Article # 170 – L‘enseignement de la philosophie,  Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie, 2008

L‘enseignement de la philosophie

Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie


* Lic. Théologie, U. Montréal et Lic. Philosophie, U. St. Thomas d’Aquin, Rome. Membre du Comité Directeur de la Société Canadienne de Philosophie


Questions de philosophie n° 10 Année 2008 ISSN 0123-5095 Tunja-Colombie

Cuestiones de Filosofía No. 10 Año 2008 ISSN 0123-5095 Tunja-Colombia

Article archivé sur le site de Cuestiones de Filosofía

Reçu : 11 juin 2009 – Approuvé : 10 août 2009


Cuestiones de Filosofía est une revue institutionnelle de l’École de philosophie et de lettres, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université pédagogique et technologique de Colombie. Elle a été fondée en 1998. Elle s’adresse aux lecteurs et aux chercheurs intéressés par les réflexions et les recherches dans le domaine de la philosophie.


L‘enseignement de la philosophie

Par Claude Collin

Cet article porte sur l’enseignement de la philosophie. Il décrit et analyse une remise en question radicale des principaux éléments pédagogiques relatifs à cet enseignement, suite à la création d’un Ministère de l’Éducation au Québec en 1964. Parmi les multiples essais tentés par les professeurs afin de rendre cet enseignement accessible, mesurable et efficace, ce document s’arrête sur un essai de didactique scientifique qui ramène la problématique de l’enseignement philosophique au passage de l’expérience vécue commune à l’expérience philosophique achevée. La méthode utilisée dans l’élaboration de cette didactique s’inspire de la méthode de Raymond Buyse, qui repose sur la notion de fait pédagogique.

Mots clés : enseignement, didactique, fait pédagogique, expérience vécue, expérience philosophique.

L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

Au début des années ’60, s’opéra au Québec une révolution culturelle que l’on appela la « révolution tranquille », au cours de laquelle l’enseignement de la philosophie, au niveau collégial, subit une transformation radicale. L’événement déclencheur de cette révolution fut sans doute la création d’un Ministère de l’éducation. Je voudrais, dans les pages qui suivent, m’arrêter sur ce moment historique précieux, pour le décrire et en marquer la fécondité didactique.

Ce qui fait l’intérêt de cette brève période de transformation c’est qu’elle remettait en question toute la problématique de l’enseignement de la philosophie. La société elle-même passait d’un état stable, paisible, sans trop d’histoire, à un état évolutif doué d’une vitalité nouvelle. Ce fut comme une renaissance pleine de promesses.

J’aborderai donc cette présentation en deux parties : dans un premier temps, je tenterai de décrire l’état de l’enseignement au moment de la création du Ministère ; ensuite, je présenterai un essai de didactique scientifique de la philosophie, qui fut élaborée durant cette période.

Première partie

L’état antérieur

Pour bien cerner l’état précédent de l’enseignement de la philosophie, il faudrait décrire les conditions pédagogiques antérieures, puis analyser brièvement les différentes tentatives de renouveau et, enfin, exposer la problématique de l’enseignement de la philosophie au niveau des cégeps(1).

1- Les conditions pédagogiques antérieures

Comme tous les enseignants de l’époque au Québec (de 1950 à 1960), nous enseignions dans un système que nous connaissions bien, puisque nous l’avions déjà vécu comme étudiants. Ce système s’inspirait de l’humanisme gréco-latin, de la tradition judéo-chrétienne et de la doctrine sociale de l’Église. Il répondait aux exigences d’une société monolithique, longtemps repliée sur elle-même pour bon nombre de raisons historiques, et qui tardait à entrer dans la modernité.

Dans un tel contexte, le rôle de l’enseignement de la philosophie était clair et tous les agents et responsables de l’éducation le comprenaient. L’enseignement de la logique d’Aristote pouvait répondre parfaitement aux exigences des valeurs intellectuelles recherchées et défendues à l’époque : l’enseignement de la métaphysique et de la théodicée cadrait bien avec les croyances religieuses admises et pratiquées par l’ensemble de la société d’alors; et l’enseignement de la philosophie morale, sociale et politique s’inspirait des valeurs reconnues et partagées par la communauté.

On enseignait une philosophie particulière, le thomisme, à l’aide d’un ou deux manuels; il y avait un examen commun qui portait sur les 24 thèses thomistes constituant l’armature de la philosophia perennis.

Dans ce contexte, la philosophie jouissait d’un immense prestige puisqu’elle occupait tout l’espace. Les sciences humaines comportaient l’histoire et la littérature de toutes les époques, en particulier les périodes classiques de la Grèce antique, du Moyen-Âge et de la Renaissance. On s’arrêtait donc aux racines de la culture occidentale. Les sciences mathématiques, la biologie, la physique et la chimie étaient réduites à leurs éléments les plus simples (qui correspondaient d’ailleurs aux exigences universitaires de l’époque). L’enseignement professionnel et l’enseignement technique relevaient d’écoles spécialisées où se donnaient quand même des cours de morale sociale(2).

Dans ces conditions, il est facile de comprendre quel défi les enseignants de la philosophie durent relever au moment de l’instauration des cégeps. De fait, ce sont toutes les conditions pédagogiques qui changeaient brusquement : apparition d’une population étudiante de 16 et 17 ans comparativement à la précédente de 19-20 ans; programmes fluctuants et indéterminés, méconnaissance du passé culturel de ces nouveaux étudiants, éclatement de la philosophia perennis, enfin, disparition de plus en plus évidente de ce qui constituait les bases de notre culture. De plus, les cours passaient de 7 et 9 heures / semaine à 3 heures / semaine ; et l’ensemble de la matière était réparti en 4 sessions de 45 heures. à la place de tous les traités traditionnels qui s’étalaient de la logique à la morale.

2 – Les essais de renouveau

Il va sans dire qu’une telle situation pédagogique favorisait une remise en question en profondeur de cet enseignement, car tous les éléments de la pédagogie étaient touchés par cette réforme (le sujet de l’éducation, l’enseignant, l’objectif à atteindre, les moyens à utiliser pour y parvenir et le degré d’apprentissage). Dès lors, on vit naître toutes sortes d’essais, de méthodes, de techniques, de moyens pédagogiques; d’une façon générale, on peut dire que tous ces efforts manifestaient une vitalité rafraîchissante dans le réseau. Ce fut une période exaltante et je crois que dans l’ensemble, les résultats furent plutôt positifs.

On peut signaler plusieurs tendances différentes parmi tous ces efforts :

2.1 Certains s’inspirèrent des plus récents développements de la psychologie, en privilégiant la psychologie de Rogers. « Aucune connaissance n’étant plus certaine, la seule chose que nous puissions enseigner actuellement, affirme Rogers, c’est apprendre à apprendre ».

Il est vrai que cette méthode de Rogers permettait à l’individu de développer son affectivité à l’égard des objets de connaissance, mais elle n’apprenait pas à apprendre. Cependant, elle apportait certaines idées-forces comme la non-directivité, l’auto-évaluation, la dynamique de groupe, une pédagogie de situation.

2.2 Une seconde tendance, sans doute la plus répandue, reposait sur l’expérience des professeurs. D’une part, tout enseignant possède même inconsciemment une connaissance du processus mental propre à la philosophie comme discipline de l’esprit, autrement il ne pourrait même pas enseigner la philosophie. D’autre part, l’ambiguïté de la philosophie elle-même favorisait cette tendance. Nous n’étions plus à l’époque de la philosophie unique de l’ancien système.

En pratique, les enseignants n’avaient pas tellement le choix et faisaient appel à leur expérience.

M. Hubert Grenier, dans son livre sur « La Connaissance Philosophique»(3) exprime bien cette attitude en rappelant qu’il n’y a pas d’autres moyens d’introduire les autres à la pensée que de penser soi-même.

Au fond, cette façon d’envisager l’enseignement qu’exprime Hubert Grenier, est bien celle du philosophe.

Nous pouvons donc dire que tout enseignant possède une conception psychopédagogique de l’étudiant, laquelle tend à demeurer à l’état de supposition tant que nous n’avons pas envisagé une méthode de recherche pédagogique capable d’étudier les faits pédagogiques que nous pouvons recueillir dans la classe. En résumé, il s’agit d’un art qui peut être enrichi sans doute par la pédagogie.

2.3 La dernière tendance qu’on pourrait signaler, est celle qui prônait un changement radical du contenu philosophique du programme.

 Ainsi, l’enseignement du marxisme connut une certaine popularité. Mais même alors, le problème pédagogique restait entier. On risquait de confondre philosophie et pédagogie. Une philosophie, ou une idéologie ne nous apprend strictement rien sur le processus suivant lequel l’étudiant apprend à philosopher. Une méthode pédagogique porte sur les moyens, (comme par exemple un cours magistral) tandis qu’une méthode philosophique (comme la dialectique, l’analyse) porte sur le processus intellectuel.

On était soucieux de rapprocher le contenu philosophique de la réalité vécue dans notre milieu pour plusieurs raisons : les étudiants n’avaient pas, semble-t-il, la préparation intellectuelle nécessaire, ou du moins, ce n’était plus la même préparation, sans latin ni grec, et de plus, ils appartenaient à une trentaine de concentrations différentes!

Que pouvons-nous conclure de cette description de l’état de l’enseignement de la philosophie au moment de l’instauration du Ministère de l’Éducation?

Plusieurs professeurs ont comparé cette période à celle qui prévalut à l’époque de la Révolution française au cours de laquelle on instaura le cours de philosophie(4). Il s’agissait d’une ère nouvelle où la philosophie cessa d’être considérée comme la servante de la théologie. Il n’y avait plus une philosophie officielle, mais une ouverture sur les connaissances, un appel à l’observation de la réalité vécue à partir de laquelle il fallait réfléchir.

Ce qui ressort de ce brassement d’idées, c’est l’impression qu’une culture nouvelle cherche à se frayer un chemin à travers les éléments d’une culture de moins en moins actuelle. Place aux sciences humaines et même aux technologies nouvelles pour permettre à la jeunesse de se réaliser dans les meilleures conditions.

Il y eut, cela va de soi, une contestation de la philosophie qui n’a pas vraiment cessé depuis le début de la réforme. On reprocha à la philosophie son manque d’unité et son incohérence.

Certains regrettent que le recours aux auteurs anciens ne soit plus aussi exploité qu’autrefois. C’était une source de culture, comme le soutient Allan Bloom(5). Mais il faut admettre que la culture actuelle se nourrit des découvertes nombreuses et éclairantes des sciences humaines. Par exemple, pour comprendre la géopolitique de l’Amérique du Nord actuelle, rien de mieux qu’un auteur comme Paul Krugman (économiste) ou Emmanuel Todd (sociologue)(6).

Enfin, la réforme permettait à l’enseignement philosophique non seulement de s’ouvrir à la culture du temps présent, mais de repenser la pédagogie de cette matière en profondeur et avec beaucoup plus de précision.

3 – Problématique de l’enseignement de la philosophie

Dans ces conditions, une didactique scientifique de la philosophie était possible, car nous disposions déjà de tous les éléments permettant l’établissement des faits pédagogiques.

Ces derniers, en réalité, naissent de la pratique effective de l’enseignement de la philosophie. En effet, nous connaissons au moins par ouï-dire, les différentes méthodes qu’utilisent les professeurs (par exemple : exposé magistral, séminaire, travail d’équipe, enseignement audio-visuel). En plus, l’examen attentif des travaux imposés ainsi que celui des questions posées, nous révèle la nature des tâches que doivent accomplir les étudiants. Nous savons aussi qu’il est possible de recueillir des résultats, c’est-à-dire le genre de travaux que produisent les étudiants (examens écrits, dissertations, comptes rendus, synthèse, etc.).

L’une des difficultés dans l’élaboration d’une telle recherche réside dans cette notion de faits pédagogiques qu’il est absolument nécessaire de clarifier avant de l’appliquer à la didactique et de lui faire subir le traitement scientifique adéquat. Dans cette recherche, nous nous sommes inspirés de la théorie du Professeur Raymond Buyse(7),  ainsi que des travaux de L. N. Gage(8)  et de M.Debesse et G. Mialaret(9).

Précisons tout d’abord ce qu’il faut entendre par « fait pédagogique ».

Si nous admettons qu’un fait est l’objet d’un jugement reliant deux éléments, à savoir, d’une part, une réalité existante et constatée, et d’autre part, une qualité attribuée à cette réalité, on peut dire que le fait pédagogique implique un jugement reliant deux éléments : un élément constitutif de la réalité scolaire et un autre relevant de l’ordre soit psychopédagogique, sociologique, administratif, ou autre(10). Ainsi par exemple, les éléments constitutifs du fait pédagogique représentant la réalité scolaire seraient : l’élève, l’enseignant, une méthode décrite, les moyens didactiques utilisés, l’évaluation, le rendement, etc.(11)

D’autre part, les attributions possibles seraient les suivantes : des aspects concernant la psychologie (par exemple : l’élève n’est pas motivé pour un tel travail; ou bien il n’a pas appris l’essentiel de tel concept étudié, etc.) ; des aspects concernant l’administration (i.e. l’enseignant se sert de tel manuel imposé), ou la sociologie, (par exemple : le rendement des écoliers dépend des conditions matérielles et sociales).

Comme nous pouvons le constater, les faits pédagogiques sont multiples et variés. Mais il est évident aussi, que certains faits ne peuvent tout simplement pas faire l’objet d’un examen objectif, parce que l’un ou l’autre des éléments requis pour leur constitution, ne repose que sur la base fragile de l’opinion de celui qui les avait établis.

Il ne suffit pas que l’on soit en possession d’un seul fait ou d’une fréquence quelconque de ce même fait. La science n’est possible que si nous sommes en présence de deux ou plusieurs faits consécutifs dont on mesure le degré de succession nécessaire. Les faits doivent être quantifiables

On pourrait dire que d’un point de vue didactique, le fait pédagogique se définit comme l’expression d’un changement survenu, une modification qui s’est opérée entre un premier état qu’on pourrait appeler l’état initial, et un second état, le point d’arrivée, suite à une activité mentale imposée par l’apprentissage.

Il s’en suit qu’à strictement parler, tout fait pédagogique peut comporter plusieurs éléments essentiels, à savoir : le genre d’apprentissage à conférer à l’individu, la tâche précise à accomplir par l’étudiant, et la réaction de l’étudiant face à cette tâche(12).Ces éléments considérés séparément ne constituent pas, d’un point de vue scientifique, un fait pédagogique, ni même une base suffisante pour l’élaboration d’une didactique. Par exemple, la connaissance des livres utilisés, la détermination des buts spécifiques de la philosophie, l’explication détaillée d’un système pédagogique, certaines méthodes nouvelles et appliquées à l’enseignement de la philosophie (audio-visuel, séminaire, discussion etc.) ne constituent pas, considérées en elles-mêmes, des faits pédagogiques et ne sont pas suffisantes pour l’élaboration d’une didactique. Il faut la conjonction des trois éléments, i.e. la connaissance ou la description de la méthode, la tâche imposée aux sujets et l’expression des résultats.

Seconde partie

Une ouverture sur l’avenir

Après avoir examiné les différentes tendances qui se sont manifestées pour résoudre les problèmes de l’enseignement de la philosophie suite à la création d’un ministère de l’éducation, je voudrais m’arrêter sur la tendance scientifique en raison des possibilités et des aspects nouveaux qu’elle présente. Son approche est inductive (bottom-up) et non déductive (top-down), ce qui lui confère un aspect d’espoir de nouveauté.

Nous aborderons les trois questions suivantes : les travaux préalables, les recherches qu’ils suscitent (les algorithmes et les tâches), et l’élaboration d’une méthode didactique

1 – Les Travaux préalables

Afin de connaître le changement mental que nous voulons voir se réaliser chez l’étudiant suite à notre enseignement, et être en mesure de l’évaluer, il faudra réaliser un certain nombre de travaux préalables. En effet, il faut d’abord être en mesure de répondre aux questions suivantes :

  • comment fonctionnent mentalement les étudiants en rapport avec l’apprentissage de la philosophie ?
  • qu’attendons-nous des étudiants à qui l’on enseigne la philosophie? (Que faisons-nous lorsque nous enseignons la philosophie?)

Ce sont les deux questions fondamentales. On ne peut répondre à ces questions en se fiant uniquement à son instinct de professeur, à son expérience, ou à ce que la psychologie peut dire à ce sujet. Il s’agit des étudiants que nous avons devant nous. On ne peut se satisfaire d’une opinion.

Alors comment obtenir des réponses valables à ces questions? Ce n’est qu’en étudiant les faits pédagogiques, c’est-à-dire les résultats, que l’on peut y parvenir.

Il en est ainsi, d’ailleurs, de tous les problèmes pédagogiques que l’on rencontre. Nous avons dû faire un grand nombre d’études de faits pédagogiques(13) pour vraiment connaître les étudiants en rapport avec notre enseignement. La connaissance que nous avons d’eux repose toujours alors sur les faits.

Nous avons effectué plusieurs travaux préalables. Nous aborderons ici les deux principaux qui ont mené à l’élaboration de la méthode didactique. Ils portaient sur l’analyse de la pensée, (qui impliquait sans que nous l’ayons voulu, la critique de la pensée) et l’expérience vécue.

La première étude portait sur l’analyse de la pensée. Nous nous demandions ce que nous cherchons à communiquer à nos étudiants comme connaissance et comme savoir-faire lorsque nous enseignons la philosophie à des débutants. On a alors émis l’hypothèse que nous cherchions à amener nos étudiants à savoir analyser une pensée.

Ainsi nous leur avons demandé d’analyser la pensée suivante : « les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables ».

Nous avons reçu 300 travaux que nous avons analysés pour voir comment réagissaient les étudiants à cette question. Les résultats nous ont éclairés beaucoup(14).

Ainsi, par exemple, à peine 3% des étudiants avaient pu identifier les concepts en question. Une bonne majorité ne faisaient que redire en d’autres termes ce que cette pensée leur suggérait à première vue. Plusieurs cherchaient à prouver la justesse de la proposition en faisant appel à leur expérience ou à des connaissance acquises par ailleurs en histoire ou en sciences.

Ce qui nous incita à leur demander, dans un second travail, de raconter une expérience vécue personnelle.

Ce travail fut très éclairant sur une foule d’aspects du comportement intellectuel des étudiants, mais aussi sur bien d’autres aspects utiles pour notre enseignement.

Ainsi, on put dresser une esquisse du profil mental de l’étudiant relativement à l’apprentissage philosophique; on se rend compte que la réflexion de l’étudiant est celle du mode ordinaire de pensée : elle est spontanée, (non structurée) elle se situe au niveau du concret, (non au niveau des idées – il pense par image) , elle utilise le langage courant, elle est au niveau du pratique, toujours tournée vers l’action (non au niveau des principes, elle est particulière et close sur elle-même, (non pas ouverte à une remise en question).

Les conséquences de cela sont les suivantes : on croit que toutes les opinions se valent; on pense comme tout le monde, on juge surtout l’image, on est à la remorque de toute prise de position partagée par l’ensemble, parce qu’on n’a pas de moyen d’en faire la critique, on aime discuter les stratégies d’action.

On put trouver des caractéristiques importantes de l’expérience vécue:

L’expérience vécue dont il est question ici, est l’expérience humaine. On ne doit pas la confondre avec l’expérience scientifique. Elle est extrêmement importante, puisque c’est le chemin de tous les apprentissages; en étudiant l’expérience vécue des étudiants, on peut distinguer les expériences communes, conformes au mode de pensée de tout le monde, et les expériences philosophiques qui sont toute autre chose(15).

Mais surtout elle a des caractéristiques importantes:

  • elle est particulière non seulement au niveau de la description, mais aussi au niveau de l’interprétation et de la conclusion qu’elle implique; ce qui nous éclaire beaucoup sur l’étudiant lui-même; (p.43 à 51 dans « l’expérience philosophique ».) i (cf. les notes à la fin de ce texte);
  • elle utilise un langage commun;
  • elle est interprétative; (p. 56 à 62);
  • elle est transformante (p. 62 à 65); ii (réf : notes de la fin de ce texte); – elle est souvent inconsciente (p. 65 à 71); iii (réf : notes de la fin de ce texte); – elle est rapidement généralisatrice.

On put préciser la spécificité de la philosophie(16); indiquer par quelle partie de la philosophie il serait préférable de commencer la séquence de cours; quels sont les concepts les plus utilisés par les étudiants, quels sont les problèmes philosophiques les plus faciles et les plus fréquents; quelle est la répartition des expériences des étudiants selon l’origine, le sexe, le genre de problème ; nous avons pu dresser une typologie des expériences, enfin une méthode de recherche à la portée des étudiants.

En résumé, nous avons là une mine d’aperçus qui nous éclairent sur les étudiants réels; ils nous aident à déterminer les algorithmes nécessaires à la stimulation de la réflexion. On peut ajouter à tout cela, que nous avons, de la même manière, trouvé une unité de mesure pour évaluer la capacité d’analyse de la pensée; une connaissance des problèmes personnels et sociaux des étudiants.

2- Les recherches

À partir des résultats de ces études préalables, il devenait possible de chercher les algorithmes capables d’amener les étudiants à réaliser des expériences vécues de type philosophique, à savoir : comment passer de l’expérience commune à l’expérience philosophique proprement dite? (17)

Nous avons été amenés à apporter des précisions très importantes concernant les habiletés intellectuelles qu’il fallait favoriser chez l’étudiant.

Pour que l’expérience vécue prenne un sens, il faut qu’elle devienne philosophique. C’està-dire que l’étudiant sache la rationaliser, la dégager de son caractère particulier, découvrir ce qu’elle nous apprend, l’évaluer. Nous avons pensé que cela était possible si nous divisions en étapes les difficultés à franchir. C’est pourquoi nous avons suggéré de commencer par décrire les faits constitutifs de l’événement, puis de les interpréter et enfin d’identifier la connaissance nouvelle que nous apporte l’expérience. Ce qui nous conduisait à proposer aux étudiants la tâche suivante :

  • décrire les faits, les éléments qui constituent l’événement à la base de l’expérience en question,
  • interpréter, i.e. dire les raisons d’être (selon vous) de cet événement, les pourquoi, etc.,
  • indiquer ce que cela (vous) a appris de nouveau, et l’exprimer sous forme d’énoncé de principe.

Ce questionnement s’est avéré très efficace puisse qu’il permettait à l’étudiant de dépasser le caractère particulier de l’expérience(18).  Par exemple voici quelques conclusions, sous forme  «d’énoncés de principe ». :

Une expérience d’exploration :

« L’être humain comble par l’exploration son besoin de connaître. »

Une expérience de musique :

« L’art est un langage qui sert à exprimer une émotion ».

Quand on a réussi à dégager de la description des faits, suivie de l’interprétation, un énoncé de principe, on doit se demander ce que vaut cette conclusion qui ressort des faits. On est porté à croire que cette proposition est ce qu’il y a de plus vrai. Mais cela reste à être prouvé. Il faut tout d’abord clarifier cet énoncé pour savoir ce qu’il dit vraiment. Ce qui nous entraine à effectuer une seconde étape, une seconde phase dans cette expérience qui sera éventuellement vraiment philosophique : ce sera la phase de l’analyse de cette pensée.

Les recherches que nous avons effectuées sur cette question, consistaient à découvrir les moyens de clarifier la pensée exprimée dans l’énoncé de principe. Cette clarification s’obtient par l’identification des deux concepts, et du rapport constituant la proposition.

Pour obtenir l’identification des concepts, il faut souvent opérer une transposition généralisatrice de la proposition. Ce qui constitue la grande difficulté de l’analyse,(19) mais aussi l’unité de mesure de la capacité d’analyse de la pensée.(20) Une fois cela réalisé, l’aspect philosophique de l’analyse et le problème philosophique posé par cette position apparaissent. L’aspect philosophique, car on se rend compte que la proposition est un jugement, une prise de position et présente un problème qui est de nature philosophique. C’est pourquoi la démarche demandée aux étudiants pour réaliser cette seconde phase fut la suivante:

  1. identifier les deux concepts de cette prise de position;
  2. identifier le rapport mis entre les deux concepts;
  3. indiquer le problème philosophique.

Par exemple : supposons que la conclusion était : instruire une nation, c’est la civiliser. Le deux concepts seront : instruction et civilisation. Le rapport entre les deux concepts est ici une relation d’identité. Mais alors, peut-on dire qu’il existe une identité entre l’instruction et la civilisation? Bien sûr que non et c’est là que se situe le problème. On voit, dès lors, qu’il faudra une autre phase de réflexion pour essayer de solutionner ce problème.

Ainsi, une troisième recherche était donc nécessaire pour voir comment réagiraient les étudiants face à un problème philosophique.

Après étude des résultats nous en sommes venus à proposer graduellement, plusieurs méthodes pouvant être utilisés pour solutionner un problème philosophique. Soit; la dialectique, les quatre questions ultimes proposées par Aristote et la normalité. Sans oublier la nécessité de recourir aux auteurs qui ont déjà abordé ce genre de problème.

3 – Élaboration d’une méthode didactique

Nous nous étions assigné la tâche d’élaborer une méthode didactique tenant compte de l’étudiant réel, des exigences de la philosophie et des facteurs contrôlables permettant une évaluation objective.

Tout cela devait se réaliser dans l’utilisation d’une méthode capable de faire passer l’étudiant d’une expérience commune à une expérience philosophique achevée. En divisant la démarche en étapes qui s’appellent et s’imbriquent l’une dans l’autre et qui tiennent compte de toutes les exigences de la philosophie, nous obtenons une méthode qui est à la portée de l’étudiant et qui respecte toutes les exigences de la pensée philosophique.

Cette méthode permet une évaluation objective tout en assurant l’atteinte du niveau désiré. Ainsi peut-on parler de didactique scientifique de la philosophie.

En fin de compte, la méthode à la quelle nous sommes parvenus offre à chacun la possibilité de développer sa propre pensée philosophique, selon son niveau de cours. Toute personne, quel que soit son degré de culture, en franchissant les étapes de cette méthode, atteindra nécessairement le niveau de pensée que l’on reconnaît habituellement à la philosophie, pour la simple raison qu’elle franchira les étapes naturelles d’une réflexion en profondeur.

Nous avons appelé ces étapes naturelles les trois sphères. Chacune a son objet matériel et son objet formel, son procédé propre et son champ culturel.

La sphère du vécu est la « pensée de ce qui arrive », le premier niveau de la réflexion. Elle est l’élaboration de la pensée personnelle à la recherche du sens. À ce niveau, la recherche philosophique se confond avec tous les éléments de la culture. C’est le premier sens de la philosophie.

