Article # 263 – Origine et évolution du concept de l’intelligence artificielle

Résumé

Cet article retrace les ruptures épistémologiques et l’évolution historique du concept d’intelligence émotionnelle (IE) au sein des sciences psychologiques. En analysant la transition d’un paradigme rationaliste classique — ayant longtemps perçu l’émotion comme une perturbation cognitive — vers les modèles d’aptitudes et les modèles mixtes contemporains, nous démontrons comment ce concept a redéfini les contours de l’intelligence humaine. Une attention particulière est accordée à la distinction entre les approches psychométriques de la performance et les inventaires comportementaux d’auto-évaluation, ainsi qu’au positionnement récent de l’IE au sein des « intelligences chaudes ».

1. Introduction et fondements historiques : La tension raison-émotion

Pendant des siècles, la tradition philosophique et psychologique occidentale a appréhendé les émotions sous le prisme d’une dualité conflictuelle, opposant la clarté de l’intellect au chaos des passions. Dès le premier siècle avant notre ère, Publilius Syrus affirmait : « Dirige tes sentiments, de peur que tes sentiments ne te dirigent ».

La source exacte de cette citation provient des Sententiae (les Sentences) de Publilius Syrus, un auteur latin du Ier siècle avant J.-C.

Dans l’article de 1990 écrit par Peter Salovey et John D. Mayer, la référence académique précise de cet écrit est extraite de l’ouvrage suivant :

Publilius Syrus, Sententiae, in Minor Latin Poets, traduit par J. W. Duff et A. M. Duff, Harvard University Press, Cambridge, c. 100 BC/1961.

Dans le texte original en anglais de Salovey et Mayer, la maxime est introduite de la manière suivante : Writing in the first century B.C., Publilius Syrus stated, « Rule your feelings, lest your feelings rule you ».

La sentence originale de Publilius Syrus n’a pas été rédigée dans un long paragraphe ou un traité philosophique continu. Les Sententiae sont par définition un recueil de maximes morales compilées sous forme de vers indépendants et uniques (généralement en vers iambiques ou trochaïques) arrangés par ordre alphabétique.

Chaque ligne se suffit à elle-même et fonctionne comme un proverbe autonome.

Voici comment la citation s’inscrit dans son contexte d’origine (la section de la lettre A), extraite de l’édition officielle de référence (Loeb Classical Library) :

Le texte original en latin (Vers 40)

« Animo imperabit sapiens, stultus serviet. »

La traduction littérale (par J.W. Duff)

« The sage will rule his feelings, the fool will be their slave. »
(Le sage dirigera ses sentiments, le fou en sera l’esclave.)

L’environnement de la citation (Les vers adjacents)

Pour observer comment le texte est construit, voici les maximes qui l’entourent immédiatement dans le recueil :

  • Vers 38 : Amantis ius iurandum poenam non habet. (« Le serment d’un amoureux n’implique aucune punition. »)
  • Vers 39 : Amor ut lacrima ab oculo oritur in pectus cadit. (« L’amour, comme une larme, naît dans l’œil et tombe sur la poitrine. »)
  • Vers 40 : Animo imperabit sapiens, stultus serviet. (« Le sage dirigera ses sentiments, le fou en sera l’esclave. »)
  • Vers 41 : Amicum an nomen habeas aperit calamitas. (« Le malheur révèle si vous avez un véritable ami ou seulement quelqu’un qui en a le nom. »)
  • Vers 42 : Amori finem tempus, non animus, facit. (« C’est le temps, et non la volonté, qui met fin à l’amour. »)

Pourquoi Salovey et Mayer ont-ils utilisé une traduction légèrement différente ?

Dans l’article de 1990, Salovey et Mayer ont écrit : « Rule your feelings, lest your feelings rule you » (Dirige tes sentiments de peur que tes sentiments ne te dirigent).

Cette formulation condensée correspond en réalité à la Sentence numéro 50 d’une autre révision historique célèbre du même texte (souvent apprise par les écoliers romains, comme le rapportait déjà Saint Jérôme) : « Rule your feelings lest your feelings rule you. He who would be discreet must rule his mind and appetite ». Les deux formulations (le vers 40 ou le vers 50) s’appuient sur le mot latin Animus, qui désignait à la fois l’esprit, le cœur, le courage et les élans passionnels/émotionnels de l’individu.

Au XXe siècle, cette vision dichotomique s’est profondément ancrée dans les premiers manuels de psychologie expérimentale, où l’émotion était formellement définie comme « une réponse désorganisée, largement viscérale, résultant d’un manque d’ajustement efficace ».

Sur le plan de l’histoire de la psychologie, cette définition exacte est une traduction de l’ouvrage de référence américain suivant, paru en 1940[cite: 4] :

Schaffer, L. F., Gilmer, B., & Schoen, M. (1940). Psychology. Harper & Brothers, New York, p. 505.

Le contexte d’origine

Dans leur article séminal de 1990, Emotional Intelligence, Peter Salovey et John D. Mayer citent textuellement cet ouvrage pour démontrer à quel point la psychologie du XXe siècle a longtemps considéré les émotions négativement.

Voici le passage original en anglais écrit par Salovey et Mayer :

« […] modern introductory texts described emotion as « a disorganized response, largely visceral, resulting from the lack of an effective adjustment » [3, p. 505]. »

Dans cette perspective radicale, l’émotion pure était perçue comme la cause d’une « perte complète de contrôle cérébral » et ne contenant aucune « trace de but conscient ».

Ces deux citations proviennent d’un ouvrage de référence en psychologie générale et du comportement écrit par le psychologue américain Paul Thomas Young en 1936 :

Le contexte de leur utilisation

Dans leur article séminal de 1990, Emotional Intelligence, Peter Salovey et John D. Mayer s’appuient sur les écrits de P. T. Young pour illustrer la vision rationaliste négative du XXe siècle, qui reléguait l’émotion au rang de perturbation cognitive majeure.

Voici comment Salovey et Mayer intègrent ces deux expressions exactes dans leur texte original en anglais :

« In this view, pure emotion is seen as causing a « complete loss of cerebral control » and containing no « trace of conscious purpose » [4, p. 457-458]. »[cite: 4]

Le développement du Quotient Intellectuel (QI) a initialement renforcé cette exclusion, certains chercheurs comme Woodworth suggérant même qu’une échelle de mesure de l’intelligence se devait de valider la capacité à ne pas être effrayé, en colère ou affligé par des éléments qui émeuvent les enfants.

L’extrait original provient de la 4e édition de son manuel de référence de 1940 :

Le passage original (en anglais)

Dans leur synthèse historique, Salovey et Mayer décrivent l’argumentation de Woodworth avec la formulation exacte suivante :

« […] Woodworth suggested that a scale to measure IQ should contain tests demonstrating not being afraid, angry, grieved, or inquisitive over things that arouse the emotions of younger children [5]. »

C’est face à ce réductionnisme qu’une seconde tradition a progressivement émergé, appréhendant l’émotion non pas comme une interférence adaptative, mais comme une force organisatrice et motivante. En 1948, Robert W. Leeper formule un jalon théorique central en opposant à la vision classique l’idée que les émotions sont principalement des forces motivantes, c’est-à-dire des « processus qui éveillent, soutiennent et dirigent l’activité ». Cette approche fonctionnelle postule que l’émotion croise les frontières de plusieurs sous-systèmes psychologiques — incluant les systèmes physiologiques, cognitifs, motivationnels et expérientiels — pour offrir une réponse organisée et adaptative face à un événement interne ou externe.

Cette formulation provient de l’article fondateur publié par le psychologue américain Robert W. Leeper en 1948 :

Le passage original (en anglais)

Dans leur étude de 1990, Salovey et Mayer citent précisément Leeper pour démontrer le moment historique où la psychologie commence à voir les émotions de manière positive et fonctionnelle :

« Rather than characterizing emotion as chaotic, haphazard, and something to outgrow, Leeper suggested that emotions are primarily motivating forces; they are ** »processes which arouse, sustain, and direct activity »** [6, p. 17]. »

2. Les précurseurs : De l’intelligence sociale aux intelligences multiples

Le concept d’intelligence émotionnelle n’est pas né ex nihilo en 1990 ; il s’inscrit dans la filiation directe des tentatives de dépassement de la mesure du facteur général (g) de l’intelligence.

2.1. Edward Thorndike et l’intelligence sociale

Dès 1920, Edward L. Thorndike fragmente l’intelligence humaine en trois dimensions distinctes : abstraite (verbale), mécanique (visuelle/spatiale) et sociale. Il définit l’intelligence sociale comme :

« […] l’habileté à comprendre les hommes et les femmes, les garçons et les filles — à agir sagement dans les relations humaines ».

Cet extrait fait référence à un article historique majeur publié par le psychologue américain Edward L. Thorndike en 1920 dans le Harper’s Magazine :

Le passage original (en anglais)

Dans leur étude de 1990, Salovey et Mayer citent textuellement la définition de Thorndike pour ancrer l’intelligence émotionnelle dans l’histoire de l’intelligence sociale :

« E. L. Thorndike originally distinguished social intelligence from other forms of intelligence, and defined it as ** »the ability to understand men and women, boys and girls—to act wisely in human relations »** [18]. »

Bien que cette notion ait souffert de difficultés de mesure psychométrique tout au long du XXe siècle — Cronbach concluant même en 1960 que, malgré cinquante ans d’investigation, l’intelligence sociale demeurait non mesurée et non définie car elle se fondait imperceptiblement dans l’intelligence verbale —, elle a ouvert la voie à l’étude des compétences interpersonnelles et intra-organiques.

Lee Cronbach (1916-2001) est l’un des psychologues et psychométriciens américains les plus influents du XXe siècle. Professeur à l’Université Stanford, il est mondialement célèbre dans les sciences de l’éducation et en statistiques pour avoir formalisé le « Coefficient Alpha de Cronbach », l’outil mathématique standard utilisé pour mesurer la fidélité et la cohérence interne des tests psychologiques.

L’ouvrage de référence

Le constat d’échec concernant la mesure de l’intelligence sociale auquel l’article fait référence est extrait de la seconde édition de son manuel de psychométrie culte :

Le passage original (en anglais)

Dans leur étude de 1990, Salovey et Mayer rappellent la sentence radicale de Cronbach, qui avait à l’époque temporairement gelé les recherches sur l’intelligence sociale :

« By 1960, Cronbach had reached his well known conclusion that despite ** »fifty years of intermittent investigation social intelligence remains undefined and unmeasured »** [26]. »

2.2. La rupture d’Howard Gardner (1983)

Le véritable catalyseur contemporain du concept réside dans la théorie des intelligences multiples formalisée par Howard Gardner dans son ouvrage Frames of Mind (1983). Gardner y décrit les « intelligences personnelles », scindées en deux dimensions majeures :

  • L’intelligence interpersonnelle : Qui implique, entre autres, la capacité à surveiller les humeurs et les tempéraments d’autrui et à enrôler cette connaissance pour prédire leurs comportements futurs.

  • L’intelligence intrapersonnelle : Définie comme « l’accès à sa propre vie sentimentale — sa gamme d’affects ou d’émotions : la capacité d’effectuer instantanément des discriminations entre ces feelings et, éventuellement, de les étiqueter, de les enmesher dans des codes symboliques, de s’appuyer sur eux comme un moyen de comprendre et de guider son comportement ».

Ces travaux fournissent la structure architecturale directe sur laquelle l’intelligence émotionnelle va se cristalliser, l’IE se concentrant plus spécifiquement sur les processus de reconnaissance et d’utilisation des états émotionnels pour réguler le comportement.

3. La fondation scientifique : Salovey et Mayer (1990)

En 1990, Peter Salovey (Université Yale) et John D. Mayer (Université du New Hampshire) publient l’article séminal qui formalise et opérationnalise pour la première fois le concept d’intelligence émotionnelle au sein de la revue Imagination, Cognition and Personality. Ils y proposent la définition princeps devenue historique :

« Nous définissons l’intelligence émotionnelle comme le sous-ensemble de l’intelligence sociale qui implique la capacité de surveiller ses propres sentiments et émotions et ceux d’autrui, de les distinguer les uns des autres et d’utiliser cette information pour guider sa pensée et ses actions ».

Salovey, P., & Mayer, J. D. (1990). Emotional intelligence. Imagination, Cognition and Personality, 9(3), 185-211.

Dans ce premier cadre théorique, l’IE est modélisée à travers trois processus mentaux interconnectés et ouverts aux différences individuelles :

  1. L’évaluation et l’expression des émotions : Divisées entre le soi (verbal et non verbal, explorant les concepts d’alexithymie et d’expression) et l’autre (perception non verbale et empathie).

  2. La régulation des émotions : Comprenant la capacité à surveiller, évaluer et modifier son propre état affectif (mécanismes de mood maintenance et mood repair) ainsi qu’à altérer les réactions affectives d’autrui (gestion des impressions).

  3. L’utilisation des émotions : L’aptitude à harnacher ses émotions de manière adaptative pour résoudre des problèmes, déclinée en quatre sous-composantes : la planification flexible, la pensée créative, la redirection de l’attention et la motivation intrinsèque.

