Cabinet « Connais-toi toi-même » : Introduction au projet

Sommaire

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Introduction

L’idée de concevoir une nouvelle approche de la consultation philosophique répond à un question : « Comment exploiter mon vécu et mon expertise dans le cadre d’une relation d’aide fondée sur le dialogue » ?

La lumière entre par les failles

Âgé d’une quinzaine d’années et élevé dans une famille politisée où chacun se donne raison selon son option, une phrase prononcée par un animateur à la radio engendrera une nouvelle expérience de prise de conscience. Cette phrase simple caractérisée par sa clarté se lit comme suit : « La lumière entre par les failles ». Ainsi, ai-je conclu, une personne qui se donne constamment raison vit dans un système sans faille, sans lumière pour l’éclairer. À cette époque je croyais acquérir le pouvoir de me donner raison envers et contre tous dès l’âge adulte. Or, j’ai complètement changé d’avis. Depuis, je répète à qui veut bien l’entendre « Si vous avez une meilleure idée que la mienne, donner la moi au plus tôt car je n’ai pas de temps à perdre dans une mauvaise direction ». J’ai donc fait du doute la pierre angulaire de mon système de penser dès mon adolescence. Bref, la faille permettant à la lumière d’entrer, c’est le doute.

J’ai basé la confiance en moi sur ma capacité à douter. Tant et aussi longtemps que je doute, je suis éclairé et, ce faisant, je peux prendre du recul face à ce que je pense plutôt que de m’enfermer à double tour dans mes opinions et mes croyances.

La connaissance se bâtit sur la destruction du déjà-su

Une autre prise de conscience étonnante m’a conduit à remonter à l’origine de mes pensées, au sien même mon système de penser, pour en relever les erreurs ? Dans la trentaine, je me suis donc concentré sur comment nous pensons, comment nous acquérons des connaissances, qu’est-ce qu’une connaissance… J’ai trouvé plusieurs théories et réponses à mon questionnement. Et chacune d’elle m’étonnait, notamment, celle concernant le bénéfice du doute et la certitude. La connaissance, en science, se bâtit sur la destruction du déjà-su. Une connaissance scientifique la plus scientifique n’est certaine que le temps qu’une autre vienne la remettre en question et la détrôner. Bref, le bénéfice du doute, c’est la certitude et cette dernière tiendra tant et aussi longtemps qu’une autre impose un doute. J’ai importé la méthode scientifique dans ma vie comme un exemple à suivre au sein de mon système de pensée. Ce n’est pas compliqué : il s’agit de ne rien tenir pour acquis définitivement en laissant planer un doute, l’ombre d’un doute ou, si vous préférez, la possibilité d’une faille à la fois dans mon système de penser et dans mes opinions et mes croyances.

Juger objectivement, réagir subjectivement

À la mi-trentaine, un passage dans un livre m’étonnera par sa connaissance de notre comportement face à l’information. Sommes-nous objectifs ou subjectifs ?

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

Source : CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82

Ainsi, l’objet mobilisant mon intérêt pour les informations objectives s’éveille que si cette dernière m’appelle subjectivement. « Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement. » En m’attardant davantage les sujets même d’une information, je découvre ma subjectivité. La question est simple : « Pourquoi cette information a-t-elle retenu mon attention ? » Je relève les sujets auxquels je suis sensible et je peux ainsi mettre en relief mon schéma de référence. Bref, à l’origine, je me demande pourquoi telle ou telles information attire et captive mon attention.

La raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions[1]

Pendant que certains courants nous recommande de contrôler nos émotions afin de prendre des décisions rationnelle, le professeur de psychologie, de neurosciences et de philosophie à l’Université de Californie du Sud (USC), Antonio Damasio, démontrent que la raison n’est rien sans les émotions. Je découvre l’apport des émotions dans mes prises de décision que je ne peux plus ainsi les qualifier de purement rationnelles. Par exemple, si la prise de décision se bute à de très nombreuses options dont l’analyse nous finit par nous paralyser, il faut laisser entrer une intuition émotive pour arrêter un choix et ainsi céder au coup de cœur. La question est simple : « Avec laquelle de mes analyses des différente options suis-je le plus à mon aise ? »

Intelligence émotionnelle

Je prends connaissance de cet apport des émotions à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle – Comment transformer ses émotions en intelligence de Daniel Goleman[2], journaliste au New York Times. Malheureusement, le concept d’intelligence émotionnelle popularisé par ce diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, sera vite galvaudé par les charlatans du bien-être. Ce livre contribuera à une nouvelle prise de conscience concentrée sur le manque flagrant d’intelligence émotionnelle engendrant plusieurs problèmes de comportement au sein de notre société. Je dois désormais identifier clairement l’état émotionnel de mon interlocuteur avant même d’entreprendre notre échange. Il faut, nous dit-on, savoir lire les émotions sur le visage de notre interlocuteur, pour discerner l’état émotionnelle dans lequel il se trouve et en tenir compte dans notre discussion.

Les biais cognitifs

En mettant la main sur le livre Être bien dans sa peau de David D. Burns,[3], Être bien dans sa peau (Héritage, 2005), je découvre une liste de dix biais cognitifs et je me dois d’avouer que je coche toutes cases, à ma grande déception. Avant David D. Burns, la thérapie était souvent perçue comme un processus long et mystérieux. Avec Être bien dans sa peau, il a rendu les outils de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) accessibles au grand public. Son message est simple : nos pensées créent nos émotions. Si nous apprenons à corriger nos pensées déformées, nous pouvons modifier notre état émotionnel.


Définition des distorsions cognitives selon M. D. David D. Burns dans son livre Être bien dans sa peau

1. Les pensées « tout ou rien ». Je fais ici allusion à votre tendance à enfermer vos qualités personnelles dans des catégories extrêmes, blanches ou noires. Par exemple, un éminent homme politique m’a dit un jour: « je n’ai pas réussi à être élu gouverneur. Je suis un zéro. » Un étudiant « abonné » aux A, qui obtint un jour un B à un examen conclut: « maintenant, je sais que je suis un raté ». Ces modes de pensée extrémistes sont à la base du perfectionnisme. Elle vous conduisent à craindre toute erreur ou imperfection, lesquelles vous inciteront à vous considérer comme un perdant, un incapable, un déchet. Cependant, cette vision des choses n’est pas réaliste car la vie est rarement blanche ou noire. Par exemple, personne n’est entièrement génial ou entièrement stupide. Personne n’est entièrement beau ou entièrement laid. Regardez le sol de la pièce dans laquelle vous êtes assis. Est-il parfaitement propre ? Chaque pouce carré est-il recouvert d’une épaisse couche de saleté et de poussière ? Ou bien est-il partiellement propre ? L’absolu n’existe pas dans notre univers. Si vous essayez de faire entrer de force vos expériences dans des catégories absolues, vous demeurerez constamment déprimé car vos perceptions ne seront jamais conformes à la réalité. Vous finirez par vous discréditer perpétuellement car quoi que vous ferez, vous ne parviendrez jamais à la hauteur de vos espérances exagérées. Le nom technique de cette erreur de perception est « pensée dichotomique ». Vous voyez tout en noir ou en blanc. Aucune nuance de gris n’existe pour vous.

2. La généralisation excessive. Lorsque j’avais onze ans, j’achetai un paquet de cartes truquées à la Foire de l’Arizona. Il s’agit du jeu Svengali. Peut-être avez-vous été témoin de cette illusion, simple mais impressionnante. Je vous tends le jeu de cartes. Vous constatez que chaque carte est différente des autres. Vous en choisissez une au hasard. Mettons qu’il s’agisse du valet de pique. Sans me dire quelle carte vous avez tirée, vous la replacez dans le jeu. Alors je m’exclame : « Svengali ! » Puis je retourne le jeu qui ne contient plus que des valets de pique. Lorsque vous généralisez à outrance, vous concrétisez mentalement l’illusion créée par le Svengali. Vous concluez arbitrairement que quelque chose qui vous est arrivé vous arrivera toute votre vie, se multipliera comme le valet de pique. Étant donné que cet événement est invariablement déplaisant, vous finissez par vous sentir déprimé. Un voyageur de commerce remarqua un jour de la fiente d’oiseau sur son pare-brise et pensa: « voilà bien ma chance! Les oiseaux viennent toujours faire leurs besoins sur mon pare-brise! » Exemple parfait de généralisation excessive car lorsque je l’interrogeai là-dessus, il m’avoua qu’en vingt ans de voyages en automobile il ne se souvenait pas d’avoir découvert de la fiente d’oiseau sur sa glace, si l’on excepte cette fois-là. La douleur du rejet est presque entièrement engendrée par une généralisation excessive. En son absence, un affront personnel n’est qu’un moment désagréable à passer. Il n’a aucun caractère permanent. Un jeune homme timide, rassemblant tout son courage, invita une jeune fille. Lorsqu’elle refusa poliment, expliquant qu’elle était déjà prise ce jour-là, il se dit : « je n’arriverai jamais à sortir avec une fille. Aucune n’acceptera un rendez-vous avec moi. Je serai malheureux et solitaire toute ma vie. » Sa cognition faussée lui fit conclure que parce qu’une fille avait refusé une fois de sortir avec lui, elle refuserait toutes les autres fois et, puisque nous savons tous que les goûts des femmes sont tous les mêmes, il passerait sa vie à être systématiquement rejeté par toutes les femmes acceptables qui peuplaient la Terre. Svengali !

3. Le filtre mental. Vous recueillez un détail négatif dans une situation quelconque et vous vous y attardez, percevant donc l’ensemble de la situation comme négatif. Par exemple, une étudiante déprimée entendit d’autres étudiantes se moquer de sa meilleure amie. Elle en fut outragée parce qu’elle pensa : « C’est bien la race humaine! Cruelle et insensible ! » Elle négligea complètement le fait qu’au cours des derniers mois un nombre infime, voire nul, de gens s’était montré cruel et insensible avec elle. À une autre occasion, après avoir présenté son dernier examen de mi-session, elle fut convaincue qu’elle avait donné une mauvaise réponse à 17 questions sur 100. Obsédée par ces 17 malheureuses questions, elle finit par conclure qu’il ne lui restait plus qu’à abandonner les études universitaires. Pourtant, lorsqu’elle récupéra son examen, une petite note était attachée à la copie : « Vous avec correctement répondu à 83 questions sur 100. C’est de loin le meilleur résultat obtenu par un étudiant cette année. A+ ». Lorsque vous êtes déprimé, vous portez une paire de lunettes dont les filtres spéciaux recueillent tout élément positif avant de le rejeter. Seuls les éléments négatifs jouissent du droit d’accès. Comme vous n’êtes pas conscient de ce processus de filtrage, vous en concluez que tout est négatif. Le nom technique de ce phénomène est « abstraction sélective ». C’est une mauvaise habitude qui peut provoquer bien des angoisses inutiles.

4. La disqualification du positif. Une illusion mentale encore plus spectaculaire est la tendance persistante de certains individus déprimés à transformer des expériences neutres ou même positives en expériences négatives. Le patient ne se contente plus d’ignorer les expériences positives, il les transforme très habilement en événements tout à fait cauchemardesques. C’est ce que j’appelle « l’alchimie inversée ». Les alchimistes médiévaux rêvaient de découvrir le processus de transmutation des métaux vulgaires en or. Lorsque vous êtes déprimé, vous risquez d’acquérir la faculté de faire exactement le contraire: vous transformez instantanément un bonheur éblouissant en un morceau de plomb. Bien entendu, rien de tout cela n’est intentionnel. Vous n’êtes probablement pas conscient du mal que vous vous faites.

Un exemple quotidien de cette distorsion est la manière dont nous avons été conditionnés à réagir face aux compliments. Lorsque quelqu’un loue votre apparence ou votre travail votre réaction spontanée sera sans doute: « Oh! c’est juste pour me faire plaisir ! » D’un coup de matraque bien placé, vous éliminez mentalement le compliment. Ou alors, vous retournez la politesse en protestant : « Vous savez, c’était vraiment facile ». Si vous passez votre temps à déverser de l’eau froide sur tout ce qui peut vous arriver d’agréable, quoi d’étonnant que la vie vous paraisse humide et glacée !

La disqualification du positif est l’une des formes les plus destructrices de la distorsion cognitive. Vous ressemblez alors à un savant occupé à rechercher des preuves pour étayer à tout prix une hypothèse chère à son cœur. L’hypothèse qui domine votre pensée dépressive est en général une version quelconque de « je ne vaux pas grand-chose ». Lorsque vous vivez une expérience négative, vous retournez le couteau dans la plaie en concluant : « voilà qui prouve ce que j’ai toujours pensé ». Au contraire, lorsque vous vivez une expérience positive, vous vous dites : « C’était par hasard, ça ne compte pas ». Le prix que vous payez pour entretenir cette tendance est un désespoir intense et une incapacité de jouir des choses agréables qui vous arrivent. Bien que ce type de distorsion cognitive soit très commun, il forme également la base de l’un des types les plus extrêmes et les plus persistants de dépression. Par exemple, une femme hospitalisée pendant un accès de dépression profonde m’a dit un jour : « Personne ne peut vraiment m’aimer, parce que je suis quelqu’un d’horrible. Je suis totalement seule. Je ne compte pour personne. » Lorsqu’elle sortit de l’hôpital, de nombreux patients et membres du personnel exprimèrent leur amitié pour elle. Devinerez-vous comment elle a réussi à disqualifier complètement cette expérience positive ? « Ils ne comptent pas parce qu’ils ne me voient pas dans la vie de tous les jours. Une personne réelle, à l’extérieur de l’hôpital, ne peut pas m’aimer. » Je lui demandai alors comment elle expliquait le nombre d’amis et de parents qui s’inquiétaient de son état. « Ils ne comptent pas, ils ne me connaissent pas sous mon vrai jour. Vous savez, Dr Burns, à l’intérieur de moi-même, je suis complètement pourrie. Je suis la personne la plus horrible qui soit au monde. Il est absolument impossible que quelqu’un m’aime vraiment pendant plus d’une seconde. » En disqualifiant les expériences positives de cette manière, elle parvenait à conserver une croyance négative qui était, évidemment, sans réalisme et ne correspondait guère à sa vie de tous les jours.

Bien que votre pensée négative ne soit probablement pas aussi extrême, il est fort possible que, plusieurs fois par jour, vous ignoriez des choses véritablement positives qui vous sont arrivées. Ainsi, vous dépouillez votre vie d’une grande richesse en lui donnant inutilement un caractère morose.

5. Les conclusions hâtives. Vous tirez trop rapidement une conclusion négative que les faits ne justifient pas. Voici deux exemples de cette distorsion : la « lecture des pensées d’autrui » et l’« erreur du diseur de bonne aventure ».

a) LA LECTURE DES PENSÉES D’AUTRUI. Vous prenez comme hypothèse que les gens vous méprisent et vous êtes si convaincu qu’elle est justifiée que vous ne prenez même pas la peine de procéder à une vérification. Par exemple, lorsque vous êtes en train de prononcer une excellente allocution, vous finissez par remarquer un individu qui somnole au premier rang. Il a fait la bringue toute la nuit mais, bien entendu, vous l’ignorez. Vous pensez alors : « Mon auditoire me trouve ennuyeux à mourir ». Ou supposons qu’un ami vous croise dans la rue sans vous saluer parce qu’il est perdu dans ses pensées et ne vous a pas vu. Vous conclurez à tort : « Il m’ignore, c’est parce qu’il ne me considère plus comme son ami. ». Imaginez que votre conjoint se montre taciturne un soir parce qu’il a dû subir des reproches au travail et se sent trop soucieux pour en discuter. Tout s’écroule autour de vous car, en raison de votre interprétation de son silence, vous croyez qu’il « est en colère contre moi. Mais qu’ai-je donc fait de mal ? »

Vous pouvez répondre à ces réactions négatives imaginaires par la retraite ou la contre-attaque. Cette attitude défaitiste vous permet alors de justifier vos appréhensions puisqu’elle finit par établir une interaction négative là où s’épanouissait une relation tout à fait positive.

b) L’ERREUR DE PRÉVISION. Vous la commettez quand vous faites comme si vous aviez devant vous une boule de cristal qui ne vous annoncerait que des malheurs. Vous vous imaginez que quelque chose de terrible est à la veille de vous arriver et vous faites de cette prédiction un fait, même si elle a peu de chances de se réaliser. Pendant ses crises d’anxiété, une bibliothécaire d’école ne cessait de se répéter: « Je vais m’évanouir. Je vais devenir folle. » Ces prévisions n’étaient pas fondées sur des réalités puisque, jusque-là, elle n’avait jamais perdu connaissance (ni la raison !) et elle ne présentait aucun symptôme qui pût porter à croire qu’elle fût à la veille de devenir folle. Au cours d’une séance de thérapie, un médecin extrêmement déprimé m’expliquait ainsi pourquoi il avait décidé de cesser de pratiquer: « Je dois faire face à la réalité. Je vais me sentir misérable jusqu’à la fin de mes jours et je suis absolument persuadé que ce traitement, comme tous les autres qu’on pourrait me proposer, ne pourra rien y changer. » Le sombre pronostic qu’il faisait au sujet de sa maladie lui faisait perdre tout espoir. Une réduction de ses symptômes, peu après le début de la thérapie, prouva combien il se trompait dans ses prédictions.

