Article # 261 – La philosophie à l’hôpital : réinventer le sens et le soin au cœur de l’institution

Face aux crises structurelles permanentes et aux vagues successives de la pandémie de Covid-19, le monde de la santé traverse une profonde quête de sens. En réponse aux difficultés quotidiennes des équipes, une initiative novatrice a vu le jour en Belgique : l’internalisation à temps plein d’un nouveau métier, celui de « philosophe hospitalier ». Expérimentée au Grand Hôpital de Charleroi (GHdC), cette démarche ne se veut ni une théorie abstraite ni un simple outil de coaching individuel, mais une véritable pratique collective visant à redonner du souffle à l’ensemble des travailleurs de l’institution.

1. Genèse d’une fonction inédite : du questionnement à l’internalisation

L’idée d’intégrer la philosophie au cœur des structures de soins est née d’un dialogue informel entre la directrice du département infirmier et le directeur général du Grand Hôpital de Charleroi. Alors que le secteur faisait face à sa cession épidémique en février 2022, l’institution a publié une offre d’emploi atypique pour recruit un philosophe sous contrat à durée indéterminée. Si la présence de philosophes dans les comités d’éthique ou lors de séminaires académiques est courante, l’internalisation permanente d’une telle fonction au bénéfice direct du personnel constitue une première singulière.

Portée par Jérôme Bouvy, titulaire d’un master en philosophie de l’UCLouvain, cette fonction évite les écueils traditionnels de la discipline. Il ne s’agit pas d’enseigner l’histoire de la philosophie du haut d’une estrade, mais de co-construire une réflexion active avec les acteurs de terrain, en partant de leurs problèmes concrets.

2. Repenser la posture : une philosophie artisanale et humble

La mise en œuvre de la philosophie à l’hôpital requiert une posture spécifique, dictée par les contraintes de temps et l’organisation dégradée des services. Le philosophe s’apparente ici à un artisan du dialogue, maniant l’interrogation avec la précision d’un scalpel plutôt que la brutalité d’un marteau. L’objectif est de vulgariser les concepts sans simplisme et de susciter la curiosité sans aliéner les équipes.

Trois piliers fondamentaux structurent cette posture :

  • L’humilité radicale : Le philosophe n’apporte pas de réponses pré-pensées ou de recettes miracles. Il ne se positionne pas en surplomb, mais s’inscrit dans un processus de co-recherche avec les soignants.

  • Le refus de l’instrumentalisation : La fonction n’est pas inféodée à des objectifs comptables, de productivité ou de « bonheur au travail » obligatoire. Elle évolue dans les interstices de l’institution, échappant aux indicateurs de performance classiques.

  • Une visée collective et politique : Au-delà de l’éthique clinique centrée sur la seule relation de soin, la philosophie hospitalière englobe les dimensions sociales et organisationnelles du travail à l’hôpital.

3. Des outils concrets pour libérer la parole et la pensée

Pour s’adapter aux réalités hospitalières, la philosophie se décline en une variété de dispositifs pratiques et complémentaires :

Dispositif Objectif & Méthodologie
Ateliers Philo (CRP)

Sessions de 2 heures basées sur la Communauté de Recherche Philosophique. Délibération collective à partir des désaccords et des vécus de l’équipe.

Maraudes Éthiques

Démarche d’« aller-vers » où le philosophe passe à l’improviste dans les services, favorisant des discussions spontanées entre deux portes pour capter les tensions éthiques quotidiennes.

Clinique Philosophique / Éthique Narrative

Séminaires d’écriture et de dialogue, inspirés des travaux de Valérie Gateau sur le burnout des soignants, visant à rompre l’isolement face à l’épuisement professionnel.

Compagnonnage Philo

Partage du quotidien d’un service (temps formels et informels) pour ouvrir des brèches réflexives sans posture de supervision.

Biblio-Phile

Cercle de lecture démocratique et collégial se réunissant hors du temps de travail pour échanger autour de textes choisis par le groupe.

4. Vers une structure pérenne : le Forum du Personnel et l’approche pluridisciplinaire

L’aboutissement de cette démarche réside dans le décloisonnement institutionnel. Le Grand Hôpital de Charleroi a ainsi concrétisé cette dynamique à travers la création d’une antenne officielle en collaboration avec la Chaire de Philosophie à l’Hôpital dirigée par Cynthia Fleury.

Cette collaboration s’incarne physiquement dans le « Forum du personnel » implanté sur le site des Viviers. Conçu comme une place publique au sein de l’établissement, cet espace articule plusieurs professionnels du sens et de l’accompagnement :

  • Le philosophe hospitalier

  • L’infirmier conseiller en éthique

  • Le médecin conseiller en éthique

  • La référente Spiritual-Care

  • La psychologue du personnel

Ce Forum se donne quatre missions fondamentales : accueillir les questionnements, susciter les questionnements, tisser des liens, et favoriser une véritable culture du dialogue. Grâce à des instances de discussion comme le groupe Agora, qui réunit le Forum et les directions de départements, l’hôpital tend vers une « coopération conflictuelle » féconde. En acceptant le désaccord et en lui offrant un cadre rigoureux, l’institution forge une condition partagée capable de transformer positivement le quotidien de l’ensemble de ses collaborateurs.

Sources et Références bibliographiques

Documents de référence

  • BOUVY Jérôme, « Philosophe(r) à l’hôpital : La pensée au cœur du soin », Gestions hospitalières, n° 634, mars 2024, p. 140-144.

  • GATEAU Valérie, « L’éthique narrative – Un outil de prévention et de résilience face au burnout des soignants », Gestions hospitalières, n° 618, septembre 2022, p. 400-403.

  • VANDEVELDE-ROUGALE Agnès, HUMBERT Pascal, « De la dépossession de la parole à la parole retrouvée : perspectives croisées dans le secteur de la santé », Nouvelle Revue de psychosociologie, n° 36, 2023, p. 15-29.

  • CLOT Yves, Le Prix du travail bien fait : La coopération conflictuelle dans les organisations, Paris, La Découverte, 2021.

  • MOLINIER Pascale, Les Enjeux psychiques du travail, Paris, Payot, 2008.

  • MOLINIER Pascale, PAPERMAN Patricia, LAUGIER Sandra (dir.), Qu’est-ce que le care ?, Paris, Payot, 2009.

  • TOZZI Michel, Nouvelles pratiques philosophiques – Répondre à la demande sociale et scolaire de philosophie, Chronique sociale, 2012.

  • PHILOCITÉ, Philosopher par le dialogue – Quatre méthodes, Paris, Vrin, 2020.

Ressources et Sites Web officiels


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Article # 245 – Un café pour Socrate, Marc Sautet, Éditions Robert Laffont, 1995

Marc Sautet (1947-1998)

Un café pour Socrate

Comment la philosophie peut nous aider à comprendre le monde d’aujourd’hui

Éditions Robert Laffont

Paris

1995 (Février)

315 pages ; format broché ; env. 24 x 15 cm

Crédits illustration : Photographie de couverture par John Foley

ISBN-13 : 978-2-221-07606-4

ISBN-10 : 2-221-07606-0

Sujets / Mots-clés : Philosophie — Pratique philosophique — Café philosophique — Athènes (Grèce) — Antiquité — Société contemporaine.


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Un café pour Socrate

Depuis 1992, tous les dimanches, le café des Phares, place de la Bastille, est devenu un lieu unique. Marc Sautet, philosophe, y anime un débat ouvert à tous : un moment privilégié d’une nouvelle pratique de la philosophie. Non loin de là, dans son Cabinet, il propose aussi des consultations. Ainsi, avec lui, la philosophie sort de son cadre élitiste, redevient un outil quotidien, nous aide à nous poser les bonnes questions. Face à une société en crise, elle nous donne les moyens de réfléchir sur l’État, la justice, la violence, notre condition d’homme…

Mais pour observer et comprendre le monde d’aujourd’hui, il faut d’abord savoir d’où nous venons. Marc Sautet, avec clarté et passion, nous entraîne à le suivre sur le chemin de l’histoire occidentale : pour le philosophe, interroger le passé, c’est tenter de maîtriser le présent.

Mieux : n’est-ce pas voir l’avenir ? Lorsqu’il nous montre Athènes, la cité démocratique, au faîte de sa gloire, il nous rappelle que s’abattent sur elle des fléaux étrangement semblables à ceux qui font vaciller nos consciences. Et nous nous demandons avec lui : Ne sommes-nous pas en train de jouer le même drame ? Si nous répétons les mêmes erreurs, échapperons-nous au dernier acte ?

Il y a 2500 ans, la voix de Socrate s’est élevée pour éveiller les citoyens d’Athènes. L’enjeu pour la philosophie n’est-il pas, maintenant, de retrouver sa vraie place dans notre vie ?

Docteur en philosophie, longtemps enseignant dans le secondaire puis à l’université, actuellement maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, Marc Sautet a ouvert, en 1992, le premier Cabinet de Philosophie en France.


TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos.

Première partie: OÙ SOMMES-NOUS?

I. Un dimanche, place de la Bastille.

II. La philosophie au café

III. La philosophie au café (suite).

IV. La philosophie au café (fin).

V. Le Cabinet

VI. En consultation

VII. En consultation (fin)

VIII. Séances à plusieurs..

IX. En séminaire sur l’authenticité

X. En voyage..

Deuxième partie : D’OÙ VENONS-NOUS?

I. Défaite de la pensée?

II. Les Lumières

III. La révolution héliocentrique

IV. Révolution marchande.

V. Galilée

VI. Copernic

VII. Petty & Smith

VIII. Marx…

IX. La révolution ouvrière

X. Totalitarismes.

Troisième partie: OÙ ALLONS-NOUS?

I. Victoire de la loi du profit?

II. Naissance du démos

III. Naissance du logos

IV. La lucidité de Sophocle

V. La lassitude de Socrate

VI. La revanche de Platon

VII. La trahison d’Aristote

VIII. Les instruments animés

IX. La fatalité

X. La répétition

En guise de conclusion.


EXTRAIT

Avant-propos

Dimanche 13 décembre 1992, place de la Bastille, vers 11 heures. Les cafés se sont remplis peu à peu. Mais, dans l’un d’eux, une tren- taine de personnes se sont installées autour des tables disposées en rectangle. Elles sirotent tranquillement leur consommation, jusqu’à ce que quelqu’un lance: « La violence est-elle spécifique à l’homme ou se retrouve-t-elle dans la nature entière? » C’est un beau sujet. C’est de cela qu’on va parler deux heures durant. Car l’enjeu est de taille: il s’agit ni plus ni moins de savoir si l’homme peut échapper à la fatalité de la violence qui, à l’évidence, caractérise les rapports qu’il entretient avec son semblable. Mais encore faut-il se mettre d’accord sur le champ de la discussion: en cours de route, on va s’apercevoir qu’il est sans limites, car ce n’est pas seule- ment tout ce qui vit à la surface de la terre qu’il faut envisager, la faune et la flore, ni même tout ce qui s’y passe, tous les événements naturels, mais le monde entier, à savoir l’Univers, le cosmos, dans toute son étendue et dans toute son histoire…

Et c’est ainsi que la matinée va s’écouler au café des Phares, dans un échange incessant d’arguments plus ou moins solides, étayés par des exemples plus ou moins pertinents destinés à fonder des prises de position plus ou moins hâtives. À 13 heures on prononce le mot de la fin. Et rendez-vous est pris pour la semaine suivante.

Voilà maintenant plus de deux ans que la philosophie est pratiquée de cette manière place de la Bastille. D’aucuns émettront quelque doute sur la validité philosophique d’un débat de bistrot. D’autres n’auront que mépris pour ce petit plaisir que s’offrent quelques Parisiens en mal de tribune. Certains, peut-être, trouveront l’initiative réjouissante et voudront en savoir plus.

Ce livre a pour objet de répondre aux uns et aux autres. Il se peut, en effet, que ces rencontres n’aient aucune importance, qu’elles ne constituent tout au plus qu’un simple amusement dominical pour solitaires désœuvrés. Mais il se pourrait aussi que ce soit un signe – le signe que la philosophie, n’en déplaise à ceux qui lui ont creusé sa tombe, a encore de beaux jours devant elle et que la pensée, n’en déplaise aux pessimistes, est loin d’être défaite. On conviendra que cela mérite réflexion.

Car tel est le fond de l’affaire. Poussée hors du champ de la connaissance par les progrès de la science depuis plus d’un siècle, la philosophie fut de surcroît récemment supplantée par les sciences humaines sur le terrain de l’action. Ridiculisée d’un côté par les performances de la physique quantique et de la biochimie dans sa prétention à détenir le code d’accès à la vérité, elle dut céder de l’autre la place à la sociologie, à l’économie politique, et à la psychologie, là où il s’agissait de pénétrer au cœur du monde des hommes pour venir à bout de maux réels. Elle résista, mais rien n’y fit. Ni la France ni l’Allemagne, les deux nations où l’esprit des Lumières s’était le plus fortement manifesté, ne purent enrayer sa chute: ni l’école de Francfort ni Camus. Ni Sartre, dont l’engagement politique tardif épuisa le peu de crédit qu’elle conservait dans la cité; après sa mort, il ne resta plus à ses héritiers que l’alternative entre la splendide marginalité et l’opportunisme mondain: d’un côté Deleuze, Foucault et autres Baudrillard, de l’autre les « nouveaux philosophes ». Sans lumière, sans chaleur, la philosophie passe aujourd’hui pour un astre mort, une divinité caduque, qui subit le sort qu’elle avait infligé naguère à la religion : l’heure paraît venue d’abandonner la défunte au culte pieux de la cohorte de ses fonctionnaires.

Il se peut que la philosophie soit devenue stérile. Mais est-elle morte pour autant? Et cette stérilité est-elle fatale? On parle beau- coup, ces derniers temps, d’éthique et de morale, on déplore la corruption des hommes politiques et des hommes d’affaires, on s’effraie de l’extension de l’exclusion, du trafic de drogue, de la sauvagerie des guerres interethniques, du fanatisme religieux, on invoque la solidarité, le devoir d’ingérence, on s’inquiète des travaux de laboratoire dans le domaine des armes chimiques et celui de la génétique… Surtout, on tente de ne pas perdre la tête, de garder son sang-froid. Et, pour y parvenir, que fait-on? Fait-on de l’astrophysique, de la microbiologie? De l’anthropologie, de la sociologie, de la psychopathologie? De l’économie politique? Ou bien fait-on de la philosophie? Lorsqu’on cherche ce qui ne va pas dans la Cité, ce qui ruine la démocratie, ce qui compromet la justice, la liberté, l’égalité, bref, les relations entre les citoyens, ce qui pousse les hommes à se haïr et à s’entre-tuer, quand on élargit l’examen à l’ensemble des nations jusqu’à envisager le destin de l’humanité tout entière, que fait-on donc? En vérité, a-t-on jamais eu autant de raisons de philosopher?

Les pages qui suivent tentent de montrer que cet usage spontané de la philosophie en ville n’est pas dû au hasard. Elles pro- posent de prendre un peu de recul par rapport à la crise actuelle pour tenter d’en déceler la source. Mieux, elles invitent à mettre en regard de la crise du monde d’aujourd’hui celle de la cité grecque, dans laquelle la philosophie est née. Car la philosophie est née il y a deux mille cinq cents ans dans une situation de crise étonnamment semblable à celle que nous connaissons aujourd’hui: la crise de la démocratie athénienne. Aussi incroyable que cela paraisse, nous nous retrouvons, sur une grande échelle, dans une impasse analogue…

Pour établir ce fait, je commencerai par décrire une pratique de la philosophie qui atteste sa fraîcheur, sa vigueur, oui, sa jeunesse! Je songe ici, bien sûr, au débat du café des Phares. Désormais, chaque dimanche, la salle est comble, avec cent cinquante participants, voire davantage. Les mauvaises langues parlent d’effet de mode, de snobisme typiquement parisien; elles arguent de la précarité des conditions d’exercice de la réflexion dans un tel lieu pour condamner l’expérience. Il est vrai que l’endroit est bruyant: compte tenu de son emplacement et de la puissance de son percolateur, ce café ne paraît pas se prêter particulièrement à la méditation métaphysique. D’ailleurs, pour que ceux qui parlent soient entendus de tous, il a fallu se procurer des micros et sonoriser la salle, ainsi que la terrasse. Mais d’où tient-on que l’exercice de la philosophie nécessite le silence et la solitude?

Je ne dis pas que l’exercice de la philosophie requiert le brou- haha et la foule. Je prétends seulement que l’un n’empêche pas l’autre et que l’on peut amorcer dans un café, même avec cent cinquante personnes, une réflexion qui mérite d’être appelée « philosophique ». Amorcer ne veut pas dire mener à bien. Cela veut dire… amorcer. Libre ensuite à qui le souhaite d’approfondir le sujet, de plonger dans les ouvrages évoqués à l’improviste, d’entamer un dialogue en tête à tête avec un auteur cité en cours de route, dans le calme le plus total.

Du reste, qu’on n’en doute pas, j’en suis le premier convaincu. La philosophie requiert aussi du silence. Elle implique de la concentration, de l’application, de la rigueur, de la sérénité, de l’intimité. Avant même que le débat au café ne prenne forme, j’avais ouvert un Cabinet où je commençais à recevoir des « clients » en consultation. J’étais persuadé que beaucoup de per- sonnes étaient désireuses de faire une pause – une pause dans leur vie trépidante de tous les jours, une pause dans leur vie professionnelle, une pause dans leur vie affective, une pause dans leurs habitudes de pensée et qu’un lieu adéquat faisait défaut.

Certes, en grande partie, les cabinets de psychothérapie jouent ce rôle. Mais il n’est pas sûr que cette fonction leur incombe. Si le malaise du patient a sa source dans sa psyché, rien de plus normal que d’aller voir un thérapeute. Mais si ce n’est pas le cas? Passe encore si ses proches, son environnement familial sont en question. Mais si ce n’est pas le sujet qui est en cause, si c’est la ville, ou la nation, ou l’État, ou les États, ou les nations, unies ou désunies, ou l’espèce humaine dans son ensemble? Je le demande, quelle est la légitimité de l’intervention du thérapeute si le malaise de la personne qui vient le consulter provient d’une situation générale défectueuse? Si quelqu’un doit intervenir, n’est-ce pas plutôt… le philosophe?

Jusqu’ici, cela ne se faisait pas. Les psychothérapeutes avaient donc le champ libre. C’est l’une des raisons de leur succès. Il reste à savoir si c’est une bonne raison. Profitant du discrédit inexorable des prêtres et des pasteurs, les médecins de la psyché se trouvent désormais en concurrence sauvage avec les astrologues, les numérologues, les cartomanciennes, les voyantes, les mara- bouts, les yogis et autres gourous du new age. Sans être nécessairement plus performante que toutes les variantes des « sciences occultes » et des pratiques magiques, la psychothérapie peut du moins mettre en avant la garantie du sérieux de ses fondements théoriques. Mais de quelle efficience peut-elle se parer pour prendre en charge ce qui n’est pas de son ressort? À y bien réfléchir, les thérapeutes excèdent de très loin leur domaine de compétence dès lors qu’ils s’avancent sur le terrain de l’aventure humaine comprise dans sa totalité, dans son histoire, son développement, ses aléas, ses régressions, ses promesses, ses espoirs déçus, ses perspectives, avec l’impact de cet ensemble de données sur la personne qui vient les voir.

De ce point de vue, la légitimité des sciences occultes n’est pas inférieure à celle des thérapies de toutes sortes, bien au contraire, puisqu’elles se présentent comme une réponse à la question de la destinée. « Vais-je connaître le bonheur? » Ou bien: « Vais-je rencontrer l’âme sœur? Devenir riche? Conserver ou retrouver la santé ? » voilà ce qui fait l’objet d’une consultation de ce type. On sait que nombre d’hommes politiques – et non des moindres consultent leur astrologue avant une élection ou une échéance décisive; le citoyen ordinaire, lui, craint de subir un accident ou de mourir et veut en savoir plus. Il arrive aussi qu’on souhaite du mal à autrui, qu’on veuille se débarrasser d’un ennemi, et il existe quelques praticiens qui favorisent de tels vœux.

Il n’empêche! Au-delà des formulations naïves de la « demande », et en deçà des conséquences macabres qu’elles peuvent avoir, ce qui pousse les gens chez les praticiens des sciences occultes, c’est la place de chaque individu dans le tout: la fortune, l’amour, le pouvoir, tout ce que chacun peut attendre de l’existence, sont au centre de leur démarche. En un mot, ce qui est au cœur des consultations, c’est la question du destin. Avec la part de hasard et la part de nécessité qu’il comporte. Car l’astrologue n’impute pas à son client la responsabilité complète de ce qui lui arrive, il l’avertit des courants favorables ou défavorables à ses actions et lui suggère d’adapter ses choix aux « configurations » stellaires en place. D’emblée, la personne qui consulte se trouve resituée dans un tout qui la dépasse de très loin, ce qui est a priori au moins aussi juste que de polariser toute la destinée de l’individu sur son passé personnel et sa difficulté à l’assumer.

Forts de cette aptitude à déculpabiliser les personnes qui viennent les consulter, les praticiens des sciences occultes se partagent des bénéfices dont la source est inépuisable, puisqu’elle se trouve dans le désarroi de l’individu face à son destin. Nombre de leurs habitués se dérobent ainsi à cette « faute » qui les attend dans le cabinet du psychothérapeute puis sur le divan de l’analyste : à tout prendre, ils préfèrent encore risquer d’être dupes d’une « science » qui, elle, du moins, tient compte de la réalité du monde extérieur, de la nature collective de l’histoire humaine, de la faible marge de manœuvre de chaque individu pour inverser le cours des choses. Rejetant confusément l’idée d’un sujet conçu comme le centre de l’Univers, beaucoup en reviennent à la vieille sagesse populaire qui reconnaît que chaque être humain est bien peu de chose.

D’autant que les philosophes se taisent. Si du moins ils faisaient leur travail. Si, au lieu de répéter inlassablement ce qu’ils ont appris de leurs maîtres, ceux qui dispensent l’enseignement de la philosophie entraient dans la ronde et posaient les questions qui importent: « Est-il vrai que chaque être humain est le centre du monde? Est-il possible d’en finir chacun pour soi avec ce qui nous hante tous? La solution à tous nos maux, à toutes nos faiblesses du moins, se trouve-t-elle dans une maîtrise complète de nos frustrations d’enfant? » Si ces questions étaient posées par ceux dont le métier consiste à interroger ceux qui prétendent savoir pourquoi les choses se passent comme elles se passent, alors, sans doute, beaucoup de ceux qui confient leur sort aux astrologues et aux marabouts y regarderaient à deux fois.

De même, si les philosophes de métier, dont le nombre est considérable, demandaient, avec toute la bonhomie requise, aux astrologues et aux marabouts d’où ils tiennent leur science, ce qu’ils entendent par « destinée », de quelle nature sont les forces auxquelles ils vouent leurs talents, alors peut-être serait-il possible de faire la part des choses, de distinguer ce qui, dans leur art, est à mettre au compte d’un savoir-faire réel et ce qui n’est que subterfuge, et de discerner ce qui, dans les motivations de leurs clients, relève du désir de fuir leurs responsabilités en invoquant la fatalité et de celui de les assumer, par l’approfondissement de leur personnalité.

Eh bien, que cela soit dit! La vocation du philosophe n’est pas de se taire. Ce n’est pas dans le repli sur soi qu’il joue son rôle. C’est dans la rue, dans la cité, en se mêlant à la vie de chacun, en déambulant sur la place du marché, parmi la foule des marchands et des amuseurs. En interrogeant les uns et les autres. En questionnant. Non parce qu’il sait, lui, parce qu’il dispose d’un savoir supérieur, mais, au contraire, parce qu’il envie ceux qui savent ou qui prétendent savoir. Il veut savoir mais ne veut pas être dupe. Et, s’il a une chose à enseigner, c’est cela. Il y faut de l’application, de la méthode, de l’attention, de la concentration, du calme, mais aussi l’inverse : la confrontation au réel, la fréquentation de la foule, l’affrontement avec ceux qui prétendent abuser les autres. La méditation et la lutte. Le silence et le brouhaha. La solitude et l’agora.

Certains, il est vrai, ont élevé la voix. Mais pour dire quoi? Que c’en était fini de la raison, que les dés étaient jetés, que l’ère des Lumières touchait à sa fin. Dans une seconde partie, je soumet- trai cette assertion à un examen attentif. Aussi courageux soit-il, ce diagnostic repose, à mes yeux, sur une illusion grossière. À l’instar des historiens des idées, les « pessimistes » considèrent que l’esprit humain dispose d’une grande autonomie, qu’il se déploie librement de lui-même dans l’histoire et qu’en Occident, en particulier, ses progrès ont déterminé le cours des événements. Je crains qu’ils ne soient là victimes d’une erreur d’optique (au sens strict). Je tenterai de montrer que ce point de vue est directe- ment opposé aux faits et, qui plus est, à l’esprit même des Lumières. Il n’y aurait pas eu de victoire de la raison sur la superstition si Copernic n’avait montré que le centre du monde n’était pas la Terre, mais le Soleil. Or il n’y aurait pas eu de révolution cosmologique sans le bouleversement opéré dans les rapports sociaux par l’économie marchande. Le moteur de la « modernité » n’a pas été la Raison, mais la généralisation de l’échange des marchandises.

Ce faisant, j’apporterai ma contribution à la question: « D’où venons-nous? » Il me restera alors à répondre à la question sui- vante, celle qui nous importe au premier chef: « Où allons- nous? » Ce sera l’objet de la troisième partie. Que les pessimistes se trompent, cela ne prouve pas que les optimistes aient raison. Décrire l’avenir de notre civilisation comme le retour de la barba- rie peut être un contresens. Cela ne justifie en rien le règne sans partage des lois du marché sur le destin de l’humanité. Il se pour- rait en effet que ce règne soit désormais caduc. À tous ceux qui affirment que nous n’avons pas le choix, que toute autre possibilité a fait faillite, que nous devons nous résigner à ce régime sous peine de retomber dans les affres du totalitarisme, qu’il ne nous reste qu’à miser sur l’inventivité que provoque la pression de la concurrence, qu’il revient aux individus d’entreprendre, d’oser, d’innover pour sortir de leur marasme, que l’avenir passe par la numérisation des informations à l’échelle planétaire, que les marchandises les plus précieuses sont devenues immatérielles, que le marché mondial recèle d’immenses potentialités de développe- ment, et que ce n’est certainement pas en ressassant le passé que l’on se positionnera comme il convient pour l’avenir, à tous ceux-là, je propose de suspendre un instant leur jugement. Car, sans le savoir, ils se retrouvent dans la position de certains inter- locuteurs de Socrate il y a vingt-cinq siècles. Leur incapacité à rendre raison du mal qui ronge la Cité les pousse à une fuite en avant volontariste. Or l’analogie de ce mal avec celui qui préci- pita la ruine d’Athènes est flagrante. Sauf à vouloir à tout prix précipiter la catastrophe, ne vaut-il pas la peine de s’y arrêter?

D’où les trente chapitres qui suivent. Je présenterai d’abord le débat du café des Phares à travers quelques-uns de ses moments, ainsi que le Cabinet de philosophie, qui en est à l’origine et qui tente de répondre à la demande latente de philosophie en ville; j’évoquerai, chemin faisant, les débuts de mon expérience pratique: les premières consultations, le premier séminaire et le premier voyage. Ensuite, je donnerai mon sentiment sur les raisons de cette demande, qui gisent dans la crise que nous traversons aujourd’hui. J’avancerai deux hypothèses: la première, c’est que, faute de bien connaître le moteur de notre histoire, nous saisis- sons mal l’origine des fléaux qui nous accablent; la seconde, c’est que la philosophie, à sa naissance, se trouvait confrontée à des fléaux semblables. Tout se passe en effet comme si les nations modernes répétaient aveuglément l’erreur qui fut fatale aux cités grecques il y a deux mille cinq cents ans. Aussi incongru que cela paraisse, il me semble que la pièce que nous jouons a déjà été jouée en Grèce, à l’époque de la naissance de la philosophie socratique.

Marc Sautet

 * * *

EXTRAIT

En guise de conclusion

Il se peut que les esclaves prennent le pouvoir. En Grèce, sous Alexandre, ils commencèrent à prendre leur revanche sur les citoyens libres, qui, à force de se combattre sans emporter la décision, perdirent peu à peu le contrôle de la situation. Les esclaves se mirent à se reproduire entre eux. Mais il fallut attendre l’hégémonie romaine pour que cette tendance atteigne son paroxysme sous l’égide d’une religion nouvelle, le christianisme. Ce qui prit tout de même quelques siècles…

Peu de gens croient, aujourd’hui, à la capacité des « machines » de devenir autonomes, d’être intelligentes, de sentir, de décider et de disposer un jour, comme son inventeur, l’être humain, de la capacité de se reproduire. J’aurais mauvaise grâce à prétendre qu’il en est déjà ainsi. Ce livre en témoigne. Il n’a pas été écrit par un ordinateur. J’ai eu recours au service d’une machine pour « saisir » mes pensées, comme je me servais, naguère, d’un stylo et de feuilles de papier. Mais, justement, je me suis servi d’elle: elle était mon humble servante, dévouée aux tâches ingrates d’exécution, elle n’a pas pensé à ma place. Dans l’ensemble, il en va ainsi pour la plupart des tâches que nous confions aux machines.

Pourtant, je crains que cette phase de la relation entre notre espèce et la leur ne soit que très provisoire. Déjà, pour obtenir de mon ordinateur ce que ma main, naguère, faisait sans rechigner, que ne m’a-t-il pas fallu accepter de lui: sa mise en service, son fonctionnement, ses caprices. D’ailleurs, il n’a cessé de me donner des ordres. Et combien de fois ne m’a-t-il pas dit non! Combien de fois ne m’a-t-il pas obligé à recommencer! Du reste, je dois l’avouer: je n’exploite qu’une infime partie de ses possibilités. Or c’est un ordinateur bien ordinaire. Il en existe d’autres beaucoup plus performants. Le mien, déjà, est portable. D’autres naissent, emplis de « puces » toujours plus puissantes, certains disposent d’une logique floue et de programmes créant des programmes qu’aucun cerveau humain ne peut plus contrôler. Ceux-là, ou ceux de la génération suivante, n’auront pas à être portés, car ils se porteront tout seuls. Ils se surveilleront, se répareront, s’entre- tiendront les uns les autres. N’en doutons pas, bientôt, ils se reproduiront entre eux. Alors, le problème ne sera plus de savoir comment nous devons nous comporter avec eux, mais de savoir comment ils se comporteront avec nous.

Certes, nous n’en sommes pas là! Si mon analogie est juste, le moment que nous vivons est l’équivalent du moment où Socrate se lance en quête de vérité, le moment où il cherche à décoder la mise en garde de Sophocle aux Athéniens; nous sommes donc seulement entrés dans la phase où les esclaves prennent la place des citoyens libres sur le marché du travail. Les dés ne sont pas jetés. Il doit par conséquent être encore possible d’éviter le pire, et, sinon la guerre civile elle-même, du moins son issue fatale.

Ce point mérite qu’on s’y arrête. Au fond, de quoi était-il question dans la guerre qui ravagea la Grèce? De l’appropriation par Athènes du tribut destiné à la protection de toutes les cités, et non d’une seule, certes. Mais, surtout, de l’appropriation du travail des esclaves. C’est cela qui déchire la nation et la conduit à sa perte. Que les citoyens soient exclus du processus de production est une chose; qu’ils ne puissent bénéficier du travail des esclaves en est une autre. En réalité, que cherchaient les citoyens paupérisés? À s’approprier à leur tour les moyens de production de l’époque, les forces de travail serviles, afin de les faire travailler à leur service. Ce n’était pas absurde. Les propriétaires s’y sont opposés jusqu’au bout, en misant sur la démoralisation du peuple. Voilà donc ce qui nous attend, dès lors que la plus grande partie des citoyens sera remplacée par des machines dans les pays riches: un affrontement pour la possession des esclaves modernes, les machines de toutes sortes qui prolifèrent.

