Article # 204 – La santé totalitaire – Essai sur la médicalisation de l’existence, Roland Gori et Marie-José Del Volgo, Denoël, 2005

Roland Gori et Marie-José Del Volgo

La santé totalitaire

Essai sur la médicalisation de l’existence

Paris, Denoël,

coll. « L’espace analytique », 2005.

272 pages

ISBN-10 ? : ? 220725660X

ISBN-13 ? : ? 978-2207256602

Site web de l’éditeur Denoël


Quatrième de couverture

Comment peut-on être malade aujourd’hui dans une médecine qui transforme le patient en consommateur, sans souci authentique pour sa souffrance psychique ? L’oubli du malade dans la médecine contemporaine semble être le prix à payer pour des soins toujours plus rationnels et scientifiques. L’exploration du corps humain, le diagnostic précoce des maladies, l’acharnement à les combattre par des traitements douloureux et invasifs, exproprient « pour son bien » le patient de son corps. À travers des protocoles de diagnostic et de soins très standardisés, à travers le contrôle social de nos existences par une surveillance médicale accrue au nom de la santé publique, nos modes de vie se retrouvent toujours plus normalisés. Comment alors restituer au patient sa valeur de sujet et ses droits pour éviter de le transformer en marchandise au profit des industries de santé ? Comment concilier les exigences de la médecine scientifique et sa nécessaire vocation « thérapeutique », c’est-à-dire humaniste ?À partir de son expérience du soin psychique, le psychanalyste a plus que jamais le devoir éthique et politique de mettre en garde contre les dérives de cette médicalisation généralisée et la « passion de l’ordre » qu’elle semble recouvrir.

Roland Gori est professeur de psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille-I et psychanalyste, membre d’Espace analytique. Il a notamment publié La Preuve par la parole. Sur la causalité en psychanalyse (1996), La Science au risque de la psychanalyse (avec Christian Hoffmann, 1999) et Logique des passions (2002).

Marie-José Del Volgo est maître de conférences à la faculté de médecine de l’Université d’Aix-Marseille-II, directeur de recherche en psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille-I et praticien hospitalier à l’Assistance publique de Marseille. Elle a publié L’Instant de dire. Le mythe individuel du malade dans la médecine moderne (1997) et La Douleur du malade. Clinique, psychanalyse et médecine (2003).


TABLE DES MATIÈRES

Prologue. Comment se « soucier de soi » dans une santé en miettes ?

1. Où il apparaît que ce qui est thérapeutique n’est pas toujours médical

  • Un déficit éthique dans l’organisation du vivant

  • Un déficit politique

  • Un déficit subjectif

2. « Du soucie-toi de toi-même à connais-toi toi-même »

  • Le thérapeutique et le iatrique

  • Le gouvernement du vivant aujourd’hui

  • Malaise dans la santé

3. Le corps exproprié et la maladie du malade

  • Rationalité médicale et subjectivité

  • La clinique : une casuistique ?

  • Le corps : une construction subjective ?

  • La connaissance tragique de la maladie

  • L’Intrus

  • Une consultation ordinaire

  • Guérir du psychique

4. L’éthique : un renouveau de la clinique dans les pratiques thérapeutiques ?

  • L’éthique : un reste des partis pris méthodologiques ?

  • La polyphonie des discours dans le champ thérapeutique

  • Rhétorique et propagande des discours de santé publique et de médecine préventive

  • L’hypocrisie des rhétoriques de santé publique

5. Les logiques du consentement : espoirs et illusions de « l’individu éclairé »

  • Des principes aux pratiques du consentement

  • Le nourrisson savant dans les logiques du consentement

  • Une culture hypocrite ?

  • Les zones d’ombre du « rationalisme éclairé »

6. La faute, la culpabilité et la responsabilité

  • Genèse de l’instance morale : qu’as-tu fait de ton frère ?

  • D’une culpabilité et d’une dette infinies

  • Des conséquences d’un désaveu de la dette

  • Idéologies et rationalités médicales

7. La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale

  • La naturalisation de l’humain

  • Le diagnostic en questions

  • Vous avez dit expertise ?

Conclusion


DES MÊMES AUTEURS

ROLAND GORI

  • Éloge du détournement (avec Y. Clot, ouvrage collectif), Presses universitaires de Nancy, 2003
  • Logique des passions, Denoël, 2002

  • La Science au risque de la psychanalyse (avec Ch. Hoffmann), Érès, 1999

  • La Preuve par la parole. Sur la causalité en psychanalyse, PUF, 1996, rééd. 2001

  • L’Unité de la psychologie ? (ouvrage collectif sous la direction de), Navarin, 1989

  • Le Corps et le signe dans l’acte de parole, Dunod, 1978

  • Dictionnaire pratique de psychopathologie (avec Y. Poinso), Éditions universitaires, 1972

  • Éléments de psychologie pour travailleurs sociaux (avec J. Durand), Éditions universitaires, 1971

  • Le Vécu de l’alcoolique (avec A. Bondoux), Éditions universitaires, 1970

MARIE-JOSÉ DEL VOLGO

  • L’Instant de dire. Le mythe individuel du malade dans la médecine moderne, Érès, 1997
  • La Douleur du malade. Clinique, psychanalyse et médecine, Érès, 2003


SITES WEB DES AUTEURS

ROLAND GORI

Site web personnel

https://www.rolandgori.com/

Page LinkedIn

https://www.linkedin.com/in/rolandgori/

Page de l’Association L’appel des appels

http://www.appeldesappels.org/

Page sur le site « Nouveau millénaire, Défis libertaires »

http://1libertaire.free.fr/RolandGori.html

Page sur le site Les liens qui libèrent

https://www.editionslesliensquiliberent.fr/auteur-Roland_Gori

Page sur le site Cairn.info

https://shs.cairn.info/publications-de-roland-gori

Page sur Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Gori

MARIE-JOSÉ DEL VOLGO

Page Facebook

https://www.facebook.com/Marie-José-Del-Volgo

Page sur le site des Édition ères

Histoire de psy : découvrez le parcours de Marie-José Del Volgo

Page sur le site Cairn.info

https://shs.cairn.info/publications-de-marie-jose-del-volgo


NOTE au sujet de l’ASSOCIATION L’APPEL DES APPELS

Co-fondée par Marie-José Del Volgo et Roland Gori

L’engagement de Marie-José Del Volgo au sein du mouvement de L’Appel des Appels, qu’elle a cofondé avec Roland Gori, constitue le prolongement politique et citoyen de leurs recherches sur la « santé totalitaire ». En tant que membre active, elle utilise cette tribune pour dénoncer la transformation des secteurs de la santé, de l’éducation et de la justice en de vastes champs de gestion comptable et technique. Ses interventions, régulièrement publiées sur le site officiel de l’association, plaident pour une résistance contre la « normalisation » des individus et la marchandisation du soin. À travers ce mouvement, elle défend la nécessité de replacer la singularité du sujet et l’éthique de la parole au cœur des pratiques sociales, s’opposant ainsi à une société de l’évaluation permanente qui tend à réduire l’existence humaine à de simples données statistiques et comportementales.


EXTRAITS

Épigraphes

« […] la réalité psychique est une forme d’existence particulière, qu’il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle. »

S. Freud, L’Interprétation des rêves « La maladie seule me ramena à la raison. »

F. Nietzsche, Ecce Homo

« Elle ne souffre pas d’être oubliée, trahie, c’est de cette suppression de la douleur, qu’elle va devenir folle. »

M. Duras, La Vie matérielle

Voici la transcription intégrale et rigoureuse du prologue de l’ouvrage, tel qu’il figure dans les documents fournis.


Prologue

Comment « se soucier de soi » dans une santé en miettes ?

Comment peut-on être malade aujourd’hui dans une culture qui transforme le patient en acteur, en « usager » des soins médicaux sans souci authentique pour sa souffrance psychique de sujet en détresse ? Trois exemples, tirés de l’actualité mouvementée du mois d’avril 2004 au cours duquel les hommes politiques n’ont pas su prendre toute la mesure de la « condition de l’homme moderne », nous permettront d’illustrer cette question. Cette culture « moderne » prive simultanément le sujet humain de sa valeur subjective, de ce « souci de soi » dont nous reparlerons, et de sa fonction politique. Dans cette privation de l’action politique et de l’œuvre subjective, l’homme contemporain se voit condamné à une spirale de revendications sociales et de consommations solitaires des biens sociaux. Parmi ces biens sociaux, dont il se trouve reconnu propriétaire, consommateur et usager de plein droit, par une législation quelque peu harcelante, figure sa santé. Au fil des siècles, les hommes n’ont cessé de lutter contre la maladie, de rechercher le bien-être physique et une sécurité corporelle toujours croissante. À notre époque, il est communément admis de placer la santé dans la catégorie du « bien ». Une telle conception de la maladie et du soin contient à la fois des mythes, des idéologies et des revendications sociales. Elle traverse l’ensemble des productions scientifiques, en particulier en médecine, en sociologie et en économie de la santé.

Voici le premier exemple. Il s’agit d’un document télévisé soulignant le mérite de l’information médicale dans la promotion du patient en tant qu’acteur du soin dont il va bénéficier. Les images défilent selon la rhétorique traditionnelle de la publicité : un staff médical discute des choix thérapeutiques devant une tumeur de la vessie, une image de scanner objective la tumeur, les paroles du « patron » déroulent l’intrigue du problème : chimiothérapie ? chirurgie ? radiothérapie ? Le patient est invité à donner son avis sur les avantages et les inconvénients des différentes stratégies thérapeutiques (« choix de préférences »). Gageons que, dans les coulisses du dialogue médical, les praticiens lui auront exposé les données probabilistes déduites des travaux internationaux les plus récents, l’auront informé « loyalement » et l’auront « éclairé » sur les marges de manœuvre dont l’équipe dispose dans le cadre des protocoles standardisés de la Médecine fondée sur des preuves et de la législation en vigueur. La législation en vigueur ne concerne pas seulement l’encadrement législatif des actes médico-chirurgicaux autorisés ou proscrits par les lois d’un pays, mais aussi le cadre culturel et déontologique défini virtuellement par l’avis des experts que le Conseil de l’Ordre ne manquerait pas de requérir en cas de plainte. Cette législation des actes médicaux se trouve également cadrée par les rationalisations économiques consensuelles et actuelles des compagnies d’assurances sociales : combien de journées d’hospitalisation, par exemple ?

Le patient va sûrement, dès son retour chez lui, consulter sur Internet les bases de données des travaux médicaux les plus récents sur sa maladie et son pronostic. Au point même d’acquérir des connaissances médicales qui feraient rougir de honte n’importe lequel de ses amis médecins consultés inopinément. Le patient avoue devant les caméras télévisées sa satisfaction de pouvoir participer au choix thérapeutique et prononce cette phrase : « On est vraiment intégré dans l’équipe ». Dénouement de l’intrigue posée par la détresse psychique du malade : l’information du consommateur de soins, désormais promu auxiliaire de l’équipe médicale. Mais est-ce la connaissance de ces informations médicales qui dispose véritablement le malade à son traitement, ou bien la fraternité chaleureuse de l’équipe soignante amenée ici à le traiter indirectement en sujet humain ? Ne soyons pas hypocrites : face à cette mauvaise nouvelle, à cette malédiction des maladies graves, lequel d’entre nous ne souhaiterait pas qu’une équipe de médecins prenne du temps pour expliquer certes, mais aussi pour lui parler et l’écouter ? Dans cette civilisation folle de l’instrumentation du vivant et de l’objectivation du sujet humain, comment « évaluer » l’effet des paroles, celui de la mélodie de la voix ou encore le bienfait de la véritable présence de l’Autre ? Comment et avec quels critères évaluer « qu’il fait plus clair quand on parle », comme le disait à sa tante le petit garçon de l’histoire freudienne, alors qu’il se trouvait plongé dans l’obscurité ? Mais ce patient, ainsi « intégré » dans l’équipe médicale le temps d’une consultation, restitué dans ses prérogatives sociales d’avoir à faire un choix thérapeutique qui le concerne, que fera-t-il de son angoisse, de ses rêves et de ses cauchemars, dans les jours et les nuits qui suivront ?

Cette idéologie de la santé comme bien, du corps comme propriété sociale dont l’individu jouit, s’avère lourde de conséquences. La pratique psychanalytique nous a rendus sur ces questions plus prudents que le journaliste du reportage documentaire. L’hystérique s’est vouée par ses symptômes à en dé-construire les valeurs : la fonction de l’organe corporel peut être détournée de son usage, entamée dans son bien pour une autre cause, celle du désir.

Le deuxième exemple concerne le choix du thème de la journée de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2004. Les médias se réjouissent à l’envi : le 7 avril 2004 sera la journée de « la sécurité routière ». Certes, le nombre de morts et de blessés sur les routes de France ne nous laisse pas indifférents. Il suffit de s’être trouvé comme soignant, parent ou ami à l’hôpital, en réanimation par exemple, pour se rendre compte du désastre humain, du drame familial, de l’horreur biologique et psychique que constituent ces événements. Là encore, nos pratiques cliniques attestent à l’évidence que nombre d’accidents participent d’une psychopathologie de la vie quotidienne : meurtres ou suicides, passions du risque, rituels initiatiques d’adolescents désespérés ou antisociaux, bref psychopathie actualisant une position psychique souvent maniaque, addictive, voire masochiste, ou encore franchement délinquante, ou bien tout simplement réactionnelle à la haine conformiste de nos civilisations. Cela est incontestable. Mais il est incontestable également pour nous que cette médicalisation de la déviance, fût-elle routière, constitue un moment particulier de l’évolution de la culture et de la fonction sociale de cette pratique que l’on appelle la médecine. Cette dilatation du pouvoir sur les vies, cet accroissement du magistère médical dans le gouvernement des conduites et des expertises des comportements, ces nouvelles fonctions de rééducation et de normalisation psychique de la médecine dans la gestion des populations constituent un symptôme dans le lien social. Si l’OMS peut placer sa journée mondiale sous l’enseigne de « l’insécurité routière », alors on peut se demander ce qui, à l’heure actuelle, ne relève pas du champ de la santé ? La pédagogie ? La religion ? L’amour ? La famille ? La politique ? L’éthique ? Allons donc, même la psychanalyse et la souffrance psychique n’ont pas su échapper au contrôle sanitaire… au « sanitairement correct ».

Le troisième exemple est justement l’examen le même jour, le 7 avril 2004, par l’Assemblée nationale, d’un amendement dit Accoyer, puis Giraud, puis Mattéi, concernant l’encadrement législatif des psychothérapies dans la loi de santé publique. Qui a le droit de pratiquer des psychothérapies ? Pourquoi et comment réglementer de telles pratiques ? Depuis le vote à l’unanimité en première lecture de l’amendement Accoyer le 8 octobre 2003 à l’Assemblée nationale par un faible nombre de députés, les « psys » ont ouvert un espace public de débats et de dialogues intellectuels auquel la moite torpeur de notre culture « néolibérale » ne nous avait plus habitués. Les médias se sont largement fait l’écho de cette « révolte des psys » habilement et redoutablement gérée par le ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, qui a réussi le 12 décembre 2003 à faire voler en éclats le front uni des opposants à cette médicalisation outrancière de la souffrance psychique. Passons sur l’histoire des événements produits par cet amendement Accoyer, adopté en janvier 2004 au Sénat dans une atmosphère passionnée et lourde de débats houleux au cours desquels certains sénateurs furent particulièrement brillants, Jack Ralite et Jean-Pierre Sueur par exemple. Cet amendement est revenu en deuxième lecture à l’Assemblée nationale le 7 avril 2004 sous la nouvelle appellation d’amendement Dubernard. Et le débat continue… Laissons de côté la logique des événements pour examiner plus précisément ce qui nous intéresse ici : l’instrumentation de la vie psychique par l’insertion dans une logique hygiéniste de santé publique des « praticiens » du « souci de soi », du soin de la souffrance psychique .

Mais, préalablement, remarquons que cet amendement Accoyer n’est pas l’œuvre d’un homme politique particulièrement extrémiste et épris follement de sécurité. En tant que président du SIUEERPP, nous avons rencontré le Dr Accoyer, promoteur de l’Amendement, le professeur Giraud, rapporteur au Sénat, le Dr Alain Corvez, conseiller du professeur Jean-François Mattéi, etc., et nous avons à chaque fois apprécié la qualité d’écoute chaleureuse, attentive et intelligente de nos interlocuteurs. Ce n’étaient pas des militants de l’extrême, possédés d’hygiénisme ou hantés par ce « totalitarisme rampant » de la Santé publique québécoise. Non, à chaque fois le dialogue s’est poursuivi dans l’écoute et le respect, jusqu’à son point d’impasse : comment peut-on soigner des gens, qui plus est fragilisés mentalement, sans diplômes ?

Nous sommes là au cœur du problème qui nous occupe dans ce prologue : la connaissance, en médecine ou en psychologie, organise-t-elle légitimement les pratiques sociales de la subjectivité, du « souci de soi », ou celles-ci relèvent-elles d’une autre logique ? Les réponses à cette question déterminent la place du sujet moderne par rapport à l’inscription et à sa participation dans la vie de la cité (le politique), à sa manière de diriger sa conduite (l’éthique), au statut qu’il accorde à la science dans l’espace socioculturel où il évolue (l’épistémologique). Disons-le d’emblée très clairement : l’amendement Accoyer ne relève pas d’un choix politique, au sens traditionnel du terme, mais procède d’une logique initiée depuis longtemps, poursuivie sans état d’âme récemment par la gauche alors que Bernard Kouchner était ministre de la Santé. Cette logique place « l’écart de conduite », la souffrance psychique, le gouvernement des comportements sous l’emprise de l’expertise sanitaire, sous l’égide d’une nouvelle police des corps et de l’âme. La santé devient un problème politique et la politique de santé participe d’une normalisation collective des comportements érigée en politique d’État. En massifiant et en uniformisant les conduites, la politique de santé publique les exproprie de leur singularité par des expertises précoces du comportement .

On pourrait penser que nous exagérons. Prenons un exemple clinique. Il s’agit d’un enfant de six ans que ses « symptômes » ont conduit, sur l’incitation de l’école, à une consultation en pédopsychiatrie. Ces symptômes ne nous paraissent pas probants. Ce petit garçon ne souffre d’aucune phobie, terreur nocturne, énurésie, retard scolaire, anorexie, conversions somatiques, violences contre lui-même ou contre d’autres, etc. Non, il a été simplement « signalé » par l’école à l’équipe de pédopsychiatrie parce qu’au cours d’une récréation il avait profité que le portail soit resté ouvert pour aller se promener avec un autre enfant de son âge dans la ville… Cette petite escapade a été diagnostiquée « fugue » ! Nul doute que certains diagnostics sont prononcés sous le coup de l’effet produit sur celui qui les énonce, comme un effet de la vérité qui l’affecte par le discours ou le comportement d’un semblable. Nous voulons dire par là que le « gros mot » du diagnostic de « fugue » pour une petite escapade se trouve sans doute à la hauteur de la frayeur que cette absence buissonnière a pu produire sur l’institutrice. Pour peu que ce petit garçon se soit quelque peu agité en classe et qu’il soit malheureusement pour lui tombé sur un psychiatre « vétérinaire », il aura été sans nul doute traité par la Ritaline ou quelque autre psychotrope. À tout prendre, dans les temps obscurs de notre civilisation, il aurait reçu une bonne correction, ce qui sans doute se serait révélé moins dangereux que le « fichage » pédopsychiatrique et ses « drogues » licites… Mais nos moyens de sanction ont changé, les récompenses et les punitions qui venaient valider positivement ou invalider négativement nos comportements se sont médicalisées.

Foucault montre qu’à partir du XVIIIe siècle, l’écart de conduite, l’infraction définie par la loi, se trouve apprécié d’un point de vue psychologico-moral, lequel participe à établir la sanction pénale. Donc, on n’est plus puni seulement pour la faute commise, mais également pour les déterminations psychologiques et morales qui auraient poussé à sa réalisation. Ce n’est plus l’infraction qui se trouve sanctionnée, mais également le caractère de celui qui la commet. Le délinquant n’est plus seulement puni pour la transgression accomplie mais aussi en tant que sujet psychologique, moral, éthique. Cette fiction du sujet ainsi conçu s’avère le produit d’une technique et d’une pratique de discours qui s’appelle la psychiatrie. Nous sommes là à un moment particulier de la culture au cours duquel l’expertise psychiatrique va aider les magistrats à faire passer le sujet délinquant du rang d’inculpé au statut de condamné. Ce rôle nouveau du médecin dans l’histoire s’est trouvé sans cesse peaufiné au cours du XIXe siècle en participant toujours davantage non seulement au contrôle hygiéniste des corps mais encore à la police psychologique des âmes, des comportements et des discours.

Au cours du XXe siècle la multiplication des « machines à guérir » et à prévenir les maladies industrialise et uniformise les pratiques médicales de surveillance des conduites. Non seulement, la psychiatrie et la psychologie des comportements participent à caractériser les fautes et à établir de quelles déterminations elles relèvent, mais encore elles participent dans leurs pratiques à l’accomplissement même de la sanction. On punit moins parce qu’on corrige davantage. Ces nouvelles corrections des comportements et des paroles se trouvent légitimées par la « formation scientifique » de leurs acteurs tout en recevant la bénédiction morale d’une nouvelle religion laïque à laquelle participe la médecine de masse. C’est en effet plus soft de parler de thérapies cognitivo-comportementales (TCC) que de « carotte » et de « bâton », même si les opérateurs et les principes qui mettent en œuvre ce mode de sanction demeurent semblables : renforcer positivement certains comportements et en sanctionner négativement d’autres. Simplement, les TCC constituent des modes de sanction davantage rationalisés, aseptisés, anesthésiés, socialisés que les récompenses et punitions traditionnelles des temps obscurs où nous étions dressés et corrigés pour « être comme il faut ». Dans cette « neurozoologie des comportements », les psychologues de l’enfant et de l’adolescent seront bientôt recrutés parmi les primatologues… Après avoir traité les animaux comme des « bêtes », on finira bien par traiter l’homme sans humanité : « c’est parce que cette unité de l’espèce n’a rien d’imaginaire […] que la société de masse, où règne l’homme-animal social, et où l’on pourrait, semble-t-il, assurer mondialement la survie de l’espèce, peut dans le même temps menacer d’anéantir l’humanité ».