4. L’évolution du concept : Le modèle à quatre branches (1997)

Face au succès grandissant du concept et pour répondre aux critiques psychométriques naissantes, Salovey et Mayer affinent en profondeur leur modèle en 1997 en publiant le chapitre théorique What is emotional intelligence? Ils abandonnent leur structure initiale de 1990 pour modéliser l’IE comme un modèle d’habileté ou d’aptitude cognitive pure (ability model), conceptualisé sous la forme de quatre branches hiérarchiques allant du traitement sensoriel de base à la gestion cognitive complexe :

  • Branche 1 : La perception des émotions. Elle est définie comme l’aptitude à percevoir et identifier les émotions en soi-même (états physiques, pensées) et chez les autres (voix, expressions faciales, comportement), ainsi que dans d’autres stimuli comme les paysages, les histoires, la musique et les œuvres d’art.

  • Branche 2 : L’utilisation des émotions pour faciliter la pensée. Conçue comme la capacité à générer, utiliser et ressentir des émotions lorsque cela est nécessaire pour communiquer des sentiments, ou pour les employer dans d’autres processus cognitifs (comme la prise de décision, le jugement ou la pensée créative).

  • Branche 3 : La compréhension des émotions. Représente la capacité à analyser le lexique émotionnel, à comprendre comment les émotions se combinent (ex: l’acceptation, la joie et la chaleur se mélangeant pour former l’amour) et comment elles progressent ou transitent d’un état à un autre au fil des relations.

  • Branche 4 : La gestion des émotions. Définie comme la capacité à rester ouvert aux sentiments (qu’ils soient agréables ou non), à moduler et réguler les émotions en soi-même et chez les autres de manière à promouvoir une compréhension et une croissance personnelles.

[IE Expérientielle] ----> Branche 1 : Perception des émotions
                    ----> Branche 2 : Assimilation / Facilitation de la pensée
[IE Stratégique]   ----> Branche 3 : Compréhension des émotions
                    ----> Branche 4 : Gestion / Régulation des émotions

Pour mesurer ce modèle d’aptitude de manière objective, les chercheurs développent en 2002 le Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test (MSCEIT), composé de 141 items divisés en 8 tâches (deux par branche). Le MSCEIT se distingue en tant que test de performance disposant de bonnes et de mauvaises réponses, évaluées selon des critères de consensus normatif (plus de 5 000 participants) ou d’experts (un panel de 21 membres de l’ISRE — International Society for Research on Emotions).

Référence : Brackett, M. A., & Salovey, P. (2006). Measuring emotional intelligence with the Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test (MSCEIT). Psicothema, 18(Suppl.), 34-41.

5. Controverses méthodologiques : Modèles d’aptitudes versus Modèles mixtes

Le parcours évolutif de l’IE prend un tournant décisif en 1995 avec la publication du best-seller mondial de Daniel Goleman, Emotional Intelligence. Goleman définit l’IE de manière beaucoup plus large comme « la capacité à reconnaître nos propres sentiments et ceux des autres, à nous motiver nous-mêmes, et à bien gérer les émotions en nous-mêmes et dans nos relations ».

Cette conceptualisation donne naissance à deux visions irréconciliables au sein de la littérature scientifique :

5.1. La divergence des outils de mesure

Alors que le modèle d’aptitude de Salovey et Mayer rejette catégoriquement l’auto-évaluation au motif que les individus estiment très mal leur propre niveau d’intelligence en raison de biais de wishful thinking ou d’un manque de connaissances sur ce qu’est une bonne résolution de problème, les modèles mixtes (comme le cadre d’évaluation à 360 degrés ECI/ESCI de Goleman et Boyatzis, ou le EQ-i de Bar-On) s’appuient massivement sur des questionnaires déclaratifs. Ces inventaires mesurent des traits de personnalité, des compétences sociales, de l’optimisme ou de la persévérance.

5.2. Les données de la discrimination psychométrique

Les recherches menées avec le MSCEIT mettent en évidence des faiblesses majeures dans les outils d’auto-évaluation :

  • Faibles corrélations réciproques : Le score global au test de performance MSCEIT ne corrèle que très faiblement avec les mesures auto-rapportées de l’IE (les corrélations avec le Bar-On EQ-i s’élèvent à seulement r = 0,21 et avec le test de Schutte à r = 0,18). Ces deux approches évaluent donc des réalités psychologiques distinctes.

  • Indépendance vis-à-vis du Big Five : Le MSCEIT montre une excellente validité discriminante face aux traits de personnalité traditionnels (corrélations inférieures à $0,28$ avec l’agréabilité ou l’ouverture d’esprit, et proches de zéro avec l’extraversion ou la conscienciosité). À l’inverse, les tests d’auto-évaluation de l’IE s’imbriquent fréquemment avec l’estime de soi et des traits de personnalité préexistants.

6. Synthèse contemporaine : L’intégration parmi les intelligences chaudes (2016)

En 2016, Mayer, Caruso et Salovey publient une mise à jour épistémologique majeure qui repositionne définitivement l’IE au sein du deuxième stratum (les intelligences larges) du modèle psychométrique de référence Cattell-Horn-Carroll (CHC).


Cattell-Horn-Carroll CHC (Gf-Gc) Theory: Past, Present & Future


Ils y explicitent sept grands principes directeurs et proposent le concept d’intelligences chaudes (Hot Intelligences). Ils opposent ces dernières aux intelligences froides classiques (cool intelligences), axées sur des informations impersonnelles (logique, géométrie, compétences spatiales). Les intelligences chaudes se caractérisent par le traitement d’informations hautement significatives et chargées de valeur pour le sujet, touchant directement à son identité, ses relations et son bien-être affectif.

Dans cette taxonomie, ils établissent des distinctions strictes entre trois intelligences de même sophistication cognitive, mais opérant à des niveaux de complexité biosociale différents :

Type d’Intelligence Chaude Définition opérationnelle PDF Unités de traitement & Problèmes types PDF
Intelligence Émotionnelle

« La capacité à raisonner validement avec les émotions et avec les informations liées aux émotions, et à utiliser les émotions pour rehausser la pensée ».

Expressions faciales, changements posturaux, jugements congruents à l’humeur, lexique des affects.

Exemple : Déterminer si un ami ressent une tristesse authentique à la suite d’une perte.

Intelligence Personnelle

« La capacité à raisonner au sujet de la personnalité — à la fois la nôtre et celle des autres, incluant les motifs, les émotions, les pensées, les plans et les styles d’action ».

Traits de caractère, comportements récurrents, mécanismes de défense psychologiques.

Exemple : Évaluer si un collègue adopte une stratégie de vengeance ou de la simple étourderie après un affront.

Intelligence Sociale

« La capacité à comprendre les règles sociales, les coutumes, et les attentes, les situations sociales et l’environnement social, et à reconnaître l’exercice de l’influence et du pouvoir ».

Relations dyadiques, hiérarchies de dominance, morale de groupe, cohésion et dissolution des groupes.

Exemple : Analyser les dynamiques de pouvoir et les contributions profondes au moral d’une équipe.

L’histoire du concept démontre que l’intelligence émotionnelle est passée du statut d’oxymore philosophique à celui d’habileté cognitive scientifiquement validée. En fournissant une cartographie précise de ses unités et opérateurs informationnels, l’IE offre aujourd’hui un cadre d’analyse robuste exploité de manière croissante tant par la recherche en éducation et en santé clinique que par le développement de systèmes d’intelligence artificielle.

7. Notice bibliographique complète

  • Brackett, M. A., & Salovey, P. (2006). Measuring emotional intelligence with the Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test (MSCEIT). Psicothema, 18(Suppl.), 34-41.

  • Gardner, H. (1983). Frames of mind: The theory of multiple intelligences. Basic Books.

  • Goleman, D. (1995). Emotional intelligence. Bantam Books.

  • Leeper, R. W. (1948). A motivational theory of emotion to replace « emotion as disorganized response ». Psychological Review, 55(1), 5-21.

  • Mayer, J. D., Caruso, D. R., & Salovey, P. (2016). The ability model of emotional intelligence: Principles and updates. Emotion Review, 8(4), 290-300.

  • Mayer, J. D., & Salovey, P. (1997). What is emotional intelligence? In D. J. Sluyter (Ed.), Emotional development and emotional intelligence: Educational implications (pp. 3-34). Basic Books.

  • Salovey, P., & Mayer, J. D. (1990). Emotional intelligence. Imagination, Cognition and Personality, 9(3), 185-211.


Post de Christophe Genoud sur LinkedIn

«En 1995, Daniel Goleman, un psychologue américain présente le concept d’intelligence émotionnelle. Ce concept rencontre un succès fou encore largement confirmé aujourd’hui dans le monde du #management, du #coaching et du #conseil.

Pourtant, ce concept, et celui de « quotient émotionnel », censé mesurer l’intelligence émotionnelle, sont rapidement contestés : pas clair, contradictoire, mal établi, pas calibré et surtout aucune preuve empirique de son existence et de ses prétendus effets sur notre comportement ou nos décisions. »

Pour répondre, nous devons habilement séparer le mythe commercial de la réalité scientifique.

Monsieur Genoud soulève une critique très juste, mais qui ne raconte qu’une moitié de l’histoire. Pour y répondre précisément, il faut opérer une distinction fondamentale en psychologie : celle entre les modèles mixtes (comportementaux) et le modèle d’aptitude (cognitif).

Oui, le « raz-de-marée » Goleman de 1995 méritait d’être contesté

Sur le plan académique, Christophe Genoud a entièrement raison lorsqu’il évoque un concept initialement « pas clair » ou « mal calibré ». Lorsque Daniel Goleman publie son best-seller en 1995, il y englobe un nombre infini de traits de personnalité (persévérance, optimisme, motivation).

  • Le problème de l’auto-évaluation : Les outils populaires développés dans cette lignée (comme l’EQ-i de Bar-On ou l’ECI) reposent sur des questionnaires déclaratifs (« Je pense que je gère bien mon stress »). La recherche a rapidement démontré que ces tests mesurent en réalité l’estime de soi ou des traits du Big Five, et non une forme d’intelligence pure.

  • L’instabilité psychométrique : Des études indépendantes (comme celle de De Weerdt & Rossi en 2012) ont d’ailleurs prouvé que la structure factorielle de ces outils d’auto-évaluation peinait à être répliquée de manière stable.

Non, l’Intelligence Émotionnelle ne manque pas de preuves empiriques

Là où la critique de LinkedIn s’effondre, c’est qu’elle occulte la lignée scientifique initiée dès 1990 par Peter Salovey et John D. Mayer. L’intelligence émotionnelle n’est pas un concept de développement personnel, c’est une aptitude mentale objective.

  • Un vrai test de performance (Le MSCEIT) : Développé en 2002, le MSCEIT ne demande pas l’avis des gens. Il mesure leur capacité réelle à décoder des expressions faciales, à comprendre des dynamiques affectives et à résoudre des scénarios émotionnels complexes. Ses réponses sont calibrées de manière extrêmement rigoureuse par des panels de consensus (plus de 5 000 participants) et d’experts internationaux (ISRE).

  • Une intégration officielle dans les sciences de l’intelligence (Modèle CHC) : En 2016, les chercheurs ont définitivement clos le débat de l’« existence » de l’IE. Elle a été officiellement intégrée au deuxième niveau (Stratum II) du modèle Cattell-Horn-Carroll (CHC) — la carte mondiale de référence des capacités cognitives de l’esprit.

La conclusion

L’intelligence émotionnelle existe bel et bien, mais elle fait partie de ce que la science appelle désormais les « intelligences chaudes » (Hot Intelligences). Elle ne relève pas de la magie managériale, mais d’un système de traitement de l’information spécialisé dans les signaux hautement chargés en valeur biosociale (les affects, les motifs personnels, les règles sociales).

Dire que l’IE n’existe pas en 2026 revient à évaluer l’astronomie moderne uniquement sur la base de l’horoscope du journal de 1995.


Dans l’édition du 21 mai 2025 du journal L’EXPRESS, Christophe Genoud signe une texte sous le titre « Intelligence émotionnelle : les quatre mensonges d’un concept fumeux, par Christophe Genoud – Management. L’intelligence émotionnelle promet monts et merveilles en matière de décision stratégique ou de management au quotidien. Un hochet décisionnel plus séduisant qu’utile. Décryptage. » et dont voici le premier paragraphe :

Les plus anciens se souviendront peut-être d’une publicité pour un soda, dans les années 1980, dont le slogan disait : « Ça ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool. C’est pour cela que cela désaltère ». A l’heure du bullshit managérial, on peut sans difficulté le détourner ainsi : « Ça ressemble à un outil décisionnel, c’est doré comme un outil décisionnel, mais ce n’en est pas un. C’est pour ça qu’on l’adopte. » Mais quel est donc cet objet d’adoration de la part des décideurs et de managers ? Il s’agit du hochet décisionnel. Cet objet de diversion ressemble à un outil d’aide à la décision, mais il n’en a ni la fiabilité ni la robustesse : c’est l’effet Canada Dry. Il procure à son utilisateur le sentiment d’avoir bien décidé, le confortant dans l’illusion d’avoir fait le meilleur choix, bien qu’il formule une promesse non tenue : c’est l’effet « doudou ». Il s’appuie sur un dispositif fondé sur une simplification abusive de la réalité et la trahison d’une approche scientifique sérieuse : c’est l’effet pensée magique. Enfin, il permet à son promoteur de vendre sa camelote : c’est l’effet bullshiteur.

