Xiaojun Ding, Jiayi Xin, Peter Harteloh, Caifeng Xie, Sirui Fu et Minqiang Xu
Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, 2025, 1–32. https://doi.org/10.1017/S0012217325100723.
Creative Commons
This is an Open Access article, distributed under the terms of the Creative Commons Attribution licence (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted re-use, distribution and reproduction, provided the original article is properly cited.
La pratique philosophique a émergé en tant que discipline transformative qui fait le lien entre la recherche théorique et la vie quotidienne. Apparu à la fin du XXe siècle, ce domaine intègre le conseil, la thérapie et d’autres applications pratiques des perspectives philosophiques permettant de répondre aux défis existentiels et pragmatiques auxquels sont confrontés les individus, les groupes et les organisations dans la société contemporaine. Cet article examine la définition, l’évolution historique, les bases théoriques et les méthodologies de la pratique philosophique, tout en discutant des perspectives de professionnalisation — y compris la certification, les directives éthiques et l’intégration au sein des systèmes de santé et d’éducation. En fin de compte, cette étude souligne le potentiel de la pratique philosophique à revitaliser la pertinence de la philosophie, à favoriser l’épanouissement personnel et à améliorer le bien-être de la société.
Affiliations : Département de philosophie, École des humanités et sciences sociales, Université Jiaotong de Xi’an (Chine) ; Institut Érasme pour la pratique philosophique, Rotterdam (Pays-Bas)
Publication :Dialogue: Canadian Philosophical Review / Revue canadienne de philosophie, Cambridge University Press, 2025, p. 1–32
1. Problématique et thèse centrale
L’article aborde la crise de pertinence de la philosophie universitaire contemporaine, souvent qualifiée d’« armchair philosophy » (philosophie de fauteuil), caractérisée par une spéculation abstraite, métaphysique ou analytique, isolée des défis vécus par les individus. Face aux mutations sociétales accélérées, à la dissolution des repères traditionnels et aux limites du paradigme biomédical de la santé mentale (qui tend à médicaliser et pathologiser des angoisses purement existentielles sous le terme d’états dépressifs), les auteurs soutiennent la thèse suivante :
Thèse centrale : La pratique philosophique contemporaine (Philosophical Practice) ne constitue pas une simple déclinaison vulgarisée ou appliquée de la philosophie théorique, mais incarne un véritable changement de paradigme épistémologique (au sens kuhnien réinterprété sociologiquement) et une profession émergente autonome, restaurant la philosophie comme « mode de vie » (art of living) et dialogue dialectique non pathologisant.
2. Archéologie historique et clarification conceptuelle
Les auteurs établissent une généalogie rigoureuse de la discipline en distinguant trois échelles temporelles et conceptuelles :
??????????????????????????????????????????????????????????
? PHILOSOPHIE COMME MODE DE VIE (Antiquité / Transculturel)?
? Hadot, Socrate, Stoïciens, Confucius, Daoïsme ?
??????????????????????????????????????????????????????????
?
??????????????????????????????????????????????????????????
? DIALOGUE SOCRATIQUE DE GROUPE (Début du XXe siècle) ?
? Nelson & Heckmann (ouvriers, espace public) ?
??????????????????????????????????????????????????????????
?
??????????????????????????????????????????????????????????
? CONSULTATION PHILOSOPHIQUE PRIVÉE (Années 1980) ?
? Achenbach (1981), Hoogendijk (hors académie/thérapie)?
??????????????????????????????????????????????????????????
La temporalité immémoriale et transculturelle : En référence explicite aux travaux de Pierre Hadot (1995), la philosophie antique (grecque, romaine, mais également chinoise confucéenne ou taoïste) n’était pas un discours universitaire sur des concepts, mais un ensemble d’exercices spirituels et un art de vivre. Les auteurs rappellent la transition historique : la philosophie socratique se tenait sur l’agora (marché public), s’est sédimentée dans des écoles (l’Académie de Platon, le Portique), avant d’être confinée dans l’espace universitaire médiéval (charte de Bologne, 1158) et moderne, devenant une discipline scientifique coupée du profane.
Le tournant socio-critique du début du XX? siècle : L’essor des dialogues néo-socratiques initiés en Allemagne par Leonard Nelson et Gustav Heckmann auprès de travailleurs et d’ouvriers a démontré la capacité de l’investigation philosophique à exister comme activité démocratique, collective et publique.
L’institutionnalisation contemporaine (fin du XX? siècle) : L’acte de naissance de la consultation philosophique individuelle moderne est fixé en 1981 en Allemagne avec Gerd B. Achenbach (fondation de l’IGPP en 1982), suivi par Adriaan Hoogendijk aux Pays-Bas. Ce geste a consisté à ouvrir des cabinets de consultation privés en dehors des institutions académiques et psychiatriques.
3. Typologie des modalités d’intervention
L’étude cartographie l’exercice de la discipline selon trois grands axes opérationnels :
Examen des visions du monde (worldview), clarification conceptuelle, autocompréhension, alignement existentiel (« thérapie pour les personnes saines » selon Marinoff).
Facilitation de groupe (Group Facilitation)
Cafés philosophiques (Marc Sautet), bibliothèques, écoles (Philosophie pour enfants / P4C de Lipman)
• Dialogue néo-socratique (Nelson-Heckmann)
• Méthode maïeutique interrogative (Brenifier)
Élucidation coopérative, développement des vertus intellectuelles, délibération publique, déconstruction des présupposés non examinés.
Résolution des dilemmes éthiques d’entreprise, clarification des valeurs institutionnelles, gestion de la souffrance au travail, gouvernance éthique.
4. La modélisation méthodologique : l’exemple du protocole P.E.A.C.E.
Pour surmonter le reproche de flou méthodologique souvent adressé aux philosophes, Lou Marinoff a développé un modèle universel en cinq étapes articulé par les auteurs :
P (Problem) : Identification dialectique du problème fondamental soulevé par le client.
E (Emotion) : Reconnaissance et verbalisation constructive des réactions émotionnelles (point d’intersection avec la psychothérapie).
A (Analysis) : Évaluation rationnelle, logique et argumentation critique des options envisageables (la philosophie ne cherche pas à anesthésier la douleur, mais à clarifier les implications logiques).
C (Contemplation) : Élargissement de la perspective ; identification des cadres interprétatifs globaux et intégration des philosophies existentielles ou éthiques pertinentes.
E (Equilibrium) : Atteinte d’un équilibre réflexif où la situation de départ cesse d’être vécue comme une aporie paralysante.
En miroir, l’article met en évidence la méthode du « Beyond-Method » d’Achenbach ou la méthode réflexive de Harteloh : ici, l’imposition d’un protocole standardisé est rejetée car elle risquerait de transformer le client en un simple sous-produit d’une technique comportementale, au détriment de sa singularité existentielle et de son auto-reconstruction.
5. Démarcation épistémologique : Consultation philosophique vs Psychothérapie
L’un des apports majeurs de l’article réside dans la déconstruction des frontières entre psychothérapie clinique et consultation philosophique :
La question des fondements cachés de la psychothérapie :
Les auteurs rappellent que les grandes psychothérapies reposent sur des postulats philosophiques implicites :
Freud et l’ontologie des pulsions (Éros et Thanatos).
Carl Rogers et la perspective humaniste/phénoménologique de l’authenticité et de l’autoréalisation.
Les thérapies cognitives comportementales (TCC de Beck, REBT d’Ellis), directement issues du stoïcisme antique (Épictète) et du doute méthodique cartésien.
Le refus de la médicalisation : Les souffrances modernes (perte de sens, anxiété face à la mort, crises éthiques, sentiment d’absurdité) ne relèvent généralement pas de dysfonctionnements neurobiologiques, mais d’incohérences de vision du monde ou de crises de valeurs. Traiter ces questions exclusivement sous l’angle de la dépression biochimique constitue une erreur de catégorie épistémologique.
La relation dialogique : Contrairement à la relation clinique asymétrique (soignant/patient diagnostiqué), la relation en consultation philosophique est une maïeutique horizontale entre co-penseurs (co-thinkers).
6. La pratique philosophique comme nouveau paradigme kuhnien
S’appuyant sur les travaux de Peter Harteloh (2013), l’article soutient que la pratique philosophique remplit les critères d’un paradigme scientifique et intellectuel au sens de Thomas Kuhn (adapté par la sociologie des sciences de Merton) :
Rupture épistémologique : Dépassement du dogme positiviste séparant l’observateur de l’objet observé (analogie avec le principe d’incertitude d’Heisenberg en physique ou l’effet Hawthorne en sociologie). La pratique philosophique postule que la philosophie est inséparable de la subjectivité et de la conduite de vie de celui qui l’énonce.
Communauté et institutions dédiées :
Réseau mondial de conférences biennales initié à Vancouver en 1994 par Lahav et Marinoff (tenu à Paris, Leusden, New York, Oxford, Oslo, Mexico, Timi?oara, et Zagreb en 2025).
Revues académiques à comité de lecture spécialisées (Philosophical Practice: Journal of the APPA, International Journal of Philosophical Practice, HASER, etc.).
Sociétés professionnelles certifiantes (APPA et NPCA aux États-Unis, sociétés nationales en Allemagne, aux Pays-Bas, en Corée du Sud, etc.).
7. Professionnalisation : Critères, tensions éthiques et cursus
L’article consacre un développement approfondi à la transition du statut de mouvement intellectuel vers celui de profession réglementée :
La controverse du prérequis académique : Faut-il exiger un Master ou un Doctorat en philosophie pour pratiquer ?
Arguments corporatistes/qualitatifs (APPA) : Nécessité d’une rigueur herméneutique et logique pour éviter les dérives de coaching superficiel ou pseudo-thérapeutique.
Arguments d’ouverture : L’érudition livresque ne confère pas l’écoute bienveillante, l’agilité communicative ou l’empathie maïeutique nécessaires au dialogue en cabinet ; certains non-universitaires possèdent des vertus dialogiques remarquables.
Le concept de Bildung et la formation clinique supervisée : La formation (généralement sur 1 à 2 ans) ne repose pas uniquement sur l’acquisition de théories, mais sur l’auto-transformation du praticien (Bildung), l’étude de biographies exemplaires, et des stages pratiques supervisés avec enregistrement et analyse de consultations réelles. L’article cite en exemple la Corée du Sud (Société coréenne de consultation philosophique), qui impose des conditions strictes : Master minimum, 240 h de cours magistraux, 160 h d’ateliers, 70 h de pratique supervisée, présentation d’études de cas et publication d’au moins 3 articles de recherche.
8. Évaluation critique et portée prospective
Forces et apports épistémologiques
Décloisonnement culturel : Les auteurs intègrent un corpus transculturel équilibré, combinant traditions analytiques/continentales occidentales et sagesses chinoises (confucianisme avec l’articulation gongfu [effort]/jingjie [état spirituel], taoïsme), enrichissant l’assise théorique du dialogue.
Alternative concrète à la précarité des humanités : L’article valorise un débouché professionnel légitime pour les diplômés en philosophie, en dehors du goulet d’étranglement des postes universitaires ou de l’enseignement secondaire.
Limites et défis non résolus
Absence de régulation publique et d’intégration assurantielle : Les consultations philosophiques demeurent des actes privés non remboursés par la sécurité sociale ou les assurances maladie, limitant leur accessibilité financière aux classes socio-économiques favorisées.
Frontière pathologique et risque de responsabilité légale (malpractice) : Bien que l’article délimite la « thérapie pour personnes saines », le repérage précoce de troubles psychotiques ou de conduites suicidaires exige des compétences diagnostiques que la formation philosophique classique n’inclut pas, exposant le praticien à des dilemmes éthico-légaux sévères.
Tension entre commercialisation et authenticité : Le risque de voir la consultation philosophique dériver vers un « néo-coaching » néolibéral dépolitisé, axé sur l’optimisation des performances individuelles ou la pacification du mécontentement au sein de l’entreprise, demeure un point de vigilance éthique essentiel
Conclusion de l’analyse
L’étude de Ding et al. (2025) formalise un tournant fondamental : la pratique philosophique n’est plus une périphérie contestée, mais un paradigme structuré qui réconcilie la rigueur du concept universitaire et l’urgence de l’existence concrète, proposant une redéfinition démocratique et séculière du rôle du philosophe au XXI? siècle.
« Bien que la majorité des étudiantes et étudiants en Techniques d’éducation spécialisée (TES) du cégep de Granby réussit les cours de philosophie, l’effectif enseignant a souligné la pertinence d’améliorer la qualité de leur jugement professionnel, une compétence essentielle à l’accompagnement des personnes vulnérables. Dans ce contexte, une équipe interdisciplinaire de recherche a mis en œuvre une démarche inspirée du dialogue en Communauté de recherche philosophique (CRP) : la CRP adaptée à TES selon une approche mixte (Lipman, 2003; Abrami et al., 2015; Ahmadi et Besançon, 2019). Ainsi, les cinq groupes admis à l’automne 2023 ont reçu un enseignement explicite des habiletés de la pensée enseignées en philosophie, accompagné d’un enseignement par infusion dans des CRP adaptées à TES, dans tous leurs cours spécifiques des quatre premières sessions du programme. L’objectif général de la recherche est d’explorer la relation entre l’utilisation de cette approche mixte et le jugement des personnes étudiantes en TES au cégep de Granby.
Afin de décrire les changements chez les personnes étudiantes en ce qui concerne la pensée multidimensionnelle (critique, créative et attentive) (Lipman, 2003), la triangulation de méthodes de collecte de données qualitatives a été utilisée. Une analyse des verbatims de CRP et de journaux réflexifs à l’aide d’indicateurs de la pensée multidimensionnelle a été réalisée ainsi qu’une analyse thématique de verbatims de focus groups. Afin de décrire les changements observés chez les personnes étudiantes et enseignantes en TES en ce qui concerne leur rapport aux savoirs, une adaptation du test de Hofer (2000) a permis de mesurer quantitativement la perception de la nature du savoir chez les personnes et leur perception de la manière dont ces savoirs sont acquis.
Les résultats mettent en évidence un développement de la pensée multidimensionnelle chez les futures éducatrices et éducateurs spécialisés. En effet, ces derniers mobilisent davantage les habiletés de la pensée à l’intérieur de la CRP et adoptent un rapport aux savoirs plutôt propice à une posture réflexive. Toutefois, nous n’observons pas de modification significative de ce rapport pendant le projet. En outre, la mobilisation des habiletés de la pensée hors CRP constitue encore un défi, car l’écart entre les conditions idéales de la CRP et celles ordinaires de la discussion sociale pose problème.
Enfin, la collaboration interdisciplinaire entre les enseignantes et enseignants des Départements de philosophie et de TES révèle des effets prometteurs, ouvrant la voie à une « suite audacieuse », susceptible de jeter un regard nouveau sur les pratiques pédagogiques collégiales afin qu’elles s’inscrivent dans une approche programme forte et incarnée. »
L’article intitulé « Philosophical practice as experience and travel » est un travail de recherche fondamentale rédigé par José Barrientos Rastrojo, docteur et professeur à l’Université de Séville (Espagne). Cette étude a été publiée en 2019 dans la revue scientifique russe Socium i vlas? (?????? ? ??????), au sein du numéro 4 (78), précisément des pages 29 à 44. Enregistré sous les classifications thématiques académiques UDC 101.8 + 101.9, ce texte rédigé principalement en espagnol (et introduit par un résumé détaillé en anglais et en russe) s’inscrit dans les champs de la philosophie appliquée, de la phénoménologie de l’expérience et du conseil philosophique (philosophical counseling). L’auteur y examine de manière critique les dérives méthodologiques des animateurs non formés à la discipline, tout en posant les jalons théoriques et épistémologiques d’une « Philosophie Appliquée Expérientielle » capable d’opérer une véritable transformation métaphysique chez le sujet
1. Introduction et Problématique générale
Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo examine les fondements conceptuels et épistémologiques de la philosophie appliquée (ou pratique philosophique).
L’auteur part d’un constat contrasté : d’un côté, il existe un intérêt croissant et une forte demande de formations en philosophie appliquée de la part de professionnels extérieurs à la discipline. De l’autre, cette popularité génère une vive inquiétude quant au risque de dilution de la nature philosophique de ces pratiques. L’auteur cite notamment le philosophe Ran Lahav pour illustrer cette dérive :
« Personally, I acknowledge that many of the activities presented […] are very valuable. But please, let us not call « philosophy » what is obviously very different from the philosophy which philosophers throughout history have been doing. »
(« Personnellement, je reconnais que beaucoup des activités présentées […] sont très précieuses. Mais s’il vous plaît, n’appelons pas « philosophie » ce qui est manifestement très différent de la philosophie que les philosophes ont pratiquée tout au long de l’histoire. »)
De nombreux praticiens non formés réduisent la philosophie à l’usage d’un simple dialogue ou à l’emploi superficiel de concepts isolés (comme la « liberté » ou le « genre »). L’auteur s’interroge sur cette légitimité en citant Lydia Amir :
« Philosophical practitioners should take philosophy seriously and avoid setting philosophy short, misrepresenting it, or passing it for what it is not. To take philosophy seriously is to be loyal to its objectives. […] However, not every conversation with a philosopher is philosophical. »
(« Les praticiens de la philosophie devraient prendre la philosophie au sérieux et éviter de la rabaisser, de la dénaturer ou de la faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Prendre la philosophie au sérieux, c’est être fidèle à ses objectifs. […] Cependant, toute conversation avec un philosophe n’est pas nécessairement philosophique. »)
L’objectif de l’auteur est de réaffirmer la nécessité d’une formation rigoureuse et de proposer un modèle alternatif novateur : la Philosophie Appliquée Expérientielle.
2. Cartographie de la Philosophie Appliquée
L’auteur structure le champ de la philosophie en trois grandes catégories : la philosophie théorique (métaphysique, logique, épistémologie), la philosophie pratique (éthique, philosophie politique) et enfin, la philosophie appliquée.
La tendance logico-argumentative (analytique)
L’article rappelle que la philosophie appliquée s’est d’abord structurée autour d’approches discursives et logiques. L’auteur définit traditionnellement sa propre conception de cette tendance ainsi :
« La Filosofía Aplicada es un proceso de conceptualización y/o clarificación acerca de cuestiones relevantes y/o esenciales cuyo objetivo es la mejora del acto de pensamiento del consultante y de sus contenidos veritativos y cuyo resultado acostumbra a ser el bien-estar. »
(« La philosophie appliquée est un processus de conceptualisation et/ou de clarification de questions pertinentes et/ou essentielles dont l’objectif est l’amélioration de l’acte de pensée du consultant et de ses contenus de vérité, et dont le résultat est habituellement le bien-être. »)
Cette démarche repose sur les travaux de figures majeures du courant analytique, telles que Warren Shibles ou encore Oscar Brenifier, qui résume la pratique philosophique à l’exercice d’habiletés critiques :
« [La Filosofía Aplicada] se centra en habilidades de pensamiento crítico como identificar (reconocer las fronteras de una realidad), criticar o problematizar […] y conceptualizar (dar nombre a una realidad). »
(« [La philosophie appliquée] se concentre sur des compétences de pensée critique telles que identifier (reconnaître les frontières d’une réalité), critiquer ou problématiser […] et conceptualiser (nommer une réalité). »)
3. La Philosophie Appliquée Expérientielle : Vers une transformation globale
Au-delà de la seule dimension analytique et discursive, l’auteur soutient que la philosophie appliquée doit engager la totalité de la personne afin de susciter une véritable transformation interne (métamorphose). Il définit cinq caractéristiques majeures de cette approche expérientielle :
A. Une épistémologie anagogique
L’anagogie postule que la connaissance authentique exige une synchronisation existentielle avec l’objet connu. L’auteur s’appuie sur la formule d’Antón Pacheco pour définir ce processus :
« La anagogía […] implica la coincidencia de los modi essendi, los modi cognoscendi y los modi interpretandi. »
(« L’anagogie […] implique la coïncidence des modes d’être, des modes de connaissance et des modes d’interprétation. »)
Il cite également Martín Velasco pour illustrer la transition d’un savoir théorique à un savoir vécu :
« « Quien lo ha visto, comprende », decía Plotino. « Quien no ha experimentado esto no lo comprenderá bien ». »
(« « Celui qui l’a vu comprend », disait Plotin. « Celui qui n’en a pas fait l’expérience ne le comprendra pas bien ». »)
B. L’ouverture à des rationalités alternatives
La rationalité d’une telle philosophie ne se réduit pas à l’exercice logico-argumentatif. S’inspirant de María Zambrano, l’auteur aspire à une raison plus ouverte :
« [Algo] que sea razón, pero más ancho. »
(« [Quelque chose] qui soit de la raison, mais plus large. »)
Elle fait également appel à l’art et à l’esthétique. S’appuyant sur John Dewey, l’auteur rappelle que :
« El artista realiza su pensamiento en los medias cualitativos mismos con que trabaja, y sus fines se encuentran tan cerca del objeto que produce que se fundan directamente con él. »
(« L’artiste réalise sa pensée dans les supports qualitatifs mêmes avec lesquels il travaille, et ses fins sont si proches de l’objet qu’il produit qu’elles se fondent directement avec lui. »)
C. L’expérience conçue comme un voyage et un danger
Faire l’expérience implique d’accepter le risque d’abandonner ses anciennes certitudes pour laisser advenir son être authentique. L’auteur cite à ce sujet María Zambrano :
« Se precisa una cierta aventura y hasta una cierta perdición en la experiencia, un cierto andar perdido el sujeto en quien se va formando. »
(« Il faut une certaine aventure et même une certaine perdition dans l’expérience, un certain égarement du sujet chez qui elle est en train de se former. »)
D. Une vérité évidentielle et événementielle
La validité de l’expérience philosophique repose sur la force de sa vérité « évidentielle ». Comme le souligne Xavier Zubiri :
« Experiencia significa algo adquirido en el transcurso real y efectivo de la vida. No es un conjunto de pensamientos que el intelecto forja, con verdad o sin ella, sino el haber que el espíritu cobra en su comercio efectivo con las cosas. »
(« L’expérience signifie quelque chose d’acquis dans le cours réel et effectif de la vie. Ce n’est pas un ensemble de pensées que l’intellect forge, à tort ou à raison, mais l’avoir que l’esprit acquiert dans son commerce effectif avec les choses. »)
Cette évidence, bien que parfois dépouillée sur le plan discursif, est le seul véritable moteur de changement, car elle est :
« …terriblemente pobre en contenido intelectual; sin embargo, opera en la vida una transformación sin igual que otros pensamientos más ricos y complicados no fueron capaces de hacer. » (M. Zambrano)
(« …terriblement pauvre en contenu intellectuel ; pourtant, elle opère dans la vie une transformation sans pareille que d’autres pensées plus riches et plus complexes n’ont pas été capables de produire. »)
E. Un niveau de compréhension ontologique (métaphysique)
Enfin, la philosophie expérientielle dépasse le cadre purement psychologique ou personnel. C’est l’expérience elle-même qui façonne le sujet, et non l’inverse. Pour étayer cette thèse ontologique, l’auteur convoque le philosophe Kitaro Nishida :
« No hay experiencia porque exista un individuo sino que existe un individuo porque hay experiencia. »
(« Il n’y a pas d’expérience parce qu’un individu existe, mais un individu existe parce qu’il y a de l’expérience. »)
4. Conclusion et Implications pratiques
Le rapport de José Barrientos Rastrojo démontre que la pratique de la philosophie ne s’improvise pas à l’aide de simples outils de communication. Elle exige une maîtrise rigoureuse de l’histoire de la pensée combinée à un engagement existentiel profond. En définitive, si pour María Zambrano, philosopher consistait à « déchiffrer le sentiment originel », l’auteur conclut qu’une philosophie appliquée digne de ce nom doit :
« …implicar el despliegue de la experiencia originaria en el sujeto, es decir, convertir a la persona en un Da-Sein Experiencial o, si se me permite, en un Da-Erfahrung. »
(« …impliquer le déploiement de l’expérience originelle chez le sujet, c’est-à-dire convertir la personne en un Da-Sein Expérientiel ou, si l’on me permet l’expression, en un Da-Erfahrung. »)
Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice?