Donc comme nous venons de le constater, la condition de l’homme moderne à partir des XVIIe et XVIIIe siècles dispose et prépare l’avènement d’un « homme comportemental » dont les « troubles » peuvent être rééduqués par des fausses sciences, mais évalués objectivement. Ces fausses sciences lui apprennent ainsi comment il faut se comporter dans sa vie pour bien se porter dans sa tête et dans son corps. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est à la fois une vieille histoire que nous évoquerons dans le chapitre suivant et une histoire plus récente dont le développement actuel organise le champ des pratiques de santé et auquel cet ouvrage se trouve consacré. Comment en est-on arrivé à ce que le pathos de la souffrance psychique et de la « connaissance tragique » qu’il convoque soit réduit à un « trouble du comportement » voué à être redressé par les TCC ou à être anesthésié par les psychotropes ? La question de cette « médicalisation de l’existence » a été abordée sous différents angles par plusieurs auteurs à la suite de Michel Foucault, en particulier Petr Skrabanek, Édouard Zarifian, Pierre Aïach et Daniel Delanoë ou encore Élisabeth Roudinesco. Notre contribution personnelle à cette problématique consiste à montrer comment le « médical », en tant que distinct du « thérapeutique », tend indéfiniment et férocement à réduire l’« être » (l’ex-sistence) qui se dérobe à sa rationalité et par là même le constitue. Il s’agit non seulement de dé-construire l’idéologie médicale qui prescrit socialement des conduites au nom d’une soi-disant description scientifique de la réalité, mais aussi de montrer par quels ressorts symboliques ces processus de rationalisation et de normalisation opèrent.

La haine du singulier, en tant que figure de l’être, accompagne la haine de la parole et du langage. Or, cette médicalisation de l’existence pourrait se transformer en idéologie totalitaire, « fasciste », apte à légitimer l’administration des conduites individuelles et la mystification des masses, si au nom de la science médicale le vivant se trouvait converti dans un « fétichisme de la marchandise », « objet industriel » selon de nouvelles normes sociales, morales et politiques. Alors, à l’« industrie culturelle » analysée en leur temps par Horkheimer et Adorno s’ajouterait une « industrie sanitaire » quadrillant l’espace social et politique de l’humain, prolongeant la mécanisation rationnelle, morcelante, calculatrice et aliénante du travail et du loisir. Une telle médicalisation de l’être ne relèverait pas des seuls médecins et professionnels de santé, mais procéderait davantage d’une idéologie de biopolitique des populations. Le sujet humain ne serait plus qu’un « exemplaire » de son espèce et perdrait sa valeur de « cas unique ». Adorno remarquait déjà qu’à Auschwitz, ce n’était pas « l’individu qui mourait mais l’exemplaire ». Ce triomphe de la pensée cognitivo-instrumentale, de la rationalité calculatrice, de sa dilatation technique et de son extension de masse accomplit l’« autodestruction de la Raison » par elle-même. Lorsque cette forme d’aliénation sociale et psychologique s’accomplit au sein même de la pensée et du langage à leur tour instrumentalisés, « ruinés » dans leur fondement poétique et politique, il n’est plus possible de la déconstruire. Il n’est plus possible de vivre en tant qu’être, d’exister en tant qu’humain.

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Notes

  1. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne [1958], Paris, Calmann-Lévy, 1994.

  2. Prologue de l’ouvrage « La santé totalitaire ».

  3. Evidence Based Medicine (EBM).

  4. Bios, c’est la vie.

  5. Cf. l’excellent ouvrage d’Élisabeth Roudinesco, Le Patient, le Thérapeute et l’État, Paris, Fayard, 2004.

  6. Séminaire inter-universitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse.

  7. Cf. le BO de l’Éducation nationale du 11 novembre 2003 incitant au « fichage » des enfants psychologiquement à risques.

  8. Michel Foucault, Les Anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975, Paris, Gallimard, 1999.

  9. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne [1958], Paris, Calmann-Lévy, 1994.

  10. Roland Gori, Logique des passions, Paris, Denoël, 2002.

  11. Disorders dans le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).

  12. Nietzsche.

  13. Au sens où Barthes parle de « fascisme » de la langue conçu non pas comme une interdiction de dire mais comme une obligation à dire. Ce qui signifie ici que le sujet se verrait obligatoirement médicalisé dans l’accomplissement de son existence sans pouvoir s’y soustraire. Ce ne serait pas Knock de Jules Romains, mais plutôt 1984 de George Orwell.

  14. Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La Dialectique de la raison [1944], Paris, Gallimard, 1974.

  15. Theodor W. Adorno, La Dialectique négative [1966], Paris, Payot, 2003.


REVUE DE PRESSE

Douville, O. (2005). Roland Gori et Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël, coll. « L’espace analytique », 2005. Cliniques méditerranéennes, no 72(2), II-II. https://doi.org/10.3917/cm.072.0299b.

Gori, R. et Del Volgo, M.-J. (2009). De la société de la norme à une conception managériale du soin. Connexions, 91(1), 123-147. https://doi.org/10.3917/cnx.091.0123.

(2005). Notes de lectures. Le Carnet Psy, 99(4), 13-19. https://doi.org/10.3917/lcp.099.0013.

Actualités Droits-Libertés – 2025 – Novembre – Entretien avec le psychanalyste, Roland Gori par Jeanne de Gliniasty – https://doi.org/10.4000/154uq

Ostermann, G. (2022). 1. La Médicalisation de l’existence – Ou quand les grenouilles sont cuites ! Hegel, 4(4), 350-358. https://doi.org/10.3917/heg.124.0350.

Guy Lapostolle, Roland Gori. Entretien avec Roland Gori. La pensée d’ailleurs, 2024, 6, ?10.57086/lpa.981?. ?hal-04803956?

Gori, R. et Del Volgo, M.-J. (2009). De la société de la norme à une conception managériale du soin. Connexions, 91(1), 123-147. https://doi.org/10.3917/cnx.091.0123.

(2006). Entretien avec Roland Gori. Psychanalyse, no 5(1), 41-56. https://doi.org/10.3917/psy.005.0041.

Douville, O. (2005). Roland Gori et Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël, coll. « L’espace analytique », 2005. Cliniques méditerranéennes, no 72(2), II-II. https://doi.org/10.3917/cm.072.0299b.

Grand entretien avec Roland Gori – Savoir/agir – savoir-agir.org – https://www.savoir-agir.org › IMG › PDF – 16 oct. 2015 — Roland Gori a été professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques à l’université d’Aix-Marseille. Il est psychanalyste.


Mon rapport de lecture

Serge-André Guay, Observatoire des nouvelles pratiques philosophique

Avec la collaboration de Google Gemini


Quand la médicalisation vous bouffe l’existence sans égard à la philosophie

La souffrance : Pathologie ou Condition Humaine ?

Pour la médecine moderne (le « biopouvoir »), la souffrance est un dysfonctionnement qu’il faut supprimer, souvent par la chimie ou le protocole.

  • Le point de vue philosophique : Des penseurs comme les stoïciens ou les existentialistes voient la souffrance comme une part intrinsèque de la condition humaine. Souffrir d’un deuil ou d’une rupture n’est pas une « maladie », c’est le signe que l’on vit.

  • Le risque : En médicalisant la tristesse, on empêche l’individu de mener son propre travail réflexif. On remplace la quête de sens par la recherche de confort.

L’autonomie face à l’hétéronomie

La médicalisation impose une norme extérieure (le « bon » comportement, la « bonne » humeur). C’est ce que les auteurs appellent la santé comme « conformité ».

  • Le point de vue philosophique : La philosophie est, par définition, une conquête de l’autonomie (penser par soi-même).

  • Le conflit : La médecine totalitaire transforme le citoyen en patient permanent. Là où la philosophie invite à se questionner sur sa propre vie, la médicalisation invite à se soumettre à l’expertise de l’autre.

La mort et la finitude : L’échec médical vs La sagesse

Dans le paradigme de la « santé totale », la mort est presque perçue comme un échec technique ou une erreur de gestion.

  • Le point de vue philosophique : La philosophie est souvent définie comme un « apprentissage de la mort » (memento mori). Elle accepte la finitude.

  • La dérive : En voulant tout soigner, on finit par nier la finitude humaine. Gori et Del Volgo dénoncent cette volonté de « réparer » l’homme comme s’il était une machine, lui retirant ainsi sa dignité de sujet mortel.

La médicalisation est une réponse technique à une question existentielle. Là où la philosophie propose de faire l’expérience de la vie (avec ses ombres), la médicalisation propose de gérer la vie. On passe d’une « vie bonne » (éthique) à une « vie saine » (biologique).


Voici une proposition de paragraphe introductif pour cette section, mettant en lumière le basculement du sujet pensant vers l’objet médicalisé.


La médicalisation : un hold-up sur l’expérience intérieure

L’un des apports majeurs de l’ouvrage de Roland Gori et Marie-José Del Volgo est de souligner la disparition du « sujet de la parole » au profit du « corps-machine ». Traditionnellement, la philosophie considère que l’être humain se construit à travers ses crises, ses doutes et sa capacité à donner un sens à ses épreuves. Or, la médicalisation de l’existence opère une véritable substitution : elle remplace le questionnement philosophique sur le sens de la vie par une gestion technique du vivant.

Dès lors que la mélancolie devient une dépression chimique, que l’agitation de l’enfant devient un trouble neurologique ou que l’angoisse de la mort devient un problème de santé publique, nous assistons à une expropriation du vécu. Ce qui relevait autrefois de la sagesse (la capacité à habiter sa propre finitude) est désormais capté par un discours expert qui ne cherche plus à comprendre, mais à normaliser. En transformant chaque repli de l’âme en symptôme, la « santé totalitaire » nous prive de notre droit à l’intranquillité, cette tension pourtant indispensable à l’exercice de la liberté et de la pensée.


Le silence de l’expert vs la parole du sujet : La médecine moderne s’appuie sur l’imagerie et les biomarqueurs (ce que l’on voit). La philosophie s’appuie sur le récit (ce que l’on dit). L’article pourrait montrer comment le diagnostic « muet » écrase la vérité du patient.

La santé comme nouvelle morale : Autrefois, on cherchait à être un « homme de bien » (éthique). Aujourd’hui, on nous enjoint d’être « en forme » (biologie). La santé est devenue la nouvelle norme transcendante qui juge de la valeur d’une vie.


Analyse approfondie de l’œuvre : « La Santé totalitaire »

L’essai de Roland Gori et Marie-José Del Volgo ne se contente pas de critiquer le système de santé ; il propose une véritable anthropologie politique du soin. Les auteurs y décrivent une mutation civilisationnelle où la rationalité technique finit par déborder sur l’existence même du sujet.


L’avènement de la « technomédecine » : du colloque singulier à la gestion comptable

Le cœur du livre repose sur le deuil de la clinique. Autrefois, l’acte de soin était fondé sur la parole et la rencontre entre deux singularités. Aujourd’hui, il est médiatisé par des outils de mesure (imagerie, biomarqueurs, statistiques).

  • L’expropriation du sujet : Le patient n’est plus celui qui souffre et raconte son histoire, mais un « exemplaire » biologique dont les données doivent correspondre à des protocoles standardisés (l’EBM ou Evidence Based Medicine).

  • La dictature du chiffre : Les auteurs dénoncent l’importation des méthodes du management industriel dans l’hôpital. Le soin devient une prestation de service soumise à une rentabilité immédiate, transformant le médecin en un gestionnaire de risques et le patient en un usager client.

La médicalisation de l’existence : fabriquer l’homme « normal »

Gori et Del Volgo alertent sur l’extension du domaine de la santé. Désormais, tout ce qui échappe à la performance sociale est étiqueté comme pathologique.

  • Le formatage des comportements : Le livre montre comment l’on traite désormais par le médicament ou les thérapies comportementales (TCC) ce qui relève du conflit social ou de l’aléa de la vie. Le deuil, l’agitation enfantine ou la mélancolie ne sont plus des étapes de l’existence, mais des « troubles » à corriger.

  • La santé comme nouvelle morale : Être en bonne santé est devenu une injonction. Celui qui ne « s’auto-gère » pas, qui ne suit pas les prescriptions de bien-être, finit par être culpabilisé. C’est ce que les auteurs nomment le « sanitairement correct ».

Le Biopouvoir : une démocratie sous anesthésie

En s’appuyant sur Michel Foucault, l’ouvrage démontre que la santé est devenue le bras armé d’un nouveau contrôle social.

  • L’expert contre le politique : Sous prétexte de sécurité sanitaire, les décisions ne sont plus prises par le débat démocratique mais par des experts techniques. Cette « gouvernance par les nombres » réduit le citoyen à un corps biologique qu’il faut administrer, vacciner, tracer et normaliser.

  • La « santé totalitaire » comme oxymore : Le totalitarisme ici n’est pas brutal ; il est doux, protecteur et hygiéniste. Il s’installe au nom du « bien » de l’individu, rendant la contestation presque impossible : qui pourrait raisonnablement s’opposer à la santé ?

La résistance par la parole et le tragique

Face à cette « neurozoologie des comportements », les auteurs plaident pour une réhabilitation de la dimension tragique de l’existence.

  • L’éthique de la parole : Le remède réside dans le maintien d’espaces où la parole n’est pas instrumentalisée. Reconnaître que la maladie n’est pas qu’un dysfonctionnement organique, mais une épreuve qui demande du sens.

  • Défendre le singulier : Contre la massification des données, il faut défendre le « cas unique ». C’est là que se loge la liberté humaine : dans ce qui, en nous, échappe à l’évaluation et au calcul.


Voici une proposition de texte de fond, rédigée avec une plume acérée, pour dénoncer cette hégémonie du diagnostic sur la pensée. Ce texte est conçu pour bousculer le lecteur et remettre la philosophie au centre du soin.


Quand la médicalisation vous bouffe l’existence sans égard à la philosophie

Nous vivons sous le règne d’un oxymore dévastateur : la « santé totalitaire ». Ce qui devait être un outil de libération et de soulagement est devenu une grille de lecture unique qui dévore, un à un, les pans de notre humanité. Aujourd’hui, on ne vit plus, on se gère. On ne souffre plus, on dysfonctionne.

L’expropriation du sens

Le drame de la médicalisation moderne réside dans son mépris souverain pour la question du sens. Là où la philosophie demande : « Que nous dit cette épreuve de notre condition humaine ? », la technomédecine répond par un protocole, une molécule ou une statistique. On a remplacé le « pourquoi » existentiel par le « comment » technique.

En transformant nos deuils en dépressions, nos colères en troubles du comportement et nos timidités en phobies sociales, la machine médicale nous exproprie de notre propre destin. Elle nous retire le droit au tragique, cette dimension pourtant essentielle qui permet à l’homme de se construire à travers l’adversité.

La dictature de la « Norme » contre la singularité

La philosophie est l’art du singulier, de l’exception, de l’interrogation. La médicalisation à outrance, elle, est l’art de la normalisation. Sous couvert de « bien-être », on cherche à raboter tout ce qui dépasse.

  • L’individu devient un « usager » : un dossier, une suite de biomarqueurs, un exemplaire statistique.

  • La vie devient une performance : la santé n’est plus l’absence de maladie, mais une injonction à l’optimisation constante. Celui qui n’est pas « performant » est d’office suspect d’être « malade ».

Le Biopouvoir : une anesthésie de la pensée

Ce n’est plus le politique qui gouverne nos cités, c’est l’expert sanitaire. En s’appuyant sur ce que Roland Gori nomme une « neurozoologie des comportements », le pouvoir actuel traite le citoyen comme un simple organisme biologique à administrer.

Quand la science se substitue à la conscience, la démocratie s’étiole. En évacuant la philosophie du champ de la santé, on évacue le débat sur les valeurs. On ne discute plus de la « vie bonne » (la eudaimonia des Grecs), on se contente de surveiller la survie biologique.

Conclusion : Retrouver la révolte du sujet

Il est urgent de réinjecter de la philosophie dans nos cabinets médicaux et dans nos vies. Il faut oser dire que tout n’est pas « guérissable » parce que tout n’est pas une maladie. La fragilité, l’angoisse devant le néant, le sentiment d’absurdité ne sont pas des pathologies : ce sont les signes que nous sommes encore des êtres pensants, et non de simples machines organiques.

Contre l’empire du diagnostic qui nous bouffe l’existence, il est temps de réclamer le droit à une parole qui ne soit pas formatée. Car une vie sans examen philosophique, fût-elle en parfaite santé biologique, ne vaut pas la peine d’être vécue.


Ce que la médecine vole à la philosophie

Dans le Chapitre 7 intitulé « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale » les auteurs dénoncent le plus vigoureusement l’empiétement de la médecine sur le terrain de la philosophie et de l’existence. Voici comment ce chapitre, ainsi que d’autres passages clés, traitent cette « capture » du philosophique par le médical :


Le Chapitre 7 : La naturalisation de l’esprit

Ce chapitre analyse comment des questions fondamentales sur la liberté, la conduite de vie et la souffrance éthique sont transformées en simples dysfonctionnements biologiques.

  • Le diagnostic comme expertise : Les auteurs montrent que le diagnostic médical n’est plus seulement un outil de soin, mais une manière d’étiqueter une déviance sociale ou un questionnement existentiel pour le rendre « muet ».

  • La dépossession du sens : Ce qui relève normalement de la réflexion sur soi (pourquoi je souffre ? quel est le sens de ma vie ?) est court-circuité par une réponse technique. On ne cherche plus la « vérité » du sujet, mais sa conformité à un ordre biologique.


Le Chapitre 2 : « Du soucie-toi de toi-même à connais-toi toi-même »

Ce chapitre remonte aux sources philosophiques (le souci de soi antique) pour montrer comment la médecine a dévoyé ce concept.

  • De la sagesse à la iatrique : Là où la philosophie antique voyait dans le soin de l’âme une quête de sagesse et de liberté, la médicalisation moderne en a fait une simple maintenance technique du corps.

  • L’exigence de performance : La philosophie de la « vie bonne » est remplacée par l’exigence médicale de la « vie saine », évacuant toute dimension éthique ou tragique au profit d’une hygiène de vie comptable.


Le Prologue : Le « souci de soi » en miettes

Dès l’introduction, les auteurs posent le constat que la médecine actuelle colonise des domaines qui appartenaient autrefois à la sagesse populaire ou à la philosophie :

  • Le deuil et l’échec : Ces expériences, qui sont des « épreuves de vérité » pour un philosophe, sont désormais traitées comme des pathologies chimiques.

  • La médicalisation de la déviance : Au lieu de débattre philosophiquement ou politiquement de ce qu’est une vie « normale », on laisse l’expert médical fixer les frontières de l’acceptable par le biais de manuels statistiques (comme le DSM).


En résumé : Ce que la médecine « vole » à la philosophie

Concept Philosophique Transformation Médicale (selon le livre)
La Souffrance Un symptôme à supprimer (molécule).
La Singularité Un écart statistique par rapport à la norme.
La Liberté Une capacité d’auto-gestion et de performance.
Le Tragique Un désordre psychique ou une inadaptation.

Les auteurs soutiennent que lorsque la médecine « bouffe » la philosophie, elle transforme l’homme en un animal de laboratoire (la « neurozoologie ») dont on surveille les réactions au lieu d’écouter ses raisons.


La médecine cherche la suppression du symptôme, alors que la philosophie cherche la compréhension du sujet. En choisissant la suppression, la médecine finit par « bouffer » l’existence même de l’individu en lui interdisant de penser sa propre douleur.


La « Neurozoologie »

Dès l’ouverture du chapitre 7, les auteurs traitent de la réduction de l’esprit au cerveau. Les auteurs y dénoncent une médecine qui ne voit plus en l’homme un « être de raison » (concept philosophique), mais un animal dont on surveille les réactions chimiques. Ils utilisent le terme de « naturalisation de l’esprit » pour expliquer comment la médecine « bouffe » le terrain de la pensée.


Absence de référence direct à la philosophie

Roland Gori et Marie-José Del Volgo : ne nomment pas la philosophie de manière explicite parce qu’ils la font agir à travers d’autres concepts.

1. La question du « Sens »

Dès que vous lisez le mot « sens » dans ces paragraphes, c’est de philosophie qu’il s’agit. Pour les auteurs, la médecine moderne supprime le sens pour ne garder que la fonction.

  • La thèse du livre : La médicalisation « bouffe » l’existence parce qu’elle remplace la recherche de sens (philosophie) par la recherche de causes biologiques (médecine).

2. Le « Sujet »

Le mot « sujet » est, chez Gori, le synonyme du philosophe en nous. Le « sujet », c’est celui qui pense, qui décide et qui s’interroge.

  • Ilss parlent de la « parole du sujet » que la médicalisation étouffe, ils décrivent l’extinction de la pensée réflexive.

3. L’« Éthique » et le « Politique »

Les auteurs mentionnent que la remédicalisation traite comme des pathologies ce qui relève de l’éthique.

  • Or, l’éthique est la branche fondamentale de la philosophie qui traite de la « vie bonne ». En disant que la médecine colonise l’éthique, ils disent explicitement que la médecine prend la place de la philosophie.


On ne trouve pas le mot « philosophie » écrit noir sur blanc à chaque ligne, c’est justement parce que les auteurs dénoncent son éviction. La philosophie est la « grande absente » de la médecine moderne.

« Dans le discours médical actuel, le mot « philosophie » a disparu, remplacé par des protocoles. On a évacué la question du sens pour ne plus gérer que des comportements. »

La médicalisation est si totale qu’elle a même réussi à faire oublier le nom de ce qu’elle a supprimé.


Citations et commentaires – Chapitre 7

Les passages clés du chapitre 7 de l’ouvrage La Santé totalitaire (2005) de Roland Gori et Marie-José Del Volgo, qui illustrent comment la médicalisation évince la réflexion et la dimension humaine.

Sur la naturalisation de l’humain et la perte de sens

Ce passage décrit comment le discours « scientiste » et la biologie (la neurozoologie) remplacent la compréhension du sujet par une simple instrumentation.

