, en avoir une « photographie » (sensorielle), c’est-à-dire une perception.

Le message arrive au thalamus, centre de réception et de traduction des messages sensoriels en langage du cerveau. En fait, le thalamus code l’influx nerveux pour qu’il puisse circuler dans les circuits formés par les neurones, les circuits neuronaux, différents des nerfs utilisés par les sens. Le thalamus produira le message en deux copies, l’une pour le cerveau pensant (conscient) et l’autre pour le cerveau émotionnel (inconscient). On sait depuis peu que le cerveau émotionnel, centre de la perception, reçoit sa copie du message bien avant le cerveau pensant. Le fait s’explique simplement par la longueur du circuit neuronal, celui entre le thalamus et le cerveau émotionnel est plus court que celui entre le thalamus et le cerveau pensant. Ainsi, le cerveau émotionnel a souvent pris connaissance du message et agit en conséquence avant même que le cerveau pensant ait enregistré l’arrivée de sa copie du message.

Je passe alors au deuxième moment de la connaissance, le développement de la photographie, si je puis dire. Les différents concepts dont j’ai déjà l’expérience en mémoire m’y aideront. Par exemple, j’ai déjà l’expérience du concept des formes et des différentes catégories de formes, je puis donc identifier la forme de l’objet en la classant dans la catégorie des formes rectangulaires. J’ai aussi l’expérience de la catégorie de formes que j’appelle « pattes », je puis voir que la forme rectangulaire repose sur des pattes. J’ai l’expérience du concept des nombres, je puis compter quatre pattes. J’ai l’expérience du concept des couleurs, je puis identifier la couleur de l’objet comme faisant partie de la catégorie de couleurs jaune. La représentation mentale ou le développement de la photographie est complété.

Il me faut maintenant que je m’exprime cette représentation mentale en la formulant, par exemple, avec des mots : « la table est jaune et rectangulaire ». Si jamais je n’avais pas eu l’expérience de la forme spécifique de l’objet, ma formulation ressemblerait à ceci : « La table est jaune et d’une forme que je n’avais jamais vue auparavant ». D’une couleur inconnue, j’aurais affirmé : « La table est rectangulaire et d’une « drôle de couleur » ». Cette formulation exige que je me réfère constamment aux deux premiers de la connaissance, à mon expérience sensorielle de l’objet et aux qualités que je peux attribuer à l’objet.

Le cerveau émotionnel disposera ainsi d’une identification précise de ce que mes sens ont perçu et toute l’opération lui aura demandé quelques millisecondes. Il communiquera au cerveau pensant l’identification de l’objet mais une fois de plus, avant même que celui-ci ait pu en prendre conscience et commencé sa réflexion, s’il y a lieu, le cerveau émotionnel nous aura commandé l’attitude et le comportement à adopter face à cette table jaune et rectangulaire. Par exemple, mon cerveau émotionnel relèvera toutes mes références à la couleur jaune. Ces références sont classées dans notre schéma de référence, dossier sur la couleur, une sorte d’échelle de valeurs où les couleurs sont classées selon les émotions, agréables et désagréables, qu’elle suscite en moi. Si le jaune est classé comme une couleur désagréable parce que trop voyante pour un meuble, le cerveau émotionnel commandera une attitude rébarbative pouvant aller jusqu’au dédain. Ici encore, le cerveau émotionnel informera le cerveau pensant de son opinion et je pourrais en prendre conscience et y réfléchir.

C’est que nous sommes généralement inconscients du travail effectué par le cerveau émotionnel qui, par expérience, juge qu’il n’y a jamais de temps à perdre pour adopter une attitude précise face aux objets, aux personnes, aux situations, question de toujours être en mesure d’assurer notre sécurité. Vous vous souvenez de ces crissements de pneus d’automobile qui m’ont fait remonter sur le trottoir sans prendre le temps de réfléchir. Le cerveau émotionnel est en constante alerte et, pour lui, il n’y a aucun objet, personne et situation anodines.

Peut-être comprendrez-vous encore mieux en apprenant que les études de l’évolution du cerveau de l’homme démontrent que le cerveau émotionnel est le premier à s’être développé. Le cerveau pensant est venu plus tard et s’est développé, non pas indépendamment du cerveau émotionnel, mais plutôt en l’entourant, en y plongeant ses racines, si je puis dire, d’où les multiples connexions entre les deux cerveaux. Plusieurs spécialistes en neurosciences déduisent de ce fait une explication logique de la domination du cerveau émotionnel sur le cerveau pensant, des émotions sur l’intelligence.

Cette domination fut longtemps analysée par la science comme un défaut auquel remédier en prenant le contrôle de nos émotions. Aujourd’hui, la science reconnaît là une erreur car elle doit conclure que la raison n’est pas fonctionnelle sans les émotions. En effet, des patients privés de leurs émotions à la suite de lésions au cerveau émotionnel, n’arrivent plus à user de leur raison, même pas pour décider l’heure d’un prochain rendez-vous avec le médecin. La raison a besoin des émotions, d’où l’idée que le cerveau pensant est loin d’avoir le monopole de l’intelligence humaine. Il faut désormais parler de l’intelligence raisonnée et de l’intelligence émotionnelle, la première ne pouvant pas être exploitée sans la seconde. La lecture de l’ouvrage L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman vous est recommandée, un ouvrage auquel nous reviendrons.

Revenons aux moments présents dans toute connaissance. « Dans la vie de tous les jours, ces trois moments ne se distinguent pas clairement à ma conscience », ajoute le professeur Clain. Je les traverse inconsciemment et je me rends rapidement à l’évidence de mon constat d’observation. Nous avons déjà souligné qu’une telle connaissance, somme toute uniquement perceptive, peut nous induire en erreur.

Le professeur poursuit : « Ce n’est que dans la connaissance scientifique que ces moments vont se séparer clairement, qu’ils vont être posés comme différents par la conscience, s’autonomiser les uns des autres de manière claire et qu’ils vont se constituer en moment de connaissance scientifique ». Bref, la pensée scientifique s’arrête à chaque moment pour les contrôler, comme le recommandait Descartes (maîtrise des opérations de penser). L’expérience de l’objet sera minutieusement préparée, organisée et contrôlée, c’est-à-dire, systématique. Il en sera de même de la construction des concepts, généralement soumis au consensus des confrères, avant de les adopter et les utiliser pour décrire l’objet. Pareil effort sera déployé le temps venu de la formulation des énoncés à caractère théorique. On peut aisément comprendre que la différenciation des moments présents dans la connaissance et leur contrôle serré permettent à la science de produire des connaissances plus certaines que l’homme de la rue qui n’a aucune conscience de ces moments et se rend à l’évidence sans trop la questionner, du moins dans la vie quotidienne.

Car l’homme de la rue, vous et moi, peut réfléchir aux évidences s’il s’y arrête en s’isolant de son train-train quotidien. Cependant, comparée à la connaissance qualifiable de scientifique, la nôtre sera nommée « connaissance du sens commun » (le sens communément donné par l’homme à ses connaissances), reliée au bon sens dont nous parlions.

Dans la connaissance du sens commun, je connais des lois et, dans la connaissance scientifique, j’explique les lois. À titre d’exemple, la loi de la succession et celle de l’ordination des saisons (hiver, printemps, été, automne) est une connaissance du sens commun. L’explication de la succession des saisons et l’ordre dans lequel elles défilent relèvent de la connaissance scientifique.

Il est important de comprendre ce qu’est une loi, ce que nous faisons en expliquant que « la connaissance se distingue selon le type d’objets connu. Selon le professeur Clain, il y a trois types d’objets, chacun permettant un degré de connaissance différent.

Premièrement, il y a la connaissance intuitive qui me donne une certitude sensible, relative à ce que mes sens me laissent percevoir. Cette connaissance a pour objet le simple fait d’être d’une chose en face de moi. Par cette connaissance, je reconnais l’existence des choses. C’est le « Il y a ». C’est la connaissance d’un acte d’être, la forme la plus simple de la connaissance.

Deuxièmement, il y a la connaissance de l’imagination ou de la perception. C’est « lorsque je connais un objet et que je lui attribue des qualités ». J’acquiers une connaissance de l’objet en relation avec ses qualités. Ici, non seulement j’ai la connaissance de l’existence de l’objet devant moi, par exemple, en tant que table, mais j’ai aussi la connaissance de ses qualités, jaune et rectangulaire.

Troisièmement, il y la connaissance de l’entendement, c’est-à-dire, la connaissance de la relation elle-même entre les qualités d’un objet ou entre des objets. Dans la connaissance de l’entendement, je porte plus spécifiquement attention à la constance, à la stabilité de la relation. Par exemple, je peux relier la qualité rectangulaire et la qualité jaune pour voir s’il y a une relation constante en me demandant si toutes les tables rectangulaires sont jaunes? Parfois oui, parfois non, devrais-je admettre. Il n’y a donc pas de relation constante entre les deux qualités, si ce n’est qu’aléatoire. En revanche, année après année, je peux voir une relation constante dans l’ordre dans le nombre de saisons et leur ordre. Il y a là de quoi déduire une loi du nombre de saisons et une loi de leur ordre. « Lorsque je connais grâce à l’entendement, je connais une loi », « je connais de loi », explique le professeur.

Dans ce dernier cas, on parlera de « l’entendement naturel », pour distinguer « l’entendement scientifique ». Dans l’entendement naturel, je connais de loi, dans l’entendement scientifique, je connais l’explication de la loi.

Dans l’entendement naturel, l’objet de la connaissance est la relation entre les qualités d’un objet ou des objets, d’où je peux tirer, comme résultat, une loi. Dans l’entendement scientifique, l’objet de la connaissance est la loi formulée par l’entendement naturel, son résultat. Bref, le résultat de l’entendement naturel est une loi tandis que celui de l’entendement scientifique saura l’explication de la loi.

Évidemment, l’homme n’accorde pas à l’entendement scientifique le monopole de l’explication des lois. L’homme a tendance à risquer une explication des lois que lui inspire son entendement naturel. Dans ce cas, « la loi trouve son explication dans le mythe, la religion, la culture, la coutume,… ». Il y a ici une « interprétation d’une volonté », la volonté de prouver l’existence d’une règle universelle, d’un mythe, d’une religion,… Une telle interprétation est inadmissible dans l’entendement scientifique.

En science, l’explication recourt plutôt à « des principes théoriques à partir desquels je pourrai présenter la loi comme le résultat d’une déduction ». La formulation pratique nous donnera l’affirmation suivante : « Étant donné que (principes théoriques posés), les saisons se présentent dans cet ordre (déduction). » La loi devient une explication déduite d’un énoncé de principes. Et seuls sont admis les principes :

1. parfaitement impersonnels, c’est-à-dire ne résultant pas d’une volonté divine;

2. parfaitement abstraits, c’est-à-dire qui ne relèvent pas d’une réalité concrète, une force cosmique concrète (de l’univers matériel);

3. et qui font intervenir des catégories parfaitement universelles, générales, c’est-à-dire des principes qui ne font pas appel à des cas individuels, particuliers, partiels.

Si Dieu intervient dans votre explication, vous n’êtes pas scientifique mais dogmatique. Si votre explication fait appel à des réalités du monde matériel, sensibles ou qui peuvent être perçues par les sens, votre explication n’est pas scientifique. Ici, le modèle de référence pour distinguer l’abstrait du concret est le nombre et les mathématiques, d’où que la science en fasse grand usage. Jamais vous rencontrerez le nombre « 2 » sur la rue, il n’a aucune existence matérielle, il est parfaitement abstrait. En revanche, il peut décrire parfaitement une réalité concrète. Si je dis « deux arbres », votre esprit sait exactement ce que je connais. L’usage du nombre m’évite d’avoir à vous faire un dessin concret de la réalité concrète. Il n’est plus besoin d’un support matériel (dessin) pour représenter le monde matériel. Je représente parfaitement la réalité concrète par des principes parfaitement abstraits. Le mot « arbre » est aussi un concept abstrait mais il n’est pas parfaitement défini, celui qui entend ce mot est libre de sa représentation tandis que le nombre ne laisse aucune liberté.

Enfin, si votre explication utilise des catégories de concepts concernant uniquement quelques exemplaires de l’objet ou des individus à l’étude, plutôt qu’à tous les exemplaires de l’objet ou à tous les individus, votre explication n’est pas scientifique. En fait, la science s’intéresse uniquement aux lois universelles, qui s’appliquent à tous les objets ou individus. Rien n’empêche la science de se pencher sur des cas d’espèce, un cas « qui n’entre pas dans la règle générale, qui doit être étudié spécialement » (Le Petit Robert), mais ces cas sont toujours interprétés en référence à la loi générale, universelle. La science se demande alors pourquoi le cas échappe à la loi universelle établie. La science n’en démord pas, l’universel est la règle. Après tout, comparer un cas particulier à un autre cas particulier ne serait pas très fiable. C’est en comparant une cellule cancéreuse avec la cellule saine qu’on peut avoir la certitude de ce qui afflige la cellule cancéreuse. Bref, vaut mieux d’abord des catégories générales si on ne veut pas être dépourvu devant les cas particuliers.

Si jamais la science laisse à d’autres le soin de la volonté divine, elle est tout de même le résultat d’une forte volonté, « d’une volonté de connaître, d’une entreprise systématique de recherche des lois et d’une recherche systématique des explications de ces lois », ajoute le professeur Clain.

La science est loin de la « manière de juger, d’agir commune à tous les hommes », bref, du « sens commun » ou « bon sens ».19 La présence du mot « sens » dans les deux expressions devrait suffire pour mettre en doute le sens commun. Plus gros est le « bon sens », plus nous devrions en douter. En fait, dire « C’est le gros bon sens », revient à dire « C’est l’évidence même », ce qui n’a rien pour inspirer la pensée certaine.

Le fait qu’un grand nombre de personnes partagent la même évidence nous impressionne et nous incite à croire à une vérité parce que nous jugeons qu’autant de gens ne peuvent tous se tromper en même temps sur la même chose. Or, c’est bien là tout le problème avec le bon sens, il jouit de la force du nombre, tandis que la vérité tient souvent d’un seul homme, comme ce fut le cas avec Nicolas Copernic, Marie Curie, Albert Einstein et plusieurs autres hommes et femmes de science.

Dans l’esprit du gros bon sens, la raison du nombre l’emporte. Dans l’esprit de la science, la raison d’un seul homme peut l’emporter. C’est ce que j’aime de l’esprit scientifique, il permet à quiconque trouve une vérité de changer le monde. La société du sens commun vante la liberté de pensée et la liberté d’expression accordées à chaque personne mais on devient vite un cas à part si on ne pense pas comme tout le monde. On se retrouve isolé. Mais quand tout le monde pense avoir le droit d’être certain parce que tout le monde le croit, le monde résout péniblement ses problèmes parce qu’il est privé du bénéfice du doute.

Quand tout le monde est certain de la même chose, vers qui se tourner quand on n’est pas du même avis ?

Quand on ne pense pas comme tout le monde, n’est-on pas jugé comme un cas à part ? À moins de taire sa différence, la personne qui ne pense pas comme tout le monde est isolée de son groupe, jusqu’à temps qu’elle pense à nouveau comme tout le monde dans son groupe. Autrement, elle devra changer de groupe. Mais, ce faisant, elle commet souvent la même erreur qu’au départ : elle choisit encore des personnes qui pensent comme elle. Visiblement, cette personne est mal à son aise dans un groupe qui ne pense pas comme elle. D’une part, cette personne réclame le droit de ne pas penser comme tout le monde et, d’autre part, elle cherche la compagnie de gens qui pensent comme elle. Cette personne nage en pleine contradiction.

Quand tout le monde a expérimenté sans succès la même chose, où est celui ou celle qui aura une solution vraiment nouvelle ? Nulle part. En tout cas, pas parmi tout le monde, à moins qu’elle s’y soit dissimulée sans crier gare. D’une part, cette personne n’est pas comme tout le monde et, d’autre part, elle se comporte comme tout le monde. Agir ainsi, c’est vivre dans la contradiction.

Quand chaque personne se donne raison personnellement, c’est-à-dire en elle, par elle et pour elle, ne partage-t-elle pas uniquement la solitude intérieure de tout le monde ? Quand une personne se donne raison personnellement, elle se prive de la sagesse accumulée par l’Homme depuis des siècles. Elle vit comme si elle était le premier homme ou la première femme sur Terre, niant le savoir de tous les hommes et de toutes les femmes qui l’ont précédée. Elle n’a alors de bons sens que le sien, et de science que la sienne. D’une part, cette personne souffre de la solitude car il est reconnu que l’homme n’est pas fait pour vivre seul et, d’autre part, elle crée son isolement en s’enfermant dans sa raison. Cette personne vit donc en contradiction avec sa raison. Il sera difficile de la raisonner.

Quand tout le monde se rallie au gros bon sens, à la force du nombre, pour se donner raison, comment se fait-il qu’il y ait autant de gens parmi ce monde qui donnent l’impression voire affirment haut et fort se foutre de ce que les autres pensent? Quand, d’une part, tout le monde pense comme tout le monde et que, d’autre part, tout le monde dit se foutre de ce que les autres pensent, parce que tout le monde le fait, le monde étale au grand jour toute son inconscience. Il y a là une contradiction que l’absence de conscience de la conscience, de réflexion, suffit à expliquer. Si nous sommes si nombreux, ce n’était certainement pas pour nous priver de réflexions.

À force de contradictions pareilles, plusieurs personnes en arrivent à ne plus aimer penser. Dès leurs premières réflexions, elles n’ont pu faire autrement que de tourner en rond, ce qui est assez pour ne pas aimer penser. Elles finiront par nier les contradictions, souvent en les poussant hors de leur conscience pour les refiler à leur inconscient, question de les oublier profondément.

On tourne en rond dans sa raison, comme on tourne en rond en forêt, c’est-à-dire, lorsqu’on est privé de repères, de lumière. On est ainsi privé lorsque rien ne laisse pénétrer la lumière, quand la couche de nuage est si dense et étendue qu’aucune lumière de la Lune et des étoiles est visible aux yeux. Il n’y a qu’un système de pensées sans aucune faille, sans aucun doute, qui prive la raison de lumière. Dans le noir, on se donne raison aveuglément. La raison aveugle ne voit pas les contradictions, elle ne peut que les sentir et éprouver un malaise. Mais la pensée certaine de la raison aveugle ne tient à rien de suffisamment solide pour soulager le malaise de la contradiction. Alors aussi bien les réduire en importance ou les nier. Après tout, l’esprit est davantage préoccupé par le malaise, ce qu’il ressent, que par les contradictions elles-mêmes puisqu’il ne les voit pas.

Il suffirait d’un tout petit doute pour éclairer la raison. La raison éclairée n’est pas embêtée par les contradictions, au contraire, elle crie : « Contredisez-moi ! ». Pourquoi ? Parce qu’elle transforme chaque contradiction en une nouvelle faille pour être toujours plus éclairée. La raison éclairée ne cherche pas à réconcilier toutes les contradictions révélées par la lumière, une tâche qu’elle sait impossible. Elle considère la réconciliation comme exercice. Tant mieux si la réconciliation advient de cet exercice mais le plus important est d’y entraîner la raison à la rigueur d’un éclairage toujours plus pertinent. Car, plus la raison est éclairée, plus elle est en mesure de tirer le bénéfice du doute, c’est-à-dire, de produire une pensée toujours plus certaine. Contredisez-moi !

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NOTES

1. Je reprends ici, à peu de chose près, le texte de L. Meynard, La connaissance, Librairie Classique Eugène Belin, Paris, 1963, p. 31.

2. Le Petit Robert.

3. Voir : La pensée malheureuse, p. 69.

4. Meynard, L. La connaissance, Librairie Classique Eugène Belin, Paris, 1963, p. 32.

5. Huisman, Denis et Vergez, André, Court traité de la connaissance, Classes terminales A-B, Édition Fernard Nathan, 1969, p. 309.Les mots en caractères gras sont des auteurs.

6. Ibid., p. 311.

7. Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999. (Disponible en livre de poche).

8. Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107.

9. Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval.

10. Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

11. Ibid., pp. 107-108.

12. Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999, pp. 13-15.

13. Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

14. Homme politique et orateur latin, 106 – 43 av. J.-C. Le Petit Larousse Illustré.

15. Gaston Bachelard fait référence à Émile Chartier, dit Alain, « essayiste français » (1868 – 1951). Le Petit Larousse Illustré.

16. Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, pp. 21-22.

17. Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 22.

18. Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 23.

19. Définition donnée par Le Petit Robert au « sens commun », « qui équivaut au bon sens »


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La pensée profonde

Pour trouver la cause première

Celui ou celle qui aime penser n’évite pas la pensée profonde mais y plonge toujours avec prudence. Le risque de se perdre dans les profondeurs de la pensée est réel. Rien ne sert de se lancer dans la recherche de la cause première d’un problème et ainsi pouvoir le résoudre une fois pour toutes, à tout le moins, de le comprendre vraiment, s’il devient impossible de revenir à la surface. De nombreuses illusions peuvent nous retenir. Certaines usent du charme de la poésie pour nous perdre dans nos pensées. Voyez par vous-même.

On peut toujours rester à la surface et se laisser bercer par les flots de la mer. Par beau temps, tout va pour le mieux. Malheureusement, la mer perd souvent son calme, signe de problèmes à résoudre. Parfois, il tempête de problèmes. Notre embarcation risque de chavirer à la prochaine vague. Et la plupart d’entre nous prennent place dans un simple canot. Malgré nos efforts honnêtes de pensée positive pour en faire un paquebot, nos mains agrippées au rebord nous trahissent et nous ramènent vite à la dure réalité du tangage et du roulis excessif de la vie en ces jours malades de mauvais temps.

De toute évidence, le recours à l’arme secrète s’impose. Il faut vite sauter à bord du sous-marin de la raison et plonger loin du tumulte des pensées incisives.

Inimaginable d’envisager aplanir les vagues avec nos mains, même avec un mouvement soutenu en nageant directement à la surface de la mer. Ça prendrait un front de bœuf et une pensée écervelée pour se lancer dans l’aventure. C’est pourtant l’impression que me donnent les animateurs des débats d’opinions dans les médias et ailleurs. Tombés à la mer, on ne voit plus que leurs mains tapant désespérément sur le dos des vagues, entourées de dizaines voire de centaines d’autres mains s’agitant dans un pareil effort perdu d’avance. À vol d’oiseau, la scène ressemble au naufrage du Titanic de la raison, retenu à la surface par des poches pleines d’air de l’esprit vide de sens. En fait, il n’y a plus que le courant qui a du sens dans ces débats d’idées. Rien de plus normal : les idées suivent le courant qui les entraîne. Pendant ce temps, l’esprit ballotte dans un sens, puis dans l’autre, revient, ballotte encore dans un sens, puis dans l’autre. Il y a de quoi avoir le mal de mer et plusieurs l’ont, si l’on se fie aux vomissements avalés par la mer de sa gigantesque bouche de liberté d’expression dont l’appétit vorace ne connaît jamais la satiété. C’est peu dire que j’en ai contre les débats d’opinions, de véritables cliniques d’avortement de la raison.

Pendant ce temps, les plus sages, évidemment beaucoup moins nombreux, sont déjà en discussion dans leur raison sous-marine, chargée d’une bonne provision d’idées éclairantes alimentées par des piles de doutes et d’une réserve d’ouverture d’esprit oxygénante reliée à un caisson à air comprimé de connaissances et de compréhensions permettant d’éviter en tout temps les accidents de décompressions de la raison. Une carte des profondeurs du grand Esprit dans une main, le bâton de contrôle des émotions de navigation dans l’autre, le sage s’éloigne lentement mais sûrement de la surface énervée et énervante. Bientôt, seule la lumière des idées l’éclaire. Sur le plateau du continent, il distingue déjà l’épave de la raison utile à rien. Il progresse sur la pente descendante, évite d’autres épaves de l’« hommerie », cette fois, avec difficultés, car les courants idéologiques, les plus meurtriers de l’histoire humaine secouent sans ménagement la raison. Sur la carte, il peut lire : « Cimetière perdu des idées aveugles ». Absorbé par le drame de la vision de toutes ces catastrophes, il est surpris par un premier signe du mal des profondeurs : il hallucine. Il voit des fantômes idéologiques sortir de la coque des navires irraisonnés. Il imagine le pire à l’idée de voir ces fantômes atteindre la réalité de la surface. Il augmente l’arrivée d’oxygène, retrouve ses esprits et le mal disparaît peu à peu. L’hallucination l’a motivé davantage à trouver la cause première du problème, la source de la foule folle tuée par le remous de sa raison sans gouvernail. Il arrive à la limite du plateau de la bêtise, à ses pieds, les bas fonds, dangereux, très dangereux, là où se trouvent les meilleures raisons mais aussi les pires, dont celles avec le pouvoir de l’empêcher de revenir à la surface, qui le rendraient complètement ivre des profondeurs de la pensée.

Mais il dispose d’une deuxième arme secrète : une science des profondeurs, la philosophie. Sa recherche de la cause première ne sera pas désordonnée, sans méthode. Il a mis un certain temps à maîtriser quelque peu cette arme au nom rébarbatif. Au départ, il avait l’impression d’une science difficile et ennuyeuse. Même après une certaine familiarité, cette impression n’est jamais complètement disparue, d’où une certaine prudence, souvent salutaire, il faut le dire, car la science a deux tranchants : on risque de comprendre mais aussi de ne pas être compris.

Une seule condition s’impose pour accepter de courir le risque de la réflexion : demeurer raisonnable par les autres, c’est-à-dire, s’assurer qu’il y aura toujours quelqu’un pour me comprendre et me ramener à la raison si je perds la tête. Un sage est sage tant qu’il n’est pas seul, tant qu’il y a quelqu’un pour prendre de ses nouvelles. Si le sage apprend à réfléchir en profondeur avec sa raison, cela ne lui servirait à rien s’il ne pouvait pas en discuter ensuite avec d’autres, pour recharger ses piles de doutes.

Passons donc aux choses pratiques. Dès que l’on croit avoir trouvé la cause à un problème, il faut en douter. Il sera sage de se demander s’il s’agit bel et bien de la cause première ou de l’effet d’une cause plus profonde. En fait, je dois absolument savoir si je me trouve en présence de l’effet domino1, c’est-à-dire d’un problème résultant de causes successives.

Prenons un problème simple. Je vais acheter un sac de sucre en marchant jusqu’au dépanneur du coin. Je reviens à la maison et je m’aperçois que le sac s’est vidé du tiers de son contenu. Quelle est la cause du problème ? J’examine le sac et j’y repère un trou, exactement à la hauteur des deux tiers. L’évidence me pousse donc à croire que ce trou est la cause du problème. Je peux me limiter à cette évidence, boucher le trou dans le sac et passer à autre chose. Mais ma conscience m’incite à me demander qu’est-ce qui a causé ce trou dans le sac.

Mais je suis pressé par le temps et voilà que je manque de farine. Je marche à nouveau jusqu’au dépanneur pour m’en procurer et je reviens à la maison où je constate une fois de plus que le sac s’est vidé du tiers de son contenu. J’examine le sac et j’y repère un trou, exactement à la hauteur des deux tiers. L’évidence me pousse donc de nouveau à croire que ce trou est la cause du problème.