José Barrientos Rastrojo (Universidad de Sevilla / CECAPFI)
1. Introduction et Problématique Générale
Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo remet en question le paradigme dominant de la pratique philosophique contemporaine (PP). Il soutient que la majorité des praticiens et conseillers philosophiques actuels réduisent l’activité philosophique à un exercice purement logique, conceptuel et argumentatif, adossé à la pensée critique (en anglais : Critical Thinking ou PP-CT).
L’auteur pose le problème suivant : cette approche exclusivement intellectuelle est-elle suffisante pour accompagner un individu traversant une crise existentielle profonde ? Sa thèse est claire : la pensée critique ne suffit pas, car elle traite des idées, alors que les crises humaines s’enracinent dans des croyances et se résolvent uniquement par le biais de l’expérience vécue (Experience Philosophical Practice).
2. Le Paradigme Dominant : La Pensique Critique (PP-CT)
L’auteur commence par cartographier les pratiques hégémoniques. Qu’il s’agisse de consultations individuelles ou de philocafés, les outils méthodologiques sont presque exclusivement analytiques : formuler des définitions, évaluer des hypothèses, identifier des contradictions logiques et lier les problèmes des consultants à des théories traditionnelles.
L’article cite plusieurs figures de proue pour illustrer cette hégémonie, notamment Warren Shibles, Oscar Brenifier, Tim LeBon, Roxana Kreimer, Peter Raabe et Elliot Cohen.
Citation (EN) :« Despite philosophical practitioners can have different methods and orientations (…) they facilitate activities as: (1) to examine arguments and justifications of their counselees; (2) to clarify, to analyse and to define important terms and concepts… » (Shibles, 2001, cité par Barrientos).
Traduction (FR) : « Bien que les praticiens philosophes puissent avoir des méthodes et des orientations différentes (…) ils facilitent des activités telles que : (1) examiner les arguments et les justifications de leurs consultants ; (2) clarifier, analyser et définir les termes et concepts importants… ».
Barrientos illustre ce modèle par un dialogue d’Elliot Cohen où le conseiller utilise l’analyse logique pour exposer les préjugés et les contradictions de son client à propos de l’origine géographique de son épouse. Bien que cette méthode soit efficace sur le plan formel, l’auteur affirme qu’elle ne touche pas le cœur de l’existence.
3. Les Limites et Frontières de l’approche logique-argumentative
L’analyse de Barrientos se fait ici hautement critique, s’appuyant sur l’École de Francfort et les travaux de Ran Lahav pour exposer deux écueils majeurs de la pensée critique :
A. Le piège de la normalisation et de la « petite » pratique philosophique
En se concentrant uniquement sur la résolution de problèmes spécifiques ou techniques, la PP-CT s’intègre au système capitaliste au lieu de le subvertir. Elle devient un outil de gestion du bien-être individuel plutôt qu’une quête de sagesse et de transformation profonde.
Citation (EN) :« This kind of philosophy is therefore basically a normalizer, a problem-solver, and a satisfaction-provider (…) It deals with problems but it doesn’t problematize the counselee purpose and therefore is an instrument to maintain social injustices. » (Lahav, 2006, cité par Barrientos).
Traduction (FR) : « Ce genre de philosophie est donc fondamentalement un normalisateur, un résolveur de problèmes et un fournisseur de satisfaction (…) Elle traite les problèmes mais ne problématise pas les intentions du consultant, et constitue de ce fait un instrument de maintien des injustices sociales. ».
Citation complémentaire (EN) :« Critical thinking seems to be more about smartness than wisdom, and smartness is not the sort of thing that in itself can transform us in a profound way » (Lahav, 2006a, cité par Barrientos).
Traduction (FR) : « La pensée critique semble relever davantage de l’astuce intellectuelle que de la sagesse, et l’astuce n’est pas le genre de chose qui, en soi, peut nous transformer de manière profonde. ».
B. Le divorce entre les Idées et la Vie (L’impasse existentielle)
L’auteur démontre qu’une solution parfaitement logique et rationnelle peut échouer lamentablement dans la réalité concrète. Pour ce faire, il s’appuie sur une étude de cas conceptuelle : un couple qui traverse une crise après la naissance d’un enfant (passage ontologique du statut de « femme » à celui de « mère »). Lors des séances, le conseiller aide le couple à trouver une solution rationnelle (allouer du temps au conjoint), mais six mois plus tard, le couple divorce car les idées et les sentiments allaient dans des directions opposées.
Citation (EN) :« Ideas and feelings walked in opposed directions. Consultations were useful for deploying an analytical process, it wasn’t enough to manage the problem of life. Probably, ideas changed but lifes of husband and wife were the same. »
Traduction (FR) : « Les idées et les sentiments marchaient dans des directions opposées. Les consultations ont été utiles pour déployer un processus analytique, mais cela n’a pas suffi à gérer le problème de la vie. Probablement que les idées ont changé, mais les vies du mari et de la femme sont restées les mêmes. ».
Pour appuyer cette rupture entre la pensée et l’action, l’auteur mobilise la théologie paulinienne (Saint Paul dans l’Épître aux Romains, sachant le bien qu’il doit faire mais ne parvenant pas à l’accomplir) ainsi que la littérature existentielle d’Irvin Yalom. Face à la mort, les maximes philosophiques rationnelles (comme celles d’Épicure) échouent souvent à apaiser l’angoisse réelle.
4. Vers une alternative : L’Expérience et les Croyances (Beliefs)
La contribution théorique essentielle de Barrientos repose sur la distinction conceptuelle empruntée à José Ortega y Gasset entre les idées et les croyances (ideas y creencias).
Les Idées : Ce sont des constructions intellectuelles superficielles que l’on possède, que l’on peut analyser, modifier ou rejeter par le simple exercice de la pensée critique.
Les Croyances : Elles constituent le sol sur lequel nous nous tenons, le contenant invisible qui structure notre être global (sentiments, volonté, pensées). Nous ne pensons pas nos croyances ; nous vivons en elles.
Citation (EN) :« Ideas can be changed easily, believe are not because ‘we live on our beliefs’. What we are is based on our beliefs. Beliefs are the container that structures our lives (feeling, ideas, will). »
Traduction (FR) : « Les idées peuvent être changées facilement, mais pas les croyances, car « nous vivons de nos croyances ». Ce que nous sommes est fondé sur nos croyances. Les croyances sont le contenant qui structure nos vies (sentiments, idées, volonté). ».
L’auteur convoque une constellation de philosophes du XXe siècle (Martin Heidegger, María Zambrano, Claude Romano, Kitaro Nishida) pour définir ce qu’est une véritable expérience de vie (life experience / Ereignis / évenement / pure experience) : un événement existentiel qui transforme radicalement l’ontologie de l’individu. La crise existentielle n’est pas un manque d’information ou une faille logique, c’est l’effondrement d’un système de croyances. Dès lors, la rationalité froide est impuissante ; seule une pratique philosophique axée sur l’expérience (Experience Philosophical Practice) peut générer de nouvelles certitudes.
5. Conclusion et Portée Professionnelle
Le texte de José Barrientos Rastrojo se clôt sur une ouverture et une invitation à explorer une alternative méthodologique. Il conclut de manière définitive que la pensée critique est intrinsèquement insuffisante pour la pratique philosophique profonde.
Citation (EN) :« Since (1) a crisis is the reason to go to a Philosophical Counselor and (2) crisis are based on the need to find new beliefs (nor just ideas) (…) is it enough Critical Thinking for Philosophical Practice? Obviously, not. Experience Philosophical Practice proposes to complement CT-PP by working on experiences. »
Traduction (FR) : « Puisque (1) la crise est la raison pour laquelle on consulte un conseiller philosophique et (2) les crises reposent sur le besoin de trouver de nouvelles croyances (et non de simples idées) (…) la pensée critique est-elle suffisante pour la pratique philosophique ? Évidemment que non. La Pratique Philosophique Expérientielle propose de compléter la PP-Pensée Critique en travaillant sur les expériences. ».
Portée critique pour le professionnel
Pour le chercheur ou le praticien, ce texte est un avertissement contre la dérive techniciste de la philosophie appliquée. Il invite à réhabiliter des rationalités alternatives théorisées au XXe siècle (anagogique, poétique, symbolique, narrative, expérientielle) afin que la philosophie ne soit pas un simple outil d’ajustement psychologique ou social, mais demeure, conformément à son ambition socratique originelle, un vecteur de transformation de soi et de libération existentielle.
Philosophy, Counseling, and Psychotherapy, par Elliot D. Cohen et Samuel Zinaich, Jr., Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 2013
Philosophy, Counseling, and Psychotherapy
(Philosophie, Conseil et Psychothérapie)
Elliot D. Cohen and Samuel Zinaich, Jr.
Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 2013
ISBN: 1-4438-4798-4 ISBN13: 978-1-4438-4798-8 Date of Publication: 2013-07-25
PAGES: 270
PRÉSENTATION PAR L’ÉDITEUR
Version originale
Can philosophy help ordinary people confront their personal or interpersonal problems of living? Can it help a couple whose marriage is on the rocks, or someone going through a midlife crisis, or someone depressed over the death of a significant other, or who suffers from anxiety about making a life change? These and many other behavioral and emotional problems are ordinarily referred to psychologists, psychiatrists, clinical social workers, or other mental health specialists. Less mainstream is the possibility of consulting a philosophical counselor or practitioner. Yet, there is presently a steadily increasing, world-wide movement among individuals with postgraduate credentials in philosophy to harness their philosophical training and skills in helping others to address their life problems.
But is this channeling of philosophy outside the classroom into the arena of life a good idea? Are philosophers, as such, competent to handle all or any of the myriad emotional and behavioral problems that arise in the context of life; or should these matters best be left to those trained in psychological counseling or psychotherapy?
Through a diverse and contrasting set of readings authored by prominent philosophers, philosophical counselors, and psychologists, this volume carefully explores the nature of philosophical counseling or practice and its relationship to psychological counseling and psychotherapy. Digging deeply into this relational question, this volume aims to spark more rational reflection, and greater sensitivity and openness to the potential contributions of philosophical practice. It is, accordingly, intended for students, teachers, scholars, and practitioners of philosophy, counseling, or psychotherapy; as well as those interested in knowing more about philosophical counseling or practice.
Version française – Traduction par Google Gemini
La philosophie peut-elle aider les gens ordinaires à affronter leurs problèmes de vie personnels ou interpersonnels ? Peut-elle aider un couple dont le mariage est en péril, ou quelqu’un qui traverse une crise de la quarantaine, ou quelqu’un de déprimé par le décès d’un proche, ou qui souffre d’anxiété à l’idée de changer de vie ? Ces problèmes comportementaux et émotionnels, ainsi que beaucoup d’autres, sont habituellement confiés à des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux cliniques ou d’autres spécialistes de la santé mentale. Moins courante est la possibilité de consulter un conseiller ou un praticien philosophique. Pourtant, il existe actuellement un mouvement mondial en constante augmentation parmi des personnes possédant des diplômes de troisième cycle en philosophie pour exploiter leur formation et leurs compétences philosophiques afin d’aider les autres à aborder leurs problèmes de vie.
Mais cette canalisation de la philosophie hors de la salle de classe pour l’amener dans l’arène de la vie est-elle une bonne idée ? Les philosophes, en tant que tels, sont-ils compétents pour gérer tout ou partie de la myriade de problèmes émotionnels et comportementaux qui surgissent dans le contexte de la vie ; ou vaut-il mieux laisser ces questions à ceux qui sont formés au conseil psychologique ou à la psychothérapie ?
À travers un ensemble de textes diversifiés et contrastés écrits par des philosophes, des conseillers philosophiques et des psychologues de premier plan, ce volume explore attentivement la nature du conseil ou de la pratique philosophique ainsi que sa relation avec le conseil psychologique et la psychothérapie. En creusant profondément cette question relationnelle, ce volume vise à susciter une réflexion plus rationnelle, ainsi qu’une sensibilité et une ouverture accrues aux contributions potentielles de la pratique philosophique. Il est, par conséquent, destiné aux étudiants, enseignants, chercheurs et praticiens de la philosophie, du conseil ou de la psychothérapie, ainsi qu’à ceux qui souhaitent en savoir plus sur le conseil ou la pratique philosophique.
AU SUJET DES AUTEURS
Elliot D. Cohen, PhD et Samuel Zinaich, Jr, PhD
Version originale
Elliot D. Cohen, PhD (Brown University), is Executive Director and a founder of the National Philosophical Counseling Association, and President of the Institute of Critical Thinking: National Center for Logic-Based Therapy. Author or editor of more than 20 books and numerous professional articles, he is also Editor-in-Chief and founder of the International Journal of Applied Philosophy.
Samuel Zinaich, Jr, PhD (Bowling Green State University), is Associate Professor of Philosophy at Purdue University Calumet. Currently he is the Associate Director of the National Philosophical Counseling Association, Co-Editor of the International Journal of Philosophical Practice, and Fellow at the Institute of Critical Thinking.
Version française – Traduction par Google Gemini
Elliot D. Cohen, PhD (Université Brown), est directeur exécutif et l’un des fondateurs de la National Philosophical Counseling Association [Association nationale de consultation philosophique], ainsi que président de l’instutit Institute of Critical Thinking: National Center for Logic-Based Therapy [Institut de la pensée critique : Centre national pour la thérapie basée sur la logique]. Auteur ou éditeur de plus de 20 livres et de nombreux articles professionnels, il est également rédacteur en chef et fondateur de l’International Journal of Applied Philosophy [Journal international de philosophie appliquée].
Samuel Zinaich, Jr, PhD (Université d’État de Bowling Green), est professeur agrégé de philosophie à l’Université Purdue Calumet. Il est actuellement directeur adjoint de la National Philosophical Counseling Association, co-rédacteur en chef de l’International Journal of Philosophical Practice [Journal international de la pratique philosophique], et chercheur associé (Fellow) à l’Institute of Critical Thinking.
Part One: The Nature and Value of Philosophical Counseling
Chapter One : Defining Philosophical Counseling — Roger Paden
Chapter Two : How Does Philosophical Counseling Work? Judgment and Interpretation — Sarah Waller
Chapter Three : Three Questionable Assumptions of Philosophical Counseling — Lydia B. Amir
Chapter Four : Theories of Consciousness, Therapy, and Loneliness — Ben Mijuskovic
Chapter Five : The Central Value of Philosophical Counseling — James Stacey Taylor
Part Two: Approaches to Philosophical Counseling
Chapter Six : Philosophical Counseling and Self-Transformation — Ran Lahav
Chapter Seven : Philosophical Counseling as Psychotherapy — Jon Mills
Chapter Eight : Logic-Based Therapy and Its Virtues — Elliot D. Cohen
Chapter Nine : On Philosophical Self-Diagnosis and Self-Help: A Clarification of the Non-Clinical Practice of Philosophical Counseling — Shlomit C. Schuster
Chapter Ten : Philosophical Counseling: Understanding the Unique Self and Other through Dialogic Approach — Maria daVenza Tillmanns
Chapter Eleven : The Elucidation of Emotional Life: A Philosophical, Eclectic Approach to Psychotherapy — Bryan T. Reuther
Part Three: Applied Issues in Philosophical Counseling
Chapter Twelve : Stoic Anxiolytics — William Ferraiolo
Chapter Thirteen : Anxiety, Angst, Change, and Procrastination — Bill Knaus
Chapter Fourteen : Happiness Pills: Philosophy Versus the Chemical Solution — Peter B. Raabe
Chapter Fifteen : Diagnosis, Philosophical Counseling, and Culturally Recognizable Mental Illnesses — Samuel Zinaich, Jr.
Chapter Sixteen : Is Perfectionism a Mental Disorder? — Elliot D. Cohen
Chapter Seventeen : Licensing Philosophical Counselors — Michael Davis
Traduction avec Google Gemini
Tables des matières
Préface
Remerciements
Introduction
Première partie : La nature et la valeur de la consultation philosophique
Chapitre un : Définir la consultation philosophique — Roger Paden
Chapitre deux : Comment fonctionne la consultation philosophique ? Jugement et interprétation — Sarah Waller
Chapitre trois : Trois postulats discutables de la consultation philosophique — Lydia B. Amir
Chapitre quatre : Théories de la conscience, thérapie et solitude — Ben Mijuskovic
Chapitre cinq : La valeur centrale de la consultation philosophique — James Stacey Taylor
Deuxième partie : Approches de la consultation philosophique
Chapitre six : Consultation philosophique et transformation de soi — Ran Lahav
Chapitre sept : La consultation philosophique en tant que psychothérapie — Jon Mills
Chapitre huit : La thérapie basée sur la logique et ses vertus — Elliot D. Cohen
Chapitre neuf : Sur l’autodiagnostic philosophique et l’auto-assistance : une clarification de la pratique non clinique de la consultation philosophique — Shlomit C. Schuster
Chapitre dix : Consultation philosophique : comprendre le soi unique et l’autre à travers l’approche dialogique — Maria daVenza Tillmanns
Chapitre onze : L’élucidation de la vie émotionnelle : une approche philosophique et éclectique de la psychothérapie — Bryan T. Reuther
Troisième partie : Questions appliquées en consultation philosophique
Chapitre douze : Anxiolytiques stoïciens — William Ferraiolo
Chapitre treize : Anxiété, angoisse, changement et procrastination — Bill Knaus
Chapitre quatorze : Pilules du bonheur : la philosophie contre la solution chimique — Peter B. Raabe
Chapitre quinze : Diagnostic, consultation philosophique et maladies mentales culturellement reconnaissables — Samuel Zinaich, Jr.
Chapitre seize : Le perfectionnisme est-il un trouble mental ? — Elliot D. Cohen
Chapitre dix-sept : L’octroi de licences aux conseillers philosophes — Michael Davis
RAPPORT DE LECTURE
L’émergence de la consultation philosophique : Entre rupture et continuité avec les modèles psychothérapeutiques contemporains
Résumé : Cet article propose une analyse épistémologique et méthodologique stricte des sections liminaires de l’ouvrage collectif dirigé par Elliot D. Cohen et Samuel Zinaich, Jr. (2013). En se limitant rigoureusement aux textes de l’Introduction générale et du premier chapitre rédigé par Roger Paden, l’étude met en lumière la condition « pré-paradigmatique » de la consultation philosophique contemporaine. Elle examine les fondements de sa démarcation avec la psychothérapie ainsi que les défis théoriques liés à la définition de son identité professionnelle.
Introduction
La possibilité de solliciter un philosophe pour résoudre des difficultés existentielles ou des problèmes de vie quotidienne a longtemps été marginalisée au cours de la première moitié du XXe siècle, période durant laquelle la philosophie anglo-américaine s’est largement confinée à l’analyse purement linguistique. Ce n’est qu’à partir des années 1960, à la faveur du développement de l’éthique appliquée, que la discipline a progressivement réinvesti le champ de la praxis. L’acte de naissance de la pratique philosophique contemporaine en dehors du cadre académique est communément attribué à Gerd Achenbach, qui ouvrit son premier cabinet près de Cologne en 1981.
Malgré une expansion internationale continue, la consultation philosophique demeure une discipline en quête d’unification. Selon l’analyse de Roger Paden dans le premier chapitre de l’ouvrage, elle traverse actuellement une période « pré-paradigmatique » au sens de Thomas Kuhn, caractérisée par l’absence d’un paradigme partagé capable de fixer des objectifs et des méthodes uniformes. Cette situation place la discipline dans une tension constante avec les professions d’aide solidement établies, en particulier la psychologie clinique et la psychiatrie.
