Article # 362 – De la connaissance à la sagesse : une révolution pour la science et les humanités

From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities

Nicholas Maxwell; (2007)

Pentire Press: London, UK


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Maxwell From Knowledge to Wisdom 2nd Ed working version 30 October 2007.pdf – Published Version

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From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities (Basil Blackwell, 1984 ; 2? éd. Pentire Press, 2007, 396 p., ISBN 978-0-9552240-0-3)

 * * *

Cette seconde édition de l’ouvrage (publié pour la première fois en 1984 chez Basil Blackwell) a fait l’objet d’une révision intégrale. Elle s’enrichit d’une nouvelle introduction, d’un chapitre 6 augmenté, ainsi que de trois nouveaux chapitres qui abordent successivement : l’évolution du monde universitaire depuis 1984 ; les critiques adressées à la première édition ; et les développements, depuis 1984, de l’« empirisme orienté vers les finalités » (aim-oriented empiricism, la philosophie des sciences défendue dans ce livre).

Source : University College London.


Traduction de l’anglais au français par Gemini Google


À propos de l’auteur

Nicholas Maxwell a consacré l’essentiel de sa carrière universitaire à plaider pour une refonte en profondeur du monde académique, afin que celui-ci ne se contente plus d’accumuler du savoir, mais cherche à promouvoir activement la sagesse. Outre le présent ouvrage, il a publié quatre livres sur ce sujet : What’s Wrong With Science? (Bran’s Head Books, 1976), The Comprehensibility of the Universe (Oxford University Press, 1998), The Human World in the Physical Universe (Rowman & Littlefield, 2001) et Is Science Neurotic? (Imperial College Press, 2004). Il a également collaboré à plusieurs ouvrages collectifs et fait paraître de nombreux articles dans des revues de sciences et de philosophie, portant sur des domaines variés allant de la question de la conscience à la théorie quantique. Pendant près de trente ans, il a enseigné la philosophie des sciences à l’University College de Londres (UCL), où il est aujourd’hui maître de conférences émérite (Emeritus Reader) en philosophie des sciences et chercheur associé honoraire (Honorary Senior Research Fellow). Il a donné des conférences dans des universités et des colloques à travers toute la Grande-Bretagne, l’Europe et l’Amérique du Nord, et est intervenu dans l’émission Start the Week sur BBC Radio 4. En 2003, il a fondé Friends of Wisdom, un collectif international réunissant des personnalités favorables à ce que la recherche universitaire aide l’humanité à gagner en sagesse par des voies rationnelles (voir www.knowledgetowisdom.org). Pour de plus amples informations sur sa vie et ses travaux, vous pouvez consulter son site internet : https://www.nicholasmaxwell.net/.

Résumé

Cet ouvrage plaide pour la mise en œuvre d’une révolution intellectuelle profonde et globale, appelée à toucher, à des degrés divers, l’ensemble de la recherche scientifique et technologique, de la vie universitaire et de l’enseignement. Cette révolution intellectuelle se distingue toutefois des révolutions scientifiques désormais familières décrites par Kuhn : elle ne réside pas au premier chef dans un bouleversement de ce que nous tenons pour acquis sur tel ou tel aspect du monde — c’est-à-dire un changement de paradigme. Elle exige plutôt une refonte radicale des finalités intellectuelles fondamentales et des méthodes mêmes de la recherche. Aujourd’hui, la quête intellectuelle est tout entière vouée à l’accroissement des connaissances. Il convient de la muer en une démarche rationnelle dont le dessein premier soit d’enrichir la sagesse, tant individuelle que collective. Cette nouvelle forme de recherche accorde la primauté intellectuelle aux problèmes personnels et sociaux auxquels nous nous heurtons lorsque nous nous efforçons de réaliser ce qui est souhaitable et digne de valeur — les questions d’ordre cognitif et technique lui étant intellectuellement subordonnées et secondaires. Pour cette nouvelle discipline de l’esprit, ce sont nos actes et notre être qui comptent en dernier ressort : notre savoir n’est qu’une dimension de notre vie et de notre condition. L’auteur soutient qu’une condition nécessaire — bien que non suffisante — pour bâtir de concert un monde meilleur et plus humain est l’avènement d’une tradition d’investigation rationnelle de cette nature, centrée sur la vie et ses enjeux, et dévouée à l’épanouissement de la sagesse. Une telle tradition fait aujourd’hui défaut. En conséquence, notre capacité à résoudre de manière juste et féconde les difficultés rencontrées dans notre existence personnelle et sociale s’en trouve plus ou moins gravement entravée. Nombre de nos défis sociétaux et planétaires contemporains procèdent, pour une part, de notre incapacité séculaire à faire éclore une pensée véritablement rationnelle, engagée dans la cité et tournée vers la maturation de la sagesse. Cet idéal socratique fondamental ayant été trahi, nous nous trouvons confrontés à de graves périls engendrés par nos propres actes : réchauffement climatique, prolifération nucléaire, caractère létal de la guerre moderne, terrorisme, explosion démographique ou encore extinction accélérée des espèces. Dès lors, il ne saurait y avoir de tâche plus urgente, pour tous les acteurs gravitant autour du monde universitaire — scientifiques, ingénieurs, chercheurs, enseignants, administrateurs, étudiants, parents et bailleurs de fonds —, que de concourir à instaurer cette nouvelle démarche intellectuelle, rationnellement dédiée à l’élévation de la sagesse.

Préface à la première édition (1984)

Cet ouvrage plaide pour la mise en œuvre d’une révolution intellectuelle profonde et globale, appelée à toucher, à des degrés divers, l’ensemble de la recherche scientifique et technologique, de la vie universitaire et de l’enseignement. Cette révolution intellectuelle se distingue toutefois des révolutions scientifiques désormais familières décrites par Kuhn : elle ne consiste pas au premier chef en un bouleversement de ce que nous tenons pour un savoir sur tel ou tel aspect du monde — un changement de paradigme. Elle exige bien plutôt une refonte radicale des finalités intellectuelles fondamentales et des méthodes mêmes de la recherche. À l’heure actuelle, l’investigation intellectuelle est tout entière vouée à l’accroissement des connaissances. Il convient de la muer en une démarche rationnelle dont le dessein premier soit d’enrichir la sagesse, tant individuelle que collective. Cette nouvelle forme de recherche accorde la primauté intellectuelle aux problèmes personnels et sociaux auxquels nous nous heurtons lorsque nous nous efforçons de réaliser ce qui est souhaitable et digne de valeur — les questions d’ordre cognitif et technique lui étant intellectuellement subordonnées et secondaires. Pour cette nouvelle démarche, ce sont nos actes et notre être qui importent en dernier ressort : notre savoir n’est qu’une dimension de notre vie et de notre condition.

Je soutiendrai qu’une condition nécessaire — bien que non suffisante — pour que nous bâtissions de concert un monde meilleur et plus humain est l’avènement d’une tradition de recherche rationnelle de cette nature, centrée sur la vie et ses enjeux, et dévouée à l’épanouissement de la sagesse. Une telle tradition fait aujourd’hui défaut. En conséquence, notre capacité à résoudre de manière juste et féconde les difficultés rencontrées dans notre existence personnelle et sociale s’en trouve plus ou moins gravement entravée. Nombre de nos défis sociétaux et planétaires contemporains procèdent, pour une part, de notre incapacité séculaire à faire éclore une pensée véritablement rationnelle, engagée dans la cité et tournée vers la maturation de la sagesse. Cet idéal socratique fondamental a été trahi et, pour formuler les choses de la manière la plus radicale, nous nous trouvons désormais au bord de l’autodestruction.