Ne vous est-il jamais arrivé de conclure à la légère comme cela ? Supposons que vous téléphoniez à un ami qui ne vous retourne pas votre appel dans un délai raisonnable. Vous vous dites qu’il a probablement reçu votre message et qu’il ne s’est pas donné la peine de vous rappeler, ce qui vous vexe. De quel genre de distorsion s’agit-il? Vous avez fait de l’interprétation et, comme vous lui en voulez, vous décidez de ne pas le rappeler pour vous en assurer, car vous vous dites : « Il va trouver que je l’importune si je le rappelle et je vais me rendre ridicule. » Parce que vous entretenez de telles pensées (l’erreur de prévision), vous évitez votre ami et vous sentez diminué. Trois semaines plus tard, vous apprenez que votre ami n’a jamais reçu votre message. Toutes ces idées noires que vous avez ruminées n’étaient, en fin de compte, que le fruit d’un scénario usé que vous aviez vous-même créé. Un autre produit maléfique de votre imagination !.

6. L’exagération et la minimisation. Un autre piège dans lequel votre imagination peut vous faire tomber est celui de l’exagération ou de la minimisation des événements, ce que je compare à l’utilisation d’une lorgnette qui fait que les choses nous apparaissent beaucoup plus grosses ou plus petites que nature, selon le bout de la lorgnette par lequel on les regarde. L’exagération se produit généralement quand on considère ses propres erreurs, craintes ou imperfections en leur accordant une importance démesurée: « Mon Dieu! Je me suis trompé. C’est terrible ! C’est effroyable! Le monde entier va le savoir ! Je vais être déshonoré ! » Vous voyez vos imperfections par le bout de la lorgnette qui les fait paraître gigantesques et grotesques. C’est ce qu’on appelle « dramatiser » : on prend un événement désagréable, mais banal, et on en fait quelque chose d’extraordinaire, de cauchemardesque.

Quand vous considérez vos points forts, il se peut que vous fassiez le contraire, que vous les regardiez par le gros bout de la lorgnette et qu’ils vous apparaissent minuscules et sans importance. Si vous exagérez l’importance de vos imperfections et minimisez celle de vos points forts, vous ne pouvez faire autrement que vous sentir inférieur aux autres. Mais le problème, ce n’est pas vous, c’est la lorgnette que vous utilisez pour vous regardez !.

7. Les raisonnements émotifs. Vous vous servez de vos sentiments comme s’il s’agissait de preuves. Vous raisonnez ainsi : « J’ai l’impression d’être un raté, donc je suis un raté. » Cette façon de raisonner peut vous induire en erreur parce que vos sentiments sont à l’image de vos pensées et de vos convictions. Si elles ne correspondent pas exactement à la réalité – ce qui est souvent le cas -, vos sentiments ne vaudront rien comme preuve. Comme exemples de raisonnements émotifs, on pourrait donner aussi : « Je me sens coupable. J’ai donc dû faire quelque chose de mal. » « Je me sens dépassé par les événements et désespéré. Mes problèmes doivent donc être impossible à résoudre. » « Je ne me sens pas de taille à affronter une situation. Je suis donc un minable. » « J’ai du vague à l’âme et je n’ai pas le goût de rien faire aujourd’hui. Je suis donc aussi bien de rester au lit. » « Je suis fâché contre vous. Cela prouve que vous vous êtes mal conduit avec moi, que vous avez cherché à abuser de moi. ».

Les raisonnements émotifs jouent un rôle dans pratiquement toutes les dépressions. Parce que vous réagissez de façon tellement négative à la réalité, vous en déduisez qu’elle l’est vraiment. Il ne vous vient pas à l’idée de remettre en question la validité des perceptions à l’origine de vos sentiments.

Le raisonnement émotif mène usuellement à la temporisation. Vous ne classez pas les papiers qui encombrent votre bureau, car vous vous dites : « Je me sens si découragé quand je vois tous ces papiers sur mon bureau. Il est vraiment impossible de faire un ménage dans ce fouillis. » Et pourtant, six mois plus tard, vous faites un petit effort et vous en venez à bout. Finalement, ce n’était pas si difficile, et vous êtes assez fier de vous. Pendant tout ce temps, vous vous méprenniez sur votre compte parce que vous avez l’habitude de laisser vos sentiments négatifs déterminer votre comportement.

8. Les « dois » et les « devrais ». Vous essayez de vous motiver en vous disant: « Je devrais faire ceci » ou « Je dois faire cela ». En vous forçant ainsi à l’action, vous vous sentez bousculé, ce qui vous indispose, et, paradoxalement, cela vous rend apathique et vous fait perdre votre motivation. Albert Ellis appelle « musturbation » (« must » signifiant « devoir ») cette façon d’aborder les problèmes de la vie de tous les jours; je l’appelle « l’approche des dois et des devrais ».

Quand on s’attend à ce que les autres aient la même attitude à notre égard, on est généralement déçu. Ainsi, lorsqu’un imprévu me fit arriver cinq minutes en retard à une première séance de thérapie, ma nouvelle patiente se dit : « Il ne devrait pas être si égocentrique et indifférent. Il devrait arriver à l’heure. » Cela la rendit morose et de mauvaise humeur.

Les « dois » et les « devrais » sont à l’origine de bien des crises émotives inutiles dans votre vie quotidienne. Quand votre propre conduite n’atteint pas le niveau d’excellence que vous vous êtes fixé, vous vous sentez humilié et coupable et dégoûté de vous-même. Et quand la conduite des autres à votre égard n’est pas celle que vous aimeriez qu’elle soit – ce qui ne peut pas ne pas se produire de temps à autre, car ce sont des êtres humains, tout comme vous -, vous ressentez un sentiment d’amertume et d’être la seule personne à se conduire comme il se doit. Si vous ne modifiez pas vos attentes pour qu’elles se conforment à la réalité, le comportement humain vous décevra toujours. Si vous vous reconnaissez comme une de ces personnes qui ont la mauvaise habitude des « dois » et des « devrais », vous trouverez plusieurs recettes pour vous en débarrasser dans les chapitres sur la culpabilité et la colère.

9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage. Vous accoler une étiquette revient à vous former, à partir de vos erreurs, une image toute noire de vous-même. C’est un exemple extrême de généralisation indue, basée sur cette vision des choses : « On reconnaît un homme aux fautes qu’il fait ». Il y a de fortes chances que vous soyez en train de vous accoler une étiquette dès que vous décrivez les erreurs que vous commettez à l’aide de phrases qui commencent par: « Je suis un… » Par exemple, lorsque vous dites, en jouant au golf, quand vous manquez un coup : « Je suis un perdant-né », au lieu de: « J’ai raté mon dix-huitième trou. » Ou quand vous dites : « Je suis un raté », au lieu de: « J’ai fait une erreur », lorsque la cote de vos actions en bourse baisse au lieu de monter.

S’accoler des étiquettes est non seulement contraire à notre intérêt, c’est de plus irrationnel. Tout votre être ne peut pas être assimilé à une des choses que vous faites. Votre vie est formée d’un ensemble complexe de pensées, de sentiments et d’actions en perpétuel changement. En d’autres termes, vous ressemblez plus à une rivière qu’à une statue. Cessez de chercher à vous décrire à l’aide d’étiquettes négatives; elles sont excessivement simplistes et ne correspondent pas à la réalité. Vous décririez-vous exclusivement par l’étiquette « mangeur », tout simplement parce que vous mangez, ou par l’étiquette « respireur », tout simplement parce que vous respirez? Cela n’a pas de sens, mais ce sont des insanités de ce type qui vous font mal quand vous vous appliquez des étiquettes à partir du sentiment que vous avez de vos imperfections.

Quand vous étiquetez les autres, vous ne pouvez que vous attirer de l’antipathie de leur part. Un exemple courant est celui du patron qui qualifie de « garce entêtée » sa secrétaire à qui il arrive d’être irritable. Parce qu’il lui a accolé cette étiquette, il est plein de ressentiment à son égard et il ne rate pas une occasion de la critiquer. Quant à elle, elle l’a classé parmi les « mâles chauvins et insensibles » et elle se plaint de lui chaque fois qu’elle le peut. Ils sont donc constamment à couteaux tirés, mettant en exergue la moindre faiblesse ou imperfection de l’autre pour montrer jusqu’à quel point c’est une personne indigne.

On fait une erreur d’étiquetage quand on décrit quelque chose avec des mots inexacts et émotivement chargés de sens. Par exemple, une femme, au régime, qui se dit, après avoir mangé une coupe de crème glacée : « Je n’aurais pas dû. C’est dégoûtant. C’est répugnant. Je mange comme une cochonne. » Ces pensées peuvent la troubler à un point tel qu’elle engloutira tout ce qui reste du contenant de crème glacée !.

10. La personnalisation. C’est l’origine du sentiment de culpabilité ! Cette distorsion vous fait assumer la responsabilité d’événements négatifs dont vous n’êtes nullement la cause. Vous décidez arbitrairement que ce qui vient de se produire est de votre faute, même si vous n’en êtes pas responsable. Par exemple, je me suis senti coupable quand une patiente n’a pas fait un exercice de développement de l’autonomie que je lui avais suggéré, car je me disais : « Je dois être un bien mauvais thérapeute. Je suis responsable du fait qu’elle ne fait pas plus d’efforts pour s’aider elle-même. C’est à moi qu’il revient de voir à ce qu’elle prenne du mieux. » En lisant le bulletin de son enfant, une mère y trouva une note de son professeur l’avisant que son enfant ne travaillait pas bien à l’école. Elle en conclut immédiatement : « Je dois être une mauvaise mère. Voilà la preuve de mon échec. »

Le sentiment de culpabilité qui résulte de la personnalisation fait de vous un infirme: vous êtes écrasé et paralysé par un sentiment de responsabilité qui vous fait porter sur vos épaules les problèmes du monde entier. Vous ne voyez pas la différence entre influencer les autres et les diriger. En tant que professeur, conseiller, parent, médecin, vendeur ou cadre, vous devez certainement influencer le comportement des personnes avec lesquelles vous entrez en contact, mais on ne peut raisonnablement pas s’attendre à ce que vous le dirigiez totalement. En dernière analyse, c’est l’autre personne qui est responsable de son propre comportement, pas vous. Plus loin, dans ce livre, on discutera de méthodes qui pourraient vous aider à vous débarrasser de votre propension à personnaliser et à ramener votre sens des responsabilités à des dimensions plus conformes à la réalité et plus à votre mesure.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 46-54.


Liste de biais cognitifs

1. LE TOUT-OU-RIEN: votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.

2. LA GÉNÉRALISATION À OUTRANCE: un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

3. LE FILTRE: vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

4. LE REJET DU POSITIF : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

5. LES CONCLUSIONS HATIVES: vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

a) L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.

b) L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

6. L’EXAGÉRATION (LA DRAMATISATION) ET LA MINIMISATION: vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

7. LES RAISONNEMENTS ÉMOTIFS : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc évidemment correspondre à une réalité. »

8. LES « DOIS » ET LES « DEVRAIS » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais » ou des « je ne devrais pas » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

9. L’ÉTIQUETAGE ET LES ERREURS D’ÉTIQUETAGE : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative: « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

10. LA PERSONNALISATION : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 55-56.


Mon étonnement provoque une grande ouverture d’esprit et à elle seule la lecture de cette liste changera ma façon de penser pour toujours.

Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne[4]

Je ne suis pas un fan de la psychologie en raison de son manque évident de scientificité La psychologie demeure à classer parmi les sciences inexactes ou fausses sciences. Ma position anti-psychologie se développe dans les années 1980 à la suite de ma lecture du livre Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne du psychologue William Kirk Kilpatrick.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions.

Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. » Note originale de l’auteur : Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.)

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu » (p. 29) »

KILPATRICK, William A Kirk, Séduction psychologique (L’échec de la psychologie moderne), Centre biblique européen, Suisse, 1985, pp. 33-35.

À la lecture de ce livre, je prend aussi conscience que les gens ne veulent pas un « moi réparé » mais un « tout nouveau moi », selon les propos de l’auteur.

« Platon, pas Projac » (2002)

Avec ce livre signé par Lou Marinoff, leader mondial des nouvelles pratiques philosophiques, je découvre une nouvelle discipline emballante. À l’offre de psychothérapie s’ajoute désormais la philothérapie. D’une part, la Psychothérapie repose souvent sur un modèle médical. On cherche à identifier une pathologie, un trouble mental ou un dysfonctionnement comportemental. Le patient est souvent perçu comme ayant besoin de « guérison ». D’autre part, la Philothérapie repose sur un modèle éducatif et existentiel. On considère que la personne traverse une crise de sens, un dilemme moral ou une impasse logique. Le « client » n’est pas malade ; il est simplement désorienté ou en quête de vérité.

Wow ! La philosophie devient pratique; elle sort des tours universitaires où elle était consignée. Le conseil philosophique gagne en popularité et me ravie. Désormais, on parle de philosophe praticien, de philosophe clinicien, de philosophe consultant. Une abondante littérature circule : étude, livres, thèses et mémoires universitaire, articles de presse… Je m’empresse de lire et d’analyser ces publications. En 2020, je fonde l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques où je rends compte de mes lectures à titre d’amateur de la philosophie et bibliographe des nouvelles pratiques philosophiques.

« L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »

Que puis-je faire de ce vécu et de l’expérience de ces différentes prises de conscience ? Puis-je en faire profiter d’autres personnes ? Oui, dans un cadre très précis soit celui visant à mieux se connaître soi-même, à mieux comprendre son système de penser, les pensées elles-mêmes, à l’instar de ses opinions et ses croyances. L’objectif : gagner en liberté de penser.

« Penser juste » signifie ici atteindre une adéquation avec la réalité présente. C’est dépouiller son regard des filtres du passé pour voir une situation telle qu’elle est.

Serge-André Guay, président fondateur
Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques

____________________________________________________

[1] Damasio, A. R. (2010). L’Erreur de Descartes : la raison des émotions (M. Blanc, Trad.). Odile Jacob. (Original publié en 1994).

[2] L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

[3] David D. Burns est une figure emblématique de la psychologie moderne. C’est un psychiatre américain, né en 1942, et il est principalement connu pour avoir été l’un des pionniers de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC).

[4] Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » William Kirk Kilpatrick, lui-même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie ».


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Les thèmes de la communication

Sommaire

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Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Les thèmes de la communication

Pouvoir et Maîtrise de soi

Vous voulez reprendre les commandes de votre vie mentale.

  • « Ne subissez plus votre pensée, apprenez à l’habiter. »
  • « Prenez les commandes de votre logiciel interne. »
  • « Soyez l’architecte de votre propre raison. »
  • « Devenez l’expert de votre propre mécanique mentale. »

Clarté et Lucidité

Vous vous sentez confus ou piégés par leurs propres certitudes.

  • « L’Étonnement : le choc de lucidité qui change votre regard. »
  • « Voir clair pour penser juste. »
  • « Le cabinet où la lumière entre par vos failles. »
  • « Débusquez vos angles morts pour retrouver votre liberté de juger. »

Décodage et Stratégie (Approche « Cheskin »)

Pour la compréhension des mécanismes cachés.

  • « Décoder vos schémas pour libérer vos choix. »
  • « Ce que vous n’avez jamais appris sur votre façon de penser. »
  • « Analysez les rouages de votre pensée, changez votre réalité. »

Éthique et Sagesse (Approche « Socrate »)

Vous cherchez du sens et une vie plus profonde.

  • « Une pensée examinée pour une vie qui mérite d’être vécue. »
  • « L’art de se connaître pour mieux se conduire. »
  • « L’Étonnement : l’aventure d’une conscience souveraine. »

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Synthèse détaillée du projet

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Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Synthèse détaillée

Voici une synthèse détaillée du projet de Cabinet L’Étonnement « Connais-toi toi-même ».

  1. Le concept de votre cabinet
  • Mission : Proposer une alternative aux thérapies médicalisées en se concentrant sur la lucidité et la souveraineté cognitive. Il s’agit d’aider le consultant à passer d’une « pensée subie » (automatique) à une « pensée examinée » (réflexive).
  • Vision : Faire de la philosophie une pratique opérative où la connaissance du fonctionnement de sa propre pensée devient l’outil de libération ultime face aux automatismes du quotidien.
  • Valeurs : * L’Étonnement (Thaumazein) : Le choc initial nécessaire pour briser les évidences.
    • Le Doute Constructif : La pierre angulaire permettant à la lumière d’entrer dans les systèmes de croyances.
    • L’Honnêteté Intellectuelle : Ne pas plier les problèmes aux méthodes, mais adapter la réflexion à la singularité du défi.
  1. Votre public cible

Le programme s’adresse à :

  • Des personnes ayant l’impression de « tourner en rond » dans leurs raisonnements.
  • Ceux qui souhaitent comprendre l’origine de leurs réactions subjectives face aux faits.
  • Des esprits curieux désirant passer du « croire » au « comprendre ».
  • Des individus possédant une « fibre philosophique », un amour naturel de l’apprentissage et un esprit noble.
  1. Vos services

Vous proposez un parcours de consultation structuré en six axes stratégiques pour auditer la faculté de pensée:

  1. Identification des biais cognitifs : Prendre conscience des automatismes cérébraux.
  2. Valeur de la certitude : Transformer le doute en outil de clarté.
  3. Analyse des opinions : Distinguer les faits bruts de leurs interprétations.
  4. Construction du savoir : Examiner les obstacles épistémologiques selon Bachelard.
  5. Quête de vérité : Sortir du piège consistant à croire qu’une pensée est vraie parce qu’elle est nôtre.
  6. Schéma de références : Maîtriser le « pilote automatique » dicté par notre éducation et nos expériences.
  7. Votre positionnement

Ce qui vous différencie radicalement de la psychologie classique ou du développement personnel :

  • Le Cabinet vs La Clinique : Vous refusez le modèle médical et « l’empire du diagnostic ». Vous n’êtes pas un soignant, mais un « mécanicien de la conscience ».
  • L’Approche Indirecte : Inspiré par Louis Cheskin, vous contournez les mécanismes de défense de l’ego (l’approche directe qui « serre les nœuds ») pour atteindre l’inconscient sans douleur via l’habileté socratique.
  • Problem-Directed : Vous ne vendez pas de modèles préconçus, mais une démarche unique dictée exclusivement par la nature du défi du client.
  1. Vos objectifs
  • Souveraineté cognitive : Permettre au consultant de redevenir le seul maître de sa raison.
  • Penser juste : Atteindre une adéquation avec la réalité présente en dépouillant le regard des filtres du passé.
  • Autonomie : Faire en sorte que le consultant devienne son propre « auditeur » et possède sa propre boussole interne.
  1. Autres informations pertinentes
  • Slogans clés : * « Si vous n’avez pas de problème, vous n’avez pas besoin de moi ».
    • « Une pensée sans examen ne vaut pas la peine d’être pensée ».
    • « Le but dans la vie n’est pas d’avoir raison ».
  • Identité visuelle : * Le Prisme de la Pensée : Un triangle symbolisant la décomposition de l’opinion brute en un spectre de lignes distinctes (vos 6 axes).
    • La Spirale : Représente l’ascension continue de la pensée, partant du sujet précis du client vers une perspective globale par itérations successives.
  • Localisation : Lévis, Québec, Canada.
  • Expertise : Validation par les travaux de Louis Cheskin sur les motivations et le transfert de sensation.

