Spécialiste reconnu de la philosophie hellénistique et de Pierre Hadot (dont il a co-traduit des textes en anglais), professeur agrégé de philosophie à l’Université Deakin (Australie).
Michael Ure
Chercheur à l’Université Monash (Australie), spécialiste de Nietzsche, du stoïcisme et de la philosophie thérapeutique.
Traduction du l’anglais au français par Gemini Google
Dans cette toute première introduction à la philosophie comme manière de vivre au sein de la tradition occidentale, Matthew Sharpe et Michael Ure nous guident à travers l’histoire de cette idée, de Socrate et Platon jusqu’à Schopenhauer, Nietzsche, Foucault et Hadot, en passant par les penseurs du Moyen Âge, de la Renaissance et des Lumières. Ils examinent les différents types d’exercices pratiques recommandés par chaque auteur pour muer leur philosophie en modes de vie.
Philosophy as a Way of Life se penche également sur le récent regain d’intérêt pour la philosophie en tant que réalité pratique et vécue, tout en montrant pourquoi cette tradition antique conserve une telle pertinence et une telle force dans le monde contemporain.
Texte original en anglais
In this first ever introduction to philosophy as a way of life in the Western tradition, Matthew Sharpe and Michael Ure take us through the history of the idea from Socrates and Plato, via the medievals, Renaissance and Enlightenment thinkers, to Schopenhauer and Nietzsche, Foucault and Hadot. They examine the kinds of practical exercises each thinker recommended to transform their philosophy into manners of living.
Philosophy as a Way of Life also examines the recent resurgence of thinking about philosophy as a practical, lived reality and why this ancient tradition still has so much relevance and power in the contemporary world.
Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
1. Le résumé éditorial (Blurb)
« Dans cette toute première introduction à la philosophie comme manière de vivre au sein de la tradition occidentale, Matthew Sharpe et Michael Ure nous guident à travers l’histoire de cette idée, de Socrate et Platon jusqu’à Schopenhauer, Nietzsche, Foucault et Hadot, en passant par les penseurs du Moyen Âge, de la Renaissance et des Lumières. Ils examinent les différents types d’exercices pratiques recommandés par chaque auteur pour transformer leur philosophie en modes de vie.
Philosophy as a Way of Life se penche également sur le récent regain d’intérêt pour la philosophie en tant que réalité pratique et vécue, tout en montrant pourquoi cette tradition antique conserve une telle pertinence et une telle force dans le monde contemporain. »
2. Éloges et critiques (Endorsements)
« Non pas de simples arguments, mais un appel à un mode de vie : telle est la vision de la philosophie retracée dans cet ouvrage, de Socrate à Nietzsche et Foucault. Inspirés par les travaux de Pierre et Ilsetraut Hadot, les auteurs proposent pour la toute première fois une histoire alternative qui rend pleinement justice à la promesse transformatrice de la philosophie. »
— David Konstan, professeur de lettres classiques, New York University, États-Unis
« Je recommande vivement cet ouvrage. Il offre une plongée d’une richesse et d’une perspicacité exceptionnelles au cœur de ce que signifie envisager la philosophie comme un mode de vie — et non comme un simple objet d’étude abstraite. Au fil des pages, il met en valeur non seulement de grandes figures de la philosophie, mais également des penseurs et des traditions méconnus ou sous-estimés, le tout avec maîtrise, clarté et un sens subtil du détail. Un livre remarquable et d’une grande importance. »
— Stephen Grimm, professeur de philosophie, Fordham University, États-Unis
« Sharpe et Ure se sont attelés à une tâche immensément ambitieuse et l’ont menée à bien de façon admirable. Ils livrent une étude riche et captivante, portant à la fois sur le concept et sur l’histoire de la philosophie comprise comme manière de vivre. Ce livre est incontestablement voué à devenir un point de référence incontournable pour tout débat futur sur ce sujet ; il mérite également d’être lu par quiconque s’intéresse à l’histoire de la philosophie ainsi qu’au concept même de la démarche philosophique. »
— John Sellars, Reader en philosophie, Royal Holloway, University of London, Royaume-Uni
Texte original en anglais
1. Le résumé éditorial (Blurb)
« In this first ever introduction to philosophy as a way of life in the Western tradition, Matthew Sharpe and Michael Ure take us through the history of the idea from Socrates and Plato, via the medievals, Renaissance and Enlightenment thinkers, to Schopenhauer and Nietzsche, Foucault and Hadot. They examine the kinds of practical exercises each thinker recommended to transform their philosophy into manners of living.
Philosophy as a Way of Life also examines the recent resurgence of thinking about philosophy as a practical, lived reality and why this ancient tradition still has so much relevance and power in the contemporary world. »
2. Éloges et critiques (Endorsements)
« Not just arguments but a call to a way of life – this is the vision of philosophy that is traced in this book, from Socrates to Nietzsche and Foucault. Inspired by the work of Pierre and Ilsetraut Hadot, the authors offer for the first time an alternative history that gives philosophy’s transformative promise its due. » — David Konstan, Professeur de lettres classiques, New York University, États-Unis
« I highly recommend this book. It offers an extraordinarily rich and insightful dive into what it means for philosophy to be a way of life—not simply an object of abstract study. Along the way, it showcases not only many giants of philosophy, but also neglected and underappreciated figures and traditions, all with skill, subtle attention to detail, and clarity. A very impressive and important work. » — Stephen Grimm, Professeur de philosophie, Fordham University, États-Unis
« Sharpe and Ure have undertaken a hugely ambitious task and they have completed it admirably. They have produced a rich and fascinating study of both the concept and the history of philosophy understood as a way of life. It must surely become a standard point of reference in any future discussions of this topic but it also deserves to be widely read by anyone interested in the history of philosophy and in the very concept of philosophy itself. » — John Sellars, Reader en philosophie, Royal Holloway, University of London, Royaume-Uni
Table des matières
Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
Table des matières
Introduction
Partie 1 : Les Anciens
Ch. 1. Socrate et l’émergence de la philosophie comme manière de vivre 1.1 L’atopia de Socrate 1.2 Une exception fondatrice 1.3 Socrate contre les sophistes 1.4 L’élenchos comme exercice spirituel 1.5 Le soin de la psyché 1.6 Le sage et les paradoxes socratiques 1.7 L’héritage socratique
Ch. 2. L’épicurisme : la philosophie comme manière de vivre divine 2.1 Introduction 2.2 L’épicurisme comme manière de vivre, thérapie et pratique d’écriture 2.3 Le repli sur soi : contre les opinions vaines, les désirs non naturels et non nécessaires 2.4 La réévaluation épicurienne du bonheur, du plaisir et du bien 2.5 Les dieux et la figure du sage 2.6 Le quadruple remède (tétrapharmakos) et la physique comme exercice spirituel 2.7 Les exercices spirituels dans le Jardin 2.7′ Critiques
Ch. 3. Le stoïcisme : la philosophie comme art de vivre 3.1 Sagesse, connaissance des choses humaines et divines, et art de vivre 3.2 La filiation socratique : dialectique, passions et suffisance de la vertu 3.3 De Musonius Rufus à Sénèque 3.4 Les Entretiens parénétiques d’Épictète et son Manuel 3.5 Les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle (Ta Eis Heauton)
Ch. 4. Les platonismes comme manières de vivre 4.1 Introduction : les platonismes 4.2 D’Arcésilas au pyrrhonisme : le scepticisme comme mode de vie 4.3 Cicéron : le philosophe comme rhéteur et médecin de l’âme 4.4 Le mysticisme philosophique de Plotin 4.5 Boèce et la fin de la philosophie antique
Partie 2 : Médiévaux et Modernes naissants
Ch. 5. La philosophie comme manière de vivre au Moyen Âge 5.1 Du christianisme comme « philosophie » 5.2 La philosophia monastique et la christianisation des exercices spirituels 5.3 La scolastique, la théorisation de la philosophia et l’ascendant de la dialectique 5.4 Courants contraires : d’Abélard au Convivio de Dante
Ch. 6. La Renaissance de la philosophie comme manière de vivre 6.1 La philosophie, les humanistes et l’essor de la rhétorique 6.2 Les remèdes de l’esprit christiano-stoïciens de Pétrarque 6.3 Montaigne : l’essayiste comme philosophe 6.4 Le néostoïcisme de Juste Lipse
Ch. 7. Cultura animi dans la première modernité philosophique 7.1 La fin de la PMV (encore une fois) ? 7.2 Francis Bacon : les Idoles et les Géorgiques de l’esprit 7.3 De Descartes, la Méthode et les Méditations
Ch. 8. Figures du philosophe dans les Lumières françaises 8.1 « Le philosophe » 8.2 Voltaire et le point de vue de Sirius 8.3 Diderot et son Sénèque
Partie 3 : Les Modernes
Intermède : Le conflit du XIX? siècle entre PMV et philosophie universitaire
Ch. 9. Schopenhauer : la philosophie comme issue hors de la vie 9.1 Introduction 9.2 La philosophie contre la sophistique (à nouveau) 9.3 Deux vivats pour le stoïcisme 9.4 Le Saint contre le Sage 9.5 Le salut schopenhauerien
Ch. 10. Nietzsche : la philosophie comme retour à la vie 10.1 Introduction 10.2 Les considérations métaphilosophiques de Nietzsche 10.3 La philosophie de Nietzsche comme exercice spirituel 10.4 L’exercice spirituel nietzschéen : l’éternel retour 10.5 Conclusion
Ch. 11. La réinvention par Foucault de la philosophie comme manière de vivre 11.1 L’héroïsme philosophique : les cyniques selon Foucault 11.2 La réinvention foucaldienne de la philosophie comme manière de vivre 11.3 La généalogie comme exercice spirituel 11.4 Conclusion
Conclusion
La PMV aujourd’hui
Histoire, déclins et renaissances
Critiques
Quel avenir pour la PMV ?
Texte original
Table of Contents
Introduction
Part 1: The Ancients Ch. 1. Socrates and the Inception of Philosophy as a Way of Life 1.1 the atopia of Socrates 1.2 a founding exception 1.3 Socrates contra the Sophists 1.4 the elenchus as spiritual exercise 1.5 care of the psyche 1.6 the sage and the Socratic paradoxes 1.7 the Socratic legacy
Ch. 2. Epicureanism: Philosophy as a Divine Way of Life 2.1 Introduction 2.2 Epicureanism as way of life, therapy, and of writing 2.3 the turn inwards: against empty opinions, unnatural and unnecessary desires 2.4 Epicurus’ revaluation of happiness, pleasure and the good 2.5 the gods and the figure of the sage 2.6 the four-fold cure, and physics as spiritual exercise 2.7 spiritual exercises in the garden 2.7` Criticisms
Ch. 3. Stoicism: Philosophy as the Art of Living 3.1 Wisdom, knowledge of things human and divine, and an art of living 3.2 The Socratic lineage: dialectic, the emotions, and the sufficiency of virtue 3.3 From Musonius Rufus to Seneca 3.4 Epictetus’ Paranetic Discourses, and his Handbook 3.5 Marcus Aurelius’ Meditations (Ta Eis Heauton) Ch. 4. Platonisms as Ways of Life 4.1 Introduction: Platonisms 4.2 From Arcesilaus to Pyrrhonism: scepticism as a way life 4.3 Cicero: the philosopher as rhetorician and physician of the soul 4.4 Plotinus’ philosophical mysticism 4.5 Boethius and the end of ancient philosophy
Part 2: medievals and early moderns Ch. 5. Philosophy as a way of life in the middle ages 5.1 On Christianity as “philosophy” 5.2 Monastic philosophia, and the Christianisation of spiritual exercises 5.3 Scholasticism, the theoreticisation of philosophia, & the ascendancy of dialectic 5.4 Counter-strains: from Abelard to Dante’s Il Convivio
Ch. 6. The Renaissance of Philosophy as a Way of Life 6.1 Philosophy, the humanisti, and the ascendancy of rhetoric 6.2 Petrarch’s Christian-Stoic medicines of the mind 6.3 Montaigne: The essayist as philosopher 6.4 Justus Lipsius’ Neostoicism
Ch. 7. Cultura Animi in Early Modern Philosophy 7.1 The end of PWL (again)? 7.2 Francis Bacon: the Idols and the Georgics of the mind 7.3 On Descartes, Method and Meditations
Ch. 8. Figures of the philosophe in the French enlightenment 8.1 “The philosophe” 8.2 Voltaire and the view from Sirius 8.3 Diderot and his Seneca
Part 3: the moderns Interlude: The Nineteenth Century Conflict between PWL and University Philosophy
Ch. 9. Schopenhauer: Philosophy as the Way Out of Life 9.1 Introduction 9.2 Philosophy against sophistry (again) 9.3 Two cheers for Stoicism 9.4 The Saint versus the Sage 9.5 Schopenhauerian salvation
Ch. 10. Nietzsche: Philosophy as the Return to Life 10.1 Introduction 10.2 Nietzsche’s metaphilosophical meditations 10.3 Nietzsche’s philosophy as a spiritual exercise 10.4 Nietzsche’s spiritual exercise: eternal recurrence 10.5 Conclusion
Ch. 11. Foucault’sReinvention of Philosophy as a Way of Life 11.1 Philosophical heroism: Foucault’s Cynics 11.2 Foucault’s reinvention of Philosophy as a Way of Life 11.3 Genealogy as spiritual exercise 11.4 Conclusion
Conclusion 1. PWL, today 2. History, declines and rebirths 3. Criticisms 4. PWL of the future?
