
L’ouvrage collectif La philosophie pratique pour penser la société sous la direction d’André Lacroix, paru sous les Presses de l’université Laval en 2020, a attiré mon attention en raison de l’expression « philosophie pratique » dans le titre.
André Lacroix est professeur titulaire au Département de philosophie et d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Ses enseignements et ses recherches portent sur la philosophie pratique, l’éthique professionnelle et organisationnelle, de même que sur les dimensions éthiques de la gouvernance et les interactions entre le droit et l’éthique.
J’ai longtemps résisté à me pencher sur ce livre parce que l’Université de Sherbrooke n’offre pas de formations permettant à ses étudiants d’acquérir les compétences nécessaires pour devenir consultants, cliniciens ou praticiens en consultation philosophique. Il n’en demeure pas moins que l’Université de Sherbrooke offre une formation en « philosophie pratique » sans aucun rapport si ce n’est qu’un lien très ténu avec les « nouvelles pratiques philosophiques ». J’ai relevé cette situation dans mon article Article # 198 – Quand l’enseignement universitaire de la philosophie pratique exclut la consultation privée.
Bien que le titre de l’ouvrage puisse suggérer une ouverture vers toutes les formes de pratiques, l’approche d’André Lacroix demeure ancrée dans une tradition universitaire et institutionnelle.
Dans le cadre académique québécois (notamment à l’Université de Sherbrooke où œuvre André Lacroix), la « philosophie pratique » désigne souvent le doctorat ou la recherche en éthique appliquée. Elle vise à éclairer la décision publique ou organisationnelle.
Le livre n’est donc pas un manuel sur le counseling philosophique ou la pratique en cabinet privé. Il traite de la philosophie comme « infrastructure de la démocratie » plutôt que comme un outil d’accompagnement existentiel individuel.
PRÉSENTATION
La philosophie pratique pour penser la société
Le projet philosophique puise ses sources dans la volonté de proposer une explication rationnelle des phénomènes naturels et culturels qui constituent le monde dans lequel l’être humain prend place. Il a servi de trame culturelle à l’Occident et amené le déploiement d’appareils conceptuels où l’on distingue théorie et pratique. On doit toutefois reconnaître qu’une philosophie théorique peut avoir une portée pratique et l’inverse, puisque toute pratique suppose un ancrage théorique pour légitimer la connaissance et les systèmes normatifs à partir desquels les explications sont avancées. Cela fait dire à certains que la distinction est désormais surannée et qu’une théorie philosophique réunifiée s’impose. Que l’on soit tenant de la tradition ou des nouvelles approches, la philosophie pratique s’impose désormais comme un passage obligé pour réfléchir les problèmes et articuler de nouvelles théories faisant écho à l’état actuel de notre monde. Le présent ouvrage revient sur la notion de philosophie pratique afin d’en faire voir les différentes acceptions et manières de la mobiliser pour réfléchir à des problèmes actuels.
LACROIX, André (dir.). La philosophie pratique pour penser la société, Quatrième de couverture, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 246 p.
Dois-je faire amende honorable car dans son introduction, André Lacroix nous informe que le texte de l’un des contributeurs concerne les différentes conceptions de la philosophie pratique, dont celle dans le cadre des nouvelles pratiques philosophiques :
EXTRAIT DE L’INTRODUCTION
La philosophie pratique pour penser la société
Les contributions
Les textes qui composent le présent ouvrage ont été regroupés en trois parties. Les textes de la première partie portent sur la définition de la philosophie pratique et ont pour intérêt de mettre en relief la tension entre tradition et innovation qui traverse toute l’histoire de la philosophie pratique. Dans son texte qui porte le titre Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia, Alain Létourneau s’intéresse à la définition actuelle de la philosophie pratique.
Pour bien rendre compte du pluralisme sémantique de la notion de philosophie pratique, il a porté son regard sur les définitions rendues par Wikipédia dans différentes langues. Intéressant à plus d’un titre, ce survol de la notion de philosophie pratique en français, anglais, allemand, italien, hébreu renvoie ainsi non seulement à des sens linguistiques distincts, mais recouvre également des réalités culturelles diverses. La représentation du rôle de la philosophie, mais aussi et surtout la compréhension que l’on a de la pratique dans différentes cultures, fait bien voir que la philosophie pratique renvoie tout autant à des univers conceptuels distincts selon les cultures, mais aussi, et surtout, que les représentations des pratiques philosophiques constituent des réalités différentes. On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés. On constatera également que l’appel à la tradition sera d’importance diverse selon les cultures et, forcément, selon les usages courants au sein de ces univers culturels. Dans la tradition anglaise, par exemple, on distinguera le conseil et la consultation, et surtout, il est intéressant de suivre Létourneau dans la typologie que son travail permet de dresser. Ce travail a enfin le mérite d’attirer notre attention sur l’importance de la langue dans la constitution d’un corpus réflexif tel que la philosophie. Alors qu’on se complaît à faire de l’anglais la lingua franca des sciences, on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. Il y aurait là, à mon avis, un chantier complet à ouvrir sur l’importance de la langue, et a fortiori, de l’univers culturel dans lequel une discipline se développe dans la manière de concevoir les problèmes traités par cette discipline et de penser cette discipline. Il semble bien que l’importance pour les chercheurs de se réapproprier la langue vernaculaire et leur langue nationale dans la pratique de leur discipline pourrait devenir un enjeu de fond dans le développement de leur discipline, ce qui nous ramènerait au débat ayant eu lieu tout au début de la Modernité alors que les philosophes ont choisi de publier leurs ouvrages en langues vernaculaires pour échapper aux diktats du latin et de l’académisme de l’époque
LACROIX, André (dir.). La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, pp. 9-10.