Son objet matériel est l’univers en tant qu’il est à la portée de l’homme, c’est-à-dire les faits qui se produisent, les événements, les situations, les phénomènes. Son objet formel est le sens, le rejet du chaos et de l’absurdité; la soif de sens qui répond au désir de se situer, de se familiariser avec l’univers, l’attrait de l’intelligible. Son procédé c’est la description objective, l’interprétation personnelle, l’explication rationnelle, la prise de position qui s’exprime en un énoncé de principe. Son champ culturel : le désir du sens s’épanouit à travers tous les éléments de la culture par lesquels l’homme cherche à répondre à ses besoins fondamentaux : le mythe, la religion, la technologie, les sciences, les institutions sociales, politiques, juridiques, économiques, sportives, etc.

La seconde sphère, i.e. celle du conçu, est la pensée de la parole : c’est le second niveau de la réflexion. Elle est la recherche de la signification et de la pensée libre. Son objet matériel est la parole, le verbe, le langage, le dire, l’expression gestuelle, factuelle ou verbale. L’objet formel est la signification; le discours en tant qu’il renvoie à la pensée (qui est un jugement) dont il est l’expression. C’est le sens au second degré.

Son procédé est l’analyse propositionnelle de la parole par l’identification des concepts, la relation exprimée entre les deux concepts de la proposition, la reformulation claire de la pensée. Cette clarification fait ressentir le besoin d’approfondissement.

L’analyse du discours révèle le problème philosophique, c’est-à-dire le problème du sens de cette prise de position.

Le champ culturel du conçu est l’écriture sous toutes ses formes, littérature, poésie, journalisme; les arts et leurs œuvres, enfin tout ce qui s’inscrit dans un rôle de révélateur de la beauté, du bien ou de la vérité.

La troisième sphère est la sphère de la théorie: elle est la pensée de la pensée. Troisième niveau de la réflexion. Elle est la critique de la pensée; elle recherche l’harmonie entre les sphères du vécu et du conçu. Elle est la philosophie prise au second sens du terme. Elle implique une tendance à aller au fond des choses par une remise en question. Elle est animée par la soif d’amour et de vérité i.e. attirée par la vision ou le désir de la sagesse.

Son objet est la parole sous forme de prise de position, d’énoncé de principe, de jugement. La parole demande à être justifiée, critiquée, évaluée, confirmée. En d’autres termes il s’agit de la prise de position en rapport avec un sujet (un thème) qui soulève des interrogations.

L’objet formel est la justification, la confirmation. On est à la recherche de l’harmonie intérieure en justifiant sa propre parole. C’est le développement de la vie intérieure, non seulement va-t-on au fond des choses, mais aussi au fond de soi-même. Le procédé est le suivant : d’abord il s’agit de choisir une méthode (soit celle de la normalité, de la dialectique ou des questions ultimes). Ensuite il y a l’argumentation suivie du recours aux auteurs, enfin la portée de la théorie, i.e. les conséquences, les applications, les remises en question nouvelles.

Le champ culturel est la justification qui s’épanouie dans la mystique et la spiritualité. C’est le supplément d’âme, la dynamique de l’amour et de l’attachement à la vie; c’est une ouverture à toutes les autres formes de la culture. La philosophie est solidaire de l’ensemble de la culture.

Conclusion

Suite à ces recherches, on peut tirer plusieurs conclusions utiles pour l’enseignement de la philosophie à des débutants.

D’un point de vue didactique, la philosophie n’est pas, elle se construit.

Ce qui fait la valeur de ces prises de position, c’est qu’elles reposent au départ, sur des observations. Bien sûr, il y a beaucoup d’interprétations, mais ce qui est important c’est que le résultat est valable, puisqu’il a été vérifié.

1 – L’initiation à la philosophie comporte habituellement deux aspects complémentaires : soit que l’on mette l’accent sur la nécessité de découvrir les connaissances de base indispensables à la compréhension des problèmes philosophiques : ce que l’on pourrait appeler l’aspect informatif de l’apprentissage (la tête bien remplie de Rabelais); soit que l’on préfère insister sur le mode de réflexion propre à la philosophie : ce que l’on pourrait appeler l’aspect formatif de l’apprentissage philosophique (la tête bien faite de Montaigne): en pratique, toute la tradition de cet enseignement présente un dosage entre ces deux formes d’enseignement. La méthode expérientielle fait évidemment partie de l’aspect formatif de l’initiation à la philosophie.

Elle offre à chacun la possibilité de développer sa propre pensée philosophique, selon son niveau de cours. Toute personne, quel que soit son degré de culture, en franchissant les étapes de cette méthode, atteindra nécessairement le niveau de pensée que l’on reconnaît habituellement à la philosophie. Elle franchira les étapes naturelles d’une réflexion en profondeur.

2 – Ces tâches soumises aux étudiants correspondent aux dissertations. Mais au lieud’être un exposé de vérités trouvées, elles constituent une recherche. On fait appel à la raison qui cherche et non à la raison qui a trouvé.

Il est évident que les cours d’information ont toujours leur place nécessaire dans l’initiation philosophique! Il serait intéressant d’ailleurs d’effectuer des recherches sur cet aspect de la formation philosophique.

3 – Cette méthode de recherche à base de faits pédagogique est féconde. Elle apprend à découvrir l’importance de l’expérience vécue humaine, comment la comprendre et pourquoi elle est le devenir même de l’homme.

4 – Elle permet d’apprendre l’importance de l’analyse de la pensée pour découvrir lesvéritables problèmes philosophiques.

5 – Enfin, elle permet d’apprendre à situer les textes d’auteurs et à mieux comprendre leur sens et leur raison d’être.

On peut ajouter à ces conclusions, que ces études à base de faits pédagogiques, ont permis de préciser beaucoup de concepts importants comme celui d’expérience; de préciser les opérations mentales propres à la réflexion philosophique comme la recherche du sens, de la signification, la critique philosophique. Elles ont aussi permis de faire une typologie des expériences vécues(21) et de trouver une unité de mesure de la capacité d’analyse de la pensée.

Les précisions apportées sur l’analyse philosophique et son rapport avec la problématisation ont une certaine importance sur le plan didactique.(22)

Enfin, la méthode proposée aux étudiants réalise une symbiose entre méthode d’apprentissage et méthode philosophique.(23)

En résumé, les exercices effectués à chacune des trois sphères réalisent des objectifs pédagogiques importants. La première sphère apprend à conceptualiser à la façon d’un philosophe; la seconde sphère apprend à analyser une pensée, i.e. un énoncé de principe et la troisième sphère apprend à problématiser. Ce sont sans doute les trois objectifs importants de l’enseignement de la philosophie. Et tout cela peut être mesuré. On peut ainsi avoir des résultats d’évaluation peut être un peu plus objectifs.

Il est important de préciser certains aspects de l’expérience vécue qui apparaissent au cours de ces travaux préalables. C’est pourquoi je voudrais ajouter les notes  qui suivent à la fin de ce texte.

Sur l’expérience vécue

i L’expérience vécue est particulière

Si l’on demande à l’étudiant d’expliquer les faits constituant le point de départ de l’expérience, il éprouve des difficultés et, bien souvent, ne fait que les redécrire avec plus de détails. Cependant si on lui raconte des faits vécus, il est capable d’en fournir des explications qui peuvent être très variées (d’un étudiant à l’autre) tout en comportant une grande cohérence. L’explication est, en un sens, relative à chacun; elle exprime la compréhension basée sur la perception de l’ensemble des faits ou d’un seul auquel on accorde plus d’importance. Il arrive souvent que l’étudiant isole un fait qui le frappe davantage et en fait le centre de son explication. L’explication demeure toujours personnelle et visiblement inspirée par des connaissances acquises en d’autres domaines. On peut donc dire qu’elle demeure en un certain sens particulière, comme étant vécue et comprise par un sujet particulier.

Il en est de même de la conclusion. Si on demande à l’étudiant ce que lui révèlent ces faits, il tire une conclusion rapide, qui le plus souvent demeure particulière, en ce sens qu’elle porte sur un concret pratique, immédiat. Sa conclusion demeure dans l’ordre stratégique.

ii L’expérience vécue est transformante

Le caractère transformant de l’expérience vécue est le cœur même de la réflexion philosophique. Il se présente comme l’envers de l’interprétation, comme son étoffe intérieure.

L’originalité de l’expérience se situe d’abord  au niveau mental et s’exprime dans l’attitude nouvelle de la personne,  qui ne s’explique elle-même que par sa conception nouvelle de la réalité.

Cette caractéristique certainement fondamentale de l’expérience peut nous éclairer sur les moyens d’identifier l’expérience et d’établir les conditions d’une évolution vers un degré supérieur d’expérience.  Ce qui peut indiquer en pratique avec certitude, de quelle expérience il s’agit, quel concept central spécifie la totalité organique que constitue l’expérience, c’est l’attitude nouvelle de la personne, son comportement réel suite à cette expérience.

Ce qui signifie aussi que la structure des événements dépend en partie de la personne à qui surviennent ces faits : il en va  de même de la valeur respective attribuée à tous les éléments organiques du fait global.

L’expérience vécue a un caractère concret avec une logique du concret

Ce qui signifie encore que le plus important aspect de l’expérience vécue est son caractère concret, avec sa logique du concret. Cette logique du fait nous marque parce qu’elle est particulière comme le fait lui-même; elle agit sur nous en tant même que particulière et concrète. De plus, c’est la raison pour laquelle toute expérience vécue est sujette à l’erreur, car il  n’existe jamais de faits totalement identiques. L’identité n’est totale qu’au niveau de l’essentiel.

iii L’inconscient de l’expérience vécue.

Le fait que, dans la plupart des cas, l’étudiant ne fasse que raconter les faits de l’expérience vécue et qu’il ne puisse déterminer le concept central de son expérience qu’en faisant appel à une recherche intellectuelle nous montre bien que le vécu n’est pas toujours conçu  explicitement ; mais le fait qu’effectivement son attitude soit changée en rapport avec un conçu qui peut être exprimé explicitement nous porte à croire qu’il existe un conçu implicite, que l’on pourrait assimiler à un conçu pré réfléchi, inconscient, c’est-àdire un concept qui n’est pas nommé, verbalisé, mais dont les déterminations sont présentes activement dans la structure concrète du vécu. Il vient à la conscience par la recherche de l’intelligibilité de la structure du nouveau réel vécu.

Mon comportement me révèle ce que je suis en me révélant ce que je pense inconsciemment. Il y a toujours correspondance entre l’être personnel et la pensée, au sens très large de disposition, mentalité, etc. Quand la pensée consciente n’assume pas intellectuellement la pensée inconsciente, il y a brisure ressentie dans mon corps, avec des effets dans la structure expérientielle et opératoire.

Bibliographie

Bruner, J. The Process of Education, Vintage Book, New-York, 1960.

Buyse, R. Expérimentation en Pédagogie, Lamertin, Bruxelles, 1935. Collin, C & Z. Osana, L’Enseignement de la philosophie, Fides, 1974.

Collin, C. L’Expérience philosophique, Bellarmin, 1978.

Collin, C. Méthode de recherche philosophique, Griffon d’argile, 1990.

Collin, C. L’initiation philosophique en quatre leçons, Griffon d’argile, 1994.

Debesse, M. et Mialaret, G. Traité des Sciences Pédagogiques, Tome I, PUF, Paris, 1969.

Fourastier, J. Faillite de l’Université?, Gallimard, 1972.

Gage, N. L. Handbook of Research on Teaching, McNally & Company, Chicago, 1962.

Mager, R.F. Comment définir des objectifs pédagogiques? Gauthiers-Villars, Paris, 1971.

Planchard, E., La pédagogie scolaire contemporaine, Éditions Nauwelhaerts, Louvain, 1968.

Recibido: Junio 11 de 2009 – Aprobado: Agosto 10 de 2009

NOTES

  1. Ce sigle désigne : Collège d’Enseignement Général et Professionnel
  2. On comprend pourquoi, avant la création du Ministère de l’Éducation, la recherche en
    pédagogie de la philosophie n’existait pratiquement pas. Les premiers travaux parurent en 1965 et 1967. « L’enseignement du Thomisme dans les collèges classiques », Lelievre (1965). « Thomisme ou Pluralisme », Racette (1967)
  3. « La Connaissance Philosophique », Grenier, (1967).
  4. Dans un article publié dans Le Devoir, (2003/11/15/40526.html.), le philosophe Georges Leroux, propose une nouvelle façon de penser et justifier cet enseignement en tenant compte de l’évolution socioéconomique . Dans l’ancien système l’enseignement de la philosophie s’enracinait dans une culture servante de la théologie ; le développement des sciences et des technologies nous invite donc à repenser cet enseignement dans son rapport avec la nouvelle culture.
  5. « L’âme désarmée », Bloom 1987
  6. Il suffit, après la lecture de tels auteurs, de passer au second degré de la réflexion, i.e. d’analyser leur prise de position théorique. Ce que le philosophe devrait être en mesure de faire.
  7. « L’Expérimentation en Pédagogie », R. Buyse (1935).
  8. « Handbook of Research on Teaching », (1965).
  9. « Traité des Sciences Pédagogiques », (1969).
  10. Gage (1962).
  11. Buyse (1935).
  12. Buyse (1935)
  13. Dans « L’expérience philosophique », Collin (1978), le lecteur pourra trouver un grand nombre de ces études.
  14. Nous avons fait subir ce même test aux étudiants des 4 sessions avec les mêmes résultats.
  15. Celles-ci portent sur des idées, sur un énoncé de principe, impliquent une critique, etc.
  16. Il s’agit ici de la philosophie qui s’enseigne, (i.e. celle qui est structurée, méthodique, critique) celle qui est comme le chemin de la connaissance de soi et de sa propre pensée. (réf. : « l’Initiation philosophique en 4 leçons, » Collin (1994) p.11 à 14); tout enseignant a en lui-même, consciemment ou non une notion de la philosophie.
  17. Dans « L’Enseignement de la philosophie » Collin (1974), nous exposons comment s’est opéré dans notre recherche la symbiose entre la méthode philosophique et la méthode d’apprentissage. P.35 à 51 Les trois phases de l’apprentissage selon J. Bruner sont : l’information, la transformation et la vérification; lesquelles correspondent aux trois sphères : le vécu, le conçu et la théorie
  18. On trouvera beaucoup d’exemples dans « L’Initiation philosophique en quatre leçons » Collin (1994).
  19. Cette opération est traitée dans l’initiation philosophique en 4 leçons. Collin (1994), p. 54 et ss.
  20. Cette étude paraît dans le site de l’expérience philosophique du cegep du Vieux-Monréal.
  21. Méthode de recherche philosophique, Collin (1994).
  22. L’initiation philosophique en quatre leçons, Collin (1990).
  23. Process of Education, Bruner (1960). – Selon cette théorie, l’apprentissage comporte trois phases : l’acquisition d’une information, la transformation de l’information et la vérification. Ce qui correspond aux trois sphères du vécu, du conçu et de la théorie

Article # 169 – Hommage au pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial, Claude Collin (1925 – 2018)

Table des matières de la section spéciale

HOMMAGE À CLAUDE COLLIN (1925 – 2018)

Pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

Claude Collin (1925 – 2018) a développé une position didactique dite « expérimentale », centrée sur l’expérience philosophique et sur le processus de penser plutôt que sur un simple apprentissage technique de contenus. L’idée est de concevoir l’enseignement de la philosophie non pas comme une succession d’exercices formels, mais comme une mise en situation réflexive où l’étudiant engage son expérience intérieure et son rapport au sens philosophique.

Ce point de vue, longtemps marginal dans les programmes collégiaux, s’inscrit dans une critique générale de l’éducation qui cherche à donner du sens à l’acte de philosopher plutôt qu’à en faire un ensemble de compétences mesurables ou un simple savoir transmis.


Introduction à l’Hommage à Claude Collin, pionner des nouvelles pratiques philosophiques

LISTE DE NOS PAGES

CONSACRÉES À CLAUDE COLLIN

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Hommage au pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial, Claude Collin (1925 – 2018) – Vous êtes actuellement sur cette page

Claude Collin et l’enseignement de la philosophie aujourd’hui dans nos Cégeps

ÉCRITS PÉDAGOGIQUES DE CLAUDE COLLIN SUR LE WEB

Deux documents gratuits à télécharger

Document # 1 – Site web de Claude Collin hébergé par Cégep du Vieux-Montréal

Article # 163 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 1 de 2

Document # 2 – Site web personnel de Claude Collin

Article # 164 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 2 de 2

Communiqué de presse – Écrits pédagogiques

Communiqué de presse – Hommage à Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

LIVRES DE MES RAPPORTS DE LECTURE

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994 (rapport de lecture)

L’expérience philosophique, Claude Collin, Bellarmin, Montréal, 1978 (rapport de lecture)

À VENIR

      • L’enseignement de la philosophie, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1974
      • Méthode de recherche philosophique, Claude Collin, Griffon d’argile, 1990.

LIVRES GRATUITS – NOUVELLES ÉDITIONS GRATUITES

Quatre livres numériques à télécharger gratuitement

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1978

L’enseignement de la philosophie, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1974

Méthode de recherche philosophique, Claude Collin, Édition le Griffon d’argile, 1990.

Communiqué de presse – Nouvelles éditions gratuites

Communiqué de presse – Rééditions de trois des essais de Claude Collin (1925 – 2018) – Hommage à Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

REVUE DE PRESSE – CLAUDE COLLIN DANS LES MÉDIAS

Revue de presse – Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

INTERVENTIONS DE CLAUDE COLLIN

L’Action nationale

Réaction de Claude Collin, professeur de philosophie, au Rapport du Comité d’étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP – Rapport Roquet (1970)

Revue Prospectives

Le test de PERPE/ PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie par Claude COLLlN et S.A. OSANA, Prospectives, Volume 7, Numéro 5, 1971

Société canadienne de la philosophie

Article # 169 – L‘enseignement de la philosophie, Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie, 2008

ANNEXES

Questions à l’intelligence artificielle GEMINI de Google

Quelle serait l’opinion de Claude Collin au sujet de l’enseignement de la philosophie au cégep de nos jours ?

Claude Collin et « l’expérience philosophique »

Claude Collin et les Nouvelles Pratiques Philosophiques

L’adjectif comme révolution : Pourquoi Claude Collin a choisi le « Philosophique » plutôt que la « Philosophie »


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Hommage au pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial, Claude Collin (1925 – 2018)

ÉCRITS PÉDAGOGIQUES DE CLAUDE COLLIN

Documents à télécharger gratuitement

Écrits pédagogiques de Claude Collin sur le site web du Cégep du Vieux-Montréal

Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 1 de 2

Écrits pédagogiques de Claude Collin sur son site web personnel (Mélanges philosophiques)

Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 2 de 2

Communiqué de presse de l’annonce des deux documents gratuits

LIVRES – ESSAIS DE CLAUDE COLLIN

Nouvelles éditions à télécharger gratuitement

L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, nouvelle édition Hommage

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

Communiqué de presse de l’annonce de ces deux nouvelles éditions

L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale, Claude Collin et Zdenko Osana, Institut de recherches didactiques de Laval, 1974

CLAUDE COLLIN (1925 – 2018), Méthode de recherche philosophique, Les Éditions leGriffon d’argile, 1990.


Interventions de Claude Collin dans des publications

L‘enseignement de la philosophie, Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie, 2008

Intervention de Claude Collin au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, Montréal, 1983

Le test de PERPE/ PHILO et la problématiquede l’enseignement de la philosophipar Claude COLLlN et S.A. OSANA, Prospectives, Volume 7, Numéro 5, 1971


Mes rapports de lecture

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994 – Rapport de lecture


Rapports de lecture à venir

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

CLAUDE COLLIN (1925 – 2018), L’enseignement de la philosophie, Montréal, Bellarmin, 1974.

CLAUDE COLLIN (1925 – 2018), Méthode de recherche philosophique, Griffon d’argile, 1990.


Revue de presse

Cliquez ici pour accéder à la page de la Revue de presse consacrée à Claude Collin


INTERVENTION DE CLAUDE COLLIN DANS DIFFÉRENTES PUBLICATIONS


L‘enseignement de la philosophie, Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie, 2008


Revue du Centre d’animation de recherche et de développement en éducation (CADRE). Fait suite à « Bulletin » de la Fédération des collèges classiques.

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


MES RAPPORT DE LECTURE

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994 – Rapport de lecture

RAPPORTS DE LECTURE À VENIR

COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie, Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude, L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique, Griffon d’argile, 1990.


AU SUJET DE L’AUTEUR

Claude Collin

1925 – 2018

Claude Collin était un professeur de philosophie reconnu au Cégep du Vieux Montréal.

Il fut considéré comme un pionnier dans le domaine de la didactique de la philosophie au Québec. Ses travaux portaient principalement sur l’expérience philosophique et la pédagogie de la pensée critique.

Publications majeures

Il a publié plusieurs ouvrages essentiels pour l’enseignement collégial :

  • L’Expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (1977), publié chez Bellarmin.
  • L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974), coécrit avec Zdenko Osana.
  • L’Initiation philosophique en quatre leçons.

Ses recherches au sein du département de philosophie du Cégep du Vieux Montréal visaient à ancrer la philosophie comme une activité concrète répondant aux besoins pédagogiques des étudiants.


« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

EXTRAIT

Thèse universitaire Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005


Le monde de l’édition
Le succès de Bellarmin: Les Vieux m’ont conté, par Clément Trude, Le devoir, 1979-04-25, Collections de BAnQ.

À CONSULTER EN LIGNE

Collin, Claude – L‘enseignement de la philosophie – Cuestiones de Filosofía, núm. 10, 2008, pp. 7-22 / Universidad Pedagógica y Tecnológica de Colombia

Collin, C. (1981). Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste).
Philosophiques, 8(1), 149–166. https://doi.org/10.7202/203155ar

Le test de PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie – Variante du titre:Prospectives – Collin, Claude, 1925-; Osana, S.A.; Centre d’animation, de développement et de recherche en éducation


DU MÊME AUTEUR


COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie, Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons, Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

COLLIN, Claude, L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique, Griffon d’argile, 1990.

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


Vous pouvez naviguer sur les archives du site web du professeur de philosophie Claude Collin avec ce lien conduisant sur Internet Archive

https://web.archive.org/web/20010422180118/http://www.cvm.qc.ca/ccollin/tdm.htm


Publicité dans la revue Relations, octobre 1979

Relations, 1979-10, Collections de BAnQ.

Mention

Compte rendu dans la revue Revue des sciences de l’éducation

Volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338

« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

Intervention au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

a

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal, Institut de recherches didactiques, 1974.

Voir C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


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Article # 168 – Nouvelle édition gratuite : Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

Nouvelle édition 2026

Livre numérique gratuit – Ebook gratuit

L’initiation philosophique en quatre leçons

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

Claude Collin

(1925 – 2018)

Nouvelle édition 2026

Livre numérique gratuit – Ebook gratuit

L’initiation philosophique en quatre leçons

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

Claude Collin

(1925 – 2018)

Essai – Pédagogie – Philosophie

Fondation littéraire Fleur de Lys

Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques

137 pages. 6,93 X 9,85 pces.

2026, Lévis, Québec, Canada.

© Claude Collin 2026

ISBN : 978-89612-666-8

Dépôt légal numérique :

Bibliothèque et archives nationale du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

Disponibilité : Cette nouvelle édition numérique est offerte gratuitement en format PDF.

NUMÉRISÉ ET IMPRIMÉ EN FORMAT NUMÉRIQUE AU QUÉBEC (2026)

Ce document offert en libre téléchargement (PDF)

© Claude Collin 2003


TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

de l’édition 2026

Philosopher ne consiste pas d’abord à apprendre des doctrines, mais à entrer dans un travail de pensée.

C’est à cette expérience que Claude Collin convie l’étudiant dans ce court ouvrage devenu classique de la didactique philosophique québécoise.

Issu de plus de vingt années de recherche et d’enseignement au collégial, ce livre propose une démarche rigoureuse et accessible pour passer de la pensée spontanée à la pensée réfléchie. En quatre leçons, l’auteur met au jour les opérations mentales fondamentales de l’activité philosophique : clarifier une expérience, analyser les concepts, formuler un problème, construire une synthèse. La philosophie y apparaît non comme un savoir à mémoriser, mais comme une pratique intellectuelle à exercer.

À rebours d’un enseignement centré sur la simple transmission des doctrines, Collin montre que l’apprentissage du philosopher exige une transformation des structures de pensée de l’étudiant. Cette perspective, fondée sur l’analyse de nombreux travaux d’élèves, demeure d’une actualité remarquable dans le contexte des débats contemporains sur la formation intellectuelle et le sens des études philosophiques.

Destiné aux étudiants, aux enseignants et à tous ceux qui s’interrogent sur ce que signifie véritablement apprendre à penser, Initiation philosophique en quatre leçons offre une méthode claire, progressive et exigeante pour faire de la philosophie une expérience vécue.

TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

de l’édition original (1979)

« Il y a longtemps que j’attendais une méthode graduée, de caractère scientifique (c’est-à-dire qui évite tout arbitraire dans son déroulement) qui permettrait aux étudiants de toute concentration de vivre une expérience de cheminement philosophique dont le point de départ s’enracinerait dans leur situation existentielle.

Pour avoir expérimenté la méthode proposée par Claude Coll in avec des étudiants inscrits dans le programme de Sports-Études, je puis conclure que cette démarche atteint les objectifs visés par tout apprentissage de la démarche philosophique. »

Michel Bourassa, Collège Montmorency.

« Entre un enseignement qui reste en surface sous forme de concepts non assimilés ou d’interprétations, mal adaptées et une approche centrée sur la soi-disant expression de soi qui, faute de contenu valable, ne fait qu’entretenir un certain vide intellectuel, la méthode de M. Collin nous propose un cheminement didactique qui permet d’atteindre le sens profond des idées et les vrais problèmes soulevés, autant qu’il permet de conceptualiser le réel et le vécu, pour mieux les comprendre.

