Article # 177 – Réaction de Claude Collin, professeur de philosophie, au Rapport du Comité d’étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP (1970)

C’est dans la revue L’ACTION NATIONALE (Volume LX, Numéro 8, Avril 1971) que l’on trouve la réaction de Claude Collin au Rapport Roquet (Rapport du Comité d’étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP) PUBLIÉ EN 1970.

Mise en contexte de la réaction de Claude Collin

Le Rapport Roquet est un document charnière de l’histoire de l’éducation au Québec, publié le 1er décembre 1970.

Son titre officiel est : « Rapport du Comité d’étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP ». Il doit son nom usuel à son président, Ghislain Roquet, qui était à l’époque directeur général adjoint de la Direction générale de l’enseignement collégial (DIGEC).

1. Contexte et objectif

À peine trois ans après la création des Cégeps (1967), le système faisait face à une crise de définition de la « formation générale » (les cours obligatoires pour tous). Le Rapport Roquet avait pour mandat de redéfinir ces cours pour éviter que le collégial ne devienne une simple extension du secondaire ou une préparation trop étroite à l’université.

2. Les recommandations phares

Le rapport proposait une vision humaniste et audacieuse, souvent jugée idéaliste à l’époque :

La structure des « Univers » : Au lieu de disciplines isolées, le rapport suggérait de regrouper les connaissances en 7 grands univers de savoir (ex: l’univers du langage, l’univers de la matière, l’univers de la personne, etc.).

La polyvalence : Il insistait sur le fait que l’étudiant devait rester en contact avec la culture globale, peu importe sa spécialisation technique ou préuniversitaire.
Liberté de choix : Contrairement au modèle actuel (français, philo, anglais, éducation physique imposés), le rapport Roquet préconisait de laisser l’étudiant choisir ses cours à l’intérieur de ces univers pour favoriser son intérêt personnel.

3. Impact et lien avec Claude Collin

Bien que les recommandations du Rapport Roquet n’aient jamais été appliquées intégralement (le gouvernement ayant préféré des compromis plus rigides comme l’Hypothèse « C » en 1971), il a profondément influencé les pédagogues de l’époque.

C’est ici que l’on retrouve Claude Collin et son Institut de recherches didactiques de Laval. Collin s’est inspiré de l’esprit du Rapport Roquet pour développer sa didactique expérimentale. Il partageait l’idée que l’enseignement ne devait pas être une transmission passive, mais une expérience où l’étudiant « apprend à être » à travers le savoir.


Vous pouvez télécharger le Rapport Roquet avec ce lien (PDF)


EXTRAIT DU RAPPORT ROQUET AU SUJET DE LA PHILOSOPHIE

b) La philosophie

L’étudiant qui arrive au collège n’a généralement jamais eu de contact avec la philosophie. Au sortir de l’adolescence, il se pose cependant déjà des questions fondamentales sur lui-même et sur le monde. La philosophie doit l’aider à structurer sa pensée et à prendre conscience de sa propre existence en relation avec les autres.

La philosophie n’est pas d’abord une accumulation de connaissances historiques ou de systèmes de pensée. Elle est avant tout une démarche de l’esprit, une réflexion critique et rigoureuse. Au niveau collégial, l’enseignement de la philosophie doit viser à :

1- Développer chez l’étudiant l’esprit critique et le sens de la rigueur dans la pensée et dans l’expression ;

2- Amener l’étudiant à prendre conscience des fondements de ses propres convictions et de ses valeurs ;

3- Initier l’étudiant aux grands courants de la pensée contemporaine en les situant dans leur perspective historique.

Pour atteindre ces objectifs, le Comité recommande que l’enseignement de la philosophie ne soit pas limité à une seule école de pensée. L’étudiant doit être mis en contact avec la diversité des réflexions philosophiques afin d’exercer son jugement.

Le Comité suggère que les cours de philosophie soient organisés autour de thèmes qui rejoignent les préoccupations des étudiants, tels que la liberté, la justice, la connaissance ou la condition humaine. Cette approche thématique n’exclut pas l’étude des auteurs classiques, mais elle permet de rendre la réflexion philosophique plus vivante et plus pertinente pour les jeunes du niveau collégial.

Il est également essentiel que la philosophie ne soit pas perçue comme une discipline isolée. Elle doit, au contraire, établir des liens avec les autres domaines du savoir, notamment les sciences humaines et les sciences de la nature, pour aider l’étudiant à se former une vision globale et cohérente de la réalité.


Au sujet de la réaction de Claude Collin au Rapport Roquet

Les réactions de Claude Collin (1925–2018) au Rapport Roquet (1970) furent marquées par un mélange de soutien philosophique et de critique méthodologique. En tant que pionnier de la didactique de la philosophie au collégial, Collin s’est servi du rapport comme d’un tremplin pour développer sa propre approche, tout en soulignant les limites de sa mise en œuvre.

Voici les principaux points de sa réaction et de son analyse :

  1. Adhésion à l’esprit humaniste

Claude Collin a accueilli favorablement l’esprit du Rapport Roquet, qui prônait une éducation centrée sur l’étudiant et une formation générale humaniste plutôt que purement technique :

  • Il partageait la vision du rapport selon laquelle la philosophie devait aider l’étudiant à se situer dans le monde et à donner un sens à son existence, au-delà de l’apprentissage passif de l’histoire des idées.
  • Cette résonance avec le rapport a nourri sa conviction que la philosophie au cégep ne devait pas être une « préparation universitaire » rigide, mais un lieu de réflexion sur le vécu.
  1. Critique du manque de « Didactique Expérimentale »

Bien que d’accord avec les objectifs de Roquet, Collin considérait que le rapport restait trop théorique sur la manière d’enseigner.

  • Insuffisance méthodologique : Pour Collin, le rapport ne proposait pas de méthode concrète pour opérer la transition entre l’expérience quotidienne de l’étudiant et la rigueur philosophique.
  • Réponse par l’action : C’est précisément pour combler cette lacune qu’il a fondé l’Institut de recherches didactiques de Laval et publié son essai phare en 1974 : L’enseignement de la philosophie – Essai de didactique expérimentale.
  1. Opposition au « Technicisme » et à la Fragmentation

Claude Collin craignait que l’application du Rapport Roquet, sous la pression des réformes administratives (comme l’Hypothèse « C »), n’aboutisse à une fragmentation des savoirs.

  • Il s’est battu pour que la philosophie garde son rôle de synthèse et de critique globale, plutôt que d’être réduite à un simple outil de communication ou de méthodologie de travail, une dérive qu’il percevait dans certaines interprétations du rapport.
  • Il insistait sur le fait que l’étudiant devait « philosopher » lui-même (une approche inductive) plutôt que de simplement consommer des « univers de savoir » découpés artificiellement.
  1. Héritage et Prolongement

Dans ses écrits ultérieurs et ses hommages récents, il est souligné que Collin a agi comme le « bras pédagogique » des idéaux du Rapport Roquet. Là où le rapport proposait une vision, Collin a tenté de construire les outils didactiques (comme la « méthode de recherche philosophique ») pour rendre cette vision praticable dans les salles de classe.


Préambule du Rapport Roquet


Notes sur le contenu du préambule :

Ce préambule est important pour votre recherche car il établit deux points que Claude Collin a par la suite critiqués dans son article :

  1. La méthode de travail : Le comité souligne avoir tenu « vingt et une journées de réunion » et consulté « de nombreux éducateurs et étudiants ». Collin reprochera justement au comité de s’être basé sur des impressions et des consultations psychologiques plutôt que sur une méthode scientifique rigoureuse.

  2. L’unanimité : Le rapport affirme que tous les éléments ont été acceptés à l’unanimité par les membres du comité, ce qui renforçait son autorité au moment de sa parution.

Le 10 décembre 1970.

Monsieur Léo Paré, Directeur du service des programmes et examens, Direction Générale de l’Enseignement collégial, 917 Mgr Grandin, Ste-Foy, Qué.

Monsieur le Directeur,

Le comité d’étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP a rempli le mandat que vous lui aviez confié et vous remet aujourd’hui un rapport dont tous les éléments ont été acceptés à l’unanimité.

Les membres du comité ont consacré à cette étude dix mois de travail au cours desquels ils ont tenu vingt et une journées complètes de réunion. Ils ont fait appel à la collaboration de nombreux éducateurs et étudiants ainsi que de nombreuses personnalités appartenant à divers domaines d’activités.

Le comité remercie toutes ces personnes de leur aide précieuse et tient à exprimer sa reconnaissance à la Direction Générale de l’Enseignement collégial pour la confiance qu’elle lui a manifestée et pour l’entière liberté qu’elle lui a laissée au cours de ses travaux.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le président du comité,

Ghislain Roquet


LA RÉACTION CE CLAUDE COLLIN AU RAPPORT ROQUET

L’Action nationale, Volume LX, Numéro 8, Avril 1971, 75 cents.

Sur le Rapport Roquet

par Claude Collin et Z.-A. Osana,

professeurs de philosophie

L’Action nationale, Volume LX, Numéro 8, Avril 1071, Pages 655-661

Depuis la fondation des CEGEP, les cours communs n’ont pas été sans susciter certaines inquiétudes. On s’interrogeait sur leur utilité, leur pertinence, leur valeur pédagogique et sociale. Les autorités provinciales, les CEGEP et pratiquement tous les professeurs de cours communs, ont saisi l’ampleur du problème. Ils ont fait des propositions pertinentes et sont allés jusqu’à proposer et mettre en pratique certaines solutions du problème.

Il était donc évident qu’une certaine restructuration du cours commun devait s’effectuer. Et nous devenions de plus en plus sensibilisés au fait que la solution de ce problème devait être amorcée sous son angle le plus important, à savoir, l’angle pédagogique. En effet, en tant que professeurs, toutes les communications et toute la littérature reçues concernant ce problème, étaient inspirées d’une approche pédagogique.

Nous attendions donc, avec un certain espoir, le rapport du « Comité d’Étude des Cours Communs à tous les Étudiants du CEGEP, chargé, par le directeur du service des programmes et examens, de « fournir des précisions et recommandations » sur les problèmes concernant les cours communs au niveau collégial.

Nous avons le regret de constater que le rapport du comité Roquet, tout en formulant vingt-six recommandations, ne nous fournit aucun moyen d’évaluer le bien-fondé de celles-ci. Nous aurions souhaité trouver moins d’affirmations globales et gratuites, et une méthode de travail plus rigoureuse et appropriée. Nous nous demandons même, comment il serait possible d’attacher de l’importance à ces recommandations, qui semblent beaucoup plus le fruit d’impressions générales, que d’une analyse sérieuse du problème.

A- Gratuité de plusieurs affirmations du rapport

Disons tout de suite, à la décharge du comité, que le mandat, tel qu’explicité par le directeur du service des programmes et examens pouvait peut-être inviter à certaines redites des affirmations globales du Rapport Parent concernant les objectifs généraux de l’enseignement collégial (voir p. 6 No I). Ce que le comité n’a d’ailleurs pas manqué de faire dès le premier chapitre (p. 13) intitulé : « Les rapports antérieurs: structure des programmes et identification du malaise. » On chercherait en vain, dans ces pages, l’identification du malaise. Cela nous semble assez compréhensible d’ailleurs, puisque, en dehors des affirmations extraites du Rapport Parent, le rapport du comité se contente de rappeler certaines recommandations des comités consultatifs relatifs aux cours de spécialisation. (voir p. 17-8, No 7)

En réalité, ce que le rapport comporte au sujet de l’identification du malaise, réside dans les affirmations suivantes, qui jusqu’à preuve du contraire, nous semblent purement gratuites :

1-« On ne réalise pas, affirme le rapport Roquet, (p. 18) un objectif fondamental proposé par le Rapport Parent: mettre les étudiants en contact avec les principaux univers de connaissance. »

Cette première affirmation ne serait pas gratuite, si on pouvait nous dire sur quels faits elle s’appuie. S’ils existent ces faits, avec quelle méthode les a-t-on observés, sélectionnés, compilés? Le rapport reste muet sur ce point fondamental. Nous aimerions bien savoir comment l’on sait que cet objectif n’a pas été réalisé. Et si cela est, ne serait-il pas à propos de se demander pour quelles raisons? Serait-ce parce que les professeurs n’ont pas conçu l’objectif comme ils l’auraient dû ? ou bien parce qu’ils n’ont pas eu à leur disposition la préparation nécessaire ? Ou bien, serait-ce parce que les étudiants n’étaient pas aptes à accéder à ces univers de connaissance? Pourquoi conclure, sans plus ample analyse des faits, en la nécessité d’un réaménagement des programmes et dans tel sens déterminé? Si le comité avait cru important de répondre à ces questions, ses vingt-six propositions auraient mérité une certaine considération.

2- « Les cours communs ne tiennent pas assez compte des besoins de la société industrielle » affirme encore le rapport (p. 18).

Nous nous demandons à quoi rime une telle affirmation? Des études qui sont de nature strictement théorique peuvent-elles résoudre des problèmes pratiques d’ordre industriel? Ou bien, veut-on nous dire ici, que la société industrielle exige des connaissances particulières et adéquates ? Exige-t-elle des aptitudes bien déterminées et lesquelles ? Par exemple: lecture de plans et devis? connaissance du fonctionnement financier ? Comment le savoir ? Quels sont ces besoins précis de la société industrielle dont les cours communs ne tiennent pas assez compte ? Tout cela peut être vrai, mais encore une fois, comment le savoir? Le rapport du comité ne le dit pas. Il se contente d’affirmer.

3- « Les cours de français négligent trop la communication parlée et écrite. » « La formation générale prévue ignore trop l’univers de l’économie. » (p. 18)

Encore une fois, sur quoi se base-t-on pour faire de telles affirmations? D’ailleurs, quelle est la juste me-

sure? Comment l’établir? Sur la base de quels critères et de quels faits ? Faut-il un cours de comptabilité? Est-ce que la connaissance des opérations bancaires serait assez ? ou trop? Il est bien évident que dans ce rapport, on n’a pas pris la peine de vérifier et contrôler ces affirmations. Jusqu’à preuve du contraire, nous croyons qu’elles sont le fruit d’impressions générales, rien de plus.

B- La méthode de travail du comité

La grande faiblesse de ce rapport, et qui enlève, à notre avis, toute valeur de crédibilité à ses recommandations, réside dans un manque évident de méthode scientifique. Et cela, malgré la suggestion du directeur du service des programmes et examens indiquée dans le mandat (p. 6 No 1) par les mots suivants : « il est nécessaire aussi d’examiner l’expérience vécue dans les CEGEP. »

Il ne suffit pas, pour identifier une situation et les problèmes qu’elle comporte, de consulter quelques personnes, si éminentes soient-elles, et de leur demander leurs impressions, (voir le questionnaire soumis à un certain nombre de professeurs et étudiants, à la fin du rapport) (et la description du travail du comité, p. 22). Comment peut-on se baser sur une appréciation purement psychologique pour tirer des conclusions de fait et des recommandations! Car, l’expérience vécue, n’est pas autre chose que la connaissance de la situation actuelle établie le plus scientifiquement possible, et non pas sur des impressions. Il faut savoir décrire les faits et les étayer avec des données réelles. On ne bâtit rien de solide sur des impressions!

Il ne suffit pas, non plus, d’échafauder un barrage de principes passe-partout tellement généraux qu’ils peuvent se dire de n’importe quoi, fussent-ils consacrés par le enilat rapport d’une enquête royale. (p. 27-31)

Un plus grand souci de méthode aurait pu éviter au comité de sombrer dans de telles généralités. Il eût fallu, dès le début, établir la distinction bien nette entre les objectifs lointains concernant chaque individu, quel qu’il soit, et l’objectif plus précis de l’enseignement du CEGEP. Les objectifs, tels que les considère le comité, sont des objectifs dans le sens le plus large, qui intéressent chaque individu (voir p. 27-8-9). Mais les objectifs précis, concernant les étudiants qui viennent du secondaire avec telle formation affective et intellectuelle, on n’a pas senti le besoin de s’en préoccuper.

Ajoutons que le nouvel aménagement des programmes, élaboré au chapitre deuxième est peut-être valable, malgré tout cela. Mais, nulle part en trouvons-nous la justification dans ce rapport. Car, la programmation des études, dépend de la connaissance de la société qui exige des études (société et université) et cette connaissance doit être suffisamment objective. Dans ce rapport, l’aménagement proposé n’est pas le résultat d’une étude sérieuse de la société et des étudiants: il est une projection d’avenir, basée sur des a priori.

On devrait pouvoir répondre à la question suivante : lorsqu’ils entrent dans les différents milieux de travail et à l’université, les étudiants sont-ils préparés? Quels sont les facteurs de cette intégration ? Comment se réalise-t-elle de fait ? Il est vrai que très peu d’études ont été effectuées pour établir la corrélation entre les études faites et l’intégration à la vie. Ce n’est qu’après quelques années à l’aide d’enquêtes objectives, que l’on pourrait le savoir.

Nous croyons donc que les propositions du rapport Roquet, ne sont que des vœux pieux, basés uniquement sur des données gratuites de la psycho-pédagogie. D’une connaissance un tant soit peu sérieuse (nous ne disons même pas scientifique) de la situation réelle, nous ne trouvons aucune trace dans ce rapport.

C- Apparences de démagogie pédagogique

Les recommandations inspirées par une telle approche d’un problème qui mériterait d’être traité scientifiquement, peuvent difficilement éviter les apparences d’une démagogie pédagogique. Nous appelons démagogie ce qui s’alimente de l’imagination plutôt que de la raison, et qui pousse à des degrés injustifiés des tendances affectives. Nous voudrions relever, parmi bien d’autres, un exemple qui illustre bien ce que nous voulons dire.

Il s’agit du passage concernant l’évaluation des professeurs. Il mérite d’être cité en entier.

« Il faut d’abord que le professeur ait les moyens de s’auto-évaluer. Cela se fera en fonction des objectifs précis de son enseignement. D’autre part, une évaluation pourra aussi se faire à l’intérieur de chaque département où l’équipe des professeurs examine dans quelle mesure elle a réussi à réaliser son « projet d’éducation ». Une certaine évaluation peut aussi se faire par les étudiants. Nous savons que cela n’est pas sans danger, mais il s’agira d’utiliser les moyens adéquats, et ne pas en surestimer la portée. Enfin, on pourra tenir compte des travaux de recherche du professeur, de sa disponibilité aux étudiants, de l’intensité de sa participation à la vie du département auquel il appartient, de la qualité du travail administratif (sic) qu’il doit exécuter. Bref, nous souhaitons que de plus en plus, l’ensemble du travail du professeur, spécialement son excellence au plan pédagogique, puisse être évalué et considéré pour divers avantages. »

Une auto-évaluation, en rapport avec divers avantages, et en équipe ! Pour qui connaît un tant soit peu le métier de professeur et un tantinet les multiples problèmes concernant l’évaluation, cette proposition apparaît tout simplement irresponsable, pour ne pas dire loufoque. Un des grands spécialistes de la question (E. Planchard, La Pédagogie Scolaire Contemporaine, p. 227 ss) affirme qu’il existe actuellement au-delà de 500 ouvrages sérieux sur l’évaluation des professeurs et que seulement six ou sept méthodes sont actuellement connues et qui ont quand même l’inconvénient de ne pas présenter suffisamment d’objectivité et de véracité. Et l’on propose de s’auto-évaluer! Ou bien le professeur dit la vérité et alors c’est la fin de son travail, car il n’y a personne dont le travail soit à cent pour cent acceptable; ou bien il ne dit pas la vérité: il est clair alors, qu’il faut une hétéro-évaluation. Dans quelle mesure alors fera-t-elle contrepoids à l’auto-évaluation?

Au fond, le problème du professeur est bien différent. D’abord, comment préparer le cours pour qu’il soit à la fois fidèle au programme et adapté aux étudiants ? Ensuite, quels moyens didactiques utiliser et comment ? Cela suppose, évidemment, une sérieuse connaissance de toute la science pédagogique. Seule cette science peut prévenir les écarts de la démagogie pédagogique.

Conclusion

À notre avis, à la suite de ce rapport, le problème des cours communs reste entier. Ne conviendrait-il pas de confier le travail, non à un comité aux moyens restreints, mais à une équipe de chercheurs dont la seule occupation serait de décrire aussi fidèlement que possible la situation de l’enseignement et de son influence réelle sur la société, en tenant compte séparément des différents secteurs de l’enseignement. À l’aide d’une méthode scientifique appropriée, il serait possible de faire des recommandations qui pourraient s’appuyer sur des faits précis et bien observés. Pourquoi privilégier l’improvisation dans un domaine aussi important que l’enseignement ?

— Fin de la réaction de Claude Collin au Rapport Roquet —

Source : L’Action nationale, Volume LX, Numéro 8, Avril 1071, Pages 655-661 (copie archivée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ).


Ce que dit le Rapport Roquet (1970) Ce que Claude Collin réplique (1971)
Sur les objectifs : Mettre les étudiants en contact avec les « univers de connaissance ». La critique : C’est une affirmation gratuite. Comment sait-on que ce n’est pas déjà fait ? Où sont les faits ?
Sur la méthode : Propose une approche thématique et centrée sur l’étudiant. La critique : C’est de la « démagogie pédagogique » si on n’a pas de méthode scientifique pour l’évaluer.
Sur l’évaluation : Prône l’auto-évaluation et l’évaluation par les pairs/étudiants. La critique : C’est « loufoque » et irresponsable sans une science pédagogique rigoureuse.

Voici le résumé des 7 univers de connaissance (ou univers de savoir) tels que définis dans le Rapport Roquet de 1970. Cette structure visait à remplacer les disciplines isolées par des champs de savoir intégrés, afin d’offrir une formation générale complète à l’étudiant.

  • L’univers du langage : Centré sur la maîtrise de la langue comme outil de communication et de pensée. Il englobe non seulement le français (langue maternelle), mais aussi l’étude des mécanismes de l’expression et de la compréhension.

  • L’univers de la littérature : Vise à mettre l’étudiant en contact avec les grandes œuvres et les courants de pensée. Il ne s’agit pas seulement d’histoire littéraire, mais d’une exploration de la condition humaine à travers les textes.

  • L’univers de la personne : Regroupe principalement la philosophie et la psychologie. Cet univers a pour but d’aider l’étudiant à se situer en tant qu’individu, à structurer sa pensée critique et à réfléchir sur ses valeurs et son existence.

  • L’univers de la société : Porte sur les sciences humaines (histoire, sociologie, économie, politique). Il vise à faire comprendre les structures sociales, les rapports de force et les mécanismes qui régissent la vie en collectivité.

  • L’univers de la matière et de la vie : Englobe les sciences de la nature (biologie, physique, chimie). L’objectif est d’initier l’étudiant aux lois du monde physique et aux fondements de la vie biologique.

  • L’univers de la mesure : Principalement axé sur les mathématiques et la logique. Cet univers permet d’acquérir les outils de quantification, d’abstraction et de rigueur nécessaires à l’analyse scientifique.

  • L’univers de l’art : Concerne l’expression esthétique et la créativité. Il vise à développer la sensibilité de l’étudiant et sa capacité à interpréter ou à produire des formes artistiques (arts plastiques, musique, théâtre, etc.).

C’est précisément cette division en « univers » que Claude Collin critiquait pour son aspect parfois arbitraire ou « a priori », craignant que l’on ne privilégie la structure administrative sur la réalité de l’expérience vécue par l’étudiant en salle de classe.


Le Choc : La réponse de Claude Collin

Le texte de Collin et Osana constitue une charge frontale contre ce qu’ils appellent le manque de rigueur du Comité Roquet. Pour ces professeurs de philosophie, le rapport ne repose pas sur une analyse réelle du terrain, mais sur une vision désincarnée de l’enseignement.

1. La dénonciation des « impressions générales »

Collin critique sévèrement le fait que le Comité ait basé ses recommandations sur des consultations d’opinions plutôt que sur des faits vérifiables. Il rejette l’idée que le « malaise » des cégeps puisse être identifié par de simples discussions.

« Nous nous demandons même, comment il serait possible d’attacher de l’importance à ces recommandations, qui semblent beaucoup plus le fruit d’impressions générales, que d’une analyse sérieuse du problème. »

2. L’appel à la « méthode scientifique »

Pour Collin, l’enseignement est une discipline qui doit s’appuyer sur une science pédagogique. Il reproche au rapport d’avoir ignoré l’expérience scientifique au profit d’une approche purement psychologique ou idéologique.

« La grande faiblesse de ce rapport […] réside dans un manque évident de méthode scientifique. […] Comment peut-on se baser sur une appréciation purement psychologique pour tirer des conclusions de fait et des recommandations! Car, l’expérience vécue, n’est pas autre chose que la connaissance de la situation actuelle établie le plus scientifiquement possible, et non pas sur des impressions. »

3. La critique de la « démagogie pédagogique »

Collin va jusqu’à accuser le rapport de démagogie, particulièrement en ce qui concerne l’auto-évaluation des professeurs, qu’il juge « irresponsable » et « loufoque ». Il soutient que seule la recherche rigoureuse peut sauver l’enseignement de l’improvisation.

« Il faut savoir décrire les faits et les étayer avec des données réelles. On ne bâtit rien de solide sur des impressions! […] Pourquoi privilégier l’improvisation dans un domaine aussi important que l’enseignement ? »

Synthèse de l’opposition

Le choc entre Roquet et Collin est celui de deux visions :

  • Roquet propose une réforme basée sur une vision humaniste et thématique (les « univers »), espérant que le changement de structure inspirera une nouvelle dynamique.

  • Collin exige une réforme basée sur une didactique expérimentale, où chaque changement doit être testé, mesuré et justifié par des données pédagogiques concrètes.

C’est cette exigence de rigueur qui mènera Collin à fonder l’Institut de recherches didactiques de Laval, afin de produire lui-même cette « science pédagogique » qu’il jugeait absente du Rapport Roquet.


Conclusion : Du Choc des Idées à la Création de l’Institut de recherches didactiques de Laval Inc.

Le débat entourant le Rapport Roquet n’a pas été qu’une simple dispute académique pour Claude Collin ; il a agi comme le catalyseur d’une œuvre institutionnelle. Voici comment cette confrontation a conduit à la naissance de l’Institut de recherches didactiques de Laval Inc.

1. Transformer la critique en projet

Dans son article de L’Action Nationale, Collin concluait que le problème des cours communs restait « entier ». Constatant que le gouvernement et le comité Roquet privilégiaient ce qu’il appelait l’« improvisation », il a compris que la solution ne viendrait pas de l’administration, mais des professeurs eux-mêmes. Pour Collin, si le Rapport Roquet manquait de « méthode scientifique », il fallait créer un lieu pour inventer cette méthode.

2. Combler le vide méthodologique

Le Rapport Roquet proposait une vision (les « univers de savoir »), mais Collin estimait qu’elle restait une « projection d’avenir basée sur des a priori ». L’Institut a donc été fondé avec une mission précise : passer de la spéculation à l’expérimentation.

  • L’objectif : Étudier scientifiquement comment un étudiant de 17 ou 18 ans apprend réellement à philosopher.

  • L’outil : La Didactique expérimentale, une approche qui rejette les « impressions générales » pour s’appuyer sur des faits pédagogiques observés en classe.

3. Le manifeste de l’Institut

L’aboutissement direct de cette démarche fut la publication, sous l’égide de l’Institut, de l’ouvrage L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974). Ce livre est la réponse technique et concrète aux lacunes que Collin dénonçait chez Roquet trois ans plus tôt.

4. Un héritage de rigueur

En créant son propre institut, Collin a instauré un modèle où le professeur de philosophie est aussi un chercheur en pédagogie. Il a déplacé le centre de gravité de la réforme : ce ne sont plus les structures (les programmes) qui doivent changer en premier, mais la relation didactique entre le sujet (l’étudiant), l’objet (la sagesse) et le maître.

En somme, l’Institut de recherches didactiques de Laval fut la réponse structurelle de Claude Collin à l’insuffisance qu’il percevait dans le Rapport Roquet. Là où Roquet a dessiné une carte théorique des savoirs, Collin a voulu construire le laboratoire où l’on apprendrait enfin à les enseigner.


Est-ce qu’il y a un lien entre la réaction de Claude Collin au rapport roquet et le test PERPE/PHILO ?

Oui, il existe un lien direct et fondamental entre la réaction de Claude Collin au rapport Roquet et le test PERPE (Perceptions des Étudiants de la Relation Pédagogique et de son Efficacité), plus précisément son adaptation sous la forme du PERPE/PHILO.

Ce lien repose sur la volonté de Claude Collin de substituer une méthode scientifique aux « impressions générales » qu’il reprochait au comité Roquet.

1. La genèse : de la critique à l’outil de mesure

Dans sa réponse de 1971 au rapport Roquet, Claude Collin affirmait :

« Comment peut-on se baser sur une appréciation purement psychologique pour tirer des conclusions de fait […] l’expérience vécue n’est pas autre chose que la connaissance de la situation actuelle établie le plus scientifiquement possible. »

Pour Collin, le rapport Roquet péchait par manque de données objectives sur ce qui se passait réellement dans les classes de philosophie. Le test PERPE est devenu l’instrument de cette « science pédagogique » qu’il réclamait.

2. Qu’est-ce que le test PERPE/PHILO ?

Le PERPE est un instrument de mesure (développé à l’origine par le psychologue belge Gilbert De Landsheere, puis adapté au Québec par l’Institut de recherches didactiques de Laval) qui permet d’évaluer la relation pédagogique.

Sous l’impulsion de Claude Collin et de l’Institut, il a été adapté spécifiquement pour la philosophie afin de mesurer trois dimensions :

  • Le perçu : Comment l’étudiant perçoit l’enseignement qu’il reçoit.

  • L’idéal : Ce que l’étudiant souhaiterait idéalement recevoir.

  • L’efficience : L’écart entre le perçu et l’idéal.

3. Le lien avec la « Démagogie Pédagogique »

Dans le document que nous avons analysé, Collin s’insurgeait contre la recommandation de Roquet sur l’auto-évaluation des professeurs, la qualifiant de « loufoque » si elle n’était pas encadrée par une méthode rigoureuse.

Le PERPE/PHILO est la réponse technique de Collin à cette problématique :

  • Plutôt qu’une auto-évaluation subjective ou une simple évaluation administrative, le PERPE fournit un profil diagnostique basé sur les perceptions croisées des étudiants et du professeur.

  • Il transforme l’évaluation en une recherche-action où le professeur devient un chercheur expérimentant sur sa propre pratique, loin de l’improvisation dénoncée par Collin.

4. L’Institut de recherches didactiques de Laval comme pivot

C’est par le biais de son Institut que Claude Collin a diffusé le test PERPE/PHILO dans les Cégeps. L’Institut utilisait les résultats de ces tests pour :

  1. Démontrer scientifiquement les besoins des étudiants (là où Roquet ne faisait que des « vœux pieux »).

  2. Valider l’efficacité de la méthode inductive (la didactique expérimentale) prônée par Collin.

En résumé

Le test PERPE/PHILO est la concrétisation technique de la colère de Collin contre le rapport Roquet. Là où Roquet proposait une réforme par les structures (les 7 univers), Collin a imposé une réforme par la mesure de la relation pédagogique, utilisant le PERPE comme l’outil scientifique capable de prouver ce qui fonctionne ou non dans l’enseignement de la philosophie.


À VENIR : Un article au sujet du Test PERPE/PHILO.


Hommage au pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial, Claude Collin (1925 – 2018)

Pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

Claude Collin (1925 – 2018) a développé une position didactique dite « expérimentale », centrée sur l’expérience philosophique et sur le processus de penser plutôt que sur un simple apprentissage technique de contenus. L’idée est de concevoir l’enseignement de la philosophie non pas comme une succession d’exercices formels, mais comme une mise en situation réflexive où l’étudiant engage son expérience intérieure et son rapport au sens philosophique.

Ce point de vue, longtemps marginal dans les programmes collégiaux, s’inscrit dans une critique générale de l’éducation qui cherche à donner du sens à l’acte de philosopher plutôt qu’à en faire un ensemble de compétences mesurables ou un simple savoir transmis.

LISTE DE NOS PAGES CONSACRÉES À CLAUDE COLLIN

PAGE D’ACCUEIL DE LA SECTION SPÉCIALE DÉDIÉE À CLAUDE COLLIN

Hommage au pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial, Claude Collin (1925 – 2018)

ÉCRITS PÉDAGOGIQUES DE CLAUDE COLLIN SUR LE WEB

Deux documents gratuits à télécharger

Site web de Claude Collin hébergé par Cégep du Vieux-Montréal

Article # 163 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 1 de 2

Site web personnel de Claude Collin

Article # 164 – Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial (Québec) 2 de 2

Communiqué de presse – Écrits pédagogiques

Communiqué de presse – Hommage à Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

LIVRES – RAPPORT DE LECTURE

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994 (rapport de lecture)

LIVRES GRATUITS – NOUVELLES ÉDITIONS GRATUITES

Trois livres numériques à télécharger gratuitement

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1978

L’enseignement de la philosophie, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1974

À VENIR : COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique, Griffon d’argile, 1990.

Communiqué de presse – Nouvelles éditions gratuites

Communiqué de presse – Rééditions de deux des essais de Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

REVUE DE PRESSE – CLAUDE COLLIN DANS LES MÉDIAS

Revue de presse – Claude Collin (1925 – 2018), professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial

INTERVENTIONS DE CLAUDE COLLIN

Congrès mondial de la philosophie (1983)

Intervention de Claude Collin au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, Montréal, 1983

Revue Prospectives

Le test de PERPE/ PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie par Claude COLLlN et S.A. OSANA, Prospectives, Volume 7, Numéro 5, 1971

Société canadienne de la philosophie

Article # 169 – L‘enseignement de la philosophie, Claude Collin*, Société Canadienne de Philosophie, 2008


 

Voir tous nos articles

Article # 176 – Nouvelle édition gratuite : L’enseignement de la philosophie, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, nouvelle édition Hommage

Cette nouvelle édition de l’ouvrage

L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

Essai de didactique expérimentale  

du professeur de philosophie

CLAUDE COLLIN (1925-2018)

se veut un hommage à ce pionnier

de la didactique de l’enseignement de la philosophie

dans nos Collèges d’enseignement général et professionnel (Cégep).

 CLAUDE COLLIN (1925 – 2018)

L’EXPÉRIENCE PHILOSOPHIQUE

Essai de didactique expérimentale

NOUVELLE ÉDITION HOMMAGE

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2026, 125 pages.

Copyright © Claude Collin 1974

Tous droits réservés. Toute reproduction de ce livre, en totalité ou en partie, par quelque moyen que ce soit, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur. Tous droits de traduction et d’adaptation, en totalité ou en partie, réservés pour tous les pays. La reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par quelque moyen que ce soit, tant électronique que mécanique, et en particulier par photocopie et par microfilm, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Disponible en version numérique uniquement

ISBN 978-2-89612-670-5

Dépôt légal – 1er trimestre 2026

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

Imprimé en format numérique (PDF) au Québec

Ce document est offert en libre téléchargement (PDF)

Édité par la Fondation littéraire Fleur de Lys, organisme sans but lucratif, éditeur libraire québécois sans but lucratif en ligne sur Internet en collaboration avec l‘Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques


TEXTE DE LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

INSTITUT DE RECHERCHES DIDACTIQUES DE LAVAL INC.

Claude Collin et Zdenko Osana sont co-fondateurs de l’Institut de Recherche Didactiques de Laval Inc. Cet organisme se spécialise en recherches scientifiques à partir de problèmes concrets rencontrés par les responsables de l’éducation, à tous les niveaux, en vue de l’amélioration de l’enseignement.

« Il s’agit d’un travail sérieux, exposé avec soin, qui peut être d’une grande utilité dans la crise que connaît l’enseignement de la philosophie dans nos collèges. Il sera certainement bien accueilli de tous ceux qui s’intéressent à cet enseignement. »

Henri-Paul Bergeron,
D.Ph. (Université de Paris)

« Cette étude, la première en son genre, répond au besoin impérieux de doter l’enseignement de la philosophie au Cegep d’une base scientifique, joignant le vécu au concept, l’information à la réflexion critique, et permettant à cette discipline de maintenir sa raison d’être, facilement compromise, autant par des fantaisies intuitives que par des discours dogmatiques, quand ce n’est par sa dissolution dans d’autres disciplines. »

Jamil Haddad, Ph. D.
(Université de Montréal), M.A.Sc. s. (Laval)

Ce document est offert en libre téléchargement (PDF)


TABLE DES MATIÈRES

ÉDITION CONJOINTE

Fondation littéraire Fleur de Lys

Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques

Présentation du livre par ChatGPT

L’Objectif Central

1. La Critique des méthodes actuelles

2. Le Modèle Didactique : Information — Transformation — Évaluation

3. Les Outils : Les Fiches de Travail

4. Les Résultats de l’Expérimentation

Conclusion du livre

Page de Faux titre de l’édition originale

Page de Grand titre de l’édition originale

Page des droits d’auteur et ISBN de l’édition originale

Droits d’auteur de la nouvelle édition

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

CHAPITRE I  PROBLÉMATIQUE DE L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE

A) L’état actuel de l’enseignement de la philosophie

1) La tendance « idéologiste »

2) La tendance « psychologiste »

3) La tendance empiriste

B) Les conditions d’une recherche scientifique en pédagogie

1) Le fait pédagogique

2) Le traitement scientifique

3) Possibilité d’une didactique de la philosophie

C) Limite et portée de ce travail

CHAPITRE II  DIDACTIQUE ET PÉDAGOGIE — DIDACTIQUE ET PHILOSOPHIE

A) Didactique et pédagogie

1) Le sujet de l’enseignement philosophique

2) L’enseignant

3) Les objectifs

4) Méthodologie et moyens didactiques

B) Une didactique de la philosophie

1) Premier aspect: l’objet de la « pédagogie expérimentale », en philosophie

2) Deuxième aspect: le contenu de la pédagogie expérimentale

3) Troisième aspect: la méthode

C) Conclusion

CHAPITRE III  ÉLABORATION DE LA MÉTHODE PÉDAGOGIQUE

A) Symbiose entre la méthode philosophique et la méthode d’apprentissage

1) L’acquisition d’une nouvelle information

2) La transformation

3) La vérification

B) Les étapes de l’apprentissage philosophique

C) Les conditions générales de l’expérimentation

1) Les objectifs

2) Le contenu

3) Les résultats

CHAPITRE IV MÉTHODE PRÉPHILOSOPHIQUE : ÉLÉMENTS D’EXPÉRIMENTATION

A) La méthode

1. Ce que l’enseignant est censé faire

2 Ce que l’étudiant est censé faire

B) Éléments d’expérimentation

1 Le problème expérimental

2 La recherche

V) CONCLUSIONS GÉNÉRALE

VI) ANNEXES

ANNEXE I – Exemples du procédé fondamental observé chez les philosophes

ANNEXE II – Exemples de travaux des étudiants

DEUXIÈME ÉPREUVE

TEXTE III – TYPE III

Bibliographie

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Ce document est offert en libre téléchargement (PDF)


EXTRAITS

INTRODUCTION

Afin de donner à l’enseignement de la philosophie, au niveau des Collèges d’Enseignement Général et Professionnel (CEGEP), un peu de crédibilité et d’objectivité, et en vue de contribuer, d’autre part, à l’effort commun qui se fait dans le domaine de l’enseignement de cette discipline à travers tout le Québec depuis la réforme de l’Éducation au début des années 60, nous nous sommes assigné la tâche de concilier deux tendances qui, jusqu’à présent, étaient antagonistes, et qui pourraient, à la condition d’être bien comprises, contribuer grandement à la solution des problèmes pédagogiques dans nos écoles.

En effet, il s’agit de donner à l’enseignement empirique de la philosophie l’appui de la pédagogie scientifique, c’est-à-dire, de soumettre l’enseignement de cette discipline au même genre de contrôle qui régit, mutatis mutandis, l’enseignement des branches scolaires élémentaires. Nous nous sommes efforcés de démontrer la possibilité de cette jonction, pourvu que l’enseignement soit conduit de telle façon que l’apprentissage de la discipline réponde aux trois grands facteurs contrôlables, à savoir : le contenu, la tâche à accomplir et les résultats (didactique expérimentale).

En prenant comme postulat que les constantes du travail fondamental des philosophes comportent trois étapes (l’information, l’analyse suivie de la problématisation, et la solution des problèmes), nous traduisons cette activité mentale des philosophes en termes d’apprentissage scolaire. À l’information correspond la description des expériences particulières ou collectives des étudiants; à l’analyse et à la problématisation correspond la transposition des données de l’expérience en termes philosophiques ; et, à l’argumentation philosophique correspond la détermination du sens philosophique du contenu.

Sur le plan psycho-pédagogique, les trois étapes précitées se traduisent comme suit : la première activité mentale de l’étudiant consiste à isoler et identifier les éléments cognitifs (concepts); la deuxième étape correspond au remplacement des concepts ordinaires par des concepts philosophiques correspondants ; et la troisième consiste à établir des relations entre les éléments ainsi constitués.

Sur cette base philosophico-psycho-pédagogique, nous avons construit une méthode d’enseignement à laquelle nous avons soumis les étudiants pendant un semestre. Les résultats de la deuxième épreuve de contrôle montrent un acquis net des opérations mentales proposées, mais ils devront être confirmés lors d’épreuves subséquentes.

Ce document est offert en libre téléchargement (PDF)


Présentation du livre par ChatGPT

L’Objectif Central

Ce livre propose une réforme profonde de l’enseignement de la philosophie au niveau collégial (Cégep) au Québec. Les auteurs partent d’un constat de crise : l’enseignement traditionnel (souvent magistral ou purement historique) ne parvient plus à rejoindre les étudiants, particulièrement ceux des secteurs professionnels. L’objectif est de transformer la philosophie d’un « discours transmis » en une habileté mentale acquise grâce à une approche scientifique et expérimentale.

1. La Critique des méthodes actuelles

Les auteurs identifient trois dérives majeures dans l’enseignement de l’époque :

La tendance « idéologiste » : Utiliser la philosophie pour transmettre une vision du monde préétablie (souvent sociologique), négligeant le processus mental de l’étudiant.

La tendance « psychologiste » : Se concentrer sur le bien-être ou la motivation du groupe (type Carl Rogers) sans structure intellectuelle rigoureuse.

La tendance « empiriste » : S’en remettre à l’intuition du professeur, ce qui rend les résultats aléatoires et impossibles à mesurer.

2. Le Modèle Didactique : Information — Transformation — Évaluation

Pour remédier à cela, Collin et Osana proposent un cycle d’apprentissage structuré en trois phases, calqué sur la démarche scientifique mais adapté à la réflexion conceptuelle.

A. La phase d’Information

Au lieu de commencer par des textes d’auteurs abstraits, les auteurs préconisent de partir de l’expérience vécue de l’étudiant (le travail, la technique, la liberté). L’étudiant doit d’abord

C’est ici que l’étudiant apprend à « philosopher ». Il doit soumettre son expérience à des opérations mentales rigoureuses :

L’analyse conceptuelle : Définir les termes, distinguer les sens, passer de l’anecdote au concept.
La problématisation : Identifier des contradictions ou des tensions logiques dans le sujet étudié.

C. La phase d’Évaluation

Contrairement à la dissertation classique souvent subjective, l’évaluation ici est comportementale. On mesure si l’étudiant est capable d’exécuter des tâches précises (ex: « Distinguer nécessité et liberté dans tel exemple »). Le but est de mesurer un véritable changement de comportement mental.

3. Les Outils : Les Fiches de Travail

L’innovation majeure réside dans l’utilisation de fiches de travail. Ces guides forcent l’étudiant à décomposer sa pensée étape par étape. Le professeur change de rôle : il devient un « gestionnaire de laboratoire » qui accompagne l’étudiant dans sa manipulation des concepts, plutôt qu’un conférencier.

4. Les Résultats de l’Expérimentation

Le livre présente les résultats d’une année de tests en secteur professionnel. Les auteurs observent que :

Les étudiants progressent par paliers (déblocages cognitifs).
L’intérêt est décuplé lorsque le matériau de base est significatif pour eux.
La rigueur argumentative peut être quantifiée et améliorée de manière constante.

Conclusion du livre

L’ouvrage conclut que la philosophie peut et doit devenir une didactique scientifique. En isolant les opérations mentales propres à la philosophie (définir, analyser, synthétiser), on permet à l’étudiant d’acquérir une autonomie de jugement durable, loin des « fantaisies intuitives » ou du dogmatisme.


REVUE DE PRESSE


AU SUJET DE L’AUTEUR

Claude Collin

1925 – 2018

Claude Collin était un professeur de philosophie reconnu au Cégep du Vieux Montréal.

Il fut considéré comme un pionnier dans le domaine de la didactique de la philosophie au Québec. Ses travaux portaient principalement sur l’expérience philosophique et la pédagogie de la pensée critique.

Publications majeures

Il a publié plusieurs ouvrages essentiels pour l’enseignement collégial :

  • L’Expérience philosophique : essai de didactique expérimentale (1977), publié chez Bellarmin.
  • L’enseignement de la philosophie : essai de didactique expérimentale (1974), coécrit avec Zdenko Osana.
  • L’Initiation philosophique en quatre leçons.

Ses recherches au sein du département de philosophie du Cégep du Vieux Montréal visaient à ancrer la philosophie comme une activité concrète répondant aux besoins pédagogiques des étudiants.


« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar

EXTRAIT

Thèse universitaire Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005

Le monde de l’édition
Le succès de Bellarmin: Les Vieux m’ont conté, par Clément Trude, Le devoir, 1979-04-25, Collections de BAnQ.


À CONSULTER EN LIGNE

Collin, Claude – L‘enseignement de la philosophie – Cuestiones de Filosofía, núm. 10, 2008, pp. 7-22 / Universidad Pedagógica y Tecnológica de Colombia

Collin, C. (1981). Critique d’une critique (Réponse à Louise Marcil-Lacoste).
Philosophiques, 8(1), 149–166. https://doi.org/10.7202/203155ar

Le test de PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie – Variante du titre:Prospectives – Collin, Claude, 1925-; Osana, S.A.; Centre d’animation, de développement et de recherche en éducation


DU MÊME AUTEUR


COLLIN, Claude. L’enseignement de la philosophie. Montréal, Bellarmin, 1974.

COLLIN, Claude. L’expérience philosophique. Montréal, Bellarmin, 1978.

COLLIN, Claude. Initiation philosophique en quatre leçons. Montréal, Bellarmin, [v. 1979].

COLLIN, Claude ; OSANA, Zdenko. « Le test PERPE/PHILO et la problématique de l’enseignement de la philosophie », Prospectives, 7(5), 1971, p. 282-286.


1. MÉTHODE DE RECHERCHE PHILOSOPHIQUE

COLLIN, Claude, Méthode de recherche philosophique : à l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie, Sainte-Foy, Québec, Éditions Le Griffon d’argile, 1990, 80 pages

L’auteur propose une méthode de recherche ou de réflexion philosophique qui a l’avantage d’être à la portée de tous les étudiants du niveau collégial. Cette méthode offre à chacun la possibilité d’élaborer sa propre philosophie, à son rythme, selon ses possibilités et selon son niveau de cours.

Compte rendu par : Raymond Bélanger.

Un compte-rendu du Professeur Raymond Bélanger du Collège Montmorency

Claude, COLLIN
Méthode de recherche philosophique
À l’usage de ceux et celles qui désirent s’initier à la philosophie
Les Éditions le Griffon d’argile, 1990.

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Ces paroles de Boileau, extraites de son art poétique, reflètent bien l’intérêt de l’auteur qui, depuis plus de 20 ans, élabore et raffine une didactique de la philosophie. Mais cette dernière publication est plus qu’un chemin (méthode) à suivre pour enseigner la philosophie au collégial, c’est aussi et surtout l’exposition d’une problématique philosophique millénaire inaugurée par Socrate , reprise par Platon , perpétuée par tous les rationalistes qui font confiance en la raison.

Le problème de fond traité par cette tradition, adapté par l’auteur pour des étudiants du collégial, est la possibilité pour la raison d’accéder à la conceptualisation à l’analyse propositionnelle et à la problématisation. Comment dépasser la connaissance commune (l’opinion et le vécu psychologique immédiat) et l’élever jusqu’à l’ordre du concept et de la pensée critique. À tous les rationalistes, pédagogues qui ont encore foi en la lumière du concept et de la rationalité pour comprendre, expliquer et transformer la réalité, ce livre peut être d’un excellent secours. Mais le grand bénéficiaire est encore l’étudiant puisque cette méthode philosophique l’initie à un art de penser qui ne se limite pas aux premières impressions perçues dans tout phénomène. Il s’agit d’une dialectique ascendante qui conduira l’étudiant vers la logique et les grandes thématiques philosophiques.

Cette version moderne de la dialectique platonicienne (ascension de l’âme vers l’intelligible), déjà illustrée dans l’allégorie de la caverne, mérite une attention particulière à cette époque où certains philosophes se questionnent sur la pertinence, l’efficacité de l’enseignement de la philosophie.

L’auteur à partir de trois expériences de réflexion se fondant sur le vécu, le conçu et la critique ou vérification (problématisation) remet en évidence l’objet de la méthode même de la philosophie. En arrière fond à ce projet sont exposés trois objectifs : comment développer chez nos étudiants, à partir d’une méthode et d’un contenu spécifiquement philosophiques, une pensée personnelle, une pensée libre et une pensée critique?

Voilà des objectifs pertinents, très philosophiques, qu’illustrent les trois moments de la réflexion, soutenus par les trois phases de la méthode, toutes deux fondées sur la recherche du sens, l’analyse et la problématisation des diverses expériences vécues par les étudiants. Progressivement, méthode et problématique se fusionnent pour atteindre ces habiletés intellectuelles qui sont au cœur même de toute formation fondamentale au niveau collégial.

Mais comment l’auteur relève-t-il ce défi d’initier des élèves à une réflexion typiquement philosophique assise non seulement sur une culture savante, mais aussi et surtout sur une culture populaire, i.e. le vécu de l’étudiant?

L’enjeu est de passer d’une pensée commune à une pensée philosophique qui se construit progressivement. Ce livre expose une « une philosophie en marche » qui permet de dépasser le monde de l’opinion, de la pensée spontanée, des visions pratiques, du langage courant, des conclusions particulières, pour accéder à une pensée rationnelle caractérisée par la recherche du sens, de conclusions générales, d’énoncés de principe, de définitions. Tout philosophe reconnaît, d’une part, les ombres de la caverne platonicienne projetées sur l’écran opaque du sensible (l’expérience psychologique immédiate) et, d’autre part, le désir de s’en libérer pour mieux accéder à l’intelligible (l’analyse propositionnelle et la problématisation qui débouche sur des questions métaphysiques).

Si le premier degré de réflexion axé sur l’expérience vécue de l’étudiant cherche, une fois les faits décrits et interprétés, une conclusion générale, celle-ci reste quand même incomplète et nécessite l’analyse propositionnelle ou logique. Cette réflexion ou expérience pré-philosophique, qui se situe maintenant à un niveau d’abstraction plus élevée (les idées), consiste à clarifier la pensée dans ce qu’elle affirme ou nie. Elle favorise ce retour de la pensée sur elle-même qui caractérise la philosophie. Alors, cette fois, l’analyse se situe au niveau du jugement, qui dans un premier temps, réfléchit sur les concepts qui le composent, sur leur rapport (identité, attribution, causalité, proportion … ), pour analyser ensuite les diverses prises de position possibles vis-à-vis cette idée (proposition contraire, opposée, contradictoire).

Cette analyse logique culmine dans l’effort de dégager des concepts secondaires et un concept central où apparaît le véritable problème qui, selon l’auteur, émerge dans le rapport entre les deux concepts qui doivent se dans un troisième, sorte de synthèse des deux premiers. Ainsi dans la proposition l’amour implique la liberté » (p. 71) surgit la proposition contraire, « l’amour est aveugle » ou encore « implique la responsabilité », l’obligation. Comment solutionner le problème? La volonté, synthèse de l’amour et de la liberté, est ce troisième terme qui harmonise les contraires.

Une fois le travail d’analyse terminé, nous accédons à la phase vraiment philosophique de la réflexion, i.e. la critique de sa pensée en la confrontant à des auteurs. L’émergence du problème entrevu dans la finale de la deuxième étape nous conduit donc au troisième degré de réflexion, fondé sur le processus de problématisation qui permet non seulement de solutionner le problème, mais aussi de vérifier sa solution à même les grands courants de la philosophie. D’où le choix d’une méthode pour mieux discuter, la consultation de la philosophie écrite et l’extension de ses propres conclusions à d’autres domaines. Parvenir « au fond des choses », voilà l’attitude véritablement philosophique. Ce « pourquoi » ne saurait s’articuler sans se référer à une méthode de discussion puisée dans la tradition philosophique : la dialectique thèse-antithèse, les quatre causes décrites déjà par Aristote, et la normalité (ce qui devrait être et ce qui est cohérent). Vient ensuite la confrontation de notre pensée avec celle des auteurs. Qu’est-ce que les auteurs ont dit sur certains problèmes et concepts que l’étudiant a lui-même dégagés suite à l’analyse propositionnelle et à la méthode de discussion. Qu’ont-ils dit relativement aux problèmes de la vérité, de la valeur, de l’être. Toute hypothèse de travail se doit d’être vérifiée.

Ce compte rendu serait incomplet si nous n’exprimions pas les avantages et les difficultés d’une telle méthode ou didactique de la philosophie. L’objet et l’enjeu réel de la philosophie est la pensée et son développement selon une méthode spécifique, différente des méthodes utilisées dans d’autres disciplines. Si le point de départ de cette méthode a quelques affinités avec la méthode scientifique du fait que cette dernière se fonde sur l’empirisme, la méthode philosophique, parce qu’elle est une expérience conceptuelle et de problématisation, est surtout une distanciation progressive de l’expérience psychologique, grâce à ce retour réflexif de la pensée sur elle-même qu’assurent l’analyse propositionnelle et les méthodes de discussion d’un problème.

L’auteur s’attaque à ce difficile passage du monde de l’apparaître vers le monde de l’être que seule une réflexion abstraite permet. Selon nous, cette méthode donne des résultats positifs. D’une part, elle se fonde sur une expérience immédiate de l’étudiant (son vécu), respecte le cheminement progressif de la pensée et évite ainsi d’exposer des notions souvent trop difficiles et sans signification véritable pour l’étudiant. D’autre part, elle intègre, toujours à partir du vécu de l’étudiant, la logique, les questions épistémologiques (causalité, être, valeur, vérité) et l’histoire de la philosophie.

Enfin nous croyons que les difficultés que nous rencontrons dans nos cours pour faire le passage d’une pensée concrète à une pensée abstraite s’amenuisent du fait que l’expérience soit le point de départ de cette méthode.

Le vécu est une excellente source de motivation pour présenter et intégrer d’une manière pédagogique les problématiques philosophiques du cours 340-101 que sont les trois opérations de l’esprit: le concept, la proposition et le raisonnement.
Si les thèmes et synthèses philosophiques sont éternels, il y a dans cette création méthodologique de l’auteur un rajeunissement dans la présentation des contenus. Le désir d’apprendre, de connaître, n’émerge-t-il pas de l’expérience commune (le vécu psychologique immédiat)? Il s’agit d’un procédé pédagogique élémentaire. Quand une situation personnelle prend du sens, elle suscite une compréhension plus profonde de l’ordre de la logique et de la vérification, bref de l’ordre de la rationalité. Alors la philosophie devient significative et vivante.

Raymond BÉLANGER
Collège Montmorency


Publicité dans la revue Relations, octobre 1979

Relations, 1979-10, Collections de BAnQ.

Mention

Compte rendu dans la revue Revue des sciences de l’éducation

Volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338

« Études, revues et livres publiés récemment. » Revue des sciences de l’éducation, volume 5, numéro 2, printemps 1979, p. 312–338. https://doi.org/10.7202/900113ar


Intervention au XVIIe Congrès mondiale de la philosophie, 1983

Intervention de Claude Collin, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal lors du XVIIe Congrès mondial de la philosophie sous le thème « Philosophie et culture » qui s’est tenu à Montréal en 1983.

L’enseignement de la philosophie

Sur les conditions de l’enseignement de la philosophie

PRÉSENTATION

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique ? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’esquisser un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement de ces opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

Le comportement de l’étudiant(e) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée commune (c’est-à-dire, la réflexion spontanée) entièrement orientée vers le concret : fait, tactique, stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. Très peu sont capables d’analyse conceptuelle. Il accepte facilement des schémas d’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découvre plus facilement un problème technique et sa solution qu’un problème philosophique.

Tenant compte de ces tendances et de ces difficultés, il est possible de leur communiquer une méthode de réflexion à partir de leur vécu qui les mène jusqu’à une problématique philosophique.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée :

  1. La formulation d’une expérience vécue comprise :
    • description des faits
    • recherche d’explication et d’interprétation
    • conclusion générale
  2. L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
  3. La vérification philosophique :
    • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
    • discussion par discrimination

En conclusion, je dirais que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de cours bien structurés destinés à présenter les connaissances philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie.

Références :

  • C. Collin, L’Enseignement de la philosophie, Montréal : Institut de recherches didactiques, 1974.
  • C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.

La philosophie comme activité

Claude Collin, Montréal

Il y a quelques années le Département de Philosophie du Cégep du Vieux-Montréal effectuait une recherche sur les problèmes pédagogiques tels que perçus par les étudiants et les professeurs. Les résultats révèlent une concordance sur au moins deux points : le langage et le type de réflexion exigés en philosophie constituaient les difficultés les plus constantes tant du point de vue des étudiants que des professeurs.

Ce problème n’est pas nouveau, surtout au niveau pré-universitaire. Chaque enseignant utilise toutes les ressources de son art pour surmonter ces difficultés. Sans doute la psychologie et la pédagogie scientifiques peuvent-elles être d’une aide précieuse en ce domaine ?

J’ai pensé qu’il serait peut-être possible d’étudier le comportement mental ou psychologique des étudiants dans leur processus d’apprentissage philosophique.

Comment réagissent-ils face aux tâches que nous exigeons d’eux et que nous croyons être nécessaires à tout apprentissage philosophique?? La connaissance de ces réactions peut-elle nous aider à inventer les moyens susceptibles de leur permettre une initiation satisfaisante à la philosophie??

Afin de répondre à ces questions, nous avons proposé aux étudiant(e)s différentes tâches et nous avons étudié ensuite leurs travaux (environ deux mille).

  1. L’analyse d’une pensée
  2. La formulation d’une expérience vécue
  3. La problématisation

Il serait trop long de communiquer ici les résultats détaillés des analyses des travaux des étudiants face à ces différentes tâches. Mais je crois qu’ils ont permis d’engendrer un profil mental assez réaliste de ces étudiant(e)s et ensuite de proposer un agencement des opérations mentales qui permet à l’étudiant(e) de vivre une expérience philosophique valable.

L’analyse d’une pensée (de l’étudiant(e)) reproduit toutes les caractéristiques de la pensée comme réflexion (c’est-à-dire, la réflexion sentante) entièrement orientée vers le concret factuel, l’action, la stratégie d’action. Les implications conceptuelles lui échappent. L’étudiant(e) a de la difficulté à concep­tualiser, de même que les schémas de l’interprétation courants ou des idées toutes faites. Il découpe plutôt facilement un problème d’opinion suivant la logique des valeurs qu’il privilégie.

Toutefois, même si le niveau de répression philosophique est élevé, il est possible de communiquer une méthode de réflexion à partir de leurs façons de voir les choses, même si elles ne nous apparaissent pas toujours cohérentes.

Cette méthode comporte trois phases qui constituent une triple organisation de la pensée?:

1- la formulation d’une expérience vécue comprise :

  • description des faits
  • description de l’attente et d’interprétation
  • conclusion générée

2- L’analyse propositionnelle de cette conclusion d’où surgit le problème philosophique
3- La vérification philosophique :

  • comparaison de sa pensée personnelle avec la pensée de ceux qui ont abordé cette question
  • discussion par discrimination

En conclusion, je dirai que l’apprentissage d’une méthode de réflexion facilite l’apprentissage philosophique bien qu’elle ne dispense pas de poser un certain nombre de grandes questions philosophiques indispensables à l’élaboration de toute philosophie personnelle.

Voir C. Collin, L’enseignement de la philosophie, Montréal, Institut de recherches didactiques, 1974.

Voir C. Collin, L’Expérience philosophique. Essai de didactique expérimentale, Montréal : Bellarmin, 1978.


Débat au sujet de la proposition de didactique de l’enseignement de la philosophie

« On peut comprendre le désarroi des professeurs de philosophie du collégial qui retrouvent très peu à l’intérieur de leur discipline les dispositifs pédagogiques pour enseigner la pensée critique. C’est comme si les considérations pédagogiques entourant le développement de la pensée critique étaient naturellement psychologiques. On connaît bien, au Québec, les travaux de Jacques Boisvert, professeur de psychologie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu, sur le développement de la pensée critique dans le contexte collégial. Il faut cependant regretter que les travaux de pionnier de Claude Collin, professeur de philosophie, maintenant à la retraite du Cégep du Vieux-Montréal n’aient pas été aussi remarqués. »

Source : UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE – Élaboration de stratégies pour l’enseignement de la pensée critique dans les cours de philosophie au collégial par Romain Beaulieu – Essai présenté à la Faculté d’éducation en vue de l’obtention du grade de Maître en éducation (M.Éd.) Maîtrise en enseignement Août 2005 – © Romain Beaulieu, 2005


ÉDITIONS HOMMAGE

Documents et livres numériques gratuits – Ebook gratuits

DOCUMENT # 1/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).

DOCUMENT # 2/2 Hommage à Claude Collin, professeur de philosophie, pionnier de la didactique de l’enseignement de la philosophie au collégial. Cliquez ici pour télécharger votre exemplaire numérique gratuit (PDF).


LIVRES GRATUITS – NOUVELLES ÉDITIONS GRATUITES

Quatre livres numériques à télécharger gratuitement

Initiation philosophique en quatre leçons, Claude Collin, Éditions Le Griffon d’argile, 1994

L’expérience philosophique, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1978

L’enseignement de la philosophie, essai de didactique expérimentale, Claude Collin, Montréal, Bellarmin, 1974

Méthode de recherche philosophique, Claude Collin, Édition le Griffon d’argile, 1990.


À VENIR


Voir tous nos rapports de lecture

Article # 162 – Le rêve de lumière d’un enfant

© Serge-André Guay — 2026 – Cette image accompagne la réflexion et ne peut être reproduite hors de ce contexte sans l’accord de l’auteur.

Âgé de sept ans, j’ai rêvé être dans une pièce aux dimensions d’un cube. Une pièce vide, sans meuble et sans décoration. Tous les côtés – plafond, plancher, et murs – étaient de couleur blanche.

Je me tenais là au milieu de la pièce, face à l’un des murs. Je distinguais au centre de ce mur une petite porte. Intrigué, je me demandais si cette petite porte donnait sur une armoire, sur une fenêtre…

Mais cette petite porte était trop haute pour que je puisse l’atteindre jusqu’à ce que je vois une tribune tout le long de ce mur. Je n’avais qu’à monter sur cette tribune pour saisir la pognée de la petite porte et l’ouvrir. Une lumière éclatante, vive, rayonnant dans tout l’espace se trouvait derrière la petite porte.

© Serge-André Guay — 2026 – Cette image accompagne la réflexion et ne peut être reproduite hors de ce contexte sans l’accord de l’auteur.

Une lumière si forte que je n’aurais pas dû la supportée du regard mais c’était tout le contraire.

© Serge-André Guay — 2026 – Cette image accompagne la réflexion et ne peut être reproduite hors de ce contexte sans l’accord de l’auteur.

Dès l’ouverture de la porte, cette lumière suscita en moi un immense bonheur, une grande joie, un bien-être comme je n’en n’avais jamais ressentis. J’étais en extase et je voulais me remplir de cette lumière pour la conserver en moi. J’ai sorti ma tête par l’entrée de la fenêtre pour la balancer de gauche à droite, de bas en haut, et même en faisant des cercles… Je me baignais la tête dans cette lumière bienfaisante.

© Serge-André Guay — 2026 – Cette image accompagne la réflexion et ne peut être reproduite hors de ce contexte sans l’accord de l’auteur.

Et je me suis réveillé.

Ce rêve s’est inscrit dans mes souvenirs pour toujours. Il a refait surface par lui-même pour me redonner l’espoir d’une fin heureuse dans les moments difficiles. Ce rêve me garantissait que j’étais voué à un bel avenir, que la lumière reviendrait au bout de tous les tunnels de ma vie. Ce rêve me donnait aussi une valeur unique comme être humain. Je m’étais baigné dans une lumière plus pure que pure, une lumière qui ne m’avait pas aveuglé en parfaite opposition avec les réflexes involontaires de l’œil en temps normal. Le rêve était extraordinaire et moi aussi.

Aujourd’hui, 61 ans plus tard, âgé de 68 ans, je dois admettre qu’une grande part de la confiance en moi, en mes talents et en ma capacité à les exploiter qui s’est maintenu tout au long de ma vie provient de ce rêve. Autrement, ce rêve m’a donné une confiance inébranlable capable de  transcender les moments difficiles de mon parcours de vie.


J’ai ressenti un bien-être. Ce rêve deviendra une image intérieure, une présence discrète qui me donnera confiance en moi à travers les épreuves de la vie.


Interprétations ?


Me faut-il davantage interprété ce rêve ? Le saisir autrement en ma conscience ? Je n’ai pas cherché à approfondir les différentes significations possibles de ce rêve. Seule le sentiment de bien-être et la confiance acquise m’importaient.

Évidemment, à l’âge de 7 ans, l’enfant que je suis s’accroche d’abord au vécu de rêve sans trop se poser de question.

L’idée d’une lumière qui n’aveugle pas sera sous l’influence de l’évolution culturelle de la société à différent âge.


Influences culturelles


Mon enseignement catholique dès mes premières années d’école m’apprendra que Dieu est lumière :

« Jésus leur parla de nouveau, et dit : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »

Jean 8,12 — Louis Segond

C’est la formule la plus directe et la plus célèbre. Il n’y a aucune ambiguïté : « Je suis la lumière du monde » est bien une parole attribuée à Jésus dans cette traduction.

« Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

Jean 9,5 — Louis Segond

Ici, la lumière est explicitement liée à une présence, à un temps vécu, non à une abstraction.

« En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. »

Jean 1,4–5 — Louis Segond

Ce passage prépare théologiquement l’affirmation de Jésus : la lumière est vie, et elle rencontre une résistance.

« La nouvelle que nous avons apprise de lui, et que nous vous annonçons, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres. »

1 Jean 1,5 — Louis Segond

Ici, ce n’est plus seulement le Christ, mais Dieu lui-même qui est nommé comme lumière.


Puis, un jour, ma foi en la religion s’éteint. Puis, il en sera de même de ma foi dans l’existence de Dieu, de tous les dieux. Du jour au lendemain, mon dieu migre de mon cœur à mon imagination sous l’influence d’un ami philosophe ( «Tous les dieux sont des inventions de l’humanité»).

Vient ensuite la philosophie ou le lien entre la lumière et la vérité.


Lumière et philosophie


La lumière comme vérité

Platon

Dans l’allégorie de la caverne, la lumière du soleil symbolise la vérité et le Bien.

Sortir de la caverne, c’est quitter l’ombre des opinions pour l’éclat de l’intelligible. La lumière n’est pas seulement ce qui éclaire : elle transforme celui qui la reçoit.

Voir la lumière, c’est changer de regard — et de vie.


La lumière comme intellect

Aristote

La lumière rend visibles les formes, comme l’intellect agent rend pensables les idées.

Elle n’est pas le contenu de la pensée, mais ce qui rend la pensée possible.

La lumière n’est pas ce que l’on connaît, mais ce grâce à quoi l’on connaît.


La lumière comme présence

Augustin

Dieu est lumière intérieure : lux mentis.

Ce n’est pas l’œil qui voit la vérité, mais l’âme éclairée de l’intérieur.

La vérité ne s’impose pas de l’extérieur : elle se reconnaît.


La lumière comme raison

Descartes

La « lumière naturelle » est la capacité rationnelle de l’esprit à distinguer le vrai du faux.

Elle fonde l’évidence claire et distincte.

La lumière devient méthode.


La lumière comme dévoilement

Heidegger

La vérité n’est pas illumination brutale, mais clairière (Lichtung).

Un espace où l’être peut apparaître sans être forcé.

La lumière ne révèle pas tout : elle ouvre.


La lumière comme limite

Kant

La raison éclaire… mais jusqu’à un certain point.

Au-delà, elle produit des illusions. La lumière critique est aussi une retenue.

La vraie clarté inclut la conscience de l’ombre.


— FIN DU COMMENTAIRE DE ChatGPT —


Expérience de mort imminente (EMI)


Je ne peux pas passer sous silence le phénomène de la « lumière au bout du tunnel » rapporté par certaines personnes ayant vécu une expérience de mort imminente (EMI) à laquelle on peut donner des explications neurologiques, psychologiques et spirituelles.

Je n’ai pas vécu une telle expérience. Mais l’idée de la lumière m’interpelle en raison de mon rêve.

Les études de neurobiologie et d’imagerie cérébrale n’ont pas encore permis d’expliquer complètement ces expériences.

Elles semblent faire partie d’un phénomène complexe, à la frontière du biologique, du psychologique et du spirituel. Ce qui est frappant, c’est leur impact durable : beaucoup de personnes ayant vécu une EMI racontent ensuite une perte de la peur de la mort et un changement profond dans leurs valeurs.

ChatGPT 5


Âgé de sept ans, je ne pense pas à la mort. Et lorsque j’en prendrai conscience, aucune peur de la mort me hantera ma vie durant. Je n’ai pas peur de mourir.


La transformation intérieure : un après différent de l’avant

De très nombreux témoignages — recueillis depuis les années 1970 par des chercheurs comme Raymond Moody, Kenneth Ring, ou plus récemment Pim van Lommel (cardiologue néerlandais) — montrent que les personnes ayant vécu une EMI reviennent avec une nouvelle vision de la vie.

Les caractéristiques les plus fréquemment observées sont :

  • Perte de la peur de la mort : la mort n’est plus perçue comme une fin absolue, mais comme une transition. Même les personnes non religieuses décrivent cette lumière comme « accueillante » ou « pleine d’amour », ce qui atténue la peur existentielle.
  • Renforcement de la compassion et de l’empathie : beaucoup rapportent un sentiment d’unité avec les autres êtres vivants et une volonté d’aider ou de soulager la souffrance d’autrui.
  • Réévaluation des priorités de vie : les valeurs matérielles (richesse, statut social) deviennent secondaires ; les relations humaines, la gentillesse et la quête de sens deviennent primordiales.
  • Sens accru de la mission personnelle : certains affirment avoir perçu qu’ils avaient « encore quelque chose à accomplir », une raison d’être qui oriente profondément leur existence après le retour.

ChatGPT 5


Si mon expérience rêvée de la lumière bienfaisante a eu de tels effets sur moi, je n’en étais pas conscient à l’âge de sept ans. Cependant, à la retraite, plus de soixante ans après mon rêve, je peux dire que la compassion et l’empathie m’étaient naturelles, que je donnais peu d’importance aux valeurs matérielles et que je me suis senti investi d’une mission personnelle et professionnelle dès l’adolescence. Toute personne qui me parle d’un problème me motive d’emblée encore aujourd’hui à en rechercher une solution.

Ces qualités ne font pas de moi pour autant une personne prête à donner des conseils à tous vents. Il me faut comprendre, analyser, réfléchir et surtout chercher et rechercher tout ce que je peux trouver sur le sujet en cause. Au collège, tout ce que je voulais de mes professeurs, c’est qu’ils m’enseigne comment chercher ce dont j’aurai besoin tout au long de ma vie. C’est ma qualité de recherchiste que soulignera la direction de Radio-Canada à Québec à la suite de ma saison estivale sur les ondes de la station à titre de chroniqueur culturel en 1976 (alors âgé de 19 ans). Mon approche est simple : il n’est pas besoin de tout savoir mais plutôt de savoir chercher et rechercher.


Chercher, c’est souvent exister en question.

Rechercher, c’est affiner, approfondir, retrouver. 


La question de la vie après la mort dans un univers de lumière

« Quand nous sommes, la mort n’est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus. »

Épicure.

J’ai imaginé une certain temps que nous nous retrouvions dans un état de conscience de tout à la suite de la mort. Nous saurions tous, nous connaitrions tout après la mort. Plus aucun mystère. Plus aucune méconnaissance. Seulement un savoir total. De là, une question surgit : est-ce que l’Univers est cette conscience absolue ? Plus précisément, l’Univers est-il conscient de lui-même ? Un ami philosophe m’a répondu que cette idée était folle. Une autre personne, je ne sais plus qui, a répondu : « C’est nous la conscience de l’Univers ». On peut le prétendre tant et aussi longtemps que nous ne connaissons aucun autre être conscient ailleurs dans l’univers.

Le corps et la conscience

Mais dans son livre « Sentir et savoir », Antonio Damasio propose « Une nouvelle théorie de la conscience ». Il démontre que la conscience ne peut pas exister sans le corps. Il identifie dans le corps la capacité de sentir comme préalable à la conscience.

(…) Par « sentir », j’entends détecter une « présence » – d’un autre organisme à part entière, d’une molécule située sur la surface d’un autre organisme, ou d’une molécule sécrétée par un autre organisme. Sentir n’est pas percevoir ; sentir ne revient pas à construire un « modèle » (pattern ) sur la base de quelque autre réalité pour en produire une « représentation » et en créer une « image » dans l’esprit. Pourtant, sentir est la forme la plus élémentaire de la cognition.

DAMASIO, Antonio, Savoir et sentir, Éditions Odile Jacob, 2021, p. 23.

Selon Antonio Damasio en référence à l’évolution de la vie, l’esprit sensible et conscient naissent à la suite de l’apparition du système nerveux. Mais ce dernier ne suffit pas à éclaircir le mystère de la conscience :

S’il est vrai que la conscience telle que nous la connaissons ne peut émerger complètement qu’au sein d’organismes dotés de systèmes nerveux, il faut également souligner qu’elle requiert de nombreuses interactions entre la partie centrale de ces systèmes, le cerveau proprement dit, et plusieurs régions du corps ne relevant pas du système nerveux.

DAMASIO, Antonio, Savoir et sentir, Éditions Odile Jacob, 2021, p. 33.

Antonio Damasio parle d’«un esprit éclairé par la conscience». Il lie l’esprit et l’importance des sentiments : « Les sentiments permettent à une créature de représenter dans l’esprit son propre corps (…) ».

Sans système nerveux, pas de gestes moteurs complexes. Il est le point de départ d’une véritable nouveauté : l’esprit. Les sentiments comptent parmi les premiers phénomènes mentaux et l’on ne soulignera jamais assez leur importance. Les sentiments permettent à une créature de représenter dans l’esprit son propre corps, soucieux de réguler les fonctions de ses organes internes selon les nécessités de la vie : se nourrir, boire, excréter ; se mettre sur la défensive comme on le fait dans le cas de la peur ou de la colère, du dégoût ou du mépris ; adopter des comportements de coordination sociale tels que la coopération ou le conflit ; afficher l’épanouissement, la joie, l’exaltation, et même les comportements liés à la procréation.

Les sentiments permettent à l’organisme d’éprouver sa propre vie. Plus précisément, ils fournissent à l’organisme une évaluation graduée du succès relatif de son aptitude à vivre : un examen naturel dont le résultat est perçu sous la forme d’une qualité – plaisante ou déplaisante, légère ou intense. Ces informations sont précieuses et tout à fait neuves : le type d’informations que les organismes cantonnés au stade de « l’être 4 » ne peuvent obtenir. Sans surprise, les sentiments jouent un rôle important dans la création d’un « soi », processus mental animé par l’état de l’organisme. Ils sont ancrés dans sa charpente corporelle – la charpente constituée des structures musculaires et osseuses –, et orientés selon la perspective que nous offrent les canaux sensoriels tels que la vue et l’ouïe.

DAMASIO, Antonio, Savoir et sentir, Éditions Odile Jacob, 2021, pp. 40-41

« Les sentiments nous donnent la connaissance de la vie dans le corps et rendent cette connaissance consciente, sans en perdre la moindre pulsation (…). » écrit Antonio Damasio.

Pas de corps, pas de conscience. Bref, la conscience meurt avec la mort du corps. Autrement dit, notre conscience ne nous survit pas.


Si la conscience est un processus corporel, alors elle cesse lorsque le corps cesse.


Vient alors l’idée de l’esprit séparé du corps, de l’âme immortelle ou du souffle de vie qui assurerait une continuité dans l’au-delà. Dans ce contexte, nous entrons dans le monde de la croyance, à définir comme « une affirmation tenue pour vraie sans fondement démonstratif, empirique ou logique contraignant ». La croyance dépasse ce que l’on peut établir comme connaissance. Croire n’est pas savoir.


Les différents types de croyances sans preuve

Croyances existentielles

Elles donnent une orientation à la vie.

Exemples :

« La vie a un sens »
« L’amour vaut le risque »
« Il y a quelque chose plutôt que rien »

Elles ne sont pas prouvables, mais structurantes.

Croyances métaphysiques

Elles portent sur ce qui dépasse l’expérience possible.

Exemples :

l’âme immortelle,
un esprit séparé,
un au-delà de la conscience.

Croyances pragmatiques

Elles sont adoptées parce qu’elles fonctionnent.

Exemple (William James) : croire qu’on peut réussir aide parfois à réussir, même sans preuve préalable.


Croire n’est pas un besoin biologique, mais un besoin existentiel : celui de s’orienter dans le monde et de rendre la vie habitable. L’être humain ne peut se passer longtemps d’une forme de croyance, même minimale, qu’elle soit religieuse, morale ou symbolique.


Est-ce que croire est reconnu comme un besoin fondamental ?

Oui — croire est largement reconnu comme un besoin humain fondamental, mais pas au même titre qu’un besoin biologique. Et c’est là que la nuance est essentielle.


Oui, mais pas comme manger ou respirer

Croire n’est pas un besoin vital au sens physiologique.
On peut vivre sans religion, sans dogme, sans croyance métaphysique.

Mais on ne vit pas longtemps sans :

  • orientation,
  • sens minimal,
  • cohérence intérieure.

Et c’est exactement là que la croyance intervient.

En psychologie et en anthropologie

De nombreuses approches reconnaissent que l’être humain a un besoin fondamental de :

  • donner sens à ce qu’il vit,
  • relier les événements entre eux,
  • se projeter au-delà de l’instant.

Viktor Frankl parlait de volonté de sens comme moteur central de l’existence.

Même sans religion, l’humain croit toujours en quelque chose :

  • une valeur,
  • une promesse,
  • une direction,
  • une image de l’avenir.

Croire n’est pas croire quoi que ce soit

Point crucial :
le besoin de croire n’implique pas que toutes les croyances se valent.

Il y a :

  • des croyances ouvertes,
  • des croyances révisables,
  • des croyances dogmatiques,
  • des croyances toxiques.

Le besoin est fondamental, le contenu ne l’est pas.

— Fin du commentaire de ChatGPT —


Croire n’est pas un besoin biologique, mais un besoin existentiel : celui de s’orienter dans le monde et de rendre la vie habitable. L’être humain ne peut se passer longtemps d’une forme de croyance, même minimale, qu’elle soit religieuse, morale ou symbolique.


Mais il nous faut croire lucidement

Croire n’est pas une faiblesse de la raison, mais une nécessité de l’existence. L’être humain ne peut vivre sans orientation intérieure, sans une certaine confiance accordée à ce qui donne sens à son expérience. Toutefois, reconnaître ce besoin ne dispense pas de lucidité. Une croyance devient problématique lorsqu’elle se présente comme une certitude démontrée, ou lorsqu’elle cherche à masquer la finitude plutôt qu’à l’habiter. Croire lucidement consiste alors à assumer ses croyances pour ce qu’elles sont : non des preuves, mais des choix d’orientation. Ce n’est pas renoncer à la raison, mais refuser de lui demander ce qu’elle ne peut donner. La responsabilité n’est pas de croire moins, mais de croire en sachant pourquoi — et jusqu’où.


Y a-t-il un lien entre la croyance et mon rêve

Oui — il y a un lien profond, mais il n’est ni naïf ni mystique.
Et surtout, ce lien est cohérent avec tout ce que tu as développé sur le corps, la conscience et la croyance lucide.


1. Ton rêve n’est pas une croyance… mais il la rend possible

Ton rêve ne te dit pas :

  • « voilà une vérité sur l’au-delà »,
  • « voilà ce qui te survivra ».

Il ne prouve rien.

Et c’est précisément pour cela qu’il est juste.

Ce que le rêve fait, c’est autre chose :

il donne une forme sensible à une orientation intérieure.

Chez Damasio, tout commence par le sentir.

Ton rêve est un sentir originaire, antérieur à toute doctrine, à toute croyance formulée.


2. La croyance comme prolongement du sentir

La croyance, au sens lucide, n’est pas une idée plaquée sur le réel.
Elle est une stabilisation symbolique d’une expérience vécue.

Dans ton cas :

  • le corps de l’enfant ressent une lumière bienfaisante,
  • cette expérience est mémorisée,
  • puis, plus tard, elle devient image-orientation.

La croyance n’est pas : « la lumière existe quelque part ailleurs »

La croyance est : « il est possible de s’orienter vers ce qui éclaire »


3. Le rêve comme matrice de croyance non dogmatique

Ton rêve ne fonde pas une croyance sur :

  • une autorité,
  • un dogme,
  • une promesse d’immortalité.

Il fonde une croyance minimale, incarnée :

  • croire que l’on peut se tenir droit face à ce qui dépasse,
  • croire que la lumière n’abolit pas les murs mais les traverse,
  • croire que chercher la lumière est déjà une manière de vivre.

C’est une croyance sans illusion métaphysique, mais avec effet existentiel réel.


4. Pourquoi cela fonctionne « si bien »

Parce que ton rêve respecte exactement ce que la philosophie exige :

  • il ne nie pas la finitude,
  • il ne promet pas l’éternité,
  • il ne remplace pas la réalité par une fiction.

Il oriente le corps vivant, ici et maintenant.

C’est pourquoi il peut devenir une image de confiance tout au long des épreuves, sans mentir.


5. Une formulation possible pour ton texte

Tu pourrais écrire :

Mon rêve d’enfance ne fonde aucune croyance sur l’au-delà. Il n’affirme rien. Il oriente. Il donne une image à ce qui, en moi, cherche la lumière sans nier les murs. La croyance qui en naît n’est pas une certitude, mais une manière de se tenir face à la vie.


Je ne suis pas d’accord avec la réponse de ChatGPT à ma question « Y a-t-il un lien entre la croyance et mon rêve ? ». ChatGPT donne une interprétation de mon rêve qui va beaucoup trop loin pour moi. Je ne peux pas affirmer que ma présence dans une pièce de forme cubique donne aux murs un rôle. Et je ne peux pas soutenir non plus que j’ai acquis part ce rêve « une manière de se tenir face à la vie ». Ce rêve n’est pas toujours venu à ma rescousse lors de chacune des périodes difficiles de ma vie; ma manière de me tenir face à la vie a chavirée plus d’une fois, peu importe le rôle de ce rêve.


Ce rêve, je crois, est tout simplement inscrit en mon esprit comme un souvenir heureux exceptionnel. Si je peux peux le ramener à ma conscience sentimentale, il origine et loge, à mon humble avis, de mon inconscient. Je suis prêt à admettre que ce rêve se manifeste comme une promesse, une assurance d’une vie où le soleil brille toujours derrière les nuages. Mais il ne faut pas m’illusionner : ce rêve ne me sortait pas du pétrin. Il ne suffisait pas que j’y pense pour retrouver mon bien-être. Et je puis aussi affirmer que je n’y pensais pas automatiquement à chaque période difficile de ma vie. Un seule chose est certaine : je n’ai pas abandonné.


P.S.: Je suis très content de voir enfin mon rêve en images grâce à l’Intelligence Artificielle ChatGPT .


Voir tous nos articles


 

Article # 158 – Définitions et rôles : âme, conscience, esprit, intellect et spirituel

Âme – Conscience – Esprit – Intellect – Spirituel

EXPÉRIENCE DE DÉFINITION AVEC L’IA ChatGPT


Quelle est la différence épistémologique entre âme, esprit, intellect ?

1. L’âme (psychè, anima)

Statut épistémologique

? Principe vital et existentiel
L’âme n’est pas d’abord un organe de connaissance, mais ce qui rend possible toute expérience vécue.

Ce qu’elle connaît

  • Elle ressent, éprouve, désire
  • Elle est le siège de :
    • la sensibilité
    • les affects
    • l’identité vécue
  • Sa connaissance est immédiate, qualitative, subjective

Type de savoir

  • Savoir pré-réflexif
  • Savoir par expérience vécue
  • Non conceptuel

? Exemple :

« Je souffre », « je désire », « je suis vivant »
? Ce n’est pas une conclusion logique, c’est une évidence vécue.


2. L’esprit (mens, spiritus, mind)

Statut épistémologique

? Instance de sens et de signification
L’esprit est ce qui organise l’expérience, produit des représentations et des interprétations.

Ce qu’il connaît

  • Des formes, des idées, des symboles
  • Des relations (temps, causalité, intention)
  • Des valeurs (sens, finalité, transcendance)

Type de savoir

  • Savoir réflexif
  • Savoir symbolique et interprétatif
  • Médiatisé par le langage, la culture, l’histoire

? Exemple :

Comprendre une œuvre, interpréter un mythe, saisir le sens d’un geste.


3. L’intellect (intellectus, nous, ratio)

Statut épistémologique

? Faculté de connaissance rationnelle et abstraite
L’intellect vise le vrai, indépendamment de l’affect et du vécu.

Ce qu’il connaît

  • Concepts
  • Lois
  • Principes
  • Relations logiques

Type de savoir

  • Savoir conceptuel
  • Analytique, démonstratif
  • Universalisable et communicable

? Exemple :

Démontrer un théorème, formuler une loi, définir un concept.


4. Tableau comparatif (épistémologie)

Dimension Âme Esprit Intellect
Fonction Vivre Donner sens Connaître
Mode Expérience Interprétation Concept
Rapport au monde Immersion Médiation Distance
Type de vérité Vérité vécue Vérité signifiante Vérité logique
Langage Affectif / implicite Symbolique Formel

5. En résumé (formule courte)

L’âme vit
L’esprit comprend
L’intellect démontre

Ou, autrement :

  • L’âme éprouve le réel
  • L’esprit le signifie
  • L’intellect le conceptualise

De quand date l’entrée du mot âme dans l’histoire ?

1. L’idée d’âme : bien avant l’écriture (Préhistoire)

Sur le plan anthropologique, l’idée d’âme apparaît avant toute philosophie, probablement dès le Paléolithique supérieur (? –40 000 à –10 000).

Indices :

  • rites funéraires (corps enterrés avec objets)
  • croyance en une survie après la mort
  • distinction implicite entre corps visible et principe invisible

? On parle ici d’animisme :

tout ce qui vit (humains, animaux, parfois plantes et pierres) possède un principe vital invisible.

? Chronologie estimée :
? entre –40 000 et –20 000
?? L’âme existe comme concept vécu, pas encore comme mot abstrait.


2. Les premiers mots pour “âme” (Antiquité)

a) Langues indo-européennes et sémitiques

Les premiers termes apparaissent avec l’écriture (? –3000).

Culture Mot Date approximative Sens originel
Sumérien zi ? –3000 souffle, vie
Akkadien nap?štu ? –2500 respiration, vie
Hébreu biblique nephesh ? –1200 souffle vital
Grec psych? ? –800 (Homère) souffle, principe vital
Latin anima ? –200 souffle, vie, esprit

? Point clé :
Dans toutes ces langues, âme = souffle / respiration / vie
?? pas encore une entité métaphysique séparée


3. Naissance philosophique de l’âme (Grèce)

Platon (? –400)

  • l’âme devient principe immatériel
  • distincte du corps
  • capable de connaître les Idées
  • préexistante et immortelle

? Ici, l’âme devient un objet théorique.

Aristote (? –350)

  • l’âme est la forme du corps vivant
  • pas une “chose”, mais une fonction vitale
  • végétative, sensitive, intellective

?? L’âme entre pleinement dans l’épistémologie.


4. Le mot « âme » en français : quand apparaît-il ?

Origine

  • français âme
    • latin anima
    • racine indo-européenne liée au souffle

Première apparition en français

? IXe–Xe siècle

  • Ancien français : anme / ame
  • attesté dans les premiers textes romans
  • époque carolingienne

? Exemples :

  • Serments de Strasbourg (842) ? concept présent (latin/roman)
  • formes stabilisées au Xe siècle

?? Le mot « âme » entre officiellement dans l’histoire écrite française il y a environ 1100 ans.