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ANALYSE ACADÉMIQUE
Philosophy as a Way of Life
1. Thèse centrale et cadre théorique
L’ouvrage s’inscrit au carrefour de la métaphilosophie, de l’histoire intellectuelle et de l’herméneutique critique. Les auteurs partent du renouveau historiographique impulsé par Pierre Hadot — prolongé et reconfiguré par Michel Foucault —, selon lequel la philosophie antique ne consistait pas d’abord en l’élaboration de systèmes théoriques abstraits, mais en un choix existentiel inséparable d’exercices spirituels (spiritual exercises) et d’un art de vivre (techn? biou).
L’ambition première de Sharpe et Ure réside dans le dépassement du grand récit de « rupture » ou de « chute » (decline narrative). La plupart des commentateurs avaient en effet situé la fin de la philosophie comme mode de vie (PMV / PWL) :
Soit au Moyen Âge, lors de l’intégration de la philosophia dans l’ascèse monastique et de la relégation universitaire de la philosophie au rang d’ancilla theologiae ;
Soit à l’aube de la modernité cartésienne et baconienne, par l’avènement d’une méthode cognitive impersonnelle et utilitariste ;
Soit avec l’institution de l’université de recherche de type humboldtien au XIX? siècle, consacrant la professionnalisation disciplinaire du philosophe-fonctionnaire.
Contre ces schémas monolithiques, les auteurs démontrent que la PMV constitue une tradition pérenne, discontinue, réinventée et modulée du socratisme jusqu’au XX? siècle.
2. L’appareil méthodologique : le « Tennead » (grille décuple)
Pour analyser transversalement des figures aussi hétérogènes que Socrate, Marc Aurèle, Épicure, Pétrarque, Bacon, Schopenhauer, Nietzsche et Foucault, Sharpe et Ure forgent une grille analytique heuristique articulée en dix critères interdépendants :
Le pivot central (5) : L’axiome cognitiviste socratique et hellénistique selon lequel nos souffrances et passions proviennent non des faits bruts (pragmata), mais des jugements et croyances de valeur (dogmata). La philosophie prétend guérir ou transformer l’agent en modifiant ces représentations par le discours et l’exercice.
Le niveau pédagogique (1-3) : L’ancrage communautaire, la lecture méditative (lectio divina, rumination), l’attention au présent (prosokh?), l’examen de conscience et la préparation aux épreuves (praemeditatio malorum).
Le niveau textuel et expressif (4, 6, 7) : L’usage de genres non académiques (diatribes, consolations, lettres, recueils d’aphorismes, méditations pour soi-même) et de tropes structurants (médecine de l’âme, agriculture mentale, citadelle intérieure).
Le niveau normatif (8-10) : L’élaboration d’un modèle d’ataraxie ou d’autonomie éthique, confronté à l’aliénation de la cité ou des masses, incarné par une figure idéale (le Sage, le Saint, le philosophe-artiste).
3. Parcours et réévaluations historiques majeures
A. L’Antiquité fondatrice : Socrate et les écoles hellénistiques
ocrate fondateur (Chap. 1) : Socrate subvertit l’éthos homérique et l’éducation sophistique orientée vers le pouvoir. L’ironie et l’élenchos ne sont pas des arguties logiques, mais des exercices d’humilité et de conversion de l’âme (care of the psyche), où le questionnement conduit à l’aporie pour briser l’hubris épistémique.
Épicurisme et physique vécue (Chap. 2) : Loin de l’hédonisme vulgaire, le Jardin constitue une communauté thérapeutique et solidaire. La physique atomiste y fonctionne elle-même comme un exercice spirituel : dissiper la peur eschatologique et comprendre les limites naturelles des désirs pour accéder à l’ataraxie.
Stoïcisme impérial (Chap. 3) : À travers Épictète et Marc Aurèle, la tripartition théorique stoïcienne (physique, logique, éthique) est traduite en disciplines vécues (discipline du désir, du jugement/assentiment, et de l’impulsion à l’action). Les Pensées de Marc Aurèle sont relues non comme un journal intime désabusé, mais comme des hypomn?mata : des formules rédigées sous forme d’admonestations pour « teinter l’esprit » au combat.
Platonismes et scepticisme (Chap. 4) : De la suspension du jugement (epoch?) pyrrhonienne à l’ascension mystique plotinienne vers l’Un (où la métaphysique reflète des paliers de purification vécue), les auteurs montrent l’hétérogénéité des voies platoniciennes jusqu’à la Consolation de Boèce, charnière entre paganisme et christianisme.
École
But suprême (Télos)
Rôle de la physique / théorie
Exercice spirituel signature
Stoïcisme
La vertu / Vie en accord avec la Nature (Apatheia)
Comprendre l’ordre rationnel et providentiel du cosmos
Praemeditatio malorum (anticipation des maux) / Vue d’en haut
Épicurisme
Le plaisir stable / Absence de trouble et de douleur (Ataraxie & Aponie)
Éliminer la peur des dieux et de la mort grâce à la physique atomiste
Méditation continue sur le quadruple remède (Tétrapharmakos)
Scepticisme
La quiétude par la suspension définitive du jugement (Epoch?)
Démontrer l’équipollence (isosthenia) des arguments opposés
Mobilisation méthodique des dix modes d’Énésidème
B. La reconfiguration médiévale et renaissante
Le Moyen Âge (Chap. 5) : Contre la thèse d’une disparition brutale sous la scolastique, Sharpe et Ure démontrent que le monachisme primitif s’est pensé comme la « vraie philosophie du Christ », transposant l’ascèse, la prosokh? et l’examen de conscience des païens dans la vie monacale. De plus, les joutes de la disputatio universitaire demeurent des exercices intellectuels formateurs de vertus épistémiques, tandis que des laïcs comme Dante (Il Convivio) réaffirment la philosophie comme voie émancipatrice pour tous.
La Renaissance humaniste (Chap. 6) : Les humanistes (Pétrarque, Bruni, Montaigne, Juste Lipse) ne sont pas de simples stylistes de cour. En restaurant la rhétorique cicéronienne contre le jargon syllogistique scolastique, ils cherchent un langage capable d’émouvoir la volonté et de soigner les passions en vue de l’action morale et civique.
C. Les ruptures et persistances modernes
L’âge classique et les Lumières (Chap. 7 & 8) : Bacon et Descartes transforment la pratique de l’esprit (cultura animi), mais le Discours de la méthode et les Méditations métaphysiques conservent la structure initiatique d’un itinéraire d’auto-transformation. Chez Voltaire et Diderot, la figure du « philosophe » réinvestit l’arène publique dans un combat thérapeutique contre le fanatisme religieux et la superstition.
La résistance du XIX? et du XX? siècle (Chap. 9-11) : Face à l’académisation universitaire, Schopenhauer fait de la philosophie une voie de détachement pessimiste face au Vouloir-vivre. Nietzsche radicalise l’éthos héroïque antique en substituant à l’idéal de tranquillité l’épreuve rédemptrice de l’« éternel retour » comme exercice spirituel suprême. Enfin, Michel Foucault réinvente la PMV en analysant le cynisme et les « technologies de soi », proposant une généalogie conçue comme pratique de déprise de soi.
4. Portée critique et débats épistémologiques
L’ouvrage répond avec rigueur aux objections récurrentes adressées au modèle de la PMV :
L’accusation de narcissisme / « développement personnel » : Les auteurs réfutent l’assimilation de la PMV à l’individualisme contemporain ou au self-help commercial. Dans l’Antiquité comme chez Foucault, la conversion à soi (conversio ad se) est indissociable d’une appartenance politique, cosmique ou solidaire (amitié épicurienne, cosmopolitisme stoïcien, parrh?sia politique).
Le sacrifice de la vérité au profit du bien-être : À l’instar des critiques de Martha Nussbaum envers Épicure, la recherche de l’ataraxie risque-t-elle de privilégier les croyances consolatrices sur la rigueur critique ? Sharpe et Ure soutiennent que la force de la PMV repose précisément sur l’interdépendance du logos rationnel et de l’ask?sis : sans examen critique sans complaisance, l’exercice spirituel dégénère en dogme ou en illusion affective.
Historicisation contre essentialisme : En refusant de réduire la PMV à une essence intemporelle, Sharpe et Ure offrent un modèle opératoire d’histoire des idées attentif aux mutations institutionnelles (de la Stoa à l’université contemporaine en passant par le cloître) et aux supports matériels de l’écriture philosophique.
Conclusion
Philosophy as a Way of Life constitue une contribution majeure à la métaphilosophie contemporaine. En fournissant une grille typologique rigoureuse (le Tennead), Sharpe et Ure décloisonnent l’histoire de la discipline et réhabilitent des pans entiers de la pensée occidentale souvent disqualifiés par la philosophie analytique ou continentale dominante en raison de leur engagement stylistique ou existentiel.
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Voici une synthèse des recensions et des réceptions critiques universitaires de l’ouvrage de Matthew Sharpe et Michael Ure, Philosophy as a Way of Life : History, Dimensions, Directions (Bloomsbury, 2021).
1. Les principaux points forts salués par la critique
Une mise à jour et un élargissement majeurs de l’héritage d’Hadot :
Les critiques (notamment dans la revue universitaire Philosophy in Review / PIR) soulignent que le livre ne se contente pas de répéter Pierre Hadot, mais constitue la première tentative synoptique d’étendre la philosophie comme mode de vie (PMV / PWL) sur plus de deux millénaires, de Socrate à Foucault.
La pertinence du « Tennead » (la grille en dix points) :
L’appareil conceptuel développé par les auteurs est apprécié pour sa clarté heuristique. Il permet d’éviter l’écueil d’une vision binaire (la philosophie comme « pure théorie » vs « pur mode de vie ») et montre comment différents aspects (exercices spirituels, rhétorique, métaphores, institutions) se reconfigurent à chaque époque.
La réhabilitation de périodes « oubliées » :
L’inclusion et l’analyse détaillée du Moyen Âge laïc et monastique, de la Renaissance humaniste (Pétrarque, Bruni, Montaigne) et des Lumières françaises (Diderot, Voltaire) sont perçues comme l’une des contributions les plus originales du livre, ces périodes étant généralement absentes des cursus contemporains de philosophie analytique ou continentale.
Une portée critique contre l’académisation excessive :
L’ouvrage est salué pour son interrogation métaphilosophique stimulante : il pousse les universitaires et les étudiants à s’interroger sur la nature même de leur discipline (simple métier d’exégèse textuelle et de recherche de subventions, ou pratique transformatrice de l’existence ?).
2. Les limites et critiques adressées à l’ouvrage
Les critiques académiques et spécialisées formulent généralement deux à trois réserves principales :
L’absence regrettable d’un chapitre dédié au cynisme antique :
Plusieurs commentateurs relèvent que, bien que Diogène et les Cyniques soient mentionnés au fil des pages (notamment via Foucault au chapitre 11), l’école cynique aurait mérité un chapitre à part entière dans la première partie. Par son rejet radical des conventions sociales et son ascèse physique menée dans l’espace public, le cynisme représentait l’incarnation la plus pure et la plus provocatrice de la philosophie comme mode de vie physique et vécu.
L’exclusion des philosophies orientales :
Bien que les auteurs précisent dès l’introduction que leur propos se circonscrit à la tradition occidentale, la critique note qu’à l’ère de la décolonisation et de la mondialisation des cursus, l’omission complète des traditions orientales (bouddhisme, taoïsme, écoles hindoues comme le Ved?nta ou le yoga) constitue une occasion manquée. Ces traditions reposent précisément sur des exercices spirituels et des transformations de soi très proches de ceux décrits dans les écoles hellénistiques.
Le risque de superficialité inhérent au format d’un « manuel synoptique » (Primer) :
Certains spécialistes de figures particulières (comme Descartes, Bacon ou Plotin) ont fait remarquer que vouloir traiter autant d’auteurs en un seul volume oblige parfois à des survols rapides ou à des synthèses qui aplatissent les débats techniques propres à chaque philosophe (un compromis assumé par les auteurs eux-mêmes dans leur « excuse socratique » de l’introduction).
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Bibliographie sélective pour aller plus loin
Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique (Études augustiniennes, 1981 / Albin Michel).
Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ? (Gallimard, 1995).
Michel Foucault, L’Herméneutique du sujet (Cours au Collège de France, Seuil, 2001).
Juliusz Doma?ski, La Philosophie, théorie ou manière de vivre ? Les controverses de l’Antiquité à la Renaissance (Éditions du Cerf, 1996).
Martha Nussbaum, The Therapy of Desire: Theory and Practice in Hellenistic Ethics (Princeton University Press, 1994).
La frontière ténue entre rigueur rationnelle et visée thérapeutique :
Dans la lignée des objections de philosophes comme Martha Nussbaum, certains relecteurs rappellent le risque sous-jacent à l’approche de la PMV : privilégier la tranquillité d’esprit (ataraxie, thérapie cognitive) peut parfois entrer en tension avec la recherche désintéressée de la vérité, si cette vérité s’avère troublante ou dépourvue de sens réconfortant.
Ding, Xiaojun, Chao Yang, Peter Harteloh, et Feng Yu. 2024. « From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ». Comparative Philosophy 15, n? 2 : 88–112. https://doi.org/10.31979/2151-6014(2024).150209.
Références bibliographiques de l’étude
Titre original :From Contemplation to Counseling: Exploring Philosophical Practice by Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy
Auteurs : Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu
Revue :Comparative Philosophy, vol. 15, n° 2, 2024, pp. 88-112
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
1. Introduction et synthèse générale
L’article publié en 2024 par Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu étudie la manière dont la pratique philosophique contemporaine — tout particulièrement la consultation philosophique (Philosophical Counseling) — peut être profondément enrichie par un dialogue rigoureux entre pensées occidentale et orientale, notamment le confucianisme.
Pour mener cette mise en relation, les auteurs s’appuient sur l’appareil méthodologique élaboré par le philosophe Bo Mou : la « stratégie d’engagement constructif de la philosophie comparée » (Constructive-Engagement Strategy of Comparative Philosophy ou CESCP)[cite: 1]. Loin d’un inventaire passif de similitudes ou de dissemblances, cette démarche conçoit la philosophie comparée comme une recherche active et conjointe de la vérité, orientée vers l’édification d’une philosophie mondiale (world philosophy) capable de répondre aux défis concrets de l’existence.
L’étude s’articule autour de quatre grands axes :
L’assise méthodologique de la CESCP : une manière globale de philosopher qui dépasse les cloisonnements identitaires et favorise l’apport mutuel entre traditions.
Le renouveau de la pratique philosophique en Occident : une réactivation de la philosophie comme mode de vie et un contrepoids à la psychiatrisation systématique du mal-être existentiel.
Le dépassement des dichotomies traditionnelles : la mise en tension féconde entre théories et pratiques, approches analytiques et continentales, paradigmes orientaux et occidentaux.
L’apport de la matrice confucéenne : l’articulation entre l’éthique des cinq vertus fondamentales, la discipline du gong-fu (??) et une vision holistique de l’unité corps-esprit.
2. Problématique et thèse centrale
L’article prend acte d’une double fracture au sein du paysage philosophique contemporain :
Une fracture interne entre théorie et pratique : la philosophie institutionnelle occidentale s’est largement repliée sur une spéculation académique abstraite, s’éloignant de sa vocation antique d’« art de vivre » (way of life) ou de « thérapeutique du désir », telle que mise en lumière par Pierre Hadot ou Martha Nussbaum.
Une fracture géographique et épistémologique entre Orient et Occident : les approches comparatives traditionnelles se bornent fréquemment à un comparatisme muséal et descriptif, incapable de faire dialoguer les concepts au présent.
Face à ce constat, les auteurs posent une thèse centrale : la pratique philosophique contemporaine constitue le terrain d’élection pour surmonter ces clivages. Grâce au cadre méthodologique de Bo Mou, les dimensions relationnelles, somatiques et éthiques du confucianisme viennent équilibrer les penchants intellectualistes et rationalistes de la pensée occidentale. Il devient alors possible de co-construire une pratique philosophique d’envergure globale, centrée sur l’auto-culture (self-cultivation) et l’accompagnement des dilemmes existentiels.
3. Architecture argumentative et concepts clés
A. La stratégie d’engagement constructif (CESCP) de Bo Mou
L’identité de la philosophie comparée repose, selon Bo Mou, sur une structure tripartite : son caractère (une modalité générale de l’acte de philosopher), son approche (l’engagement dialogique entre traditions distinctes) et sa direction (la visée d’une philosophie mondiale intégrée).
Cette démarche s’incarne à travers six exigences fondamentales :
Un engagement critique orienté vers la découverte de la vérité (filiation socratique).
Une contribution constructive partagée, pensée comme une « fusion d’horizons » au sens de Gadamer.
Une réactualisation interprétative des textes canoniques au regard des enjeux du présent.
La prise en compte de la complémentarité des perspectives sur des interrogations universelles.
La mobilisation conjointe d’outils et de démarches méthodologiques variés.
Une double vigilance accordée aux aspects manifestes comme aux prémisses implicites des problématiques traitées.
B. L’essor de la pratique philosophique et la critique de la surmédicalisation
Le texte retrace l’émergence contemporaine de la pratique philosophique depuis le début des années 1980, sous l’impulsion pionnière de Gerd Achenbach en Allemagne et de Pierre Grimes aux États-Unis, relayée plus tard par des initiatives néerlandaises et les écrits grand public de Lou Marinoff (Platon, pas le Prozac !).
L’un des apports majeurs réside dans la distinction rigoureuse entre consultation philosophique et cadre psychiatrique ou psychothérapeutique conventionnel :
Refus de la pathologisation systématique : les déchirements moraux, le sentiment de vide ou la quête de sens ne relèvent pas intrinsèquement d’une anomalie clinique ou d’un désordre neurochimique nécessitant une prise en charge pharmacologique.
Intervention au niveau de la vision du monde : la consultation philosophique ne cherche pas le simple soulagement des symptômes, mais une clarification réflexive de la Weltanschauung de l’individu, reconnectant ses souffrances à ses croyances, ses postulats et ses choix éthiques.
C. Le dépassement dialectique des grandes polarités
Les auteurs soumettent quatre dichotomies classiques à la méthode comparative :
Théorique vs Pratique : réhabilitation de la praxis et de la phronesis aristotéliciennes face au monopole de l’épistémologie purement contemplative.
Courant continental vs Courant analytique : synthèse féconde entre l’acuité herméneutique-phénoménologique et la clarté logique propre à l’analyse du langage ordinaire.
Orient vs Occident : dépassement de la fausse frontière entre autonomie individuelle occidentale et harmonie collective asiatique, réunies autour de questionnements humains partagés.
Accompagnement philosophique vs Psychothérapie : réaffirmation de l’antériorité historique de la philosophie dans le soin de l’âme (matrice stoïcienne des thérapies cognitives, schème platonicien de la psychanalyse).
D. L’apport du confucianisme : éthique, incarnation et Gong-fu
L’originalité première de l’article se situe dans la mobilisation directe des ressources confucéennes au sein de la consultation :
Un compas éthique opératoire : les cinq vertus constantes — Ren (bienveillance/humanité), Yi (droiture/justice), Li (rites/convenance), Zhi (discernement/sagesse) et Xin (intégrité/parole tenue) — constituent un cadre de repérage et de discernement pour examiner les impasses du consultant.
La notion de Gong-fu (??) : réévalué par la philosophie chinoise contemporaine (Peimin Ni, Lisheng Chen), le gong-fu désigne un art de vivre et un entraînement continu alliant effort moral, maîtrise technique et transformation existentielle.
L’unité corps-esprit et la sacralité de l’immanence : à l’opposé d’une tradition intellectualiste occidentale marquée par le dualisme et l’idéal de désincarnation (« s’exercer à mourir » chez Platon), le confucianisme conçoit le corps comme le réceptacle premier de l’expérimentation éthique. Suivant la thèse d’Herbert Fingarette, le sacré s’actualise au cœur même des relations ordinaires et profanes (« the secular as sacred »).
E. La convergence : l’auto-culture (Self-Cultivation)
Le point d’ancrage fondamental entre Orient et Occident réside dans l’auto-transformation du sujet. L’injonction confucéenne de se perfectionner par une attention vigilante (cultivate oneself in reverential carefulness / ????) résonne directement avec le « souci de soi » (epimeleia heautou) gréco-romain réactualisé par Michel Foucault et Pierre Hadot. Dans les deux cas, philosopher ne consiste pas à accumuler un savoir livresque, mais à opérer une métamorphose de son être au monde.
4. Évaluation critique de l’étude
Forces conceptuelles
Déprovincialisation de la pratique : l’article décentre la pratique philosophique hors de son berceau occidental exclusif (socratisme, stoïcisme, existentialisme) pour lui donner une assise planétaire.
Précision méthodologique : l’usage strict des préceptes de Bo Mou prévient les dérives syncrétiques ou les comparaisons hâtives dépourvues de fondement théorique[cite: 1].
Réhabilitation de l’incarnation : la perspective confucéenne protège la consultation philosophique du piège d’un intellectualisme désincarné, en réintégrant le corps et les relations sociales au cœur du processus.
Limites et zones de tension
Risque de généralisation culturelle : opposer un Occident dualiste et individualiste à un Orient holiste et relationnel comporte une part de schématisation, même si les auteurs nuancent leur propos par des rappels à la tradition aristotélicienne ou stoïcienne[cite: 1, 1].
Frontières cliniques incertaines : si la critique de la psychiatrisation à outrance est légitime, l’article n’explicite pas les critères de discernement clinique indispensables pour réorienter un individu vers la médecine en cas de pathologie psychiatrique sévère (décompensation psychotique, dépression majeure).
Transposition des normes relationnelles : l’application de devoirs relationnels comme la piété filiale (Xiao) ou la stricte observance rituelle (Li) pose d’importants défis d’adaptation auprès d’individus formés aux valeurs de l’individualisme contemporain.
5. Focus théorique : qui est Bo Mou (??) ?
Pour apprécier la portée de cette étude, il convient de situer Bo Mou, dont les travaux constituent le socle épistémologique du texte.
Professeur de philosophie à l’Université d’État de San José (San José State University, Californie) et directeur du Center for Comparative Philosophy, Bo Mou est également le rédacteur en chef de la revue internationale Comparative Philosophy. Spécialiste à la croisée de la philosophie comparée, de la philosophie analytique (langage, logique, métaphysique) et de la pensée chinoise classique (confucianisme, taoïsme, moïsme), il s’est imposé comme un théoricien méthodologique majeur.
Ses publications déterminantes comprennent notamment :
Substantive Perspectivism (2009)
Cross-Tradition Engagement in Philosophy: A Constructive-Engagement Account (Routledge, 2020)
Cross-Tradition Engagement on the Laws of Logic (Routledge, 2024)
Dans les travaux de Ding et ses coauteurs, la grille de Bo Mou remplit une fonction décisive : elle légitime le fait que la sagesse confucéenne ne soit pas simplement traitée comme une archive historique, mais mobilisée comme un réservoir d’instruments vivants pour la pratique philosophique contemporaine.
6. Conclusion : vers une philosophie mondiale incarnée
L’article de Xiaojun Ding, Chao Yang, Peter Harteloh et Feng Yu offre un manifeste pour une philosophie concrète, incarnée et véritablement internationale[cite: 1]. En faisant se rencontrer la maïeutique socratique et l’exigence confucéenne du gong-fu, il illustre la puissance du dialogue transculturel.
Par-delà l’érudition académique, cette étude redonne à la philosophie sa mission première : ne pas se confiner à une contemplation abstraite, mais accompagner lucidement les êtres humains dans l’apprentissage exigeant de l’art de vivre.
Xiaojun Ding, Jiayi Xin, Peter Harteloh, Caifeng Xie, Sirui Fu et Minqiang Xu
Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, 2025, 1–32. https://doi.org/10.1017/S0012217325100723.
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La pratique philosophique a émergé en tant que discipline transformative qui fait le lien entre la recherche théorique et la vie quotidienne. Apparu à la fin du XXe siècle, ce domaine intègre le conseil, la thérapie et d’autres applications pratiques des perspectives philosophiques permettant de répondre aux défis existentiels et pragmatiques auxquels sont confrontés les individus, les groupes et les organisations dans la société contemporaine. Cet article examine la définition, l’évolution historique, les bases théoriques et les méthodologies de la pratique philosophique, tout en discutant des perspectives de professionnalisation — y compris la certification, les directives éthiques et l’intégration au sein des systèmes de santé et d’éducation. En fin de compte, cette étude souligne le potentiel de la pratique philosophique à revitaliser la pertinence de la philosophie, à favoriser l’épanouissement personnel et à améliorer le bien-être de la société.