« Cette naturalisation de l’humain par la neurozoologie des comportements produit paradoxalement un « anthropomorphisme » de la nature. […] Le désaveu de la fonction du signifiant participe de cette naturalisation de l’humain et de son inclination à instrumentaliser autrui. »

Notice bibliographique : GORI, Roland et DEL VOLGO, Marie-José. « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale », in La Santé totalitaire, Paris, Éditions Denoël, 2005, p. 212-213.

En parlant de « neurozoologie », Gori et Del Volgo dénoncent une médecine qui ne traite plus l’homme comme un être de langage et de culture (le « signifiant »), mais comme un simple organisme biologique. L’existence est ici « bouffée » par une vision purement mécanique : si l’esprit n’est qu’un prolongement du cerveau, alors la souffrance n’est qu’un court-circuit chimique. La philosophie, qui s’intéresse à ce que l’homme dit de sa douleur, est ici rendue caduque par une science qui ne veut voir que ce que le corps fait.

Sur l’éviction de la philosophie par la psychiatrie moderne

Les auteurs expliquent ici que la psychiatrie a abandonné sa position historique, qui se situait à l’intersection de plusieurs disciplines, pour se limiter à une gestion technique.

« Jusqu’à une époque récente, la psychiatrie avait trouvé son centre de gravité à mi-distance de la philosophie et de la médecine, de la psychologie et de la neurologie […]. Actuellement, elle se trouve hantée et divisée par deux logiques inconciliables : l’une se référant au pathei mathos de la connaissance tragique de la psychopathologie, l’autre à l’objectivation et à l’expertise des comportements… »

Notice bibliographique : GORI, Roland et DEL VOLGO, Marie-José. « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale », in La Santé totalitaire, Paris, Éditions Denoël, 2005, p. 214.

Les auteurs rappellent ici que le soin psychique est historiquement lié au pathei mathos (la connaissance par la souffrance), un concept tragique et philosophique. Le drame actuel est le divorce entre la médecine et la philosophie. En choisissant l’« objectivation » (transformer le patient en objet d’étude), la psychiatrie moderne perd sa capacité à comprendre l’humain dans sa globalité. Elle remplace la sagesse clinique par une expertise froide, transformant une épreuve de vie en une simple anomalie statistique.

3. Sur la « remédicalisation » et le gouvernement des conduites

Ce passage (situé à la page 224 que vous avez identifiée) montre l’infiltration insidieuse de la logique médicale dans toute l’existence.

« Actuellement et insidieusement, ce gouvernement des conduites par l’épidémiologie psychiatrique, ses expertises et sa pharmacopée se démultiplie à l’envi. […] Or, cette remédicalisation de la folie et de la souffrance psychique repose sur un postulat simple sans cesse « martelé » comme une évidence par ces nouveaux psychiatres : « Notre position est que les enjeux éthiques de ce traitement préventif sont, en psychiatrie, les mêmes que pour toutes les interventions précoces en médecine ». »

Notice bibliographique : GORI, Roland et DEL VOLGO, Marie-José. « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale », in La Santé totalitaire, Paris, Éditions Denoël, 2005, p. 224.

C’est ici que l’argument devient le plus percutant. La « remédicalisation » est présentée comme un « gouvernement des conduites ». Ce n’est plus seulement soigner, c’est formater les individus dès le plus jeune âge. En affirmant que l’éthique de la psychiatrie est la même que celle de la médecine générale, on nie la spécificité de l’âme humaine. On « bouffe » l’existence en prétendant prévenir des « troubles » avant même qu’ils ne s’expriment, empêchant ainsi le sujet de vivre ses propres contradictions et de les transformer par la pensée.

4. Sur la suppression de l’exigence de pensée

Enfin, ce passage illustre comment la pharmacologie « bouffe » le besoin de comprendre la cause de la souffrance.

« La détresse psychique résiste à sa naturalisation […]. On peut bien évidemment naturaliser, médicaliser cette norme en faisant comme si elle se déduisait logiquement d’un modèle induit par la pharmacologie : la dépression est simplement ce que l’antidépresseur guérit. Le problème est que, dans le même mouvement, on supprime par cette ruse pharmacologique l’exigence d’avoir à trouver des témoins valides pour prouver expérimentalement la cause de la maladie et son traitement. »

Notice bibliographique : GORI, Roland et DEL VOLGO, Marie-José. « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale », in La Santé totalitaire, Paris, Éditions Denoël, 2005, p. 231.

Cette citation dénonce un raisonnement circulaire dévastateur pour la liberté individuelle : le médicament définit la maladie. Si le produit « marche », c’est que vous étiez « malade ». Cette « ruse » supprime « l’égard à la philosophie » : on ne cherche plus la cause (sociale, existentielle, familiale) de la détresse, on se contente de l’éteindre chimiquement. L’existence est ici réduite à une équation pharmacologique où l’exigence de pensée est sacrifiée au profit d’un retour rapide à la norme productive.


Les dommages de la « médicalisation de l’existence » au sein de la société

L’ouvrage de Roland Gori et Marie-José Del Volgo permet d’analyser de manière chirurgicale les dommages que la médicalisation de l’existence inflige au corps social. Ce n’est plus seulement l’individu qui est « bouffé », mais le tissu même de notre vie commune et de notre démocratie.

La désaffiliation et l’isolement du sujet

Le premier dommage social est la rupture du lien. En transformant des problèmes de société (chômage, précarité, exclusion) en « troubles psychologiques » individuels, la médicalisation isole l’individu.

Au lieu de chercher des solutions collectives ou politiques à la souffrance, on renvoie l’individu à sa propre biologie. La société ne se sent plus responsable de la misère de ses membres si celle-ci peut être « soignée » par une molécule. On passe d’une solidarité sociale à une gestion pharmaceutique de l’exclusion.

La « démocratie sans démocrates » : le règne de l’expert

Un dommage majeur est l’effacement du débat citoyen au profit de l’expertise technique.

Les auteurs parlent de la « banalité du mal » procédant d’une logique de « conformisme, de normalisation, de réification et d’instrumentation de l’humain ».

Dans une société médicalisée, ce n’est plus le philosophe ou le citoyen qui définit ce qu’est une vie « normale » ou « juste », c’est l’expert (le médecin, le statisticien). Cela crée une société apathique où les décisions politiques sont camouflées derrière des impératifs sanitaires. C’est l’essence même de la « santé totalitaire » : on ne peut pas voter contre la santé, donc on ne peut plus contester les normes imposées.

Le dommage de la « prévention » comme surveillance généralisée

La médicalisation introduit une passion de l’ordre qui se manifeste par le dépistage de masse et la prévention précoce.

Le dommage social ici est l’instauration d’un climat de suspicion permanente. Comme on le voit à la page 224, traiter les enjeux éthiques comme des interventions médicales précoces revient à « parquer » ou « classifier » les individus (pour reprendre les mots de José Martí en exergue du chapitre). On crée une société de castes entre les « conformes » et les « à risques », brisant l’idéal d’égalité républicaine.

L’expropriation de la culture et de l’histoire

Le chapitre 7 se termine sur un constat terrible : la victoire de « l’homme-machine » et de « l’homme-comptabilisé ».

Exit la culpabilité clinique, exit les états d’âme et les réflexions anthropologiques (…)

GORI, Roland et DEL VOLGO, Marie-José. « La passion de l’ordre dans les logiques de santé mentale », in La Santé totalitaire, Paris, Éditions Denoël, 2005, p. 231.

Le dommage est culturel. En évacuant la philosophie et l’anthropologie du champ de la santé, on prive la société de sa profondeur historique. Nous devenons une société sans mémoire, capable uniquement de gérer le présent biologique. On perd ce que les auteurs appellent la « connaissance tragique » : la capacité d’une société à faire face à la mort, à la douleur et à la finitude sans s’effondrer ou se droguer massivement.

La victoire du conformisme (Le dressage social)

Enfin, le dommage ultime est ce que les auteurs nomment à la fin du chapitre un « dressage ».

La médicalisation n’est plus une aide, c’est une éducation au conformisme. Elle apprend aux gens à « gouverner leur vie comme il convient » selon des normes productives et économiques. Le dommage social est la disparition de l’originalité, de la révolte et de la singularité, au profit d’une uniformité statistique sans âme.

En résumé

Le dommage social est une déshumanisation par le bien-être. Sous prétexte de nous protéger et de nous soigner, cette médicalisation nous retire notre statut de sujets politiques et pensants pour nous réduire à des objets de gestion.


Voici une proposition de conclusion pour votre article, rédigée dans un style percutant qui synthétise vos réflexions sur l’expropriation du sens au profit de la gestion technique :


CONCLUSION GÉNÉRALE

Pour une insurrection de la pensée face au diagnostic

En conclusion, l’analyse de Roland Gori et Marie-José Del Volgo dans La Santé totalitaire agit comme un avertissement brutal : nous ne sommes plus seulement soignés, nous sommes « gouvernés » par nos symptômes. En laissant la médicalisation absorber les pans entiers de notre existence qui relevaient autrefois de la sagesse, de l’éthique ou du politique, nous acceptons de troquer notre statut de sujet pensant contre celui d’objet biologique.

Cette « passion de l’ordre » dénoncée par les auteurs (p. 211) n’est rien d’autre qu’une démission de la pensée face à la ruse pharmacologique et au conformisme statistique. Si la dépression n’est plus qu’une affaire de molécules et l’angoisse une simple erreur de calcul synaptique, alors c’est l’essence même de l’expérience humaine — dans ce qu’elle a de plus tragique, de plus noble et de plus singulier — qui nous est volée.

Face à cet empire du diagnostic qui nous « bouffe l’existence », la philothérapie et les nouvelles pratiques philosophiques ne sont pas de simples compléments au soin ; elles sont des actes de résistance. Réclamer le droit au sens, à la parole et à l’incertitude, c’est refuser le « dressage » social (p. 231) pour redevenir les auteurs de notre propre vie. Il est temps de remettre la philosophie au cœur de la cité, non pas pour guérir de notre condition humaine, mais pour enfin apprendre à l’habiter pleinement.

ANNEXE

Pour votre annexe, il est crucial de mettre en lumière comment la « psychothérapisation » de la société — ce bras armé de la médicalisation — agit comme un cheval de Troie qui vide la philothérapie de sa substance.

Voici une proposition de texte pour cette annexe, articulée autour de la tension entre le traitement du symptôme (psychothérapie standardisée) et la quête de sagesse (philothérapie).


ANNEXE

La philothérapie à l’épreuve de la normalisation psychothérapeutique

Le déploiement de la « santé totalitaire » ne s’arrête pas aux portes des cabinets médicaux ; il s’étend insidieusement aux pratiques de l’esprit. Le passage de la philosophie à la psychothérapie de masse — souvent réduite à une rééducation comportementale — constitue un dommage majeur pour la pratique philothérapeutique.

1. La réduction du sujet au patient

Le premier dommage réside dans le changement de statut de l’interlocuteur. Là où la philothérapie s’adresse à un sujet libre capable de questionner son rapport au monde, la psychothérapie médicalisée tend à traiter un patient porteur d’un trouble. En psychothérapisant l’existence, on suggère que chaque doute existentiel est une pathologie qui nécessite une cure, plutôt qu’une étape de la pensée qui nécessite une réflexion.

2. L’effacement de la dimension éthique au profit du « Bien-être »

Comme le soulignent Gori et Del Volgo, la médicalisation remplace le débat sur la « vie bonne » par l’impératif de la « vie saine ». La psychothérapie devient alors un outil de maintenance émotionnelle.

  • Le dommage : La philothérapie, qui cherche à confronter l’individu à sa responsabilité et à sa finitude, se voit concurrencée par des approches psychothérapeutiques qui promettent un confort immédiat et une évacuation de l’angoisse. On ne cherche plus à comprendre le monde, mais à s’y adapter sans douleur.

3. Le détournement de la parole

La philothérapie repose sur la puissance du logos, sur une parole qui cherche la vérité. La médicalisation, à travers le prisme de certaines psychothérapies protocolaires, transforme cette parole en une donnée technique. On ne « parle » plus pour se découvrir, on « communique » pour gérer ses émotions. Ce passage de la parole à la communication vide le dialogue philosophique de sa profondeur tragique et de sa portée subversive.

4. Le dressage par la norme

L’annexe la plus sombre de cette médicalisation est ce que les auteurs nomment le « dressage » (p. 231). Lorsque la psychothérapie se fait l’auxiliaire de la norme sociale, elle devient une technique de conformisme. La philothérapie, par nature émancipatrice et critique, est alors perçue comme « inutile » ou « risquée » car elle n’offre pas de grille d’évaluation statistique de sa réussite. Elle ne « répare » pas l’homme-machine, elle réveille l’homme-pensant.

En somme, médicaliser l’existence par le biais de la psychothérapie, c’est priver la philothérapie de son objet même : une vie qui ne se contente pas d’être saine, mais qui exige d’être vécue en pleine conscience.


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Article # 196 – L’Empire du Diagnostic : La Médicalisation de l’Existence et la Crise du Sens

Introduction : Le philosophe face à l’empire du diagnostic

L’exercice de la philosophie en cabinet privé ne peut plus faire l’économie d’une réflexion critique sur le cadre sociétal dans lequel il s’inscrit : celui d’une médicalisation généralisée de l’existence.

Si, au siècle dernier, le défi du sujet était de se libérer des dogmes religieux ou des carcans moraux, le défi de l’homme contemporain est de s’arracher à une « religion de la santé » qui transforme chaque repli de l’âme en une catégorie clinique. Pour le philosophe consultant, accorder une attention toute spéciale à ce phénomène n’est pas une simple option intellectuelle, c’est une nécessité déontologique.

L’expropriation du sens comme obstacle au dialogue

La médecine moderne, par son efficacité technique et son langage normatif, a opéré ce que Jean-Philippe Pierron identifie comme une véritable « expropriation du sens ». En traduisant les crises de vie — le deuil, l’angoisse devant la finitude, la perte de repères ou le sentiment d’absurdité — en « troubles » ou « pathologies », elle neutralise la capacité du sujet à habiter sa propre épreuve.

La posture du consultant : une insurrection sémantique

Face à cette capture, la mission du philosophe n’est pas de « soigner » au sens clinique du terme, mais de favoriser une insurrection de la pensée. Le praticien devient alors le gardien d’un espace où l’on refuse de laisser le diagnostic saturer le sens de l’existence.

Cet article explore les mécanismes par lesquels l’institution médicale s’est appropriée les questions fondamentales de la vie humaine et définit la posture de résistance du philosophe praticien.

1. La Genèse : De la Guérison de la Pathologie à l’Idéologie du Bien-Être

Pendant des millénaires, la médecine a fonctionné sur un mode réactif et binaire : on passait de la santé à la maladie par une rupture manifeste de l’ordre biologique ou fonctionnel. Le rôle du médecin était de restaurer une « norme » préexistante. Aujourd’hui, nous avons basculé dans ce que le sociologue Peter Conrad appelle la « médicalisation de la vie quotidienne ». La santé n’est plus l’absence de douleur, mais un projet d’optimisation continue.

The Medicalization of Society: On the Transformation of Human Conditions into Treatable Disorders, Peter Conrad, Johns Hopkins University Press, 2007.

Look inside

1. Les trois niveaux de la médicalisation selon Conrad

Conrad distingue trois strates où la médicalisation opère, du plus abstrait au plus concret :

  • Le niveau conceptuel : On utilise un vocabulaire médical pour définir un problème. Le problème n’est pas forcément traité par un médecin, mais il est « pensé » comme une maladie (ex: le discours sur le « burn-out » ou l’addiction aux jeux vidéo).
  • Le niveau institutionnel : Les organisations adoptent une approche médicale pour gérer des problèmes non médicaux (ex: les tribunaux qui imposent des cures de désintoxication ou les écoles qui exigent un diagnostic de TDAH pour justifier un soutien pédagogique).
  • Le niveau de l’interaction : C’est le moment où, dans le cabinet du médecin, un problème de la vie (tristesse, fatigue) est officiellement « diagnostiqué » et traité comme une pathologie.

2. Le passage de l’autorité : Des médecins aux « nouveaux moteurs »

C’est ici que l’analyse de Conrad est la plus moderne. Il explique que si, dans les années 1970, les médecins étaient les principaux agents de la médicalisation, le pouvoir a glissé vers trois nouveaux acteurs :

  • L’industrie pharmaceutique et biotechnologique : Par le marketing direct auprès des consommateurs (très fort aux USA) et le financement de la recherche, elle « pousse » le diagnostic pour élargir ses marchés.
  • Les consommateurs : Contrairement aux théories anciennes qui voyaient le patient comme une victime passive, Conrad montre que les individus réclament souvent une étiquette médicale. Un diagnostic peut être un soulagement : il valide la souffrance, déculpabilise (ce n’est pas un manque de volonté, c’est une « maladie ») et donne accès à des droits sociaux.
  • Le « Managed Care » (Assurances et gestionnaires de santé) : Les assureurs décident de ce qui est remboursable, imposant ainsi une définition stricte et codifiée de ce qui constitue une maladie ou non.

3. L’extension du domaine de la pathologie : Exemples clés

Conrad a documenté plusieurs domaines où la vie quotidienne a été « médicalisée » :

Domaine Ancienne perception (Sociale/Morale) Nouvelle perception (Médicale)
Enfance Enfant distrait ou turbulent TDAH (Trouble du déficit de l’attention)
Vieillissement Processus naturel de déclin Déficit hormonal, « andropause », troubles cognitifs
Alimentation Gourmandise ou manque de discipline Troubles du comportement alimentaire (TCA)
Tristesse Épreuve existentielle, deuil Dépression clinique, trouble de l’ajustement
Sexualité Variations du désir ou timidité Dysfonction érectile, trouble du désir hypoactif

4. Les conséquences : La « médicalisation du contrôle social »

Pour Peter Conrad, la conséquence majeure est le déplacement de la responsabilité. Si un problème est médical, il est individualisé. On cherche la solution dans le corps ou le cerveau de l’individu plutôt que dans les structures de la société.

Exemple : Si beaucoup d’enfants sont « hyperactifs », la médicalisation nous pousse à les médicamenter plutôt qu’à questionner l’organisation rigide de l’école ou le manque d’espaces de jeu extérieurs.

La médecine devient ainsi un outil de contrôle social invisible : elle normalise les comportements déviants en les traitant, évitant ainsi de traiter les causes sociales ou politiques du mal-être.


Sources et lectures complémentaires :

  • Conrad, P. (2007). The Medicalization of Society: On the Transformation of Human Conditions into Treatable Disorders. Johns Hopkins University Press.
  • Conrad, P., & Leiter, V. (2004). « Medicalization, Markets and Consumers », accessible sur JSTOR/Cairn pour les analyses sur le rôle du marché.
  • The New England Journal of Medicine : Articles fréquents citant Conrad sur l’extension des diagnostics psychiatriques (DSM-5).

Cette mutation trouve sa racine dans la définition de la santé par l’Organisation Mondiale de la Santé (1948) comme un « état de complet bien-être physique, mental et social ». En transformant un idéal philosophique en une norme médicale, nous avons rendu la pathologie inévitable. Puisque personne ne peut se maintenir dans un état de « complet bien-être » permanent, l’existence entière devient un terrain de surveillance. Les étapes naturelles de la vie — les crises de l’adolescence, le deuil, la diminution de la libido ou le vieillissement — ne sont plus vécues comme des expériences existentielles, mais comme des « conditions » cliniques nécessitant une supervision technique.

Préambule de la Constitution de l’OMS

« L’OMS demeure fermement attachée aux principes énoncés dans le préambule de sa Constitution »

La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.

  • La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale.
  • La santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix du monde et de la sécurité ; elle dépend de la coopération la plus étroite des individus et des États.
  • Les résultats atteints par chaque État dans l’amélioration et la protection de la santé sont précieux pour tous.
  • L’inégalité des divers pays en ce qui concerne l’amélioration de la santé et la lutte contre les maladies, en particulier les maladies transmissibles, est un péril pour tous.
  • Le développement sain de l’enfant est d’une importance fondamentale ; l’aptitude à vivre en harmonie avec un milieu en pleine transformation est essentielle à ce développement.
  • L’admission de tous les peuples au bénéfice des connaissances acquises par les sciences médicales, psychologiques et apparentées est essentielle pour atteindre le plus haut degré de santé.
  • Une opinion publique éclairée et une coopération active de la part du public sont d’une importance capitale pour l’amélioration de la santé des populations.
  • Les gouvernements ont la responsabilité de la santé de leurs peuples; ils ne peuvent y faire face qu’en prenant les mesures sanitaires et sociales appropriées.

Source : Organisation mondiale de la Santé

Référence Web :

  • Constitution de l’OMS : Le texte fondateur qui a déplacé les frontières de la médecine vers le social et le psychologique.

AUTRES RÉFÉRENCES

Titre : La médicalisation de l’existence

Auteur : Simon Williams et Jon Gabe


Article accessible sur le web en libre accès

Option 1 : https://manuscritdepot.com/PM_N39_58-63Medicalisation_Page_1.jpeg

Option 2 : https://www.gerardostermann.fr/wp-content/uploads/2017/09/PM_N39_58-63Medicalisation.pdf


Un article du journal Nouvelles pratiques sociales, Volume 19, Number 2, Spring 2007, p. 25–33, Le phénomène de la médicalisation du social : enjeux et pistes d’intervention.

Article en libre accès sur le web :

Option 1 : https://www.erudit.org/en/journals/nps/2007-v19-n2-nps1724/016048ar.pdf

Option 2 : https://manuscritdepot.com/medicalisation-du-social-002.pdf


1. La Médicalisation de l’existence – Ou quand les grenouilles sont cuites !

Par Gérard Ostermann

La médicalisation : mode de gestion des problèmes sociaux

Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs en sciences sociales mais également des psychiatres comme Edouard Zarifian [6] ou des psychologues-psychanalystes comme Roland Gori [7] et Pascal H. Keller [8] décrivent et souvent dénoncent la médicalisation excessive, à leurs yeux, de l’existence.