Dès lors, il ne saurait y avoir de tâche plus urgente, pour quiconque participe de près ou de loin à l’entreprise universitaire — scientifiques, ingénieurs, chercheurs, enseignants, administrateurs, étudiants, parents et bailleurs de fonds —, que de concourir à instaurer cette nouvelle démarche intellectuelle, rationnellement dédiée à l’élévation de la sagesse.


Texte original en anglais


About the Author

Nicholas Maxwell has devoted much of his working life to arguing that we need to bring about a revolution in academia so that it comes to seek and promote wisdom and does not just acquire knowledge. Apart from the present book, he has published four others on this theme: What’s Wrong With Science? (Bran’s Head Books, 1976), The Comprehensibility of the Universe (Oxford University Press, 1998), The Human World in the Physical Universe (Rowman and Littlefield, 2001) and Is Science Neurotic? (Imperial College Press, 2004). He has also contributed to a number of other books, and has published numerous papers in science and philosophy journals on problems that range from consciousness to quantum theory. For nearly thirty years he taught philosophy of science at University College London, where he is now Emeritus Reader in Philosophy of Science and Honorary Senior Research Fellow. He has given lectures at Universities and Conferences all over Britain, Europe and north America, and has taken part in the BBC Programme ‘Start the Week’ on Radio 4. In 2003 he founded Friends of Wisdom, an international group of people sympathetic to the idea that academic inquiry should help humanity acquire more wisdom by rational means (see www.knowledgetowisdom.org). More information about his life and work can be found on his website: see https://www.nicholasmaxwell.net/.

Abstract

This book argues for the need to put into practice a profound and comprehensive intellectual revolution, affecting to a greater or lesser extent all branches of scientific and technological research, scholarship and education. This intellectual revolution differs, however, from the now familiar kind of scientific revolution described by Kuhn. It does not primarily involve a radical change in what we take to be knowledge about some aspect of the world, a change of paradigm. Rather it involves a radical change in the fundamental, overall intellectual aims and methods of inquiry. At present inquiry is devoted to the enhancement of knowledge. This needs to be transformed into a kind of rational inquiry having as its basic aim to enhance personal and social wisdom. This new kind of inquiry gives intellectual priority to the personal and social problems we encounter in our lives as we strive to realize what is desirable and of value – problems of knowledge and technology being intellectually subordinate and secondary. For this new kind of inquiry, it is what we do and what we are that ultimately matters: our knowledge is but an aspect of our life and being. The book argues that a necessary, though not a sufficient, condition for us to develop cooperatively a better, more humane world is that we have in existence a tradition of rational inquiry of this new kind, giving priority to life and its problems, devoted to the enhancement of wisdom. At present we have no such tradition. As a result we are all more or less severely handicapped in our capacity to resolve in desirable and good ways problems we encounter in our personal and social lives. Many of our present-day social and global problems are in part due to our long-standing failure to develop such a tradition of genuinely rational, socially active thought, devoted to the growth of wisdom. This basic Socratic idea has been betrayed, and as a result we are confronted by grave dangers of our own making, such as global warming, nuclear proliferation, the lethal character of modern war, terrorism, rapid population growth, rapid extinction of species. In the circumstances, there can scarcely be any more urgent task for all those associated in any way with the academic enterprise – scientists, technologists, scholars, teachers, administrators, students, parents, providers of funds – than to help put into practice the new kind of inquiry, rationally devoted to the growth of wisdom.

Preface to the First Edition 1984

This book argues for the need to put into practice a profound and comprehensive intellectual revolution, affecting to a greater or lesser extent all branches of scientific and technological research, scholarship and education. This intellectual revolution differs, however, from the now familiar kind of scientific revolution described by Kuhn. It does not primarily involve a radical change in what we take to be knowledge about some aspect of the world, a change of paradigm. Rather it involves a radical change in the fundamental, overall intellectual aims and methods of inquiry. At present inquiry is devoted to the enhancement of knowledge. This needs to be transformed into a kind of rational inquiry having as its basic aim to enhance personal and social wisdom. This new kind of inquiry gives intellectual priority to the personal and social problems we encounter in our lives as we strive to realize what is desirable and of value – problems of knowledge and technology being intellectually subordinate and secondary. For this new kind of inquiry, it is what we do and what we are that ultimately matters: our knowledge is but an aspect of our life and being.

I shall argue that a necessary, though not a sufficient, condition for us to develop cooperatively a better, more humane world is that we have in existence a tradition of rational inquiry of this new kind, giving priority to life and its problems, devoted to the enhancement of wisdom. At present we have no such tradition. As a result we are all more or less severely handicapped in our capacity to resolve in desirable and good ways problems we encounter in our personal and social lives. Many of our present-day social and global problems are in part due to our long-standing failure to develop such a tradition of genuinely rational, socially active thought, devoted to the growth of wisdom. This basic Socratic idea has been betrayed, and as a result, to put it at its most extreme, we now stand on the brink of self-destruction.

In the circumstances, there can scarcely be any more urgent task for all those associated in any way with the academic enterprise – scientists, technologists, scholars, teachers, administrators, students, parents, providers of funds – than to help put into practice the new kind of inquiry, rationally devoted to the growth of wisdom

Source : University College London.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
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De la connaissance à la sagesse : Pourquoi l’université doit changer de mission

Fiche d’identité du livre

  • Titre original : From Knowledge to Wisdom: A Revolution for Science and the Humanities

  • Auteur : Nicholas Maxwell (philosophe des sciences à University College London)

  • Parution : 1984 (1?? édition chez Blackwell) ; 2007 (2? édition révisée et augmentée chez Pentire Press)

1. Le point de départ : Une énigme moderne

Regardons le monde d’aujourd’hui. D’un côté, nos prouesses scientifiques et technologiques sont spectaculaires : nous décodons le génome, explorons l’espace lointain et connectons la planète entière en une fraction de seconde. D’un autre côté, nous semblons incapables de régler nos crises les plus graves : réchauffement climatique, guerres destructrices, prolifération des armes, misère et épuisement de la planète.

Pourquoi une telle contradiction ? Comment une humanité dotée d’autant de savoir peut-elle agir de façon aussi autodestructrice ?

La réponse de Nicholas Maxwell est simple et décapante : notre système universitaire et scientifique a confondu « accumuler du savoir » et « devenir sage ».

2. Le diagnostic : La « science sans boussole »

Pour Maxwell, le monde intellectuel moderne s’est enfermé dans ce qu’il nomme l’enquête du savoir (knowledge-inquiry) :

  • Les chercheurs s’efforcent d’accumuler des faits purs, des mesures, des formules et des technologies, tout en maintenant une stricte neutralité.

  • On apprend aux scientifiques à tenir les émotions, les valeurs éthiques, les désirs humains et la politique à distance des laboratoires pour rester « objectifs ».

Ce modèle a certes permis des avancées techniques inouïes, mais il a créé un piège gigantesque : la science augmente démesurément notre pouvoir d’action (notre puissance de frappe matérielle et industrielle), mais refuse d’examiner collectivement ce qu’il est bon et juste d’en faire.

Résultat : la puissance technique s’emballe au service de ceux qui la financent (l’armement, les intérêts industriels, la quête du profit), sans que personne n’ait pour métier intellectuel de réfléchir à la manière de bâtir un monde vivable et équitable.

3. L’erreur historique des Lumières

Comment en est-on arrivé là ? Maxwell remonte au XVIII? siècle, à l’époque des Lumières (Voltaire, Diderot, Condorcet). Ces penseurs voulaient tirer les leçons du succès des sciences de la nature pour transformer la société.

Mais selon Maxwell, ils ont commis une erreur d’aiguillage :

  • Au lieu d’aider les humains à résoudre coopérativement leurs dilemmes de vie, ils ont créé les « sciences sociales » (économie, sociologie, psychologie) sur le modèle des sciences physiques : observer les humains comme des objets passifs régis par des lois mécaniques.