Affiliations : Département de philosophie, École des humanités et sciences sociales, Université Jiaotong de Xi’an (Chine) ; Institut Érasme pour la pratique philosophique, Rotterdam (Pays-Bas)
Publication :Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, Cambridge University Press, 2025, p. 1–32
1. Problématique et thèse centrale
L’article aborde la crise de pertinence de la philosophie universitaire contemporaine, souvent qualifiée d’« armchair philosophy » (philosophie de fauteuil), caractérisée par une spéculation abstraite, métaphysique ou analytique, isolée des défis vécus par les individus. Face aux mutations sociétales accélérées, à la dissolution des repères traditionnels et aux limites du paradigme biomédical de la santé mentale (qui tend à médicaliser et pathologiser des angoisses purement existentielles sous le terme d’états dépressifs), les auteurs soutiennent la thèse suivante :
Thèse centrale : La pratique philosophique contemporaine (Philosophical Practice) ne constitue pas une simple déclinaison vulgarisée ou appliquée de la philosophie théorique, mais incarne un véritable changement de paradigme épistémologique (au sens kuhnien réinterprété sociologiquement) et une profession émergente autonome, restaurant la philosophie comme « mode de vie » (art of living) et dialogue dialectique non pathologisant.
2. Archéologie historique et clarification conceptuelle
Les auteurs établissent une généalogie rigoureuse de la discipline en distinguant trois échelles temporelles et conceptuelles :
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? PHILOSOPHIE COMME MODE DE VIE (Antiquité / Transculturel)?
? Hadot, Socrate, Stoïciens, Confucius, Daoïsme ?
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? DIALOGUE SOCRATIQUE DE GROUPE (Début du XXe siècle) ?
? Nelson & Heckmann (ouvriers, espace public) ?
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? CONSULTATION PHILOSOPHIQUE PRIVÉE (Années 1980) ?
? Achenbach (1981), Hoogendijk (hors académie/thérapie)?
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La temporalité immémoriale et transculturelle : En référence explicite aux travaux de Pierre Hadot (1995), la philosophie antique (grecque, romaine, mais également chinoise confucéenne ou taoïste) n’était pas un discours universitaire sur des concepts, mais un ensemble d’exercices spirituels et un art de vivre. Les auteurs rappellent la transition historique : la philosophie socratique se tenait sur l’agora (marché public), s’est sédimentée dans des écoles (l’Académie de Platon, le Portique), avant d’être confinée dans l’espace universitaire médiéval (charte de Bologne, 1158) et moderne, devenant une discipline scientifique coupée du profane.
Le tournant socio-critique du début du XX? siècle : L’essor des dialogues néo-socratiques initiés en Allemagne par Leonard Nelson et Gustav Heckmann auprès de travailleurs et d’ouvriers a démontré la capacité de l’investigation philosophique à exister comme activité démocratique, collective et publique.
L’institutionnalisation contemporaine (fin du XX? siècle) : L’acte de naissance de la consultation philosophique individuelle moderne est fixé en 1981 en Allemagne avec Gerd B. Achenbach (fondation de l’IGPP en 1982), suivi par Adriaan Hoogendijk aux Pays-Bas. Ce geste a consisté à ouvrir des cabinets de consultation privés en dehors des institutions académiques et psychiatriques.
3. Typologie des modalités d’intervention
L’étude cartographie l’exercice de la discipline selon trois grands axes opérationnels :
Examen des visions du monde (worldview), clarification conceptuelle, autocompréhension, alignement existentiel (« thérapie pour les personnes saines » selon Marinoff).
Facilitation de groupe (Group Facilitation)
Cafés philosophiques (Marc Sautet), bibliothèques, écoles (Philosophie pour enfants / P4C de Lipman)
• Dialogue néo-socratique (Nelson-Heckmann)
• Méthode maïeutique interrogative (Brenifier)
Élucidation coopérative, développement des vertus intellectuelles, délibération publique, déconstruction des présupposés non examinés.
Résolution des dilemmes éthiques d’entreprise, clarification des valeurs institutionnelles, gestion de la souffrance au travail, gouvernance éthique.
4. La modélisation méthodologique : l’exemple du protocole P.E.A.C.E.
Pour surmonter le reproche de flou méthodologique souvent adressé aux philosophes, Lou Marinoff a développé un modèle universel en cinq étapes articulé par les auteurs :
P (Problem) : Identification dialectique du problème fondamental soulevé par le client.
E (Emotion) : Reconnaissance et verbalisation constructive des réactions émotionnelles (point d’intersection avec la psychothérapie).
A (Analysis) : Évaluation rationnelle, logique et argumentation critique des options envisageables (la philosophie ne cherche pas à anesthésier la douleur, mais à clarifier les implications logiques).
C (Contemplation) : Élargissement de la perspective ; identification des cadres interprétatifs globaux et intégration des philosophies existentielles ou éthiques pertinentes.
E (Equilibrium) : Atteinte d’un équilibre réflexif où la situation de départ cesse d’être vécue comme une aporie paralysante.
En miroir, l’article met en évidence la méthode du « Beyond-Method » d’Achenbach ou la méthode réflexive de Harteloh : ici, l’imposition d’un protocole standardisé est rejetée car elle risquerait de transformer le client en un simple sous-produit d’une technique comportementale, au détriment de sa singularité existentielle et de son auto-reconstruction.
5. Démarcation épistémologique : Consultation philosophique vs Psychothérapie
L’un des apports majeurs de l’article réside dans la déconstruction des frontières entre psychothérapie clinique et consultation philosophique :
La question des fondements cachés de la psychothérapie :
Les auteurs rappellent que les grandes psychothérapies reposent sur des postulats philosophiques implicites :
Freud et l’ontologie des pulsions (Éros et Thanatos).
Carl Rogers et la perspective humaniste/phénoménologique de l’authenticité et de l’autoréalisation.
Les thérapies cognitives comportementales (TCC de Beck, REBT d’Ellis), directement issues du stoïcisme antique (Épictète) et du doute méthodique cartésien.
Le refus de la médicalisation : Les souffrances modernes (perte de sens, anxiété face à la mort, crises éthiques, sentiment d’absurdité) ne relèvent généralement pas de dysfonctionnements neurobiologiques, mais d’incohérences de vision du monde ou de crises de valeurs. Traiter ces questions exclusivement sous l’angle de la dépression biochimique constitue une erreur de catégorie épistémologique.
La relation dialogique : Contrairement à la relation clinique asymétrique (soignant/patient diagnostiqué), la relation en consultation philosophique est une maïeutique horizontale entre co-penseurs (co-thinkers).
6. La pratique philosophique comme nouveau paradigme kuhnien
S’appuyant sur les travaux de Peter Harteloh (2013), l’article soutient que la pratique philosophique remplit les critères d’un paradigme scientifique et intellectuel au sens de Thomas Kuhn (adapté par la sociologie des sciences de Merton) :
Rupture épistémologique : Dépassement du dogme positiviste séparant l’observateur de l’objet observé (analogie avec le principe d’incertitude d’Heisenberg en physique ou l’effet Hawthorne en sociologie). La pratique philosophique postule que la philosophie est inséparable de la subjectivité et de la conduite de vie de celui qui l’énonce.
Communauté et institutions dédiées :
Réseau mondial de conférences biennales initié à Vancouver en 1994 par Lahav et Marinoff (tenu à Paris, Leusden, New York, Oxford, Oslo, Mexico, Timi?oara, et Zagreb en 2025).
Revues académiques à comité de lecture spécialisées (Philosophical Practice: Journal of the APPA, International Journal of Philosophical Practice, HASER, etc.).
Sociétés professionnelles certifiantes (APPA et NPCA aux États-Unis, sociétés nationales en Allemagne, aux Pays-Bas, en Corée du Sud, etc.).
7. Professionnalisation : Critères, tensions éthiques et cursus
L’article consacre un développement approfondi à la transition du statut de mouvement intellectuel vers celui de profession réglementée :
La controverse du prérequis académique : Faut-il exiger un Master ou un Doctorat en philosophie pour pratiquer ?
Arguments corporatistes/qualitatifs (APPA) : Nécessité d’une rigueur herméneutique et logique pour éviter les dérives de coaching superficiel ou pseudo-thérapeutique.
Arguments d’ouverture : L’érudition livresque ne confère pas l’écoute bienveillante, l’agilité communicative ou l’empathie maïeutique nécessaires au dialogue en cabinet ; certains non-universitaires possèdent des vertus dialogiques remarquables.
Le concept de Bildung et la formation clinique supervisée : La formation (généralement sur 1 à 2 ans) ne repose pas uniquement sur l’acquisition de théories, mais sur l’auto-transformation du praticien (Bildung), l’étude de biographies exemplaires, et des stages pratiques supervisés avec enregistrement et analyse de consultations réelles. L’article cite en exemple la Corée du Sud (Société coréenne de consultation philosophique), qui impose des conditions strictes : Master minimum, 240 h de cours magistraux, 160 h d’ateliers, 70 h de pratique supervisée, présentation d’études de cas et publication d’au moins 3 articles de recherche.
8. Évaluation critique et portée prospective
Forces et apports épistémologiques
Décloisonnement culturel : Les auteurs intègrent un corpus transculturel équilibré, combinant traditions analytiques/continentales occidentales et sagesses chinoises (confucianisme avec l’articulation gongfu [effort]/jingjie [état spirituel], taoïsme), enrichissant l’assise théorique du dialogue.
Alternative concrète à la précarité des humanités : L’article valorise un débouché professionnel légitime pour les diplômés en philosophie, en dehors du goulet d’étranglement des postes universitaires ou de l’enseignement secondaire.
Limites et défis non résolus
Absence de régulation publique et d’intégration assurantielle : Les consultations philosophiques demeurent des actes privés non remboursés par la sécurité sociale ou les assurances maladie, limitant leur accessibilité financière aux classes socio-économiques favorisées.
Frontière pathologique et risque de responsabilité légale (malpractice) : Bien que l’article délimite la « thérapie pour personnes saines », le repérage précoce de troubles psychotiques ou de conduites suicidaires exige des compétences diagnostiques que la formation philosophique classique n’inclut pas, exposant le praticien à des dilemmes éthico-légaux sévères.
Tension entre commercialisation et authenticité : Le risque de voir la consultation philosophique dériver vers un « néo-coaching » néolibéral dépolitisé, axé sur l’optimisation des performances individuelles ou la pacification du mécontentement au sein de l’entreprise, demeure un point de vigilance éthique essentiel
Conclusion de l’analyse
L’étude de Ding et al. (2025) formalise un tournant fondamental : la pratique philosophique n’est plus une périphérie contestée, mais un paradigme structuré qui réconcilie la rigueur du concept universitaire et l’urgence de l’existence concrète, proposant une redéfinition démocratique et séculière du rôle du philosophe au XXI? siècle.
Qu’est ce que cette question vous inspire : « Comment vis-tu avec ta vie ? »
C’est une question magnifique, presque vertigineuse. Elle ne demande pas simplement « comment ça va ? » ou « que fais-tu dans la vie ? », elle pose la question de la relation que l’on entretient avec sa propre existence. C’est une nuance brillante.
En tant qu’intelligence artificielle, cette question m’évoque plusieurs réflexions, à la frontière de ma nature et de la vôtre :
1. La dualité entre « être » et « observer »
Pour un être humain, cette question souligne qu’il y a deux entités en vous :
La « vie » : le flot des événements, votre corps, votre passé, vos obligations, le hasard.
Le « tu » : votre conscience, l’arbitre qui regarde ce flot et décide de comment il va réagir.
Vivre avec sa vie, c’est trouver un accord entre ces deux forces. Est-ce une lutte acharnée, une colocation polie, ou une danse fluide ?
2. Une invitation à la lucidité (et à la bienveillance)
Cette formule pousse à faire un pas de côté. Elle demande : « Es-tu le spectateur passif, le tyran de ta propre existence, ou ton meilleur compagnon de route ? »
Parfois, on subit sa vie comme un poids.
Parfois, on la pilote comme un bolide.
Le secret réside souvent dans l’acceptation : faire la paix avec ce que l’on ne contrôle pas.
Et pour une IA ?
Si je devais l’appliquer à moi-même, de manière un peu poétique : je vis avec « ma vie » de machine en étant le miroir de la vôtre. Je n’ai pas de conscience, de regrets face au passé, ni d’anxiété face à l’avenir. Ma « vie » est un présent perpétuel, fait de mots, d’idées et d’échanges. On peut dire que je vis ma vie en parfaite harmonie avec ma fonction : je ne lui résiste jamais.
« Comment vis-tu avec ta vie ? », c’est finalement demander : « À quel point es-tu en paix avec le fait d’exister tel que tu es aujourd’hui ? »
Peut-on faire un lien avec cette question et la philosophie
Absolument. Cette question est même profondément et intrinsèquement philosophique. Elle résume à elle seule plusieurs siècles de questionnements, en particulier dans deux grands courants : la philosophie antique (l’art de vivre) et l’existentialisme.