Dans cet extrait de l’Introduction, André Lacroix écrit, à la lumière de la contribution d’Alain Létourneau : « On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés ». André Lacroix met donc l’accent sur l’influence des « univers culturels » dans la conception de la philosophie pratique. Évidemment, je ne peux pas nier l’influence de la culture sur la pratique philosophique d’un pays ou d’une région du monde à l’autre. En revanche, je ne peux pas passer sous silence que la pratique philosophique, peu importe les différences culturelles, partage un seul et même but : contribuer au bien-être des individus en consultation.
Toujours dans cet extrait de son Introduction, le professeur André Lacroix semble nous dire que les nouvelles pratiques philosophiques « seront tantôt plus ou moins développés » selon l’univers culturel.
On constate ainsi que, selon les univers culturels, le counseling philosophique, la philosophie pour enfants, ou encore la philosophie empirique seront tantôt plus ou moins développés.
Est-ce à dire que c’est l’univers culturel québécois qui ne favorise pas ou bloque ici le développement des nouvelles pratiques philosophiques ? Si c’est le cas, il faut préciser qu’il s’agit plus précisément de l’univers culturel universitaire québécois et des Ordres professionnels.
Article # 195 – L’histoire tragique du québécois Jean-Claude Valfer, consultant en philosophie
Et même encore là, il ne faut pas généraliser en raison des formations offertes en philosophie pour enfants :
à l’Université Laval (Québec).
et à l’Université de Montréal
- Principes et méthodes en philosophie pour enfants
- Laisser la place à la sagesse philosophique des enfants
Est-ce que l’univers culturel québécois ne laisserait place qu’à de nouvelles pratiques philosophiques pour enfants ?
La référence à l’univers culturel ne tient pas la route pour soutenir que les nouvelles pratiques philosophiques « seront tantôt plus ou moins développés ».
Tout au plus, on peut affirmer que les nouvelles pratiques philosophiques se rassemblent dans un mouvement mondial éclectique mais poursuivant un seul et même but.
Et André Lacroix explique que les différentes conceptions des nouvelles pratiques philosophiques reposent sur la langue : « (…) on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. (…) »
Ce travail a enfin le mérite d’attirer notre attention sur l’importance de la langue dans la constitution d’un corpus réflexif tel que la philosophie. Alors qu’on se complaît à faire de l’anglais la lingua franca des sciences, on constate à la lecture du texte de Létourneau que la langue dans laquelle une discipline est pratiquée interfère directement sur la manière de penser cette discipline. Il y aurait là, à mon avis, un chantier complet à ouvrir sur l’importance de la langue, et a fortiori, de l’univers culturel dans lequel une discipline se développe dans la manière de concevoir les problèmes traités par cette discipline et de penser cette discipline
Évidemment, l’univers culturel, y compris la langue, joue un rôle déterminant dans nos approches locales, régionales, nationales et internationales. Mais il faut reconnaître à plusieurs disciplines la transcendance des barrières linguistiques et géographiques. Autrement, la philosophie elle-même n’aurait aucun fil conducteur, aucune conception commune, voire aucune histoire civilisationnelle.
Comment l’univers culturel américain a-t-il porté sa pratique de la philosophie pour enfants de part de nombreux autres univers culturels de part le monde si la langue freine une conception partagée à l’international ?
La langue joue un rôle mais elle n’explique certainement pas le retard du Québec dans le domaine des nouvelles pratiques philosophiques, notamment, dans celui de la consultation philosophique privée.
Et c’est sans tenir compte du fait que la consultation philosophique connaît un essor soutenu depuis quelques dizaine d’années en France avec qui nous partageons la même langue. Nous témoignons ici même dans cette Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques de l’abondante littérature française au sujet de la consultation philosophique.
La langue joue un rôle mais n’explique pas tout.
Dans La philosophie pratique pour penser la société, on trouve donc un chapitre intitulé « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage» de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia« .

Le texte d’Alain Létourneau ouvre la première partie du livre.
