Article # 270 – La fonction de la philosophie : place et fonction de la philosophie dans la civilisation humaine / The Function of Philosophy – The Place and Function of Philosophy in Human Civilization,Qingyun Hu-Yang, (2026), Zenodo

Qingyun Hu-Yang

La fonction de la philosophie

Place et fonction de la philosophie dans la civilisation humaine

The Function of Philosophy – The Place and Function of Philosophy in Human Civilization

Biographie DE qINGYUN hU-yANG

Chercheur indépendant et conseiller stratégique.

Fondateur de Harmondeg (approche axée sur la stabilité harmonique).

Spécialisé en ontologie, intelligence artificielle, stabilité des civilisations, risques systémiques, planification stratégique et cadres de gouvernance.

Ses travaux englobent la philosophie, la pensée systémique et des perspectives de conseil sur la cohérence technologique et sociétale à long terme.

Source : ORCID.

La philosophie Harmondeg (approche axée sur la stabilité harmonique) est un cadre philosophique qui appréhende les systèmes non pas comme des structures fixes, mais comme des entités continuellement formées par les conditions dynamiques de relation et de contrainte. Elle se concentre sur la manière dont les systèmes prennent forme, sur ce qu’ils sont capables ou incapables de produire, et sur la façon dont les limites émergent de leur formation même plutôt que de leur performance de surface.

Dans cette perspective, ce qui apparaît comme de l’instabilité ou de l’inefficacité reflète souvent des conditions structurelles plus profondes qui ne peuvent être résolues par la seule optimisation.

À travers le Harmondeg Institute for Philosophy & Practice, ce cadre est développé en méthodes appliquées pour le diagnostic structurel et l’aide à la décision au sein des systèmes complexes.

C’est là que l’intuition philosophique se traduit en un jugement pratique permettant de clarifier quand il convient d’ajuster, de restructurer ou de ne plus soutenir un système tel qu’il est. En ce sens, elle offre une voie viable pour aborder l’instabilité structurelle dans les systèmes complexes.

Source : LinkedIn.

Reproduction sous licence Creative Commons

Ce texte est une traduction de l’essai The Function of Philosophy: The Place and Function of Philosophy in Human Civilization (2026).

Copyright © 2026 Hu-Yang Qingyun. Cette œuvre a été réalisée par Hu-Yang Qingyun, fondateur du Harmondeg Institute for Philosophy & Practice (Calgary, Alberta, Canada).


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Mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

Introduction

Les discussions précédentes de cette série se sont progressivement déplacées d’une question apparemment simple vers une autre, plus fondamentale. Elles ont commencé par interroger ce qu’est la philosophie, ont procédé à l’examen de la remarquable diversité des compréhensions philosophiques à travers les cultures et les traditions historiques, ont exploré la possibilité d’un fondement partagé sous-jacent à cette diversité, et ont finalement proposé la philosophie comme l’activité collective et intégrative de sagesse la plus élevée de l’humanité. Ces discussions n’ont jamais eu pour but de fournir une conclusion définitive. Elles cherchaient plutôt à établir un point commun à partir duquel la philosophie elle-même pourrait à nouveau être envisagée comme une entreprise humaine cohérente, plutôt que comme une collection de traditions intellectuelles isolées.

Cependant, une fois qu’un tel fondement commun a été établi, une autre question s’ensuit naturellement. Même si la philosophie possède un fondement partagé qui transcende ses nombreuses expressions historiques, quel rôle joue-t-elle réellement dans la civilisation humaine ? Pourquoi la philosophie a-t-elle émergé de manière répétée dans chaque civilisation majeure tout au long de l’histoire ? Pourquoi chaque période de transformation historique profonde a-t-elle été accompagnée d’une intense réflexion philosophique ? Et pourquoi, à une époque où l’humanité possède une puissance technologique plus grande que jamais, la philosophie apparaît-elle de plus en plus fragmentée, incertaine de sa propre identité, et moins capable d’offrir une orientation intégrée pour l’avenir ?

Ces questions concernent bien plus que la définition de la philosophie elle-même. Elles concernent sa place au sein de la civilisation. Elles concernent la fonction que la philosophie exerce à travers l’histoire, au sein des sociétés et dans le développement continu de l’humanité. Si la philosophie représente l’activité intégrative de sagesse la plus élevée de l’humanité, alors sa signification ne peut être mesurée simplement à l’élégance de ses concepts ou à la sophistication de ses arguments. Sa véritable signification doit être comprise à travers le rôle qu’elle joue pour aider les civilisations à se comprendre elles-mêmes, à interpréter le changement historique, à affronter les défis émergents et à façonner leur développement futur.

Ce document dépasse donc la question Qu’est-ce que la philosophie ? pour se tourner vers une question plus large : Quelle est la fonction de la philosophie ? La discussion soutiendra que la philosophie a toujours possédé une fonction civilisationnelle distinctive. Elle revient continuellement aux questions les plus fondamentales de l’humanité, réfléchit sur l’expérience accumulée de l’histoire, répond aux défis déterminants de chaque époque historique et contribue à l’orientation à long terme de la civilisation elle-même. Ces fonctions sont apparues sous différentes formes tout au long de l’histoire, mais ensemble, elles révèlent un modèle durable qui distingue la philosophie de tout autre mode d’activité intellectuelle.

La discussion soutiendra en outre que de nombreuses difficultés contemporaines entourant la philosophie proviennent non pas du fait que la philosophie est devenue inutile, mais parce que ses propres fonctions se sont progressivement fragmentées. Différentes formes d’activité philosophique opèrent de plus en plus de manière isolée les unes des autres, tandis que la philosophie dans son ensemble s’est progressivement séparée de la vie pratique de la civilisation. Recouvrer la philosophie ne nécessite donc pas d’inventer un autre système philosophique. Cela exige de recouvrer les fonctions à travers lesquelles la philosophie a historiquement contribué au développement humain, et de restaurer la place appropriée des différentes formes de philosophie au sein de la vie intellectuelle plus large de l’humanité.

En définitive, la philosophie tire sa signification durable non pas du fait de rester dans les limites du discours académique, mais de sa capacité continue à éclairer l’existence humaine, à guider la réflexion collective et à contribuer à l’épanouissement de la civilisation elle-même. Les chapitres qui suivent examinent comment ces fonctions se sont déployées à travers l’histoire, pourquoi elles sont devenues de plus en plus difficiles à soutenir aujourd’hui, et pourquoi la philosophie doit une fois de plus recouvrer sa juste place au sein de l’avenir partagé de l’humanité.

Chapitre Un

La fonction permanente de la philosophie

Tout au long de l’histoire humaine, les civilisations ont développé d’innombrables formes de connaissances. Certaines ont cherché à comprendre les mouvements des cieux, d’autres la structure de la matière, l’organisation de la société, les principes du droit, la culture de la vertu ou les mécanismes de la vie économique. À mesure que les connaissances humaines s’étendaient, ces enquêtes se sont progressivement différenciées en disciplines de plus en plus spécialisées, chacune établissant ses propres méthodes, concepts et domaines d’investigation.

Pourtant, parallèlement à ce processus continu de spécialisation, un autre type d’enquête n’a jamais disparu. Il n’a appartenu à aucune discipline unique et n’est resté confiné à aucune culture ou période historique particulière. Au lieu de cela, il est revenu de manière répétée à un groupe distinctif de questions qu’aucune science, institution ou tradition individuelle ne pouvait finalement épuiser. Ces questions concernent les conditions les plus fondamentales de l’existence humaine. Qu’est-ce que le monde ? Qu’est-ce que l’existence ? Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce que l’humanité ? Pourquoi quoi que ce soit existe-t-il plutôt que rien ? Qu’est-ce qui donne un sens à la vie ? Qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce que la justice ? Comment les êtres humains doivent-ils vivre ensemble ? Où va la civilisation ? Chaque génération a hérité de ces questions, les a reformulées et a tenté d’y répondre à nouveau. Aucune n’a mis fin à l’enquête.

Ce retour continu au questionnement fondamental constitue la fonction permanente de la philosophie. La philosophie ne se contente pas de préserver des réponses héritées, et elle ne cherche pas non plus la clôture en établissant une doctrine finale au-delà de tout examen ultérieur. Sa signification durable réside dans le maintien de la capacité de l’humanité à poser ces questions dont dépend en fin de compte toute autre forme de connaissance. Bien avant que des disciplines particulières ne commencent à étudier leurs objets respectifs, la philosophie demande ce que sont ces objets, comment ils deviennent intelligibles et pourquoi ils importent en premier lieu.

C’est pour cette raison que la philosophie a émergé à plusieurs reprises partout où les civilisations ont atteint des moments de profonde transformation intellectuelle ou culturelle. Les philosophes grecs anciens ont cherché l’archè, le principe originel sous-jacent à la multiplicité de la nature. Les penseurs chinois classiques ont réfléchi sur le Dao, la nature humaine, la culture morale et les conditions d’une société harmonieuse. Les traditions philosophiques indiennes ont poursuivi la réalité ultime, la conscience, la libération et la nature de l’existence à travers diverses écoles de pensée. Les philosophes islamiques ont exploré la relation entre la raison, la révélation, l’existence et la compréhension humaine. Bien que leurs conclusions aient souvent différé substantiellement, les questions elles-mêmes révèlent une continuité remarquable. À travers les civilisations, la philosophie s’est constamment tournée vers les fondements les plus profonds sur lesquels se construit la compréhension humaine.

Cette continuité ne doit pas être confondue avec de l’uniformité. Les traditions philosophiques ont produit différents systèmes métaphysiques, cadres éthiques, théories épistémologiques et expressions culturelles. Une telle diversité n’est ni accidentelle ni problématique. Au contraire, elle reflète l’effort continu de l’humanité pour éclairer des réalités dont la profondeur dépasse toute formulation historique unique. Ce qui unit ces traditions n’est pas un accord concernant des conclusions particulières, mais l’engagement partagé à poursuivre les questions les plus globales qui restent ouvertes à la réflexion rationnelle.

Vue sous cet angle, la philosophie occupe une place distinctive parmi les activités intellectuelles humaines. L’enquête scientifique progresse en restreignant ses objets d’investigation et en affinant des méthodes de plus en plus spécialisées. La pensée politique s’adresse à l’organisation de la vie publique. Le raisonnement juridique concerne la justice au sein des structures institutionnelles. Les traditions religieuses offrent des compréhensions particulières de la réalité ultime ancrées dans leurs propres récits et pratiques sacrés. Chacune remplit des fonctions indispensables au sein de la civilisation. La philosophie, cependant, revient continuellement aux conditions qui rendent possibles toutes ces enquêtes. Elle demande non seulement comment fonctionnent des systèmes particuliers, mais aussi quelles hypothèses les soutiennent, quelle vision plus large de l’humanité ils impliquent, et comment ils se rapportent à l’horizon plus large de l’existence elle-même.

Sa fonction permanente s’étend donc au-delà de la production de concepts ou de la construction de systèmes théoriques. La philosophie préserve la capacité de l’humanité à maintenir un horizon ouvert de réflexion. Elle empêche les civilisations de confondre des réponses temporaires avec des vérités permanentes, des perspectives particulières avec la réalité universelle, ou des réalisations locales avec l’achèvement de la compréhension humaine. Chaque avancée significative de la civilisation génère finalement de nouvelles circonstances, de nouveaux dilemmes et de nouvelles questions. La philosophie revient de manière répétée à ces conditions changeantes, non pas parce que les enquêtes antérieures ont échoué, mais parce que la civilisation elle-même se développe continuellement au-delà des limites de la compréhension précédente.

L’histoire de la philosophie peut donc être comprise non pas comme une succession de doctrines isolées, mais comme un mouvement ininterrompu de la réflexion la plus profonde de l’humanité sur elle-même. Chaque époque historique hérite des questions de celles qui l’ont précédée, y répond selon ses propres circonstances et laisse de nouvelles questions pour les générations futures. La philosophie reste en mouvement précisément parce que ni l’humanité ni la civilisation ne sont jamais achevées. Tant que les êtres humains continueront à chercher du sens, de la compréhension et une direction, la philosophie continuera d’exercer sa fonction permanente.

Reconnaître cette fonction permanente nous prépare également à comprendre le rôle plus large de la philosophie au sein de l’histoire. Si la philosophie revient continuellement aux questions les plus fondamentales de l’humanité, alors sa signification ne peut rester confinée à la seule réflexion abstraite. Ces questions influencent inévitablement la manière dont les civilisations comprennent leur passé, interprètent leur présent et imaginent leur avenir. La fonction historique de la philosophie émerge donc naturellement de sa fonction permanente, et c’est vers ce rôle historique plus large que se tourne maintenant le chapitre suivant.

Chapitre Deux

La fonction de la philosophie à travers le continuum historique

La fonction permanente de la philosophie, examinée dans le chapitre précédent, n’existe pas en dehors de l’histoire. Elle s’exerce à travers l’histoire. La philosophie n’a jamais été une activité abstraite détachée du mouvement de la civilisation, et elle n’a pas non plus appartenu exclusivement à une époque particulière. Au contraire, sa fonction durable se déploie continuellement au sein du développement historique de l’humanité elle-même.

Vue sous cet angle, la philosophie possède une fonction durable, et pourtant cette fonction devient visible à travers différents moments du mouvement continu de l’histoire. Elle accompagne chaque civilisation alors qu’elle hérite du passé, affronte les questions de sa propre époque historique et participe progressivement à façonner l’avenir que les générations subséquentes hériteront un jour. Ce ne sont pas des fonctions distinctes, mais différentes expressions de la même activité philosophique durable alors que la civilisation se déplace dans le temps.

Chaque époque historique se tient donc au sein de trois horizons inséparables. Elle reçoit un héritage intellectuel de ceux qui l’ont précédée ; elle affronte les questions et les défis déterminants de son propre temps ; et, à travers les choix qu’elle fait, elle contribue à former l’avenir qui deviendra plus tard le présent d’une autre génération. La philosophie accompagne chacun de ces horizons simultanément. Elle réfléchit sur les idées et les traditions héritées, répond aux grandes questions civilisationnelles qui émergent à son époque, et, à travers ces réponses, influence la direction dans laquelle la civilisation se développe progressivement.

Comprendre la philosophie de cette manière nous permet de voir que sa signification ne peut être mesurée simplement par les théories qu’elle produit ou les concepts qu’elle affine. Son importance plus profonde réside dans la continuité de sa fonction à travers l’histoire. Chaque civilisation change, chaque époque historique rencontre de nouvelles circonstances, et chaque génération hérite d’un monde façonné par ceux qui l’ont précédée. La philosophie reste l’une des rares activités intellectuelles qui relient continuellement ces différents horizons temporels, permettant à l’humanité non seulement de se souvenir de son passé et de le comprendre, mais aussi d’interpréter son présent et de participer consciemment à la formation de son avenir.

La discussion qui suit examine donc la fonction de la philosophie le long de ce continuum historique. Elle commence par la réflexion continue de la philosophie sur le legs intellectuel hérité de l’humanité, procède à sa réponse aux questions déterminantes de chaque époque historique, et considère enfin comment les choix philosophiques participent progressivement à la formation de l’avenir de la civilisation elle-même.

Réflexion sur le passé

Aucune civilisation ne commence à partir d’un paysage vierge. Chaque génération naît dans un monde déjà façonné par d’innombrables décisions, découvertes, institutions, croyances, valeurs et systèmes de pensée accumulés au cours des siècles. Les langues, les lois, les institutions politiques, les traditions religieuses, les connaissances scientifiques, les coutumes morales, les réalisations artistiques et les idées philosophiques constituent ensemble l’héritage intellectuel à travers lequel chaque civilisation se comprend elle-même. L’histoire humaine n’est donc pas une simple succession d’événements, mais une accumulation toujours croissante d’expérience humaine.

Pourtant, l’héritage seul ne peut soutenir la civilisation. Chaque réalisation historique était elle-même une réponse à des circonstances particulières, et ces circonstances changent inévitablement. Des idées qui ouvraient autrefois de nouvelles possibilités peuvent progressivement devenir inadéquates dans de nouvelles conditions. Des institutions qui contribuaient autrefois à la stabilité peuvent plus tard entraver le développement futur. Des théories qui clarifiaient autrefois la réalité peuvent éventuellement n’expliquer qu’un fragment d’un monde de plus en plus complexe. Pour cette raison, aucune civilisation ne peut simplement préserver son legs intellectuel hérité sans modification. Elle ne peut pas non plus progresser en rejetant complètement le passé. Entre la préservation et le rejet se trouve une tâche intellectuelle plus exigeante, et c’est là que la philosophie exerce l’une de ses fonctions les plus durables.

La philosophie revient continuellement à l’héritage accumulé de la civilisation, non pas pour le protéger de la critique, ni pour le remplacer par de la nouveauté pour elle-même, mais pour l’examiner à nouveau. Elle demande quelles idées continuent d’éclairer l’existence humaine, lesquelles restent capables de guider la vie contemporaine, lesquelles sont devenues historiquement limitées, et lesquelles devraient maintenant être comprises principalement comme des jalons dans le parcours intellectuel de l’humanité plutôt que comme des fondements continus pour le développement futur. Une telle réflexion ne diminue pas la valeur du passé. Au contraire, elle permet au passé de rester vivant en donnant à chaque génération la possibilité de redécouvrir sa signification dans des conditions historiques changeantes.

Ce processus n’est ni mécanique ni définitif. Chaque époque historique rouvre la conversation avec ceux qui l’ont précédée. Les questions philosophiques anciennes concernant l’existence, la justice, la vertu, la liberté, la vérité et l’épanouissement humain sont lues à nouveau à travers de nouvelles expériences et de nouvelles réalités. Les conclusions antérieures ne sont ni acceptées simplement parce qu’elles sont anciennes, ni rejetées simplement parce qu’elles appartiennent à un autre âge. Au lieu de cela, elles deviennent des sujets de réflexion philosophique renouvelée. La civilisation progresse non pas en abandonnant sa mémoire, mais en approfondissant continuellement sa compréhension de cette mémoire.

La réflexion sur le passé implique donc à la fois de la continuité et du discernement. La continuité préserve la civilisation de l’amnésie historique ; le discernement empêche les traditions héritées de devenir une autorité incontestée. À travers ce mouvement continu de réflexion, la philosophie permet à la civilisation de distinguer entre l’intuition durable et la limitation historique, entre les principes qui continuent d’éclairer la vie humaine et les formulations dont la tâche historique est déjà accomplie. Ce faisant, la philosophie ne vénère pas la tradition et ne se rebelle pas contre elle. Elle maintient plutôt la civilisation intellectuellement vivante en veillant à ce que chaque héritage reste ouvert à un examen réfléchi.

L’importance de cette fonction devient particulièrement évidente lors des périodes de profonde transition historique. Les moments de changement politique, scientifique, technologique ou culturel rapide obligent inévitablement les sociétés à reconsidérer des hypothèses établies de longue date. Une telle reconsidération ne peut être accomplie uniquement en accumulant de nouvelles informations ou en développant des techniques plus sophistiquées. Elle exige de revenir aux questions plus larges à travers lesquelles les connaissances héritées elles-mêmes sont évaluées. La philosophie sert donc de support intellectuel à travers lequel les civilisations réévaluent leurs propres fondements chaque fois que les conditions historiques subissent une transformation fondamentale.