GENOUD, Christophe, Intelligence émotionnelle : les quatre mensonges d’un concept fumeux, par Christophe Genoud, L’EXPRESS, 5 mai 2025.

Cette tribune de Christophe Genoud publiée dans L’Express (qui servait visiblement de base à son post LinkedIn) offre une transition parfaite avec l’argumentation de cet article.

Le cœur de sa critique repose sur les concepts de « hochet décisionnel », de « pensée magique » et de « simplification abusive ». Il s’attaque ici très précisément aux dérives des modèles mixtes et de l’auto-évaluation (la branche Goleman / Bar-On de l’intelligence émotionnelle), sans réaliser que la science de l’IE s’est construite justement pour combattre ce qu’il dénonce.

Voici les arguments clés pour démonter sa métaphore du « Canada Dry » :

Le « Hochet décisionnel » : Un procès légitime contre l’auto-évaluation, pas contre l’IE

Genoud a 100 % raison sur un point : les questionnaires d’auto-évaluation (comme l’EQ-i ou les tests inspirés de Goleman) agissent souvent comme des hochets managériaux. Dire à un manager qu’il a un « QE de 120 » sur la base d’un questionnaire où il s’est lui-même évalué (« Je pense que je gère bien mon stress ») relève effectivement de l’illusion et de l’effet doudou.

  • La réponse scientifique : C’est précisément pour cela que les psychologues fondateurs (Mayer et Salovey) récusent ces outils. Ils rappellent que les individus estiment très mal leur propre intelligence. Le modèle d’aptitude pure (mesuré par le MSCEIT) n’est pas un hochet : c’est un test de performance objectif avec de bonnes et de mauvaises réponses. On ne peut pas tricher ou s’illusionner face au MSCEIT, tout comme on ne peut pas tricher face à un test de QI.

L’Effet « Canada Dry » et la trahison scientifique

Genoud dénonce « la trahison d’une approche scientifique sérieuse ». C’est l’inverse qui s’est produit. Le milieu du conseil en management a certes récupéré le concept en le simplifiant à l’extrême (effet bullshiteur), mais les sciences psychologiques, elles, ont durci leurs exigences psychométriques.

  • La réponse scientifique : Enraciner l’IE au sein du modèle Cattell-Horn-Carroll (CHC) et l’élever au rang d’intelligence chaude prouve qu’elle a passé les filtres scientifiques les plus stricts de la psychométrie moderne. Elle traite des données informationnelles réelles (les affects, les expressions faciales, le lexique émotionnel) avec la même rigueur logique que l’intelligence classique applique à la géométrie ou aux chiffres.

La « Pensée magique » du messianisme managérial

Dans sa tribune, l’auteur s’insurge contre la promesse non tenue selon laquelle le « QE » garantirait le succès décisionnel ou le leadership parfait.

  • La réponse scientifique : Le modèle d’aptitude est le premier à rejeter cette pensée magique. Mayer et Salovey rappellent explicitement que l’IE n’est qu’une composante parmi des centaines d’autres dans la personnalité humaine. Elle n’est pas le prédicteur universel du succès. Elle est simplement la capacité à raisonner validement avec des émotions. Les « bullshiteurs » en ont fait un remède miracle ; la science en a fait une aptitude cognitive délimitée.

« En assimilant l’Intelligence Émotionnelle à un simple « hochet managérial », Christophe Genoud commet une erreur de diagnostic : il confond la camelote vendue par certains cabinets de coaching (modèles mixtes auto-rapportés) avec la réalité de la science psychométrique (modèle d’aptitude CHC). L’intelligence émotionnelle authentique n’est pas du Canada Dry : elle ne cherche pas à ressembler à un outil décisionnel, elle est une capacité cognitive de traitement de l’information, validée empiriquement. Condamner l’IE à cause des dérives de 1995, c’est jeter le bébé de la science avec l’eau du bain du bullshit managérial. »


Dans son livre (L’Intelligence émotionnelle), Daniel Goleman établit une chose : la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions dans la prise de décision (trouvez-moi des exemples, c’est-à-dire des citations avec des notices bibliographiques complètes). Il établit ainsi que l’Être raisonnable et l’Être émotionnel doivent travailler main dans la main. On ne peut pas soustraire à l’Être raisonnable la contribution de l’Être émotionnel.

Dans l’ouvrage que vous venez de partager, Daniel Goleman consacre de longs développements neurobiologiques et cliniques à cette idée précise : loin d’être un obstacle, l’émotion est le partenaire indispensable de la raison. Pour prouver que l’esprit purement logique est incomplet, il s’appuie principalement sur les travaux du neurologue Antonio Damasio.

Voici les citations textuelles et les exemples précis extraits directement de votre document, accompagnés de leurs notices bibliographiques prêtes pour votre article :

Le cas d’Elliot : L’erreur du raisonnement pur sans émotion

Goleman relate l’histoire d’Elliot, un brillant avocat d’affaires ayant subi l’ablation d’une partie de ses lobes préfrontaux à la suite d’une tumeur, rompant ainsi les liaisons entre le néocortex et l’amygdale. Bien que son QI soit resté intact, sa vie s’est effondrée car il était devenu incapable de prendre des décisions cohérentes :

« Elliot pensait désormais comme un ordinateur ; il était capable d’effectuer la moindre opération nécessaire pour prendre une décision, mais totalement incapable d’assigner une valeur aux différentes possibilités. Pour lui, toutes les options se valaient. Damasio soupçonnait que ce raisonnement parfaitement froid était au cœur des troubles d’Elliot : sa conscience insuffisante de ses propres sentiments sur les choses faussait son raisonnement. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont. (Ouvrage original publié en 1995 sous le titre Emotional Intelligence), 1997, p. 74).

Notice bibliographique de cette étude source citée par Goleman :

  • Damasio, A. R. (1994). Descartes’ error: Emotion, reason, and the human brain. New York: Grosset/Putnam.

L’illusion de la logique pure dans les choix de vie

Goleman démontre que pour les grandes décisions existentielles, la rationalité froide et les calculs logiques sont totalement inefficaces s’ils ne sont pas guidés par ce qu’il appelle la « sagesse des sentiments » :

« La raison seule ne peut fonder ces décisions ; elles exigent que l’on sente les choses « dans les tripes » et que l’on mette à profit cette sagesse des sentiments accumulée au fil des expériences passées. La logique formalisée ne vous permettra jamais de choisir votre conjoint ou votre métier, ni de déterminer si vous pouvez faire confiance à quelqu’un. Il est des domaines où la raison est aveugle sans les sentiments. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont. (Ouvrage original publié en 1995 sous le titre Emotional Intelligence), 1997, p. 75).

Les « marqueurs somatiques » : Le coup de pouce inconscient

Pour expliquer comment l’intelligence émotionnelle guide la raison, Goleman reprend à son compte le concept de « marqueurs somatiques » théorisé par Damasio. Il s’agit d’alarmes viscérales inconscientes qui trient et éliminent instantanément les mauvaises options avant même que la logique n’entre en scène :

« Les signes intuitifs qui nous guident en ces moments décisifs sont des impressions viscérales d’origine limbique, ce que Damasio nomme des « marqueurs somatiques », des sentiments instinctifs. Un marqueur somatique est une sorte d’alarme automatique dont le rôle est d’attirer l’attention sur le danger potentiel présenté par telle ou telle ligne d’action. Le plus souvent, ces marqueurs nous détournent d’un certain choix contre lequel notre expérience nous met en garde […]. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont. (Ouvrage original publié en 1995 sous le titre Emotional Intelligence), 1997, p. 75).

Deux cerveaux pour une seule intelligence

En guise de conclusion épistémologique, Goleman pose le principe d’une alliance obligatoire entre l’intellect (l’Être raisonnable) et le cœur (l’Être émotionnel) pour parvenir à une efficacité cognitive globale :

« En un sens, nous avons deux cerveaux, deux esprits et deux formes différentes d’intelligence : l’intelligence rationnelle et l’intelligence émotionnelle. La façon dont nous conduisons notre vie est déterminée par les deux, l’intelligence émotionnelle importe autant que le QI. En réalité, sans elle, l’intellect ne peut fonctionner convenablement. […] Le nouveau paradigme nous enjoint d’harmoniser la tête et le cœur. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont. (Ouvrage original publié en 1995 sous le titre Emotional Intelligence), 1997, p. 50-51).

L’alliance nécessaire du cœur et de la raison selon Daniel Goleman

Dans ce passage clé de son ouvrage de référence, Daniel Goleman s’oppose radicalement au vieux paradigme rationaliste qui consistait à vouloir « libérer la raison de l’emprise des émotions ». En s’appuyant sur les neurosciences cognitives et les travaux d’Antonio Damasio, il démontre que l’esprit logique pur est un outil décisionnel incomplet : les émotions ne sont pas des perturbations, mais des actrices fondamentales qui orientent et permettent le bon fonctionnement de notre intellect. À travers des exemples du quotidien — comme le stress qui paralyse notre mémoire de travail lors de l’achat d’une maison ou le souvenir d’un mauvais investissement qui trie inconsciemment nos choix futurs —, Goleman formule une vérité psychométrique essentielle : l’intelligence rationnelle (QI) ne peut donner sa pleine mesure sans le précieux concours de l’intelligence émotionnelle (QE).

« Les liaisons entre l’amygdale (et les structures limbiques connexes) et le néocortex sont au centre des batailles ou des traités de coopération entre la tête et le cœur, la pensée et les sentiments. L’existence de ce circuit explique pourquoi les émotions sont indispensables à la pensée, tant pour prendre des décisions sages que, tout simplement, pour réfléchir de façon claire.

Examinons, par exemple, comment les émotions peuvent paralyser la pensée. Les chercheurs en neuroscience appellent « mémoire active » la capacité de garder en mémoire les données indispensables à l’accomplissement d’une tâche ou à la résolution d’un problème donné, comme acheter une maison ou passer un examen. Le cortex préfrontal est la région du cerveau responsable de la mémoire active. Mais l’existence de circuits entre le cerveau limbique et les lobes préfrontaux a pour conséquence que les signaux déclenchés par une émotion forte — angoisse, colère, etc. — peuvent provoquer une paralysie neuronale en sabotant la capacité du lobe préfrontal à entretenir la mémoire active. C’est la raison pour laquelle, en cas de contrariété, nous disons que nous sommes « incapables de nous concentrer », et c’est aussi pourquoi des perturbations affectives durables portent atteinte aux facultés intellectuelles d’un enfant et l’empêchent d’apprendre convenablement. […]

Au cours de l’existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (quelle formule d’épargne-retraite choisir ? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d’ordre émotionnel (le souvenir d’un mauvais investissement ou d’une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d’autres. C’est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.

Les émotions sont donc d’une grande importance pour la raison. Dans le ballet des sentiments et de la pensée, nos facultés affectives nous guident constamment dans nos choix ; elles travaillent de concert avec l’esprit rationnel et permettent — ou interdisent — l’exercice de la pensée elle-même. De même, le cerveau pensant joue un rôle exécutif dans nos émotions, sauf lorsque celles-ci échappent à notre contrôle et que le cerveau émotionnel règne en maître.

En un sens, nous avons deux cerveaux, deux esprits et deux formes différentes d’intelligence : l’intelligence rationnelle et l’intelligence émotionnelle. La façon dont nous conduisons notre vie est déterminée par les deux, l’intelligence émotionnelle importe autant que le QI. En réalité, sans elle, l’intellect ne peut fonctionner convenablement. D’ordinaire, la complémentarité du système limbique et du néocortex, de l’amygdale et des lobes préfrontaux, signifie que chaque système est un acteur à part entière de la vie mentale. Lorsque le dialogue s’instaure convenablement entre ces acteurs, l’intelligence émotionnelle s’en trouve améliorée, et la capacité intellectuelle aussi.

La conception traditionnelle de l’antagonisme entre raison et sentiment en est bouleversée : il ne s’agit pas de s’affranchir des émotions et de leur substituer la raison, comme le disait Érasme, mais de trouver le bon équilibre entre les deux. Le paradigme antérieur avait pour idéal la raison libérée des émotions. Le nouveau paradigme nous enjoint d’harmoniser la tête et le cœur. Pour y parvenir, nous devons au préalable mieux comprendre ce qu’utiliser son intelligence émotionnelle veut dire. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont, p. 46-47-48.

Dans le chapitre d’introduction générale (p. 12-13) et plus tard dans son chapitre consacré au « creuset de la famille », Daniel Goleman traite explicitement du danger de ce défaut de transmission de l’intelligence émotionnelle, qui conduit à une dégradation de la santé psychique des enfants d’une génération à l’autre.

« Peut-être les données les plus alarmantes proviennent-elles d’une étude de grande envergure menée auprès de parents et d’enfants : elles révèlent que, partout dans le monde, les enfants sont aujourd’hui plus perturbés psychologiquement que dans le passé — plus solitaires et déprimés, plus indisciplinés et coléreux, plus nerveux et inquiets, plus impulsifs et agressifs.