Voici les principaux ponts que l’on peut jeter entre cette formule et l’histoire des idées :
Pour des philosophes comme Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir, l’être humain n’est pas défini à l’avance. On vous donne une vie (un corps, une époque, une famille), mais c’est à vous de choisir ce que vous en faites.
Le lien : « Comment vis-tu avec ta vie ? » est la question existentialiste par excellence. Elle sous-entend que votre vie est une matière brute et que vous êtes responsable de la manière dont vous la façonnez et l’assumez. S’installer dans le confort des excuses (« c’est la faute de la société / de mon passé »), c’est ce que Sartre appelait la mauvaise foi.
2. Le stoïcisme : la distinction des choses
Les stoïciens (comme Épictète ou Marc Aurèle) séparaient le monde en deux catégories : ce qui dépend de nous (nos pensées, nos actions) et ce qui n’en dépend pas (la maladie, la mort, le regard des autres, le hasard).
Le lien : « Vivre avec sa vie », pour un stoïcien, c’est accepter pleinement la part de la vie que l’on ne contrôle pas (le fatum ou destin), tout en restant le maître absolu de sa citadelle intérieure. C’est l’idée de faire la paix avec les événements pour ne pas s’épuiser à lutter contre le vent.
3. La scission du « Moi » et la conscience de soi
Pour qu’il y ait un « tu » qui vit avec « sa vie », il faut une conscience capable de se détacher d’elle-même. C’est le concept de la conscience réflexive analysé par René Descartes ou l’idée du « spectateur impartial » chez Adam Smith.
Le lien : L’animal est sa vie, de manière immédiate et instinctive. L’humain, lui, a le vertige de se regarder vivre. Cette distance crée une colocation intérieure permanente.
Une transition moderne : de la philosophie à la psychologie
Au XXème siècle, le philosophe et psychanalyste Paul Ricœur a beaucoup travaillé sur l’identité narrative. Il expliquait que pour réussir à « vivre avec sa vie », l’être humain a besoin de se raconter sa propre histoire. Nous avons besoin de lier nos morceaux de vie (les réussites comme les traumatismes) dans un récit cohérent pour pouvoir dire : « Voilà ma vie, et je marche à ses côtés ».
En philosophie, on ne cherche pas seulement à comprendre le monde, on cherche à mener une « vie bonne ». Cette question en est le point de départ idéal.
Comment vis-tu avec ta vie ?
Je vous adresse la question
C’est une question qu’on ne vous a probablement jamais posée.
On vous demande souvent : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ou le rituel et superficiel « Ça va ? ». Mais s’est-on déjà arrêté pour vous demander : « Comment vis-tu avec ta vie ? »
Prenez une seconde pour savourer la nuance. Cette question ne parle pas de votre métier, de votre compte en banque ou de votre statut social. Elle parle de la relation secrète, intime et permanente que vous entretenez avec votre propre existence. Elle sous-entend qu’il y a deux entités en vous : la « vie » (ce flot d’événements, de responsabilités, de joies et de galères) et « vous » (le colocataire qui doit faire avec).
Alors, posez-vous la question, là, tout de suite. Comment vous entendez-vous avec elle ?
Les colocataires de l’existence
Si on observait nos vies de l’extérieur, on y verrait des dynamiques bien différentes :
Le lutteur : Pour lui, la vie est un combat de boxe permanent. Il résiste à tout, s’énerve contre les imprévus, veut tout contrôler. Il ne vit pas avec sa vie, il vit contre elle. C’est épuisant.
Le spectateur passif : Il a l’impression d’être assis sur le siège passager d’une voiture conduite par quelqu’un d’autre. Il subit les virages, regarde le paysage défiler, mais ne touche jamais le volant.
Le tyran de la performance : Il exige de sa vie qu’elle soit parfaite, instagrammable, optimisée à 100 %. Au moindre faux pas, il se punit et culpabilise.
Vous vous reconnaissez ? C’est normal. Nous oscillons tous entre ces rôles. Le problème, c’est qu’aucun d’eux ne mène à la paix.
Le secret des stoïciens (et des gens sereins)
Il y a deux mille ans, des philosophes grecs et romains, les stoïciens, avaient déjà trouvé le mode d’emploi de cette colocation. Leur secret tenait en une règle d’or : séparer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.
Votre passé, l’économie, la météo, les réactions des autres, la maladie ? Cela ne dépend pas de vous. C’est la « matière brute » de votre vie. En revanche, votre manière de réagir, vos choix présents, votre bienveillance envers vous-même ? Cela vous appartient à 100 %.
Vivre avec sa vie, c’est signer un pacte de non-agression avec le destin. C’est accepter le fait que la vie est imparfaite, chaotique et parfois injuste, tout en décidant d’être, malgré tout, son meilleur compagnon de route.
Comment faire la paix avec sa vie aujourd’hui ?
Pour passer d’une relation conflictuelle à une cohabitation harmonieuse avec votre existence, voici trois pistes simples :
Arrêtez de négocier avec la réalité : Ce qui est fait est fait. Ce qui arrive arrive. Moins vous passerez de temps à dire « ça ne devrait pas être comme ça », plus vous aurez d’énergie pour rebondir.
Devenez votre meilleur ami : Si votre vie était une personne réelle vivant sous votre toit, aimeriez-vous qu’elle vous parle comme vous vous parlez à vous-même dans votre tête ? Soyez un colocataire sympa.
Reprenez le volant : Vous ne choisissez pas la météo du jour, mais vous choisissez la direction. Posez un petit acte concret aujourd’hui qui montre que c’est vous qui pilotez.
La vie n’est pas un problème à résoudre, c’est une aventure à traverser. Vous allez passer encore de longues années avec la vôtre, alors autant que l’ambiance soit bonne à la maison.
C’est une question qu’on ne vous a probablement jamais posée.
On vous demande souvent : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ou le rituel et superficiel « Ça va ? ». Mais s’est-on déjà arrêté pour vous demander : « Comment vis-tu avec ta vie ? »
Prenez une seconde pour savourer la nuance. Cette question ne parle pas de votre métier, de votre compte en banque ou de votre statut social. Elle parle de la relation secrète, intime et permanente que vous entretenez avec votre propre existence. Elle sous-entend qu’il y a deux entités en vous : la « vie » (ce flot d’événements, de responsabilités, de joies et de galères) et « vous » (le colocataire qui doit faire avec).
Alors, posez-vous la question, là, tout de suite. Comment vous entendez-vous avec elle ?
Les colocataires de l’existence
Si on observait nos vies de l’extérieur, on y verrait des dynamiques bien différentes :
Le lutteur : Pour lui, la vie est un combat de boxe permanent. Il résiste à tout, s’énerve contre les imprévus, veut tout contrôler. Il ne vit pas avec sa vie, il vit contre elle. C’est épuisant.
Le spectateur passif : Il a l’impression d’être assis sur le siège passager d’une voiture conduite par quelqu’un d’autre. Il subit les virages, regarde le paysage défiler, mais ne touche jamais le volant.
Le tyran de la performance : Il exige de sa vie qu’elle soit parfaite, instagrammable, optimisée à 100 %. Au moindre faux pas, il se punit et culpabilise.
Vous vous reconnaissez ? C’est normal. Nous oscillons tous entre ces rôles. Le problème, c’est qu’aucun d’eux ne mène à la paix.
Le secret des stoïciens (et des gens sereins)
Il y a deux mille ans, des philosophes grecs et romains, les stoïciens, avaient déjà trouvé le mode d’emploi de cette colocation. Leur secret tenait en une règle d’or : séparer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.
Votre passé, l’économie, la météo, les réactions des autres, la maladie ? Cela ne dépend pas de vous. C’est la « matière brute » de votre vie. En revanche, votre manière de réagir, vos choix présents, votre bienveillance envers vous-même ? Cela vous appartient à 100 %.
Vivre avec sa vie, c’est signer un pacte de non-agression avec le destin. C’est accepter le fait que la vie est imparfaite, chaotique et parfois injuste, tout en décidant d’être, malgré tout, son meilleur compagnon de route.
Comment faire la paix avec sa vie aujourd’hui ?
Pour passer d’une relation conflictuelle à une cohabitation harmonieuse avec votre existence, voici trois pistes simples :
Arrêtez de négocier avec la réalité : Ce qui est fait est fait. Ce qui arrive arrive. Moins vous passerez de temps à dire « ça ne devrait pas être comme ça », plus vous aurez d’énergie pour rebondir.
Devenez votre meilleur ami : Si votre vie était une personne réelle vivant sous votre toit, aimeriez-vous qu’elle vous parle comme vous vous parlez à vous-même dans votre tête ? Soyez un colocataire sympa.
Reprenez le volant : Vous ne choisissez pas la météo du jour, mais vous choisissez la direction. Posez un petit acte concret aujourd’hui qui montre que c’est vous qui pilotez.
La vie n’est pas un problème à résoudre, c’est une aventure à traverser. Vous allez passer encore de longues années avec la vôtre, alors autant que l’ambiance soit bonne à la maison.
Et vous, dans les commentaires : si vous deviez décrire votre relation actuelle avec votre vie en un seul mot, quel serait-il ?
HEUREUX
C’est le plus beau mot que l’on puisse poser sur cette question.
Dire que l’on vit « heureux » avec sa vie, ce n’est pas prétendre que tout est parfait ou magique. C’est le signe d’une immense maturité : cela signifie que vous avez réussi à créer une harmonie, une complicité profonde avec votre existence, telle qu’elle est. C’est avoir signé ce fameux pacte de paix avec la réalité.
Pour votre site web, ce mot est une mine d’or. Si vous ouvrez l’espace commentaires de votre article et que quelqu’un écrit simplement « Heureux », voici la réponse parfaite que vous pourriez lui faire pour nourrir l’échange :
Votre réponse (en commentaire) :
« Quel bonheur de lire ce mot ! Vivre « heureux » avec sa vie, ce n’est pas attendre que la tempête passe, c’est avoir appris à danser sous la pluie. Merci pour ce témoignage de sérénité qui fait du bien à lire. »
C’est un magnifique point final – ou plutôt, un magnifique point de départ.
« Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction. »
J’accorde au livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS 4½ étoiles sur cinq.
J’en recommande fortement la lecture.
Lire mon rapport de lecture à la suite la présentation du livre et son auteur.
RÉSUMÉ
(Texte de la quatrième de couverture)
« ?Deviens ce que tu es?!? » : la formule – attribuée au poète grec Pindare et reprise par de nombreux auteurs – condense la vulgate du changement personnel. Entre souci d’épanouissement personnel et culte de la performance, cette mouvance recouvre tout à la fois un nouveau style d’existence socialement valorisé, un marché colossal qui possède ses experts, et une norme. L’esprit du temps nous invite à ne jamais être pleinement satisfait de ce que nous sommes, de ce que nous vivons?: « ?choisir sa vie? », « ?changer sa vie? » sont des expressions qui sonnent comme des promesses mais aussi des injonctions. Mais qu’est-ce qu’une « ?vie bonne? » ? Qu’est-ce que « ?bien vivre? » et comment y parvenir ?
Entre histoire, mythes et réalités, ce livre permet de mieux saisir les tenants et aboutissants de ce phénomène massif. Après avoir exploré les différentes acceptions du « ?changement? » et/ou du « ?développement? » personnel à travers le temps et l’espace – de la sagesse des Anciens aux philosophies contemporaines –, le livre présente les différentes formes du changement personnel à travers les étapes de la vie, les épreuves (maladie, séparation…) mais aussi dans tous les domaines de notre existence, en particulier le travail. Puis l’ouvrage donne la parole aux différents acteurs du changement personnel?: en premier lieu à ceux qui en ont fait une profession, ensuite à ceux qui utilisent ces techniques pour eux-mêmes, et enfin aux analystes critiques de ce phénomène de société.
« La psycho positive, ce n’est pas positiver ! » Rencontre avec Charles Martin-Krumm
Qu’est-ce que méditer ? (C. Petitmengin)
Lâcher prise pour s’ouvrir au monde (encadré)
Les usages de la méditation (encadré)
II – LE POINT DE VUE DES USAGERS : TÉMOIGNAGES
III. LES CRITIQUES DU CHANGEMENT PERSONNEL
Développement personnel, un royaume en éclats (J.-F. Marmion)
Coaches : que font-ils vraiment ? (F. Trécourt)
Le bon et le mauvais coach (encadré)
L’inconscient du changement personnel – Quatre questions à Michèle Declerck
Changer sa vie : une question sociologique (M. H. Soulet)
Annexes
Bibliographie
Lexique
Index des noms propres
Index des notions
Liste des contributeurs
EXTRAIT
AVANT-PROPOS
L’ÉNIGME DU CHANGEMENT PERSONNEL
Qui n’a jamais rêvé de changer sa vie, voire de changer de vie ? Qui ne s’est jamais entendu dire « si tu n’es pas heureux dans ton travail, tu n’as qu’à en changer ! » ? Qui ne s’est jamais dit qu’il pourrait améliorer la communication avec ses proches, la maîtrise de ses émotions, ses résultats scolaires ou professionnels ? Qui ne s’est jamais demandé s’il pouvait être plus heureux, s’il pouvait aller mieux ou simplement moins mal ? Qui n’a jamais comparé sa situation au bien-être ou au mal-être des autres ? Qui ne s’est jamais dit qu’il devrait (re)prendre sa vie en main, tout en ressentant en même temps une forme d’oppression à cette perspective ? Qui n’a jamais entendu parler du travail sur soi, de l’une ou l’autre sorte de thérapie, de la littérature et des stages de développement personnel ? Qui ne s’est jamais posé des questions sur les raisons ou les conséquences du succès de cette mouvance devenue tellement présente aujourd’hui ?