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Résumé du projet

Sommaire

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Résumé

Le projet L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même » offre une approche de pratique philosophique située à Lévis, Québec. Fondé par Serge-André Guay, ce projet propose une alternative aux thérapies médicalisées en se concentrant sur la lucidité et la souveraineté de l’esprit plutôt que sur la guérison de pathologies.

Voici la synthèse des axes majeurs du document :

1. Fondements philosophiques et méthodologiques

La démarche s’appuie sur le postulat socratique : « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue ».

  • L’Étonnement (Thaumazein) : Il est le choc initial nécessaire pour briser les évidences et déclencher la réflexion.
  • La Spirale de la Compréhension : Le dialogue est structuré de manière ascendante. On part d’un point précis (le sujet amené par le client) pour élargir progressivement la conscience par itérations successives, allant « d’étonnement en étonnement ».
  • Le Doute Constructif : Le doute est considéré comme la « pierre angulaire » de la pensée, la faille par laquelle entre la lumière pour éclairer nos systèmes de croyances.

2. Le concept du « Système de Penser »

Le projet vise à faire passer le consultant d’une « pensée subie » (automatique) à une « pensée examinée » (réflexive).

  • Biais cognitifs : Inspiré par David Burns, le cabinet aide à identifier les distorsions (tout-ou-rien, filtre mental, etc.) qui agissent comme des erreurs dans notre « logiciel interne ».
  • Schéma de références : En s’appuyant sur Louis Cheskin, le projet démontre que nos jugements « objectifs » sont souvent des réactions subjectives dictées par un cadre de référence acquis inconsciemment.
  • Obstacles épistémologiques : La méthode intègre les travaux de Gaston Bachelard pour surmonter les habitudes de l’esprit qui freinent l’accès à la connaissance nouvelle.

3. Structure du programme de consultation

Le parcours type se décline en six axes stratégiques pour auditer la faculté de pensée:

  1. Identification des biais cognitifs : Prendre conscience des automatismes cérébraux.
  2. Valeur de la certitude : Transformer le doute en outil de clarté.
  3. Analyse des opinions : Distinguer les faits bruts de leurs interprétations.
  4. Construction du savoir : Examiner les obstacles à la compréhension selon Bachelard.
  5. Quête de vérité : Sortir du piège consistant à croire qu’une pensée est vraie simplement parce qu’elle est nôtre.
  6. Schéma de références : Synthétiser l’influence de sa grille de lecture sur ses comportements.

4. Positionnement : Le « Cabinet » vs la « Clinique »

Le document souligne une évolution majeure : le passage du terme « Clinique » à celui de « Cabinet ».

  • L’approche indirecte : Plutôt que de confronter l’égo frontalement (approche directe), le praticien utilise l’habileté socratique pour contourner les mécanismes de défense et révéler le schéma de références sans douleur.
  • Le rôle de l’expert : Le philosophe consultant n’est pas un soignant, mais un « mécanicien de la conscience » ou un guide qui aide le consultant à piloter son propre instrument intellectuel.

En résumé, ce projet propose une éthique de la lucidité où la connaissance du fonctionnement de sa propre pensée devient l’outil de libération ultime face aux automatismes du quotidien.


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Synthèse illustrée du projet

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Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Synthèse illustrée du projet

Le cycle de la compréhension philosophique

Inspiré de la méthode scientifique

  1. L’opinion initiale
    • Ce que l’on pense spontanément sans examen
  2. Le choc du doute
    • Le bénéfice du doute / Remise en question
    • L’introduction d’un questionnement : pourquoi je pense cela ?
  3. L’examen critique
    • La déconstruction / L’analyse des Mécanisme
    • Les fondements de la pensée
  4. La connaissance conquise
    • La certitude provisoire / La nouvelle compréhension
    • Une pensée plus solide mais prête à être détrônée par une meilleure

Révélation, non pas rééducation : comprendre les mécanismes de la pensée

1. LE CYCLE DE LA CONNAISSANCE
1.1 Opinion 1.2 Le Choc du Doute 1.3 La déconstruction 1.4 La connaissance conquise
La certitude immédiate 

L’introduction d’une remise en question 

Analyse des mécanismes de défense et des préjugés Une nouvelle certitude, plus solide car testée, mais prête à être détrônée
2.1. PASSAGE DU DÉFAUT DE CONSCIENCE À L’OBSERVATION
La mécanique de la prise de recul
État de Fusion
(Le problème)
Lorsqu’une information nouvelle contredit le déjà-su
1. Je suis ma pensée 2. Réaction émotionnelle immédiate 3. Défenses inconscientes actives
4. J’observe ma pensée 5. Analyse du processus de construction 6. Curiosité et mise à distance
2.2 État de réflexivité (La clinique)
Information nouvelle
Information nouvelle
?
Déjà-su
?
La voie du réflexe (Défense)
?
La voie de la compréhension (Recul)
?
Rejet : Le cerveau rejette l’information pour protéger l’opinion initiale.
?
Acceptation du doute : Le sujet accepte l’inconfort du doute pour réévaluer sa pensée.
?
La conscience reste « plate » Clinique
Le Basculement

« Le Diaphragme de la Compréhension », constitue une synthèse visuelle puissante du passage d’un mode de pensée instinctif et émotionnel à un mode de pensée analytique et philosophique. Elle représente le cœur même de la démarche de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques.

La maturité intellectuelle ne se mesure pas à la quantité de choses que l’on « sait », mais à notre capacité à décrocher de nos automatismes mentaux. Le passage de gauche à droite est un mouvement constant : c’est un travail de déconstruction de nos certitudes qui permet de gagner en liberté intérieure.

La pensée n’est pas un état fixe, mais un exercice. La progression montre que la liberté intellectuelle consiste à passer de la soumission à ses émotions (l’opinion) à la capacité d’examiner objectivement le mécanisme de ses propres jugements (la compréhension).

La lucidité est un exercice dynamique, symbolisé par des « séquences itératives ». Ce n’est pas un état permanent, mais une pratique continue : à chaque fois que la réalité nous heurte, nous devons choisir entre rester dans la réaction (la pensée subie) ou utiliser ce choc pour engager une déconstruction qui nous ramène vers la souveraineté et le réalisme.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

Source : CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82



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Cabinet « Connais-toi toi-même » : La clientèle visée et le programme des séances

SOMMAIRE

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


À qui s’adresse ce programme ?

  • Aux personnes qui ont l’impression de tourner en rond dans leurs raisonnements.
  • À ceux qui souhaitent mieux comprendre pourquoi ils réagissent de telle façon face à un fait.
  • Aux esprits curieux qui veulent passer du « croire » au « comprendre ».

Le programme d’une séance en six étapes

  1. Êtes-vous sous l’influence de biais cognitifs ?
  2. Que se passe-t-il lorsque vous vous donnez raison ?
  3. Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?
  4. Que se passe-t-il lorsque vous acquérez des connaissances ?
  5. Qu’est-ce que la différence entre la vérité et les croyances ?
  6. Quel rôle joue votre schéma de références dans votre comportement ?

DÉTAILS DES ÉTAPES DU PROGRAMME D’UNE SÉANCE

Structure du Programme

Ce qui se passera en séance

1. Êtes-vous sous l’influence de biais cognitifs ?

• Identification des biais cognitifs
• Prise de conscience de mes biais cognitifs
• Correction de mes biais cognitifs

Nous commençons par identifier les « raccourcis » que votre cerveau emprunte sans vous demander votre avis. L’objectif est de prendre conscience de ces automatismes pour ne plus les laisser décider à votre place. En apprenant à les corriger, vous gagnez en justesse de jugement.

2. Que se passe-t-il lorsque vous vous donnez raison ?

• La lumière entre par les failles
• L’aveuglement par éblouissement
• La reconnaissance de ma situation
• Le doute
• Le bénéfice du doute

Ici, nous travaillons sur la solidité de vos convictions. Nous verrons comment une certitude trop forte peut parfois devenir un aveuglement. C’est souvent là où vous doutez, dans vos « failles », que la nouvelle lumière peut entrer. Nous transformerons le doute en un outil de clarté plutôt qu’en une source d’inquiétude.

3. Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

• Les faits
• Ma connaissance des faits (perception)
• Mon interprétation des faits (opinion)
• De l’opinion à la croyance

Nous ferons le tri entre les faits bruts et la manière dont vous les percevez. Vous comprendrez comment une simple interprétation peut se transformer, avec le temps, en une croyance rigide. Cette étape vous redonne la liberté de voir les choses sous un angle différent.

4. Que se passe-t-il lorsque vous acquérez des connaissances ?

• Les obstacles épistémologiques (Bachelard)
• Les étapes et la construction de mes connaissances
• La valeur de mes connaissances
• La remise en cause de mes connaissances

S’inspirant de la démarche de Gaston Bachelard, nous examinerons les obstacles qui freinent votre compréhension. Nous reconstruirons ensemble les étapes de vos connaissances pour vérifier leur valeur réelle et apprendre à les remettre en cause de façon constructive.

5. Qu’est-ce que la différence entre la vérité et les croyances ?

• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le pense
• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le crois

Nous explorerons la différence fondamentale entre « penser quelque chose » et « détenir une vérité ». L’idée est de sortir du piège qui consiste à croire qu’une pensée est vraie simplement parce qu’elle est la nôtre ou parce que nous y croyons fortement.

6. Quel rôle joue votre schéma de références dans votre comportement ?

• L’acquisition de mon schéma de références
• Le rôle de mon schéma de référence
• Sens – Perception – Références – Attitudes – Comportement

C’est la synthèse de notre travail. Nous mettrons au jour la « grille de lecture » que vous utilisez pour interpréter le monde. En comprenant comment votre schéma de références influence vos attitudes et vos comportements, vous reprenez les commandes de votre vie.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Auteur

Référence Bibliographique

Notice de référence

I. Les fondements de la démarche

COLLIN, Claude

L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale, Montréal, Éditions France-Québec, 1978.

Définit la philosophie comme une expérience vivante de construction et de structuration de la pensée.

II. Perception et rectification de la pensée (Points 1 et 6)

KAHNEMAN, Daniel

Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2012.

Identifie les raccourcis mentaux (biais) qui dictent nos réactions automatiques et nos erreurs de jugement.

BURNS, David

Être bien dans sa peau, Guy Saint-Jean Éditeur, 1994.

Outils pour identifier et corriger les distorsions de la pensée qui altèrent notre perception de la réalité.

III. Opinions, Croyances et Schémas de références (Points 3 et 5)

BRONNER, Gérald

La démocratie des crédules, PUF, 2013.

Analyse comment nos schémas de pensée transforment l’opinion en conviction inébranlable.

GADAMER, Hans-Georg

Vérité et Méthode, Paris, Seuil, 1996.

Le dialogue comme moyen de sortir de son propre schéma de références par la rencontre avec l’autre.

IV. L’acte de connaître et la construction du savoir (Point 4)

BACHELARD, Gaston

La formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1938.

Analyse les obstacles qui freinent la connaissance et la nécessité de rompre avec les évidences.

MATALON, Benjamin

La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé, 1996.

Explore les processus de construction du savoir et l’influence des cadres sociaux sur la connaissance.

V. Philosophie comme mode de vie et transformation (Point 2)

HADOT, Pierre

Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Albin Michel, 2002.

La philosophie comme transformation du regard, essentielle pour voir la « lumière par les failles ».

ILLICH, Ivan

Némésis médicale : l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975.

Défend la souveraineté de l’individu face à l’empire du diagnostic et des cadres normatifs.


Intelligence artificielle GEMINI de Google

Question

Est-ce que mon programme entre en conflit avec les Ordres professionnelles (travailleurs sociaux et psychologues) et la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines ?

Voici mon programme d’une séance en six étapes :

  1. Suis-je victime de biais cognitifs ?
  2. Quelle valeur donner à la certitude ?
  3. Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?
  4. Que se passe-t-il lorsque « je connais » ?
  5. Qu’est-ce que la vérité ?
  6. Qu’est que mon schéma de références ?

Réponse

Sur la base de votre document de projet et du texte de la Loi 21, votre programme de séance en six étapes est stratégiquement conçu pour éviter un conflit direct avec les ordres professionnels, à condition de maintenir une distinction sémantique et opérationnelle rigoureuse.

Voici une analyse détaillée de la conformité de vos six étapes :

1. Analyse de vos étapes face à la Loi 21

  • Biais cognitifs et Schéma de références : Ces étapes (1 et 6) s’apparentent à de l’éducation et à la métacognition. La Loi 21 exclut de la psychothérapie l’éducation psychologique (ou philosophique) qui vise l’enseignement de connaissances. Tant que vous présentez cela comme un audit de la « mécanique mentale » et non comme un diagnostic de personnalité, vous restez dans le cadre légal.

  • Certitude, Opinions et Vérité : Les étapes 2, 3 et 5 sont purement épistémologiques et logiques. Elles relèvent du « rapport de conseils ou de soutien » philosophique pour faire face aux difficultés courantes, ce qui est explicitement autorisé par l’article 187.1 du Code des professions.

  • Processus de connaissance (Bachelard) : L’étape 4 est une démarche d’enseignement de l’esprit scientifique appliquée à soi-même. Elle ne constitue pas une évaluation du fonctionnement psychologique réservée aux psychologues, mais une analyse de la validité du discours.

2. Pourquoi votre programme évite le conflit

Votre programme ne semble pas contrevenir à la Loi 21 pour les raisons suivantes :

  • Objet de l’audit : Vous auditez la faculté de pensée et non le trouble mental.

  • Finalité : Le but est la souveraineté cognitive et la lucidité, pas la guérison ou le changement de la structure de personnalité.

  • Modèle : Vous utilisez un modèle éducatif et existentiel. La loi distingue formellement le traitement psychologique (psychothérapie) de l’aide visant les difficultés courantes (votre domaine).

3. Les points de vigilance (Pour éviter toute plainte)

Pour qu’une étape de votre programme ne soit pas requalifiée en « exercice illégal », vous devez veiller à ce que :

  1. L’analyse des biais (Étape 1) ne devienne pas une évaluation de la santé mentale. Utilisez le terme « erreurs de calcul du logiciel interne » plutôt que « distorsions cognitives pathologiques ».

  2. Le schéma de références (Étape 6) ne serve pas à évaluer le « fonctionnement social ». L’Ordre des travailleurs sociaux réserve cette évaluation. Restez sur l’influence de la grille de lecture sur la pensée.

  3. L’approche « Problem-Directed » se concentre sur la structure logique du problème amené, et non sur le traitement de la souffrance psychique qui en découle.

Synthèse de conformité

Étape de votre programme Fondement légal de non-conflit (Loi 21)
Biais cognitifs

Éducation et métacognition (Exclu de la psychothérapie).

 
Certitude / Doute

Aide aux difficultés courantes par la raison.

 
Opinions / Croyances

Dialogue socratique et soutien philosophique.

 
Acte de connaître

Enseignement épistémologique (Bachelard).

 
Quête de vérité

Recherche de sens et examen de la pensée.

 
Schéma de références

Rapport de conseils sur le logiciel de pensée.

 

Conclusion : Votre programme est conforme car il est présenté comme un enseignement et un audit technique de la pensée. En utilisant le dossier de conformité (incluant l’article 187.1) que nous avons préparé, vous officialisez cette position de non-conflit auprès des instances réglementaires.


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Ce document comprend tous les textes listés dans le Sommaire et l’intégral des Annexes

Document de travail du projet de Cabinet « Connais-toi toi-même » (PDF – 188 pages)


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Projet : L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »


Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue.

Platon, Apologie de Socrate, 38a.


PROJET À VENIR À L’AUTOMNE

Bienvenue au Cabinet « Connais-toi toi-même »

Avez-vous parfois l’impression de tourner en rond dans vos propres raisonnements ? Vous arrive-t-il de vous demander pourquoi vous réagissez d’une certaine façon face à un événement, ou pourquoi certaines certitudes vous semblent parfois être des freins plutôt que des appuis ?

Bienvenue dans l’espace « L’Étonnement ».

Ce cabinet n’est pas un lieu de soin traditionnel, mais un observatoire et un atelier de la pensée. Ici, nous ne cherchons pas à « guérir » une pathologie, mais à explorer avec vous le fonctionnement de votre propre esprit. Guidé par la célèbre maxime socratique, notre travail consiste à examiner votre « logiciel interne » pour transformer vos réflexes automatiques en une lucidité choisie.

Pourquoi entreprendre cette démarche ?

  • Pour sortir du « croire » : Dépasser les opinions reçues pour construire une pensée qui vous appartient vraiment.