S’il existe un remède, il faut à mon sens le rechercher dans la manière dont nous préparons les jeunes à la vie. Pour l’heure, leur éducation psychologique est laissée au hasard, avec les résultats désastreux que l’on connaît. La solution réside, selon moi, dans une façon nouvelle d’envisager ce que l’école peut accomplir pour éduquer la personnalité de l’élève, tant sur le plan intellectuel qu’affectif. »

Plus loin dans son livre, il résume sa pensée par cette formule devenue séminale :

Voici le texte d’origine complet et continu de Daniel Goleman, extrait du chapitre « Le creuset de la famille » (commençant au début de la quatrième partie), qui développe précisément comment s’ancre ou s’échoue ce processus de transmission entre les générations :

« La vie de famille est la première école pour l’apprentissage émotionnel ; c’est dans ce creuset intime que nous apprenons à ressentir les choses, à décrypter les réactions des autres face à nos sentiments, et à faire des choix parmi nos réactions possibles. Cette école du cœur fonctionne non seulement à travers ce que les parents disent et font directement à l’enfant, mais aussi à travers les modèles qu’ils offrent pour la gestion de leurs propres sentiments et les interactions de leur couple.

Cependant, lorsque les parents manquent eux-mêmes d’intelligence émotionnelle, ils échouent à la transmettre. S’ils se laissent contrôler par la colère, perdent facilement leur sang-froid ou restent de marbre face à la détresse de leur enfant, ce dernier n’apprend pas à moduler ses affects. Les enfants reproduiront le modèle appris de leurs parents, ancrant ainsi le déficit affectif dans la génération suivante. L’incapacité des parents à accueillir et à guider les émotions de l’enfant sabote l’acquisition de ces aptitudes humaines essentielles que sont la conscience de soi et la maîtrise de soi. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont, Quatrième partie : « Une éducation sur mesure », Chapitre : « Le creuset de la famille ».

Il y explique que lorsque les parents manquent eux-mêmes d’intelligence émotionnelle, ils échouent à la transmettre, ce qui pousse les enfants à « reproduire le modèle appris de leurs parents », ancrant ainsi le déficit affectif dans la génération suivante.

D’où la nécessité de l’enseignement de l’Intelligence émotionnelle dans les écoles

Daniel Goleman formule en ces mots son vibrant plaidoyer pour l’intégration et l’enseignement de l’intelligence émotionnelle dans le système scolaire :

« S’il existe un remède, il faut à mon sens le rechercher dans la manière dont nous préparons les jeunes à la vie. Pour l’heure, leur éducation psychologique est laissée au hasard, avec les résultats désastreux que l’on connaît. La solution réside, selon moi, dans une façon nouvelle d’envisager ce que l’école peut accomplir pour éduquer la personnalité de l’élève, tant sur le plan intellectuel qu’affectif. Pour clore notre périple, nous visiterons des écoles où l’on stimule l’intelligence émotionnelle. J’ose espérer qu’un jour l’éducation visera à inculquer des aptitudes humaines essentielles comme la conscience de soi, la maîtrise de soi, l’empathie, l’art de faire attention à autrui, de résoudre les conflits, et le sens de la coopération. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont, p. 13.

Exemple d’un projet dans une école

Dans son exploration des solutions concrètes pour le système éducatif, Daniel Goleman consacre de longues pages au pionnier de ces projets.

Le programme d’enseignement de l’intelligence émotionnelle le plus emblématique qu’il décrit en détail est le cours de « Self-Science » (traduit par Science de soi) mis en place dans une école pilote de Californie : la Nueva School.

Chapitre « L’alphabétisation émotionnelle »

« Les cours se déroulent dans une atmosphère de laboratoire et ont pour but d’inculquer aux élèves les notions indispensables à la conduite de leur vie affective. Le programme de ce cours, baptisé « Self-Science » (Science de soi), vise l’éducation psychologique de l’élève tant sur le plan individuel que social.

Dans ces classes expérimentales, les enfants apprennent à analyser leurs sentiments, à contester leurs pensées automatiques, à décoder les expressions faciales et à résoudre les conflits quotidiens de la cour de récréation. On ne leur attribue pas de notes traditionnelles, car le succès est ici mesuré par l’aptitude croissante des élèves à utiliser ces compétences humaines essentielles au jour le jour. Les leçons ne se font pas de manière abstraite : les conflits réels qui éclatent entre les élèves servent de matériel pédagogique direct pour apprendre l’empathie, l’art de faire attention à autrui et le sens de la coopération. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par T. Piélat. Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont, Cinquième partie : « L’alphabétisation émotionnelle », Chapitre : « Le coût de l’analphabétisme émotionnel / L’école de la science de soi ».

Daniel Goleman ne propose aucun outil de mesure ni aucun test pour calculer le « Quotient Émotionnel » (QE)

Dans son best-seller de 1995, Daniel Goleman ne propose aucun outil de mesure ni aucun test pour calculer le « Quotient Émotionnel » (QE).

Goleman y consacre même un passage très clair pour expliquer qu’au moment où il écrit son livre, il n’existe pas de test psychométrique unique ou universel capable de mesurer l’intelligence émotionnelle comme on le fait pour le QI.

« Le QI et l’intelligence émotionnelle ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, seulement distincts. Nous possédons tous un mélange d’intelligence intellectuelle et émotionnelle ; les personnes à QI élevé et à faible intelligence émotionnelle (ou l’inverse) sont relativement rares, en dépit des idées reçues. En fait, il existe une légère corrélation entre le QI et certains aspects de l’intelligence émotionnelle, mais ces deux entités sont largement indépendantes.

Contrairement au QI, il n’existe pas de test simple pour mesurer l’intelligence émotionnelle, et peut-être n’y en aura-t-il jamais. Bien que toutes ses composantes fassent l’objet de recherches importantes, certaines d’entre elles sont plus faciles à tester. L’empathie, par exemple, peut l’être en demandant au sujet d’interpréter les sentiments d’une personne à partir de l’expression de son visage. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence (T. Piélat, Trad.). Paris : France Loisirs / Éditions Robert Laffont, p. 64. (Ouvrage original publié en 1995 sous le titre Emotional Intelligence).

Christophe Genoud accuse le concept d’être un « hochet décisionnel frelaté » servant à « vendre de la camelote » à travers des tests non calibrés. Or :

  1. Goleman lui-même était sceptique quant à la possibilité de réduire la complexité émotionnelle à un simple chiffre ou à un autotest rapide.

  2. Ce sont les cabinets de conseil et le marketing managérial qui ont créé l’illusion d’un « test de QE miracle » à la fin des années 1990.

  3. Ce n’est qu’en 2002 (avec le MSCEIT de Mayer, Salovey et Caruso) qu’un véritable outil de performance objectif et scientifiquement standardisé a vu le jour, répondant enfin aux exigences rigoureuses de la psychométrie.


Les coulisses de ce hold-up commercial

L’effet « boîte de Pandore » : La récupération commerciale du concept

Lorsque Daniel Goleman écrit en 1995 que l’intelligence émotionnelle est un domaine complexe où « il n’existe pas de test simple […], et peut-être n’y en aura-t-il jamais », il ignore qu’il vient d’ouvrir une boîte de Pandore marketing. Le succès planétaire de son livre déclenche immédiatement un appétit féroce du côté des cabinets de conseil en management et des éditeurs de tests, pressés de combler le vide métrologique laissé par l’auteur.

Puisque le grand public et les DRH réclament un score — un sésame chiffré pour identifier le leader parfait —, le marché va le fabriquer de toutes pièces en s’appuyant sur des modèles dits « mixtes ».

Le dynamitage des verrous scientifiques (1997-1999)

Dès 1997, le psychologue Reuven Bar-On publie, via l’éditeur Multi-Health Systems (MHS), le EQ-i (Emotional Quotient Inventory). C’est ce questionnaire qui popularise officiellement l’acronyme « QE » (Quotient Émotionnel) dans le monde de l’entreprise. En 1999, Daniel Goleman lui-même s’associe au consultant Richard Boyatzis pour lancer le ECI (Emotional Competence Inventory) commercialisé par le Hay Group.

Ces outils partagent une même méthodologie, hautement critiquable sur le plan scientifique : l’auto-évaluation déclarative (ou inventaire de personnalité). On demande au sujet de s’auto-noter sur des affirmations telles que : « Je gère très bien mon stress » ou « Je suis quelqu’un d’empathique ».

L’illusion du « Hochet décisionnel »

Comme le dénonce si bien Christophe Genoud, le biais de ces outils est total :

  • La confusion des genres : Ces tests ne mesurent pas une « intelligence », mais des traits de personnalité préexistants (comme l’extraversion, la stabilité émotionnelle ou l’estime de soi du Big Five).

  • La vulnérabilité aux biais cognitifs : Ils mesurent en réalité la désirabilité sociale (la tendance à tricher pour plaire) ou le manque de lucidité du candidat (l’effet Dunning-Kruger). Un manager narcissique ou tyrannique obtiendra un excellent score de « QE » simplement parce qu’il se surévalue.

Le grand paradoxe : Le retour à la rigueur

L’ironie de l’histoire réside dans le fait que cette « trahison de l’approche scientifique » n’a pas été commise par la recherche, mais par le marketing managérial.

Pour contrer cette dérive mercantile, les chercheurs historiques (Mayer, Salovey et Caruso) ont mis sept ans à concevoir le MSCEIT en 2002. En imposant un test de performance (où le candidat doit résoudre des problèmes émotionnels réels, sans donner son propre avis), la science a repris ses droits sur le bullshit. C’est ce travail de nettoyage épistémologique qui a permis, en 2016, d’élever l’IE authentique au rang d’aptitude cognitive validée dans le modèle Cattell-Horn-Carroll (CHC).

Notices bibliographiques :

  • Bar-On, R. (1997). The Bar-On Emotional Quotient Inventory (EQ-i): Technical manual. Toronto, Canada: Multi-Health Systems.

  • Boyatzis, R. E., Goleman, D., & Rhee, K. (2000). Clustering competence in emotional intelligence: Insights from the Emotional Competence Inventory (ECI). In R. Bar-On & J. D. A. Parker (Eds.), The handbook of emotional intelligence (pp. 343-362). San Francisco: Jossey-Bass.

  • Mayer, J. D., Salovey, P., & Caruso, D. R. (2002). Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test (MSCEIT): Item Booklet. Toronto, Canada: MHS Publishers.


Conclusion : Rendre à la science ce qui appartient à la science

L’histoire de l’intelligence émotionnelle est celle d’un profond malentendu épistémologique. D’un côté, nous trouvons une lignée de chercheurs — de Thorndike à Damasio, en passant par Salovey, Mayer et Goleman — qui ont patiemment démontré que l’Être raisonnable et l’Être émotionnel doivent travailler main dans la main, la raison pure devenant aveugle et stérile sans le coup de pouce des émotions.

Un détournement commercial :

« En fin de compte, les cabinets de conseil et le marketing managérial n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes plutôt qu’à Daniel Goleman. Ce sont eux qui ont ouvert la boîte de Pandore des questionnaires d’auto-évaluation biaisés, transformant une métacapacité cognitive en un produit de consommation managériale. Goleman lui-même avait prévenu son lecteur dès 1995 : « Contrairement au QI, il n’existe pas de test simple pour mesurer l’intelligence émotionnelle, et peut-être n’y en aura-t-il jamais. » »

L’avenir de ce concept ne se joue pas dans les séminaires de « team building » ou les rapports de QE en trois clics, mais dans les laboratoires de psychométrie et les programmes d’alphabétisation émotionnelle. À l’image des cours pionniers de « Self-Science » (Science de soi) loués par Goleman, l’enseignement de l’intelligence émotionnelle dans les écoles prouve qu’elle est une aptitude humaine fondamentale qui s’apprend et se cultive.

Loin d’être un hochet ou du « Canada Dry », l’intelligence émotionnelle authentique a passé les filtres les plus stricts de la science moderne pour s’ancrer définitivement au cœur du modèle de référence CHC. Il est temps de balayer le bullshit marketing pour redécouvrir la rigueur de la psychologie scientifique.

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Article # 262 – Au-delà du « Bullshit Managérial » : Plaidoyer pour une réconciliation scientifique de l’Intelligence Émotionnelle

« J’ai lu le livre L’Intelligence émotionnelle de Daniel Goleman dès la parution de sa traduction française par les Éditions Robert Laffont en 1997. Il aura fallu moins d’un an pour que je constate l’exploitation odieuse du concept par une multitude d’intervenants dans différentes disciplines. Cette récupération à toutes les sauces au profit d’une psycho-pop prolifique et très contestable, ainsi que de l’ensemble du développement personnel, du milieu de l’éducation, du marketing et d’autres secteurs, a laissé dans mon esprit un goût très amer. Aujourd’hui, le concept fait l’objet de plusieurs critiques dites scientifiques. Évidemment, je me demande si ces critiques se fondent sur l’une ou l’autre des récupérations en vogue ou sur les sources livrées par Daniel Goleman dans son livre. Cet article tente d’y répondre. »

Le succès phénoménal rencontré par le concept d’« Intelligence Émotionnelle » (IE) depuis le milieu des années 1990 ne se dément pas. Pourtant, comme le rappelait récemment l’auteur Christophe Genoud sur LinkedIn, ce concept et son pendant métrologique, le Quotient Émotionnel (QE), subissent de vives contestations dans les cercles académiques, qualifiés par certains de « fumeux » ou de concepts « mal établis » et dénués de preuves empiriques quant à leurs prétendus effets sur nos comportements.