Mais, je doute d’autant plus de cette évidence parce que l’incident n’est pas isolé; c’est la deuxième fois que je constate la présence d’un trou. La question « Qu’est-ce qui a causé ce trou dans le sac ? » revient à mon esprit. Il y a une cause de la cause. Puisque que c’est moi qui transportais le sac, je dois voir si je suis la cause première de ce problème. Je m’examine et je constate que la pointe de mon crayon a transpercé la poche de côté de mon pantalon, exactement à la hauteur où je portais les sacs en revenant à la maison. N’ayant pas l’habitude de placer mon crayon dans cette poche, justement pour éviter pareil incident, c’est une inattention de ma part qui est la cause première du problème. Le trou dans le sac, la pointe du crayon et mon inattention se sont succédés au banc des accusés; je suis en présence d’un effet domino.

À force de pensées profondes, l’Homme a appris que plusieurs problèmes, pour ne pas dire la plupart, impliquent un effet domino, d’où l’importance d’approfondir jusqu’à la cause première pour être certain de résoudre une fois pour toutes le problème à l’étude.

On trouve la cause première « en envisageant les problèmes à leur plus haut degré de généralité ».2 Dans le cas des sacs percés, j’ai généralisé le problème dès le deuxième incident similaire. Cette généralisation du problème m’a permis de me mettre à la recherche d’une seule et même cause pour les deux trous, de généraliser la cause.

Notez que j’ai facilité ma recherche en me mettant moi-même en cause. Nous devrions toujours vérifier si nous ne sommes pas la cause de notre problème au lieu de s’avouer victimes dès le départ pour excuser d’avance toutes fautes de notre part. S’il est une culture de la victime à entretenir, c’est celle nous incitant à nous demander si nous ne sommes pas victimes de nous-mêmes. L’auto-examen transforme la culture de la victime en une culture de la responsabilité personnelle. Quand c’est toujours la faute des autres, la conscience se ratatine. Nous avons toujours la responsabilité de nos réactions, y compris nos réactions face à ce que nous ne contrôlons pas.

L’exemple du sac percé est anodin mais c’est dans des situations de la vie quotidienne que l’on sait si nous sommes portés ou non à penser au-delà de la simple évidence des problèmes et de leurs causes. Pour paraphraser mon professeur de diction affirmant : « il n’y a pas une diction pour le dimanche et une autre les autres jours de la semaine »; je dis qu’il n’y a pas une conscience du dimanche et une conscience pour tous les autres jours de la semaine. Aussi, chaque fois que l’occasion se présente, nous avons l’obligation de donner à notre pensée la profondeur nécessaire pour bien comprendre.

Pour ce faire, nous devons nous exercer à « Raisonner par généralisation, en allant du particulier au général ».3 L’image de l’entonnoir renversé illustre bien la généralisation, le particulier étant l’extrémité la plus étroite et la généralisation étant l’extrémité la plus large. Si la pensée certaine ne doit pas généraliser trop vite, de peur de ne pas reconnaître toutes les composantes et les éléments en cause dans un tout (dans un problème), la pensée profonde doit généraliser pour trouver la cause première du tout (du problème).

Personnellement, je me réfère à une structure hiérarchique des savoirs pour généraliser. Prenons en exemple, ma recherche suite à la demande d’un de mes clients. Dans ce cas, mon client voulait savoir pourquoi le nouveau format de son produit-vedette4 fut un échec et s’il y avait moyen de prévenir un tel échec. En comparant le témoignage de mon client avec ceux de plusieurs autres chefs d’entreprise et en me documentant sur le sujet, je me suis vite rendu compte que le problème particulier de mon client était en fait un problème général. Les plus récentes études faisaient état d’un taux d’échec de 90 % des produits nouveaux et améliorés (y compris les nouveaux formats). De là, j’ai reconnu au savoir en marketing la structure ou les aspects suivants : commerce, technique, science et philosophie.

Dans l’aspect commercial, j’ai d’abord inclus la connaissance du marketing, celle appliquée lors de la mise en marché des produits, puis la connaissance utile à la vente de la connaissance en marketing. Dans l’aspect technique, j’ai regroupé toutes les techniques d’étude du marché et des consommateurs, telles que les sondages et les groupes de discussion.5 Dans l’aspect scientifique, j’ai rassemblé toutes les hypothèses de base, les théories, à partir desquelles les spécialistes travaillent. Parmi ces théories, il y avait, par exemple, celle soutenant qu’un produit doit répondre à un besoin pour connaître le succès commercial espéré. Dans l’aspect philosophique, j’ai identifié la sagesse des experts, leur façon de penser l’échec et le succès, et leurs conceptions du marketing.

Du commerce, plus spécifiquement, de la connaissance critique de la connaissance en marketing, plusieurs chefs d’entreprise m’ont dit que les consommateurs ne font pas toujours ce qu’ils disent lors des sondages et des groupes de discussion. De la technique, j’ai appris que les sondages et les groupes de discussion étaient les deux techniques les plus utilisées, malgré l’observation des chefs d’entreprise. De ces deux techniques, j’ai compris qu’elles mesuraient ce que les gens disent, leurs opinions. De la science, j’ai été instruit de la théorie du besoin, ci-dessus, et de la théorie stipulant que les consommateurs sont les mieux placés pour connaître leurs besoins et qu’il suffisait de leur demander d’exprimer (leurs opinions sur) leurs besoins pour évaluer les chances de succès d’un produit.

Jusque-là, la démarche m’apparut tout à fait logique mais les résultats sur le terrain ne confirmaient pas les deux théories puisque les chefs d’entreprise ayant suivi les opinions des consommateurs constatent que ces derniers ne font pas souvent ce qu’ils disent, qu’ils n’agissent pas eux-mêmes conformément à leurs propres opinions.

Comme la plupart des gens, je savais déjà que nous n’agissons pas toujours conformément à nos opinions, que nous ne faisons pas toujours ce que nous disons que nous allons faire, même lorsque toutes nos exigences pour passer à l’action sont satisfaites. « Nous sommes, m’ont expliqué les spécialistes, dans l’impossibilité de prédire le comportement des gens avec précision et exactitude parce que les facteurs à contrôler sont trop nombreux et souvent mal connus voire inconnus ».

L’explication me semblait aussi tout à fait logique jusqu’à ce que je lise les rapports de recherche d’un chercheur prétendant le contraire. D’une part, il confirmait qu’on ne peut vraiment pas se fier aux opinions des gens pour prédire ce qu’ils feront, y compris leurs réactions face à un produit. D’autre part, il démontrait qu’on peut se fier à leurs attitudes. Ce chercheur avait mis au point un système de recherche permettant d’identifier et de mesurer les attitudes avec la même exactitude et autant de précisions qu’en physique, et ce, à tout coup et sans jamais se tromper. Ce chercheur avait fait de la recherche marketing auprès des consommateurs une science exacte alors que tous les autres spécialistes croyaient dur comme fer que le marketing était condamné à jamais à demeurer une science parfaitement inexacte.

Je fus surpris d’apprendre que les spécialistes du marketing sur le terrain tout comme ceux des milieux universitaires ne connaissaient ni ce spécialiste ni sa méthode. Ce chercheur étant décédé et les spécialistes actuels ne croyant pas en ses travaux, je dus me résigner à étudier et à expérimenter cette méthode par mes propres moyens. Après cinq années d’expérimentation sur le terrain et de nombreuses consultations de physiciens, je dus conclure que ce spécialiste avait raison.

Il y avait donc deux sciences du marketing, l’une fondée sur la théorie des opinions et l’autre sur la théorie des attitudes. Cependant, l’une et l’autre prétendaient cerner les perceptions, ce qui engendrait une confusion générale. L’histoire du marketing me confirma que cette confusion régnait depuis plusieurs années, depuis les débuts du marketing à titre de spécialisation universitaire au cours des années cinquante.

Comment était-ce possible ? Il me fallait approfondir davantage la question pour y trouver une réponse. J’avais déjà fait le tour de l’aspect scientifique, il me restait l’aspect philosophique. En fait, la science tire ses théories de propositions philosophiques. Le philosophe émet une idée accompagnée d’une explication, la science vérifie si cette idée et son explication reposent ou non sur des faits (scientifiques).

J’ai découvert que les deux sciences répondaient de deux écoles de pensées, de deux philosophies différentes.

La théorie des attitudes provient de la philosophie concevant l’homme comme une machine, une mécanique. Il s’agit du « mécanisme », une « théorie philosophique admettant qu’une classe ou que la totalité des phénomènes puisse être ramenée à une combinaison de mouvements physiques ».6 Parmi ces phénomènes se trouvent le comportement et les attitudes. Selon cette école de pensées, il s’agit de bien connaître la mécanique du comportement et celle des attitudes pour amener l’homme à agir de telle ou telle façon. De là vient l’idée de la manipulation de l’homme comme on manipule une mécanique.

La théorie des opinions s’inspire de toutes les philosophies refusant de voir l’homme comme une simple machine et elles sont nombreuses. À titre d’exemples, la plupart des philosophies de la spiritualité et celles liées au concept de la liberté s’opposent avec vigueur à « l’homme machine ». Certains reconnaissent qu’une partie de l’Homme peut être mécanique, mais ils croient que son esprit ne l’est pas, mais là, pas du tout.

Des centaines d’années de débat n’ont pas encore déterminé la vérité des idées de ces deux écoles philosophiques.

La subdivision des sciences en deux grandes familles n’est pas étrangère à ces deux écoles philosophiques. D’un côté, les sciences de nature qui se réservent le monde physique et, ainsi la possibilité d’être précises et exactes. L’aspect ou la réalité physique de l’homme est incluse dans les sciences de l’homme. De l’autre côté, se trouvent les sciences de l’homme et de la société qui se réservent le monde métaphysique7 (l’aspect immatériel de l’homme et du monde) et, ainsi la possibilité d’être imprécises et inexactes. Bref, d’un côté les sciences exactes du monde physique et, de l’autre, les sciences inexactes du monde métaphysique.

La physique, la cinématique (science du mouvement), la biologie et la chimie forment la famille des sciences exactes. La psychologie, la logique, les disciplines sémiotiques8 et les sciences neuronales liées à la réalité spirituelle forment le groupe des sciences de l’homme tandis que l’histoire, la sociologie, l’économie, la politique et la géographie humaine forment le groupe des sciences de la société, les deux groupes forment la famille des sciences inexactes. En résumé, une science étudiant un objet physique est exacte tandis qu’une science se penchant sur un objet métaphysique est inexacte.

Quand vous vous prononcez sur un sujet, vous devriez toujours être en mesure d’identifier de quelle science relève ce sujet et à quelle famille, exacte ou inexacte, appartient cette science, et ce, de façon à déterminer jusqu’à quel point vous pouvez avoir l’assurance d’être exact. Rappelez-vous simplement ceci : dès que vous quittez le monde physique, matériel, vous perdez la possibilité d’être exact. L’humilité est de mise dans le cas d’un sujet relevant d’une science inexacte.

Dans le cas du marketing, le sujet appartient effectivement à la famille des sciences inexactes, comme me l’ont dit les premiers spécialistes consultés. L’objet du marketing est le marché, relevant de l’économie, et les consommateurs, relevant des sciences de l’homme, pour l’aspect psychologique, et des sciences de la société, pour les aspects sociologiques, économiques, culturels et autres.

C’est dans ce contexte que le marketing a épousé la théorie des opinions. Le consommateur est l’objet de l’étude et ses opinions sont le moyen de le connaître. Les statistiques de ventes, le profil sociologique et autres s’ajouteront aux moyens de connaître mais le consommateur est et demeure l’objet de la connaissance.

Distinguer très nettement l’objet à connaître, le moyen de connaître cet objet et l’objectif de la connaissance donne déjà une bonne profondeur de pensée.

Aussi, je me suis rendu compte que l’autre spécialiste, celui ayant retenu la théorie des attitudes, ne prenait pas pour objet le consommateur. L’objet de ses recherches marketing était plutôt le produit ou le service (dans leur existence matérielle, perceptible). Il était donc tout à fait logique qu’il puisse aboutir à une science exacte, comme la physique, en donnant à ses recherches un tel objet physique. Pour lui, le consommateur n’était pas l’objet à connaître mais plutôt le moyen de connaître. Selon son approche, je connais le produit de par les réactions du consommateur. Selon l’approche des autres spécialistes, je connais les consommateurs de par… les réactions du consommateur au produit. Mêlant, n’est-ce pas ? C’est que l’objet de la connaissance, le consommateur, est aussi le moyen de connaître. En fait, si ces spécialistes réussissent à connaître tout de même le produit, ce qu’ils connaissaient ce que le consommateur connaît du produit, rien de plus. Bref, ils connaissent l’opinion du consommateur au sujet du produit, rien de plus logique, cette fois.

Mais pourquoi recourent-ils aux opinions des consommateurs si elles ne sont pas fiables ? La vraie question est : Pourquoi ces spécialistes prennent pour vrai ce que les consommateurs disent ? Réponse, toute philosophique : parce qu’ils prennent eux-mêmes pour vrai ce qu’ils disent. Je prends pour vrai ce que les autres me disent si je prends moi-même pour vrai ce que je dis. J’accorde à l’autre la même crédibilité que je m’accorde.

Et comment en arrive-t-on à prendre pour vrai ce que l’on dit ? Quand on ne doute pas. Ainsi, la cause première du taux d’échecs de 90 % des produits et des services : l’absence de doute ou une ouverture d’esprit trop étroite de la part des chefs d’entreprise et des spécialistes en marketing. Ma recommandation : une révolution, changer la théorie des opinions pour la théorie des attitudes.9

Mais, pour ce faire, il faudrait une révolution car l’industrie de l’opinion (des sondages et des groupes de discussion) a pris une telle ampleur qu’elle soumet la vérité scientifique (sciences exactes) à ses intérêts commerciaux. Je n’imagine pas les sondeurs se lever debout et affirmer : « Excusez-nous, nous nous sommes trompés. Il ne fallait pas mesurer les opinions mais les attitudes pour des résultats exacts ».

Lorsque la vérité trouvée par les sciences exactes ne triomphe pas, c’est qu’il y a quelque part quelqu’un qui ne respecte pas la hiérarchie du savoir, souvent par simple ignorance et par priorité de ses intérêts aux dépens des autres.

Personnellement, c’est au cours de ma recherche sur le marketing que j’ai appris à hiérarchiser le savoir et à respecter les intérêts de chaque aspect ou domaine de connaissances. Dès lors, j’ai su quoi chercher et comment le chercher. Dans ma hiérarchie, chaque domaine de connaissances et chaque intérêt ont une importance égale aux autres. Cependant, il y a un ordre à respecter : le commerce vient après la technique qui vient après la science qui vient après la philosophie. D’abord l’idée philosophique, purement intuitive, ensuite sa vérification par la science puis, s’il y a lieu, sa production sous la forme d’une technique et, enfin, le commerce de la technique ou du produit de la technique. Chaque domaine de connaissances règne en roi et maître sur son savoir et ses intérêts : la philosophie ne dit pas à la science quoi faire, la science voit elle-même ce qu’elle doit faire et ainsi de suite jusqu’au commerce. Rien n’empêche de nombreux échanges entre les différents domaines de connaissances mais dans le plus grand respect de la souveraineté du savoir et des intérêts de chacun.

Évidemment, c’est un idéal car, dans la réalité, les domaines de connaissances et les intérêts se livrent à un chassé-croisé où il devient souvent difficile de déterminer si tout le monde est à sa place. Ainsi, le simple fait de différencier les domaines de connaissances et leurs intérêts grandit déjà passablement la profondeur de pensée; elle exploite alors tous les domaines de connaissances.

Quand l’expérience nous fait défaut, il s’agit de repérer le plus grand nombre de connaissances et de les classer par domaines de connaissances. L’important est d’avoir en main un nombre suffisant d’informations dans chacun des domaines de connaissances. L’idéal est de se référer à des résumés produits par des experts qui se réfèrent à tous les domaines de connaissances, non pas à une seule spécialité. La fin du 20e siècle et le commencement du 21ème siècle furent et sont propices à de tels résumés; profitez-en.

À ce stade-ci, ce sont les différentes réflexions déjà faites sur le problème qui nous intéressent, quasiment davantage que le problème lui-même. On cherche à identifier tous les aspects relevés par chaque domaine de connaissances. Souvent, deux ou trois résumés suffisent. Dans tous les cas, ne vous fiez jamais à un seul résumé; un minimum de deux résumés est utile pour les comparer l’un avec l’autre. Dans tous les cas aussi, la lecture d’un couvert à l’autre n’est pas obligée. Une analyse rigoureuse des tables des matières vous donnera une idée assez juste de ce qu’il y a à connaître dans votre problème, ce qui a l’avantage de comparer un plus grand nombre de résumés. Préférez les ouvrages avec une table des matières complète et un index, pour faciliter la consultation.

Le classement terminé, vient ensuite l’étude de la connaissance dans chaque domaine. Revoyons donc plus en détail le travail à faire dans chaque domaine.

La philosophie livre la première connaissance : une intuition, « forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement ».10 C’est l’affirmation : « J’ai l’intuition que… ». Bien sûr, vous trouverez différentes intuitions sur un même sujet et de multiples raisonnements philosophiques sur chaque intuition. Le risque de se perdre est très élevé. Je vous recommande de remonter à l’intuition originale, la première à être apparue sur le sujet. Pour ce faire, identifiez l’auteur de chaque intuition. Il s’agit souvent d’un personnage historique dont vous pouvez vérifier la principale contribution à la connaissance du sujet de votre intérêt dans les dictionnaires populaires et spécialisés.

La science s’inscrit à la suite de la philosophie. Il revient à la science de vérifier si cette intuition est certaine, démontrable. Vous savez qu’il y a deux grandes familles de sciences, cherchez dans l’une et dans l’autre. Même si au départ vous avez l’impression que votre sujet relève, disons, des sciences inexactes, assurez-vous que les sciences exactes n’ont pas découvert quelque chose de concret. Par les temps qui courent, plusieurs sciences inexactes s’associent à des sciences exactes en raison de récentes découvertes. À titre d’exemple, mentionnons l’association de la neurologie, une science exacte, avec la psychologie, une science inexacte, dans la formation d’une nouvelle science, la neuropsychologie, une science exacte. Comment l’addition exacte + inexacte = exacte ? Parce que dans ces associations interfamiliales, les sciences exactes imposent leurs conditions. On peut imaginer la science exacte s’adressant à la science inexacte en ces termes : « J’accepte de m’associer avec toi que si tu te fondes sur les preuves physiques que je te donne ». Ces nouvelles sciences sont passionnantes, aussi ne manquez pas de vérifier si elles peuvent vous être utiles.

Cela dit, la science reformulera l’intuition philosophique en une hypothèse de travail sous la forme d’une vérité à prouver. Cette hypothèse sera appelée « paradigme » et définie comme « un ensemble de postulats, en général clairement exprimé »11, les postulats étant « des propositions admises sans démonstration qui servent de point de départ »12. C’est l’affirmation : « On suppose que… ». Pour simplifier, parlons d’une théorie à vérifier. Dans votre recherche, vous devez identifier la ou les théories que la ou les sciences tentent de vérifier concernant le sujet de votre recherche.

Ceci fait, vous devez vous informer des résultats à savoir si les données de l’expérimentation confirment ou infirment la théorie. Si à chaque fois que vous entendez le mot « Science », vous vous imaginez devant des données complexes incompréhensibles, sachez que vous avez uniquement besoin de savoir si la théorie est vraie ou fausse. Ne vous étonnez pas si l’on vous répond : « La théorie est en partie vraie et en partie fausse ». C’est que des doutes persistent et c’est le signe d’éventuels progrès. Demandez une explication de ce qui est vrai et de ce qui est faux. Enfin, vous devez aussi apprendre si des changements de théories ont eu lieu depuis que la science étudie le sujet. Le cas échéant, prenez bonne note des théories passées et sachez pourquoi elles furent rejetées. L’exercice vous mettra dans le contexte historique général, ce qui vous permettra de donner de la perspective à votre étude, puis de prendre du recul. Trop collé à la réalité d’aujourd’hui, il vous sera difficile de saisir l’évolution de la connaissance et la difficulté restante.

Lorsque la science a démontré la vérité d’une théorie, la technique prend la relève. Elle se chargera alors de l’application pratique de cette théorie sur le terrain. Vous devez connaître sommairement les techniques utilisées en relation avec le problème que vous étudiez. Vous devez aussi vous informer des résultats.

Prenez bien garde de ne pas être berné car plusieurs experts justifient voire vantent davantage leurs techniques que les résultats concrets, souvent et justement parce qu’ils se font attendre.

Dans le cas du suicide, par exemple, les experts font grand bruit de leurs techniques mais elles n’empêchent pas l’augmentation du taux de suicides, année après année, au Québec. Le président d’honneur de la dernière campagne annuelle de prévention du suicide au Québec se demandait publiquement pourquoi le gouvernement n’investit pas massivement dans une large campagne publicitaire, comme il le fait, par exemple, pour l’alcool au volant. Pour l’appuyer dans sa démarche, il faudrait savoir quelle publicité de celle gouvernementale et de celle de l’Opération Nez Rouge a été la plus efficace. Pour l’instant, l’expert en marketing bien avisé sait que la publicité porte fruit uniquement une fois sur deux, sans même qu’il soit possible de déterminer pourquoi. Officiellement, les techniques publicitaires sont vantées davantage que les résultats réellement connus sur le terrain. J’insiste : prenez garde !

Cette mise en garde nous a fait quitter la technique pour entrer dans le commerce, c’est-à-dire dans la promotion des connaissances intuitives, scientifiques et techniques. La société affairiste complique grandement la recherche des vérités profondes parce qu’elle truque le discours officiel rendant public la connaissance. Tout le monde est en affaires avec tout le monde et chacun se sent obligé, non pas de partager sa connaissance, mais de la publiciser. Par conséquent, chaque information du discours officiel doit être vérifiée à sa source avant de déterminer si elle est importante ou non pour votre réflexion.

Maintenant que vous connaissez les différents aspects du sujet, vous devez le formuler tel que chaque aspect le connaît : « En philosophie, le sujet est… », « En science, le sujet est… » et ainsi de suite. Faites de même avec le problème relatif au sujet : « En philosophie, le problème avec mon sujet est… », « En science, le problème avec mon sujet est… » et ainsi de suite.

Au départ, si vous avez vous-même défini le sujet et le problème comme étant techniques, vous devez vous appliquer à connaître le problème dans sa version scientifique, puis dans sa version philosophique et, enfin, dans sa version commerciale. Et cela même si vous êtes fermement convaincu que votre sujet et votre problème sont uniquement techniques car, comme nous l’avons souligné, la théorie avec laquelle la science a travaillé est peut-être fausse, d’où l’efficacité réduite de la technique produite par la science.

Une simple erreur de logique, un manque de cohérence, entre les différents discours des différents domaines de connaissances et la cause du problème peut vous sauter aux yeux, du moins, vous donner une nouvelle compréhension du problème.

Si la société affairiste truque le discours officiel, l’organisation de la société en spécialisation complique encore davantage la recherche. Or, la spécialisation est l’ennemi numéro un de la généralisation utile pour trouver la cause première.

On a souvent l’impression que seule la pensée spécialisée peut se permettre d’être profonde. Nous marions « spécialisation » et « profondeur » en commettant une erreur d’évidence entre la « complexité » et la « profondeur » d’une connaissance. La spécialisation témoigne de la complexité, non pas de la profondeur. La complexité est horizontale; elle s’étend à la surface. La profondeur est verticale; elle va de haut en bas en s’élargissant ou en généralisant.

Vous constaterez rapidement que chaque spécialisation possède sa version de la cause du problème que vous étudiez. Rares sont les résumés offrant une généralisation toute faite, il faut donc généraliser soi-même et, ce faisant, lever les barrières des spécialisations.

Dans son livre « La civilisation inconsciente », l’auteur John Saul présente en ces termes les experts spécialisés que vous rencontreront :

« Nous vivons dans un monde où ceux à qui on a donné le savoir n’ont pas le droit de regarder en l’air ni autour d’eux. C’est la connaissance réduite à l’ignorance. Plus la connaissance est limitée à un seul domaine, plus l’expert est ignorant. » 13

Il qualifie ces spécialistes d’« experts à œillères ». Vous en viendrez vous-même à ce constat lorsque vous vous rendrez compte que la plupart des spécialistes n’ont aucune idée de ce qui se passe dans d’autres domaines que celui de leur spécialisation. Pour la profondeur, on repassera.

Et ces experts à œillères sont en affaires, comme tout un chacun : ils défendent « leurs » intérêts, ceux de « leur » groupe. John Saul écrit :

« Aujourd’hui, le fonctionnement de notre société est fondé pour une grande part sur les relations entre les groupes. Qu’est-ce que je veux dire par groupes ? Certains évoquent aussitôt des compagnies transnationales. D’autres pensent à des ministères gouvernementaux. Le problème n’est pas là. Notre société comporte des milliers de groupes d’intérêt et de spécialistes organisés de façon hiérarchique ou pyramidale. Ce sont soit des compagnies, en effet, soit des groupements de compagnies, soit des professions libérales, ou encore d’étroites catégories d’intellectuels. Ils sont publics ou privés, bien ou mal intentionnés. Des médecins, des avocats, des sociologues, une multitude de groupes scientifiques. Le problème n’est pas de savoir qui ils sont ni ce qu’ils sont. Le problème est que la société est vue comme une somme de tous ces groupes, rien de plus. Et que la loyauté fondamentale de l’individu ne va pas à la société, mais au groupe auquel il appartient.

Les décisions graves et importantes ne sont pas prises après une discussion ou une participation démocratique, mais après des négociations entre les groupes concernés, appuyées sur la compétence, l’intérêt et la capacité à exercer le pouvoir. Je dirais que l’individu occidental, du haut en bas de ce qui est maintenant défini comme l’élite, agit d’abord en tant que membre d’un groupe. En conséquence, il, nous existons principalement en tant que fonction, et non en tant que citoyen, qu’individu. On nous récompense dans nos méritocraties hiérarchiques pour notre réussite en tant que fonction intégrée. Nous savons que les vraies expressions d’individualisme ne sont pas seulement découragées, elles sont pénalisées. Le citoyen actif qui dit ce qu’il pense, a peu de chances de réussir une carrière professionnelle. »14

Non seulement l’expert à œillères est fermé aux autres domaines de connaissances, mais il soumet votre intérêt de connaître à l’intérêt de son groupe. Autrement dit, il vous livrera rarement le fond de sa pensée, ce qu’il sait vraiment ou qu’il soupçonne d’être la vérité vraie, de peur de voir sa carrière mise en péril par son groupe. La situation a de quoi décourager chacun d’entre nous dans sa recherche de la vérité sur la cause première d’un problème. Ce n’est pas tout :

« On suppose que le public n’est pas capable de comprendre et que ce n’est pas la peine de se fatiguer à lui donner des explications. »15

Et si vous avez le malheur de déceler une erreur :

« (…), tous ces groupes se rejettent mutuellement la faute pour la moindre erreur. » 16

Vous vous dites peut-être que vous n’avez pas de temps à perdre à jouer au chat et à la souris dans votre recherche de la cause première. C’est aussi un trait de notre société où nous jugeons que la vérité vraie prend trop de temps à venir :

« Le temps, notre grand ennemi, nous vaincra si nous hésitons un instant pour réfléchir ou douter. Dans notre panique, nous nous précipitions vers la certitude ». 17

Pourtant, « les gens n’ont jamais eu autant de temps ».18

« Rien que depuis le début du siècle (XXè »), l’espérance de vie des Occidentaux a augmenté de vingt-cinq ans. Nous disposons à présent de 50 % de temps de plus pour faire ce dont nous avons envie. Compte tenu de notre niveau de vie général et de notre éducation, nous pourrions utiliser au moins un peu de ce temps pour réfléchir davantage et remplacer la course à la certitude par une promenade vers le doute.