  • Ce faisant, les sciences sociales ont cherché à décrire ou manipuler les comportements au lieu d’apprendre aux citoyens à dialoguer rationnellement pour mieux vivre ensemble.

4. La solution : L’« enquête de la sagesse »

Face à cette impasse, Maxwell propose une véritable révolution copernicienne pour l’école et l’université : passer de la simple connaissance à l’enquête de la sagesse (wisdom-inquiry).

Qu’est-ce que la « sagesse » pour Maxwell ? Ce n’est pas une méditation mystique isolée, ni un prêche moralisateur. C’est tout simplement :

La capacité de discerner et de réaliser ce qui a réellement de la valeur dans l’existence, pour soi-même et pour les autres.

Dans cette nouvelle université :

  1. La priorité intellectuelle absolue est donnée aux problèmes de vie réels : comment enrayer la crise écologique ? comment partager justement les richesses ? comment faire grandir l’amitié, l’art, la justice et la paix ?

  2. Le savoir technique redevient un moyen, non une fin en soi : les mathématiques, la physique ou la biologie ne disparaissent pas, mais elles sont au service de la réalisation du bien commun.

  3. L’université devient un service civique ouvert à tous : elle ne s’enferme plus dans un jargon impénétrable d’experts, mais joue le rôle d’un grand forum démocratique aidant les citoyens à discuter clairement de leur avenir.

  4. Réconcilier le cœur et la raison : la raison n’est pas une machine froide et insensible ; une pensée véritablement rationnelle écoute nos aspirations, nos peurs et notre bienveillance pour trouver les meilleures solutions d’action.

En résumé : Pourquoi ce livre est-il essentiel ?

From Knowledge to Wisdom est un cri d’alarme philosophique d’une grande lucidité. Nicholas Maxwell ne rejette pas la rationalité : il affirme au contraire que notre système actuel est profondément irrationnel parce qu’il produit des moyens gigantesques tout en restant aveugle sur les fins.

Pour lui, sauver l’avenir de l’humanité passe par une transformation de l’esprit : faire de l’intelligence un instrument d’apprentissage de la vie bonne et collective.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
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Comment faire ce passage de De la connaissance à la sagesse au sein de la population ?

Pour diffuser le passage de la « quête du savoir » à la « quête de la sagesse » au sein de la population générale, Nicholas Maxwell propose une transformation concrète des pratiques éducatives, citoyennes et culturelles. Selon lui, ce changement ne doit pas rester confiné aux cercles universitaires spécialisés, mais irriguer directement la vie quotidienne et sociale.
Voici les axes majeurs définis dans l’ouvrage pour concrétiser cette transition au niveau populaire :

1. Refonder l’éducation dès le plus jeune âge : « apprendre à vivre »

  • Un enseignement centré sur les problèmes de vie : Maxwell souligne que dès l’enfance, l’éducation ne doit plus être un simple gavage de faits mémorisés ou d’exercices techniques désincarnés. L’apprentissage doit partir des questionnements réels des enfants sur le monde, sur la vie collective, sur leurs émotions et sur ce qui a du sens ou de la valeur.
  • Entraîner à la résolution coopérative de problèmes : L’école doit initier les jeunes à formuler clairement leurs difficultés et à imaginer, tester et critiquer ensemble des actions pour les surmonter pacifiquement.

2. Transformer l’Université en un service public citoyen (People’s Civil Service)

  • Remplacer l’élitisme par un forum ouvert : Maxwell affirme que le monde académique doit agir comme une sorte de service public ouvert, dont le rôle premier est d’alimenter le débat démocratique.
  • Vulgarisation démocratique et langage clair : Pour que la population s’empare de ces réflexions, les universitaires ont le devoir d’exprimer les grands choix scientifiques et sociétaux dans un langage accessible et limpide (compréhensible dès l’adolescence), sans se retrancher derrière un jargon corporatiste.
  • Porter la voix des personnes vulnérables : La recherche doit contrecarrer l’influence disproportionnée des puissants et des bailleurs de fonds en donnant une visibilité publique aux besoins et aux problèmes des personnes défavorisées ou inarticulées.

3. Réhabiliter le débat socratique dans la vie quotidienne

  • Adopter la lucidité sur notre ignorance : S’inspirant directement de Socrate, Maxwell rappelle que la première étape vers la sagesse consiste à reconnaître nos limites et nos incohérences face aux questions existentielles fondamentales (« comment devrions-nous vivre ? »).
  • Soumettre nos buts collectifs à la critique rationnelle : Plutôt que de sacraliser des dogmes politiques, religieux ou marchands intouchables, les citoyens doivent prendre l’habitude d’interroger publiquement et sereinement les objectifs qu’ils poursuivent (croissance matérielle effrénée, consommation, compétition) pour vérifier s’ils mènent réellement à une vie bonne.

4. Réconcilier la pensée, l’art et les émotions

  • Décloisonner la raison et le cœur : Dans l’esprit populaire moderne hérité du rationalisme étroit, la raison est souvent perçue comme un mécanisme froid, insensible et bureaucratique. Maxwell insiste sur le fait que la sagesse requiert l’honnêteté émotionnelle, l’empathie et la sensibilité. Sans sentiment ni désir, nous sommes incapables de discerner ce qui a véritablement de la valeur.
  • Mobiliser les arts et la littérature : L’art, le théâtre et la littérature ne sont pas de simples divertissements décoratifs ; ils constituent des explorations fondamentales des dilemmes humains et nous permettent d’entrer avec bienveillance dans l’expérience d’autrui (person-to-person understanding).

5. Créer l’équivalent moderne d’une « assemblée tribale de l’humanité »

  • Créer des espaces de discussion coopérative : À l’époque des communautés réduites de chasseurs-cueilleurs, les décisions pouvaient être prises collectivement et de concert. Dans nos sociétés mondialisées et fragmentées, il est indispensable de forger de nouvelles institutions participatives locales, nationales et internationales pour permettre aux citoyens de délibérer de leurs intérêts communs.
  • Passer de l’intérêt personnel à la responsabilité partagée : Selon Maxwell, cultiver la sagesse au sein de la population exige d’élargir le cercle de nos préoccupations : faire en sorte que chaque individu apprenne à considérer les millions d’inconnus à l’autre bout de la planète avec la même humanité et la même sollicitude que celles qu’il réserve à ses proches.

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Article # 227 – Chaloupe ou sous-marin : Choisir la profondeur face à l’agitation du monde

Il y a ceux qui s’agitent à la surface de la vie, prisonniers d’une embarcation trop frêle face à la tempête ; des gens d’opinions et de croyances qui tentent en vain de calmer les vagues de leurs mains. À leurs côtés, d’autres glissent à la surface comme des surfeurs : ils surfent sur ce qu’ils pensent, sans jamais approfondir leurs propres pensées, légers et portés par le vent du moment. Et il y a aussi les voyageurs du sous-marin, esprits de réflexion et de recul, qui choisissent de plonger dans les profondeurs pour échapper au tumulte et naviguer avec sérénité, loin du chaos visible.

  • La tragédie de la Chaloupe (La réaction épidermique)
  • Le piège du Surf (L’illusion de l’intellect)
  • La sagesse du Sous-marin (La liberté intérieure)

Intelligence artificielle GEMINI de Google

C’est une excellente métaphore. On peut la filer pour explorer la dynamique de ces deux rapports au monde :

En surface : Le surfeur (La société superficielle)

  • Le mouvement : Il reste à la surface, là où les choses bougent vite. Il dépend de la tendance du moment (la vague). Si la vague retombe, il doit immédiatement en trouver une autre pour ne pas couler.

  • L’esthétique : C’est visuel, spectaculaire, instantané. On cherche l’équilibre, l’adrénaline de l’instant, l’image.