Face à cette confrontation entre le monde du management et la rigueur des laboratoires, une question s’impose : le livre séminal de Daniel Goleman n’était-il qu’une imposture publicitaire, ou le management moderne a-t-il simplement trahi la science d’origine ? Pour y répondre, il est nécessaire de dérouler une analyse méthodique, de l’architecture du cerveau jusqu’aux réalités du terrain.

1. L’ancrage neurobiologique : L’œuvre d’origine de Daniel Goleman

Contrairement aux accusations de superficialité, une lecture attentive de l’ouvrage de Daniel Goleman (1995) révèle une volonté constante de lier son propos aux avancées de la recherche en neurobiologie. Goleman écrit d’ailleurs :

« Si pendant la dernière décennie nous avons vu les nuages s’amonceler, nous avons aussi assisté à une floraison sans égal de travaux scientifiques sur les émotions. Grâce à des méthodes novatrices comme les nouvelles technologies de l’image (scanner, par exemple), nous pouvons entrevoir comment fonctionne le cerveau. »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par Thierry Piélat. Paris, France : France Loisirs, p. 9. Œuvre originale publiée en 1995 sous le titre Emotional Intelligence.

L’auteur s’appuie notamment sur les recherches de Joseph LeDoux pour décrire l’architecture du cerveau émotionnel, démontrant de manière rigoureuse le rôle de l’amygdale. Goleman précise à ce sujet :

« L’amygdale nous fait réagir instantanément, tandis que le néocortex, plus lent, mais mieux informé, déploie un plan de réaction plus élaboré. […] Anatomiquement, le système qui gouverne les émotions peut agir indépendamment du néocortex »

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par Thierry Piélat. Paris, France : France Loisirs, p. 34-35).

L’idéal de Goleman n’est pas de substituer l’émotion à la raison, mais de briser le paradigme traditionnel pour proposer une harmonisation nécessaire : « Le paradigme antérieur avait pour idéal la raison libérée des émotions. Le nouveau paradigme nous enjoint d’harmoniser la tête et le cœur ».

Goleman, D. (1997). L’Intelligence émotionnelle : Comment transformer ses émotions en intelligence. Traduit de l’américain par Thierry Piélat. Paris, France : France Loisirs, p. 48).

2. Le malentendu psychométrique : Pourquoi les scientifiques parlent de « mythes »

Si la science des émotions compilée par Goleman s’appuie sur des réalités cliniques, pourquoi la psychométrie se montre-t-elle si sévère ? Le Dr Russell T. Warne, dans son ouvrage de référence In the Know (2020), classe l’idée que l’IE soit une capacité générale indispensable parmi les croyances populaires erronées. De même, les psychologues Matthews, Roberts et Zeidner (2004) qualifient le domaine de « Tour de Babel » conceptuelle. Ils écrivent textuellement :

« Stripped of scientific trappings, it remains plausible that EI is nothing but the latest in a long line of psychological fads. […] The range and scope of definitions that currently exist within the literature make inevitable comparisons between the science of EI and the allegory underlying the Tower of Babel ».

Matthews, G., Roberts, R. D., & Zeidner, M. (2004). Seven Myths About Emotional Intelligence. Psychological Inquiry, vol. 15, no. 3, p. 186.

C’est dans ce sillage que la docteure Marie-Ève Sens (2021) est venue tempérer les affirmations spectaculaires et non vérifiées issues du milieu des affaires. Elle écrit dans sa thèse de l’Université de Montréal :

« En 1998, Goleman affirmait même que 80% du succès au travail relevait de l’IÉ non du QI […]. Or, ce résultat n’a jamais été prouvé empiriquement ».

Sens, M.-È. (2021). Critiques scientifiques de la relation entre l’intelligence émotionnelle (IÉ) et le leadership transformationnel ainsi que du rôle de la formation dans la modification de l’IÉ des gestionnaires. Essai doctoral, Université de Montréal, p. 49-50)

Le problème réside dans l’agrégation de variables trop hétérogènes. Enfermer sous un même concept l’empathie, la persévérance et le tempérament se heurte à deux impasses méthodologiques majeures :

1. La redondance avec la personnalité :

Les tests d’IE par auto-évaluation (comme l’EQ-i de Bar-On) échouent au critère de validité divergente. L’étude de Matthews et ses collègues démontre que le concept se confond avec les modèles existants :

« These data suggest that the EQ-i is little more than a proxy measure of a composite of Big Five personality constructs, weighted most strongly toward low neuroticism ».

Matthews, G., Roberts, R. D., & Zeidner, M. (2004). Seven Myths About Emotional Intelligence. Psychological Inquiry, vol. 15, no. 3, p. 186.

De plus, ils rappellent que les corrélations avec l’intelligence réelle sont nulles.

Sur ce point, Marie-Ève Sens démontre que l’IE dite « mixte » se dissout en réalité dans le Facteur Général de la Personnalité (FGP) :

« Les traits de personnalité partagent une portion significative de leur variance et contribuent à produire le facteur général de la personnalité (FGP). […] van der Linden et al. (2017) démontrent que L’IÉ de l’approche mixte est fortement associée au FGP (r = 0,85). […] L’IÉ mixte ne serait donc pas une forme d’intelligence, mais plutôt un amalgame de diverses compétences socialement désirables ».

Sens, M.-È. (2021). Critiques scientifiques de la relation entre l’intelligence émotionnelle (IÉ) et le leadership transformationnel ainsi que du rôle de la formation dans la modification de l’IÉ des gestionnaires. Essai doctoral, Université de Montréal, p. 49-50).

2. Le piège du conformisme culturel :

Les tests d’IE basés sur la performance (comme le MSCEIT) utilisent une notation par consensus. Les scientifiques rappellent le biais majeur de cette méthode :

« Both expert and consensus beliefs could reflect conformity and goodness of fit rather than ability per se. […] Experts could indeed rate the beliefs and behaviors that are normative for Western culture as being more « intelligent » ».

Matthews, G., Roberts, R. D., & Zeidner, M. (2004). Seven Myths About Emotional Intelligence. Psychological Inquiry, vol. 15, no. 3, p. 186.

3. Les limites empiriques : Quand l’IE s’avère contre-productive

Cette critique de l’IE globale trouve un écho retentissant dans les analyses de la psychologie quantitative moderne, qui mettent en lumière les véritables limites de ce concept lorsqu’il est surprivilégié au détriment de l’intelligence cognitive générale. L’expert en sciences comportementales Emeric Kubiak souligne à cet effet :

« Alors que l’impact de l’intelligence générale sur la réussite semble consistant, allant jusqu’à prédire 25% de la performance future d’un collaborateur, celui de l’intelligence émotionnelle est plus contrasté […]. Les travaux de recherche de Stéphane Côté et Christopher Miners […] ont ainsi montré que la force du lien entre l’intelligence émotionnelle and la performance d’un individu décroit quand les capacités cognitives de celui-ci augmentent ».

Kubiak, E. (2021, 1er avril). « Arrêtez de tout miser sur l’intelligence émotionnelle ». Harvard Business Review France. Initialement publié le 17 juillet 2020.

En réalité, l’IE ne sert de mécanisme de compensation que pour les profils en deçà de la moyenne cognitive, mais elle n’explique plus la réussite au-delà. Poussé à l’excès, un haut niveau d’IE peut même nuire aux organisations en bridant l’innovation. Kubiak rapporte les conclusions de Tomas Chamorro-Premuzic :

« […] les individus avec une forte intelligence émotionnelle peuvent tomber dans certains travers. Ils auraient tendance à être moins créatifs et innovants, pourraient avoir des difficultés à donner ou à recevoir du feed-back négatif, seraient moins enclins à prendre des décisions impopulaires ou à prendre des risques »

Kubiak, E. (2021, 1er avril). « Arrêtez de tout miser sur l’intelligence émotionnelle ». Harvard Business Review France. Initialement publié le 17 juillet 2020.

C’est ce qui explique le faible pouvoir prédictif de l’IE sur les styles de management complexes comme le Leadership Transformationnel (LT). L’analyse de Marie-Ève Sens invalide les prétentions des consultants RH :

« L’analyse révèle que l’apport de l’IÉ dans la manifestation du LT est faible à la lumière des limites conceptuelles et méthodologiques des études sur l’IÉ. […] La validité incrémentielle des mesures de l’approche mixte d’IÉ est nulle à la lumière du contrôle statistique des construits associés aux connaissances, aptitudes, habiletés et autres caractéristiques ».

Sens, M.-È. (2021). Critiques scientifiques de la relation entre l’intelligence émotionnelle (IÉ) et le leadership transformationnel ainsi que du rôle de la formation dans la modification de l’IÉ des gestionnaires. Essai doctoral, Université de Montréal, p. 49-50).

De fait, la performance d’une équipe en milieu disruptif dépend avant tout de l’intelligence cognitive générale et de traits stables. Les équipes à haute capacité cognitive s’adaptent mieux aux changements (à hauteur de 37% selon Jeffery LePine). De plus, comme le rappelle Sens, les facteurs classiques de la personnalité demeurent de bien meilleurs prédicteurs du leadership : après l’extraversion ($\rho = 0,31$), c’est le facteur de la conscience professionnelle ($\rho = 0,28$) qui enregistre la corrélation positive la plus prononcée avec le rendement des gestionnaires, rendant l’IE mixte superflue.

4. La dérive du terrain : Le triomphe des « hochets » managériaux

C’est précisément dans ce fossé — entre une neurobiologie indiscutable et l’incapacité de la science à standardiser mathématiquement une « intelligence » émotionnelle — que le monde du management de masse s’est engouffré.

Dans Il y a du bullshit dans mes décisions (2026), Christophe Genoud dénonce la prolifération de ce qu’il nomme les « hochets décisionnels ». Il écrit dans son introduction :

« La littérature et la pratique contemporaines du management ont une fâcheuse tendance à dévaloriser l’acte de prendre une décision. […] Le hochet décisionnel ressemble à un outil d’aide à la décision, mais il n’en a ni la fiabilité ni la robustesse (« effet Canada Dry ») ; il donne le sentiment d’avoir bien décidé en confortant l’usager dans l’illusion d’avoir fait le meilleur choix (« effet doudou ») »

Genoud, C. (2026). Il y a du bullshit dans mes décisions. Biais cognitifs, neurosciences, rationalité : comment prenons-nous nos décisions au travail ?. Paris, France : Vuibert, p. 11-15).

Le témoignage de Khadija Levain-Chavanon dans HR Today (2024) illustre cette dérive théâtrale. Elle y décrit l’utilisation en entreprise d’un tableau blanc interactif :

« J’ai également décidé de créer un « mood board » qui serait non seulement un outil d’entrée à nos réunions quotidiennes mais aussi un outil « de suivi ». Ce mood board était un simple tableau blanc sur lequel était entreposé différents « magnets » de leurs avatars personnalisés, d’émotions primaires, de météos et de besoins. […] Si l’émotion était très forte, il y avait également un buzzer »

Levain-Chavanon, K. (2024, 1er février). « Travailler dans les ressources humaines n’est pas de tout repos ». HR Today, p. 1).

L’exercice, bien qu’animé d’une intention positive, privilégie le contrôle social et l’infantilisation au travail au détriment de l’écoute. L’obligation d’exposer quotidiennement sa vulnérabilité devant ses pairs instrumentalise la conscience de soi au profit exclusif de la performance collective. Le recours à des qualificatifs dévalorisants comme « l’illettrisme émotionnel » sert à stigmatiser le salarié qui peine à plier son intériorité à l’exercice, transformant un outil d’émancipation personnelle en une injonction managériale.

5. La réconciliation par la recherche : Les « compétences émotionnelles » ciblées

Faut-il pour autant rejeter les émotions du monde professionnel ? Assurément non. La recherche contemporaine, à l’image de l’étude menée par les professeurs Philippe Gay et Philippe A. Genoud (2020) auprès d’enseignants du primaire, démontre que lorsqu’on abandonne le mot-valise d’« intelligence émotionnelle » pour manipuler des compétences émotionnelles spécifiques, la science retrouve ses droits et son efficacité.

En s’appuyant sur des protocoles rigoureux (le modèle de Brasseur), ces chercheurs ont prouvé que les compétences intrapersonnelles jouent un rôle de premier plan :

« Les résultats obtenus […] montrent que chacune des compétences émotionnelles corrèle significativement (de manière faible à modérée) avec une ou plusieurs des dimensions du burnout. Les analyses de régressions précisent : 1) que sont essentiellement de meilleures compétences intrapersonnelles (en particulier la compréhension de ses propres émotions) qui sont associées à de plus faibles niveaux de burnout sur les dimensions de dépersonnalisation et de réduction d’accomplissement personnel »

Gay, P., & Genoud, P. A. (2020). Quelles compétences émotionnelles protègent des différentes dimensions du burnout chez les enseignants du primaire ? Recherches en éducation, n° 41, p. 74).