ENTRE TRADITION ET INNOVATION
Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia
Alain Létourneau
- • Notre question
- • Trouver des lieux accessibles
- • Cinq sources pertinentes et distinctes
- • Points de recoupement
- • Peut-on aller plus loin ?
- • Annexe 1 : traduction du texte italien
- • Annexe II : traduction du texte hébreu
Voici le liste des cinq pages Wikipédia consultées par Alain Létourneau :
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Français : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_pratique
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Anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Practical_philosophy
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Allemand : https://de.wikipedia.org/wiki/Praktische_Philosophie
-
Hébreu : https://he.wikipedia.org/wiki/
Précisions importantes issues du texte de Létourneau :
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Pour l’anglais : L’auteur consulte également des pages connexes mentionnées dans son analyse, comme celle sur le Philosophical counseling.
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Pour l’italien : Il s’appuie sur la version qui met en avant la consulenza filosofica.
-
Pour l’hébreu : C’est cet article précis qui a fait l’objet d’une traduction complète en annexe de son chapitre pour démontrer la structure tripartite (Éthique, Politique, Esthétique) et l’inclusion du conseil philosophique.
Si je devais étudier « le sens en usage » des nouvelles pratiques philosophiques, je ne commencerais pas avec Wikipédia. Pour tout vous dire, l’idée de me référer à Wikipédia ne me serait même pas venue à l’esprit. Voici comment Alain Létourneau explique son choix.
Notre question
Le présent texte se pose la question suivante, qu’on peut formuler de deux manières complémentaires : que doit-on entendre par philosophie pratique, ou encore quelles sont les principales questions qui forment la trame de base de la philosophie pratique ? Cette expression est en effet porteuse de toutes sortes de connotations spontanées (que veut-on dire par « pratique », notamment). Alors il faut tenter d’en mieux cerner le sens, aussi bien en compréhension qu’en extension (soit d’une part la définition du terme, d’autre part ce qui concerne l’étendue des questions couvertes)(4). Pour y arriver, je suggère non pas de faire une revue intégrale de la littérature, mais bien de recenser les principaux usages autour de cette notion tels qu’ils sont accessibles à tout public cultivé. Ce qui rejoint la problématique des « sens en usage » : il y a les définitions stipulatives qui peuvent être d’un grand intérêt, en expliquant aux lecteurs le sens technique qu’un auteur décide d’attribuer à un terme, mais parfois il vaut la peine de s’arrêter sur le sens des termes dans l’usage qu’on en fait(5). Bien sûr, comme l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle, les usages qu’on pourra repérer seront forcément à caractère quelque peu spécialisé. Il faudrait néanmoins que ces usages soient des plus accessibles.
En s’arrêtant sur une source bien connue et aisément contrôlable, soit une encyclopédie en ligne très populaire, et surtout sur les articles les plus développés qui s’y trouvent sur la philosophie pratique, et ce, dans cinq langues (celles où les développements sont les plus substantiels), on montrera quelques points. D’une part, on constatera aisément que l’éthique et la philosophie politique en constituent le noyau le plus évident et le plus clair, bien que la question économique y ait aussi une légitimité importante, ce qui sera un point à reprendre plus loin. Nous verrons ensuite que des fluctuations riches sont repérables sur les différents domaines ou approches qu’il est possible d’y traiter ou d’y retrouver. De plus, l’on retrouve également une importante dimension critique à l’égard d’une philosophie académique souvent détachée des besoins et des usages de la population, même cultivée, et ce en raison de la surspécialisation qu’a connue la philosophie, surtout depuis le XXe siècle.
Cette prise en compte de différentes dimensions qu’on reconnaît à la philosophie pratique pourra mener à une réflexion sur les choix qui seraient encore à faire parmi ces orientations. Il est vraisemblable en effet qu’une perspective finitiste, soit qui renonce à la perspective globale, englobante et systématique qui se penserait capable de tout embrasser dans un soi-disant mouvement unifiant du concept, nous oblige à sélectionner quelques possibles pour nous en tenir à ces derniers.
____________
4. Depuis bien des années, en logique, en argumentation et ailleurs, on a distingué la compréhension d’une notion, livrée le plus souvent dans une définition de son extension, c’est-à-dire les éléments couverts dans la classe par la définition même. D’un point de vue formel, l’extension prendrait la forme d’une énumération, avec ouverture et fermeture de parenthèse.
5. Pour la notion de définition stipulative, voir Govier (2013). Pour les sens en usage, voir Létourneau (2005).
LÉTOURNEAU, Alain. « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia », dans André LACROIX (dir.), La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 18-20. En libre accès sur Academia (PDF à télécharger ou à lire en ligne)
Wow ! Monsieur Alain Létourneau affirme que l’expression « philosophie pratique est assez peu usuelle ».
Bien sûr, comme l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle, les usages qu’on pourra repérer seront forcément à caractère quelque peu spécialisé. Il faudrait néanmoins que ces usages soient des plus accessibles.