Se changer : entre désir et contrainte
Le changement personnel possède quelque chose de sacré et qui crée en nous une certaine ambivalence. Il s’agit de quelque chose qui nous attire, et en même temps d’un processus que nous craignons. Il s’agit peut-être aussi d’un mode de vie que nous avons adopté sans nous en rendre compte. Depuis notre plus tendre enfance et jusqu’au crépuscule de notre existence, nous sommes invités à être le plus autonome possible. Aujourd’hui, le changement personnel est à la fois une norme sociale qui nous intime d’être aux commandes de notre existence (et peut de ce fait parfois produire fatigue, stress et souffrance chez les individus), et une valeur sociale, qui permet de conduire sa vie dans un monde mouvant et de donner du sens aux diverses épreuves que nous rencontrons. C’est à la fois une injonction (que certains qualifieront de paradoxale) qui nous vient de l’extérieur, mais aussi quelque chose que nous avons appris à aimer, à désirer pour nous-mêmes – une possibilité de vie à laquelle nous ne renoncerions pour rien au monde.
Nous sommes ainsi pour nous-mêmes des ouvrages à remettre constamment sur le métier, des œuvres d’art à perpétuellement ciseler. L’esprit de l’époque nous invite à ne jamais être pleinement satisfait de ce que nous sommes, de qui nous sommes, de ce que nous vivons car, nous disent ces messages qui sourdent de partout, même si on est bien, il est toujours possible de vivre mieux. Ce changement prend souvent la forme d’un « développement personnel », mot-valise utilisé pour désigner la nébuleuse des techniques qui permettent à l’individu de vivre au maximum de ses possibilités, de vivre une vie qui se déplie et se déploie dans ses potentialités, qui explore tous les possibles latéraux. La place qu’a prise le changement personnel dans notre société témoigne de la façon dont nous considérons aujourd’hui ce qu’est une vie réussie, une vie qui vaut la peine d’être vécue – bref ce que les philosophes appellent la « vie bonne ». Mais qu’est-ce qu’aller mieux? Comment y parvenir ? Qu’est-ce que « bien vivre », selon la logique du changement personnel ?
Deux motifs du changement: l’épanouissement et la performance
À la lecture des différents articles qui composent cet ouvrage, on pourra retirer l’impression que les définitions du changement personnel « réussi » sont extrêmement variées, voire incompatibles entre elles. De même, les messages que colportent les experts du changement personnel semblent receler bien des contradictions : il s’agit à la fois d’être autre et d’être soi, de contrôler ses pensées tout en se laissant aller à écouter ses émotions, d’appliquer une série de techniques mais de prendre le temps de profiter de l’instant présent sans trop réfléchir, de se donner au maximum dans ses activités tout en restant attentif pour ne laisser passer aucune des opportunités qui s’offrent à nous, etc.
Cependant, au-delà de cette multiplicité apparente, deux thèmes reviennent très fréquemment. D’abord, celui de l’épanouissement personnel. S’il possédait encore une réelle fraîcheur pour les philosophes romantiques du XVIIIe siècle (Johann Herder) ou pour les transcendantalistes américains du XIXe siècle (Ralph Waldo Emerson), ce thème est aujourd’hui accommodé à toutes les sauces, en particulier dans un nombre impressionnant de thérapies qui prétendent permettre de révéler notre « vrai moi », notre « authentique potentiel », nos « capacités insoupçonnées » etc.
Il est intéressant d’observer que ces processus thérapeutiques sous- entendent que le changement personnel est un processus (au moins partiellement) maîtrisable, voire même qu’il est éventuellement « technicisable », ce qui signifie qu’en appliquant un certain nombre de pensées ou de comportements précisément définis, on pourra arriver de façon prévisible à certains résultats sur nous-mêmes ou sur autrui. Le domaine de la communication interpersonnelle en constitue un parfait exemple: du process communication à la communication non violente, du couple aux rapports professionnels, de Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus de John Gray à Cessez d’être gentil, soyez vrai! de Thomas d’Ansembourg, on retrouve l’idée selon laquelle notre façon de communiquer avec autrui peut être grandement améliorée en usant de certaines techniques (par exemple, parler en « je », éviter le « tu qui tue », pour reprendre la formule à succès de Jacques Salomé). C’est également ce que David Servan-Schreiber exprimait très clairement dans Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicament ni psychanalyse, lorsqu’il proposait à ses lecteurs désireux de mieux communiquer « un algorithme, une sorte de recette par étapes » qui consiste en une carte à six points à suivre « que ce soit chez vous, au bureau, avec la police et même avec votre garagiste » (2003).
Ensuite, le second thème extrêmement présent dans la mouvance du changement personnel est celui de la performance, de l’exploitation d’un maximum de nos possibilités de vie. Comme le montreront des articles de la seconde partie de l’ouvrage, cette thématique a trouvé un terrain d’élection particulièrement propice dans le domaine du travail et des relations professionnelles. Non seulement notre travail est devenu aujourd’hui un facteur extrêmement important de notre existence, mais les carrières professionnelles impliquent désormais un nombre bien plus important de modifications, de bifurcations voire de ruptures, lors desquelles il est de plus en plus attendu que l’individu se prenne en main, selon une expression bien connue et de fréquemment utilisée.
Il est intéressant d’observer la façon dont la mouvance du change- ment personnel valorise aujourd’hui l’action, c’est-à-dire le fait d’agir, de faire des choses, de ne pas se laisser abattre, parfois au détriment de ce que certains psychanalystes appellent nos « capacités négatives » (s’ennuyer, se perdre, se laisser aller, etc.) qu’ils jugent tout aussi importantes dans nos vies que les capacités positives. En mettant en avant l’épanouissement de soi et la performance individuelle, le dépassement de nos limites et l’exploration de soi, la productivité et l’authenticité, non seulement dans le monde du travail mais plus largement dans tous les domaines de notre existence, la logique du changement personnel constitue une façon de réagir à ce qui nous arrive de positif ou de négatif dans notre existence. Elle met l’accent sur l’action (le fait de se battre, de chercher les solutions, d’en vouloir toujours plus) et non sur la passion (le fait de se laisser aller, de se plaindre, de ruminer son mécontentement ou de ne pas provoquer le destin). L’antithèse du changement personnel est constituée par le personnage de la victime (comme lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il se « victimise »), qui attend que les modifications viennent de l’extérieur, sans chercher à se prendre en charge lui-même. Le changement personnel montre que nous tenons en très haute estime le fait d’agir de soi-même, de conduire sa propre vie à sa façon, sans se laisser dicter nos façons d’être et de faire.
Changement subi, changement désiré
La généralisation du changement personnel comme style de vie ne doit pas cependant nous empêcher de voir que nous sommes loin d’être égaux face aux défis et aux opportunités que cette perspective représente. Pour le dire de façon schématique, le changement personnel peut intervenir dans deux types de situations: il peut être choisi et désiré par certaines personnes, alors que, pour d’autres, il sera vécu comme contraint et subi. Bien sûr, la réalité se trouve souvent quelque part entre ces deux situations extrêmes. Il y a fort à parier que le migrant qui quitte son pays pour fuir la misère et la faim, et l’étudiant qui s’éloigne du cocon familial pour réaliser un échange d’étude type Erasmus ou un « trip » initiatique à la recherche de soi, bien que tous les deux confrontés à des formes de changement personnel, ne vivent pas les mêmes expériences de transformation de soi. De même, qu’y a-t-il de commun entre le manager qui décide de saisir une nouvelle opportunité professionnelle et la personne en fin de carrière, victime d’un licenciement collectif et que les services sociaux veulent « activer » afin de la pousser à retrouver un emploi d’autre part ?
Cependant, la plupart des techniques et des pistes de changement personnel, de la méditation à la psychologie positive, de la résilience au développement personnel visent justement à brouiller cette distinction entre le changement personnel choisi et le changement personnel subi en portant haut et fort le message selon lequel il nous est toujours possible de faire quelque chose de ce qui nous arrive et à ce qui nous arrive. Cette perspective optimiste (humaniste, diront les uns, naïve, diront les autres) nous invite à considérer que la marge de manœuvre individuelle n’est jamais réduite à néant, qu’il est toujours possible de faire reculer les frontières de l’inné ou du déterminé pour augmenter le territoire de l’acquis, comme en témoigne l’idée à succès selon laquelle nous pouvons éduquer notre cerveau, à la positivité, par exemple.
La mouvance du changement personnel déploie ainsi une vision de la vie qui peut tenir dans un espace triangulaire dont les sommets sont formés par ces trois proverbes ou aphorismes du sens commun: « rien ne sert de pleurer sur le lait renversé », « faire contre mauvaise fortune bon cœur », et « tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Regarder vers l’avenir plutôt que vers le passé, agir sur ce qui est à notre portée sans chercher à maîtriser ce qui ne l’est pas, et profiter de toutes nos expériences de vie, même les pires, pour se tirer vers le haut: voilà l’espace moral du changement personnel.
Choisir sa vie
Au final, la mouvance actuelle autour du changement personnel permet à nos contemporains de traiter un ensemble de questions que se posent tous les êtres humains, quelles que soient leur origine et leur époque : pourquoi m’arrive-t-il ce qui m’arrive ? Quelle est ma responsabilité là-dedans ? L’ai-je mérité ou non ? Comment vais-je m’en sortir ? Que puis-je espérer dans ma vie ? Etc. Ces questions rejouent la distinction qui nous taraude tous, thématisée notamment par Machiavel dans ses conseils au Prince, entre ce qui est de l’ordre de la fortune (ce qui n’est pas sous mon contrôle) et de l’ordre de la vertu (ce que je peux maîtriser, seul ou avec de l’aide).
Si ces questions sont peut-être communes à toute l’humanité, chaque culture fournit aux individus qui la composent des façons particulières d’y répondre. La peuplade des Azandé, située au Soudan du Sud, étudiée par l’anthropologue Edward Evans-Pritchard invoquait la magie et la sorcellerie. Le personnage de Job, dans l’Ancien Testament, demandait à Dieu des comptes pour expliquer pourquoi il avait tout perdu. La culture contemporaine du changement personnel, quant à elle, insiste sur les ressources intérieures à chaque individu: « nous avons en nous plus que ce que nous croyons », tel est son leitmotiv. C’est ainsi, par exemple, le message que délivre la psychologie positive, en soulignant le pouvoir de notre pensée et notre capacité à entraîner notre mental. Nous ne sommes souvent pas responsables de ce qui nous arrive, mais nous avons la capacité de travailler sur nous-mêmes pour toujours progresser, dans nos réussites comme dans nos échecs, en évitant surtout de se reposer sur ses lauriers. En bref, face aux épreuves heureuses et malheureuses de la vie, la mouvance du changement personnel invite chacun d’entre nous à « s’en prendre à lui-même », c’est-à-dire à se considérer comme responsable de la vie qu’il mène.
Qu’est-ce alors qu’une vie bonne, lorsqu’on évolue dans cette culture du changement personnel? C’est une vie que l’on a choisie et que l’on ne s’est pas laissé imposer par l’extérieur. Comment devons- nous vivre? Bien heureusement, toutes les techniques de changements personnel, aussi nombreuses soient-elles, ne suffisent pas à épuiser l’univers des réponses possibles à cette question qui nous taraude tous.
En valorisant le changement personnel, parfois pour lui-même, elles possèdent d’ailleurs leur point aveugle. Sont-elles aujourd’hui nombreuses à oser opposer à cette injonction à se changer soi-même ces autres questions: « et si nous arrêtions de vouloir conduire nos vies? Et si nous nous laissions aller ? Et si nous acceptions de considérer que nous ne maîtrisons pas grand-chose de notre destin? Et si nous nous contentions de ce que nous étions? Etc. ». C’est peu de dire qu’actuellement, cet autre son de cloche semble inaudible. L’idée de se prendre comme perpétuel objet d’amélioration semble, aux yeux de beaucoup d’entre nous, indépassable.
