Article # 362 – De la connaissance à la sagesse : une révolution pour la science et les humanités

From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities

Nicholas Maxwell; (2007)

Pentire Press: London, UK


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Maxwell From Knowledge to Wisdom 2nd Ed working version 30 October 2007.pdf – Published Version

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From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities (Basil Blackwell, 1984 ; 2? éd. Pentire Press, 2007, 396 p., ISBN 978-0-9552240-0-3)

 * * *

Cette seconde édition de l’ouvrage (publié pour la première fois en 1984 chez Basil Blackwell) a fait l’objet d’une révision intégrale. Elle s’enrichit d’une nouvelle introduction, d’un chapitre 6 augmenté, ainsi que de trois nouveaux chapitres qui abordent successivement : l’évolution du monde universitaire depuis 1984 ; les critiques adressées à la première édition ; et les développements, depuis 1984, de l’« empirisme orienté vers les finalités » (aim-oriented empiricism, la philosophie des sciences défendue dans ce livre).

Source : University College London.


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google


À propos de l’auteur

Nicholas Maxwell a consacré l’essentiel de sa carrière universitaire à plaider pour une refonte en profondeur du monde académique, afin que celui-ci ne se contente plus d’accumuler du savoir, mais cherche à promouvoir activement la sagesse. Outre le présent ouvrage, il a publié quatre livres sur ce sujet : What’s Wrong With Science? (Bran’s Head Books, 1976), The Comprehensibility of the Universe (Oxford University Press, 1998), The Human World in the Physical Universe (Rowman & Littlefield, 2001) et Is Science Neurotic? (Imperial College Press, 2004). Il a également collaboré à plusieurs ouvrages collectifs et fait paraître de nombreux articles dans des revues de sciences et de philosophie, portant sur des domaines variés allant de la question de la conscience à la théorie quantique. Pendant près de trente ans, il a enseigné la philosophie des sciences à l’University College de Londres (UCL), où il est aujourd’hui maître de conférences émérite (Emeritus Reader) en philosophie des sciences et chercheur associé honoraire (Honorary Senior Research Fellow). Il a donné des conférences dans des universités et des colloques à travers toute la Grande-Bretagne, l’Europe et l’Amérique du Nord, et est intervenu dans l’émission Start the Week sur BBC Radio 4. En 2003, il a fondé Friends of Wisdom, un collectif international réunissant des personnalités favorables à ce que la recherche universitaire aide l’humanité à gagner en sagesse par des voies rationnelles (voir www.knowledgetowisdom.org). Pour de plus amples informations sur sa vie et ses travaux, vous pouvez consulter son site internet : https://www.nicholasmaxwell.net/.

Résumé

Cet ouvrage plaide pour la mise en œuvre d’une révolution intellectuelle profonde et globale, appelée à toucher, à des degrés divers, l’ensemble de la recherche scientifique et technologique, de la vie universitaire et de l’enseignement. Cette révolution intellectuelle se distingue toutefois des révolutions scientifiques désormais familières décrites par Kuhn : elle ne réside pas au premier chef dans un bouleversement de ce que nous tenons pour acquis sur tel ou tel aspect du monde — c’est-à-dire un changement de paradigme. Elle exige plutôt une refonte radicale des finalités intellectuelles fondamentales et des méthodes mêmes de la recherche. Aujourd’hui, la quête intellectuelle est tout entière vouée à l’accroissement des connaissances. Il convient de la muer en une démarche rationnelle dont le dessein premier soit d’enrichir la sagesse, tant individuelle que collective. Cette nouvelle forme de recherche accorde la primauté intellectuelle aux problèmes personnels et sociaux auxquels nous nous heurtons lorsque nous nous efforçons de réaliser ce qui est souhaitable et digne de valeur — les questions d’ordre cognitif et technique lui étant intellectuellement subordonnées et secondaires. Pour cette nouvelle discipline de l’esprit, ce sont nos actes et notre être qui comptent en dernier ressort : notre savoir n’est qu’une dimension de notre vie et de notre condition. L’auteur soutient qu’une condition nécessaire — bien que non suffisante — pour bâtir de concert un monde meilleur et plus humain est l’avènement d’une tradition d’investigation rationnelle de cette nature, centrée sur la vie et ses enjeux, et dévouée à l’épanouissement de la sagesse. Une telle tradition fait aujourd’hui défaut. En conséquence, notre capacité à résoudre de manière juste et féconde les difficultés rencontrées dans notre existence personnelle et sociale s’en trouve plus ou moins gravement entravée. Nombre de nos défis sociétaux et planétaires contemporains procèdent, pour une part, de notre incapacité séculaire à faire éclore une pensée véritablement rationnelle, engagée dans la cité et tournée vers la maturation de la sagesse. Cet idéal socratique fondamental ayant été trahi, nous nous trouvons confrontés à de graves périls engendrés par nos propres actes : réchauffement climatique, prolifération nucléaire, caractère létal de la guerre moderne, terrorisme, explosion démographique ou encore extinction accélérée des espèces. Dès lors, il ne saurait y avoir de tâche plus urgente, pour tous les acteurs gravitant autour du monde universitaire — scientifiques, ingénieurs, chercheurs, enseignants, administrateurs, étudiants, parents et bailleurs de fonds —, que de concourir à instaurer cette nouvelle démarche intellectuelle, rationnellement dédiée à l’élévation de la sagesse.

Préface à la première édition (1984)

Cet ouvrage plaide pour la mise en œuvre d’une révolution intellectuelle profonde et globale, appelée à toucher, à des degrés divers, l’ensemble de la recherche scientifique et technologique, de la vie universitaire et de l’enseignement. Cette révolution intellectuelle se distingue toutefois des révolutions scientifiques désormais familières décrites par Kuhn : elle ne consiste pas au premier chef en un bouleversement de ce que nous tenons pour un savoir sur tel ou tel aspect du monde — un changement de paradigme. Elle exige bien plutôt une refonte radicale des finalités intellectuelles fondamentales et des méthodes mêmes de la recherche. À l’heure actuelle, l’investigation intellectuelle est tout entière vouée à l’accroissement des connaissances. Il convient de la muer en une démarche rationnelle dont le dessein premier soit d’enrichir la sagesse, tant individuelle que collective. Cette nouvelle forme de recherche accorde la primauté intellectuelle aux problèmes personnels et sociaux auxquels nous nous heurtons lorsque nous nous efforçons de réaliser ce qui est souhaitable et digne de valeur — les questions d’ordre cognitif et technique lui étant intellectuellement subordonnées et secondaires. Pour cette nouvelle démarche, ce sont nos actes et notre être qui importent en dernier ressort : notre savoir n’est qu’une dimension de notre vie et de notre condition.

Je soutiendrai qu’une condition nécessaire — bien que non suffisante — pour que nous bâtissions de concert un monde meilleur et plus humain est l’avènement d’une tradition de recherche rationnelle de cette nature, centrée sur la vie et ses enjeux, et dévouée à l’épanouissement de la sagesse. Une telle tradition fait aujourd’hui défaut. En conséquence, notre capacité à résoudre de manière juste et féconde les difficultés rencontrées dans notre existence personnelle et sociale s’en trouve plus ou moins gravement entravée. Nombre de nos défis sociétaux et planétaires contemporains procèdent, pour une part, de notre incapacité séculaire à faire éclore une pensée véritablement rationnelle, engagée dans la cité et tournée vers la maturation de la sagesse. Cet idéal socratique fondamental a été trahi et, pour formuler les choses de la manière la plus radicale, nous nous trouvons désormais au bord de l’autodestruction.

Dès lors, il ne saurait y avoir de tâche plus urgente, pour quiconque participe de près ou de loin à l’entreprise universitaire — scientifiques, ingénieurs, chercheurs, enseignants, administrateurs, étudiants, parents et bailleurs de fonds —, que de concourir à instaurer cette nouvelle démarche intellectuelle, rationnellement dédiée à l’élévation de la sagesse.