Bien comprendre le vécu, bien comprendre les idées, n’était-ce pas là la vocation originaire de la pensée, et n’est-ce pas là la raison d’être de la philosophie au cegep ? »

Jamill Haddad. Cégep du Vieux-Montréal


TABLE DES MATIÈRES

Première de couverture de la nouvelle édition 2026

Première de couverture de l’édition originale 1994

Droits d’auteur – Édition de 1994

Du même auteur

NOUVELLES ÉDITIONS 2026

Dédicace

Remerciements

Avant-propos

Introduction

DÉVELOPPER SA PROPRE PENSÉE PHILOSOPHIQUE

LES TROIS SPHÈRES DE LA RÉFLEXION

LES HABILETÉS DES PHILOSOPHES

LA PENSÉE PERSONNELLE

LE FOND DES CHOSES

L’harmonie des sphères (tableau)

PREMIÈRE LEÇON LE SENS DE LA MÉTHODE

L’enseignement de la philosophie est-il un luxe ?

NATURE DE LA PHILOSOPHIE

UTOPIE

RÉALISME

ACTIVITÉ PHILOSOPHANTE

Qu’est-ce que la philosophie?

Premier sens

Second sens

Du mode ordinaire de réflexion au mode philosophique

Mode ordinaire

Conséquences

Mode philosophique

Textes d’appoint

La notion de formation fondamentale

APPORT DE LA PHILOSOPHIE

Philosophie et sciences humaines

DEUXIÈME LEÇON SPHÈRE DU VÉCU

À la recherche du sens dans l’expérience vécue

Première phase de la méthode: formulation de l’expérience vécue

La notion d’expérience humaine

DIFFICULTÉ

UN COMPORTEMENT

SOURCE DE CULTURE

CARACTÉRISTIQUES

DEGRÉ

L’expérience vécue

NATURE

Le procédé

VOIR 1. La description objective des faits

JUGER 2. L’interprétation des faits

PRENDRE POSITION 3. La conclusion générale

Remarques d’ordre pédagogique

Résumé

L’expérience humaine

Les degrés de l’expérience humaine

Précision sur l’expérience à l’intérieur de la méthode expérientielle

Exemples d’expériences

Textes d’appoint

L’expérience-information-formation

Quelques pensées relatives à la première sphère

TROISIÈME LEÇON LA SPHÈRE DU CONÇU

Deuxième phase de la méthode: analyse du discours

L’analyse propositionnelle

Le procédé d’analyse

1ère ÉTAPE Recherche des deux idées contenues dans la proposition

2ème ÉTAPE L’identification du rapport entre les deux concepts

3ème ÉTAPE Reformulation de la conclusion de l’expérience

4ème ÉTAPE Indication du problème philosophique entrevu

5ème ÉTAPE Indication du concept central du travail

Les difficultés de l’analyse

Difficultés dues au langage

Difficultés dues à la syntaxe

Rôle de l’analyse

Exemples d’analyses

Textes d’appoint

Qu’est-ce qu’un concept central ?

L’analyse préphilosophique

QUATRIÈME LEÇON SPHÈRE DE LA THÉORIE

La nature d’un problème philosophique

Le procédé de la problématisation

Remarque préliminaire :

Première étape : Choisir une méthode d’argumentation

Deuxième étape: Consultation de la philosophie écrite

Troisième étape: Examen de la portée de notre position et conclusion finale

Textes d’appoint

Qu’est-ce qu’un problème philosophique ?

Texte d’appoint (Cf. tableau p. 4 et 5)

La sphère de la théorie

Critères de correction

SUPPLÉMENT

Glossaire

Analyse

Cause efficiente

Cause finale

Cause formelle

Cause matérielle

Concept central

Criticisme

Critique

Description objective

Dialectique

Empirisme

Énoncé de principe

Éthique

Expérience

Expérience actionnelle

Expérience cognitionnelle

Expérience comprise

Expérience opérationnelle

Interprétation

Justification

Méthode de réflexion

Philosophie systématique

Problématique

Problématisation

Problème philosophique

Rationalisme

Réflexif

Sens

Sens commun

Signification

Système

Vérification

Visée

Travaux

Achevé d’imprimer – Édition de 1994

Texte de la quatrième de couverture de l’édition originale de 1994

Quatrième de couverture de l’édition originale de 1994

Quatrième de couverture de la nouvelle édition 2026


EXTRAITS

Avant-propos

Ce manuel s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il s’adresse d’une façon spéciale aux étudiants et étudiantes du collégial.

Il se veut un chemin ouvert: il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il ne présente pas de contenu doctrinal ayant réponse à tout.

Une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

Il s’agit de mener une réflexion divisée en trois parties conduisant inévitablement au niveau de la pensée philosophique.

Il comporte quatre leçons que l’étudiant doit lire avant de participer au coure.

Le rôle de l’enseignant consiste à expliquer en classe chacune des trois étapes de l’expérience philosophique.

L’étudiant est libre de choisir le domaine qui lui convient comme point de départ à la réflexion. Mais il peut être avantageux de s’arrêter sur un thème se rapportant à la matière delà session. Habituellement, ces sujets se retrouvent dans le plan de cours ou le cahier de notes du professeur.

L’expérience philosophique ou l’harmonie des trois sphères

Introduction

DÉVELOPPER SA PROPRE PENSÉE PHILOSOPHIQUE

L’initiation à la philosophie comporte habituellement deux aspects complémentaires: soit que l’on mette l’accent sur la nécessité de découvrir les connaissances de base indispensables à la compréhension des problèmes philosophiques: ce que l’on pourrait appeler l’aspect « informatif» de l’apprentissage; soit que l’on préfère insister sur la manière, la façon, le mode de réflexion propre à la philosophie : ce que l’on pourrait appeler l’aspect « formatif» de l’apprentissage philosophique : en pratique, toute la tradition de cet enseignement présente un dosage entre ces deux formes d’enseignement.

La méthode que nous proposons dans ces pages fait évidemment partie de l’aspect formatif de l’initiation à la philosophie. Elle offre à chacun la possibilité de développer sa propre pensée philosophique, selon son niveau de cours. Toute personne, quel que soit son degré de culture, en franchissant les étapes de cette méthode, atteindra nécessairement le niveau de pensée que l’on reconnaît habituellement à la philosophie. Car elle franchira les étapes naturelles d’une réflexion en profondeur.

LES TROIS SPHÈRES DE LA RÉFLEXION

Nous appellerons ces étapes naturelles les trois sphères:

a) la première sphère, celle du vécu, c’est-à-dire la sphère de l’événement, des faits qui arrivent, des situations qui se vivent, des phénomènes qui nous touchent ;

b) la seconde sphère, celle du discours, de la parole, du langage, de l’expression sons toutes ses tonnes ;

c) enfin la troisième sphère, celle de la théorie, c’est-à-dire celle de la critique, de la raison inspirée par l’amour de la vérité et du bien humain.

La méthode que nous proposons dans ces pages s’inscrit donc dans une perspective d’ensemble du processus de l’esprit humain qui évolue, selon son degré de perspicacité et de profondeur, à trois niveaux différents.

LES HABILETÉS DES PHILOSOPHES

Savoir franchir ces étapes, c’est déjà avoir développé les habiletés propres au philosophe.

Pour aller au fond de choses, il est sans doute nécessaire de posséder les renseignements pertinents à tel champ de réflexion. Ce qui constitue l’objectif premier des cours écrits, expliqués et discutés en classe.

Mais il faut en plus élaborer soi-même des réflexions de type philosophique à la façon des philosophes; en ce sens, la philosophie devient l’apprentissage de la pensée libre et personnelle.

LA PENSÉE PERSONNELLE

1. La première sphère nous permettra de produire et d’exprimer une pensée personnelle structurée (cela signifie que la pensée personnelle est importante, qu’il faut avoir confiance en sa propre capacité de réfléchir et qu’il est possible de structurer sa réflexion personnelle).

LA PENSÉE LIBRE

2. La seconde sphère nous amène à comprendre la signification d’un discours, d’une prise de position, et découvrir le problème qu’il soulève (cela signifie que pour ne pas être à la merci de la publicité, de la propagande, des courants de pensée à la mode, on doit être capable de découvrir les idées qui composent une pensée ou une prise de position, et entrevoir ainsi le problème qu’elle pose; c’est la condition de la liberté de la pensée).

LE FOND DES CHOSES

3. La troisième sphère nous conduit à tenter la justification de notre pensée ou de notre prise de position ; en résumé, il s’agit d’apprendre à aller au fond des choses.

Les tâches à réaliser pour atteindre ces objectifs (les activités intellectuelles) seront les suivantes:

• la formulation d’une expérience vécue;

• l’analyse systématique d’une pensée, d’une prise de position;

• la critique de la pensée.

Ce sont les activités intellectuelles qui nous conduisent au fond des choses, comme cela peut se lire dans le tableau de la page suivante qui dresse une esquisse des trois sphères du processus normal d’approfondissement de la pensée.

N.B. La première sphère fait l’objet de la deuxième leçon; la deuxième sphère est expliquée dans la troisième leçon; et la troisième sphère dans la quatrième leçon.


Cliquez sur le tableau pour l’agrandir.

AU SUJET DE L’AUTEUR

Claude Collin

1925 – 2018

Claude Collin était un professeur de philosophie reconnu au Cégep du Vieux Montréal.

Il fut considéré comme un pionnier dans le domaine de la didactique de la philosophie au Québec. Ses travaux portaient principalement sur l’expérience philosophique et la pédagogie de la pensée critique.

Publications majeures

Il a publié plusieurs ouvrages essentiels pour l’enseignement collégial :

  • L’Expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (1977), publié chez Bellarmin.
  • L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974), coécrit avec Zdenko Osana.
  • L’Initiation philosophique en quatre leçons.

Ses recherches au sein du département de philosophie du Cégep du Vieux Montréal visaient à ancrer la philosophie comme une activité concrète répondant aux besoins pédagogiques des étudiants.


« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

EXTRAIT

Thèse universitaire Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le monde de l’édition
Le succès de Bellarmin: Les Vieux m’ont conté, par Clément Trude, Le devoir, 1979-04-25, Collections de BAnQ.

À CONSULTER EN LIGNE

Collin, Claude – L‘enseignement de la philosophie – Cuestiones de Filosofía, núm. 10, 2008, pp. 7-22 / Universidad Pedagógica y Tecnológica de Colombia

Collin, C. (1981). Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste).
Philosophiques, 8(1), 149–166. https://doi.org/10.7202/203155ar

Le test de PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie – Variante du titre:Prospectives – Collin, Claude, 1925-; Osana, S.A.; Centre d’animation, de développement et de recherche en éducation


DU MÊME AUTEUR


COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


1. MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

Compte rendu par : Raymond Bélanger.

Un compte-rendu du Professeur Raymond Bélanger du Collège Montmorency

Claude, COLLIN
Méthode de recherche philosophique
À l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie
Les Éditions le Griffon d’argile, 1990.

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Ces paroles de Boileau, extraites de son art poétique, reflètent bien l’intérêt de l’auteur qui, depuis plus de 20 ans, élabore et raffine une didactique de la philosophie. Mais cette dernière publication est plus qu’un chemin (méthode) à suivre pour enseigner la philosophie au collégial, c’est aussi et surtout l’exposition d’une problématique philosophique millénaire inaugurée par Socrate , reprise par Platon , perpétuée par tous les rationalistes qui font confiance en la raison.

Le problème de fond traité par cette tradition, adapté par l’auteur pour des étudiants du collégial, est la possibilité pour la raison d’accéder à la conceptualisation à l’analyse propositionnelle et à la problématisation. Comment dépasser la connaissance commune (l’opinion et le vécu psychologique immédiat) et l’élever jusqu’à l’ordre du concept et de la pensée critique. À tous les rationalistes, pédagogues qui ont encore foi en la lumière du concept et de la rationalité pour comprendre, expliquer et transformer la réalité, ce livre peut être d’un excellent secours. Mais le grand bénéficiaire est encore l’étudiant puisque cette méthode philosophique l’initie à un art de penser qui ne se limite pas aux premières impressions perçues dans tout phénomène. Il s’agit d’une dialectique ascendante qui conduira l’étudiant vers la logique et les grandes thématiques philosophiques.

Cette version moderne de la dialectique platonicienne (ascension de l’âme vers l’intelligible), déjà illustrée dans l’allégorie de la caverne, mérite une attention particulière à cette époque où certains philosophes se questionnent sur la pertinence, l’efficacité de l’enseignement de la philosophie.

L’auteur à partir de trois expériences de réflexion se fondant sur le vécu, le conçu et la critique ou vérification (problématisation) remet en évidence l’objet de la méthode même de la philosophie. En arrière fond à ce projet sont exposés trois objectifs : comment développer chez nos étudiants, à partir d’une méthode et d’un contenu spécifiquement philosophiques, une pensée personnelle, une pensée libre et une pensée critique?

Voilà des objectifs pertinents, très philosophiques, qu’illustrent les trois moments de la réflexion, soutenus par les trois phases de la méthode, toutes deux fondées sur la recherche du sens, l’analyse et la problématisation des diverses expériences vécues par les étudiants. Progressivement, méthode et problématique se fusionnent pour atteindre ces habiletés intellectuelles qui sont au cœur même de toute formation fondamentale au niveau collégial.

Mais comment l’auteur relève-t-il ce défi d’initier des élèves à une réflexion typiquement philosophique assise non seulement sur une culture savante, mais aussi et surtout sur une culture populaire, i.e. le vécu de l’étudiant?

L’enjeu est de passer d’une pensée commune à une pensée philosophique qui se construit progressivement. Ce livre expose une « une philosophie en marche » qui permet de dépasser le monde de l’opinion, de la pensée spontanée, des visions pratiques, du langage courant, des conclusions particulières, pour accéder à une pensée rationnelle caractérisée par la recherche du sens, de conclusions générales, d’énoncés de principe, de définitions. Tout philosophe reconnaît, d’une part, les ombres de la caverne platonicienne projetées sur l’écran opaque du sensible (l’expérience psychologique immédiate) et, d’autre part, le désir de s’en libérer pour mieux accéder à l’intelligible (l’analyse propositionnelle et la problématisation qui débouche sur des questions métaphysiques).

Si le premier degré de réflexion axé sur l’expérience vécue de l’étudiant cherche, une fois les faits décrits et interprétés, une conclusion générale, celle-ci reste quand même incomplète et nécessite l’analyse propositionnelle ou logique. Cette réflexion ou expérience pré-philosophique, qui se situe maintenant à un niveau d’abstraction plus élevée (les idées), consiste à clarifier la pensée dans ce qu’elle affirme ou nie. Elle favorise ce retour de la pensée sur elle-même qui caractérise la philosophie. Alors, cette fois, l’analyse se situe au niveau du jugement, qui dans un premier temps, réfléchit sur les concepts qui le composent, sur leur rapport (identité, attribution, causalité, proportion … ), pour analyser ensuite les diverses prises de position possibles vis-à-vis cette idée (proposition contraire, opposée, contradictoire).

Cette analyse logique culmine dans l’effort de dégager des concepts secondaires et un concept central où apparaît le véritable problème qui, selon l’auteur, émerge dans le rapport entre les deux concepts qui doivent se dans un troisième, sorte de synthèse des deux premiers. Ainsi dans la proposition l’amour implique la liberté » (p. 71) surgit la proposition contraire, « l’amour est aveugle » ou encore « implique la responsabilité », l’obligation. Comment solutionner le problème? La volonté, synthèse de l’amour et de la liberté, est ce troisième terme qui harmonise les contraires.

Une fois le travail d’analyse terminé, nous accédons à la phase vraiment philosophique de la réflexion, i.e. la critique de sa pensée en la confrontant à des auteurs. L’émergence du problème entrevu dans la finale de la deuxième étape nous conduit donc au troisième degré de réflexion, fondé sur le processus de problématisation qui permet non seulement de solutionner le problème, mais aussi de vérifier sa solution à même les grands courants de la philosophie. D’où le choix d’une méthode pour mieux discuter, la consultation de la philosophie écrite et l’extension de ses propres conclusions à d’autres domaines. Parvenir « au fond des choses », voilà l’attitude véritablement philosophique. Ce « pourquoi » ne saurait s’articuler sans se référer à une méthode de discussion puisée dans la tradition philosophique : la dialectique thèse-antithèse, les quatre causes décrites déjà par Aristote, et la normalité (ce qui devrait être et ce qui est cohérent). Vient ensuite la confrontation de notre pensée avec celle des auteurs. Qu’est-ce que les auteurs ont dit sur certains problèmes et concepts que l’étudiant a lui-même dégagés suite à l’analyse propositionnelle et à la méthode de discussion. Qu’ont-ils dit relativement aux problèmes de la vérité, de la valeur, de l’être. Toute hypothèse de travail se doit d’être vérifiée.

Ce compte rendu serait incomplet si nous n’exprimions pas les avantages et les difficultés d’une telle méthode ou didactique de la philosophie. L’objet et l’enjeu réel de la philosophie est la pensée et son développement selon une méthode spécifique, différente des méthodes utilisées dans d’autres disciplines. Si le point de départ de cette méthode a quelques affinités avec la méthode scientifique du fait que cette dernière se fonde sur l’empirisme, la méthode philosophique, parce qu’elle est une expérience conceptuelle et de problématisation, est surtout une distanciation progressive de l’expérience psychologique, grâce à ce retour réflexif de la pensée sur elle-même qu’assurent l’analyse propositionnelle et les méthodes de discussion d’un problème.

L’auteur s’attaque à ce difficile passage du monde de l’apparaître vers le monde de l’être que seule une réflexion abstraite permet. Selon nous, cette méthode donne des résultats positifs. D’une part, elle se fonde sur une expérience immédiate de l’étudiant (son vécu), respecte le cheminement progressif de la pensée et évite ainsi d’exposer des notions souvent trop difficiles et sans signification véritable pour l’étudiant. D’autre part, elle intègre, toujours à partir du vécu de l’étudiant, la logique, les questions épistémologiques (causalité, être, valeur, vérité) et l’histoire de la philosophie.

Enfin nous croyons que les difficultés que nous rencontrons dans nos cours pour faire le passage d’une pensée concrète à une pensée abstraite s’amenuisent du fait que l’expérience soit le point de départ de cette méthode.

Le vécu est une excellente source de motivation pour présenter et intégrer d’une manière pédagogique les problématiques philosophiques du cours 340-101 que sont les trois opérations de l’esprit: le concept, la proposition et le raisonnement.
Si les thèmes et synthèses philosophiques sont éternels, il y a dans cette création méthodologique de l’auteur un rajeunissement dans la présentation des contenus. Le désir d’apprendre, de connaître, n’émerge-t-il pas de l’expérience commune (le vécu psychologique immédiat)? Il s’agit d’un procédé pédagogique élémentaire. Quand une situation personnelle prend du sens, elle suscite une compréhension plus profonde de l’ordre de la logique et de la vérification, bref de l’ordre de la rationalité. Alors la philosophie devient significative et vivante.

Raymond BÉLANGER
Collège Montmorency


2. L’INITIATION PHILOSOPHIQUE EN 4 LEÇONS

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

Ce manuel s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il est un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il est une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses


3. L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

La didactique expérimentale de la philosophie dont il sera question sur ce site a pris naissance dans la foulée de la Révolution tranquille. L’instauration des cégeps en fut l’élément déclencheur. Toute la réalité pédagogique changeait brusquement: nouvelle population étudiante très diversifiée selon l’âge, l’orientation, la culture; nouvelle structure des programmes; un esprit nouveau très préoccupé de rejoindre le vécu quotidien s’exprimant avec vigueur; un besoin profondément ressenti de clarifier le statut de l’enseignement de la philosophie menacé de plus en plus par le développement des sciences humaines. Cette situation nous forçait à repenser notre enseignement: nous réalisions que nous ne connaissions pas ces nouveaux étudiants plus jeunes, venant de tous les milieux et dont le passé culturel nous échappait; nous ne pouvions poursuivre l’enseignement traditionnel dans ces conditions nouvelles. Il s’agissait donc d’une part de trouver un moyen de savoir ce dont l’étudiant était capable en fonction de l’apprentissage de la philosophie et d’autre part d’aller à l’essentiel de cet esprit qui devait être celui de la philosophie. La méthode de la didactique expérimentale nous semblait le moyen de réaliser ces objectifs.


4. L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

Dans cet ouvrage (1978), l’auteur livre les résultats des recherches effectuées sur environ trois mille travaux d’étudiants, selon la méthode présentée dans « L’enseignement de la philosophie »(1974). Ces études ont permis d’esquisser le profil mental de l’étudiant qui apprend à philosopher; de préciser les opérations mentales qu’utilise le philosophe en élaborant sa science et les moyens qu’il conviendrait d’utiliser pour que l’étudiant soit capable d’élaborer sa propre philosophie. De plus, l’auteur aborde un certain nombre de problèmes pédagogiques soulevés par l’enseignement de la philosophie. Enfin, se dégage de cet ouvrage une voie à suivre pour effectuer le passage d’une expérience commune à une expérience philosophique achevée. Celle-ci se présentera en trois étapes interdépendantes, formant une unité dynamique: dialectique du vécu, du conçu et de la théorie.

Source : Internet Archive.


Retrouvé sur le site web du Cégep du Vieux Montréal

Captation d’Internet Archive

CÉGEP DU VIEUX-MONTRÉAL

La notion de problème philosophique

par Claude Collin

Au début des années ‘80, un professeur du New-York College avait préparé un questionnaire en prévision du Congrès Mondial de Philosophie de Montréal (1983) dans le but de favoriser une meilleure compréhension des différentes conceptions que les philosophes se font de la philosophie, de leur profession et de l’enseignement. Une des questions portait sur la notion de problème philosophique.

Bien entendu, il ne s’agissait pas de produire une définition consensuelle de la notion de problème philosophique. Il ne s’agissait pas non plus de prouver quoi que ce soit en ce domaine, mais uniquement de « montrer » la vision que se font les professeurs de philosophie d’une notion importante relevant de leur science.

Nous avons présenté ce questionnaire aux professeurs d’un collège montréalais. Huit d’entre eux nous ont fait parvenir leurs réponses qui ne manquent certes pas d’intérêt. La première question porte sur le problème philosophique et se formule ainsi:

Qu’est-ce qui constitue une question ou un problème philosophique ?

Nous avons tenté de classer les réponses selon l’aspect sur lequel elles mettaient l’accent.

1-Trois réponses portent sur la nature d’un problème philosophique :

1- Une question ou un problème philosophique est une question ou un problème de sens, de signification;

2- Il y a problème philosophique là où la cohérence conceptuelle n’est pas acquise, mais à réaliser en réponse aux questions ultimes;

3- Le problème philosophique se définit d’après l’intention et la démarche cognitive; c’est une recherche d’intelligibilité totale (causes premières, nature, raison d’être), recherche de sens, de valeur… de certitude (critique de la connaissance).

2- Trois portent sur les caractéristiques de ce genre de problème :

1- Ce qui caractérise le problème philosophique c’est la radicalité de l’interrogation, le fait qu’on aille au fond des choses et qu’on dépasse l’expérimentation instrumentale;

2-  L’universalité du problème;

3- Un problème est philosophique quand il n’a pas été absorbé par la science qui mesure, quand il met en cause la destinée de l’homme. Souvent un problème philosophique est insoluble parce que transcendant au phénoménal.

3- Deux portent sur l’objet d’un problème philosophique :

1- Tout problème concernant la vie humaine (en société); le langage, la connaissance, le pouvoir, le désir;

2- Tout ce qui concerne le développement des moyens théoriques de lutte idéologique.
Ce sondage révèle donc qu’il n’existe pas de différence significative entre ces réponses, si l’on fait exception de la dernière, qui semble s’inspirer d’une pensée marxienne contrairement aux autres qui sont plutôt d’inspiration aristotélicienne.

Suite à un sondage effectué en 1981 auprès des professeurs de philosophie en vue du Congrès Mondial de Montréal, sur « la question ou le problème philosophique », je me suis demandé s’il n’était pas possible de préciser cette notion de problème à l’intérieur d’une méthode didactique qui déjà établissait trois niveaux de problématique philosophique.

L’étude des travaux des étudiants cherchant à découvrir, discuter et résoudre des problèmes philosophiques nous montre qu’il est possible de clarifier la notion de problème philosophique, d’un point de vue didactique.

Notion de problème philosophique :

On s’entend assez facilement pour dire qu’un problème est une difficulté à surmonter pour arriver à un résultat recherché. Il peut se situer dans l’ordre pratique des choses comme une panne d’électricité qui donne lieu à un problème technique de transport et de distribution de l’électricité. Le problème philosophique n’est pas un problème d’ordre pratique: il se situe au niveau des idées i.e. au niveau de la théorie. Il se définira en fonction de la spécificité de la philosophie, c’est-à-dire en rapport avec le type d’interrogation propre à la philosophie.

Il s’agira donc d’un obstacle intellectuel à surmonter voilant la compréhension du vécu, du conçu ou de la théorie en tant que justification de la pensée.

La problématisation serait l’identification et l’illustration de la difficulté à surmonter. Il faut montrer comment se présente un obstacle pour voir comment il serait possible de le surmonter.

On peut dire qu’il y a problème philosophique là où la prise de position manque d’évidence ou tout simplement de cohérence intellectuelle en raison d’un obstacle (subjectif ou objectif) qui voile l’intelligibilité (le logos) de l’objet considéré.

Un problème est toujours dans la ligne d’une recherche de cohérence, quelle que soit la perspective envisagée, qu’elle soit scientifique, philosophique ou religieuse. Il ne faudrait pas croire que seul le philosophe recherche la cohérence. Il n’a pas le monopole de la réflexion, encore moins de la vérité. Il cherche à sa façon à comprendre l’existant concret, réel, selon un procédé différent de celui de la science, de la religion, de la pensée mythique, de la pensée technicienne, différent aussi de la réflexion du poète et de l’artiste, différent enfin de la réflexion tactique que l’on utilise constamment pour solutionner nos problèmes de la vie quotidienne.

Les différents niveaux de problèmes philosophiques

1- Au premier niveau, là où il s’agit de comprendre l’expérience vécue, de lui donner un sens, on pourrait parler d’énigme (selon l’expression de Nietzsche) d’opacité (expression utilisée par Sartre) de l’événement, de la situation ou du phénomène envisagé.

Cette opacité vient du fait que, tout en nous situant in médias res (selon l’expression de Pascal), beaucoup d’aspects de l’événement nous échappent nécessairement puisque celui-ci est historique et se développe dans le temps. Quand Bréhier souligne que la philosophie actuelle cherche à « montrer » plutôt qu’à prouver, il se situe sans doute à ce niveau, qui est celui de la phénoménologie.

Le problème du vécu, dans ces conditions, est très difficile à élucider. Gilles Granger parlera, au sujet de l’événement, d’impuissance de la raison.

