Article # 372 – « Qu’est-ce qui importe ? Qu’est-ce qui est véritablement important ? Qu’est-ce qui est en dernier ressort décisif ? – Lignes directrices dans la pratique philosophique, Gerd B. Achenbach

Texte de référence

Worauf kommt es an? Was ist wahrhaft wichtig? Was ist letztlich entscheidend? – Leitende Gesichtspunkte in der Philosophischen Praxis

(Vortrag zur Eröffnung des 15. Internationalen Kongresses zur Philosophischen Praxis, Mexiko 2018.)

Gerd B. Achenbach


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Ce document présente le texte original en allemand du discours d’ouverture prononcé par Gerd B. Achenbach lors du 15? Congrès international de pratique philosophique (15. Internationaler Kongress zur Philosophischen Praxis), tenu à Mexico le 25 juin 2018.

Voici une analyse élaborée et structurée des grands thèmes développés dans ce texte, étayée par des citations tirées du document :

1. Contexte et dimension internationale du congrès

Achenbach exprime sa gratitude et sa fierté face au développement de la pratique philosophique à l’échelle mondiale. Il qualifie avec humour et métaphore le rassemblement à Mexico (situé à plus de 2 000 mètres d’altitude) de véritable « sommet » (Gipfeltreffen).

  • Citation : « Die Philosophische Praxis hat sich inzwischen mit Erfolg als international verbindendes Gespräch etabliert. » (« La pratique philosophique s’est entre-temps établie avec succès comme une conversation reliant au niveau international. »)

  • Citation sur les figures disparues : L’auteur rend hommage aux pionniers décédés (notamment Jess Fleming et Shlomit Schuster) en utilisant une image marquante : « Gestattet mir das Bild, die Toten als die Bausteine zu würdigen, aus denen unser Haus errichtet ist. Und die ersten und frühen waren mehr noch, sie waren wie Grundsteine, auf die wir bauten. » (« Permettez-moi cette image d’honorer les morts comme les pierres avec lesquelles notre maison est construite. Et les tout premiers étaient plus encore : ils étaient comme des pierres fondatrices sur lesquelles nous avons bâti. »)

2. Le cœur du sujet : Les trois questions fondamentales de la philosophie

Le discours s’articule autour de trois interrogations cardinales qui guident la pratique philosophique :

  1. Worauf kommt es an? (Qu’est-ce qui importe / compte ?)

  2. Was ist wahrhaft wichtig? (Qu’est-ce qui est véritablement important ?)

  3. Was ist letztlich entscheidend? (Qu’est-ce qui est en dernier ressort décisif ?)

Achenbach soutient que ces questions sont les véritables questions de la philosophie traditionnelle et constituent le cœur de la pratique philosophique.

3. La tradition socratique : Déranger et « sur-exiger » avec respect

S’appuyant sur Socrate, considéré comme le père de la philosophie selon Cicéron, Achenbach rappelle que la philosophie ne consiste pas à s’occuper des choses célestes ou superficielles, mais à s’intéresser aux affaires humaines et éthiques. Cependant, elle n’est pas là pour flatter ou faciliter la vie, mais pour perturber la routine et les fausses certitudes.

  • Citation (sur le rôle dérangeant de la philosophie) : « Philosophie, mit andern Worten, betreibt Sabotage. Und ich setze sogleich hinzu: Eine Philosophie, die dies nicht mehr täte und nicht störte, wäre es nicht wert, beachtet zu werden. » (« La philosophie, en d’autres termes, pratique le sabotage. Et j’ajoute aussitôt : une philosophie qui ne le ferait plus et ne dérangerait pas ne vaudrait pas la peine qu’on lui prête attention. »)

  • Citation de Robert Spaemann : « Sache der Philosophie sei es nicht, die Lösungen leichter, sondern die Aufgaben schwerer zu machen. » (« L’affaire de la philosophie n’est pas de rendre les solutions plus faciles, mais de rendre les tâches plus difficiles. »)

  • Citation de Nicolás Gómez Dávila : « Die kranke Seele gesundet nicht, indem sie an ihren armseligen Konflikte herumlaboriert, sondern indem sie sich in edle Konflikte stürzt. » (« L’âme malade ne guérit pas en bricolant autour de ses misérables conflits, mais en se jetant dans de nobles conflits. »)

4. L’incarnation du philosophe et la critique du simple argument

L’auteur souligne que la force de Socrate face à ses juges ne résidait pas seulement dans ses dialectiques ou ses arguments (qu’il traite parfois d’« ironie » ou de « bricolage »), mais dans sa conviction profonde et son attitude personnelle (Haltung). Le praticien philosophe ne vend pas des théories ou des citations théoriques, mais offre une présence incarnée de la philosophie.

