Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

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DOSSIER

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

ARTICLE # 12

FIN DU CHAPITRE

Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.


Bonjour monsieur Brenifier,

J’éprouve un grand bonheur à la lecture de vos livres et textes. Dans le livre «La consultation philosophiques», on parle de documents que vous faites parvenir à un client avant une consultation. Puis-je recevoir ces documents s’il-vous-plaît ?

Je publie un DOSSIER : Pourquoi consulter un philosophe ? Quand la philosophie nous aide :

https://fondationlitterairefleurdelys.com/2020/10/06/dossier-philotherapie-quand-la-philosophie-nous-aide/

P.S.: J’envisage suivre l’une de vos formations.


Sa réponse ne tenait pas compte de ma demande. Il m’a proposé un rendez-vous vidéo en ligne.


Bonjour Serge-André Guay

Enchanté de vous connaître.

Je vous propose un RV Jeudi 9 Septembre, à 11 h, heure de Montréal.

Cela vous convient-il?

Cordialement

Oscar Brenifier


J’ai répondu :

Bonjour monsieur Brenifier,

Merci pour votre réponse. Oui, un rendez-vous le jeudi 9 septembre à 11h00, heure de Montréal, me convient. Je suis sur Skype sous le nom « Guay Serge-André » avec « contact@manuscritdepot.com ». Est-ce que cela vous convient?

Cependant, je ne m’attendais pas à un rendez-vous dès maintenant. Je profiterai de l’occasion pour faire une entrevue avec vous dans le but de la publier dans notre magazine en ligne.

Je ne suis pas encore prêt pour une consultation philosophique pour moi-même. J’étudie encore. À mon programme de lecture (LU) :

• Comment choisir son philosophe, Oreste Daint-Drôme, 2000
• La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, 2001
• La philosophie c’est la vie, Lou Marinoff, 2003
• La philothérapie, Éric Suárez, 2007
• La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010
• Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013
• La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014
• Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015
• Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017
• Socrate à l’agora, Collectif, 2017
• Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019
• L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019
• La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020
• La philosophie, un art de vivre, Collectif, 2021

Avez-vous consulté mon dossier :

Monsieur Brenifier a répondu sans aucune allusion à ma demande d’entrevue:

Bonjour Serge-André

Personnellement, comme Socrate, le dialogue me parait toujours préférable pour aller à l’encontre d’autrui.

/ »Je ne suis pas encore prêt pour une consultation philosophique pour moi-même »./

Personne n’est jamais « prêt » à cet exercice, ni non plus « pas prêt ».

Je le fais avec tout un chacun, y compris des enfants de 5 ans.

C’est un simple dialogue, sur des questions importantes. En évitant le double écueil des banalités d’usage, et celui du formalisme.

Mais votre travail doxographique, que j’ai consulté attentivement, tout en étant utile et intéressant, constitue en effet un écueil intellectuel et psychologique, tout à fait habituel dans la profession.

D’ailleurs, si je devais vous envoyer un texte, ce serait celui sur « la corruption académique ».

Mais je préfère vous l’envoyer après notre rencontre.

Ainsi, tout naturellement, je répondrai à vos questions et vous répondrez aux miennes.

Cela se nomme un dialogue philosophique, qui devrait être plaisant et enrichissant pour tous deux.

A demain

O. B.

Je suis embêté par l’affirmation de monsieur Brenifier à savoir que «Personne n’est jamais « prêt » à cet exercice, ni non plus « pas prêt ».» Je décide tout de même de le croire et j’ai l’impression que je vais me lancer dans le vide; je ne suis pas prêt. J’ai répondu :

Bonjour,

Merci pour votre réponse. Je suis déçu que mon travail «/constitue en effet un écueil intellectuel et psychologique/». Vous me direz sans doute pourquoi.

Je vous écrivais ne pas être prêt pour une consultation philosophique en raison de mes finances. Pour l’instant, je me concentre sur la lecture dans le cadre de ma cueillette d’information qui mobilise mes énergies et mes dépenses.

  • Comment choisir son philosophe, Oreste Daint-Drôme, 2000
  • La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot, 2001
  • La philosophie c’est la vie, Lou Marinoff, 2003
  • La philothérapie, Éric Suárez, 2007
  • La consultation philosophique, Eugénie Vegleris, 2010
  • Sur le divan d’un philosophe, Jean-Eudes Arnous, 2013
  • La pratique philosophique, Jérome Lecoq, 2014
  • Philosopher pour se retrouver, Laurence Bouchet, 2015
  • Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, 2017
  • Socrate à l’agora, Collectif, 2017
  • Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, 2019
  • L’art de la pratique philosophique, Oscar Brenifier, 2019
  • La consultation philosophique, Oscar Brenifier, 2020
  • La philosophie, un art de vivre, Collectif, 2021

J’ai hâte de vous parler et de répondre à vos questions.

Monsieur Brenifier n’a pas répondu à ce courriel où j’exprime mon souci face au coût de l’exercice. Il a préféré me parler de notre première session :

Bonjour André

Pour lundi, nous allons travailler exclusivement le questionnement.

Pour vous préparer, rédigez une question initiale, puis tentez de produire 10-20 questions permettant de travailler la question initiale.

A lundi

Oscar

Me voilà donc plonger bien malgré moi dans une consultation philosophique formelle. Monsieur Brenifier me place en face d’un devoir à faire avant notre rencontre. Je voulais uniquement le document qu’il adresse à ses clients potentiels. Il me propose un rendez-vous. Je l’informe que je souhaite profiter de ce rendez-vous pour réaliser une entrevue pour les fins d’un article dans ce magazine. Il me fait parvenir un devoir à faire en prévision de notre premier rendez-vous. Je plie l’échine avec appréhension et stress. Et ceux et celles qui me connaissent savent fort bien je ne suis pas du genre à agir de la sorte. Normalement, j’aurais insisté auprès de monsieur Brenifier sur le fait qu’il ne répond pas à mes demandes formulées dans mes courriels. C’est un principe de communication très simple à respecter et auquel je tiens mordicus. Surprise: j’ai laissé tombé ce principe sous le poids de l’autorité que j’ai consentie à monsieur Brenifier, une rare exception dans mon comportement. Bref, je suis intimidé par la notoriété de monsieur Brenifier.

J’ai participé à la première session puis à la deuxième a une semaine d’intervalle.  Nous planifions la troisième session pour la semaine suivante. Mon agenda me force à prioriser ma famille. Je demande à monsieur Brenifier de reporter la troisième session en m’ouvrant à lui sur les événements familiaux en cause. Je lui propose le 29 ou lieu du 27 septembre. Il me répond :

Oui, c’est possible le 29. Néanmoins, nous encourageons toujours nos interlocuteurs à faire l’impossible pour garder les engagement de la pratique comme priorité, indépendamment des circonstances de la vie. Voyez aussi si ce n’est pas possible.

Témoin de la scène, mon épouse me propose de faire la session vidéo de l’endroit où je serai le 27 septembre puisque je dois effectuer un voyage d’urgence. Je transmets la proposition à monsieur Brenifier :

Je peux respecter notre cours de lundi le 27 septembre si je le fais en ligne chez (…) où je me trouverai lundi. Une proposition de mon épouse.

Il accepte. Je me retrouve dans une situation familiale impliquant deux événements distincts à plus de 200 kilomètres de chez moi et, de là, je devrai encaisser le stress de mon devoir et celui de ma session vidéo avec monsieur Brenifier. Je suis sous la contrainte, ce qui ne me plaît pas du tout. Je suis mécontent. Tout aurait été si simple de reporter la troisième session une semaine plus tard, le temps que je gère ma situation familiale au mieux.

La veille de cette session, le stress est toujours à son comble et je me dois d’en éliminer ne serait-ce qu’une source : la session du lendemain avec monsieur Brenifier. Je communique mon mécontentement à monsieur Brenifier dans l’espoir qu’il se rende à ma demande de report de la session. Je lui parle de son intransigeance et de sa rigidité.

Il me répond :

Bonjour André

Visiblement, je me suis trompé d’histoire.

Je vous envoie donc une autre proposition de conte, tiré de l’ouvrage sur le Zen, ci-joint.

Histoire 11 – Ah bon!

Je vous invite à lire l’histoire et l’analyse, comme pour l’autre.

Et de répondre aux questions de compréhension avec trois hypothèses, et un concept.

Comme c’est un peut tard, faites ce que vous pouvez, ou rien du tout si vous n’avez pas le temps.

Nous ferons le travail durant la séance.

A demain

O. B.

Je répond :

Bonjour quand même,

C’est la fin. Une référence à un autre conte en réponse à mon message via Messenger. Quel toupet. C’est la fin. Je ne veux plus suivre vos cours.

Il répond :

C’est dommage que vous laissiez vos émotions, surtout votre colère, prendre le dessus. Surtout que vous savez que cela vous ronge.

Je répond :

Il est dommage que vous ne sachiez pas comment prendre vos responsabilités.

Il répond :

Cela, il faudra me l’expliquer. Mais je vous suggère d’attendre quelques jours, afin d’être plus posé. Je note que vous ne serez pas là demain, et si vous revenez à la raison, vous pourrez toujours me recontacter. Lisez néanmoins le conte que je vous ai envoyé, plutôt que le prendre pour une insulte.

Émotions, colère, insulte ne sont que des interprétations de la part de monsieur Brenifier. À mes yeux, je m’explique et ma seule motivation est d’être l’objet d’un peu d’empathie de la part de mon professeur afin qu’il accepte de reporter la session du lendemain. Et tous ceux qui se sont frottés à moi savent fort bien que j’aime aller au fond du problème, dans les moindres détails, pour défendre ma cause. Je ne vais donc pas en rester là.

Je lui adresse ce message avec «Penser, c’est juger» en guise d’objet :

Monsieur Brenifier,

Je ne suis pas animé par la colère face à vous et vos propos. Je suis mécontent de vos réponses à mes messages. Lorsque je me donne la peine de m’expliquer sur un sujet ou un autre, ma motivation est d’éclaircir, non pas d’exprimer une colère quelconque. Lorsque je suis en colère, je ne réponds pas et je quitte en silence. Toute explication de ma part est une perche tendue pour tenter de mieux me faire comprendre. Mais cela ne fonctionne pas avec vous.

Voici un exemple :

J’écris : «C’est la fin. Une référence à un autre conte en réponse à mon message via Messenger. Quel toupet. C’est la fin. Je ne veux plus suivre vos cours.»

Vous répondez : «C’est dommage que vous laissiez vos émotions, surtout votre colère, prendre le dessus. Surtout que vous savez que cela vous ronge.»

Votre réponse ne respecte pas les règles élémentaires de la communication relationnelle. Dans un premier temps, on ne suppose pas quoi que se soit mais on fait état si l’on comprend ou non le message reçu. Dans un deuxième temps, il faut codifier son message en fonction du receveur afin que ce dernier puisse comprendre selon son propre schéma de référence. Votre réponse n’est qu’un jugement.

Qui plus est, elle ne répond pas à mon message. Je vous parle de la «référence à un autre conte», vous ne dites rien à ce sujet dans votre jugement. Je vous dis que vous avez du toupet, vous ne dites rien à ce sujet. Il ne vous vient pas à l’esprit de répondre au contenu de mon message. Vous sautez tout de suite au jugement. Vous ne me demandez pas si je suis submergé par mes émotions ou en colère, vous le supposez d’emblée.

Voici un autre exemple :

J’écris : «Il est dommage que vous ne sachiez pas comment prendre vos responsabilités.»

Vous répondez : «Cela, il faudra me l’expliquer. (…)».

Vous admettez que vous ne comprenez pas, c’est bien. Mais c’est aussi un indicateur sérieux de votre ignorance au sujet du rôle d’un consultant en général et du même coup du rôle spécifique du consultant en philosophie. Je suis bouche bée car il ne me revient pas de former le professeur. Et même si nous sommes dans un dialogue et sur le même pied l’un et l’autre, il faut tout de même que les échanges soient fructueux, c’est-à-dire que les réponses tiennent compte du contenu du message, ce que vous ne faites pas. Vous sautez par-dessus le message pour juger et vous prenez pour acquis que votre jugement est adéquat. C’est étrange de la part d’un communicateur.

Je ne vous expliquerai pas les responsabilités d’un consultant en philosophie ou en d’autres domaines. Vous devez approfondir vous-même cette question des responsabilités et, pour y parvenir, effectuer votre propre recherche.

Je peux tout de même vous communiquer mon impression. Je pense que vous avez érigé votre propre tour d’ivoire à l’instar de ces philosophes universitaires que vous dénoncez. Vous êtes pris dans une interprétation très personnelle du travail de Socrate et cela limite la compréhension de vos responsabilités à titre de consultant et de communicateur.

De plus, je peux aussi vous communiquez mon opinion à savoir pourquoi vos livres «La consultation philosophique» et «L’art de la consultation philosophique» sont très denses. Suite à nos derniers messages échangés, il m’apparut comme une évidence que cette densité témoignait, non seulement de votre connaissance et de votre système de pensée, mais aussi le fait de l’absence de la légèreté qu’apporte la vie à l’être humain. Voici l’image que j’ai en tête : lorsque la vie cesse dans le corps humain, ce dernier devient très lourd et du même coup très dense.

Votre philosophie ne tient pas compte de l’Être humain sensible. Et votre propos au sujet de l’Être humain raisonné se limite à une dissection Et toute dissection implique un corps mort. Vos propos s’apparentent aux planches de biologie exceptionnelles dessinées par Léonard de Vinci. Il n’y a de vie.

En fin de compte, votre philosophie ne tient compte que de la philosophie. Voilà pourquoi vous ne savez pas répondre à mes questions et mes messages, pourquoi vous ne pouvez pas prendre vos responsabilités de consultant et de professeur.

Et si jamais il vous vient à l’esprit de répondre que je me trompe et que vous tenez bel et bien compte de l’Être humain sensible, vous semblez en méprisez les émotions et le voir comme un ennemi de la philosophie.

Vous écrivez : «(…),et si vous revenez à la raison, (…)».

Vous croyez que j’ai perdu la raison parce que vous supposez que mes messages ne sont que l’expression d’émotions et de colère, parce que je demeure un Être humain sensible et que je me dois de condamner ce dernier à la potence, du moins le dominer en dictateur philosophique.

La raison a toujours et en toutes circonstances besoin des émotions. Et si jamais un coup émotif se produit, c’est toujours un indice précieux pour la raison. Ainsi, on peut être en même temps émotif et raisonné malgré les apparences et… les jugements d’autrui. Évidemment, on peut prendre la tête mais dans ce cas très précis le philosophe consultant à des responsabilités spécifiques à prendre face à l’Être humain sensible. Et n’allez pas me dire que l’Être humain sensible relève de la psycho alors que la philosophie se concentre sur l’Être humain raisonné. On ne peut pas en toute connaissance de cause les séparer l’un de l’autre. Dans l’expression «amour de la sagesse», il y a de l’émotion dans l’air.

Ce qui me stress, c’est lorsque la communication n’est pas effective comme dans le cas des derniers messages que nous avons échangés. Sans une communication effective, le moment présent est une impasse. Pour lutter contre le stress, on conseille d’éliminer la source du stress. Ce que j’ai fait en mettant fin à nos sessions.

Et vous savez ce que je pense de votre philosophie du moment présent. J’ai écris : «J’ai horreur de cette philosophie du moment présent où je me trouve amputé de mon passé, de toute justification historique, et de tout futur, y compris de mes attentes et de mes objectifs. Vivre un bon «moment présent» et s’y limiter, est une chose, ne pas avoir conscience qu’il répond à une attente dans le futur et formulée dans le passé en est une autre.»

Très souvent, la justification historique est un indice, non pas de ce que pense notre interlocuteur, mais de comment il pense et comment il commet certaines erreurs de pensées. La référence au passé est confortable et laisse entrevoir l’Être raisonné sans filtre.

Bref, je crois que vous êtes devenu une victime de votre philosophie parce que vous la pratiquer en jugeant, d’où votre idée que «Penser, c’est juger». Pour penser juste, il faut dépasser le stade du jugement.

Il me répond :

Bonjour André

Je vous remercie pour vos critiques, que j’ai trouvé fort éclairantes.
En particulier le concept de « tour d’ivoire », qui a en effet une certaine réalité dans la pratique philosophique, bien que sa nature ne soit pas identique à la « Tour d’ivoire » de la philosophie académique, qui porte plutôt sur la connaissance et l’érudition. Cela me fait penser à « la citadelle de l’âme » de Maitre Eckhart, ou au repli dans l’âme Marc-Aurèle: Tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle retraite n’est plus tranquille ni moins troublée pour l’homme que celle qu’il trouve en son âme.

Néanmoins, ces critiques portent principalement sur mon attitude psychologique, existentielle ou relationnelle, sur mon « éthos », et sur mes écrits théoriques.

Mais elles n’abordent pas mon travail effectif en tant que praticien philosophe, c’est-à-dire ce que j’accomplis durant les séances.

Vous en avez eu l’expérience à deux reprises, et aussi, comme je vous l’ai conseillé dans le passé, vous pouvez observer des vidéos sur YouTube afin de mieux connaître ce que je fais concrètement au cours des séances de dialogue.

N’oubliez pas que vous pouvez télécharger nos discussions sur Skype si vous souhaitez les revoir pour les analyser.

Cela m’intéresse d’autant plus qu’après des années de travail et de séances avec de très nombreuses personnes au quatre coins du monde, je tente parfois de faire un bilan et je me demande parfois ce que ces personnes ont pu trouver ou apprendre durant ces séances. Avec bien entendu des réactions variées, bien que rarement neutres.

Cordialement

Oscar Brenifier

Je lui répond avec en objet «Mon bilan est fait et ma conclusion est claire» :

Bonjour monsieur Brenifier,

VOUS ÉCRIVEZ : «MAIS ELLES N’ABORDENT PAS MON TRAVAIL EFFECTIF EN TANT QUE PRATICIEN PHILOSOPHE, C’EST-À-DIRE CE QUE J’ACCOMPLIS DURANT LES SÉANCES.» C’EST UN FAIT, JE NE CRITIQUE PAS VOTRE TRAVAIL EFFECTIF. JE CROIS QUE SEUL UN AUTRE PRATICIEN PHILOSOPHE PEUT CRITIQUER LE TRAVAIL DE L’UN DE SES CONFRÈRES.

Quant à la critique d’un nouvel élève amateur face à son maître praticien philosophe, elle portera moins sur le contenu au profit du contenant. Ce sont des professeurs dont les nouveaux élèves parlent entre eux en début d’année scolaire. Il en fut de même lors de nos deux premières sessions. Le nouvel élève sait fort bien qu’il pourra revenir plus tard sur le contenu. Au départ, l’élève se soumet à l’idée que le médium est le message, que le professeur (éthos) est le premier message à déchiffrer.

Ce que je comprends de nos sessions et de nos échanges, c’est que le philosophe praticien choisit, construit, adapte et adopte une philosophie spécifique. Or, votre approche et votre philosophie ne répondent pas à mes besoins. Il y a autant de philosophies qu’il y a de philosophes. Je ne cherche pas à épouser une philosophie spécifique mise de l’avant pas tel ou tel philosophe. Qui plus est, toutes ces philosophies spécifiques ne sont pas de pures inventions; elles amalgament des essences de plusieurs philosophies.

Je recherche les bases de LA philosophie, les éléments communs à tous les philosophes consultants, d’où mes efforts consacrés à la lecture de plus d’un vingtaine de livres signés par des philosophes consultants. Évidemment, je n’échapperai pas à l’histoire des idées et l’histoire de la philosophie puisque LA philosophie ne s’abreuve pas à une seule et même source. Il n’en demeure pas moins que mes lectures me permettent d’avoir une vue en perspective de la consultation philosophique.

J’ai compris avec vous que je pouvais développer ma propre philosophie pour fonder ma propre pratique de consultation. Et je n’échapperai pas à l’idée d’un amalgame d’essences de plusieurs philosophies pour fonder la mienne en propre, façonnée par ma personnalité et par mes expériences personnelles et professionnelles. C’est l’une de conclusions que je tire de nos sessions et des messages échangés en marge de ces sessions.

VOUS ÉCRIVEZ : «NÉANMOINS, CES CRITIQUES PORTENT PRINCIPALEMENT SUR MON ATTITUDE PSYCHOLOGIQUE, EXISTENTIELLE OU RELATIONNELLE, SUR MON « ÉTHOS », ET SUR MES ÉCRITS THÉORIQUES.»

Votre observation confirme l’importance première du contenant, la première impression que donne à son client le philosophe consultant en tant que personne, capitale pour la suite. Vous m’avez semblé sympathique jusqu’à ce que vos jugements me blessent. Dans ce cas, il me vaut mieux tout admettre que de risquer d’autres jugements. Et j’ai tenu le coup pendant les deux sessions avec ouverture d’esprit. Je vous ai donné une chance mais je ne pouvais pas adhérer à vos jugements sur parole. Je refoulais parce que vous ne vouliez pas que je me justifie. Souvenez-vous de votre référence à Freud lorsque j.ai tenter de me justifier par la responsabilisation à outrance dans mon passé. Souvenez-vous de votre jugement de mon «C’est vous qui le dites», un jugement gros comme le bras.

Vous le savez, j’ai décroché lorsque vous avez refusé d’emblée par intransigeance et rigidité de reporter la troisième séance.

Quant à vos écrits théoriques, sachez qu’on en voit l’application pratique que vous en faites lors de vos sessions. L’Être sensible est absent sinon réprimé autant dans vos écrits théoriques que dans vos sessions. Vos jugements de l’Être sensible sont généralement négatifs.

Quant je vous ai demandé de me faire parvenir les documents que vous envoyez au client avant la première consultation, document dont vous parler dans votre livre /La consultation philosophique/, vous n’avez pas répondu à ma demande (impression négative). Vous avez préféré me proposer un premier rendez-vous. Je vous ai dit que je n’étais pas prêt. Vous m’avez répondu qu’on n’est jamais prêt. Je vous ai laissé le bénéfice du doute. Ce fut une erreur de ma part. J’aurais dû être intransigeant et rigide. Notez que je n’ai jamais reçu ces documents (impression négative).

Vous déclarez :

«Pour certains, le travail est décapant. « Renversant » pour Jacqueline. Déroutant pour Camille, qui n’a pas été capable de retourner travailler après sa consultation. « J’ai dû aller faire une grande promenade », se souvient-elle. Gildas, lui, n’a pas été surpris par « ce qui est sorti », mais il admet un « résultat instantanée hallucinant, une sorte de clairvoyance. Ça fait mal sur le coup, mais c’est pour la bonne cause ». La consultation philosophique n’est pas faite pour tout le monde. Pour le philosophe Oscar Brenifier, elle s’adresse aux personnes qui ont accès à la « rationalité ». « Il y a des gens que je renvoie vers une thérapie au bout de dix minutes, car il y a trop de douleur. Il y a aussi ceux qui veulent se raconter, or ce n’est pas le principe de la consultation philosophique », explique-t-il, en précisant qu’il ne « soigne pas une pathologie », contrairement aux médecins. « Quand vous vous demandez quel est le sens de votre vie, vous n’êtes pas malade », tempête-t-il.» (La consultation philosophique, une alternative au rendez-vous chez le psy ? Tatiana Chadenat, 03 juillet 2015, Madame / Figaro.

Ce n’est pas parce qu’«il y a trop de douleur» que cette dernière s’explique nécessairement et obligatoirement par une pathologie. Ce n’est pas parce qu’un client «veut se raconter» que le client est nécessairement et obligatoirement victime d’une pathologie. Il se peut que ce soit parce qu’il y a un problème de rationalité, parce que le client ne parvient pas à rationaliser. Le philosophe consultant peut relever les erreurs de pensée, de logique et/ou de perception et aider son client à en prendre conscience. Juger les clients qui souffrent trop et ceux qui veulent se raconter comme victime d’une pathologie et les rejeter ne respecte pas l’esprit même de la philosophie comme mode de vie.

Évidemment, je comprends qu’il s’agit là de votre philosophie puisqu’elle tient l’Être sensible comme un obstacle au philosopher.

VOUS ÉCRIVEZ : «EN PARTICULIER LE CONCEPT DE « TOUR D’IVOIRE », QUI A EN EFFET UNE CERTAINE RÉALITÉ DANS LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE, BIEN QUE SA NATURE NE SOIT PAS IDENTIQUE à LA « TOUR D’IVOIRE » DE LA PHILOSOPHIE ACADÉMIQUE, QUI PORTE PLUTÔT SUR LA CONNAISSANCE ET L’ÉRUDITION. CELA ME FAIT PENSER à « LA CITADELLE DE L’ÂME » DE MAITRE ECKHART, OU AU REPLI DANS L’ÂME MARC-AURÈLE: TU PEUX, à L’HEURE QUE TU VEUX, TE RETIRER EN TOI-MÊME. NULLE RETRAITE N’EST PLUS TRANQUILLE NI MOINS TROUBLÉE POUR L’HOMME QUE CELLE QU’IL TROUVE EN SON ÂME.»

Encore faut-il que cette âme soit une citadelle par opposition à la caverne de Platon. Et encore faut-il que le repli dans l’âme ne soit pas une fuite. Vous faites vous-même preuve de connaissance et d’érudition pour justifier «une certaine réalité dans la pratique philosophique».

VOUS ÉCRIVEZ :« CELA M’INTÉRESSE D’AUTANT PLUS QU’APRÈS DES ANNÉES DE TRAVAIL ET DE SÉANCES AVEC DE TRÈS NOMBREUSES PERSONNES AU QUATRE COINS DU MONDE, JE TENTE PARFOIS DE FAIRE UN BILAN ET JE ME DEMANDE PARFOIS CE QUE CES PERSONNES ONT PU TROUVER OU APPRENDRE DURANT CES SÉANCES. AVEC BIEN ENTENDU DES RÉACTIONS VARIÉES, BIEN QUE RAREMENT NEUTRES.»

Neutre ! Vous ne savez pas l’être. «Penser, c’est juger» dites-vous. N’allez pas me dire que vous croyez que vos jugements sont neutres voire objectifs.

/« Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement./

/Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »/

/Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82./

Nous sommes ici dans ce qu’il est convenu de nommer «L’erreur de Descartes » à l’initiative d’António Damásio (L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1995). La raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions. Il faut tenir compte dans la consultation philosophique. Le client est motivé subjectivement et cela exige respect et une humilité de la part du philosophe consultant.

Et que faire quand le client désire ce dont il n’a pas besoin ? La question se pose souvent dans le domaine des affaires. Voici une autre citation tirée d’ouvrage du chercheur américain Louis Cheskin :

/“One remains in business by giving the customer what he wants and needs. If you give him only what he wants, you may be in serious trouble. If you give him only what he needs, he may refuse it./

/(…)/

/To be successful in any business, you must give the client both what he wants and needs. If you offer him only what he needs, he may not want it; you have, therefore, to convert his need into a want./

/Giving businessmen what they need and want is a basic requirement for success. They need to solve business problems and they want evidence that their marketing decisions are right.”/

/Louis Cheskin, Secrets of marketing Success, pp. 140-141/

On ne peut pas soutenir que vous êtes au fait de pareilles situations, du moins à la lumière de nos deux sessions. Je désirais discuter de la théorie exposée dans votre livre «La consultation philosophique» mais vous l’avez reportée. Pour vous, j’avais besoin d’une consultation philosophique. Pour moi, la théorie vient toujours avant la pratique. Et ce n’est qu’à la fin de la deuxième session que vous m’avez informé que l’on ne parlerait pas de moi dans la troisième session. Je ne savais même pas que les deux premières sessions devaient porter sur moi. Toute mon attention était concentrée sur votre façon de faire. De temps en temps, à ma grande surprise, vous me jugiez en affirmant, par exemple, que je n’avais pas assez confiance en moi et que mes émotions me submergeaient. Je ne me donnais pas d’autre choix que d’accepter votre jugement et j’ai dis pourquoi ci-dessus.

Blessé par vos jugements, je n’ai rien en mémoire du contenu même de nos sessions si ce n’est vos jugements sans considération de leur accueil par ma personne. Une chance que j’ai tout gardé et je pourrai y revenir si le cœur m’en dit.

Vous m’avez demandé d’être rationnel sans jamais me dire comment si ce n’est que de dominer mes émotions. Je ne crois pas que le rationnel émerge automatiquement sous la répression ou le simple contrôle des émotions.

Mon bilan est fait et ma conclusion est claire : je n’adopterai pas votre pratique de la consultation philosophique.

Voici ce qu’écrit monsieur Brenifier dans son livre La consultation philosophique :

Initialement, la frustration s’exprime souvent comme une pure émotion, comme un reproche, comme un ressentiment, toutefois, en se verbalisant, elle permet de devenir un objet pour elle-même ; elle permet au sujet qui l’exprime de prendre conscience de lui-même comme un personnage extérieur. À partir de ce constat, il devient capable de réfléchir, d’analyser son être au travers de la mise à l’épreuve, de mieux comprendre son fonctionnement intellectuel, et il peut alors intervenir sur lui-même, tant sur son être que sur sa pensée. Certes le passage par certains moments à tonalité psychologique est difficilement évitable, sans toutefois s’appesantir, car il s’agit de passer rapidement à l’étape cognitive subséquente, au moyen de la perspective critique, en tentant de définir une problématique et des enjeux.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 28.

En m’offrant des jugements sur ma personne et mes propos, avec intransigeance et rigidité dans le propos, monsieur Brenifier ne fait pas l’effort «de passer rapidement à l’étape cognitive subséquente, au moyen de la perspective critique, en tentant de définir une problématique et des enjeux».

Il poursuit :

Notre hypothèse de travail consiste précisément à identifier certains éléments de la subjectivité, bribes que l’on pourrait nommer opinions, opinions intellectuelles et opinions émotionnelles, afin d’en prendre le contrepied et de faire l’expérience d’une pensée « autre ». Sans cela, comment apprendre à sortir volontairement et consciemment du conditionnement et de la prédétermination ? Comment émerger du pathologique et du pur ressenti ? D’ailleurs il peut arriver que le sujet n’ait pas en lui la capacité d’accomplir ce travail ou même la possibilité de l’envisager, par manque de distanciation, par manque d’autonomie, par insécurité ou à cause d’une forte angoisse quelconque, auquel cas nous ne pourrons peut-être pas travailler avec lui. Tout comme la pratique d’un sport exige des dispositions physiques minimales, la pratique philosophique, avec ses difficultés et ses exigences, nécessite des dispositions psychologiques minimales, en deçà desquelles nous ne pourrons pas travailler.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 28.

Je ne crois pas, dans mon cas, que monsieur Brenifier a mis à profit ses propres «dispositions psychologiques minimales».

Il écrit :

En guise de conclusion sur les difficultés de la consultation philosophique, disons que la principale épreuve réside en l’acceptation de l’idée de pathologie, prise au sens philosophique, voire d’établir un diagnostic cognitif et émotionnel, d’examiner le fonctionnement et les obstacles de la rationalité.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 32.

Je ne crois pas que monsieur Brenifier tirer du savoir nécessaire à la connaissance requise pour établir un diagnostic émotionnel. Il juge et tout jugement est subjectif. Il ne suffit pas de dire «Vous êtes trop émotif» ou «Vous êtes en colère» pour «examiner le fonctionnement et les obstacles de la rationalité». Examiner implique de «Considérer avec attention, avec réflexion», de «Regarder très attentivement». Un jugement confondu avec un diagnostic ne fait pas le travail. Si on veut que le client soit rationnel, il ne faut certainement pas piquer ses émotions. Il faut plutôt les mettre dans une perspective philosophique.

Le débat entre la raison et les émotions chez les philosophes fait rage depuis longtemps avec le mot d’ordre : «Les émotions nuisent à la raison ». Il faut nous libérer de nos émotions, à tout le moins, les dominer pour permettre à la raison de triompher. Autrement, il est impossible de philosopher. À mon avis, on peut pas philosopher sans avoir le plus grand des respects et une empathie exemplaire pour les émotions du client. Je crois davantage dans l’approche du philosophe consultant norvégien Morten Fastvold. Voici un extrait de ses «Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier» reproduite par Oscar Brenifier en annexe de son livre La consultation philosophique :

Pratiquer des jeux comme exercices intellectuels n’est pas au centre de l’intérêt des philosophes norvégiens qui désirent s’engager dans l’art nouveau et mal défini du « conseil philosophique ». Au lieu de cela, nous nous préoccupons surtout des demandes que nos clients expriment en fonction de leurs problèmes existentiels et émotionnels ; nous abordons ainsi une large gamme de sujets en commun avec les psychothérapeutes. Refusant seulement les personnes présentant des problèmes mentaux sérieux et évidents, nous admettons que nos clients puissent tout aussi bien consulter un psychothérapeute, mais que pour quelque mystérieuse raison, plus ou moins consciente, ils choisissent plutôt de consulter un philosophe. Nous sommes supposés, dans une très large mesure, procéder avec nos clients de la même façon qu’un psychothérapeute : une écoute attentive de ce que le client nous dit de sa vie et de ses problèmes, et cela dans une approche empathique et pleine de sympathie, avec le vif désir de le mettre à l’aise et le rassurer, de façon à créer une atmosphère de confiance. C’est le client, et non le philosophe, qui est supposé maitriser la thérapie, ce qui lui permet de changer de sujet ou de sujet de conversation comme bon lui semble, sans que l’on risque plus qu’un timide « Vous êtes conscient que vous venez de changer de sujet et de mettre fin à notre échange ? », suivi d’un « Allez-y ! ”» consentant, quand il ne change pas d’idée et veut poursuivre dans cette nouvelle direction. En permanence, surtout lors de la première consultation, il nous faut identifier « l’urgence » du client en l’écoutant avec soin et en posant avec doigté les questions qui peuvent révéler son problème réel. Ainsi, avec cette « urgence » plus ou moins clairement exprimée et le consentement du client, nous pourrons, avec de la chance, lui proposer quelques clés philosophiques ou quelques pensées opportunes qui lui exposeront son problème sous un nouvel éclairage, en le libérant de la manière étroite dont il percevait le problème, entrevoyant quelques solutions possibles. Le plus souvent, nous considérons ceci comme une expérience de bien-être pour les deux acteurs, même si quelquefois nous rencontrons une expression émotionnelle inattendue, à laquelle il nous faut faire face. Ces incidents, cependant, sont supposés se produire rarement, et certainement pas causés par une quelconque provocation du philosophe. Cette image du philosophe comme « M. Gentil » est peut-être un tant soit peu exagérée, mais je ne crois pas qu’elle s’éloigne beaucoup de la vérité.

(…)

Apparaît alors Oscar Brenifier sur la scène. Il propose des jeux, au lieu de la « philosophie » comme nous – ou en tout cas moi – pensions devoir l’utiliser. Déclarant que « Je ne suis pas intéressé aux raisons pour lesquelles le client vient me consulter », il rejette d’entrée un des piliers supposés de notre pratique : l’identification de la requête du client, et continue en demandant avec insistance que le client produise une idée qu’il considère importante, sans se soucier si elle est vraie ou fausse, raisonnable ou pas d’un point de vue philosophique. Si cette hypothèse n’est pas trop difficile à accepter, on est choqué, une fois de plus, quand Brenifier ne permet pas au client d’expliquer pourquoi il a choisi l’idée avancée et certainement pas de l’habiller d’explications personnelles. « Que diable ce Frenchman est-il en train de faire ? » se demande M. Gentil — il s’agit de moi. Comment se permet-il de violer l’autonomie de son client quand il ne souhaite guère d’explication du contexte, refusant tout éclaircissement complémentaire ? Jouer simplement d’une idée hors contexte, sans chercher si elle est vraie ou fausse, peut paraître ne pas du tout relever de la consultation philosophique. Pire même, cela semble violer les exigences de considérer et prendre le client comme une personne unique, ce que fait tout psychothérapeute au courant des dernières techniques. Comme les consultants philosophiques, je suppose. Car, qui rêverait seulement de ne pas respecter les concepts d’Empathie, d’Ethique, et d’Autonomie ? Sûrement pas les aspirants au métier de consultant philosophique de Norvège. Revenant aux sessions conduites par Brenifier, M. Gentil commence vraiment à se faire du souci quand il se permet d’interrompre son client à plusieurs reprises, forçant ce malheureux à entrer dans le jeu du philosophe, ce qui augmente sa frustration. J’ai même l’impression que Brenifier, en plein milieu de la pression de retenue et confusion qu’il crée, mène le client à l’aventure en déformant ses arguments et en argumentant lui-même, ce qui conclut la confusion engendrée par quelques conclusions bizarres – ou plutôt quelques conclusions préliminaires – qui ne rendent pas le client très heureux. On est loin de l’atmosphère de bien-être à laquelle je m’attendais, où l’on espérait voir le client partir souriant. Ici, il se sent manipulé et insuffisamment respecté. En fait, il part plus frustré qu’il n’était venu. Et il me faut demander : « Cette sorte de jeu intellectuel plutôt brutal l’a-t-il aidé en quoi que ce soit ? » À ce point, ma réponse est : « Probablement pas. »

Source : JEUX SÉRIEUX – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE – Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier – Par Morten Fastvold – Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Annexe 2, Éditions Alcofribas, 2020, p. 162.

Il faut se rendre jusqu’à la fin des réflexions de monsieur Morten Fastvold pour apprendre que ce dernier se dit «à présent sûrement prêt à adopter cette alternative-là» en référence à la méthode d’Oscar Brenifier. Autrement, je crois que monsieur Brenifier n’aurait pas ajouté le texte de Morten Fastvold en annexe à son livre.

Il n’en demeure pas moins que je préfère et de loin à la brutalité de la méthode Brenifier «une écoute attentive de ce que le client nous dit de sa vie et de ses problèmes, et cela dans une approche empathique et pleine de sympathie, avec le vif désir de le mettre à l’aise et le rassurer, de façon à créer une atmosphère de confiance » (Morten Fastvold).

C’est par les failles que la lumière entre, qu’elle éclaire autant le système de pensée que les pensées elles-mêmes de la personne. Et s’il faut que le philosophe consultant crée cette faille pour permettre au client de voir plus clair dans propre son système de pensée, il n’est pas obligé d’user de brutalité, pas même de confrontation et encore moins de juger. Une simple hypothèse suffit et conservera l’atmosphère de confiance.

On ne laisse pas entrer en son esprit et sa raison n’importe qui, n’importe quoi et n’importe comment. Se présenter à la porte avec la seule faculté de juger comme acte de la pensée ne relève pas de la philosophie, de l’amour de la sagesse. Défoncer la porte avec des jugements gros comme le bras éveillera tous les mécanismes de défense, conscients, inconscients et involontaires.

Le philosophe consultant ne peut pas prétendre s’adresser à une raison qu’il a forcé à se barricader face à ses attaques. Brandir les contradictions du client ou le forcer à se contredire pour lui montrer la faillibilité de sa logique ne servira qu’à l’aveugler.

Une lumière soudaine dans l’esprit d’un client dans le noir ne lui procurera que de la douleur d’un éblouissement qui peut s’avérer fatal. De plus, la contradiction n’est pas une lumière en soit, pas plus que les jugements à l’emporte pièce. Ce sont armes de guerre. Et c’est sans compter que le philosophe consultant n’est pas ou ne doit pas se prendre lui-même pour la lumière dont le client a besoin.

Il est de pratique courante que le client, comme nous tous d’ailleurs, cherche à colmater les failles qui laisse entrer en son esprit une lumière aveuglante par habitude de la noirceur. Le philosophe consultant violer l’esprit de son client avec des grenades voire des bombes pour créer les failles utiles à la prise de recul et à la prise de conscience. Un simple doute suffit à la tâche pour autant qu’il soit enseigné à en tirer le bénéfice. Nous sommes ici très loin du philosophe consultant qui afflige son client de tous les maux de sa raison et de ses émotions.

Le philosophe consultant ne se laissera berner par la lumière artificielle en l’esprit de son client, lumière qu’il génère en se donnant raison. Il y a des personnes pour qui le doute affecte l’équilibre durement acquis. Il faut donc tenir par la main le client en aversion face au doute, qui craint que le doute le plonge dans l’abime.

Le philosophe consultant, nous dit-on, se pose en égal de son client et non pas en autorité. Il s’agit, nous dit-on, d’un dialogue et non pas d’un monologue. Le temps de parole joue alors un rôle essentiel. La philosophe consultant ne peut pas se permettre de museler son client comme je l’ai vécu avec Oscar Brenifier. Il m’imposait de taire toutes justifications et, du même coup, il renvoyait mon passé à Freud. Il m’imposait de taire mes attentes, car cela se réfère au futur. Il me fallait être dans le moment présent, sans émotion et boire ses jugements de ciguë. Ce ne fut pas possible. J’ai ri nerveusement et à répétition. Mais il n’y avait rien de drôle. À un point tel que je n’étais plus moi-même, que je ne me reconnaissais pas. Stressé comme un enfant au premier jour d’école.

Le consultant philosophe se doit de décrypter l’état d’âme de son client. Se le tenir pour dit et en tout respect. Il ne s’agit pas faire entrer le client dans un moule mais de le rejoindre là où il est dans l’état qu’il est.

J’ai adoré le livre La consultation philosophique de monsieur Oscar Brenifier mais je n’ai pas aimé ses sessions vidéo avec moi. Ce n’est pas le fait d’un écart entre la théorie et la pratique. Monsieur Brenifier s’en tient avec rigueur à la pratique de sa théorie. Et ce n’est qu’ainsi qu’on se rend à l’évidence de sa rigidité et de son intransigeance face à la personne, notamment face à l’Être sensible.

Enfin, j’ai souligné à de nombreuses dans ce dossier ma peur de voir la philosophie être contaminée par la psychologie. Aujourd’hui, je dois reconnaître que la philo sans un peu de psycho ne peut pas répondre aux besoins du client en consultation.

J’avais entrepris la lecture d’un deuxième livre de monsieur Brenifier, L’art de la pratique philosophique, mais je préfère mettre fin à ce chapitre et aller au prochain titre de ma liste.


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Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ? par Léa MAUBON

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Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Nous reproduisons ci-dessous le mémoire d’étude de madame Léa Maubon intitulé Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ? Ce mémoire traite de certains des livres dont je fais rapport de lecture dans notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide». La travail de madame Léa Maubon nous éclaire sur «la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public».

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Les ouvrages philosophiques à destination du grand public : pour quelle philosophie ?

Master 2 Livre et Savoirs

Léa MAUBON

Sous la direction de Gérard Wormser

Professeur agrégé de philosophie – ENS-LSH

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École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib)

L’Enssib est membre associé de l’Université de Lyon

MAUBON Léa | Master LS | Mémoire d’étude | Janvier 2010 – 75 –

Droits d’auteur réservés.


Reproduit avec l’aimable auroisation de Léa MAUBON


Source : École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques.

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Description : Mémoire de recherche du master « Livre et Savoirs », spécialité Bibliothèques, portant sur le paysage éditorial de philosophie contemporain en tant qu’objet.

Collection : Mémoires Master « Livre et savoir » / « Edition scientifique et bibliothèque »

Thèmes : Science de l’information , Edition

Indexation sujet Rameau : Edition–France–20e siècle

Indexation sujet Rameau : Edition–Philosophie–France

Licence de diffusion : Tous droits réservés

Format : Fichier Adobe PDF

Étendue : 1.94 Mo

Étendue : 76 p.

Date de publication : janvier 2010

Langue : fr

Éditeur ou organisme : École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques [enssib]

Éditeur ou organisme : Ecole normale supérieure Lettres et Sciences Humaines

Couverture spatiale : France

Couverture temporelle : XXe siècle

Type de ressource : text

Diplôme : Master ESB « Édition scientifique et bibiothèque », spécialité Bibliothèque


Résumé

Français

Cette étude porte sur un phénomène du paysage éditorial français actuel: la production de plus en plus importante d’ouvrages de philosophie à destination du grand public. Il s’agit de réfléchir, à partir d’une description de cette tendance, sur ses enjeux éditoriaux mais également philosophiques. La démocratisation de la philosophie est un projet ancien, aujourd’hui soumis à l’expérience, qui interroge le devenir de la philosophie en France.

Anglais

This study deals with a tendency of the french contemporary editorial landscape : the increasing production of philosophical books intended for general public. From a description of this tendency, the aim is to consider its editorial stakes, but also philosophical stakes. The democratization of philosophy, that has been contemplated for a long time in the history of philosophy, since the Enlightenment, is today experienced, and questions the evolution of philosophy in France.

Descripteurs : Edition — Philosophie — France

Droits d’auteurs

Droits d’auteur réservés.

Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier vivement M. Wormser, qui a accepté de diriger mes recherches, et dont l’attention et les conseils avisés m’ont été d’une grande aide.

Je remercie par ailleurs M. Puech, Mme Vanin-Verna et M. Pierron, philosophes et auteurs d’ouvrages de philosophie destinés au grand public, qui ont bien voulu m’accorder du temps pour répondre à mes questions et m’apporter des précisions importantes dans le cadre de mon travail. Merci pour votre sympathie et votre disponibilité.

Table des matièeres

INTRODUCTION page 7?

I – CONTEXTUALISATION ET DESCRIPTION DU PHENOMENE EDITORIAL page 10?

1 POPULARISER, VULGARISER, RENDRE ACCESSIBLE : UN PROJET ANCIEN AUJOURD’HUI RENDU POSSIBLE page 10

a Une conception « populaire » de la philosophie opposée à une conception « ésotérique » page 10

b Les “nouveaux philosophes” ou la philosophie sortie de l’université page 12

c Le contexte actuel de démocratisation de la philosophie : engouement et phénomène de société page 13

d Que revendiquent les auteurs d’aujourd’hui ? Diffusion et accessibilité page 15

2 L’EXPERIMENTATION AUJOURD’HUI DU PROJET DE DEMOCRATISATION DANS L’EDITION page 18

a Les ouvrages et les auteurs à l’origine du phénomène éditorial page 18

b Une typologie des ouvrages pour le grand public page 20

c De l’ouvrage isolé à la collection : différents niveaux d’exigence, différentes approches page 23

3 PUBLIER DE LA PHILOSOPHIE POUR LE GRAND PUBLIC DANS LE CONTEXTE MEDIATIQUE ACTUEL : ENJEUX ET PROBLEMATIQUES DE LA TRANSMISSION PAR LE LIVRE page 26

a L’arrivée du marketing en philosophie et ses enjeux pour la création philosophique page 26

b Les relations problématiques entre le livre de philosophie et les médias page 28

II – TRANSMISSION ET COMMUNICABILITE DE LA PHILOSOPHIE : COMMENT S’ADRESSER AUX NON-SPECIALISTES ? page 31?

1 LA QUESTION DES PUBLICS ET DE LA DEMANDE DE PHILOSOPHIE page 31

a Les publics : à qui s’adresse-t-on et qui lit ? page 31

b La notion de “grand public” à relativiser page 33

c La demande philosophique aujourd’hui : entre besoins réels, consommation culturelle et fantasmes page 35

d Susciter la demande autour du livre page 37

2 COMMENT INCITER, COMMENT RENDRE LA PHILOSOPHIE ATTRAYANTE : STRATEGIES EDITORIALES ET AUCTORALES page 39

a L’objet-livre page 39

b Le titre et les promesses de la quatrième de couverture page 41

c Le pacte de lecture dans les ouvrages d’initiation page 42

d Faire de la philosophie avec tous les matériaux possibles, inventer des voies d’accès différentes pour « entrer en philosophie » page 44

3. LA PROBLEMATIQUE DE L’ECRITURE : COMMUNICABILITE ET TRANSMISSION page 45

a Vulgariser, rendre accessible la philosophie : un exercice problématique page 46

b Le passage d’une écriture universitaire à une écriture pédagogique page 47

c Style léger, humour et désacralisation : vers une philosophie « décomplexée » ? page 49

III – LE DEVENIR DE LA PHILOSOPHIE AU TRAVERS DE CE PHENOMENE EDITORIAL page 51?

1 UNE CONCEPTION PRATIQUE VOIRE UTILITARISTE DE LA PHILOSOPHIE page 51

a Une volonté de revenir aux fondements de la philosophie et à l’attitude de la sagesse page 51

b Le retour d’une philosophie morale et surtout pratique page 53

c Une pensée centrée sur l’individu et la quête du bien-être : conception utilitariste de la philosophie page 55

2 UN PHENOMENE QUI MET EN JEU LA SANTE DE LA PHILOSOPHIE page 56

a La popularisation de la philosophie dans notre société : une exigence démocratique ?page 56

b Le fossé s’accroît-il entre philosophie universitaire et philosophie grand public ? Méfiance et rejet réciproques page 58

c Vedettariat et présence médiatique comme indice de santé de la philosophie ? 60

3 QUE DONNE-T-ON A PENSER ? page 62

a Quelle valeur accorder à l’initiation ? page 62

b Philosophie et divertissement page 64

c Entre prêt-à-penser et initiatives intéressantes de certains auteurs : le problème du discernement page 65

CONCLUSION page 67?

BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE page 69?

Introduction

Depuis un certain temps déjà, la philosophie semble avoir quitté le strict milieu universitaire et étudiant pour atteindre un public plus large mais aussi pour infiltrer des domaines qui lui étaient auparavant étrangers. Elle s’est étendue à des activités situées en dehors de ses cadres institués. L’entreprise par exemple, se réclame aujourd’hui d’une « philosophie » pour justifier ses politiques, et embauche même des consultants en philosophie pour « humaniser » le management. Le journalisme et les médias en sont eux-mêmes imprégnés. On trouve la philosophie dans les cafés, où des débats autour de thèmes divers sont organisés pour un public dont les origines sociales ou le bagage culturel peuvent être très variés. Aussi parle-t-on d’une démocratisation ou d’une popularisation de la philosophie, ces termes étant eux-mêmes déjà philosophiquement problématiques. La philosophie semble de plus en plus présente à tous les niveaux du débat public et se manifeste sous forme de nouvelles pratiques.

Un véritable engouement pour un certain type de philosophie est apparu, ces dernières années, ainsi qu’en témoignent les succès de librairie de certains ouvrages, la forte présence médiatique de la discipline, et l’existence de véritables philosophes-vedettes. Plus généralement, le domaine éditorial des sciences humaines s’adresse à un public élargi, lui-même de plus en plus demandeur de débats et d’outils de pensée pour comprendre le monde actuel. Dans ce contexte, pourtant marqué par une certaine fragilité de l’édition en sciences humaines, les ouvrages de philosophie à destination du grand public se multiplient. Ils occupent une place importante dans les ventes et le chiffre d’affaire des maisons d’édition pour le secteur. On peut citer comme symbole de cet engouement le Monde de Sophie, de Jostein Gaarder, paru en Norvège en 1991, traduit en 54 langues (en français en 1995), et vendu à des millions d’exemplaires dans le monde. Le succès de ce livre semble avoir relancé un mouvement dont l’origine est sans aucun doute à situer à la fin des années 1970 avec l’apparition des « nouveaux philosophes ». La tendance actuelle est certainement très différente de ce qu’était la démocratisation de la philosophie il y a trente ans. Cependant, en évoquant les « nouveaux philosophes », nous mettons d’emblée le doigt sur une problématique fondamentale et permanente du phénomène, à savoir la présence de la philosophie dans les médias, et partant, de la compatibilité des contraintes médiatiques avec l’exigence philosophique.