Dans les pays occidentaux, ce processus culturel latent consiste à attribuer à la pensée médicale la formulation des questions fondamentales touchant à des domaines de plus en plus étendus de la vie sociale. On a l’impression que la naissance et la mort sont devenues des maladies et qu’à partir de ce constat osé, le glissement métaphysique qui s’est opéré fait que, de toute façon, il faut tout réguler dans cette forme de déterminisme en faisant fi de l’incertitude.

L’industrie pharmaceutique est même parvenue à transformer certaines périodes de la vie telles, la grossesse, la naissance, la ménopause, l’andropause et la vieillesse, en maladies qui ne peuvent être traitées que par la chimie omniprésente. Sans compter la sexualité, grâce à certaines « pilules du désir », les femmes ne voulant pas être en reste dans le palmarès. Belle victoire ! « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Lire la suite

Ostermann, G. (2022). 1. La Médicalisation de l’existence – Ou quand les grenouilles sont cuites ! Hegel, 4(4), 350-358. https://doi.org/10.3917/heg.124.0350.


La santé totalitaire : essai sur la médicalisation de l’existence

La santé totalitaire : essai sur la médicalisation de l’existence

Quatrième de couverture

« Comment peut-on être malade aujourd’hui dans une médecine qui transforme le patient en consommateur, sans souci authentique pour sa souffrance psychique ? L’oubli du malade dans la médecine contemporaine semble être le prix à payer pour des soins toujours plus rationnels et scientifiques. L’exploration du corps humain, le diagnostic précoce des maladies, l’acharnement à les combattre par des traitements douloureux et invasifs, exproprient « pour son bien » le patient de son corps. À travers des protocoles de diagnostic et de soins très standardisés, à travers le contrôle social de nos existences par une surveillance médicale accrue au nom de la santé publique, nos modes de vie se retrouvent toujours plus normalisés. Comment alors restituer au patient sa valeur de sujet et ses droits pour éviter de le transformer en marchandise au profit des industries de santé ? Comment concilier les exigences de la médecine scientifique et sa nécessaire vocation « thérapeutique », c’est-à-dire humaniste ? À partir de son expérience du soin psychique, le psychanalyste a plus que jamais le devoir éthique et politique de mettre en garde contre les dérives de cette médicalisation généralisée et la « passion de l’ordre » qu’elle semble recouvrir.

Roland Gori est professeur de psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille-I et psychanalyste, membre d’Espace analytique. Il a notamment publié La Preuve par la parole. Sur la causalité en psychanalyse (1996), La Science au risque de la psychanalyse (avec Christian Hoffmann, 1999) et Logique des passions (2002).

Marie-José Del Volgo est maître de conférences à la faculté de médecine de l’Université d’Aix-Marseille-II, directeur de recherche en psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille-I et praticien hospitalier à l’Assistance publique de Marseille. Elle a publié L’Instant de dire. Le mythe individuel du malade dans la médecine moderne (1997) et La Douleur du malade. Clinique, psychanalyse et médecine (2003). »

Lire un extrait


À CONSULTER

Compte rendu

Roland Gori et Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire.

Essai sur la médicalisation de l’existence

Paris, Denoël, coll. « L’espace analytique », 2005.

Par Olivier Douville

« La proposition inaugurale de ma lecture est la suivante : « La sécurisation psychique est à l’ordre du jour ». Variante acceptable : la santé est aussi une marchandise, ou, du moins, un marché. Cette proposition me semble être un argument central au livre La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence

Je fais rappel d’une convergence d’indices qui inquiètent :

  • le « passage à l’acte » que représente la rédaction de la synthèse du dernier rapport inserm sur les psychothérapies, appelant à une réglementation des pratiques et des enseignements favorables aux thérapies comportementales et cognitives qui abrasent les contraintes du transfert et sa dissymétrie ;
  • le statut de la psychanalyse, aux yeux du législateur, par rapport aux autres formes de psychothérapies au sein desquelles il fut question de la diluer ;
  • le démantèlement de la psychiatrie au profit de la santé mentale, de la psychopathologie au profit de la psychologie de la santé ;
  • la dilution de toute psychopathologie digne de ce nom, au profit d’une généralisation terminologique de troubles centrés autour de l’angoisse et de la dépression, avec aussi comme conséquence la réduction de la folie à un handicap (comme cela a déjà été le cas pour l’autisme) ;
  • l’annonce de politiques de préventions très précoces, y compris avec des fantasmes de prévenir dès l’école maternelle les futurs risques de suicide, au détriment de la mise en place ou du maintien d’éducateurs spécialisés ou de psychologues sérieusement formés dans des établissements d’éducation.

Douville, O. (2005). Roland Gori et Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël, coll. « L’espace analytique », 2005. Cliniques méditerranéennes, no 72(2), II-II. https://doi.org/10.3917/cm.072.0299b.


La médicalisation de l’existence en régime hypermoderne

Université de Sherbrooke
Faculté des lettres et sciences humaines
Département de philosophie et d’éthique appliquée
La médicalisation de l’existence en régime hypermoderne
Philippe Poitras Plante
Mémoire de maîtrise en philosophie (MA)
Sous la supervision de
Sébastien Charles
Décembre 2017
© Philippe Poitras Plante

Résumé

« Dans ce mémoire, nous constatons que l’époque actuelle, que nous abordons en fonction des théories de l’hypermodernité, se caractérise par une logique paradoxale, le culte de l’épanouissement personnel et du bien-être produisant également son lot de comportements anxiogènes et pathologiques. En ce sens, nous croyons que l’accroissement de l’attention à l’égard de la nervosité sociale actuelle se doit d’être compris comme l’instauration d’un nouveau mode d’institution et de contrôle social aussi efficace que diffus qui passe par la médicalisation des sujets hypermodernes. Le sujet principal de nos recherches consiste alors à saisir la nature et les raisons de cette « médicalisation de l’existence », à comprendre comme une réponse médicale à une problématique avant tout sociale, qui n’est pas sans lien avec la définition même de l’individualité hypermoderne. Reprenant les analyses de Gilles Lipovetsky, nous voyons dans l’hypermodernité une hypertrophie des principes modernes (capitalisme, démocratie, technoscience, individualisme) qui ne sont plus limités par les anciennes formes d’encadrement collectif. La notion d’hyperindividualisme nous intéresse particulièrement, et nous l’inscrivons dans une dynamique de redéfinition des modes de régulation des comportements que nous empruntons à Marcel Gauchet et à Lipovetsky. Reprenant par la suite les analyses de Nicole Aubert, Robert Castel et Vincent de Gaulejac, nous montrons combien le modèle libéral a eu pour effet de pousser les individus à se dépasser tout en faisant de l’autonomie, de la performance, de la flexibilité et de la réflexivité les nouvelles valeurs centrales du monde du travail, avec comme conséquence l’émergence de pathologies sociales spécifiques liées aux nouvelles structures économiques et sociales.

Le mémoire se permet ensuite un détour historique par Freud afin de montrer que, à l’époque de ce dernier et dans le cas spécifique de la névrose, il avait été impossible d’en penser l’émergence sans tenir compte des réalités sociales et culturelles de l’époque organisées autour de dispositifs répressifs. En nous inspirant des travaux de Gauchet et d’Ehrenberg, nous montrons qu’un nouveau rapport à soi et aux autres s’est instauré en régime hypermoderne, produisant de nouvelles « maladies de l’âme » qui peuvent conduire à parler d’une mutation anthropologique corrélative à une mutation du lien social. En ce sens, nous constatons que l’univers de la « santé mentale » se présente comme un des lieux par excellence des diverses formes de régulation, de stabilisation et de normalisation des comportements. Subséquemment, le mémoire s’attache à mieux définir les pathologies mentales reliées à la nervosité sociale actuelle et leurs effets à travers l’exemple de la dépression présentée comme un trouble de l’humeur, ce qui permet d’expliquer la disparition progressive du traitement psychiatrique au profit du traitement médical. Une des causes de cette évolution se trouve dans le succès connu au fil du temps par les différentes éditions du DSM, qui ont insisté peu à peu sur la définition de critères cliniques pour traiter toute forme de souffrance mentale de manière objective, imposant du coup un modèle de traitement de type mécaniste, qui consiste à faire du médicament un régulateur de problèmes strictement biochimiques. Comme en témoigne le travail de Philippe Pignarre sur le fonctionnement des études cliniques en lien avec cette « tangente empirique », on a transposé le modèle prédictif médical relativement efficace pour traiter les maladies infectieuses aux problématiques de santé mentale, avec comme conséquence que l’individu envisage alors sa souffrance sous un angle purement biochimique, ce qui requiert l’entretien constant de ses aspects mentaux par le biais des moyens institutionnellement offerts. Avec cette « mécanisation chimique du fonctionnement de l’esprit », on assisterait à une désubjectivation des individus, qui seraient renvoyés à des problématiques davantage biochimiques que psychologiques ou sociales, alors qu’ils s’inscrivaient traditionnellement dans une histoire singulière. De plus, cela témoignerait d’une faille importante en termes d’institution du sujet hypermoderne, qui ne trouverait de modèle de construction de soi qu’à travers le marché (incluant la pharmacopée), faisant du médicament une sorte de nouvelle institution sociale. Mais encore faut-il s’interroger sur le pouvoir que cela procure à l’industrie pharmaceutique et à la médecine, qui en viennent à modifier les liens sociaux existants et à redéfinir le rapport à soi et aux autres.

Ainsi considéré comme victime de la chimie de son cerveau, l’individu devient cependant responsable de la gestion de ce problème. Autrement dit, on le déresponsabilise et le déculpabilise de sa condition psychique pour mieux le responsabiliser dans la gestion de sa condition. Dans le contexte d’une « autonomisation croissante de l’individu », ce dernier serait ainsi amené à tirer profit d’une modification du fonctionnement de son cerveau grâce aux effets de substances chimiques qui s’inscrivent parmi toute une série de « marchés de l’équilibre intérieur » qui outrepassent le cadre de la médecine et de la psychologie clinique. En fait, ce sont les individus eux-mêmes qui cherchent à s’adapter. Nous n’aurions qu’à mettre sur le marché, c’est-à-dire à la disposition des consommateurs, des substances qui modifient les comportements et la psychologie. Ils iraient eux-mêmes chercher ces substances, à l’image de ce qui se fait déjà pour bon nombre de médicaments « en vente libre » dans les pharmacies, c’est-à-dire vendus sans ordonnance, sans prescription, ou encore à l’image de ce que l’on trouve de manière illicite sur le marché noir. Dans cette perspective où le pathologique n’est plus défini explicitement, il n’est plus question de « patients », mais de « consommateurs » de médicaments. En d’autres termes, l’univers de la nervosité sociale contemporaine s’étend et s’accroît alors même que les individus eux-mêmes deviennent plus réflexifs, plus sensibles et plus attentifs à leurs traits caractéristiques et à leurs symptômes. »

Télécharger le mémoire de maîtrise (PDF)


2. Les Moteurs Mondiaux : La Convergence du Marché et de la Performance

Le moteur de cette expansion n’est pas uniquement scientifique ; il est intrinsèquement lié à la logique du capitalisme tardif. Le concept de « Disease Mongering » (façonnage de maladies) décrit comment les frontières de la médecine sont repoussées par des intérêts privés. En abaissant les seuils de diagnostic (par exemple pour le cholestérol ou le pré-diabète), les firmes pharmaceutiques transforment instantanément des populations saines en « patients à vie ».

Simultanément, dans nos sociétés de l’accélération (théorisées par Hartmut Rosa), l’individu est sommé d’être une unité de performance sans faille. La médicalisation devient alors l’outil d’ajustement nécessaire à la survie dans un environnement hyper-compétitif. Du recours aux nootropiques dans les universités de l’Ivy League aux antidépresseurs utilisés pour maintenir une façade fonctionnelle au travail, la médecine agit comme une soupape de sécurité systémique. Elle permet de pathologiser l’épuisement (le burn-out) plutôt que de remettre en question les structures de production. La pilule devient le substitut de la réforme politique, transformant une révolte légitime du corps et de l’esprit en un simple « déséquilibre chimique ».

The Fight against Disease Mongering: Generating Knowledge for Action, Ray Moynihan et David Henry, PLOS, April 11, 2006. https://doi.org/10.1371/journal.pmed.0030191

Référence Web :

3. La Crise du Sens : L’Individu Dépossédé de sa Propre Histoire

L’impact le plus dévastateur de ce processus est ce qu’Ivan Illich nommait l’iatrogénèse sociale. En médicalisant la souffrance, on détruit la capacité des individus à donner un sens à leur propre douleur. Autrefois, le mal-être était intégré dans un récit : il était le signe d’une vie à changer, d’une perte à pleurer ou d’un conflit à résoudre. Le diagnostic médical moderne agit souvent comme un « écran de fumée » : il clôt la recherche de sens par une étiquette technique.

L’individu ne se demande plus : « Qu’est-ce que ma mélancolie révèle de mon rapport au monde ? », mais : « Quel neurotransmetteur me fait défaut ? ». Cette réduction au biologique crée une forme profonde d’aliénation. En cherchant à éradiquer tout inconfort psychique par la chimie ou la thérapie comportementale rapide, nous atrophions notre résilience. Le sens de la vie ne se trouve pas dans la suppression du symptôme, mais dans la traversée de l’expérience. En médicalisant l’existence, nous risquons de créer une société « anesthésiée », incapable de transformer sa souffrance en sagesse ou en action collective.

Némésis médicale : l’expropriation de la santé

À lire gratuitement en ligne 

Reproduction gratuite par l’association Les Cahiers Jérémie de l’œuvre d’Ivan Illich (PDF)

« Némésis médicale . Lorsque leur développement dépasse un seuil critique, certaines institutions deviennent les principaux obstacles à la réalisation des objectifs qu’elles visent. Cette « contre-productivité paradoxale », version moderne du mythe de la Némésis (déesse grecque de la vengeance), Ivan Illich en fait ici la théorie systématique à propos de la médecine. Il critique tout particulièrement la diminution de la santé des hommes sous l’effet du développement sans fin de l’institution médicale, en soulignant l’inefficacité globale d’une médecine coûteuse, la perte de la capacité personnelle des individus de s’adapter à des environnements variés et le mythe de l’immortalité qui conduit au déni de la douleur, du vieillissement et de la mort. »

Avant-propos

Par Ivan Illich

Dans cet essai, j’envisage l’entreprise médicale comme paradigme pour illustrer l’institution industrielle. La médicalisation pernicieuse de la santé n’est qu’un aspect d’un phénomène généralisé : la paralysie de la production des valeurs d’usage par l’homme, comme conséquence de l’encombrement par des marchandises produites pour lui.

L’évaluation de l’entreprise médicale est une tâche politique. Elle exige du non-médecin un effort de recherche personnelle hors de toute tutelle professionnelle. Elle exige du médecin la redécouverte d’une « médecine générale ». L’ensemble des matériaux bibliographiques que j’ai rassemblés et mentionnés dans des notes en bas de pages reflète mon désir d’associer le lecteur à cette aventure. L’engagement dans la recherche d’une alternative concrète au système qui nous opprime présuppose l’ouverture à l’immense richesse des choix. La discussion prématurée de telle ou telle organisation nouvelle du système médical ne serait que pure diversion.

J’ai élaboré la présente version française en janvier 1975 à Cuernavaca avec l’assistance de Jean-Pierre Dupuy. Hélène Maillard, Maud Sissung et Paul Thibaud m’ont beaucoup aidé. Je les en remercie tous profondément. Sans eux, je n’aurais pu moduler sur un aussi vaste registre la tonalité des neuf chapitres, qui passe de la précision sèche du langage technique au style des sciences sociales, économiques et politiques, pour aboutir à celui de l’histoire de l’art et du mythe. J’aurais volontiers laissé reposer plus longtemps le manuscrit pour permettre au texte de se décanter, si l’état de la discussion sur la médecine en France ne m’avait incité à y contribuer sans attendre, en apportant certaines précisions et orientations bibliographiques.

Cette étude est le résultat de dix-huit mois de recherches en commun avec les participants à mon séminaire du CIDOC. J’en citerai certains, alors que d’autres seront souvent les seuls à reconnaître leur pensée originale et même leurs propres termes dans les pages qui suivent. Je me dois de mentionner en particulier Roslyn Lindheim, John McKnight, André Gorz, Alain Dunand et Marion Boyars qui, chacun à sa manière, ont contribué de façon décisive à la réalisation de ce projet.

Plus qu’à toute autre personne, ce livre doit sa parution à Valentine Borremans. Les réunions dont il est issu ont été organisées par elle, c’est elle qui s’est chargée de la documentation, c’est elle encore qui m’a patiemment incité à affiner mon jugement. Dans le chapitre 8, je n’ai fait que résumer ses notes en vue d’un travail sur le visage de la mort.

Ivan Illich.


The myth of mental illness; foundations of a theory of personal conduct

L’ouvrage « Le Mythe de la maladie mentale » (The Myth of Mental Illness), publié en 1961 par le psychiatre Thomas Szasz, est le texte fondateur du mouvement de l’antipsychiatrie. Il offre une base théorique radicale pour votre article sur la « psychiatrisation du social ».

1. La maladie mentale comme métaphore

Pour Szasz, le terme « maladie mentale » est une erreur logique.

  • Le biologique vs le comportemental : Une maladie physique est une lésion organique identifiable (cellules, tissus). L’esprit n’étant pas un organe physique, il ne peut pas être « malade » au sens biologique.

  • La métaphore prise au mot : Il affirme que nous utilisons le mot « maladie » de façon métaphorique pour décrire des comportements dérangeants, mais que la société finit par traiter cette métaphore comme une réalité physique.

2. Des « problèmes de vie » plutôt que des pathologies

Szasz propose de remplacer le diagnostic psychiatrique par le concept de problèmes de vie (problems in living).

  • Conflits humains : Ce que la psychiatrie nomme « trouble » est souvent le résultat de difficultés à s’adapter, de conflits moraux ou de crises existentielles.

  • La médicalisation du moral : En qualifiant ces problèmes de « maladies », on retire à l’individu sa responsabilité et on évite de traiter les causes sociales ou éthiques du mal-être.

3. La psychiatrie comme outil de contrôle social

C’est le point le plus percutant pour votre analyse de la psychiatrisation du social :

  • Le rôle du psychiatre : Szasz compare le psychiatre moderne au confesseur ou au juge d’autrefois. Sa fonction est de désigner ce qui est « normal » ou « déviant ».

  • L’étiquetage : Le diagnostic sert à discréditer ou à neutraliser des individus dont le comportement dérange l’ordre social sans qu’ils aient pour autant enfreint la loi.

  • La coercition : Il s’oppose farouchement à l’hospitalisation forcée, qu’il considère comme une violation des droits humains sous couvert de « soin ».

Concept de Szasz Application à votre article
Le Mythe La tendance actuelle à chercher une explication neurologique à chaque émotion (tristesse, colère).
Contrôle social Comment la société utilise le diagnostic pour gérer les « marginaux » ou les enfants « trop agités ».
Problèmes de vie Le besoin de retrouver une approche philosophique ou sociale plutôt que purement chimique.

À consulter – À lire sur Internet Archive

Internet Archive – Thomas Szasz : « Le Mythe de la maladie mentale », pour une perspective critique sur la psychiatrisation du social.


4. Un Phénomène Global : L’Impérialisme du Diagnostic et les Paradoxes Culturels

La médicalisation s’exporte désormais massivement, agissant comme une forme d’impérialisme culturel. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) est devenu la « Bible » mondiale de l’esprit humain, remplaçant les systèmes de sens locaux. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, la maladie était perçue comme un déséquilibre entre l’individu, sa lignée et la nature. Le modèle biomédical standardisé balaie ces nuances au profit d’un catalogue universel de syndromes.

On observe toutefois des paradoxes territoriaux frappants :

  • En Occident : Une médicalisation du confort et du vieillissement, où l’on cherche à mourir en « bonne santé ».

  • En Asie de l’Est (Corée du Sud, Chine) : Une médicalisation extrême de l’apparence physique par la chirurgie esthétique, devenue un prérequis à l’employabilité.

  • Dans les pays du Sud : Une coexistence tragique entre une sous-médicalisation des maladies infectieuses réelles et une sur-consommation de psychotropes par les classes moyennes urbaines cherchant à imiter le mode de vie occidental.


Référence Web :


Michel Foucault – La Biopolitique

Naissance de la biopolitique: Résumé du cours au Collège de France – juin 1979. — Foucault, Michel. « Naissance de la biopolitique. » In Annuaire du Collège de France, no. 79, année 1978-1979, 367-372.

BIOPLOTIQUE

BIOPOLITIQUE
Blais, Louise
Université d’Ottawa, Canada
Date de publication : 2019-04-09
DOI: https://doi.org/10.17184/eac.anthropen.105

Résumé

La notion de biopolitique proposée par Michel Foucault renvoie tout à la fois à un mode de connaissance des populations dans leur existence biologique ; à une stratégie politique de la gouvernance où la médecine, en tant que dispositif, joue un rôle central; à une machine à fabriquer les normes et assurer un contrôle social. Dans les sociétés (néo)libérales, argue-t-il, le contrôle social est toujours en partie répression, en partie intériorisation, négociation, consentement, ou refus.

Blais, Louise (2019-04-09), Biopolitique. Anthropen.

https://doi.org/10.17184/eac.anthropen.105

TÉLÉCHARGER LE DOCUMENT (PDF)

Option 1 : http://manuscritdepot.com/ncoudray,+Biopolitique.pdf

Option 2 : https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://revues.ulaval.ca/ojs/index.php/anthropen/article/download/30582/200/83559&ved=2ahUKEwjgh5f-rdqTAxUHD1kFHTR7KRwQFnoECBsQAQ&usg=AOvVaw1gmUyc1Hi7ofP6Q4qNaGOb

Lexique de biopolitique. Le pouvoirs sur la vie

Par Anna Simone


5. Vers une Réappropriation : L’Éthique de la Dé-médicalisation

Comment restaurer l’autonomie du sujet face à l’empire du diagnostic ? La solution ne réside pas dans un retour à l’obscurantisme, mais dans une « écologie du soin ». Cela demande de tracer une frontière éthique entre le secours légitime de la technoscience (pour les pathologies lourdes) et l’envahissement du soin dans les sphères de la liberté et du sens.