  • Citation de Schopenhauer : « Andere nähren kann man nicht mit unverdauten Abgängen, sondern nur mit der Milch, die aus dem eigenen Blute sich abgesondert hat. » (« On ne peut pas nourrir les autres avec des déchets indigestes, mais seulement avec le lait qui s’est séparé de son propre sang. »)

  • Citation sur le consultant en pratique philosophique : « Wer zu uns in die Philosophische Praxis kommt, sucht keine philosophische Belehrung, sehr wohl allerdings einen philosophisch nachdenklich gewordenen Menschen […] einen philosophisch auferbauten Menschen. » (« Celui qui vient chez nous dans la pratique philosophique ne cherche pas un enseignement philosophique, mais très certainement une personne devenue philosophiquement pensive […] une personne philosophiquement édifiée. »)

  • Citation sur l’incarnation : « Die leitende Frage im Sinne der Philosophischen Praxis ist nicht mehr „Was ist Philosophie?“, sondern die Frage lautet jetzt: „Wer ist Philosoph?“ […] Der Philosoph, den der Gast der Philosophischen Praxis anzutreffen hofft, ist die Philosophie als Institution in einem Fall: ihre „Inkarnation“… » (« La question directoriale au sens de la pratique philosophique n’est plus « Qu’est-ce que la philosophie ? », mais la question est désormais : « Qui est philosophe ? » […] Le philosophe que le visiteur de la pratique philosophique espère rencontrer est la philosophie en tant qu’institution incarnée dans un cas précis : son « incarnation »… »)

Achenbach illustre également cette vaine quête de succès extérieur ou d’approbation superficielle à travers le poème « Immer » de Robert Gernhardt.

5. La tâche pratique : Amener l’hôte à comprendre ce qu’il dit

Pour conclure, Achenbach propose une définition de l’objectif opérationnel de la pratique philosophique en s’inspirant du philosophe Georg Picht.

  • Citation de Georg Picht : « Gebildet ist ein Mensch, wenn er das versteht, was er selber sagt. » (« Un homme est cultivé/éduqué s’il comprend ce qu’il dit lui-même. »)

Selon Achenbach, chaque mot ou phrase prononcé véhicule une profondeur sous-jacente impensée, une histoire et des présupposés idéologiques. Le rôle du praticien est d’aider le consultant à mettre au jour l’esprit cachée derrière ses propres mots.

  • Citation de synthèse : « Es gilt, die Menschen dahin zu bringen, daß sie verstehen, was sie sagen. Das aber beginnt damit, daß sie zu begreifen beginnen, welcher Geist sich hinter (oder: in) ihren Sätzen zu erkennen gibt, sich für sie jedoch zunächst darin verbarg. » (« Il s’agit d’amener les gens à comprendre ce qu’ils disent. Mais cela commence par leur faire appréhender quel esprit se manifeste derrière (ou dans) leurs phrases, tout en restant d’abord caché pour eux. »)

Résumé général

Le texte d’Achenbach constitue un plaidoyer pour une pratique philosophique existentielle, incarnée et exigeante. Au lieu de proposer des recettes faciles ou des théories académiques, le praticien doit être une personne chez qui la philosophie est devenue « chair ». Son but est de susciter chez le consultant le courage de questionner ses valeurs profondes (ce qui importe vraiment) et de prendre conscience du sens implicite de son propre langage.