Il s’agira donc, à travers un état des lieux du paysage éditorial français, de s’intéresser à une expérience originale dans l’histoire de la philosophie : la popularisation de la discipline par des ouvrages ouvertement destinés au « grand public » – encore faudra-t-il s’interroger sur la composition de ce lectorat – et la construction d’une réputation qui puisse s’inscrire en faux contre les traditionnelles accusations d’élitisme et d’hermétisme faites à la philosophie. On pourra, bien sûr, considérer le phénomène comme un simple effet de mode, et rester dans une conception pessimiste de la démarche vulgarisatrice. Mais ce serait manquer des enjeux qui interrogent les fondements même de la philosophie, notamment sa fonction au sein d’une société, son aptitude à la clarté pour participer au débat public, pour ne pas dire son utilité. Que peut-on attendre de la philosophie aujourd’hui, en particulier dans une société démocratique ? De plus, la question de l’accessibilité de la philosophie à un public autre que celui des « spécialistes » se pose depuis longtemps dans l’histoire de la philosophie, oscillant entre les deux conceptions extrêmes d’une philosophie « populaire » et d’une philosophie « ésotérique ». À l’heure de la démocratisation de tous les savoirs et de l’accessibilité quasi-totale de la culture, les ouvrages à destination d’un public non-spécialiste se présentent comme une forme possible de concrétisation d’un projet, certes flou, de popularisation de la discipline. Le contexte politique, social, et culturel permet aujourd’hui que soit expérimentée dans les faits une question qui tourmente la philosophie : est -ce un avilissement, une compromission pour elle que de s’adresser aux non-spécialistes et aux masses ; ou bien est-ce au contraire une exigence démocratique, une démarche que l’on est en droit d’attendre de la philosophie à l’égard d’un public en quête de sens et de réponses sur notre monde ?

Il faudra ainsi s’interroger sur de multiples aspects de ce phénomène éditorial. Comment la philosophie a-t-elle su se rendre attrayante (se rendre « populaire ») aux yeux d’un public qui pouvait se montrer méfiant pour la discipline, dans une société capitaliste voire utilitariste qui a tendance à affirmer – pour reprendre une expression très souvent entendue – que « la philo, ça ne sert à rien » ? Justement, on montrera que la philosophie promet aujourd’hui de se rendre utile, en épousant les préoccupations concrètes des lecteurs, allant même jusqu’à se présenter comme une thérapie. Que nous proposent donc les auteurs d’ouvrages à destination du grand public, que nous promettent-ils et par quelles stratégies nous incitent- ils à les lire ? On s’interrogera en outre sur la problématique de l’écriture comme vecteur de transmission d’une philosophie accessible et claire, propice à initier, à faire « entrer en philosophie ». Il est nécessaire de s’intéresser aux méthodes aussi bien qu’aux contenus.

Il semble que ce phénomène éditorial doive également être observé comme une réponse à une certaine demande de la part du public. Ce qui vient en premier à l’esprit est cette notion de « quête de sens », souvent employée pour désigner la situation de l’homme contemporain cherchant à reconstruire ses repères et ses valeurs, aux prises avec une société matérialiste qui nivelle tout et qui ne produit plus de représentations du monde. Mais il serait bon de compléter cette explication, notamment par le fait que la philosophie peut être l’objet de fantasmes sur ce qu’elle peut apporter à l’homme d’aujourd’hui, et pour reprendre une formule de Jacques Bouveresse, sur « ce que l’on est en droit d’attendre d’elle ».

Par ailleurs, comme il en a été question plus haut, le livre est l’objet d’un marché, et il est soumis aux contraintes de la visibilité médiatique. C’est d’autant plus le cas pour les ouvrages qui nous concernent qu’ils s’adressent au grand public. Ce contexte peut donc poser des difficultés quant à la portée réelle de ces ouvrages, si les contenus qui y sont véhiculés sont conditionnés ou dictés par les lois du marché et des médias.

Tous ces enjeux conduisent ainsi à des interrogations plus larges et peut-être plus problématiques encore sur ce que devient la philosophie au travers de ce phénomène. Quelle forme, quelle tournure prend aujourd’hui la philosophie dans les livres de philosophie destinés au grand public ? Peut-on circonscrire un type de pensée ou des thèmes qui domineraient dans ces ouvrages ? Que nous donne-t- on véritablement à penser ? Tenter d’apporter des réponses à ces questions supposera d’avoir auparavant dressé un tableau et une typologie des ouvrages concernés.

La question de savoir ce que l’on transmet vraiment, et comment on le transmet, est ici essentielle : on pourrait se risquer à demander si l’apparition du marketing dans le livre de philosophie n’aurait pas fait évoluer cette dernière en une forme parmi d’autres de « communication », et y voir l’absorption progressive de la philosophie dans une forme d’anti-philosophie. Cependant, l’on peut parallèlement étudier ce phénomène éditorial comme une manifestation des nouvelles pratiques philosophiques nées ces dernières décennies, et ainsi tenter de montrer en quoi la philosophie, au lieu de mourir de sa démocratisation, poursuit son devenir dans des formes inattendues.

I – Contextualisation et description du phénomène éditorial.

Il convient de replacer le phénomène éditorial que nous pouvons observer actuellement dans son contexte et dans les conditions historiques qui lui ont donné naissance. Nous ne pouvons l’aborder sans nous intéresser au préalable à ce qui, dans l’histoire de la pensée, permet de rendre compte d’un projet ou d’une demande déjà anciens. En effet, il ne faudrait pas restreindre le champ d’analyse en imaginant que cette demande de popularisation et de prise de distance par rapport à la philosophie universitaire serait née ces dernières décennies, parallèlement à l’apparition de l’accessibilité pour tous de tous les savoirs et de la culture.

1. POPULARISER, VULGARISER, RENDREACCESSIBLE : UN PROJET ANCIEN AUJOURD’HUI RENDU POSSIBLE.

a. Une conception « populaire » de la philosophie opposée à une conception « ésotérique ».

Il s’agit ici de replacer le projet dans son historicité, afin de comprendre ses enjeux. Le divorce entre d’une part la philosophie que l’on peut qualifier de « savante », celle qui est instituée, et d’autre part une philosophie « vivante », plus populaire voire spontanée, ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’Antiquité, la demande est faite à la philosophie de ne pas s’abstraire des préoccupations concrètes et des grandes questions qui se posent à tous les hommes, tout en conservant un langage accessible. On a de tout temps reproché aux philosophes « professionnels » le jargon, la technicité de leur discours, et le caractère abscons de leurs analyses, en y opposant l’idéal de la clarté, de l’idée claire, du « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Le problème du discours, du langage employé par les philosophes, est donc un enjeu majeur pour notre problématique. Il faut remarquer que la philosophie est la seule discipline qui puisse être traitée aussi bien à l’aide d’un discours très technique qu’avec un langage des plus accessibles. Ce n’est pratiquement pas le cas pour les disciplines scientifiques et celles des sciences humaines, auxquelles on ne reproche jamais leur caractère technique et difficile d’accès. Comme nous l’explique Yvon Belaval dans Les philosophes et leur langage1, c’est sans doute parce que l’on considère généralement que l’objet de la philosophie n’est justement pas un objet technique et spécial, mais qu’elle traite d’une réalité commune à tous, de questions qui concernent tout le monde. Le grand public est déstabilisé par le discours difficile des philosophes : il lui semble que la philosophie aurait, en quelques sortes, des comptes à lui rendre étant donné qu’elle traite d’objets omniprésents dans la vie ordinaire : le langage, la mort par exemple. Le problème de la communicabilité de la vérité, par le biais de l’écriture, est donc un problème central.

Ce sont aussi deux conceptions de la philosophie elle-même qui s’opposent : d’un côté, une conception qui se voudrait populaire, avec un idéal de compréhension par le plus grand nombre, et à l’extrême inverse une conception ésotérique telle que revendiquée par exemple par Hegel affirmant : « Il est de fait que la philosophie doit reconnaître la possibilité pour le peuple de se hausser jusqu’à elle, mais elle ne doit pas s’abaisser au niveau du peuple. Mais en notre temps de liberté et d’égalité où s’est formé un si vaste public qui n’entend être exclu de rien, qui prétend qu’il est bon pour tout, et que tout lui est bon, les choses les plus belles et les meilleures n’ont pu échapper au destin de voir la foule, qui est incapable de se hausser à ce qu’elle voit planer au dessus d’elle, tenter d’y parvenir en le manipulant assez pour le rendre vulgaire (…) ; et la vulgarisation s’est rapidement élevée au rang d’une tâche reconnue et méritoire. »2. Le caractère ésotérique de la philosophie serait la garantie de sa qualité. Il s’agit donc d’un véritable problème philosophique, un questionnement à la fois sur la communicabilité du vrai mais aussi sur le rapport de la philosophie à un public, à tous ceux qui ne sont pas des spécialistes mais des profanes souhaitant s’intéresser aux questions philosophiques.

Le problème de l’accessibilité de la philosophie aux non-spécialistes se pose de manière explicite à l’époque des Lumières avec l’apparition de la notion de philosophie populaire », qui a pour finalité de nouer le lien le plus étroit possible entre évidence et philosophie. Dans la préface de l’ouvrage collectif Popularité de la philosophie3, Philippe Beck écrit que la philosophie populaire est effectivement une forme de réponse possible à la demande ancienne de clarté. Le mot d’ordre de Diderot « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! », tiré du paragraphe XL des Pensées sur l’interprétation de la nature4, renvoie à toute une conception du savoir qui s’est développée pendant cette période. Notons que dans l’expression de Diderot, la notion de philosophie désigne à la fois la discipline philosophique au sens strict, mais aussi plus largement le savoir en général. L’objectif de Diderot, ainsi que nous l’explique Véronique Le Ru dans Popularité de la philosophie5, était de dénoncer « l’affectation des grands maîtres qui se plaisent à tirer un voile entre le peuple et la nature », et de démontrer que c’est en la rendant accessible que les philosophes font avancer leur pensée. Il y a là une volonté de répandre la bonne nouvelle de la liberté, mais aussi de rendre possible cette liberté par la progression de la raison et de l’esprit critique. Toujours selon Diderot, il y aurait deux objectifs à atteindre pour populariser la philosophie. D’une part, réformer le langage, en imposant un modèle d’expression simple et rationnel, en évitant les tics de langage, le jargon, en adoptant un art de la définition. D’autre part, il s’agirait de montrer au « vulgaire » l’utilité de la philosophie, la proximité de celle-ci avec ses préoccupations quotidiennes, afin de ne jamais se trouver dans la situation de devoir dire que la philosophie ne sert à rien. Ainsi, la question de savoir ce que la philosophie apporte réellement à l’homme, et à tous les hommes, devient inévitable. La pensée doit se rapporter directement à l’action et aux

questions qui touchent la société. Cependant, il faut nuancer cet idéal de popularisation chez les Lumières. Pas de pensée égalitariste, ni même l’idée de « rendre la philosophie au peuple ». Rendre la philosophie « populaire » signifierait plutôt ici, rendre la philosophie attrayante, désirable, bien plus que la vulgariser et l’abaisser au niveau du peuple.

Il semble donc qu’une bonne part de l’origine du phénomène éditorial actuel soit à chercher dans ce projet formulé par les Lumières. Si les conditions politiques, culturelles, sociales, sont aujourd’hui extrêmement différentes, il n’en reste pas moins que depuis Diderot s’est fortement développée l’idée d’une popularisation de la philosophie, expérimentée aujourd’hui sous des formes très concrètes.

b. Les “nouveaux philosophes” ou la philosophie sortie de l’université.

En France, depuis une vingtaine d’années environ, des pratiques philosophiques sont apparues en dehors des universités, s’installant dans de multiples strates de la société. On constate un engouement important des français pour cette discipline qui semblait jadis l’apanage d’une élite intellectuelle mais qui, depuis que les « nouveaux philosophes » ont fait entrer la philosophie sur la scène médiatique dans les années 1980, s’est vue comme démocratisée et exposée au grand public.

Le début d’une forme de popularisation de la philosophie concorde avec l’apparition de la télévision dans les années 1950 où déjà, des philosophes comme Bachelard, Foucault ou Sartre étaient reçus dans des émissions telles que Lecture pour tous. Des débats y sont régulièrement diffusés. Les philosophes apparaissent aux yeux du grand public et deviennent, en quelques sortes, des figures plus accessibles, d’autant plus que les débats philosophiques à la télévision sont souvent moins « pointus » que les livres de leurs auteurs. Le rythme de cette médiatisation s’accélère dans les années 1980, époque de l’apparition des « nouveaux philosophes », en particulier grâce à l’émission Apostrophes, bénéficiant d’une très grande audience. Les représentants de cette « nouvelle philosophie » (autoproclamée) parviennent à construire un dispositif médiatique très différent de ce qu’on avait connu jusqu’alors, consistant en une forte présence médiatique (plateaux de télévision, presse, radio) et une influence importante dans les maisons d’édition (direction de collection, construction d’un réseau etc.) Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Maurice Clavel et beaucoup d’autres, portent la philosophie sur la scène médiatique (avec toutes les critiques et les problématiques que cela a pu engendrer), aux yeux d’un grand public pour qui désormais cette discipline paraît moins ésotérique, moins enfermée dans l’Université, mais restant toujours lointaine, faisant encore partie d’une culture légitime peu accessible pour qui n’aurait pas eu la formation exigée. En effet on ne peut pas encore parler d’un véritable phénomène de vulgarisation ou même de popularisation : des auteurs comme Bernard-Henri Lévy sont loin de revendiquer l’idée d’une philosophie accessible à tous, comme il l’explique dans un Hors Série du Magazine Littéraire en 1996, à propos des cafés-philo : « La philosophie ne sera jamais à la portée de tous : elle suppose un infracassable noyau dont seule la démagogie ambiante peut faire l’économie. »6 Ainsi, même si l’on ne peut pas comparer le phénomène des « nouveaux philosophes » à celui que l’on observe aujourd’hui, on peut y voir l’origine de la forte médiatisation de la philosophie, qui a contribué à rapprocher la discipline du plus grand public, jusqu’à engendrer en lui ce « besoin » ou cette demande de philosophie dont on parle aujourd’hui.

c. Le contexte actuel de démocratisation de la philosophie : engouement et phénomène de société.

En 1992 naissait au Café des Phares, place de la Bataille à Paris, le premier « café-philo », organisé par Marc Sautet, docteur en philosophie ayant ouvert également un cabinet de consultations philosophiques. Réunissant entre 10 et 100 personnes, ces rencontres consistent en un exposé fait par le philosophe, puis en un débat auquel tout le monde peut participer, dans une ambiance relativement conviviale. Pas de pré-requis pour participer : ni formation philosophique, ni lectures particulières. L’accent est mis sur la pratique du dialogue, de l’échange. Comme le montre l’ouvrage de Jacques Diament, Les Cafés de philosophie7 , ce phénomène a suscité à la fois l’enthousiasme, la condescendance, et les critiques les plus cinglantes. La question se posait surtout quant à la nature véritablement philosophique de ces débats. Pour certains, en particulier quelques journalistes virulents, on transformait la pratique philosophique en une forme de consommation parmi d’autres (d’autant plus qu’elle s’exerçait dans des cafés), un étalage anarchique d’opinions sans même l’ébauche d’une pensée ; bref l’expression « philosophie de comptoir » tendait à reprendre tout son sens. D’autres, au contraire, ont vu dans le café-philo une forme de socialisation des individus autour d’une activité intellectuelle valorisante, qui ressuscitait d’une certaine manière le dialogue socratique : il ne fallait donc pas surestimer la prétention philosophique de ces débats, ceux-ci étant à analyser comme une forme de pratique intellectuelle sociabilisante, plutôt que comme un véritable apprentissage de la philosophie. Surtout, ce phénomène était interprété comme le symptôme d’une société en crise, submergée par le flot d’informations et angoissée par la perte des repères et des valeurs. Marc Sautet – pourtant souvent taxé de sophiste par les journalistes – se revendiquait d’ailleurs de la figure de Socrate, qu’il fallait selon lui imiter dans une démocratie menacée par le capitalisme et l’individualisme. Le concept des cafés -philo s’est depuis largement répandu en France et s’est exporté (Japon, Etats-Unis). La philosophie devient donc l’objet d’une véritable demande, voire d’un besoin, qui se manifestent dans les années 1990 dans l’apparition de pratiques de diverses formes, et auxquels tente de répondre le phénomène éditorial que nous constatons aujourd’hui.

De manière concomitante on observe le renouveau des universités populaires. Si le concept n’est pas d’aujourd’hui – des universités populaires sont apparues au moment de l’affaire Dreyfus dans le but de combattre l’antisémitisme par la propagation d’idées humanistes – il y a eu en revanche un engouement nouveau et beaucoup plus massif depuis une dizaine d’années. La plus célèbre est celle créée par Michel Onfray à Caen en 2002, qui a initié un développement massif de ces universités partout en France. L’objectif est de démocratiser gratuitement le savoir, en particulier envers ceux dont la situation ne permet pas ou plus l’accès aux études supérieures (femmes au foyer, retraités, etc.). Dans ces universités, la philosophie tient en général une assez large place. Sur le site Internet de l’Université Populaire de Caen, le principe de fonctionnement est défini en ces termes : « L’Université Populaire retient de l’Université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle qui permet d’envisager une progression personnelle, la nécessité d’un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l’ouverture à tous les publics, l’usage critique des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu. »8. Il y a le souhait d’une pratique philosophique moderne répondant à la demande populaire de philosophie mais désireuse de conserver l’exigence et la rigueur propres à la discipline. C’est en effet l’enjeu des nouvelles pratiques philosophiques : éviter la dégradation de la philosophie et de ses exigences spécifiques, tout en instaurant des formes originales d’exposition et de construction de la pensée, et en intégrant à ce processus les non-spécialistes.

La philosophie s’est évidemment invitée sur Internet, comme en témoignent les nombreux blogs et forums de discussion consacrés de près ou de loin à la discipline. Mais là encore se pose la question du contenu véritablement philosophique de ces sites. On observe souvent une confusion entre philosophie, spiritualité, religion, développement personnel, etc. Les frontières traditionnelles de la philosophie deviennent très floues sur la toile. Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres disciplines et objets de pensée sur Internet, les non- spécialistes ont tendance à s’emparer d’un objet pour se l’approprier individuellement et le transformer en des hybrides difficiles à identifier. Les concepts philosophiques échappent à leur cadre académique formel, devenant des objets dont tous peuvent se saisir et user à leur guise.

Pour citer d’autres exemples de ces nouvelles pratiques philosophiques constituant le contexte général du phénomène éditorial qui nous intéresse, nous pouvons citer le développement des cabinets de consultation philosophique. En se présentant comme une alternative à la psychothérapie, leur visée est d’utiliser les méthodes du dialogue philosophique (maïeutique et dialectique) afin de faire émerger dans le discours « patient » des contradictions, des confusions, et finalement de créer un nouveau sens à sa demande. Les consultations philosophiques existent dans certains pays d’Europe (Hollande, Allemagne) mais aussi aux Etats-Unis par exemple. En France, leur représentant principal est Oscar Brenifier, qui participe par ailleurs à de nombreuses études sur la pédagogie en philosophie (il travaille notamment sur la pratique de la philosophie avec les enfants.) De plus, il a collaboré au rapport de l’Unesco sur la pratique de la philosophie dans le monde9.

Un dernier exemple de la pénétration de la philosophie dans toutes les strates de notre société : la pratique de la philosophie en entreprise, en particulier dans les méthodes de management. Plusieurs ouvrages sur la question sont parus : Manager avec la philo, d’Eugénie Vegleris10 ou encore Le Philosophe et le manager de Rodolphe de Borchgrave11. Le but est d’introduire dans le management les méthodes de réflexion philosophique afin d’aider le manager à mieux comprendre l’entreprise, à développer sa créativité, etc. L’enjeu affiché étant, bien sûr, d’ « humaniser » des pratiques managériales qui montrent de plus en plus leurs limites.

On peut donc observer aujourd’hui l’extension de pratiques dites « philosophiques » hors des cadres établis de la discipline. La philosophie s’est installée au cœur de la culture populaire. Comme l’affirme Rosi Braidotti dans La philosophie…là où on ne l’attend pas12, « la philosophie perce, s’insinue, contamine tous ceux avec qui elle entre en contact ». La philosophie se répand en effet par tous les moyens possibles : médias, gestion d’entreprise, droits de l’homme. La discipline est aujourd’hui en train d’expérimenter, bon gré mal gré, l’exploration de formes de pensée inédites. Quant à la question de la qualité philosophique de ces pratiques, qui plus est sur la scène médiatique, elle reste en suspens. Il convient donc de les interroger, de les analyser, en évitant toute forme de jugement hâtif ou de condescendance, car elles sont de toute manière à interpréter comme un symptôme, comme une caractéristique propre de la société actuelle.

d. Que revendiquent les auteurs d’aujourd’hui ? Diffusion et accessibilité.

Dans ce contexte dont nous avons tenté de peindre les grandes lignes, les auteurs des ouvrages de philosophie pour le grand public inscrivent tous leur démarche dans une conception spécifique de la philosophie, et l’on pourrait dire qu’ils revendiquent l’existence non seulement de droits pour le public à pouvoir accéder à la philosophie, mais également de devoirs que la discipline serait tenue de respecter.

Il faut tout d’abord noter que cette tentative de démocratisation de la pratique philosophique s’inscrit dans le contexte de démocratisation de la culture, instituée d’ailleurs par les politiques culturelles mises en œuvre depuis 1959 avec Malraux et son Ministère des Affaires culturelles. On peut donc considérer que, comme toute autre domaine de la culture, la philosophie doit légitimement être rendue accessible au plus grand nombre. Ce phénomène s’inscrit également, de manière plus récente, dans une volonté internationale d’étendre les pratiques philosophiques à un public beaucoup plus large, en particulier avec les actions engagées par l’Unesco.

Ainsi, l’on peut se référer au rapport de l’Unesco publié en 200713 sur la diffusion de la philosophie dans le monde, par l’enseignement mais aussi par toutes les autres formes de pratiques qu’elle s’invente. Selon ce rapport, qui présente la philosophie comme une « école de la liberté », diffuser cette discipline et rendre accessible ses méthodes, ses modes de réflexion au plus grand nombre serait une nécessité non seulement individuelle (réponse à des besoins existentiels, spirituels, intellectuels…) mais surtout collective, et par là, démocratique. Il s’agit de « développer l’esprit critique, rempart par excellence contre toute forme de passion doctrinaire ». La philosophie rendrait possible « une lecture intelligible du monde, afin de mieux faire face aux défis qui se posent à lui ». Le rapport prend acte de l’engouement pour la philosophie qui s’est manifesté ces dernières années, ainsi que des pratiques nouvelles qui en sont nées, et il interroge notamment les enjeux de la découverte de la philosophie autrement que par le biais de l’Université ou de l’enseignement traditionnel. C’est donc une conception large de la philosophie qui semble s’imposer au sein de cette institution, une conception qui ne restreint pas la discipline au champ universitaire, mais qui, au contraire, voit dans les pratiques nouvelles une opportunité à saisir si l’on souhaite que la raison critique et l’apprentissage du philosopher soient possibles pour chaque individu dans un contexte démocratique.

Il semble que les auteurs des ouvrages qui nous intéressent s’inscrivent, chacun à leur niveau et à leur manière, dans cette démarche de promotion de la philosophie jusque chez les non-spécialistes, afin de les aider à s’engager dans le dialogue et la réflexion critique. Le point commun à ces démarches est sans nul doute la volonté de donner de la philosophie une image nouvelle, et surtout une image accessible, non pas transcendante comme elle pouvait l’être dans l’Université, mais plus immanente : bref montrer que la philosophie nous « concerne » tous, qu’elle peut se mettre à notre portée pour nous aider à réfléchir sur le monde qui nous entoure. Ainsi Fabrice Gerschel, directeur de Philosophie Magazine créé en mars 2006, a-t-il déclaré lors d’un entretien au magazine Médias : « Nous avons essayé de dire à un grand public cultivé : c’est pour vous, c’est accessible ».14 La visée du magazine était de montrer l’actualité aujourd’hui de la philosophie, justement en traitant l’actualité et les enjeux contemporains avec une « boîte à outils » philosophique. Il s’agissait également de présenter de manière pédagogique les notions essentielles de la philosophie ou de grands auteurs. Philosophie Magazine est aujourd’hui le seul en France à être destiné à un large public.

De même, Vincent Cespedes, directeur de la collection “Philosopher“ chez Larousse, explique dans une vidéo sur le site internet dédié à la collection15 que son but est de montrer que la pensée n’est pas réservée à une élite » : « il faut revenir à l’idée que la philosophie c’est la création, la création en commun, la création d’intelligence ». Toujours selon lui, l’accès à la philosophie pour tous est absolument nécessaire, car celle-ci est « vitale » : « on passe à côté de la vie si on passe à côté de la philosophie », agir sans savoir ce qu’on fait, c’est ne pas vivre à propos ». La philosophie serait, de plus, intimement liée à la démocratie où elle tient un rôle éminent: « (…) on est tous potentiellement philosophes, sinon la démocratie n’existe plus ». L’opposition au système universitaire et à son caractère élitiste est très nette : « Depuis les années soixante, on a une philosophie universitaire qui se sclérose, qui se coupe de la vie ». Vincent Cespedes a lui-même, comme il dit, « joué le jeu des colloques, fait des études très pointues », mais il est revenu de ce système, au nom de la sauvegarde la dimension créatrice de la philosophie, et surtout de la nécessité de l’ouvrir à tous.

Dans l’avant-propos de ses Présentations de la philosophie16, A. Comte-Sponville souligne lui aussi l’importance fondamentale de la philosophie pour chaque individu. La philosophie serait une dimension constitutive de l’existence : mieux la penser, ce serait donc mieux vivre. La critique de certains travers de l’Université est toujours présente mais un peu plus modérée: il a pour souci d’écrire « pour l’humanité », et pas uniquement « pour ses pairs », ainsi qu’il le revendique dans le chapitre qui lui est dédié au sein de l’ouvrage Comment je suis devenu philosophe ?17. A l’occasion d’un entretien avec S. Charles publié dans La Philosophie française en questions18, il avoue aimer écrire à la fois pour un public universitaire et pour le grand public, car les deux types d’écriture s’enrichissent mutuellement. Les deux sont compatibles dans une vie de philosophe. Cependant, selon lui, l’Université finirait parfois par s’enfermer dans des problèmes dont les enjeux philosophiques seraient très réduits. Il ne se présente pas comme un « vulgarisateur », mais comme quelqu’un qui cherche à produire une véritable œuvre philosophique et qui s’adresse à un grand public cultivé, en construisant ce qu’il appelle « une sagesse pour aujourd’hui ».

Dans le dernier chapitre de Penser sa vie19, intitulé “La vie sans pourquoi”, Fernando Savater déplore lui aussi les maux de l’enseignement de la philosophie aujourd’hui : « la sacralisation de notre jargon de spécialistes et le refus de discuter avec quelqu’un qui ne le maîtrise pas ». De plus, les philosophes aujourd’hui ne peuvent plus « se fermer dédaigneusement aux questions que pose le profane intelligent. (…) Les philosophes doivent tenter de répondre aux questions et aux inquiétudes des humains, et non s’enfermer pour des discussions pointilleuses de terminologie avec leurs seuls pairs »20.

Les partisans de la pratique philosophique dès l’enfance ont quant à eux une position très argumentée, théorisée dans de nombreux ouvrages sur la question : La philosophie pour enfants : Le modèle de Matthew Lipman en discussion21, dirigé par Claudine Leleux, ou encore La pratique de la philosophie avec les enfants22, de Michel Sasseville.

Matthew Lipman, philosophe et pédagogue américain, fut le premier théoricien de cette pratique. Lui et les chercheurs qui poursuivent ses travaux considèrent la pratique de la philosophie comme un enjeu tout d’abord pédagogique : dans un monde où les connaissances circulent avec rapidité et où elles sont pourtant vouées à l’obsolescence, on ne peut plus se contenter de donner priorité à la transmission du savoir. Il s’agit plutôt de former le raisonnement, le jugement, de développer le sens de l’investigation et de la critique. L’enjeu est également politique : la pratique philosophique serait fondamentale dans l’apprentissage du dialogue, des échanges entre les hommes, et serait donc une nécessité démocratique. Les livres de philosophie pour enfants constitueraient donc des supports précieux pour cet apprentissage.

Comme on peut le constater, la plupart des auteurs d’ouvrages d’initiation à la philosophie revendiquent clairement leur opposition à l’université et à l’académisme. Ils défendent les nouvelles pratiques philosophiques pour leur vivacité par rapport à un certain immobilisme de l’université. Il s’agira, plus tard dans notre réflexion, de réfléchir sur ce fossé et cette incompréhension mutuelle qui semblent séparer le monde de l’université de ces nouvelles pratiques philosophiques. En tout cas, le droit à la philosophie pour tous est explicitement revendiqué par les auteurs. Ce serait même un devoir pour la philosophie et le philosophe que de s’ouvrir à tous ceux qui le désirent. Il est souvent fait référence à une époque – l’Antiquité – où la philosophie se pratiquait partout, avec l’exemple de Socrate. C’est bien à ce type de philosophie qu’il est fait référence : une pratique plus spontanée, qui reviendrait aux sources de la discipline elle-même. En revanche, il est assez peu question de « vulgarisation ». Nos auteurs s’en défendent, ce terme étant semble-t-il lui-même devenu vulgaire (pourtant leur manière de rendre accessible la pensée des grands auteurs s’apparente bien à de la vulgarisation). Ils prétendent plutôt réactualiser les pensées des auteurs traditionnels afin de les adapter au monde d’aujourd’hui et d’en montrer la portée pratique. Il s’agit donc de désacraliser la philosophie, et tenter de revenir à des “fondamentaux”. L’idée est que chaque individu, y compris et surtout l’enfant, possèderait naturellement les capacités d’étonnement et de questionnement qui sont à l’origine de la philosophie. Chacun serait alors capable, sans conditions particulières de culture ou d’érudition, de construire lui-même son propre rapport à la philosophie.

2. L’EXPERIMENTATION AUJOURD’HUI DU PROJET DE DEMOCRATISATION DANS L’EDITION.

Il convient de réfléchir à présent sur les formes prises par ces nouvelles pratiques philosophiques dans l’édition française. On constate en effet une production importante et de nombreux best-sellers qui inscrivent de plus en plus la philosophie dans la culture populaire. Il s’agira donc de s’intéresser avant tout au livre et à la presse.

a. Les ouvrages et les auteurs à l’origine du phénomène éditorial.

Il convient de distinguer, au sein de ces pratiques, d’une part celles qui relèvent d’une pratique active et participante, où l’individu est invité à penser par lui-même et à exprimer ses idées devant un public (cafés-philo et débats au sein des universités populaires, ou encore les blogs et forums sur internet) et d’autre part les pratiques solitaires, personnelles, relevant plutôt de la réception d’un contenu intellectuel, culturel et philosophique, comme c’est le cas pour la lecture. Ces deux formes d’expériences sont évidemment liées, et souvent pratiquées de manière concomitante chez les non-spécialistes cherchant à s’initier à la philosophie. Le phénomène éditorial qui nous intéresse concerne donc le deuxième type d’expérience. Il s’agit d’en dresser les grandes lignes et surtout de chercher les auteurs et les ouvrages qui en sont à l’origine.

On peut considérer le début des années 1990 (voire la toute fin des années 1980) comme le point de départ du phénomène éditorial qui nous intéresse sous la forme qu’il connaît encore actuellement. Il coïncide donc en quelque sorte avec la création des cafés-philo. Ces deux faits semblent manifester une demande et un engouement nouveau en France pour la philosophie. Le Monde de Sophie, de J. Gaarder, paru en France en 1995, en constitue le symbole. Traduit en 53 langues et vendus à 25 millions d’exemplaires dans le monde, il est encore aujourd’hui le best-seller incontournable en matière d’initiation à la philosophie. On y retrouve l’idée que chaque individu peut découvrir en lui cette faculté de questionnement qui le poussera à explorer l’histoire des idées pour tenter d’y trouver des réponses. L’ouvrage prend la forme d’un récit initiatique, sorte de roman d’apprentissage dont la principale aventure est le cheminement progressif dans la philosophie. Mais si cet ouvrage constitue un symbole de cette nouvelle passion française pour les livres de philosophie, il n’en est pas pour autant à l’origine. Dès la fin des années 1980, des auteurs comme André Comte-Sponville et Luc Ferry commencent à publier des ouvrages pour le grand public. Ces deux auteurs appartiennent à la même génération ; ils aspirent tous deux à une forme de sagesse moderne inspirée des grands auteurs d’autrefois et marquée par l’athéisme. Ils souhaitent revenir à des questions fondamentales qui semblent avoir été occultées par la philosophie contemporaine: « qu’est-ce que l’homme ? », « comment être libre ? », « comment être heureux ? », « comment bien vivre ? » etc. – questions propices à intéresser même un lecteur profane et à reprendre les concepts fondamentaux de la philosophie dans une visée d’initiation. Ces ouvrages rencontrent un franc succès auprès du public, ils reçoivent parfois des prix – prix Médicis pour Le Nouvel ordre écologique23 de L. Ferry en 1992 par exemple, ou prix Ernest-Thorel de l’Académie des sciences morales et politiques en 1998 pour La Sagesse des modernes24 de L. Ferry et A. Comte-Sponville – et sont souvent réédités en poche. Ces auteurs écrivent également dans la presse. Il semble qu’ils soient – entre autres – à l’origine de cette tendance, qui se généralisera ensuite, vers un retour à la philosophie traditionnelle pour interpréter le monde d’aujourd’hui ; on peut aussi y observer un attrait important pour les notions de sagesse, de bien-vivre, d’épanouissement grâce à la philosophie et de quête de sens, qui sont encore des thèmes très présents dans les ouvrages publiés pour le grand public.

Plus prolifique encore est le philosophe Michel Onfray, auteur depuis les années 1990 d’une cinquantaine d’ouvrages et fondateur de l’Université Populaire de Caen. Ses livres rencontrent également un grand succès auprès des lecteurs non-spécialistes mais ne situent pas dans la même veine que les deux auteurs que nous venons de citer. Il y a plutôt chez M. Onfray la volonté d’aller à l’encontre de l’image académique de la philosophie et des auteurs traditionnels. Outre son adhésion aux courants matérialistes et athées, c’est une pensée qui se propose de réhabiliter des auteurs oubliés ou méprisés par l’histoire de la philosophie et par l’enseignement actuel. On citera par exemple sa Contre-histoire de la philosophie, en six tomes, dont le premier est paru en 200725, ou encore cet Antimanuel de philosophie26, à l’usage des bacheliers. Il propose également d’aborder des thèmes oubliés : gastronomie, sens délaissés (Le Ventre des philosophes. Critique de la raison diététique27 ou La Raison gourmande : Philosophie du goût28).

Cette forme d’impertinence, voire d’insolence habilement maniée par Onfray est en grande partie cause de son succès envers tous ceux qui se sentent déçus par l’académisme et réclamant une approche différente mais toujours accessible de la philosophie. Il semble ainsi que M. Onfray soit le représentant d’une tendance à traiter la philosophie traditionnelle avec ironie et irrévérence, contribuant aussi à la désacraliser, à la faire descendre de son piédestal, à en montrer les faiblesses. Il critique assez radicalement le système universitaire et son conformisme, son féodalisme, la désignant par l’expression « chambre stérile ». « On ne devient pas philosophe à l’université », déclare-t-il dans un entretien publié dans La Philosophie française en questions29. En contrepartie, il reste également très critique sur le phénomène médiatique qui touche la philosophie actuellement, et auquel, paradoxalement, il participe. Il revendique, pour ce qui le concerne, une démarche rigoureuse, opposée à celle des « sophistes » d’aujourd’hui, et aspire à la popularisation d’une philosophie de qualité.

Ces figures de philosophes contemporains, citées ici à titre d’exemples car il en existe bien d’autres, ont participé à la généralisation de la philosophie “grand public” dans le monde éditorial. Depuis, la philosophie a en effet investi une grande part de la production éditoriale, avec des best -sellers côtoyant des ouvrages à plus faible vente. Elle investit également les médias et en particulier la presse, qui semble elle aussi profiter de cet engouement massif. De nombreux magazines littéraires (Lire, le Magazine littéraire…) font régulièrement des dossiers ou des hors-série consacrés la philosophie : dossiers sur Althusser en 1992 ou sur Marx en 1994, hors-série sur Nietzsche en 2001 ou sur Socrate en juin 2009 pour ce qui est du Magazine littéraire par exemple. Mais les magazines plus généralistes consacrent également des hors-série à la philosophie : Le Point, par exemple, a publié des hors-série sur la pensée antique (juillet- août 2005), sur la philosophie moderne de Kant, Hegel, Spinoza etc. (septembre-octobre 2006), sur les trois philosophes Nietzsche, Schopenhauer, Kierkegaard (septembre-octobre 2007) etc. Ces numéros, auxquels collaborent des auteurs comme L. Ferry, Roger-Pol Droit, M. Onfray, mais aussi des universitaires ou normaliens comme Pierre-François Moreau, Jean-Michel Besnier, proposent généralement une découverte des grands textes de la philosophie (page de gauche, un extrait d’œuvre) et leur commentaire (page de droite). Cette approche donne donc un accès direct (bien que très fragmentaire) aux textes, tout en proposant une explication souvent rigoureuse mais accessible qui permet une compréhension relativement aisée de leurs enjeux fondamentaux. Le succès de ce type de magazines nous permet d’évaluer l’enthousiasme généré par la démarche de démocratisation de la philosophie. C’est d’ailleurs sans doute ce succès qui a motivé la création du premier magazine grand public entièrement consacré à la philosophie : Philosophie Magazine . Fondé en 2006 par l’ex- financier Fabrice Gerschel, ce périodique a connu un chiffre de vente inespéré dans les kiosques dès le premier numéro (plus de 50 000 ventes, ce qui semblait énorme pour un magazine dédié à une discipline considérée comme hermétique). Visiblement, il correspondait parfaitement à la demande des français en matière d’accès à la philosophie : traitement philosophique de l’actualité, questions et enjeux contemporains, découverte des grands penseurs de notre civilisation… Enfin, pour terminer le tour d’horizon non exhaustif de ce phénomène éditorial, citons ce Cahier de vacance philo édité en 2008 par le CNRS, qui propose une exploration rapide, ludique et humoristique de l’histoire de la philosophie, avec des exercices pour vérifier ses connaissances. Une forme de philosophie semble avoir trouvé sa voie dans un style et un traitement journalistiques.

b. Une typologie des ouvrages pour le grand public.

Afin d’affiner notre analyse du paysage éditorial en matière de philosophie destinée au grand public, il convient d’ébaucher une typologie des ouvrages qui nous intéressent. Il n’est pas forcément évident au premier coup d’œil d’opérer un tri entre ce qui relèverait soit d’une philosophie savante soit d’une philosophie grand public. Certains ouvrages ou auteurs « à la mode » ne s’adressent pas nécessairement à un grand public : ainsi le philosophe Slavoj Žižek, star actuelle de la philosophie, n’est assurément pas un philosophe accessible ; de même un ouvrage sur la trilogie Matrix (Matrix : Machine philosophique30 paru en 2003), traitant pourtant d’un film très populaire, est loin d’être lisible par tous les publics. Seule une véritable lecture de l’ouvrage nous permet d’apprécier leur accessibilité. On peut également se fier à la mise en rayon, dans les librairies ou les bibliothèques, qui ont parfois un rayon dédié intitulé « Initiation » (bibliothèque municipale de la Part Dieu) ou « Penseurs d’aujourd’hui » (Librairie Decitre à Lyon, place Bellecour). On se réfèrera enfin au classement par Livres Hebdo qui distingue les niveaux de publics ciblés : “niveau universitaire”, “public motivé”, et “tout public”. Il ne sera pas question ici des ouvrages scolaires sauf si ceux-ci débordent un usage strictement scolaire (comme l’Antimanuel de philosophie31 de M. Onfray, à l’origine destiné aux bacheliers mais qui a atteint un public beaucoup plus large). Après examen d’un grand nombre de ces ouvrages, il est possible de mettre en valeur des catégories, qui peuvent parfois se recouper ou se cumuler pour un même ouvrage.

– Les ouvrages d’initiation retraçant les grandes lignes de l’histoire de la philosophie : ils peuvent se présenter sous forme de manuels grand format, avec images (comme La Philosophie pour les nuls32), ou d’ouvrages plus traditionnels en format poche comme L’étonnement philosophique33 de Jeanne Hersch. Ce dernier montre d’ailleurs qu’il est possible d’aborder l’histoire de la philosophie de manière très accessible tout en adoptant une approche à la fois rigoureuse et originale, ici par le prisme de l’expérience de l’étonnement en philosophie. Cet ouvrage reste d’ailleurs une référence en matière d’initiation à la philosophie aussi bien auprès d’un public non-spécialiste que des étudiants en philosophie.

– Les ouvrages portant sur un problème ou une notion philosophiques classiques, dans le but d’en exposer les principaux enjeux et les réponses données par la philosophie traditionnelle : les grands problèmes philosophiques, comme l’expérience esthétique, la morale, sont alors traités comme des “nœuds” autour desquels convergent différentes réponses données par l’histoire de la philosophie. On citera par exemple les ouvrages de la collection Chemins philosophiques chez Vrin (Qu’est-ce que l’imagination ?34 Qu’est-ce qu’une personne ?35 ). Certains ouvrages proposent de traiter plusieurs de ces problèmes. C’est le cas pour certains ouvrages qui se présentent sous la forme de manuels destinés aux bacheliers (et qui reprennent donc les grandes notions au programme) mais qui, comme nous l’avons dit, excèdent ce strict usage, comme La Philosophie sans complexe36.

– Les ouvrages présentant une ou plusieurs figures philosophiques remarquables : un ou plusieurs grands auteurs sont présentés, les grandes lignes de leur pensée exposées. On constate une forte présence d’éléments biographiques et anecdotiques dont la visée est de dresser un portrait éloquent de l’auteur en question. Les auteurs peuvent aussi y être abordés par le biais d’un instrument de pensée qui leur est propre, par exemple un animal comme dans Un Animal, un philosophe37, ou Zénon et la tortue38. Il y a souvent mise en relation de la vie et de la pensée, selon l’idée que pour comprendre la pensée d’un homme il faut connaître l’homme lui-même. Les Philosophes vus autrement39, de Laurence Vanin-Verna, illustre bien cette démarche. On peut mettre également dans cette catégorie des ouvrages qui présentent le parcours de philosophes contemporains, comme Comment je suis devenu philosophe40 ou La vocation philosophique41.

– Les ouvrages proposant de traiter des problèmes contemporains et d’en exposer les enjeux à un grand public : ces ouvrages s’intéressent à des enjeux très actuels comme la bioéthique, le développement durable, la démocratie…Ces sujets parfois pointus sont exposés de manière très claire et très adaptée à un public non-spécialiste. Ils sont la plupart du temps rédigés par des spécialistes de la question qui estiment nécessaire de permettre l’appropriation des grands thèmes contemporains par le grand public, tout aussi concerné par ces problèmes que les spécialistes eux-mêmes. On citera par exemple le livre Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangene-Vilmer42.

– Les ouvrages proposant des réponses à des questions existentielles ou métaphysiques, et les ouvrages se posant comme remède à un problème existentiel : dans ces ouvrages la philosophie est présentée le plus souvent comme un instrument qui peut nous permettre de trouver la sagesse ou la sérénité, d’accéder au bonheur : Qu’est-ce qu’une vie réussie43, ou Vaincre les peurs : La philosophie comme amour de la sagesse44, de L. Ferry ; La construction de soi : Un usage de la philosophie d’Alexandre Jollien45 ; Penser sa vie46, de Fernando Savater etc.

La philosophie est également proposée comme une forme de consolation, de remède, voire d’alternative à la psychanalyse : La philosophie comme remède au chômage47, de Jean-Louis Cianni ; Les Consolations de la philosophie48 d’Alain de Botton etc.

C’est donc une pensée qui se veut proche de l’existence dans ses aspects les plus concrets et pratiques. La plupart de ces ouvrages s’inscrivent dans la niche éditoriale de ce qu’on appelle « développement personnel », mais ne s’en réclament pas explicitement car ils semblent placer la philosophie sur un terrain plus noble, plus élevé. D’où l’on peut esquisser l’idée que l’estampillage « philosophie » peut conférer une forme de légitimité particulière à certains ouvrages.

– Les ouvrages proposant des exercices spirituels, des expériences de pensées, voire des jeux : ces ouvrages invitent le lecteur à faire des expériences de pensée nouvelles, à déplacer et modifier son regard habituel sur le monde, afin de renouveler notre étonnement et de contredire ce que nous prenons pour des évidences. Ils se présentent sous forme de dialogues (39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité49), ou d’exercices spirituels parfois ludiques (101 expériences de philosophie quotidienne50 ou Ceci n’est pas un livre : Leçons de philosophie et jeux d’esprit51).

– Les ouvrages proposant d’entrer en philosophie par des voies originales ou moins traditionnelles : ces ouvrages traitent de sujets qui ne sont a priori pas des objets philosophiques en montrant qu’ils peuvent le devenir au même titre que d’autres plus traditionnels. On a ici l’idée que tout ce qui existe peut être pensé philosophiquement, qu’il n’y a pas d’objet qui puisse échapper à un traitement philosophique. Ces ouvrages s’intéressent donc au cinéma ou à la télévision (Cinéphilo52, ou La philosophie sur grand écran : Manuel de cinéphilosophie53, ou Philosophie en séries54), à la vie quotidienne (Philosophie matin, midi et soir55 ; Petite philosophie du rugby56 ; Petite philosophie du shopping57), mais aussi par exemple aux histoires drôles (Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues58).

– Les ouvrages qui se veulent à l’encontre d’une approche traditionnelle de la philosophie : ce sont des antimanuels (Antimanuel de philosophie59), des contre-dictionnaires (Contre-dico philosophique60), ou des contre-histoires comme celle, déjà citée, de M. Onfray.

– Les ouvrages de philosophie pour enfants : ces ouvrages s’adressent aux enfants depuis le plus jeune âge (maternelle) jusqu’à l’adolescence. Ils proposent surtout d’initier l’enfant au questionnement philosophique, à la pensée réflexive, et de l’inviter à s’interroger un peu plus méthodiquement sur les grandes questions qu’il est spontanément porté à se poser : ainsi les collections Philozenfants et Philozidées chez Nathan, ou les Goûters Philo chez Milan.

– Les ouvrages dérivés d’émissions de télévision ou de radio, et de chroniques dans la presse : certaines émissions de philosophie ou certaines chroniques journalistiques qui ont rencontré le succès peuvent faire l’objet d’un livre. C’est le cas pour Pas si vite !61 et Petits dialogues entre amis62, tous deux issus de l’émission Pas si vite ! diffusée sur Canal+ pendant deux ans à la fin des années 1990. On peut également citer une fois de plus Un animal, un philosophe63, composé à partir d’une série de chroniques écrites par Robert Maggiori dans Libération au cours de l’été 2004.

c. De l’ouvrage isolé à la collection : différents niveaux d’exigence, différentes approches.

Certains ouvrages de philosophie pour le grand public ne font pas partie d’une collection spécifique dédiée à cette discipline. C’est souvent le cas lorsque l’auteur possède déjà une certaine renommée. Mais quelques éditeurs choisissent de créer une collection, afin de mettre en valeur leurs ouvrages dans un ensemble harmonisé qui donnera une cohérence à leur démarche. Ces livres sont alors souvent l’objet de commandes. Mais il arrive aussi qu’un ou deux auteurs seulement soient les rédacteurs de tous les ouvrages d’une collection, comme c’est le cas pour “La philo ouverte à tous” chez Milan, dirigée et entièrement rédigée par L. Vanin-Verna. Il est intéressant de décrire ces collections car elles peuvent donner à voir différentes approches, différentes conceptions de la manière dont on peut rendre accessible la philosophie, ainsi que différents niveaux d’exigence.

Le plus souvent, les directeurs de ces collections sont eux-mêmes professeurs de philosophie au lycée ou à l’université, docteurs en philosophie : Martine Laffont (“Boîte à outils philo” chez Milan), est doctorante en philosophie ; L. Vanin-Verna est docteur en philosophie politique et épistémologie, professeur à l’université du Sud Toulon- Var ; Myriam Revault d’Allones, (collection “Chouette ! Penser”), est professeur des universités à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes etc. On constate donc dans ces collections une adéquation entre la démarche philosophique et les compétences des personnes qui y participent. Les exigences imposées aux collections ne sont pas le fait de personnes qui seraient extérieures au processus de l’écriture philosophique et à la pédagogie.

Un certain nombre de collections mettent l’accent sur la dimension concrète et quotidienne que peut contenir la philosophie. L’idée est de montrer l’utilité et la pertinence de la philosophie dans tous les domaines de la vie, afin notamment de donner l’image d’une discipline moins abstraite que ce que l’on pense ordinairement. Ainsi, Vincent Cespedes choisit ses auteurs en fonction de cette exigence : une philosophie qui nous parlerait depuis le monde, depuis la vie, et non depuis des « refuges de mandarins qui parlent des hauteurs ». La collection aborde ainsi des thèmes tels que la vieillesse64, le charme65, Mai 6866, la France67 … C’est le cas également pour la collection “Pause philo” chez Milan qui propose des thèmes inhabituels voire surprenants mais toujours ancrés dans la vie quotidienne : Petite philosophie du voyage 68, et Petite philosophie de l’amateur de vin69, de Thierry Tahon ; Petite philosophie du shopping70, de Frédérique Pernin etc.

Certaines collections affichent la volonté de concilier la démarche de démocratisation et le maintien d’un certain niveau d’exigence philosophique, tentant ainsi de montrer que les deux ne sont pas incompatibles. Ainsi V. Cespedes déclare-t-il à propos de la collection “Philosopher” : « Cette collection doit en même temps satisfaire les philosophes, parce qu’elle apporte du nouveau dans la pensée. (…) Je veux que mes auteurs aient des thèses à défendre ». Dans la plupart des collections de philosophie pour le grand public, on est finalement assez loin d’une simple démarche de vulgarisation. Il y a plutôt volonté de création, recherche d’innovation aussi bien dans les thèmes abordés que dans la manière de les traiter. Le public est donc invité à entrer en philosophie par des portes nouvelles, à explorer des chemins un peu moins habituels et porteurs de sens pour aujourd’hui, mais sur lesquels il pourra de toute manière rencontrer les incontournables auteurs classiques. Car il ne s’agit pas non plus, à l’inverse, de s’extraire de toute l’histoire de la philosophie : de nombreuses références sont faites aux philosophes de la tradition. En somme leur pensée est certes vulgarisée mais là n’est pas la fin en soi de ces ouvrages.

Pour les personnes qui souhaiteraient en revanche rester sur des problématiques plus traditionnelles, sur des notions qui ont traversé l’histoire des idées, il existe des collections dont la ligne éditoriale consiste justement à reprendre les grands thèmes philosophiques tels que l’art, le temps, autrui, l’illusion, le devoir, le désir… Ainsi, la collection “Philosopher”71 aux éditions Quintette propose une quarantaine de petits ouvrages très courts qui traitent ces questions sous forme de petits essais très structurés, ne dépassant jamais les 80 pages.

Certaines collections se présentent un peu comme des hybrides et traitent à la fois de questions traditionnelles et de thèmes plus contemporains, comme la collection “Chemins philosophiques” chez Vrin. Elle se caractérise par ses titres toujours formés sur la base « Qu’est-ce que … » et nous invite à réfléchir sur des thèmes aussi variés que la laïcité, l’œuvre d’art, la fiction, la ville, l’imagination, l’Internet etc. Il est à noter que là encore le niveau d’exigence est assez élevé, du point de vue de l’écriture philosophique. Il sera donc question plus tard de nuancer la notion de “grand public”.