Texte original en anglais


About the Author

Nicholas Maxwell has devoted much of his working life to arguing that we need to bring about a revolution in academia so that it comes to seek and promote wisdom and does not just acquire knowledge. Apart from the present book, he has published four others on this theme: What’s Wrong With Science? (Bran’s Head Books, 1976), The Comprehensibility of the Universe (Oxford University Press, 1998), The Human World in the Physical Universe (Rowman and Littlefield, 2001) and Is Science Neurotic? (Imperial College Press, 2004). He has also contributed to a number of other books, and has published numerous papers in science and philosophy journals on problems that range from consciousness to quantum theory. For nearly thirty years he taught philosophy of science at University College London, where he is now Emeritus Reader in Philosophy of Science and Honorary Senior Research Fellow. He has given lectures at Universities and Conferences all over Britain, Europe and north America, and has taken part in the BBC Programme ‘Start the Week’ on Radio 4. In 2003 he founded Friends of Wisdom, an international group of people sympathetic to the idea that academic inquiry should help humanity acquire more wisdom by rational means (see www.knowledgetowisdom.org). More information about his life and work can be found on his website: see https://www.nicholasmaxwell.net/.

Abstract

This book argues for the need to put into practice a profound and comprehensive intellectual revolution, affecting to a greater or lesser extent all branches of scientific and technological research, scholarship and education. This intellectual revolution differs, however, from the now familiar kind of scientific revolution described by Kuhn. It does not primarily involve a radical change in what we take to be knowledge about some aspect of the world, a change of paradigm. Rather it involves a radical change in the fundamental, overall intellectual aims and methods of inquiry. At present inquiry is devoted to the enhancement of knowledge. This needs to be transformed into a kind of rational inquiry having as its basic aim to enhance personal and social wisdom. This new kind of inquiry gives intellectual priority to the personal and social problems we encounter in our lives as we strive to realize what is desirable and of value – problems of knowledge and technology being intellectually subordinate and secondary. For this new kind of inquiry, it is what we do and what we are that ultimately matters: our knowledge is but an aspect of our life and being. The book argues that a necessary, though not a sufficient, condition for us to develop cooperatively a better, more humane world is that we have in existence a tradition of rational inquiry of this new kind, giving priority to life and its problems, devoted to the enhancement of wisdom. At present we have no such tradition. As a result we are all more or less severely handicapped in our capacity to resolve in desirable and good ways problems we encounter in our personal and social lives. Many of our present-day social and global problems are in part due to our long-standing failure to develop such a tradition of genuinely rational, socially active thought, devoted to the growth of wisdom. This basic Socratic idea has been betrayed, and as a result we are confronted by grave dangers of our own making, such as global warming, nuclear proliferation, the lethal character of modern war, terrorism, rapid population growth, rapid extinction of species. In the circumstances, there can scarcely be any more urgent task for all those associated in any way with the academic enterprise – scientists, technologists, scholars, teachers, administrators, students, parents, providers of funds – than to help put into practice the new kind of inquiry, rationally devoted to the growth of wisdom.

Preface to the First Edition 1984

This book argues for the need to put into practice a profound and comprehensive intellectual revolution, affecting to a greater or lesser extent all branches of scientific and technological research, scholarship and education. This intellectual revolution differs, however, from the now familiar kind of scientific revolution described by Kuhn. It does not primarily involve a radical change in what we take to be knowledge about some aspect of the world, a change of paradigm. Rather it involves a radical change in the fundamental, overall intellectual aims and methods of inquiry. At present inquiry is devoted to the enhancement of knowledge. This needs to be transformed into a kind of rational inquiry having as its basic aim to enhance personal and social wisdom. This new kind of inquiry gives intellectual priority to the personal and social problems we encounter in our lives as we strive to realize what is desirable and of value – problems of knowledge and technology being intellectually subordinate and secondary. For this new kind of inquiry, it is what we do and what we are that ultimately matters: our knowledge is but an aspect of our life and being.

I shall argue that a necessary, though not a sufficient, condition for us to develop cooperatively a better, more humane world is that we have in existence a tradition of rational inquiry of this new kind, giving priority to life and its problems, devoted to the enhancement of wisdom. At present we have no such tradition. As a result we are all more or less severely handicapped in our capacity to resolve in desirable and good ways problems we encounter in our personal and social lives. Many of our present-day social and global problems are in part due to our long-standing failure to develop such a tradition of genuinely rational, socially active thought, devoted to the growth of wisdom. This basic Socratic idea has been betrayed, and as a result, to put it at its most extreme, we now stand on the brink of self-destruction.

In the circumstances, there can scarcely be any more urgent task for all those associated in any way with the academic enterprise – scientists, technologists, scholars, teachers, administrators, students, parents, providers of funds – than to help put into practice the new kind of inquiry, rationally devoted to the growth of wisdom

Source : University College London.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
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De la connaissance à la sagesse : Pourquoi l’université doit changer de mission

Fiche d’identité du livre

  • Titre original : From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities

  • Auteur : Nicholas Maxwell (philosophe des sciences à University College London)

  • Parution : 1984 (1?? édition chez Blackwell) ; 2007 (2? édition révisée et augmentée chez Pentire Press)

1. Le point de départ : Une énigme moderne

Regardons le monde d’aujourd’hui. D’un côté, nos prouesses scientifiques et technologiques sont spectaculaires : nous décodons le génome, explorons l’espace lointain et connectons la planète entière en une fraction de seconde. D’un autre côté, nous semblons incapables de régler nos crises les plus graves : réchauffement climatique, guerres destructrices, prolifération des armes, misère et épuisement de la planète.

Pourquoi une telle contradiction ? Comment une humanité dotée d’autant de savoir peut-elle agir de façon aussi autodestructrice ?

La réponse de Nicholas Maxwell est simple et décapante : notre système universitaire et scientifique a confondu « accumuler du savoir » et « devenir sage ».

2. Le diagnostic : La « science sans boussole »

Pour Maxwell, le monde intellectuel moderne s’est enfermé dans ce qu’il nomme l’enquête du savoir (knowledge-inquiry) :

  • Les chercheurs s’efforcent d’accumuler des faits purs, des mesures, des formules et des technologies, tout en maintenant une stricte neutralité.

  • On apprend aux scientifiques à tenir les émotions, les valeurs éthiques, les désirs humains et la politique à distance des laboratoires pour rester « objectifs ».

Ce modèle a certes permis des avancées techniques inouïes, mais il a créé un piège gigantesque : la science augmente démesurément notre pouvoir d’action (notre puissance de frappe matérielle et industrielle), mais refuse d’examiner collectivement ce qu’il est bon et juste d’en faire.

Résultat : la puissance technique s’emballe au service de ceux qui la financent (l’armement, les intérêts industriels, la quête du profit), sans que personne n’ait pour métier intellectuel de réfléchir à la manière de bâtir un monde vivable et équitable.

3. L’erreur historique des Lumières

Comment en est-on arrivé là ? Maxwell remonte au XVIII? siècle, à l’époque des Lumières (Voltaire, Diderot, Condorcet). Ces penseurs voulaient tirer les leçons du succès des sciences de la nature pour transformer la société.

Mais selon Maxwell, ils ont commis une erreur d’aiguillage :

  • Au lieu d’aider les humains à résoudre coopérativement leurs dilemmes de vie, ils ont créé les « sciences sociales » (économie, sociologie, psychologie) sur le modèle des sciences physiques : observer les humains comme des objets passifs régis par des lois mécaniques.

  • Ce faisant, les sciences sociales ont cherché à décrire ou manipuler les comportements au lieu d’apprendre aux citoyens à dialoguer rationnellement pour mieux vivre ensemble.

4. La solution : L’« enquête de la sagesse »

Face à cette impasse, Maxwell propose une véritable révolution copernicienne pour l’école et l’université : passer de la simple connaissance à l’enquête de la sagesse (wisdom-inquiry).