La réflexion n’est cependant que le début de la fonction de la philosophie le long du continuum historique. Les civilisations ne vivent pas uniquement dans l’héritage du passé. Chaque époque historique affronte également des questions qui surgissent de manière unique de ses propres circonstances. Répondre à ces questions déterminantes constitue la deuxième expression de la fonction durable de la philosophie.

Répondre aux questions de chaque époque historique

La philosophie n’existe pas seulement pour réfléchir sur ce dont l’humanité a hérité. Chaque époque historique affronte des réalités que les générations précédentes ne pouvaient ni pleinement anticiper ni complètement résoudre. De nouvelles formes d’organisation politique émergent. Les découvertes scientifiques transforment la compréhension que l’humanité a de la nature. Les systèmes économiques façonnent à nouveau la vie sociale. Les innovations technologiques modifient les conditions de la civilisation elle-même. Chaque époque rencontre donc des questions qui appartiennent de manière unique à sa propre situation historique. Répondre à ces questions constitue une autre expression essentielle de la fonction durable de la philosophie.

Le « présent » évoqué ici ne doit pas être compris simplement comme notre propre époque. Chaque période historique possède son propre présent. Les préoccupations qui définissaient la Grèce classique n’étaient pas celles de l’Europe médiévale. Les questions qui confrontaient les Lumières différaient fondamentalement de celles de l’ère industrielle. De même, les problèmes auxquels fait face notre propre civilisation ne ressemblent pas à ceux rencontrés par les générations précédentes. Chaque époque historique possède donc sa propre réalité contemporaine, et la philosophie répond continuellement aux questions déterminantes qui émergent de ce moment particulier de l’histoire.

Les Lumières offrent une illustration claire. L’Europe subissait de profondes transformations dans les domaines de la science, de la politique, de la religion et de l’organisation sociale. Les autorités traditionnelles étaient de plus en plus contestées par de nouvelles compréhensions de la raison, de la liberté individuelle, de l’enquête scientifique et de la légitimité politique. La réflexion philosophique ne s’est pas contentée d’observer ces changements. Elle a cherché à les interpréter, à clarifier leur signification et à fournir des orientations intellectuelles plus larges à travers lesquelles la société pourrait comprendre la direction dans laquelle elle avançait. Les questions concernant la liberté, les droits de l’homme, le gouvernement constitutionnel, la raison publique, l’éducation et la relation entre le savoir et l’autorité sont devenues des préoccupations philosophiques déterminantes parce qu’elles étaient devenues des préoccupations civilisationnelles déterminantes.

L’ère industrielle a généré une transformation tout aussi profonde. La production mécanisée, l’urbanisation, le développement technologique, le capital industriel, le travail de masse et les nouvelles formes d’organisation politique ont façonné à nouveau presque tous les aspects de la vie humaine. La philosophie a une fois de plus répondu en tentant de comprendre ces conditions sans précédent. De nouvelles conceptions de la société, de la justice, de l’organisation économique, du développement historique et de la vie collective ont émergé. Le libéralisme, le socialisme, le communisme et d’autres traditions philosophiques globales se sont développés non pas comme des constructions théoriques isolées, mais comme des tentatives d’interpréter et de répondre aux réalités fondamentales de leur époque.

L’histoire démontre que de telles réponses philosophiques restent rarement confinées au discours intellectuel. À mesure que les sociétés adoptent progressivement différentes orientations philosophiques, ces orientations commencent à influencer les institutions, l’éducation, le droit, l’organisation politique, les systèmes économiques et les attentes collectives. Au fil du temps, les idées philosophiques deviennent des pratiques sociales ; les pratiques sociales deviennent des réalités historiques ; et les réalités historiques deviennent le monde hérité par les générations suivantes.

La signification de ce processus ne réside pas dans la détermination de la tradition philosophique qui devrait finalement être jugée correcte. Différentes civilisations ont fait des choix philosophiques différents, et l’histoire s’est déployée en conséquence. Différentes orientations philosophiques contribuent donc à différentes trajectoires civilisationnelles. Ce n’est pas une simple observation rétrospective. Cela décrit une relation structurelle entre la pensée philosophique et le développement historique qui opère à chaque époque, y compris la nôtre. Ce qui importe ici est une observation plus fondamentale : la philosophie participe à la formation de la civilisation parce qu’elle influence les manières dont les sociétés se comprennent elles-mêmes, définissent leurs priorités et choisissent entre des voies alternatives de développement.

Cette relation entre la philosophie et la civilisation explique pourquoi chaque époque historique a traité certaines questions philosophiques comme des affaires d’une importance extraordinaire. Ce ne sont jamais de simples débats académiques. Elles concernent l’orientation plus large à travers laquelle les sociétés interprètent leur propre avenir. Lorsque les civilisations font face à des moments de profonde transformation, la philosophie devient l’espace intellectuel au sein duquel des visions concurrentes de cet avenir sont examinées, comparées et progressivement traduites en choix historiques collectifs.

Aujourd’hui, nous nous tenons précisément au sein d’une telle continuité historique. Nous vivons nous-mêmes dans ce que les générations antérieures considéraient autrefois comme leur avenir. Les institutions que nous habitons, les technologies que nous employons, les systèmes politiques dont nous héritons, et bon nombre des hypothèses à travers lesquelles nous comprenons le monde moderne portent tous l’empreinte de choix philosophiques faits bien avant notre époque. Que ce soit consciemment ou non, chaque génération vit dans un monde partiellement façonné par les orientations philosophiques de ceux qui l’ont précédée. La même continuité s’étend maintenant au-delà de nous. Les choix philosophiques faits aujourd’hui ne resteront pas cantonnés aux discussions contemporaines. Ils deviendront progressivement une partie des conditions historiques héritées par les générations futures. Tout comme nous habitons un monde façonné par les réponses philosophiques antérieures à leur propre époque, l’humanité future héritera d’une civilisation influencée par les réponses philosophiques que notre propre époque choisit de développer.

Pour cette raison, la philosophie ne se contente pas d’expliquer l’histoire après qu’elle s’est déroulée. Elle participe, de manière persistante et profonde, au mouvement historique à travers lequel les civilisations déterminent les directions qu’elles suivront en fin de compte.

Façonner l’avenir

Chaque époque historique hérite d’un monde façonné par ceux qui l’ont précédée, et pourtant aucune époque historique ne fait que recevoir l’histoire. Chaque génération contribue également à créer les conditions historiques au sein desquelles vivront les générations futures. L’avenir n’est donc jamais une destination isolée qui attend d’arriver. Il se forme continuellement à travers d’innombrables décisions, institutions, découvertes, développements culturels et orientations philosophiques qui s’intègrent progressivement à la civilisation elle-même.

C’est là que la philosophie assume l’une de ses fonctions les plus profondes. Contrairement aux décisions politiques immédiates ou aux réalisations technologiques à court terme, la pensée philosophique opère souvent sur des horizons historiques beaucoup plus longs. Elle transforme rarement la civilisation du jour au lendemain. Au lieu de cela, elle remodèle progressivement les hypothèses à travers lesquelles les sociétés comprennent l’humanité, la justice, la liberté, la responsabilité, la connaissance, le progrès et les fins vers lesquelles la civilisation devrait se développer. Ces hypothèses influencent par la suite l’éducation, les institutions, la vie publique, les priorités scientifiques, les attentes culturelles et l’imagination collective. Bien avant de devenir visibles en tant que réalités historiques, elles commencent par être des manières de comprendre le monde.

L’histoire démontre à plusieurs reprises cette continuité. Les mouvements philosophiques qui ont émergé pendant les Lumières n’ont pas simplement redéfini le discours intellectuel. Au fil du temps, ils ont contribué à transformer le gouvernement constitutionnel, l’éducation publique, la culture scientifique et les conceptions modernes de la liberté individuelle. De même, les courants philosophiques qui se sont développés au cours de l’ère industrielle ont progressivement influencé différents modèles d’organisation économique, d’institutions sociales, de systèmes politiques et de relations internationales. Différentes sociétés ont embrassé différentes orientations philosophiques, et ces différentes orientations ont progressivement produit des trajectoires historiques différentes.

La signification de cette continuité historique est difficile à surestimer. Différentes orientations philosophiques n’ont pas seulement produit différentes écoles de pensée. Elles ont progressivement contribué à différents arrangements institutionnels, différents systèmes politiques, différentes traditions éducatives et, en fin de compte, différentes trajectoires civilisationnelles. L’avenir hérité par les générations ultérieures a été façonné non seulement par le progrès technologique ou les événements politiques, mais aussi par les orientations philosophiques que les sociétés ont progressivement choisi d’adopter.

L’importance de ces exemples ne réside pas dans le fait de juger quel choix historique s’est révélé supérieur. L’histoire elle-même demeure trop complexe pour être réduite à de simples conclusions philosophiques. Leur signification réside ailleurs. Ils révèlent que la philosophie n’est jamais une simple réflexion spéculative. Lorsque la compréhension philosophique devient largement partagée, elle pénètre progressivement les structures vivantes de la civilisation. Les idées influencent les institutions ; les institutions influencent les modes de vie ; les modes de vie influencent l’avenir hérité par les générations subséquentes. Pour cette raison, le choix philosophique devient en fin de compte un choix civilisationnel.

Cela n’implique pas que la philosophie détermine à elle seule l’histoire. Les conditions économiques, le leadership politique, les découvertes scientifiques, les circonstances géographiques et d’innombrables événements imprévus participent tous à la formation de la civilisation. Néanmoins, la philosophie exerce un rôle distinctif parmi ces forces parce qu’elle influence l’horizon au sein duquel les civilisations s’interprètent elles-mêmes et choisissent leur direction. Elle ne fournit ni inéluctabilité historique ni solutions techniques. Elle fournit une orientation.

Vu sous cet angle, le lien entre la philosophie et l’histoire devient d’une clarté saisissante. Nous vivons nous-mêmes dans un monde partiellement façonné par des choix philosophiques faits bien avant notre époque. Bon nombre des hypothèses que nous considérons aujourd’hui comme allant de soi concernant le gouvernement, l’éducation, la science, la dignité humaine, les droits, la responsabilité et l’organisation sociale étaient autrefois des sujets d’intenses débats philosophiques. Elles sont devenues des réalités historiques parce que les générations successives les ont progressivement incorporées dans les institutions et les pratiques de la civilisation. La même relation s’étend désormais au-delà de notre propre génération. Les questions philosophiques auxquelles l’humanité fait face aujourd’hui influenceront de la même manière la civilisation héritée par ceux qui viendront après nous. Que les générations futures vivent au sein d’une civilisation caractérisée par une coopération plus profonde ou une plus grande fragmentation, par un développement technologique responsable ou une accélération technologique incontrôlée, par une compréhension renouvelée de l’humanité ou par une incertitude croissante concernant la place de l’humanité elle-même au sein de la civilisation, dépendra en partie des orientations philosophiques à travers lesquelles notre propre époque choisit de répondre à ses questions déterminantes.

Nous occupons donc une position que chaque époque historique a occupée avant nous. Les discussions présentées tout au long de cette série ont cherché non pas simplement à proposer une autre définition de la philosophie, ni à défendre une tradition philosophique particulière, mais à recouvrer un fondement philosophique partagé à partir duquel la philosophie peut à nouveau comprendre sa propre place, son rôle et sa relation avec le développement futur. Nous vivons dans l’avenir imaginé par les générations antérieures, tout en participant simultanément à la création d’un avenir dont nous ne serons jamais pleinement témoins. La continuité de la civilisation dépend précisément de cette succession de responsabilités historiques. Chaque génération reçoit un monde façonné par d’autres, et chaque génération, à travers ses propres choix philosophiques, contribue à façonner le monde de ceux qui restent à venir. La fonction de la philosophie s’étend donc au-delà de la préservation de la mémoire ou de l’interprétation du présent. Elle aide les civilisations à rester conscientes de l’avenir qu’elles sont déjà en train de créer. Ce faisant, la philosophie rappelle continuellement à l’humanité que les questions les plus profondes ne sont jamais de simples questions d’idées. Ce sont, en fin de compte, des questions sur le type de civilisation que les êtres humains choisissent de construire ensemble.

Si la philosophie a historiquement participé à façonner le long développement de la civilisation, une autre question s’ensuit immédiatement. Pourquoi, au moment précis où l’humanité possède une puissance technologique sans précédent et fait face à des défis d’une importance mondiale inédite, la philosophie apparaît-elle de plus en plus incapable de fournir une orientation tout aussi intégrée ? Comprendre ce paradoxe apparent exige que nous examinions non pas la disparition de la philosophie, mais la fragmentation progressive de sa propre fonction au sein de la civilisation contemporaine. Le chapitre suivant se tourne vers cette question.

Chapitre Trois

Recouvrer la juste place de la philosophie dans la civilisation

Le chapitre précédent a montré que la philosophie n’a jamais existé en dehors du mouvement historique de la civilisation. Chaque époque a hérité du legs intellectuel de celles qui l’ont précédée, a répondu aux questions déterminantes de son propre temps et, à travers les choix qu’elle a faits, a participé à la formation de l’avenir hérité par les générations ultérieures. L’avenir que nous habitons aujourd’hui fait lui-même partie de ce processus historique continu. Si telle a été la fonction durable de la philosophie tout au long de l’histoire, une autre question surgit immédiatement : pourquoi la philosophie apparaît-elle de plus en plus incapable d’exercer cette fonction aujourd’hui ?

La question n’est pas de savoir si la philosophie existe encore. Jamais auparavant l’humanité n’a produit autant de livres philosophiques, de revues académiques, de conférences, d’instituts de recherche, de cadres éthiques, d’écoles théoriques et de domaines spécialisés de recherche philosophique. La philosophie n’a nullement disparu. À bien des égards, elle est devenue plus active qu’à tout autre moment de l’histoire.

Pourtant, l’abondance croissante de l’activité philosophique n’a pas produit une croissance correspondante de la capacité de la philosophie à fournir une orientation intégrée pour la civilisation. Au contraire, plus les discussions philosophiques se multiplient, plus le paysage intellectuel global semble se fragmenter. Les écoles individuelles continuent d’approfondir leurs propres analyses. Les disciplines spécialisées affinent des outils conceptuels de plus en plus sophistiqués. Les institutions formulent leurs propres principes éthiques. Les gouvernements élaborent des stratégies nationales. Les organisations internationales publient des lignes directrices mondiales. Les universités développent de nouveaux cadres théoriques. Les entreprises technologiques construisent leurs propres principes d’innovation responsable. Chaque sphère semble posséder sa propre philosophie.

Ce qui est de plus en plus absent, cependant, n’est pas la philosophie elle-même, mais un horizon philosophique partagé capable de relier ces différents cadres les uns aux autres. Paradoxalement, c’est précisément cette abondance qui révèle une absence plus profonde. Chaque cadre peut posséder une cohérence interne considérable. Chacun peut aborder avec succès des problèmes au sein de son propre domaine. Pourtant, ils partent fréquemment d’hypothèses différentes, emploient des langages conceptuels différents, poursuivent des priorités différentes et proposent finalement des directions différentes. Plutôt que de contribuer à une compréhension philosophique de plus en plus intégrée, ils restent souvent des réponses parallèles qui convergent rarement vers un horizon civilisationnel partagé. Le résultat n’est pas simplement la diversité intellectuelle, qui a toujours caractérisé la philosophie. C’est la fragmentation progressive de la fonction intégrative même de la philosophie.

Cette fragmentation a des conséquences qui s’étendent bien au-delà de la philosophie elle-même. La civilisation est de plus en plus confrontée à des questions dont la portée ne peut plus être contenue dans les limites d’une seule discipline ou institution. Le développement scientifique influence la politique. L’innovation technologique transforme simultanément l’éducation, l’économie, la psychologie, le droit et les relations internationales. Les questions écologiques croisent l’éthique, la gouvernance, la culture et la responsabilité mondiale. L’intelligence artificielle défie non seulement l’ingénierie, mais aussi le droit, la morale, l’identité humaine, la créativité, la responsabilité et la relation future entre l’humanité et ses propres créations technologiques. Chaque problème majeur traverse de plus en plus les frontières à travers lesquelles les connaissances modernes ont traditionnellement été organisées.

La difficulté, cependant, n’est pas que ces questions manquent d’expertise technique. Au contraire, l’humanité possède des connaissances scientifiques extraordinaires et une capacité technologique sans précédent. La difficulté réside dans le fait que ces problèmes de plus en plus interconnectés exigent un horizon de compréhension tout aussi intégré. Ils exigent une réflexion capable de relier les connaissances spécialisées aux questions plus larges concernant l’humanité, la civilisation, la responsabilité, le sens et l’avenir. Historiquement, cela a été l’une des contributions les plus significatives de la philosophie. Aujourd’hui, cependant, la philosophie se trouve souvent divisée en conversations de plus en plus spécialisées qui éclairent des problèmes individuels tout en peinant à éclairer le paysage plus large au sein duquel ces problèmes coexistent.

La conséquence n’est pas que la philosophie est devenue moins intelligente. Ce n’est pas non plus que les philosophes contemporains sont devenus moins rigoureux. Le problème le plus profond est structurel. La philosophie réussit de plus en plus au sein de ses branches individuelles tout en devenant progressivement plus faible en tant qu’activité intégrative de sagesse. Elle continue de produire des analyses importantes, mais trouve de plus en plus difficile de fournir l’orientation plus large à travers laquelle la civilisation peut comprendre la relation entre ces analyses. Cette situation devient particulièrement significative précisément parce que l’humanité possède désormais un pouvoir plus grand qu’à tout moment antérieur de l’histoire. Chaque percée technologique majeure élargit la capacité humaine. Pourtant, une capacité accrue agrandit inévitablement les conséquences des choix humains. Plus la civilisation devient puissante, plus il devient important de comprendre non seulement ce que l’humanité peut accomplir, mais aussi vers quel avenir ces accomplissements la conduisent. Les questions de direction deviennent progressivement aussi significatives que les questions de capacité elles-mêmes.

C’est ici que la philosophie doit recouvrer sa juste place. Pourtant, recouvrer la fonction intégrative de la philosophie ne nécessite pas de dissoudre les distinctions entre ses différentes formes. Au contraire, cela exige de restaurer l’ordre interne à travers lequel ces formes peuvent se compléter plutôt que de rivaliser les unes avec les autres. Recouvrer la philosophie ne signifie pas restaurer une autorité ancienne ou subordonner d’autres disciplines au contrôle philosophique. Cela ne nécessite pas non plus de construire une autre doctrine globale destinée à remplacer les traditions existantes. Ce qui doit être recouvré est quelque chose de plus fondamental : la capacité de la philosophie à fournir un horizon intégrateur à travers lequel des formes de connaissances de plus en plus spécialisées peuvent à nouveau devenir intelligibles en tant que parties d’un tout humain et civilisationnel plus vaste.

Tel a été, en fin de compte, le but sous-jacent à la présente série de discussions depuis le tout début. La question Qu’est-ce que la philosophie ? n’a jamais été poursuivie simplement dans le but de formuler une autre définition. La recherche d’un fondement philosophique partagé est née parce que la civilisation elle-même exige de plus en plus un horizon partagé capable de relier plutôt que de fragmenter la compréhension humaine. Avant que la philosophie puisse contribuer de manière significative aux défis sans précédent auxquels la civilisation contemporaine est confrontée, elle doit d’abord recouvrer une clarté suffisante concernant sa propre place et sa propre fonction. Pourtant, recouvrer la place de la philosophie exige également une autre clarification. La philosophie elle-même n’est pas une activité unique et homogène. Différentes formes de philosophie remplissent différentes fonctions, opèrent à différents niveaux d’enquête et contribuent à la civilisation de différentes manières. Reconnaître ces distinctions ne revient pas à diviser davantage la philosophie, mais à restaurer l’ordre interne grâce auquel elle peut à nouveau fonctionner comme un tout intégré. Le chapitre suivant se tourne donc vers la différenciation fonctionnelle de la philosophie elle-même.