En ce qui concerne les collections destinées aux enfants, les démarches sont très différentes de celles que l’on vient de voir. En effet, toute l’attention est portée sur la capacité des enfants à s’interroger et sur l’idée qu’il faut développer en eux la réflexivité et la faculté critique. Ainsi, il n’est pas question de vulgariser des auteurs ou d’expliquer des thèses philosophiques. On voit ici radicalisée l’idée kantienne selon laquelle il faudrait non pas apprendre “la philosophie” mais apprendre “à philosopher”. Dans la collection “Philozenfants” chez Nathan (pour les enfants à partir de 7 ans), les questions abordées sont très courantes : la vie, les sentiments, le savoir, le bonheur, la liberté…Sur chaque double page on trouve une question, une réponse spontanée, puis plusieurs petites questions introduites par « oui, mais… », qui viennent mettre en doute cette première réponse spontanée. Aucune réponse n’est donnée, mais seulement des pistes de réflexion. La volonté des auteurs est de poser les bases d’un dialogue avec les parents (ou avec l’instituteur ou autre intervenant au sein d’un groupe de travail). C’est la pratique qui est mise en avant, bien plus que la transmission d’un contenu. Dans la célèbre collection “Les goûters philo” chez Milan (pour les enfants à partir de 8-9 ans), il y a plus de place pour le texte. Une situation de la vie courante est mise en relation avec une réflexion, avec un peu plus d’affirmations et moins d’interrogations que pour la collection précédemment citée. Dans ces ouvrages, la démarche narrative du premier moment du texte vient justifier et rendre plus concrète la partie réflexive qui suit. La réflexion s’ancre beaucoup plus dans l’univers de l’enfant. C’est sans doute ce qui a fait le succès de cette collection.

A l’image de la collection “Boîte à outils philo” chez Milan, certaines collections se présentent comme des propositions d’outils conceptuels ou bibliographiques pour aider à la compréhension du monde contemporain. La démarche pédagogique est toujours très claire, que ce soit au niveau stylistique ou dans l’organisation visuelle de l’ouvrage. L’idée est de permettre à tous ceux qui le souhaitent de se réapproprier des instruments de pensée pour conquérir une forme d’indépendance intellectuelle, par le biais de la philosophie. Il ne s’agit pas de donner des réponses toutes faites, ou de considérer la lecture de ces ouvrages comme une fin en soi. Au contraire ces derniers invitent le lecteur à aller plus loin que cette simple lecture. Il sera question plus tard de s’interroger sur la portée réelle de ces ouvrages chez les lecteurs non-spécialistes.

Il convient de remarquer que très généralement, les ouvrages et les auteurs de ces collections sont peu médiatisés, et n’entrent pas dans le système du vedettariat. Il semble, que ces ouvrages moins exposés médiatiquement conservent justement une certaine indépendance rendant possible le maintien d’une plus grande rigueur philosophique.

3. PUBLIER DE LA PHILOSOPHIE POUR LE GRAND PUBLIC DANS LE CONTEXTE MEDIATIQUE ACTUEL : ENJEUX ET PROBLEMATIQUES DE LA TRANSMISSION PAR LE LIVRE.

a. L’arrivée du marketing en philosophie et ses enjeux pour la création philosophique.

L’arrivée du marketing dans le monde de l’édition a très probablement découlé des phénomènes de concentration économique que l’on a pu observer ces dernières décennies et qui ont entrainé des exigences plus fortes de rentabilité. Même si l’on essaie toujours aujourd’hui de “dédiaboliser” le marketing du livre en montrant qu’il n’est pas incompatible avec la création, force est de constater que des stratégies économiques, des études de marché, sont mises en œuvre pour répondre à des impératifs beaucoup plus triviaux, ceux de la rentabilité. Le livre a toujours été, comme le démontrait Bourdieu72, un objet à la fois économique et symbolique, marchandise et signification. Mais aujourd’hui le marketing présente des caractéristiques qui peuvent mettre en péril l’indépendance de la création, en particulier s’il s’agit d’un marketing qui intervient sur la conception du livre et non plus seulement sur l’offre (mise sur le marché, publicité, promotion…).

Il convient donc ici de s’interroger sur les enjeux de l’arrivée du marketing dans le domaine de la philosophie. Notons qu’il s’agit là d’un phénomène récent, puisque les ouvrages de philosophie ont très longtemps circulé dans une sphère restreinte, celle de l’université et des étudiants. Il n’était pas besoin de développer des stratégies spécifiques pour augmenter les ventes auprès d’un public d’ores et déjà acquis. La philosophie n’avait pas vraiment de public potentiel mais bien un public réel et limité. Cela tenait en partie aux contenus des livres eux-mêmes, réservés aux initiés et aux spécialistes. Mais dès lors qu’il a été question de “populariser” la philosophie, alors il a fallu repenser les stratégies de conception et de vente de ces objets nouveaux qu’étaient les livres de philosophie pour le grand public, en trouvant les moyens de convaincre de nouveaux publics.

Déjà, avec les “nouveaux philosophes”, une certaine forme de marketing s’était imposée. Elle a été analysée et critiquée par Deleuze notamment à l’occasion d’un entretien publié en supplément de la revue Minuit73 en 1977 : il s’agissait, entre autre, de faire dire au livre plus qu’il n’en dit en profitant d’une forte présence médiatique (presse, radio, télévision) et faire parler du livre par tous ceux dont le travail est de relayer l’information. Cette manière de “créer l’événement” autour d’un livre et de monopoliser la scène médiatique est une composante importante du marketing éditorial, qui a bien sûr évolué aujourd’hui, mais qui est toujours observable en ce qui concerne les auteurs-vedettes de la philosophie. Il est évident que la moindre présence médiatique joue un rôle non négligeable dans les chiffres de vente.

Mais ce qui différencie la situation actuelle de celle des “nouveaux philosophes”, c’est qu’il y a aujourd’hui une large production de livres de philosophie pour le grand public, qui n’existait pas il y a trente ans, et qui reste très peu médiatisée. C’est le cas en particulier pour la majeure partie des livres composant les collections que nous avons décrites un peu plus haut. Les meilleures ventes de livres de philosophie se concentrent sur un petit nombre d’auteurs médiatisés, et font ignorer la partie immergée de l’iceberg que constitue cette importante production observable principalement sous forme de collections. Le marketing qui est à l’œuvre pour la diffusion de ces ouvrages ne mise alors pratiquement pas sur la médiatisation. Il consiste à créer une image de marque, une garantie de qualité, comme on a pu le voir pour certaines collections qui promettaient de concilier accessibilité avec exigence de rigueur et de créativité. La fidélisation des lecteurs sur une même collection joue donc ici un rôle fondamental. Les ventes sont alors assurées par la publicité (dans la presse littéraire et sciences humaines notamment) et la fidélisation des lecteurs. On se situe finalement à mi-chemin entre le long-seller et le fast- seller. Une étude d’Olivier Godechot sur le marché du livre philosophique publiée en 1999 dans la revue Actes de la Recherches en sciences humaines74, fait en effet une distinction entre d’une part le long-seller, dont le succès économique se fait sur une longue durée et découle du succès symbolique au sein d’un grand public cultivé, et d’autre part le fast-seller dont le succès, rapide, repose essentiellement sur la visibilité médiatique et suppose d’imposer à l’auteur des contraintes d’écriture et de promotion – ce qui pose par ailleurs la question de la qualité philosophique intrinsèque des ouvrages. Le phénomène de développement des collections que l’on a pu analyser précédemment pourrait être un compromis entre ces deux tendances.

Cependant, et pour tous les ouvrages de philosophie pour le grand public sans distinction, on peut toujours légitimement s’interroger quant au rôle de l’estampillage « philosophie populaire » dans la vente de ces ouvrages. Proposer de s’adresser au plus grand nombre, se déclarer accessible et lisible, voilà un argument de vente qui promet des ventes faciles. Du même coup, on qualifiera ce qui se vend bien de “populaire”, renforçant ainsi l’argument selon lequel la philosophie peut facilement se rendre accessible et que de ce fait, elle le doit. Le succès du phénomène éditorial actuel repose donc en partie sur ce consensus, qui veut que tout ce qui porte aujourd’hui le nom de philosophie et qui affiche une volonté de démocratisation serait bon à prendre. Le terme de “philosophie” est toujours entouré d’une certaine aura et confère aux ouvrages qui s’en réclament une légitimité certaine : ainsi, dès lors qu’on lui associe le terme de “populaire”, c’est comme si l’on brisait enfin une contradiction qui avait trop longtemps vécu, engendrant nécessairement l’enthousiasme chez le grand public. Celui-ci ne peut d’ailleurs manquer de se sentir valorisé par les démarches de ces auteurs qui le considèrent tout à fait capable d’accéder à la philosophie. Ainsi, il semble que le marketing éditorial ait repris à son compte la volonté déjà ancienne de la philosophie – et donc ses arguments – de s’ouvrir à un plus grand nombre de lecteurs. On est alors tenté de parler d’une forme de démagogie à l’œuvre dans ces stratégies.

Il faut également noter un aspect important de l’édition philosophique : certains éditeurs publiant des ouvrages philosophiques d’érudition à public restreint se voient aujourd’hui contraints de diversifier leur production vers des ouvrages à diffusion beaucoup plus large et de vente plus facile, précisément pour pouvoir maintenir leur équilibre économique et préserver la production d’ouvrages spécialisés à vente restreinte. L’absence d’un public suffisant pour les livres d’une haute exigence intellectuelle peut engendrer chez les éditeurs le besoin de commander des ouvrages qui toucheront un public plus large. Mais ce n’est pas le cas pour tous les éditeurs, par exemple pour Milan qui est toujours restée fidèle à la même démarche, celle de la vulgarisation et de la démocratisation de la philosophie. Chez Milan, la production d’ouvrages de philosophie relève d’une volonté positive et non d’une stratégie par défaut pour sauvegarder un secteur plus difficile.

Dans ce contexte éditorial, la création en philosophie pose problème, en particulier si le marketing intervient en amont, c’est- à-dire dans le processus de conception, et non plus seulement en aval, pour la diffusion et la vente. Des contraintes d’écriture, de style, de volume de texte, de thématiques également, peuvent alors s’imposer à l’auteur. Mais comme le montre un article de Paul Dirkx intitulé “Les obstacles à la recherche sur les stratégies éditoriales”75, il est assez difficile – et donc problématique pour la recherche – d’accéder à des données complètes et claires sur les stratégies éditoriales des maisons d’édition. Le milieu éditorial semblerait vouloir se protéger contre toute tentative d’objectivation de son fonctionnement. On sait donc peu de choses sur la manière dont les éditeurs analysent le marché en fonction de la demande, sur les études qui sont réalisées pour cibler un lectorat. On ne sait pas dans quelle mesure les ouvrages grand public sont conçus pour correspondre aux attentes et aux goûts de certains segments de marché, ni quelle place est laissée aux choix et à la créativité de l’auteur.

b. Les relations problématiques entre le livre de philosophie et les médias.

Le marketing appliqué à l’industrie du livre implique généralement la nécessité d’une visibilité médiatique de l’auteur. On a vu à quel point cela avait pu être important à travers le phénomène des “nouveaux philosophes” : ceux-ci ont fait de leur omniprésence médiatique l’instrument principal d’une stratégie de promotion – et d’autopromotion – tout à fait nouvelle, en tout cas dans le monde de la philosophie. La philosophie est alors entrée elle aussi dans la société du spectacle, spectacle que François Aubral et Xavier Delcourt qualifiaient de « tapageur et grossier » dans leur essai Contre la nouvelle philosophie 76 publié en 1977. Leur analyse dénonçait une double imposture : d’une part celle du contenu même des ouvrages (doctrines à la mode mais philosophiquement vides, mystification, renonciation à la rigueur philosophique) ; d’autre part celle des méthodes promotionnelles et de la soumission de la création philosophique aux exigences médiatiques et journalistiques.

Aujourd’hui les “nouveaux philosophes” sont moins présents sur les plateaux de télévision et dans la presse, hormis A. Glucksmann et B-H. Lévy qui ont toujours une forte influence. Ce courant est désormais passé de mode, et on n’a finalement retenu des nouveaux philosophes que leurs méthodes de promotion. Mais de nombreux autres philosophes occupent une place notable dans la sphère médiatique, comme L. Ferry, A. Finkielkraut, R. Enthoven, R-P. Droit etc. Les philosophes sont en même temps des journalistes, prolifiques dans la presse, et interviennent régulièrement sur les plateaux de télévision pour des débats, souvent à l’occasion de la parution de leurs livres. Par ailleurs, les livres de philosophie eux-mêmes sont passés au crible très normatif des médias: ainsi, non seulement le jugement sur la philosophie se fait par des journalistes et non plus par les pairs, mais le livre de philosophie, s’il veut bénéficier d’un public assez large, doit se conformer aux normes imposées par cette sphère médiatique, normes qui semblent entrer en contradiction avec les exigences propres de la philosophie.

Cette publicité de la discipline pose de nombreux problèmes et notamment celui du statut du livre de philosophie dans cette relation étroite avec les médias. Publier un livre de philosophie semble parfois constituer un simple prétexte à la présence médiatique. Pierre Bourdieu aborde ce phénomène dans son essai Sur la télévision77 : « Être, disait Berkeley, c’est être perçu. Pour certains de nos philosophes, être, c’est être perçu à la télévision (…) et il est vrai que ne pouvant guère compter sur leur œuvre pour exister dans la continuité, ils n’ont pas d’autre recours que d’apparaître aussi fréquemment que possible à l’écran, donc d’écrire à intervalles réguliers, et aussi brefs que possible, des ouvrages qui ont pour fonction de leur assurer des invitations à la télévision »78. La présence médiatique et tout ce qui s’engendre autour du livre importent bien plus que le livre et son contenu. Bourdieu souligne également l’influence considérable du journalisme, lui-même soumis aux exigences du marché, sur les différents champs de la production culturelle, et notamment la philosophie (voir l’essai publié dans l’ouvrage cité précédemment, intitulé L’emprise du journalisme). Le journalisme, en situation de dépendance vis-à-vis des verdicts du marché et de l’audimat, se fait extrêmement prescriptif vis-à-vis des productions philosophiques se voulant accessibles à un large public.

Si le journalisme impose ses normes au livre de philosophie, il n’est pas rare également que ce dernier soit lui-même engendré directement par les productions médiatiques. Le livre est alors en quelque sorte un sous-produit de l’activité médiatique, un épiphénomène. C’est le cas particulièrement lorsque le livre ou même la collection est issue d’une émission de radio ou de télévision sur la philosophie : on citera la collection “Les nouveaux chemins de la connaissance” tirée de l’émission du même nom sur France Culture présentée par R. Enthoven ; également Pas si vite !79 et Petits dialogues entre amis 80, deux livres publiés à la suite de l’émission “Pas si vite !” diffusée sur Canal+ à la fin des années 1990 et présentée par Jackie Berroyer ; enfin, un autre exemple avec Un animal, un philosophe 81, de Robert Maggiori, composé à partir de chroniques publiées dans Libération. Le livre de philosophie n’est parfois que prétexte à relayer ce qui se fait dans les médias. Le livre de philosophie se fait alors le véhicule des débats à la mode, d’idées très consensuelles : il est une manière comme une autre de diffuser, de relayer “ce qui se dit”, c’est-à-dire de faire – uniquement – de la communication. Et même lorsque ces livres se veulent irrévérencieux, allant à contre-courant des idées dominantes, ce n’est que pour mieux nourrir l’impertinence et la polémique, méthodes spectaculaires désormais inévitables du marketing télévisuel.

L’écriture philosophique qui veut sortir du strict cadre universitaire doit donc souvent se plier à la temporalité journalistique, à la rapidité d’apparition et de disparition des sujets à la mode, et il est très rare que ces productions retiennent l’attention plus de quelques semaines et soient considérées peu à peu comme des références en philosophie. Le statut du livre de philosophie, dans ce contexte, apparaît désacralisé, au sens où il n’y a plus forcément d’équation entre présence d’un livre et présence d’une pensée véritablement philosophique. Une grande partie de la littérature philosophique aujourd’hui a perdu son autonomie interne, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la pensée et la création philosophique.

Il est donc difficile de comprendre Rosi Braidotti quand elle affirme, dans un ouvrage intitulé La philosophie…là où on ne l’attend pas82, que « le monde des médias et de l’édition se révèle un allié essentiel » des nouvelles expérimentations de la pensée philosophique. Dans les faits, la philosophie ne semble pas tirer bénéfice de la médiatisation d’une petite partie de la production philosophique. L’image actuelle de la discipline (accessible, facile, peu exigeante), véhiculée dans les médias, pourrait même entrainer de la part du public des réactions de plus en plus négatives, et des accusations d’hermétisme envers toutes les productions philosophiques qui refuseraient d’adhérer à ce modèle.

II – Transmission et communicabilité de la philosophie : comment s’adresser aux non-spécialistes ?

La problématique de la transmission de la philosophie à des non-spécialistes est présente à tous les niveaux d’un ouvrage de philosophie : elle implique d’identifier le ou les publics auxquels on s’adresse, mais aussi de mettre en place des stratégies éditoriales visant à rendre la philosophie attrayante et à briser l’image hermétique qu’elle a auprès du grand public, que ce soit dans l’aspect matériel des ouvrages ou dans leur contenu philosophique. Enfin, la question de l’écriture est fondamentale, si on veut s’interroger sur les conditions des nécessaires médiations et de la communicabilité de la philosophie. La manière dont on s’adresse au grand public est spécifique et mérite d’être prise en compte si l’on veut comprendre ce phénomène éditorial.

1. LA QUESTION DES PUBLICS ET DE LA DEMANDE DE PHILOSOPHIE.

Avant d’aborder la question de la médiation à mettre en place pour atteindre un public plus large, il est indispensable de s’intéresser à ce public lui-même, dont nous verrons qu’il constitue une notion déjà problématique. De plus, on ne cesse de parler aujourd’hui d’une “demande de philosophie” de la part de ce public : il s’agit donc de comprendre dans quelle mesure le grand public français formulerait une telle demande.

a. Les publics : à qui s’adresse-t-on et qui lit ?

La philosophie tente de conquérir de nouveaux publics, mais on parle d’un “grand public” sans vraiment savoir de quoi il est composé. S’il est assez simple de savoir à qui les philosophes souhaitent s’adresser, il est en revanche plus difficile de savoir qui lit vraiment ces ouvrages, d’autant plus qu’il y a souvent une différence entre les publics visés et les publics réels.

Les philosophes ou les éditeurs tentent de définir le lectorat qu’ils visent, soit sur la quatrième de couverture, soit dans une préface ou un avertissement au début du livre. En ce qui concerne les tranches d’âge, il est fréquent que les auteurs s’adressent en premier lieu aux élèves de terminale, pour qui l’initiation à la philosophie est un comme un rite de passage. Ils auraient donc besoin de guides, d’ouvrages auxquels se référer mais qui ne soient pas simplement des manuels scolaires et rébarbatifs. Bien souvent, ces ouvrages atteignent d’autres types de publics. Beaucoup d’adultes en effet sont également intéressés par la philosophie et se dirigent assez spontanément vers ces publications : ils ne prennent pas le risque de se sentir illégitimes en les lisant étant donné qu’ils sont censés posséder un bagage culturel à peu près équivalent à celui d’un lycéen. Ces ouvrages peuvent également être utilisés par les professeurs de terminale eux-mêmes pour leurs cours. Ainsi l’Antimanuel de philosophie83 de M. Onfray, originellement conçu comme guide pour le bac, a-t -il conquis des publics adultes et des professeurs. Les auteurs sont d’ailleurs conscients de cela, comme F. Savater qui, dans l’avertissement de Penser sa vie84, invite à la lecture les élèves de terminale, « mais aussi les profanes désireux de connaître cette vénérable tradition intellectuelle qui a vu le jour en Grèce ».

Les lycéens et les adolescents en général sont souvent sollicités, d’une part du fait de cette période de la vie propice au questionnement, et d’autre part parce qu’ils constituent une nouvelle génération, potentiellement capable de donner à la philosophie la place que, selon ces auteurs, elle mérite dans notre société. L. Ferry par exemple considère ce public comme un lectorat privilégié, notamment dans son livre Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’usage des jeunes générations85, dans lequel il s’adresse à un adolescent potentiel en le tutoyant. Dans l’avant-propos de ses Présentations de la philosophie86, A. Comte-Sponville souhaite s’adresser particulièrement aux adolescents, qui ont « plus besoin que les autres d’être accompagnés ». Encore une fois, ce type d’ouvrage vise implicitement des publics plus larges, notamment des adultes néophytes que ces questions intéressent et qui verraient là une manière de s’initier à la philosophie. Paradoxalement, on remarque que les publics jeunes, s’ils sont très sollicités, sont aussi les plus difficiles à atteindre, d’après de nombreux auteurs. Vincent Cespedes par exemple, déclare sur osezphilosopher.fr que les jeunes lisent très peu d’ouvrages philosophiques car ils sont plus spontanément attirés par les romans, et qu’il faut trouver d’autres voies pour les atteindre. On constate donc que très peu d’ouvrages s’adressent à un public précis et ciblé : les jeunes constituent souvent un public idéalement réceptif à la philosophie, mais dont les auteurs savent qu’il sera finalement peu atteint, et préfèrent s’adresser aux non-spécialistes en général.

En ce qui concerne la philosophie pour enfants, en revanche, on a un public très ciblé, et les tranches d’âge sont définies : les “Goûters philo”, chez Milan, s’adressent aux enfants à partir de 8-9 ans, les ouvrages de la collection “Philozenfants“ chez Nathan, aux enfants à partir de 7 ans, et la collection “Chouette ! Penser”, aux enfants de plus de 11 ans. En effet chaque contenu est adapté au niveau de lecture et de compréhension de chaque âge, avec plus ou de moins d’illustrations et de place laissée au texte. Mais là encore, ces petits livres pour enfants ont peut -être pour premier public les parents eux-mêmes, déjà parce qu’ils les choisissent, et ensuite parce qu’ils s’y intéressent eux-mêmes. Comme le note M. Puech dans l’intervention déjà citée, « nos livres sont aussi lus par des adultes, ce sont peut-être mêmes de faux livres pour enfants : ce serait une ruse pour décomplexer des adultes qui ont été tellement humiliés par la culture… ». Cette remarque pose dès lors la question du profil socio-culturel des lecteurs des ouvrages grand public.

b. La notion de “grand public” à relativiser.

Les ouvrages estampillés “grand public” ne s’adressent assurément pas à “tout le monde”. Il faut nuancer la notion de “grand public” en ce qui concerne la philosophie, car même vulgarisée, cette discipline n’est pas “grand public” comme le serait un jeu télévisé ou même un roman de Marc Lévy. Les partisans d’une philosophie “ouverte à tous” sont généralement bien conscients qu’ils ne s’adressent en vérité qu’à un public d’un certain niveau socio-culturel, ce qui invite à se poser la question des limites de la démocratisation de la philosophie si l’éducation ne contrebalance pas suffisamment les inégalités dues aux déterminations socio-économiques. L’acte même de lecture, qui plus est la lecture d’essais, n’est pas une pratique universellement répandue dans notre société. Elle suppose un bagage culturel et intellectuel que tout le monde ne possède pas. De plus, la lecture d’ouvrages de philosophie serait peut- être moins populaire que la pratique des cafés-philo par exemple. Dès lors, on rencontre assez souvent l’expression de “grand public cultivé”, dans les paroles de L. Ferry ou d’A. Comte-Sponville par exemple. Elle est également utilisée lorsqu’il s’agit d’associer à des publics étudiants un lectorat plus large qui souhaiterait s’intéresser à la philosophie. C’est le cas, par exemple dans la description, sur la quatrième de couverture, de la collection “Chemins philosophiques” chez Vrin : « Ce livre s’adresse aux étudiants des universités et des classes préparatoires, mais aussi au grand public cultivé attendant un traitement direct et clair d’une question de philosophie générale ». Mais l’appellation “grand public cultivé” est peu commentée. On lui préfère parfois celle de “grand public éclairé”, expression qui permet peut-être d’exclure l’idée d’une détermination par le capital culturel que peut contenir le terme “cultivé”.

On peut trouver une description de ce lectorat dans l’article paru dans le magazine Médias sur le fondateur de la revue Philosophie Magazine, F. Gerschel87, qui parle lui aussi d’un grand public cultivé. Certes, le lectorat d’un magazine de philosophie ne correspond pas forcément à celui de livres de philosophie, mais on peut supposer qu’il s’en rapproche beaucoup. F. Gerschel décrit donc le public de Philosophie Magazine comme un lectorat extrêmement urbain, très éduqué et généralement grand consommateur de livres. D’après les études de marché, la moyenne d’âge de ce lectorat serait de 45 ans, et les lycées et étudiants n’en représenteraient que 25 %. Ce serait un profil similaire à celui des lecteurs du Monde. Toujours selon le fondateur de ce magazine, il serait encore possible d’élargir ce lectorat, car une partie du public serait encore réticente à l’idée de découvrir la philosophie, à cause d’une véritable “barrière psychologique”.

Si l’on se réfère à l’enquête Pratiques Culturelles des Français à l’ère numérique88 de 2008, la lecture des ouvrages de philosophie (et encore moins les ouvrages grand public) ne fait pas l’objet d’une étude détaillée. Elle fait partie d’une catégorie intitulée “Essais politiques, philosophiques, religieux” dans la question 64A : « Genre de livre lus le plus souvent »89. Seulement 16% des personnes interrogées ont lu au moins un livre de ce type au cours des 12 derniers mois, dont une majorité d’hommes et une majorité âgée de plus de 45 ans. Ce lectorat est généralement diplômé (bac +3 et plus) et les lecteurs se retrouvent principalement dans les catégories socio-professionnelles du type “cadres et professions intellectuelles supérieures” (34%), “anciens cadres” (37%), “anciens indépendants” (27%), ou “anciens professions intermédiaires” (20%). Le lectorat est par ailleurs très urbain (44 % à Paris intra muros). L’observation de ces résultats nous indique que la philosophie est encore loin d’être véritablement populaire, du moins en ce qui concerne la lecture effective d’ouvrages philosophiques. Il nous a paru difficile de comparer les résultats des enquêtes précédentes (1973/81 et 1997) car les types de question (genres de livre lus le plus souvent sur un an ou en général ? Genre de livres lus ou possédés ?) et les catégories de livres varient. Cependant, si l’on essaie de comparer la dernière enquête avec celle réalisée entre 1973 et 198190, avec le même type de question (genre de livres lus le plus souvent) et une catégorie à peu près équivalente (essais politiques, philosophiques, religieux, ouvrages de psychologie etc.), on remarque tout de même une évolution : en 1973 la lecture de ce type d’ouvrage concernait 11.8 % des personnes interrogées et 12.9 % en 1981. Aujourd’hui ils sont 16% à lire des ouvrages de cette catégorie. Ainsi, même si la sociologie de la culture et notamment les études sur les publics de la culture tendent à démontrer qu’il n’y aurait pas vraiment de démocratisation de la culture et que les déterminations économiques, sociales et culturelles auraient toujours le même rôle dans les inégalités des pratiques culturelles, c’est peut-être un peu différent en ce qui concerne la philosophie. Et c’est sans doute à cause de ce phénomène éditorial récent. Mais la tendance ne connaît pas une évolution massive et la lecture de ce type d’ouvrages reste généralement réservée à certaines catégories de la population. Finalement, même si aujourd’hui des ouvrages philosophiques deviennent des best-sellers, ce n’est pas parce qu’ils touchent des catégories plus populaires de la société, mais bien parce qu’ils conquièrent un lectorat déjà habitué à la lecture d’essais intellectuels. La culture reste aux mains des gens cultivés. Les démarches de popularisation de la philosophie n’ont finalement brisé que la barrière psychologique qui retenait des lecteurs déjà cultivés de s’initier à la philosophie, mais elles n’ont pas vraiment franchi les barrières culturelles et sociales qui empêchent des catégories moins privilégiées de s’intéresser à cette discipline. De plus, il semble ici important de distinguer d’une part les nouvelles pratiques philosophiques que sont les cafés-philo ou même les universités populaires, qui sont effectivement assez populaires, et d’autre part l’acte de lecture d’ouvrages philosophiques, qui implique toujours un bagage culturel plus important. Cela peut également être compris du point de vue de la discipline philosophique elle-même : celle-ci serait par nature très difficile à vulgariser absolument, et il y aurait possibilité pour les lecteurs de s’élever jusqu’à elle, mais impossibilité pour la philosophie de se rendre totalement accessible à n’importe quel type de lecteur. Elle supposerait un travail, l’acquisition d’une culture philosophique et d’un minimum de rigueur intellectuelle dont on ne pourrait faire l’économie. Il existe donc assurément un fantasme autour d’un lectorat “populaire”, voire d’une sorte de “vrai peuple” laissé de côté par la culture légitime et qui aurait dorénavant la possibilité de s’élever à cette culture. Les véritables lecteurs de ce type d’ouvrage sont déjà engagés dans des pratiques culturelles légitimes.

c. La demande philosophique aujourd’hui : entre besoins réels, consommation culturelle et fantasmes.

Depuis les années 1990, la philosophie ferait l’objet d’une demande spécifique qui émanerait d’un public nouveau. Comme nous venons de le voir, il faut se montrer prudent avec la notion de grand public. Il y a un réel fantasme sur la notion de “philosophie populaire”. Il est pourtant coutume de parler d’une “demande” de philosophie ; les auteurs et éditeurs s’en réclament, à tort ou à raison, pour justifier la publication de leurs livres.

On peut dès lors s’interroger sur les raisons de cette demande, sur ce qui est en jeu derrière tout cela. Tout d’abord, est-elle née spontanément ou a-t-elle été engendrée par l’industrie culturelle ? Il est possible en effet que le marketing éditorial ait essayé d’explorer une nouvelle tendance éditoriale et que celle-ci se soit révélée une véritable manne. Cependant il semble plutôt que l’édition ait profité d’un phénomène préexistant et de démarches spontanées d’auteurs souhaitant écrire la philosophie différemment.

Un certain nombre d’auteurs de philosophie pour le grand public interprètent de manière similaire la demande actuelle de philosophie. Marc Sautet, créateur des cafés-philo, affirmait que notre société se trouve dans une situation de crise de la démocratie, semblable à celle de l’époque de Socrate et de la naissance de la philosophie occidentale. Pratiquer la philosophie serait alors une manière pour les citoyens de réactiver le débat démocratique. Beaucoup de libraires, selon un article de Livres Hebdo sur les sciences humaines91, ressentiraient en effet « l’envie des gens de comprendre le monde », avec une « boulimie impressionnante pour les débats », et donc de s’approprier les outils pour y participer. C’est également la position partagée par L. Ferry et Comte-Sponville, ainsi que V. Cespedes. On rencontre souvent l’idée que la philosophie doit, comme elle le faisait dans l’Antiquité, se mêler des affaires de la cité.

La demande de philosophie aurait également pour origine une crise du sens. Les milieux du journalisme et de l’édition interprètent cette demande comme émanant d’une société en manque de repères et de valeurs, perdue dans un monde capitaliste et déshumanisé. J. Gaarder, auteur du Monde de Sophie, affirme dans un entretien accordé à l’Express.fr (16-07-1998)92, que la société serait devenue plus cynique, plus égoïste, et que serait donc né le désir de renouer avec des valeurs plus communes, d’où l’importance de rendre la philosophie accessible à tous. Jackie Berroyer, dans Pas si vite ! 93, interprète l’engouement nouveau pour la philosophie comme une manière de créer un contrepoids spiritualiste face au matérialisme de notre société. Il formule même une utopie dans laquelle la philosophie deviendrait nécessaire à l’existence et à l’humanité, se référant à une formule de Malraux (qu’il n’a sans doute jamais prononcée) : « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Oreste Saint-Drôme évoque, dans Comment choisir son philosophe ?94 la panne des systèmes de pensée, la difficulté des foules déboussolées à suivre des idéologies agonisantes, qui expliqueraient le recours à “dame Philo”. Quant à O. Brenifier, dans sa contribution au rapport de l’Unesco sur la diffusion de la philosophie, il affirme que l’origine la plus flagrante de ce besoin de philosophie est à trouver dans la chute des grands schémas politiques, idéologiques, moraux ou religieux traditionnels : dès lors, chacun essaie de faire « sa propre cuisine », tentant de formuler des valeurs tant collectives qu’individuelles. La transformation des fonctionnements socio-économiques traditionnels, due à l’accélération des échanges, à la déstabilisation des structures identitaires établies, obligerait à une recherche d’ancrages et de valeurs nouvelles.

L’engouement actuel pour la philosophie est aussi souvent associé au besoin individuel de donner un sens à sa propre existence, voire de résoudre des problèmes personnels. Peut-être la psychanalyse a-t-elle montré ses limites, c’est pourquoi le public se tournerait vers la philosophie. Le souci de soi est en effet très présent dans notre civilisation, et certains aspects de la philosophie pourraient contribuer à y répondre.

L’engouement que nous constatons peut donc venir de demandes très diverses, et il est difficile d’en cibler une en particulier. Sur ce point, le rapport de l’Unesco sur la diffusion de la philosophie s’avère intéressant : O. Brenifier y distingue en effet plusieurs types de demande. Il y aurait une demande culturelle, celle qui consiste en une quête de connaissances ; une demande existentielle, lié à la question du sens et au besoin de comprendre la finitude, la mort etc. ; une demande spirituelle, de l’ordre de la métaphysique, apparentée par O. Brenifier à un succédané de la religion ; une demande thérapeutique, qui exacerberait les problèmes personnels déjà présents dans la demande existentielle, liée à une douleur de l’existence, avec une dimension pathologique qu’il s’agirait de guérir ; une demande politique, due à l’idée que la philosophie n’aurait de sens que si elle débouche sur l’action et le débat ; une demande relationnelle, qui voudrait qu’une des motivations de l’activité philosophique serait d’entrer en relation avec ses semblables, de faire des rencontres ; et enfin une demande intellectuelle, liée au besoin spécifique d’apprendre à penser, au plaisir de penser. Selon Brenifier, c’est cette dernière demande surtout qu’il serait indispensable de mettre en avant dans le cadre du développement d’un esprit critique nécessaire à la bonne marche d’une démocratie.

Par ailleurs, il est important de se demander si l’achat et la lecture de livres de philosophie ne font pas partie d’une démarche de consommation culturelle valorisante pour l’individu. Lire de la philosophie, discipline de la culture légitime par excellence, serait devenu un passage obligé pour acquérir un certain statut et se sentir valorisé aux yeux d’autrui. La philosophie deviendrait même mondaine. En témoignent certains ouvrages – certes traités sur le mode de l’humour, mais néanmoins très révélateurs – tels que Juste assez de philosophie pour briller en société de Ben Dupré95.

Il y aurait également, dans le fait aujourd’hui d’acheter un livre de philosophie, l’idée d’un acte d’achat relevant du “bien-consommer”, dont on peut se demander s’il est associé à un désir de “bien-vivre”, c’est-à-dire de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et de participer réellement au vivre-ensemble. Il semble en effet que l’acte d’achat nous dédouane d’une véritable militance. Il favoriserait une certaine passivité, une bonne conscience, une militance à vide mais pas vraiment une participation active au débat public et démocratique.

Enfin, la position de J. Bouveresse sur la demande philosophique mérite d’être mentionnée. Il tente en effet de relativiser le besoin réel de philosophie aujourd’hui. Il s’agirait d’un malentendu, comme il l’explique dans un article de Télérama du 3 février 1999 : « Quand les gens demandent de la philosophie ils veulent surtout du sens, des valeurs, des croyances »96. Il y aurait derrière le besoin de philosophie, non un besoin de penser par soi-même et d’élaborer ses propres jugements, mais le besoin d’obtenir directement les résultats de cette pensée : valeurs toutes faites, croyances… Les philosophes d’aujourd’hui profiteraient donc de ce besoin pour nous faire croire que c’est de philosophie dont nous avons manquons. Mais J. Bouveresse fait remarquer, dans Le Philosophe et le réel97 que ce droit à la philosophie pour tous, inventé et proclamé par nos philosophes, ferait totalement oublier les devoirs que nous avons, également, à l’égard de la philosophie. On demande aujourd’hui au philosophe de se montrer accessible, extrêmement clair, mais on en oublie combien cela peut, dans les excès occasionnés, nuire à la philosophie elle-même. Ce droit à la philosophie pour tous, qui implique qu’on ne respecte plus cette discipline, serait créé de toutes pièces et proviendrait d’une mauvaise évaluation de la demande de philosophie aujourd’hui. Bouveresse affirme que le grand public, en vérité, ne serait pas si demandeur qu’on le pense de philosophie “grand public”: « Par exemple les reproches qu’on adresse constamment à la philosophie de n’être pas suffisamment proche des préoccupations des gens ordinaires, de ne pas s’attaquer aux vraies questions (…), on ne les entend pas tellement de la bouche des intéressés eux-mêmes, ce ne sont pas tellement les gens du peuple qui disent cela. Ils comprennent assez bien que, même pour traiter de grandes questions qui intéressent tout le monde, il se peut qu’on ait besoin d’instruments conceptuels relativement sophistiqués, dont le maniement doive s’apprendre. (…)Le peuple, dans tout cela, n’a pas droit au chapitre, et il l’a d’autant moins que ce sont essentiellement les médias qui sélectionnent, selon leurs critères, les philosophes qui sont censés lui convenir »98. De plus, il serait faux de penser, comme la plupart de nos philosophes, qu’une existence sans philosophie ne serait pas authentique. Selon Bouveresse, ce serait faire preuve de mépris envers les gens qui n’ont pas de relation explicite avec la philosophie. Il y aurait donc, en France, une peur de la “barbarie non-philosophique”, plus ou moins fondée, mais en tout cas fortement récupérée par les auteurs et les médias pour nous présenter la philosophie comme indispensable.

d. Susciter la demande autour du livre.

La demande d’ouvrages philosophique peut être suscitée par des stratégies mises en places autour du livre. Le secteur des sciences humaines, d’après les nombreux rapports produits sur celui-ci, présente actuellement une santé économique inquiétante due à la diminution des ventes. Le Livre Hebdo de juin 2009 nous expose les grandes lignes de cette crise, en expliquant que le lectorat en général, et les universitaires tout particulièrement, délaissent le livre pour l’Internet. Malgré la représentation de plus en plus importante de certaines sciences humaines (philosophie, sociologie, psychologie) dans la société et dans les médias, les fonds s’appauvrissent et les ventes baissent. Les éditeurs ont donc tout intérêt à mettre en place des stratégies pour reconquérir ce public universitaire, mais aussi capter le « “petit” grand public éclairé », selon l’expression de Monique Labrune, directrice du département sciences humaines du Seuil. Le modèle économique de l’avenir consisterait d’ailleurs en une synergie entre universitaires et grand public.

Comme il a été dit un peu plus haut, la solution de certains éditeurs pour sauvegarder la production d’ouvrages érudits et spécialisés, serait d’opter en parallèle pour une production plus grand public. Afin d’attirer ce grand public, diverses opérations peuvent être mises en place : les éditeurs emploient en effet beaucoup d’énergie à rendre désirables les livres qu’ils publient.

Une première stratégie consiste à mettre l’accent sur l’événement autour du livre : organisation de rencontres, de débats sur le thème du livre dans les librairies, comme c’est le cas avec les “forum Fnac”, ou encore les “rencontres Decitre” dans la région Rhône-Alpes. Ces forums ou rencontres associent souvent une petite conférence, un débat, puis une séance de dédicaces. Ils ont l’avantage d’attirer non seulement les lecteurs qui connaissent déjà l’auteur et viennent spécialement le rencontrer, mais aussi les personnes qui passaient dans la librairie pour tout autre chose. Des débats ou conférences peuvent aussi être organisés à l’extérieur des librairies : salons ou journées du livre dans certaines villes. Par exemple, Laurence Vanin-Verna, directrice et auteure de la collection “La philo ouverte à tous”, participe très régulièrement aux forums Fnac, aux rencontres Decitre, à des conférences organisées par d’autres librairies, ou encore, par exemple, aux journées du livre de Felletin en août. Comme elle nous l’a confié, cette forte activité est nécessaire pour combler son manque de notoriété dans le milieu médiatique, du fait qu’elle n’a pas un “nom” qui parlerait de lui-même. Mais on peut imaginer que ces multiples opérations de promotion sont beaucoup plus enrichissantes pour elle (et pour le public) que des passages à la télévision : l’échange avec le public y est sans doute beaucoup plus instructif et fructueux sur le plan de l’initiation à la philosophie.

Une autre stratégie, moins fréquente, peut consister à mettre en place un site internet autour d’une collection. On parle alors d’un “site compagnon”, complément de la collection. Ce site peut avoir une rédaction dédiée, spécifique au site et n’est donc pas, dans ce cas, un simple double de la version papier. Ainsi le site de la collection “Philosopher” chez Larousse (osezphilosopher.fr99) propose-t-il des compléments à la collection dans divers onglets, comme une sélection de références bibliographiques pour pousser plus loin la lecture, un dictionnaire de notions philosophiques, une page présentant tous les ouvrages de la collection avec des extraits en ligne, des interviews-vidéos de V. Cespedes s’exprimant sur l’utilité de la philosophie aujourd’hui, sur ses rapports avec la démocratie etc. Selon lui, Internet permettrait d’attirer surtout les jeunes, qui ont plus tendance à délaisser le livre. Le site propose également un blog, tenu par le directeur de collection, mais il est pour l’instant un peu délaissé (pas de mise à jour depuis octobre 2008). Selon V. Cespedes, le site avait pour vocation d’être une sorte d’agora philosophique, avec un forum où auteurs et lecteurs pourraient débattre librement. Or, à ce jour, il n’en est rien, preuve peut-être qu’allier deux médias est difficile. C’est en tout cas l’avis de F. Gerschel, fondateur de la revue Philosophie Magazine, qui ne croit pas au modèle du bi- média, car il serait difficile de faire coexister une offre payante et une offre gratuite. Le site philomag.com est donc un site compagnon mais sans rédaction dédiée, car le public serait beaucoup plus attaché au papier. Une exception au moment du bac où une opération spéciale est organisée sur le site : le corrigé en direct des sujets de philo, qui attirent près de 50 000 visiteurs en une journée.

2. COMMENT INCITER, COMMENT RENDRE LA PHILOSOPHIE ATTRAYANTE : STRATEGIES EDITORIALES ET AUCTORALES.

L’enjeu, pour les éditeurs et pour les auteurs, est d’inviter des lecteurs non-spécialistes à lire des ouvrages consacrés à une discipline qui possède encore une certaine sacralité, ou qui inspire en tout cas des réticences et des craintes (notamment celle de ne pas se sentir un lecteur légitime). La philosophie doit donc plus que jamais se montrer incitative, attrayante, et se donner une image en rupture avec celle qu’on lui donnerait à l’université. Depuis le livre pris comme objet attrayant, jusqu’aux thèmes abordés, en passant par les promesses faites au lecteur sur les quatrièmes de couverture et dans les préfaces, les voies sont multiples et il s’agit de les conjuguer.

a. L’objet-livre.

Premier reflet d’un ouvrage, l’apparence du livre en tant qu’objet doit attirer l’œil du lecteur potentiel et l’inciter à le découvrir.

Le format, tout d’abord, peut jouer un rôle dans cette attractivité. Certains éditeurs préfèreront une taille très réduite avec un petit nombre de pages, comme les collections “Boîte à outils philo” de Milan (carré de 12×12) ou “Philosopher” chez Quintette (12×16), pour plaire à des lecteurs qui ne sont pas habitués à lire ou pour montrer qu’on est capable de relever le défi de concilier concision et clarté. Ces petits formats, auxquels il faut ajouter les formats poche un peu plus grands, sont également facilement transportables, à mettre dans une poche ou un sac à main pour lire dans le métro par exemple. La maniabilité peut en effet être un argument de vente non négligeable. Les très petits formats et les poche ont aussi l’avantage de proposer des prix attractifs (entre 4 et 10 euros), enjeu important de la démocratisation de la philosophie et de la culture en général. Les livres plus épais, plus grands, viseront des lecteurs déjà aguerris pour qui le nombre de pages et l’effort de lecture ne constituent pas un obstacle psychologique pour découvrir la philosophie. Ainsi les ouvrages de L. Ferry, Comte-Sponville ou Onfray dans leurs premières éditions (souvent rééditées en poches du fait de leur succès). Une taille plus grande et une maquette plus travaillée que celle d’un poche confèrera au livre un certain prestige auprès des lecteurs habitués et sensibles aux ouvrages de meilleure facture. Ils sont néanmoins plus chers, autour de 20 euros.

Partant du principe que ce type de livre, pour rendre attrayante la philosophie, doit donner une image non rébarbative de la discipline, la couverture occupe une place de choix pour la dimension visuelle. Il s’agit, encore une fois, de faire rupture avec la représentation qu’on se fait de la philosophie universitaire, donc de proposer des couvertures plus originales et d’autant plus séduisantes qu’on s’adresse à un public potentiellement jeune. On pourra alors jouer sur la typographie de la page de titre (jeux sur la forme, la taille, la disposition des caractères). Par ailleurs, le jeu sur les couleurs est presque omniprésent : on fera le choix de couleurs gaies ou lumineuses, surtout pour les ouvrages s’adressant à des publics jeunes ou centrés spécifiquement sur l’initiation à la philosophie. On rencontre fréquemment des illustrations sur la couverture : dessins humoristiques, parodiques, ou dessins représentants des traits d’esprit. Ainsi, les ouvrages de la collection “pause philo” chez Milan présentent souvent des dessins ou photos-montages amusants : une carte bleue anthropomorphe chargée de sacs de courses sur la couverture de Petite philosophie du shopping100 ; un ballon de rugby placé entre la main de Dieu et celle d’Adam dans une parodie d’un détail de la création de Michel-Ange, sur la couverture de Petite philosophie du rugby101. On trouvera aussi des photos ou dessins assez spirituels sur les couvertures de 39 petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité102, de 101 expériences de philosophie quotidienne103. Les éditeurs et auteurs peuvent aussi faire le choix d’intégrer des illustrations à l’intérieur de l’ouvrage. C’est souvent le cas pour des ouvrages de taille moyenne à grande. Le texte sera alors plus aéré, et la lecture plus ludique. La place de ces illustrations est importante dans les ouvrages de type manuels ou guides : l’Antimanuel de philosophie, ou encore le Guide de l’apprenti philosophe104 auquel a collaboré l’artiste et auteur de bandes dessinées Benoît Jacques. Dans Les consolations de la philosophie105 Alain de Botton a choisi d’illustrer de manière exhaustive tous ses propos : reproductions d’œuvres d’art, images extraites de films, paysages, mais aussi photo d’un avion puis d’un carcasse d’avion lorsqu’il est question d’un crash d’avion, photos de noix de Saint Jacques lorsqu’il est question de ces coquillages etc.

D’autres auteurs ou éditeurs font le choix de plus de sobriété dans la maquette de leurs livres. Un Luc Ferry, un Comte-Sponville, un Finkielkraut, ou même les ouvrages de la collection “Philosopher” chez Larousse, accordent au texte la plus grande place et proposent une maquette beaucoup plus traditionnelle. Finalement, on remarque qu’en règle générale les livres en tant qu’objets auront une apparence différente selon qu’ils s’adressent à un public vraiment très large (couvertures colorées, bariolées, illustrations…) ou à ce fameux “grand public cultivé” (maquettes plus traditionnelles, et, si illustration il y a, celles-ci seront plus “sérieuses”, moins humoristiques).

Dans la presse, mis à part les hors-séries et dossiers spéciaux de certains magazines, il n’existe qu’un mensuel dédié à la philosophie. Philosophie magazine a beaucoup misé sur sa présentation, son aspect visuel, comme nous l’explique son fondateur Fabrice Gerschel106. Les techniques sont classiques : choix du papier glacé très brillant pour la couverture, maquette aérée, nombreuses photos, rubriques diversifiées. Mais le résultat est souvent original. Les couvertures, en particulier, sont toujours des montages de photos surprenants qui attirent l’œil et invitent déjà à s’étonner, à réfléchir sur la question posée par le dossier central. Ces stratégies contribuent, selon le fondateur de la revue, à “dépoussiérer” l’image de la philosophie.

L’aspect visuel des livres de philosophie pour enfants fait bien entendu l’objet d’une attention encore plus importante. Plus les publics visés sont jeunes, plus il y aura d’illustrations et moins il y aura de texte. Par exemple, la collection “Philozidées” chez Nathan propose seulement une réflexion par double-page. Tout l’espace de cette double-page est occupé par les images virtuelles conçues par Jacques Després.

b. Le titre et les promesses de la quatrième de couverture.

Pour viser un public non-initié, le titre d’un ouvrage doit être d’emblée très évocateur, pour ne pas dire “accrocheur”. Il doit être représentatif du contenu de l’ouvrage, ne pas être trop abscons, et susciter un désir de lecture soit en répondant éventuellement en quelques mots aux attentes du public, soit en proposant un titre surprenant, intrigant.

Une partie des titres rencontrés évoquent des préoccupations quotidiennes ou existentielles que peut avoir le public et présentent l’ouvrage comme une réponse à ces préoccupations : Les consolations de la philosophie107, d’A. de Botton ; La philosophie comme remède au chômage108, de J-L. Cianni ; ou Vaincre les peurs109 et Apprendre à vivre110, de L. Ferry. Ce type de titre met l’accent sur la dimension pratique et l’utilité de la philosophie. D’autres titres peuvent évoquer des activités ou des problèmes quotidiens, mais avec un traitement plus léger : avec Petite philosophie du shopping ou Petite philosophie du bricolage etc., la collection “Pause philo” chez Milan propose de traiter des questions très concrètes et a donc opté, dans la plupart de ses ouvrages, pour un titre commençant par Petite philosophie de… Le mot « petite » permet d’annoncer à la fois un sujet philosophique modeste, un traitement sans prétention de la question, mais aussi une compréhension facilitée, sans grands mots, sans grands concepts. Cette cohérence dans les titres est d’ailleurs un repère important pour les lecteurs.

Mis à part le cas des ouvrages proposant de traiter des notions philosophiques traditionnelles, les titres des ouvrages de philosophie pour le grand public contiennent rarement des concepts. Ils se veulent souvent au plus proche de la “vie”, et au plus loin du type de titre que l’on peut rencontrer dans les productions universitaires. Ils doivent marquer les esprits, proposer des thèmes porteurs.

Certains titres sont des questions. Ils rappellent ainsi des sujets de dissertations, invitant dès la couverture à s’interroger et à aller voir à l’intérieur de l’ouvrage comment il est possible de répondre à la question. Les petits ouvrages de la collection “Boîte à outils philo” chez Milan en font partie : Faut-il tolérer toutes les idées ?111, Faut-il donner un sens à la vie ?112 etc. Certains ouvrages pour enfants ont aussi un titre en forme de question, stimulante et propice à éveiller les réponses du petit lecteur, comme la collection “Philozenfants” qui demande « c’est quoi ? », un peu à la manière des enfants (Les sentiments, c’est quoi ?, Moi, c’est quoi ?, La liberté, c’est quoi ? etc.).

D’autres collections pour enfants préfèrent des titres opposant deux notions, comme “les goûters philo” : Le succès et l’échec, Le respect et le mépris. A noter que cette collection a fait le choix d’évoquer parfois, dès le titre, des notions plus abstraites et difficiles : L’être et l’apparence, Le bien et le mal, Les dieux et Dieu, Normal et pas normal etc.

Il peut arriver, plus rarement, que les auteurs et les éditeurs misent sur un titre surprenant, intrigant, jouant ainsi sur la puissance d’attraction que peut engendrer l’étonnement chez le lecteur. Des titres comme Platon et son ornithorynque entrent dans un bar113 ou Zénon et la tortue114 ne peuvent manquer de susciter la curiosité.