  • Le risque : Être emporté par le courant, s’épuiser à courir après le prochain « buzz », ou se fracasser sur les récifs par manque de préparation.

En profondeur : Le sous-marin (La société profonde)

  • Le mouvement : Il avance lentement, de manière délibérée, loin de l’agitation visible. Il ne cherche pas à suivre le vent, il trace sa propre route dans les courants profonds (les valeurs, l’histoire, la réflexion).

  • L’esthétique : Rien n’est visible de l’extérieur. Tout se passe à l’intérieur (introspection, culture, fondations solides). Il y a une forme de lourdeur, mais aussi une immense résilience.

  • Le risque : L’isolement, le manque de flexibilité, ou la déconnexion totale avec ce qui se passe « en haut », là où la lumière brille quand même un peu.

Le paradoxe moderne : Aujourd’hui, on demande souvent aux individus d’être des sous-marins (avoir des valeurs, une expertise, une santé mentale solide) tout en sachant parfaitement surfer (maîtriser les réseaux sociaux, l’immédiateté, le paraître).


C’est une image magnifique et terriblement ironique : imaginer des gens s’agiter frénétiquement au bord de leur barque, tapant sur l’eau pour essayer de dompter l’océan. C’est la définition même de l’agitation stérile face aux crises ou aux modes du moment. On essaie de contrôler l’incontrôlable avec les mains, alors qu’il suffirait de changer de dimension.

Le voyage en sous-marin que vous recommandez, c’est le choix de la lucidité et de la tranquillité.

Pourquoi le sous-marin a tout compris :

  • L’immunité face au clapotis : Pendant qu’en haut, on s’écharpe pour des détails, le sous-marin traverse les mêmes zones géographiques, mais dans le calme absolu. La tempête en surface n’est qu’un bruit de fond lointain.

  • La vraie trajectoire : On ne navigue pas à vue en fonction de la prochaine vague. On avance aux instruments, avec une vision à long terme, une direction choisie et non subie.

  • L’économie d’énergie : Taper sur l’eau, ça épuise. Plonger, ça demande de la technique, mais une fois en bas, la physique travaille pour vous. On préserve ses forces pour ce qui compte vraiment.

Choisir le sous-marin, c’est accepter de ne pas être vu par ceux d’en haut, mais c’est le prix à payer pour explorer les fonds marins et s’offrir le luxe de la profondeur.

Les instruments de bord du sous-marin

Pour naviguer en eaux profondes sans perdre le nord, le sous-marin a besoin d’instruments de bord bien spécifiques. Loin de la lumière du soleil et du bruit de la surface, on ne peut plus se fier aux apparences.

Voici la « boîte à outils » que je vous recommande pour équiper votre tableau de bord :

1. Le Sonar (L’écoute sélective)

En surface, on regarde ; en profondeur, on écoute. Le sonar permet de capter les signaux faibles et les bruits de fond du monde, sans se laisser polluer par les cris de la surface.

  • En pratique : Filtrer drastiquement les informations. Préférer les livres aux fils d’actualité, les conversations longues aux débats stériles, et le silence aux bruits inutiles.

2. Le Gyroscope (Les valeurs ancrées)

C’est l’instrument qui maintient l’orientation du sous-marin, peu importe les courants. Sans lui, le bâtiment tourne en rond ou s’écrase contre les fonds marins.

  • En pratique : Définir deux ou trois principes non négociables (l’intégrité, la curiosité, la paix d’esprit, la création…). Quand la surface s’agite et que le doute s’installe, on regarde le gyroscope pour vérifier qu’on est toujours aligné avec soi-même.

3. Les Ballasts (La gestion de l’énergie)

Les ballasts se remplissent d’eau pour plonger ou d’air pour remonter. C’est l’outil de la flexibilité et de la survie.

  • En pratique : Savoir quand s’isoler complètement pour se ressourcer (remplir les ballasts) et quand revenir un peu plus près de la surface pour partager, créer ou s’ancrer dans le réel (alléger le poids). Être un sous-marin ne veut pas dire vivre dans un bunker mental, c’est maîtriser sa profondeur.

4. Le Périscope (Le regard détaché)

On ne peut pas ignorer totalement la surface, ne serait-ce que pour éviter les collisions. Le périscope permet de jeter un coup d’œil rapide, de voir où en sont les « tapeurs d’eau », puis de redescendre.

  • En pratique : Regarder l’agitation du monde avec un brin d’humour et d’ironie, comme un observateur ou un anthropologue, plutôt que comme un participant. Prendre note, et replonger.

Le carnet de bord : Le voyage en sous-marin offre une liberté immense, mais il demande de la discipline pour ne pas transformer la solitude en isolement.


La chaloupe : Le tumulte des certitudes

En haut, l’agitation est nourrie par les opinions changeantes et les croyances rigides. Les gens de la chaloupe réagissent de manière épidermique à chaque événement. Leurs réactions sont immédiates, guidées par l’émotion du moment. Taper sur l’eau avec leurs mains devient alors une métaphore de leurs tentatives désespérées d’imposer leurs dogmes et leurs avis à un océan de faits qui les dépasse, créant encore plus de clapotis et de confusion.

Le sous-marin : Le sanctuaire de la pensée

En bas, l’équipage est composé de gens de réflexion posée. Le silence des profondeurs n’est pas un vide, c’est l’espace nécessaire pour prendre du recul. Loin du besoin d’avoir une opinion instantanée sur tout, le sous-marin abrite une démarche quasi scientifique ou philosophique : on observe, on analyse les courants, on pèse les faits avant de décider d’une trajectoire. La profondeur devient le territoire de la nuance, là où les croyances aveugles s’effacent devant la clarté de l’esprit.

L’accès au sous-marin

Pour avoir accès au sous-marin, c’est-à-dire pour quitter le bruit de la surface et entrer dans cette dynamique de réflexion et de recul, il ne s’agit pas d’acheter un ticket, mais de changer de posture mentale. C’est un entraînement quotidien.

Voici le « protocole d’embarquement » que je vous suggère pour y parvenir :

1. Déclarer forfait face aux vagues (Le lâcher-prise)

Le premier pas pour plonger, c’est d’arrêter de taper sur l’eau avec ses mains. Cela signifie accepter que vous ne pouvez pas contrôler l’opinion des gens dans la chaloupe, ni arrêter le vent qui fait courir les surfeurs.

  • En pratique : Choisissez vos batailles. Quand une polémique ou une agitation inutile se présente, répétez-vous : « Ce ne sont que des vagues de surface, cela ne me concerne pas. » Et fermez l’écoutille.

2. Créer des sas de décompression (Le silence)

On ne passe pas de la tempête aux abysses en une seconde, le corps et l’esprit ont besoin de temps pour s’adapter à la profondeur. Vous devez couper le bruit ambiant.

  • En pratique : Imposez-vous des moments de déconnexion radicale. Pas de téléphone, pas de notifications, pas de musique de fond. Apprivoisez le silence. C’est dans ce calme que l’esprit commence à descendre de lui-même.

3. Remplacer l’information par la connaissance (L’approfondissement)

Les surfeurs consomment l’information à la petite semaine (les réseaux sociaux, les chaînes d’info en continu). Le sous-marin, lui, se nourrit de temps long.

  • En pratique : Privilégiez les livres, les essais, les longs articles de fond ou les documentaires détaillés. Au lieu de lire dix avis de deux lignes sur un sujet, lisez un seul ouvrage de trois cents pages écrit par un expert. Passez du statut de consommateur d’opinions à celui d’étudiant du monde.

4. Pratiquer l’art de la suspension du jugement

Les gens de la chaloupe ont une opinion immédiate sur tout, dictée par leurs croyances. Pour entrer dans le sous-marin, il faut oser dire : « Je ne sais pas assez pour avoir un avis pour le moment, je dois y réfléchir. »

  • En pratique : Donnez-vous un délai de 24 ou 48 heures avant d’exprimer une opinion sur un événement chaud. Laissez la vague passer, attendez que le sédiment retombe au fond de l’eau pour y voir clair.