Pourtant, il semble qu’avoir 50 % de temps en plus ait produit l’effet contraire. Nous nous sommes retranchés dans ces peurs inconscientes qui nous rendent sensibles à la menace du temps. Ces dernières années, les menaces de la nécessité, du « maintenant ou jamais », ont influencé avec une remarquable facilité et à maintes reprises des publics très complexes. » 19

Lorsque nous avons un problème, il nous apparaît donc tout à fait naturel de vouloir le résoudre au plus tôt. C’est plus particulièrement le cas d’un problème technique, comme si je constatais à l’instant même où j’écris ces mots que mon ordinateur ne répondait plus à mes doigts enfonçant les touches du clavier. Comme mon ami spécialiste en la matière dort en cette nuit d’hiver, je prendrais sans doute une pause en allant au lit moi aussi. Mais, dès le matin venu, je me lèverais d’un trait pour me précipiter au téléphone en vue de le joindre et de le consulter subito presto. Un problème technique dans un monde dominé par la technique est toujours très lourd de conséquences. Je m’imaginerais mal soumettre à un éditeur un document écrit à la main, même parfaitement lisible. Le seul fait de ne pas disposer d’un ordinateur porterait atteinte à ma crédibilité. J’entends l’éditeur se dire à lui-même : « Il a pensé à tout, sauf à l’ordinateur ».

Quant aux problèmes d’autres natures, pourquoi laisser le temps s’ajouter à notre stress ? Sous la pression du temps, un nombre incroyable de problèmes sont expliqués selon les premières causes du bord et solutionnés avec les premières certitudes évidentes. Conséquence, les problèmes finissent, un jour ou l’autre, par se manifester à nouveau, souvent dans une nouvelle version, pire que la précédente. Le vrai problème : on n’a pas pris le temps de trouver la cause première, de vérifier tous les aspects du problème.

Tant et aussi longtemps que l’on ne prend pas le temps de penser, le résultat demeure partiel et superficiel, nos pensées manquent de profondeur, et les problèmes reviennent sans cesse.

L’Homme, nous dit-on, a beaucoup évolué. À mes yeux, l’homme technique et l’homme scientifique ont constamment évolué depuis leur naissance. Il en va de même de l’homme commercial ou affairiste, du moins, dans le sens de ses propres intérêts, car, pour ce qui est du bien commun, je ne suis pas sûr qu’une évolution acquise aux dépens des autres soit vraiment une évolution. Dans mon dictionnaire, « évolution » rime avec « partage », comme le font l’homme scientifique et l’homme technique avec nous tous. Quant à l’homme citoyen, il est devenu plus bavard mais moins efficace dans l’exercice de la démocratie, même sous son toit.

Reste l’homme penseur, profond ou philosophique, il est le parent pauvre de la grande famille humaine. Il arrive à peine à se reconnaître lui-même. Il est troublé à l’idée de creuser, pourtant ancrée dans sa nature depuis la nuit des temps. Il trouve dans le temps le moyen d’aller contre sa propre nature. « On ne va pas encore philosopher ce soir », lance-t-il sur un ton lancinant et pénible.

Vous vous souvenez du professeur qui nous disait : « Prenez le temps de bien faire votre examen, de réviser vos réponses ». Quand la feuille d’examen, que dis-je, le cahier des questions arrivait sur notre pupitre, on constatait que ce contrôle de nos connaissances et de notre compréhension était en fait un contrôle de vitesse. « Quand on a compris, on est supposé aller plus vite que celui qui n’a pas compris », croit-on faussement. Pourtant, « C’est toujours parce qu’on est allé trop vite qu’on a fait des erreurs », dit-on aussi. La vitesse n’est pas un critère de l’intelligence. On devrait lui préférer la rigueur et la profondeur.

Le nombre de questions était généralement inversement proportionnel au nombre de minutes accordées. Les premiers à quitter la salle de classe étaient les plus rapides à fournir les réponses. On s’aperçut plus tard qu’ils n’avaient pas tous compris ce qu’ils avaient répondu. Rien n’empêche que leur sortie de la salle de classe nous incitait à accélérer la cadence. Puis, quand on relevait la tête pour constater, cette fois, que plus de la moitié des chaises étaient vides, l’idée de ne pas être normal nous passait par la tête, comme un éclair. Heureusement, car ce n’était ni le temps ni le moment d’y penser, examen oblige. Puis nous étions surpris par la cloche annonçant la fin de la période de l’examen, sans qu’on ait eu le temps de répondre à toutes les questions. Quels mauvais gestionnaires de temps faisions-nous!

À l’époque, j’avais titré l’un de mes poèmes : « L’Homme de Course », par analogie avec l’automobile de course. Je m’étonnais que l’on coure à gauche et à droite, d’un cours à l’autre, d’une matière à l’autre. Ici aussi, pour la profondeur, on repassera.

Je comprends aujourd’hui pourquoi la plupart de mes collègues et consœurs de classe trouvaient que le cours de philo était le plus long; ça n’allait pas assez vite. Leur esprit surexcité par la vitesse de penser était tout perdu dans l’univers de la philosophie où tout semble au ralenti en état d’apesanteur, comme sur la Lune.

« Perdu dans l’espace ? » C’est vrai, il faut l’admettre, le professeur avait lui-même l’air perdu, parfois, souvent ou toujours, selon le point de vue. C’était le sujet préféré à la sortie de la salle de cours : « As-tu trouvé que le prof avait l’air perdu ? ». On aurait dit que le prof s’amusait à nous poser le défi de le comprendre, plutôt que de nous enseigner. On sentait nettement chez la plupart des élèves qu’aucun ne voulait être comme le professeur de philo, aussi mêlé et mêlant. Les élèves perdus semblaient souffrir le calvaire et l’errance du professeur de philosophie nous confirmait la possibilité d’être aussi perdus une fois adulte.

Mal enseignée, la pensée profonde nous répugne toute notre vie si aucune expérience ne nous la rend agréable.

La pensée profonde a deux utilités, la première, nous l’avons vu, guider notre recherche de la cause première, la deuxième, nous allons le voir, aider à développer une philosophie de vie. La difficulté énorme de la plupart des gens face aux questions « Quelle est ta philosophie de vie ? » et « Quel est le sens de la vie pour toi ? », auxquelles la réponse est souvent « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? », démontre hors de tout doute raisonnable que la pensée profonde est généralement mal connue et mal enseignée.

Pourtant, personne ne peut vivre sans une philosophie de vie, sans une « conception générale, une vision plus ou moins méthodique du monde et des problèmes de la vie ».20 Autrement dit, nous avons tous une philosophie de vie. Les uns en sont plus ou moins conscients. Les autres en sont totalement inconscients. À preuve, la philosophie de vie se traduit par des attitudes face au monde et aux problèmes de la vie. Or, nous avons tous de telles attitudes, consciemment et/ou inconsciemment. En fait, le choix d’avoir ou non des attitudes face au monde et aux problèmes de la vie ne nous est pas donné. Adopter des attitudes est une propriété de l’esprit, comme l’estomac a la propriété de diriger. En fait, notre esprit est toujours en état d’adopter une attitude et il ne nous laissera jamais sans aucune attitude, sans quoi il y aurait un vide insupportable qui nous laisserait sans comportement. Même figés, nous exprimons une attitude.

Les attitudes font partie de la « chaîne de commandement » de notre comportement, si je puis dire. L’attitude est le dernier facteur entrant en jeu, juste avant qu’un geste soit posé. Elle se définit comme un « ensemble de jugements et de tendances qui poussent à un comportement ».21 Au stade final, on peut voir de nos yeux les attitudes d’une personne dans son corps, plus spécifiquement dans sa « manière de se tenir qui correspond à une certaine disposition psychologique », et « philosophique » devons-nous ajouter. Selon moi, notre disposition psychologique prend racine ou exprime notre disposition philosophique. À mes yeux, la psychologie est en quelque sorte une version logique et émotive de ma philosophie de vie.

À titre d’exemple, une personne qui se croise les bras adopte une attitude de défense, elle se sent attaquée, intimidée, bref, elle ressent le besoin de se protéger.22 Je puis dire de sa philosophie qu’elle compte déjà un jugement sur ce qui la fait réagir, par exemple, sur le propos dont je l’entretiens. Je tiens ici un sujet de sa conception du monde ou d’un problème de la vie lié à mon propos. Aussi, je puis dire de sa philosophie de vie concernant ce sujet qu’elle n’est pas favorable au jugement inclus dans mon propos.

C’est peu mais c’est tout de même un bon début. J’ai un sujet qui peut m’inspirer d’autres propos pour découvrir d’autres réactions. Je peux qualifier la philosophie de vie de mon hôte de favorable, défavorable ou mi-favorable mi défavorable (indifférence) au sujet de mon propos. C’est plus que plusieurs livres de philosophie peuvent m’apprendre de pratique.

À la limite, nous pouvons dire : « Montrez-moi quelles sont vos attitudes à l’égard du monde et des problèmes de la vie, je vous dirai quelle est votre philosophie de vie ».

J’ai bien écrit : « montrez-moi », non pas « dites-moi », car les attitudes et les opinions sont deux concepts différents. De plus, je peux verbaliser mes opinions mais je ne peux pas verbaliser mes attitudes car « les attitudes peuvent être inconscientes et généralement elles le sont ».23 Les attitudes sont adoptées par le corps (manière de se tenir). Le ton avec lequel je livre mes opinions peut laisser voir mon attitude face au sujet sur lequel je me prononce. Mais mon opinion n’est pas garante de mes attitudes. Je puis me montrer favorable à un geste dans mes opinions et adopter une attitude d’indifférence qui fera que je ne poserai pas le geste auquel j’étais pourtant favorable. Nous l’avons vu, je peux dire une chose et en faire une autre. Pourquoi ? Parce qu’au moment où je parle, je ne tiens pas compte de mes attitudes profondes parce que j’en suis généralement inconscient. Lorsque je livre mon opinion, je suis uniquement conscient de ce que je pense et de l’image que je donne à l’autre de par mes propos, ce qui peut me retenir de dire le fond de ma pensée.

Puisque nous sommes généralement inconscients de nos attitudes, il faut déployer un effort pour en prendre conscience. Cet effort consiste essentiellement à prendre du recul face à soi-même. Si la pensée certaine exige de prendre du recul face à notre conscience, nos connaissances et nos compréhensions, la pensée profonde demande du recul face à notre inconscience, nos réactions cachées, incluant nos émotions et nos attitudes.

L’exercice commence réellement le jour où nous nous avouons être davantage inconscients que conscients. Mais n’allez pas croire qu’il se termine le jour où nous avons pris conscience de toute notre inconscience au point d’être pleinement conscients de tout. Dans cet état, la vie nous serait insupportable. L’inconscient, si je puis dire, est chargé de fonctions que la conscience ne peut pas remplir. L’inconscient est chargé de nous maintenir dans un certain état d’équilibre entre ce dont nous avons conscience de ce qui se passe et de ce qui se passe réellement. Avec une conscience pleine et entière, nous ne tiendrions pas debout plus d’une minute sans perdre conscience, et ce n’est pas un jeu de mots. La réalité nous serait impossible à concevoir, visible et invisible. Aussi, imaginez-vous pleinement conscient de la faim dans le monde au moment des repas : pourriez-vous encore manger ? Si vous êtes tenté de me répondre : « Tout dépend de ma philosophie face aux problèmes de la vie », vous avez pleinement raison. Mais encore faut-il que vous puissiez en être suffisamment conscient pour me l’expliquer. Or, cette philosophie de vie, vous l’avez acquise de vos parents et des autres membres de votre famille, de vos professeurs, de vos amis-es,…, et ce, sans vraiment vous rendre compte. Voilà donc pourquoi la pensée profonde demande de prendre du recul face à son inconscience, à commencer par l’acceptation de son inconscience.

Alors si l’objectif de l’exercice n’est pas de prendre conscience de tout, quel est-il ? L’objectif est de développer une pensée toujours plus profonde, plus générale, pour éviter d’être superficiel et trop particulier. L’avantage est toujours entre les mains de la pensée profonde, d’une vision générale du monde et des problèmes de la vie, car ce n’est qu’une vue générale qui permet de constater la profondeur que je peux atteindre par la pensée, comme le plongeur du haut de son tremplin a une vue générale de la profondeur de l’eau qui l’attend. Aussi, la pensée profonde envisage la connaissance et la compréhension comme un processus à long terme, à l’abri des courants de la surface, des modes passagères, qui ne nous conduisent pas nécessairement là où nous nous épanouirons dans tout notre être.

Il est facile de se perdre dans la profondeur inconsciente de l’esprit car nous sommes alors privés des repères auxquels nous sommes habitués lorsque nous naviguons en surface, comme le marin d’eau douce devenu sous-marinier est privé du soleil, de la lune et des étoiles pour s’orienter.

Aussi, à la surface, la portée de nos pensées se limite à la portée de nos sens, aux évidences premières, celles qui nous entourent. C’est lorsque nous réfléchissons à ces évidences que nous donnons à nos pensées une plus grande portée, une certaine certitude. Mais nous sommes toujours à la surface et cette certitude ne peut pas s’étendre plus loin que l’horizon visible. Nous pouvons toujours franchir les limites de cet horizon par le rêve et l’imagination mais il nous faut alors accepter de penser en l’absence de preuve. Cependant, même dans le rêve et l’imagination, nos pensées restent accrochées à nos sens, sauf que, cette fois, c’est nous qui nous inventons des évidences.

Enfin, à la surface, il est impossible d’envisager les problèmes à leur plus haut degré de généralité, bref, de généraliser, en vue de trouver la cause première car le particulier retient toujours notre attention. « Il ne faut pas généraliser un cas particulier », nous dit-on, avec raison d’ailleurs. En fait, à la surface, tout est particulier, « original, distinctif ».24 Aussi, notre pensée a pris l’habitude de particulariser, de « distinguer, différencier par des traits particuliers »25, « qui appartiennent en propre à quelqu’un, à quelque chose », tout au plus, à une « catégorie d’êtres, de choses »26. Ici, la généralisation sert à former des groupes (de gens et de choses), non pas à trouver la cause première. La pensée ne parvient pas à se débarrasser du sentiment d’être particulière et elle voit ce qu’elle ressent, c’est-à-dire, ce qu’il y a de particulier plutôt que le général. Bref, impossible de cerner le problème général et de trouver la cause générale.

Seule une plongée sous la surface, une pensée profonde, permet de libérer nos pensées de nos sens et du particulier. Ainsi et seulement ainsi, nous pouvons atteindre le général, oublier les détails et se concentrer sur l’essentiel, et enfin prendre l’initiative de donner un sens aux choses, au monde, à la vie, aux problèmes.

Dans ce cas, notre pensée a besoin de nouveaux repères. D’une part, les différents domaines de connaissances et leur ordre sont d’excellents repères pour approfondir un sujet. D’autre part, nos attitudes sont aussi d’excellents repères pour s’approfondir soi-même.

Il suffit souvent d’identifier une première attitude pour être en position de reconnaître les autres. À nous de la qualifier de favorable, défavorable ou mi-favorable et de tenter une première explication d’après un premier domaine de connaissances. Voilà, la pensée profonde est née.

_______________

NOTES

1. L’expression est tiré du jeu de domino où les tablettes sont posées debout, assez proches l’une de l’autre, de façon à ce que la chute de la première entraîne la chute de la deuxième, la chute de la deuxième celle de la troisième et ainsi de suite.

2. Le Petit Robert. Je tire cette citation de la définition du mot philosophie.

3. Généraliser :  » Raisonner par généralisation, en allant du particulier au général  », Le Petit Robert.

4. Meilleur vendeur.

5. Groupe de consommateurs soumis à différentes questions.

6. Le Petit Robert.

7. Qui est d’ordre rationnel, et non sensible. Le Petit Robert. Les sciences métaphysiques se penchent sur les aspects non sensibles de l’homme et de la société, c’est-à-dire les aspects non perceptibles par nos sens ou qui n’ont pas d’existence matérielle.

8. Théorie générale des signes et de leur articulation dans la pensée. Le Petit Robert.

9. J’ai écrit un livre sur le sujet (en voie d’édition) : Comment motiver les consommateurs à l’achat de votre produit au détriment de la compétition – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université en recherche marketing auprès des con-sommateurs. À consulter si vous êtes intéressé à en savoir plus. Ici, je dois revenir à mon sujet principal.

10. Intuition :  » Sentiment plus ou moins précis de ce qu’on ne peut vérifier, ou de ce qui n’existe pas encore  », Le Petit Robert.

11. Le Trésor – Dictionnaire des Sciences, sous la direction de Michel Serres et Nayla Farouki, Flammarion, Paris, 1997. p. 681.

12. Le Trésor – Dictionnaire des Sciences, sous la direction de Michel Serres et Nayla Farouki, Flammarion, Paris, 1997. p. 94.

13. Saul, John Ralston, La civilisation inconsciente, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1997, p. 118.

14. Saul, op. cit., pp. 41-42.

15. Saul, op. cit., p. 107.

16. Saul, op. cit., p. 114.

17. Saul, op. cit., p. 175.

18. Saul, op. cit., pp. 175-176.

19. Saul, op. cit. p. 176.

20. Le Petit Robert.

21. Le Petit Robert.

22. Livres de références utiles : Pease, Allan, Interpréter les gestes, les mimiques, les attitudes − Pour comprendre les autres sans se trahir, Éditions Nathan, Paris, 1988, 224 pages, illustrations nombreuses. Axtelle, Roger, Le pouvoir des gestes – Guide de la communication non verbale, InterÉditions, Paris, 1993, 260 pages, illustrations. Hall, Edward T. et Hall, Mildread Reed, Guide du comportement dans les affaires − Allemagne, États-Unis, France, Éditions du Seuil, 1990, 261 pages.

23. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 76.

24. Le Petit Robert

25. Le Petit Robert

26. Le Petit Robert

Source : Guay, Serge-André, La pensée profonde, J’aime penser ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, essai et témoignage de gouvernance personnelle, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis (Québec), 2020.


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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

 

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide


Article # 43

SOPHIE GEOFFRION

Éloge de la pratique philosophique

Éditions Uppr

96 pages

ISBN : 978-2-37168-252-8

© Uppr 2018

Uppr est une maison d’édition basée à Toulouse et spécialisée dans les livres d’experts au format court.

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Quatrième de couverture

Souvent, la philosophie est perçue comme une activité purement cérébrale, sans lien réel avec la vie. Pur jeu conceptuel, échafaudage peut-être génial, mais vain, d’idées abstraites, technique intellectuelle au service d’une névrose de domination… Que n’a-t-on pas dit de la philosophie ? Sans doute l’histoire de la pensée nous donne-t-elle quelques exemples qui confirment ces idées reçues. Pourtant, les premiers philosophes, déjà, mettaient en garde contre la fascination de l’abstrait et l’utilisation stérile du langage. Or, dans cet ouvrage nous est proposé un retour aux sources – ou plutôt à la source : celle, bouleversante, de la prise de conscience du mystère de l’existence, d’où éclot l’étonnement philosophique. Par là, Sophie Geoffrion nous initie à l’aventure philosophique. Elle nous rappelle que la pensée n’est pas la négation de l’action et que la philosophie est avant tout une pratique, un mouvement qui s’enracine dans le mouvement même de la vie. Loin d’être une fuite dans l’abstraction ou une complaisance vis-à-vis de la complication, elle est plutôt accueil de l’énigme, retour à soi, ouverture à l’autre, effort de simplicité. Bref, cet éloge de la pratique philosophique est aussi l’éloge d’une façon de vivre intensément sa vie.

Sophie Geoffrion est philosophe praticienne. Elle défend l’idée que la philosophie est l’école de la sagesse et du jugement rationnel, qu’elle ne concerne pas que les érudits, mais bien chaque personne soucieuse de sa vie intérieure : la pratique philosophique fortifie la réflexion et permet de faire faire face aux traversées existentielles

Elle co-réalise et préside le prix de philosophie jeunesse dans le cadre du festival Philosophia 2018 dont elle est membre du comité scientifique.

Source : Éditions Uppr.


Table des matières

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Site web de Sophie Geoffrion

https://www.sophiegeoffrion.com/

Cliquez sur la capture d’écran de la page d’accueil pour accéder au site web de Sophie Geoffrion

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La causerie philosophique, c’est quoi ?

Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA

La philosophe praticienne Sophie Geoffrion propose de s’interroger et de dialoguer ensemble sur l’art à partir de reproductions d’œuvres du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA. La causerie s’oriente plus spécifiquement sur la question du savoir : doit-on avoir des connaissances pour apprécier une œuvre d’art ?

Source : YouTube et https://www.sophiegeoffrion.com/home.html


Revue de presse

ARTICLE LE PARISIEN Week-End, FEVRIER 2019 :

Extrait : « Exercer le sens critique – chers apprentis philosophes, me revoilà pour le prix Philosophia jeunesse, qui va faire de vous des lecteurs, des philosophes et les membres d’un jury. »

Télécharger l’article

FRANCE CULTURE, LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE, 15 MARS 2019, SOPHIE GEOFFRION EST L’INVITEE D’ADELE VAN REETH  https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/la-philo-se-vend-elle-bien

Interview Sophie Geoffrion.Février 2019 La pause Philo

http://lapausephilo.fr/2019/02/21/sophie-geoffrion-philosophie/

Nouvelles Pratiques Philosophiques -CONFERENCE / Philosophies TV- Théâtre & Philo avec les Enfants –
cliquez ici pour découvrir l’intervention filmée lors du festival Philosophia 2017

SAISON 2017/18. LES ATELIERS DU CABINET DE PHILO.
Retrouvez le programme sur le blog

ITW du 30 septembre 2017  Radio France Gironde. Qu’est-ce que la pratique philsophique ?

Découvrez en vidéo la résidence Philo’ En Scène 2017, Avec pour thème « Un Monde Meilleur » : une performance philosophique et théâtrale réalisée en 5 jours, pour permettre aux jeunes de devenir acteurs de leur pensée !

Expressions et performances philosophiques  et théâtrales.
Cliquez ici pour voir la vidéo

Le teaser de la conférence « Peut-on Penser la Musique ? » est en ligne :
https://vimeo.com/150964818
Une expérience musicale et philosophique orchestrée par Sophie Geoffrion & Arnaud Juan, à découvrir dès maintenant !

Conférence philosophique et musicale.
Découvrez toute l’actualité de Sophie Geoffrion et de Philoland sur son tout nouveau blog « Rendez-vous Philo » : http://rendezvousphilo.com

Retrouvez la bande annonce de notre dernier spectacle philosophique (création 2015) en suivant ce lien :
https://vimeo.com/142501286

Source : https://www.sophiegeoffrion.com/home.html


Sophie Geoffrion a ouvert un cabinet philosophique à Bordeaux afin de répondre à une demande croissante et individuelle : la philosophie comme art de vivre dans notre quotidien.
Le cabinet de philosophie propose une consultation avec un philosophe praticien pour échanger des idées, débattre d’une question existentielle ou d’actualité.

La consultation philosophique vous permet de donner du sens, d’interroger l’existence, et de s’approprier sa propre pensée.


Mon rapport de lecture du livre

Éloge de la pratique philosophique

de Sophie Geoffrion

aux Éditions Uppr

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

La philosophie, c’est pour nous tous, et non pas uniquement les érudits, nous dit madame Geoffrion :

Ainsi, le philosophie est une pratique et un entraînement quotidiens, mais aussi permanents. Elle est une éducation qui vise à renforcer et atteindre la maîtrise de soi. Néanmoins, parce qu’elle reste une discipline érudite, nombre de septiques la considèrent, à tort, comme éloignée des préoccupations de tout un chacun.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 19.

Elle donne à la pratique philosophique un premier but :

(…) Son premier travail est de se libérer de l’opinion.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 24.

Ainsi, il revient non seulement au client de se libérer de ses opinions mais également et en tout premier lieu, à la pratique philosophique elle-même de se libérer de l’opinion. Ayant moi-même observé que l’opinion règne en roi et maître en notre société, madame Geoffrion ne pourrait pas me rejoindre davantage en revenant sur le sujet en traitant du bon sens.

Les hommes naissent avec la capacité de penser. Comme nous l’avons vu, l’expérience du ciel étoilé, fait naître un désir de compréhension, inépuisable, insondable. L’homme a le goût du mystère et la soif de l’énigme. Le désir de comprendre est un moteur. Si le sens commun nous permet de retrouver en nous notre part philosophique, il est un piège que les philosophes savent éviter. Levant les paradoxes, ils ne cessent de combattre l’opinion. Là où le bon sens met tout le monde d’accord, la philosophie réfute, entaille, désosse par une mécanique intellectuelle tous les recoins d’un problème. (…)

Si le bon sens suffisait, il y a bien longtemps que la philosophie aurait disparu et que l’on ne prêterait aucune audience aux philosophes.

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, pp. 25-26.

J’insiste : Les philosophes, « ils ne cessent de combattre l’opinion ».

La doxa est l’opinion commune, l’écume d’une vague sociale. Elle est variable, changeant, polémique, que nous portons sans discernement. (…)

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 26.

Philosopher consiste à s’extraire de l’opinion, emprunter le chemin de la vérité pour essayer de comprendre la cause première et déjouer les erreurs ambiantes véhiculées par le sens commun. (…)

GEOFFRION, Sophie, Éloge de la pratique philosophique, Éditions Uppr, Touluse (France), 2018, p. 27.

Madame Geoffrion aborde de nombreux autres sujets (voir la Table des matières ci-dessus). J’ai surligné de nombreux autres passages mais permettez-moi de ne pas abuser. Il faut lire ce livre.

Notez qu’il est disponible en format numérique et papier sur le site web de l’éditeur.

J’accorde à livre et son auteure quatre étoiles sur cinq.

* * * *


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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

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Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

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DOSSIER

Philothérapie

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Article # 42

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

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Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


Vidéos


Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


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Article # 41

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

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Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


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Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule la raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


Antonio R. Damasio introduit les explications ci-dessus en questionnant le fameux « Je pense, donc je suis » de René Descartes. Il soutient que son cette célèbre phrase devrait plutôt être « Je suis, donc je pense » pour respecter les découvertes scientifiques des neurosciences.

Quelle a donc été l’erreur de Descartes ? Ou mieux encore, quelle erreur de Descartes ai-je l’intention de relever, sans ménagement et avec ingratitude ? On pourrait commencer par lui reprocher d’avoir poussé les biologistes à adopter − et ceci est encore vrai à notre époque − les mécanismes d’horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le « Je pense, donc je suis ». Cette formule, peut-être la plus célèbre de l’histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du Discours de la Méthode (1637)’ et en latin (« Cogito, ergo sum »), dans les Principes de philosophie
(1644) 3. Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que Penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante » (res cogitans), et du corps non pensant, qui est caractérisé par une « étendue », et des organes mécaniques (res extensa).