  • Pour identifier vos mécanismes : Comprendre les biais cognitifs et les schémas de références qui filtrent, parfois malgré vous, votre perception du réel.

  • Pour gagner en liberté : Passer de la pensée subie à la pensée examinée, afin de reprendre les commandes de vos attitudes et de vos comportements.

Notre approche :

Inspirée par la philosophie pratique, l’épistémologie et une approche socratique bienveillante, notre démarche vous accompagne, d’étonnement en étonnement, vers une plus grande justesse de jugement.

Votre confidentialité est au cœur de notre pratique :

Toutes nos séances se déroulent dans un cadre strictement confidentiel, dédié exclusivement à l’examen de votre pensée. Votre anonymat est une priorité absolue et aucune donnée personnelle n’est collectée au-delà de l’espace nécessaire à nos échanges.

« Une pensée sans examen ne vaut pas la peine d’être pensée. » Je vous invite à engager cet exercice de liberté intérieure pour voir votre situation, et votre vie, sous un jour nouveau.


SOMMAIRE DU DOSSIER DU PROJET

Pour commencer

Lettre de présentation

Diaporama

Synthèse du Projet : L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »


Autres textes

Présentation

La philo plutôt que la psycho

Quand la psychologie cherche la philosophie pour se régénérer

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes

Qui suis-je ?

Je suis intéressé – Inscrivez à ma lettre d’information


Document de travail

Document de travail (PDF


Participez à nos tests

Test # 1 – Connais-toi toi-même : À la découverte de vos biais cognitifs

Test # 2 – Connais-toi toi-même : À la découverte des 10 erreurs de construction de vos idées

Test # 3 – Connais-toi toi-même : À la découverte de vos obstacles épistémologiques

Test # 4 – Connais-toi toi-même : À la découverte de mes habitudes de pensée


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Ce document comprend tous les textes listés dans le Sommaire ci-dessus et l’intégral des Annexes

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Historiographie de Serge-André Guay

Cliquez ici pour télécharger mon historiographie (PDF)


Article # 214 – La formation pour le projet de Clinique ou cabinet de compréhension

EN PROJET


Vers une vigilance intellectuelle : La Clinique de Compréhension

Bienvenue dans un espace de liberté où l’on ne cherche pas à « réparer » l’individu, mais à « éclairer » sa pensée. La Clinique de Compréhension est une démarche de philosophie pratique conçue pour ceux qui refusent d’être réduits à un diagnostic et qui souhaitent reprendre le pouvoir sur leur propre architecture mentale.

Une posture de liberté et d’autonomie

Inspirée par la didactique de Claude Collin et l’héritage des exercices spirituels antiques, ma pratique de consultant clinicien se situe à la jonction de la philosophie et de la relation d’aide non médicale. Ici, vous n’êtes pas un patient, mais un sujet libre. Mon rôle n’est pas de vous imposer des vérités, mais de vous accompagner dans l’examen rigoureux de votre schéma de références.

Ce que nous bâtirons ensemble

Le programme que je vous propose est un parcours structuré vers la vigilance intellectuelle. Au fil de nos séances, nous travaillerons à :

  • Désamorcer les automatismes : Identifier et rectifier les biais cognitifs qui court-circuitent votre jugement au quotidien.

  • Transformer le regard : Apprendre à voir la lumière qui entre par vos failles plutôt que de vous laisser éblouir par de fausses certitudes.

  • Reconstruire le savoir : Appliquer les principes de l’épistémologie (notamment ceux de Gaston Bachelard) pour briser les obstacles qui freinent votre compréhension du réel.

  • Retrouver la santé de l’esprit : Utiliser la raison et le dialogue socratique pour passer de l’opinion prisonnière à la pensée consciente et souveraine.

S’engager dans cette clinique, c’est choisir de passer du « croire » au « comprendre ». C’est développer un outil de discernement qui vous servira dans toutes les sphères de votre vie, personnelle comme professionnelle.


Pour approfondir, consulter l’Article # 207 – Clinique de la Compréhension : bien se connaître pour penser juste.


Cette démarche ne relève pas de la psychologie ou de la santé mentale, mais de la philosophie pratique. Ici, nous ne traitons pas un trouble, nous examinons une pensée. C’est un espace de liberté intellectuelle où l’objectif est la clarté conceptuelle et l’autonomie.

Au terme de ce parcours, vous développerez une vigilance intellectuelle. Vous serez capable de repérer vos propres biais au moment même où ils surviennent, vous permettant ainsi de prendre des décisions plus lucides, tant dans votre vie personnelle que professionnelle.

Inspirée par la didactique de l’expérience philosophique, chaque séance est une construction dont vous êtes l’artisan. Je ne vous apporte pas des vérités toutes faites ; je vous accompagne dans l’architecture de votre propre compréhension.

Oser plonger dans ses propres schémas de références est le premier pas vers une vie plus consciente. Si vous sentez que vos opinions vous emprisonnent ou que vos certitudes vous aveuglent, ce programme est conçu pour vous redonner de l’espace.


À qui s’adresse ce programme ?

  • Aux personnes qui ont l’impression de tourner en rond dans leurs raisonnements.

  • À ceux qui souhaitent mieux comprendre pourquoi ils réagissent de telle façon face à un fait.

  • Aux esprits curieux qui veulent passer du « croire » au « comprendre ».


LA FORMATION du CONSULTANT CLINICIEN

La mise en place d’une clinique de la compréhension, telle que vous la définissez — un espace dédié à l’examen de la pensée plutôt qu’au traitement d’une pathologie — nécessite un bagage qui se situe à l’intersection de la philosophie pratique, de l’épistémologie et de la relation d’aide non clinique.

Puisque votre approche privilégie la « pensée juste » et l’autonomie de la conscience, voici une proposition de programme de formation structuré pour soutenir cette expertise, que ce soit pour votre propre pratique ou pour former d’autres intervenants :

1. Fondements de la pratique philosophique (Le socle)

Avant de passer à la « clinique », il est essentiel de maîtriser les outils de la philosophie de terrain :

  • Logique et analyse de l’argumentation : Apprendre à repérer les biais cognitifs, les paralogismes et les structures de raisonnement dans le discours d’autrui.

  • Épistémologie de la connaissance de soi : Étudier comment se forme la croyance et comment le sujet accède (ou non) à sa propre vérité.

  • Histoire de la « philosophie comme mode de vie » : Se réapproprier les exercices spirituels antiques (stoïcisme, épicurisme) qui visaient déjà une forme de santé de l’esprit par la raison.

2. Méthodologie de la Clinique de la Compréhension

Ce module porterait sur la spécificité de votre démarche :

  • La maïeutique et le dialogue socratique : Techniques de questionnement pour aider l’autre à accoucher de sa propre pensée sans lui imposer de diagnostic.

  • Didactique de la philosophie pratique : Comment transposer des concepts complexes en outils de réflexion accessibles pour un individu en quête de sens.

  • Analyse du récit de vie : Travailler sur la « compréhension » comme une herméneutique : comment l’individu interprète son histoire et comment cette interprétation influence sa capacité à « penser juste ».

3. Éthique et posture professionnelle

Pour se distinguer du modèle médical tout en restant rigoureux :

  • Déontologie de l’accompagnement non clinique : Définir clairement les frontières entre la consultation philosophique et la psychothérapie. Savoir quand et comment référer un client vers le milieu de la santé.

  • Critique de la médicalisation : Étude des enjeux sociologiques liés à « l’empire du diagnostic » pour maintenir une posture de résistance intellectuelle.

  • La posture de « l’observateur engagé » : Développer une écoute qui ne cherche pas à classer, mais à comprendre la logique interne du sujet.

4. Psychologie fondamentale (pour la différenciation)

Il est paradoxalement nécessaire de bien connaître ce que l’on ne fait pas :

  • Introduction aux grandes théories de la personnalité : Comprendre les cadres de référence des psychologues pour mieux situer la spécificité de la démarche philosophique.

  • Phénoménologie de l’esprit : Étudier comment la conscience perçoit le monde (Husserl, Merleau-Ponty), ce qui est au cœur de la compréhension.

5. Stage ou pratique supervisée

  • Intervision : Des séances de discussion entre pairs (philosophes praticiens, chercheurs) pour analyser des cas de consultation et valider la justesse de l’intervention.

Est-ce que vous vous voyez davantage comme le concepteur pédagogique de ce programme (celui qui définit les normes) ou comme l’étudiant qui cherche à valider ses propres acquis ? Votre expérience au sein de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques constitue déjà, en soi, une base d’expertise très solide.


LE PROGRAMME

Structure du Programme Ce qui se passera en séance
1. Suis-je victime de biais cognitifs ?

• Identification des biais cognitifs
• Prise de conscience de mes biais cognitifs
• Correction de mes biais cognitifs
Nous commençons par identifier les « raccourcis » que votre cerveau emprunte sans vous demander votre avis. L’objectif est de prendre conscience de ces automatismes pour ne plus les laisser décider à votre place. En apprenant à les corriger, vous gagnez en justesse de jugement.
2. Quelle valeur donner à la certitude ?

• La lumière entre par les failles
• L’aveuglement par éblouissement
• La reconnaissance de ma situation
• Le doute
• Le bénéfice du doute
Ici, nous travaillons sur la solidité de vos convictions. Nous verrons comment une certitude trop forte peut parfois devenir un aveuglement. C’est souvent là où vous doutez, dans vos « failles », que la nouvelle lumière peut entrer. Nous transformerons le doute en un outil de clarté plutôt qu’en une source d’inquiétude.
3. Êtes-vous prisonnier de vos opinions ?

• Les faits
• Ma connaissance des faits (perception)
• Mon interprétation des faits (opinion)
• De l’opinion à la croyance
Nous ferons le tri entre les faits bruts et la manière dont vous les percevez. Vous comprendrez comment une simple interprétation peut se transformer, avec le temps, en une croyance rigide. Cette étape vous redonne la liberté de voir les choses sous un angle différent.
4. Que se passe-t-il lorsque « je connais » ?

• Les obstacles épistémologiques (Bachelard)
• Les étapes et la construction de mes connaissances
• La valeur de mes connaissances
• La remise en cause de mes connaissances
S’inspirant de la démarche de Gaston Bachelard, nous examinerons les obstacles qui freinent votre compréhension. Nous reconstruirons ensemble les étapes de vos connaissances pour vérifier leur valeur réelle et apprendre à les remettre en cause de façon constructive.
5. Qu’est-ce que la vérité ?

• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le pense
• Prendre pour vrai ce que je pense parce que je le crois
Nous explorerons la différence fondamentale entre « penser quelque chose » et « détenir une vérité ». L’idée est de sortir du piège qui consiste à croire qu’une pensée est vraie simplement parce qu’elle est la nôtre ou parce que nous y croyons fortement.
6. Qu’est que mon schéma de références ?

• L’acquisition de mon schéma de références
• Le rôle de mon schéma de référence
• Sens – Perception – Références – Attitudes – Comportement
C’est la synthèse de notre travail. Nous mettrons au jour la « grille de lecture » que vous utilisez pour interpréter le monde. En comprenant comment votre schéma de références influence vos attitudes et vos comportements, vous reprenez les commandes de votre vie.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Auteur Référence Bibliographique Notice de référence
I. Les fondements de la démarche
COLLIN, Claude L’expérience philosophique : essai de didactique expérimentale, Montréal, Éditions France-Québec, 1978. Définit la philosophie comme une expérience vivante de construction et de structuration de la pensée.
II. Perception et rectification de la pensée (Points 1 et 6)
KAHNEMAN, Daniel Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2012. Identifie les raccourcis mentaux (biais) qui dictent nos réactions automatiques et nos erreurs de jugement.
BURNS, David Être bien dans sa peau, Guy Saint-Jean Éditeur, 1994. Outils pour identifier et corriger les distorsions de la pensée qui altèrent notre perception de la réalité.
III. Opinions, Croyances et Schémas de références (Points 3 et 5)
BRONNER, Gérald La démocratie des crédules, PUF, 2013. Analyse comment nos schémas de pensée transforment l’opinion en conviction inébranlable.
GADAMER, Hans-Georg Vérité et Méthode, Paris, Seuil, 1996. Le dialogue comme moyen de sortir de son propre schéma de références par la rencontre avec l’autre.
IV. L’acte de connaître et la construction du savoir (Point 4)
BACHELARD, Gaston La formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1938. Analyse les obstacles qui freinent la connaissance et la nécessité de rompre avec les évidences.
MATALON, Benjamin La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé, 1996. Explore les processus de construction du savoir et l’influence des cadres sociaux sur la connaissance.
V. Philosophie comme mode de vie et transformation (Point 2)
HADOT, Pierre Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Albin Michel, 2002. La philosophie comme transformation du regard, essentielle pour voir la « lumière par les failles ».
ILLICH, Ivan Némésis médicale : l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975. Défend la souveraineté de l’individu face à l’empire du diagnostic et des cadres normatifs.

a

Pour conclure cette page de manière forte et incitative, le texte doit transformer la réflexion théorique de votre article en une main tendue vers le lecteur. L’objectif est de passer de l’exposé de votre démarche à l’invitation à l’action.

Voici une proposition de conclusion :


CONCLUSION

Reprendre les commandes de sa pensée

Le projet de la Clinique de Compréhension n’est pas une simple curiosité intellectuelle ; c’est une nécessité pour quiconque souhaite vivre une vie examinée et souveraine. Dans un monde saturé d’informations et de diagnostics préconçus, retrouver la capacité de déceler ses propres biais et de comprendre son schéma de références est l’acte d’autonomie le plus radical qui soit.

En choisissant cette approche de consultation, vous ne vous engagez pas dans un processus de guérison, mais dans une démarche de libération. Vous apprenez à ne plus subir vos pensées, mais à les observer, à les mettre à l’épreuve et, finalement, à les orienter vers une clarté nouvelle.

Êtes-vous prêt à explorer l’architecture de votre esprit ?

Le dialogue philosophique est la porte d’entrée vers cette vigilance intellectuelle qui transforme notre rapport au monde. C’est ici, dans l’espace sécurisé de la clinique, que nous commençons ce travail de reconstruction.

« La connaissance est une lumière qui ne vient pas de l’extérieur, mais qui naît de la rencontre entre notre raison et l’expérience du dialogue. »


Voir aussi

Article # 207 – Clinique de la Compréhension : bien se connaître pour penser juste

Article # 207 – Clinique ou cabinet de Compréhension : bien se connaître pour penser juste

Résumé : La Clinique de la Compréhension

L’article présente la Clinique de la Compréhension, une approche de pratique philosophique qui se distingue des thérapies médicalisées par son objectif de lucidité plutôt que de guérison. En s’appuyant sur les travaux de David Burns sur les distorsions cognitives et sur le concept d’obstacle épistémologique de Gaston Bachelard, l’auteur propose une méthode d’auto-examen rigoureuse.

L’enjeu n’est pas de rééduquer le comportement, mais de débusquer les « erreurs de calcul » de notre logiciel interne — nos biais cognitifs. Par l’identification de ces mécanismes (le tout-ou-rien, le filtre mental, etc.), le sujet passe d’une vérité subie à une vérité observée. Ce basculement permet de retrouver une souveraineté de l’esprit, transformant la souffrance en un objet de connaissance. En annexe, une perspective historique et technique vient valider cette démarche comme une véritable éthique de la raison, ancrée dans une tradition qui remonte à Francis Bacon.

I. Introduction : Le constat de la « méprise »

Le sens commun nous incline à croire que nous sommes les commandants de bord souverains de notre vie mentale. Pourtant, l’expérience de la consultation révèle souvent une tout autre dynamique : nous sommes, pour une large part, les passagers d’une mécanique automatique dont nous ignorons les rouages. Cette « méprise » fondamentale repose sur l’oubli que notre pensée n’est pas une génération spontanée, mais une construction historique. Comme le souligne le sociologue Roland Gori, nos schémas de pensée sont souvent façonnés par des structures qui nous traversent à notre insu.

La Clinique de la Compréhension ne se présente pas comme un lieu de soin médical, mais comme un laboratoire d’observation. En tant qu’observateur, je ne propose pas une vérité descendante ; je me tiens aux côtés du consultant pour l’aider à explorer sa propre forêt mentale. C’est un espace de « littératie de soi » où l’erreur de pensée n’est pas une faute, mais une donnée technique à décoder.

Contrairement à la maïeutique socratique qui cherche à accoucher d’une vérité universelle, nous pratiquons ici une enquête d’existence. Nous ne cherchons pas le « Logos » parfait, mais le « mode d’emploi » singulier de l’individu. Il ne s’agit plus de découvrir la Vérité, mais de mettre à jour la grammaire de sa propre pensée pour ne plus en être le sujet passif.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Roland Gori, La Fabrique des imposteurs (Éd. Les Liens qui libèrent, 2013) : L’auteur y analyse comment la « normativité technique » et la médicalisation dépossèdent l’individu de sa propre parole. Utile pour sourcer l’idée que nous sommes souvent les passagers de systèmes qui nous dépassent.

  • Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée (Éd. Flammarion, 2012) : Indispensable pour la démonstration scientifique de « l’illusion de maîtrise ». Il prouve que le Système 1 (automatique et intuitif) gouverne la majorité de nos jugements à notre insu.

II. Le concept : Qu’est-ce qu’un « Système de Pensée » ?

Définir un système de pensée, c’est mettre au jour une architecture invisible édifiée tout au long de l’existence. Chaque individu loge dans un édifice mental dont les plans ont été tracés par l’éducation, les chocs et l’environnement. Comme l’expliquait Pierre Bourdieu avec le concept d’habitus, nos expériences passées se cristallisent en une grille de lecture qui devient notre logiciel interne.