Chapitre Quatre

La différenciation fonctionnelle de la philosophie

Si la philosophie doit recouvrer sa fonction intégrative au sein de la civilisation, une autre clarification devient nécessaire. Tout au long de l’histoire, le mot philosophie a été utilisé pour décrire des activités intellectuelles de natures remarquablement différentes. Il peut faire référence à l’enquête la plus fondamentale de l’humanité sur l’existence elle-même, à l’analyse académique hautement spécialisée, à la réflexion philosophique au sein de disciplines scientifiques individuelles, à des systèmes de pensée globaux, ou même à la sagesse émergeant de l’expérience personnelle et de la vie quotidienne. Ces activités possèdent toutes une signification philosophique, et pourtant elles ne remplissent pas des fonctions identiques.

La difficulté surgit lorsque ces différentes formes de philosophie sont traitées comme si elles occupaient le même niveau d’enquête ou si l’on s’attendait à ce qu’elles remplissent le même rôle civilisationnel. La confusion devient alors inévitable. On peut attendre d’une analyse philosophique développée pour un problème académique particulier qu’elle réponde à des questions concernant la civilisation dans son ensemble. Une philosophie disciplinaire peut tenter de définir l’avenir de l’humanité au-delà des limites de son propre domaine. Une réflexion personnelle peut être confondue avec une théorie philosophique globale, tandis qu’une large enquête ontologique peut être jugée selon des critères appropriés uniquement à l’analyse académique spécialisée. Aucune de ces activités n’est dénuée de valeur. La difficulté réside dans la confusion de leurs fonctions.

L’objectif de la distinction qui suit n’est donc ni hiérarchique ni évaluatif. Il est fonctionnel. Différentes formes de philosophie contribuent à la civilisation de différentes manières, et la philosophie ne recouvre sa pleine force que lorsque chacune accomplit la tâche appropriée à son propre niveau.

Au niveau le plus large se trouve la philosophie ontologique. C’est la philosophie dans son sens le plus global. Elle commence par l’enquête continue sur les questions les plus fondamentales concernant l’existence, l’humanité, la conscience, le sens, la civilisation, la responsabilité et l’avenir. Plutôt que de présupposer des réponses déjà établies ailleurs, elle revient continuellement aux fondements d’où toute autre activité philosophique tire en fin de compte son orientation. C’est à ce niveau que la philosophie exerce sa fonction intégrative la plus élevée, reliant les diverses réalisations de la connaissance humaine aux questions plus larges de la civilisation elle-même.

Une deuxième forme peut être décrite comme la philosophie de la pensée. Ici, l’activité principale n’est plus la réouverture continuelle des fondements ontologiques, mais le développement, l’affinement, la comparaison, l’analyse et l’extension de systèmes philosophiques particuliers ou de traditions conceptuelles. Une grande partie de la philosophie académique contemporaine appartient principalement à ce niveau. La philosophie analytique, la philosophie du langage, la logique, l’analyse conceptuelle et de nombreuses autres traditions hautement sophistiquées ont énormément contribué à la clarté et à la précision intellectuelles. Leur importance est indéniable. Pourtant, leur fonction diffère de celle de la philosophie ontologique. Elles approfondissent des modes de pensée particuliers plutôt que de fournir une orientation intégrée pour la civilisation dans son ensemble.

Une troisième forme est la philosophie des disciplines. À mesure que les connaissances scientifiques se sont développées, les disciplines individuelles ont naturellement développé leur propre réflexion philosophique. La philosophie des sciences, la philosophie de la physique, la philosophie de la biologie, la philosophie des mathématiques, la philosophie de la technologie, la philosophie de l’intelligence artificielle, la philosophie du droit, la philosophie de l’éducation et bien d’autres appartiennent à cette catégorie. Leur tâche est d’examiner les fondements conceptuels, les méthodes, les hypothèses et les implications de domaines d’enquête particuliers. Elles remplissent une fonction indispensable en clarifiant la structure intellectuelle de leurs disciplines respectives. En même temps, leurs conclusions restent nécessairement liées aux domaines dont elles émanent. Leur contribution est donc spécialisée plutôt que de portée civilisationnelle.

Une quatrième forme peut être comprise comme la philosophie populaire. Elle comprend les innombrables formes de réflexion philosophique surgissant au sein de la vie humaine ordinaire : la contemplation personnelle, l’intuition existentielle, la sagesse pratique, la réflexion morale, l’expérience partagée et la recherche de sens qui accompagne l’existence quotidienne. Une telle réflexion se développe rarement en une théorie philosophique systématique, et pourtant elle représente l’un des moyens les plus immédiats par lesquels la philosophie pénètre la vie humaine. La civilisation perdrait quelque chose d’essentiel si la philosophie était entièrement confinée au sein des universités ou des institutions professionnelles. La philosophie populaire nous rappelle que la sagesse naît en fin de compte de l’expérience vécue, et que l’enquête intellectuelle ne devient véritablement philosophique que lorsqu’elle reste connectée à ce terrain.

Aux côtés de ces formes se trouve ce que l’on peut appeler la pensée philosophique religieuse. Chaque grande tradition religieuse a généré une profonde réflexion philosophique concernant l’existence, la morale, l’humanité, la réalité ultime et le sens de la vie. Ces réflexions ont exercé une immense influence historique et continuent de façonner les civilisations à travers le monde. Elles méritent d’être reconnues comme une source importante de la pensée philosophique tout en restant distinctes de la philosophie poursuivie à travers une enquête rationnelle ouverte, non contrainte par les engagements d’une tradition religieuse particulière. Reconnaître cette distinction ne diminue pas la religion et n’élève pas non plus la philosophie au-dessus d’elle. Cela prend simplement acte du fait que différentes traditions intellectuelles opèrent selon des engagements fondateurs différents tout en abordant souvent des questions humaines qui se chevauchent.

Vues ensemble, ces formes révèlent que la philosophie n’est pas fragmentée parce qu’elle est devenue diverse. La diversité a toujours caractérisé le développement philosophique. La fragmentation surgit lorsque les distinctions fonctionnelles s’estompent. Des difficultés émergent lorsque la philosophie spécialisée tente de remplacer l’enquête ontologique, lorsque la philosophie disciplinaire assume la responsabilité de questions appartenant à la civilisation dans son ensemble, ou lorsque la philosophie perd de vue l’horizon plus large au sein duquel ses différentes formes se complètent plutôt que de rivaliser.

Recouvrer la philosophie exige donc plus qu’un renouvellement de l’enquête philosophique. Cela requiert la restauration d’un ordre interne dans lequel les différentes formes de philosophie reconnaissent à la fois leur propre importance et leurs propres limites. C’est seulement dans de telles conditions que la philosophie peut à nouveau fonctionner comme l’activité intégrative de sagesse la plus élevée de l’humanité, tout en permettant à ses nombreuses formes spécialisées de continuer à contribuer pleinement au sein de leurs domaines respectifs.

Pourtant, même une telle restauration demeurerait incomplète si la philosophie était confinée au seul discours intellectuel. La philosophie n’accomplit en fin de compte son but que lorsque sa sagesse s’incarne au sein de la vie humaine elle-même. C’est vers cette dimension finale que se tourne maintenant la discussion.

Chapitre Cinq

La philosophie dans la vie et la pratique humaines

Tout au long de la discussion précédente, la philosophie a été envisagée sous plusieurs perspectives complémentaires. Elle a été comprise comme l’enquête continue de l’humanité sur les questions les plus fondamentales de l’existence. Elle a été examinée à travers sa fonction durable tout au long du développement historique de l’civilisation. Elle a été reconsidérée en relation avec la fragmentation de la vie intellectuelle contemporaine et la nécessité de recouvrer son rôle intégrateur. Enfin, les différentes formes d’activité philosophique ont été distinguées selon les fonctions qu’elles remplissent au sein du paysage intellectuel plus large. Pourtant, aucune de ces discussions n’atteint la signification finale de la philosophie si celle-ci ne revient pas ultimement à la vie humaine elle-même.

La valeur de la philosophie ne peut être mesurée uniquement à l’originalité de ses concepts, à la précision de ses arguments ou à la cohérence interne de ses systèmes théoriques. Ces réalisations demeurent importantes, mais elles ne constituent pas le but ultime de la philosophie. La sagesse ne devient significative que lorsqu’elle éclaire l’existence humaine. La réflexion ne devient importante que lorsqu’elle contribue à la compréhension. La philosophie remplit donc sa fonction la plus profonde non pas lorsqu’elle reste au sein du seul discours intellectuel, mais lorsqu’elle entre dans la vie continue des individus, des communautés et des civilisations.

Pour l’individu, la philosophie fournit quelque chose de plus durable que de l’information ou une compétence technique. Elle aide les êtres humains à se forger une compréhension d’eux-mêmes et du monde qu’ils habitent. Chaque personne, que ce soit consciemment ou non, vit selon certaines hypothèses concernant le sens, la responsabilité, la valeur, le bonheur, la justice et le but de la vie. La philosophie permet à ces hypothèses de devenir des objets de réflexion plutôt qu’une habitude inconsciente. Elle encourage les individus à cultiver la sagesse plutôt qu’à simplement accumuler des connaissances, à comprendre plutôt qu’à simplement réagir, et à vivre avec une plus grande clarté concernant la relation entre eux-mêmes, les autres et le monde plus vaste dont ils font partie.

Pour les communautés, la philosophie remplit une autre fonction indispensable. Aucune société ne peut rester cohésive par les seules institutions ou les seules lois. Chaque communauté durable exige des compréhensions partagées concernant la responsabilité, la coopération, la justice, l’éducation, la dignité humaine et le bien commun. La philosophie contribue à ces compréhensions partagées en offrant des occasions de réflexion continue plutôt qu’une certitude idéologique figée. Elle permet aux communautés d’examiner leurs propres hypothèses, de réviser les institutions héritées lorsque cela est nécessaire, et de maintenir une conversation permanente concernant les principes à travers lesquels la vie collective devrait être organisée.

Au niveau de la civilisation, la philosophie assume sa signification la plus large. Les civilisations étendent continuellement leurs capacités matérielles à travers la science, la technologie, le développement économique et l’innovation institutionnelle. Pourtant, l’expansion de la capacité seule ne détermine pas la direction de la civilisation. Chaque augmentation de puissance accroît simultanément l’importance de la sagesse. La philosophie sert donc d’activité principale à travers laquelle les civilisations restent capables de réfléchir aux fins vers lesquelles leurs capacités croissantes devraient être dirigées. Elle reconnecte continuellement la réalisation immédiate avec des horizons historiques plus longs, permettant à l’humanité de demander non seulement ce qui devient possible, mais aussi ce qui demeure désirable, responsable et digne d’être poursuivi.

C’est précisément pour cette raison que la philosophie ne peut jamais devenir entièrement détachée de la pratique. La pratique n’est pas une application externe ajoutée à la philosophie après que la réflexion théorique a déjà été achevée. Elle est l’environnement vivant au sein duquel la compréhension philosophique se teste continuellement, se corrige et s’approfondit. Chaque intuition philosophique rencontre en fin de compte la complexité de la réalité vécue. Chaque conception de la justice, de la responsabilité, de la dignité humaine, de l’éducation, de la liberté, de la coopération ou de la civilisation n’acquiert un sens véritable que lorsque les êtres humains tentent d’incarner ces compréhensions au sein de la conduite individuelle, des institutions sociales et du développement historique collectif. La philosophie ne peut pas être évaluée en fin de compte à la seule élégance de ses théories. Sa signification la plus profonde n’apparaît que lorsque la sagesse devient capable de transformer la vie humaine. La pratique ne diminue donc pas la philosophie. Elle la parachève.

Cette compréhension clarifie également l’une des principales difficultés auxquelles la philosophie est confrontée aujourd’hui. À mesure que l’enquête philosophique est devenue de plus en plus spécialisée, des pans importants de la philosophie contemporaine se sont progressivement détachés du mouvement pratique de la civilisation elle-même. L’affinement intellectuel a souvent continué de progresser tandis que la capacité de la philosophie à éclairer la direction générale de la vie humaine s’est affaiblie. Le problème ne réside pas dans la rigueur théorique, ni dans la spécialisation académique, qui demeurent toutes deux indispensables. La difficulté surgit seulement lorsque la théorie cesse de revenir aux buts humains plus larges d’où la philosophie tirait à l’origine sa signification.

Recouvrer la philosophie ne nécessite donc pas d’abandonner l’érudition rigoureuse. Cela exige de restaurer la relation vivante entre la sagesse et la pratique. La réflexion ontologique, l’analyse conceptuelle, la philosophie disciplinaire, le dialogue philosophique public et la réflexion personnelle deviennent tous mutuellement renforçants lorsqu’ils restent connectés au développement plus large de la vie humaine. Dans ces conditions, la philosophie redevient ce qu’elle a toujours eu le potentiel d’être : l’activité continue de l’humanité pour se comprendre elle-même tout en participant consciemment au développement de la civilisation.

Les discussions présentées tout au long de cette série ont cherché non pas simplement à proposer une autre définition de la philosophie, ni à défendre une tradition philosophique particulière. Leur but a été de recouvrer un fondement philosophique partagé à partir duquel la philosophie peut à nouveau comprendre sa propre place, sa fonction durable et sa relation avec le développement continu de la civilisation humaine.

Si ces discussions apportent quelque chose, elles ne concluent pas la philosophie. La philosophie, par sa nature même, demeure une activité de sagesse ouverte et continue. Chaque génération hérite de nouvelles circonstances, affronte de nouvelles questions et participe à la formation d’un avenir que les générations ultérieures appelleront un jour leur présent. À mesure que la civilisation continue d’évoluer, la philosophie doit continuer d’accompagner ce voyage — non pas en fournissant des réponses définitives, mais en ramenant continuellement l’humanité à ses questions les plus fondamentales et en aidant chaque époque à comprendre la direction dans laquelle ses propres choix peuvent la conduire.

Recouvrer la philosophie ne revient donc pas simplement à restaurer une discipline académique. C’est recouvrer la capacité de l’humanité à se comprendre elle-même, à guider sa civilisation et à façonner sagement son avenir. La philosophie demeure l’activité intégrative de sagesse la plus élevée de l’humanité, et c’est précisément pour cette raison qu’elle continue d’importer partout où l’avenir de la civilisation se dessine.


DU MÊME AUTEUR

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Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

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Article # 42

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

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Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


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Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


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Article # 41

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

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Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

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Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

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A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

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La raison des émotions

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Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnelle » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule la raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


Antonio R. Damasio introduit les explications ci-dessus en questionnant le fameux « Je pense, donc je suis » de René Descartes. Il soutient que son cette célèbre phrase devrait plutôt être « Je suis, donc je pense » pour respecter les découvertes scientifiques des neurosciences.

Quelle a donc été l’erreur de Descartes ? Ou mieux encore, quelle erreur de Descartes ai-je l’intention de relever, sans ménagement et avec ingratitude ? On pourrait commencer par lui reprocher d’avoir poussé les biologistes à adopter ? et ceci est encore vrai à notre époque ? les mécanismes d’horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le « Je pense, donc je suis ». Cette formule, peut-être la plus célèbre de l’histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du Discours de la Méthode (1637)’ et en latin (« Cogito, ergo sum »), dans les Principes de philosophie
(1644) 3. Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que Penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante » (res cogitans), et du corps non pensant, qui est caractérisé par une « étendue », et des organes mécaniques (res extensa).

Cependant, bien longtemps avant l’aube de l’humanité, des organismes ont existé. À un certain moment de l’évolution, une conscience élémentaire est apparue, correspondant à un fonctionnement mental simple. Lorsque ce dernier est devenu plus complexe, la possibilité de penser s’est instaurée, et même ultérieurement, celle d’utiliser un langage pour communiquer et mieux penser. Donc, à mes yeux, le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est d’ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et seulement plus tard, nous pensons. Nous sommes, et ensuite nous pensons, et nous ne pensons que dans la mesure où nous sommes, puisque la pensée découle, en fait, de la structure et du fonctionnement de l’organisme.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 334-335.

Antonio R. Damasio a fait ses découvertes en constatant la difficulté à prendre des décisions et l’adoption de comportements sociaux anormaux chez des patients ayant certaines lésions au cerveau, notamment le cortex préfrontal ventro-médian, affectant la réception et l’interprétation des émotions. Autrement dit, privés de la contribution de leurs émotions, les patients ne parviennent plus à prendre des décisions et à se comporter en société de façon normale.

Se référant aux travaux de Antonio R. Damasio, Daniel Golemen écrit dans on livre « L’intelligence émotionnelle » :

Considérons aussi le rôle joué par les émotions, même lorsque nous prenons les décisions les plus « rationnelles ». Dans des travaux très importants pour la compréhension de la vie mentale, Antonio Damasio, neurologue à la faculté de médecine de l’université de l’Iowa, a étudié comment est affecté le comportement des patients dont le circuit lobe préfiontal-amygdale a été endommagé lg. Leurs décisions sont gravement faussées, et pourtant ni leur QI ni aucune de leurs capacités cognitives ne semblent diminués. Bien que leur intelligence soit restée intacte, ils effectuent des choix désastreux dans leur vie professionnelle et privée, et il leur arrive même de tergiverser sans fin avant de prendre une décision aussi simple que le choix de l’heure d’un rendez-vous.

Selon Damasio, si leurs décisions sont aussi erronées, c’est parce qu’ils n’ont plus accès à leurs connaissances émotionnelles. Au point de rencontre entre la pensée et les émotions, le circuit lobe préfrontal-amygdale constitue un passage essentiel vers le réservoir des goûts et dégoûts que nous avons accumulés au cours de notre vie. Coupé de la mémoire affective emmagasinée dans l’amygdale, ce que le néocortex analyse ne parvient plus à déclencher les réactions émotionnelles qui y étaient associées : tout se teinte d’une morne neutralité. Un stimulus, qu’il s’agisse d’un animal adoré ou d’une personne détestée, ne suscite plus ni attirance ni aversion. Ces patients ont « oublié » ces connaissances émotionnelles parce qu’ils ont perdu la clé de leur entrepôt, situé dans l’amygdale.

Des faits de ce genre ont conduit Damasio à considérer que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sentiments sont indispensables aux décisions rationnelles ; ils nous orientent dans la bonne direction, celle où la logique pure peut être utilisée au mieux. Au cours de l’existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (quelle formule d’épargne retraite choisir? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d’ordre émotionnel (le souvenir d’un mauvais investissement ou d’une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d’autres. C’est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 47-48.