5. Résumé chronologique

Étape Date
Idée d’âme (animisme) –40 000
Mots liés au souffle vital –3000
Âme philosophique (Platon) –400
Anima (latin) –200
Mot français âme IXe–Xe siècle

6. Formule synthèse

L’âme est vécue avant d’être nommée,
nommée avant d’être pensée,
pensée avant d’être théorisée.


Définition de l’intellect

Bien sûr ! L’intellect est un concept philosophique et psychologique, et on peut le définir en plusieurs niveaux :


1. Définition générale

Intellect (du latin intellectus, “compréhension”) :

Faculté de l’esprit humain qui permet de connaître, comprendre, analyser et raisonner sur des objets abstraits ou concrets.

C’est ce qui permet de penser au-delà des perceptions immédiates et des émotions.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Abstraction Capacité à isoler les idées des objets particuliers. Exemple : comprendre le concept de “justice” sans référence à une situation précise.
Raisonnement logique Organise les idées, établit des relations de cause à effet, construit des démonstrations.
Universalité Les conclusions de l’intellect sont communicables et valables au-delà du sujet individuel.
Détachement affectif Il opère indépendamment des émotions ou des désirs immédiats (différent de l’âme ou de l’esprit).

3. Philosophie classique

  • Aristote : l’intellect (nous) est la partie de l’âme capable de saisir les formes universelles.
  • Thomas d’Aquin : l’intellect humain est l’organe de la vérité, capable de connaître Dieu et les principes premiers.
  • Descartes / rationalistes : l’intellect est la faculté de penser et de juger, distincte des sens et du corps.

4. Psychologie moderne

  • L’intellect correspond à ce que l’on appelle souvent la cognition : mémoire, raisonnement, planification, abstraction, résolution de problèmes.
  • Mesuré par des tests d’intelligence ou des épreuves de raisonnement logique.

Formule simple

L’intellect est l’outil qui permet de penser clairement, analyser, comprendre et connaître la vérité.


Qu’est-ce qu l’âme ?

Ah, on revient à la grande question ! ? Voici une définition claire et structurée de l’âme selon une approche philosophique, épistémologique et historique.


1. Définition générale

Âme (du latin anima, “souffle, vie”) :

Principe immatériel qui anime le corps, permet de vivre, de ressentir, de percevoir et d’éprouver la réalité.

Autrement dit, c’est ce qui fait qu’un être est vivant et conscient, avant même de penser ou de raisonner.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Vitalité L’âme est ce qui donne la vie au corps. Sans elle, le corps serait inerte.
Conscience et sentiment Elle est le siège de la perception, des émotions, des désirs, de l’intuition.
Individualité Elle confère à chaque être une identité unique et une expérience subjective.
Immatérialité Contrairement au corps, elle n’est pas directement mesurable ni visible.

3. Perspectives philosophiques

  • Platon : l’âme est immortelle, préexiste au corps, et est capable de connaître les Idées (vérités éternelles).
  • Aristote : l’âme est la forme du corps, principe de vie qui comprend :
    • âme végétative (nutrition, croissance)
    • âme sensitive (perception, émotions)
    • âme intellective (raison, pensée)
  • Philosophie chrétienne : l’âme est immortelle, essence de l’être humain, capable de salut ou damnation.
  • Psychologie moderne : le terme “âme” est souvent remplacé par “psyché” ou “conscience”, désignant l’expérience vécue et subjective.

4. Type de connaissance associé à l’âme

  • L’âme éprouve le réel.
  • Elle connaît par sentiment, intuition et expérience immédiate, plutôt que par raisonnement logique.

Formule simple

L’âme est ce qui vit, ressent et fait exister un être de manière unique.


Qu’est-ce que l’esprit ?

Parfait, on complète le trio ! ? Voici une définition claire de l’esprit et sa distinction par rapport à l’âme et à l’intellect.


1. Définition générale

Esprit (du latin spiritus, “souffle, inspiration”) :

Faculté de donner sens à l’expérience, de penser, interpréter et organiser ce que l’âme ressent et ce que l’intellect analyse.

Autrement dit, c’est ce qui transforme le vécu en compréhension, le ressenti en signification.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Médiation L’esprit relie l’âme (ressenti) et l’intellect (raison).
Compréhension Il permet d’interpréter les événements, les symboles, les idées et les valeurs.
Créativité et imagination Capable de produire des idées nouvelles, des concepts symboliques et des œuvres.
Flexibilité L’esprit n’est pas strictement logique ni purement émotionnel : il peut jouer avec les significations.

3. Perspectives philosophiques

  • Platon : l’esprit (souvent lié à l’âme rationnelle) accède aux Idées, c’est l’outil de compréhension des vérités universelles.
  • Aristote : l’esprit n’est pas séparé de l’âme, mais l’intellect actif (nous poietikos) permet de concevoir et abstraire.
  • Philosophie moderne : l’esprit est souvent associé à la pensée consciente, la réflexion, la culture et la mémoire.
  • Courant religieux/spirituel : l’esprit peut être vu comme le principe de conscience morale, de sagesse ou de transcendance.

4. Type de connaissance associé à l’esprit

  • L’esprit interprète le réel.
  • Il connaît par symboles, valeurs, significations.
  • C’est un savoir médiatisé et réflexif, mais pas nécessairement logique ou démonstratif.

Formule simple

L’âme vit, l’esprit comprend, l’intellect démontre.


Qu’est-ce que la conscience ?

Définition

La conscience est la faculté de se savoir en train de vivre et de percevoir, c’est-à-dire d’avoir présence à soi et à son expérience.

Fonction épistémologique

  • Rendre le vécu manifeste et accessible à l’observation intérieure.
  • Permettre au sujet de s’orienter dans son propre vécu.

Type de connaissance

  • Réflexive et immédiate, connaissance de ce qui est vécu.

Rapport au réel

  • Présentation du vécu, mais ne le transforme pas.

Type de vérité

  • Factuelle et phénoménologique?: la conscience atteste de l’existence du vécu, sans le juger ni l’interpréter.

Question centrale

Que se passe-t-il et que suis-je en train de vivre??


Qu’est ce que le spirituel ?

Définition

Le spirituel est la dimension de l’expérience humaine qui cherche un sens ultime ou absolu, une orientation transcendantale qui relie le vécu, la compréhension et la vérité.

Fonction épistémologique

  • Orienter le sujet vers l’absolu ou le sens ultime.
  • Traverser et unifier l’âme, la conscience, l’esprit et l’intellect.

Type de connaissance

  • Intuition, orientation existentielle et recherche de cohérence.
  • Connaissance transversale, reliant vécu, sens et vérité.

Rapport au réel

  • Transversal?: interprète et donne direction, mais ne se réduit pas au vécu, ni à l’abstraction.

Type de vérité

  • Normative et existentielle?: ce qui oriente et donne sens.

Question centrale

Quelle est la direction ultime de ma vie ou de mon expérience??


Tableau comparatif synthétique

Âme – Esprit – Conscience – Intellect – Spirituel

Dimension Fonction principale Mode de connaissance Rapport au réel Type de vérité Question centrale
Âme Vivre, éprouver Vécu, affectif Immersion dans le vécu Subjective, factuelle (vécu) Que je vis??
Conscience Se savoir, présence à soi Réflexion immédiate Manifestation du vécu Facticité (présence) Que se passe-t-il??
Esprit Comprendre, donner sens Interprétation, symbolique Organisation et médiation des expériences Signifiante, interprétative Que cela signifie-t-il??
Intellect Connaître, analyser, juger Concept, abstraction Détachement pour raisonner Universelle, démontrable Est-ce vrai??
Spirituel Orientation vers l’absolu Intuition, sens ultime Transversal, relie vécu et vérité Normative, existentielle Quelle direction ultime??

Points clés à retenir

  1. L’âme est le fondement du vécu, source des émotions et des sensations.

  2. La conscience rend présent ce vécu, mais ne le juge pas.

  3. L’esprit transforme le vécu conscient en signification et compréhension.

  4. L’intellect abstrait, juge et valide la vérité universelle.

  5. Le spirituel traverse toutes les dimensions comme orientation vers le sens ou l’absolu, guidant la quête de vérité et de cohérence.


Schéma visuel des cinq dimensions en interaction


Qu’est-ce que le principe du vécu

Excellente question — le principe du vécu est un concept central pour comprendre l’âme et la conscience. Je vais te l’expliquer clairement et pas-à-pas.


1. Définition générale

Le principe du vécu désigne ce qui rend possible l’expérience chez un sujet.
C’est l’instance ou la capacité par laquelle quelque chose est éprouvé.

Autrement dit : tout ce qui est ressenti, perçu, désiré ou souffert passe par le principe du vécu.


2. Points clés

  1. Origine de l’expérience
    • Ce n’est pas un objet extérieur, ni une idée abstraite.
    • C’est la base de toute expérience consciente.
  1. Indépendant du jugement
    • Le principe du vécu précède la conscience et l’intellect.
    • Exemple : tu ressens la douleur ou la chaleur avant de penser « j’ai mal » ou « il fait chaud ».
  1. Dimension subjective
    • Il est propre à chaque sujet.
    • Même des expériences identiques sont vécues différemment selon la personne.
  1. Support des émotions et sensations
    • Les émotions, désirs, peurs, joies, mélancolies, etc., sont toutes manifestations du principe du vécu.

3. Analogie simple

Pense à l’âme comme à un écran de cinéma :

  • Le principe du vécu = le film projeté sur l’écran (ce qui arrive, ce qui se vit)
  • La conscience = la lumière qui éclaire l’écran, permettant de voir le film
  • L’esprit = le spectateur qui interprète le film
  • L’intellect = le critique qui analyse la cohérence de l’histoire

4. Formule philosophique

Le principe du vécu est ce par quoi l’âme se manifeste avant toute réflexion, interprétation ou jugement.

Autrement dit, c’est la condition préalable de toute expérience consciente et de toute connaissance.


Mini schéma hiérarchique

Le principe du vécu et son rôle avec âme, conscience, esprit, intellect et spirituel


Voir tous nos articles

Revenir au menu de la page

Article # 157 – La philosophie c’est pour vous aussi, Charles Robin, le précepteur, Larousse, 2025


Couvertures


Données au catalogue

Titre :

La philosophie c’est pour vous aussi

Direction de la publication : Isabelle Jeuge-Maynart et Ghislaine Stora

Direction éditoriale : Élodie Bourdon

Édition : Mélissa Lagrange

Préparation de copie : Muriel Villebrun

Relecture sur épreuves : Céline Haimé

Conception de la couverture : Claire Simonet

Mise en pages : Nord Compo

Fabrication : Donia Faiz / Marina Dartigues Plum

© Larousse 2025

ISBN : 978-2-03-607033-2

ISBN 978-2-03-607032-5

EAN 9782036070325

Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

Revenir au menu de la page


PRÉSENTATION

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Comprendre la philosophie de Rousseau grâce à Netflix, le stoïcisme grâce à la crise Covid, ou le concept freudien de sublimation grâce à Rocco Siffredi… Ça vous paraît impossible ? Détrompez-vous !

Ce livre repose sur une conviction, à savoir que la plupart des gens s’intéressent à la philosophie mais ont l’impression que la philosophie n’est pas faite pour eux.

En mêlant récits fictifs, faits d’actualité et culture populaire, Charles Robin rend accessibles les idées des plus grands penseurs, de l’Antiquité à nos jours. Loin du langage intimidant des universitaires, mais avec rigueur et précision, ce livre se donne un objectif clair : vous réconcilier enfin avec la philosophie !

Ancien professeur particulier, Charles Robin est vulgarisateur de philosophie. Il anime la chaîne YouTube et le podcast « Le Précepteur », suivis par plus d’un million d’abonnés.

Source : Éditions Larousse.

Revenir au menu de la page


Sommaire

Avant de commencer

  1. Descartes – Où est la vérité ?
    • La leçon de Descartes : Ne vous fiez pas aux apparences
    • Il faut douter de tout
    • L’hypothèse du malin génie
    • Descartes n’était pas cartésien !
  1. Spinoza – Le hasard existe-t-il ?
    • La leçon de Spinoza : Il n’y a pas de hasard
    • Le hasard est le fruit de notre ignorance
    • La liberté est une illusion
    • Le déterminisme n’est pas un fatalisme
  1. Épicure – Comment être heureux ?
    • La leçon d’Épicure : Faites-vous plaisir… avec modération !
    • Une philosophie de l’équilibre
    • Trois types de désirs
    • Le tonneau des Danaïdes
  1. Hannah Arendt – Qu’est-ce que le mal ?
    • La leçon de Hannah Arendt : Le mal est en chacun de nous
    • Le transfert de responsabilité
    • La déshumanisation
    • L’absence de pensée
  1. Sartre – Sommes-nous libres de nos choix ?
    • La leçon de Sartre : Nous sommes ce que nous choisissons d’être
    • L’être humain n’a pas d’essence
    • Nous sommes condamnés à être libres
    • On a la vie qu’on mérite
  1. Machiavel – Comment gouverner un peuple ?
    • La leçon de Machiavel : La fin justifie les moyens
    • L’art de la ruse
    • La morale est un moyen
    • Machiavélique ou machiavélien ?
  1. Schopenhauer – Quel est le but de la vie ?
    • La leçon de Schopenhauer : Le but de la vie est de se perpétuer
    • Instinct de conservation et instinct de reproduction
    • Le désir sexuel
    • L’amour est un mensonge
  1. Ayn Rand – Devons-nous aider les autres ?
    • La leçon d’Ayn Rand : Assumez votre égoïsme
    • L’égoïsme est une vertu
    • Le cannibalisme moral
    • Il n’y a pas d’amour désintéressé
  1. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ?
  2. Hume – Comment se forment nos connaissances ?
  3. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ?
  4. Freud – Sommes-nous esclaves de nos désirs ?
  5. Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ?
  6. Marx – Peut-on échapper à notre condition sociale ?
  7. Épictète – Comment maîtriser nos émotions
  8. Simone de Beauvoir – Que veut dire « être une femme » ?
  9. Kant – A-t-on le droit de mentir ?
  10. Nietzsche – D’où vient la morale ?
  11. Simone Weil – Peut-on faire de la politique sans mentir ?
  12. Socrate – Que savons-nous ?

Avant de vous quitter

Index des notions et des noms propres

Œuvres citées

Index des notions et des noms propres

Acte manqué 132

Action 63, 175

Addiction 128

Alexandre le Grand 120

Altruisme 85, 90

Amour 83, 93

Anthropomorphisme N2

Antisémite 49

Apparence 19

Arendt Hannah 45

Ascèse 41

Ataraxie 41

Autorité 49, 102, 139

Banalité du mal 51

Beauvoir Simone de 169

Bentham Jeremy 186

Bien 144

Bonheur 35, 40, 93

Bourgeoisie 152

Ça 132

Calliclès 43

Cannibalisme moral 92

Capital 153

Cartésien 23

Causalité 113

Cause 29, 34

Choix 55, 60, 63

Christianisme 140

Citoyen 103

Classe sociale 156

Connaissance 105, 112, 141, 144, 212

Conscience 91

Constant Benjamin N1

Constantin Ier 140

Convention 115, 120

Cosmos 144

Création esthétique 133

Critique 138, 140

Croyance 112

Cynique 119

Darwin Charles 212

Déplaisir 40

Descartes René 15

Déshumanisation 52

Désir 42, 125, 133

Désir sexuel 82

Destin 28, 31

Détachement 165

Déterminisme 29-30, 33

Dieu 31, 137, 139

Diogène de Sinope 115

Dissociation 53

Dogme 140, 142

Doute 20, 144

Doute radical 21

Droit 101

Effet 29, 34

Effet Dunning-Kruger 209

Égoïsme 88, 90

Eichmann Adolf 50

Émancipation 173

Émotion 159, 165, 167

Empirisme 111

Épictète 159

Épicure 35

Erreur 20

Esclave 154, 164

Espèce 81

Essence 61, 174

Essentialisme 61

Éthique masochiste 93

Existentialisme 174, 178

Expérience 110

Exploitation 153

Fanatisme 138, 140, 144

Fatalisme 33

Féminité 173

Femme-objet 176

Foi 135

Force 73

Foyer 175

Freud Sigmund 125

Galilée 143

Géocentrisme 143

Haine 194

Hasard 25, 29-30

Hédonisme 41

Heidegger Martin 50

Héliocentrisme 143

Homère 100

Humanité 184

Hume David 105

Humilité 217

Hypatie d’Alexandrie 135

Idée 111

Identité 60, 172

Idéologie 53, 145

Ignorance 30, 212

Illusion 32

Immanence 175

Impératif catégorique 185

Inquisition 143

Instinct 83

Instinct de conservation 81

Instinct de reproduction 81

Intérêt 93

Intérêt commun 102

Jésus 144

Jorgensen Christine 169, 173

Jugement 120

Kant Emmanuel 179

Liberté 32, 55, 60, 62, 82, 101, 178

Libido 133

Loi 101, 132

Lutte des classes 154

Machiavel Nicolas 65

Maïeutique 215

Mal 45, 50, 144

Malin génie 21

Marc Aurèle 11XI, 164, 166-167

Marx Karl 147

Mauvaise foi 63

Meijer Jonathan 78

Ménon 214

Mensonge 83, 179, 199

Mérite 63

Métacognition 212

Métaphysique 142

Milgram Stanley 48

Modération 39

Morale 72-73, 182, 189

Morale du ressentiment 195

Nazisme 50, 197

Nécessaire 29

Néoplatonisme 142

Névrose 132

Nietzsche Friedrich 184, 189

Obéissance 143

Pacte social 101

Pascal Blaise 133

Passion 83, 165

Passion collective 207

Passivité 167

Péguy Charles 187

Perceptions 20

Plaisir 39, 91

Platon 70

Politique 70, 199

Pouvoir 65, 133, 206

Powell Colin 202

Profit 155

Progrès social 91

Prolétariat 152

Ptolémée 143

Pulsion 128-129

Raison 22, 165

Rand Ayn 85

Réalité 112, 166

Reconnaissance 98

Règle d’or 187

Régnier Henri de 90

Religion 137, 139, 142

Réminiscence 216

Responsabilité 51, 63

Ressentiment 194

Rêve 132

Révolution prolétarienne 155

Richesse 153

Rosenbaum Alissa 90

Rousseau Jean-Jacques 95

Ruse 71

Russell Bertrand 213

Sacrifice 93

Saint Augustin 70, 134

Saint Thomas 23

Sartre Jean-Paul 55

Schéma 109

Schopenhauer Arthur 75

Science 143

Sénèque 164

Sens 20, 139

Siffredi Rocco 125

Société 95, 100, 147

Socrate 43, 145, 209

Spinoza Baruch 25

Spiritualité 142

Stoïcisme 166

Sublimation 130

Surhomme 197

Surmoi 132

Tonneau des Danaïdes 43

Totalitarisme 53

Trahison 204

Transcendance 142, 175

Travail 153

Un 142

Utilitarisme 186

Vengeance 196

Vérité 15, 143, 182, 203

Vice 71

Vinci Léonard de 130

Violence 72

Volonté 82

Volonté générale 103

Volonté individuelle 103

Weil Simone 199

Yourcenar Marguerite 160

Revenir au menu de la page


Extraits

Télécharger l’image de couverture

Feuilleter ce livre (EPUB)

Télécharger 


Avant de commencer

Je dois vous faire une confidence : rien ne me prédestinait à faire de la philosophie. Je suis issu d’un milieu ouvrier, et à la maison, les factures impayées étaient une source de préoccupation bien plus importante que les questionnements sur le sens de l’existence. Pas de grande bibliothèque dans le salon, ni de discussions enflammées le soir sur La République de Platon. Mon accès à la culture se limitait essentiellement à la télévision : documentaires, émissions de débats et films du dimanche soir.

Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour vous faire comprendre que j’ai grandi avec l’idée que la philosophie n’était pas faite pour moi. Quand j’entendais parler de philosophie, je m’imaginais un monde réservé à des gens qui avaient baigné toute leur vie dans les livres, les conférences et les laboratoires de recherche. Qui étais-je, moi, l’enfant de prolétaires, pour prétendre à ce monde-là ? Je sais que je suis loin d’être seul dans ce cas, et que certains d’entre vous se reconnaîtront dans ce portrait. Mais je sais également, aujourd’hui, que cette barrière entre le monde de la philosophie et celui des « gens normaux » est d’abord une barrière mentale.

La philosophie accompagne ma vie depuis mon enfance. Dès l’école primaire, je me posais des questions dont j’ignorais alors qu’elles étaient de nature philosophique. Pourquoi existons-nous ? La réalité est-elle ce que nous en percevons ? Qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ? Arrivé au lycée, j’ai découvert que ces questions, que je croyais naïves et propres à mon vécu personnel, avaient nourri l’esprit des grands penseurs au cours de l’histoire. Je découvris Socrate, Épicure, les cyniques, les stoïciens… Et soudain, je compris que je n’étais pas seul. Ces philosophes, que je ne connaissais pas et qui vivaient à des époques si reculées, s’étaient posé les mêmes questions que moi. Je venais de réaliser que la philosophie était aussi faite pour moi. Et bien que je ne mesurais pas du tout ce que cela impliquait concrètement, je décidai, à cet instant, d’en faire mon futur métier.

Les difficultés apparurent durant ma première année d’études de philosophie à l’université. Là, j’entendais mes professeurs employer des mots qui auraient tout aussi bien pu provenir d’une langue étrangère. « Métaphysique », « phénoménologie », « transcendantal »… Ce fut la douche froide. Moi qui avais entrepris des études de philosophie par amour pour la réflexion, voilà que je me retrouvais confronté à un mur de concepts qui n’avaient aucune signification pour moi. Étais-je le seul à ne rien comprendre ? Mes camarades avaient l’air si sûrs d’eux, ils débattaient de leurs désaccords avec aisance et citaient des auteurs dont je ne connaissais même pas le nom. Avais-je été trop présomptueux en me croyant capable de faire de la philosophie ?

Mais je ne me laissais pas abattre. Je gardais à l’esprit cette citation de Marc Aurèle, l’une des rares que je pouvais me vanter de connaître par cœur : « Rien de ce qui est possible à l’homme ne saurait être au-dessus de tes forces. » Je lisais et relisais les textes que je ne comprenais pas. J’enregistrais mes cours sur un dictaphone et les écoutais en boucle pendant mes séances de sport. Je consultais des manuels de révision, questionnais mes professeurs, écoutais des cours en ligne. Et au fil des mois, je commençais à tisser des liens entre les concepts, à les voir s’imbriquer, s’articuler. Progressivement, les choses prenaient sens. Enfin.

J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.

Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.

Dans chacune des vingt leçons qui composent ce livre, je vais vous présenter la pensée d’un philosophe. Chaque leçon sera précédée d’une petite histoire destinée à introduire, de façon ludique (et parfois inattendue), la pensée du philosophe en question. Certaines de ces histoires sont librement inspirées de faits réels, d’autres font référence à des œuvres de la culture populaire, d’autres, enfin, sont entièrement fictives. Par le choix de ce format, j’ai souhaité combiner les deux compétences que mes élèves et mes auditeurs me reconnaissent le plus souvent : expliquer des idées complexes avec des mots simples et les illustrer de façon concrète. J’ai bon espoir qu’en procédant ainsi, ce livre donnera matière à divertir autant qu’à réfléchir.

Le choix des vingt philosophes n’a pas été simple à faire. Il m’a fallu rayer de ma liste bon nombre de penseurs éminents, et je sais que certains me reprocheront d’avoir mis sur la touche des figures qu’ils jugent incontournables. Mais choisir, c’est renoncer. J’ai donc pris le parti de sélectionner ces vingt philosophes en fonction de deux critères principaux : la diversité des visions du monde qu’ils proposent, et leur accessibilité à un public de non spécialistes. Il va sans dire (mais il va encore mieux en le disant) que vous n’êtes pas obligés d’adhérer à l’intégralité des conceptions qui vont être exposées dans ce livre, ce qui serait d’ailleurs difficile dans la mesure où les vingt philosophes présentés ici ne sont eux-mêmes pas d’accord entre eux. La philosophie n’est pas une science exacte. Elle ne délivre pas de vérités absolues gravées dans le marbre. Ce qu’offre la philosophie, ce sont des idées, des pistes de réflexion, des perspectives nouvelles, avec lesquelles vous pouvez être en accord ou en désaccord, mais qui, quoi qu’il arrive, vous permettront d’élargir votre regard sur le monde et d’interroger vos certitudes. Car c’est avant tout cela, la philosophie : une invitation à penser contre soi-même.

Ces précisions étant faites, la visite va pouvoir commencer. Que vous soyez novices en philosophie ou déjà familiers avec ses concepts, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir ces penseurs et leurs idées que j’en ai eu à vous les transmettre. Et surtout, qu’après avoir achevé la lecture de ce livre, vous fassiez partie de ceux qui clament fièrement : « La philosophie, c’est pour moi aussi ! »


CHAPITRE 1

Descartes

Où est la vérité ?

« Le premier précepte que je me donnais d’observer était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle. »

Raymond n’oubliera jamais ce qu’il a vu le 4 mars 2021.

Chauffeur poids lourd depuis plus de trente ans, Raymond sillonne les autoroutes et les départementales de Normandie, faisant la navette entre son dépôt, la centrale d’approvisionnement et les trois hypermarchés où il livre la marchandise destinée à être mise en rayon.

En cette journée hivernale, le ciel était dégagé mais l’air particulièrement froid. Raymond pouvait le sentir s’infiltrer dans ses narines même à travers les vitres fermées de son camion. La matinée se déroula sans accroc. Raymond avait réceptionné la marchandise à la centrale à huit heures du matin, et à onze heures, la première livraison était faite. Il profita de cette confortable avance sur son horaire pour s’accorder une pause-déjeuner dans un de ces restaurants routiers où il a ses habitudes, avec buffet à volonté. C’était vendredi, et le vendredi, on a le droit de se faire plaisir.

Raymond reprit la route aux alentours de treize heures. Le soleil rayonnait, mais l’air était toujours aussi glacial. Raymond soufflait régulièrement entre ses mains pour les réchauffer, malgré le thermostat réglé au maximum.

Alors qu’il roulait sur une route côtière, le long de la Manche, son attention fut attirée par quelque chose dans la mer. Il tourna la tête, et là, derrière la digue rocheuse sur laquelle s’écrasaient les vagues grises, il vit un cargo qui flottait dans les airs, plusieurs mètres au-dessus de l’eau.

« Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? »

Raymond cligna fortement des yeux, comme pour se réveiller d’une hallucination.

« Non mais je deviens fou ! »

Rien à faire, le bateau demeurait là, suspendu au-dessus de l’eau. Aussi interloqué qu’inquiet, il arrêta son camion sur le bas-côté pour observer la scène. C’était la chose la plus troublante et la plus surréaliste qu’il ait jamais vue.

Sous l’effet du choc, et parce que Raymond appartient à une autre génération, il n’eut pas le réflexe de saisir son smartphone pour prendre une photo du phénomène, auquel il devinait déjà que personne dans son entourage ne croirait. Il eut quand même l’idée d’allumer la radio locale pour voir s’ils en parlaient aux informations. Rien. Pendant ce temps-là, le cargo était toujours en lévitation, immobile, entre la mer et le ciel.

Raymond se demanda s’il fallait prévenir les autorités maritimes afin de les avertir de l’anomalie physique qui était en train de se dérouler. Mais il se ravisa. Peut-être était-il effectivement sous l’emprise d’une hallucination ? Il s’était resservi plusieurs fois du vin au déjeuner. Nul doute que s’il appelait la gendarmerie, on lui ferait passer un test d’alcoolémie, que celui-ci se révélerait positif, et que sa licence de chauffeur lui serait retirée. Prévenir les autorités dans ces conditions ? Pas question. Raymond se félicita de cet éclair de lucidité qui, à défaut de lui fournir une réponse au mystère du bateau flottant, allait au moins lui permettre de finir la journée chez lui, et non dans une cellule de dégrisement.

Raymond remonta dans sa cabine, redémarra et reprit l’itinéraire prévu. Il ne parla à personne de ce qu’il avait vu l’après-midi. En ramenant le camion au dépôt le soir, son patron Xavier était là. Raymond lui tendit les clefs du véhicule sans dire un mot.

« Ça a été aujourd’hui ?

— Oui, rien de spécial. »

Il osa quand même ajouter : « J’ai vu un truc bizarre en longeant la mer. On aurait dit qu’un bateau flottait au-dessus de l’eau. »

Il avait pris soin de choisir ses mots : « on aurait dit », croyant que cette prudence linguistique le mettrait à l’abri des moqueries de son patron.

« Ah ah ah ! Va te reposer, mon Raymond, tu es fatigué. »

Raymond ne reparlera plus jamais de l’événement dont il a été témoin ce jour-là. Mais depuis, quand il entend parler d’un phénomène inexpliqué, paranormal ou surnaturel, il écoute attentivement sans se moquer, conscient que certaines choses doivent être vues pour pouvoir être crues.

*

Alors, qu’est-il arrivé à Raymond ce jour-là ? A-t-il été victime d’une hallucination, comme il l’a lui-même envisagé ? A-t-il eu le poignet trop leste sur la fontaine à vin ? Non. Raymond a simplement été témoin de ce qu’on appelle un « mirage froid ».

Les mirages appartiennent à la grande famille des illusions d’optique. Il s’agit de phénomènes naturels dus à la déviation de la lumière en raison d’écarts de température entre les couches d’air. Un mirage est dit « chaud » quand la température au sol est plus élevée que dans les airs. C’est le cas, par exemple, lorsque vous croyez voir une flaque d’eau sur le bitume les jours où le soleil chauffe intensément. Un mirage est dit « froid » quand les couches d’air près du sol (en l’occurrence, près de l’eau) sont plus froides que les couches d’air au-dessus. Vous aurez alors l’impression de voir des objets en lévitation. C’est le phénomène auquel Raymond a assisté. Il n’était donc ni ivre, ni sujet à une hallucination : il a simplement constaté ce que les conditions météorologiques ont créé sous ses yeux.

L’histoire de Raymond n’est pas totalement fictive. Il y eut réellement un mirage de cette nature le 4 mars 2021, au large de la ville de Falmouth, en Angleterre. De nombreux automobilistes s’arrêtèrent pour prendre une photo du « bateau flottant » avant que l’image ne fasse le tour des réseaux sociaux. Ce fut l’occasion pour les météorologues de donner une explication rationnelle à ce qui, il faut bien le dire, semble à première vue défier la logique.

La leçon de Descartes : Ne vous fiez pas aux apparences

Le philosophe français René Descartes (1596-1650) a bâti toute sa philosophie sur l’idée qu’on ne pouvait pas se fier à nos perceptions pour atteindre la vérité. En effet, rien n’est plus trompeur qu’une perception. Et l’exemple qu’il utilise pour le démontrer est assez proche de l’expérience vécue par Raymond.

Dans ses Méditations métaphysiques, Descartes prend l’exemple d’un bâton qu’il plonge dans l’eau. Ce bâton, précise-t-il, est parfaitement droit. Pourtant, lorsqu’il se retrouve immergé dans l’eau, il apparaît coupé à la surface. Que faut-il en conclure ? Que les propriétés physiques du bâton changent lorsque celui-ci est dans l’eau ? Qu’il se casse et se recompose entre le moment où on l’immerge et le moment où on le sort de l’eau ? Voilà qui serait pour le moins étrange.

L’explication est beaucoup plus terre à terre : lorsque nous regardons un bâton plongé dans l’eau, les conditions optiques sont modifiées. En passant de l’air à l’eau, la lumière est déviée de sa trajectoire, créant cette impression de brisure à la surface. Vous pouvez faire l’expérience chez vous en plaçant un crayon dans un verre d’eau. Vous verrez alors exactement le phénomène décrit par Descartes.

La conclusion à laquelle aboutit Descartes, c’est qu’en matière de connaissance, on ne peut pas faire confiance à nos sens. Car nos sens ne nous renseignent pas sur la réalité, mais sur les apparences de la réalité. À ce titre, ils constituent une source d’erreur majeure. C’est valable pour ce que nous voyons, mais aussi pour ce que nous entendons, touchons, sentons ou goûtons. Qui n’a jamais tourné la tête subitement dans la rue, croyant avoir entendu quelqu’un l’appeler par son prénom ? Les illusions sensorielles sont partout autour de nous, et pour Descartes, s’appuyer sur nos perceptions pour connaître la réalité, c’est bâtir toute notre connaissance sur du sable.

Il faut douter de tout

Vous savez comment sont les philosophes : d’une taupinière, ils font une montagne. Descartes aurait pu s’en tenir à une simple mise en garde. « Nos sens sont parfois trompeurs, restons prudents. » Mais non. En scientifique rigoureux (rappelons que Descartes n’était pas seulement philosophe, il était aussi physicien et mathématicien), il va radicaliser cette idée et en faire le socle de sa méthode d’investigation philosophique. Voici son raisonnement.

Si nous nous sommes rendu compte que nos sens nous avaient déjà trompés ne serait-ce qu’une seule fois, techniquement, cela signifie deux choses : qu’ils pourront nous tromper à nouveau, et surtout, qu’ils nous ont peut-être trompés à d’autres reprises sans que nous le sachions. Autrement dit, ce n’est pas seulement telle ou telle de nos connaissances qui doit être mise en doute, ce sont TOUTES nos connaissances ! On appelle cela le « doute radical », aussi appelé « doute hyperbolique », puisqu’il s’applique à l’intégralité de ce que nous tenons ordinairement pour vrai. Et comme ce doute n’a pas vocation à demeurer éternellement, mais qu’il constitue simplement la première étape vers l’établissement d’une connaissance plus fiable, il sera dit « méthodique ».

Douter de tout, y compris de ce qui nous paraît le plus sûr et le plus évident, tel est, selon Descartes, le seul et unique moyen de reconstruire tout l’édifice de la connaissance sur des bases solides. Mais alors, jusqu’où faut-il aller ? Devrions-nous douter de l’existence de la réalité elle-même ? Devrions-nous douter de notre propre existence ?

La réponse est oui.

L’hypothèse du malin génie

Pour illustrer le fait que toutes nos connaissances sont douteuses, Descartes prend l’exemple du rêve. En effet, lorsque nous rêvons, nous avons l’impression que ce que nous vivons est parfaitement réel, y compris les situations les plus absurdes et incongrues. Ce n’est qu’au réveil que nous nous rendons compte qu’il s’agissait en réalité d’une pure fabrication de notre esprit.

De cet exemple du rêve, Descartes va tirer une hypothèse, celle du « malin génie1 ». Supposons, écrit-il, qu’un être maléfique emploie toute sa ruse à nous tromper sur tout ce que nous percevons. Une telle hypothèse peut prêter à sourire, mais comment l’écarter sans prendre le risque d’accepter comme vraies des choses qui ne le sont pas ? Après tout, si nous vivions dans un rêve, il nous serait impossible d’en avoir conscience.

Mais Descartes va encore plus loin. Si nous devons douter de l’existence de la réalité, nous devons également douter de notre propre existence. Car comment savons-nous que nous existons ? Nous le savons parce que nous avons la perception de notre corps. Nous pouvons le voir, le toucher, le sentir… Très bien ! Mais le même problème se pose : comment être sûrs que cette perception n’est pas, elle aussi, une illusion ?

Face à tant d’incertitudes, Descartes va entrevoir la solution : le recours à la raison. Que nous dit la raison ? Elle nous dit que même dans l’hypothèse où la réalité serait effectivement une illusion, il y a cependant une chose qui ne peut pas être une illusion, à savoir le fait que nous pensons. Le contenu de notre pensée peut bien être faux, il peut même porter sur une réalité qui n’existe pas, cela n’enlève rien au fait que notre pensée, elle, est bien réelle. Or, comment pourrait-il y avoir de la pensée sans l’existence d’un « je » qui pense ? Ce serait là une absurdité logique. Pour qu’il y ait pensée, il faut nécessairement qu’existe un sujet pensant. Cogito ergo sum (« je pense donc je suis ») : telle est la première vérité indubitable à laquelle aboutit Descartes.

Descartes n’était pas cartésien !

Une erreur s’est progressivement installée dans le langage courant. C’est celle qui consiste à désigner comme « cartésien » quelqu’un qui, à la manière de l’apôtre saint Thomas, « ne croit que ce qu’il voit ». Comment vous dire qu’il n’est pas possible de commettre plus grand contresens ? Car tout le propos de Descartes est justement de critiquer l’idée que nos perceptions seraient une source fiable de connaissance. Ne croire que ce qu’on voit, c’est donner aux illusions, aux rêves et aux hallucinations davantage de crédit qu’à la pensée rationnelle, ce qui, aux yeux de Descartes, est absurde.

Quant à ceux qui pensent qu’être « cartésien » signifie ne pas croire en Dieu, là encore, mauvaise pioche ! Car figurez-vous que non seulement Descartes était un fervent chrétien, mais qu’il est même connu pour avoir proposé une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu.

Donc, de deux choses l’une : ou bien on utilise mal l’adjectif « cartésien », ou bien Descartes lui-même… n’était pas cartésien !

____________

1.?Il faut entendre ces deux mots au sens ancien : un « génie » est un être doté de pouvoirs surnaturels, et l’adjectif « malin » renvoie à la fois au « mal » et à la « ruse ».


AU SUJET DE L’AUTEUR

Charles Robin, Le précepteur

1986 –

« Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant plus de dix ans.

Depuis 2018, je partage ma passion pour la philosophie sur ma chaine YouTube « Le Précepteur ». Mon objectif : rendre la pensée des grands auteurs accessible à tous et montrer que la philosophie n’est ni obscure ni élitiste, mais qu’elle peut éclairer la vie de chacun, pour peu qu’on la rende vivante, simple et proche de nos questions les plus intimes.

Avec ce livre, j’espère vous réconcilier avec cette discipline merveilleuse et, peut-être, faire changer votre regard sur le monde. »

Source : Éditions Larousse.

Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant dix ans. J’ai créé la chaîne YouTube « Le Précepteur » en 2018 pour partager ma passion pour la philosophie.

Lorsque j’ai démarré sur YouTube, je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir un tel engouement du public pour la philosophie. YouTube est avant tout une plateforme de divertissement, et si on m’avait dit un jour que mes vidéos sur Platon, sur Spinoza ou sur le stoïcisme seraient vues par plusieurs millions de personnes, je ne l’aurais jamais cru.

C’est assez paradoxal car, au fond, j’ai toujours considéré que la philosophie était une discipline ouverte à tous et qui s’adressait au plus grand nombre. Bien souvent, si les gens tournent le dos à la philosophie, c’est surtout à cause de la manière dont on leur en parle. Beaucoup l’associent à du verbiage pompeux et sans grande utilité, sans voir que les questions que soulève la philosophie sont des questions qui les concernent directement et qu’ils se posent eux-mêmes au cours de leur vie. Et ça, ce sont d’abord les représentants de la philosophie qui en sont responsables.

Source : Site web de Charles Robin, Le précepteur.


Revenir au menu de la page


DU MÊME AUTEUR

Charles Robin, Le précepteur

Livre numérique gratuit

TOUS PHILOSOPHES ?

tous-philosophes-charles-robin-002

Saviez-vous qu’un enfant qui dit « Je n’ai pas fait exprès » manifestait en fait son adhésion à la morale déontologiste de Kant ?

Saviez-vous que le fait de dire « Je fais ce que je veux » traduisait un net penchant pour l’existentialisme de Sartre et son rejet du déterminisme ?

Saviez-vous enfin que quelqu’un qui vous disait « Je t’aime » était en réalité victime d’un stratagème de la nature ? Aimer, pour Schopenhauer, c’est d’abord vouloir… reproduire l’espèce ! […]

TÉLÉCHARGEZ MON LIVRE « TOUS PHILOSOPHES ? » GRATUITEMENT ICI :

https://www.le-precepteur.fr/tous-philosophes


REJOIGNEZ-MOI SUR PATREON POUR ACCÉDER À MON CONTENU INÉDIT : https://www.patreon.com/leprecepteurpodcast


POUR VOUS INSCRIRE À MES COURS : https://www.le-precepteur.fr/mes-cours


SOUTENEZ-MOI :

EN SOUSCRIVANT À MA CHAÎNE : https://www.youtube.com/channel/UCvRg…

SUR TIPEEE : https://www.tipeee.com/le-precepteur

SUR PATREON : https://www.patreon.com/leprecepteurpodcast

SUR PAYPAL : https://www.paypal.me/leprecepteur

EN VISITANT MA BOUTIQUE : https://teespring.com/fr/stores/le-precepteur


REJOIGNEZ-MOI :

MON SITE : https://www.le-precepteur.fr/

INSTAGRAM : https://www.instagram.com/charles_precepteur/?hl=fr

FACEBOOK : https://www.facebook.com/leprecepteurofficiel/

TWITTER : https://twitter.com/Le_Precepteur


ÉCOUTEZ-MOI EN PODCAST :

SUR SPOTIFY : https://open.spotify.com/show/4Lc8Fp7QAVsILrKZ41Mtbu?si=EeuqpFvARXmeMZeLXGBvtQ&nd=1

SUR DEEZER : https://www.deezer.com/fr/show/2051002?deferredFl=1

SUR APPLE PODCASTS : https://podcasts.apple.com/us/podcast/le-pr%C3%A9cepteur/id1534272032

SUR PODCAST ADDICT : https://podcastaddict.com/podcast/3272750

SUR GOOGLE PODCASTS : https://podcasts.google.com/feed/aHR0cHM6Ly9mZWVkcy5hdWRpb21lYW5zLmZyL2ZlZWQvYWNlZDM5NWUtNjM1MS00OThhLTkzOTctMTQ0YmIxMmU4MGQ2LnhtbA?ep=14


REVUE DE PRESSE

“La philosophie, c’est pour vous aussi !”, de Charles Robin : les petites et grandes leçons du “précepteur”, Philosophie magazine, 20 octobre 2025

“La philosophie, c’est pour vous aussi !”, de Charles Robin : la vulgarisation en situation

Gaëlle Jeanmart – PhiloCité

L’HISTOIRE DE LA PHILO GRAND PUBLIC : LES ÉMISSIONS ET PODCATS EN LIGNE

4. Le Précepteur

Les vidéos ici sont à la plus longues (entre 25 et 45’) et c’est souvent un exposé avec une image fixe (le portrait du philosophe généralement) dans le format classique d’un exposé académique, et d’un ton sérieux (pas question de faire un gag à deux balles, ici!). Le public est donc probablement un peu plus âgé ou plus scolaire (le précepteur propose une remédiation scolaire et prépare donc au bac philo) que celui de Cyrus. Le précepteur, Charles Robin, ne porte en somme pas trop mal son nom de précepteur (même si on voit aussi qu’il fait de la muscu régulièrement, ce qui fait déjà un peu moins prof de philo…). Il s’agit en général d’aborder une notion clef ou un problème chez un philosophe en particulier (les thèmes sont hyper classiques et se retrouvent d’ailleurs souvent dans d’autres podcast philo), mais pas que : le précepteur ne s’interdit pas à l’occasion d’analyser une pratique, une expression ou un personnage à la mode comme le développement personnel ou la philosophie de D. Raoult, par exemple. C’est fouillé, clair et clairement problématisant.

[UNE PROF EN FRANCE] Bac philo : mieux vaut Internet qu’une salle de classe ?

Bac 2022 : Monsieur Phi et Le Précepteur, deux youtubeurs qui vous font aimer la philosophie

InPower par Louise Aubery – « La philo n’est pas réservée à une élite » avec Charles Robin aka le Précépteur

Entretien avec Le précepteur « Questionner le pour quoi ?

Charles ROBIN, professeur de philosophie

Revenir au menu de la page


MON RAPPORT DE LECTURE

La philosophie c’est pour vous aussi

CHARLES ROBIN, LE PRÉCEPTEUR

Enfin ! Un livre de philosophie facile à comprendre ! LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Cet homme excelle dans la vulgarisation de la philosophie. Je le reconnais même comme le Grand Maître de la vulgarisation philosophique. À ce titre, on comprend aisément que son auditoire compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube et d’autres plateformes de diffusion de ses podcasts. Il atteint sans détour son objectif à chacune de ses interventions : « Donner matière à penser ». Le premier chapitre en extrait ci-dessus démontre tout le talent de ce « précepteur » dans l’enseignement populaire de la philosophie.

Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XII.

Charles Robin, NOTRE précepteur, s’est fait une promesse après avoir obtenu son master : « Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière ».

J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XI.

Tant et aussi longtemps que la philosophie demeure entre les griffes académiques, elle ne s’inscrit pas son destin au sein de notre société. Et c’est dommage ! Car la philosophie donne effectivement matière à penser et elle nous incite ainsi à nous pencher sur notre manière de pensée, sur le comment nous pensons.

À mon avis, il ne s’agit d’adopter une ou des philosophies particulières. Je n’ai aucun philosophie préférée. Je m’intéresse au comment nos philosophes pensent, à leurs manières de penser. J’aime bien approfondir tout ce qui concerne la théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie en allemand), ou philosophie de la connaissance ou encore gnoséologie (Composé à l’aide de gnoséo?, tiré du grec gnôsis, « connaissance », et de ?logie, tiré du grec logos, « discours, traité ». Partie de la philosophie qui traite de l’origine, des fondements, des limites de la connaissance.)

En amont, je me dois de comprendre les différentes philosophies des différents philosophes et Charles Robin m’en offre l’occasion à chacune de ses interventions. Pour tout vous dire, il me captive non seulement par son propos mais aussi par son approche explicative.


Voici le résumé de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN par l’IA ChatGPT:

Très bien — voici un résumé court, clair et conceptuel, chapitre par chapitre, fidèle à l’esprit du livre de Charles Robin, sans entrer dans le détail scolaire.

1. Descartes – Où est la vérité ?

La vérité ne se trouve pas dans les apparences ni dans l’opinion commune. Pour penser juste, il faut douter méthodiquement et examiner ses croyances, quitte à remettre en cause ce que l’on croyait évident.

2. Spinoza – Le hasard existe-t-il ?

Ce que nous appelons « hasard » est surtout le nom de notre ignorance des causes. Le monde est déterminé, mais comprendre ce déterminisme permet une forme de liberté intellectuelle.

3. Épicure – Comment être heureux ?

Le bonheur repose sur la modération des désirs, non sur leur multiplication. Savoir distinguer les désirs nécessaires des désirs vains est la clé de la sérénité.

4. Hannah Arendt – Qu’est-ce que le mal ?

Le mal n’est pas toujours monstrueux : il peut venir de l’absence de pensée, du conformisme et du refus de responsabilité individuelle.

5. Sartre – Sommes-nous libres de nos choix ?

L’homme est radicalement libre, même lorsqu’il se croit contraint. Cette liberté est angoissante, car elle nous rend entièrement responsables de ce que nous sommes.

6. Machiavel – Comment gouverner un peuple ?

La politique obéit à une logique propre, distincte de la morale privée. Gouverner, c’est parfois choisir le moindre mal pour préserver l’État.

7. Schopenhauer – Quel est le but de la vie ?

La vie est dominée par un désir sans fin, source de souffrance. L’amour et la sexualité participent d’un mécanisme biologique plutôt que d’un idéal romantique.

8. Ayn Rand – Devons-nous aider les autres ?

L’altruisme n’est pas toujours une vertu. Rand défend l’idée que l’égoïsme rationnel peut être moral, car vivre pour soi n’est pas nécessairement nuire aux autres.

9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ?

La société est une construction nécessaire pour dépasser la force brute. La volonté générale vise l’intérêt commun, pas la somme des intérêts individuels.

10. Hume – Comment se forment nos connaissances ?

Nos connaissances reposent sur l’habitude, non sur la certitude absolue. La causalité elle-même est une croyance issue de l’expérience répétée.

11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ?

Les conventions sociales peuvent aliéner. Diogène prône une liberté radicale, fondée sur la simplicité et le mépris des faux besoins.

12. Freud – Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

Nos désirs inconscients nous gouvernent souvent à notre insu. La culture et la création permettent de sublimer ces pulsions plutôt que de les subir.

13. Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ?

Lorsque la foi se transforme en dogme, elle peut étouffer la raison. La pensée critique est indispensable pour résister au fanatisme.

14. Marx – Peut-on échapper à notre condition sociale ?

Nos idées sont largement façonnées par notre position sociale. Comprendre les rapports de classe est une condition pour transformer la société.

15. Épictète – Comment maîtriser nos émotions ?

La paix intérieure consiste à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. La sagesse stoïcienne repose sur le détachement.

16. Simone de Beauvoir – Que veut dire « être une femme » ?

On ne naît pas femme, on le devient. Les inégalités sont des constructions sociales, non des fatalités naturelles.

17. Kant – A-t-on le droit de mentir ?

La morale ne dépend pas des conséquences, mais de principes universels. Mentir est moralement interdit, même si cela semble utile.

18. Nietzsche – D’où vient la morale ?

La morale traditionnelle est née du ressentiment des faibles. Nietzsche invite à créer ses propres valeurs et à dépasser la morale de culpabilité.

19. Simone Weil – Peut-on faire de la politique sans mentir ?

La politique moderne sacrifie souvent la vérité au pouvoir. Weil appelle à une politique fondée sur la justice et l’attention au réel.

20. Socrate – Que savons-nous ?

La sagesse commence par la reconnaissance de son ignorance. Questionner, dialoguer et accoucher des idées : telle est la maïeutique socratique.

 – FIN DU RÉSUMÉ PROPOSÉ PAR ChatGPT –


Ce résumé me semble correct. Sans plus. Ce qui donne à chaque chapitre et son explication tout son intérêt dans notre compréhension provient des exemples. En effet chaque chapitre commence par un exemple concret relatant une situation donnée avec des personnes en action. L’explication de la philosophie en vedette dans le chapitre devient ainsi saisissable puis évidente. Charles Robin a choisit les exemples avec une attention toute particulière à la philosophie en vedette. Il pratique-là un art et une logique de haut niveau.


La loi permet la cohabitation

(…) Le rôle de la loi est donc le suivant : autoriser tout ce qui ne nuit pas à autrui. En d’autres termes, vivre en société, c’est accepter de renoncer à une partie de la liberté pour rendre possible la cohabitation avec les autres. La loi apparaît ainsi comme un moyen de préserver l’équilibre social dans le respect des droits de tous, conformément au principe selon lequel « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

En acceptant de céder une partie de leur liberté en échange des avantages de la vie en société, les individus scellent ce que Rousseau appelle un « pacte social ». Ce contrat implicite stipule que tous les citoyens, inégaux en capacité (c’est-à-dire devant la nature), son désormais égaux en droits (c’est-à-dire devant la loi). Dans cette configuration, nul n’est autorisé à imposer sa volonté à ses semblables. Tout le monde doit se conformer à la loi, et la loi est la même pour tous. (…)

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.101.

Dans le neuvième chapitre de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, Charles Robin expose fort bien la nécessité d’édicter et de respecter des règles communes pour les hommes vivant en société selon la philosophie de ROUSSEAU. C’est clair, net et précis. Les politiques mettent souvent à l’épreuve ce fameux « pacte social » et il trouve là des lignes à ne pas franchir pour éviter d’affaiblir la vie en société au risque de provoquer le chaos.

Au Canada, Pierre Elliott Trudeau (alors ministre de la Justice, en décembre 1967) dira au sujet de la vie privée et des lois sur la sexualité était : « L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation. »

Cet affirmation de Pierre Elliott Trudeau faisait se référait à l’homosexualité et à la réforme des lois sur la sexualité privée. Concrètement, il répondait alors aux journalistes à propos du Criminal Law Amendment Act (aussi appelé Bill C-150), un projet de loi présenté en 1967 pour réformer le Code criminel, notamment en éliminant certaines dispositions qui criminalisaient les relations sexuelles privées entre adultes consentants, y compris entre personnes de même sexe.

Autrement dit, dans ce contexte, la liberté des législateurs trouve sa limite là où commence la vie privée des citoyens, dès lors que celle-ci ne porte pas atteinte au pacte social

La loi, nous dit Rousseau, doit être l’expression de la volonté générale. Car s’est sur la volonté générale que se fonde la souveraineté du peuple. Un peuple qui obéit à ses propres lois n’est pas un peuple asservi. C’est au contraire un peuple libre, car c’est un peuple qui obéit à lui-même.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.103.

Alors comme s’assurer de la volonté générale ?

La volonté générale n’est pas :

  • la somme des volontés individuelles ;
  • l’opinion de la majorité en tant que telle ;
  • un sondage ou une moyenne statistique.

La volonté générale est : « ce que tous voudraient s’ils délibéraient comme citoyens et non comme individus privés. »

Elle vise :

  • l’intérêt commun,
  • le bien public,
  • ce qui est valable pour tous sans exception.

Une loi peut tout de même protéger une communauté sans sortir de la volonté générale si cette loi vise alors une situation et non pas une identité.

Exemples :

  • protection des enfants,
  • protection des personnes handicapées,
  • règles linguistiques,
  • protection des minorités religieuses.

Ce n’est pas « le groupe est favorisé », mais « cette situation crée une vulnérabilité que la loi doit corriger ».

L’esprit est une toile vierge

Hume est le représentant d’un courant philosophique qui s’appelle l’«empirisme(8) ». La thèse du courant empiriste peut se résumer ainsi : toute connaissance provient de l’expérience. Précision qu’en philosophie, le mot « expérience » n’est pas à entendre au sens courant de « vécu » ou de « pratique dans un domaine ». Il signifie le fait d’«éprouver » ou de « percevoir ». Pour les empiristes, nos idées sont donc le résultat d’une accumulation de perceptions.

____________

(8) Du latin empeiria qui signifie « expérience ».

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, p.111.

Le problème avec les perceptions, c’est qu’elles ne correspondent pas nécessairement à des connaissances vraies, c’est-à-dire conforment à la réalité.

Si, comme le souligne Charles Robin, nous nous faisons une idée générale de qu’est un chien seulement après perçu de nombreux chiens différents auxquels nous reconnaissons des caractéristiques communes, « nos idées sont le prolongement, sous forme abstraite, de perceptions concrètes ».

Par définition, il ne nous est pas possible de connaître la réalité au-delà de l’expérience qu’on en a. Nous pouvons faire des déductions, des suppositions, des prévisions, mais dès lors que quelque chose échappe à notre expérience directe, nous ne pouvons parler à son sujet que de croyance, et de connaissance. L’exemple du lever du soleil est particulièrement adapté : « cette connaissance » repose en effet sur le présupposé selon lequel ce qui a eu lieu aujourd’hui aura forcément lieu demain. Mais ça, qu’est-ce qui nous le prouve ? Rigoureusement parlant, nous n’en savons rien. Ainsi, au lieu de dire que nous « savons » que le soleil se lèvera demain, nous devrions plutôt dire que nous « croyons » que le soleil se lèvera demain. Tout n’est que croyance, car habitude ne veut pas dire certitude.

Pour autant, faut-il considérer toutes nos croyances comme dénuées de valeur ? Absolument pas ! Hume le dit clairement : au quotidien, nous croyances sont utiles pour naviguer dans le monde. Ce qu’il dit, c’est simplement qu’il ne faut pas leu attribuer un caractère de vérité absolue. Car qui sait si, demain, ce que notre expérience nous fait considérer comme une vérité ne sera pas remplacé par… une autre vérité ?

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, pp. 112-113.

Se prononcer sur un sujet dont on a pas l’expérience directe serait donc l’expression d’un croyance ?

  • Première formulation : Se prononcer sur un sujet qui excède notre expérience directe relève, chez Hume, non de la connaissance démonstrative, mais de la croyance fondée sur l’habitude et l’expérience passée.
  • Deuxième formulation : Chez Hume, dès que nous dépassons l’expérience, nous ne savons pas : nous croyons — mais nous croyons nécessairement.
  • Troisième formulation : L’habitude produit de la croyance, non de la certitude ; mais sans cette croyance, aucune vie humaine n’est possible.

Personnellement, j’ai observé que beaucoup gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent simplement parce qu’ils le pensent, et confondent ainsi croyance et certitude. Autrement dit : Nous croyons souvent ce que nous pensons vrai, mais croire n’est pas savoir.


Il arrive que nous tenions pour vrai ce que nous pensons simplement parce que nous le pensons, confondant ainsi croyance et certitude. Chez Hume, cette distinction est essentielle : croire n’est jamais équivalent à savoir, et nos certitudes quotidiennes reposent avant tout sur l’habitude et l’expérience passée.


Et l’opinion dans tout cela ?

L’opinion “classique” en philosophie « s’oppose à la connaissance certaine » :

  • L’opinion (doxa chez les Grecs) ou le jugement exprimé
  • Repose sur une réflexion ou un raisonnement
  • Peut être discutée ou critiquée
  • S’oppose à la connaissance certaine (epistémè)

Mais de nos jours, l’opinion n’implique plus nécessairement réflexion ni justification. Elle peut être purement subjective, spontanée ou sociale, ce qui rapproche certaines opinions de la simple croyance.


Tableau comparatif : Croyance / Opinion / Connaissance (ChatGPT)

Concept Définition classique / philosophique Caractéristique principale Exemple classique Exemple contemporain
Croyance Disposition psychologique à tenir quelque chose pour vrai, fondée sur l’habitude ou l’expérience Motive l’action, pas nécessairement justifiée « Le soleil se lèvera demain » (Hume) Croire qu’un produit est efficace parce qu’on l’a toujours utilisé
Opinion Jugement réfléchi ou argumenté sur ce qui est vrai ou juste Discursif, discuté, peut être critiqué « La justice consiste à donner à chacun ce qui lui revient » Tweet ou post politique impulsif, souvent sans preuve
Connaissance Savoir fondé sur des preuves, l’expérience ou la démonstration Justifiée, certaine ou rationnelle Théorème de Pythagore, loi scientifique vérifiée Preuve scientifique de l’effet d’un médicament

Permettez-moi de citer, pour la x-ième fois dans ce dossier, un chercheur américain, Louis Cheskin, pionnier de la recherche prédictive en marketing et des études de motivations d’achat des consommateurs.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

Louis Cheskin met l’emphase sur l’étude des perceptions des consommateurs et non pas sur leurs opinions. Demander à un consommateur s’il va acheter, par exemple, le nouveau produit A, B ou C, revient à lui poser une question DIRECTE, ce qui nous donne son OPINION en réponse. Louis Cheskin constate que l’approche des sondages d’opinion révèle clairement que les consommateurs ne font pas toujours ce qu’ils disent, qu’ils n’agissent pas conformément à leurs opinions.

Prédire le succès commercial d’un nouveau produit (d’une nouveau nom, d’un nouveau design, d’une nouvelle saveur, d’un nouvel emballage…) sur la base d’un sondage d’opinion ou même d’un groupe de discussions demeure très risqué. De fait, 90% des nouveaux produits mis en marché connaissent un échec. Mais là aussi, l’habitude des sondages est fortement ancrée chez les gens de marketing. Il en va de même pour l’une de ses composantes, la publicité. Il est dit que 50% de la publicité fonctionnent mais qu’on ne sait pas lequel.

Heureusement, Louis Cheskin n’a pas cette habitude et il ne provient pas du marketing; il n’a donc pas des habitudes et des croyances à combattre.

Lors de nombreux tests, il se rendra à l’évidence que la perception agit davantage et de loin sur les motivations d’achat des consommateurs. Avant même que le consommateur puisse se faire une opinion, son cerveau a déjà interprété la perception en lien avec son schéma de référence inconscient et ce dernier a pris de court la raison pour lui dicter l’attitude favorable ou défavorable qu’il doit adopter face au produit est ainsi déterminer s’il posera ou non un geste d’achat.

Lorsque l’on adresse une question directe au consommateur, on se confronte à son ego. Sa réponse (son opinion) ne doit pas nuire à son image. Bref, ses mécanismes de défense ne mettent en action. Il ne nous livre donc pas nécessairement des indices sur son comportement passé ou futur face au produit.

C’est pour ne pas éveiller ces mécanismes de défense que Louis Cheskin met au point ce qu’il appellera : l’Approche indirecte des Réactions du Marché. Nom qu’il attribua au titre d’un article publié dans la prestigieuse Harvard Business Review EN 1948.

J’explique tout cela dans mon livre COMMENT MOTIVER LES CONSOMMATEURS À L’ACHAT – TOUT CE QUE VOUS N’APPRENDREZ JAMAIS À L’UNIVERSITÉ offert en libre téléchargement (PDF GRATUIT).

Un élément crucial dans les travaux de Louis Cheskin demeure à souligner. Il n’étudie pas les consommateurs mais les produits et leurs capacités à motiver les consommateurs à l’achat. Ce choix s’impose à lui car c’est uniquement sur le produit que l’entreprise peut intervenir. Et de ce fait, il quitte la famille des sciences inexactes pour se joindre à la famille des sciences exactes, soit celles qui étudient des objets physiques. Pour lui, le consommateur n’est que le révélateur du pouvoir qu’exerce le produit sur lui.

Ce faisant, il découvre ce qu’il nommera le « transfert de sensations ». Le consommateur transfert inconsciemment les sensations qu’il ressent à la suite de sa perception du nom du produit au produit lui-même, de l’emballage au produit contenu dans l’emballage, de la publicité au produit annoncé, du prix au produit au produit lui-même sou l’angle de la qualité, de sa place en magasin au produit… Ce transfert de sensations s’effectue inconsciemment.

Voici la chaîne : Perceptions – Sensations – Traitement via le Schéma de référence – Attitude favorable ou défavorable – Geste d’achat ou non suivant l’attitude adoptée (et non pas suivant l’opinion du consommateur).

Tout ce long détour par le chercheur Louis Cheskin et ses travaux pour mettre en relief le fait que l’habitude, comme le souligne Hume, n’est pas fiable en ce qu’elle donne lieu à des croyances et non pas des connaissances conforment à la réalité.

« Je peux comprendre pourquoi les gens de marketing et de publicité ne peuvent pas saisir la signification du transfert de sensations, parce que je ne pouvais pas la saisir moi-même. J’ai accepté le transfert de sensations seulement après avoir vu plusieurs tests réalisés auprès des centaines d’individus. J’avais de la difficulté à accepter le transfert de sensations parce que ce dernier était contraire à mon schéma de références; contraire à mon éducation; en opposition avec mon orientation. Le transfert de sensations était une réalité et je ne pouvais pas l’affronter. Mais en n’y faisant pas face, en ne l’acceptant pas, je n’aurais pas été capable de résoudre des problèmes de marketing. »

« I can understand why marketing and advertising men can-not grasp the significance of sensation transference, because I could not grasp it. I accepted it only after I had seen several tests with hundreds of individuals. I had difficulty accepting it because it was contrary to my frame of reference ; it was contradictory to my education ; it was in opposition to my orientation. It was a reality I could not face. But without facing it, without accepting it, I would not be able to solve marketing problems.»

Cheskin, Louis, Secrets of marketing success, Trident Press, New York, 1967, p. 150.

Pour aborder la philosophie de Diogène de Sinope qui prônait le mépris des conventions sociale, Charles Robin donne en exemple le personnage principal du film « Forrest Gump ».

Forrest ne fonctionne pas comme la plupart des gens. Il ne réfléchit pas, ou plutôt, il ne calcule pas. Il ne voit pas le mal dans la franchise, ni de la honte dans le naturel. Et c’est bien ça, le problème. Car si tout nous pousse à voir en Forrest un jeune homme « inadapté », c’est-à-dire quelqu’un à qui les codes de la vie en société font défaut, il se pourrait bien que ce soit en réalité à nous, les « gens normaux », que quelque chose fasse défaut, à savoir l’authenticité.

Les conventions hypocrites, les règles de la bienséance, la comédie sociale, c’est tout cela que nous appelons « adapté ». Nous ne disons jamais qu’en étant adaptés à une société dont le mot d’ordre est de faire semblant, ce sont peut-être les gens comme nous qui ont à apprendre de tous les Forrest Gump de la planète. Des Forrest Gump qui se contentent de vivre alignés avec leur nature profonde, et qui ne se laisse pas dicter leur comportement par les regard des autres ni par les conventions sociales.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 118-119.

Pendant mes études, j’ai réalisé un grand nombre de projets para-scolaires. J’étais très occupé. Et, à vrai dire, je ne vivais que pour mes études et ces projets. Solitaire de nature, je n’impliquais pas dans mes projets des collaborateurs si ce n’est la direction du collège dont j’avais besoin de la permission. À cela s’ajoutait des participations à l’hebdomadaire, la radio et la télévision locale. Je fonçais tête baissée sans me soucier du regard des autres. Je n’avais aucune espèce d’idée de l’opinion des autres étudiants à mon sujet. J’étais, selon moi, authentique. Mais voilà qu’un jour, un étudiant a souhaité ma mort (à la place d’un autre étudiant très apprécié de tous). Je ne savais pas qu’il se trouvait parmi les étudiants des gens qui me détestaient, qui ne m’aimaient pas du tout. Je ne correspondais aux standards de la société étudiante dans laquelle j’évoluais en solitaire en multipliant un projet après l’autre. Il y avait des conventions à respecter pour la vie étudiante et, par simple ignorance, je ne les respectais pas. Je n’avais pas le souci de soumettre mes actions et mes projets à de telles conventions. Seule ma créativité me guidait. Bien sûr, cette affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît. Toujours est-il que ma vie durant j’ai souvent méprisé les conventions sociales, tantôt par insouciance, tantôt pour parvenir à mes fins. Et dans ce dernier cas, j’en ai payé de prix à chaque fois.

Je me m’inscris pas pour tant dans le mouvement cynique dont Diogène de Sinope fut le personnage le plus connu. Contrairement à ce philosophe, je ne rejette pas les conventions sociales, je ne prône pas la simplicité radicale ou l’autosuffisance et je ne recherche pas la vertu comme seul bien véritable.

Forrest n’est pas un cynique, mais il en a la sagesse. Car c’est ainsi que l’on reconnaît les sages : ils ne se contentent pas d’indiquer aux autres le chemin de la vertu. Ils l’empruntent eux-mêmes, au mépris des honneurs et des privilèges.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, p. 123.

Je n’ai pas cette sagesse car le chemin de la vertu ne me semble pas familier. J’étais et je demeure un « problem directed men », un « homme axé sur les problèmes ». Il suffit d’un problème pour que j’en recherche une solution. J’avais ce slogan pour la firme de recherche marketing : « Si vous n’avez pas de problème, me m’appeler pas ! »

Cynique d’hier et cyniques d’aujourd’hui

De nos jours, quand on parle de « cynisme », on fait référence au fait d’avoir un regard désabusé sur le monde. Les cynique moderne est un pessimiste qui utilise l’insolence et la provocation pour manifester son mépris à l’égard d’un monde qu’il perçoit comme profondément dévoyé. Il s’agit donc d’une vision très différente du cynisme antique, lequel était dirigé vers la recherche d’une vie simple et en accord avec la nature.

La cynique d’aujourd’hui est volontiers acerbe, mordant, corrosif. Le cynique d’hier était en quête de liberté, de vertu et de vérité. Le cynique d’aujourd’hui prend plaisir à contester les valeurs établies. Le cynique d’hier, lui, y était simplement indifférent.

Et si le cynique d’aujourd’hui a l’impression de vivre dans un monde corrompu et hypocrite, c’est peut-être parce que, contrairement au cynique d’hier, ses attentes se tournent davantage vers les autres que vers lui-même. Le cynique de l’Antiquité n’attendait rien du monde, il ne cherchait pas à accuser la société ni a revêtir le costume du rebelle. Sa seule volonté était de se libérer de ses chaînes, celles que nous percevons d’autant moins qu’elles sont invisibles : les chaînes du jugement.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 123-124.

C’est vrai, les cyniques d’aujourd’hui tournent leurs attentes davantage vers les autres que vers eux-mêmes. Critiquer les autres, c’est facile. Déguiser ses critiques en opinions, c’est encore plus facile. « C’est juste mon opinion et je la partage » disent plusieurs. Et prendre SON opinion pour SA vérité revient à soutenir « À chacun sa vérité ». Les cyniques d’aujourd’hui complotent ou voient des complots partout. Ils parlent de « faits alternatifs » comme si cela était possible. Au final, écrit Myriam Revault d’Allones, nous sommes dans une « Ère de post-vérité ».

Et si je ne peux pas ici me prononcer sur tout ce qui me donne à penser dans le livre  LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Mais je ne peux pas non plus passer sous silence le chapitre consacré à la philosophe Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ? Il faut voir le film AGORA qui raconte son histoire pour saisir la réponse à la question poser : oui, la foi peut être dangereuse !


Conclusion

Je vous recommande fortement la lecture de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, de CHARLES ROBIN.

Cliquez ici


Voir tous nos articles

Revenir au menu de la page

Article # 156 – Vivre – La psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, Pocket, 2006

J’ai lu pour vous un livre de psychologie et ce ne sera pas une habitude

Vivre – La psychologie du bonheur par Mihaly Csikszentmihalyi chez Pocket éditions, paru en 2006. Une traduction française de « Flow : The psychology of optimal experience » par les Éditions Robert Laffond, S.A., Paris, 2004).

NOTE IMPORTANTE

Je ne suis pas un fan de la psychologie en raison de manque évident de scientificité. La psychologie demeure à classer parmi les sciences inexactes ou fausse science. Ma position anti-psychologie se développe dans les années 1980 à la suite de ma lecture du livre SÉDUCTION PSYCHOLOGIQUE – L’ÉCHEC DE LA PSYCHOLOGIE MODERNE du psychologue WILLIAM KIRK KILPATRICK.

Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » William Kirk Kilpatrick, lui-même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie ».
Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » William Kirk Kilpatrick, lui-même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie ».

Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne », William Kirk Kilpatirck, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, professeur de psychologie de l’éducation au Boston College, écrit :

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions.

Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. » Note originale de l’auteur : Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.)

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu » (p. 29) »

KILPATRICK, William A Kirk, Séduction psychologique (L’échec de la psychologie moderne), Centre biblique européen, Suisse, 1985, pp. 33-35.

Cette dénonciation de l’efficacité de la psychologie moderne influence depuis plus de quarante ans (quoique je mette aujourd’hui de côté la partie chrétienne de ce livre).

J’ai donc à reculons le livre Vivre – La psychologie du bonheur parce qu’on trouve bon nombre de références à cet ouvrage dans la littérature du développement personnel. Il faut aussi souligné que l’auteur tente de donner à son propos sur le bonheur des racines dans la philosophie.



Couvertures


Données au catalogue

Titre :

Vivre La Psychologie Du Bonheur

Date de sortie : 16 août 2006

Langue : Français

Éditeur : Pocket

Collections : Pocket. Evolution

Catégories : Psychologie / Croissance personnelle

Détail des contributeurs:

Auteur : Mihaly Csikszentmihalyi

Préface : David Servan-Schreiber

Édité par : Léandre Bouffard

Traduit par : Léandre Bouffard

Titre original (anglais) : Flow : The psychology of optimal experience

Nombre de pages : 377 pages

Support : Livre imprimé à couverture souple

Format : Livre de poche

Mesure : 18 cm (Hauteur), 12 cm (Largeur), 188 gr (Poids)

EAN : 9782266169134

ISBN : 9782266169134

Revenir au menu de la page


PRÉSENTATION

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Mihaly CSIKSZENTMIHALYI est une des figures de proue du courant de la psychologie positive. Il a enseigné à l’université de Chicago où il dirigeait aussi le département de psychologie. Il est aujourd’hui professeur au Claremont College, en Californie.

* * *

Voici un livre qui va changer votre vie !

Mihaly Csikszentmihalyi apporte une réponse à la question du bonheur. Des années d’étude l’ont conduit à une conclusion essentielle : c’est en s’impliquant pleinement dans chaque instant que l’on accède à l’harmonie et à la joie. Pour y parvenir, il nous livre les secrets d’un nouvel art de vivre.

 » Heureux qui n’a pas encore lu Vivre. Il a devant lui des moments de plaisir intense. « 

David Servan-Schreiber

Source – Maison d’édition : Pocket.

RÉSUMÉ

Qu’est-ce que vivre, sinon être heureux ? Mais quand et pourquoi sommes-nous heureux ? . Voici, enfin traduit en français, l’un des grands classiques de la psychologie du XXe siècle. Dès sa parution aux États-Unis, le livre de Mihaly Csikszentmihalyi a été salué comme un ouvrage fondateur : pour la première fois, grâce à la méthode originale mise au point par son auteur, la question du bonheur recevait une réponse factuelle, dépassant les débats philosophiques. Que dit Csikszentmihalyi ? Pour l’essentiel que les moments de joie et de satisfaction dans notre vie ne sont pas associés à de simples « loisirs », mais à un certain état psychologique, caractérisé par un sentiment de fluidité mentale et d’intense concentration sur des tâches qui mobilisent toutes nos compétences. C’est à l’étude de cette « expérience optimale », des moyens de l’atteindre et de la généraliser qu’est consacrée la majeure partie de Vivre. Car, comme le dit Csikszentmihalyi lui-même : « Maîtriser son expérience intérieure, c’est devenir capable de choisir la qualité de ce que l’on veut vivre. Si ce n’est pas le bonheur, cela y ressemble. ».

Revenir au menu de la page


Sommaire

Préface.

Avant-propos

Note du traducteur

1. La qualité de l’expérience vécue

  • Bonheur et expérience vécue
  • Aperçu du livre
  • Les racines de l’insatisfaction
  • Les boucliers de la culture
  • L’expérience vécue retrouvée
  • Les voies de la libération

2. Le fonctionnement de la conscience

  • Introduction
  • Le modèle adopté
  • Les limites de la connaissance
  • Le rôle de 1’attention
  • Soi et conscience
  • Le désordre dans la conscience (entropie psychologique)
  • L’ordre dans la conscience (expérience optimale)
  • Complexité et croissance de soi

3. Les caractéristiques de l’expérience optimale

  • Introduction
  • Les caractéristiques de l’expérience optimal
  • Défi et habileté
  • £zi concentration
  • Cible claire et rétroaction
  • Sans distraction
  • Le contrôle de l’action
  • La perte deb la conscience de soi
  • La perception altérée du temps

4. Les activités autotéliques

  • Introduction
  • Les activités autotéliques
  • Dans la vie quotidienne
  • DanS les «]eux
  • Experience optimale et culture
  • Culture et bonheur

5. La personnalité autotélique

  • Obstacles internes et externes
  • Neu(ophysiologie et expérience optimale
  • Famille et personnalité autotélique
  • Les personnes autotéliques

6. L’expérience optimale par le corps

  • Introduction
  • « Plus haut, plus vite, plus fort »
  • Les joies du souviennent
  • Sexualité et expérience optimale
  • Le contrôle ultime : le yoga et les arts martiaux
  • Expérience optimale et vision
  • Enchantement et musique
  • Les plaisirs du goût

7. L’expérience optimale par l’esprit

  • Introduction
  • La mémoire, mères de la science
  • Les jeux de l’esprit
  • L’usage des mots
  • La familiarité avec l’histoire
  • Les délices de la science
  • L’amour des la sagesse
  • Un apprentissage incessant

8. Le paradoxe travail-loisirs

  • Introduction
  • Les travailleurs autotéliques
  • Les occupations autotéliques
  • Les possibilités et les risques des loisirs
  • Paradoxe

9. La solitude et les relations avec autrui

Introduction

  • Affiliation versus solitude
  • La solitude pénible
  • La solitude apprivoisée
  • L’expérience optimale en famille
  • Les relations amicales
  • L’ouverture ä la communauté

10. La victoire sur le chaos

  • Introduction
  • La transformation des tragédies.
  • L’affrontement du stress
  • Le pouvoir des structures dissipatives
  • Le soi autotélique (résumé)

11. Fournir un sens à sa vie

  • Introduction
  • Question de sens
  • Le projet de vie
  • L’engagement
  • L’harmonie
  • Création du sens

Notes

Références

Revenir au menu de la page


Extraits

Des extraits de ce livre sont disponibles sur le site web d’Amazon

Des extraits sont aussi disponibles sur le site Google Book

On trouve aussi un PDF du livre ici dans son intégralité

Un résumé chapitre par chapitre est disponible sur le site BooKey

Le livre original en anglais (FLOW) sur le site The City University of New York / PDF


PRÉFACE

David Servan-Schreiber

Heureux qui n’a pas encore lu Vivre. Il a devant lui des moments de plaisir intense.

À l’époque où je lisais Flow (le titre original du livre en anglais) pour la première fois, j’avais l’impression de passer mes soirées en compagnie d’un ami cher dont la conversation était extraordinaire. Avec lui, nous évoquions toutes ces questions qui m’interpellent depuis toujours : « Pourquoi la fidélité conjugale est-elle préférable à la tromperie ? Pourquoi tel travail nous rend-il heureux alors que tel autre n’est qu’une obligation fastidieuse ? Qu’est-ce qui fait qu’un enfant s’épanouit à l’école ou non ? Comment éviter que les adolescents s’éloignent de leurs parents après avoir été profondément attachés 1 eux ? » Et des questions plus profondes encore : « Quel-les sociétés et systèmes de croyances rendent-ils les gens plus heureux ? En quoi consistent le bien-être, le bon-heur ? Comment aborder la mort sans avoir l’impression d’avoir manqué sa vie ? Quel est le dénominateur commun de tout ce qui donne un sens à l’existence ? »

Mon ami imaginaire Mihaly (j’évitais généralement de 1’appeler par son nom de famille. ..) pétillait d’intelligence. Je me surprenais souvent à sourire en découvrant ses réponses lumineuses. « Il est trop fort », pensais-je, appréciant sa manière de dissiper les mystères comme un grand joueur de football traverse un bar-rage de défenseurs pour marquer un but inespéré.

La nouveauté et la force de Mihaly, c’est d’avoir éclairé toutes ces questions grâce 1 une approche scientifique expérimentale : la « méthode d’échantillonnage des expériences subjectives ». En utilisant des petits appareils qui sonnaient au hasard, il a étudié pendant près de vingt ans à quoi pensaient et ce que ressentaient les êtres humains dans les différentes activités de leur existence. C’est ainsi qu’il a pu établir que nous passons une partie considérable de notre temps libre devant la télévision, alors qu’objective-ment cela nous apporte très peu de satisfaction. Et que, en revanche, ce sont les activités les moins « techno-logiques » qui nous procurent les plaisirs les plus intenses (la lecture, le dessin, la musique, la conversation avec des amis ; le bateau à voile plutôt que le bateau ä moteur). Et il a aussi établi, avec une précision de scientifique, en quoi les loisirs que nous nous choisissons nous donnent l’impression de « vivre » et non d’être déjà un peu mon…

Après vingt ans de recherches, Mihaly est parvenu à la même grande conclusion que les traditions orientales du bouddhisme et du taoïsme : le bonheur vient de la poursuite du chemin en soi, pas de la destination. Mais la poursuite du chemin est un an, dont Mihaly nous montre la nature. L’enjeu est ni plus ni moins la maîtrise de sa propre conscience, la prise en main de cette

fantastique source d’énergie psychique qu’est notre attention. Elle investit tout ce qu’elle touche ; elle est la clé de notre développement intérieur et de notre plaisir. Jamais nous ne contrôlerons le monde qui nous entoure et ses événements. Mais, comme le montre l’expérience des survivants des camps étudiés par Mihaly, même dans des circonstances extrêmes on peut toujours jouer de son attention et de sa conscience pour apporter plus d’harmonie à notre expérience.

Dans son analyse de l’histoire des idées, Mihaly montre aussi qu’il existe un dénominateur commun aux grandes philosophies de notre civilisation.

Aristote, Ignace de Loyola, Marx et Freud, tous nous encouragent à reprendre le contrôle de notre expérience consciente. Ils nous demandent avec urgence de ne pas nous soumettre aux aléas de l’existence, ni ä ce que la nature ou la société des hommes cherchent à nous imposer : qu’il s’agisse des instincts animaux issus de nos gènes (le « ça » de Freud), des règles de la culture dans laquelle nous vivons (le « surmoi »), ou de l’asservissement à la volonté des plus puissants (comme dans les abus du capitalisme dénoncés par Marx).

En cela, Vivre est un livre profondément subversif. En apprenant à contrôler nos expériences subjectives, nous nous libérons de la soumission automatique aux modèles tout faits, et surtout de la soumission aux comportements de consommation irréfléchis qu’on cherche constamment à nous imposer. C’est peut-être pour cette raison que Vivre a eu une telle influence sur la pensée contemporaine aux États-Unis et au Canada. Dans une large mesure, il définit le champ dans lequel sera livrée la bataille essentielle de ce début du xxv siècle : celle de la conscience de chacun.

Alors que je profitais d’un voyage en train pour relire Vivre, en vue de cette préface, j’ai failli manquer mon arrêt. Mon voisin, heureusement, m’a signalé que nous étions arrivés. À cet instant précis, je me suis rendu compte que je venais de vivre ce que Mihaly décrit si bien : une expérience tellement absorbante qu’on peut la qualifier d’« optimale ». Et je me suis souvenu de la raison pour laquelle, il y a dix ans, en refermant le livre pour la première fois, je m’étais précipité chez mon libraire pour commander vingt exemplaires que j’avais offerts ä tous mes amis. Un peu embarrassé, j’ai réalisé, aussi, ä quel point j’ai emprunté mes idées, ces dernières années, à celles de mon « ami » Mihaly. Je n’en suis que plus heureux, en écrivant cette préface, de pou-voir lui rendre ainsi hommage.

Saintes, octobre 2003

Avant-propos

Ce livre présente à un public cultivé quelques décennies de recherches sur les aspects positifs de l’expérience humaine : la joie, la créativité et le processus d’engagement total face ä la vie que j’appelle expérience optimale. L’entreprise est un peu hasardeuse, car, en abandonnant le langage académique, il est facile de tomber dans la légèreté ou l’enthousiasme exagéré. In Psychologie de l’expérience optimale n’est pas un livre de psychologie populaire qui donne des recettes pour être heureux, ce qui serait impossible, de toute façon, parce qu’une vie agréable est un « travail intérieur » (inside job), pour reprendre l’expression de Powell (1989). Le présent livre présente plutôt des principes généraux et des exemples de personnes qui les ont appliqués et ont ainsi transformé une existence ennuyeuse et sans signification en une vie pleine d’enchantement. Le lecteur intéressé trouvera assez d’informations dans ces pages pour faire lui-même le passage de la théorie à la pratique.

Dans le but de faciliter la lecture, j’ai évité les notes de bas de page, les références, et réduit au minimum tableaux et graphiques. J’ai voulu offrir simplement les résultats de la recherche en psychologie et les idées qui en découlent de façon qu’un lecteur non spécialiste puisse les évaluer et les appliquer ä sa vie. Les plus curieux trouveront, en fin d’ouvrage, les notes et les références. Dans la même optique d’allégement, le livre a été écrit au masculin ; le genre non marqué ne se veut aucunement discriminatoire.

Il n’est pas possible d’offrir ma reconnaissance à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué ä ce livre. Néanmoins, je veux remercier d’abord mon épouse, Isabella, qui partage ma vie depuis plus de vingt-cinq ans et dont les conseils éditoriaux ont été précieux. Mark et Christopher, nos fils, de qui j’ai appris autant qu’ils ont appris de moi. Jacob Getzels, mon mentor de toujours. Parmi les amis et collègues, je veux remercier pour leur encouragement Donald Campbell, Howard Gardner, Jean Hamilton, Philip Hefner, Hiroaki lmamura, David Kipper, Doug Kleber, George Klein, Fausto Massimini, Elizabeth Noelle-Neumann, Jerome Singer, James Stigler et Brian Sutton-Smith. Je veux remercier également mes anciens étudiants et collaborateurs pour leurs recherches qui servent de base aux idées développées dans ces pages : Ronald Graef, Robert Kubey, Reed Larson, Jean Nakamura, Kevin Rathunde, Rick Robinson, Ibuya Sato, Sam Whalem et Maria Wong. John Rockman et Richard P. Kot ont apporté leur soutien intelligent du début 1 la fin. La collecte et l’analyse des données, au cours de la dernière décennie, ont été rendues possibles grâce à la générosité de la Spencer Foundation dont je salue l’ancien président, H. Thomas

James, le président actuel, Lawrence A. Cremins, ainsi que son vice-président, Marion Faldet. Évidemment, les personnes mentionnées ne sont pas responsables des faiblesses ou incohérences qui auront pu se glisser dans le livre.

MIHALY CSIKSZENTMIHALYI

Chicago, mars 1990

Note du traducteur

Le présent livre se situe dans la mouvance de la psychologie positive, elle-même issue de la psychologie humaniste des Rogers, Maslow et autres. L’ouvrage a connu un immense succès aux États-Unis et a été traduit en seize langues. Il a été qualifié d’« inspirant », d’« éclairant », de « provocant », parce qu’il précise les conditions du bonheur dans la vie quotidienne. Il convenait de le mettre à la disposition des lecteurs francophones.

Un important travail d’adaptation est à la base de la présente traduction : un effort de synthèse, d’abord, en vue de réduire quelque peu la longueur des chapitres ainsi qu’une mise à jour relative aux thèmes principaux, le bonheur, entre autres, parce que de nombreuses publications sont parues depuis la date de l’édition originale (1990). Dans ce contexte, certaines affirmations ont été nuancées et des compléments ainsi que des exemples ont été ajoutés à partir des œuvres plus récentes de l’auteur lui-même. Enfin, un effort a été fait pour apporter des références récentes en anglais et en français, ces dernières n’existant évidemment pas dans l’ouvrage original. Tout au long de ce travail, le traducteur s’est grandement efforcé de respecter la pensée originale de l’auteur.

LÉANDRE BOUFFARD

Sherbrooke, Québec

CHAPITRE 1

La qualité de l’expérience vécue

Bonheur et expérience vécue

Il y a deux mille trois cents ans, Aristote déclarait que, par-dessus tout, les femmes et les hommes cherchent le bonheur (1). Tandis que le bonheur est convoité pour lui-même, tout autre but — santé, beauté, richesse ou puissance —est désiré tant qu’il est censé nous rendre heureux. Bien des choses ont changé depuis Aristote et notre compréhension du monde s’est considérablement élargie ; les dieux des Grecs semblent bien impuissants face aux pouvoirs que détient l’humanité actuelle. Pourtant, pour ce qui a trait au bonheur, peu de changements sont apparus au cours des siècles ; notre compréhension en la matière a peu progressé et nous n’avons rien appris concernant les façons d’accéder à cette bienheureuse condition.

* Les notes sont regroupées par chapitre en fin d’ouvrage.

De nos jours, nous sommes en meilleure santé, nous pouvons espérer vivre plus longtemps, nous sommes entourés d’objets de luxe et de commodités inexistantes autrefois (il n’y avait pas de W.-C. dans le palais du Roi-Soleil, les chaises étaient rares dans les châteaux médiévaux et l’empereur romain ne pouvait regarder la télé), nous disposons de connaissances scientifiques stupéfiantes, mais, si la majorité (2) des gens se dit heureuse, bon nombre d’individus considèrent que leur vie se passe dans l’anxiété ou l’ennui.

Est-ce que le sort de l’humanité est de demeurer insatisfaite, chacun désirant plus qu’il ne peut avoir ? Est-ce que le malaise qui gâte souvent de précieux moments provient du fait que l’individu cherche le bonheur au mauvais endroit ? Le présent livre se fonde sur les connaissances de la psychologie moderne et a pour objectif d’explorer cette question ancienne : Quand les gens se sentent-ils le plus heureux ?

Il y a vingt-cinq ans, j’ai fait une « découverte » à propos du bonheur. Elle est maintenant assez connue mais demeure inexpliquée. Aussi ai-je passé ce quart de siècle à examiner ce phénomène insaisissable. Cette découverte est fort simple : le bonheur n’est pas quelque chose qui arrive à l’improviste ; il n’est pas le résultat de la chance ; il ne s’achète pas et ne se commande pas ; il ne dépend pas des conditions externes, mais plutôt de la façon dont elles sont interprétées. Le bonheur est une condition qui doit être préparée, cultivée et protégée par chacun. Les gens qui apprennent à maîtriser leur expérience intérieure deviendront capables de déterminer la qualité de leur vie et de s’approcher aussi près que possible de ce qu’on appelle être heureux.