La dé-médicalisation du sens passe par une réhabilitation de la philosophie pratique, de la spiritualité laïque et de la solidarité communautaire. Nous devons réapprendre à nommer nos maux sans passer par le filtre des experts. Accepter la finitude, la tristesse passagère et la fragilité n’est pas un aveu d’échec médical, mais une affirmation de notre humanité. En repolitisant les causes de notre mal-être (précarité, isolement, perte de lien avec la nature), nous pouvons commencer à soigner le monde plutôt que de simplement sédater les individus.

Référence Web :


Vulnérabilité. Pour une philosophie du soin

Jean-Philippe Pierron

Dénonciation de la transformation des questions existentielles en pathologies

Première partie : « La santé et la maladie : entre nature et existence ».

C’est là que Pierron pose les jalons de sa critique de la « capture » médicale.

Chapitre I : « L’idée de santé »

Dans ce chapitre, Pierron démontre que la santé n’est plus un simple état biologique, mais une norme idéologique.

  • L’expropriation du sens : Il dénonce la définition de la santé comme « bien-être total ». En élargissant ainsi le domaine médical, la médecine s’autorise à traiter tout inconfort de vie (tristesse, échec, solitude) comme un écart à la norme de santé.

  • Neutralisation du sujet : Ce qui devrait être une interrogation sur le sens de sa propre vie devient une « gestion de capital santé ».

Chapitre II : « L’épreuve de la maladie »

C’est le chapitre central pour votre thèse. Pierron y développe la distinction entre le diagnostic (le savoir médical) et l’épreuve (le vécu du patient).

  • Nommer pour neutraliser : Il explique que lorsque la médecine pose un nom de pathologie sur une « crise de vie », elle opère une expropriation sémantique. Le patient cesse d’être l’auteur de son propre récit pour devenir l’objet d’un codage clinique.

  • Le silence du sujet : En traduisant une souffrance existentielle en langage technique, la médecine « sature » le sens. Le sujet n’a plus à réfléchir à ce que sa peine exprime de sa relation au monde ; il doit seulement « guérir » pour redevenir fonctionnel.

Deuxième partie

Chapitre V : « Soigner : accompagner la vie ? »

Ce chapitre est fondamental pour dénoncer la médicalisation de la finitude.

  • La capture de la mort et de la vulnérabilité : Pierron y montre comment les étapes ultimes de l’existence (vieillesse, agonie) sont devenues des processus techniques gérés par l’institution.

  • La perte de la capacité de réflexion : En transformant la fin de vie en un ensemble de protocoles, on retire à l’humain la possibilité de vivre sa mort comme un acte spirituel ou philosophique, la réduisant à une fin de vie biologique sous surveillance.

La position de Pierron, telle qu’établie dans ces chapitres, est que la médecine moderne agit comme un appareil de capture.

  1. Elle exproprie le sens en substituant la terminologie médicale (le diagnostic) à la parole singulière (le récit).

  2. Elle neutralise la révolte en transformant les malaises sociaux ou existentiels en déséquilibres biologiques internes à l’individu.

  3. Elle confisque la réflexion en proposant des solutions techniques là où une interrogation philosophique sur la condition humaine serait nécessaire.

Référence bibliographique

PIERRON, Jean-Philippe. Vulnérabilité. Pour une philosophie du soin, Paris, PUF, coll. « Questions de soin », 2010. Voir particulièrement le Chapitre II : « L’épreuve de la maladie ».


Jean-Philippe Pierron

Texte intégral

RÉSUMÉ

Que le monde soit de plus en plus violent, c’est sans doute ce qu’ont répété, les uns après les autres, les hommes de tous les temps. Mais cela n’en est pas moins vrai de notre monde. Et la violence sanctionne toujours le même oubli, à moins qu’il ne faille dire le même déni : celui de la fragilité humaine. Fragilité de la vie humaine : fragilité du corps mais autant, sinon davantage, fragilité affective, car l’homme est corps et âme, et sa vie est celle d’une personne en devenir. Fragilité de l’humain en l’homme car celui-ci n’est pas un vivant comme les autres : il grandit avec l’histoire, le langage, le symbole, l’accueil du visage étranger. Fragilité enfin des institutions humaines et notamment des institutions démocratiques – les seules peut-être qui préservent l’humanité de l’homme. Or, ces fragilités mêmes nous obligent : elles en appellent à la solidarité et à la responsabilité de tous. L’homme fragile, ainsi, suppose l’homme capable – bien différent pourtant de l’« homme augmenté » qu’exaltent les nouvelles utopies techniciennes. Le soin, la parole et l’action en témoignent dans les trois grands domaines explorés dans cet ouvrage où la philosophie dialogue avec la médecine, l’anthropologie et la politique. Les textes qui le composent ont pour origine les Rencontres Paul Ricœur, organisées tous les deux ans par l’université de Rennes et les Champs Libres sur un thème inspiré par l’œuvre du penseur et appliqué aux grands problèmes du monde contemporain.


Pierron, Jean-Philippe. « L’épreuve de la maladie ». La fragilité humaine, édité par Jérôme Porée, Presses universitaires de Rennes, 2024, https://doi.org/10.4000/13hbr. p. 21-36


Jean-Philippe Pierron – Université de Bourgogne ; Université de Lyon 3.

Jean-Philippe Pierron est professeur de philosophie à l’université de Bourgogne et directeur à l’université de Lyon 3 de la chaire « Valeurs du soin ». Il a publié notamment Prendre soin de la nature et des humains (Belles Lettres, 2019) ; Philosophie du soin (Hermann, 2021) ; Je est un Nous (Actes Sud, 2021).


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Les enjeux de santé comptent parmi les objets les plus constants mais aussi les mieux partagés de nos conversations ordinaires. Aussi parler de sa santé ou, à l’inverse, s’inquiéter de la santé de l’autre et lui demander comment il va sont-ils des usages dont le caractère privé n’exclut pas une dimension publique. C’est à plus forte raison le cas lors d’épidémies ou de pandémies touchant de grandes parties de la population. S’y laisse penser que nos sociétés se font et se vivent à la condition d’une paix avec nos corps et leurs fragilités. « Le silence des organes en nous » : cette définition de la santé que donnait Leriche trouve un écho dans l’idée d’un silence des organes entre nous. Lorsque notre corps ne fait pas de bruit, le corps social aussi se tait. Ainsi lorsqu’il bruit, très vite le bruit devient vacarme. Que la maladie grave frappe un collègue de travail ou un membre de notre entourage, que la mort rode et soudain les allures du monde ne vont plus de soi : le monde, milieu de vie apparemment stable, cesse de l’être. Ce sont toutes ses structures perceptives, pratiques et relationnelles qui vacillent. N’est-ce pas pourquoi Paul Ricœur suggère que l’épreuve de la maladie, catastrophe intime, est objet d’attention politique, que « la souffrance est privée [mais] la santé publique1 » ? La fragilité de l’humain malade paraît alors aller de pair avec la vulnérabilité du monde commun.

Se savoir fragile

Qu’est-ce à dire ? Il y a un art d’être dans et avec la maladie et la souffrance. Il relève de la façon qu’a chacun de se rapporter à ce qui vient l’ébranler dans ses capacités. Cela relève de l’intime. Mais cet art se redouble du monde des institutions humaines (de l’hôpital au système de santé ; du médico-social au médico-éducatif ; de la santé au travail à la santé animale ou la santé des milieux) et de leurs manières singulières de répliquer à cette précarité. « Violence de la maladie, violence de la vie », écrit la philosophe Claire Marin : « Dans la maladie, le sujet fait l’expérience d’une violence démultipliée, l’assaillant de toutes parts. Violence faite au corps, par le mal et les traitements ; violence symbolique des discours, des regards et des jugements infligés au patient par la société et le milieu médical ; violence d’une marginalisation qui redouble la solitude d’un malade emprisonné dans sa souffrance. Cette violence est une épreuve existentielle, celle de la pensée face à une violence inhérente au vivant lui-même2. »

Mais dire que la santé est publique, c’est dire aussi que nous faisons monde commun. C’est voir dans la vie saine avec les autres humains et autres qu’humains la garantie ou l’assurance des scènes de vie ordinaires. L’épreuve de la maladie met au grand jour cette dimension de la santé comme le fond sur lequel nos sociétés se déploient. Il suffit de découvrir que ce fond est attaqué pour se sentir fragilisé. L’expérience de la pandémie de Covid-19, en attaquant l’hospitalité de l’air que nous respirons comme le milieu qui nous relie tous, laissant planer l’idée que toutes et tous nous pouvions être affectés en tant qu’êtres vivants et respirants, nous a rappelé que la santé est publique ; mieux encore, selon l’usage aujourd’hui consacré de ce terme, qu’elle est un « commun » : le fond tacite mais consistant sur et par lequel déployer nos existences et nos pratiques sociales, professionnelles ou politiques.

L’épreuve de la maladie habite donc à la fois le très intime et le très public. Nous ne cessons, lors des pratiques de civilité ou des petits rituels sociaux qui déploient comme un art des égards, de demander « comment te portes-tu ? ». C’est là une manière, en permanente construction, de prendre acte de l’épreuve de la maladie qui peut aussi être une épreuve du malheur. Dans La Mise en scène du quotidien, le sociologue Irving Goffman parle des « échanges réparateurs ». Ce sont toutes ces petites et minuscules marques d’attention où, au cœur des personnages sociaux avec leurs normes et leurs conventions (ce qu’on ne dit pas, ce qui ne se fait pas, ce qui ne se manifeste pas pour faire bonne figure), s’immisce une expression singularisée de soi. C’est ce qui se passe lorsqu’un collègue nous annonce qu’il vient d’apprendre qu’il a une maladie grave et que nous nous excusons d’avoir été brutal en le saluant, ignorant tout de sa situation. C’est ce qui s’engage lorsque, de retour au travail avec une maladie chronique, nous aménageons une manière inédite de travailler ensemble. L’épreuve de la maladie attaque les liens, mais via les échanges réparateurs qui trament nos interactions. Elle met au jour ce que Mauss nommait « la délicate essence du social ».

Cette épreuve s’entend donc en un triple sens. Elle est éprouvée dans une forme du pâtir et du subir comme un événement d’existence, sur le fond d’un ébranlement ontologique tel que, parfois, la vie en nous ne reconnaît plus la vie. Elle est éprouvante pour celui qui la vit parce qu’elle vient fragiliser son style d’être, supposant des renoncements, initiant d’épuisantes refigurations de soi et de l’estime de soi. Enfin, elle met à l’épreuve la consistance des liens qui nous unissent aux autres, testant ce qui demeure de ces liens lorsque s’effritent les précaires grandeurs d’établissement.

En ce sens, elle est à la fois très solitaire (on vit, on souffre et on meurt seul) et très solidaire. Non seulement elle affecte les relations par la grâce desquelles nous nous tenons dans l’être, mais elle suscite encore des représentations et des récits qui nourrissent l’imaginaire collectif. Ainsi quelles furent au fil des époques les figures du plus fragile des fragiles ? Ce fut avant-hier, dans l’imaginaire lointain des sociétés de la pureté, celle du lépreux marqué par le symbole de la tache et de la souillure. Ce fut hier, dans des sociétés de la maîtrise et de la mesure, celle du cancéreux et de son mal proliférant. C’est aujourd’hui, dans nos sociétés pour lesquelles « être, c’est être en réseau », terme qui inclut les « réseaux pensants » porteurs d’aptitudes cognitives, celle du malade d’Alzheimer.

Avoir une maladie et être malade

Cependant être malade ne signifie pas seulement avoir une maladie. Dans le registre de l’avoir, on peut regarder la maladie du dehors dans la neutralité d’un discours objectivant. On la décrit, on la classe et on l’insère dans des tableaux standards et des classifications internationales. Mais, comme expérience de soi, la maladie n’est plus quelque chose que l’on a mais quelque chose que l’on est. Tel est le sens du passage de la maladie comme fait biologique à la maladie comme événement biographique. La santé était un silence des organes ? Soudain elle est ce qui fait du bruit tel que l’entendent les ingénieurs du son. Elle ne fait pas sens, et son non-sens malmène notre manière d’être au monde.

« La maladie qu’on prouve ou dont on établit la réalité et la nature dans un diagnostic et un pronostic relève d’un langage et d’une expérimentation impersonnels […]. L’épreuve de la maladie est, quant à elle, une expérience en première personne. Comme telle, elle n’est pas une donnée statistique mais une réalité engageant une existence dans la compréhension qu’elle a d’elle-même. »

— Jean-Philippe PIERRON

La fragilité humaine, PUR, 2024 (p. 26, §8)

Cette citation démontre que la médecine moderne opère un « court-circuit » : elle passe directement au diagnostic (la preuve) sans laisser au sujet le temps d’habiter son épreuve. C’est le cœur de votre thèse sur l’expropriation du sens.

L’épreuve de la maladie n’est donc pas la même chose que la maladie dont on a la preuve3, qu’elle soit génétique ou clinique. La maladie qu’on prouve ou dont on établit la réalité et la nature dans un diagnostic et un pronostic relève d’un langage et d’une expérimentation impersonnels ; elle se laisse ranger, à la manière des variétés botaniques, dans des taxonomies qui ambitionnent d’en définir les traits les plus généraux. L’épreuve de la maladie est, quant à elle, une expérience en première personne. Comme telle, elle n’est pas une donnée statistique mais une réalité engageant une existence dans la compréhension qu’elle a d’elle-même. Manière d’être singulière, elle nous mobilise proprement dans toutes nos dimensions : corps, affects, intelligence, mémoire et imagination. Le corps n’est plus silencieux mais appelle notre attention et nous engageons avec lui une sourde lutte. Les affects tendent à se réduire aux passions tristes : peur, tristesse, anxiété, colère. L’intelligence cherche en vain la lumière en s’informant et en conceptualisant. La mémoire se souvient d’épisodes douloureux qui augmentent la crainte de ce qui advient. L’imagination enfin projette et parfois fantasme un avenir effroyable. Et il est sûr dans tous les cas que nous ne saurions nous mettre à distance de nous-mêmes, à la fenêtre de notre existence pour ainsi dire, pour nous regarder souffrir.

Être malade est ainsi être rendu sensible à sa propre vulnérabilité. Cette expression signifie l’effraction d’un dehors sur notre volonté dans un sentiment de passivité. La maladie devient alors une catégorie que l’on placera sous la rubrique du mal subi plutôt que du mal commis – un mal vécu parfois comme malheur, sinon comme malédiction. Elle est ce mal qui est en moi sans être par moi – ce qui ne m’empêche pas de me demander dans quelle mesure « je » n’y suis pas pour quelque chose. Bref elle se situe au point nodal du volontaire et de l’involontaire.
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« Si le discours biomédical s’est débarrassé des catégories morales et religieuses qui s’appliquaient à la maladie au profit de nomenclatures et de sémiologies neutres, celle-ci n’en a pas moins, pour celui ou celle qui a à la vivre, un retentissement éthique. Et l’interrogation alors demeure : la maladie pourquoi et pour en faire quoi ? C’est toute la différence entre le problème de la maladie comme fait et le mystère de l’être malade comme enjeu d’existence. »

— Jean-Philippe PIERRON

La fragilité humaine, PUR, 2024 (p. 27, §9)

Cette citation explique que la « neutralité » affichée par la médecine est en fait une forme de violence. En refusant de considérer la maladie comme un « enjeu d’existence », elle empêche le sujet de transformer sa souffrance en une réflexion sur sa propre vie ou en une force de révolte.

C’est pourquoi, si le discours biomédical s’est débarrassé des catégories morales et religieuses qui s’appliquaient à la maladie au profit de nomenclatures et de sémiologies neutres, celle-ci n’en a pas moins, pour celui ou celle qui a à la vivre, un retentissement éthique. Et l’interrogation alors demeure : la maladie pourquoi et pour en faire quoi ? C’est toute la différence entre le problème de la maladie comme fait et le mystère de l’être malade comme enjeu d’existence.

Aussi cette épreuve, pour passive qu’elle soit, convoque-t-elle ma réponse. Elle sollicite mes ressources et en ce sens une forme d’activité. Comment serai-je ? Quelles capacités et quelle figure de moi-même manifesterai-je dans cette situation ? Telles sont alors les questions qui me sont posées. L’épreuve, après tout, est aussi le nom que l’on donne à ce que l’on fait lorsqu’on passe un examen… Une telle épreuve ébranle notre volonté et notre recherche de signification. En bouleversant nos allures ordinaires de vie, elle nous confronte au gouffre mystérieux de notre statut de vivant incarné, rattrapé par la logique du corps et de ce qui échappe à nos représentations. Maine de Biran résumait cette idée dans le mot fameux : « Homo simplex in vitalitate, duplex in humanitate », emprunté à l’humaniste hollandais Herman Boerhaave ; ce qu’on peut traduire par « l’homme est simple dans sa vitalité, double en son humanité ». Si la maladie est donnée, dans sa simplicité vitale, comme un fait univoque, elle devient, en raison de l’enchevêtrement du volontaire et de l’involontaire, une expérience traversée par des interprétations contradictoires, des attentes de signification qui produisent de l’équivoque, de l’incompréhension, jusqu’à la colère ou au désespoir. Dans l’« aperception » de soi, elle se mue en un gouffre de questions qui épuisent. Cette épreuve, encore une fois, affecte notre être incarné et situé, dans et par cette dimension corporelle à laquelle il faut pourtant consentir. Il y a des hasards de naissance qui sont aussi des malheurs (accidents à l’accouchement, maladies génétiques, etc.) : on tentera de faire une vie malgré eux, en dépit d’eux.

Petite phénoménologie de l’être humain malade

Éprouvée sur le mode d’un pâtir fondamental, la maladie vécue ébranle donc, comme on l’a dit, nos allures de vie. Mais elle correspond à une autre allure de soi qui, on le sait depuis les analyses de Canguilhem, relève non seulement d’une normalité statistique (ne plus être comme les autres) mais aussi d’une normativité immanente, en ce sens qu’elle invite le patient à déployer une nouvelle façon de s’affirmer encore existant, sachant l’empêchement qui est le sien. Être malade, ce n’est pas ne plus exister, c’est exister autrement. C’est pourquoi cette épreuve n’est pas une simple parenthèse qui permettrait de voir dans la guérison elle-même un « rétablissement » au sens de la restauration d’un état initial. Elle inaugure véritablement une autre manière d’être. Mais la prudence impose de ne pas écraser la pluralité des formes qu’elle peut prendre. En effet, elle se décline diversement, avec plus ou moins d’intensité et de gravité. Cela suppose de ne pas la penser uniquement à partir de la maladie grave ni de la seule maladie somatique.

Il y a ainsi la « petite maladie ». C’est une mise à l’épreuve relationnelle affectant notre milieu social par la dépendance où elle nous met à l’égard des donneurs de soins. Sans être brutale mais assez prégnante pour affaiblir la tonicité du vivant, la petite maladie est passagère : elle n’engage pas le pronostic vital et fait partie des maux prévisibles, aisément solutionnables médicalement parlant. C’est pourquoi elle redéploie nos relations avec les autres sur un mode souvent mi-tragique, mi-joyeux4. Forme mineure de la dépendance, la petite maladie surligne le plaisir que procure une sollicitude inquiète sans être anxieuse. Dans ces activités de nursing, les pratiques ordinaires du care se donnent à voir dans ce qu’elles ont de rassurant et de soutenant. S’y vit, dans une gratitude effective, une manière d’estime à l’égard de l’inestimable : la mise en valeur de ce qui compte pour rendre une vie vivable et désirable. Le chanteur Henri Dès, dans une chanson pour enfants, écrit ainsi : « Va, va mon petit, va, va dans ton lit, mets-toi bien au chaud […] ; il y a quelques avantages aux petites maladies, fini le surmenage, on peut manger au lit ! » L’épreuve de la petite maladie fait ressortir cela étant l’importance et la portance des liens et des lieux – du milieu. On songe ici aux analyses classiques de Kurt Goldstein5, pour qui l’état pathologique, quelle que soit son importance, révèle précisément l’intrication de l’organisme et de son milieu, dont il modifie les significations perceptives, pratiques et relationnelles au gré d’un permanent réajustement.

Il y a la maladie grave dont l’irruption est bien souvent une effraction. Ici l’épreuve est effectivement un éprouvé avec toute la passivité du mal subi – un mal qui éloigne parfois la perspective même d’un rétablissement. C’est, on l’a dit, un ébranlement ontologique qui entraîne la perte de confiance attachée ordinairement à la fluidité de la vie. Perdre pied et perdre, cela étant, l’assurance de sa vitalité, bouleverse l’économie intérieure du sujet. Entre l’avant et l’après de la maladie grave, les affects traversés, les sensations endurées, la mémoire saturée de ressentis font que nous ne sommes plus le même. L’épreuve prend alors l’allure d’un bouleversement qui fait qu’on ne se reconnaît plus soi-même (hypersensibilité ou hyperémotivité ; incapacité de vouloir ou de se projeter vers l’avenir ; forme de gravité étendue à tous les thèmes et à toutes les situations, etc.).

Il y a encore la maladie chronique, qui est parfois l’avenir de la maladie grave. Cette épreuve est, cette fois, celle d’un soi enduré dans le temps long d’une vie. Il faut bien entendre le mot « chronique » dans « maladie chronique ». Y est en jeu une chronique de soi. Ici la notion de maladie chronique et le concept ricœurien d’identité narrative se renforcent mutuellement. Au long des jours qui succèdent aux jours, en effet, le temps de la maladie s’étire – on pense au récit de sa tuberculose par Thomas Mann dans La montagne magique – et parfois se fige dans la circularité lancinante de la plainte, à quoi l’on peut opposer la linéarité du récit6. La maladie chronique se reconnaît précisément à ce qu’elle n’a pas le caractère d’un accident passager mais installe le patient dans une durée indéfinie. Mais cette modalité du temps favorise parfois (ce roman justement le montre) une autre manière de se raconter. Accolée au personnage social, la maladie chronique peut devenir un statut (allocation longue maladie ; reconnaissance professionnelle de la longue maladie ou de l’affection de longue durée). Elle peut également amener le malade à styliser une nouvelle manière d’être au monde. Il invente alors une existence qui tient compte des exigences que la maladie impose. Mais, plutôt que celle de style, l’idée de « régime de vie », qui reprend et généralise celle de régime alimentaire en l’appliquant à l’art d’être soi, serait peut-être plus juste. Il s’agit d’un usage de soi qui répond à la nécessité de s’adapter à la fatigue et aux difficultés de tous ordres que cause la maladie et qui suppose précisément une autre normalité, une autonormativité au sens de Canguilhem.