La principale leçon que l’on peut retirer de toute cette histoire est que les sentiments jouent un rôle décisif dans le flot incessant de nos décisions personnelles. Si la violence des sentiments peut s’avérer catastrophique pour le raisonnement, leur méconnaissance peut être tout aussi désastreuse, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions dont peut dépendre notre avenir – quel métier choisir ? doit-on quitter un emploi sûr pour un autre moins stable mais plus intéressant? quel homme ou quelle femme fréquenter ou épouser ? dans quelle région s’établir ? quel appartement ou maison louer ou acheter? et ainsi de suite, notre vie durant. La raison seule ne peut fonder ces décisions ; elles exigent que l’on sente les choses « dans les tripes » et que l’on mette à profit cette sagesse des sentiments accumulée au fil des expériences passées. La logique formelle ne vous permettra jamais de choisir votre conjoint ou votre métier, ni de déterminer si vous pouvez faire confiance à quelqu’un. Il est des domaines où la raison est aveugle sans les sentiments.

Les signes intuitifs qui nous guident en ces moments décisifs sont des impressions viscérales d’origine limbique, ce que Damasio nomme des « marqueurs somatiques », des sentiments instinctifs. Un marqueur somatique est une sorte d’alarme automatique dont le rôle est d’attirer l’attention sur le danger potentiel présenté par telle ou telle ligne d’action. Le plus souvent, ces marqueurs nous détournent d’un certain choix contre lequel notre expérience nous met en garde, mais il arrive aussi qu’ils nous signalent une occasion à ne pas manquer. Dans ces moments-là, nous ne nous rappelons généralement pas des expériences particulières à l’origine de notre sentiment négatif, seul importe  l’avertissement qui nous est donné. Chaque fois qu’apparaît un tel sentiment instinctif, nous avons la possibilité de nous décider avec plus de confiance, et donc de réduire l’éventail de nos choix. En bref, pour rendre plus saines nos décisions personnelles, il faut être en accord avec nos propres sentiments.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 75.

Des travaux de Antonio R. Damasio et d’autres chercheurs est venu le concept de l’intelligence émotionnelle. On a l’habitude de mesurer en établissant son quotient intellectuel. Or, l’intelligence d’une personne n’est efficiente que si elle profite aussi d’une intelligence émotionnelle. Nous connaissons tous des personnes très intelligentes qui nous paraissent cependant souffrir d’une mauvaise gestion de leurs émotions tant sur le plan personnel qu’interpersonnel affectant leurs comportements.


Permettez-moi de vous mettre en garde contre les nombreuses contrefaçons et exploitations erronées du concept d’intelligence émotionnelle. Référez-vous au concept original popularisé par Daniel Goleman.


Imaginez-vous maintenant dans une consultation philosophique avec un philosophe praticien qui réprime la moindre émotion que vous avez et qui, en place et lieu de vous permettre de les exprimer, vous presse de répondre à ses questions. Je l’ai vécu et j’ai trouvé la méthode de ce philosophe praticien (dialogue socratique – maïeutique) très bizarre.

Si la consultation philosophique est un dialogue d’égal à égal entre le philosophe praticien et son client, l’échange ne peut pas être purement rationnel car la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions. Soit les philosophes praticiens adeptes de la méthode socratique ne sont pas bien au fait des travaux en neuroscience, soit ils souffrent eux-mêmes inconsciemment d’une carence en intelligence émotionnelle. La philosophie évolue souvent  dans une bulle qui la prive des bénéfices de l’interdisciplinarité, dans le cas présent, des neurosciences.


La lecture de « L’erreur de Descartes » de Antonio R. Damasio exige un effort de concentration en raison de son caractère scientifique. Monsieur Damasio offre une véritable leçon d’anatomie du cerveau et de son fonctionnement. Ce livre est écrit en spirale. Monsieur Damasio prend soin de nous introduire à un sujet pour ensuite revenir sur ce dernier en élargissant progressivement son propos, ce qui, avec la concentration utile, est profitable aux lecteurs. Malgré tout, ce livre ne se lit pas comme un roman.


Je recommande la lecture de ce livre et je lui accorde quatre étoiles sur cinq.


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Liste des articles du dossier par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/ Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

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Résumé

 Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Mots-clés : philothérapie, philosophe praticien, philosophe consultant, philothérapeute, consultation philosophique, philosophie populaire, nouvelles pratiques philosophiques

Entrée en matière

En librairie, la philothérapie se classe dans les rayons fourre-tout du développement personnel. La composition de ce mot-valise (philosophie+thérapie) s’inscrit dans une volonté de concurrencer la psychothérapie sur son terrain commercial. Déjà en tête de liste dans le secteur des services d’aide à la personne et des publications populaires, la psychothérapie a livré d’emblée une chaude lutte à la philothérapie l’accusant de se qualifier à tort de thérapeutique, au sens médical du terme. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le mot « philothérapie » a disparu des catalogues des éditeurs au profit de « consultation philosophique ». Cependant, la majorité des philosophes consultants s’attardent encore et toujours à distinguer leurs services de ceux de la psychothérapie dans leurs ouvrages, conséquence directe des dommages d’une mise en marché sous un nom contesté. Ainsi, le volet médiatique demeure incontournable pour dresser un état des lieux de la philothérapie.

PLAN

Résumé. 1

Mots-clés. 1

Entrée en matière. 1

PLAN.. 2

  1. Premier contact avec la population. 3
  2. Bref historique. 6
  3. Opportunité d’affaire et de carrière. 7

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent. 7

3.2. L’offre de services. 7

3.2.1. La formation de philothérapeutes. 7

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise. 8

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique. 9

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident. 9

3.4. Professionnalisation et formation universitaire. 9

  1. Méthodes. 10

4.1. Le dialogue socratique dogmatique. 10

4.2. Le dialogue philosophique. 12

4.2.1. Critique de Socrate. 13

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible. 13

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique. 15

4.5. Les références aux grands philosophes. 18

  1. Les deux objectifs de la philothérapie. 19
  2. La lumière entre par les failles. 20
  3. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances. 20
  4. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie. 21
  5. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff 24
  6. La philosophie comme thérapie. 25
  7. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique. 27
  8. La question de la crédibilité du philosophe praticien. 29

12.1 Formation. 29

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre. 29

  1. Conclusion. 31

13.1 Le contexte. 31

13.2 Interdisciplinarité. 32

13.2.1 Répression des émotions. 33

13.2.2 Neurosciences. 33

13.2.3 Intelligence émotionnelle. 34

13.2.4 Épistémologie. 35

13.3 Constat final 35

Références. 37

NOTES. 39

1. Premier contact avec la population

La population européenne entre en contact avec la philothérapie grâce à la médiatisation de l’ouverture des premiers cabinets de consultation privée et la publication de livres. À l’époque cette couverture de presse s’avère bon enfant. La nouveauté du sujet retient et captive leur attention en raison de l’accessibilité de ses propos par la population, contrairement au discours universitaire plutôt hermétique de la philosophie. La presse parle même de démocratisation de la philosophie voire d’un retour aux sources en se référant à Socrate qui avait l’habitude de philosopher avec des gens interpellés dans les rues d’Athènes.


QUELQUES EXEMPLES DE LIVRES

  • Platon, pas Projac ! La philosophie comme remède, Lou Marinoff, 2000
  • La philosophie, c’est la vie, Lou Marinoff, 2003
  • La philothérapie, Éric Suárez, 2007
  • La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010
  • Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013
  • La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014
  • Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015
  • Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017
  • Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019
  • L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019
  • La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020

Là où les philosophes de profession trouvent déjà une place de commentateurs vedettes dans les médias, notamment en France, l’accueil de la philothérapie par la population semble bonne compte tenu des nombreux ouvrages qui paraîtront, de la multiplication des cabinets de consultation philosophique et de l’importance de la couverture de presse, d’abord locale, puis régionale et enfin nationale. Chaque philosophe consultant se fait connaître du grand public par l’écriture et la publication d’un livre où il expose théories et exemples concrets tirés de sa propre pratique. Ces publications s’ajoutent à plusieurs autres s’inscrivant déjà dans les efforts de démocratisation de la philosophie au profit du grand public.


QUELQUES ARTICLES DE PRESSE

Après le psy, la philothérapie? Le Temps, Valérie F., 10 janvier 2009.

Soucis, déprime, angoisse … comment la philo-thérapie peut-elle vous aider ? e-santé, Dr Catherine Solano, 26 août 2011.

Un philosophe en guise de psychothérapeute, Pascale Bieri, lematin.ch, 31 octobre 2013.

Philothérapie : le roman qui nous aide à guérir de la maladie d’amour, Le Journal des Femmes, 13 juin 2016

Le premier cabinet de philothérapie de la région est ouvert, La voix du nord (France), 27 mars 2018.

Quand la philo soigne, Émilie Lanez, Le Point (France), 1 septembre 2018.

« Mieux penser pour mieux vivre »: tout savoir sur la philothérapie, Le Vif weekend, 2018


En Amérique, le lancement de la consultation philosophique au sein de la population ne se réalise pas sous le vocable « philothérapie », mais plutôt sous l’appellation «Philosophical Practice » (pratique philosophique) et «Philosophical Counselling » (consultation philosophique). En 1999, un livre marquera les esprits en raison de son titre : Platon, pas Prozac ! dont l’auteur Lou Marinoff s’impose d’emblée comme le leader dans le domaine en Amérique. Cet ouvrage connaît un immense succès de librairie et compte aujourd’hui des traductions en 27 langues. Le premier contact avec la population nord-américaine s’inscrit également dans une comparaison voire une confrontation directe et assumée avec la psychologie à qui l’on reproche de ne pas tenir ses promesses.

Dans son mémoire d’étude de 2010, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Léa Maubon écrit :

«D’une mode à l’autre, la philosophie remplacerait alors la psychologie et la tendance New age. On rejoint ici le phénomène de la “philothérapie”, qui considère la philosophie comme une alternative à la psychologie pour répondre aux problèmes existentiels, aux angoisses, aux cas de conscience, etc. Ainsi, des ouvrages tels que Les consolations de la philosophie ou La philosophie comme remède au chômage, ou encore le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac ! de Lou Marinoff (figure de proue de la philothérapie aux États-Unis) correspondent exactement à ce type de conception de la philosophie. En plus de détourner les idées philosophiques, voire de les déformer aux seules fins du bien-être de l’individu, ces pratiques enferment la discipline dans une forme de complaisance et de consensualisme qui semble contradictoire avec la mission et la nature même de la philosophie. Le souci de soi, qui avait prévalu dans les sagesses antiques notamment, est aujourd’hui l’objet d’une récupération qui transforme la philosophie en une discipline foncièrement utilitariste tournée vers l’individu.»[1]

Ce virage utilitariste de la philosophie tournée vers l’individu ne cause pas de problème au sein de notre société puisque déjà fortement individualiste. En fait, les ouvrages de philothérapie arrivent à point nommé puisque la population demande des alternatives aux approches de développement personnel de plus en plus questionnées quant à leur pertinence.

Le premier contact de la population avec la philothérapie engendré par la publication d’ouvrages grand public depuis les années 2000 s’avère donc prometteur pour cette nouvelle discipline.

2. Bref historique

« Nouvelle discipline » pour le grand public, mais qui s’est mise en branle des années auparavant. Certains philosophes s’adonnent à des consultations philosophiques aussi tôt qu’en 1967.[2]

En 1995, Pierre Hadot, philosophe, historien et philologue français, introduit une idée centrale de la philothérapie en parlant de la « philosophie comme mode de vie » dans son livre « Qu?est-ce que la philosophie antique? ».[3] Si le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une seule question en objet de la consultation, l’objectif dépasse largement la réponse à trouver. Le bénéfice de la consultation philosophique, un esprit critique, doit s’inscrire dans le mode de vie du client.

En 1980, un article intitulé « The Counselling Philosopher » paraît dans le journal The Humanist sous la plume du philosophe consultant Seymon Hersh,[4] devenant ainsi l’un des premiers à décrire cette nouvelle occupation.

En 1982, le philosophe allemand Gerd Achenbach ouvre le tout premier cabinet privé de consultation philosophique à Bergisch-Gladbach, près de Cologne. L’événement marque la naissance officielle du conseil philosophique en cabinet « en tant que mouvement et en tant que profession distincte de la psychothérapie ».[5] L’année suivante, il fonde la German Association for Philosophical Practice qui compte alors 10 membres. Cinq ans plus tard, en 1987, l’association regroupe 125 membres de différents pays. Par exemple, un premier cabinet philosophique est créé en Hollande par le philosophe Ad Hoogendijk en 1987. L’année suivante, Association néerlandaise pour la pratique philosophique voit le jour. En France, le philosophe Marc Sautet fonde le premier « café philosophique » à Paris, une formule adoptée par d’autres villes françaises, européennes et ailleurs dans le monde.

En Amérique, les philosophes Elliot D. Cohen et Paul Sharkey fondent la National Philosophical Counselling Association (NPCA) en 1992 sous les auspices de l’American Philosophical Association (APA).[6] Les philosophes Lou Marinoff et Ran Lahav co-organisent la première conférence internationale sur le conseil philoso­phique à Vancouver au Canada.[7] Suit la création de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) en 1998.[8]

3. Opportunité d’affaire et de carrière

3.1. Le rapport du philosophe à l’argent

Vu de l’extérieur, ce bref historique laisse entrevoir le développement commercial de la philothérapie. Tenir un cabinet, se doter d’un site web transactionnel, construire une offre de service, adopter une politique de satisfaction de la clientèle et un code d’éthique, se familiariser avec la comptabilité, notamment le seuil de rentabilité et la gestion des actifs, etc., bref, devenir travailleur indépendant, par opposition à fonctionnaire de l’État, salarié d’une institution d’enseignement ou de recherche. Or, la plupart des philothérapeutes ne disposent pas d’une formation aux affaires.

Eugénie Vegleris dans son livre « La consultation philosophie – L’art d’éclairer l’existence » écrit, parlant du philosophe consultant : « Son interlocuteur n’est plus un élève, un étudiant, un collègue, qui le sollicite pour mener une réflexion, mais un client. Ce nouveau statut juridique correspond à un changement de situation existentielle important ».[9]

Ainsi, la pratique de la consultation philosophique implique un aspect moral lié à son rapport à l’argent. « Mais pour rester philosophe, le consultant philosophe ne doit psychologiquement dépendre ni du désir de s’enrichir ni de l’angoisse de manquer. Or, notre rapport à l’argent exprime notre rapport à la vie. » ajoute Eugénie Vegleris.[10]

3.2. L’offre de services

3.2.1. La formation de philothérapeutes

Se retrouver sur la place du marché apporte son lot d’incertitudes; un jour débordé par la demande, un autre jour sans aucune demande. La réaction à cette incertitude dans le domaine de la philothérapie a été et demeure de garnir l’offre de nouveaux services, plus payants que la simple consultation philosophique individuelle.

La formation pour devenir consultant philosophe impliquant un programme de plusieurs séances fut la première extension de l’offre de services. En Europe, pour s’assurer de rejoindre la plus large clientèle possible, aucune qualification académique n’est exigée pour s’inscrire à une telle formation. En France, en l’absence d’une association professionnelle de philosophes consultants, aucun critère d’admission à la formation ne fut formalisé. Aux États-Unis, l’American Philosophical Practitioners Association limite l’accès à la formation de praticiens certifiés est limité « aux titulaires d’un M.A., ABD ou Ph.D. en Philosophie, ou Licensura dans les pays hispaniques. » De plus, les consultants professionnels peuvent accéder à la formation donnant droit au titre de membre affilié de APPA. [11]

3.2.2. Le philosophe consultant en entreprise

La seconde extension de l’offre de service ouvre le conseil philosophique à deux nouvelles sources de revenus, les entreprises et les institutions. La consultation philosophique s’adresse aux dirigeants et aux employés. Le consultant rencontre soit une seule personne, par exemple, un dirigeant, soit un groupe d’employés (ou de dirigeants).

Dans son livre « Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie », Jean-Eudes Arnoux écrit au sujet de la consultation en entreprise :

« Tout comme dans la consultation individuelle, les consultants-philosophes écoutent, posent des questions, ouvrent des perspectives, de nouvelles approches du problème. Mais à la différence d’un expert ou d’un conseiller, ils n’amènent pas une solution. Ils fournissent des outils conceptuels afin que le groupe trouve la solution au problème qui est vécu comme un facteur de blocage. »[12]

Parmi les institutions investies par les philosophes (consultant), l’hôpital attire davantage l’attention. Dans son livre « Un philosophe à l’hôpital » de Guillaume Durand, maître de conférences en philosophie à Nantes (France), écrit :

« J’avais oublié le réel. Les études de philosophie m’ont éloigné de ce que la plupart d’entre nous tiennent pour la réalité. Puis je me suis réveillé, la violence du monde s’est imposée à moi. / Tout a commencé lorsque j’ai rencontré un médecin qui m’a proposé de l’accompagner à la rencontre des patients et des soignants confrontés à des situations difficiles : demandes de contraception définitive par des jeunes d’une vingtaine d’années pour des raisons écologiques, refus de traitements vitaux, etc. Face à des situations délicates, il arrive que les soignants, les patients et leurs proches recherchent une aide dans la philosophie. Une réflexion appliquée, accessible et tournée vers l’action : une éthique clinique, « au chevet » du patient, qui consiste à déterminer pour chaque situation la voie la plus juste. »[13]

3.2.3. Aide à l’élaboration de codes d’éthique

Le philosophe (consultant) ajoute une autre source de revenus à la rémunération tirée de l’aide à l’élaboration de code d’éthique ou de déontologie pour les entreprises et les organismes sans but lucratif.

Le consultant en philosophie québécois Jean-Yves Dubé décline en ces mots son offre de service sur son site web :

«Vous aimeriez instaurer un code de déontologie pour votre organisme, votre compagnie ou votre groupe, ou améliorer celui qu’il possède déjà? Vous pouvez compter sur mon expertise. Les questions morales et éthiques sont ma spécialité.»[14]

3.3. La bataille du rayonnement international de l’Occident

Deux leaders occidentaux de la philothérapie se démarquent sur la scène internationale : Oscar Brenifier de la France et Lou Marinoff des États-Unis, le premier, président de l’Institut de pratiques philosophique et le second, co-fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association. Les deux hommes divergent de point de vue[15] et se livrent une certaine compétition sur le marché international de la consultation philosophique.

3.4. Professionnalisation et formation universitaire

Certaines universités innovent en offrant des programmes de formation à la philosophie pratique. [16] Voici deux exemples : 1. À l’automne 2014, l’Université de Vienne a ajouté un « programme de formation continue en pratique philosophique offrant la première et la seule formation académique et de formation à la pratique philosophique dans la région germanophone ».[17] Les praticiens philosophes de cette formation « devraient être quelque chose comme des conseillers ou des coachs de vie. »;[18] 2. Depuis 2015, l’Universitatea De Vest Din Timisoara en Roumanie propose un « Master in Philosophical Counselling and Consultancy »,[19] le seul enseigné en anglais en Europe.[20]

La formation à la profession de philosophes consultants suscite des débats universitaires au sujet de la profession elle-même, des méthodes, des prétentions et des intentions des philosophes consultants autoproclamés.[21]

Bref, aujourd’hui, la consultation ou le conseil philosophique offre une opportunité d’affaire et de carrière aux étudiants et aux professeurs en philosophie, autrement confinés à l’enseignement.

4. Méthodes

Il n’y a aucune méthode universelle en philothérapie. Ainsi, la méthode varie d’un philothérapeute à l’autre. Cependant, tous identifient une même source : le dialogue socratique. Chacun en tire sa propre interprétation, sous l’influence de leurs connaissances en philosophie, de leur formation, de leurs expériences de vie, de leur personnalité, etc.