Le présent article se propose de restituer, avec une stricte fidélité textuelle et une transparence méthodologique totale, les contours de cette confrontation épistémologique, les enjeux de sa réglementation, son rapport critique aux outils de diagnostic médical, ainsi que la typologie de ses principales déclinaisons méthodologiques à partir de l’introduction des éditeurs et du chapitre initial de l’ouvrage.
I. La démarcation professionnelle et les tensions juridico-institutionnelles
L’insertion de la consultation philosophique dans le champ des « professions d’aide » (helping professions) suscite de vives résistances de la part des praticiens traditionnels de la santé mentale. Ces tensions se cristallisent autour de la légitimité scientifique et de l’autonomie de la pratique.
A. L’hostilité de l’industrie de la santé mentale
Une ligne de partage épistémologique stricte est revendiquée par les psychologues et les psychiatres pour exclure les philosophes du domaine de l’intervention thérapeutique. Les éditeurs de l’ouvrage constatent cette opposition frontale à travers l’énoncé textuel suivant :
« […] many psychologists and mental health practitioners argue that philosophers should stick to their traditional roles as teachers and theorists and should not get involved in attempting to use philosophy to help others solve their emotional, behavioral, or cognitive problems. »
[« […] de nombreux psychologues et praticiens de la santé mentale soutiennent que les philosophes devraient s’en tenir à leurs rôles traditionnels d’enseignants et de théoriciens et ne devraient pas s’impliquer dans des tentatives d’utilisation de la philosophie pour aider les autres à résoudre leurs problèmes émotionnels, comportementaux ou cognitifs. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Cette objection institutionnelle s’appuie sur le fait que la psychologie s’est développée comme une « science sociale » s’appuyant sur des fondements empiriques croissants, tandis que la philosophie est perçue comme une discipline des humanités, jugée pertinente pour l’espace de la classe. Les détracteurs formulent ainsi l’argument de l’inadéquation de la philosophie face aux pathologies mentales :
« […] too speculative to provide a scientifically-based, safe and effective treatment plan for persons suffering from mood disorders, anxiety disorders, psychosis, or other mental illness. »
[« […] trop spéculative pour fournir un plan de traitement scientifiquement fondé, sûr et efficace pour les personnes souffrant de troubles de l’humeur, de troubles anxieux, de psychose ou d’autres maladies mentales. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Aux États-Unis, cette divergence se traduit par un affrontement concret, l’industrie de la santé mentale détenant un quasi-monopole sur la prestation de services cliniques, ce qui relègue les conseillers philosophes non diplômés en santé mentale à la périphérie du système d’aide.
B. Le dilemme de la réglementation : certification versus licence (licensure)
Pour pallier ce manque de reconnaissance, les associations professionnelles — à l’instar de la National Philosophical Counseling Association (NPCA) fondée en 1990 — ont mis en place des programmes de certification. Si la certification offre des garanties déontologiques et méthodologiques aux clients, elle ne se confond pas avec la licence d’État (state licensure), obligatoire pour la pratique clinique.
L’opportunité d’une intégration de la consultation philosophique dans les régimes de licence étatique fait l’objet d’un débat crucial. Les risques d’une standardisation et d’une perte d’indépendance de la profession sont décrits en ces termes par les auteurs :
« If philosophical counselors were licensed by the state, the prospect of losing autonomy over practice seems inevitable. In other words, there would likely be greater uniformity in how philosophical counselors could practice, for example, regulations on training and thus on what sort of modalities they could use. »
[« Si les conseillers philosophes étaient agréés par l’État, la perspective de perdre leur autonomie sur la pratique semble inévitable. En d’autres termes, il y aurait probablement une plus grande uniformité dans la manière dont les conseillers philosophes pourraient pratiquer, par exemple, des réglementations sur la formation et donc sur le type de modalités qu’ils pourraient utiliser. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, pp. 3-4.
Pour de nombreux philosophes, l’introduction de réglementations et de contraintes externes est perçue comme une menace directe contre l’essence même de l’investigation philosophique, qui doit demeurer libre de contraintes et d’interférences extérieures.
II. Le rapport au modèle médical : Limites du diagnostic et gestion des risques
Le positionnement des conseillers philosophes face aux outils de la psychiatrie clinique, et en particulier face au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), constitue un point d’ancrage méthodologique majeur.
A. Le consensus autour du rejet du DSM
Il existe un accord quasi général parmi les praticiens de la consultation philosophique pour proscrire l’usage clinique du DSM dans leur exercice courant. Cette exclusion est motivée par la complexité intrinsèque du manuel, lequel abonde en qualifications et exceptions exigeant une formation spécialisée. De surcroît, le texte de présentation rappelle les exigences indissociables de l’acte d’évaluation clinique :
« […] determine the causal relationships between the physical events that take place in the environment and the psychological status of the client. »
[« […] déterminer les relations causales entre les événements physiques qui se déroulent dans l’environnement et l’état psychologique du client. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5.
L’évaluation de ces liens de causalité échappant aux compétences purement académiques de la philosophie, l’usage non maîtrisé du diagnostic comporte un risque substantiel de nuire au client (potential to harm the client).
B. Le paradoxe de l’évaluation initiale et du devoir d’orientation
Bien que les conseillers philosophes rejettent le modèle diagnostique de la psychiatrie, ils se trouvent confrontés à l’obligation pratique d’évaluer l’adéquation de leurs compétences face aux besoins des consultants. Pour éviter de causer des effets indésirables, le praticien doit être en mesure de repérer des indicateurs de troubles mentaux sévères nécessitant une prise en charge médicale. Le texte de l’introduction formalise des cas de réorientation impérative d’une absolue évidence :
« If a woman, who has been brutally raped, seeks counseling from a philosophical counselor, it is in everybody’s interest to send her to someone who specializes in helping women with this issue. Or another obvious problem may occur if a client comes in with detailed plans to kill himself. »
[« Si une femme, qui a été brutalement violée, cherche à obtenir une consultation auprès d’un conseiller philosophique, il est dans l’intérêt de tous de la renvoyer vers une personne spécialisée dans l’aide aux femmes confrontées à ce problème. Ou un autre problème évident peut survenir si un client se présente avec des plans détaillés pour se tuer. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5-6.
Dans de telles occurrences, l’orientation immédiate vers un thérapeute ou un clinicien agréé s’impose comme une obligation de sécurité. La difficulté opérationnelle majeure réside dans l’identification des symptômes non explicites, où l’absence complète de repères cliniques de la part du philosophe peut s’avérer dommageable pour le suivi du client.
III. Les options méthodologiques initiales : Du purisme cognitif au cadre kuhnien
L’examen des premiers segments textuels met en relief la divergence quant à la définition même de la nature de la consultation philosophique.
A. La posture de neutralité thérapeutique : L’analyse conceptuelle stricte
Pour contourner le risque d’empiétement sur le domaine de la psychologie et éviter les dérives liées au manque de formation clinique, une première option radicale présentée par les éditeurs consiste à rejeter explicitement tout objectif thérapeutique et toute modalité psychologique. Le conseiller limite alors son champ d’action exclusif aux compétences logiques et intellectuelles de sa discipline d’origine, adoptant la règle restrictive suivante :
« […] the philosophical counselor should use only the cognitive tools she possesses, namely, the skills of conceptual analysis and critical thinking. »
[« […] le conseiller philosophique devrait utiliser uniquement les outils cognitifs qu’il possède, à savoir les compétences de l’analyse conceptuelle et de la pensée critique. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 6.
La consultation prend alors la forme stricte d’une discussion rationnelle, semblable en tout point à la conversation qu’un professeur de philosophie entretient quotidiennement avec ses étudiants. L’objectif se cantonne à amener le client à penser ses difficultés avec plus de clarté et d’esprit critique. Les éditeurs soulignent toutefois les limites de cette posture épurée : la rectification d’une pensée irrationnelle produit inévitablement un effet thérapeutique bénéfique, et évacuer délibérément la quête du bonheur ou de l’amélioration de la qualité de vie peut profondément déconcerter le consultant.
B. Le cadre méthodologique de Roger Paden : L’isolement conceptuel
Dans le premier chapitre, intitulé « Defining Philosophical Counseling », Roger Paden utilise la grille d’analyse de Thomas Kuhn pour caractériser l’état de la discipline. Paden soutient que la consultation philosophique se trouve dans une période « pré-paradigmatique ». Pour qu’une nouvelle science ou une nouvelle discipline se structure, elle doit parvenir à un certain degré d’isolement afin de développer son identité propre. La tâche prioritaire de cette phase consiste à formuler une définition qui puisse, selon la perspective évolutionniste de Stephen Toulmin reprise par Paden, isoler conceptuellement la discipline de ses parents les plus proches : la psychothérapie traditionnelle, la psychothérapie humaniste et le conseil pastoral.
Paden suggère d’aborder ce projet en suivant les méthodes de Socrate et d’Aristote, c’est-à-dire en cherchant une définition philosophique propre qui sépare la consultation philosophique par ses caractéristiques essentielles, en partant du genre commun de l’activité, à savoir l’appartenance aux « professions d’aide » (the helping professions).
Conclusion
L’analyse de l’introduction générale et du premier chapitre de l’ouvrage de Cohen et Zinaich (2013) révèle que les fondations de la consultation philosophique sont marquées par un débat épistémologique fondamental sur ses limites et sa légitimité. En se confrontant au monopole de l’industrie de la santé mentale et en rejetant l’usage du diagnostic clinique traditionnel symbolisé par le DSM, la discipline cherche sa propre voie. Qu’elle s’oriente vers un purisme intellectuel strict ou qu’elle tente de définir un paradigme unifié pour s’isoler de la psychothérapie, la consultation philosophique demeure, dans son expression théorique initiale, une réflexion ouverte sur les conditions d’application de la rationalité face aux difficultés de l’existence.
Référence Bibliographique Générale
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (Éds.). (2013). Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni : Cambridge Scholars Publishing. (ISBN-10 : 1-4438-4798-4 ; ISBN-13 : 978-1-4438-4798-8).
Sections de l’ouvrage directement exploitées :
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (2013). « Preface » & « Introduction ». In Philosophy, Counseling, and Psychotherapy (pp. viii-xi, 1-15).
Paden, R. (2013). Chapter One: Defining Philosophical Counseling. In E. D. Cohen & S. Zinaich, Jr. (Éds.), Philosophy, Counseling, and Psychotherapy (pp. 16-33).
La philosophie avec des dents : Le mariage des pratiques philosophiques et psychologiques »
Résumé
Cet article propose une extension de l’analyse épistémologique de la consultation philosophique à partir de ses textes fondateurs. La première partie examine sa condition « pré-paradigmatique » et ses rapports initiaux avec le modèle médical à travers l’introduction de l’ouvrage de Cohen et Zinaich (2013) et les thèses de Roger Paden. La deuxième partie, s’appuyant sur les travaux d’Elliot D. Cohen (2004), analyse la dimension synergique de l’alliance entre philosophie et psychologie, tout en réfutant la scission artificielle et stigmatisante opérée par les courants puristes de la pratique philosophique.
Première partie : La nature, la valeur et le cadre initial de la consultation philosophique
I. La démarcation professionnelle et les tensions juridico-institutionnelles
La possibilité de solliciter un philosophe pour résoudre des difficultés existentielles ou des problèmes de vie quotidienne a longtemps été marginalisée au cours de la première moitié du XXe siècle, période durant laquelle la philosophie anglo-américaine s’est largement confinée à l’analyse purement linguistique. Ce n’est qu’à partir des années 1960, à la faveur du développement de l’éthique appliquée, que la discipline a progressivement réinvesti le champ de la praxis. L’insertion de la consultation philosophique dans le champ des « professions d’aide » (helping professions) suscite toutefois de vives résistances de la part des praticiens traditionnels de la santé mentale qui revendiquent une ligne de partage épistémologique stricte. Les éditeurs de l’ouvrage constatent cette opposition frontale à travers l’énoncé textuel suivant :
« […] many psychologists and mental health practitioners argue that philosophers should stick to their traditional roles as teachers and theorists and should not get involved in attempting to use philosophy to help others solve their emotional, behavioral, or cognitive problems. »
[« […] de nombreux psychologues et praticiens de la santé mentale soutiennent que les philosophes devraient s’en tenir à leurs rôles traditionnels d’enseignants et de théoriciens et ne devraient pas s’impliquer dans des tentatives d’utilisation de la philosophie pour aider les autres à résoudre leurs problèmes émotionnels, comportementaux ou cognitifs. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Cette objection institutionnelle s’appuie sur le fait que la psychologie s’est développée comme une « science sociale » s’appuyant sur des fondements empiriques croissants, tandis que la philosophie est perçue comme une discipline des humanités, jugée trop spéculative pour faire face aux pathologies mentales :
« […] too speculative to provide a scientifically-based, safe and effective treatment plan for persons suffering from mood disorders, anxiety disorders, psychosis, or other mental illness. »
[« […] trop spéculative pour fournir un plan de traitement scientifiquement fondé, sûr et efficace pour les personnes souffrant de troubles de l’humeur, de troubles anxieux, de psychose ou d’autres maladies mentales. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Preface », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. viii.
Pour pallier ce manque de reconnaissance, les associations professionnelles ont mis en place des programmes de certification, mais l’opportunité d’une intégration dans les régimes de licence étatique fait l’objet d’un dilemme majeur concernant la perte d’indépendance de la profession, décrite en ces termes par les auteurs :
« If philosophical counselors were licensed by the state, the prospect of losing autonomy over practice seems inevitable. In other words, there would likely be greater uniformity in how philosophical counselors could practice, for example, regulations on training and thus on what sort of modalities they could use. »
[« Si les conseillers philosophes étaient agréés par l’État, la perspective de perdre leur autonomie sur la pratique semble inévitable. En d’autres termes, il y aurait probablement une plus grande uniformité dans la manière dont les conseillers philosophes pourraient pratiquer, par exemple, des réglementations sur la formation et donc sur le type de modalités qu’ils pourraient utiliser. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, pp. 3-4.
II. Le rapport au modèle médical et la gestion des risques cliniques
Il existe un accord quasi général parmi les praticiens de la consultation philosophique pour proscrire l’usage clinique du DSM dans leur exercice courant en raison de la complexité intrinsèque de l’acte d’évaluation clinique :
« […] determine the causal relationships between the physical events that take place in the environment and the psychological status of the client. »
[« […] déterminer les relations causales entre les événements physiques qui se déroulent dans l’environnement et l’état psychologique du client. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5.
L’évaluation de ces liens de causalité échappant aux compétences philosophiques, le praticien se trouve confrontés à l’obligation pratique d’évaluer l’adéquation de ses compétences face aux besoins des consultants afin d’opérer une réorientation impérative en cas de troubles mentaux sévères :
« If a woman, who has been brutally raped, seeks counseling from a philosophical counselor, it is in everybody’s interest to send her to someone who specializes in helping women with this issue. Or another obvious problem may occur if a client comes in with detailed plans to kill himself. »
[« Si une femme, qui a été brutalement violée, cherche à obtenir une consultation auprès d’un conseiller philosophique, il est dans l’intérêt de tous de la renvoyer vers une personne spécialisée dans l’aide aux femmes confrontées à ce problème. Ou un autre problème évident peut survenir si un client se présente avec des plans détaillés pour se tuer. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 5-6.
III. Les options méthodologiques initiales : Du purisme cognitif au cadre kuhnien
Pour contourner le risque d’empiétement clinique, une première option consiste à rejeter tout objectif thérapeutique et à limiter l’action aux outils cognitifs de la discipline d’origine :
« […] the philosophical counselor should use only the cognitive tools she possesses, namely, the skills of conceptual analysis and critical thinking. »
[« […] le conseiller philosophique devrait utiliser uniquement les outils cognitifs qu’il possède, à savoir les compétences de l’analyse conceptuelle et de la pensée critique. »]
Notice : Cohen, Elliot D. et Zinaich, Samuel, Jr. (Éds.). (2013). « Introduction », in Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, UK: Cambridge Scholars Publishing, p. 6.
Dans le premier chapitre, intitulé « Defining Philosophical Counseling », Roger Paden utilise la grille d’analyse de Thomas Kuhn pour caractériser cet état de la discipline, soulignant qu’elle se trouve dans une période « pré-paradigmatique » nécessitant un certain degré d’isolement pour développer son identité propre face à la psychothérapie traditionnelle, la psychothérapie humaniste et le conseil pastoral.
Deuxième partie : Le mariage des pratiques philosophiques et psychologiques – La philosophie avec des « dents »
I. Les fondements historiques et l’hypothèse de la logique défaillante
L’émergence du modèle d’interdépendance défendu par l’ASPCP (American Society for Philosophy, Counseling, and Psychotherapy) repose sur le postulat que les pratiques philosophiques et psychologiques ne sont pas mutuellement exclusives mais complémentaires. Elliot D. Cohen formalise cette intuition dès 1985 dans son ouvrage Making Value Judgments, en insistant sur la finalité pratique de l’évaluation des croyances :
« This book is not intended as an attempt at introducing a theory of belief justification for theory’s sake; its mission is rather a practical one, viz., to give the reader an effective basis for assessing beliefs, especially ones about value–the reader’s own beliefs or those of others. The test of whether this book meets its mark is thus whether those who read it and assimilate its ideas will be disposed to make more effective judgments in the course of their lives. »
[« Ce livre n’est pas conçu comme une tentative d’introduire une théorie de la justification des croyances pour le plaisir de la théorie ; sa mission est plutôt pratique, à savoir donner au lecteur une base efficace pour évaluer les croyances, en particulier celles portant sur les valeurs – les propres croyances du lecteur ou celles des autres. Le test permettant de savoir si ce livre atteint son but est donc de déterminer si ceux qui le lisent et assimilent ses idées seront disposés à porter des jugements plus efficaces au cours de leur vie. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, p. 1.
L’hypothèse clinique de Cohen postule que de nombreux troubles émotionnels et comportementaux proviennent d’erreurs de raisonnement élémentaires qui pourraient être corrigées par l’application de la logique. Ce constat rejoint historiquement les bases de la thérapie comportementale rationnelle-émotive (REBT) d’Albert Ellis, elle-même héritière du stoïcisme d’Épictète.
II. Réfutation de la bifurcation puriste de l’APPA
L’article d’Elliot D. Cohen s’oppose frontalement à la scission idéologique opérée en 1998 par Louis Marinoff et l’APPA (American Philosophical Practitioners Association). L’APPA définit en effet la pratique philosophique de la manière suivante :
« Philosophical practice is defined…as a set of philosophically-based activities…. The intent of these activities is to benefit clients. The activities are non-medical, non-iatrogenic and not allied intrinsically with psychiatry or psychology. The foci of these activities are educational, axiological, and noetic. »
[« La pratique philosophique est définie… comme un ensemble d’activités à fondement philosophique… L’intention de ces activités est de bénéficier aux clients. Les activités sont non médicales, non iatrogènes et ne sont pas intrinsèquement alliées à la psychiatrie ou à la psychologie. Les points centraux de ces activités sont éducatifs, axiologiques et noétiques. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, p. 3.
Cohen qualifie cette séparation d’artificielle, d’impraticable et de contre-productive. Il critique vivement l’expression de « thérapie pour les sains » (therapy for the sane) popularisée par Marinoff, démontrant qu’elle propage un stéréotype populaire dangereux voulant que quiconque a besoin d’une thérapie psychologique soit jugé « fou ». De plus, l’application globale d’étiquettes de « sanité » ou de « folie » omet d’évaluer les cognitions et comportements spécifiques de l’individu.
III. La nature hybride de l’applied philosophy et la boîte aux lettres philosophique
Pour Cohen, affirmer que la consultation philosophique doit être indépendante de la psychologie relève d’un sophisme de composition : la philosophie est un apport (input) mais la discipline concrète est intrinsèquement hybride et appliquée. Sans dimension psychologique, elle ne constituerait aucune forme de thérapie. L’ASPCP codifie d’ailleurs les activités formelles du praticien dans le préambule de ses normes professionnelles :
« While individual philosophical practitioners may differ in method and theoretical orientation, for example, analytic or existential-phenomenological, they facilitate such activities as: (1) the examination of clients’ arguments and justifications; (2) the clarification, analysis, and definition of important terms and concepts; (3) the exposure and examination of underlying assumptions and logical implications; (4) the exposure of conflicts and inconsistencies; (5) the exploration of traditional philosophical theories and their significance for client issues; and (6) all other related activities that have historically been identified as philosophical. »
[« Bien que les praticiens de la philosophie puissent différer quant à leur méthode et leur orientation théorique, par exemple analytique ou existentielle-phénoménologique, ils facilitent des activités telles que : (1) l’examen des arguments et des justifications des clients ; (2) la clarification, l’analyse et la définition des termes et concepts importants ; (3) la mise au jour et l’examen des hypothèses sous-jacentes et des implications logiques ; (4) la mise au jour des conflits et des incohérences ; (5) l’exploration des théories philosophiques traditionnelles et de leur signification pour les problématiques du client ; et (6) toutes les autres activités connexes historiquement identifiées comme philosophiques. »]
Notice : Cohen, Elliot D. (2004). « Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices », International Journal of Philosophical Practice, Vol. 2, No. 2, pp. 6-7.
L’originalité du conseiller philosophique face au psychologue classique réside ainsi dans trois spécificités : sa formation approfondie dans l’utilisation thérapeutique des grands penseurs de l’histoire (Platon, Aristote, Kant, etc.), sa focalisation stricte sur la justification rationnelle des croyances, et le recours à un catalogue d’outils logiques et de « sophismes informels » bien plus vaste que celui des approches cognitives standards.