Voici le nombre de demandes adressées à Google avec l’expression « philosophie pratique » en différentes langues.
TABLEAU 1
Comparaison internationale des expressions liées à la philosophie pratique
| Langue | Expression recherchée | Résultats (approx.) | Contexte d’usage |
| FRANÇAIS | « Pratique philosophique » | 56 200 | Terme générique. |
| « Philothérapie » | 11 800 | Usage spécifique (clinique/bien-être). | |
| « Consultation philosophique » | 5 940 | Relation d’aide individuelle. | |
| « Philosophe praticien » | 5 200 | Statut professionnel de l’intervenant. | |
| « Conseil philosophique » | 2 950 | Traduction de counseling. | |
| « Philosophe consultant » | 2 510 | Usage souvent lié au milieu corporatif. | |
| ANGLAIS | « Practical philosophy » | 560 000 | Terme dominant (Académique/Général). |
| « Philosophical practice » | 251 000 | Usage professionnel et international. | |
| « Clinical Philosophy » | 59 300 | Intersection entre soin et philosophie. | |
| « Philosophical counseling » | 40 400 | Terme standard pour la consultation. | |
| « Philosophical praxis » | 25 700 | Terme savant/théorique. | |
| « Philosophical therapy » | 11 200 | Proche de la psychothérapie. | |
| ALLEMAND | « Praktische Philosophie » | 486 000 | Tradition académique très forte. |
| « Philosophische Praxis » | 98 000 | Référence au cabinet de consultation. | |
| « Philosophische Beratung » | 22 400 | Conseil/Consultation individuelle. | |
| ITALIEN | « Filosofia pratica » | 121 000 | Concept incluant l’éthique et la politique. |
| « Consulenza filosofica » | 45 000 | Très présent dans le milieu du soin. | |
| « Pratica filosofica » | 18 200 | Activité concrète d’animation. | |
| HÉBREU | ![]() |
1 490 | Philosophie pratique. |
![]() |
2 100 | Conseil philosophique. | |
| TOTAL | Toutes expressions confondues | 1 826 390 | Volume global de recherche |
| Recherche réalisée le 11 avril 2026 | |||
Avec plus de 1,8 million de résultats, ces données démontrent que :
-
Une présence massive : La discipline n’est plus marginale. Il existe une véritable « masse critique » de contenus et de recherches à l’échelle mondiale.
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Le poids des langues germaniques et anglo-saxonnes : À elles seules, les expressions anglaises et allemandes représentent plus de 80 % du volume total, confirmant que le cœur historique et professionnel de la pratique actuelle bat très fort dans ces régions.
-
Potentiel de croissance en français : Bien que le volume francophone semble plus modeste (environ 85 000 résultats cumulés), la diversité des termes utilisés montre une spécialisation croissante qui offre une belle marge de progression pour des plateformes comme la vôtre.
TABLEAU 2
Analyse quantitative des approches thématiques en philosophie pratique
| Axe de recherche | Expression (anglais) | Résultats (approx.) | Contexte d’application |
| Stoïcisme Moderne | « Modern Stoicism » | 184 000 | Courant dominant pour la résilience et la gestion du stress. |
| Pensée Critique | « Critical thinking coaching » | 42 300 | Très utilisé en milieu corporatif et en développement cognitif. |
| Santé Mentale | « Philosophy for mental health » | 28 600 | Alternative ou complément à l’approche purement clinique. |
| Transition de vie | « Life transition philosophy » | 7 400 | Accompagnement lors de deuils, retraites ou changements de carrière. |
| Maïeutique Socratique | « Philosophical midwifery » | 3 100 | Référence directe à l’art d’accoucher les esprits (Socrate). |
| TOTAL | Approches thématiques | 265 400 | |
| Recherche réalisée le 11 avril 2026 | |||
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Le phénomène Stoïcien : Avec 184 000 résultats, le « Modern Stoicism » est un moteur de recherche massif.
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L’essor du Coaching de Pensée : Le chiffre de 42 300 pour le « Critical thinking coaching » montre que la philosophie est de plus en plus perçue comme un outil de performance intellectuelle, et pas seulement comme une thérapie.
-
La Maïeutique (Midwifery) : Bien que le chiffre soit plus bas, c’est un terme de niche très respecté. Il définit parfaitement la posture du philosophe consultant qui ne donne pas de réponses, mais aide l’autre à trouver les siennes.
Les deux tableaux ci-dessus nous donnent un total de 2 091 790 millions.
Bref, avec un total de plus de deux millions de résultats trouvés par Google, on ne peut pas dire que « l’expression de philosophie pratique est assez peu usuelle ».
Aussi, la référence aux cinq pages de Wikipédia ne fait donc pas le poids comme le démontre ce troisième tableau.