Le philosophe consultant insiste sur le dialogue d’égal à égal entre deux personnes puisque l’un et l’autre profiteront de l’échange. Le philothérapeute oppose le dialogue à la verbalisation privilégiée par le psychothérapeute. D’une part, le client du psychothérapeute n’est pas l’égal de ce dernier puisqu’une relation d’autorité s’établit. D’autre part, le client du psychothérapeute se réfère à son passé (pour se justifier) et s’étend un sujet ou plusieurs sujets, ce qui n’est pas souhaité en philothérapie.

4.1. Le dialogue socratique dogmatique

Certains philosophes praticiens font du dialogue socratique un véritable dogme, quitte à bousculer leurs clients. Questions courtes et réponses courtes s’imposent. Pour y parvenir, le philosophe consultant réprime la moindre émotion et rejette toute justification du client.

Cette observation découle de mon expérience personnelle avec le philosophe praticien français Oscar Brenifier lors de séances de formation en ligne. Le lecteur intéressé prendra connaissance de mon texte « Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien ».[22] La théorie et le témoignage exposés dans ses écrits m’apparaissaient fort à propos[23] jusqu’à ce que je fasse l’expérience de sa pratique. Tête d’affiche de la consultation philosophique en France, monsieur Brenifier forme et inspire d’autres philosophes praticiens. Dans son livre « La pratique philosophique », Jérôme Lecoq écrit :

«Je tiens tout particulièrement à remercier mon ami et mentor Oscar Brenifier, le plus fidèle héritier moderne de Socrate et l’initiateur de cette méthode. Oscar, n’oublie pas de m’inviter pour que je fasse ton apologie quand on te fera boire la cigüe.»[24]

Si l’objectif reconnu du dialogue socratique est de « faire accoucher les esprits », cet accouchement se fait dans la violence avec des forceps sous la direction des philosophes praticiens dogmatiques. Cette violence s’exerce face aux émotions du client et à ses justifications. Le client a l’impression d’être coincé avec ses contradictions. Paradoxalement, l’exercice a pour but de donner naissance ou de développer l’esprit critique du client alors qu’il vit un malaise émotionnel. Il est légitime de se demander si cet esprit critique mourra dans les minutes suivantes ou perdurera dans le temps compte tenu de l’association de sa naissance avec la brutalité de l’expérience. La raison l’emportera-t-elle sur les émotions comme le souhaite le philosophe ?

Selon Platon, Socrate pratiquait ce type de dialogue avec des personnes interpellées dans les rues d’Athènes. Il se permettait d’être de plus en plus rigide au fil du dialogue. La personne pouvait décider de poursuivre sa route sans répondre davantage. Le philosophe praticien soutient que son client peut faire de même.

Cependant, le contexte diffère grandement. 1. La personne interpellée par Socrate n’est pas un client, mais un simple citoyen. 2. Il n’y a pas de rendez-vous fixé par Socrate à la personne pour se rejoindre dans une rue donnée d’Athènes. 3. L’état d’esprit ne saurait être le même en pareilles circonstances tant pour le philosophe que pour la personne.

Aujourd’hui le philosophe patricien tenant du dialogue socratique demande au client de prendre rendez-vous et de préparer une question, la plus courte et la plus simple possible, ce qui exige des efforts particuliers. Aussi, le philosophe patricien vend un service. Il est donc rémunéré par son client. Dans ce contexte, il n’est pas question d’une personne rencontrée au cours d’une promenade dans la rue, mais plutôt d’un client. Une relation d’affaires est en cours. Qui plus est, ce client est déjà habitué à des normes élevées du service à la clientèle adoptées par notre société, notamment le respect et le bien-être liés à l’expérience client.[25]

La référence au contexte ne saurait passer sous silence le rôle de la culture du débat au sein de la société où le philosophe consultant et son client évoluent. En France, c’est bien connu, la culture du débat est bien ancrée dans la société. Le client du philosophe praticien dogmatique du dialogue socratique ne verra peut-être dans la consultation qu’un prolongement naturel de cette culture du débat. Au Québec, la culture du débat a mené la population à détester tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la chicane, tout ce qui peut déboucher sur une chicane. Le client ne s’attend donc pas à une confrontation lors de son expérience de la consultation philosophique.

Si la philosophie, comme manière ou mode de vie, implique nécessairement le dialogue, une approche socratique dogmatique risque de ne pas atteindre son objectif.

4.2. Le dialogue philosophique

À l’opposée du dialogue socratique dogmatique, le dialogue philosophique s’exerce dans un esprit de collaboration volontaire. La considération du client sous tous les angles (sans répression brutale d’un angle au profit d’un autre) suscite une confiance mutuelle, condition essentielle à tout dialogue d’égal à égal. Dans ce contexte, le philothérapeute soutient que le dialogue lui profitera tout autant qu’à son client.

La consultante philosophie Eugénie Vegleris écrit dans son livre :

« La relation philosophique n’a pas lieu entre un thérapeute et des individus à soigner, mais entre des interlocuteurs égaux face aux difficultés de l’existence et aux risques de la liberté. Si cette relation est thérapeutique, elle l’est au sens littéral. Il s’agit d’une relation où, chacun prenant soin de son esprit et de l’esprit des autres, tous deviennent chemin faisant plus ouverts, plus lucides, mieux armés pour faire face à l’existence. »[26]

Cet objectif implique une prise en compte respectueuse du contexte de l’état initial du client. Il exige une grande bienveillance.

4.2.1. Critique de Socrate

Dans son livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence », la philosophe consultante Eugénie Vegleris soutient que «le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action» :

« Placé entre le savoir et l’ignorance, le consultant philosophe se distingue pourtant de Socrate. Celui-ci avait fait table rase de ses connaissances pour placer son savoir dans la conscience de son ignorance. Tel n’est pas le cas du consultant philosophe, qui porte en lui sa culture philosophique. Bien que déclarant ne rien savoir, Socrate occupait, dans le dialogue, le rôle du meneur, pratiquait l’art de l’interrogation maïeutique associé à l’ironie. Tel n’est pas le cas du philosophe consultant, qui questionne sans l’intention de semer la confusion chez son interlocuteur. Enfin, le dialogue socratique conduisait à l’aporie et non à l’action. Or, le consultant philosophe accompagne ses interlocuteurs dans la découverte de leurs pistes d’action. »[27]

4.3. L’Être raisonné et l’Être sensible

Cet état des lieux de la philothérapie doit impérativement inclure la distinction entre les méthodes priorisant l’Être raisonné en réfrénant l’Être sensible et celles respectant les deux à la fois. Chacun des livres servant de références à cet article s’inscrit dans l’un ou l’autre de ces deux courants de pensées : 1. une approche exclusive de l’être raisonné; 2. une approche inclusive de l’Être raisonné et l’Être sensible.

En Amérique du Nord, seule l’approche inclusive dans le respect de l’Être raisonné et de l’Être sensible peut être mise en pratique, et ce, pour des raisons culturelles. La répression des émotions n’a plus sa place depuis qu’il est admis que l’intelligence s’avère à la fois intellectuelle et émotionnelle. Popularisé depuis 1995 par le psychologue américain Daniel Goleman, le concept d’intelligence émotionnelle met en lumière les limites de la raison dans le mode de vie.

Un an auparavant, le neuropsychologue Antonio R. Damasio a fait état de ses recherches dans son livre « L’erreur de Descartes : la raison des émotions » où il nous apprend que la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions et des sentiments dans la prise de décision. Les résultats de la recherche de Damasio impactent sérieusement la société américaine ; aucune thérapie ne pourra désormais miser que sur l’Être raisonné. La philothérapie se voit donc dans l’obligation d’inclure les émotions comme déterminant de la décision et de l’action espérées à la suite de la consultation.

L’Europe n’échappe pas à cette avancée. En 2013 à l’occasion du colloque d’Aix-en-Provence sous le thème « Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique », la philosophe des émotions Laura Candiotto prononce une conférence intitulée « Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue ».[28] En 2020, elle édite avec Olivier Renaut un recueil de textes sous le titre « Emotions in Plato ».[29] Pour sa part, Olivier Renaut a déjà publié en 2014 « Platon La médiation des émotions – L’éducation du thymos dans les dialogues ».[30]

Laura Candiotto écrit :

« En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. » [31]

Ainsi, l’Être raisonné rejoint l’Être sensible dans la pratique de la consultation philosophique, à quelques exceptions près (voir 4.1. Le dialogue socratique dogmatique).

4.4. Théories dominantes et modes de la pratique philosophique

Le tableau ci-dessous publié dans l’édition du 15 avril 2022 de la revue Religions (Bâle, Suisse, MDPI) fait état des théories dominantes et des modes de la pratique philosophie et leurs auteurs philosophes consultants.

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Ce tableau témoigne des études des chercheurs universitaires au sujet de cette nouvelle discipline du conseil philosophique. Les auteurs de ce tableau, Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

«Comme dans toutes les autres disciplines émergentes, les chercheurs aiment classer la pratique philosophique en différents modes, en utilisant une variété de méthodes qu’ils trouvent « utiles » comme véhicules pour leur pratique de conseil, en fonction des ressources philosophiques (par exemple, concepts philosophiques pertinents, théories, et méthodes de l’histoire de la philosophie en Orient et en Occident) auxquelles ils ont recours. Si nous discutons de la pratique philosophique dans un sens général, il pourrait y avoir autant de modes que nous voudrions, et ainsi la pratique philosophique présente une pluralité méthodologique distincte (voir tableau 1). Certaines des approches les plus établies dans la pratique philosophique contemporaine comprennent, mais sans s’y limiter, les exercices spirituels (Hadot 1995), l’approche existentielle (Russell 2001), le processus PEACE (Marinoff 2002), les étapes FITT (Raabe 2001), l’Approche stoïcienne romaine (Lahav 2009), dialogue néo-socratique (Brenifier 2020 ; Littig 2010 ; Nelson 1949), méthode IDEA (Ferraiolo 2010), thérapie basée sur la logique (Cohen 2013), arbre des enjeux (Raabe 2013), éthique épicurienne (Fatic 2014), humour (Amir 2014) et poésie (Rolfs 2015). Tous ces modes peuvent aider les visiteurs à éliminer les distractions extérieures et à se concentrer sur leur esprit (et leur corps), conduisant à un équilibre possible à la fin.» [32]

La première colonne du tableau liste les théories et les modes d’intervention. La seconde dresse les étapes de chaque mode. La troisième indique la source ou l’auteur de chaque mode.

Cette multitude de théories et de modes s’inscrit dans l’esprit du fondateur de la consultation philosophique moderne, Gerd Archenback, à l’effet « d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens ».[33] Il ajoute : « (…) la pensée philosophique ne suit pas des voies préétablies, elle cherche plutôt la « bonne voie » dans chaque nouveau cas ; n’utilise aucune routine de pensée, mais les sabote afin d’éduquer à leur sujet. »[34]

« Dans ses écrits fondateurs sur la pratique philosophique, Gerd Achenbach a clairement préconisé d’éviter toute tentative d’articuler une méthodologie spécifique à suivre par les praticiens. Au lieu de cela, il a qualifié sa conception initiale de « méthode au-delà de la méthode ». Aujourd’hui, une grande variété d’approches et de méthodes forment un éventail éclectique (et souvent vivement contesté) sous la bannière globale du conseil philoso­phique. Cette diversité a conduit à des développements intéressants et controversés dans le domaine. »[35]

L’adaptabilité s’impose donc comme le maître mot des philosophes consultants (les dogmatiques faisant exception).

4.5. Les références aux grands philosophes

Composantes essentielles de toutes les méthodes, les références aux textes des grands philosophes alimentent une part du dialogue lors de la consultation.

Ces références permettent au philosophe consultant de dire à son client qu’il n’est pas le seul à vivre sa situation (À se poser une telle question) puisque des philosophes se sont penchés sur cette même situation (question) dans le passé. Les références poursuivent alors un but psychologique, c’est-à-dire apaiser l’anxiété du client et un but académique en lui livrant une part du potentiel de la philosophie à explorer.

Cette approche référentielle donnera aussi lieu à la publication d’ouvrages tels que « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022) du philosophe consultant Nathanaël Masselot aux Éditions de l’Opportun.[36] Cette approche occupe déjà le terrain depuis l’an 2000 avec la publication du livre « Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques », d’Oreste Saint-Drôme, agrégé de philosophie, avec le renfort de Frédéric Pagès aux éditions La Découverte.

Dans le cadre de la formation aux conseils philosophiques, les références aux textes des grands philosophes servent aussi un objectif académique. Dans ce cas, le texte en référence est lu avant la consultation en guise de préparation. Les questions du philosophes praticiens se réfèrent à ce texte, non pas pour en vérifier la compréhension par le client, mais plutôt pour le former à l’interprétation de la structure philosophique du texte (ex.: Quels présupposés relevez-vous dans ce texte).

5. Les deux objectifs de la philothérapie

Le premier objectif tient de la raison de la consultation : une situation qui impose un problème personnel ou professionnel spécifique à résoudre ou une question existentielle angoissante à dénouer. Le philothérapeute demande à son client de lui soumettre une question claire, simple et concise dont on ne dérivera pas lors de la consultation. Cette approche pratico-pratique vise ultimement à donner naissance à un esprit critique qui, espère-t-on, persistera au-delà de consultation philosophique. Si le bénéfice immédiat du recours à la philosophe semble démontré, rien n’assure la survie de l’enfant après l’accouchement. Le client n’a aucune obligation face à son philothérapeute; il peut se limiter à une seule et unique consultation.

Le deuxième objectif se rapporte à la philosophie comme mode, manière ou art de vivre. Pierre Hadot démontre la promotion de la philosophie comme mode de vie dans l’Antiquité et il propose qu’il doive en être ainsi aujourd’hui, plutôt que de se limiter à un art spéculatif, une démarche théorique ou un exercice intellectuel. [37] [38]

Je veux dire, donc, que le discours philosophique doit être compris dans la perspective du mode de vie dont il est à la fois le moyen et l’expression et, en conséquence, que la philosophie est bien avant tout une manière de vivre, mais qui est étroitement liée au discours philosophique.[39]

Pour y parvenir, le client doit, soit participer à un programme avec comme but avoué la philosophie comme mode de vie impliquant plusieurs consultations philosophiques, ce qui ne semble pas s’inscrire dans l’offre actuelle. Dès que la consultation philosophique se donne pour mission d’aborder une situation, un problème ou une question particulière, elle ne se concentre pas sur l’essentiel de la formation théorique et pratique nécessaire à la vie de l’esprit critique. Un exemple ou deux d’application pratique de la philosophie ne saurait suffire à son adoption comme mode de vie. Bref, la philothérapie ne développe pas l’autonomie du client en l’absence de la formation et du suivi nécessaires.

La philosophie comme mode de vie ne saurait se limiter à l’omniprésence d’intervention de l’esprit critique dans la vie d’un individu. Une telle vigilance de l’esprit critique devient vite insoutenable au quotidien. Il faut miser sur les vertus, le bien-être, la vie bonne, etc. Heureusement, la plupart de livres traitant de la philothérapie abordent ces sujets et offrent ainsi l’enseignement absent des programmes de consultation philosophique en personne.

6. La lumière entre par les failles

Du dialogue socratique à l’allégorie de la caverne en passant par la maxime Connais-toi toi-même et Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue, la philosophie invite à prendre du recul face à soi, ses pensées et ses croyances pour favoriser la quête de vérité.

En philothérapie, le dialogue socratique tente de créer une faille dans le système de pensées du client afin de permettre à la lumière d’éclairer la conscience du client à partir d’un exemple, d’une question soumise par le client. Malheureusement, cet exercice du dialogue socratique porte davantage sur le contenu de la pensée (sur ce que le client pense) plutôt que sur le contenant (sur comment le client pense).

Le dialogue socratique s’attarde à une déconstruction des réponses du client aux questions posées par le philosophe consultant, et ce, pour en laisser paraître les faiblesses de son système de pensées. Or, ce dernier ne figure pas en tant que tel au centre du dialogue si ce n’est comme support de la démonstration des erreurs conceptuelles du client. Si la lumière entre par les failles, elle n’apparaît que le temps du dialogue. Elle peut ainsi fort bien aveugler et blesser le client qui vit dans le noir depuis longtemps. En pareille situation, le client se hâtera à colmater la brèche pour retrouver le confort de son ignorance. Dans ce contexte, la consultation philosophique ne donnera pas lieu à la révélation nécessaire pour engendrer un changement fondamental du système de pensées et du comportement du client ou, si vous préférer, accoucher l’esprit du client.

7. Confusion entre le système de pensées et le système de croyances

Au-delà de la démonstration de l’utilité de philosopher, la consultation philosophique cherche à aider le client à ne pas prendre pour vrai une chose qu’il pense uniquement parce qu’il la pense. Or, parle-t-on des pensées ou des croyances ? Est-ce que toute pensée est une croyance ? Est-ce que l’on peut parler du système de pensées sans distinction avec le système de croyances ?

Le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble) se concentre sur le système de croyances de ses clients et demande à quel besoin répond chaque croyance. Lors de sa conférence « Devenir philothérapeute »,[40] il affirme « je donne beaucoup d’importance au système de croyance dans lesquels chaque personne s’agite » et il soutient que « Le philothérapeute est soucieux de comprendre chaque système de croyances comme un Univers à part entière, respectable et précieux ! »

Or, la philothérapie oublie généralement un domaine d’expertise de la pensée, celui de l’étude de la pensée scientifique dont l’enseignement demeure essentiel à toute quête de sens. Ainsi, la majorité des philosophes consultants passe sous silence la contribution du mathématicien, physicien et philosophe français René Descartes, du philosophe français des sciences, Gaston Bachelard et plusieurs autres dans la compréhension du système de pensées. Cet enseignement interdit de confondre « je pense » avec « je crois ». Toute pensée n’est pas une croyance. Le scientifique se doit de lutter contre ses croyances.[41]

Or, dans notre société, nous utilisons davantage « Je pense » pour exprimer une croyance au lieu de « Je crois », ce qui complique passablement le compréhension de notre système de pensées. Il semble que ce soit aussi le cas en philothérapie.

8. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie

L’histoire révèle un lien étroit entre la psychologie et la philosophie, la première ayant été longtemps considérée comme une branche de la seconde. Malheureu­sement, ce lien est plutôt ténu entre la philothérapie et la psychothérapie. Or, le philothérapeute doit être un fin psychologue lors de la consultation avec son client, non seulement pour établir une relation de confiance et prouver sa bienveillance, mais aussi et surtout pour identifier les biais cognitifs chez son client. Or, rare trouve-t-on en philothérapie une attention portée à ces biais cognitifs, principal obstacle à la logique nécessaire à la quête de sens.

Les chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

Le quatrième aspect est la relation entre la pratique philosophique et d’autres disciplines ou professions d’aide telles que le conseil psychologique et la thérapie. Une mission importante de la pratique philosophique contemporaine au début de son émergence était de remettre en question les présupposés théoriques ainsi que les méthodes et les effets du conseil et de la thérapie psychologiques. La plupart des chercheurs considèrent le conseil philosophique comme une alternative au conseil et à la thérapie psychologiques, visant à fournir aux personnes des conseils pour une vie rationnelle de manière autonome et à éviter l’utilisation de tout moyen psychothérapeutique (Achenbach 1998 ; Marinoff 2002 ; Raabe 2010). Cependant, Russell (2001) soutient qu’il n’y a pas de distinction claire et sans ambiguïté entre le conseil philosophique et la psychothérapie, ne serait-ce qu’en comparant ce que font les conseillers philosophiques et les psychothérapeutes et pourquoi ils le font. Amir (2004) souligne également qu’une partie décisive du conseil philosophique est la connaissance et l’expérience psychologiques pertinentes des conseillers philosophiques ; sinon, les conseillers philosophiques seront très probablement perdus dans leur propre labyrinthe philosophique. [42]

Le philothérapeute se doit de disposer d’une connaissance psychologique des relations interpersonnelles pour servir adéquatement son client en consultation. Dans leurs propos ci-dessous, le chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) parle aussi de l’expérience psychologique pertinente des philothérapeutes.