Il reste donc à savoir ce que nous voulons: si les propriétaires de nos esclaves actuels refusent de faire travailler les instruments animés au profit de l’ensemble de la collectivité ce qu’exigeront sous peu, en bonne logique, les citoyens privés de travail -, ils précipiteront les nations riches dans un affrontement fatal pour la démocratie. Ils pensent peut-être d’ores et déjà qu’il ne peut en aller autrement, étant donné que la concurrence les contraindra à ne pas céder. Mais toute la question est de savoir si cette argumentation a un sens. Car, comme les esclaves de l’Antiquité, les robots produisent beaucoup plus de richesses qu’il n’en faut pour leur entretien et celui de leurs propriétaires. Il se peut qu’à cette époque le travail des esclaves n’ait pas suffi à assurer le bien-être de chaque citoyen. Mais est-ce le cas aujourd’hui? Il semblerait qu’il y ait là une différence notable entre le monde moderne et les cités grecques, la seule qui importe: la productivité des instruments animés actuels semble tellement supérieure à celle des instruments animés de l’époque qu’il paraît tout à fait concevable que la majorité des citoyens modernes puisse ne pas travailler sans pour autant connaître la misère.

Qu’en est-il? Si la puissance de production de nos esclaves est réellement aussi remarquable qu’on le dit, alors nous avons une raison de nous enorgueillir de notre supériorité sur les Grecs, car nous disposons du moyen de ne pas précipiter la démocratie dans un affrontement sans issue. Cela impliquerait bien entendu que le démos le sache et que les propriétaires d’esclaves modernes reconnaissent qu’ils n’ont pas de raison de mener le conflit à son terme. Tout pourrait s’arranger au mieux. Les esclaves seraient à la disposition de la cité, et chacun de leurs perfectionnements contribuerait à l’amélioration de la condition de tous. En renonçant à leur monopole sur les forces de travail serviles, en les remettant à la collectivité, les propriétaires actuels y trouveraient leur compte, car ils s’épargneraient les cruels revers de fortune qu’implique toute guerre civile, comme ce fut le cas lors de la guerre du Péloponnèse.

Il me semble donc opportun de faire quelques suggestions. La première concerne les propriétaires d’esclaves: qu’ils prennent le temps de faire le point sur leurs droits et leurs devoirs; relire Platon pourrait les y aider. La seconde concerne leurs victimes: ceux qui n’ont plus de travail et ceux qui en ont encore; qu’ils se demandent si la connaissance de leurs conditions d’existence est véritablement supérieure à celle de la majorité des prisonniers de la caverne. La troisième concerne mes collègues, et plus particulièrement tous ceux qui songent à faire de la philosophie leur métier: au lieu de s’enfermer dans un plan de carrière, au lieu de subordonner leur pratique à la transmission d’un corpus auto- nome, de voir les nations sombrer dans la haine (ce n’est pas un concept opératoire, il est vrai) et les peuples dans la misère (même remarque), qu’ils s’installent au sein de la cité, qu’ils contribuent à sortir cette discipline de son soliloque, qu’ils apprennent à la rendre accessible à tous les citoyens, en posant la question des questions: nos esclaves ne sont-ils pas incommensurablement plus « performants » que les esclaves des Grecs? Qu’ils la posent en privé et en public, en institution et en entreprise, en consultation, en débat public, en séminaire, en dîner, en voyage, et pourquoi pas en croisière. Qu’ils la posent aux adultes, aux vieillards, aux enfants, aux experts, aux responsables et aux irresponsables.

Ce qui semble sûr, c’est que cette question a de l’avenir. L’heure est au bilan. Et il est lourd. Le progrès de la société marchande se paie très cher. Rien ne garantit qu’il poursuive sa marche en avant au profit de tous, bien au contraire. Plus les choses « progressent », plus les menaces se précisent: inutile de reprendre ici la liste. Comme à l’époque de la prospérité des anciens Grecs, un mal est à l’œuvre qui ressemble furieusement au fléau invisible dont ils étaient frappés. Émus par les plaintes qui s’élèvent de toutes parts, les chefs d’État des pays riches, qui répondent du destin de leurs peuples, promettent de prendre les mesures qui s’imposent, dès qu’ils tireront au clair la cause première du fléau. Mais il semble qu’ils aient beaucoup de mal à trouver le bon oracle. D’où ma dernière suggestion, à leur intention: s’ils n’ont pas le temps de relire Platon, qu’ils envoient leurs émissaires à Delphes pour y consulter la pythie!

Marc Sautet


Lire en ligne l’intégral du livre sur Internet Archive

Extraits disponibles sur le site web Philo5


AU SUJET DE L’AUTEUR

MARC SAUTET

Docteur en philosophie, longtemps enseignant dans le secondaire puis à l’université, actuellement [1995] maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, Marc Sautet a ouvert, en 1992, le premier Cabinet de Philosophie en France.

[Marc Sautet n’est plus. Il dirigeait peu avant sa disparition un cycle d’initiation à la philosophie dans le cadre de l’université de la Culture Permanente de Paris X / Nanterre. Il est décédé à Paris le 2 mars 1998 à 51 ans des suites d’une tumeur au cerveau.]

Source : Philo5.

Marc Sautet (Champigny-sur-Marne, 25 février 1947 – Paris 15e, 2 mars 1998[1]), ayant fait ses études à Évreux, est un philosophe, enseignant (à l’Université et à Sciences Po Paris), écrivain et traducteur français.

Il est le fondateur des cafés-philo en France.

Biographie

Marc Sautet a publié un essai, Nietzsche et la Commune, aux éditions le Sycomore, en 1981. Dans cet essai, l’auteur a voulu démontrer que le philologue et philosophe allemand était un observateur de son temps, qu’il suivait avec passion les évènements internationaux et particulièrement européens, et qu’il considérait bien son œuvre dans une logique médicale, afin de soigner et de guérir la civilisation européenne de la « décadence ».

En 1992, Marc Sautet a inauguré le premier « café philosophique » à Paris, au Café des Phares, place de la Bastille, alors qu’il ouvrait son Cabinet de Philosophie, rue Sévigné[2]. Trois ans plus tard, il relatait ces expériences dans Un café pour Socrate.

Ouvrages

  • Par-delà le bien et le mal, 2000. Traduction et annotations.
  • À quoi sert la philosophie, 1998.
  • Les Femmes ? De leur émancipation, 1998.
  • Les Philosophes à la question, 1996
  • Un Café pour Socrate : comment la philosophie peut nous aider à comprendre le monde d’aujourd’hui, Paris : Robert Laffont, 1995.
  • Nietzsche pour débutants, 1986.
  • Nietzsche et la Commune, 1981.

Notes

Bibliographie

  • Claude Courouve, « Démocratie et anarchie dans les cafés de philosophie », Esprit, Paris, no 239, , pages 200-205.
  • Dominique Lacout, « Sur quelques contresens concernant la doctrine de Marx, concluant une conversation avec mon ami Marc Sautet dans le square Georges Cain », in Les Aubes rouges, Le Flâneur des Deux Rives, 2016.
  • Dominique Lacout, « On couche toujours avec des morts : hommage à mon ami Marc Sautet », in Nietzsche, l’intempestif, Le Flâneur des Deux Rives, 2019.

Liens externes

Droit d’auteur : les textes sont disponibles sous licence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes conditions ;


DANS LES MÉDIAS

Romain Jalabert, “Apprendre à philosopher au café : bilans et perspectives”Recherches en éducation [Online], 13 | 2012, Online since 01 January 2012, connection on 17 June 2026.

Mousseau Jacques. La philo hors du boudoir : Marc Sautet Un café pour Socrate . In: Communication et langages, n°104, 2ème trimestre 1995. pp. 120-121.

MARC SAUTET, 10 ANS DEJA : HOMMAGES, 13 avril, 2008 Posté dans Brèves, Café Philo de Narbornne.


HOMMAGES

L’histoire du Café Philo

Marc Sautet est décédé le 2 mars 1998 à 51 ans. Spécialiste de Nietzsche, il avait initié avec ses amis l’expérience des Cafés Philo. Il animait le dimanche un débat philosophique ouvert à tous au Café des Phares, Place de la Bastille, à Paris.

Dans le sillage de cette expérience, il avait publié Un café pour Socrate, aux éditions Robert Laffont, traduit dans plusieurs langues. Fondateur du Cabinet de Philosophie en 1992, Marc Sautet était aussi le premier philosophe en France à recevoir des particuliers en consultation.

Docteur en philosophie, il fut enseignant dans le secondaire, à l’université,  puis Maître de Conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris ; il  dirigeait peu avant sa disparition un cycle d’initiation à la philosophie dans le  cadre de l’université de la Culture Permanente de Paris X / Nanterre.

Spécialiste de la pensée de Nietzsche, il avait publié Nietzsche et la  Commune (Le Sycomore, 1981), Nietzsche pour débutants (en  collaboration avec Patrick Boussignac, La Découverte, 1985), puis avait  révisé la traduction, annoté et commenté Pour une généalogie de la  morale, Par delà le bien et le mal, Le gai savoir (dans la collection Classiques de la philosophie au Livre de Poche entre 1989 et 1993). Il avait commenté la correspondance de Nietzsche et de Cosima Wagner en collaboration avec Stefan Kampfer en septembre 1995 aux Editions du Cherche Midi.

Enfin, dans la collection les philosophes à la question, recueils d’interviews posthumes qu’il menait avec les plus grands philosophes (aux éditions J.C. Lattès), était paru Les femmes, de leur émancipation. Les philosophes et Dieu étaient sur le point de paraître.

Marc Sautet avait une personnalité marquante qui ne laissait personne indifférent, et son regard perçant laissait deviner une intelligence profonde et originale. Exigeant avec lui-même comme avec les autres, c’était un être authentique et sans manières.

Ses amis réunis au sein de l’association Philos, créée par Marc Sautet et Pascal Hardy en 1992, vont poursuivre son œuvre théorique et pratique.

Dernière mise à jour : ( 05-06-2006 )

Source : Présentation du Café Philo des Phares Internet Archive.


Un café pour Socrate, Marc Sautet, Éditions Robert Laffont, 1995

La crise de la philosophie et sa confrontation aux sciences humaines

Dans l’avant-propos, l’auteur analyse le déclin historique de la philosophie institutionnelle, concurrencée par les sciences dures puis supplantée par l’essor de la sociologie et de la psychologie dans l’espace public.

Car tel est le fond de l’affaire. Poussée hors du champ de la connaissance par les progrès de la science depuis plus d’un siècle, la philosophie fut de surcroît récemment supplantée par les sciences humaines sur le terrain de l’action. Ridiculisée d’un côté par les performances de la physique quantique et de la biochimie dans sa prétention à détenir le code d’accès à la vérité, elle dut céder de l’autre la place à la sociologie, à l’économie politique, et à la psychologie, là où il s’agissait de pénétrer au cœur du monde des hommes pour venir à bout de maux réels. Elle résista, mais rien n’y fit.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 10.

Dans ce passage extrait de l’avant-propos d’Un café pour Socrate, Marc Sautet pose un diagnostic lucide sur le déclin de la philosophie institutionnelle, marginalisée par l’essor des sciences dures et supplantée par les sciences humaines sur le terrain de l’action.

Cette résistance de la philosophie consista à investiguer les disciplines qui la trahissaient : c’est ainsi qu’apparurent la philosophie de l’économie, la philosophie de la sociologie ou encore la philosophie de la psychologie. Pourtant, en se spécialisant pour examiner ces nouveaux champs, la philosophie institutionnelle s’est en quelque sorte enfermée dans une posture purement critique et théorique, délaissant le terrain de l’action directe et de la vie quotidienne des citoyens.

L’attaque la plus dommageable fut sans conteste celle des sciences humaines, et notamment de la psychologie. Cette dernière, née de la philosophie elle-même, a littéralement grugé sa discipline mère pour s’approprier son territoire. Tout en reconnaissant la validité de la psychologie lorsque le trouble vient de la psyché individuelle, Sautet dénonce une imposture lorsque les thérapeutes tentent de traiter des maux qui sont en réalité politiques, sociaux ou existentiels. Si le malaise découle des dysfonctionnements de la Cité, de la nation ou de l’État, Sautet affirme que c’est au philosophe d’intervenir, et non au médecin de l’âme. La psychologie a ainsi grugé la philosophie en individualisant et en médicalisant des questionnements qui relèvent historiquement de la sagesse collective et du débat public.

L’exemple le plus frappant de cette dépossession s’observe dans le domaine du développement de l’esprit critique, reconnu à la philosophie jusque-là avec l’apport de l’épistémologie. En devenant purement descriptive ou en se laissant absorber par des critères de scientificité dictés par les sciences humaines — comme la psychologie cognitive ou la sociologie critique —, la philosophie a perdu son rôle d’arbitre universel. L’esprit critique, autrefois synonyme de philosophia, s’est fragmenté en méthodologies scientifiques spécialisées.

Face à ce constat, la démarche de Marc Sautet prend tout son sens. En réinvestissant le débat public (comme au café des Phares) et la relation d’aide individuelle (le Cabinet de philosophie), la philosophie tente de récupérer ce que la sociologie et la psychologie lui ont indûment pris : sa capacité à mordre sur le réel et à aider les hommes à « garder leur sang-froid » face à un monde en crise.

Le rôle du philosophe face au malaise sociétal et politique

Marc Sautet s’interroge sur la légitimité des psychothérapeutes lorsque le mal-être d’un individu ne provient pas de sa propre psyché, mais de dysfonctionnements démocratiques, étatiques ou urbains.

Si le malaise du patient a sa source dans sa psyché, rien de plus normal que d’aller voir un thérapeute. Mais si ce n’est pas le cas ? Passe encore si ses proches, son environnement familial sont en question. Mais si ce n’est pas le sujet qui est en cause, si c’est la ville, ou la nation, ou l’État, ou les États, ou les nations, unies ou désunies, ou l’espèce humaine dans son ensemble ? Je le demande, quelle est la légitimité de l’intervention du thérapeute si le malaise de la personne qui vient le consulter provient d’une situation générale défectueuse ? Si quelqu’un doit intervenir, n’est-ce pas plutôt… le philosophe ?

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 12.

Dans ce passage extrait de l’avant-propos d’Un café pour Socrate, Marc Sautet opère un déplacement fondamental concernant la source et le traitement de la souffrance humaine contemporaine. En interrogeant les limites de la psychothérapie, il cherche à restituer à la philosophie sa fonction politique, pratique et thérapeutique originelle au cœur de la Cité.

L’auteur commence par délimiter le champ d’action légitime des « médecins de la psyché » : la sphère intime, l’inconscient ou les conflits familiaux. Il ne nie pas la validité de la psychologie lorsque le trouble est purement individuel. Cependant, sa critique s’amorce à travers une série de questions rhétoriques qui élargissent la perspective : que faire lorsque le mal-être provient d’une « situation générale défectueuse », qu’elle soit urbaine, étatique ou macro-politique ?

L’attaque sous-jacente contre la psychologie est profonde. En s’appropriant la détresse existentielle des individus, les thérapies modernes ont eu tendance à « gruger » le territoire de la philosophie en individualisant et en médicalisant des problèmes qui sont en réalité structurels. Renvoyer un citoyen à son histoire d’enfant alors que son angoisse naît de la crise démocratique, du chômage de masse ou de la déshumanisation des villes constitue, selon Sautet, une forme d’imposture ou d’aveuglement. La psychothérapie traite le symptôme individuel mais occulte la cause collective, fonctionnant ainsi comme un outil d’anesthésie ou d’adaptation sociale.

C’est précisément à cet endroit que Sautet réclame l’intervention du philosophe. Face à un monde en perte de repères, l’esprit critique et l’examen rationnel — autrefois synonymes de philosophia — ne doivent plus être confinés aux sphères académiques et théoriques. Le philosophe n’intervient pas pour soigner une pathologie mentale, mais pour aider le citoyen à clarifier ses concepts, à questionner les idéologies dominantes et à « garder son sang-froid » face au désordre du monde.

En conclusion, cette citation agit comme le manifeste du « philosophe en ville ». En refusant de laisser à la psychologie le monopole de la relation d’aide, Marc Sautet justifie la création de ses consultations privées et de ses cafés philosophiques. Il s’agit de repolitiser le malaise individuel et de rappeler que la santé de l’âme humaine est intrinsèquement liée à la justice et à la vérité qui règnent dans l’Agora.

La véritable nature et l’accessibilité de la démarche philosophique

Au début du chapitre III, l’auteur s’oppose à la vision élitiste ou purement universitaire de la philosophie, affirmant qu’elle ne possède pas de domaine réservé mais s’applique à la doxa (l’opinion commune).

Ensuite, et c’est l’essentiel, tous les sujets sont susceptibles d’être traités de manière philosophique. La philosophie ne tient pas à ses sujets. Ce n’est pas une matière à enseigner ni un champ à cultiver, c’est un état d’esprit, une manière de faire usage de son intellect. Le philosophe n’a pas d’objet propre. Il part des idées reçues, des opinions du sens commun, des idéologies dominantes, des révélations religieuses, des réponses données par la science pour les soumettre à l’examen. Tout est donc objet de sa réflexion.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 35.

Dans ce passage extrait du chapitre III d’Un café pour Socrate, Marc Sautet livre une définition radicale et libératrice de la discipline philosophique. En rupture avec une vision purement académique et patrimoniale, il affirme l’universalité de la philosophie, non par les objets qu’elle étudie, mais par la posture intellectuelle qu’elle adopte.

L’auteur commence par balayer un préjugé tenace : l’idée que la philosophie posséderait des thèmes réservés ou exclusifs. En déclarant que « la philosophie ne tient pas à ses sujets », Sautet désacralise la discipline pour mieux la rendre accessible à tous. Elle n’est pas « une matière à enseigner », c’est-à-dire un catalogue de doctrines figées à mémoriser, ni « un champ à cultiver », soit un territoire d’experts jalousement gardé par l’Université. À cette vision muséale, il oppose une définition dynamique : elle est « un état d’esprit », un outil vivant et une méthode de mise en action de l’intellect.

Dépourvu d’objet propre, le philosophe se nourrit de la réalité brute et quotidienne. Sautet dresse la liste des matériaux qui s’offrent à la réflexion : le sens commun (la doxa), les préjugés, les discours médiatiques, mais aussi les dogmes religieux et les certitudes scientifiques. Le rôle du philosophe n’est pas de produire un savoir positif concurrent de la science ou de la théologie, mais de fonctionner « en second » : il intervient après-coup pour questionner, décortiquer et évaluer la validité des réponses qui saturent l’espace public.

Cette posture permet de comprendre comment l’esprit critique s’incarne concrètement. Face aux idéologies dominantes ou aux maux de la Cité, philosopher consiste à refuser l’évidence et à soumettre le monde à l’examen de la raison. Rien n’est trop trivial (un bout de papier déchiré, une tasse déplacée) ni trop complexe (la physique quantique, l’ingérence humanitaire) pour échapper à ce crible. En proclamant que « tout est objet de sa réflexion », Sautet arrache la philosophie à son isolement intellectuel.

En conclusion, ce texte constitue le fondement méthodologique de l’Agora moderne que Sautet tente de rebâtir. Si tous les sujets sont philosophiques, alors le débat de bistrot ou la consultation privée possèdent autant de dignité que le séminaire universitaire. En redéfinissant la philosophie comme une pratique spontanée et quotidienne de la liberté de penser, l’auteur redonne aux citoyens les moyens de s’émanciper des réponses toutes faites pour réinvestir pleinement le contrôle de leur pensée.

L’origine des sujets de réflexion imposés par l’existence

Sautet critique la position jugée artificielle de l’enseignant qui choisit et prépare ses cours à l’avance, et défend l’improvisation du café philosophique comme étant plus proche de la vie réelle.

En général, nous ne choisissons pas nos sujets de réflexion : ils nous sont imposés par l’existence, par l’actualité, par nos proches. Ils nous taraudent souvent à notre insu. Bref, nous n’en décidons pas. De ce point de vue, la position de l’enseignant n’est pas naturelle. C’est lui qui est en porte à faux. C’est lui qui est en décalage par rapport à la réalité. En un mot, sa « nature » n’est pas naturelle. C’est une seconde nature, ce n’est pas la première. C’est une habitude, une seconde peau, un artifice nécessaire, sans doute, mais un artifice, quand ce n’est pas un déguisement qui l’autorise à ne pas devenir adulte.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 39-40.

Dans ce passage extrait du chapitre III d’Un café pour Socrate, Marc Sautet met en lumière un renversement fondamental de la posture philosophique en opposant l’artifice du cadre scolaire à la réactivité naturelle exigée par l’existence. En analysant l’origine de nos questionnements, il propose une véritable critique de l’institution universitaire pour mieux défendre une philosophie ancrée dans la cité.

L’auteur commence par poser un constat universel : la réflexion humaine n’est pas le fruit d’un choix délibéré ou d’un programme préétabli. Ce sont « l’existence », « l’actualité » et les relations avec « nos proches » qui font irruption dans notre conscience et nous contraignent à penser. En affirmant que ces sujets « nous taraudent souvent à notre insu », Sautet rappelle que la philosophie naît d’abord d’un trouble, d’un malaise ou d’une urgence existentielle face au réel, et non d’une curiosité de cabinet.

C’est à partir de cette vérité première que s’amorce la critique de la figure de l’enseignant. Pour Sautet, la posture professorale, qui consiste à choisir son sujet à l’avance, à planifier son itinéraire et à imposer un programme à un auditoire passif, est profondément artificielle. L’enseignant est décrit comme étant « en porte à faux » et « en décalage par rapport à la réalité ». Le savoir académique fonctionne ici comme un filtre qui protège le pédagogue des imprévus du monde extérieur. Cette posture n’est qu’une « seconde nature », une « seconde peau » acquise par l’habitude.

L’attaque finale est particulièrement incisive : l’institutionnalisation de la philosophie est qualifiée d’« artifice » ou de « déguisement qui l’autorise à ne pas devenir adulte ». Sautet suggère que s’enfermer dans la répétition de doctrines et de cours magistraux est une forme de régression ou de fuite devant les responsabilités concrètes de la Cité. À l’inverse, l’adulte est celui qui affronte le brouhaha de l’Agora, accepte le risque de l’improvisation et se laisse bousculer par les questions de ses contemporains.

En conclusion, ce texte justifie la rupture méthodologique opérée par Marc Sautet. En préférant le café philosophique et la consultation privée au confort du cours universitaire, il choisit de se placer dans la position du citoyen ordinaire, là où les sujets affluent de l’extérieur. Ce commentaire montre que la véritable fidélité à la méthode socratique ne réside pas dans la conservation muséale des textes, mais dans la capacité à faire de la raison l’arbitre des urgences imposées par la vie.

La posture d’écoute et d’interrogation du philosophe

Au début du chapitre IV, l’auteur décrit la méthode socratique. Le philosophe ne prétend pas détenir un savoir absolu, mais intervient pour questionner les certitudes préexistantes.

Cela n’implique pas que la philosophie soit sans cesse sur la défensive, qu’elle ait sans cesse à répondre d’on ne sait quelle prétention à la suprématie sur les intellects. Au contraire ! Philosopher, c’est, avant toute chose, écouter. Le philosophe n’est pas celui qui dispose de la réponse à toutes les questions. C’est celui que les réponses déjà données, les réponses qui prédominent, ou leurs rivales, intriguent. C’est celui qui interroge, celui qui, stricto sensu, remet en question ce qui passe pour une solution. À vrai dire, s’il exerce véritablement son art, il doit d’abord être à l’écoute de ce qui se dit.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 42.

Dans ce passage extrait du chapitre IV d’Un café pour Socrate, Marc Sautet redéfinit l’attitude fondamentale du philosophe en rupture avec l’image traditionnelle du sage omniscient ou du donneur de leçons académique. En inversant le rapport classique entre le savoir et l’ignorance, il fait de l’écoute la condition première de l’exercice de l’esprit critique.

L’auteur commence par désamorcer un double piège : celui de l’arrogance intellectuelle et celui de la posture défensive. La philosophie n’a pas à revendiquer une « suprématie sur les intellects », c’est-à-dire un monopole de la vérité face aux sciences ou aux croyances. En affirmant au contraire que « philosopher, c’est, avant toute chose, écouter », Sautet opère un retournement thérapeutique. L’écoute n’est pas ici une simple passivité polie, mais une activité socratique : elle consiste à accueillir la parole de l’autre, non pour la juger d’emblée, mais pour en saisir les fondements et les contradictions latentes.

La définition du philosophe qui en découle est en creux : il « n’est pas celui qui dispose de la réponse à toutes les questions ». À l’opposé du dogmatisme, le philosophe se caractérise par sa capacité à être « intrigué » par « les réponses déjà données » ou « les idéologies dominantes ». Son moteur n’est pas le besoin de certitude, mais l’étonnement face à ce qui sature l’espace public sous forme d’évidences indiscutables. Le philosophe fonctionne en second : il a besoin du « déjà fait » et du « déjà dit » pour exercer son art.

La fonction de la philosophie est alors clarifiée : elle réside tout entière dans l’acte d’interroger et de « remettre en question ce qui passe pour une solution ». Là où la société consomme des réponses toutes faites (qu’elles soient médicales, économiques ou religieuses), le philosophe réintroduit le doute. L’esprit critique consiste à décaper ces prétendues évidences pour vérifier ce qu’elles valent réellement au crible de la raison.

En conclusion, ce texte pose les bases de l’éthique du dialogue que Sautet met en pratique sur l’Agora moderne. Qu’il soit au café des Phares ou en consultation privée, le philosophe doit « d’abord être à l’écoute de ce qui se dit ». Ce commentaire montre que la philosophie ne s’impose pas par la force d’un discours d’autorité, mais par sa capacité à libérer la parole des citoyens en transformant leurs certitudes rigides en autant de questions ouvertes et vivantes.

La consultation philosophique et l’importance de la parole du client

Dans le chapitre VI, Marc Sautet présente le concept de consultation philosophique en s’inspirant de la praxis de l’Allemand Gerd Achenbach, où le vécu individuel sert de point de départ à la réflexion.

Profonde sagesse ! En consultation, ce qui importe, ce n’est pas ce que sait celui qui est consulté, mais ce que son client peut dire. À quoi bon, en effet, transmettre des connaissances, si elles ne « parlent » pas ? À quoi bon parler si c’est pour ne pas être entendu ? Ce que les mauvaises langues appellent « prostitution », c’est d’abord cette disponibilité, cette réceptivité du philosophe. Cela n’implique aucunement l’abandon de toute rigueur et de toute référence au profit du plaisir du client. Cela signifie seulement que la transmission de la tradition philosophique n’est pas un préalable, un passage obligé pour « poser correctement les problèmes ».

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 62.

Dans ce passage extrait du chapitre VI d’Un café pour Socrate, Marc Sautet théorise la dynamique de la consultation philosophique en inversant le rapport traditionnel entre le maître et l’élève. En s’inspirant de la praxis de Gerd Achenbach, il déplace le centre de gravité de la discipline : la valeur de l’entretien ne réside plus dans l’érudition du professionnel, mais dans l’émergence de la parole du sujet.

L’auteur s’exclame d’emblée : « Profonde sagesse ! » pour saluer un renversement épistémologique majeur. En consultation, le savoir encyclopédique du philosophe s’efface pour laisser la place à « ce que son client peut dire ». Par une série de questions rhétoriques, Sautet fustige l’inutilité d’un dogmatisme professoral qui se contenterait de « transmettre des connaissances » sans se soucier de leur résonance existentielle chez l’interlocuteur. Le critère d’une philosophie vivante est son aptitude à faire sens pour l’individu, à « parler » à sa situation concrète, sous peine de n’être qu’un monologue stérile.

Sautet affronte ensuite les critiques institutionnelles, ces « mauvaises langues » qui accusent la philosophie de Cabinet de se galvauder ou de se « prostituer » en se vendant sur le marché de la relation d’aide. L’auteur réhabilite cette démarche en la définissant comme une éthique de la « disponibilité » et de la « réceptivité ». Loin d’être une capitulation intellectuelle ou une complaisance « au profit du plaisir du client », cette écoute active demeure exigeante. La rigueur conceptuelle et les références classiques (comme l’usage du Phédon de Platon lors de ses séances) ne sont pas abandonnées ; elles cessent simplement d’être un préalable intimidant pour devenir des outils d’émancipation activés au rythme du client.

L’enjeu principal du texte est d’arracher la philosophie à sa tour d’ivoire universitaire. Sautet affirme que l’accès aux textes sacrés de la tradition n’est pas un « passage obligé pour « poser correctement les problèmes » ». Le vécu, les mots ordinaires et même les balbutiements du client possèdent une dignité philosophique immédiate. L’esprit critique ne s’acquiert pas par l’accumulation de diplômes, mais par l’effort personnel de formuler son propre malaise face à l’existence.

En conclusion, ce texte constitue le manifeste méthodologique de la consultation philosophique. En opposant la réceptivité socratique à la verticalité universitaire, Marc Sautet montre que le rôle du philosophe en ville n’est pas d’enseigner la sagesse, mais de fournir un espace sécurisé où le citoyen peut, par sa propre parole, accoucher de sa propre vérité.

L’émancipation de l’individu par la pensée cartésienne

Lors d’une séance à plusieurs portant sur les conflits d’un couple, l’auteur utilise le cogito de Descartes pour montrer à l’un des participants comment s’affirmer en tant que sujet autonome.

Mon invitation n’était pas sibylline. Cesser de se soumettre au regard de l’autre, c’est la vocation même de la pratique philosophique. Enfant, nous apprenons à voir le monde à travers les yeux des autres, de nos parents, de nos maîtres ; le plus souvent, nous nous soumettons à l’image qu’ils veulent nous en donner — une image faite pour nous mettre dans le droit chemin. Mais que vaut une telle vision du monde ? Les faits se chargent bien vite de la compromettre. Elle est rarement confirmée par notre expérience. Souvent, d’autres discours la discréditent, tels ceux de nos auteurs favoris, qui sapent — comme par hasard — la sagesse de nos instructeurs. Peu à peu le doute s’installe. Il s’impose. Il taraude. Un jour il faut bien le reconnaître. D’ailleurs, qui suis-je si l’on pense pour moi ? Que suis-je si je ne suis pas un sujet pensant ? Un objet.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 86.

Dans ce passage extrait du chapitre VIII d’Un café pour Socrate, Marc Sautet formule de manière limpide le projet fondamental de la philosophie : l’émancipation de l’individu par l’exercice autonome de la raison. En s’appuyant sur l’expérience du doute, il décrit le processus par lequel l’être humain s’arrache aux déterminismes et aux discours d’autorité pour conquérir sa liberté intellectuelle.

L’auteur commence par définir la « vocation même de la pratique philosophique » comme un acte de rupture : « cesser de se soumettre au regard de l’autre ». Sautet rappelle que notre condition initiale est celle de l’hétéronomie. Durant l’enfance, notre vision du monde est médiatisée par les figures d’autorité — « parents » et « maîtres » — qui nous imposent une représentation normalisée de la réalité, « faite pour nous mettre dans le droit chemin ». Cette éducation s’apparente à un formatage social et moral destiné à garantir le conformisme.

La bascule critique s’opère lorsque Sautet interroge la valeur de cette vision du monde héritée. Le réel entre en conflit avec le dogme : « les faits se chargent bien vite de la compromettre ». L’expérience sensible et vécue de l’individu dément les évidences apprises, tandis que les lectures personnelles — les « auteurs favoris » — viennent saper la légitimité des instructeurs. C’est l’irruption du doute. Loin d’être un choix confortable, ce doute est décrit comme une force organique, presque douloureuse : « Il s’installe. Il s’impose. Il taraude ». Il s’agit du passage obligé pour déconstruire la doxa et les préjugés inconscients.

L’aboutissement du texte est de nature ontologique et résonne fortement avec le cogito cartésien. Sautet pose l’alternative tragique de l’aliénation : « qui suis-je si l’on pense pour moi ? ». Renoncer à penser par soi-même, c’est abdiquer sa condition humaine pour tomber au rang d’« objet », c’est-à-dire une chose inerte manipulée par les discours dominants, une pièce interchangeable sur le grand échiquier de la Cité. À l’inverse, devenir un « sujet pensant », c’est acquérir une densité propre, exister par et pour soi-même.

En conclusion, cette citation explicite la portée thérapeutique et politique de la démarche de Marc Sautet. Qu’il s’agisse d’aider une personne en consultation à retrouver sa consistance face à un proche ou d’inviter les citoyens à questionner l’actualité dans un café, philosopher revient à réactiver le doute libérateur. Ce commentaire montre que l’esprit critique n’est pas un luxe académique, mais une urgence vitale pour quiconque refuse de n’être qu’un meuble de la Cité et choisit d’en devenir un acteur conscient.