Ce que nous proposons, sur un plan didactique, pour élucider le problème du vécu, est la triple démarche suivante:

  • d’abord chercher à décrire l’événement, la situation, le fait ou le phénomène dans tous ses détails (du moins les éléments qui semblent les plus importants);
  • ensuite, chercher une interprétation qui donne un sens à l’événement soit en expliquant ses raisons d’être, ses causes, sa signification etc.;
  • enfin, exprimer ce que cette recherche nous apprend, et surtout l’exprimer en termes susceptibles d’être traités philosophiquement.

2-Au niveau de l’expression de la pensée, i.e. au terme de l’interprétation des faits ou de l’événement, nous rencontrons des problèmes de signification.

Il s’agit alors de clarifier cette pensée obtenue par la réflexion sur le vécu. Or, ce qu’il y a de remarquable ici, c’est que la pensée exprimée au terme de l’expérience vécue comporte toujours un problème philosophique, en ce sens qu’elle est toujours contestable et donc requiert une plus grande réflexion. Par exemple:

Quelqu’un prend position de la façon suivante : « Instruire une nation, c’est la civiliser ». Pourquoi y a-t-il problème ici ? Tout simplement parce que ce n’est pas évident qu’instruire et civiliser seraient identiques. Il faudrait indiquer à quel point de vue on pourrait soutenir cette identité. Donc, l’obstacle ici, c’est, d’une part, le manque d’évidence dans l’affirmation de la pensée, et, d’autre part, la possibilité d’une pensée opposée.

J’ai essayé déjà de montrer les difficultés de l’analyse de la pensée et comment elles se présentent dans la pratique (in L’Initiation Philosophique en quatre leçons, p.64ss). Les unes viennent du langage courant, d’autres du langage symbolique, d’autres de la syntaxe. Enfin, d’autres viennent des exigences de la transposition nécessaire au niveau de la pensée philosophique. Ceci est important, car c’est l’analyse qui fait apparaître un problème philosophique. Au niveau de l’expérience (c’est-à-dire de ce qui arrive à la personne), c’est l’analyse des faits, la dissection des éléments contenus dans les faits. Au niveau de l’expression de la pensée, du dire, de la parole, du verbe, c’est l’identification des éléments de la pensée et du rapport exprimé entre eux qui fait apparaître le problème.

3- Au niveau de la théorie, le problème consiste à faire appel à la créativité pour découvrir l’idée éclairante (selon l’expression de Pascal). Il s’agit ici de l’élaboration des grandes synthèses comme on les rencontre dans les grandes philosophies.

L’exemple le plus simple et peut-être le plus clair se retrouve dans l’œuvre de Thomas d’Aquin. Ce philosophe commence tout d’abord par se poser une question ; il y répond en exprimant toutes les opinions importantes à ce sujet qui vont dans un sens donné, puis, il ajoute : sed contra (c’est-à-dire : mais contre ces opinions…) d’autres ont soutenu que…  Enfin il fait la part des choses et termine en montrant en quoi certaines opinions ne peuvent être retenues. C’est la démarche que nous retrouvons dans la Somme Théologique qui constitue une merveille de mise en forme des principaux problèmes intellectuels soulevés par l’Écriture et souvent des problèmes purement philosophiques.

Au niveau de la théorie, Aristote présente sans aucun doute l’un des plus lumineux modèles de problématisation et d’invention d’idées éclairantes.

Mais au fond, il existe plusieurs méthodes philosophiques aussi efficaces les unes que les autres qu’ont toujours su illustrer les grands penseurs qui jalonnent toute l’histoire de la philosophie.

Copyright Claude Collin 99 Mise à jour 07 janv. 2000

Voir aussi : https://web.archive.org/web/20181008040928/http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/articles/problem1.htm


Introduction

La première région du site présente la philosophie comme activité mentale, comme cheminement, comme devenir de l’homme. C’est l’aspect dynamique de la culture ; c’est la tête bien faite (Montaigne), là où le souci de la formation l’emporte sur celui de l’information. Cette première partie s’adresse à celles et ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine.

Cependant, la culture n’est pas que créativité, qu’invention ; elle est aussi réponse effective aux besoins fondamentaux de l’homme, donc œuvre réalisée. A ce titre elle est information, c’est-à-dire un ensemble de connaissances couvrant tous les aspects des réalisations humaines (l’idéal de Rabelais d’une tête bien remplie vient ainsi compléter celui de Montaigne). En ce sens, l’objet de la philosophie est illimité, inépuisable, d’une variété incroyable car il touche à tout ce qui a rapport à l’homme. C’est pourquoi les autres sections de ce site présenteront des aperçus philosophiques, des réalisations qui ont résisté au temps pour des raisons esthétiques ou historiques et qui conservent quand même une grande actualité. Nous les envisagerons comme témoignages exprimant des expériences philosophiques achevées.

On pourra donc trouver des aperçus philosophiques touchant :

  • l’homme en devenir (la culture);
  • quelques images de l’homme (conceptions de l’être humain);
  • les chemins du devenir humain (l’éducation);
  • les règles du présent et de l’avenir humain dans la société (le droit).

Tables des matières (Liens conduisent sur le site web d’Internet Archive)

Section 1: Didactique expérimentale (question de méthode)

Section 2: Conceptions de l’homme (les images de l’homme)

Section 3: Éducation (les chemins du devenir humain)

Section 4: Droit (les règles du présent et de l’avenir humain)

Section 5: Articles complémentaires


Vous pouvez naviguer sur les archives du site web du professeur de philosophie Claude Collin avec ce lien conduisant sur Internet Archive

https://web.archive.org/web/20010422180118/http://www.cvm.qc.ca/ccollin/tdm.htm


L’ACTION NATIONALE

Le dernier livre d’André Dagenais

par CLAUDE COLLIN

CLAUDE COLLIN, « Le dernier livre d’André Dagenais », L’Action nationale, 72, 6 (février 1983), p. 564-570. BANQ.

Publicité dans la revue Relations, octobre 1979

Relations, 1979-10, Collections de BAnQ.

Mention

Compte rendu dans la revue Revue des sciences de l’éducation

Volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338

« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

Intervention au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal, Institut de recherches didactiques, 1974.

Voir C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


L’initiation philosophique en quatre leçons

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

Claude Collin

(1925 – 2018)


Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005


Je commence toujours mes rapports de lecture par un référencement le plus élaboré possible du livre et de son auteur en objet. Dans le cas du professeur de philosophie retraité du Cégep du Vieux-Montréal, monsieur Claude Collin (1925 – 2018), on retrouve peu d’information sur le web, ce qui donne à chacune une importance capitale.

Une référence à Claude Collin dans la thèse universitaire de Romain Beaulieu, Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial, a attiré et orienté ma recherche : « Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués ». Une question surgit d’elle-même : « Pourquoi ? ».

La réponse se trouve dans son livre INITIATION PHILOSOPHIQUE EN QUATRE LEÇONS destiné « d’une façon spéciale aux étudiants et étudiantes du collégial ». Le sous-titre en couverture nous met sur une piste : « L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères ».

Claude Collin se réfère à « l’expérience » du professeur de philosophie et de ses étudiants dès 1974 dans son premier ouvrage, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expe?rimentale.

Il s’attarde d’abord à « l’expérience » du professeur de philosophie. Il écrit :

L’expérience personnelle est parfois d’une valeur inestimable ; elle enrichit constamment l’art de l’enseignant et lui permet de s’adapter rapidement aux situations nouvelles. Mais on ignore trop, généralement, qu’elle implique et suppose un sens aigu de l’observation, une capacité d’explication des faits vécus, une aptitude à la créativité, lesquels se développent avec le temps et l’exercice même de la profession. On a tendance, aujourd’hui, à mésestimer cet aspect dans l’évaluation pédagogique des professeurs, mais nous croyons que dans l’enseignement de la philosophie, cette expérience est irremplaçable, pour la simple raison qu’il n’existe pas de didactique reconnue, c’est-à-dire de théorie et d’apprentissage particulier qui serait issu d’une expérimentation scientifique. L’enseignant est donc laissé à ses propres ressources. Le temps se charge toujours de lui faire prendre conscience des illusions de ses premières années d’enseignement. Le danger, pour lui, est alors d’oublier que l’expérience doit toujours se renouveler dans de nouvelles expériences, ouvrant ainsi un chemin qui ne sera jamais fermé. Si nous pouvions colliger les résultats de ces multiples expériences de professeurs expérimentés et leur faire subir un traitement scientifique, la didactique philosophique existerait vraiment, et tout le domaine de l’enseignement pourrait s’en porter beaucoup mieux.

COLLIN, Claude, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Chapitre 2 – Didactique et pédagogie, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds), p. 25.

Il entretient aussi ses lecteurs au sujet de « l’expérience » des étudiants :

ÉLABORATION DE LA MÉTHODE PÉDAGOGIQUE

A) Symbiose entre la méthode philosophique et la méthode d’apprentissage

Au cours de l’élaboration empirique de la méthode pédagogique, nous étions surtout préoccupés d’opérer une symbiose entre l’essentiel du procédé philosophique et l’essentiel des différents processus mentaux de l’acte d’apprentissage. Nous avons constaté que l’apprentissage de la pensée philosophique, comme tout acte d’apprentissage, comporte trois phases :

a) l’acquisition d’une nouvelle information ;
b) la transformation de cette information ;
c) son évaluation ou sa vérification.

1) L’acquisition d’une nouvelle information

Les sources d’information possibles pour le philosophe semblent illimitées. Nous avons privilégié celle qui nous paraissait la plus apte à susciter un intérêt soutenu de la part de tout étudiant appartenant au secteur professionnel ou au secteur général, et la mieux appropriée pour lui permettre d’évoluer selon ses capacités réelles dans l’approfondissement d’une philosophie personnelle. Dans cette optique, nous n’avons pas cru devoir utiliser comme point de départ des textes d’auteurs philosophiques ou scientifiques. L’apprentissage philosophique ne consiste pas tellement à assimiler des connaissances qu’à développer un esprit philosophique. Voilà pourquoi nous avons opté pour une réflexion à partir de l’expérience vécue de l’étudiant. Celle-ci implique toujours l’acquisition d’un connaissance nouvelle, modifiant une connaissance antérieure dans un sens positif ou négatif. Au point de vue didactique, il s’agit de fournir à l’étudiant les moyens de clarifier son expérience de telle sorte qu’elle puisse se prêter à la réflexion philosophique.

COLLIN, Claude, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Chapitre 3 – Élaboration de la méthode pédagogique, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds), p. 35.

Il faut aussi souligner l’emphase sur « l’expérience » dans le genre littéraire formulé par Claude Collin pour son livre : « essai de didactique expérimentale ».

Claude Collin remet en cause l’enseignement de la philosophie reposant sur des « des textes d’auteurs philosophiques ou scientifiques » et affirme que « L’apprentissage philosophique ne consiste pas tellement à assimiler des connaissances qu’à développer un esprit philosophique », et ce, au profit de la « réflexion à partir de l’expérience vécue de l’étudiant ».

La proposition de Claude Collin s’inscrit dans ce que nous appelons aujourd’hui « les nouvelles pratiques philosophiques ». Ces dernières apparaissent dans les années 1980 avec le philosophe allemand Gerd B. Achenbach. Selon la philosophe praticienne dite pionnière dans le domaine, Shlomit C. Schuster, « Achenbach soutient que la philosophie n’est vraiment comprise qu’à travers sa pratique, à travers une expérience empathique personnelle et la culture intellectuelle des sujets de pensée« .[Schuster, Shlomit C. (1999). Philosophy Practice. Greenwood Press. p. 35.]

Or, le titre de pionnier des nouvelles pratiques philosophiques revient en fait au professeur de philosophie québécois Claude Collin avec sa proposition d’une nouvelle didactique de l’enseignement de la philosophie fondée sur l’expérience philosophique à faire vivre aux étudiants dans le cadre de leur cours au collège (CÉGEP) et datant de 1974 en référence à son livre L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE – ESSAI DE DIDACTIQUE EXPÉRIMENTALE.

Quatre ans plus tard, en 1978, le professeur Collin signe un nouvel ouvrage : L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (Bellarmin, Montréal, 1978).

Le professeur Collin offre ni plus ni moins qu’une consultation philosophique de groupe aux étudiants de ses classes. Parlant de son livre INITIATION PHILOSOPHIQUE EN QUATRE LEÇONS, Claude Collin le présente comme une invitation à l’expérience philosophique :

Il (ce manuel) se veut un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain; il ne présente pas de contenu doctrinal ayant réponse à tout.

Une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

COLLIN, Claude, Initiation philosophique en quatre leçons – L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères, Avant-propos, Les éditions Le Griffon d’argile, collection « Philosophie », Québec, Québec (Sainte-Foy) , 1994.

Les livres de Claude Collin ne sont plus disponibles si ce n’est L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expe?rimentale sur Internet Archive. C’est pourquoi je vous offre deux documents réunissant les écrits pédagogiques de Claude Collin publiés sur ses sites web à télécharger gratuitement.

DOCUMENT # 1/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).
DOCUMENT # 2/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).

Voir tous nos rapports de lecture

Article # 167 – Nouvelle édition gratuite : L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, nouvelle édition Hommage

Cette nouvelle édition de l’ouvrage

L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIE

Essai de didactique expérimentale  

du professeur de philosophie

CLAUDE COLLIN (1925-2018)

se veut un hommage à ce pionnier

de la didactique de l’enseignement de la philosophie

dans nos Collèges d’enseignement général et professionnel (Cégep).

 CLAUDE COLLIN (1925 – 2018)

L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

Essai de didactique expérimentale

NOUVELLE ÉDITION HOMMAGE

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2026, 158 pages.

Copyright © Claude Collin 1977

Tous droits réservés. Toute reproduction de ce livre, en totalité ou en partie, par quelque moyen que ce soit, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur. Tous droits de traduction et d’adaptation, en totalité ou en partie, réservés pour tous les pays. La reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par quelque moyen que ce soit, tant électronique que mécanique, et en particulier par photocopie et par microfilm, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Disponible en version numérique uniquement

ISBN 978-2-89612-667-5

Dépôt légal – 1er trimestre 2026

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

Imprimé en format numérique (PDF) au Québec

Ce document est offert en libre téléchargement (PDF)

Édité par la Fondation littéraire Fleur de Lys, organisme sans but lucratif, éditeur libraire québécois sans but lucratif en ligne sur Internet en collaboration avec l‘Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques


TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

Pendant que des efforts considérables s’effectuaient dans le sens d’une recherche fondamentale, nous avons cru nécessaire d’attirer l’attention sur les possibilités d’une recherche scientifique portant sur les conditions psychopédagogiques de l’enseignement de la Philosophie, tout en respectant les objectifs lointains d’une démocratisation de l’enseignement. De ce point de vue, il s’agissait d’édifier et de perfectionner un instrument de travail adapté aux besoins de l’étudiant actuel de sorte qu’il devienne capable d’élaborer sa propre philosophie.

D’un point de vue didactique, la philosophie n’est pas, elle se construit. Il ne s’agit donc pas d’apprendre des doctrines toutes faites, bien que nous sachions que l’étude des philosophies particulières est nécessaire à l’approfondissement d’une philosophie. Mais le problème didactique consiste à savoir comment favoriser, chez l’étudiant réel, la maîtrise des opérations mentales fondamentales qu’effectue le philosophe lorsqu’il réfléchit à la manière d’un philosophe.


TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

DE L’EXPÉRIENCE VÉCUE ORDINAIRE À L’EXPÉRIENCE VÉCUE PHILOSOPHIQUE. ÉLABORATION THÉORIQUE

CHAPITRE 1  L’EXPÉRIENCE VÉCUE DES ÉTUDIANTS

  1. L’objectif pédagogique
  2. La tâche
  3. Les stratégies d’action
  4. Les étudiants
  5. Les résultats
  6. Description et analyse des caractéristiques

A — Le caractère particulier des expériences vécues

B — Le caractère commun de l’expérience vécue

C — L’interprétation dans l’expérience vécue

D — Le caractère transformant de l’expérience

E — L’inconscient de l’expérience

F — La généralisation hâtive et la satisfaction de cette généralisation

7 — Conclusion

CHAPITRE 2  VERS L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

CHAPITRE 3  LE PROCESSUS DE LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE

CONCLUSIONS GÉNÉRALES DE LA PREMIÈRE PARTIE

DEUXIÈME PARTIE

PROBLÈMES PÉDAGOGIQUES PARTICULIERS

CHAPITRE 1  ÉTUDE DES EXPÉRIENCES VÉCUES DES ÉTUDIANTS

A — ORIGINE DES EXPÉRIENCES

B — LES CONCEPTS DES EXPÉRIENCES VÉCUES

1 — Les concepts centraux

2 — Les concepts et les problèmes philosophiques

Conclusions pratiques

CHAPITRE 2  QUELQUES PRÉCISIONS SUR L’EXPÉRIENCE COMME POINT DE DÉPART À LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE

A ? L’EXPLICATION OBJECTIVE

B ? LE CONCEPT CENTRAL

C ? QUELQUES EXPÉRIENCES

CHAPITRE 3  LES MODÈLES DE TRANSFORMATIONS ANALYTIQUES ET DE VÉRIFICATION

  1. LES MODÈLES DE TRANSFORMATIONS ANALYTIQUES

2 LES MODÈLES DE VÉRIFICATION

A ? Modèles des problèmes axés sur un aspect du concept central

B ? Modèles des problèmes en rapport avec la cueillette d’information

C ? La vérification

CONCLUSION

CONCLUSIONS


EXTRAITS

Avant-propos

Il y a quelques années, nous proposions d’appliquer à l’étude des problèmes pédagogiques de l’enseignement de la philosophie la méthode d’investigation scientifique propre à la didactique expérimentale. L’étude des faits pédagogiques entendus dans le sens défini par l’éminent professeur Raymond Buyse nous semblait un moyen sérieux et efficace d’élaborer une méthode didactique répondant à la fois aux besoins réels des étudiants et aux exigences de la réflexion philosophique.

Cette recherche s’inscrivait dans un contexte socio-culturel qui en déterminait le sens et les raisons d’être. Plusieurs études avaient mis en lumière certains aspects de la crise que subissait l’enseignement de la philosophie, suite à ce que l’on a appelé la « révolution tranquille ».

Le ministère de l’Éducation du Gouvernement du Québec publiait, en 1972, un rapport d’enquête (englobant les années 1967-1968-1969) sur les professeurs de philosophie, leurs représentations de la philosophie comme savoir et comme pratique . L’enseignement de la philosophie était remis en question d’une façon parfois très radicale par les enseignants, tant sous l’aspect pédagogique (objectifs, contenus, méthodes, modes d’intervention, etc.) que sous l’aspect idéologique et socio-culturel.

Ces documents ne faisaient que décrire une situation qu’étudiants et enseignants vivaient tous les jours, situation d’autant plus difficile et délicate que le climat des relations de travail à l’intérieur des institutions éducatives favorisait une réflexion politique (en termes de pouvoirs) qui rejoignait les interrogations contemporaines sur la fonction de la pédagogie dans les appareils de l’État. L’incidence politique de la pédagogie éclatait dans les données mêmes du vécu quotidien. D’où l’angoisse des uns et la satisfaction confiante des autres devant l’ampleur de la remise en question. D’où, aussi, la radicalisation des attitudes face au change ment qui s’effectuait : nouvelle population étudiante (très diversifiée aux points de vue âge, orientation, mentalité, préparation, etc.) ; nouvelle structure des programmes à repenser ; préoccupation évidente de re joindre le vécu quotidien ; besoin profondément ressenti de clarifier le statut de l’enseignement de la philosophie menacé de plus en plus par le développement des sciences humaines.

Le renouvellement des effectifs au sein des corps professoraux, tout en apportant du sang neuf, ne faisait que mettre en lumière l’urgence de cette remise en question et l’absence presque totale d’études pédagogiques dans le domaine de l’enseignement de la philosophie, comme le laisse soupçonner le rapport de l’Association des Professeurs de Philosophie des Collèges du Québec (p. 249) :

« Je tiendrais, affirme un professeur, à ce que vous mettiez dans ce rapport que je veux savoir ce que c’est que l’enseignement. Je voudrais que vous le souligniez. Dans n’importe quel domaine, mais en philosophie en particulier. Qu’est-ce que c’est le rôle du professeur comme professeur ? »

Le rapport commente de la façon suivante cette interrogation :

« Cette question est centrale dans notre interrogation sur la présence du groupe à la culture québécoise, car elle n’appelle rien moins que des énoncés concernant le sens, la justification, les limites et la portée effectives des activités pédagogiques du professeur de philosophie (. . .). Cette question est également centrale à un autre titre : ce qu’elle affirme péremptoirement et agressivement c’est que présentement, il n’y a pas de réponse claire à cette question, encore moins de réponse reconnue ! et que » les jeunes. malgré leurs allures d’avant-garde, ne sont guère plus capables que quiconque d’en formuler une »

Cette constatation exprimée par les auteurs de ce rapport ne repose sans doute pas sur ce seul témoignage : elle exprime bien, cependant, un aspect du climat d’inquiétude, d’insécurité et d’ambiguïté où baignait l’enseignement de la philosophie dans les premières années qui ont suivi la réforme de l’Éducation au Québec. Il faut bien dire que la pédagogie de la philosophie n’a jamais fait l’objet de beaucoup de recherches dans le passé. On relève à peine deux ou trois ouvrages pédagogiques concernant cette discipline au cours des quinze dernières années . On comprend que le problème pédagogique se posait si brutalement qu’il risquait d’être absorbé et subjugué par des préoccupations d’ordre idéologique.

Sans vouloir minimiser l’importance et l’urgence d’une remise en question du sens et de la signification de l’enseignement de la philosophie dans le contexte socio-culturel du Québec en évolution, il nous semblait à propos de rappeler la fonction irremplaçable de la re cherche expérimentale en ce domaine, dans l’espoir que la révolution entreprise portât tous ses fruits. D’autres études nous révélaient le peu de cas fait à la connaissance réelle de nos étudiants dans cette remise en question, puisque l’attente des étudiants face à l’enseignement de la philosophie était fortement déçue selon les applications des tests PERPE* PHILO . Enfin, le Rapport Roquet portait un jugement sévère sur la valeur de formation des cours communs obligatoires au niveau collégial .

En définitive, la remise en question de l’enseignement de la philosophie se faisait brutalement, non seulement en raison d’une transformation rapide du contexte socio-culturel québécois, mais, plus précisé ment, parce que l’on continuait à considérer la philosophie comme connaissance à transmettre sans tenir suffisamment compte du principal intéressé, l’étudiant. Chacun se faisait la conscience de l’étudiant à travers sa propre conception de l’état de la société québécoise et sa propre conception de la philosophie.

Dans une telle optique on peut toujours considérer la pédagogie comme un pouvoir entre les mains de l’État pour justifier, maintenir et développer un modèle de société correspondant à l’image de la classe dominante. Mais une telle affirmation ne peut constituer une base scientifique pour déterminer les objectifs d’un cours et la méthodologie qui permet de les atteindre. Elle conduit plutôt à une prise de position ambiguë : il s’agit effectivement, dans tout apprentissage ou enseignement, d’utiliser un pouvoir, mais aussi de communiquer ou développer un pouvoir (celui que donnent toute connaissance et toute formation); on utilise un pouvoir pour transmettre un modèle de société, mais en réalité la connaissance libère et la formation permet d’agir. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne l’enseignement de la philosophie. Le message est le médium lui-même.

Ainsi, le débat pédagogique au sein des corps professoraux se maintenait beaucoup plus au niveau de l’idéologie que de la pédagogie et débouchait sur un dogmatisme nouveau, qui, dans la pratique, ne changeait pas grand-chose au point de vue psychopédagogique. On substituait une doctrine à une autre. C’était la lutte entre une idéologie dominante et une autre se croyant justifiée de s’imposer.

Le seul moyen d’éviter cet écueil du dogmatisme ou d’une aliénation nouvelle était à nos yeux d’orienter la pédagogie dans le sens d’une mise en œuvre de moyens pour développer des capacités mentales en considérant la réflexion philosophique comme un « comportement ».

Pourtant, la « révolution tranquille » ne pouvait pas ne pas impliquer une remise en question de la pédagogie dès lors que cette société cherchait à se redéfinir, à marquer son originalité et à se choisir un avenir. On ne peut se découvrir, se reconnaître vraiment sans se psychanalyser, c’est-à-dire sans prendre conscience de son aliénation et des conditions objectives qui l’entre tiennent. La société, dans son ensemble, et plus particulièrement par les media d’information électroniques, agit sur l’individu selon le schéma de l’expérience vécue (cf. p. 116) et contribue à son aliénation en un sens déterminé, dans la mesure où un pouvoir (que ce soit celui de l’establishment financier, d’une idéologie politique ou sociale) manipule ces media.

La révolution tranquille, pour dépasser cette mise en conditionnement des gens et la surmonter, se devait de mettre entre les mains de la jeunesse des instruments intellectuels capables d’assurer leur maturité sans l’entraîner vers un autre état d’aliénation. Tout cela impliquait des études sérieuses en pédagogie, et plus particulièrement en pédagogie de la philosophie, si tant est vrai que celle-ci soit une sagesse et un apprentissage de la vie, comme nous espérons pouvoir le démontrer au cours de ce travail. En ce sens, le Rapport Parent avait inscrit dans la réforme souhaitée de l’enseignement les principes d’une démocratisation nécessaire. Il était à prévoir qu’une transformation en profondeur allait s’effectuer dans une reformulation mieux articulée et adaptée des institutions éducatives. Mais au niveau de la classe, on persistait souvent à confondre objectifs philosophiques et objectifs pédagogiques.

Pendant que des efforts considérables s’effectuaient dans le sens d’une recherche fondamentale, nous avons cru nécessaire d’attirer l’attention sur les possibilités d’une recherche scientifique portant sur les conditions psychopédagogiques de l’enseignement de la Philosophie, tout en respectant les objectifs lointains d’une démocratisation de l’enseignement. De ce point de vue, il s’agissait d’édifier et de perfectionner un instrument de travail adapté aux besoins de l’étudiant actuel de sorte qu’il devienne capable d’élaborer sa propre philosophie.

Le seul moyen de parvenir à cette fin était à nos yeux de mener une recherche systématique sur le com portement mental des étudiants en rapport avec le comportement du philosophe.