Dans cette perspective, l’erreur de pensée est un fossile biographique. En paléontologie, un fossile est le vestige d’une vie passée, figé. Dans l’esprit, une distorsion est souvent le vestige d’une stratégie qui fut, à dix ans, parfaitement « juste ». La méfiance généralisée, utile dans un climat d’insécurité infantile, devient une erreur de calcul à l’âge adulte. Le mécanisme est intact, mais le contexte a changé. L’individu utilise un logiciel périmé pour traiter une réalité nouvelle.

La connaissance dont nous parlons ici n’est pas livresque ; elle est une épistémologie biographique. Selon Jean-Philippe Pierron, comprendre sa pensée demande une attention au singulier. Le consultant n’étudie pas la logique en général, il devient l’expert de sa propre mécanique, forgée par ses épreuves et ses joies.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Pierre Bourdieu, Le Sens pratique (Éd. de Minuit, 1980) : Pour la définition de l’Habitus. C’est la source parfaite pour expliquer comment le passé se sédimente en « structures structurées » qui deviennent notre logiciel de pensée actuel.

  • Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique (Éd. Vrin, 1938) : Bien que traitant de la science, son concept d’« obstacle épistémologique » s’applique parfaitement à votre approche : nos connaissances antérieures (notre vécu) font obstacle à la compréhension du réel présent.

  • Jean-Philippe Pierron, L’attention, une éthique du soin (Éd. PUF, 2021) : Pour sourcer l’idée que le soin de l’autre passe par une attention au « récit singulier » et à l’histoire du sujet.

III. La Méthode : Déceler pour libérer

Le travail commence par une écoute structurelle du récit. L’observateur agit comme un décodeur, traquant les « nœuds » où la pensée dévie du réel pour suivre son propre rail automatique.

L’investigation pourrait s’appuyer sur l’inventaire des biais cognitifs (sujet exploré précédemment dans l’Article # 36), non pas pour poser un diagnostic, mais pour mettre au jour ce que l’on pourrait appeler des « servitudes de la raison ». Là où la psychologie y voit de simples erreurs de traitement de l’information, on peut ici les envisager comme des formes d’aliénation. On peut convoquer la figure de Francis Bacon qui, dès le XVIIe siècle, mettait en garde contre les « Idoles » — ces préjugés ancrés dans la nature humaine ou dans l’histoire personnelle qui agissent comme des miroirs déformants.

Déceler un biais, ce n’est pas seulement corriger une erreur de calcul ; c’est identifier le moment où la pensée cesse d’être une activité libre pour devenir une réaction mécanique. C’est transformer une « opinion » héritée en une « connaissance » choisie. C’est une étape de salubrité intellectuelle : pour penser juste, il faut d’abord identifier les voiles qui obscurcissent notre regard et font perdre au sujet sa souveraineté au profit d’un automatisme.

L’étape suivante est celle du miroir technique. Il s’agit d’amener le consultant à voir son erreur non comme une tare morale, mais comme un défaut de fabrication de son raisonnement. En traitant sa pensée comme un objet technique, le sujet se distancie de son ego. On ne se dit plus « je suis nul », mais « mon système a produit un résultat erroné à cause d’une variable anachronique ». La prise de conscience devient libératrice car elle donne un sens à l’absurde : en comprenant l’origine de la distorsion, on s’autorise enfin à ajuster sa vision.

Liste de biais cognitifs

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :
Le tout-ou-rien votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
La généralisation à outrance un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
Le filtre vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
Le rejet du positif pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
Les conclusions hâtives vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
L’interprétation indue Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
L’erreur de prévision Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
L’exagération (la dramatisation) et la minimisation vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites. Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
Les raisonnements émotifs vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
Les « dois » et les « devrais » vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité.
L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative. Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés.
La personnalisation vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Bien que ces distorsions soient souvent recensées par la psychologie cognitive (notamment par David Burns), elles sont ici envisagées sous l’angle philosophique de la « lucidité ». Le biais n’est pas traité comme une pathologie à soigner, mais comme une entrave logique à identifier pour restaurer la liberté de jugement du sujet.

Si l’étude des biais cognitifs nous permet d’identifier les déviations de notre jugement personnel, les travaux de Gaston Bachelard nous rappellent que la pensée doit aussi se libérer d’entraves plus profondes, qu’il nomme les obstacles épistémologiques. En intégrant ce tableau, nous élargissons la perspective de la Clinique de la Compréhension : il ne s’agit plus seulement de corriger des erreurs de calcul mental, mais de reconnaître ces « habitudes de l’esprit » qui ferment la porte à la connaissance nouvelle. Identifier ces obstacles, c’est entreprendre une véritable catharsis intellectuelle, indispensable pour que le consultant puisse non seulement « mieux penser », mais accéder à une pensée réellement libre et scientifique, affranchie des séductions de l’immédiat et des mirages du langage. »

Ce texte souligne que les obstacles de Bachelard sont, tout comme les biais cognitifs, des « voiles » à lever pour atteindre cette souveraineté de l’esprit que vous visez.

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

1. L’expérience immédiate cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)
2. La connaissance générale elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)
3. L’obstacle verbal il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)
4. La connaissance pragmatique elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en f-mille. (…)
5. L’obstacle substantialiste c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique. Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (substans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)
6. L’obstacle animiste il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)
7. La libido cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction. » (…)

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Aaron T. Beck, Principes de thérapie cognitive (Éd. Retz, 2014) : La source de référence pour les distorsions cognitives (généralisation, pensée binaire, etc.). C’est le catalogue technique des « erreurs de calcul » dont vous parlez.

  • Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (Éd. Aubier, 1958) : Pour l’idée du « miroir technique ». Simondon explique que l’intelligence d’un système passe par la compréhension de sa genèse et de son fonctionnement interne, plutôt que par son simple usage.

  • Paul Ricœur, Soi-même comme un autre (Éd. du Seuil, 1990) : Notamment sur l’« identité narrative ». Il montre comment nous nous racontons pour nous comprendre, ce qui soutient votre phase de « reconnexion à l’histoire ».

IV. L’Objectif : Penser « juste »

« Penser juste » signifie ici atteindre une adéquation avec la réalité présente. C’est dépouiller son regard des filtres du passé pour voir une situation telle qu’elle est. Comme l’exprimait Spinoza, passer de la passion (être agi par des causes ignorées) à l’action (être l’auteur de sa raison). La justesse est une loyauté envers le réel présent.

L’aboutissement est l’autonomie cognitive. Une fois la cartographie des biais établie, le consultant devient son propre « auditeur ». Cette capacité de métacognition, théorisée par Joëlle Proust, permet d’instaurer un espace de discernement. On détecte le signal avant que l’erreur ne se propage. On ne cherche plus un guide extérieur ; on possède sa propre boussole.

Nous défendons l’idée que la compréhension profonde du « comment je pense » est le remède en soi. L’élucidation de la structure suffit souvent à dissoudre le blocage. En comprenant le mécanisme, on cesse de lutter contre soi-même. La clarté ne demande pas de volonté de fer, elle demande une vision juste.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Baruch Spinoza, Éthique, Partie III (« De l’origine et de la nature des affects ») : C’est la source métaphysique de votre article. Spinoza démontre que la liberté consiste à comprendre les causes qui nous déterminent. Passer de la « passion » à l’ « action » par la connaissance.

  • Joëlle Proust, La métacognition : une introduction (Éd. PUF, 2007) : Source précise pour l’autonomie cognitive. Elle définit comment l’esprit peut s’observer lui-même en train de penser pour corriger ses propres erreurs.

V. Conclusion : Une éthique de la lucidité

La connaissance du fonctionnement de sa pensée est l’outil thérapeutique ultime. En transformant la consultation en un laboratoire de la raison, nous permettons au sujet de se réapproprier sa souveraineté. Comme le prônait Claude Collin, l’acte de penser doit être une appropriation de soi par soi. On ne se contente pas d’aller mieux, on devient plus lucide face à sa propre existence.

Cette démarche ouvre sur une nouvelle liberté : ne plus être l’esclave de ses automatismes, mais l’architecte de sa propre raison. Dans un monde de réflexes, choisir de comprendre son propre « logiciel » est un acte de résistance. La lucidité devient une éthique : celle de ne plus subir sa pensée, mais de l’habiter pleinement, avec une conscience enfin libérée du poids des anachronismes.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

Pour ceux qui souhaitent approfondir les fondements théoriques de cette Clinique, voici les ouvrages de référence qui ont nourri cette réflexion.

  • Bourdieu, Pierre, Le Sens pratique, Éditions de Minuit, 1980 (pour approfondir le concept d’habitus et la sédimentation des structures mentales).

  • Gori, Roland, La Dignité d’être humain, Éditions Les Liens qui libèrent, 2011 (pour sa critique de la mécanisation de l’existence et de la médicalisation de la souffrance).

  • Beck, Aaron T., Principes de thérapie cognitive, Éditions Retz, 2014 (pour la nomenclature technique des distorsions cognitives et des erreurs de logique).

  • Collin, Claude, « La philosophie au collégial : une pensée en acte », Revue Critère, n° 10, 1974 (pour la réflexion sur la philosophie comme appropriation de soi par soi).

  • Pierron, Jean-Philippe, Le soin est un humanisme, Éditions PUF, 2010 (sur l’importance de l’attention au vécu et au récit singulier dans la démarche de soin).

  • Spinoza, Baruch, Éthique, Partie III et IV (pour la théorie du passage de la passion à l’action par la connaissance des causes).


Annexe I : Élucidations bibliographiques et repères textuels

Cette section propose une cartographie des sources mentionnées dans l’article, afin de permettre au lecteur d’en explorer la rigueur et la profondeur originale.

1. Sur la genèse de la pensée (Le logiciel interne)

Source : Bourdieu, Pierre, Le Sens pratique, Paris, Éditions de Minuit, 1980.

Le concept : L’Habitus.

« Les conditionnements associés à une classe particulière de conditions d’existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme des structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement « réglées » et « régulières » sans être en rien le produit de l’obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l’action organisatrice d’un chef d’orchestre. »

BOURDIEU, Pierre. Le Sens pratique. Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1980, p. 88-89.

Élucidation : Cette citation confirme que nos manières de penser ne sont pas innées, mais sont des « dispositions durables » acquises par notre histoire sociale et personnelle.

2. Sur la détection des erreurs de calcul (La technique)

Source : Beck, Aaron T., Principes de thérapie cognitive, Paris, Retz, 2014.

Le concept : Les distorsions cognitives.

« Le patient souffrant de troubles émotionnels tend à commettre des erreurs logiques spécifiques qui maintiennent sa croyance dans la validité de ses concepts négatifs. Ces erreurs, ou distorsions cognitives, comprennent l’inférence arbitraire (conclusion tirée sans preuve), l’abstraction sélective (se focaliser sur un détail hors contexte), la généralisation excessive et la personnalisation. Ces processus de pensée automatiques empêchent le sujet de traiter les informations de manière objective et renforcent ses schémas inadaptés. »

BECK, Aaron T. Principes de thérapie cognitive. Traduction par J. Cottraux. Paris, Retz, 2014, p. 27.

Élucidation : C’est ici que l’on trouve la base technique pour identifier le « filtre » ou le « tout-ou-rien » listés dans notre tableau des biais.

3. Sur la souveraineté de l’esprit (Les Idoles)

Source : Bacon, Francis, Novum Organum, 1620 (Livre I).

Le concept : La théorie des Idoles.

« Les idoles de la tribu ont leur fondement dans la nature même de l’espèce humaine, dans la famille même des hommes et dans leur race. Car c’est une erreur d’affirmer que les sens humains sont la mesure des choses ; au contraire, toutes les perceptions, tant des sens que de l’esprit, ont leur rapport avec l’homme et non avec l’univers. L’entendement humain est semblable à un miroir inégal qui, mêlant sa propre nature à la nature des choses, les déforme et les décolore. »

BACON, Francis. Novum Organum (1620). Traduction par M. Lorquet. Paris, Hachette, 1857, Livre I, Aphorisme XLI.

Élucidation : Bacon décrit ici précisément le phénomène de « voile » ou de « miroir déformant » que la Clinique cherche à identifier pour retrouver une vision juste.

4. Sur le passage de la passion à l’action

Source : Spinoza, Baruch, Éthique, 1677.

Le concept : La connaissance des causes.

« PROPOSITION III : Un affect qui est une passion cesse d’être une passion sitôt que nous nous en formons une idée claire et distincte.

DÉMONSTRATION : Un affect qui est une passion est une idée confuse (par la Définition générale des Affects). Si donc nous nous formons de cet affect une idée claire et distincte, cette idée ne se distinguera de l’affect lui-même, en tant qu’il se rapporte à l’âme seule, que par le concept (par la Prop. 21, p. 2) ; et par suite (par la Prop. 3, p. 3), l’affect cessera d’être une passion. »

SPINOZA, Baruch. Éthique (1677). Traduction par Charles Appuhn. Paris, Garnier, 1934, Cinquième partie, Proposition III.

Élucidation : C’est le fondement de notre démarche : comprendre le fonctionnement de son « logiciel » suffit à en dissoudre l’emprise automatique.

5. Sur l’appropriation de la pensée au Québec

Source : Collin, Claude, « La philosophie au collégial : une pensée en acte », Revue Critère, n° 10, 1974.

Le concept : La didactique comme appropriation de soi.

« Philosopher, c’est d’abord faire acte de présence à soi-même, c’est l’effort pour s’approprier sa propre pensée plutôt que de la laisser être dictée par l’extérieur. Dans cette perspective, l’enseignement de la philosophie ne peut se réduire à une simple transmission de connaissances historiques ou techniques ; il doit viser avant tout à provoquer chez l’étudiant l’exercice de son propre jugement, afin que celui-ci devienne le sujet actif de sa propre culture et non le réceptacle passif d’un savoir étranger. »

COLLIN, Claude. « La philosophie au collégial : une pensée en acte ». Critère, n° 10, janvier 1974, p. 154.

Élucidation : Collin ancre notre réflexion dans une tradition québécoise où la philosophie n’est pas un savoir mort, mais un exercice vivant de liberté.

6. Sur la critique de la médicalisation

Source : Gori, Roland, La Dignité d’être humain, Paris, Les Liens qui libèrent, 2011.

Le concept : La résistance à la normalisation technique.

« Il s’agit de restituer à l’individu sa capacité de s’interpréter lui-même, plutôt que de le soumettre à des protocoles qui le réduisent à un simple dysfonctionnement biologique ou à un comportement déviant qu’il conviendrait de normaliser. La clinique, au sens noble, est cet espace où la parole du sujet reprend ses droits sur la nomenclature technique, où le récit singulier d’une vie l’emporte sur l’anonymat des statistiques et des diagnostics standardisés. »

GORI, Roland. La Dignité d’être humain. Paris, Les Liens qui libèrent, 2011, p. 124.

Élucidation : Cette source justifie la posture de la Clinique de la Compréhension : nous ne sommes pas dans le « diagnostic », mais dans l’interprétation souveraine de sa propre existence.


Annexe II : En quoi la Clinique de la Compréhension se distingue-t-elle de la thérapie cognitive ?

Si la Clinique de la Compréhension partage certains outils avec la psychologie cognitive, elle s’en sépare radicalement par sa fondation : elle considère que le bien-être est, par essence, une question de philosophie.

1. Le bien-être comme adéquation au vrai

Dans la psychologie classique, le bien-être est souvent traité comme une régulation d’humeur ou un équilibre de fonctions. Pour la Clinique de la Compréhension, le bien-être est une question d’éthique de la pensée. Comme chez les Anciens, la « vie bonne » découle de la lucidité. Le mal-être n’est pas vu comme une maladie, mais comme le signe d’un désaccord entre le sujet et le réel, souvent causé par des voiles de l’esprit.

2. De la « rééducation » à la « révélation »

La distinction la plus nette réside dans le processus de changement :

  • En thérapie cognitive : On procède souvent par « restructuration cognitive », un entraînement répétitif visant à remplacer une pensée négative par une pensée plus fonctionnelle. C’est un processus de rééducation.

  • Dans la Clinique de la Compréhension : Le changement opère par révélation. La correction du biais n’est pas le résultat d’un effort de volonté, mais celui d’une prise de conscience. Lorsque la personne en consultation reconnaît soudainement le mécanisme de son biais — ce « défaut de fabrication » de son système de pensée — la structure s’effondre d’elle-même. C’est un basculement presque automatique : une fois que l’illusion est vue comme illusion, elle perd son pouvoir de contrainte sur le système de pensée.

3. La souveraineté par l’élucidation

Là où la psychologie cherche à soulager un symptôme, la Clinique cherche à restaurer une souveraineté. Le but n’est pas de ramener le consultant vers une « norme » de santé mentale, mais de l’aider à redevenir l’architecte de sa propre raison. En comprenant comment son logiciel interne s’est construit, le consultant ne se contente pas d’aller mieux ; il se réapproprie sa capacité de juger.

Dimension Psychologie Cognitive (TCC) Clinique de la Compréhension
Domaine d’appartenance Les sciences de la santé et du comportement. La philosophie et l’éthique de la pensée.
Vision du Bien-être Équilibre émotionnel et absence de symptômes. Adéquation avec le réel et vie examinée.
Mécanisme de changement Rééducation et entraînement (processus lent). Révélation par la prise de conscience (basculement immédiat).
Rôle du biais Une erreur de traitement à corriger. Un voile sur le réel qui, une fois reconnu, se dissout.
Finalité La fonctionnalité sociale et psychique. La souveraineté intellectuelle et la liberté.

Le changement ne vient pas d’une lutte contre soi-même, mais de la reconnaissance soudaine de l’automatisme. Voir le piège, c’est déjà en être sorti.


Annexe III : Récit d’une révélation — Le biais en action

Pour comprendre comment la Clinique de la Compréhension opère, voici l’illustration d’un cas de figure fréquent où la simple identification d’un mécanisme logique dissout une souffrance persistante.