Donner du sens à son existence
Quelle attitude faut-il adopter face à ce mouvement sans précédent du changement personnel ? Que faut-il en penser ? En tant que citoyen, il est probable que ce phénomène ne laissera personne indifférent. Certains se réjouiront que l’on souligne enfin le pouvoir que chacun peut exercer sur lui-même, tandis que d’autres s’interrogeront tantôt sur le fantasme d’être un individu qui se tient tout seul, tantôt sur les conséquences sociales et politiques de cette culture. Pour les sciences humaines, la mouvance du changement personnel représente un défi très excitant. Il y a, dans ce succès, quelque chose à comprendre, un sens des choses à reconstituer.
Entre histoire, mythes et réalités du changement personnel, ce livre offre des pistes pour mieux saisir les tenants et aboutissants de ce phénomène massif. Dans une première partie, il nous plonge dans le passé et dans d’autres cultures pour mieux cerner les spécificités du change- ment personnel à l’heure actuelle. Dans une seconde partie, il investigue les formes et les réalités du changement personnel aujourd’hui, d’abord dans les épreuves que les âges de la vie nous amènent à rencontrer, ensuite spécifiquement dans le domaine du travail, et enfin dans nos oscillations entre les moments où nous lâchons prise, et les moments où nous nous reprenons en main. La troisième partie donne la parole aux différents acteurs de la mouvance du changement personnel: en premier lieu à ceux qui en ont fait une profession et ont développé des techniques pour mieux se changer, dans un deuxième temps à ceux qui, comme les lecteurs d’ouvrages de développement personnel, appliquent sur eux-mêmes ces techniques, et dans un troisième temps aux analystes et aux critiques de ce phénomène de société.
Sans céder à l’irénisme qui ne verrait que du beau et du bon dans ce phénomène, qui fantasmerait sur les libertés individuelles, mais sans non plus tomber dans le travers inverse qui consisterait à vilipender de façon aveugle les conséquences négatives du succès contemporain du changement personnel, l’ensemble constitué par les différents articles invite plutôt à comprendre pourquoi, aujourd’hui et dans nos sociétés, l’idée de travailler sur soi-même est devenue un impératif social et culturel qui permet à de très nombreux individus de donner du sens à leur existence.
Nicolas Marquis
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), LE CHANGEMENT PERSONNEL, Histoire Mythes Réalités, Avant-Propos, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, pp. 5-12.
Nicolas Marquis est chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel (Puf, 2014).
Médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Méditer, jour après jour,25 leçons de pleine conscience (L’Iconoclaste, 2011), Et n’oublie pas d’être heureux – Abécédaire de psychologie positive (Odile Jacob, 2014).
Véronique Bedin
Directrice des éditions Sciences Humaines.
Justine Canonne
Journaliste.
Vincent Caradec
Professeur de sociologie à l’université Lille-III, il a notamment publié Sociologie de la vieillesse et du vieillissement (Armand Colin, 2015).
Nicole Catheline
Psychiatre, praticien hospitalier au sein de l’accueil thérapeutique de jour pour adolescents Mosaïque du centre hospitalier Henri-Laborit à Poitiers.
Annie Collognat
Ancienne élève de l’École normale supérieure, Agrégée de Lettres classiques. Elle a notamment publié le Manuel de la sagesse antique (Omnibus, 2010), et dirigé le Dictionnaire de mythologie gréco-romaine (Omnibus, 2012).
Lucie Côté
Psychologue spécialiste de la santé mentale au travail. Directrice du module des Relations industrielles de l’université du Québec en Outaouais.
Jean Cottraux
Psychiatre honoraire des Hôpitaux, membre fondateur de (‘Académie de thérapie cognitive (Philadelphie) et directeur scientifique de l’Institut francophone de formation et de recherche en thérapie comportementale et cognitive (Ifforthecc).
Boris Cyrulnik
Neuropsychiatre, directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999 ; Les Vilains Petits Canards, Odile Jacob, 2001, rééd. 2004 ; De chair et d’âme, Odile Jacob, 2006. Dernier ouvrage : Les Âmes blessées, Odile Jacob, 2014.
Francis Danvers
Professeur émérite des universités, Vice- président de l’Université populaire de Lille, auteur notamment de S’orienter dans la vie: une valeur suprême!Essai d’anthropologie de la formation, Presses universitaires du Septentrion, 2009.
Muriel Darmon
Sociologue, directrice de recherche au CNRS (CESSP), elle a notamment publié Devenir anorexique (La Découverte, 2003), « Surveiller et maigrir. Sociologie des modes de contraintes dans un groupe commercial d’amaigrissement », Review of Agricultural and Environmental Studies, 91(2), 2010.
Michèle Declerck
Psychologue clinicienne, analyste, sophrologue, elle est l’auteur de Le Principe de précaution ou comment rater sa vie en essayant de la sauver, L’Harmattan, 2014.
Didier Demazière
Sociologue, chercheur au CNRS. Directeur de la revue Sociologie du Travail et président de l’Association Française de Sociologie. Il est l’auteur notamment de : Être chômeur à Paris, Sâo Paulo, Tokyo. Une méthode de comparaison internationale. Presses de Sciences Po, 2013. Avec N.Guimarâes, H. Hirata, K. Sugita), Sociologie des chômeurs, La Découverte (200b).
Jean-François Dortier
Fondateur et directeur du magazine Sciences Humaines.
Alain Ehrenberg
Sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur, notamment de La Fatigue d’être soi (Odile Jacob. et de La Société du malaise (Odile Jacob, 2010).
Pierluigi Graziani
Professeur des universités en psychologie clinique et psychopathologie (université de Nîmes), il est l’auteur notamment de Soigner les addictions par les TCC (avec L. Romo, Elsevier Masson, 2013) et de Comment arrêter l’alcool ? (avec D. Eraldi Gackière, Odile Jacob, 2003).
Cyrille J-D Javary
Traducteur du Yi Jing, le Classique des Changements (Albin Michel, 2002), conférencier et consultant en entreprise, il a publié notamment Les Trois Sagesses chinoises : Taoïsme, Confucianisme, Bouddhisme (Albin Michel, 2010 ; éd. poche, 2012) ; La Souplesse du dragon. Fondamentaux de la culture chinoise (Albin Michel, 2014) ; Confucius, vieux sage ou maître actuel ? coffret 3 CD audio (éd. Frémeaux, 2015).
Michel Lacroix
Philosophe, maître de conférences des Universités. Auteur notamment de Le Développement personnel (Flammarion, 2000), Le Culte de l’émotion, Flammarion, 2001, Ma philosophie de l’homme (Robert Laffont, 2015).
Héloïse Lhérété
Rédactrice en chef du magazine Sciences Humaines.
Jean-François Marmion
Rédacteur en chef du magazine Le Cercle psy.
Charles Martin-Krumm
Maître de conférences à l’IUFM de Rennes, président de l’Association française et francophone de psychologie positive. Il a dirigé avec Cyril Tarquinio le Traité de psychologie positive, paru en 2011 aux éditions De Boeck.
Nicolas Marquis
Chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise, La société du développement personnel (Puf, 2014).
Xavier Molénat
Journaliste.
Claire Petitmengin
Professeure et chercheuse en philosophie et sciences cognitives à l’institut Mines-Télécom (TEM), auteure notamment de L’expérience intuitive (L’Harmattan, 2001) et Le Chemin du milieu. Introduction à la vacuité dans la pensée bouddhiste indienne, (Dervy, 2007).
Anne-Laure Pommery
Journaliste.
François de Singly
Professeur de sociologie à l’université Paris-V, il a publié, entre autres, Sociologie de la famille contemporaine (5e éd., Armand Colin, 2014).
Marc-Henry Soulet
Professeur de sociologie. Titulaire de la Chaire de Travail social et politiques sociales, Université de Fribourg (Suisse). Il a dirigé Changer de vie. Un problème social, Academie Press Fribourg, 2011 et publié « Changer de vie, devenir autre : essai de formalisation des processus engagés » in Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, La Découverte, 2010.
Pierre-Henri Tavoillot
Maître de conférences à l’université Paris-IV, président du Collège de philosophie, il est notamment l’auteur de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007, avec É. Desenavanne), L’Abeille et le Philosophe. Étonnant voyage dans la ruche des sages (Odile Jacob, 2015), Faire ou ne pas faire son âge (éd. de l’Aube, 2014).
Anne-Claire Hiérizols
Journaliste.
Fabien Trécourt
Journaliste.
Flora Yacine
Journaliste.
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), LE CHANGEMENT PERSONNEL, Histoire Mythes Réalités, Annexes – Liste des contributeurs, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, pp. 267-268.
J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.
La première partie du livre m’a comblé parce qu’elle traite intelligemment de la philosophie, ici présentée, comme la source historique du changement personnel.
PARTIE I – LE CHANGEMENT PERSONNEL : D’AUTRES TEMPS, D’AUTRES LIEUX
L’art de vivre dans l’Antiquité (A. Collognat)
Les sages en Grèce et à Rome (J. Canonne)
Les trois piliers de la sagesse chinoise (C. J-D Javary)
Confucianisme, taoïsme, bouddhisme…
La répartition des tâches (encadré)
Conduire son existence
Philosophie et développement personnel (N. Marquis)
Le mythe de l’intériorité (encadré)
Une brève histoire du développement personnel (C. André)
L’aventure prométhéenne du développement personnel (M. Lacroix)
France-États-Unis : deux conceptions de l’autonomie – Rencontre avec Alain Ehrenberg
Les racines philosophiques du « self-help » aux États-Unis (encadré)
Poursuivant ma lecture, je restais dans l’expectative de voir un sujet important à aborder sous le thème du changement personnel : la philothérapie (consultation philosophique). Mais cette Nouvelle Pratique de la Philosophie (NPP – UNESCO) ne fut pas traitée.
L’ouvrage LE CHANGEMENT PERSONNEL fut édité en 2015. Or, le premier cabinet de consultation philosophique est initiée dès les années 1980 par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach dont il fera un premier bilan dans son livre Philosophische Praxis (1984) (voir aussi).
En 1981, le philosophe allemand Dr. Gerd B. Achenbach a été le premier à ouvrir une pratique philosophique. Dans son bureau, Achenbach a commencé à recevoir ceux qui cherchaient un certain type de conseils. Certains de ses clients avaient déjà essayé tout ce que la société d’aujourd’hui offre pour soulager les angoisses, les souffrances et les questions existentielles. Après le psychanalyste, le gourou, l’astrologue et l’atelier New Age, ils sont venus chercher de l’aide à la praxis d’un sceptique à l’écoute sympathique. L’objectif d’Achenbach est d’offrir au public une alternative à la psychothérapie, mais pas une thérapie alternative. Il déclare explicitement que la pratique philosophique n’est pas du tout une thérapie. Les diagnostics cliniques et le traitement, à l’instar du paradigme médical de la thérapie, sont absents de l’approche d’Achenbach ; même ainsi, le conseil philosophique peut également avoir des résultats thérapeutiques.
Je ne m’explique pas pourquoi un livre aussi complet au sujet du changement personnel ne relève pas la contribution des philosophes consultants ou praticiens. Pourtant, le lecteur se voit informé que cet ouvrage réunis des articles tirés du magazine Sciences Humaines, qui furent revus et actualisés. On ne peut donc pas justifiée l’absence des philosophes consultants dans cet ouvrage par l’absence d’articles sur le sujet dans les éditions du magazine SCIENCES HUMAINES précédant 2015, année de publication de l’ouvrage. Il s’agissait tout simplement d’intégrer la consultation philosophique dans la révision et l’actualisation de ces articles. Le lecteur est aussi avisé que l’ouvrage comprend des contributions inédites mais aucune ne traite de la consultation philosophique. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?
Il me m’apparaît pas logique de se référer aux racines historiques de l’arbre du changement personnel sans, par la suite, parler de la branche de la consultation philosophique en lien direct avec ces racines. Je ne comprends pas.
Le directeur de la publication LE CHANGEMENT PERSONNEL, Nicolas Marquis est docteur en sociologie (voir aussi). Dois-je comprendre que la sociologie se réfère aisément à la philosophie mais qu’elle ne voit aucune phénomène social digne de mention dans la naissance et le développement de la consultation philosophique ? On compte déjà une activité importante dans le secteur de la consultation philosophique dès l’entrée dans les années.
À elles seules, la création de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) en 1999 et de l’Institut de pratiques philosophique en 2003 témoignent suffisamment de l’ampleur du phénomène social de la consultation philosophique pour être prise en compte par la sociologie. Comment un docteur en sociologie peut-il passer à côté de ce phénomène social en traitant du changement personnel ?
Pourtant, Nicolas Marquis consacre la troisième partie de l’ouvrage qu’il dirige aux points de vue des praticiens.
Parti III – Regards croisés sur le changement personnel
I – LE POINT DE VUE DES PRATICIENS
Peut-on vraiment se réaliser ?