L’impuissance des sciences humaines face aux bouleversements modernes

Au début de la deuxième partie (« D’où venons-nous ? »), l’auteur dresse un bilan des limites de l’économie, de la sociologie et de la psychologie face aux crises contemporaines (mondialisation, chômage, mutations technologiques).

Et ces fameuses sciences humaines, dont on s’enorgueillissait tant, sont lamentablement prises au dépourvu par la tournure des événements. Ni l’économie politique, ni la sociologie, ni même la psychologie ne sont à la hauteur de la tâche. Car l’espèce humaine se trouve désormais emportée dans une telle tourmente, à une telle échelle et à une telle vitesse qu’aucune d’elles ne peut conserver son crédit. Malgré l’effondrement des régimes dits « socialistes », la « science » des économistes se trouve soumise à rude épreuve ; loin de renforcer la foi dans l’économie de marché, elle ne parvient, dans le meilleur des cas, qu’à mettre en évidence des périls toujours plus alarmants : l’exacerbation de la concurrence à l’échelle mondiale, l’endettement colossal des pays pauvres, l’envolée de la dette publique dans les pays riches, la substitution du travail des robots à celui des hommes…

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 118.

Dans ce passage ouvrant la deuxième partie d’Un café pour Socrate (« D’où venons-nous ? »), Marc Sautet dresse un bilan sans concession des limites de la rationalité scientifique appliquée au monde des hommes. En soulignant l’échec de l’économie, de la sociologie et de la psychologie face aux mutations du monde moderne, il met en évidence la nécessité de réinvestir le questionnement philosophique là où les experts ont échoué.

L’auteur commence par une attaque incisive contre l’orgueil académique : ces « fameuses sciences humaines, dont on s’enorgueillissait tant » sont qualifiées de « lamentablement prises au dépourvu ». Sautet dénonce l’illusion du siècle passé qui pensait pouvoir résoudre scientifiquement et techniquement les crises humaines. Le cœur du problème réside dans un changement de paradigme temporel et spatial : « l’espèce humaine se trouve désormais emportée dans une telle tourmente, à une telle échelle et à une telle vitesse qu’aucune d’elles ne peut conserver son crédit ». La mondialisation et l’accélération de l’histoire saturent les modèles théoriques rigides, rendant les disciplines descriptives obsolètes au moment même où l’action immédiate est requise.

Sautet choisit ensuite d’illustrer cette faillite par le cas précis de l’économie politique. Il démonte l’illusion idéologique de la fin du XXe siècle qui voulait que la chute du bloc soviétique (« l’effondrement des régimes dits « socialistes » ») valide définitivement le capitalisme de marché. Au contraire, la « science » économique est incapable de réguler le réel et se contente, au mieux, de formuler une comptabilité de la catastrophe. L’auteur dresse une liste de fléaux structurels systémiques qui échappent à tout contrôle : la violence de la concurrence mondialisée, l’endettement asymétrique des hémisphères, et la déshumanisation du travail provoquée par la robotisation.

L’enjeu philosophique et épistémologique sous-jacent est majeur. En se parant de critères de scientificité quantitatifs, les sciences humaines ont « grugé » la philosophie en prétendant détenir les solutions aux maux de la Cité. Or, elles s’avèrent incapables de penser le sens de cette fuite en avant volontariste. La psychologie individualise le malaise, la sociologie le fragmente et l’économie le mathématise, mais aucune ne pose la question de la justice, de l’égalité et de la liberté des citoyens face à ces mutations globales.

En conclusion, ce texte agit comme un constat de carence qui légitime le retour de la philosophie sur la place publique. Puisque les outils traditionnels de gestion de la société ont perdu leur crédit, il ne reste plus qu’à faire confiance à la raison critique et socratique. Ce commentaire montre que pour Marc Sautet, la philosophie n’est pas un luxe pour solitaires désœuvrés, mais la seule instance capable d’aider les hommes à « garder leur sang-froid » et à reprendre le contrôle de leur pensée au milieu du chaos planétaire.

La dimension politique et collective de l’exercice public de la raison

Dans le premier chapitre de la deuxième partie, Marc Sautet lie directement la pratique de la philosophie dans la rue à la reconquête de la citoyenneté et du débat démocratique.

Ainsi, reprendre possession de sa pensée, c’est commencer à reprendre le contrôle des affaires de la cité. C’est donc redonner non seulement à la « culture », mais aussi à la « démocratie » tout leur sens. Si les experts sont au bout de leur latin et si les représentants du peuple ne savent plus à quel saint se vouer, n’est-il pas temps qu’ils se mettent au sec ? En s’adonnant librement à l’exercice de la philosophie en ville, au sein de la cité, à l’instar des Athéniens de l’Antiquité, des gens du commun leur ouvrent la voie du retour à la source, à la source du logos — la raison.

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 119.

Dans ce passage charnière issu de la deuxième partie d’Un café pour Socrate, Marc Sautet articule de manière indissociable l’émancipation intellectuelle individuelle et la revitalisation de l’espace politique commun. En appelant à un retour à la méthode socratique sur l’Agora, il propose un véritable manifeste de la citoyenneté critique face à l’impuissance des élites et des experts.

L’auteur commence par une formule qui résume le cœur de son projet politique et philosophique : « reprendre possession de sa pensée, c’est commencer à reprendre le contrôle des affaires de la cité ». Sautet s’attaque ici à la dépossession technocratique de la démocratie. Dans une société moderne hyper-spécialisée, le citoyen a été relégué au rang de spectateur passif, laissant la gestion des maux sociaux aux économistes, sociologues ou politologues. Pour l’auteur, la liberté de penser n’est pas un exercice abstrait ou solitaire ; elle est la condition sine qua non de l’action collective. Penser par soi-même, c’est le premier acte de résistance contre la technocratie.

Cette reconquête permet de redonner leur sens véritable à deux piliers de notre civilisation : la « culture » et la « démocratie ». Sautet refuse de voir la culture comme un produit de consommation de masse ou un savoir muséal réservé aux universitaires. De même, la démocratie ne doit pas se réduire à un simple rituel électoral ou à une délégation de pouvoir passive. L’auteur constate d’ailleurs la faillite des structures traditionnelles : « les experts sont au bout de leur latin » et les « représentants du peuple ne savent plus à quel saint se vouer ». Face à ce vide et à l’impuissance des cadres institutionnels pour résoudre les crises modernes, les citoyens doivent « se mettre au sec », c’est-à-dire trouver un refuge solide dans l’exercice autonome de leur intellect.

La solution proposée est un retour historique et philosophique radical : « s’adonnant librement à l’exercice de la philosophie en ville […] à l’instar des Athéniens de l’Antiquité ». Sautet opère un parallèle direct entre notre crise contemporaine et celle de la démocratie athénienne qui a vu naître Socrate. L’esprit critique ne se déploie pas dans le silence des cabinets ministériels, mais dans le brouhaha de la rue, sur la place du marché, parmi la foule. Ce sont « les gens du commun » — et non les clercs ou les spécialistes — qui réactivent la fonction critique de la raison. Le terme « logos », utilisé par Sautet, rappelle que la raison n’est pas un outil technique de gestion, mais une parole partagée, une recherche en commun de la vérité sur l’espace public.

En conclusion, ce texte justifie l’urgence pratique de la démarche de Marc Sautet. Le café philosophique (comme celui de la Bastille) ou le Cabinet de philosophie ne sont pas des divertissements intellectuels, mais des espaces de résistance démocratique. Ce commentaire montre que pour l’auteur, ramener Socrate dans la cité moderne est un acte de salubrité publique. C’est en réinvestissant l’Agora par le dialogue et l’examen critique que les citoyens cessent d’être les objets passifs de l’histoire pour redevenir les sujets conscients de leur destin collectif.

Critique des thèses pessimistes sur le déclin de la culture occidentale

L’auteur remet en question les diagnostics déclinistes de la fin du XXe siècle qui annoncent une fatalité barbare, en soulignant l’illusion d’optique sur laquelle reposent ces métaphores du déclin.

Les analyses des pessimistes peuvent bien reposer sur des faits. Leur approche de ces faits constitue elle-même un problème. À supposer que la « pensée » décrive une courbe analogue à la course du Soleil, sur une durée équivalente à celle du jour, qu’elle ait connu son aurore, son apogée, son crépuscule et que désormais la nuit s’annonce, l’approche de cette nuit — de la barbarie, si l’on préfère — serait donc tout aussi inévitable que le fut l’arrivée du jour lors de la Renaissance. Alors se justifierait ce glas lugubre, qui annonce une barbarie équivalente à celle dont la Renaissance nous a fait sortir. S’il en était vraiment ainsi, il faudrait en effet nous attendre à une nouvelle nuit, longue de plusieurs siècles, emplie d’immenses catastrophes et de terribles souffrances. En sonnant le glas des clercs, c’est le glas de l’humanité que sonnerait la « défaite de la pensée ».

SAUTET, Marc. Un café pour Socrate. Paris : Éditions Robert Laffont, 1995, p. 124.

Dans ce passage extrait du premier chapitre de la deuxième partie d’Un café pour Socrate (« Défaite de la pensée ? »), Marc Sautet se confronte directement aux thèses déclinistes et apocalyptiques qui saturent le paysage intellectuel de la fin du XXe siècle. En analysant la structure rhétorique du discours pessimiste, il met en évidence le piège logique et philosophique d’une pensée qui confond une métaphore poétique avec une loi scientifique inexorable.

L’auteur commence par accorder un point à ses adversaires : « Les analyses des pessimistes peuvent bien reposer sur des faits ». Sautet ne nie pas les crises concrètes de la modernité (perte de repères, montée des fanatismes, délitement démocratique). C’est sur le plan épistémologique qu’il porte le fer : « Leur approche de ces faits constitue elle-même un problème ». Il reproche aux intellectuels déclinistes (notamment à Alain Finkielkraut dont l’ouvrage La Défaite de la pensée est explicitement évoqué dans le chapitre) d’adopter une grille de lecture fallacieuse qui emprisonne l’histoire humaine dans un déterminisme biologique ou cosmique.

Le cœur du paragraphe repose sur la déconstruction de la métaphore solaire. Les pessimistes imaginent le destin de la raison occidentale sur le modèle d’une journée : elle aurait eu son « aurore » (l’Antiquité), son « apogée » (les Lumières), son « crépuscule » (la modernité), et ferait face à une « nuit » inévitable, synonyme de retour à la barbarie. Sautet démontre le danger de cette analogie : si le déclin de la pensée est calqué sur la course du Soleil, alors la catastrophe devient une loi de la nature contre laquelle l’homme ne peut rien. Ce fatalisme tragique justifie le « glas lugubre » des clercs et légitime, par avance, leur propre démission ou leur repli nostalgique.

L’impact de cette posture intellectuelle est dramatique, car elle annonce « une nouvelle nuit, longue de plusieurs siècles, emplie d’immenses catastrophes ». Sautet souligne la responsabilité des clercs : en théorisant l’inévitabilité de la défaite de l’esprit, ils désarment les citoyens et transforment une crise surmontable en prophétie autoréalisatrice. Sonner la fin de la pensée, c’est condamner l’humanité entière à l’impuissance politique et à l’irrationalité.

Pour Sautet, ce diagnostic repose sur une « illusion grossière ». Plus loin dans le texte, il rappellera que le Soleil ne se couche jamais en réalité et que le mouvement n’est qu’apparent : c’est la Terre qui tourne. De même, la crise de la pensée moderne n’est pas une fatalité cosmique, mais le résultat de forces matérielles et de rapports sociaux (l’hégémonie du marché, la spécialisation outrancière) que les hommes ont le pouvoir de transformer s’ils reprennent possession de leur raison.

En conclusion, ce texte constitue un plaidoyer vigoureux pour la résistance intellectuelle. En récusant le fatalisme des prophètes du déclin, Marc Sautet réhabilite l’urgence de l’exercice philosophique sur l’Agora. Ce commentaire montre que la philosophie ne doit pas servir à pleurer sur les ruines de la culture, mais à restaurer l’audace critique des citoyens afin de conjurer la barbarie et de réécrire l’avenir de la Cité.


Marc Sautet et l’aspect thérapeutique de la philosophie

Marc Sautet aborde de manière très explicite l’aspect thérapeutique de la philosophie dans son livre Un café pour Socrate, à travers deux initiatives concrètes qu’il a lui-même mises en place : les débats au café et, plus encore, l’ouverture de son Cabinet de philosophie en ville.

Il développe cette dimension thérapeutique autour de plusieurs axes majeurs :

  • Le traitement du malaise existentiel et politique : Sautet constate que de nombreuses personnes consultent des psychothérapeutes pour des souffrances qui ne relèvent pas d’une pathologie de la psyché, mais d’un malaise provoqué par des dysfonctionnements de la société, de la ville ou de l’État. Selon lui, face à une « situation générale défectueuse », ce n’est pas au psychologue d’intervenir, mais au philosophe, dont le rôle est de soigner le rapport de l’individu au monde et à la Cité.

  • La concurrence avec les « médecins de l’âme » et les sciences occultes : L’auteur rappelle que les philosophes, en désertant la rue pour s’enfermer dans les universités, ont laissé le champ libre aux psychothérapeutes, mais aussi aux astrologues, gourous et marabouts. Le Cabinet de philosophie est pensé comme une alternative sérieuse et rationnelle pour répondre à la « question du destin » et au désarroi de l’individu sans pour autant le culpabiliser.

  • La primauté de la parole du client (la maïeutique) : En consultation privée, l’aspect thérapeutique ne réside pas dans un cours magistral dispensé par le philosophe, mais dans la réceptivité et la capacité à faire accoucher le « client » de sa propre parole. L’écoute philosophique permet à l’individu de clarifier ses concepts, de déconstruire ses préjugés et de mettre des mots sur son mal-être authentique en s’appuyant, au besoin, sur de grands textes (comme le Phédon de Platon pour affronter l’ennui et le désir de disparition).

  • Une visée d’apaisement par la raison : À travers l’exercice spontané de la réflexion, que ce soit en tête-à-tête ou au milieu du brouhaha du café des Phares, la philosophie aide les citoyens à « garder leur sang-froid ». Pour Sautet, cette reprise de contrôle sur sa propre pensée procure une véritable « jubilation » et un sentiment de libération, assimilable à une forme de résurrection intellectuelle et existentielle.

Marc Sautet réhabilite ainsi une très vieille tradition antique (notamment stoïcienne et socratique) qui conçoit la philosophie non pas comme une étude académique, mais comme une véritable médecine de l’âme et un art de vivre au quotidien.

Marc Sauteur et la brutalité dans l’approche socratique

Oui, Marc Sautet aborde la question de la brutalité — ou du moins de la violence et du harcèlement intellectuel — dans l’approche socratique. Il le fait en analysant la figure historique de Socrate et les raisons profondes qui ont mené la démocratie athénienne à le condamner à mort.

Il développe cette réflexion à travers plusieurs points clés :

  • Le harcèlement permanent des citoyens : Sautet rappelle que Socrate ne se contentait pas de méditer sagement dans son coin ; il passait ses journées sur la place du marché (l’Agora) à interpeller et à « harceler sans cesse ses concitoyens ». Cette méthode, loin d’être douce, consistait à pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements, à briser leurs certitudes et à révéler publiquement leur ignorance, ce qui pouvait être vécu comme une agression intellectuelle ou une humiliation.

  • Un manque total de tact en période de crise : L’auteur souligne que ce harcèlement s’est poursuivi à un moment historique particulièrement douloureux pour Athènes, juste après sa défaite contre Sparte et l’épisode sanglant de la dictature des Trente. Alors que la sensibilité des citoyens était « à fleur de peau » et qu’ils avaient cruellement besoin de retrouver leur calme et leur confiance, Socrate a continué ses réquisitoires permanents sans aucun ménagement. Sautet pose explicitement la question : « Était-ce là être sage ? ».

  • La provocation comme position de principe : Sautet évoque la posture de Socrate lors de son procès comme l’acmé de cette brutalité relationnelle. Au lieu de chercher l’apaisement ou de proposer une amende symbolique pour calmer le jury, Socrate choisit la provocation radicale en réclamant d’être nourri au Prytanée (un honneur réservé aux plus grands héros de la cité). Cette attitude inflexible est décrite comme une provocation délibérée qui a retourné les juges contre lui.

  • La fonction critique de la discorde : Pour Sautet, cette rudesse socratique fait partie intégrante de la méthode philosophique. Le philosophe ne cherche pas le consensus mou ou la discussion courtoise. Son rôle est de faire « émerger les difficultés », de rendre les oppositions « patentes » et de pousser l’assemblée à admettre ses propres contradictions. En ce sens, l’approche socratique implique une forme de violence nécessaire contre la doxa (l’opinion commune) pour forcer l’intellect à s’éveiller.

Sautet ne cherche donc pas à idéaliser Socrate en un saint inoffensif. Il montre que son approche comportait une réelle dureté pour la Cité, ce qui explique pourquoi un homme ordinaire et honorable comme Anytos (le tanneur démocrate) a fini par le considérer comme un danger public qu’il fallait éliminer pour préserver la paix sociale.

Marc Sauteur, sa pratique et sa distinction face à la brutalité de l’approche socratique

Marc Sautet ne reconduisait pas cette brutalité ou cette provocation socratique dans sa propre pratique. S’il admirait l’exigence critique de Socrate, il a délibérément adapté sa méthode pour la rendre praticable et constructive dans la cité moderne.

Sa prise de distance avec la rudesse socratique s’observe dans sa manière de concevoir ses deux grandes activités :

En consultation : L’écoute bienveillante plutôt que le harcèlement

Là où Socrate acculait ses interlocuteurs sur la place publique pour exposer leur ignorance, Sautet fondait sa pratique en cabinet sur une disponibilité et une réceptivité totales.

  • Il refusait d’imposer un savoir ou de piéger son client. Il écrivait d’ailleurs : « En consultation, ce qui importe, ce n’est pas ce que sait celui qui est consulté, mais ce que son client peut dire ».

  • Sa démarche s’apparentait à un accompagnement respectueux du rythme de l’autre, acceptant le vécu et l’émotion sans chercher l’affrontement ou l’humiliation intellectuelle.

Au café des Phares : Une violence canalisée par le cadre

Dans les débats publics qu’il animait, Sautet ne jouait pas le rôle du « taon » harceleur qui piquait les citoyens au vif.

  • Son rôle était celui d’un médiateur et d’un arbitre de la raison. Il laissait d’abord s’exprimer les participants, puis il mettait en évidence leurs contradictions mutuelles pour faire progresser la réflexion collective.

  • L’objectif du café était de permettre aux gens de « garder leur sang-froid » face au chaos du monde, et non de générer une détresse ou une colère supplémentaire par des agressions verbales.

Le refus du cynisme socratique

Sautet considérait que la provocation ultime de Socrate lors de son procès (réclamer d’être nourri au Prytanée) s’apparentait à un manque de tact et à un désir d’en finir avec la vie, un choix que le matérialisme moderne ne pouvait pas forcément cautionner. Sautet cherchait à réconcilier les citoyens avec la Cité et la démocratie, pas à précipiter une rupture tragique.

En somme, Marc Sautet retenait de Socrate l’audace de poser les questions qui dérangent et le refus des idées reçues, mais il rejetait la violence de sa mise en œuvre. Sa « philosophie en ville » se voulait une alternative thérapeutique et émancipatrice, une main tendue plutôt qu’un réquisitoire permanent.

Marc Sautet est ses influences

Dans Un café pour Socrate, Marc Sautet évoque plusieurs influences théoriques, historiques et contemporaines qui ont structuré et nourri sa pratique de la philosophie en ville. Sa démarche s’articule principalement autour des influences suivantes :

Socrate et la maïeutique antique

L’influence majeure et revendiquée est, bien sûr, celle de Socrate. Sautet retient du philosophe athénien :

  • L’espace de la réflexion : L’idée que la philosophie doit sortir des universités pour investir l’Agora, la rue et les lieux de vie quotidienne (ce qui donnera naissance au café philosophique).

  • La posture du non-savoir : Le principe socratique selon lequel le philosophe ne détient pas la vérité mais pose des questions pour pousser les autres à examiner leurs propres certitudes.

  • La maïeutique : L’art d’accoucher les esprits par le dialogue, qu’il réactive directement dans ses consultations individuelles.

Gerd Achenbach et la Philosophische Praxis

Sur le plan de la consultation privée en cabinet, Sautet s’inspire directement du philosophe allemand Gerd Achenbach, qui a ouvert le tout premier cabinet de philosophie à Bergisch-Gladbach en 1981. De cette influence concrète, il tire :

  • La nécessité de concurrencer les sciences humaines (notamment la psychologie) sur le terrain de la relation d’aide.

  • Le refus d’utiliser un jargon technique ou conceptuel intimidant pour le client, préférant partir du bon sens et du langage familier de ce dernier.

  • Une écoute où le vécu et l’expérience personnelle de l’individu servent de matériau premier à la conceptualisation.

René Descartes et le doute méthodique

Pour Sautet, l’accès à l’autonomie intellectuelle passe par une influence cartésienne forte, qu’il utilise explicitement avec ses clients en cabinet.

  • Il s’inspire des Méditations métaphysiques pour enseigner l’art du doute.

  • Sa pratique vise à faire passer l’individu du statut d’« objet » (soumis aux discours d’autorité de l’enfance, des maîtres ou des médias) au statut de sujet pensant grâce à l’expérience du cogito (« Je doute, donc je suis »).

Friedrich Nietzsche et la généalogie

En tant que spécialiste de Nietzsche (il a révisé et traduit plusieurs de ses œuvres), Sautet intègre la méthode généalogique à sa pratique.

  • Que ce soit en séminaire ou en consultation, il invite ses interlocuteurs à faire l’histoire de leurs propres idées.

  • Sa pratique consiste à faire remonter chacun « de l’aval de son discours à l’amont de ses références » afin de débusquer les préjugés inconscients, qu’ils soient d’origine religieuse, politique ou morale.

L’esprit des Lumières (Kant et Voltaire)

Sautet est profondément marqué par l’esprit de l’Aufklärung (les Lumières). Il fait sienne la maxime de Kant : « Sapere aude ! » (Aie le courage de te servir de ton propre entendement). Sa pratique au café des Phares ou en Cabinet se veut une tentative de réactiver ce projet des Lumières : donner aux « gens du commun » les outils critiques nécessaires pour s’émanciper des dogmes et reprendre le contrôle démocratique et intellectuel de leur existence.

Marc Sautet et les étapes de sa pratique en consultation privée

Marc Sautet décortique les étapes de sa méthode à travers les récits détaillés de ses consultations privées dans le livre Un café pour Socrate. Il montre précisément comment il applique cette transition du vécu intime vers la conceptualisation philosophique universelle, notamment à travers trois grandes étapes :

1. L’accueil du vécu brut et le refus du diagnostic psychologique

La consultation débute toujours par l’expression libre du malaise, formulée avec les mots ordinaires du client. Contrairement à un psychologue qui chercherait une faille dans le passé personnel ou familial du patient, Sautet prend ce récit au sérieux en tant que questionnement existentiel légitime.

  • L’exemple de Phil : Son tout premier client vient lui demander s’il voit une objection à sa disparition, expliquant qu’il s’ennuie mortellement et perçoit la vie comme une « salle d’attente ». Au lieu de le renvoyer à une pathologie clinique, Sautet écoute cette détresse brute comme le point de départ d’une véritable interrogation philosophique sur la valeur de l’existence.

2. L’introduction d’un texte classique comme miroir critique

Une fois le problème exposé, Sautet introduit une référence philosophique majeure. Le but n’est pas de faire un cours magistral, mais de proposer un texte qui résonne avec le vécu du client pour lui donner des outils de comparaison.

  • Le renvoi au texte : Face à Phil et son image de la « salle d’attente », Sautet fait le pont avec le Phédon de Platon, où Socrate, au moment de mourir, décrit le corps comme une « prison » et invite ses amis à le suivre au plus vite pour atteindre la Vérité. Il demande à Phil de lire le dialogue pour vérifier s’il partage la même posture.

3. La confrontation dialectique et la conceptualisation

C’est l’étape cruciale où le client s’approprie le concept en se mesurant au philosophe cité, ce qui lui permet d’analyser son propre vécu avec recul.

  • Le conflit constructif : En relisant Platon, Phil rejette la thèse socratique de l’immortalité de l’âme, adoptant une position matérialiste (pour lui, la mort est le néant). Par cette confrontation, Sautet l’amène à conceptualiser son propre état : si derrière la porte il n’y a rien, sa curiosité de mourir s’effondre et son désir de disparition devient logiquement inutile. Le malaise intime a été transformé en un débat philosophique universel entre matérialisme et idéalisme.

4. La remontée généalogique

Pour d’autres clients, le travail consiste à remonter le fil de leur propre histoire intellectuelle pour comprendre comment ils ont abandonné leur esprit critique au profit de dogmes inconscients.

  • L’exemple de Gabrielle : Venue chercher des arguments « béton » pour briser des joutes mondaines néoracistes, Sautet refuse de penser à sa place. Il l’oriente vers une étude généalogique de sa propre pensée, réveillant ses souvenirs d’étudiante, ses lectures de jeunesse (Nietzsche, Marx, Barthes) et l’histoire de ses blocages personnels pour l’aider à reconquérir son autonomie intellectuelle.

  • L’exemple de Jacqueline : Bloquée dans sa pensée et son écriture par des traumatismes d’enfance liés à une éducation religieuse rigide, la consultation passe par la relecture minutieuse du texte de la Genèse. En décortiquant les contradictions textuelles des deux récits de la Création, Jacqueline réalise la légitimité de sa révolte d’enfant (lorsqu’on la traitait de « peste » ou de « raisonneuse »). Elle s’émancipe de la culpabilité judéo-chrétienne apprise pour accéder, par elle-même, à la découverte conceptuelle du cogito cartésien.

À travers ces étapes, Marc Sautet montre que sa consultation privée consiste à transformer le pathos (la souffrance subie) en logos (la raison active), permettant au client de cesser d’être le jouet de ses émotions pour redevenir le sujet de sa propre pensée.


Conclusion : La renaissance de l’Agora et l’avenir du geste philosophique

Au terme de cette étude approfondie d’Un café pour Socrate, il apparaît avec clarté que Marc Sautet n’a pas seulement proposé une critique des structures académiques de son temps, il a initié une véritable refondation pratique de la discipline philosophique. Face au déclin d’une philosophie institutionnelle coupée du monde et supplantée par l’hégémonie descriptive ou médicale des sciences humaines, Sautet a fait le choix radical d’un retour aux sources socratiques. En déplaçant le lieu de la pensée de la chaire universitaire vers le Cabinet de consultation et le comptoir du bistrot, il a redonné à la raison critique sa fonction première : celle d’un outil d’émancipation collective et individuelle indispensable pour affronter les crises de la Cité.

L’analyse de sa praxis révèle une synthèse méthodologique d’une grande rigueur. Loin de céder à la facilité d’une discussion « à la bonne franquette » ou à la complaisance d’une thérapie sauvage, la démarche de Sautet s’appuie sur des piliers conceptuels solides. En articulant la maïeutique socratique, le doute cartésien, l’exigence généalogique de Nietzsche et l’idéal d’auto-éducation des Lumières, il a conçu une méthode d’écoute active. Celle-ci permet, par étapes progressives, de transmuer le pathos du vécu intime et des souffrances imposées par l’actualité en un logos universel et libérateur. Le client, autrefois « objet » passif des discours d’autorité et des idéologies dominantes, conquiert en consultation le statut de « sujet pensant ».

De plus, cette réinvention du geste philosophique s’accompagne d’une profonde prise de distance avec la brutalité et la provocation historiques de Socrate. Sautet a su épurer la méthode de son maître de son agressivité relationnelle pour la transformer en une proposition bienveillante, canalisée par le cadre de l’Agora moderne. Il n’interpelle pas pour humilier ou paralyser, mais pour offrir aux « gens du commun » un espace sécurisé où ils peuvent réapprendre à faire usage de leur intellect, à formuler leurs propres questions et à « garder leur sang-froid » face au chaos planétaire.

Enfin, la mise en regard des crises contemporaines avec les fléaux de la démocratie athénienne confère à l’ouvrage une dimension prophétique et politique cruciale. En identifiant nos automates et nos robots modernes aux « instruments animés » de l’Antiquité, Sautet nous met en garde contre la répétition tragique de l’histoire. La dépossession et la paupérisation des citoyens par le travail servile de la machine ne sont pas des fatalités biologiques ou cosmiques, mais des défis structurels que seule une communauté dotée d’un esprit critique aiguisé peut espérer résoudre afin d’éviter la catastrophe.

Marc Sautet s’est éteint en 1998, mais l’écho du café des Phares et la multiplication des initiatives similaires à travers le monde prouvent que sa tentative de faire sortir la philosophie de son soliloque a ouvert une voie féconde. Aujourd’hui plus que jamais, à l’ère de la virtualisation et de l’accélération technologique, l’interrogation socratique demeure une urgence vitale. L’enjeu de la philosophie en ville n’est rien de moins que de redonner à la démocratie son sens véritable : celui d’un espace public où les hommes, refusant d’être dupes, s’unissent par la raison pour redevenir les maîtres conscients de leur propre destin.


J’accorde 5 étoiles sur cinq à UN CAFÉ POUR SOCRATE – COMMENT LA PHILOSOPHIE PEUT NOUS AIDER À COMPRENDRE LE MONDE D’AUJOURD’HUI de MARC SAUTET chez ROBERT LAFFONT ÉDITIONS.

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Article # 230 – Sans la philosophie, la science de l’homme reste « borgne », Guy Lazorthes, médecin

Un médecin souligne la nécessité de la philosophie dans les sciences de l’homme.

9 « Connais-toi toi-même »

Actualité de l’injonction de Socrate

Guy Lazorthes

Neurochirurgien et Enseignant (orienté vers les Sciences Humaines et la Médecine).


Au sujet de Guy Lazorthes

Guy Arnaud Lazorthes, né le 4 juillet 1910 à Toulouse et mort dans cette même ville le 25 mars 2014, est un médecin et universitaire français.

Neurochirurgien, Guy Lazorthes fut professeur à la Faculté de médecine de Toulouse, dont il fut le doyen. Professeur émérite à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier, il est membre de l’Académie de médecine depuis 1960 et de l’Académie des sciences depuis 1975. Il est membre du conseil scientifique de l’université interdisciplinaire de Paris. Il est un fervent défenseur de la construction européenne.

Dans le domaine scientifique, Guy Lazorthes a été à la fois neuro-anatomiste et neuro-chirurgien. Il a associé une étude approfondie de la vascularisation du système nerveux à des progrès considérables sur la chirurgie de ce système. Il a ainsi apporté des avancées significatives sur les techniques chirurgicales du cerveau.

Dans le domaine de l’administration de l’enseignement médical, il est à l’origine de la création de l’Hôpital Rangueil et de la Faculté de médecine Toulouse-Rangueil. Il tenta d’individualiser celle-ci, ainsi que les facultés d’odontologie et de pharmacie, ayant en projet une université Toulouse IV distincte de l’Université Paul-Sabatier (Toulouse III), sans y parvenir cependant.

Il a été président de la section toulousaine du Mouvement Européen.

Il a été élevé à la dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’honneur en 2002.

Il enseignait encore à raison de trois cours par semaine jusqu’en 2004.


LAZORTHES, Guy

Professeur LAZORTHES (Guy, Amand, Félix)
Né(e) à Toulouse, France, le 4 juillet 1910
Décédé(e) à Toulouse, France, le 25 mars 2014
Membre correspondant non-résidant du 31 mai 1960 au 5 mai 1970
Membre titulaire du 5 mai 1970 au 13 mai 2008
Membre Émérite depuis le 13 mai 2008
Grand Croix de l’Ordre du Mérite 1994 – Grand Croix de la Légion d’Honneur 2002

2ème division
Spécialité(s) : Neurochirurgie

Autre(s) académie(s) : Académie des Sciences

Source : Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.