Mais il est encore une autre expérience de la maladie. Lorsque l’on emploie sans autre précision ce terme, on l’associe le plus souvent aux maladies somatiques ou aux affections virales. Celles-ci ont pour inconvénient de nous tourner trop vite du côté biologique de l’être malade. Le laboratoire d’analyses biomédicales alors n’est jamais loin : de la prise de sang aux différents tests prescrits pour la recherche du diagnostic, l’objectivation se faufile. Mais on évoque beaucoup moins la maladie mentale, trop vite enfermée dans le continent de la « folie ». Cela questionne l’arrière-plan implicite qui sous-tend souvent notre compréhension de la maladie : le dualisme âme-corps et la partition qui s’ensuit entre les maladies d’un corps-machine que prendrait en charge la médecine somatique et les maladies de l’esprit relevant de la psychiatrie – comme si notre être corporel ne se déployait pas dans des tonalités affectives qui modifient réciproquement notre être corporel. L’épreuve de la maladie est simple, en effet, si on ne la considère que du point de vue d’un corps réduit à une machine telle qu’une horloge, une chaudière ou un ordinateur. Mais il ne faut pas éluder le jeu complexe de ses répercussions dans la compréhension de soi. Maine de Biran, on l’a vu, pointait déjà cette double nature du corps humain. Aussi la maladie mentale se déploie-t-elle également dans sa dimension organique et dans son retentissement interne, qui n’est pas sans effets lui-même sur la possibilité d’exister en relation avec d’autres existences7.

L’épreuve éthique de la maladie : pour soi ? pour les autres ?

On peut cependant poser des questions à la fois moins difficiles et plus générales : quel genre de vie mène-t-on quand on est malade ? quelle estime de soi et quelle visée de la vie bonne sont encore possibles quand on se voit, sinon comme un incapable, du moins comme un être altéré dans certaines de ses capacités ? En définissant l’éthique comme « le désir de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes8 », Ricœur permet d’entendre ces questions.

L’épreuve de la dépendance affecte d’abord en effet l’estime de soi. La maladie qui est en moi est-elle par moi ? En quel sens y suis-je pour quelque chose ? Enfin, cela étant, que puis-je encore vouloir pour moi-même ? On croise à nouveau ici les thématiques de la culpabilité et de la dignité, mais reliées l’une et l’autre à la question de savoir quelle « vie bonne » reste possible dans les limites imposées par le mal et la souffrance. De l’incapable à l’autrement capable, le patient ne veut pas être seulement patient. Il active des exercices de soi dont fait partie paradoxalement la patience. Cette épreuve dissone de manière frontale avec une conception de la maladie qui n’y voit qu’un accident qui ne saurait ne pas recevoir bientôt une solution technique, comme dans la délirante promesse transhumaniste.

Pour soi, on l’a vu, l’expérience de la maladie est d’abord celle du désarroi dans le temps clos de la plainte. La maladie grave, en particulier, implique un sentiment d’enfermement qui va de pair parfois avec la dépression. Elle entraîne un rétrécissement, voire un effondrement du projet compris comme la forme générale de notre existence. Cette altération peut aller jusqu’au désespoir et au dégoût de soi-même, ainsi dans cette lutte de soi contre soi qu’est la mélancolie. Elle n’exclut pas cependant la possibilité d’une refiguration de soi dont résulte, dans le meilleur des cas, une juste et discrète estime de soi-même. C’est que l’épreuve de la maladie a aussi un retentissement sur notre vie avec et pour les autres. Elle montre que nos existences impliquent des dissymétries alternées qui nous voient tantôt autonomes, tantôt dépendants, mais toujours reliés. Se révèle ainsi une autonomie relationnelle qui ne va pas sans un soutien mutuel qui n’a rien de « naturel », quelle que soit aujourd’hui l’application de ce qualificatif à certains aidants. C’est l’enjeu des pratiques de care, de soutien par le soin dans une attention au long cours. Il s’agit alors pour le patient non de s’aliéner mais d’accepter sa vulnérabilité. Mais, si l’épreuve de la dépendance n’est pas fondamentalement celle d’une aliénation ou d’une infantilisation, elle peut le devenir. S’engage là un travail de reconnaissance mutuelle qui peut prendre la forme d’une lutte pour se maintenir comme sujet avec l’autre dans cela même qui « assujettit ». Le défi est d’exister comme malade sans être réduit à ce statut. Importe à ce point, encore une fois, une résistance à la réification qui s’exprime chez les patients dans le refus de se penser comme « patients » au sens purement passif du terme.

Solitaire, l’épreuve de la maladie peut donc, comme on l’a dit, être solidaire. Elle motive d’ailleurs la mise en place d’institutions qui tentent d’être justes. En ce sens, c’est aussi une épreuve sociopolitique. Il s’agit en effet de nous prémunir contre une conception insolente de la santé qui ignorerait la précarité de l’humain marqué par la souffrance, par la vieillesse et par la mort. Telle est fondamentalement la portée de l’hospitalité impliquée dans les institutions dites justement hospitalières, qui la spécialisent pour accueillir à chaque fois l’humain fragile. Certes, l’Oncopole n’est pas le Centre hospitalier universitaire (CHU), le Centre hospitalier spécialisé (CHS) n’est pas l’Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), l’Institut médico-éducatif (IME) n’est pas l’Unité de soins palliatifs (USP)… Mais à chaque fois une institution répond à cette fragilité qui l’oblige éthiquement. Il ne faut pas songer d’ailleurs seulement à l’hôpital, mais encore au retour au travail et au monde commun : quel droit de cité après une maladie grave ? La question est alors de savoir comment ne pas avoir peur de la fragilité que révèle la maladie ou, mieux, comment faire société à partir de cette fragilité même. L’hospitalisation de jour en psychiatrie peut ici servir de fil directeur. Les habitats inclusifs évitent l’enfermement des malades dans des lieux extérieurs à la cité. Les patients, réunis en collectifs, s’efforcent comme on l’a dit de n’être seulement des patients et s’affirment malgré la maladie comme des sujets et des citoyens à part entière. Ce sont autant d’attestations d’une même revendication : celle d’un monde où la coexistence des formes de vie imposées par la maladie et le handicap serait possible. Ainsi s’inventerait la dialectique, jamais achevée, de la fragilité de la vie et de la solidité des institutions…

Mais l’épreuve de la maladie engage encore, plus largement, la relation du vivant humain avec les autres vivants. C’est l’objet du concept de santé globale (one health). Il s’agit alors d’instituer un monde ouvert, précisément, à nos interdépendances avec les autres vivants : un monde où nous nous montrerions moins prédateurs à l’égard des milieux naturels et plus attentifs à la fragilité de la Terre. Car l’épuisement des ressources naturelles n’est pas sans lien aujourd’hui avec l’épuisement des psychismes ! La généralisation du modèle productiviste détruit également la Terre et ses habitants. Aussi l’épreuve de la maladie est-elle aggravée par une éco-anxiété qui nous place désormais devant le plus grand des défis : celui d’inventer des institutions qui prennent en compte le soin des humains, des autres qu’humains et de la Terre dans une méditation sur notre commune – mais non confuse – fragilité.

La précarité des affaires humaines : la maladie et la vertu de pudeur

Ce silence relatif à la fragilité du monde et des autres, le prendre-soin lui apporte au jour le jour son soutien. Mais s’il est constant dans le soin des hommes, le soin des institutions et le soin des choses, il est peu visible, par une forme de pudeur. Car il y a quelque impudeur, pour ne pas dire quelque brutalité à ouvrir une réunion par des questions telles que : « Y a-t-il parmi vous des malades ? » ou « Combien, parmi vous ou parmi vos proches, souffrent d’une maladie grave ou d’une maladie chronique ? » Si même on osait formuler publiquement de telles interrogations, on ne demanderait pas trop vite d’y répondre, de crainte qu’elles n’ajoutent à la violence de la maladie celle d’un discours intrusif et tenté par la réification.

Cette pudeur a peu en commun avec une attitude magique qui s’interdit de nommer pour ne pas attirer le malheur. C’est un fait, simplement, que l’on ne parle pas d’habitude de ce qui rappelle trop directement la fondamentale précarité des affaires humaines. Dans son roman Némésis, Philip Roth, à propos d’une épidémie de polio provoquant des ravages parmi des enfants, décrit la façon dont toute une communauté se trouve malmenée par la maladie. Quand soudain celle-ci, par contagion, explose comme une bombe en son sein, ce sont toutes les institutions qui la fondent qui se trouvent fragilisées, qu’elles concernent la civilité, la position sociale, l’identité des personnes ou la justice ; et aucune ironie alors n’est tolérée : « Depuis quand est-ce qu’il y a une loi qui empêche de refiler la polio, monsieur le directeur du terrain de jeu ? – La polio n’est pas un sujet de plaisanterie. Et il y a une loi qui interdit de troubler l’ordre public. Je ne veux pas être obligé d’appeler la police9 ! »

Les questions concernant la santé de ceux qui nous importent sont indécentes et brutales. Dans le cas des contagions, comme on l’a évoqué plus haut, elles réactivent une figure archaïque de la symbolique du mal : la souillure. Elles choquent précisément la pudeur qui sous-tend nos manières de vivre ensemble. La reconnaissance de la fragilité humaine trouve donc dans la vertu de pudeur une réponse. N’est-ce pas pourquoi Platon déjà pensait qu’à côté de la justice, la pudeur était une vertu de la cité ? Dans le mythe de Prométhée et Épiméthée que rapporte Platon dans le Protagoras, on lit ainsi que « Zeus, craignant que notre race ne fût anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l’amitié. Hermès alors demanda à Zeus de quelle manière il devait donner aux hommes la justice et la pudeur : “Dois-je les partager comme on a partagé les arts ? Or les arts ont été partagés de manière qu’un seul homme, expert en l’art médical, suffît pour un grand nombre de profanes, et les autres artisans de même. Dois-je répartir ainsi la justice et la pudeur parmi les hommes ou les partager entre tous ?” – Entre tous, répondit Zeus ; que tous y aient part, car les villes ne sauraient exister si ces vertus étaient, comme les arts, le partage exclusif de quelques-uns ; établis en outre en mon nom cette loi que tout homme incapable de pudeur et de justice sera exterminé comme un fléau de la société10. » Outre le lien étroit entre l’art politique et l’art médical autour de la question du meilleur gouvernement, Platon trouve donc dans la pudeur un soin apporté au monde commun. Car celui-ci appelle des lois justes mais aussi des liens ajustés. C’est là précisément qu’intervient la pudeur. Elle soustrait les relations avec les autres à la brutalité du regard, de l’intrusion ou de l’exhibition sans gêne. Vertu politique ou vertu sociale, c’est un art de préserver le vivre-ensemble, sur le fond de vulnérabilités non ignorées, non invisibilisées, mais non mises en avant pour autant.

Cette pudeur est aussi portée par le sentiment du tragique et du non-sens. Ce sentiment naît quand la maladie, injustement – c’est la limite de toute théodicée –, frappe même « les gens bien ». Aussi nous arrive-t-il de dire, lorsqu’une personne proche est touchée par la maladie grave : « non, ce n’est pas possible, pas toi ! ». Dans cette formule, derrière le désarroi, s’entend une idée persistante même si on la sait inconsistante : aux gens bien, il ne doit rien arriver de mal. « Que les méchants tombent malades et meurent, ça leur apprendra ! […] Mais lorsqu’il arrive malheur à quelqu’un qu’on estime et qu’on aime, c’est l’univers entier qui vacille. On est alors comme un enfant qui ne comprend plus son monde11. » La pudeur est alors un art de résister à la tentation de donner du sens. C’est une façon de reconnaître qu’il y a de l’inassimilable, de l’injustifiable avec lequel nous devons pourtant faire nos vies et nos sociétés. La pudeur ainsi n’est pas le nom d’un aveuglement volontaire. Elle est précisément la conscience de ce qu’a parfois d’insensé l’expérience de nos fragilités, bien que celles-ci constituent le fond sur lequel il nous faut continuer de vivre.

Conclusion : peut-on imaginer un humain qui ne serait jamais malade ?

Peut-on, cela étant, non, par une sorte de perversité morbide, vouloir la maladie, mais dire qu’elle nous humanise ? Peut-on le dire sans faire violence à ceux qui sont gravement malades ? Et, si on le peut, quelle manière d’être humain engage l’épreuve de la maladie ? Que délaisse-t-on par conséquent en réduisant la maladie à un fait biologique ou en imaginant, comme le fait le transhumanisme, un humain qui ne serait jamais malade, et serait préservé aussi de cette façon de la vieillesse et de la mort ? Peut-on vivre en s’épargnant la peine de vivre ? L’épreuve de la maladie constitue dans tous les cas une situation-limite qui oppose plusieurs conceptions de l’humain et apparaît à celui-ci tantôt comme un carcan qui l’aliène, tantôt comme un lieu à partir duquel il peut se déployer. Elle montre ainsi que nous n’en avons jamais fini avec notre humanité. C’est une invitation à passer de la question pourquoi la maladie ? à la question être malade, pour en faire quoi et surtout qui ?

Notes de bas de page

1 Paul Ricœur, préface au Code de déontologie médicale, introduit et commenté par Louis René, Paris, Le Seuil, 1996, p. 21.

2 Claire Marin, Violences de la maladie, violence de la vie, Paris, Armand Colin, 2015, 4e de couverture.

3 Ceci dit par allusion à ce que les auteurs de langue anglaise appellent précisément l’« evidence based medicine ».

4 Ainsi fait la varicelle quand elle « décore » le visage de l’enfant.

5 Kurt Goldstein, La structure de l’organisme, trad. E. Burckhardt et Jean Kuntz, Paris, Gallimard, 1951.

6 Jérôme Porée l’a bien montré : « le temps circulaire de la plainte n’est pas le temps linéaire du récit » (Le mal. Homme coupable, homme souffrant, Paris, Armand Colin, 2000, p. 149).

7 Il resterait à examiner une dernière épreuve de la maladie : celle de la maladie inconnue dans l’errance du diagnostic ou, inversement, de la maladie comprise comme un nouveau destin, comme on le voit dans la médecine prédictive, où ce destin est autant celui d’un collectif, d’une parentèle, de toute une famille… Comment vivre, alors même que l’on est en bonne santé, sous l’autorité d’un pronostic génétique souvent effroyable ?

8 Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Le Seuil, 1990.

9 Philip Roth, Némésis, trad. Marie-Claire Pasquier, Paris, Folio/Gallimard, 2014, p. 23.

10 Platon, Protagoras, trad. Émile Chambry, Paris, Garnier-Flammarion, 1967, 321 c.

11 Frédérique Leichter-Flack, Pourquoi le mal frappe les gens bien ? La littérature face au scandale du mal, Paris, Flammarion, 2023, p. 30.


Retrouver ce texte en intégral sur le web


La récupération de l’existence par la médecine

Cette récupération de l’existence par la médecine s’est opérée par un glissement progressif de la fonction de guérir vers une fonction de définir la normalité humaine. Ce phénomène, que l’on peut qualifier d’impérialisme diagnostique, a créé un vide que la consultation philosophique privée tente aujourd’hui de réoccuper.

Les mécanismes clés de cette récupération et la manière dont la pratique philosophique hors cadre médical s’y oppose :

1. La réduction du « Sens » au « Symptôme »

La médecine a réussi à convaincre le corps social que toute souffrance intérieure est le signe d’un dysfonctionnement biologique.

  • Le mécanisme : Devant une crise existentielle (un sentiment d’absurdité, une angoisse devant la mort, une difficulté à aimer), le réflexe moderne est de chercher une étiquette dans les manuels de psychiatrie (DSM).

  • L’impact : En nommant « trouble » ce qui est une « interrogation », la médecine clôt le débat. On ne se demande plus : « Qu’est-ce que ma vie me dit ? », mais : « Comment supprimer ce malaise ? ».

2. L’expertise contre la Sagesse

La médecine a instauré une hiérarchie où seul le « sachant » (le médecin, le psychanalyste, le thérapeute certifié) possède la clé de l’intériorité du sujet.

  • La dépossession : L’individu est devenu un « analysé » ou un « patient », perdant sa stature de « sujet pensant ». Il attend de l’expert qu’il lui explique qui il est.

  • Le rôle de la consultation philosophique : Contrairement à la médecine qui cherche à « réparer » ou à « ajuster » l’individu à la société, la consultation privée redonne au consultant son statut d’interlocuteur valable. Le philosophe ne diagnostique pas ; il accompagne une pensée qui se cherche.

3. La gestion de l’imprévisible par le protocole

La médecine récupère l’existence en transformant le tragique de la vie en une série de risques à gérer.

  • La normalisation : Tout ce qui dépasse de la norme (une tristesse trop longue, une excentricité trop marquée) est perçu comme une pathologie à l’ordre public ou personnel.

  • La résistance philosophique : En cabinet privé, l’accent est mis sur la singularité radicale. Là où la médecine cherche le « cas » (ce qui ressemble aux autres), la philosophie cherche l’ « exception » (ce qui fait l’unicité de cette vie-là).


La consultation philosophique comme acte de libération

La pratique privée de la philosophie ne s’inscrit pas « en complément » du soin, mais en rupture avec la médicalisation pour trois raisons :

  1. Le langage : Elle refuse le jargon clinique (pathologie, traumatisme, pulsion) pour revenir aux concepts de la vie (liberté, responsabilité, finitude, désir).

  2. La posture : Elle n’est pas une relation d’aide asymétrique (un bien-portant qui aide un mal-portant), mais un dialogue entre deux êtres confrontés à la même énigme de l’existence.

  3. L’objectif : Elle ne vise pas la « santé » (le silence des organes ou des tourments), mais la clarté. Parfois, être lucide rend plus inquiet, mais c’est le prix de la liberté de conscience.

En somme, la médecine a récupéré l’existence en la transformant en « problème technique ». La consultation philosophique la lui « vole » à nouveau pour en faire une œuvre de pensée.

Souhaitez-vous approfondir un aspect spécifique de la posture du praticien philosophe face au cadre clinique traditionnel ?


Posture du praticien philosophe face à récupération de l’existence par la médecin

Face à la récupération de l’existence par la médecine, la posture du praticien chercheur ou du consultant en philosophie ne se définit pas comme une alternative thérapeutique, mais comme une insurrection de la pensée. Il ne s’agit pas de « soigner mieux », mais de rendre au sujet la propriété de son expérience.

Voici les piliers de cette posture spécifique :

1. Le refus de la « Symptomatologie »

Le médecin cherche le signe d’une maladie ; le philosophe cherche le sens d’une parole.

  • La posture : Le praticien refuse d’écouter la souffrance comme un « dysfonctionnement » à corriger. Il l’accueille comme un « cri de l’être » ou une manifestation de la liberté qui se heurte à ses limites.

  • L’acte : Là où la médecine pose un diagnostic qui « ferme » l’identité (ex: « Vous êtes dépressif »), le philosophe pose une question qui « ouvre » l’existence (ex: « Que dit cette tristesse de votre rapport au monde ? »).

2. Le passage de la « Plainte » à la « Problématique »

La médecine accueille la plainte pour la calmer (sédation, normalisation). La philosophie accueille la plainte pour la transformer en objet de pensée.

  • La posture : Le praticien ne se place pas dans une relation d’empathie fusionnelle ou de « care » maternant. Il maintient une distance réflexive.

  • L’acte : Il aide le consultant à sortir de la passivité du « subir » (la maladie comme fatalité biologique) pour entrer dans l’activité du « penser » (la vie comme tâche). On passe du « Je souffre » au « Qu’est-ce que souffrir veut dire pour moi, ici et maintenant ? ».

3. La désacralisation de l’Expertise

La médecine repose sur une asymétrie radicale (celui qui sait face à celui qui ignore). Le philosophe pratique une asymétrie de fonction, mais une égalité de nature.

  • La posture : Le praticien n’est pas un « maître de vérité » qui détient les clés du bonheur. Il est un compagnon de route qui possède simplement des outils logiques et conceptuels.

  • L’acte : Il s’interdit toute interprétation sauvage (type psychanalytique) ou tout conseil directif. Son rôle est de garantir la rigueur du dialogue pour que le consultant accouche de sa propre clarté.

4. L’affirmation du Tragique contre l’Idéal du Bien-être

La médecine vise un idéal de « santé-performance » où la souffrance est un échec. La philosophie de terrain considère que la fragilité, l’angoisse et la finitude sont les structures mêmes de l’humain.

  • La posture : Le praticien ne cherche pas à supprimer l’angoisse, car l’angoisse est souvent le signe d’une prise de conscience de sa propre liberté.

  • L’acte : Il réhabilite le droit d’être inquiet, d’être en deuil ou d’être révolté. Il dé-médicalise l’existence en rappelant que la vie humaine n’est pas un problème technique à résoudre, mais une énigme à habiter.


Synthèse de la posture en cabinet privé

Dimension Posture Médicale (Récupération) Posture Philosophique (Libération)
Langage Code clinique (troubles, pulsions) Concepts existentiels (choix, finitude)
Objectif Homéostasie (retour à la normale) Lucidité (vérité du sujet)
Relation Sujet à Objet (patient examiné) Sujet à Sujet (co-recherche)
Finalité Fonctionnalité sociale Souveraineté intérieure

En somme, la posture du philosophe face à la médecine est celle d’un gardien de la singularité. Il veille à ce que l’individu ne soit pas totalement « digéré » par les protocoles et les statistiques, en lui redonnant le pouvoir de nommer lui-même son épreuve.