En publiant notre premier essai, nous ne dis posions pas de faits pédagogiques significatifs suffisants pour cerner ce problème avec précision et d’une façon complète. Nous avons l’impression d’avoir progressé en ce sens en poursuivant notre recherche (que nous qualifions d’artisanale, en raison de l’impossibilité, dans le contexte actuel, d’obtenir des conditions nécessaires à une recherche rigoureusement scientifique). En utilisant analogiquement les modèles scientifiques issus de l’informatique, de la psychologie, de la neurophysiologie, nous croyons avoir dégagé les caractéristiques les plus importantes, à nos fins, du comportement mental réel de l’étudiant qui s’initie à la philosophie.

Nous en venons à la conclusion que l’enseignement de la philosophie doit permettre à l’étudiant de passer graduellement d’un type de réflexion spontanée au modèle de réflexion systématique propre à la philosophie. Et puisque l’expérience est la voie naturelle de tout apprentissage, le problème fondamental de l’enseignement de la philosophie peut s’exprimer de la façon suivante : comment l’étudiant peut-il parvenir à vivre des expériences philosophiques de type achevé et ainsi développer un esprit philosophique ?

L’essai que nous publions aujourd’hui tente de ré pondre à cette question. Dans une première partie, nous nous efforçons de cerner le problème du passage de l’expérience vécue commune à l’expérience philosophique proprement dite. Dans la seconde partie, nous abordons les principaux aspects de ce problème d’un point de vue didactique. Nous présentons, ensuite, quelques travaux d’étudiants pouvant servir d’illustration.

La révolution tranquille, pour dépasser cette mise en conditionnement des gens et la surmonter, se devait de mettre entre les mains de la jeunesse des instruments intellectuels capables d’assurer leur maturité sans l’entraîner vers un autre état d’aliénation.

Tout cela impliquait des études sérieuses en pédagogie, et plus particulièrement en pédagogie de la philosophie, si tant est vrai que celle-ci soit une sagesse et un apprentissage de la vie, comme nous espérons pouvoir le démontrer au cours de ce travail. En ce sens, le Rapport Parent avait inscrit dans la réforme souhaitée de l’enseignement les principes d’une démocratisation nécessaire. Il était à prévoir qu’une transformation en profondeur allait s’effectuer dans une reformulation mieux articulée et adaptée des institutions éducatives. Mais au niveau de la classe, on persistait souvent à confondre objectifs philosophiques objectifs pédagogiques.

Pendant que des efforts considérables s’effectuaient dans le sens d’une recherche fondamentale, nous avons cru nécessaire d’attirer l’attention sur les possibilités d’une recherche scientifique portant sur les conditions psychopédagogiques de l’enseignement de la Philosophie, tout en respectant les objectifs lointains d’une démocratisation de l’enseignement. De ce point de vue, il s’agissait d’édifier et de perfectionner un instrument de travail adapté aux besoins de l’étudiant actuel de sorte qu’il devienne capable d’élaborer sa propre philosophie.

Le seul moyen de parvenir à cette fin était à nos yeux de mener une recherche systématique sur le com portement mental des étudiants en rapport avec le comportement du philosophe.

En publiant notre premier essai, nous ne dis posions pas de faits pédagogiques significatifs suffisants pour cerner ce problème avec précision et d’une façon complète. Nous avons l’impression d’avoir progressé en ce sens en poursuivant notre recherche (que nous qualifions d’artisanale, en raison de l’impossibilité, dans le contexte actuel, d’obtenir des conditions nécessaires à une recherche rigoureusement scientifique). En utilisant analogiquement les modèles scientifiques issus de l’informatique, de la psychologie, de la neurophysiologie, nous croyons avoir dégagé les caractéristiques les plus importantes, à nos fins, du comportement mental réel de l’étudiant qui s’initie à la philosophie.

Nous en venons à la conclusion que l’enseignement de la philosophie doit permettre à l’étudiant de passer graduellement d’un type de réflexion spontanée au modèle de réflexion systématique propre à la philosophie. Et puisque l’expérience est la voie naturelle de tout apprentissage, le problème fondamental de l’enseignement de la philosophie peut s’exprimer de la façon suivante : comment l’étudiant peut-il parvenir à vivre des expériences philosophiques de type achevé et ainsi développer un esprit philosophique ?

L’essai que nous publions aujourd’hui tente de ré pondre à cette question. Dans une première partie, nous nous efforçons de cerner le problème du passage de l’expérience vécue commune à l’expérience philosophique proprement dite. Dans la seconde partie, nous abordons les principaux aspects de ce problème d’un point de vue didactique. Nous présentons, ensuite, quelques travaux d’étudiants pouvant servir d’illustration.

REVUE DE PRESSE


AU SUJET DE L’AUTEUR

Claude Collin

1925 – 2018

Claude Collin était un professeur de philosophie reconnu au Cégep du Vieux Montréal.

Il fut considéré comme un pionnier dans le domaine de la didactique de la philosophie au Québec. Ses travaux portaient principalement sur l’expérience philosophique et la pédagogie de la pensée critique.

Publications majeures

Il a publié plusieurs ouvrages essentiels pour l’enseignement collégial :

  • L’Expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (1977), publié chez Bellarmin.
  • L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974), coécrit avec Zdenko Osana.
  • L’Initiation philosophique en quatre leçons.

Ses recherches au sein du département de philosophie du Cégep du Vieux Montréal visaient à ancrer la philosophie comme une activité concrète répondant aux besoins pédagogiques des étudiants.


« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

EXTRAIT

Thèse universitaire Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le monde de l’édition
Le succès de Bellarmin: Les Vieux m’ont conté, par Clément Trude, Le devoir, 1979-04-25, Collections de BAnQ.

À CONSULTER EN LIGNE

Collin, Claude – L‘enseignement de la philosophie – Cuestiones de Filosofía, núm. 10, 2008, pp. 7-22 / Universidad Pedagógica y Tecnológica de Colombia

Collin, C. (1981). Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste).
Philosophiques, 8(1), 149–166. https://doi.org/10.7202/203155ar

Le test de PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie – Variante du titre:Prospectives – Collin, Claude, 1925-; Osana, S.A.; Centre d’animation, de développement et de recherche en éducation


DU MÊME AUTEUR


COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


1. MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

Compte rendu par : Raymond Bélanger.

Un compte-rendu du Professeur Raymond Bélanger du Collège Montmorency

Claude, COLLIN
Méthode de recherche philosophique
À l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie
Les Éditions le Griffon d’argile, 1990.

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Ces paroles de Boileau, extraites de son art poétique, reflètent bien l’intérêt de l’auteur qui, depuis plus de 20 ans, élabore et raffine une didactique de la philosophie. Mais cette dernière publication est plus qu’un chemin (méthode) à suivre pour enseigner la philosophie au collégial, c’est aussi et surtout l’exposition d’une problématique philosophique millénaire inaugurée par Socrate , reprise par Platon , perpétuée par tous les rationalistes qui font confiance en la raison.

Le problème de fond traité par cette tradition, adapté par l’auteur pour des étudiants du collégial, est la possibilité pour la raison d’accéder à la conceptualisation à l’analyse propositionnelle et à la problématisation. Comment dépasser la connaissance commune (l’opinion et le vécu psychologique immédiat) et l’élever jusqu’à l’ordre du concept et de la pensée critique. À tous les rationalistes, pédagogues qui ont encore foi en la lumière du concept et de la rationalité pour comprendre, expliquer et transformer la réalité, ce livre peut être d’un excellent secours. Mais le grand bénéficiaire est encore l’étudiant puisque cette méthode philosophique l’initie à un art de penser qui ne se limite pas aux premières impressions perçues dans tout phénomène. Il s’agit d’une dialectique ascendante qui conduira l’étudiant vers la logique et les grandes thématiques philosophiques.

Cette version moderne de la dialectique platonicienne (ascension de l’âme vers l’intelligible), déjà illustrée dans l’allégorie de la caverne, mérite une attention particulière à cette époque où certains philosophes se questionnent sur la pertinence, l’efficacité de l’enseignement de la philosophie.

L’auteur à partir de trois expériences de réflexion se fondant sur le vécu, le conçu et la critique ou vérification (problématisation) remet en évidence l’objet de la méthode même de la philosophie. En arrière fond à ce projet sont exposés trois objectifs : comment développer chez nos étudiants, à partir d’une méthode et d’un contenu spécifiquement philosophiques, une pensée personnelle, une pensée libre et une pensée critique?

Voilà des objectifs pertinents, très philosophiques, qu’illustrent les trois moments de la réflexion, soutenus par les trois phases de la méthode, toutes deux fondées sur la recherche du sens, l’analyse et la problématisation des diverses expériences vécues par les étudiants. Progressivement, méthode et problématique se fusionnent pour atteindre ces habiletés intellectuelles qui sont au cœur même de toute formation fondamentale au niveau collégial.

Mais comment l’auteur relève-t-il ce défi d’initier des élèves à une réflexion typiquement philosophique assise non seulement sur une culture savante, mais aussi et surtout sur une culture populaire, i.e. le vécu de l’étudiant?

L’enjeu est de passer d’une pensée commune à une pensée philosophique qui se construit progressivement. Ce livre expose une « une philosophie en marche » qui permet de dépasser le monde de l’opinion, de la pensée spontanée, des visions pratiques, du langage courant, des conclusions particulières, pour accéder à une pensée rationnelle caractérisée par la recherche du sens, de conclusions générales, d’énoncés de principe, de définitions. Tout philosophe reconnaît, d’une part, les ombres de la caverne platonicienne projetées sur l’écran opaque du sensible (l’expérience psychologique immédiate) et, d’autre part, le désir de s’en libérer pour mieux accéder à l’intelligible (l’analyse propositionnelle et la problématisation qui débouche sur des questions métaphysiques).

Si le premier degré de réflexion axé sur l’expérience vécue de l’étudiant cherche, une fois les faits décrits et interprétés, une conclusion générale, celle-ci reste quand même incomplète et nécessite l’analyse propositionnelle ou logique. Cette réflexion ou expérience pré-philosophique, qui se situe maintenant à un niveau d’abstraction plus élevée (les idées), consiste à clarifier la pensée dans ce qu’elle affirme ou nie. Elle favorise ce retour de la pensée sur elle-même qui caractérise la philosophie. Alors, cette fois, l’analyse se situe au niveau du jugement, qui dans un premier temps, réfléchit sur les concepts qui le composent, sur leur rapport (identité, attribution, causalité, proportion … ), pour analyser ensuite les diverses prises de position possibles vis-à-vis cette idée (proposition contraire, opposée, contradictoire).

Cette analyse logique culmine dans l’effort de dégager des concepts secondaires et un concept central où apparaît le véritable problème qui, selon l’auteur, émerge dans le rapport entre les deux concepts qui doivent se dans un troisième, sorte de synthèse des deux premiers. Ainsi dans la proposition l’amour implique la liberté » (p. 71) surgit la proposition contraire, « l’amour est aveugle » ou encore « implique la responsabilité », l’obligation. Comment solutionner le problème? La volonté, synthèse de l’amour et de la liberté, est ce troisième terme qui harmonise les contraires.

Une fois le travail d’analyse terminé, nous accédons à la phase vraiment philosophique de la réflexion, i.e. la critique de sa pensée en la confrontant à des auteurs. L’émergence du problème entrevu dans la finale de la deuxième étape nous conduit donc au troisième degré de réflexion, fondé sur le processus de problématisation qui permet non seulement de solutionner le problème, mais aussi de vérifier sa solution à même les grands courants de la philosophie. D’où le choix d’une méthode pour mieux discuter, la consultation de la philosophie écrite et l’extension de ses propres conclusions à d’autres domaines. Parvenir « au fond des choses », voilà l’attitude véritablement philosophique. Ce « pourquoi » ne saurait s’articuler sans se référer à une méthode de discussion puisée dans la tradition philosophique : la dialectique thèse-antithèse, les quatre causes décrites déjà par Aristote, et la normalité (ce qui devrait être et ce qui est cohérent). Vient ensuite la confrontation de notre pensée avec celle des auteurs. Qu’est-ce que les auteurs ont dit sur certains problèmes et concepts que l’étudiant a lui-même dégagés suite à l’analyse propositionnelle et à la méthode de discussion. Qu’ont-ils dit relativement aux problèmes de la vérité, de la valeur, de l’être. Toute hypothèse de travail se doit d’être vérifiée.

Ce compte rendu serait incomplet si nous n’exprimions pas les avantages et les difficultés d’une telle méthode ou didactique de la philosophie. L’objet et l’enjeu réel de la philosophie est la pensée et son développement selon une méthode spécifique, différente des méthodes utilisées dans d’autres disciplines. Si le point de départ de cette méthode a quelques affinités avec la méthode scientifique du fait que cette dernière se fonde sur l’empirisme, la méthode philosophique, parce qu’elle est une expérience conceptuelle et de problématisation, est surtout une distanciation progressive de l’expérience psychologique, grâce à ce retour réflexif de la pensée sur elle-même qu’assurent l’analyse propositionnelle et les méthodes de discussion d’un problème.

L’auteur s’attaque à ce difficile passage du monde de l’apparaître vers le monde de l’être que seule une réflexion abstraite permet. Selon nous, cette méthode donne des résultats positifs. D’une part, elle se fonde sur une expérience immédiate de l’étudiant (son vécu), respecte le cheminement progressif de la pensée et évite ainsi d’exposer des notions souvent trop difficiles et sans signification véritable pour l’étudiant. D’autre part, elle intègre, toujours à partir du vécu de l’étudiant, la logique, les questions épistémologiques (causalité, être, valeur, vérité) et l’histoire de la philosophie.

Enfin nous croyons que les difficultés que nous rencontrons dans nos cours pour faire le passage d’une pensée concrète à une pensée abstraite s’amenuisent du fait que l’expérience soit le point de départ de cette méthode.

Le vécu est une excellente source de motivation pour présenter et intégrer d’une manière pédagogique les problématiques philosophiques du cours 340-101 que sont les trois opérations de l’esprit: le concept, la proposition et le raisonnement.
Si les thèmes et synthèses philosophiques sont éternels, il y a dans cette création méthodologique de l’auteur un rajeunissement dans la présentation des contenus. Le désir d’apprendre, de connaître, n’émerge-t-il pas de l’expérience commune (le vécu psychologique immédiat)? Il s’agit d’un procédé pédagogique élémentaire. Quand une situation personnelle prend du sens, elle suscite une compréhension plus profonde de l’ordre de la logique et de la vérification, bref de l’ordre de la rationalité. Alors la philosophie devient significative et vivante.

Raymond BÉLANGER
Collège Montmorency


Publicité dans la revue Relations, octobre 1979

Relations, 1979-10, Collections de BAnQ.

Mention

Compte rendu dans la revue Revue des sciences de l’éducation

Volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338

« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

Intervention au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal, Institut de recherches didactiques, 1974.

Voir C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005


ÉDITIONS HOMMAGE

Les livres de Claude Collin ne sont plus disponibles si ce n’est L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expe?rimentale sur Internet Archive. C’est pourquoi je vous offre deux documents réunissant les écrits pédagogiques de Claude Collin publiés sur ses sites web à télécharger gratuitement.

DOCUMENT # 1/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).
DOCUMENT # 2/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).

TOUS NOS ARTICLES EN HOMMAGE À CLAUDE COLLIN

Rapport de lecture du livre « Initiation à la philosophie en quatre leçons » de Claude Collin

Article # 165 – Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

Documents réunissant les écrits pédagogique de Claude Collin

Livre numérique gratuit – Ebook gratuit

Article # 163 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 1 de 2)

Article # 164 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 2 de 2

Voir tous nos rapports de lecture

Article # 165 – Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994 (rapport de lecture)

L’initiation philosophique en quatre leçons

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

Claude Collin

(1925 – 2018)

Éditions Griffon d’argile

ISBN-10: 2894430140

ISBN-13: 9782894430149

122 pages

Québec, Québec, 1994


TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Il y a longtemps que j’attendais une méthode graduée, de caractère scientifique (c’est-à-dire qui évite tout arbitraire dans son déroulement) qui permettrait aux étudiants de toute concentration de vivre une expérience de cheminement philosophique dont le point de départ s’enracinerait dans leur situation existentielle.

Pour avoir expérimenté la méthode proposée par Claude Coll in avec des étudiants inscrits dans le programme de Sports-Études, je puis conclure que cette démarche atteint les objectifs visés par tout apprentissage de la démarche philosophique. »

Michel Bourassa, Collège Montmorency.

« Entre un enseignement qui reste en surface sous forme de concepts non assimilés ou d’interprétations, mal adaptées et une approche centrée sur la soi-disant expression de soi qui, faute de contenu valable, ne fait qu’entretenir un certain vide intellectuel, la méthode de M. Collin nous propose un cheminement didactique qui permet d’atteindre le sens profond des idées et les vrais problèmes soulevés, autant qu’il permet de conceptualiser le réel et le vécu, pour mieux les comprendre.

Bien comprendre le vécu, bien comprendre les idées, n’était-ce pas là la vocation originaire de la pensée, et n’est-ce pas là la raison d’être de la philosophie au cegep ? »

Jamill Haddad. Cégep du Vieux-Montréal


TABLE DES MATIÈRES

Introduction

PREMIÈRE LEÇON

L’enseignement de la philosophie est-il un luxe?

Qu’est-ce que la philosophie?

Du mode ordinaire de réflexion au mode philosophique

Textes d’appoint

DEUXIÈME LEÇON

La notion d’expérience humaine

L’expérience vécu

Le procédé

Résumé

Exemples d’expériences

Textes d’appoint

TROISIÈME LEÇON

L’analyse propositionnelle

Le procédé de l’analyse

Les difficultés de l’analyse

Exemples d’analyses

Textes d’appoint

QUATRIÈME LEÇON

La problématisation philosophique

Première étape: choix d’une méthode

    1. Dialectique
    2. Normalité
    3. Questions ultimes

Consultation de la philosophie écrite

La portée

Textes d’appoint

Critères de correction

SUPPLÉMENT

Glossaire

Travaux d’étudiants

Dessiner

L’écriture

La soif

Le suicide

Mes premiers pas


EXTRAITS

Avant-propos

Ce manuel s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il s’adresse d’une façon spéciale aux étudiants et étudiantes du collégial.

Il se veut un chemin ouvert: il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il ne présente pas de contenu doctrinal ayant réponse à tout.

Une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

Il s’agit de mener une réflexion divisée en trois parties conduisant inévitablement au niveau de la pensée philosophique.

Il comporte quatre leçons que l’étudiant doit lire avant de participer au coure.

Le rôle de l’enseignant consiste à expliquer en classe chacune des trois étapes de l’expérience philosophique.

L’étudiant est libre de choisir le domaine qui lui convient comme point de départ à la réflexion. Mais il peut être avantageux de s’arrêter sur un thème se rapportant à la matière delà session. Habituellement, ces sujets se retrouvent dans le plan de cours ou le cahier de notes du professeur.

L’expérience philosophique ou l’harmonie des trois sphères

Introduction

DÉVELOPPER SA PROPRE PENSÉE PHILOSOPHIQUE

L’initiation à la philosophie comporte habituellement deux aspects complémentaires: soit que l’on mette l’accent sur la nécessité de découvrir les connaissances de base indispensables à la compréhension des problèmes philosophiques: ce que l’on pourrait appeler l’aspect « informatif» de l’apprentissage; soit que l’on préfère insister sur la manière, la façon, le mode de réflexion propre à la philosophie : ce que l’on pourrait appeler l’aspect « formatif» de l’apprentissage philosophique : en pratique, toute la tradition de cet enseignement présente un dosage entre ces deux formes d’enseignement.

La méthode que nous proposons dans ces pages fait évidemment partie de l’aspect formatif de l’initiation à la philosophie. Elle offre à chacun la possibilité de développer sa propre pensée philosophique, selon son niveau de cours. Toute personne, quel que soit son degré de culture, en franchissant les étapes de cette méthode, atteindra nécessairement le niveau de pensée que l’on reconnaît habituellement à la philosophie. Car elle franchira les étapes naturelles d’une réflexion en profondeur.

LES TROIS SPHÈRES DE LA RÉFLEXION

Nous appellerons ces étapes naturelles les trois sphères:

a) la première sphère, celle du vécu, c’est-à-dire la sphère de l’événement, des faits qui arrivent, des situations qui se vivent, des phénomènes qui nous touchent ;

b) la seconde sphère, celle du discours, de la parole, du langage, de l’expression sons toutes ses tonnes ;

c) enfin la troisième sphère, celle de la théorie, c’est-à-dire celle de la critique, de la raison inspirée par l’amour de la vérité et du bien humain.

La méthode que nous proposons dans ces pages s’inscrit donc dans une perspective d’ensemble du processus de l’esprit humain qui évolue, selon son degré de perspicacité et de profondeur, à trois niveaux différents.

LES HABILETÉS DES PHILOSOPHES

Savoir franchir ces étapes, c’est déjà avoir développé les habiletés propres au philosophe.

Pour aller au fond de choses, il est sans doute nécessaire de posséder les renseignements pertinents à tel champ de réflexion. Ce qui constitue l’objectif premier des cours écrits, expliqués et discutés en classe.

Mais il faut en plus élaborer soi-même des réflexions de type philosophique à la façon des philosophes; en ce sens, la philosophie devient l’apprentissage de la pensée libre et personnelle.

LA PENSÉE PERSONNELLE

1. La première sphère nous permettra de produire et d’exprimer une pensée personnelle structurée (cela signifie que la pensée personnelle est importante, qu’il faut avoir confiance en sa propre capacité de réfléchir et qu’il est possible de structurer sa réflexion personnelle).

LA PENSÉE LIBRE

2. La seconde sphère nous amène à comprendre la signification d’un discours, d’une prise de position, et découvrir le problème qu’il soulève (cela signifie que pour ne pas être à la merci de la publicité, de la propagande, des courants de pensée à la mode, on doit être capable de découvrir les idées qui composent une pensée ou une prise de position, et entrevoir ainsi le problème qu’elle pose; c’est la condition de la liberté de la pensée).

LE FOND DES CHOSES

3. La troisième sphère nous conduit à tenter la justification de notre pensée ou de notre prise de position ; en résumé, il s’agit d’apprendre à aller au fond des choses.

Les tâches à réaliser pour atteindre ces objectifs (les activités intellectuelles) seront les suivantes:

• la formulation d’une expérience vécue;

• l’analyse systématique d’une pensée, d’une prise de position;

• la critique de la pensée.

Ce sont les activités intellectuelles qui nous conduisent au fond des choses, comme cela peut se lire dans le tableau de la page suivante qui dresse une esquisse des trois sphères du processus normal d’approfondissement de la pensée.

N.B. La première sphère fait l’objet de la deuxième leçon; la deuxième sphère est expliquée dans la troisième leçon; et la troisième sphère dans la quatrième leçon.


Cliquez sur le tableau pour l’agrandir.

AU SUJET DE L’AUTEUR

Claude Collin

1925 – 2018

Claude Collin était un professeur de philosophie reconnu au Cégep du Vieux Montréal.

Il fut considéré comme un pionnier dans le domaine de la didactique de la philosophie au Québec. Ses travaux portaient principalement sur l’expérience philosophique et la pédagogie de la pensée critique.

Publications majeures

Il a publié plusieurs ouvrages essentiels pour l’enseignement collégial :

  • L’Expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (1977), publié chez Bellarmin.
  • L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974), coécrit avec Zdenko Osana.
  • L’Initiation philosophique en quatre leçons.

Ses recherches au sein du département de philosophie du Cégep du Vieux Montréal visaient à ancrer la philosophie comme une activité concrète répondant aux besoins pédagogiques des étudiants.


« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

EXTRAIT

Thèse universitaire Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le monde de l’édition
Le succès de Bellarmin: Les Vieux m’ont conté, par Clément Trude, Le devoir, 1979-04-25, Collections de BAnQ.

À CONSULTER EN LIGNE

Collin, Claude – L‘enseignement de la philosophie – Cuestiones de Filosofía, núm. 10, 2008, pp. 7-22 / Universidad Pedagógica y Tecnológica de Colombia

Collin, C. (1981). Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste).
Philosophiques, 8(1), 149–166. https://doi.org/10.7202/203155ar

Le test de PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie – Variante du titre:Prospectives – Collin, Claude, 1925-; Osana, S.A.; Centre d’animation, de développement et de recherche en éducation


DU MÊME AUTEUR


COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


1. MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

Compte rendu par : Raymond Bélanger.

Un compte-rendu du Professeur Raymond Bélanger du Collège Montmorency

Claude, COLLIN
Méthode de recherche philosophique
À l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie
Les Éditions le Griffon d’argile, 1990.

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Ces paroles de Boileau, extraites de son art poétique, reflètent bien l’intérêt de l’auteur qui, depuis plus de 20 ans, élabore et raffine une didactique de la philosophie. Mais cette dernière publication est plus qu’un chemin (méthode) à suivre pour enseigner la philosophie au collégial, c’est aussi et surtout l’exposition d’une problématique philosophique millénaire inaugurée par Socrate , reprise par Platon , perpétuée par tous les rationalistes qui font confiance en la raison.

Le problème de fond traité par cette tradition, adapté par l’auteur pour des étudiants du collégial, est la possibilité pour la raison d’accéder à la conceptualisation à l’analyse propositionnelle et à la problématisation. Comment dépasser la connaissance commune (l’opinion et le vécu psychologique immédiat) et l’élever jusqu’à l’ordre du concept et de la pensée critique. À tous les rationalistes, pédagogues qui ont encore foi en la lumière du concept et de la rationalité pour comprendre, expliquer et transformer la réalité, ce livre peut être d’un excellent secours. Mais le grand bénéficiaire est encore l’étudiant puisque cette méthode philosophique l’initie à un art de penser qui ne se limite pas aux premières impressions perçues dans tout phénomène. Il s’agit d’une dialectique ascendante qui conduira l’étudiant vers la logique et les grandes thématiques philosophiques.

Cette version moderne de la dialectique platonicienne (ascension de l’âme vers l’intelligible), déjà illustrée dans l’allégorie de la caverne, mérite une attention particulière à cette époque où certains philosophes se questionnent sur la pertinence, l’efficacité de l’enseignement de la philosophie.

L’auteur à partir de trois expériences de réflexion se fondant sur le vécu, le conçu et la critique ou vérification (problématisation) remet en évidence l’objet de la méthode même de la philosophie. En arrière fond à ce projet sont exposés trois objectifs : comment développer chez nos étudiants, à partir d’une méthode et d’un contenu spécifiquement philosophiques, une pensée personnelle, une pensée libre et une pensée critique?