Accéder au sous-marin, c’est un choix qui demande du courage au début, car la surface vous rappelle sans cesse à coup de « Tu as vu ? Tu en penses quoi ? ». Mais une fois que vous aurez goûté à la paix et à la clarté des profondeurs, vous n’aurez plus jamais envie de remonter dans la chaloupe.


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Annexes

Sommaire

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Résumé synthétique de chaque annexe

  • Annexe 1 : Le passage de la « Clinique » au « Cabinet »

    Ce changement de terminologie marque une rupture avec le modèle médical axé sur la pathologie, au profit d’un espace dédié à la vérité et à l’examen de la pensée. Cette annexe précise également la méthodologie en « spirale », les critères d’évaluation de la performance (focalisés sur la production conceptuelle et l’alignement éthique) et les prédispositions nécessaires pour s’engager dans cette démarche philosophique.

  • Annexe 2 : Programme de consultation

    Ce parcours structuré invite le consultant à auditer sa faculté de pensée en six étapes stratégiques : l’identification des biais, la remise en question des certitudes, l’analyse des opinions, la compréhension des obstacles épistémologiques, la quête de vérité, et enfin, la synthèse de son propre schéma de références pour reprendre le contrôle de son existence.

  • Annexe 3 : L’opinion

    Cette annexe explore la nature de l’opinion comme réflexe cognitif naturel et souvent inconscient, fonctionnant sur une économie d’énergie mentale. Elle propose des pistes concrètes pour transformer ces opinions en objets d’étude lors du dialogue philosophique, passant ainsi du débat d’idées (vouloir convaincre) à la recherche commune (vouloir comprendre).

  • Annexe 4 : Prendre pour vrai ce que je pense

    Ce texte analyse la confusion courante entre le sujet (celui qui pense) et l’objet (la pensée elle-même). Cette fusion cognitive, souvent protectrice de l’ego, empêche la distance critique nécessaire à l’examen de soi. Le rôle du praticien est d’aider le client à transformer ses « pensées-convictions » en « pensées-objets » manipulables et questionnables.

  • Annexe 5 : Le bénéfice du doute : la certitude

    Ici, le doute est présenté non comme une faiblesse, mais comme un outil constructif essentiel. Contrairement à la certitude héritée qui fragilise l’identité, la certitude conquise par le doute est solide, car elle survit à l’épreuve de l’examen. C’est le passage de l’aveuglement de la certitude immédiate à la lucidité d’une vérité testée.

  • Annexe 6 : Distinction entre « subir sa pensée » et « examiner sa pensée »

    Cette annexe souligne l’importance de la métacognition : le passage de la pensée subie (automatique) à la pensée examinée (réflexive). Elle définit le praticien non comme un soignant, mais comme un observateur permettant au client de voir sa pensée comme une modélisation du réel, libérant ainsi le sujet de ses automatismes.

  • Annexe 7 : L’absence de recul face à ce que l’on pense

    Ce texte explore les mécanismes de défense (déni, projection, rationalisation) qui maintiennent le client dans une « cécité cognitive ». Le cabinet agit alors comme un miroir, aidant le client à voir ses pensées comme des objets extérieurs, rendant ainsi possible la déconstruction de ces barrières défensives.

  • Annexe 8 : Le Diaphragme de la Compréhension Philosophique

    Ce concept illustre graphiquement le basculement de l’état d’opinion (fusion cognitive) vers l’état de compréhension (réflexivité conquise). L’examen philosophique agit comme un diaphragme, permettant de passer d’une vision trouble et émotionnelle à une clarté analytique.

  • Annexe 9 : Tableau : Le Cycle de la Compréhension Philosophique

    Ce tableau synthétise le processus itératif inspiré de la méthode scientifique : de l’opinion initiale (le « déjà-su ») au choc du doute, suivi d’un examen critique, pour aboutir à une connaissance conquise, laquelle devient le nouveau point de départ d’une réflexion approfondie.

  • Annexe 10 : Tableau Comparatif : Pensée Immédiate vs Métacognition

    Cet outil pédagogique contraste la pensée immédiate (fusion sujet-objet) avec la métacognition (détachement rationnel). Il est conçu pour expliquer visuellement aux clients les bénéfices de la démarche : passer du confort de l’illusion à la libération par la compréhension profonde.

  • Annexe 11 : Objectivité & Subjectivité

    En s’appuyant sur Louis Cheskin, cette annexe démontre que notre prétendue objectivité est en réalité largement dictée par notre schéma de références subjectif. Le travail philosophique consiste à décoder ce schéma pour comprendre pourquoi certaines informations captent notre attention, révélant ainsi notre subjectivité.

  • Annexe 12 : L’approche indirecte du système de penser

    Inspirée des travaux de Louis Cheskin en marketing, cette approche stratégique vise à contourner les mécanismes de défense du consultant pour atteindre l’inconscient. En utilisant des méthodes indirectes plutôt que la confrontation frontale, le philosophe dénoue les nœuds de la pensée sans douleur, utilisant la subtilité plutôt que la force.

  • Annexe 13 : Transfert de sensation & Schéma de référence

    Cette annexe explique comment les individus « transfèrent » des émotions ou des jugements internes sur des objets de pensée ou des situations. Travailler sur les opinions du client est inefficace si l’on ne déconstruit pas d’abord le schéma de références inconscient qui a déjà évalué la situation.

  • Annexe 14 : Un « Cabinet » plutôt qu’une « Clinique »

    Ce texte analyse la charge sémantique des mots pour le positionnement du projet. Le terme « Cabinet » est préféré pour son transfert de sensation d’expertise, de confidentialité et d’action, tandis que le terme « Clinique » est écarté en raison de ses connotations pathologisantes et passives.

  • Annexe 15 : Consultation

    L’annexe explore la richesse du mot « Consultation », le situant entre expertise, stratégie et maïeutique. Elle propose de voir le processus comme une séance de décryptage ou d’audit intellectuel plutôt que comme un traitement, favorisant ainsi la participation active du consultant.

  • Annexe 16 : Le cadre physique de la consultation

    Le lieu de consultation est présenté comme un dispositif stratégique influençant le transfert de sensation. Que ce soit sous la forme d’un « Cabinet » (autorité), d’une « Étude » (recherche) ou d’un « Salon » (convivialité), le cadre physique doit renforcer la posture d’expert du praticien et favoriser l’ouverture du sujet.

  • Annexe 17 : Qu’est-ce qu’un « cabinet » ?

    Le cabinet est défini comme un espace de travail privé pour l’expertise de l’esprit, garantissant confidentialité et face-à-face. C’est un choix de positionnement qui transforme le client en acteur de sa propre analyse, évitant ainsi le piège de la passivité du patient.

  • Annexe 18 : Le mot « compréhension »

    Cette annexe cherche des alternatives au terme « compréhension », jugé trop scolaire ou passif. Elle suggère des termes comme « Lucidité », « Décryptage » ou « Maîtrise » pour transférer une sensation d’action et de résultat concret, renforçant la promesse d’efficacité de la démarche.

  • Annexe 19 : Déclencher une prise de conscience

    Explorant des méthodes pour susciter le déclic, cette annexe propose des métaphores (le pivot, l’angle neuf, le décodage) pour nommer le moment de bascule où le sujet change sa perspective sur sa problématique, sans utiliser de termes ésotériques ou médicalisés.

  • Annexe 20 : Étonnement

    Le terme « Étonnement » (thaumazein) est présenté comme le point de départ philosophique par excellence. Il est valorisé pour sa noblesse et sa force, car il promet une expérience intellectuelle vivante et stimulante, bien plus séduisante et active que le terme galvaudé d’« éveil ».