Qu’est-ce que la « sagesse » pour Maxwell ? Ce n’est pas une méditation mystique isolée, ni un prêche moralisateur. C’est tout simplement :

La capacité de discerner et de réaliser ce qui a réellement de la valeur dans l’existence, pour soi-même et pour les autres.

Dans cette nouvelle université :

  1. La priorité intellectuelle absolue est donnée aux problèmes de vie réels : comment enrayer la crise écologique ? comment partager justement les richesses ? comment faire grandir l’amitié, l’art, la justice et la paix ?

  2. Le savoir technique redevient un moyen, non une fin en soi : les mathématiques, la physique ou la biologie ne disparaissent pas, mais elles sont au service de la réalisation du bien commun.

  3. L’université devient un service civique ouvert à tous : elle ne s’enferme plus dans un jargon impénétrable d’experts, mais joue le rôle d’un grand forum démocratique aidant les citoyens à discuter clairement de leur avenir.

  4. Réconcilier le cœur et la raison : la raison n’est pas une machine froide et insensible ; une pensée véritablement rationnelle écoute nos aspirations, nos peurs et notre bienveillance pour trouver les meilleures solutions d’action.

En résumé : Pourquoi ce livre est-il essentiel ?

From Knowledge to Wisdom est un cri d’alarme philosophique d’une grande lucidité. Nicholas Maxwell ne rejette pas la rationalité : il affirme au contraire que notre système actuel est profondément irrationnel parce qu’il produit des moyens gigantesques tout en restant aveugle sur les fins.

Pour lui, sauver l’avenir de l’humanité passe par une transformation de l’esprit : faire de l’intelligence un instrument d’apprentissage de la vie bonne et collective.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Comment faire ce passage de De la connaissance à la sagesse au sein de la population ?

Pour diffuser le passage de la « quête du savoir » à la « quête de la sagesse » au sein de la population générale, Nicholas Maxwell propose une transformation concrète des pratiques éducatives, citoyennes et culturelles. Selon lui, ce changement ne doit pas rester confiné aux cercles universitaires spécialisés, mais irriguer directement la vie quotidienne et sociale.
Voici les axes majeurs définis dans l’ouvrage pour concrétiser cette transition au niveau populaire :

1. Refonder l’éducation dès le plus jeune âge : « apprendre à vivre »

  • Un enseignement centré sur les problèmes de vie : Maxwell souligne que dès l’enfance, l’éducation ne doit plus être un simple gavage de faits mémorisés ou d’exercices techniques désincarnés. L’apprentissage doit partir des questionnements réels des enfants sur le monde, sur la vie collective, sur leurs émotions et sur ce qui a du sens ou de la valeur.
  • Entraîner à la résolution coopérative de problèmes : L’école doit initier les jeunes à formuler clairement leurs difficultés et à imaginer, tester et critiquer ensemble des actions pour les surmonter pacifiquement.

2. Transformer l’Université en un service public citoyen (People’s Civil Service)

  • Remplacer l’élitisme par un forum ouvert : Maxwell affirme que le monde académique doit agir comme une sorte de service public ouvert, dont le rôle premier est d’alimenter le débat démocratique.
  • Vulgarisation démocratique et langage clair : Pour que la population s’empare de ces réflexions, les universitaires ont le devoir d’exprimer les grands choix scientifiques et sociétaux dans un langage accessible et limpide (compréhensible dès l’adolescence), sans se retrancher derrière un jargon corporatiste.
  • Porter la voix des personnes vulnérables : La recherche doit contrecarrer l’influence disproportionnée des puissants et des bailleurs de fonds en donnant une visibilité publique aux besoins et aux problèmes des personnes défavorisées ou inarticulées.

3. Réhabiliter le débat socratique dans la vie quotidienne

  • Adopter la lucidité sur notre ignorance : S’inspirant directement de Socrate, Maxwell rappelle que la première étape vers la sagesse consiste à reconnaître nos limites et nos incohérences face aux questions existentielles fondamentales (« comment devrions-nous vivre ? »).
  • Soumettre nos buts collectifs à la critique rationnelle : Plutôt que de sacraliser des dogmes politiques, religieux ou marchands intouchables, les citoyens doivent prendre l’habitude d’interroger publiquement et sereinement les objectifs qu’ils poursuivent (croissance matérielle effrénée, consommation, compétition) pour vérifier s’ils mènent réellement à une vie bonne.

4. Réconcilier la pensée, l’art et les émotions

  • Décloisonner la raison et le cœur : Dans l’esprit populaire moderne hérité du rationalisme étroit, la raison est souvent perçue comme un mécanisme froid, insensible et bureaucratique. Maxwell insiste sur le fait que la sagesse requiert l’honnêteté émotionnelle, l’empathie et la sensibilité. Sans sentiment ni désir, nous sommes incapables de discerner ce qui a véritablement de la valeur.
  • Mobiliser les arts et la littérature : L’art, le théâtre et la littérature ne sont pas de simples divertissements décoratifs ; ils constituent des explorations fondamentales des dilemmes humains et nous permettent d’entrer avec bienveillance dans l’expérience d’autrui (person-to-person understanding).

5. Créer l’équivalent moderne d’une « assemblée tribale de l’humanité »

  • Créer des espaces de discussion coopérative : À l’époque des communautés réduites de chasseurs-cueilleurs, les décisions pouvaient être prises collectivement et de concert. Dans nos sociétés mondialisées et fragmentées, il est indispensable de forger de nouvelles institutions participatives locales, nationales et internationales pour permettre aux citoyens de délibérer de leurs intérêts communs.
  • Passer de l’intérêt personnel à la responsabilité partagée : Selon Maxwell, cultiver la sagesse au sein de la population exige d’élargir le cercle de nos préoccupations : faire en sorte que chaque individu apprenne à considérer les millions d’inconnus à l’autre bout de la planète avec la même humanité et la même sollicitude que celles qu’il réserve à ses proches.

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Article # 326 – Décentrer l’enseignement philosophique dans l’enseignement supérieur africain : intégrer des perspectives mondiales dans la salle de classe / Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom, Isaac MUTELO, Comparative Philosophy, 2026

Décentrer l’enseignement philosophique dans l’enseignement supérieur africain : intégrer des perspectives mondiales dans la salle de classe

Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom

Isaac MUTELO

Comparative Philosophy, 2026


MUTELO, Isaac (2026) DOI: https://doi.org/10.55917/2151-6014.1931
« Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom, » Comparative Philosophy: Vol. 17: Iss. 2, Article 17.
Available at: https://scholarworks.sjsu.edu/comparativephilosophy/vol17/iss2/17


Résumé

Le discours philosophique a été dominé par les perspectives occidentales, une approche qui continue d’influencer la conception et la transmission des programmes dans l’enseignement supérieur. La domination historique du canon philosophique occidental au sein des cursus universitaires a contribué à la marginalisation d’autres traditions philosophiques tout aussi significatives provenant d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et des cultures autochtones. Cette approche a largement concouru à restreindre et à limiter la portée ainsi que la pertinence de la philosophie en tant que discipline universitaire à l’échelle mondiale. Plutôt que de défendre la domination et la supériorité d’un programme occidentalo-centré, cet article reconnaît, à travers une approche théorique et analytique, le rôle central de l’intégration de perspectives philosophiques mondiales dans les cursus et les débats philosophiques en Afrique et au-delà. L’article plaide pour une approche inclusive et multiculturelle qui enrichit le questionnement philosophique. En s’appuyant sur des perspectives multiculturelles et interculturelles, il remet en question la domination historique du canon philosophique occidental et propose des stratégies pour décentrer l’enseignement philosophique. L’article soutient l’importance de promouvoir le dialogue interculturel et l’inclusion multiculturelle, la diversification des programmes, ainsi que la nécessité de repenser les pédagogies d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En contestant les postulats traditionnels présumés de supériorité des traditions philosophiques occidentales et en militant pour l’inclusivité et la diversité, cet article contribue au débat actuel sur la nécessité de réformer, de décentrer et de décoloniser les programmes de philosophie en Afrique et ailleurs.