Conclusion générale
L’analyse conjointe des textes de Cohen, Zinaich et Paden met en évidence le défi épistémologique majeur de la consultation philosophique : trouver son autonomie sans pour autant se couper des acquis empiriques de la psychologie clinique. Le modèle d’interdépendance défendu par l’ASPCP démontre que la philosophie possède des « dents » concrètes pour transformer l’existence humaine lorsqu’elle accepte sa nature hybride d’éthique appliquée, tandis que le repli vers un purisme conceptuel strict risque de réduire cette pratique à un simple exercice académique désincarné.
Références Bibliographiques
Cohen, E. D., & Zinaich, S., Jr. (Éds.). (2013). Philosophy, Counseling, and Psychotherapy. Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni : Cambridge Scholars Publishing.
Cohen, E. D. (2004). Philosophy with Teeth: The Wedding of Philosophical and Psychological Practices. International Journal of Philosophical Practice, 2(2), 1-9.
LACROIX, André (dir.). La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 246 p.
L’ouvrage collectif La philosophie pratique pour penser la société sous la direction d’André Lacroix, paru sous les Presses de l’université Laval en 2020, a attiré mon attention en raison de l’expression « philosophie pratique » dans le titre.
André Lacroix est professeur titulaire au Département de philosophie et d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Ses enseignements et ses recherches portent sur la philosophie pratique, l’éthique professionnelle et organisationnelle, de même que sur les dimensions éthiques de la gouvernance et les interactions entre le droit et l’éthique.
J’ai longtemps résisté à me pencher sur ce livre parce que l’Université de Sherbrooke n’offre pas de formations permettant à ses étudiants d’acquérir les compétences nécessaires pour devenir consultants, cliniciens ou praticiens en consultation philosophique. Il n’en demeure pas moins que l’Université de Sherbrooke offre une formation en « philosophie pratique » sans aucun rapport si ce n’est qu’un lien très ténu avec les « nouvelles pratiques philosophiques ». J’ai relevé cette situation dans mon article Article # 198 – Quand l’enseignement universitaire de la philosophie pratique exclut la consultation privée.
Bien que le titre de l’ouvrage puisse suggérer une ouverture vers toutes les formes de pratiques, l’approche d’André Lacroix demeure ancrée dans une tradition universitaire et institutionnelle.
Dans le cadre académique québécois (notamment à l’Université de Sherbrooke où œuvre André Lacroix), la « philosophie pratique » désigne souvent le doctorat ou la recherche en éthique appliquée. Elle vise à éclairer la décision publique ou organisationnelle.
Le livre n’est donc pas un manuel sur le counseling philosophique ou la pratique en cabinet privé. Il traite de la philosophie comme « infrastructure de la démocratie » plutôt que comme un outil d’accompagnement existentiel individuel.
PRÉSENTATION
La philosophie pratique pour penser la société
Le projet philosophique puise ses sources dans la volonté de proposer une explication rationnelle des phénomènes naturels et culturels qui constituent le monde dans lequel l’être humain prend place. Il a servi de trame culturelle à l’Occident et amené le déploiement d’appareils conceptuels où l’on distingue théorie et pratique. On doit toutefois reconnaître qu’une philosophie théorique peut avoir une portée pratique et l’inverse, puisque toute pratique suppose un ancrage théorique pour légitimer la connaissance et les systèmes normatifs à partir desquels les explications sont avancées. Cela fait dire à certains que la distinction est désormais surannée et qu’une théorie philosophique réunifiée s’impose. Que l’on soit tenant de la tradition ou des nouvelles approches, la philosophie pratique s’impose désormais comme un passage obligé pour réfléchir les problèmes et articuler de nouvelles théories faisant écho à l’état actuel de notre monde. Le présent ouvrage revient sur la notion de philosophie pratique afin d’en faire voir les différentes acceptions et manières de la mobiliser pour réfléchir à des problèmes actuels.
LACROIX, André (dir.). La philosophie pratique pour penser la société, Quatrième de couverture, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 246 p.
Dois-je faire amende honorable car dans son introduction, André Lacroix nous informe que le texte de l’un des contributeurs concerne les différentes conceptions de la philosophie pratique, dont celle dans le cadre des nouvelles pratiques philosophiques :
EXTRAIT DE L’INTRODUCTION
La philosophie pratique pour penser la société
Les contributions
Les textes qui composent le présent ouvrage ont été regroupés en trois parties. Les textes de la première partie portent sur la définition de la philosophie pratique et ont pour intérêt de mettre en relief la tension entre tradition et innovation qui traverse toute l’histoire de la philosophie pratique. Dans son texte qui porte le titre Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia, Alain Létourneau s’intéresse à la définition actuelle de la philosophie pratique.
Pour bien rendre compte du pluralisme sémantique de la notion de philosophie pratique, il a porté son regard sur les définitions rendues par Wikipédia dans différentes langues. Intéressant à plus d’un titre, ce survol de la notion de philosophie pratique en français, anglais, allemand, italien, hébreu renvoie ainsi non seulement à des sens linguistiques distincts, mais recouvre également des réalités culturelles diverses. La représentation du rôle de la philosophie, mais aussi et surtout la compréhension que l’on a de la pratique dans différentes cultures, fait bien voir que la philosophie pratique renvoie tout autant à des univers conceptuels distincts selon les cultures, mais aussi, et surtout, que les représentations des pratiques philosophiques constituent des réalités différentes. On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés. On constatera également que l’appel à la tradition sera d’importance diverse selon les cultures et, forcément, selon les usages courants au sein de ces univers culturels. Dans la tradition anglaise, par exemple, on distinguera le conseil et la consultation, et surtout, il est intéressant de suivre Létourneau dans la typologie que son travail permet de dresser. Ce travail a enfin le mérite d’attirer notre attention sur l’importance de la langue dans la constitution d’un corpus réflexif tel que la philosophie. Alors qu’on se complaît à faire de l’anglais la lingua franca des sciences, on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. Il y aurait là, à mon avis, un chantier complet à ouvrir sur l’importance de la langue, et a fortiori, de l’univers culturel dans lequel une discipline se développe dans la manière de concevoir les problèmes traités par cette discipline et de penser cette discipline. Il semble bien que l’importance pour les chercheurs de se réapproprier la langue vernaculaire et leur langue nationale dans la pratique de leur discipline pourrait devenir un enjeu de fond dans le développement de leur discipline, ce qui nous ramènerait au débat ayant eu lieu tout au début de la Modernité alors que les philosophes ont choisi de publier leurs ouvrages en langues vernaculaires pour échapper aux diktats du latin et de l’académisme de l’époque
LACROIX, André (dir.). La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, pp. 9-10.
Dans cet extrait de l’Introduction, André Lacroix écrit, à la lumière de la contribution d’Alain Létourneau : « On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés ». André Lacroix met donc l’accent sur l’influence des « univers culturels » dans la conception de la philosophie pratique. Évidemment, je ne peux pas nier l’influence de la culture sur la pratique philosophique d’un pays ou d’une région du monde à l’autre. En revanche, je ne peux pas passer sous silence que la pratique philosophique, peu importe les différences culturelles, partage un seul et même but : contribuer au bien-être des individus en consultation.
Toujours dans cet extrait de son Introduction, le professeur André Lacroix semble nous dire que les nouvelles pratiques philosophiques « seront tantôt plus ou moins développés » selon l’univers culturel.
On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés.
Est-ce à dire que c’est l’univers culturel québécois qui ne favorise pas ou bloque ici le développement des nouvelles pratiques philosophiques ? Si c’est le cas, il faut préciser qu’il s’agit plus précisément de l’univers culturel universitaire québécois et des Ordres professionnels.
Est-ce que l’univers culturel québécois ne laisserait place qu’à de nouvelles pratiques philosophiques pour enfants ?
La référence à l’univers culturel ne tient pas la route pour soutenir que les nouvelles pratiques philosophiques « seront tantôt plus ou moins développés ».
Tout au plus, on peut affirmer que les nouvelles pratiques philosophiques se rassemblent dans un mouvement mondial éclectique mais poursuivant un seul et même but.
Et André Lacroix explique que les différentes conceptions des nouvelles pratiques philosophiques reposent sur la langue : « (…) on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. (…) »
Ce travail a enfin le mérite d’attirer notre attention sur l’importance de la langue dans la constitution d’un corpus réflexif tel que la philosophie. Alors qu’on se complaît à faire de l’anglais la lingua franca des sciences, on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. Il y aurait là, à mon avis, un chantier complet à ouvrir sur l’importance de la langue, et a fortiori, de l’univers culturel dans lequel une discipline se développe dans la manière de concevoir les problèmes traités par cette discipline et de penser cette discipline
Évidemment, l’univers culturel, y compris la langue, joue un rôle déterminant dans nos approches locales, régionales, nationales et internationales. Mais il faut reconnaître à plusieurs disciplines la transcendance des barrières linguistiques et géographiques. Autrement, la philosophie elle-même n’aurait aucun fil conducteur, aucune conception commune, voire aucune histoire civilisationnelle.
Comment l’univers culturel américain a-t-il porté sa pratique de la philosophie pour enfants de part de nombreux autres univers culturels de part le monde si la langue freine une conception partagée à l’international ?
La langue joue un rôle mais elle n’explique certainement pas le retard du Québec dans le domaine des nouvelles pratiques philosophiques, notamment, dans celui de la consultation philosophique privée.
Et c’est sans tenir compte du fait que la consultation philosophique connaît un essor soutenu depuis quelques dizaine d’années en France avec qui nous partageons la même langue. Nous témoignons ici même dans cette Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques de l’abondante littérature française au sujet de la consultation philosophique.
La langue joue un rôle mais n’explique pas tout.
Dans La philosophie pratique pour penser la société, on trouve donc un chapitre intitulé « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage» de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia« .
LÉTOURNEAU, Alain. « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia », dans André LACROIX (dir.), La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 17-41. En libre accès sur Academia (PDF à télécharger ou à lire en ligne).
Le texte d’Alain Létourneau ouvre la première partie du livre.
PREMIÈRE PARTIE ENTRE TRADITION ET INNOVATION
Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia
Alain Létourneau
• Notre question
• Trouver des lieux accessibles
• Cinq sources pertinentes et distinctes
• Points de recoupement
• Peut-on aller plus loin ?
• Annexe 1 : traduction du texte italien
• Annexe II : traduction du texte hébreu
Voici le liste des cinq pages Wikipédia consultées par Alain Létourneau :
Précisions importantes issues du texte de Létourneau :
Pour l’anglais : L’auteur consulte également des pages connexes mentionnées dans son analyse, comme celle sur le Philosophical counseling.
Pour l’italien : Il s’appuie sur la version qui met en avant la consulenza filosofica.
Pour l’hébreu : C’est cet article précis qui a fait l’objet d’une traduction complète en annexe de son chapitre pour démontrer la structure tripartite (Éthique, Politique, Esthétique) et l’inclusion du conseil philosophique.
Si je devais étudier « le sens en usage » des nouvelles pratiques philosophiques, je ne commencerais pas avec Wikipédia. Pour tout vous dire, l’idée de me référer à Wikipédia ne me serait même pas venue à l’esprit. Voici comment Alain Létourneau explique son choix.
Notre question
Le présent texte se pose la question suivante, qu’on peut formuler de deux manières complémentaires : que doit-on entendre par philosophie pratique, ou encore quelles sont les principales questions qui forment la trame de base de la philosophie pratique ? Cette expression est en effet porteuse de toutes sortes de connotations spontanées (que veut-on dire par « pratique », notamment). Alors il faut tenter d’en mieux cerner le sens, aussi bien en compréhension qu’en extension (soit d’une part la définition du terme, d’autre part ce qui concerne l’étendue des questions couvertes)(4). Pour y arriver, je suggère non pas de faire une revue intégrale de la littérature, mais bien de recenser les principaux usages autour de cette notion tels qu’ils sont accessibles à tout public cultivé. Ce qui rejoint la problématique des « sens en usage » : il y a les définitions stipulatives qui peuvent être d’un grand intérêt, en expliquant aux lecteurs le sens technique qu’un auteur décide d’attribuer à un terme, mais parfois il vaut la peine de s’arrêter sur le sens des termes dans l’usage qu’on en fait(5). Bien sûr, comme l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle, les usages qu’on pourra repérer seront forcément à caractère quelque peu spécialisé. Il faudrait néanmoins que ces usages soient des plus accessibles.
En s’arrêtant sur une source bien connue et aisément contrôlable, soit une encyclopédie en ligne très populaire, et surtout sur les articles les plus développés qui s’y trouvent sur la philosophie pratique, et ce, dans cinq langues (celles où les développements sont les plus substantiels), on montrera quelques points. D’une part, on constatera aisément que l’éthique et la philosophie politique en constituent le noyau le plus évident et le plus clair, bien que la question économique y ait aussi une légitimité importante, ce qui sera un point à reprendre plus loin. Nous verrons ensuite que des fluctuations riches sont repérables sur les différents domaines ou approches qu’il est possible d’y traiter ou d’y retrouver. De plus, l’on retrouve également une importante dimension critique à l’égard d’une philosophie académique souvent détachée des besoins et des usages de la population, même cultivée, et ce en raison de la surspécialisation qu’a connue la philosophie, surtout depuis le XXe siècle.
Cette prise en compte de différentes dimensions qu’on reconnaît à la philosophie pratique pourra mener à une réflexion sur les choix qui seraient encore à faire parmi ces orientations. Il est vraisemblable en effet qu’une perspective finitiste, soit qui renonce à la perspective globale, englobante et systématique qui se penserait capable de tout embrasser dans un soi-disant mouvement unifiant du concept, nous oblige à sélectionner quelques possibles pour nous en tenir à ces derniers.
____________
4. Depuis bien des années, en logique, en argumentation et ailleurs, on a distingué la compréhension d’une notion, livrée le plus souvent dans une définition de son extension, c’est-à-dire les éléments couverts dans la classe par la définition même. D’un point de vue formel, l’extension prendrait la forme d’une énumération, avec ouverture et fermeture de parenthèse.
5. Pour la notion de définition stipulative, voir Govier (2013). Pour les sens en usage, voir Létourneau (2005).
LÉTOURNEAU, Alain. « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia », dans André LACROIX (dir.), La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 18-20. En libre accès sur Academia (PDF à télécharger ou à lire en ligne)
Wow ! Monsieur Alain Létourneau affirme que l’expression « philosophie pratique est assez peu usuelle ».
Bien sûr, comme l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle, les usages qu’on pourra repérer seront forcément à caractère quelque peu spécialisé. Il faudrait néanmoins que ces usages soient des plus accessibles.
Voici le nombre de demandes adressées à Google avec l’expression « philosophie pratique » en différentes langues.
TABLEAU 1
Comparaison internationale des expressions liées à la philosophie pratique
Langue
Expression recherchée
Résultats (approx.)
Contexte d’usage
FRANÇAIS
« Pratique philosophique »
56 200
Terme générique.
« Philothérapie »
11 800
Usage spécifique (clinique/bien-être).
« Consultation philosophique »
5 940
Relation d’aide individuelle.
« Philosophe praticien »
5 200
Statut professionnel de l’intervenant.
« Conseil philosophique »
2 950
Traduction de counseling.
« Philosophe consultant »
2 510
Usage souvent lié au milieu corporatif.
ANGLAIS
« Practical philosophy »
560 000
Terme dominant (Académique/Général).
« Philosophical practice »
251 000
Usage professionnel et international.
« Clinical Philosophy »
59 300
Intersection entre soin et philosophie.
« Philosophical counseling »
40 400
Terme standard pour la consultation.
« Philosophical praxis »
25 700
Terme savant/théorique.
« Philosophical therapy »
11 200
Proche de la psychothérapie.
ALLEMAND
« Praktische Philosophie »
486 000
Tradition académique très forte.
« Philosophische Praxis »
98 000
Référence au cabinet de consultation.
« Philosophische Beratung »
22 400
Conseil/Consultation individuelle.
ITALIEN
« Filosofia pratica »
121 000
Concept incluant l’éthique et la politique.
« Consulenza filosofica »
45 000
Très présent dans le milieu du soin.
« Pratica filosofica »
18 200
Activité concrète d’animation.
HÉBREU
1 490
Philosophie pratique.
2 100
Conseil philosophique.
TOTAL
Toutes expressions confondues
1 826 390
Volume global de recherche
Recherche réalisée le 11 avril 2026
Avec plus de 1,8 million de résultats, ces données démontrent que :
Une présence massive : La discipline n’est plus marginale. Il existe une véritable « masse critique » de contenus et de recherches à l’échelle mondiale.
Le poids des langues germaniques et anglo-saxonnes : À elles seules, les expressions anglaises et allemandes représentent plus de 80 % du volume total, confirmant que le cœur historique et professionnel de la pratique actuelle bat très fort dans ces régions.
Potentiel de croissance en français : Bien que le volume francophone semble plus modeste (environ 85 000 résultats cumulés), la diversité des termes utilisés montre une spécialisation croissante qui offre une belle marge de progression pour des plateformes comme la vôtre.
TABLEAU 2
Analyse quantitative des approches thématiques en philosophie pratique
Axe de recherche
Expression (anglais)
Résultats (approx.)
Contexte d’application
Stoïcisme Moderne
« Modern Stoicism »
184 000
Courant dominant pour la résilience et la gestion du stress.
Pensée Critique
« Critical thinking coaching »
42 300
Très utilisé en milieu corporatif et en développement cognitif.
Santé Mentale
« Philosophy for mental health »
28 600
Alternative ou complément à l’approche purement clinique.
Transition de vie
« Life transition philosophy »
7 400
Accompagnement lors de deuils, retraites ou changements de carrière.
Maïeutique Socratique
« Philosophical midwifery »
3 100
Référence directe à l’art d’accoucher les esprits (Socrate).
TOTAL
Approches thématiques
265 400
Recherche réalisée le 11 avril 2026
Le phénomène Stoïcien : Avec 184 000 résultats, le « Modern Stoicism » est un moteur de recherche massif.
L’essor du Coaching de Pensée : Le chiffre de 42 300 pour le « Critical thinking coaching » montre que la philosophie est de plus en plus perçue comme un outil de performance intellectuelle, et pas seulement comme une thérapie.
La Maïeutique (Midwifery) : Bien que le chiffre soit plus bas, c’est un terme de niche très respecté. Il définit parfaitement la posture du philosophe consultant qui ne donne pas de réponses, mais aide l’autre à trouver les siennes.
Les deux tableaux ci-dessus nous donnent un total de 2 091 790 millions.
Bref, avec un total de plus de deux millions de résultats trouvés par Google, on ne peut pas dire que « l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle ».
Aussi, la référence aux cinq pages de Wikipédia ne fait donc pas le poids comme le démontre ce troisième tableau.
TABLEAU 3
Langue
Page Wikipédia ciblée
Résultats dans l’index (approx.)
ANGLAIS
Practical philosophy
4 350
ALLEMAND
Praktische Philosophie
2 110
FRANÇAIS
Philosophie pratique
1 480
ITALIEN
Filosofia pratica
954
HÉBREU
185
TOTAL
Visibilité inter-langues
9 079
Recherche réalisée le 11 avril 2026
Les cinq pages Wikipédia sur lesquelles se fonde Alain Létourneau totalise 9 079 soit 0,43 % du total des tableaux 1 et 2. La recherche d’Alain Létourneau sur Wikipédia n’est donc pas crédible pour rendre compte du « sens en usage » des nouvelles pratiques philosophiques, d’autant plus que Wikipédia fait l’objet de nombreuses critiques au sein même du milieu universitaire. Pour une recherche universitaire, on a vu mieux. J’ai l’impression que monsieur Létourneau ne savait pas où chercher.
Il écrit :
D’une part, on constatera aisément que l’éthique et la philosophie politique en constituent le noyau le plus évident et le plus clair, bien que la question économique y ait aussi une légitimité importante, ce qui sera un point à reprendre plus loin.
La question à laquelle Alain Létourneau veut répondre est : « que doit-on entendre par philosophie pratique, ou encore quelles sont les principales questions qui forment la trame de base de la philosophie pratique ? »
Or, « l’éthique et la philosophie politique » ne constituent pas le noyau de la philosophie pratique, surtout pas lorsqu’il s’agit de « penser la société ». La philosophie pratique est née et demeure intimement liée au bien-être de la personne et à la consultation philosophique.
La réalité du web est celle d’une « philosophie de terrain » (la philothérapie, le stoïcisme de vie, la pensée critique appliquée) qui a pris le dessus sur les catégories classiques citées par monsieur Létourneau.
Si jamais le noyau est l’éthique et la philosophie politique, ce dernier se déplace vers l’usage pratique. Mes recherches montrent que le terme « Practical philosophy » (560 000 résultats) est devenu un « terme-parapluie » très large. Aujourd’hui, une grande partie de ces résultats ne concerne plus l’éthique aristotélicienne ou la philosophie politique classique, mais des applications concrètes : coaching, bien-être, et outils de pensée.
Bref, le « noyau » s’est déplacé de la théorie de l’action vers la pratique de l’existence.
Si l’on additionne les résultats thématiques (Stoïcisme, Pensée critique, Santé mentale), on s’aperçoit que ces sujets « périphériques » génèrent un engagement et une présence web qui rivalisent avec les définitions académiques. Le fait que le « Stoic coaching » soit un moteur de recherche si puissant suggère que le public ne cherche pas un « noyau politique », mais des outils de navigation personnelle.
Les données de Google ne confirment pas une hiérarchie où l’éthique et la politique seraient le centre, mais révèlent plutôt une atomisation du savoir au profit de l’individu.