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Article # 81 – L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Coz, Éditions Albin Michel, 2006

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Article # 81

J’AI LU POUR VOUS

L’empire des coachs

Une nouvelle forme de contrôle social

Roland Gori et Pierre Le Coz

Éditions Albin Michel

Paris, France

Langue ? : ? Français
Livre broché ? : ? 208 pages
ISBN-10 ? : ? 2226174982
ISBN-13 ? : ? 978-2226174987
Poids de l’article ? : ? 286 g
Dimensions ? : ? 15 x 2 x 22.5 cm

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J’accorde au livre L’EMPIRE DES COACHS – UNE NOUVELLE FORME DE CONTRÔLE SOCIALE de Roland Gori et Pierre Le Coz 4 étoiles sur cinq.

J’en recommande fortement la lecture.

Lire mon rapport de lecture à la suite la présentation du livre et son auteur.


RÉSUMÉ

(Texte de la quatrième de couverture)

« Il faudrait en France un coach pour 50 habitants ! » s’exclamait il y a quelques années le premier formateur de coachs français. En réalité, cet appel était une prophétie : le coaching s’étend aujourd’hui à tous les domaines de la vie quotidienne. On le rencontre jusque dans les établissements de santé, où il explique comment bien se comporter pour mieux se porter. Avec ses recettes psychologiques et son jargon managérial, il touche jusqu’au plus intime de nous-mêmes.

Nouvelle forme de contrôle social, le coaching nous apprend à intérioriser les impératifs de performance et de compétitivité ; il nous exhorte à augmenter notre rentabilité comportementale. Dans ce miroir grossissant de la crise du lien social, nous ne serions rien de plus que des micro-entreprises à gérer, des stocks d’énergie humaine à exploiter…

Il est urgent de mettre un coup d’arrêt à l’emprise insidieuse de ces « managers de l’âme » dont les pratiques, sous prétexte d’épanouissement personnel, visent avant tout à normaliser les sujets et à anéantir toute capacité d’esprit critique.

Source : Éditions Albin Michel.


TABLE DES MATIÈRES

Introduction

1 – Un nouvel opium du peuple?

L’entraîneur enterré

Quand le malheur des uns remplit la cagnotte des autres

Le marchand de sens est passé

La stratégie du méli-mélo

Une plus-value ontologique par un contrat de service

Un champ d’application infini

2. – Le management des âmes poussé jusqu’à l’absurde : le « coaching-santé »

L’hôpital converti en entreprise de soins

L’avènement du patient flexible et autogéré

Quelques illustrations de la « réussite « du « coaching-santé »

Le temps de la maladie

3. – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique

L’individu est la source de ses problèmes

Du coaching comme addiction

Un conditionnement individualiste au service d’un conformisme généralisé

Le coaching envisagé comme rituel d’initiation.

La civilisation médicale des mœurs

Le coaching dans l’histoire de la normalisation

La promotion d’un mythe social : le consentement éclairé de l’individu à son « complet bien-être »

La technicisation des relations intersubjectives.

Le coaching; comme falsification du rapport éthique avec autrui

Le mythe de l’individu-roi

La croissance individuelle soluble dans la croissance économique

La méthode du coaching : le « zapping » thérapeutique

Le coaching sportif et son destin

Conclusion : « Non aux nouveaux directeurs de conscience… »

Notes

Bibliographie


EXTRAIT

Introduction

« Lorsque nous voyons souffrir quelqu’un, nous saisissons volontiers l’occasion offerte de prendre possession de lui. C’est là, par exemple, ce que fait l’homme charitable et compatissant, lui aussi croit éprouver de l’amour dès qu’il désire une nouvelle possession et il y trouve du plaisir comme à l’appel d’une nouvelle conquête. »

F. Nietzsche, Le Gai Savoir.

To coach signifie « entraîner » ou « accompagner » dans le sens actif de « motiver ». Ce verbe anglais a pour origine un mot français, « coche », qui, au XVI’ siècle, désigne une voiture tirée par des chevaux et conduite par un cocher. Le coach, suivant cette signification originaire, est celui qui fait avancer les voyageurs ; c’est grâce à lui qu’ils peuvent bouger, se déplacer d’un endroit à un autre. La première extension sémantique le doit au domaine du sport où le coach va devenir l’entraîneur sportif des équipes de football américain. Le coaching désigne une technique de mobilisation et de stimulation des ressources psychologiques du sportif de haute compétition, destinée à compléter son entraînement physique par une préparation mentale censée optimiser ses performances. Cette extension, amorcée aux États-Unis dans les années 1950, va gagner l’ensemble du domaine sportif au cours des années 1980 où le coaching désignera le conditionnement mental du champion, qui n’est plus seulement un corps à entretenir mais un stock de ressources psychiques à maximiser.

Qu’il s’agisse d’optimiser la concentration de l’athlète à l’affût d’un record à battre ou le potentiel psychique des joueurs d’une équipe, le coach se présente ainsi comme un stratège de la « mentalisation ». Il s’active au bénéfice de ceux qui visent « plus vite, plus haut, plus fort », selon la devise des Jeux olympiques formulée par Pierre de Coubertin. Meneur d’hommes, le coach assume des fonctions de préparateur mental, étant entendu que les sportifs de haut niveau sont capables de performances physiques équivalentes et que ce qui les départagera relèvera de la force du conditionnement mental. Le coaching s’annonce ainsi comme un multiplicateur de compétences.

Améliorer ses performances, augmenter ses compétences, intensifier sa puissance… La rhétorique qui alimente le fonds de commerce du coaching entre en totale consonance avec l’idéologie ultralibérale de notre temps. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce qu’il ait pu essaimer hors de son foyer sportif d’origine en dilatant son champ d’intervention dans des sphères extérieures à la compétition physique. Sans avoir déserté les stades, le coaching a très vite su s’exporter dans le domaine de l’entreprise et c’est essentiellement en qualité de pratique managériale qu’il a gagné la France dans les années 1990 [1]. À croire qu’il y a un air de famille entre le milieu du sport et celui de l’entreprise. La logique de l’un nous éclaire sur la logique de l’autre : la continuation de la guerre par d’autres moyens. Et avec d’autres stratèges : les coachs. Deux apôtres notoires de notre idéologie de la puissance, Pierre Angel et Patrick Amar, n’ont pas manqué de constater qu’« en entreprise, les enjeux et les comparaisons en termes de compétition, d’excellence, de besoin de dépassement justifient une telle approche [2] ». Par la gymnastique psychique du coaching, il s’agira pour une entreprise de « muscler l’esprit pendant plusieurs générations », comme le dit romantiquement un prestigieux coach américain traduit en onze langues [3]. Dans ce nouveau contexte, il incombe aux entraîneurs du moi d’aider les jeunes cadres à rester dynamiques (ou les plus vieux à le redevenir) en actualisant le potentiel énergétique et mental dont ils sont porteurs.

À lire ces témoignages – et ils ne manquent pas, que ce soit dans les librairies de gare ou sur les sites électroniques -, le coach est débordant de bons sentiments à notre égard. Certes, il demande beaucoup d’argent, mais soyons-en assurés, il n’a qu’une seule idée en tête : aider son client à prendre de la hauteur, à ajuster son style de vie à ses ambitions professionnelles. Par bonheur, les ambitions du coaché, même s’il n’en a pas immédiatement conscience, coïncident avec celles de l’entreprise : sa volonté la plus profonde est d’accroître ses performances, de se sentir plus rentable et productif. Si le coaché ne parvient pas à s’adapter à son environnement économique, le coach l’aidera à surmonter cette petite défaillance ontologique… Par exemple, il se peut qu’un dirigeant se sente embarrassé lorsqu’il s’agit de licencier ou de délocaliser du personnel. Comment se désencombrer de ce scrupule archaïque de justice sociale ? Moyennant une petite rétribution, le coach peut l’aider à changer sa vision de la situation. En effet, comme l’écrit Whitmore dans son Guide du coaching, « tout se joue dans nos têtes [4] » ! On peut tout apprendre, même à supporter la souffrance des autres. Le coach enseigne l’art d’imposer son jeu à ses adversaires, comme dans n’importe quelle compétition sportive : « L’exercice, qui allie soutien psychologique et assistance à la décision, est largement influencé par les méthodes appliquées dans le monde sportif. Ici, les grands matchs à gagner, ce sont les défis liés au changement dans l’entreprise, tels que fusions, restructurations ou internationalisation [5]. »

Et le coaching tient ses promesses : « Il permet à une personne, un groupe, d’améliorer ses propres performances pour mieux répondre à la demande de l’entreprise, soucieuse de son efficacité », ainsi que l’écrit la Société française de coaching [6]. Il faut accorder crédit à ses promoteurs s’ils prétendent que leur fantasme est de préparer l’avènement d’un conformisme social généralisé. Les croire dans leur prétention à inculquer une mentalité de « gagnant » chez les managers qui tombent comme des mouches (du coach) entre leurs mains… Avoir confiance aussi dans leur pouvoir de normaliser les esprits en les assujettissant aux impératifs de rentabilité économique.

Pour l’heure, la clientèle privilégiée du coaching demeure celle de jeunes cadres désireux d’accroître leur rayonnement auprès de leurs subordonnés ou bien celle de salariés qui aspirent à prendre de l’envergure en endossant des responsabilités nouvelles au sein de leur entreprise. Cependant, le succès actuel que rencontre cette forme d’accompagnement personnalisé dans des milieux étrangers à l’univers de la marchandise atteste qu’une nouvelle forme d’assujettissement des masses est bel et bien en route. Nous sommes notamment les contemporains de l’essor d’un « coaching-santé » au sein des établissements de soin qui consacre le triomphe universel du paradigme sportivo-managérial. En effet, le coaching émerge à l’interface de cette culture sportive du moi et de la médicalisation de l’existence. Comme nous aurons l’occasion de le montrer, la rhétorique du sport croise celle des discours de santé publique qui disent aux populations comment elles doivent vivre pour vivre bien et plus longtemps. Traditionnellement conçu pour être un espace d’hospitalité et d’accueil de la souffrance humaine, l’hôpital aurait-il désormais vocation à reproduire le schéma managérial qui modèle la vie des entreprises ? La question est bien de savoir quel peut être le coût psychologique de ce genre d’exportation sauvage.

Quelles sont les sources du succès croissant de cette nouvelle « relation d’aide » auprès des entrepreneurs, des managers, des soignants, voire de nos concitoyens ? De quelles fragilités est-elle symptomatique ? Que veulent au juste les coachs et de quels pouvoirs sont-ils les opérateurs ? Quels objectifs et quelles méthodes se donnent-ils pour répondre à la demande croissante des entreprises, des administrations ou des particuliers ? La stratégie « coaching » peut-elle s’étendre à n’importe quel domaine de l’existence ? Y a-t-il des champs de l’activité professionnelle auxquels son application serait appropriée et d’autres non ?

La question de fond est de savoir si le coaching n’est pas un remède pire que le mal qu’il prétend conjurer. Ne s’agit-il pas d’une solution à une situation de crise du lien social qui, bien loin de nous aider à en sortir, risque de contribuer à nous y installer irrémédiablement ?

Nous n’en voulons pas particulièrement aux coachs et sommes prêts à concéder qu’un certain nombre d’entre eux œuvrent avec une réelle conscience professionnelle. Mais c’est le coaching en tant que symptôme qui a retenu notre attention. C’est de l’idéologie du coaching qu’il est question ici. Que nous dit sur notre époque l’engouement qu’il suscite ? La niche dans laquelle il s’est développé est celle d’une culture en crise : crise économique, crise du lien social, crise des valeurs, crise des processus de subjectivation. Au moment même où la précarité envahit tous les domaines de l’existence quotidienne, où la fragilité des liens humains donne au sujet et à autrui un caractère jetable, liquide, flexible, interchangeable, éphémère et contingent, le coaching apparaît comme un système de contention sociale, de domestication sécuritaire autant que comme un mirage psychologique.

NOTES

  1. La Société française de coaching (SFCoach) a été fondée en 1996 et son objet est circonscrit par le souci de « faire connaître et valoriser les spécificités du coaching auprès des entreprises » (http ://www.sfcoach.fr).
  2. Angel P., Amar P., Le Coaching, PUF, 2005, p. 11.
  3. Whitmore J., Le Guide du coaching, Maxima, 2005, p. 19.
  4. Ibid., p. 59.
  5. Polot J.-E, Les Échos, n° 17876, 12 avril 1999, p. 66.
  6. http ://www.sfcoach.fr.

GORI, Roland et LE COZ, Pierre, L’empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Introduction, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, pp. 7-13.


AU SUJET DES AUTEURS

Pierre Le Coz

Professeur de philosophie, Pierre Le Coz dirige le département des sciences humaines de la Faculté de médecine de Marseille. Ancien vice-président du Comité national d’éthique jusqu’en 2012, il préside le Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES).

Source : Éditions Albin Michel.

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Roland GORI

Roland Gori est Professeur honoraire de ?Psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille, Chaire de philosophie (2015-2016) de l’École des sciences philosophiques et religieuses de l’Université Saint Louis à Bruxelles,? Psychanalyste Membre d’Espace analytique. Initiateur avec Stefan Chedri de l’Appel des appels, il est l’actuel Président de l’Association Appel des appels. 

Chaire à vif à l’École  d’art de La Cambre de Bruxelles (2020-2021).

Source : Site web de Roland Gori.

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Roland Gori sur le site web de Radio France

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L’Appel des appels



Revue de presse – L’empire des coachs

https://www.larevuecadres.fr/articles/l-empire-des-coachs-une-nouvelle-forme-de-controle-social/5415

Le livre noir du coaching – Réseau EVAL

L’empire des coachs : Une nouvelle forme de contrôle social, Roland Gori et Pierre Le Co sur http://1libertaire.free.fr/RGori15.html


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Mon rapport de lecture

Serge-André Guay

L’empire des coachs

Une nouvelle forme de contrôle social

Roland Gori et Pierre Le Coz

Éditions Albin Michel, 2006

À la lecture de ce livre fort intéressent, j’ai compris pourquoi j’ai depuis toujours une dent contre le développement personnel et professionnel, connu sous le nom « coaching ». Les intervenants de cette industrie ont réponse à tout, à toutes critiques. Ils évoluent dans un système de pensée circulaire sans cesse en renouvellement créatif voire poétique, système qui, malheureusement, tourne sur lui-même. Et ce type de système est observable dans plusieurs disciplines des sciences humaines au sein de notre société où la foi en de multiples opinions et croyances s’exprime avec une conviction à se donner raison. Les coachs prennent pour vrai ce qu’ils pensent parce qu’ils le pensent. Ils sont dans la caverne de Platon et ils nous invitent à les rejoindre.

Il n’en est pas question. Depuis mon adolescence, je refuse cette idée de la pensée positive qui tort le cou aux pensées négatives. « Soyez positifs » clamait-on haut et fort. « Je t’envoie des pensées positives » dit-on encore aujourd’hui. « Restez positifs même si ça va mal, ça va s’arranger ». Or, dès l’adolescence et toute ma vie durant, c’est dans les périodes les plus dépressives et solitaires que je demeure le plus créatif. Non pas que je me complais dans ces déprimes, dans des pensées et des perceptions négatives, mais plutôt parce que je peux voir le monde tel qu’il est, avec des hauts et des bas, très utiles pour prendre de l’expérience et gagner en originalité. Je me suis donné pour mission de sauver le monde, de résoudre des problèmes, de répondre à des besoins concrets… J’ai connu de nombreuses défaites au cours mes guerres aux problèmes. Aujourd’hui, j’ai une statue d’Atlas dans mon bureau pour me rappeler ce commentaire d’une amie devant mon désarroi il y a vingt ans: « Ne portes pas le monde sur tes épaules ».

J’ai connu la dépression mais elle n’était pas de nature psychologique. Il s’agissait d’une dépression philosophique, d’où je suis sorti avec philosophie. Mes lecteurs comprendront donc pourquoi j’ai créé cet Observatoire francophone de la philothérapie depuis ma retraite.


À la suite de ma lecture du livre L’EMPIRE DES COACHS – UNE NOUVELLE FORME DE CONTRÔLE SOCIAL, je comprends plus intimement que nous ne pouvons pas échapper au fait que nous sommes tous un « produit » de la société dans laquelle nous visons, elle-même le fruit d’une longue histoire de civilisations. La prise de recul face à ce que nous sommes au sien de la société dans laquelle nous visons est non seulement nécessaire mais essentielle pour découvrir et comprendre l’Être humain en nous et dans le monde actuel. La société nous façonne jusqu’au tréfonds de notre ÊTRE et nous devons en prendre conscience. Bref, nous sommes tous formatés par la société dans laquelle nous visons.

Est-ce que les coachs savent qu’ils sont eux-mêmes un « produit » de la société ? Une chose apparaît clairement : les coachs semblent très confortables dans notre société puisqu’elle leurs activités de prendre sans cesse de l’ampleur. Pouvons-nous dire pour autant qu’ils répondent à un besoin au sein de notre société ? Certainement. Mais ce besoin est lui-même le fruit de cette société.

Les auteurs de L’EMPIRE DES COACHS, Richard Gori et Pierre Le Coz, respectivement, psychanalyste et philosophe, font preuve de recul en sous-titrant leur ouvrage « Une nouvelle forme de contrôle social ». Ils perçoivent dans le coaching, non pas une simple contribution à la vie sociale comme nous aimerions croire, mais une certaine mise au pas des coachés.


(…) lorsque les principes du coaching régiront et sous-tendront tous les comportements (…)

D’abord conçu pour les hauts dirigeant, le coaching s’est peut à peu étendu à l’ensemble des cadres d’entreprise avec une ambition passablement totalitaire qui a de quoi faire frémir lorsqu’elle se double d’une prophétie plausible : « Le plein potentiel de performance des collaborateurs ne sera libéré que lorsque les principes du coaching régiront et sous-tendront tous les comportements et les interaction de management, ce qui, à mon avis ne manquera pas d’arriver ¹. » Ainsi parle le nouveau Zarathoustra de notre temps, John Whitmore, grand prophète du surhomme néolibéral.

¹ Whitmore J., Le Guide du coaching, Maxima, 2005, p.14.

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 1 – Un nouvel opium du peuple ?, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 19.


Le verbe employé par l’auteur de LE GUIDE DU COACHING, John Whitmore, est RÉGIR. Les coachs peuvent utiliser ce verbe pour définir leur objectif dans le contexte où ils croient DEVOIR RÉGIR leurs clients ou, plus subtilement, amener leurs clients à se RÉGIR EUX-MÊMES, SOUS LEURS DIRECTIVES.

Est-ce bien ou mal ? Et pour qui ? Dans notre société qui prône la liberté, il ne faudrait pas de dérapage et encore moins de révolution. Il faut donner à la liberté un certain encadrement pour, chacun, dans sa liberté, ne remette pas en cause la société dans laquelle il vit si ce n’est par de simples opinions. Ce que le coaching permet de mette en cause, c’est plutôt sa propre vie personnelle et professionnelle. Ainsi, le coach protège la société d’une nouvelle Révolution à la Française avec guillotine.

Notre société donne lieu au mal de vivre chez plusieurs. Elle demande l’impossible aux personnes, tant leur vie personnelle que professionnelle. L’adhésion aux exigences de la société demande de plus en plus souvent un effort qui, s’il n’est pas fourni, donne lieu au mal de vivre ou l’impression d’être inadapté.

D’autant que la souffrance des autres peut avoir du bon si on sait en tirer profit. On peut faire de l’argent avec tout, y compris et surtout avec le mal de vivre. Le coaching a reformulé le cogito cartésien : « Ils souffrent donc je suis. » Cette souffrance professionnelle le doit à l’absence de repères et au climat d’incertitude qui règne dans le monde de l’entreprise. (…)

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 1 – Un nouvel opium du peuple ?, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 20.

Je ne crois pas que le coaching soit à l’origine d’une telle reformulation du cogito cartésien : « Ils souffrent donc je suis. » La nature humaine étant ce qu’elle est, elle implique une part de souffrance depuis son apparition sur le terre. La vie étant ce qu’elle est, elle comprend aussi une part de souffrance depuis son apparition sur notre planète. Et cette souffrance demeure à la fois physique et psychique. De cette souffrance est né notre instinct de survie, individuel et collectif. Se porter au secours de notre collègue en difficulté de notre chasse aux mammouths participait de la survie du groupe et de son alimentation. Face à la souffrance, nous sommes naturellement, instinctivement, solidaire, d’abord sympathique puis empathique.

Depuis que notre société force l’isolement dans notre individualité. Elle engendre la solitude qui engendre le mal de vivre. Le coaching ne fait que répondre à cette situation. Il est de bon aloi d’aider les autres. Et si le coach consacre toute sa vie de travail à aider les autres, il doit pouvoir lui-même vivre de ce travail. Il en va de même de tous les médecins, les infirmières, les pompiers, les policiers, les conseillers, bref, de tous les métiers et professions qui viennent en aide à l’un ou à l’autre.

Dans ce contexte, pouvons-nous affirmer, comme les auteurs de L’EMPIRE DES COACHS, « que la souffrance des autres peut avoir du bon si on sait en tirer profit » ? Non. Une telle affirmation est elle-même néolibéral en ce qu’elle s’inscrit dans une économie du profit. Les auteurs soutiennent qu’« on peut faire de l’argent avec tout », or c’est le propre de notre société capitaliste. Voir du profit partout et en tout, que ce soit dans les opinions, les analyses et les actes, est très capitaliste. Les auteurs sont eux-mêmes un « produit » de cette société capitaliste qui les rémunèrent, tout autant que les coachs.

Ils ont tout de même raison d’affirmer que le coaching est « Une nouvelle forme de contrôle social ». Il faut nécessairement parler d’une NOUVELLE FORME car le contrôle social a existé et existe dans toutes les civilisations. La nature humaine étant ce qu’elle est,…

(…) Le succès du coaching tient à cette illusion qu’un Autre sait de moi ce que je pressens ignorer et qui me serait tellement important pour me comprendre moi-même. La psychanalyse freudienne a déjà enseigné qu’à travers certains symptômes de cette facette obscure de notre être s’exprime fragmentairement (rêves, actes manqués». Elle a rendu compte du mécanisme de transfert par lequel le sujet projette sur le thérapeute ce savoir inconscient dont il est en quête.

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 1 – Un nouvel opium du peuple ?, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 28.