Entreprendre une consultation philosophique exige donc de prendre grand soin de ne pas éveiller les mécanismes de défense du client, plus souvent qu’autrement de nature psychologique. La provocation tout comme la répression des émotions et des justifications poussent ces mécanismes de défense à entrer en action et engendrer des frustrations ne facilitant pas le dialogue.

Dans son livre «La pratique philosophique», Oscar Brenifier ajoute en annexe une lettre d’appréciation de ses ateliers de formation en Norvège signée par le philosophe-praticien Morten Fastvold (Oslo). Ce dernier décrit la pratique des philothérapeutes en son pays:

Nous sommes supposés, dans une très large mesure, procéder avec nos clients de la même façon qu’un psychothérapeute : une écoute attentive de ce que le client nous dit de sa vie et de ses problèmes, et cela dans une approche empathique et pleine de sympathie, avec le vif désir de le mettre à l’aise et le rassurer, de façon à créer une atmosphère de confiance. C’est le client, et non le philosophe, qui est supposé maîtriser la thérapie, ce qui lui permet de changer de sujet ou de sujet de conversation comme bon lui semble, sans que l’on risque plus qu’un timide « Vous êtes conscient que vous venez de changer de sujet et de mettre fin à notre échange ? », suivi d’un « « Allez-y ! »» consentant, quand il ne change pas d’idée et veut poursuivre dans cette nouvelle direction.

En permanence, surtout lors de la première consultation, il nous faut identifier « l’urgence » du client en l’écoutant avec soin et en posant avec doigté les questions qui peuvent révéler son problème réel. Ainsi, avec cette « urgence » plus ou moins clairement exprimée et le consentement du client, nous pourrons, avec de la chance, lui proposer quelques clés philosophiques ou quelques pensées opportunes qui lui exposeront son problème sous un nouvel éclairage, en le libérant de la manière étroite dont il percevait le problème, entrevoyant quelques solutions possibles. Le plus souvent, nous considérons ceci comme une expérience de bien-être pour les deux acteurs, même si quelquefois nous rencontrons une expression émotionnelle inattendue, à laquelle il nous faut faire face. Ces incidents, cependant, sont supposés se produire rarement, et certainement pas causés par une quelconque provocation du philosophe. Cette image du philosophe comme « M. Gentil » est peut-être un tant soit peu exagérée, mais je ne crois pas qu’elle s’éloigne beaucoup de la vérité. Vrai ou faux, je l’ai moi-même expérimenté de manière évidente, mais en ressentant en même temps une gêne, sans savoir exactement d’où elle provenait. Ce pourrait être la frontière pas très claire entre notre supposée profession et une variété de psychothérapies cognitives basées sur la conversation. Ou alors ma plongée dans le champ embryonnaire de la consultation philosophique m’a-t-elle laissé un sentiment de manque et d’insuccès, peu propice à me rassurer quant à mon devenir de pseudo-psychothérapeute déguisé en « philosophe-essayant-de-faire-quelque-chose-pour-laquelle-il-n’a-pas-été-réellement-formé ». Où est le lien entre mon savoir philosophique acquis de manière théorique à l’université, et cette tâche pratique que je suis supposé entreprendre ? Existe-t-il seulement ? Ou bien la « consultation philosophique » n’est-elle qu’une fantaisie, pleine de bonnes intentions mais néanmoins incapable de créer une nouvelle profession ? [43]

Force est de constater l’influence du modèle de thérapie développé en psychologie sur la consultation philosophique.  Plus encore, l’expérience psychologique du consultant philosophe joue aussi un rôle dans la consultation avec son client. Bref, toute consultation de personne à personne exige un peu de psychologie, même en philothérapie.

9. «Maladie ou bien-être», Lou Marinoff

Dans son livre «La philosophie, c’est la vie» (2003-2004), Lou Marinoff intitule le premier chapitre «Maladie ou mal-être ?» pour lever toute confusion possible entre l’aide psychiatrique, psychologique et philosophique. Il écrit :

Donc, je vous en prie, songez attentivement à la différence entre maladie et mal-être. Si vous pensez souffrir réellement d’une pathologie — par tous les moyens, allez cherche l’assistance médicale appropriée : examen, diagnostic et traitement. Mais si vous souffrez de mal-être, c’est-à-dire d’un trouble de conscience et non pas d’un dysfonctionnement physique — allez aussi cherche l’aide qui convient : examiner votre façon de penser et de vivre. Trouvez le moyen de donner sens à circonstances, et appliquez les principes qui vous guideront le mieux. Cela s’appelle « philosophie appliquée ». Aristote la nommait phronesis, ou sagesse pratique.[44]

Plus loin, Lou Marinoff met les points sur les « i » :

Mais si vous avez juste besoin de parler à quelqu’un de votre situation, afin de lui trouver un sens, ou de distinguer les multiples significations qu’elle revêt — en termes de valeurs et de but —, le philosophe pourrait bien, dans ce cas, être la personne qu’il vous faut. Dans le monde des Anciens, et tout au long de l’histoire, les philosophes ont été ouverts au traitement des malaises de l’existence ; pourtant, dans le monde actuel, ils se montrent incroyablement inaccessibles, et peu concernés par ces problèmes. Il manque aux gens le type de conseil que le philosophe peut prodiguer, la diversité des perspectives qu’il peu proposer. Les dix dernières années, on a ainsi vu la philosophie pratique accomplir un retour impérieux. Des philosophes se sont affirmés en que consultants auprès de personnes privées, de groupes ou d’associations. Certains d’entre eux forment désormais des élèves à la philosophie pratique, en complément du rôle de professeur qu’ils jouent à l’université ou au collège.

Nous ne cherchons pas, cependant, à remplacer ou supplanter la psychiatrie ou la psychologie. Nous nous efforçons simplement de remettre la philosophie à sa juste place, en synergie avec d’autres pratiques. Nous n’avons pas plus pour projet de subvertir la philosophie académique (c’est-à-dire, «théorique»). Au contraire, les tenants les plus renommés de la philosophie pratique ont reçu des diplômes traditionnels dans le cadre des institutions universitaires comme dans celui de leur préparation pour devenir praticien.[45]

Ces précisions sur les intentions de la philosophie pratique dès 2003 s’imposaient en raison d’un débat ayant cours au sujet des lois et des règles nationales gouvernementales et celles des ordres professionnels traitant de la thérapie et du statut de thérapeute. La question était simple : peut-on reconnaître les philosophes praticiens comme des thérapeutes (au sens de la loi) ?

10. La philosophie comme thérapie

La question trouvera sa réponse dans la reconnaissance de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique. Dans son article paru dans la revue Diogène sous le titre «La philosophie comme thérapie», Nikolay Omelchenko écrit :

«D’une part, penser à l’essence infinie de l’univers permet de concevoir une essence infinie chez l’homme lui-même et de l’ancrer dans l’infini du Cosmos. D’autre part, penser à l’infini, c’est en acquérir le pouvoir, c’est-à-dire un pouvoir infini. En un mot, penser en termes d’infini nous remplit d’infini. La philosophie permet à l’individu de dépasser les limites de son expérience vécue, de transporter son moi au-delà de la réalité quotidienne. De toute évidence, c’est précisément cette projection de l’homme dans la réalité métaphysique, dans l’univers des relations essentielles, qui garantit l’effet thérapeutique de la philosophie.

De ce point de vue, la philosophie montre les limites de certaines formes de psychanalyse et de psychothérapie, par exemple en attirant notre attention sur le caractère limité de leurs postulats méthodologiques. En outre, la philosophie a les moyens d’assimiler les résultats d’observations psychanalytiques pour élaborer, par exemple, une meilleure théorie de la vie spirituelle de l’homme. On peut donc évoquer la possibilité d’une thérapie philosophique, une thérapie de l’esprit humain au moyen de la philosophie.»[46]

Dans son Mémoire de maîtrise intitulé « Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète.», Jérôme Revaclier (Université de Lausanne) avance ce constat au sujet de l’aspect thérapeutique de la philosophie antique :

Bref, le constat de la philosophie antique est clair : l’âme est malade si bien que celui qui prend conscience de l’état maladif de son âme souhaite généralement guérir. Par conséquent, avoir souci de soi, c’est être déterminé à bien vouloir prendre soin de son âme. Pour cela, la philosophie propose un discours et une pratique dont la fonction thérapeutique repose essentiellement sur un bon usage de la raison pour combattre une âme dominée par les passions et les vices.[47]

Aujourd’hui, certains philosophes praticiens rappellent que le mot «thérapie» en grec signifie «soigner». Le philothérapeute Nathanaël Masselot (Lille, France) déclare : « Soigner, cela veut aussi dire donner de l’importance. Prendre cure. Les gens souffrent de leurs questions existentielles. Les aider à les surmonter peut être considéré comme une thérapie. »[48] Sur son site web, le philothérapeute Patrick Sorrel (Grenoble, France) écrit : « Tout comme la psychothérapie se propose de prendre soin de l’âme, la philothérapie se propose de prendre soin du désir et de le soigner, c’est-à-dire de redonner à la vie sa couleur, par la recherche de son sens. »[49]

Tant et aussi longtemps que les philothérapeutes et peu importe toute les autres appellations (philosophes consultants, philosophes praticiens…) ne prétendent guérir des maladies physiologiques et mentales pour s’en tenir à leur propre champ d’expertise, ils échappent aux lois et règlements gouvernementaux et aux ordres professionnels sur le statut médical du thérapeute.

11. L’aspect prescriptif de la consultation philosophique

À l’aspect thérapeutique s’ajoute l’aspect prescriptif de la consultation philosophique. Le philothérapeute livre des conseils à son client, ce dernier étant libre de les suivre ou non. Suivant ma propre expérience de formation en consultation philosophique et mes lectures, je demeure mal à l’aise face à l’aspect prescriptif des jugements de valeur prononcés par le philosophe consultant. Ces jugements de valeur prescriptif (ou «d’obligation») se fondent, à l’évidence, sur une interprétation des propos du client.

Or, dans le cas d’une approche dogmatique du dialogue socratique (maïeutique[50]), cette interprétation souffre du fait que le client ne peut pas justifier ses propos, expliquer ses réponses aux questions en rafale du philosophe praticien. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold relève ce fait dans ses « Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier » :

Apparaît alors Oscar Brenifier sur la scène. Il propose des jeux, au lieu de la « philosophie » comme nous – ou en tout cas moi – pensions devoir l’utiliser. Déclarant que « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter », il rejette d’entrée un des piliers supposés de notre pratique : l’identification de la requête du client, et continue en demandant avec insistance que le client produise une idée qu’il considère importante, sans se soucier si elle est vraie ou fausse, raisonnable ou pas d’un point de vue philosophique. Si cette hypothèse n’est pas trop difficile à accepter, on est choqué, une fois de plus, quand Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. « Que diable ce Frenchman est-il en train de faire ? » se demande M. Gentil — il s’agit de moi. Comment se permet-il de violer l’autonomie de son client quand il ne souhaite guère d’explication du contexte, refusant tout éclaircissement complémentaire ? Jouer simplement d’une idée hors contexte, sans chercher si elle est vraie ou fausse, peut paraître ne pas du tout relever de la consultation philosophique. Pire même, cela semble violer les exigences de considérer et prendre le client comme une personne unique, ce que fait tout psychothérapeute au courant des dernières techniques. Comme les consultants philosophiques, je suppose. Car, qui rêverait seulement de ne pas respecter les concepts d’Empathie, d’Ethique, et d’Autonomie ? Sûrement pas les aspirants au métier de consultant philosophique de Norvège. Revenant aux sessions conduites par Brenifier, M. Gentil commence vraiment à se faire du souci quand il se permet d’interrompre son client à plusieurs reprises, forçant ce malheureux à entrer dans le jeu du philosophe, ce qui augmente sa frustration. J’ai même l’impression que Brenifier, en plein milieu de la pression de retenue et confusion qu’il crée, mène le client à l’aventure en déformant ses arguments et en argumentant lui-même, ce qui conclut la confusion engendrée par quelques conclusions bizarres – ou plutôt quelques conclusions préliminaires – qui ne rendent pas le client très heureux. On est loin de l’atmosphère de bien-être à laquelle je m’attendais, où l’on espérait voir le client partir souriant. Ici, il se sent manipulé et insuffisamment respecté. En fait, il part plus frustré qu’il n’était venu. Et il me faut demander : « Cette sorte de jeu intellectuel plutôt brutal l’a-t-il aidé en quoi que ce soit ? » À ce point, ma réponse est : « Probablement pas. »[51]

Dans le cadre de l’aspect prescriptif (ordonnance) de la consultation philosophique, il faut considérer la certitude avec laquelle est livrée l’interprétation par le philosophe consultant. Plus la certitude est grande plus elle pose un sérieux problème au développement de l’esprit critique pour lequel le doute demeure le principal outil d’apprentissage.

Une interprétation ne peut pas avoir un statut de vérité parce qu’elle repose avant tout sur une perception, laquelle implique davantage les sens et les émotions que la raison. Une interprétation, même descriptive, ne peut pas prétendre à l’objectivité. Bref, toute interprétation est en soi un jugement de valeur, une croyance.

Est-ce que le client d’un philosophe praticien exprime un besoin ou un désir d’être jugé ? Je ne crois pas que ce soit le souhait du client puisque tout jugement implique une réaction émotive et l’éveil des mécanismes de défense, deux freins à un dialogue d’égal à égal. Malheureusement, j’observe un tel aspect prescriptif dans la littérature et sur le terrain de la philothérapie qui trahit ainsi son objectif de développement de l’esprit critique du client et sa quête de mieux-être.

12. La question de la crédibilité du philosophe praticien

12.1 Formation

L’aspect prescriptif impose aussi la question de la crédibilité du philosophe praticien. Elle repose d’abord et avant tout sur sa formation. Tel que précisé plus haut, l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) exige que ses candidats à la formation de conseiller philosophique soient diplômés universitaires en philosophie pour devenir membre agréé de l’association et être référés à ce titre. Aussi « Les membres certifiés sont liés par le code de déontologie de l’APPA et s’engagent à suivre un développement professionnel régulier. »[52] En France, aucune association ne regroupe l’ensemble des philosophes praticiens. Chacun avance son propre code de déontologie et son propre programme de formation de philosophe consultant, formation ouverte à tous. Par conséquent, en ce pays, la prescription philosophique ne repose pas sur un prérequis universitaire, d’où une crédibilité variable.

Cependant, on notera que plusieurs philosophes consultants français s’intéressent à la philosophie pratique après l’obtention d’un diplôme universitaire en philosophie. La consultation philosophique devient ainsi pour eux un autre débouché au côté de l’enseignement à titre de professeur de philosophie.

12.2 Expérience de la philosophie comme manière de vivre

À la crédibilité de la prescription fondée sur la formation du philosophe praticien s’ajoute celle reposant sur son expérience personnelle de la philosophie comme manière de vivre. Sans une telle expérience, la consultation philosophique s’avère davantage théorique que pratique. Les philosophes consultants auteurs de publications commerciales traitant de la philothérapie témoignent très peu ou pas du tout de leur propre expérience de la philosophie dans leur manière de vivre. Le philothérapeute français Patrick Sorrel fait exception en témoignant de sa propre quête philosophique comme on peut le constater dans l’une de ses conférences disponibles en lignes.[53]

Même si les livres de philothérapie exposent des exemples concrets de client en consultation, on ne peut pas y déceler des expériences personnelles de la philosophie comme manière de vivre dans les propos des auteurs. Ces derniers témoignent largement de leurs expériences professionnelles de philosophe consultant et en tirent différentes théories. Mais ils ne nous informent pas de LEUR cheminement philosophique personnel, de l’histoire de LEURS idées, de LEUR PROPRE quête. Ainsi, la théorie demeure dominante dans ces ouvrages.

Sommes-nous en présence de théoriciens ou de praticiens de la philothérapie ? Les philothérapeutes vivent-t-ils selon la philosophie qu’ils partagent avec leurs clients ? Les philosophes se disant « praticiens » s’appliquent-ils à l’exécution d’une technique ? Est-ce uniquement de leur maîtrise d’une telle technique dont ils peuvent rendre compte, à défaut de la philosophie comme manière de vivre ?

«Emerson et Thoreau, penseurs américains importants, ont défendu l’idée antique de la philosophie comme manière de vivre délibérée, concernée par le souci critique de soi ou l’amélioration de soi. Thoreau l’énonce sans détour, « il y a aujourd’hui des professeurs de philosophie, mais pas des philosophes. Il est admirable de professer ce qu’il fut jadis admirable de vivre2 ». Tous deux ont combattu la restriction de la philosophie à un sujet seulement académique pour le pur intellect. Si Emerson a admis que « la vie n’est pas un simple jeu de dialecticien » et que « goûter la vie par l’intellect ne saurait remplacer l’activité musculaire3 », Thoreau a ensuite dit les choses plus explicitement : « Être un philosophe, ce n’est pas seulement avoir des pensées subtiles, ni même fonder une école, mais aimer la sagesse au point de vivre selon ses arrêts, une vie de simplicité, d’indépendance, de magnanimité et de confiance. C’est résoudre certains problèmes de la vie, non seulement théoriquement, mais pratiquement4.»»[54]

NOTES (dans la citation)

    1. Henry David Thoreau, Walden. NdT : pour les citations de Thoreau, R. Shusterman fait référence à The Portable Thoreau, Carl Bode éd., New York, Viking, 1964, ici p. 270. Désigné après par PT. Je traduis les citations, et donne la référence à la traduction française, ici Walden ou la Vie dans les bois, I, « Économie », trad. de G. Landré-Augier, Paris, Aubier-Montaigne, 1967, p. 89. Désigné après par W.
    1. Ralph Waldo Emerson, « Experience ». NdT : pour les citations d’Emerson, R. Shusterman fait référence à Ralph Waldo Emerson, Richard Poirier éd., Oxford, Oxford University Press, 1990, ici p. 222. Désigné après par RWE. Pour « Experience », je reprends la traduction de Christian Fournier et Sandra Laugier, in Stanley Cavell, Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, Statuts d’Emerson, appendice II, Paris, Gallimard, 2009, coll. « Folio essais », p. 512.
    1. Thoreau, id.

L’expérience personnelle joue un rôle essentiel dans toute entreprise de conseil professionnel à la personne. La philothérapie n’échappe pas à cette règle, notamment en matière de relations interpersonnelles. Si le philothérapeute n’est pas lui-même en quête de savoir et n’a pas adopté la philosophie comme manière de vivre, la logique veut qu’il ne puisse pas interagir en conséquence avec son client.

Heureusement, la diversité des méthodes en philothérapie s’accorde avec la formation, l’expérience et la liberté que s’attribuent les philosophes consultants. Si la résolution de problème du mal-être demeure l’essentiel de l’activité, son avenir reposera sur sa capacité à aider le client à adopter la philosophie comme manière de vivre mieux.