  • Annexe 21 : « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. »

    Cette célèbre citation de Socrate (Platon, Apologie de Socrate) constitue le socle éthique du projet. L’examen n’est pas qu’un exercice, c’est une nécessité vitale pour une existence digne d’un être humain, justifiant ainsi toute la démarche du cabinet.

  • Annexe 22 : L’Étonnement : « Cabinet « connais-toi toi-même » » – Analyse de votre faculté de pensée.

    Cette signature est analysée pour sa force d’impact : elle vend un événement intellectuel et une maîtrise de la faculté de pensée plutôt qu’un service thérapeutique. Elle positionne le client comme un acteur de son propre « examen ».

  • Annexe 23 : Une première séance type

    Cette annexe propose une structure rigoureuse en quatre étapes : accueil du sujet, démontage, point de bascule (l’étonnement) et information stratégique (enseignement). Elle garantit que la séance soit une expérience de « soulevage de capot » de la conscience, plutôt qu’une simple conversation.

  • Annexe 24 : Le logotype

    Le logo, symbolisant un prisme (la faculté de pensée) décomposant la lumière, est conçu pour incarner l’analyse, la clarté et la découverte. Il est pensé pour un positionnement « haut de gamme » se rapprochant de l’édition d’art et du conseil stratégique.

  • Annexe 25 : La pensée circulaire – Spirale

    Le concept de pensée circulaire est analysé sous trois angles : le sophisme logique (à éviter), l’approche systémique (pour comprendre les interactions) et la perspective spiralaire (pour le progrès intellectuel). La spirale est ainsi vue comme l’outil idéal pour structurer un dialogue qui approfondit plutôt qu’il ne répète.

  • Annexe 26 : Communication circulaire spiralaire – Méthode de questionnement ou de médiation

    Cette annexe détaille la structure du dialogue spiralaire, en quatre phases : centrage, divergence, réintégration et consolidation. Cette méthode permet de co-construire le sens avec le client, tout en garantissant une progression rigoureuse et ancrée dans le vécu.

  • Annexe 27 : Modèles de communication

    Cette partie examine les modèles de Dance (hélice) et d’Osgood-Schramm (circularité), qui valident théoriquement l’approche spiralaire. Ils confirment que la communication est un processus dynamique, réciproque et sans fin, où chaque échange enrichit la compétence des interlocuteurs.

  • Annexe 28 : D’étonnement en étonnement

    Cette expression est revisitée comme un processus initiatique et philosophique, enraciné chez Aristote et Jacques Languirand. Elle décrit la dynamique de la progression : chaque découverte intellectuelle n’est qu’un prélude à un étonnement plus vaste, garantissant une évolution continue de la conscience.

  • Annexe 29 : « Une vie qui n’est pas examinée ne vaut pas la peine d’être vécue. »

    Cette annexe fournit une notice bibliographique complète de la citation de Socrate (Platon, Apologie de Socrate, 38a), avec les références nécessaires pour un travail académique ou une publication rigoureuse, validant ainsi la profondeur éthique de votre projet.

  • Annexe 30 : « Une pensée sans examen ne vaut pas la peine d’être pensée »

    Cette paraphrase est présentée comme une devise opérationnelle adaptée à votre pratique. Elle déplace l’examen de la vie vers l’examen de la pensée elle-même, rendant l’objectif plus accessible et directement lié au travail de consultation philosophique.

  • Annexe 31 : L’Approche « Problem-Directed » au Cabinet Étonnement

    L’intégration du concept de « Problem-directed men » (inspiré par Louis Cheskin) place le projet dans une posture de consultant stratégique rigoureux. L’idée est d’adapter la méthode au problème, et non l’inverse, garantissant ainsi que chaque consultation soit une réponse unique et nécessaire.

  • Annexe 32 : Le désir du client

    Cette dernière annexe souligne l’importance de distinguer le désir immédiat du client (le symptôme) de son besoin réel (la cause structurelle). Le rôle du praticien est d’amener le client à désirer ce dont il a réellement besoin, transformant ainsi sa demande initiale en un authentique projet de connaissance de soi.


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Document de travail

Ce document comprend tous les textes listés dans le Sommaire et l’intégral des Annexes

Document de travail du projet de Cabinet « Connais-toi toi-même » (PDF – 188 pages)


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Présentation

Sommaire

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »

Cet article présente L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même », une approche de pratique philosophique qui se distingue des thérapies médicalisées par son objectif de lucidité plutôt que de guérison. En s’appuyant sur les travaux de David Burns sur les distorsions cognitives et sur le concept d’obstacle épistémologique de Gaston Bachelard, l’auteur propose une méthode d’auto-examen rigoureuse.

L’enjeu n’est pas de rééduquer le comportement, mais de débusquer les « erreurs de calcul » de notre logiciel interne — nos biais cognitifs. Par l’identification de ces mécanismes (le tout-ou-rien, le filtre mental, etc.), le sujet passe d’une vérité subie à une vérité observée. Ce basculement permet de retrouver une souveraineté de l’esprit, transformant la souffrance en un objet de connaissance. En annexe, une perspective historique et technique vient valider cette démarche comme une véritable éthique de la raison, ancrée dans une tradition qui remonte à Francis Bacon.

1. Introduction : Le constat de la « méprise »

Le sens commun nous incline à croire que nous sommes les commandants de bord souverains de notre vie mentale. Pourtant, l’expérience de la consultation révèle souvent une tout autre dynamique : nous sommes, pour une large part, les passagers d’une mécanique automatique dont nous ignorons les rouages. Cette « méprise » fondamentale repose sur l’oubli que notre pensée n’est pas une génération spontanée, mais une construction historique. Comme le souligne le sociologue Roland Gori, nos schémas de pensée sont souvent façonnés par des structures qui nous traversent à notre insu.

L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même » ne se présente pas comme un lieu de soin médical, mais comme un laboratoire d’observation. En tant qu’observateur, je ne propose pas une vérité descendante ; je me tiens aux côtés du consultant pour l’aider à explorer sa propre forêt mentale. C’est un espace de « littératie de soi » où l’erreur de pensée n’est pas une faute, mais une donnée technique à décoder.

Contrairement à la maïeutique socratique qui cherche à accoucher d’une vérité universelle, nous pratiquons ici une enquête d’existence. Nous ne cherchons pas le « Logos » parfait, mais le « mode d’emploi » singulier de l’individu. Il ne s’agit plus de découvrir la Vérité, mais de mettre à jour la grammaire de sa propre pensée pour ne plus en être le sujet passif.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Roland Gori, La Fabrique des imposteurs (Éd. Les Liens qui libèrent, 2013) : L’auteur y analyse comment la « normativité technique » et la médicalisation dépossèdent l’individu de sa propre parole. Utile pour sourcer l’idée que nous sommes souvent les passagers de systèmes qui nous dépassent.
  • Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée (Éd. Flammarion, 2012) : Indispensable pour la démonstration scientifique de « l’illusion de maîtrise ». Il prouve que le Système 1 (automatique et intuitif) gouverne la majorité de nos jugements à notre insu.

2. Le concept : Qu’est-ce qu’un « Système de Pensée » ?

Définir un système de pensée, c’est mettre au jour une architecture invisible édifiée tout au long de l’existence. Chaque individu loge dans un édifice mental dont les plans ont été tracés par l’éducation, les chocs et l’environnement. Comme l’expliquait Pierre Bourdieu avec le concept d’habitus, nos expériences passées se cristallisent en une grille de lecture qui devient notre logiciel interne.