Pour Alain Létourneau (et la tradition universitaire), le « noyau » est thématique (de quoi parle-t-on ?). Selon moi, le noyau est méthodologique et humain (qui accompagne-t-on ?).
La consultation philosophique place le sujet (la personne) au centre de la recherche de sens.
L’éthique et la politique ne deviennent alors que des outils ou des objets parmi d’autres que la personne mobilise lors de sa réflexion, et non la finalité de la démarche.
Si l’éthique et la politique étaient le véritable noyau « évident », les recherches se concentreraient sur des traités ou des théories. Or, l’explosion des termes comme « Life transition« , « Stoic coaching » ou « Philothérapie » montre que l’intérêt se porte sur le « Comment vivre ? » (individuel).
plutôt que sur le « Que doit-on faire ? » (universel/politique).
Il faut ramener la philosophie pratique (la mise en pratique de la philosophie) à son ancrage historique précis, c’est-à-dire au philosophe allemand Gerd Achenbach et l’ouverture de son cabinet à Bergisch Gladbach en 1981. Il s’agit du moment de rupture où la philosophie a cessé d’être une simple exégèse de textes pour redevenir une posture de vie et une relation d’aide.
L’analyse d’Alain Létourneau, en se basant sur Wikipédia, semble avoir confondu la classification académique des thèmes (éthique/politique) avec la réalité de la pratique initiée par Achenbach.
Gerd B. Achenbach’s Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, translated by Michael Picard, offers unique insights into the compelling origin and development of what has been called a renaissance of philosophy: a storied trove of thought steeped in tradition, character, and experience, and redeployed in the service of understanding the individual life. Throughout this book, the author explores Philosophical Praxis not only through the tumultuous history of philosophy, but also through psychology, religion, literature, and more. Achenbach’s tone is subtle, humorous, and constantly surprising, demonstrating his intimacy with an expansive spirit of life and leaving behind the narrowness of academic disciplines. As the founder of Philosophical Praxis, Achenbach dissects the challenges faced in current philosophy and psychology and, in doing so, surpasses academic philosophy to reveal the possibility of a new profession for philosophical practitioners seeking to resist the seductions of theory, methods, or solutions, and personify the seriousness of being human.
La démarche d’Achenbach (la Philosophische Praxis) prouve que le noyau est bien la consultation et la personne, car :
Le refus de la « méthode » préétablie : Achenbach s’opposait à l’idée que le philosophe arrive avec une théorie (éthique ou politique) pour « l’appliquer » au client. Le noyau, c’est le dialogue vivant où la théorie ne sert que de ressource secondaire.
L’expérience plutôt que le système : le cœur est l’expérience philosophique vécue par l’individu dans sa singularité. Létourneau regarde l’objet (l’éthique), alors qu’Achenbach regarde l’acte (la consultation).
L’autonomie totale : En lançant la consultation dans les années 80, Achenbach a affirmé que la philosophie n’avait pas besoin d’être une « sous-discipline » de quoi que ce soit. Elle se suffit à elle-même dès qu’il y a une personne qui s’interroge sur sa vie.
Les chiffres de Google confirment Achenbach (et non Létourneau)
Le fait que vous trouviez des millions de résultats pour des termes comme « Practical philosophy » ou « Philosophical counseling » n’est que l’écho numérique de ce mouvement né en 1981.
Le volume de recherche n’est pas alimenté par des gens qui veulent étudier la « philosophie politique », mais par des gens qui, dans la lignée d’Achenbach, cherchent un philosophe praticien pour examiner leur existence.
Le « noyau » politique dont parle Létourneau est une vue de l’esprit universitaire qui ne correspond pas à l’offre et à la demande réelle du terrain depuis 45 ans.
Pourtant, Alain Létourneau rend compte de l’importance de la contribution de Gerd B. Achenbach en référence à la page Wikipédia en italien (Filosofia pratica).
Achenbach décide ainsi de s’engager sur le chemin d’une philosophie appliquée, motivé par l’insatisfaction envers la philosophie académique, qu’il accuse de s’être éloignée de manière excessive du monde réel, en s’enfermant dans des parcours d’étude qui étaient utiles seulement aux philosophes. La philosophie en crise a prétendu se transformer en une science qui ne sert à personne d’autre qu’aux philosophes, une position absolument unique dans le domaine des études académiques.
À ce sujet, Achenbach écrit : « La philosophie qui n’est pas encore pratique ou ne l’est plus survit dans un ghetto académique, où elle a perdu le lien avec tout problème qui opprime réellement les hommes. Cette aliénation, qui produit la stérilité dans la philosophie et la perte du sens dans la vie quotidienne, est dépassée par la Philosophische Praxis » [note 17]. Ce qui rejoint la critique des professions d’aide, ancrées au paradigme instrumental ou thérapeutique.
Ainsi naît la soi-disant consultation philosophique, une activité née en Allemagne comme Philosophische Praxis, et ensuite diffusée, avec diverses caractéristiques, dans le monde entier, d’abord comme Philosophy Practice et ensuite Philosophical Counseling.
LÉTOURNEAU, Alain. « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia », dans André LACROIX (dir.), La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 18-20. En libre accès sur Academia (PDF à télécharger ou à lire en ligne)
Malheureusement, le professeur Alain Létourneau gâche tout en écrivant LA SOI-DISANT consultation philosophique. C’est un jugement erroné au sujet de l’existence même de la consultation philosophique.
On ne peut pas étudier le « sens en usage » de la philosophie pratique sans accorder une attention toute spéciale aux leaders de ce domaine sur la scène l’internationale.
TABLEAU 4
Les grandes têtes d’affiches de la philosophique pratique à l’international
Le pourcentage que représente le volume encyclopédique (Wikipédia) avec 0,43 % des résultats (9 079) par rapport au volume total de la pratique, de ses institutions et ses têtes d’affiches mondiales avec 75 772 790 résultats est de 0,012 %. On ne peut donc pas trouver le « sens en usage » de l’expression philosophie pratique sur la base de 0,012% des résultats.
Dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche
On trouve ici une démonstration d’une dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche, un manquement aux devoirs professionnels de rigueur et d’objectivité.
Le manquement à la rigueur factuelle (Erreur de représentativité)
En déontologie de la recherche, un chercheur a le devoir de s’assurer que ses sources sont représentatives de la réalité qu’il prétend décrire.
En se basant sur Wikipédia pour définir le « noyau » de la discipline, l’analyse universitaire ignore 99,98 % des données réelles.
Présenter une infime fraction (0,012 %) comme étant la vérité centrale du domaine constitue une déformation de la réalité factuelle. C’est ici que se situe la « dérive ».
L’occultation volontaire de l’histoire pratique
La déontologie intellectuelle exigerait de reconnaître l’existence et l’impact des travaux de Gerd Achenbach et des institutions nées dans les années 80 (comme l’IPP).
Ignorer le volume massif de l’Institute of Philosophical Practices (71 millions de résultats) pour se concentrer sur quelques pages encyclopédiques académiques s’apparente à une volonté de maintenir la philosophie dans une « tour d’ivoire », en rupture avec l’offre de consultation réelle.
La déconnexion du sujet (La dérive éthique)
Le fait de placer le noyau dans des concepts abstraits (éthique/politique) plutôt que dans la personne et la consultation témoigne d’une rupture déontologique avec la mission même de la philosophie pratique, qui est de servir l’humain dans son existence concrète.
« En réduisant la philosophie pratique à ses seules définitions encyclopédiques, l’analyse universitaire opère une sélection qui évacue 99,98 % de la réalité du terrain. On trouve ici la démonstration d’une dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche, qui préfère la sécurité des catégories académiques à la reconnaissance de la pratique de consultation initiée par Achenbach, pourtant 8 000 fois plus présente dans l’espace public. »
Chercher le « sens en usage » de la philosophie pratique
MARINOFF, Lou. Platon, pas Prozac ! : La philosophie comme remède, Montréal, Les Éditions Logiques, 2000, 411 p.
Quatrième de couverture
La philosophie est un remède !
Chacun possède sa propre conception de la vie, mais peu d’entre nous jouissent du privilège ou du luxe d’y réfléchir. Nous avons plutôt tendance à subir la vie.
Pourtant, l’expérience est un bon maître. En y réfléchissant bien, nous pourrions transformer notre vie !
Les grands philosophes ont tracé des voies. À nous de les explorer ! Ce livre nous aidera à développer une philosophie personnelle pour mieux prévenir, résoudre ou affronter les nombreux problèmes de l’existence.
Avec Platon, pas Prozac !, les grands philosophes sont nos amis !
MARINOFF, Lou. Platon, pas Prozac ! : La philosophie comme remède, Montréal, Les Éditions Logiques, 2000, 411 p.
Une trentaine de traductions
Dans son étude du « sens en usage » de la philosophie pratique, un universitaire québécois ne peut pas passer sous silence « Lou Marinoff » au profit de « Wikipédia ».
Lou Marinoff, titulaire d’une bourse du Commonwealth et originaire du Canada, a étudié la physique théorique aux universités Concordia et McGill avant d’obtenir un doctorat en philosophie des sciences au University College London. Après des recherches postdoctorales à l’Université hébraïque de Jérusalem et un poste de chargé de cours à l’Université de la Colombie-Britannique, il a rejoint le City College of New York en 1994, où il est actuellement professeur de philosophie.
Les publications de Lou Marinoff portent sur la théorie de la décision, la modélisation informatique de l’agentivité rationnelle et morale, l’éthique mondiale, la philosophie des sciences, ainsi que sur les philosophies chinoise et indienne, le bouddhisme et la pratique philosophique. Il est le président fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) et le rédacteur en chef de sa revue, Philosophical Practice.
Auteur de plusieurs succès de librairie internationaux appliquant la philosophie à la vie quotidienne, il a notamment publié Platon, pas Prozac !, traduit en vingt-sept langues.
Lou Marinoff collabore avec divers groupes de réflexion et forums de leadership, tels que l’Institut Aspen, Biovision (Lyon), le Festival of Thinkers (Abou Dhabi), Horasis (Zurich), l’Institute for Local Government (Université de l’Arizona), la Soka Gakkai International (Tokyo), le Strategic Foresight Group (Bombay) et le Forum économique mondial (Davos).
Et savez-vous que Lou Marinoff, devenu le leader mondial de la philosophie pratique est Québécois ? Lou Marinoff est né le 18 octobre 1951 à Noranda, Québec, Canada. Il a fait ses études à l’Université Concordia et l’Université McGill (Montréal).
Année
Diplôme / Titre
Établissement
Spécialisation
1992
Doctorat (Ph.D.)
University College London, Angleterre
Philosophie des sciences
1984
Baccalauréat en sciences (B. Sc.)
Université Concordia, Montréal
Physique théorique (avec Grande Distinction)
1980
Diplôme
Control Data Institute, Montréal
Technologie de l’informatique numérique
1972
Diplôme d’études collégiales (DEC)
Collège Dawson, Montréal
Arts libéraux (préuniversitaire)
1968
Certificat Junior de McGill
Lower Canada College, Montréal
Études secondaires
Lou Marinoff a fondé l’American Philosophical Practitioners Association (APPA).
Présentation de l’APPA
L’American Philosophical Practitioners Association (APPA) est une organisation éducative à but non lucratif (type 501(c)(3)), fondée en 1999. L’APPA représente une communauté mondiale de praticiens de la philosophie de premier plan. Ces derniers offrent des services de conseil et de consultation aux individus, aux groupes et aux organisations.
L’APPA forme, certifie et accompagne des praticiens par le mentorat ; elle propose également au grand public des cours sur la philosophie destinés à la croissance personnelle et au développement professionnel. L’association dispose d’une librairie, publie une revue savante évaluée par les pairs et possède une chaîne YouTube.
L’APPA encourage la sensibilisation à la philosophie et prône une « vie examinée ». Ses membres appliquent les systèmes, les perspectives et les méthodes philosophiques à la gestion des problèmes humains et à l’amélioration de la condition humaine.
Je pourrais développer cette référence à Lou Marinoff encore et encore. Il est l’un des pionniers de la philosophie pratique qui a donnée « du sens » à la philosophie pratique, et ce, à ce point où nous devons désormais parler de « nouvelles pratiques philosophiques » et reconnaître pleinement la consultation philosophique, les philosophes cliniciens, praticiens et/ou consultant.
Dans ce contexte, s’il faut se pencher sur « La philosophie pratique pour penser la société », on ne trouvera pas la réponse dans le livre du même nom.
La philosophie pratique a ses propres lettres de noblesse depuis les années 80, indépendamment des découpages thématiques traditionnels universitaires.
CONCLUSION GÉNÉRALE
En somme, l’analyse d’Alain Létourneau, en se bornant aux définitions de Wikipédia, ne saisit qu’une infime fraction de la réalité : environ 0,012 % de l’espace occupé par la philosophie pratique sur le web mondial. Prétendre définir le « noyau » de cette discipline par l’éthique et la politique, c’est ignorer volontairement les 99,98 % restants, portés par des instituts et des praticiens comme Achenbach ou Marinoff. Cette dérive universitaire, en rupture avec la déontologie de la recherche, tente de maintenir dans une tour d’ivoire une discipline qui, sur le terrain, appartient déjà à la cité et à l’individu. Le véritable noyau de la philosophie pratique n’est pas dans un article encyclopédique, mais dans le cabinet du consultant où une personne cherche, par le dialogue, à reprendre les rênes de son existence.
Il est temps de reconnaître que la philosophie pratique n’est pas une simple extension de l’éthique appliquée universitaire, mais une profession autonome née de la rupture opérée par Gerd Achenbach en 1981. Si l’université québécoise semble vouloir confiner cette pratique aux enfants ou à la gouvernance organisationnelle, les chiffres et l’histoire racontent une tout autre version. La consultation philosophique est une réalité mondiale massive qui place l’intersubjectivité et la personne au centre de son dispositif. Pour l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques, l’enjeu est clair : sortir la philosophie de son cadre purement théorique pour lui rendre sa fonction première de remède et de boussole existentielle, ici même, au Québec.
La philosophie pratique ne peut se réduire à ce qu’en disent les algorithmes de Wikipédia ou le livre « La philosophie pratique pour penser la société », un collectif sous la direction d’André Lacroix, professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke (Québec). Elle est avant tout un acte : celui de la consultation. En évacuant la relation d’aide et l’accompagnement individuel de leur définition, les universitaires se coupent d’un mouvement qui les dépasse désormais de plus de 8 000 fois en volume d’engagement. Le « sens en usage » de la philosophie pratique, c’est celui que lui donnent chaque jour les consultants et leurs clients. Le noyau n’est ni l’éthique, ni la politique ; le noyau, c’est la personne.
par Méta de choc, Olivier Sartenaer et Élisabeth Feytit
Janvier 2023
Voici la captation d’une table-ronde à laquelle j’ai participé à l’université de Namur, sur la question épineuse et non moins passionnante des frontières entre sciences et pseudosciences.
Cette conversation avec Olivier Sartenaer, physicien et philosophe des sciences, trouve son point de départ dans l’évocation du parcours intellectuel du biologiste belge du début du XXe siècle : Hector Lebrun. Ce chercheur brillant voulait concilier la théorie de l’évolution de Charles Darwin et la pensée créationniste catholique.
Nous y abordons des sujets aussi variés que la croyance en la Terre plate, la lithothérapie, la Loi de l’attraction, l’anti-vaccinisme ou les préoccupations environnementales. La crédulité est-elle liée à un manque d’intelligence ? La quête spirituelle est-elle compatible avec l’intérêt pour les sciences ? La crise du Covid aurait-elle révélé notre manque criant de rationalité ?
« La vérité est une invention de l’Homme. L’Homme est imparfait. Donc la vérité est imparfaite. »
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
La philosophe Myriam Revault d’Allonnes va encore plus loin en parlant d’une « ère post-factuel » :
Il n’en va pas de même avec la « post-vérité » selon laquelle — à suivre le dictionnaire d’Oxford — les faits objectifs ont moins d’importance que leur appréhension subjective. La capacité du discours politique à modeler l’opinion publique en faisant appel aux émotions prime sur la réalité des faits. Peu importe que ces derniers informent ou non les opinions : l’essentiel, c’est l’impact du propos. Le partage du vrai et du faux devient donc insignifiant au regarde de l’efficacité du « faire-croire ». L’ère de la post-vérité est aussi celle du post-factuel.
L’erreur serait pourtant de penser que la post-vérité et la fabrication de « faits alternatifs » dans des sociétés démocratiques relèvent des mêmes mécanismes que l’idéologie totalitaire. Certes, dans les deux cas on propose un substitut à la réalité, un réarrangement de toute la texture factuelle en sorte qu’un monde fictif vient en lieu et place du monde des expériences et des relations que nous avons en partage et qui est le « sol » sur lequel nous nous tenons.
Dans les systèmes totalitaires, une idéologie « fantasmatiquement fictive » suscite un monde à la fois mensonger et cohérent que l’expérience est impuissante à contrarier. Le penser idéologique s’affranchit de l’existence de la réalité plus « vraie » que celle que nous appréhendons et percevons. Il ordonne les faits selon une procédure entièrement logique : en partant d’une prémisse tenue pour un axiome et dont tout le reste est déduit, on parvient à une cohérence jamais rencontrée dans le réel.
La vérité se fait bardasser par tout un chacun en ces temps qui courent. Elle est victime d’érosion comme les berges soumis aux ondes de tempête provoquées par les changements climatiques.
Il y a 25 ans, en pleine crise intellectuelle au début de ma quarantaine d’âge, je me suis réfugié dans la méthode de la pensée scientifique, dans l’épistémologie, c’est-à-dire dans l’étude de la connaissance de la connaissance. J’en suis venu à la conclusion que nous devrions importer dans notre vie de tous les jours la méthode de la pensée scientifique, notamment le doute systématique. Mon objectif : une pensée juste débarrassée des biais cognitifs, libérée de mes opinions, de mes préjugés… Admettre pour vrai uniquement ce que les sciences exactes ont démontré, tout en considérant qu’en ces sciences, la connaissance se bâtit sur la destruction du déjà-su dont on s’est donné formellement l’obligation de douter.
À la fin de cette décennie de ma vie, j’ai observé de plus en plus de gens prendre pour vrai ce qu’ils pensaient uniquement parce qu’ils le pensaient. Cette absence complète de recul et de doute court-circuite voire détruit le système de penser. « Seul ce que je pense est vrai » semble dire ces personnes plus attachées à leurs opinions qu’au savoir et à la connaissances eux-mêmes. Or, la première règle de la pensée scientifique est de lutter contre ses opinions.
À la question « Pourquoi la vérité ne triomphe pas par elle-même ? », je répond « parce qu’elle est imparfaite » et cette imperfection vient du fait qu’on la cherche dans des domaines où elle ne peut pas émerger, comme dans les sciences inexactes. Une imperfection justifiée aussi par le fait qu’elle est un concept de l’Homme et que ce dernier est lui-même imparfait. La vérité n’existe pas non plus dans la Nature. La vérité est une invention conceptuelle de l’Homme qui lui permet de s’assurer de la correspondance de ses observations avec la réalité.
Pour commencer, il faut distinguer la vérité et la réalité : la vérité n’est pas la réalité. La réalité est une propriété des choses. La vérité est une propriété du discours ou de la pensée. Une chose est réelle, si elle est, si elle existe, si elle est effective. Ici, nous entendons « réalité » dans son sens ordinaire, et non pas dans son sens technique.
La vérité tient donc du seul fait de l’expérience que nous faisons de la réalité pour en tirer une connaissance (vraie).
Le concept de connaissance enveloppe celui de vérité : toute connaissance est par définition vraie ; une connaissance qui ne serait pas vraie perdrait aussitôt son statut de connaissance.
Et si des experts se prononcent sur notre temps en évoquant dans notre histoire une ère de post-vérité, ce n’est pas parce que la vérité change avec le temps mais plutôt parce que les critères de la vérité changent. « (…) la vérité est par définition absolue, universelle et transhistorique », nous dit Gabriel Gay-Para :
De prime abord, si on considère l’essence ou la nature de la vérité, et non ses critères, la vérité est par définition absolue, universelle et transhistorique. Prenons un exemple simple : « la somme des angles d’un triangle est égale à un angle plat. » Cette vérité, dans le cadre de la géométrie euclidienne, respecte cette triple propriété. Elle est absolue : comme cette propriété découle de l’essence même du triangle, elle est indépendante de toute condition. Elle vaut pour tout le monde, qu’on soit géomètre ou non. Mais elle vaut aussi pour tous les triangles, quelles que soient leurs propriétés particulières (triangle isocèle, équilatéral, rectangle, etc.) ; elle est donc universelle. Elle est enfin transhistorique : elle vaut pour toutes les époques. Cette propriété vaut pour les arpenteurs de l’Égypte ancienne, comme pour les mathématiciens du XXe siècle : le développement des géométries non-euclidiennes depuis le XIXe siècle n’y a rien changé. Un triangle dessiné sur une surface plane a toujours la somme de ses angles égale à un angle plat. La vérité semble donc transhistorique ou éternelle, indépendante du temps qui passe. Dans cette perspective, comment la vérité pourrait-elle avoir une histoire ? Si la vérité est la propriété qui caractérise nos énoncés lorsque ceux-ci décrivent ce qui est, autrement dit, « correspondent » ou sont en adéquation avec la réalité, comment pourrait-elle avoir une histoire, et donc évoluer avec le temps ? Historiciser le concept de vérité, n’est-ce pas le vider de son contenu ?
La vérité n’a pas d’histoire parce qu’elle « (…) est par définition absolue, universelle et transhistorique ».