13. Conclusion

13.1 Le contexte

Imaginez un très grand lac datant de plus de 2,500 ans. Un lac où une multitude de poissons de toutes espèces s’épanouissent en harmonie avec la nature depuis la création de leur lac. Ce lac, c’est la philosophie. Chaque poisson représente une philosophie particulière. Imaginez maintenant un homme avec sa canne à pêche dans une barque sur ce lac. Il plonge un sceau dans le lac pour y recueillir l’eau dans laquelle il mettra ses prises, question de leurs procurer le maximum de chance de survie hors du lac. Et voilà qu’un poisson mors à l’hameçon, il le sort de l’eau et il le place dans son sceau d’eau. Combien de temps ce poisson vivra-t-il dans ce sceau, une fois qu’il en aura consommé toute l’oxygène et les nutriments ? Autrement dit, combien de temps vivra-t-il hors de son contexte original ? Si le pêcheur le transfert dans un aquarium aux normes de cette espèce de poisson, se comportera-t-il comme il le faisait dans son lac ou devra-t-il s’adapter ?

L’image de ce lac et de ce pêcheur m’est venue à l’esprit en pensant aux philothérapeutes qui pêchent des références dans les philosophies de l’Antiquité et dans les nouvelles philosophies qui font l’Histoire des Idées.

Je m’interroge sérieusement sur la préservation du contexte premier de ces références tirées des travaux des philosophes depuis l’Antiquité. Le contexte dans lequel Socrate pratiquait la maïeutique n’est certainement pas le même aujourd’hui. Le contexte des personnes avec lesquels il dialoguait dans les rue d’Athènes n’était pas plus le même que le contexte du client aujourd’hui. Il s’informe, décide si l’offre leur convient et, le cas échéant, ils se font clients en prenant rendez-vous, en prévoyant le coût de la consultation dans leur budget, il se déplace au cabinet du consultant et pose la question se rapportant à leur mal-être, et ce, tout en ayant à l’esprit leurs souvenirs des consultations antérieures et leurs attentes. Nous sommes très loin de l’individu interpelé dans les rues d’Athènes il y a 2,500 ans.

Je me questionne aussi sur le fait que la philosophie est devenue un exercice intellectuel purement théorique évoluant dans sa propre bulle universitaire. C’est le contexte de la bulle en dehors de laquelle les philosophes (ou théoriciens de la philosophie) ne peuvent pas survivre, si ce n’est à titre de professeurs dans d’autres institutions scolaires avec des étudiants plus jeunes. Évoluer dans une bulle, peu importe la bulle, ne permet pas d’être en phase avec le monde réel.

Si le philosophe sort de cette bulle pour entreprendre de devenir philosophe praticien aura-t-il les réflexes nécessaires pour dialoguer avec un simple client ? Le contexte d’origine dans lequel ce nouveau philothérapeute a évolué agira-t-il comme le font les biais cognitifs ? Pourra-t-il être en communion avec le contexte propre à son client ? Son expérience personnelle et professionnelle des relations interpersonnelles sera-t-elle à la hauteur des attentes de ses clients ? Ce nouveau philothérapeute ne se trouve plus dans son contexte habituel, devant des étudiants et en contact avec ses pairs. Il se retrouve désormais en présence d’une personne qui se pose devant lui comme son client (un consommateur) sous l’influence de son propre contexte et en quête de solution à son mal-être.

13.2 Interdisciplinarité

Le philothérapeute évolue aussi dans sa propre bulle. J’en ai pour preuve les conséquences directes du manque d’interdisciplinarité dont souffre le philosophe praticien. Toutes les références dans les ouvrages de philothérapie se limitent à la philosophie. Aucun des livres à mon programme de lecture (voir la liste ci-dessous) fait état des travaux scientifiques en d’autres disciplines pouvant orienter le travail du philosophe praticien, notamment mais pas exclusivement, l’épistémologie et les neurosciences.

13.2.1 Répression des émotions

La répression des émotions se veut un des principaux thèmes de cet état des lieux de la philothérapie. D’une part et tel mentionné plus haut, je l’ai vécu personnellement lors d’une séance de formation à la philothérapie avec le philosophe praticien Oscar Brenifier.[55] D’autre part, le dialogue socratique ne considère pas les avancées des neurosciences sur la contribution des émotions dans la prise de décision.

En déclarant « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter »,[56] le philosophe praticien Oscar Brenifier fait preuve d’arrogance face à ses clients. Le philosophe consultant norvégien Morten Fastvold observe : « Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. » Une telle pratique du dialogue socratique provoque émotionnellement le client. Parlant des jeux philosophiques dans les quelques Oscar Brenifier convie ses sens, Morten Fastvold écrit : « Ce qui est aussi remarquable, c’est que de tels jeux purement philosophiques puissent faire jaillir autant de troubles et d’émotions, en plusieurs occasions, révélant quelquefois beaucoup de stress et d’obstacles présents dans l’esprit du sujet ». Brenifier ne prend en compte ces troubles et ces émotions, voire les réprime brutalement, selon ma propre expérience.

13.2.2 Neurosciences

Une telle pratique du dialogue socratique se réfère uniquement à l’Être raisonné à soustraire à toute émotivité. Or, les travaux des neurosciences démontrent clairement que l’Être raisonné ne peut pas être ainsi isolé; il a toujours besoin d’un coup de pouce de l’Être sensible, plus particulièrement, des émotions dans la prise de décision.

« Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions » écrit le neuropsychologue Antonio R. Damasio[57] dans son livre L’erreur de Descartes[58] paru en 1994 et où il expose les résultats scientifiques de ses travaux.[59] Il démontre que la conception dualiste du philosophe René Descartes (1596-1650) consistant à séparer le corps et l’esprit n’a aucun fondement scientifique et n’a pas lieu d’être.

« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »[60]

Poursuivant l’objectif de développer l’esprit critique de son client, le philothérapeute conduit son client à douter de ses pensées en suivant des règles de logiques. Il s’agit ni plus ni moins d’inviter le client à ne pas prendre pour vrai ce qu’il pense uniquement parce qu’il le pense. Or, l’attachement du client à ses pensées grandit d’autant qu’il les prend pour vraies. Et cet attachement est davantage de nature émotionnelle que rationnelle. Décider, consciemment ou inconsciemment, de la véracité d’une pensée, relève donc à la fois de la raison et des émotions. Plus encore, le philothérapeute lui-même n’échappe pas à cette relation entre la raison et les émotions dans ses prises de décisions, notamment dans le choix des questions qu’il adresse à son client. Dans un dialogue, les décisions s’enchaînent les unes après les autres et demeurent donc à la fois sous l’influence de la raison et des émotions, les unes n’allant pas sans les autres.

En accord avec cette preuve scientifique déboulonnant le dualisme cartésien, le mal-être du client du philothérapeute implique aussi une part émotive décisive. Le mal-être ne relève donc jamais de la raison pure ou d’une réflexion exclusivement intellectuelle. Ce sont les émotions qui informent le client de son mal-être. Et ce sont aussi ses émotions qui l’aideront à décider s’il suivra ou non les conseils du philothérapeute. Pourquoi les réprimer ?

13.2.3 Intelligence émotionnelle

Un autre concept provenant d’une autre discipline à prendre en compte en philothérapie : l’intelligence émotionnelle (EI) :

« En 1990, Salovey et Mayer en proposent une première définition : c’est la « capacité de contrôler ses propres sentiments et émotions et ceux des autres, de les discriminer et d’utiliser cette information pour guider sa pensée et ses actions » (p. 189, traduction libre)1.[61]

Dans un texte paru en 1997, ces mêmes auteurs orientent leur définition vers un ensemble d’habiletés : l’intelligence émotionnelle, c’est « (a) percevoir et exprimer l’émotion avec précision, (b) se servir de l’émotion pour faciliter les activités cognitives, (c) comprendre les émotions et (d) gérer les émotions pour une croissance à la fois émotionnelle et personnelle » (cités dans Salovey, Brackett et Mayer, 2004, p. ii, traduction libre2). »[62]

Ainsi, un esprit critique fonctionnel exige à la fois une part d’intelligence rationnelle (QI) et une part d’intelligence émotionnelle (IE).[63] Il se refuse donc à toute répression systématique des émotions.

13.2.4 Épistémologie

Enfin, voici un dernier exemple de l’étanchéité de la bulle de la philothérapie. L’épistémologie (grec epistêmê, science), une branche même de la philosophie, semble ignorée. Cette discipline « prend la connaissance scientifique pour objet. »[64].On parle aussi d’épistémologie génétique :

« Épistémologie génétique, étude de l’évolution des structures successives des connaissances au cours du développement cognitif de l’individu. (Selon J. Piaget, celles-ci s’orientent vers une conceptualisation toujours plus abstraite et générale, la pensée étant une intériorisation progressive des actions sous forme d’un système d’opérations.) »[65]

Comment peut-on envisager aider une personne à développer son esprit critique sans tenir compte de son mode de pensée actuel, ou de celui qui lui conviendrait le mieux pour répondre à son mal-être ou pour adopter la philosophie comme manière de vivre ?

13.3 Constat final

La philothérapie ne ratisse pas assez large pour établir les bases d’un esprit critique chez le client. Elle se limite trop souvent à une simple démonstration qu’un travers de pensée, ici un biais cognitif, engendre chez le client une confusion entre savoir et croyance, et ce, dans le but prendre soin d’un mal-être. Or, c’est plutôt la source première de ce mal-être dont il faut se préoccuper, c’est-à-dire l’esprit du client, son mode de pensée. Et, pour y parvenir, il faut outiller le client plutôt que de simplement le forcer à conclure qu’il se trompe, qu’il ne sait pas en réalité de quoi il parle.

En fait, Platon dans ses écrits[66] fait dire à Socrate que nous savons déjà et qu’il s’agit simplement de ramener à la surface les connaissances acquises puis oubliées de nos vies antérieures. C’est la théorie de la réminiscence sur laquelle s’appuie la maïeutique. :

« Cette théorie affirme que notre connaissance de la vérité est le souvenir d’un état ancien où, avant d’être incarnée dans un corps, notre âme vivait au contact immédiat des pures idées dans le monde intelligible. Ainsi, pour Platon, connaître c’est se souvenir, se remémorer. Chercher et apprendre sont un seul et même acte.

Cette théorie est fondée sur le postulat de l’immortalité de l’âme. Si le corps est mortel, l’âme, elle, est impérissable, elle détient donc toutes les connaissances.

Si l’âme détient toutes les vérités, il y a cependant une méthode pour la faire accoucher, pour la faire se remémorer : c’est là qu’intervient la maïeutique, la méthode de questionnement socratique, afin de faire se rappeler l’âme. »[67]

C’est dans ce contexte de ce que j’appelle « l’âme savante et immortelle » que se tiennent les dialogues philosophiques de Socrate il y a plus de 2,500 ans. Depuis, le contexte a bien changé et l’objectif du dialogue en philothérapie semble très peu relié à la théorie de la réminiscence si ce n’est de la consultation elle-même.

Le client se voit offrir soit une vidéo de la consultation, soit un document où le philosophe consultant rappelle ce qui s’est dit lors de la consultation dans le but explicite de lui demander s’il a bien compris les positions de son client.

Le philosophe praticien attend du retour de son client sur sa consultation une prise de conscience à posteriori des opérations de base de la pensée. En cours de consultation, une telle prise de conscience devient pratiquement impossible à moins d’un arrêt sur chaque opération de pensée par le philosophe consultant. Ce dernier cherche à faire comprendre à son client que son mal-être provient en partie d’opération de pensée erronée.

Pour y parvenir, le philosophe consultant doit maîtriser une connaissance approfondie des différents modes de pensée pour identifier celui de son client. Il se doit aussi de connaître et de respecter le rôle des émotions dans la prise de décision de son client et, plus généralement, sur la raison. Enfin, il doit aussi connaître et maîtriser tous les tenants et aboutissants d’une relation interpersonnelle réussie ou, si vous préférez, faire preuve d’une grande intelligence émotionnelle. Autrement, la philothérapie demeure une simple technique et la consultation une séance de questions-réponses dont on ne peut pas espérer un développement de l’esprit critique du client.

Finalement, dans quel état est l’esprit critique du client lorsqu’il se présente en consultation ? Sans un diagnostic au départ et un autre à la fin de la séance, on ne peut certainement pas prétendre à un quelconque développement de l’esprit critique du client au terme de la consultation. Ce diagnostic ne doit pas être posé comme un jugement final, dans un esprit de confrontation, qui éveillera tous les mécanismes de défense du client. Il est donc préférable de l’élaborer avec le client. Et si le client prend pour objet de la démonstration de son mode de pensée et son esprit critique le philosophe praticien ou la consultation elle-même, ce dernier devra faire preuve d’une humilité exemplaire, ce que j’ai peu observé personnellement.

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Références

Liste des livres étudiés

SAINT-DRÔME, Oreste (2000), Comment choisir son philosophe, Éditions La Découverte, Paris.

HADOT, Pierre (2001), La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, Librairie générale française, Le livre de poche – Biblio essais, 2004, Paris.

MARINOFF, Lou (2003), La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Faure, La table ronde.

SUÁREZ, Éric (2007), La philo-thérapie, Éditions Eyrolles, Paris.

VEGLERIS, Eugénie (2010), La consultation philosophique, Éditions Eyrolles, Paris.

ARNOUX, Jean-Eudes Arnoux (2013), Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Éditions Favre, Lausanne (Suisse).

LECOQ, Jérôme (2014), La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Éditions Eyrolles, Paris.

BOUCHET, Laurence (2015), Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, Éditions Marabout, Vanves (France).

DEVILLAIRS, Laurence (2017), Guérir la vie par la philosophie, Presses universitaires de France, Paris.

DE MOOR, Mieke (dir.) (2017), Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Éditions Vrin, Paris.

PÉPIN, Charles (2018), La confiance en soi – Une philosophie, Allary Éditions, Paris.

MASSELOT, Nathanaël (2019), Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Les Éditions de l’Opportun, Paris.

BRENIFIER, Oscar (2019), L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

BRENIFIER, Oscar (2020), La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas.

MASSELOT, Nathanaël (2020), Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2020.

BUISSON, Jean-François (dir.) ( 2021), La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, Genève.

DEWEY, John (2004), Comment nous pensons, John Dewey, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly, Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, (Original anglais : 1909).

MARQUIS, Nicolas (2014), Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel, Nicolas Marquis, Presses universitaires de France, Paris.

D’ALLONNES, Myriam Revault (2018), La faiblesse du vrai – Ce que la post-vérité fait à notre monde commun, Éditions du Seuil, Paris.

ILLOUZ, Eva et CABANAS, Edgar (2018), Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, Paris.

NOTES

[1] MAUBON, Léa, Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?, Mémoires Master « Livre et savoir » / « Édition scientifique et bibliothèque », École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques [enssib], janvier 2010, p. 56. «Résumé en français : Cette étude porte sur un phénomène du paysage éditorial français actuel : la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public. Il s’agit de réfléchir, à partir d’une description de cette tendance, sur ses enjeux éditoriaux, mais également philosophiques. La démocratisation de la philosophie est un projet ancien, aujourd’hui soumis à l’expérience, qui interroge le devenir de la philosophie en France. » https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48581-les-ouvrages-philosophiques-a-destination-du-grand-public.pdf

[2] RAABE, Peter Bruno, Phylosophy of philosophical counselling,   University of British Columbia, 1999, p. 13. https://open.library.ubc.ca/soa/cIRcle/collections/ubctheses/831/items/1.0055555

[3] DESROCHES, D., La philosophie comme mode de vie chez Pierre Hadot, Encyclopédie de l’Agora, Grandes questions, Dossier thématique, première version : juillet 2011, 1-28.

[4] HERSH, Seymon, The counselling philosopher, The Humanist, June 1980, pp, 32-33.

[5] « It is therefore generally held that the official birth date of philosophical counselling as a movement, and as a profession distinct from psychotherapy, is 1981. That is when philosopher Gerd Achenbach opened the first philosophical counselling practice in Bergisch-Gladbach, near Cologne, Germany. In 1982 he established the German Association for Philosophical Practice with an initial membership of 10. By 1987 the association had grown to 125 members from several countries, and it published the first edition of Agora , its journal, which later was renamed Zeitschrift für Philosophische Praxis. » AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html

[6] About Us, National Philosophical Counselling Association (NPCA). URL : https://npcassoc.org/, Consulté le 10 juillet 2022.

[7] Depuis l’événement international baptisé officiellement « International Conference on Philosophical Practice » (ICPP) se tiendra à 16 reprises. Site web : https://icpp.site/canada.html

[8] Site web : https://appa.edu/

[9] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 197.

[10] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclaire l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contexte d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, La rémunération, p. 200.

[11] American Philosophical Practitioners Association, Memberships. Site web : https://appa.edu/memberships/. Consulté le 20 juillet 2022.

[12] ARNOUX, Jean-Eudes, Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophique : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie, Chapitre 1 – Les publics de la consultation philosophique et leurs attentes, La consultation en entreprise, p. 20.

[13] Durand, Guillaume, Un philosophe à l’hôpital, Introduction, pp. 9-10. (Flammarion, 2021)

[14] Source : Jean-Yves-Dubé, consultant en philosophie: https://jeanyvesdube.com/

[15] BRENIFIER, Oscar, La pratique philosophique, Le concept épouvantail : «Échec ou pas – Cette dernière réaction, ainsi que d’autres de même trempe, pose d’ailleurs la question de la continuité du travail philosophique ainsi que sa rentabilité commerciale, s’il s’agit d’une pratique aussi risquée. Sur ce sujet les praticiens n’auront pas tous la même vision des choses. Lors d’un congrès international à Séville, nous eûmes sur ce point une différence avec Lou Marinoff, un célèbre collègue américain.»

[16] Cependant, qui dit philosophie pratique ne dit pas nécessairement consultation philosophique. L’Université de Sherbrooke au Québec offre un doctorat en philosophie pratique consacré à l’éthique. » Ce dernier ne traite pas de la consultation philosophique. Site web : https://www.usherbrooke.ca/admission/programme/733/doctorat-en-philosophie-pratique/. Consulté le 22 juillet 2022.

[17] « The continuing education program in Philosophical Practice offers the first and only academic education and training in philosophical practice in the German-speaking area. » Uiversität Wien, postgraduate centeré Sie wen : https://www.postgraduatecenter.at/en/programs/education-social-care/philosophical-practice/. Consulté le 22 juillet 2022.

[18] WIESELBERG, Lukas, Die « Philosophische Praxis » öffnet ihre Pforten, science.ORF.at. « Philosophische Praktiker sollen also so etwas wie Ratgeber oder Lebensberater sein. » Site web : https://sciencev2.orf.at/stories/1746791/index.html. Consulté le 22 juillet 2022.

[19] Site web : https://admitere.uvt.ro/program/philosophical-counselling-and-consultancy/. Consulté le 22 juillet 2022.

[20] FRUNZA, Sandu, Cu Florin Lobon? despre profesionalizarea consilierii filosofice în lumea aflat? în criza pandemic?frunz?. Site web : https://frunzasandu.wordpress.com/2020/06/09/cu-florin-lobont-despre-profesionalizarea-consilierii-filosofice-in-lumea-aflata-in-criza-pandemica/.