TABLEAU 3
| Langue | Page Wikipédia ciblée | Résultats dans l’index (approx.) |
| ANGLAIS | Practical philosophy | 4 350 |
| ALLEMAND | Praktische Philosophie | 2 110 |
| FRANÇAIS | Philosophie pratique | 1 480 |
| ITALIEN | Filosofia pratica | 954 |
| HÉBREU | ![]() |
185 |
| TOTAL | Visibilité inter-langues | 9 079 |
| Recherche réalisée le 11 avril 2026 | ||
Les cinq pages Wikipédia sur lesquelles se fonde Alain Létourneau totalise 9 079 soit 0,43 % du total des tableaux 1 et 2. La recherche d’Alain Létourneau sur Wikipédia n’est donc pas crédible pour rendre compte du « sens en usage » des nouvelles pratiques philosophiques, d’autant plus que Wikipédia fait l’objet de nombreuses critiques au sein même du milieu universitaire. Pour une recherche universitaire, on a vu mieux. J’ai l’impression que monsieur Létourneau ne savait pas où chercher.
Il écrit :
D’une part, on constatera aisément que l’éthique et la philosophie politique en constituent le noyau le plus évident et le plus clair, bien que la question économique y ait aussi une légitimité importante, ce qui sera un point à reprendre plus loin.
La question à laquelle Alain Létourneau veut répondre est : « que doit-on entendre par philosophie pratique, ou encore quelles sont les principales questions qui forment la trame de base de la philosophie pratique ? »
Or, « l’éthique et la philosophie politique » ne constituent pas le noyau de la philosophie pratique, surtout pas lorsqu’il s’agit de « penser la société ». La philosophie pratique est née et demeure intimement liée au bien-être de la personne et à la consultation philosophique.
La réalité du web est celle d’une « philosophie de terrain » (la philothérapie, le stoïcisme de vie, la pensée critique appliquée) qui a pris le dessus sur les catégories classiques citées par monsieur Létourneau.
Si jamais le noyau est l’éthique et la philosophie politique, ce dernier se déplace vers l’usage pratique. Mes recherches montrent que le terme « Practical philosophy » (560 000 résultats) est devenu un « terme-parapluie » très large. Aujourd’hui, une grande partie de ces résultats ne concerne plus l’éthique aristotélicienne ou la philosophie politique classique, mais des applications concrètes : coaching, bien-être, et outils de pensée.
Bref, le « noyau » s’est déplacé de la théorie de l’action vers la pratique de l’existence.
Si l’on additionne les résultats thématiques (Stoïcisme, Pensée critique, Santé mentale), on s’aperçoit que ces sujets « périphériques » génèrent un engagement et une présence web qui rivalisent avec les définitions académiques. Le fait que le « Stoic coaching » soit un moteur de recherche si puissant suggère que le public ne cherche pas un « noyau politique », mais des outils de navigation personnelle.
Les données de Google ne confirment pas une hiérarchie où l’éthique et la politique seraient le centre, mais révèlent plutôt une atomisation du savoir au profit de l’individu.
Pour Alain Létourneau (et la tradition universitaire), le « noyau » est thématique (de quoi parle-t-on ?). Selon moi, le noyau est méthodologique et humain (qui accompagne-t-on ?).
La consultation philosophique place le sujet (la personne) au centre de la recherche de sens.
L’éthique et la politique ne deviennent alors que des outils ou des objets parmi d’autres que la personne mobilise lors de sa réflexion, et non la finalité de la démarche.
Si l’éthique et la politique étaient le véritable noyau « évident », les recherches se concentreraient sur des traités ou des théories. Or, l’explosion des termes comme « Life transition« , « Stoic coaching » ou « Philothérapie » montre que l’intérêt se porte sur le « Comment vivre ? » (individuel).
plutôt que sur le « Que doit-on faire ? » (universel/politique).
Il faut ramener la philosophie pratique (la mise en pratique de la philosophie) à son ancrage historique précis, c’est-à-dire au philosophe allemand Gerd Achenbach et l’ouverture de son cabinet à Bergisch Gladbach en 1981. Il s’agit du moment de rupture où la philosophie a cessé d’être une simple exégèse de textes pour redevenir une posture de vie et une relation d’aide.
L’analyse d’Alain Létourneau, en se basant sur Wikipédia, semble avoir confondu la classification académique des thèmes (éthique/politique) avec la réalité de la pratique initiée par Achenbach.

Description
Gerd B. Achenbach’s Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, translated by Michael Picard, offers unique insights into the compelling origin and development of what has been called a renaissance of philosophy: a storied trove of thought steeped in tradition, character, and experience, and redeployed in the service of understanding the individual life. Throughout this book, the author explores Philosophical Praxis not only through the tumultuous history of philosophy, but also through psychology, religion, literature, and more. Achenbach’s tone is subtle, humorous, and constantly surprising, demonstrating his intimacy with an expansive spirit of life and leaving behind the narrowness of academic disciplines. As the founder of Philosophical Praxis, Achenbach dissects the challenges faced in current philosophy and psychology and, in doing so, surpasses academic philosophy to reveal the possibility of a new profession for philosophical practitioners seeking to resist the seductions of theory, methods, or solutions, and personify the seriousness of being human.