9 « Connais-toi toi-même »

Actualité de l’injonction de Socrate

Guy Lazorthes

L’injonction de Socrate était en son temps justifiée car de tout événement heureux ou malheureux, un dieu était alors responsable ; la mythologie régnait. Les hommes oubliaient de se mettre en cause. Justifiée, elle le fut encore pendant les siècles au cours desquels les vérités et les règles de conduite étaient dictées par les seuls textes sacrés. L’incitation à s’interroger sur soi-même ne s’impose pas moins aux temps modernes. Les fanatismes religieux persistent, et de plus les esprits accaparés par la Science et par la Technologie négligent la réflexion sur la condition humaine.

I – Socrate

Sur le fronton du temple de Delphes consacré à Apollon était inscrit : « Connais-toi toi-même, laisse le monde aux Dieux », formule contradictoire puisqu’elle signifiait d’une part qu’il fallait penser à se connaître… et, d’autre part, que tout était décidé par les Dieux. Les prêtres du Temple répondaient d’ailleurs à ceux qui venaient les consulter, qu’il fallait satisfaire les Dieux. Socrate ne retint que « Connais-toi toi-même » et fit figure de contestataire.

Au VIe siècle avant J.C., la pensée grecque avait ajouté aux rites mythologiques l’observation des phénomènes de la nature. Des philosophes appelés souvent « présocratiques » ou « philosophes de la Nature » ne rendaient pas les dieux responsables des changements perpétuels de la nature, et se libéraient peu à peu des mythes¹. Quelques idées géniales furent formulées et seulement démontrées par la science vingt siècles plus tard. Thalès de Milet pensa que notre monde était à l’origine de toute chose, de toute vie. Anaximandre avança que notre monde est un parmi d’autres ! Héraclite (540-480) déclara que tout s’écoule, tout est en mouvement, tout se transforme : « nous ne nous baignons pas dans le même fleuve ».

Socrate (470-399) n’a pas écrit une ligne ; on ajoute souvent : « comme Jésus ». L’absence d’ouvrages sert son prestige. Nous le connaissons grâce à Platon, son disciple de quarante-deux ans plus jeune. Pour lui, « Connais-toi toi-même » signifiait qu’il faut atteindre la connaissance et la maîtrise de soi et s’affranchir des spéculations idéologiques et des explications théologiques. Il eut le sentiment de la complexité profonde de l’homme. On a souvent fait de lui le « père » de la philosophie et « le fondateur » de la science morale. Je dirais volontiers « Connais l’homme pour mieux te connaître ». J’ajoute qu’il est aussi le fondateur des Sciences Humaines.

1- La connaissance de soi

Elle éclaire tout homme sur ce qu’il est et ce qu’il peut ; elle le sauve des illusions souvent funestes qu’il se fait sur lui-même. « N’est-il pas évident, cher Xénophon, dit Socrate, que les hommes ne sont jamais plus heureux que lorsqu’ils se connaissent eux-mêmes, ni plus malheureux que lorsqu’ils se trompent sur leur propre compte ? » En effet, ceux qui se connaissent sont instruits de ce qui leur convient et distinguent les choses dont ils sont capables ou non. Ils se bornent à parler de ce qu’ils savent, cherchent à acquérir ce qui leur manque et s’abstiennent complètement de ce qui est au-dessus de leurs capacités ; ils évitent ainsi les erreurs et les fautes. Ceux qui ne se connaissent pas et se trompent sur eux-mêmes sont dans la même ignorance par rapport aux autres hommes et aux choses humaines en général. La connaissance de soi est la science première.

« Connais-toi toi-même » veut dire : renonce à chercher hors de toi, à apprendre par des moyens extérieurs ce que tu es réellement et ce qu’il te convient de faire ; reviens à toi, non pas certes pour te complaire en tes opinions, mais pour découvrir en toi ce qu’il y a de constant et qui appartient à la nature humaine en général. Conception d’une extrême importance car elle proclame qu’en tout esprit humain existe la science, qui intéresse l’Homme et qui n’a besoin que d’être extraite. Le maître n’est plus qu’un auxiliaire qui assiste les esprits pour les aider à émettre leurs idées et à examiner si elles sont viables ; il ne saurait prétendre enfanter le vrai à leur place.

2- La conscience de son ignorance.

« Connais-toi toi-même » signifie aussi s’interroger sur son savoir. Se connaître est prendre conscience de soi et par là de son ignorance. Socrate déclarait « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ». Il ne niait pas l’existence de la vérité. La vérité existe même s’il ne la connaît pas ; il vaut mieux une ignorance qui se connaît qu’une ignorance qui s’ignore. La Pythie aurait déclaré : « est le plus savant celui qui, comme Socrate, sait que son savoir est en fin de compte nul ». Socrate découvrit qu’il avait au moins une science, celle de son ignorance. Il vénérait les dieux tout en avouant son ignorance à leur égard. Cet aphorisme, loin de prouver son scepticisme, témoigne de son désir de vérité.

Platon appellera « double ignorance » le fait de ne pas savoir et de vivre dans l’illusion de son savoir, c’est-à-dire ne pas avoir conscience de son ignorance. La « double ignorance » est grave, malfaisante, si elle est le fait de personnes importantes. « Non seulement tu ignores les choses les plus importantes, mais tu crois les savoir » disait, d’après Platon, Socrate à Alcibiade.

3- L’objectif moral

Socrate n’a jamais voulu dire : « analyse-toi avec complaisance ». La connaissance de soi n’implique pas le repliement sur soi, plaisir que prennent les auteurs « d’autobiographies intimes », mais signifie : « Connais le meilleur de toi, vois ce que tu aspires à être, ce que tu es virtuellement, ce qui est ton modèle sois un homme, connais tes propres excès ». Ce n’est donc pas une introspection narcissique et égotiste : c’est un programme de vie morale.

La connaissance de soi-même n’est pas seulement une spéculation théorique, simple savoir, elle a des applications. Chaque homme doit se découvrir lui-même, prendre conscience de ses idées, de ses capacités, pour ensuite en faire l’examen critique et voir si sa pensée s’accorde ou non avec son action et inversement. D’après Aristote la démarche prioritaire de Socrate fut de définir les vertus, d’en saisir l’universel et à partir de là de rendre les hommes vertueux. Connaître la vertu est la condition nécessaire. Quand on succombe au mal, c’est qu’on ne le connaît pas, sinon, comment pourrait-on le désirer puisqu’il rend malheureux ? La vertu n’est pas toujours accompagnée de bonheur, mais il est évident que le mal, le vice, qui si souvent satisfont nos désirs de jouissance, entraînent le malheur. Une des grandeurs de la pensée de Socrate fut de ne pas accepter l’opposition du bonheur et de la vertu ; pour les accorder, il fit référence aux maximes de sagesse qui identifiaient la bonne action avec les satisfactions ou les avantages qu’elle procure. Il proclama que le bonheur complet ne peut être obtenu que par la vertu. Ce principe a paru indiscutable à toutes les morales. La discussion ne saurait porter que sur les moyens d’atteindre cette fin par une volonté déterminée.

4- La vertu du dialogue

Pour découvrir ce que réellement sont les hommes, il convient de partir de l’opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. Le moraliste doit donc les interroger sur ce qu’ils croient être, les conduire à découvrir ce qu’ils sont, et dénoncer leur fausse sécurité. L’investigation s’instaure par le dialogue. Socrate allait des uns aux autres et interrogeait non sur les idées mais sur le vécu quotidien. A un militaire il demandait « Qu’est-ce que le courage ». A un prêtre « Qu’est-ce que la charité » ? Par cette épreuve, il faisait reconnaître à chacun son ignorance et faisait passer de l’autosatisfaction à l’inquiétude. En allant par les rues, il n’avait pas d’autre but que de persuader qu’il ne faut pas donner de l’importance au corps et aux richesses, qu’il faut s’occuper du perfectionnement et de la vertu.

Il comparait la pratique philosophique à la maïeutique (art de faire accoucher). Sa mère était sage-femme. Il faisait accoucher les esprits. Personne n’y échappait… Dans ces relations, se manifestait son ironie, sa raillerie familière : de l’individu courageux on remonte au concept de courage, et sachant ce qu’est le « vrai » courage, on peut apprécier comment il se manifeste chez l’individu interrogé. Ce qui vient d’être accompli sur l’un est valable pour l’autre. Derrière la diversité des cas, il y a une identité de nature qui dépasse les particularités de chacun. En dégageant l’element commun, l’on remonte à la proposition générale que l’on peut appliquer à d’autres.

Socrate interroge Euthydème et obtient de lui l’aveu qu’il aspire à commander et que, pour exercer le commandement, la justice est indispensable. « Qu’est-ce donc que la justice ? » « L’homme injuste, répond Euthydème, est celui qui ment, qui trompe ». Mais, observe Socrate, lorsque l’on a affaire à des ennemis, il y a des cas dans lesquels il est permis de mentir, de tromper. Les mensonges ne sont injustes que lorsqu’ils atteignent des amis et, là encore, il y a des cas où, même envers des amis, ils sont permis : Un général peut donner du courage à son armée par un mensonge ? Un père peut user de supercherie pour faire prendre un remède à son enfant ? Disons donc l’homme injuste est celui qui ment à ses amis. Ainsi le procédé inductif de Socrate consistait à dégager un caractère commun et général d’un certain nombre de cas particuliers.

On ne pardonna pas à Socrate son action réformatrice. On l’accusa d’introduire la critique dans l’esprit de ses contemporains, de mépriser la religion d’Etat, de faire appel à un autre dieu : « la raison »… et de corrompre la jeunesse. Son attitude et son plaidoyer au long procès firent figure de provocation. Il déclara entendre une voix intérieure. Le « démon » de Socrate a suscité dès l’Antiquité une littérature. Georges Bastide² est consacré plusieurs pages à la satisfaction qu’il éprouvait à obéir à cette voix.

Socrate s’immola afin de dénoncer plus efficacement, par sa mort, l’injustice de la cité. Il accepta, très lucide, la condamnation du Tribunal démocratique d’Athènes et but le poison : la ciguë (en 399). Avant de boire il fit l’éloge de la mort qui délivre l’âme. Platon, disciple de Socrate, donna à ce suicide forcé une dimension légendaire. Il déclara « on a tué l’homme le plus juste et le plus sage de notre temps ». Disciple fidèle, il inscrivit dans « Phèdre » : « il est risible de s’occuper d’autre chose quand on s’ignore soi-même ». « Il ne mène pas la vie d’homme qui ne s’interroge pas sur lui-même » (Apol. 1,28). D’après Cicéron³ « Socrate le premier a fait descendre la philosophie du ciel sur terre, l’introduisit non seulement dans les villes, mais jusque dans les maisons, et l’amena à régler la vie, les mœurs, les biens et les maux ».

Philosopher à Athènes n’était pas de tout repos. Protagoras, qui avait écrit : « Pour ce qui est des dieux, je n’ai aucune possibilité de savoir s’ils existent, ni s’ils n’existent pas », fut condamné comme Socrate, mais il évita de boire la ciguë en s’enfuyant de Grèce. Xénophon fut condamné à l’exil. Platon fut menacé de mort et vendu au marché aux esclaves. Racheté par ses admirateurs, il revint à Athènes, fonda l’Académie et fit de la politique. Il est admis que ces penseurs furent poursuivis non pour leurs idées philosophiques, mais pour des raisons politiques. Jacqueline de Romilly souligne pourtant qu’aucun d’eux ne contestait le principe d’obéissance aux lois de la cité.

II – Après Socrate

Coïncidence : aux V et IVe siècles av. J.C., aussi bien en Orient qu’en Occident, de grands esprits incitèrent les hommes à maîtriser leur pensée et leur activité et à ne plus être motivés par les seules croyances religieuses. En Orient, ce fut le temps de grandes spiritualités philosophiques : Taoïsme?, Confucianisme en Chine, Bouddhisme en Inde sont empreints du même souci de la dignité humaine. Lao-Tseu, créateur du Taoïsme, aurait été le maître de Confucius (551-479 av. J.C.). Ils vantèrent les valeurs morales telles que piété filiale, loyauté, justice, comportement vis-à-vis des femmes et des personnes âgées. Gautama (560-480 av. J. C.) surnommé « Bouddha » (l’illuminé) enseigna à dominer les passions, les désirs, les plaisirs sexuels, et à être motivé par la compassion et le service à rendre à autrui. L’une de ses déclarations est très socratique :

Par soi-même, en vérité, on fait le mal. Par soi-même, on est souillé. Par soi-même, on évite le mal. Par soi-même, en vérité, on est purifié. Pureté et impureté sont personnelles, nul ne peut purifier autrui.

En Occident, à la différence de l’Orient, les grandes Idées grecques inspirèrent au cours des siècles de nombreuses œuvres qui cherchent à approcher au plus près la vérité sur Dieu, sur le monde et sur les hommes. Les Monothéismes ont suscité les fanatismes. A Athènes d’abord, se rencontrèrent non seulement des philosophes : Socrate, Platon, Aristote mais aussi des tragédiens, des artistes, des historiens, des savants : Démocrite, père de l‘atome, Hippocrate, père de la médecine. Ils inscrivaient dans les esprits que les mythes relèvent de la pure imagination et non de la raison. L’originalité était non seulement de reconnaître les faits, mais de rechercher leurs causes.

Several doctrines philosophiques eurent en commun malgré leurs divergences d’inciter les hommes à maîtriser leur corps par concentration de pensée :

  • 1. Les cyniques se déclaraient indépendants de la Société et furent parfois grossiers et agressifs. Diogène vivait dans un tonneau. Plaute formula homo homini lupus.

  • 2. L’épicurisme. Épicure pensait qu’il faut éviter la souffrance et que le plaisir est le bien suprême.

  • 3. Le stoïcisme développa la volonté de résignation et de modestie. Sénèque (4-65 ap. J.-C.), dans son traité sur « la colère » vanta les bienfaits de l’examen de conscience : quelle mauvaise action, quelle bonne action, ai-je fait aujourd’hui ? Il dut se suicider en 65 sur ordre de son ancien élève Néron. Épictète (50-125), esclave affranchi, déclara que la maîtrise de soi faite du contrôle de ses passions (modération, tempérance) est la voie la plus sûre vers le bonheur. Marc Aurèle (120-180), empereur philosophe, fut un modèle, car désireux d’atteindre la sagesse, il pratiqua l’écriture de soi dans ses « Pensées pour soi-même »… On y relève une vision géniale de l’Univers dont alors on ne savait rien : « La terre n’est qu’un point et la partie habitée n’en est qu’un recoin ».

La conception stoïcienne de la sagesse ressurgit avec Montaigne et Descartes et a survécu jusqu’à nos jours.

Le polythéisme régressa. Le Judéo-Christianisme se développa. Il attribuait un rôle capital à l’examen de conscience ; il allait dans le sens de la prescription de Socrate. Il introduisait la notion de personne et luttait contre l’esclavage. Les esclaves furent attirés les premiers par le Christianisme qui leur attribuait une égalité non seulement de statut mais aussi de salut. Jésus-Christ a dit : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous ». L’apôtre Paul, dans son « L’épître aux Éphésiens », définit l’homme normal comme un homme intérieur qui s’appréhende lui-même.

La pensée chrétienne prit le relais de la philosophie grecque. Saint-Augustin (334-430)?, jeune homme paresseux, débauché, connut de nombreux courants religieux et philosophiques avant de se convertir au Christianisme. Il devint évêque et fondateur d’un ordre monastique. Il a écrit : « Les hommes sont éperdus d’admiration au spectacle des grandes montagnes, des puissantes vagues des mers ou de l’infini étoilé du firmament, mais ils ne pensent jamais à contempler les merveilles qu’ils ont en eux ». En rentrant en lui-même, Saint-Augustin entendait « la voix d’en haut » ; en pénétrant dans « ce sanctuaire d’une ampleur infinie, dont nul ne peut toucher le fond », il découvrit en lui Dieu « plus intérieur que ma propre intimité » (Livre III des Confessions). Le langage de l’intériorité est exprimé par la célèbre formule de De Vera Religione? : « au lieu d’aller dehors, rentre en toi-même. C’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité ».

De Platon à Freud, les écrivains qui, par le regard intérieur, se sont interrogés sur eux-mêmes et ont raconté leur histoire, ou des fragments de leur histoire, dans des journaux intimes ou dans des romans, sont nombreux. Certes, on peut dire  » c’est souvent la même idée, les mêmes pensées, les mêmes phrases, c’est du plagiat… « . « Non, dit Paul Valéry, rien de plus original, rien de plus « soi » que de se nourrir des autres … Mais il faut les digérer. Le Lion est fait de moutons assimilés ».

Aux XVe et XVIe siècles, la personne humaine fut valorisée par les humanistes ; La connaissance de soi fit de l’homme un être libre, maître de son Royaume au sens où Ronsard (1524-1585) l’écrivait en 1561 :

Le vray commencement pour en vertu accroître
C’est (disait Apollon) soy-même se cognoitre
Celui qui se cognoit est seul maistre de soy
Et sans avoir royaume, il est vraiment un roy

était sa devise ; elle se rapproche de Socrate lorsqu’il disait « Ce que je sais le mieux c’est que je ne sais rien ».

Au XVIIe siècle, la philosophie et la science devaient se situer par rapport à la religion, ce qui explique les comportements réservés de Galilée, Kepler, Descartes, Pascal, Spinoza… R. Descartes (1596-1650) a écrit? : « J’estime que tous ceux à qui Dieu a donné l’usage de la raison sont obligés de l’employer principalement pour tâcher de le connaître et de se connaître eux-mêmes… » Au début de sa « Méditation Troisième », il présente une méthode de concentration :  » Je fermerai maintenant les yeux, je boucherai mes oreilles, je détournerai tous mes sens, j’effacerai même de ma pensée toutes les images des choses corporelles… Ainsi m’entretenant seulement moi-même et considérant mon intérieur, je chercherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi-même ». Dans le « Je pense donc je suis », il y a deux choses. La première est que l’homme a le droit de penser par lui-même sans être influencé ; la seconde est que l’homme « est » parce qu’il pense (cogito ergo sum). Selon lui encore, l’homme grâce à la connaissance de lui-même devient son propre médecin… ce qui est de quelque vérité car la volonté, la confiance, le moral interviennent dans toutes les maladies surtout dans les légers troubles mentaux. Il y a dans l’observation de soi-même l’avantage de connaître ce qui convient à son état physique et mental et ce qui, au contraire, lui est nuisible.

B. Pascal (1623-1662), dans le même objectif, a exprimé son étonnement et son incompréhension : « Quelle chimère est-ce donc l’homme ! Quel sujet de contradiction. Quel prodige ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur, gloire et rebut de l’univers ». Perdu dans « le silence éternel des espaces infinis » qui « l’effraie », « il ne peut arriver à se comprendre ». Malgré sa santé précaire, Pascal ne se ménagea pas, il se châtiait même par haine de soi dans ses dernières années et ne tira jamais vanité de ses dons exceptionnels. Quand il évoque Montaigne, il dit « le sot projet qu’il a eu de se peindre ».

Au XVIIIème siècle, le jeu philosophique s’attacha à comprendre l’Homme qui, de plus en plus, a conscience de ses capacités, de son pouvoir et de ses responsabilités. Pour John Locke et David Hume en Angleterre, pour Montesquieu, Voltaire, Diderot et Rousseau en France, l’Homme avide de savoirs doit être libre et autonome. Bien que non matérialistes, ils considèrent que les religions sont facteurs d’obscurantisme et freins à la connaissance de l’homme.

Emmanuel Kant (1724-1804) adopte l’exigence socratique « Connais-toi toi-même » : On ne peut pas dans la recherche de l’Homme sur lui-même ne pas s’enquérir de ce qu’est l’Homme. Il formula des impératifs catégoriques : « Agis toujours comme si la maxime de ton action devait être érigée par la volonté en loi universelle de la nature ». « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre » (Fondements de la métaphysique des mœurs).

Les « Confessions » de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) sont exemplaires du genre littéraire « récit de vie autobiographique » qui émergea au XVIII siècle. Il avoue avec complaisance ses péchés, mais derrière l’apparente sincérité est une sorte de disculpation. Cette mise en scène de soi se retrouve dans Les rêveries du promeneur solitaire. « Tout ce qui m’est extérieur m’est étranger désormais. Je n’ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni frères. … Je ne peux jeter les yeux sur ce qui m’estime sans y trouver toujours quelque sujet de dédain qui m’indigne, ou de douleur qui m’afflige… Je ne trouve qu’en moi la consolation, l’espérance et la paix, je ne dois, ni ne veux plus que m’occuper que de moi Je consacre mes derniers jours à m’étudier moi-même… Si à force de réfléchir sur mes dispositions intérieures, je parviens à les mettre en meilleur ordre et à corriger le mal qui peut y rester, mes méditations ne seront pas entièrement inutiles et bien que je ne sois plus bon à rien sur la terre, je n’aurais pas tout à fait perdu mes derniers jours… » ; et, deux pages plus loin : « Je fais la même entreprise que Montaigne mais avec un but tout contraire au sien : car il n’écrivait ses Essais que pour les autres et je n’écris mes rêveries que pour moi ».

Johann Wolfgang von Goethe (1748-1832), poète, romancier, naturaliste, peintre, homme d’état, multiple, ne vécut que pour devenir un seul. Entre le Werther publié à vingt-quatre ans, et Le second Faust auquel il met encore la main à la veille de sa mort, on découvre plusieurs êtres successifs. Dans son autobiographie Poésie et vérité, avec le sous-titre de ma Vie, il déclare que son intention, son désir est « me développer moi-même tel que je suis né ». Ayant reçu tant de capacités à la naissance, il n’y eut pas d’année, de mois, de jour, où il ne chercha à s’expliquer à lui-même.

Au XIX siècle, trois esprits se sont interrogés sur les facteurs sociaux, humanitaires, économiques qui intéressent l’histoire de l’Homme : un philosophe, Nietzsche, l’a expliqué par la haine de la masse médiocre et l’émergence du surhomme, un psychiatre, Sigmund Freud, par l’analyse de l’inconscient qui découvre la psychologie des profondeurs, un sociologue idéologue révolutionnaire, Karl Marx, par la lutte des classes et l’incitation à la violence.

Le XIX siècle fut aussi le temps du « Je » avec les grands écrits romantiques. Le romantisme peut être défini comme un mouvement de libération du moi en réaction contre le rationalisme « des lumières » du XVIII siècle. Le « moi » romantique recourut au roman autobiographique (Chateaubriand (René), Benjamin Constant, Musset), aux journaux intimes (Vigny, Delacroix). Les journaux intimes, les mémoires sont des introspections. Certains sont des « récits de vie » annuels (Jean-François Revel, Françoise Giroud) mais, plus souvent, ils sont « globaux » et posthumes. Le diariste est courageux ou timoré, généreux ou égoïste, logique ou intuitif, aimable ou vindicatif, franc ou menteur. Il ne dit pas tout. Il retient surtout les heures de célébrité et de réussite ; des faits sont oubliés, choisis, sélectionnés, pour construire une belle image et satisfaire son amour-propre. Il n’analyse pas toujours de façon claire sa pensée profonde qui fut parfois motivante. L’introspection même systématique a donc ses limites. Il arrive que l’on soit pour soi un mystère et que les interrogatoires d’un observateur, d’un journaliste par exemple, éclairent et amènent à se découvrir.

Quelques exemples parmi les plus connus : André Gide (1869-1951), dans ses écrits autobiographiques Journal 1939-1950, Le grain se meurt (1921) est hanté par la question « Peut-on dire la vérité sur soi-même ? » Tout avouer ? Se dévoiler totalement aux yeux des autres et de soi ? Simone de Beauvoir (1908-1986), dans Mémoires d’une jeune fille rangée, La force des choses a des thèmes favoris : l’enfance, l’identité féminine, la vocation d’écrivain, le corps, les relations amoureuses. Le journal intime de la malheureuse Anne Frank est d’un autre ordre. Cachée avec sa famille pendant deux ans à Amsterdam, elle commença son journal à 13 ans. Découverte en 1944, elle mourut dans un camp hitlérien en 1945.

Auguste Comte (1798-1857) dans sa théorie positiviste cherche à démontrer l’impossibilité de l’introspection? ; « par une nécessité invincible l’esprit humain peut observer directement tous les phénomènes, excepté les siens propres »  » Tout état de passion très prononcé, c’est-à-dire précisément celui qu’il serait le plus essentiel d’examiner est nécessairement incompatible avec l’état d’observation. Observer les phénomènes intellectuels pendant qu’ils s’exécutent est impossible. L’individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l’un raisonnerait tandis que l’autre regarderait raisonner. Comment l’observation pourrait-elle avoir lieu « ?.

III – Socrate et les sciences humaines

1°) De nos jours, l’esprit n’est plus accaparé par les dieux mythologiques, ni paralysé par la stricte obéissance aux règles scripturaires. Il est absorbé par l’irrationalité qui persiste toujours et surtout par la spéculation scientifique et par la technologie professionnelle. Les sciences étendent de plus en plus le champ du savoir. La conscience de notre ignorance ne cesse de croître : chaque découverte fait apparaître d’autres inconnues. L’environnement social pénètre notre corps et notre esprit : le « soi » est parfois négligé. Martin Heidegger a écrit (1953) : « Aucune époque n’a accumulé sur l’homme des connaissances aussi nombreuses et aussi diverses que la nôtre. Aucune époque n’a réussi à présenter son savoir de l’Homme sous une forme qui nous touche davantage. Aucune époque n’a réussi à rendre ce savoir aussi promptement et aussi aisément accessible. Mais aussi, aucune époque n’a moins su ce qu’est l’Homme ».

2°) La connaissance de ce que nous sommes, de nos possibilités ou de nos incapacités à faire ou à ne pas faire, à dire ou non une chose, à nous perfectionner, à éviter les fautes et l’adversité, à juger les autres, à aider et à être aidé, nous affranchit et nous permet de nous suffire. En se connaissant mieux, on compare ce qui est juste ou injuste en soi, on s’estime ou non, on apprécie son savoir et son ignorance. Si au contraire on se fait des illusions, on apprenait un jour que l’on s’est trompé, et on tombe dans le malheur et l’humiliation. L’ignorance de soi fait de l’Homme un être dépendant et esclave.

3°) La connaissance est borgne si elle est limitée à une partie d’un tout. Pascal a écrit :  » Je tiens pour impossible de connaître un tout si je ne connais pas singulièrement les parties, mais je tiens pour impossible de connaître les parties si je ne connais pas le tout ». La première proposition de Pascal est parfaitement entrée dans nos habitudes de pensée et dans notre culture, mais la deuxième est souvent oubliée. E. Morin nous rappelle dans son ouvrage La Méthode : « Le spécialiste (exclusif) est incapable de penser la connaissance dont il ne détient qu’un fragment » et l’hyperspécialisation est une « mutilation de la pensée ». Nul spécialiste ne peut se passer d’une culture plus large que celle de sa discipline.

4°) Les « Sciences de la Nature » que ce soient les sciences de la matière (mathématiques, physique, électronique, mécanique, chimie) qui décrivent les phénomènes dans un langage chiffré, ou les sciences de la Vie (biologie) qui énoncent des règles et des lois, éliminent systématiquement la personne. Les « Sciences Humaines », au contraire, conduisent à la connaissance de l’Homme dans sa globalité et sa complexité : « Connais l’Homme pour mieux te connaître ». Térence a dit un peu dans ce sens : « Homo sum nihil humanum alienum a me puto » (Je suis un Homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger). Comment prétendre exercer notre rôle parmi les hommes sans connaître l’Homme. Les arts, la poésie, la philosophie, les romans, l’anthropologie, la psychologie, l’ethnologie, la sociologie, entretiennent cette connaissance et révèlent davantage l’homme que l’algèbre, la trigonométrie, ou l’informatique…

5°) Les « Sciences Humaines » contribuent à une connaissance complète de l’Homme, corps et esprit, mais ne sauraient satisfaire à elles seules la leçon de Socrate. Elles ne posent pas les questions de la pensée de l’homme de manière fondamentale et globale. C’est à la philosophie qu’il appartient de tenter de réaliser ce qu’implique la maxime delphique de Socrate. Au-delà de son expérience, de ses connaissances, tout homme doit aboutir à la réflexion philosophique et par elle à la vraie connaissance de soi. La philosophie est une médecine préventive de la pensée¹?. Elle ne s’éloigne pas de l’action, comme on lui a reproché. Aristophane avait tort de dire que Socrate s’égarait dans les nuages… Les philosophes classiques, au contraire, ont eu le plus souvent la volonté d’agir. Il n’y a pas opposition entre la pensée et l’action. La pensée précède l’action. La philosophie est un art de vivre.

6°) L’enseignement universitaire ne doit pas être une saturation de la mémoire ; sa mission n’est pas seulement la formation professionnelle, elle est aussi la formation des esprits, la connaissance de la condition humaine et la réflexion sur le destin humain, particulièrement pour les futurs médecins. Comment exercer son rôle vis-à-vis des hommes si on ne connaît pas l’Homme ? Les « sciences humaines » sont l’actualité du « connais toi toi-même » puisqu’elles ont pour objet la connaissance de l’Homme global, de son histoire, de son évolution, de sa constitution, et par là de lui-même. Lorsque j’enseigne l’origine et l’évolution de l’Homme, le corps, l’esprit et l’âme, le cerveau et la pensée, l’inné et l’acquis, l’individu et la personne, le normal et l’anormal, la santé, la maladie et la mort, la tolérance, le civisme,…. il m’arrive souvent d’avoir une pensée intérieure, d’être curieux de moi-même. Je m’efforce de transmettre cette curiosité aux étudiants.

Socrate n’est pas seulement l’incitateur à la connaissance de soi-même, il l’est aussi à l’étude de la pensée et de la condition humaines. On le reconnaît comme le père de la philosophie et l’initiateur des sciences de l’Homme.

Notes de bas de page (reconstituées selon le texte)

1 Mythe : du grec qui signifie « parole »

2 G. Bastide : Le moment historique de Socrate, Alcan, 1939

4 Cicéron : Tusculanes, V, 10

4 Tao signifie en chinois « chemin » ou « voie ».

5 Saint-Augustin : Les Confessions. Chapt X, 397

6 Saint-Augustin : De Vera Religione (de la vraie religion), liv XXXIX

7 R. Descartes : Lettre à Mersenne. 15 avril 1630

8 Auguste Comte, Cours de philosophie positive, première leçon

9 G. Lazorthes : L’éthique médicale et la philosophie. Lecture Académie des Jeux Floraux, 15 janvier 1998.

Référence

Guy Lazorthes, Connais-toi toi-même. Actualité de l’injonction de Socrate, Implications philosophiques de la science contemporaine, Académie des sciences morales et politiques, Groupe de travail présidé par M. Bernard d’Espagnat, membre de l’Académie, et coordonné par M. Jean Staune, fondateur et secrétaire général de l’UIP, 20 février 2001. Télécharger le texte de Guay Lazorthes (PDF).


Notre analyse avec l’aide de Google Gemini


Ce texte de Guy Lazorthes, neurochirurgien, professeur de médecine et membre de l’Académie des sciences, est extrêmement révélateur. Il apporte une nuance magistrale à notre débat sur la « récupération » du Gnothi seauton (Connais-toi toi-même).

En tant que médecin, Lazorthes ne tombe pas du tout dans le piège de la psychologie managériale ou de la métacognition utilitaire que nous dénoncions à propos de l’article de 2022. Au contraire, il utilise sa posture de scientifique pour valider et défendre l’approche philosophique originelle, tout en jetant un pont vers ce qu’il appelle les véritables « Sciences Humaines ».

Voici une analyse critique de sa position en quatre points cardinaux :

1. La fidélité absolue à l’éthique socratique

Contrairement aux psychologues cognitivistes, Lazorthes a parfaitement compris que le « Connais-toi toi-même » n’est pas une introspection nombriliste. Il insiste lourdement sur ce point :

« Socrate n’a jamais voulu dire : « analyse-toi avec complaisance ». Ce n’est donc pas une introspection narcissique et égotiste : c’est un programme de vie morale. »

Lazorthes redonne à la maxime sa dimension d’humilité (« prendre conscience de son ignorance » ) et sa dimension d’universel (découvrir « ce qui appartient à la nature humaine en général » ). Il valide ainsi la critique de Pierre Hadot : se connaître, c’est se situer dans l’Homme et dans le cosmos, pas comptabiliser ses petits traumatismes.