Voilà des objectifs pertinents, très philosophiques, qu’illustrent les trois moments de la réflexion, soutenus par les trois phases de la méthode, toutes deux fondées sur la recherche du sens, l’analyse et la problématisation des diverses expériences vécues par les étudiants. Progressivement, méthode et problématique se fusionnent pour atteindre ces habiletés intellectuelles qui sont au cœur même de toute formation fondamentale au niveau collégial.

Mais comment l’auteur relève-t-il ce défi d’initier des élèves à une réflexion typiquement philosophique assise non seulement sur une culture savante, mais aussi et surtout sur une culture populaire, i.e. le vécu de l’étudiant?

L’enjeu est de passer d’une pensée commune à une pensée philosophique qui se construit progressivement. Ce livre expose une « une philosophie en marche » qui permet de dépasser le monde de l’opinion, de la pensée spontanée, des visions pratiques, du langage courant, des conclusions particulières, pour accéder à une pensée rationnelle caractérisée par la recherche du sens, de conclusions générales, d’énoncés de principe, de définitions. Tout philosophe reconnaît, d’une part, les ombres de la caverne platonicienne projetées sur l’écran opaque du sensible (l’expérience psychologique immédiate) et, d’autre part, le désir de s’en libérer pour mieux accéder à l’intelligible (l’analyse propositionnelle et la problématisation qui débouche sur des questions métaphysiques).

Si le premier degré de réflexion axé sur l’expérience vécue de l’étudiant cherche, une fois les faits décrits et interprétés, une conclusion générale, celle-ci reste quand même incomplète et nécessite l’analyse propositionnelle ou logique. Cette réflexion ou expérience pré-philosophique, qui se situe maintenant à un niveau d’abstraction plus élevée (les idées), consiste à clarifier la pensée dans ce qu’elle affirme ou nie. Elle favorise ce retour de la pensée sur elle-même qui caractérise la philosophie. Alors, cette fois, l’analyse se situe au niveau du jugement, qui dans un premier temps, réfléchit sur les concepts qui le composent, sur leur rapport (identité, attribution, causalité, proportion … ), pour analyser ensuite les diverses prises de position possibles vis-à-vis cette idée (proposition contraire, opposée, contradictoire).

Cette analyse logique culmine dans l’effort de dégager des concepts secondaires et un concept central où apparaît le véritable problème qui, selon l’auteur, émerge dans le rapport entre les deux concepts qui doivent se dans un troisième, sorte de synthèse des deux premiers. Ainsi dans la proposition l’amour implique la liberté » (p. 71) surgit la proposition contraire, « l’amour est aveugle » ou encore « implique la responsabilité », l’obligation. Comment solutionner le problème? La volonté, synthèse de l’amour et de la liberté, est ce troisième terme qui harmonise les contraires.

Une fois le travail d’analyse terminé, nous accédons à la phase vraiment philosophique de la réflexion, i.e. la critique de sa pensée en la confrontant à des auteurs. L’émergence du problème entrevu dans la finale de la deuxième étape nous conduit donc au troisième degré de réflexion, fondé sur le processus de problématisation qui permet non seulement de solutionner le problème, mais aussi de vérifier sa solution à même les grands courants de la philosophie. D’où le choix d’une méthode pour mieux discuter, la consultation de la philosophie écrite et l’extension de ses propres conclusions à d’autres domaines. Parvenir « au fond des choses », voilà l’attitude véritablement philosophique. Ce « pourquoi » ne saurait s’articuler sans se référer à une méthode de discussion puisée dans la tradition philosophique : la dialectique thèse-antithèse, les quatre causes décrites déjà par Aristote, et la normalité (ce qui devrait être et ce qui est cohérent). Vient ensuite la confrontation de notre pensée avec celle des auteurs. Qu’est-ce que les auteurs ont dit sur certains problèmes et concepts que l’étudiant a lui-même dégagés suite à l’analyse propositionnelle et à la méthode de discussion. Qu’ont-ils dit relativement aux problèmes de la vérité, de la valeur, de l’être. Toute hypothèse de travail se doit d’être vérifiée.

Ce compte rendu serait incomplet si nous n’exprimions pas les avantages et les difficultés d’une telle méthode ou didactique de la philosophie. L’objet et l’enjeu réel de la philosophie est la pensée et son développement selon une méthode spécifique, différente des méthodes utilisées dans d’autres disciplines. Si le point de départ de cette méthode a quelques affinités avec la méthode scientifique du fait que cette dernière se fonde sur l’empirisme, la méthode philosophique, parce qu’elle est une expérience conceptuelle et de problématisation, est surtout une distanciation progressive de l’expérience psychologique, grâce à ce retour réflexif de la pensée sur elle-même qu’assurent l’analyse propositionnelle et les méthodes de discussion d’un problème.

L’auteur s’attaque à ce difficile passage du monde de l’apparaître vers le monde de l’être que seule une réflexion abstraite permet. Selon nous, cette méthode donne des résultats positifs. D’une part, elle se fonde sur une expérience immédiate de l’étudiant (son vécu), respecte le cheminement progressif de la pensée et évite ainsi d’exposer des notions souvent trop difficiles et sans signification véritable pour l’étudiant. D’autre part, elle intègre, toujours à partir du vécu de l’étudiant, la logique, les questions épistémologiques (causalité, être, valeur, vérité) et l’histoire de la philosophie.

Enfin nous croyons que les difficultés que nous rencontrons dans nos cours pour faire le passage d’une pensée concrète à une pensée abstraite s’amenuisent du fait que l’expérience soit le point de départ de cette méthode.

Le vécu est une excellente source de motivation pour présenter et intégrer d’une manière pédagogique les problématiques philosophiques du cours 340-101 que sont les trois opérations de l’esprit: le concept, la proposition et le raisonnement.
Si les thèmes et synthèses philosophiques sont éternels, il y a dans cette création méthodologique de l’auteur un rajeunissement dans la présentation des contenus. Le désir d’apprendre, de connaître, n’émerge-t-il pas de l’expérience commune (le vécu psychologique immédiat)? Il s’agit d’un procédé pédagogique élémentaire. Quand une situation personnelle prend du sens, elle suscite une compréhension plus profonde de l’ordre de la logique et de la vérification, bref de l’ordre de la rationalité. Alors la philosophie devient significative et vivante.

Raymond BÉLANGER
Collège Montmorency


2. L’INITIATION PHILOSOPHIQUE EN 4 LEÇONS

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

Ce manuel s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il est un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il est une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses


3. L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

La didactique expérimentale de la philosophie dont il sera question sur ce site a pris naissance dans la foulée de la Révolution tranquille. L’instauration des cégeps en fut l’élément déclencheur. Toute la réalité pédagogique changeait brusquement: nouvelle population étudiante très diversifiée selon l’âge, l’orientation, la culture; nouvelle structure des programmes; un esprit nouveau très préoccupé de rejoindre le vécu quotidien s’exprimant avec vigueur; un besoin profondément ressenti de clarifier le statut de l’enseignement de la philosophie menacé de plus en plus par le développement des sciences humaines. Cette situation nous forçait à repenser notre enseignement: nous réalisions que nous ne connaissions pas ces nouveaux étudiants plus jeunes, venant de tous les milieux et dont le passé culturel nous échappait; nous ne pouvions poursuivre l’enseignement traditionnel dans ces conditions nouvelles. Il s’agissait donc d’une part de trouver un moyen de savoir ce dont l’étudiant était capable en fonction de l’apprentissage de la philosophie et d’autre part d’aller à l’essentiel de cet esprit qui devait être celui de la philosophie. La méthode de la didactique expérimentale nous semblait le moyen de réaliser ces objectifs.


4. L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

Dans cet ouvrage (1978), l’auteur livre les résultats des recherches effectuées sur environ trois mille travaux d’étudiants, selon la méthode présentée dans « L’enseignement de la philosophie »(1974). Ces études ont permis d’esquisser le profil mental de l’étudiant qui apprend à philosopher; de préciser les opérations mentales qu’utilise le philosophe en élaborant sa science et les moyens qu’il conviendrait d’utiliser pour que l’étudiant soit capable d’élaborer sa propre philosophie. De plus, l’auteur aborde un certain nombre de problèmes pédagogiques soulevés par l’enseignement de la philosophie. Enfin, se dégage de cet ouvrage une voie à suivre pour effectuer le passage d’une expérience commune à une expérience philosophique achevée. Celle-ci se présentera en trois étapes interdépendantes, formant une unité dynamique: dialectique du vécu, du conçu et de la théorie.

Source : Internet Archive.


Retrouvé sur le site web du Cégep du Vieux Montréal

Captation d’Internet Archive

CÉGEP DU VIEUX-MONTRÉAL

La notion de problème philosophique

par Claude Collin

Au début des années ‘80, un professeur du New-York College avait préparé un questionnaire en prévision du Congrès Mondial de Philosophie de Montréal (1983) dans le but de favoriser une meilleure compréhension des différentes conceptions que les philosophes se font de la philosophie, de leur profession et de l’enseignement. Une des questions portait sur la notion de problème philosophique.

Bien entendu, il ne s’agissait pas de produire une définition consensuelle de la notion de problème philosophique. Il ne s’agissait pas non plus de prouver quoi que ce soit en ce domaine, mais uniquement de « montrer » la vision que se font les professeurs de philosophie d’une notion importante relevant de leur science.

Nous avons présenté ce questionnaire aux professeurs d’un collège montréalais. Huit d’entre eux nous ont fait parvenir leurs réponses qui ne manquent certes pas d’intérêt. La première question porte sur le problème philosophique et se formule ainsi:

Qu’est-ce qui constitue une question ou un problème philosophique ?

Nous avons tenté de classer les réponses selon l’aspect sur lequel elles mettaient l’accent.

1-Trois réponses portent sur la nature d’un problème philosophique :

1- Une question ou un problème philosophique est une question ou un problème de sens, de signification;

2- Il y a problème philosophique là où la cohérence conceptuelle n’est pas acquise, mais à réaliser en réponse aux questions ultimes;

3- Le problème philosophique se définit d’après l’intention et la démarche cognitive; c’est une recherche d’intelligibilité totale (causes premières, nature, raison d’être), recherche de sens, de valeur… de certitude (critique de la connaissance).

2- Trois portent sur les caractéristiques de ce genre de problème :

1- Ce qui caractérise le problème philosophique c’est la radicalité de l’interrogation, le fait qu’on aille au fond des choses et qu’on dépasse l’expérimentation instrumentale;

2-  L’universalité du problème;

3- Un problème est philosophique quand il n’a pas été absorbé par la science qui mesure, quand il met en cause la destinée de l’homme. Souvent un problème philosophique est insoluble parce que transcendant au phénoménal.

3- Deux portent sur l’objet d’un problème philosophique :

1- Tout problème concernant la vie humaine (en société); le langage, la connaissance, le pouvoir, le désir;

2- Tout ce qui concerne le développement des moyens théoriques de lutte idéologique.
Ce sondage révèle donc qu’il n’existe pas de différence significative entre ces réponses, si l’on fait exception de la dernière, qui semble s’inspirer d’une pensée marxienne contrairement aux autres qui sont plutôt d’inspiration aristotélicienne.

Suite à un sondage effectué en 1981 auprès des professeurs de philosophie en vue du Congrès Mondial de Montréal, sur « la question ou le problème philosophique », je me suis demandé s’il n’était pas possible de préciser cette notion de problème à l’intérieur d’une méthode didactique qui déjà établissait trois niveaux de problématique philosophique.

L’étude des travaux des étudiants cherchant à découvrir, discuter et résoudre des problèmes philosophiques nous montre qu’il est possible de clarifier la notion de problème philosophique, d’un point de vue didactique.

Notion de problème philosophique :

On s’entend assez facilement pour dire qu’un problème est une difficulté à surmonter pour arriver à un résultat recherché. Il peut se situer dans l’ordre pratique des choses comme une panne d’électricité qui donne lieu à un problème technique de transport et de distribution de l’électricité. Le problème philosophique n’est pas un problème d’ordre pratique: il se situe au niveau des idées i.e. au niveau de la théorie. Il se définira en fonction de la spécificité de la philosophie, c’est-à-dire en rapport avec le type d’interrogation propre à la philosophie.

Il s’agira donc d’un obstacle intellectuel à surmonter voilant la compréhension du vécu, du conçu ou de la théorie en tant que justification de la pensée.

La problématisation serait l’identification et l’illustration de la difficulté à surmonter. Il faut montrer comment se présente un obstacle pour voir comment il serait possible de le surmonter.

On peut dire qu’il y a problème philosophique là où la prise de position manque d’évidence ou tout simplement de cohérence intellectuelle en raison d’un obstacle (subjectif ou objectif) qui voile l’intelligibilité (le logos) de l’objet considéré.

Un problème est toujours dans la ligne d’une recherche de cohérence, quelle que soit la perspective envisagée, qu’elle soit scientifique, philosophique ou religieuse. Il ne faudrait pas croire que seul le philosophe recherche la cohérence. Il n’a pas le monopole de la réflexion, encore moins de la vérité. Il cherche à sa façon à comprendre l’existant concret, réel, selon un procédé différent de celui de la science, de la religion, de la pensée mythique, de la pensée technicienne, différent aussi de la réflexion du poète et de l’artiste, différent enfin de la réflexion tactique que l’on utilise constamment pour solutionner nos problèmes de la vie quotidienne.

Les différents niveaux de problèmes philosophiques

1- Au premier niveau, là où il s’agit de comprendre l’expérience vécue, de lui donner un sens, on pourrait parler d’énigme (selon l’expression de Nietzsche) d’opacité (expression utilisée par Sartre) de l’événement, de la situation ou du phénomène envisagé.

Cette opacité vient du fait que, tout en nous situant in médias res (selon l’expression de Pascal), beaucoup d’aspects de l’événement nous échappent nécessairement puisque celui-ci est historique et se développe dans le temps. Quand Bréhier souligne que la philosophie actuelle cherche à « montrer » plutôt qu’à prouver, il se situe sans doute à ce niveau, qui est celui de la phénoménologie.

Le problème du vécu, dans ces conditions, est très difficile à élucider. Gilles Granger parlera, au sujet de l’événement, d’impuissance de la raison.

Ce que nous proposons, sur un plan didactique, pour élucider le problème du vécu, est la triple démarche suivante:

  • d’abord chercher à décrire l’événement, la situation, le fait ou le phénomène dans tous ses détails (du moins les éléments qui semblent les plus importants);
  • ensuite, chercher une interprétation qui donne un sens à l’événement soit en expliquant ses raisons d’être, ses causes, sa signification etc.;
  • enfin, exprimer ce que cette recherche nous apprend, et surtout l’exprimer en termes susceptibles d’être traités philosophiquement.

2-Au niveau de l’expression de la pensée, i.e. au terme de l’interprétation des faits ou de l’événement, nous rencontrons des problèmes de signification.

Il s’agit alors de clarifier cette pensée obtenue par la réflexion sur le vécu. Or, ce qu’il y a de remarquable ici, c’est que la pensée exprimée au terme de l’expérience vécue comporte toujours un problème philosophique, en ce sens qu’elle est toujours contestable et donc requiert une plus grande réflexion. Par exemple:

Quelqu’un prend position de la façon suivante : « Instruire une nation, c’est la civiliser ». Pourquoi y a-t-il problème ici ? Tout simplement parce que ce n’est pas évident qu’instruire et civiliser seraient identiques. Il faudrait indiquer à quel point de vue on pourrait soutenir cette identité. Donc, l’obstacle ici, c’est, d’une part, le manque d’évidence dans l’affirmation de la pensée, et, d’autre part, la possibilité d’une pensée opposée.

J’ai essayé déjà de montrer les difficultés de l’analyse de la pensée et comment elles se présentent dans la pratique (in L’Initiation Philosophique en quatre leçons, p.64ss). Les unes viennent du langage courant, d’autres du langage symbolique, d’autres de la syntaxe. Enfin, d’autres viennent des exigences de la transposition nécessaire au niveau de la pensée philosophique. Ceci est important, car c’est l’analyse qui fait apparaître un problème philosophique. Au niveau de l’expérience (c’est-à-dire de ce qui arrive à la personne), c’est l’analyse des faits, la dissection des éléments contenus dans les faits. Au niveau de l’expression de la pensée, du dire, de la parole, du verbe, c’est l’identification des éléments de la pensée et du rapport exprimé entre eux qui fait apparaître le problème.

3- Au niveau de la théorie, le problème consiste à faire appel à la créativité pour découvrir l’idée éclairante (selon l’expression de Pascal). Il s’agit ici de l’élaboration des grandes synthèses comme on les rencontre dans les grandes philosophies.

L’exemple le plus simple et peut-être le plus clair se retrouve dans l’œuvre de Thomas d’Aquin. Ce philosophe commence tout d’abord par se poser une question ; il y répond en exprimant toutes les opinions importantes à ce sujet qui vont dans un sens donné, puis, il ajoute : sed contra (c’est-à-dire : mais contre ces opinions…) d’autres ont soutenu que…  Enfin il fait la part des choses et termine en montrant en quoi certaines opinions ne peuvent être retenues. C’est la démarche que nous retrouvons dans la Somme Théologique qui constitue une merveille de mise en forme des principaux problèmes intellectuels soulevés par l’Écriture et souvent des problèmes purement philosophiques.

Au niveau de la théorie, Aristote présente sans aucun doute l’un des plus lumineux modèles de problématisation et d’invention d’idées éclairantes.

Mais au fond, il existe plusieurs méthodes philosophiques aussi efficaces les unes que les autres qu’ont toujours su illustrer les grands penseurs qui jalonnent toute l’histoire de la philosophie.

Copyright Claude Collin 99 Mise à jour 07 janv. 2000

Voir aussi : https://web.archive.org/web/20181008040928/http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/articles/problem1.htm


Introduction

La première région du site présente la philosophie comme activité mentale, comme cheminement, comme devenir de l’homme. C’est l’aspect dynamique de la culture ; c’est la tête bien faite (Montaigne), là où le souci de la formation l’emporte sur celui de l’information. Cette première partie s’adresse à celles et ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine.

Cependant, la culture n’est pas que créativité, qu’invention ; elle est aussi réponse effective aux besoins fondamentaux de l’homme, donc œuvre réalisée. A ce titre elle est information, c’est-à-dire un ensemble de connaissances couvrant tous les aspects des réalisations humaines (l’idéal de Rabelais d’une tête bien remplie vient ainsi compléter celui de Montaigne). En ce sens, l’objet de la philosophie est illimité, inépuisable, d’une variété incroyable car il touche à tout ce qui a rapport à l’homme. C’est pourquoi les autres sections de ce site présenteront des aperçus philosophiques, des réalisations qui ont résisté au temps pour des raisons esthétiques ou historiques et qui conservent quand même une grande actualité. Nous les envisagerons comme témoignages exprimant des expériences philosophiques achevées.

On pourra donc trouver des aperçus philosophiques touchant :

  • l’homme en devenir (la culture);
  • quelques images de l’homme (conceptions de l’être humain);
  • les chemins du devenir humain (l’éducation);
  • les règles du présent et de l’avenir humain dans la société (le droit).

Tables des matières (Liens conduisent sur le site web d’Internet Archive)

Section 1: Didactique expérimentale (question de méthode)

Section 2: Conceptions de l’homme (les images de l’homme)

Section 3: Éducation (les chemins du devenir humain)

Section 4: Droit (les règles du présent et de l’avenir humain)

Section 5: Articles complémentaires


Vous pouvez naviguer sur les archives du site web du professeur de philosophie Claude Collin avec ce lien conduisant sur Internet Archive

https://web.archive.org/web/20010422180118/http://www.cvm.qc.ca/ccollin/tdm.htm


L’ACTION NATIONALE

Le dernier livre d’André Dagenais

par CLAUDE COLLIN

CLAUDE COLLIN, « Le dernier livre d’André Dagenais », L’Action nationale, 72, 6 (février 1983), p. 564-570. BANQ.

Publicité dans la revue Relations, octobre 1979

Relations, 1979-10, Collections de BAnQ.

Mention

Compte rendu dans la revue Revue des sciences de l’éducation

Volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338

« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

Intervention au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal, Institut de recherches didactiques, 1974.

Voir C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


L’initiation philosophique en quatre leçons

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

Claude Collin

(1925 – 2018)


Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005


Je commence toujours mes rapports de lecture par un référencement le plus élaboré possible du livre et de son auteur en objet. Dans le cas du professeur de philosophie retraité du Cégep du Vieux-Montréal, monsieur Claude Collin (1925 – 2018), on retrouve peu d’information sur le web, ce qui donne à chacune une importance capitale.

Une référence à Claude Collin dans la thèse universitaire de Romain Beaulieu, Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial, a attiré et orienté ma recherche : « Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués ». Une question surgit d’elle-même : « Pourquoi ? ».

La réponse se trouve dans son livre INITIATION PHILOSOPHIQUE EN QUATRE LEÇONS destiné « d’une façon spéciale aux étudiants et étudiantes du collégial ». Le sous-titre en couverture nous met sur une piste : « L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères ».

Claude Collin se réfère à « l’expérience » du professeur de philosophie et de ses étudiants dès 1974 dans son premier ouvrage, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expe?rimentale.

Il s’attarde d’abord à « l’expérience » du professeur de philosophie. Il écrit :

L’expérience personnelle est parfois d’une valeur inestimable ; elle enrichit constamment l’art de l’enseignant et lui permet de s’adapter rapidement aux situations nouvelles. Mais on ignore trop, généralement, qu’elle implique et suppose un sens aigu de l’observation, une capacité d’explication des faits vécus, une aptitude à la créativité, lesquels se développent avec le temps et l’exercice même de la profession. On a tendance, aujourd’hui, à mésestimer cet aspect dans l’évaluation pédagogique des professeurs, mais nous croyons que dans l’enseignement de la philosophie, cette expérience est irremplaçable, pour la simple raison qu’il n’existe pas de didactique reconnue, c’est-à-dire de théorie et d’apprentissage particulier qui serait issu d’une expérimentation scientifique. L’enseignant est donc laissé à ses propres ressources. Le temps se charge toujours de lui faire prendre conscience des illusions de ses premières années d’enseignement. Le danger, pour lui, est alors d’oublier que l’expérience doit toujours se renouveler dans de nouvelles expériences, ouvrant ainsi un chemin qui ne sera jamais fermé. Si nous pouvions colliger les résultats de ces multiples expériences de professeurs expérimentés et leur faire subir un traitement scientifique, la didactique philosophique existerait vraiment, et tout le domaine de l’enseignement pourrait s’en porter beaucoup mieux.

COLLIN, Claude, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Chapitre 2 – Didactique et pédagogie, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds), p. 25.

Il entretient aussi ses lecteurs au sujet de « l’expérience » des étudiants :

ÉLABORATION DE LA MÉTHODE PÉDAGOGIQUE

A) Symbiose entre la méthode philosophique et la méthode d’apprentissage

Au cours de l’élaboration empirique de la méthode pédagogique, nous étions surtout préoccupés d’opérer une symbiose entre l’essentiel du procédé philosophique et l’essentiel des différents processus mentaux de l’acte d’apprentissage. Nous avons constaté que l’apprentissage de la pensée philosophique, comme tout acte d’apprentissage, comporte trois phases :

a) l’acquisition d’une nouvelle information ;
b) la transformation de cette information ;
c) son évaluation ou sa vérification.

1) L’acquisition d’une nouvelle information

Les sources d’information possibles pour le philosophe semblent illimitées. Nous avons privilégié celle qui nous paraissait la plus apte à susciter un intérêt soutenu de la part de tout étudiant appartenant au secteur professionnel ou au secteur général, et la mieux appropriée pour lui permettre d’évoluer selon ses capacités réelles dans l’approfondissement d’une philosophie personnelle. Dans cette optique, nous n’avons pas cru devoir utiliser comme point de départ des textes d’auteurs philosophiques ou scientifiques. L’apprentissage philosophique ne consiste pas tellement à assimiler des connaissances qu’à développer un esprit philosophique. Voilà pourquoi nous avons opté pour une réflexion à partir de l’expérience vécue de l’étudiant. Celle-ci implique toujours l’acquisition d’un connaissance nouvelle, modifiant une connaissance antérieure dans un sens positif ou négatif. Au point de vue didactique, il s’agit de fournir à l’étudiant les moyens de clarifier son expérience de telle sorte qu’elle puisse se prêter à la réflexion philosophique.

COLLIN, Claude, L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Chapitre 3 – Élaboration de la méthode pédagogique, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds), p. 35.

Il faut aussi souligner l’emphase sur « l’expérience » dans le genre littéraire formulé par Claude Collin pour son livre : « essai de didactique expérimentale ».

Claude Collin remet en cause l’enseignement de la philosophie reposant sur des « des textes d’auteurs philosophiques ou scientifiques » et affirme que « L’apprentissage philosophique ne consiste pas tellement à assimiler des connaissances qu’à développer un esprit philosophique », et ce, au profit de la « réflexion à partir de l’expérience vécue de l’étudiant ».

La proposition de Claude Collin s’inscrit dans ce que nous appelons aujourd’hui « les nouvelles pratiques philosophiques ». Ces dernières apparaissent dans les années 1980 avec le philosophe allemand Gerd B. Achenbach. Selon la philosophe praticienne dite pionnière dans le domaine, Shlomit C. Schuster, « Achenbach soutient que la philosophie n’est vraiment comprise qu’à travers sa pratique, à travers une expérience empathique personnelle et la culture intellectuelle des sujets de pensée« .[Schuster, Shlomit C. (1999). Philosophy Practice. Greenwood Press. p. 35.]

Or, le titre de pionnier des nouvelles pratiques philosophiques revient en fait au professeur de philosophie québécois Claude Collin avec sa proposition d’une nouvelle didactique de l’enseignement de la philosophie fondée sur l’expérience philosophique à faire vivre aux étudiants dans le cadre de leur cours au collège (CÉGEP) et datant de 1974 en référence à son livre L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE – ESSAI DE DIDACTIQUE EXPÉRIMENTALE.

Quatre ans plus tard, en 1978, le professeur Collin signe un nouvel ouvrage : L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (Bellarmin, Montréal, 1978).

Le professeur Collin offre ni plus ni moins qu’une consultation philosophique de groupe aux étudiants de ses classes. Parlant de son livre INITIATION PHILOSOPHIQUE EN QUATRE LEÇONS, Claude Collin le présente comme une invitation à l’expérience philosophique :

Il (ce manuel) se veut un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain; il ne présente pas de contenu doctrinal ayant réponse à tout.

Une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

COLLIN, Claude, Initiation philosophique en quatre leçons – L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères, Avant-propos, Les éditions Le Griffon d’argile, collection « Philosophie », Québec, Québec (Sainte-Foy) , 1994.