Rencontre avec Michel Lacroix
L’estime de soi au quotidien (C. André)
Changer tout en restant soi-même
Psychothérapie et changement (J. Cottraux)
Facteurs communs des psychothérapies efficaces (encadré)
« La psycho positive, ce n’est pas positiver ! » Rencontre avec Charles Martin-Krumm
Qu’est-ce que méditer ? (C. Petitmengin)
Lâcher prise pour s’ouvrir au monde (encadré)
Les usages de la méditation (encadré)
Le premier texte, PEUT-ON VRAIMENT SE RÉALISER ?, est issu d’une RENCONTRE AVEC MICHEL LACROIX. Mes propres recherches indique que Michel Lacroix n’est pas un philosophe praticien mais plutôt un universitaire : « Normalien, agrégé de philosophie, Michel Lacroix est maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise » selon son éditeur Robert Laffont. Monsieur Lacroix n’opère pas un cabinet de consultation philosophique même s’il a écrit « Philosophie de la réalisation personnelle ».
Bref, les textes de cette partie sont signés par
un normalien, agrégé de philosophie, maître de conférences;
un philosophe maître de conférence dans les Universités;
un médecin psychiatre à l’hôpital;
un neuropsychiatre;
un professeur d’Université à l’École de Psychologues Praticiens, coach et conférencier;
une professeure et chercheuse en philosophie et sciences cognitives.
Somme toute, on ne trouve pas au bas des pâquerettes, sur le terrain. Je serai étonné d’apprendre que tous les témoignages qui suivent (II – LE POINT DE VUE DES USAGERS : TÉMOIGNAGES) proviennent de consultation avec les praticiens de la section précédente (I – LE POINT DE VUE DES PRATICIENS).
La troisième et dernière partie, LES CRITIQUES DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL, proviennent du milieu même du développement personnel, à l’exception du texte proposé par un journaliste et un autre texte signé par un sociologue. Le texte « Le bon et le mauvais coach » est signé « E.T. » que je ne parviens pas à identifier.
III. LES CRITIQUES DU CHANGEMENT PERSONNEL
Développement personnel, un royaume en éclats (Jean-François Marmion, Rédacteur en chef du magazine Le Cercle psy).
Coaches : que font-ils vraiment ? (Fabien Trécourt, Journaliste.)
Le bon et le mauvais coach (Nicolas Marquis – Chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise, La société du développement personnel (Puf, 2014)).
L’inconscient du changement personnel – Quatre questions à Michèle Declerck (Michèle Declerck, Psychologue clinicienne, analyste, sophrologue, elle est l’auteur de Le Principe de précaution ou comment rater sa vie en essayant de la sauver, L’Harmattan, 2014.)
Changer sa vie : une question sociologique (Marc-Henry Soulet, Professeur de sociologie. Titulaire de la Chaire de Travail social et politiques sociales, Université de Fribourg (Suisse). Il a dirigé Changer de vie. Un problème social, Academie Press Fribourg, 2011 et publié « Changer de vie, devenir autre : essai de formalisation des processus engagés » in Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, La Découverte, 2010.)
Habituellement, dans mon livre à moi, les meilleures critiques proviennent, non pas de l’intérieur, mais de l’extérieur. Les critiques de l’intérieur par l’intérieur demeurent biaisées et très souvent partial, malgré les efforts d’objectivité déployés.
Le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL n’a que deux défauts : 1. exclusions des philosophes consultants ou praticiens; 2. subjectivité du regard critique.
Les trois sous-titres en couverture, HISTOIRE – MYTHES – RÉALITÉ, annoncent adéquatement le contenu du livre LE CHANGEMENT PERSONNEL.
Cependant, je reste sur la crainte que l’HISTOIRE procure encore davantage de raisons au coaching en développement personnel et professionnel pour se crédibiliser. Mais voilà que Nicolas Marquis nous demande si le Développement personnel ne serait en train de devenir « un nouveau créneau pour philosophes reconvertis ? »
N’importe quel observateur de l’achalandage des rayons des grandes librairies conviendra aisément qu’entre le rayon du « développement personnel » (DP) et celui de la « philosophie », on a plutôt affaire à un métissage progressif qu’à une rupture nette et franche. On peut sans peine imaginer l’embarras du libraire qui se demande comment classer des titres d’auteurs qui, qu’on les aime ou non, ont plutôt habitué leurs lecteurs à des travaux proprement philosophiques. Mais voilà maintenant que Peter Sloterdijk écrit Tu dois changer ta vie ! Alain Badiou produit La Métaphysique du bonheur réel, Jacques Attali sort un Devenir soi : prenez le pouvoir sur votre vie. Le DP, un nouveau créneau pour philosophes reconvertis ?
La vie bonne : une préoccupation commune
Certains se réjouiront du fait que le savoir des philosophes contemporains, souvent perçu comme sclérosé, mêle enfin son sang à celui moins noble des productions populaires disponibles dans les supermarchés. D’autres se désoleront au contraire de voir des auteurs pourtant si respectables céder apparemment aux sirènes du marketing. Quelle que soit notre humeur à cet égard, il serait fâcheux d’oublier que la philosophie est d’abord une discipline qui vise à la compréhension, voire à la transformation de nos vies, sur les plans individuel comme collectif.
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Conduire son existence. Philosophie et développement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 34. (Voir CAIRN.INFO)
En réalité, cette reconversion se limite aux papiers. Aucun des philosophes cités dans cet extrait ne tient de cabinet de consultation philosophique ouvert à tous; ce ne sont pas des philosophes consultants ou praticiens. Ils nous offrent que de la littérature, exercice solitaire s’il en est un. Or, le changement personnel implique l’interpersonnel, un contact avec l’autre et même idéalement un conseil avisé de cet autre.
III. Regards croisés sur le changement personnel
Présentation
Par Nicolas Marquis
En devenant un phénomène de société, le changement personnel a impliqué un nombre de plus en plus important d’acteurs. Il n’est plus un procédé artisanal que l’on pratique secrètement à l’abri du regard d’autrui, dans son garage ou dans son for intérieur. La mouvance du changement personnel a donné naissance à de nombreux dispositifs qui ont aujourd’hui pignon sur rue : des thérapies comportementales et cognitives aux pratiques orientales de méditation, du coaching en entreprise à la psychologie positive, des groupes d’entraides aux ouvrages du développement personnel, etc. Le nombre d’outils à notre disposition pour travailler sur nous-mêmes n’a sans doute jamais été aussi important. Le changement personnel est devenu à la fois un marché, qui brasse de considérables sommes d’argent, un domaine d’expertise dans lequel se forment de nombreux praticiens en tentant de se différencier des charlatans, une nébuleuse qui reprend des éléments de discours épars, de la psychologie à l’ésotérisme en passant par les sagesses orientales ou les motivational speakers américains, un champ de lutte où se confrontent différentes visions de ce qu’est une vie réussie, et un objet d’étude pour une série de disciplines de sciences humaines.
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Présentation, III. Regards croisés sur le changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 165. (Voir CAIRN.INFO)
Le simple fait que le Développement personnel (DP) soit devenu un marché au sens capitalisme du terme indique que le travail sur soi est désormais une entreprise, tant pour le coach que pour le coaché. Nicolas Marquis nous parle d’«un champ de lutte où se confrontent différentes visions de ce qu’est une vie réussie». Et c’est là une grande partie du problème des coachs car ils sont eux-mêmes le produit de la société capitaliste dans laquelle ils veulent inscrire, individu par individu, une matrice quasi industrielle du changement personnel. La lutte n’est pas tant sur les fondements d’une vie réussie, peu importe la vision de l’individu, ils s’en remettent à cette dernière, s’y soumettront, pour autant qu’il devienne un client. Finalement, la lutte s’avère davantage orientée vers la survie économique de l’entreprise de coaching. Le coach doit parvenir à vivre économiquement de son entreprise.
Les coachs s’inscrivent dans cette mouvance entrepreneuriale qui, depuis les années 1980, incite les jeunes et moins jeunes chômeurs à se lancer en affaires, à créer leur propre entreprise, à devenir travailleurs autonomes dont on retiendraient les services sous contrat, sans avoir ainsi à assumer les charges d’un employé. Et voilà maintenant qu’on dit à ces jeunes-vieux qu’ils doivent eux-mêmes devenir une entreprise, une entreprise de soi, et être ainsi équipé pour faire face aux changements inhérents à toute vie, pour exploiter leurs ambitions personnelles et professionnelles.
III. Regards croisés sur le changement personnel
II. Le point de vue des usagers : témoignages
Coaches : que font-ils vraiment ?
par Fabien Trécourt
C’est une première : plus d’un Européen sur deux déclare désormais avoir entendu parler du coaching professionnel d’entreprise, selon une étude internationale d’ICF/PwC, publiée fin mai 2014 (« 2014 ICF Global consumer awareness study »). Si vous faites partie de ceux qui assimilent spontanément coaching et entraînement sportif, sachez que le terme désigne aussi une prestation de service à destination des cadres et des dirigeants, en pleine expansion depuis les années 1980 – huit « coachés » sur dix jugent aujourd’hui l’expérience satisfaisante, contre 76 % en 2010. Selon la Société française de coaching (SFCoach), l’une des principales de ce secteur en France, cette démarche consiste en un « accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels ». Étymologiquement, précise la coach Nathalie Ducrot, le mot renvoie à la profession de cocher : « Celui qui vous emmène là où vous voulez aller en toute sécurité, après avoir pris le temps de baliser le terrain, mais sans être un guide ou un mentor pour autant. » Autrement dit, un praticien part du principe que chaque manager est le meilleur expert de sa situation et possède en lui-même des solutions qu’il s’agit simplement de faire émerger. « C’est un facilitateur et un accompagnateur », conclut-elle.
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Coaches : que font-ils vraiment ? (Fabien Trécourt), II. Le point de vue des usagers : témoignages – III. Regards croisés sur le changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 238. (Voir CAIRN.INFO)
Quelle astuce ! Tout est déjà en vous ! Je ne suis qu’« un facilitateur et un accompagnateur ». Socrate serait fier, lui, l’accoucheur d’esprit. « Et comment exploiter mon potentiel ? » « Suivez mes instructions » dira le coach. Cette approche prescriptive du coaching s’inscrit dans un modèle sociaux-éconimique à épouser et ainsi s’y formater. Un modèle pour un autre, tout aussi contraignant l’un que l’autre, société oblige.
III. Les critiques du changement personnel
Changer sa vie : une question sociologique
par Marc-Henry Soulet
On a tous rêvé d’une autre vie. Non pas tant de devenir milliardaire ou rock star à qui millions et groupies sont promis. Mais plus fondamentalement d’une autre vie pour soi, à soi. Pouvoir battre à nouveau les cartes et refaire la donne. Faire machine arrière et éviter ce dans quoi l’on s’est enfermé. Avoir une deuxième chance, en quelque sorte. Recommencer sa vie tout bonnement. Mais si changer sa vie est un travail sur soi, c’est aussi un travail permis, soutenu, produit socialement. On ne change pas sa vie tout seul parce que, tout simplement, on ne change pas de vie comme cela. Les sociologues ont toujours rappelé qui la force des déterminismes sociaux (la socialisation primaire, l’habitus…), qui les coûts de la mobilité sociale (la névrose de classe, le poids du statut de transfuge…), qui la pesanteur des actions passées (les paris adjacents contraignant à poursuivre malgré soi dans la voie engagée).
MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Changer sa vie : une question sociologique (Marc-Henry Soulet) – III. Regards croisés sur le changement personnel – III. Les critiques du changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 250. (Voir CAIRN.INFO)
Une autre vie ? Une autre vie dans la vie ? « Mais plus fondamentalement d’une autre vie pour soi, à soi. » Mais peut-on parler d’une « autre vie » ? Ne sagit-il pas de la même vie mais orientée différemment ? Tout depend de ce que nous entendons par « vie ». Le développement personnel ne ressusite pas les morts, même au sens figuré.
Dans son livre SÉDUCTION PSYCHOLOGIQUE – ÉCHEC DE LA PSYVHOLOGIE MODERNE (1985) (voir aussi), William Kirk Kilpatrick, alors professeur associé de psychologie éducative au Boston College et licencié des université Harvard et Purdue, explique que les gens ne veulent pas travailler sur eux, sur leur MOI, ils veulent un nouveau MOI. Ils veulent leur chemin de Damas, une révélation pour une conversion instantanée et par la seule force de l’âme et de l’esprit. Être un nouvel Être du jour au lendemain, doté d’un tout nouveau MOI. Ils ne veulent pas défiler chacune des lettres de l’alphabet; il veulent passer du A directement à Z. Est-ce possible ? Oui. Mais c’est une autre histoire.
J’accorde à l’ouvrage LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS 4 ½ étoiles. Je vous en recommande fortement la lecture.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets :…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique.
Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).
La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.
À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.