Cependant, bien longtemps avant l’aube de l’humanité, des organismes ont existé. À un certain moment de l’évolution, une conscience élémentaire est apparue, correspondant à un fonctionnement mental simple. Lorsque ce dernier est devenu plus complexe, la possibilité de penser s’est instaurée, et même ultérieurement, celle d’utiliser un langage pour communiquer et mieux penser. Donc, à mes yeux, le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est d’ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et seulement plus tard, nous pensons. Nous sommes, et ensuite nous pensons, et nous ne pensons que dans la mesure où nous sommes, puisque la pensée découle, en fait, de la structure et du fonctionnement de l’organisme.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 334-335.

Antonio R. Damasio a fait ses découvertes en constatant la difficulté à prendre des décisions et l’adoption de comportements sociaux anormaux chez des patients ayant certaines lésions au cerveau, notamment le cortex préfrontal ventro-médian, affectant la réception et l’interprétation des émotions. Autrement dit, privés de la contribution de leurs émotions, les patients ne parviennent plus à prendre des décisions et à se comporter en société de façon normale.

Se référant aux travaux de Antonio R. Damasio, Daniel Golemen écrit dans on livre « L’intelligence émotionnelle » :

Considérons aussi le rôle joué par les émotions, même lorsque nous prenons les décisions les plus « rationnelles ». Dans des travaux très importants pour la compréhension de la vie mentale, Antonio Damasio, neurologue à la faculté de médecine de l’université de l’Iowa, a étudié comment est affecté le comportement des patients dont le circuit lobe préfiontal-amygdale a été endommagé lg. Leurs décisions sont gravement faussées, et pourtant ni leur QI ni aucune de leurs capacités cognitives ne semblent diminués. Bien que leur intelligence soit restée intacte, ils effectuent des choix désastreux dans leur vie professionnelle et privée, et il leur arrive même de tergiverser sans fin avant de prendre une décision aussi simple que le choix de l’heure d’un rendez-vous.

Selon Damasio, si leurs décisions sont aussi erronées, c’est parce qu’ils n’ont plus accès à leurs connaissances émotionnelles. Au point de rencontre entre la pensée et les émotions, le circuit lobe préfrontal-amygdale constitue un passage essentiel vers le réservoir des goûts et dégoûts que nous avons accumulés au cours de notre vie. Coupé de la mémoire affective emmagasinée dans l’amygdale, ce que le néocortex analyse ne parvient plus à déclencher les réactions émotionnelles qui y étaient associées : tout se teinte d’une morne neutralité. Un stimulus, qu’il s’agisse d’un animal adoré ou d’une personne détestée, ne suscite plus ni attirance ni aversion. Ces patients ont « oublié » ces connaissances émotionnelles parce qu’ils ont perdu la clé de leur entrepôt, situé dans l’amygdale.

Des faits de ce genre ont conduit Damasio à considérer que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sentiments sont indispensables aux décisions rationnelles ; ils nous orientent dans la bonne direction, celle où la logique pure peut être utilisée au mieux. Au cours de l’existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (quelle formule d’épargne retraite choisir? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d’ordre émotionnel (le souvenir d’un mauvais investissement ou d’une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d’autres. C’est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 47-48.

La principale leçon que l’on peut retirer de toute cette histoire est que les sentiments jouent un rôle décisif dans le flot incessant de nos décisions personnelles. Si la violence des sentiments peut s’avérer catastrophique pour le raisonnement, leur méconnaissance
peut être tout aussi désastreuse, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions dont peut dépendre notre avenir – quel métier choisir ? doit-on quitter un emploi sûr pour un autre moins stable mais plus intéressant? quel homme ou quelle femme fréquenter ou épouser ? dans quelle région s’établir ? quel appartement ou maison louer ou acheter? et ainsi de suite, notre vie durant. La raison seule ne peut fonder ces décisions ; elles exigent que l’on sente les choses « dans les tripes » et que l’on mette à profit cette sagesse des sentiments accumulée au fil des expériences passées. La logique formelle ne vous permettra jamais de choisir votre conjoint ou votre métier, ni de déterminer si vous pouvez faire confiance à quelqu’un. Il est des domaines où la raison est aveugle sans les sentiments.

Les signes intuitifs qui nous guident en ces moments décisifs sont des impressions viscérales d’origine limbique, ce que Damasio nomme des « marqueurs somatiques », des sentiments instinctifs. Un marqueur somatique est une sorte d’alarme automatique
dont le rôle est d’attirer l’attention sur le danger potentiel présenté par telle ou telle ligne d’action. Le plus souvent, ces marqueurs nous détournent d’un certain choix contre lequel notre expérience nous met en garde, mais il arrive aussi qu’ils nous signalent une occasion à ne pas manquer. Dans ces moments-là, nous ne nous rappelons généralement pas des expériences particulières à l’origine de notre sentiment négatif, seul importe  l’avertissement qui nous est donné. Chaque fois qu’apparaît un tel sentiment instinctif, nous avons la possibilité de nous décider avec plus de confiance, et donc de réduire l’éventail de nos choix. En bref, pour rendre plus saines nos décisions personnelles, il faut être en accord avec nos propres sentiments.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 75.

Des travaux de Antonio R. Damasio et d’autres chercheurs est venu le concept de l’intelligence émotionnelle. On a l’habitude de mesurer en établissant son quotient intellectuel. Or, l’intelligence d’une personne n’est efficiente que si elle profite aussi d’une intelligence émotionnelle. Nous connaissons tous des personnes très intelligentes qui nous paraissent cependant souffrir d’une mauvaise gestion de leurs émotions tant sur le plan personnel qu’interpersonnel affectant leurs comportements.


Permettez-moi de vous mettre en garde contre les nombreuses contrefaçons et exploitations erronées du concept d’intelligence émotionnelle. Référez-vous au concept original popularisé par Daniel Goleman.


Imaginez-vous maintenant dans une consultation philosophique avec un philosophe praticien qui réprime la moindre émotion que vous avez et qui, en place et lieu de vous permettre de les exprimer, vous presse de répondre à ses questions. Je l’ai vécu et j’ai trouvé la méthode de ce philosophe praticien (dialogue socratique – maïeutique) très bizarre.

Si la consultation philosophique est un dialogue d’égal à égal entre le philosophe praticien et son client, l’échange ne peut pas être purement rationnel car la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions. Soit les philosophes praticiens adeptes de la méthode socratique ne sont pas bien au fait des travaux en neuroscience, soit ils souffrent eux-mêmes inconsciemment d’une carence en intelligence émotionnelle. La philosophie évolue souvent  dans une bulle qui la prive des bénéfices de l’interdisciplinarité, dans le cas présent, des neurosciences.


La lecture de « L’erreur de Descartes » de Antonio R. Damasio exige un effort de concentration en raison de son caractère scientifique. Monsieur Damasio offre une véritable leçon d’anatomie du cerveau et de son fonctionnement. Ce livre est écrit en spirale. Monsieur Damasio prend soin de nous introduire à un sujet pour ensuite revenir sur ce dernier en élargissant progressivement son propos, ce qui, avec la concentration utile, est profitable aux lecteurs. Malgré tout, ce livre ne se lit pas comme un roman.


Je recommande la lecture de ce livre et je lui accorde quatre étoiles sur cinq.


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Liste des articles du dossier par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/ Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

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Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

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Résumé

 Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Mots-clés : philothérapie, philosophe praticien, philosophe consultant, philothérapeute, consultation philosophique, philosophie populaire, nouvelles pratiques philosophiques

Entrée en matière

En librairie, la philothérapie se classe dans les rayons fourre-tout du développement personnel. La composition de ce mot-valise (philosophie+thérapie) s’inscrit dans une volonté de concurrencer la psychothérapie sur son terrain commercial. Déjà en tête de liste dans le secteur des services d’aide à la personne et des publications populaires, la psychothérapie a livré d’emblée une chaude lutte à la philothérapie l’accusant de se qualifier à tort de thérapeutique, au sens médical du terme. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le mot « philothérapie » a disparu des catalogues des éditeurs au profit de « consultation philosophique ». Cependant, la majorité des philosophes consultants s’attardent encore et toujours à distinguer leurs services de ceux de la psychothérapie dans leurs ouvrages, conséquence directe des dommages d’une mise en marché sous un nom contesté. Ainsi, le volet médiatique demeure incontournable pour dresser un état des lieux de la philothérapie.

PLAN

Résumé. 1

Mots-clés. 1

Entrée en matière. 1

PLAN.. 2

  1. Premier contact avec la population. 3
  2. Bref historique. 6
  3. Opportunité d’affaire et de carrière. 7

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent. 7

3.2. L’offre de services. 7

3.2.1. La formation de philothérapeutes. 7

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise. 8

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique. 9

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident. 9

3.4. Professionnalisation et formation universitaire. 9

  1. Méthodes. 10

4.1. Le dialogue socratique dogmatique. 10

4.2. Le dialogue philosophique. 12

4.2.1. Critique de Socrate. 13

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible. 13

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique. 15

4.5. Les références aux grands philosophes. 18

  1. Les deux objectifs de la philothérapie. 19
  2. La lumière entre par les failles. 20
  3. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances. 20
  4. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie. 21
  5. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff 24
  6. La philosophie comme thérapie. 25
  7. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique. 27
  8. La question de la crédibilité du philosophe praticien. 29

12.1 Formation. 29

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre. 29

  1. Conclusion. 31

13.1 Le contexte. 31

13.2 Interdisciplinarité. 32

13.2.1 Répression des émotions. 33

13.2.2 Neurosciences. 33

13.2.3 Intelligence émotionnelle. 34

13.2.4 Épistémologie. 35

13.3 Constat final 35

Références. 37

NOTES. 39

1. Premier contact avec la population

La population européenne entre en contact avec la philothérapie grâce à la médiatisation de l’ouverture des premiers cabinets de consultation privée et la publication de livres. À l’époque cette couverture de presse s’avère bon enfant. La nouveauté du sujet retient et captive leur attention en raison de l’accessibilité de ses propos par la population, contrairement au discours universitaire plutôt hermétique de la philosophie. La presse parle même de démocratisation de la philosophie voire d’un retour aux sources en se référant à Socrate qui avait l’habitude de philosopher avec des gens interpellés dans les rues d’Athènes.


QUELQUES EXEMPLES DE LIVRES

  • Platon, pas Projac ! La philosophie comme remède, Lou Marinoff, 2000
  • La philosophie, c’est la vie, Lou Marinoff, 2003
  • La philothérapie, Éric Suárez, 2007
  • La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010
  • Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013
  • La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014
  • Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015
  • Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017
  • Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019
  • L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019
  • La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020

Là où les philosophes de profession trouvent déjà une place de commentateurs vedettes dans les médias, notamment en France, l’accueil de la philothérapie par la population semble bonne compte tenu des nombreux ouvrages qui paraîtront, de la multiplication des cabinets de consultation philosophique et de l’importance de la couverture de presse, d’abord locale, puis régionale et enfin nationale. Chaque philosophe consultant se fait connaître du grand public par l’écriture et la publication d’un livre où il expose théories et exemples concrets tirés de sa propre pratique. Ces publications s’ajoutent à plusieurs autres s’inscrivant déjà dans les efforts de démocratisation de la philosophie au profit du grand public.


QUELQUES ARTICLES DE PRESSE

Après le psy, la philothérapie? Le Temps, Valérie F., 10 janvier 2009.

Soucis, déprime, angoisse … comment la philo-thérapie peut-elle vous aider ? e-santé, Dr Catherine Solano, 26 août 2011.

Un philosophe en guise de psychothérapeute, Pascale Bieri, lematin.ch, 31 octobre 2013.

Philothérapie : le roman qui nous aide à guérir de la maladie d’amour, Le Journal des Femmes, 13 juin 2016

Le premier cabinet de philothérapie de la région est ouvert, La voix du nord (France), 27 mars 2018.

Quand la philo soigne, Émilie Lanez, Le Point (France), 1 septembre 2018.

« Mieux penser pour mieux vivre »: tout savoir sur la philothérapie, Le Vif weekend, 2018


En Amérique, le lancement de la consultation philosophique au sein de la population ne se réalise pas sous le vocable « philothérapie », mais plutôt sous l’appellation «Philosophical Practice » (pratique philosophique) et «Philosophical Counselling » (consultation philosophique). En 1999, un livre marquera les esprits en raison de son titre : Platon, pas Prozac ! dont l’auteur Lou Marinoff s’impose d’emblée comme le leader dans le domaine en Amérique. Cet ouvrage connaît un immense succès de librairie et compte aujourd’hui des traductions en 27 langues. Le premier contact avec la population nord-américaine s’inscrit également dans une comparaison voire une confrontation directe et assumée avec la psychologie à qui l’on reproche de ne pas tenir ses promesses.

Dans son mémoire d’étude de 2010, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Léa Maubon écrit :

«D’une mode à l’autre, la philosophie remplacerait alors la psychologie et la tendance New age. On rejoint ici le phénomène de la “philothérapie”, qui considère la philosophie comme une alternative à la psychologie pour répondre aux problèmes existentiels, aux angoisses, aux cas de conscience, etc. Ainsi, des ouvrages tels que Les consolations de la philosophie ou La philosophie comme remède au chômage, ou encore le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac ! de Lou Marinoff (figure de proue de la philothérapie aux États-Unis) correspondent exactement à ce type de conception de la philosophie. En plus de détourner les idées philosophiques, voire de les déformer aux seules fins du bien-être de l’individu, ces pratiques enferment la discipline dans une forme de complaisance et de consensualisme qui semble contradictoire avec la mission et la nature même de la philosophie. Le souci de soi, qui avait prévalu dans les sagesses antiques notamment, est aujourd’hui l’objet d’une récupération qui transforme la philosophie en une discipline foncièrement utilitariste tournée vers l’individu.»[1]

Ce virage utilitariste de la philosophie tournée vers l’individu ne cause pas de problème au sein de notre société puisque déjà fortement individualiste. En fait, les ouvrages de philothérapie arrivent à point nommé puisque la population demande des alternatives aux approches de développement personnel de plus en plus questionnées quant à leur pertinence.

Le premier contact de la population avec la philothérapie engendré par la publication d’ouvrages grand public depuis les années 2000 s’avère donc prometteur pour cette nouvelle discipline.

2. Bref historique

« Nouvelle discipline » pour le grand public, mais qui s’est mise en branle des années auparavant. Certains philosophes s’adonnent à des consultations philosophiques aussi tôt qu’en 1967.[2]

En 1995, Pierre Hadot, philosophe, historien et philologue français, introduit une idée centrale de la philothérapie en parlant de la « philosophie comme mode de vie » dans son livre « Quʼest-ce que la philosophie antique? ».[3] Si le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une seule question en objet de la consultation, l’objectif dépasse largement la réponse à trouver. Le bénéfice de la consultation philosophique, un esprit critique, doit s’inscrire dans le mode de vie du client.

En 1980, un article intitulé « The Counselling Philosopher » paraît dans le journal The Humanist sous la plume du philosophe consultant Seymon Hersh,[4] devenant ainsi l’un des premiers à décrire cette nouvelle occupation.

En 1982, le philosophe allemand Gerd Achenbach ouvre le tout premier cabinet privé de consultation philosophique à Bergisch-Gladbach, près de Cologne. L’événement marque la naissance officielle du conseil philosophique en cabinet « en tant que mouvement et en tant que profession distincte de la psychothérapie ».[5] L’année suivante, il fonde la German Association for Philosophical Practice qui compte alors 10 membres. Cinq ans plus tard, en 1987, l’association regroupe 125 membres de différents pays. Par exemple, un premier cabinet philosophique est créé en Hollande par le philosophe Ad Hoogendijk en 1987. L’année suivante, Association néerlandaise pour la pratique philosophique voit le jour. En France, le philosophe Marc Sautet fonde le premier « café philosophique » à Paris, une formule adoptée par d’autres villes françaises, européennes et ailleurs dans le monde.

En Amérique, les philosophes Elliot D. Cohen et Paul Sharkey fondent la National Philosophical Counselling Association (NPCA) en 1992 sous les auspices de l’American Philosophical Association (APA).[6] Les philosophes Lou Marinoff et Ran Lahav co-organisent la première conférence internationale sur le conseil philoso­phique à Vancouver au Canada.[7] Suit la création de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) en 1998.[8]

3. Opportunité d’affaire et de carrière

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent

Vu de l’extérieur, ce bref historique laisse entrevoir le développement commercial de la philothérapie. Tenir un cabinet, se doter d’un site web transactionnel, construire une offre de service, adopter une politique de satisfaction de la clientèle et un code d’éthique, se familiariser avec la comptabilité, notamment le seuil de rentabilité et la gestion des actifs, etc., bref, devenir travailleur indépendant, par opposition à fonctionnaire de l’État, salarié d’une institution d’enseignement ou de recherche. Or, la plupart des philothérapeutes ne disposent pas d’une formation aux affaires.

Eugénie Vegleris dans son livre « La consultation philosophie – L’art d’éclairer l’existence » écrit, parlant du philosophe consultant : « Son interlocuteur n’est plus un élève, un étudiant, un collègue, qui le sollicite pour mener une réflexion, mais un client. Ce nouveau statut juridique correspond à un changement de situation existentielle important ».[9]

Ainsi, la pratique de la consultation philosophique implique un aspect moral lié à son rapport à l’argent. « Mais pour rester philosophe, le consultant philosophe ne doit psychologiquement dépendre ni du désir de s’enrichir ni de l’angoisse de manquer. Or, notre rapport à l’argent exprime notre rapport à la vie. » ajoute Eugénie Vegleris.[10]

3.2. L’offre de services

3.2.1. La formation de philothérapeutes

Se retrouver sur la place du marché apporte son lot d’incertitudes; un jour débordé par la demande, un autre jour sans aucune demande. La réaction à cette incertitude dans le domaine de la philothérapie a été et demeure de garnir l’offre de nouveaux services, plus payants que la simple consultation philosophique individuelle.

La formation pour devenir consultant philosophe impliquant un programme de plusieurs séances fut la première extension de l’offre de services. En Europe, pour s’assurer de rejoindre la plus large clientèle possible, aucune qualification académique n’est exigée pour s’inscrire à une telle formation. En France, en l’absence d’une association professionnelle de philosophes consultants, aucun critère d’admission à la formation ne fut formalisé. Aux États-Unis, l’American Philosophical Practitioners Association limite l’accès à la formation de praticiens certifiés est limité « aux titulaires d’un M.A., ABD ou Ph.D. en Philosophie, ou Licensura dans les pays hispaniques. » De plus, les consultants professionnels peuvent accéder à la formation donnant droit au titre de membre affilié de APPA. [11]

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise

La seconde extension de l’offre de service ouvre le conseil philosophique à deux nouvelles sources de revenus, les entreprises et les institutions. La consultation philosophique s’adresse aux dirigeants et aux employés. Le consultant rencontre soit une seule personne, par exemple, un dirigeant, soit un groupe d’employés (ou de dirigeants).

Dans son livre « Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie », Jean-Eudes Arnoux écrit au sujet de la consultation en entreprise :

« Tout comme dans la consultation individuelle, les consultants-philosophes écoutent, posent des questions, ouvrent des perspectives, de nouvelles approches du problème. Mais à la différence d’un expert ou d’un conseiller, ils n’amènent pas une solution. Ils fournissent des outils conceptuels afin que le groupe trouve la solution au problème qui est vécu comme un facteur de blocage. »[12]

Parmi les institutions investies par les philosophes (consultant), l’hôpital attire davantage l’attention. Dans son livre « Un philosophe à l’hôpital » de Guillaume Durand, maître de conférences en philosophie à Nantes (France), écrit :

« J’avais oublié le réel. Les études de philosophie m’ont éloigné de ce que la plupart d’entre nous tiennent pour la réalité. Puis je me suis réveillé, la violence du monde s’est imposée à moi. / Tout a commencé lorsque j’ai rencontré un médecin qui m’a proposé de l’accompagner à la rencontre des patients et des soignants confrontés à des situations difficiles : demandes de contraception définitive par des jeunes d’une vingtaine d’années pour des raisons écologiques, refus de traitements vitaux, etc. Face à des situations délicates, il arrive que les soignants, les patients et leurs proches recherchent une aide dans la philosophie. Une réflexion appliquée, accessible et tournée vers l’action : une éthique clinique, « au chevet » du patient, qui consiste à déterminer pour chaque situation la voie la plus juste. »[13]

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique

Le philosophe (consultant) ajoute une autre source de revenus à la rémunération tirée de l’aide à l’élaboration de code d’éthique ou de déontologie pour les entreprises et les organismes sans but lucratif.

Le consultant en philosophie québécois Jean-Yves Dubé décline en ces mots son offre de service sur son site web :

«Vous aimeriez instaurer un code de déontologie pour votre organisme, votre compagnie ou votre groupe, ou améliorer celui qu’il possède déjà? Vous pouvez compter sur mon expertise. Les questions morales et éthiques sont ma spécialité.»[14]

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident

Deux leaders occidentaux de la philothérapie se démarquent sur la scène internationale : Oscar Brenifier de la France et Lou Marinoff des États-Unis, le premier, président de l’Institut de pratiques philosophique et le second, co-fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association. Les deux hommes divergent de point de vue[15] et se livrent une certaine compétition sur le marché international de la consultation philosophique.

3.4. Professionnalisation et formation universitaire

Certaines universités innovent en offrant des programmes de formation à la philosophie pratique. [16] Voici deux exemples : 1. À l’automne 2014, l’Université de Vienne a ajouté un « programme de formation continue en pratique philosophique offrant la première et la seule formation académique et de formation à la pratique philosophique dans la région germanophone ».[17] Les praticiens philosophes de cette formation « devraient être quelque chose comme des conseillers ou des coachs de vie. »;[18] 2. Depuis 2015, l’Universitatea De Vest Din Timisoara en Roumanie propose un « Master in Philosophical Counselling and Consultancy »,[19] le seul enseigné en anglais en Europe.[20]

La formation à la profession de philosophes consultants suscite des débats universitaires au sujet de la profession elle-même, des méthodes, des prétentions et des intentions des philosophes consultants autoproclamés.[21]

Bref, aujourd’hui, la consultation ou le conseil philosophique offre une opportunité d’affaire et de carrière aux étudiants et aux professeurs en philosophie, autrement confinés à l’enseignement.

4. Méthodes

Il n’y a aucune méthode universelle en philothérapie. Ainsi, la méthode varie d’un philothérapeute à l’autre. Cependant, tous identifient une même source : le dialogue socratique. Chacun en tire sa propre interprétation, sous l’influence de leurs connaissances en philosophie, de leur formation, de leurs expériences de vie, de leur personnalité, etc.

Le philosophe consultant insiste sur le dialogue d’égal à égal entre deux personnes puisque l’un et l’autre profiteront de l’échange. Le philothérapeute oppose le dialogue à la verbalisation privilégiée par le psychothérapeute. D’une part, le client du psychothérapeute n’est pas l’égal de ce dernier puisqu’une relation d’autorité s’établit. D’autre part, le client du psychothérapeute se réfère à son passé (pour se justifier) et s’étend un sujet ou plusieurs sujets, ce qui n’est pas souhaité en philothérapie.

4.1. Le dialogue socratique dogmatique

Certains philosophes praticiens font du dialogue socratique un véritable dogme, quitte à bousculer leurs clients. Questions courtes et réponses courtes s’imposent. Pour y parvenir, le philosophe consultant réprime la moindre émotion et rejette toute justification du client.

Cette observation découle de mon expérience personnelle avec le philosophe praticien français Oscar Brenifier lors de séances de formation en ligne. Le lecteur intéressé prendra connaissance de mon texte « Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien ».[22] La théorie et le témoignage exposés dans ses écrits m’apparaissaient fort à propos[23] jusqu’à ce que je fasse l’expérience de sa pratique. Tête d’affiche de la consultation philosophique en France, monsieur Brenifier forme et inspire d’autres philosophes praticiens. Dans son livre « La pratique philosophique », Jérôme Lecoq écrit :

«Je tiens tout particulièrement à remercier mon ami et mentor Oscar Brenifier, le plus fidèle héritier moderne de Socrate et l’initiateur de cette méthode. Oscar, n’oublie pas de m’inviter pour que je fasse ton apologie quand on te fera boire la cigüe.»[24]

Si l’objectif reconnu du dialogue socratique est de « faire accoucher les esprits », cet accouchement se fait dans la violence avec des forceps sous la direction des philosophes praticiens dogmatiques. Cette violence s’exerce face aux émotions du client et à ses justifications. Le client a l’impression d’être coincé avec ses contradictions. Paradoxalement, l’exercice a pour but de donner naissance ou de développer l’esprit critique du client alors qu’il vit un malaise émotionnel. Il est légitime de se demander si cet esprit critique mourra dans les minutes suivantes ou perdurera dans le temps compte tenu de l’association de sa naissance avec la brutalité de l’expérience. La raison l’emportera-t-elle sur les émotions comme le souhaite le philosophe ?

Selon Platon, Socrate pratiquait ce type de dialogue avec des personnes interpellées dans les rues d’Athènes. Il se permettait d’être de plus en plus rigide au fil du dialogue. La personne pouvait décider de poursuivre sa route sans répondre davantage. Le philosophe praticien soutient que son client peut faire de même.

Cependant, le contexte diffère grandement. 1. La personne interpellée par Socrate n’est pas un client, mais un simple citoyen. 2. Il n’y a pas de rendez-vous fixé par Socrate à la personne pour se rejoindre dans une rue donnée d’Athènes. 3. L’état d’esprit ne saurait être le même en pareilles circonstances tant pour le philosophe que pour la personne.

Aujourd’hui le philosophe patricien tenant du dialogue socratique demande au client de prendre rendez-vous et de préparer une question, la plus courte et la plus simple possible, ce qui exige des efforts particuliers. Aussi, le philosophe patricien vend un service. Il est donc rémunéré par son client. Dans ce contexte, il n’est pas question d’une personne rencontrée au cours d’une promenade dans la rue, mais plutôt d’un client. Une relation d’affaires est en cours. Qui plus est, ce client est déjà habitué à des normes élevées du service à la clientèle adoptées par notre société, notamment le respect et le bien-être liés à l’expérience client.[25]

La référence au contexte ne saurait passer sous silence le rôle de la culture du débat au sein de la société où le philosophe consultant et son client évoluent. En France, c’est bien connu, la culture du débat est bien ancrée dans la société. Le client du philosophe praticien dogmatique du dialogue socratique ne verra peut-être dans la consultation qu’un prolongement naturel de cette culture du débat. Au Québec, la culture du débat a mené la population à détester tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la chicane, tout ce qui peut déboucher sur une chicane. Le client ne s’attend donc pas à une confrontation lors de son expérience de la consultation philosophique.

Si la philosophie, comme manière ou mode de vie, implique nécessairement le dialogue, une approche socratique dogmatique risque de ne pas atteindre son objectif.

4.2. Le dialogue philosophique

À l’opposée du dialogue socratique dogmatique, le dialogue philosophique s’exerce dans un esprit de collaboration volontaire. La considération du client sous tous les angles (sans répression brutale d’un angle au profit d’un autre) suscite une confiance mutuelle, condition essentielle à tout dialogue d’égal à égal. Dans ce contexte, le philothérapeute soutient que le dialogue lui profitera tout autant qu’à son client.