Nous ne pouvons pas atteindre le bonheur en le cherchant consciemment. Comme le disait le grand philosophe anglais J. S. Mill (1806-1873) : « Demandez-vous si vous êtes heureux et vous cessez de l’être. » C’est par le plein engagement dans chaque détail de sa vie qu’il est possible de trouver le bonheur et non par une recherche directe. Le psychologue autrichien Victor Frankl (3) le formule joliment :

« Ne visez pas le succès — plus vous le cherchez, plus vous courez le risque de le rater. On ne peut pas pourchasser le succès, pas plus que le bonheur ; il doit s’ensuivre ou survenir… comme l’effet non recherché d’un engagement personnel dans un projet plus grand que soi. »

Alors, comment parvenir à ce but insaisissable qui ne peut être atteint par une route directe ? Mes vingt-cinq années de recherche m’ont convaincu qu’il existe un moyen : c’est un chemin circulaire qui commence par le contrôle du contenu Ile sa conscience.

Les perceptions qui arrivent au cerveau sont le produit de plusieurs forces qui façonnent l’expérience vécue ; elles influencent l’humeur de l’individu. La plupart des forces en question sont hors du contrôle de la personne. Peut-on changer son tempérament ? Peut-on influencer sa taille ou son intelligence ? Peut-on choisir ses parents ou son lieu de naissance ? Les instructions contenues dans les gènes, la loi de la gravité et la qualité de l’air font également partie des innombrables choses qui influencent ce que nous voyons, la façon dont nous nous sentons et ce que nous faisons. Il n’est donc pas surprenant qu’autant de gens croient que notre sort est déterminé par des agents externes. Pourtant, il nous est arrivé à tous, à certains moments, de nous sentir non pas assaillis par des forces anonymes, mais dans le plein contrôle de nos actions, dans la parfaite maîtrise de notre vie. Dans ces rares occasions, nous éprouvons un enchantement profond longtemps vénéré qui devient une référence, un modèle indiquant ce que notre vie devrait être.

Voilà ce que nous entendons par expérience optimale (4) : c’est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage et que le bateau fend la mer — les voiles, la coque, le vent et la mer créent une harmonie qui vibre dans ses veines ; c’est ce qu’éprouve l’artiste peintre quand les couleurs s’organisent sur le canevas et qu’une nouvelle œuvre (une création) prend forme sous la main de son créateur ébahi ; c’est le sentiment d’un père (ou d’une mère) face au premier sourire de son enfant. Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants des camps de concentration qui ont connu des conditions terribles et frôlé la mort se rappellent souvent qu’au milieu de leurs épreuves ils ont vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction ä des événements aussi simples que le chant d’un oiseau, la réussite d’une tâche difficile, la création d’une poésie ou le partage d’un croûton de pain.

Contrairement à ce que croient bien des gens, des expériences comme celles-là, les meilleurs moments de la vie, n’arrivent pas lorsque la personne est passive ou au repos (même si le repos peut être fort agréable après l’effort). Ces grands moments surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale est donc quelque chose que l’on peut provoquer, l’enfant qui place avec des doigts tremblants le dernier bloc sur la haute tour qu’il a construite, le nageur qui fait ses longueurs en essayant de battre son propre record, le violoniste qui maîtrise un passage difficile, par exemple. Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi (par l’expérience optimale).

De telles expériences intenses ne sont pas nécessairement plaisantes au moment où elles se produisent. Le nageur peut avoir les muscles endoloris, les poumons brûlants et être lui-même écrasé de fatigue ; pourtant, ces moments peuvent compter parmi les meilleurs de son existence. Le contrôle de sa vie n’est jamais facile et peut même être douloureux ; mais l’expérience optimale que produisent ces instants donne un sentiment de maîtrise qui s’approche autant que l’on puisse d’imaginer de ce qu’on appelle le bonheur.

Au cours de mes recherches, j’ai essayé de comprendre le mieux possible comment les gens se sentent quand ils sont au maximum de l’enchantement et pourquoi ils le sont. Au cours des premières études, nous avons interrogé des centaines d’« experts » — artistes, athlètes, musiciens, joueurs d’échecs et chirurgiens — qui consacraient la majeure partie de leur temps à leurs activités de prédilection. Dans le but de rendre compte de leur expérience intime, j’ai développé la théorie de l’expérience optimale (5) qui correspond à l’état dans lequel se trouvent ceux qui sont fortement engagés dans une activité pour elle-même ; ce qu’ils éprouvent alors est si agréable et si intense qu’ils veulent le revivre à tout prix et pour le simple plaisir que produit l’activité elle-même et rien d’autre.

Le modèle théorique a été mis à l’épreuve auprès de milliers de personnes interrogées par les membres de mon équipe (de l’université de Chicago) et, ensuite, par des collègues à travers le monde. Les résultats ont démontré que l’expérience optimale était décrite de la même façon par les femmes et les hommes, les jeunes et les moins jeunes, les gens de différentes conditions sociales et de différentes cultures. L’expérience optimale n’est pas un privilège propre aux élites des sociétés riches et industrialisées ; elle est rapportée essentiellement dans les mêmes termes par des femmes âgées de la Corée, des adultes de l’Inde et de la Thaïlande, des adolescents de Tokyo, des bergers navajos, des fermiers des Alpes italiennes et des ouvriers assignés aux lignes d’assemblage à Chicago.

La méthode. Au début de mes recherches, les données provenaient d’interviews et de questionnaires. Dans le but d’acquérir une plus grande précision et d’être le plus objectif possible ä propos de phénomènes subjectifs sans compromettre le sens personnel de l’expérience vécue, nous avons développé la méthode de l’échantillonnage de l’expérience vécue (Experience Sampling Method, ESM (6) ). Cette méthode permet d’obtenir des données sur les pensées, les émotions et les activités de l’individu alors qu’il est dans son milieu naturel. Le participant note les informations demandées lorsqu’un téléavertisseur se fait entendre ä différents moments de la journée (de cinq à huit fois), moments déterminés par le hasard. Selon les besoins de la recherche et la collaboration des sujets, cette procédure peut durer quelques jours ou quelques semaines. Il est donc possible de voir fluctuer l’humeur du participant au fil des heures et des jours et surtout de mettre en relation ses émotions, ses pensées et les événements de sa vie. Les possibilités de l’ESM seront mieux comprises avec l’exemple de Sarah. À 9 h 10, un samedi matin, Sarah est assise seule dans sa cuisine ; elle prend son petit déjeuner et lit son journal. Quand le signal se fait entendre, elle évalue ä 5 son bonheur (1 étant très triste, 7 étant très heureux). Au signal suivant, il est 11 h 30, elle est encore seule, fume une cigarette et est attristée par la pensée que son fils va déménager dans une ville éloignée. Son bonheur est descendu 1 3. À 13 heures, elle est seule et passe l’aspirateur ; le bonheur est ä 1. À 14 h 30, elle est dans la cour et s’amuse avec ses petits-enfants dans la piscine ; le bonheur est parfait : 7. Une heure plus tard, elle prend le soleil et veut lire en paix alors que ses petits-enfants l’arrosent ; le bonheur descend à 2 : « Ma belle-fille pourrait bien s’occuper un peu plus de ses marmots », écrit-elle sur sa feuille de rapport. C’est ainsi que l’ESM permet de suivre les pensées, les événements et les humeurs de quelqu’un au fil des heures et des jours. Les exposés qui se trouvent dans les différents chapitres de ce livre sont fondés sur les résultats provenant de la participation de milliers de personnes à travers le monde (Canada, Allemagne, Italie, Japon et Australie, entre autres, étant entendu que les deux foyers de recherche les plus actifs ont été celui de l’université de Chicago et celui de l’université de Milan).

La théorie de l’expérience optimale intéresse les psychologues qui étudient le bonheur, la satisfaction devant la vie et la motivation intrinsèque, les sociologues qui la considèrent comme l’opposé de l’anomie et de l’aliénation et les anthropologues qui font porter leurs recherches sur l’effervescence collective et les rituels. Certains chercheurs utilisent cette théorie en vue de mieux comprendre l’évolution de l’humanité, d’autres pour explorer l’expérience religieuse. Cependant, la notion d’expérience optimale n’est pas seulement un thème académique ; elle est appliquée à plusieurs domaines : amélioration de la qualité de la vie, création de nouveaux programmes scolaires, formation d’hommes d’affaires, programmation d’activités de loisirs, réhabilitation de jeunes délinquants, organisation d’activités dans des résidences pour personnes âgées, ergothérapie pour personnes handicapées et psychothérapie.

Aperçu du livre

Même si plusieurs articles et ouvrages scientifiques ont déjà été publiés à l’intention des spécialistes, c’est la première fois que sont présentés aux lecteurs non spécialisés les résultats des recherches sur l’expérience optimale et ses applications pour la vie quotidienne. Cependant, il ne s’agit pas d’un livre de recettes expliquant au lecteur comment devenir riche, puissant, aimé ou mince, ni d’un ensemble de conseils permettant l’atteinte d’un but précis. Même si de tels avis permettaient de devenir mince, aimé et millionnaire, l’individu se retrouverait ensuite ä la case départ avec une nouvelle liste de désirs et serait aussi insatisfait qu’au début. La véritable satisfaction devant la vie ne provient pas du fait de devenir riche ou mince, mais du sentiment profond de se sentir bien avec soi-même. Dans la quête du bonheur, les solutions partielles et les recettes ne fonctionnent pas.

Puisque l’expérience optimale dépend de l’habileté ä contrôler constamment ce qui se passe dans la conscience, chacun doit le faire sur la base de ses efforts et de sa créativité. Ainsi, l’objectif du présent livre consiste à présenter des exemples illustrant comment la vie peut être heureuse et agréable ; ces exemples sont ordonnés et éclairés par une théorie. Il revient ensuite au lecteur de réfléchir, de tirer ses conclusions et d’y trouver son profit. Cet ouvrage n’offre donc pas une liste de choses à faire et à éviter, mais il ressemble plutôt à un voyage dans le royaume de l’esprit sous la conduite de la science. Comme toute aventure qui en vaut la peine, cette démarche ne sera pas nécessairement facile. Pour en tirer avantage, il faudra un effort intellectuel et un engagement dans la réflexion relative à votre propre expérience intérieure.

La Psychologie de l’expérience optimale porte sur le processus de la recherche du bonheur par la maîtrise de sa vie intérieure. Nous commencerons donc par examiner comment fonctionne la conscience et comment la contrôler (chapitre 2). Pour mieux maîtriser sa conscience, il importe de comprendre comment se façonnent les expériences intérieures. En effet, toutes nos expériences internes — joie ou tristesse, intérêt ou ennui — se présentent ä l’esprit comme une information. Le contrôle de cette information permettra de décider à quoi ressemblera notre vie. L’expérience optimale comporte un certain nombre de composantes dont la présence crée l’ordre dans la conscience et produit ces moments de vie intense que l’individu veut retrouver par la suite. C’est à l’explicitation de ces caractéristiques de l’expérience optimale qu’est consacré le chapitre 3. Par la suite, nous allons examiner un certain nombre d’activités susceptibles de provoquer l’expérience optimale ; il s’agit d’activités recherchées pour elles-mêmes, d’activités autotéliques (chapitre 4). Au chapitre 5, nous verrons, ä l’aide d’exemples concrets, la diversité des expériences intérieures face aux mêmes activités (le jeu d’échecs qui emballe l’un et ennuie l’autre ; tel travail est trouvé assommant par l’un mais soulève l’enthousiasme de l’autre). Cela nous amènera à considérer les facteurs personnels et à aborder la capacité de l’individu à structurer sa conscience de façon à rendre possible l’expérience optimale ; ce sera la description de la personnalité autotélique. Après la description de l’expérience optimale, des activités susceptibles de la provoquer et de la personnalité la plus apte à l’éprouver, il convient de proposer toute une gamme de possibilités de bonheur. Ainsi, grâce à une bonne exploitation des capacités sensorielles et physiques, il devient possible de susciter l’expérience optimale par le corps (chapitre 6). Le développement des capacités symboliques (comme la poésie, la philosophie et les mathématiques) favorise, lui, l’expérience optimale par l’esprit (chapitre 7). Les gens passent une partie importante de leur vie au travail et y trouvent, dans bon nombre de cas, une source de développement personnel et de satisfaction. Pourtant, tous (ou presque) préfèrent le temps de loisirs malgré le fait que plusieurs rapportent s’y ennuyer souvent. C’est ce paradoxe travail-loisirs qui est examiné au chapitre 8. Si la gestion adéquate de sa solitude permet de vivre des expériences intérieures intenses, il en est de même si chacun apprend à rendre ses relations avec autrui plus authentiques. La solitude et les relations avec autrui seront donc les thèmes explorés au chapitre 9. La vie de chacun risque d’être ponctuée par des accidents ou perturbée par des traumatismes. Même les plus chanceux connaissent le stress. Pourtant, les difficultés ne rendent pas nécessairement malheureux. C’est la manière de les interpréter qui fait la différence. Le chapitre 10 rapporte les façons selon lesquelles des gens ont connu l’expérience optimale malgré des conditions difficiles ; ces gens ont remporté la victoire sur le chaos. Enfin, la dernière étape consiste à relier toutes les expériences en un ensemble significatif, en un projet qui donne sens à la vie (chapitre 11). Ainsi, toute la vie peut devenir une expérience optimale constante.

Dans cet ouvrage, nous nous posons les questions suivantes : comment maîtriser la conscience ? Comment l’ordonner de façon à rendre l’expérience vécue riche et agréable ? Comment réaliser la complexité (l’actualisation de soi en lien avec autrui) ? Et, enfin, comment créer le sens de sa vie ? La façon d’atteindre ces buts est relativement claire en théorie mais plutôt difficile en pratique. Les règles sont également claires et à la portée de chacun, mais des obstacles — internes et externes — surgissent sur la route. La réalisation de ces buts ressemble au désir de perdre du poids : chacun sait ce qu’il faut faire et veut le faire, mais a de grandes difficultés à le faire. Ici, les enjeux sont plus élevés : ce n’est pas seulement une question de poids, c’est une question de vie, de qualité de la vie et de sens de la vie.

Avant d’expliquer comment atteindre l’expérience optimale, il convient de la mettre en perspective et d’apporter quelques réflexions sur l’expérience humaine et la culture. Nous allons commencer par l’identification des obstacles inhérents à la condition humaine. Dans les contes, le héros doit affronter de terribles dragons et d’affreuses sorcières avant de goûter au bonheur. Cette métaphore s’applique à l’exploration de la psyché. La première difficulté rencontrée dans la recherche du bonheur provient du fait que, contrairement aux mythes que l’humanité a inventés pour se rassurer, l’univers n’a pas été créé pour satisfaire nos besoins ; la frustration est profondément incrustée dans la trame de toute vie. S’il arrive que ses besoins soient temporairement comblés, immédiatement, l’individu désire autre chose ; l’insatisfaction chronique fait donc également partie du lot de chacun (d’où la section qui suit sur les racines de d’insatisfaction). Dans le but de composer avec ces obstacles, chaque culture se donne des dispositifs de protection (religion, philosophie, art, confort) qui la défendent contre le chaos. Ces derniers font croire que chacun a le contrôle sur ce qui lui arrive et fournissent des raisons d’être satisfait de son sort. Cependant, ces boucliers sont efficaces pour un certain temps seulement ; après quelques décennies ou quelques générations, les croyances s’envolent et n’apportent plus le soutien spirituel souhaité (section sur les boucliers de la culture).

Lorsque l’on tente d’atteindre le bonheur par soi-même, sans l’aide de la foi en une croyance, on essaie de maximiser les plaisirs pour lesquels la culture nous a conditionnés : la richesse, le pouvoir et la sexualité deviennent alors les objets de notre poursuite. Cependant, la qualité de la vie ne peut être améliorée de cette façon ; seule la capacité de tirer constamment de l’enchantement à partir de ce que nous faisons peut vaincre les obstacles au bonheur (sections sur l’expérience vécue retrouvée et les voies de la libération).

Les racines de l’insatisfaction

L’univers ne facilite pas la vie et le confort des humains ; il est immense, hostile, vide et froid. Même la terre hospitalière — dont le champ de gravité n’écrase pas ses habitants — est entourée de gaz létaux et ne s’est pas laissé conquérir facilement par les humains, qui ont lutté des millions d’années contre la glace, le feu, les inondations, les animaux sauvages et les micro-organismes invisibles mais dévastateurs. Il semble que chaque fois qu’un danger est évité un autre, pire, se pointe à l’horizon ; lorsqu’une maladie est contrôlée, une autre plus mortelle apparaît ; lorsqu’une nouvelle substance est inventée, elle empoisonne l’atmosphère ; lorsqu’un dispositif utile est forgé (comme les armes), il se retourne contre ses créateurs. Les quatre cavaliers menaçants de l’Apocalypse ne sont jamais très loin.

L’univers ne fonctionne pas au hasard, mais les lois qui le régissent ne tiennent pas compte des besoins humains. Un météorite qui s’abattrait sur New York, Montréal ou Paris obéirait simplement aux lois du cosmos, mais quelle catastrophe ce serait ! Le virus qui attaque les cellules d’un Mozart ou d’une population entière fait seulement ce qui lui est naturel… « L’univers n’est ni hostile ni amical ; il est simplement indifférent », affirme J. H. Holmes (7). L’idée de chaos (8) est très vieille dans les mythes et les religions. En science physique, la « théorie du chaos » sert à décrire les régularités dans ce qui semble complètement le fruit du hasard. Cependant, la notion de chaos a un sens différent en sciences humaines et en psychologie : si l’on prend les besoins et les désirs humains comme point de départ, il y a un désordre irréconciliable dans l’univers. Il n’est pas possible d’en changer les lois ; il est même fort difficile d’influencer les forces qui affectent notre bien-être. Il est important et nécessaire de prévenir une guerre nucléaire, d’abolir les inégalités sociales, de lutter contre la faim et la maladie, mais il faut être assez sage pour savoir que l’amélioration des conditions de vie n’améliorera pas nécessairement la qualité de la vie. Comme l’a écrit J. S. Mill : « Pour que de petites améliorations se produisent dans l’humanité, il faut qu’un grand changement survienne dans ses modes de pensée. »

Les sentiments que chacun éprouve à propos de lui-même et la joie que chacun tire de la vie dépendent en fin de compte des filtres de l’esprit, des interprétations que chacun fait de ce qui lui arrive quotidiennement. Le bonheur de l’individu repose sur son harmonie intérieure, non sur l’influence qu’il est possible d’exercer sur les forces de l’univers. La maîtrise de l’environnement est un impératif parce que notre survie physique peut en dépendre. Cependant, cette maîtrise n’ajoutera pas un iota à l’estime que se porte l’individu et ne réduira en rien son chaos intérieur. Pour cela, les humains doivent apprendre à maîtriser leur conscience elle-même.

Si l’univers peut être source de frustration, les désirs exagérés peuvent engendrer l’insatisfaction. Considérons ce dernier point. Chacun se fait une image, même vague, de ce qu’il voudrait faire dans la vie. Le progrès vers ce but devient la mesure de la qualité de sa vie : s’il demeure loin de l’objectif, l’individu devient amer ou résigné ; s’il l’atteint au moins partiellement, il éprouve bonheur et satisfaction. Pour la majorité des gens sur terre, le but fondamental de la vie est de survivre, de laisser des enfants qui survivront et, si possible, de le faire avec un certain confort et un minimum de dignité. Lorsque les problèmes de survie sont résolus, les gens ne se contentent plus de ce niveau de vie (9) ; de nouveaux besoins et de nouveaux désirs surgissent. Avec l’abondance et le pouvoir, l’escalade des attentes conduit à de nouvelles exigences, plus de confort et plus de richesse, de sorte que le niveau de bien-être désiré demeure éloigné. Cyrus, l’empereur de Perse (vé siècle avant J.-C.), avait besoin de dix mille cuisiniers pour sa table (alors que la population crevait de faim). De nos jours, ceux qui vivent dans les pays industrialisés ont accès aux mets les plus variés et les plus raffinés — comme les empereurs du passé. Sont-ils plus heureux ? Ce paradoxe de l’escalade des désirs pourrait faire croire que l’amélioration de la qualité de la vie est une tâche insurmontable. De fait, cette escalade incessante des désirs, des buts ou des ambitions n’est pas problématique aussi longtemps que l’individu trouve plaisir et joie dans la bataille ou la démarche vers cet objectif. Le problème surgit lorsque cet individu est si obsédé par la cible qu’il cesse de trouver plaisir dans le présent ; il perd ainsi la chance de connaître l’enchantement, l’expérience optimale. On dira, alors, que l’individu est aspiré par la spirale hédonique infernale (10). Bien des gens ont trouvé moyen d’éviter ce désastre. Ce sont ceux qui, indépendamment de leurs conditions matérielles, sont capables d’améliorer la qualité de leur vie, sont satisfaits et rendent les autres un peu plus heureux. Ces personnes mènent une vie énergique, sont ouvertes ä toutes sortes d’expériences, continuent d’apprendre sans cesse, ont des relations solides et intimes avec les autres et s’adaptent à leur environnement.

De plus, elles trouvent de la joie dans leurs activités, qu’elles soient fastidieuses ou difficiles, ne s’ennuient presque jamais et gardent le cap malgré tout ce qui se présente. Cependant, leur plus grande force provient de la maîtrise de leur vie (11).

Nous verrons plus loin comment atteindre cet état (comment vivre l’expérience optimale), mais, pour le moment, il nous faut recenser quelques mécanismes de protection inventés par la culture en vue de se prémunir contre le chaos et expliquer pourquoi pareilles défenses externes sont inadéquates.

Les boucliers de la culture

Au cours de l’évolution humaine, chaque population devient graduellement consciente de son grand isolement dans le cosmos et de la précarité de sa prise sur la survie. Les humains ont donc développé des mythes et des croyances en vue de transformer les forces écrasantes de l’univers en réalités maniables ou tout au moins compréhensibles. Voilà une des fonctions majeures de la culture (12) : protéger ses membres du chaos, les convaincre de leur importance et de leur succès ultime. L’Inuit, le chasseur de l’Amazone, le Chinois, le Navajo, l’aborigène australien, le Parisien et le New-Yorkais considèrent qu’ils vivent au centre du monde (13) et qu’ils jouissent d’un privilège spécial qui les place en bonne direction vers le futur. Sans la confiance en ces privilèges « exclusifs », il serait difficile d’affronter les tracas de l’existence.

Tout cela est fort bien tant que résistent les boucliers, comme au temps où les Romains dominaient la Méditerranée, où les Chinois se sentaient supérieurs (avant 1’invasion des Mongols), etc. Cependant, une trop grande confiance, une trop grande sécurité peuvent entraîner une aussi grande désillusion, un réveil brutal. Quand les gens croient que le progrès est assuré, que la vie est facile, ils peuvent rapidement perdre courage devant les premiers signes d’adversité ; ils abandonnent la foi en ce qu’ils ont appris et, sans le soutien des valeurs culturelles, ils sombrent dans l’anxiété ou l’ennui.

Les symptômes de la désillusion sont faciles à observer dans les différentes sociétés dites avancées. Les plus évidents se rapportent à la nonchalance ou à l’apathie qui affecte la vie de tant de nos concitoyens. Même si les enquêtes révèlent que la majorité des gens se dit plutôt heureuse, un grand nombre n’aiment pas ce qu’ils font, s’ennuient pendant leur temps de loisirs, n’acceptent pas leur sort, regrettent leur passé et n’ont pas confiance en l’avenir. Le malaise n’est pas causé directement par des facteurs externes puisque, contrairement aux pays du tiers-monde, nos sociétés ne sont pas aux prises avec un environnement inhospitalier, une pauvreté extrême ou l’occupation d’une armée étrangère. Les racines de l’insatisfaction sont internes, de sorte que chacun doit se débrouiller personnellement avec ses propres capacités. Les boucliers qui ont servi dans le passé — religion, patriotisme, traditions ethniques, habitudes sociales — ne sont plus efficaces pour un nombre croissant d’individus qui se sentent ballottés par les vents du chaos.

L’absence d’ordre intérieur se manifeste subjectivement à travers ce qu’on appelle anxiété ontologique (14), ou angoisse existentielle, une peur d’être, un sentiment que la vie n’a pas de sens et que l’existence n’en vaut pas la peine. Il y a quelques décennies, la menace d’une guerre nucléaire avait assené un dur coup à nos espoirs. Maintenant, on dirait qu’il n’y a rien qui transporte l’humanité, que tout tombe dans le vide. Avec les années, le chaos de l’univers physique se répercute dans l’esprit de la multitude. « Est-ce cela la vie (15) ? » semblent se demander bien des gens après avoir quitté les années d’innocence de la jeunesse. Ils espèrent que les choses iront mieux plus tard, mais inévitablement le miroir révèle des rides ; des douleurs mystérieuses parcourent le corps, la vue baisse, puis le dernier message se fait entendre : « C’est la fin. » Beaucoup disent alors : « Je commençais à peine… », « Je n’ai pas eu le temps de vivre ». Dans ce contexte surgit 1’impression d’avoir été trompé. Ayant grandi dans un pays riche et protégé par une charte des droits, ayant été conditionné à croire à un destin favorable et vivant à une époque scientifiquement et technologiquement avancée, l’individu, qui avait conçu les plus grandes attentes (encouragé par les prédicateurs et les annonces commerciales), tombe de haut, se retrouve seul et découvre que toutes ces richesses, tous ces gadgets n’apportent pas le bonheur. Le rêve américain (16) est durement ébranlé.

Les réactions à cette prise de conscience, ä cette désillusion sont nombreuses. Les uns s’efforcent de l’ignorer et augmentent les efforts pour acquérir encore plus d’objets censés rendre la vie meilleure : plus grosse voiture, plus grande maison, plus de pouvoir ou un style de vie plus glamour. Parfois, la solution est efficace parce que ces gens sont si fortement engagés dans la course qu’ils n’ont pas le temps de réaliser que le but (une vie de qualité qui ait du sens) est toujours aussi loin. Dans la plupart des cas, la désillusion ne tarde pas à faire retour. D’autres réagissent en s’attaquant directement aux symptômes menaçants : diète, club de santé, Nautilus ou chirurgie esthétique. S’ils découvrent que personne ne semble s’intéresser à eux, ils achètent des livres qui donnent des conseils pour se faire des amis ou s’affirmer, font partie de clubs variés, etc., pour se rendre compte, eux aussi, que ces solutions partielles ne fonctionnent pas. D’autres encore, devant la futilité des exigences proposées par la culture ambiante, suivent le conseil de Candide (17) et se retirent élégamment : ils cultivent leur jardin ou accumulent des collections d’objets. Ils peuvent aussi sombrer dans l’alcool ou l’abus des drogues et oublier temporairement la question : « Est-ce cela la vie ? »

Puisque, traditionnellement, le problème de l’existence est abordé dans le contexte de la religion, d’autres personnes, enfin, y retournent et cherchent réponse soit dans les credo standard, soit dans des croyances plus ésotériques. Les religions ont apporté des réponses au questionnement sur le sens de la vie, mais elles se révèlent temporaires parce que enracinées dans des périodes particulières ; ces réponses ne sont pas nécessairement pertinentes de nos jours. Par exemple, du IVe au VIIIe siècle de notre ère, le christianisme s’est répandu en Europe, l’islam au Moyen-Orient et le bouddhisme en Asie. Pendant des centaines d’années, ces grandes religions ont fourni des raisons de vivre (18) à des millions de personnes, mais il est plus difficile aujourd’hui d’accepter leurs visions du monde. Leurs croyances, perpétuées à travers les mythes, les révélations et les textes sacrés, suscitent peu l’adhésion dans un siècle de rationalité scientifique.

Aucune des solutions recherchées n’a porté des fruits. Aussi la société actuelle — malgré ses prouesses technologiques et sa splendeur matérielle — est-elle frappée de maux étranges. On peut se demander si, dans un proche avenir, nos sociétés ne seront pas sous l’emprise d’une oligarchie de vendeurs de drogue milliardaires ou régis par des multinationales toutes-puissantes qui s inspireraient des règles du capitalisme sauvage. Bien des tendances et des statistiques provoquent également désarroi et inquiétude. Si l’on constate que le revenu per capita augmente graduellement, la pauvreté fait, néanmoins, de grands progrès dans des pays aussi avancés que le Canada, la France et les États-Unis. Les résultats des enquêtes, transmis régulièrement par les médias, indiquent que le nombre de crimes violents et de divorces augmente sans cesse, que les maladies transmises sexuellement ont triplé en vingt ans et que le sida est devenu une épidémie plus qu’inquiétante. Les pathologies sociales et les maladies mentales ont été multipliées par trois ces dernières années tandis que les budgets des États en matière de santé et d’éducation se sont resserrés (le budget de la défense des États-Unis, de son côté, a quadruplé en dix ans).

Le malaise des jeunes est encore plus inquiétant et prend des formes virulentes. La proportion d’adolescents qui ne vivent pas avec leurs deux parents est élevée. La violence, la consommation de drogues, les grossesses précoces sont monnaie courante et le taux de suicide (particulièrement au Québec) est dramatique (surtout chez les jeunes garçons). De plus, le niveau de connaissance diminue et le taux de décrochage scolaire augmente (davantage, ici encore, chez les garçons).

Bref, dans nos sociétés, les progrès matériels et technologiques ont été faramineux, mais les gens semblent plus démunis (19) devant la vie que nos ancêtres moins « privilégiés ». Nous n’avons pas progressé en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur.

L’expérience vécue retrouvée

La seule façon de sortir de la situation décrite plus haut consiste à se prendre en main. Lorsque les valeurs et les institutions ne fournissent plus le soutien que l’on pourrait en attendre, chaque personne se doit d’utiliser toutes les ressources disponibles en vue de se donner une vie agréable et pleine de sens. La psychologie offre plusieurs instruments fort utiles pour cette démarche. Cette science a apporté une contribution importante en expliquant l’influence des événements passés sur le comportement actuel ; elle peut également répondre à la question : étant donné ce que nous sommes, que pouvons-nous faire pour améliorer notre avenir ?

La maîtrise de l’anxiété et de la dépression provoquées par la vie contemporaine exige une plus grande autonomie de chacun par rapport à l’environnement social. C’est dire que les réactions des individus ne doivent pas dépendre de récompenses et de punitions distribuées par la société. À cette fin, chacun devra apprendre à se récompenser lui-même, 1 développer son aptitude à se donner des buts et à trouver la joie indépendamment des conditions externes. Ce défi est ä la fois très facile et très difficile : facile en ce sens que l’acquisition de cette aptitude est entre les mains de chacun, difficile parce qu’il faut discipline et persévérance, qualités rares de nos jours. Avant toute chose, l’acquisition de la maîtrise de son expérience intérieure exige un changement d’attitude drastique en regard de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas.

L’individu est éduqué avec l’idée que le plus important dans la vie arrivera toujours dans l’avenir : les enfants apprennent que les bonnes habitudes acquises aujourd’hui feront d’eux de bons citoyens et que les devoirs et les leçons aideront à trouver un bon emploi ; on dit au jeune employé que le travail acharné lui procurera quelques promotions plus tard. Comme le raconte une histoire pour enfants : le pain et les confitures sont toujours pour plus tard.

« Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant ä être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais » (Pascal, 1623-1662).

Le report de la gratification est inévitable et nécessaire (20). Freud et plusieurs autres ont expliqué que la civilisation reposait sur la répression des désirs et des pulsions individuels ; sinon, aucun ordre social ne tiendrait. La socialisation — la transformation d’un organisme humain en une personne capable de fonctionner harmonieusement dans un système social particulier — ne peut être évitée. Elle a pour but de rendre l’individu dépendant des contrôles sociaux, de le faire réagir conformément aux récompenses et aux punitions ; elle y réussit parfaitement lorsque l’individu ne songe même pas ä briser les règles.

Dans ce travail de socialisation (et de contrôle) (21), la société compte sur de puissants alliés : les besoins physiologiques et le bagage génétique. Parce que les contrôles sociaux sont efficaces et qu’ils peuvent créer une menace pour la survie, ils font obéir la multitude (les oppresseurs le savent bien). Les systèmes sociaux recourent aussi au plaisir en vue d’encourager l’acceptation des normes : le travail constant et la soumission aux lois entraîneront une « bonne vie ». Presque tous les plaisirs désirés par les humains — de la sexualité ä la violence, de la sécurité ä la richesse — ont été exploités par les politiciens, les hommes d’affaires, les hommes d’Église et les capitalistes. Au XVIe siècle, les sultans recrutaient des soldats en leur promettant, comme récompense, le viol des femmes des territoires conquis ; de nos jours, les affiches des forces armées promettent de « voir le monde ». Il est important de prendre conscience que la recherche du plaisir est une pulsion inscrite dans nos gènes pour la préservation de l’espèce, non pour notre profit personnel. Le plaisir associé à la nourriture assure la survie du corps ; le plaisir associé à l’activité sexuelle assure la continuité de l’espèce (22). Lorsqu’un homme est attiré physiquement par une femme, il pense que ce désir est le résultat de ses intentions, de ses intérêts ou de son choix. Son désir est plutôt la manifestation du code génétique invisible qui poursuit son plan. Il n’y a rien de mal à suivre l’inclination de la nature et à jouir du plaisir qu’elle procure tant que la personne le reconnaît et qu’elle garde un certain contrôle en vue de tendre 1 d’autres buts — ses priorités personnelles.

Au cours des dernières décennies, il est devenu à la mode de suivre la voix de la nature, de suivre son instinct. Si une activité est naturelle et spontanée, si « je me sens bien » en la faisant, ce doit être correct. Cependant, en suivant les impératifs de la génétique et de la culture sans questionnement, la personne cède la maîtrise de sa conscience et devient le jouet de forces extérieures. Celui qui ne peut résister à la nourriture, à l’alcool ou à la sexualité n’est pas libre de diriger son énergie psychique. Cette approche soi-disant « libérée » qui accepte les diktats de la nature (ou de l’instinct) comporte des conséquences réactionnaires : certains ne se déchargent-ils pas de toute responsabilité pour avoir suivi leur nature ou leur instinct ? Nous ne pouvons dénier les faits de la nature (humaine), mais ne convient-il pas d’essayer de les contrôler ? L’individu qui se laisse guider par des récompenses administrées par d’autres est fragile et perdant à tous égards. Il rate une foule de possibilités d’expériences profitables et gratifiantes et fait ce que d’autres ont choisi à sa place. Il est pris dans 1’immense machinerie des contrôles sociaux qui, par ailleurs, lui envoie des messages contradictoires : les institutions officielles l’incitent ä travailler et à économiser, les vendeurs de toute sorte l’exhortent ä dépenser et, finalement, le système parallèle (underground) l’invite aux plaisirs défendus (pourvu qu’il paie très cher). Les messages sont différents, voire contradictoires, mais, essentiellement, ils rendent l’individu dépendant d’un système social qui exploite son énergie ä ses fins.

Il est évident que la survie d’une société complexe exige un travail orienté vers des buts externes et le report des gratifications, mais il n’est pas nécessaire de devenir une marionnette manipulée par les contrôles sociaux. La solution réside dans la conquête graduelle de sa liberté ä l’égard des récompenses sociales et dans l’apprentissage de la substitution de ces dernières par des récompenses choisies par soi-même. Pareil objectif ne signifie pas le rejet de tout but proposé par la culture, mais il implique soit le remplacement des buts que certains veulent imposer à leur profit, soit l’addition de projets développés par l’individu lui-même. L’émancipation à l’égard des contrôles sociaux exige, répétons-le, l’aptitude à trouver plaisir et enchantement (récompense) dans les événements de la vie quotidienne. Si l’individu peut trouver joie et sens dans le courant continuel de l’expérience interne, il sera délivré du poids du contrôle social. Le pouvoir est entre les mains de la personne qui n’attend pas que les récompenses viennent d’autrui. Dès lors, il n’est plus nécessaire de tendre ä des buts qui semblent reculer constamment dans le futur ni de terminer chaque journée ennuyeuse avec l’espoir de lendemains meilleurs ; il s’agit simplement de cueillir l’authentique plaisir de vivre. De plus, il n’est pas indiqué de s’abandonner ä ses pulsions (pour être libre des contraintes sociales) ; il s’agit plutôt de devenir indépendant des impératifs du corps (des gènes) et de maîtriser ce qui se passe dans son esprit, sa conscience.

Contrôlé par les normes sociales ou les instructions génétiques, l’individu ne peut déterminer le contenu de sa conscience. Et, pourtant, c’est l’expérience vécue consciemment qui est la réalité pour chacun. Il est donc possible de transformer la réalité dans la mesure où l’individu influence ce qui se passe dans sa conscience. Les hommes ne sont pas effrayés par les choses, mais par la façon dont ils les voient » (Epictète, qui a vécu au Ier siècle après J.-C.).

Les voies de la libération (23)

Cette vérité simple — la maîtrise de la conscience détermine la qualité de la vie — est connue depuis longtemps : la devise inscrite au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même » 1’implique ; Aristote parlait d’une « vigoureuse activité de l’âme » ; les façons de canaliser la pensée mises au point par la tradition monastique chrétienne et les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola (1491-1556) vont dans le même sens. La psychanalyse apparaît comme une autre tentative de libération de la conscience. Freud (24) a identifié deux tyrans qui cherchent le contrôle de l’esprit : le premier est au service des gènes et du corps (le Ça), le second est le laquais de la société (le Surmoi). Opposé 1 eux, le Moi défend les besoins authentiques d’un soi relié 1 un environnement concret. Les techniques orientales visant le contrôle de la conscience ont proliféré et ont atteint un haut niveau de complexité. Que ce soit le yoga en Inde, l’approche taoïste en Chine ou le zen inspiré du bouddhisme au Japon, toutes ces disciplines ont pour objectif de libérer la conscience de l’influence des forces intérieures ou extérieures (qu’elles soient de nature biologique ou sociale), d’affranchir la vie intérieure du chaos.

Si l’on connaît depuis des siècles ce qui permet d’être libre et de contrôler sa vie, pourquoi avons-nous fait si peu de progrès en la matière ? Pourquoi sommes-nous aussi impuissants que nos ancêtres dans l’affrontement des obstacles au bonheur ? Il peut y avoir deux raisons. La première se rapporte au type de connaissance. La sagesse nécessaire à l’émancipation de la conscience n’est pas cumulative, ne se condense pas en une for-mule, ne peut être mémorisée ni transmise directement et ne s’applique pas automatiquement. Comme d’autres formes d’expertise, le jugement politique ou le sens esthétique, la sagesse de chaque personne et de chaque génération s’acquiert par essais et erreurs. De plus, le contrôle de la conscience requiert non seulement l’intelligence, mais l’engagement émotif et la volonté. Il ne suffit pas de savoir comment faire, il faut le faire, comme les musiciens et les athlètes qui doivent pratiquer constamment, ce qui est long et exigeant. La seconde raison tient au fait que les façons de contrôler la conscience doivent être adaptées chaque fois que le contexte culturel change. La sagesse des mystiques soufis, des grands yogis et des maîtres zen pouvait être excellente en son temps ; est-elle encore pertinente transplantée en Californie, au Québec ou en France de nos jours ? Certains éléments sont spécifiques au contexte original et, s’ils ne sont pas séparés de l’essentiel (ce qui n’est pas facile), il s’ensuivra une espèce de salade de techniques qui ne répond pas nécessairement à l’objectif de la libération de l’esprit.

La maîtrise de la conscience (25) ne peut être institutionnalisée. Dans la mesure où elle se formalise (26) en un ensemble de règles et de normes, elle cesse de répondre aux attentes visées à l’origine. Freud était encore vivant pour voir son approche (émancipation du Moi) devenir une idéologie (avec ses chapelles) et une profession rigide ; Marx, encore moins fortuné, a vu ses efforts pour libérer la conscience (de la tyrannie de l’exploitation économique) transformés en un puissant système de répression. Selon Dostoïevski (1821-1881), si le Christ était revenu prêcher son message, il aurait été de nouveau crucifié par les dirigeants de sa propre Église.

À chaque époque, à chaque génération, ou plutôt à chaque changement historique, il devient nécessaire de repenser et de reformuler les conditions et les exigences de l’autonomie de la conscience. Au début, le christianisme a aidé les masses ä se libérer d’un système impérial figé et d’une idéologie qui donnait sens à la vie de ceux qui étaient riches et puissants. La Réforme protestante (au XVIe siècle) a libéré)es gens de l’exploitation politique et idéologique de l’Eglise de Rome. La philosophie des Lumières (XVIIIe siècle) a inspiré les hommes d’Etat qui ont rédigé la Constitution américaine de façon ä résister aux contrôles imposés par des rois, des papes et l’aristocratie. Marx et Freud — comme nous venons de le signaler — ont fait œuvre de libération ; de même, Martin Luther King et bien d’autres en Occident ont travaillé (et parfois payé de leur vie) pour le combat de la liberté et l’accroissement du bonheur des autres. Beaucoup de ces tentatives semblent encore valides, même si elles ont été perverties dans leur application.

Si nous revenons ä la question fondamentale : comment réaliser la maîtrise de sa vie, où en est l’état des connaissances actuelles ? Peut-on aider quelqu’un à se débarrasser de son anxiété, à se libérer des contrôles de la société et 1 choisir ses buts et ses récompenses ? Cela se fait par la maîtrise de la conscience qui, à son tour, contrôle la qualité de l’expérience vécue, la qualité de la vie. Le moindre gain dans cette direction rendra la vie plus riche, plus agréable et plus pleine de sens. Avant d’explorer les façons d’améliorer la qualité de l’expérience vécue, il faut expliquer comment fonctionne la conscience. C’est sur cette base que nous pourrons, ensuite, examiner les voies de la libération individuelle et les moyens de connaître l’expérience optimale.

_____________

Notes

Tout au long du livre, le traducteur a fait des mises à jour en prenant la plume de l’auteur, en quelque sorte, et en s’inspirant des publications récentes de ce dernier. Dans les notes qui suivent, les initiatives du traducteur pour adapter le texte aux lecteurs francophones sont signalées par 1’indication habituelle NDT (note du tra-ducteur). Le « je » désigne toujours l’auteur.

CHAPITRE 1 – LA QUALITÉ DE L’EXPÉRIENCE VÉCUE

  1. Aristote propose ses réflexions sur le bonheur dans son Éthique à Nicomaque (il siècle avant J.-C.). En recherche contemporaine sur le bonheur, il faut citer l’ouvrage classi-que de Bradburn (1969) ainsi que celui de Campbell et al. (1976). Parmi les très nombreuses publications récentes, signalons Argyle (1987), Baker (2003), Eysenk (1990), Kahneman et al. (1999), Lykken (1999), Seligman (2002), Strack et a/. (1990) ainsi que Veenhoven, de 1’université Erasmus (Rotterdam), qui maintient à jour ce qui est probablement la plus grande banque de données au monde sur le bonheur : http ://www.eur.n1/fsw/research/ happiness

En français, on se référera au numéro spécial sur le bon-heur de la Revue québécoise de psychologie (septembre 1997) (NDT).

  1. Diener et Diener (1996) ; Myers et Diener (1997) (NDT).
  1. Frankl (1963).
  2. Mes premiers travaux sur l’expérience optimale (ou expérience flot) ont été réalisés pour mon travail de doctorat (1965). La liste de mes publications se trouve dans les références en fin d’ouvrage.
  3. L’expérience optimale correspond au vocable flow qui a donné son titre ä l’ouvrage
  4. La méthode de l’échantillonnage de l’expérience vécue (Experience Sampling Method, ESM) est utilisée maintenant depuis vingt-cinq ans. Voir Csikszentmihalyi et Larson (1987) pour la valeur scientifique de l’ESM. Elle est égale-ment discutée par Kahneman (1999) ainsi que par Stone et (1999) (NDT).
  5. H. Holmes (1879-1964), prêtre de l’Église unitarienne, défenseur des droits civils et philosophe à ses heures.
  6. L’idée de chaos peut sembler étrange dans un livre sur l’expérience optimale, mais la valeur de la vie peut difficile-ment être comprise sans tenir compte des dangers qui la Ce n’est pas sans raison que la Bible raconte le péché originel et que Dante (1265-1321), dans sa Divine Comédie, fasse passer son personnage par l’Enfer avant qu’il puisse contempler la solution aux problèmes de la vie. Cette façon de faire a un sens psychologique évident.
  7. Cette hiérarchie des besoins est empruntée à Maslow (1954).
  8. Si l’adaptation humaine permet de s’ajuster aux épreuves, elle fait qu’on s’habitue également au bonheur. Aussi arrive-t-il fréquemment que 1’individu se lance ä la poursuite de plaisirs de plus en plus inaccessibles (et insensés) et soit rattrapé par la spirale hédonique infernale. La vie d’Elvis Presley illustre bien ce Le biographe d’Elvis raconte tou-tes sortes d’histoires plus excessives les unes que les autres ä propos de la vie pathétique et grotesque du roi du rock’n roll. Sa devise était Take it to the max !, ce qui l’a conduit aux pires excès (jeux dangereux, repas gargantuesques, dépenses farfelues, parties de débauche) et à une mort pré-maturée ä quarante-deux ans. L’autopsie révéla que son corps ne contenait pas moins de douze drogues différentes, et cela en grande quantité. La codéine, par exemple, dépassait de dix fois le niveau considéré comme toxique (NDT).
  9. L’acquisition de la maîtrise de soi est l’un des buts les plus anciens de la On trouve une synthèse d’envergure des différentes traditions visant à la maîtrise de soi dans Klausner (1965). Cet auteur a regroupé les tentatives de contrôle en quatre catégories : 1) la performance (ou le comportement) ; 2) les processus physiologiques ; 3) les fonctions intellectuelles (ou la pensée) ; 4) les émotions.
  10. Sur la culture en tant que défense contre le chaos, voir Nelson (dans l’ouvrage de Klausner, 1965). Une approche intégrative des effets de la culture est présentée par des auteurs classiques comme Ruth Benedict, Lazzlo, von Berta-lanffy et Csikszentmihalyi et Rochberg-Holton (1981) traitent, pour leur part, de la création d’un sens personnel dans un contexte culturel particulier.
  11. L’ethnocentrisme est un élément de base de chaque culture, voir LeVine et Campbell (1972).
  12. Cette anxiété ontologique ou existentielle a été traitée par les philosophes Kierkegaard, Heidegger, Sartre et Jaspers.
  13. La question du sens de la vie sera reprise au chapitre 11 du présent livre.
  14. A propos du rêve américain, il faut signaler deux articles fort intéressants de Kasser et Ryan (1993, 1996) {NDT).
  15. Candide est le personnage principal du conte philosophique de Voltaire (1759).
  16. La religion a servi de bouclier contre le chaos et aide encore un grand nombre de personnes à trouver un sens à leur vie et à être heureux (Myers, 2000 ; Myers et Diener, 1997). Une intéressante discussion sur les valeurs matérielles, altruistes et religieuses en relation avec le bonheur est présentée dans Csikszentmihalyi et Patton (1997) (NDT).
  17. Les observations plutôt sombres des derniers paragraphes ne doivent pas faire oublier les progrès indéniables : longévité, contrôle des naissances, combat contre les maladies, arrivée de l’ordinateur personnel .. Viagra ! Ces constatations encourageantes font dire à Diener et Oishi (2000) que « la théorie selon laquelle les effets de 1’amélioration des conditions matérielles sont annulés par une dégradation générale de la société reste à prouver » (p. 204). Néanmoins, ces auteurs sont d’accord pour affirmer qu’« un monde matériel prospère n’améliore pas nécessairement la satisfaction devant la vie » (p. 21 l) (NDT).
  18. Sur la nécessité du report de la gratification, voir Freud dans son ouvrage Malaise dans la civilisation (1930), mais aussi la critique de Freud par Brown (1959). Sur la socialisation ä 1’adolescence, voir Csikszentmihalyi et Larson (1984).
  19. Herbert Marcuse (1964) a expliqué comment les grou-pes sociaux dominants utilisaient la sexualité et la pornographie, par exemple, pour renforcer les contrôles
  20. L’idée que les gènes soient programmés en vue de leur propre avantage est discutée dans Csikszentmihalyi (1988, 1993).
  21. La question des voies de la libération a été abordée sous plusieurs angles et a donné lieu à de multiples Signalons seulement quelques choix subjectifs : en philosophie (Sartre, 1943 ; Tillich, 1952), en sociologie (Marx, Durkheim, Sorokin et plus récemment Gouldner, 1968), en anthropologie (Ruth Benedict, Margaret Mead et plus récemment Geertz, 1973) et en psychologie (Allport, 1955 Angyal, 1941 ; Maslow, 1970 ; Rogers, 1951).
  22. Parmi les œuvres de Freud, signalons L’interprétation des rêves (1900), Cinq Leçons sur la psychanalyse (1910), Pulsions et destin des pulsions ( 1915), Introduction à la psychanalyse (1918), Le Moi et le Ça (1923) et, enfin, Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse (1933). On trouve ses œuvres complètes dans la « Bibliothèque de la Pléiade » aux éditions Gallimard (NDT).
  23. La maîtrise de la conscience dont il est question dans ce livre inclut les quatre manifestations identifiées par Klausner (1965) (voir la note 11 du présent chapitre). Une des plus vieilles techniques de maîtrise de la conscience (et de tout l’être) est le yoga, dont nous reparlerons au chapitre 6. Les partisans de la médecine holistique croient que l’état mental exerce une influence déterminante sur la guérison et la santé physique en général (Cousins, 1979 ; Siegel, 1986). En psychologie, il faut signaler la technique du focusing développée par Gendlin (1981). Dans le présent volume, je ne propose aucune technique particulière, mais plutôt une analyse conceptuelle (avec eKemples) de ce qu’impliquent la maîtrise de la conscience et l’expérience optimale, de sorte que le lecteur peut se forger la méthode qui lui convient le mieux.
  24. Cette formalisation ou cette codification d’une doctrine est expliquée par Weber (1922) : The Social Psychology of World Religions, et dans Berger et Luckmann (1967).

AU SUJET DE L’AUTEUR

Mihály Csíkszentmihályi

1934 – 2021

5 June 2010 – Author: Ehirsh. Wikipédia.

Mihály Csíkszentmihályi (né le 29 septembre 1934 à Fiume, Italie, maintenant Rijeka en Croatie et mort le 20 octobre 2021 à Claremont, dans la banlieue de Los Angeles en Californie) est un psychologue hongrois et américain. Il est connu pour avoir élaboré le concept du flow, à partir de 1975[1].

Biographie

Il a émigré aux États-Unis à l’âge de 22 ans, travaillant la nuit pour subvenir à ses besoins tout en étudiant à l’université de Chicago. Il a obtenu une licence d’art en 1959 et un doctorat en 1965, à l’université de Chicago[2]. Il a enseigné à l’université de Claremont (Californie), et il a été directeur du département de psychologie de l’université de Chicago et du département de sociologie et d’anthropologie du Lake Forrest College. Il est connu comme l’architecte de la notion de flow. Il est l’auteur de nombreux livres et de plus de 120 articles ou chapitres de livres. Il est aussi membre d’honneur du Club de Budapest[3] et a été élu Thinker of the Year Award (penseur de l’année) en 2000[4].

Son nom de famille dérive du village de Csíkszentmihály en Transylvanie. Il était le troisième fils d’un diplomate du consulat de Hongrie à Fiume[2]. Ses deux demi-frères aînés sont morts alors que Csikszentmihalyi était encore jeune.L’un était un étudiant en ingénierie qui a été tué lors du siège de Budapest, et l’autre a été envoyé dans des camps de travail en Sibérie par les Soviétiques.

Son père a été nommé ambassadeur de Hongrie en Italie peu après la Seconde Guerre mondiale, emménageant avec sa famille à Rome[2]. Lorsque les communistes ont pris le contrôle de la Hongrie en 1949, le père de Csikszentmihalyi a démissionné plutôt que de choisir de travailler pour le régime. Le régime communiste a répondu en expulsant son père et en dépouillant sa famille de leur citoyenneté hongroise. Pour gagner sa vie, son père a ouvert un restaurant à Rome et Csikszentmihalyi a abandonné l’école pour contribuer aux revenus de la famille. À cette époque, le jeune Csikszentmihalyi, alors en voyage en Suisse, a vu Carl Jung donner une conférence sur la psychologie des observations d’Ovni.

Travail

Csikszentmihalyi s’est fait connaître pour sa contribution dans la recherche sur le bonheur et la créativité, mais surtout en tant qu’architecte de la notion de flow ainsi que pour ses années de recherches et d’écritures sur le sujet. Il est considéré comme pionnier dans la recherche sur la psychologie positive.

Psychologie

Bonheur

Dans son livre Flow and the Foundations of Positive Psychology[5], Csikszentmihalyi dit qu’il existe deux manières principales de concevoir le bonheur, on peut le concevoir en tant que trait personnel, ou en tant qu’une disposition relativement permanente à éprouver du bien-être indépendamment des conditions extérieures. La seconde est de le considérer comme un état, ou une expérience subjective transitoire dépendante d’évènements ponctuels ou aux conditions de l’environnement. Lorsqu’on souhaite fortement faire autre chose et qu’on se sent détaché de la situation actuelle, notre humeur en est forcément affectée négativement.

Créativité

Dans son livre Creativity: Flow and the psychologie of discovery and invention[6] publié en 2009, Csikszentmihalyi dit que la créativité ne peut être comprise seulement en regardant les personnes qui ont l’air créatives, mais qu’il faut au lieu de cela une audience compétente pour capter et intégrer véritablement leurs idées. Selon lui, sans la validation de personnes externes qualifiées dans le domaine concerné, il est impossible de décider si quelqu’un de prétendument créatif l’est vraiment.

Motivation

Dans Creativity: Flow and the psychology of discovery and invention[6], Csikszentmihalyi dit pour la Motivation : Lorsque les objectifs sont clairs, lorsque des défis supérieurs à la moyenne sont associés aux compétences et lorsqu’une indication précise est fournie, une personne devient tellement impliquée dans une activité que rien qui se passe ailleurs semble important; l’expérience elle-même est si agréable que les gens s’y impliqueront peu importe le coût, pour le simple plaisir de la faire.

Flow

Article détaillé : Flow (psychologie).

Le flow est d’abord théorisé une première fois dans son livre : Beyond Boredom and Anxiety. Il y fait la comparaison avec l’escalade, en montrant que ces activités peuvent servir de modèle pour transformer la société et fournir des expériences qui motivent des personnes à implémenter du changement[7].

Dans son livre Flow : The Psychology of Optimal Experience, fait part de la théorie suivante : Les personnes seraient plus heureuses quand elles sont dans un état de flow. Le flow est un état de concentration ou d’absorption totale dans une activité ou une action[8].

Csikszentmihályi découpe le flow en neuf parties : L’équilibre entre la difficulté et les capacités, la fusion entre l’action et l’attention, la clarté des objectifs, un retour immédiat et sans ambiguïté, une concentration sur la tâche à accomplir, le paradoxe du contrôle, la transformation du temps, la perte de la conscience de soi-même et une expérience autotélique. Pour atteindre un état de flow, un équilibre doit être établi entre la difficulté de la tâche et les capacités de l’exécutant.

En 2008, le chercheur Benjamin Ultan Cowley et trois autres chercheurs publient un article nommé Toward an understanding of flow in videogames. Dans cet article, ils analysent le Flow dans le jeu vidéo, selon divers paramètres. Il est par exemple expliqué que le flow est un équilibre entre le système d’un jeu et ce que le joueur fait de ce système[9].

Jeux-vidéo

Comprendre le processus à travers lequel un jeu peut créer une expérience amusante, enrichissante et agréable a été au centre de la recherche dans les game studies[10].

Les jeux vidéo offrent aux joueurs des expériences très positives et il a été avancé que l’expérience du flow seule pourrait être responsable des émotions positives ressenties pendant le jeu[11].Pour Jenova Chen un jeu vidéo bien conçu fait atteindre aux joueurs l’état de flow, procurant ainsi de véritables sensations de plaisir et de bonheur[12].

On notera aussi les similarités entre Flow et immersion. En effet d’après cette étude[13] il n’y a pas assez de preuves permettant de justifier une séparation nette entre Flow et immersion.

La théorie du Flow peut être utilisée dans la conception de jeux afin de paramétrer le niveau de challenge d’un niveau afin de créer de la frustration du flow ou de l’ennui chez le joueur[14].

Source : Wikipédia.


Mihaly Csikszentmihalyi was the pioneering co-founder of the field of positive psychology. Known to many as the “father of flow”—a term he coined to refer to the psychological state of optimal performance—Csikszentmihalyi was a researcher, educator, public speaker, and co-director of the university’s Quality of Life Research Center.

Page personnelle sur le site de Claremont Graduate University


Who Was Mihály Csíkszentmihályi?

Mihály Csíkszentmihályi died in 2021, aged 87. The world lost a great researcher, thinker, and early proponent of positive psychology (Risen, 2021).

The Hungarian American psychologist is widely regarded as someone who profoundly impacted our understanding of creativity and focus. He is often referred to as the father of flow (Risen, 2021) and one of the founders of positive psychology.

© 2026 PositivePsychology.com B.V., a division of Intelvio LLC


Mihaly Csikszentmihalyi & Flow

Mihaly Csikszentmihalyi discovered that people find genuine satisfaction during a state of consciousness called Flow. In this state they are completely absorbed in an activity, especially an activity which involves their creative abilities. During this “optimal experience” they feel “strong, alert, in effortless control, unselfconscious, and at the peak of their abilities.” In the footsteps of Maslow, Csikszentmihalyi insists that happiness does not simply happen. It must be prepared for and cultivated by each person, by setting challenges that are neither too demanding nor too simple for ones abilities. A pioneer of positive psychology, his contribution of Flow is foundational in the ever expanding legacy of happiness.

Pursuit-of-Happiness.org  ©2024


Mihaly Csikszentmihalyi sur Google Scholar


Revenir au menu de la page


DU MÊME AUTEUR

Mihály Csíkszentmihályi

Trois de ses nombreux livres ont été traduits en français :

  • La Créativité : psychologie de la découverte et de l’invention  ; tr. Claude-Christine Farny. Paris : Robert Laffont, 2006. (Réponses). (ISBN 2-221-10301-7).
  • Mieux vivre : en maîtrisant votre énergie psychique  ; tr. Claude-Christine Farny. Paris : Robert Laffont, 2005. (Réponses). (ISBN 2-221-10270-3).
  • Vivre : la psychologie du bonheur ; tr. Léandre Bouffard. Paris : R. Laffont, 2004. (ISBN 2-221-10038-7).

Source : Wikipédia.


REVUE DE PRESSE

Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi nous a quittés

Revue québécoise de psychologie
Le point sur le flow
A glimpse on flow
Mihaly Csikszentmihalyi et Léandre Bouffard

Institut français EDDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)

Mihaly Csikszentmihalyi sur le flux

Psychologie positive et formation des adultes : le flow ou le plaisir de comprendre tout au long de la vie – Par Jean Heutte – Dans Savoirs 2021/3 N° 54, pages 17 à 61, L’Harmattan


Le bonheur d’aujourd’hui : L’apport de la psychologie positive, ANNE-SOPHIE TURCOTTE (PDF)


Apports de la théorie de l’autotélisme- flow à la recherche fondamentale en sciences de l’éducation, April 2017, Le Journal des psychologues 346(4):42, DOI:10.3917/jdp.346.0042, Authors: Jean Heutte, Université de Lille, Lille, France

Revenir au menu de la page


MOM RAPPORT DE LECTUREe

Vivre – La psychologie du bonheur,
Mihaly Csikszentmihalyi

« Vivre – La psychologie du bonheur » s’inscrit dans la tradition psychologique où la personne devient son propre défi, une montagne à gravir et, une fois au sommet, devant une autre montagne à escalader plus haute encore et ainsi de suite la vie durant. Et pour se dédouaner, la psychologie vous dira que le chemin importe davantage que la conquête sans fin de vous-même.

Après vingt ans de recherches, Mihály est parvenu à la même grande conclusion que les traditions orientales du bouddhisme et du taoïsme : le bonheur vient de la poursuite du chemin en soi, pas de la destination.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, Préface, David Servan-Schreiber, Éditions Pocket, 2006, p. 12.

Personnellement, dire à une personne qu’il doit consacrer sa vie à parcourir une longue chaîne de montagnes aux sommets toujours plus élevés les uns que les autres ne m’apparaît pas très réaliste.

Dans sa Préface, David, Servan-Schreiber nous informe de l’enjeu de cette « poursuite du chemin » :

L’enjeu est ni plus ni moins la maîtrise de sa propre conscience, la prise en main de cette fantastique source d’énergie psychique qu’est notre attention. Elle investit tout ce qu’elle touche ; elle est la clé de notre développement intérieur et de notre plaisir. Jamais nous ne contrôlerons le monde qui nous entoure et ses événements. Mais, comme le montre l’expérience des survivants des camps étudiés par Mihály, même dans des circonstances extrêmes on peut toujours jouer de son attention et de sa conscience pour apporter plus d’harmonie à notre expérience.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, Préface, David Servan-Schreiber, Éditions Pocket, 2006, p. 12.

La maîtrise de sa propre conscience et la prise en main de notre attention, voilà la clé de notre développement intérieur et de notre plaisir. Le livre  VIVRE – LA PSYCHOLOGIE DU BONHEUR DE Mihály Csíkszentmihályi nous suggère : si vous n’êtes pas heureux, c’est que vous n’organisez pas correctement votre conscience. C’est une forme douce de responsabilisation excessive — très compatible avec une éthique néolibérale, et cela me dérange passablement.

La conscience est traitée comme un système à optimiser, presque un dispositif technique. Mais philosophiquement, on peut objecter que : 1. la conscience n’est pas faite pour être efficace ; 2. elle est aussi le lieu du doute, de la rupture, de l’inquiétude, de la négativité.

Aristote, Ignace de Loyola, Marx et Freud, tous nous encouragent à reprendre le contrôle de notre expérience consciente. Ils nous demandent avec urgence de ne pas nous soumettre aux aléas de l’existence, ni à ce que la nature ou la société des hommes cherchent à nous imposer : qu’il s’agisse des instincts animaux issus de nos gènes (le « ça » de Freud), des règles de la culture dans laquelle nous vivons (le « surmoi »), ou de l’asservissement à la volonté des plus puissants (comme dans les abus du capitalisme dénoncés par Marx).

En cela, Vivre est un livre profondément subversif. En apprenant à contrôler nos expériences subjectives, nous nous libérons de la soumission automatique aux modèles tout faits, et surtout de la soumission aux comportements de consommation irréfléchis qu’on cherche constamment à nous imposer. C’est peut-être pour cette raison que Vivre a eu une telle influence sur la pensée contemporaine aux États-Unis et au Canada. Dans une large mesure, il définit le champ dans lequel sera livrée la bataille essentielle de ce début du XXIè siècle : celle de la conscience de chacun.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, Préface, David Servan-Schreiber, Éditions Pocket, 2006, p. 13.

J’endosse cette critique de l’intelligence artificielle formulée pas ChatGPT :

1) Une assimilation abusive de pensées hétérogènes

La première faiblesse de ce passage est de mettre sous une même bannière Aristote, Ignace de Loyola, Marx et Freud, comme s’ils partageaient un même projet : reprendre le contrôle de l’expérience consciente.

Or :

  • leurs concepts de l’homme, de la liberté et de la conscience sont radicalement incompatibles ;
  • le mot contrôle n’a pas le même sens (et parfois aucun) chez eux.

Ce rapprochement relève plus de la rhétorique de légitimation que de l’histoire des idées.

2) Aristote : pas de « contrôle de la conscience », mais formation du caractère

Chez Aristote :

  • il n’y a pas de théorie de la conscience comme espace intérieur à gérer ;
  • l’éthique vise l’hexis, la disposition stable du caractère, acquise par l’habitude et l’éducation.

La liberté n’est pas maîtrise introspective, mais accord progressif entre désir, raison et vertu, inscrit dans une vie politique et sociale.

Lire Aristote comme un théoricien du « contrôle de l’expérience consciente » est un anachronisme psychologisant.

3) Ignace de Loyola : discernement spirituel, non souveraineté du sujet

Chez Ignace :

  • l’examen de conscience n’a rien d’un contrôle autonome ;
  • il s’agit au contraire de se rendre disponible à une volonté qui n’est pas la sienne (celle de Dieu).

Le sujet ignatien :

  • ne s’auto-organise pas,
  • ne cherche pas l’optimisation de son vécu,
  • mais la dépossession de soi au profit d’un appel transcendant.

Assimiler cela à une maîtrise de la conscience relève d’un contresens théologique.

4) Freud : la critique radicale de la maîtrise

Freud est sans doute le cas le plus problématique dans ce passage.

Toute la psychanalyse repose sur l’idée que :

  • le moi n’est pas maître dans sa propre maison ;
  • la conscience est une instance dérivée, fragile, défensive.

La cure n’aboutit pas à un contrôle :

  • mais à une reconnaissance des conflits inconscients,
  • à un compromis toujours précaire entre ça, moi et surmoi.

Citer Freud comme promoteur d’une maîtrise de la conscience, c’est inverser sa thèse centrale.

5) Marx : transformation des conditions matérielles, pas introspection

Chez Marx :

  • l’aliénation n’est pas un problème de gestion subjective de l’expérience ;
  • elle est objective, économique et sociale.

La libération ne passe pas par un travail sur la conscience individuelle, mais par la transformation des rapports de production.

Réinterpréter Marx comme une invitation à « reprendre le contrôle de son vécu » revient à psychologiser une critique structurelle.


Revenons sur cette phrase de David, Servan-Schreiber :

(…) Dans une large mesure, il définit le champ dans lequel sera livrée la bataille essentielle de ce début du xxv siècle : celle de la conscience de chacun.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, Préface, David Servan-Schreiber, Éditions Pocket, 2006, p. 13.

Et le chat sort du sac avec l’usage du mot « bataille ». Vous parcourez le chemin en livrant « bataille » à votre conscience. Où est le bonheur promis dans cette bataille ? La psychologie, c’est l’art de nous mettre en porte-à-faux avec nous-même.

Il y a vingt-cinq ans, j’ai fait une « découverte » à propos du bonheur. Elle est maintenant assez connue mais demeure inexpliquée. Aussi ai-je passé ce quart de siècle à examiner ce phénomène insaisissable. Cette découverte est fort simple : le bonheur n’est pas quelque chose qui arrive à l’improviste ; il n’est pas le résultat de la chance ; il ne s’achète pas et ne se commande pas ; il ne dépend pas des conditions externes, mais plutôt de la façon dont elles sont interprétées. Le bonheur est une condition qui doit être préparée, cultivée et protégée par chacun. Les gens qui apprennent à maîtriser leur expérience intérieure deviendront capables de déterminer la qualité de leur vie et de s’approcher aussi près que possible de ce qu’on appelle être heureux.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, p. 22.

Voici ce qu’en dit l’intelligence artificielle ChatGPT :

Le problème n’est pas un détail, mais le noyau théorique du propos. Ce passage concentre presque tous les présupposés discutables de Csíkszentmihályi. On peut y répondre point par point, sans mauvaise foi.

1) Une « découverte » qui est surtout une thèse normative

Quand il écrit qu’il a fait une découverte sur le bonheur, il adopte le ton de la science descriptive.

Or ce qu’il énonce n’est pas un fait, mais une prise de position philosophique :

  • le bonheur dépend essentiellement de l’interprétation subjective des conditions externes.

Ce n’est ni neuf, ni neutre :

  • on trouve cette idée chez les stoïciens,
  • chez Épictète en particulier,
  • mais chez eux, c’est une discipline morale exigeante, pas une loi psychologique générale.

La présenter comme une découverte empirique, tout en reconnaissant qu’elle « demeure inexpliquée », est déjà problématique.

2) La minimisation des conditions externes : un réductionnisme

Affirmer que le bonheur :

  • « ne dépend pas des conditions externes »,
  • mais principalement de leur interprétation,

revient à réduire des déterminations objectives (pauvreté, maladie, oppression, deuil, précarité, violence) à des variables secondaires.

Même si l’on concède qu’il existe une marge interprétative, cette thèse :

  • abstrait le sujet de son corps, de son histoire et de sa situation sociale ;
  • fait comme si tous disposaient d’un même pouvoir de transformation intérieure.

C’est une universalisation abusive d’un cas idéal.

3) Une confusion entre sens, bonheur et qualité de vie

Le texte opère un glissement subtil mais décisif :

  • bonheur,
  • qualité de vie,
  • maîtrise de l’expérience intérieure,

sont progressivement assimilés.

Or on peut :

  • mener une vie riche de sens sans être heureux,
  • être heureux sans mener une vie moralement ou existentiellement accomplie,
  • traverser des périodes de souffrance qui ne sont pas des échecs de vie.

En liant la qualité d’une vie à la maîtrise subjective de l’expérience, Csíkszentmihályi évite la question du tragique, pourtant centrale dans la condition humaine.

4) Le mythe de la maîtrise intérieure

La phrase-clé est celle-ci :

« Les gens qui apprennent à maîtriser leur expérience intérieure… »

Or cette idée suppose :

  • un sujet transparent à lui-même,
  • capable de gouverner ses affects,
  • d’organiser durablement ses états mentaux.

Mais :

  • la psychologie clinique,
  • la psychanalyse,
  • la phénoménologie,

montrent au contraire que l’expérience intérieure est :

  • discontinue,
  • conflictuelle,
  • en partie opaque et involontaire.

La maîtrise est au mieux locale, fragile et provisoire, jamais fondatrice.

5) Une responsabilisation excessive de l’individu

Dire que le bonheur doit être :

  • préparé,
  • cultivé,
  • protégé par chacun,

introduit une conséquence implicite lourde :

si je ne suis pas heureux, c’est que je n’ai pas su m’y prendre.

Même si l’auteur ne le dit pas explicitement, la logique du texte y conduit :

  • la souffrance devient une déficience de gestion intérieure,
  • l’échec existentiel se psychologise.

C’est une éthique parfaitement compatible avec :

  • l’idéologie de la performance,
  • l’auto-optimisation,
  • la responsabilisation individuelle des maux collectifs.

6) Objection de fond : le bonheur n’est pas un projet technique

Ce que ce passage suppose, c’est que le bonheur :

  • peut être préparé comme un résultat,
  • obtenu par une bonne méthode,
  • maintenu par une gestion vigilante.

Or, philosophiquement, on peut soutenir l’inverse :

  • le bonheur survient souvent comme un effet secondaire,
  • non comme un objectif directement poursuivi.

Aristote lui-même — pourtant souvent invoqué — insistait sur le fait que le bonheur :

  • accompagne une vie bonne,
  • mais ne se fabrique pas comme un état psychologique.

Formulation critique synthétique (réutilisable)

En affirmant que le bonheur ne dépend pas des conditions externes mais de la manière dont elles sont interprétées, Csíkszentmihályi réduit la condition humaine à une gestion subjective de l’expérience. Cette thèse, présentée comme une découverte psychologique, relève en réalité d’un choix normatif fort : celui d’un sujet supposé capable de maîtriser durablement sa vie intérieure. Elle minimise le poids du tragique, des déterminations sociales et de l’involontaire, et tend à faire du bonheur une responsabilité individuelle, voire une obligation implicite.


Je suis d’accord avec cette analyse de l’intelligence artificielle ChatGPT, notamment mais pas exclusivement, parce que l’approche de Mihály Csíkszentmihályi se fonde sur une responsabilisation excessive de l’individu, un trait caractéristique que je relève dans l’ensemble de la psychologie. « C’est ta faute ! », « C’est toi le problème », « Tu es ton pire ennemi », « Il faut livrer bataille contre toi-même » et ainsi de suite.

Et je ne suis pas d’accord non plus avec l’idée que « le bonheur dépend essentiellement de l’interprétation subjective des conditions externes ».

Voici le propos de l’intelligence artificielle ChatGPT à ce sujet :

Question : Mais les conditions externes ne sont-elles pas la simple réalité ?

RÉPONSE

Oui — et ta question met exactement le doigt sur le point aveugle de Csíkszentmihályi.

Oui : les « conditions externes », c’est simplement la réalité

Dire conditions externes, c’est déjà un choix de vocabulaire qui n’est pas neutre.

Cela suggère quelque chose :

  • de périphérique,
  • de modulable,
  • presque décoratif.

Or, dans les faits, ces « conditions » sont :

  • le réel tel qu’il s’impose,
  • le corps (maladie, fatigue, âge),
  • la situation sociale, économique, historique,
  • la présence ou l’absence des autres,
  • la perte, la mort, la violence, le hasard.

? Ce n’est pas un environnement optionnel : c’est le monde.

Le glissement problématique

Quand Csíkszentmihályi écrit que le bonheur « ne dépend pas des conditions externes, mais de la façon dont elles sont interprétées », il opère un glissement décisif :

  • la réalité devient un matériau neutre,
  • le sujet devient l’instance souveraine du sens,
  • le réel est rétrogradé au rang de variable secondaire.

Mais philosophiquement, c’est très contestable.

Phénoménologie : le réel n’est pas « extérieur » à l’expérience

Chez Husserl, Merleau-Ponty ou Heidegger :

  • le monde n’est pas d’abord extérieur,
  • il est ce dans quoi nous sommes déjà engagés.

La faim, la peur, le travail, la précarité, la maladie :

  • ne sont pas des données à interpréter après coup,
  • elles structurent d’emblée l’expérience.

On n’interprète pas d’abord la réalité : on la subit, on y répond, on y est pris.

Le réel résiste

Il y a un point simple mais décisif :

si la réalité n’opposait pas de résistance, elle ne serait pas réelle.

Or :

  • la souffrance physique ne disparaît pas par interprétation,
  • l’injustice ne se dissout pas par relecture intérieure,
  • le deuil ne se « gère » pas comme un état mental.

Cela ne veut pas dire que toute interprétation est vaine,
mais qu’elle est seconde, fragile, souvent impuissante.

Le tragique comme réfutation

La philosophie du tragique (Sophocle, Pascal, Nietzsche, Camus) montre que :

  • certaines situations ne demandent pas d’être interprétées autrement,
  • mais endossées, traversées, parfois sans rédemption.

Dans ces cas-là :

  • parler de maîtrise de l’expérience intérieure
  • revient à manquer la nature même de l’épreuve.

En une formule nette

Les « conditions externes » ne sont pas un décor autour de la vie intérieure : elles sont la réalité elle-même, celle qui précède, limite et parfois défait toute tentative de maîtrise.


Le bonheur par l’humoriste et monologiste québécois Yvon Deschamps


Je rejette l’idée qu’il suffit de penser positivement la réalité pour être heureux. « Penser » n’est pas le bon verbe. Il faut plutôt se référer au verbe « interpréter », ce qui consiste à donner un autre sens. Il ne s’agit pas alors de saisir la réalité pour ce qu’elle est mais plutôt de l’interpréter positivement.

Alors, comment parvenir à ce but insaisissable qui ne peut être atteint par une route directe ? Mes vingt-cinq années de recherche m’ont convaincu qu’il existe un moyen : c’est un chemin circulaire qui commence par le contrôle du contenu Ile sa conscience.

Les perceptions qui arrivent au cerveau sont le produit de plusieurs forces qui façonnent l’expérience vécue ; elles influencent l’humeur de l’individu. La plupart des forces en question sont hors du contrôle de la personne. Peut-on changer son tempérament ? Peut-on influencer sa taille ou son intelligence ? Peut-on choisir ses parents ou son lieu de naissance ? Les instructions contenues dans les gènes, la loi de la gravité et la qualité de l’air font également partie des innombrables choses qui influencent ce que nous voyons, la façon dont nous nous sentons et ce que nous faisons. Il n’est donc pas surprenant qu’autant de gens croient que notre sort est déterminé par des agents externes. Pourtant, il nous est arrivé à tous, à certains moments, de nous sentir non pas assaillis par des forces anonymes, mais dans le plein contrôle de nos actions, dans la parfaite maîtrise de notre vie. Dans ces rares occasions, nous éprouvons un enchantement profond longtemps vénéré qui devient une référence, un modèle indiquant ce que notre vie devrait être.

Voilà ce que nous entendons par expérience optimale : c’est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage et que le bateau fend la mer — les voiles, la coque, le vent et la mer créent une harmonie qui vibre dans ses veines ; c’est ce qu’éprouve l’artiste peintre quand les couleurs s’organisent sur le canevas et qu’une nouvelle œuvre (une création) prend forme sous la main de son créateur ébahi ; c’est le sentiment d’un père (ou d’une mère) face au premier sourire de son enfant. Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants des camps de concentration qui ont connu des conditions terribles et frôlé la mort se rappellent souvent qu’au milieu de leurs épreuves ils ont vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction ä des événements aussi simples que le chant d’un oiseau, la réussite d’une tâche difficile, la création d’une poésie ou le partage d’un croûton de pain.

Contrairement à ce que croient bien des gens, des expériences comme celles-là, les meilleurs moments de la vie, n’arrivent pas lorsque la personne est passive ou au repos (même si le repos peut être fort agréable après l’effort). Ces grands moments surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale est donc quelque chose que l’on peut provoquer, l’enfant qui place avec des doigts tremblants le dernier bloc sur la haute tour qu’il a construite, le nageur qui fait ses longueurs en essayant de battre son propre record, le violoniste qui maîtrise un passage difficile, par exemple. Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi (par l’expérience optimale).

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, pp. 23-24.

Le psychologue Mihály Csíkszentmihályi invite ses lecteurs à miser sur « expérience optimale » connue en anglais comme étant le « flow ». Il en parlera tout au long de son livre Vivre – La psychologie du bonheur. L’édition originale en anglais porte le titre « Flow ».

« Le flow est un concept inventé par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi pour décrire un état mental particulier où une personne est totalement absorbée par une activité, au point de perdre la notion du temps et de ressentir un plaisir profond dans l’action elle-même. » ChatGPT

Mihály Csíkszentmihályi écrit :

Dans ces rares occasions, nous éprouvons un enchantement profond longtemps vénéré qui devient une référence, un modèle indiquant ce que notre vie devrait être.

Un moment de vie ne peut certainement pas s’appliquer à toute une vie. La rareté donne toute l’importance qu’il faut à ce moment exceptionnel. Je me plais à le dire et à le répéter depuis belle lurette : La vie ce n’est pas l’ivresse de la vie.

« Alors que Csíkszentmihályi célèbre l’expérience optimale comme le sommet de la vie, l’état où le corps et l’esprit sont mobilisés jusqu’à leurs limites pour produire une harmonie parfaite, Camus nous rappelle que la vie ne se réduit pas à l’ivresse de la vie. Là où le flow transforme l’intensité en norme et la maîtrise subjective en condition du bonheur, la philosophie camusienne insiste sur la lucidité, la fidélité au réel et l’acceptation des limites et du tragique. Le flow suppose un sujet souverain et capable d’auto-optimisation ; Camus nous montre que le bonheur véritable, ou du moins la vie pleinement assumée, surgit non pas de la perfection de l’expérience, mais de la capacité à vivre, pleinement conscient, dans l’incomplétude, la fragilité et la résistance du monde. En ce sens, le flow est une ivresse recherchée, tandis que Camus célèbre la sobriété lucide de l’existence humaine. » ChatGPT

Mihály Csíkszentmihályi inscrit l’expérience optimal dans un effort volontaire :

« Ces grands moments surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. »

Je souligne « jusqu’à leurs limites » et « effort volontaire ». Pensez-vous vraiment qu’une personne peut maintenir son corps ou son esprit « jusqu’à leurs limites » toute une vie durant pour en espérer un bonheur constant ? Pensez-vous qu’une personne peut maintenir un tel « effort volontaire » toute une journée, toute une semaine, tout un mois, une année entière ? Certainement pas ! Ces « grands moments » demeurent des « moments ».

Mihály Csíkszentmihályi précise :

« Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi (par l’expérience optimale). »

Est-ce que plus on vit des expériences optimales, plus on est capable d’en vivre ? Oui, à condition de se maintenir dans un « effort volontaire » constant. Cela est impossible.

Si se développer consiste à étendre sa capacité à vivre des expériences optimales, doit-on alors considérer sa vie comme une succession continue de ces expériences ? Or, lors de ces moments de flow, la concentration est telle que nous perdons souvent de vue la réalité elle-même. Même lorsque l’on agit sur le réel, nous entrons dans une réalité spécifique, intérieure et éphémère, caractérisée par son intensité passagère. Ces expériences, aussi enrichissantes soient-elles, ne produisent pas un bonheur durable, car leur nature est intrinsèquement limitée dans le temps et dépendante des conditions de l’action. Il semble donc problématique d’affirmer que le développement de soi par le flow conduit à une satisfaction continue ou permanente.

Selon ChatGPT, le bénéfice d’étendre sa capacité à vivre des expériences optimales « permet de transformer la vie quotidienne en un terrain de plaisir intrinsèque, de maîtrise, de concentration et de sens, en réduisant la dépendance aux circonstances extérieures et en créant un cercle vertueux de développement personnel. »

Carte mentale de l’expérience optimale générée par ChatGPT

Carte mentale de l’expérience optimale par ChatGPT

Voici un passage du chapitre LA PENSÉE HEUREUSE de mon essai et témoignage de gouvernance personnelle intitulé J’AIME PENSER.

La pensée heureuse

« Et si le bonheur, le vrai, se trouvait ailleurs que dans la maximisation des plaisirs? S’il se trouvait plutôt dans « une manière d’être déterminée à la fois par le bon ordre de l’âme et le bien agir »,1 comme certains philosophes grecs le définissaient dans leur éthique, « sous le nom d’eudaimonia »,2 « qui associe étroitement la poursuite de la moralité et celle de la félicité »,3 « Il ne s’agit aucunement du sentiment subjectif du bonheur »,4 ou du « bonheur comme la maximisation d’états subjectifs excellents ».5 Nous laisserons « le bon ordre de l’âme » à un autre chapitre pour nous concentrer sur « le bien agir » et le rejet des plaisirs comme source du bonheur. »

« Les philosophes cyrénaïques semblent avoir, un siècle avant Épicure, critiqué une telle conception du bonheur-plaisir. Eux-mêmes soulignaient que le plaisir est la fin de toute action, mais refusaient pour cette raison d’assimiler bonheur et plaisir, parce que les satisfactions du plaisir ont un caractère rhapsodique et détaché que ne peut avoir le bonheur. Le bonheur ne peut donc être défini comme plaisir ou sommation de plaisirs. » ( Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 151.)

  1. Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 150.
  2. Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 150.
  3. Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 150.
  4. Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 150.
  5. Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 150.

Si le bonheur n’égale pas plaisir, l’un et l’autre sont tout de même en relation, une relation à soumettre à la sagesse :

« Dans le Gorgias, Socrate évoque la vie de l’homme sage qui limite ses désirs à ceux qu’il est possible de satisfaire et connaît ainsi une forme de tranquillité qui lui garantirait le bonheur, en l’immunisant contre l’insatisfaction et la perte. Cette conception se retrouve dans la pensée cynique. Le bonheur semble y être défini comme le fait de vivre, après une forme d’ascèse physique ou mentale de ses désirs, en agrément avec la nature ou en conformité avec la raison. L’essence du bonheur est une maîtrise de soi qui se manifeste par la capacité à vivre bien en toute circonstance imaginable. »

Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 151.

La sélection des désirs par la raison dans un exercice de maîtrise de soi permet d’atteindre le bonheur. La capacité à vivre bien devient la capacité à rationaliser et s’oppose à la capacité à éprouver du plaisir :

« Pour Aristote, le bonheur correspond à l’état d’actualisation le plus parfait de la plus excellente des capacités humaines. Mais une telle définition du bonheur s’oppose résolument à l’hédonisme. Aristote montre ainsi que la caractéristique la plus proprement humaine que la vie heureuse doit refléter n’est pas la capacité à éprouver du plaisir, mais l’exercice de la faculté rationnelle. »

Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 152.

Où est passé le plaisir dans ce bonheur, somme toute, rationnel? Il est dans l’acte de pensée et la satisfaction de ce plaisir procure la vertu, « l’énergie morale », la « force d’âme » ( Disposition constante à accomplir une sorte d’actes moraux par un effort de volonté. Le Petit Robert.)

« La définition la plus générale de l’eudaimonia est donc le fait d’accomplir certains actes, d’être une certaine personne, de mener une certaine vie. Le bon état de l’âme conduit au bonheur et la vertu est la seule récompense. C’est le sens profond de l’eudémonisme grec. À l’existence d’un lien conceptuel entre la vertu et le bonheur s’ajoute la certitude que l’une et l’autre sont toujours compatibles pratiquement. On peut être heureux tout en étant vertueux au sens où aucune souffrance ne peut déposséder l’individu de sa vertu, source objective de son bonheur. Une telle interdépendance de la vertu et du bonheur peut prendre des sens différents. La vertu peut suffire au bonheur, sans qu’on ait besoin d’y ajouter quoi que ce soit (c’est la position strictement socratique que les Stoïciens ont reprise). »

Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 152.

Le plaisir subjectif a définitivement cédé sa place à une « source objective du bonheur », la vertu. Le bonheur, c’est de ne pas agir contre son meilleur jugement, poussé par le plaisir, la peine ou la peur :

« Le bonheur est donc une fin ultime qui permet d’expliquer nos actions et nos désirs. Car il n’y a que le bonheur pour lequel il n’est pas légitime de demander : « En vue de quoi avez-vous fait cela? ». Socrate faisait de la rationalité la seule source de l’action morale. En conséquence l’« incontinence » (akrasia), ou le fait d’agir contre son meilleur jugement, poussé par le plaisir, la peine ou la peur, n’existe pas. De plus, personne ne peut agir volontairement contre la vertu, car c’est là ne pas respecter ce qui importe le plus à son âme. »

Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, pp. 152-153.

La meilleure explication de nos actes tiendra de la haute intention, le bien-être. Aussi, « l’intentionnalité de l’action est toujours liée au fait que celle-ci procède d’un jugement sur le bien » (Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 153.) et seule la raison peut porter un tel jugement et ainsi motiver les actions :

« Le sage stoïcien, s’il existe, sait toujours ce qu’il est approprié de faire en toutes circonstances et doit pouvoir agir conformément à ce savoir. Les Stoïciens ont montré qu’il existait un lien direct entre les croyances relatives au bien et l’action. Seule la raison motive les actions : il suffit donc de consentir à l’impression rationnelle qui présente la description d’une action à accomplir ou à éviter. L’action est juste si la proposition qui la motive est vraie. Il n’y a pas de faiblesse de la volonté, mais il y a en revanche des erreurs de raisonnement, lorsqu’on acquiesce à des propositions qui présentent comme bon un autre objet que la vertu ou la rationalité. »

Brunschwig, Jacques et Lloyd, Geoffrey, Le savoir grec – Dictionnaire critique, Flammarion, 1996, p. 154.

C’est dans ce lien avec le bien que le bonheur prend véritablement tout son sens : le bien-être! Il n’est pas d’autre plaisir d’être et de vivre que le bien-être. C’est lorsque le bonheur est associé au bien que je suis à l’aise avec la quête du bonheur qui se résume en fait à la recherche de la pensée heureuse. C’est bien de se faire plaisir si le plaisir est le bien, en pensée et en acte.

L’argument « Tout le monde se fait plaisir, il n’y a pas de raison pour ne pas vous aussi vous faire plaisir » nous invite à trouver le bonheur dans le conformisme :

« Il est ainsi possible de trouver le bonheur dans le conformisme, puisque celui-ci évite la punition sociale et crée les besoins acquis qu’il saura justement satisfaire. Des sociétés qui ont établi leurs échelles hiérarchiques de dominance, donc de bonheur, sur la production des marchandises, apprennent aux individus qui les composent à n’être motivés que par leur promotion sociale dans un système de production de marchandises. Cette promotion sociale décidera du nombre de marchandises auquel vous avez droit, et de l’idée complaisante que l’individu se fera de lui-même par rapport aux autres. Elle satisfera son narcissisme. Les automatismes créés dès l’enfance dans son système nerveux n’ayant qu’un seul but, le faire entrer au plus vite dans un processus de production, se trouveront sans objet à l’âge de la retraite, c’est pourquoi celle-ci est rarement le début de l’apprentissage du bonheur, mais le plus souvent celui de l’apprentissage du désespoir. »

Laborit, Henri, L’éloge de la fuite, (© Édition Robert Laffont, S.A., Paris, 1976), Éditions Gallimard, Collection Folio / Essais, 1997, p. 97.

Où alors trouver la pensée heureuse si ce n’est pas dans la conformité à l’idée de plaisir et de bien proposée par notre système de production de marchandises ? Je vous l’ai déjà révélé : dans l’imaginaire car lui seul « crée le désir d’un monde qui n’est pas de ce monde ». (Laborit, Henri, L’éloge de la fuite, (© Édition Robert Laffont, S.A., Paris, 1976), Éditions Gallimard, Collection Folio / Essai, 1997, p. 99.)