Dans cette perspective, l’erreur de pensée est un fossile biographique. En paléontologie, un fossile est le vestige d’une vie passée, figé. Dans l’esprit, une distorsion est souvent le vestige d’une stratégie qui fut, à dix ans, parfaitement « juste ». La méfiance généralisée, utile dans un climat d’insécurité infantile, devient une erreur de calcul à l’âge adulte. Le mécanisme est intact, mais le contexte a changé. L’individu utilise un logiciel périmé pour traiter une réalité nouvelle.

La connaissance dont nous parlons ici n’est pas livresque ; elle est une épistémologie biographique. Selon Jean-Philippe Pierron, comprendre sa pensée demande une attention au singulier. Le consultant n’étudie pas la logique en général, il devient l’expert de sa propre mécanique, forgée par ses épreuves et ses joies.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Pierre Bourdieu, Le Sens pratique (Éd. de Minuit, 1980) : Pour la définition de l’Habitus. C’est la source parfaite pour expliquer comment le passé se sédimente en « structures structurées » qui deviennent notre logiciel de pensée actuel.
  • Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique (Éd. Vrin, 1938) : Bien que traitant de la science, son concept d’» obstacle épistémologique » s’applique parfaitement à votre approche : nos connaissances antérieures (notre vécu) font obstacle à la compréhension du réel présent.
  • Jean-Philippe Pierron, L’attention, une éthique du soin (Éd. PUF, 2021) : Pour sourcer l’idée que le soin de l’autre passe par une attention au « récit singulier » et à l’histoire du sujet.

3. La Méthode : Déceler pour libérer

Le travail commence par une écoute structurelle du récit. L’observateur agit comme un décodeur, traquant les « nœuds » où la pensée dévie du réel pour suivre son propre rail automatique.

L’investigation pourrait s’appuyer sur l’inventaire des biais cognitifs (sujet exploré précédemment dans l’Article # 36), non pas pour poser un diagnostic, mais pour mettre au jour ce que l’on pourrait appeler des « servitudes de la raison ». Là où la psychologie y voit de simples erreurs de traitement de l’information, on peut ici les envisager comme des formes d’aliénation. On peut convoquer la figure de Francis Bacon qui, dès le XVIIe siècle, mettait en garde contre les « Idoles » — ces préjugés ancrés dans la nature humaine ou dans l’histoire personnelle qui agissent comme des miroirs déformants.

Déceler un biais, ce n’est pas seulement corriger une erreur de calcul ; c’est identifier le moment où la pensée cesse d’être une activité libre pour devenir une réaction mécanique. C’est transformer une « opinion » héritée en une « connaissance » choisie. C’est une étape de salubrité intellectuelle : pour penser juste, il faut d’abord identifier les voiles qui obscurcissent notre regard et font perdre au sujet sa souveraineté au profit d’un automatisme.

L’étape suivante est celle du miroir technique. Il s’agit d’amener le consultant à voir son erreur non comme une tare morale, mais comme un défaut de fabrication de son raisonnement. En traitant sa pensée comme un objet technique, le sujet se distancie de son ego. On ne se dit plus « je suis nul », mais « mon système a produit un résultat erroné à cause d’une variable anachronique ». La prise de conscience devient libératrice car elle donne un sens à l’absurde : en comprenant l’origine de la distorsion, on s’autorise enfin à ajuster sa vision.


Définition des distorsions cognitives selon David Burns dans son livre Être bien dans sa peau

1. Les pensées « tout ou rien ». Je fais ici allusion à votre tendance à enfermer vos qualités personnelles dans des catégories extrêmes, blanches ou noires. Par exemple, un éminent homme politique m’a dit un jour: « je n’ai pas réussi à être élu gouverneur. Je suis un zéro. » Un étudiant « abonné » aux A, qui obtint un jour un B à un examen conclut: « maintenant, je sais que je suis un raté ». Ces modes de pensée extrémistes sont à la base du perfectionnisme. Elle vous conduisent à craindre toute erreur ou imperfection, lesquelles vous inciteront à vous considérer comme un perdant, un incapable, un déchet. Cependant, cette vision des choses n’est pas réaliste car la vie est rarement blanche ou noire. Par exemple, personne n’est entièrement génial ou entièrement stupide. Personne n’est entièrement beau ou entièrement laid. Regardez le sol de la pièce dans laquelle vous êtes assis. Est-il parfaitement propre ? Chaque pouce carré est-il recouvert d’une épaisse couche de saleté et de poussière ? Ou bien est-il partiellement propre ? L’absolu n’existe pas dans notre univers. Si vous essayez de faire entrer de force vos expériences dans des catégories absolues, vous demeurerez constamment déprimé car vos perceptions ne seront jamais conformes à la réalité. Vous finirez par vous discréditer perpétuellement car quoi que vous ferez, vous ne parviendrez jamais à la hauteur de vos espérances exagérées. Le nom technique de cette erreur de perception est « pensée dichotomique ». Vous voyez tout en noir ou en blanc. Aucune nuance de gris n’existe pour vous.

2. La généralisation excessive. Lorsque j’avais onze ans, j’achetai un paquet de cartes truquées à la Foire de l’Arizona. Il s’agit du jeu Svengali. Peut-être avez-vous été témoin de cette illusion, simple mais impressionnante. Je vous tends le jeu de cartes. Vous constatez que chaque carte est différente des autres. Vous en choisissez une au hasard. Mettons qu’il s’agisse du valet de pique. Sans me dire quelle carte vous avez tirée, vous la replacez dans le jeu. Alors je m’exclame : « Svengali ! » Puis je retourne le jeu qui ne contient plus que des valets de pique. Lorsque vous généralisez à outrance, vous concrétisez mentalement l’illusion créée par le Svengali. Vous concluez arbitrairement que quelque chose qui vous est arrivé vous arrivera toute votre vie, se multipliera comme le valet de pique. Étant donné que cet événement est invariablement déplaisant, vous finissez par vous sentir déprimé. Un voyageur de commerce remarqua un jour de la fiente d’oiseau sur son pare-brise et pensa: « voilà bien ma chance! Les oiseaux viennent toujours faire leurs besoins sur mon pare-brise! » Exemple parfait de généralisation excessive car lorsque je l’interrogeai là-dessus, il m’avoua qu’en vingt ans de voyages en automobile il ne se souvenait pas d’avoir découvert de la fiente d’oiseau sur sa glace, si l’on excepte cette fois-là. La douleur du rejet est presque entièrement engendrée par une généralisation excessive. En son absence, un affront personnel n’est qu’un moment désagréable à passer. Il n’a aucun caractère permanent. Un jeune homme timide, rassemblant tout son courage, invita une jeune fille. Lorsqu’elle refusa poliment, expliquant qu’elle était déjà prise ce jour-là, il se dit : « je n’arriverai jamais à sortir avec une fille. Aucune n’acceptera un rendez-vous avec moi. Je serai malheureux et solitaire toute ma vie. » Sa cognition faussée lui fit conclure que parce qu’une fille avait refusé une fois de sortir avec lui, elle refuserait toutes les autres fois et, puisque nous savons tous que les goûts des femmes sont tous les mêmes, il passerait sa vie à être systématiquement rejeté par toutes les femmes acceptables qui peuplaient la Terre. Svengali !