La consultante philosophie Eugénie Vegleris écrit dans son livre :

« La relation philosophique n’a pas lieu entre un thérapeute et des individus à soigner, mais entre des interlocuteurs égaux face aux difficultés de l’existence et aux risques de la liberté. Si cette relation est thérapeutique, elle l’est au sens littéral. Il s’agit d’une relation où, chacun prenant soin de son esprit et de l’esprit des autres, tous deviennent chemin faisant plus ouverts, plus lucides, mieux armés pour faire face à l’existence. »[26]

Cet objectif implique une prise en compte respectueuse du contexte de l’état initial du client. Il exige une grande bienveillance.

4.2.1. Critique de Socrate

Dans son livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence », la philosophe consultante Eugénie Vegleris soutient que «le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action» :

« Placé entre le savoir et l’ignorance, le consultant philosophe se distingue pourtant de Socrate. Celui-ci avait fait table rase de ses connaissances pour placer son savoir dans la conscience de son ignorance. Tel n’est pas le cas du consultant philosophe, qui porte en lui sa culture philosophique. Bien que déclarant ne rien savoir, Socrate occupait, dans le dialogue, le rôle du meneur, pratiquait l’art de l’interrogation maïeutique associé à l’ironie. Tel n’est pas le cas du philosophe consultant, qui questionne sans l’intention de semer la confusion chez son interlocuteur. Enfin, le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action. Or, le consultant philosophe accompagne ses interlocuteurs dans la découverte de leurs pistes d’action. »[27]

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible

Cet état des lieux de la philothérapie doit impérativement inclure la distinction entre les méthodes priorisant l’Être raisonné en réfrénant l’Être sensible et celles respectant les deux à la fois. Chacun des livres servant de références à cet article s’inscrit dans l’un ou l’autre de ces deux courants de pensées : 1. une approche exclusive de l’être raisonné; 2. une approche inclusive de l’Être raisonné et l’Être sensible.

En Amérique du Nord, seule l’approche inclusive dans le respect de l’Être raisonné et de l’Être sensible peut être mise en pratique, et ce, pour des raisons culturelles. La répression des émotions n’a plus sa place depuis qu’il est admis que l’intelligence s’avère à la fois intellectuelle et émotionnelle. Popularisé depuis 1995 par le psychologue américain Daniel Goleman, le concept d’intelligence émotionnelle met en lumière les limites de la raison dans le mode de vie.

Un an auparavant, le neuropsychologue Antonio R. Damasio a fait état de ses recherches dans son livre « L’erreur de Descartes : la raison des émotions » où il nous apprend que la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions et des sentiments dans la prise de décision. Les résultats de la recherche de Damasio impactent sérieusement la société américaine ; aucune thérapie ne pourra désormais miser que sur l’Être raisonné. La philothérapie se voit donc dans l’obligation d’inclure les émotions comme déterminant de la décision et de l’action espérées à la suite de la consultation.

L’Europe n’échappe pas à cette avancée. En 2013 à l’occasion du colloque d’Aix-en-Provence sous le thème « Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique », la philosophe des émotions Laura Candiotto prononce une conférence intitulée « Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue ».[28] En 2020, elle édite avec Olivier Renaut un recueil de textes sous le titre « Emotions in Plato ».[29] Pour sa part, Olivier Renaut a déjà publié en 2014 « Platon La médiation des émotions – L’éducation du thymos dans les dialogues ».[30]

Laura Candiotto écrit :

« En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. » [31]

Ainsi, l’Être raisonné rejoint l’Être sensible dans la pratique de la consultation philosophique, à quelques exceptions près (voir 4.1. Le dialogue socratique dogmatique).

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique

Le tableau ci-dessous publié dans l’édition du 15 avril 2022 de la revue Religions (Bâle, Suisse, MDPI) fait état des théories dominantes et des modes de la pratique philosophie et leurs auteurs philosophes consultants.

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Ce tableau témoigne des études des chercheurs universitaires au sujet de cette nouvelle discipline du conseil philosophique. Les auteurs de ce tableau, Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

«Comme dans toutes les autres disciplines émergentes, les chercheurs aiment classer la pratique philosophique en différents modes, en utilisant une variété de méthodes qu’ils trouvent « utiles » comme véhicules pour leur pratique de conseil, en fonction des ressources philosophiques (par exemple, concepts philosophiques pertinents, théories, et méthodes de l’histoire de la philosophie en Orient et en Occident) auxquelles ils ont recours. Si nous discutons de la pratique philosophique dans un sens général, il pourrait y avoir autant de modes que nous voudrions, et ainsi la pratique philosophique présente une pluralité méthodologique distincte (voir tableau 1). Certaines des approches les plus établies dans la pratique philosophique contemporaine comprennent, mais sans s’y limiter, les exercices spirituels (Hadot 1995), l’approche existentielle (Russell 2001), le processus PEACE (Marinoff 2002), les étapes FITT (Raabe 2001), l’Approche stoïcienne romaine (Lahav 2009), dialogue néo-socratique (Brenifier 2020 ; Littig 2010 ; Nelson 1949), méthode IDEA (Ferraiolo 2010), thérapie basée sur la logique (Cohen 2013), arbre des enjeux (Raabe 2013), éthique épicurienne (Fatic 2014), humour (Amir 2014) et poésie (Rolfs 2015). Tous ces modes peuvent aider les visiteurs à éliminer les distractions extérieures et à se concentrer sur leur esprit (et leur corps), conduisant à un équilibre possible à la fin.» [32]

La première colonne du tableau liste les théories et les modes d’intervention. La seconde dresse les étapes de chaque mode. La troisième indique la source ou l’auteur de chaque mode.

Cette multitude de théories et de modes s’inscrit dans l’esprit du fondateur de la consultation philosophique moderne, Gerd Archenback, à l’effet « d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens ».[33] Il ajoute : « (…) la pensée philosophique ne suit pas des voies préétablies, elle cherche plutôt la « bonne voie » dans chaque nouveau cas ; n’utilise aucune routine de pensée, mais les sabote afin d’éduquer à leur sujet. »[34]

« Dans ses écrits fondateurs sur la pratique philosophique, Gerd Achenbach a clairement préconisé d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens. Au lieu de cela, il a qualifié sa conception initiale de « méthode au-delà de la méthode ». Aujourd’hui, une grande variété d’approches et de méthodes forment un éventail éclectique (et souvent vivement contesté) sous la bannière globale du conseil philoso­phique. Cette diversité a conduit à des développements intéressants et controversés dans le domaine. »[35]

L’adaptabilité s’impose donc comme le maître mot des philosophes consultants (les dogmatiques faisant exception).

4.5. Les références aux grands philosophes

Composantes essentielles de toutes les méthodes, les références aux textes des grands philosophes alimentent une part du dialogue lors de la consultation.

Ces références permettent au philosophe consultant de dire à son client qu’il n’est pas le seul à vivre sa situation (À se poser une telle question) puisque des philosophes se sont penchés sur cette même situation (question) dans le passé. Les références poursuivent alors un but psychologique, c’est-à-dire apaiser l’anxiété du client et un but académique en lui livrant une part du potentiel de la philosophie à explorer.

Cette approche référentielle donnera aussi lieu à la publication d’ouvrages tels que « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022) du philosophe consultant Nathanaël Masselot aux Éditions de l’Opportun.[36] Cette approche occupe déjà le terrain depuis l’an 2000 avec la publication du livre « Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques », d’Oreste Saint-Drôme, agrégé de philosophie, avec le renfort de Frédéric Pagès aux éditions La Découverte.

Dans le cadre de la formation aux conseils philosophiques, les références aux textes des grands philosophes servent aussi un objectif académique. Dans ce cas, le texte en référence est lu avant la consultation en guise de préparation. Les questions du philosophes praticiens se réfèrent à ce texte, non pas pour en vérifier la compréhension par le client, mais plutôt pour le former à l’interprétation de la structure philosophique du texte (ex.: Quels présupposés relevez-vous dans ce texte).

5. Les deux objectifs de la philothérapie

Le premier objectif tient de la raison de la consultation : une situation qui impose un problème personnel ou professionnel spécifique à résoudre ou une question existentielle angoissante à dénouer. Le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une question claire, simple et concise dont on ne dérivera pas lors de la consultation. Cette approche pratico-pratique vise ultimement à donner naissance à un esprit critique qui, espère-t-on, persistera au-delà de consultation philosophique. Si le bénéfice immédiat du recours à la philosophe semble démontré, rien n’assure la survie de l’enfant après l’accouchement. Le client n’a aucune obligation face à son philothérapeute; il peut se limiter à une seule et unique consultation.

Le deuxième objectif se rapporte à la philosophie comme mode, manière ou art de vivre. Pierre Hadot démontre la promotion de la philosophie comme mode de vie dans l’Antiquité et il propose qu’il doive en être ainsi aujourd’hui, plutôt que de se limiter à un art spéculatif, une démarche théorique ou un exercice intellectuel. [37] [38]

Je veux dire, donc, que le discours philosophique doit être compris dans la perspective du mode de vie dont il est à la fois le moyen et l’expression et, en conséquence, que la philosophie est bien avant tout une manière de vivre, mais qui est étroitement liée au discours philosophique.[39]

Pour y parvenir, le client doit, soit participer à un programme avec comme but avoué la philosophie comme mode de vie impliquant plusieurs consultations philosophiques, ce qui ne semble pas s’inscrire dans l’offre actuelle. Dès que la consultation philosophique se donne pour mission d’aborder une situation, un problème ou une question particulière, elle ne se concentre pas sur l’essentiel de la formation théorique et pratique nécessaire à la vie de l’esprit critique. Un exemple ou deux d’application pratique de la philosophie ne saurait suffire à son adoption comme mode de vie. Bref, la philothérapie ne développe pas l’autonomie du client en l’absence de la formation et du suivi nécessaires.

La philosophie comme mode de vie ne saurait se limiter à l’omniprésence d’intervention de l’esprit critique dans la vie d’un individu. Une telle vigilance de l’esprit critique devient vite insoutenable au quotidien. Il faut miser sur les vertus, le bien-être, la vie bonne, etc. Heureusement, la plupart de livres traitant de la philothérapie abordent ces sujets et offrent ainsi l’enseignement absent des programmes de consultation philosophique en personne.

6. La lumière entre par les failles

Du dialogue socratique à l’allégorie de la caverne en passant par la maxime Connais-toi toi-même et Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue, la philosophie invite à prendre du recul face à soi, ses pensées et ses croyances pour favoriser la quête de vérité.

En philothérapie, le dialogue socratique tente de créer une faille dans le système de pensées du client afin de permettre à la lumière d’éclairer la conscience du client à partir d’un exemple, d’une question soumise par le client. Malheureusement, cet exercice du dialogue socratique porte davantage sur le contenu de la pensée (sur ce que le client pense) plutôt que sur le contenant (sur comment le client pense).

Le dialogue socratique s’attarde à une déconstruction des réponses du client aux questions posées par le philosophe consultant, et ce, pour en laisser paraître les faiblesses de son système de pensées. Or, ce dernier ne figure pas en tant que tel au centre du dialogue si ce n’est comme support de la démonstration des erreurs conceptuelles du client. Si la lumière entre par les failles, elle n’apparaît que le temps du dialogue. Elle peut ainsi fort bien aveugler et blesser le client qui vit dans le noir depuis longtemps. En pareille situation, le client se hâtera à colmater la brèche pour retrouver le confort de son ignorance. Dans ce contexte, la consultation philosophique ne donnera pas lieu à la révélation nécessaire pour engendrer un changement fondamental du système de pensées et du comportement du client ou, si vous préférer, accoucher l’esprit du client.

7. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances

Au-delà de la démonstration de l’utilité de philosopher, la consultation philosophique cherche à aider le client à ne pas prendre pour vrai une chose qu’il pense uniquement parce qu’il la pense. Or, parle-t-on des pensées ou des croyances ? Est-ce que toute pensée est une croyance ? Est-ce que l’on peut parler du système de pensées sans distinction avec le système de croyances ?

Le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble) se concentre sur le système de croyances de ses clients et demande à quel besoin répond chaque croyance. Lors de sa conférence « Devenir philothérapeute »,[40] il affirme « je donne beaucoup d’importance au système de croyance dans lesquels chaque personne s’agite » et il soutient que « Le philothérapeute est soucieux de comprendre chaque système de croyances comme un Univers à part entière, respectable et précieux ! »

Or, la philothérapie oublie généralement un domaine d’expertise de la pensée, celui de l’étude de la pensée scientifique dont l’enseignement demeure essentiel à toute quête de sens. Ainsi, la majorité des philosophes consultants passe sous silence la contribution du mathématicien, physicien et philosophe français René Descartes, du philosophe français des sciences, Gaston Bachelard et plusieurs autres dans la compréhension du système de pensées. Cet enseignement interdit de confondre « je pense » avec « je crois ». Toute pensée n’est pas une croyance. Le scientifique se doit de lutter contre ses croyances.[41]

Or, dans notre société, nous utilisons davantage « Je pense » pour exprimer une croyance au lieu de « Je crois », ce qui complique passablement le compréhension de notre système de pensées. Il semble que ce soit aussi le cas en philothérapie.

8. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie

L’histoire révèle un lien étroit entre la psychologie et la philosophie, la première ayant été longtemps considérée comme une branche de la seconde. Malheureu­sement, ce lien est plutôt ténu entre la philothérapie et la psychothérapie. Or, le philothérapeute doit être un fin psychologue lors de la consultation avec son client, non seulement pour établir une relation de confiance et prouver sa bienveillance, mais aussi et surtout pour identifier les biais cognitifs chez son client. Or, rare trouve-t-on en philothérapie une attention portée à ces biais cognitifs, principal obstacle à la logique nécessaire à la quête de sens.

Les chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

Le quatrième aspect est la relation entre la pratique philosophique et d’autres disciplines ou professions d’aide telles que le conseil psychologique et la thérapie. Une mission importante de la pratique philosophique contemporaine au début de son émergence était de remettre en question les présupposés théoriques ainsi que les méthodes et les effets du conseil et de la thérapie psychologiques. La plupart des chercheurs considèrent le conseil philosophique comme une alternative au conseil et à la thérapie psychologiques, visant à fournir aux personnes des conseils pour une vie rationnelle de manière autonome et à éviter l’utilisation de tout moyen psychothérapeutique (Achenbach 1998 ; Marinoff 2002 ; Raabe 2010). Cependant, Russell (2001) soutient qu’il n’y a pas de distinction claire et sans ambiguïté entre le conseil philosophique et la psychothérapie, ne serait-ce qu’en comparant ce que font les conseillers philosophiques et les psychothérapeutes et pourquoi ils le font. Amir (2004) souligne également qu’une partie décisive du conseil philosophique est la connaissance et l’expérience psychologiques pertinentes des conseillers philosophiques ; sinon, les conseillers philosophiques seront très probablement perdus dans leur propre labyrinthe philosophique. [42]

Le philothérapeute se doit de disposer d’une connaissance psychologique des relations interpersonnelles pour servir adéquatement son client en consultation. Dans leurs propos ci-dessous, le chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) parle aussi de l’expérience psychologique pertinente des philothérapeutes.

Entreprendre une consultation philosophique exige donc de prendre grand soin de ne pas éveiller les mécanismes de défense du client, plus souvent qu’autrement de nature psychologique. La provocation tout comme la répression des émotions et des justifications poussent ces mécanismes de défense à entrer en action et engendrer des frustrations ne facilitant pas le dialogue.

Dans son livre «La pratique philosophique», Oscar Brenifier ajoute en annexe une lettre d’appréciation de ses ateliers de formation en Norvège signée par le philosophe-praticien Morten Fastvold (Oslo). Ce dernier décrit la pratique des philothérapeutes en son pays:

Nous sommes supposés, dans une très large mesure, procéder avec nos clients de la même façon qu’un psychothérapeute : une écoute attentive de ce que le client nous dit de sa vie et de ses problèmes, et cela dans une approche empathique et pleine de sympathie, avec le vif désir de le mettre à l’aise et le rassurer, de façon à créer une atmosphère de confiance. C’est le client, et non le philosophe, qui est supposé maîtriser la thérapie, ce qui lui permet de changer de sujet ou de sujet de conversation comme bon lui semble, sans que l’on risque plus qu’un timide « Vous êtes conscient que vous venez de changer de sujet et de mettre fin à notre échange ? », suivi d’un « « Allez-y ! »» consentant, quand il ne change pas d’idée et veut poursuivre dans cette nouvelle direction.

En permanence, surtout lors de la première consultation, il nous faut identifier « l’urgence » du client en l’écoutant avec soin et en posant avec doigté les questions qui peuvent révéler son problème réel. Ainsi, avec cette « urgence » plus ou moins clairement exprimée et le consentement du client, nous pourrons, avec de la chance, lui proposer quelques clés philosophiques ou quelques pensées opportunes qui lui exposeront son problème sous un nouvel éclairage, en le libérant de la manière étroite dont il percevait le problème, entrevoyant quelques solutions possibles. Le plus souvent, nous considérons ceci comme une expérience de bien-être pour les deux acteurs, même si quelquefois nous rencontrons une expression émotionnelle inattendue, à laquelle il nous faut faire face. Ces incidents, cependant, sont supposés se produire rarement, et certainement pas causés par une quelconque provocation du philosophe. Cette image du philosophe comme « M. Gentil » est peut-être un tant soit peu exagérée, mais je ne crois pas qu’elle s’éloigne beaucoup de la vérité. Vrai ou faux, je l’ai moi-même expérimenté de manière évidente, mais en ressentant en même temps une gêne, sans savoir exactement d’où elle provenait. Ce pourrait être la frontière pas très claire entre notre supposée profession et une variété de psychothérapies cognitives basées sur la conversation. Ou alors ma plongée dans le champ embryonnaire de la consultation philosophique m’a-t-elle laissé un sentiment de manque et d’insuccès, peu propice à me rassurer quant à mon devenir de pseudo-psychothérapeute déguisé en « philosophe-essayant-de-faire-quelque-chose-pour-laquelle-il-n’a-pas-été-réellement-formé ». Où est le lien entre mon savoir philosophique acquis de manière théorique à l’université, et cette tâche pratique que je suis supposé entreprendre ? Existe-t-il seulement ? Ou bien la « consultation philosophique » n’est-elle qu’une fantaisie, pleine de bonnes intentions mais néanmoins incapable de créer une nouvelle profession ? [43]

Force est de constater l’influence du modèle de thérapie développé en psychologie sur la consultation philosophique.  Plus encore, l’expérience psychologique du consultant philosophe joue aussi un rôle dans la consultation avec son client. Bref, toute consultation de personne à personne exige un peu de psychologie, même en philothérapie.

9. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff

Dans son livre «La philosophie, c’est la vie» (2003-2004), Lou Marinoff intitule le premier chapitre «Maladie ou mal-être ?» pour lever toute confusion possible entre l’aide psychiatrique, psychologique et philosophique. Il écrit :

Donc, je vous en prie, songez attentivement à la différence entre maladie et mal-être. Si vous pensez souffrir réellement d’une pathologie — par tous les moyens, allez cherche l’assistance médicale appropriée : examen, diagnostic et traitement. Mais si vous souffrez de mal-être, c’est-à-dire d’un trouble de conscience et non pas d’un dysfonctionnement physique — allez aussi cherche l’aide qui convient : examiner votre façon de penser et de vivre. Trouvez le moyen de donner sens à circonstances, et appliquez les principes qui vous guideront le mieux. Cela s’appelle « philosophie appliquée ». Aristote la nommait phronesis, ou sagesse pratique.[44]

Plus loin, Lou Marinoff met les points sur les « i » :

Mais si vous avez juste besoin de parler à quelqu’un de votre situation, afin de lui trouver un sens, ou de distinguer les multiples significations qu’elle revêt — en termes de valeurs et de but —, le philosophe pourrait bien, dans ce cas, être la personne qu’il vous faut. Dans le monde des Anciens, et tout au long de l’histoire, les philosophes ont été ouverts au traitement des malaises de l’existence ; pourtant, dans le monde actuel, ils se montrent incroyablement inaccessibles, et peu concernés par ces problèmes. Il manque aux gens le type de conseil que le philosophe peut prodiguer, la diversité des perspectives qu’il peu proposer. Les dix dernières années, on a ainsi vu la philosophie pratique accomplir un retour impérieux. Des philosophes se sont affirmés en que consultants auprès de personnes privées, de groupes ou d’associations. Certains d’entre eux forment désormais des élèves à la philosophie pratique, en complément du rôle de professeur qu’ils jouent à l’université ou au collège.

Nous ne cherchons pas, cependant, à remplacer ou supplanter la psychiatrie ou la psychologie. Nous nous efforçons simplement de remettre la philosophie à sa juste place, en synergie avec d’autres pratiques. Nous n’avons pas plus pour projet de subvertir la philosophie académique (c’est-à-dire, «théorique»). Au contraire, les tenants les plus renommés de la philosophie pratique ont reçu des diplômes traditionnels dans le cadre des institutions universitaires comme dans celui de leur préparation pour devenir praticien.[45]

Ces précisions sur les intentions de la philosophie pratique dès 2003 s’imposaient en raison d’un débat ayant cours au sujet des lois et des règles nationales gouvernementales et celles des ordres professionnels traitant de la thérapie et du statut de thérapeute. La question était simple : peut-on reconnaître les philosophes praticiens comme des thérapeutes (au sens de la loi) ?

10. La philosophie comme thérapie

La question trouvera sa réponse dans la reconnaissance de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique. Dans son article paru dans la revue Diogène sous le titre «La philosophie comme thérapie», Nikolay Omelchenko écrit :

«D’une part, penser à l’essence infinie de l’univers permet de concevoir une essence infinie chez l’homme lui-même et de l’ancrer dans l’infini du Cosmos. D’autre part, penser à l’infini, c’est en acquérir le pouvoir, c’est-à-dire un pouvoir infini. En un mot, penser en termes d’infini nous remplit d’infini. La philosophie permet à l’individu de dépasser les limites de son expérience vécue, de transporter son moi au-delà de la réalité quotidienne. De toute évidence, c’est précisément cette projection de l’homme dans la réalité métaphysique, dans l’univers des relations essentielles, qui garantit l’effet thérapeutique de la philosophie.

De ce point de vue, la philosophie montre les limites de certaines formes de psychanalyse et de psychothérapie, par exemple en attirant notre attention sur le caractère limité de leurs postulats méthodologiques. En outre, la philosophie a les moyens d’assimiler les résultats d’observations psychanalytiques pour élaborer, par exemple, une meilleure théorie de la vie spirituelle de l’homme. On peut donc évoquer la possibilité d’une thérapie philosophique, une thérapie de l’esprit humain au moyen de la philosophie.»[46]

Dans son Mémoire de maîtrise intitulé « Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète.», Jérôme Revaclier (Université de Lausanne) avance ce constat au sujet de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique :

Bref, le constat de la philosophie antique est clair : l’âme est malade si bien que celui qui prend conscience de l’état maladif de son âme souhaite généralement guérir. Par conséquent, avoir souci de soi, c’est être déterminé à bien vouloir prendre soin de son âme. Pour cela, la philosophie propose un discours et une pratique dont la fonction thérapeutique repose essentiellement sur un bon usage de la raison pour combattre une âme dominée par les passions et les vices.[47]

Aujourd’hui, certains philosophes praticiens rappellent que le mot «thérapie» en grec signifie «soigner». Le philothérapeute Nathanaël Masselot (Lille, France) déclare : « Soigner, cela veut aussi dire donner de l’importance. Prendre cure. Les gens souffrent de leurs questions existentielles. Les aider à les surmonter peut être considéré comme une thérapie. »[48] Sur son site web, le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble, France) écrit : « Tout comme la psychothérapie se propose de prendre soin de l’âme, la philothérapie se propose de prendre soin du désir et de le soigner, c’est-à-dire de redonner à la vie sa couleur, par la recherche de son sens. »[49]

Tant et aussi longtemps que les philothérapeutes et peu importe toute les autres appellations (philosophes consultants, philosophes praticiens…) ne prétendent guérir des maladies physiologiques et mentales pour s’en tenir à leur propre champ d’expertise, ils échappent aux lois et règlements gouvernementaux et aux ordres professionnels sur le statut médical du thérapeute.

11. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique

À l’aspect thérapeutique s’ajoute l’aspect prescriptif de la consultation philosophique. Le philothérapeute livre des conseils à son client, ce dernier étant libre de les suivre ou non. Suivant ma propre expérience de formation en consultation philosophique et mes lectures, je demeure mal à l’aise face à l’aspect prescriptif des jugements de valeur prononcés par le philosophe consultant. Ces jugements de valeur prescriptif (ou «d’obligation») se fondent, à l’évidence, sur une interprétation des propos du client.

Or, dans le cas d’une approche dogmatique du dialogue socratique (maïeutique[50]), cette interprétation souffre du fait que le client ne peut pas justifier ses propos, expliquer ses réponses aux questions en rafale du philosophe praticien. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold relève ce fait dans ses « Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier » :

Apparaît alors Oscar Brenifier sur la scène. Il propose des jeux, au lieu de la « philosophie » comme nous – ou en tout cas moi – pensions devoir l’utiliser. Déclarant que « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter », il rejette d’entrée un des piliers supposés de notre pratique : l’identification de la requête du client, et continue en demandant avec insistance que le client produise une idée qu’il considère importante, sans se soucier si elle est vraie ou fausse, raisonnable ou pas d’un point de vue philosophique. Si cette hypothèse n’est pas trop difficile à accepter, on est choqué, une fois de plus, quand Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. « Que diable ce Frenchman est-il en train de faire ? » se demande M. Gentil — il s’agit de moi. Comment se permet-il de violer l’autonomie de son client quand il ne souhaite guère d’explication du contexte, refusant tout éclaircissement complémentaire ? Jouer simplement d’une idée hors contexte, sans chercher si elle est vraie ou fausse, peut paraître ne pas du tout relever de la consultation philosophique. Pire même, cela semble violer les exigences de considérer et prendre le client comme une personne unique, ce que fait tout psychothérapeute au courant des dernières techniques. Comme les consultants philosophiques, je suppose. Car, qui rêverait seulement de ne pas respecter les concepts d’Empathie, d’Ethique, et d’Autonomie ? Sûrement pas les aspirants au métier de consultant philosophique de Norvège. Revenant aux sessions conduites par Brenifier, M. Gentil commence vraiment à se faire du souci quand il se permet d’interrompre son client à plusieurs reprises, forçant ce malheureux à entrer dans le jeu du philosophe, ce qui augmente sa frustration. J’ai même l’impression que Brenifier, en plein milieu de la pression de retenue et confusion qu’il crée, mène le client à l’aventure en déformant ses arguments et en argumentant lui-même, ce qui conclut la confusion engendrée par quelques conclusions bizarres – ou plutôt quelques conclusions préliminaires – qui ne rendent pas le client très heureux. On est loin de l’atmosphère de bien-être à laquelle je m’attendais, où l’on espérait voir le client partir souriant. Ici, il se sent manipulé et insuffisamment respecté. En fait, il part plus frustré qu’il n’était venu. Et il me faut demander : « Cette sorte de jeu intellectuel plutôt brutal l’a-t-il aidé en quoi que ce soit ? » À ce point, ma réponse est : « Probablement pas. »[51]

Dans le cadre de l’aspect prescriptif (ordonnance) de la consultation philosophique, il faut considérer la certitude avec laquelle est livrée l’interprétation par le philosophe consultant. Plus la certitude est grande plus elle pose un sérieux problème au développement de l’esprit critique pour lequel le doute demeure le principal outil d’apprentissage.