Ligne directrice / Principe directeur Description / Développement Références / Citations du texte
1. Le questionnement sur ce qui compte vraiment La pratique philosophique vise à extraire l’individu des banalités et de la routine du quotidien pour le confronter aux interrogations fondamentales : Qu’est-ce qui importe ? Qu’est-ce qui est vraiment important ? Qu’est-ce qui est décisif en dernier ressort ? Socratique ; Cicéron ; Nicolás Gómez Dávila (« se jeter dans de nobles conflits »)
2. Le « sabotage » des certitudes et le dérangement La philosophie n’a pas pour rôle de faciliter la vie ou d’apporter des solutions de confort, mais de rendre les tâches plus exigeantes et de bousculer les habitudes établies. Robert Spaemann (« rendre les tâches plus difficiles »)
3. L’incarnation du philosophe (Haltung) Le praticien n’agit pas en tant que représentant ou porte-parole d’une école de pensée académique. La philosophie doit être « faite chair » en lui ; c’est son attitude personnelle, son intégrité et sa posture éthique qui agissent. Socrate devant ses juges ; Schopenhauer (« le lait tiré de son propre sang ») ; Søren Kierkegaard
4. Primauté de l’être sur le paraître et l’avoir Inspirée de la tradition socratique et des évangiles, la pratique aide à se défaire de la recherche obsessionnelle du succès extérieur, du pouvoir ou de la réputation pour se concentrer sur l’exigence morale (mieux vaut subir l’injustice que la commettre). Socrate (Apologie, Gorgias) ; Évangile (Parabole du riche laboureur) ; Poème de Robert Gernhardt
5. L’élucidation du langage : comprendre ce que l’on dit L’objectif pratique ultime est de rendre le consultant conscient de l’esprit caché et des présupposés historiques ou philosophiques véhiculés par ses propres paroles et jugements. Georg Picht (« Est cultivé celui qui comprend ce qu’il dit lui-même »)

Voir aussi

Georg Picht et le Birklehof. Une introduction à la pensée pédagogique de Picht

Voici une traduction française fidèle et poétique du poème Immer (Toujours) de Robert Gernhardt (tel qu’il est cité dans la conférence de Gerd B. Achenbach) :

Toujours (Immer)

Toujours un plus agile que toi
Tu rampes
Il marche
Tu marches
Il court
Tu cours
Il vole :
Toujours un encore plus agile.
Toujours un plus doué que toi
Tu lis
Il apprend
Tu apprends
Il cherche
Tu cherches
Il trouve :
Toujours un encore plus doué.
Toujours un plus célèbre que toi
Tu es dans le journal
Il est dans le dictionnaire
Tu es dans le dictionnaire
Il est dans les annales
Tu es dans les annales
Il est sur le piédestal :
Toujours un encore plus célèbre.
Toujours un plus fortuné que toi
On parle de toi
On le lit
On te lit
On le dévore
Tu es estimé
Il est acheté :
Toujours un encore plus fortuné.
Toujours un plus aimé que toi
Tu es loué
Il est aimé
Tu es honoré
Il est vénéré
On est à tes pieds
On le porte sur les mains :
Toujours un encore plus aimé.
Toujours un meilleur que toi
Tu es souffrant
Il est alité
Tu meurs
Il trépasse
Tu es jugé
Il est sauvé :
Toujours un encore meilleur.
Toujours
Toujours
Toujours.

Voici les références et ressources en ligne pour Arthur Schopenhauer et Søren Kierkegaard telles qu’évoquées par Gerd B. Achenbach dans sa conférence :

1. Arthur Schopenhauer (« Le lait tiré de son propre sang »)

  • Citation originale en allemand :
    « Andere nähren kann man nicht mit unverdauten Abgängen, sondern nur mit der Milch, die aus dem eigenen Blute sich abgesondert hat. »
    (« On ne peut pas nourrir les autres avec des déchets indigestes, mais seulement avec le lait qui s’est séparé de son propre sang. »)
  • Contexte & Utilisation :
    Schopenhauer emploie cette métaphore de la digestion et du lait pour signifier qu’un philosophe ne peut pas transmettre une véritable pensée en se contentant de répéter des concepts appris ou récités (des « déchets indigestes »), mais uniquement à partir d’une pensée assimilée, incarnée et devenue sa propre substance vivante.
  • Références web :

2. Søren Kierkegaard (L’édification / « Auferbauung »)

  • Contexte dans la conférence :
    Achenbach fait référence aux Discours édifiants (Erbauliche Reden / Upbuilding Discourses) de Kierkegaard pour définir le rôle du praticien philosophe : celui-ci ne doit pas être un maître dispensant un enseignement académique, mais une personne « philosophiquement édifiée » (auferbaut / upbuilding philosopher).
  • Références web :

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