Article # 209 – La philosophie antique comme soin de l’âme, David Lucas, Le Portique, 14 juin 2007

RÉSUMÉ

La philosophie antique peut être conçue comme soin de l’âme dans la mesure où les passions dont elle nous détourne sont susceptibles de nous faire souffrir. L’antiquité affirme d’une seule voix que l’homme en lequel la raison domine est plus sain que celui qui s’abandonne à la pente naturelle de ses désirs, de sorte qu’il est effectivement possible de parler d’une philosophia medicans. Le bien rationnel promettrait donc finalement davantage de bonheur que le plaisir des sens, avertissement qui raisonne avec une force particulière à l’âge où il est acquis que c’est en « se faisant plaisir » que l’on profite le mieux de la vie.

La raison pratique

La portée thérapeutique de la philosophie est tout d’abord concevable du point de vue des moyens, c’est-à-dire de la dimension pratique et morale de la rationalité. Nous savons que la philosophie consiste en une connaissance rationnelle, mais le lien entre la capacité d’ordonner et la santé n’apparaît clairement que si l’on prend la peine de considérer les deux sens que peut avoir la rationalité, à savoir le sens logique et discursif qui est celui auquel on pense le plus souvent, mais aussi le sens pratique et moral qui nous intéressera plus particulièrement ici. Or bien avant la célèbre formulation kantienne, la philosophie antique entendait déjà clairement cette double dimension de la rationalité3. En tant que connaissance rationnelle, nous sommes souvent portés à oublier que la philosophie ne consiste pas seulement en une démonstration, mais que la raison a également une dimension pratique qui intéresse les actes. De ce point de vue, la philosophie oriente tout autant nos actions qu’elle organise notre pensée, et peut par conséquent consister en cette pratique de santé qu’évoque le sujet de notre étude.

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Référence électronique

David Lucas, « La philosophie antique comme soin de l’âme »Le Portique [En ligne], e-Portique, mis en ligne le 14 juin 2007, consulté le 21 avril 2026. URL : http://journals.openedition.org/leportique/948 ; DOI : https://doi.org/10.4000/leportique.948


David Lucas

David Lucas,  né le 9 décembre 1971 à Rodez (Aveyron), a soutenu une thèse de philosophie sur L’éducation dans l’histoire des idées occidentales, sous la direction de Jean-Paul Resweber (Université de Metz). Il s’intéresse plus particulièrement aux valeurs de l’éducation, et cherche à avérer les attendus philosophiques fondamentaux qui soutiennent nos pratiques pédagogiques. Il a notamment publié : Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie (Le Portique n° 18, 2006), et vient de terminer une Critique philosophique des pédagogies postmodernes, actuellement soumise aux éditeurs.