Une interprétation ne peut pas avoir un statut de vérité parce qu’elle repose avant tout sur une perception, laquelle implique davantage les sens et les émotions que la raison. Une interprétation, même descriptive, ne peut pas prétendre à l’objectivité. Bref, toute interprétation est en soi un jugement de valeur, une croyance.

Est-ce que le client d’un philosophe praticien exprime un besoin ou un désir d’être jugé ? Je ne crois pas que ce soit le souhait du client puisque tout jugement implique une réaction émotive et l’éveil des mécanismes de défense, deux freins à un dialogue d’égal à égal. Malheureusement, j’observe un tel aspect prescriptif dans la littérature et sur le terrain de la philothérapie qui trahit ainsi son objectif de développement de l’esprit critique du client et sa quête de mieux-être.

12. La question de la crédibilité du philosophe praticien

12.1 Formation

L’aspect prescriptif impose aussi la question de la crédibilité du philosophe praticien. Elle repose d’abord et avant tout sur sa formation. Tel que précisé plus haut, l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) exige que ses candidats à la formation de conseiller philosophique soient diplômés universitaires en philosophie pour devenir membre agréé de l’association et être référés à ce titre. Aussi « Les membres certifiés sont liés par le code de déontologie de l’APPA et s’engagent à suivre un développement professionnel régulier. »[52] En France, aucune association ne regroupe l’ensemble des philosophes praticiens. Chacun avance son propre code de déontologie et son propre programme de formation de philosophe consultant, formation ouverte à tous. Par conséquent, en ce pays, la prescription philosophique ne repose pas sur un prérequis universitaire, d’où une crédibilité variable.

Cependant, on notera que plusieurs philosophes consultants français s’intéressent à la philosophie pratique après l’obtention d’un diplôme universitaire en philosophie. La consultation philosophique devient ainsi pour eux un autre débouché au côté de l’enseignement à titre de professeur de philosophie.

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre

À la crédibilité de la prescription fondée sur la formation du philosophe praticien s’ajoute celle reposant sur son expérience personnelle de la philosophie comme manière de vivre. Sans une telle expérience, la consultation philosophique s’avère davantage théorique que pratique. Les philosophes consultants auteurs de publications commerciales traitant de la philothérapie témoignent très peu ou pas du tout de leur propre expérience de la philosophie dans leur manière de vivre. Le philothérapeute français Patrick Sorrel fait exception en témoignant de sa propre quête philosophique comme on peut le constater dans l’une de ses conférences disponibles en lignes.[53]

Même si les livres de philothérapie exposent des exemples concrets de client en consultation, on ne peut pas y déceler des expériences personnelles de la philosophie comme manière de vivre dans les propos des auteurs. Ces derniers témoignent largement de leurs expériences professionnelles de philosophe consultant et en tirent différentes théories. Mais ils ne nous informent pas de LEUR cheminement philosophique personnel, de l’histoire de LEURS idées, de LEUR PROPRE quête. Ainsi, la théorie demeure dominante dans ces ouvrages.

Sommes-nous en présence de théoriciens ou de praticiens de la philothérapie ? Les philothérapeutes vivent-t-ils selon la philosophie qu’ils partagent avec leurs clients ? Les philosophes se disant « praticiens » s’appliquent-ils à l’exécution d’une technique ? Est-ce uniquement de leur maîtrise d’une telle technique dont ils peuvent rendre compte, à défaut de la philosophie comme manière de vivre ?

«Emerson et Thoreau, penseurs américains importants, ont défendu l’idée antique de la philosophie comme manière de vivre délibérée, concernée par le souci critique de soi ou l’amélioration de soi. Thoreau l’énonce sans détour, « il y a aujourd’hui des professeurs de philosophie, mais pas des philosophes. Il est admirable de professer ce qu’il fut jadis admirable de vivre2 ». Tous deux ont combattu la restriction de la philosophie à un sujet seulement académique pour le pur intellect. Si Emerson a admis que « la vie n’est pas un simple jeu de dialecticien » et que « goûter la vie par l’intellect ne saurait remplacer l’activité musculaire3 », Thoreau a ensuite dit les choses plus explicitement : « Être un philosophe, ce n’est pas seulement avoir des pensées subtiles, ni même fonder une école, mais aimer la sagesse au point de vivre selon ses arrêts, une vie de simplicité, d’indépendance, de magnanimité et de confiance. C’est résoudre certains problèmes de la vie, non seulement théoriquement, mais pratiquement4.»»[54]

NOTES (dans la citation)

    1. Henry David Thoreau, Walden. NdT : pour les citations de Thoreau, R. Shusterman fait référence à The Portable Thoreau, Carl Bode éd., New York, Viking, 1964, ici p. 270. Désigné après par PT. Je traduis les citations, et donne la référence à la traduction française, ici Walden ou la Vie dans les bois, I, « Économie », trad. de G. Landré-Augier, Paris, Aubier-Montaigne, 1967, p. 89. Désigné après par W.
    1. Ralph Waldo Emerson, « Experience ». NdT : pour les citations d’Emerson, R. Shusterman fait référence à Ralph Waldo Emerson, Richard Poirier éd., Oxford, Oxford University Press, 1990, ici p. 222. Désigné après par RWE. Pour « Experience », je reprends la traduction de Christian Fournier et Sandra Laugier, in Stanley Cavell, Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, Statuts d’Emerson, appendice II, Paris, Gallimard, 2009, coll. « Folio essais », p. 512.
    1. Thoreau, id.

L’expérience personnelle joue un rôle essentiel dans toute entreprise de conseil professionnel à la personne. La philothérapie n’échappe pas à cette règle, notamment en matière de relations interpersonnelles. Si le philothérapeute n’est pas lui-même en quête de savoir et n’a pas adopté la philosophie comme manière de vivre, la logique veut qu’il ne puisse pas interagir en conséquence avec son client.

Heureusement, la diversité des méthodes en philothérapie s’accorde avec la formation, l’expérience et la liberté que s’attribuent les philosophes consultants. Si la résolution de problème du mal-être demeure l’essentiel de l’activité, son avenir reposera sur sa capacité à aider le client à adopter la philosophie comme manière de vivre mieux.

13. Conclusion

13.1 Le contexte

Imaginez un très grand lac datant de plus de 2,500 ans. Un lac où une multitude de poissons de toutes espèces s’épanouissent en harmonie avec la nature depuis la création de leur lac. Ce lac, c’est la philosophie. Chaque poisson représente une philosophie particulière. Imaginez maintenant un homme avec sa canne à pêche dans une barque sur ce lac. Il plonge un sceau dans le lac pour y recueillir l’eau dans laquelle il mettra ses prises, question de leurs procurer le maximum de chance de survie hors du lac. Et voilà qu’un poisson mors à l’hameçon, il le sort de l’eau et il le place dans son sceau d’eau. Combien de temps ce poisson vivra-t-il dans ce sceau, une fois qu’il en aura consommé toute l’oxygène et les nutriments ? Autrement dit, combien de temps vivra-t-il hors de son contexte original ? Si le pêcheur le transfert dans un aquarium aux normes de cette espèce de poisson, se comportera-t-il comme il le faisait dans son lac ou devra-t-il s’adapter ?

L’image de ce lac et de ce pêcheur m’est venue à l’esprit en pensant aux philothérapeutes qui pêchent des références dans les philosophies de l’Antiquité et dans les nouvelles philosophies qui font l’Histoire des Idées.

Je m’interroge sérieusement sur la préservation du contexte premier de ces références tirées des travaux des philosophes depuis l’Antiquité. Le contexte dans lequel Socrate pratiquait la maïeutique n’est certainement pas le même aujourd’hui. Le contexte des personnes avec lesquels il dialoguait dans les rue d’Athènes n’était pas plus le même que le contexte du client aujourd’hui. Il s’informe, décide si l’offre leur convient et, le cas échéant, ils se font clients en prenant rendez-vous, en prévoyant le coût de la consultation dans leur budget, il se déplace au cabinet du consultant et pose la question se rapportant à leur mal-être, et ce, tout en ayant à l’esprit leurs souvenirs des consultations antérieures et leurs attentes. Nous sommes très loin de l’individu interpelé dans les rues d’Athènes il y a 2,500 ans.

Je me questionne aussi sur le fait que la philosophie est devenue un exercice intellectuel purement théorique évoluant dans sa propre bulle universitaire. C’est le contexte de la bulle en dehors de laquelle les philosophes (ou théoriciens de la philosophie) ne peuvent pas survivre, si ce n’est à titre de professeurs dans d’autres institutions scolaires avec des étudiants plus jeunes. Évoluer dans une bulle, peu importe la bulle, ne permet pas d’être en phase avec le monde réel.

Si le philosophe sort de cette bulle pour entreprendre de devenir philosophe praticien aura-t-il les réflexes nécessaires pour dialoguer avec un simple client ? Le contexte d’origine dans lequel ce nouveau philothérapeute a évolué agira-t-il comme le font les biais cognitifs ? Pourra-t-il être en communion avec le contexte propre à son client ? Son expérience personnelle et professionnelle des relations interpersonnelles sera-t-elle à la hauteur des attentes de ses clients ? Ce nouveau philothérapeute ne se trouve plus dans son contexte habituel, devant des étudiants et en contact avec ses pairs. Il se retrouve désormais en présence d’une personne qui se pose devant lui comme son client (un consommateur) sous l’influence de son propre contexte et en quête de solution à son mal-être.

13.2 Interdisciplinarité

Le philothérapeute évolue aussi dans sa propre bulle. J’en ai pour preuve les conséquences directes du manque d’interdisciplinarité dont souffre le philosophe praticien. Toutes les références dans les ouvrages de philothérapie se limitent à la philosophie. Aucun des livres à mon programme de lecture (voir la liste ci-dessous) fait état des travaux scientifiques en d’autres disciplines pouvant orienter le travail du philosophe praticien, notamment mais pas exclusivement, l’épistémologie et les neurosciences.

13.2.1 Répression des émotions

La répression des émotions se veut un des principaux thèmes de cet état des lieux de la philothérapie. D’une part et tel mentionné plus haut, je l’ai vécu personnellement lors d’une séance de formation à la philothérapie avec le philosophe praticien Oscar Brenifier.[55] D’autre part, le dialogue socratique ne considère pas les avancées des neurosciences sur la contribution des émotions dans la prise de décision.

En déclarant « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter »,[56] le philosophe praticien Oscar Brenifier fait preuve d’arrogance face à ses clients. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold observe : « Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. » Une telle pratique du dialogue socratique provoque émotionnellement le client. Parlant des jeux philosophiques dans les quelques Oscar Brenifier convie ses sens, Morten Fastvold écrit : « Ce qui est aussi remarquable, c’est que de tels jeux purement philosophiques puissent faire jaillir autant de troubles et d’émotions, en plusieurs occasions, révélant quelquefois beaucoup de stress et d’obstacles présents dans l’esprit du sujet ». Brenifier ne prend en compte ces troubles et ces émotions, voire les réprime brutalement, selon ma propre expérience.

13.2.2 Neurosciences

Une telle pratique du dialogue socratique se réfère uniquement à l’Être raisonné à soustraire à toute émotivité. Or, les travaux des neurosciences démontrent clairement que l’Être raisonné ne peut pas être ainsi isolé; il a toujours besoin d’un coup de pouce de l’Être sensible, plus particulièrement, des émotions dans la prise de décision.

« Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions » écrit le neuropsychologue Antonio R. Damasio[57] dans son livre L’erreur de Descartes[58] paru en 1994 et où il expose les résultats scientifiques de ses travaux.[59] Il démontre que la conception dualiste du philosophe René Descartes (1596-1650) consistant à séparer le corps et l’esprit n’a aucun fondement scientifique et n’a pas lieu d’être.

« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »[60]

Poursuivant l’objectif de développer l’esprit critique de son client, le philothérapeute conduit son client à douter de ses pensées en suivant des règles de logiques. Il s’agit ni plus ni moins d’inviter le client à ne pas prendre pour vrai ce qu’il pense uniquement parce qu’il le pense. Or, l’attachement du client à ses pensées grandit d’autant qu’il les prend pour vraies. Et cet attachement est davantage de nature émotionnelle que rationnelle. Décider, consciemment ou inconsciemment, de la véracité d’une pensée, relève donc à la fois de la raison et des émotions. Plus encore, le philothérapeute lui-même n’échappe pas à cette relation entre la raison et les émotions dans ses prises de décisions, notamment dans le choix des questions qu’il adresse à son client. Dans un dialogue, les décisions s’enchaînent les unes après les autres et demeurent donc à la fois sous l’influence de la raison et des émotions, les unes n’allant pas sans les autres.

En accord avec cette preuve scientifique déboulonnant le dualisme cartésien, le mal-être du client du philothérapeute implique aussi une part émotive décisive. Le mal-être ne relève donc jamais de la raison pure ou d’une réflexion exclusivement intellectuelle. Ce sont les émotions qui informent le client de son mal-être. Et ce sont aussi ses émotions qui l’aideront à décider s’il suivra ou non les conseils du philothérapeute. Pourquoi les réprimer ?

13.2.3 Intelligence émotionnelle

Un autre concept provenant d’une autre discipline à prendre en compte en philothérapie : l’intelligence émotionnelle (EI) :

« En 1990, Salovey et Mayer en proposent une première définition : c’est la « capacité de contrôler ses propres sentiments et émotions et ceux des autres, de les discriminer et d’utiliser cette information pour guider sa pensée et ses actions » (p. 189, traduction libre)1.[61]

Dans un texte paru en 1997, ces mêmes auteurs orientent leur définition vers un ensemble d’habiletés : l’intelligence émotionnelle, c’est « (a) percevoir et exprimer l’émotion avec précision, (b) se servir de l’émotion pour faciliter les activités cognitives, (c) comprendre les émotions et (d) gérer les émotions pour une croissance à la fois émotionnelle et personnelle » (cités dans Salovey, Brackett et Mayer, 2004, p. ii, traduction libre2). »[62]

Ainsi, un esprit critique fonctionnel exige à la fois une part d’intelligence rationnelle (QI) et une part d’intelligence émotionnelle (IE).[63] Il se refuse donc à toute répression systématique des émotions.

13.2.4 Épistémologie

Enfin, voici un dernier exemple de l’étanchéité de la bulle de la philothérapie. L’épistémologie (grec epistêmê, science), une branche même de la philosophie, semble ignorée. Cette discipline « prend la connaissance scientifique pour objet. »[64].On parle aussi d’épistémologie génétique :

« Épistémologie génétique, étude de l’évolution des structures successives des connaissances au cours du développement cognitif de l’individu. (Selon J. Piaget, celles-ci s’orientent vers une conceptualisation toujours plus abstraite et générale, la pensée étant une intériorisation progressive des actions sous forme d’un système d’opérations.) »[65]

Comment peut-on envisager aider une personne à développer son esprit critique sans tenir compte de son mode de pensée actuel, ou de celui qui lui conviendrait le mieux pour répondre à son mal-être ou pour adopter la philosophie comme manière de vivre ?

13.3 Constat final

La philothérapie ne ratisse pas assez large pour établir les bases d’un esprit critique chez le client. Elle se limite trop souvent à une simple démonstration qu’un travers de pensée, ici un biais cognitif, engendre chez le client une confusion entre savoir et croyance, et ce, dans le but prendre soin d’un mal-être. Or, c’est plutôt la source première de ce mal-être dont il faut se préoccuper, c’est-à-dire l’esprit du client, son mode de pensée. Et, pour y parvenir, il faut outiller le client plutôt que de simplement le forcer à conclure qu’il se trompe, qu’il ne sait pas en réalité de quoi il parle.

En fait, Platon dans ses écrits[66] fait dire à Socrate que nous savons déjà et qu’il s’agit simplement de ramener à la surface les connaissances acquises puis oubliées de nos vies antérieures. C’est la théorie de la réminiscence sur laquelle s’appuie la maïeutique. :

« Cette théorie affirme que notre connaissance de la vérité est le souvenir d’un état ancien où, avant d’être incarnée dans un corps, notre âme vivait au contact immédiat des pures idées dans le monde intelligible. Ainsi, pour Platon, connaître c’est se souvenir, se remémorer. Chercher et apprendre sont un seul et même acte.

Cette théorie est fondée sur le postulat de l’immortalité de l’âme. Si le corps est mortel, l’âme, elle, est impérissable, elle détient donc toutes les connaissances.

Si l’âme détient toutes les vérités, il y a cependant une méthode pour la faire accoucher, pour la faire se remémorer : c’est là qu’intervient la maïeutique, la méthode de questionnement socratique, afin de faire se rappeler l’âme. »[67]

C’est dans ce contexte de ce que j’appelle « l’âme savante et immortelle » que se tiennent les dialogues philosophiques de Socrate il y a plus de 2,500 ans. Depuis, le contexte a bien changé et l’objectif du dialogue en philothérapie semble très peu relié à la théorie de la réminiscence si ce n’est de la consultation elle-même.

Le client se voit offrir soit une vidéo de la consultation, soit un document où le philosophe consultant rappelle ce qui s’est dit lors de la consultation dans le but explicite de lui demander s’il a bien compris les positions de son client.

Le philosophe praticien attend du retour de son client sur sa consultation une prise de conscience à posteriori des opérations de base de la pensée. En cours de consultation, une telle prise de conscience devient pratiquement impossible à moins d’un arrêt sur chaque opération de pensée par le philosophe consultant. Ce dernier cherche à faire comprendre à son client que son mal-être provient en partie d’opération de pensée erronée.

Pour y parvenir, le philosophe consultant doit maîtriser une connaissance approfondie des différents modes de pensée pour identifier celui de son client. Il se doit aussi de connaître et de respecter le rôle des émotions dans la prise de décision de son client et, plus généralement, sur la raison. Enfin, il doit aussi connaître et maîtriser tous les tenants et aboutissants d’une relation interpersonnelle réussie ou, si vous préférez, faire preuve d’une grande intelligence émotionnelle. Autrement, la philothérapie demeure une simple technique et la consultation une séance de questions-réponses dont on ne peut pas espérer un développement de l’esprit critique du client.

Finalement, dans quel état est l’esprit critique du client lorsqu’il se présente en consultation ? Sans un diagnostic au départ et un autre à la fin de la séance, on ne peut certainement pas prétendre à un quelconque développement de l’esprit critique du client au terme de la consultation. Ce diagnostic ne doit pas être posé comme un jugement final, dans un esprit de confrontation, qui éveillera tous les mécanismes de défense du client. Il est donc préférable de l’élaborer avec le client. Et si le client prend pour objet de la démonstration de son mode de pensée et son esprit critique le philosophe praticien ou la consultation elle-même, ce dernier devra faire preuve d’une humilité exemplaire, ce que j’ai peu observé personnellement.

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Références

Liste des livres étudiés

SAINT-DRÔME, Oreste (2000), Comment choisir son philosophe, Éditions La Découverte, Paris.

HADOT, Pierre (2001), La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, Librairie générale française, Le livre de poche – Biblio essais, 2004, Paris.

MARINOFF, Lou (2003), La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Faure, La table ronde.

SUÁREZ, Éric (2007), La philo-thérapie, Éditions Eyrolles, Paris.

VEGLERIS, Eugénie (2010), La consultation philosophique, Éditions Eyrolles, Paris.

ARNOUX, Jean-Eudes Arnoux (2013), Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Éditions Favre, Lausanne (Suisse).

LECOQ, Jérôme (2014), La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Éditions Eyrolles, Paris.

BOUCHET, Laurence (2015), Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, Éditions Marabout, Vanves (France).

DEVILLAIRS, Laurence (2017), Guérir la vie par la philosophie, Presses universitaires de France, Paris.

DE MOOR, Mieke (dir.) (2017), Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Éditions Vrin, Paris.

PÉPIN, Charles (2018), La confiance en soi – Une philosophie, Allary Éditions, Paris.

MASSELOT, Nathanaël (2019), Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Les Éditions de l’Opportun, Paris.

BRENIFIER, Oscar (2019), L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

BRENIFIER, Oscar (2020), La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

MASSELOT, Nathanaël (2020), Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2020.

BUISSON, Jean-François (dir.) ( 2021), La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, Genève.

DEWEY, John (2004), Comment nous pensons, John Dewey, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly, Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, (Original anglais : 1909).

MARQUIS, Nicolas (2014), Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel, Nicolas Marquis, Presses universitaires de France, Paris.

D’ALLONNES, Myriam Revault (2018), La faiblesse du vrai – Ce que la post-vérité fait à notre monde commun, Éditions du Seuil, Paris.

ILLOUZ, Eva et CABANAS, Edgar (2018), Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, Paris.

NOTES

[1] MAUBON, Léa, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Mémoires Master « Livre et savoir » / « Édition scientifique et bibliothèque », École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques [enssib], janvier 2010, p. 56. «Résumé en français : Cette étude porte sur un phénomène du paysage éditorial français actuel : la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public. Il s’agit de réfléchir, à partir d’une description de cette tendance, sur ses enjeux éditoriaux, mais également philosophiques. La démocratisation de la philosophie est un projet ancien, aujourd’hui soumis à l’expérience, qui interroge le devenir de la philosophie en France. » https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48581-les-ouvrages-philosophiques-a-destination-du-grand-public.pdf

[2] RAABE, Peter Bruno, Phylosophy of philosophical counselling,   University of British Columbia, 1999, p. 13. https://open.library.ubc.ca/soa/cIRcle/collections/ubctheses/831/items/1.0055555

[3] DESROCHES, D., La philosophie comme mode de vie chez Pierre Hadot, Encyclopédie de l’Agora, Grandes questions, Dossier thématique, première version : juillet 2011, 1-28.

[4] HERSH, Seymon, The counselling philosopher, The Humanist, June 1980, pp, 32-33.

[5] « It is therefore generally held that the official birth date of philosophical counselling as a movement, and as a profession distinct from psychotherapy, is 1981. That is when philosopher Gerd Achenbach opened the first philosophical counselling practice in Bergisch-Gladbach, near Cologne, Germany. In 1982 he established the German Association for Philosophical Practice with an initial membership of 10. By 1987 the association had grown to 125 members from several countries, and it published the first edition of Agora , its journal, which later was renamed Zeitschrift für Philosophische Praxis. » AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html

[6] About Us, National Philosophical Counselling Association (NPCA). URL : https://npcassoc.org/, Consulté le 10 juillet 2022.

[7] Depuis l’événement international baptisé officiellement « International Conference on Philosophical Practice » (ICPP) se tiendra à 16 reprises. Site web : https://icpp.site/canada.html

[8] Site web : https://appa.edu/

[9] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 197.

[10] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclaire l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 200.

[11] American Philosophical Practitioners Association, Memberships. Site web : https://appa.edu/memberships/. Consulté le 20 juillet 2022.

[12] ARNOUX, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Chapitre 1 – Les publics de la consultation philosophique et leurs attentes, La consultation en entreprise, p. 20.

[13] Durand, Guillaume, Un philosophe à l’hôpital, Introduction, pp. 9-10. (Flammarion, 2021)

[14] Source : Jean-Yves-Dubé, consultant en philosophie: https://jeanyvesdube.com/

[15] BRENIFIER, Oscar, La pratique philosophique, Le concept épouvantail : «Échec ou pas – Cette dernière réaction, ainsi que d’autres de même trempe, pose d’ailleurs la question de la continuité du travail philosophique ainsi que sa rentabilité commerciale, s’il s’agit d’une pratique aussi risquée. Sur ce sujet les praticiens n’auront pas tous la même vision des choses. Lors d’un congrès international à Séville, nous eûmes sur ce point une différence avec Lou Marinoff, un célèbre collègue américain.»

[16] Cependant, qui dit philosophie pratique ne dit pas nécessairement consultation philosophique. L’Université de Sherbrooke au Québec offre un doctorat en philosophie pratique consacré à l’éthique. » Ce dernier ne traite pas de la consultation philosophique. Site web : https://www.usherbrooke.ca/admission/programme/733/doctorat-en-philosophie-pratique/. Consulté le 22 juillet 2022.

[17] « The continuing education program in Philosophical Practice offers the first and only academic education and training in philosophical practice in the German-speaking area. » Uiversität Wien, postgraduate centeré Sie wen : https://www.postgraduatecenter.at/en/programs/education-social-care/philosophical-practice/. Consulté le 22 juillet 2022.

[18] WIESELBERG, Lukas, Die « Philosophische Praxis » öffnet ihre Pforten, science.ORF.at. « Philosophische Praktiker sollen also so etwas wie Ratgeber oder Lebensberater sein. » Site web : https://sciencev2.orf.at/stories/1746791/index.html. Consulté le 22 juillet 2022.

[19] Site web : https://admitere.uvt.ro/program/philosophical-counselling-and-consultancy/. Consulté le 22 juillet 2022.

[20] FRUNZA, Sandu, Cu Florin Lobonț despre profesionalizarea consilierii filosofice în lumea aflată în criza pandemicăfrunză. Site web : https://frunzasandu.wordpress.com/2020/06/09/cu-florin-lobont-despre-profesionalizarea-consilierii-filosofice-in-lumea-aflata-in-criza-pandemica/.

[21] ZIMAICH , Samuel, Jr., Gerd B. Achenbach’s ‘Beyond-Method’ Method, International Journal of Philosophical Practice, Volume 2, Issue 2, Spring 2004. Site web : https://www.pdcnet.org/ijpp/content/ijpp_2004_0002_0002_0052_0062. Consulté le 22 juillet 2022. HATEGAN, Vasile (West University of Timisoara ), Philosophical Practitioner or Philosophical Counselor, options for new profession in Romania, Revue Roumaine de Philosophie , December 2018. Site web : https://www.researchgate.net/publication/329610662_Philosophical_Practitioner_or_Philosophical_Counselor_options_for_new_profession_in_Romania. Consulté le 22 juillet 2022.

[22] Lien : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[23] Lien : https://philotherapie.ca/2021/09/07/article-11-la-consultation-philosophique-oscar-brenifier-editions-alcofribas-2020/

[24] LECOQ, Jérôme, La pratique philosophique, Remerciements, Eyrolles, 2014.

[25] « L’expérience client désigne l’ensemble des émotions et sentiments ressentis par un client avant, pendant et après l’achat d’un produit ou service. C’est le résultat de l’ensemble des interactions qu’un client peut avoir avec la marque ou l’entreprise. », Définitions marketing – L’encyclopédie illustrée du marketing. Site web : https://www.definitions-marketing.com/definition/experience-client/. Consulté le 23 juillet 2022.

[26] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Consultation philosophique et mondes de la vie, Consultation philosophique et mondes psy, pp. 31-32.

[27] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contextes d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, Avoir les yeux partout, pp. 184-185.

[28] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017.

[29] Site web : https://brill.com/view/title/35103?contents=editorial-content.

[30] Site web : https://www.vrin.fr/livre/9782711625307/platon-la-mediation-des-emotions.