Le cas du « miroir déformant »

Un consultant exprime un sentiment d’échec profond suite à une présentation professionnelle où il a commis une seule erreur mineure. Malgré les félicitations de ses pairs, il ne voit que cette bévue. Il est convaincu que « tout est gâché ».

L’identification du « Logiciel »

En explorant le récit avec l’observateur, deux mécanismes du tableau de David Burns sont mis en lumière :

  1. Le filtre : Le sujet s’est focalisé sur une goutte d’encre (l’erreur) dans un verre d’eau (la présentation réussie).

  2. Le tout-ou-rien : Si la perfection n’est pas atteinte, alors l’échec est total.

La révélation philosophique

L’observateur ne cherche pas à rassurer le consultant en lui disant qu’il a été « bon ». Il l’amène plutôt à observer sa propre pensée comme un objet technique.

Le déclic survient lorsque le consultant s’exclame : « Mais ce n’est pas moi qui suis nul, c’est mon système de lecture qui est défaillant ! » À cet instant, le biais passe du statut de vérité vécue au statut d’erreur de calcul. La charge émotionnelle tombe presque instantanément. Le consultant ne se sent pas seulement « mieux » ; il se sent plus clairvoyant. Il a identifié une « Idole » (au sens de Bacon) qui déformait sa réalité.

Conclusion de l’annexe

Cette histoire démontre que dans la Clinique, le « remède » est la compréhension. Une fois que le mécanisme du biais est mis à nu, il perd son pouvoir d’aliénation. Le consultant retrouve sa souveraineté : il ne subit plus sa pensée, il l’observe.


Annexe IV : Jalons historiques de la découverte des biais cognitifs

L’étude des biais cognitifs ne naît pas d’une volonté de soigner, mais d’une tentative de comprendre comment l’esprit humain prend des décisions dans l’incertitude. Elle s’inscrit dans une rupture avec le modèle économique classique de l’« Humain Rationnel ».

1. Le précurseur philosophique : Francis Bacon (1620)

Bien que le terme « biais » soit moderne, la structure conceptuelle est posée dès le XVIIe siècle par Francis Bacon dans son Novum Organum. En définissant les « Idoles », il identifie les quatre sources d’erreurs systématiques de l’esprit humain. Il écrit notamment sur l’Idole de la Tribu : « L’entendement humain, une fois qu’il a adopté une opinion, tire toutes les autres choses à lui pour la soutenir et s’accorder avec elle. » C’est la première description documentée de ce que nous nommons aujourd’hui le biais de confirmation.

2. La rupture avec l’Homo Economicus (1950-1960)

Jusque dans les années 1950, le modèle dominant en économie et en psychologie est celui de la rationalité parfaite. L’humain est censé calculer ses intérêts de manière optimale.

  • Herbert Simon (1955) : Prix Nobel d’économie, il introduit le concept de « rationalité limitée » (bounded rationality). Il démontre que l’esprit humain n’a ni le temps ni les capacités de tout calculer et qu’il utilise des raccourcis mentaux, jetant ainsi les bases de la recherche sur les biais.

3. L’acte de naissance : Kahneman et Tversky (1974)

Le véritable tournant historique se produit avec la collaboration de deux psychologues israéliens, Daniel Kahneman et Amos Tversky.

  • Repère clé : En 1974, ils publient dans la revue Science l’article fondateur : « Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases ».

  • La découverte : Ils démontrent que l’esprit utilise des heuristiques (des règles empiriques rapides) qui sont souvent utiles, mais qui mènent systématiquement à des erreurs prévisibles : les biais. Ils identifient alors les trois premières grandes familles : l’ancrage, la disponibilité et la représentativité.

4. L’élargissement clinique : David Burns et Aaron Beck (1980)

C’est à cette période que les découvertes des sciences cognitives entrent dans le champ de la santé mentale.

  • David Burns publie en 1980 « Feeling Good » (Être bien dans sa peau). Son apport historique n’est pas la découverte des biais, mais leur classification pédagogique. Il traduit les recherches arides de Kahneman et Tversky en « distorsions cognitives » accessibles, permettant au sujet d’identifier ses propres erreurs de logique au quotidien.

5. La reconnaissance ultime (2002)

L’histoire se boucle par une consécration symbolique : en 2002, Daniel Kahneman reçoit le prix Nobel d’économie (Tversky étant décédé). C’est la preuve que les biais cognitifs sont désormais reconnus comme une composante universelle de la condition humaine, affectant aussi bien les marchés financiers que le jugement intime.

Annexe III : Repères historiques de la découverte des biais cognitifs
1620 Francis Bacon Publication du Novum Organum. Définition des « Idoles » (préjugés de l’esprit). Pose les bases du biais de confirmation.
1955 Herbert Simon Introduction du concept de « rationalité limitée ». Démontre que l’esprit humain utilise des raccourcis faute de pouvoir tout calculer.
1974 Kahneman & Tversky Publication de l’article fondateur dans Science. Acte de naissance officiel des « Biais Cognitifs » comme objet d’étude.
1980 David Burns Publication de Feeling Good. Classification pédagogique des biais en « distorsions cognitives » pour l’usage du grand public.
2002 Daniel Kahneman Réception du Prix Nobel d’économie. Consécration de la théorie des biais comme composante universelle de la décision humaine.
2011 Daniel Kahneman Publication de Système 1 / Système 2. Synthèse historique et scientifique sur les deux modes de pensée.

Cette chronologie montre que les biais ne sont pas une « invention » de la psychologie, mais une découverte interdisciplinaire qui confirme une intuition philosophique vieille de quatre siècles : l’esprit humain est un instrument puissant, mais dont le miroir est naturellement inégal.

Article # 129 – L’étincelle nécessaire à l’acquisition de l’esprit critique

L’importance de l’esprit critique prend de l’ampleur en ces temps de désinformation qui laissent apparaître « La faiblesse du vrai » (Myriam Revault d’Allones, Seuil, 2018). Aujourd’hui, la situation de l’information sur les réseaux sociaux nous plonge dans une crise réelle de désinformation. Hier, dans les années 1960-1970-1980, nous parlions de la nécessité de développer l’esprit critique de la population face aux médias traditionnels (journaux, radio, télévision). Il s’agissait alors de mettre en branle une toute nouvelle discipline, l’éducation aux médias, à laquelle nous ajoutons aujourd’hui « et à l’information ».

Qu’est-ce que l’éducation aux médias?

L’éducation aux médias est le processus par lequel les personnes acquièrent des compétences médiatiques, c’est-à-dire qu’elles sont capables de comprendre de manière critique la nature, les techniques et les impacts des messages et des productions médiatiques. Selon Sonia Livingstone, spécialiste de la littératie aux médias numériques, « plus les médias imprègnent tout dans la société, notamment le travail, l’éducation, l’information, la participation civique et les relations sociales, plus il est essentiel que les gens soient informés et capables de juger de manière critique le contenu qui est utile ou trompeur, de comprendre comment les médias sont réglementés, qui sont les médias dignes de confiance, et quels intérêts commerciaux ou politiques sont en jeu. Bref, l’éducation aux médias est nécessaire non seulement pour interagir avec les médias, mais aussi pour interagir avec la société par le biais de médias[1]. »

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[1] Livingstone, S. (2018). « Media literacy – everyone’s favourite solution to the problems of regulation ». Media @ LSE. Consulté à l’adresse : https://blogs.lse.ac.uk/medialse/2018/05/08/media-literacy-everyones-favourite-solution-to-the-problems-of-regulation/. [traduction]

Source : Qu’est-ce que l’éducation aux médias? HabiloMédias.

Par exemple, le journal Le Monde s’implique dans l’éducation aux médias en publiant en 1979 un guide sous le titre « Lire le journal – Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques » signé par deux de ses journalistes, Yves Agnès et Jean-Michel Croissandeau.

La même année, toujours en France, un programme interministériel voit le jour sous le nom « Jeunes Téléspectateur actif » (JTA). Le terme « Actif » s’oppose ici à « Passif »; on s’interroge sur l’influence de la télévision sur les jeunes compte tenu de leur passivité face à ce média. La psychologue Évelyne Pierre sera l’une des principales observatrices des impacts de ce programme.

DEUX EXPÉRIENCES SCOLAIRES DE FORMATION À L’AUDIOVISUEL : ICAV ET JTA

Brigitte Chapelain, Université Paris XIII

Parmi les expériences d’intégration de l’audiovisuel à l’école, deux expérimentations, très différentes, l’Icav (Initiation à la culture audiovisuelle), démarrée en 1966, et le programme JTA (Jeune Téléspectateur Actif), lancé après 1975, sont à la fois les plus symboliques et les plus abouties. Elles reflètent le désir d’une interaction entre les pratiques pédagogiques, la formation et la recherche, et elles témoignent d’une effervescence pionnière tentant d’utiliser un appareil théorique issu des Sciences de l’information et de la communication.

A priori, ces deux expérimentations présentent de nombreux points communs : des organisations pensées et structurées en termes de formation et d’objectifs éducatifs ; des programmes, ou tout au moins des outils et des dispositifs pédagogiques mis à la disposition des enseignants ; une évaluation scientifique et institutionnelle pour s’interroger sur une éventuelle généralisation. Par ailleurs, ces deux formes d’intégration de la communication audiovisuelle dans l’éducation secondaire n’ont pas été expérimentées au niveau national, mais laissées à la responsabilité des instances régionales.

Leurs différences s’expliquent par un décalage de dix ans durant lequel ont évolué les Sciences de l’information et de la communication, ainsi que les théories de l’apprentissage, la pratique sociale des médias et la gestion institutionnelle de l’innovation.

Lire la suite

Source : Chapelain, B. (2007) . Deux expériences scolaires de formation à l’audiovisuel : Icav et Jta. Hermès, La Revue, n° 48(2), 53-60. https://doi.org/10.4267/2042/24098.

À l’époque (1960-1980), certains médias hésitent à s’impliquer, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique, au Québec, parce qu’ils perçoivent l’éducation aux médias comme ayant pour but de critiquer leur travail et ses résultats, c’est-à-dire les informations qu’ils offrent à la population. Mais là n’est pas le but de l’éducation aux médias. Il faut bien lire le sous-titre du livre « Lire le journal » :

« Pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite avec 110 fiches pratiques »

Il s’agit alors de « comprendre et expliquer » le fonctionnement des médias d’information en vue de permettre aux utilisateurs de formuler une critique sur des bases solides. Par exemple, on s’attend à ce que le lecteur ne se limite plus à une simple affirmation : « Je n’aime pas cet article ». Mais qu’il puisse proposer une analyse plus fine : « Je n’aime pas le chapeau et le titre de cet article mais le contenu est intéressant même si je n’en partage pas la conclusion (la chute) ». Autre exemple, le jugement « Je n’aime pas cette émission de télévision », on espère une argumentation mieux informer : « Je n’aime pas le scénario ou la réalisation, ou encore l’animation, de cette émission ». Il s’agit simplement de savoir de quoi l’on parle, d’où l’intérêt pour le fonctionnement des médias, leurs mécanismes, de la cueillette de l’information à son traitement en passant par la vérification.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’objectif de l’éducation aux médias : développer de l’esprit critique des consommateurs de média plutôt que d’apprendre à formuler des opinions éditoriales.

On se souviendra du temps où nous disions « Si c’est dans le journal, c’est que c’est vrai ». La confiance envers les médias était quasi inébranlable. On ne voyait l’utilité de douter du contenu des médias. Nous pouvions être en accord ou en désaccord avec une prise de position éditoriale mais nous n’avions pas la connaissance et l’expertise pour remettre en question l’information elle-même, dite objective, même si notre réaction demeurait subjective.


Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.


L’éducation aux médias des années 1960-1980 fut donc la première étape de l’introduction officielle de la formation de l’esprit critique des élèves dans les programmes scolaires avec effets sur la population en générale.

L'esprit critique consistait alors à savoir de quoi on parle.

La démarche pédagogique se voulait à la fois théorique et pratique. Par exemple, après la théorie sur le fonctionnement de la télévision, on demandait aux jeunes de concocter eux-mêmes un bulletin d’information télévisé.

Dans les années 1980, ma partenaire et moi, fondateurs du Club d’Initiation aux médias, le tout premier organisme québécois d’éducation aux médias, nous sommes allés un peu plus loin dans notre expérimentation du programme Jeune Téléspectateur Actif. L’atelier au cours duquel les jeunes enregistraient leur bulletin de nouvelle télévisée se déroula en présence de journalistes des grands médias de la Capitale nationale (Québec, Québec). L’atelier pris fin avec une conférence de presse des jeunes interrogés par les journalistes présents. Nous nous attendions à une couverture de presse des principaux médias invités et ce fut le cas. Ainsi, l’atelier suivant, le lendemain, permis aux élèves de constater le traitement de l’information par ces médias, c’est-à-dire qu’est-ce qui avait été mis de l’avant par les journalistes, comment et avec quelle ampleur.

Le quotidien le plus populaire de la région titra sa première page, la une, avec une citation tirée de la réponse d’un élève à la question d’un journaliste : « S’il n’y avait plus de télé, je me suiciderais ». D’autres médias offrirent un traitement tout aussi surprenant.

Vous pouvez imaginer facilement les réactions des élèves face à ce traitement de leurs réponses aux questions des journalistes. Et cette fois, l’esprit critique faisait une place au doute, à un doute sur la pertinence du rapport médiatique de leur expérience. L’esprit critique de ces élèves devint, non plus une simple théorie appliquée à une expérience pratique, mais une étincelle qui alluma un feu en leur conscience. Le traitement journaliste fut pour les uns un trauma et pour les autres une révélation qui changea leur appréciation des médias d’information.


Quand l'esprit critique naît d'une étincelle révélatrice ou traumatique, il éclaire à jamais la conscience.

La question de la désinformation sur le web, notamment sur les réseaux sociaux, propulse à nouveau la nécessité de l’esprit critique à l’avant de la scène au sein de nos institutions d’enseignement et tout comme au sein de la population.

Mais tant et aussi longtemps que l’esprit critique demeure une théorie, il est intellectualisé davantage que pratiqué. Et si les exercices pratiques proposés pour l’acquérir et le développer donnent en exemple les efforts intellectuels à déployer, il ne servent alors qu’à donner raison à la théorie. Dans ce cercle, l’esprit critique devient un sujet de plus en plus populaire sans pour autant l’expliciter.

Esprit critique

Détrompez-vous !

1 – Esprit critique, de quoi s’agit-il ?

 Il faut faire preuve d’esprit critique.  Cette expression, entendue dans des contextes variés, sonne souvent comme une évidence. La sensibilisation à l’esprit critique, spécifiquement dans le monde de l’éducation, est un enjeu majeur face à une surabondance d’informations erronées. Toutefois, la notion d’esprit critique est rarement explicitée. Quelle définition pourrait en être donnée ?

Esprit critique, 1 – Esprit critique, de quoi s’agit-il ? Universcience, Palais des découverte.

Esprit critique et esprit scientifique

J’apprécie le rapprochement entre « esprit critique » et « esprit scientifique » dans les offres pédagogiques, l’un n’allant pas sans l’autre.

Les principes du projet «?Esprit scientifique, Esprit critique?»

Ce projet thématique propose aux élèves ainsi qu’à leurs enseignants de découvrir les outils propres à développer notre esprit critique, en s’appuyant sur l’enseignement de la méthode scientifique. Son objectif est d’aider l’élève à les mobiliser de manière pertinente dans différentes situations, et notamment dans leur vie quotidienne.

Pour favoriser l’apprentissage de ces outils, deux stratégies pédagogiques doivent être mobilisées?: premièrement, l’enseignant doit se montrer explicite quant à l’outil utilisé?; deuxièmement, il doit multiplier les situations où l’outil est nécessaire.

Nous avons choisi de produire des ressources pluridisciplinaires, qui s’ancrent sur toutes les sciences et même d’autres disciplines (mathématiques, histoire et géographie, français, éducation aux médias et à l’information). Nous pensons que la pluridisciplinarité crée le cadre pour mettre en place ces deux stratégies. En multipliant les exemples et en diversifiant les situations où un même outil se révèle pertinent, on donne à l’élève les moyens de s’affranchir du contexte d’apprentissage et de transférer le savoir-faire acquis.

Enseigner l’esprit critique fondé sur l’esprit scientifique exige de comprendre soi-même les enjeux qui sous-tendent ce défi. Les pages qui suivent se proposent de fournir une base de réflexion. On portera l’attention sur les capacités et attitudes qui nous guident dans la recherche et collecte d’informations, les obstacles et les solutions «?expertes?» que la science a su développer au cours du temps. Révéler les obstacles est indispensable pour aller à l’encontre de ceux-ci et apprendre à se construire des connaissances plus solides et fiables.

Esprit scientifique, Esprit critique – Cycle 3, Projets, Fondation La main à la pâte.


Séminaire national « Esprit scientifique, esprit critique » – cycles 2, 3 et 4

Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives.

On peut faire preuve d’esprit scientifique dans une variété de domaines et de disciplines. Au cours de ce séminaire, nous avons donc proposé des activités et des pistes de réflexion qui, tout en s’inspirant des méthodes de la science, concernent en réalité toutes les disciplines.

L’éducation à l’esprit critique, telle qu’elle a été abordée, n’est pas une « écoute du doute » ou de la méfiance. Elle poursuit au contraire un objectif pluridisciplinaire d’outillage du raisonnement de l’élève. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.

Séminaire national « Esprit scientifique, esprit critique » – cycles 2, 3 et 4, éduscol | Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche | Dgesco


De l’art de conjuguer esprit critique et démarche scientifique

En science, il ne suffit pas de posséder un savoir encyclopédique pour donner une lecture interprétative d’un monde en progrès. Il faut aussi savoir conjuguer la démarche scientifique et l’esprit critique.