Source : Comparative Philosophy: Vol. 17: Iss. 2, Article 17.


À propos de cette revue

Nature et objectif

Comparative Philosophy est une revue internationale de philosophie à comité de lecture, à but non lucratif et en accès libre. La philosophie comparée y étant appréhendée comme une manière générale de philosopher par l’interaction trans-traditionnelle en vue d’une philosophie mondiale, la revue met l’accent sur l’engagement constructif d’approches et de ressources distinctes issues de différentes traditions philosophiques (au sens large, qu’elles se distinguent par la culture, les orientations stratégiques, les styles d’approche ou les branches/domaines de la philosophie) au profit de leurs contributions conjointes au développement contemporain de la philosophie (sur un ensemble de questions/thèmes d’intérêt commun) et de la société à l’échelle mondiale ; la revue met également l’accent sur la théorie générale et la méthodologie de la philosophie comparée.

Source : Comparative Philosophy.


Intelligence artificielle GEMINI de Google

Synthèse des points clés et arguments principaux par l’Intelligence artificielle Gemini Google

Cet article de recherche, intitulé « Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom » et rédigé par Isaac Mutelo (enseignant à l’Arrupe Jesuit University, Zimbabwe), a été publié en 2026 dans la revue Comparative Philosophy.

En voici la synthèse des points clés et arguments principaux :

1. Le constat : L’eurocentrisme persistant dans l’enseignement de la philosophie

  • Une hégémonie occidentale : Les cursus universitaires de philosophie dans le monde – et particulièrement en Afrique – restent massivement dominés par le canon occidental (Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel, etc.).
  • Marginalisation des autres traditions : Les pensées africaines, asiatiques, latino-américaines ou autochtones sont souvent reléguées au second plan, réduites à de simples cours optionnels ou d’introduction.
  • L’injustice épistémique en Afrique : Dans de nombreuses universités africaines, la pensée africaine est concentrée dans un unique cours intitulé « African Philosophy », qui doit souvent commencer par justifier sa propre légitimité ou existence (une épreuve à laquelle la philosophie occidentale n’est jamais soumise), plutôt que d’explorer ses concepts de fond de manière approfondie.

2. Le cadre théorique : Multiculturalisme et dialogue interculturel

  • Théorie de l’éducation multiculturelle : L’auteur s’appuie sur les théories de l’éducation multiculturelle (visant la justice sociale, l’équité pédagogique et la reconnaissance égale de toutes les cultures).
  • Dialogue interculturel : Plutôt que de simplement remplacer une tradition par une autre, l’article prône une mise en relation équitable et respectueuse des civilisations et des manières de penser.

3. Les pistes et propositions concrètes pour « décentrer » la philosophie

L’article insiste sur le fait que décentrer la discipline ne consiste pas seulement à ajouter des textes d’auteurs non occidentaux, mais implique de repenser à la fois les contenus et les méthodes pédagogiques :

  • Diversification des programmes :
    • Placer la philosophie africaine au cœur des cursus africains (notions d’Ubuntu/Unhu, pensée communautaire, tradition orale, démocratie de consensus, penseurs comme Kwame Gyekye, Paulin Hountondji, Sophie Oluwole).
    • Intégrer les philosophies latino-américaines (la philosophie de la libération d’Enrique Dussel, la « colonialité du pouvoir » d’Aníbal Quijano) et asiatiques (le bouddhisme et la notion d’anatman, le confucianisme, le taoïsme) pour les faire dialoguer avec les concepts occidentaux et africains.
  • Pédagogies inclusives et ancrées :
    • Utiliser la pédagogie de l’Ubuntu (coexistence, apprentissage communautaire et collaboratif).
    • Intégrer les savoirs autochtones, contes, proverbes et langues locales dans l’analyse philosophique.
    • Organiser des débats structurés, des cercles de dialogue, inviter des anciens/gardiens des savoirs traditionnels et utiliser des cas concrets ancrés dans les réalités locales et sociopolitiques.
    • Mettre en place des exercices de réflexion personnelle, des jeux de rôle et des collaborations virtuelles/échanges avec d’autres universités pour déconstruire les stéréotypes et biais culturels des étudiants.

Conclusion de l’auteur

Décentrer et décoloniser l’enseignement de la philosophie en Afrique est présenté comme une étape indispensable vers la libération intellectuelle et la justice épistémique. Il s’agit de transformer les salles de classe en espaces d’apprentissage pluriels, capables de préparer les étudiants à un monde interconnecté en reconnaissant la pleine égalité et la richesse de toutes les traditions de pensée humaine.


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Article # 289 – Explication du modèle théorique de l’accompagnement philosophique en éducation basé sur la sagesse et le dialogue socratique, Seyyed Hesam Hosseini, Akbar Rahnama, Mahdi Sobhaninejad, Journal of Philosophical Investigations, 2022

RAPPORT DE LECTURE


Hosseini, S. H., Rahnama, A., & Sobhaninejad, M. (2022). Explaining of the Theoretical Model of Philosophical Counseling in Education based on Wisdom and Socratic Dialogue. Journal of Philosophical Investigations, 16(40), 86-110.


Fiche technique de l’article

  • Titre original : Explaining of the Theoretical Model of Philosophical Counseling in Education based on Wisdom and Socratic Dialogue

  • Auteurs : Seyyed Hesam Hosseini, Akbar Rahnama, Mahdi Sobhaninejad (Université de Shahed, Téhéran, Iran)

  • Revue : Journal of Philosophical Investigations (JPI), Vol. 16, n° 40, 2022, pp. 86-110

  • ISSN : 2251-7960 (Imprimé) / 2423-4419 (En ligne)

  • Approche méthodologique : Recherche appliquée qualitative ; analyse conceptuelle, interprétative et rationnelle.

1. Introduction et problématique

L’article s’inscrit dans le mouvement contemporain de la philosophie pratique, né à la fin du XX? siècle en réaction à l’hégémonie du positivisme logique qui avait confiné la philosophie à des spéculations purement théoriques. Les auteurs partent du constat que l’être humain moderne est confronté à des crises existentielles profondes (dépression, perte de repères, matérialisme).

Dans le contexte éducatif iranien, le système d’orientation scolaire souffre d’un manque quantitatif et qualitatif de conseillers, mais surtout d’une absence d’approche spirituelle et philosophique pour traiter les problèmes des élèves. Les auteurs proposent donc d’introduire le conseil philosophique (philosophical counseling) en milieu éducatif comme un paradigme alternatif ou complémentaire à la psychologie clinique.

2. Cadre méthodologique

La recherche adopte une approche qualitative et s’articule autour de trois méthodes analytiques complémentaires :

  • L’analyse conceptuelle et interprétative : utilisée pour élucider la nature du conseil philosophique et ses fondements socratiques à partir de sources primaires (notamment les dialogues platoniciens tels que le Ménon, le Protagoras, le Gorgias, l’Apologie de Socrate et le Théétète).

  • L’analyse rationnelle : mobilisée pour concevoir et structurer le modèle d’intervention idéal au sein des écoles.

3. Fondements philosophiques du modèle socratique

Le modèle théorique proposé repose sur plusieurs postulats socratiques fondamentaux :

L’ignorance comme source du mal moral : Socrate soutient que personne ne fait le mal volontairement. Le choix d’actions néfastes ou destructrices découle d’une ignorance existentielle, c’est-à-dire d’une méprise sur ce qu’est le véritable Bien.

L’orientation innée vers le Bien : L’être humain possède une volonté intrinsèque dirigée vers le Bien. Les dérives comportementales résultent de l’influence persuasive de visions du monde superficielles et non examinées.

L’auto-connaissance comme thérapeutique : Reprenant la maxime delphique « Connais-toi toi-même », l’approche pose que la clarification des croyances fondamentales d’un individu permet de dissoudre ses conflits internes.