Les livres de Claude Collin ne sont plus disponibles si ce n’est L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expe?rimentale sur Internet Archive. C’est pourquoi je vous offre deux documents réunissant les écrits pédagogiques de Claude Collin publiés sur ses sites web à télécharger gratuitement.

DOCUMENT # 1/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).
DOCUMENT # 2/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).

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Article # 164 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 2 de 2

Document # 2

Les écrits pédagogiques du professeur de philosophie Claude Collin offert sur son site web Mélanges Philosophiques

Hommage à CLAUDE COLLIN professeur de philosophie pour son apport à la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (CÉGEP – QUÉBEC)

LIVRE NUMÉRIQUE GRATUIT – EBOOK GRATUIT

Ce document offert en libre téléchargement (PDF)

Ce document comprend les écrits pédagogiques de Claude Collin (1925 – 2018) publiés sur son site web personnel.


AUTEUR

CLAUDE COLLIN(1925 – 2018), PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE

Nombre de pages : 156

Publication du document : 17 février 2026

Offert par : Observatoire des nouvelles pratiques philosophique

Collaboration : Fondation littéraire Fleur de Lys

Format : Lettre (8,5x11pces)

Copyright : © Claude Collin 2003

Certains liens hypertextes dans ce document conduisent sur le site web original de Claude Collin


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Claude Collin a développé une position didactique dite « expérimentale », centrée sur l’expérience philosophique et sur le processus de penser plutôt que sur un simple apprentissage technique de contenus. L’idée est de concevoir l’enseignement de la philosophie non pas comme une succession d’exercices formels, mais comme une mise en situation réflexive où l’étudiant engage son expérience intérieure et son rapport au sens philosophique.

Ce point de vue, longtemps marginal dans les programmes collégiaux, s’inscrit dans une critique générale de l’éducation qui cherche à donner du sens à l’acte de philosopher plutôt qu’à en faire un ensemble de compétences mesurables ou un simple savoir transmis.

* * *

L’un des apports majeurs de Claude Collin est son ouvrage intitulé L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (publié en 1978). Ce livre propose une vision originale de l’enseignement de la philosophie, fondée non pas sur une simple transmission de concepts ou de contenus historiques, mais sur une mise en œuvre réfléchie de l’expérience philosophique vécue par l’étudiant lui-même.

* * *

Le terme didactique expérimentale ne signifie pas expérimentation au sens strictement scientifique, mais plutôt une approche pédagogique qui place l’expérience directe comme point de départ de l’acte philosophique. Dans ce cadre :

  • l’accent est mis sur la pensée réfléchie et critique de l’étudiant plutôt que sur la mémorisation de doctrines ;
  • l’expérience commune vécue (les pensées, sentiments, questions réelles des étudiants) devient matériau pédagogique pour philosopher ;
  • le rôle du professeur est d’accompagner la réflexion active, plutôt que d’« expliquer » la philosophie de façon magistrale ;
  • cette approche s’oppose à des modèles plus technicistes ou instrumentaux qui réduisent l’enseignement philosophique à une série d’objectifs et de compétences mesurables (comme « savoir analyser un texte », « rédiger une dissertation », etc.).
  • Dans L’expérience philosophique, Collin explore le passage de :
    l’expérience vécue ordinaire (pensées, jugements spontanés de l’étudiant)
    à l’expérience philosophique réfléchie (capacité à poser des questions, analyser des présupposés, structurer une argumentation).
  • L’idée fondamentale est que philosopher ne se résume pas à apprendre des auteurs ou des doctrines, mais à engager l’étudiant dans le processus même de la pensée philosophique, à partir de ses propres expériences et interrogations.
  • Cette proposition s’inspire en partie des travaux sur l’expérience, la pensée réflexive et la formation de l’esprit critique, et elle se distingue nettement des approches centrées sur l’analyse formelle de textes ou sur des objectifs d’apprentissage prescriptifs.

TABLE DES MATIÈRES

Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie

Section 1- L’enseignement de la philosophie

Table des matières

    1. a) Questions de formation

Opérations mentales et formation fondamentale

1- La notion de formation fondamentale

2- L’apport de la philosophie est-il fondamental?

Vues à travers quelques modèles d’enseignement

Le modèle didactique théorique

Les différentes phases du modèle

Propos pédagogiques: opérations mentales

Quelques pensées pour l’enseignement

Précisions importantes pour l’enseignement

    1. b) Questions de méthode

A la recherche du sens

À la recherche de la signification

Importance de l’analyse philosophique

Quelles sont les difficultés propres à ce type d’analyse?

À la recherche de la justification ou l’harmonie des sphères

Une critique spécifiquement philosophique

La sphère de la théorie

Les relations entre les trois sphères

Comment élaborer une théorie

Première partie : L’étape personnelle

Seconde partie : L’étape de la philosophie écrite

Troisième partie : L’étape de la portée de la théorie élaborée et de la conclusion finale

À propos d’un texte de Pierre Després et Pierre Chicoyne

Objectif philosophique vs objectif pédagogique

    1. c) Questions de réforme

Utopie d’un enseignant – Rêver son département

À propos de réforme

Quelques pistes de réflexion

    1. Problème philosophique
    2. À propos de dissertation
    3. À propos des cafés philosophiques

Section 2 – Le Québec comme pays

Section 3 – Comptes rendus de livres  concernant la condition humaine

Conversion du regard de Michel Barat

Parole d’homme de Roger Garaudy

Les nouveaux maîtres du monde de Jean Ziegler

Terre et cendres de Atiq Rahimi

Après l’empire (1) de Emmanuel Todd

Après l’empire (2) de Emmanuel Todd

Le Travaillisme de André Dagenais

Intégrismes de Roger Garaudy (1)

Intégrismes de Roger Garaudy (2)

Section 4: Démocratie, morale de la règle et morale de la conscience – Valeurs spirituelles, dignité de l’homme

Les mésaventures de la démocratie, par Jamil Haddad

L’indétermination des principes démocratiques

Problèmes. Réactions historiques. Nouvelle orientation

Au-delà de la liberté et de l’égalité

La morale de la règle et la morale de la conscience

La vraie morale se moque de la morale. (Pascal)

Le fondement des valeurs

La morale et la conscience

La morale de l’Amour

Les valeurs spirituelles dans notre société

Les faits observés : la vie courante

Les liens existentiels

Les activités culturelles

La vie économique et le phénomène du vide

Les finalités économiques et les horizons de l’individu

Une question de finalité

Mystères de l’existence et dignité de l’homme

Les mystères de l’existence

Le progrès de la connaissance et les mystères

La pérennité de la question

Le mystère, fondement de la dignité de l’homme

La dignité de l’homme et les valeurs morales sur le plan personnel

Le plan historique

La satisfaction morale et spirituelle

Sens et rôle des mystères

Section 5: Quelques philosophes

Nietzsche: biographie

Nietzsche: choix fondamentaux

Nietzsche et notre temps

Nietzsche sur quelques-unes de ses œuvres

Quelques propos


EXTRAITS

A) Questions de formation

Opérations mentales et formation fondamentale

Les opérations mentales propres à la philosophie et la formation fondamentale au niveau collégial.

Nous nous interrogeons sur les rapports qui existent entre la formation fondamentale et la philosophie au niveau collégial.

Je dirai tout d’abord un mot de la formation fondamentale avant de parler des opérations mentales propres à la philosophie, qui me semblent jouer un rôle à cet égard.

1 – La notion de formation fondamentale

Nous savons que la notion de formation fondamentale, (en d’autres termes les objectifs de l’éducation) comme toute notion, évolue et demeure relative à la culture d’une époque: au fond elle implique toute une philosophie de l’éducation et donc une conception de l’homme et de la société. Ainsi, Luther par exemple au XVIe s. soutenait que la formation à l’économie était fondamentale pour les paysans.

Au temps de Platon et Aristote, la formation fondamentale s’inspirait, pour la première fois dans l’Histoire, d’un humanisme bien caractérisé et se communiquait principalement par l’apprentissage des mathématiques, de la rhétorique et de la philosophie.

Le Moyen Age baptisa cette conception en puisant aux sources du judaïsme et du christianisme: la formation fondamentale était alors assurée par un enseignement moral et religieux qui persista jusqu’à la Renaissance, i.e. jusqu’à la redécouverte de l’humanisme grec.

A notre époque, le développement des sciences et des techniques nous pousse à repenser la question de la formation fondamentale, peut-être dans les termes d’un choix ou d’un nouvel arrangement entre le modèle de Rabelais et celui de Montaigne. Nous devons faire une distinction importante entre les formations générale, professionnelle et fondamentale. Ainsi la formation générale concernerait la formation à travers les principaux éléments de la culture, la formation professionnelle concernerait les apprentissages propres aux métiers.

Il semble que ce que l’on conçoit sous ce terme de formation fondamentale dans le contexte socioculturel du Québec moderne, signifierait une formation qui permet de se réaliser comme personne et membre d’une société, compte tenu de la condition humaine actuelle. On pourrait dire que la formation fondamentale est encore aujourd’hui la reconnaissance de l’aspect humain des choses: c’est-à-dire cette capacité de donner un sens, qui est propre à l’être humain.

Jacques Maritain soulignait un jour cet aspect paradoxal de l’éducation: « ce qui importe le plus dans l’éducation, écrivait-il, n’est pas l’affaire de l’éducation… l’intuition et l’amour ne s’enseignent pas. Il y a des cours de philosophie, mais il n’y a pas de cours de sagesse… la sagesse s’acquiert par l’expérience spirituelle, et quant à la sagesse pratique, il faut dire, avec Aristote, que l’expérience des vieillards est à la fois aussi indémontrable et aussi éclairante que les premiers principes de l’entendement ».

2 – L’apport de la philosophie est-il fondamental?

C’est pourquoi je voudrais retourner la question et demander: ce que la philosophie apporte est-il quelque chose de fondamental quant à la formation de la personne?

Je tenterai de répondre à cette question, non pas en philosophe, mais en enseignant de la philosophie, i.e. en pédagogue, puisqu’il s’agit aussi d’une question pédagogique. C’est pourquoi

je m’inspirerai d’une affirmation de Louis Legrand:

« Il s’agit désormais, écrit le pédagogue français Louis Legrand, (…) d’enseigner plus des méthodes et des schèmes instrumentaux que des connaissances toutes faites, de créer une disponibilité intellectuelle et non de meubler la mémoire »

En ce sens, il faudrait préciser tout d’abord les objectifs spécifiques de l’enseignement de la philosophie considérée comme activité mentale, par opposition aux sciences humaines. Ensuite, chercher à préciser les opérations mentales propres à la philosophie à travers des modèles didactiques.

Cette façon d’envisager la philosophie, est devenue, il me semble, plus pertinente, si l’on tient compte du rôle que jouait la philosophie dans l’ancien système.

On sait qu’un système d’éducation est l’institution qu’invente une société pour maintenir et développer la qualité de sa vie et assurer son avenir. Il est toujours relatif au développement socio-culturel de la société dont il est à la fois reflet et source d’inspiration. Car tous les éléments de la culture sont tributaires les uns des autres et s’influencent mutuellement.

Avant 1965, notre système s’inspirait de l’Humanisme gréco-latin, de la Tradition judéo-chrétienne et de l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église. Il répondait aux exigences d’une société monolithique, longtemps repliée sur elle-même et qui tardait à entrer dans la Modernité.

Il me semble que le rôle de l’enseignement de la philosophie dans ce contexte, était clair et compris par tous les agents et responsables de l’éducation. L’enseignement de la logique d’Aristote pouvait répondre parfaitement aux exigences des valeurs intellectuelles recherchées et défendues à l’époque; l’enseignement de la métaphysique et de la théodicée cadrait bien avec les croyances religieuses admises et pratiquées par l’ensemble de la société d’alors; et l’enseignement de la philosophie morale, sociale et politique s’inspirait des valeurs reconnues et partagées par la communauté.

On enseignait une philosophie particulière, le thomisme, à l’aide d’un ou deux manuels; il y avait un examen commun qui portait sur les 24 thèses constituant l’armature de la philosophia perennis.

Dans ce contexte, la philosophie jouissait d’un immense prestige, puisqu’elle occupait tout l’espace. Les sciences humaines comportaient l’histoire et la littérature de toutes les époques, en particulier les périodes classiques de la Grèce antique et celle de la Renaissance. On s’arrêtait donc aux racines de la culture occidentale. Les sciences comme les mathématiques, la biologie, la physique, et la chimie étaient alors réduites à leurs éléments les plus simples (qui correspondaient d’ailleurs aux exigences universitaires de l’époque). L’enseignement professionnel et technique relevait d’écoles spécialisées où se donnaient quand même des cours de morale sociale.

On peut mesurer l’ampleur du changement, quand on considère la place qu’occupe l’enseignement des sciences et des techniques dans le système actuel et le peu de temps consacré aux études de l’histoire et des œuvres classiques.

Bien sûr, nous avions un rattrapage considérable à effectuer dans tous les domaines: tant au niveau de l’accès à l’enseignement, qu’au niveau de l’importance qu’il fallait accorder à l’enseignement des sciences et des techniques.

Dans ces conditions, il est facile de comprendre quel défi les enseignants de la philosophie durent relever à partir de l’instauration des cégeps: car toutes les conditions pédagogiques changeaient brusquement: population étudiante plus jeune, plus nombreuse, programmes fluctuants et indéterminés, méconnaissance du passé culturel de ces nouveaux étudiants; éclatement de la philosophia perennis, disparition de plus en plus évidente de ce qui constituait les bases culturelles de notre civilisation.

Nous eûmes droit à toutes sortes d’essais et d’expériences qui entraînèrent une contestation qui n’a pas vraiment cessé depuis. On reproche à cet enseignement son manque d’unité, et son incohérence.

A mon avis, sans porter un jugement de valeur sur la situation d’ensemble de l’enseignement de la philosophie, il faut remarquer que les conditions pédagogiques se détériorent depuis plusieurs années, malgré les efforts considérables des enseignants. Cependant, en dépit des difficultés causées par le nombre excessif d’étudiants et la variété incroyable des concentrations, il existe du côté des étudiants un avantage certain: celui de n’être pas soumis aux exigences d’une philosophie officielle unique, d’un manuel unique et d’un examen unique. Ils doivent faire face à quatre professeurs différents et donc rencontrer quatre approches différentes. Cela est bien.

Mais le problème est beaucoup plus du côté des enseignants qui doivent suppléer aux carences culturelles des étudiants, en attachant beaucoup d’importance à la perspective historique et scientifique des sciences humaines. Ont-ils raison de le faire?

Quand on étudie les travaux des étudiants de 1987-88-89, par comparaison avec les travaux de ceux des années 70, on remarque l’absence presque totale des dimensions morale, religieuse et sociale, dans les préoccupations des étudiants d’aujourd’hui. Les bases du système ancien n’y sont plus. Par contre, à plusieurs points de vue, les travaux semblent supérieurs à ceux des années 70. Ces étudiants font de meilleures descriptions, argumentent mieux, sont moins dogmatiques, s’interrogent beaucoup, écrivent dans un français supérieur à celui de leurs aînés des années 70.

Il faudrait cependant faire une étude systématique de ces travaux pour vérifier si le niveau a vraiment monté.

En fait, on se fait souvent des illusions sur l’ancien système. Lorsque j’étais en Rhétorique, le professeur de français se plaignait du fait que plusieurs des étudiants faisaient une vingtaine de fautes par page. Les problèmes se ressemblent d’une époque à l’autre. Au fond le talent ne s’enseigne pas. Mozart n’est pas le fruit d’un système d’enseignement. En ce sens, Maritain avait sans doute raison d’affirmer que l’on peut enseigner la philosophie, mais que la sagesse ne s’enseigne pas puisqu’elle est le fruit de l’expérience spirituelle.

C’est ce contexte de défi qui a permis aux professeurs de philosophie du collégial de faire beaucoup de recherches, de produire un nombre considérable d’outils pédagogiques, en un mot de renouveler cet enseignement.

Certaines recherches didactiques permettent d’affirmer que ce que l’enseignement de la philosophie, au niveau collégial, peut apporter de fondamental aux étudiants d’aujourd’hui, c’est essentiellement un esprit, qui s’exprime particulièrement par les trois aptitudes suivantes:

  • Une habileté mentale à chercher le sens des choses, de l’homme, de la femme, et de la vie;
  • Une habileté à penser par soi-même, c’est-à-dire à développer une pensée libre, à échapper aux manipulations médiatiques;
  • Enfin, une tendance à vouloir aller au fond des choses dans la recherche du sens et de ce qui vaut pour l’homme, la femme, et la société.

Ces habiletés qui résultent du modèle didactique, comme nous le verrons plus loin, sont au cœur du comportement que l’étudiant a le plus besoin de développer, non pas pour mieux gagner sa vie et s’intégrer dans la société, mais pour favoriser l’éclosion d’une vie intérieure grandement nécessaire, dans le contexte socioculturel présent.

Seule, la philosophie est en mesure de répondre à ces besoins fondamentaux. De plus, cet enseignement est à la portée de tous les étudiants(tes) de niveau collégial qu’ils soient du professionnel ou du général.

Vues à travers quelques modèles d’enseignement

Les opérations mentales de la philosophie vues à travers quelques modèles d’enseignement.

C’est par le moyen d’un modèle didactique que l’on peut le mieux voir comment l’enseignement de la philosophie développe des habiletés et des capacités mentales répondant aux exigences de la formation fondamentale.

Il existe plusieurs modèles pédagogiques de l’enseignement de la philosophie.

Par exemple, celui que décrit Léon Robin dans son livre sur la Pensée Hellénique. On peut exercer l’esprit critique dans le sens d’une culture proprement philosophique , soutient Léon Robin, par une étude analytique directe des monuments de la philosophie, c’est-à-dire, les oeuvres de penseurs qui, à travers le temps, ont acquis suffisamment de systématisation pour entrer dans l’histoire. « Une telle étude, écrit-il, est en effet comme une expérience rétrospective des aventures de l’esprit humain ». Traduire ces écrits, les transposer dans notre actualité, c’est selon lui, un exercice qui concourt à former l’esprit philosophique.

C’était peut-être aussi le point de vue du Professeur Hegel qui, dit-on, ne répondait jamais aux questions des étudiants en classe: il leur disait: « allez lire Aristote, et vous reviendrez me voir après. »

C’est probablement le même modèle que propose Allan Bloom, dans son récent livre sur la culture générale.(L’Âme désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale) Faisant la critique de la culture américaine, il reproche au système d’éducation des Etats-Unis d’avoir abandonné l’étude et la lecture des grands auteurs; ce qui, selon lui, prive la jeunesse de l’apprentissage de la complexité de la condition humaine, l’habitue à porter des jugements radicaux, sans nuance. Les Américains selon Allan Bloom, n’ont pas appris, par la fréquentation des grands penseurs, à nuancer leur jugement; ce n’est pas vrai que tout se vaut, dit-il, que tout est interchangeable sur le plan de la pensée et de l’être, de l’existence et des valeurs.

D’autres pédagogues de la philosophie contemporains, ont mis de l’avant des modèles partant de la culture savante et comportant l’utilisation d’une grille d’interprétation. Par exemple Jean-Paul Sartre dans Questions de méthode, et Henri Lefebvre dans Vers le Cybernanthrope

Tous ces modèles que l’on peut reconnaître comme traditionnels ont sans doute fait leur preuve. Cependant, nous avons voulu, sous la pression des conditions pédagogiques nouvelles (après le rapport Parent) faire appel à la pédagogie scientifique, pour résoudre les problèmes nouveaux aux quels nous devions faire face. Ce qui nous a permis de produire un modèle scientifique.

Le modèle didactique théorique

Inutile de souligner qu’un modèle théorique didactique scientifique de l’enseignement de la philosophie n’est pas un modèle à suivre. Il consiste dans un système de relations entre les différentes opérations mentales auxquelles fait appel l’enseignement de la philosophie.

Dans une telle perspective, où la philosophie est considérée comme une activité mentale, il faut dire que la philosophie qui se construit est, de sa nature même, un facteur de développement des habiletés intellectuelles qui contribuent d’une façon tout à fait unique à la formation fondamentale.

Le modèle proposé, retient parmi ces opérations que l’on rencontre chez le philosophe lorsqu’il philosophe trois structurations ou réorganisations de la pensée, qui sont autant de mises en ordre de la pensée, et qui se situent à des niveaux différents de la réflexion.

Ces trois mises en ordre de la pensée, ont des objectifs pédagogiques très précis.

La première porte sur la compréhension de l’expérience vécue; la seconde sur l’analyse de la pensée; et la troisième sur la vérification ou la critique de la pensée.

Ainsi, selon ce modèle didactique, l’enseignement de la philosophie consiste à transmettre un esprit, en proposant aux étudiants (es) une méthode qui leur permet de vivre une expérience philosophique. Chaque moment de cette expérience est aussi une expérience qui développe une habileté. L’ensemble de la démarche permet à chacun d’élaborer sa propre philosophie.

L’étudiant apprend à échapper aux limites et aux contraintes de la réflexion ordinaire, celle que nous faisons tous les jours.

Nous sommes habitués, en effet, d’utiliser notre « bon sens » pour solutionner les problèmes de la vie quotidienne, à la lumière des informations concrètes dont nous disposons. Or, ce bon sens est une forme d’intelligence essentiellement orientée vers le pratique, le monde de l’apparence, le concret. Notre pensée et notre discours sont presque toujours spontanés demeurant vagues et imprécis; nous ne sentons pas le besoin d’aller plus loin dans la réflexion, puisque cela suffit pour répondre à nos besoins immédiats.

En évoluant ainsi au niveau du sens commun, nous sommes solidaires de notre milieu, de notre époque, dont nous épousons les croyances, les opinions, les idées, les comportements admis. Nous pensons comme tout le monde.

Or, la réflexion philosophique qui porte sur l’expérience humaine, sur la condition humaine, ou sur n’importe quelle réalité, se situe à un autre niveau: elle pose les questions ultimes, recherche le sens, la signification: ce qui conduit à des opinions, des prises de position fondamentales, puisque ainsi on se situe au niveau des idées et non des actions à faire ou à ne pas faire. Ainsi, la réflexion philosophique tend tout naturellement à aller au fond des choses dans ses explications et ses interprétations. Dialectique du vécu et du conçu si l’on veut. Il s’agit d’une intention de pensée dans la réflexion qui est proprement philosophique, non pas scientifique, ni religieuse, ni mystique, ni ordinaire.

Arrêtons-nous un peu au modèle en question:

Les différentes phases du modèle

A- Le premier degré de réflexion s’exerce sur le concret, le vécu en tant qu’il constitue une expérience, i.e. un fait, un événement, une situation qui affectent la personne qui réfléchit. Il s’agit d’analyser (analyse réelle) ce vécu en le décrivant d’abord objectivement, puis en cherchant à répondre à la question du sens et de la signification. C’est l’intention de pensée, la visée intellectuelle propre à ce premier degré d’analyse: elle débouche sur une transposition intellectuelle du vécu, dans une prise de position, une affirmation ou une négation. Cette prise de position constitue une opinion élaborée à partir du vécu et de la prise de conscience que provoquent la description et l’analyse ou la recherche de sens.

Ainsi, par exemple, c’est à partir de l’analyse de son vécu que Descartes peut affirmer: cogito, ergo sum. Je pense donc je suis. Cette proposition est au fond une expression intellectuelle d’une expérience vécue, qui le pousse à prendre position, et à formuler cette prise de position.

On pourrait appeler cette première mise en ordre de la réflexion, une dialectique du vécu-conçu: (dia -à travers- lecture) lire l’intelligible à travers le vécu, ou bien transposer le vécu en un conçu. C’est bien au fond ce que nous faisons tous en classe à un moment ou l’autre.

Ce premier degré d’analyse, cette première forme d’analyse, est très importante pour la vie de chacun; car c’est une façon de se comprendre soi-même, de comprendre les faits ou les événements dans lesquels nous sommes impliqués et qui nous marquent, malgré nous, bien souvent d’une façon inconsciente ou tellement vague que nous ne pouvons nous expliquer à nous mêmes ce qui nous arrive.

En termes plus techniques on pourrait parler d’analyse phénoménologique de l’action du monde extérieur sur nous et de notre réaction mentale par rapport à cette action.

Je serais porté à penser que tous les professeurs de philosophie, selon leur méthode personnelle, leur approche de l’enseignement et de l’apprentissage, font réaliser aux étudiants(es) cette forme d’analyse. Au niveau de la dissertation, ou de la discussion en classe, cela est plus évident.

Cette première démarche se présente vraiment comme l’apprentissage de la pensée libre. Ce qui me semble le plus fondamental dans toute formation c’est d’être capable de penser par soi-même, non dans le sens d’un repli sur soi, mais au contraire d’une ouverture sur le monde avec maturité; ne pas être à la merci de la propagande et des pressions psychologiques et culturelles exercées par les mass media.

On peut trouver des exemples de cette démarche : Aux étudiants la parole.

B- La seconde opération mentale proposée par ce modèle didactique, est une analyse qui se situe à un autre niveau.

J’appelle analyse de second degré celle qui porte sur la pensée elle-même, sur la prise de position, sur l’affirmation ou la négation, sur la formulation d’une pensée réfléchie, d’une opinion. Il s’agit ici d’une analyse d’abord propositionnelle et ensuite conceptuelle.

Dans le modèle didactique théorique, cette analyse s’exerce sur la conclusion de l’expérience vécue. Cette opération se présente comme une transposition dans le domaine de la pensée, de la capacité d’analyse apprise en d’autres domaines, comme les mathématiques ou la chimie. Il s’agit ici de reconnaître le jugement, de le disséquer en indiquant les deux concepts qui le composent et en indiquant aussi le rapport. C’est vraiment le coeur de la démarche ou du processus conduisant au seuil de la philosophie. Car, on se meut dans un degré d’abstraction nécessaire à la réflexion philosophique, et la démarche elle-même de l’analyse fait découvrir le véritable sens de la pensée et le problème philosophique qu’elle pose.

Par exemple, si la conclusion de l’expérience était la suivante: instruire une nation c’est la civiliser. L’analyse indique que l’on met une identité entre les concepts d’instruction et de civilisation. On sent tout de suite que cela fait problème. Car ce n’est pas évident. On peut soutenir une position opposée à celle-là.