La vérité existe que dans son rapport à la réalité. C’est une théorie de la vérité nommée « correspondantisme » : « Le correspondantisme, appelé aussi théorie de la vérité-correspondance, est l’ensemble des théories définissant la vérité comme une relation de correspondance entre un énoncé et une chose réelle. Un énoncé est vrai seulement s’il correspond à la chose à laquelle il réfère dans la réalité. » (source : Vérité, Wikipédia, consulté le 26 janvier 2023).
À présent, toute connaissance s’accomplit dans l’assimilation du connaissant à la chose connue, et l’on dit que cette assimilation est cause de la connaissance, comme la vue connaît la couleur du fait qu’elle y est disposée par l’espèce de la couleur. De la sorte, le premier rapport de l’étant à l’intellect tient à ce que l’étant et l’intellect concordent, concordance qui est appelée adéquation de l’intellect et de la chose [adaequatio intellectus et rei], et dans laquelle la notion de vrai s’accomplit formellement. C’est donc cela que le vrai ajoute à l’étant, la conformité ou l’adéquation de la chose et de l’intellect [adaequationem rei et intellectus], conformité de laquelle, comme on l’a dit, suit la connaissance de la chose. Ainsi l’entité de la chose précède-t-elle la notion de vérité alors que la connaissance est un certain effet de la vérité.
Si la vérité ne triomphe pas toujours par elle-même, si elle ne s’impose pas d’emblée à tous, c’est parce que nous ne nous entendons pas sur la réalité. Et si nous ne nous entendons pas sur la réalité, c’est en raison des différences et des variations des perceptions de cette réalité d’une personne à l’autre, et ce, même si nous disposons tous du même « matériel biologique » de perception. Notre histoire personnelle, sociétale, nationale, civilisationnelle… caractérise nos perceptions non seulement de la réalité mais aussi de nos interprétations.
Le seul et unique moyen dont nous disposons pour décerner la statut de vérité à une chose matérielle, c’est la pensée scientifique à la barre de l’expérience scientifique. Le scientifique nous propose une hypothèse concernant une chose matérielle spécifique, il vérifie cette hypothèse lors d’une expérience et tous ceux et celles qui reprendront avec rigueur la même expérience arriveront aux mêmes résultats confirmant l’hypothèse. Cette dernière est prouvée. Elle est une vérité. Personnellement, je préfère soutenir que l’hypothèse ainsi mise à l’épreuve de l’expérience est une « connaissance ». Reprenons la citation tiré du texte de Gabriel Gay-Para :
Le concept de connaissance enveloppe celui de vérité : toute connaissance est par définition vraie ; une connaissance qui ne serait pas vraie perdrait aussitôt son statut de connaissance.
Mais ce « vrai » n’est pas nécessairement « absolue, universelle et transhistorique » tel que le précise Gabriel Gay-Para. Car, en science du moins, une connaissance est admise pour vraie que le temps qu’une autre connaissance la rende caduque et lui soustrait son caractère de vérité. En science la connaissance se construit sur la destruction du déjà-su. Autrement dit, une connaissance scientifique n’est pas nécessairement absolue et transhistorique. Il y a obligation de douter de toute connaissance. La connaissance n’est vrai que le temps que l’on en doute.
Si une connaissance peut être admise comme étant « absolue, universelle et transhistorique » tel que le précise Gabriel Gay-Para en donnant en exemple « la somme des angles d’un triangle est égale à un angle plat », c’est uniquement parce qu’elle a résisté jusqu’ici à tous les doutes et à toutes les expériences des scientifiques tout comme à tous les changements de critères de vérité survenus au fil du temps.
Dans ce contexte, faut-il donner un statut différent aux connaissances scientifiques qui ne sont pas absolues, universelles et transhistoriques ? Que faire de cette « connaissance » scientifique qui se construit sur la destruction du déjà-su ? Les question est posée. Je n’ai pas de réponse pour l’instant.
Enfin, si j’ai toujours et encore un problème avec la vérité, c’est parce que chacun se forge « sa vérité ». La vérité est devenue aussi personnelle que les perceptions personnelles de la réalité. Dans le film LA RÈGLE DU JEU (France, 1939, 1h52) de JEAN RENOIR (1894 – 1979), l’un des personnages dit : « Tu comprends, sur cette terre, il y a une chose effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons ».
Dis donc vieux, j’ai envie de foutre le camp. J’ai envie de disparaître dans un trou.
Ça t’avancerait à quoi ?
Ça m’avancerait à plus rien voir. À ne plus chercher, à savoir ce qui est bien, ce qui est mal. Parce que, tu comprends, sur cette terre, il y a une chose effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons.
« À chacun sa vérité » revient sans cesse dans les discussions, à l’instar de « À chacun son opinion ». Ainsi devenue une simple affaire personnelle, la vérité n’est plus absolue, universelle et transhistorique. Le concept de vérité en prend pour son rhume avec ce critère de validité personnelle.
Pour plusieurs, la vérité n’est rien de plus que ce que l’on croit ou, si vous préférez, une simple croyance à défendre avec force de conviction. La vérité perd ainsi son sens propre (absolue, universelle et transhistorique).
La vérité laisse place à l’interprétation et, de ce fait, elle n’est que rarement absolue, universelle et transhistorique.
Comparé à la perfection des concepts de base en mathématiques, les chiffres et les nombres, celui de la vérité se caractérise par ses imperfections. Si nous prenons le chiffre « 2 », jamais nous le rencontrerons au coin de la rue parce qu’il s’agit d’un concept abstrait parfait. Il en va de même de la vérité; nous ne la rencontrerons pas non plus au coin de la rue. La supériorité des concepts de base en mathématique (chiffres et nombres) repose sur sa parfaite adéquation avec la réalité qu’ils désignent. Lorsqu’on dénombre 2 pommes, il y en a pas 1, 2½ ou 3, et ce, peu importe les perceptions personnelles. Je ne rencontre aucun problème avec un tel concept abstrait parfait qui nous donne un vérité absolue, universelle et transhistorique.
Cependant, je rencontre un grave problème avec la vérité lorsqu’elle est relative, personnelle et historique parce qu’elle donne lieu à de multiple interprétations et d’opinions, toujours particulières.
En général, on définit la vérité soit comme un jugement conforme à son objet (on parle alors de vérité-correspondance), soit comme un jugement non-contradictoire (on parle alors de vérité-cohérence). Son caractère universel la distingue de l’opinion qui est toujours particulière.
Dans la définition ci-dessus, le mot « jugement » associé à la « vérité » me cause aussi un problème. Je me demande si l’on porte un jugement lorsqu’on exprime une vérité.
Vérité (nom commun)
Caractère de ce qui est conforme à la réalité.
Proposition, jugement ou croyance qui est vraie.
Réalité profonde d’une chose, par opposition à ses manifestations superficielles.
Exemple(s)
La vérité d’une proposition scientifique est parfois difficile à établir.
C’est une vérité bien admise que les poules ne poussent pas sur les arbres.
La vérité du capitalisme, c’est l’exploitation.
Terme(s) associé(s)
correspondance, faux
Remarque
La définition de « vérité » est controversée. Il n’y a d’accord ni sur la nature du concept, ni sur la façon de le penser. Même la définition précédente , pourtant très classique, ne fait pas consensus. Ceux qui tendent à l’accepter ne s’accordent pas sur sa formulation précise ou ses implications. « Qu’est ce que la vérité ? » reste une question ouverte. Difficultés philosophiques mises de coté, la « vérité » est une notion très courante. Son usage est peut-être inévitable, en dépit des incertitudes philosophiques.
0) (traditionnellement) Adequatio rei et intellectus
1) (sens commun) Caractère de ce qui est conforme à la réalité.
2) Proposition, jugement, ou croyance qui est vraie.
3) « Réalité stable, profonde, essentielle, par opposition aux apparences aux accidents »
(Dictionnaire de Philosophie, Godin).
Remarques
Jugement & proposition. La définition dite commune de la vérité la donne comme « jugement » ou « proposition » conforme à la réalité. Cette expression est d’emblée problématique : elle utilise deux termes dans leur sens philosophique pour circonscrire ce qu’on présente comme le sens commun. L’usage courant de jugement & de proposition n’est pas celui qu’on mobilise ici. Si on devait définir depuis le sens commun, on dirait que c’est une « phrase » qui est conforme ou non à la réalité.
Stricto sensu, une proposition est une entité abstraite, dotée d’une valeur de vérité unique (ou bien vrai ou bien faux), et qui s’exprime dans des phrases. Deux phrases prononcées dans des langues différentes peuvent expriment la même proposition [4], et deux phrases linguistiquement identiques refléter des propositions différentes selon le contexte spatio-temporel de son énonciation et son locuteur (« Il faisait beau hier » ; « J’aime le chocolat »). Les propositions sont des entités hors du temps, leur valeur (V/F) est et sera toujours la même [5]. La possibilité d’être V ou F est essentielle à une proposition, même si certaines propositions pourront êtres dites vraies en vertu de leur forme et d’autres en vertu des faits [6]. Il semble que les propositions soient d’emblée des entités linguistiques (cf. « proposition » est presque une abréviation de « proposition linguistique »).
A contrario, un jugement est le résultat de la faculté de juger, il met en relation ordonnée des concepts, mais n’est ni forcément une entité linguistique, ni toujours ou bien vrai ou bien faux. On peut penser le jugement comme un élément mental, et refuser à des jugements absurdes, moraux, ou esthétiques la possibilité d’être vrai ou faux. La notion de jugement est plus lâche : il n’est pas clair que le jugement soit une entité abstraite ou concrète. Par rapport à la proposition on peut considérer que ce qui permet à un jugement d’être vrai est le fait d’exprimer une proposition. On enchâsse alors les deux notions.
La définition classique & commune de la vérité oscille donc entre deux descriptions proches mais distinctes des vériporteurs, tout en maintenant un usage vague et imprécis des termes philosophiques qu’elle mobilise. D’un coté on use de concepts précis, de l’autre on noie la différence entre ces concepts, en présentant la définition comme « commune », alors même que son expression est philosophique.
[4] Au delà de non-nominalisme dans lequel engage l’admission de propositions, le fait qu’on sache mal quand une proposition exprimée par une phrase est la même que celle exprimée par une autre phrase a été critiqué.
[5] La proposition qui dit qu’il faisait beau hier, prononcée le jour/mois/année à l’endroit E, aura toujours la même valeur de vérité (V/F), parce qu’en dépit de la possibilité de réitérer la phrase « il faisait beau hier », la proposition exprimée sera toujours différente (sauf au cours de la journée X, où pendant toute la journée « hier » réfère à X-1 jour).
[6] Ce qui pose la question de ce qui est à l’origine de la vérité.
La définition de la vérité comme étant « Proposition, jugement, ou croyance qui est vraie », cette fois en ajoutant au terme « jugement » celui de « croyance » me déstabilise. Il y a toujours un danger de prendre pour vrai ce que l’on croit, et ce, uniquement parce qu’on le pense. L’expression d’une croyance comme étant en adéquation avec une réalité donnée relève à mes yeux du monde métaphysique plutôt que du monde physique perceptible (par nos sens). À mon avis, la métaphysique se classe parmi les sciences inexactes et ne peut pas prétendre être absolue, universelle et transhistorique.
Aussi, je ne mets sur le même pied une « proposition » et un « jugement ». À mon avis, une proposition peut être objective tandis qu’un jugement sera toujours subjectif. Certaines personnes parlent de la « vérité d’une proposition » et de la « vérité d’un jugement », ce qui me complique davantage la vie. Dans ce cas, la vérité ne peut pas être un jugement puisque ce dernier peut ne pas être vrai en raison de sa subjectivité. Il en va de même avec la proposition qui possède pas un caractère de vérité qui lui soit intrinsèque puisqu’elle peut ne pas être vraie. Or, à mes yeux, une vérité existe que si la seule et unique option est qu’elle soit vraie.
Une vérité ne peut pas être déclarée fausse, à moins qu’il y ait eu méprise. Dans ce cas, la vérité est contestée, ce qui va à l’encontre de son caractère absolue, universelle et transhistorique. Et c’est ce qui se produit lorsqu’on croit en une vérité ou que l’on prend la vérité pour croyance vraie.
Je considère que la vérité doit tout simplement être admise. Je me rapproche ainsi de la connaissance. Revenons donc à la citation tirée de Gabriel Gya-Para :
Le concept de connaissance enveloppe celui de vérité : toute connaissance est par définition vraie ; une connaissance qui ne serait pas vraie perdrait aussitôt son statut de connaissance.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE. L’auteur prend le temps de situer son sujet dans son contexte historique soulignant la reconnaissance plutôt récente de la dépression comme une maladie. Auparavant, on parlait d’acédie et d’ennui.
Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole» – Avec cet article, nous sortons de du cadre de la philosophie pour entrer de plein pied dans celui de la psychologie. Le livre Savoir se taire, savoir parler a attiré mon attention à la suite de ma lecture de l’article « Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole » paru dans le Figaro.fr. J’accepte cette intrusion de la psychologie dans ce dossier sur la philosophie parce que cette « hystérie de la parole » observable à notre époque, notamment sur les réseaux sociaux, entre directement en conflit avec le silence nécessaire et incontournable à la réflexion philosophique. Bref, il faut savoir se taire, savoir parler pour philosopher. J’ai donc acheté ce livre et voici mon rapport de lecture.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques (…)
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
Problèmes de philosophie (1912) marque un tournant dans l’histoire philosophique de la logique moderne. Ce livre offre aussi, par le souci constant qu’il manifeste d’éviter les questions trop techniques ; par le rappel des grandes conceptions classiques que Bertrand Russell passe en revue afin de mieux situer sa démarche ; par la clarté, enfin, avec laquelle il pose les grands problèmes de la théorie de la connaissance et en parcourt le domaine — une excellente introduction à toute une part de la philosophie contemporaine. Source : Bibliothèque philosophique Payot.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Citation tirée du livre Problèmes de philosophie (1912), chapitre La valeur de laphilosophie, de Bertrand Russell
« En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. Celui qui ne s’y est pas frotté traverse l’existence comme un prisonnier : prisonnier des préjugés du sens commun, des croyances de son pays ou de son temps, de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Tout dans le monde lui paraît aller de soi, tant les choses sont pour lui comme ceci et pas autrement, tant son horizon est limité; les objets ordinaires ne le questionnent pas, les possibilités peu familières sont refusées avec mépris. Mais nous l’avons vu dès le début de ce livre : à peine commençons-nous à philosopher que même lés choses de tous les jours nous mettent sur la piste de problèmes qui restent finalement sans réponse. Sans doute la philosophie ne nous apprend-elle pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu’elle fait surgir : mais elle suggère des possibilités nouvelles, elle élargit le champ de la pensée en la libérant de la tyrannie de l’habitude. Elle amoindrit notre impression de savoir ce que sont les choses; mais elle augmente notre connaissance de ce qu’elles pourraient être; elle détruit le dogmatisme arrogant de ceux qui n’ont jamais traversé le doute libérateur, et elle maintient vivante notre faculté d’émerveillement en nous montrant les choses familières sous un jour inattendu. »
Bienvenue sur Apprendre la philosophie ! Comme ça n’est pas la première fois que vous venez ici, vous voudrez sans doute lire mon livre qui vous explique comment réussir votre épreuve de philosophie au bac : cliquez ici pour télécharger le livre gratuitement !
« Dans ce texte (voir la citation ci-dessus), Bertrand Russell fait un éloge de la philosophie en commençant par une affirmation qui peut paraître paradoxale. La valeur de la philosophie ne vient pas essentiellement de sa capacité à répondre aux questions quelle pose, comme cela peut être le cas de la science. La valeur de la philosophie vient notamment de sa capacité à susciter l’incertitude. Cela peut sembler étonnant car, en tant qu’humain, nous avons plutôt tendance à fuir l’incertitude et à chercher des certitudes. Pourquoi pourrait-on alors dire que l’incertitude est une bonne chose ?
Pour Bertrand Russell, l’incertitude n’est pas la seule valeur de la philosophie, mais elle est essentielle car être incertain c’est être travaillé par le doute, c’est refuser d’adhérer à une idée sans s’interroger. En somme, c’est donc être le contraire d’un esprit dogmatique qui accepte les idées sans les remettre en question. Ainsi, pour Russell, un homme qui ne fait pas de philosophie aura tendance à être aveuglé et prisonnier des préjugés et croyances de son époques et de son pays. Ne pas faire de philosophie c’est donc ne pas être libre car c’est être conditionné par les opinions communes et rester toujours dans les mêmes idées et les mêmes habitudes.
A ses yeux, la philosophie a une grande valeur car elle nous sort de l’habitude et l’habitude est un grand mal. Selon lui, une âme habituée est une âme morte, c’est une âme où il ne se passe plus rien de nouveau, où tout ce qui nous entoure a toujours le même sens et n’a rien de surprenant. Au contraire, faire de la philosophie c’est questionner le réel pour tenter de le voir différemment, c’est peut-être refuser ce qui est pour dire ce qui devrait être, c’est envisager les possibles. »
Dans ce texte extrait de l’ouvrage intitulé Problèmes de philosophie (1912), Bertrand Russell s’interroge sur la valeur de la philosophie. Cette interrogation est d’autant plus nécessaire que la philosophie rencontre de nombreux détracteurs, tant chez ceux qui, ralliant l’opinion commune, la jugent inutile au regard des préoccupations de la vie pratique, que chez ceux qui la dénigrent sous prétexte qu’elle ne peut pas accéder au statut de science. Dans le cadre de cette polémique, Russell avance un argument décisif en faveur de la philosophie. La thèse qu’il défend est énoncée explicitement dès la première phrase : « En fait, c’est dans son incertitude que réside largement la valeur de la philosophie ». Encore faut-il en saisir toute la portée. Loin de faire une simple et complaisante apologie de la philosophie, Russell cherche ici à retourner contre lui-même l’argument de ses adversaires.
Il est, en effet, de bon ton d’opposer la science et la philosophie. La science serait définie par un ensemble de connaissances dont nous pouvons être sûrs, car elles ont été soit démontrées, soit prouvées expérimentalement. La philosophie, en revanche, dans la mesure où elle échoue à répondre de manière définitive aux problèmes dont elle se préoccupe, serait placée sous le signe de l’incertitude. Or, cette incertitude, loin d’être un défaut, n’est-elle pas ce qui fait la valeur de la philosophie ? L’opinion commune aurait tendance à considérer l’incertitude comme une faiblesse et le doute comme un échec. La thèse défendue par Russell est paradoxale, puisqu’elle consiste à renverser cette opinion commune. Dans quelle mesure l’incertitude et le doute qui l’accompagne, loin d’être le signe d’une faiblesse ou la conséquence d’un échec, sont-ils bénéfiques ?
Pour établir sa thèse, Russell commence par montrer dans quelle mesure la certitude et l’absence de doute peuvent être néfastes (lignes 1 à 8). L’homme ordinaire, parce qu’il est certain, ne pense pas : il se contente de croire. Replié sur lui-même, enfermé dans ses certitudes, il est incapable de s’interroger et de considérer des points de vue différents du sien. La philosophie, parce qu’elle réintroduit le doute au milieu des croyances communément admises, permet d’éviter ces écueils (lignes 8 à 18). Celui qui la pratique non seulement se libère des croyances, mais, reconsidérant le monde à partir d’un point de vue nouveau, le redécouvre et devient ainsi plus à même de l’apprécier dans toute sa complexité.
* * *
Développement
1. La prison des certitudes
a) L’attitude du non-philosophe
Russell a recours à une comparaison : celui qui ne fait pas de philosophie vit « comme un prisonnier ». Cette comparaison n’est pas originale [1]. En filigrane, on comprend aussitôt que, si la philosophie a de la valeur, c’est dans la mesure où elle contribue à la libération de l’individu. Ce thème sera repris dans la deuxième partie du texte. Encore faut-il préciser de quoi l’homme ordinaire est prisonnier. Russell énumère rapidement les différents barreaux de sa prison.
Celui qui ne fait pas de philosophie ne doute pas : il vit donc dans la croyance. Russell envisage différents cas : certaines croyances sont universelles et se retrouvent chez tous les hommes (« les préjugés du sens commun ») ; d’autres sont relatives à une société ou à une culture particulière, et sont transmises par l’éducation (« les croyances de son pays ou de son temps ») ; enfin, certaines croyances sont individuelles : l’homme croit, parce qu’il a besoin de croire ; la croyance l’aide à vivre. Pensons, par exemple, aux croyances religieuses (« convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison »).
Dans tous les cas, l’homme ordinaire est passif. Cette passivité provient du fait qu’il croit, au lieu de penser par lui-même et de faire usage de sa raison. D’une part, puisqu’il ne pense pas par lui-même, il est soumis à la pensée des autres : il croit ce que les autres croient ; ses croyances dépendent très largement de la société dans laquelle il vit. D’autre part, il croit sans faire usage de sa raison, donc de manière irrationnelle : esclave des autres, il est aussi esclave de lui-même, car il est soumis à ses propres émotions et sentiments. L’homme ordinaire est donc prisonnier de toutes ces idées auxquelles il a donné son assentiment sans réfléchir, et qu’il a intériorisées malgré lui, à cause de l’influence des autres, ou en proie à certaines émotions. L’absence de questionnement qui le caractérise va de pair avec une attitude dogmatique, à la fois face au monde et dans le rapport avec les autres.
b) Les conséquences de cette attitude
Le rapport au monde. Tout d’abord, ne pensant pas, refusant de s’interroger, l’homme ordinaire considère le monde à travers le verre réducteur de ses propres croyances. « Tout dans le monde lui paraît aller de soi, tant les choses sont pour lui comme ceci et pas autrement » : la certitude s’accompagne d’un sentiment de familiarité avec le monde. Du point de vue de l’homme ordinaire, les choses sont telles qu’elles lui apparaissent ; à aucun instant, il n’envisage la possibilité que les choses soient différentes. Lorsqu’il regarde autour de lui, on pourrait dire qu’il est « en terrain connu » : chaque chose peut entrer dans une catégorie distincte ; un chat est un chat, un chien est un chien ; il n’y a pas de place pour des objets insolites ou inclassables. Il n’y a pas non plus de place pour des événements imprévisibles, tant tout semble se répéter sous l’effet de l’habitude. Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’homme ordinaire refuse de douter, et consent à son propre esclavage. Même si sa connaissance du monde est illusoire ou trompeuse, elle a au moins le mérite de le rassurer. Un monde « connu », c’est-à-dire un monde familier et auquel on est habitué, est un monde dans lequel on peut se sentir en sécurité. Des croyances même fausses valent mieux qu’une remise en question perpétuelle qui entraînerait une perte de repères, ce qui est, à l’évidence, déstabilisant et inconfortable dans la vie quotidienne.