[21] ZIMAICH , Samuel, Jr., Gerd B. Achenbach’s ‘Beyond-Method’ Method, International Journal of Philosophical Practice, Volume 2, Issue 2, Spring 2004. Site web : https://www.pdcnet.org/ijpp/content/ijpp_2004_0002_0002_0052_0062. Consulté le 22 juillet 2022. HATEGAN, Vasile (West University of Timisoara ), Philosophical Practitioner or Philosophical Counselor, options for new profession in Romania, Revue Roumaine de Philosophie , December 2018. Site web : https://www.researchgate.net/publication/329610662_Philosophical_Practitioner_or_Philosophical_Counselor_options_for_new_profession_in_Romania. Consulté le 22 juillet 2022.

[22] Lien : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[23] Lien : https://philotherapie.ca/2021/09/07/article-11-la-consultation-philosophique-oscar-brenifier-editions-alcofribas-2020/

[24] LECOQ, Jérôme, La pratique philosophique, Remerciements, Eyrolles, 2014.

[25] « L’expérience client désigne l’ensemble des émotions et sentiments ressentis par un client avant, pendant et après l’achat d’un produit ou service. C’est le résultat de l’ensemble des interactions qu’un client peut avoir avec la marque ou l’entreprise. », Définitions marketing – L’encyclopédie illustrée du marketing. Site web : https://www.definitions-marketing.com/definition/experience-client/. Consulté le 23 juillet 2022.

[26] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Consultation philosophique et mondes de la vie, Consultation philosophique et mondes psy, pp. 31-32.

[27] VEGLERIS, Eugénie, La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Deuxième partie – Enjeux et contextes d’un nouveau métier, 1. Questions pratiques, Avoir les yeux partout, pp. 184-185.

[28] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017.

[29] Site web : https://brill.com/view/title/35103?contents=editorial-content.

[30] Site web : https://www.vrin.fr/livre/9782711625307/platon-la-mediation-des-emotions.

[31] CANDIOTTO, Laura, Emotions in dialogue. A new proposal : the integral Socratic dialogue, Socrate à l’agora – Que peut la parole philosophique, Actes du colloque d’Aix-en-Provence (7-8 décembre 2013), Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2017, p. 89. Traduction libre : «En conclusion, je voudrais rappeler que souligner les aspects émotionnels qui caractérisent le dialogue socratique n’implique pas de nier ses aspects rationnels. Ces aspects jouent un rôle fondamental pour orienter la recherche et permettre la reconnaissance de la vérité. Je maintiens, cependant, que – même séparés de la sphère émotionnelle, ils risquent de produire une forme de recherche stérile, incapable de toucher profondément les participants et donc de provoquer des choix qui changent la vie. »

[32] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[33] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[34] ACHENBACH, Gerd B., Kurzgefaßte Beantwortung der Frage: Was ist Philosophische Praxis?. Site web : https://www.achenbach-pp.de/de/philosophischepraxis_text_was_ist.asp. Consulté le 25 juillet 2022. «Soll nun allerdings bündig gesagt werden, auf welche Weise der praktische Philosoph seinem Besucher weiterhelfe – üblicherweise lautet die Frage: „nach welcher Methode » verfahren werde -, so ist zu sagen, Philosophie arbeite nicht mit, sondern allenfalls an Methoden. Methodengehorsam ist Sache der Wissenschaften, nicht der Philosophie. Philosophisches Denken bewegt sich nicht in vorgefertigten Bahnen, es sucht den jeweils „richtigen Weg » vielmehr jeweils neu; bedient sich keiner Denkroutinen, sondern sabotiert sie, um über sie aufzuklären. »

[35] AABE, Dr. Peter B., A Brief History of Philosophical Counselling, A Philosophical Counselling Website, consulté le 19 juillet 2022. URL : https://www.peterraabe.ca/history.html.

[36] « Agir et penser comme Nietzsche » (2020) et « Agir et penser comme Platon » (2022). Site web des éditions de l’Opportun : https://www.editionsopportun.com/search?utf8=%E2%9C%93&q=masselot. Consulté le 25 juillet 2022.

[37] HADOT, Pierre, La Philosophie comme manière de vivre. Paris, Albin Michel, 2001.

[38] Philosophie comme mode de vie : http://agora.qc.ca/dossiers/Philosophie_comme_mode_de_vie

[39] HADOT, Pierre, Qu’est-ce que la philosophie antique? p. 19

[40] SOREL, Patrick, conférence «Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel ». Sur la plateforme vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.

[41] Il faut aussi se référer à la linguistique. Voir : GOSSELIN, Laurent (Titulaire d’un doctorat d’université en linguistique française (Caen, 1986). Professeur de linguistique à l’Université de Rouen et membre du laboratoire DYALANG du CNRS (en 2005)), L’expression de l’opinion personnelle : « Je crois / pense / trouve / considère / estime que p ». L’information grammaticale, Peeters Publishers, 2015, 144, pp.34-40. (10.2143/IG.144.0.3071277). (hal-02310056). URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02310056. Consulté le 26 juillet 2022. Site web : https://sites.google.com/site/laurentgosselin14/. Consulté le 26 juillet 2022.

[42] Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

[43] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[44] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, p. 21

[45] MARINOFF, Lou, La philosophie, c’est la vie, Première partie, I – Maladie ou mal-être ?, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2004, pp. 22-23.

[46] OMELCHENKO Nikolay, « La philosophie comme thérapie », Diogène, 2009/4 (n° 228), p. 95-105. DOI : 10.3917/dio.228.0095. URL : https://www.cairn.info/revue-diogene-2009-4-page-95.htm

[47] Revaclier, Jérôme, Stoïcisme et thérapie de l’âme. Du bon usage des représentations à la transformation de soi à partir des « Entretiens » et du « Manuel » d’Épictète, (Mémoire de) maîtrise (master), Université de Lausanne, Faculté des lettres (https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_S_31805).

[48] Warsztacki, Sandrine, Soigner par la philosophie, En Marche – Le journal de la Mutualité chrétienne, 15 Septembre 2020.  https://www.enmarche.be/culture/lectures/soigner-par-la-philosophie.htm

[49] https://www.patricksorrel.com/

[50] 1. Méthode suscitant la mise en forme des pensées confuses, par le dialogue (Socrate, dans les œuvres de Platon). (Dictionnaires Le Robert). 2. Dans la philosophie socratique, art de conduire l’interlocuteur à découvrir et à formuler les vérités qu’il a en lui (Dictionnaire Larousse).

[51] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[52] (Certified Members are bound by the APPA Code of Ethical Professional Practice, and are committed to regular professional development.) Memberships, American Philosophical Practitioners Association. https://appa.edu/memberships/

[53] Sorrel, Patrick, Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. Disponible sur la plateforme YouTube :  https://www.youtube.com/watch?v=h4jGdBoY7h8.  «Vous aussi, pensez que la philosophie peut maintenant sortir des bancs de l’école, et permettre d’aider concrètement des personnes à clarifier le sens de leur existence? Entre philosophie et psychologie, la philothérapie offre une approche d’accompagnement centrée».

[54] SHUSTERMAN Richard, « La philosophie comme vie éveillée chez Emerson et Thoreau », Cahiers philosophiques, 2009/4 (N° 120), p. 15-24. DOI : 10.3917/caph.120.0015. URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques1-2009-4-page-15.htm

[55] Voir mon article en ligne «Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien» sur le site web de l’observatoire québécois de la philothérapie : https://philotherapie.ca/2021/10/02/fin-du-chapitre-oscar-brenifier-philosophe-praticien/

[56] BRENIFIER, Oscar, LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE, JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier, Fastvold, Morten, pp.162-169.

[57] « Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[58] « L’Erreur de Descartes : la raison des émotions est un essai paru en 1994 du neuropsychologue António Damásio qui traite de la question du dualisme entre le corps et l’esprit. Damásio présente l’hypothèse du marqueur somatique, un mécanisme proposé par lequel les émotions guident le comportement et la prise de décision, et posent que cette rationalité requiert un apport émotionnel. Il soutient que « l’erreur » de René Descartes était la séparation dualiste de l’esprit et du corps, la rationalité et l’émotion. » Source : Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Erreur_de_Descartes_:_la_raison_des_%C3%A9motions

[59] « Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel. » Texte en quatrième de couverture du livre L’Erreur de Descartes – La raison des émotions chez Odile Jacob. https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/erreur-de-descartes_9782738124579.php

[60] DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.

[61] Denise Normand-Guérette, orthopédagogue, professeure associée, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal, Comment apprivoiser les émotions ?, Société de recherche en orientation humaine (SROH). Voir l’article en ligne pour prendre connaissance de la note en bas de page # 1 :  https://sroh.org/fr/pages/que-signifie-sroh

[62] Létourneau, M. (2015). Comprendre et équilibrer ses émotions dans un contexte professionnel, Psychologie préventive, (48), 30-38. Chronique sur l’intelligence émotionnelle, en ligne : http://www.sroh.org/fr/intelligence-emotionnelle-section/243-equilibrer-la-volonte-de-puissance-et-insecurite-pour-renforcer-identite.

NOTES 1 et 2 dans la citation :

1 Pour expliquer le concept de « volonté de puissance », nous nous référons aux travaux de Guitouni :

« L’étude de la globalité identitaire nécessite la connaissance de trois éléments : la nature du fonctionnement cognitif, émotif et instinctif de la personne. La dynamique de ces trois éléments qui forment la base de l’identité humaine doit être comprise à la lumière des deux pulsions de vie animant tout être, à savoir la volonté de puissance et la recherche de sécurité. » (Guitouni et Brissette, 2000, p. 143.)

« “[…] chaque personne vient au monde avec une double pulsion : la recherche de sécurité et la volonté de puissance. Ces deux éléments sont innés. L’insécurité est déclenchée par le choc de la naissance et par la dépendance du nourrisson dans ses besoins de survie. Mais au-delà de la fragilité de la petite enfance, l’être humain naît aussi avec un autre mécanisme de pulsion de vie qui s’appelle la volonté de puissance et que je définis comme la force qui nous pousse à réclamer nos droits et à puiser en nous-mêmes l’énergie pour nous libérer de la dépendance. L’insécurité permet de protéger sa survie et la volonté de puissance incite à chercher le moyen de grandir. […]

L’établissement, au courant de la vie, d’un équilibre entre ces deux tendances conduit l’individu au développement et à l’épanouissement de son identité. En effet, si quelqu’un sait se protéger et en même temps se développer, il s’achemine vers une évolution personnelle garante d’une identité forte.” (Guitouni, 1991, p. 10-11.)

Par contre, “nous avons constaté qu’une personne vivant un conflit continuel entre sa volonté de puissance, c’est-à-dire son désir de s’imposer et de prendre la place qui lui revient, et son incapacité à faire face à l’insécurité, sera dans l’impossibilité d’avancer et de s’améliorer. […]” (Guitouni, 1985, p. 23.)

Ainsi, lorsque nous vivons un déséquilibre, “notre volonté de puissance [est réduite] à un mécanisme de réaction alors qu’en fait, [elle] devrait en être un d’action et de correction, et […] nos insécurités [sont exacerbées] au point de nous rendre obsédés de la sécurité et de pousser le ridicule de notre préservation jusqu’à l’apathie et au laisser-aller.” (Guitouni, 1985a, p. 9) » (Guitouni et Normand-Guérette, 1993, p. 161-162.)

L’exemple que nous analysons dans cet article illustre une forme de déséquilibre entre la sécurité et la volonté de puissance. L’intervention que le professionnel doit faire suscite son insécurité pour toutes les raisons mentionnées, cependant, en hésitant à prendre des décisions, il va à l’encontre de sa volonté de puissance, dont le rôle est de l’amener à s’affirmer et à évoluer. Après avoir brimé sa volonté de puissance, lorsque le professionnel s’affirme enfin, sa réaction peut ressembler à celle d’un ressort qui se détend brusquement et il peut avoir de la difficulté à évaluer sa portée. Il en est de même avec la volonté de puissance qui cherche à prendre sa revanche et à s’exprimer avec force. Elle prend alors une ampleur surdimensionnée et pousse la personne à se gonfler d’orgueil et à se croire momentanément plus forte qu’elle ne l’est. L’intérêt de développer son intelligence émotionnelle est d’enrichir la connaissance de soi par la compréhension des émotions, ce qui concoure au renforcement de son identité personnelle. Ainsi, l’individu est de plus en plus conscient des raisons de ses comportements, de ses forces, de ses compétences et de ses vulnérabilités. De plus, une connaissance réaliste de sa valeur contribue au développement d’une confiance et d’une sécurité personnelles ainsi qu’à l’expression d’une volonté de puissance équilibrée.

2 Bien sûr, la complexité de certaines de ces expériences dérangeantes nécessitera que le professionnel fasse appel à des services spécialisés pour l’aider dans sa démarche.

[63] «L’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres. [TRADUCTION] (Mayer & Salovey, 1997). » © Academic, 2000-2022, https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/824844.

[64] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[65] Épistémologie, définition, Larousse. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9pist%C3%A9mologie/30520

[66] Ménon, Phédon, Phèdre : https://1000idcg.com/reminiscence-platon/

[67] Platon et la Réminiscence: Definition & Analyse, La-Philosophie.com, https://la-philosophie.com/reminiscence-platon.


Au sujet de l’auteur

Marié et père de quatre enfants, Serge-André Guay est né à Lévis (Québec, Canada) en 1957.
Il est avant tout un auteur. Il a d’abord écrit et publié deux recueils de poésie au cours de son adolescence: Lueur de solitude et La conscience aux heures de pointe. À la même époque, il fonde une revue de poésie: Infusion. Il glisse très tôt vers les médias avec une chronique intitulée «Salut les poètes» publiée dans La tribune de Lévis et diffusée à l’antenne de la station de radio CFLS. À 16 ans, il est le plus jeune membre de la Société des poètes canadiens français, rebaptisée depuis Société des poètes Québécois. Il accède au Conseil d’administration de la Société et devient directeur national du concours annuel de poésie.

De formation autodidacte et travailleur autonome depuis plus de 30 ans, il a été animateur, commentateur, chroniqueur, journaliste, recherchiste et rédacteur en chef au service de différents médias québécois et ontariens, notamment à la radio de Radio-Canada à Québec, au quotidien Le Soleil de Québec, aux hebdomadaires L’Express de Toronto et Le Nord de Hearst, au magazine Flash PME de Québec et autres.

Son expérience des médias et un stage de formation en Europe font de lui un éducateur aux médias dont les interventions sont recherchées par le milieu scolaire. Le film, Les enfants de la télévision, produit par l’Office National du Film du Canada, témoigne du projet «Jeunes téléspectateurs actifs» réalisé par le Club d’initiation aux médias, un organisme d’éducation aux médias qu’il a fondé en 1981. Il a animé plus de 250 conférences et séminaires au sujet de l’influence des médias devant plus de 35,000 jeunes du Québec, de l’Ontario et des provinces maritimes.

En 1987, il quitte le milieu communautaire pour se joindre à l’entreprise privée à titre de consultant en communication et en marketing. En 1990, il développe une expertise hautement spécialisée en recherche marketing, soit l’étude des motivations d’achat des consommateurs, axée sur l’évaluation prédictive du potentiel commercial des produits et des services, nouveaux et améliorés. Il a étudié les réactions sensorielles involontaires et les réactions inconscientes de plus de 25,000 consommateurs dans le cadre de plus d’une centaine d’études des motivations d’achat pour différents manufacturiers et distributeurs canadiens. Il a signé de nombreux articles et donné plusieurs conférences. Il a aussi publié une série de vingt-quatre études traitant du caractère scientifique du marketing sous le titre “Science & Marketing ”, Prédire le potentiel commercial des biens et des services”.

Reconnu depuis toujours pour sa franchise, il n’hésite pas à questionner les idées reçues. Animé par une profonde réflexion sur la conscience et la condition humaine, il est un «penseur entrepreneur», à la fois fonceur et analytique.

Il revient à l’écriture à l’aube de l’an 2000 avec un essai de gouvernance personnel intitulé «J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison», un essai sur le marketing intitulé «Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université» et un essai sur le marketing politique intitulé «Comment motiver les Québécois à voter pour ou contre l’indépendance du Québec – Analyse et point de vue strictement marketing / Apolitique».

En savoir plus (curriculum vitae)

AVERTISSEMENT

Je suis pas un philosophe consultant et, par conséquent, je n’offre pas de consultation philosophique privée. Je n’offre pas de formation en philothérapie. Je demeure un observateur de la naissance et du développement de la philothérapie ou, si vous préférez, du domaine de la consultation philosophique. Il n’est pas non plus question ici de coach et encore moins de gourou en philothérapie. Je me limite à la lecture de livres et autres documents traitant de la philothérapie et de faire rapport de ces lectures. Aussi, à partir de ces lectures, je prépare, offre et anime des conférences. De plus, je témoigne de l’apport de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle. Enfin, je suis l’auteur d’un livre intitulé J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison (exemplaire numérique gratuit – PDF), un essai et témoignage de gouvernance personnelle qui est le sujet de l’une de mes conférences.


Au sujet de l’Observatoire québécois de la philothérapie

(Lévis – Québec – 11 avril 2022) Le Lévisien Serge-André Guay crée le tout premier Observatoire québécois de la philothérapie consacré à l’examen et à la promotion de cette nouvelle pratique. Déjà bien implantée en Europe et aux États-Unis, la philothérapie offre à la personne la possibilité de rencontrer en privé un consultant philosophe pour discuter de sa vie et de ses problèmes existentiels. Le terme « philothérapie » est copié sur le terme « psychothérapie ». Cependant, la philothérapie ne relève pas de la médecine; elle ne soigne pas les traumatismes et les troubles psychiques. Lors d’une séance de philothérapie, le clinicien ou le consultant philosophe entretiendra un dialogue d’égal à égal avec vous. L’animateur s’assure uniquement que ce dialogue soit initiateur de prises de conscience révélatrices de la réalité de soi et du monde. La philothérapie se distingue ainsi de l’exercice de verbalisation du patient du psychologue.

Serge-André Guay ne se présente pas comme un consultant en philosophie. Il se limite à observer le développement de la nouvelle pratique. Il met à la disposition de la population des informations, dont plus de vingt rapports de lecture de livres traitant de la philothérapie. Il offre des conférences fondées sur ses lectures et sa propre expérience de la philosophie dans sa vie personnelle et professionnelle.

La création de cet observatoire s’inscrit parmi les suites de la publication de son livre J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison, un essai et témoignage de gouvernance personnelle.

Les intéressés peuvent visiter le site web de l’observatoire au https://philotherapie.ca/.

J’expérimente les bienfaits de la philosophie dans ma vie personnelle et professionnelle depuis plus de 25 ans. La philosophie contribue au bien-être de mon esprit et de ma psyché. Désormais, je partage avec vous mes connaissances et mon témoignage sur ce site web dédié.

Aussi, j’offre des conférences traitant de la philothérapie. Vous trouverez sur ce site web la vidéo et les notes de ma toute première conférence « La philothérapie ? Quand la philosophie nous aide » accessible gratuitement.

Cette conférence vous introduit à la philothérapie à l’aide de mes lectures sur le sujet.
À titre de bibliographe amateur, je mets à votre disposition l’ensemble de mes rapports de lecture au sujet de philothérapie dans la section «J’ai lu pour vous».

Enfin, ce site web se veut un Observatoire de la philothérapie au Québec.


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Liste des articles par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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