4. Le modèle idéal en trois étapes

Le cœur de l’article réside dans la modélisation d’un processus thérapeutique et éducatif structuré en trois grandes phases interconnectées :

[Étape 1 : Découverte de l'identité fausse] ? [Étape 2 : Remise en question / Déconstruction] ? [Étape 3 : Reconstruction d'une nouvelle vision]

Étape 1 : Découverte de l’identité fausse (Auto-connaissance)

Cette première phase vise à mettre en lumière le « soi superficiel » du client (ou de l’élève). Elle se décompose en plusieurs sous-actions :

  • Identification des schémas répétitifs : repérer les attitudes passives ou conflictuelles (ex. jouer la victime, manque d’assurance).

  • Clarification et distinction des croyances : différencier les opinions adoptées de manière passive des véritables convictions internes.

  • Mise entre parenthèses de l’expertise du conseiller : le conseiller n’impose aucun diagnostic préétabli et attend la validation du client.

  • Observation de l’espace de conscience : inviter l’élève à observer ses propres pensées et émotions sans s’y identifier.

  • Mise en évidence de la pluralité interne : travailler sur les contradictions intérieures (ex. « je veux, mais je ne peux pas ») pour aller vers une unification de l’identité.

Étape 2 : Le défi et la mise en question de l’identité fausse

Cette phase utilise la méthode dialogique socratique pour déconstruire les certitudes erronées :

  • Le dialogue maïeutique et l’aporia : amener le client vers un état d’impasse logique (aporia) où ses croyances limitantes s’effondrent d’elles-mêmes.

  • L’analyse logique et conceptuelle : examiner rigoureusement la structure argumentative et la définition des concepts clés (justice, liberté, etc.) utilisés par l’élève.

Étape 3 : Le mouvement vers une nouvelle vision du monde

Une fois les fausses croyances ébranlées, le sujet doit reconstruire son cadre de référence pour éviter de sombrer dans le nihilisme :

  • Le soi comme sujet créatif : amener l’élève à se percevoir non comme un objet passif de déterminismes psychologiques, mais comme un sujet actif capable de choix libres.

  • L’ancrage dans le moment présent : libérer l’esprit des regrets passés et des anxiétés futures.

  • L’alignement avec la vertu : guider l’élève vers une vie authentique basée sur ses propres valeurs rationnellement examinées.

5. Distinction : Conseil psychologique vs Conseil philosophique

L’article propose une distinction épistémologique cruciale entre l’approche psychologique classique et l’approche philosophique :

Dimension Conseil Psychologique Conseil Philosophique (Socratique)
Postulat de base

Analyse les relations de cause à effet (déterminisme causal).

Explore le sens, les valeurs et les structures logiques de la pensée.

Focalisation

Centré principalement sur les émotions et les symptômes.

Centré sur la cohérence des croyances et la vision globale du monde (Weltanschauung).

Objectif ultime

Auto-actualisation, réduction du symptôme.

Auto-connaissance profonde, sagesse pratique et vertu.

Rôle du professionnel

Expert qui diagnostique et traite.

Guide maïeutique qui co-explore et stimule la réflexion autonome.

Conclusion et portée académique

L’étude d’Hosseini, Rahnama et Sobhaninejad démontre de manière convaincante que la philosophie ne se limite pas à l’histoire des idées, mais s’avère être une médecine de l’âme directement applicable au domaine de l’éducation.

En redéfinissant les difficultés des élèves non comme des pathologies mentales, mais comme des tensions conceptuelles ou des incohérences logiques au sein de leur vision du monde, le modèle socratique redonne à l’apprenant sa pleine souveraineté rationnelle. Ce modèle en trois étapes (découverte, défi, reconstruction) offre une alternative rigoureuse et humaniste aux approches psychothérapeutiques conventionnelles en milieu scolaire.


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Article # 273 – Conseil et thérapie philosophiques : Praxis et pédagogie / Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013

Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013.

Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013
Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013

Rapport de lecture

Nneji, B. U. (2013). Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy. Working Papers on Culture, Education and Human Development, 9(3), 1-19.

Résumé : Bon nombre des misères et des confusions qui assaillent les êtres humains dépassent parfois le cadre des traitements médicamenteux. Il s’agit là de maladies de l’âme qui défient la médecine conventionnelle. Il est nécessaire de recourir à nouveau aux anciennes approches pratiques face aux misères humaines et à la confusion entourant le sens de la vie. C’est là que réside toute la pertinence du conseil philosophique. Il s’avère nécessaire d’introduire cette démarche dans les salles de classe afin d’éclairer les individus et de former des praticiens à la mission de rendre les existences plus significatives, grâce à une meilleure appréciation de la vie et de son cours. Cela est d’autant plus indispensable dans le contexte africain, où son introduction rendrait un grand service.


Introduction

Dans cet article, Bellarmine U. Nneji soutient la nécessité d’institutionnaliser le conseil philosophique (philosophical counselling) en tant que discipline académique et pratique professionnelle. Face aux limites des approches médicales et psychologiques conventionnelles pour résoudre les crises existentielles ou ce qu’il qualifie de « maladies de l’âme », l’auteur plaide pour un retour à la fonction thérapeutique originelle de la philosophie. Ce rapport propose une analyse structurée de sa thèse, de ses fondements historiques, de ses modalités d’application et du curriculum pédagogique proposé, en portant une attention particulière au contexte africain (notamment nigérian) évoqué par l’auteur.

1. Définition et nature du conseil philosophique

Le conseil philosophique — également appelé thérapie philosophique ou philosophie thérapeutique — est présenté comme un champ émergent issu de la philosophie appliquée ou pratique.

L’auteur le définit de la manière suivante :

« Le conseil philosophique est l’utilisation ou l’application de principes et de méthodes philosophiques d’analyse et de compréhension des réalités ultimes de la vie et des humains dans la résolution de problèmes vécus au cours de l’existence. »

Distinction par rapport aux thérapies conventionnelles

Nneji établit une ligne de démarcation claire entre le conseil philosophique et les disciplines telles que la psychiatrie ou la psychothérapie classique:

  • Le public cible : Contrairement à la psychiatrie qui traite des pathologies mentales graves (psychoses) ou des dysfonctionnements cérébraux, le conseil philosophique s’adresse exclusivement à des personnes saines d’esprit traversant des perturbations de la vie courante. C’est le fondement du paradigme résumé par l’expression « Platon plutôt que Prozac ».

  • Le domaine d’intervention : Là où les thérapies médicales s’orientent vers les domaines affectifs ou psychomoteurs en négligeant parfois le cognitif, la philosophie appréhende l’être humain in toto (ontologique, épistémologique et éthique).

  • La nature des troubles : De nombreuses souffrances humaines proviennent de conflits de valeurs, de perceptions erronées de la réalité ou de confusions conceptuelles, qui échappent aux traitements chimiques.

2. Histoire, développement et professionnalisation

Selon l’auteur, le conseil philosophique est aussi ancien que la discipline elle-même. Le texte retrace une trajectoire historique en trois grandes phases :

L’Antiquité comme âge d’or thérapeutique

  • Socrate : Considéré comme le précurseur de cette pratique, il assimilait la philosophie à la médecine et à la maïeutique, visant à guérir l’âme humaine de ses idées fausses.

  • L’Épicurisme : Épicure a jeté les bases de la philosophie comme thérapie, affirmant que les paroles d’un philosophe sont vaines si elles ne soulagent aucune souffrance humaine.

  • Le Stoïcisme : Sénèque affirmait que le rôle de la philosophie est de conseiller l’humanité, tandis que Cicéron la définissait comme l’art de guérir l’âme. Le but ultime recherché était l’atteinte de la tranquillité de l’âme (ataraxia).