The conversation, Academic Journalism Society


Esprit scientifique, esprit critique

Rapprocher esprit critique et esprit scientifique permet en outre de prendre conscience de la manière avec laquelle la science parvient à construire des connaissances solides et fiables, en comparaison avec nos opinions courantes et intuitives. Ceci est fondamental pour bâtir une confiance raisonnée en la science, et pour outiller le citoyen de demain face aux choix qu’il devra prendre.

Eduscol. (2018, 26 mars). Esprit scientifique, esprit critique – Intervention d’Élena Pasquinelli , in Esprit scientifique, esprit critique. [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/q957-cd56. (Consultée le 10 février 2025)

VOIR AUSSI

Pasquinelli, E., Farina, M., Bedel, A. & Casati, R. (2020). Définir et éduquer l’esprit critique [Rapport]. Institut Jean-Nicod. (PDF)

Pasquinelli, E., Bronner, G. et al. (2021). Éduquer à l’esprit critique – Bases théoriques et indications pratiques pour l’enseignement et la formation [Rapport]. CSEN. (PDF)

Ainsi, l’esprit scientifique est le meilleur moyen d’acquérir un esprit critique. La définition de l’esprit scientifique impose la « méthode scientifique ». Et ici encore, l’enseignement de la méthode scientifique ne suffit pas pour acquérir un esprit scientifique; il faut la vivre en conscience.

Mais sans conscience de la conscience rien ne peut y pénétrer volontairement. Et cette conscience de la conscience, une conscience de soi, demande un certain recul face à soi-même, une prise de conscience de soi pouvant mener à une prise de conscience du « Comment je connais » Nous revenons donc à la base de la philosophie de Socrate : « Connais-toi toi-même ». L’esprit critique s’inscrit donc d’abord et avant tout dans la connaissance de soi, y compris de ses propres “mécanismes” de pensée.

La majorité du temps, on se contente de penser sans penser à comment on pense avec le regard sur le résultat, la pensée exprimée. Les pensées nous viennent sans que l’on sache le « où-quand-comment-et-pourquoi » de chacune. Certes, nous trouverons toujours une justification, au besoin, mais ce n’est pas une préoccupation a priori.

Être une révélation pour soi-même

Découvrir comment je connais peut être très révélateur de soi à soi. Pour y parvenir, il faut ne pas prendre pour vrai ce que je pense uniquement parce que je le pense. Autrement dit, si nous fondons notre valeur sur la valeur que nous accordons à nos pensées, il nous sera difficile de remettre en cause nos pensées, plus particulièrement, nos opinions. Nous nous imposons inconsciemment d’avoir raison, d’être dans le vrai, pour respecter notre valeur. Dans ce cas, nous sommes emprisonnés en notre esprit sans faille, sans aucune entrée de lumière. Bref, nous visions alors dans un système sans faille, dans le noir. Car la lumière ne pourra entrer en notre esprit qu’avec une faille. Et sans cette lumière sur nous, il est impossible de nous connaître.

Si nous visons depuis longtemps dans un système sans faille, dans le noir, la moindre petite faille qui laissera entrer un peu de lumière nous aveuglera. La réaction est alors de vite colmater cette faille en trouvant le moyen de se donner raison, de garder raison.

Or, notre valeur ne provient pas de la valeur que nous attribuons à nos pensées mais du fait que nous possédons la faculté de penser. « La “machine” avant le résultat » ou « Sans la “machine”, pas de résultat ». Ce que je pense a moins d’importance que le fait même que je pense car… « Je pense, donc je suis ». Il n’est pas dit « Je pense ceci ou cela, donc je suis ». « La valeur d’une maison ne repose pas sur l’ameublement qu’elle contient mais d’abord et avant tout sur le fait même qu’elle existe et qu’elle puisse remplir sa fonction. »

Vivre dans un esprit sans faille, un esprit qui a toujours raison, c'est se priver de lumière, c'est vivre dans le noir.

Le rôle de la faculté de penser n’est pas de nous donner raison. Il n’est pas d’esprit critique si tout ce qui importe est d’avoir raison. Notre valeur tient donc dans notre capacité à penser et non dans les pensées qui en résultent.

Une grande partie de notre esprit critique prend ses sources dans notre capacité à penser et dans notre pouvoir d’analyse pour prendre les bonnes décisions et les actions pour vivre mieux.

Gilles Julien, pédiatre social, Avons-nous encore le droit et la possibilité de penser?, Libre opinion, Le Devoir, 10 octobre 2023.

La prise de conscience de la valeur intrinsèque de notre faculté de penser permet à cette dernière de s’interroger sur elle-même, de se demander pourquoi je pense, comment je pense, comment je peux être bénéfique à celui ou celle qui me pense, bref comment je peux penser mieux, penser juste. La faculté de penser demande, à l’instar de toute autre faculté, à être formée. Ainsi, la connaissance d’elle-même et les qualités acquises par la faculté de penser donnent aux pensées toute leur valeur.

Une faculté de pensée molle donnera des pensées molles. Une faculté de penser qui pense de travers donnera des pensées de travers. Une faculté de penser sous l’influence de biais cognitifs donnera des pensées biaisées. Imaginez une faculté de penser au prise avec les biais cognitifs ci-dessous.


Liste de biais cognitifs

Voici une liste de biais cognitifs pour prendre du recul
et ainsi être capable d’espionner votre conditionnement :

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : Burns, David D, Être bien dans sa peau, Héritage, 2005.


À elle seule, cette liste a été une autre grande révélation pour moi en ma conscience. Je pouvais cocher chacun des dix biais cognitifs de la liste proposée par le docteur David D. Burns dans son livre « Être bien dans peau — Traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l’anxiété et les troubles de l’humeur ». Cette liste a raisonné en ma conscience parce que j’étais ouvert à toutes les remises en question possible depuis mon adolescence. J’avais entendu à la radio :

« La lumière entre par les failles. Ceux qui vivent dans un système sans faille demeure dans le noir. »

Si cela ne m’a pas empêché d’être une victime inconsciente de biais cognitifs, c’est que je pensais, toujours à mon adolescence, qu’être un adulte donnait le pouvoir de se donner raison sur les autres. C’est du moins l’image que me renvoyait mes adultes de mon entourage. Ils avaient raison et ils parlaient avec une telle force de conviction qu’il valait mieux les observer plutôt que de tenter d’intervenir. Je savais que j’avais tort avant même d’ouvrir la bouche avec ces adultes, sans doute en raison de ma jeunesse et de mon manque d’expérience.

« Tu atteins toujours tes objectifs
mais il faut bâtir un cimetière après ton passage
»

Cette attitude des adultes de mon entourage a eu un effet inattendu sur moi : j’ai cru qu’il s’agissait là de la seule et unique façon de d’exploiter ma faculté de penser et de vivre mes relations interpersonnels. En fait, j’avais la ferme conviction que tout le monde vivait ainsi, sauf ma mère. Il n’y avait qu’un seul modèle à suivre, celui du fonceur pur et dur. À l’époque, une institution financière au premier rang au Québec, avait lancé une campagne publicitaire auprès des jeunes sous le thème « Foncer, c’est permis » qui me rassura davantage.

Mais n’allez pas vous imaginer que j’avais conscience d’être un fonceur. Je fonçais sans me questionner. Je commettais une erreur, je me relevais et je fonçais de nouveau, toujours sans me questionner.

Au début de la trentaine, j’ai fait quelque chose qui ne se fait pas : j’ai critiqué la présidence de l’organisme qui retenait mes services en m’adressant directement les autres membres du conseil d’administration. Cette remise en question la présidence a entraîné la tenue d’une réunion extraordinaire du conseil d’administration, non pas décidé de ma critique du président, mais plutôt pour décider s’il fallait ou non me congédier.

La décision de me garder en poste fut prise et c’est le président en personne qui avait la mission de me l’annoncer lors d’une rencontre privée en tête-à-tête le lendemain. J’ai été sérieusement sermonné et avec raison par le président. Il me confirma la pertinence de ma critique de sa présidence mais il désapprouvait vivement ma démarche. Je retiens de cette rencontre l’une de ses observations sur ma conduite : « Tu atteins toujours tes objectifs mais il faut bâtir un cimetière après ton passage ». Il me soulignait le peu d’attention que j’accordais aux personnes sur le chemin de mon objectif. Ma conscience a gravé cette phrase en ma mémoire pour toujours. On m’avait déjà dit dans le passé qu’ « on ne se taillait pas une place dans la vie en marchant sur la tête des autres » mais, cette fois, c’était plus grave. Il y avait des “morts”. La lutte mon changer mon comportement ne fut pas aisé en raison de mon penchant naturel de fonceur, ce dernier demeurant en place malgré mes efforts. « Chasser le naturel et il revient au galop ».

« J’ai l’impression d’être passé sous un train »

À la mi-trentaine, c’était inévitable, le fonceur naturel frappa un autre mur. Un événement inédit dans la conduite de mes affaires à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing me fit perdre pied. J’ai été battu sur un appel d’offres pour la première fois de ma vie professionnelle.

J’ai décrit la situation à une psychologue enseignante en entrepreneuriat en ces mots : « J’ai l’impression d’être passé sous un train », ce qui venait de me faire perdre tous mes moyens et l’événement leva un sérieux doute sur mes capacités entrepreneuriales. J’étais profondément traumatisé. La confidence à cette psychologue enseignante suivait le tout premier cours du cursus d’une formation à l’entrepreneuriat dont le titre me surprenait : « Connaissance de soi ». Par association incongrue, je me demandais ce que Socrate venait faire dans cette formation de futurs entrepreneurs mais j’ai compris. Si on enseigne qu’il faut bien connaître ses fournisseurs et ses clients, il faut d’abord et avant tout bien se connaître soi-même.

Et en abordant la question des « Styles interpersonnels » de ce premier cours, je me reconnaissais puisque mon style « Fonceur » s’inscrivait dans la liste. Mon étonnement fut de constater qu’il y avait une liste, que plus d’un style interpersonnel existait. Je percevais tout le monde comme des fonceurs et, qui plus est, dans une cohorte composée uniquement de futurs entrepreneurs. Ensemble, nous devions déterminer le style interpersonnel de chaque participant. Le groupe questionnait chaque participait à tour de rôle et, selon ses réactions et son comportement, nous devions nous prononcer sur son style interpersonnel. Mon tour venu, les autres participants me bombardèrent de questions auxquelles je répondais plus instantanément, il me fallait un temps de réflexion, moi qui, auparavant, avait réponse à tout tout le temps. Ce temps de réflexion quasi-automatique m’étonnait grandement. Ce n’était pas dans mes habitudes de fonceur et mes collègues de classe ne m’attribuèrent pas ce style, ce qui m’étonna davantage. C’étaient-ils tous trompé ?

Le cours terminé, j’ai discuté en privé avec la psychologue pour lui demander : « Est-ce qu’il advient que l’on puisse changer de style interpersonnel ? » « Oui, cela est possible, surtout à la suite d’une révélation ou d’un traumatisme ». « C’est sans doute ce qui m’arrive puisque j’ai l’impression d’être passé sous un train récemment en perdant un appel d’offres pour la première fois de ma vie » ai-je précisé.

Je suis rentré chez moi avec les Notes du cours « Connaissance de soi » remises par la psychologue enseignante en les considérant comme un trésor, une découverte qui changea à jamais ma vie.

Et ce, d’autant plus que ces notes de cours comprenaient des instructions précises à suivre pour adopter la bonne approche avec chacun des quatre styles interpersonnels et dont je fis l’expérience sur le terrain avec beaucoup de succès au cours des années suivantes, encore et toujours avec un étonnement soutenu. Les professeurs suivants des autres cours avaient insisté sur le fait que les statistiques veulent que des 100% des efforts déployés pour recruter un nouveau client, seuls 20% porteraient des fruits. Je vivais, avec cette histoire des styles interpersonnels, tout le contraire en obtenant 80% de succès dans mon recrutement de nouveaux clients. Je n’en revenais pas. Je n’étais connu ni d’Ève ni d’Adam dans mon nouveau domaine d’expertise, et 80% des gens d’affaire sollicités devenaient mes clients. Le succès fut tel que ma partenaire et moi, avons du ralentir le recrutement de nouveaux clients de peut de ne pas être capables de répondre à la demande.

Je suivais les instructions quasi-aveuglément car je ne comprenais pas vraiment comment ça marchait cette affaire des styles interpersonnels. Mais, devenu Analytique et ayant désormais besoin du maximum d’information, j’ai creusé l’affaire.

Une autre surprise de taille : l’esprit scientifique

En parallèle, une autre surprise m’attendais pendant mon auto-apprentissage à mon nouveau domaine d’action : les études de motivation d’achat des consommateurs, une forme de recherche prédictive du succès ou de l’échec d’un nouveau produit ou la relance d’un produit existant.

Une surprise de taille : l’esprit scientifique ! Je dévorais chaque page de chacun des quinze livres signés par le pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs et dans lesquels il offrait des rapports détaillés des succès de ses clients. La particularité des ces études de marché : elles se fondaient sur la science, la science dure. Ce chercheur apportait à la recherche marketing toute la scientificité dont elle avait cruellement besoin.

Il avait trouvé une erreur fondamentale dans le choix original de l’objet d’étude des recherches en marketing. Jusque-là, le marketing, cherchant à devenir une discipline à part entière au sein des universités et ainsi s’émanciper des cours en management et direction des affaires, plaidait sa cause en soutenant que son objet d’étude était les consommateurs. Dans le contexte de l’arborescence des disciplines universitaires, le marketing se retrouvait ainsi classé, en raison de son objet d’étude, parmi les sciences humaines ou, pour le dire plus simplement, dans la famille des sciences inexactes par opposition à celle des sciences exactes, tel que la physique. Depuis, la recherche marketing se fonde essentiellement sur les sondages auprès des consommateurs et les groupes de discussion (focus group). Le résultat est clair : seulement un nouveau produit sur dix rencontre le succès de vente espéré, soit un taux d’échec de 90%. Et lorsqu’il y a un succès, ne ne peut pas le répéter à volonté puisqu’on ne connaît les clés du succès. En publicité, ont dit que 50% des publicités atteignent leurs objectifs mais on ne sait pas pourquoi à coup sûr.

Ceci dit, où est donc l’erreur fondamentale de la recherche marketing trouvée par le chercheur américain : dans le choix de l’objet de la recherche. Le bon objet de la recherche, c’est le produit lui-même. Et puisqu’il s’agit d’un objet physique, on peut parler d’une science exacte, à l’instar de la physique. Il ne s’agit plus de sondages et de groupes de discussion mais plutôt de tester des produits et puisque tester est un processus scientifique, il faut l’appliquer à la recherche marketing. C’est simple : le produit plutôt que les consommateurs comme objet d’étude. Le marketing devient une science exacte. Tant mieux si vous pouvez le croire car près de 99% des gens de marketing refuse d’y croire, par manque d’esprit scientifique – d’esprit critique. Et il en va de même au sein des universités.

Je fais rapport de mon expérimentation de cette approche scientifique de la recherche marketing auprès d’entreprises québécoises dans mon livre « Comment motiver les consommateurs à l’achat – Tout ce que vous n’apprendrez jamais à l’université » offert gratuitement en format numérique (PFD). Et ça fonctionne très bien à chaque fois grâce aux tests réalisés méticuleusement dans le respect du processus scientifique. De vendeur d’idée à titre de consultant indépendant en publicité et en marketing je suis devenu « testeur » des propositions des autres. Mes opinions n’avaient plus autant d’importance que les tests auxquels soumettre les propositions de nouveaux produits.

Le chercheur américain a éveillé ma conscience à la méthode scientifique en s’y référant à de nombreuses reprises dans ses écrits et les résultats de mes expérimentations avec différentes entreprises confirmèrent sa scientificité. De là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que je me penche sur la « connaissance et de la connaissance », sur le “comment” la science produit du savoir, sur l’importance du doute… « La connaissance scientifique se bâtit sur la destruction du déjà-su, rien n’est jamais acquis définitivement » ai-je découvert. Il n’est donc plus important désormais de se donner raison, pas plus que de chercher à avoir raison. La méthode scientifique est une lutte constante contre nos opinions.

J’aime bien la définition de la science donnée par l’historien philosophe des sciences et professeur de chimie et de physique, Gaston Bachelard, dont le livre La Formation de l’esprit scien­tifique(7) fait autorité en la matière. « Il définit la science comme un combat, un refus de ses propres opinions »(8), pour moi, un refus de ce qu’on prend d’emblée pour vrai, puisqu’une opinion est par définition prise pour vraie.

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NOTES

  1. Bachelard, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1938, Seizième édition, 1999. (Disponible en livre de poche).
  2. Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107.

Le professeur Jean-Marie Nicolle, dans son livre « Histoire des méthodes scientifiques » formule en ces mots la démarche :

« La connaissance est une lutte à la fois contre la nature et contre soi-même. On connaît contre une connaissance antérieure. La connaissance n’est pas une simple acquisition; elle est une remise en question de ce que l’on croyait savoir et qu’on savait mal ».

Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

N’y a-t-il pas là un nouvel élément ? Qu’est-ce que vous inspire : « par destruction du déjà su » et « contre une connais­­sance antérieure » ? La réponse doit préciser qu’est-ce qui peut détruire le déjà su. Seul un doute au sujet d’une connaissance déjà établie (pour vrai) peut détrôner cette dernière. Si je ne doute pas de la connaissance établie, il n’est aucune raison de croire que je sais mal. Si je doute d’une connaissance établie, mon doute détruit cette connaissance et c’est sur ces ruines que s’installera une nouvelle connaissance, plus certaine, jusqu’à ce qu’un doute vienne la détruire à son tour, pour une connaissance encore plus certaine. Lorsque je crois en une connaissance, j’accepte l’éventualité de devoir l’abandonner si un doute survient. Le bénéfice du doute, c’est la certitude… jusqu’au prochain doute !