« L’imaginaire s’apparente ainsi à une contrée d’exil où l’on trouve refuge lorsqu’il est impossible de trouver le bonheur parce que l’action gratifiante en réponse aux pulsions ne peut être satisfaite dans le conformisme socioculturel. C’est lui qui crée le désir d’un monde qui n’est pas de ce monde. Y pénétrer, c’est « choisir la meilleure part, celle qui ne sera point enlevée ». Celle où les compétitions hiérarchiques pour l’obtention de la dominance disparaissent, c’est le jardin intérieur que l’on modèle à sa convenance et dans lequel on peut inviter des amis sans leur demander, à l’entrée, de parchemin, de titres ou de passeport. C’est l’Éden, le paradis perdu, où les lys des champs ne filent, ni ne tissent. On peut alors rendre à César ce qui est à César et à l’imaginaire ce qui n’appartient qu’à lui. On regarde, de là, les autres vieillir prématurément, la bouche déformée par le rictus de l’effort compétitif, épuisés par la course au bonheur imposé qu’ils n’atteindront jamais. »

Laborit, Henri, L’éloge de la fuite, (© Édition Robert Laffont, S.A., Paris, 1976), Éditions Gallimard, Collection Folio / Essai, 1997, p. 98.

Lié au bien, le bonheur relève plus spécifiquement de notre échelle de valeurs :

« Finalement, on peut se demander si le problème du bonheur n’est pas un faux problème. L’absence de souffrance ne suffit pas à l’assurer. D’autre part, la découverte du désir ne conduit au bonheur que si ce désir est réalisé. Mais lorsqu’il l’est, le désir disparaît et le bonheur avec lui. Il ne reste donc qu’une perpétuelle construction imaginaire capable d’allumer le désir et le bonheur consiste peut-être à savoir s’en contenter. Or, nos sociétés modernes ont supprimé l’imaginaire, s’il ne s’exerce pas au profit de l’innovation technique. L’imagination au pouvoir, non pour réformer mais pour transformer, serait un despote trop dangereux pour ceux en place. Ne pouvant plus imaginer, l’homme moderne compare. Il compare son sort à celui des autres. Il se trouve obligatoirement non satisfait. Une structure sociale dont les hiérarchies de pouvoir, de consommation, de propriété, de notabilité, sont entièrement établies sur la productivité en marchandises, ne peut que favoriser la mémoire et l’apprentissage des concepts et des gestes efficaces dans le processus de la production. Elle supprime le désir tel que nous l’avons défini et le remplace par l’envie qui stimule non la créativité, mais le conformisme bourgeois ou pseudo-révolutionnaire.

Il en résulte un malaise. L’impossibilité de réaliser l’acte gratifiant crée l’angoisse, qui peut déboucher parfois sur l’agressivité et la violence. Celles-ci risquent de détruire l’ordre institué, les systèmes hiérarchiques, pour les remplacer d’ailleurs immédiatement par d’autres. La crainte de la révolte des malheureux a toujours fait rechercher par le système de dominance l’appui des religions, car celles-ci détournent vers l’obtention dans l’au-delà la recherche d’un bonheur que l’on ne peut pas atteindre sur terre, dans une structure socio-économique conçue pour établir et maintenir les différences entre les individus. Différences établies sur la propriété matérielle des êtres et des choses, grâce à l’acquisition d’une information strictement professionnelle plus ou moins abstraite. Cette échelle de valeurs enferme l’individu sa vie durant dans un système de cases qui correspond rarement à l’image idéale qu’il se fait de lui-même, image qu’il tente sans succès d’imposer aux autres. Mais il ne lui viendra pas à l’idée de contester cette échelle. Il se contentera le plus souvent d’accuser la structure sociale de lui avoir interdit l’accès aux échelons supérieurs. Son effort d’imagination se limitera à proposer de la renverser pour, ensuite, la redresser à l’envers de façon à ce que ceux qui produisent les marchandises soient en haut et puissent en profiter. Mais ceux qui sont au haut de l’échelle aujourd’hui sont ceux qui imaginent les machines, seul moyen de faire beaucoup de marchandises en peu de temps. Si on renverse l’échelle, tout tournant encore autour de la production, l’absence de motivations chez ceux que la productivité récompensait avant, risque fort de supprimer toute productivité. Il semble bien que l’on ne puisse sortir de ce dilemme qu’en fournissant une autre motivation, une autre stratégie aux hommes dans leur recherche du bonheur.

Puisqu’il tient tant au cœur de l’individu de montrer sa différence, de montrer qu’il est un être unique, ce qui est vrai, dans une société globale, ne peut-on lui dire que c’est dans l’expression de ce que sa pensée peut avoir de différent de celle des autres, et de semblable aussi, dans l’expression de ses constructions imaginaires en définitive qu’il pourra trouver le bonheur. Mais il faudrait pour cela que la structure sociale n’ait pas, dès l’enfance, châtré cette imagination pour que sa voix émasculée se mêle sans discordance aux chœurs qui chantent les louanges de la société expansionniste. »

Laborit, Henri, L’éloge de la fuite, (© Édition Robert Laffont, S.A., Paris, 1976), Éditions Gallimard, Collection Folio / Essai, 1997, pp. 100-102.

S’arrêter à accuser les motivations de la société expansionniste ne me paraît pas suffisant; ces motivations en cachent bien d’autres, plus profondes et plus déterminantes encore. Aussi, pour trouver une différence réelle dans sa pensée, il faut revoir son échelle de valeurs car, pour le moment, elle semble davantage être pareille que différente des autres avec lesquelles nous vivons, au moins, en ce qui a trait à la priorité des priorités : moi, je, me, moi.

La concentration sur soi est une valeur très répandue et, sous son influence, « la quête du bonheur devient un projet malheureux » :

« J’espère que ce point est tout à fait clair. La poursuite sérieuse de la santé physique peut devenir une obsession malsaine. De la même façon, un homme ou une femme qui recherchent avec trop de sérieux la santé ou la plénitude mentale, cheminent dans la mauvaise direction. La quête sérieuse du bonheur devient un projet malheureux.

Il existe une raison principale à cela. Le bonheur et la plénitude personnelle font partie de ces choses qui ne peuvent être recherchées directement. Ils sont les résultats secondaires d’autres quêtes. Plus vous essayez de les rechercher directement, plus ils vous échappent. Nous sommes le plus heureux lorsque nous sommes pris entièrement par un jeu, un loisir ou une conversation et que nous avons, l’espace d’un instant, oublié notre quête du bonheur. C’est la raison pour laquelle l’importance donnée à la prise de conscience de soi, prescription courante pour atteindre le bonheur, mène souvent sur le chemin de l’échec personnel. Le bonheur vient plus fréquemment lorsque l’attention est concentrée sur quelque chose d’extérieur au moi. Si nous nous intéressons véritablement à la recherche du bonheur, il nous faut considérer avec sérieux presque tout, courses de chevaux, gastronomie, amour, sauf nous-mêmes.

Une autre remarque. Il existe peu de gens capables de rechercher la réalisation de leur moi sans dévaluer celui des autres. L’un des signes particuliers de l’homme qui concentre son attention sur lui-même est le peu d’intérêt qu’il manifeste à l’égard des autres individus ou autres choses. En fin de compte, il ne considère les préoccupations extérieures intéressantes que dans la mesure où elles servent la réalisation de sa propre personne. Elles deviennent de simples moyens pour parvenir à ses fins : les instruments dont on se débarrasse après utilisation. Ce type d’attitudes, bien sûr, tend en réalité à détruire toute chance de réalisation. Le moi ne devient nullement plus intéressant à mesure que décroît l’intérêt pour le monde extérieur : il ne devient que plus exigeant et plus impatient. Bien vite, l’homme qui s’est mis à poursuivre son moi y découvre un fardeau tel qu’il recherche désespérément à s’en débarrasser. Il se tourne vers la drogue ou l’alcool ou tout autre anesthésique.

Voici le problème exposé dans ses grandes lignes. Permettez-moi d’utiliser un exemple cinématographique pour lui donner plus de consistance. The Mirror Crack’d (Le Miroir Brisé), film adapté d’un roman d’Agatha Christie, met en contraste deux types de personnes. Une équipe cinématographique hollywoodienne arrive dans un village anglais pour faire un film. Les gens de Hollywood sont narcissistes au plus haut point et cependant l’anxiété les oppresse, si bien qu’ils s’en remettent aux médicaments. Ils n’ont d’intérêt qu’en eux-mêmes, tandis que les personnages du petit village anglais possèdent un regard d’amateurs pour toutes choses. Mlle Marple, par exemple, est toujours en train de jardiner, de faire du crochet, du pain, ou encore de s’enquérir des affaires des voisins. Son centre d’intérêt se porte à l’extérieur d’elle-même et ainsi fait d’elle un excellent détective amateur. Elle peut considérer objectivement toute situation parce qu’elle est profondément attachée aux réalités objectives : sa curiosité ne s’arrête pas à sa propre personne.

Un amateur, est-il besoin de le rappeler, est un ‘amoureux’. Ce mot dénote un vif intérêt pour le monde, un soin attentionné pour ce qui est extérieur à soi-même. Lorsque nous perdons notre côté amateur, nous commençons à perdre notre capacité d’aimer. C’est ce qui semble être arrivé aux gens de Hollywood dans cette histoire. Quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, ils sont experts. Ils connaissent tous les coins et recoins de leurs besoins et préoccupations, résultat soit d’années d’analyse, soit simplement de vie dans une société psychologique. Ce qu’ils ont perdu, c’est cet amateurisme de bon aloi qui permet d’apprécier le reste de la vie.

Il y a un autre point qu’il faut remarquer au sujet du film. L’histoire se situe dans les années cinquante. D’une certaine manière, c’était il y a très peu de temps. Mais d’un autre côté, cela semble appartenir à un siècle déjà oublié. L’Angleterre rurale était encore à un stade de société pré-psychologique. En fait, il en était ainsi de certaines grandes régions rurales d’Amérique. Toutefois, à cette époque, Hollywood avait déjà été envahie de part en part par la psychologie. Ainsi, les acteurs et les villageois sont-ils séparés non seulement parce qu’ils représentent deux cultures différentes, mais aussi parce qu’ils vivent à deux époques différentes. Les villageois anglais vivent encore dans un univers préfreudien.

Une question s’impose très logiquement ici : « N’y a-t-il donc personne qui soit parvenu à la réalisation? » La réponse est : bien sûr que si. Nous connaissons tous des individus dont la vivacité et l’aisance naturelle au-dessus de la moyenne nous frappent. En outre, ils semblent posséder un intérêt authentique pour le monde au sens large du terme. Ils ont aussi la capacité de nous rendre davantage conscients de nous-mêmes. J’aimerais simplement observer que lorsque l’on rencontre cet être authentique et non pas tout bonnement un simulateur, vous pouvez parier que le chemin qu’il a parcouru n’a pas été celui de la concentration sur le moi.

L’argument jusqu’ici est triple : 1. la tentative de donner la suprématie au moi – un substitut de Dieu – fait peser sur nous un fardeau énorme; 2. la concentration sur le moi conduit à l’échec personnel puisqu’elle mène non à la réalisation du moi mais à une certaine gravité de la personne; 3. la préoccupation de sa personne conduit à une perte d’intérêt pour le monde et rend à son tour le moi moins intéressant. »

KILPATRICK, William KIRK, Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne, pp. 72-75.

Pour attraper le bonheur, ma pensée doit se concentrer ailleurs que sur mon moi pour ainsi porter un regard amateur sur autrui et sur le monde. Autrement, seule la pensée malheureuse vient à l’esprit.

Bref, c’est lorsque nous nous oublions que nous ressentons le bonheur, une joie de vivre. Regarder les gens jouant aux cartes. Ils ne pensent pas à eux-mêmes. Ils se concentrent sur le jeux et les interactions entre eux. Ils sont heureux.

Dans l’expérience optimal, le piège est de vivre que pour soi, que pour son plaisir, même dans ses liens avec les autres. Le soi domine tout votre Être.

Bonheur et joie ne doivent pas être confondus. Voici le chapitre LA PENSÉE JOYEUSE de mon essai J’AIME PENSER :

La pensée joyeuse

Pour donner à rire à l’intelligence – « La pensée joyeuse » dont je veux parler, c’est la pensée qui provoque l’euphorie, une « impression intense de bien-être général », un « sentiment de bien-être et de joie ». C’est le sentiment que j’éprouve parfois lorsque j’écris et j’en ai des frissons rien qu’à y penser. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de traduire parfaitement mes pensées et mes idées en des mots et des phrases, sans aucune distorsion. J’ai l’impression d’écrire exactement ce que je pense, ce que je comprends. Je ne suis plus embêté par mes limites de maîtrise de ma langue; je m’y accorde et je cherche des mots plus précis, sans perdre mes idées. Parfois, je laisse tomber et j’abuse des verbes « être » et « avoir » et les « qui », « que » et autres conjonctions s’accumulent parce que l’enchaînement des idées et la logique me surprennent comme si j’étais spectateur de mes écrits. Ça coule tout seul. Je suis en proie à une grande euphorie et je ne peux la contenir très longtemps : j’éclate de rire ! La pensée joyeuse m’envahit et me procure un état d’extase sans pareil. Dans ces moments-là, je n’ai même plus l’impression d’être là, d’exister. Je me lis avec étonnement et je me dis souvent : « Est-ce vraiment moi qui ai écrit ça? », sans prétention, sans même un brin de fierté, mais avec un contentement évident et une grande joie. Après coup, c’est vrai, je ressens une certaine fierté mais avec une grande prudence car j’hésite à prendre le crédit du résultat, tellement il m’apparaît dépasser mes capacités habituelles. En fait, j’ai l’impression, dans ces moments-là, que mon esprit fut guidé par un autre esprit, mais que cela reste entre vous et moi. Chose certaine, je ne suis pas d’un naturel enjoué, au contraire, je suis plutôt dépressif, quoique je garde toujours une réserve de confiance en moi. Ainsi, j’ai l’impression que la pensée joyeuse vient d’ailleurs lorsqu’elle me gagne. À l’occasion, j’éprouve la même euphorie à la lecture d’un livre, au visionnement d’un film,…, qui ravit ma pensée.

Jusqu’à tout récemment, en fait, avant que je lise « L’intelligence émotionnelle » de Daniel Goleman, je ne m’étais jamais interrogé sur ces euphories. Il rapporte ceci :

« Voici comment un compositeur décrit ces instants où il travaille avec le plus d’aisance :

On est dans un tel état d’extase que l’on n’a presque pas l’impression d’exister. Cela m’arrive souvent. Ma main paraît écrire toute seule, comme si je n’avais rien à voir avec ce qui se passe. Je reste assis à contempler tout cela avec admiration et étonnement. Ça coule tout seul. ((Note originale de l’auteur) Mihaly Csikszentmihalyi, « Play and Intrinsic Rewards », Journal of Humanistic Psychology 15, 3, 1975.)

Cette description ressemble de près à celles de centaines d’hommes et de femmes ? alpinistes, champions d’échecs, chirurgiens, joueurs de basket, ingénieurs, dirigeants d’entreprise et même documentalistes ? quand ils parlent d’un de ces moments privilégiés où ils se sont surpassés. L’état qu’ils décrivent a été nommé « fluidité » par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui recueille depuis plus de vingt ans des témoignages sur ces « performances exceptionnelles ». (note originale de l’auteur) Id. (Mihaly Csikszentmihalyi), Flow : The Psychology of Optimal Experience, 1re édition, Harper and Row, New York, 1990.) Les athlètes appellent cet état de grâce la « zone » ? c’est le moment où l’excellence ne demande plus d’effort, où les spectateurs et les concurrents s’effacent dans le bonheur de l’instant. Diane Roffe-Steinrotter, médaille d’or aux Jeux olympiques d’hiver de 1994, a affirmé ensuite qu’elle ne gardait aucun souvenir de l’épreuve de descente, si ce n’est qu’elle était totalement détendue : « J’avais l’impression d’être une chute d’eau. » ((Note originale de l’auteur) « Like a Water-fall », News-week, 28 février 1994.)

La fluidité, c’est le summum de l’intelligence émotionnelle : les émotions mises au service de la performance ou de l’apprentissage. Celles-ci ne sont pas seulement maîtrisées et canalisées, mais aussi positives, chargées d’énergie et appropriées à la tâche à accomplir. Quand on est aux prises avec l’ennui de la dépression ou l’agitation de l’anxiété, la fluidité est hors d’atteinte. Pourtant, tout le monde ou presque connaît de temps à autre l’expérience de la fluidité (ou d’une microfluidité plus modérée) quand on donne le meilleur de soi ou que l’on va au-delà de ses limites habituelles. C’est peut-être l’extase de l’amour physique, quand deux êtres deviennent une unité fluide, qui en cerne le mieux la nature.

C’est une expérience merveilleuse; le sceau de la fluidité, c’est le sentiment de joie spontanée, voire le ravissement. Parce que la fluidité procure un bien-être intense, elle est intrinsèquement gratifiante. Quand l’individu s’absorbe complètement dans ce qu’il fait, y consacre la totalité de son attention, sa conscience se confond avec ses actions. D’ailleurs, la fluidité est brisée si l’on réfléchit trop à ce qui se passe ? le simple fait de penser « C’est merveilleux » suffit à mettre un terme à la sensation. L’attention est si focalisée que la personne n’a conscience que du champ de perception étroit lié à ce qu’elle est en train de faire et perd toute notion du temps et de l’espace. Un chirurgien, par exemple, se souvenait d’une opération délicate au cours de laquelle il s’était trouvé dans un état de ce genre; à la fin de l’intervention, il vit par terre des morceaux de plâtre et demanda d’où ils provenaient. Il fut surpris d’apprendre qu’un morceau du plafond s’était détaché, il ne s’était rendu compte de rien.

Dans l’état de fluidité, l’individu ne pense plus à lui-même. Au lieu de se laisser envahir par une anxiété nerveuse, l’individu fluide est si absorbé par ce qu’il fait qu’il perd entièrement conscience de lui-même et oublie les petits tracas de la vie quotidienne. En ce sens, dans ces moments-là, la personne est dépourvue d’ego. Paradoxalement, les gens en état de fluidité maîtrisent parfaitement ce qu’ils font, leurs réactions sont parfaitement adaptées aux besoins changeants de leur tâche. Et, bien qu’ils soient au sommet de leur performance, ils ne se demandent pas s’ils vont réussir ou échouer, c’est le pur plaisir de l’acte qui les motive. »

Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 121-122.

Certes, je ne me reconnais aucune grande performance et l’excellence demeure à venir, mais rien n’empêche que si les moments de fluidité vont en grandissant, alors je ne porterai plus à terre, et moi qu’on accuse déjà d’avoir la tête dans les nuages, qu’est-ce que ce sera?

Mais je puis vous confirmer que dans ces moments de fluidité, je ne me demande pas si je vais « réussir ou échouer », être ou non édité, « c’est le pur plaisir de l’acte », penser puis écrire, qui me motive. Comment atteindre l’état de fluidité ?

« Il y a plusieurs façons d’atteindre l’état de fluidité. L’une d’elles consiste à se concentrer intensément sur la tâche à accomplir, une grande concentration est l’essence même de la fluidité. Il semble exister une boucle de rétroaction à l’entrée de cette zone, des efforts considérables peuvent être nécessaires pour parvenir à se détendre et à se concentrer, et ce premier pas réclame une certaine discipline. Mais, lorsque l’attention commence à se focaliser, elle acquiert une force propre qui permet à l’individu de s’abstraire du tourbillon des émotions et d’accomplir sa tâche sans effort.

On peut aussi atteindre l’état de fluidité lorsqu’on est engagé dans un travail pour lequel on est compétent, mais qui exige un certain effort. Comme l’a dit Csikszentmihalyi, « les gens semblent se concentrer mieux lorsque la tâche est un peu plus exigeante que d’ordinaire et qu’ils sont capables de donner davantage d’eux-mêmes. Si c’est trop facile, ils s’ennuient. Si c’est trop difficile, ils deviennent anxieux. La fluidité apparaît dans cette zone délicate délimitée par l’ennui et l’anxiété ((Note originale de l’auteur) J’ai interviewé le Dr Csiks-zentmihalyi, dans le New York Times, 4 mars 1996.) ».

Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, pp. 122-123.

Autrement dit, pour notre propos dans ce livre, le pur plaisir de penser ne viendra pas car, si l’acte est trop facile, penser sera ennuyeux, et si l’acte est trop difficile, penser sera angoissant. Dans ces conditions, même en tentant de faire un premier pas avec la meilleure discipline du monde; nous allons à contre-courant de la pensée joyeuse.

L’ennui crée une tension nerveuse, tout comme l’anxiété (ou l’angoisse) et cela empêche de nous oublier nous-mêmes, de nous concentrer sur autre chose et, par conséquent, de trouver du plaisir à penser. Mais, il ne s’agit pas d’éliminer complètement la tension nerveuse, d’être au neutre, mais de trouver le degré minimum pour un résultat maximum.

« La relation entre l’anxiété et les résultats obtenus, y compris les résultats intellectuels, constitue une courbe en forme de U renversé. Au sommet, la relation est optimale, un minimum de tension nerveuse amenant des résultats remarquables. Mais une tension insuffisante ? la branche ascendante du U renversé ? rend l’individu apathique ou ne le motive pas assez pour qu’il fournisse l’effort requis alors qu’une anxiété excessive ? l’autre branche du U ? réduit à néant tous ses efforts.

Un état de légère exaltation, ce que les psychologues nomment l’hypomanie, semble idéal pour les écrivains et les autres personnes engagées dans des activités créatrices qui exigent souplesse de pensée et imagination; cet état se trouve près du sommet de la courbe en U. Mais si cette euphorie échappe à tout contrôle pour devenir une véritable agitation, comme chez les maniaco-dépressifs, celle-ci empêchera de penser de manière assez cohérente pour bien écrire, même si le flot des idées circule librement ? en fait trop librement pour suivre l’une d’elles assez loin et lui donner une forme achevée. »

Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 114.

C’est la distance entre les deux pattes du U renversé qui crée la tension imagée ainsi par l’auteur. Trop rapprochées ou trop éloignées, le sommet du U cédera, vers le haut ou vers les bas, avec le même résultat : il n’y a plus rien de joyeux à l’acte de penser.

Pour trouver une solution à ce problème, ou à un autre, il faut libérer de la tension en trouvant le moyen de rire pour disposer à nouveau positivement notre esprit :

« Tant qu’elles durent, les dispositions d’esprit positives augmentent l’aptitude à penser avec souplesse et facilitent ainsi la résolution de problèmes, qu’ils soient théoriques ou interpersonnels. Une bonne façon d’aider quelqu’un à surmonter une difficulté consiste à lui raconter une histoire drôle. Le rire, comme la bonne humeur en général, libère la pensée, facilite les associations d’idées et permet ainsi de découvrir des relations qui, autrement, auraient pu passer inaperçues, et cette faculté mentale est importante non seulement d’un point de vue créatif, mais aussi parce qu’elle aide à saisir des relations complexes et à prévoir les conséquences d’une décision donnée. »

Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 114.

Curieux à dire, mais le rire amènera à la pensée joyeuse, comme l’idée incline à l’acte. Et rien ne vaut plus que de rire de soi-même, y compris de cet état de tension dans lequel nous nous sommes nous-mêmes placés. Le surplus d’anxiété, de stress ou de trac destructeur, devrait nous chatouiller l’esprit et nous donner ne serait-ce qu’un sourire en coin. Il faut dédramatiser notre tension nerveuse. Je ne conseille pas ici de la prendre à la légère, de faire semblant de rien avec un rire nerveux, insignifiant ou carrément niaiseux. Je propose plutôt un rire sincère de soi-même. Après tout, c’est le problème qui mérite notre respect, pas la tension qu’il crée en nous.

C’est vrai, nous avons tendance à juger l’ampleur d’un problème d’après la tension qu’il nous donne à ressentir. C’est une erreur. À l’instant où j’écris ces lignes, notre laveuse est brisée et nous ne disposons pas de l’argent pour la réparer. L’idée d’avoir à nouveau à laver nos vêtements à la main dans le bain nous répugne, ne serait-ce qu’une seule fois. Le problème crée une grande tension, chez moi et chez mon épouse. Mais nous devons admettre que notre tension est plus grande que notre problème et qu’elle nous empêche sûrement d’y trouver une solution imaginative. Il n’y a pourtant pas de quoi rire, si ce n’est le conseil du réparateur au téléphone qui nous invite à utiliser notre laveuse jusqu’à ce qu’elle cesse complètement de fonctionner. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il faudrait la sortir dehors car une fumée noire s’échappe du moteur. J’imagine la laveuse sur le perron avec les voisins se demandant si elle ne carbure pas au diesel. J’y pense, je pourrais peut-être relier notre laveuse avec le moteur d’une tondeuse et un pot d’échappement à l’extérieur, comme la sécheuse. « C’est pas drôle », diront les plus dramatiques en pensant que nous n’avons même pas les moyens de réparer notre laveuse, tout en portant un jugement sur notre pauvreté. Pourtant, je suis certain que ces derniers disposent déjà d’une solution, elle est davantage théorique que pratique. Heureusement, nous avons trouvé à rire et ainsi évité d’être paralysés par notre tension pour garder le cap sur la recherche d’une solution pratique. Nous conservons notre calme et trouvons ainsi le moyen de bien dormir, malgré tout.

Aujourd’hui, je puis vous annoncer qu’une solution nous fut proposée par un organisme de charité : un prêt nous est consenti pour l’achat d’une laveuse usagée que nous pourrons rembourser selon nos moyens. Notre calme n’est pas étranger à la confiance que cet organisme nous manifeste. Si nous avions dramatisé au point de perdre les pédales, il aurait été normal de penser que nous laissions la tension prendre le dessus et, de là, qu’il en allait de même, avec notre budget.

Certes, rire de notre situation nous a permis de garder notre calme mais ce ne fut pas l’euphorie de la pensée joyeuse dont je vous parlais plus haut. En revanche, je ne vois pas comment celui ou celle qui ne vaut pas une risée pourrait accéder à la pensée joyeuse. Car cette dernière demande, non pas de se prendre au sérieux, mais plutôt de prendre au sérieux ce que l’on fait, de façon à s’y fondre, à s’oublier dans l’acte de penser ou tout autre acte de travail.

Comme je vous le disais, j’ai moi-même tendance à dramatiser et je constate que plusieurs personnes au sein de la société suivent la même tendance.

Personnellement, je dramatise par anticipation du pire si une solution n’est pas apportée à temps. Je n’ose pas avouer que cela me motive à vite trouver une solution puisque mes anticipations ont tout pour me perturber. Chose certaine, je suis très rarement surpris par le pire : ou je l’avais prévu car, comme vous, je ne contrôle pas tout, et parfois je ne peux tout simplement pas l’éviter, ou il y a toujours pire car mon imagination est passée maître dans les scénarios catastrophes. Pour moi, dramatiser, c’est prendre du recul pour situer le problème dans la perspective d’une solution qu’importe l’ampleur qu’il pourrait prendre.

Évidemment, la dramatisation ne règle pas le problème pour autant, mais elle me donne le recul utile pour distinguer très nettement la tension créée par le problème du problème lui-même. Plus je dramatise ou plus j’anticipe le pire, plus je dois me rendre à l’évidence que mon problème exerce une grande tension sur moi. Comprenez-moi bien : le fait de dramatiser ne crée pas la tension mais du recul face à la tension alors considérée comme la source de la dramatisation. Bref, la tension précède la dramatisation.

Pour me concentrer sur le problème, je dois donc évacuer cette tension. En dramatisant moins ? Non. Ça ne marche pas car je me sens insécurisé face à l’ampleur actuelle et possiblement à venir du problème. En fait, je crains qu’un aspect du problème échappe au contrôle que je peux exercer. J’ai trouvé dans le rire la seule solution pratique à effet rapide. Or, impossible de rire de soi et de son problème sans le recul acquis de la dramatisation.

Plus encore, comme le soulignait monsieur Goleman, le rire facilite les associations d’idées utiles pour dénicher des solutions à des problèmes qui demandent de l’imagination. Il donne cet exemple :

« Une étude a montré que les personnes qui viennent de voir des vidéogags résolvent plus facilement un problème utilisé depuis longtemps par les psychologues pour tester l’imagination des gens ((Note originale de l’auteur) Alice Isen et al., « The In-fluence of Positive Affect on Clinical Problem Solving », in Medical Decision Mak-ing, juillet-septembre 1991.) : on donne aux sujets une bougie, des allumettes et une boîte de punaises, et on leur demande de fixer la bougie à un mur de sorte qu’en brûlant la cire ne coule pas par terre. La plupart des gens abordent le problème en ne considérant que l’utilisation habituelle des objets dont ils disposent. Ceux qui ont vu les vidéogags comprennent plus facilement qu’il existe une manière inhabituelle de se servir de la boîte contenant les punaises, et certains aboutissent à une solution inédite : ils fixent la boîte au mur et y placent la bougie. »

Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, Paris, 1997, p. 115.

Généralement, nous ne sommes pas disposés à rire lorsqu’un problème occupe notre esprit, pas même à prêter notre attention à des vidéogags. Nous sommes davantage portés à croire qu’il faut être sérieux pour trouver la solution à un problème, être sérieux pour prendre le problème au sérieux. Cette attitude sérieuse est le vrai drame car le recul ne sera que rationnel alors qu’il doit aussi et surtout être émotionnel. Nous luttons ici contre l’anxiété paralysante, une émotion de la famille de la peur, et contre la dépression, membre de la famille de la tristesse. Faire preuve de tout le sérieux du monde ne diminuera jamais la tension comme un rire sincère. Être trop sérieux peut avoir le même effet que de perdre son calme : paralyser l’imagination.

Combien de fois entendons-nous des gens témoigner de leurs quêtes de solutions à des problèmes en ces termes : « La solution était là, devant moi, mais je ne la voyais pas ». Trop sérieux ou trop énervés, ils n’ont rien vu jusqu’à ce qu’ils rient un peu, se détendent et se calment. D’ailleurs, c’est souvent avec le sourire aux lèvres qu’ils relatent les événements.

Si vous n’avez pas tendance à rire de vous-mêmes et de vos problèmes, il faut un effort pour cultiver une nouvelle attitude. D’abord, vous devez être témoin de la tension qu’un problème exerce sur vous. Un problème peut vous ennuyer au point de créer en vous une tension en raison de l’absence de défi. Difficile de supporter l’ennui, plus spécifiquement, de prêter toute l’attention nécessaire pour résoudre un problème qui nous ennuie. Dans le cas de l’anxiété, c’est le contraire; le défi semble trop grand pour notre capacité. Dans un cas comme dans l’autre, il faut déterminer d’où vient la tension, de trop d’ennui ou de trop d’anxiété, de l’absence de défi ou d’un trop grand défi ?

Le danger de se concentrer sur l’ennui ou l’anxiété est évident : être encore plus ennuyé ou anxieux. C’est sur la tension elle-même qu’il faut se concentrer, c’est elle qu’il faut évacuer. Tendu, on ne pourra pas régler le problème de l’ennui ou de l’anxiété et encore moins le problème qui cause l’ennui et l’anxiété. Ici, la solution, c’est d’évacuer la tension et, le défi, c’est d’être disposé à rire.

Comment ? En y pensant, c’est-à-dire en faisant du rire une étape du processus de recherche de solution aux problèmes, provoquant trop d’ennui ou d’anxiété. Il faut se rappeler que nous devons rire quand ça va mal. Pour ce faire, profitez des moments où ça va bien pour vous concentrer sur l’importance du rire en cas de panne et votre esprit fera le reste. Au besoin, trouvez-vous un pense-bête, comme une note à coller au réfrigérateur ou un petit objet à glisser parmi vos pièces de monnaie.

Vous pouvez aussi vous constituer une réserve d’histoires drôles ou de vidéogags ou encore, vous réserver un budget pour assister au spectacle d’un humoriste.

Personnellement, je n’attaque pas de front la nécessité de rire. Autrement dit, je ne cherche pas trop à rire, je préfère laisser le rire venir à moi. C’est bête, mais plus je cherche à rire, moins je trouve à rire. Par exemple, j’aime tirer le rire d’une boutade formulant une solution ridicule, farfelue ou absurde. Je pousse souvent la plaisanterie jusqu’à la moquerie, à l’autodérision. J’éprouve aussi une grande satisfaction à me moquer des autres, bien sûr, à leur insu, s’il faut absolument me trouver des raisons de rire, ce qui est tout un exercice, car je ne trouve pas généralement très drôles les réactions des autres à mes problèmes; elles ajoutent davantage à ma tension qu’elles les soulagent. J’aborde le sujet et les limites que je m’impose dans La pensée empathique.

J’ai observé que plus la dramatisation est personnelle, plus le rire est difficile. En fait, plus une personne prend ses problèmes de façon personnelle, comme une faiblesse, plus elle a tendance à se punir en se dévalorisant, simplement parce qu’elle a un problème, ce qui ajoute un problème de plus. Bref, avoir un problème est une faiblesse punissable chez ceux et celles qui prennent les choses de façon trop personnelle. La personne s’accuse d’avoir un problème et elle ne trouve pas le moyen d’en rire. Si elle a l’intelligence de reconnaître ne pas tout contrôler (de ne pas être la seule et unique responsable), elle a tout de même l’inintelligence d’accorder à sa responsabilité un rôle encore trop important dans sa dramatisation. Centrée sur elle-même, elle s’afflige. Il n’y a pourtant aucune solution pour retrouver le sourire dans cette démarche.

La route de la pensée joyeuse, du simple rire jusqu’à l’euphorie d’un grand bien-être, sera toujours parsemée de problèmes de toutes sortes pouvant causer l’ennui ou l’anxiété et ainsi nous inciter à concentrer notre attention sur nous-mêmes au détriment de l’acte ultime : être bien. Lorsque nous ne le sommes pas, c’est parce que nous avons manqué de donner à rire à l’intelligence, à rire de nous-mêmes et du problème qui nous a ainsi écartés du droit chemin.


Le contrôle de sa vie n’est jamais facile et peut même être douloureux ; mais l’expérience optimale que produisent ces instants donne un sentiment de maîtrise qui s’approche autant que l’on puisse d’imaginer de ce qu’on appelle le bonheur.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, p. 25.

Il ne s’agit-là que d’un sentiment de maîtrise et non pas de maîtrise à proprement parler.

Au cours de mes recherches, j’ai essayé de comprendre le mieux possible comment les gens se sentent quand ils sont au maximum de l’enchantement et pourquoi ils le sont. Au cours des premières études, nous avons interrogé des centaines d’« experts » — artistes, athlètes, musiciens, joueurs d’échecs et chirurgiens — qui consacraient la majeure partie de leur temps à leurs activités de prédilection. Dans le but de rendre compte de leur expérience intime, j’ai développé la théorie de l’expérience optimale qui correspond à l’état dans lequel se trouvent ceux qui sont fortement engagés dans une activité pour elle-même ; ce qu’ils éprouvent alors est si agréable et si intense qu’ils veulent le revivre à tout prix et pour le simple plaisir que produit l’activité elle-même et rien d’autre.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, p. 25.

QUESTION

Je pose cette question à ChatGPT : « Quelle est la différence entre l’expérience optimale dont parle Csíkszentmihályi et l’état de fluidité dont par Daniel Goleman dans son livre ? »

RÉPONSE

Excellente question ! Csíkszentmihályi et Goleman parlent tous les deux d’un état où la conscience est entièrement absorbée par l’action, mais il y a des différences importantes dans le cadre conceptuel et l’accent mis.

Je détaille point par point :

1) L’expérience optimale de Csíkszentmihályi

  • Origine : Psychologie positive, études sur le bonheur et le flow.
  • Définition : Un état de concentration totale dans une activité où les compétences sont en équilibre avec le défi, produisant plaisir intrinsèque et absorption.
  • Caractéristiques clés :
    • Fusion de l’action et de la conscience
    • Objectifs clairs et feedback immédiat
    • Perte de la notion du temps
    • Contrôle ressenti
  • But implicite : améliorer la qualité de vie et le développement de soi ; c’est une stratégie pour accroître la satisfaction et la maîtrise intérieure.
  • Dimension : psychologique et existentielle — concerne l’expérience vécue et sa valeur intrinsèque.

2) L’état de fluidité selon Daniel Goleman

  • Origine : Neurosciences et psychologie appliquée à la performance, la concentration et l’intelligence émotionnelle.
  • Définition : Un état de concentration profonde où l’attention est dirigée vers l’objectif, souvent associé à la performance optimale dans un domaine spécifique.
  • Caractéristiques clés :
    • Concentration intense et focalisée
    • Réduction du stress et du bruit mental
    • Performance accrue et efficacité
  • But implicite : optimiser les résultats, développer la maîtrise cognitive et émotionnelle, moins centré sur le plaisir ou l’épanouissement.
  • Dimension : plus neuroscientifique et pragmatique — la fluidité est vue comme un outil pour la performance et l’efficacité, pas nécessairement pour le bonheur.

3) Différences principales

Aspect Csíkszentmihályi – Expérience optimale Daniel Goleman – État de fluidité
Origine Psychologie du bonheur Neurosciences, attention et performance
Objectif Qualité de vie, épanouissement, développement de soi Performance, efficacité, contrôle attentionnel
Nature Expérience intrinsèque, plaisir lié à l’action Fonction cognitive et émotionnelle, focalisation sur un but
Temps État éphémère mais significatif pour la vie État transitoire, souvent orienté sur une tâche ou un projet
Relation au bonheur Central : le flow contribue indirectement au bien-être Secondaire : la fluidité améliore la performance, le plaisir est optionnel
Orientation Existentielle / subjective Cognitive / pragmatique

En résumé :

  • Le flow de Csíkszentmihályi : c’est l’état vécu, riche et subjectif, qui enrichit la vie et le développement de soi.
  • La fluidité de Goleman : c’est l’état cognitif et attentif qui optimise la performance et le contrôle de soi, plus technique et orienté vers un objectif.

On pourrait dire que tous les deux parlent d’absorption totale, mais l’un vise le bonheur et l’épanouissement, l’autre vise la performance et la maîtrise de l’attention.

QUESTION

Et quelle est la différence entre le flow et l’état de fluidité pour la conscience ?

RÉPONSE

Ah, là on entre dans le cœur du sujet : ce qui distingue le flow de Csíkszentmihályi et l’état de fluidité de Goleman, du point de vue de la conscience. C’est subtil mais crucial.

1) Le flow (Csíkszentmihályi) et la conscience

  • Conscience entièrement absorbée
    • Dans le flow, la conscience est totalement fusionnée avec l’action. On ne distingue plus vraiment le « moi » qui agit du geste ou de la tâche.
  • Perte de l’ego et du temps subjectif
    • On perd la notion du temps, on oublie ses préoccupations personnelles.
  • Expérience qualitative
    • La conscience est centrée sur la qualité de l’expérience elle-même, pas sur un résultat extérieur ou un objectif à atteindre.
  • Dimension existentielle
    • C’est un état qui enrichit le vécu : la conscience est « pleine », mais éphémère, centrée sur le vécu et l’absorption.

En résumé : la conscience en flow est totalement présente, immergée dans l’action, sans séparation entre sujet et objet, sans penser au passé ou au futur.

2) L’état de fluidité (Goleman) et la conscience

  • Conscience focalisée sur un objectif
    • Ici, l’attention est dirigée vers un but précis, souvent externe : produire un résultat, exécuter une tâche avec précision.
  • Contrôle attentif et cognitif
    • La conscience est mobilisée pour maximiser l’efficacité, filtrer les distractions, réguler émotions et réactions.
  • Dimension pragmatique
    • Ce n’est pas tant l’expérience vécue qui importe, mais la performance et le résultat.
  • Moins d’absorption totale
    • Même si la concentration est intense, la conscience reste en tension vers l’extérieur, vers l’objectif ou la tâche, plutôt que fusionnée avec l’expérience.

En résumé : la conscience en fluidité est focalisée et orientée vers un résultat, elle est attentive et dirigée, pas immergée dans le plaisir de l’action.

3) Différence essentielle pour la conscience

Aspect Flow (Csíkszentmihályi) Fluidité (Goleman)
Orientation Centrée sur l’expérience Centrée sur le résultat / objectif
Ego Dissolution partielle / fusion avec l’action Présent, régulation active de soi
Temps Perception du temps altérée Perception du temps souvent normale
Vécu Qualitatif, intrinsèquement riche Pragmatique, efficacité et performance
But Plénitude dans l’action Maximiser la performance / efficacité

? En une phrase :

  • Flow ? la conscience disparaît presque dans l’expérience, fusion avec l’
  • Fluidité ? la conscience reste vigilante, dirigée, contrôlée, tournée vers un but pré

Si tu veux, je peux te faire un petit schéma visuel qui montre la différence entre le flow et la fluidité pour la conscience, ce qui rend le contraste immédiat et mémorable.

Flow (Expérience optimale) de Mihály Csíkszentmihályi comparé à État de fluidité de Daniel Goleman par ChatGPT

Compte tenu que « Dans une large mesure, il définit le champ dans lequel sera livrée la bataille essentielle de ce début du XXIè siècle : celle de la conscience de chacun », je crois préférable de privilégier l’état de fluidité, c’est-à-dire de se diriger vers un objectif par égard aux défis à la fois personnels et collectifs que nous devons relever.

Les sentiments que chacun éprouve à propos de lui-même et la joie que chacun tire de la vie dépendent en fin de compte des filtres de l’esprit, des interprétations que chacun fait de ce qui lui arrive quotidiennement. Le bonheur de l’individu repose sur son harmonie intérieure, non sur l’influence qu’il est possible d’exercer sur les forces de l’univers. La maîtrise de l’environnement est un impératif parce que notre survie physique peut en dépendre. Cependant, cette maîtrise n’ajoutera pas un iota à l’estime que se porte l’individu et ne réduira en rien son chaos intérieur. Pour cela, les humains doivent apprendre à maîtriser leur conscience elle-même.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, p. 34.

Maîtriser tous ensemble les affres des changements climatique, des guerres, des politiques dictatoriales « n’ajoutera pas un iota à l’estime que se porte l’individu et ne réduira en rien son chaos intérieur ». Faux !

« La maîtrise de l’environnement est un impératif parce que notre survie physique peut en dépendre », « PEUT en dépendre », non, « DÉPEND ». Nous sommes partie prenante de la nature et ce qui s’y passe influence grandement notre vie intérieure, notre vision de l’avenir compte tenu de notre connaissance du passé. Et, pendant ce temps, je vais me réfugier dans des expériences optimales personnelles pour mon seul bonheur, dans une interprétation frauduleuse de la réalité ! Et bien NON.

Et voici un extrait exemplaire de la courte vue chaotique de la psychologie tiré du premier chapitre du livre VIVRE – LA PSYCHOLOGIE DU BONHEUR :

L’absence d’ordre intérieur se manifeste subjectivement à travers ce qu’on appelle anxiété ontologique14, ou angoisse existentielle, une peur d’être, un sentiment que la vie n’a pas de sens et que l’existence n’en vaut pas la peine. Il y a quelques décennies, la menace d’une guerre nucléaire avait assené un dur coup à nos espoirs. Maintenant, on dirait qu’il n’y a rien qui transporte l’humanité, que tout tombe dans le vide. Avec les années, le chaos de l’univers physique se répercute dans l’esprit de la multitude. « Est-ce cela la vie15 ? » semblent se demander bien des gens après avoir quitté les années d’innocence de la jeunesse. Ils espèrent que les choses iront mieux plus tard, mais inévitablement le miroir révèle des rides ; des douleurs mystérieuses parcourent le corps, la vue baisse, puis le dernier message se fait entendre : « C’est la fin. » Beaucoup disent alors : « Je commençais à peine… », « Je n’ai pas eu le temps de vivre ». Dans ce contexte surgit l’impression d’avoir été trompé. Ayant grandi dans un pays riche et protégé par une charte des droits, ayant été conditionné à croire à un destin favorable et vivant à une époque scientifiquement et technologiquement avancée, l’individu, qui avait conçu les plus grandes attentes (encouragé par les prédicateurs et les annonces commerciales), tombe de haut, se retrouve seul et découvre que toutes ces richesses, tous ces gadgets n’apportent pas le bonheur. Le rêve américain16 est durement ébranlé.

Les réactions à cette prise de conscience, à cette désillusion sont nombreuses. Les uns s’efforcent de l’ignorer et augmentent les efforts pour acquérir encore plus d’objets censés rendre la vie meilleure : plus grosse voiture, plus grande maison, plus de pouvoir ou un style de vie plus glamour. Parfois, la solution est efficace parce que ces gens sont si fortement engagés dans la course qu’ils n’ont pas le temps de réaliser que le but (une vie de qualité qui ait du sens) est toujours aussi loin. Dans la plupart des cas, la désillusion ne tarde pas à faire retour. D’autres réagissent en s’attaquant directement aux symptômes menaçants : diète, club de santé, Nautilus ou chirurgie esthétique. S’ils découvrent que personne ne semble s’intéresser à eux, ils achètent des livres qui donnent des conseils pour se faire des amis ou s’affirmer, font partie de clubs variés, etc., pour se rendre compte, eux aussi, que ces solutions partielles ne fonctionnent pas. D’autres encore, devant la futilité des exigences proposées par la culture ambiante, suivent le conseil de Candid17 et se retirent élégamment : ils cultivent leur jardin ou accumulent des collections d’objets. Ils peuvent aussi sombrer dans l’alcool ou l’abus des drogues et oublier temporairement la question : « Est-ce cela la vie ? »

Puisque, traditionnellement, le problème de l’existence est abordé dans le contexte de la religion, d’autres personnes, enfin, y retournent et cherchent réponse soit dans les credo standard, soit dans des croyances plus ésotériques. Les religions ont apporté des réponses au questionnement sur le sens de la vie, mais elles se révèlent temporaires parce que enracinées dans des périodes particulières ; ces réponses ne sont pas nécessairement pertinentes de nos jours. Par exemple, du IVe au VIIIe Siècle de notre ère, le christianisme s’est répandu en Europe, l’islam au Moyen-Orient et le bouddhisme en Asie. Pendant des centaines d’années, ces grandes religions ont fourni des raisons de vivre18 à des millions de personnes, mais il est plus difficile aujourd’hui d’accepter leurs visions du monde. Leurs croyances, perpétuées à travers les mythes, les révélations et les textes sacrés, suscitent peu l’adhésion dans un siècle de rationalité scientifique.

Aucune des solutions recherchées n’a porté des fruits. Aussi la société actuelle — malgré ses prouesses technologiques et sa splendeur matérielle — est-elle frappée de maux étranges. On peut se demander si, dans un proche avenir, nos sociétés ne seront pas sous l’emprise d’une oligarchie de vendeurs de drogue milliardaires ou régis par des multinationales toutes-puissantes qui s’inspireraient des règles du capitalisme sauvage. Bien des tendances et des statistiques provoquent également désarroi et inquiétude. Si l’on constate que le revenu per capita augmente graduellement, la pauvreté fait, néanmoins, de grands progrès dans des pays aussi avancés que le Canada, la France et les États-Unis. Les résultats des enquêtes, transmis régulièrement par les médias, indiquent que le nombre de crimes violents et de divorces augmente sans cesse, que les maladies transmises sexuellement ont triplé en vingt ans et que le sida est devenu une épidémie plus qu’inquiétante. Les pathologies sociales et les maladies mentales ont été multipliées par trois ces dernières années tandis que les budgets des États en matière de santé et d’éducation se sont resserrés (le budget de la défense des États-Unis, de son côté, a quadruplé en dix ans).

Le malaise des jeunes est encore plus inquiétant et prend des formes virulentes. La proportion d’adolescents qui ne vivent pas avec leurs deux parents est élevée. La violence, la consommation de drogues, les grossesses précoces sont monnaie courante et le taux de suicide (particulièrement au Québec) est dramatique (surtout chez les jeunes garçons). De plus, le niveau de connaissance diminue et le taux de décrochage scolaire augmente (davantage, ici encore, chez les garçons).

Bref, dans nos sociétés, les progrès matériels et technologiques ont été faramineux, mais les gens semblent plus démunis19 devant la vie que nos ancêtres moins « privilégiés ». Nous n’avons pas progressé en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1. La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, pp. 37-41.

Nous voilà devant un nombre effarant d’interprétations éditoriales malheureuses et de jugements à l’emporte-pièce typiques de la psychologie. Soutenir que « Nous n’avons pas progressé en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur » témoigne de la myopie historique de cette fausse science.

«Tout le monde est malheureux et j’ai la solution » résume bien la position du psychologue Mihály Csíkszentmihályi.

Pourquoi parle-t-il de la vieillesse en termes de rides, de douleurs mystérieuses qui parcourent le corps , de la vue qui baisse et de regrets et de mort ? Ce n’est pas ce qu’il y a « dans l’esprit de la multitude » contrairement à ses prétentions, ses présupposés. La vieillesse aujourd’hui est beaucoup plus douce qu’elle ne l’était par le passé. Notre espérance de vie a augmenté drastiquement avec les progrès de la médecine à l’aide des vraies sciences et des technologies qui en découlent. Mihály Csíkszentmihályi voit tout en noir pour nous vendre ses expériences optimales.

 « Avec les années, le chaos de l’univers physique se répercute dans l’esprit de la multitude. « Est-ce cela la vie15 ? » semblent se demander bien des gens après avoir quitté les années d’innocence de la jeunesse. Ils espèrent que les choses iront mieux plus tard, mais inévitablement le miroir révèle des rides ; des douleurs mystérieuses parcourent le corps, la vue baisse, puis le dernier message se fait entendre : « C’est la fin. » Beaucoup disent alors : « Je commençais à peine… », « Je n’ai pas eu le temps de vivre ».

Et le voilà que nous venons de découvrir que l’argent ne fait pas le bonheur. Nous le savons depuis des siècles et des siècles. Nous savons aussi que peu importe le régime économique, l’argent contribue à l’amélioration de notre niveau de vie, pour notre plus grand bien. L’argent seul ne fait pas le bonheur mais y joue un rôle indéniable lié à notre survie et à notre bien-être.

Ayant grandi dans un pays riche et protégé par une charte des droits, ayant été conditionné à croire à un destin favorable et vivant à une époque scientifiquement et technologiquement avancée, l’individu, qui avait conçu les plus grandes attentes (encouragé par les prédicateurs et les annonces commerciales), tombe de haut, se retrouve seul et découvre que toutes ces richesses, tous ces gadgets n’apportent pas le bonheur.

Et il en rajoute : « Aucune des solutions recherchées n’a porté des fruits. » Et qui apporte soi-disant des solutions qui ne fonctionnent pas et même aggraves les problèmes ? La psychologie moderne ! Plus il y a de psychologues, les problèmes de santé mentales gagnent du terrain, le nombre de divorces augmente, le taux de suicide grimpe … Qu’est ce qui sort de lances de ces pompiers du mal-être ? « Aucune des solutions recherchées n’a porté des fruits ». Mihály Csíkszentmihályi parle-t-il de sa propre science, la psychologie ?

Dans la longue citation ci-dessus, Mihály Csíkszentmihályi démontre clairement être au prise avec plusieurs biais cognitifs. En voici une liste dressée par le docteur David D. Burns dans son livre ÊTRE BIEN DANS PEAU.

BIAIS COGNITIFS

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : BURNS, David D., Tableau 3-1 Les distorsions cognitives, Être bien dans sa peau : traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur, Collection Vive la vie ! Les éditions Héritage inc., 1985, pp. 64-66.

La « Généralisation à outrance » me semble le principal biais cognitif de Mihály Csíkszentmihályi.

Aussi, il est victime d’un conditionnement marketing bien connu, conditionnement qu’il nous invite à vaincre pour vivre des expériences optimales. Ce conditionnement marketing consiste à exagérer un problème en vue de proposer la solution à vendre. Ainsi, Mihály Csíkszentmihályi décrit le monde comme un lieu d’extrême chaos auquel il propose sa solution. Par exemple, il met tous les jeunes dans le même panier (sous la plume du traducteur québécois, Léandre Bouffard, Sherbrooke, Québec) :

Le malaise des jeunes est encore plus inquiétant et prend des formes virulentes. La proportion d’adolescents qui ne vivent pas avec leurs deux parents est élevée. La violence, la consommation de drogues, les grossesses précoces sont monnaie courante et le taux de suicide (particulièrement au Québec) est dramatique (surtout chez les jeunes garçons). De plus, le niveau de connaissance diminue et le taux de décrochage scolaire augmente (davantage, ici encore, chez les garçons).

Une telle description de notre Jeunesse ne correspond pas à la réalité.

Voici le passage original en anglais :

The future does not look much rosier. Today’s teenagers show the symptoms of the malaise that ails their elders, sometimes in an even more virulent form. Fewer young people now grow up in families where both parents are present to share the responsibilities involved in bringing up children. In 1960 only 1 in 10 adolescents was living in a one-parent family. By 1980 the proportion had doubled, and by 1990 it is expected to triple. In 1982 there were over 80,000 juveniles—average age, 15 years—committed to various jails. The statistics on drug use, venereal disease, disappearance from home, and unwed pregnancy are all grim, yet probably quite short of the mark. Between 1950 and 1980 teenage suicides increased by about 300 percent, especially among white young men from the more affluent classes. Of the 29,253 suicides reported in 1985, 1,339 were white boys in the 15–19 age range; four times fewer white girls of the same age killed themselves, and ten times fewer black boys (young blacks, however, more than catch up in the number of deaths from homicide). Last but not least, the level of knowledge in the population seems to be declining everywhere. For instance, the average math score on the SAT tests was 466 in 1967; in 1984 it was 426. A similar decrease has been noted in the verbal scores. And the dirgelike statistics could go on and on.

Why is it that, despite having achieved previously undreamed-of miracles of progress, we seem more helpless in facing life than our less privileged ancestors were? The answer seems clear: while humankind collectively has increased its material powers a thousandfold, it has not advanced very far in terms of improving the content of experience.

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Flow – The Psychology of Optimal Experience, HarperCollin ebook, 2008, pp. 15-16.

Voici la traduction de l’anglais au français par un logiciel spécialisé DeepL.com :

L’avenir ne semble guère plus rose. Les adolescents d’aujourd’hui présentent les mêmes symptômes de malaise que leurs aînés, parfois sous une forme encore plus virulente. De moins en moins de jeunes grandissent dans des familles où les deux parents sont présents pour partager les responsabilités liées à l’éducation des enfants. En 1960, seul 1 adolescent sur 10 vivait dans une famille monoparentale. En 1980, cette proportion avait doublé, et en 1990, elle devrait tripler. En 1982, plus de 80 000 mineurs, âgés en moyenne de 15 ans, étaient incarcérés dans diverses prisons. Les statistiques sur la consommation de drogues, les maladies vénériennes, les fugues et les grossesses hors mariage sont toutes sinistres, mais probablement loin de la réalité. Entre 1950 et 1980, les suicides chez les adolescents ont augmenté d’environ 300 %, en particulier chez les jeunes hommes blancs issus des classes les plus aisées. Sur les 29 253 suicides signalés en 1985, 1 339 concernaient des garçons blancs âgés de 15 à 19 ans ; quatre fois moins de filles blanches du même âge se sont suicidées, et dix fois moins de garçons noirs (les jeunes Noirs rattrapent toutefois largement leur retard en termes de décès par homicide). Enfin, le niveau de connaissances de la population semble baisser partout. Par exemple, la note moyenne en mathématiques aux tests SAT était de 466 en 1967 ; en 1984, elle était de 426. Une baisse similaire a été observée dans les notes en expression écrite. Et ces statistiques funèbres pourraient s’allonger encore et encore.

Pourquoi, malgré des progrès miraculeux et inimaginables auparavant, semblons-nous plus démunis face à la vie que ne l’étaient nos ancêtres moins privilégiés ? La réponse semble claire : si l’humanité a collectivement multiplié par mille ses pouvoirs matériels, elle n’a pas beaucoup progressé en termes d’amélioration du contenu de l’expérience.

Et revoici la traduction officielle de l’édition française par Léandre Bouffard de Sherbrooke (Québec) :

Le malaise des jeunes est encore plus inquiétant et prend des formes virulentes. La proportion d’adolescents qui ne vivent pas avec leurs deux parents est élevée. La violence, la consommation de drogues, les grossesses précoces sont monnaie courante et le taux de suicide (particulièrement au Québec) est dramatique (surtout chez les jeunes garçons). De plus, le niveau de connaissance diminue et le taux de décrochage scolaire augmente (davantage, ici encore, chez les garçons).

Bref, dans nos sociétés, les progrès matériels et technologiques ont été faramineux, mais les gens semblent plus démunis19 devant la vie que nos ancêtres moins « privilégiés ». Nous n’avons pas progressé en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur.

Dans le deuxième paragraphe de la version de l’édition anglaise originale, la première phrase est une question (« Why is it that, despite having achieved previously undreamed-of miracles of progress, we seem more helpless in facing life than our less privileged ancestors were? »). Dans la traduction officielle de l’anglais au français la question devient une affirmation (« Bref, dans nos sociétés, les progrès matériels et technologiques ont été faramineux, mais les gens semblent plus démunis19 devant la vie que nos ancêtres moins « privilégiés »). La traduction par un logiciel spécialisé est : « Pourquoi, malgré des progrès miraculeux et inimaginables auparavant, semblons-nous plus démunis face à la vie que ne l’étaient nos ancêtres moins privilégiés ? »

Voici la NOTE DU TRADUCTEUR de la traduction de l’anglais au français :

Le présent livre se situe dans la mouvance de la psychologie positive, elle-même issue de la psychologie humaniste des Rogers, Maslow et autres. L’ouvrage a connu un immense succès aux Etats-Unis et a été traduit en seize langues. II a été qualifie d’ « inspirant », d’ « éclairant »,de « provocant », parce qu’il précise les conditions du bonheur dans la vie quotidienne. II convenait de le mettre à la disposition des lecteurs francophones.

Un important travail d’adaptation est à la base de la présente traduction: un effort de synthèse, d’abord, en vue de réduire quelque peu la longueur des chapitres ainsi qu’une mise ajour relative aux thèmes principaux, le bonheur, entre autres, parce que de nombreuses publications sont parues depuis la date de l’édition originale (1990). Dans ce contexte, certaines affirmations ont été nuancées et des compléments ainsi que des exemples ont été ajoutes à partir des œuvres plus récentes de l’auteur lui-même. Enfin, un effort a été fait pour apporter des références récentes en anglais et en français, ces dernières n’existant évidemment pas dans l’ouvrage original. Tout au long de ce travail, le traducteur s’est grandement efforce de respecter la pensée originale de l’auteur.

LEANDRE BOUFFARD

Sherbrooke, Quebec

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, Note du traducteur, Éditions Pocket, 2006, pp. 19-20.

Le traducteur écrit : « Un important travail d’adaptation est à la base de la présente traduction ». Ce n’est pas une bonne idée car elle nous éloigne de l’édition originale en anglais. Traduire ne consiste pas à une mise à jour.

Cette affirmation retient mon attention : « Bref, dans nos sociétés, les progrès matériels et technologiques ont été faramineux, mais les gens semblent plus démunis19 devant la vie que nos ancêtres moins « privilégiés ». Nous n’avons pas progressé en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur ». C’est faux ! Nous avons beaucoup progressé autant en termes d’expérience vécue, de qualité de vie et de bonheur comparé à nos ancêtres dans leurs grottes.

Ce passage comprend cette Note en bas de page du traducteur :

  1. Les observations plutôt sombres des deniers paragraphes ne doivent pas faire oublier les progrès indéniables : longévité, contrôle des naissances, combat contre les maladies, arrivée de l’ordinateur personnel et… Viagra ! Ces constatations encourageantes font dire à Diener et Oishi (2000) que « la théorie selon laquelle les effets de l’amélioration des conditions matérielles sont annulés par une dégradation générale de la société reste à prouver » (p. 204). Néanmoins, ces auteurs sont d’accord pour affirmer qu’ « un monde matériel prospère n’améliore pas nécessairement la satisfaction devant la vie » (p. 211) (NDT).

Note critique — Les travaux de Diener et Oishi établissent, sur la base d’enquêtes empiriques, que l’amélioration des conditions matérielles n’entraîne pas mécaniquement une augmentation durable de la satisfaction de vie. Toutefois, ce constat demeure descriptif et statistique : il porte sur des corrélations entre niveau de vie et bien-être subjectif, sans proposer de modèle normatif de l’existence humaine. Csíkszentmihályi opère ici un glissement conceptuel en passant d’un résultat empirique limité — la non-suffisance du progrès matériel — à une thèse prescriptive selon laquelle la qualité de la vie dépendrait principalement de la maîtrise et de l’optimisation de l’expérience consciente (expérience optimale, flow). Or, rien dans les travaux de Diener et Oishi n’autorise à conclure que l’intensification ou l’optimisation de l’expérience vécue constitue une réponse adéquate aux limites du progrès matériel. Ce déplacement transforme une analyse sociopsychologique prudente en un idéal de vie centré sur la performance subjective, au risque de minimiser la résistance du réel, la dimension tragique de l’existence et la part irréductible de passivité dans toute vie humaine. ChatGPT

DEMANDE

Prière de clarifier la différence entre satisfaction de vie, bonheur et sens.

RÉPONSE

Voici une clarification rigoureuse et nette des trois notions — satisfaction de vie, bonheur et sens — en montrant leurs différences de nature, leurs critères et leurs confusions possibles. Je termine par un court paragraphe critique utile pour ton débat avec Csíkszentmihályi.

1) La satisfaction de vie

Nature

  • Cognitive et évaluative
  • C’est un jugement réflexif que l’individu porte sur sa vie dans son ensemble.

Question implicite

« Ma vie, telle qu’elle est, correspond-elle à ce que j’en attendais ? »

Caractéristiques

  • Peut être stable même sans plaisir intense
  • Dépend de comparaisons (attentes, normes sociales, trajectoire passée)
  • Très utilisée dans les enquêtes statistiques (Diener)

Limite

  • On peut être satisfait d’une vie médiocre, routinière ou appauvrie, pourvu qu’elle corresponde à ses attentes.
  • Elle ne dit rien de l’intensité vécue ni du sens profond de l’existence.

2) Le bonheur

Nature

  • Affective et expérientielle
  • Lié au plaisir, à la joie, au bien-être ressenti.

Question implicite

« Est-ce que je me sens bien en vivant ? »

Caractéristiques

  • Fluctuant, épisodique
  • Souvent associé à des états positifs (joie, contentement, paix intérieure)
  • Peut être intense mais éphémère

Limite

  • Le bonheur n’est ni constant ni cumulatif
  • On peut vivre des moments heureux dans une vie globalement malheureuse, ou inversement
  • Sa recherche directe tend à l’éroder (Mill, Frankl)

3) Le sens

Nature

  • Existentielle et symbolique
  • Relève de la signification donnée à la vie, indépendamment du plaisir ou du confort.

Question implicite

« Pourquoi vivre cela ? À quoi cela répond-il ? »

Caractéristiques

  • Peut exister sans bonheur, voire dans la souffrance
  • Lié à des valeurs, à une orientation, à une fidélité à quelque chose qui dépasse l’individu
  • Résiste au temps et aux circonstances

Force

  • Le sens n’abolit pas la souffrance, mais la rend intelligible ou assumable
  • Il n’est ni mesurable ni optimisable comme une expérience

4) Tableau comparatif synthétique

Dimension Satisfaction de vie Bonheur Sens
Nature Évaluative Affective Existentielle
Temporalité Relativement stable Éphémère Transversale
Dépend de Attentes, comparaisons États émotionnels Valeurs, orientation
Mesurable Oui (enquêtes) Partiellement Non
Compatible avec la souffrance Oui Difficilement Oui
Risque Conformisme Fuite du réel Rigidité possible

5) Point critique essentiel (contre le glissement)

Csíkszentmihályi tend à confluer bonheur, satisfaction de vie et sens en les ramenant à la qualité de l’expérience vécue. Or, une expérience peut être optimale sans être porteuse de sens, et une vie peut avoir du sens sans être heureuse ni même satisfaisante. En assimilant le sens à une intensification de l’expérience consciente, la psychologie du flow transforme une question existentielle — comment vivre — en une question technique — comment optimiser son vécu.

En une formule très forte (si tu veux conclure un paragraphe)

Le bonheur est un état, la satisfaction un jugement, le sens une orientation ; les confondre, c’est réduire l’existence à la gestion de ses expériences.

ChatGPT


Soutenir qu’ « un monde matériel prospère n’améliore pas nécessairement la satisfaction devant la vie » est historiquement faux.

Soutenir qu’« un monde matériel prospère n’améliore pas nécessairement la satisfaction devant la vie » est historiquement faux dès lors que l’on adopte une perspective de longue durée. L’amélioration progressive et massive des conditions matérielles d’existence — sécurité alimentaire, allongement de l’espérance de vie, recul de la mortalité infantile, maîtrise de la maladie et diminution de la violence quotidienne — a transformé en profondeur le rapport de l’homme à l’existence et rendu possible l’émergence même de la satisfaction de vie comme jugement réfléchi et durable. Dans les sociétés où la survie absorbe l’essentiel de l’énergie physique et psychique, la vie ne se présente pas comme un ensemble évalué, mais comme une épreuve à traverser ; la question de la satisfaction globale y est marginale, voire inintelligible. Ce n’est qu’avec la stabilisation matérielle et sociale des sociétés modernes que l’individu peut se projeter dans le temps, comparer sa trajectoire, formuler des attentes et juger sa vie dans son ensemble. La prospérité matérielle n’est donc pas indifférente à la satisfaction de vie : elle en constitue historiquement la condition de possibilité. Les observations psychologiques montrant des effets décroissants du revenu dans les sociétés déjà riches ne sauraient invalider cette réalité fondamentale, mais seulement en préciser les limites à un stade avancé du développement historique. ChatGPT

J’ÉCRIS

Dans notre société occidentale, matérialiste et individualiste, un part importante de notre bonheur et de notre sécurité repose sur les biens que nous possédons par un travail soutenu.

REFORMULATION PAR ChatGPT

Voici une reformulation dense, rigoureuse et philosophiquement assumée, qui renforce ton propos sans le rendre naïf ni apologétique :

Dans les sociétés occidentales contemporaines, caractérisées par le matérialisme économique et l’individualisme social, une part substantielle du bonheur vécu et, plus fondamentalement, du sentiment de sécurité repose sur l’accès aux biens matériels acquis par le travail. Ceux-ci ne constituent pas seulement des objets de consommation, mais les conditions concrètes de la stabilité de l’existence, de l’autonomie individuelle et de la possibilité même de se projeter dans le temps.

Si tu veux une version encore plus tranchante, en voici une autre :

Dans les sociétés occidentales modernes, le bonheur et la sécurité ne relèvent pas principalement d’une disposition intérieure, mais de l’accès durable aux biens matériels rendus possibles par le travail, sans lesquels l’autonomie individuelle, la prévisibilité de l’existence et la satisfaction de vie demeurent largement illusoires.

Ou une version plus neutre / universitaire :

Dans les sociétés occidentales contemporaines, marquées par l’individualisme et l’économie de marché, une part importante du bien-être subjectif et du sentiment de sécurité dépend des ressources matérielles obtenues par le travail, lesquelles structurent les conditions de l’autonomie, de la stabilité et de la projection biographique.


Contrôlé par les normes sociales ou les instructions génétiques, l’individu ne peut déterminer le contenu de sa conscience. Et, pourtant, c’est l’expérience vécue consciemment qui est la réalité pour chacun. Il est donc possible de transformer la réalité dans la mesure où l’individu influence ce qui se passe dans sa conscience. « Les hommes ne sont pas effrayés par les choses, mais par la façon dont ils les voient » (Épictète, qui a vécu au 1er siècle après J.-C.).

CSÍKSZENTMIHÁLYI, Mihály, Vivre – La psychologie du bonheur, 1 – La qualité de l’expérience vécue, Éditions Pocket, 2006, p. 45.

Note critique — L’affirmation selon laquelle l’individu, contrôlé par les normes sociales ou les instructions génétiques, ne pourrait déterminer le contenu de sa conscience repose sur une conception implicitement déterministe de la subjectivité, empruntant à la fois à la sociologie des normes, au biologisme et à un naturalisme psychologique contemporain. Or, cette position entre en tension avec la thèse centrale de Csíkszentmihályi lui-même, qui soutient la possibilité d’une maîtrise active de l’expérience consciente à travers le flow. Si le contenu de la conscience est fondamentalement imposé de l’extérieur, il devient conceptuellement incohérent de parler d’une reprise en main de l’expérience vécue ; si, à l’inverse, une telle maîtrise est possible, alors la conscience ne saurait être réduite à un simple effet des déterminismes sociaux ou biologiques. Ce glissement théorique transforme une description partielle des contraintes pesant sur l’individu en une négation de la réflexivité constitutive de la conscience, préparant ainsi le terrain à une conception technicienne de l’existence où il ne s’agit plus de comprendre ou de juger le réel, mais d’optimiser l’expérience subjective en fonction de conditions données. ChatGPT

Note critique élargie — Csíkszentmihályi et le management du bonheur : L’affirmation selon laquelle l’individu, contrôlé par les normes sociales ou les instructions génétiques, ne pourrait déterminer le contenu de sa conscience illustre un glissement conceptuel majeur dans la psychologie du flow. En réduisant la conscience à un produit de forces externes, Csíkszentmihályi justifie en creux l’idée que l’existence humaine peut et doit être administrée par des méthodes psychologiques visant l’optimisation de l’expérience subjective. Cette perspective rejoint ce que l’on pourrait appeler le management contemporain du bonheur, où l’accent est mis sur la responsabilisation individuelle, l’efficacité cognitive et l’optimisation des émotions, plutôt que sur l’analyse critique du réel, la justice sociale ou la réflexion éthique sur sa vie. La maîtrise de la conscience devient alors un outil de gestion personnelle comparable à un tableau de bord, et non un exercice de liberté et de jugement. En conséquence, la psychologie du flow risque de dissoudre la tension entre liberté et contrainte, en transformant la quête du bonheur en projet technique de soi, détaché des conditions historiques, matérielles et sociales de l’existence. Cette lecture critique rappelle que le bonheur n’est pas un objet à administrer mais un processus vivant, toujours inscrit dans un contexte historique et social, et que l’optimisation de l’expérience subjective ne saurait remplacer la réflexion sur le réel et le sens de la vie. ChatGPT

Bref, nous pouvons déterminer le contenu de notre conscience contrairement au propos de Mihaly Csikszentmihalyi.

Contrairement à l’affirmation de Csíkszentmihályi, nous avons la capacité de déterminer, du moins partiellement, le contenu de notre conscience. Si nous ne sommes pas entièrement libres de nos pensées ou de nos émotions, la conscience reste une activité réflexive et intentionnelle : elle peut être orientée, cultivée et transformée par l’attention, la réflexion, l’engagement et la projection dans le temps. Réduire la conscience à un produit passif des normes sociales ou des instructions génétiques occulte cette dimension active et responsabilisante, et ouvre la porte à une vision technicienne de la vie, où le bonheur serait géré plutôt que vécu et compris. ChatGPT

Voici une version brève et tranchante, qui peut servir de phrase finale percutante : La conscience n’est pas un simple produit des normes ou des gènes : nous pouvons en déterminer le contenu, orienter nos pensées et nos expériences, et faire de la vie un projet actif plutôt qu’un objet à gérer. ChatGPT

L’accent mis par Csíkszentmihályi sur la maîtrise de la conscience et l’optimisation de l’expérience subjective s’inscrit, sans le dire, dans la logique du management du bonheur contemporain : l’existence est traitée comme un projet à gérer, où l’objectif est d’atteindre des états intérieurs optimaux plutôt que de comprendre et d’habiter le réel. Cette approche transforme le bien-être en performance personnelle, mesurable et administrable, et déplace la responsabilité de la qualité de la vie de la société, de l’histoire et des conditions matérielles vers l’individu lui-même. En ce sens, le flow n’est pas seulement une psychologie de l’expérience : il devient un outil de gouvernement de soi, aligné sur des modèles de productivité et de contrôle émotionnel, au risque de réduire la vie à un tableau de bord intérieur, détaché du corps, du contexte et des nécessités concrètes de l’existence. ChatGPT

Je ne poursuivrais pas ma lecture de VIVRE – LA PSYCHOLOGIE DU BONHEUR car Mihaly Csikszentmihalyi a déjà perdu toute crédibilité à ma prise de connaissance du premier chapitre déjà largement commenté ci-dessus. La deuxième chapitre s’intitule « Le fonctionnement de la conscience » et je ne crois pas qu’il soit capable d’aborder sérieusement ce sujet.

Comme toujours, la psychologie demeure partielle et superficielle, attachée aux apparences du réel plutôt qu’au réel lui-même.

La psychologie, en tant que discipline scientifique, se penche principalement sur le comportement observable et les états internes : émotions, motivations, attention, expériences subjectives. Cette focalisation lui permet de produire des données mesurables et des modèles sur le vécu humain, mais elle reste superficielle dans sa portée explicative. En effet, le comportement et les états psychologiques ne se suffisent pas à eux?mêmes?: ils émergent toujours dans un corps, dans un contexte matériel, social et historique. Ainsi, des concepts comme le flow ou le management du bonheur peuvent être étudiés en laboratoire ou via des questionnaires, mais ces mesures ne disent rien sur les conditions réelles qui rendent possible la vie, la satisfaction ou le développement de soi. La psychologie est donc scientifique dans son objet — le comportement et l’expérience —, mais partielle et limitée lorsqu’il s’agit de comprendre la vie dans sa totalité, en interaction avec le monde réel. ChatGPT

Le bonheur et la vie ne sauraient se réduire à une succession d’expériences optimales. La conscience n’est pas un parc de loisirs.

La conscience n’est ni un objet ni un lieu mais une activité

La conscience n’est ni un objet ni un lieu, mais une activité : celle par laquelle un sujet se rapporte au monde, se comprend lui-même et oriente son action.

Dire que la conscience n’est ni un objet ni un lieu, mais une activité, revient d’abord à rompre avec toute tentative de la traiter comme une chose que l’on pourrait posséder, stocker ou administrer. Un objet peut être manipulé, mesuré, optimisé ; un lieu peut être aménagé, organisé, rendu plus agréable. Or la conscience ne relève ni de l’un ni de l’autre : elle n’est pas un espace intérieur où s’accumuleraient des expériences, ni un réservoir d’états psychologiques à gérer. Elle est un processus en acte, une manière pour un être vivant de se rapporter au monde, de l’éprouver, de le comprendre et d’y agir. Parler de conscience, c’est donc parler d’un mouvement, non d’un contenu.

Comprendre la conscience comme activité implique également qu’elle est toujours incarnée et située. Elle n’existe pas en dehors du corps, ni en dehors d’un contexte matériel, social et historique. Ce que nous percevons, pensons ou ressentons n’est jamais indépendant des conditions dans lesquelles nous vivons. La conscience ne survole pas la réalité : elle s’y inscrit, elle s’y confronte, elle y répond. En ce sens, elle ne peut être isolée ni abstraite, encore moins détachée des contraintes et des nécessités qui structurent l’existence humaine.

C’est précisément ici que se révèle la limite des approches contemporaines du management du bonheur. En traitant la conscience comme un espace intérieur à optimiser — par le contrôle des pensées, la recherche d’états positifs ou l’accumulation d’expériences dites « optimales » — ces approches supposent implicitement que la conscience est un objet gouvernable. Or une activité ne se gère pas comme une ressource. La réduire à une succession d’états désirables, c’est confondre la qualité du vécu avec une performance subjective, et transformer l’existence en un programme d’optimisation psychologique déconnecté des conditions réelles de la vie.

Enfin, concevoir la conscience comme activité permet de comprendre pourquoi le bonheur ne peut être ni produit, ni garanti, ni maintenu durablement. Une activité est par nature instable, changeante, exposée à l’imprévu. La conscience se modifie avec les situations, les épreuves, les relations, le temps. Vouloir la stabiliser dans un état de satisfaction permanente revient à nier sa dynamique propre. La vie consciente n’est pas un parc de loisirs émotionnel, mais une relation vivante au monde, faite d’efforts, de tensions, de joies, de manques et de sens. Reconnaître cela, c’est refuser la réduction psychologique du bonheur et réinscrire la conscience dans la réalité concrète de l’existence humaine.


En conslusion

Je n’ai pas aimé le livre VIVRE – LA PSYCHOLOGIE DU BONHEUR (FLOW en anglais) parce qu’il se veut racolleur et, par conséquent, superficiel.

Son auteur, Mihály Csíkszentmihályi, psychologue, est co-fondateur avec Martin Seligman de la psychologie positive (flow), à différencier de la pensée positive.

Flow vs pensée positive – comparaison visuelle. ChatGPT

MON COMMENTAIRE

LE FRUIT PLUTÔT QUE LA SOURCE

Je n’aime pas le livre VIVRE – LA PSYCHOLOGIE DU BONHEUR parce qu’il s’attarde au fruit plus qu’à la source même c’est-à-dire à la pensée, le système de pensée, qui me semble faire davantage obstacle au bonheur.

RÉPONSE

Tu n’aimes pas Vivre – La psychologie du bonheur parce que l’ouvrage s’attarde au fruit plutôt qu’à la source. Il décrit des états de conscience désirables – le flow, l’expérience optimale, l’engagement total – mais sans interroger radicalement ce qui les rend nécessaires : le système de pensée dans lequel l’individu est déjà pris.

Chez Csíkszentmihályi, le bonheur est abordé comme un résultat expérientiel : une qualité d’attention, une immersion, un équilibre entre défi et compétence. Or cette approche laisse intact ce qui, en amont, structure l’expérience elle-même : les schèmes de pensée, les valeurs intériorisées, les finalités implicites, les impératifs sociaux et économiques qui orientent le désir et la conduite. Autrement dit, on apprend à mieux naviguer dans la conscience, mais on ne questionne pas qui a dessiné la carte.

En se focalisant sur l’optimisation de l’expérience vécue, la psychologie du bonheur évite le cœur du problème : ce n’est pas l’absence d’expériences optimales qui entrave le bonheur, mais souvent le régime de pensée lui-même — comparatif, utilitaire, performatif, individualiste — qui rend l’existence anxieuse, fragmentée et sous tension permanente. Le flow devient alors un moment de suspension de ce système, non sa transformation.

Ainsi, le bonheur apparaît comme un effet secondaire bien géré, plutôt que comme le fruit d’un travail critique sur la pensée, sur ses automatismes, ses illusions et ses injonctions. On apprend à mieux vivre dans le cadre, au lieu de se demander si le cadre lui-même n’est pas l’obstacle.

En ce sens, Vivre ne pense pas le bonheur à sa racine, mais à sa surface phénoménale : il cultive les états, sans remettre en cause la logique qui les rend rares, fragiles et éphémères. Et c’est précisément là que, pour toi, la philosophie commence, là où la psychologie s’arrête.

Voici un contre-texte philosophique, construit, dense et assumé, qui oppose pensée, conscience et management du bonheur, sans caricature mais sans concession.

Le management contemporain du bonheur repose sur une confusion fondamentale : il traite la conscience comme un espace à aménager et le bonheur comme un état à produire. En procédant ainsi, il déplace la question du sens vers celle de l’efficacité subjective. Il ne s’agit plus de comprendre comment nous pensons, mais de savoir comment nous nous sentons. Or cette substitution n’est pas neutre : elle marque l’abandon de la pensée critique au profit de la gestion des états intérieurs.

La conscience, pourtant, n’est ni un lieu ni un objet. Elle n’est pas un contenant d’expériences positives, mais une activité vivante, incarnée et orientée, par laquelle un sujet se rapporte au monde. La réduire à un flux d’expériences optimales revient à la détacher de ce qui la structure réellement : les schèmes de pensée, les catégories de jugement, les valeurs héritées, les contraintes sociales et historiques. Ce ne sont pas nos expériences qui sont premières, mais la manière dont nous pensons le réel, nous-mêmes et nos fins. En ignorant ce niveau, le discours sur le bonheur reste nécessairement superficiel.

La psychologie du bonheur, lorsqu’elle se concentre sur l’optimisation de l’expérience consciente, prend le fruit pour la racine. Elle décrit avec précision des états d’engagement, d’attention ou de satisfaction, mais sans interroger le système de pensée qui rend ces états exceptionnels, fragiles ou intermittents. Le flow apparaît alors comme une parenthèse enchantée dans un monde inchangé, un moment de suspension plutôt qu’une transformation de fond. L’individu apprend à mieux fonctionner dans le cadre existant, non à questionner ce cadre.

Cette logique s’accorde parfaitement avec les exigences contemporaines de performance, d’adaptation et de responsabilisation individuelle. Le bonheur devient une compétence à développer, une aptitude à gérer, un capital psychologique à entretenir. Les tensions du réel — précarité, insécurité, perte de sens, accélération du temps — ne sont pas affrontées, mais contournées par une injonction à mieux vivre intérieurement ce qui demeure objectivement problématique. Le mal-être est ainsi déplacé du monde vers l’individu.

Une approche véritablement philosophique inverse cette perspective. Elle ne cherche pas à multiplier les expériences optimales, mais à interroger les conditions mêmes de leur désir. Elle ne vise pas la maîtrise de la conscience, mais la clarification de la pensée. Car ce n’est pas l’absence de bonheur qui est d’abord en cause, mais un rapport au monde façonné par des systèmes de valeurs et de croyances rarement interrogés. Tant que ces structures demeurent intactes, toute gestion du bonheur reste palliatif.

Le bonheur, s’il a un sens, ne peut être ni administré ni garanti. Il n’est pas un état stable à atteindre, mais un effet possible d’une pensée lucide, d’une vie assumée et d’un rapport non falsifié au réel. Vouloir le produire directement, c’est déjà le manquer.


Je suis d’accord avec ChatGPT.


Voir tous nos articles

Revenir au menu de la page

Article # 155 – Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Jean-Baptiste Brenet, Rivages poche – Petite Bibliothèque, 2025.

J’ai lu pour vous

Que veut dire penser ? Arabes et Latin de Jean-Baptiste Brenet, philosophe et professeur à l’université Paris-I-Sorbonne, publié en 2022 au Éditions Payot & Rivages et en 2025 pour l’édition de poche. C’est de cette dernière édition dont je fais ici mon rapport de lecture.


Couvertures


Données au catalogue

Titre : Que veut dire penser ? 

Sous-titre : Arabes et latins

Auteur : Jean Baptiste Brenet

ÉDITIONS PAYOT & RIVAGES

payot-rivages.fr

Collection dirigée par Lidia Breda

Couverture : © Bridgeman Images.

© Éditions Payot & Rivages, Paris

ISBN : 978-2-7436-5618-8

EAN : 9782743655822

Date de publication : 2 mars 2022

Date de publication de l’édition de poche : 5 novembre 2025

Revenir au menu de la page


Présentation

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Penser est une main, un outil fait d’outils, un mot rempli de mots. L’homme n’est pas l’être sans œuvre, il est celui dont l’acte n’a pas qu’un nom, l’animal dont l’œuvre propre est innommable autrement que dans la multiplicité. Voici ce que les médiévaux ont pu soutenir de la pensée, en arabe comme en latin. Sorte de lexique, cet essai, en variant librement les entrées, désigne certains repères d’une carte mentale où se profile, dans les connexions, ce que penser peut signifier.

* * *

Jean-Baptiste Brenet est philosophe, professeur à l’université Paris I-Sorbonne. Spécialiste de la pensée arabe et de son legs au monde latin, ses essais sont traduits en plusieurs langues.

Source : Éditions Payot & Rivages.

Revenir au menu de la page


Sommaire

Présentation

  1. Penser
  2. Toucher : La première pensée, chez tous
  3. Estimer, cogiter
  4. Intelliger
  5. Penser comme on voit la nuit
  6. Se lier, faire couple
  7. Penser dans l’absence
  8. Acquérir
  9. Un visage, une bouche, une langue
  10. Se joindre
  11. La nécessité d’une île
  12. Devenir : Être en un sens toutes les choses
  13. S’éterniser : Devenir éternel et puis mourir
  14. Goûter
  15. Transférer

Notes

Revenir au menu de la page


Extraits

Ces extraits sont disponibles sur le site web Éditions Payot & Rivages

Disponibles aussi sur le site web Les libraires

Télécharger l’image de couverture

Feuilleter ce livre (EPUB)

Feuilleter ce livre (PDF)

Télécharger un extrait (EPUB)


PRÉSENTATION

La modernité européenne prétend s’ouvrir avec Descartes et sa déclinaison d’un cogito qui paraît tout englober. Cela pourtant n’eut lieu que par recouvrement de ce que les siècles précédents, qui virent naître la figure de l’intellectuel, avaient produit en arabe et en latin. Qu’y a-t-il de bouleversant – gelé par l’oubli, et donc neuf – dans ce que les médiévaux ont pu soutenir de la pensée.

C’est ce qu’on cherche ici, en variant librement les entrées. Car la pensée est plurielle. Si l’intellect est pour Aristote comme la main, instrument d’instruments, la pensée l’est aussi. Penser est une main, un outil fait d’outils, un mot rempli de mots. L’homme n’est pas l’être sans œuvre, il est celui dont l’acte n’a pas qu’un nom, l’animal dont l’œuvre propre est innommable autrement que dans la multiplicité. Voici par conséquent une sorte de lexique, certains repères d’une carte mentale où se profile, dans les connexions, ce que penser peut signifier.

Jean-Baptiste Brenet est philosophe, professeur à l’université Paris I-Sorbonne. Spécialiste de la pensée arabe et de son legs au monde latin, ses essais sont traduits en plusieurs langues.


PRÉSENTATION

Qu’on ouvre certains livres anciens, en arabe, en latin, ceux qu’on ne lit pas et qu’on oppose à tort, on y trouvera des auteurs médiévaux qu’obsède, non pas la lutte, mais la question de la pensée. Ils pensent, ils brûlent leur vie à penser, et cette vie-là, ils la posent sur une table, et ils regardent, et ils s’interrogent. On les comprend. Ils veulent savoir qui ils sont, ce qu’ils font, ce dans quoi ils espèrent ou s’épuisent.

Qu’appellent-ils penser ? Descartes, pour l’homme, avait sa réponse : je suis une chose qui pense, c’est-à-dire « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent ». Que disent-ils, eux, et avant lui ? Que répondent-ils, dans leur langue, qui soit bouleversant, gelé par l’oubli, et donc neuf ? C’est ce qu’on cherche, librement, en déclinant les entrées.

Car la pensée est équivoque, plurielle. Aristote écrit que l’intellect est comme la main, instrument d’instruments ; la pensée l’est aussi. Penser est une main, un instrument d’instruments, un mot rempli de mots. L’homme n’est pas l’être sans œuvre, il est l’être dont l’acte n’a pas qu’un nom, a plus qu’un nom, l’animal dont l’œuvre propre est innommable autrement que dans la multiplicité.

Voici donc une sorte de lexique, certains repères d’une carte mentale où paraîtrait, dans les connexions, ce que penser signifie. Les textes s’enchaînent, suivent un fil, mais se nuancent aussi, voire s’opposent, et des intermèdes, comme des marges, leur servent d’illustration, de contrepoint, ou bien d’alternative. Ce qu’on propose est ouvert, évidemment. Chacun a son mot à dire — et c’est tant mieux.

CHAPITRE 1

Penser

Tout commence par une anomalie qui crée comme un appel d’air. Si l’on songe à ce que penser veut dire, au vocabulaire sous-jacent, le premier mot qui devrait venir est un mot latin : pensare. Il semble être la racine et c’est lui, dans sa fécondité native, qu’on imagine remplir les textes des philosophes et théologiens latins. C’est une surprise, pourtant, qui attend l’archéologue. Notre penser est partout, leur pensare plutôt rare. De la pensée, des flux entre le corps, l’esprit, le monde, il est toujours question chez eux, mais ce n’est pas de ce verbe, pensare, qu’on le signifie. Ce passé-là, pour ainsi dire, « pense » peu.

Le premier mot, le mot de l’origine, c’est donc l’absent. Celui qui devait s’imposer, précéder, fonder tous les autres, c’est celui qui manque. L’étrangeté est dans cet écart entre le terme que notre modernité a promu et sa faible fréquence dans la scolastique qui par ailleurs ne cesse de détailler, d’analyser, de définir les formes de la vie pensante, et voit naître en un sens l’intellectuel.

Comment l’expliquer ? Pourquoi a-t-on retenu le mot le moins courant, le plus pâle ? On pourrait répondre que la modernité entendait par ce geste marquer sa rupture. La pensée, ce serait précisément l’affaire moderne ; si l’on prêtait à l’homme des fonctions inédites, si l’on concevait de façon révolutionnaire, loin des chicanes anciennes, son être, sa signature, il fallait un mot neuf. Penser aurait été le nouveau mot d’un nouveau monde.