L’éclipse médiévale et la transition moderne

Cette approche thérapeutique s’est affaiblie au cours de la période médiévale, lorsque la philosophie est devenue plus abstraite et dogmatique. Bien que des penseurs modernes comme Descartes, Kant, Nietzsche, Dewey et Wittgenstein aient appelé à un retour aux questions de la vie quotidienne, la discipline est longtemps restée confinée aux murs de la salle de classe.

L’émergence du mouvement contemporain

Le renouveau contemporain s’est structuré à partir des années 1970:

  • En 1978, Peter Koestenbaum publie un ouvrage séminal sur la philosophie clinique.

  • En 1981, Gerd Achenbach ouvre le premier cabinet de consultation à Cologne (Allemagne), puis fonde la Société pour la Praxis Philosophique en 1982.

  • En 1999, Lou Marinoff popularise le mouvement à l’échelle mondiale avec son best-seller Plato, Not Prozac.

3. Domaines d’application et enjeux socio-culturels

Le conseiller philosophique intervient par le biais d’un dialogue interactif et spéculatif utilisant un langage clair et accessible. L’auteur identifie plusieurs scénarios typiques d’intervention.

Les crises existentielles universelles

  • La crise du milieu de vie (mid-life crisis) : Ce n’est pas une pathologie, mais un problème d’interprétation des événements de la vie, qui se manifeste soit par le sentiment d’avoir dépassé la moitié de son existence sans tout accomplir, soit par un sentiment de vide après avoir atteint tous ses objectifs.

  • Le vieillissement et la finitude : Le conseil aide à concilier l’image de soi et la sénescence, tout en abordant des thématiques modernes liées à la technologie (bionique, cryonique) ou l’anxiété face à la mort.

Focus sur le contexte africain et la lutte contre les superstitions

Nneji souligne la pertinence cruciale de cette pratique en Afrique de l’Ouest. Il observe que de nombreuses pratiques culturelles et sociales (rites de veuvage, croyances sur l’infécondité, rites funéraires) sont ancrées dans des superstitions aux conséquences individuelles et collectives néfastes. La philosophie a dès lors pour mission de mener une critique interne de ces visions du monde pour libérer le soi intérieur et favoriser le développement social.

Cependant, l’introduction de cette pratique se heurte à d’importants obstacles bureaucratiques et institutionnels au Nigeria, où la philosophie fait l’objet d’un désintérêt marqué, voire d’un moratoire invisible hors des départements spécialisés.

4. Proposition d’un curriculum académique pour le conseil philosophique

Afin de professionnaliser la discipline au niveau de l’enseignement supérieur, l’auteur suggère une structure de formation rigoureuse répartie en quatre niveaux distincts:

Niveau / Étape Contenu du programme Objectif pédagogique

1. Niveau Introductif

Philosophie générale et Logique.

Permettre aux néophytes de comprendre la pensée philosophique et de maîtriser un outil indispensable à l’analyse.

2. Niveau Intermédiaire

Théodicy, Philosophie de la religion, Éthique et Anthropologie philosophique.

Saisir la nature humaine dans ses dimensions culturelles et spirituelles, et comprendre le rapport des individus au surnaturel.

3. Niveau Supérieur (Apex)

Étude approfondie des philosophies de la vie et de la mort (traditions occidentales et orientales : hellénistique, chrétienne, bouddhiste).

Préparer le futur professionnel à affronter les perturbations des clients. Nécessite une formation en herméneutique et en déconstruction textuelle.

4. Niveau Pratique / Technique

Méthodes d’entretien : Méthode socratique, les Four Guideposts d’Achenbach (1984), le processus PEACE de Marinoff (1999) et Déontologie/Éthique professionnelle.

Maîtriser des techniques éprouvées et intégrer les codes de conduite internationaux, en veillant à ne jamais convertir le client à une idéologie.

En parallèle, l’auteur mentionne que l’approche Philosophy for Children (P4C) de Matthew Lipman peut servir de propédeutique dès l’enfance pour poser les bases de la compréhension du sens de la vie.

Conclusion

L’article de Bellarmine U. Nneji démontre de manière convaincante que le progrès matériel, le développement technologique et le consumérisme capitaliste se font souvent au détriment du soin de l’âme, générant un décalage flagrant entre le niveau de vie et le bonheur réel. En réhabilitant la dimension clinique et thérapeutique de la philosophie, le conseil philosophique se présente comme une réponse adaptée aux maux existentiels contemporains. L’appel de l’auteur à l’institutionnalisation de cette pratique invite les décideurs politiques et académiques à dépasser les rigidités administratives pour mettre la rationalité critique directement au service du bien-être et de l’accomplissement humain.


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Article #126 – Devenir soi, former son caractère : Emerson, Mill, Nietzsche, Phantasia, Volume 14, 2024

Devenir soi, former son caractère : Emerson, Mill, Nietzsche

Phantasia, Volume 14 – 2024

Dirigé par Camille Dejardin, Quentin Landenne, Emmanuel Salanskis et Nicolas Quérini


PRÉSENTATION DE LA REVUE

Phantasia est une revue scientifique à comité de lecture international, annuelle et trilingue (français, anglais, allemand). Elle publie exclusivement en ligne et ses publications sont toutes en accès libre.

À l’instar du Centre Prospéro – Langage, image et connaissance (UCLouvain Saint-Louis – Bruxelles) dont elle émane, la revue Phantasia est de nature interdisciplinaire. Ainsi, la philosophie spéculative, l’histoire de la philosophie, l’anthropologie philosophique, la théorie de la littérature, l’histoire de la littérature, la littérature comparée, la psychanalyse, les études théâtrales ou encore les études cinématographiques sont conviées.

Les différentes démarches scientifiques doivent être sous-tendues par une même préoccupation : une attention spécifique à l’imagination sous toutes ses formes, rigoureusement articulée à des problématiques et des thèmes aussi variés que la conscience, la perception, l’affectivité, la corporéité, la représentation, l’image, l’expérience esthétique, le langage, la textualité, l’écriture, le politique, le social, le droit, l’histoire, la culture ou la connaissance en général. Les articles publiés enrichissent de manière précise notre compréhension de l’imagination et de ses productions sans amoindrir sa complexité, autrement dit en mettant en évidence son rapport de proximité et de distance avec ses « autres », réels ou supposés. Les publications ne sont pas liées à une école, à un auteur ou à un courant de pensée en particulier. Il ne s’agit pas ici de constituer naïvement un énième paradigme pour la pensée, d’autant que les positions les plus critiques à l’égard des pouvoirs présumés de l’imagination sont aussi les bienvenues dans la revue. Bien plutôt s’agit-il de rendre « opératoire » le thème spécifique de l’imagination et de l’image dans leurs rapports multiples avec tous les champs de l’expérience et de la pensée, afin de le rendre porteur et de lui donner un lieu privilégié d’exposition.

La revue publie principalement des articles de recherche, mais peut également publier des traductions ou encore des recensions d’ouvrages. Tous les articles soumis à la revue sont anonymisés et évalués selon le principe du « double aveugle » par des membres du comité scientifique international. Le comité de rédaction se réserve toutefois le droit de faire évaluer certains articles par un ou des experts extérieurs au comité scientifique international lorsqu’il le juge nécessaire. De même, une troisième expertise peut être demandée s’il y a lieu. 

Source : Phantasia.