Quant à la quatrième de couverture, elle va s’avérer déterminante dans le choix ou non du livre. Elle répond bien sûr à une logique beaucoup plus commerciale que pour des livres de philosophie à public plus restreint. Elle doit évidemment s’accorder au titre et exposer le projet de l’ouvrage ainsi que la problématique philosophique abordée. Elle doit retenir définitivement l’attention du lecteur déjà sollicitée par le titre. Parfois, c’est un extrait du livre qui est reproduit, visant ainsi à prouver que le contenu est accessible, à donner un aperçu du style adopté. La quatrième de couverture doit également vanter les mérites du livre et les qualités de l’auteur. Sur celle de l’Antimanuel de philosophie de M. Onfray, on peut lire : « On peut philosopher en charentaises, tranquille; sans mettre en jeu le monde comme il va ; on peut, aussi user de la philosophie comme de la dynamite – en nietzschéen. C’est ce que propose Michel Onfray dans cet Antimanuel qui interroge philosophiquement le monde réel à partir de questions très contemporaines (…). Ce Livre transfigure les contraintes du programme scolaire des élèves de terminale en une série de Leçons socratiques et alternatives dans lesquelles la jubilation n’empêche pas la pensée – puisqu’au contraire elle la rend possible ». Sur celle des Consolations de la philosophie, on lit : « Et donc, si l’on en croit Alain de Botton, Socrate nous consolera d’être impopulaire, Épicure de manquer d’argent, Sénèque de se sentir perpétuellement frustré, Montaigne de ne jamais se sentir à la hauteur, Nietzsche de devoir sans cesse affronter de nouvelles difficultés et, sans doute plus surprenant encore, Schopenhauer d’avoir des chagrins d’amour. En six chapitres pleins de verve et d’érudition, sans oublier une solide dose de bon sens, nous allons apprendre à mieux vivre ».

Le plus souvent, donc, les quatrièmes de couverture des ouvrages grand public présentent essentiellement des arguments de vente et répondent à une logique commerciale, utilisant des formules très accrocheuses et présentant la philosophie comme une sorte de promesse de bonheur. Encore une fois, c’est d’autant plus le cas que l’ouvrage se veut “très grand public”. Des livres grand public mais un peu moins accessibles usent de plus de sobriété dans leurs arguments : ainsi par exemple, les quatrièmes de couvertures de la collection “Philosopher” chez Quintette nous disent « Cette collection est une invitation à l’effort de chacun pour penser par soi-même ». On peut également privilégier sur la quatrième de couverture les principales problématiques du livre, sans avoir à louer de façon excessive l’auteur ou l’ouvrage.

c. Le pacte de lecture dans les ouvrages d’initiation.

Les ouvrages d’initiation destinés au grand public visent à rendre la philosophie plus accessible : ils doivent répondre aux attentes potentielles ou avérées du public tout en restant fidèle à une forme d’écriture qui reste – quoi qu’en en pense après jugement – philosophique, une écriture qui résiste nécessairement plus ou moins à la lecture pour un public non-initié. Cet obstacle peut d’ailleurs s’avérer uniquement psychologique et non fondé sur une difficulté réelle de compréhension. L’auteur est donc souvent forcé de passer avec le lecteur une sorte de “pacte de lecture”, où il expose son projet, avec ses ambitions et parfois ses difficultés, tout en invitant le lecteur à le suivre et à lui faire confiance. Il peut également inciter le lecteur à aller plus loin que cette seule lecture. Ce pacte de lecture est le plus souvent formulé dans l’introduction, l’avertissement, l’avant-propos, ou la préface.

Ainsi, bien que l’objectif affiché soit de rendre la philosophie accessible à tous, beaucoup d’auteurs restent, en quelque sorte, honnêtes en annonçant que cette discipline est un chemin long, relativement difficile, et qui demandera un minimum d’effort de la part du lecteur. Il est important de remarquer toutefois que cette honnêteté, qui consiste à prévenir des difficultés de la philosophie, constitue la justification même de l’existence de tels ouvrages. Car si la philosophie était vraiment facile, les livres d’initiation à la philosophie n’auraient pas lieu d’être et l’on pourrait philosopher à partir de rien.

Dans l’avant-propos des Présentations de la philosophie115, A. Comte-Sponville commence par décrire la philosophie comme un travail, qui exige efforts, patience et lectures nécessaires. Il se présente comme une simple introduction, une porte parmi d’autres pour “entrer en philosophie”, et laisse au lecteur le soin d’aller ensuite, par lui-même, faire ses propres lectures, de partir à la découverte des œuvres. L’auteur se réclame ici de Kant, pour qui il est important non pas d’apprendre la philosophie mais d’apprendre à philosopher, à penser par soi-même mais avec les autres. Le pacte de lecture est ici assez clair et l’auteur semble conscient des faiblesses d’une simple introduction à la philosophie. En même temps, il nous dissuade d’interrompre là notre lecture en affirmant que l’homme « ne peut renoncer à la philosophie qu’en renonçant à une part de son humanité ». Dire cela, c’est forcer un peu l’acceptation du pacte de lecture. Voilà donc le lecteur averti : ce sera relativement difficile pour lui, mais maintenant qu’il a commencé, il ne peut s’arrêter là. D’autres ouvrages également invitent le lecteur à un travail et des lectures personnelles, comme le Guide de l’apprenti philosophe116 de Christian Roche et Jean-Jacques Barrère : dans l’introduction, les auteurs justifient la nécessité d’un guide pour explorer la philosophie, pour savoir où commencer. Ils présentent le livre comme à la fois instructif et distrayant, tout en invitant les lecteurs à ne pas s’en arrêter à cette lecture, à réfléchir par eux-mêmes : « Et enfin, vous adonner à la réflexion, à la comparaison et même – pourquoi pas ? – à la méditation. (…) Le seul espoir que nous ayons : que vous finissiez, après l’avoir acheté, par abandonner ce livre sur quelque étagère de votre bibliothèque (…) et qu’alors, vous alliez en voyage, seul, le nez au vent… ». La collection “Philosopher” des éditions Quintette se place, elle, sous l’autorité d’Alain : « La fonction de penser ne se délègue point, disait Alain. C’est tout le sens de la réflexion philosophique. Si philosopher c’est s’interroger sur le sens des mots et des choses, cette collection est une invitation à l’effort de chacun pour penser par soi-même ». Fernando Savater, auteur de Penser sa vie, invite le lecteur à « penser avec lui, voire contre lui ». Il dit ne proposer qu’un itinéraire, pour des tâtonnements, et pas un « guide définitif de pensées valables ». Il insiste sur la nécessité de l’investigation. Ces ouvrages semblent donc rester assez lucides sur la nature de la philosophie. Si l’on peut discuter de la valeur intrinsèque de ces ouvrages, il faut tout de même leur concéder qu’ils gardent envers la philosophie un certain respect et n’affichent pas des prétentions excessives, ce qui n’est pas toujours le cas.

Dans Comment choisir son philosophe ?117, O. Saint-Drôme (qui n’est pas lui-même philosophe) se fait l’apôtre d’une simplification nécessaire de la philosophie, en évoquant la collaboration du philosophe Frédéric Pagès : « Nous l’avons (…) irrité avec notre volonté de simplifier ; indisposé avec notre refus de retracer l’historique des concepts ; horripilé avec notre tendance à surfer sur la crête des idées ». Mais il finit par reconnaître : « La philo, ça commence par un effort, ça continue para des efforts et ça se termine par des efforts » (cette formule plutôt complaisante semble d’ailleurs signifier que la pratique de la philosophie se “termine” un jour, ce qui parait contradictoire avec la nature même de la philosophie). On remarque ainsi que parfois, le fait de concéder à la philosophie qu’elle est exigeante et difficile n’est peut- être qu’une manière de se donner bonne conscience tout en s’autorisant par ailleurs à ne plus vraiment respecter ses “devoirs” à l’égard de la philosophie. Beaucoup d’ouvrages cependant ne s’embarrassent pas de ces précautions et ne semblent pas s’interroger sur leurs limites ni sur les limites en général d’un livre d’initiation ou de vulgarisation. Ils promettent au public une lecture facile, sans jargon, sans technicité, avec une grande complaisance à l’égard des attentes supposées du grand public.

d. Faire de la philosophie avec tous les matériaux possibles, inventer des voies d’accès différentes pour « entrer en philosophie ».

Pour rendre la philosophie plus attrayante, les auteurs et éditeurs peuvent faire le pari d’inventer des voies d’accès nouvelles vers la philosophie. Les ouvrages grands public publiés ces dernières années essaient de montrer que l’on peut philosopher à partir de tout, même des choses les plus banales ou qui semblent les plus étrangères à la philosophie. Ils font donc le choix de plus d’originalité en abordant des thèmes non traditionnels ou non académiques. Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Rosi Braidotti, la philosophie interviendrait désormais « là où on ne l’attend pas ».

Comme nous l’avons observé plus haut, beaucoup d’ouvrages abordent des questions de la vie quotidienne, des activités courantes comme le sport, le bricolage, le shopping. Les préoccupations et activités du quotidien concernent tout le monde et peuvent donc, si l’on prend la peine réfléchir dessus, constituer une porte d’entrée accessible pour les non-spécialistes. Par exemple Pierre Riffard, dans Philosophie matin, midi et soir118, choisit même de construire une réflexion à la fois littéraire et philosophique selon la trame d’une journée, depuis le réveil matinal jusqu’à l’endormissement le soir, en passant par la douche, les trajets en bus, le travail etc.

On peut aussi choisir d’inviter à la philosophie par le biais d’autres domaines culturels ou artistiques, par exemple le cinéma (Cinéphilo119, La philosophie sur grand écran120…). Désormais la philosophie s’occupe également de télévision, avec l’ouvrage Philosophie en séries121 publié en 2009.

Il faut enfin mentionner ces auteurs américains Thomas Cathcart et Daniel Klein, qui dans Platon et son ornithorynque entrent dans un bar…122, proposent de philosopher à partir des histoires drôles. Selon eux, les concepts et théories philosophiques pourraient s’éclairer « à la lumière de bonnes blagues », celles-ci regorgeant de contenus philosophiques. Les histoires drôles auraient en commun avec la philosophie la même envie de « confondre nos préjugés, de tournebouler notre univers et de surprendre au gîte où elles se cachent les vérités sur la vie, le plus souvent dérangeantes ». On pourrait ainsi montrer qu’une blague sur l’adultère peut être le support d’un concept empiriste britannique, ou encore qu’il existe des blagues pour illustrer le telos aristotélicien. Cet ouvrage, certes surprenant et relativement bien écrit, a cependant tendance à se présenter comme un précurseur en la matière alors que d’autres ont été écrits dans la même veine quelques années plus tôt : par exemple en 2007 Petite philosophie des histoires drôles de Luc de Brabandere123.

Cette manière de “dépoussiérer” la philosophie en s’intéressant à des domaines qui lui sont a priori extérieurs semble avoir pour visée, entre autres, de faire rupture avec une tendance de la philosophie universitaire ou érudite que l’on pourrait qualifier de tendance autoréférentielle : philosopher sur la pensée d’un philosophe ou sur un concept purement philosophique. Désormais les auteurs veulent montrer que l’on peut philosopher même à partir de ce qui n’est pas d’emblée philosophique, et qu’il est possible de tout penser grâce à la philosophie. Cet argument est sans doute très vendeur, et un lecteur non-initié sera probablement plus attiré par un livre de philosophie sur le rugby ou le cinéma que par un ouvrage traitant du sujet transcendantal chez Husserl, même si celui-ci relève de la vulgarisation. Ces livres de philosophie, pour être lus, doivent s’adapter aussi aux centres d’intérêt du grand public. Mais au delà de cet aspect promotionnel, il s’agira plus tard de s’interroger sur cette tendance actuelle de la philosophie à vouloir tout penser, non pas dans le but de penser le tout mais d’explorer dans leurs moindres détails tous les domaines du réel.

3. LA PROBLEMATIQUE DE L’ECRITURE : COMMUNICABILITE ET TRANSMISSION.

La problématique de l’écriture philosophique est centrale si l’on veut étudier ces ouvrages pour le grand public. L’enjeu est la communicabilité d’un langage qui doit rester, même en étant plus simple, philosophique. Ce langage doit rendre possible la transmission d’un savoir, d’une culture philosophique, mais aussi, idéalement, la transmission du désir de penser par soi-même. Il convient donc de s’interroger sur les notions de vulgarisation et de pédagogie ainsi que sur les différentes manières d’écrire choisies par les auteurs de ces ouvrages destinés au grand public.

a. Vulgariser, rendre accessible la philosophie : un exercice problématique.

Il existe dans l’histoire de la philosophie des ouvrages très abscons et techniques côtoyant des ouvrages qui au contraire, sans pour autant traiter des questions moins importantes ou moins sérieuses, utilisaient un langage plus proche de l’exigence de clarté. Les Méditations Métaphysiques de Descartes par exemple, ou de nombreux ouvrages d’Alain, sont écrits dans une langue extrêmement commune et avec le moins de jargon possible. A l’inverse, un Kant ou un Husserl s’avèrent très difficiles à lire pour le non-philosophe. Ainsi semblent cohabiter dans l’histoire de la pensée deux conceptions, deux traitements différents du langage philosophique. La manière d’exposer sa pensée, de la partager, dépend entièrement du langage utilisé. Ainsi, comme l’écrit P. Thouard dans l’introduction de son ouvrage Le Partage des idées124, « des apophtegmes les plus abscons à la translucidité de l’essai pédagogique, du mime savant au mime poétique, l’éventail des possibilités formelles qui s’offrent [au philosophe] est vaste. Il relève d’un enjeu qui excède la simple stratégie de séduction ou de dissimulation, puisqu’il engage (…) le sort de sa pensée comme pensée partagée. »125. A une écriture simple, diaphane, tentant de réduire « l’écart entre la voix qui parle et l’oreille qui écoute », s’opposeraient une forme de séduction pour le mystère, l’obscurité, et une stratégie du retrait visant parfois à susciter la curiosité et à aiguiser l’intelligence du lecteur. Le problème de la communicabilité de la vérité a donc toujours été au cœur de l’histoire de la discipline.

Mais comme nous l’explique Y. Belaval dans Les philosophes et leur langage126, il ne faut pas confondre la clarté du langage avec celle de la pensée. Il y a une différence entre pouvoir lire et pouvoir comprendre et interpréter. Ainsi, le langage de Nietzsche peut sembler simple – c’est surtout dû à sa dimension poétique – mais la pensée, elle, l’est beaucoup moins. C’est là le piège de la facilité de lecture, à laquelle s’ajoute la facilité d’écriture : écrire de manière simple ce n’est pas pour autant être clair dans l’exposé de sa pensée. Et c’est prendre le risque de trop simplifier les problèmes voire de sacrifier l’exigence de rigueur propre à la philosophie. De plus, on reproche au langage technique et abstrait de s’écarter de l’évidence et de la clarté pour se perdre dans du « bavardage » ; pourtant « la raison d’être du vocabulaire technique ne réside -t-elle pas dans l’exigence de la clarté ? ». Ainsi Husserl fait-il de l’évidence la garantie de l’élucidation alors qu’il s’exprime lui-même dans un langage plutôt ésotérique. L’écriture philosophique est donc d’emblée problématique, et cela ne facilite pas l’élaboration d’ouvrages pour le grand public, ce qui explique peut -être que ce type d’exercice soit si difficile et si rarement réussi. Toujours est-il que l’utilisation d’un langage commun, partagé, n’a jamais interdit l’accès à des problèmes complexes ni empêché de les traiter avec profondeur. C’est cette particularité du langage philosophique qui doit sous-tendre la rédaction des ouvrages pour le grand public.

Il convient de faire remarquer que la notion de vulgarisation, appliquée à la philosophie, s’avère problématique. Elle signifie le fait de rendre accessible un savoir à un public profane. Or, ce qui pose ici problème n’est pas l’idée d’accessibilité, mais bien celle de “savoir”. Car la philosophie est certes un savoir (les concepts, l’histoire de la philosophie, tout cela s’apprend) mais elle ne peut en aucun cas se réduire à cela. Elle est aussi – et surtout – une réflexion, l’élaboration d’une pensée dans le temps. Dès lors, on voit mal comment vulgariser une réflexion sans la dénaturer, sans mutiler ses étapes et ses rebonds. Et il semble difficile de séparer le savoir philosophique de son élaboration historique et temporelle, d’autant plus que la philosophie consiste en une réflexion sur les savoirs. Il ne s’agit pas d’un simple exposé de connaissances. En somme, le savoir philosophique a ceci de spécifique qu’il est toujours déjà réflexion. Et ce qui permet de dire qu’un ouvrage est réellement philosophique, c’est précisément qu’il construit une réflexion propre, inédite, voire innovante.

L’écriture de philosophie pour le grand public est donc un exercice problématique car il ne s’agit pas uniquement de transmettre un savoir : ce qu’il faut aussi transmettre c’est la teneur et l’évolution d’une réflexion, c’est la pensée en train de se faire et non simplement le résultat. Enfin, idéalement, il faut transmettre un certain type de rapport à la philosophie, qui ne relève pas uniquement de l’observation et de la réception, mais qui suscite une réflexivité, un désir d’imiter non pas le contenu de la pensée mais l’acte de penser lui-même.

b. Le passage d’une écriture universitaire à une écriture pédagogique.

Il se trouve que très rares sont les auteurs de philosophie pour le grand public qui s’expriment et s’expliquent dans leurs ouvrages sur leur manière d’écrire. La plupart d’entre eux sont des professeurs ou d’anciens professeurs d’université. Il serait donc intéressant d’apprendre comment il est possible de passer d’une écriture universitaire (destinée aux spécialistes voire aux étudiants) à une écriture très pédagogique, accessible aux non-spécialistes. Mis à part le rejet du jargon et de la technicité, on en sait peu sur leur travail d’écriture. La manière de traiter ce qui relève du concept, par exemple, est peu commentée.

Ce qui ressort dans les ouvrages grand public de qualité, ce sont des démarches qui ne relèvent pas de la réduction ou de la renonciation (au concept, à l’abstraction, à l’analyse…) mais plutôt de la reformulation ou du “dépliage” des idées. On ne cherche pas un langage qui épouse le concept pur : il faut au contraire déplier (selon l’étymologie même d’ “expliquer”), retracer les étapes d’une réflexion. C’est là une forme de “vulgarisation” valable pour la philosophie. A l’inverse, certains ouvrages ne s’embarrassent pas de cette rigueur et contiennent ainsi de nombreux raccourcis (c’est-à-dire le fait de ne pas retracer le lien entre les idées) et des approximations. L’honnêteté intellectuelle, valeur indispensable en philosophie, doit donc sans cesse sous-tendre l’écriture. L’impact pédagogique de cela est aisé à comprendre : en effet, ne donner que les résultats d’une réflexion ou faire des liens peu justifiés entre les idées ne constitue pas un modèle de pensée à imiter pour les lecteurs. Le lecteur, pour comprendre et s’approprier l’essence de la réflexion philosophique (et non pas uniquement ses résultats), doit trouver en face de lui une pensée en train de se faire, une pensée qui s’explique et se justifie elle-même.

Jean-Philippe Pierron, professeur à l’Université Lyon III et auteur de Faut-il donner un sens à la vie ? dans la collection “Boîte à outils philo” chez Milan, a aimablement accepté d’expliquer la manière dont a été composé ce petit ouvrage. Tout d’abord ce dernier a fait l’objet d’une commande de la part de l’éditrice, Martine Laffont, elle-même docteur en philosophie – ce qui a permis une collaboration fructueuse. Le fait qu’il s’agisse d’une commande posait d’emblée des contraintes d’écriture, difficiles mais stimulantes : sujet et titre (sous forme de question) étaient imposés, un peu comme l’exercice de la dissertation. L’auteur et l’éditrice se sont mis d’accord sur la nécessité d’écrire des phrases courtes, de bannir le vocabulaire technique. Un autre point important a été l’interdiction des notes en bas de pages, ce qui obligeait à la clarté au tout premier degré de l’écriture. Cette contrainte a été mise en place au niveau de la collection car celle-ci vise des publics jeunes et peu habitués à la lecture de philosophie. Enfin, l’ouvrage devait proposer, à la fin, une “boîte à outils” : quelques concepts expliqués et des références pour pousser plus loin les lectures. J-P. Pierron nous a par ailleurs expliqué que cette écriture était le fruit d’une collaboration et d’échanges successifs entre lui et l’éditrice. Plusieurs relectures ont été faites par l’éditrice, qui proposait ensuite de retravailler certaines formulations, de raccourcir certaines phrases. Du fait de la formation philosophique de Martine Laffont, ce travail a été très efficace et pertinent. Ensuite, l’ouvrage a été soumis à des lectures-tests : l’auteur a fait lire certains passages du livre à des adolescents de son entourage (deux lycéens et un élève de 15 ans). Ceux-ci ont émis des questions, beaucoup plus sur le fond que sur la forme, ils ont réagi au contenu philosophique lui-même, prouvant que l’écriture adoptée ne constituait pas un obstacle à la compréhension. Une autre lecture-test a été faite avec un journaliste de l’Equipe , afin d’essayer de s’adapter à plusieurs types de publics. Celle-ci également s’est avérée positive. On constate donc que l’écriture, loin de se réduire à une activité solitaire, est parfois le fruit d’échanges multiples et se fait par adaptations successives. Elle est mise à l’épreuve bien avant la publication et retravaillée dans les détails afin de coller le plus possibles aux caractéristiques du lectorat. M. Pierron a beaucoup insisté sur la démarche pédagogique mise en œuvre dans son écriture, la communicabilité de la philosophie passant selon lui par la nécessité de trouver des médiations efficaces. Trouver ces médiations est un exercice très difficile qui demande tout autant de rigueur qu’une écriture philosophique plus érudite et technique. La pédagogie, la clarté, sont un type de travail différent mais tout aussi exigeant. Selon M. Pierron, le fait d’être enseignant lui a été d’un grand secours, car il a pris l’habitude – et c’est même un principe fondamental dans tous ses cours – de toujours trouver des médiations, des manières de reformuler habilement les idées sans jamais les dénaturer. Pour cela, il dit privilégier “l’ordre de l’exposition” à “l’ordre des raisons”. Il est convaincu qu’il existe des manières intelligentes de rendre la philosophie accessible sans opérer une dégradation.

Cet exemple ne fait pas office de règle d’écriture pour tous les ouvrages de philosophie grand public. Beaucoup ne bénéficient pas de ce type de collaboration entre éditeur et auteur, et l’écriture ne relève pas nécessairement des mêmes exigences.

L’expérience de Michel Puech, co-auteur de la plupart des livres de la collection “Les goûters philo” chez Milan, est tout aussi instructive : son rôle était d’opérer un cadrage, une mise en forme philosophique, avant et après l’écriture du texte par Brigitte Labbé (celle-ci n’étant pas philosophe de formation) . Il nous a expliqué ne pas travailler en termes de renoncement mais plutôt en termes de ressources : « on peut s’appuyer sur toutes les ressources de la vie et des connaissances et sensibilités d’un enfant à partir de 10 ans, et c’est très riche ». Selon lui, toute pédagogie (en particulier envers les enfants) consiste à se mettre à la place de celui à qui l’on parle. Surtout, un point important est de ne pas faire ressentir à son lecteur ses lacunes en références philosophiques, son éloignement par rapport au concept.

c. Style léger, humour et désacralisation : vers une philosophie « décomplexée » ?

Il s’agit ici de s’arrêter sur une caractéristique d’écriture rencontrée assez fréquemment dans les ouvrages de philosophie pour le grand public. C’est la pratique de certaines formes d’humour, de légèreté dans le ton, contribuant à désacraliser la philosophie, à la traiter de manière moins solennelle, à la fois pour la rendre plus proche des lecteurs, plus accessible, plus désirable, mais aussi pour s’inscrire en faut contre la philosophie universitaire et sa réputation grave et hermétique.

L’écriture, libérée des exigences universitaires, se fait souvent moqueuse envers la philosophie des spécialistes. Ainsi P. Riffard commence-t-il son livre Philosophie matin, midi et soir par cette remarque : « La philosophie est comme un casse-noix : certaines personnes ne réussissent qu’à se pincer les doigts avec, les professionnels le retournent dans tous les sens, et puis – quand même – il se trouve des gens qui s’en servent pour ouvrir ces merveilleuses noix qu’on appelle les pensées »127. Cette manière d’opposer la philosophie des spécialistes obnubilés par la technicité et coupés du monde à une philosophie utile, proche de la vie relève, il faut bien le dire, du stéréotype. Ce genre d’idée traverse pourtant bon nombre d’ouvrages de philosophie pour le grand public, contribuant à accentuer l’image négative que le public peut se faire de la philosophie universitaire.

Le ton humoristique peut être adopté tout au long d’un ouvrage. Par exemple, dans Comment choisir son philosophe ?, O. Saint-Drome choisit de traiter la philosophie comme une thérapie pour laquelle il faudrait bien choisir son remède (le sous-titre est : Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques). Le titre lui-même renvoie à ces dossiers “consommation” publiés dans certains magazines (comment choisir son écran plat ou sa voiture), et chaque chapitre porte des titres humoristiques : “C’est quoi un philosophe ?”, “Où trouver du philosophe ?”, “Quelles actions acquérir pour un profit maximal ?”, ou encore “La Sécurité Sociale acceptera -t-elle de me rembourser ce livre ?”. Ce livre se moque bien sûr de la tendance à considérer la philosophie comme une thérapie, mais il est assez difficile de savoir dans quelle mesure il adhère lui-même à ce type de représentation, où s’arrête l’humour et où commence le sérieux. Et on se demande si l’auteur tente de ridiculiser les excès de la philosophie grand public actuelle, ou s’il se moque de la philosophie elle-même. En tout cas, la philosophie dans ce livre est traitée de manière superficielle, avec de nombreuses approximations et un manque certain de rigueur. Il y a beaucoup de biographies d’auteurs, traitées sur le mode de l’humour également. Certains auteurs semblent avoir pris à la lettre le trait de Pascal (« Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher »), en oubliant qu’on ne se moque bien d’une chose que lorsqu’on la connaît et qu’on la traite profondément. D’autres ouvrages au ton humoristique peuvent s’avérer pourtant un peu plus rigoureux, comme Platon et son ornithorynque… qui se sert des histoires drôles pour illustrer des thèses philosophiques, et dont l’aspect pédagogique est réellement intéressant. Ce registre humoristique est donc très présent dans beaucoup des livres étudiés, contribuant à désacraliser la philosophie pour la rendre plus accessible mais aussi, et c’est peut-être plus regrettable, à la tourner en dérision sans vraiment proposer de réflexion alternative.

La tendance est aussi à la désacralisation des philosophes eux-mêmes. On tente de les faire descendre du piédestal où la philosophie académique les aurait placés. Ces figures intouchables de l’histoire de la pensée sont souvent raillées pour leurs manies, leurs petits défauts, ou toutes sortes de choses relevant de la biographie, mais aussi sur des traits souvent caricaturés de leur philosophie. Kant en particulier fait l’objet de pointes, chez Onfray notamment (« les conditions de possibilité, les limites – obsessions kantiennes (…) »128, qui se fait le porte-parole de philosophes mis à l’écarts en démystifiant certains philosophes qui n’ont peut -être pas la place qu’ils méritent dans l’histoire des idées (comme certains philosophes des Lumières, Voltaire et Diderot par exemple). On trouve aussi cette tendance à la désacralisation chez le philosophe Jean-Baptiste Botul (supercherie philosophique créée par Frédéric Pagès) dans La vie sexuelle d’Emmanuel Kant 129. Pagès a également fait paraître sous ce pseudonyme Nietzsche et le démon de midi130, dans la même veine. Souvent, on fait appel à ce qui est de l’ordre de la biographie et de l’anecdote pour rendre les philosophes moins impressionnants pour les lecteurs, pour leur donner un caractère plus humain. Dans Les philosophes vus autrement, par exemple, Laurence Vanin-Verna propose des anecdotes sur les grands penseurs, à partir desquelles elle expose les grands traits de leur philosophie.

Le langage employé dans ces ouvrages, enfin, contient parfois des expressions relâchées, un style familier, s’inscrivant en rupture avec le style très soutenu des ouvrages plus érudits.

La philosophie fait ainsi l’objet de tentatives de désacralisation plus ou moins pertinentes et plus ou moins justifiées, qui laissent penser qu’elle devient “décomplexée”, selon une expression en vogue. Le problème n’est pas que l’humour ou la légèreté soient incompatibles avec cette discipline, bien au contraire. La philosophie ne souffre pas d’un peu de fantaisie, de gaieté, voire de légèreté, à partir du moment où ces registres la servent au lieu de lui nuire. L’humour, la critique ironique, se doivent d’être constructives, et c’était sans doute tout le sens de la phrase de Pascal.

III – Le devenir de la philosophie au travers de ce phénomène éditorial.

Ce phénomène éditorial qui touche aujourd’hui la philosophie, avec les caractéristiques propres que nous venons d’étudier, met en question le devenir de cette discipline. Car au-delà de l’effet de mode, de l’influence du marketing et des médias, il s’agit de s’interroger sur la nature et la forme de la philosophie qui nous est proposée. Même s’il semble que le véritable devenir de la philosophie et les avancées de la pensée se jouent davantage dans la sphère universitaire ou des formes de recherches plus savantes, il n’en reste pas moins que ce qui prend aujourd’hui le nom de philosophie, destinée au grand public, influe de façon non négligeable sur l’évolution de la discipline, ou du moins sur la représentation que l’on s’en fait. Il convient donc de s’interroger sur ce que devient la philosophie, sur ce que l’on nous donne véritablement à penser lorsqu’on nous propose de nous initier ou d’aborder philosophiquement des questions qui nous concernent tous. Que met-on aujourd’hui derrière le terme de philosophie ?

1. UNE CONCEPTION PRATIQUE VOIRE UTILITARISTE DE LA PHILOSOPHIE.

Cette tendance à promouvoir une conception pratique voire utilitariste de la philosophie, souvent inspirée par les sagesses antiques, ne concerne pas tous les ouvrages destinés au grand public. Pourtant elle en sous-tend un nombre important, si bien qu’il semble nécessaire ici de s’y arrêter, afin d’en étudier les différents aspects.

a. Une volonté de revenir aux fondements de la philosophie et à l’attitude de la sagesse.

Il s’agit tout d’abord de faire remarquer une tendance qui sous-tend beaucoup d’ouvrages de philosophie destinés au grand public, à savoir une volonté de retourner aux fondements de la philosophie, à ses principes originels. Cela révèle une fois de plus une opposition au monde universitaire qui ferait de la philosophie une discipline technique et érudite alors que le véritable devoir de celle-ci serait de répondre aux interrogations les plus fondamentales des hommes. Nous avons vu combien étaient critiqués ces soi-disant excès de la philosophie enfermée dans l’académisme, s’abstrayant des préoccupations importantes des individus. Les philosophes spécialistes en auraient oublié leur curiosité d’origine, selon Jostein Gaarder131, auteur du Monde de Sophie. C’est cette curiosité, cet étonnement qu’il s’agirait de remettre à l’honneur dans toute démarche qui se voudrait philosophique. On considère en effet la philosophie comme naturelle à tout individu, devant être stimulée par l’étonnement. En somme, les débuts de la philosophie occidentale, sorte d’ “âge d’or” de la philosophie, seraient le modèle à imiter à l’échelle de chaque individu qui voudrait entrer en philosophie : l’étonnement originel, puis le questionnement, le dialogue, la réflexion, l’analyse, etc.

Il faudrait donc prendre pour archétype la démarche originelle des premiers philosophes de notre civilisation. Et en particulier Socrate, qui constitue une figure de proue, la référence la plus récurrente, symbole à lui tout seul de la philosophie. Jostein Gaarder, dans la source citée précédemment, pose l’attitude socratique comme un modèle (Socrate apprenant par la bouche de l’oracle de Delphes qu’il est l’homme le plus sage d’Athènes alors qu’il croit qu’il ne sait rien). Marc Sautet, inventeur du café-philo, se réclamait lui aussi de Socrate, et la presse l’a souvent comparé à ce personnage. Il en va ainsi de la référence socratique dans bon nombre d’ouvrages pour le grand public. Socrate représente l’autodidaxie et la spontanéité de la pratique philosophique, spontanéité qu’il faudrait justement réinstaurer, car tous les individus possèderaient en eux les germes d’une pensée ne demandant qu’à être sollicitée. La figure de Socrate et sa destinée originale constituent donc un mythe, avec ses valeurs, ses anecdotes qu’on n’en finit par de raconter comme symboles de son attitude philosophique totale. Il a d’ailleurs fait l’objet dernièrement de deux dossiers spéciaux (très similaires) dans le Magazine Littéraire de juin 2009132 et dans Lire d’octobre 2009133. Il est également courant que des livres de philosophie pour le grand public adoptent plus ou moins la forme de dialogues socratiques, comme La philosophie expliquée à ma fille134, de Roger-Pol Droit, Eloge de la faiblesse, d’Alexandre Jollien, mais aussi Le Monde de Sophie de J. Gaarder. A. Comte-Sponville, lui, affirme « philosopher à l’ancienne, mais pour aujourd’hui »135.

Par ailleurs, les philosophies antiques (l’épicurisme, le stoïcisme, ou l’hédonisme et les cyniques grecs pour Onfray par exemple) jouissent actuellement d’une notoriété importante. Des auteurs comme A. Jollien, M. Onfray, A. Comte-Sponville, se réfèrent fréquemment à ces sagesses qui réinstaurent la quête du bonheur et du bien-vivre au cœur de la démarche philosophique. Ces sagesses grecques, nées de réactions aux philosophies platonicienne et aristotélicienne qui dévalorisaient la recherche du bonheur, sont considérées aujourd’hui comme des passages obligés pour l’initiation à la philosophie mais aussi comme des garde-fous contre les pressions que nos sociétés capitalistes et individualistes peuvent faire subir aux individus.

Remettre les philosophies antiques à l’honneur, c’est aussi réhabiliter des démarches philosophiques et des modes de pensées que la philosophie moderne avait évincés. Ainsi, la notion de sagesse revient au centre des préoccupations de beaucoup d’auteurs. Il s’agit de considérer la philosophie non plus comme une forme d’érudition ou comme une volonté d’interpréter du monde – et encore moins de le transformer – mais bien comme une manière de devenir sage, d’adopter une attitude sensée face au monde, et même, si l’on en croit certains auteurs, de redonner un sens à notre existence. On en appelle à l’étymologie même du mot “philosophie”, habituellement traduit par amour de la sagesse, pour rappeler qu’on s’est peut être trop éloignés des fondements de la discipline, et que la rendre accessible au plus grand nombre nécessite peut- être de retourner à ces origines. Des ouvrages comme ceux de Comte-Sponville ou A. Jollien par exemple, sont sous-tendus par l’idée que la valeur de la philosophie consiste essentiellement dans sa capacité à nous rendre heureux et sages. Pour Comte-Sponville, qui souhaite penser une « sagesse pour notre temps » les malheurs de l’homme viendraient de l’espoir, cause de souffrance car l’homme ne peut que faire le constat d’une absence de progrès de l’humanité, d’un échec à vouloir penser les grandes valeurs comme la vérité ou Dieu. Il propose donc une attitude du désespoir, vertu qui serait source de sérénité et de béatitude. Il a été l’un des premiers à remettre à l’honneur cette forme d’éthique en France. Roger-Pol Droit nous invite à réfléchir sur les sagesses autres que grecques, comme les sagesses chinoises, tibétaines, indiennes, dans les deux tomes de Philosophies d’ailleurs136. Quant à A. Jollien (Le métier d’homme137, La construction de soi138 etc.), il préconise une sagesse basée sur la joie et la libération du regard d’autrui pour parvenir à vivre avec le handicap et mieux s’enrichir de ce que la vie offre à chacun. Et dans Qu’est-ce qu’une vie réussie, L. Ferry s’interroge sur ce que les anciens peuvent nous apporter afin de comprendre ce qu’est une “vie bonne”.

Ces exemples symbolisent la tendance actuelle de bon nombre d’ouvrages pour le grand public, à savoir proposer une sagesse inspirée des philosophies antiques ou plus récentes (Montaigne, Pascal, Nietzsche sont également des figures assez récurrentes). Il convient de s’interroger sur cet engouement pour la “sagesse” et plus largement pour la philosophie pratique.

b. Le retour d’une philosophie morale et surtout pratique.

A travers cette notion de sagesse, c’est la volonté de revenir à une philosophie morale et pratique qui prévaut. De nombreux ouvrages de philosophie pour le grand public ont une visée essentiellement éthique, centrée sur le désir de mieux vivre, d’ordonner son existence selon des préceptes et des valeurs plus solides que celles que nous offre le monde actuel.

Pour nous attarder un peu sur la notion de sagesse, il va sans dire qu’elle possède un pouvoir d’attraction important vis-à-vis des lecteurs. Elle constitue un argument de vente solide, surtout lorsque l’on nous propose de « apprendre à vivre », de « vaincre les peurs », de « se construire ». Ces propositions sont désirables pour un grand nombre d’individus en quête de développement personnel. De plus, l’appel aux philosophies antiques confère à ces ouvrages une aura et une légitimité toutes trouvées. La référence aux racines, aux fondements de la philosophie, justifie d’elle-même ces ouvrages : Socrate, Platon, deviennent des marques qui en garantissent le bien-fondé, car la confiance à l’égard de ces nobles origines ne peut être remise en question.

De plus, l’attrait pour ces philosophies peut se justifier par leur apparente simplicité et facilité d’accès. Les dialogues des œuvres de Platon, les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, peuvent sembler à la portée de tous, soit du fait de leur clarté et de leur fluidité, soit du fait de leur dimension littéraire. On aurait l’idée d’une philosophie plus pure, plus spontanée, plus originelle, qui n’aurait pas été “pervertie” par les élucubrations de la philosophie universitaire et académique. Ce fantasme d’un âge d’or, selon lequel cette philosophie-là serait plus vraie, plus authentique, est bien sûr très discutable.

D’un point de vue philosophique, la sagesse s’oppose en quelque sorte à la philosophie elle- même : la philosophie serait le mouvement, l’inassouvissement, la soif de toujours plus de vérité par l’analyse et la déconstruction des concepts, ou encore, selon la théorie hégélienne, le moteur du progrès intellectuel de notre civilisation et selon Marx, le moteur de la transformation du monde ; la sagesse au contraire représente une certaine forme d’immobilité de la pensée et de l’âme, du fait de la recherche exclusive de la sérénité, de l’ataraxie. Cet “amour de la sagesse” peut donc être interprété de deux manières : soit en se plaçant du côté de la sagesse et donc de la tranquillité de l’âme, soit en se plaçant du côté de l’amour, qui place la philosophie sous le signe d’Eros, du désir jamais complètement assouvi de vérité. Ce que contiennent ces sagesses auxquelles nous invitent les philosophes d’aujourd’hui, c’est une forme d’intemporalité, dont on peut se demander si elle n’est pas en même temps abstraction vis-à-vis des réalités auxquelles nous sommes confrontées : on a du mal à comprendre comment ces sagesses antiques pourraient répondre aux enjeux de la société de l’information ou du développement durable, à moins de leur faire dire ce qu’elles ne disent pas. De plus, la notion de sagesse peut promouvoir une vie désabusée, une renonciation au progrès voire à la dimension révolutionnaire de la philosophie. Enfin, ces sagesses telles qu’on nous les présente possèdent à la limite une valeur esthétique et peuvent également apporter, de temps à autres, des solutions pour certains embarras de l’existence. Ainsi, du fait de leur nature même et de la manière dont elles nous sont servies (c’est-à -dire un peu toujours de la même façon et à la sauce d’aujourd’hui), on pourrait dire que ces sagesses ont sans doute une utilité existentielle mais qu’elles sont nulles d’un point de vue philosophique.

Plus largement – car cela va bien au-delà de la simple notion de sagesse – l’heure est donc à un regain d’attention pour la dimension essentiellement pratique de la philosophie. Sa dimension spéculative est largement mise de côté. Il s’agit bien évidemment, comme nous l’avons vu, de rendre la philosophie attrayante et désirable pour le lecteur non-spécialiste qui, sans cette dimension pratique, ne trouverait pas d’autre intérêt à la philosophie qu’un simple aspect ludique. Dès lors, nous sommes invités dans bon nombre de ces ouvrages à relire les textes de la philosophie traditionnelle afin de comprendre en quoi ils peuvent nous aider, aujourd’hui, à mieux vivre et à adopter une attitude raisonnée vis-à-vis de ce qui nous entoure. Ainsi A. de Botton nous propose-t-il de nous « consoler », grâce à quelques philosophes, de certains malheurs qui peuvent s’abattre sur nous, comme nous le résume la quatrième de couverture : « Et donc, si l’on en croit Alain de Botton, Socrate nous consolera d’être impopulaire, Épicure de manquer d’argent, Sénèque de se sentir perpétuellement frustré, Montaigne de ne jamais se sentir à la hauteur, Nietzsche de devoir sans cesse affronter de nouvelles difficultés et, sans doute plus surprenant encore, Schopenhauer d’avoir des chagrins d’amour »139. On ne cesse de vouloir nous prouver que la philosophie peut être utile en toutes circonstances, comme J- L. Cianni dans La philosophie comme remède au chômage140, et qu’elle peut changer notre existence. Selon Comte-Sponville dans Présentations de la philosophie, les questions kantiennes correspondant aux trois critiques peuvent être réunies en une seule : « Comment vivre ? ». Et pour mieux vivre, il faut donc mieux penser. La réforme de notre manière de réfléchir et de considérer le monde doit nous permettre de mener une existence plus authentique. Il est également souvent fait référence à la notion d’humanisme, notamment chez L. Ferry.

L’éthique, la dimension pratique de la philosophie, sont à comprendre comme une réponse à la demande de sens des individus de la société contemporaine. La quête de valeurs se fait alors par bricolages plus ou moins légitimes : épicurisme, kantisme, nietzschéisme, stoïcisme, scepticisme, ou hédonisme selon les situations. Les auteurs eux-mêmes défendent cette démarche en sollicitant de nombreux philosophes pour répondre à une seule et même question. Chacun est alors amené à faire sa propre cuisine parmi ces références. On peut dès lors se demander une fois de plus avec Jacques Bouveresse si la demande philosophique actuelle ne correspondrait pas plutôt à une demande de valeurs et de croyance et non à un légitime besoin de penser par soi-même et de construire ses propres valeurs. C’est tout le problème de la valeur que l’on peut accorder à l’initiation à la philosophie par ce genre d’ouvrages.

De plus, cette demande d’éthique, à laquelle répondent ces sagesses et ces formes d’humanisme réactualisées, relèverait toujours selon Bouveresse d’une certaine hypocrisie de notre société : à mesure que le cynisme se répand, on attendrait de plus en plus du philosophe qu’il renforce la bonne conscience générale en prêchant une éthique et des valeurs universelles141. Cette tendance ne serait d’ailleurs pas nouvelle, et il cite Musil dans L’Homme sans qualités : « Aujourd’hui, si tout le monde est autorisé à agir en commerçant, une vieille tradition exige que l’on parle en idéaliste ».

c. Une pensée centrée sur l’individu et la quête du bien-être : conception utilitariste de la philosophie.

On a vu que les auteurs cherchaient surtout à montrer l’utilité de la philosophie, sa pertinence dans nos préoccupations quotidiennes. Du coup, une partie de ces ouvrages axés sur la sagesse et la portée pratique de la philosophie s’adressent bien souvent au lecteur en tant qu’individu, et leur visée est avant tout celle du bien-être. De plus, on peut être amené à parler d’une conception utilitariste de la philosophie, qui pencherait vers une visée thérapeutique.

Il faut tout d’abord remarquer la tendance à s’adresser uniquement au lecteur comme individu et à son univers personnel. Certains livres, comme la plupart des ouvrages de la collection “Pause philo” chez Milan, se concentrent sur le quotidien, sur l’univers immédiat du lecteur : le voyage, le bricolage, le shopping, la naissance d’un enfant, la cuisine etc. On pourrait considérer cela comme une tendance “cocooning” de la philosophie (le cocooning étant une attitude à la mode qui consiste à valoriser le confort de la maison, le plaisir d’être chez soi). La philosophie que l’on rencontre dans ce type d’ouvrage a un aspect très casanier, elle reste cantonnée au petit monde du lecteur, sans le dépayser, sans l’inviter à explorer des thèmes plus étrangers ou plus étranges. On reste dans le quotidien, le loisir, le divertissement, c’est-à-dire dans la sphère du privé, avec toutes les implications que cela peut avoir sur la dimension politique – au sens large – de la philosophie. On ne prend pas le risque de brusquer l’individu, de le troubler dans sa quiétude ou de nuire à son identité.

La quête du bien-être, de l’épanouissement par la philosophie est également très valorisée, avec l’idée que cette discipline peut participer à la construction de soi dans l’harmonie et la plénitude. La philosophie se confond alors avec la mode du “développement personnel”. Le développement personnel est une tendance actuelle qui concerne essentiellement la psychologie, et qui vise à l’amélioration de la qualité de l’existence par une meilleure connaissance de soi, une valorisation des talents et de son propre potentiel, et à la concrétisation des aspirations. On fait appel à cette notion dans le cadre de l’existence individuelle mais aussi dans le cadre professionnel (être mieux au travail, améliorer ses relations avec ses collègues etc.) De là découle le phénomène très en vogue du “coaching”, dont le but est d’améliorer ses performances professionnelles et personnelles grâce à un suivi personnalisé. Il arrive donc qu’une partie de ce qui porte aujourd’hui le nom de philosophie participe de ce phénomène- ci, à savoir prendre les idées philosophiques comme des instruments de coaching ou de “management de soi”.

D’une mode à l’autre, la philosophie remplacerait alors la psychologie et la tendance New age. On rejoint ici le phénomène de la “philothérapie”, qui considère la philosophie comme une alternative à la psychologie pour répondre aux problèmes existentiels, aux angoisses, aux cas de conscience etc. Ainsi des ouvrages tels que Les consolations de la philosophie ou La philosophie comme remède au chômage, ou encore le best-seller Plus de Platon, moins de Prozac !142 de Lou Marinoff (figure de proue de la philothérapie aux Etats-Unis) correspondent exactement à ce type de conception de la philosophie. En plus de détourner les idées philosophiques, voire de les déformer aux seules fins du bien-être de l’individu, ces pratiques enferment la discipline dans une forme de complaisance et de consensualisme qui semble contradictoire avec la mission et la nature même de la philosophie. Le souci de soi, qui avait prévalu dans les sagesses antiques notamment, est aujourd’hui l’objet d’une récupération qui transforme la philosophie en une discipline foncièrement utilitariste tournée vers l’individu.

2. UN PHENOMENE QUI MET EN JEU LA SANTE DE LA PHILOSOPHIE.

a. La popularisation de la philosophie dans notre société : une exigence démocratique ?

Une grande partie des auteurs justifient la démarche de popularisation de la philosophie en la présentant comme une exigence démocratique. Certains ouvrages permettraient de s’approprier des outils de réflexion nécessaires à la participation au débat public. De plus, il est vrai que dans un régime démocratique, la souveraineté du peuple suppose que celui-ci soit éduqué et qu’il contribue aux décisions politiques dans l’exercice de son libre arbitre. Dans ce cadre là, et comme le promeut d’ailleurs le rapport de l’Unesco sur la pratique de la philosophie dans le monde, la démocratisation de la philosophie peut à juste titre être considérée comme une nécessité pour former des citoyens éclairés et permettre un fonctionnement sain de la démocratie. La philosophie peut en effet fournir des instruments critiques et des méthodes de réflexion très salutaires. Les enjeux que le monde d’aujourd’hui pose à nos sociétés sont, de surcroit, des problématiques qui impliquent la réflexion et l’action de chaque citoyen à son échelle, comme c’est le cas avec les enjeux environnementaux. D’autres phénomènes comme Internet, la société de l’information, la bioéthique, sont l’affaire de chaque individu et il semble nécessaire que chacun ait non seulement accès à la réflexion produite sur ces sujets mais aussi la possibilité de participer soi-même à des discussions, des débats, voire à des formes de militance. Il existe ainsi des livres, parmi ceux que nous avons étudiés, qui proposent, avec un contenu accessible, de traiter ces enjeux :

L’Ethique animale143 de Jean-Baptiste Jeangene-Vilmer, Humain, Post-Humain144 de Dominique Lecourt en sont de bons exemples. Ils s’adressent à un grand public cultivé et offrent un traitement accessible, limpide et éclairant de ces questions.

On rencontre ainsi de temps en temps dans le paysage éditorial actuel des ouvrages de ce type qui créent un véritable réseau de sens pour la société d’aujourd’hui. Mais la lecture d’un livre, vecteur de transmission d’un savoir et d’une réflexion, a un impact personnel au premier abord, et ne peut à elle seule constituer un engagement dans le débat public. De la lecture au débat ou à l’acte politique, il y a souvent un écart, d’autant plus que la possibilité de participer au débat public pour l’ensemble des citoyens semble aujourd’hui assez limitée.

J. Bouveresse fait souvent remarquer145 que dans la démocratie française actuelle, on a beaucoup plus tendance à s’adresser au citoyen par la voie de la séduction que par celle de l’argumentation. Le type d’ouvrage que nous avons cité plus haut, en plus d’être assez rare, serait donc moins susceptible d’être apprécié par un grand nombre de lecteurs, ceux-ci développant une résistance à l’égard des règles de l’argumentation, ressenties comme une violence. Les mécanismes de la sphère médiatique et journalistique auraient donc pour effet une forme de violence douce, celle de la séduction. Leur influence s’étendrait jusque dans les attentes et des exigences du public, désormais plus habitué aux formes journalistiques qu’à des formes d’argumentation rigoureuses. Du coup, il suffirait de bien écrire pour penser. Plutôt que de forcer la philosophie à se conformer à ces attentes, Bouveresse « considère l’argumentation, même si elle demande au destinataire un effort plus grand, comme plus démocratique que la simple tentative de séduction »146. Il invite à manifester beaucoup plus d’égards pour la raison d’autrui que l’on en manifeste pour ses émotions et sentiments : c’est à ce prix seulement que l’on pourrait aujourd’hui se réclamer d’une doctrine comme celle de Kant. Le problème, c’est que proclamer aujourd’hui cette exigence, c’est risquer d’être soupçonné de mépris envers les désirs, les sentiments, et l’individualité de ses contemporains. Ainsi, l’idéal d’une démocratie où l’on s’adresserait à la capacité de chacun à se servir de son entendement, et où la philosophie serait le meilleur moyen de développer cette capacité, apparaît plutôt comme une fiction. Dans ce contexte, l’idéal de démocratisation de la philosophie ne peut se faire que par des formes dégradées de philosophie, et il serait plus judicieux de vouloir donner une idée exacte de la philosophie à un nombre de lecteurs éventuellement plus restreint que d’en proposer au plus grand nombre possible une idée totalement inexacte147. Bouveresse ajoute également que la pratique de la philosophie n’est pas nécessairement une condition sine qua non pour l’exercice du libre-arbitre. Un citoyen éclairé pourrait donc très bien se passer de philosophie, malgré, encore une fois, la peur de la “barbarie non-philosophique” qui règne en France.

On attendrait donc aujourd’hui de la philosophie qu’elle éclaire le plus grand nombre de citoyens, et cet idéal est celui promu par beaucoup d’auteurs. On voudrait, selon Bouveresse, faire jouer à la philosophie un rôle beaucoup trop grand pour elle, un rôle héroïque. Il semble au contraire qu’il faille recentrer la discipline sur une visée plus modeste, et attendre d’elle uniquement ce qu’elle est en mesure de nous apporter. Même si, dans la forme que prend la démocratie actuellement la philosophie peut difficilement être démocratisée pour un très grand nombre sans s’adapter aux attentes des lecteurs – et donc, sans se manifester dans des formes dégradées – il n’en reste pas moins qu’un combat doive être mené pour que subsiste la rigueur intellectuelle, quitte à s’adresser à un nombre de lecteurs plus réduit.

b. Le fossé s’accroît-il entre philosophie universitaire et philosophie grand public ? Méfiance et rejet réciproques.

Comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, il existe actuellement une incompréhension réciproque entre une philosophie adressée au grand public et une philosophie universitaire spécialisée. Cette dernière est en effet considérée comme un monde fermé, coupé de « la vie » et des préoccupations des citoyens. Il y aurait donc d’un côté une philosophie cantonnée à son univers abstrait et technique, et de l’autre une philosophie « spontanée », « naturelle », plus créative, plus proche de la vie et des enjeux fondamentaux du monde contemporain. C’est également une opposition entre d’un côté le savoir, l’érudition, la technicité, et de l’autre la sagesse. Mais on peut par ailleurs observer que ces positions, si attrayantes qu’elles puissent sembler au premier abord, sont assez peu étayées par de véritables arguments. On se pose par exemple assez peu la question de l’éducabilité philosophique des individus dans le contexte culturel actuel. On considère cette demande de philosophie de la part du public comme acquise, sans prendre la peine de l’interroger, en particulier eu égard au contexte médiatique relativement coercitif que nous connaissons aujourd’hui. Ces questions sont étrangement balayées d’un revers de la main. La critique d’une élite intellectuelle est donc bel et bien à l’œuvre en même temps qu’une attitude plus ou moins anti-intellectuelle envers tout ce qui relève du concept, de l’abstraction, au nom du vécu et des enjeux plus concrets. Selon ces conceptions, la créativité ne serait plus possible au sein de l’Université.

De plus, ces positions semblent finalement enfermer l’université dans un poncif qui ne date pas d’aujourd’hui, et dont la propagation conduirait à ignorer complètement la vitalité de la production philosophique universitaire en ce qui concerne, justement, des enjeux très contemporains : société de l’information, écologie, éthique biomédicale etc.

D’ailleurs, la grande majorité des ouvrages traitant de ces sujets sont écrits par des universitaires pour le grand public, preuve que l’université n’est pas si fermée sur elle-même qu’on le prétend, et qu’elle semble s’occuper d’enjeux finalement tout aussi concrets et fondamentaux (nanotechnologies, écologie par exemple) que ceux qui concernent l’existence individuelle.

Mais à l’inverse, les universitaires ne sont pas les derniers à favoriser cette incompréhension. Généralement, toute démarche qui vise à rendre accessible la philosophie à un public plus large est méprisée, jugée avec condescendance comme un manque de sérieux. M. Pierron et Mme Vanin-Verna, professeurs d’université et auteurs d’ouvrages pour le grand public, nous ont fait part du dédain dont ils ont été l’objet de la part de leurs collègues à l’occasion de la parution de leurs ouvrages. Cette perte d’estime leur semble assez pesante professionnellement parlant, d’autant plus que la plupart de ces professeurs ne font pas de différence entre des ouvrages de vulgarisation bien écrits et rigoureux, et des ouvrages beaucoup moins sérieux et manifestant une forme dégradée de philosophie. Ils tiennent eux aussi au vieux poncif selon lequel la philosophie ne peut et ne doit s’abaisser jusqu’au grand public. Ils ne semblent pas accepter – et à juste titre dans une certaine mesure – l’intervention du marketing en philosophie, qu’ils jugent immorale.

Ce fossé entre deux conceptions de la philosophie est sans nul doute nuisible pour la “santé” de la philosophie : d’une part, les tenants d’une philosophie populaire qui critiquent vertement l’hermétisme de l’université profitent de la division pour imposer au grand public une image faussée de la discipline et une pensée pauvre ; d’autre part la plupart des universitaires, rejetant en bloc la philosophie grand public, ne laissent aucune place à la possibilité pour celle -ci de proposer des ouvrages de qualité. Mais n’est-il pas de la responsabilité de ceux qui détiennent le savoir de prendre en compte voire d’épauler des démarches balbutiantes dont certaines sont véritablement pertinentes ? La responsabilité de l’université est ici interrogée, car il ne faudrait pas croire que les productions philosophiques pour le grand public sont inoffensives et n’ont aucune influence sur la santé de la philosophie. Au contraire, la philosophie universitaire aurait tout intérêt à chaperonner, à accompagner des productions plus grand public afin de leur assurer une meilleure qualité et de réduire la séparation entre ces deux conceptions de la philosophie. Ainsi M. Pierron estime nécessaire de trouver un équilibre entre les publications universitaires et les publications destinées au grand public. Il croit en la possibilité d’exporter dans le marché grand public certaines normes et exigences propres à la philosophie universitaire.

Il semble que le fossé dont il est question ici tende pourtant à se réduire quelque peu, notamment avec l’exemple de la revue Philosophie magazine, à laquelle contribuent chaque mois de très nombreux philosophes universitaires. Selon son fondateur Fabrice Gerschel, un certain nombre de ces professeurs verraient dans cette initiative « un sérieux allié pour redorer l’image de la philosophie et empêcher la fermeture des facultés de philosophie faute d’étudiants ». Il semble également que de plus en plus d’universitaires fassent le choix d’écrire pour un plus large public et fassent ainsi bouger les représentations qui circulent dans l’université.

c. Vedettariat et présence médiatique comme indice de santé de la philosophie ?

Quand il n’est pas méprisé, le phénomène éditorial qui nous intéresse est très souvent interprété par les journalistes et par les auteurs eux-mêmes comme un regain ou un réveil de la philosophie. Celle -ci retrouverait sa vitalité, sa créativité, perdues depuis longtemps dans les ténèbres de l’université.

Mais dans le contexte de médiatisation accrue de la philosophie, une large part du public a de la discipline une image univoque : l’antinomie insoluble entre une philosophie facile et peu exigeante telle qu’elle se pratique dans les médias, et une philosophie universitaire ésotérique et inaccessible, abstraite, sclérosée. Dans l’optique d’une démocratisation de la philosophie, et au nom de la qualité de la production philosophique, cet état des choses ne semble pas acceptable. D’une part, cette représentation de la philosophie universitaire est erronée, et l’enfermer dans ces accusations revient à ignorer sa portée réelle et sa contribution essentielle à des problèmes concernant pourtant toute la société. D’autre part, l’aura des vedettes de la philosophie et des best-sellers occulte tout un pan de production philosophique très vivante, se voulant à la fois accessible et rigoureuse : on a d’un côté une surmédiatisation, de l’autre une quasi-invisibilité – du moins pour un public moins cultivé et moins informé qui n’a accès qu’à ce qu’on lui propose dans les médias, c’est-à-dire la majeure partie du public.

Tous les ans, la même chose se produit : deux ou trois best-sellers dans les 300 000 ventes ; loin derrière, des ouvrages qui plafonnent à 3000 ventes ; et entre ces deux extrêmes, rien. Cette invisibilité de la plupart des ouvrages philosophiques pour le grand public se traduit dans les médias mais également dans toute la chaine de diffusion. Interrogée à ce sujet, Mme Vanin-Verna, directrice de la collection “La philo ouverte à tous” nous a fait part des difficultés à trouver des distributeurs quand on n’a pas un “nom”, des difficultés également dans les grandes librairies, où les libraires hésitent à déballer les cartons réceptionnés et à mettre les ouvrages en rayon. Un réseau très fermé d’auteurs et d’éditeurs (Ferry, Comte-Sponville, Onfray, ou encore Raphaël Enthoven dont le père est éditeur) semble s’être constitué, détenant le monopole sur la diffusion de leurs ouvrages. Et le vedettariat en philosophie, selon Bouveresse, transformerait la recherche de la vérité en « une entreprise tout aussi digne d’intérêt que la recherche du succès, de la célébrité, de l’argent ».

Il semble donc difficile, pour le grand public, de se faire une idée de l’état de santé et de vitalité réel de la philosophie. On a tendance à assimiler le nombre de ventes à la qualité. La mode est en effet considérée par les médias comme ce qui est nouveau, créatif. Mais il semble qu’il ne puisse guère y avoir de “mode” pour une discipline dont l’objet est la recherche de la vérité. J. Bouveresse, dans ses Essais II148, souligne que ce qui fait la valeur et la force d’une philosophie, « c’est aussi de savoir résister aux modes et aux séductions de causes qui font trop facilement l’unanimité ». D’ailleurs, les modes que l’on observe aujourd’hui en philosophie sont loin d’être si innovantes qu’on le croit : il s’agit souvent de “faire du neuf avec du vieux”, de réactualiser des philosophies traditionnelles, de remettre à l’honneur les sagesses anciennes, des formes d’humanisme quelque peu anachroniques. Par des rapprochements douteux, on en arrive à présenter les auteurs populaires et très médiatisés comme des philosophes qui renouent avec une philosophie originelle, une philosophie “purifiée” des excès qu’elle aurait connu à l’université. Comme le dit avec ironie Bouveresse dans La Demande philosophique, « les véritables héritiers de Socrate, à ce qu’on dit, ne sont pas ceux qui enseignent la philosophie dans les Universités, mais ceux qui la font à la télévision ou dans les cafés »149. Ainsi, selon les journalistes et les tenants de cette philosophie populaire qui investit les médias, il semblerait que la discipline retrouve vitalité et santé, qu’elle renoue le dialogue avec le présent, qu’elle soit donc désormais “bien avec son temps”. Il y aurait donc là un progrès de la philosophie. Ce progrès se mesurerait en terme d’accessibilité croissante de la philosophie du fait de sa médiatisation. Mais ce jugement est probablement biaisé par les mécanismes du système médiatique en lui-même, où les critères de qualité sont bien plus l’éloquence que la valeur intrinsèque d’un propos. Bouveresse fait d’ailleurs remarquer qu’il est beaucoup plus difficile de juger de la valeur d’un homme ou d’une idée, tandis qu’il est très aisé de mesurer le succès, surtout quand celui-ci est quantifiable (best-sellers, présence médiatique etc.).

La philosophie telle qu’elle est pratiquée dans les médias et pour une grande partie du public, n’est pas du tout représentative du véritable état de la philosophie, surtout celle de la recherche actuelle. Mises à part quelques émissions de télévisions diffusées la nuit, comme “Ce soir ou jamais” sur France 3, présentée par Frédéric Taddéi, qui invite régulièrement des philosophes universitaires (Jean-Pierre Dupuy, Alain Badiou, Bernard Stiegler etc.), et des émissions sur France Culture, la recherche philosophique est très peu mise à l’honneur. On ne peut donc pas valider la prétention des médias à démocratiser la philosophie, car les ouvrages et les auteurs médiatisés véhiculent bien souvent une forme “dégradée” de philosophie, pour reprendre le mot de Bouveresse.

Quand l’univers médiatique et le marketing éditorial imposent à la philosophie leurs exigences en termes de rapidité d’écriture, de volume de texte, de sujets à traiter, c’est malheureusement toute la production philosophique qui en souffre et pas seulement les ouvrages médiatisés, ainsi que le fait remarquer Bouveresse dans ses Essais IV150. Pour pouvoir se vendre, des auteurs de philosophie souhaitant sortir de la sphère universitaire sans pour autant verser dans la médiatisation se voient peu à peu forcés de conformer eux aussi aux contraintes formelles et thématiques imposées désormais par les ouvrages qui se vendent le mieux. Les exigences de rigueur et d’exactitude de la philosophie sont alors menacées de dégradation. Le fast-thinking et le fast-reading semblent s’imposer de plus en plus dans la littérature philosophique. Cette « intrusion du pouvoir journalistique à l’intérieur du champ philosophique », selon les mots de Bouveresse, écarte totalement la possibilité d’un jugement sur la valeur intrinsèque des œuvres, d’abord parce que l’on privilégie ce qui se passe autour de l’œuvre (le personnage de l’auteur, la promotion, la publicité, les “débats”, les polémiques), imposant du même coup une forme de censure, et ensuite parce que les critères de jugements sont de plus en plus dictés par des formes de malhonnêteté intellectuelle du fait, toujours selon Bouveresse, des conflits d’intérêt, des rapports de pouvoir, de la domination de l’audimat, et de l’opportunisme à l’œuvre dans l’univers du journalisme. Certains auteurs, pourtant, se défendent de dégrader la philosophie, en affirmant que s’inscrire dans la sphère médiatique, c’est participer activement au débat public : ainsi, A. Comte-Sponville déclare-t-il assumer « ses responsabilités d’intellectuel-citoyen ». Il ajoute qu’être médiatisé, ce n’est pas nécessairement avoir un problème d’égo et il s’inscrit en faux contre Pierre Bourdieu « qui prétend dans son livre sur la télévision (…) que les intellectuels médiatiques (les fast -thinkers comme il dit – et apparemment je fais partie du lot même si au fond il parle peu de moi) n’écrivent des livres que pour passer à la télévision »151. Certes, les affirmations de Bourdieu peuvent sembler excessives eu égard à la part certaine de bonne volonté et de sincérité dans les démarches de ces auteurs. Mais on ne peut ignorer que les mécanismes à l’œuvre dans les médias (temps de parole limité, conditions de communication imposées…) empêchent le développement d’une pensée rigoureuse et proprement philosophique. Les exigences de la philosophie semblent bien peu compatibles avec celles du journalisme.

Un aspect plus positif peut être envisagé avec les ouvrages de philosophie pour enfants, qui échappent pour le moment à la sphère médiatique et connaissent malgré cela un franc succès. Comme l’indique Michel Puech – directeur avec Brigitte Labbé de la collection “les Goûters philo” – dans une intervention à un colloque qui s’est tenu à Paris sur la transmission culturelle152, le vecteur de la littérature jeunesse semble moins « abîmé » que les autres vecteurs culturels, car il repose beaucoup plus sur le bouche à oreille, sur des micro-actions d’achat ou d’emprunt de livres qui ont encore un sens.

Ainsi, la santé de la philosophie actuelle semble souffrir de représentations biaisées par la division qui règne entre deux conceptions opposées de la philosophie – opposées mais pas nécessairement incompatibles, comme nous l’avons vu.

3. QUE DONNE-T-ON A PENSER ?

 a. Quelle valeur accorder à l’initiation ?

Parmi la diversité et les différents degrés de qualité de la production philosophique pour le grand public, il est difficile de savoir quelle valeur accorder à l’initiation à la philosophie. Le livre en tant que vecteur de transmission d’un contenu intellectuel, culturel, mais surtout d’un désir de penser, semble affaibli par certaines productions : certaines sont trop conditionnées par la sphère médiatique, d’autres sont médiocres philosophiquement, d’autres encore détournent la philosophie à des fins très discutables. A propos des nouvelles pratiques philosophiques en général, le rapport de l’Unesco lui-même reste très critique : bien qu’approuvant les qualités philosophiques de certaines démarches ambitieuses, qui doivent être considérées comme « idéaux régulateurs », il analyse bien les problèmes voire les pathologies de ces pratiques philosophiques, notamment des problèmes de subjectivisme, de facilité, de complaisance dans les débats, de certains aspects anti-culturels ou anti-intellectuels, etc. Quand l’initiation se veut trop démagogique, elle peut tomber dans des excès de ce genre et ainsi proposer une forme dégradée de philosophie. Le rapport interroge donc la capacité de la philosophie elle-même à lutter contre ces dérives, la responsabilité des institutions à parvenir à une compréhension de ces nouvelles pratiques pour promouvoir une philosophie d’une haute qualité, c’est-à -dire pas nécessairement rattachée à l’académisme, mais ne se risquant pas à l’ignorer.

Au niveau des livres de philosophie plus particulièrement, l’enjeu de l’initiation étant de donner véritablement matière à penser, on peut s’interroger sur l’impact effectif de certains ouvrages où tout est déjà pensé à la place du lecteur, où tout est mâché et digéré pour lui. On démocratise bien un contenu (dont la qualité elle-même est encore à discuter) mais démocratise-t-on vraiment la philosophie en tant que processus de pensée ? La question qui se pose ici, et peut-être celle qui interroge le plus profondément l’initiation à la philosophie, c’est s’il est possible de se passer d’un maître pour commencer à philosopher, si la simple lecture de textes est suffisante pour parvenir à une autonomie de pensée : c’est-à-dire la possibilité ou non d’être un autodidacte en philosophie. La relation avec un professeur, avec un magister qui nous enseigne la maîtrise, pourrait bien apparaître indispensable, non seulement par la dimension dialectique qu’elle offre mais aussi parce que, pour imiter le désir de philosopher, il faudrait imiter quelqu’un philosophant. Le phénomène de démocratisation de la philosophie par le support du livre pose donc le problème des limites de l’initiation par la simple lecture et des limites de l’autodidaxie.

Il semble, de plus, qu’on ne puisse pas renoncer au travail et à l’effort de pensée personnel, de même qu’on ne peut pas se passer d’une culture philosophique minimale et d’une maîtrise des concepts. Car une chose est de comprendre un livre d’initiation, une autre est de s’attaquer directement aux textes originaux et de pouvoir soi-même en tirer quelque chose. Les livres d’initiation sont souvent simples à comprendre, soit parce qu’ils sont effectivement très bien écrits, soit – et c’est plus problématique – parce qu’ils adoptent un style littéraire séduisant et fluide, sans obstacle à la lecture, qui cache un contenu peu rigoureux. Il faut donc valoriser les ouvrages qui invitent à se confronter aux textes eux-mêmes, les ouvrages qui ne se posent pas comme des directeurs de conscience mais plutôt comme des premiers pas sur un très long chemin. Certains ouvrages font preuve de modestie et ne profitent pas de l’estampillage “philosophie populaire” pour proposer une philosophie condescendante, qui s’abaisserait dans un acte généreux jusqu’au grand public.

Par ailleurs, les problèmes que peuvent poser certains ouvrages, dans leur dimension démagogique, c’est qu’en voulant plaire au grand public et en s’adaptant au consensus ambiant sur l’hermétisme de la philosophie universitaire, ils véhiculent des représentations négatives de la discipline. Or, on ne peut sensément promouvoir l’initiation à la philosophie sur fond de division, de dénigrement, de dénonciation d’un “camp adverse”. Cette méthode, qui s’apparente à la maxime « diviser pour mieux régner », permet en effet aux auteurs qui s’en réclament de proclamer leur légitimité, contre l’élitisme de la philosophie des spécialistes. Il s’agit là d’arguments extrêmement consensuels et anti-intellectuels qui, tout en flattant le lecteur et en l’invitant à s’initier, font beaucoup de tort à la philosophie en général. A ce prix-là, avec ces méthodes, on ne peut espérer initier authentiquement quelqu’un à la philosophie.

Il faut donc nuancer la portée initiatique de la plupart des ouvrages pour le grand public. On est souvent confronté à du prêt-à-penser, à du fast-thinking et du fast-reading, et les ouvrages concernés par cela occultent malheureusement une autre partie de la production philosophique qui, bien que tournée vers le grand public, essaie de résister à la tendance en proposant des livres de qualité.

b. Philosophie et divertissement.

Quelle représentation de la philosophie les lecteurs se font-ils lorsqu’ils accèdent à cette discipline pour la première fois avec des ouvrages qui la leur présentent comme facile ? On peut imaginer que certains ouvrages de philosophie ont le même impact sur le lecteur que n’importe quel roman en vogue. La philosophie penche en effet du côté du divertissement (on va même jusqu’à éditer des cahiers de vacances philo) et de la mondanité. Il est plus difficile en revanche d’éveiller les consciences. Le lecteur est ainsi souvent enfermé dans un monde à son image, un monde qui lui ressemble tellement qu’il n’est peut -être même plus la peine de s’en interroger. Non seulement on ne lui donne à penser que ce qu’il a sous les yeux, mais en plus on lui permet parfois une certaine complaisance à l’égard de lui-même. Par exemple, dans Petite philosophie du shopping de Frédérique Pernin, qui est pourtant un ouvrage bien écrit et par certains côtés intéressant, l’objet est finalement de réhabiliter la pratique du shopping comme « acceptation sereine, voire ludique, de l’existence », au nom de la « liberté de nos désirs » et de la « constitution de l’identité par la possession ». Certes, cet ouvrage présente une interprétation originale de ce phénomène de société, et il est salutaire d’entendre des idées alternatives sur quelque chose qui a tant été critiqué. Mais quelle est la portée philosophie d’un ouvrage si au bout du compte, le lecteur se voit absolument conforté dans sa position de consommateur et donc dans son univers familier ? Le rôle de la philosophie n’est-il pas de nous arracher à ce qui nous est familier, à prendre le recul nécessaire à la critique, et surtout à déplacer notre regard vers les choses que nous ne voulons pas voir ? Au contraire, et c’est aussi tout le problème de la culture de masse, le caractère essentiellement marchand de ces productions qui se veulent philosophiques se répercute sur l’ordre du discours et il n’y a plus de place pour une extériorité critique. Le consensus peut donc continuer à prévaloir.

Ces productions philosophiques tendent de plus en plus vers la revendication du quotidien, du singulier, du détail et de l’anecdote. L’universel n’est plus vraiment l’objet d’une pensée constructive : paradoxalement, on veut tout penser, dans les moindres détails de la vie quotidienne, mais on n’est plus capable de penser le tout. La philosophie voudrait s’attaquer à tout, montrer une forme de toute-puissance et surtout valoriser avant tout le plaisir qu’elle peut procurer. Le goût pour l’anecdote et la dimension spectaculaire de la philosophie sont très souvent utilisés pour rendre attrayante la discipline. Mais comme le fait remarquer Jacques Bouveresse, « la pire forme de mépris du grand public est celle qui consiste à essayer de satisfaire jusque sur le terrain de la philosophie son besoin de sensationnel »153.

C’est là le symptôme le plus préoccupant d’une part de la production philosophique destinée au grand public : l’entrée de la philosophie (ou de ce qui en porte le nom) dans la société du divertissement, et du coup, la perte de son caractère contestataire, subversif, ou simplement critique.

c. Entre prêt-à-penser et initiatives intéressantes de certains auteurs : le problème du discernement.

Il convient donc de distinguer d’un côté des ouvrages qui relèvent davantage du prêt-à-penser, souvent conditionnés par les exigences propres à la sphère médiatique, et de l’autre côté des initiatives vraiment intéressantes, innovantes, qui nous procurent matière à penser et qui donnent du sens à la démarche de démocratisation de la philosophie. Il semble qu’il faille ébaucher les conditions minimales dans lesquelles l’initiation et la démocratisation de la philosophie seraient possibles, en discernant ce qui relève d’une démarche véritablement philosophique et ce qui n’en est qu’un ersatz. Le problème principal qui se pose est l’incapacité d’un lecteur non-spécialiste à juger de la qualité philosophique des livres qui se présentent à lui. Comment lui est-il possible de se repérer et de faire un choix parmi cette diversité, hormis (au pire) le critère des “meilleures ventes” sur Amazon.fr ou (au mieux) les conseils avisés d’un libraire aguerri, d’un ami plus connaisseur en la matière ? En somme, on se demande comment s’orienter dans la pensée. Etant donné que les ouvrages d’initiation s’adressent tout particulièrement à des lecteurs qui n’ont pas nécessairement de relations étroites avec un milieu intellectuel prescripteur, la bouche-à-oreille, le conseil, semblent encore être les moyens les plus fiables pour espérer faire une lecture intéressante. Mais on peut se demander à ce propos si certains auteurs ne profitent pas de la situation d’ignorance et de manque de discernement dans laquelle se trouvent les lecteurs non-initiés pour leur faire acheter des ouvrages finalement bien peu porteurs de sens. On ne saurait mieux conseiller aux lecteurs qu’un devoir de méfiance envers les ouvrages qui manquent de modestie et font leur autopromotion, envers ceux qui se présentent comme la panacée, la solution à un problème, et ceux qui font de l’opposition à la philosophie universitaire la principale légitimation de leur démarche.

Tout d’abord, il est préférable de distinguer les attentes des lecteurs en matière de philosophie pour le grand public. Il peut s’agir de s’initier en voulant découvrir l’histoire de la philosophie, ses figures marquantes, l’évolution des concepts. Cela relève plutôt d’une demande culturelle et intellectuelle, qui pourra s’accompagner par la suite d’une découverte des textes eux-mêmes et de lecture d’ouvrages un peu plus pointus et spécialisés sur des questions qui auront éveillé la curiosité du lecteur. Les bons ouvrages de vulgarisation seraient alors ceux qui se présentent avant tout comme des ponts vers les textes d’origine, comme des portes d’entrée et non comme des fins en soi. Il n’est pas nécessairement demandé à ces ouvrages qu’ils offrent une innovation ou une créativité en termes conceptuels, mais peut-être qu’ils proposent un angle d’approche original de l’histoire de la pensée, de manière à ce que celle-ci n’ait pas un aspect trop encyclopédique et rébarbatif. L’ouvrage de Jeanne Hersch (L’étonnement philosophique154), qui invite à visiter l’histoire de la philosophie par le prisme de l’étonnement, en est un bon exemple. La pédagogie et la vulgarisation peuvent donc se faire de manière inédite tout en restant rigoureuse. Mais le problème est que la qualité pédagogique d’un texte et sa propension à nous porter à lire d’autres ouvrages ne peuvent faire l’objet d’un jugement qu’à la fin de la lecture.

L’autre type d’attente que l’on pourrait identifier serait celle d’un lecteur non-spécialiste mais plus aguerri, plus habitué à la lecture d’essais philosophiques, qui rechercherait des ouvrages traitant des enjeux plus contemporains de manière philosophique et des pistes pour penser le monde d’aujourd’hui. Ainsi, à l’inverse de ces ouvrages qui nous proposent une sagesse hors-temps, voire un recyclage des pensées de la tradition adaptées pour l’individu d’aujourd’hui, une démarche plus pertinente consisterait à prendre pour point de départ un questionnement de la réalité. Il ne s’agit pas de faire un simple constat catastrophiste (le monde est amoral, cynique), mais plutôt une analyse en profondeur de la situation pour, enfin, en tirer les conséquences éthiques nécessaires. Si l’on tient à la notion de sagesse, celle- ci ne peut se cantonner à la sphère privée et individuelle, aux problèmes existentiels de chacun, ou alors il faut parler de développement personnel et non de philosophie. Car la philosophie ne peut se confondre avec une thérapie ni se réduire à un utilitarisme centré sur le souci de soi. Ce serait là une conception fermée de la philosophie, le renoncement à la production d’un sens pour aujourd’hui. De plus, c’est la contraindre à l’immobilisme et au recyclage continuel.

Précisément, il s’agirait d’initier le lecteur en conciliant la transmission d’une culture philosophique (une batterie de concepts et un repérage dans l’histoire de la pensée) avec la production de sens à partir de phénomènes observés : la philosophie doit nous parler depuis aujourd’hui pour nous aider à entrer dans le monde de demain. Lire de la philosophie devient alors une manière d’appréhender des enjeux qui dépassent la simple sphère privée tout en se dotant soi-même d’outils d’analyse pour acquérir une autonomie de pensée. Un ouvrage d’initiation proprement philosophique permettrait donc au lecteur d’expérimenter ce qui pourrait se penser autrement, une pensée féconde tournée vers l’extériorité.

Il semble en effet que la philosophie pour le grand public, à l’inverse de ces sagesses rassurantes, lénifiantes et de cet humanisme mou qui sont véhiculés dans bon nombre d’ouvrages, se doive de déplacer le regard du lecteur, de bousculer ses idées établies. On serait ici probablement plus proche du projet de Diderot qui appelait à populariser la philosophie, dans cet esprit contestataire qui faisait du philosopher une condition de la liberté. De plus, cette démarche serait fidèle à celle qui a marqué la philosophie depuis ses origines, à savoir : le paradoxe, le fait d’aller contre la doxa. Il y aurait là le moyen, pour rejoindre Jacques Bouveresse, de respecter les devoirs que les philosophes ont envers la philosophie.

Conclusion

Le caractère hétéroclite de la production philosophique destinée aux non-spécialistes, notamment en termes de diversité des démarches et des degrés de qualité, impose de réviser deux opinions antagonistes selon lesquelles la philosophie pour le grand public serait en tous points méprisable ou bien, au contraire, absolument approuvable et désirable dans la société contemporaine. Ces positions a priori ignorent toutes deux la complexité du phénomène éditorial que nous pouvons observer depuis les années 1990. Médiatisation n’est pas synonyme de qualité, mais ne signifie pas non plus nécessairement dégradation de la philosophie : il se pourrait que de temps à autres, certains livres médiatisés soient de bons livres. De même, l’apparente clarté du langage n’est pas forcément un gage de clarté des idées et de pédagogie. L’existence d’un livre n’est plus la garantie de la présence d’une pensée. Enfin, l’humour et la légèreté n’empêchent pas un certain sérieux de la réflexion. Les critères de jugement doivent donc être élaborés avec prudence. En tout cas, il apparaît très difficile pour le lecteur néophyte de trouver ses repères dans cette production hétérogène. L’absence d’une autorité prescriptive autre que celle des médias rend problématique l’idée d’une véritable initiation à l’exigence et à la rigueur philosophiques. Elle pose aussi le problème des publics et de la démocratisation de la philosophie, qui est peut-être une illusion eu égard aux capacités et aux désirs réels des classes les plus populaires à accéder à cette forme de pensée, mais surtout eu égard à la nature même de la philosophie qui consisterait en une irréductibilité de ses exigences propres.

Il semble donc, et c’est là sans doute le point le plus problématique, que ce phénomène éditorial fonde ses principes sur un certain nombre de fantasmes, à commencer par celui de la démocratisation généralisée de la philosophie, d’une philosophie “populaire” voire d’un peuple philosophant. Nous avons vu combien nombreux en étaient les obstacles (culturels, sociologiques, psychologiques) et combien la notion de “grand public” était à nuancer. Mais la question la plus importante est de savoir s’il est vraiment souhaitable de populariser la philosophie, et ce sous divers points de vue : problèmes posés par la médiatisation, préservation de la qualité de la production philosophique, “besoins philosophiques” réels du public qui seraient beaucoup moins importants que ce qu’on pense, etc. Il y a ici deux autres formes de chimères qui entourent le phénomène éditorial : celle qui concerne la demande de philosophie de la part du grand public français, et celle qui affirme la nécessité de démocratiser la philosophie, sans doute engendrée par la peur de la “barbarie non-philosophique” selon l’expression de Bouveresse et qui fait de ce phénomène une spécificité française. Cela nous amène à une problématique centrale qui a été formulée par Bouveresse, à savoir ce que l’on peut légitimement et raisonnablement attendre de la philosophie aujourd’hui. Là aussi, un fantasme sous-tend la plupart des ouvrages étudiés : celui d’une omnipotence ou d’une toute-puissance de la philosophie qui pourrait tout penser, tout s’approprier, et qui constituerait aussi une promesse inégalable de bonheur et de bien-être. La philosophie apparaît comme la panacée pour restaurer la capacité des individus et de la société à fabriquer du sens et des valeurs. Paradoxalement, cette tendance à absolutiser les bienfaits de la philosophie conduit à la malmener et à ne plus respecter les contraintes qu’elle impose à la pensée. C’est aussi probablement surestimer ou mal interpréter les besoins réels du public. Cette tendance va même jusqu’à imposer la pratique philosophique comme indispensable à une existence humaine authentique, manière à la fois de créer des besoins au départ inexistants, mais aussi d’exercer une forme de violence symbolique et de mépris envers ceux qui n’ont pas accès (ou pas envie d’avoir accès) à cette pratique – ceci contribuant de surcroit à former dans l’esprit du grand public des réactions négatives envers la discipline.

La production philosophique souffre des excès que connaissent toutes les disciplines de la pensée dès lors qu’elles sont soumises aux contraintes médiatiques, mercantiles, et mercatiques ; mais ce qui lui est spécifique, c’est cette tendance à la division, au cloisonnement de part et d’autre. En voulant critiquer la philosophie universitaire qui se sclérose et s’isole, la philosophie grand public a tendance à elle-même se scléroser de son côté, chacun restant sur ses positions. Au travers de ce phénomène éditorial, mais aussi des nombreuses autres pratiques qui se sont créées de manière concomitantes, la philosophie fait l’objet de représentations nouvelles, principalement marquées par un antagonisme entre deux conceptions de la philosophie, alors qu’il existe sans aucun doute une troisième voie à explorer (que d’ailleurs certains ouvrages très intéressants ont commencé à esquisser).

L’accessibilité de la philosophie à un public plus large, et par là, le changement de statut de la discipline dans les représentations collectives sont à considérer comme un phénomène inévitable et même souhaitable pour la philosophie elle-même, qui peut dès lors faire l’expérience de risques, de limites, mais aussi de potentialités nouvelles qu’elle n’aurait probablement pas pu voir sans cela. Ainsi, plutôt que de traiter avec condescendance ce phénomène comme une simple mode, il conviendrait d’en tirer les enseignements, à condition qu’il fasse l’objet d’une réflexivité – ce que ce travail avait pour visée d’ébaucher.

L’idée d’une ouverture de la philosophie aux non-spécialistes, dans les limites des réductions que l’on peut faire subir à ses exigences propres, est en soi quelque chose de tout à fait souhaitable et contre laquelle on ne peut lutter qu’en enfermant la philosophie dans une tour d’ivoire. Car tout le problème vient sans doute de ce phénomène de claustration propre à la fois à l’université qui tend à vouloir garder ses prérogatives, mais aussi à la philosophie grand public qui encourage la division, la désolidarisation. Au contraire, il semble que la philosophie doive rester le domaine par excellence de l’ouverture et non de la fermeture, mais d’une ouverture raisonnée, canalisée depuis le haut par ceux qui sont sensés détenir le savoir. D’où l’importante responsabilité de l’université qui, plutôt qu’une attitude de rejet ou de condescendance, doive peut-être se placer dans une optique de régulation, pour trouver les moyens d’empêcher le monopole des ouvrages ultra-médiatisés véhiculant des formes dégradées de philosophie. Il est évident qu’on pourra difficilement stopper ce type de productions dans le contexte actuel d’hégémonie des médias (et l’on peut même espérer que lorsque la mode sera passée, ne subsisteront que les ouvrages de qualité qui deviendront des références). L’enjeu serait donc, en déconstruisant les fantasmes sur lesquels est fondé ce phénomène éditorial, de permettre une production alternative de qualité sous-tendue non plus par l’idéal de démocratisation ou de popularisation, mais par l’idée régulatrice, plus rationnelle, d’ouverture de la philosophie vers un public qui en formule expressément la demande.

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NOTES

  1. BELAVAL, Yvon. Les philosophes et leur langage. Paris : Gallimard, 1990, 218 p. Collection Tel.
  2. HEGEL, G. W. F. L’essence de la critique philosophique. Paris : Vrin, 1986.
  3. BECK, Philippe, et THOUARD, Denis (dir.) Popularité de la philosophie. Paris: Ecole Normale Supérieure de Fontenay St Cloud, 2002.
  4. DIDEROT, Denis. Pensées sur l’interprétation de la nature. Paris : Flammarion, 2005, 244 p. Première édition 1753.
  5. Op. Cit.
  6. Cité par Jacques Diament in Les « cafés de philosophie”. Paris : L’Harmattan, 2001, 175 p
  7. DIAMENT, Jacques. Les « cafés de philosophie”. Paris : L’Harmattan, 2001, 175 p.
  8. Site internet d’Oscar Brenifier : http://pagesperso-orange.fr/michel.onfray/UPcaen.htm . Consulté le 17-11-2009.
  9. GOUCHA, Moufida (dir.) La philosophie, une école de la Liberté. Rapport de l’UNESCO, ONU, 2007. Disponible sur www.unesco.org/shs/fr/philosophy (consulté le 17-11-2009).
  10. VEGLERIS, Eugénie. Manager avec la philo. Paris : 2006, Editions d’Organisation, 216 p
  11. BORCHGRAVE, Rodolphe de. Le Philosophe et le manager. Penser autrement le management. Bruxelles : De Boeck, 2006, 228 p.
  12. BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.
  13. GOUCHA, Moufida (dir.) La philosophie, une école de la Liberté. Rapport de l’UNESCO, ONU, 2007. Disponible sur www.unesco.org/shs/fr/philosophy (consulté le 17-11-2009).
  14. BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Entretien avec Fabrice Gerschel. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68 .
  15. Disponible sur http://www.osezphilosopher.fr/ . Consulté le 18-11-2009.
  16. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
  17. ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008
  18. CHARLES, Sébastien. La philosophie française en questions. Paris : LGF, 2003, 319 p.
  19. SAVATER, Fernando. Penser sa vie. Paris : Seuil, 1999, 283 p.
  20. Ibid., p. 264.
  21. LELEUX, Claudine (dir.) La philosophie pour enfants. Le modèle de Matthew Lipman en discussion. Bruxelles : De Boeck,  2004, 259 p. Collection Pédagogies en développement.
  22. SASSEVILLE, Michel. La pratique de la philosophie avec les enfants. 3ème édition. Laval : PU Laval, 2009, 253 p.
  23. FERRY, Luc. Le Nouvel Ordre écologique. Paris : Grasset, 1992, 274 p.
  24. FERRY, Luc, et COMTE-SPONVILLE, André. La sagesse des modernes. Paris : Robert-Laffont, 1998, 572 p.
  25. ONFRAY, Michel. Contre-histoire de la philosophie. Tome 1 : les Sagesses antiques. Paris : LGF, 2007, 350 p.
  26. ONFRAY, Michel. Antimanuel de philosophie. Paris : Bréal, 2001, 334p.
  27. ONFRAY, Michel. Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique. Paris : LGF, 1990, 182 p.
  28. ONFRAY, Michel. La Raison gourmande : Philosophie du goût. Paris : Grasset, 1995, 267 p.
  29. CHARLES, Sébastien. Op. Cit.
  30. BADIOU, Alain, DURING, Elie, MANIGLIER, Patrice, BENATOUIL, Thomas, et al. Matrix : Machine philosophique. Paris : Ellipses, 2003, 192 p.
  31. ONFRAY, Michel. Op. cit.
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  66. CESPEDES, Vincent. Mai 68 : La philosophie est dans la rue ! Paris : Larousse, 2008, 289 p. Collection Philosopher.
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  68. TAHON, Thierry. Petite philosophie du voyage. Toulouse : Milan, 2006, 123 p. Collection Pause philo.
  69. TAHON, Thierry. Petite philosophie de l’amateur de vin. Toulouse : Milan, 2005, 120 p. Collection Pause philo.
  70. PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause philo.
  71. Il est surprenant que les éditions Larousse aient créé plus récemment une collection du même nom. Cela s’explique sans doute par le fait que la collection des éditions Quintette a été arrêtée.
  72. BOURDIEU, Pierre. Une révolution conservatrice dans l’édition. Actes de la Recherche en sciences sociales. N° 126-27. Paris : Seuil, 1999, 127 p.
  73. DELEUZE, Gilles. Les « nouveaux philosophes ». Minuit. N° 24, mai 1977. Disponible sur http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm (consulté le 28-11-2009).
  74.  GODECHOT, Olivier. Le marché du livre philosophique. Actes de la Recherche en sciences humaines. Paris : 1999, n° 130, pp. 11-28. Disponible sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1999_num_130_1_3309.
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  76. AUBRAL, François, DELCOURT, Xavier. Contre la nouvelle philosophie. Paris : Gallimard, 1977, 345 p. Collection Idées.
  77. BOURDIEU, Pierre. Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme. Paris : Liber, 1996, 95 p.
  78. Ibid. p. 11.
  79. BERROYER, Jackie, et SCALA, André. Pas si vite ! Paris : Canal+ Editions, 2000, 214 p.
  80. FIELD, Michel, et SCALA, André. Petits dialogues entre amis. Paris : Albin Michel et Canal+ Editions, 1997, 286 p.
  81. Op. Cit.
  82. BRAIDOTTI, Rosi. La philosophie …là où on ne l’attend pas. Paris : Larousse, 2009, 286 p. Collection Philosopher.
  83. Op. Cit.
  84. Op. Cit.
  85. FERRY, Luc. Apprendre à vivre : traité de philosophie à l’égard des jeunes générations. Paris : Plon, 2006, 202 p.
  86. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
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  88. DONNAT, Olivier. Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008. Paris : La Découverte, 2009, 282 p.
  89. Tableau disponible sur http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/doc/tableau/chap6/VI-4-1-Q64A.pdf Consulté le 04-12-
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  91. ANDREUCCI, Catherine, CHARONNAT, Cécile. Sciences humaines, l’éditeur multidimensionnel. Livres Hebdo, 12 juin 2009, n° 781, p. 80-87.
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  95. DUPRE, Ben. Juste assez de philosophie pour briller en société. Paris : Dunod, 2009, 208 p.
  96. Cité dans : DIAMENT, Jacques. Les cafés de philosophie. Paris : l’Harmattan, 2001, 175 p. Collection Questions contemporaines.
  97. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, 262 p.
  98. Ibid. p. 61-62.
  99. http://www.osezphilosopher.fr . Consulté le 09-12-09.
  100. PERNIN, Frédérique. Petite philosophie du shopping. Toulouse : Milan, 2006, 149 p. Collection Pause Philo.
  101. TAHON, Thierry. Petite philosophie du rugby. Toulouse : Milan, 2005, 199 p. Collection Pause Philo.
  102. CASATI, Roberto, et C. VARZI, Achille. 39 Petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité. Paris : LGF, 2008, 213 p.
  103. DROIT, Roger-Pol. 101 expériences de philosophie quotidienne. Paris : Odile Jacob, 2002, 259 p.
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  106. BARNABEL, Alain, CONSTANTIN, Daniel, et LAVERGNE Hervé. La philosophie peut questionner n’importe quelle actualité. Médias, Automne 2009, n° 22, p. 62-68.
  107. 107 Op. Cit.
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  111. GRUILLOT, Etienne. Faut-il tolérer toutes les idées ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.
  112. PIERRON, Jean-Philippe. Faut-il donner un sens à la vie ? Toulouse : Milan, 2009, 91 p. Collection Boîte à outils philo.
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  115. COMTE-SPONVILLE, André. Présentations de la philosophie. Paris : LGF, 2002, 186 p. Collection Le Livre de Poche.
  116. ROCHE, Christian, BARRERE, Jean-Jacques, JACQUES, Benoît. Guide de l’apprenti-philosophe. Paris : Seuil, 2002, 223 p.
  117. SAINT-DROME, Oreste. Comment choisir son philosophe. Paris : La Découverte, 2000, 223 p.
  118. RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, 185 p. Collection Perspectives Critiques.
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  121. SAINT-MAURICE, Thibaut de. Philosophie en séries. Paris : Ellipses, 2009, 176 p.
  122. CATHCART, Thomas, et KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar… : La philosophie expliquée par les blagues. Paris : Seuil, 2008, 253 p.
  123. BRABANDERE, Luc de. Petite philosophie des histoires drôles. Paris : Eyrolles, 2007, 93 p.
  124. THOUARD, Denis. Le partage des idées: études sur la forme de la philosophie. Paris : CNRS Editions, 231 p.
  125. Ibid. p. 5.
  126. BELAVAL, Yvon. Les philosophes et leur langage. Paris : Gallimard, 1990, 218 p. Collection Tel.
  127. RIFFARD, Pierre. Philosophie matin, midi et soir. Paris : Presses Universitaires de France, 2006, p. 9.
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  129. BOTUL, Jean-Baptiste. La vie sexuelle d’Emmanuel Kant. Paris : Mille et une nuits, 1999, 93 p.
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  131. Jostein Gaarder : entretien avec Dominique Simonnet. « La philosophie, c’est le rock des années 90 ». 16-07-09. Disponible sur http://www.lexpress.fr/informations/la-philosophie-c-est-le-rock-des-annees-90_629658.html . Consulté le 04-12-09.
  132. Socrate, un maître à penser. Magazine littéraire, juin 2009, n° 487.
  133. Socrate, enquête sur l’inventeur de la philosophie. Lire, octobre 2009, n° 380.
  134. DROIT, Roger-Pol. La Philosophie expliquée à ma fille. Paris : Seuil, 2004, 96 p. Collection Expliqué à…
  135. ARC, Stéphanie (dir.). Comment je suis devenu philosophe. Paris: Le Cavalier Bleu, 2008.
  136. DROIT, Roger-Pol. Philosophies d’ailleurs. Paris : Hermann, 2009, 488 p.
  137. JOLLIEN, Alexandre. Le métier d’homme. Paris : Seuil, 2002, 90 p.
  138. JOLLIEN, Alexandre. La construction de soi. Paris : Seuil, 2006, 182 p.
  139. BOTTON, Alain de. Les Consolations de la philosophie. Paris : Mercure de France, 2001, 254 p.
  140. CIANNI, Jean-Louis. La philosophie comme remède au chômage. Paris : Albin Michel, 2007, 217p.
  141. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, p. 10.
  142. MARINOFF, Lou. Plus de Platon, moins de Prozac ! Paris : Michel Lafon, 2002, 390 p.
  143. JEANGENE-VILMER, Jean-Baptiste. Ethique animale. Paris : PUF, 2008, 304 p. Collection Ethique et philosophie morale.
  144. LECOURT, Dominique. Humain, Post-humain. PUF : paris, 2003, 192 p.
  145. BOUVERESSE, Jacques. Le Philosophe et le réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat. Paris : Hachette Littératures, 1998, 262 p.
  146. Ibid. p. 12.
  147. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  148. BOUVERESSE, Jacques. Essais II. L’époque, la mode, la morale, la satire. Marseille : Agone, 2001, 234 p. Collection Bans d’essais.
  149. BOUVERESSE, Jacques. La Demande philosophique : Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ? 2nde éd. Paris : Editions de l’Eclat, 1997, p. 19.
  150. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  151. CHARLES, Sébastien. La philosophie française en questions. Paris : LGF, 2003, 319 p.
  152. PUECH, Michel. La transmission culturelle. Intervention au CMPP Paris, colloque « De la culture à la pensée », 24 novembre 2004. Disponible sur http://michel.puech.free.fr. Consulté le 02-12-09.
  153. BOUVERESSE, Jacques. Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ? Marseille : Agone, 2004, 292 p. Collection Banc d’essais.
  154. Op. Cit.

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Prendre connaissance de notre dossier

Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide


Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR


Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 11

La consultation philosophique

Oscar Brenifier

Éditions Alcofribas, 2020, 169 pages

ISBN-10 ? : ? 1660613507

ISBN-13 ? : ? 978-1660613502

Ce livre est disponible gratuitement en format PDF : cliquez ici.

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À propos du livre

Qui suis-je ? Où vais-je ? Quelle est ma vision du monde ? Comment pourrais-je penser autrement ? Autant de questions fondamentales qui se doivent d’être posées, mais trop souvent sont ignorées, car nous sommes pris dans l’engrenage du quotidien et des obligations. La consultation philosophique est un exercice de la pensée, où le philosophe praticien invite son interlocuteur à se poser, afin de s’interroger sur des questions fondamentales. Dans cet ouvrage, l’auteur aborde différentes facettes de cette pratique, décrivant à la fois ses enjeux, ses compétences et ses difficultés. Divers éléments théoriques y sont présentés, mais aussi la description et l’analyse d’une session de consultation.


À propos de l’auteur

Docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) , Formateur, Consultant, Auteur. Depuis plusieurs années, en France et dans de nombreux pays, il travaille sur le concept de « Pratique philosophique », tant sur le plan pratique que théorique. Il est un des principaux promoteurs de la philosophie dans la cité : cafés-philo, ateliers philosophiques avec les enfants et les adultes, ateliers et séminaires en entreprise, etc. Il a publié de nombreux ouvrages en ce domaine, dont la collection « PhiloZenfants » (éditions Nathan), qui ont été édités dans plus de trente langues. Il est également l’un des auteurs du rapport de l’UNESCO « La philosophie, une école de la liberté ». Avec Isabelle Millon, il a fondé l’Institut de

Pratiques Philosophiques, organisme destiné à la promotion et à la formation de la philosophie comme pratique. La consultation philosophique est une des modalités importantes de cette pratique, inspirée de la démarche socratique, qui prend la forme d’un entretien où le philosophe travaille en tête-à-tête avec un interlocuteur, l’invitant à mettre en œuvre sa pensée, afin de penser soi-même et le monde, en travaillant à la fois ses attitudes existentielles et ses compétences cognitives.


Table des matières

ET POURQUOI DONC ?

  • L’étranger – 6
  • Philosophies – 8
  • La cité – 9
  • La classe – 11
  • L’atelier de philosophie – 14
  • Le cabinet de philosophie – 16

LES FONDEMENTS THÉORIQUES D’UNE PRATIQUE PHILOSOPHIQUE

  • La matérialité comme altérité – 18
  • L’altérité comme mythos et logos – 19
  • L’altérité comme « l’autre » – 19
  • L’altérité comme unité – 20
  • Qu’est-ce que philosopher ? – 20
  • Identifier – 21
  • Critiquer – 21
  • Conceptualiser – 21
  • Tous philosophes ? – 21

LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE

  • Principes – 22
    • Naturalisme philosophique – 22
    • La double exigence – 23
    • Les premiers pas – 23
    • Anagogie et discrimination – 24
    • Penser l’impensable – 25
    • Passer au « premier étage » – 26
    • Est-ce bien philosophique? – 26
  • Difficultés – 27
    • Les frustrations – 27
    • La parole comme prétexte – 29
    • Douleur et péridurale – 30
  • Exercices – 30
    • Établir des liens – 30
    • Vrai discours – 31
    • Le singulier – 31
    • Universel et singulier – 32
    • Accepter la pathologie – 32

PHILOSOPHER C’EST CESSER DE VIVRE

  • Deux philosophies – 33
  • Le sage n’a pas de désirs – 34
  • Interrompre la narration – 36
  • L’ascétisme du concept – 39
  • Le travail de la pensée – 41
  • La raison – 43
  • Penser l’impensable – 46
  • Que faire ? – 47
  • Etre personne – 51

LE BON SENS EST-IL COMMUN ?

  • Paradoxe du sens commun – 53
  • Désaccord et incompréhension – 55
  • Statut du groupe – 58
  • La fracture intellectuelle – 60
  • La logique comme principe d’exclusion – 62
  • La logique en œuvre – 64
  • Le principe de causalité – 66
  • La philosophie du sens commun – 67
  • Les limites du sens commun – 68

PHILOSOPHER C’EST SE RÉCONCILIER AVEC SA PROPRE PAROLE

  • Avoir raison – 72
  • Protéger la parole – 73
  • Prendre le risque de penser – 74
  • Maltraiter la parole – 74
  • Inquiétude de la parole – 76
  • Escamoter la parole – 76
  • Penser par autrui – 78
  • Mauvaises manières – 79
  • Accepter la finitude – 79
  • Un ami qui ne veut pas notre bien – 80

LE STATUT DE LA PAROLE

  • Pas de discussion – 82
  • Sujet empirique et sujet transcendantal – 83
  • Méthode dialectique et méthode démonstrative – 84
  • L’illusion de la certitude – 86
  • Se confronter à l’autre – 88
  • La parole comme interpellation – 89
  • La fragilité de l’être – 90
  • L’illusion du « Pourquoi ? » – 92
  • Argumentation et approfondissement – 94
  • Paradoxes de la parole contrainte – 95

LA CONSOLATION PHILOSOPHIQUE

  • Histoire de la consolation philosophique – 100
  • Gymnastique et médecine – 102
  • Douleur et consolation – 103

LE CONCEPT ÉPOUVANTAIL

  • Tout pour être heureux – 105
  • Tentative d’explication – 106
  • Guérison ou pas – 107
  • Se voir et s’entendre – 109
  • Rejet de soi – 110
  • Échec ou pas – 112

LE DÉNOUEMENT DE LA PENSÉE

  • Le concept, condition ou obstacle. – 112
  • Le coup de force du concept – 114
  • Le concept comme pratique – 115
  • La vérité comme dénouement – 117
  • Dénouer ou trancher – 118
  • Le nœud et le lien – 120
  • Thérapie et raison – 121

PARLER C’EST JOUER

  • Convictions – 121
  • S’arracher à l’urgence – 122
  • La parole outil – 123
  • L’abandon des certitudes – 124
  • Penser l’hypothèse – 125
  • La vérité du jeu – 126
  • Penser l’impensable – 127
  • Accéder à l’humanité – 128
  • Produire du sens – 129
  • La réalité des mots – 130
  • S’aliéner pour penser – 131

ANALYSE D’UNE CONSULTATION – 133

ANNEXE

  • J’ai testé une consultation de philosophie – Olivia Benhamou – 158
  • Jeux sérieux – Morten Fastvold – .. – 162

DOSSIER

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Article # 11

RAPPORT DE LECTURE

La consultation philosophique

Oscar Brenifier

Éditions Alcofribas, 2020, 169 pages

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La consultation philosophique» de Osacar Brenifier aux Éditions Alcofribas. Ce livre est disponible gratuitement en format PDF : cliquez ici. Site web de l’auteur à visiter pour d’autres livres numériques gratuits : http://www.pratiques-philosophiques.fr/fr/livres-gratuits/.