[31] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017, p. 89. Traduction libre : «En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. »

[32] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[33] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[34] ACHENBACH, Gerd B., Kurzgefaßte Beantwortung der Frage: Was ist Philosophische Praxis?. Site web : https://www.achenbach-pp.de/de/philosophischepraxis_text_was_ist.asp. Consulté le 25 juillet 2022. «Soll nun allerdings bündig gesagt werden, auf welche Weise der praktische Philosoph seinem Besucher weiterhelfe – üblicherweise lautet die Frage: „nach welcher Methode » verfahren werde -, so ist zu sagen, Philosophie arbeite nicht mit, sondern allenfalls an Methoden. Methodengehorsam ist Sache der Wissenschaften, nicht der Philosophie. Philosophisches Denken bewegt sich nicht in vorgefertigten Bahnen, es sucht den jeweils „richtigen Weg » vielmehr jeweils neu; bedient sich keiner Denkroutinen, sondern sabotiert sie, um über sie aufzuklären. »

[35] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[36] « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022). Site web des éditions de l’Opportun : https://www.editionsopportun.com/search?utf8=%E2%9C%93&q=masselot. Consulté le 25 juillet 2022.

[37] HADOT, Pierre, La Philosophie comme manière de vivre. Paris, Albin Michel, 2001.

[38] Philosophie comme mode de vie : http://agora.qc.ca/dossiers/Philosophie_comme_mode_de_vie

[39] HADOT, Pierre, Qu’est-ce que la philosophie antique? p. 19

[40] SOREL, Patrick, conférence «Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel ». Sur la plateforme vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.

[41] Il faut aussi se référer à la linguistique. Voir : GOSSELIN, Laurent (Titulaire d’un doctorat d’université en linguistique française (Caen, 1986). Professeur de linguistique à l’Université de Rouen et membre du laboratoire DYALANG du CNRS (en 2005)), L’expression de l’opinion personnelle : « Je crois / pense / trouve / considère / estime que p ». L’information grammaticale, Peeters Publishers, 2015, 144, pp.34-40. (10.2143/IG.144.0.3071277). (hal-02310056). URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02310056. Consulté le 26 juillet 2022. Site web : https://sites.google.com/site/laurentgosselin14/. Consulté le 26 juillet 2022.

[42] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[43] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[44] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, p. 21

[45] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, pp. 22-23.

[46] OMELCHENKO Nikolay, « La philosophie comme thérapie », Diogène, 2009/4 (n° 228), p. 95-105. DOI : 10.3917/dio.228.0095. URL : https://www.cairn.info/revue-diogene-2009-4-page-95.htm

[47] Revaclier, Jérôme, Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète, (Mémoire de) maîtrise (master), Université de Lausanne, Faculté des lettres (https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_S_31805).

[48] Warsztacki, Sandrine, Soigner par la philosophie, En Marche – Le journal de la Mutualité chrétienne, 15 Septembre 2020.  https://www.enmarche.be/culture/lectures/soigner-par-la-philosophie.htm

[49] https://www.patricksorrel.com/

[50] 1. Méthode suscitant la mise en forme des pensées confuses, par le dialogue (Socrate, dans les œuvres de Platon). (Dictionnaires Le Robert). 2. Dans la philosophie socratique, art de conduire l’interlocuteur à découvrir et à formuler les vérités qu’il a en lui (Dictionnaire Larousse).

[51] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[52] (Certified Members are bound by the APPA Code of Ethical Professional Practice, and are committed to regular professional development.) Memberships, American Philosophical Practitioners Association. https://appa.edu/memberships/

[53] Sorrel, Patrick, Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. Disponible sur la plateforme YouTube :  https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.  «Vous aussi, pensez que la philosophie peut maintenant sortir des bancs de l’école, et permettre d’aider concrètement des personnes à clarifier le sens de leur existence? Entre philosophie et psychologie, la philothérapie offre une approche d’accompagnement centrée».

[54] SHUSTERMAN Richard, « La philosophie comme vie éveillée chez Emerson et Thoreau », Cahiers philosophiques, 2009/4 (N° 120), p. 15-24. DOI : 10.3917/caph.120.0015. URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques1-2009-4-page-15.htm

[55] Voir mon article en ligne «Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien» sur le site web de l’observatoire québécois de la philothérapie : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[56] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[57] « Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[58] « L’Erreur de Descartes : la raison des émotions est un essai paru en 1994 du neuropsychologue António Damásio qui traite de la question du dualisme entre le corps et l’esprit. Damásio présente l’hypothèse du marqueur somatique, un mécanisme proposé par lequel les émotions guident le comportement et la prise de décision, et posent que cette rationalité requiert un apport émotionnel. Il soutient que « l’erreur » de René Descartes était la séparation dualiste de l’esprit et du corps, la rationalité et l’émotion. » Source : Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Erreur_de_Descartes_:_la_raison_des_%C3%A9motions

[59] « Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[60] DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.

[61] Denise Normand-Guérette, orthopédagogue, professeure associée, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal, Comment apprivoiser les émotions ?, Société de recherche en orientation humaine (SROH). Voir l’article en ligne pour prendre connaissance de la note en bas de page # 1 :  https://sroh.org/fr/pages/que-signifie-sroh

[62] Létourneau, M. (2015). Comprendre et équilibrer ses émotions dans un contexte professionnel, Psychologie préventive, (48), 30-38. Chronique sur l’intelligence émotionnelle, en ligne : http://www.sroh.org/fr/intelligence-emotionnelle-section/243-equilibrer-la-volonte-de-puissance-et-insecurite-pour-renforcer-identite.

NOTES 1 et 2 dans la citation :

1 Pour expliquer le concept de « volonté de puissance », nous nous référons aux travaux de Guitouni :

« L’étude de la globalité identitaire nécessite la connaissance de trois éléments : la nature du fonctionnement cognitif, émotif et instinctif de la personne. La dynamique de ces trois éléments qui forment la base de l’identité humaine doit être comprise à la lumière des deux pulsions de vie animant tout être, à savoir la volonté de puissance et la recherche de sécurité. » (Guitouni et Brissette, 2000, p. 143.)

« “[…] chaque personne vient au monde avec une double pulsion : la recherche de sécurité et la volonté de puissance. Ces deux éléments sont innés. L’insécurité est déclenchée par le choc de la naissance et par la dépendance du nourrisson dans ses besoins de survie. Mais au-delà de la fragilité de la petite enfance, l’être humain naît aussi avec un autre mécanisme de pulsion de vie qui s’appelle la volonté de puissance et que je définis comme la force qui nous pousse à réclamer nos droits et à puiser en nous-mêmes l’énergie pour nous libérer de la dépendance. L’insécurité permet de protéger sa survie et la volonté de puissance incite à chercher le moyen de grandir. […]

L’établissement, au courant de la vie, d’un équilibre entre ces deux tendances conduit l’individu au développement et à l’épanouissement de son identité. En effet, si quelqu’un sait se protéger et en même temps se développer, il s’achemine vers une évolution personnelle garante d’une identité forte.” (Guitouni, 1991, p. 10-11.)

Par contre, “nous avons constaté qu’une personne vivant un conflit continuel entre sa volonté de puissance, c’est-à-dire son désir de s’imposer et de prendre la place qui lui revient, et son incapacité à faire face à l’insécurité, sera dans l’impossibilité d’avancer et de s’améliorer. […]” (Guitouni, 1985, p. 23.)

Ainsi, lorsque nous vivons un déséquilibre, “notre volonté de puissance [est réduite] à un mécanisme de réaction alors qu’en fait, [elle] devrait en être un d’action et de correction, et […] nos insécurités [sont exacerbées] au point de nous rendre obsédés de la sécurité et de pousser le ridicule de notre préservation jusqu’à l’apathie et au laisser-aller.” (Guitouni, 1985a, p. 9) » (Guitouni et Normand-Guérette, 1993, p. 161-162.)

L’exemple que nous analysons dans cet article illustre une forme de déséquilibre entre la sécurité et la volonté de puissance. L’intervention que le professionnel doit faire suscite son insécurité pour toutes les raisons mentionnées, cependant, en hésitant à prendre des décisions, il va à l’encontre de sa volonté de puissance, dont le rôle est de l’amener à s’affirmer et à évoluer. Après avoir brimé sa volonté de puissance, lorsque le professionnel s’affirme enfin, sa réaction peut ressembler à celle d’un ressort qui se détend brusquement et il peut avoir de la difficulté à évaluer sa portée. Il en est de même avec la volonté de puissance qui cherche à prendre sa revanche et à s’exprimer avec force. Elle prend alors une ampleur surdimensionnée et pousse la personne à se gonfler d’orgueil et à se croire momentanément plus forte qu’elle ne l’est. L’intérêt de développer son intelligence émotionnelle est d’enrichir la connaissance de soi par la compréhension des émotions, ce qui concoure au renforcement de son identité personnelle. Ainsi, l’individu est de plus en plus conscient des raisons de ses comportements, de ses forces, de ses compétences et de ses vulnérabilités. De plus, une connaissance réaliste de sa valeur contribue au développement d’une confiance et d’une sécurité personnelles ainsi qu’à l’expression d’une volonté de puissance équilibrée.

2 Bien sûr, la complexité de certaines de ces expériences dérangeantes nécessitera que le professionnel fasse appel à des services spécialisés pour l’aider dans sa démarche.

[63] «L’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres. [TRADUCTION] (Mayer & Salovey, 1997). » © Academic, 2000-2022, https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/824844.

[64] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[65] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[66] Ménon, Phédon, Phèdre : https://1000idcg.com/reminiscence-platon/

[67] Platon et la Réminiscence: Definition & Analyse, La-Philosophie.com, https://la-philosophie.com/reminiscence-platon.


Au sujet de l’auteur

Marié et père de quatre enfants, Serge-André Guay est né à Lévis (Québec, Canada) en 1957.
Il est avant tout un auteur. Il a d’abord écrit et publié deux recueils de poésie au cours de son adolescence: Lueur de solitude et La conscience aux heures de pointe. À la même époque, il fonde une revue de poésie: Infusion. Il glisse très tôt vers les médias avec une chronique intitulée «Salut les poètes» publiée dans La tribune de Lévis et diffusée à l’antenne de la station de radio CFLS. À 16 ans, il est le plus jeune membre de la Société des poètes canadiens français, rebaptisée depuis Société des poètes Québécois. Il accède au Conseil d’administration de la Société et devient directeur national du concours annuel de poésie.

De formation autodidacte et travailleur autonome depuis plus de 30 ans, il a été animateur, commentateur, chroniqueur, journaliste, recherchiste et rédacteur en chef au service de différents médias québécois et ontariens, notamment à la radio de Radio-Canada à Québec, au quotidien Le Soleil de Québec, aux hebdomadaires L’Express de Toronto et Le Nord de Hearst, au magazine Flash PME de Québec et autres.

Son expérience des médias et un stage de formation en Europe font de lui un éducateur aux médias dont les interventions sont recherchées par le milieu scolaire. Le film, Les enfants de la télévision, produit par l’Office National du Film du Canada, témoigne du projet «Jeunes téléspectateurs actifs» réalisé par le Club d’initiation aux médias, un organisme d’éducation aux médias qu’il a fondé en 1981. Il a animé plus de 250 conférences et séminaires au sujet de l’influence des médias devant plus de 35,000 jeunes du Québec, de l’Ontario et des provinces maritimes.

En 1987, il quitte le milieu communautaire pour se joindre à l’entreprise privée à titre de consultant en communication et en marketing. En 1990, il développe une expertise hautement spécialisée en recherche marketing, soit l’étude des motivations d’achat des consommateurs, axée sur l’évaluation prédictive du potentiel commercial des produits et des services, nouveaux et améliorés. Il a étudié les réactions sensorielles involontaires et les réactions inconscientes de plus de 25,000 consommateurs dans le cadre de plus d’une centaine d’études des motivations d’achat pour différents manufacturiers et distributeurs canadiens. Il a signé de nombreux articles et donné plusieurs conférences. Il a aussi publié une série de vingt-quatre études traitant du caractère scientifique du marketing sous le titre “Science & Marketing ”, Prédire le potentiel commercial des biens et des services”.

Reconnu depuis toujours pour sa franchise, il n’hésite pas à questionner les idées reçues. Animé par une profonde réflexion sur la conscience et la condition humaine, il est un «penseur entrepreneur», à la fois fonceur et analytique.

Il revient à l’écriture à l’aube de l’an 2000 avec un essai de gouvernance personnel intitulé «J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison», un essai sur le marketing intitulé «Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université» et un essai sur le marketing politique intitulé «Comment motiver les Québécois à voter pour ou contre l’indépendance du Québec – Analyse et point de vue strictement marketing / Apolitique».

En savoir plus (curriculum vitae)

AVERTISSEMENT

Je suis pas un philosophe consultant et, par conséquent, je n’offre pas de consultation philosophique privée. Je n’offre pas de formation en philothérapie. Je demeure un observateur de la naissance et du développement de la philothérapie ou, si vous préférez, du domaine de la consultation philosophique. Il n’est pas non plus question ici de coach et encore moins de gourou en philothérapie. Je me limite à la lecture de livres et autres documents traitant de la philothérapie et de faire rapport de ces lectures. Aussi, à partir de ces lectures, je prépare, offre et anime des conférences. De plus, je témoigne de l’apport de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle. Enfin, je suis l’auteur d’un livre intitulé J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison (exemplaire numérique gratuit – PDF), un essai et témoignage de gouvernance personnelle qui est le sujet de l’une de mes conférences.


Au sujet de l’Observatoire québécois de la philothérapie

(Lévis – Québec – 11 avril 2022) Le Lévisien Serge-André Guay crée le tout premier Observatoire québécois de la philothérapie consacré à l’examen et à la promotion de cette nouvelle pratique. Déjà bien implantée en Europe et aux États-Unis, la philothérapie offre à la personne la possibilité de rencontrer en privé un consultant philosophe pour discuter de sa vie et de ses problèmes existentiels. Le terme « philothérapie » est copié sur le terme « psychothérapie ». Cependant, la philothérapie ne relève pas de la médecine; elle ne soigne pas les traumatismes et les troubles psychiques. Lors d’une séance de philothérapie, le clinicien ou le consultant philosophe entretiendra un dialogue d’égal à égal avec vous. L’animateur s’assure uniquement que ce dialogue soit initiateur de prises de conscience révélatrices de la réalité de soi et du monde. La philothérapie se distingue ainsi de l’exercice de verbalisation du patient du psychologue.

Serge-André Guay ne se présente pas comme un consultant en philosophie. Il se limite à observer le développement de la nouvelle pratique. Il met à la disposition de la population des informations, dont plus de vingt rapports de lecture de livres traitant de la philothérapie. Il offre des conférences fondées sur ses lectures et sa propre expérience de la philosophie dans sa vie personnelle et professionnelle.

La création de cet observatoire s’inscrit parmi les suites de la publication de son livre J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, un essai et témoignage de gouvernance personnelle.

Les intéressés peuvent visiter le site web de l’observatoire au https://philotherapie.ca/.

J’expérimente les bienfaits de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle depuis plus de 25 ans. La philosophie contribue au bien-être de mon esprit et de ma psyché. Désormais, je partage avec vous mes connaissances et mon témoignage sur ce site web dédié.

Aussi, j’offre des conférences traitant de la philothérapie. Vous trouverez sur ce site web la vidéo et les notes de ma toute première conférence « La philothérapie ─ Quand la philosophie nous aide » accessible gratuitement.

Cette conférence vous introduit à la philothérapie à l’aide de mes lectures sur le sujet.
À titre de bibliographe amateur, je mets à votre disposition l’ensemble de mes rapports de lecture au sujet de philothérapie dans la section «J’ai lu pour vous».

Enfin, ce site web se veut un Observatoire de la philothérapie au Québec.


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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

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Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

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Ce fichier est sous la licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Auteur : HB. Wikipédia.

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

La pratique du récit initiatique relève avant tout de l’oral, de la transmission orale de la connaissance et de la sagesse à l’image du vieux sage assis au pied d’une arbre qui raconte une histoire à son auditoire.

L’exercice n’est pas une mince affaire en raison de la logique et de la sensibilité nécessaires. Il faut demeurer logique tout en étant sensible à l’attention de l’auditoire et sa compréhension du récit. L’oral facilite l’exercice parce qu’il permet à l’orateur de lire les émotion et le comportement de l’auditoire.

En limitant cet auditoire à une seule personne, l’orateur aura moins de mal à suivre les réactions de la personne à qui il s’adresse en toute intimité.

Il est tout de même possible de tenir un récit initiatique destiné à une foule, des dizaines voire des centaines personnes, réunies à l’occasion d’une conférence. Dans ce cas, le sujet de départ (point A) devra être choisie en considérant que toutes les personnes présentent le partage, bref, un sujet d’intérêt général.

Entrer dans la pensée et l’esprit d’une personne (ou d’une foule) et la faire cheminer vers une nouvelle prise de conscience oblige l’orateur à prendre de grandes responsabilités. Il lui faut éviter tout dérapage et s’assurer d’atteinte l’objectif au risque d’un rejet pur et simple par l’auditoire, sans une seconde chance.

Plus l’orateur maîtrise son récit et son art, plus il a de chance de susciter une nouvelle prise de conscience chez son auditoire.

L’orateur du récit se doit de tisser un lien spirituel avec son auditoire, et ce, en tout respect de l’esprit de cet auditoire.

Le défi à relever avec une telle approche en spirale se trouve dans les précautions à prendre pour ne pas perdre lui-même le fil du récit et s’égarer. L’orateur doit aussi s’assurer que l’auditoire ne pas perdre le fil du récit.

Plus il élargie le sujet (plus il monte dans la spirale), plus il risque de perdre l’attention de son auditoire. La logique du récit doit être simple et soutenir l’étonnement. La vitesse d’élocution ne sera pas trop rapide et pas trop lente suivant les réactions émotives et comportementales de l’auditoire. Le ton s’ajustera à l’action mise en scène à chaque moment du récit.

L’orateur suivra un plan établi : 1. attirer l’attention; 2. capter l’attention; 3. retenir l’attention. Ce n’est qu’une fois qu’il retient l’attention de son auditoire qu’il pourra communiquer avec lui.

L’orateur doit aussi s’assurer que la communication du récit et du message qu’il contient sera efficace en prenant soin de coder son message en fonction de l’auditoire. Le codage exige une sensibilité et une empathie exemplaires face à l’auditoire d’autant plus que l’oral se déroule en direct, ce qui demande des ajustements de tous les instants. Dans le cas d’un écrit, l’auteur doit anticiper toutes les réactions possibles du lecteur et y répondre à l’avance.

Le succès se mesure par le fait que l’auditoire n’est plus tel qu’elle était à la fin du récit; la nouvelle prise de conscience l’ayant transformé en lui procurant une nouvelle compréhension de lui-même et/ou du monde. On parle donc d’une initiation à une nouvelle prise de conscience.

Le récit joue un double rôle dans cette nouvelle prise de conscience, celui du contenu et du contenant. Le contenu frappe l’imaginaire et permet l’ouverture d’esprit. Le contenant concerne à la fois la structure même du récit et la manière de le raconter, toutes deux témoignant de la logique essentielle au récit pour être initiatique. Ainsi, l’attention de l’auditoire est soit retenue par le contenu du récit (l’histoire elle-même), soit par le récit lui-même, y compris la manière dont il est livré.

L’orateur ne se livre pas à un dialogue au cours de son récit mais pourra tout de même s’enquérir de la compréhension de l’auditoire tout au long de l’exercice.

Pourquoi parler du récit d’initiation en spirale dans un site web consacré à la philothérapie ? Parce que le consultant philosophe demande parfois à son client de se préparer à la rencontre en lisant d’avance un ou deux textes de natures philosophiques, notamment de courts récits. Dans le cadre d’une formation à la consultation philosophique, l’élève doit identifier dans ces textes  les présupposés, les jugements analytiques, les jugements synthétiques… L’exercice préalable en solitaire sera au cœur de la consultation ou du cours à venir. Je ne crois pas dans cette approche.

Les courts récits utilisés dans le cadre de cette préparation en solitaire perdent alors toute leur portée initiatique pour ne devenir que l’objet d’un devoir scolaire.

Si le récit lu peut conserver son caractère initiatique, c’est à la condition que sa lecture soit libre de toutes obligations (de toutes questions à répondre).

Le choix du récit lors d’une consultation philosophique sera relié à la question posée par le client et la situation qui en est le contexte. Dans ce cas, nous nous éloignons du dialogue socratique pour nous plonger dans la transmission de la sagesse à l’ancienne.

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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

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Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

L’expression « hystérie de la parole » me plaît car elle reflète fort bien les gens qui parlent beaucoup trop et sans arrêt, qui verbalisent à outrance, souvent en sautant du coq à l’âne ou en se perdant dans moult détails. J’ai déjà interrompu une telle personne en lui disant : « Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées ».


Savoir se taire, savoir parler

Présentation du livre par l’éditeur

Tweets, sms, emails, posts, etc. se multiplient et rebondissent, circulant à une telle vitesse qu’ils deviennent irrattrapables — les agressifs et les toxiques aussi vite relayés que les sympathiques. La facilité et la rapidité avec lesquelles nous pouvons nous exprimer tout autant que l’idée que nous existons que si nous communiquons nous ont fait oublier les vertus du silence. Happés par ce tourbillon compulsif et communicationnel, nous devons réapprendre à nous taire pour redevenir conscients de ce que nous ressentons avant de le dire, pour redonner du poids et de la bienveillance à notre communication , pour ne pas regretter d’avoir parlé . Savoir se taire est la force cachée de la personne qui agit en pleine conscience et sait s’exprimer à bon escient et avec les mots justes .

Source : www.hachette.fr.


Les auteurs de ce livre promeuvent la méditation pleine conscience. J’adhère à l’idée et à la pratique de méditation mais réfute l’idée qu’elle puisse procurer une « pleine conscience » (voir mon article L’impossible pleine conscience).

À cette question de la journaliste « Mais dans la psychothérapie, qui est vraiment «le soin par la parole», quelle évolution notez-vous? », le psychiatre répond :

Nous voyons arriver des patients qui ont «trop de paroles» dans leur tête. Ils s’usent à commenter leur quotidien, ce qui accentue leur anxiété au travail, avec leurs enfants… et favorise les ruminations mentales. Ils se noient dans le discours en oubliant d’être. Je les aide à se libérer de trop de mentalisation. Je leur dis que la vie, c’est comme un match de foot. Elle se vit sur le terrain. Lorsqu’on commente, on se retrouve sur les gradins, loin du jeu. Alors, arrêtons de juger, pour jouer et composer avec ce qui se présente à nous.

Source : Senk, Pascale, Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», Le Figaro (santé), 3 juin 2018.

Le phénomène attire même l’attention dans le domaine du conseil en management. En témoigne, l’article « Comment interrompre une personne qui parle sans arrêt? » signé par Isabelle Lord, présidente de Lord Communication managériale, et publié dans son blog Gestionnaires inspirants sur le site web du magazine québécois Les affaires le 31 mai 2016.

« D’abord, nous dit-elle, il faut savoir pourquoi la personne devant vous n’arrête pas de parler ». Une étape simple mais qui m’apparaît importante puisqu’elle relève deux catégories de personnes, chacune exigeant une intervention donnée.

Est-ce que c’est simplement une personne qui parle toujours beaucoup, peu importe le contexte, une personne du type verbomoteur ? Ou bien c’est quelqu’un à qui vous venez d’annoncer une mauvaise nouvelle ?

Source : Senk, Pascale, Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole», Le Figaro (santé), 3 juin 2018.

Je vous recommande la lecture de cet article pour en savoir plus sur la réaction à mettre en pratique selon le type de personne.

Dans mon livre J’aime penser, on peut lire :

Enfin, pour ne pas manquer de respect à l’autre et à soi-même, il vaut toujours mieux prendre le temps de penser afin d’exposer et d’offrir à l’autre le meilleur de nous-mêmes. La communication avec l’autre exige donc de mûrir ses pensées en son for intérieur comme un bon vin mûrit seul dans son cellier pour gagner à être connu d’un meilleur goût. Pour cela, il faut avoir le goût de penser ou apprendre à aimer la pensée solitaire. Même notre goût de penser doit mûrir pour être en mesure de tirer de la solitude le meilleur d’elle-même. Autrement dit, pour ne pas dire n’importe quoi n’importe comment n’importe quand à l’autre, c’est-à-dire pour ne pas considérer l’autre comme une poubelle où jeter les premières pensées venues, non réfléchies, il faut mûrir dans la solitude : être capable de se retrouver seul face à soi-même pour produire une pensée solitaire intéressante pour soi-même et pour l’autre, sujet de notre prochain chapitre. Au départ, plus on se connaît, moins la solitude nous fait peur; il nous fallait donc voir La pensée différente avant d’aborder La pensée solitaire.

Source : GUAY, Serge-André, J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout chacun se donne raison, essai et témoignage de gouvernance personnelle, Fondation littéraire Fleur de Lys. → Cliquez ici pour télécharger la version PDF gratuite.

En philothérapie, les praticiens dogmatiques du dialogue socratique ne donnent pas libre court à l’expression verbale de leurs clients. La verbalisation ne figure pas au programme de ce type de consultation philosophique. Ils ne permettent pas à leurs clients tentent de revenir sur leurs propos ou de les justifier. Bref, les clients à la recherche d’une oreille attentive et bienfaisante se retrouvent brimés et leurs émotions réprimées.

Or, que ce soit en psychologie ou en philosophie, les émotions jouent un rôle important dans la prise de décision, ce qui inclut la décision de livrer telle ou telle réponse à la question posée au client.

À l’instar de la psychothérapie, la philothérapie se doit de tenir compte du besoin de verbalisation de son client. Évidemment, il ne s’agit pas de laisser le client verbaliser ses idées et ses émotions à outrance. Il faut tout de même permettre une certaine verbalisation qui laisse entrevoir la philosophie et les biais cognitifs du client, sans quoi la séance ne portera pas ses fruits.

Le philothérapeute adepte du dialogue socratique demande souvent à son client de lui soumettre, avant la séance, une question, une seule question, sur laquelle portera le dialogue. À cette question, il est d’usage de demander au client de définir l’objet de sa question. Puis, le philothérapeute questionne son client sur sa réponse. Et en va ainsi d’une réponse à l’autre. Dans ce cas, le client et le philothérapeute ne dialoguent pas. Le philothérapeute ne fait que poser des questions et le client doit se limiter à répondre à ces questions. La séance en est une de questions-réponses, non pas de dialogue.

Dans le cas du dialogue socratique dogmatique, on peut donc dire que le philothérapeute verbalise à outrance en s’affairant à enchaîner rapidement les questions sur les réponses de son client à qui il interdit toute justification, tout retour sur ses réponses et même l’expression de ses émotions, bref, toute verbalisation.

Je crois que cette approche ne parvient pas à donner au client les moyens de développer son esprit critique car elle ne se fonde pas sur un véritable dialogue d’égal à égal.