Camille Dejardin, Quentin Landenne, Emmanuel Salanskis & Nicolas Quérini

Devenir soi, former son caractère : Emerson, Mill, Nietzsche Introduction

Pour illustrer l’intention qui a présidé à l’élaboration du présent numéro, nous pouvons commencer par mettre en parallèle trois déclarations philosophiques aux accents étonnamment similaires. En 1841, dans un essai intitulé Self?Reliance, le philosophe américain Ralph Waldo Emerson défend une forme radicale d’anticonformisme : « Il y a un moment dans l’éducation de tout homme où il arrive à la conviction que l’envie est ignorance ; que l’imitation est suicide ; qu’il doit se prendre lui?même, pour le meilleur et pour le pire, comme le lot qui lui est dévolu ; que même si le bien abonde dans l’univers, aucun grain de blé nourrissant ne peut lui venir d’ailleurs que du labeur consacré au lopin de terre qu’il a reçu en culture »1. En 1859, le philosophe anglais John Stuart Mill affirme dans On Liberty, contre les conceptions conservatrices qui lui paraissent encore prédominantes dans la société victorienne : « Si l’on considérait le libre développement de l’individualité comme l’un des principes essentiels du bien-être, si on le voyait non pas comme accessoire coordonné à tout ce qu’on désigne par civilisation, instruction, éducation, culture, mais comme un élément et une condition nécessaires de toutes ces choses, il n’y aurait pas de danger que la liberté fût sous?estimée, et il n’y aurait pas de difficulté extraordinaire à tracer la frontière entre elle et le contrôle social »2. Enfin, en 1878, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche esquisse, dans Humain, trop humain, une réflexion sur le talent individuel qui lui est inspirée par un vers célèbre de Pindare : « Chacun possède du talent inné, mais peu possèdent, inné et cultivé par l’éducation, le degré de ténacité, d’endurance, d’énergie qui fait qu’il deviendra vraiment un talent, donc deviendra ce qu’il est »3.

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Benedetta Zavatta

Becoming Who You Are Nietzsche Reads Emerson

Le thème du caractère et de la formation du caractère chez Nietzsche est probablement celui sur lequel l’influence de sa lecture d’Emerson est la plus sensible. Cet auteur agit pour Nietzsche comme un contrepoids à l’influence de Schopenhauer. Alors que Schopenhauer prêche une doctrine du caractère immuable, Emerson considère la personnalité individuelle comme impliquée dans un processus de développement continu, visant et s’efforçant toujours d’atteindre des degrés de puissance de plus en plus élevés. Nietzsche partage ce modèle et le fait sien, tout en se distançant d’Emerson pour un certain nombre de raisons importantes.

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Patrick Wotling

Évite de te connaître toi-même ! Ce que signifie la formule « comment on devient ce qu’on est » chez Nietzsche.

En quel sens Nietzsche entend-il exactement la formule bien connue « comment on devient ce qu’on est », qu’il emprunte à Pindare et reprend sous des formes variées tout au long de son œuvre ? Ce, d’autant plus que son identification à la mise en évidence d’une identité cachée, profonde et authentique est parfaitement intenable. Au contraire, nous sommes toujours plusieurs, souligne Nietzsche. On établira donc que devenir ce que l’on est désigne une réorganisation pulsionnelle menée (ou que l’on échoue à mener) selon la logique de l’intensification de puissance.

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Typhaine Morille

« « Donner du style » à son caractère » Ce que l’on doit apprendre d’Emerson selon Nietzsche

De ses études à Leipzig à ses tout derniers écrits, Nietzsche semble entretenir des affinités électives et comme une correspondance continue et secrète avec Emerson, qu’il désigne comme son « frère dans l’âme ». Ne se dit-il pas d’ailleurs « chez lui et dans [sa] propre maison » chez Emerson, à tel point que toute son œuvre résonne des innombrables échos de cette voix gémellaire ? Mais ces reprises étonnantes impliquent-elles réellement une filiation intellectuelle entre les deux penseurs ? Emerson a-t-il été un éducateur pour celui qui le jugeait « mal éduqué », ou bien la troublante familiarité des textes ne relève-t-elle pas d’une de ces énigmes que Nietzsche se targue d’adresser au lecteur ? De quelle manière le pourfendeur du sujet a-t-il pu apprendre du défenseur du caractère ? Et dans quelle mesure le chantre américain de la nature participe-t-il de cette réforme de la culture européenne que Nietzsche s’assigne pour tâche ? Notre étude se donne pour objectif d’examiner le rôle d’Emerson dans la formation de la pensée nietzschéenne, et ce en un double sens : formation de la pensée de Nietzsche, et formation de la pensée par Nietzsche. Elle s’attachera à préciser le statut « d’homme préparatoire » qu’occupe Emerson pour Nietzsche et ce que ce dernier se propose d’apprendre de celui qu’il considère surtout comme un artiste.

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Avrile Poignant-Le Goff

Devenir soi dans la troisième Inactuelle De l’éducateur à l’éducation de soi

Cet article se propose d’étudier en quoi la problématique du devenir soi, telle qu’elle émerge dans Schopenhauer éducateur, s’avère redevable de la figure de l’éducateur que Nietzsche y élabore. L’éducateur apparaît paradoxalement moins comme l’instigateur d’une formation de l’individu que comme le type d’homme dont l’éduqué lui-même doit assurer l’émergence future, en se mettant au service de la culture. La notion d’éducation de soi constitue alors le concept clé à partir duquel comprendre la vocation pédagogique nietzschéenne, en réponse au contexte de crise de l’éducation allemande : il lui faut s’éduquer lui-même pour pouvoir devenir à son tour éducateur.

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Camille Dejardin

L’individualisme contre l’individualité ? Mill et Nietzsche face au tournant anthropologique de l’ère démocratique

ous deux lecteurs de Humboldt et de Tocqueville, également animés du souci proto-sociologique et même « physiologique » de scruter les interactions liant l’épanouissement de chaque individu et la bonne santé du corps social, John Stuart Mill et Friedrich Nietzsche partagent, à quelques décennies de distance, un diagnostic inquiet sur la mutation qui s’achève sous leurs yeux : le passage de ce que Louis Dumont a appelé le schème holiste au schème individualiste sous l’espèce de la démocratie, non comme forme institutionnelle mais comme nouvelle condition humaine marquée par l’égalisation. De fait, l’anthropologie démocratique consacrant l’individu comme fondement de la souveraineté et comme dépositaire de droits inaliénables se déploie pour la première fois sous le signe de l’égalité, à la fois juridique et représentationnelle, à la fois principe politique et « passion » psychologique. Pourtant, au moment où il se voit ainsi sacré, l’individu semble dissous. Atomisé, nivelé, déchu de toute perspective de grandeur ou de distinction (sinon purement matérielle), il se voit réduit à un ectoplasme juridique et économique. La réalisation voire la fortification de l’individualité sont-elles encore possibles ? Un individualisme de l’individualité est-il compatible avec les valeurs démocratiques ? Si oui, à quelles conditions ? Peut-on envisager une politique de l’individualité ? De Mill à Nietzsche, le regard critique se fait de plus en plus radical et subversif, et aussi plus incompatible avec le maintien de la démocratie.

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Aurélie Knüfer

Le genre de l’individualité chez Harriet Taylor et John Stuart Mill

L’article propose une nouvelle généalogie de l’« individualité », notion centrale de l’ouvrage De la Liberté (1859), généralement attribué à John Stuart Mill. Il met en évidence le rôle majeur joué par Harriet Taylor dans l’élaboration de cette notion, et partant dans celle du texte dont elle est en réalité la co-autrice. Il montre que la philosophe conduit, dès le début des années 1830, une réflexion approfondie sur la formation du caractère et le perfectionnement de soi. Tandis que chez Mill, à la même époque, l’individualité est comprise comme le devoir-être de certaines « natures supérieures », principalement de genre masculin, elle constitue d’emblée pour Taylor une exigence épicène impliquant le développement de l’esprit comme celui des plaisirs sensibles et sexuels. Ainsi, c’est précisément grâce à son analyse de l’expérience douloureuse et propre aux femmes de privation d’individualité que Taylor réussit à formuler des propositions puissantes, novatrices et à la portée universelle sur l’éducation et la culture de soi.