Le rapport aux autres. On comprend aussi pourquoi « les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris ». Refusant d’interroger le monde dans lequel il vit, l’homme qui ne fait pas de philosophie refuse toute remise en question éventuelle de ses croyances. En ce sens, puisqu’il est si sûr de lui, il se montre facilement méprisant à l’égard d’autrui, lorsque celui-ci ose émettre une opinion différente de la sienne, et refuse, à l’avance, tout dialogue. Ainsi, non seulement il se montre intolérant, ce qui pose problème, d’un point de vue moral, mais il se prive aussi de toute chance d’évoluer : ses croyances sont définitivement figées. Pour se libérer de la « prison mentale » qu’il s’est construite, il devra apprendre à considérer les choses à partir d’un point de vue différent du sien, quitte à abandonner le sentiment de certitude qui l’habite.
2. Le doute libérateur
a) Concession
Ayant établi que la certitude peut avoir des conséquences négatives, Russell en vient à montrer, de manière symétrique, les bienfaits de l’incertitude, et donc de la philosophie. Son éloge échappe pourtant à la naïveté et à la complaisance : en tant que philosophe réfléchissant sur la valeur de sa propre discipline, il ne nie pas son caractère incertain, et concède même volontiers son échec à connaître. « Sans doute la philosophie ne nous apprend pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu’elle fait surgir ». Il faut donc distinguer le domaine de la philosophie, et celui des sciences. Si l’homme scientifique peut répondre aux questions qu’il pose, car il dispose d’un procédé fiable pour découvrir la réponse, le philosophe, en revanche, échoue à savoir. Mais cet échec est, en quelque sorte, et non sans paradoxe, positif. Certes, le philosophe ne sait pas. Mais, à l’instar de Socrate, il sait qu’il ne sait pas : tel est son avantage décisif tant par rapport à l’homme ordinaire qui vit dans les croyances que par rapport à l’homme scientifique qui peut se targuer de savoir. Le doute se révèle positif, parce qu’il permet à l’homme de se libérer de ses croyances, et d’envisager le monde selon de nouvelles perspectives. Russell reprend donc, de manière rigoureuse, les différents thèmes qu’il a abordés précédemment, instaurant un certain parallélisme entre les deux moments du texte.
b) Les vertus du doute
Se libérer des croyances. Tout d’abord, le doute a une valeur libératrice. Si l’homme ordinaire « traverse l’existence comme un prisonnier », le philosophe peut, en doutant, se libérer « de la tyrannie de l’habitude ». Russell a, de nouveau, recours à une image : en assimilant l’habitude à un pouvoir tyrannique, il suggère que celle-ci s’impose, avant tout, par la force, du fait de la répétition des événements, et donc sans aucune légitimité. Contrairement à l’homme ordinaire, le philosophe refuse d’obéir au pouvoir de l’habitude ; au lieu de croire, il préfère examiner et continuer à chercher, pour se prémunir contre toute conclusion hâtive. De fait, il ne faut pas se fier aux premières impressions : les choses « pourraient » être autrement qu’elles n’apparaissent. Le philosophe possède ce qu’on pourrait appeler avec Robert Musil « le sens du possible », c’est-à-dire, « la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas [2]». Ainsi, contrairement à l’homme de science, le philosophe ne dira pas : « ici s’est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose » ; mais « il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre [3]». Ce « sens du possible » a des conséquences dans le domaine pratique : le philosophe critique les idées reçues, mais aussi la morale établie et la politique de son temps ; selon lui, les hommes pourraient vivre autrement. Il y aurait un lien profond entre la philosophie et l’utopie.
Redécouvrir le monde. Si la philosophie est positive, c’est aussi qu’elle « détruit le dogmatisme arrogant de ceux qui n’ont jamais traversé le doute libérateur » et qu’elle « maintient vivante notre faculté d’émerveillement en nous montrant les choses familières sous un jour inattendu ». En ce sens, remettant en question l’opinion commune, le philosophe s’ouvre au dialogue avec les autres, et redécouvre le monde. Tel un enfant, il pose sans cesse de nouvelles questions, est toujours capable de s’étonner, contrairement à l’homme ordinaire que rien n’étonne. En ce sens, le philosophe peut prétendre, au cours de sa recherche de la vérité, à une certaine forme de « bonheur ». Russell le sous-entend ici, mais il faut le rappeler. Depuis l’origine, la philosophie est étroitement liée à la recherche du bonheur. S’il s’agit de se libérer des croyances, apprendre à penser par soi-même pour redécouvrir le monde dans toute sa complexité, c’est d’abord dans l’espoir qu’une telle activité procure à celui qui s’y consacre une vie plus riche et plus intense, donc plus heureuse.
NOTES
[1] Elle est même devenue un lieu commun depuis l’allégorie de la caverne, développée par Platon au début du livre VII de la République.
[2] L’Homme sans qualités, I, Chap. 4. Le passage en entier ( « Points Seuil », p.20) :
« S’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible.
L’homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas : ici s’est produite, va se produire, doit de produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre. Ainsi pourrait-on définir simplement le sens du possible comme la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas. On voit que les conséquences de cette disposition créatrice peuvent être remarquables : malheureusement, il n’est pas rare qu’elle fasse apparaître faux ce que les hommes admirent et licite ce qu’ils interdisent, ou indifférents l’un et l’autre… Ces hommes du possible vivent, comme on dit ici, dans une trame plus fine, trame de fumée, d’imaginations, de rêveries et de subjonctifs ; quand on découvre des tendances de ce genre chez un enfant, on s’empresse de les lui faire passer, on lui dit que ces gens sont des rêveurs, des extravagants, des faibles, d’éternels mécontents qui savent tout mieux que les autres.
Quand on veut les louer au contraire, on dit de ces fous qu’ils sont des idéalistes, mais il est clair que l’on ne définit jamais ainsi que leur variété inférieure, ceux qui ne peuvent pas saisir le réel ou l’évitent piteusement, ceux chez qui, par conséquent, le manque de sens du réel est une véritable déficience. Néanmoins, le possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. Un événement et une vérité possibles ne sont pas égaux à un événement et une vérités réels moins la valeur « réalité », mais contiennent selon leurs partisans du moins, quelque chose de très divin, un feu, une envolée, une volonté de bâtir, une utopie consciente qui, loin de redouter la réalité, la traite simplement comme une tâche et une invention perpétuelles. ».
Problèmes de philosophie est un livre écrit par Bertrand Russell, publié en 1912.
Ce livre comporte une perspective analytique générale. Russell s’efforce, par le rappel de quelques conceptions classiques, de passer en revue afin de mieux situer sa propre démarche. Il pose les questions de la théorie de la connaissance et offre une introduction à la philosophie.
Russell aborde sous le titre kantien : « comment la connaissance a priori est-elle possible ? », une question de la possibilité de l’application des mathématiques au monde empirique; comment comprendre, se demande Russell, ce pouvoir d’anticipation de l’expérience que semble posséder la mathématique, si on refuse la réponse kantienne des formes a priori de la sensibilité ? La réponse passe par la découverte que les énoncés arithmétiques sont concernés exclusivement par des universaux, que nous connaissons par « expérience directe. »
Bertrand Arthur William Russell, 3e comte Russell, né le 18 mai 1872 à Trellech (Monmouthshire) et mort le 2 février 1970 près de Penrhyndeudraeth (pays de Galles), est un mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique.
Russell est considéré comme l’un des philosophes les plus importants du XXe siècle. Sa pensée peut être présentée selon trois grands axes : la logique, la philosophie analytique, et l’éthique.
Russell est, avec Frege, l’un des fondateurs de la logique contemporaine qui fait de cette dernière le fondement des mathématiques. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. À la suite des travaux d’axiomatisation de l’arithmétique de Peano, Russell a tenté d’appliquer ses propres travaux de logique à la question du fondement des mathématiques (cf. logicisme).
Il soutient l’idée d’une philosophie scientifique et propose d’appliquer l’analyse logique aux problèmes traditionnels, tels que l’analyse de l’esprit, de la matière (problème corps-esprit), de la connaissance, ou encore de l’existence du monde extérieur. Il est ainsi le père de la philosophie analytique.
Bertrand Russell en novembre 1957.
Il écrit des ouvrages philosophiques dans une langue simple et accessible, en vue de faire partager sa conception d’une philosophie rationaliste œuvrant pour la paix et l’amour. Il s’engage dans de nombreuses polémiques qui lui valent le qualificatif de « Voltaire anglais » ou de « Voltaire du XXe siècle », défend des idées proches du socialisme de tendance libertaire et milite également contre toutes les formes de religion, considérant qu’elles sont des systèmes de cruauté inspirés par la peur et l’ignorance. Il organise le tribunal Sartre-Russell contre les crimes commis pendant la guerre du Viêt Nam.
Son œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature en 1950, « en reconnaissance des divers écrits, toujours de premier plan, qui le posent en champion des idéaux humanistes et de la liberté de pensée ».
La découverte de la citation en vedette dans cet article me rend heureux, tout comme les commentaires des professeurs Caroline Vincent et de Gabriel Gay-Para. Tirée du livre Problèmes de philosophie de Bertrand Russell publié en 1912, cette citation demeure pertinente.
Et c’est sans compter qu’elle s’inscrit en ligne directe avec l’idée que je mets de l’avant depuis mon adolescence : la lumière entre par les failles, ces dernières étant les doutes nécessaires pour éclairer notre esprit et nos pensées. Vivre sans douter, c’est vivre dans le noir. Et vivre en se précipitant pour colmater toutes failles, c’est aussi vivre dans le noir.
Or le doute est le principal outil de l’acquisition et du développement de l’esprit critique à la base de LA philosophie.
Tout aussi paradoxale que cela puisse paraître, le bénéfice du doute, c’est la certitude, une certitude dont on se permettra de douter si elle est remise en question. En science, on acquiert des connaissances que l’on considère comme vraies que le temps qu’une autre connaissance viennent la mettre en doute. Bref, la connaissance scientifique se bâtie sur la destruction du déjà-su. Pourquoi ne pas nous appliquer cette méthode pour penser et réfléchir sainement et librement ?
J’ai remarqué que bon nombre de personnes prennent pour vrai ce qu’elles pensent uniquement parce qu’elles le pensent. Le doute est le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux. Dans une société où l’on enseigne qu’il faut se convaincre, renforcer ses convictions, croire dur comme fer, se faire confiance pour réussir, et pour y parvenir, de ne pas douter, on devient esclave de soi-même. Pourtant, le doute n’est pas lié à un manque de confiance en soi. Au contraire, douter, c’est se faire confiance, confiance en sa liberté de penser et en sa capacité de réfléchir.
« Si tu as une meilleure idée que la mienne, presses-toi de me la donner. Je n’ai pas de temps à perdre. Rien n’est coulé dans le béton. Je veux avancer ». Je suis prêt à remettre en question toutes mes idées, mes connaissances et mes croyances. Je ne vis pas pour autant dans l’incertitude et le doute ne me fait pas peur. Mes opinions n’ont de valeur que pour être remise en question. Je profite d’une grande liberté intellectuelle…
La liberté intellectuelle, ou sagesse, c’est le doute. (…). Douter, c’est examiner, c’est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation, contre la puissance de croire qui est formidable en chacun de nous.
Alain, Propos, 1912, p. 134.
Dans le doute, je ne m’abstiens pas car je peux ainsi changer mes actions en tout temps et en toute autre direction.
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE. L’auteur prend le temps de situer son sujet dans son contexte historique soulignant la reconnaissance plutôt récente de la dépression comme une maladie. Auparavant, on parlait d’acédie et d’ennui.
Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole» – Avec cet article, nous sortons de du cadre de la philosophie pour entrer de plein pied dans celui de la psychologie. Le livre Savoir se taire, savoir parler a attiré mon attention à la suite de ma lecture de l’article « Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole » paru dans le Figaro.fr. J’accepte cette intrusion de la psychologie dans ce dossier sur la philosophie parce que cette « hystérie de la parole » observable à notre époque, notamment sur les réseaux sociaux, entre directement en conflit avec le silence nécessaire et incontournable à la réflexion philosophique. Bref, il faut savoir se taire, savoir parler pour philosopher. J’ai donc acheté ce livre et voici mon rapport de lecture.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques (…)
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.
“ Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?
J’attribue quatre étoiles sur cinq à ce livre. Les lecteurs assidus de mes articles connaissent fort bien ma position plus que défavorable face au développement personnel. À l’instar de Thiery Jobard, je suis contre le développement personnel. Je qualifie le développement personnel d’arnaque extrêmement dangereuse pour ses adeptes et notre société.
Le philothérapeute (philosophe consultant ou philosophe praticien) a l’obligation de très bien connaître le contexte dans lequel évolue son client. Le développement de l’esprit critique de ce client passe inévitablement par une prise de conscience de sa cognition en vue de comprendre comment il connaît. Si, dès le départ, le client n’a pas conscience de son mode de pensées, il lui sera difficile de participer activement au dialogue avec son philothérapeute. L’objectif primaire du philosophe consultant demeure de déceler et de corriger les biais cognitifs de son client avant même d’abord une question philosophique. Bref, si la »machine à pensée » du client est corrompu par des «virus cognitifs », une «réinitialisation » s’impose en début de séance de consultation.
Dans son livre « Développement (im) personnel, Julia de Funès, docteure en philosophie, soutient que le développement personnel offre la même recette à tous et qu’à ce titre il ne peut donc pas se qualifier sa démarche de « personnel ». Selon ma compréhension, le développement personnel devrait mettre de l’avant un développement personnalisé, c’est-à-dire adapté à chaque individu intéressé pour se targuer d’être personnel.
Mon intérêt pour la pensée scientifique remonte à plus de 25 ans. Alors âgé d’une quarantaine d’année, PDG d’une firme d’étude des motivations d’achat des consommateurs, je profite des enseignements et de l’étude du processus scientifique de différentes sources. Je me concentre vite sur l’épistémologie…
Ce livre m’a déçu en raison de la faiblesse de sa structure indigne de son genre littéraire, l’essai. L’auteur offre aux lecteurs une foule d’information mais elle demeure difficile à suivre en l’absence de sous-titres appropriés et de numérotation utile pour le repérage des énumérations noyés dans un style plus littéraire qu’analytique.
En l’absence d’une association d’accréditation des philothérapeutes, philosophes consultants ou praticiens en francophonie, il est difficile de les repérer. Il ne nous reste plus que de nombreuses recherches à effectuer sur le web pour dresser une liste, aussi préliminaire soit-elle. Les intervenants en philothérapie ne se présentent pas tous sous la même appellation : « philothérapeute », « philosophe consultant » ou « philosophe praticien » « conseiller philosophique » « philosophe en entreprise », « philosophe en management » et autres.
J’ai lu le livre GUÉRIR L’IMPOSSIBLE en me rappelant à chaque page que son auteur, Christopher Laquieze, est à la fois philosophe et thérapeute spécialisé en analyse comportementale. Pourquoi ? Parce que ce livre nous offre à la fois un voyage psychologique et philosophique, ce à quoi je ne m’attendais pas au départ. Ce livre se présente comme « Une philosophie pour transformer nous souffrances en forces ». Or, cette philosophie se base davantage sur la psychologie que la philosophie. Bref, c’est le « thérapeute spécialisé en analyse comportementale » qui prend le dessus sur le « philosophe ».
Nathaniel Masselot maîtrise fort bien son écriture visiblement axée sur son accessibilité et sa compréhension par tous. Loin de la vulgarisation simpliste, l’auteur nous parle comme nous parlons. Loin de l’écriture hermétique, l’auteur n’a pas la tête dans les nuages et isolé dans une tour surplombant la société; il marche auprès de nous. Avec ses références à l’actualité, il campe son lecteur dans la réalité quotidienne où il évolue.
Ma lecture de ce livre m’a procuré beaucoup de plaisir et de bonheur. Je recherche dans mes lectures les auteurs et les œuvres permettant aux lecteurs d’évoluer de prise de conscience en prise de conscience de la première à la dernière page, de ne plus être le même à la fin de la lecture. Et c’est ce que les lecteurs vivront à la lecture de ce livre.
Je n’ai pas aimé ce livre parce que son titre, LES PHILO-COGNITIFS, se réfère à la philosophie sans pour autant faire un traitement philosophique de son sujet. Mon achat reposait entièrement sur le titre de ce livre et je m’attendais à un livre de philosophie. Mais il s’agit d’un livre de psychologie. Mon achat fut intuitif. J’avais pleinement confiance dans l’usage du mot « PHILO » en titre d’un ouvrage pour que ce dernier ne puisse traiter d’un autre sujet que philosophique. Mais ce n’est pas le cas.
À l’instar de ma lecture précédente (Qu’est-ce que la philosophie ? de Michel Meyer), le livre PRÉSENTATIONS DE LA PHILOSOPHIE du philosophe ANDRÉ COMTE-SPONVILLE m’a plu parce qu’il met en avant les bases mêmes de la philosophie et, dans ce cas précis, appliquées à une douzaine de sujets…
J’ai dévoré le livre LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE par JEAN-MICHEL BESNIER avec un grand intérêt puisque la connaissance de la connaissance me captive. Amateur d’épistémologie, ce livre a satisfait une part de ma curiosité. Évidemment, je n’ai pas tout compris et une seule lecture suffit rarement à maîtriser le contenu d’un livre traitant de l’épistémologie, notamment, de son histoire enchevêtrée de différents courants de pensée, parfois complémentaires, par opposés. Jean-Michel Besnier dresse un portrait historique très intéressant de la quête philosophique pour comprendre la connaissance elle-même.
Ce livre n’était pas pour moi en raison de l’érudition des auteurs au sujet de la philosophie de connaissance. En fait, contrairement à ce que je croyais, il ne s’agit d’un livre de vulgarisation, loin de là. J’ai décroché dès la seizième page de l’Introduction générale lorsque je me suis buté à la première équation logique. Je ne parviens pas à comprendre de telles équations logiques mais je comprends fort bien qu’elles soient essentielles pour un tel livre sur-spécialisé. Et mon problème de compréhension prend racine dans mon adolescence lors des études secondaires à l’occasion du tout premier cours d’algèbre. Littéraire avant tout, je n’ai pas compris pourquoi des « x » et « y » se retrouvaient dans des équations algébriques. Pour moi, toutes lettres de l’alphabet relevaient du littéraire. Même avec des cours privés, je ne comprenais toujours pas. Et alors que je devais choisir une option d’orientation scolaire, j’ai soutenu que je voulais une carrière fondée sur l’alphabet plutôt que sur les nombres. Ce fut un choix fondé sur l’usage des symboles utilisés dans le futur métier ou profession que j’allais exercer. Bref, j’ai choisi les sciences humaines plutôt que les sciences pures.
Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Un cheminement théorique
Durant mes études, j’ai été amené à réfléchir sur l’épistémologie, la cognition (comment fonctionne la connaissance humaine, avec ses biais), et en particulier sur la notion « d’esprit critique ». A l’époque, deux notions m’ont marqué. Avec Hegel, notamment, l’idée de dialectique, que j’ai vulgarisée dans La pensée s’enrichit de la critique. Dans mon mémoire, en 2009, j’ai tâché de stimuler la métacognition de jeunes élèves, c’est-à-dire leurs facultés à observer leurs propres manières de réfléchir. Ces deux concepts (dialectique et métacognition) font référence à une forme de « mise à distance » de ses propres représentations et processus de pensée.
En 2012, dans Les polémistes sont-ils responsables des interprétations de leurs propos ?, je m’attelais à montrer qu’il y a un problème à s’attacher uniquement à la dimension sémantique de la conversation (les mots utilisés), et qu’il fallait prendre en compte la dimension pragmatique également (ce que les usagers des mots y attribuent comme signification, ce qu’ils « mettent derrière »).
En 2013, dans Pour une éthique de la discussion, je tâchais de formaliser en quelque sorte des « règles du jeu » à respecter pour qu’une discussion soit constructive, c’est-à-dire qu’elle fasse progresser la connaissance dans une forme de respect mutuel des personnes et des idées. Dans cet article théorique, je liste notamment un ensemble de présupposés philosophiques « incontournables » (constructivisme réaliste, perspectivisme non relativiste, pragmatisme…) qui lient la question de la connaissance à notre condition d’être humain, et qui invitent à une forme d’accord tacite si l’on prétend discuter autour d’une réalité partagée. En découle entre autres un engagement dans les directions suivantes : humilité, coopération, pluralisme… C’est tout un programme, sachant que les métaphores conceptuelles pour parler de la discussion nous suggèrent de la considérer davantage d’un point de vue compétitif (La discussion, c’est la guerre).