Ces travaux plaident pour le développement de véritables « béquilles de formation » académiques et modestes. Bien que la psychométrie récuse l’IE globale pour la sélection, l’apport de la formation est quant à lui validé pour le développement intérieur des leaders, comme le synthétise Marie-Ève Sens :

« L’analyse révèle que l’on peut améliorer les scores d’IÉ grâce à la formation, et ce, peu importe l’approche d’IÉ employée. L’essai recommande aux praticiens d’utiliser essentiellement les mesures l’IÉ dans un contexte d’introspection et de développement professionnel des leaders plutôt qu’en sélection. […] Pour le moment, il ne semble pas prudent qu’un gestionnaire soit sélectionné sur la base de son IÉ »

Sens, M.-È. (2021). Critiques scientifiques de la relation entre l’intelligence émotionnelle (IÉ) et le leadership transformationnel ainsi que du rôle de la formation dans la modification de l’IÉ des gestionnaires. Essai doctoral, Université de Montréal, p. i, 57).

Conclusion : Pour un rationalisme raisonnable

L’analyse de ce débat nous invite à adopter une posture de rationalisme modéré. Les critiques formulées par Christophe Genoud, Russell T. Warne, Emeric Kubiak ou Marie-Ève Sens sont salutaires : elles démasquent le commerce des hochets pseudo-scientifiques et les risques d’une obsession managériale qui, en cherchant à formater des profils stables, finit par inhiber la créativité et la capacité d’adaptation face aux disruptions réelles du marché.

Pour autant, l’œuvre d’origine de Daniel Goleman reste une boussole précieuse. Ce qui est proprement aberrant d’un point de vue managérial, c’est l’erreur de privilégier l’intelligence émotionnelle à l’intelligence cognitive générale dans l’espoir de recruter des leaders miraculeux. Ce qui demeure scientifiquement valide, c’est la réalité neurobiologique des émotions et l’utilité clinique d’un développement ciblé de nos compétences émotionnelles spécifiques à des fins d’introspection, pour naviguer avec intégrité dans la complexité des organisations humaines.


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Article # 145 – La pensée joyeuse, J’aime penser, Serge-André Guay

La philosophie se vit dans la joie voire l’euphorie de l’étonnement. Être étonné, c’est comprendre sans effort dans la lecture, dans la réflexion personnelle ou dans la discussion. Le fameux « Ah ! Là je comprends » vient alors à l’esprit pour autant que ce dernier soit libre et dans le moment présent. Je traite de la question dans le chapitre LA PENSÉE JOYEUSE de mon livre  J’AIME PENSER (Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison – Essai et témoignage de gouvernance personnelle). Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du chapitre LA PENSÉE JOYEUSE.

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J’aime penser

Essai et témoignage de gouvernance personnelle par Serge-André Guay

La pensée joyeuse

Pour donner à rire à l’intelligence – « La pensée joyeuse »(1) dont je veux parler, c’est la pensée qui provoque l’euphorie, une « impression intense de bien-être général », un « sentiment de bien-être et de joie ».(2) C’est le sentiment que j’éprouve parfois lorsque j’écris et j’en ai des frissons rien qu’à y penser. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de traduire parfaitement mes pensées et mes idées en des mots et des phrases, sans aucune distorsion. J’ai l’impression d’écrire exactement ce que je pense, ce que je comprends. Je ne suis plus embêté par mes limites de maîtrise de ma langue; je m’y accorde et je cherche des mots plus précis, sans perdre mes idées. Parfois, je laisse tomber et j’abuse des verbes « être » et « avoir » et les « qui », « que » et autres conjonctions s’accumulent parce que l’enchaînement des idées et la logique me surprennent comme si j’étais spectateur de mes écrits. Ça coule tout seul. Je suis en proie à une grande euphorie et je ne peux la contenir très longtemps : j’éclate de rire ! La pensée joyeuse m’envahit et me procure un état d’extase sans pareil. Dans ces moments-là, je n’ai même plus l’impression d’être là, d’exister. Je me lis avec étonnement et je me dis souvent : « Est-ce vraiment moi qui ai écrit ça? », sans prétention, sans même un brin de fierté, mais avec un contentement évident et une grande joie. Après coup, c’est vrai, je ressens une certaine fierté mais avec une grande prudence car j’hésite à prendre le crédit du résultat, tellement il m’apparaît dépasser mes capacités habituelles. En fait, j’ai l’impression, dans ces moments-là, que mon esprit fut guidé par un autre esprit, mais que cela reste entre vous et moi. Chose certaine, je ne suis pas d’un naturel enjoué, au contraire, je suis plutôt dépressif, quoique je garde toujours une réserve de confiance en moi. Ainsi, j’ai l’impression que la pensée joyeuse vient d’ailleurs lorsqu’elle me gagne. À l’occasion, j’éprouve la même euphorie à la lecture d’un livre, au visionnement d’un film… qui ravit ma pensée.

Jusqu’à tout récemment, en fait, avant que je lise « L’intelligence émotionnelle » de Daniel Goleman, je ne m’étais jamais interrogé sur ces euphories. Il rapporte ceci :

« Voici comment un compositeur décrit ces instants où il travaille avec le plus d’aisance :

On est dans un tel état d’extase que l’on n’a presque pas l’impression d’exister. Cela m’arrive souvent. Ma main paraît écrire toute seule, comme si je n’avais rien à voir avec ce qui se passe. Je reste assis à contempler tout cela avec admiration et étonnement. Ça coule tout seul.(3)

Cette description ressemble de près à celles de centaines d’hommes et de femmes ? alpinistes, champions d’échecs, chirurgiens, joueurs de basket, ingénieurs, dirigeants d’entreprise et même documentalistes ? quand ils parlent d’un de ces moments privilégiés où ils se sont surpassés. L’état qu’ils décrivent a été nommé « fluidité » par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui recueille depuis plus de vingt ans des témoignages sur ces « performances exceptionnelles ».(4) Les athlètes appellent cet état de grâce la « zone » ? c’est le moment où l’excellence ne demande plus d’effort, où les spectateurs et les concurrents s’effacent dans le bonheur de l’instant. Diane Roffe-Steinrotter, médaille d’or aux Jeux olympiques d’hiver de 1994, a affirmé ensuite qu’elle ne gardait aucun souvenir de l’épreuve de descente, si ce n’est qu’elle était totalement détendue : « J’avais l’impression d’être une chute d’eau. »(5)

La fluidité, c’est le summum de l’intelligence émotionnelle : les émotions mises au service de la performance ou de l’apprentissage. Celles-ci ne sont pas seulement maîtrisées et canalisées, mais aussi positives, chargées d’énergie et appropriées à la tâche à accomplir. Quand on est aux prises avec l’ennui de la dépression ou l’agitation de l’anxiété, la fluidité est hors d’atteinte. Pourtant, tout le monde ou presque connaît de temps à autre l’expérience de la fluidité (ou d’une microfluidité plus modérée) quand on donne le meilleur de soi ou que l’on va au-delà de ses limites habituelles. C’est peut-être l’extase de l’amour physique, quand deux êtres deviennent une unité fluide, qui en cerne le mieux la nature.

C’est une expérience merveilleuse; le sceau de la fluidité, c’est le sentiment de joie spontanée, voire le ravissement. Parce que la fluidité procure un bien-être intense, elle est intrinsèquement gratifiante. Quand l’individu s’absorbe complètement dans ce qu’il fait, y consacre la totalité de son attention, sa conscience se confond avec ses actions. D’ailleurs, la fluidité est brisée si l’on réfléchit trop à ce qui se passe ? le simple fait de penser « C’est merveilleux » suffit à mettre un terme à la sensation. L’attention est si focalisée que la personne n’a conscience que du champ de perception étroit lié à ce qu’elle est en train de faire et perd toute notion du temps et de l’espace. Un chirurgien, par exemple, se souvenait d’une opération délicate au cours de laquelle il s’était trouvé dans un état de ce genre; à la fin de l’intervention, il vit par terre des morceaux de plâtre et demanda d’où ils provenaient. Il fut surpris d’apprendre qu’un morceau du plafond s’était détaché, il ne s’était rendu compte de rien.

Dans l’état de fluidité, l’individu ne pense plus à lui-même. Au lieu de se laisser envahir par une anxiété nerveuse, l’individu fluide est si absorbé par ce qu’il fait qu’il perd entièrement conscience de lui-même et oublie les petits tracas de la vie quotidienne. En ce sens, dans ces moments-là, la personne est dépourvue d’ego. Paradoxalement, les gens en état de fluidité maîtrisent parfaitement ce qu’ils font, leurs réactions sont parfaitement adaptées aux besoins changeants de leur tâche. Et, bien qu’ils soient au sommet de leur performance, ils ne se demandent pas s’ils vont réussir ou échouer, c’est le pur plaisir de l’acte qui les motive. »(6)

Certes, je ne me reconnais aucune grande performance et l’excellence demeure à venir, mais rien n’empêche que si les moments de fluidité vont en grandissant, alors je ne porterai plus à terre, et moi qu’on accuse déjà d’avoir la tête dans les nuages, qu’est-ce que ce sera?

Mais je puis vous confirmer que dans ces moments de fluidité, je ne me demande pas si je vais « réussir ou échouer », être ou non édité, « c’est le pur plaisir de l’acte », penser puis écrire, qui me motive. Comment atteindre l’état de fluidité ?

« Il y a plusieurs façons d’atteindre l’état de fluidité. L’une d’elles consiste à se concentrer intensément sur la tâche à accomplir, une grande concentration est l’essence même de la fluidité. Il semble exister une boucle de rétroaction à l’entrée de cette zone, des efforts considérables peuvent être nécessaires pour parvenir à se détendre et à se concentrer, et ce premier pas réclame une certaine discipline. Mais, lorsque l’attention commence à se focaliser, elle acquiert une force propre qui permet à l’individu de s’abstraire du tourbillon des émotions et d’accomplir sa tâche sans effort.

On peut aussi atteindre l’état de fluidité lorsqu’on est engagé dans un travail pour lequel on est compétent, mais qui exige un certain effort. Comme l’a dit Csikszentmihalyi, « les gens semblent se concentrer mieux lorsque la tâche est un peu plus exigeante que d’ordinaire et qu’ils sont capables de donner davantage d’eux-mêmes. Si c’est trop facile, ils s’ennuient. Si c’est trop difficile, ils deviennent anxieux. La fluidité apparaît dans cette zone délicate délimitée par l’ennui et l’anxiété(7) ».(8)

Autrement dit, pour notre propos dans ce livre, le pur plaisir de penser ne viendra pas car, si l’acte est trop facile, penser sera ennuyeux, et si l’acte est trop difficile, penser sera angoissant. Dans ces conditions, même en tentant de faire un premier pas avec la meilleure discipline du monde; nous allons à contre-courant de la pensée joyeuse.

L’ennui crée une tension nerveuse, tout comme l’anxiété (ou l’angoisse) et cela empêche de nous oublier nous-mêmes, de nous concentrer sur autre chose et, par conséquent, de trouver du plaisir à penser. Mais, il ne s’agit pas d’éliminer complètement la tension nerveuse, d’être au neutre, mais de trouver le degré minimum pour un résultat maximum.

« La relation entre l’anxiété et les résultats obtenus, y compris les résultats intellectuels, constitue une courbe en forme de U renversé. Au sommet, la relation est optimale, un minimum de tension nerveuse amenant des résultats remarquables. Mais une tension insuffisante ? la branche ascendante du U renversé ? rend l’individu apathique ou ne le motive pas assez pour qu’il fournisse l’effort requis alors qu’une anxiété excessive ? l’autre branche du U ? réduit à néant tous ses efforts.

Un état de légère exaltation, ce que les psychologues nomment l’hypomanie, semble idéal pour les écrivains et les autres personnes engagées dans des activités créatrices qui exigent souplesse de pensée et imagination; cet état se trouve près du sommet de la courbe en U. Mais si cette euphorie échappe à tout contrôle pour devenir une véritable agitation, comme chez les maniaco-dépressifs, celle-ci empêchera de penser de manière assez cohérente pour bien écrire, même si le flot des idées circule librement ? en fait trop librement pour suivre l’une d’elles assez loin et lui donner une forme achevée. »(9)

C’est la distance entre les deux pattes du U renversé qui crée la tension imagée ainsi par l’auteur. Trop rapprochées ou trop éloignées, le sommet du U cédera, vers le haut ou vers les bas, avec le même résultat : il n’y a plus rien de joyeux à l’acte de penser.