Platon : 10 anecdotes étonnantes (et révélatrices) sur sa vie par Romain Treffel (1000 idées de culture générale)


Platon : 10 anecdotes étonnantes (et révélatrices) sur sa vie par Romain Treffel (1000 idées de culture générale)

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Le Manuel d’Épictète | Résumé détaillé

Le Manuel d’Épictète | Résumé détaillé

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Image par Gerd Altmann de Pixabay
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Cette impossibilité d’une conscience pleine et entière m’est venue à l’esprit lorsque j’ai porté mon regard sur affiche montrant des enfants victimes de la famine. Si je devais avoir conscience et ainsi ressentir au présent de tous les instants toute la misère du monde, je ne pourrais pas vivre une seconde de plus. Mon corps et mon esprit ne possèdent pas la capacité de survivre à une conscience pleine et entière du monde dans lequel je me trouve.

Quant à la conscience de son corps et de soi, elle ne saurait pas être pleine et entière plus longtemps que celle du monde. Une telle conscience me serait toute aussi insupportable en raison des capacités limitées de mon cerveau. Imaginez avoir une conscience pleine et entière de son corps et de son psychisme, de chaque cellule jusqu’au tréfonds de son ADN, de chaque synapse de son cerveau, de tout son inconscient, de toutes les réactions involontaires de son corps… Je n’ai pas la capacité de gérer une telle connaissance à chaque seconde de ma vie, pas plus que toutes les émotions et les et tous les sentiments qu’elle susciterait.

Aujourd’hui, j’entends parler de « pleine conscience » par la méditation.

La Pleine Conscience (mindfuness en anglais) est la conscience qui se manifeste lorsque l’on porte attention intentionnellement et de manière non jugeante sur l’expérience du moment présent. La Pleine Conscience s’entraîne par la méditation formelle et des pratiques informelles.

Source : Qu’est-ce que la Pleine Conscience ?, Association pour le Développement de la Mindfulness – France – Belgique – Suisse.

Cette définition de la Pleine Conscience nous apprend qu’il est question de méditer en se concentrant sur le moment présent.

La pleine conscience est une pratique laïque de la méditation qui consiste à essayer d’être présent à soi-même en s’offrant des moments de silence et de calme intérieur, pour juste être là, simplement là, curieux de l’instant présent, sans jugement ni commentaire afin d’harmoniser le corps et l’esprit. Pratiquer la pleine conscience ne consiste pas à ne pas penser mais juste être conscient de ses pensées, de faire la différence entre soi et ses pensées, ne pas rester accrocher à elles pour être capable de les laisser filer et s’éviter des temps de rumination. Il s’agit de distinguer les pensées qui nous sont utiles et celles qui ne le sont pas. En effet, notre organisme produit des pensées comme nous produisons de la salive, de l’urine… Méditer, c’est prendre conscience, en musclant ses capacités d’observation de notre intériorité et de ce qui nous entoure, que nous ne sommes pas nos pensées comme nous ne sommes pas notre salive ni notre urine. Pour garder cette image crue, lorsque nous allons aux toilettes, nous tirons la chasse d’eau et nous allons dans une autre pièce. Faisons de même dans notre tête et tirons la chasse sur certaines pensées pour parfois sortir de notre mental et s’ouvrir à l’expérience du présent, en se connectant à nos sens, contempler la vie et la regarder non pas comme une suite de problème mais comme un coucher de soleil.

Source : Vivre en pleine conscience,  Jean-Christophe Seznec, Médecin, consultant, conférencier, blogueur et auteur.

Je retiens de cette citation qu’il s’agit d’essayer d’être présent à soi-même et de faire la différence entre soi et ses pensées. Aussi, l’usage du qualificatif laïque est rendu nécessaire pour prendre ses distances face à l’origine religieuse de la pratique, le bouddhisme.

Pour les derniers irréductibles qui n’en auraient pas entendu parler, la mindfulness ou « pleine conscience » en français est une technique de méditation, initialement inspirée du bouddhisme. Elle consiste à se recentrer sur ses propres pensées, ses propres actions et motivations et donc à en prendre « pleinement conscience ».

Source : Méditation et pleine conscience, GEMPPI – Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en Vue de la Protection de l’Individu.

Une question se pose : La pleine conscience ne confine-t-elle pas à une forme d’égoïsme et d’éloignement des réalités de l’autre ?

Le risque narcissique existe, estime Carlo Luyckx, président de l’Union Bouddhique Belge : « Le danger est que la pleine conscience suive le même chemin que le yoga : tout le monde en fait, mais pourquoi ? Si on commence à utiliser la méditation uniquement pour soi-même, pour être plus concentré, plus efficace, on perd la motivation altruiste et philosophique qui fonde cette technique… »

Source : Méditation et pleine conscience, GEMPPI – Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en Vue de la Protection de l’Individu.

Répondre à l’invitation de méditer sur soi ne conduira pas nécessairement au bonheur dans le moment présent. En fait, c’est le contraire, les gens heureux ne sont pas concentrés sur eux-mêmes mais sur les autres, sur l’action partagée avec les autres autres, bref, sur l’extérieur. L’exemple est donnée de ces gens qui, jouant aux cartes, s’amusent et laissent voir tout le bonheur du moment. Les joueurs ne sont pas concentrés sur eux-mêmes mais sur les autres joueurs et la partie de cartes en cours. Chacun des joueurs trouvent ainsi son bonheur dans le moment présent.

Aussi, se couper de l’autre en se concentrant sur soi par la médiation de type Pleine conscience du moment présent, ne nous permet de donner à l’autre l’occasion de mieux nous connaître. C’est dans les yeux de l’autre, dans le dialogue avec l’autre, que nous pouvons vraiment nous connaître.

Si je reconnais que la méditation permette de relaxer, de diminuer le stress, de lutter contre l’anxiété, de réguler nos émotions, etc., je questionne l’idée d’une pleine conscience du moment présent. Pour acquérir une telle conscience, il est conseillé de diriger notre attention sur nos pensées, nos émotions et nos sensations corporelles, et ce, sans les juger.

La pleine conscience est souvent comparée au stoïcisme, notamment à Marc-Aurèle ou à Épictète, pour leur philosophie du bonheur. Les deux sont effectivement proches.

L’état de pleine conscience est une façon concrète de ne pas nourrir de jugements négatifs ou des refus de la vie telle qu’elle se présente. Elle permet ainsi d’éviter ou de réduire des émotions de colère, de tristesse et de peur destructrices pour réorienter notre attention vers des perspectives plus constructives.

Cette conscience du jugement et de son effet se retrouve chez Épictète par exemple :

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. » Épictète

Source : Fabien Devaugermé, Centre de Pleine Conscience, Epictète et la pleine conscience du jugement et de son effethttps://www.centrepleineconscience.fr/meditation-pleine-conscience-mbsr/epictete-pleine-conscience-jugements-inutiles.

En fait, s’agit de se calmer pour prendre du recul et observer ce qui se passe en soi. Si on y parvient, on dira que nous avons alors une pleine conscience du moment présent. Encore là, une pleine conscience du moment présent m’apparaît impossible parce qu’elle paralysera l’observateur et limitera sa capacité d’observation. Cependant, je comprends fort bien ceux et celles qui luttent contre « l’esprit de singe » avec la méditation.

Dans le monde d’aujourd’hui, il n’est pas toujours facile de prendre conscience du moment présent. Nous sommes exposés à de nombreuses distractions comme les appareils électroniques qui font en sorte que nous n’accordons pas toute notre attention à ce que nous faisons ou aux personnes qui nous entourent. De plus, il nous arrive d’attacher trop d’importance au passé ou de nous inquiéter de l’avenir. Notre esprit passe d’une pensée à une autre. C’est ce qu’on appelle « l’esprit de singe », car c’est comme si un groupe de singes sautait et criait dans notre tête pour attirer notre attention. La pleine conscience peut nous aider à maîtriser notre esprit de singe. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est simple et facile de pratiquer la pleine conscience.

Source : eSanteMentale.ca, L’a b c de la pleine conscience, (eSantéMentale.ca est une initiative à but non lucratif de l’hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO) qui se consacre à améliorer la santé mentale des enfants, des jeunes et de leurs familles.).

Je ne connaissais pas le terme « esprit de singe » avant cette recherche sur la pleine conscience. Apparemment, il fut utilisé à l’origine par le Bouddha.

Et voici un article pour qui souhaite dompter son « esprit de singe » : 3 étapes importantes pour entraîner votre esprit de singe fou, Entreprise Prévention.

Je comprends l’invitation à la méditation lancée à une personne au prise avec un « esprit de singe ». Personnellement, lorsque mes pensées sautent du coq à l’âne, comme un singe d’une branche à l’autre puis d’un arbre à l’autre, je prends le contrôle et je décide et je dirige moi-même de mes pensées. Est-ce que je dois avouer qu’une pause s’impose avant tout pour prendre le contrôle ? Oui, et si cette pause est une méditation, je peux vous dire qu’elle ne se passe pas en silence. J’en profite pour engueuler mon esprit avec détermination et je le ramène à l’ordre. Que mon esprit trotte d’une pensée à l’autre, ça ne me dérange pas. C’est même profitable à mon imagination et ma créativité. Mais quand mon esprit prend le mors aux dents et m’empêche, par exemple, de trouver le sommeil, je tire brusquement sur la bride.

Parfois, je dois aussi vous le confesser, je laisse mon « esprit se singe » entièrement libre en posant comme son acteur préféré de mon malheur. C’est risqué, très risqué. « L’esprit de singe » a la fâcheuse habitude de me tirer vers le bas, comme si je venais de tomber dans un trou noir.

Il n’y a pas si longtemps, mon médecin a décelé chez moi un besoin de verbaliser et il me référa à une jeune travailleuse sociale. Elle m’a dit, tout bonnement : « Mais pourquoi, monsieur Guay, ne faites vous pas un pas plus long pour éviter les trous ». La simplicité de ce conseil m’a frappé. Je n’y avais pas pensé. Et c’est ce que je fais maintenant. Heureusement, je reconnais tous les trous que je rencontre sur mon chemin. Depuis le temps, devant un trou, je sais qu’il y aura une descente aux enfers, une malaise émotionnelle et intellectuelle grave. Au lieu d’y sombrer, je l’enjambe. Il n’est pas question de m’asseoir auprès du trou et de méditer sur le moment présent, je poursuis mon chemin en l’évitant.

Une pleine conscience ? Je n’y crois. J’ai une définition de la conscience fort différente de celle des adeptes de la pleine conscience. Je crois en une conscience universelle, partagée par tous les Hommes, au plus profond eux-mêmes. Mais je crois pas que nous puissions avoir une pleine conscience de la conscience universelle. Elle nous serait insupportable, car au-delà de nos limites. En revanche, je crois que nous pouvons la visiter en soi. Elle nous procure alors une certaine plénitude (définition : État de ce qui est complet, dans toute sa force). À ce stade, ce n’est qu’une simple croyance bien personnelle en attendant la science. Enfin, je me demande si l’Univers est conscient de lui-même. Je viens de lire une réponse stipulant que l’Univers trouve sa conscience en nous, en l’Homme.

Serge-André Guay, le 11 août 2022.

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.


Qu’est-ce que le dialogue socratique ?

Dialogue socratique, Wiki-TEDia, Université TÉLUQ, Réseau Université du Québec.

Le dialogue socratique est une stratégie qui s’appuie sur l’interrogation et dont le but est de stimuler la pensée critique de l’apprenant, en l’amenant à prendre conscience de ce qu’il sait implicitement, puis de l’exprimer et de le juger. Cette stratégie situe l’apprenant au centre de son apprentissage. Le dialogue socratique est particulièrement efficace pour soutenir l’apprentissage des concepts par des questions dirigées et des analogies, conçues pour susciter l’intérêt de l’apprenant, qu’il soit novice ou expert. Le dialogue socratique, par sa logique inductive, favorise spécialement le développement des connaissances métacognitives.

Source : Résumé introductif, Dialogue socratique, Wiki-TEDia, Université TÉLUQ, Réseau Université du Québec.

Le dialogue socratique est donc un dialogue particulier qui comporte un certain nombre d’éléments clés (Schiller, id.). Il débute avec une opinion ou une affirmation faite par l’apprenant. L’enseignant intervient par la suite en posant des questions qui orientent l’apprenant vers une réflexion critique portant sur l’opinion qu’il a préalablement formulée. En répondant à ces questions, l’apprenant identifie certaines incohérences dans son raisonnement; il les corrige et améliore ses réponses, aboutissant ainsi à une opinion différente de la première. Par conséquent s’ils réussissent, les élèves finissent par mieux comprendre le sujet. Ils seront débarrassés des idées fausses ou erronées et seront donc prêts à chercher de meilleures idées pour les remplacer (Schiller, 2008). Cette opinion se distingue de la première parce qu’elle découle d’un examen critique.

Source : Description, Dialogue socratique, Wiki-TEDia, Université TÉLUQ, Réseau Université du Québec.


La lecture de ces définitions théoriques du dialogue socratique ne laisse pas entrevoir de problèmes avec les biais cognitifs. Cependant, en pratique, il en va tout autrement lorsque le dialogue devient dogmatique, c’est-à-dire purement et essentiellement méthodique, ce qui implique de limiter à sa plus simple expression la verbalisation et à réprimer les émotions du client en consultation.


Se confronter à nos propres pensées

D’où vient la théorie de la confrontation des idées ?

Socrate, à travers des questionnements logiques, essayait d’analyser les arguments de ses interlocuteurs dans le but de démontrer s’ils étaient logiques ou déraisonnables.

S’ils ne s’appuyaient pas sur un raisonnement logique, les pensées des personnes questionnées par Socrate finissaient par se contredire. Elles devaient alors admettre un autre point de vue, plus logique et plus rationnel.

Source : Se confronter à nos propres pensées, Nos pensées.


Le dialogue socratique dans son objectif de confrontation de nos idées à l’aide d’un philothérapeute demeure constructif. Mais lorsque le philosophe consultant s’adonne à une application dogmatique du dialogue socratique, il engendre une confrontation directe avec son client, ce ne sont plus les idées et les arguments du client qui se retrouvent au cœur de la discussion mais plutôt la procédure elle-même, les émotions et les attitudes de l’un et l’autre. D’une telle application dogmatique peut resurgir un conflit de personnalité entre le philothérapeute et son client. L’élément manquant, c’est l’empathie.

 »Je ne montre pas d’empathie »

Il est très tentant ici d’écouter la voix des sirènes et d’aider Aline, de la consoler, de lui faire sentir qu’elle n’est pas stupide, que ses intuitions sont justes etc. Mais ce n’est pas mon travail ! Je ne confirme ni n’infirme ce que dit Aline. Je ne montre pas d’empathie, je ne dis pas «hum » ni ne donne des signes d’approbation. La seule chose que je fais c’est l’encourager à penser plus loin en ajoutant « OK » à quelques reprises avant de formuler ma question suivante.

Source : KRISTOF VAN ROSSEM, LE DIALOGUE SOCRATIQUE EN PRATIQUE.


(…)  »ne pas répondre avec empathie » (…)

Comment fonctionne le débat socratique ?

Le style socratique peut être résumé en cinq mouvements ou aptitudes.

3. Écouter

Écouter ce qui est dit littéralement, ne pas interpréter, ne pas paraphraser, ne pas répondre avec empathie, contenir votre tendance à aider (‘Voulez-vous dire que…?’, ‘Est-ce que je vous comprends bien si…?’). Accepter les avis et les arguments tels qu’ils sont exprimés.

Source : n’GO n°27, Echos Communication.


Lors d’une consultation philosophique individuelle, les deux interlocuteurs, le philothérapeute et son client, doivent se mettre d’accord au préalable sur le déroulement du dialogue et l’objectif. Bernard Cretin, ingénieur, consultant et diplômé en philosophie, membre de l’INSTITUT D’ETHIQUE CONTEMPORAINE, précise qu’«une attitude éthique qui doit préexister au dialogue, attitude de confiance et de bienveillance à l’égard d’autrui».

 »Le dialogue socratique ne se résume donc pas à une simple méthodologie de l’interrogation »

L’exigence éthique comme condition du dialogue

Le dialogue socratique se fonde donc sur cet accord entre interlocuteurs, qui, prêts à remettre en questions leurs opinions et leurs croyances, acceptent ainsi que celles-ci soient réfutées par les autres, et en réponse acceptent de réfuter les opinions des autres. Cet accord entre interlocuteurs traduit donc une attitude éthique qui doit préexister au dialogue, attitude de confiance et de bienveillance à l’égard d’autrui.

Il y a donc, dans le dialogue socratique, réciprocité entre mise à l’épreuve d’autrui et mise à l’épreuve de soi-même, l’une ne va pas sans l’autre. Mais cette réciprocité n’est pas toujours assumer, et tout dialogue n’est donc pas « socratique ». En effet interroger l’autre pour détruire ses arguments et ainsi ruiner ses opinions, peut sembler facile à certains qui savent manier la rhétorique et qui de fait ne s’interrogent pas sur eux-mêmes. Lorsque la critique des autres est ainsi déconnectée de la critique de soi, lorsque la mise en questions des opinions des autres ne s’appuie pas sur la mise en questions de ses propres opinions, c’est-à-dire sur l’exigence éthique, alors le dialogue est rompu.

Mise à l’épreuve des autres et mise à l’épreuve de soi-même ne sont ainsi indissociables que par l’exigence éthique qui sous-tend cette dernière et que Socrate résume dans la célèbre formule : «Une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue.».

Le dialogue socratique ne se résume donc pas à une simple méthodologie de l’interrogation, car il est lié, par l’examen de soi-même qu’il suppose, à la recherche du bien et de la vertu, c’est-à-dire à l’exigence éthique.

Source : Cretin, Bernard, Philosophie, éthique, politique : du dialogue socratique au débat citoyen.


Un tel dialogue exige donc de l’empathie. Être capable de se mettre à la place de l’autre, et ce , en tout respect de l’autre. Le client d’une philothérapeute n’exprime jamais une simple théorie en réponse aux questions. Un vécu sous-tend chacune de ses réponses et doit être pris en compte par le philosophe consultant. Dans le dialogue socratique dogmatique, le consultant praticien revient constamment à la charge en coupant son client.


 »Si vous le coupez tout le temps, il ne peut pas développer son point de vue » (…)

Cela consiste à discuter avec l’autre : discuter, sans débattre, sans chercher à rien prouver. Je ne vous cache pas que ça demande quelques efforts. Vous devez restez concentré sur votre tâche : aider votre interlocuteur à exprimer clairement la manière dont il arrive à sa vision des choses. Si vous le coupez tout le temps, il ne peut pas développer son point de vue et en réalité vous n’avez pas connaissance de ce sur quoi reposent ses convictions.

Mais pire : votre interlocuteur lui-même n’a peut-être pas cette information, et sans elle il ne peut pas aisément douter de ce qu’il croit car il ne peut pas savoir quel type d’information est susceptible de lui prouver qu’il pourrait avoir tort.

A minima, il faut faire comprendre à la personne que celui qui n’est pas capable de changer d’avis et qui n’a pas la science infuse est condamné à l’erreur.

Source : Lecomte, Julien, Comment dialoguer de manière constructive ? Philosophie, médias et société (citant l’article sur la « Débunkage et entretien épistémique – Le PdlT #3 »  de Thomas C. Durand, La Menace Théoriste).


Couper son client à chacune de ses réponses éveille ses mécanismes de défense. « Il ne veut pas m’écouter, comment comprendra-t-il ce que je dis ». Le philosophe consultant devient vite un adversaire plutôt qu’un partenaire avec lequel je converse d’égal à égal. Thomas C. Durand enchaîne :


Bien sûr, ce n’est pas vraiment une méthode nouvelle, car déjà la maïeutique de Socrate consistait en cela : amener votre interlocuteur devant ses propres contradictions, devant les limites de ses connaissances actuelles. En constatant lui-même les anomalies de sa méthode, il vous verra moins comme un adversaire que comme un partenaire dans l’examen des raisons pour lesquels il croit ce qu’il croit. Si vous réussissez à maintenir le dialogue, vous ne faites qu’accompagner l’autre vers l’apprivoisement de ses doutes. Et même si c’est difficile pour vous, c’est l’autre qui fait le plus gros du travail, c’est pour lui que c’est le plus dur, et le résultat sera durable. Alors un peu de patience.

Source : Lecomte, Julien, Comment dialoguer de manière constructive ? Philosophie, médias et société (citant l’article sur la « Débunkage et entretien épistémique – Le PdlT #3 »  de Thomas C. Durand, La Menace Théoriste).


À ce stade, il nous faut parler d’empathie affective et d’empathie cognitive puisque les deux s’avère nécessaires à toute consultation philosophique, pour ne pas dire à toute discussion.


L’aptitude à l’empathie affective

Il s’agit de l’aptitude à reconnaitre, à être sensible aux états émotionnels d’autrui, et à les partager en y répondant de manière appropriée (Batchelder 2017). Cette aptitude repose sur diverses capacités :

  • identifier les expressions faciales, mouvements, postures, et vocalisations d’autrui,

  • reconnaître à quelle émotion ces expressions correspondent,

  • activer dans son propre cerveau cette même émotion, ce qui entraine les réponses des systèmes autonomes et somatiques correspondantes (Bird 2014).

Quand nous voyons la douleur, le plaisir, ou des émotions ressenties par un autre humain, les circuits neuronaux activés dans notre cerveau sont ceux qui sont activés lorsque nous faisons nous mêmes l’expérience directe de ces états émotionnels. (Marsh, 2018)

L’empathie affective peut être modulée par nos pensées, croyances, et intentions (Lamm & al., 2007). Elle peut donc évoluer au cours de la vie en fonction des impacts sociaux-culturels et du développement personnel.

L’aptitude à l’empathie cognitive

L’empathie cognitive (appelée aussi « mentalisation », ou « théorie de l’esprit ») consiste à comprendre la perspective d’autrui en adoptant son point de vue. Elle implique :

  • la capacité de juger et de comprendre les intentions d’autrui, 

  • celle d’inférer ce que les autres pensent à travers l’observation des postures et mimiques d’autrui et surtout de la direction de son regard.

  • C’est cette composante qui manque le plus aux personnes souffrant de troubles du spectre autistique. A contrario, leur empathie affective est souvent intacte.

Cette empathie a des effets positifs sur le bien-être, la compréhension des rapports humains et sur la tendance à l’action (Powell, 2018).

Source : Laroque, Fabienne Laroque, Empathie et manque d’empathie, Lucyetic.


Un analyse fine des réponses du client repose sur l’empathie du philosophe praticien. Et ce n’est qu’avec cette empathie que ce philothérapeute pourra déceler les biais cognitifs qui faussent les jugements de son client.


L’ENCYCLOPÉDIE PHILOSOPHIQUE

Biais cognitifs (A)

Les biais cognitifs, parfois aussi appelés « illusions cognitives », sont un ensemble d’erreurs de raisonnement qui diffèrent du simple oubli ou de l’erreur de calcul. Les biais cognitifs sont observables lorsque, dans une certaine situation, un sujet commet une erreur de raisonnement en recourant à une heuristique plutôt qu’à une loi logique et forme ainsi une croyance injustifiée, voire fausse. Ici on entend « raisonnement » au sens large, c’est-à-dire, théorique ou pratique, conscient ou inconscient. Bien que les biais cognitifs soient principalement discutés en psychologie (psychologie du jugement et de la prise de décision, et en psychologie du raisonnement et en psychologie cognitive), cette entrée propose de contribuer à une meilleure compréhension des biais cognitifs en tant qu’objet d’étude philosophique.

D’un point de vue philosophique, les biais cognitifs soulèvent des questions d’ordre ontologique et épistémologique, qui touchent à la nature de notre cognition et de notre rationalité. La nature des biais cognitifs est le plus souvent définie comme des tendances à produire des croyances ou des jugements erronés en vertu du fait qu’ils violent certaines règles de raisonnement. Néanmoins, la question de savoir si ces tendances sont intrinsèques ou extrinsèques à la cognition est parfois débattue et touche à la question plus générale de la nature de la rationalité. Une autre question qui suscite un certain intérêt chez les philosophes concerne ce qui est couramment appelé « biais implicite » ou « attitude implicite ». En plus d’être une tendance à commettre des erreurs de raisonnement de type particulier, les attitudes implicites impliquent également des erreurs de bienséance sociale et, ultimement, morales. Il n’est pas toujours rendu clair si les biais cognitifs et les attitudes implicites doivent être traités comme des catégories complètement distincte ou au contraire si ces deux catégories d’erreurs doivent être traités comme parentes. (Lire la suite)

Source : van Loon, Marie (2018), «Biais cognitifs (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, consulté le 5 août 2022, https://encyclo-philo.fr/biais-cognitifs-a


Le bout par lequel nous pouvons prendre conscience d’une part du conditionnement de notre liberté de penser se trouve dans nos biais cognitifs. Le « cognitif » concerne « l’acquisition de connaissances ». Le « biais cognitif » est une « distorsion dans le traitement d’une information, susceptible de fausser le raisonnement et le jugement. » (Dictionnaire Le Robert) Par exemple, un préjugé est un biais cognitif. On peut aussi parler d’erreurs de raisonnement.


Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

Trois autres définitions

Un biais cognitif est un réflexe de pensée faussement logique, inconscient, et systématique. Ancrés au fin fond de notre cerveau, les biais cognitifs tordent la réalité en l’analysant avec des raisonnements irrationnels et illogiques. A l’origine, leur fonction est de permettre à notre cerveau d’économiser du temps et de l’énergie en développant des raccourcis mentaux. Mais dans la complexité de notre monde moderne, cette flemmardise cérébrale s’est retournée contre nous. Sournoisement, ils nous poussent à prendre des décisions insensées !

Source : Biais cognitifs : comment notre cerveau nous manipule-t-il ? Sciences et Avenir.

Un biais cognitif est une déviation dans le traitement cognitif d’une information. Le terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. Les biais cognitifs conduisent le sujet à accorder des importances différentes à des faits de même nature et peuvent être repérés lorsque des paradoxes ou des erreurs apparaissent dans un raisonnement ou un jugement.

Source : Biais cognitif, Wikipédia.

Biais cognitif : distorsion dans le traitement d’une information, susceptible de fausser le raisonnement et le jugement.

Source : Biais, biais cognitifs, Dictionnaire Le Robert.

Source : van Loon, Marie (2018), «Biais cognitifs (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, consulté le 5 août 2022, https://encyclo-philo.fr/biais-cognitifs-a


Liste de biais cognitifs

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
  6. L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
  7. L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  8. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  9. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  10. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  11. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  12. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


Les biais cognitifs peuvent être organisés en quatre catégories : les biais qui découlent de trop d'informations, pas assez de sens, la nécessité d'agir rapidement et les limites de la mémoire. Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3) Modèle Organisationnel: Buster Benson.
Les biais cognitifs peuvent être organisés en quatre catégories : les biais qui découlent de trop d’informations, pas assez de sens, la nécessité d’agir rapidement et les limites de la mémoire. Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3) Modèle Organisationnel: Buster Benson. Source : Wikipédia. This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Télécharger ce tableau en format PDF.


L’attitude et l’empathie du consultant philosophe aideront ce dernier à reconnaître les biais cognitifs de son client pour l’en informer et l’inciter à prendre action dans le dialogue en cours. Dans cet optique, le consultant philosophe doit être un fin psychologue.

Serge-André Guay,
Observatoire québécois de la philothérapie

6 août 2022


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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir – Le voyage – Il n’y a de repos que pour celui qui cherche – Il n’y a de repos que pour celui qui trouve – Tout est toujours à recommencer – Mais dites-moi encore où trouver le chemin – Que je ne cherche plus et que j’aille plus loin – …

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.