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre. Il y autant entre les lignes que dans le texte lui-même. J’ai à relire et à relire encore cet essai pour en saisir toutes les informations, les observations et la formation. Ce livre est en soi une succession d’expériences de pensées pour le lecteur. Il est initiatique, non pas dans le sens ésotérique du terme, mais plutôt dans son sens philosophique pur en ce qu’il s’adresse, tantôt subtilement, tantôt sans détour, à notre esprit, et qu’il nous donne ainsi à penser, sereinement. On ne peut que soutenir que l’auteur, Oscar Brenifier, a une grande et valeureuse expérience de la consultation philosophique. On ne peut pas écrire un tel ouvrage sans une telle expérience pratique. Aucun des livres que j’ai lu à ce jour offre autant de détails et de précisions, tout pour satisfaire l’analytique amateur que je suis.

J’accorde à ce livre 5 étoiles sur 5


Oscar Brenifier profite du premier chapitre de son essai pour témoigner de sa marche sur les sentiers de la philosophie, de son enfance à l’adolescence, puis à l’université, puis dans la cité.

La cité

Que faire maintenant ? Entrer dans le giron de l’institution ? J’avais fait l’expérience d’enseigner quelques années en Terminale. Expérience intéressante, mais que je ne saurais poursuivre. Il me semble trouver là une corruption à cette philosophie que je révère plus que tout – un peu trop d’ailleurs, comme je le découvrirai plus tard.

L’obligation pour les élèves d’assister au cours de philosophie, la contrainte d’un programme lourd, truffé d’incontournables, où peu de temps – sinon aucun – est réservé à l’échange et à la réflexion, me semblent instaurer une insupportable facticité. Le mensonge que représentent les contradictions du cours de philo, tel qu’il est défini officiellement, m’est insupportable. On prétend apprendre aux élèves à penser, ils sont théoriquement notés au bac sur cette capacité, mais on leur demande d’ingurgiter des heures durant de longues leçons, cours magistraux où un professeur débite sans pitié d’interminables tirades, étirant à plus soif des développements souvent incompréhensibles à la majorité des élèves, qui notent et notent, indifférents, ou ne notent pas, la plupart du temps sans penser ce qui est dit. Combien de collègues fondent leur enseignement sur le présupposé que les élèves n’ont rien à dire et qu’ils ne pensent pas ! Combien d’élèves en concluent que la philosophie n’est qu’une matière, qui ne les concerne pas, qui simplement réduit la moyenne au bac ! De toute façon le professeur les traite comme des ignares. Pacte de la banalité et de la pensée étriquée, de l’académisme et du préjugé.

Quant à l’université, elle m’est de fait interdite. Déjà à cause du parcours étrange qui est le mien, puis à cause de la non moins étrange thèse que j’ai soutenue, mais aussi par conviction personnelle : parce qu’il me semble que le lieu de la philosophie se trouve dans la cité, et non dans quelque tour d’ivoire, aussi tentante et nécessaire que soit parfois cette isolation, qui sait nous abriter des brouhahas du monde. Mais si j’avais prévu que la philosophie mettait le monde à l’épreuve, j’avais beaucoup moins envisagé l’inverse : que le monde met la philosophie au pied du mur, d’où elle peu avoir du mal à se relever.

Résolu, je frappe aux portes des mairies, des centres culturels, des bibliothèques municipales. Ma stratégie est la suivante. Proposer qu’entre les cours de théâtre et l’initiation au patchwork se tiennent des ateliers de philosophie. Je pars du principe que si la majorité de la population n’apprécie pas la philosophie, c’est uniquement parce qu’elle n’y a pas eu accès : connaître Platon, c’est l’aimer. J’imagine déjà toutes les villes de France et de Navarre avec un atelier, et du monde, beaucoup de monde. Pourquoi pas des stades entiers ! Ainsi fonctionnent les fantasmes. Mais heureusement, la réalité veille. Les fonctionnaires ou les élus me regardent bizarrement, ce sont de grands inquiets : « Que voulez-vous ? De quelle philosophie parlez-vous ? Vous faites cela pour présenter une liste aux élections ? Êtes-vous une secte ? Pourquoi n’allez-vous pas à l’université pour cela ? » Comme toujours, la suspicion devant l’étrange et l’inhabituel. C’était quelque temps avant que la philosophie ne devienne une mode : rapidement, entre autres à cause de la création et de la médiatisation des cafés-philo, l’idée allait devenir « air du temps ».

(…)

En même temps, je dois le reconnaître, un combat reste à mener. Pour beaucoup de non-initiés, philosopher, c’est principalement discuter. Dire ce que l’on veut, parler pour parler, tenir de grands discours sans autre souci que celui d’être vu, entendu et admiré, pour d’autres il s’agit d’une nouvelle psychothérapie de groupe. Or il me semble que philosopher implique un travail réel : l’exigence de s’arracher à l’opinion, la sienne propre en particulier, à travers l’autre, concitoyen vivant ou auteur disparu. Sans tomber dans l’excès inverse qui consiste à nier la subjectivité en abusant de l’érudition, l’ascèse et le travail sur soi sont au cœur de cette activité, afin de permettre à l’être singulier de se constituer. Le poujadisme qui consiste à affirmer « Tous philosophes », « Pas besoin de livres » ou « Tout le monde a raison », sans autres préambules ou considérations, assignent la pensée à ce qu’elle a de plus creux. Mêmes écueils que décrits chez Platon : d’un côté les sophistes qui savent et colportent un savoir, de l’autre des individus qui se contentent de débiter des phrases dont ils ignorent l’origine, la nature, le contenu et les implications. Comment tracer une voie entre Charybde et Scylla, un passage aussi ténu qu’une lame de rasoir ? Entre ceux qui attendent que l’on fasse cours et ceux qui veulent uniquement avoir raison, comment instaurer un philosopher digne de ce nom ? Je commence à déchanter. Il était temps. Quoi qu’il en soit, à travers mon travail, j’aurais été initié à une dimension cruciale de la pensée : le pluralisme conceptuel. Cueillir la pensée là où elle est, la travailler à partir de sa singularité, la façonner à partir de ce qu’elle offre.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, pp. 9-10.

Viendra la classe, l’atelier de philosophie et le cabinet de philosophie.

Le cabinet de philosophie

Un cabinet est une pièce retirée où l’on mène des activités discrètes, de nature privée, en opposition au salon ou à la salle à manger qui sont des lieux de réception, de vie sociale.

Le cabinet de philosophie est donc destiné à l’entretien particulier, en opposition à un atelier, un débat, un cours ou une conférence. De ce fait, il y sera traité de questions singulières, plutôt que de questions générales, c’est-à-dire centrées sur un individu particulier, ce qui ne restreint en rien l’universalité des propos tenus. Car il s’agit tout d’abord de distinguer l’entretien philosophique privé – ou consultation philosophique – d’une consultation de type psychologique, auquel il sera trop facilement associé. Cette distinction nous permettant déjà de définir quelque peu la spécificité de l’activité.

Comme dans toute activité philosophique, l’entretien privé évitera de se cantonner à la narration d’événements vécus, à l’énumération d’impressions et de sentiments personnels, ainsi qu’aux associations d’idées. Non pas que ces types d’échanges soient en eux-mêmes dépourvus d’intérêt, mais simplement parce que la philosophie, comme toute activité, est dotée d’exigences propres. Elle exige avant tout l’analyse, la délibération et la construction d’une pensée. Pour ce faire, trois composantes nous semblent indispensables, à divers et variables degrés. L’identification, qui consiste à devenir conscient de ses propres idées et des présupposés qu’ils contiennent implicitement. La critique, qui consiste à envisager les objections que l’on pourrait formuler à l’encontre des propositions initiales. La conceptualisation, qui consiste à émettre de nouvelles idées capables de prendre en charge les problématiques ayant pu émerger au cours de ce processus analytique. Bien entendu, cela suppose une indispensable capacité de distanciation face à soi-même, identique en réalité à celle exigée lors de toute discussion digne de ce nom. Exigence plus laborieuse qu’on ne le pense souvent. Mais il est clair que la pratique de la philosophie implique de pouvoir agir au niveau du conscient et de pouvoir raisonner sur soi, ce qui n’est pas donné immédiatement à tous, en particulier lorsque des processus pathologiques récurrents parasitent le fonctionnement de l’esprit individuel.

La consultation philosophique peut s’effectuer dans divers cadres : cabinet privé, entreprise, institution. Dans tous les cas de figure, il s’agira d’adresser des problèmes spécifiques, particulièrement de type existentiel ou moral, concernant directement le sujet, celui qui s’engage dans le processus de consultation, qui en général choisira l’objet de la discussion. Les modi operandi des divers praticiens varieront principalement sur deux paramètres essentiels. Premièrement, sur la proximité ou l’éloignement entre le philosophique et le psychologique. Certaines pratiques restent proches du cas singulier, sans tellement chercher à le conceptualiser ou à l’universaliser, ou tout au moins ne poussent pas tellement le sujet dans cette direction, contrairement à d’autres, plus formellement philosophiques, plus exigeantes dans le domaine de l’abstraction.

Deuxièmement, sur la contribution conceptuelle du consultant. En reste-t-il à un pur questionnement, ou élabore-t-il des schémas d’analyse ou d’interprétation, voire propose-t-il des références codifiées – auteurs classiques, maîtres spirituels ou autres – afin de clarifier ou d’élucider les questions du sujet ?

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p.16.

Les extraits ci-dessus appuient l’idée du détail et de la précision plus que légitime pour non seulement observer les pensées et la logique de l’auteur mais aussi et surtout pour former celles du lecteur. Oscar Brenifier nous un programme et des instructions pour la consultation philosophique.

Toutes les références à la lutte contre ses propres opinions a retenu mon attention. Vous me savez déjà sensible au fait que plusieurs personnes prennent pour vrai ce qu’elles pensent uniquement parce qu’elles le pensent. Et cela se résume souvent à de simples opinions qui ne tiennent pas souvent la route face aux faits et à la logique. Un jour, j’ai demandé à un jeune homme d’une trentaine d’années de me dire ce que son cerveau pouvait produire d’autre que des opinions. Il m’a répondu que tout ce que le cerveau peut engendrer, ce sont des opinions.

L’objection sur la dimension « psychologisante » de l’exercice, voire sa banalité, présente une difficulté qui n’est pas à écarter trop rapidement. D’une part parce que la tendance est grande chez le sujet, face à un interlocuteur unique qui se consacre à son écoute, de s’épancher sans retenue aucune sur son ressenti, surtout s’il a déjà pris part à des entretiens de type psychologique. Il se sentira d’ailleurs frustré de se voir interrompu, de devoir porter des jugements critiques sur ses propres idées, de devoir discriminer entre ses diverses propositions, d’être privé de « complexité », etc. Autant d’obligations qui font pourtant partie du « jeu », de ses exigences et de ses mises à l’épreuve. D’autre part, parce que pour des raisons diverses, la philosophie tend à ignorer la subjectivité individuelle, pour se consacrer surtout à l’universel abstrait, aux notions désincarnées. Une sorte de pudeur extrême, voire de puritanisme, incite le professionnel de la philosophie à craindre l’opinion au point de vouloir l’ignorer, plutôt que de voir en cette opinion l’inévitable point de départ de tout philosopher ; que cette opinion soit celle du commun des mortels ou celle du spécialiste, ce dernier se trouvant non moins victime de cette « maladive » et funeste opinion, quand bien même il s’agit d’une docte opinion.

Nous répondrons à de telles objections en expliquant la nature philosophique de la démarche. Premièrement que notre exercice consiste à identifier chez le sujet, au travers de ses opinions, les présupposés non avoués à partir desquels il fonctionne. Ce qui permet de définir et creuser le ou les points de départ. Deuxièmement à prendre le contre-pied de ces présupposés, de manière construite, afin de transformer d’indiscutables postulats en simples hypothèses. Troisièmement d’articuler les problématiques ainsi générées au travers de concepts identifiés et formulés. En cette dernière étape, ou auparavant si l’utilité s’en est déjà fait sentir, l’interrogateur pourra utiliser des problématiques « classiques », attribuables à un auteur, afin de valoriser ou mieux identifier tel ou tel enjeu apparaissant au cours de l’entretien.

(…)

Notre hypothèse de travail consiste précisément à identifier certains éléments de la subjectivité, bribes que l’on pourrait nommer opinions, opinions intellectuelles et opinions émotionnelles, afin d’en prendre le contrepied et de faire l’expérience d’une pensée « autre ».

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, pp. 27-28.

« C’est ton opinion », « À chacun son opinion » et d’autres expressions semblables viennent souvent mettre fin à toute discussion et je déteste cela.

Penser l’impensable

Une des compétences importantes de la philosophie est la capacité à problématiser. Au travers des questions et des objections, on est censé examiner de façon critique des idées ou des thèses données, afin d’échapper au piège de l’évidence. Cette « évidence » est constituée par un ensemble de connaissances et de croyances que les philosophes appellent des « opinions » : des idées non raisonnées, établies simplement par habitude, rumeur ou tradition. Ainsi, en s’engageant dans le processus philosophique, on doit examiner les limites et la fausseté de toute opinion donnée et envisager d’autres chemins de pensée, ce qui, à première vue, pour la pensée commune, semble bizarre, absurde ou même dangereux. On doit suspendre son jugement, comme Descartes nous invite à le faire, et ne pas se fier à des émotions et à des convictions habituelles. Voire même, par sa « Méthode », il nous demande de subir un certain processus mental qui, d’après lui, garantit d’obtenir une sorte de connaissance plus fiable, qu’il nomme aussi « évidence », en opposition à une opinion « établie », qu’elle soit vulgaire ou savante. Afin d’être fiable, cette « évidence » doit pouvoir supporter le doute, et il faut pour cela prévenir la précipitation et le préjugé, et la pensée doit prendre des formes claires et distinctes. Avec la méthode dialectique, que ce soit chez Platon, Hegel ou autre, le travail de la critique ou de la négativité va plus loin, puisqu’il est indispensable de pouvoir penser le contraire d’une proposition afin de la comprendre et l’évaluer : pour penser une idée il est nécessaire d’aller au-delà de cette idée, et toute possibilité d’« évidence » tend naturellement à disparaître. Mais pour mettre en œuvre de telles procédures cognitives, nous devons être dans un certain état mental, adopter une attitude spécifique, composée de distanciation et de perspective critique. Ce procédé est très exigeant, il rencontre de nombreux obstacles. La sincérité est un des obstacles courants à cette attitude, ainsi que la bonne conscience et la subjectivité qui doivent abandonner leur emprise tenace sur l’esprit. Plus radicalement, les principes moraux, les postulats cognitifs et les besoins psychologiques qui nous guident dans la vie doivent être mis entre parenthèses, être soumis à une critique âpre, et même être rejetés, ce qui ne se produit pas naturellement puisque cela génère de la douleur et de l’angoisse, travail qui exige une grande capacité de se distancier avec soi-même. Se dédoubler – ainsi qu’Hegel le suggère – comme condition au penser vrai, comme condition de la conscience. Et afin d’accomplir un tel changement d’attitude, on doit en fait « mourir à soi », « lâcher prise », on doit abandonner ne serait-ce que momentanément ce qui nous est le plus cher, sur le plan des idées et sur le plan des émotions les plus profondes. « Biologiquement, je ne peux pas le faire! » me répondit une fois un professeur espagnol, quand je lui demandais de problématiser sa position sur un certain sujet. Visiblement, elle avait plutôt bien perçu le problème, sans pour autant prendre vraiment conscience des conséquences intellectuelles de sa résistance ou de son refus. Notre vie, notre être, semblent fondés sur certains principes établis que nous considérons non négociables. Alors, si la pensée implique de problématiser, si le travail de négativité représente une condition indispensable à une réflexion digne de ce nom, il s’agit donc de mourir afin de penser. En observant la façon dont les personnes impliquées dans une discussion s’échauffent lorsqu’on les contredit, comment elles ont recours à des positions et des stratégies extrêmes afin de défendre leurs idées, y compris la plus flagrante mauvaise foi, on peut en conclure en effet, qu’abandonner ses propres idées représente bien une sorte de « petite mort ».

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 46.

Je suis bouleversé lorsque je me trouve devant une personne que se donne raison ou cherche à avoir raison à tout prix et qui n’admet aucun doute, aucune faille par laquelle la lumière pourrait entrer et éclairer sa sacro-sainte opinion. Avec ces personnes, l’objectif est de créer une faille pour donner une chance à la lumière de pénétrer et de se tenir prêt à soulager l’éblouissement douloureux des yeux habitués à vivre dans le noir.

PARLER C’EST JOUER

Convictions

La plupart du temps, lorsque nous parlons, nous voulons croire ce que nous disons.

D’ailleurs, nous faisons tout pour que soit partagée cette croyance, nous voulons que les autres nous croient, nous faisons d’énormes efforts en ce sens : nous nous justifions, nous argumentons, nous promettons et jurons, et nous supportons difficilement de ne pas être cru ou d’être contredit. Nous préférons d’ailleurs que la discussion s’arrête si elle ne procède pas comme nous le souhaitons. Si cela est tout à fait compréhensible sur le plan existentiel, où notre engagement est lourd et fort conséquent, chargé d’expectatives, cela pose problème sur le plan de la pensée. (…).

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 121.

« Le concept, écrit Oscar Brenifier, est un outil crucial de la pensée, sinon le principal, comme c’est généralement accepté en philosophie, en particulier depuis Hegel.»

L’ascétisme du concept

(…)

Qu’est-ce que la conceptualisation ? C’est l’activité d’identifier, de produire, de définir ou d’utiliser des concepts, intégrés dans un processus de pensée globale. Chacun des quatre aspects de la conceptualisation présente une certaine difficulté et constitue les raisons de notre résistance à la conceptualisation. Mais d’une manière générale, le problème avec la conceptualisation est qu’elle agit par une action de réduction : elle réduit, elle rétrécit, et de ce fait elle véhicule une connotation sèche et dure. En conceptualisant, nous allons du concret à l’abstrait, du multiple au simple, du réel au virtuel, du perceptible au pensable, des entités inscrites dans le temps, la matière et l’espace, aux entités acosmiques, immatérielles et intemporelles : nous entrons au royaume des idées pures, le royaume du penser de la pensée. Et si le plus souvent l’idée de « réduction » véhicule une connotation négative, nous devrions rappeler au lecteur qu’en philosophie, elle peut être au contraire une activité positive et utile, comme dans le concept de « réduction phénoménologique » ou de « réduction eidétique » , proposées par Husserl. C’est un processus mental où nous sommes invités à mettre entre parenthèses le monde, ce que nous en savons, et à suspendre un jugement fondé en subjectivité, afin de saisir la réalité intérieure d’un phénomène, en lui-même, objectivement, comme il apparaît. Dans ce processus, nous devons abandonner toute réalité environnante, afin de contempler les objets de notre perception mentale déconnectée de leur contexte. Ce phénomène peut se produire naturellement, par exemple quand nous sommes étonnés, car nous voyons alors uniquement l’objet de notre étonnement; cependant, le processus de la réduction phénoménologique nous demande en général de recréer artificiellement une telle occurrence, peu courante, une tâche très artificielle et exigeante, qui nous permet de saisir l’essence intérieure d’un objet de la pensée en abandonnant, dans la mesure du possible, notre vue du monde préétablie, qui biaise subjectivement notre pensée, engluant l’objet pensé dans sa propre matrice. Le procédé de réduction peut également se produire en observant les variations apparentes d’un objet donné, afin d’abandonner les caractéristiques contingentes et de conserver seulement le nécessaire, l’essence d’une chose, ainsi révélée.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 39.

Vous le savez aussi à la lecture de mes précédents articles dans ce dossier, je nourris une aversion envers la psychologie parce qu’elle ne remplit pas ses promesses. Je ne veux pas voir la psycho contaminer la philo.

Guérison ou pas

Néanmoins, il est une certaine différence entre une démarche de nature psychologique et une démarche de nature philosophique, si l’on peut ainsi généraliser. Dans la perspective qui est la nôtre, il n’y a pas à aller mieux, il n’y a pas à guérir, il n’y a même pas à atténuer la souffrance, non pas que cette dimension thérapeutique ou palliative soit exclue, mais simplement parce que ce n’est pas la finalité de notre affaire. Qu’il y ait problème, qu’il y ait souffrance, voire même qu’il y ait pathologie, nous ne le nions guère et ces termes sont utiles pour caractériser ce qui se passe, mais nous n’avons pas à « guérir », nous ne sommes pas « thérapeute », quand bien même la pratique philosophique peut avoir une dimension thérapeutique, et que périodiquement nos clients nous disent avoir trouvé dans notre pratique un certain bien-être ou une atténuation de leur souffrance morale. Certes, une personne vient nous voir en général parce qu’un problème lui paraît difficile à supporter ; certes, quelques collègues se nomment eux-mêmes philothérapeutes ; certes, la consolation ou la recherche du bonheur sont des termes familiers de la culture philosophique ; mais pour autant, ce n’est pas ainsi que nous concevons notre pratique. Nous serions d’ailleurs sur ce point en accord avec Spinoza : ce n’est pas en cherchant le bonheur qu’on le trouvera. Nous pourrions en dire autant du problème en soi : ce n’est pas en cherchant la « solution » au problème qu’il sera résolu. Les « solutions » ne sont d’ailleurs souvent que des « cache-sexe », des refuges pour se protéger du problème, pour l’ignorer ou le nier. Résoudre à tout prix un problème est au demeurant une vision quelque peu réductrice, qui renvoie à une phobie du problème.

De notre point de vue, la philosophie est un art de l’ailleurs, elle est le lieu de l’altérité, de l’inattendu et de l’impensable. Pour philosopher, d’une certaine manière, il ne faut pas savoir ce que l’on cherche. On peut certes résoudre un problème – aucune raison a priori d’exclure cette possibilité – mais on peut aussi bien l’accepter, l’ignorer, en percevoir sa nature dérisoire, apprendre à l’aimer, le dissoudre, comprendre la dimension constitutive de sa nature, on peut le sublimer ou le transcender, le réarticuler ou le transposer, autant de manières de traiter un problème, mais pour cela, pour trouver le chemin approprié, il faut abandonner toute velléité spécifique, qui subordonnerait la réflexion à une finalité prédéterminée et nous empêcherait de voir ce qui se passe. Car le maître mot, s’il en est un, est pour nous la conscience : voir, percevoir, apercevoir ; là se trouve dans notre perspective l’ancrage, le non-négociable, quand bien même le sujet nous avoue en fin de compte, explicitement ou non, qu’il ne souhaite pas voir. Avant de nous rencontrer, le sujet « sait » qu’il y a là quelque chose qu’il préfère ne pas voir, il est nécessairement conscient de son désir ou de sa volonté de non-voir. Mais accepte-t-il ce « savoir » ? Ensuite, à travers le dialogue philosophique, grâce au questionnement, il voit, il sait, de manière plus explicit, plus difficilement évitable. Après cela, il a vu, il a perdu cette virginité factice dont il ignorait la nature, et s’il désire retrouver l’originaire, s’il regrette le jardin d’Eden et souhaite y retourner, il le fera en connaissance de cause. Il ne sera plus le même. Même s’il réussit à quelque peu oublier sa propre réalité en un second temps.

Ainsi Socrate nous invite à chercher ce que nous cherchons sans savoir ce que nous cherchons, quitte à décider de ne plus le chercher : nous ne devons pas décider à l’avance ce que nous cherchons, la nature de l’objet recherché reste encore à déterminer. Nous devons tracer de nouvelles pistes à partir d’indices, et découvrir peu à peu l’objet de la quête, tout en sachant que cet objet n’est pas une idole mais une icône ; il ne constitue pas la substance, il ne représente pas l’inconditionné, il est uniquement reflet et circonstances. Ainsi lorsque notre client médecin ne nomme pas cette dimension qui l’habite mais qu’il refuse d’habiter, il n’y a rien là d’extraordinaire. Pour Schiller, l’homme est pris dans la tension entre le fini et l’infini, il se tient au croisement de deux dimensions antinomiques, fracture de l’être. Il se trouve là une spécificité humaine. Les bêtes ne sont que dans le fini, les dieux ne connaissent que l’infini, nous explique Platon, ils n’ont donc besoin ni l’un ni l’autre de philosopher. Ce heurt entre la finitude et l’infini se niche au cœur de l’histoire humaine, histoire singulière et histoire collective, au cœur du drame humain, drame singulier et drame collectif, et l’on ne voit pas comment on pourrait y échapper et en guérir. Pas plus que l’on ne saurait échapper à la mortalité ou à l’humanité, car ces deux maladies sont constitutives de notre existence. Ou de manière ironique, disons que nous pouvons les guérir uniquement par leur accomplissement, par leur réalisation. Tout comme nous dirions qu’un cancer se guérit en allant jusqu’au bout de son processus. L’homme est sa propre maladie, nous indique la philosophie, que prétendrait-elle donc guérir ?

Que va faire notre médecin en sortant du cabinet de philosophie, va-t-il échapper à l’effet du questionnement ? Va-t-il fuir la prise de conscience ? Nous n’en savons rien et dans l’absolu, cela nous concerne peu, aussi cruel et inhumain que cela paraisse. Cela ne nous intéresse guère, ou bien nous intéresse sur un plan purement anecdotique, ce n’est pas notre souci. Il est venu, il a vu, il n’a pas dit, mais il a perçu, il a reconnu ou entrevu l’indicible ; que faire de plus ? Nous l’avons invité à nommer le fantôme, il a préféré ne pas l’invoquer. N’était-il pas prêt ? N’est-il pas fait pour cela ? Ne le souhaite-t-il pas ?

Nous n’avons pas à savoir pour lui, à décider pour lui, à vouloir pour lui. Il est venu au bal, nous l’avons invité à danser, il a souhaité faire uniquement quelques pas puis il s’est lassé, il a eu peur, ou bien il a décidé que la danse n’était pas une activité pour lui. Le présupposé de l’entretien philosophique est le libre consentement : nous avons là un individu autonome, dont nous penserons ce que nous voulons, mais l’important est uniquement ce qu’il pense de lui-même, ce qu’il pense pour lui-même, ce qu’il pense à partir de lui-même, quand bien même à travers nos questions nous l’invitons à penser plus avant, à penser à côté, à penser autrement. Nous l’aurons invité à voir, il aura vu ce qu’il aura pu voir, il aura vu ce qu’il aura voulu voir. Nous aurons déclenché un processus qui vivra la vie qu’il vivra. Ni plus ni moins.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, p. 39.

La consultation philosophique peut se dire une « philothérapie » ? Voici la réponse de Oscar Brenifier :

Thérapie et raison

De ce que nous venons de voir, nous en concluons que la philosophie fait œuvre thérapeutique. Un terme que nous trouverons explicitement au moins chez Platon et chez Wittgenstein, implicitement chez les autres auteurs cités. Ensorcellement, confusion, aveuglement, dogmatisme, émotivité, passivité, phantasmes et illusions sont autant de pathologies dénoncées par les philosophes, ces praticiens de l’âme, de l’esprit, ou du corps pensant. Diagnostique philosophique. Plus que de la sagesse ou de la connaissance, c’est de la maladie dont il est alors question. Et face à ces maladies universelles et communes, ou cette unique maladie polymorphe, « humaine, trop humaine », dirait Nietzsche, prescription ultime, c’est bien de la raison dont on parle, cette raison qui semble être le soupirail ou la clef pour émerger de notre misère. Quand bien même cette faculté s’articule sous des formes différentes ou prend des noms différents, voire contradictoires, pour des raisons historiques, pour des raisons de connotations, si chère aux philosophes, chacun tenant toujours à se démarquer du voisin. Une raison qui pour l’un est folie, pour l’autre prescription. Une raison qui est parfois rationnelle, parfois raisonnable. Raison « pharmacon », poison et remède. Raison et fièvre, salut et perte, mènent un ballet incessant, quadrille de renversements. Pathologie de la singularisation, qui semble être la maladie philosophique par excellence, le désir d’être spécial, d’être original, voire d’être inouï ou incompréhensible. Ce désir est très présent, très prégnant chez ces « êtres pensants », quand bien même on rencontrera la critique d’un tel désir ici ou là. Car ces grands esprits semblent toujours trouver au sein de la poursuite effrénée d’une particularisation leur sens et leur essence, même lorsqu’ils se gaussent du sens, de l’essence et de la particularité. Nœud philosophique, pourrait-on dire en guise de conclusion.

Source : Brenifier, Oscar, La consultation philosophique, Éditions Alcofribas, 2020, pp. 107-109.

Je compte encore de nombreux passages soulignés dans mon exemplaire de « La consultation philosophique » de Oscar Brenifier. Vous comprendrez que les extraits ci-dessous sont là pour vous inviter à la lecture complète de cet essai si jamais vous vous reconnaissez dans le style direct de l’auteur.

Enfin, j’attire votre attention sur l’annexe « Jeux sérieux – LA POSSIBILITÉ DE REDÉFINIR UN PARADIGME PHILOSOPHIQUE » signé par Morten Fastvold, philosophe consultant en Norvège. Il s’agit de ses « Réflexions sur les sessions conduites par Oscar Brenifier ». Cet texte retient mon attention parce qu’il met en comparaison la philosophie et la psychologie. À lire absolument.


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Serge-André Guay, auteur et président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


dossier-consulter-un-philosophe.01

Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Comment ne pas être esclave du système ? à suivre jeudi à 18h30 sur la page Facebook de Philosophie magazine

29 AVRIL À 18H30 SUR NOTRE PAGE FACEBOOK

Comment ne pas être esclave du système ?

À l’occasion de la parution de son nouvel essai Comment ne pas être esclave du système ? (Allary Éditions), mais aussi du nouveau numéro de Philosophie magazine, Alexandre Lacroix vous propose une rencontre, à suivre jeudi à 18h30 sur la page Facebook de Philosophie magazine.

JEUDI 29 AVRIL À 18H30

Nous sommes de plus en plus nombreux à en rêver : échapper au système, à cette maximisation du profit, partout, tout le temps, qui ravage nos sociétés et la planète, et dont l’utilitarisme est la doctrine politique et morale. Mais rompre avec le mode de vie dominant exige des sacrifices que peu d’entre nous sont prêts à consentir. Entre la pleine adhésion et la fuite, un chemin existe-t-il ?

Oui, répond Alexandre Lacroix dans son nouveau livre. Il ouvre la voie d’un “post-utilitarisme”, consistant à soumettre les calculs et les optimisations de la vie ordinaire à un idéal non négociable.

Ces questions et cette thèse sont aussi au cœur du nouveau numéro de Philosophie magazine, à paraître ce jeudi 29 avril, qui propose une analyse critique de l’utilitarisme en se demandant comment chacun de nous concilie utile et idéal. Une réflexion qui s’ouvre sur un duel entre les deux grandes voix de l’éthique, Michael Sandel et Peter Singer.

Nous vous invitons à découvrir cette proposition, et débattre en direct avec Alexandre Lacroix, sur notre page Facebook, ce jeudi à 18h30.

Article # 10 – Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

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Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies

Eva Illouz et Edgar Cabanas

Premier Parallèle, 2018

260 pages – Publié le 23 août 2018

Traduit de l’anglais par Frédéric Joly

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Informations de l’éditeur


Résumé

Une analyse de la psychologie positive et de ses origines. Apparue à la fin des années 1990, cette pensée suggère qu’il est possible de se débarrasser de tout sentiment négatif afin de mieux tirer parti de soi-même. Les auteurs lui reprochent de présenter l’individu comme seul responsable de ses succès et de ses échecs sans prendre en compte les maux de la société.


Texte en quatrième de couverture

Le bonheur se construirait, s’enseignerait et s’apprendrait : telle est l’idée à laquelle la psychologie positive prétend conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d’écouter les experts et d’appliquer leurs techniques pour devenir heureux. L’industrie du bonheur, qui brasse des milliards d’euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d’elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.

Mais n’aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre, encore une fois, que la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?
Et si la dite science du bonheur élargissait le champ de la consommation à notre intériorité, faisant des émotions des marchandises comme les autres ?

Edgar Cabanas et Eva Illouz reconstituent ici avec brio les origines de cette nouvelle « science » et explorent les implications d’un phénomène parmi les plus captivants et inquiétants de ce début de siècle.


Appréciations – Médias

« Eva Illouz et Edgar Cabanas s’attaquent avec brio à la dictature du bonheur. Un livre édifiant, important et urgent pour comprendre l’emprise d’une idéologie devenue mondiale au service du pouvoir. » Marie Lemonnier, L’Obs

« Dans son dernier livre, la sociologue dénonce l’injonction qui nous est faite d’être heureux. Cette idéologie, dont la psychologie positive est le bras armé, n’a qu’un objectif : culpabiliser les individus et conforter le néolibéralisme. Une fois de plus, l’auteure veut « mettre de la sociologie là où domine la psychologie »». Virginie Bloch-Lainé, Libération

« Une lecture terrifiante et indispensable.? » Estelle Lenartowicz, L’Express?

« On pourrait comparer Happycratie à une cellule de dégrisement, tant l’ivresse du bonheur nous a gagnés. (…) Une lecture qui déconstruit l’esprit du temps. » Elodie Maurot La Croix

« Un livre exceptionnel (…) qui montre l’aporie, l’impasse, de la société individualiste actuelle. Aujourd’hui, Socrate se baladant sur l’agora et posant ses grandes questions sur le bien, le juste, ce vers quoi on doit tendre verrait un mec arriver pour lui proposer d’être coach en développement personnel chez Google. » Raphaël Glucksmann sur France Inter (à 51’10 de l’émission Le grand face-à-face)

« Un essai décapant. » Laurent Lemire, Livres Hebdo

« La sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas, fins observateurs de l’usage des émotions intimes par le capitalisme, décryptent comment le bonheur est devenu un marché juteux et une idéologie aussi captivante que perverse. » Catherine Portevin, PhiloMag

« La thèse est simple et lumineuse. (…) Merci à eux de nous rappeler l’importance du travail négatif, sous peine « d’oublier la bigarrure du monde humain, si chère à Freud ». » Psychologies Magazine

« Méfions-nous de ce nouvel ordre moral qui fait de la souffrance un scandale et refoule la douleur comme une maladie honteuse. » Dominique Garandet, Centre France

« Un ouvrage érudit et percutant. » Europe1

« Une lecture éclairante, qui appelle à quitter l’obsession égocentrique de l’amélioration de soi, et à combattre une tyrannie de l’optimisme. » Annabelle Laurent, Usbek & Rica

« Une somme urgente et salutaire à la fois. » Livres Critique

« Un livre passionnant. » Xavier Lambrechts, TV5 Monde

« Une critique juste de la tyrannie d’un modèle du bonheur artificialisé, dégagé de tout contexte social. » Jean-Marie Durand, Les Inrocks

« On le cultive, on le théorise, on en fait un business, des livres, des cours… Il est même le nouveau carburant de la productivité. En société et au travail, le bonheur est devenu une injonction. » Nicolas Santolaria, Le Monde

« La science du bonheur n’est-elle pas le prélude à une société ultra-individuaslite ? Le docteur en psychologie Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz explorent ces questions essentielles. » We Demain

« (Pour les auteurs), le bonheur, reformaté par la « psychologie positive », est devenu non plus une promesse désirable, mais un secteur lucratif, un outil de management et un leurre politique, surtout depuis la crise de 2008. Bienvenue en « happycratie »…», Joseph Confavreux, Mediapart

« L’essai Happycratie dénonce les techniques inspirées de la pensée positive et du développement personnel, qui véhiculent une vision du monde moralement discutable. » Jean-Laurent Cassely, Slate

« Captivant et brillant. » Le Devoir

« Un livre salutaire, une élucidation passionnante de l’alliance du commerce, de la para-scientificité, et de l’idéologie par laquelle nous est proposée une redoutable injonction au bonheur. » Pierre Coutelle, librairie Mollat, Bordeaux.

« Il y a quelque chose de fort plaisant à voir démontés et exposés les divers éléments constituants la psychologie positive. Avec l’esprit d’analyse qui la caractérise, Eva Illouz, avec Edgar Cabanas, exhibe à la fois l’indigence théorique de cette industrie du bonheur et les effets qu’elle induit : produire des psytoyens. C’est-à-dire des citoyens « parfaitement heureux » qui doivent pratiquer l’implication la résilience et l’autonomie. Des entrepreneurs d’eux-mêmes, n’ayant pour seule liberté que l’amélioration de soi perpétuelle. Pour cette tendance auto-proclamée, il s’agit, en somme, de former de bons petits soldats : confusionnistes, consuméristes, conformistes. » Thierry Jobard, librairie Kléber, Strasbourg.


Les auteurs

Edgar Cabanas

Docteur en psychologie rattaché à l’Institut Max Planck, à Berlin, il enseigne actuellement à l’université Camilo José Cela de Madrid. Ses travaux portent sur les usages politiques, économiques et sociaux du bonheur, tel qu’il est aujourd’hui envisagé, conçu et « vendu » par la psychologie, notamment positive.

Suivre Edgar Cabanas

Eva Illouz

Directrice d’études à l’EHESS (Paris), Eva Illouz enseigne aussi la sociologie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Ses travaux portent sur la marchandisation des émotions et ce qu’elle appelle le « capitalisme affectif ». Elle a notamment écrit Les Sentiments du capitalisme (Seuil, 2006) et Pourquoi l’amour fait mal (Seuil, 2012, Points, 2014). Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues.

Suivre Eva Illouz


Source : Premier Parallèle.


Extraits disponibles en ligne sur le site web leslibraires.ca

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Source : leslibraires.ca.


Revue de presse

Faut-il rejeter en bloc l’industrie du bonheur ? par Antonin BROI, Nonfiction

Happycratie, philosophie magazine

Happycratie: une simple critique de l’industrie du bonheur ? 7 mai 2020 Par Screenshot Blog : Le blog de Screenshot, Mediapart

Le bonheur, un juteux business pour les entreprises, Par Anne-Sophie Leurquin Journaliste au service, Le Soir (Belgique)

La psychologie positive : cheval de Troie du néolibéralisme ? Psychologies


DOSSIER

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Article # 10

RAPPORT DE LECTURE

Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies

Eva Illouz et Edgar Cabanas

Premier Parallèle

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Si le présent ouvrage apporte une contribution à l’actuel débat, très vivace, sur le bonheur, c’est en vertu de sa perspective sociologique critique. Nous nous sommes appuyés ici sur les travaux que nous avons précédemment menés – des travaux consacrés aux émotions, au néolibéralisme et à la culture thérapeutique –, en creusant certaines idées déjà exposées ailleurs et en en introduisant de nouvelles, notamment quant aux rapports entre la poursuite du bonheur et les modalités d’exercice du pouvoir dans les sociétés capitalistes néolibérales. Le terme « happycratie », que nous avons forgé, souligne la visée principale de ce livre, qui s’attache avant tout à montrer comment, à l’ère du bonheur, sont apparus, de concert avec une nouvelle notion de la citoyenneté, de nouvelles stratégies coercitives, de nouvelles décisions politiques, de nouveaux styles de management, de nouvelles obsessions individuelles et hiérarchies émotionnelles.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 23-24.

À la lecture de ce livre, je suis allé d’étonnement en étonnement, page après page. J’ai découvert la « psychologie positive », son histoire et ses ramifications dans nos universités, nos gouvernements, nos armées, nos entreprises et nos industries, sans oublier au sein de nos populations partout là où sévit le néo-libéralisme.

Si j’ai été témoin des poussées de fièvre de la pensée positive il y a près de 50 ans au cours de mon adolescence. Je n’ai jamais été attiré par ce mouvement de pensée. En fait, il m’a rebuté dès le départ parce que je savais déjà fort bien qu’il ne s’agit pas d’avoir des pensées positives pour traverser les épreuves de la vie. À l’adolescence, il faut le rappeler, nous découvrons que la société n’est pas comme on nous l’avait présentée dans notre enfance. Nous sommes déçu et, par conséquent, rebelles, ne serait-ce qu’un temps. Alors quand, dans les librairies et les médias, nous sommes confrontés à la « pensée positive », nous savons fort bien qu’il y a la-dessous quelque chose qui ne vas pas, du moins dans mon cas.

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Puissance de la pensée positive (La)

Par Norman Vincent Peale

Éditeur DE L’HOMME

Papier ISBN: 9782761922920 Épuisé : non disponible. 24.95$

Publié pour la première fois aux États-Unis en 1952, ce livre contient un message qui n’a rien perdu de sa portée universelle: il nous enseigne que c’est en convertissant nos émotions négatives en attitudes positives que nous pouvons connaître une vie bien remplie et satisfaisante. Il nous montre comment vaincre la peur, la frustration et le désespoir en suivant un cheminement qui s’appuie à la fois sur l’énergie divine et sur notre propre potentiel humain. Les conseils de l’auteur sont simples, précis et extrêmement efficaces.

Source : leslibraires.ca.

Mon rejet catégorique de la pensée positive s’accorde avec mon refus de m’arroger le droit de percevoir autrement la réalité que pour ce qu’elle est et de modifier mes perceptions pour toujours voir dans le malheur un aspect positif.

Disons-le franchement, la science du bonheur est une pseudoscience, dont les postulats et la logique se révèlent tout à fait défectueux. Le philosophe pragmatiste Charles Peirce a dit un jour qu’une chaîne de raisonnement n’est pas plus solide que son lien le plus faible ; de fait, la science du bonheur s’appuie sur de nombreux postulats sans fondement, sur des incohérences théoriques, des insuffisances méthodologiques, des résultats non prouvés et des généralisations ethnocentriques et abusives. Tout cela interdit d’accepter de manière non critique ce que cette science affirme en se réclamant de la vérité et de l’objectivité.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 16-17.

Ma lecture de Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies m’a appris l’existence, au delà de la pensée positive, d’une nouvelle psychologie, la psychologie positive.

Le bonheur est désormais fait d’un ensemble d’« emodities**** », c’est-à-dire de services, thérapies et produits qui promettent une transformation émotionnelle et aident à la mettre à œuvre5. Ces « emodities » empruntent des voies sinueuses : bien souvent, elles font leur apparition dans certains départements d’université, sous forme de théories, mais elles ne tardent guère à s’intégrer aux différents marchés – les entreprises, les fonds consacrés à la recherche, l’industrie du style de vie… La maîtrise de soi et de ses émotions, la quête d’authenticité et d’épanouissement personnel ne font pas que pousser le moi à se façonner constamment : elles permettent aussi à diverses institutions de faire circuler dans le corps social des marchandises émotionnelles – des « emodities ».

**** Néologisme produit par une contraction des termes anglais emotions et commodities (« marchandises »). Voir Eva Illouz (dir.), Les Marchandises émotionnelles, Premier Parallèle, 2019 [N.d.T.].

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 22.

La psychologie clinicienne, celle que nous connaissons, s’occupe des personnes se portent mal en raison de maladies mentales ou, si vous préférez, d’une santé mentale déficiente. La psychologie positive s’adresse à tout un chacun, les gens heureux qui veulent (ou qui furent persuader) être davantage heureux. C’est un tournant majeur pour la psychologie puisque sa clientèle vient de s’ouvrir à tout le monde.

(…) Les gens n’avaient pas seulement besoin d’être plus heureux lorsque les choses allaient mal : ce besoin-là, ils l’éprouvaient aussi, et plus encore, lorsque tout allait bien. La psychologie classique se devait donc d’assumer un rôle fondamentale inédit pour elle : elle ne devait plus se contenter de remédier à la souffrance; elle devait maximiser les potentiels de l’individualité.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 44.

Le bonheur a supplanté l’objectif de justice et celui d’égalité dans la sphère politique de plusieurs pays conseillés par des psychologues et des « économistes du bonheur ».

Il s’agissait d’imposer le concept de bonheur national brut (BNB), en le présentant comme un indice bien plus pertinent que le produit intérieur brut (PIB), mais aussi des extensions de ce concept : l’«indice de bien-être économique», les dimensions «économiques du bien -être, l’«indice de bien-être durable» ou encore l’«indice de développement humain», censé permettre de mesurer l’efficacité des politiques publiques et le progrès économique à l’échelon national. Depuis 2008, tous les pays se sont peut à peu rangés, dans une plus ou moins grande mesure, à ces pratiques.

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 53.

Un processus général d’individualisation et de psychologisation a profondément transformé, au sein de nos sociétés capitalistes avancées, les «mécanismes politiques et sociaux de la responsabilisation». On parle même d’une «seconde révolution individualiste».

(…) Elle (seconde révolution individualiste) a en effet permis de présenter sous l’angle de la psychologie et de la responsabilité individuelle les déficits structurels, les contradictions et les paradoxes propres à la société. Le travail, par exemple, est progressivement devenu une affaire de projets personnels, de créativité et d’entreprenariat ; l’éducation, une affaire de compétences individuelles et de talents personnels ; la santé, une affaire d’habitudes de vie et de mode de vie ; ; l’amour, d’affinités interpersonnelles et de compatibilité ; l’identité, de choix et de personnalité ; le progrès social, de prospérité individuelle, et ainsi de suite. La conséquence a été l’effondrement général de la dimension sociale au profit de la dimension psychologique. «La» politique s’est ainsi vu progressivement remplacée par «une» politique, et une politique a forte consonance thérapeutique, la rhétorique du bonheur se substituant peu à peu a celle de l’individualisme dans la définition du modèle néolibéral de citoyenneté (nous développerons cette idée dans le quatrième chapitre).

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 77.

Je trouvais déjà notre société individualiste lors de mon entrée dans le monde adulte il y a quarante ans. Je suis tout de même surpris que ce soit pas une affaire de choix personnel Si je soupçonnais la société elle-même d’être devenue individualisante, je ne pouvais pas m’imaginer qu’il s’agissait d’une application structurelle orchestrée par les apôtres de la psychologie positive dans l’ensemble de la société.

La forteresse intérieure n’est pas l’endroit où nous voulons construire notre vie. Nous ne voulons pas vivre dans l’obsession égocentrique de l’amélioration de soi, qui n’est qu’une façon de se discipliner à outrance, de se censurer. L’idée d’une meilleure version de nous-mêmes à laquelle il s’agirait de parvenir n’est que chimère et faux-semblant, et nous n’entendons pas nous épuiser à la poursuivre. Nous refusons de nous retrouver prisonniers de postulats prétendant que l’amélioration de la société ne passerait que par l’amélioration des individus. (…)

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, pp. 234-235.

(…)

(…) Nous répondons à ces arguments en renvoyant à la célèbre réfutation de l’utilitarisme proposée par le philosophe Robert Nozick, qui enseignait à Harvard et dont la sensibilité était anarchiste. Nozick proposait à son lecteur une expérience de pensée fort singulière : s’imaginer dans une machine lui fournissant à sa demande telle ou telle sensation de plaisir. La personne s’installant dans une telle machine, laissait entendre Nozick, serait poussée à croitre vivre en permanence la vie qu’elle désire vivre. La question soulevée était la suivante : une telle machine est-elle préférable à la vraie vie, censément moins plaisante ? Répondre à cette question semble aujourd’hui d’une actualité plus brûlante encore qu’à l’époque – tout particulièrement au regard de l’hégémonie grandissante de la science du bonheur (et des technologie virtuelles). Notre réponse, proche de celle de Nozick, est que le plaisir et la poursuite du bonheur ne peuvent pas l’emporter sur la réalité et la recherche du savoir – sur la pensée critique, la réflexion menée sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure. (…)

ILLOUZ, Eva, CANANAS, Edgar, Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle, 2018, p. 236.

La recherche du bonheur à laquelle nous sommes tous invités depuis des décennies n’a pas eu de prise sur moi. Je ne suis pas à la recherche du bonheur afin qu’il occupe tous les coins et recoins de ma vie, qu’il soit présent même dans le malheur et la douleur. Je refuse de vivre dans l’illusion du bonheur. J’accepte volontiers des moments de bonheur, surtout ceux qui s’inscrivent en récompense à ma recherche du savoir et à mon apprentissage de la pensée critique.

Quand les auteurs Eva Illouz et Edgar Cabanas m’étonnent et me surprennent à la lecture de leur essai Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, j’éprouve du bonheur, celui de la découverte. Et que cette découverte me soit agréable ou non, qu’elle me mette en colère ou non, je suis heureux.

La sur-responsabilisation de l’individu face à son bonheur engendrée par la psychologie positive me déplaît comme toute autre sur-responsabilisation. « Si tu n’es pas heureux, c’est de ta faute. Il faut que tu travaille à ton bonheur. Personne d’autre que toi n’est responsable de ton bonheur. » Voilà le propos de la psychologie positive pour nous sur-responsabiliser.

Quand je suis déboussolé, je retrouve le nord à la lecture de l’essai « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » de William Kirk Kilpatrick, lui même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie » :

« L’ÉCHEC DE LA FOI PSYCHOLOGIQUE

Quelque bien intentionné et agréable qu’il soit, il n’est pas évident que l’« establishment » sache aider. Partout il existe de sombres signes que cette foi n’est pas efficace. En dépit de la création d’une armée virtuelle de psychiatres, psychologues, psychométriciens, conseillers et éducateurs sociaux, il n’y a eu aucune diminution du taux de maladies mentales, suicides, alcoolisme, toxicomanie, enfants maltraités, divorces, meurtres et voies de fait de toutes sortes. Contrairement à ce qu’on pourrait espérer dans une société analysée si soigneusement et assistée par tant d’experts de la santé mentale, il y a eu un accroissement dans tous ces domaines. Il semble parfois exister un rapport direct entre le nombre grandissant de ceux qui aident et le nombre grandissant de ceux qui ont besoin d’aide. Plus nous avons de psychologues, plus nous récoltons de maladies mentales; plus nous avons d’éducateurs sociaux et de délégués à la liberté surveillée, plus la criminalité s’accroît; plus nous avons d’enseignants et plus l’ignorance grandit.

Il nous faut nous interroger devant tout cela. En clair, cela est suspect. Nous sommes contraints de concevoir la possibilité que la psychologie et les professions qui gravitent autour d’elle proposent des solutions aux problèmes qu’elles ont elles-mêmes contribué à faire naître. Ainsi, nous voyons des psychologues élever chez les gens l’espoir de bonheur ici-bas à un niveau démesuré, pour ensuite dispenser leurs conseils sur la crise qui survient vers la mi-vie et à la mort. Nous voyons des psychologues faire de l’attention portée à soi-même une vertu, pour ensuite s’étonner du nombre croissant de narcissistes. Nous voyons des psychologues alléguer devant les tribunaux que les mauvais garçons et même les mauvais adultes n’existent pas, pour ensuite formuler des théories afin d’expliquer l’augmentation de la criminalité. Nous voyons des psychologues mettre à rude épreuve les liens de la vie familiale, pour ensuite mener une thérapie dans les foyers brisés.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislav Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions. Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. »

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu »

Source : KILPATRICK, William (KIRK), Séduction psychologique, Centre biblique européen (Suisse), 1985.

Et même s’il s’agit d’un livre se référant à la foi chrétienne, l’auteur donne d’abord une juste mesure de sa pensée critique sur la psychologie, étant lui même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue.

Le livre Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier parallèle me donnera à l’avenir la même possibilité de retrouver le nord… un sourire en coin aux lèvres.