Donc, l’analyse fait comprendre le sens et découvrir le problème philosophique. C’est une habileté importante dans le sens d’une formation fondamentale, en ce sens qu’elle rend possible la pensée libre. A une époque où les mass-media exercent une influence considérable sur les mentalités, il est important de pouvoir faire la critique des prises de position, des courants de pensée qui nous sollicitent de toutes parts.

C- Enfin, le modèle didactique présente une dernière opération mentale, qui se situe à un autre niveau: celui de la vérification. Celle-ci suppose une problématisation (déjà suggérée par les résultats de l’analyse).

En pratique, cette phase se réalise en trois étapes:

  • A partir de l’identification du concept central, il faut recueillir les informations venant des connaissances scientifiques pertinentes.
  • Ensuite, faire la philosophie de ce concept central en utilisant une méthode appropriée (soit celle de la normalité, ou celle de la dialectique thèse-antithèse-synthèse).
  • Enfin, à partir des données recueillies sur un thème venant du domaine scientifique, ou de la réflexion personnelle précédente, il faut poser les questions ultimes, aller au fond des choses, tout en consultant les auteurs qui ont déjà abordé ces questions dans le passé et le présent. C’est l’aspect le plus souvent rencontré dans les livres des penseurs. C’est aussi la démarche la plus longue, celle qui ouvre souvent des horizons insoupçonnés puisqu’elle met en contact avec les grands penseurs sur une question précise.

A mon avis, un tel modèle didactique rend compte de tout ce qui peut se faire dans l’apprentissage de la philosophie; il nous aide à trouver le sens des différentes démarches expérimentées en classe.

Il est évident que ce modèle peut être utilisé comme une méthode de recherche, bien que ce ne soit pas là son premier sens.

De plus, il ne dispense pas de cours portant sur les différents champs de réflexion de la philosophie, comportant les informations nécessaires au développement d’une culture philosophique propre à notre temps.

En terminant, je dirais ceci: on peut toujours faire la philosophie d’un modèle scientifique, i.e. rechercher les postulats et les principes philosophiques sur lesquels repose le modèle. On ferait cela au nom d’une philosophie. Il serait très intéressant que l’on produise d’autres modèles didactiques théoriques scientifiques de l’enseignement de la philosophie. On pourrait alors voir sur quoi ils reposent, ce qui les justifie en raison. Ce serait il me semble, une façon de faire avancer un débat qui pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir de cet enseignement. Sans cela, je ne suis pas certain qu’il soit vraiment possible de savoir en quel sens l’enseignement de la philosophie contribue à la formation fondamentale.


DU MÊME AUTEUR

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages.

MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE À L’USAGE DE CEUX ET CELLES QUI DÉSIRENT S’INITIER À LA PHILOSOPHIE

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds). [1], 94p. ; 23cm.

L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE : ESSAI DE DIDACTIQUE EXPÉRIMENTALE

La didactique expérimentale de la philosophie dont il sera question sur ce site a pris naissance dans la foulée de la Révolution tranquille. L’instauration des cégeps en fut l’élément déclencheur. Toute la réalité pédagogique changeait brusquement: nouvelle population étudiante très diversifiée selon l’âge, l’orientation, la culture; nouvelle structure des programmes; un esprit nouveau très préoccupé de rejoindre le vécu quotidien s’exprimant avec vigueur; un besoin profondément ressenti de clarifier le statut de l’enseignement de la philosophie menacé de plus en plus par le développement des sciences humaines. Cette situation nous forçait à repenser notre enseignement: nous réalisions que nous ne connaissions pas ces nouveaux étudiants plus jeunes, venant de tous les milieux et dont le passé culturel nous échappait; nous ne pouvions poursuivre l’enseignement traditionnel dans ces conditions nouvelles. Il s’agissait donc d’une part de trouver un moyen de savoir ce dont l’étudiant était capable en fonction de l’apprentissage de la philosophie et d’autre part d’aller à l’essentiel de cet esprit qui devait être celui de la philosophie. La méthode de la didactique expérimentale nous semblait le moyen de réaliser ces objectifs. Accessible avec ce lien vers Internet Archive.

COLLIN, Claude, L’initiation philosophique en quatre leçons, Éditions Griffon d’argile. ISBN-10: 2894430140 – ISBN-13: 9782894430149, 1994,

L’INITIATION PHILOSOPHIQUE EN 4 LEÇONS

Ce manuel s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il est un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il est une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Montréal, Bellarmin, coll. « L’univers de la philosophie » 1978, 197 pages.

Dans cet ouvrage (1978), l’auteur livre les résultats des recherches effectuées sur environ trois mille travaux d’étudiants, selon la méthode présentée dans « L’enseignement de la philosophie »(1974). Ces études ont permis d’esquisser le profil mental de l’étudiant qui apprend à philosopher; de préciser les opérations mentales qu’utilise le philosophe en élaborant sa science et les moyens qu’il conviendrait d’utiliser pour que l’étudiant soit capable d’élaborer sa propre philosophie. De plus, l’auteur aborde un certain nombre de problèmes pédagogiques soulevés par l’enseignement de la philosophie. Enfin, se dégage de cet ouvrage une voie à suivre pour effectuer le passage d’une expérience commune à une expérience philosophique achevée. Celle-ci se présentera en trois étapes interdépendantes, formant une unité dynamique: dialectique du vécu, du conçu et de la théorie.


SITES WEB

1. Site web Philosophie et politique[1]

Site de Claude Collin, Professeur de Philosophie.

Philosophie politique et analyse des processus sociaux contemporains

https://web.archive.org/web/20010413153341/http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/index.htm

[1] Les écrits pédagogiques du professeur de philosophie Claude Collin de ce site web seront l’objet d’un autre document. On trouve ici que la TABLE DES MATIÈRES de ce site web. Les textes peuvent être consultés sur Internet Archive à l’adresse suivante : https://web.archive.org/web/20010413153341/http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/index.htm.

2. Site web Mélanges philosophiques[1]

Ce site présente quelques articles de Claude Collin, Michel Brochu, Jamil Haddad, André Dagenais et Marcel Collin

Section 1: L’Enseignement de la philosophie
Section 2:  Le Québec comme pays
Section 3: Comptes rendus de livres sur la condition humaine
Section 4: Démocratie, morale de la règle et morale de la conscience
Section 5: Quelques philosophes

Liens d’intérêt

  • Jours d’Histoire: un site d’informations historiques très riche et agréablement présenté
  • filosofia in Italia: banque d’images et de portraits de philosophes à la disposition des étudiants

 Chronique de souvenirs heureux: le coin du vieil or

1-« TIC-TAC »

2-Jour de retraite

[1] Les écrits pédagogiques du professeur de philosophie Claude Collin de ce site web seront l’objet d’un autre document. On trouve ici que la TABLE DES MATIÈRES de ce site web. Les textes peuvent être consultés sur le web à l’adresse suivante : https://www.tvcollin.com/ClaudeCollin/mel-philo/retraite.htm.


Référencements

Revue des sciences de l’éducation

Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le-devoir, 25 avril1979


Claude COLLIN et Zdenko OSANA

Le test Perpe/philo et la problématique de l’enseignement de la philosophie

Prospectives , vol. 7, no 5, novembre 1971, p. 282-286.

Congrès mondial de la philosophie 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal?: Institut de recherches didactiques, 1974.
———, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


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Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial.

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Article # 163 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 1 de 2

Hommage à Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (CÉGEP – Québec).

 

Document en hommage à Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pour son apport à la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (CÉGEP – Québec).

 

« (…) Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. » Romain Beaulieu, Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial.

Document # 1

Hommage à CLAUDE COLLIN professeur de philosophie pour son apport à la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (CÉGEP – QUÉBEC)

LIVRE NUMÉRIQUE GRATUIT – EBOOK GRATUIT

Ce document offert en libre téléchargement (PDF)

Ce document comprend les écrits pédagogiques de Claude Collin (1925 – 2018) hébergés sur le site web du Cégep du Vieux-Montréal et archivé par Internet Archive.


AUTEUR

CLAUDE COLLIN(1925 – 2018), PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE

Nombre de pages : 393

Publication du document : 17 février 2026

Offert par : Observatoire des nouvelles pratiques philosophique

Collaboration : Fondation littéraire Fleur de Lys

Format : Lettre (8,5x11pces)

Copyright : © Claude Collin 2003

Certains liens hypertextes dans ce document conduisent sur le site web Internet Archive.


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Claude Collin a développé une position didactique dite « expérimentale », centrée sur l’expérience philosophique et sur le processus de penser plutôt que sur un simple apprentissage technique de contenus. L’idée est de concevoir l’enseignement de la philosophie non pas comme une succession d’exercices formels, mais comme une mise en situation réflexive où l’étudiant engage son expérience intérieure et son rapport au sens philosophique.

Ce point de vue, longtemps marginal dans les programmes collégiaux, s’inscrit dans une critique générale de l’éducation qui cherche à donner du sens à l’acte de philosopher plutôt qu’à en faire un ensemble de compétences mesurables ou un simple savoir transmis.

* * *

L’un des apports majeurs de Claude Collin est son ouvrage intitulé L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (publié en 1978). Ce livre propose une vision originale de l’enseignement de la philosophie, fondée non pas sur une simple transmission de concepts ou de contenus historiques, mais sur une mise en œuvre réfléchie de l’expérience philosophique vécue par l’étudiant lui-même.

* * *

Le terme didactique expérimentale ne signifie pas expérimentation au sens strictement scientifique, mais plutôt une approche pédagogique qui place l’expérience directe comme point de départ de l’acte philosophique. Dans ce cadre :

  • l’accent est mis sur la pensée réfléchie et critique de l’étudiant plutôt que sur la mémorisation de doctrines ;
  • l’expérience commune vécue (les pensées, sentiments, questions réelles des étudiants) devient matériau pédagogique pour philosopher ;
  • le rôle du professeur est d’accompagner la réflexion active, plutôt que d’« expliquer » la philosophie de façon magistrale ;
  • cette approche s’oppose à des modèles plus technicistes ou instrumentaux qui réduisent l’enseignement philosophique à une série d’objectifs et de compétences mesurables (comme « savoir analyser un texte », « rédiger une dissertation », etc.).
  • Dans L’expérience philosophique, Collin explore le passage de :
    l’expérience vécue ordinaire (pensées, jugements spontanés de l’étudiant)
    à l’expérience philosophique réfléchie (capacité à poser des questions, analyser des présupposés, structurer une argumentation).
  • L’idée fondamentale est que philosopher ne se résume pas à apprendre des auteurs ou des doctrines, mais à engager l’étudiant dans le processus même de la pensée philosophique, à partir de ses propres expériences et interrogations.
  • Cette proposition s’inspire en partie des travaux sur l’expérience, la pensée réflexive et la formation de l’esprit critique, et elle se distingue nettement des approches centrées sur l’analyse formelle de textes ou sur des objectifs d’apprentissage prescriptifs.

TABLE DES MATIÈRES

Pages web de Claude Collin, professeur de philosophie, sur le site web du Cégep du Vieux-Montréal

Carnet de pédagogie

INTRODUCTION

SECTION 1  LA DIDACTIQUE EXPÉRIMENTALE DE LA PHILOSOPHIE

1.1 Qu’est-ce que la didactique expérimentale?

1.2 Qu’est-ce que la didactique de la philosophie?

1.2.1 Les deux sens de la philosophie

1.2.2 Le profil mental de l’étudiant qui apprend à philosopher

1.2.3 Le profil mental du philosophe

1.2.4 À la recherche du sens de ce qui arrive

1.2.4.1 L’événement (Nietzsche)

1.2.5 À la recherche de la signification de la parole

1.2.5.1 L’analyse de la pensée et la problématique philosophique

1.2.5.2 La notion de problème philosophique

1.2.6 À la recherche de la justification de la pensée ou l’harmonie des sphères

1.2.7 L’expérience humaine

1.2.8 Élaboration de la méthode scientifique (L’aspect formatif)

1.2.8.1 Comment formuler une expérience vécue comprise ?

1.2.8.2 Comment analyser la pensée

1.2.9 Comment élaborer une théorie (ou comment réaliser l’harmonie des sphères)

SECTION 2  CONCEPTIONS DE L’HOMME (les images de l’homme)

2.1 La spécificité de l’homme

2.2 Le cerveau – Quand la matière pense

2.3 Voyage au centre du cerveau

2.4 Quelques propos d’Arthur Koestler sur l’homme

2.5 Konrad Lorenz et Jean Hamburger

2.6 Les trois grands courants de pensée chez les Grecs

2.6.1 Démocrite (le matérialisme radical)

2.6.2 Platon (le spiritualisme radical)

2.6.2.1 Le mythe de l’attelage ailé

2.6.3 Aristote (le spiritualisme modéré)

2.6.3 Aristote (texte sur l’entéléchie)

2.6.5 Le monde selon les anciens

2.6.6 À propos de la science grecque

2.7 Les conceptions chrétiennes

2.7.1 ST. AUGISTIN

2.7.1.1 Les deux cités – Texte de St Augustin

2.7.2 ST. THOMAS

2.7.3 Les conceptions chrétiennes en un coup d’œil

2.8 Les conceptions modernes

2.8.1 René Descartes

2.8.1.1 Les Passions de l’âme

2.8.1.2 Coup d’œil

2.8.2 Jean-Jacques Rousseau

2.8.2.1 Lettre à Malesherbes (extrait)

2.8.2.2 Les guides naturels de l’homme (extrait)

2.8.2.3 La vraie nature de l’homme (extrait)

2.8.2.4 La vie en société (extrait du Contrat Social)

2.8.2.5 La souveraineté du peuple (extrait du Contrat Social)

2.8.2.6 Bornes du pouvoir souverain (extrait du Contrat Social)

2.8.2.7 Nécessité d’une religion civile (extrait du Contrat Social)

2.8.2.8 Coup d’œil

2.8.3 Karl Marx

2.8.3.1 Sur la dialectique – Pour comprendre Marx

2.8.3.2 Anthropologie marxiste

2.8.3.3 La conception de l’homme

2.8.3.4 L’humanisme marxiste : deux conceptions opposées de l’homme

2.8.3.5 Dans la foulée du rationalisme kantien

2.8.4 Sigmund Freud

2.8.4 1 Le cheminement de Freud

2.8.4 2 L’appareil psychique selon Freud

2.8.4 3 Coup d’œil

2.9 Henri Bergson

2.10 Friedrich Nietzsche

2.10.1 Contre les dualismes et pour les valeurs nouvelles

2.10.2 Nietzsche et notre temps

2.10.3 Sur quelques-unes de ses œuvres

2.11 Jean-Paul Sartre

2.11.1 La philosophie existentielle – Définition

2.11.2 Les principaux représentants de l’existentialisme

2.11.3 Les traits communs des existentialistes

2.11.4 Les douze thèmes principaux de la pensée existentialiste

2.11.4 Les idées-forces de l’anthropologie sartrienne

2.12 Les paramètres de la condition humaine

2.13 Les mystères de l’existence humaine

2.14 L’homme d’aujourd’hui face à ses malaises

Section 3  ÉDUCATION

Section 4  PHILOSOPHIE DU DROIT

(les règles du présent et de l’avenir humain)

4.1 Pourquoi une philosophie du droit ?

4.2 Qu’est-ce que le droit ?

4.3 Quelles sont les sources du droit?

4.3.1 Les grandes divisions du droit(1)

4.3.2 Les grandes divisions du droit(2)

4.3.3 Les grands courants de philosophie du droit(3)

4.4 Les fondements du droit selon les philosophies classiques

4.5 Perspectives nouvelles

4.6 Les droits de l’homme et des chartes

4.7 Glossaire

4.8 Articles complémentaires

4.8.1 La morale de la règle et la morale de la conscience par Jamil Haddad

4.8.2 Regard sur les mésaventures de la démocratie par Jamil Haddad

4.8.3 Problèmes. Réactions historiques. Nouvelle orientation par Jamil Haddad

4.8.4 L’avenir de l’Amérique et l’Amérique de l’avenir

Section 5  Articles complémentaires

5.1 Aux étudiants la parole

5.2 La philosophie que j’aime

5.3 Le modèle didactique théorique

5.4 Méthode de recherche scientifique

5.5 Qu’est-ce qu’un concept central ?

5.6 Quelques pensées utiles

5.7 Quelques pensées pour la réflexion

5.8 Quelques mots sur la parole

5.9 Abandon des cours de philosophie

5.10 Formation fondamentale et enseignement  de la philosophie au collégial

5.10.1 Les opérations mentales

5.10.3 Philosophie et sciences humaines

5.11 Recherche de l’unité de mesure de la capacité opérationnelle dans l’analyse de la pensée

5.12 Index des philosophes

5.13 Liens d’intérêts

5.14 Publications

5.14.1 MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE

5.14.1.1 Compte rendu par : Raymond Bélanger

5.14.2 L’INITIATION PHILOSOPHIQUE EN 4 LEÇONS

5.14.3 L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

5.14.4 L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

Section 6  Annexe

Autres sites web de Claude Collin

  1. Site web Philosophie et politique
  2. Site web Mélanges philosophiques

Encéphi – Encyclopédie hypertexte de la philosophie

Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

Congrès mondial de la philosophie 1983

L’enseignement de la philosophie  Claude Collin*  Société Canadienne de Philosophie

Première partie – L’état antérieur

  1. Les conditions pédagogiques antérieures
  2. Les essais de renouveau
  3. Problématique de l’enseignement de la philosophie

Seconde partie – Une ouverture sur l’avenir

  1. Les Travaux préalables
  2. Les recherches
  3. Élaboration d’une méthode didactique

Conclusion

Sur l’expérience vécue

i L’expérience vécue est particulière

ii L’expérience vécue est transformante

L’expérience vécue a un caractère concret avec une logique du concret

iii L’inconscient de l’expérience vécue.

Bibliographie

NOTES

Le test de PERPE/PHILO et la problématique

de l’enseignement de la philosophie

Analyse du niveau de satisfaction des étudiants infirmiers de l’évaluation des apprentissages

Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste)


EXTRAITS

Carnet de pédagogie

Ce carnet de pédagogie se voudrait un vade mecum consacré uniquement à l’aspect pédagogique du site. En principe, Il doit permettre à l’enseignant(e) et à l’étudiant(e) de prendre connaissance des objectifs et activités propres à chacune des régions couvertes par le site (didactique, conceptions de l’être humain, philosophie de l’éducation, philosophie du droit).

On remarquera que la région consacrée à la didactique concerne l’aspect formatif de l’apprentissage de la philosophie, alors que les autres régions permettent de puiser dans le domaine de l’information reliée à la culture philosophique.

C’est pourquoi chacune de ces régions comporte ses objectifs généraux et spécifiques, une liste des principaux concepts à maîtriser, la description des travaux exigés, (tests et examens), un calendrier des activités et des suggestions concernant l’évaluation.

Ce site est divisé en six thèmes principaux:

  • La didactique expérimentale de la philosophie
  • Les conceptions de l’homme
  • La philosophie de l’éducation
  • La philosophie du droit
  • Le coin du pédagogue
  • Les articles complémentaires

Chaque thème est construit à l’intérieur d’un système de cadres contextualisés. Afin de contourner la problématique liée à la programmation et de s’assurer que chaque page ouvre dans son cadre respectif, il n’y a pas de carte du site générale fonctionnelle mais plutôt une carte par thème. Celle-ci est accessible à partir de la table des matières de chaque thème.

Voici l’ensemble amalgamé des cartes de thèmes. Seules les cinq dernières pages ici ont des liens actifs. La carte complète est présentée en guise de référence seulement.

Les pages de la série « Vérifiez vos connaissances » ne sont pas identifiées ici, pas plus que dans les cartes de thèmes – celles-ci étant destinées à l’usage exclusif du cours de philosophie.

INTRODUCTION

La première région du site présente la philosophie comme activité mentale, comme cheminement, comme devenir de l’homme. C’est l’aspect dynamique de la culture ; c’est la tête bien faite (Montaigne), là où le souci de la formation l’emporte sur celui de l’information. Cette première partie s’adresse à celles et ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine.

Cependant, la culture n’est pas que créativité, qu’invention ; elle est aussi réponse effective aux besoins fondamentaux de l’homme, donc œuvre réalisée. A ce titre elle est information, c’est-à-dire un ensemble de connaissances couvrant tous les aspects des réalisations humaines (l’idéal de Rabelais d’une tête bien remplie vient ainsi compléter celui de Montaigne). En ce sens, l’objet de la philosophie est illimité, inépuisable, d’une variété incroyable car il touche à tout ce qui a rapport à l’homme. C’est pourquoi les autres sections de ce site présenteront des aperçus philosophiques, des réalisations qui ont résisté au temps pour des raisons esthétiques ou historiques et qui conservent quand même une grande actualité. Nous les envisagerons comme témoignages exprimant des expériences philosophiques achevées.

On pourra donc trouver des aperçus philosophiques touchant :

  • l’homme en devenir (la culture);
  • quelques images de l’homme (conceptions de l’être humain);
  • les chemins du devenir humain (l’éducation);
  • les règles du présent et de l’avenir humain dans la société (le droit).

Tables des matières du site web

Section 1: Didactique expérimentale (question de méthode)

Section 2: Conceptions de l’homme (les images de l’homme)

Section 3: Éducation (les chemins du devenir humain)

Section 4: Droit (les règles du présent et de l’avenir humain)

Section 5: Articles complémentaires

L’expérience philosophique ou l’harmonie des sphères

L’harmonie des sphères


DU MÊME AUTEUR

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages.

MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE À L’USAGE DE CEUX ET CELLES QUI DÉSIRENT S’INITIER À LA PHILOSOPHIE

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale / Claude Collin et Zdenko Osana, Édition 1ère éd. – Publication : Laval : Institut de recherches didactiques de Laval, 1974 (Montréal : Atelier des sourds). [1], 94p. ; 23cm.

L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE : ESSAI DE DIDACTIQUE EXPÉRIMENTALE

La didactique expérimentale de la philosophie dont il sera question sur ce site a pris naissance dans la foulée de la Révolution tranquille. L’instauration des cégeps en fut l’élément déclencheur. Toute la réalité pédagogique changeait brusquement: nouvelle population étudiante très diversifiée selon l’âge, l’orientation, la culture; nouvelle structure des programmes; un esprit nouveau très préoccupé de rejoindre le vécu quotidien s’exprimant avec vigueur; un besoin profondément ressenti de clarifier le statut de l’enseignement de la philosophie menacé de plus en plus par le développement des sciences humaines. Cette situation nous forçait à repenser notre enseignement: nous réalisions que nous ne connaissions pas ces nouveaux étudiants plus jeunes, venant de tous les milieux et dont le passé culturel nous échappait; nous ne pouvions poursuivre l’enseignement traditionnel dans ces conditions nouvelles. Il s’agissait donc d’une part de trouver un moyen de savoir ce dont l’étudiant était capable en fonction de l’apprentissage de la philosophie et d’autre part d’aller à l’essentiel de cet esprit qui devait être celui de la philosophie. La méthode de la didactique expérimentale nous semblait le moyen de réaliser ces objectifs. Accessible avec ce lien vers Internet Archive.

COLLIN, Claude, L’initiation philosophique en quatre leçons, Éditions Griffon d’argile. ISBN-10: 2894430140 – ISBN-13: 9782894430149, 1994,

L’INITIATION PHILOSOPHIQUE EN 4 LEÇONS

Ce manuel s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine. Il est un chemin ouvert : il n’offre pas de solution magique à la difficile quête du bonheur de l’être humain ; il est une simple invitation à vivre une expérience philosophique, c’est-à-dire à se pencher sur la vie de tous les jours, à chercher le sens de ce qui arrive, à se l’exprimer soi-même avec confiance, en ayant pour seul désir d’aller au fond des choses.

L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Montréal, Bellarmin, coll. « L’univers de la philosophie » 1978, 197 pages.

Dans cet ouvrage (1978), l’auteur livre les résultats des recherches effectuées sur environ trois mille travaux d’étudiants, selon la méthode présentée dans « L’enseignement de la philosophie »(1974). Ces études ont permis d’esquisser le profil mental de l’étudiant qui apprend à philosopher; de préciser les opérations mentales qu’utilise le philosophe en élaborant sa science et les moyens qu’il conviendrait d’utiliser pour que l’étudiant soit capable d’élaborer sa propre philosophie. De plus, l’auteur aborde un certain nombre de problèmes pédagogiques soulevés par l’enseignement de la philosophie. Enfin, se dégage de cet ouvrage une voie à suivre pour effectuer le passage d’une expérience commune à une expérience philosophique achevée. Celle-ci se présentera en trois étapes interdépendantes, formant une unité dynamique: dialectique du vécu, du conçu et de la théorie.


SITES WEB

1. Site web Philosophie et politique[1]

Site de Claude Collin, Professeur de Philosophie.

Philosophie politique et analyse des processus sociaux contemporains

https://web.archive.org/web/20010413153341/http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/index.htm

[1] Les écrits pédagogiques du professeur de philosophie Claude Collin de ce site web seront l’objet d’un autre document. On trouve ici que la TABLE DES MATIÈRES de ce site web. Les textes peuvent être consultés sur Internet Archive à l’adresse suivante : https://web.archive.org/web/20010413153341/http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/index.htm.

2. Site web Mélanges philosophiques[1]

Ce site présente quelques articles de Claude Collin, Michel Brochu, Jamil Haddad, André Dagenais et Marcel Collin

Section 1: L’Enseignement de la philosophie
Section 2:  Le Québec comme pays
Section 3: Comptes rendus de livres sur la condition humaine
Section 4: Démocratie, morale de la règle et morale de la conscience
Section 5: Quelques philosophes

Liens d’intérêt

  • Jours d’Histoire: un site d’informations historiques très riche et agréablement présenté
  • filosofia in Italia: banque d’images et de portraits de philosophes à la disposition des étudiants

 Chronique de souvenirs heureux: le coin du vieil or

1-« TIC-TAC »

2-Jour de retraite

[1] Les écrits pédagogiques du professeur de philosophie Claude Collin de ce site web seront l’objet d’un autre document. On trouve ici que la TABLE DES MATIÈRES de ce site web. Les textes peuvent être consultés sur le web à l’adresse suivante : https://www.tvcollin.com/ClaudeCollin/mel-philo/retraite.htm.


Référencements

Revue des sciences de l’éducation

Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le-devoir, 25 avril1979


Claude COLLIN et Zdenko OSANA

Le test Perpe/philo et la problématique de l’enseignement de la philosophie

Prospectives , vol. 7, no 5, novembre 1971, p. 282-286.

Congrès mondial de la philosophie 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal?: Institut de recherches didactiques, 1974.
———, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


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Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial.

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