Pour trouver une solution à ce problème, ou à un autre, il faut libérer de la tension en trouvant le moyen de rire pour disposer à nouveau positivement notre esprit :

« Tant qu’elles durent, les dispositions d’esprit positives augmentent l’aptitude à penser avec souplesse et facilitent ainsi la résolution de problèmes, qu’ils soient théoriques ou interpersonnels. Une bonne façon d’aider quelqu’un à surmonter une difficulté consiste à lui raconter une histoire drôle. Le rire, comme la bonne humeur en général, libère la pensée, facilite les associations d’idées et permet ainsi de découvrir des relations qui, autrement, auraient pu passer inaperçues, et cette faculté mentale est importante non seulement d’un point de vue créatif, mais aussi parce qu’elle aide à saisir des relations complexes et à prévoir les conséquences d’une décision donnée. »(10)

Curieux à dire, mais le rire amènera à la pensée joyeuse, comme l’idée incline à l’acte. Et rien ne vaut plus que de rire de soi-même, y compris de cet état de tension dans lequel nous nous sommes nous-mêmes placés. Le surplus d’anxiété, de stress ou de trac destructeur, devrait nous chatouiller l’esprit et nous donner ne serait-ce qu’un sourire en coin. Il faut dédramatiser notre tension nerveuse. Je ne conseille pas ici de la prendre à la légère, de faire semblant de rien avec un rire nerveux, insignifiant ou carrément niaiseux. Je propose plutôt un rire sincère de soi-même. Après tout, c’est le problème qui mérite notre respect, pas la tension qu’il crée en nous.

C’est vrai, nous avons tendance à juger l’ampleur d’un problème d’après la tension qu’il nous donne à ressentir. C’est une erreur. À l’instant où j’écris ces lignes, notre laveuse est brisée et nous ne disposons pas de l’argent pour la réparer. L’idée d’avoir à nouveau à laver nos vêtements à la main dans le bain nous répugne, ne serait-ce qu’une seule fois. Le problème crée une grande tension, chez moi et chez mon épouse. Mais nous devons admettre que notre tension est plus grande que notre problème et qu’elle nous empêche sûrement d’y trouver une solution imaginative. Il n’y a pourtant pas de quoi rire, si ce n’est le conseil du réparateur au téléphone qui nous invite à utiliser notre laveuse jusqu’à ce qu’elle cesse complètement de fonctionner. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il faudrait la sortir dehors car une fumée noire s’échappe du moteur. J’imagine la laveuse sur le perron avec les voisins se demandant si elle ne carbure pas au diesel. J’y pense, je pourrais peut-être relier notre laveuse avec le moteur d’une tondeuse et un pot d’échappement à l’extérieur, comme la sécheuse. « C’est pas drôle », diront les plus dramatiques en pensant que nous n’avons même pas les moyens de réparer notre laveuse, tout en portant un jugement sur notre pauvreté. Pourtant, je suis certain que ces derniers disposent déjà d’une solution, elle est davantage théorique que pratique. Heureusement, nous avons trouvé à rire et ainsi évité d’être paralysés par notre tension pour garder le cap sur la recherche d’une solution pratique. Nous conservons notre calme et trouvons ainsi le moyen de bien dormir, malgré tout.

Aujourd’hui, je puis vous annoncer qu’une solution nous fut proposée par un organisme de charité : un prêt nous est consenti pour l’achat d’une laveuse usagée que nous pourrons rembourser selon nos moyens. Notre calme n’est pas étranger à la confiance que cet organisme nous manifeste. Si nous avions dramatisé au point de perdre les pédales, il aurait été normal de penser que nous laissions la tension prendre le dessus et, de là, qu’il en allait de même, avec notre budget.

Certes, rire de notre situation nous a permis de garder notre calme mais ce ne fut pas l’euphorie de la pensée joyeuse dont je vous parlais plus haut. En revanche, je ne vois pas comment celui ou celle qui ne vaut pas une risée pourrait accéder à la pensée joyeuse. Car cette dernière demande, non pas de se prendre au sérieux, mais plutôt de prendre au sérieux ce que l’on fait, de façon à s’y fondre, à s’oublier dans l’acte de penser ou tout autre acte de travail.

Comme je vous le disais, j’ai moi-même tendance à dramatiser et je constate que plusieurs personnes au sein de la société suivent la même tendance.

Personnellement, je dramatise par anticipation du pire si une solution n’est pas apportée à temps. Je n’ose pas avouer que cela me motive à vite trouver une solution puisque mes anticipations ont tout pour me perturber. Chose certaine, je suis très rarement surpris par le pire : ou je l’avais prévu car, comme vous, je ne contrôle pas tout, et parfois je ne peux tout simplement pas l’éviter, ou il y a toujours pire car mon imagination est passée maître dans les scénarios catastrophes. Pour moi, dramatiser, c’est prendre du recul pour situer le problème dans la perspective d’une solution qu’importe l’ampleur qu’il pourrait prendre.

Évidemment, la dramatisation ne règle pas le problème pour autant, mais elle me donne le recul utile pour distinguer très nettement la tension créée par le problème du problème lui-même. Plus je dramatise ou plus j’anticipe le pire, plus je dois me rendre à l’évidence que mon problème exerce une grande tension sur moi. Comprenez-moi bien : le fait de dramatiser ne crée pas la tension mais du recul face à la tension alors considérée comme la source de la dramatisation. Bref, la tension précède la dramatisation.

Pour me concentrer sur le problème, je dois donc évacuer cette tension. En dramatisant moins ? Non. Ça ne marche pas car je me sens insécurisé face à l’ampleur actuelle et possiblement à venir du problème. En fait, je crains qu’un aspect du problème échappe au contrôle que je peux exercer. J’ai trouvé dans le rire la seule solution pratique à effet rapide. Or, impossible de rire de soi et de son problème sans le recul acquis de la dramatisation.

Plus encore, comme le soulignait monsieur Goleman, le rire facilite les associations d’idées utiles pour dénicher des solutions à des problèmes qui demandent de l’imagination. Il donne cet exemple :

« Une étude a montré que les personnes qui viennent de voir des vidéogags résolvent plus facilement un problème utilisé depuis longtemps par les psychologues pour tester l’imagination des gens(11) : on donne aux sujets une bougie, des allumettes et une boîte de punaises, et on leur demande de fixer la bougie à un mur de sorte qu’en brûlant la cire ne coule pas par terre. La plupart des gens abordent le problème en ne considérant que l’utilisation habituelle des objets dont ils disposent. Ceux qui ont vu les vidéogags comprennent plus facilement qu’il existe une manière inhabituelle de se servir de la boîte contenant les punaises, et certains aboutissent à une solution inédite : ils fixent la boîte au mur et y placent la bougie. »(12)

Généralement, nous ne sommes pas disposés à rire lorsqu’un problème occupe notre esprit, pas même à prêter notre attention à des vidéogags. Nous sommes davantage portés à croire qu’il faut être sérieux pour trouver la solution à un problème, être sérieux pour prendre le problème au sérieux. Cette attitude sérieuse est le vrai drame car le recul ne sera que rationnel alors qu’il doit aussi et surtout être émotionnel. Nous luttons ici contre l’anxiété paralysante, une émotion de la famille de la peur, et contre la dépression, membre de la famille de la tristesse. Faire preuve de tout le sérieux du monde ne diminuera jamais la tension comme un rire sincère. Être trop sérieux peut avoir le même effet que de perdre son calme : paralyser l’imagination.

Combien de fois entendons-nous des gens témoigner de leurs quêtes de solutions à des problèmes en ces termes : « La solution était là, devant moi, mais je ne la voyais pas ». Trop sérieux ou trop énervés, ils n’ont rien vu jusqu’à ce qu’ils rient un peu, se détendent et se calment. D’ailleurs, c’est souvent avec le sourire aux lèvres qu’ils relatent les événements.

Si vous n’avez pas tendance à rire de vous-mêmes et de vos problèmes, il faut un effort pour cultiver une nouvelle attitude. D’abord, vous devez être témoin de la tension qu’un problème exerce sur vous. Un problème peut vous ennuyer au point de créer en vous une tension en raison de l’absence de défi. Difficile de supporter l’ennui, plus spécifiquement, de prêter toute l’attention nécessaire pour résoudre un problème qui nous ennuie. Dans le cas de l’anxiété, c’est le contraire; le défi semble trop grand pour notre capacité. Dans un cas comme dans l’autre, il faut déterminer d’où vient la tension, de trop d’ennui ou de trop d’anxiété, de l’absence de défi ou d’un trop grand défi ?

Le danger de se concentrer sur l’ennui ou l’anxiété est évident : être encore plus ennuyé ou anxieux. C’est sur la tension elle-même qu’il faut se concentrer, c’est elle qu’il faut évacuer. Tendu, on ne pourra pas régler le problème de l’ennui ou de l’anxiété et encore moins le problème qui cause l’ennui et l’anxiété. Ici, la solution, c’est d’évacuer la tension et, le défi, c’est d’être disposé à rire.

Comment ? En y pensant, c’est-à-dire en faisant du rire une étape du processus de recherche de solution aux problèmes, provoquant trop d’ennui ou d’anxiété. Il faut se rappeler que nous devons rire quand ça va mal. Pour ce faire, profitez des moments où ça va bien pour vous concentrer sur l’importance du rire en cas de panne et votre esprit fera le reste. Au besoin, trouvez-vous un pense-bête, comme une note à coller au réfrigérateur ou un petit objet à glisser parmi vos pièces de monnaie.

Vous pouvez aussi vous constituer une réserve d’histoires drôles ou de vidéogags ou encore, vous réserver un budget pour assister au spectacle d’un humoriste.

Personnellement, je n’attaque pas de front la nécessité de rire. Autrement dit, je ne cherche pas trop à rire, je préfère laisser le rire venir à moi. C’est bête, mais plus je cherche à rire, moins je trouve à rire. Par exemple, j’aime tirer le rire d’une boutade formulant une solution ridicule, farfelue ou absurde. Je pousse souvent la plaisanterie jusqu’à la moquerie, à l’autodérision. J’éprouve aussi une grande satisfaction à me moquer des autres, bien sûr, à leur insu, s’il faut absolument me trouver des raisons de rire, ce qui est tout un exercice, car je ne trouve pas généralement très drôles les réactions des autres à mes problèmes; elles ajoutent davantage à ma tension qu’elles les soulagent. J’aborde le sujet et les limites que je m’impose dans La pensée empathique.

J’ai observé que plus la dramatisation est personnelle, plus le rire est difficile. En fait, plus une personne prend ses problèmes de façon personnelle, comme une faiblesse, plus elle a tendance à se punir en se dévalorisant, simplement parce qu’elle a un problème, ce qui ajoute un problème de plus. Bref, avoir un problème est une faiblesse punissable chez ceux et celles qui prennent les choses de façon trop personnelle. La personne s’accuse d’avoir un problème et elle ne trouve pas le moyen d’en rire. Si elle a l’intelligence de reconnaître ne pas tout contrôler (de ne pas être la seule et unique responsable), elle a tout de même l’inintelligence d’accorder à sa responsabilité un rôle encore trop important dans sa dramatisation. Centrée sur elle-même, elle s’afflige. Il n’y a pourtant aucune solution pour retrouver le sourire dans cette démarche.

La route de la pensée joyeuse, du simple rire jusqu’à l’euphorie d’un grand bien-être, sera toujours parsemée de problèmes de toutes sortes pouvant causer l’ennui ou l’anxiété et ainsi nous inciter à concentrer notre attention sur nous-mêmes au détriment de l’acte ultime : être bien. Lorsque nous ne le sommes pas, c’est parce que nous avons manqué de donner à rire à l’intelligence, à rire de nous-mêmes et du problème qui nous a ainsi écartés du droit chemin.

__________________

NOTES

1. Pour les intéressés, c’est plutôt dans le chapitre La pensée initiatique que je traite de « la pensée sous influence de la drogue ».

2. Le Petit Robert. Je réserve le bonheur au chapitre La pensée heureuse.

3. (Note originale de l’auteur) Mihaly Csikszentmihalyi, « Play and Intrinsic Rewards », Journal of Humanistic Psychology 15, 3, 1975. « Mihaly Csikszentmihalyi, the Father of ‘Flow,’ Dies at 87 ».

4. (note originale de l’auteur ) Id. (Mihaly Csikszentmihalyi), Flow : The Psychology of Optimal Experience, 1re édition, Harper and Row, New York, 1990. Flow sur Wikipédia.

5. (Note originale de l’auteur) « Like a Waterfall », News-week, 28 février 1994.

6. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 121-122.

7. (Note originale de l’auteur) J’ai interviewé le Dr Csikszentmihalyi, dans le New York Times, 4 mars 1986. (CONCENTRATION IS LIKENED TO EUPHORIC STATES OF MIND).

8. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 122-123.

9. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 114.

10. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 114.

11. (Note originale de l’auteur) Alice Isen et al., « The Influence of Positive Affect on Clinical Problem Solving », in Medical Decision Making, juillet-septembre 1991.

12. Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 115.


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Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

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Article # 42

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

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Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


Vidéos


Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


dossier-philotherapie-bandeau-750

DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide


Article # 41

Antonio R. Damasio

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

damasion-erreur-descartes-c2-1280


Quatrième de couverture

Être rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le vieux dualisme cartésien et contre tous ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’un super ordinateur, c’est en tout cas ce que révèlent les acquis récents de la neurologie : l’absence d’émotions et de sentiments empêche d’être vraiment rationnel.