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Quentin Landenne

La formation du savant, entre solitude de la pensée et communauté de recherche Les discours à l’Université d’Emerson, Mill et Nietzsche

Cet article propose une lecture parallèle de trois grands textes du XIXe siècle portant sur les missions de l’université et la place que doit y occuper le savant comme individu singulier : The American Scholar donné par R. W. Emerson à Harvard en 1837, le discours inaugural de J. S. Mill à l’Université Saint Andrews en 1867, et les conférences de F. Nietzsche à l’Université de Bâle Über die Zukunft unserer Bildungsanstalten, de 1872. L’objectif de cette comparaison est de mettre en évidence des analogies et des différences éclairantes, en leur adressant une série de questions communes : celle, d’abord, de leur définition de l’idéal éducatif ou culturel, en écho au concept idéaliste allemand de Bildung ; celle ensuite de leur critique des mutations de l’université, comme symptômes majeurs de la crise moderne de la culture ; celle, enfin, de la caractérisation du « savant », de sa destination et de sa formation de soi, en tant qu’il est un individu à la fois voué à une exigence existentielle de solitude, mais aussi appelé à inventer de nouvelles formes de communautés culturelles et intellectuelles, en réponse à la crise de l’institution universitaire.

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Nicolas Quérini

Un devoir d’être soi Emerson, Mill et Nietzsche

Dans le § 25 du premier tome d’Humain, trop humain, Nietzsche distingue une morale privée d’une morale universelle qu’il attribue à Kant. S’il y a quelque chose comme une morale nietzschéenne (bien différente de ce qu’il appelle « la morale », à savoir celle héritée du platonisme et du christianisme), elle doit consister en quelque chose de « privé » parce qu’elle diffère d’un individu à un autre. Cela ne signifie évidemment pas que Nietzsche serait relativiste, mais simplement qu’une morale ne peut se dessiner que vis-à-vis de notre complexion et que celle-ci est toujours proprement idiosyncrasique, formée par l’histoire unique qui nous fait être ce que nous sommes. Mais comment peut-on alors parler sans contradiction d’un véritable devoir d’être soi-même ? D’autant plus dans le sillage d’une conception romantique qui va inspirer les trois auteurs que nous voulons interroger et selon laquelle chacun est absolument singulier ? Nous tâcherons ici d’analyser ce devoir si singulier qui nous commande d’être, de développer ou de devenir ce soi-même et de voir comment se construit une forme de morale alternative au kantisme à partir de là. Nous verrons ainsi qu’Emerson pense un devoir d’être soi qui, s’il ne fait fi de la morale kantienne, pense l’individu en dehors de la norme commune. Avec son utilitarisme, Mill dessine une autre forme de morale, plus susceptible de faire coïncider devoir de se développer et progrès de l’humanité tout entière. Enfin, Nietzsche balaie complètement la morale kantienne pour penser un devoir de devenir soi absolument antinomique de celle-ci et dont le premier geste constitue une condition.

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Nicolas Quérini & Camille Dejardin

Les pratiques autobiographiques de Friedrich Nietzsche et de John Stuart Mill Une lecture comparée

Nietzsche et Mill ont en commun d’avoir écrit une autobiographie dans laquelle ils retracent les jalons de l’émergence de leur philosophie mais aussi de leur personnalité. Toutefois, s’il s’agit, selon les termes de Nietzsche, de dévoiler « comment on devient ce qu’on est », on peut se demander quelle fin est poursuivie à travers cette démarche. En effet, influencés par le romantisme, les deux auteurs insistent sur l’absolue individualité des personnalités véritables, qui s’avèrent dès lors inimitables. Que peut donc tirer le public d’une telle lecture ? Notre propos consiste à inscrire la pratique autobiographique telle qu’elle se décline chez Nietzsche et Mill dans la tradition de ce que Pierre Hadot appelait « exercices spirituels » et Michel Foucault « techniques de soi ». Dans cette perspective, la (re)construction du soi par la pratique autobiographique peut malgré tout constituer une forme de discours édifiant, à même de conduire les lecteurs non pas à imiter le parcours de l’auteur mais à vouloir mener une existence à la hauteur de celle qui se donne à voir au fil des pages. En ce sens, si l’exemplarité nietzschéenne est exemplarité d’une déviance, d’une façon de se montrer singulier, elle est davantage dans le cas de Mill illustration d’une vertu qui cherche à se rendre désirable pour autrui.

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Claude Romano

« Deviens ce que tu es » Pindare, Nietzsche, Heidegger

Ce texte se propose un double objectif : 1) avancer une interprétation du célèbre vers de la deuxième Pythique de Pindare, genoi’ oios essi mathôn, en le replaçant dans le contexte de la célébration de la sagesse du souverain de Syracuse, Hiéron Ier, qui conjoint les exploits aux Jeux pythiques et olympiques et une conscience aiguë des limites de l’humain qui lui attire les bienfaits des dieux, et où la question n’est pas de « devenir soi-même », avec les accents individualistes qui s’attachent pour nous à cette expression, que de se montrer digne de ses exploits et de sa lignée, et donc conforme à ce qu’il est vraiment ; 2) examiner par quel jeu de déplacements et de transpositions cette formule a pu être traduite par Nietzsche, d’abord, par Heidegger, ensuite, par un « Deviens ce que tu es » dont l’accentuation est toute différente. Cette étude constitue ainsi une apostille à l’archéologie de l’idéal contemporain d’authenticité personnelle que l’auteur a développée dans Être soi-même (Gallimard, 2019).

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John Stuart Mill

Autobiographie Extraits choisis

Parce que cette œuvre importante, méritant de constituer un classique selon nous, demeure assez peu connue du public philosophe francophone1, nous avons tenu à traduire ici un certain nombre d’extraits de l’Autobiographie de John Stuart Mill qui nous ont paru significatifs, en particulier vis-à-vis de la thématique de ce volume : le devenir soi, la formation du caractère, autrement dit la Bildung, idéal humboldtien auquel Mill se réfère ici comme dans plusieurs de ses œuvres, et qui tient chez lui tant à l’éducation si particulière et exigeante qu’il reçut qu’aux événements remarquables qui ponctuèrent sa vie. Nous avons ainsi sélectionné des extraits parmi les plus éloquents à nos yeux, en particulier en ce qui concerne le self-development et son ouvrage De la liberté, dans lequel il déploie ce concept.

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John Stuart Mill

Discours inaugural prononcé à l’Université de St Andrews Extraits choisis

De 1865 à 1868, John Stuart Mill exerça deux fonctions institutionnelles majeures : député à la Chambre des Communes pour la circonscription de Westminster – mandat au cours duquel il mit aux voix pour la première fois au Parlement britannique, bien que sans succès, un amendement levant l’interdiction de voter pesant sur les femmes – et « Lord Rector » à l’Université de Saint Andrews, l’une des quatre universités écossaises historiques avec Glasgow, Aberdeen et Édimbourg. Cette fonction de « Recteur », instituée en 1858, est alors moins administrative qu’honorifique et intellectuelle : correspondant au troisième plus haut degré d’autorité d’une université après le Chancelier et le Principal, elle est plus éminemment symbolique dans la mesure où le Recteur est élu par le cortège des étudiants qui placent en sa personne, pour ainsi dire, la mission de représenter leurs aspirations et de les guider dans leur formation. Le Recteur est ainsi réputé orienter l’esprit général de l’enseignement dispensé pendant sa mandature de trois ans, et est notamment chargé de prononcer en ce sens un discours solennel appelé Allocution inaugurale ou Discours inaugural (Inaugural Address). En l’occurrence, ce Discours inaugural à l’Université de Saint Andrews a été prononcé par John Stuart Mill un an et demi après sa prise officielle de fonction, le 1er février 1867. Ce fut l’occasion pour lui d’exposer sa conception de l’éducation et plus particulièrement des fonctions légitimes de l’enseignement universitaire. Selon lui, celui-ci ne doit pas destiner les jeunes gens à un quelconque emploi spécialisé, mais les doter d’une « tournure d’esprit » les disposant à une multiplicité de spécialisations possibles et, surtout, à la compréhension la plus vaste des enjeux de leur temps, lesquels ne peuvent s’appréhender sans la connaissance du passé et la maîtrise fine de la langue et des raisonnements.

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