Bonne lecture !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


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Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 9 – Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

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Du bien-être au marché du malaise

La société du développement personnel

Nicolas Marquis

2014 – Presses universitaires de France

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Informations de l’éditeur

Résumé

Des ouvrages qui prétendent nous aider dans notre développement personnel, à « être nous-mêmes » ou à « bien communiquer », et des individus qui déclarent que ces lectures ont « changé leur vie » : voilà la source de l’étonnement dont ce livre est le résultat. Comment comprendre ce phénomène ? Comment est-il possible que tant de personnes puissent trouver du sens au monde si particulier du « développement personnel », au point d’en ressentir des effets concrets ?

Nicolas Marquis prend au sérieux cette expérience de lecture, en cherchant à comprendre ce qui se passe très concrètement entre un lecteur qui veut que quelque chose change dans son existence et un ouvrage qui prétend l’aider en lui parlant de ce qu’il vit personnellement. En procédant à la première enquête sur les lecteurs, il montre en quoi le développement personnel est l’une des institutions les plus frappantes des sociétés individualistes : son succès permet de comprendre les façons dont nous donnons, au quotidien, du sens à notre existence.

Caractéristiques

Nombre de pages: 228
Code ISBN: 978-2-13-062826-2
 Numéro d’édition: 1
Format : 15.5 x 24 cm

Sommaire

INTRODUCTION. LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL, UN OBJET PASSIONNANT ET DES DÉBATS PASSIONNÉS
1. Le problème des bonnes questions : contourner le lexique des effets
2. Du texte à l’expérience
3. Le DP comme institution de l’individualité
CHAPITRE 1. QUI A PEUR DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ? UNE CRITIQUE DE LA CRITIQUE INTELLECTUALISTE DU DP
1. Malaise dans la société : le développement personnel symptôme d’un déclin
2. Gouverner par le psy : le développement personnel symptôme du pouvoir
3. Du malaise psy au malaise social : les impasses d’un raisonnement circulaire
4. Du pouvoir dans le texte aux effets hors du texte : le récepteur transparent
5. Pour une théorie de la pratique
CHAPITRE 2. UN MODÈLE POUR ÉTUDIER LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL : DU TEXTE À L’EXPÉRIENCE
1. Dépasser le couple « détermination-résistance » : les études de la réception
2. Le lecteur actif n’est pas le lecteur résistant
3. Formaliser l’activité du lecteur : la reader-response theory
4. Hors de l’expérience esthétique, point de salut ?
5. Le texte, le lecteur et le « poème »
6. La lecture efférente
7. L’expérience de développement personnel, entre dispositif et disposition
CHAPITRE 3. ÉTUDIER LE DISPOSITIF. LES CARACTÉRISTIQUES DES TEXTES DE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
1. Un texte insaisissable ?
2. Le monde des livres de DP
3. Ce que le texte de DP demande au lecteur
CHAPITRE 4. ÉTUDIER LA DISPOSITION. POURQUOI LIT-ON DU DP ?
1. Le lecteur du DP est-il un lecteur compétent ?
2. Une lecture en prise avec la réalité
3. Une lecture de travail
4. L’attitude efférente des lecteurs de DP
CHAPITRE 5. ÉTUDIER LA DISPOSITION. L’ACTIVITÉ DU LECTEUR
1. Convaincu ou remboursé ? Entrer en connivence avec le livre
2. « Ça c’est tout moi ! » : coopérer activement avec l’ouvrage
3. « Ça change la vie. » Parler des effets de la lecture
CHAPITRE 6. LE MONDE DES LECTEURS DE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
1. L’anthropologie à visée pratique : un jeu de langage de l’intériorité
2. La cosmologie à visée pratique : un jeu de langage de la société et du monde
3. De troublantes affinités électives
CHAPITRE 7. L’EXPÉRIENCE DE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL, UNE PRATIQUE DES RÈGLES DE L’INDIVIDUALITÉ
1. Le DP et la sorcellerie, deux attitudes face à la contingence
2. Comprendre « ce qui compte » dans une forme de vie
3. La société de l’autonomie comme condition
4. Allouer les responsabilités du malheur et de son dépassement
5. Une anthropologie démocratique et une justice méritocratique

Autour de l’auteur

Nicolas Marquis est docteur en sociologie, chargé de cours à l’université Saint-Louis – Bruxelles (USL-B). Il est chercheur au Centre d’anthropologie, sociologie, psychologie – études et recherches de l’USL-B, et Marie Curie Fellow au centre de recherche Médecine, sciences, santé, santé mentale, société de l’université Paris-Descartes. Il est également l’auteur, avec Luc Van Campenhoudt, du Cours de sociologie (Dunod, 2014).

Source : Presses universitaires de France (PUF).


AUTRES SOURCES D’INFORMATION

Sur Cairn.info

https://www.cairn.info/du-bien-etre-au-marche-du-malaise–9782130628262.htm

Préface de Alain Ehrenberg, Du bien-être au marché du malaise (2014), pages XI à XIV

Revue de presse

Maël Dieudonné, « Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 20 novembre 2014, consulté le 19 avril 2021. URL : http://journals.openedition.org/lectures/16223 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.16223

Pourquoi lisons-nous des livres de développement personnel ? Le Point

Du bien-être au marché du malaise – Nicolas Marquis, Synchronicité et Sérendipité

Froment, Q. (2015) « Nicolas Marquis – Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel », Emulations – Revue de sciences sociales, 9980. doi: 10.14428/emulations.cr.015.

Gaspar Jean-François, « Une dévotion à soi-même. Note de lecture de Du bien-être au marché du malaise de Nicolas Marquis », Pensée plurielle, 2015/1 (n° 38), p. 163-166. DOI : 10.3917/pp.038.0163. URL : https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2015-1-page-163.htm

Des lectures pour changer la vie – À propos de : Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, Puf (LA VIE DES IDÉES)

Des leçons de bien-être dans les livres, En marche.

La course vers soi, marathon pour le bien-être, L’Echo


DOSSIER

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Article # 9

RAPPORT DE LECTURE

Du bien-être au marché du malaise

La société du développement personnel

Nicolas Marquis

Presses universitaires de France

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les freins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

J’ai donnée une très mauvaise réputation à « La société du développement personnel » tout au long de ma vie de lecteur en raison de ses affiliations avec la psychologie, une science redoutable et un peu trop commerciale à mes yeux.

Je ne m’attendais pas à une vulgaire dénonciation de « La société du développement personnel » en lisant «Du bien-être au marché du malaise». En revanche, je tiens toujours pour acquis l’obligation de tirer des conclusions claires et en toute logique à la lecture de pareil essai. L’auteur m’a embêté au plus haut point avec ses très nombreuses références et critiques des recherches sociologiques au sujet du développement personnel, recherches précédentes à la sienne et exposée dans son livre. Ce livre est en partie une histoire critique de la recherche sociologique dans le domaine du développement personnel, ce qui n’a aucun intérêt pour le commun des mortels. Et je me demande si les sociologues trouvent eux-mêmes un certain intérêt dans ce dénigrement quasi systématique des recherches antérieures de leur science dans le domaine.

L’éditeur vante l’apport unique de l’auteur dans l’étude sociologique du développement personnel (je souligne) : «En procédant à la première enquête sur les lecteurs, il montre en quoi le développement personnel est l’une des institutions les plus frappantes des sociétés individualistes : son succès permet de comprendre les façons dont nous donnons, au quotidien, du sens à notre existence.»  Il faut attendre au cinquième chapitre pour plonger dans cette enquête qui, j’insiste, se limite à des observations ou, si vous préférez à une cueillette de données sans aucun traitement digne d’une science, même inexacte.

Et les observations des lecteurs de livres de développement personnel rapportées par l’auteur nous conduisent à des évidences connues et reconnues depuis longtemps par… les plus vieux. Je savais bien avant le lecture de ce livre «en quoi le développement personnel est l’une des institutions les plus frappantes des sociétés individualistes». Les livres de développement personnel se classent depuis déjà plusieurs décennies parmi les titres les plus vendus et les analystes nous ont déjà expliqués leur succès et c’est sans compter les nombreux témoignages des lecteurs mis de l’avant par les auteurs, les éditeurs et la presse qui disent tout. À l’évidence, ce «succès permet de comprendre les façons dont nous donnons, au quotidien, du sens à notre existence». Je savais cela bien avant de lire cet essai. En passant, je ne m’inscris pas de le « NOUS » de l’éditeur.

Il faut le préciser : je suis un nord-américain de naissance et de culture (francophone). L’Amérique du Nord a donné naissance au développement personnel au XVIIIe siècle. D’une génération à l’autre jusqu’à la mienne, les nord-américains fréquentant les bibliothèques et les librairies en ont vu de toutes les couleurs dans le domaine du développement personnel. Inscrit dans la culture populaire depuis plusieurs siècles, un nord-américain se frottera un jour ou l’autre avec le développement personnel.

Au Québec, les traductions de meilleurs vendeurs américains envahissent nos librairies dès les années 60 et, au cours de mon adolescence dans les année 70, les livres de développement personnel se voient attribuer des sections dédiées. Les livres de développement personnel connaissent un tel succès qu’ils se retrouvent aussi dans différents commerces avec leurs propres présentoirs dans les dépanneurs, les kiosques à journaux, les pharmacies… Le Québécois trouve souvent parmi ses connaissances un ou des lecteurs de ces livres de développement personnel depuis plus de 50 ans. Et l’absence d’un tel ami, il est familiarisé au développement personnel par les poussées de fièvres médiatiques autours de ces livres et leurs succès de ventes depuis plus de 50 ans.

J’ai lu le livre «Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel» avec un regard nord-américain, c’est-à-dire différemment de celui des lecteurs européens. Aussi, l’auteur, lui-même européen – Belge -, approche le développement personnel sous la matrice de sa propre culture nationale et continentale, je dirais même plus, de la culture universitaire de l’institution qu’il a fréquentée. Bref, son essai, même s’il témoigne d’une part de la culture occidentale, il n’en demeure pas moins européen de par sa nature et sa culture. Ainsi, ce qu’il rapporte de son enquête sur les lecteurs est déjà connu de la population au sein de nos sociétés ailleurs en Occident, notamment en Amérique du Nord, Canada et Québec inclus.

Tout laisse croire que cet essai est avant tout destiné aux milieux universitaires puisqu’il a le mérite de situer le développement personnel dans le langage de la sociologie.

À la lecture d’un tel essai, lorsque je me demande, d’un chapitre à l’autre, quand vais-je enfin apprendre quelque chose de nouveau (au-delà de la cuisine sociologique), je me permets d’interrompre ma lecture pour prendre connaissance de la conclusion : «Je voudrais terminer ce parcours par quelques remarques» écrit l’auteur pour lancer sa conclusion.

L’auteur Nicolas Marquis revient sur la portée de son essai en insistant sur le fait que la sociologie se limite trop souvent à examiner les textes des livres de développement personnel plus que de se pencher sur les lecteurs eux-mêmes en se demandant «dans quel monde ce que j’observe est-il possible ?»

Le DP (développement personnel) est un objet passionnant car il touche aux mœurs, c’est-à-dire aux fait moraux qui structurent toute société. Pour le dire autrement, il s’agit d’un objet qui permet d’aborder la façon dont, dans un contexte particulier, il est possible de trouver un sens à la vie. (…)

MARQUIS, Nicolas, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France (PUF), 2014, p. 195.

« (…) un sens à la vie » ? Lorsqu’on se réfère à « un sens à la vie » dans un tel ouvrage, je crois nécessaire de préciser qu’il s’agit d’un sens à la vie personnelle ou d’un sens à la vie quotidienne pour marquer une nette différence avec la philosophie, la science qui se penche sur le sens de la vie depuis des millénaires et de façon fort différente.

(…) Ma deuxième remarque concerne justement le fait que, à certaines conditions, le sens de la vie peut devenir un sujet d’étude pertinent pour les sciences sociales. L’expression « sens de la vie » peut en réalité avoir une double acception. D’abord, elle peut signifier que notre vie et les expériences que nous visons sont sensées, en ce sens qu’elles nous son compréhensibles, et surtout qu’il est possible de communiquer avec d’autres à leur propos. (…)

Il y a une deuxième acception de l’idée de « sens de la vie ». On peut en effet, théoriquement du moins, vivre une vie parfaitement compréhensible et être en mesure de répondre à la question qu’autrui nous pose de savoir pourquoi nous faisons ce que nous faisons, tout en se laissant gagner par l’impression sournoise que «tout cela n’a aucun sens». Dans cette deuxième acception, le sens de la vie qualifie le fait, pour la personne qui la vit, de trouver son existence non seulement compréhensible, mais également intéressante. (…)

MARQUIS, Nicolas, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France (PUF), 2014, pp. 195-196.

Et tout cela serait le fait de l’interaction entre les lecteurs et leur lecture de livres de développement personnel. Si c’est le cas, il faut prendre le recul nécessaire pour s’en alarmer, tant du point de vue sociologique que philosophique. Car même en théorie, on ne peut pas « vivre un vie parfaitement compréhensible ». L’adverbe « parfaitement » nous ramène à l’allégorie de la caverne dont Platon parle dans le Livre VII de La République.

Si l’auteur Nicolas Marquis nous rappelle l’évidence du rôle de la brèche dans la vie quotidienne en raison du malaise engendré, brèche qui laisse entrer les lumières du développement personnel dans la vie du lecteur, il doit relever que plusieurs lecteurs se trouvent hypnotisés par cette lumière ou carrément aveuglée, ce qui affecte alors grandement leurs perceptions des bénéfices de cette même lumière. S’enfermer dans un monde personnel « parfaitement » éclairé est aussi dangereux que de se cloîtrer dans un monde obscur. Dans l’un et l’autre de ces mondes, il n’y a plus de doute et, par conséquent, plus aucun bénéfice du doute. Oui, c’est ici une leçon de philosophie donnée à la sociologie.

Ma troisième remarque concerne les postures que cette observation peut amener à endosser. On peut s’étonner, se réjouir ou s’inquiéter du discours enjoué des lecteurs, mais il n’y a pas lien de contester la réalité des effets qu’ils perçoivent, surtout pour les remplacer directement par des effets d’un autre niveau, « plus réels », souvent néfastes mais invisibles à leur yeux. (…)

MARQUIS, Nicolas, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France (PUF), 2014, pp. 195-196.

Non seulement on peut mais on doit « contester la réalité », surtout lorsqu’elle repose sur des perceptions et des interprétations personnelles du vécu. Reconnaître les témoignages des lecteurs est une chose, les lier à la réalité en est une autre. Il faut demeurer objectif pour ne pas tomber dans le « à chacun sa réalité » et « à chacun son opinion », voir « à chacun sa société ». Je pensais que la sociologie le savais depuis longtemps.

La sociologie est l’étude des relations, actions et représentations sociales par lesquelles se constituent les sociétés. Elle vise à comprendre comment les sociétés fonctionnent et se transforment.

Source : Qu’est-ce que la sociologie?, faculté des arts et des sciences, département de sociologie, Université de Montréal, consulté le 20 avril 2021. https://socio.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-sociologie/

Et il y a assurément des effets néfastes et invisibles aux yeux des lecteurs d’ouvrages de développement personnel, contrairement aux prétentions de l’auteur et sociologue Nicolas Marquis. Et de tels effets s’observent chez tous les lecteurs de livres de tous les genres littéraires. Il y a toujours une part de réalité qui nous échappe par manque d’objectivité.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »

CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82. « We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively. We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Une science digne d’être une science se doit de rétablir l’objectivité, du moins de se confesser de sa subjectivité.

L’auteur et sociologue Nicolas Marquis fait amende honorable en soutenant au dernier paragraphe de son essai :

Pourtant, cela ne signifie nullement qu’il faille rester indifférent : il n’y a aucune raison de ne pas s’interroger sur les qualités d’expérience qu’autorise ou non la mise en forme individualiste de la réalité, sur les façons dont, dans les sociétés de l’autonomie comme condition, on considère qu’une vie vaut la peine d’être vécu, on impute la causes du malheur, on attribue les responsabilités de s’en sortir, etc.

MARQUIS, Nicolas, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France (PUF), 2014, p. 199.

C’est bien là le défaut de l’auteur et sociologue Nicolas Marquis. Il ne nous communique pas les réponses à ses propres interrogations sur « la société du développement personnel ». On trouve bien ici et là dans son essai des affirmations de sa part mais il demeure difficile d’en reconnaître le statut d’affirmation car il ne les pose pas comme des interprétations sociologiques à proprement parler.

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


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Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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Soigner par la philosophie

par Sandrine Warsztacki –


Article reproduit avec l’aimable autorisation de EN MARCHE

Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes – Belgique


Dès l’Antiquité, les Grecs considéraient la philosophie comme une médecine de l’âme. Comment cette discipline, souvent vue comme absconse, peut-elle nous aider à mieux vivre voire à panser nos plaies ? 


Après les succès d’Épicure 500 vous permettant de faire dix repas par jour sans ballonnements, après Spinoza 200 notre inhibiteur de culpabilité, les laboratoires Laron, vous proposent Philonium 3000 Flash, un médicament révolutionnaire capable d’agir sur n’importe quelle souffrance physique ou mentale?: une huile essentielle d’Heidegger pour une angoisse existentielle, une substance active de Kant pour une douleur morale…. Retrouvez sagesse et vitalité en un instant ”, s’amusaient les chroniqueurs radio de France Inter dans une parodie publicitaire diffusée à l’occasion d’une émission ayant pour thème?: la philosophie peut-elle soigner le corps ?  

Cela va sans dire, si vous êtes malade, consultez un médecin. Aucun philosophe ne vous dira le contraire ! Toutefois, aborder la philosophie comme une forme de médecine est plus qu’une métaphore lancée à la légère, défend Nathanaël Masselot, qui propose des consultations de “philo-thérapie ” dans la région de Lille?: “ Soigner, cela veut aussi dire donner de l’importance. Prendre cure. Les gens souffrent de leurs questions existentielles. Les aider à les surmonter peut être considéré comme une thérapie.” Comment une souffrance au travail peut-elle interroger le concept de liberté?? Que nous dit un problème d’addiction sur le désir?? Et un chagrin d’amour sur les passions?? L’objectif de ces entretiens est de révéler la nature philosophique des problèmes quotidiens pour pouvoir puiser, dans la pensée des grands philosophes, des remèdes qui aideront à les surmonter. “ Il ne faut pas de bagage philosophique pour ces entretiens, précise-t-il. Le seul prérequis est d’être prêt à changer de regard. Car en voyant le monde différemment, on le vit différemment.”

En France, la philosophie a aussi fait son entrée dans les hôpitaux, lieu par excellence où les questions existentielles prennent corps autour de la naissance, la maladie, la mort. “On ne soigne pas des organes, mais des personnes. Cela demande une approche plus holistique et interdisciplinaire des soins, dans laquelle la philosophie a toute sa place. Il s’agit aussi d’une réflexion institutionnelle, politique, morale. Comment l’hôpital s’insère-t-il dans la société ? Quel accès équitable aux soins de santé?? La philosophie peut apporter des clés”, détaille Cynthia Fleury présidente de la Chaire de philosophie à l’hôpital dans une vidéo de présentation (3). Créé en 2016, la Chaire se présente comme un espace de formation et d’expérimentation qui a pour ambition de faire de l’hôpital un “lieu de vie et de réflexion”.

Remettre un peu de sciences humaines au cœur de la santé, c’est aussi l’une des motivations qui a poussé Laurence Devillairs à écrire “?Guérir la vie par la philosophie ”  : “ Nous vivons dans des sociétés hyper médicalisées. On l’a vu encore pendant le confinement en France où la parole politique s’est effacée pour être confiée à un conseil scientifique composé de médecins. On en demande beaucoup à la médecine aujourd’hui.”


“ Je prends souvent le remède Montaigne?”

Première femme doyenne de la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, Laurence Devillairs répond aux questions d’En Marche à l’occasion de la sortie de son livre « Guérir la vie par la philosophie » en format poche (PUF 2020) En Marche?: Comment comprendre le titre de votre essai?: “ Guérir la vie par la philosophie”. La vie serait-elle une maladie ? 

Laurence Devillairs?: La philosophie invite à regarder la vie en face, avec ses chagrins, ses ruptures, ses frustrations et ses rêves déçus?: j’aurais voulu être peintre et je suis philosophe, je n’ai pas le physique de Sharon Stone, ni une bonne mémoire… Et puis il y a des choses qui nous arrivent, et d’autres que nous faisons arriver, en bien comme en mal?: nous sommes trahis, nous trahissons…  Il faut prendre en compte le négatif de nos vies, ce qu’on peut changer, ce qu’on ne peut pas changer, ce qu’on n’est pas parvenu à changer. C’est avec tout cela qu’il faut vivre sa vie, guérir la vie.

EM?: C’est un peu sombre comme diagnostic…

LD?: Aujourd’hui, on est complètement imprégné de psychologie positive, issue du monde anglo-saxon. La colère, la tristesse, la frustration deviennent des maladies qu’il faut éviter. On médicalise les passions et on pathologise tout le négatif de nos vies. Je pense qu’il est dangereux de vouloir positiver à tout prix ce négatif, de vouloir en faire quelque chose qui nous permet de nous dépasser, de “?résilier?”. Il faut commencer par accepter que le négatif… est négatif.

J’ai accompagné mon père en oncologie, et j’y ai entendu que les patients devaient “se battre”. Ça m’a profondément heurtée. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut se laisser aller, se morfondre dans sa peine, nourrir la souffrance. Mais avant de transformer le malade en combattant, il faut lui laisser le temps de se plaindre. Être malade, c’est comme vivre dans un autre monde, c’est être exilé de soi-même, et la dignité demande que cela soit entendu. Sinon, on ne fera que culpabiliser le malade, qui aura donc été incapable de “se battre”.

Je déplore également les expressions comme “travail de deuil”. On ne travaille pas le deuil, on vit avec. On a déjà assez de travail au quotidien pour ne pas salarier nos souffrances. Aujourd’hui, on entend sans cesse qu’il faut rebondir, être résilient. Mais ce qui console trop vite ne console de rien. Quand on va chez un thérapeute, on y va d’abord pour être entendu.

EM?: Vous insistez sur l’usage des mots. En quoi cela aide-t-il à soigner??

LD?: La clarification des concepts, c’est ça la philosophie, c’est son domaine d’excellence. La philosophie demande de regarder le mal en face, même si c’est douloureux, et de lui donner un nom. Aujourd’hui, on assiste à un appauvrissement du vocabulaire. Être débordé dans son agenda, c’est du stress. Quand on est malheureux au travail, c’est du stress.  Quand on doit élever des enfants, c’est du stress. Le stress est le terme qui résume, hélas, tous nos états d’âme.

La philosophie lutte contre cet appauvrissement du vocabulaire. La colère, la peine, les rapports de domination au travail, ce n’est pas du stress. Et si vous vous trompez sur les noms, vous vous trompez sur la réalité, et donc sur les remèdes. Il n’y a rien de pire, quand on souffre, que l’autre se trompe sur ce qu’on est en train de vivre?: si vous souffrez d’un chagrin d’amour, vous n’avez pas envie d’entendre “un de perdu, dix de retrouvés”. C’est une insulte à votre douleur car être amoureux, c’est justement croire que c’est lui et pas un autre, que c’est moi, et pas une autre. Un chagrin d’amour, c’est justement perdre ce caractère d’élu, d’unique.

EM?: Une fois le mal identifié, il s’agit aussi de proposer des remèdes??

LD?:  J’ai beaucoup relu Hannah Arendt pendant le confinement. J’habite à Paris dans un appartement avec une vue fermée, et je relisais ce texte lumineux, où elle reconnaît la dureté de la vie, mais où elle affirme que ce qui rend la vie vivable, c’est la capacité de l’Homme à initier des commencements. On peut parfois avoir le sentiment d’être face à un mur, que notre vie n’avance plus. Hannah Arendt nous dit que tout Homme est capable de miracles, puisqu’il est capable de faire exister ce qui n’existait pas.

L’Homme est fait pour la natalité. Pas au sens de donner la vie, mais de commencer quelque chose. Si un collègue est injustement condamné, je peux décider de me lever et de prendre sa défense. C’est un commencement. Une parole de justice, de bonté, un remerciement?: c’est un commencement.

Un commencement, cela peut être de toutes petites choses, comme oser se lancer dans une activité alors qu’on n’en a pas le talent. Pour ma part, je dessine moins bien que ma nièce de 8 ans, mais pendant le confinement, je me suis mise au dessin.

EM?: On a probablement été nombreux pendant le confinement à faire du Hannah Arendt sans le savoir…

LD?: On fait plus de philosophie qu’on ne le pense (rire) et je voudrais que ce livre puisse parler à tous ceux qui font de la philosophie sans le savoir. C’est un livre sincère?: tous les philosophes que j’ai cités sont ceux qui m’accompagnent dans ma vie, au quotidien. Quand je vais mal, par exemple, je prends souvent le remède de Montaigne?: il préconise la “?diversion?”, d’arrêter de mettre du sel sur la plaie, de se distraire, de bifurquer de la souffrance.

EM?: Si la philosophie est une médecine, alors comment définiriez-vous la santé??

LD?: La santé est définie comme l’absence de maladie. Pour un philosophe comme Canguilhem, qui a travaillé sur la notion du vivant, la maladie fait partie de la vie. Il n’y a pas un côté blanc, la santé parfaite, et, de l’autre, un côté noir, qui serait la maladie. La vie est toujours une forme de déséquilibre et de petits dérèglements. La santé, c’est se porter bien, malgré tout. Si on gomme ce “?malgré tout?”, on propose une médecine illusoire, donc inefficace.

EM?: Que vous évoque?la création d’une chaire de philosophie à l’hôpital ?

LD: Je ne peux qu’encourager les hôpitaux à avoir l’audace de s’inscrire dans cette démarche. Et les philosophes à se rendre dans les hôpitaux, car on ne peut pas faire de la philosophie sans savoir de quoi on parle, sinon on brasse du vent. La philosophie peut aider à trouver les bons mots. Pour prendre un exemple, on sait bien que les malades chroniques éprouvent des difficultés à prendre leur traitement régulièrement. Et les médecins sont souvent démunis face à cela. Je pense que la philosophie peut aider à construire une consultation, à écouter et à trouver les mots justes pour convaincre.

EM : On imagine la philosophie comme une discipline un peu abstraite. Votre livre montre qu’elle est aussi utile pour affronter les aléas de la vie ? 

LD: C’est important de ne pas séparer la philosophie de la vie. Descartes, Montaigne, Pascal, Nietzsche ne sont pas des profs de philosophie, ils ont écrit pour tout public. Le professeur de philosophie est, en fait, une invention récente. Plus on fait de philosophie, plus elle enrichit la vie. Et plus on vit, plus la vie enrichit la philosophie. L’un ne va pas sans l’autre.

Source : Warsztacki, Sandrine, En marche – Journal de la Mutualité chrétienne (Belgique), 15 Septembre 2020.

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Article reproduit avec l’aimable autorisation de EN MARCHE – Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes


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 Voir aussi notre dossier

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Article # 8 – Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

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DOSSIER

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

ARTICLE # 8

Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

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Informations de l’éditeur

Résumé

De quoi peut bien nous guérir la philosophie ? Sa compétence dépasse celle des chamans, des psychothérapeutes et des chirurgiens : la philosophie guérit de la vie. Car vivre ne va pas de soi, et il n’est pas même certain que nous soyons armés pour cela. La vie n’est pas un sport de glisse, où il suffirait de se laisser aller à être soi. Il faut du courage pour exister. Il faut du panache pour affronter la réalité, son indifférence, son injustice et sa bêtise.

Et consoler ne suffit pas. Il nous faut un remède, une médecine. Pas de celles qui préconisent des solutions faciles, mais de celles qui permettent d’affronter les tempêtes, de traverser les orages. C’est cette médecine que délivre la philosophie. Elle ne tue pas ; elle rend plus fort.

Maux du corps et maux de l’âme, vieillesse, burn-out, addictions en tout genre, manque de volonté et mauvaises fréquentations, amour et chagrins d’amour, problèmes d’argent, de voisinage, de famille ou de bureau, coups de foudre et coups de sang, jalousie ou solitude, de Montaigne à Nietzsche en passant par Hegel et Descartes, la philosophie a tout affronté, et cherché à tout soigner.

Caractéristiques

Nombre de pages : 264

Code ISBN : 978-2-13-082645-3

Numéro d’édition : 1

Format : 12.5 x 19 cm

Collection : Quadrige

Discipline : Philosophie

Catégorie : Livre

Date de parution : 02/09/2020

Sommaire

GUÉRIR LA VIE

LES MAUX DU CORPS

LES MAUX DE L’ÂME

LES TRACAS QUOTIDIENS

TROUBLES MENTAUX, PASSAGERS OU CHRONIQUES

LES ACCIDENTS DE LA VIE

LES CAS LIMITES

THÉORIES CURIEUSES

Autour de l’auteur

Ancienne élève de l’ENS, agrégée, docteur et maître de conférences en philosophie, doyen de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, spécialiste de Descartes et du cartésianisme, Laurence Devillairs est également l’auteur aux Puf d’Être quelqu’un de bien (2019) ainsi que des « Que sais-je ? » Descartes (2018) et Les 100 citations de la philosophie (2019).

SOURCE : PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE (PUF).


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CV détaillé de Laurence Devillairs


Revue de presse

Soigner par la philosophie, par Sandrine Warsztacki – 15 Septembre 2020, En Marche – Le journal de la Mutualité chrétienne

Philosopher au bord du gouffre, Laurence Devillairs, Philosophie magazine, 15 décembre 2020

Laurence Devillairs : pour une philosophie de la plainte, Philosophie magazine, 15 décembre 2020

Un éclat de philosophie comme consolation, Béatrice Bouniol, Croix Network, Bayard Presse, 25 novembre 2020

Laurence Devillairs: «Guérir la vie par la philosophie», Pierre-Edouard Deldique, Radio France Internationale, 21 mars 2017

La philosophie peut-elle nous guérir ? Présentée par Béatrice Soltner U, Radio chrétienne francophone, 17 août 2017


DOSSIER

Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

RAPPORT DE LECTURE

Guérir la vie par la philosophie

Laurence Devillairs

Presses universitaires de France

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Le choix du verbe « GUÉRIR » dans le titre situe l’œuvre loin de la pudeur des consultants philosophes hésitant à associer leur travail à une « thérapie » et encore moins à la « médecine ». Laurence Devillairs se démarque en associant la philosophie à la médecine, une médecine :

De quoi peut bien nous guérir la philosophie ? Sa compétence dépasse celle des psychothérapeutes : la philosophie guérit de la vie. Car vivre ne va pas de soi.

Nous avons besoin d’un remède, d’une médecine. Non celle qui préconise des solutions faciles, mais celle qui permet d’affronter les tempêtes et les orages. C’est cette médecine que délivre la philosophie.

Maux du corps et de l’âme, vieillesse, bunt-out, chagrins d’amour, problèmes d’argent, de famille ou de bureau, coup de foudre et coup de sang, de Montaigne à Nietzsche, en passant par Hegel et Descartes, la philosophie a tout affronté et tout soigné.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, quatrième de couverture.

Vous l’avez sans doute devinez, le passage soutenant que la compétence de la philosophie dépasse celle des psychothérapeutes, m’a rassuré car je crains encore et toujours une liaison fatale entre la philosophie et la psychologie en raison de hyper commercialisation de cette dernière en de multiples techniques et méthodes en tous genres plus ou moins questionnables.

 Les introductions des différents textes au sommaire de cette œuvre – car c’est bel et bien une œuvre – m’ont ravit par leur réalisme. Madame Devillairs aborde ses sujets dans détour; elle entre dans le vif du sujet de la manière dont nous le vivons réellement. Voici les premières lignes de son Avant-propos :

Vivre, se sentir vivant, exister ici et maintenant, tel serait, à en croire certains, le secret du bonheur. Comme si la vie était un cadeau ; comme si le moment présent n’était que magie et poésie. Pour tous ceux qui vivent d’amour et d’eau fraîche, de vacances et de loisirs, dans le luxe, le calme et la volupté, il en va sans doute ainsi. Cependant, pour la majorité d’entre nous, vivre n’est pas un cadeau, mais une série de contraintes, de figures et d’horaires imposés.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, p. 17.

Le ton est donné à tout ce livre. L’auteur ne passera pas sous silence notre mal de vivre et l’affrontera avec nous de plein fouet dans sa réalité la plus crue. Et j’aime bien me reconnaître dans les propos d’un auteur. J’aime être surpris par son honnêteté. J’aime m’éclater de rire ou avoir un sourire en coin à la lecture des propos d’un auteur.

La philosophie est utile ; elle n’est ni un luxe ni une occupation pour dilettantes. Elle ne prône pas l’utilité de ce qui est inutile, le bonheur de ce qui ne sert à rien ; au contraire, rien n’est pensé en philosophie qui ne soit pensé pour être utile.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, p. 18.

La philosophie ne s’attarde pas à nous séduire, à nous plaire, à nous flatter dans le sens du poil. Elle s’offre pour ce qu’elle est : un outil dont l’utilité démontre son efficacité.

Une des grandes leçons de la philosophie, son officine, sa pharmacie est de nous enseigner que, si nous ne sommes pas maîtres du « destin », nous le sommes de nous-mêmes, et de la façon dont nous accueillons ce qui survient. Cette leçon magistrale a été donnée pour la première fois par les stoïciens, ces héritiers de Socrate, dont l’école perdura durant au moins cinq siècles et dont l’influence est encore manifeste de nos jours.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, p. 31.

Maîtres de nous-même pour autant que nous nous en donnons les moyens utiles en les distinguant des futiles.

Ce qui motive en effet le médecin philosophe, c’est moins la maladie que l’inconscience que nous avons d’être malades ; c’est l’assurance qui y a en l’homme quelque chose qui ne va pas, comme un virus natif et insoupçonné. Les autres médecines ne font qu’appliquer un pansement sur une jambe de bois; la philosophie seule tente de transformer les bois dont nous sommes faits, rendant par là inutiles et inefficaces tous les pansements que d’autres on imaginés.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, pp. 34-35.

L’auteure aborde de nombreux sujets comme en témoigne le sommaire détaillé ci-dessus. Et elle nous surprend, notamment au sujet des efforts déployés par les uns et les autres pour que nous trouvions dans l’épreuve et la souffrance quelque chose de positif.

Il faut se battre, ne pas se laisser aller, garder le moral : le malade doit se transformer en soldat, la défaite est impensable, et la résilience obligatoire. Il faut lutter contre cet ennemi intérieur qu’est la maladie. Il s’agit d’une épreuve et, comme toute épreuve, elle a ses vainqueurs et ses champions. Le malade doit être un battant. Pour un peu, on l’envierait : la maladie est l’occasion pour lui de se dépasser, de tester ses ressources et ses forces. Ne dit-on pas que ce qui ne tue pas rend plus fort ? Le malade a l’opportunité de devenir un héros, de planter le drapeau au sommet de la fièvre, sur le pic du cancer. Pour un peu. on entonnerait la Marseillaise, en saluant le public.

Rien de plus révoltant que cette moralisation de la maladie, qui entraîne nécessairement la culpabilisation du malade. Si garder le moral est essentiel, guérir n’est pas une épreuve sportive, et être malade n’est pas la conséquence d’un défaut d’entraînement, le résultats d’un laisser-aller. Le malade n’a pas plus à se battre qu’il n’est responsable de sa maladie : on ne se fabrique pas non plus un cancer qu’on ne doit le vaincre en combat singulier. Continuer à vivre malgré tout est déjà largement suffisant. Ces discours guerriers visent sans doute à donner du sens à ce qui n’en a pas. à trouver des raisons, de origines, des causes, de buts et de scores, là où ne règne que la présence injustifiée de la maladie. (…)

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, pp. 54-55

Et l’auteur de préciser : «  »Souffrir, c’est souffrir trop », affirme Ricœur. La philosophie a dans ce domaine une utilité, que certains jugerons paradoxale : elle consiste à refuser tout ce qui cherche à positiver le négatif contenu dans l’expérience douloureuse. »

Personnellement, j’ai toujours refusé de « positiver le négatif » par souci de ne pas perdre de vue la réalité ou de rêver là où le cauchemar s’impose de lui-même. J’ai été témoin de plusieurs vagues de positivisme extrême. De mon adolescence à ma soixantaine, j’ai toujours trouvé qu’être positif avec une épée sur la tête relevait de la folie. Aussi, c’est toujours lors des périodes les plus négatives de ma vie que j’ai été le plus créatif.

Quand madame Devillairs parle de l’expérience, elle me ramène les deux pieds sur terre :

L’expérience n’apprend rien, car ce que l’on vit n’est pas cumulatif, ne s’additionne pas pour déboucher sur une vérité absolue. D’abord parce que chaque expérience est unique et incomparable, incapable de ce fait de nous armer pour en affronter d’autres. On ne revit jamais deux fois la même expérience. Les certitudes qu’elle peut nous offrir ne sont que négatives : on peut, grâce à elle, peut-être parvenir à savoir ce qu’il est faux de penser (de soi, du monde des autres), mais non ce qui est vrai. Ce n’est pas la vérité que nous révèle l’expérience, mais l’erreur : elle nous met aux prises avec un fait, une situation qui contredit nos prédictions. Son pouvoir est de  » falsifier », de réfuter, et non de vérifier une hypothèse ou une conviction.

DEVILLAIRS, Laurence, Guérir la vie par la philosophie, Presses Universitaires de France / Humensis, 2020, p. 198.

Les question se pose donc ainsi : « Quelles erreurs me révèlent mes expériences ? ». Avoir beaucoup d’expérience implique nécessairement d’identifier et de corriger nos erreurs afin de ne pas les répéter. Autrement, l’expérience demeure vaine. L’expérience est positive que si elle nous éclaire sur le négatif. Et je ne crois pas que l’expérience soit auto-éclairante, seul l’autre peut nous permettre de constater nos erreurs.

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« Guérir la vie par la philosophie » tranche avec mes lectures précédentes. L’auteure a choisit des situations dans lesquelles nous pouvons aisément nous reconnaître. Elle nous en propose le revers, l’autre côté de la médaille. Elle nous étonne et nous surprend. Elle nous rappelle que tout n’est pas rose, que la vie est difficile, que la vie n’est pas un cadeau. Elle nous propose une médecine : la philosophie. Il faut lire ce livre !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


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Liste de tous les articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 7 – La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 7

La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

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La consultation philosophique

L’art d’éclairer l’existence

Eugénie Vegleris

Rapport de lecture par Serge-André Guay, président éditeur et auteur,
Fondation littéraire Fleur de Lys

LES INFORMATIONS DE L’ÉDITEUR

PRÉSENTATION (quatrième de couverture)

Créée en 1981 par Gerd Achenbach, la consultation philosophique utilise l’approche et la culture philosophiques pour éclairer l’existence. Cet éclairement ne vise pas le mieux-être mais la liberté. Il s’agit pour l’individu d’interroger les situations de sa vie pour ne pas les subir mais, au contraire, les utiliser afin de construire avec les autres dans un monde qui nous est commun.

En présentant l’exercice d’une nouvelle pratique rémunérée de la philosophie, l’auteur de cet essai souhaite partager une expérience, soulever certaines questions, ouvrir quelques pistes utiles au consultant philosophe.

Le récit de diverses consultations philosophiques met en relief les leviers d’une méthode d’intervention (conceptualisation, clarification, problématisation, improvisation cadrée…). Sont abordées également les questions propres au métier de consultant philosophe : la posture, la rémunération, la relation au client, ainsi que les spécificités par rapport aux autres approches : psy, développement personnel, coaching, enseignement.

SOMMAIRE

  • Consultation philosophique et mondes de la vie
    • Consultation philosophique et mondes psy
    • Consultation philosophique et mondes personnels
    • Consultation philosophique et mondes de l’entreprise
    • Consultation philosophique et mondes de la formation
    • Consultation philosophique et mondes associatifs
    • Consultation philosophique et mondes de la santé
  • Enjeux et contextes d’un nouveau métier
    • Questions pratiques
    • Repères historiques
    • Le philosophe éclaireur : Karl Jaspers
  • Pour ne pas conclure
  • Annexes – Petit guide pratico-théorique

INFOS TECHNIQUES

Titre : La consultation philosophique
Sous-titre : L’art d’éclairer l’existence.
Auteur(s) : Eugénie Vegleris
Editeur(s) : Editions d’Organisation
Collection : Livres outils
Parution : 16 sept. 2010
Edition : 1ère édition
Support : aucun
Nb de pages : 350 pages
Format : 13.6 x 21
Couverture : Broché
Poids : 473 g
Intérieur : Noir et Blanc
Diffusion : Geodif
ISBN13 : 978-2-212-54711-5
EAN13 : 9782212547115
ISBN10 : 2-212-54711-0
Type produit : Ouvrage

EXTRAIT

TABLE DES MATIÈRES

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AU SUJET DE L’AUTEURE

Eugénie VEGLERIS

Eugénie Vegleris est agrégée et docteur en philosophie. Démissionnaire de l’éducation nationale, elle est consultante philosophe depuis 1993. Elle a déjà écrit Manager avec la philo, Des philosophes pour bien vivre, Vivre libre avec les existentialistes (chez le même éditeur).

SOURCE

Éditions Eyrolles


Le meilleur des cinq livres lus au sujet de la consultation philosophique

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5 étoiles sur 5

La consultation philosophique

L’art d’éclairer l’existence

Eugénie Vegleris

Rapport de lecture par Serge-André Guay, président éditeur et auteur,
Fondation littéraire Fleur de Lys

Il est des livres si bons au goût de l’esprit qu’on voudrait littéralement pouvoir les manger comme une salade de pages et les digérer pour en retirer tous les nutriments et ainsi nourrir notre esprit mais ça ne marche pas comme ça.

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ». Il suffit de lire pour comprendre tellement les propos de Madame Vegleris se caractérisent par une clarté et une précision sans pareilles. Ils nous renseigne sur tous les aspects de la consultation philosophique; voilà un essai complet.  Aucune ombre inutile embarrasse le lecteur et même là où le bénéfice du doute s’applique l’auteure fait toute la lumière. Chaque page de cet ouvrage a ravi pour ne pas dire exalté mon esprit . Apprendre et comprendre peuvent aussi nous donner des émotions fortes. Oh ! Comme je suis heureux de ma lecture ce livre.

Philosophie et psy

Les lecteurs de ce dossier connaissent mon appréhension face aux liens forcés entre la philosophie et la psychologie. Je crains une contamination de la consultation philosophie par la psychologie. J’ai déjà exposé ma position dans le deuxième article de ce dossier : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie.

Madame Vegleris consacre le premier chapitre de son livre à la « Consultation philosophique et mondes psy ». Au sous-titre « Des passions à l’esprit » , elle écrit, en référence à Hanna Arendt :

Dans son effort de décrire la vie de l’esprit, Arendt distingue entre l’âme et l’esprit. L’âme ou psychisme est le siège des émotions alors que l’esprit est le foyer de la pensée et de l’action. À ses yeux, par nos émotions nous sommes tous pareils. Si les raisons d’avoir peur, les motifs de la colère ou les sources du plaisir différent selon les individus, la sensation de la peur, du plaisir, de la colère sont les mêmes pour tous. En revanche, nous sommes chacun unique par notre esprit. Car l’esprit est cette énergie absolument personnelle qui porte chacun de nous à chercher le sens et à construire ce qui a du sens pour nous.11

_____________

11 Arendt, Hanna, La vie de l’esprit, PUF, 2005, p. 45-51.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, p. 27.

Il n’y a donc plus de confusion possible entre le champ d’expertise du consultant philosophie et du psy. La première se concentre sur l’esprit (siège de la pensée et de l’action), la seconde sur l’âme ou le psychisme (siège des émotions).

En raison de ces champs d’expertise distincts, la consultation ne saurait être la même. Madame Vegleris écrit :

Considérant son interlocuteur comme son frère en condition humaine, le consultant philosophe ne reste pas en retrait. Contrairement au psychanalyste qui se tait pour laisser parler l’inconscient de l’analysant, le philosophe consultant parle de lui dès lors que son expérience peut servir de miroir ou de piste. Contrairement au psychothérapeute qui utilise des tests pour mieux cerner la personnalité de l’autre, le consultant philosophe se fonde sur le seul échange pour permettre à l’autre de mieux se connaître. Libre de toute contrainte technique prédéfinie, se méfiant de tout protocole et de toute procédure, le consultant philosophe respecte seulement quelques règles de méthode : exigence de clarté, ouverture à la remise en question, confrontation avec soi à travers une communication authentique avec l’autre, réciprocité.

(…)

(…) La relation philosophique n’a pas lieu entre un thérapeute et des individus à soigner mais entre des interlocuteurs égaux face aux difficultés de l’existence et aux risques de la liberté. Si cette relation est thérapeutique, elle l’est au sens littéral. Il s’agit d’une relation où, chacun prenant soin de son esprit et de l’esprit des autres, tous deviennent chemin faisant plus ouverts, plus lucides, mieux armés pour faire face à l’existence.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, pp. 30-32.

Madame Vegleris confirme les propos de nos lectures précédentes à savoir que la philothérapie « est une pratique dialogique ». Il ne s’agit pas ici de répondre uniquement à un besoin de « verbaliser »  ses émotions, ses sentiments, de faire sortir le méchant, une méthode bien connue en psychothérapie. Si nous pouvons ressentir un certain soulagement après un tel exercice de verbalisation en psychothérapie, c’est très souvent en raison de l’absence d’un ami(e) d’expérience à qui se confier ou plus simplement de la solitude dans laquelle nous sommes plongés. Le psychothérapeute agit alors sur nous de par sa disponibilité exclusive le temps d’une séance.

J’ai personnellement expérimenté à trois reprises de telles rencontres de psychothérapie avec trois intervenants différents. Si je ne connais aucun problème à verbaliser, le seul bénéfice fut d’avoir un peu attention réconfortante en l’absence du cheminement auquel je m’attendais. Je dois avouer que le troisième intervenant est devenu un confident et un ami dont je garde de très bons souvenirs. Il n’en demeure pas moins que mon mal de vivre a toujours repris de sa vigueur. Il ne s’agit pas de dénigrer la psychothérapie pour valoriser la philothérapie mais plutôt de les associer aux besoins spécifiques auxquels chacune d’elle réponde.

J’ai connu trois périodes dépressives au cours de ma vie. La première à l’adolescence à la suite de la mort de mon meilleur ami à l’âge de 15 ans. La seconde à la suite d’une trop forte pression engendrée par un succès retentissant à 30 ans. La troisième à la suite d’une faillite à 41 ans. J’ai qualifié cette dernière de dépression philosophique plutôt que psychologique car elle relevait davantage de mon esprit (pensées et actions) que de mon âme (émotions et sentiments).

Malheureusement, à l’époque, je ne connaissais aucun ressource en consultation philosophique. Je commençais à peine à m’intéresser à la philosophie depuis 1992 grâce à un chercheur en marketing pas comme les autres en raison de ses références à la philosophie et, en l’an 2000, à la suite de ma lecture du livre « Platon, pas Prozac ! – La philosophie comme remède » de Lou Marinoff publié aux Éditions Logiques, ce dont je parle dans l’introduction de ce dossier.

À cette époque, j’ai décidé de faire le point sur mes pensées et leurs rôles dans la vie de mon esprit. J’y suis parvenue par l’écriture dans un livre que j’ai intitulé « J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison », un essai et un témoignage de gouvernance personnelle (offert gratuitement en format numérique PDF et web).

Penser juste et trouver le mot exact s’inscrivent depuis dans mes efforts pour me comprendre. J’ai constaté par bonheur le même intérêt chez Madame Vegleris :

Dans toutes mes consultations, l’utilisation des mots joue un rôle décisif. La précision de leur signification permet de sortir de la confusion, de décrire clairement situations et sentiments, des distinguer situations et sentiments semblables, de comparer, et par voie de conséquence, de se situer, soi, par rapport aux autres et aux choses. À la fois produits pour désigner la réalité et producteurs de réalité, les mots sont notre accès le plus direct aux choses. Ils en discernent les articulations et les nuances. La référence à leurs racines étymologiques donne souvent des clés de compréhension insoupçonnées. Transmettant un sens qui vient du fond des âges, l’étymologie offre un éclairement pour ainsi dire originel qui, trouant les habitudes, ouvre des chemins non encore empruntés. Cet éclairement peut aussi fonctionner comme un signe qui, par les voies qu’elle fait apparaître, la racine est un écho avec quelque chose qui vient du fond de l’individu, de ce que Bergson nomme le moi profond.11
_____________________
11 Ce moi n’a rien à voir avec l’inconscient freudien : il coïncide avec notre personnalité absolument unique, foyer générateur de notre liberté.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, p. 49.

Dans le contexte de la consultation philosophique le mot devient un outil, de sa racine jusqu’à la culture populaire actuelle. Madame Vergelis l’énonce clairement et y revient à la moindre occasion. La question « De quoi parlons-nous au juste ? » lui servira d’introduction à ses consultations. Il faut à la fois définir les concepts et conceptualiser.

Autre outil : le référence aux grands penseurs.

La convocation opportune de philosophes est illuminante — soudain, ce qui est personnellement vécu se révèle digne de l’attention d’un grand penseur. Cette attention met culturellement en perspective l’expérience individuelle — ainsi est signifié la nécessité vitale de se rallier à la tradition philosophique. La référence à un philosophe pour soutenir les propos d’un participant procure à celui-ci une joie narcissique efficace — l’intelligence de ce qu’il dit est comme légitimée par l’autorité d’un grand penseur. La confiance arrive par un biais inhabituel, l’appropriation d’une personnalité historique.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, p. 108

Le consultant philosophe se doit de connaître et de comprendre les grands penseurs, non pas faire savant ou faire valoir une quelconque supériorité et encore moins s’illustrer par ses connaissances, mais pour inscrire dans l’histoire les pensées de son interlocuteur et ainsi lui donner confiance. Cette approche s’ajoute celle du témoignage personnelle du consultant philosophe qui le place sur le même pied que son interlocuteur pour une discussion d’égal à égal.

Le fait que je parle de mes propres expériences signale que je me place à égalité avec mes interlocuteurs sur le plan existentiel – cela institue une relation d’authenticité. Comme je suis convaincu que je n’ai pas de leçon à donner à personne et que ma seule différence me vient de ma culture philosophique, les autres ressentent cette conviction et se sentent à l’aise. Le ton n’est pas à la confidence, mais à ce que Stefano Maso a nommé la complicité intelligente.3
_____________
3 Stefano Mason est l’un des professeurs de philosophie du master de la Consulenza fifosofica à l’université Ca’Foscari de Venise.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, p. 108

Le témoignage du consultant philosophe implique qu’il soit lui-même en quête philosophique.

Autre outil de travail : l’écriture d’un rapport de la discussion.

Madame Vegelis ne se contente pas de la consultation en face à face. Elle se prête aussi à l’exercice de l’écriture d’un rapport )compte-rendu) de la discussion qu’elle adresse à son interlocuteur. Ce dernier peut alors, à tête reposée, convenir s’il a bien été compris, s’il a bien saisi les propos du consultant et, au besoin, apporter sa contribution.

Je ne peux pas résumé ce livre et je ne crois qu’il puisse l’être. Il faut le lire et il suffit de le lire pour comprendre. Par contre, la maîtrise de l’ensemble du contenu me poussera à une voire plusieurs relectures pour le mettre en action avec la cohérence et l’inspiration que cela demande. Mon exemplaire est annoté de la première à la dernière page au point où je pourrais le surligner du premier au dernier mot. Pour l’heure, je n’ambitionne pas devenir un consultant philosophe. Je suis plutôt captivé par cette nouvelle profession, par la manière dont elle s’articule, par les pensées et l’esprit qui l’animent,… par ce retour à la vie active de la philosophie.

Il n’y a aucune technique et aucune méthode à tirer de ce livre pour devenir consultant en philosophie. D’ailleurs, nous dit l’auteure, la consultation philosophique ne repose sur des méthodes et des techniques, comme on en trouve à profusion en psychothérapie et en coaching.