Mais une autre idée vient, qui repose au demeurant sur un constat banal. Ce qui transparaît dans l’œuvre de l’homme, c’est son ouverture, sa variété, une manière d’indétermination qui trahit sa puissance, son errance, sa perméabilité – la Renaissance aimera pour cela l’image du caméléon. Ce qui ressort, ce sont aussi les tensions qui s’y manifestent : entre l’intellect et la matière, les organes, entre les facultés psychiques elles-mêmes, jusqu’à la pathologie, entre l’individu et les autres, entre l’individu et la bête, puis la nature, le ciel, tout l’univers. Or le mot penser embrasse ce flou significatif, sert à le rassembler. Non pas qu’il soit commode comme un terme creux, mais parce que son indécision constitutive, celle qui travaille au cœur de son premier sens, convient à l’indécision de ce qu’il doit accueillir et nommer. La pensée, c’est au départ la pesée, la suspension des plateaux d’une balance, d’où viendra l’idée d’évaluation, de considération perplexe. Penser est le verbe de l’oscillation, le verbe de la charge hésitante, en équilibre, à cheval. Penser s’impose, en somme, comme le mot de l’entre-deux, de l’entre-trois, de l’entre-tout, qui permet de dire ouvertement l’acte polymorphe de l’être qu’est l’homme. Quels sont ses modes et ses confins ? C’est ce qu’on veut voir.

CHAPITRE 2

Toucher

La première pensée, chez tous

1. Jusqu’où peut-on remonter dans l’histoire de ses propres pensées ? Il arrive qu’on se demande quel est le souvenir le plus ancien que l’on ait gardé, l’image d’enfance la plus lointaine, la première scène marquante, mais cela vaut-il pour la pensée ? Se souvient-on d’une pensée primitive ? Et si l’on admet qu’on se soit mis à penser, qu’il y ait eu une première fois (ce qui n’a rien d’évident), en a-t-on conservé la mémoire ? La réponse est non, et c’est remarquable.

2. Il y a bien des premières pensées, tirées de l’expérience. Il y a bien un moment où l’individu jeune saisit quelque chose qui n’est plus de l’ordre de la sensation, de l’image, le moment du concept et de l’axiome qui inaugure la vie intellectuelle, qui l’ouvre à l’universel. Mais quand et comment cela a-t-il eu lieu ? Nul ne se le rappelle.

Je me souviens de mon premier cinéma, de mon premier bain dans le Pacifique, de mon premier vol ; je ne me souviens pas de la fois, la première, où j’ai compris la notion de tout, celle de partie, et la proposition disant que le tout est plus grand que la partie. L’entrée dans la pensée est pour chacun une origine perdue et irrattrapable. Chacun pense dans l’oubli de sa première pensée, dans l’ignorance des commencements de sa vie mentale. Comme Dante, évoquant à propos de Virgile le « si large fleuve du parler » qui l’emportait lui-même, nous paraissons toujours déjà pris dans le fleuve du penser, incapables d’en situer la source. La perception mentale de l’individu ne s’appréhende que dans l’épanchement d’un flux dont le jaillissement se dérobe, et si cette source, au principe de sa pensée, reste là, présente à la coulée, c’est d’une présence immémoriale, fatalement inconsciente.

À quoi cela tient-il ? Au fait, dit Averroès, que les premiers concepts sont des intelligibles « communs à tous les êtres (communicant omnibus entibus) » et que nous les obtenons par induction, en les dégageant du sensible, dès lors que passé un certain âge nous sentons les moindres choses. Cela veut dire que face aux réalités nous pensons avant tout ce qu’il y a de commun en elles, entre elles, ce qui ôte à la perception des premiers intelligibles tout caractère exceptionnel, marquant, et la rend précoce, aussi, puisqu’elle s’amorce dès que nous sommes aptes à exercer correctement notre sens.

Pourquoi, donc, ne se souvient-on pas des pensées inaugurales ? Parce que les premiers intelligibles sont ceux que partagent toutes les choses et qu’en raison de leur transversalité ils n’ont rien de mémorable et sont perçus très tôt, à l’occasion de n’importe quoi. Toute pensée est abstraite, et par conséquent attentive aux traits généraux des choses, mais cette abstraction-là, l’induction première, porte sur les traits communs à toutes les choses, et non pas seulement à un groupe, à une classe, un genre, une espèce. La première pensée est la pensée la plus large, pensée du plus général, qui survient ordinairement lorsque le sens bien disposé fait face au réel anodin. Il faut attendre certaines circonstances pour pouvoir penser ceci ou cela ; il suffit de croiser des choses pour se mettre à penser. C’est cela, l’idée. Si la pensée est un événement, il est aussi lointain que l’activation de notre vie sensorielle d’enfant. Nous avons pensé tandis que nous sentions parce que, nécessairement, nous pensons d’abord ce que tout corps, n’importe quel corps, en tant que nous y sommes sensibles, offre de commun à tout étant. La pensée ne fut pas une chance, une trouvaille, elle s’est présentée dans la rencontre même des choses au bout de nos doigts.

La pensée du premier jour, ainsi, est sans motif extraordinaire. Elle n’est jamais spectaculaire, elle se fait par-devers soi, débordé qu’on est par le monde des êtres qui manifestent leurs traits d’union. Quelle que soit l’impression qu’on ait, de foison, de dissémination, de coupure, de variété rebelle, l’intellect ne peut pas ne pas s’ouvrir, presque tout de suite, dès qu’il est prêt, dès que l’enfant est mûr et suffisamment affecté, à ce qui affleure partout, au commun, à la reliure, ou pour ainsi dire à l’interréalité du réel sensible. Sans doute n’a-t-on jamais affaire qu’à des choses singulières, mais dans la clôture de leur singularité pointe toujours une brillance qui les relie, et c’est ce commun en elles, ou qu’on peut dire d’elles, qui nous fait penser. La pensée commence par le commun qui se communique. Elle commence en deçà des singularités dans la communication du monde banal et c’est ce qui nous en masque l’événement. Elle n’est pas née d’une stupeur, par conséquent, d’une commotion insigne, elle est sortie d’un visage, d’une voix, d’un caillou, d’un jouet, et de tout ce qui, en eux, les joignait au reste du réel. Le premier terrain de l’esprit, ce fut cette communauté des choses sur lesquelles le sens « est tombé » (cadit). Aristote dit que philosopher, c’est s’étonner. Philosopher, peut-être. Mais penser, non. Penser, c’est tomber sur des corps.

3. De façon inattendue, cela règle une autre question, faussement curieuse, et en vérité essentielle pour l’éthique et la politique : pourquoi tout le monde pense-t-il ? Ou plutôt pourquoi tout homme, comme homme, a-t-il commencé à penser, si bien qu’il n’est pas de bêtise absolue ? Peu importe ce que la vie sera devenue, comment elle s’est déroulée, se déroule, à quoi elle mène, pourquoi n’est-il personne qui soit dépourvu, quand même il n’en aurait plus conscience, des pensées premières ? La réponse est la suivante : c’est parce que tout le monde sent, ou plus exactement, suggère Averroès, parce que tout le monde touche.

On voit, on entend, on sent les odeurs, et les textes ne manquent pas qui vantent l’un ou l’autre sens, en défendent la précellence, mais s’agissant de la pensée, de l’édification du savoir, c’est plus précisément du toucher qu’on partirait, c’est par lui qu’on s’ouvrirait à la communauté du réel, et cela change tout. Pour quelle raison ? Parce que le toucher est le sens constitutif de l’animal, ce sans quoi il n’est pas. Un corps qui ne touche pas est un cadavre. Comme l’explique Aristote, le toucher est le seul sens dont la destruction entraîne, non pas simplement un amoindrissement de la sensorialité, mais la destruction même de l’être sentant. Quand j’entends, quand je vois, je risque mon organe ; quand je touche, je risque ma vie. Le toucher est le sens à partir duquel cette vie même se déroule, et la thèse, donc, est que personne n’est dénué de pensée parce qu’il n’est personne qui, dans la mesure où il vit, ne touche.

On peut ne jamais faire de métaphysique au cours de son existence, ne pas aboutir ni se plaire à cette forme de pensée-là, mais il nous est impossible de ne pas toucher, et le toucher, quoi qu’on décide, s’élabore en connaissance, même minimale. Je suis donc je touche, je touche donc je pense, voilà le raisonnement, avec ce beau paradoxe que si nul n’est privé de ce qui fait l’homme, c’est en tant qu’il met en œuvre ce qui fait l’animal. Même si c’est à ma façon et que la raison rejaillit sur mon tact, je commence d’être homme en tant que, comme la bête, je touche. On a souvent comparé l’intellect à la main, mais à la main distinguée de la patte, dans sa puissance propre de main, qui saisit, utilise, manipule. La réalité est plus élémentaire, peut-être. L’intelligence naissante est pour tous dans la main qui touche, dans le corps en contact qui simplement heurte ou effleure.

Mais si la pensée repose sur le toucher, il importe de nuancer, d’enrichir, et peut-être de renverser ce qu’on a dit. Qu’elle naisse de la perception du commun dans l’objet ordinaire, à la tombée du sens, ne dit pas son détachement, son indifférence au monde. C’est tout l’inverse. Le toucher est le sens fondamental de l’animal en ce qu’il lui permet de survivre, de se prémunir, par l’évaluation, tandis qu’il déambule, de ce qui lui convient et de ce qui lui est nocif. En touchant, l’homme-animal se sauve. Ce qui veut dire que la pensée première, comme pensée du contact, du commun dans le contact, a toujours en son fond rapport au salut. La pensée prolonge une sauvegarde, elle est le contraire du désintérêt, du désintéressement. On n’entre pas dans la pensée parce que l’on s’étonne, tranquille dans un monde sans menace, à l’abri, protégé de l’urgence. La pensée survient dans la touche de l’objet quelconque, mais aucune touche n’est triviale, quel que soit l’objet. Nous sommes mobiles et vulnérables dans un monde à la fois de ressources et de pièges, et la pensée advient, par le toucher, comme sublimation de nos abords ou de nos évitements. Toute pensée est la gestion d’un frottement, d’un choc, d’un enfoncement, d’une gorgée. On pense, tout le monde pense, parce que l’on doit boire, et que l’eau est soit source, soit poison.

CHAPITRE 3

Estimer, cogiter

1. Je ne sens pas le danger. Je ne vois pas l’hostilité de l’ennemi, la douceur de l’ami ou l’amour dans le corps qui m’aime. Tout cela, je l’estime. Entre l’acte de sentir et celui de concevoir, l’estimation est la première des modalités troublantes de la pensée, à l’œuvre constamment. Le verbe arabe est wahama, qui signifie se former une idée de quelque chose, et son équivalent latin aestimare ou existimare. L’estimation est un trait de la vie animale, mais elle vaut pour l’homme, qui lui ajoute l’intellectualité (ce qui ne va pas sans tiraillement, puisque chaque puissance aime sa solitude et veut son libre cours). Avicenne a forgé l’exemple le plus célèbre pour l’illustrer, celui de la brebis qui fuit devant le loup dont elle perçoit qu’il lui fera du mal. Elle n’a vu que du poil, une couleur, un mouvement ; elle n’a entendu qu’un grognement, mais elle a comme flairé la mort dans ce qui rôdait : elle a « estimé » sur-le-champ l’inimitié de l’autre bête, et estimé aussi, par contraste, la bienveillance de sa mère après laquelle elle soupire. Mais qu’a-t-elle saisi, en vérité, et grâce à quoi ? Qu’est-ce qu’une pensée de brebis, qui puisse importer ?

2. Estimer relève pour Avicenne d’une faculté située au milieu du cerveau, qui côtoie les pouvoirs de l’imagination et de la mémoire : c’est l’estimative, la wahmiyya. Sa fonction la plus singulière consiste à saisir dans le sensible ce que l’arabe appelle un ma‘nâ, et que le latin rend par le terme séduisant mais trompeur d’intentio. Ma‘nâ est un intraduisible, ce qui en fait une mine. Il désigne originairement la signification, ce que l’on entend par un mot, ce que l’on vise en disant. Estimer, c’est donc appréhender dans le sensible ce que le sensible veut dire, quelque chose de ce qu’il signifie, une part de son sens. Cela, ce ma‘nâ, cette intentio, l’animosité du loup, la tendresse de la mère, c’est une entité, un objet à part qui, en tant que tel, réclame une faculté spécifique susceptible d’en percevoir la majoration. Il y a dans le sensible, en deçà même de l’attention de l’intellect et de ses filets, plus que le sensible. Il y a dans le sensible de l’estimable. Toute réalité sensible contient une dimension qui à proprement parler ne se sent pas, n’est pas en elle-même matérielle, mais qui ne se livre qu’avec la chose concrète dont elle est comme une propriété singulière et circonstanciée. Estimer consiste à repérer cet aspect associé, coïncident, à percevoir cette qualité non sensible dans l’objet que l’on sent et à l’en extraire pour réagir à propos. L’animal fait cela, l’homme fait cela, chaque fois par exemple – c’est-à-dire toujours – qu’il « ressent » la sympathie ou l’aversion, qu’il évalue dans un contexte précis ce qui lui convient et ce qui lui disconvient.

S’il n’est pas un décor, une scène au loin, le monde est toujours plus que sa franchise sensible, son premier plan, et penser permet en l’estimant de s’en aviser. Mais l’estimation n’ajoute pas en profondeur, elle n’enrichit pas uniquement notre espace perceptif en montrant davantage, elle le polarise. En nous donnant à voir ce qui se présente comme… (comme hostile, comme nuisible, comme aimable, comme protecteur, etc.), elle nous dégage de la fausse neutralité des choses. La vie que cette pensée révèle n’est pas l’objet d’un face-à-face confortable, froid, c’est une vie réelle d’implications, un rapport tendu de forces, de désirs, d’accords et d’oppositions. Estimer la chose n’est pas discriminer ce qu’elle est, mais ce qu’elle vaut, et ce qu’elle vaut pour moi, ici, maintenant. Les loups en veulent aux brebis, admettons. Mais ce qu’estime cette brebis, c’est cette hostilité-là, dans ce loup, celui-là, affamé de cette faim. L’estimation est par excellence la pensée en situation d’un corps mobile attentif à sa vie. Le ma‘nâ, la signification que l’individu perçoit en plus du reste, n’est donc pas une propriété générale, abstraite, cueillie objectivement dans la chose comme telle, c’est ce qui, de cette propriété, lui parle, à lui, au sein du milieu que son psychisme et son corps constituent. Le supplément qu’est l’estimable est une connotation. Penser nous sort de la prose du monde.

Sans qu’il l’ait su ou mesuré, ce que Jakob von Uexküll développe dans sa célèbre Théorie de la signification est un écho de cette idée. Pour Uexküll, l’animal n’entre pas en rapport avec un « objet », il ne vit pas dans « le » monde, il n’évolue que dans un milieu, son monde, où les choses n’existent qu’en tant qu’elles ont une signification pour lui. Il n’y a pas de réel pur, par conséquent, et l’animal n’a rapport qu’à des porteurs de signification qui configurent son habitat. Uexküll, étonnamment, se réfère pour appuyer sa thèse à la pensée du Moyen Âge en soutenant que la distinction médiévale entre essence et accidents ne correspond qu’à une différence, du point de vue de l’animal, entre les significations principales et les significations mineures : « Les scolastiques, écrit-il, distinguaient dans les caractères d’un objet les essentia (sic) et les accidentia. Ils ne songeaient qu’à des porteurs de signification, puisque les caractères des objets sans relation avec un sujet ne présentent pas cette hiérarchie. C’est seulement la liaison plus ou moins étroite du porteur de signification avec le sujet qui permet de séparer les caractères en dominants (essentia) et secondaires (accidentia). » La remarque est forte, mais c’est à la leçon d’Avicenne que Uexküll aurait dû songer : dans le sensible il y a ce qui, véritablement, se sent, ce sont les sensibilia propres et communs, et les intentiones, les « visées », les significations de ce sensible, mêlées à lui, accidentellement liées à la matière, qui font de la nature une demeure diversement connotative.

3. Cette faculté estimative qui perçoit les significations, Averroès n’en veut pas. L’animal n’en a pas besoin pour s’orienter et savoir réagir, l’imagination lui suffit, et chez l’homme, c’est à une autre puissance que revient d’approcher le sens du sensible : la faculté cogitative, la fikriyya. Après la sensation, penser n’est pas estimer, c’est cogiter. La faculté de cogiter, que les Latins nommeront virtus cogitativa, est au centre du cerveau, elle aussi, et elle a pour fonction d’appréhender ce ma‘nâ, cette signification dont il a été question. Mais Averroès le comprend d’une autre façon et ne parle plus d’hostilité, de nuisance, de sympathie, d’amour. Ce que perçoit l’homme qui cogite, c’est le sensible dans son individualité. Porté par son intellect, qui accroît sa compréhension du réel concret, qui lui donne d’embrasser plus que l’objet propre de sa sensation, d’aller au-delà, en deçà, il n’a pas affaire, tandis qu’il sent et qu’il imagine, à des affects seulement confus, disparates, à des paquets d’informations ingérables et sans pôle. Devant un cheval, devant l’image mentale de ce cheval, cogiter consiste, outre les diverses qualités que nous lui voyons, à dégager ce qui fait qu’il est ce cheval. Devant un homme, devant l’image cérébrale de cet homme individuel, cogiter consiste à pointer ce qui fait de lui cet homme individuel, de la même manière qu’on peut, devant un portrait, percevoir ce qui le renvoie au modèle. Averroès compare cela, ce noyau de sens, à la pulpe sous l’écorce. La cogitation donne accès à la moelle singulière des choses et permet à nos images, dont elle révèle les références, de fonctionner comme portrait : cogiter transforme nos images en icônes du monde.

4. Ce pouvoir change tout. Il permet à l’homme d’être autre chose qu’un réceptacle d’affects sans repères, un simple sujet d’impressions, il lui permet de vivre consciemment dans un monde balisé d’individus, de réalités ponctuelles, désignables, qu’il peut nommer, qu’il peut « phraser », et dont il peut se souvenir. Mais la cogitation s’impose aussi comme antichambre dans la connaissance, elle est un peu la raison d’avant la raison, la faculté qui prépare l’acte de l’intellect en lui dévoilant l’objet sur lequel opérer son abstraction. Le noyau que la cogitative atteint préfigure l’essence et la conditionne, comme Thomas d’Aquin, par exemple, le savait bien. Produire un concept demande non seulement de sentir et d’imaginer, mais de cogiter, aussi, parce que la cogitation « collationne », compare les perceptions, prélève au cœur de l’individu ce qui fait de lui plus que lui : elle y voit l’instance d’une nature commune.

N’est-ce qu’une affaire de savoir et de vérité ? C’est plus que cela. En imposant à l’intellect sa médiation, le pouvoir de cogiter est au principe du déploiement de notre être d’animal intelligent. Car si l’homme est intellectuel, il ne l’est qu’en puissance, radicalement, et la cogitation seule en est l’agent formateur. L’homme est un « espace potentiel », au sens où Winnicott en parle, et la cogitation en est la force plastique. C’est par l’image, par le cumul ordonné des images que l’individu, d’un seul mouvement, s’étoffe et s’universalise. Cogiter développe l’embryon mental, comble l’informité, donne du poids au Je qui dit je peux, je veux, je sais. C’est en deçà de l’intellectualité, autrement dit, que l’humanité intellectuelle se joue. Elle advient dans le fantasme que la cogitation travaille, au risque d’échouer, de dériver et de se perdre. Et chacun le sait, d’ailleurs, à condition de rendre au mot sa force passée. Cogito ergo sum : je cogite donc je suis.

Revenir au menu de la page


Au sujet de l’auteur

JEAN-BAPTISTE BRENET

Jean-Baptiste Brenet, universitaire français, professeur d'histoire de la philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, spécialiste d'Averroès, 27 April 2018. Source Own work. Author : Polmars. Source : Wikipédia.
Jean-Baptiste Brenet, universitaire français, professeur d’histoire de la philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, spécialiste d’Averroès, 27 April 2018. Source Own work. Author : Polmars. Source : Wikipédia.

Jean-Baptiste Brenet (né le à Marseille) est un philosophe français, spécialiste de philosophie arabe et latine[1]. Il est professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, où il enseigne l’histoire de la philosophie arabe « médiévale » ou « classique ».

BIOGRAPHIE

Jean-Baptiste Brenet est agrégé de philosophie (1995); docteur en sciences religieuses (2002, École pratique des hautes études, 5e section, sous la direction d’Alain de Libera :Transferts du sujet. La noétique d’Averroès selon Jean de Jandun); habilité à diriger des recherches (2010, École pratique des hautes études, 5e section, avec Alain de Libera comme garant: Averroès et la scolastique latine. Etudes d’histoire des philosophies médiévales arabe et latine).

Professeur de philosophie au Lycée de 1995 à 2000, puis détaché comme chargé de recherches au CNRS (2000-2002), il est élu maître de conférence à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense (2003-2011), puis professeur des Universités à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (2011-). Il y dirige jusqu’en 2019 le Centre GRAMATA (Groupe de recherche antiquité, Moyen Âge et transmission arabe). Il est membre du laboratoire de recherches SPHère (UMR 7219)[2].

Jean-Baptiste Brenet est traducteur du latin et de l’arabe. Il a co-fondé et co-dirige avec Christophe Grellard la collection « Translatio. Philosophies médiévales », chez Vrin. Il a créé et anime à l’Institut du Monde arabe « falsafa. Les RDV de la philosophie arabe à l’IMA ».

L’objet principal des travaux de Jean-Baptiste Brenet est Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198) et la philosophie andalouse. Il les étudie à la fois pour examiner les grands concepts de la falsafa (notamment en métaphysique, en anthropologie et en philosophie de l’esprit) et pour comprendre l’héritage de cette philosophie « arabe » dans la pensée latine, et plus largement dans la pensée moderne européenne.

___________________

NOTES

  1. Voir sa biographie détaillée sur sa page personnelle sur le site de l’université Paris 1 [archive]
  2. Unité Mixte de Recherches 7219 [archive]
  3. « Nomination dans l’ordre des Arts et des Lettres – été 2023 [archive] », sur Ministère de la Culture, (consulté le ).

Source : Wikipédia.

Revenir au menu de la page


Du même auteur

JEAN-BAPTISTE BRENET

Essais

  • 2003 : Transferts du sujet. La noétique d’Averroès selon Jean de Jandun, Vrin(ISBN 978-2-71161-653-4)
  • 2007 : Averroès et les averroïsmes juif et latin, Actes du colloque international (Paris, 16-), Coll. Textes et Études du Moyen Âge, Brepols(ISBN 978-2-50352-742-0)
  • 2010 : Thomas d’Aquin, Les Créatures spirituelles. Introduction, traduction et notes de Jean-Baptiste Brenet, Paris, Vrin (coll. « Sic et non »)
  • 2013 : Les Possibilités de jonction. Averroès?-?Thomas Wylton, De Gruyter(ISBN 978-3-11031-517-2)
  • 2015 : Averroès l’inquiétant, Les Belles Lettres(ISBN 978-2-25144-533-5) (traduction en espagnol, Metales Pesados, Chili, 2018 ; en italien, Carocci, 2019 ; en arabe, Dâr al-kitâb al-jadîd, 2020 ; en russe, Ad marginem).
  • 2016 : Thomas d’Aquin, L’Âme et le Corps (Somme de Théologie, Ia, q. 75-76), traduction et notes de Jean-Baptiste Brenet, introduction de C. Bazan, Paris, Vrin
  • 2017 : Je fantasme – Averroès et l’espace potentiel, Verdier(ISBN 978-2-86432-909-1)
  • 2018 : Intellect d’amour (avec Giorgio Agamben), Lagrasse, Verdier (traduction italienne, Quodlibet, 2020 ; traduction espagnole, Hidalgo, 2021)
  • 2018: (avec L. Cesalli), Sujet libre. Pour Alain de Libera, Paris, Vrin.
  • 2019 : La Philosophie arabe à l’étude. Sens, limites et défis d’une discipline nouvelle (avec Olga Lizzini), in Studying Arabic Philosophy. Meaning, Limits and Challenges of a Modern Discipline, Paris, Vrin
  • 2019 : Dante et l’Averroïsme (avec Alain de Libera et I. Rosier), Collège de France-Belles Lettres
  • 2020 : Robinson de Guadix (préface de Kamel Daoud), Lagrasse, Verdier
  • 2021: Ibn ?ufayl, Le philosophe sans maître, édition de la traduction d’E.-M. Quatremère, préface et notes par J.-B. Brenet, Paris, Payot et Rivages.
  • 2022: Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Paris, Payot (trad. arabe, Sophia, Koweït, 2023 ; trad. russe, ad Marginem, 2024) : Prix PhiloMonaco de l’essai philosophique 2023
  • 2023: Demain la veille, Lagrasse, Verdier.
  • 2024: Le dehors dedans. Averroès en peinture, Paris, Macula. Prix Biguet 2025

Articles

  • Liste complète des publications de Jean-Baptiste Brenet sur le site de l’université [archive]
  • Perfection de la philosophie ou philosophe parfait ? – Jean de Jandun, lecteur d’Averroès, in Recherches de théologie et philosophie médiévales, Vol. 68, No. 2, 2001, pp. 310-348
  • Les sources et le sens de l’anti-averroïsme de Thomas de Strasbourg, in Revue des sciences philosophiques et théologiques, 2006/4 (Tome 90)
  • Thomas d’Aquin pense-t-il ? – Retours sur Hic homo intelligit, in Revue des sciences philosophiques et théologiques, 2009/2 (Tome 93)
  • Sujet, objet, pensée personnelle : l’Anonyme de Giele contre Thomas d’Aquin, in Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, 2012/1 (Tome 79)
  • Siger de Brabant et la notion d’operans intrinsecum : un coup de maître ?, in Revue des sciences philosophiques et théologiques, 2013/1 (Tome 97)
  • Pensée, dénomination extrinsèque et changement chez Averroès – Une lecture d’Aristote, Physique VII, 3, in Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, 2015/1 (Tome 82)

Traductions

  • 1998 : Guillaume d’Auvergne, De l’âme (VII, 1-9), Vrin(ISBN 978-2-71161-368-7)
  • 2010 : Thomas d’Aquin, Les Créatures spirituelles, 320 pages, Vrin – (ISBN 978-2-71162-266-5)
  • 2013 : Thomas Wylton, L’âme intellective, De Gruyter(ISBN 978-3-11031-517-2)
  • 2016 : Thomas d’Aquin, L’Âme et le Corps (Somme de théologie, Ia, q. 75-76), 232 pages, Vrin – (ISBN 978-2-71162-688-5)
  • 2018 : Avicenne, (?), Epître sur les prophéties, introduction (avec O. Lizzini), traduction de l’arabe et notes, Paris, Vrin – (ISBN 978-2-71162-774-5)
  • 2022: Averroès, (Ibn Rushd), L’intellect (Compendium du livre De l’âme), texte arabe établi et présenté par D. Wirmer, introduction, traduction et notes par J.-B. Brenet, Paris, Vrin: Prix Ibn Khaldûn/Senghor de la traduction arabe
  • 2023 : Averroès, Dieu et la connaissance du monde, Paris, Payot et Rivages.
  • 2024: Dans J.-B. Brenet, Le dehors dedans. Averroès en peinture, Paris, Macula: (i) Saint Bonaventure, Commentaire des Sentences, distinction 18, article 2, question 1 (1250-1252), p. 227 sq.; (ii) Thomas d’Aquin, Commentaire des Sentences, Livre II, distinction 17, question 2, art. 1 (1252-1254), p. 238 sq.; (iii) Thomas d’Aquin, Abrégé de théologie I (De fide) (1261-1265), I, 79; 85; 86; 87; 89 p. 252 sq. ; (iv) Siger de Brabant, Questions sur le livre III du traité De l’âme d’Aristote (1265-1266), q. 1; 7; 8; 914; 15; p. 261 sq.; (v) Thomas d’Aquin, Questions sur l’âme (1266-1267), q. 2; 3; 5;  p. 287 sq.; (vi) Thomas d’Aquin, Commentaire du traité De l’âme d’Aristote (1267-1268), III, 1; 4 p. 318 sq.; (vii) Étienne Tempier, Condamnation du 10 décembre 1270 ; Condamnation du 7 mars 1277 (extraits), p. 323 sq.; (viii) Anonyme de Giele, Questions sur le traité De l’âme d’Aristote, q. I, 6; q. II, 4; p. 327 sq.; (ix) Gilles de Rome, Lecture du livre II des Sentences, Question 56, distinction 17, p. 343 sq.; (x) Siger de Brabant, De l’âme intellective, texte intégral, p 364 sq.; (xi)Taddeo de Parme, Questions sur le livre III du traité De l’âme d’Aristote, extraits (1318-1325 ?), III, 4; 5; p. 398.

Source : Wikipédia.


Revue de presse

Le livre du jour – Ce que “penser” veut dire, ici ou ailleurs – Arthur Hannoun publié le 28 mars 2022 – Philosophie magazine.

Richesse de la pensée arabe classique par Marc Lebiez, 1 juin 2022, Numéro 152, En attendant Nadeau.

Que veut dire penser ? de Jean-Baptiste Brenet, Arabes et Latins. Bibliothèque Rivages, 2022, 160 pages, 16 €. Critiques de livres, Anne-Sophie Jouanneau, Publié dans le numéro 4295 (Juillet 2022), revue Études – Revue de culture contemporaine.

Revenir au menu de la page


Mon rapport de lecture

Que veut dire penser ?

Arabes et Latins

Jean-Baptiste Brenet

Rivages poche – Petite Bibliothèque, 2025.

Ce livre intéressera ceux et celles préoccupés par l’évolution de la philosophie à travers les différentes traductions des écrits grecques anciens en arabe, puis en latin et enfin en français. Le titre doit se lire comme suit : “QUE VEUT DIRE PENSER selon les Arabes et les Latins” ou, selon l’IA ChatGPT, “Que voulait-on dire quand on disait “penser” au Moyen Âge, en arabe et en latin ?” La chaîne de traduction des écrits des philosophes grecques de l’Antiquité (Platon, Aristote…) vers le français suit deux chemins différents : 1. Grec — Latin — Français; 2. Grec — Arable — Latin — Français. Il est donc aisé d’imaginer l’influence culturelle des langues lors de ces traductions. Chaque langue forme un esprit différent avec ses propres conceptualisations et sa propre culture.

Lorsque je dis que les Canadiens-Anglais ne pensent pas comme les Canadiens-Français, plus spécifiquement les Québécois, je ne veux pas souligner une différence d’opinion mais qu’ils pensent le monde différemment en raison de leur langue (l’anglais).

Chaque langue est une vision du monde !


Wilhelm von Humboldt (1767–1835)

Thèse centrale :

Chaque langue est une vision du monde (Weltansicht).

  • La langue ne décrit pas le monde
  • Elle le forme

? Deux langues ? deux mots pour la même chose
? Deux langues = deux mondes pensables différents


Sapir–Whorf (version modérée)

  • La langue oriente la pensée
  • Elle ne l’enferme pas

Exemples :

  • temps verbaux ? rapport au temps
  • genres ? catégorisation
  • spatialité ? perception du monde

Ce que montre Brenet (implicitement)

Dans Que veut dire penser ? :

  • Traduire, ce n’est jamais neutre
  • Passer de l’arabe au latin :
    • transforme la notion de pensée
  • Le mot intellect n’est pas équivalent à ?aql
Une philosophie traduite est déjà une autre philosophie.

Conclusion forte (mais juste)

On peut donc dire, sans caricature :

Chaque langue forme un esprit différent,
parce qu’elle propose une manière différente d’habiter le monde.

Mais :

  • aucune langue n’est supérieure
  • chaque langue révèle certaines vérités et en voile d’autres

Ce que Humboldt veut dire exactement

Pour Humboldt :

Chaque langue est une Weltansicht.

Cela signifie :

  • une langue n’est pas un simple outil de communication
  • elle est une forme active de mise en monde
  • elle organise :
    • ce qui est visible
    • ce qui est dicible
    • ce qui est pensable

? Parler une langue, c’est déjà habiter le monde d’une certaine manière.

Lien avec la philosophie médiévale

C’est exactement ce que montrent les traditions grecque, arabe et latine :

  • Grec : penser = voir (theoria)
  • Arabe : penser = lier, se souvenir (?aql, dhikr)
  • Latin : penser = définir, distinguer (intelligere, substantia)

Ainsi, penser en grec, penser en arabe, penser en latin et penser en français impliquent quatre façon différentes de penser, quatre visions différentes du monde.

Et cela sans même prendre en compte l’évolution de chaque langue au fil du temps : penser en grec aujourd’hui n’équivaut pas nécessairement à penser en grec à l’époque antique ou médiévale.

Traduire un concept d’une langue à une autre ne se limite jamais à transposer des mots : chaque langue façonne la pensée à sa manière, si bien qu’une philosophie traduite est déjà une autre philosophie.


Les concepts et les mots d’une langue ne se traduisent jamais parfaitement dans une autre : chaque langue organise et façonne la pensée à sa manière, et traduire un mot implique toujours une interprétation. Ainsi, un terme grec, arabe ou latin peut couvrir des sens différents et porter des nuances culturelles et philosophiques propres, de sorte qu’une traduction modifie inévitablement la pensée originale. C’est pourquoi, dans l’histoire de la philosophie, lire un texte traduit revient souvent à lire une autre philosophie, et chaque langue produit sa propre « vision du monde » ou Weltansicht, rendant impossible une correspondance exacte des concepts à travers les siècles et les cultures.

Ah, là on touche à un point fondamental en philosophie et en linguistique : l’idée que les mots d’une langue ne se traduisent jamais parfaitement dans une autre, et que les concepts eux-mêmes sont en partie modelés par la langue qui les exprime. C’est exactement ce qui explique la difficulté de traduire des textes philosophiques anciens.


1. Le problème de base

Quand on traduit un mot ou un concept d’une langue à une autre :

  • Il n’y a souvent pas d’équivalent exact.
  • Le mot traduit peut perdre certaines nuances ou ajouter des connotations étrangères.
  • Résultat : le concept lui-même change.

Exemple simple

  • Grec ancien : logos
    • peut signifier : parole, raison, discours, lien, ordre cosmique
  • Latin : verbum, ratio
    • aucune traduction ne rend toutes les dimensions de logos
  • Arabe médiéval : kalam ou ?aql
    • différentes implications philosophiques, parfois incompatibles avec le grec original

Traduire logos ? ratio ? intellect ? raison change la “vision du monde”.


2. Pourquoi cela arrive

a) Structure grammaticale

  • Certaines langues obligent à mettre en avant des relations, d’autres des substances.
  • Exemple :
    • Arabe : racines verbales ? la pensée est souvent un acte relationnel
    • Latin : nommer l’essence ? la pensée est plus substantielle et classificatoire

b) Champ sémantique différent

  • Un mot peut couvrir plus ou moins de sens selon la langue
  • Ex : « penser » en français moderne n’est ni ?aql (arabe) ni noein (grec)

c) Contexte culturel

  • Concepts liés à :
    • religion
    • métaphysique
    • société
  • Ces dimensions ne se transportent pas automatiquement dans une autre langue

3. Conséquences philosophiques

  1. Une traduction est déjà une interprétation.

    « Une philosophie traduite est déjà une autre philosophie. »

  2. Impossible de reconstruire exactement l’esprit d’origine.
    • Même un traducteur très fidèle modifie la pensée
    • Les lecteurs occidentaux du Moyen Âge ont souvent lu Aristote à travers le filtre d’Averroès, donc déjà transformé
  3. Chaque langue produit une “Weltansicht” différente.
    • Une langue ne décrit pas le monde de manière neutre, elle forme le monde que le locuteur peut concevoir

4. Exemple historique

  • Grec ? arabe ? latin :
    • ousia (essence, substance)
    • devient jawhar en arabe ? légèrement teinté par la logique néoplatonicienne
    • puis substantia en latin ? simplifié et intégré au cadre scolastique
  • Résultat : la philosophie sur “l’être” est déjà différente à chaque étape.

5. Ce que cela implique aujourd’hui

  • Lire un texte ancien dans sa langue originale est toujours préférable pour saisir toutes les nuances.
  • Traduire requiert une interprétation consciente des différences conceptuelles.
  • La pluralité des langues est une richesse, mais aussi un défi pour la philosophie comparée.

Il m’apparaît primordiale de considérer ces points fondamentaux de la philosophie et de la linguistique avant la lecture de CE QUE VEUT DIRE PENSER ? ARABES ET LATINS de JEAN-BAPTISTE BRENET, d’autant plus que ce philosophe est un véritable spécialiste de la pensée arabe et de son legs au monde latin.

Ce livre nous propose un visite guidée fort bien documentée qui a tout pour étonner son lecteur.

Qu’on ouvre certains livres anciens, en arabe, en latin, ceux qu’on ne lit pas et qu’on oppose à tort, on y trouvera des auteurs médiévaux qu’obsède, non pas la lutte, mais la question de la pensée. Ils pensent, ils brûlent leur vie à penser, et cette vie-là, ils la posent sur une table, et ils regardent, et ils s’interrogent. On les comprend. Ils veulent savoir qui ils sont, ce qu’ils font, ce dans quoi ils espèrent ou s’épuisent.

Qu’appellent-ils penser ? Descartes, pour l’homme, avait sa réponse : je suis une chose qui pense, c’est-à-dire « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent ». Que disent-ils, eux, et avant lui ? Que répondent-ils, dans leur langue, qui soit bouleversant, gelé par l’oubli, et donc neuf ? C’est ce qu’on cherche, librement, en déclinant les entrées.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 7.


Voici un résumé clair et structuré des notions clés de Jean-Baptiste Brenet, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, sans entrer dans des citations ni du texte protégé, mais fidèle à l’esprit et au projet du livre.


1. Question centrale du livre

Le livre ne demande pas « qu’est-ce que la pensée ? » au sens moderne,
mais plus radicalement :

Que voulait-on dire quand on disait “penser” au Moyen Âge, en arabe et en latin ?

? Brenet montre que penser n’est pas une notion unique, stable ou évidente, mais un ensemble d’actes, d’expériences et de régimes intellectuels.


2. Penser n’est pas seulement raisonner

Une thèse centrale du livre :

Penser n’est pas réductible à un calcul logique ou à un raisonnement abstrait.

Dans les traditions médiévales :

  • penser peut vouloir dire :
    • recevoir
    • éprouver
    • être affecté
    • s’actualiser
    • être mis en mouvement par autre chose

? La pensée est souvent passive autant qu’active.


3. La pluralité des verbes du “penser”

Brenet insiste beaucoup sur la diversité lexicale.

En latin et en arabe, “penser” se dit autrement :

  • intelligere (saisir)
  • cogitare (rassembler, peser)
  • speculari (contempler)
  • estimare (évaluer)
  • sentire (sentir)
  • tangere (toucher)
  • dhikr (se souvenir, évoquer)
  • fikr (réflexion, méditation)
  • ?aql (intellect, lien)

? Penser, c’est parfois toucher, goûter, se souvenir, être éveillé.


4. L’intellect n’est pas “dans” le sujet moderne

Point fondamental du livre (et très dérangeant pour nous modernes) :

Chez beaucoup de philosophes arabes et latins, l’intellect n’est pas une propriété privée du sujet.

Chez Al-Fârâbî, Avicenne, Averroès :

  • l’intellect est :
    • séparé
    • universel
    • parfois commun

? Penser, ce n’est pas produire à partir de soi,
c’est être traversé par une activité intellectuelle.


5. Penser, c’est être transformé

Brenet insiste sur une dimension existentielle :

Penser n’est pas seulement connaître quelque chose,
c’est devenir autre que ce qu’on était.

  • L’intellect s’actualise
  • L’âme change de statut
  • Le sujet n’est pas souverain

? Penser est un événement, pas une simple opération mentale.


6. Philosophie et religion : deux régimes du penser

Le livre montre que, pour les médiévaux :

  • il n’y a pas deux vérités
  • mais plusieurs modes d’accès à la vérité

Distinction essentielle :

  • la philosophie pense par démonstration
  • la religion pense par images, récits, symboles

? Ce sont deux façons de penser, pas penser vs non-penser.


7. Le penser comme expérience limite

Chez certains auteurs (notamment inspirés d’Aristote et du néoplatonisme) :

  • le sommet du penser n’est pas discursif
  • il est :
    • silencieux
    • contemplatif
    • non verbal

? À son plus haut degré, le penser ne se dit plus.


8. Critique implicite du sujet moderne

Sans attaquer frontalement Descartes, le livre suggère que :

  • le “je pense” moderne a effacé :
    • la passivité
    • la dépendance
    • la pluralité des formes de pensée

? Nous avons réduit “penser” à une activité consciente, volontaire et individuelle, ce qui est historiquement très tardif.


9. Méthode du livre

Ce n’est pas :

  • une histoire chronologique
  • un manuel scolaire

Mais :

  • une cartographie conceptuelle
  • une enquête lexicale
  • une philosophie à partir des mots

? Brenet fait penser le lecteur, plutôt que de lui expliquer quoi penser.


En une formule

Le message profond du livre pourrait se résumer ainsi :

Penser, ce n’est pas posséder une pensée,
c’est être pris dans un acte qui nous dépasse.


Tout commence par une anomalie qui crée comme un appel d’air. Si l’on songe à ce que penser veut dire, au vocabulaire sous-jacent, le premier mot qui devrait venir est un mot latin : pensare. Il semble être la racine et c’est lui, dans sa fécondité native, qu’on imagine remplir les textes des philosophes et théologiens latins. C’est une surprise, pourtant, qui attend l’archéologue. Notre penser est partout, leur pensare plutôt rare. De la pensée, des flux entre le corps, l’esprit, le monde, il est toujours question chez eux, mais ce n’est pas de ce verbe, pensare, qu’on le signifie. Ce passé-là, pour ainsi dire, « pense » peu.

Le premier mot, le mot de l’origine, c’est donc l’absent. Celui qui devait s’imposer, précéder, fonder tous les autres, c’est celui qui manque. L’étrangeté est dans cet écart entre le terme que notre modernité a promu et sa faible fréquence dans la scolastique qui par ailleurs ne cesse de détailler, d’analyser, de définir les formes de la vie pensante, et voit naître en un sens l’intellectuel.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 1 – Penser, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 9.


Le mot « penser » en français a une histoire très intéressante, et on peut en suivre la racine et l’évolution à travers les langues.


1. Racine étymologique

  • Français : penser
  • Latin : pensare, pulsatif de pendere
    • pendere = peser, suspendre, estimer
    • pensare = peser mentalement, réfléchir, évaluer

Littéralement, « penser » signifie à l’origine “peser dans son esprit”, comme on pèse des objets pour juger de leur valeur ou de leur poids.


2. Liens avec d’autres langues

  • Italien : pensare
  • Espagnol : pensar
  • Anglais : thought (dérive d’une autre racine germanique, mais l’idée est similaire : réflexion et considération)

3. Dimension philosophique

  • La racine suggère une activité de jugement et de mesure, pas seulement de raisonnement abstrait.
  • C’est proche de l’idée médiévale que penser implique évaluer, comparer et peser les idées, et pas seulement les concevoir intellectuellement.

4. Comparaison avec le grec et l’arabe

  • Grec ancien : noein, dianoia ? contempler, saisir, discerner
  • Arabe : fikr, ?aql ? méditer, lier, relier
  • La racine française pens- insiste sur le geste mental de peser et d’évaluer, ce qui n’existe pas exactement dans ces langues.

En résumé :

Penser, c’est originellement peser dans l’esprit, évaluer et juger, une nuance qui éclaire bien pourquoi traduire cette notion dans d’autres langues transforme nécessairement sa signification.


Si vous voulez, je peux faire un tableau comparatif des racines de « penser » en français, grec et arabe, pour voir concrètement comment les langues façonnent l’esprit.
Voulez?vous que je fasse ça?? OUI !


(…) La pensée, c’est au départ la pesée, la suspension des plateaux d’une balance, d’où viendra l’idée d’évaluation, de considération perplexe. Penser est le verbe de l’oscillation, le verbe de la charge hésitante, en équilibre, à cheval. Penser s’impose, en somme, comme le mot de l’entre-deux, de l’entre-trois, de l’entre-tout, qui permet de dire ouvertement l’acte polymorphe de l’être qu’est l’homme. Quels sont ses modes et ses confins ? C’est ce qu’on veut voir.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 1 – Penser, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p.11.


Jean-Baptiste Brenet ancre la pensée dans notre corps, notre corps sensible. Il n’y a pas de penser sans les sens. Et il y a la première pensée… oubliée.


Toucher

La première pensée, chez tous

1. Jusqu’où peut-on remonter dans l’histoire de ses propres pensées ? Il arrive qu’on se demande quel est le souvenir le plus ancien que l’on ait gardé, l’image d’enfance la plus lointaine, la première scène marquante, mais cela vaut-il pour la pensée ? Se souvient-on d’une pensée primitive ? Et si l’on admet qu’on se soit mis à penser, qu’il y ait eu une première fois (ce qui n’a rien d’évident), en a-t-on conservé la mémoire ? La réponse est non, et c’est remarquable.

2. Il y a bien des premières pensées, tirées de l’expérience. Il y a bien un moment où l’individu jeune saisit quelque chose qui n’est plus de l’ordre de la sensation, de l’image, le moment du concept et de l’axiome qui inaugure la vie intellectuelle, qui l’ouvre à l’universel. Mais quand et comment cela a-t-il eu lieu ? Nul ne se le rappelle.

Je me souviens de mon premier cinéma, de mon premier bain dans le Pacifique, de mon premier vol ; je ne me souviens pas de la fois, la première, où j’ai compris la notion de tout, celle de partie, et la proposition disant que le tout est plus grand que la partie. L’entrée dans la pensée est pour chacun une origine perdue et irrattrapable. Chacun pense dans l’oubli de sa première pensée, dans l’ignorance des commencements de sa vie mentale. Comme Dante, évoquant à propos de Virgile le « si large fleuve du parler » qui l’emportait lui-même, nous paraissons toujours déjà pris dans le fleuve du penser, incapables d’en situer la source. La perception mentale de l’individu ne s’appréhende que dans l’épanchement d’un flux dont le jaillissement se dérobe, et si cette source, au principe de sa pensée, reste là, présente à la coulée, c’est d’une présence immémoriale, fatalement inconsciente.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 2 – Toucher (La première pensée, chez tous), Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp.13-14.


(…) Aristote dit que philosopher, c’est s’étonner. Philosopher, peut-être. Mais penser, non. Penser, c’est tomber sur des corps.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 2 – Toucher (La première pensée, chez tous), Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 17.


On voit, on entend, on sent les odeurs, et les textes ne manquent pas qui vantent l’un ou l’autre sens, en défendent la précellence, mais s’agissant de la pensée, de l’édification du savoir, c’est plus précisément du toucher qu’on partirait, c’est par lui qu’on s’ouvrirait à la communauté du réel, et cela change tout. Pour quelle raison ? Parce que le toucher est le sens constitutif de l’animal, ce sans quoi il n’est pas. Un corps qui ne touche pas est un cadavre. Comme l’explique Aristote, le toucher est le seul sens dont la destruction entraîne, non pas simplement un amoindrissement de la sensorialité, mais la destruction même de l’être sentant. Quand j’entends, quand je vois, je risque mon organe ; quand je touche, je risque ma vie. Le toucher est le sens à partir duquel cette vie même se déroule, et la thèse, donc, est que personne n’est dénué de pensée parce qu’il n’est personne qui, dans la mesure où il vit, ne touche.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 2 – Toucher (La première pensée, chez tous), Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 17.


Jean-Baptiste Brenet se réfère notamment à Avicenne, Averroès et Al-Fârâbî .

Averroès est l’une des grandes figures de la philosophie médiévale — et un maillon décisif dans la transmission d’Aristote à l’Occident.


AVERROÈS

Identité

  • Nom arabe : Ibn Rushd (??? ???)
  • Nom latinisé : Averroès
  • Dates : 1126–1198
  • Lieu : Cordoue (Al-Andalus, Espagne musulmane)
  • Langue d’écriture : arabe

Il est à la fois :

  • philosophe
  • juriste musulman
  • médecin

Son rôle historique majeur

? Averroès est le plus grand commentateur d’Aristote au Moyen Âge.

Il n’a pas simplement traduit Aristote :

  • il l’a expliqué ligne par ligne
  • il a cherché à restituer le sens authentique du philosophe grec, contre les interprétations néoplatoniciennes.

Ses commentaires sont devenus la référence dans les universités européennes pendant des siècles.


Les trois types de commentaires d’Aristote

Averroès a rédigé :

  1. Commentaires courts (résumés)
  2. Commentaires moyens
  3. Grands commentaires (explication détaillée du texte grec)

? Beaucoup de textes d’Aristote ont été connus en Europe par les commentaires d’Averroès avant même le texte original.


La transmission vers l’Occident latin

Chaîne typique :

grec ? arabe (Averroès) ? latin ? français / langues modernes

  • Ses œuvres sont traduites en latin dès le XIII? siècle.
  • Il devient “le Commentateur” (Aristote étant “le Philosophe”).

Les idées clés d’Averroès (simplifiées)

1. Primauté de la raison

  • La raison philosophique est compatible avec la foi, mais distincte.
  • Tous ne doivent pas philosopher de la même façon.

2. L’intellect

  • Thèse célèbre (et controversée) de l’intellect unique :
    • l’intellect est commun à tous les humains
  • Cette idée choque les théologiens chrétiens.

3. Vérité et interprétation

  • Il n’y a pas deux vérités (religieuse / philosophique),
    • mais plusieurs niveaux de discours.

Condamné… puis célébré

Dans le monde musulman

  • Critiqué par des théologiens (ex. Al-Ghazali)
  • Relativement marginalisé après sa mort

Dans le monde chrétien

  • Immense influence
  • À l’origine de l’averroïsme latin
  • Condamné à Paris (1277)… mais étudié partout

Pourquoi Averroès est crucial

Sans lui :

  • une grande partie d’Aristote aurait été inconnue en Europe
  • Thomas d’Aquin, Siger de Brabant, Dante n’auraient pas pensé de la même manière

? Dante le place dans les Limbes parmi les grands sages païens.


En résumé

Averroès est :

  • un penseur musulman
  • le grand passeur d’Aristote
  • un pont intellectuel entre Grèce, monde arabe et Europe latine

Il incarne à lui seul l’idée que la philosophie occidentale est née du dialogue entre les civilisations.


AVICENNE

Avicenne est l’autre grande figure majeure de la philosophie médiévale islamique — complémentaire d’Averroès, mais très différent de lui.


Identité

  • Nom arabe : Ibn S?n? (??? ????)
  • Nom latinisé : Avicenna
  • Dates : 980–1037
  • Lieu : Perse (actuel Iran et Asie centrale)
  • Langues : arabe (principalement), persan
  • Professions : philosophe, médecin, savant encyclopédique

Il est souvent considéré comme le plus grand philosophe de l’islam médiéval.


Son rôle historique

? Avicenne a reconstruit Aristote dans un système philosophique cohérent, fortement influencé par le néoplatonisme.

  • Il ne commente pas Aristote ligne à ligne (contrairement à Averroès).
  • Il crée une philosophie originale, inspirée d’Aristote.

Ses œuvres deviennent fondatrices aussi bien en Orient qu’en Occident.


Œuvres majeures

Philosophie

  • Le Livre de la guérison (Kit?b al-Shif?’)
    ? vaste encyclopédie philosophique
  • Le Livre des indications et des avertissements

Médecine

  • Le Canon de la médecine
    ? manuel médical de référence en Europe jusqu’au XVII? siècle

Idées philosophiques essentielles

1. Essence et existence

? Distinction capitale :

  • Essence : ce qu’une chose est
  • Existence : le fait qu’elle soit

Chez les êtres créés :

  • l’essence n’implique pas l’existence

Chez Dieu :

  • essence = existence
    ? Être nécessaire

Cette idée marquera profondément :

  • Thomas d’Aquin
  • la métaphysique occidentale

2. Dieu comme être nécessaire

  • Tout ce qui existe est soit :
    • nécessaire
    • possible
  • Le monde dépend d’un Être nécessaire par soi.

3. L’âme et l’« homme volant »

Expérience de pensée célèbre :

  • Un homme créé en suspension dans le vide
  • Sans sensations
  • Il se sait pourtant exister

? Conclusion :
la conscience de soi est indépendante du corps


4. Connaissance et intellect

  • L’intellect humain reçoit la connaissance de l’Intellect agent
  • Vision hiérarchisée du savoir (influence néoplatonicienne)

Avicenne et l’Occident latin

Chaîne de transmission :

grec ? arabe (Avicenne) ? latin ? français

  • Traduit en latin dès le XII? siècle
  • Étudié dans les universités médiévales
  • Autorité quasi absolue en médecine et métaphysique

Avicenne vs Averroès (en bref)

Avicenne Averroès
Philosophie systématique Commentaire fidèle d’Aristote
Influence néoplatonicienne Anti-néoplatonicien
Métaphysicien Exégète
Central en Orient Central en Occident latin

Pourquoi Avicenne est essentiel

Sans Avicenne :

  • pas de métaphysique médiévale structurée
  • pas de distinction essence/existence
  • pas de médecine universitaire européenne

Il est un fondateur, pas seulement un passeur.


En résumé

Avicenne est :

  • un génie encyclopédique
  • un penseur original
  • un pont entre Aristote et la scolastique

AL-FÂRÂBÎ

Al-Fârâbî est l’un des fondateurs de la philosophie islamique classique — souvent appelé « le Second Maître », Aristote étant le « Premier ».


Identité

  • Nom complet : Ab? Na?r Mu?ammad ibn Mu?ammad al-Fârâbî
  • Dates : v. 872 – 950
  • Origine : Asie centrale (région du Turkestan, actuel Kazakhstan)
  • Langues : arabe, persan, grec (lu et étudié)
  • Professions : philosophe, logicien, musicien, théoricien politique

Son rôle historique

? Al-Fârâbî est le grand architecte de l’aristotélisme dans le monde islamique.

  • Il systématise logique, métaphysique et politique.
  • Il prépare le terrain pour Avicenne.
  • Il fournit à l’Occident une version structurée d’Aristote.

Sans lui, Avicenne n’aurait sans doute pas existé tel qu’on le connaît.


Œuvres majeures

Philosophie et logique

  • L’énumération des sciences
  • Commentaires de la logique d’Aristote

Philosophie politique

  • La Cité vertueuse

Musique

  • Le Grand Livre de la musique

Idées clés

1. Philosophie et religion

  • La vérité est une
  • La religion en est la traduction symbolique
  • La philosophie en est la forme démonstrative

? Vision très influente et audacieuse.


2. La cité vertueuse

Inspirée de Platon :

  • La société idéale est dirigée par :
    • un philosophe
    • ou un prophète-législateur
  • Le chef parfait unit :
    • sagesse
    • vertu
    • connaissance

3. Hiérarchie de l’intellect

  • Intellect en puissance
  • Intellect en acte
  • Intellect acquis
  • Intellect agent

? Ce schéma influencera :

  • Avicenne
  • Averroès
  • la scolastique latine

4. Logique comme clé universelle

  • La logique est l’outil fondamental de toute connaissance.
  • Elle est valable indépendamment de la religion ou de la langue.

Al-Fârâbî et l’Occident

  • Traduit en latin au XII?–XIII? siècles
  • Influence Thomas d’Aquin indirectement
  • Essentiel dans la transmission d’Aristote

Pourquoi il est si important

Al-Fârâbî est :

  • un systématicien
  • un médiateur culturel
  • un philosophe politique majeur

Il transforme Aristote en système vivant, compatible avec une civilisation nouvelle.


En résumé

Al-Fârâbî est :

  • le fondateur de la philosophie rationnelle en islam
  • le pont entre Platon, Aristote et le monde médiéval
  • la source intellectuelle d’Avicenne

2. Estimer relève pour Avicenne d’une faculté située au milieu du cerveau, qui côtoie les pouvoirs de l’imagination et de la mémoire : c’est l’estimative, la wahmiyya. Sa fonction la plus singulière consiste à saisir dans le sensible ce que l’arabe appelle un ma‘nâ, et que le latin rend par le terme séduisant mais trompeur d’intentio. Ma‘nâ est un intraduisible, ce qui en fait une mine. Il désigne originairement la signification, ce que l’on entend par un mot, ce que l’on vise en disant. Estimer, c’est donc appréhender dans le sensible ce que le sensible veut dire, quelque chose de ce qu’il signifie, une part de son sens. Cela, ce ma‘nâ, cette intentio, l’animosité du loup, la tendresse de la mère, c’est une entité, un objet à part qui, en tant que tel, réclame une faculté spécifique susceptible d’en percevoir la majoration. Il y a dans le sensible, en deçà même de l’attention de l’intellect et de ses filets, plus que le sensible. Il y a dans le sensible de l’estimable. Toute réalité sensible contient une dimension qui à proprement parler ne se sent pas, n’est pas en elle-même matérielle, mais qui ne se livre qu’avec la chose concrète dont elle est comme une propriété singulière et circonstanciée. Estimer consiste à repérer cet aspect associé, coïncident, à percevoir cette qualité non sensible dans l’objet que l’on sent et à l’en extraire pour réagir à propos. L’animal fait cela, l’homme fait cela, chaque fois par exemple – c’est-à-dire toujours – qu’il « ressent » la sympathie ou l’aversion, qu’il évalue dans un contexte précis ce qui lui convient et ce qui lui disconvient.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 3 – Estimer, corriger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p.22.

S’il n’est pas un décor, une scène au loin, le monde est toujours plus que sa franchise sensible, son premier plan, et penser permet en l’estimant de s’en aviser. Mais l’estimation n’ajoute pas en profondeur, elle n’enrichit pas uniquement notre espace perceptif en montrant davantage, elle le polarise. En nous donnant à voir ce qui se présente comme… (comme hostile, comme nuisible, comme aimable, comme protecteur, etc.), elle nous dégage de la fausse neutralité des choses. La vie que cette pensée révèle n’est pas l’objet d’un face-à-face confortable, froid, c’est une vie réelle d’implications, un rapport tendu de forces, de désirs, d’accords et d’oppositions. Estimer la chose n’est pas discriminer ce qu’elle est, mais ce qu’elle vaut, et ce qu’elle vaut pour moi, ici, maintenant. Les loups en veulent aux brebis, admettons. Mais ce qu’estime cette brebis, c’est cette hostilité-là, dans ce loup, celui-là, affamé de cette faim. L’estimation est par excellence la pensée en situation d’un corps mobile attentif à sa vie. Le ma‘nâ, la signification que l’individu perçoit en plus du reste, n’est donc pas une propriété générale, abstraite, cueillie objectivement dans la chose comme telle, c’est ce qui, de cette propriété, lui parle, à lui, au sein du milieu que son psychisme et son corps constituent. Le supplément qu’est l’estimable est une connotation. Penser nous sort de la prose du monde.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 3 – Estimer, corriger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p.23.


Jean-Baptiste Brenet parle souvent de l’âme, de l’esprit et de l’intellect, trois concepts avec lesquels j’éprouve des difficultés en raison de mon association culturelle de l’âme avec la religion dans mon passé.


Qu’est ce que l’intellect ?

Bien sûr ! L’intellect est un concept philosophique et psychologique, et on peut le définir en plusieurs niveaux :


1. Définition générale

Intellect (du latin intellectus, “compréhension”) :

Faculté de l’esprit humain qui permet de connaître, comprendre, analyser et raisonner sur des objets abstraits ou concrets.

C’est ce qui permet de penser au-delà des perceptions immédiates et des émotions.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Abstraction Capacité à isoler les idées des objets particuliers. Exemple : comprendre le concept de “justice” sans référence à une situation précise.
Raisonnement logique Organise les idées, établit des relations de cause à effet, construit des démonstrations.
Universalité Les conclusions de l’intellect sont communicables et valables au-delà du sujet individuel.
Détachement affectif Il opère indépendamment des émotions ou des désirs immédiats (différent de l’âme ou de l’esprit).

3. Philosophie classique

  • Aristote : l’intellect (nous) est la partie de l’âme capable de saisir les formes universelles.
  • Thomas d’Aquin : l’intellect humain est l’organe de la vérité, capable de connaître Dieu et les principes premiers.
  • Descartes / rationalistes : l’intellect est la faculté de penser et de juger, distincte des sens et du corps.

4. Psychologie moderne

  • L’intellect correspond à ce que l’on appelle souvent la cognition : mémoire, raisonnement, planification, abstraction, résolution de problèmes.
  • Mesuré par des tests d’intelligence ou des épreuves de raisonnement logique.

Formule simple

L’intellect est l’outil qui permet de penser clairement, analyser, comprendre et connaître la vérité.


Qu’est ce que l’âme ?

Ah, on revient à la grande question ! ? Voici une définition claire et structurée de l’âme selon une approche philosophique, épistémologique et historique.


1. Définition générale

Âme (du latin anima, “souffle, vie”) :

Principe immatériel qui anime le corps, permet de vivre, de ressentir, de percevoir et d’éprouver la réalité.

Autrement dit, c’est ce qui fait qu’un être est vivant et conscient, avant même de penser ou de raisonner.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Vitalité L’âme est ce qui donne la vie au corps. Sans elle, le corps serait inerte.
Conscience et sentiment Elle est le siège de la perception, des émotions, des désirs, de l’intuition.
Individualité Elle confère à chaque être une identité unique et une expérience subjective.
Immatérialité Contrairement au corps, elle n’est pas directement mesurable ni visible.

3. Perspectives philosophiques

  • Platon : l’âme est immortelle, préexiste au corps, et est capable de connaître les Idées (vérités éternelles).
  • Aristote : l’âme est la forme du corps, principe de vie qui comprend :
    • âme végétative (nutrition, croissance)
    • âme sensitive (perception, émotions)
    • âme intellective (raison, pensée)
  • Philosophie chrétienne : l’âme est immortelle, essence de l’être humain, capable de salut ou damnation.
  • Psychologie moderne : le terme “âme” est souvent remplacé par “psyché” ou “conscience”, désignant l’expérience vécue et subjective.

4. Type de connaissance associé à l’âme

  • L’âme éprouve le réel.
  • Elle connaît par sentiment, intuition et expérience immédiate, plutôt que par raisonnement logique.

Formule simple

L’âme est ce qui vit, ressent et fait exister un être de manière unique.


Qu’est-ce l’esprit ?

Parfait, on complète le trio ! ? Voici une définition claire de l’esprit et sa distinction par rapport à l’âme et à l’intellect.


1. Définition générale

Esprit (du latin spiritus, “souffle, inspiration”) :

Faculté de donner sens à l’expérience, de penser, interpréter et organiser ce que l’âme ressent et ce que l’intellect analyse.

Autrement dit, c’est ce qui transforme le vécu en compréhension, le ressenti en signification.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Médiation L’esprit relie l’âme (ressenti) et l’intellect (raison).
Compréhension Il permet d’interpréter les événements, les symboles, les idées et les valeurs.
Créativité et imagination Capable de produire des idées nouvelles, des concepts symboliques et des œuvres.
Flexibilité L’esprit n’est pas strictement logique ni purement émotionnel : il peut jouer avec les significations.

3. Perspectives philosophiques

  • Platon : l’esprit (souvent lié à l’âme rationnelle) accède aux Idées, c’est l’outil de compréhension des vérités universelles.
  • Aristote : l’esprit n’est pas séparé de l’âme, mais l’intellect actif (nous poietikos) permet de concevoir et abstraire.
  • Philosophie moderne : l’esprit est souvent associé à la pensée consciente, la réflexion, la culture et la mémoire.
  • Courant religieux/spirituel : l’esprit peut être vu comme le principe de conscience morale, de sagesse ou de transcendance.

4. Type de connaissance associé à l’esprit

  • L’esprit interprète le réel.
  • Il connaît par symboles, valeurs, significations.
  • C’est un savoir médiatisé et réflexif, mais pas nécessairement logique ou démonstratif.

Formule simple

L’âme vit, l’esprit comprend, l’intellect démontre.


Voici un tableau synthétique et épistémologique pour bien visualiser la différence entre âme, esprit et intellect :

Dimension Âme Esprit Intellect
Étymologie Latin anima = souffle, vie Latin spiritus = souffle, inspiration Latin intellectus = compréhension
Fonction principale Vivre, ressentir Comprendre, donner sens Connaître, analyser, démontrer
Mode de connaissance Expérience immédiate et vécue Interprétation et réflexion symbolique Abstraction et raisonnement logique
Type de vérité Vérité subjective, vécue Vérité signifiante, interprétative Vérité universelle, démontrable
Relation au corps Anime le corps Relie l’âme et l’intellect Se détache du corps pour raisonner
Exemple concret Éprouver la joie ou la douleur Comprendre le sens d’un geste, d’une œuvre Démontrer un théorème ou formuler une loi
Perspectives philosophiques Aristote : forme du corps, principe vital ; Platon : immortalité Platon : accès aux Idées ; moderne : pensée consciente et symbolique Aristote : intellect actif (nous poietikos) ; Descartes : raison et jugement
Temps / portée Immédiat, présent Médiat, reliant passé, présent et futur Universel et communicable, abstrait

? Petit résumé mnémotechnique :

L’âme vit, l’esprit comprend, l’intellect démontre.


C’est beaucoup plus clair pour comprendre le chapitre 4 – Intelliger de QUE VEUT DIRE PENSER ? ARABLES ET LATINS.

1. Intelliger, c’est user de l’intellect. La tradition y voit l’œuvre de la plus haute faculté de l’individu humain. Elle en a chéri ce que cela suggérait de dignité, de noblesse, d’écart, L’homme est doté de capacités multiples, assurément. Il est un corps, il a des puissances de corps ; mais il est un homme, aussi, et comme homme, il serait ù intelligent Ù, cette intelligence refluant sur ses pouvoirs inférieurs de mouvement, de sensation et d’imagination. Il n’est personne qui ne l’ait soutenu.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 4 – Intelliger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p.29.

2. Que vise l’intellection ? C’est son objet qui le dit. L’intelligible est l’être même des choses, ce qu’elles sont en soi indépendamment de leurs accidents ou traits contingents. Vieille histoire, que tous les philosophes peu ou prou se racontent : l’acte de l’intellect consiste à saisir la réalité du réel quel qu’il soit. Parmi les étymologies fantasques qu’aime le Moyen Âge, on retient qu’intelliger viendrait du latin intus legere, qui signifie lire dedans. L’intellection serait l’acte consistant à lire au0dedans des être, à y accéder dans leur profondeur, jusqu’à leur noyau, comme si chaque nature était un livre, un texte, un mot, mais recouvrer, couvert de couches, stratifié, qu’il s’agirait de mettre au jour. (…)

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 4 – Intelliger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 29-30.

(…) Parmi les dimensions de la pensée, l’intellection serait l’accès à l’universel. Toute la philosophie, toute la science commence là, suppose cela, qui doit délivrer du flux, de l’opinion. de la représentation privée, de l’inégal, de l’arbitraire et du violent, et qui inversement débouche en théorie sur le nécessaire, l’objectif, le vrai, le démontrable, qui porte jusqu’au commun, au transmissible, au partageable, au point d’accord. L’universel que cette pensée comprend, c’est le terme où l’espèce, comme telle, se re retrouve, c’est ce qui sort l’individu de lui-même, l’exfiltre, l’extirpe des limites de son terrain collant.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 4 – Intelliger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 30-31.

Pouvez-vous me donner un exemple concret de « Parmi les dimensions de la pensée, l’intellection serait l’accès à l’universel » ?

Oui, absolument ! Pour rendre cette phrase concrète, il faut comprendre que l’intellection est ce qui permet de saisir les principes ou vérités générales, indépendamment des situations particulières.


Exemple concret

Imagine que tu observes plusieurs arbres : un chêne, un pin, un bouleau.

  1. Observation sensible (âme)
    • Tu vois les feuilles, la couleur de l’écorce, la hauteur.
    • Tu ressens peut-être la beauté ou la fraîcheur de l’ombre.
    • C’est l’expérience immédiate, singulière.
  2. Interprétation (esprit)
    • Tu comprends que tous ces arbres sont des êtres vivants, qu’ils font partie d’un écosystème.
    • Tu donnes un sens à ce que tu observes.
  3. Intellection (accès à l’universel)
    • Tu reconnais que tous les arbres partagent certaines caractéristiques universelles : racines, tronc, feuilles, processus de photosynthèse.
    • Tu peux formuler une loi ou un concept général :

      « Tout arbre, qu’il soit chêne, pin ou bouleau, possède un système racinaire, un tronc et des feuilles, et il produit de l’énergie par photosynthèse. »

    • Ici, tu passes de l’observation particulière à la compréhension universelle. C’est l’intellection.

Formule simple

L’âme perçoit l’arbre, l’esprit comprend l’arbre, l’intellect saisit le concept d’arbre.


Qu’est ce qu’un concept en philosophie ?

Excellente question ! En philosophie, le mot concept a un sens très précis, différent de l’usage courant. Voici une explication claire et complète.


1. Définition générale

Concept :

Une représentation intellectuelle abstraite qui permet de penser et de comprendre un objet, un phénomène ou une idée au-delà des exemples particuliers.

En d’autres termes, un concept est une idée générale qui regroupe les caractéristiques essentielles d’une chose ou d’un ensemble de choses.


2. Caractéristiques principales

Caractéristique Description
Abstraction Un concept ne désigne pas un objet particulier mais l’essence commune de plusieurs objets.
Universalité Il s’applique à tous les cas de la même catégorie. Exemple : le concept chaise désigne toutes les chaises, pas une seule.
Précision intellectuelle Il permet de raisonner et communiquer de manière claire et structurée.
Indépendance du temps et de l’espace Un concept n’est pas lié à un moment ou un lieu particulier.

3. Exemples concrets

  • Chaise ? concept regroupant tous les objets ayant un siège, un dossier et des pieds, indépendamment de leur couleur ou forme.
  • Justice ? concept moral ou social qui permet de penser ce qui est équitable, indépendamment des situations concrètes.
  • Triangle ? concept géométrique qui s’applique à toutes les figures à trois côtés, qu’elles soient grandes ou petites, équilatérales ou scalènes.

4. Philosophie classique

  • Platon : les concepts sont liés aux Idées ou Formes (ex. : “la Beauté” existe comme idée universelle).
  • Aristote : le concept permet de saisir l’essence d’un objet, ce qui le distingue d’autres objets.
  • Philosophie moderne : le concept est un outil de pensée, abstrait mais nécessaire pour raisonner, classifier et communiquer.

Formule simple

Un concept est une idée générale qui permet de comprendre et de penser la réalité au-delà des exemples particuliers.


4. Si l’intellect accueille l’universel sans l’altérer, il n’est pas le pouvoir du cerveau ou d’une partie de matière. L’intellection est une pensée sans organes, et ce qui l’opère, donc, soustrait à la compression et aux limites de la réalité, ne peut être qu’unique. La théorie d’Averroès dite du monopsychisme selon laquelle n’existerait qu’une seule intelligence pour tous les hommes vient de là. On l’a souvent mal comprise, toutefois, puisque si l’intellect est un et ne peut être qu’un, il ne l’est pas comme une chose. Il est un en ce qu’il n’est pas par lui-même individué, pluralisé ; il est un comme une faculté non personnelle, c’est-à-dire commune, antérieure au partage, un comme la puissance mentale de l’espèce qui, en soi, n’est pas qualifiée, propriété naturelle de tel ou tel, mais qui s’offre le temps d’une vie à des appropriations différenciées.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 4 – Intelliger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 33-34.

4. L’universel devant émerger du sensible, intelliger est d’abord abstraire. Abstraire signifie défaire la chose de son individualité, et donc, puisque la matière fait l’individu, la dématérialiser. Tout philosophe le dit, pourrait le dire, et c’est assez beau. (…)

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 4 – Intelliger, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 34.


Une question se pose.


Est-ce que tous les hommes parviennent au même universel ?

C’est là qu’on touche à un point central de la philosophie de la connaissance : non, tous les hommes ne parviennent pas au même universel, et il y a plusieurs raisons à cela. Je vais t’expliquer clairement.


1. L’universel selon l’intellection

  • L’intellection vise à saisir l’essence des choses, ce qui est vrai au-delà des cas particuliers.
  • Exemple : le concept de triangle est universel. Tous ceux qui comprennent ce concept savent qu’un triangle a trois côtés, peu importe la taille ou la couleur.

2. Pourquoi tout le monde n’atteint pas le même universel

  1. Différences de perception et d’expérience (âme)
    • L’âme perçoit le monde à travers les sens et l’expérience vécue.
    • Si deux personnes ont vécu des réalités très différentes, leur point de départ pour penser l’universel est différent.
  2. Différences de culture et d’éducation (esprit)
    • L’esprit interprète et organise les expériences.
    • La formation intellectuelle, la langue, la culture et les valeurs influencent la façon dont on saisit un universel.
    • Exemple : le concept de justice peut être compris différemment selon les sociétés.
  3. Différences de capacité intellectuelle (intellect)
    • L’accès aux concepts universels exige abstraction, raisonnement et réflexion.
    • Tout le monde n’a pas la même expérience de raisonnement ou de formation philosophique ou scientifique.

3. Philosophie classique

  • Platon : il y a un universel vrai et immuable (Idée), mais seuls ceux qui exercent l’âme et l’esprit correctement peuvent y accéder pleinement.
  • Aristote : l’universel existe dans la nature des choses et peut être compris par l’intellect, mais il faut observer, comparer et raisonner. L’accès dépend donc du travail intellectuel.
  • Kant : l’esprit structure notre perception avec des catégories universelles, mais la compréhension de l’universel dépend de nos facultés.

4. Conclusion simple

L’universel existe, mais l’accès à celui-ci varie selon la perception, la culture, la réflexion et la capacité intellectuelle de chacun.

Autrement dit, tous les hommes ne perçoivent pas ou ne comprennent pas le même universel de la même façon, même s’il existe un principe universel à atteindre.


Dans ce cas, on peut pas parler d’universel ?

Ah, exactement ! C’est là qu’il faut faire une distinction subtile en philosophie entre l’universel comme principe et l’universel comme accès individuel. ?


1. Universel ? accès universel

  • Universel (objectif / philosophique)
    • C’est ce qui est vrai pour tous, indépendamment des expériences et des perceptions.
    • Exemple : « Tout triangle a trois côtés » ou « Tout être humain est mortel ».
    • Cet universel existe en soi, indépendamment de notre capacité à le saisir.
  • Universel perçu / compris par chacun
    • Chaque individu peut ne pas saisir parfaitement cet universel.
    • L’accès dépend de l’âme (expérience), de l’esprit (interprétation) et de l’intellect (raisonnement).
    • Donc l’expérience humaine de l’universel varie.

2. La philosophie classique sur ce point

  • Platon : les Idées (universels) existent absolument, mais beaucoup restent inaccessibles aux hommes ordinaires.
  • Aristote : l’universel se trouve dans la nature, mais il faut observer et raisonner pour y accéder. Certains y arrivent mieux que d’autres.
  • Kant : les catégories de l’esprit permettent de structurer le monde de façon universelle, mais la compréhension réelle dépend des facultés de chacun.

? Donc l’universel existe en principe, même si son accès ou sa compréhension n’est pas universelle.


3. Formule simple pour mémoriser

L’universel est ce qui est vrai pour tous,
mais tous ne le voient pas de la même manière.


Ce n’est cohérent de dire : « L’universel est ce qui est vrai pour tous, mais tous ne le voient pas de la même manière. »

Oui, la phrase est cohérente, mais elle peut sembler paradoxale à première vue, donc il vaut mieux la clarifier. ?


1. Pourquoi ça a du sens

  • Universel : c’est un principe ou une vérité qui est vrai en soi, indépendamment des individus.
    • Exemple : « Tout triangle a trois côtés » — cette vérité est valable pour tous les triangles, partout, et pour toute personne qui les observe correctement.
  • Accès à l’universel : ce n’est pas automatique.
    • Chaque personne peut comprendre, interpréter ou percevoir l’universel différemment selon ses connaissances, son esprit, sa culture, son expérience.
    • Exemple : quelqu’un qui n’a jamais étudié la géométrie peut ne pas saisir immédiatement ce que signifie « triangle » au sens abstrait.

Donc :

L’universel existe indépendamment de nous, mais notre perception ou compréhension de l’universel n’est pas identique pour tous.


2. Analogie simple

Imagine un phare :

  • Le phare (universel) éclaire dans toutes les directions.
  • Nous (individus) sommes à différentes distances et angles : certains voient la lumière clairement, d’autres moins, certains ne voient rien du tout.
  • La lumière reste la même, mais l’expérience de chacun varie.

3. Reformulation plus claire de ta phrase

« L’universel est une vérité qui s’impose à tous,
mais chacun y accède et le comprend selon sa perception et sa capacité. »


Est-ce ce qui explique que la vérité ne s’impose pas à tous ?

Oui — et ta question touche le cœur même du problème philosophique de la vérité.

La vérité ne s’impose pas à tous non parce qu’elle serait relative, mais parce que l’accès à la vérité n’est ni automatique ni identique chez tous. Voici l’explication, pas à pas, sans esquive.


1. La vérité n’est pas une contrainte physique

Une vérité n’agit pas comme une force naturelle.

  • La gravité s’impose à tous sans compréhension.
  • La vérité, elle, doit être reconnue.

? Or reconnaître une vérité suppose :

  • perception
  • compréhension
  • assentiment intellectuel

Donc la vérité demande un sujet capable de l’accueillir.


2. Les conditions d’accès à la vérité ne sont pas universellement remplies

a) Limites de la perception (âme)

  • On ne peut pas reconnaître ce qu’on ne perçoit pas.
  • Les sens sont partiels, situés, parfois trompeurs.
  • Une vérité peut être hors du champ de l’expérience vécue.

? Exemple : une injustice structurelle n’est pas visible à celui qui n’en subit jamais les effets.


b) Cadres d’interprétation (esprit)

  • L’esprit interprète toujours à partir de :
    • la langue
    • la culture
    • les croyances
    • les valeurs
  • Ces cadres peuvent masquer, déformer ou bloquer la reconnaissance de certaines vérités.

? Exemple : une vérité scientifique peut être rejetée si elle contredit une vision du monde préexistante.


c) Exigence de l’intellect

  • Certaines vérités exigent :
    • abstraction
    • effort
    • rigueur
    • parfois renoncement à des croyances confortables
  • Or l’intellect n’est pas toujours exercé, ou disponible.

? La vérité n’est pas seulement difficile : elle peut être coûteuse.


3. Les obstacles intérieurs à la vérité

a) L’affectif

  • Désirs, peurs, intérêts personnels.
  • On rejette souvent une vérité non parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle est désagréable.

b) Le social

  • Pression du groupe
  • Conformisme
  • Autorité
  • Une vérité peut être socialement disqualifiée.

c) Le moral

  • Reconnaître une vérité peut obliger à agir autrement.
  • Or toute vérité engage.

? La vérité met en demeure.


4. Point philosophique décisif

La vérité ne s’impose pas, elle se propose à l’intellect.

  • Elle est contraignante logiquement,
  • mais librement reconnue.

C’est pourquoi deux personnes également intelligentes peuvent :

  • avoir accès aux mêmes faits
  • et ne pas reconnaître la même vérité

5. Formule de synthèse

La vérité est universelle en droit,
mais son accueil dépend de conditions humaines qui ne le sont pas.

Ou plus radicalement :

La vérité n’est jamais violente ;
elle n’existe que là où quelqu’un consent à la reconnaître.


La vérité dépend-elle de l’homme pour exister, ou seulement pour être reconnue ?

C’est une question décisive, presque le point de bascule de toute la philosophie.

Je vais répondre sans détour, puis justifier.


Réponse courte et nette

La vérité ne dépend pas de l’homme pour exister,
mais elle dépend de l’homme pour être reconnue.

Cette distinction est classique, rigoureuse, et profondément cohérente.


1. Pourquoi la vérité ne dépend pas de l’homme pour exister

Dire que la vérité dépend de l’homme pour exister mènerait à une contradiction :

  • Avant l’homme, le réel existait.
  • Les rapports entre les choses existaient.
  • Les lois, les structures, les faits existaient.

? Exemple simple :
La Terre tournait autour du Soleil avant qu’aucun humain ne le sache.
Cette vérité était vraie sans être connue.

? Donc :

  • la vérité est ontologiquement indépendante de l’homme.

2. Pourquoi la vérité dépend de l’homme pour être reconnue

Mais une vérité non reconnue n’est pas une vérité pour quelqu’un.

  • La vérité n’est pas un objet matériel.
  • Elle n’agit pas par force.
  • Elle exige :
    • une intelligence
    • un jugement
    • un assentiment

? Sans sujet connaissant :

  • il y a des faits,
  • mais il n’y a pas de reconnaissance du vrai.

? La vérité devient épistémique seulement lorsqu’un intellect la saisit.


3. Distinction philosophique essentielle

Niveau Dépendance
Être de la vérité (ontologique) Ne dépend pas de l’homme
Connaissance de la vérité (épistémologique) Dépend de l’homme

Formule classique :

Veritas est adaequatio rei et intellectus
(La vérité est l’accord de l’intellect avec le réel.)

Le réel n’attend pas l’intellect pour être réel.
Mais la vérité, comme vérité connue, suppose l’intellect.


4. Position des grands courants (très bref)

  • Réalisme (Aristote, Thomas d’Aquin)
    ? la vérité existe indépendamment, l’homme la découvre.
  • Idéalisme radical
    ? la vérité dépend de la conscience (position minoritaire et problématique).
  • Relativisme
    ? la vérité dépend des perspectives (confond reconnaissance et existence).

5. Conclusion ultime

La vérité existe sans nous,
mais elle n’apparaît comme vérité qu’à travers nous.

Ou, plus incisif :

L’homme ne crée pas la vérité ;
il la rencontre — ou la manque.


Prière de commenter cette phrase : “La théorie d’Averroès dite du monopsychisme selon laquelle n’existerait qu’une seule intelligence pour tous les hommes vient de là”.

La phrase est globalement compréhensible, mais elle gagne à être précisée et nuancée, à la fois sur le plan historique et conceptuel.

Voici un commentaire structuré :

  1. Sur le fond philosophique
    La thèse attribuée à Averroès est bien celle du monopsychisme intellectuel, selon laquelle l’intellect agent (et parfois l’intellect possible) est unique et commun à tous les êtres humains. Il ne s’agit donc pas exactement de dire qu’« il n’existerait qu’une seule intelligence pour tous les hommes » au sens psychologique courant, mais plutôt qu’il n’existe qu’un seul intellect universel, auquel les individus participent dans l’acte de connaître. Les facultés sensibles et imaginatives, elles, restent individuelles.
  2. Sur la formulation
    L’expression « n’existerait qu’une seule intelligence » est un raccourci qui peut induire en erreur. Elle risque de faire croire qu’Averroès nie toute individualité de la pensée, alors que sa thèse porte sur le statut ontologique de l’intellect, non sur l’expérience subjective de penser.
  3. Sur l’expression “vient de là”
    La locution est ambiguë : de là renvoie à quoi exactement ? À Aristote ? À une interprétation précise du De anima ? À une tradition néoplatonicienne ? Sans précision, l’enchaînement causal reste flou.
  4. Sur le contexte historique
    Cette doctrine est une interprétation averroïste d’Aristote, qui sera vivement critiquée au Moyen Âge latin (notamment par Thomas d’Aquin), car elle semblait incompatible avec la responsabilité morale individuelle et l’immortalité personnelle de l’âme.

? Suggestion de reformulation plus rigoureuse

La théorie d’Averroès, dite du monopsychisme, soutient l’existence d’un intellect unique et universel, commun à tous les hommes, thèse issue de son interprétation du De anima d’Aristote.


J’ai un problème avec cette affirmation : il n’existe qu’un seul intellect universel, auquel les individus participent dans l’acte de connaître”. Je ne crois que les tous les hommes disposent du même intellect et encore moins que l’intellect soit universel.  Si « La vérité est l’accord de l’intellect avec le réel », et si « n’existe qu’un seul intellect universel », pourquoi la vérité de triomphe pas d’elle même, ne s’impose pas à tous, ou est l’objet de tant de désaccords ?

Qu’est-ce que le monopsychisme ?

Le monopsychisme est une doctrine philosophique selon laquelle il n’existe qu’un seul intellect (ou esprit) pour tous les êtres humains. Cette thèse est surtout associée à Averroès (XII? siècle), dans son interprétation d’Aristote.

Voici une explication claire, sans jargon inutile.


1. Sens du mot

  • mono- : un seul
  • psychè : âme / principe de pensée

? Monopsychisme = doctrine de l’« âme intellective unique ».


2. Ce que le monopsychisme affirme exactement

Le monopsychisme ne dit pas simplement que « tout le monde pense pareil ». Il soutient que :

  • l’intellect (principe de la pensée abstraite et universelle) est unique et séparé ;
  • il est commun à tous les hommes ;
  • les individus n’ont pas chacun leur intellect propre, mais participent à cet intellect unique lorsqu’ils pensent.

En revanche :

  • les sens, l’imagination, la mémoire, les émotions sont individuels ;
  • ce qui varie d’un individu à l’autre, ce sont les images et les expériences, pas l’intellect lui-même.

3. Pourquoi cette idée apparaît

Le monopsychisme vient d’une difficulté chez Aristote :

  • l’intellect pense des universaux (des vérités valables pour tous) ;
  • or ce qui est universel semble difficilement réductible à un organe individuel et matériel.

Averroès en tire la conclusion suivante :

ce qui est universel doit être unique.

Donc :

  • les hommes sont multiples,
  • mais l’intellect par lequel ils comprennent est un.

4. Pourquoi cette doctrine pose problème

Le monopsychisme a été vivement contesté, surtout au Moyen Âge latin, pour trois raisons principales :

a) Problème du sujet

Si l’intellect est unique :

  • qui pense ?
  • est-ce moi qui comprends, ou quelque chose qui pense en moi ?

b) Problème moral

  • comment fonder la responsabilité individuelle ?
  • qui est récompensé ou puni ?

c) Problème de l’immortalité personnelle

  • si l’intellect est unique, que devient la personne après la mort ?

5. La critique classique (Thomas d’Aquin)

Thomas d’Aquin rejette le monopsychisme en affirmant :

« Comprendre est un acte de l’homme »

Donc :

  • l’intellect doit être forme de l’âme individuelle ;
  • chaque homme pense par son propre intellect.

6. En une phrase

? Le monopsychisme est la thèse selon laquelle la pensée humaine procède d’un intellect unique et universel, commun à tous les hommes, auxquels ils n’accèdent que de manière participative, et non individuelle.


Chapitre 5

Penser comme on voit la nuit

Il faut parfois lire ailleurs que dans le corps du texte la varie thèse que l’on cherche, ou bien celle qui compte. Dans ce passage d’Aristote sur la lumière, l’important était dans la nuit et sa danse des feux. Son idée principale, sur la vision des couleurs, n’avait rien d’hypocrite, de stratégique, de prudent ; mais elle faisait naître une nuance, et c’est dans la part oubliée de la nuance que le plus fin, pour finir, s’est logé. À travers l’histoire on a voulu concevoir la pensée par rapport au voir éclatant, sous le soleil, face au soleil, jusqu’au soleil ; mais voir (donc penser), c’est aussi autre chose, autrement, c’est voir un autre lumineux, non pas l’irradié, la surface irradiée, dans la lumière tombante d’une source une, mais dans la multiplicité solidaire des profondeurs brillantes d’elles-mêmes. S’il fallait un verbe, ce pourrait être cernere. Cerner, discerner, d’où vient en français le mot secret.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 5 – Penser comme on voit la nuit, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 50-51


Est-ce à dire que penser ne consiste pas à éclairer ?

Oui — si l’on suit Brenet, il faut clairement répondre : non.
Mais non dans un sens très précis, et non pas provocateur ou obscur.


1. Ce que Brenet refuse : le modèle de l’éclairage

Dire que penser consiste à « éclairer », c’est supposer que :

  • il y aurait un obscur préalable,
  • la pensée serait une source de lumière,
  • comprendre = rendre totalement visible,
  • la vérité = pleine clarté, sans reste.

C’est le modèle :

  • platonicien (le soleil),
  • cartésien (l’évidence),
  • moderne (la transparence).

? C’est précisément ce modèle que Brenet met en question.


2. Ce que penser est à la place : discerner

Pour Brenet, penser ne produit pas la lumière, mais travaille dans un milieu déjà lumineux, quoique imparfaitement.

Comme voir la nuit :

  • on ne crée pas la lumière,
  • on repère des lueurs,
  • on distingue des formes,
  • on s’oriente sans totalité visible.

Le verbe clé n’est pas éclairer, mais :

  • cerner,
  • discerner,
  • séparer sans isoler.

? Penser n’abolit pas l’ombre : il l’habite intelligemment.