Mais notre habitude de prendre pour vraies les évidences se pose comme un obstacle au doute assurant le développement de la connaissance. Gaston Bachelard introduit la notion d’« obstacles épistémologiques », de épistémè, savoir.

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir
un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

“1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)

2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)

3. L‘obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)

4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en famille. (…)

5. L‘obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique.

Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (sub-stans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)

6. L‘obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)

7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction.”

Source : Jean-Marie Nicolle, Histoire des méthodes scientifiques – Du Théorème De Thalès à La Fécondation In Vitro, Bréal, Rosny, France, 1994, pp. 108-114. En référence à : La Formation de l’Esprit Scientifique, Gaston Bachelard, 1934.

P.S.: Voir notre article au sujet du livre «Histoire illustrée des méthodes scientifiques » de Jean-Marie Nicolle (2024).

Ma lecture de ces deux ouvrages (Histoire des méthodes scientifiques et La formation de l’esprit scientifique) entretient ma curiosité d’un étonnement à l’autre. Elle m’incite à faire le ménage dans le « comment » je connais. Elle déplace mes opinions sur mon échelle hiérarchique au profit de la connaissance acquise dans le respect des méthodes scientifiques. « Je me trompe souvent mais mes recherches ne se trompent jamais » écrira le chercheur américain pionnier des études de motivation d’achat des consommateurs, fort de sa méthode scientifique.

Ensuite, j’ai suivi le cours en ligne « Science, éthique et société » donné par Olivier Clain, professeur de sociologie à l’Université de Laval (Québec, Québec). Selon Olivier Clain, non seulement le premier geste de la démarche critique est une mise en doute des connaissances acquises, mais la connaissance elle-même apparaît dès lors comme une réflexion critique, c’est-à-dire, comme « une démarche qui rend possible une avancée continuelle du savoir par destruction du déjà su, des évidences déjà accumulées ». (Clain, Olivier, cours Science, Éthique et Société, programme de formation Télé-Universitaire du département de sociologie de l’Université Laval). Le cours Science, éthique et société est disponible en ligne en libre accès sur Canal U.

Je garde en mémoire ma découverte du terme « obstacles épistémologiques » introduite par Gaston Bachelard. Jean-Marie Nicolle en parle en ces mots :

« La nouveauté de sa réflexion tient à la découverte des obstacles épistémologiques. Ce ne sont pas des obstacles extérieurs, comme la difficulté d’observer les phénomènes, de les mesurer, d’expérimenter sur eux; ni des obstacles techni­ques liées à la mise au point d’instruments au service de la science; ce sont des phénomènes internes à l’esprit même du chercheur. G. Bachelard a emprunté à la psychanalyse le concept de résistance. Une résistance est tout ce qui, dans les actions et les paroles d’un patient, s’oppose à l’exploration, par celui-ci, de son inconscient (ex. : fatigue, oublis, refus d’une interprétation, impatience, etc.)

L’obstacle épistémologique est une résistance au déve­loppement de la connaissance, interne à l’acte de connaître. C’est dans l’esprit du chercheur, dans sa démarche intellectuelle elle-même que l’on trouve des barrières, des obstacles au progrès de la connaissance. Ces obstacles sont bien entendu involontaires. »

Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, p.107. Le professeur Nicole traite ici de l’enseignement de Gaston Bachelard.

Et me voilà plongé dans une nouvelle étude, l’épistémologie :

  1. Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée (théorie de la connaissance).
  2. Théorie de la connaissance ; « étude de la constitution des connaissances valables » (Piaget). Épistémologie génétique.

Source : Épistémologie, Dictionnaires Le Robert.

Gaston Bachelard nous propose ces quatre exercices disciplinaires pour conduire notre intelligence avec rigueur(13) :

1. La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.

2. La réforme de l’esprit : il faut éduquer convenablement son esprit, c’est-à-dire non pas le remplir de connaissances jusqu’à saturation, mais le former avec méthode. Plus précisément, il faut apprendre à son esprit à se réformer sans cesse, à ne jamais s’installer dans des habitudes intellectuelles qui deviennent vite des carcans; il doit être capable de renoncer à une théorie à laquelle il était attaché, il doit être capable de refondre totalement le système de son savoir chaque fois que c’est nécessaire. Il faut avoir un esprit souple

3. Le refus de l’argument d’autorité : comme nous l’ont appris les savants de la Renaissance, il faut savoir rompre avec le respect pour les autorités intellectuelles, quel que soit leur prestige. Un épistémologue irrévérencieux disait, il y a quelque vingt ans, que les grands hommes sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde moitié. Effectivement, dès qu’un chercheur devient célèbre, il acquiert une autorité intellectuelle et morale qui peut gêner ses étudiants. Pour progresser, ceux-ci doivent souvent rompre avec les idées de leur maître, ce qui n’est pas toujours facile lorsque celui-ci détient le pouvoir d’orienter les travaux de recherche, les thèses, les carrières, etc. À ceux qui veulent apprendre, c’est souvent une gêne que l’autorité de ceux qui leur donnent leur enseignement, écrivait Cicéron.(14)

4. L’inquiétude de la raison : il ne faut jamais laisser sa raison en repos (quies); il faut l’inquiéter, la déranger. Il ne faut pas s’installer dans la sympathie avec une doctrine. La sympathie enlève l’esprit critique, la liberté de jugement. Il ne faut jamais se sentir à l’aise avec ses propres idées, il faut se remettre toujours en question. Celui qui ne s’interroge plus se sclérose. L’esprit qui finit toujours par dire oui s’endort. Penser, c’est dire non, pensait Alain. »(15)

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NOTES

(13) Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

(14) Homme politique et orateur latin, 106 – 43 av. J.-C. Le Petit Larousse Illustré.

(15) Gaston Bachelard fait référence à Émile Chartier, dit Alain, « essayiste français » (1868 – 1951). Le Petit Larousse Illustré.

Source : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

La rupture avec l’opinion revient très souvent à une rupture avec ce que l’on admet pour vrai parce que nous prenons pour vrai nos opinions, elles est notre vérité.

« Lorsque quiconque avance une affirmation qu’il prétend être une vérité, lorsqu’il veut la faire reconnaître et partager comme telle (comme une vérité), on est toujours en droit de lui demander « pourquoi devrais-je vous croire? ». Selon les domaines et les circonstances, les réponses peuvent être très diverses : on peut invoquer l’expérience quotidienne, la pratique, un témoignage, l’autorité de quelqu’un de reconnu comme compétent, la tradition, une révélation, l’intime conviction, l’intuition, le raisonnement, le sentiment d’évidence, et encore bien d’autres raisons de croire. »

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, pp. 21-22.

La science procède autrement :

« Les affirmations scientifiques, elles, devraient en principe appuyer leur validité sur des arguments à la fois empiriques, rationnels, et publics. À la question ci-dessus, le scientifique devrait pouvoir répondre : « voilà l’expérience ou l’observation que j’ai réalisée et les raisonnements que j’ai faits pour en tirer mes conclusions. Vous pouvez les refaire, je vous donne toutes les indications nécessaires pour cela, vous verrez que vous aboutirez au même point que moi ». »

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 22.

Quelle différence remarquez-vous? Lorsqu’un scientifique avance une affirmation qu’il prétend être vraie, il doit la soumettre à l’approbation publique. Dans notre vie privée, nous nous contentons souvent de nous approuver nous-mêmes. Nous jugeons nous-mêmes si nous pouvons être certains ou non, par conséquent, notre capacité à reconnaître nos erreurs est réduite uniquement à notre propre expérience.

Le scientifique ne saurait se contenter d’une preuve personnelle, il la soumettra aux d’autres :

« Une preuve scientifique doit pouvoir s’imposer à toute personne suffisamment informée; obtenir le consensus est donc une visée de tout effort de recherche. La connaissance scientifique est, par sa nature même, partageable. (Un chimiste anglais, Ziman (1968), a forgé pour cela l’adjectif  “consensible”, c’est-à-dire susceptible d’être l’objet d’un consensus, pour exprimer la même idée ».

Matalon, Benjamin, La construction de la science – De l’épistémologie à la sociologie de la connaissance scientifique, Delachaux et Niestlé S.A., Lausane (Switzerland) – Paris, 1996, p. 23.

Dans ce contexte, je prends conscience qu’il vaut mieux valoriser la connaissance “consensible”, « susceptible d’être l’objet d’un consensus ». Mais attention, en dehors de la sphère scientifique, il y a des consensus que je qualifie de « créatifs », c’est-à-dire inventés et sans preuve suffisante mais auxquels le grand nombre d’adhésions donnent l’impression d’un consensus.

Les quatre « P » du marketing soumis au doute scientifique

J’ai creusé la question du consensus dans ma sphère d’activité, soit autours des quatre piliers ou quatre « P » du marketing (Produit, Prix, Place, Promotion) (Price, place, product, promotion). L’étudiant universitaire en marketing les découvrira dans le manuel choisie par son professeur. Il abordera la question des quatre « P » du marketing comme faisant consensus au sein de sa discipline. À prime abord, il n’a aucune raison de remettre en question les quatre « P ».

La logique impose ainsi que l’on prennent d’abord soin du produit, que l’on en fixe le prix ensuite, puis la place qu’il occupera dans sa catégorie (ou la place qu’il occupera en magasin), pour terminer l’exercice avec la promotion du produit.

Dans ma pratique de la recherche marketing dans les années 1990, plusieurs de mes clients, les vice-président et les directeurs du marketing, arrivaient en bout de course en constatant qu’il n’y a plus d’argent pour la promotion, notamment la publicité. Je me suis demandé pourquoi il en était ainsi, d’autant plus que plusieurs autres dirigeants en d’autres entreprises faisaient le même constat. Est-ce que l’épuisement des ressources financières pour la promotion découlait d’un simple manque d’argent ou d’une erreur de planification ?

J’ai donc fouillé la question des quatre « P ». Presque tous les livres de formation universitaire abordent le sujet. J’en ai consulté plusieurs pour constater que leurs auteurs agissaient comme si la structure du marketing ne tenait qu’à eux. Certains affirment qu’il y a quatre composantes majeures ? les 4 P ? et d’autres qui soutiennent qu’il y en a cinq, six voire huit et même dix.

Parmi les tenants des 4 P, il y en a qui placent la Publicité avant le Prix, d’autres le Prix avant la Publicité,… Il y en a aussi qui font de l’emballage un des 4 P et d’autres qui incluent l’emballage avec le produit.

En d’autres mots, après plus de cinquante ans d’étude, il n’est toujours pas de consensus sur le nombre de composantes, sur les éléments de ces composantes et l’ordre ou la place spécifique occupé par chaque composante dans la structure, tout comme la place occupée par chaque élément dans chaque composante. Il faut le faire : réinventer la structure du marketing d’un livre à l’autre. Ainsi, la structure du marketing n’est pas la même selon que vous fréquentez telle ou telle université. C’est vrai que dans les fausses sciences, bien des largesses sont permises.

S’il ne reste plus d’argent pour la promotion ou la publicité, c’est parce qu’elle se retrouve en dernière place des quatre « P », c’est-à-dire après la fixation du « Prix ». Or, ce dernier devrait venir en dernier afin d’inclure une part du budget de la promotion ou de la publicité. Plus encore, le « Prix » doit venir en dernier parce que la « Place » du « Produit » occupé sur les tablettes implique aussi un budget.

La plupart des gens considèrent le marketing comme une invention de l’homme; nous pouvons donc en modifier la structure par une simple pensée ? une création purement intellectuelle.

La question des quatre « P » du marketing pose un autre problème : l’absence de fondation sur laquelle reposera les quatre piliers. sur quelle fondation repose ces quatre piliers ?

Le pionnier des études de motivation d’achat, le chercheur américain Louis Cheskin, écrit ceci dans son livre « Secrets of marketing success » :

“There is actually no single road to success. At least four roads have to be taken. I have found, however, that a marketing program should be viewed as a type of structure built around four pillars and on a solid foundation.”

Louis Cheskin, Secrets of marketing success, p. 8.

TRADUCTION  avec DeepL

« En fait, il n’y a pas de voie unique vers le succès. Il faut en emprunter au moins quatre. J’ai toutefois constaté qu’un programme de marketing doit être considéré comme une sorte de structure reposant sur quatre piliers et sur des fondations solides ».

Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l'homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier 1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est : exposition (par la distribution et la mise à l'étalage).
Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l’homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier 1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est l’exposition (par la distribution et la mise à l’étalage).

C’est en appliquant le doute dicté par la méthode scientifique que j’ai questionné la structure des quatre piliers du marketing. Le consensus ou plutôt les différents consensus d’une université à l’autre ne relavaient que de l’imagination créative, comme si, pour se distinguer dans la masse, il revenait à chaque groupe de bâtir son propre temple du marketing.

Dès que j’ai observé avec étonnement les différences des quatre « P » du marketing entre deux enseignements, je me suis questionné plutôt que de choisir l’un ou l’autre, comme l’esprit scientifique l’exige.

Je trouve l’origine primaire de cette attitude dans ma pratique du journalisme à la fin des années 1970 alors que j’étais encore aux études et au cours des années 1980. Formé par des rédacteurs en chef expérimentés intéressés à motiver un jeune talent, j’ai écrit des chroniques et des reportages pour différents médias. Si tout commence par la cueillette de l’information, l’étape suivante, la vérification de l’information s’avère cruciale. Et si cette vérification de l’information permet de conclure à un consensus général, il faut chercher s’il n’y a pas quelqu’un quelque part qui remet en cause de consensus.

Ma dernière année d’étude collégiale a mis à l’épreuve mes professeurs. J’assistais à mes cours en soumettant à mes professeurs des sources différentes de celles qu’ils avaient retenues. Pourquoi telle ou telle hypothèque plutôt que celles-là ? Pourquoi tel ou tel auteur plutôt que celui-là ? Cet auteur soutient le contraire dans son livre, pouvez-vous me dire si vous l’avez lu ? Et ainsi de suite, cours après cours. Moi, ce que j’attendais de ma formation scolaire, c’était qu’on m’enseigne comment chercher et évaluer les informations dont j’aurais besoin tout au long de ma vie, non pas que l’on choisisse pour moi.

J’avais quinze ans lorsque je me suis rendu à l’évidence que la lumière entre par les failles. Tout au long de ma vie, j’ai été sensible à la remise en question de ce qu’on m’enseignait, de ce que j’apprenais par mes propres expériences. Mais parfois, j’étais aveugle sur certains sujets, certaines attitudes et certains comportement de ma part.

Au début de la quarantaine, j’ai perdu pied, les deux pieds. Je me suis retrouvé à genoux, pour ne pas dire allongé au sol, lorsqu’un client de ma firme de notre firme de recherche en marketing m’a trahi et m’a entraîné dans sa faillite. Naïf, trop confiant, ma garde baissée, j’avançais encore avec des œillères. Ce fut un dépression, non pas psychologique, mais philosophique. Je venais de perdre toutes mes valeurs, mes convictions, mes croyances… Ce fut difficile, très difficile. En plus d’être victime des biais cognitifs dont j’ai fait mention ci-dessus, j’étais victime de rigidité émotive et intellectuelle par adhésions à une idée qui m’était très chère. Je percevais out compromis sur certains sujets, attitudes et comportements comme des sources de pollutions de mon authenticité, de mon identité. Autant j’étais ouvert d’esprit sur certaines choses, autant j’étais fermé, barricadé, sur d’autres.

Et c’est cette phrase étonnante de mon thérapeute à la fin de notre première rencontre, « Vous avez un problème de rigidité » qui allait enfin m’ouvrir les yeux au début des années 2000. Tous les jours de la semaine suivante, je me questionnais sur cette affirmation en essayant de trouver une réponse positive à ma soit-disant rigidité. « Les compromis, c’est de la pollution » me répétais-je en vue de ma prochaine séance de thérapie. Je ne me disais qu’il était important de faire des compromis en certaines circonstances mais plutôt qu’il valait mieux s’en tenir à sa perception, à son idées, à son attitude, à son comportement face à certaines personnes et à certaines circonstances. J’avais tort. Et le tout premier compromis que je devais faire était avec moi-même. Je devais m’accorder une marge de manœuvre plutôt que de rester figé en rejetant en bloc tout compromis. Ma thérapie fut un succès parce qu’elle créa une faille en mon esprit permettant ainsi à la lumière de m’éclairer à nouveau.


Conclusion

Dans cet article j’ai partagé une partie du parcours de mon esprit critique sous l’influence de l’esprit scientifique. Chaque étape s’enclenche à la suite d’un étonnement engendrant une étincelle en ma conscience. Chez moi, l’esprit critique n’est pas acquis définitivement d’un seul coup mais il se développe au fil du temps et des étonnements. La prise de recul n’est jamais complète et durable. Il faut sans cesse re-prendre du recul car nous avons tendance à nous prendre pour acquis à chaque étape de notre vie.

Se connaître soi-même implique d’abord et avant tout de connaître comment je connais.

Quand le philosophe Pierre Hadot nous propose « La philosophie comme manière de vivre », il nous invite, entre autre, à la permanence de l’esprit critique pour une conscience fondamentalement critique par elle-même. Il m’inspire à vivre en connaissance de cause.

Et le meilleur moyen de tenir éveiller ma conscience est de permettre à l’étincelle d’allumer un feu pérenne et, pour ce faire, de l’alimenter avec le combustible de la connaissance.

Désormais, je valorise davantage la connaissance que mes opinions sur cette connaissance.

Évidemment « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais). Je me dois d’adopter une « manière de vivre » vertueuse.


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