2. L’alliance entre Médecine et Philosophie : La critique d’Auguste Comte

En tant que médecin et neurologue, Lazorthes s’affronte à un vieux problème : l’esprit peut-il s’observer lui-même ? Il cite le philosophe positiviste Auguste Comte qui affirmait que c’était impossible (« L’individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l’un raisonnerait tandis que l’autre regarderait raisonner » ).

C’est ici que la posture du médecin devient fascinante. Lazorthes rappelle que René Descartes entrevoyait déjà que l’homme, par la connaissance de lui-même, devient « son propre médecin ». Pour Lazorthes, l’observation de soi a une valeur thérapeutique réelle (« la volonté, la confiance, le moral interviennent dans toutes les maladies » ), mais cette médecine de l’esprit ne peut fonctionner que si elle débouche sur une réflexion globale et philosophique, et non sur un découpage technique.

3. La dénonciation de la « mutilation de la pensée » par la science

Le point le plus fort du texte est sa critique acerbe de la science moderne et de la technologie. C’est un argument qui résonne puissamment avec notre analyse de la métacognition. Lazorthes écrit :

  • Les « Sciences de la Nature » (mathématiques, physique, biologie) « éliminent systématiquement la personne ».

  • « Le spécialiste (exclusif) est incapable de penser la connaissance dont il ne détient qu’un fragment » et l’hyperspécialisation est une « mutilation de la pensée ».
  • L’hyperspécialisation scientifique est une « mutilation de la pensée » (en citant Edgar Morin) :

    • E. Morin nous rappelle dans son ouvrage La Méthode : « Le spécialiste (exclusif) est incapable de penser la connaissance dont il ne détient qu’un fragment » et l’hyperspécialisation est une « mutilation de la pensée ». Nul spécialiste ne peut se passer d’une culture plus large que celle de sa discipline.

  • Notre époque souffre d’un paradoxe tragique (en citant Heidegger) : nous avons accumulé des connaissances infinies sur l’homme, mais « aucune époque n’a moins su ce qu’est l’Homme ».

    • Martin Heidegger a écrit (1953) : « Aucune époque n’a accumulé sur l’homme des connaissances aussi nombreuses et aussi diverses que la nôtre. Aucune époque n’a réussi à présenter son savoir de l’Homme sous une forme qui nous touche davantage. Aucune époque n’a réussi à rendre ce savoir aussi promptement et aussi aisément accessible. Mais aussi, aucune époque n’a moins su ce qu’est l’Homme ».

C’est le réquisitoire d’un grand médecin contre sa propre discipline lorsqu’elle oublie l’esprit. Pour lui, la psychologie et la sociologie (les sciences humaines) ne sont valables que si elles s’adossent à la philosophie. Sans la philosophie, la science de l’homme reste « borgne ».

4. « Connais l’Homme pour mieux te connaître » : La dimension médicale

Lazorthes propose une relecture de Socrate résumée par sa propre formule : « Connais l’homme pour mieux te connaître ».

Pour un médecin, le Gnothi seauton passe par l’apprentissage de l’altérité. On ne peut pas soigner un corps ou un esprit sans une réflexion sur « la condition humaine et le destin humain ». C’est une critique directe de l’enseignement universitaire médical actuel, qu’il accuse de n’être qu’une « saturation de la mémoire » et une simple « formation professionnelle ».

En conclusion : Un texte réconciliateur

Là où la psychologie cognitiviste « kidnappe » Socrate pour en faire un algorithme de performance scolaire (comme nous l’avons vu dans le premier article d’Allix et al.), ce médecin fait l’inverse : il s’incline devant Socrate pour humaniser la médecine.

Il conclut d’ailleurs magnifiquement en affirmant que les sciences humaines et la médecine ne résoudront rien seules : « C’est à la philosophie qu’il appartient de tenter de réaliser ce qu’implique la maxime delphique de Socrate ». C’est un vibrant plaidoyer pour que la science ne tue pas l’âme, mais se mette à son service.


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Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

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Article # 80

J’AI LU POUR VOUS

Le changement personnel

Histoire Mythes Réalités

Sous la direction de Nicolas Marquis

Sciences humaines Éditions

Auxerre, France

Langue ? : ? Français

Livre broché ? : ? 272 pages

ISBN-10 ? : ? 2361063166

ISBN-13 ? : ? 978-2361063160

Poids de l’article ? : ? 364 g

Dimensions ? : ? 14 x 2.2 x 22 cm

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« Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction. »


J’accorde au livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS 4½ étoiles sur cinq.

J’en recommande fortement la lecture.

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Lire mon rapport de lecture à la suite la présentation du livre et son auteur.


RÉSUMÉ

(Texte de la quatrième de couverture)

« ?Deviens ce que tu es?!? » : la formule – attribuée au poète grec Pindare et reprise par de nombreux auteurs – condense la vulgate du changement personnel. Entre souci d’épanouissement personnel et culte de la performance, cette mouvance recouvre tout à la fois un nouveau style d’existence socialement valorisé, un marché colossal qui possède ses experts, et une norme. L’esprit du temps nous invite à ne jamais être pleinement satisfait de ce que nous sommes, de ce que nous vivons?: « ?choisir sa vie? », « ?changer sa vie? » sont des expressions qui sonnent comme des promesses mais aussi des injonctions. Mais qu’est-ce qu’une « ?vie bonne? » ? Qu’est-ce que « ?bien vivre? » et ­comment y parvenir ?

Entre histoire, mythes et réalités, ce livre permet de mieux saisir les tenants et aboutissants de ce phénomène massif. Après avoir exploré les différentes acceptions du « ?changement? » et/ou du « ?développement? » personnel à travers le temps et l’espace – de la sagesse des Anciens aux philosophies contemporaines –, le livre présente les différentes formes du changement personnel à travers les étapes de la vie, les épreuves (maladie, séparation…) mais aussi dans tous les domaines de notre existence, en particulier le travail. Puis l’ouvrage donne la parole aux différents acteurs du changement personnel?: en premier lieu à ceux qui en ont fait une profession, ensuite à ceux qui utilisent ces techniques pour eux-mêmes, et enfin aux analystes critiques de ce phénomène de société.

Source : Sciences Humaines Éditions.


TABLE DES MATIÈRES

Avant-Propos

L’énigme du changement personnel (N. Marquis)

I – LE CHANGEMENT PERSONNEL : D’AUTRES TEMPS, D’AUTRES LIEUX

L’art de vivre dans l’Antiquité (A. Collognat)

Les sages en Grèce et à Rome (J. Canonne)

Les trois piliers de la sagesse chinoise (C. J-D Javary)

Confucianisme, taoïsme, bouddhisme…

La répartition des tâches (encadré)

Conduire son existence

Philosophie et développement personnel (N. Marquis)

Le mythe de l’intériorité (encadré)

Une brève histoire du développement personnel (C. André)

L’aventure prométhéenne du développement personnel (M. Lacroix)

France-États-Unis : deux conceptions de l’autonomie – Rencontre avec Alain Ehrenberg

Les racines philosophiques du « self-help » aux États-Unis (encadré)

II – FORMES ET RÉALITÉS DU CHANGEMENT PERSONNEL AUJOURD’HUI

I – ÉTAPES ET ÉPREUVES DE LA VIE CONTEMPORAINE

Les tempêtes de l’adolescence (V. Bedin et N. Catheline)

Une crise de l’âge adulte ? (É. Deschavanne et P.-H. Tavoillot)

Séparation : le parcours du combattant (F. Yacine)

La maladie, un voyage au bout de soi (H. Lhérété)

Face à l’âge (P.-H. Tavoillot)

Rajeunir en étant grand-parent (encadré)

II – CHANGER AU TRAVAIL ; CHANGER DE TRAVAIL

Choisir un métier, construire sa vie (F. Danvers)

L’orientation comme life designing (encadré)

Changer de métier : du fantasme au projet (H. Lhérété)

Affronter le stress au travail (L. Côté)

L’épreuve du licenciement (D. Demazière)

Franchir le cap de la retraite (V. Caradec)

III – REPRENDRE SA VIE EN MAIN

Combattre, fuir, subir (J.-F. Dortier)

Comment se protéger contre l’adversité ? (encadré)

Addictions : perdre le contrôle… et le reprendre (P. Graziani)

Les étapes de la reprise de contrôle sur soi (encadré)

De l’individu au collectif : les logiques de l’empowerment (X. Molénat)

Maigrir, une entreprise collective (M. Darmon)

La tentation du sac à dos (A.-L. Pommery)

III – REGARDS CROISES SUR LE CHANGEMENT PERSONNEL

I – LE POINT DE VUE DES PRATICIENS

Peut-on vraiment se réaliser ? – Rencontre avec Michel Lacroix

L’estime de soi au quotidien (C. André)

Changer tout en restant soi-même

Psychothérapie et changement (J. Cottraux)

Facteurs communs des psychothérapies efficaces (encadré)

Résilience, un anti-destin (B. Cyrulnik)

Résilience neuronale/résilience culturelle (encadré)

« La psycho positive, ce n’est pas positiver ! » Rencontre avec Charles Martin-Krumm

Qu’est-ce que méditer ? (C. Petitmengin)

Lâcher prise pour s’ouvrir au monde (encadré)

Les usages de la méditation (encadré)

II – LE POINT DE VUE DES USAGERS : TÉMOIGNAGES

III. LES CRITIQUES DU CHANGEMENT PERSONNEL

Développement personnel, un royaume en éclats (J.-F. Marmion)

Coaches : que font-ils vraiment ? (F. Trécourt)

Le bon et le mauvais coach (encadré)

L’inconscient du changement personnel – Quatre questions à Michèle Declerck

Changer sa vie : une question sociologique (M. H. Soulet)

Annexes

Bibliographie

Lexique

Index des noms propres

Index des notions

Liste des contributeurs


EXTRAIT

AVANT-PROPOS

L’ÉNIGME DU CHANGEMENT PERSONNEL

Qui n’a jamais rêvé de changer sa vie, voire de changer de vie ? Qui ne s’est jamais entendu dire « si tu n’es pas heureux dans ton travail, tu n’as qu’à en changer ! » ? Qui ne s’est jamais dit qu’il pourrait améliorer la communication avec ses proches, la maîtrise de ses émotions, ses résultats scolaires ou professionnels ? Qui ne s’est jamais demandé s’il pouvait être plus heureux, s’il pouvait aller mieux ou simplement moins mal ? Qui n’a jamais comparé sa situation au bien-être ou au mal-être des autres ? Qui ne s’est jamais dit qu’il devrait (re)prendre sa vie en main, tout en ressentant en même temps une forme d’oppression à cette perspective ? Qui n’a jamais entendu parler du travail sur soi, de l’une ou l’autre sorte de thérapie, de la littérature et des stages de développement personnel ? Qui ne s’est jamais posé des questions sur les raisons ou les conséquences du succès de cette mouvance devenue tellement présente aujourd’hui ?

Se changer : entre désir et contrainte

Le changement personnel possède quelque chose de sacré et qui crée en nous une certaine ambivalence. Il s’agit de quelque chose qui nous attire, et en même temps d’un processus que nous craignons. Il s’agit peut-être aussi d’un mode de vie que nous avons adopté sans nous en rendre compte. Depuis notre plus tendre enfance et jusqu’au crépuscule de notre existence, nous sommes invités à être le plus autonome possible. Aujourd’hui, le changement personnel est à la fois une norme sociale qui nous intime d’être aux commandes de notre existence (et peut de ce fait parfois produire fatigue, stress et souffrance chez les individus), et une valeur sociale, qui permet de conduire sa vie dans un monde mouvant et de donner du sens aux diverses épreuves que nous rencontrons. C’est à la fois une injonction (que certains qualifieront de paradoxale) qui nous vient de l’extérieur, mais aussi quelque chose que nous avons appris à aimer, à désirer pour nous-mêmes – une possibilité de vie à laquelle nous ne renoncerions pour rien au monde.

Nous sommes ainsi pour nous-mêmes des ouvrages à remettre constamment sur le métier, des œuvres d’art à perpétuellement ciseler. L’esprit de l’époque nous invite à ne jamais être pleinement satisfait de ce que nous sommes, de qui nous sommes, de ce que nous vivons car, nous disent ces messages qui sourdent de partout, même si on est bien, il est toujours possible de vivre mieux. Ce changement prend souvent la forme d’un « développement personnel », mot-valise utilisé pour désigner la nébuleuse des techniques qui permettent à l’individu de vivre au maximum de ses possibilités, de vivre une vie qui se déplie et se déploie dans ses potentialités, qui explore tous les possibles latéraux. La place qu’a prise le changement personnel dans notre société témoigne de la façon dont nous considérons aujourd’hui ce qu’est une vie réussie, une vie qui vaut la peine d’être vécue – bref ce que les philosophes appellent la « vie bonne ». Mais qu’est-ce qu’aller mieux? Comment y parvenir ? Qu’est-ce que « bien vivre », selon la logique du changement personnel ?

Deux motifs du changement: l’épanouissement et la performance

À la lecture des différents articles qui composent cet ouvrage, on pourra retirer l’impression que les définitions du changement personnel « réussi » sont extrêmement variées, voire incompatibles entre elles. De même, les messages que colportent les experts du changement personnel semblent receler bien des contradictions : il s’agit à la fois d’être autre et d’être soi, de contrôler ses pensées tout en se laissant aller à écouter ses émotions, d’appliquer une série de techniques mais de prendre le temps de profiter de l’instant présent sans trop réfléchir, de se donner au maximum dans ses activités tout en restant attentif pour ne laisser passer aucune des opportunités qui s’offrent à nous, etc.

Cependant, au-delà de cette multiplicité apparente, deux thèmes reviennent très fréquemment. D’abord, celui de l’épanouissement personnel. S’il possédait encore une réelle fraîcheur pour les philosophes romantiques du XVIIIe siècle (Johann Herder) ou pour les transcendantalistes américains du XIXe siècle (Ralph Waldo Emerson), ce thème est aujourd’hui accommodé à toutes les sauces, en particulier dans un nombre impressionnant de thérapies qui prétendent permettre de révéler notre « vrai moi », notre « authentique potentiel », nos « capacités insoupçonnées » etc.

Il est intéressant d’observer que ces processus thérapeutiques sous- entendent que le changement personnel est un processus (au moins partiellement) maîtrisable, voire même qu’il est éventuellement « technicisable », ce qui signifie qu’en appliquant un certain nombre de pensées ou de comportements précisément définis, on pourra arriver de façon prévisible à certains résultats sur nous-mêmes ou sur autrui. Le domaine de la communication interpersonnelle en constitue un parfait exemple: du process communication à la communication non violente, du couple aux rapports professionnels, de Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus de John Gray à Cessez d’être gentil, soyez vrai! de Thomas d’Ansembourg, on retrouve l’idée selon laquelle notre façon de communiquer avec autrui peut être grandement améliorée en usant de certaines techniques (par exemple, parler en « je », éviter le « tu qui tue », pour reprendre la formule à succès de Jacques Salomé). C’est également ce que David Servan-Schreiber exprimait très clairement dans Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicament ni psychanalyse, lorsqu’il proposait à ses lecteurs désireux de mieux communiquer « un algorithme, une sorte de recette par étapes » qui consiste en une carte à six points à suivre « que ce soit chez vous, au bureau, avec la police et même avec votre garagiste » (2003).

Ensuite, le second thème extrêmement présent dans la mouvance du changement personnel est celui de la performance, de l’exploitation d’un maximum de nos possibilités de vie. Comme le montreront des articles de la seconde partie de l’ouvrage, cette thématique a trouvé un terrain d’élection particulièrement propice dans le domaine du travail et des relations professionnelles. Non seulement notre travail est devenu aujourd’hui un facteur extrêmement important de notre existence, mais les carrières professionnelles impliquent désormais un nombre bien plus important de modifications, de bifurcations voire de ruptures, lors desquelles il est de plus en plus attendu que l’individu se prenne en main, selon une expression bien connue et de fréquemment utilisée.

Il est intéressant d’observer la façon dont la mouvance du change- ment personnel valorise aujourd’hui l’action, c’est-à-dire le fait d’agir, de faire des choses, de ne pas se laisser abattre, parfois au détriment de ce que certains psychanalystes appellent nos « capacités négatives » (s’ennuyer, se perdre, se laisser aller, etc.) qu’ils jugent tout aussi importantes dans nos vies que les capacités positives. En mettant en avant l’épanouissement de soi et la performance individuelle, le dépassement de nos limites et l’exploration de soi, la productivité et l’authenticité, non seulement dans le monde du travail mais plus largement dans tous les domaines de notre existence, la logique du changement personnel constitue une façon de réagir à ce qui nous arrive de positif ou de négatif dans notre existence. Elle met l’accent sur l’action (le fait de se battre, de chercher les solutions, d’en vouloir toujours plus) et non sur la passion (le fait de se laisser aller, de se plaindre, de ruminer son mécontentement ou de ne pas provoquer le destin). L’antithèse du changement personnel est constituée par le personnage de la victime (comme lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il se « victimise »), qui attend que les modifications viennent de l’extérieur, sans chercher à se prendre en charge lui-même. Le changement personnel montre que nous tenons en très haute estime le fait d’agir de soi-même, de conduire sa propre vie à sa façon, sans se laisser dicter nos façons d’être et de faire.

Changement subi, changement désiré

La généralisation du changement personnel comme style de vie ne doit pas cependant nous empêcher de voir que nous sommes loin d’être égaux face aux défis et aux opportunités que cette perspective représente. Pour le dire de façon schématique, le changement personnel peut intervenir dans deux types de situations: il peut être choisi et désiré par certaines personnes, alors que, pour d’autres, il sera vécu comme contraint et subi. Bien sûr, la réalité se trouve souvent quelque part entre ces deux situations extrêmes. Il y a fort à parier que le migrant qui quitte son pays pour fuir la misère et la faim, et l’étudiant qui s’éloigne du cocon familial pour réaliser un échange d’étude type Erasmus ou un « trip » initiatique à la recherche de soi, bien que tous les deux confrontés à des formes de changement personnel, ne vivent pas les mêmes expériences de transformation de soi. De même, qu’y a-t-il de commun entre le manager qui décide de saisir une nouvelle opportunité professionnelle et la personne en fin de carrière, victime d’un licenciement collectif et que les services sociaux veulent « activer » afin de la pousser à retrouver un emploi d’autre part ?

Cependant, la plupart des techniques et des pistes de changement personnel, de la méditation à la psychologie positive, de la résilience au développement personnel visent justement à brouiller cette distinction entre le changement personnel choisi et le changement personnel subi en portant haut et fort le message selon lequel il nous est toujours possible de faire quelque chose de ce qui nous arrive et à ce qui nous arrive. Cette perspective optimiste (humaniste, diront les uns, naïve, diront les autres) nous invite à considérer que la marge de manœuvre individuelle n’est jamais réduite à néant, qu’il est toujours possible de faire reculer les frontières de l’inné ou du déterminé pour augmenter le territoire de l’acquis, comme en témoigne l’idée à succès selon laquelle nous pouvons éduquer notre cerveau, à la positivité, par exemple.

La mouvance du changement personnel déploie ainsi une vision de la vie qui peut tenir dans un espace triangulaire dont les sommets sont formés par ces trois proverbes ou aphorismes du sens commun: « rien ne sert de pleurer sur le lait renversé », « faire contre mauvaise fortune bon cœur », et « tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Regarder vers l’avenir plutôt que vers le passé, agir sur ce qui est à notre portée sans chercher à maîtriser ce qui ne l’est pas, et profiter de toutes nos expériences de vie, même les pires, pour se tirer vers le haut: voilà l’espace moral du changement personnel.

Choisir sa vie

Au final, la mouvance actuelle autour du changement personnel permet à nos contemporains de traiter un ensemble de questions que se posent tous les êtres humains, quelles que soient leur origine et leur époque : pourquoi m’arrive-t-il ce qui m’arrive ? Quelle est ma responsabilité là-dedans ? L’ai-je mérité ou non ? Comment vais-je m’en sortir ? Que puis-je espérer dans ma vie ? Etc. Ces questions rejouent la distinction qui nous taraude tous, thématisée notamment par Machiavel dans ses conseils au Prince, entre ce qui est de l’ordre de la fortune (ce qui n’est pas sous mon contrôle) et de l’ordre de la vertu (ce que je peux maîtriser, seul ou avec de l’aide).

Si ces questions sont peut-être communes à toute l’humanité, chaque culture fournit aux individus qui la composent des façons particulières d’y répondre. La peuplade des Azandé, située au Soudan du Sud, étudiée par l’anthropologue Edward Evans-Pritchard invoquait la magie et la sorcellerie. Le personnage de Job, dans l’Ancien Testament, demandait à Dieu des comptes pour expliquer pourquoi il avait tout perdu. La culture contemporaine du changement personnel, quant à elle, insiste sur les ressources intérieures à chaque individu: « nous avons en nous plus que ce que nous croyons », tel est son leitmotiv. C’est ainsi, par exemple, le message que délivre la psychologie positive, en soulignant le pouvoir de notre pensée et notre capacité à entraîner notre mental. Nous ne sommes souvent pas responsables de ce qui nous arrive, mais nous avons la capacité de travailler sur nous-mêmes pour toujours progresser, dans nos réussites comme dans nos échecs, en évitant surtout de se reposer sur ses lauriers. En bref, face aux épreuves heureuses et malheureuses de la vie, la mouvance du changement personnel invite chacun d’entre nous à « s’en prendre à lui-même », c’est-à-dire à se considérer comme responsable de la vie qu’il mène.

Qu’est-ce alors qu’une vie bonne, lorsqu’on évolue dans cette culture du changement personnel? C’est une vie que l’on a choisie et que l’on ne s’est pas laissé imposer par l’extérieur. Comment devons- nous vivre? Bien heureusement, toutes les techniques de changements personnel, aussi nombreuses soient-elles, ne suffisent pas à épuiser l’univers des réponses possibles à cette question qui nous taraude tous.

En valorisant le changement personnel, parfois pour lui-même, elles possèdent d’ailleurs leur point aveugle. Sont-elles aujourd’hui nombreuses à oser opposer à cette injonction à se changer soi-même ces autres questions: « et si nous arrêtions de vouloir conduire nos vies? Et si nous nous laissions aller ? Et si nous acceptions de considérer que nous ne maîtrisons pas grand-chose de notre destin? Et si nous nous contentions de ce que nous étions? Etc. ». C’est peu de dire qu’actuellement, cet autre son de cloche semble inaudible. L’idée de se prendre comme perpétuel objet d’amélioration semble, aux yeux de beaucoup d’entre nous, indépassable.

Donner du sens à son existence

Quelle attitude faut-il adopter face à ce mouvement sans précédent du changement personnel ? Que faut-il en penser ? En tant que citoyen, il est probable que ce phénomène ne laissera personne indifférent. Certains se réjouiront que l’on souligne enfin le pouvoir que chacun peut exercer sur lui-même, tandis que d’autres s’interrogeront tantôt sur le fantasme d’être un individu qui se tient tout seul, tantôt sur les conséquences sociales et politiques de cette culture. Pour les sciences humaines, la mouvance du changement personnel représente un défi très excitant. Il y a, dans ce succès, quelque chose à comprendre, un sens des choses à reconstituer.

Entre histoire, mythes et réalités du changement personnel, ce livre offre des pistes pour mieux saisir les tenants et aboutissants de ce phénomène massif. Dans une première partie, il nous plonge dans le passé et dans d’autres cultures pour mieux cerner les spécificités du change- ment personnel à l’heure actuelle. Dans une seconde partie, il investigue les formes et les réalités du changement personnel aujourd’hui, d’abord dans les épreuves que les âges de la vie nous amènent à rencontrer, ensuite spécifiquement dans le domaine du travail, et enfin dans nos oscillations entre les moments où nous lâchons prise, et les moments où nous nous reprenons en main. La troisième partie donne la parole aux différents acteurs de la mouvance du changement personnel: en premier lieu à ceux qui en ont fait une profession et ont développé des techniques pour mieux se changer, dans un deuxième temps à ceux qui, comme les lecteurs d’ouvrages de développement personnel, appliquent sur eux-mêmes ces techniques, et dans un troisième temps aux analystes et aux critiques de ce phénomène de société.

Sans céder à l’irénisme qui ne verrait que du beau et du bon dans ce phénomène, qui fantasmerait sur les libertés individuelles, mais sans non plus tomber dans le travers inverse qui consisterait à vilipender de façon aveugle les conséquences négatives du succès contemporain du changement personnel, l’ensemble constitué par les différents articles invite plutôt à comprendre pourquoi, aujourd’hui et dans nos sociétés, l’idée de travailler sur soi-même est devenue un impératif social et culturel qui permet à de très nombreux individus de donner du sens à leur existence.

Nicolas Marquis

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), LE CHANGEMENT PERSONNEL, Histoire Mythes Réalités, Avant-Propos, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, pp. 5-12.

Source : Feuilleter un extrait, Sciences Humaines Éditions

Autres extraits (premières lignes des chapitres) sur le site web de Cairn.info


Comptes rendus de lecture par Daniel Lalande Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

Présentation du livre sur le site web du magazine Sciences Humaines

Que peut-on vraiment attendre du développement personnel ? France Inter

Objectif bonheur : l’incroyable succès du développement personnel – RTBF

Le coaching, ses rites et ses impacts sous la loupe du Pr Marquis – Daily Science

Grand résumé de l’ouvrage Du Bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, Paris, Presses universitaires de France, 2014 – Suivi d’une discussion par Luca Pattaroni et Luc Van Campenhoudt

Agir quand tout semble hors de portée – Développement personnel et monde en crise Nicolas Marquis – Dans La Revue Nouvelle 2017/1 (N° 1), pages 69 à 76


AU SUJET DE L’AUTEUR

Nicolas Marquis

Nicolas Marquis est chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel (Puf, 2014).


Nicolas Marquis sur Google Scholar

Nicolas Marquis sur Academia.edu

Nicolas Marquis sur le site web de l’Université Saint-Louis – Bruxelles

Nicolas Marquis sur Engage — Research Center for Publicness in Contemporary Communication, Université Saint-Louis – Bruxelles


Au sujet des contributeurs

Christophe André

Médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Méditer, jour après jour, 25 leçons de pleine conscience (L’Iconoclaste, 2011), Et n’oublie pas d’être heureux – Abécédaire de psychologie positive (Odile Jacob, 2014).

Véronique Bedin

Directrice des éditions Sciences Humaines.

Justine Canonne

Journaliste.

Vincent Caradec

Professeur de sociologie à l’université Lille-III, il a notamment publié Sociologie de la vieillesse et du vieillissement (Armand Colin, 2015).

Nicole Catheline

Psychiatre, praticien hospitalier au sein de l’accueil thérapeutique de jour pour adolescents Mosaïque du centre hospitalier Henri-Laborit à Poitiers.

Annie Collognat

Ancienne élève de l’École normale supérieure, Agrégée de Lettres classiques. Elle a notamment publié le Manuel de la sagesse antique (Omnibus, 2010), et dirigé le Dictionnaire de mythologie gréco-romaine (Omnibus, 2012).

Lucie Côté

Psychologue spécialiste de la santé mentale au travail. Directrice du module des Relations industrielles de l’université du Québec en Outaouais.

Jean Cottraux

Psychiatre honoraire des Hôpitaux, membre fondateur de (‘Académie de thérapie cognitive (Philadelphie) et directeur scientifique de l’Institut francophone de formation et de recherche en thérapie comportementale et cognitive (Ifforthecc).

Boris Cyrulnik

Neuropsychiatre, directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999 ; Les Vilains Petits Canards, Odile Jacob, 2001, rééd. 2004 ; De chair et d’âme, Odile Jacob, 2006. Dernier ouvrage : Les Âmes blessées, Odile Jacob, 2014.

Francis Danvers

Professeur émérite des universités, Vice- président de l’Université populaire de Lille, auteur notamment de S’orienter dans la vie: une valeur suprême! Essai d’anthropologie de la formation, Presses universitaires du Septentrion, 2009.

Muriel Darmon

Sociologue, directrice de recherche au CNRS (CESSP), elle a notamment publié Devenir anorexique (La Découverte, 2003), « Surveiller et maigrir. Sociologie des modes de contraintes dans un groupe commercial d’amaigrissement », Review of Agricultural and Environmental Studies, 91(2), 2010.

Michèle Declerck

Psychologue clinicienne, analyste, sophrologue, elle est l’auteur de Le Principe de précaution ou comment rater sa vie en essayant de la sauver, L’Harmattan, 2014.

Didier Demazière

Sociologue, chercheur au CNRS. Directeur de la revue Sociologie du Travail et président de l’Association Française de Sociologie. Il est l’auteur notamment de : Être chômeur à Paris, Sâo Paulo, Tokyo. Une méthode de comparaison internationale. Presses de Sciences Po, 2013. Avec N.Guimarâes, H. Hirata, K. Sugita), Sociologie des chômeurs, La Découverte (200b).

Jean-François Dortier

Fondateur et directeur du magazine Sciences Humaines.

Alain Ehrenberg

Sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur, notamment de La Fatigue d’être soi (Odile Jacob. et de La Société du malaise (Odile Jacob, 2010).

Pierluigi Graziani

Professeur des universités en psychologie clinique et psychopathologie (université de Nîmes), il est l’auteur notamment de Soigner les addictions par les TCC (avec L. Romo, Elsevier Masson, 2013) et de Comment arrêter l’alcool ? (avec D. Eraldi Gackière, Odile Jacob, 2003).

Cyrille J-D Javary

Traducteur du Yi Jing, le Classique des Changements (Albin Michel, 2002), conférencier et consultant en entreprise, il a publié notamment Les Trois Sagesses chinoises : Taoïsme, Confucianisme, Bouddhisme (Albin Michel, 2010 ; éd. poche, 2012) ; La Souplesse du dragon. Fondamentaux de la culture chinoise (Albin Michel, 2014) ; Confucius, vieux sage ou maître actuel ? coffret 3 CD audio (éd. Frémeaux, 2015).

Michel Lacroix

Philosophe, maître de conférences des Universités. Auteur notamment de Le Développement personnel (Flammarion, 2000), Le Culte de l’émotion, Flammarion, 2001, Ma philosophie de l’homme (Robert Laffont, 2015).

Héloïse Lhérété

Rédactrice en chef du magazine Sciences Humaines.

Jean-François Marmion

Rédacteur en chef du magazine Le Cercle psy.

Charles Martin-Krumm

Maître de conférences à l’IUFM de Rennes, président de l’Association française et francophone de psychologie positive. Il a dirigé avec Cyril Tarquinio le Traité de psychologie positive, paru en 2011 aux éditions De Boeck.

Nicolas Marquis

Chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise, La société du développement personnel (Puf, 2014).

Xavier Molénat

Journaliste.

Claire Petitmengin

Professeure et chercheuse en philosophie et sciences cognitives à l’institut Mines-Télécom (TEM), auteure notamment de L’expérience intuitive (L’Harmattan, 2001) et Le Chemin du milieu. Introduction à la vacuité dans la pensée bouddhiste indienne, (Dervy, 2007).

Anne-Laure Pommery

Journaliste.

François de Singly

Professeur de sociologie à l’université Paris-V, il a publié, entre autres, Sociologie de la famille contemporaine (5e éd., Armand Colin, 2014).

Marc-Henry Soulet

Professeur de sociologie. Titulaire de la Chaire de Travail social et politiques sociales, Université de Fribourg (Suisse). Il a dirigé Changer de vie. Un problème social, Academie Press Fribourg, 2011 et publié « Changer de vie, devenir autre : essai de formalisation des processus engagés » in Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, La Découverte, 2010.

Pierre-Henri Tavoillot

Maître de conférences à l’université Paris-IV, président du Collège de philosophie, il est notamment l’auteur de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007, avec É. Desenavanne), L’Abeille et le Philosophe. Étonnant voyage dans la ruche des sages (Odile Jacob, 2015), Faire ou ne pas faire son âge (éd. de l’Aube, 2014).

Anne-Claire Hiérizols

Journaliste.

Fabien Trécourt

Journaliste.

Flora Yacine

Journaliste.