Ce n’est pas une illusion ! L’Autre peut vraiment savoir de moi « ce que je pressens ignorer et qui me serait tellement important pour me comprendre moi-même ». Si je ne présuppose pas que l’Autre peut m’aider, aussi bien rester dans mon coin, tout seul, victime de ma solitude. Peut-être que l’Autre ne SAIT pas tout ou suffisamment de choses à mon sujet mais il a du moins une PERCEPTION SUBJECTIVE de moi qui peut m’aider à prendre du recul. Puis-je exiger de l’Autre qu’il me connaisse mieux que je me connais ? Non. Mais je peux lui prêter volontiers une perception différente de la mienne, pour autant que je ne m’accroche à me donner toujours raison à mon sujet et que je respecte et accueille sans préjugé la perception de l’Autre.

Suis-je train de parler d’amitié ? N’est-ce pas là une relation amicale ? Ne s’agit-il pas de ce que j’attends d’un véritable ami empreint d’honnêteté et de respect à mon égard. Le mot clé ici, c’est complémentaire. Deux personnes liées d’amitié qui se complètent. Où sont-ils passés tous ces amis qui me conseillaient jadis ? Je ne sais pas mais j’observe que les gens se rassemblent encore et toujours par ressemblance. « Qui ressemble s’assemble. »


Quel est l’origine de l’expression « Qui se ressemble s’assemble » ?

L’expression “Qui se ressemble s’assemble” trouve ses racines au Moyen Âge. Elle est issue d’une ancienne maxime latine “Similis simili gaudet” qui se traduit par “Le semblable se plaît avec le semblable”. Cette maxime était utilisée pour souligner l’attrait naturel entre les personnes ayant des traits, des intérêts ou des croyances communs. Au fil des siècles, cette maxime latine a été traduite et adaptée dans différentes langues, dont le français.

Source : Qui se ressemble s’assemble, Tutorat Pro consulté le 16 février 2024.


Si l’observation demeure d’actualité, elle va à l’encontre de l’Être humain qui recherche, par nature, la complémentarité. Cette même complémentarité que l’on trouve dans notre environnement, dans la nature. Notre mode d’Êtres, au sens philosophique du terme, se veut complémentaire. On ne trouve rien d’autre que soi dans l’Autre qui nous ressemble.

Privé d’amis complémentaires à lui-même, de différence dans ses relations aux Autres, l’Homme moderne cherche, sans s’illusionner, dans le conseiller indépendant, externe à sa communauté, un avis différent. Cette quête est peut-être en partie inconsciente, en partie involontaire, ou encore strictement instinctive ou intuitive, mais peu importe, elle répond de sa nature même. C’est là tout le succès des conseillers externes appelés à la rescousse en entreprise. Devenu une véritable industrie en soi, le conseil personnel et professionnel, répond à cette recherche d’un avis différent, d’un savoir différent, complémentaire.

Un jour, dans les années 1990, un conseiller industriel en poste au gouvernement du Québec, m’a expliqué que son ministère, celui de l’industrie et du Commerce, exigeait désormais de la part de chaque entrepreneur de joindre un diagnostic de son entreprise à sa demande de subvention. Le diagnostic, me précisa ce conseiller, devait obligatoirement être fait par une firme privée externe. Pourquoi ? Parce que les entrepreneurs n’identifiaient pas toujours le problème réel de leurs entreprises. Après l’accord de la subvention, les conseillers industriels du gouvernement devaient se rendre à l’évidence que le problème et la solution pour lesquels l’entrepreneur avait demandé et reçu une subvention, ne réglait rien. La situation a provoqué au sein du gouvernement une réflexion sur la capacité des entrepreneurs à identifier le vrai problème pour lequel ils avaient besoin d’aide. Et pourquoi les conseillers du gouvernement ne réalisaient plus eux-mêmes les diagnostics des entreprises en demande de subvention ? Parce qu’ils se voulaient protéger leurs relations avec les entrepreneurs car les diagnostics mettaient en cause les entrepreneurs eux-mêmes comme étant le problème majeur de leurs entreprises dans 80% des cas. Apprendre que l’on est soi-même le problème de son entreprise ne passe nécessairement comme une lettre à la poste. C’est pourquoi les conseillers du gouvernement préféraient que le diagnostic d’entreprise soit fait et présenté par une firme externe.

Si vous êtes assez âgé, vous avez vu naître cette industrie des services dans ce que l’on annonçait comme l’économie du savoir.


Économie du savoir

L’économie du savoir, l’économie de la connaissance, l’économie de l’immatériel ou encore le capitalisme cognitif, est, selon certains économistes, une nouvelle phase de l’histoire économique qui aurait commencé dans les années 1990.

Source : Économie du savoir – Wikipédia, consulté le 16 février 2024.


Dans ce contexte historique, pourquoi les coachs n’auraient pas droit au chapitre au sein des entreprises, de nos vies professionnelle et personnelles ? Après tout, ils ne sont ni plus ni moins que des conseillers comme les autres ?

En fait, le problème n’est là. Le problème est dans l’approche et l’orientation des services de coaching, dans leurs impacts sur la personne, l’entreprise et sur la société.

Les auteurs de L’EMPIRE DES COACHS examinent l’impact social du coaching en soutenant qu’il s’agit d’« Une nouvelle forme de contrôle social ».

Nous avons accumulé suffisamment d’éléments à charge dans notre dossier sur le coaching pour éviter de tomber dans le piège de la critique nuancée. Les coachs sont les premiers à avancer que le coaching comporte des dérives, qu’il faut savoir distinguer entre les bons et les mauvais coachs. Il n’est pas de pire moyen pour combattre le coaching que de dire qu’il faut faire acte de vigilance contre ses mésusages, comme s’il existait une essence pure du coaching seulement souillée de l’extérieur par quelques imposteurs. Nous préconisons, quant à nous, le rejet en bloc de cette soupe sportive remixée à la sauce managériale. Il faut attaquer le mal à la racine en identifiant les foyers pestilentiels de son extension, les croyances collectives dont tirent profit nos nouveaux directeurs de conscience…

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 3 – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 91.

Certains critiques de L’EMPIRE DES COACHS reprochent aux auteurs de manquer de nuances dans leurs propos. Or, les auteurs voient dans la nuance un piège : « Nous avons accumulé suffisamment d’éléments à charge dans notre dossier sur le coaching pour éviter de tomber dans le piège de la critique nuancée. »

Si ce livre se veut sans nuance dans le propos, les auteurs n’avancent jamais sans apporter de solides références. Mais ils n’attaquent pas pour autant le mal à la racine. Ils observent proposent une analyse et prennent position. Ils dénoncent la coaching comme étant « un puissant moyen de contrôle social au service de la soumission généralisée des masses ».

Sous cet aspect, le coaching est une manière cynique de faire l’impasse sur des facteurs de désordre psychique tels que le rythme ou l’organisation du travail, un salaire inadéquat à la besogne accomplie, l’absurdité ou la répétition de tâches dont la portée éthique est problématique. Déjà, on nous a annoncé que le diagnostic de dépression s’est multiplié par sept entre 1979 et 19963. Le traitement soft du coaching apporte sa contribution à la lutte contre ce fléau collectif en aidant les individus qui ont la tête sous l’eau à remonter à la surface afin de réintégrer au plus vite le monde de la production et de la consommation. Il se révèle ainsi comme un puissant moyen de contrôle social au service de la soumission généralisée des masses, assurant le minimum de protection compassionnelle en dessous duquel le système marchand ne pourrait plus fonctionner.

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 3 – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 93.

On peut affectivement voir le coaching comme une nouvelle forme de contrôle social et craindre l’impact de ce contrôle sur la Cité, sur le bien commun auxquels participent les coachés. Le coaching n’a aucune responsabilité sociale dans la Cité. Sa responsabilité se limite aux coachés ou à ceux qui requièrent leurs services dans les entreprises dans les hôpitaux et autres institutions, bref à leurs clients.

On peut toujours se rabattre sur l’idée que plus il y a de meilleurs individus, plus la société sera meilleure. Mais rien n’est moins certain puisqu’on parle finalement que de cet individu, de l’individualisme ; l’individu est préoccupé uniquement par lui-même, non pas par la Cité, dans le sens philosophique du terme.

Au IVe siècle avant J.-C., déjà, les philosophes grecs ont mis la cité au cœur de leur réflexion. Aristote la pense comme étant « naturelle » (Politique). Elle est, pour lui, une communauté « accomplie » et « autosuffisante », formée en vue du « bien-vivre ». Tout comme la cité existe « par nature », l’homme est, par nature, « un animal politique » (destiné à vivre en cité). L’homme, en outre, est le seul des animaux à posséder le logos, conçu comme la faculté lui permettant de percevoir et d’exprimer le juste et l’injuste. Et c’est bien la commune possession de cette capacité qui est au fondement de la famille et de la cité.

Source : CITÉ-ÉTAT, Encyclopædia Universalis, consulté le 17 février 2024.

Or, le coach se concentre sur son client et invite son client à se concentrer sur lui-même car il trouvera en lui toutes les ressources dont il a besoin. Je ne crois pas que nous ayons en nous toutes les ressources dont nous avons besoin, pas plus que nous ayons tous le potentiel pour concrétiser nos ambitions. On le croire mais on ne peut pas le prouver scientifiquement. C’est une idée, un concept, forgé par l’Homme (et ses conseillers). Nous ne sommes pas tous égaux.

Directeurs de performances cognitives, pédagogues en flexibilité psychique ou mentors en stratégies comporte-mentales, nos coachs sont aussi et avant tout des « guides moraux » assurant la promotion des valeurs utilitaires. Ils savent que les valeurs de vérité et de justice (dont notre époque n’a que faire) ne leur rapporteront rien. L’honneur et l’esthétique, l’éthique et l’esprit critique n’ont de valeur sur le marché néolibéral qu’à pouvoir se vendre, à rapporter du profit ou consolider des stratégies.(…)

(…)

On ne peut comprendre la prolifération du coaching sans prendre la mesure de cette transformation mercantile des expériences subjectives et personnelles de la vie en systèmes reproductibles de réactions comportementales (stimuli/réactions pouvant faire l’objet d’un apprentissage). C’est ce que les experts nomment une « économie de l’expérience », à savoir un monde où la vie de chaque individu peut prendre une valeur marchande potentielle¹. Selon la terminologie des nouveaux stratèges du marketing, on parlera de la lifetime value, la valeur marchande potentielle de chaque moment de la vie d’un individu consommé par lui-même sous forme de « segments commercialisés ».

Dans cette nouvelle économie, le coaching recycle ce qui, au sein de la transaction marchande, a déserté le lien social : la vie vécue et le lien avec autrui. D’où les marchandises-simulacres qui, dans le coaching, s’y substituent sous la forme du « développement personnel » et de la négociation d’entreprise. Le coaching apparaît de la sorte comme la forme idéologique d’une prescription sociale où tout se vend et s’achète, y compris l’expérience humaine, son vécu singulier et sa valeur politique.

¹Angel P., Amar P. Le Choaching, PUF, 2005, p.25.

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 3 – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, pp. 110-112.

Les auteurs de L’EMPIRE DES COACHS sont obnubilés par le capitalisme du coaching dans le contexte de notre économie néo-libérale. Or, un tel contexte se prête à toutes les critiques du consumérisme depuis les années 1970. On ne peut pas remettre en question un arbre qui pousse au sein de la forêt. Il est dans son environnement et il remplit sa fonction. Il en va de même du coaching. Le succès qu’on lui connaît démontre fort bien qu’il est en phase avec son environnement, dans cas, le terreau de notre économie néo-libérale.

Mais rien n’empêche de relever ses dérives menaçant le bien être collectif. Si chacun se replie sur soi, sur ses ambitions, la relation avec la communauté des Hommes en souffre passablement. On ne vit plus en société mais en soi-même par soi-même. Faut-il rappeler la maxime voulant que le tout est plus que la somme de ses parties (ou autre qu’elle) ? L’impact du coaching à l’échèle d’un individu n’est pas le même que son impact à l’échèle de la société et c’est ce dont les auteurs de L’EMPIRE DES COACHS s’inquiètent.

Le coaching comme nouvelle manière de concevoir le lien social dans une culture néolibérale constitue davantage qu’une relation d’aide psychologique. Comme bonne maniéré de vivre en société (en particulier dans l’entreprise, mais en général dans la vie de nos sociétés occidentales), il constitue le signe annonciateur d’une nouvelle forme de normalisation sociale. En d’autres termes, le coaching consacre le passage d’une civilisation disciplinaire à une civilisation autonormée, un conditionnement sécuritaire des individus à de nouvelles bonnes manières d’être et de vivre en société.

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 3 – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, pp. 144-145.

Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation des auteurs de L’EMPIRE DES COACHS : « (…) le coaching consacre le passage d’une civilisation disciplinaire à une civilisation autonormée (…) ». Le coaching ne peut pas entraîner à lui seul un changement de civilisation, peu importe l’ampleur de son succès. La société individualiste précède et de loin l’arrivée du coaching.


Sommes-nous dans une société de plus en plus individualiste ?

Notre siècle serait celui du règne de l’individualisme. Ainsi sont pointés du doigt la précarisation de nos liens et une prétendue fragmentation de la société. Mais qu’en est-il vraiment ? Placer l’individu au centre ne permet-il pas d’être plus attentifs à nos droits ?

« L’individualisme peut être entendu comme la glorification, non du moi, mais de l’individu en général. » Émile Durkheim

Source : Sommes-nous dans une société de plus en plus individualiste ? Série « Comment la société pèse-t-elle sur les individus ? » Radio France, Vendredi 24 novembre 2023, consulté le 17 février 2024.


L’individualisme fait de l’individu le fondement de la société et prône l’initiative individuelle, l’indépendance et l’autonomie de la personne par rapport à la société et à tous les groupes sociaux auxquels elle appartient et qui font peser sur elle de multiples pressions.

Source : Individualisme, La Toupie, consulté le 17 février 2024.


(…) Au sens de l’éthique, l’individualisme est une doctrine qui fait de la personne – de l’individu – un point de référence indépassable. « Individualisme » en ce sens s’oppose notamment à « collectivisme ». Au sens sociologique, on dit qu’une société est individualiste lorsque l’autonomie consentie aux individus par les lois, les mœurs et les contraintes sociales est très large. Pour désigner ce type de sociétés, Durkheim utilise, en des sens voisins, quoique non absolument synonymes, les notions d’« égoïsme » et d’« individualisme ». De même, Tocqueville se déclare frappé par le développement de l’« individualisme » dans la société américaine du milieu du XIXe siècle et résume par cette expression le fait que le citoyen américain lui était apparu comme surtout soucieux de sa vie privée et peu concerné par la vie publique. (…)

Source : BOUDON Raymond, Sur l’individualisme – Théories et méthodes – Chapitre 2. Individualisme et holisme dans les sciences sociales, Presses de Sciences Po, 1991, (CAIRN.INFO, consulté le 17 février 2024).


Cette société individualiste nous dit « Débrouilles-toi tout seul, pour autant que tu fais des enfants et que tu travailles. Pour le reste, il y a la médecine officielle, les gourous et les coachs, à toi de choisir, et n’oublie pas d’aller voter. Nous te laissons l’illusion d’être libre et autonome. »

Et d’ajouter : « Une crise des valeurs ? Peu m’importe, trouves-t-en d’autres, toi-même par exemple. »

Quelle histoire que celle du coaching et ce livre, L’EMPIRE DES COACHS ! Ce livre a déjà 18 ans et s’inscrit encore dans la polémique. On le traite de LIVRE NOIR DU COACHING.

L’un des deux auteurs est philosophe, Pierre Le Coz. mais il n’est jamais question du « coaching philosophique », ou de ce que j’appelle encore la philothérapie avec ses nombreux philosophes consultants ou praticiens.

C’est la « philosophie pratique » en action sur le terrain et qui échappe à cette société individualiste à l’économie néolibérale puisque ses racines remontent à plus de 2,500 ans. Remise à l’avant-scène en 1982 par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach, Pierre Hadot et plusieurs autres en plusieurs pays, cette nouvelle pratique de la philosophie, le conseil philosophique, vient répondre aux questions que le coaching ne peut pas répondre. Il n’est pas philosophe même s’il pige dans la philosophie des citations pour se crédibiliser.


(…) La philosophie est amour de la sagesse, non pas sa possession (…)

GORI, Richard et LE COZ, Pierre,  L’Empire des coachs – Une nouvelle forme de contrôle social, Chapitre 3 – De la nécessité d’une cure de désintoxication idéologique, Éditions Albin Miche, Paris, 2006, p. 150.



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J’accorde quatre étoiles sur cinq au livre L’EMPIRE DES COACHS – UNE NOUVELLE FORME DE CONTRÔLE SOCIAL de Roland Gori et Pierre Le Coz aux Éditions Albin Michel (2006).

Je vous invite à le lire en tenant compte que les auteurs sont eux-mêmes des « produits » de notre société.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

Article # 62 – Soigner par la philosophie, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique)

“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?

Article # 63 – Contre le développement personnel. Thierry Jobard, Éditions Rue de l’échiquier, 2021

J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.

Article # 64 – Apocalypse cognitive – La face obscure de notre cerveau, Gérald Bronner, Presses Universitaires de France (PUF), 2021

Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.

Article # 65 – Développement (im)personnel – Le succès d’une imposture, Julia de Funès, Éditions de l’observatoire/Humensis, 2019

Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.

Article # 66 – Savoirs, opinions, croyances – Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, Guillaume Lecointre, Édition Belin / Humensis, 2018

Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…

Article # 67 – À l’école du doute – Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Marc Romainville, Presses Universitaires de France / Humensis, 2023

Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.

Article # 68 – Ébauche d’un annuaire : philothérapeutes, philosophes consultants, philosophes praticiens

En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.

Article # 69 – Guérir l’impossible – Une philosophie pour transformer nos souffrances en forces, Christopher Laquieze, Guy Trédaniel Éditeur, 2023

J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».

Article # 70 – Agir et penser comme Platon – Sage, penseur, philosophe, juste, courageux …, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.

Article # 71 – 7 règles pour une vie (presque) sans problème, Simon Delannoy, 2022

Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.

Article # 72 – Les philo-cognitifs – Ils n’aiment que penser et penser autrement…, Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier, Odile Jacob, Paris, 2019

Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.

Article # 73 – Qu’est-ce que la philosophie ? Michel Meyer, Le livre de poche, Librairie générale française, Paris, 1997

J’aime beaucoup les livres d’introduction et de présentation de la philosophie parce qu’ils ramènent toujours les lecteurs à l’essentiel, aux bases de la discipline. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Michel Meyer répond : « La philosophie est depuis toujours questionnement radical. C’est pourquoi il importe aujourd’hui de questionner le questionnement, même si on ne l’a jamais fait auparavant. » MEYER, Michel, Qu’est-ce que la philosophie ? – Les questions ultime de la pensée, Le livre de poche © Librairie Générale Française, Paris, 1997. p. 18.

Article # 74 – Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, Le livre de poche, 2000

À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets :…

Article # 75 – Les théories de la connaissance, Jean-Michel Besnier, Que sais-je?, Presses universitaires de France, 2021

J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.

Article # 76 – Philosophie de la connaissance – Croyance, connaissance, justification, textes réunis par Julien Dutant et Pascal Engel, Libraire philosophique J. Vrin, 2005

Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique.

Article # 77 – Problèmes de philosophie, Bertrand Russell, Nouvelle traduction, Éditions Payot, 1989

Quelle agréable lecture ! J’ai beaucoup aimé ce livre. Les problèmes de philosophie soulevés par Bertrand Russell et les réponses qu’il propose et analyse étonnent. Le livre PROBLÈMES DE PHILOSOPHIE écrit par BERTRAND RUSSELL date de 1912 mais demeure d’une grande actualité, du moins, selon moi, simple amateur de philosophie. Facile à lire et à comprendre, ce livre est un «tourne-page» (page-turner).

Article # 78 – La dictature des ressentis – Sauver la liberté de penser, Eugénie Bastié, Éditions Plon, 2023

La compréhension de ce recueil de chroniques signées EUGÉNIE BASTIÉ dans le quotidien LE FIGARO exige une excellence connaissance de la vie intellectuelle, politique, culturelle, sociale, économique et de l’actualité française. Malheureusement, je ne dispose pas d’une telle connaissance à l’instar de la majorité de mes compatriotes canadiens et québécois. J’éprouve déjà de la difficulté à suivre l’ensemble de l’actualité de la vie politique, culturelle, sociale, et économique québécoise. Quant à la vie intellectuelle québécoise, elle demeure en vase clos et peu de médias en font le suivi. Dans ce contexte, le temps venu de prendre connaissance de la vie intellectuelle française, je ne profite des références utiles pour comprendre aisément. Ma lecture du livre LA DICTATURE DES RESSENTIS d’EUGÉNIE BASTIÉ m’a tout de même donné une bonne occasion de me plonger au cœur de cette vie intellectuelle française.

Article # 79 – À la découverte de la sagesse stoïcienne: L’histoire improbable du stoïcisme suivie du Manuel de la vie bonne, Dr Chuck Chakrapani, Éditions Stoa Gallica, 2023

À titre d’éditeur, je n’ai pas aimé ce livre qui n’en est pas un car il n’en possède aucune des caractéristiques professionnelles de conceptions et de mise en page. Il s’agit de la reproduction d’un texte par Amazon. Si la première de couverture donne l’impression d’un livre standard, ce n’est pas le cas des pages intérieures du… document. La mise en page ne répond pas aux standards de l’édition française, notamment, en ne respectant pas les normes typographiques.

Article # 80 – Le changement personnel – Histoire Mythes Réalités, sous la direction de Nicolas Marquis, Sciences Humaines Éditions, 2015

J’ai lu avec un grand intérêt le livre LE CHANGEMENT PERSONNEL sous la direction de NICOLAS MARQUIS. «Cet ouvrage a été conçu à partir d’articles tirés du magazine Sciences Humaines, revus et actualisés pour la présente édition ainsi que de contributions inédites. Les encadrés non signés sont de la rédaction.» J’en recommande vivement la lecture pour son éruditions sous les aspects du changement personnel exposé par différents spécialistes et experts tout aussi captivant les uns les autres.

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