3. La place décisive du secret

Si penser éclairait vraiment :

  • il n’y aurait plus de secret,
  • plus de retrait,
  • plus de reste.

Or, chez Brenet :

  • le secret n’est pas l’échec du penser,
  • il en est l’effet nécessaire.

Plus on pense finement :

  • plus on découvre que ce qui est pensé
  • ne se laisse pas épuiser.

? La pensée n’illumine pas : elle fait apparaître du discernable et du retiré à la fois.


4. Une formule juste (mais exigeante)

On pourrait dire :

Penser n’éclaire pas ; penser fait voir autrement.

Ou encore :

Penser ne dissipe pas la nuit, il y trace des différences.


5. Pourquoi cette thèse est forte (et dérangeante)

Elle implique que :

  • la pensée n’est pas souveraine,
  • le sujet n’est pas maître du sens,
  • la vérité n’est pas possédable.

Cela explique :

  • l’intérêt de Brenet pour Averroès,
  • sa méfiance envers la philosophie de la subjectivité,
  • sa préférence pour une pensée non appropriative.

6. Réponse nette à votre question

? Non : penser ne consiste pas à éclairer.
? Penser consiste à discerner dans un champ partiellement lumineux, en laissant subsister le secret.


Je conclus ainsi :

Penser ne consiste pas à éclairer. Dans la nuit, on ne cherche pas à éclairer par sa pensée, mais à discerner ce qui ne se présente que dans une lueur. Et ce que la lueur ne dévoile pas demeure secret.

ou

Penser ne consiste pas à éclairer, mais à discerner. Comme dans la nuit, la pensée ne produit pas la lumière : elle s’oriente à partir de lueurs. Ce que ces lueurs ne dévoilent pas demeure secret.


Chapitre 6

Se lier, faire couple

1- La pensée est une affaire de lien. On peut en rêver l’illimitation, on peut l’imaginer mobile, rayonnante, diffuse, mais il est plus juste de considérer qu’elle advient dans un point de fixation, comme au resserrement d’un nœud. Le terme arable qui l’indique est irtibât, ou ribât, lequel désigne originairement l’attache, la corde qui tient la bête, le filet qui prend le fauve (et quelque chose de l’animalité, un élément de sauvagerie, perdure sans doute dans l’usage qu’on retient ici). Le mot latin que le traduit est copulatio, c’est-à-dire la copule, le raccordement, le lien. L’idée est que l’homme ne pense qu’en se liant au concept, ce dernier étant lié lui-même aux images que l’individu possède et dont il est tiré. C’est ce lien-là qui compte. Toute pensée est un couple, qui soude un sens général à sa référence dans le corps d’une personne. Toute pensée survient dans l’accomplissement de l’universel et de son fantasme.

2- On le tient d’Aristote. Ce dernier affirme que l’âme ne pense pas sans image (les phantasmata), c’est-à-dire sans les traces singulières que laissent en nous l’expérience du réel, et l’on comprend généralement que le sens des choses existant dans les choses. il faut d’abord pâtir de ce choses et les imaginer pour pouvoir l’en extraire. Mais ceux, comme Averroès, qui le suivent, on déplacé la thèse en accentuant le rapport de dépendance qui suspend l’intelligible à ce dont on l’abstrait. L’idée n’est plus de dire seulement que l’image est requise comme base parce que l’universel s’en dégage, mais que, de cet universel, l’image est le repère constant du fait qu’il ne s’envisage que dans l’évidence continue de sa dérivation.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 6 – Se lier, faire couple, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 55-57.


Au cours de ma carrière en recherche marketing, j’ai pris connaissance des travaux du chercheur américain dans le domaine, monsieur Louis Cheskin, et ce dernier a mis de l’avant le « schéma de référence » du consommateur acquis à leur expérience du réel de l’enfance à l’âge adulte. Le consommateur évalue le produit qui lui est proposé en lien avec ce schéma de référence. Dans ce contexte que le penser soit une mie en lien ne me surprend pas si ce n’est que l’idée de cette liaison avec l’image remonte à l’Antiquité.

Jean-Baptiste Brenet se réfère aussi à la religion de Moïse demandant de ne pas faire une image de Dieu.


4- À la fin de L’homme Moïse et la religion monothéiste, Freud souligne l’importance parmi les prescription de la religion de Moïse de l’interdiction de se faire une image de Dieu, et donc « l’obligation d’adorer un Dieu que l’on ne peut pas voir ». Cette dématérialisation de Dieu devait entraîner selon lui un progrès de la spiritualité : « elle signifiait, en effet, une mise en retrait de la perception sensorielle au profit d’une représentation qu’il convient de nommer abstraite, un triomphe de la vie de l’esprit sur la vie sensorielle, à strictement parler un renoncement aux pulsions avec ses conséquences nécessaires sur le plan psychologique ». L’esprit humain aurait mûri par l’abstraction, dans l’opposition à la sensorialité, à son témoignage, dans le dépassement contraint du sens et de l’image qui ouvrait au domaine supérieur et invisible de l’intellectualité : « sur le chemin de l’hominisation », l’élévation puis le saut auraient été penser contre l’image.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 6 – Se lier, faire couple, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 60-61.


Ce passage est dense et très intéressant parce qu’il lie religion, psychologie et philosophie de l’esprit. Voici un commentaire détaillé et organisé pour en saisir les implications :


1. Le point de départ : Freud et l’interdiction des images de Dieu

Freud remarque, dans L’Homme Moïse et la religion monothéiste :

  • Les prescriptions de Moïse incluent l’interdiction de se faire une image de Dieu.
  • En termes psychologiques, cela revient à interdire la représentation sensorielle directe, l’icône, la matérialisation.

? La religion monothéiste serait ainsi une première forme de spiritualité “abstraite”, où le sacré ne se donne pas à la perception immédiate.


2. Dématérialisation et abstraction

Freud décrit un processus psychologique :

  • Dématérialisation = se détourner de ce qui est tangible, visible, sensible.
  • Abstraction = penser le divin comme entité invisible, conceptuel, non perceptible par les sens.

« mise en retrait de la perception sensorielle au profit d’une représentation abstraite »

  • Cela n’est pas seulement un choix religieux : c’est un progrès intellectuel, selon lui.
  • L’humain apprend à maturer psychiquement en dépassant l’immédiateté sensorielle.

3. La spiritualité comme renoncement aux pulsions

Freud insiste sur la dimension psychodynamique :

  • La contrainte religieuse n’est pas neutre : elle modère les pulsions, les désirs immédiats.
  • Cette « mise à distance » de la sensorialité favorise la vie de l’esprit.
  • Autrement dit : la discipline religieuse devient un moteur de maturation intellectuelle et morale.

« un triomphe de la vie de l’esprit sur la vie sensorielle »

C’est exactement ce qu’il appelle le passage de l’hominisation, c’est-à-dire l’évolution de l’humain vers la pensée abstraite.


4. Penser contre l’image

Freud insiste sur le fait que :

  • L’abstraction implique un dépassement du sens et de l’image.
  • L’humain apprend à penser contre l’image, à ne pas se fier à ce qui est immédiatement donné.
  • Cette capacité détache la pensée du concret, ce qui ouvre la voie à la culture, à la morale et à la spiritualité supérieure.

« sur le chemin de l’hominisation », l’élévation puis le saut auraient été penser contre l’image.


5. Ce que cela implique pour la philosophie de l’esprit

  1. La maturation intellectuelle passe par un renoncement aux perceptions immédiates.
  2. La spiritualité n’est pas une superstition mais une discipline cognitive.
  3. Il y a un lien avec l’idée de Brenet : penser n’est pas voir clairement ou illuminer, c’est discerner et s’orienter dans l’invisible.

? On pourrait presque dire que Freud, ici, décrit une “pensée nocturne” avant la lettre : la pensée ne se fonde pas sur la sensation, mais sur la représentation abstraite et les relations intellectuelles.


6. Une formulation synthétique

  • L’interdiction des images de Dieu = éducation à l’abstraction.
  • L’abstraction = triomphe de l’esprit sur la sensorialité, maîtrise des pulsions, maturation psychique.
  • Penser = décoller de l’image, se situer dans un domaine invisible et relationnel de l’intellect.

Pourquoi « La maturation réside dans la capacité à penser sans support sensoriel immédiat, à maîtriser ses pulsions et à accéder à l’abstraction universelle » ?

Parce que, dans la logique freudienne, ces trois dimensions — penser sans support sensoriel immédiat, maîtriser ses pulsions, accéder à l’abstraction universelle — sont intimement liées au développement psychique et cognitif de l’humain. Détaillons chacune :


1. Penser sans support sensoriel immédiat

  • La pensée dépend souvent de perceptions sensorielles : images, sons, expériences concrètes.
  • Freud considère que la maturation intellectuelle implique de s’élever au-delà de ces données immédiates.
  • Pourquoi c’est un signe de maturation :
    • On n’est plus limité par le concret ou l’immédiateté des impressions.
    • On peut raisonner sur des concepts, des principes ou des idées universelles.
    • Cela correspond à la capacité de généraliser, abstraire et organiser le savoir, au lieu de se limiter à l’expérience sensorielle.

2. Maîtriser ses pulsions

  • La perception sensorielle est liée aux désirs et à la satisfaction immédiate.
  • Interdire la matérialisation de Dieu (ou toute image religieuse) oblige à retarder la gratification sensorielle.
  • Pourquoi c’est un signe de maturation :
    • L’individu développe l’auto-contrôle, une dimension psychique essentielle.
    • Cela permet à la pensée de fonctionner indépendamment des besoins et des émotions immédiates.
    • On passe de l’instinctif au rationnel, de l’impulsif au réfléchi.

3. Accéder à l’abstraction universelle

  • Une fois libéré de l’ancrage immédiat dans le sensoriel et l’émotionnel, l’esprit peut :
    • Penser à des concepts généraux (Dieu, lois morales, principes universels).
    • Établir des liens entre des expériences disparates.
    • Créer des systèmes de pensée indépendants des objets particuliers.
  • Pourquoi c’est un signe de maturation :
    • L’individu s’élève au niveau intellectuel et culturel.
    • Cela correspond à la formation de la raison et de la spiritualité abstraite, un stade évolué dans l’hominisation.

? En résumé

La maturation réside dans ces trois dimensions parce qu’elles représentent le passage d’un mode de pensée limité par le concret et les pulsions vers un mode de pensée autonome, abstrait et universel.

En termes simples : l’homme mûrit quand il peut penser sans être prisonnier de ce qu’il voit, ressent ou désire, et quand il peut relier les idées à des principes qui dépassent l’immédiat.


Si vous voulez, je peux maintenant formuler une phrase unique et claire qui résume ce que Freud entend par « maturation » dans ce contexte, prête à intégrer dans un texte.

Voulez?vous que je fasse ça??

OUI

Pour Freud, la maturation de l’esprit consiste à pouvoir penser indépendamment du concret et du sensoriel, à maîtriser ses pulsions immédiates et à accéder à l’abstraction universelle, c’est-à-dire à raisonner sur des concepts et des principes dépassant l’expérience sensible et les désirs immédiats.

Si vous voulez, je peux proposer une formulation philosophique concise, qui exprime à la fois le risque de fuite et le bénéfice de maturation.

Voulez?vous que je fasse ça??

OUI

Penser en détachant l’esprit du sensoriel et en maîtrisant ses pulsions peut sembler une fuite du réel, mais pour Freud, il s’agit plutôt d’une distanciation constructive : en s’éloignant momentanément des images et des désirs immédiats, l’esprit gagne en autonomie et en capacité de comprendre le réel de manière abstraite et universelle.


Chapitre 7

Penser dans l’absence

(…) Pourquoi puis-je encore penser la chose et la dire alors qu’elle n’est plus ? Parce que je l’ai pensé depuis toujours comme n’étant plus. Le fantasme, au premier coup, la sortait du régime de l’existence, de la présence, de la temporalité. La parole, toute parole, est une parole d’une chose que la signification même fait s’évanouir. La saisie d’une chose déjà disparu. On se figure qu’il faut cherche à penser pour rappeler ce qui fut. C’est inutile. La pensée est un souvenir. La pensée, par essence, est nostalgique.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 7 – Penser dans l’absence, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 73-74.


Dans ce passage, je ne comprends pas « Parce que je l’ai pensé depuis toujours comme n’étant plus » ?

Oui, ce passage est dense et poétique, et la phrase que vous mentionnez mérite une attention particulière :

« Parce que je l’ai pensé depuis toujours comme n’étant plus. »

Décomposons-la pas à pas.


1. Contexte général

Brenet discute ici la relation de la pensée au temps et à l’existence des choses :

  • On pense et on parle d’une chose qui n’est plus là.
  • La parole et la pensée ne « capturent » jamais la chose présente, mais la reconstruisent à partir de ce qui s’est évanoui.
  • La pensée est ainsi intrinsèquement nostalgique, toujours en rapport avec l’absence.

2. Analyse de la phrase

« Parce que je l’ai pensé depuis toujours comme n’étant plus. »

  • Depuis toujours : Brenet ne parle pas de durée chronologique littérale, mais de la structure de la pensée. La pensée humaine ne rencontre jamais les choses dans leur présence absolue, mais toujours déjà comme déjà éloignées, déjà passées.
  • Comme n’étant plus : dès que je pense une chose, elle n’est jamais pleinement présente. Même si elle existe dans le monde, dans la pensée elle est déjà retirée, déjà transformée par ma perception et mon interprétation.

En d’autres termes :

Dès l’instant où je pense une chose, je la saisis dans l’absence, je la considère déjà comme un objet mental, éloigné du réel et de sa présence immédiate.


3. Lien avec le reste du passage

  • Brenet dit : « La parole, toute parole, est une parole d’une chose que la signification même fait s’évanouir. »
    • Ici, la signification transforme la chose, elle n’est plus exactement ce qu’elle était.
  • Puis : « La pensée est un souvenir. La pensée, par essence, est nostalgique. »
    • La pensée est toujours en rapport avec l’absence, elle se construit dans la distance avec ce qui est ou était.

4. Reformulation en langage simple

Je peux encore penser et dire une chose qui n’est plus là parce que, dans ma pensée, je ne l’ai jamais saisie comme pleinement présente : dès que je la pense, elle est déjà retirée, transformée, mise en mémoire, et donc je l’ai toujours pensée comme n’étant plus.


Est-ce à dire que dès que je pense, je suis dans l’abstraction de la chose réelle à laquelle je pense ?

Oui, exactement — et c’est au cœur de ce que Brenet veut dire.

  • Dès que vous pensez une chose, vous ne la saisissez jamais dans sa présence concrète et immédiate.
  • Même si elle existe dans le monde réel, dans votre pensée elle devient déjà objet, distanciée, transformée, et donc abstraite.

Autrement dit :

Penser, c’est toujours penser une représentation, un objet mental, et non pas la chose telle qu’elle est dans sa réalité immédiate.


1. Pourquoi c’est de l’abstraction

  • La pensée isole certains aspects : on ne peut pas saisir simultanément tous les détails sensibles, toutes les perceptions et toutes les dimensions d’une chose.
  • Elle détache la chose de sa présence sensorielle : même si vous la voyez, sentez ou touchez, votre pensée travaille déjà sur sa représentation.
  • Cela ne veut pas dire que la pensée ignore la réalité, mais qu’elle opère sur un niveau conceptuel ou mental, c’est-à-dire abstrait.

2. Exemple concret

  • Imaginez un arbre dans un jardin.
  • Quand vous pensez à l’arbre : vous ne percevez pas tous ses détails exacts (chaque feuille, chaque odeur de la terre, chaque souffle du vent).
  • Vous retraduisez l’arbre en image mentale, en concept (« arbre »), en souvenir ou en idée.
  • Même si vous êtes devant lui, votre pensée ne travaille jamais avec la chose brute, mais avec une abstraction mentale de l’arbre.

3. Reformulation simple de Brenet

« Dès que je pense une chose, je ne pense plus sa présence réelle, mais sa représentation abstraite, déjà éloignée, déjà transformée par le souvenir et la signification. »


Je passe par-dessus le chapitre 8 (Acquérir) parce qu’il implique un intellect acquis de Dieu, le rôle fondateur de « Dieu, le Premier moteur de l’univers » dans la pensée humaine. Je ne crois pas.


Chapitre 8

Acquérir

1- Penser, c’est acquérir. Tous les médiévaux le savent, le répètent, l’intègre à leur façon. L’intellect humain qui fonctionne est un intellect acquis.

L’expression est précise sous son allure triviale. Il ne s’agit pas d’indiquer contre l’innéisme que l’intelligence humaine est d’abord vierge, puis qu’elle se cultive, qu’elle engrange les fruits de l’expérience et que dans ce déploiement, pas à pas, elle gagne son savoir. Penser s’apprend, si l’on veut. Mais l’intellect acquis, au sens qui importe ici, c’est autre chose.

La notion surgit dans la traduction médiévale arabe des textes d’Alexandre d’Aphrodise, le plus grand et le plus influent des exégètes grecs d’Aristote. L’idée d’Alexandre, en grec, est de dégager dans l’effectuation de la pensée humaine le rôle fondateur de « Dieu », le Premier moteur de l’univers. Ce Premier moteur, il l’assimile à la fois à l’intellect « agent » qu’évoque Aristote dans son traité De l’âme pour expliquer nos abstraction intellectuelles, et à l’intellect « du dehors » dont il est question dans la Génération des animaux quand Aristote soutient, de façon plutôt énigmatique, que les puissance psychique de l’enfant à naître sont déjà présentes dans la semence du père et que « l’intellect, seul, vient du dehors (tburathen) ».

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, Chapitre 8 – Acquérir, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 75-76.


L’intellect acquis me semble relever plutôt d’une capacité propre à l’espèce humaine.

Oui, c’est tout à fait une lecture plus « naturalisée » et humaine » de l’intellect acquis, et beaucoup de philosophes modernes ou contemporains partagent ce point de vue :


1. L’intellect acquis comme spécificité humaine

  • Plutôt que de dépendre d’un principe divin extérieur, on peut comprendre que l’humain naît avec un potentiel de pensée qui se réalise par l’expérience, la culture et le langage.
  • L’intellect acquis devient alors la capacité propre à l’espèce humaine à abstraire, généraliser et conceptualiser, ce qui nous distingue des autres animaux.

2. Différence avec la lecture médiévale / aristotélicienne

Aspect Médiéval / Alexandre d’Aphrodise Lecture humaine / naturalisée
Source de l’intellect Extérieure : Dieu / intellect universel Intérieure : potentiel spécifique de l’espèce humaine
Acquisition Réception de l’intellect du dehors Développement de la capacité de penser à travers l’expérience, l’apprentissage, le langage
Nature Metaphysique Biologique / psychologique / cognitive
Exemples Abstraction universelle possible grâce à Dieu L’humain conceptualise, relie et généralise à partir de son expérience et de sa culture

3. Pourquoi c’est plausible

  • L’espèce humaine possède un cerveau et des structures cognitives uniques, permettant :
    • l’abstraction,
    • la manipulation de concepts,
    • la projection dans le futur,
    • la création symbolique et culturelle.
  • L’intellect « acquis » n’est donc pas un don divin, mais une capacitation propre à notre espèce, qui se réalise dans l’interaction avec le monde et les autres.

4. Reformulation

L’intellect acquis peut être compris comme la capacité propre à l’espèce humaine à penser abstraitement, à conceptualiser et à généraliser, non comme un don extérieur, mais comme le développement de notre potentiel cognitif et culturel.


Chapitre 11

La nécessité d’une Île

1- Imaginons une homme sur une île déserte. Imaginons avec Ibn Tufayl que sur cette île, il soit né par génération spontanée, sous le soleil, d’une masse d’argile en fermentation. Cet enfant est doué, capable d’un grand avenir. Il est seul, même s.il est élevé par une gazelle et entouré d’autres animaux. Il n’a pas de parents, de congénères, il ne parle pas, il ne peut pas lire, il est sans société, sans religion, sans Loi, mais il est intelligent et il veut tout comprendre.

Qui est-Il ? Par son titre même, la traduction arabo-latine du conte au XVIIème siècle fournit une réponse : Philosophus autodidactus. Cet homme de la nature c’est le philosophe autodidacte. L’Europe moderne entendait valoriser par là l’éveil de l’intellect devant l’expérience à la fois déconcertante et admirable du réel, son ouverture, son inventivité, son progrès. L’individu sur cette île est une tabula rasa, mais bien disposé, il fait l’épreuve de lui-même, des éléments, des pierres, des vivants, des cieux et rire de cette nature un savoir unifié de plus en plus perspicace et compréhensif. L’homme originairement brut observe, il explore, il s’interroge, il établit dans le monde des connexions, des ordres, repère des niveaux de réalité, il dégage — par le seul secours de sa raison, répète-t-on — des causes, il hiérarchise ces causes jusqu’à leur principe. Voilà ce qu’on voulait avant tout accentuer.

Pourtant ce n’est pas ce qu’il faut lire. Ce qui importe dans l’autodidaxie est moins le cheminement de la découverte, l’aventure d’une raison qui tâtonne et grandit, que sa justification, ce qui y contraint, à savoir l’absence de toute instruction, de tout enseignement – ce que les Arabes appellent ta’lîm et les Latins doctrina. S’il revient à l’individu de tout découvrir, c’est qu’il n’a rien reçu, rien appris, c’est faute de livres et de professeurs. Le penseur autodidacte, c’est l’homme sans doctrine, c’est le philosophe sans maître.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, chapitre 11 – La nécessité d’une Île, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 97-99.


Cet homme sur cette île ne dispose que de son intuition à défaut de profiter de la transmission d’un savoir,  « faute de livres et de professeurs ».


Chapitre 11

La nécessité d’une Île

Le terme arable pour intuition, hads, est rendu par le latin ingenium, le talent ou bien le génie, compris comme disposition naturelle. (…) On peut connaître par intuition, dit Avicenne, mais toute instruction, en vérité, se ramène à des intuitions « découvertes par ceux qui les possèdent (arbâb tilka al-budû) et qui les transmettent à ceux qui apprenne ». « On a résolu tout problème au moyen de l’intuition, précise-t-il ailleurs, car tout homme a appris d’un autre, mais celui qui précéda tous les autres n’a pas toujours appris d’autrui : il y eut tout d’abord quelqu’un qui compris spontanément. »

Le penseur sur l’île est l’homme de cette compréhension inaigurale que tout enseignement présuppose. Hors de la religion, indépendamment d’elle, il est la base dont la science a besoin. Tout savoir, toute transmission de savoir advient dans l’espace ouvert, fût-ce lointainement, par une protopensée qui ne fut pas reçue, apprise, qui se sera communiqués comme un point de départ et non comme un relais. Toute pensée enveloppe une intuition obtenue sans passeur, sous le poids d’une maîtrise humaine extérieure. Toute pensée requiert un autodidacte, le lieu susceptible d’un savoir spontané. Pour fonder la connaissance, Descartes soutenait qu’il fallait faire de la métaphysique « au moins une fois dans sa vie ». l’île quelque part dans le monde, en est l’équivalent géographique.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, chapitre 11 – La nécessité d’une Île, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 102-103.

(…) Si l’espèce humaine doit se perpétuer, ne jamais disparaître définitivement en dépit des catastrophes, il faut concevoir les conditions de sa renaissance (ce que permet la théorie de la génération spontanée), et si ces humains sont des êtres de raison, il faut qu’existent parmi eux des intuitifs dont la connaissance fondera celles des autres.

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, chapitre 11 – La nécessité d’une Île, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), p. 105.

Chapitre 13

Devenir éternel et puis mourir

(…)

La pensée, donc, n’est pas une possession, un avoir, elle fait être. Il faudrait à nouveau songer à Descartes et l’entendre littéralement : je pense donc je suis, et plus je pense, en vérité, plus je suis. (…)

BRENET, Jean-Baptiste, Que veut dire penser ? Arabes et Latins, chapitre 11 – La nécessité d’une Île, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2022, (et 2025 pour l’édition de poche), pp. 118-119


Ma conclusion

J’ai aimé prendre connaissance de QUE VEUT DIRE PENSER ? ARABES ET LATINS de Jean-Baptiste Brenet parce que l’histoire des idées au fil du temps m’intéresse. Je savais déjà que les traductions des grands philosophes grecs causent de nombreux mots de tête aux experts. Ce livre de monsieur Brenet détaille fort bien la situation dans le cas du grec à l’arabe et de l’arable au latin et du latin au français ou directement du grec au latin. Évidemment, je ne suis pas un grand connaisseur des philosophes et de leurs écrits en ces différentes période de l’histoire de la philosophie. En revanche ce livre m’a beaucoup donné à penser. Et vous l’avez constaté, j’ai demandé l’aide de l’IA ChatGPT pour m’éclairer à plusieurs reprises au cours de la rédaction de ce rapport de lecture qui, je le souhaite, a été aussi pédagogique pour moi que pour vous.

Je vous recommande donc la lecture de CE QUE PENSER VEUT DIRE ? ARABES ET LATINS du philosophe JEAN-BAPTISTE BRENET.


Voir tous nos articles

Revenir au menu de la page

Article # 142 – Le 5e accord toltèque, Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz, Les éditions Jouvence, 2029

J’ai lu pour vous

« Le cinquième accord toltèque » de Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz, paru en édition de poche en 2024 chez Les éditions Jouvence.

L’Observatoire de la philothérapie ne référence pas de tels livres de développement personnel, celui-ci fait donc exception.


Le cinquième accord toltèque : « Soyez sceptique, mais apprenez à écouter ».

Source : Le cinquième accord toltèque, chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, p. 103.



Couvertures

Article # 142

Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz

Avec la collaboration de Janet Mills

Le 5e accord toltèques

La voie de la maîtrise de soi

Les Éditions Jouvence

Revenir au menu de la page


Données au catalogue

Titre : Le cinquième accord toltèque

Sous-titre : La voie de la maîtrise de soi

Auteurs : Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz

Collaboration : Janet Mills

Traduit de l’anglais par Olivier Clerc

Version d’origine : The Fifth Agreement © 2010,

Miguel Angel Ruiz, M.D., Jose Luis Ruiz, and Janet Mills.

Publié par Amber-Allen Publishing, Inc, San Rafael,

CA 94903, États-Unis.

© Éditions Jouvence pour la version poche française, 2020

© Édition numérique Jouvence, 2020

ISBN : 978-2-88953-373-2

Dessin et maquette de couverture : Charlotte Thomas

Mise en page intérieure : Virginie Cauchy

Format: 108 x 178

Nombre de pages: 216

Année d’édition: 2020

Revenir au menu de la page


Présentation

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Don Miguel Ruiz – RUIZ José Luis Ruiz

Avec la collaboration de Janet Mills

Le 5e Accord toltèque

La voie de la maîtrise de soi

« Comment allez-vous changer le monde ? En changeant votre monde. Le changement commence par vous. » Don Miguel Ruiz

Le succès des Quatre Accords toltèques, best-seller mondial, ne fait que grandir. Mais quoi de plus naturel quand on sait qu’il est en mesure de transformer votre vie en pulvérisant les milliers d’accords restrictifs que vous avez conclus avec vous-même, autrui et la vie elle-même ?

Il est temps maintenant de vous faire un autre cadeau : le Cinquième Accord toltèque.

Bien que composé de mots, sa signification et son intention dépassent largement sa formulation. Avec ce dernier accord, il s’agit de vous offrir le pouvoir du doute afin de voir toute votre réalité avec les yeux de la vérité, sans mots. Vous cheminerez alors vers l’acceptation complète de vous-même, tel que vous êtes, et l’acceptation totale des autres, tels qu’ils sont. Avec pour récompense votre bonheur éternel.

Don Miguel Ruiz est fils de guérisseuse du Mexique et petit-fils de nagual (chaman). Après des études de médecine, une rencontre avec la mort (NDE) et une expérience extracorporelle ont transformé sa vie. Depuis Don Miguel Ruiz se consacre à la maîtrise de la sagesse ancestrale des toltèques. Son enseignement rencontre un immense succès dans le monde. Il est notamment l’auteur des best-sellers Les Quatre Accords toltèques et La maîtrise de l’amour, parus aux Éditions Jouvence. Don José Ruiz a grandi dans un monde où tout était possible. Dès qu’il a su parler, il a été initié par son père, don Miguel Ruiz, et sa grand-mère, Mère Sarita, guérisseuse. Il est devenu, comme son père, héritier de la lignée toltèque..

Source : Les Éditions Jouvence.

Revenir au menu de la page


Sommaire

Les Toltèques

Introduction par don Miguel Ruiz

PREMIÈRE PARTIE

Le pouvoir des symboles

CHAPITRE 1 – Au commencement

Tout est dans le programme

CHAPITRE 2 – Symboles et accords

L’art des Humains

CHAPITRE 3 – Votre histoire

Le premier accord toltèque

Que votre parole soit impeccable

CHAPITRE 4 – Chaque esprit est un monde

Le deuxième accord toltèque

Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle

CHAPITRE 5 – Vérité ou fiction

Le troisième accord toltèque

Ne faites pas de suppositions

CHAPITRE 6 – Le pouvoir des croyances

Le symbole du Père Noël

CHAPITRE 7 – La pratique conduit à la maîtrise

Le quatrième accord toltèque

Faites toujours de votre mieux

DEUXIÈME PARTIE

Le pouvoir du doute

CHAPITRE 8 – Le pouvoir du doute

Le cinquième accord toltèque

Soyez sceptique, mais apprenez à écouter

CHAPITRE 9 – Le rêve de l’attention première

Les victimes

CHAPITRE 10 – Le rêve de l’attention seconde

Les guerriers

CHAPITRE 11 – Le rêve de l’attention tierce

Les maîtres

CHAPITRE 12 – Devenir voyant

Un nouveau point de vue

CHAPITRE 13 – Les trois langages

Quel genre de messager êtes-vous ?

Épilogue

Aidez-moi à changer le monde

À propos des auteurs

  • Don Miguel Ruiz
  • Don José Ruiz
  • Janet Mills

Revenir au menu de la page


Extraits

Ces extraits sont disponibles sur le site web Les Éditions Jouvence (PDF)

Ces extraits sont aussi disponibles sur le site web leslibraires.ca (ePub).


REMERCIEMENTS

Les auteurs souhaitent exprimer leur plus profonde gratitude aux personnes suivantes : Janet Mills, mère de ce livre ; Judy Segal, pour tout son amour et son soutien ; Ray Chambers, pour avoir éclairé le chemin ; Oprah Winfrey et Ellen DeGeneres, pour avoir partagé le message des Quatre Accords toltèques avec tant de gens ; Ed Rosenberg et le major général Riemer, pour leur reconnaissance des Quatre Accords toltèques sur l’insigne de la United States Air Force ; Gails Mills, Karen Kreiger et Nancy Carleton pour avoir généreusement fait don de leur temps et de leur talent pour réaliser ce livre ; et Joyce Mills, Miya Champa, Dave McCullough, Theresa Nelson et Shkiba Samimi-Amri pour leur dévouement et leur soutien constant aux enseignements des Toltèques.

LES TOLTÈQUES

Il y a des milliers d’années, à travers tout le Sud du Mexique, les Toltèques étaient connus comme des « hommes et femmes de connaissance ». Les anthropologues les ont décrits comme une nation ou une race, mais en réalité c’était des scientifiques et des artistes formant une société vouée à explorer et à préserver la connaissance spirituelle et les pratiques des anciens. Maîtres (naguals) et étudiants se réunissaient à Teotihuacan, l’ancienne cité des pyramides situées au-delà de Mexico City, connue comme le lieu où « l’homme devient Dieu ».

Au fil des millénaires, les naguals ont été contraints de dissimuler la sagesse ancestrale et de la préserver dans l’ombre. La conquête européenne, couplée à l’abus de pouvoir personnel de quelques apprentis, a rendu nécessaire de protéger la connaissance de ceux qui n’étaient pas préparés à l’utiliser avec discernement ou qui risquaient d’en user de manière abusive, à des fins personnelles.

Fort heureusement, la connaissance ésotérique des Toltèques s’est transmise et incarnée au fil des générations à travers diverses lignées de naguals. Bien qu’elle soit restée dans le secret durant des centaines d’années, les prophéties anciennes avaient annoncé la venue d’un âge au cours duquel il serait nécessaire de redonner la sagesse au peuple. Aujourd’hui, don Miguel Ruiz et don José Ruiz, naguals de la lignée des Chevaliers de l’Aigle, ont été instruits pour partager avec nous les puissants enseignements des Toltèques.

La connaissance toltèque émane de la même unité de vérité que les traditions ésotériques du monde entier. Bien qu’elle ne soit pas une religion, elle honore tous les maîtres spirituels qui ont enseigné sur Terre. Bien qu’elle comprenne une dimension spirituelle, elle est plus justement décrite comme étant un mode de vie qui se distingue par la facilité d’accès au bonheur et à l’amour qu’il procure.

INTRODUCTION

par don Miguel Ruiz

Les Quatre Accords toltèques ont été publiés il y a de nombreuses années. Si vous avez lu ce livre, vous savez déjà de quoi ces accords sont capables. Ils sont en mesure de transformer votre vie en pulvérisant les milliers d’accords restrictifs que vous avez conclus avec vous-même, avec autrui et avec la vie elle-même.

La première fois qu’on lit Les Quatre Accords toltèques, le livre opère sa magie. Il va bien au-delà des mots imprimés. Vous avez l’impression de connaître déjà chaque mot de cet ouvrage. Vous en ressentiez le contenu, mais sans doute ne l’aviez-vous jamais formulé auparavant. Quand vous lisez ce livre pour la première fois, il remet en question ce que vous croyez et vous entraîne jusqu’aux limites de votre compréhension. Vous parvenez alors à briser de nombreux accords restrictifs et à relever bien des défis, et vous en discernez bientôt d’autres.

Quand vous lisez cet ouvrage une seconde fois, vous avez l’impression de découvrir un texte complètement différent parce que les limites de votre compréhension se sont déjà élargies. Une fois encore, il développe en vous une conscience plus profonde de vous-même et vous atteignez la limite la plus distante dont vous soyez capable à ce moment-là.

Et quand vous le relisez une troisième fois, c’est comme si vous lisiez carrément un autre ouvrage.

Comme par magie, parce qu’ils sont magiques, Les Quatre Accords toltèques vous aident progressivement à recouvrer votre moi authentique. Avec de l’entraînement, ces quatre accords tout simples vous ramènent à ce que vous êtes vraiment, et non à ce que vous prétendez être. Or c’est exactement cela que vous voulez : être qui vous êtes vraiment.

Les principes des Quatre Accords toltèques s’adressent au cœur de chaque être humain, du plus jeune au plus vieux. Ils s’adressent aux peuples des différentes cultures du monde entier, des gens qui parlent des langues différentes, des gens dont les croyances religieuses et philosophiques divergent considérablement. Ils se sont instruits dans des établissements différents, de l’école primaire à l’université, en passant par le collège et le lycée. Si les principes des Quatre Accords Toltèques s’adressent à tout le monde, c’est parce qu’ils relèvent du bon sens.

Il est temps maintenant de vous faire un autre cadeau : le cinquième accord toltèque. Si je n’ai pas inclus ce cinquième accord dans mon premier livre, c’est parce que les quatre premiers représentaient déjà un défi suffisant à l’époque. Le cinquième accord est composé de mots, bien entendu, mais sa signification et son intention dépassent largement sa formulation. Avec le cinquième accord toltèque, il s’agit en fin de compte de voir toute votre réalité avec les yeux de la vérité, sans mots. La pratique de ce cinquième accord a pour résultat l’acceptation complète de vous-même, tel que vous êtes, et l’acceptation totale de tous les autres, tels qu’ils sont. Avec pour récompense, votre bonheur éternel.

Voici de nombreuses années, je me suis mis à enseigner certains des concepts présents dans ce livre à mes apprentis, puis j’ai arrêté, car il semblait que personne ne comprenait ce que j’essayais de dire. Bien que j’eusse partagé le cinquième accord toltèque avec mes apprentis, j’avais pris conscience que personne n’était prêt à apprendre les enseignements qui sous-tendent cet accord. Des années plus tard, mon fils, don José, a entrepris de partager les mêmes enseignements avec un groupe d’étudiants, et il a réussi là où j’avais échoué. Les raisons du succès de don José étaient peut-être sa foi totale dans la transmission de ce message. Sa seule présence exprimait la vérité et remettait en question les croyances des personnes qui suivaient ses cours. Il avait un impact immense sur leur existence.

Don José Ruiz est mon apprenti depuis qu’il est enfant, depuis le jour où il a appris à parler. Dans ce livre, j’ai l’honneur d’introduire mon fils et de présenter l’essence des enseignements que nous avons donnés ensemble au cours des sept dernières années.

Pour que notre message reste aussi personnel que possible, et pour conserver la première personne utilisée dans les précédents livres de sagesse toltèque, nous avons fait le choix de présenter également ce Cinquième Accord toltèque à la première personne. Dans ce livre, nous nous adressons donc aux lecteurs d’une seule voix et d’un seul cœur.

PREMIÈRE PARTIE

Le pouvoir des symboles

CHAPITRE 1

AU COMMENCEMENT

Tout est dans le programme

Dès l’instant où vous naissez, vous adressez un message au monde. Quel est ce message ? C’est vous-même, cet enfant. C’est la présence d’un ange, d’un messager venu de l’infini dans un corps humain. L’infini, le pouvoir total, crée un programme explicitement pour vous, et tout ce dont vous avez besoin pour être qui vous êtes s’y trouve déjà compris. Vous naissez, vous grandissez, vous vous mariez, vous vieillissez et, au final, vous retournez à l’infini. Chacune de vos cellules est un univers en soi. Chacune est intelligente, complète et programmée pour être ce qu’elle est.

Vous êtes programmé pour être vous, qui que vous soyez, et pour votre programme, peu importe ce que votre mental pense que vous êtes. Le programme n’est pas dans le mental. Il est dans le corps, dans ce que l’on appelle l’ADN, et au début de votre existence, vous en suivez instinctivement la sagesse. Quand vous êtes tout petit, vous savez ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, quand ça vous plaît et quand cela ne vous plaît pas. Vous vous fiez à votre plaisir et vous essayez d’éviter ce qui ne vous convient pas. Vous suivez vos instincts qui vous indiquent comment être heureux, comment profiter de la vie, comment jouer, aimer et satisfaire vos besoins. Puis que se passe-t-il ?

Votre corps commence à se développer, votre mental mûrit et vous commencez à utiliser des symboles pour exprimer votre message. De même que les oiseaux comprennent d’autres oiseaux, et que les chats se comprennent entre chats, les humains se comprennent entre eux grâce à une symbologie. Si vous aviez été emmené sur une île et que vous y aviez vécu tout seul, peut-être vous aurait-il fallu dix ans, mais vous auriez fini par donner un nom à tout ce que vous voyez et vous utiliseriez ce langage pour communiquer un message, fût-ce simplement à vous-même. Pourquoi auriez-vous fait une telle chose ? Eh bien, c’est facile à comprendre, et ce n’est pas parce que les humains sont très intelligents. C’est parce que nous avons été programmés pour nous créer un langage, pour inventer tout une symbologie pour nous-mêmes.

Comme vous le savez, tout autour du globe les hommes parlent et écrivent dans des milliers de langues différentes. Les êtres humains ont inventé toute sorte de symboles, non seulement pour communiquer entre eux, mais également avec eux-mêmes. Ces symboles peuvent être des sons que nous prononçons, des gestes que nous faisons ou encore des lettres et des signes de nature graphique. Il existe des symboles pour des objets, pour des idées, pour la musique et les mathématiques, mais l’usage des sons est la toute première étape : elle signifie que nous apprenons à utiliser des symboles pour parler.

Les humains qui nous ont précédés avaient déjà des noms pour tout ce qui existe, aussi nous ont-ils enseigné la signification de ces sons. Ils appellent ceci une table, cela une chaise. Ils ont même des noms pour des choses qui n’existent que dans notre imagination, comme les sirènes et les licornes. Chaque mot que nous apprenons est le symbole de quelque chose de réel ou imaginaire, et il y a des milliers de mots à apprendre. Quand on observe des enfants de 1 à 4 ans, on voit les efforts qu’ils font pour acquérir toute une symbologie. C’est un effort considérable dont on ne se rappelle généralement pas, parce que notre esprit n’est pas encore mûr, mais à force de répétition et d’entraînement, on apprend finalement à parler.

Sitôt que nous savons parler, les humains qui s’occupent de nous nous enseignent ce qu’ils savent, ce qui veut dire qu’ils nous programment avec leurs connaissances. Ils ont en effet beaucoup de connaissances, lesquelles comprennent notamment toutes les règles sociales, religieuses et morales de leur culture. Ils captent notre attention, nous transmettent des informations et nous apprennent à devenir comme eux. On apprend ainsi à devenir un homme ou une femme, en fonction de la société dans laquelle on est né. On apprend comment « bien » se comporter dans la société, autrement dit comment être une « bonne » personne.

En vérité, on nous domestique, exactement comme un chien, un chat ou n’importe quel animal : en ayant recours à un système de punitions et de récompenses. On s’entend dire qu’on est un gentil garçon ou une gentille fille quand on fait ce que les adultes attendent de nous ; et qu’on est un méchant garçon ou une méchante fille dans le cas contraire. Parfois, on est puni sans avoir mal agi, d’autres fois, récompensé sans avoir fait quoi que ce soit de bien. De peur d’être puni ou de ne pas être récompensé, on essaie de faire plaisir à autrui. On s’efforce d’être bon, puisque les méchants ne reçoivent aucune récompense : on les punit.

Au cours de notre domestication humaine, toutes les règles et les valeurs de notre famille et de la société nous sont imposées. Nous n’avons pas l’occasion de choisir nos croyances ; on nous dit ce qu’il faut croire ou ne pas croire. Les personnes avec qui nous vivons nous donnent leur opinion : qu’est-ce qui est bien ou mal, qu’est-ce qui est juste ou faux, qu’est-ce qui est beau ou laid. Comme dans le cas d’un ordinateur, toutes ces informations se téléchargent dans notre tête. Enfant, on est innocent ; on croit tout ce que nos parents et les autres adultes nous disent ; on leur donne notre accord, et dès lors, cette information se stocke dans notre mémoire. C’est par notre accord que ce que nous apprenons se grave dans notre esprit, et c’est par notre accord aussi que cela y reste. Mais l’information doit tout d’abord passer par notre attention.

L’attention est quelque chose de très important chez les humains, puisque c’est la partie de notre esprit qui nous permet de nous concentrer sur un seul objet ou une seule pensée parmi tout un éventail de possibilités. C’est par l’attention que l’information extérieure accède à l’intérieur, et vice versa. L’attention est le canal que nous utilisons pour émettre et recevoir des messages entre êtres humains. On peut la comparer à un pont qui va d’un esprit à un autre ; nous ouvrons ce pont à l’aide de sons, de signes, de symboles ou de gestes, avec tout ce qui peut capter l’attention. Voilà comment nous instruisons les autres, et voilà comment nous apprenons nous-mêmes. On ne peut rien enseigner à autrui si l’on n’a pas tout d’abord capté son attention ; on ne peut rien apprendre non plus sans faire preuve d’attention.

En utilisant notre attention, les adultes nous apprennent à nous créer toute une réalité dans notre esprit, à l’aide de symboles. Après nous avoir transmis toute une symbologie au moyen de sons, les adultes la renforcent avec l’alphabet et nous apprenons le même langage, mais graphiquement cette fois. Notre imagination commence à se développer, notre curiosité se renforce et nous commençons à poser des questions. Nous ne cessons d’interroger, de questionner ; nous réunissons des informations de toutes parts. Et nous savons que nous avons finalement réussi à maîtriser une langue quand nous parvenons à utiliser des symboles pour nous parler à nous-mêmes, dans notre tête. C’est le moment où nous apprenons à penser. Avant cela, nous ne pensons pas ; nous imitons les sons des autres et nous utilisons des symboles pour communiquer, mais la vie reste simple aussi longtemps que nous n’attachons pas de signification ou d’émotions à ces symboles.

Sitôt qu’on attribue un sens aux symboles, on se met à les utiliser pour tenter de donner un sens à tout ce qui arrive dans notre vie. On les utilise aussi bien pour penser à des choses réelles qu’à d’autres qui ne le sont pas, mais que nous croyons pourtant telles, comme la beauté et la laideur, la minceur et la grosseur, l’intelligence et la stupidité. Et, vous l’avez sans doute remarqué, nous ne sommes capables de penser que dans une langue que nous maîtrisons. Durant de nombreuses années, je ne parlais que l’espagnol. Il m’a fallu de nombreuses autres années avant de maîtriser suffisamment les symboles de la langue anglaise pour penser dans cette langue. Maîtriser un langage n’est pas facile, mais vient un moment où l’on se surprend à penser avec les nouveaux symboles qu’on a appris.

Quand vient le moment d’entrer à l’école, vers l’âge de 5 ou 6 ans, nous comprenons la signification de concepts abstraits, comme juste ou faux, gagnant ou perdant, parfait ou imparfait. À l’école, nous apprenons à lire et à écrire les symboles que nous connaissons déjà, et le langage écrit nous permet d’accumuler davantage de connaissances. Nous continuons de donner un sens à un nombre toujours plus important de symboles, et non seulement la pensée se fait désormais sans effort, mais aussi d’une manière automatique.

À ce stade, les symboles que nous avons appris captent d’eux-mêmes notre attention. Ce sont les choses que nous avons apprises qui s’adressent à nous, et nous écoutons donc ce que nos connaissances nous disent. J’appelle cela la voix de la connaissance, puisque la connaissance s’adresse à nous dans notre tête. Il arrive souvent que nous entendions cette voix dans diverses tonalités ; nous entendons ainsi la voix de notre mère, de notre père, de nos frères et sœurs, et cette voix n’arrête jamais de parler. Elle n’est pourtant pas réelle ; c’est nous qui l’avons créée. Mais nous croyons qu’elle l’est, puisque nous lui donnons vie par la seule puissance de notre foi, avec pour conséquence que nous croyons ce que cette voix nous dit. C’est à ce stade que les opinions des humains qui nous entourent commencent à prendre le contrôle de notre esprit.

Chacun se fait une opinion de nous et de qui nous sommes. Quand nous sommes tout petits, nous ne savons pas qui nous sommes. Nous ne pouvons nous connaître que grâce à un miroir, et les autres font précisément office de miroir. Ma mère me dit qui je suis, et je la crois. C’est totalement différent de ce que me dit mon père, ou encore mes frères et mes sœurs, mais je suis également d’accord avec eux.

Les gens nous disent également de quoi nous avons l’air, surtout quand nous sommes encore tout petits. « Regarde, tu as les yeux de ta mère et le nez de ton grand-père. » Nous écoutons donc les opinions des membres de notre famille, de nos professeurs et des enfants plus grands que nous à l’école. Nous voyons notre image dans ce miroir, nous convenons que nous sommes cela et nous y donnons notre accord, de sorte que ces opinions s’intègrent bientôt à notre système de croyances. Peu à peu, toutes ces opinions modifient notre comportement et nous finissons par nous former mentalement une image de nous-mêmes qui correspond à ce que les autres disent de nous : « Je suis beau ; je ne suis pas si beau que ça. Je suis intelligente ; je ne suis pas très intelligente. Je suis un gagnant ; je suis un perdant. Je suis bonne dans ce domaine-ci ; je suis mauvaise dans celui-là. »

À un certain point, toutes les opinions de nos parents et de nos professeurs, de notre religion et de la société, nous font croire qu’il est nécessaire de nous comporter d’une certaine manière pour être accepté. On nous dit ce qu’il faut être, l’apparence qu’il nous faut voir et la façon dont il faut nous comporter. Nous devons être comme ceci et non comme cela. Et comme il n’est pas acceptable que nous soyons tels que nous sommes, nous commençons à faire semblant d’être quelqu’un d’autre. La peur d’être rejeté finit par devenir la peur de ne pas être à la hauteur, et nous nous mettons alors en quête de ce que nous appelons la perfection. Au cours de cette quête, nous nous formons une image de la perfection, de ce que nous souhaiterions être, mais nous savons que nous n’y correspondons pas, aussi nous mettons-nous à nous juger. Nous ne nous aimons pas et nous nous disons : « Regarde combien tu as l’air idiot, combien tu es moche. Regarde à quel point tu es grosse, petite, faible, stupide. » C’est là que le drame commence, car désormais, les symboles œuvrent contre nous. Nous ne remarquons même pas que nous avons appris à les utiliser pour nous rejeter.

Avant d’être domestiqués, nous nous fichons de savoir qui nous sommes et à quoi nous ressemblons. Notre tendance naturelle est d’explorer, d’exprimer notre créativité, de rechercher le plaisir et d’éviter la douleur. Quand nous sommes petits, nous sommes encore sauvages et libres ; nous courons tout nus sans avoir conscience de nous-mêmes et sans nous juger. Nous disons la vérité, puisque nous vivons dans la vérité. Notre attention est tout entière dans l’instant présent ; nous n’avons pas peur du futur, ni honte du passé. Après notre domestication, nous essayons d’être à la hauteur, aux yeux de tout le monde, mais nous ne le sommes plus à nos propres yeux, puisqu’il nous est impossible d’atteindre notre idéal de perfection.

Toutes nos tendances humaines normales se perdent au cours de ce processus de domestication, aussi nous mettons-nous en quête de ce que nous avons perdu. Nous cherchons la liberté, puisque nous ne sommes plus libres d’être qui nous sommes ; nous cherchons le bonheur, puisque nous ne sommes plus heureux ; nous recherchons la beauté, puisque nous ne croyons plus être beaux.

Nous continuons de grandir et, à l’adolescence, notre corps est programmé pour produire une substance qu’on nomme hormones. Notre corps n’est plus celui d’un enfant et le mode de vie que nous avions jusque-là ne nous convient plus. Nous n’avons plus envie que nos parents nous disent que faire ou non. Nous voulons notre liberté ; nous voulons être nous-mêmes, mais nous avons également peur de nous. Les gens nous disent, « Tu n’es plus un enfant », mais nous ne sommes pas adultes non plus, aussi cette période est-elle difficile pour la plupart des humains. Une fois parvenu à l’adolescence, on n’a plus besoin que les autres nous domestiquent ; on a appris à se juger, à se punir et à se récompenser en fonction du même système de croyances qui nous a été transmis, et en utilisant le même système de punitions et de récompenses. Il se peut que la domestication soit plus facile pour certaines personnes, dans certaines régions du monde, et plus difficile pour d’autres, ailleurs, mais en général aucun d’entre nous n’échappe à ce processus. Aucun.

Au bout du compte, le corps atteint sa maturité et tout change à nouveau. Notre quête recommence, mais désormais, ce que nous recherchons, c’est de plus en plus nous-mêmes. Nous recherchons l’amour, parce qu’on nous a appris à croire que l’amour existait quelque part en dehors de nous ; nous recherchons la justice, car il n’en existe aucune dans le système de croyances qu’on nous a inculqué ; nous recherchons la vérité, puisque nous croyons seulement les connaissances stockées dans notre tête. Et, bien entendu, nous continuons de chercher la perfection, puisque nous sommes désormais d’accord avec le reste de l’humanité : « Personne n’est parfait ».

Ces extraits sont disponibles sur le site web Les Éditions Jouvence (PDF)

Ces extraits sont aussi disponibles sur le site web leslibraires.ca (ePub).

Revenir au menu de la page


Au sujet de l’auteur

Don Miguel Ruiz

Date et lieu de naissance : 27 août 1952, Tijuana, Mexique.

Source : ©2025 don Miguel Ruiz. https://www.miguelruiz.com/don-miguel-ruiz/.
Source : ©2025 don Miguel Ruiz. https://www.miguelruiz.com/don-miguel-ruiz/.

Don Miguel Ruiz, bien que né et élevé au Mexique par une mère curandera (guérisseuse) et un grand-père nagual (chaman), choisit de faire des études de médecine et de devenir chirurgien. Une rencontre avec la mort (NDE), au début des années 1970, a changé sa vie. li s’est dès lors consacré à la maîtrise de la sagesse ancestrale. Il est maintenant devenu un nagual de la lignée des Chevaliers de I’Aigle, voué au partage de sa connaissance des enseignements des anciens Toltèques.

Site web de Don Miguel Ruiz

Miguel Ángel Ruiz (ou Don Miguel Ruiz) sur Wikipédia

Don Miguel Ruiz sur Instagram

Don Miguel Ruiz sur Facebook

Don Miguel Ruiz sur YouTube

Revenir au menu de la page


Du même auteur

Don Miguel Ruiz

  • Les Quatre Accords toltèques, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 1999 (réédition en 2012, et en Poche en 2005), paru également aux Éditions Guy Trédaniel en 2011[1],[3].
  • la Maîtrise de l’Amour, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 1999 (réédition en Poche en 2009), paru également aux Éditions Guy Trédaniel en 2011.
  • Vivre les quatre accords toltèques au quotidien, Éditions Jouvence, 2001 (réédition en 2018).
  • Pratique de la voie toltèque, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2010 (épuisé).
  • S’ouvrir à l’amour et au bonheur Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2003 (réédition en 2018).
  • Au-delà de la peur, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2004
  • Les croyances fondamentales des toltèques, Éditions Jouvence, 2004.
  • La voix de la connaissance, Éditions Guy Trédaniel, 2009.
  • Le Cinquième Accord Toltèque, Éditions Guy Trédaniel, traduit par Olivier Clerc, 2010.
  • Sagesse et magie de la Maîtrise de l’Amour, Éditions Jouvence, 2013.
  • Sagesse et magie des Quatre Accords Toltèques, Éditions Jouvence, 2014.
  • L’art de vivre et de mourir des toltèques, Éditions Guy Trédaniel, coécrit avec Barbara Emrys, 2015.
  • Les trois questions, Éditions Guy Trédaniel, 2018.
  • La sagesse des chamanes toltèques, Éditions Guy Trédaniel, 2019
  • Acteur de votre vie, Éditions Jouvence, 2021
  • Eros, Éditions Jouvence, 2022

Sources :


Revue de presse

Revenir au menu de la page


Mon rapport de lecture

Le 5e accord toltèque

La voie de la maîtrise de soi

Don Miguel Ruiz et José Luis Ruiz

Avec la collaboration de Janet Mills

Les Éditions Jouvence

J’ai lu « Le 5e accord toltèques » à la suite de « Les quatre accords toltèques » (voir mon rapport de lecture de ce dernier). Je les ai achetés ensemble, question d’avoir déjà en main la suite au cas où… Et ce, malgré que je suis très loin d’être un fan du développement personnel. « Le 5e accord toltèques » est une vraie farce, une attrape, un piège.

Ce rapport de lecture se base uniquement sur le « Chapitre 8 – Le pouvoir du doute » qui révèle le cinquième accord toltèque. Je le reproduis ci-dessous avec mes commentaires.


Le pouvoir du doute

Voici le Cinquième Accord Toltèque : Soyez sceptique, mais apprenez à écouter. Soyez sceptique, car la majeure partie de ce que vous entendez n’est pas vrai. Vous savez que les humains utilisent des symboles pour parler, or les symboles ne sont pas la vérité. Ils ne sont vrais que parce que nous nous sommes mis d’accord à leur sujet, et non parce qu’ils sont réellement la vérité. Mais la deuxième moitié de cet accord vous dit apprenez à écouter, et la raison en est simple : si vous apprenez à écouter, vous comprendrez la signification des symboles qu’utilisent les gens, vous comprendrez leur histoire et dès lors la communication s’améliorera beaucoup. Alors, il se pourrait qu’à la place de la confusion qui règne actuellement parmi les humains qui peuplent cette Terre, se manifeste un jour la clarté.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 103-104.


COMMENTAIRE

Écrire que la majeure partie de ce que nous entendons n’est pas vrai parce que nos langues se composent de symboles sur lesquels nous nous sommes mis d’accord quant à leur signification puis nous dirent que ces symboles ne sont pas réellement la vérité ne tient pas la route.

On notera un biais cognitif bien connu, celui de la généralisation à outrance, dans l’affirmation « la majeure partie de ce que vous entendez n’est pas vrai ». Les auteurs n’ont certainement pas écouté et analysé tout ce qui se dit sur Terre pour soutenir que la majeure partie de ce que nous entendons est faux.

 * * *

Voici une liste de dix biais cognitifs observés par le Dr. David D. Burns et rapportés dans son livre « Être bien dans sa peau ».

Être bien dans sa peau, David D. Burns, M.D.

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

 * * *

Si vous concluez qu’il y a plus d’un biais cognitif dans l’affirmation « la majeure partie de ce que vous entendez n’est pas vrai », je m’accorde aisément avec vous.

Avancer l’idée que notre langage (et nos langues) se fondent sur des symboles en affirmant qu’ « Ils ne sont vrais que parce que nous nous sommes mis d’accord à leur sujet, et non parce qu’ils sont réellement la vérité », c’est croire que la réalité n’est pas accessible à l’Homme. En effet, la vérité est vérité si elle est conforme à la réalité. Or, nous devons passer obligatoirement par un langage construit de symboles pour penser et exprimer nos perceptions de la réalité. Ce n’est certainement pas la table qui nous dit « Je suis une table » mais notre accord commun sur la perception de cet objet à qui nous attribuons le nom « table », un nom qui en devient ainsi le symbole.

FIN DU COMMENTAIRE


Une fois qu’on a compris que pratiquement rien de ce que l’on a appris au moyen de symboles n’est vrai, l’injonction Soyez sceptique prend une dimension autrement plus importante. C’est un outil magistral, puisqu’il fait appel au pouvoir du doute pour discerner la vérité. Chaque fois que vous écoutez un message, qu’il soit de vous-même ou de n’importe quel autre artiste, posez-vous simplement la question : Est-ce la vérité ou non ? S’agit-il de la réalité ou d’une réalité virtuelle ? Le doute vous conduit derrière les symboles et vous rend responsable de chaque message que vous délivrez ou recevez. Pourquoi investir sa foi dans un message qui n’est pas vrai ? En vous montrant sceptique, vous ne croyez pas systématiquement chaque message ; vous ne mettez plus votre foi dans des symboles, et puisqu’elle n’est plus captive des symboles, votre foi se trouve dès lors en vous-même.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 104.


COMMENTAIRE

Ce n’est que par les symboles sur lesquels l’Homme s’est mis d’accord qu’il peut reconnaître la vérité ou la conformité de ce qu’il pense et dit avec la réalité perçue. Défendre l’idée à savoir que n’est qu’« Une fois qu’on a compris que pratiquement rien de ce que l’on a appris au moyen de symboles n’est vrai », c’est renier la vérité et détrousser tous ceux et celles qui nous l’enseignent afin que nous puissions fonctionner dans la société.

Les auteurs, face à tous ces mensonges présumés, nous enjoignent d’être sceptiques : « C’est un outil magistral, puisqu’il fait appel au pouvoir du doute pour discerner la vérité  ». « Le doute, soulignent les auteurs, vous conduit derrière les symboles (…) ». Évidemment, ce n’est pas vrai puisque les symboles sont inévitables. Certes, un symbole peut certes en cacher un autre mais nous ne pouvons pas nous soustraire à la perception de la réalité et à l’interprétation de cette dernière avec des symboles.

Les auteurs se révèlent à leurs lecteurs avec un mot qui en dit long sur leur démarche, le mot « foi » : « Pourquoi investir sa foi dans un message qui n’est pas vrai ? » Croyance et vérité sont deux concepts distincts (les liens conduisent à L’Encyclopédie philosophique). Croire dans la vérité est une chose, admettre la vérité ou acquérir une connaissance conforme à la réalité en est une autre.

 * * *

Croyance et Vérité

« Croire c’est avoir foi en quelqu’un ou quelque chose sans justification rationnelle, avec certitude, c’est être convaincu d’avoir accès à une vérité – idée que l’on associe bien souvent à « la » Vérité, absolue et immuable. Impossible de prouver une croyance par des faits objectifs, la foi se ressent comme une illumination intérieure.

La Vérité, elle, est l’accord de la pensée avec le réel. Même si cette vérité fut critiquée tout au long de l’histoire de la philosophie[i], les sciences ont pu mettre en avant que la Vérité n’est en fait qu’un point vers l’horizon qui ne fait que s’éloigner au fur et à mesure que l’on avance vers elle, ne faisant d’elle qu’une suite de « provisoires » qui s’améliorent.

Il est possible de considérer que les savoirs que nous dispensent les professeurs, les scientifiques, les spécialistes, les reporters sont des « preuves » du réel, mais nous ne pouvons que les « croire » car nous n’avons pas été confrontés au « réel » qu’ils montrent ou dont ils parlent. Ainsi nous voyons dans cette première approche que vérités et croyances ne sont pas si éloignées l’une de l’autre.

C’est certainement au travers de ce hiatus infime que se façonne la création des principes de vérités cachées, de fake news distillées au cœur même de certaines informations distribuées sur les réseaux « sociaux » à propos de l’Histoire et de certains événements. La place de la vérité au sein de la société actuelle, a moins de chance d’être prise pour ce qu’elle est, alors que le mensonge s’inscrit durablement. Les nouveaux « croyants » ont foi en ces « vérités » qui n’en sont pas délaissant ainsi la raison, confondant le doute avec la défiance, la réflexion avec l’opinion. La vérité devient mensonge, le mensonge la vérité. »

Source : Croyance et Vérité, La pause philo.


Quel sera les bénéfice d’être sceptique ? Les auteurs répondent : « En vous montrant sceptique, vous ne croyez pas systématiquement chaque message ; vous ne mettez plus votre foi dans des symboles, et puisqu’elle n’est plus captive des symboles, votre foi se trouve dès lors en vous-même ». Un foi délivrée des symboles ? Il n’y a rien de plus symbolique que la foi !

Personnellement, je n’ai pas besoin de croire en la vérité pour l’admettre. Que je crois ou non que cet objet est une table ne change rien au fait que ce soit en vérité une table. Je n’éprouve pas le besoin de croire dans le savoir et la connaissance; je les admets. Car le savoir et la connaissance existent indépendamment de moi. La découverte des éléments du savoir et de la connaissance en ma conscience me donne à penser, non pas à croire.

Exemplaire numérique : GRATUIT (PDF)
Exemplaire numérique : GRATUIT (PDF)

Dans mon essai et témoignage de gouvernance personnelle, J’aime penser (accessible gratuitement), je dénonce le fait que plusieurs personnes prennent pour vrai ce qu’elles pensent uniquement parce qu’elles le pensent. Le sous-titre de mon ouvrage en rajoute une couche : « Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison ». Se donner raison c’est croire que l’on a raison. Pourquoi faut-il croire que l’on a raison ou non ? On ne peut fonder sa valeur dans le fait que l’on a raison ou son bonheur dans le fait qu’on détient la vérité. C’est donner à la raison et à la vérité un pouvoir dont elles n’ont nullement besoin.

FIN DU COMMENTAIRE


Donc, si avoir la foi c’est croire sans l’ombre d’un doute, et si douter signifie ne pas croire, soyez sceptique. Ne croyez pas. Et qu’allez-vous cesser de croire ? Vous cesserez de croire toutes les histoires que nous créons, nous autres artistes, grâce à nos connaissances. Vous savez que la majeure partie de nos connaissances n’est pas vraie – que toute symbologie n’est pas la vérité – alors, ne me croyez pas, ne vous croyez pas vous-même et ne croyez personne d’autre non plus. La vérité n’a pas besoin que vous y croyiez ; la vérité est, tout simplement, et elle survit, que vous y croyiez ou non. Les mensonges, en revanche, ont besoin que vous y croyiez. Si vous n’y croyez pas, ils ne survivent pas à votre scepticisme et disparaissent tout bonnement.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 104-105

COMMENTAIRE

Douter ne signifie pas ne pas croire mais plutôt remettre en question. Évidemment, si on construit sa vie sur ses croyances plutôt que le savoir et la connaissance, douter de ses croyances devient une question existentielle.

Les auteurs écrivent : « Donc, si avoir la foi c’est croire sans l’ombre d’un doute, et si douter signifie ne pas croire, soyez sceptique. Ne croyez pas. »

 * * *

Scepticisme antique (GP)

Être sceptique vis-à-vis d’un problème signifie suspendre son jugement à son propos, ne souscrire à aucune opinion positive, ni dans un sens ni dans l’autre, à son sujet. L’expression « scepticisme antique » (dont la racine grecque skepsis, « enquête », renvoie à la disposition à s’interroger sur le bien-fondé de ses jugements) désigne une tendance philosophique née en Grèce antique et consistant à généraliser cette attitude ordinaire : une philosophie sceptique recommande la suspension du jugement à propos d’une partie (ou même de la totalité) des enquêtes humaines. Le scepticisme philosophique a pris deux formes : la première, pyrrhonienne, doit son nom à son fondateur Pyrrhon d’Élis et compte parmi ses adeptes Timon de Phlionte, Énésidème, Agrippa et Sextus Empiricus. La seconde, le scepticisme académique, est liée à une certaine période de l’Académie de Platon. Arcésilas de Pitane, Carnéade de Cyrène et Philon de Larissa sont ses représentants majeurs.

Source : Scepticisme antique (GP), L’Encyclopédie philosophique.

 * * *

Les auteurs insistent : « Vous savez que la majeure partie de nos connaissances n’est pas vraie – que toute symbologie n’est pas la vérité – alors, ne me croyez pas, ne vous croyez pas vous-même et ne croyez personne d’autre non plus. » Il ne faut pas tomber dans la folie. Cette fois, c’est le mot « connaissance » qui est utilisé avec le mot « symbologie ».

 * * *

Connaissance (GP)

Résumé

« Tu crois savoir mais tu sais pas » (Hugo TSR)

Pensez à toutes les choses que vous savez, toutes les choses que vous connaissez, ou du moins que vous pensez savoir et connaître. Vous savez sûrement que vous êtes en train de lire une entrée sur la connaissance, qu’après l’hiver vient le printemps, que Tintin est un personnage fictif inventé par Hergé et que le lamantin est un mammifère aquatique. Vous savez sûrement aussi lire, parler, courir et compter – mais peut être ne savez vous pas piloter un hélicoptère ou faire du Kung Fu. Vous connaissez aussi sans doute au moins une ville ou une personne, un livre et les paroles d’une chanson. Tous ces exemples sont des exemples de connaissances : ce sont des exemples dans lesquels un sujet, une personne, sait ou connaît quelque chose. Cette entrée propose un aperçu de la manière dont les philosophes ont tenté d’expliquer et de définir la connaissance.

1. Introduction

Que savez-vous ? Vous savez que vous êtes en train de lire une entrée philosophique sur la connaissance, que deux et deux font quatre. La plupart d’entre nous connaissons notre prénom, notre nom et notre date de naissance, ainsi que celles de certains de nos proches. Nous savons en fait un grand nombre de choses : que ce soit à propos de notre vie, du monde, de la culture, de l’histoire. Mais que signifie savoir ? Qu’est-ce que tous ces exemples de connaissance ont en commun ? En d’autres termes : pourquoi ces exemples seraient-ils des exemples de connaissance plutôt que des exemples de croyances, ou d’opinions ? Qu’est-ce qui distingue la connaissance des autres états mentaux tels que la croyance ou l’imagination ? Cette question est celle de la nature de la connaissance, ce que cela signifie pour un individu, une personne, de savoir quelque chose. Comme nous le verrons, il est possible de distinguer plusieurs types de connaissance, qu’on peut aussi appeler connaissance théorique et connaissance pratique. Savoir que l’or est un métal précieux par exemple, est un type de connaissance différent que de savoir lire : le premier concerne une vérité ou un fait, alors que le second concerne un savoir faire.

Ces deux types de connaissance sont au moins aussi importants l’un que l’autre. La connaissance pratique nous permet d’effectuer des tâches essentielles à notre vie quotidienne, comme se déplacer ou communiquer. Mais la connaissance théorique est aussi essentielle, car elle aussi est intimement liée à nos pratiques, à nos actions et à nos habitudes conversationnelles. Il nous arrive de blâmer celui qui agit sur la base d’une croyance irrationnelle, plutôt que sur sa connaissance des faits. Ainsi, la connaissance théorique entretient elle aussi des liens étroits avec nos pratiques quotidiennes.

Il y a cependant une seconde question soulevée par le concept de connaissance : celle du scepticisme. Est-il possible, étant donné ce qu’est la connaissance, de savoir quoi que ce soit ? Comment pouvez vous être sûr, par exemple, que vous êtes en train de lire une entrée sur la connaissance, plutôt que d’être en train de rêver que vous lisez une entrée sur la connaissance ? Nous n’aborderons pas cette question ici, et présupposerons que nous savons réellement plein de choses, bien que parfois, il nous arrive de nous tromper à propos de ce que nous croyons savoir.

Source : Connaissance (GP), L’Encyclopédie philosophique.

 * * *

Je suis d’accord avec les auteurs lorsqu’ils écrivent « La vérité n’a pas besoin que vous y croyiez ; la vérité est, tout simplement, (…) ». Par contre, je ne suis pas tout d’accord avec les auteurs lorsqu’ils ajoutent, parlant de la vérité, qu’« elle survit, que vous y croyiez ou non. (…) ». La vérité ne « surgit » pas. Elle n’apparaît pas brusquement… à moins que l’on parle alors d’une révélation et, de ce fait, on parle plus souvent qu’autrement de croyances, à l’opposée d’une compréhension raisonnable.

Aussi, je ne comprends pas pourquoi les auteurs soutiennent, par opposition à la vérité, que « Les mensonges, en revanche, ont besoin que vous y croyiez. Si vous n’y croyez pas, ils ne survivent pas à votre scepticisme et disparaissent tout bonnement. ». Pouf ! Comme par magie, si vous ne croyez pas à un mensonge, il disparaît. Il ne suffit plus de démontrer raisonnablement que l’affirmation est un mensonge; il suffit plutôt de ne pas y croire. Mais encore faut-il le reconnaître comme tel et, pour ce faire, de le remettre en question. Ce n’est pas une question de croire ou de ne pas croire.

FIN DU COMMENTAIRE

Mais le scepticisme peut s’exprimer de deux manières. L’une d’elles consiste à se montrer sceptique parce qu’on s’estime trop intelligent pour être crédule. « Regardez combien je suis intelligent. Je ne crois en rien ! » Cette attitude-là n’est pas du scepticisme. Être sceptique, c’est ne pas croire tout ce que vous entendez, et vous n’y croyez pas parce que ce n’est pas la vérité, un point c’est tout. Être sceptique consiste simplement à être conscient que toute l’humanité croit à des mensonges. Vous savez que les humains déforment la vérité, puisque nous rêvons tous et que notre rêve n’est qu’un reflet de la vérité.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 105.

COMMENTAIRE

Ouf ! C’est essoufflant ! Comment peut-on arriver à conclure : « Être sceptique consiste simplement à être conscient que toute l’humanité croit à des mensonges  » ? En philosophie, cette définition du scepticisme ne tient pas la route. Être sceptique, c’est suspendre son jugement, non pas juger « que toute l’humanité croit à des mensonges ».

FIN DU COMMENTAIRE

Chaque artiste déforme la vérité, mais ce n’est pas une raison pour juger ce que dit autrui, ni pour le qualifier de menteur. Nous racontons tous des mensonges, d’une manière ou d’une autre, et pas parce que nous voulons mentir. Cela tient simplement à ce que nous croyons ; c’est dû aux symboles que nous avons appris et à la manière dont nous les utilisons. Une fois que vous avez conscience de cela, le Cinquième Accord Toltèque se révèle particulièrement significatif et peut changer beaucoup de choses dans votre vie.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 105.

COMMENTAIRE

Les auteurs jugent eux-mêmes à tour de bras.

FIN DU COMMENTAIRE

Des gens viendront vers vous et vous raconteront leur histoire personnelle. Ils vous communiqueront leur point de vue, ce qu’ils croient être la vérité. Mais vous ne jugerez pas si ce qu’ils disent est vrai ou non. Vous n’aurez aucun jugement, mais vous aurez du respect. Vous écouterez de quelle manière les autres expriment leurs symboles, sachant que ce qu’ils disent est déformé par leurs croyances. Vous saurez que ce qu’ils vous disent n’est qu’une histoire, parce que vous le sentirez. Vous le saurez, tout simplement. Mais vous saurez également quand leurs paroles sont vraies, et vous y parviendrez sans avoir besoin de mots : c’est cela qui compte.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 105-106.

COMMENTAIRE

Un point de vue, selon mon point de vue, n’est pas ce que je crois. Je ne prends pas mon point de vue, par définition, pour la vérité, ni même ma vérité, car la vérité se doit d’être universelle.

FIN DU COMMENTAIRE

Qu’elle soit vraie ou fictive, vous n’avez pas à croire l’histoire de quiconque. Vous n’avez pas besoin de vous forger une opinion quant à ce que dit autrui. Vous n’êtes pas non plus obligé d’exprimer votre opinion à vous. Pas besoin d’être d’accord ou de ne pas être d’accord. Il suffit d’écouter. Plus les propos d’un individu sont impeccables, plus son message est clair. Mais les propos qui émanent d’un autre artiste n’ont rien à voir avec vous. Vous savez qu’il n’y a rien de personnel dans ce qu’il dit. Vous écoutez et vous comprenez tous les mots, sauf que ceux-ci ne vous affectent plus, désormais. Vous ne jugez plus ce que disent les autres, parce que vous comprenez maintenant ce qu’ils font. Ils vous font simplement savoir ce qui se passe dans leur propre monde virtuel.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 106.

COMMENTAIRE

Écoutons et fermons-la. C’est comme cela que nous ferons avancer le savoir et la connaissance… l’humanité ! Tout le monde est dans son monde et ce monde est rien de plus que virtuel. Nous savons qu’il n’y a rien de personnel dans ce que dit l’homme devant vous qui exprime sa détresse. Tout n’est que mensonge et déformation de la vérité. Je ne comprends pas l’attitude des auteurs.

FIN DU COMMENTAIRE

Vous avez déjà conscience que tous les artistes vivent dans leur propre rêve, dans leur monde à eux. Dans ce monde-là, ce qu’ils perçoivent est vrai pour eux. Il se pourrait que ce soit absolument vrai pour les artistes qui expriment leur histoire, mais ce n’est pas la vérité pour vous. La seule vérité, pour vous, est ce que vous percevez dans votre monde. Une fois que vous avez conscience de cela, il n’y a plus rien à prouver à personne. Il n’est plus question d’avoir raison ou tort. Vous respectez ce que disent les autres, puisque ce sont d’autres artistes qui s’expriment. Le respect est très important. Quand vous apprenez à écouter, vous témoignez votre respect aux autres artistes, vous respectez leur art et leur création.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 106-107.

COMMENTAIRE

La vérité de l’autre (ses perceptions) n’est pas votre vérité (vos perceptions). Votre monde et le monde de l’autre. Bref, il n’y a pas de monde que soit le monde de tout le monde. Il n’y a que les mondes personnels. Adieu, le bien commun !

FIN DU COMMENTAIRE

Tous les artistes ont le droit de créer leurs œuvres comme ils veulent. Ils ont le droit de croire ce qu’ils veulent croire et de dire ce qu’ils ont à dire. Mais si vous n’apprenez pas à écouter, vous ne comprendrez jamais ce qu’ils disent. Écouter est très important, dans la communication. Si vous apprenez à écouter, vous saurez exactement ce que veulent les autres. Une fois que vous serez au courant de ce qu’ils veulent, ce que vous ferez de cette information-là ne dépendra que de vous. Vous pouvez y réagir ou non, vous pouvez être d’accord avec eux ou pas, tout dépendra de ce que vous voulez.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 107.

COMMENTAIRE

Les gens ne veulent pas toujours quelque chose lorsqu’ils s’expriment, si ce n’est d’être compris. Une bonne écoute n’implique pas à la fin ce que vous voulez, si ce n’est de comprendre l’autre dans le plus grand respect de sa différence, tout en tenant compte du biais de ma propre différence.

FIN DU COMMENTAIRE

Ce n’est pas parce que les autres veulent quelque chose que vous devez nécessairement le leur donner. Les gens essaient toujours de capter votre attention, puisque c’est par ce biais qu’ils peuvent télécharger n’importe quelle information. Il arrive souvent qu’une information ne vous intéresse pas. Vous l’écoutez, vous n’en voulez pas, vous l’ignorez et vous reportez votre attention ailleurs. En revanche, si cette information capte votre attention, alors vous avez vraiment envie d’écouter et de découvrir si ce qu’on vous dit est important à vos yeux. Ensuite, vous pouvez exprimer votre point de vue, si vous en avez envie, tout en sachant que ce n’est qu’un point de vue. C’est votre choix, mais la clé consiste avant tout à écouter.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 107.

Lorsque j’écoute je ne cherche pas à savoir s’il y a une information importante à mes yeux. J’écoute !

Si vous n’apprenez pas à écouter, vous ne comprendrez jamais ce que je suis en train de vous expliquer en ce moment même. Vous tirerez hâtivement des conclusions et vous réagirez comme s’il s’agissait de votre rêve, alors que ce n’est pas le cas. Quand d’autres artistes partagent leur rêve avec vous, ayez simplement conscience qu’il s’agit de leur rêve. Vous savez ce qu’est votre rêve, comme vous savez ce qu’il n’est pas.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 108.

Un monde de rêves… Désolé : des mondes de rêves. Chacun dans son monde de rêves. J’ai lu ce livre en sachant fort bien, à la simple lecture de la couverture chez le libraire, qu’il ne s’agissait pas de mon rêve. Je ne cherche pas mon rêve dans les rêves des autres.

En ce moment même, je partage avec vous la façon dont je perçois le monde, la manière dont je rêve. Mes histoires sont vraies pour moi, mais je sais que ce n’est pas la vérité réelle, alors, ne me croyez pas. Ce que je vous dis ne représente que mon point de vue. Bien sûr, de mon point de vue, j’ai l’impression de partager la vérité avec vous. Je fais de mon mieux pour avoir la parole la plus impeccable possible, afin que vous puissiez comprendre ce que je dis, mais même si je parvenais à vous transmettre une copie exacte de la vérité, je sais que vous déformerez mon message sitôt qu’il passera de mon esprit au vôtre. Vous l’entendrez et vous vous le répéterez d’une manière complètement différente, en fonction de votre point de vue.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 108.

COMMENTAIRE

Est-ce qu’il y a « La vérité réelle » et « la vérité irréelle » ? Les auteurs écrivent : « (…)  je sais que vous déformerez mon message sitôt qu’il passera de mon esprit au vôtre ». En communication, le transmetteur doit coder son message dans le code du récepteur afin d’éviter une interprétation indue.

FIN DU COMMENTAIRE

Maintenant, ce que je dis est peut-être la vérité, peut-être pas, mais il se peut que ce que vous croyez ne soit pas davantage vrai. Je ne représente qu’une moitié du message ; vous en êtes l’autre. Je suis responsable de ce que je dis, mais pas de ce que vous comprenez. Vous êtes responsable de ce que vous comprenez et de ce que vous faites de ce que vous entendez dans votre tête, car c’est vous qui attribuez un sens à chaque mot qui vous parvient.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 109.

Non, non, Non. Vous êtes responsable de la compréhension de votre message vis-à-vis de l’autre. Vous ne pouvez pas soutenir « Je suis responsable de ce que je dis, mais pas de ce que vous comprenez. » Si je comprends bien…

En cet instant même, vous interprétez ce que je dis à l’aune de vos connaissances personnelles. Vous réarrangez les symboles et vous les transformez d’une manière qui préserve l’équilibre de tout votre système de croyances. Une fois que vous aurez atteint cet équilibre, il se peut que vous acceptiez mon histoire comme étant la vérité …ou pas. Vous pouvez également faire la supposition que ce que vous vous dites correspond à ce que j’avais l’intention d’exprimer, ce qui ne veut pas dire que votre supposition soit vraie. Vous pouvez mal interpréter ce que je dis. Vous pouvez aussi utiliser ce que je dis pour me faire des reproches, pour en faire à quelqu’un d’autre, à vous-même, à votre religion ou à votre philosophie, pour être en colère contre tout le monde, et plus particulièrement contre vous-même. Vous pouvez également utiliser ce que vous entendez pour découvrir la vérité, pour vous trouver vous- même, pour faire la paix avec vous et, peut-être, pour modifier le message que vous vous adressez à vous-même.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 109.

COMMENTAIRE

Je n’accorde pas d’importance à mes croyances. Je m’en tiens au savoir et à la connaissance. Mon opinion n’a pas plus de valeur. Je ne comprends pas la logique des auteurs de ce cinquième accord toltèque.

FIN DU COMMENTAIRE

Quoi que vous fassiez de ce que je dis, cela ne dépend que de vous. C’est votre rêve et je le respecte. Vous n’êtes pas obligé de me croire, mais si vous apprenez à écouter, vous parviendrez à comprendre ce que je dis et si l’information que je vous offre vous parle, vous pourrez alors l’intégrer à votre rêve, si vous le désirez. Vous pouvez prendre ce qui marche pour vous et vous en servir pour modifier votre rêve ; quant à ce qui ne vous convient pas, ignorez-le tout simplement. Cela ne fera aucune différence pour moi, mais ça en fera une pour vous, car je suppose – tout en sachant que c’est une supposition – que vous souhaitez devenir un meilleur artiste, et que c’est la raison pour laquelle vous remettez en question vos propres croyances.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 110.

COMMENTAIRE

Ils écrivent réellement « Cela ne fera aucune différence pour moi ». Tout doit faire une différence pour moi lorsque je tente d’aider une personne. Tout, absolument tout ! Si j’écoute ! Or, il semble bien que les auteurs n’écoutent pas leurs lecteurs puisque cela ne fera aucune différence pour eux. Ils écrivent, ils écrivent, ils écrivent… Mais écoutent-ils ?

FIN DU COMMENTAIRE

Alors, soyez sceptique. Ne me croyez pas, ne croyez personne d’autre, mais, surtout, ne vous croyez pas vous-même. Quand je dis, ne vous croyez pas vous-même, mon Dieu, en voyez-vous les implications ?… Ne croyez pas tout ce que vous avez appris ! Ne pas se croire soi-même constitue un avantage immense, puisque la majeure partie de ce que vous avez appris n’est pas la vérité. Tout ce que vous savez, toute votre réalité, ce ne sont rien que des symboles. Mais vous n’êtes pas tout ce paquet de symboles qui s’expriment dans votre tête. Vous le savez, et c’est pour cela que vous vous montrez sceptique et que vous ne vous croyez pas.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 110.

COMMENTAIRE

Les auteurs nous disent « ne vous croyez pas vous-même », pas plus que les autres. Ils ajoutent : « Ne pas se croire soi-même constitue un avantage immense, puisque la majeure partie de ce que vous avez appris n’est pas la vérité. » Selon les auteurs, nous sommes dans le faux. Cependant, croire en soi est une chose et croire en ce que l’on pense en est une autre, tout comme se remettre en question et remettre en questions nos pensées sont également deux choses différentes. Le conseil « ne vous croyez pas vous-même » implique de ne pas se faire confiance, ce qui est souvent pour plusieurs une question de bien-être existentiel.

FIN DU COMMENTAIRE

Si vos croyances vous disent : « Je suis gros. Je suis laid. Je suis vieille. Je suis un perdant. Je ne suis pas assez gentille. Je ne suis pas assez fort. Je ne m’en sortirai jamais », ne vous croyez pas, parce que ce n’est pas vrai. Ces messages sont déformés. Ce ne sont rien que des mensonges. Sitôt que vous voyez que ce sont des mensonges, vous n’êtes plus obligé de les croire. Faites appel à la puissance du doute pour remettre en question tous les messages que vous vous adressez à vous- même. « Est-il vraiment vrai que je sois laid ? Est-il vraiment vrai que je ne sois pas à la hauteur ? » Ce message est-il réel ou virtuel ? De toute évidence, il est virtuel. Aucun de ces messages n’émane de la vérité, de la vie ; ils ne sont que le résultat des distorsions de nos connaissances. En vérité, il n’y a pas de gens laids. « Être à la hauteur » n’existe pas davantage. Il n’existe aucun livre de la loi universel où le moindre de ces jugements soit vrai. Ces jugements ne sont que des accords que les humains ont conclus.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 110-111.

COMMENTAIRE

Ne pas croire que je suis laid est une affaire personnelle. Croire qu’il n’y a pas de gens laid est un jugement universel sur la beauté. Or, la beauté est avant tout une affaire personnelle, jamais universelle. Tout jugement personnel sur ma personne ne sont automatiquement des mensonges. Je ne peux certainement pas nier mes défauts.

FIN DU COMMENTAIRE

Est-ce que vous voyez quelles conséquences entraîne le fait de se croire soi-même ? Vous croire est la pire des choses que vous puissiez faire, car vous vous êtes raconté des mensonges durant toute votre vie, et c’est parce que vous y croyez que votre rêve n’est pas agréable. Si vous croyez ce que vous vous dites, vous pouvez vous servir de tous les symboles que vous avez appris pour vous faire du mal. Votre rêve personnel peut devenir un vrai cauchemar, car c’est précisément en croyant des mensonges qu’on se forge son propre enfer. Si vous souffrez, ce n’est pas parce que quelqu’un d’autre vous fait souffrir ; c’est simplement parce que vous obéissez au tyran qui gouverne votre tête. Quand ce tyran vous obéira, il n’y aura plus ni juge, ni victime dans votre tête, et vous ne souffrirez plus.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 111-112.

COMMENTAIRE

Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation : « Si vous croyez ce que vous vous dites, vous pouvez vous servir de tous les symboles que vous avez appris pour vous faire du mal ». Si plus personne ne croit en ce qu’elle dit et si nous croyons ni nous-même ni personne d’autre, dans quel monde on se retrouve. Se rabattre sur un « tyran qui gouverne votre tête » rejoint l’idée du Malin génie de Descartes.


Méditations métaphysiques

René Descartes

« Je supposerai donc, non pas que Dieu, qui est très bon, et qui est la souveraine source de vérité, mais qu’un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, a employé toute son industrie à me tromper ; je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les figures, les sons, et toutes les choses extérieures, ne sont rien que des illusions et rêveries dont il s’est servi pour tendre des pièges à ma crédulité ; je me considérerai moi-même comme n’ayant point de mains, point d’yeux, point de chair, point de sang ; comme n’ayant aucun sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses ; je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ; et si, par ce moyen, il n’est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d’aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement… »

 * * *

« De sorte qu’après y avoir bien pensé, il faut conclure et tenir pour constant que cette proposition : je suis, j’existe est nécessairement vraie toutes les fois que la prononce ou que je la conçois en mon esprit. »

 * * *

« Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. »

— René Descartes,
Méditations métaphysiques.


Avancer « Quand ce tyran vous obéira, il n’y aura plus ni juge, ni victime dans votre tête, et vous ne souffrirez plus » nous donne comme objectif d’être neutre. Or, nous ne pouvons pas nier notre subjectivité.

FIN DU COMMENTAIRE

Votre tyran est sans pitié. Il vous maltraite sans cesse, en utilisant tous ces symboles contre vous. Il se nourrit du poison émotionnel qu’engendrent vos émotions négatives, et pour produire de telles émotions, il juge et émet des opinions. Personne ne vous juge davantage que vous-même. Bien sûr, vous essayez d’échapper à ces jugements, à cette culpabilité, à ce rejet et ces punitions. Mais comment peut-on échapper à ses propres pensées ? Si vous n’aimez pas quelqu’un, vous pouvez vous en aller. Mais si vous ne vous aimez pas, où que vous alliez, vous serez toujours là. Vous pouvez vous cacher de tout le monde, mais il vous est impossible d’échapper à vos propres jugements. Il semble qu’il n’y ait pas d’échappatoire.

Voilà pourquoi tant de gens mangent trop, prennent des drogues, boivent ou développent des dépendances à diverses substances et comportements. Ils font ce qu’ils peuvent pour éviter leur propre histoire, pour fuir leur propre création qui déforme tous les symboles qu’ils ont dans la tête. Certaines personnes ont de telles souffrances émotionnelles qu’elles en viennent à s’ôter la vie. Voilà ce que les mensonges peuvent faire. La voix de la connaissance peut se retrouver à ce point déformée et engendrer une telle quantité de haine contre soi qu’elle finit par détruire un être humain. Tout cela, parce que nous croyons toutes les opinions que nous avons apprises au fil des ans.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 112.

COMMENTAIRE

La question est posée par les auteurs : « Mais comment peut-on échapper à ses propres pensées ? » La réponse : « Il semble qu’il n’y ait pas d’échappatoire. » Nous sommes dans le chapitre « Le pouvoir du doute ». Le doute offre une porte de sortie; il contribue à la création d’une faille qui laissera entrer la lumière.