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), LE CHANGEMENT PERSONNEL, Histoire Mythes Réalités, Annexes – Liste des contributeurs, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, pp. 267-268.


https://auvio.rtbf.be/media/tendances-premiere-tendances-premiere-le-dossier-2388096


dossier-consulter-un-philosophe.01

Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

Le changement personnel

Histoire Mythes Réalités

Sous la direction de Nicolas Marquis

Sciences humaines Éditions

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

La première partie du livre m’a comblé parce qu’elle traite intelligemment de la philosophie, ici présentée, comme la source historique du changement personnel.


PARTIE I – LE CHANGEMENT PERSONNEL : D’AUTRES TEMPS, D’AUTRES LIEUX

  • L’art de vivre dans l’Antiquité (A. Collognat)
  • Les sages en Grèce et à Rome (J. Canonne)
  • Les trois piliers de la sagesse chinoise (C. J-D Javary)
  • Confucianisme, taoïsme, bouddhisme…
  • La répartition des tâches (encadré)
  • Conduire son existence
  • Philosophie et développement personnel (N. Marquis)
  • Le mythe de l’intériorité (encadré)
  • Une brève histoire du développement personnel (C. André)
  • L’aventure prométhéenne du développement personnel (M. Lacroix)
  • France-États-Unis : deux conceptions de l’autonomie – Rencontre avec Alain Ehrenberg
  • Les racines philosophiques du « self-help » aux États-Unis (encadré)

Poursuivant ma lecture, je restais dans l’expectative de voir un sujet important à aborder sous le thème du changement personnel : la philothérapie (consultation philosophique). Mais cette Nouvelle Pratique de la Philosophie (NPP – UNESCO) ne fut pas traitée.

L’ouvrage LE CHANGEMENT PERSONNEL fut édité en 2015. Or, le premier cabinet de consultation philosophique est initiée dès les années 1980 par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach dont il fera un premier bilan dans son livre Philosophische Praxis (1984) (voir aussi).

En 1981, le philosophe allemand Dr. Gerd B. Achenbach a été le premier à ouvrir une pratique philosophique. Dans son bureau, Achenbach a commencé à recevoir ceux qui cherchaient un certain type de conseils. Certains de ses clients avaient déjà essayé tout ce que la société d’aujourd’hui offre pour soulager les angoisses, les souffrances et les questions existentielles. Après le psychanalyste, le gourou, l’astrologue et l’atelier New Age, ils sont venus chercher de l’aide à la praxis d’un sceptique à l’écoute sympathique. L’objectif d’Achenbach est d’offrir au public une alternative à la psychothérapie, mais pas une thérapie alternative. Il déclare explicitement que la pratique philosophique n’est pas du tout une thérapie. Les diagnostics cliniques et le traitement, à l’instar du paradigme médical de la thérapie, sont absents de l’approche d’Achenbach ; même ainsi, le conseil philosophique peut également avoir des résultats thérapeutiques.

Source : GUAY, Serge-Amdré, Observatoire francophone de la philosthérapie, Notes de la conférence, « La philothérapie ou quand la philosophie nous aide ».

Je ne m’explique pas pourquoi un livre aussi complet au sujet du changement personnel ne relève pas la contribution des philosophes consultants ou praticiens. Pourtant, le lecteur se voit informé que cet ouvrage réunis des articles tirés du magazine Sciences Humaines, qui furent revus et actualisés. On ne peut donc pas justifiée l’absence des philosophes consultants dans cet ouvrage par l’absence d’articles sur le sujet dans les éditions du magazine SCIENCES HUMAINES précédant 2015, année de publication de l’ouvrage. Il s’agissait tout simplement d’intégrer la consultation philosophique dans la révision et l’actualisation de ces articles. Le lecteur est aussi avisé que l’ouvrage comprend des contributions inédites mais aucune ne traite de la consultation philosophique. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Il me m’apparaît pas logique de se référer aux racines historiques de l’arbre du changement personnel sans, par la suite, parler de la branche de la consultation philosophique en lien direct avec ces racines. Je ne comprends pas.

Le directeur de la publication LE CHANGEMENT PERSONNEL, Nicolas Marquis est docteur en sociologie (voir aussi). Dois-je comprendre que la sociologie se réfère aisément à la philosophie mais qu’elle ne voit aucune phénomène social digne de mention dans la naissance et le développement de la consultation philosophique ? On compte déjà une activité importante dans le secteur de la consultation philosophique dès l’entrée dans les années.

En France, l’Institut de pratiques philosophique voit le jour en 2003 à l’initiative de Oscar Brenifier, docteur en philosophie (voir aussi sur Wikipédia), et devient rapidement un pôle majeur de la consultation philosophique et de la formation à la consultation philosophique.

Aux États-Unis d’Amérique (USA), le philosophe Lou Marinoff (Ph.D., University College London, England, in Philosophy of Science), fonde en 1999 l’American Philosophical Practitioners Association (APPA), comme quoi le développement du secteur compte déjà suffisamment de consultants en philosophie pratique pour les regrouper.

À elles seules, la création de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) en 1999 et de l’Institut de pratiques philosophique en 2003 témoignent suffisamment de l’ampleur du phénomène social de la consultation philosophique pour être prise en compte par la sociologie. Comment un docteur en sociologie peut-il passer à côté de ce phénomène social en traitant du changement personnel ?

Pourtant, Nicolas Marquis consacre la troisième partie de l’ouvrage qu’il dirige aux points de vue des praticiens.


Parti III – Regards croisés sur le changement personnel

I – LE POINT DE VUE DES PRATICIENS

  • Peut-on vraiment se réaliser ?
  • Rencontre avec Michel Lacroix
  • L’estime de soi au quotidien (C. André)
  • Changer tout en restant soi-même
  • Psychothérapie et changement (J. Cottraux)
  • Facteurs communs des psychothérapies efficaces (encadré)
  • Résilience, un anti-destin (B. Cyrulnik)
  • Résilience neuronale/résilience culturelle (encadré)
  • « La psycho positive, ce n’est pas positiver ! » Rencontre avec Charles Martin-Krumm
  • Qu’est-ce que méditer ? (C. Petitmengin)
  • Lâcher prise pour s’ouvrir au monde (encadré)
  • Les usages de la méditation (encadré)

Le premier texte, PEUT-ON VRAIMENT SE RÉALISER ?, est issu d’une RENCONTRE AVEC MICHEL LACROIX. Mes propres recherches indique que Michel Lacroix n’est pas un philosophe praticien mais plutôt un universitaire : « Normalien, agrégé de philosophie, Michel Lacroix est maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise » selon son éditeur Robert Laffont. Monsieur Lacroix n’opère pas un cabinet de consultation philosophique même s’il a écrit « Philosophie de la réalisation personnelle  ».

Bref, les textes de cette partie sont signés par

  • un normalien, agrégé de philosophie, maître de conférences;
  • un philosophe maître de conférence dans les Universités;
  • un médecin psychiatre à l’hôpital;
  • un neuropsychiatre;
  • un professeur d’Université à l’École de Psychologues Praticiens, coach et conférencier;
  • une professeure et chercheuse en philosophie et sciences cognitives.

Somme toute, on ne trouve pas au bas des pâquerettes, sur le terrain. Je serai étonné d’apprendre que tous les témoignages qui suivent (II – LE POINT DE VUE DES USAGERS : TÉMOIGNAGES) proviennent de consultation avec les praticiens de la section précédente (I – LE POINT DE VUE DES PRATICIENS).

La troisième et dernière partie, LES CRITIQUES DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL, proviennent du milieu même du développement personnel, à l’exception du texte proposé par un journaliste et un autre texte signé par un sociologue. Le texte « Le bon et le mauvais coach » est signé « E.T. » que je ne parviens pas à identifier.


III. LES CRITIQUES DU CHANGEMENT PERSONNEL

Développement personnel, un royaume en éclats (Jean-François Marmion, Rédacteur en chef du magazine Le Cercle psy).

Coaches : que font-ils vraiment ? (Fabien Trécourt, Journaliste.)

Le bon et le mauvais coach (Nicolas Marquis – Chargé de cours à l’université Saint-Louis de Bruxelles et Marie Curie fellow au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3) de l’université Paris-Descartes. Il est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise, La société du développement personnel (Puf, 2014)).

L’inconscient du changement personnel – Quatre questions à Michèle Declerck (Michèle Declerck, Psychologue clinicienne, analyste, sophrologue, elle est l’auteur de Le Principe de précaution ou comment rater sa vie en essayant de la sauver, L’Harmattan, 2014.)

Changer sa vie : une question sociologique (Marc-Henry Soulet, Professeur de sociologie. Titulaire de la Chaire de Travail social et politiques sociales, Université de Fribourg (Suisse). Il a dirigé Changer de vie. Un problème social, Academie Press Fribourg, 2011 et publié « Changer de vie, devenir autre : essai de formalisation des processus engagés » in Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, La Découverte, 2010.)


Habituellement, dans mon livre à moi, les meilleures critiques proviennent, non pas de l’intérieur, mais de l’extérieur. Les critiques de l’intérieur par l’intérieur demeurent biaisées et très souvent partial, malgré les efforts d’objectivité déployés.

Le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL n’a que deux défauts : 1. exclusions des philosophes consultants ou praticiens; 2. subjectivité du regard critique.

Les trois sous-titres en couverture, HISTOIRE – MYTHES – RÉALITÉ, annoncent adéquatement le contenu du livre LE CHANGEMENT PERSONNEL.

Cependant, je reste sur la crainte que l’HISTOIRE procure encore davantage de raisons au coaching en développement personnel et professionnel pour se crédibiliser. Mais voilà que Nicolas Marquis nous demande si le Développement personnel ne serait en train de devenir « un nouveau créneau pour philosophes reconvertis ? »

N’importe quel observateur de l’achalandage des rayons des grandes librairies conviendra aisément qu’entre le rayon du « développement personnel » (DP) et celui de la « philosophie », on a plutôt affaire à un métissage progressif qu’à une rupture nette et franche. On peut sans peine imaginer l’embarras du libraire qui se demande comment classer des titres d’auteurs qui, qu’on les aime ou non, ont plutôt habitué leurs lecteurs à des travaux proprement philosophiques. Mais voilà maintenant que Peter Sloterdijk écrit Tu dois changer ta vie ! Alain Badiou produit La Métaphysique du bonheur réel, Jacques Attali sort un Devenir soi : prenez le pouvoir sur votre vie. Le DP, un nouveau créneau pour philosophes reconvertis ?

La vie bonne : une préoccupation commune

Certains se réjouiront du fait que le savoir des philosophes contemporains, souvent perçu comme sclérosé, mêle enfin son sang à celui moins noble des productions populaires disponibles dans les supermarchés. D’autres se désoleront au contraire de voir des auteurs pourtant si respectables céder apparemment aux sirènes du marketing. Quelle que soit notre humeur à cet égard, il serait fâcheux d’oublier que la philosophie est d’abord une discipline qui vise à la compréhension, voire à la transformation de nos vies, sur les plans individuel comme collectif.

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Conduire son existence. Philosophie et développement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 34. (Voir CAIRN.INFO)

En réalité, cette reconversion se limite aux papiers. Aucun des philosophes cités dans cet extrait ne tient de cabinet de consultation philosophique ouvert à tous; ce ne sont pas des philosophes consultants ou praticiens. Ils nous offrent que de la littérature, exercice solitaire s’il en est un. Or, le changement personnel implique l’interpersonnel, un contact avec l’autre et même idéalement un conseil avisé de cet autre.

III. Regards croisés sur le changement personnel

Présentation

Par Nicolas Marquis

En devenant un phénomène de société, le changement personnel a impliqué un nombre de plus en plus important d’acteurs. Il n’est plus un procédé artisanal que l’on pratique secrètement à l’abri du regard d’autrui, dans son garage ou dans son for intérieur. La mouvance du changement personnel a donné naissance à de nombreux dispositifs qui ont aujourd’hui pignon sur rue : des thérapies comportementales et cognitives aux pratiques orientales de méditation, du coaching en entreprise à la psychologie positive, des groupes d’entraides aux ouvrages du développement personnel, etc. Le nombre d’outils à notre disposition pour travailler sur nous-mêmes n’a sans doute jamais été aussi important. Le changement personnel est devenu à la fois un marché, qui brasse de considérables sommes d’argent, un domaine d’expertise dans lequel se forment de nombreux praticiens en tentant de se différencier des charlatans, une nébuleuse qui reprend des éléments de discours épars, de la psychologie à l’ésotérisme en passant par les sagesses orientales ou les motivational speakers américains, un champ de lutte où se confrontent différentes visions de ce qu’est une vie réussie, et un objet d’étude pour une série de disciplines de sciences humaines.

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Présentation, III. Regards croisés sur le changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 165. (Voir CAIRN.INFO)

Le simple fait que le Développement personnel (DP) soit devenu un marché au sens capitalisme du terme indique que le travail sur soi est désormais une entreprise, tant pour le coach que pour le coaché. Nicolas Marquis nous parle d’«un champ de lutte où se confrontent différentes visions de ce qu’est une vie réussie». Et c’est là une grande partie du problème des coachs car ils sont eux-mêmes le produit de la société capitaliste dans laquelle ils veulent inscrire, individu par individu, une matrice quasi industrielle du changement personnel. La lutte n’est pas tant sur les fondements d’une vie réussie, peu importe la vision de l’individu, ils s’en remettent à cette dernière, s’y soumettront, pour autant qu’il devienne un client. Finalement, la lutte s’avère davantage orientée vers la survie économique de l’entreprise de coaching. Le coach doit parvenir à vivre économiquement de son entreprise.

Les coachs s’inscrivent dans cette mouvance entrepreneuriale qui, depuis les années 1980, incite les jeunes et moins jeunes chômeurs à se lancer en affaires, à créer leur propre entreprise, à devenir travailleurs autonomes dont on retiendraient les services sous contrat, sans avoir ainsi à assumer les charges d’un employé. Et voilà maintenant qu’on dit à ces jeunes-vieux qu’ils doivent eux-mêmes devenir une entreprise, une entreprise de soi, et être ainsi équipé pour faire face aux changements inhérents à toute vie, pour exploiter leurs ambitions personnelles et professionnelles.

III. Regards croisés sur le changement personnel

II. Le point de vue des usagers : témoignages

Coaches : que font-ils vraiment ?

par Fabien Trécourt

C’est une première : plus d’un Européen sur deux déclare désormais avoir entendu parler du coaching professionnel d’entreprise, selon une étude internationale d’ICF/PwC, publiée fin mai 2014 (« 2014 ICF Global consumer awareness study »). Si vous faites partie de ceux qui assimilent spontanément coaching et entraînement sportif, sachez que le terme désigne aussi une prestation de service à destination des cadres et des dirigeants, en pleine expansion depuis les années 1980 – huit « coachés » sur dix jugent aujourd’hui l’expérience satisfaisante, contre 76 % en 2010. Selon la Société française de coaching (SFCoach), l’une des principales de ce secteur en France, cette démarche consiste en un « accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels ». Étymologiquement, précise la coach Nathalie Ducrot, le mot renvoie à la profession de cocher : « Celui qui vous emmène là où vous voulez aller en toute sécurité, après avoir pris le temps de baliser le terrain, mais sans être un guide ou un mentor pour autant. » Autrement dit, un praticien part du principe que chaque manager est le meilleur expert de sa situation et possède en lui-même des solutions qu’il s’agit simplement de faire émerger. « C’est un facilitateur et un accompagnateur », conclut-elle.

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Coaches : que font-ils vraiment ? (Fabien Trécourt), II. Le point de vue des usagers : témoignages – III. Regards croisés sur le changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 238. (Voir CAIRN.INFO)

Quelle astuce ! Tout est déjà en vous ! Je ne suis qu’« un facilitateur et un accompagnateur ». Socrate serait fier, lui, l’accoucheur d’esprit. « Et comment exploiter mon potentiel ? » « Suivez mes instructions »  dira le coach. Cette approche prescriptive du coaching s’inscrit dans un modèle sociaux-éconimique à épouser et ainsi s’y formater. Un modèle pour un autre, tout aussi contraignant l’un que l’autre, société oblige.

III. Les critiques du changement personnel

Changer sa vie : une question sociologique

par Marc-Henry Soulet

On a tous rêvé d’une autre vie. Non pas tant de devenir milliardaire ou rock star à qui millions et groupies sont promis. Mais plus fondamentalement d’une autre vie pour soi, à soi. Pouvoir battre à nouveau les cartes et refaire la donne. Faire machine arrière et éviter ce dans quoi l’on s’est enfermé. Avoir une deuxième chance, en quelque sorte. Recommencer sa vie tout bonnement. Mais si changer sa vie est un travail sur soi, c’est aussi un travail permis, soutenu, produit socialement. On ne change pas sa vie tout seul parce que, tout simplement, on ne change pas de vie comme cela. Les sociologues ont toujours rappelé qui la force des déterminismes sociaux (la socialisation primaire, l’habitus…), qui les coûts de la mobilité sociale (la névrose de classe, le poids du statut de transfuge…), qui la pesanteur des actions passées (les paris adjacents contraignant à poursuivre malgré soi dans la voie engagée).

MARQUIS, Nicolas (Sous la direction de), Le changement personnel, Changer sa vie : une question sociologique (Marc-Henry Soulet) – III. Regards croisés sur le changement personnel – III. Les critiques du changement personnel, Sciences Humaines Éditions, Auxerre, France, 2015, p. 250. (Voir CAIRN.INFO)

Une autre vie ? Une autre vie dans la vie ? « Mais plus fondamentalement d’une autre vie pour soi, à soi. » Mais peut-on parler d’une « autre vie » ? Ne sagit-il pas de la même vie mais orientée différemment ? Tout depend de ce que nous entendons par « vie ». Le développement personnel ne ressusite pas les morts, même au sens figuré.

Dans son livre SÉDUCTION PSYCHOLOGIQUE – ÉCHEC DE LA PSYVHOLOGIE MODERNE (1985) (voir aussi), William Kirk Kilpatrick, alors professeur associé de psychologie éducative au Boston College et licencié des université Harvard et Purdue, explique que les gens ne veulent pas travailler sur eux, sur leur MOI, ils veulent un nouveau MOI. Ils veulent leur chemin de Damas, une révélation pour une conversion instantanée et par la seule force de l’âme et de l’esprit. Être un nouvel Être du jour au lendemain, doté d’un tout nouveau MOI. Ils ne veulent pas défiler chacune des lettres de l’alphabet; il veulent passer du A directement à Z. Est-ce possible ? Oui. Mais c’est une autre histoire.


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J’accorde à l’ouvrage LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS chez SCIENCES HUMAINES ÉDITIONS 4 ½ étoiles. Je vous en recommande fortement la lecture.


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Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets :…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

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Article # 74

J’AI LU POUR VOUS

Présentations de la philosophie

André Comte-Sponville

Éditions Albin Michel, 2000

Le livre de poche

180 pages

Date de parution: 23/10/2002

Langue: Français

EAN : 9782253153320

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PRÉSENTATION

(Sur le site web de Le livre de Poche)

Philosopher, c’est penser par soi-même, chercher la liberté et le bonheur, dans la vérité. Mais nul n’y parvient sans l’aide de la pensée des autres, sans ces philosophes qui, depuis l’Antiquité, ont voulu éclairer les grandes questions de la vie humaine.

Pour nous aider dans nos premiers pas, André Comte-Sponville nous propose ici douze thèmes éternels, tels que la politique et la morale,l’amour et la mort, la connaissance et la sagesse… Se référant aux principaux courants philosophiques, il nous invite à continuer ensuite l’exploration par nous-mêmes, en nous proposant un guide détaillé des œuvres et des auteurs essentiels de la philosophie occidentale.

Donner l’envie à chacun d’aller y voir de plus près, l’aider à y trouver à la fois du plaisir et des lumières : telle est l’ambition d’André Comte-Sponville, spécialiste qui n’a pas oublié l’appel de Diderot : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! »

Toutes ces questions sont aujourd’hui les nôtres, et il ne faut pas avoir peur de parler des grands problèmes qui agitent les hommes depuis l’aube des temps, car si la philosophie a un sens, c’est bien en ce qu’elle seule envisage les questions ultimes dans une plus ou moins grande systématicité selon les époques.

(Sur le site des Éditions Albin Michel)

Toute philosophie est un combat. Son arme ? La raison. Ses ennemis ? La bêtise, le fanatisme, l’obscurantisme. Ses alliés ? Les sciences. Son objet ?.

Le tout, avec l’homme dedans. Ou l’homme, mais dans le tout. Son but ? La sagesse : le bonheur, mais dans la vérité. Il y a du pain sur la planche, comme on dit, et c’est tant mieux: les philosophes ont bon appétit !


Table des matières

Avant-propos

  1. La morale
  2. La politique
  3. L’amour
  4. La mort
  5. La connaissance
  6. La liberté
  7. Dieu
  8. L’athéisme
  9. L’art
  10. Le temps
  11. L’homme
  12. La sagesse

Bibliographie


Extrait du livre

Avant-propos

« Philosophie : la doctrine et l’exercice de la sagesse (non simple science) »

Kant

Philosopher, c’est penser par soi-même ; mais nul n’y parvient valablement qu’en s’appuyant d’abord sur la pensée des autres, et spécialement des grands philosophes du passé. La philosophie n’est pas seulement une aventure ; elle est aussi un travail, qui ne va pas sans efforts, sans lectures, sans outils. Les premiers pas sont souvent rébarbatifs, qui en découragèrent plus d’un. C’est ce qui m’a poussé, ces dernières années, à publier des « Carnets de philosophie ». De quoi s’agissait-il ? D’une collection d’initiation à la philosophie : douze petits volumes, chacun constitué d’une quarantaine de textes choisis, souvent très brefs, et s’ouvrant par une Présentation de quelques feuillets, dans laquelle j’essayais de dire, sur telle ou telle notion, ce qui me semblait l’essentiel…

Ce sont ces douze Présentations, revues et sensiblement augmentées, qui constituent le présent volume. La modestie du propos reste la même : il s’agit toujours d’une initiation, disons d’une porte d’entrée, parmi cent autres possibles, dans la philosophie. Mais qui laisse au lecteur le soin, une fois ce livre lu, de partir lui-même à la découverte des œuvres, comme il faut le faire tôt ou tard, et de se constituer, s’il le veut, sa propre anthologie… Vingt-cinq siècles de philosophie font un trésor inépuisable. Si ce petit livre peut donner l’envie, à tel ou tel, d’aller y voir de plus près, s’il peut l’aider à y trouver du plaisir et des lumières, il n’aura pas été écrit en vain.

Quant au public visé, je pensais d’abord aux adolescents, avant de découvrir, notamment par le courrier reçu, qu’il allait bien au-delà. De ce parti pris initial, il est pourtant resté quelque chose : le choix de certains exemples, un certain point de vue, un certain ton, l’insistance mise, parfois, sur tel ou tel aspect… C’est aussi ce qui explique le tutoiement, qui s’est imposé à moi – sans doute parce que je pensais à mes propres enfants, qui sont en effet adolescents, davantage qu’à mes élèves ou à mes étudiants, que je n’ai jamais tutoyés… Autant de traits que je n’ai pas cru devoir, reprenant l’ensemble, corriger. Il n’y a pas d’âge pour philosopher ; mais les adolescents, plus que les adultes, ont besoin qu’on les y accompagne.

Qu’est-ce que la philosophie ? Je m’en suis expliqué bien souvent, et encore dans le dernier de ces douze chapitres. La philosophie n’est pas une science, ni même une connaissance ; ce n’est pas un savoir de plus : c’est une réflexion sur les savoirs disponibles. C’est pourquoi on ne peut apprendre la philosophie, disait Kant : on ne peut qu’apprendre à philosopher. Comment ? En philosophant soi-même : en s’interrogeant sur sa propre pensée, sur la pensée des autres, sur le monde, sur la société, sur ce que l’expérience nous apprend, sur ce qu’elle nous laisse ignorer… Qu’on rencontre en chemin les œuvres de tel ou tel philosophe professionnel, c’est ce qu’il faut souhaiter. On pensera mieux, plus fort, plus profond. On ira plus loin et plus vite. Encore cet auteur, ajoutait Kant, « doit-il être considéré non pas comme le modèle du jugement, mais simplement comme une occasion de porter soi-même un jugement sur lui, voire contre lui ». Personne ne peut philosopher à notre place. Que la philosophie ait ses spécialistes, ses professionnels, ses enseignants, c’est entendu. Mais elle n’est pas d’abord une spécialité, ni un métier, ni une discipline universitaire : elle est une dimension constitutive de l’existence humaine. Dès lors que nous sommes doués et de vie et de raison, la question se pose pour nous tous, inévitablement, d’articuler l’une à l’autre ces deux facultés. Et certes on peut raisonner sans philosopher (par exemple dans les sciences), vivre sans philosopher (par exemple dans la bêtise ou la passion). Mais point, sans philosopher, penser sa vie et vivre sa pensée : puisque c’est la philosophie même.

La biologie ne dira jamais à un biologiste comment il faut vivre, ni s’il le faut, ni même s’il faut faire de la biologie. Les sciences humaines ne diront jamais ce que vaut l’humanité, ni ce qu’elles valent. C’est pourquoi il faut philosopher : parce qu’il faut réfléchir sur ce que nous savons, sur ce que nous vivons, sur ce que nous voulons, et qu’aucun savoir n’y suffit ou n’en dispense. L’art ? La religion ? La politique ? Ce sont de grandes choses, mais qui doivent elles aussi être interrogées. Or dès qu’on les interroge, ou dès qu’on s’interroge sur elles un peu profondément, on en sort, au moins en partie : on fait un pas, déjà, dans la philosophie. Que celle-ci doive à son tour être interrogée, aucun philosophe ne le contestera. Mais interroger la philosophie, ce n’est pas en sortir, c’est y entrer.

Par quelle voie ? J’ai suivi ici la seule que je connaisse vraiment, celle de la philosophie occidentale. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas d’autres. Philosopher, c’est vivre avec la raison, qui est universelle. Comment la philosophie serait-elle réservée à quiconque ? Qu’il y ait, notamment en Orient, d’autres traditions spéculatives et spirituelles, nul ne l’ignore. Mais on ne peut parler de tout, et il y aurait quelque ridicule, de ma part, à prétendre présenter des pensées orientales que je ne connais, pour la plupart, que de seconde main. Que la philosophie soit exclusivement grecque et occidentale, je n’en crois rien. Mais qu’il y ait, en Occident et depuis les Grecs, une immense tradition philosophique, qui est la nôtre, j’en suis évidemment convaincu, comme tout le monde, et c’est vers elle, en elle, que je voudrais guider mon lecteur. L’ambition de ces Présentations, sous la brièveté du propos, est déjà démesurément vaste. Cela devrait excuser leur incomplétude, qui fait partie de leur définition.

Vivre avec la raison, disais-je. Cela indique une direction, qui est celle de la philosophie, mais ne saurait en épuiser le contenu. La philosophie est questionnement radical, quête de la vérité globale ou ultime (et non, comme dans les sciences, de telle ou telle vérité particulière), création et utilisation de concepts (même si on le fait aussi dans d’autres disciplines), réflexivité (retour sur soi de l’esprit ou de la raison : pensée de la pensée), méditation sur sa propre histoire et sur celle de l’humanité, recherche de la plus grande cohérence possible, de la plus grande rationalité possible (c’est l’art de la raison, si l’on veut, mais qui déboucherait sur un art de vivre), construction, parfois, de systèmes, élaboration, toujours, de thèses, d’arguments, de théories… Mais elle est aussi, et peut-être d’abord, critique des illusions, des préjugés, des idéologies. Toute philosophie est un combat. Son arme ? La raison. Ses ennemis ? La bêtise, le fanatisme, l’obscurantisme – ou la philosophie des autres. Ses alliés ? Les sciences. Son objet ? Le tout, avec l’homme dedans. Ou l’homme, mais dans le tout. Son but ? La sagesse : le bonheur, mais dans la vérité. Il y a du pain sur la planche, comme on dit, et c’est tant mieux : les philosophes ont bon appétit !

En pratique, les objets de la philosophie sont innombrables : rien de ce qui est humain ou vrai ne lui est étranger. Cela ne signifie pas qu’ils soient tous d’égale importance. Kant, dans un passage fameux de sa Logique, résumait le domaine de la philosophie en quatre questions : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ?. « Les trois premières questions se rapportent à la dernière », remarquait-il. Mais elles débouchent toutes les quatre, ajouterai-je, sur une cinquième, qui est sans doute, philosophiquement et humainement, la question principale : Comment vivre ? Dès qu’on essaie de répondre intelligemment à cette question, on fait de la philosophie. Et comme on ne peut éviter de se la poser, il faut en conclure qu’on n’échappe à la philosophie que par la bêtise ou l’obscurantisme.

Faut-il faire de la philosophie ? Dès qu’on se pose la question, en tout cas dès qu’on essaie d’y répondre sérieusement, on en fait déjà. Cela ne veut pas dire que la philosophie se réduise à sa propre interrogation, encore moins à son autojustification. Car on en fait aussi, peu ou prou, bien ou mal, lorsqu’on s’interroge (de façon à la fois rationnelle et radicale) sur le monde, sur l’humanité, sur le bonheur, sur la justice, sur la liberté, sur la mort, sur Dieu, sur la connaissance… Et qui pourrait y renoncer ? L’être humain est un animal philosophant : il ne peut renoncer à la philosophie qu’en renonçant à une part de son humanité.

Il faut donc philosopher : penser aussi loin qu’on peut, et plus loin qu’on ne sait. Dans quel but ? Une vie plus humaine, plus lucide, plus sereine, plus raisonnable, plus heureuse, plus libre… C’est ce qu’on appelle traditionnellement la sagesse, qui serait un bonheur sans illusions ni mensonges. Peut-on l’atteindre ? Jamais totalement sans doute. Mais cela n’empêche pas d’y tendre, ni de s’en rapprocher. « La philosophie, écrit Kant, est pour l’homme effort vers la sagesse, qui est toujours inaccompli. » Raison de plus pour s’y mettre sans tarder. Il s’agit de penser mieux, pour vivre mieux. La philosophie est ce travail ; la sagesse, ce repos.

Qu’est-ce que la philosophie ? Les réponses sont aussi nombreuses, ou peu s’en faut, que les philosophes. Cela n’empêche pas toutefois qu’elles se recoupent ou convergent vers l’essentiel. Pour ma part, j’ai un faible, depuis mes années d’études, pour la réponse d’Épicure : « La philosophie est une activité, qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse. » C’est définir la philosophie par sa plus grande réussite (la sagesse, la béatitude), et cela vaut mieux, même si la réussite n’est jamais totale, que de l’enfermer dans ses échecs. Le bonheur est le but ; la philosophie, le chemin. Bon voyage à tous !

Source : https://www.feedbooks.com/item/484307/presentations-de-la-philosophie


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Extrait du Chapitre 1 – La morale

« Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et si l’imbécile ou le porc sont d’un avis différent, c’est qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question : le leur. L’autre partie, pour faire la comparaison, connaît les deux côtés. »

John Stuart Mill

On se trompe sur la morale. Elle n’est pas là d’abord pour punir, pour réprimer, pour condamner. Il y a des tribunaux pour ça, des policiers pour ça, des prisons pour ça, et nul n’y verrait une morale. Socrate est mort en prison, et plus libre pourtant que ses juges. C’est où la philosophie commence, peut-être. C’est où la morale commence, pour chacun, et toujours recommence : là où aucune punition n’est possible, là où aucune répression n’est efficace, là où aucune condamnation, en tout cas extérieure, n’est nécessaire. La morale commence où nous sommes libres : elle est cette liberté même, quand elle se juge et se commande.

Tu voudrais bien voler ce disque ou ce vêtement dans le magasin… Mais un vigile te regarde, ou bien il y a un système de surveillance électronique, ou bien tu as peur, simplement, d’être pris, d’être puni, d’être condamné… Ce n’est pas honnêteté ; c’est calcul. Ce n’est pas morale ; c’est précaution. La peur du gendarme est le contraire de la vertu, ou ce n’est vertu que de prudence.