Antonio R. Damasio est professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie. Il est directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion, de la décision et de la créativité à l’Université de Californie du Sud. Il est également l’auteur de Spinoza avait raison et du Sentiment même de soi.

Source : Éditions Odile Jacob.

Lire en extrait


Au sujet de l’auteur – ANTONIO DAMASIO, M.D., Ph.D.

209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgAntónio Rosa Damásio, plus connu comme Antonio Damasio, né le 25 février 1944 à Lisbonne (Portugal), est un médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie luso-américain.

Fonctions

Après avoir obtenu son doctorat en neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Lisbonne, Antonio Damasio fonde en janvier 1971 avec sa femme Hanna (pt) le « Centro de Estudos de Linguagem Egas Moniz »1. En 1975, le couple quitte le Portugal pour rejoindre Norman Geschwind à Harvard et y mener ses premières recherches en neurosciences1. Antonio Damasio devient enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’aphasie à Boston puis rejoint le Département de neurologie de l’Université de l’Iowa qu’il dirige de 1976 à 19952.

Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 20053,4.

Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla5 et écrivain.

Source : António Damásio, Wikipédia.

Profil de l’auteur sur le site web de l’University of Southern California

Site de la Brain and Creativity Institute (BCI) de l’University of Southern California

Curriculum Vitae


Revue de presse

A. Damasio. L’erreur de Descartes (1995) ; Le sentiment même de soi (1999) ; Spinoza avait raison (2003) – Paris : Odile Jacob,  Arnaud Grandguillaume and Charles Piroux

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, la raison des émotions [compte-rendu] Coquet Jean-Claude

L’Erreur de Descartes : Plaidoyer pour une prise en compte professionnelle des émotions en classe.

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident, Marc-Williams Debono

Pourquoi la raison se nourrit des émotions

(PDF) Émotions et Raison chez Descartes: L’Erreur de Damasio


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Mon rapport de lecture du livre

L’Erreur de Descartes

La raison des émotions

Éditions Odile Jacob

Date de parution de la traduction française : 1995, 2001, 2006, 2010
Traduit de l’anglais (États-Unies) par Marcel Blanc
L’édition originale en langue anglaise de cet ouvrage est parue chez A. Grosset/Putman Books sous le titre :

Descartes’ Error

Emotions, Reason, and the Brain

© Antonio R. Damasio, M. D., 1994

Antonio Damasio at "Fronteiras do Pensamento" in Porto Alegre, Brazil, 2013. Source : Flickr: António Damásio no Fronteiras do Pensamento Porto Alegre 2013. Auteur : Fronteiras do Pensamento. Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnelle » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Fidèle à mon habitude de remonter à la source même de toute référence de cette importance, je me suis procuré le livre de monsieur Damasio cette année. Je sais, j’y en ai mis du temps entre les deux lectures mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire ses devoirs.

Il faut dire que mon récent intérêt pour la philothérapie m’a poussé vers la lecture du livre de monsieur Damasio. J’ai relevé chez quelques uns des philosophes praticiens dont j’ai étudié les publications le recours à la répression des émotions auprès de leurs clients. Il me faut ajouter avoir vécu à titre de client une telle répression de mes émotions lors de consultations philosophiques ( voir : Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien). Or, depuis ma prise de conscience du rôle positif des émotions sur la raison grâce à messieurs Goleman et Damasio, la répression des émotions ne m’apparaît pas comme une bonne pratique le temps venu de cogiter des décisions. Puisque la philothérapie se doit de contribuer à l’éveil et au développement de l’esprit critique, lequel requiert des prises de décision, elle doit non pas réprimer les émotions des clients mais à tout le moins les respecter.

Si monsieur Damasio pointe du doigt le mathématicien et philosophe René Descartes dans le titre de son livre, c’est parce que ce dernier concevait « le corps comme une machine purement matérielle et l’âme comme une entité immatérielle, donc, radicalement distincte de la machine corporelle, mais agissant sur elle. Cette conception a reçu le nom de « dualisme ». » (Source) Descartes met donc en opposition le corps (matériel) et l’esprit (immatériel). Il avance que seule la raison (immatérielle) permet à l’homme de comprendre le monde. Les émotions et les passions (notre corps) perturbent notre esprit et, par conséquent, notre compréhension du monde selon Descartes. En effet, les émotions relèvent de notre corps, de nos sens. Antonio R. Damasio explique :


« C’est là qu’est l’erreur de Descartes: il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel ou une souffrance provoquée par une douleur physique, pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien avoir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. »

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 337.


L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, p. 339.


Les phénomènes mentaux véritablement intégrés dans le corps, tel que je les envisage, sont tout à fait capables de donner lieu aux plus hautes opérations, comme celles relevant de l’âme et du niveau spirituel. De mon point de vue, nonobstant tout le respect que l’on doit accorder à la notion d’âme, on peut dire que cette dernière reflète seulement un état particulier et complexe de l’organisme. (…)

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 339-340.


Antonio R. Damasio introduit les explications ci-dessus en questionnant le fameux « Je pense, donc je suis » de René Descartes. Il soutient que son cette célèbre phrase devrait plutôt être « Je suis, donc je pense » pour respecter les découvertes scientifiques des neurosciences.

Quelle a donc été l’erreur de Descartes ? Ou mieux encore, quelle erreur de Descartes ai-je l’intention de relever, sans ménagement et avec ingratitude ? On pourrait commencer par lui reprocher d’avoir poussé les biologistes à adopter ? et ceci est encore vrai à notre époque ? les mécanismes d’horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le « Je pense, donc je suis ». Cette formule, peut-être la plus célèbre de l’histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du Discours de la Méthode (1637)’ et en latin (« Cogito, ergo sum »), dans les Principes de philosophie
(1644) 3. Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que Penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante » (res cogitans), et du corps non pensant, qui est caractérisé par une « étendue », et des organes mécaniques (res extensa).

Cependant, bien longtemps avant l’aube de l’humanité, des organismes ont existé. À un certain moment de l’évolution, une conscience élémentaire est apparue, correspondant à un fonctionnement mental simple. Lorsque ce dernier est devenu plus complexe, la possibilité de penser s’est instaurée, et même ultérieurement, celle d’utiliser un langage pour communiquer et mieux penser. Donc, à mes yeux, le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est d’ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et seulement plus tard, nous pensons. Nous sommes, et ensuite nous pensons, et nous ne pensons que dans la mesure où nous sommes, puisque la pensée découle, en fait, de la structure et du fonctionnement de l’organisme.

DAMASIO, Antonio R., L’erreur de Descartes – La raison des émotions, Éditions Odile Jacob, 1995, Éditions 2010 – 2021, pp. 334-335.

Antonio R. Damasio a fait ses découvertes en constatant la difficulté à prendre des décisions et l’adoption de comportements sociaux anormaux chez des patients ayant certaines lésions au cerveau, notamment le cortex préfrontal ventro-médian, affectant la réception et l’interprétation des émotions. Autrement dit, privés de la contribution de leurs émotions, les patients ne parviennent plus à prendre des décisions et à se comporter en société de façon normale.

Se référant aux travaux de Antonio R. Damasio, Daniel Golemen écrit dans on livre « L’intelligence émotionnelle » :

Considérons aussi le rôle joué par les émotions, même lorsque nous prenons les décisions les plus « rationnelles ». Dans des travaux très importants pour la compréhension de la vie mentale, Antonio Damasio, neurologue à la faculté de médecine de l’université de l’Iowa, a étudié comment est affecté le comportement des patients dont le circuit lobe préfiontal-amygdale a été endommagé lg. Leurs décisions sont gravement faussées, et pourtant ni leur QI ni aucune de leurs capacités cognitives ne semblent diminués. Bien que leur intelligence soit restée intacte, ils effectuent des choix désastreux dans leur vie professionnelle et privée, et il leur arrive même de tergiverser sans fin avant de prendre une décision aussi simple que le choix de l’heure d’un rendez-vous.

Selon Damasio, si leurs décisions sont aussi erronées, c’est parce qu’ils n’ont plus accès à leurs connaissances émotionnelles. Au point de rencontre entre la pensée et les émotions, le circuit lobe préfrontal-amygdale constitue un passage essentiel vers le réservoir des goûts et dégoûts que nous avons accumulés au cours de notre vie. Coupé de la mémoire affective emmagasinée dans l’amygdale, ce que le néocortex analyse ne parvient plus à déclencher les réactions émotionnelles qui y étaient associées : tout se teinte d’une morne neutralité. Un stimulus, qu’il s’agisse d’un animal adoré ou d’une personne détestée, ne suscite plus ni attirance ni aversion. Ces patients ont « oublié » ces connaissances émotionnelles parce qu’ils ont perdu la clé de leur entrepôt, situé dans l’amygdale.

Des faits de ce genre ont conduit Damasio à considérer que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sentiments sont indispensables aux décisions rationnelles ; ils nous orientent dans la bonne direction, celle où la logique pure peut être utilisée au mieux. Au cours de l’existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (quelle formule d’épargne retraite choisir? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d’ordre émotionnel (le souvenir d’un mauvais investissement ou d’une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d’autres. C’est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 47-48.

La principale leçon que l’on peut retirer de toute cette histoire est que les sentiments jouent un rôle décisif dans le flot incessant de nos décisions personnelles. Si la violence des sentiments peut s’avérer catastrophique pour le raisonnement, leur méconnaissance peut être tout aussi désastreuse, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions dont peut dépendre notre avenir – quel métier choisir ? doit-on quitter un emploi sûr pour un autre moins stable mais plus intéressant? quel homme ou quelle femme fréquenter ou épouser ? dans quelle région s’établir ? quel appartement ou maison louer ou acheter? et ainsi de suite, notre vie durant. La raison seule ne peut fonder ces décisions ; elles exigent que l’on sente les choses « dans les tripes » et que l’on mette à profit cette sagesse des sentiments accumulée au fil des expériences passées. La logique formelle ne vous permettra jamais de choisir votre conjoint ou votre métier, ni de déterminer si vous pouvez faire confiance à quelqu’un. Il est des domaines où la raison est aveugle sans les sentiments.

Les signes intuitifs qui nous guident en ces moments décisifs sont des impressions viscérales d’origine limbique, ce que Damasio nomme des « marqueurs somatiques », des sentiments instinctifs. Un marqueur somatique est une sorte d’alarme automatique dont le rôle est d’attirer l’attention sur le danger potentiel présenté par telle ou telle ligne d’action. Le plus souvent, ces marqueurs nous détournent d’un certain choix contre lequel notre expérience nous met en garde, mais il arrive aussi qu’ils nous signalent une occasion à ne pas manquer. Dans ces moments-là, nous ne nous rappelons généralement pas des expériences particulières à l’origine de notre sentiment négatif, seul importe  l’avertissement qui nous est donné. Chaque fois qu’apparaît un tel sentiment instinctif, nous avons la possibilité de nous décider avec plus de confiance, et donc de réduire l’éventail de nos choix. En bref, pour rendre plus saines nos décisions personnelles, il faut être en accord avec nos propres sentiments.

GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 75.

Des travaux de Antonio R. Damasio et d’autres chercheurs est venu le concept de l’intelligence émotionnelle. On a l’habitude de mesurer en établissant son quotient intellectuel. Or, l’intelligence d’une personne n’est efficiente que si elle profite aussi d’une intelligence émotionnelle. Nous connaissons tous des personnes très intelligentes qui nous paraissent cependant souffrir d’une mauvaise gestion de leurs émotions tant sur le plan personnel qu’interpersonnel affectant leurs comportements.


Permettez-moi de vous mettre en garde contre les nombreuses contrefaçons et exploitations erronées du concept d’intelligence émotionnelle. Référez-vous au concept original popularisé par Daniel Goleman.


Imaginez-vous maintenant dans une consultation philosophique avec un philosophe praticien qui réprime la moindre émotion que vous avez et qui, en place et lieu de vous permettre de les exprimer, vous presse de répondre à ses questions. Je l’ai vécu et j’ai trouvé la méthode de ce philosophe praticien (dialogue socratique – maïeutique) très bizarre.

Si la consultation philosophique est un dialogue d’égal à égal entre le philosophe praticien et son client, l’échange ne peut pas être purement rationnel car la raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions. Soit les philosophes praticiens adeptes de la méthode socratique ne sont pas bien au fait des travaux en neuroscience, soit ils souffrent eux-mêmes inconsciemment d’une carence en intelligence émotionnelle. La philosophie évolue souvent  dans une bulle qui la prive des bénéfices de l’interdisciplinarité, dans le cas présent, des neurosciences.


La lecture de « L’erreur de Descartes » de Antonio R. Damasio exige un effort de concentration en raison de son caractère scientifique. Monsieur Damasio offre une véritable leçon d’anatomie du cerveau et de son fonctionnement. Ce livre est écrit en spirale. Monsieur Damasio prend soin de nous introduire à un sujet pour ensuite revenir sur ce dernier en élargissant progressivement son propos, ce qui, avec la concentration utile, est profitable aux lecteurs. Malgré tout, ce livre ne se lit pas comme un roman.


Je recommande la lecture de ce livre et je lui accorde quatre étoiles sur cinq.


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Liste des articles du dossier par ordre de publication

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/ Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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