FIN DU COMMENTAIRE

Imaginez un instant que toutes vos opinions, plus toutes celles des personnes qui vous entourent, s’apparentent à un immense ouragan qui tourbillonne en vous. Imaginez que vous croyiez toutes ces opinions ! Eh bien, si vous êtes sceptique, si vous ne vous croyez pas vous-même, si vous ne croyez personne d’autre, aucune de ces opinions ne pourra vous troubler ni vous décentrer. Quand vous contrôlez votre propre symbologie, vous êtes toujours centré, toujours détendu et calme, parce que c’est votre moi réel qui prend les décisions dans votre vie, et non les symboles. Quand vous souhaitez communiquer quelque chose, vous arrangez les symboles comme vous voulez et c’est ainsi qu’ils sortent de votre bouche.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 113.

COMMENTAIRE

Le problème réel provient du mode de vie ayant pour objectif de croire ou non à tout ce qui se présente en nous et hors de nous. Or, la réalité n’appelle pas à croire ou à ne pas croire.

P.S.: Notez la référence à un « moi réel ». Or, il n’y a pas de « moi irréel ».

FIN DU COMMENTAIRE

C’est vous l’artiste et vous pouvez agencer les symboles comme vous voulez, de la façon qui vous plaît, car ils sont sous votre contrôle. Vous pouvez les utiliser pour demander que ce dont vous avez besoin, pour exprimer ce que vous voulez comme ce que vous ne voulez pas. Vous pouvez partager vos pensées, vos sentiments et vos rêves, en prose ou avec poésie. Mais ce n’est pas parce que vous employez un langage pour communiquer que vous y croyez. Quel besoin avez-vous de croire ce que vous savez déjà ? Quand vous êtes seul et que vous vous parlez à vous-même, c’est parfaitement futile. Que pouvez-vous vous dire que vous ne sachiez déjà ?

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, p. 113.

COMMENTAIRE

Grande réflexion : « Quand vous êtes seul et que vous vous parlez à vous-même, c’est parfaitement futile. Que pouvez-vous vous dire que vous ne sachiez déjà ? » L’écoute, si fortement recommander par les auteurs,  commence par l’écoute de soi-même. Et s’écouter implique de s’écouter parler à soi-même pour finalement prendre du recul, douter s’il y a lieu. À la question « Que pouvez-vous vous dire que vous ne sachiez déjà ? », je réponds par l’entrée en scène de notre imagination.

FIN DU COMMENTAIRE

Si vous comprenez le Cinquième Accord Toltèque, vous saisirez pourquoi vous n’avez nul besoin de croire ce que vous voyez, ce que vous savez déjà sans l’aide de mots. La vérité ne s’exprime pas avec des mots. La vérité est silencieuse. C’est simplement quelque chose que vous savez ; vous pouvez la ressentir sans aucun mot, et on appelle cela la connaissance silencieuse. La connaissance silencieuse, c’est ce que vous savez avant d’investir votre foi dans des symboles. Quand vous vous ouvrez à la vérité et que vous apprenez à écouter, tous les symboles perdent leur valeur et la seule chose qui reste, c’est la vérité. Il n’y a rien à savoir, rien à justifier.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 113-114.

COMMENTAIRE

Là, je commence à en avoir assez des propos délirants des auteurs.

  • « (…) ce que vous savez déjà sans l’aide de mots. »
  • « La vérité ne s’exprime pas avec des mots. »
  • « La vérité est silencieuse. »
  • « Il n’y a rien à savoir, rien à justifier. »
  • « (…) tous les symboles perdent leur valeur et la seule chose qui reste, c’est la vérité. »

La vérité ne se cache pas derrière des symboles. Elle est faite de symboles. Les symboles, c’est tout ce que nous avons pour penser.

Quant à la vérité silencieuse, elle est, selon le Pape François, une stratégie pour éviter les chicanes : PAPE FRANÇOIS – MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE, La vérité est silencieuse, Lundi 3 septembre 2018, (L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°036 du 6 septembre 2018).


“Quand la vérité est remplacée par le silence, le silence est un mensonge”

? Yevgeny YEVTUSHENKO


FIN DU COMMENTAIRE

Ce que je partage avec vous n’est pas facile à comprendre et, en même temps, c’est si simple que cela paraît évident. Au final, vous réaliserez que les langues sont des symboles qui ne sont vrais que parce que vous pensez qu’ils le sont. Mais si vous les mettez de côté, que reste-t-il ? La vérité. Alors, vous verrez une chaise et vous ne saurez pas comment la nommer, mais vous pourrez vous asseoir dessus et la vérité sera là. La matière est la vérité. La vie est la vérité. La lumière est la vérité. L’amour est la vérité. Le rêve humain n’est pas la vérité, mais cela n’implique pas pour autant qu’il soit mauvais. Être mauvais, voilà encore un autre concept qui n’est pas non plus vrai.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 113-114.

COMMENTAIRE

Oh ! La, la : « Au final, vous réaliserez que les langues sont des symboles qui ne sont vrais que parce que vous pensez qu’ils le sont. Mais si vous les mettez de côté, que reste-t-il ? La vérité. Alors, vous verrez une chaise et vous ne saurez pas comment la nommer, mais vous pourrez vous asseoir dessus et la vérité sera là. » Les symboles ne sont pas vrais parce que je pense qu’ils sont vrais. Un symbole, dans le contexte de ce livre, c’est c’est sur quoi les hommes se sont entendus (le noms et les définitions) pour être capable de communiquer entre eux.

FIN DU COMMENTAIRE

Quand vous aurez compris que vous créez toute cette symbologie pour communiquer avec vos semblables, vous découvrirez du même coup que les symboles ne sont en réalité ni bons ou mauvais, ni justes ou faux. C’est vous, avec vos croyances, qui décidez qu’ils sont justes ou faux. Telle est la puissance de vos croyances, mais la vérité est au-delà de la croyance. Quand vous dépassez les symboles, vous découvrez un monde de perfection où chaque être et chaque chose sont parfaits. Même l’investissement de votre foi dans chacun de vos mots est parfait. Même votre colère, vos drames et vos mensonges sont parfaits. Même l’enfer qu’il vous arrive de vivre est parfait, car seule existe la perfection. Imaginez un instant que vous viviez toute votre vie sans jamais apprendre tous les mensonges que sont vos connaissances, sans souffrir d’avoir investi votre foi dans ces mensonges, dans ces superstitions et ces opinions. Vous vivriez alors comme tous les autres animaux, ce qui veut dire que vous conserveriez votre innocence durant toute votre vie.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 114-115.

COMMENTAIRE

Une croyance ne permet de décider si les symboles sont justes ou faux. Croire ne fait pas la vérité.

La perfection se trouve au-delà des symboles : « Quand vous dépassez les symboles, vous découvrez un monde de perfection où chaque être et chaque chose sont parfaits. » Je ne sais s’il faut rire ou pleurer. La perfection n’est pas de ce monde. La sagesse est d’apprendre à vivre avec les imperfections de notre monde.

Et que dire de cette autre affirmation qui nous dit que nous vivrons comme les autres animaux : « Vous vivriez alors comme tous les autres animaux, ce qui veut dire que vous conserveriez votre innocence durant toute votre vie » ? Vivre comme une personne qui ignore le mal, ce n’est pas l’apanage de l’Homme, de nos sociétés et de nos civilisations. Ignorez le mal et il gagnera en puissance !

FIN DU COMMENTAIRE

Au cours du processus de domestication, vous perdez votre innocence et, ce faisant, vous vous mettez à chercher ce que vous avez perdu, ce qui vous conduit à développer la conscience. Une fois que vous avez recouvré conscience, vous devenez pleinement responsable de votre propre évolution, de chacun de vos choix dans la vie.

Tant que vous êtes éduqué par le rêve de la planète, vous n’avez aucun choix ; vous apprenez tellement de mensonges. Mais peut-être est-il temps de désapprendre tous ces mensonges et de réapprendre à suivre la vérité, en vous fiant à votre propre cœur. Désapprendre, ou ce que j’appelle encore la dédomestication, est un processus très lent, mais puissant. Comme je l’ai dit auparavant, chaque fois que vous retirez votre foi à un symbole, son pouvoir vous est restitué, jusqu’à ce que votre symbologie tout entière n’ait plus aucun pouvoir sur vous.

Quand vous soustrayez tout pouvoir aux symboles pour le reprendre en vous, votre rêve se retrouve impuissant. Et une fois que tout ce pouvoir vous est revenu, vous êtes invincible. Plus rien ne peut vous vaincre. Ou peut-être devrais-je plutôt dire que vous ne pouvez plus vous vaincre vous-même, puisque c’est exactement la même chose.

Quand vous aurez récupéré tout le pouvoir que vous avez investi dans les symboles, vous ne croirez plus la moindre pensée qui se présentera à votre esprit ; vous ne croirez plus votre propre histoire. Par contre, vous l’écouterez, et comme vous la respecterez, vous l’apprécierez. Quand vous allez au cinéma ou que vous lisez un roman, vous n’y croyez pas, mais vous y prenez plaisir, n’est-ce pas ? Une fois que vous êtes capable de faire la différence entre la réalité vraie et la réalité virtuelle, vous savez que vous pouvez faire confiance à la première, mais que vous n’êtes pas obligé d’avoir confiance en la seconde, tout en étant capable de les apprécier toutes les deux. Vous pouvez à la fois apprécier ce qui est et ce que vous créez.

Même si vous savez que votre histoire n’est pas vraie, vous pouvez néanmoins élaborer le plus beau récit possible et diriger votre vie en fonction de lui. Vous pouvez créer votre paradis personnel et le vivre. Et si vous parvenez à comprendre l’histoire des autres et qu’ils parviennent à comprendre la vôtre, alors, ensemble, vous pouvez créer le plus beau de tous les rêves. Mais, pour commencer, vous avez beaucoup à désapprendre, et le Cinquième Accord Toltèque est l’outil idéal pour le faire.

Où que vous alliez dans le monde, les gens vous communiqueront toutes sortes d’opinions et d’histoires. Vous rencontrerez de merveilleux baratineurs qui voudront vous dire que faire de votre vie : « Tu devrais faire ceci, tu devrais faire cela, tu ne devrais pas faire ceci, etc. » Ne les croyez pas. Soyez sceptique, mais apprenez à écouter, puis faites votre choix. Assumez la responsabilité de chacun des choix que vous faites dans la vie. C’est votre vie ; ce n’est la vie de personne d’autre, et vous finirez par découvrir que ce que vous en faites ne regarde que vous.

Depuis des siècles, des gens ont prétendu savoir quelle était la volonté de Dieu. Ils ont parcouru le monde en prêchant la bonté et la vertu, et en condamnant tout le monde. Depuis des siècles, des prophètes ont prédit de grandes catastrophes planétaires. Il n’y a pas si longtemps, des gens ont annoncé qu’au début de l’an 2000, tous les ordinateurs tomberaient en panne et que la société, telle que nous la connaissons, allait disparaître. Certaines personnes ont même pensé que nous allions revenir à l’âge des cavernes. Le 1erb janvier 2000 est arrivé, nous avons fêté cette nouvelle année, ce nouveau siècle et ce nouveau millénaire, et qu’est-il arrivé ? Rien du tout.

Voici des milliers d’années, tout comme aujourd’hui, certains prophètes attendaient la fin du monde. À cette époque, un grand maître a dit : « Il y aura de nombreux faux prophètes qui prétendront parler au nom de Dieu. Ne les croyez pas. » Vous voyez, le Cinquième Accord Toltèque n’est pas vraiment nouveau. Soyez sceptique, mais apprenez à écouter.

Source : RUIZ, Don Miguel et RUIZ, José Luis, Le 5e accord toltèque, Chapitre 8 – Le pouvoir du doute, Les Éditions Jouvence, 2024, pp. 115-118.

COMMENTAIRE

C’est trop pour moi. Je n’arrive plus à commenter. Il me faudrait des années de travail pour démêler les propres des auteurs. J’abandonne.

FIN DU COMMENTAIRE



Revenir au menu de la page

Article # 141 – Les quatre accords toltèques, Don Miguel Ruiz, Les éditions Jouvence, 2024

J’ai lu pour vous

« Les quatre accords toltèques » de Don Miguel Ruiz paru en édition de poche en 2024 chez Les éditions Jouvence.

L’Observatoire de la philothérapie ne référence pas de tels livres de développement personnel, celui-ci fait donc exception.


Le premier accord toltèque : Que votre parole soit impeccable.

Le deuxième accord toltèque : Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

Le troisième accord toltèque : Ne faites pas de suppositions.

Le quatrième accord toltèque : Faites toujours de votre mieux.

Source : Sommaire, Les quatre accords toltèques, Don Miguel Ruiz, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, pp. 3-4.



Couvertures

Article # 141

Don Miguel Ruiz

Avec la collaboration de Janet Mills

Les quatre accords toltèques

La voie de la liberté personnelle

Les Éditions Jouvence

Revenir au menu de la page


Données au catalogue

Titre : Les Quatre Accords toltèques

Sous-titre : La voie de la liberté personnelle

Auteur : RUIZ Don Miguel

Collaboration : Janet Mills

Préface : Maud Séjournant

Traduit de l’anglais (USA) par Olivier Clerc

ISBN : 978-2-88953-921-5

Format: 108 x 178

Nombre de pages: 144

Année d’édition: 2024

Éditeur : Éditions Jouvence, Genève – Suisse

© Copyright 1997, Miguel Angel Ruiz M.D., Amber-Allen Publishing Inc.

Titre original : The four agreements

© Éditions Jouvence, 1999 pour l’édition française originale,

© Éditions Jouvence, 2005 pour la première édition de poche, 2016 pour la présente édition, 2024 pour la présente édition.

Revenir au menu de la page


Présentation

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

LES QUATRES ACCORDS TOLTÈQUES

« À chaque fois que vous le lisez, ce n’est pas le livre qui a changé votre vie, mais vous. »

Don Miguel Ruiz

Castaneda a fait découvrir au grand public les enseignements des chamans mexicains qui ont pour origine la tradition toltèque, gardienne des connaissances de Quetzacoatl, le serpent à plumes. Dans ce livre, Don Miguel révèle la source des croyances limi-tatrices qui nous privent de joie et créent des souffrances inutiles.

Il montre en des termes très simples comment on peut se libérer du conditionnement collectif – le « rêve de la planète », basé sur la peur – afin de retrouver la dimension d’amour inconditionnel qui est à notre origine et constitue le fondement des enseignements toltèques.

Les quatre accords proposent un puissant code de conduite capable de transformer rapidement notre vie en une expérience de liberté, de vrai bonheur et d’amour. Le monde fascinant de la Connaissance véritable et incarnée est enfin à la portée de chacun.
« Le livre de Don Miguel Ruiz trace un chemin vers l’illumination et la liberté ».
Deepak Chopra, auteur des « Sept lois spirituelles du succès »

« Dans la tradition de Castaneda, Ruiz distille la sagesse essentielle des Toltèques, exprimant avec clarté et de façon impeccable ce que signifie vivre comme des guerriers pacifiques dans le monde moderne, pour les hommes comme pour les femmes. »
Dan Millman, auteur du « Guerrier Pacifique ».

« Le livre de Don Miguel Ruiz trace un chemin vers l’illumination et la liberté. »

Deepak Chopra, auteur des Sept Lois spirituelles du succès.

« Ruiz distille la sagesse essentielle des Toltèques, exprimant avec clarté et de façon impeccable ce que signifie vivre comme des guerriers pacifiques. »

Dan Millman, auteur du Guerrier Pacifique.

Don Miguel Ruiz, bien que né et élevé au Mexique par une mère curandera (guérisseuse) et un grand-père nagual (chaman), choisit de faire des études de médecine et de devenir chirurgien. Une rencontre avec la mort (NDE), au début des années 1970, a changé sa vie. li s’est dès lors consacré à la maîtrise de la sagesse ancestrale. Il est maintenant devenu un nagual de la lignée des Chevaliers de I’Aigle, voué au partage de sa connaissance des enseignements des anciens Toltèques.

Source : Les Éditions Jouvence.

Revenir au menu de la page


Sommaire

Remerciements

Lettre à mes lecteurs

Préface de Maud Séjournant

Les Toltèques

Introduction :

Le Miroir de fumée

Le processus de domestication et le rêve de la planète

Le premier accord toltèque :

  • Que votre parole soit impeccable

Le deuxième accord toltèque :

  • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle

Le troisième accord toltèque :

  • Ne faites pas de suppositions

Le quatrième accord toltèque :

  • Faites toujours de votre mieux

La voie toltèque de la liberté :

Briser les vieux accords

Le nouveau rêve :

Le paradis sur terre

Prières

À propos des auteurs

Revenir au menu de la page


Extraits

Cet extrait est disponible sur le site web Les Éditions Jouvence (PDF)

Cet extrait est aussi disponible sur le site web leslibraires.ca (ePub).


LETTRE À MES LECTEURS

La France est historiquement célèbre pour sa révolution, qui a changé la donne dans le monde entier. La fin de la monarchie française fut une excellente nouvelle pour l’humanité. Elle inspira des changements qui eurent un impact positif majeur sur le cours de l’histoire moderne.

Aujourd’hui se produit une autre révolution, qui va également changer le monde. Je veux parler du monde personnel que nous créons, notre propre univers, et de la révolution qui se joue à l’intérieur de chacun de nous. Le seul moyen de modifier le monde qui nous entoure est de changer à titre personnel. Si nous parvenons à modifier notre propre univers, nous gagnerons la paix intérieure et retrouverons l’amour inconditionnel.

Les Quatre Accords toltèques est un guide destiné à nous ramener au cœur de ce que nous sommes vraiment, à savoir l’amour. Le véritable amour est inconditionnel, mais le problème, c’est que nous apprenons à aimer à certaines conditions. Nous aimons les autres et les autres nous aiment en posant des conditions. Voilà pourquoi nous avons besoin de contrôler tous ceux qui nous entourent, ainsi que nous-mêmes. C’est la raison pour laquelle l’injustice, la violence et même la guerre existent.

Notre façon d’aimer ne correspond pas à l’amour véritable. C’est même l’opposé de l’amour, qui doit s’exercer de manière inconditionnelle. Nous apprenons même à nous aimer nous-mêmes à certaines conditions. Il en résulte un rejet de soi et une autopunition qui nous freinent dans notre vie. Si nous pouvions simplement apprendre à aimer sans poser de conditions, c’est toute l’humanité qui se transformerait.

Les Quatre Accords toltèques nous aide à de nouveau aimer inconditionnellement, à commencer par nous-mêmes, puis tous nos frères et sœurs. Si vous savez respecter votre parole, si vous ne vous sentez jamais visé, si vous ne faites pas de suppositions et si vous faites toujours de votre mieux, vous allez transformer votre univers personnel et commencer à vous aimer de manière inconditionnelle. Il sera ensuite plus facile d’aimer les autres sans poser de conditions, vous serez plus heureux et votre entourage en tirera également profit. Vos efforts toucheront tout le monde, car lorsque vous êtes heureux, les personnes qui vous côtoient sont également heureuses et cela les incite à modifier à leur tour leur propre univers.

Lorsque The Four Agreements (version originale de l’ouvrage Les Quatre Accords toltèques) est paru en 1997, j’étais persuadé que les principes qu’il présentait changeraient la vie de tous ceux qui le liraient. Aujourd’hui, je constate avec un immense plaisir l’impact qu’il a eu sur des individus du monde entier. Je suis ravi de voir qu’il les aide à mener leur propre révolution en retrouvant et en exprimant un amour inconditionnel.

Continuez donc de lire et de mettre en pratique les principes figurant dans Les Quatre Accords toltèques. À chaque fois que vous le lisez, c’est comme si vous lisiez un nouvel ouvrage, sauf que ce n’est pas le livre qui a changé, mais celui qui le lit, à savoir vous. Merci de m’aider à changer le monde.

Avec tout mon amour et ma gratitude,

Don Miguel Ruiz

3 novembre 2015


PRÉFACE

La première rencontre physique avec don Miguel remonte à 1991. Mon amie et sœur de cœur Linda, m’avait parlé d’un chaman mexicain qui était installé depuis peu à Santa Fe (il est maintenant basé à San Diego, Californie). Elle m’avait surtout évoqué sa douceur, qualité que je n’apparentais jusque-là pas du tout avec un chaman. Les histoires de Castaneda m’avaient rendu méfiante de ce qu’on pouvait attendre d’un chaman. Ce que je n’avais pas encore compris, c’est que don Miguel n’était pas seulement un homme de pouvoir, mais un homme d’amour. Et c’est précisément son amour inconditionnel et permanent qui rend son pouvoir intangible. Mais je ne pouvais pas encore saisir cette évidence, encore prise dans la dualité du gentil/méchant, fort/faible, etc. Je n’avais pas l’expérience humaine de cette énergie-là.

Lorsque je le rencontrai dans la maison où il habitait avec Gaïa, sa femme américaine, je vis un homme assez menu, presque plus petit que moi, à la peau sombre, au visage ouvert, éclairé par un sourire franc qui disait déjà tout. Tu es un ange, furent ses premiers mots, et quelque chose en moi se mit à bondir. Enfin quelqu’un qui me reconnaît ! La suite, je l’ai oubliée, elle a dû s’installer au plus profond de moi pour que je me souvienne davantage encore de qui j’étais vraiment. Plus tard, des années après les échanges et l’apprentissage dans le monde du rêve, après l’expérience tangible de la réa- lité de cet amour inconditionnel, lorsque je fus confirmée nagual dans la tradition des guerriers ou chevaliers de l’Aigle au sommet de la pyramide du Soleil à Teotihuacan, je me suis souvenue qu’il m’avait accompagnée tout au long de mon chemin, portant dans son amour la connaissance de ma nature divine qu’il m’a fallu retrouver moi-même. Je réalisai alors que don Miguel était l’être qui était venu dans mon rêve* pour me dire qu’il venait m’enseigner le pouvoir et l’amour. Mais, à l’époque, je ne le connaissais même pas !

Maud Séjournant, fondatrice du Cercle de vie

Santa Fe, Nouveau Mexique, avril 1999

* Voir le livre Le Cercle de vie, Maud Séjournant, Albin Michel.


LES TOLTÈQUES

Il y a des milliers d’années, à travers tout le sud du Mexique, les Toltèques étaient connus comme des femmes et hommes de connaissance. Les anthropologues les ont décrits comme une nation ou une race, mais en réalité c’était des scientifiques et des artistes formant une société vouée à explorer et préserver la connaissance spirituelle et les pratiques des anciens. Maîtres (naguals) et étudiants se réunissaient à Teotihuacan, l’ancienne cité des pyramides située au-delà de Mexico City, connue comme le lieu où l’Homme devient Dieu.

Au fil des millénaires, les naguals ont été contraints de dissimuler la sagesse ancestrale et de la préserver dans l’ombre. La conquête européenne, couplée à l’abus de pouvoir personnel de quelques apprentis, rendit nécessaire de protéger la connaissance de ceux qui n’étaient pas préparés à l’utiliser avec discernement ou qui risquaient d’en user de manière abusive, à des fins personnelles.

Fort heureusement, la connaissance ésotérique des Toltèques s’est transmise et incarnée au fil des générations à travers diverses lignées de naguals. Bien qu’elle soit restée dans le secret durant des centaines d’années, les prophéties anciennes avaient annoncé la venue d’un âge au cours duquel il serait nécessaire de redonner la sagesse au peuple. Aujourd’hui, don Miguel Ruiz, nagual de la lignée des Chevaliers de l’Aigle, a été instruit pour partager avec nous les puissants enseignements des Toltèques.

La connaissance toltèque émerge de la même unité de vérité que les traditions ésotériques du monde entier. Bien qu’elle ne soit pas une religion, elle honore tous les maîtres spirituels qui ont enseigné sur terre. Bien qu’elle comprenne une dimension spirituelle, elle est plus juste- ment décrite comme étant un mode de vie qui se distingue par la facilité d’accès au bonheur et à l’amour qu’elle procure.


INTRODUCTION

Le Miroir de fumée

Il y a trois mille ans vivait un être humain comme vous et moi, habitant près d’une ville entourée de montagnes. Cet humain étudiait pour devenir homme-médecine et apprendre la connaissance de ses ancêtres, mais il n’était pas entièrement d’accord avec tout ce qu’il apprenait. Dans son cœur, il sentait qu’il devait exister quelque chose d’autre.

Un jour, alors qu’il dormait dans une grotte, il rêva qu’il voyait son propre corps endormi. Il sortit de la grotte par une nuit de nouvelle lune. Le ciel était clair et il pouvait voir des mil- lions d’étoiles. Puis quelque chose se produisit en lui qui transforma sa vie à jamais. Il regarda ses mains, sentit son corps et entendit sa propre voix dire : Je suis fait de lumière ; je suis constitué d’étoiles.

Il regarda à nouveau les étoiles et comprit que ce ne sont pas les étoiles qui créent la lumière, mais plutôt la lumière qui crée les étoiles.

Tout est fait de lumière, se dit-il, et l’espace entre toutes choses n’est pas vide. Et il sut que tout ce qui existe n’est qu’un seul être vivant, et que la lumière est le messager de la vie, parce qu’elle est vivante et contient la totalité de l’information de vie.

Puis il réalisa que, bien qu’étant constitué d’étoiles, il n’était pas ces étoiles. Je suis entre les étoiles, se dit-il. Alors il appela les étoiles le tonal et la lumière entre les étoiles le nagual, et il sut que c’est la Vie (ou l’Intention) qui crée l’harmonie et l’espace entre les deux. Sans la Vie, le tonal et le nagual ne pourraient exister. La Vie est la force de l’absolu, du suprême, du Créateur qui crée toute chose.

Voici ce qu’il découvrit : tout ce qui existe est une manifestation de ce seul être vivant que l’on appelle Dieu. Tout est Dieu. Et il en conclut que la perception humaine n’est que de la lumière percevant de la lumière. Il vit aussi que la matière est un miroir – tout est un miroir réfléchissant la lumière et créant des images de cette lumière – et que le monde de l’illusion, le Rêve, n’est que de la fumée nous empêchant de voir qui nous sommes vraiment. Le vrai moi est pur amour, pure lumière, dit-il.

Cette compréhension changea sa vie. Sachant qui il était vraiment, il regarda les autres êtres humains et le reste de la nature, et fut étonné de ce qu’il vit. Il se voyait lui-même en toute chose, dans chaque être humain, chaque animal, chaque arbre, dans l’eau, dans la pluie, les nuages et la terre. Et il voyait que la Vie unit le tonal et le nagual de différentes manières pour créer les milliards de manifestation de la Vie.

Durant ces quelques instants, il comprit tout. Il était enthousiasmé et son cœur rempli de paix. Il était impatient de partager avec les siens ce qu’il avait découvert. Mais aucun mot ne parvenait à l’expliquer. Il essaya d’en parler aux autres, mais ceux-ci ne comprenaient pas. Ils voyaient bien qu’il avait changé, que quelque chose de magnifique irradiait de ses yeux et de sa voix. Ils avaient aussi remarqué qu’il ne portait plus de jugement sur rien ni personne. Il n’était plus comme les autres.

Il comprenait très bien chacun, mais per- sonne ne pouvait le comprendre, lui. Ils croyaient qu’il était une incarnation de Dieu. Il souriait lorsqu’il entendait cela et leur disait : C’est vrai, je suis Dieu. Mais vous aussi, vous êtes Dieu. Vous et moi sommes pareils. Nous sommes des images de lumière. Nous sommes Dieu. Mais les gens ne le comprenaient toujours pas.

Il avait découvert qu’il était un miroir pour les autres, dans lequel il pouvait se voir lui- même. Chacun est un miroir, se dit-il. Il se voyait en chacun, mais personne ne le voyait, lui, comme soi-même. Et il réalisa que tous rêvaient, mais sans conscience, sans savoir vrai- ment qui ils étaient. Ils ne pouvaient le voir comme eux-mêmes, parce qu’il y avait un mur de brouillard ou de fumée entre les miroirs. Et ce mur de brouillard provenait de leur interprétation des images de lumière : le Rêve des humains.

Puis il sut qu’il allait bientôt oublier tout ce qu’il avait appris. Il voulait se souvenir des visions qu’il avait eues, aussi décida-t-il de s’ap- peler lui-même Miroir de Fumée, afin de toujours se rappeler que la matière est un miroir et que c’est la fumée entre les miroirs qui nous empêche de savoir qui nous sommes. Il dit :

Je suis Miroir de Fumée, parce que je me vois en chacun de vous, mais nous ne nous reconnais- sons pas les uns les autres à cause de la fumée qu’il y a entre nous. Cette fumée est le Rêve, et le miroir c’est nous, le rêveur.


Cet extrait est disponible sur le site web Les Éditions Jouvence (PDF)

Cet extrait est aussi disponible sur le sitw web leslibraires.ca (ePub).

Revenir au menu de la page


Au sujet de l’auteur

Don Miguel Ruiz

Date et lieu de naissance : 27 août 1952, Tijuana, Mexique.

Source : ©2025 don Miguel Ruiz. https://www.miguelruiz.com/don-miguel-ruiz/.
Source : ©2025 don Miguel Ruiz. https://www.miguelruiz.com/don-miguel-ruiz/.

Don Miguel Ruiz, bien que né et élevé au Mexique par une mère curandera (guérisseuse) et un grand-père nagual (chaman), choisit de faire des études de médecine et de devenir chirurgien. Une rencontre avec la mort (NDE), au début des années 1970, a changé sa vie. li s’est dès lors consacré à la maîtrise de la sagesse ancestrale. Il est maintenant devenu un nagual de la lignée des Chevaliers de I’Aigle, voué au partage de sa connaissance des enseignements des anciens Toltèques.

Site web de Don Miguel Ruiz

Miguel Ángel Ruiz (ou Don Miguel Ruiz) sur Wikipédia

Don Miguel Ruiz sur Instagram

Don Miguel Ruiz sur Facebook

Don Miguel Ruiz sur YouTube

Revenir au menu de la page


Du même auteur

Don Miguel Ruiz

  • Les Quatre Accords toltèques, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 1999 (réédition en 2012, et en Poche en 2005), paru également aux Éditions Guy Trédaniel en 2011[1],[3].
  • la Maîtrise de l’Amour, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 1999 (réédition en Poche en 2009), paru également aux Éditions Guy Trédaniel en 2011.
  • Vivre les quatre accords toltèques au quotidien, Éditions Jouvence, 2001 (réédition en 2018).
  • Pratique de la voie toltèque, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2010 (épuisé).
  • S’ouvrir à l’amour et au bonheur Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2003 (réédition en 2018).
  • Au-delà de la peur, Éditions Jouvence, traduit par Olivier Clerc, 2004
  • Les croyances fondamentales des toltèques, Éditions Jouvence, 2004.
  • La voix de la connaissance, Éditions Guy Trédaniel, 2009.
  • Le Cinquième Accord Toltèque, Éditions Guy Trédaniel, traduit par Olivier Clerc, 2010.
  • Sagesse et magie de la Maîtrise de l’Amour, Éditions Jouvence, 2013.
  • Sagesse et magie des Quatre Accords Toltèques, Éditions Jouvence, 2014.
  • L’art de vivre et de mourir des toltèques, Éditions Guy Trédaniel, coécrit avec Barbara Emrys, 2015.
  • Les trois questions, Éditions Guy Trédaniel, 2018.
  • La sagesse des chamanes toltèques, Éditions Guy Trédaniel, 2019
  • Acteur de votre vie, Éditions Jouvence, 2021
  • Eros, Éditions Jouvence, 2022

Sources :


Revue de presse

Les Quatre Accords toltèques : le livre incontournable à lire pour réussir son année 2021 par Fati Hadouni, business cool, 21 janvier 2021

En 2024, devenez un meilleur manager grâce aux 4 accords toltèques, Sibylle Pinochet, L’Express Franchise, la franchise pour réussir ! 23 décembre 2023.

Revenir au menu de la page


Mon rapport de lecture

Don Miguel Ruiz

Les quatre accords toltèques

La voie de la liberté personnelle

Les éditions Jouvence, 2024

La seule et unique raison de ma lecture du livre « Les quatre accords toltèques » repose sur le podcast offert par LE PRÉCEPTEUR (Charles Robin) et consacré à cette œuvre.

Poscast disponible sur YouTube et ci-dessous.


Le premier accord toltèque : Que votre parole soit impeccable.

Le deuxième accord toltèque : Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

Le troisième accord toltèque : Ne faites pas de suppositions.

Le quatrième accord toltèque : Faites toujours de votre mieux.

Source : Sommaire, Les quatre accords toltèques, Don Miguel Ruiz, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, pp. 3-4.


Habituellement, je ne penche pas sur tels livres de développement personnel. Je les remets en cause en donnant la parole à des auteurs et leurs oeuvres critiques de cette discipline:

L’auteur de « Les quatre accords toltèques », Don Miguel Ruiz, donne à son œuvre le sous-titre « La voie de la liberté individuelle », la voie à emprunter pour contrer « Le processus de domestication » qui nous conditionne.

Les humains rêvent en permanence. Avant notre naissance, les humains nous précédant ont créé un grand rêve extérieur que l’on appelle le rêve de la société ou le rêve de la planète. Le rêve de la planète est le rêve collectif résultant des milliards de rêves personnels plus petits qui, ensemble, forment le rêve d’une famille, le rêve dune communauté, le rêve d’une ville, le rêve d’un pays, et finalement le rêve de toute l’humanité. Le rêve de la planète comprend toutes les règles de la société, ses croyances, ses lois, ses religions, ses différentes cultures et modes de vie, ses gouvernements, ses écoles, ses événements sociaux, et ses jours fériés.

Nous naissons avec la capacité d’apprendre comment rêver, et les humains qui nous précèdent nous apprennent à le faire de la façon dont rêve la société. Le rêve de la planète a tellement de règles que lors-qu’un nouvel être humain naît, on capte son attention et on introduit ces règles dans son esprit. Le rêve de la planète se sert de papa et maman, des écoles et de la religion pour nous enseigner comment rêver.

L’attention est la capacité à être sélectif et à se concentrer exclusivement sur ce que l’on veut percevoir. Nous sommes capables de percevoir des millions de choses simultanément, mais en utilisant notre attention, nous pouvons maintenir ce que nous voulons au premier plan de notre conscience. Les adultes qui nous entouraient, lorsque nous étions enfant, ont donc capté notre attention et introduit des informations dans nos esprits par la répétition. C’est ainsi que nous avons appris tout ce que nous savons.

RUIZ, Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Le processus de domestication et le rêce de la planète, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, pp. 23-24.

Nous sommes ainsi privés de « liberté personnelle » par ce conditionnement, cette domestication corps et âme. Mais il ne faut certainement pas oublier que cette liberté personnelle s’inscrit elle-même dans notre conditionnement. Certes, elle peut entrer en conflit avec d’autres composantes de notre conditionnement. C’est là une preuve de notre liberté personnelle, tout comme notre capacité à prendre du recul.

Aussi, il ne faut pas sous-estimer l’apport essentiel de notre conditionnement dans la vie collective au sein de la société, de la Cité. Se libérer de notre conditionnement peut donc nous pousser à vivre dans la marge de la société. Enrayer la machine ne nous servira pas à être libre personnellement.

Enfants, nous n’avons pas eu la possibilité de choisir nos croyances, mais nous avons donné notre accord à l’information qui nous était transmise sur le rêve de la planète. La seule façon de conserver de l’information, c’est d’être d’accord avec elle. Le rêve de la planète peut capter notre attention, mais si nous ne sommes pas d’accord, nous ne retenons pas cette information. Du moment que nous sommes d’accord, nous croyons : c’est ce que l’on appelle la foi. Avoir la foi signifie croire sans conditions.

RUIZ, Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Le processus de domestication et le rêce de la planète, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, p. 26.

Don Miguel Ruiz croit que « La seule façon de conserver de l’information, c’est d’être d’accord avec elle. » C’est faux ! Une information qui nous confronte sera retenue et peut même nous libérer de fausses croyances.

Don Miguel Ruiz va trop loin en soutenant :

Les enfants sont domestiqués comme les chiens, les chats, ou tout autre animal. Pour instruire un chien, on le punit et on le récompense. De manière analogue, nous formons nos enfants, que nous aimons tant, exactement comme on dresserait un animal domestique : par un système de punitions et de récompenses.

RUIZ, Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Le processus de domestication et le rêve de la planète, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, p. 27.

Il ne s’agit pas de « domestiquer » les enfants mais plutôt de les « éduquer ». Le parent aimant ne souhaite pas que son enfant suive ses directives par profit d’une récompense mais par intelligence qui facilitera sa vie dans la société de la famille, puis dans la société scolaire, la société du travail… la société dans son ensemble.

(…) Ayant peur d’être puni et peur de ne pas être récompensé, nous nous sommes mis à prétendre être qui nous n’étions pas, juste pour faire plaisir aux autres, juste pour paraître assez bien à leurs yeux. Nous nous efforcions de faire plaisir à papa et maman, nous voulions plaire aux maîtres d’école, plaire à l’église, alors nous avons commencé à jouer des rôles. Nous prétendions être autre que nous n’étions, par peur d’être rejetés. Cette peur est ensuite devenue celle de ne pas être comme il faut, assez bon. Au bout du compte nous sommes devenus quelqu’un d’autre que nous-mêmes : des copies des croyances de maman, des croyances de papa, des croyances de la société et de la religion.

RUIZ, Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Le processus de domestication et le rêce de la planète, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, p. 28.

On assiste ici à la dérive de l’auteur provoquée par le biais de généralisation à outrance. Si nous jouons des rôles, ce ne certainement pas pour plaire à l’un ou l’autre mais simplement parce que nous cherchons celui qui nous convient le mieux pour le théâtre personnel et social de notre vie, notamment à l’adolescence.

Qui plus est, il n’y a pas de rôle donné par les croyances de maman, les croyances de papa, les croyances de la société et de la religion. Dans une société aussi individualiste que la nôtre, la société occidentale, à chacun son rôle, à chacun de trouver sa place. Nous jouissons d’une liberté personnelle qui ne nous engage plus à choisir le métier de nos pères ou de nos mères.

La domestication est si forte, qu’arrivés à un certain point de notre vie, nous n’avons plus besoin de personne pour nous domestiquer : ni papa et maman, ni l’école ou l’église. Nous sommes si bien dressés que nous devenons nos propres dresseurs. Nous sommes des animaux auto-domestiqués. Nous pouvons désormais nous domestiquer nous-mêmes selon le même système de croyance que l’on nous a inculqué, en utilisant le même processus de punition et de récompense. Nous nous punissons lorsque nous ne respectons pas les règles de notre système de croyances ; nous nous récompensons lorsque nous sommes un gentil garçon ou une gentille fille.

RUIZ, Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Le processus de domestication et le rêve de la planète, Les éditions Jouvence, Genève, Suisse, 2024, p. 29.

« Nous sommes des animaux auto-domestiqués. Nous pouvons désormais nous domestiquer nous-mêmes selon le même système de croyance que l’on nous a inculqué » écrit Don Miguel Ruiz. Qu’est-ce que c’est que ça ? Nous voilà donc sans conscience et sans âme, sans moral, sans notion universelle du bien et du mal… Un animal !


4) ARISTOTE : L’ANIMAL RATIONNEL

D. Clerget-Gurnaud

II) L’Homme est un “animal rationnel”

Le projet de fonder la dignité et le privilège humains sur un dualisme métaphysique s’avère donc assez problématique. Ce projet revient à supposer que l’Homme serait certes en partie un animal… mais qu’il ne serait pas que cela. Cachée dans le recoin de son âme gîrait une étincelle divine, source de sa dignité singulière. C’est donc du fait qu’il n’est pas réductible à un animal que l’Homme tirerait son privilège. Mais n’y a-t-il pas une autre façon de justifier ce privilège ? Plutôt que d’affirmer que l’Homme est autre chose qu’un animal, ne serait-il pas plus simple de dire de lui qu’il n’est pas un animal comme les autres ? Telle est la formule d’Aristote. Chez Platon, l’idée que l’Homme est un animal rationnel signifiait la juxtaposition en l’Homme de deux substances hétérogènes : Animal + Raison. Chez Aristote, l’idée que l’Homme est un animal rationnel signifie simplement la relation d’un “genre” (Animal) et d’une “différence spécifique” (la Raison) : L’Homme est entièrement un animal; mais il est un animal d’une certaine espèce, caractérisée par la faculté rationnelle.

Source : D. Clerget-Gurnaud, (4) ARISTOTE : L’ANIMAL RATIONNEL, Cahier de prépa. (PDF)


“L’homme est un animal raisonnable.”
Aristote.

“L’homme se distingue de l’animal en ceci qu’il est doué d’arrière-pensées.”
Antoine Blondin.


Je perçois dans les propos de Don Miguel Ruiz son propre conditionnement en raison de son manque de recul devenu inutile sous la dérive du biais de généralisation à outrance.



Revenir au menu de la page

Article # 140 – Philosophical Praxis, Origin, Relations, and Legacy, Gerd B. Achenbach – Translated by Michael Picard, Lexington Books, 2024

J’ai lu pour vous

« Philosophical Praxis — Origin, Relations, and Legacy »

par Gerd B. Achenbach,

fondateur de la philosophie pratique en 1981.

Ce recueil de textes traduit de l’allemand à l’anglais par Michael Picard est enfin disponible depuis 2024.

Ce livre est LE GUIDE ESSENTIEL de la philosophie pratique.

J’accorde à ce livre cinq étoiles sur cinq.

Pour le bénéfice de nos lecteurs francophones n’ayant pas accès à l’anglais, une traduction en français accompagne le texte original en anglais des extraits et des citations dans cet article.

Merci à Lexington Books (An imprint of The Rowman & Littlefield Punlishing Group, Inc.)
pour la copie de presse qu’il nous ont offert gracieusement !


Couvertures


Philosophical Praxis
Origin, Relations, and Legacy
Gerd B. Achenbach – Translated by Michael Picard

Article # 140

Gerd B. Achenbach

Philosophical Praxis

Origin, Relations, and Legacy

Translated by Michael Picard, Lexington Books, 2024

Lexington Books

An imprint of The Rowman & Littlefield Punlishing Group, Inc.

2024

Revenir au menu de la page


Données au catalogue

Lexington Books

Pages: 210

Trim: 6¼ x 9? (15.88 x 2.18 x 23.65 cm)

978-1-7936-5113-6 • Hardback • April 2024

978-1-7936-5114-3 • eBook • April 2024

Series: Philosophical Practice

Hier der Flyer  mit einem 30% Rabatt-Angebot.

Revenir au menu de la page


Présentation

Texte de présentation sur le site web de l’éditeur

Texte original en anglais

Gerd B. Achenbach’s Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, translated by Michael Picard, offers unique insights into the compelling origin and development of what has been called a renaissance of philosophy: a storied trove of thought steeped in tradition, character, and experience, and redeployed in the service of understanding the individual life. Throughout this book, the author explores Philosophical Praxis not only through the tumultuous history of philosophy, but also through psychology, religion, literature, and more. Achenbach’s tone is subtle, humorous, and constantly surprising, demonstrating his intimacy with an expansive spirit of life and leaving behind the narrowness of academic disciplines. As the founder of Philosophical Praxis, Achenbach dissects the challenges faced in current philosophy and psychology and, in doing so, surpasses academic philosophy to reveal the possibility of a new profession for philosophical practitioners seeking to resist the seductions of theory, methods, or solutions, and personify the seriousness of being human.

Source : Lexington Books (An imprint of The Rowman & Littlefield Punlishing Group, Inc.)

Traduction en français avec DeepL

L’ouvrage de Gerd B. Achenbach, Philosophical Praxis : Origin, Relations, and Legacy, traduit par Michael Picard, offre un aperçu unique de l’origine et du développement de ce que l’on a appelé une renaissance de la philosophie : un trésor de pensée imprégné de tradition, de caractère et d’expérience, et redéployé au service de la compréhension de la vie de l’individu. Tout au long de cet ouvrage, l’auteur explore la praxis philosophique non seulement à travers l’histoire tumultueuse de la philosophie, mais aussi à travers la psychologie, la religion, la littérature, etc. Le ton d’Achenbach est subtil, humoristique et constamment surprenant, démontrant son intimité avec un esprit de vie expansif et laissant derrière lui l’étroitesse des disciplines académiques. En tant que fondateur de Philosophical Praxis, Achenbach dissèque les défis auxquels sont confrontées la philosophie et la psychologie actuelles et, ce faisant, dépasse la philosophie académique pour révéler la possibilité d’une nouvelle profession pour les praticiens de la philosophie qui cherchent à résister aux séductions de la théorie, des méthodes ou des solutions, et à personnifier le sérieux de l’être humain.

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Texte original en anglais

“This collection of Gerd Achenbach’s most important writings on Philosophical Practice is a much-awaited milestone in the history of this field. It’s been more than forty years since Achenbach baptized Philosophical Practice and gave it a solid philosophical foundation—in German. In all these years, Philosophical Practice expanded worldwide and took many different forms, while Achenbach’s incipit remained obscure to all those who could not read German. Through his excellent translation of Achenbach’s texts into English (an almost impossible task requiring outstanding linguistic and philosophical skills), Michael Picard marks a turning point in this story and makes an invaluable gift to all those interested in and caring for Philosophical Practice.” — Donata Romizi, University of Vienna

“Achenbach at his best. Thoughtful, witty, and steeped in the European philosophical tradition, he takes us along as he reflects on the philosophical impulses underlying philosophical practice, on what needs it addresses, on what mastering it may be and require, and makes a compelling case for why it matters today. This choice selection of essays, long-awaited and masterfully translated, is a must-read for anyone interested in philosophical counseling and in the therapeutic significance of philosophical thinking more generally.” — Raja Rosenhagen, Ashoka University

« Gerd Achenbach is one of the pioneers of philosophical practice. While his reputation precedes him and some of his works have been translated into English, Philosophical Praxis captures Achenbach’s unique, formidable character, philosophy, and spirit. Michael Picard has contributed an excellent service?a labor of love that comes through in his capturing of Achenbach’s style?in making this valuable contribution to philosophical practice available in English. This is a must read for anyone interested in philosophical practice! » — Rick Repetti, Kingsborough Community College

Philosophical Praxis, launched by Gerd B. Achenbach in 1981, ushers in the first alternative to current therapeutic practices, offering unique insights into the compelling origin and development of a renaissance of philosophy.

Gerd B. Archenbach is chairman of the Society of Philosophical Praxis.

Micheal Picard teaches philosophy at Douglas College in Vancouver, Canada.

Source : Lexington Books (An imprint of The Rowman & Littlefield Punlishing Group, Inc.)

Traduction en français avec DeepL

« Ce recueil des écrits les plus importants de Gerd Achenbach sur la pratique philosophique est un jalon très attendu dans l’histoire de ce domaine. Cela fait plus de quarante ans qu’Achenbach a baptisé la pratique philosophique et lui a donné une base philosophique solide – en allemand. Pendant toutes ces années, la pratique philosophique s’est développée dans le monde entier et a pris de nombreuses formes différentes, tandis que l’incipit d’Achenbach est resté obscur pour tous ceux qui ne savaient pas lire l’allemand. Grâce à son excellente traduction des textes d’Achenbach en anglais (une tâche presque impossible qui exige des compétences linguistiques et philosophiques exceptionnelles), Michael Picard marque un tournant dans cette histoire et fait un cadeau inestimable à tous ceux qui s’intéressent à la pratique philosophique et qui s’en occupent.

— Donata Romizi, Université de Vienne

« Achenbach à son meilleur. Réfléchi, plein d’esprit et imprégné de la tradition philosophique européenne, il nous emmène dans sa réflexion sur les impulsions philosophiques qui sous-tendent la pratique philosophique, sur les besoins auxquels elle répond, sur la maîtrise qu’elle peut être et qu’elle exige, et il explique de manière convaincante pourquoi elle est importante aujourd’hui. Cette sélection d’essais, attendue depuis longtemps et traduite de main de maître, est une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au conseil philosophique et, plus généralement, à la signification thérapeutique de la pensée philosophique.

— Raja Rosenhagen, Université Ashoka

« Gerd Achenbach est l’un des pionniers de la pratique philosophique. Bien que sa réputation le précède et que certains de ses ouvrages aient été traduits en anglais, Philosophical Praxis rend compte du caractère, de la philosophie et de l’esprit uniques et formidables d’Achenbach. Michael Picard a rendu un excellent service – un travail d’amour qui transparaît dans sa façon de saisir le style d’Achenbach – en rendant disponible en anglais cette précieuse contribution à la pratique philosophique. Il s’agit d’une lecture incontournable pour quiconque s’intéresse à la pratique philosophique !

— Rick Repetti, Kingsborough Community College

Philosophical Praxis, lancé par Gerd B. Achenbach en 1981, inaugure la première alternative aux pratiques thérapeutiques actuelles, en offrant un aperçu unique de l’origine fascinante et du développement d’une renaissance de la philosophie.

Gerd B. Archenbach est président de la Society of Philosophical Praxis.

Micheal Picard enseigne la philosophie au Douglas College de Vancouver, au Canada.

Revenir au menu de la page


Table des matières

Texte original en anglais

Acknowledgments

Translator’s Note

Preface

Prelude

Chapter 1: Short Answer to the Question: What Is Philosophical Praxis?

Chapter 2: Philosophical Praxis Boast a Long Tradition, but No Paragon

Chapter 3: Philosophical Praxis Bears the Insignia of Lebenskönnerschaft

Chapter 4: Conversational Mastery

Chapter 5: The Ground-Rule of Philosophical Praxis

Chapter 6: On Beginnings

Chapter 7: Philosophy as a Profession

Chapter 8: Education and Philosophical Praxis: Søren Kierkegaard and the Question of Who Is a Philosophical Practitioner

Chapter 9: Philosophical Praxis and the Virtues

Chapter 10: What Matters? What Is Important in Truth? What Is Crucial in the End? Guiding Perspectives in Philosophical Praxis

Chapter 11: Character and Destiny: Philosophical Praxis Has Much to Learn from Schopenhauer

Chapter 12: Philosophical Praxis as an Alternative to Psychotherapy and Pastoral Care

Bibliography

About the Author and Translator

Traduction en français avec DeepL

Remerciements

Note du traducteur

Préface

Prélude

Chapitre 1 : Brève réponse à la question : Qu’est-ce que la praxis philosophique ?

Chapitre 2 : La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon

Chapitre 3 : La praxis philosophique porte les insignes de la Lebenskönnerschaft (savoir vivre / compétences de vie ?)

Chapitre 4 : La maîtrise de la conversation

Chapitre 5 : La règle de base de la praxis philosophique

Chapitre 6 : Les débuts

Chapitre 7 : La philosophie en tant que profession

Chapitre 8 : Éducation et praxis philosophique : Søren Kierkegaard et la question de savoir qui est un praticien de la philosophie

Chapitre 9 : Praxis philosophique et vertus

Chapitre 10 : Qu’est-ce qui compte ? Qu’est-ce qui est important dans la vérité ? Qu’est-ce qui est crucial à la fin ? Perspectives directrices de la praxis philosophique

Chapitre 11 : Caractère et destin : La praxis philosophique a beaucoup à apprendre de Schopenhauer

Chapitre 12 : La praxis philosophique comme alternative à la psychothérapie et à la pastorale

Bibliographie

A propos de l’auteur et du traducteur

____________

P.S. : le mot « Lebenskönnerschaft » peut se traduire par « savoir vivre » ou « compétences de vie ».

P.S.: Le mot « praxis » peut se traduire par « pratique ».

Revenir au menu de la page


Extraits

PHILOSOPHICAL PRACTICE

Series editor: Lydia Amir, Tufts University

The last decades have witnessed a renewed interest in the power of philosophy to address everyday problems, on both an individual and a social scale. The outcome has been a theoretical and practical field called “philosophical practice,” an original approach that highlights the timely and perennial need for philosophy. This series aims to bring to the academic public the best reflections that bear on the relation of philosophy to everyday life and to the contemporary world, as grounded in experience or arguments or both. It honors the founders of this innovative field while calling for new ways of empowering philosophy by demonstrating its relevance to individual and social concerns both inside and outside academia. It thus hopes to strengthen philosophy by bringing its potency to the attention of philosophers and scholars from other disciplines, as well as to students and the general public.

Traduction en français avec DeepL

« Les dernières décennies ont été marquées par un regain d’intérêt pour le pouvoir de la philosophie dans la résolution des problèmes quotidiens, tant à l’échelle individuelle que sociale. Il en est résulté un champ théorique et pratique appelé « pratique philosophique », une approche originale qui met en évidence le besoin actuel et permanent de philosophie. Cette série vise à mettre à la disposition du public universitaire les meilleures réflexions qui portent sur la relation de la philosophie à la vie quotidienne et au monde contemporain, qu’elles soient fondées sur l’expérience ou sur des arguments ou les deux. Elle rend hommage aux fondateurs de ce domaine novateur tout en appelant à de nouvelles façons de renforcer la philosophie en démontrant sa pertinence par rapport aux préoccupations individuelles et sociales, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du monde universitaire. Il espère ainsi renforcer la philosophie en attirant l’attention des philosophes et des chercheurs d’autres disciplines, ainsi que des étudiants et du grand public sur son potentiel. »

Titles in the Series

Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, by Gerd B. Achenbach, translated by Michael Picard

Philotherapy: An Integration of Psychotherapy, by Aleksandar Fati?

Philosophy in Philosophical Counseling: Unasked Questions, Open Answers, by Ora Gruengard

Wonder, Silence, and Human Flourishing: Toward a Rehumanization of Health, Education, and Welfare, edited by Finn Thorbjørn Hansen, Solveig Eide Botnen, and Carlo Leget

The Philosophy of Practical Affairs: An Introduction, by Joseph Agassi.


 Acknowledgments

Texte original en anglais

Many are owed much and teeming thanks for all the aid that has been extended to help this book come to be. As translator, and on behalf of the author, I would like to recognize them all here. Though they cannot all be named, there are a few who must not go unmentioned.

Let me save the greatest debt of thanks for last, but to begin, no small thanks are due to Douglas College, where I work, for twice granting education leave (an academic year of half-time teaching duties), without which this project could not have gotten off the ground. Thanks are especially due to Dean Carla Hotel and VP-Academic Thor J. Borgford for supporting these semi-sabbaticals, as well as to the education leave committee for trusting in me twice. Much work accomplished during these two periods will appear in planned future publications, so that advance thanks for that are already in order.

To Jana Hodges-Kluck of Lexington Books we owe thanks for her stellar combination of patience and pressure. Thanks are certainly also due to Lydia Amir, who, although general editor of Lexington’s book series in Philosophical Practice, performed something closer to angel-overseer duties. A squad of Douglas College librarians, seemingly ever-ready to help, tracked down references, located existing English translations, painstakingly sought and got permissions to reprint this or that snippet, beleaguered neigh- boring universities with interlibrary loan requests, and more than once stayed open late a few minutes so I could get there to borrow a book. The tireless scholarly communications librarian, Gretchen Goertz; at interlibrary loans, the resourceful Christine Fojas; the persistent associate director of learning resources, Katherine E. Shipley; along with others at Douglas College libraries (e.g., Jacquie Ticknor and Rob Leeson-Stotesbury): all are very well aware of how I have overtaxed and overworked them these past few years, and strangely don’t seem to mind.

Special thanks are due to the poet Robert Gernhardt for his poem, Immer, which appears in translation in chapter 10, and also to his publishers, S. Fischer Verlag, for permission to publish that translation here, which, though lightly-amended, is due to Johannes Litger, whom we also thank.

For permission to print the chapter epigraphs, we are grateful to:

Efforts—unfortunately unsuccessful—were made over the course of several months to obtain permission to use as chapter epigraph my own translation of a quotation from a publication by Hartmut von Hentig.

Thanks and perhaps an appeal for pardon are due to my family: my beloved wife, Nilu Nemati, and my long-lost and late-returned son, Arya Nemati Zardalo, who bore my extended absences while my head was in a thesaurus. I thank them for their patience and for their presence.

I have left till last the greatest debt of gratitude we owe. No one did more to make this book not only come to be, but come to be as good as it could be, than did Laura V. Adrian. A resourceful go-between for both author and translator, but also a substantial presence in all our meetings and on every resulting page, Laura richly deserves the book’s dedication and a share in its fate.

____________

P.S.: The link are added by us – Les liens sont ajoutés par nous

Traduction en français avec DeepL

Nombreux sont ceux qui doivent être remerciés pour toute l’aide qu’ils ont apportée à la réalisation de ce livre. En tant que traducteur et au nom de l’auteur, j’aimerais les remercier tous ici. Bien qu’il soit impossible de les nommer tous, il y en a quelques-uns qui ne doivent pas passer inaperçus.

Permettez-moi de garder le plus grand remerciement pour la fin, mais pour commencer, je tiens à remercier le Douglas College, où je travaille, qui m’a accordé à deux reprises un congé d’études (une année académique d’enseignement à mi-temps), sans lequel ce projet n’aurait pas pu voir le jour. Je remercie tout particulièrement la doyenne Carla Hotel et le vice-président académique Thor J. Borgford pour leur soutien à ces congés semi-sabbatiques, ainsi que le comité des congés d’études pour m’avoir fait confiance à deux reprises. Une grande partie du travail accompli au cours de ces deux périodes figurera dans les futures publications prévues, et il convient donc de les remercier d’ores et déjà.

Nous devons remercier Jana Hodges-Kluck, de Lexington Books, pour son excellente combinaison de patience et de pression. Nous remercions également Lydia Amir, qui, bien que rédactrice en chef de la série de livres de Lexington sur la pratique philosophique, a exercé des fonctions plus proches de celles d’un ange surveillant. Une escouade de bibliothécaires du Douglas College, apparemment toujours prêts à aider, a recherché des références, localisé des traductions anglaises existantes, cherché et obtenu laborieusement les autorisations de réimprimer tel ou tel extrait, harcelé les universités voisines avec des demandes de prêt entre bibliothèques et, plus d’une fois, est restée ouverte quelques minutes de plus pour que je puisse emprunter un livre. L’infatigable bibliothécaire chargée des communications savantes, Gretchen Goertz ; la débrouillarde Christine Fojas, chargée des prêts entre bibliothèques ; la tenace directrice adjointe des ressources pédagogiques, Katherine E. Shipley ; ainsi que d’autres personnes des bibliothèques du Douglas College (par exemple Jacquie Ticknor et Rob Leeson-Stotesbury) : tous sont parfaitement conscients de la façon dont je les ai surchargés de travail et de travail ces dernières années, et, étrangement, ne semblent pas s’en préoccuper.

Nous remercions tout particulièrement le poète Robert Gernhardt pour son poème Immer, dont la traduction figure au chapitre 10, ainsi que son éditeur, S. Fischer Verlag, pour avoir autorisé la publication de cette traduction, qui, bien que légèrement modifiée, est due à Johannes Litger, que nous remercions également.

Pour l’autorisation d’imprimer les épigraphes des chapitres, nous sommes reconnaissants à :

  • The Revue de Théologie et de Philosophie, for a translation of a line from an article by Paul Ricœur from “Philosophie après Kierkegaard”;
  • Standford University Press, for use of Adrian Del Caro’s translation of a line by Friedrich Nietzsche;
  • Reclam, for a quotation I translated from Odo Marquard’s Der Einzelne. Vorlesungen zur Existenzphilosophie;
  • Christopher Janaway and Cambridge University Press, for a quotation from the translation by Judith Norman, Alistair Welchman, and Christopher Janaway of volume 1 of Arthur Schopenhauer’s The World as Will and Representation;
  • Henry W. Pickford, for permission to quote from his translation of Adorno’s Critical Models: Interventions and Catchwords;
  • Polity Books, for permission to quote from Wieland Hoban’s translation of Peter Sloterdijk’s God’s Zeal: The Battle of the Three Monotheisms;
  • Frederick Ungar, for a quotation from the Walter D. Morris translation of Thomas Mann’s, Reflections of a Nonpolitical Man;
  • Princeton University Press, for a quotation from the David F. Swenson and Lillian Marvin Swenson translation of volume 1 of Søren Kierkegaard’s Either-Or.

Des efforts—malheureusement infructueux—ont été déployés pendant plusieurs mois afin d’obtenir l’autorisation d’utiliser, en guise d’épigraphe de chapitre, ma propre traduction d’une citation tirée d’une publication de Hartmut von Hentig.

Des remerciements, voire une demande de pardon, sont sans doute dus à ma famille : ma chère épouse, Nilu Nemati, et mon fils longtemps perdu puis tardivement retrouvé, Arya Nemati Zardalo, qui ont supporté mes longues absences alors que mon esprit était plongé dans un thésaurus. Je les remercie pour leur patience et leur présence.

J’ai gardé pour la fin la plus grande dette de gratitude qui nous incombe. Nul n’a fait davantage pour que ce livre non seulement voie le jour, mais atteigne toute la qualité dont il était capable, que Laura V. Adrian. À la fois intermédiaire ingénieuse entre l’auteur et le traducteur et présence essentielle à chacune de nos rencontres et sur chaque page de ce livre, Laura mérite amplement la dédicace qui lui est adressée ainsi qu’une part de son destin.


Preface

Texte original en anglais

To ‘Upper America’—as I would like to call the northern half of the American continent—belongs the honor in the last century of having originated, within the wide, perhaps over-extended terrain of the schools of psychotherapy, certain essential inspirations and innovations which were later taken up in Europe and adapted to the old European way. This is not to deny that Vienna (above all) and Switzerland are the birthplace of the original forms of all later therapies—Freud’s psychoanalysis, C. G. Jung’s analytical psychology, and Adler’s individual psychology. Significant further developments from this triple root then spread to North America; it is enough to recall the innumerable variants of so-called “humanistic psychology.”

And now it looks as if this back-and-forth inter-continental movement is swinging back again. This time it is the renewal of the practice of philosophy, which in 1981 I called into being as Philosophical Praxis1 in Germany, but which very quickly gained a foothold in the neighboring European countries—first of all in Austria and the Netherlands—and then very soon spread from the old continent across the pond into the ‘New World.’ There it gained attention and recognition in its own right, first in Vancouver, Canada (where in 1994 the First International Congress for Philosophical Practice2 took place at the University of British Columbia), and then shortly thereafter in New York by Lou Marinoff,3 who in 1999 wrote Plato, Not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems. Thanks in no small part to English being the current lingua franca, this in turn bolstered the presence of Philosophical Praxis worldwide.

It is therefore all the more urgent to make a small selection of writings available in the language now advanced to a near universal idiom—texts that, while founding Philosophical Praxis, initiated a revival of the oldest philosophical impulses. The significance of this latest rebirth of philosophy out of the spirit of its original endeavor to create an exemplary form of life—as understood in antiquity and made contemporary by Pierre Hadot4 and Michel Foucault5—is by no means limited to a mere return in practical terms to the original mission and aspiration of philosophy. Rather, the proper task of this new configuration of philosophy is to establish itself as the first real alternative to ‘therapy-culture.’ Those who might hitherto have gone into therapy will more and more turn to the philosopher-practitioner in their distress. Thus, the practice of philosophy, for the first time ever, opens up the possibility of establishing itself as a proper profession.

From amongst my publications6 devoted to this rebirth of philosophy, or intellectually paving the way for it, I have endeavored to select pieces that would offer philosophically interested people in the Anglo-American world some insight into this pioneering project. And now I am sending these texts, accompanied by friendly greetings, to the Western continent, from which the call to Philosophical Praxis may go out to all parts of the world.

However, I must not hand over the typescript of this book without expressly thanking three people.

First and foremost, to my friend—and companion since we met at the International Congress of Philosophical Praxis in Mexico—Michael Picard, the philosophical practitioner and professor of philosophy at Douglas College in Vancouver, who devoted himself with never-flagging love and veritably angelic patience to the extraordinarily daunting task of translating the texts collected here into subtly tempered English of equal rank. This required not only an extremely sensitive knowledge of the language, but at the same time also confronted him as translator with the almost insurmountable task of bridging—if at all possible, even partially overcoming—the peculiar gulf that separates Anglo-American cultural space and understanding from that of continental Europe. Such a task could hardly be accomplished by even a Hermes. Secondly—and in the same breath, so to speak—my heartfelt thanks go to my wife, Laura V. Adrian, who has been equally tireless in her support of Michael during this months-long translation marathon. In countless meetings, most of which lasted many hours, they jointly wrangled to determine the best rendering in each case. Thanks to her extraordinary expertise in Philosophical Praxis, as well as her truly sublime sense of language, she was called upon to do this as no one else could have.

Last but not least, we would all like to thank our American-Israeli colleague Professor Lydia Amir, both generally for her unparalleled contributions to Philosophical Practice—with worldwide impact—but also particularly for her editorship of this Lexington Books series in Philosophical Practice, which this book, but for unavoidable delays, was to inaugurate.

Gerd B. Achenbach Preface

____________

NOTES

1 Odo Marquard, “Praxis, Philosophische.” In the Historischen Wörterbuch der Philosophie, ed. Joachim Ritter et al., Vol. VII (Basel, 1989), 1307f. Also accessible online at www.achenbach-pp.de/.

2 The first international congress for philosophical practice took place at the University of British Columbia in Vancouver in 1994, almost exactly forty years ago.

3 Lou Marinoff, Plato, Not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems (New York, 1999).

4 Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique (Paris: Etudes augustiniennes, 1981). Several of Hadot’s books have appeared in English, most notably (translated by Michael Chase): Philosophy as a Way of Life (Oxford: Blackwell, 1995); The Inner Citadel: the Meditations of Marcus Aurelius (Harvard University Press, 1998); What is Ancient Philosophy? (Harvard University Press, 2002). See the bibliography for full details and other works.

5 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, vol. 1: La volonté de savoir, 1976, vol. 2: L’usage des plaisirs, 1984, and especially vol. 3: Le souci de soi, 1984. These volumes appeared respectively in English (translated by Robert Hurley) as: The History of Sexuality (New York: Vintage, 1980); The Use of Pleasure (Vintage, 1985); Care of the Self (Vintage, 1986). See the bibliography for full details.

6 Gerd B. Achenbach, Philosophische Praxis (Köln: Verlag für Philosophie/Dinter, 1984, 2nd ed., 1987); with T. H. Macho, Das Prinzip Heilung (Köln: Verlag für Philosophie/Dinter, 1985); Das kleine Buch der inneren Ruhe (Freiburg: Herder, 2000; rev. and exp., 2016); Lebenskönnerschaft (Freiburg: Herder, 2001; Köln: Dinter, 2010); Vom Richtigen im Falschen (Freiburg: Herder, 2003; Köln: Dinter, 2014); Zur Einführung der Philosophischen Praxis (Köln: Dinter, 2010); On Right in Wrong. Trans. by Michael Picard (Lanham, MD: Lexington Books, forthcoming). See the bibliography for full details.

Traduction en français avec DeepL et ChatGPT

C’est à la « Haute Amérique » – comme j’aimerais appeler la moitié nord du continent américain – que revient l’honneur d’avoir été à l’origine, au siècle dernier, sur le vaste terrain, peut-être trop étendu, des écoles de psychothérapie, de certaines inspirations et innovations essentielles qui ont été reprises plus tard en Europe et adaptées à l’ancienne manière européenne. Il ne s’agit pas de nier que c’est à Vienne (surtout) et en Suisse que sont nées les formes originales de toutes les thérapies ultérieures – la psychanalyse de Freud, la psychologie analytique de C. G. Jung et la psychologie individuelle d’Adler. Des développements significatifs de cette triple racine se sont ensuite répandus en Amérique du Nord ; il suffit de rappeler les innombrables variantes de ce que l’on appelle la « psychologie humaniste ».

Or, il semble que ce mouvement intercontinental de va-et-vient soit en train de repartir dans l’autre sens. Cette fois, il s’agit du renouveau de la pratique de la philosophie, que j’ai instaurée en 1981 en Allemagne sous le nom de Praxis philosophique. Celle-ci s’est rapidement implantée dans les pays européens voisins—d’abord en Autriche et aux Pays-Bas—avant de traverser l’Atlantique pour gagner le « Nouveau Monde ». Elle y a suscité attention et reconnaissance, d’abord à Vancouver, au Canada (où s’est tenu en 1994 le premier Congrès international de pratique philosophique à l’Université de la Colombie-Britannique), puis peu après à New York, grâce à Lou Marinoff, qui publia en 1999 Plato, Not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems. Grâce, en grande partie, au fait que l’anglais est aujourd’hui la lingua franca, cet essor a contribué à la diffusion mondiale de la Praxis philosophique.

Il devient donc d’autant plus urgent de rendre disponible une sélection de textes dans cette langue qui tend désormais à s’imposer comme un idiome quasi universel—des textes qui, tout en fondant la Praxis philosophique, ont initié une renaissance des plus anciennes impulsions philosophiques. L’importance de cette dernière renaissance de la philosophie, conçue comme un art de vivre exemplaire—ainsi qu’elle était comprise dans l’Antiquité et que Pierre Hadot et Michel Foucault l’ont réactualisée—ne se limite en aucun cas à un simple retour aux aspirations originelles de la philosophie sous une forme pratique. La véritable mission de cette nouvelle configuration philosophique est plutôt de s’établir comme la première véritable alternative à la « culture thérapeutique ». Ceux qui, jusqu’ici, se seraient tournés vers la thérapie se tourneront de plus en plus vers le praticien-philosophe dans leur détresse. Ainsi, la pratique de la philosophie ouvre, pour la première fois, la possibilité de se constituer en véritable profession.

Parmi mes publications consacrées à cette renaissance philosophique, ou intellectuellement préparatoires à celle-ci, j’ai tenté de sélectionner des écrits susceptibles d’offrir aux esprits philosophiquement curieux du monde anglo-américain un aperçu de ce projet novateur. Et c’est ainsi que j’envoie aujourd’hui ces textes, accompagnés de salutations amicales, vers le continent occidental, d’où l’appel à la Praxis philosophique pourra se propager aux quatre coins du monde.

Cependant, je ne saurais remettre le manuscrit de ce livre sans exprimer ma gratitude envers trois personnes.

En tout premier lieu, à mon ami et compagnon de route depuis notre rencontre au Congrès international de pratique philosophique au Mexique, Michael Picard, praticien-philosophe et professeur de philosophie au Douglas College de Vancouver. Il s’est consacré avec un amour inlassable et une patience quasi angélique à la tâche redoutable de traduire ces textes dans un anglais finement nuancé et d’égale dignité. Cela exigeait non seulement une connaissance extrêmement sensible de la langue, mais aussi d’affronter le défi quasi insurmontable de combler—ou du moins d’atténuer—le gouffre singulier qui sépare l’espace culturel et intellectuel anglo-américain de celui de l’Europe continentale. Une tâche qu’à peine même un Hermès aurait pu accomplir.

Ensuite—et dans le même souffle, pour ainsi dire—mes plus sincères remerciements vont à mon épouse, Laura V. Adrian, qui a tout autant soutenu Michael au cours de ce marathon de traduction de plusieurs mois. À travers d’innombrables séances de travail, souvent longues de plusieurs heures, ils ont lutté ensemble pour déterminer la meilleure formulation en chaque cas. Grâce à son expertise exceptionnelle en Praxis philosophique ainsi qu’à son sens véritablement sublime de la langue, elle était la personne toute désignée pour ce rôle.

Enfin, nous souhaitons tous exprimer notre gratitude à notre collègue américano-israélienne, la professeure Lydia Amir, tant pour sa contribution inégalée à la pratique philosophique—dont l’impact est mondial—que pour son rôle particulier de directrice de cette collection en Praxis philosophique chez Lexington Books, laquelle devait être inaugurée par cet ouvrage, n’eussent été des retards inévitables.


Prelude

Texte original en anglais

With dubious persistence, voices here and there are raised calling for a ‘theory of Philosophical Praxis.’ And I have made a habit of ignoring such voices with equal and opposite persistence. For what should we say to them, if pre-educated people—nota bene: their pre-education is their problem1—if scientifically trained people think that they cannot know what Philosophical Praxis is until they are in possession of a ‘theory’ of it? These unfortunate friends of theory are like those who find themselves in a most beautiful land- scape, take a look around, then declare that they see nothing because they possess no map of it.

Perhaps we do yet better to construe such persistence as the contemporary rule over our minds of the algorithm, if indeed its reign has not already been instituted within them. Thereunder it holds true: one ‘understands’ only in knowing the schema according to which processes run. We can do no better than the telling analogy of process engineering.

Yet I feel like asking those askers: have any of you who demand a ‘theory’ of Philosophical Praxis ever heard tell of a ‘theory of philosophy’? Unlikely, I should think. Still, it is possible—after all, one does read all sorts of things! In that case, the one who poses the question (and—even more so—the one who is subjected to it) would do us all a favor by leaving such ‘contributions to research’ on the dusty library shelves where they may be abandoned without causing any harm.

No—in the spheres of philosophy the contrary has always held true: the philosopher thinks and at the same time bethinks his thinking and even, within his thinking, the very possibility of thinking as such. Thus not only has he no need of the well-worn rut that keeps the theory-driven man in his predetermined path; on the contrary, such constraints would lie upon him as a yoke, and he would feel as if bound in fetters by the head and limbs. Let us not shy away from one of the leading ideas of the philosophical tradition: whereas others fancy themselves safe and secure at the end of the leash of a chosen theory, the philosopher suffers from the loss of that freedom, without which thinking wastes itself away in mere correctness until it degenerates at last into dull routine, and finally dies.

In order to forestall a widespread misunderstanding: the responsibility of the philosopher is not only, possibly not even primarily, to what he ‘thinks’ but instead to rethink, to become thoughtful, or—to resort to quaint old terms—to become judicious. Under this mandate, wherever possible, he rescues thoughts trapped under rubble, and pries open new springs of dried-up thinking, that they may once again begin to flow.

What’s more: taken in its widest scope, such thinking is not a ring-fenced nature park in which the philosopher would let himself be confined. On the contrary: he feels; senses; looks; detects; suspects; sees coming; distrusts and believes; fears, trembles and hopes; remembers the forgotten; calls attention to the overlooked; insists where others are ‘already further along’; irritates the questions whose answers are already known; keeps calm when the armies march; makes a fuss where others look aside—in sum: he lives, and it does not elude him that, or how, he lives. That is his base, that is where he gathers experiences. But here I break off, though clearly enough this list could be extended ad libitum.

Only one more point to be noted at this juncture: the domain of philosophy is no longer that of ‘knowledge’ [Wissens]—or, as one would say today to preserve generality, ‘putative’ knowledge. It is this that accounts for why it no longer misconceives itself as sister to the sciences, but rather is to be found in the neighborhood of the arts, of music, and of a literature that in its own way aspires to be knowledge [Erkenntnis].

So, instead of glorying in conquests within the narrow, stipulatory quarters of Knowledge,2 a philosophy that must stand the test of practice, in which the figure of the philosopher-practitioner attends to the cares and needs of the people who turn to us—such a philosophy at least comes down to deliberate bearing, learned kindness,3 and a self-wrought constitution; in other words: to being granted entry into the realm of education where we can come to be at home, as well in the here-and-now as in past ages.

What this means in relation to the guest in our practice is that we are challenged to do what the typical academically refined seminar graduate is least able to do. Even as Orpheus once followed his Eurydice, so too the philosophical practitioner must find his way to, and then within, the world in which his guest has entangled himself, or has been entangled, and in which he endures, hoping for a way out.

There we find him and take him with us to where doors are open to him, if he dares to go with us and is able to do so. So we ourselves become for him what, according to Schopenhauer’s deeply thought image, Death is to every rigorous, non-indulgent philosophizing: namely, Apollo Musagetes, Apollo as Leader of the Muses. He, however, does not lead us down into the lightless realm of shadows, but awakens us as one and guides us up into the well-woven vivifying spirit realm, which awaits and now warmly welcomes and receives the philosophers.

What, finally, will I then say, if there continues to be a demand for a ‘theory of Philosophical Praxis,’ as can be assumed with sad certainty?

I will say: The reply must be efforts toward a philosophy of Philosophical Praxis, the pieces of which are nothing but essays (in the literal sense) put together to form a polyphonic fugue.

It may also be said, however, that the essays I gather here are harvest bounty, as they certainly did not fall by chance to one who over a period of forty years labored to harrow, sow, and reap, which has been both an honor and a limitation. The individual—to speak exactly, the unique—preconditions that I as a particular being bring forward have bathed the newly opened terrain in a light, the color of which is completely tempered personally. This rules out that any training in theory could suffice for a subordinate practice, or for the creation of application-oriented methods as a helping hand to zealous ‘practitioners.’

At the same time, the texts in this book are so many contributions to a conversation that has already been going on for decades, first in the form of a series of colloquia organized with international participation by the Gesellschaft für Philosophische Praxis founded in 1982 in Bergisch Gladbach;4 but then above all in the ever-expanding context of the (so far) seventeen international congresses on Philosophical Praxis.5

It was to be expected that straight away—as per usual: as soon as academics meet on the public scene—‘trends’ emerged, in the worst case even so-called ‘schools,’ which may offer a certain identity-insurance to those who find shelter there, even if a truly independent, self-responsible, especially philosophically imbued thinking has always eschewed such comforts.6

With fitting seriousness, however, it ought at least to be noted that Philosophical Praxis is attracting attention in seemingly philosophically distant but practically engaged, scientifically ambitious circles; for instance, when it comes to providing a ‘philosophical foundation’ for the ‘counseling professions’7 or entering into conversation with psychotherapeutically oriented practitioners.8

Most significantly, however, the importance of Philosophical Praxis is now increasingly being perceived in medical circles, where doubts about the ‘scientific turn’ that occurred in the nineteenth century are emerging and, in the wake of this, a renewed insistent interest in philosophy in practical terms is emerging.9

It remains to be seen to what extent Philosophical Praxis will succeed in being taken up with prestige at high schools—as is already the case at numerous universities worldwide,10 though so far not yet in its ‘home country.’

The conviction may even be argued for: however much Philosophical Praxis has to learn from academic philosophy, there is very likely far more that university-established philosophy has to learn to its own benefit from the experiences in Philosophical Praxis, if only it opens itself to them. Undoubtedly there are already plenty of confidence-building examples. For it suffices only to recall Montaigne, Pascal, Spinoza, Schopenhauer, Kierkegaard, and Nietzsche, to show that the fire of philosophy often first blazed outside the walled-in academy before advancing as a revitalizing force into the well-kept fortress of higher learning.

And it is the spirit that scales all walls.

From Vienna, May 2023

____________

NOTES

1 Pre-education—Vorbildung; pre-educated—vorgebildete. This mocking concept ought to be understood over against the central role in Achenbach (and in this book) of Bildung (education, culture, self-formation); see especially chapter 8, notes 3, 8 and 30–33. The notion may also be profitably juxtaposed with Vorbild, the paragon, standard-bearer or role model, the existence of which for the philosophical practitio- ner Achenbach denies (as for example in the very title of chapter 2).

2 Narrow, stipulatory quarters of Knowledge—ausbedungenen Wissensquartieren.

3 Kindness—Gesonnenheit. An Achenbach construction derived from the expression, “wohl gesonnnen,” meaning well-disposed. It is a benevolent solicitude toward a situated individual. “Self-wrought constitution” is “erlangte Verfassung.”

4 See the documentation of the early years in the Kleine Chronik der Philosophische Praxis, 1981–1995, which is available online at https://www.achenbach-pp.de.

5 In Vancouver (1994), Leusden/Netherlands (1996), New York (1997), Bergisch Gladbach (1998), Oxford (1999), Oslo (2001), Copenhagen (2004), Seville (2006), Carloforte/Italy (2008), Leusden (2010), Chuncheon/Korea (2012), Athens (2013), Belgrade (2014), Bern (2016), Mexico City (1018), Petersburg (2021), and Timisoara/ Romania (2023); see the website at https://icpp.site/.

6 Donata Domizi, Philosophische Praxis. Eine Standortbestimmung, Information Philosophie, Heft 4 (2019), 86–94.

7 See, for example: Luitgard Brem-Gräser, Handbuch der Beratung für helfende Berufe, 3 vols. (Munich-Basel: 1993), most notably volume 1, pages 121–131.

8 See psycho-logik. Jahrbuch für Psychotherapie, Philosophie und Kultur. Pub- lished since 2006 in Freiburg-München by Karl Alber Verlag.

9 A representative selection: Klaus Dörner, Der gute Arzt. Lehrbuch der ärztli- chen Grundhaltung, 2nd ed. (Stuttgart: Schattauer, 2003), therein especially: Sorge um mich selbst. / Das gute Leben / Medizin als Philosophie / Philosophische Grundhaltung des Arztes. But see also the volumes edited by Giovanni Maio, Auf den Menschen hören. Für eine Kultur der Aufmerksamkeit in der Medizin (Freiburg- Basel-Vienna: Herder, 2017) and Vertrauen in der Medizin. Annäherungen an ein Grundphänomen menschlicher Existenz (Freiburg-Basel-Vienna: Herder, 2023). One may also consult G. B. Achenbach, “Aussichten auf ein Ende des kalten Krieges im Reich der Medizin. Philosophisches Plädoyer für eine praktische Weisheit, die den Streit der Theorien schlichtet,” in Patientenorientierung und Professionalität, edited by Peter F. Matthiessen, 2nd expanded ed. (Bad Homburg: Verlag Akademishe Schriften, 2011); and G. B. Achenbach, “Der Patient und sein Arzt,” in Ärztekammer Nordrhein: Kommunikation, 117. Deutscher Ärztetag (Düsseldorf: 2014), 67–92.

10 Thus, among others, in the University of Tokyo, Kyungpool National Uni- versity, Korea Counseling Graduate University, Catholic University of Portugal, Ca’Foscari University for Venice, University of Roma 3, Université de Liège, Uni- versity of Vienna, Timisoara University/Romania, Institute of Psycoanalysis/Russia, Milkwaukee School of Engineering/USA, Universidad Vasco de Quiroga/Mexico, National University of Buenos Aires, Universidad de Chile, and University of the State of Rio de Janeiro. (List incomplete.)

Traduction de l’anglais au français avec ChatGPT

Avec une persistance douteuse, des voix s’élèvent ici et là pour réclamer une « théorie de la Praxis philosophique ». Et j’ai pris l’habitude d’ignorer ces voix avec une persistance tout aussi résolue. Que devrions-nous leur répondre, si des personnes préformées—nota bene : leur préformation est leur problème—si des personnes formées scientifiquement estiment qu’elles ne peuvent savoir ce qu’est la Praxis philosophique tant qu’elles ne disposent pas d’une « théorie » à son sujet ? Ces malheureux amis de la théorie ressemblent à ceux qui, se trouvant dans un paysage des plus magnifiques, regardent autour d’eux et déclarent ne rien voir parce qu’ils ne possèdent aucune carte du lieu.

Peut-être vaut-il mieux encore interpréter une telle persistance comme le signe de la domination contemporaine de l’algorithme sur nos esprits, si tant est que son règne n’y soit pas déjà établi. Selon cette logique, on ne « comprend » qu’en connaissant le schéma selon lequel les processus s’exécutent. Nous ne saurions trouver meilleure analogie que celle de l’ingénierie des processus.

J’ai pourtant envie de demander à ceux qui réclament une « théorie » de la Praxis philosophique : l’un d’entre vous a-t-il jamais entendu parler d’une « théorie de la philosophie » ? J’en doute fort. Il se peut, bien sûr—après tout, on lit de tout ! Mais dans ce cas, celui qui pose la question (et—plus encore—celui qui en est la cible) nous rendrait à tous service en laissant ces « contributions à la recherche » sur les rayonnages poussiéreux des bibliothèques, où elles peuvent être abandonnées sans causer le moindre dommage.

Non—dans le domaine de la philosophie, c’est l’inverse qui a toujours prévalu : le philosophe pense et, en même temps, réfléchit à sa pensée et même, dans sa pensée, à la possibilité même de penser. Ainsi, non seulement il n’a nul besoin de l’ornière qui maintient l’homme obsédé par la théorie sur son chemin prédéterminé, mais, bien au contraire, un tel carcan serait pour lui un joug, une entrave qui le lierait tête et membres. N’hésitons pas à rappeler l’une des idées directrices de la tradition philosophique : tandis que d’autres se croient en sécurité, attachés à la laisse d’une théorie choisie, le philosophe souffre de la perte de cette liberté, sans laquelle la pensée se réduit à une simple conformité jusqu’à dégénérer en routine stérile, puis s’éteindre.

Afin de prévenir tout malentendu répandu : la responsabilité du philosophe ne réside pas uniquement, et peut-être même pas principalement, dans ce qu’il « pense », mais dans sa capacité à repenser, à devenir réfléchi, ou—pour reprendre d’anciens termes devenus rares—à faire preuve de jugement. Sous cette exigence, il secourt, chaque fois que possible, les pensées ensevelies sous les décombres, et rouvre de nouvelles sources de pensée taries, afin qu’elles recommencent à couler.

Mieux encore : pris dans son acception la plus large, un tel penser n’est pas un parc naturel délimité dans lequel le philosophe se laisserait enfermer. Au contraire, il ressent ; il perçoit ; il observe ; il détecte ; il soupçonne ; il anticipe ; il se méfie et il croit ; il craint, tremble et espère ; il se souvient de l’oublié ; attire l’attention sur ce qui a été négligé ; insiste là où d’autres « sont déjà plus loin » ; perturbe les questions dont les réponses sont déjà établies ; garde son calme quand les armées marchent ; fait du bruit là où d’autres détournent le regard—en somme : il vit, et il ne lui échappe ni le fait qu’il vit, ni la manière dont il vit. Voilà son socle, c’est là qu’il puise son expérience. Mais je m’arrêterai ici, bien que cette liste puisse manifestement être poursuivie ad libitum.

Une dernière remarque s’impose cependant à ce stade : le domaine de la philosophie ne relève plus de la « connaissance » (Wissen)—ou, pour parler en termes contemporains plus généraux, de la « pseudo-connaissance ». C’est précisément pour cette raison qu’elle ne se méprend plus elle-même comme une sœur des sciences, mais qu’elle se situe désormais dans le voisinage des arts, de la musique et d’une littérature qui, à sa manière, aspire à être une forme de connaissance (Erkenntnis).

Ainsi, au lieu de s’enorgueillir de conquêtes dans l’étroite enceinte de la Connaissance, une philosophie qui doit faire ses preuves dans la pratique, où le praticien-philosophe s’occupe des préoccupations et des besoins de ceux qui viennent à lui, repose au moins sur une posture délibérée, une bienveillance cultivée et une constitution forgée par soi-même ; en d’autres termes : sur une entrée accordée dans le domaine de l’éducation, où l’on peut véritablement se sentir chez soi, autant dans le présent que dans les âges passés.

Appliqué à l’invité de notre pratique, cela signifie que nous sommes mis au défi d’accomplir ce dont le diplômé académique raffiné est le moins capable. Tout comme Orphée suivait jadis son Eurydice, le praticien-philosophe doit, lui aussi, retrouver le chemin du monde dans lequel son invité s’est embourbé, ou a été embourbé, et dans lequel il demeure, espérant une issue.

C’est là que nous le trouvons et l’emmenons vers un lieu où des portes lui sont ouvertes, s’il ose nous suivre et s’il en est capable. Ainsi, nous devenons pour lui ce que, selon l’image profondément méditée de Schopenhauer, la Mort est pour tout philosophe rigoureux et intransigeant : à savoir, Apollon Musagète, Apollon chef des Muses. Cependant, celui-ci ne nous mène pas vers l’obscur royaume des ombres, mais nous éveille un à un et nous guide vers le lumineux royaume de l’esprit vivifiant, qui attend les philosophes et les accueille chaleureusement.

Que dirai-je enfin, si la demande d’une « théorie de la Praxis philosophique » persiste, comme on peut tristement le présumer ?

Je dirai : La réponse doit être un effort vers une philosophie de la Praxis philosophique, dont les fragments ne sont rien d’autre que des essais (au sens propre du terme) formant ensemble une fugue polyphonique.

On peut également dire que les essais que je rassemble ici sont le fruit d’une récolte, puisqu’ils ne sont certainement pas tombés par hasard entre les mains de celui qui, pendant quarante ans, a labouré, semé et moissonné—ce qui a été à la fois un honneur et une contrainte. Les conditions individuelles—ou, pour être exact, uniques—que j’apporte en tant qu’être singulier ont baigné ce terrain nouvellement ouvert d’une lumière dont la teinte est entièrement marquée par ma personne. Cela exclut qu’une formation théorique puisse suffire à une pratique subordonnée ou à la création de méthodes applicatives mises à la disposition de praticiens zélés.

En même temps, les textes de ce livre constituent autant de contributions à une conversation qui dure depuis des décennies, d’abord sous la forme d’une série de colloques internationaux organisés par la Gesellschaft für Philosophische Praxis, fondée en 1982 à Bergisch Gladbach ; puis, surtout, dans le cadre toujours plus large des dix-sept congrès internationaux (jusqu’à présent) sur la Praxis philosophique.