Imagine, à l’inverse, que tu aies cet anneau qu’évoque Platon, le fameux anneau de Gygès, qui te rendrait à volonté invisible… C’est une bague magique, qu’un berger trouve par hasard. Il suffit de tourner le chaton de la bague vers l’intérieur de la paume pour devenir totalement invisible, de le tourner vers l’extérieur pour redevenir visible… Gygès, qui passait auparavant pour honnête homme, ne sut pas résister aux tentations auxquelles cet anneau le soumettait : il profita de ses pouvoirs magiques pour entrer au Palais, séduire la reine, assassiner le roi, prendre lui-même le pouvoir, l’exercer à son bénéfice exclusif… Celui qui raconte la chose, dans La République, en conclut que le bon et le méchant, ou supposés tels, ne se distinguent que par la prudence ou l’hypocrisie, autrement dit que par l’importance inégale qu’ils accordent au regard d’autrui, ou par leur habileté plus ou moins grande à se cacher… Posséderaient-ils l’un et l’autre l’anneau de Gygès, plus rien ne les distinguerait : « ils tendraient tous les deux vers le même but ». C’est suggérer que la morale n’est qu’une illusion, qu’un mensonge, qu’une peur maquillée en vertu. Il suffirait de pouvoir se rendre invisible pour que tout interdit disparaisse, et qu’il n’y ait plus que la poursuite, par chacun, de son plaisir ou de son intérêt égoïstes.

Est-ce vrai ? Platon, bien sûr, est convaincu du contraire. Mais nul n’est tenu d’être platonicien… La seule réponse qui vaille, pour ce qui te concerne, est en toi. Imagine, c’est une expérience de pensée, que tu aies cet anneau. Que ferais-tu ? Que ne ferais-tu pas ? Continuerais-tu, par exemple, à respecter la propriété d’autrui, son intimité, ses secrets, sa liberté, sa dignité, sa vie ? Nul ne peut répondre à ta place : cette question ne concerne que toi, mais te concerne tout entier. Tout ce que tu ne fais pas mais que tu t’autoriserais, si tu étais invisible, relève moins de la morale que de la prudence ou de l’hypocrisie. En revanche, ce que, même invisible, tu continuerais à t’imposer ou à t’interdire, et non par intérêt mais par devoir, cela seul est moral strictement. Ton âme a sa pierre de touche. Ta morale a sa pierre de touche, où tu te juges toi-même. Ta morale ? Ce que tu exiges de toi, non en fonction du regard d’autrui ou de telle ou telle menace extérieure, mais au nom d’une certaine conception du bien et du mal, du devoir et de l’interdit, de l’admissible et de l’inadmissible, enfin de l’humanité et de toi. Concrètement : l’ensemble des règles auxquelles tu te soumettrais, même si tu étais invisible et invincible.

Cela fait-il beaucoup ? Cela fait-il peu ? C’est à toi d’en décider. Accepterais-tu par exemple, si tu pouvais te rendre invisible, de faire condamner un innocent, de trahir un ami, de martyriser un enfant, de violer, de torturer, d’assassiner ? La réponse ne dépend que de toi ; tu ne dépends, moralement, que de ta réponse. Tu n’as pas l’anneau ? Cela ne te dispense pas de réfléchir, de juger, d’agir. S’il y a une différence autre qu’apparente entre un salaud et un honnête homme, c’est que le regard des autres n’est pas tout, c’est que la prudence n’est pas tout. Tel est le pari de la morale et sa solitude ultime : toute morale est relation à autrui, mais de soi à soi. Agir moralement, c’est prendre en compte les intérêts de l’autre, certes, mais « à l’insu des dieux et des hommes », comme dit Platon, autrement dit sans récompense ni châtiment possible et sans avoir besoin pour cela de quelque autre regard que le sien propre. Un pari ? Je m’exprime mal, puisque la réponse, encore une fois, ne dépend que de toi. Ce n’est pas un pari, c’est un choix. Toi seul sais ce que tu dois faire, et nul ne peut en décider à ta place. Solitude et grandeur de la morale : tu ne vaux que par le bien que tu fais, que par le mal que tu t’interdis, et sans autre bénéfice que la satisfaction – quand bien même personne d’autre jamais n’en saurait rien – de bien faire.

C’est l’esprit de Spinoza : « Bien faire et se tenir en joie. » C’est l’esprit tout court. Comment être joyeux sans s’estimer au moins un peu ? Et comment s’estimer sans se gouverner, sans se maîtriser, sans se surmonter ? À toi de jouer, comme on dit, mais ce n’est pas un jeu, encore moins un spectacle. C’est ta vie même : tu es, ici et maintenant, ce que tu fais. Inutile, moralement, de rêver être quelqu’un d’autre. On peut espérer la richesse, la santé, la beauté, le bonheur… Il est absurde d’espérer la vertu. Être un salaud ou quelqu’un de bien, c’est à toi de choisir, à toi seul : tu vaux, exactement, ce que tu veux.

Qu’est-ce que la morale ? C’est l’ensemble de ce qu’un individu s’impose ou s’interdit à lui-même, non d’abord pour augmenter son bonheur ou son bien-être, ce qui ne serait qu’égoïsme, mais pour tenir compte des intérêts ou des droits de l’autre, mais pour n’être pas un salaud, mais pour rester fidèle à une certaine idée de l’humanité, et de soi. La morale répond à la question « Que dois-je faire ? » : c’est l’ensemble de mes devoirs, autrement dit des impératifs que je reconnais légitimes – quand bien même il m’arrive, comme tout un chacun, de les violer. C’est la loi que je m’impose à moi-même, ou que je devrais m’imposer, indépendamment du regard d’autrui et de toute sanction ou récompense attendues.

« Que dois-je faire ? », et non pas : « Que doivent faire les autres ? » C’est ce qui distingue la morale du moralisme. « La morale, disait Alain, n’est jamais pour le voisin » : celui qui s’occupe des devoirs du voisin n’est pas moral, mais moralisateur. Quelle espèce plus désagréable ? Quel discours plus vain ? La morale n’est légitime qu’à la première personne. Dire à quelqu’un : « Tu dois être généreux », ce n’est pas faire preuve de générosité. Lui dire : « Tu dois être courageux », ce n’est pas faire preuve de courage. La morale ne vaut que pour soi ; les devoirs ne valent que pour soi. Pour les autres, la miséricorde et le droit suffisent.

Au reste, qui peut connaître les intentions, les excuses ou les mérites d’autrui ? Nul, moralement, ne peut être jugé que par Dieu, s’il existe, ou par soi, et cela fait une existence suffisante. As-tu été égoïste ? As-tu été lâche ? As-tu profité de la faiblesse de l’autre, de sa détresse, de sa candeur ? As-tu menti, volé, violé ? Tu le sais bien, et ce savoir de toi à toi, c’est ce qu’on appelle la conscience, qui est le seul juge, en tout cas le seul, moralement, qui importe. Un procès ? Une amende ? Une peine de prison ? Ce n’est que la justice des hommes : ce n’est que droit et police. Combien de salauds en liberté ? Combien de braves gens en prison ? Tu peux être en règle avec la société, et sans doute il le faut. Mais cela ne te dispense pas d’être en règle avec toi-même, avec ta conscience, et c’est la seule règle en vérité.

Y a-t-il alors autant de morales que d’individus ? Non pas. C’est tout le paradoxe de la morale : elle ne vaut qu’à la première personne mais universellement, autrement dit pour tout être humain (puisque tout être humain est un « je »). Du moins c’est ainsi que nous la vivons. Nous savons bien, en pratique, qu’il y a des morales différentes, qui dépendent de l’éducation qu’on a reçue, de la société ou de l’époque dans lesquelles on vit, des milieux qu’on fréquente, de la culture dans laquelle on se reconnaît… Il n’y a pas de morale absolue, ou nul n’y a accès absolument. Mais quand je m’interdis la cruauté, le racisme ou le meurtre, je sais aussi que ce n’est pas seulement une question de préférence, qui dépendrait du goût de chacun. C’est d’abord une condition de survie et de dignité pour la société, pour toute société, autrement dit pour l’humanité ou la civilisation.

Si tout le monde mentait, plus personne ne croirait personne : on ne pourrait même plus mentir (puisque le…

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Revue de presse


Au sujet de l’auteur

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André Comte-Sponville

André Comte-Sponville est né le 12 mars 1952, à Paris. Il fait ses études secondaires au lycée François Villon (Paris XIVe), sa prépa au lycée Louis-le-Grand, ses études supérieures à l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm, et à la Sorbonne. Il est reçu troisième à l’agrégation de philosophie, en 1975. Il a enseigné de 1976 à 1998, d’abord en lycée (dans le Nord puis dans l’Yonne), ensuite en Ecole Normale d’Instituteurs (à Melun), enfin, les 14 dernières années, à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Il cesse d’enseigner en 1998, pour consacrer davantage de temps à l’écriture et aux conférences qu’il donne en dehors de l’Université. Ses philosophes de prédilection : Epicure, Lucrèce et les stoïciens dans l’Antiquité ; Montaigne, Pascal et Spinoza chez les Modernes ; Marcel Conche, Lévi-Strauss et Clément Rosset chez les contemporains. Il se sent proche aussi, en Orient, de Krishnamurti et Svami Prajnanpad.

Ses trois livres préférés (en philosophie) : les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, l’Ethique de Spinoza.

Il se définit comme philosophe matérialiste, au même sens qu’Epicure, rationaliste, au même sens que Spinoza, et humaniste, au même sens que Montaigne, et aussi comme  » athée fidèle ». Il propose une sagesse pour notre temps et une spiritualité sans Dieu.

Ses livres les plus récents : « Dictionnaire amoureux de Montaigne » (Plon, 2020), « Dictionnaire philosophique » (réédition augmentée, PUF, 2021), et « La clé des champs et autres impromptus » (PUF, 2023).


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Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

Présentations de la philosophie ?

André Comte-Sponville

Le livre de poche

© Éditions Albin Michel S.A., Paris, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets :

1. La morale

Dans la société québécoise, le thème de la morale devient presque tabou à la suite de la Révolution Tranquille dans les années 1960 qui rejette l’autorité de la religion catholique sur le politique, le social, le culturel, l’économie, etc.

On se trompe sur la morale. Elle n’est pas là d’abord, pour punir, pour réprimer, pour condamner. Il y a des tribunaux pour ça, des policiers pour ça, des prisons pour ça, et nul n’y verrait une morale. Socrate en mort en prison, et plus livre pourtant que ses juges. C’est où la philosophie commence, peut-être. C’est où la morale commence, pour chacun, et toujours recommence : là ou aucune punition n’est possible, là où aucune répression n’est efficace, là où aucune condamnation, en tout cas extérieure, n’est nécessaire. La morale commence où nous sommes libre : elle est cette liberté même, quand elle se juge et se commande.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 17.

Punitions, répressions, condamnations, c’est que nous avons vécues entre les mains de la religion au nom de la morale. André Comte-Sponville nous dit que nous nous trompons si nous considérons la morale dans son association personnelle et collective avec la religion. Il affirme que «La morale commence où nous sommes libre : elle est cette liberté même, quand elle se juge et se commande.»

À la question « Qu’est-ce que la morale ?», il répond :

Qu’est-ce que la morale ? C’est l’ensemble de ce qu’un individu s’impose ou s’interdit lui-même, non d’abord pour augmenter son bonheur ou son bien-être, ce qui serait égoïsme, mais pour tenir compte des intérêts ou des droits de l’autre, mais pour n’êtes pas un salaud, mais pour rester fidèle à une certaine idée de l’humanité et de soi. La morale répond à la question « Que dois-je faire ? » : c’est l’ensemble de mes devoirs, autrement dit des impératifs que je reconnais légitime – quand bien même il m’arrive, comme tout un chacun, de les violer. C’est la loi que je m’impose à moi-même, ou que je devrais m’imposer, indépendamment du regard d’autrui et de toute sanction ou récompense attendues.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. pp. 20-21.

La morale se présente donc comme une affaire personnelle face à l’autre et une certaine idée de l’humanité. On coupe le cordon avec la religion.

(…) Toi seul sais ce que tu dois faire, et nul ne peut décider à ta place. Solitude et grandeur de la morale : tu me vaux que par le bien que tu fais, que par le mal que tu t’interdis, et sans autre bénéfice que la satisfaction — Quand bien même personne d’autre jamais n’en saurait rien — de bien faire.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 20.

André Comte-Sponville se veut clair :


« La morale n’est valide qu’à la première personne ».

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 21.


On sait fort bien si nous avons bien ou mal agi, « et ce savoir, de toi à toi, c’est ce qu’on appelle la conscience, qui le seul juge, en tout cas le seul, moralement, qui importe ». J’aime bien cette définition de la conscience comme étant un savoir de toi à toi. Elle implique d’éviter d’être moralisateur :

« Que dois-je faire ? », et non pas : « Que doivent faire les autres ? » C’est ce qui distingue la morale du moralisme. « La morale, disait Alain, n’est jamais pour le voisin : celui qui s’occupe des devoirs du voisin n’est pas moral, mais moralisateur. Quelle espèce plus désagréable ? Quel discours plus vain ? (…)

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 21.

Le lien « Alain « est de moi.


Tu veux savoir si telle ou telle action est bonne ou condamnable ? Demande-toi ce qui se passerait si tout le monde se comportait comme toi.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 23.


2. La politique

Dans ma jeunesse, un animateur à une station de radio très populaire, répétait souvent en ondes : « Si tu ne t’occupes pas de la politique, le politique va s’occuper de toi ». Il répondait ainsi à ceux et celles qui disaient ne pas s’intéresser à la politique et à ceux et celles qui la rejetaient du revers de la main.

Ma famille comptait un élu, le frère de mon père, député du comté au parlement canadien. La politique faisait donc partie de nos vie et très souvent des discussions autours de la table des repas de famille et lors des visites fréquentes chez mon oncle. Bref, tout le monde s’impliquait dans la politique du comté et du pays.

On ne confondra pas cette vigilance républicaine avec la dérision, qui rend tout dérisoire, ni avec le mépris, qui rend tout méprisable. Être vigilant, ce n’est pas croire sur parole ; ce n’est pas condamner ou dénigrer par principe. On ne réhabilitera pas la politique, comme c’est aujourd’hui urgent, en crachant perpétuellement sur ceux qui la font. Dans un état démocratique, on a les hommes politiques que l’on mérite. C’est une raison de plus pour préférer ce régime à tous les autres — et certes ce ne sont pas les raisons qui manquent — qu’à la condition d’agir, avec d’autres, pour le transformer.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 2. La politique, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 38.

J’ai observé de mes propres yeux les exigences de la politique sur le terrain et de la vie parlementaire. Si la politique se caractérise souvent par une passion, elle demande une abdication au profit de la société et elle impose ainsi le respect des élus.

3. L’amour

(…) L’amour plaît à tous. Cela, qui n’est que trop compréhensible, devrait nous pousser à la vigilance. L’amour de la vérité doit accompagner l’amour de l’amour, l’éclairer, le guider, qui à en modérer, peut-être, l’enthousiasme. Qu’il faille s’aimer soi, par exemple, c’est une évidence : comme pourrait-on nous demander, sinon, d’aimer nos prochain comme nous-même ? Mais qu’on aime souvent que soi, ou que pour soi, c’est une expérience et c’est un danger, Pourquoi nous demanderait-on, autrement, d’aimer aussi notre prochain ?

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 3. L’amour, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 44.

L’amour se révèle dans nos intérêts. Si je m’intéresse à la philosophie, c’est que je l’aime. Si je m’intéresse au soccer, c’est que je l’aime. Si je m’intéresse à une personne, c’est que je l’aime d’amitié ou d’amour, ou encore par admiration et par respect.

(…) Mais nul intérêts sans amour, et cela me ramène à mon point de départ : l’amour est le sujet le plus intéressant, et aucun autre n’a d’intérêt qu’à proportion de l’amour que nous y mettons ou y trouvons.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 3. L’amour, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 42.

Il y aussi dans nos intérêts un révélateur de notre subjectivité, de Soi et de notre conscience de Soi. Nos intérêts vibrent de par nos valeurs. Ainsi, nos intérêts ne sont jamais objectifs même si nous pouvons croire fermement le contraire.

Il faut donc aimer l’amour ou n’aimer rien – il faut aimer l’amour ou mourir ; c’est pourquoi l’amour, non le suicide, est le seul problème philosophique vraiment sérieux.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 3. L’amour, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 42.

À mon avis, le suicide est un problème philosophique aussi sérieux que l’amour, du moins, il implique sans réserve l’amour dans son malheur.

(…) Le bonheur est un amour heureux, ou plusieurs, ; le malheur, un amour malheureux, ou plus d’amour du tout. La psychose dépressive ou mélancolique, dira Freud, se caractérise d’abord par « la perte de la capacité d’aimer » – y compris s’aimer soi. Qu’on ne s’étonne pas si elle est si souvent suicidaire. C’est l’amour qui fait vivre, puisque c’est lui qui rend la vie aimable. C’est l’amour qui sauve ; c’est don lui qu’il s’agit de sauver.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 3. L’amour, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 43.

Mais le suicide est-il le fait d’un manque de d’amour de soi, d’un manque d’amour envers les autres ou d’une privation de l’amour de soi par les autres ? Tout dépend de ce sur quoi on fonde l’amour de soi et celui avec lequel nous aimons les autres. La perception de l’amour demeure une perception ; ce n’est l’amour lui-même. La conscience de l’amour demeure aussi fruit de la conscience ; ce n’est pas l’amour lui-même. L’amour ne me semble pas devoir se fonder sur la force et le degré de la confiance en soi ou en l’autre. La seule valeur philosophique fondatrice de l’amour, c’est la vie, la vie elle-même, le simple fait que j’existe. La vie n’a pas de prix dit-on. Elle est la valeur ultime ; heureuse ou malheureuse, la vie conserve toute sa valeur.

L’idée de s’enlever la vie, de mettre fin à son existence, de se suicider, naît d’un manque de perspective. La descente dans un trou sans fond est infernale et elle ne laisse guère de possibilités d’acquérir une perspective de sa situation. Et si la dépression est, non pas psychologique, mais plutôt philosophique, on peut questionner la dépression elle-même en notre conscience, même si on ne porte plus pied à terre. Sentir ses valeurs se liquéfier et ses convictions les plus essentielles remises en cause, n’enlève pas la vie à la vie. La gravité qui nous tire vers le bas dans ce trou sans fond est une loi de la physique et non pas de la métaphysique. Or, la dépression est d’abord et avant tout métaphysique. Preuve en est, malgré les explications de la chimie du cerveau, qu’elle se guérie par la correction des biais cognitifs (voir le livre ÊTRE BIEN DANS SA PEAU par le docteur David D. Burns). La dépression se bâtie sur des erreurs de pensées, des erreurs de logique, de fausses perceptions et interprétations de la réalité. Est-ce par l’amour de la vie qu’il faille aborder le problème ? Il faut d’abord corriger les erreurs de pensées pour prendre du recul et se séparer de l’idée de mettre fin à sa vie. ET, dans ce cas, prendre du recul, c’est remonter à la surface, contrecarrer la loi de la gravité.

4. La mort

La mort se classe dans les premiers sujets dont je discute (avec moi-même et avec les autres) depuis mon adolescence, plu spécifiquement, lorsque l’un de meilleurs amis est décédé. Je n’ai pas peur de la mort. Elle me donner à penser, surtout dans les moments difficiles de ma vie personnelle et professionnelle et, ces moments furent nombreux. Je parle de la mort au point où on me dit que si j’en parle autant, c’est ce que j’en ai peur. Or, c’est le contraire. Dans ma vie, la mort m’accompagne et ce n’est pas parce que je l’ai souvent frôlée souvent. La mort m’accompagne comme un ami qui devient maléfique en moment de déprime; elle se présente comme une solution ultime. Mais je ne répond à son invitation. Je préfère discuter avec elle.

Mais en disant cela, je me contredit depuis peu car la mort, selon moi, ne peut pas ÊTRE. Dans la mort, tel que je la conçois, il n’y a pas d’Être, d’existence. On ne peut pas dire que la mort existe puisqu’il n’y aucun Être dans la mort. Comment pourrait-on soutenir JE SUIS mort ou IL EST MORT. Je ne suis pas dans la mort car je n’existe pas en elle. La mort ne peut pas non plus ÊTRE un ÉTAT puisqu’il n’y a aucune existence dans la mort. Il faut impérativement de la VIE pour EXISTER. Or, il n’y en a aucune dans la mort. On ne va pas me dire que la mort existe sans existence. Loin de moi l’idée de renier la mort, mon ami depuis mes jeunes années d’adolescent. La mort n’est qu’une idée pour expliquer que la vie a une fin. On ne peut pas dire non plus que la mort est ceci ou cela; elle ne peut pas ÊTRE. Que l’on me parle alors du néant, de l’inexistence ou l’absence d’existence. Mais ce n’est encore là qu’une idée puisque le néant, comme la mort, ne peut pas ÊTRE. Vous saurez me dire que je tourne en rond, que je joue avec mots, mais il n’en est rien. Je suis sérieux. La mort et le néant ne peuvent exister qu’en tant que concept ou idées. Il faut plutôt parler de la vie qui s’éteint, qui prend fin.

Qu’il y est ou non quelque chose après la mort, quelque chose d’immortelle en moi qui survie, peu m’importe. Le sujet reste ouvert comme touts les mystères de la vie.

Enfin, contrairement à certains philosophes, je ne trouve pas dans l’idée de la mort une valeur à la vie, une incitation à profiter de la vie dans le plus grand des respects. Ce n’est pas parce que je vais mourir un jour que ma vie prend de la valeur.

On dit que « philosopher, c’est apprendre à mourir » mais…

On rencontre ici la formule fameuse ; Que philosopher, c’est apprendre à mourir… » Sous cette forme, en français, c’est le titre d’un des Essais de Montaigne, le vingtième du livre 1. Mais Montagne en emprunte expressément l’idée à Cicéron, lequel, dans les Tusculanes, la présente comme une citation de Platon… Disons que c’est une idée de Platon, traduite en latin par Cicéron, puis en français par Montaigne… L’important est ailleurs : l’important, c’est que cette phrase peut se prendre en deux sens différents, comme Montaigne le remarquait déjà, entre lesquels, peu ou prou, toute la vie – et toute une partie de la philosophie – se décide.

Il y a le sens de Platon : la mort, c’est-à-dire ici la séparation de l’âme et du corps, serait le but de la vie, vers lequel la philosophie ferait une espèce de raccourci. Un suicide ? Au contraire : une vie plus vivante, plus pure, plus libre, parce que libérée par anticipation de cette prison — voire de ce tombeau comme le dit Georgias — Qu’est le corps… » Les vrais philosophes sont déjà mort » écrit Platon, et c’est pourquoi la mort ne les effraie pas : que pourrait-elle leur prendre ?

Et puis il y a les sens de Montaigne : la serait non « le but » mais « le bout » de la vie, son terme, sa finitude (et non sa finalité) essentielle. Il faut s’y préparer, l’accepter, puisqu’on ne peut la fuir, sans la laisser pourtant gâcher notre vie et nos plaisirs. Dans les premiers Essais, Montaigne veut y penser toujours, pour s’y habituer, pour s’y préparer, pour se roidir, comme il dit, contre elle. Dans les derniers, l’habitude est telle, que cette pensée devient moins nécessaire, moins constante, moins pressante : l’acceptation suffit, qui se fait, avec le temps, de plus en plus légère et douce… C’est moins une contradiction qu’une évolution, qui marque la réussite, en tous cas les progrès, de Montaigne. (…)

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 4. La mort, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. pp. 54-55.

Personnellement, je refuse de percevoir mon corps comme une prison d’où s’envolerait un petit oiseau à ma mort pour une vie éternelle ou un réincarnation. Je penche plutôt vers l’idée que la mort est le bout de la vie. Mais je réfute l’idée de l’acceptation de la mort pour s’y préparer, à moins d’être révolté contre elle. Que la vie ait un bout, on le sait depuis notre tendre enfance en voyant les fleurs de faner et mourir. Je ne vois pas pourquoi je devrais travailler en mon esprit pour accepter la mort des fleurs, des parents, des amis, de l’autre que je connais et de celle que je ne connais… La vie a une fin et ce n’est pas dommage car la vie ne serait pas la vie sans l’idée de la mort.

5. La connaissance

Connaître, c’est penser ce qui est : la connaissance est un certain rapport — de conformité, de ressemblance, d’adéquation — entre l’esprit et le monde, entre le sujet et l’objet. Ainsi connaît-on ses amis, son quartier, sa maison : ce que nous avons dans l’esprit, quand nous y pensons, correspond à peu près à ce qui existe en réalité.

Cet à peu près est ce qui distingue la connaissance de la vérité. Car, sur ses amis, on peut se tromper. Sur son quartier, on ne sait jamais tout. Sur sa maison, même, on peut ignorer bien des choses. (…) Il n’y a pas de connaissance absolue, pas de connaissance parfaite, pas de connaissance infinie. (…) Il y faudrait une science achevée et une intelligence infinie : nu l’une ni l’autre ne sont à notre portée.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 5. La connaissance, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. pp. 59-60.

André Comte-Sponville se demande : « Nous ne pouvons connaître que que ce soit que nos sens, notre raison, nos théories. Comment y aurait-il une connaissance immédiate, puisque toute connaissance, par nature, est médiation ? ».


Selon Olivier Clain, Professeur titulaire au Département de sociologie de l’Université Laval (Québec, Québec), dont on reconnaît l’intérêt pour l’épistémologie :

« Il y a trois moments dans toute connaissance du monde :

1. Moment dans lequel je fais l’expérience de l’objet avec ses qualités propres et ses déterminations empiriques.

2. Moment de la construction des concepts, des catégories que j’utilise pour décrire les qualités de l’objet.

3. Moment, en constante relation avec les deux autres et qui sert de médiation dans le rapport entre les deux autres, et qui est le moment de la formulation des énoncés à caractère théorique. »


« Lorsqu’on croit de la foi la plus ferme que l’on possède la vérité, on doit savoir qu’on l’on croit, non pas croire qu’on le sait »

(Jacques Lequier cité par André Comte-Sponville)

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 5. La connaissance, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. pp. 64-65.


Avant son dernier thème, la sagesse, André Compte-Sponville traite de : 6. La liberté; 7. Dieu ; 8. L’athéisme ; 8. L’art ; 10. Le temps ; 11. L’homme

12. La sagesse

C’est qui qui distingue la sagesse de la philosophie, qui serait plutôt un savoir-penser. Mais la philosophie n’a de sens que pour autant qu’elle nous rapproche de la sagesse : il s’agit de penser mieux pour mieux vivre, et cela seul est philosopher en vérité. «La philosophie est celle qui nous instruit à vivre », écrit Montaigne. C’est donc que nous ne savons pas ? Bien sût : c’est parce que nous ne sommes pas des sages que nous avons besoin de philosopher ! La sagesse est le but ; la philosophie le chemin.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 144.


Quelle sagesse ? Les philosophes divergent là-dessus comme sur tout. Une sagesse du plaisir comme chez Épicure ? De la volonté, comme chez les stoïciens ? Du silence, comme chez les septiques ? De la connaissance et de l’amour, comme chez Spinoza ? Du devoir et de l’espérance, comme chez Kant ? À chacun là-dessus se forger son opinion, qui pourra emprunter à diverses écoles. C’est pourquoi il faut philosopher soir-même : parce que personne ne peut penser ni vivre à notre place. Mais ce sur quoi les philosophes s’accordent, du moins presque tous, c’est sur l’idée que la sagesse se reconnaît à un certain bonheur, à une certaine sérénité, disons à une certaine paix intérieure, mais joyeuse et lucide, laquelle ne vas pas sans un exercice rigoureux de la raison. C’est le contraire de l’angoisse, c’est le contraire de la folie, c’est le contraire du malheur. C’est pourquoi la sagesse est nécessaire. C’est pourquoi il faut philosopher. Parce que nous ne savons pas vivre. Parce qu’il faut apprendre. Parce que l’angoisse, la folie ou le malheur ne cesse de nous menacer.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. pp. 146-145.

Selon André Comte-Sponville, « il faut tendre : vers la vie la plus intelligente possible. »

Mais l’intelligence ne suffit pas. Mais les livres ne suffisent pas. À quoi bon tant penser, si c’est vivre pour si peu ? Que d’intelligence dans les sciences, dans l’économie, dans la philosophie ! Et que de sottises souvent dans la vie des savants, des hommes d’affaires, des philosophes… L’intelligence ne touche à la sagesse que dans la mesure où elle transforme notre existence, où elle l’éclaire, où elle la guide. Il ne s’agit pas d’inventer des système. Il ne suffit pas de manier des concepts, ou ceux-ci ne sont que des moyens. Le but, le seul, c’est de penser et de vivre un peu mieux, ou un peu moins mal.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 147.


(…) La morale répond à la question : « Que dois-je faire ? » L’éthique, à la question : « Comment vivre ? » (…)

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 147.


Aie confiance : la vérité n’est pas le bout du chemin ; elle est le chemin même.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 152.


Je n’ai pas aimé :

1. Tutoiement

Je n’ai pas aimé le tutoiement utilisé par André Comte-Sponville pour s’adresser à moi (et à tous les lecteurs). PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE est le premier et le seul livre du philosophe André Comte-Sponville que j’ai lu. Je ne sais pas s’il recourt au tutoiement dans toutes ses œuvres ou s’il l’utilise que pour certaines de ses œuvres. Selon mon expérience, le tutoiement isole le lecteur de l’ensemble des autres lecteurs.

2. Philosophie directive

Dans son livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE, André Comte-Sponville est directif dans ses propos. Voici quelques exemples :

C’est en faisant bien l’homme, ou la femme, qu’on aide l’humanité à se faire. Et il le faut : elle a besoin de toi, comme tu as besoin d’elle.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 1. La morale, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 27.

Entre l’ignorance absolue et le savoir absolu, il y a place pour la connaissance et le progrès des connaissances. Bon travail à tous !

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 5. La connaissance, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 68.

Aie confiance : la vérité n’est pas le bout du chemin ; elle est le chemin même.

COMTE-SPONVILLE, André, Présentations de la philosophie, 12. La sagesse, Éditions Albin Michel (Le Livre de Poche), Paris, 2000. p. 152.

Je n’ai pas aimé cette philosophie directive qui, visiblement, caractérise le lecteur et lui ordonne de travailler, d’avoir confiance… Je ne crois pas que la philosophie doit être directive, qu’elle nous ordonne quoi que ce soit… qu’elle pense à notre place. Je préfère et de loin qu’elle nous questionne et nous aide ainsi à prendre du recul par différentes prises de conscience. « Philosopher, c’est penser par soi-même » écrit André Comte-Sponville. Or, s’il promeut notre liberté de penser, notre liberté de choisir et notre liberté d’opinion, on constate qu’il nous dirige dans une direction donnée à l’aide de nombreuses références et ses propres opinions (jugements).


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J’accorde au livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE ? de ANDRÉ COMTE-SPONVILLE quatre étoiles et une demie sur cinq.

Je vous en recommande la lecture.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

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Article # 73Qu’est-ce que la philosophie ?

J’AI LU POUR VOUS

Qu’est-ce que la philosophie ?

Michel Meyer

(1950-2022)

Le livre de poche – Librairie générale française

Paris, 1997

EAN : 9782253942412

160 pages


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PRÉSENTATION

(Texte de la quatrième de couverture)

La question de ce petit livre est simple : peut-on aller au-delà du constat de crise et d’impuissance dont le philosophe se fait le prophète depuis plus d’un siècle ? Peut-on parler de la science sans complexe d’infériorité, de Dieu sans obscurantisme, d’existence sans tomber dans la banalité du café du commerce, de politique sans consacrer le cynisme, de morale sans faire dans le sermon ? Bref, la philosophie peut-elle aider à faire comprendre et à dépasser les apories du temps présent qu’elle a fait siennes, comme un malade ressasse sa propre maladie pour se donner le sentiment qu’ainsi il peut la mettre à distance à défaut de la vaincre ?

Toutes ces questions sont aujourd’hui les nôtres, et il ne faut pas avoir peur de parler des grands problèmes qui agitent les hommes depuis l’aube des temps, car si la philosophie a un sens, c’est bien en ce qu’elle seule envisage les questions ultimes dans une plus ou moins grande systématicité selon les époques.