En 2015, dans La logique face aux mauvais arguments, j’écrivais la phrase « tout est vrai, dans une certaine mesure », que j’illustrais par la phrase « dans la tête du fou, les poules ont des dents ». Dans son monde, cela est vrai. Le fait est que ce n’est vraisemblablement vrai que dans son monde, que d’un certain point de vue. L’usage de la logique pour contrer les arguments fallacieux invite aussi, à mon avis, à tâcher de comprendre « le monde de l’autre » : « dans quelle mesure ce que l’autre me dit, y compris ce qu’il me dit de faux, donne-t-il à voir du vrai » ?
En 2016, je reprenais cette thèse dans deux articles de mon dossier pour contrer les discours faux et haineux. J’y défends un engagement pour le fait de faire la part des choses, qui passe par une forme de compréhension – qui n’implique pas de partager les idées de l’autre, et pour la nuance. A mon sens, ce qui constitue une posture dogmatique est non pas le contenu du dogme, mais l’indiscutabilité qui y est liée.
Si ces ancrages théoriques me semblent fondamentaux et contiennent en tant que tels des pistes d’application pratique, il me semble également intéressant de développer davantage comment tout ceci peut être mis en pratique. Comment fait-on, concrètement, pour appliquer tout cela ?
Comment dialoguer – ou penser – de manière constructive, en pratique ?
Je ne vais pas ici proposer une recette universelle pour bien dialoguer, mais plutôt parcourir avec vous un ensemble de manières de faire que j’essaie de mettre en pratique lorsque je débats ou tâche d’envisager de nouvelles idées.
Pratiquer le questionnement
Le dialogue, dès Socrate : la maïeutique
Dans les Dialogues de Platon, Socrate voyait sa pratique comme maïeutique, c’est-à-dire « l’art d’accoucher les esprits ». Il posait des questions à ses interlocuteurs de type « que signifie ce que tu dis ? », « qu’est-ce qui te fait croire ce que tu crois ? ».
Selon les commentateurs des textes de Platon, Socrate se voit attribuer différentes intentions. Parfois, il est vu comme celui qui veut vraiment approfondir les idées et parvenir à une forme de nuance très profonde. Parfois, il est vu comme un emmerdeur qui n’a rien à envier aux sophistes qu’il affronte : il veut juste les amener à dire qu’ils ont tort ou se trompent.
Nous invitons à considérer la première image de Socrate, à savoir celle de l’homme humble qui cherche à comprendre les fondements de ce que l’autre affirme.
Nous en retenons les questions évoquées ci-dessus, notamment des questions de définition (« qu’est-ce que cela veut dire ? »), des questions sur les arguments ou les preuves (« qu’est-ce qui te fait affirmer cela ? »). Comme je l’ai évoqué ci-dessus, j’invite à ne pas se limiter à l’aspect sémantique des définitions. Ainsi, il s’agit d’amener l’interlocuteur à expliquer sa définition, sa perspective : qu’est-ce que cela veut dire, pour toi ? Comment comprends-tu cela ? Il s’agit de faire la clarté également sur ses référentiels, ses présupposés, ses postulats.
Une variante que je propose est « dans quelle mesure ce que tu me dis a-t-il du sens ? », « dans quelle mesure ce que tu affirmes est-il vrai ? ».
Redécouvrir l’étonnement de l’enfant
Une autre manière de présenter les choses se situe dans la faculté d’étonnement. Il s’agit d’une posture naïve et humble, au fondement du questionnement philosophique. En effet, le questionnement philosophique, c’est se demander « à quoi ça sert ? » (finalité ou raison d’être), « qu’est-ce que ça veut dire ? » (signification). Quand un enfant demande « pourquoi ? » ou « c’est quoi ? » à chaque chose qu’il découvre, il fait de la philo, en quelque sorte. Il s’étonne et s’émerveille, les choses ne sont pas « acquises »…
Le modèle de Tozzi : problématiser – conceptualiser – argumenter, et dégager les présupposés
Michel Tozzi est un philosophe français qui défend une forme de la philosophie ancrée dans la pratique. On peut en effet voir la philosophie comme une sorte de discipline avec des objets bien spécifiques (le bien, le vrai, le beau, l’être…), mais aussi et surtout comme une démarche de questionnement et de pensée.
Problématiser, c’est-à-dire mettre en question ses affirmations, considérer ses thèses comme des hypothèses, remonter au problème dont elles se prétendent les solutions, interroger la question elle-même, dans ses présupposés et conséquences.
Conceptualiser, c’est-à-dire tenter de définir les notions convoquées pour penser, identifier et élaborer des distinctions conceptuelles, pour préciser ce dont on parle.
Argumenter, c’est-à-dire déconstruire des affirmations, répondre à des objections, fonder rationnellement son discours, pour savoir si ce qu’on dit est vrai.
A noter qu’il commence son article en envisageant que l’on peut « être ensemble en solitaire ». Je rejoins cette conception philosophique selon laquelle « on ne pense jamais seul » (thèse également développée par Pierre Lévy). Quand on lit un livre, quand on réfléchit, quand on apprend avec ou à l’encontre de nos préjugés, c’est comme si on effectuait une sorte de dialogue intérieur.
Dans Penser par soi-même, il invite à dégager les présupposés derrière les affirmations. Pour lui, « un présupposé est une affirmation impliquée par une proposition, et sans laquelle elle ne pourrait être valide. Il faut l’expliciter, car il est généralement contenu implicitement dans la proposition ». Il donne l’exemple du concept de réincarnation :
Si par exemple je crois à la réincarnation, cela présuppose :
– qu’un être humain n’est pas seulement une réalité matérielle, mais l’union d’une âme et d’un corps ;
– que la mort physiologique d’un individu ne détruit pas son âme ;
– que cette âme peut se joindre à un nouveau corps […]
Un seul des trois premiers présupposés manque, et l’idée de réincarnation perd son sens. Ces présupposés sont bien implicites dans l’idée, et il faut faire un effort pour la déplier, lui faire exprimer, « avouer » ses implications. Ils sont bien par ailleurs des affirmations qui répondent chacune à une question essentielle :
– Qu’est-ce que l’homme, quelle est sa réalité ?
– La vie d’un individu s’arrête-t-elle à sa mort ?
– Qu’advenons-nous dans l’au-delà ?
Dans cet ouvrage, il distingue également ce qu’est une question philosophique. Pour Tozzi, il convient de faire un effort pour interroger les présupposés d’une affirmation.
Il existe plusieurs types de questions, ouvertes ou fermées, centrées sur les cognitions ou les émotions, etc. Pour ma part, je trouve par exemple que des questionnements ouverts (que l’on retrouve entre autres dans des ouvrages de méthodologie d’entretien en sciences humaines et sociales) sont assez précieux : « Pouvez-vous m’expliquer ceci ? », « Qu’est-ce que cela vous fait quand… ? », « Racontez-moi comment ça se passe… », « En quoi est-ce important pour vous ? », « Qu’est-ce que ça signifie pour vous ? », etc.
En outre, cela me semble utile d’être conscients que notre interlocuteur ne communique pas nécessairement sur le même registre que nous. Par exemple, si quelqu’un me dit qu’il considère que tous les chômeurs sont des fainéants, je peux m’évertuer à le contredire ou à tâcher de comprendre les « faits » qui lui font dire ça, et l’entretien va peut-être tourner en rond tant que je n’aurai pas entendu la révolte et le sentiment d’injustice qui se cachent derrière cette affirmation.
Dans mes articles relatifs aux liens étroits entre émotion et cognition, j’explicite qu’à mon avis, c’est contreproductif de nier la composante émotionnelle ou sociale d’une situation. C’est aussi en substance ce que je dis quand j’insiste sur l’importance de la prise en compte de la dimension pragmatique de la communication.
Les maximes conversationnelles de Grice
En lien avec cette dimension pragmatique de la communication, dans Logique de la conversation, Grice avance l’idée que la communication est régie par un « principe de coopération » et des « maximes conversationnelles ».
« Que votre contribution à la conversation soit, au moment où elle intervient, telle que le requiert l’objectif ou la direction acceptée de l’échange verbal dans lequel vous êtes engagé. (Grice 1979, p.93. Traduction française de Wilson et Sperber) ».
Ainsi, cela signifie que dans une situation de communication, lorsque le destinataire tente de détecter une intention communicative, il peut s’attendre à ce que le locuteur suive ce principe et donc agisse de manière coopérative.
Grice (1979) développe ce principe de coopération en neuf maximes, qu’il classe en quatre catégories :
Maximes de quantité
Que votre contribution soit aussi informative que nécessaire.
Que votre contribution ne soit pas plus informative que nécessaire.
Maximes de qualité
Ne dites pas ce que vous croyez être faux.
Ne dites pas ce que vous n’avez pas de raisons suffisantes de considérer comme vrai.
« Je ferai appel à un principe qui correspond, je pense, avec la clarté que nous évoquions précédemment, à l’une des qualités les plus importantes chez un philosophe (et qui manque cruellement à la plupart des politiciens) : le principe de charité. Il s’agit, comme l’exprime Daniel Dennett, d’être capable d’exprimer une position adverse de manière si fidèle que même notre opposant pourra nous remercier d’avoir exprimé sa position avec tant de justesse. La connaissance doit être issue d’un travail collaboratif, ce qui est impossible si l’on ne sait pas faire justice aux positions auxquelles on s’oppose pour leur opposer des arguments sérieux ».
Il est donc question ici de pouvoir reformuler l’essentiel de ce que l’autre affirme, et ce dans la « meilleure version possible » de ladite affirmation. Autrement dit, il s’agit de faire pleinement droit à la vérité de l’interlocuteur. Nous rappelons à ce titre que l’essentiel de la vérité de l’interlocuteur ne se situe pas toujours dans ce qu’il dit, mais dans ce qu’il vit autour de ce qu’il dit.
Lorsque je dialogue avec quelqu’un, j’essaie de ponctuer certaines séquences de l’échange par des phrases telles que « si je comprends bien… », « si tu me permets de reformuler… », « donc, ce que tu penses, c’est que… », « pour toi, ce qui est important, c’est… » ou encore « ton point de vue, c’est que… ». Lorsqu’une personne me parle de valeurs ou d’émotions, qu’elle répète un même message en boucle, je tâche d’acter que j’entends bien tout cela.
Une question de posture
Le fait de poser des questions tel que décrit ci-dessus est lié à une posture, à des attitudes dans la discussion.
« Violence épistémique » et « entretien épistémique »
Avoir raison ne donne pas tous les droits. Les sceptiques qui abordent leurs contemporains dans l’espoir de les détromper de leurs croyances, de leurs convictions erronées, voire de leurs idéologies discutables sont bien intentionnés et voudraient que tout le monde pense un peu mieux. Ce faisant nous oublions (oui, l’auteur se compte dans le lot des arpenteurs de terrain épistémiquement perturbé) parfois un peu vite que les autres aussi sont bien intentionnés, en tout cas en moyenne.
Il explique ensuite que le fait d’aller à l’encontre de croyances, même lorsque celles-ci sont fausses, peut comporter intrinsèquement une forme de violence. Lorsqu’une personne croit quelque chose, dans certains cas, elle base également une partie de son existence sur cette croyance. Si l’on me montre un corbeau albinos, je n’aurai probablement pas de mal à reconnaître que tous les corbeaux ne sont pas noirs. Par contre, si l’on vient contredire une croyance pour laquelle je m’engage au quotidien, voire je fais des sacrifices, cela va peut-être me faire souffrir et être coûteux pour moi d’abandonner cette croyance.
J’ajouterais qu’il existe par ailleurs de « bonnes » raisons non rationnelles de croire ce que l’on croit. Chaque personne a de bonnes raisons de croire ce qu’elle croit, de son point de vue en tout cas. En conséquence, l’auteur formule la recommandation suivante :
Il me semble utile de se donner les moyens de faire régulièrement l’exercice mental suivant : se mettre à la place de notre interlocuteur, s’imaginer comment nous encaisserions les propos d’un sceptique.
Il ajoute :
Les véritables débats d’idées, ceux dont le but n’est pas de faire le spectacle ou de vendre un livre, une idéologie ou un programme politique, doivent être abordés avec un certain nombre de précautions. Parmi elles, le principe d’humanité propose de toujours considérer que les paroles de notre interlocuteur ont du sens pour lui, et que nous tiendrions les mêmes si nous étions dans sa position, avec les informations dont il dispose. En somme : autrui est un être humain aussi complexe que nous.
Cela consiste à discuter avec l’autre : discuter, sans débattre, sans chercher à rien prouver. Je ne vous cache pas que ça demande quelques efforts. Vous devez restez concentré sur votre tâche : aider votre interlocuteur à exprimer clairement la manière dont il arrive à sa vision des choses. Si vous le coupez tout le temps, il ne peut pas développer son point de vue et en réalité vous n’avez pas connaissance de ce sur quoi reposent ses convictions. Mais pire : votre interlocuteur lui-même n’a peut-être pas cette information, et sans elle il ne peut pas aisément douter de ce qu’il croit car il ne peut pas savoir quel type d’information est susceptible de lui prouver qu’il pourrait avoir tort.
Il établit enfin lui-même le lien avec la méthode de questionnement socratique :
Déjà la maïeutique de Socrate consistait en cela : amener votre interlocuteur devant ses propres contradictions, devant les limites [j’ajouterais : et les zones de pertinence, ndlr] de ses connaissances actuelles. En constatant lui-même les anomalies de sa méthode, il vous verra moins comme un adversaire que comme un partenaire dans l’examen des raisons pour lesquels il croit ce qu’il croit. Si vous réussissez à maintenir le dialogue, vous ne faites qu’accompagner l’autre vers l’apprivoisement de ses doutes.
Décentration et empathie
Nous avons lourdement insisté sur cette dimension dans nos propos précédents : comprendre l’autre, c’est entendre non seulement ce qu’il dit, mais aussi et parfois surtout comment il le vit. Il s’agit de l’empathie. Attention, nous mettons en garde face à une forme d’empathie exacerbée. Il ne s’agit pas de céder à une forme de réactivité émotionnelle « brute », qui supplanterait toute forme de réflexion. Au contraire, il s’agit de prendre en compte l’émotion dans la réflexion.
Pour pas mal de penseurs de l’éducation, l’imitation est une des composantes de l’apprentissage. Sur base de délimitations en psychologie cognitive et comportementale, j’établirais la subdivision suivante :
Imitation : se mettre à la place de l’autre au niveau comportemental (les actes, les gestes…)
Empathie : se mettre à la place de l’autre au niveau émotionnel (les ressentis, les souffrances…)
Décentration cognitive : se mettre à la place de l’autre au niveau cognitif (les pensées, les jugements, les croyances…)
A mon sens, ces trois composantes de ce que j’appelle la décentration sont centrales dans la cognition, l’apprentissage et la compréhension. Comment en effet intégrer de « nouvelles connaissances » si je suis incapable de me décentrer de mes perspectives antérieures ? Il s’agit de pouvoir intégrer la nouvelle perspective, soit l’altérité.
Cette aptitude n’est pas un donné à la naissance : cela se pratique. Je crois qu’il est précieux d’acter qu’il existe différentes manières de percevoir, vivre et agir au monde, et que celles-ci ont toutes des raisons d’être, dans une certaine mesure.
A ce titre, la pratique du débat, de la rencontre et de la discussion est en tant que telle une expérience qui peut permettre de développer ces facultés. Je pense que le fait d’essayer de comprendre authentiquement l’autre s’entraine. Au niveau de l’apprentissage, je crois que cela peut passer par des activités formelles : « comment croyez-vous que la personne qui dit cela se sent ? », « comment vous sentiriez-vous à la place de… ? », « qu’est-ce qui lui fait dire cela, à votre avis ? », « qu’auriez-vous envie de faire, à sa place ? », « que pensez-vous qu’elle pourrait faire, dans cette situation ? », « que pensez-vous que cette personne pense que vous pensez ? », etc.
Dialectique et pluralisme : prendre la mesure du vrai
La décentration est une attitude que l’on peut exercer vis-à-vis de l’altérité (d’autres idées, d’autres émotions, d’autres comportements), mais qui en même temps nous positionne par rapport à nous-mêmes, à nos pensées, notre vécu, nos comportements.
J’imagine mal un échange dans lequel il y aurait un interlocuteur qui ne ferait que poser des questions et l’autre qui ne ferait que donner des réponses. Cela existe, mais je veux dire que ce n’est pas comme cela que j’envisage un dialogue constructif (tout en ne niant pas que cela puisse être une phase nécessaire audit dialogue), et ce même si j’ai consacré un long pan de cet article à l’importance de comprendre l’altérité.
L’intérêt du dialogue, à mon avis, c’est de parcourir la thèse et son antithèse, afin de cibler la « zone de pertinence » de chaque affirmation – et donc en ce comprises les nôtres. Quand un individu affirme quelque chose, en général, on peut acter que c’est vrai pour lui, de son point de vue. Son interlocuteur peut alors se demander si cette affirmation est vraie de son point de vue également, dans quelle mesure ça l’est (ou non) pour lui et pour l’autre. Enfin, ils peuvent s’accorder sur une mesure commune.
Cela rejoint le modèle dialectique, vulgarisé dans le schéma « thèse – antithèse – synthèse » : en prenant en compte l’antithèse, nous en apprenons davantage sur la thèse, quitte à parfois l’abandonner.
La synthèse, à mon avis, n’est pas à percevoir comme un « entre-deux » non engagé, mais comme un moment où l’on transcende la thèse et l’antithèse. Je relie cela à mes écrits sur la validité en sciences sociales et la logique : la question qui m’anime, c’est de savoir « dans quelle mesure » – ou dans quel « monde possible » – une chose est vraie.
C’est le pari du pluralisme : s’il existe effectivement plusieurs perceptions de la réalité, alors la connaissance est d’autant plus riche qu’elle prend compte différentes perspectives.
Cela suppose de sérieux positionnements épistémologiques, voire métaphysiques, que nous ne développons pas ici (pour cela, cf. articles sur l’épistémologie), mais que nous résumons selon la phrase suivante : il est possible de dire des choses plus vraies que d’autres sur la réalité. Dès lors, nous pouvons que considérer que « tout est vrai », mais que certaines choses sont plus vraies que d’autres. En l’occurrence, 2+2=4 est une vérité arithmétique largement partagée qui correspond à un état de fait dans le monde formalisé dans un langage donné à l’aide de conventions. Mais dans 1984 de Orwell, dans un monde d’illusions, dans la tête d’un fou ou dans un sketch, 2+2=5 est vrai aussi. 2+2=4 et 2+2=5 n’ont pas pour autant la même valeur de vérité. Ils ont une « zone » de vérité qui n’est pas équivalente. Idem si je dis que « tous les êtres humains ont des ailes ». Le « monde possible » de cet énoncé se situera dans des œuvres de fiction, par exemple, tandis que la phrase « les humains n’ont pas d’ailes » peut se justifier par un rapport de correspondance (ou adéquation) avec une certaine réalité (dans un postulat réaliste) et de consensus (entre sujets pensants).
Je ne suis pas un « pro » du dialogue : une vision existentialiste
Le dialogue n’est pas toujours possible, et la pensée critique est quelque chose qui se joue en actes, qui s’exerce et s’entretient. Ce n’est pas un acquis une fois pour toutes (cf. existentialisme)*.
A propos du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann, qu’elle qualifie de « médiocre » qui a « perdu ses capacités à penser », la philosophe Hannah Arendt parle d’habitude à exercer son jugement. Nous ne pratiquons pas cette faculté automatiquement, de manière innée. Nous pouvons par contre en développer l’habitude, nous y « entrainer », ainsi qu’agir sur les contextes qui inhibent l’exercice de celle-ci.
Récemment, j’ai notamment débattu sur le thème de l’immigration sur Twitter. Je n’ai certainement pas appliqué tous ces principes évoqués ci-dessus avec tous mes interlocuteurs et à tout moment (je vous laisse en juger), et j’en suis conscient. Parce que dans un dialogue, il convient d’être deux parties prenantes. Dans les articles théoriques sur l’éthique de la discussion, j’évoque un certain nombre de limites et impasses de celle-ci. Par ailleurs, parce que je m’autorise à être faillible : je peux me tromper. Et si cette dernière phrase faisait partie de la posture à adopter ?
* Ne viens donc pas me reprocher de pas appliquer tous les principes que j’énonce ici, manant.
Dans notre société où le débat public semble de plus en plus binaire et manichéen, chacun doit choisir son camp, «pour» ou «contre», à la moindre polémique. En appeler à plus de nuance peut alors être accueilli comme une prise de hauteur bienvenue… ou être perçu comme une mollesse idéologique. Pour Julien Lecomte, la nuance ne consiste pas à dissoudre la révolte dans une posture réflexive qui finirait par paralyser l’action : elle est au contraire une arme indispensable au dialogue constructif et à l’action collective.
Entre réflexion philosophique, analyse concrète de controverses actuelles et introspection critique du propre rapport de l’auteur à la nuance, cet essai pragmatique redonne toute sa force politique à cette notion. Un appel humble et intelligent au débat pour vraiment changer les choses.
Le livre peut être commandé dans toutes les librairies de proximité, dans toute la francophonie. Dans certains cas, il est disponible en rayon, mais c’est relativement rare. Vous pouvez aussi le trouver dans de grosses enseignes de distribution ou sur Internet… N’hésitez pas à en parler à votre bibliothécaire également !
Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».
La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).
L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.
L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.
Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.
Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.
Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».
À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.
J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.
J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.
La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.
Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.
Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».
Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)
Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface, p. 9.
J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.
Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, « La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.
J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.
Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.
J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.
Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.
Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.
Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »
Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.
J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.
Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.
J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».
Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».
J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.
Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.
J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.
Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer
Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.
Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».
Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.
Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.
Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».
Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.
Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.
Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.
J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.
Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.
Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».
Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.
Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.
La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.
Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.
À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…
Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.
Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.
Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.
Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».
J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.
Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.
La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.
La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.
Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.
J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.
Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.
En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.