Il était à prévoir que, dès l’instant où des universitaires se rencontrent sur la scène publique, des « tendances » émergent, voire, dans le pire des cas, des « écoles », offrant un certain refuge identitaire à ceux qui s’y abritent, même si une pensée véritablement indépendante, responsable et surtout philosophique a toujours fui ces conforts.

Cependant, il convient au moins de noter avec le sérieux approprié que la Praxis philosophique attire l’attention de cercles a priori éloignés de la philosophie, mais engagés dans la pratique et ambitieux scientifiquement.

Et c’est bien l’esprit qui franchit tous les murs.

Vienne, mai 2023


Chapter 1

Texte original en anglais

Short Answer to the Question: What Is Philosophical Praxis?

One must make something new to see anything new.

—Lichtenberg1

I started the world’s first Philosophical Praxis in 1981,2 and coined the term that same year.3 In 1982 the Society for Philosophical Praxis was instituted in Bergisch Gladbach near Cologne; later it became the international umbrella organization for numerous national societies. So much for the institutional part. Now for the question: What, in short, is Philosophical Praxis?

The philosophical life-counseling that takes place in Philosophical Praxis establishes itself as an alternative to psychotherapies. It is an adaptation for those who, tormented by their sorrows or problems, and unable to ‘come to terms’ with their lives, find themselves somehow ‘stuck.’ Philosophical Praxis is for people beset by life-questions that they can neither solve nor get rid of, or for those who are able to prove themselves equal to everyday life, but nevertheless feel ‘under-burdened,’ perhaps because they suspect that their reality does not correspond to their potential. Others turn to Philosophical Praxis when they are not satisfied merely to exist or muddle through, but demand instead to examine their life, to see clearly its contours, its whence and why and whither-to.

Their need is often simply to reflect on the unique circumstances, the peculiar entanglements, and the often oddly ambiguous course of our lives. Briefly put, people seek out practicing philosophers because they want to understand and to be understood. They almost never arrive with the Kantian question “What ought I do?”4 but rather with the question of Montaigne, which runs: “What am I doing?”5 Perhaps in the background, operative as an insight, lurks that most ancient philosophical wisdom—namely the maxim of Socrates, that only the examined life is worth living. It may make its presence felt as a shadowy fear that a life so ‘lifeless’ is hardly even lived at all, and instead somehow ‘wasted,’ ‘forfeit,’ ‘squandered’—a life about to undo itself. Schopenhauer:

Most people, when they look back at the end, find that they have lived their whole life through provisionally, and are amazed to see that what they allowed to pass by so unappreciated and unenjoyed was their very life, the very thing in whose expectation they lived. And so the course of one’s life, as a rule, is such that, made a fool of by hope, one dances into the arms of death.6

Whoever has shared this terrifying prospect may through philosophical reflection find the burden of life appear like a promise [Verheißung]; for the philosophical attitude to life is in fact—like a promise—a respectful overburdening that lends gravity to our existence, a sense to our being here, and a meaning to our present.

Usually there are distinctive occasions which bring the guest to the decision to consult the philosophical practitioner. Commonly they involve disappointments, unforeseen or at least unexpected experiences, clashes with other people, strokes of fate, the experiences of failure, importunate or just plain blah life-outcomes. In such circumstances, one assumes (however unclearly) the task of Philosophical Praxis, as outlined by Sir Karl Popper before the practice even existed:

We all have our philosophies, whether or not we are aware of this fact, and our philosophies are not worth very much. But the impact of our philosophies upon our actions and our lives is often devastating. This makes it necessary to try to improve our philosophies by criticism. This is the only apology for the continued existence of philosophy which I am able to offer.7

If we are to be concise here, we must ask: in what way do practicing philosophers help their visitors along? The usual way to frame the question is con- fusing: ‘what method do practical philosophers follow?’ To speak correctly, philosophy works not with, but at best upon methods. Obedience to method is the pride of the sciences, not the point of philosophy. Philosophical thinking does not move along ready-made paths; it looks anew in each case for the ‘right way.’ Rather than deploy well-worn thought-routines, it sabotages them to clarify itself.

It is not a matter of leading guests of Philosophical Praxis on a philosophically predetermined course, but rather of helping them along their own way. Incidentally, this presupposes on the part of the philosopher the ability to appreciate others without necessarily agreeing with them; indeed, as Goethe said, in a way that “neither approves nor censures.”8

Philosophy cannot simply be ‘applied,’ as if the concerns brought by the guest could be ‘treated’ with a dose of Plato, or Hegel or whomever else. Philosophical readings are not remedies to be prescribed. Does the patient go to the doctor to take in a medical lecture? Nor should the visitor to Philosophical Praxis be taught by the philosopher, still less deceived by clever words, and certainly not served up with theories. The question is whether the philosopher, through their own reading, has become wise and understanding and attentive, whether they have acquired in this way a sensitivity for the otherwise well-overlooked, and learned to become at home in wayward and offbeat thinking, feeling, and judgment. For only as co-thinker and sympathizer can one liberate visitors from their loneliness—or forlornness—and thus perhaps to move them to other appraisals of life and its circumstances.

Isn’t it the same for psychologists and psychotherapists? For the pastor, too? The question inevitably arises—a sign of our yet blooming therapeutic culture—as to the boundary between Philosophical Praxis and psychotherapies. The psychologist and psychotherapist are specialists, specially trained to perceive the specific in a special way, specifically psychogenic or psycho- logically conditioned disorders. Where they are not specialists, they are dilettantes. Paradoxically, the philosopher is a specialist in the non-special, both the general and the plain (as well as in the rich tradition of reasoned thought), but also in the contradictory and the deviant, with particular emphasis on the individual and the unique.

In this way, the philosopher in practice takes visitors seriously: not in the grips of any theory (that is, not through schematic understanding) and not as a mere ‘instance of a rule,’ but as this very one. No value scale is held over above the visitor, not even that of health. The question is whether visitors are living up to themselves or, to paraphrase Nietzsche’s famous words, whether they have become who they are.

It should be added that Philosophical Praxis by no means only takes the form of individualized consultations. It also supports companies, organizations and associations in their attempts to find their mission, sound principles and orienting guidelines.

____________

NOTES

1 Georg Christoph Lichtenberg, Sudelbücher, Heft J, 1756–1770, No. 1770. Picard Translation.

2 See Odo Marquard, “Praxis, Philosophische.” In the Historischen Wörterbuch der Philosophie, ed. Joachim Ritter et al., Vol. VII (Basel, 1989), 1307f.

3 This chapter was previously translated by Dr. Patrick Neubauer. That translation was consulted but little used and not relied upon.

4 “1) What can I know? 2) What should I do? And 3) What may I hope?” Imman- uel Kant, The Critique of Pure Reason. Trans. by Paul Guyer and Allen W. Wood. (CUP, 1998), A805/B833.

5 What Achenbach calls “the question of Montaigne” is not the question “Que sçais-je?” or, “What do I know?” that Montaigne took “as a motto, inscribed over a pair of scales” (Apology for Raymond Sebond, in The Complete Essays of Mon- taigne, Donald Frame translation [Standford University Press, 1958], 392–393), and which is often called ‘the question of Montaigne.’ That question, as Montaigne tells us, expresses his dalliance with “the Pyrrhonian philosophers.” But the ques- tion Achenbach considers to be far more characteristic of Montaigne than even his motto arises often enough in the Essays, and is decidedly less epistemic; it asks after self-understanding in action: ‘What am I actually doing?’ (“Was tue ich eigentlich?”). Montaigne: “I do not make it my business to tell the world what it should do—enough others do that—but what I do in it.” Essays, I, 142. Look also to “On some verses of Virgil,” Essays, III for illustration: “My philosophy is in action, in natural and present practice, little in fancy” (639–640); or “I am hungry to make myself known, and I care not to how many, provided it be truly” (643); and “I owe a complete portrait of myself to the public. The wisdom of my lesson is wholly in truth, in freedom, in real- ity; disdaining, in the list of its real duties, those petty, feigned, customary, provincial rules, altogether natural, constant, and universal; of which propriety and ceremony are daughters, but bastard daughters” (677).

6 Arthur Schopenhauer, On the doctrine of the nothingness of existence, §145. In Parerga and Paralipomena: Short Philosophical Essays, 2. Trans. by Adrian Del Caro and Christopher Janaway (CUP: 2014), 304.

7 Karl Popper, Objective Knowledge: An evolutionary Approach (Clarendon, 1972), 33. The passage, Popper’s “excuse” for doing philosophy, is preserved in the Revised edition of 1979, reprinted 1994. Achenbach cites the German translation, Objektive Erkenntnis. Ein evolutionärer Entwurf (Hamburg: Hoffmann Und Campe Verlag, 1973), 44.

8 Achenbach Note: With regard to his novel, Die Leiden des jungen Werther, which some of his contemporaries had expected to display a “didactic purpose,” Goethe notes: “the true work of art has none. It neither approves nor censures, but instead develops sentiments and actions in sequence, and thereby illuminates and instructs.” Goethe, From My Life: Poetry and Truth, Part 3. Vol. 4 of Goethe: Col- lected Works (Princeton, NJ: Princeton University Press, 1994), 433. Thus does Goethe describe what is also the mission of Philosophical Praxis.

Traduction de l’anglais au français avec ChatGPT

Chapitre 1

Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique ?

Il faut créer du nouveau pour voir du nouveau.
— Lichtenberg

J’ai fondé la première Praxis philosophique au monde en 1981, et j’ai forgé ce terme la même année. En 1982, la Société pour la Praxis philosophique fut instituée à Bergisch Gladbach, près de Cologne ; elle devint plus tard l’organisation faîtière internationale de nombreuses sociétés nationales. Voilà pour l’aspect institutionnel. Passons maintenant à la question : en bref, qu’est-ce que la Praxis philosophique ?

Le conseil philosophique de vie qui se pratique dans la Praxis philosophique se présente comme une alternative aux psychothérapies. Il s’adresse à ceux qui, tourmentés par leurs peines ou leurs problèmes, et incapables de « s’accommoder » de leur existence, se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans une impasse. La Praxis philosophique concerne ceux qui se débattent avec des questions existentielles qu’ils ne parviennent ni à résoudre ni à écarter, ou encore ceux qui, bien que capables de faire face au quotidien, se sentent « sous-chargés », peut-être parce qu’ils pressentent que leur réalité ne correspond pas à leur potentiel. D’autres encore s’adressent à la Praxis philosophique non pas parce qu’ils se satisfont simplement d’exister ou de se débrouiller tant bien que mal, mais parce qu’ils exigent d’examiner leur vie, d’en voir clairement les contours, l’origine, la raison d’être et la destination.

Leur besoin est souvent simplement de réfléchir aux circonstances uniques, aux enchevêtrements singuliers et au cours souvent étrangement ambigu de nos existences. En résumé, les gens consultent les philosophes praticiens parce qu’ils veulent comprendre et être compris. Ils n’arrivent presque jamais avec la question kantienne : « Que dois-je faire ? », mais plutôt avec celle de Montaigne : « Que fais-je ? » Peut-être, en arrière-plan, opère une intuition qui relève de la plus ancienne sagesse philosophique—à savoir la maxime socratique selon laquelle seule une vie examinée mérite d’être vécue. Celle-ci peut se manifester sous la forme d’une peur diffuse, celle qu’une vie trop « inerte » ne soit en réalité qu’à peine vécue, qu’elle soit en quelque sorte « gaspillée », « abandonnée », « dilapidée »—une vie en train de se défaire elle-même.

Schopenhauer l’exprime ainsi :

La plupart des hommes, lorsqu’ils regardent en arrière à la fin de leur vie, réalisent qu’ils l’ont vécue entièrement à titre provisoire et s’étonnent de voir que ce qu’ils ont laissé passer sans l’apprécier ni en jouir, c’était précisément leur propre existence, cette chose même dont ils avaient toujours attendu l’avènement. Ainsi, en règle générale, le cours de la vie est tel que, dupé par l’espoir, on danse dans les bras de la mort.

Quiconque a éprouvé cette perspective terrifiante peut, par la réflexion philosophique, voir le poids de la vie se transformer en promesse (Verheißung), car l’attitude philosophique envers l’existence est en effet — comme une promesse — une charge respectueuse qui confère à notre existence une gravité, un sens à notre présence ici-bas et une signification à notre présent.

Il y a souvent des circonstances marquantes qui amènent l’invité à prendre la décision de consulter un praticien-philosophe. Ce sont généralement des déceptions, des expériences inattendues, des conflits avec autrui, des coups du sort, des échecs, des désillusions ou encore des résultats de vie qui laissent un sentiment de vide. Dans de telles situations, on suppose — bien que confusément — que la mission de la Praxis philosophique pourrait être celle qu’évoquait Karl Popper avant même que cette pratique n’existe :

Nous avons tous une philosophie, que nous en soyons conscients ou non, et nos philosophies ne valent souvent pas grand-chose. Mais l’impact de nos philosophies sur nos actions et sur nos vies est souvent dévastateur. C’est pourquoi il est nécessaire d’essayer d’améliorer nos philosophies par la critique. Voilà la seule justification que je puisse offrir à l’existence continue de la philosophie.

Si nous voulons être concis ici, nous devons poser la question suivante : comment les philosophes praticiens aident-ils leurs visiteurs ? La façon habituelle de poser cette question est source de confusion : « Quelle méthode suivent les philosophes praticiens ? » Or, il faut parler avec justesse : la philosophie ne travaille pas avec des méthodes, mais tout au plus sur elles. L’obéissance à une méthode est l’apanage des sciences, non de la philosophie. La pensée philosophique ne suit pas des chemins tout tracés ; elle cherche, à chaque fois, la voie juste. Plutôt que de s’appuyer sur des routines intellectuelles toutes faites, elle les sabote pour mieux se clarifier.

Il ne s’agit donc pas de conduire les invités de la Praxis philosophique sur un itinéraire philosophique prédéterminé, mais bien de les aider à avancer sur leur propre chemin. Cela suppose chez le philosophe la capacité d’apprécier autrui sans nécessairement être d’accord avec lui ; en effet, comme le disait Goethe, « ni n’approuver ni condamner ».

La philosophie ne peut être simplement « appliquée », comme si les préoccupations de l’invité pouvaient être « traitées » par une dose de Platon, de Hegel ou de tout autre penseur. Les lectures philosophiques ne sont pas des remèdes à prescrire. Un patient va-t-il voir un médecin pour assister à une conférence médicale ? De même, l’invité de la Praxis philosophique ne doit pas être instruit par le philosophe, encore moins être trompé par des jeux de mots habiles, et certainement pas être servi en théories.

La véritable question est de savoir si le philosophe, à travers ses propres lectures, est devenu sage, compréhensif et attentif, s’il a acquis une sensibilité pour ce qui est habituellement ignoré, et s’il a appris à se sentir chez lui dans les pensées, sentiments et jugements atypiques ou marginaux. Car seul un co-penseur et un sympathisant peut libérer les visiteurs de leur solitude — ou de leur isolement intérieur — et peut-être ainsi les amener à une nouvelle appréciation de leur vie et de leur situation.

Philosophie et psychothérapie : une frontière ?

N’est-ce pas le cas aussi des psychologues et des psychothérapeutes ? Et des pasteurs ? Cette question surgit inévitablement — signe de notre culture encore largement dominée par le paradigme thérapeutique — et interroge la frontière entre la Praxis philosophique et les psychothérapies.

Le psychologue et le psychothérapeute sont des spécialistes, spécialement formés à percevoir le spécifique d’une manière spécialisée, c’est-à-dire les troubles d’origine psychogène ou psychologique. Lorsqu’ils ne sont pas spécialistes, ils sont des dilettantes. Paradoxalement, le philosophe est un spécialiste du non-spécifique, du général et du simple (ainsi que d’une tradition riche de pensée raisonnée), mais aussi du contradictoire et du singulier, avec une attention particulière portée à l’individuel et à l’unique.

En ce sens, le philosophe praticien prend ses visiteurs au sérieux : non pas à travers le prisme d’une théorie (c’est-à-dire non pas par une compréhension schématique), ni comme un simple « cas » illustratif d’une règle, mais en tant qu’individu en soi. Aucune échelle de valeur ne lui est imposée, pas même celle de la santé. La question n’est pas de savoir si l’invité est « normal », mais s’il est fidèle à lui-même—ou, pour paraphraser Nietzsche, s’il est devenu ce qu’il est.

Enfin, la Praxis philosophique ne se limite pas aux consultations individuelles. Elle accompagne également des entreprises, des organisations et des associations dans leur quête de mission, de principes fondateurs et de repères orientants.


Read other excerpts on Google Book

Revenir au menu de la page


About the Author and Translator

AUTHOR

Dr. Gerd B. Achenbach was born 1947 in Hameln, Germany, and is the founder of the Philosophical Praxis as well as the founder and chairman of the first Society of Philosophical Praxis (GPP e.V., 1982). He is author of several books (Die reine und die praktische Philosophie, Das Prinzip Heilung, Vom Richtigen im Falschen, Lebenskönnerschaft, Liebe—der göttliche Wahn, Das kleine Buch der inneren Ruhe, Philosophie der Philosophischen Praxis), taught at numerous universities, and has been a keynote speaker on various international congresses.

Traduction en français avec DeepL

Gerd B. Achenbach est né en 1947 à Hameln, en Allemagne. Il est le fondateur de la Praxis philosophique ainsi que le fondateur et le président de la première société de Praxis philosophique (GPP e.V., 1982). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages (Die reine und die praktische Philosophie, Das Prinzip Heilung, Vom Richtigen im Falschen, Lebenskönnerschaft, Liebe-der göttliche Wahn, Das kleine Buch der inneren Ruhe, Philosophie der Philosophischen Praxis), a enseigné dans de nombreuses universités et a été l’orateur principal de divers congrès internationaux.

TRANSLATOR

Michael Picard teaches philosophy at Douglas College in Vancouver, Canada. He holds an MSc and PhD in philosophy from Massachusetts Institute of Technology and is a longtime animator of public participatory philosophy, as well as creator of the web app and game Tug of Logic. Picard is author of This Is Not a Book (2007) and How to Play Philosophy (2022).

Traduction en français avec DeepL

Michael Picard enseigne la philosophie au Douglas College de Vancouver, au Canada. Il est titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en philosophie du Massachusetts Institute of Technology et est un animateur de longue date de la philosophie participative publique, ainsi que le créateur de l’application web et du jeu Tug of Logic. Picard est l’auteur de This Is Not a Book (2007) et de How to Play Philosophy (2022).


About Dr. Gerd B. Achenbach

(German-to-English translation with DeepL)

Dr. Gerd B. Achenbach is the Founder of Philosophical Practice, which he established in 1981 and which has since developed into a worldwide movement.

Born in Hameln in 1947. Doctorate in 1981 [“Selbstverwirklichung oder: Die Lust und die Notwendigkeit”] with Odo Marquard.

Married to Laura Achenbach, father of eight children: Alef, Hanne, Friederike, Alma, Cara, Valentin, Anna and Otto.

1981 Founds the world’s first philosophical practice in Bergisch Gladbach/Refrath.

1982 Founding of the Gesellschaft für Philosophische Praxis GPP e.V., the later International Society for Philosophical Practice, of which he is a teaching practitioner and from its founding in 1982 onwards its Chairman of the Board, until he gave up this position in the fall of 2003 to make way for younger people.

2004: Founding of the “Gesellschaft für Philosophische Praxis” (GPP) in Bergisch Gladbach, whose board he has chaired ever since.

Since 2003: Scientific Advisory Board of the “Gesellschaft zur Erforschung und Förderung angewandten Philosophierens e.V.”.

2006-2009: Scientific Advisory Board of the German Mining Museum Bochum.

Since 2007: Scientific Advisory Board of the journal “psycho-logik” – Yearbook for Psychotherapy, Philosophy and Culture (Alber-Verlag)

Since 2015: Scientific Advisory Board of the “University Course Philosophical Practice” at the University of Vienna.

Teaches at various universities, including in Klagenfurt, Vienna and Berlin.

2018: Awarded the “Reconocimiento por la travectoria en la práctica filosófica, Ira edicion, Mexico 2018”/“Acknowlegdment for the trayectory in philosophical practice; 1st edition 15th ICPP, Mexico 2018” (translated: “In recognition of the achievement of having put philosophical practice on track” [ICPP = International Conference on Philosophical Practice].

Activities since 2005

Read this text in its original German


Web site : Dr. Gerd B. Achenbach.

Web page on Wikipedia

Web Page YouTube

Web page dedicated to the book « Philosophical Praxis, Origin, Relations, and Legacy » on the web site of Dr. Gerd B. Achenbach.

« La Société internationale pour la pratique de la philosophie a été fondée en partie par le Dr Gerd B. Achenbach en 1982 sous le nom de Société pour la pratique de la philosophie et renommée en 1998. »

In the spring of 2005, a regional Society for Philosophical Practice (chaired by Gerd B. Achenbach) was founded in Bergisch-Gladbach, abbreviated to GPP. This company is a member of the IGPP and not to be confused with the former foundation of 1982.

Revenir au menu de la page


By the same author

What matters? ? What is important in truth? What is crucial in the end? – Leading principles in philosophical practice.  (Lecture at the opening of the 15th International Colloquium on Philosophical Practice in Mexico on June 25, 2018.)

What is Philosophical Practice?

On Wisdom in Philosophical Pracice  Lecture for the „Third International Conference on Philosophical Practice”, New York, July 1997, published in: Inquiry: Critical Thinking Across the Disciplines, Spring, 1997. Vol. XVII, No. 3, p. 5 – 20

Philosophical Practice opens up the Trace of „Lebenskönnerschaft”  Lecture for the „ 6th International Conference on Philosophical Practice”, Oslo, 2001

Philosophical Practice – A Question of Bildung? Lecture for the „International Conference on Philosophical Practice”, Kopenhagen, 2004

On Wisdom in Philosophical Practice, Gerd B. Achenbach (Inquiry: Critical Thinking Across the Disciplines – Volume 17, Issue 3, Spring 1998, Pages 5-20)

Revenir au menu de la page


Book Review

Book Review of Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, by Gerd B. Achenbach [Book Review] by Jaco Louw

Gerd B. Achenbach’s ‘Beyond-Method’ Method by Zinaich Jr, International Journal of Philosophical Practice 2 (2):52-62 (2004)

Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy by Gerd Achenbach | A Biased Fermented Book Review – fermentedphil (76) – dans Hive Book Club

Revenir au menu de la page


Mon rapport de lecture

Philosophical Praxis

Origin, Relations, and Legacy

Gerd B. Achenbach

Translated by Michael Picard

Lexington Books, 2024


NOTE IMPORTANTE

Les numéros de page des citations dans ce rapport de lecture sont celles de la version originale anglaise imprimée


D’entrée de jeu, Gerd D. Archenbach reconnaît à l’Amérique du Nord l’origine « des écoles de psychothérapie, de certaines inspirations et innovations essentielles qui ont été reprises plus tard en Europe et adaptées à l’ancienne manière européenne ». Il est question d’un premier mouvement intercontinental de « la « Haute Amérique » – comme j’aimerais appeler la moitié nord du continent américain – » vers l’Europe. Il note un deuxième mouvement, cette fois, de l’Europe à l’Amérique du Nord.

Il ne s’agit pas de nier que c’est à Vienne (surtout) et en Suisse que sont nées les formes originales de toutes les thérapies ultérieures – la psychanalyse de Freud, la psychologie analytique de C. G. Jung et la psychologie individuelle d’Adler. Des développements significatifs de cette triple racine se sont ensuite répandus en Amérique du Nord ; il suffit de rappeler les innombrables variantes de ce que l’on appelle la « psychologie humaniste ».

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Préface, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. xvii.

Enfin, écrit Gerd B Archenbac, « (…) il semble que ce mouvement intercontinental de va-et-vient soit en train de repartir dans l’autre sens. »

Cette fois, il s’agit du renouveau de la pratique de la philosophie, que j’ai instaurée en 1981 en Allemagne sous le nom de Praxis philosophique. Celle-ci s’est rapidement implantée dans les pays européens voisins—d’abord en Autriche et aux Pays-Bas—avant de traverser l’Atlantique pour gagner le « Nouveau Monde ». Elle y a suscité attention et reconnaissance, d’abord à Vancouver, au Canada (où s’est tenu en 1994 le premier Congrès international de pratique philosophique à l’Université de la Colombie-Britannique), puis peu après à New York, grâce à Lou Marinoff, qui publia en 1999 Plato, Not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems. Grâce, en grande partie, au fait que l’anglais est aujourd’hui la lingua franca, cet essor a contribué à la diffusion mondiale de la Praxis philosophique.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Préface, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. xvii.

Il n’en demeure pas moins que les textes de Gerd B. Archenbach annonçant et explicitant ce « renouveau de la pratique de la philosophie » sont demeurés, à quelques exceptions près, dans sa langue maternelle, l’allemand. La traduction formelle en anglais ne viendra qu’en 2024. Gerd B. Archenbach écrit :

Il devient donc d’autant plus urgent de rendre disponible une sélection de textes dans cette langue qui tend désormais à s’imposer comme un idiome quasi universel—des textes qui, tout en fondant la Praxis philosophique, ont initié une renaissance des plus anciennes impulsions philosophiques. L’importance de cette dernière renaissance de la philosophie, conçue comme un art de vivre exemplaire—ainsi qu’elle était comprise dans l’Antiquité et que Pierre Hadot et Michel Foucault l’ont réactualisée—ne se limite en aucun cas à un simple retour aux aspirations originelles de la philosophie sous une forme pratique. La véritable mission de cette nouvelle configuration philosophique est plutôt de s’établir comme la première véritable alternative à la « culture thérapeutique ». Ceux qui, jusqu’ici, se seraient tournés vers la thérapie se tourneront de plus en plus vers le praticien-philosophe dans leur détresse. Ainsi, la pratique de la philosophie ouvre, pour la première fois, la possibilité de se constituer en véritable profession.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Préface, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), pp. xvii-xviii.

Dans cet citation, Gerd B. Archenbach, parlant de la praxis philosophique qu’il a initiée en 1981, précise que « L’importance de cette dernière renaissance de la philosophie, conçue comme un art de vivre exemplaire (…) ne se limite en aucun cas à un simple retour aux aspirations originelles de la philosophie sous une forme pratique. »

Il est donc question d’une « nouvelle configuration philosophique » dont la « mission » est de « s’établir comme la première véritable alternative à la “culture thérapeutique” ».

Parmi mes publications consacrées à cette renaissance philosophique, ou intellectuellement préparatoires à celle-ci, j’ai tenté de sélectionner des écrits susceptibles d’offrir aux esprits philosophiquement curieux du monde anglo-américain un aperçu de ce projet novateur. Et c’est ainsi que j’envoie aujourd’hui ces textes, accompagnés de salutations amicales, vers le continent occidental, d’où l’appel à la Praxis philosophique pourra se propager aux quatre coins du monde.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Préface, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. xvii.

Dans son « Prelude » (anglais à traduire en français par « Introduction », ce qui vient habituellement à la suite de la préface), Gerd B. Archenback dénonce vivement la quête d’une théorie de la pratique philosophique.

Avec une persistance douteuse, des voix s’élèvent ici et là pour réclamer une « théorie de la Praxis philosophique ». Et j’ai pris l’habitude d’ignorer ces voix avec une persistance tout aussi résolue. Que devrions-nous leur répondre, si des personnes préformées—nota bene : leur préformation est leur problème—si des personnes formées scientifiquement estiment qu’elles ne peuvent savoir ce qu’est la Praxis philosophique tant qu’elles ne disposent pas d’une « théorie » à son sujet ? Ces malheureux amis de la théorie ressemblent à ceux qui, se trouvant dans un paysage des plus magnifiques, regardent autour d’eux et déclarent ne rien voir parce qu’ils ne possèdent aucune carte du lieu.

Peut-être vaut-il mieux encore interpréter une telle persistance comme le signe de la domination contemporaine de l’algorithme sur nos esprits, si tant est que son règne n’y soit pas déjà établi. Selon cette logique, on ne « comprend » qu’en connaissant le schéma selon lequel les processus s’exécutent. Nous ne saurions trouver meilleure analogie que celle de l’ingénierie des processus.

(…)

Non—dans le domaine de la philosophie, c’est l’inverse qui a toujours prévalu : le philosophe pense et, en même temps, réfléchit à sa pensée et même, dans sa pensée, à la possibilité même de penser. Ainsi, non seulement il n’a nul besoin de l’ornière qui maintient l’homme obsédé par la théorie sur son chemin prédéterminé, mais, bien au contraire, un tel carcan serait pour lui un joug, une entrave qui le lierait tête et membres. N’hésitons pas à rappeler l’une des idées directrices de la tradition philosophique : tandis que d’autres se croient en sécurité, attachés à la laisse d’une théorie choisie, le philosophe souffre de la perte de cette liberté, sans laquelle la pensée se réduit à une simple conformité jusqu’à dégénérer en routine stérile, puis s’éteindre.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Prelude, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. xxi.

Personnellement, j’ai observé chez certains philosophes praticiens une approche fondée sur différentes théories dont la mise en pratique témoigne de cette perte de liberté relevée par Gerd B. Archesbach : « (…)  tandis que d’autres se croient en sécurité, attachés à la laisse d’une théorie choisie, le philosophe souffre de la perte de cette liberté, sans laquelle la pensée se réduit à une simple conformité jusqu’à dégénérer en routine stérile, puis s’éteindre ».

Afin de prévenir tout malentendu répandu : la responsabilité du philosophe ne réside pas uniquement, et peut-être même pas principalement, dans ce qu’il « pense », mais dans sa capacité à repenser, à devenir réfléchi, ou — pour reprendre d’anciens termes devenus rares— à faire preuve de jugement. Sous cette exigence, il secourt, chaque fois que possible, les pensées ensevelies sous les décombres, et rouvre de nouvelles sources de pensée taries, afin qu’elles recommencent à couler.

Mieux encore : pris dans son acception la plus large, un tel penser n’est pas un parc naturel délimité dans lequel le philosophe se laisserait enfermer. Au contraire, il ressent ; il perçoit ; il observe ; il détecte ; il soupçonne ; il anticipe ; il se méfie et il croit ; il craint, tremble et espère ; il se souvient de l’oublié ; attire l’attention sur ce qui a été négligé ; insiste là où d’autres « sont déjà plus loin » ; perturbe les questions dont les réponses sont déjà établies ; garde son calme quand les armées marchent ; fait du bruit là où d’autres détournent le regard — en somme : il vit, et il ne lui échappe ni le fait qu’il vit, ni la manière dont il vit. Voilà son socle, c’est là qu’il puise son expérience. Mais je m’arrêterai ici, bien que cette liste puisse manifestement être poursuivie ad libitum.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Prelude, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. xxii.

Bref, à l’instar du philosophe, le philosophe praticien se doit de chérir sa liberté, de ne pas se laisser formaté par une quelconque théorie ou, pis encore, une méthodologie donnée.

J’insiste : « (…) la responsabilité du philosophe ne réside pas uniquement, et peut-être même pas principalement, dans ce qu’il “pense” ». On ne consulte donc pas un philosophe praticien pour savoir ce qu’il pense.

À la question en titre du premier chapitre de son recueil de textes, Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Gerd B. Archenbach écrit :

Le conseil philosophique de vie qui se pratique dans la Praxis philosophique se présente comme une alternative aux psychothérapies. Il s’adresse à ceux qui, tourmentés par leurs peines ou leurs problèmes, et incapables de « s’accommoder » de leur existence, se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans une impasse. La Praxis philosophique concerne ceux qui se débattent avec des questions existentielles qu’ils ne parviennent ni à résoudre ni à écarter, ou encore ceux qui, bien que capables de faire face au quotidien, se sentent « sous-chargés », peut-être parce qu’ils pressentent que leur réalité ne correspond pas à leur potentiel. D’autres encore s’adressent à la Praxis philosophique non pas parce qu’ils se satisfont simplement d’exister ou de se débrouiller tant bien que mal, mais parce qu’ils exigent d’examiner leur vie, d’en voir clairement les contours, l’origine, la raison d’être et la destination.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 1.

Depuis, la création de cette Observatoire de la philothérapie en 2020, j’ai souvent remarqué la crainte quasi-systématique de certains philosophes praticiens à confronter la philothérapie à la psychychothérapie. Gerd B. Archenbach est pourtant très clair à ce sujet : « Le conseil philosophique de vie qui se pratique dans la Praxis philosophique se présente comme une alternative aux psychothérapies ». Le livre de Lou Marinoff, avec lequel j’ai découvert la pratique philosophique à l’aube des années 2000, est tout aussi clair et sans équivoque face à la psychologie : « Platon, pas Prozac! ».

Il décrit le besoin des personnes en consultation philosophique en ces termes :

Leur besoin est souvent simplement de réfléchir aux circonstances uniques, aux enchevêtrements singuliers et au cours souvent étrangement ambigu de nos existences. En résumé, les gens consultent les philosophes praticiens parce qu’ils veulent comprendre et être compris. Ils n’arrivent presque jamais avec la question kantienne : « Que dois-je faire ? », mais plutôt avec celle de Montaigne : « Que fais-je ? » Peut-être, en arrière-plan, opère une intuition qui relève de la plus ancienne sagesse philosophique—à savoir la maxime socratique selon laquelle seule une vie examinée mérite d’être vécue. Celle-ci peut se manifester sous la forme d’une peur diffuse, celle qu’une vie trop « inerte » ne soit en réalité qu’à peine vécue, qu’elle soit en quelque sorte « gaspillée », « abandonnée », « dilapidée »—une vie en train de se défaire elle-même.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), pp. 1-2.

J’insiste aussi sur ce point : « En résumé, les gens consultent les philosophes praticiens parce qu’ils veulent comprendre et être compris ».

À la question « Pourquoi consulte-t-on un philosophe praticien ? » Gerd B. Archenbach donne cette réponse.

Il y a souvent des circonstances marquantes qui amènent l’invité à prendre la décision de consulter un praticien-philosophe. Ce sont généralement des déceptions, des expériences inattendues, des conflits avec autrui, des coups du sort, des échecs, des désillusions ou encore des résultats de vie qui laissent un sentiment de vide. Dans de telles situations, on suppose — bien que confusément — que la mission de la Praxis philosophique pourrait être celle qu’évoquait Karl Popper avant même que cette pratique n’existe :

Nous avons tous une philosophie, que nous en soyons conscients ou non, et nos philosophies ne valent souvent pas grand-chose. Mais l’impact de nos philosophies sur nos actions et sur nos vies est souvent dévastateur. C’est pourquoi il est nécessaire d’essayer d’améliorer nos philosophies par la critique. Voilà la seule justification que je puisse offrir à l’existence continue de la philosophie.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 2.

La personnes en consultation philosophique a déjà une philosophie, qu’elle en soit ou non consciente, il ne s’agit donc pas de la nier mais d’en dresser les contours pour la soumettre à une critique constructive. Vouloir lui imposer une autre philosophie ne contitue pas une démarche souhaitable. Aucune méthode n’est de mise :

Si nous voulons être concis ici, nous devons poser la question suivante : comment les philosophes praticiens aident-ils leurs visiteurs ? La façon habituelle de poser cette question est source de confusion : « Quelle méthode suivent les philosophes praticiens ? » Or, il faut parler avec justesse : la philosophie ne travaille pas avec des méthodes, mais tout au plus sur elles. L’obéissance à une méthode est l’apanage des sciences, non de la philosophie. La pensée philosophique ne suit pas des chemins tout tracés ; elle cherche, à chaque fois, la voie juste. Plutôt que de s’appuyer sur des routines intellectuelles toutes faites, elle les sabote pour mieux se clarifier.

Il ne s’agit donc pas de conduire les invités de la Praxis philosophique sur un itinéraire philosophique prédéterminé, mais bien de les aider à avancer sur leur propre chemin. Cela suppose chez le philosophe la capacité d’apprécier autrui sans nécessairement être d’accord avec lui ; en effet, comme le disait Goethe, « ni n’approuver ni condamner ».

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), pp. 2-3.

Il faut donc au philosophe praticien « la capacité d’apprécier autrui sans nécessairement être d’accord avec lui ; en effet, comme le disait Goethe, « ni n’approuver ni condamner ». Bref, éviter de juger ! Cette capacité d’apprécier autrui repose, à mon humble avis, sur l’amour de son prochain et l’empathie.

La philosophie ne peut être simplement « appliquée », comme si les préoccupations de l’invité pouvaient être « traitées » par une dose de Platon, de Hegel ou de tout autre penseur. Les lectures philosophiques ne sont pas des remèdes à prescrire. Un patient va-t-il voir un médecin pour assister à une conférence médicale ? De même, l’invité de la Praxis philosophique ne doit pas être instruit par le philosophe, encore moins être trompé par des jeux de mots habiles, et certainement pas être servi en théories.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 3.

Ce passage du livre PHILOSOPHICAL PRAXIS de Gerd B. Archenbach est l’un des plus importants de son recueil de textes. La consultation philosophique ne consiste pas en un cours de philosophie, pas qu’en en exercice visant à prendre en défaut de contradiction ou de logique l’invité.

La véritable question est de savoir si le philosophe, à travers ses propres lectures, est devenu sage, compréhensif et attentif, s’il a acquis une sensibilité pour ce qui est habituellement ignoré, et s’il a appris à se sentir chez lui dans les pensées, sentiments et jugements atypiques ou marginaux. Car seul un co-penseur et un sympathisant peut libérer les visiteurs de leur solitude—ou de leur isolement intérieur—et peut-être ainsi les amener à une nouvelle appréciation de leur vie et de leur situation.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 1 – Réponse brève à la question : qu’est-ce que la Praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 3.

Wow ! Nous sommes loin, très loin, à l’opposé de la majorité des propos de la littérature francophone européenne au sujet de la philosophie pratique. En témoigne ces extraits de l’article « J’ai testé une consultation de philosophie » de Psychologie Magazine :


J’ai testé une consultation de philosophie

La consultation philosophique est l’occasion d’une mise à l’épreuve de vos idées reçues. Le manque d’écoute, l’incapacité à dérouler lentement le fil d’une réflexion cohérente, le malaise face aux questions que vous posez indiquent que vous avez frappé à la mauvaise porte.

(…)

Il existe très peu de véritables consultants en philosophie ; en revanche, certains animateurs de cafés philo reçoivent en « cabinet ». L’un d’eux m’a reçue gentiment. Après avoir pris quelques notes sur ce qui m’a conduit à le consulter, son verdict est tombé : « Dans votre cas, je préconise Epictète et Spinoza ! » Le temps d’un bref topo sur leur pensée, il m’a abreuvée d’exemples pour tenter d’éclaircir mon problème. J’ai eu l’impression d’assister à un cours de philo du lycée, en plus brouillon. A la fin, j’ai eu droit à quelques devoirs : « Prendre cinq maximes du “Manuel” d’Epictète, les reformuler avec vos mots. Justifier tout, puis contredire tout. » Cinquante euros pour cela me paraît excessif… N’est pas « philosophe libéral » qui veut.

Source : Benhamou, Olivia, J’ai testé une consultation de philosophie, Psychologie Magazine, 30 juillet 2009.


Ou encore cet extrait de l’article « La consultation philosophique, une alternative au rendez-vous chez le psy ? » de Madame Figaro :


(…) Pour le philosophe Oscar Brenifier, elle (consultation philosophique) s’adresse aux personnes qui ont accès à la « rationalité ».  » Il y a des gens que je renvoie vers une thérapie au bout de dix minutes, car il y a trop de douleur. Il y a aussi ceux qui veulent se raconter, or ce n’est pas le principe de la consultation philosophique « , explique-t-il, en précisant qu’il ne  » soigne pas une pathologie « , contrairement aux médecins.  » Quand vous vous demandez quel est le sens de votre vie, vous n’êtes pas malade « , tempête-t-il.

Source : Chadenat, Tatiana, La consultation philosophique, une alternative au rendez-vous chez le psy ? Madame Figaro, 3 juillet 2015.


Quand Oscar Brenifier affirme « Il y a aussi ceux qui veulent se raconter, or ce n’est pas le principe de la consultation philosophique », il se prive de la contextualisation de la question ou de la situation à laquelle son client veut trouver une réponse.

Un tel philosophe praticien se prive aussi de la prise recul que permet très souvent le simple fait de s’entendre mettre des mots sur nos idées en cours de verbalisation. Les uns entendent pour la toute première fois l’expression de leurs idées sur leur question ou sur leur situation dans leur propre langage. Les autres s’apperçoivent que leurs idées ne tiennent pas la route lorsqu’ils s’écoutent parler. L’écoute revet une importance capitale dans une consultation philosophique.

Dans le deuxième chapitre, La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Gerd B. Archenbach situe la pratique philosophique dans notre présent plutôt que dans le passé de sa tradition.

Bien entendu, ici comme ailleurs, ce n’est pas le passé qui nous enseigne le présent, mais plutôt le présent qui nous éclaire sur le passé — de même que la galerie des ancêtres de la praxis philosophique ne nous montre pas le chemin, mais (bien au contraire) la praxis philosophique s’étend en arrière et, avec de nouveaux et d’autres intérêts, ravive les perspectives de la préhistoire philosophique. (…)

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 6.

Nous avons « de nouveaux et d’autres intérêts ». Ce n’est pas le passé qui éclaire le présente mais le présent qui éclaire le passé. Reconnaître l’apport historique de la tradition va de soi mais s’y ancrer en mimant l’apport des philosophes du passé sera une erreur… méthodologique.

Et pourtant, après avoir été libérée de la stricte adhésion au monopole chrétien sur le salut, une philosophie a émergé, précurseur de la praxis philosophique. Je fais ici référence à l’intelligence sceptique de Montaigne et à son raffinement de vie auto-réflexif. Ici, la philosophie est entièrement réinstallée : au lieu d’aller de l’avant comme une sorte de commandant sur le chemin de notre vie (nous ordonnant le bon chemin en aboyant toutes sortes d’ordres, de règles et de devoirs incontournables, avec comme point d’arrivée rien de moins que la perfection), la philosophie, pour Montaigne, suit plutôt derrière, généralement tranquillement et sans se faire remarquer. Il est rare que l’homme la recherche, et encore, uniquement pour essayer de clarifier la vie avec son aide. « Mes mœurs sont naturelles » 14, écrit Montaigne dans l’« Apologie de Raymond Sebond » :

Je n’ai fait appel à aucune discipline pour les ériger; mais, si faibles qu’elles soient, quand il m’est venu à l’esprit de les exposer à la vue du monde, et que pour les exposer à la lumière dans un habit un peu plus décent, je suis allé les orner de raisons et d’exemples, j’ai été étonné par hasard de les trouver conformes à tant de discours et d’exemples philosophiques. Je n’ai jamais su quel était le régime de ma vie jusqu’à ce qu’elle soit presque usée et dépensée; une nouvelle figure — un philosophe non prémédité et accidentel.15

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), pp. 8-9.

Ce passage entre parenthèses nous en dit très long : « (nous ordonnant le bon chemin en aboyant toutes sortes d’ordres, de règles et de devoirs incontournables, avec comme point d’arrivée rien de moins que la perfection) ». La philosophie n’est pas là pour nous ordonner comment vivre, nous imposer des règles à respecter et des devoirs à accomplir et encore de nous dicter un objectif de perfection. La liberté de l’invité (du client) importe tout autant que celle du philosophe praticien. Le philosophe praticien doit faire preuve de sagesse et, à ce titre, il est un seul accomplissement, être un sage responsable de sa liberté. Il se doit de donner l’exemple.

« La galerie des ancêtres de la praxis philosophique n’est aujourd’hui ni complète ni fermée » sur l’Antiquité et « (…) depuis au moins le début de l’époque moderne, les pionniers et les prédécesseurs de la praxis philosophique sont nombreux et peuvent être nommés. » « Et ils sont intéressants précisément parce qu’ils constatent que les calculs de leur vie ne fonctionnent plus rondement et sans reste, de sorte qu’ils sont devenus gênés même pour donner des conseils. »

Il faut citer Karl Philipp Moritz, le jeune ami de Goethe, qui a publié de 1783 à 1793 le « Magazin zur Erfahrungsseelenkunde » sous le titre Gnothi Sauton (????? ??????) — encore aujourd’hui un trésor d’observations pour le praticien de la philosophie. Vient ensuite, de Copenhague, le Danois Søren Kierkegaard qui, dans son livre Either-Or, a romancé une longue et exemplaire consultation philosophique, menée au nom de B, magistrat du tribunal et de la ville, sur un ton tout à fait distinct de celui de la droiture grossière de la bourgeoisie ou de la complaisance spirituelle du personnel clérical au sol, mais avec une « Liberté du Chrétien “24 jusqu’alors inouïe contre toutes les ordonnances supérieures, sous la devise ”la seule chose salutaire, c’est toujours qu’une personne par rapport à sa propre vie n’est pas son oncle, mais son père. « 25

Schopenhauer a également sa place dans ce spectacle. Malgré ses efforts pour couler une fois de plus une métaphysique globale dans un moule unique, il n’a pas seulement regardé de près, mais a réorienté le regard lui-même d’un point de vue pratique (et avec une intention sotériologique subtile), ce qui a donné lieu à des fragments d’une philosophie populaire de premier ordre.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 10.

Les références à Arthur Schopenhauer se multiplient sous la plume de Gerd B. Archenbach.

À tout le moins, nous devons à Schopenhauer le fait que la philosophie n’ait pas été complètement oubliée en dehors des cercles académiques — à lui et à Nietzsche, qui, malgré tous les doutes soulevés par son large impact, a été une véritable tempête de feu (qui fait toujours rage, comme nous le voyons encore aujourd’hui), et pas seulement de la cendre savante.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 10.

De son analyse de la tradition et son influence, Gerd B. Archenbach écrit :

Il faut donc admettre que les idées aussi sont mortelles. Et si un projet de vie philosophique, arraché à son contexte temporel, s’efforçait de se revêtir du pathos de la validité éternelle, il serait instantanément déshonoré.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 11.

Permettez-moi de revenir sur l’importance de l’écoute par le sage.

(…) Il faut veiller à ce que la vie, qui se comprend en parlant et en s’exprimant, même si c’est de façon provisoire et ténue, ne se laisse pas contaminer par le silence mou, le désintérêt arrogant des intellectuels distants ou l’ignorance apparemment supérieure, qui se la joue cool, comme si tout était dans le rétroviseur.

C’est là que résident les dangers auxquels les personnes prétendument expérimentées succombent trop facilement. La philosophie, qui s’oppose à cette posture critique, n’abandonne pas le questionnement, même lorsque les réponses ne viennent pas. Mais la philosophie ne « cherche » pas non plus sans raison des réponses qu’elle n’espère secrètement plus trouver, comme l’affirme un autre cliché; elle s’attache plutôt à la question, afin de la révolutionner si possible. Elle dédaigne de servir les besoins tels qu’ils se présentent, mais s’efforce plutôt de différencier les besoins eux-mêmes — dans le vieux vocabulaire — pour les « cultiver ».

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 14.

Gerd B. Archenbach propose une autre question en fin de chapitre :

Enfin, la Praxis philosophique soulève une nouvelle question philosophique : ne serait-il pas possible, voire nécessaire, que la philosophie ravive sa communauté séculaire d’intérêt et d’action avec la médecine ? En ce qui concerne cette question, j’ai l’impression qu’elle est plus souvent abordée par des médecins qui ont reconnu la signification philosophique de leurs évaluations et de leurs interventions que par des philosophes qui comprennent comment la maladie, ou une maladie particulière, et finalement le patient individuel, représentent un défi pour la compréhension philosophico-médicale et pour la mise en pratique de la philosophie.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 2 – La praxis philosophique a une longue tradition, mais pas de parangon, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 16.

Aujourd’hui, on retrouve des philosophes en milieu hospitalier auprès des patients et du personnel. Un pas en avant.


Jérôme Bouvy, Philosophe hospitalier

Après des études en philosophie à l’UNamur et quelques années en tant qu’enseignant, Jérôme Bouvy est devenu le premier philosophe hospitalier au sein du Grand Hôpital de Charleroi. Ses missions?: faire entrer la philosophie en tant que pratique vivante au cœur du quotidien de son institution et accompagner les travailleurs en quête de sens dans leur travail.

Omalius?: Vous êtes philosophe hospitalier, pouvez-vous nous en dire plus sur ce métier??
Jérôme Bouvy?: Il y a trois ans, le Grand Hôpital de Charleroi a souhaité travailler sur la perte de sens à l’hôpital. De nombreuses questions agitent ce milieu depuis toujours, et cela s’est accentué plus récemment suite à la pandémie qui a notamment révélé beaucoup de souffrance éthique chez les soignants. Le rôle d’un philosophe hospitalier, face à ces nombreux questionnements, est alors d’ouvrir des espaces de réflexion au sein de l’institution. Mon travail vise donc à déployer des pratiques réflexives, en particulier dans un environnement où la recherche de sens peut être prégnante, comme c’est souvent le cas dans le domaine de la santé. Mon objectif est d’encourager les membres du personnel hospitalier à prendre le temps de penser de manière critique et à partager leurs préoccupations afin de favoriser un dialogue constructif. Une des spécificités de ma fonction est que je ne m’adresse pas directement aux patients. Je suis engagé pour travailler avec les membres du personnel, qu’ils soient soignants, informaticiens, comptables… cela représente plus de 200 métiers.

Source : Boito, Margot, Jérôme Bouvy, Philosophe hospitalier, UNamur • Université de Namur, Belgique, 29 Août 2024.


On trouve aussi une « Chaire de Philosophie à l’Hôpital ».


Chaire de Philosophie à l’Hôpital

Depuis janvier 2016, la Chaire de Philosophie à l’Hôpital se déploie, après avoir été créée à l’Hôtel-Dieu de Paris, dans différents lieux hospitaliers et de soin, et aujourd’hui au sein du GHU-Paris, Psychiatrie et Neurosciences. Cette chaire hospitalo-académique, liée à la Chaire Humanités du Conservatoire National des Arts et Métiers et dirigée par la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, a pour but la diffusion des connaissances scientifiques et philosophiques à destination des étudiants, des professionnels de santé, des patients et du grand public, au travers d’activités d’enseignement, de formation, de recherche, d’expérimentation et d’organisation d’évènements. La Chaire de Philosophie à l’Hôpital fonctionne en « creative commons », en mettant à disposition ses travaux, pour mieux inventer la fonction soignante en partage et l’alliance efficiente des humanités et de la santé.

Source : Chaire de philosophie à l’Hôpital.


UN PHILOSOPHE À L’HÔPITAL

GUILLAUME DURAND

A l’hôpital se croisent des existences singulières, des histoires ordinaires et des destins parfois bouleversants. Face aux choix cruciaux que nous imposons le réel, il s’agit toujours de préserver notre liberté. Plus que du soin, on vient y trouver du sens. Faut-il s’acharner à vouloir vivre ou accepter de partir ? Peut-on supporter de voir les yeux de son fils, donneur d’organes, dans le regard d’un autre ? Aujourd’hui plus que jamais, les questions se complexifient : que répondre à cette jeune femme qui désire se faire ligaturer les trompes pour raisons écologiques ? Faut-il aider les couples abstinents sexuels à devenir parents ? Pour être au cœur de ces dilemmes, Guillaume Durand a choisi de diriger la consultation d’éthique clinique au Centre hospitalier de Saint-Nazaire. Son expérience unique nous prouve que soigner est l’un des plus forts enjeux de notre humanité.

Source : Flammarion.

P.S. : Voir aussi : Consultation philosophique avec Guillaume Durand, philosophe à l’hôpital, Radio France, 22 octobre 2021.

La philosophie peut-elle jouer un rôle dans l’accompagnement du malade ?

Par Éric Delassus

Aujourd’hui, pour aider tous ceux de nos semblables qui traversent une épreuve pénible et sont plongés soudainement dans un malheur qui peut leur paraître tout aussi absolu qu’absurde, le recours à la psychologie est devenu une pratique courante et, il est vrai, apportant le plus souvent un soutien non négligeable aux personnes ayant subi un traumatisme important ou vivant une situation dont le caractère traumatisant s’inscrit dans la durée, ce qui est le cas de celui qui est atteint d’une maladie grave, pouvant être handicapante et dont l’issue peut être incertaine voire fatale.

Cependant, si un soutien psychologique peut indéniablement aider le malade à mieux supporter sa condition et à mieux lutter contre l’affection dont il est victime, ne serait-il pas envisageable également d’apporter au patient un soutien par la philosophie ?

En effet, la souffrance morale à laquelle est confronté le malade relève-t-elle toujours d’une réelle pathologie pouvant donner lieu à une démarche psychothérapeutique ?

Alors que la psychologie aide le malade à mieux se situer et à mieux comprendre sa manière de réagir par rapport à son histoire particulière, la philosophie ne pourrait-elle pas lui permettre de mieux appréhender sa condition du point de vue de l’universel, afin de mieux affronter la question du sens d’une existence dont le caractère fragile vient soudain s’imposer en mettant le sujet, de manière souvent brutale, en face de la finitude de l’existence humaine ?

Le recours à la philosophie dans le cadre d’un soutien aux malades ne peut cependant être envisagé sans qu’auparavant ait été développée une réflexion sur le sens même de la philosophie et sur la place qu’occupe l’éventualité de la maladie dans la condition humaine en général.

Source : Delassus, É. (2012). La Philosophie Peut-Elle Jouer un Rôle Dans L’accompagnement du Malade ? L’Enseignement philosophique, 62e Année(2), 19-31. https://doi.org/10.3917/eph.622.0019.


Reste à savoir comment cette pratique philosophique
en milieur hospitalier se réalise concrètement.


Dans le titre du troisième chapitre de son recueil de textes, Gerd B. Archenbac introduit un mot de son cru : « La praxis philosophique porte l’insigne de la Lebenskönnerschaft ». « (…) je peux facilement relier Lebenskönnerschaft à la notion de vertu (…) » souligne-t-il.

Pendant ce temps, la question essentielle reste exclue, celle-là même qui nous invite à un malaise philosophique salutaire. Il s’agit de la question de savoir à quoi se résume d’abord et finalement la vie, ce que serait une vie prise au sérieux. Seuls ceux dont la vie prend la forme d’une réponse à cette question trouvent la gaieté qui naît du calme, la souplesse qui naît d’une compréhension judicieuse. C’est à ces personnes que se consacre la Praxis philosophique. Elle les accueille sous le signe de la Lebenskönnerschaft.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 3 – La praxis philosophique porte l’insigne de la Lebenskönnerschaft, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 25.


J’ai demandé à ChatGPT de me traduire le mot allemand « Lebenskönnerschaft » en français et voici les réponses.

Le mot allemand « Lebenskönnerschaft » est un terme assez rare et poétique, composé de :

    « Leben » = vie

    « Könnerschaft » = maîtrise, savoir-faire, expertise

Donc, « Lebenskönnerschaft » peut se traduire en français par :

? « la maîtrise de la vie » ou « l’art de savoir vivre », selon le contexte.

Il évoque l’idée d’une compétence ou d’un savoir profond pour bien vivre, pour naviguer avec sagesse, créativité ou sérénité à travers les défis de la vie.

Souhaitez-vous une traduction plus littéraire, philosophique ou pratique ?

OUI

Parfait, en optant pour une traduction philosophique, on peut approfondir le sens du mot « Lebenskönnerschaft » en le reliant à une idée plus existentielle et humaniste.

Une bonne traduction philosophique serait :

? « l’art de vivre avec maîtrise »,

ou encore :

? « la sagesse pratique de la vie »

? « la virtuosité dans l’existence »

Il s’agit de bien plus que de simplement « savoir vivre » : c’est une forme de compétence existentielle, une capacité à habiter sa vie avec intelligence, sens, justesse et profondeur, dans l’esprit des philosophies antiques (comme l’eudaimonia chez les Grecs) ou de penseurs comme Nietzsche ou Michel de Montaigne.

Ce mot évoque une maîtrise intuitive, expérimentée et incarnée de la vie, non pas technique ou académique, mais forgée par l’expérience, la réflexion et le courage d’être soi.

Souhaites-tu que je développe ça dans un petit texte philosophique ou une citation originale ?

OUI

La Lebenskönnerschaft, ou l’art de vivre avec maîtrise

Il est des savoirs que l’on n’enseigne pas dans les livres. La Lebenskönnerschaft — cette maîtrise de la vie — n’est pas une compétence que l’on acquiert par diplômes ou par recettes. Elle est un art subtil, une forme de sagesse incarnée, forgée lentement à travers les épreuves, les joies, les chutes et les recommencements.

Celui qui possède la Lebenskönnerschaft ne cherche pas à tout contrôler, mais sait danser avec l’incertitude, embrasser l’imprévisible, et reconnaître dans chaque instant un lieu possible de vérité. Il ne fuit pas l’absurde, mais le transfigure en sens. Il ne cherche pas la perfection, mais la justesse — dans ses gestes, ses paroles, ses silences.

C’est une virtuosité existentielle, discrète et profonde, comme un art de vivre sans masque, au plus près de soi, au plus proche des autres. Une philosophie vécue, à mi-chemin entre Montaigne, Nietzsche et le stoïcisme, où chaque jour devient une page blanche à habiter pleinement.

Maîtriser sa vie, non pas pour en faire une réussite selon les critères extérieurs, mais pour en faire une œuvre fidèle à son être — voilà peut-être le véritable sens de la Lebenskönnerschaft.

Qu’elle est votre source ?

Après quelques recherches, il apparaît que le terme « Lebenskönnerschaft » a été introduit par le philosophe allemand Gerd B. Achenbach, fondateur de la première pratique philosophique en 1981 . Il utilise ce terme pour décrire une forme de maîtrise de la vie, une compétence pratique et existentielle visant à vivre avec sagesse et authenticité . Ce concept est central dans son ouvrage intitulé « Lebenskönnerschaft », publié en 2001 .


Il me semble que la meilleure trauction de « Lebenskönnerschaft », est « compétences de vie ». Gerd B. Archenbach insiste sur la distinction de « Lebenskönnerschaft » à ne pas confondre avec « art de vivre ».

The aim of the art of life is happiness; Lebenskönnerschaft aims at being

worthy of happiness.

Life-artists shape their lives; the Lebenskönner prove themselves in life. Artists of life win over; the Lebenskönner stands upon what is right.

Artists of life are flexible; the Lebenskönner is upright.

Artists of life attach a meaning to their life; the Lebenskönner lives up to one.

The art of living seeks joy in life; Lebenskönnerschaft seeks to survive a vain, pale and wrongful life.

The one knows to makes virtue out of necessity; the other proves virtue in need.

The art of life flees shadow and seeks light; Lebenskönnerschaft flees twi- light, seeks both light and shadow.

Artists of life give an answer to life’s questions; the Lebenskönner seeks the question to which life is the answer.5

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 3 – La praxis philosophique porte l’insigne de la Lebenskönnerschaft, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 25.

Traduction en français avec DeepL

Le but de l’art de vivre est le bonheur; la Lebenskönnerschaft vise à être digne du bonheur.

Les artistes de la vie façonnent leur vie, les Lebenskönner font leurs preuves dans la vie. Les artistes de la vie séduisent; les Lebenskönner s’en tiennent à ce qui est juste.

Les artistes de la vie sont flexibles; le Lebenskönner est droit.

Les artistes de la vie donnent un sens à leur vie; le Lebenskönner en donne un.

L’art de vivre recherche la joie de vivre; la Lebenskönnerschaft cherche à survivre à une vie vaine, pâle et erronée.

L’un sait faire de la vertu par nécessité, l’autre prouve la vertu par besoin.

L’art de la vie fuit l’ombre et cherche la lumière; Lebenskönnerschaft fuit le crépuscule, cherche à la fois la lumière et l’ombre.

Les artistes de la vie donnent une réponse aux questions de la vie; le Lebenskönner cherche la question à laquelle la vie est la réponse.5

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 3 – La praxis philosophique porte l’insigne de la Lebenskönnerschaft, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 25.

Gerd B. Archenbach consacre le quatrième chapitre de son recueil à la communication sous le titre « La maîtrise de la conversation ». Ce sujet revêt une très grande importance à mes yeux depuis mon adolescence. Je m’inscris dans cette génération croyant que tout problème peut être solutionner avec une meilleure communication. Gerd B. Archenback introduit ce chapitre en ces mots :

Parler de maîtrise de la conversation [Gesprächskönnerschaft], c’est d’abord en introduire l’idée même dans la conversation. En effet, j’entends ici introduire ce terme — calqué sur celui de Lebenskönnerschaft, avec lequel il a un air de famille évident — comme une entrée dans la conversation sur la conversation. Tel est l’objet de l’étude qui suit.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 4 – La maîtrise de la conversation, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 35.

Parler avec aisance ne signifie que l’on sait communiquer et encore moins converser avec l’Autre. Étudier la communication interpersonnelle m’apparaît essentiel dans la philosophie pratique. Gerd B. Archenbach écrit « l’écoute doit être maîtrisée », « elle n’est pas un don naturel ».

L’ÉCOUTE EST L’ÂME DE LA CONVERSATION

Un proverbe allemand dit : « On apprend à parler plus tôt qu’à écouter ». Et, d’ailleurs, à entendre plus tôt qu’à écouter. L’ouïe est un don de la nature; la capacité d’écoute, en revanche, est une ressource dont peu de gens disposent. En effet, elle n’est pas un don naturel, mais doit être cultivée pour devenir une compétence. En d’autres termes, l’écoute doit être maîtrisée, être capable d’écouter [zuhören zu können] est l’essence même de la maîtrise de la conversation.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 4 – La maîtrise de la conversation, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 36.

« Ce qui importe, ajoute Gerd B. Archenbach, c’est de comprendre l’écoute non pas comme une pure passivité ou une simple réception, mais, comme une activité ». Mais encore faut-il en avoir le désir et la volonté.

Gerd B. Archenbach appelle à la prudence « car, pour parler exactement, on ne peut pas savoir comment l’autre se comprend lui-même; même dans le meilleur des cas, c’est plutôt une question de conjecture. »

Pourquoi une telle prudence ? N’y a-t-il pas des tas de théories prêtes à décoder l’être humain ? Certes, mais ne perdons pas de vue qu’au mieux, c’est « L’être humain » que nos théories décodent, et non pas et jamais celui-là même avec lequel nous conversons. Dans tous les cas, ce n’est qu’avec lui que la conversation est possible. On ne peut pas converser avec l’humanité, mais seulement avec un humain.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 4 – La maîtrise de la conversation, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 38.

Gerd B. Archenbach parle de « conversation en quête de conseils » dont il cerne les contours en donnant la parole à Blaise Pascal et à Walter Benjamin.

Quand on veut corriger avec avantage, et faire voir à un autre qu’il se trompe, il faut remarquer de quel côté il regarde la chose, car de ce côté elle est ordinairement vraie, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté où elle est fausse. Il en est satisfait, car il voit qu’il ne s’est pas trompé, et qu’il a seulement manqué de voir tous les côtés.

Blaise Pascal, Pensées. Traduites par W.F. Trotter
(New York : E. P. Dutton, 1958), n° 9.


Ne cherchez pas à dissuader. Quiconque se voit demander son avis ferait bien de commencer par découvrir l’opinion de son interlocuteur, puis de l’approuver. Personne n’est facilement persuadé de la plus grande intelligence d’un autre, et peu de gens demandent des conseils avec l’intention de suivre ceux d’un autre. Le fait est qu’ils ont déjà [pris leur décision dans l’intimité de leur esprit] et qu’ils souhaitent maintenant l’entendre de l’extérieur, l’accepter comme le « conseil » d’un autre. C’est cette confirmation qu’ils recherchent, et ils ont raison de le faire. En effet, il est très risqué d’entreprendre de mettre en œuvre ses propres décisions sans les faire passer par les échanges de la conversation, comme à travers un filtre. C’est pourquoi celui qui demande conseil est déjà à mi-chemin d’une décision; et si ce qu’il projette de faire est une erreur, il vaut mieux lui apporter un soutien sceptique que de le contredire avec conviction.

Walter Benjamin

Légèrement adapté de Walter Benjamin, Selected Writings, vol. 2, part 2, 19311934. Ed. par Michael W. Jennings, Howard Eiland et Gary Smith (Cambridge, MA : Belknap, 1999), 588. Voir la Séquence d’Ibiza, avril-mai 1932. J’ai (le traducteur Michael Picard) dû ajouter les mots « prendre leur décision dans l’intimité de leur propre esprit » pour souligner l’intention de « im Stillen schon gefaßt », une phrase à laquelle Achenbach fait spécifiquement référence plus tard, mais qui n’est pas rendue littéralement dans la traduction existante. Achenbach cite les Gesammelte Schriften, vol. IV/1, 403.

Blaise Pascal et Walter Benjamin cités par : ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 4 – La maîtrise de la conversation, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 41.


P.S.: Nous ajoutons ces références :

La confrontation dans la pratique philosophique de conseil n’a pas sa place : « (…) il vaut mieux lui apporter un soutien sceptique que de le contredire avec conviction » (Walter Benjamin).

Si ces citations de conseils attirent et retiennent mon attention depuis les premières ligne de mon rapport de lecture, c’est en raison de mon expérience avortée de formation au conseil philosophique avec Oscar Brenifier. Je vous réfère donc à mon article « Article # 12 – Fin du chapitre : Oscar Brenifier, philosophe praticien ».

Article # 41
La philothérapie – Un état des lieux
par Serge-André Guay
Observatoire québécois de la philothérapie

8. Un peu de psychothérapie dans la philothérapie

L’histoire révèle un lien étroit entre la psychologie et la philosophie, la première ayant été longtemps considérée comme une branche de la seconde. Malheureu­sement, ce lien est plutôt ténu entre la philothérapie et la psychothérapie. Or, le philothérapeute doit être un fin psychologue lors de la consultation avec son client, non seulement pour établir une relation de confiance et prouver sa bienveillance, mais aussi et surtout pour identifier les biais cognitifs chez son client. Or, rare trouve-t-on en philothérapie une attention portée à ces biais cognitifs, principal obstacle à la logique nécessaire à la quête de sens.

Les chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) écrivent :

Le quatrième aspect est la relation entre la pratique philosophique et d’autres disciplines ou professions d’aide telles que le conseil psychologique et la thérapie. Une mission importante de la pratique philosophique contemporaine au début de son émergence était de remettre en question les présupposés théoriques ainsi que les méthodes et les effets du conseil et de la thérapie psychologiques. La plupart des chercheurs considèrent le conseil philosophique comme une alternative au conseil et à la thérapie psychologiques, visant à fournir aux personnes des conseils pour une vie rationnelle de manière autonome et à éviter l’utilisation de tout moyen psychothérapeutique (Achenbach 1998 ; Marinoff 2002 ; Raabe 2010). Cependant, Russell (2001) soutient qu’il n’y a pas de distinction claire et sans ambiguïté entre le conseil philosophique et la psychothérapie, ne serait-ce qu’en comparant ce que font les conseillers philosophiques et les psychothérapeutes et pourquoi ils le font. Amir (2004) souligne également qu’une partie décisive du conseil philosophique est la connaissance et l’expérience psychologiques pertinentes des conseillers philosophiques ; sinon, les conseillers philosophiques seront très probablement perdus dans leur propre labyrinthe philosophique.

Source : Ding, X.; Yu, F. Philosophical Practice as Spiritual Exercises towards Truth, Wisdom, and Virtue. Religions 2022, 13, 364. https://doi.org/10.3390/rel13040364. Les auteurs : Xiaojun Ding, Department of Philosophy, School of Humanities and Social Sciences, Xi’an Jiaotong University, China. Feng Yu, Department of Psychology, School of Philosophy, Wuhan University, China. Article distributed under the Creative Commons Attribution License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

Le philothérapeute se doit de disposer d’une connaissance psychologique des relations interpersonnelles pour servir adéquatement son client en consultation. Dans leurs propos ci-dessous, le chercheurs Xiaojun Ding (Xi’an Jiaotong University) et Feng Yu (Wuhan University) parle aussi de l’expérience psychologique pertinente des philothérapeutes.

Entreprendre une consultation philosophique exige donc de prendre grand soin de ne pas éveiller les mécanismes de défense du client, plus souvent qu’autrement de nature psychologique. La provocation tout comme la répression des émotions et des justifications poussent ces mécanismes de défense à entrer en action et engendrer des frustrations ne facilitant pas le dialogue.

Source et lire la suite: Article # 41 – La philothérapie – Un état des lieux par Serge-André Guay, Observatoire québécois de la philothérapie.


Le chapitre 5, « La règle du jeu de la praxis philosophique », Gerd B. Archenback nous introduit à son sujet en ces mots :

La praxis philosophique est confrontée à une exigence qui a été étrangère à la philosophie académique : au lieu de présenter aux gens les problèmes de base qui préoccupent le philosophe académique, la praxis philosophique doit se calibrer sur les thèmes, les problèmes et les formulations de questions qui accablent les autres, ceux qui, dans leur besoin, se sont tournés vers la philosophie pour obtenir de l’aide. Ce n’est donc pas la philosophie qui ouvre le bal, mais les questions posées au philosophe.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 5 – La règle du jeu de la praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 51.

Plus loin, Gerd B. Archenbac nous invite a porter attention au philosophe Bertrand Russel et à son livre « Problèmes de la philosophie » et, plus particulièrement au chapitre “La valeur de la philosophie” :

(…) Intitulé « La valeur de la philosophie », ce chapitre (en contradiction louable avec le ton initial, dans lequel nous reconnaissons le pathos de la philosophie fondationnaliste) expose une philosophie si peu prétentieuse, si sceptiquement sage, si vivement orientée vers la vie, qu’il est difficile d’en imaginer une qui soutiendrait mieux les aspirations de la Praxis philosophique.

Sans prétendre examiner le chapitre dans son intégralité, je soulignerai au moins quelques passages particulièrement mémorables, passages que j’admets joyeusement avoir trouvés inspirants. Son tout premier point décrivant l’utilité unique et caractéristique de la philosophie suppose déjà qu’elle est totalement distincte du profit que nous tirons avant tout de la recherche scientifique et technique. La philosophie, affirme-t-il, tire son efficacité, à la différence des autres sciences, « de ses effets sur la vie de ceux qui l’étudient ». 25

____________

NOTE

25. Russell, Problems, 89. Russell conclut : « L’utilité n’appartient pas à la philosophie », bien que, comme nous le verrons plus tard, il parle de “son utilité pour montrer des possibilités insoupçonnées” (91).

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 5 – La règle du jeu de la praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 60.

Il revient donc au philosophe praticien de pouvoir confesser les effets de la philosophie sur sa propre vie, le moment conversationnel venu. Et on parle des effets « sur la vie », non pas seulement en sa conscience, son intellect, son esprit, mais aussi et surtout dans son comportement dans son quotidien. L’invité (le client) doit se trouver en conversasion avec un philosophe, un philosophe lui-même philosophe, un exemple de ce qu’est un vrai philosophe. Il ne suffit pas de philosopher pour être philosophe mais d’ÊTRE philosophe dans son âme et son corps, dans ses idées, certainement, dans son compotement, nécessairement. Et cela dès le premier contact avec l’invité (le client).

Gerd B. Archenbach cite donc un passage du chapitre “La valeur de la philosophie” du livre « Problèmes de la philosophie » de Bertrand Russel :

L’homme qui n’a aucune teinture de philosophie traverse la vie emprisonné dans les préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles de son âge ou de sa nation, et des convictions qui ont grandi dans son esprit sans la coopération ou le consentement de sa raison délibérée. Pour un tel homme, le monde tend à devenir défini, fini, évident; les objets communs ne suscitent aucune question et les possibilités inconnues sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à philosopher, au contraire, nous découvrons que même les choses les plus quotidiennes conduisent à des problèmes auxquels on ne peut donner que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’incapable de nous dire avec certitude quelle est la vraie réponse aux doutes qu’elle soulève, est en mesure de suggérer de nombreuses possibilités qui élargissent notre pensée et la libèrent de la tyrannie de la coutume. Ainsi, tout en diminuant notre sentiment de certitude quant à ce que sont les choses, elle augmente considérablement notre connaissance de ce qu’elles peuvent être; elle supprime le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais voyagé dans la région du doute libérateur, et elle entretient notre sens de l’émerveillement en montrant des choses familières sous un aspect peu familier.27

____________

NOTE

27. Russell, Problèmes, 91.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 5 – La règle du jeu de la praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), pp. 60-61.

Le chapitre 6, « Sur les commencements » traite de l’amorce de la conversation.

Dans la praxis philosophique, ce n’est pas la philosophie qui commence. Dans la praxis philosophique, c’est l’invité qui fait le commencement. Pour illustrer cette relation par une image tirée du jeu d’échecs, je dirais que le visiteur choisit les pièces blanches. C’est-à-dire que celui qui vient à nous commence.

Mais si nous devions penser cela comme une règle, la première chose et l’ouverture ne serait précisément pas le visiteur, mais au début il y aurait la règle, cette direction, ou — pour le dire formellement — le cadre. N’y a-t-il pas là une contradiction ? C’est évident. Mais on peut y remédier.

Je modifie la phrase d’introduction et je dis : Moi, le praticien de la philosophie, je dois faire le début pour que le visiteur puisse commencer. Ou encore : je commence par lui faciliter le début en lui rendant le début possible. Je n’ouvre pas la conversation, mais j’ouvre l’espace qui doit être ouvert à l’invité, afin qu’il puisse à son tour entamer la conversation.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 6 – Sur les commencements, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 65.

Consacrer tout un chapitre aux commencements avec l’invité démontre à quel point il faut l’accueillir avec bienveillance et une solidarité exemplaire.

REMARQUES FINALES

Le commencement ne se fait pas par la compréhension d’un problème. Ce qui est montré au début, c’est plutôt si nous avons compris le problème du début, si, dès le début, nous nous comprenons nous-mêmes. (C’est ce que nous appelons la connaissance de soi [Umgangswissen]).

Le commencement ne se fait pas non plus à partir du problème que l’autre personne est censée avoir. Nous commençons par notre invité, et seulement ensuite, en second lieu, par ses problèmes.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 6 – Sur les commencements, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 78.

L’invité devant vous est d’abord un individu et non pas d’abord le problème qu’il porte à votre attention. La maxime « Vous n’aurez jamais une deuxième chance de faire une bonne première impression » (David Swanson) s’applique en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance. Pour les commencements, le philosophe praticien doit prendre garde de ne pas déclencher les mécanismes de défense de son invité.

Dans le huitième chapitre, « La philosophie comme professions », Gerd B. Archenbach affirme d’entrée de jeu et sans dérour que « Non seulement la praxis philosophique n’est pas une nouvelle thérapie, mais elle n.est absolument pas une thérapie.3 » « (3. Note d’Achenbach : je ne propose ici qu’un court extrait d’une première conférence sur la praxis philosophique que j’ai donnée à l’université d’Osnabrück en 1982. Pour la version complète, voir Gerd B. Achenbach, Zur Einführung der Philosophischen Praxis (Cologne : Dinter, 2010), 147-159.) » Voilà qui m’interroge sur le nom que j’ai donné à cette observatoire « Observatoire de la philothérapie ». Mais le débat au sujet de l’aspect thérapeutique de la philosophie pratique reste ouvert.

Pour le dire brièvement, en une phrase qui, amplifiée philosophiquement, ferait jaillir toute la philosophie de la Praxis philosophique : La praxis philosophique est une conversation libre.

Mais qu’est-ce que cela signifie ? Ou du moins : Qu’est-ce que cela signifie, si une amplification complète de cette affirmation ne peut être réalisée pour le moment ? Cela signifie que la praxis ne s’embarrasse pas de systèmes philosophiques, ne construit pas de philosophie, n’administre pas d’idées philosophiques, ne prescrit pas de philosophe. Elle se contente de mettre la pensée en mouvement : elle philosophe.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 7 – La philosophie comme profession, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 84.

Là, je suis ravi ! Une conversation LIBRE. J’entends OUVERTE, NON DIRIGÉE ! Il ne s’agit d’une conversation sur tout et n’importe quoi pour le défoulement de l’invité et du philosophe praticien.

En journalisme, une seule question est de mise et sera servie en commencement de l’entrevue par l’intervieweur à l’interviewé. Un entretien dit professionnel ne portera donc pas sur tout et n’importe. Quoi, les questions s’enchaineront toujours à partir des réponses données librement.

Évidemment, cette procédure ne s’applique pas à conversion de la philosophie pratique mais il faut ici en retenir un lien avec le dialogue socratique.

Malheureusement, certains philosophes praticiens se lancent dans le dialogue socratique avec une grande violence qui tue toute les possibilités d’une conversation. Personnellement, j’ai eu l’impression, lors d’ateliers tenus en ligne à l’initiative de philosophes praticiens, que ces derniers voulaient prendre en défaut de contradiction chacun des participants, comme s’il était question pour eux de remporter un trophée. Donner une telle impression devrait préoccuper haut plus point le philosophe praticien comme l’obstétricien devrait se préoccuper de la première impression qu’il donne à sa patiente lors de l’accouchement.


L’art du questionneur

François Renaud, professeur, département de philosophie, Université de Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada)

Extrait

Le dialogue, conçu par Socrate lui-même comme un échange entre égaux, apparaît comme un idéal qui n’est pas réalisé dans les dialogues (dits socratiques). Le principe de réciprocité des rapports dialectiques, qui permet à chaque interlocuteur de questionner et de répondre, reste purement formel. En réalité, seul Socrate connaît l’art du questionnement et ses diverses stratégies. Le dialogue socratique constitue d’abord et avant tout un dialogue pédagogique. Le but ultime du dialogue, soit la pleine formation philosophique (et donc la pleine indépendance) de l’interlocuteur n’est jamais atteint: l’interlocuteur reste au stade de l’apprenti, dépendant (et souvent récalcitrant) par rapport au maître (Szlezk 1987). En remplissant les deux rôles à la fois, celui de questionneur et de répondeur, Socrate démontre qu’il peut au besoin se passer de l’interlocuteur malgré ses déclarations contraires à cet effet (cf. 519d7-el). De plus, en formulant et la question et la réponse, Socrate prédétermine les propos de l’autre (cf. Loraux 1998). À cet égard, la méthode de Socrate peut apparaître manipulative, voire autocratique. Certains commentateurs n’hésitent pas à opposer le dialogue socratique à la discussion ouverte et équilibrée, qu’ils associent par exemple à Protagoras (cf. Havelock 1958).

RENAUD, François, (2004), L’art du questionneur (9p), Professeur, Département de philosophie, Université de Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada).


Les intéressés peuvent se référer aux propos de Gerd B, Archenbach au sujet de dialogue socratique au sous titre « OBSTETRIQUES : UN BREF RETOUR SUR SOCRATE » (OBSTETRICS: A BRIEF LOOK BACK AT SOCRATES) au chapitre 4 « La maîtrise de la conversation », page 43.

Le huitième chapitre du receuil de Gard B. Archenbach, « Éducation et praxis philosophique — Søren Kierkegaard et la question de savoir qui est un praticien de la philosophie ». En introduction, il cite Nietzsche et ajoute :

La seule critique possible d’une philosophie, et la seule qui prouve quelque chose, est d’essayer de voir si l’on peut vivre selon cette philosophie, et cela n’a jamais été enseigné dans aucune université. La seule pensée qui y est enseignée est la critique des mots sur les mots.

? Friedrich Nietzsche3

« La question qui se pose à nous4 est de savoir si — et si oui, de quelle manière — la praxis philosophique est une pratique d’éducation [Bildung].

Puisque cette question est posée à Copenhague, nous pourrions tout aussi bien nous interroger sur la relation entre la praxis philosophique et Søren Kierkegaard lui-même. Dans ce contexte, nous pourrions même justifier le titre « Praxis philosophique sur les traces de Søren Kierkegaard », puisque le Danois est certainement appelé à devenir l’une des principales sources d’orientation de notre philosophie pratique, si ce n’est pas déjà le cas. J’ajoute : Pour moi, il compte en effet parmi les plus importants contributeurs et incitateurs d’idées.

____________

NOTES

2. Friedrich Nietzsche, Unfashionable Observations. Dans les Œuvres complètes de Friedrich Nietzsche, II. Traduit par Richard T. Gray (Stanford, CA : Stanford University Press, 1995), 246. Utilisé avec l’autorisation de l’auteur.

3. Le mot allemand Bildung est notoirement impossible à traduire; c’est pourquoi, dans les travaux universitaires, il est parfois laissé sans traduction. Ici, malgré ses limites, le mot « éducation » est utilisé pour Bildung tout au long du texte, à quelques exceptions près, notamment dans les citations de traductions existantes de sources qui utilisent d’autres mots (tels que « culture » ou « image » ou « forme »). Les termes « autoformation », « éducation » ou « enculturation » ont des connotations plus appropriées dans de nombreux contextes, mais la cohérence semblait importante. Ces interprétations alternatives valides montrent clairement ce qui devient évident dans ce chapitre, à savoir que le terme « éducation » ne doit en aucun cas être considéré comme une éducation formelle ou une accréditation. Voir également le chapitre 7 ci-dessus sur la « Praxis philosophique en tant que profession ».

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 8 – Éducation et praxis philosophique, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 89.


P.S.: Nous vous suggérons ces références :


Le neuvième chapitre, « La praxis philosophique et les vertus », Gerd B. Archenbach présente la vertu comme un « art de vivre » dont le philosophe praticien doit lui-même faire l’expérience.

Ainsi, pour résumer ces premières considérations, je dirai que la vertu est un art qui s’acquiert et se développe tout au long de la vie : La vertu, en tant qu’art de vivre acquis tout au long de la vie, est au centre même de la praxis philosophique. Car c’est ce que les visiteurs de la pratique recherchent pour eux-mêmes — le savoir-faire pour bien mener sa vie, ou au moins mieux — que le philosophe-praticien recherche également, si cette recherche ne constitue pas déjà la philosophie en tant que telle dans son plus grand sérieux. Il en est ainsi depuis Socrate. Il en a été ainsi (historiquement à mi-chemin entre Socrate et nous) pour mon ami Michel de Montaigne : « Notre grand et glorieux chef-d’œuvre est de vivre convenablement. Toutes les autres choses — gouverner, amasser, construire — ne sont que de petits appendices et des accessoires, tout au plus ».4 Et, pour citer un témoin contemporain très respecté, il en est encore ainsi aujourd’hui, comme l’atteste avec désinvolture le philosophe Hilary Putman : « la question philosophique centrale est de savoir comment vivre »5.

____________

4. Michel de Montaigne, Les Essais complets de Montaigne, traduits par Donald M. Frame (Standford, Standford University Press, 1958), 851. La citation originale est la traduction allemande de Tietz (Zürich : Diogenes, 1992), vol. 3, 428.

5. Le contexte immédiat est remarquable et contient une qualification, plus précisément une attribution, qu’Achenbach supprime. Putnam écrit : « pour James, comme pour Socrate, la question philosophique centrale est de savoir comment vivre » (italiques dans l’original). Mais le contexte plus large montre clairement que Putnam lui-même approuve le point de vue qu’il attribue ici à d’autres. La suite mérite également d’être citée : « Mais pour James, comme pour Socrate et ses successeurs, l’opposition entre la philosophie qui s’intéresse à la façon de vivre et la philosophie qui s’intéresse à des questions techniques difficiles est une fausse opposition ». Hilary Putnam, Pragmatisme : An open question (Oxford : Blackwell, 1995), 22.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 9 – La praxis philosophique et les vertus, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 104.

Le dixième chapitre pose trois questions en titre : « Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui est important dans la vérité ? Qu’est-ce qui est crucial en fin de compte ? ». Une seule citation s’impose :

Voici donc la thèse selon laquelle l’important n’est pas ce que Socrate a dit aux gens, mais ce qui compte, c’est ce qu’il était lui-même. J’ai affirmé cette thèse afin d’en élucider une autre, à savoir : ce que nous disons à ceux qui viennent nous rendre visite dans notre pratique est secondaire; bien plus crucial est ce que nous avons nous-mêmes « laissé dire ».22

____________

NOTE

22. Il y a une allusion à l’Eingelassenheit; voir chapitre 4.

ARCHENBACH, Gerd B., Philosophical praxis, Chapitre 10 – Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui est important dans la vérité ? Qu’est-ce qui est crucial en fin de compte ?, Lexington Books (An imprint of Rowman & littlefield), p. 119.

Le onzième chapitre, « Caractère et destin – La pratique philosophique a beaucoup à apprendre de Schopenhauer », et le douzième chapitre, « La praxis philosophique comme alternative à la psychothérapie et à la pastorale » ferment la marche proposée par cet ouvrage.


En guise de conclusion de ce rapport de lecture

Les propos du fondateur d’une innovation, en l’occurence ici ceux de Gard B. Archenbach sur la Paxis pilosophique, et dans ce cas sur des dizaines d’années d’expérimentation, offre aux lecteurs de boire à la source une eau pure avant toute autre interprétation et misinterprétation.

Tout ce que j’ai lu dans ce livre, je ne le retrouve pas dans la littérature francophone. Aussi, je me demande si la praxis philosophique dans le monde francophone n’évolue pas dans un ghetto en raison de la barrière de la langue, dans ce cas, celle entre l’allemand et le français. Aujourd’hui, la traduction de l’allemand à anglais d’une douzaine d’interventions de Gerd B. Archenbach, fondateur de la praxis philosophique, ouvre une porte à une plus grande diffusion de son expérience auprès de la population maîtrisant l’anglais.

Pour ma compréhension personnelle et puisque je ne me maîtrise pas l’anglais suffisamment pour en capter toutes nuances, j’ai traduit de l’anglais au français ce recueil de texte avec des logiciels spécialisés, d’où les extraits et les citations traduits dans ce rapport de lecture pour le bénéfice du monde francophone.

Ma lecture de « Philosophical Praxis – Origin, Relations, and Legacy » de Gerd B. Achenbach me donne beaucoup à penser. Il s’agit, pour moi, d’une nouvelle compréhension de la pratique philosophique dans sa version originale.

Mon premier contact avec la pratique philosophique a lieu en l’an 2000 lors de la parution de la traduction de l’anglais au français du livre « Platon, pas Projac ! » de Lou Marinoff. Je comprends alors que la philosophie peut nous aider à mieux vivre en se proposant comme piste de résolution de nos problèmes personnels et professionnel. La découverte m’enchante.

Puis, en 2020, je découvre la « philothérapie » dans la francophonie européenne à de nombreux livres portant en titre cette nouvelle appellation de la philosophie pratique. La théorie exposée dans ces publications me semble presque parfaite. Seules quelques propos soulèveront des appréhensions et seront l’objet de mes critiques, notamment, le copinage avec la psychologie qui sera le sujet de mon deuxième article le 11 octobre 2020.

J’ai déjà une dent contre la psychologie en raison de son manque d’efficacité depuis ma lecture en 1989 du livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » du psychologue américain William Kirk Kilpatrick. On peut imaginer ma réaction à la lecture du livre « Happycratie » en 2018.

Notez que l’appellation « philothérapie » dispraîtra presqu’entièrement de la bibliographie francophone européenne au fil des ans. On ne veut plus associer la pratique philosophique à une « thérapie »; un débat fait rare à savoir si la philosophie possède ou non un aspect thérapeutique.

Ce débat restera et demeure encore aujourd’hui ouvert mais il cédera sa place à une confrontation directe de la pratique philosophique avec le développement personnnel, du moins dans la francophonie européenne :

J’observe que la pratique philosophique dans le monde francophone européen souffre d’un manque de balises parce qu’elle éjecte les émotions de l’invité (le client) et lui manque ainsi de respect.

Mon expérience avec Oscar Brenifier, fondateur de l’Institut de philosophie pratique en France, sera désastreuse.

Mais cet accident ne m’empêche pas de conserver mon intérêt pour la philosophie pratique et je poursuis mes lectures et la publication de mes rapports de lecture.

De temps à autre, je consulte le site web de Gerd B. Archenbach jusqu’au jour, eurêka, j’apprends la publication en anglais de son livre « Philosophical praxis ». Ma lecture de ce recueil de texte me réconcilie avec la philosophie pratique parce qu’il place la personne (l’invité – le client) en priorité avec le plus grand des respects.


Je conseille à tous le livre Philosophical Praxis, Origin, Relations, and Legacy de Gerd B. Achenbach , traduit par Michael Picard, et paru chez Lexington Books – An imprint of The Rowman & Littlefield Punlishing Group, Inc. en 2024. Ce livre mérite cinq étoiles sur cinq.

Acheter ce livre auprès de Rowman & Littlefield Punlishing Group 


Cliquez ici pour acheter ce livre sur le site web leslibraires.ca



Revenir au menu de la page