Source : Bloomsbury Publishing Inc.
P.S. : Voir aussi Article # 140 – Philosophical Praxis, Origin, Relations, and Legacy, Gerd B. Achenbach – Translated by Michael Picard, Lexington Books, 2024.
La révolution d’Achenbach : Le retour au sujet
La démarche d’Achenbach (la Philosophische Praxis) prouve que le noyau est bien la consultation et la personne, car :
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Le refus de la « méthode » préétablie : Achenbach s’opposait à l’idée que le philosophe arrive avec une théorie (éthique ou politique) pour « l’appliquer » au client. Le noyau, c’est le dialogue vivant où la théorie ne sert que de ressource secondaire.
-
L’expérience plutôt que le système : le cœur est l’expérience philosophique vécue par l’individu dans sa singularité. Létourneau regarde l’objet (l’éthique), alors qu’Achenbach regarde l’acte (la consultation).
-
L’autonomie totale : En lançant la consultation dans les années 80, Achenbach a affirmé que la philosophie n’avait pas besoin d’être une « sous-discipline » de quoi que ce soit. Elle se suffit à elle-même dès qu’il y a une personne qui s’interroge sur sa vie.
Les chiffres de Google confirment Achenbach (et non Létourneau)
Le fait que vous trouviez des millions de résultats pour des termes comme « Practical philosophy » ou « Philosophical counseling » n’est que l’écho numérique de ce mouvement né en 1981.
-
Le volume de recherche n’est pas alimenté par des gens qui veulent étudier la « philosophie politique », mais par des gens qui, dans la lignée d’Achenbach, cherchent un philosophe praticien pour examiner leur existence.
-
Le « noyau » politique dont parle Létourneau est une vue de l’esprit universitaire qui ne correspond pas à l’offre et à la demande réelle du terrain depuis 45 ans.
Pourtant, Alain Létourneau rend compte de l’importance de la contribution de Gerd B. Achenbach en référence à la page Wikipédia en italien (Filosofia pratica).
Achenbach décide ainsi de s’engager sur le chemin d’une philosophie appliquée, motivé par l’insatisfaction envers la philosophie académique, qu’il accuse de s’être éloignée de manière excessive du monde réel, en s’enfermant dans des parcours d’étude qui étaient utiles seulement aux philosophes. La philosophie en crise a prétendu se transformer en une science qui ne sert à personne d’autre qu’aux philosophes, une position absolument unique dans le domaine des études académiques.
À ce sujet, Achenbach écrit : « La philosophie qui n’est pas encore pratique ou ne l’est plus survit dans un ghetto académique, où elle a perdu le lien avec tout problème qui opprime réellement les hommes. Cette aliénation, qui produit la stérilité dans la philosophie et la perte du sens dans la vie quotidienne, est dépassée par la Philosophische Praxis » [note 17]. Ce qui rejoint la critique des professions d’aide, ancrées au paradigme instrumental ou thérapeutique.
Ainsi naît la soi-disant consultation philosophique, une activité née en Allemagne comme Philosophische Praxis, et ensuite diffusée, avec diverses caractéristiques, dans le monde entier, d’abord comme Philosophy Practice et ensuite Philosophical Counseling.
LÉTOURNEAU, Alain. « Les coordonnées de la philosophie pratique : le « sens en usage » de l’expression dans cinq articles sur Wikipédia », dans André LACROIX (dir.), La philosophie pratique pour penser la société, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 18-20. En libre accès sur Academia (PDF à télécharger ou à lire en ligne)
Malheureusement, le professeur Alain Létourneau gâche tout en écrivant LA SOI-DISANT consultation philosophique. C’est un jugement erroné au sujet de l’existence même de la consultation philosophique.
On ne peut pas étudier le « sens en usage » de la philosophie pratique sans accorder une attention toute spéciale aux leaders de ce domaine sur la scène l’internationale.
TABLEAU 4
Les grandes têtes d’affiches de la philosophique pratique à l’international
| Sujet de recherche | Résultats (approx.) | Vitesse (sec) | Observations |
| Institute of Philosophical Practices | 71 900 000 | 0,21 | Rayonnement mondial massif (Anglais). |
| Institut de Pratiques Philosophiques | 1 290 000 | 0,31 | Institution de référence pour la francophonie. |
| Ran Lahav | 272 000 | 0,25 | Forte présence liée à la « philosophie de vie ». |
| Lou Marinoff | 154 000 | 0,20 | Popularité liée à ses best-sellers mondiaux. |
| Gerd Achenbach | 142 000 | 0,23 | Nom d’usage du fondateur historique. |
| Oscar Brenifier | 122 000 | 0,19 | Figure centrale de la maïeutique socratique. |
| Gerd B. Achenbach | 66 400 | 0,22 | Forme académique/complète du nom. |
| TOTAL CONSOLIDÉ | 73 946 400 | — | Volume d’influence combiné |
| Recherche réalisée le 12 avril 2026 | |||
Le pourcentage que représente le volume encyclopédique (Wikipédia) avec 0,43 % des résultats (9 079) par rapport au volume total de la pratique, de ses institutions et ses têtes d’affiches mondiales avec 75 772 790 résultats est de 0,012 %. On ne peut donc pas trouver le « sens en usage » de l’expression philosophie pratique sur la base de 0,012% des résultats.
Dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche
On trouve ici une démonstration d’une dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche, un manquement aux devoirs professionnels de rigueur et d’objectivité.
Le manquement à la rigueur factuelle (Erreur de représentativité)
En déontologie de la recherche, un chercheur a le devoir de s’assurer que ses sources sont représentatives de la réalité qu’il prétend décrire.
-
En se basant sur Wikipédia pour définir le « noyau » de la discipline, l’analyse universitaire ignore 99,98 % des données réelles.
-
Présenter une infime fraction (0,012 %) comme étant la vérité centrale du domaine constitue une déformation de la réalité factuelle. C’est ici que se situe la « dérive ».
L’occultation volontaire de l’histoire pratique
La déontologie intellectuelle exigerait de reconnaître l’existence et l’impact des travaux de Gerd Achenbach et des institutions nées dans les années 80 (comme l’IPP).
-
Ignorer le volume massif de l’Institute of Philosophical Practices (71 millions de résultats) pour se concentrer sur quelques pages encyclopédiques académiques s’apparente à une volonté de maintenir la philosophie dans une « tour d’ivoire », en rupture avec l’offre de consultation réelle.
La déconnexion du sujet (La dérive éthique)
Le fait de placer le noyau dans des concepts abstraits (éthique/politique) plutôt que dans la personne et la consultation témoigne d’une rupture déontologique avec la mission même de la philosophie pratique, qui est de servir l’humain dans son existence concrète.
« En réduisant la philosophie pratique à ses seules définitions encyclopédiques, l’analyse universitaire opère une sélection qui évacue 99,98 % de la réalité du terrain. On trouve ici la démonstration d’une dérive universitaire en rupture avec la déontologie de la recherche, qui préfère la sécurité des catégories académiques à la reconnaissance de la pratique de consultation initiée par Achenbach, pourtant 8 000 fois plus présente dans l’espace public. »
Chercher le « sens en usage » de la philosophie pratique
avec Lou Marinoff, leader mondial

Quatrième de couverture
La philosophie est un remède !
Chacun possède sa propre conception de la vie, mais peu d’entre nous jouissent du privilège ou du luxe d’y réfléchir. Nous avons plutôt tendance à subir la vie.
Pourtant, l’expérience est un bon maître. En y réfléchissant bien, nous pourrions transformer notre vie !
Les grands philosophes ont tracé des voies. À nous de les explorer ! Ce livre nous aidera à développer une philosophie personnelle pour mieux prévenir, résoudre ou affronter les nombreux problèmes de l’existence.
Avec Platon, pas Prozac !, les grands philosophes sont nos amis !
MARINOFF, Lou. Platon, pas Prozac ! : La philosophie comme remède, Montréal, Les Éditions Logiques, 2000, 411 p.
Une trentaine de traductions

Dans son étude du « sens en usage » de la philosophie pratique, un universitaire québécois ne peut pas passer sous silence « Lou Marinoff » au profit de « Wikipédia ».
Lou Marinoff, titulaire d’une bourse du Commonwealth et originaire du Canada, a étudié la physique théorique aux universités Concordia et McGill avant d’obtenir un doctorat en philosophie des sciences au University College London. Après des recherches postdoctorales à l’Université hébraïque de Jérusalem et un poste de chargé de cours à l’Université de la Colombie-Britannique, il a rejoint le City College of New York en 1994, où il est actuellement professeur de philosophie.
Les publications de Lou Marinoff portent sur la théorie de la décision, la modélisation informatique de l’agentivité rationnelle et morale, l’éthique mondiale, la philosophie des sciences, ainsi que sur les philosophies chinoise et indienne, le bouddhisme et la pratique philosophique. Il est le président fondateur de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA) et le rédacteur en chef de sa revue, Philosophical Practice.
Auteur de plusieurs succès de librairie internationaux appliquant la philosophie à la vie quotidienne, il a notamment publié Platon, pas Prozac !, traduit en vingt-sept langues.
Lou Marinoff collabore avec divers groupes de réflexion et forums de leadership, tels que l’Institut Aspen, Biovision (Lyon), le Festival of Thinkers (Abou Dhabi), Horasis (Zurich), l’Institute for Local Government (Université de l’Arizona), la Soka Gakkai International (Tokyo), le Strategic Foresight Group (Bombay) et le Forum économique mondial (Davos).