M. M.


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Extrait du livre

L’ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE

Jamais on n’a eu autant besoin de philosophie qu’aujourd’hui. Dans un monde fragmenté, désorienté, où l’esprit analytique semble l’avoir emporté, la quête d’une synthèse est plus pressante que jamais. Les scientifiques ont pris le relais des philosophes, trop occupés à répéter que la philosophie était morte et qu’il n’y a plus rien à dire, qu’au mieux, on peut tout juste redire et relire le plus fidèlement du monde les penseurs du passé, l’idéal étant là aussi de devenir un « spécialiste ». Déjà Nietzsche condamnait l’esprit philologique que certains philosophes professent en passant leur vie à décortiquer un auteur : au nom de la pensée, la grande, ils s’interdisent ainsi toute pensée propre, pour se réfugier dans le confort d’une orthodoxie dont ils se veulent les dépositaires vigilants. Mais qui parlera alors de l’origine de l’univers, de la mort, de la vie, de l’évolution, de la nature, de la vérité, de la liberté, du sens du Soi et de l’Autre, sinon les hommes de science ou les hommes de religion ? À cela, qu’oppose la philosophie, si ce n’est que tout a été dit, ou impossible à dire au nom d’une rigueur qu’elle n’a jamais eue et dont elle se fait l’écho lointain, depuis que les progrès de la science l’ont amputée de ses illusions ?

La question de ce petit livre est simple : peut-on aller au-delà du constat de crise et d’impuissance dont le philosophe se fait ainsi le prophète depuis plus d’un siècle ? Peut-on parler de la science sans complexe d’infériorité, de Dieu sans obscurantisme, d’existence sans tomber dans la banalité du café du commerce, de politique sans consacrer le cynisme, de morale sans faire dans le sermon ? Bref, la philosophie peut-elle aider à faire comprendre et à dépasser les apories du temps présent qu’elle a faites siennes, comme un malade ressasse sa propre maladie pour se donner le sentiment qu’ainsi, il peut la mettre à distance à défaut de la vaincre ?

Toutes ces questions sont aujourd’hui les nôtres, et il ne faut pas avoir peur de parler des grands problèmes qui agitent les hommes depuis l’aube des temps, car si la philosophie a un sens, c’est bien en ce qu’elle seule envisage les questions ultimes dans une plus ou moins grande systématicité selon les époques.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’état de la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 7-8.


Extrait du livre

LES QUESTIONS ULTIMES DE LA PENSÉE

Pour les Anciens, la philosophie était divisée en trois grandes disciplines : la logique, la physique et l’éthique. Les Stoïciens parlaient même de la physique comme d’un champ dont les clôtures étaient la logique et le produit, l’éthique. D’où vient cette division de la philosophie ? A-t-elle encore un sens, à une époque où les disciplines scientifiques se sont multipliées au-delà de la seule physique, où la métaphysique spéculative issue d’Aristote et du christianisme a fécondé la philosophie moderne, où le rapport à l’action et au politique déborde le cadre de la morale ?

Si on regarde attentivement l’histoire de la pensée, on ne peut s’empêcher d’observer que la tripartition est demeurée une constante, malgré tous les développements dont il a été question.

Prenons Kant par exemple. Il écrit trois grandes Critiques, celle de la Raison Pure, celle de la Raison Pratique et celle de la Critique de la Faculté de juger. De quoi traitent précisément ces trois grands livres ? La Critique de la raison pure s’attache à rendre compte de notre rapport au monde ; la Critique de la raison pratique porte sur le rapport à autrui ; quant à la dernière Critique, elle est en quelque sorte la synthèse des deux premières en ce qu’elle s’interroge sur ce qui rend possible le fait de s’interroger sur la nature, de s’en distancier, de la contempler pour elle-même bref, de l’étudier tout en en faisant partie. Cette réflexivité consacre l’identité, qui est le maître mot de la logique, même si le projet kantien est anthropologique et esthétique, au sens où la contemplation de soi par rapport à ce qui n’est pas soi est source d’étonnement, d’admiration.

Certes, on est loin ici de la logique au sens classique du terme, mais si l’on veut bien réfléchir au sens qu’a pris l’identité après et avec Descartes, on pourra se rendre compte que l’identité des choses et des êtres s’enracine désormais dans celle du Soi, immortalisée dans le Je pense, donc je suis, source de toute identité possible, même si elle est avant tout la nôtre.

D’ailleurs, déjà chez Hume, grand inspirateur de Kant, on peut voir à l’œuvre la tripartition de la philosophie proclamée par les Anciens. Le Traité de la nature humaine, par exemple, se subdivise en trois grands livres : l’entendement, les passions et la morale en sont les objets respectifs. Ce qui recouvre précisément la physique, c’est-à-dire le rapport à la nature, au monde, pour le premier livre ; et pour le second, qui traite des passions, on retrouve le problème du Soi, de l’identité, forme nouvelle que prend le fondement du champ logique à l’ère de la subjectivité – qui devient la pensée – qui a connu, on le sait, peu de progrès en logique au sens strict ; reste le troisième livre, consacré à l’éthique.

Soi, le Monde et Autrui : telles sont, en définitive, et semble-t-il depuis toujours, les grandes questions de la philosophie. Celles qui agitent l’homme depuis l’aube des temps, et qui alimentent tous ses soucis et ses préoccupations les plus fondamentales. L’identité n’est d’ailleurs pas simplement une affaire de logique, de raisonnement, de méthode ; elle est aussi l’expression de ce que l’on est, et l’âme, qui nourrit tout raisonnement possible, s’est vue interrogée sur son identité éternelle, au travers du problème de la survie, de la mort, de l’existence. Avant toute psychologie, au sens où on l’entend habituellement, l’âme – ce que l’on appellerait aujourd’hui le Soi – a été conçue comme le principe moteur de la vie, de ce que l’on était, de l’identité et des identités issues de la pensée et du raisonnement, une partie d’elle-même étant la source du logique et du rationnel, à côté d’autres parties, retenues davantage par l’émotion, le biologique et l’animal (anima = âme), où, précisément, l’identité se perd, se dilue, se fluidifie dans une sensibilité erratique, tissée de mouvements contradictoires et changeants. Les goûts, les besoins, les plaisirs, les intérêts même, relèvent ainsi de cette partie de l’âme où elle n’est pas vraiment un Soi, une identité, une raison logique, car elle est déchirée entre plusieurs directions qui l’attirent tour à tour ou simultanément, selon les circonstances.

Soi, le Monde et Autrui sont ainsi les points d’ancrage de la réflexion philosophique depuis toujours, et le lecteur contemporain, s’il est sincère avec lui-même, retrouvera dans ces trois grands problèmes ce qui sous-tend les siens encore à l’heure actuelle. Qui ne s’interroge sur ce qu’il est, surtout dans un monde comme le nôtre ? Les rôles sociaux, jadis fixés une fois pour toutes, se diluent : on est enfant, parent, mari ou femme, amant, employé un jour, cadre ou chômeur peu après (c’est rarement l’ordre inverse), contribuable, citoyen, électeur, voire élu, client, épargnant, pensionné, voyageur, etc. Bref, qui est-on au juste et quel sens cela a-t-il de faire tous ces parcours, alors que la mort annule tous nos rôles d’un revers de la main ?

Mais aussi que faire, si tout est futile, absurde eût dit Camus ou Sartre ? N’y a-t-il pas un minimum d’exigence à l’égard d’autrui, que prescrit la morale et que la politique s’efforce de faire respecter en théorie, dans l’intérêt de tous ?

Et enfin, il y a les choses. Pour notre malheur mais aussi notre bonheur : elles nous sont utiles, mais avant cela, elles nous posent problème ; le monde est opaque, l’univers mystérieux. A-t-il été créé ou existe-t-il depuis toujours ? Pourquoi l’Homme ? Y aurait-il un dessein caché dans l’Univers, que l’on pourrait peut-être même découvrir ? La science, la connaissance, le goût d’apprendre, donc de lire et de voir, ne peuvent qu’orienter et alimenter cette quête pour comprendre ce qui fait question.

Soi, le Monde, Autrui : vivre, c’est toujours d’une certaine façon, dérivée la plupart du temps, avoir résolu, souvent sans l’avoir voulu, ces trois grands problèmes. On n’y échappe pas. On a tous, de fait, une vision du monde et des autres comme de soi-même, qui agit sur nous, qui guide nos actes et nos pensées. On est donc tous philosophes, comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir. C’est sans doute pour cela que tout le monde s’intéresse à la philosophie, pour aller au fond de soi, de ses possibilités, de ses angoisses et de ses espérances.

Le philosophe y répond-il ?

Trop souvent, on lui reproche d’être obscur. Il prétend décrire l’entendement commun ou l’homme que nous sommes chacun, mais ce faisant, il va forcément au-delà de ce que chacun dirait, s’éloignant ainsi de son objet, au point que certains n’hésiteront pas à dire qu’il le perd et que cela n’a plus rien à voir avec l’homme de la rue. Certes, le physicien n’agit pas autrement sans qu’on le lui reproche. Il explique la lumière ou la chaleur avec des concepts inintelligibles pour la plupart d’entre nous. Mais chez le philosophe, cela semble inadmissible. La philosophie ne saurait être une science : elle doit divulguer les vérités enfouies au fond de soi, de chacun, pour les rendre accessibles à chacun. Le concept est par là condamné, même s’il est bien souvent inévitable.

L’autre reproche est sans doute le fait que la philosophie ne donne pas de réponses, alors que la science progresse en résolvant sans arrêt de nouveaux problèmes. N’est-ce pas le signe même de sa faiblesse ? Ne faut-il pas alors quitter le terrain de la Raison, préférer la religion, ou qui sait ?, la secte et la magie, l’horoscope et la divination ?

Que répondre à de tels reproches ?

Il est vrai que la philosophie est parfois obscure, qu’elle nécessite un apprentissage, tout simplement parce qu’elle a une histoire, avec des concepts qui se modifient au fil des siècles. On ne peut rentrer dans la philosophie contemporaine et ignorer ce qui précède. La philosophie est difficile ; c’est une ascèse, elle incarne l’inutile parce que l’essentiel est inutile. Mais le propre de l’essentiel est que l’on en a besoin, qu’il est incontournable. Il faut donc accepter de penser de façon élaborée. De plus, il est moins que certain que l’objet de la philosophie soit l’homme ordinaire. En tout cas, ce n’est pas la préoccupation première de la philosophie, et c’est au mieux, un problème dérivé. L’homme n’intéresse en propre la philosophie que de Descartes à Nietzsche, car avant comme après, il est appréhendé à partir d’autre chose que lui-même : Dieu, l’être, l’univers, la matière et, aujourd’hui, les sciences humaines ont détrôné la philosophie à cet égard, même si ce n’est que pour offrir des visions fragmentées et analytiques. C’est l’esprit du temps : d’ailleurs les synthèses sont rares, et les esprits synthétiques ont été remplacés par des « spécialistes ».

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 9-14.


Au sujet de l’auteur

Source : https://data.bnf.fr/fr/12007973/michel_meyer/
Source : https://data.bnf.fr/fr/12007973/michel_meyer/


wikipedia-1pceMichel Meyer, né le 11 novembre 1950 à Bruxelles et mort le 23 mai 2022 à Waterloo, est un philosophe belge, professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’université de Mons.

Michel Meyer est économiste et philosophe de formation, licencié en sciences économiques (1973), maître ès arts de l’Université Johns-Hopkins aux États-Unis (1975), agrégé de philosophie (1973) et docteur en philosophie (1977).

Professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’Université de Mons, il a été président du Centre européen pour l’étude de l’argumentation, directeur de la Revue internationale de philosophie et directeur de la collection L’interrogation philosophique aux Presses universitaires de France. Il est membre de l’Académie royale de Belgique et de I’Institut international de philosophie.

Sa réflexion porte sur la rhétorique à laquelle il a contribué par l’introduction d’une approche de l’argumentation qu’il nomme « problématologie ».

Lire la suite : Wikipédia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Meyer_(philosophe)


Hommage au philosophe Michel Meyer (1950-2022)

Comment concevoir la morale aujourd’hui ?

La rhétorique, l’argumentation et les sciences humaines (1) – Philippe Descola (2010-2011)


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Page de Michel Meyer sur le réseau d’affaire LinkedIn


In memoriam. Michel Meyer (1950-2022)

Paul Earlie, Arnaud Pelletier

Dans Revue internationale de philosophie 2022/2 (n° 300), pages 5 à 7

La Revue internationale de philosophie pleure la disparition de son directeur Michel Meyer, décédé subitement le 23 mai 2022 à l’âge de 71 ans. Il laisse derrière lui un héritage intellectuel foisonnant et varié non seulement à sa famille – son épouse Corinne et ses fils Patrick et Alexandre –, mais aussi à ses amis, ses collègues, ses étudiants, et enfin ses lecteurs.

2 Beaucoup a été dit – et beaucoup sera encore dit – de la contribution très singulière de Michel Meyer à la pensée contemporaine, de sa recherche sans cesse renouvelée du questionnement dans les aspects fondamentaux de la réflexion humaine, tant en histoire de la philosophie que dans les domaines du langage, de la rhétorique, de la politique ou de la société. À une époque de spécialisation croissante et de partis pris méthodologiques, son œuvre est tout à fait unique et inclassable. Son souci d’embrasser toutes les disciplines et de regarder ce qui les unit, plutôt que ce qui les divise, allait à contre-courant de la culture universitaire contemporaine, vis-à-vis de laquelle il gardait une certaine distance amusée. Cette distance lui conférait toutefois une précieuse vision d’ensemble. Comme il l’a écrit, de son aplomb si caractéristique, dans la préface de ses récents Principia Politica : « la question essentielle qui se pose aujourd’hui en sciences humaines, comme en philosophie d’ailleurs, est celle de la synthèse ».

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IN MEMORIAM MICHEL MEYER
(11 novembre 1950 – 23 mai 2022)

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ULB-Faculté de Philosophie et Sciences sociales – C’est avec une grande tristesse que avons appris le décès de notre collègue Michel MEYER, Professeur émérite de notre Faculté et philosophe belge de renommée internationale, ce 23 mai 2022. Michel Meyer était l’un des héritiers de la pensée de Chaïm Perelman. Il a notamment introduit la notion de « problématologie » dans le champ et la pratique philosophiques. Il a également dirigé pendant de nombreuses années la « Revue internationale de Philosophie ». Nos pensées accompagnent sa famille à qui nous présentons nos condoléances les plus sincères.


ARTICLES

L’origine du questionnement

À propos de la lecture de Platon et Aristote par Michel Meyer

Arnaud Macé

Dans Revue internationale de philosophieRevue internationale de philosophie 2011/3 (n° 257)2011/3 (n° 257), pages 17 à 46
Éditions De Boeck Supérieur

Qu’est-ce que la philosophie? Comme en témoigne Hérodote, «philosopher», c’est, au sens courant que ce verbe avait en grec ancien, être mû par la curiosité de tout savoir, parcourir le monde pour observer la diversité des choses 1 , la forme et les couleurs des fleurs comme la configuration des institutions et des mœurs des hommes. En ce sens la philosophie est un désir de tout connaître, et par conséquent un désir de tous les savoirs et de toutes les pratiques en lesquels se dissémine l’expérience que les hommes font de ce qu’il y a: de la botanique à la science politique, de la médecine à l’astronomie, rien n’échappe à ce désir. Il semble que se soit en outre ajouté à cet idéal celui de chercher l’unité dissimulée derrière l’étonnante diversité des choses, aussi bien que des savoirs et des pratiques qui se préoccupent de celles-ci2. Michel Meyer adhère résolument à cette idée de l’exercice philosophique comme recherche d’une «vision synthétique des différents domaines de la culture comme des diverses activités humaines»: il souligne en outre que la philosophie propose une certaine «lisibilité» de cette diversité, en essayant peut-être de déterminer un type de «problèmes» commun3. Nous avons récemment avancé l’idée que l’œuvre de Platon consiste à proposer une telle lisibilité, en déployant un type d’écriture susceptible à la fois de recueillir la plus grande diversité des formes d’expérience et de savoir de son temps et de faire paraître l’unité transversale d’un même problème à l’œuvre dans chacune de celles-ci4. Plus encore, parce qu’il met en scène les protagonistes de conversations variées et toujours recommencées, sans jamais parler en son nom propre, Platon choisit un mode d’écriture qui qui manifeste la nature même du problème dont il s’agit de lire la présence dans tous les domaines de la réalité. C’est en effet sous la forme d’une multiplicité dont l’unité n’est pas donnée d’avance que les dialogues platoniciens se présentent: or, en faisant l’épreuve de la lecture de ces œuvres, on découvre aussi que la réalité que les hommes découvrent se signale, dans chacune de ses parties ou sous toutes ses formes, comme une multiplicité dont l’unité doit être trouvée. L’écriture platonicienne reproduit le type de problématicité qui est celle des choses mêmes et c’est en ce sens qu’elle est un lieu où s’exercer à devenir philosophe, en parcourant ces anciennes multiplicités que Platon pouvait trouver dans les savoirs et les pratiques de son temps. Beaucoup de lecteurs, depuis deux millénaires et demi, se sont exercés dans les dialogues, avant de sortir au grand air, affronter le multiple de leur temps.

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Argumentation et Analyse du Discours

2 | 2009

Rhétorique et argumentation

Comment repenser le rapport de la rhétorique et de l’argumentation ?

How should we consider the relationship between rhetoric and argumentation?

Michel Meyer

La rhétorique, dit Aristote, est le pendant de la dialectique et de l’argumentation. Cela pose le problème de leur harmonisation au sein d’une théorie unifiée, où la rhétorique littéraire voisine avec la logique juridique. La problématologie est cette conception unifiée. Les questions expresses relèvent du conflit argumenté, comme en droit, qui les codifie, et les questions indirectes, des réponses qui les avalent par l’élégance et le style pour se faire passer pour résolutoires de ces questions. La rhétorique est la négociation de la distance entre les individus sur une question donnée, une question plus ou moins problématique et conflictuelle. La problématologie est à la base d’une véritable nouvelle rhétorique, avec de nouvelles prémisses fondées sur le questionnement, laissées jusque-là en friche. Des figures de rhétorique à l’inférence du vraisemblable, le questionnement est le socle où viennent s’articuler la raison, le langage et la persuasion.

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Bibliographie – Michel Meyer

Découverte et justification en science – Kantisme, néo-positivisme et problématologie, Klincksieck, Paris, 1979.

Logique, langage et argumentation, Michel Meyer, Hachette, Paris, 1982, 2e édition 1985, (ISBN 978-2010072901).

(en) Meaning and Reading. A philosophical Essay on Language and Litterature, John Benjamins Publishing Company (en), Amsterdam, 1983.

De la problématologie : langage, science et philosophie, Mardaga, Bruxelles, 1986, Le Livre de Poche, 1994.

Science et métaphysique chez Kant, Michel Meyer et Quadrige, PUF, Paris, 1988. 2e édition Poche : Quadrige, Paris, PUF, 1995, (ISBN 978-2130471271).

Langage et littérature, PUF, Paris, 1992, Quadrige, 2001.

Questions de rhétorique, Hachette, Le Livre de Poche, Biblio-essais, 1993.

De l’insolence : essai sur la morale et le politique, Paris, Grasset, 1995.

Science et métaphysique chez Kant, Paris, Presses Universitaires de France – PUF, coll. « Quadrige », 1er juin 1995, 256 p. (ISBN 978-2-13-047127-1).

Pour une critique de l’ontologie, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1996, (ISBN 978-2800410265). Édition de Poche, Quadrige, PUF, 1999.

Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Hachette, Biblio-Essais, 1997.

Les passions ne sont plus ce qu’elles étaient, Bruxelles, Labor, 1998.

Histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, avec Manuel Maria Carrilho et Benoît Timmermans, Le Livre de Poche, Biblio-Essais, 1999.

Petite métaphysique de la différence, Paris, Hachette, Le Livre de Poche, Biblio-Essais, 2000.

Questionnement et historicité, Paris, PUF, 2000. Réédition : Paris, PUF, Quadrige, mars 2011.

Le tragique et le comique. Penser le théâtre et son histoire, Paris, PUF, 2003.

La rhétorique, « Que Sais-je ? », PUF, 2004.

Éric-Emmanuel Schmitt ou les identités bouleversées, Albin Michel, 2004.

Qu’est-ce que l’argumentation ?, Paris, Librairie Philosophique Vrin, 2005.

Comment penser la réalité ?, Paris, PUF, 2006.

Le philosophe et les passions. Esquisse d’une histoire de la nature humaine, Michel Meyer, Presses Universitaires de France – PUF, Paris, 14 septembre 2007, (ISBN 978-2130564423).

Rome et la naissance de l’art européen, Paris, Éditions Arléa, 2007.

Principia Rhetorica, Paris, Fayard, 2008. Réédition : Paris, PUF, « Quadrige », 2010, traduction roumaine, 2011.

De la problématologie, Paris, PUF, 2008.

La problématologie, « Que Sais-je ? », Paris, PUF, 2009.

Esthétique générale. Les éléments fondamentaux de l’histoire de l’art, Paris, PUF, 2009.

La rhétorique, Paris, PUF, collection Que sais-je, 2009.

Chaïm Perelman (1912-2012). De la nouvelle rhétorique à la logique juridique, avec Benoît Frydman, Paris, PUF, 2012.

Qu’est-ce que le refoulement?, Paris, L’Herne, 2012.

Principia Moralia, Paris, Fayard, 2013.

Qu’est-ce que l’histoire, progrès ou déclin ?, Paris, PUF, 2013.

Source : Meyer, Michel – Wikipédia.


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Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

Qu’est-ce que la philosophie ?

Michel Meyer

Le livre de poche

© Librairie Générale Française

Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond :

La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Dans le Développement personnel (DP), on trouve plutôt des directives (Faites ceci, faite cela…) en réponse aux questions adressés par les clients à leurs coachs. Le développement personnel exploite (malheureusement trop) souvent la philosophie mais, en fait, cette activité ne se questionne pas sur elle-même, si ce n’est sur le comment commercial.

Michel Meyer consacre un chapitre de son livre aux arguments en philosophie dont voici un court extrait :

L’argumentation en philosophie est essentielle, car celle-ci n’a ni les ressources expérimentales de la sciences, ni la contraignance formelle des mathématique ou de la logique. Il ne lui reste qu’à débattre des questions, en se nourrissant des multiples arguments qui ont trait aux thèses qu’elle défend à un moment donné.

Les conclusions de la philosophie n’auront donc jamais rien d’absolu : elles resteront toujours, quelque part, problématiques. C’est-à-dire source de questions, celles que l’on se pose, celles qui nous interpellent et même qui s’adressent à notre sensibilité. C’est là, peut-être, que la philosophie est le plus proche de la sophistique, cette mauvaise rhétorique tant décrié par Platon, et que l’on doit dénoncer en déconstruisant la rhétorique en général pour ne plus se laisser abuser par des artifices de langage. Cela dit, n’oublions jamais que la problématicité de la philosophie est conforme à ce qu’elle est : une réflexion sur les problèmes, ce qui est déjà une réponse.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les arguments de la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 41.

Bref, on ne peut pas conclure définitivement en philosophie. La réponse pose toujours d’autres problèmes à questionner à leur tour.

Michel Meyer aborde aussi la question de la « nature même de la pensée philosophique » dans le chapitre Philosophie, art et religion :

(…) Quelle est la différence de base entre la philosophie et la religion. La religion se meut dans le dogme et la foi, c’est-à-dire ce qui échappe à l’interrogation. Elle répond sans mettre en question, et elle accepte mal la mise en question. La philosophie, elle, aimerait pouvoir se réclamer de certitudes, mais les seules réponses qu’elle peut mettre en avant sont issues d’un questionnement, et le plus souvent, elle se maintient dans un répondre éminament problématique. La philosophie est, jusque dans la métaphysique même, interrogative. N’admettre pour réponse que ce qui a d’abord été mis en question : telle est, depuis Socrate, la nature même de la pensée philosophique. (…)

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Philosophie, art et religion, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 44.

Philosopher, c’est questionner la question. Il s’agit d’ailleurs du propre de l’Homme que de pouvoir se retrouver en lui-même, en sa conscience, et de se questionner. Un singe ne se demande pas s’il est un singe. Une fleur ne se demande pas si elle-est une fleur. Seul l’Homme se demande ce qu’il est vraiment.

Évidemment, on peut vivre sans se poser de questions, à la surface de Soi. On peut repousser toutes les questions embarrassantes pour éviter le malaise des réponses ou de l’absence de réponses. Se questionner est négatif pour certaines personnes.

Encore faut-il  « Bien poser une question, la réfléchir, en appréhender les tenants et les aboutissants ».

La problémacité est dont vécue non comme une richesse et une positivité, mais comme une impossibilité et un échec. Faute d’avoir questionner le questionnement, la philosophie se heurte malgré tout à lui avec les vieux concepts qui en ont fait quelque chose de négatif. Elle affronte le problématique sans y être préparée. Elle véhicule une tradition centrée sur les solutions qui évacuent les questions, et non ce qui les pensent.

Il faut donc aller au-delà, et ne pas se contenter de voir les questions qui surgissent. Il faut penser le questionnement comme tel, à partir de lui-même, et accepter l’idée que la première étape de toute résolution possible a lieu avec la question. Bien poser une question, la réfléchir, en appréhender les tenants et les aboutissants, est le tout premier pas de la pensée dans sa positivité même.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Qu’est-ce que la métaphysique ?, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 52.

À mon humble avis, toute question soulève un doute et ce dernier pose lui-même problème. En effet, certaines personnes tissent un lien malsain entre le doute et la confiance en soi. Plus encore, elles lient la confiance en soi au confort d’avoir raison. Autrement dit, certaines personnes perdent pied lorsqu’elles n’ont pas raison. Elles évacuent ainsi tous les doutes possibles et bénéfiques à la vie bonne. Or et ce n’est pas nouveau : la lumière entre par les failles ou, si vous préférez, par les doutes. Le doute est aussi la clé de toute pensée féconde, notamment la pensée scientifique.

Or, on ne peut négliger la science, encore moins l’ignorer, car elle fait partie intégrante de la réflexion de l’homme. Tout dépend de ce que l’on attend d’elle. Et s’il s’agit de la « fonder », comme Descartes le voulait, force est de constater que c’est inutile : elle n’en a pas besoin. Par contre, s’il s’agit de voir comment elle procède afin de mieux comprendre la Raison, alors la science est importante pour la philosophie. Et il s’agit d’interpréter la science et ses résultats, afin d’intégrer en une vision systématique ce qu’elle dit de l’espace, du temps, de la matière, etc., alors la philosophie, en retour, sera importante pour la science, qui verra mieux, ce qu’elle apporte de façon fragmentée et analytique, au nom de l’efficacité, alimentant la réflexion de fond que l’homme a de l’univers et de sa place dans cet univers.

La méthodologie de la science – ce que l’on appelle l’épistémologie – illustre bien le fonctionnement de l’esprit humain.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Que dit la philosophie à propos de la science ?, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. pp. 57-58.


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épistémologie

Définition de épistémologie ???

nom féminin

didactique

  1. Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
  2. Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.

L’épistémologie m’intéresse depuis plus de 25 ans. Je cherche dans cette discipline de la philosophie des réponses à la question « Comment nous pensons ? » afin de prendre conscience et d’agir sur mes erreurs de pensée, ce que je considère comme une forme de philothérapie.

Un peu d’esprit scientifique dans nos ne nous fera pas de tort.


La formation de l’esprit scientifique

Gaston Bachelard

La Formation de l’esprit scientifique (sous-titré Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective) est un essai d’épistémologie de Gaston Bachelard publié aux éditions Vrin en 1938. Bachelard y propose une analyse de la transition entre l’esprit « préscientifique » et l’esprit « scientifique » au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Cette évolution est rendue possible par la prise en compte et le dépassement de ce qu’il définit comme des obstacles épistémologiques, permettant alors la construction rationnelle d’une expérience. Celle-ci, par la longue réflexion qui la précède, dépasse l’observation directe d’un fait empirique et entraîne l’abstraction et la mathématisation du phénomène physique, seul moyen à ses yeux d’échapper aux préjugés inhérents à la nature humaine qui ont longtemps paralysé le progrès scientifique. Tout au long de l’ouvrage, il cite un grand nombre d’ouvrages préscientifiques illustrant les différents obstacles qu’il met en lumière, en particulier des œuvres d’alchimistes et de savants du siècle des Lumières. Source : InternetArchive.

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)

2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)

3. L’obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)

4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en f-mille. (…)

5. L’obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique. Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (substans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)

6. L’obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)

7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction. » (…)

Consulter ce livre en libre téléchargement


Évidemment, on ne peut pas se limiter à surmonter des obstacles épistémologiques pour acquérir un peu d’esprit scientifique dans notre vie de tous les jours. Pour penser juste, il faut suivre quelques « Leçons de logiques ».


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Leçons de logique

ABBÉ ARTHUR ROBERT (1876-1939)

Manuel scolaire,
Première édition : 1914 – Québec
Réédition de la huitième édition parue en 1940
Collection du domaine public de la
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, Québec, Canada,
20 novembre 2009, 236 pages.
ISBN 978-2-89612-315-5

EXEMPLAIRE NUMÉRIQUE : GRATUIT (PDF)

NOTES DE L’ÉDITEUR

Collection du domaine public de la Fondation littéraire Fleur de Lys

«Où est passée la logique ?» À la poubelle, tout simplement, comme un vieux manuel scolaire. Car la logique ne tombe pas du ciel. Il faut l’enseigner. Or, au Québec, l’enseignement de la logique a pris le bord lors du grand ménage de la Révolution tranquille au cours des années 60. Parce que la logique alors au programme se référait à la religion catholique, la logique est disparue dans le tourbillon de la modernisation, comme on jette le bébé avec l’eau du bain. Aujourd’hui, on la cherche partout sans succès, d’où l’urgence de remettre en circulation LEÇONS DE LOGIQUE, un petit manuel scolaire, purement québécois, dont la toute première édition remonte à 1914. Lire la suite.


À ces leçons de logiques nécessaires pour profiter de l’esprit scientifique dans nos vie de tous les jours, j’ajoute la correction incontournable de nos biais cognitifs.


Biais cognitifs

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David D Burns, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :

Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

L’interprétation indue : vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.

Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

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Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


(…) « le philosophe ne peut aller au fond des choses sans s’interroger sur ce qu’il fait en s’interrogeant. » (…)

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Pour une ontologie minimale : les faits, les choses et leur catégorisation, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 93.

Ainsi nous faut-il découvrir comment nous pensons pour penser juste. J’ai finalement compris pourquoi le philosophe consultant Jérôme Lecoq interroge et problématise les interventions et les questions des participants à ses ateliers de philosophie en ligne.

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Quelques exemples d’ateliers

ATELIER SUR LE RESSENTI

ATELIER CONFLITS INTERNES

ATELIER LE MOI EST-IL HAïSSABLE ?

ATELIER FAUT-IL PLUS SE MÉFIER DE NOUS-MÊMES OU D’AUTRUI ?

À lire

Les 10 accords socratiques par Jérôme Lecoq.

À visiter

Site web de Jérôme Lecoq

Groupe Facebook Ateliers de la pensée par Jérôme Lecoq

Page Facebook de Jérôme Lecoq

Page LinkedIn de Jérôme Lecoq


« Raison sans passion n’est ruine de l’âme. »

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’homme est-il un animal raisonnable ? La logique des passions, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 113.

La raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions pour parvenir à prendre une décision. Lorsque vous vous retrouver devant cinq chois différents pour l’achat d’une automobile, d’une maison, de la date d’un prochain rendez-vous, etc., vous pouvez analyser en détails toutes les offres pendant des heures sans pour autant avoir les connaissances et les synthèses pour effectuer votre choix. C’est dans de telles circonstances que les émotions viennent à la rescousse avec « un coup de cœur » pour la meilleure offre. À lire : L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, Antonio Damascio. À écouter : Sentir d’abord : une exploration de la conscience, Antonio Damasio, Fleur bleue, Radio France.


La philosophie est une question en soi, pour elle-même, parce qu’elle est l’interrogativité même qui s’interroge, qui est en question. De ce fait même, on la voit à l’oeuvre dans la science comme dans la vie, qui l’une et l’autre interpellent et problématisent. La philosophie nous ramène au principe, au sens, c’est-à-dire à ce dont il est question, mais elle nous oblige à penser systématiquement les différentes problématiques, telle que les voit en science ou en art par exemplae, donc à les articuler et à les différencier également.

MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – L’homme et la philosophie, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 151.


* * * * *

J’accorde au livre QU’EST-CE LA PHILOSOPHIE ? de MICHEL MEYER cinq étoiles sur cinq.

Je vous en recommande fortement la lecture.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

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