Je ne peux pas passer sous silence la question récurrente de la liberté abordée dans ce livre.

(…) En allant du philosophe au consultant philosophe, nous pouvons dire que la posture professionnelle de celui-ci doit lui être inspirée de l’histoire de la philosophie dans laquelle il s’inscrit et dont il est un modeste maillon.

Cette inscription dans la tradition distingue les consultant philosophe des professionnels de « la relation d’aide » – du psychothérapeute, du formateur en développement personnel, du coach… Par tradition philosophique, j’entends le point de convergence de tous les grands philosophes. Par-delà leurs divergences, voire leurs oppositions violentes, tous affirment que l’exercice de la pensée exprime et fonde la liberté individuelle.

Vegleris, Eugénie, La consultation philosophique, Groupe Eyrolles, 2010, p. 183

À la lecture de ce passage, je reconnais ma liberté dans le fait que j’aime penser (et écrire). Et c’est par amour de ma liberté d’esprit et d’action et de celle des autres que je m’adonne à la philosophie.

Merci Madame Vegleris pour votre éclairage.


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Autres articles de ce dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

D’AUTRES ARTICLES SONT À VENIR

Article # 6 – Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

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DOSSIER

Philothérapie

Consulter un philosophe

Quand la philosophie nous aide

Article # 6

Une danse dangereuse avec Patrick Sorrel, philothérapeute

Par Serge-André Guay, président éditeur et auteur,
Fondation littéraire Fleur de Lys

AVERTISSEMENT

Cet article est le premier de deux.

À lire aussi : Une philothérapie libre avec Patrick Sorrel.


Qui est Patrick Sorrel ? Voici ce que j’ai trouvé sur l’une des pages de l’annonce de l’un de ses livres sur le site d’autoédition lulu.com et sur son site web.


Patrick Sorrel est professeur agrégé de philosophie depuis 2005. Il poursuit en parallèle ses recherches et sa pratique sur les techniques psychocorporelles de libération des blocages inconscients : hypnose humaniste, respiration holotropique, danse biodynamique, etc. Il fait aussi partie du comité scientifique de l’IANDS-France, qui étudie les expériences de mort imminente. Actuellement, il participe, avec l’association « L’atelier des Possibles », à la création d’une école démocratique en Isère. Ces livres sont le fruit d’une auto-publication, le but étant de s’affranchir le plus possible des réseaux traditionnels d’édition et d’impression. Si vous voulez participer à leur évolution, n’hésitez pas à vous rendre sur la page Facebook : « L’expérience de la liberté intérieure ». Source : lulu.com.


QUI SUIS-JE ?

De l’enseignement à l’accompagnement…

En premier lieu, je suis enseignant, agrégé de philosophie, depuis 2005. Après 8 ans de sédantarisation dans des lycées de la région dauphinoise, je ne tiens plus en place et décide de devenir remplaçant pour parcourir les nombreux lycées grenoblois. Chaque lycée est un nouvel univers à découvrir ! Avec ses propres règles, plus ou moins légitimes, mais jamais co-construites avec les enfants qui en sont les sujets.

?En second lieu, je suis à la recherche d’une autre pédagogie, d’une autre relation à l’apprenti sage. Je décide de rejoindre en 2016 l’Atelier des Possibles et de co-constuire avec cette joyeuse bande un école démocratique, où chacun est libre d’apprendre selon son rythme et ses aspirations, et de participer à l’élaboration des règles communes.. C’est là que je découvre l’influence des parents et des adultes dans les blessures que portent nos jeunes élèves.

?En troisième lieu, je suis passionné par les nombreuses méandres de notre conscience, ses différents états, son élasticité, ses possibilités, ses blessures. Je rejoins en 2013 l’IANDS-France qui étudie scientifiquement les expériences de mort imminente et accompagne les expérienceurs dans les aléas du quotidien. Mon rôle est d’analyser les conséquences pragmatiques de ce bouleversement existentiel. Sur les croyances, sur la philosophie, sur la vie… J’essaie de créer des ponts avec la recherche sur les états modifiés de conscience et notamment les états de transe provoquées par la danse, le chant, certaines substances psychoactives, ou spontanément.

?En quatrième lieu, je suis l’auteur de cinq ouvrages sur « L’expérience de la liberté intérieure ». Cela a été ma manière d’accoucher, entre 2015 et 2018, de ce que j’ai accumulé d’expériences et d’apprentissages durant ces années de recherches. Et c’est aussi, aujourd’hui encore, un plaisir immense de me laisser guider dans l’écriture par ce qui me dépasse bien souvent.

?Enfin, je suis un corps.

Un corps-image, obsédé par le tour de son ventre, et (inconsciemment ?) persuadé que des épaules carrées lui permettront de rester maître de lui en toute circonstance.

Un corps-outil aussi, obsédé par la performance, disciple fidèle d’une volonté intransigeante. Passionné de construction (maçonnerie, charpenterie,…) puis de sport aquatique (après la natation, la compétition en hockey subaquatique me permettra de défouler une énergie débordante des années durant), je vais souvent jusqu’à l’épuisement, avant-même de m’en rendre compte.

Un corps-propre enfin, qui se découvre sur le tard, cherche à s’apprivoiser dans la danse biodynamique, dans la respiration holotropique, dans les expériences de jeûne, de cécité, de tantra, ou dans le chant thérapeutique. Timide mais si délicieux qu’il devient urgent de transmettre et de partager !

Source : …philothérapie… (site de web de Patrick Sorrel).

Articles signés par Patrick Sorrel à titre de philothérapeute

Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique. Les Philosophes.fr

Philothérapie : la philosophie au service du soin à la personne. Energie-Santé, 25 Janvier 2020


Le livre De la fuite à la danse de Patrick Sorrel

Présentation par l’auteur

Dans ce premier tome, il convient d’opérer un « petit débroussaillage philosophique », salutaire pour restaurer un espace de choix authentique, à l’intérieur du temple de notre propre conscience. En effet, nous prenons trop souvent, trop systématiquement la Fuite. Dans la revendication d’une liberté conçue comme absence de contraintes, en premier lieu. Dans la tentation de contrôle et de maîtrise de sa propre vie, et par extension de la Vie, en second lieu. Et tout cela pour quoi, au final ? N’est-ce pas pour éviter de s’incarner pleinement dans son corps, d’accueillir et de VIVRE, entièrement, les douleurs comme les joies qui nous assaillent ? Car c’est de cela seul qu’il s’agit, au final, quand on parle de liberté : il s’agit de reprendre sur nous la totale responsabilité de notre existence, et de se porter joyeusement au devant de ce qui vient. C’est précisément cela que j’appelle : Danser la Vie.

Source : lulu.com.


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Mon commentaire

Par Serge-André Guay, président éditeur et auteur,
Fondation littéraire Fleur de Lys

Cette invitation à danser la vie lancée par le philothérapeute Patrick Sorrel m’étourdit lorsque je la met en perspective de certaines de ses affirmations relevées sur son site web, dans ses articles et la présentation de ses livres.

Commençons par celle citée ci-dessus :

Dans ce premier tome, il convient d’opérer un « petit débroussaillage philosophique », salutaire pour restaurer un espace de choix authentique, à l’intérieur du temple de notre propre conscience. En effet, nous prenons trop souvent, trop systématiquement la Fuite.

À la suite de ma lecture du livre ÉLOGE DE LA FUITE de Henri Laborit il y a plusieurs années, je comprends la fuite, non pas comme une tare, un comportement mental à corriger, mais comme une source d’avancement.

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“Pour échapper à ces structures suffocantes tissées par notre éducation et à la sclérose des ordres établis, il nous faut d’abord apprendre à connaître les mécanismes qui engendrent ces structures, à décrypter les pulsions inconscientes qui nous poussent dans la course à la domination, à mettre au clair les discours par lesquels nous tentons de maquiller et de légitimer tous ces processus inconscients enclenchés par notre système nerveux. […] Source : Éloge de la fuite. Henri Laborit.

La fuite dont parle Laborit ne relève pas du sauve-qui-peut impuissant. Elle n’est pas un retour en arrière, mais une marche continuelle vers l’avant, une remise en cause permanente des situations établies, une fuite loin des pouvoirs en place, y compris et surtout ceux que nous avons nous-mêmes contribué à installer. Car sitôt installé, un pouvoir se corrompt immanquablement. Fuir, c’est « choisir un but et corriger la trajectoire de l’action à chaque seconde ». Le but à atteindre est évolutif dans le temps et dans l’espace, jamais figé dans des certitudes idéologiques sectaires et rigides. Source : Éloge de la suite autour de Henri Laborit.

Pour moi, la fuite est source de salut face au mammouth qui me fonce dessus. Ce n’est qu’après mettre mis en sécurité que je pourrai réfléchir.

Dans son article « Philothérapie : la philosophie au service du soin à la personne », Patrick Sorrel écrit au sous-titre « Analyser notre système de croyances » :

J’aime me représenter l’être humain, du point de vue de son énergie mentale, comme un Univers (uni-vers) : c’est-à-dire une constellation plurielle et complexe (de planètes, de satellites, de météorites parfois), ayant un but et une direction communs. On pourrait aussi se représenter cette image de la pluralité au service d’un but commun comme un tissu, un réseau, une toile, un patchwork, qui possède une fonction globale (revêtir une personne par exemple ?) mais des parties très différentes les unes des autres.

Et ce qui constitue cette constellation ou ce tissu mental, ce sont nos croyances. Je n’aime pas faire cette distinction (pourtant traditionnelle en philosophie) entre croyance et connaissance : car cette distinction est elle-même appuyée sur une croyance indémontrable : à savoir qu’il puisse exister une manière de prouver de manière indubitable quelque chose, et que cette preuve résiste absolument au doute, à l’évolution de nos conceptions, à l’épreuve du temps. Ceci est d’un dogmatisme fou, et dangereux de surcroît. Car nos connaissances évoluent perpétuellement, et sont donc elles-mêmes des croyances, empruntées pour un temps, mais préférant cacher leur aspect provisoire derrière un rideau de fumée rationnelle.

Je ne suis pas d’accord. Il n’y a aucune connaissance digne de ce nom qui résiste au doute. C’est le principe même de la pensée scientifique de Gaston Bachelard, philosophe des sciences, qui introduit le « doute systématique » dans son  livre La Formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, Paris, Vrin, 1938.

Selon le professeur et sociologue des sciences Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». Source : Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval.

Le professeur Nicolle formule en ces mots la démarche : « La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Les caractères ont été mis en italique par l’auteur. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connaissance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !

Patrick Sorrel soutient qu’il n’aime pas la différence entre la « connaissance » et la « croyance ». À l’évidence, il confond l’une et l’autre, ce qui est impardonnable à mes yeux pour un philothérapeute.

Il faut de soutenir : « Car nos connaissances évoluent perpétuellement, et sont donc elles-mêmes des croyances, empruntées pour un temps, mais préférant cacher leur aspect provisoire derrière un rideau de fumée rationnelle. » Selon Patrick Sorrel, seules les croyances ont le pouvoir d’évoluer et, si la connaissance évolue, c’est qu’elle est devenue ainsi une croyance. Ça ne tient pas la route de la logique si nécessaire en philothérapie. Ce n’est pas parce qu’un connaissance évolue qu’elle devient une croyance.

Patrick Sorrel écrit : « Mon système de croyances est donc toujours un choix, une manière d’entrer en contact avec la Réalité, un système me permettant d’agir sur la Réalité. » J’ai déjà longuement insister sur le FAIT que nous ne pouvons pas considérer pour vraie une chose uniquement parce que nous la pensons. Voir mon livre (numérique gratuit) J’AIME PENSER ou Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison.

J’ai la nette impression que Patrick Sorrel confond également « croyance » et « opinion », une opinion prise, non pas pour ce qu’elle est, mais considérée comme la/sa vérité par celui ou celle qui l’exprime. «À chacun son opinion » pour fuir un débat un peu trop ardu.

« Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous appa¬raissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs. »

« We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

Lorsque Patrick Sorrel affirme que toute croyance est intéressée par opposition à désintéresser (« N’allons tout de même pas croire que l’on puisse si facilement changer de croyance, comme on change d’habit. Ce serait le cas si nos croyances étaient désintéressées, c’est-à-dire si elles ne servaient à rien, au final, dans la relation que nous entretenons avec notre environnement. »), il a raison. Mais parle-t-il vraiment des croyances ou des opinions ? Ou croit-il que toute opinion est l’expression d’une croyance ?

Les enjeux de la philothérapie selon Patrick Sorrel

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Partons d’un postulat, certes difficile à démontrer ici, mais évident pour moi : la perte de sens (au sens de signification, de raison d’être) ne provient que trop souvent d’une perte de contact avec nos propres sensations, par conséquent avec notre corps-propre. Retrouver le plaisir de la sensation, de l’émotion, et enfin du sentiment : telle est pour moi l’enjeu premier de la philothérapie. Source : SORREL, Patrick Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique, Les Philosophes.fr.

Je ne crois pas que l’on puisse fonder une philothérapie sur le plaisir retrouvé des sensations, des émotions et des sentiments puisque ces derniers faussent la catharsis intellectuelle et même émotionnelle nécessaire pour prendre du recul face à soi-même et ses pensées. Le bien vivre avec ses émotions relève davantage de la psychologie et, plus spécifiquement, de l’intelligence émotionnelle.

Gaston Bachelard nous propose ces quatre exercices disciplinaires pour conduire notre intelligence avec rigueur13 :

1. La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.

Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

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Chercher le sens de cette distance prise avec la sensation : tel est pour moi l’enjeu second de la philothérapie : et il s’agira de construire à deux une sorte de généalogie du sens, dans ses deux sens : significations et sensations. Comment avons-nous construit les croyances qui nous habitent aujourd’hui ? Comment avons-nous vécu tel ou tel événement, quelle perception en avons-nous eu, quel sens lui avons-nous donné, et quel impact sur notre sensibilité présente, sur notre perception du monde et de notre propre personne ? Source : SORREL, Patrick, Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique, Les Philosophes.fr.

Nous sommes toujours dans le cadre d’une psychothérapie plutôt que d’une philothérapie. la question « Comment avons-nous construit les croyances qui nous habitent aujourd’hui ? » s’attarde à nous replonger dans le passé, comme la psychologie a pris l’habitude dans sa pratique.

3

Enfin, il y a fort à parier que la perte de sens occasionne des difficultés à avancer sereinement et résolument dans la vie, à créer, à prendre des risques, à jouer. Difficulté à prendre une direction. Hésitation, indécision, paralysie du choix, sentiment de perte de liberté. Ou au contraire dépendance, crédulité, abandon à une direction toute faite, déjà déterminée : perte d’autonomie. Construire ses propres solutions, petit pas par petit pas ; et retrouver l’élan et le désir d’avancer, qui sont toujours présents dans le corps vivant : tel est l’enjeu tertiaire de la philothérapie, telle que je la conçois. Source : SORREL, Patrick, Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique, Les Philosophes.fr.

En philosophie, on ne parle du sens que dans le « sens de la vie ». Si la « perte du sens » paraît d’actualité, il vaut mieux parler de la « perte de repères » ou de la « perte de valeurs ».

Et parlant du « corps vivant », Patrick Sorrel Écrit :

Ma croyance personnelle est que rien n’est vain ni inutile dans cette vie : nous ne nous sommes pas incarnés pour devoir ensuite espérer quitter au plus vite ce corps. La philothérapie, telle que je la conçois, interrogera aussi la croyance immatérialiste chère à Socrate : elle questionnera ses origines, son intention, enfin le besoin qu’elle cherche (peut-être maladroitement) à servir. En attendant, une thérapie ne peut pas être complète si elle délaisse le corps, si elle est trop intellectuelle. Car si changer sa croyance a un impact non négligeable sur la vie « réelle », dans le concret de la matière et des corps, la contrepartie est vraie : c’est par le travail sur son propre corps que les évolutions psychologiques et spirituelles les plus efficaces auront lieu. Source : SORREL, Patrick, Philothérapie : Redonner à la philosophie sa vocation thérapeutique, Les Philosophes.fr.

Là, je décroche. : « (…) une thérapie ne peut pas être complète si elle délaisse le corps, si elle est trop intellectuelle ». Et je décroche une fois pour toute : « Je suis pragmatique : je veux pouvoir incarner dans mon corps tout ce que j’apprends et découvre spirituellement.» (Source) Nous sommes ici dans l’art thérapie qui relève de la psychologie avec ses séances de danse, de méditation, de respiration… On ne peut se soustraire à ma critique en se référant à une « Approche philo-corporelle ». Je reconnais le corps comme un objet philosophique et, par conséquent, la « philosophie du corps ».

La philosophie du corps, depuis Merleau Ponty, décrit dans l’expérience vécue les relations écologiques du soi avec les autres, par l’étude des interactions entre le corps, le cerveau-esprit, les cultures et le monde. Le renouvellement des travaux de la phénoménologie du corps par les neurosciences permet de fonder une nouvelle ontologie humanisant le corps dès sa constitution.

Les textes du présent recueil abordent l’expérience corporelle sous les thèmes liés de l’identité corporelle, de l’image du corps et du schéma corporel. La philosophie du corps ainsi conçue fournit une méthodologie interdisciplinaire et une ontologie de l’immersion aux débats contemporains sur la bioéthique, le care et le genre.

Source : Présentation du livre « Textes clés de philosophie du corps – Expérience, interactions et écologie corporelle » sous la direction de Bernard Andrieu chez Vrin éditeur.

Au sujet de Bernard Andrieu

Philosophe du corps, il publie des travaux d’histoire des pratiques corporelles (comme le bronzage, le toucher, le vivant, les prématurés, le plein air, l’immersion, le vertige circassien, l’hybridation ou les cultes du corps) et établit une écologie corporelle. Il développe une émersiologie (1) du corps vivant dans la conscience du corps vécu.

(…)

Bernard Andrieu a fait, à plusieurs reprises, l’objet d’accusations de plagiat, que ce soit pour son livre Toucher (11). Se soigner par le corps11 ou pour un article sur la thérapie corporelle en eau froide paru en 2008 (12).

Source : Bernard Andrieu, Wikipédia.

À lire : La communication directe du corps vivant. Une émersiologie en première personne, Bernard Andrieu, Nicolas Burel
Dans Hermès, La Revue 2014/1 (n° 68), pages 46 à 52. Résumé : « L’émersiologie est une science réflexive née de l’émersion des sensibles vivants dans la conscience du corps vécu. L’émersion est le mouvement involontaire dans notre corps des réseaux, humeurs et images dont notre conscience ne connaît que la partie émergée. Le pas supplémentaire du vivant en première personne – qui est en train de s’accomplir avec les neurosciences in vivo – est l’immersion dans le corps vivant pour démontrer les conditions de son émersion, c’est-à-dire son émergence depuis son immersion cognitive dans la conscience du corps vécu. » Source et lecture de l’article : Mis en ligne sur Cairn.info le 24/04/2014.

À lire aussi : L’émersiologie, une philosophie du corps, ICiMa – Chaire d’Innovation Cirque et Marionnette.

Je me dois de reconnaître la « philosophie du corps » en raison de mon adhésion au proverbe latin : « Un esprit sain dans un corps sain » (mens sana in corpore sano).

« mens sana in corpore sano »

Que l’on traduit généralement par « un esprit sain dans un corps sain ». Cette citation est extraite de la Dixième des seize Satires de Juvénal (90 – 127) et prend place dans un ensemble plus large qui permet d’en fixer le sens plus précisément : « Alors faut-il que les hommes ne fassent jamais de voeux ? … Ce qu’il faut alors implorer, c’est un esprit sain dans un corps sain. » (Juvénal, Satires, 10, 346-366, trad. Henri Clouard). Ce que voulait dire Juvénal, c’est qu’il faut cesser d’implorer vainement les Dieux, qui n’écoutent pas les hommes. La seule chose à leur demander, c’est la santé physique et mentale. On voit ainsi quel fut le déplacement du sens antique au sens contemporain. Désormais, ce n’est plus un voeux que l’on demande aux Dieux de bien vouloir réaliser, mais au contraire une maxime que nous, hommes, devons appliquer. La santé était jadis pendue au fil d’une puissance transcendante – d’où son lien avec la « sainteté » ; les hommes en sont maintenant pleinement responsables. Nous sommes désormais maîtres du destin de notre santé, d’où maintenant le fait que cette maxime ne soit maintenant plus qu’une injonction à entretenir notre corps tout autant que notre esprit. La marque d’équipements sportifs Asics s’est ainsi baptisée du sceau de cette référence antique à l’aide de l’acronyme correspondant : Anima Sana In Corpore Sano – anima (âme) prenant place de mens (esprit) pour rendre le nom davantage prononçable.

Source : Morbleu.

J’admets donc l’utilité de la « philosophie du corps » mais je maintiens qu’elle demeure accessible que par une philosophie de l’esprit.

Enfin, je reconnais au philothérapeute Patrick Sorrel la liberté de construire sa propre doctrine philosophique mais la danse à laquelle il me convie m’apparaît dangereuse en raison de son approche centrée sur les croyances, parce qu’il n’aime pas faire la différence entre la « connaissance » et la « croyance », une différence essentielle en philosophie à mon humble avis. Il m’apparaît très risqué de fonder une philosophie sur des croyances.


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Articles du dossier

Article # 1 : Introduction

Témoignage de ma recherche personnelle au sujet de la philothérapie (philosophie + thérapie) ou, si vous préférez, de la pratique de la philosophie en clinique. Il s’agit de consultation individuel ou de groupe offert par un philosophe praticien pour nous venir en aide. Elle se distingue de la « psychothérapie » (psychologie + thérapie) en ce qu’elle utilise des ressources et des procédés et poursuit de objectifs propres à la philosophie. On peut aussi parler de « philosophie appliquée ».

Article # 2 : Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie

La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitule « Platon, pas Prozac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Article # 3 : Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

Présentation du livre Philothérapie – Libérez-vous par la philosophie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 4 : Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie. Jean-Eudes Arnoux, Éditions Favre

Présentation du livre Sur le divan d’un philosophe – La consultation philosophie : une nouvelle démarche pour se connaître, changer de perspective, repenser sa vie suivie de mes commentaires de lecture.

Article # 5 : Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

Article # 6 : Une danse dangereuse avec le philothérapeute Patrick Sorrel

Cet article se penche sur l’offre du philothérapeute Patrick Sorrel.

Article # 7 : La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence, Eugénie Vegleris

Le livre « La consultation philosophique – L’art d’éclairer l’existence » de Madame Eugénie Vegleris aux Éditions Eyrolles se classe en tête de ma liste des meilleurs essais que j’ai lu à ce jour au sujet de la « philothérapie ».

Article # 8 : Guérir la vie par la philosophie, Laurence Devillairs, Presses universitaires de France

À ce jour, tous les livres dont j’ai fait rapport de ma lecture dans ce dossier sont l’œuvre de philosophes consultants témoignant de leurs pratiques fondées sur le dialogue. Le livre « Guérir la vie par la philosophie » de Laurence Devillairs aux Presses universitaires de France (PUF) diffère des précédents parce que l’auteure offre à ses lecteurs une aide direct à la réflexion sur différents thèmes.

Article # 9 : Du bien-être au marché du malaise – La société du développement personnel – par Nicolas Marquis aux Presses universitaires de France

J’ai lu ce livre à reculons. J’ai appliqué les feins dès les premières pages. L’objectivité sociologique de l’auteur m’a déplu. Ce livre présente aux lecteurs des observations, que des observations. L’auteur n’en tire aucune conclusion.

Article # 10 : Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il m’a révélé les coulisses de la quête du bonheur au cœur de notre société néo-libérale. Je savais que cette obsession du bonheur circulait au sein de la population, notamment par le biais des coach de vie et des agents de développement personnel, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle cachait une véritable industrie soutenue par une idéologie psychologisante. Jusque-là, je ne connaissais de cette industrie que le commerce des livres et la montée en puissance des coachs de vie dédiés à la recherche du bonheur.

Article # 11 : La consultation philosophique, Oscar Brenifier, Éditions Alcofribas, 2020

J’ai adoré ce livre. Il est dense, très dense. On ne peut pas le lire comme un roman. Me voici enfin devant un auteur qui dit tout, où, quand, comment il observe, comment il pense, comment il chemine, comment il voit, comment il entend, comment il anticipe, comment il tire ses conclusions… Bref, un auteur qui expose son propre système de pensée dans un essai plus que formateur pour le nôtre.

Article # 12 : Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien

La lecture du livre «La consultation philosophique» signé par le philosophe praticien Oscar Brenifier (voir article #11 de notre dossier «Consulter un philosophe – Quand la philosophie nous aide») nous apprend qu’il adresse un document à ses clients potentiels. J’ai écrit à monsieur Brenifier pour lui demander s’il pouvait me faire parvenir ce document.

Article # 13 : La philo-thérapie, Éric Suárez, Éditions Eyrolles, 2007

Cet article présente et relate ma lecture du livre du «La philo-thérapie» de Éric Suárez, Docteur en philosophie de l’Université Laval (Québec), philosophe praticien (Lausanne), publié en 2007 aux Éditions Eyrolles. Ce livre traite de la consultation philosophique ou, si vous préférez, de la philo-thérapie, d’un point de vue pratique. En fait, il s’agit d’un guide pour le lecteur intéressé à acquérir sa propre approche du philosopher pour son bénéfice personnel. Éric Suárez rassemble dans son ouvrage vingt exemples de consultation philosophiques regroupés sous cinq grands thèmes : L’amour, L’image de soi, La famille, Le travail et le Deuil.

Article # 14 : Comment choisir son philosophe ? Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques, Oreste Saint-Drôme avec le renfort de Frédéric Pagès, La Découverte, 2000

Ce livre se caractérise par l’humour de son auteur et se révèle ainsi très aisé à lire. D’ailleurs l’éditeur nous prédispose au caractère divertissant de ce livre en quatrième de couverture : «Étudier in extenso la pensée des grands théoriciens et en extraire un mode de réflexion agissant est une mission impossible pour l’honnête homme/femme. C’est pourquoi l’auteur de cet ouvrage aussi divertissant que sérieux propose des voies surprenantes au premier abord, mais qui se révèlent fort praticables à l’usage. L’une passe par la rencontre avec la vie et la personnalité du philosophe : la voie des affinités électives».

Article # 15 : La philosophie comme manière de vivre, Pierre Habot, Entretiens avec Jeanne Cartier et Arnold I Davidson, Le livre de poche – Biblio essais, Albin Michel, 2001

Référencé par un auteur à mon programme de lecture, le livre «La philosophie comme manière de vivre» m’a paru important à lire. Avec un titre aussi accrocheur, je me devais de pousser plus loin ma curiosité. Je ne connaissais pas l’auteur Pierre Hadot : «Pierre Hadot (né à Paris, le 21 février 1922, et mort à Orsay, le 24 avril 20101) est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l’Antiquité, profond connaisseur de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d’une œuvre développée notamment autour de la notion d’exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.» (Source : Wikipédia)

Article # 16 : La philosophie, un art de vivre de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021

Jeanne Hersch, éminente philosophe genevoise, constate une autre rupture encore, celle entre le langage et la réalité : « Par-delà l’expression verbale, il n’y a pas de réalité et, par conséquent, les problèmes ont cessé de se poser (…). Dans notre société occidentale, l’homme cultivé vit la plus grande partie de sa vie dans le langage. Le résultat est qu’il prend l’expression par le langage pour la vie même. » (L’étonnement philosophique, Jeanne Hersch, Éd. Gallimard.) / On comprend par là qu’aujourd’hui l’exercice du langage se suffit à lui-même et que, par conséquent, la philosophie se soit déconnectée des problèmes de la vie quotidienne.» Source : La philosophie, un art de vivre, Collectif sous la direction de Jean-François Buisson, Les Éditions Cabédita, 2021, Préface,  p. 9.

Article # 17 : Socrate à l’agora : que peut la parole philosophique ?, Collectif sous la direction de Mieke de Moor, Éditions Vrin, 2017

J’ai trouvé mon bonheur dès l’Avant-propos de ce livre : «Laura Candiotto, en insistant sur le rôle joué par les émotions dans le dialogue socratique ancien et sur l’horizon éthique de celui-ci, vise à justifier théoriquement un «dialogue socratique intégral», c’est-à-dire une pratique du dialogue socratique qui prend en compte des émotions pour la connaissance.» Enfin, ai-je pensé, il ne s’agit plus de réprimer les émotions au profit de la raison mais de les respecter dans la pratique du dialogue socratique. Wow ! Je suis réconforté à la suite de ma lecture et de mon expérience avec Oscar Brenifier dont j’ai témoigné dans les articles 11 et 12 de ce dossier.

Article # 18 : La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence, Lou Marinoff, La table ronde, 2004

Lou Marinoff occupe le devant de la scène mondiale de la consultation philosophique depuis la parution de son livre PLATON, PAS PROJAC! en 1999 et devenu presque’intantément un succès de vente. Je l’ai lu dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Ce livre a marqué un tournant dans mon rapport à la philosophie. Aujourd’hui traduit en 27 langues, ce livre est devenu la bible du conseil philosophique partout sur la planète. Le livre dont nous parlons dans cet article, «  La philosophie, c’est la vie – Réponses aux grandes et aux petites questions de l’existence », est l’une des 13 traductions du titre original « The Big Questions – How Philosophy Can Change Your Life » paru en 2003.

Article # 19 : S’aider soi-même – Une psychothérapie par la raison, Lucien Auger, Les Éditions de l’Homme

J’ai acheté et lu « S’aider soi-même » de Lucien Auger parce qu’il fait appel à la raison : « Une psychothérapie par la raison ». Les lecteurs des articles de ce dossier savent que je priorise d’abord et avant tout la philothérapie en place et lieu de la psychothérapie. Mais cette affiliation à la raison dans un livre de psychothérapie m’a intrigué. D’emblée, je me suis dit que la psychologie tentait ici une récupération d’un sujet normalement associé à la philosophie. J’ai accepté le compromis sur la base du statut de l’auteur : « Philosophe, psychologue et professeur ». « Il est également titulaire de deux doctorats, l’un en philosophie et l’autre en psychologie » précise Wikipédia. Lucien Auger était un adepte de la psychothérapie émotivo-rationnelle créée par le Dr Albert Ellis, psychologue américain. Cette méthode trouve son origine chez les stoïciens dans l’antiquité.

Article # 20 (1/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.

Article # 20 (2/2) : Penser par soi-même – Initiation à la philosophie, Michel Tozzi, Chronique sociale

Dans la première partie de ce rapport de lecture du livre « Penser par soi-même – Initiation à la philosophie » de Michel Tozzi, je vous recommandais fortement la lecture de ce livre : « J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq et je peux même en rajouter une de plus, une sixième, pour souligner son importance et sa pertinence. Il faut le lire absolument ! Je le recommande à tous car il nous faut tous sortir de ce monde où l’opinion règne en roi et maître sur nos pensées.» Je suis dans l’obligation d’ajouter cette deuxième partie à mon rapport de lecture de ce livre en raison de ma relecture des chapitres 6 et suivants en raison de quelques affirmations de l’auteur en contradiction avec ma conception de la philosophie.

Article # 21 – Agir et penser comme Nietzsche, Nathanaël Masselot, Les Éditions de l’Opportun

J’accorde au livre Agir et penser comme Nietzsche de Nathanaël Masselot cinq étoiles sur cinq. Aussi facile à lire qu’à comprendre, ce livre offre aux lecteurs une excellente vulgarisation de la philosophie de Friedricha Wilhelm Nietzsche. On ne peut pas passer sous silence l’originalité et la créativité de l’auteur dans son invitation à parcourir son œuvre en traçant notre propre chemin suivant les thèmes qui nous interpellent.

Article # 22 – La faiblesse du vrai, Myriam Revault d’Allones, Seuil

Tout commence avec une entrevue de Myriam Revault d’Allonnes au sujet de son livre LA FAIBLESSE DU VRAI à l’antenne de la radio et Radio-Canada dans le cadre de l’émission Plus on de fous, plus on lit. Frappé par le titre du livre, j’oublierai le propos de l’auteur pour en faire la commande à mon libraire.

Article # 23 – Pour une philothérapie balisée

Le développement personnel fourmille de personnes de tout acabit qui se sont improvisées conseillers, coachs, thérapeutes, conférenciers, essayistes, formateurs… et auxquelles s’ajoutent des praticiens issus des fausses sciences, notamment, divinatoires et occultes, des médecines et des thérapies alternatives. Bref, le développement personnel attire toute sorte de monde tirant dans toutes les directions.

Article # 24 – Comment nous pensons, John Dewey, Les empêcheurs de penser en rond / Seuil

Je n’aime pas cette traduction française du livre How we think de John Dewey. « Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ovide Decroly », Comment nous pensons parait aux Éditions Les empêcheurs de penser en rond / Seuil en 2004. – Le principal point d’appui de mon aversion pour traduction française repose sur le fait que le mot anglais « belief » est traduit par « opinion », une faute majeure impardonnable dans un livre de philosophie, et ce, dès les premiers paragraphes du premier chapitre « Qu’entend-on par penser ? »

Article # 25 – Une philothérapie libre axée sur nos besoins et nos croyances avec Patrick Sorrel

Hier j’ai assisté la conférence Devenir philothérapeute : une conférence de Patrick Sorrel. J’ai beaucoup aimé le conférencier et ses propos. J’ai déjà critiqué l’offre de ce philothérapeute. À la suite de conférence d’hier, j’ai changé d’idée puisque je comprends la référence de Patrick Sorrel au «système de croyance». Il affirme que le «système de croyance» est une autre expression pour le «système de penser». Ce faisant, toute pensée est aussi une croyance.

Article # 26 – Une pratique philosophique sans cœur

J’éprouve un malaise face à la pratique philosophique ayant pour objectif de faire prendre conscience aux gens de leur ignorance, soit le but poursuivi par Socrate. Conduire un dialogue avec une personne avec l’intention inavouée de lui faire prendre conscience qu’elle est ignorante des choses de la vie et de sa vie repose sur un présupposé (Ce qui est supposé et non exposé dans un énoncé, Le Robert), celui à l’effet que la personne ne sait rien sur le sens des choses avant même de dialoguer avec elle. On peut aussi parler d’un préjugé philosophique.

Article # 27 – Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

Si votre opinion est faite et que vous n’êtes pas capable d’en déroger, vous êtes prisonnier de votre opinion. Si votre opinion est faite et que vous êtes ouvert à son évolution ou prêt à l’abandonner pour une autre, vous êtes prisonnier de l’opinion. Si votre opinion compte davantage en valeur et en vérité que les faits, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si votre opinion est la seule manière d’exprimer vos connaissances, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous pensez que l’opinion est le seul résultat de votre faculté de penser, vous êtes prisonnier de vos opinions. Si vous prenez vos opinion pour vraies, vous êtes prisonnier de vos opinions.

Article # 28 – La pratique philosophique – Une méthode contemporaine pour mettre la sagesse au service de votre bien-être, Jérôme Lecoq, Eyrolles, 2014

J’ai mis beaucoup de temps à me décider à lire « La pratique philosophique » de Jérôme Lecoq. L’auteur est un émule d’Oscar Brenifier, un autre praticien philosophe. J’ai vécu l’enfer lors de mes consultations philosophiques avec Oscar Brenifier. Ainsi toute association de près ou de loin avec Oscar Brenifier m’incite à la plus grande des prudences. Jérôme Lecoq souligne l’apport d’Oscar Brenifier dans les Remerciements en première page de son livre « La pratique philosophique ».

Article # 29 – Je sais parce que je connais

Quelle est la différence entre « savoir » et « connaissance » ? J’exprime cette différence dans l’expression « Je sais parce que je connais ». Ainsi, le savoir est fruit de la connaissance. Voici quatre explications en réponse à la question « Quelle est la différence entre savoir et connaissance ? ».

Article # 30 – Les styles interpersonnels selon Larry Wilson

J’ai décidé de publier les informations au sujet des styles interpersonnels selon Larry Wilson parce que je me soucie beaucoup de l’approche de la personne en consultation philosophique. Il m’apparaît important de déterminer, dès le début de la séance de philothérapie, le style interpersonnel de la personne. Il s’agit de respecter la personnalité de la personne plutôt que de la réprimer comme le font les praticiens socratiques dogmatiques. J’ai expérimenté la mise en œuvre de ces styles inter-personnels avec succès.

Article # 31 – La confiance en soi – Une philosophie, Charles Pépin, Allary Éditions, 2018

Le livre « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin se lit avec une grande aisance. Le sujet, habituellement dévolue à la psychologie, nous propose une philosophie de la confiance. Sous entendu, la philosophie peut s’appliquer à tous les sujets concernant notre bien-être avec sa propre perspective.

Article # 32 – Les émotions en philothérapie

J’ai vécu une sévère répression de mes émotions lors deux consultations philosophiques personnelles animées par un philosophe praticien dogmatique de la méthode inventée par Socrate. J’ai témoigné de cette expérience dans deux de mes articles précédents dans ce dossier.

Article # 33 – Chanson « Le voyage » par Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre… bref, omnicréateur québécois

Vouloir savoir être au pouvoir de soi est l’ultime avoir / Le voyage / Il n’y a de repos que pour celui qui cherche / Il n’y a de repos que pour celui qui trouve / Tout est toujours à recommencer

Article # 34 – « Ah ! Là je comprends » ou quand la pensée se fait révélation

Que se passe-t-il dans notre système de pensée lorsque nous nous exclamons « Ah ! Là je comprends » ? Soit nous avons eu une pensée qui vient finalement nous permettre de comprendre quelque chose. Soit une personne vient de nous expliquer quelque chose d’une façon telle que nous la comprenons enfin. Dans le deux cas, il s’agit d’une révélation à la suite d’une explication.

Article # 35 – La lumière entre par les failles

Âgé de 15 ans, je réservais mes dimanches soirs à mes devoirs scolaires. Puis j’écoutais l’émission Par quatre chemins animée par Jacques Languirand diffusée à l’antenne de la radio de Radio-Canada de 20h00 à 22h00. L’un de ces dimanches, j’ai entendu monsieur Languirand dire à son micro : « La lumière entre par les failles».

Article # 36 – Les biais cognitifs et la philothérapie

Le succès d’une consultation philosophique (philothérapie) repose en partie sur la prise en compte des biais cognitifs, même si ces derniers relèvent avant tout de la psychologie (thérapie cognitive). Une application dogmatique du dialogue socratique passe outre les biais cognitifs, ce qui augmente les risques d’échec.

Article # 37 – L’impossible pleine conscience

Depuis mon adolescence, il y a plus de 50 ans, je pense qu’il est impossible à l’Homme d’avoir une conscience pleine et entière de soi et du monde parce qu’il ne la supporterait pas et mourrait sur le champ. Avoir une pleine conscience de tout ce qui se passe sur Terre et dans tout l’Univers conduirait à une surchauffe mortelle de notre corps. Il en va de même avec une pleine conscience de soi et de son corps.

Article # 38 – Verbalisation à outrance : «Je ne suis pas la poubelle de tes pensées instantanées.»

Le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre français, a été interrogé par la journaliste Pascale Senk du quotidien Le Figaro au sujet de son livre Savoir se taire, savoir parler, coécrit avec Laurent Carouana et paru en 2017. Le titre de l’article a retenu mon attention : Psychologie: «il faut sortir de l’hystérie de la parole».

Article # 39 – Comment dialoguer de manière constructive ? par Julien Lecomte, Philosophie, médias et société

Reproduction de l’article « Comment dialoguer de manière constructive ? », un texte de Julien Lecomte publié sur son site web PHILOSOPHIE, MÉDIAS ET SOCIÉTÉ. https://www.philomedia.be/. Echanger sur des sujets de fond est une de mes passions. Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les moyens de faire progresser la connaissance, d’apprendre de nouvelles choses. Dans cet article, je reviens sur le cheminement qui m’anime depuis tout ce temps, pour ensuite donner des pistes sur les manières de le mettre en pratique concrètement.

Article # 40 – Le récit d’initiation en spirale

Dans le récit initiatique, il s’agit de partir du point A pour aller au point B afin que le lecteur ou l’auditeur chemine dans sa pensée vers une révélation permettant une meilleure compréhension de lui-même et/ou du monde. La référence à la spirale indique une progression dans le récit où l’on revient sur le même sujet en l’élargissant de plus en plus de façon à guider la pensée vers une nouvelle prise de conscience. Souvent, l’auteur commence son récit en abordant un sujet d’intérêt personnel (point A) pour évoluer vers son vis-à-vis universel (point B). L’auteur peut aussi se référer à un personnage dont il fait évoluer la pensée.

Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie

Cet article présente un état des lieux de la philothérapie (consultation philosophique) en Europe et en Amérique du Nord. Après un bref historique, l’auteur se penche sur les pratiques et les débats en cours. Il analyse les différentes publications, conférences et offres de services des philosophes consultants.

Article # 42 – L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob, 1995

J’ai découvert le livre « L’erreur de Descartes » du neuropsychologue Antonio R. Damasio à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman. L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

Article # 43 – Éloge de la pratique philosophique, Sophie Geoffrion, Éditions Uppr, 2018

Ma lecture du livre ÉLOGE DE LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE de la philosophe praticienne SOPHIE GEOFFRION fut agréable et fort utile. Enfin, un ouvrage court ou concis (le texte occupe 65 des 96 pages du livre), très bien écrit, qui va droit au but. La clarté des explications nous implique dans la compréhension de la pratique philosophique. Bref, voilà un éloge bien réussi. Merci madame Geoffrion de me l’avoir fait parvenir.

Article # 44 – Consultation philosophique : s’attarder à l’opinion ou au système de pensée ?

Dans cet article, je m’interroge à savoir la consultation philosophique doit s’attarder à l’opinion ou au système pensée du client. OPINION – Le philosophe praticien cible l’opinion de son client en vue de démontrer l’ignorance sur laquelle elle repose et, par conséquent, l’absence de valeur de vérité qu’elle recèle. Cette pratique repose sur le « questionnement philosophique ».

Article # 45 – Sentir et savoir – Une nouvelle théorie de la conscience, Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob

Dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

Article # 46 – Dépression et philosophie : Du mal du siècle au mal de ce siècle, Robert Redeker, Editions Pleins Feux, 2007

Un si petit livre, seulement 46 pages et en format réduit, mais tellement informatif. Une preuve de plus qu’il ne faut se fier aux apparences. Un livre signé ROBERT REDEKER, agrégé de philosophie originaire de la France, connaît fort bien le sujet en titre de son œuvre : DÉPRESSION ET PHILOSOPHIE.

Article # 47 – Savoir se taire, savoir parler, Dr Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana, InterÉditions, 2017

La plupart des intervenants en psychologie affirment des choses. Ils soutiennent «C’est comme ceci» ou «Vous êtes comme cela». Le lecteur a le choix de croire ou de ne pas croire ce que disent et écrivent les psychologues et psychiatres. Nous ne sommes pas invités à réfléchir, à remettre en cause les propos des professionnels de la psychologie, pour bâtir notre propre psychologie. Le lecteur peut se reconnaître ou pas dans ces affirmations, souvent catégoriques. Enfin, ces affirmations s’apparentent à des jugements. Le livre Savoir se taire, savoir dire de Jean-Christophe Seznec et Laurent Carouana ne fait pas exception.

Article # 48 – Penser sa vie – Une introduction à la philosophie, Fernando Savater, Éditions du Seuil, 2000

Chapitre 1 – La mort pour commencer – Contrairement au philosophe Fernando Savater dans PENSER SA VIE – UNE INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE, je ne définie pas la vie en relation avec la mort, avec son contraire. Je réfléchie et je parle souvent de la mort car il s’agit de l’un de mes sujets préféré depuis mon adolescence. Certaines personnes de mon entourage pensent et affirment que si je parle aussi souvent de la mort, c’est parce que j’ai peur de mourir. Or, je n’ai aucune peur de la mort, de ma mort, de celles de mes proches. Je m’inquiète plutôt des conséquences de la mort sur ceux et celles qui restent, y compris sur moi-même.

Article # 49 – Pourquoi avons-nous des couleurs de peau et des physiques si différents ?

À la lumière du documentaire LE SOLEIL ET DES HOMMES, notamment l’extrait vidéo ci-dessus, je ne crois plus au concept de race. Les différences physiques entre les hommes découlent de l’évolution naturelle et conséquente de nos lointains ancêtres sous l’influence du soleil et de la nature terrestre, et non pas du désir du soleil et de la nature de créer des races. On sait déjà que les races et le concept même de race furent inventés par l’homme en se basant sur nos différences physiques. J’abandonne donc la définition de « race » selon des critères morphologiques…

Article # 50 – Extrait du mémoire de maîtrise «Formation de l’esprit critique et société de consommation» par Stéphanie Déziel

Dans le cadre de notre dossier « Consulter un philosophe », la publication d’un extrait du mémoire de maîtrise « Formation de l’esprit critique et société de consommation » de Stéphanie Déziel s’impose en raison de sa pertinence. Ce mémoire nous aide à comprendre l’importance de l’esprit critique appliqué à la société de consommation dans laquelle évoluent, non seule les jeunes, mais l’ensemble de la population.

Article # 51 – « En fait, c’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. » Bertrand Russell

Je reproduis ci-dessous une citation bien connue sur le web au sujet de « la valeur de la philosophie » tirée du livre « Problèmes de philosophie » signé par Bertrand Russell en 1912. Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russell soutient que la valeur de la philosophie réside dans son incertitude. À la suite de cette citation, vous trouverez le texte de Caroline Vincent, professeur de philosophie et auteure du site web « Apprendre la philosophie » et celui de Gabriel Gay-Para tiré se son site web ggpphilo. Des informations tirées de l’Encyclopédie Wikipédia au sujet de Bertrand Russell et du livre « Problèmes de philosophie » et mon commentaire complètent cet article.

Article # 52 – Socrate et la formation de l’esprit critique par Stéphanie Déziel

Passez donc sans vous arrêter, amis, au milieu des Marchands de Sommeil; et, s’ils vous arrêtent, répondez-leur que vous ne cherchez ni un système ni un lit. Ne vous lassez pas d’examiner et de comprendre. (…) Lisez, écoutez, discutez, jugez; ne craignez pas d’ébranler des systèmes; marchez sur des ruines, restez enfants. (…) Socrate vous a paru un mauvais maître. Mais vous êtes revenus à lui; vous avez compris, en l’écoutant, que la pensée ne se mesure pas à l’aune, et que les conclusions ne sont pas l’important; restez éveillés, tel est le but. Les Marchands de Sommeil de ce temps-là tuèrent Socrate, mais Socrate n’est point mort; partout où des hommes libres discutent, Socrate vient s’asseoir, en souriant, le doigt sur la bouche. Socrate n’est point mort; Socrate n’est point vieux. (…) – Alain, (Emile Charrier), Vigiles de l’esprit.

Article # 53 – J’ai un problème avec la vérité

Tout au long de ma vie, j’ai vu la vérité malmenée, tassée d’un bord puis de l’autre, devenir une propriété personnelle (ma vérité — ta vérité — à chacun sa vérité), tantôt objet de monopôle, tantôt reconnue, tantôt niée et reniée… Ah ! La vérité. Quel chaos ! Je me demande depuis longtemps pourquoi la vérité, si elle existe, ne triomphe pas à tout coup, pourquoi elle ne s’impose à tous d’elle-même. Contestée de toutes parts, la vérité, si elle existe, n’a d’intérêt que pour l’opinion qu’on en a et les débats qui s’ensuivent. On va jusqu’à donner à la vérité une mauvaise réputation eu égard à son influence néfaste sur la société et les civilisations. Et que dire de toutes ces croyances qui se prennent pour la vérité ? Et c’est sans compter l’observation récente à l’effet que nous venons d’entrer dans une « ère de post-vérité ».

Article # 54 – Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs, Iaria Gaspard, Presses Universitaires de France, 2022

J’accorde à ce livre trois étoiles sur cinq. Le titre « Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs » a attiré mon attention. Et ce passage du texte en quatrième de couverture m’a séduit : «En proposant une voyage philosophique à travers l’histoire des émotions, Iaria Gaspari bouscule les préjugés sur notre vie émotionnelle et nous invite à ne plus percevoir nos d’états d’âme comme des contrainte ». J’ai décidé de commander et de lire ce livre. Les premières pages m’ont déçu. Et les suivantes aussi. Rendu à la moitié du livre, je me suis rendu à l’évidence qu’il s’agissait d’un témoignage de l’auteure, un témoignage très personnelle de ses propres difficultés avec ses émotions. Je ne m’y attendais pas, d’où ma déception. Je rien contre de tels témoignages personnels qu’ils mettent en cause la philosophie, la psychologie, la religion ou d’autres disciplines. Cependant, je préfère et de loin lorsque l’auteur demeure dans une position d’observateur alors que son analyse se veut la plus objective possible.

Article # 55 – Savoir, connaissance, opinion, croyance

Tout repose sur le Savoir. L’expérience personnelle et/ou professionnelle qu’on fait du Savoir, après en avoir pris conscience, se retrouve à la base des Connaissances que nous possédons. Les Opinions expriment des Jugements des connaissances et inspirent souvent les Croyances.

Article # 56 – Philosophie, science, savoir, connaissance

La philosophie, mère de toutes les sciences, recherche la sagesse et se définie comme l’Amour de la Sagesse. La sagesse peut être atteinte par la pensée critique et s’adopte comme Mode de vie. • La philosophie soutient la Science et contribue à la naissance et au développement de la méthode scientifique, notamment avec l’épistémologie.

Article # 57 – La philosophie encore et toujours prisonnière de son passé ?

La philothérapie, principale pratique de la philosophie de nos jours, met sans cesse de l’avant les philosophes de l’Antiquité et de l’époque Moderne. S’il faut reconnaître l’apport exceptionnel de ces philosophes, j’ai parfois l’impression que la philothérapie est prisonnière du passé de la philosophie, à l’instar de la philosophie elle-même.

Article # 58 – Le Québec, un désert philosophique

Au Québec, la seule province canadienne à majorité francophone, il n’y a pas de tradition philosophique populaire. La philosophie demeure dans sa tour universitaire. Très rares sont les interventions des philosophes québécois dans l’espace public, y compris dans les médias, contrairement, par exemple, à la France. Et plus rares encore sont les bouquins québécois de philosophie en tête des ventes chez nos libraires. Seuls des livres de philosophes étrangers connaissent un certain succès. Bref, l’espace public québécois n’offre pas une terre fertile à la Philosophie.

Article # 59 – La naissance du savoir – Dans la tête des grands scientifiques, Nicolas Martin, Éditions Les Arènes, 2023.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq parce qu’il me permet d’en apprendre beaucoup plus sur la pensée scientifique telle que pratiquée par de grands scientifiques. L’auteur, Nicolas Martin, propose une œuvre originale en adressant les mêmes questions, à quelques variantes près, à 17 grands scientifiques.

Article # 60 – Pourquoi est-il impossible d’atteindre l’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique ?

Cet article répond à ce commentaire lu sur LinkedIn : « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique est indispensable. » Il m’apparaît impossible de viser « L’équilibre entre développement personnel et développement spirituel ou philosophique » et de prétendre que cet équilibre entre les trois disciplines soit « indispensable ». D’une part, le développement personnel est devenu un véritable fourre-tout où l’ivraie et le bon grain se mélangent sans distinction, chacun avançant sa recette à l’aveugle.

Article # 61 – Le commerce extrême de la philosophie avec les « philopreneurs »

En ne s’unissant pas au sein d’une association nationale professionnelle fixant des normes et des standards à l’instar des philosophes consultants ou praticiens en d’autres pays, ceux de la France nous laissent croire qu’ils n’accordent pas à leur disciple tout l’intérêt supérieur qu’elle mérite. Si chacun des philosophes consultants ou praticiens français continuent de s’affairer chacun dans son coin, ils verront leur discipline vite récupérée à mauvais escient par les philopreneurs et la masse des coachs.

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