Source : The City College of New York.
Et savez-vous que Lou Marinoff, devenu le leader mondial de la philosophie pratique est Québécois ? Lou Marinoff est né le 18 octobre 1951 à Noranda, Québec, Canada. Il a fait ses études à l’Université Concordia et l’Université McGill (Montréal).
| Année | Diplôme / Titre | Établissement | Spécialisation |
| 1992 | Doctorat (Ph.D.) | University College London, Angleterre | Philosophie des sciences |
| 1984 | Baccalauréat en sciences (B. Sc.) | Université Concordia, Montréal | Physique théorique (avec Grande Distinction) |
| 1980 | Diplôme | Control Data Institute, Montréal | Technologie de l’informatique numérique |
| 1972 | Diplôme d’études collégiales (DEC) | Collège Dawson, Montréal | Arts libéraux (préuniversitaire) |
| 1968 | Certificat Junior de McGill | Lower Canada College, Montréal | Études secondaires |
Lou Marinoff a fondé l’American Philosophical Practitioners Association (APPA).
Présentation de l’APPA
L’American Philosophical Practitioners Association (APPA) est une organisation éducative à but non lucratif (type 501(c)(3)), fondée en 1999. L’APPA représente une communauté mondiale de praticiens de la philosophie de premier plan. Ces derniers offrent des services de conseil et de consultation aux individus, aux groupes et aux organisations.
L’APPA forme, certifie et accompagne des praticiens par le mentorat ; elle propose également au grand public des cours sur la philosophie destinés à la croissance personnelle et au développement professionnel. L’association dispose d’une librairie, publie une revue savante évaluée par les pairs et possède une chaîne YouTube.
L’APPA encourage la sensibilisation à la philosophie et prône une « vie examinée ». Ses membres appliquent les systèmes, les perspectives et les méthodes philosophiques à la gestion des problèmes humains et à l’amélioration de la condition humaine.
Source : American Philosophical Practitioners Association (APPA).
Je pourrais développer cette référence à Lou Marinoff encore et encore. Il est l’un des pionniers de la philosophie pratique qui a donnée « du sens » à la philosophie pratique, et ce, à ce point où nous devons désormais parler de « nouvelles pratiques philosophiques » et reconnaître pleinement la consultation philosophique, les philosophes cliniciens, praticiens et/ou consultant.
Dans ce contexte, s’il faut se pencher sur « La philosophie pratique pour penser la société », on ne trouvera pas la réponse dans le livre du même nom.
La philosophie pratique a ses propres lettres de noblesse depuis les années 80, indépendamment des découpages thématiques traditionnels universitaires.
CONCLUSION GÉNÉRALE
En somme, l’analyse d’Alain Létourneau, en se bornant aux définitions de Wikipédia, ne saisit qu’une infime fraction de la réalité : environ 0,012 % de l’espace occupé par la philosophie pratique sur le web mondial. Prétendre définir le « noyau » de cette discipline par l’éthique et la politique, c’est ignorer volontairement les 99,98 % restants, portés par des instituts et des praticiens comme Achenbach ou Marinoff. Cette dérive universitaire, en rupture avec la déontologie de la recherche, tente de maintenir dans une tour d’ivoire une discipline qui, sur le terrain, appartient déjà à la cité et à l’individu. Le véritable noyau de la philosophie pratique n’est pas dans un article encyclopédique, mais dans le cabinet du consultant où une personne cherche, par le dialogue, à reprendre les rênes de son existence.
Il est temps de reconnaître que la philosophie pratique n’est pas une simple extension de l’éthique appliquée universitaire, mais une profession autonome née de la rupture opérée par Gerd Achenbach en 1981. Si l’université québécoise semble vouloir confiner cette pratique aux enfants ou à la gouvernance organisationnelle, les chiffres et l’histoire racontent une tout autre version. La consultation philosophique est une réalité mondiale massive qui place l’intersubjectivité et la personne au centre de son dispositif. Pour l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques, l’enjeu est clair : sortir la philosophie de son cadre purement théorique pour lui rendre sa fonction première de remède et de boussole existentielle, ici même, au Québec.
La philosophie pratique ne peut se réduire à ce qu’en disent les algorithmes de Wikipédia ou le livre « La philosophie pratique pour penser la société », un collectif sous la direction d’André Lacroix, professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke (Québec). Elle est avant tout un acte : celui de la consultation. En évacuant la relation d’aide et l’accompagnement individuel de leur définition, les universitaires se coupent d’un mouvement qui les dépasse désormais de plus de 8 000 fois en volume d’engagement. Le « sens en usage » de la philosophie pratique, c’est celui que lui donnent chaque jour les consultants et leurs clients. Le noyau n’est ni l’éthique, ni la politique ; le noyau, c’est la personne.








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