3. Le filtre mental. Vous recueillez un détail négatif dans une situation quelconque et vous vous y attardez, percevant donc l’ensemble de la situation comme négatif. Par exemple, une étudiante déprimée entendit d’autres étudiantes se moquer de sa meilleure amie. Elle en fut outragée parce qu’elle pensa : « C’est bien la race humaine! Cruelle et insensible ! » Elle négligea complètement le fait qu’au cours des derniers mois un nombre infime, voire nul, de gens s’était montré cruel et insensible avec elle. À une autre occasion, après avoir présenté son dernier examen de mi-session, elle fut convaincue qu’elle avait donné une mauvaise réponse à 17 questions sur 100. Obsédée par ces 17 malheureuses questions, elle finit par conclure qu’il ne lui restait plus qu’à abandonner les études universitaires. Pourtant, lorsqu’elle récupéra son examen, une petite note était attachée à la copie : « Vous avec correctement répondu à 83 questions sur 100. C’est de loin le meilleur résultat obtenu par un étudiant cette année. A+ ». Lorsque vous êtes déprimé, vous portez une paire de lunettes dont les filtres spéciaux recueillent tout élément positif avant de le rejeter. Seuls les éléments négatifs jouissent du droit d’accès. Comme vous n’êtes pas conscient de ce processus de filtrage, vous en concluez que tout est négatif. Le nom technique de ce phénomène est « abstraction sélective ». C’est une mauvaise habitude qui peut provoquer bien des angoisses inutiles.

4. La disqualification du positif. Une illusion mentale encore plus spectaculaire est la tendance persistante de certains individus déprimés à transformer des expériences neutres ou même positives en expériences négatives. Le patient ne se contente plus d’ignorer les expériences positives, il les transforme très habilement en événements tout à fait cauchemardesques. C’est ce que j’appelle « l’alchimie inversée ». Les alchimistes médiévaux rêvaient de découvrir le processus de transmutation des métaux vulgaires en or. Lorsque vous êtes déprimé, vous risquez d’acquérir la faculté de faire exactement le contraire: vous transformez instantanément un bonheur éblouissant en un morceau de plomb. Bien entendu, rien de tout cela n’est intentionnel. Vous n’êtes probablement pas conscient du mal que vous vous faites.

Un exemple quotidien de cette distorsion est la manière dont nous avons été conditionnés à réagir face aux compliments. Lorsque quelqu’un loue votre apparence ou votre travail votre réaction spontanée sera sans doute: « Oh! c’est juste pour me faire plaisir ! » D’un coup de matraque bien placé, vous éliminez mentalement le compliment. Ou alors, vous retournez la politesse en protestant : « Vous savez, c’était vraiment facile ». Si vous passez votre temps à déverser de l’eau froide sur tout ce qui peut vous arriver d’agréable, quoi d’étonnant que la vie vous paraisse humide et glacée !

La disqualification du positif est l’une des formes les plus destructrices de la distorsion cognitive. Vous ressemblez alors à un savant occupé à rechercher des preuves pour étayer à tout prix une hypothèse chère à son cœur. L’hypothèse qui domine votre pensée dépressive est en général une version quelconque de « je ne vaux pas grand-chose ». Lorsque vous vivez une expérience négative, vous retournez le couteau dans la plaie en concluant : « voilà qui prouve ce que j’ai toujours pensé ». Au contraire, lorsque vous vivez une expérience positive, vous vous dites : « C’était par hasard, ça ne compte pas ». Le prix que vous payez pour entretenir cette tendance est un désespoir intense et une incapacité de jouir des choses agréables qui vous arrivent. Bien que ce type de distorsion cognitive soit très commun, il forme également la base de l’un des types les plus extrêmes et les plus persistants de dépression. Par exemple, une femme hospitalisée pendant un accès de dépression profonde m’a dit un jour : « Personne ne peut vraiment m’aimer, parce que je suis quelqu’un d’horrible. Je suis totalement seule. Je ne compte pour personne. » Lorsqu’elle sortit de l’hôpital, de nombreux patients et membres du personnel exprimèrent leur amitié pour elle. Devinerez-vous comment elle a réussi à disqualifier complètement cette expérience positive ? « Ils ne comptent pas parce qu’ils ne me voient pas dans la vie de tous les jours. Une personne réelle, à l’extérieur de l’hôpital, ne peut pas m’aimer. » Je lui demandai alors comment elle expliquait le nombre d’amis et de parents qui s’inquiétaient de son état. « Ils ne comptent pas, ils ne me connaissent pas sous mon vrai jour. Vous savez, Dr Burns, à l’intérieur de moi-même, je suis complètement pourrie. Je suis la personne la plus horrible qui soit au monde. Il est absolument impossible que quelqu’un m’aime vraiment pendant plus d’une seconde. » En disqualifiant les expériences positives de cette manière, elle parvenait à conserver une croyance négative qui était, évidemment, sans réalisme et ne correspondait guère à sa vie de tous les jours.

Bien que votre pensée négative ne soit probablement pas aussi extrême, il est fort possible que, plusieurs fois par jour, vous ignoriez des choses véritablement positives qui vous sont arrivées. Ainsi, vous dépouillez votre vie d’une grande richesse en lui donnant inutilement un caractère morose.

5. Les conclusions hâtives. Vous tirez trop rapidement une conclusion négative que les faits ne justifient pas. Voici deux exemples de cette distorsion : la « lecture des pensées d’autrui » et l’« erreur du diseur de bonne aventure ».

a) LA LECTURE DES PENSÉES D’AUTRUI. Vous prenez comme hypothèse que les gens vous méprisent et vous êtes si convaincu qu’elle est justifiée que vous ne prenez même pas la peine de procéder à une vérification. Par exemple, lorsque vous êtes en train de prononcer une excellente allocution, vous finissez par remarquer un individu qui somnole au premier rang. Il a fait la bringue toute la nuit mais, bien entendu, vous l’ignorez. Vous pensez alors : « Mon auditoire me trouve ennuyeux à mourir ». Ou supposons qu’un ami vous croise dans la rue sans vous saluer parce qu’il est perdu dans ses pensées et ne vous a pas vu. Vous conclurez à tort : « Il m’ignore, c’est parce qu’il ne me considère plus comme son ami. ». Imaginez que votre conjoint se montre taciturne un soir parce qu’il a dû subir des reproches au travail et se sent trop soucieux pour en discuter. Tout s’écroule autour de vous car, en raison de votre interprétation de son silence, vous croyez qu’il « est en colère contre moi. Mais qu’ai-je donc fait de mal ? »

Vous pouvez répondre à ces réactions négatives imaginaires par la retraite ou la contre-attaque. Cette attitude défaitiste vous permet alors de justifier vos appréhensions puisqu’elle finit par établir une interaction négative là où s’épanouissait une relation tout à fait positive.

b) L’ERREUR DE PRÉVISION. Vous la commettez quand vous faites comme si vous aviez devant vous une boule de cristal qui ne vous annoncerait que des malheurs. Vous vous imaginez que quelque chose de terrible est à la veille de vous arriver et vous faites de cette prédiction un fait, même si elle a peu de chances de se réaliser. Pendant ses crises d’anxiété, une bibliothécaire d’école ne cessait de se répéter: « Je vais m’évanouir. Je vais devenir folle. » Ces prévisions n’étaient pas fondées sur des réalités puisque, jusque-là, elle n’avait jamais perdu connaissance (ni la raison !) et elle ne présentait aucun symptôme qui pût porter à croire qu’elle fût à la veille de devenir folle. Au cours d’une séance de thérapie, un médecin extrêmement déprimé m’expliquait ainsi pourquoi il avait décidé de cesser de pratiquer: « Je dois faire face à la réalité. Je vais me sentir misérable jusqu’à la fin de mes jours et je suis absolument persuadé que ce traitement, comme tous les autres qu’on pourrait me proposer, ne pourra rien y changer. » Le sombre pronostic qu’il faisait au sujet de sa maladie lui faisait perdre tout espoir. Une réduction de ses symptômes, peu après le début de la thérapie, prouva combien il se trompait dans ses prédictions.

Ne vous est-il jamais arrivé de conclure à la légère comme cela ? Supposons que vous téléphoniez à un ami qui ne vous retourne pas votre appel dans un délai raisonnable. Vous vous dites qu’il a probablement reçu votre message et qu’il ne s’est pas donné la peine de vous rappeler, ce qui vous vexe. De quel genre de distorsion s’agit-il? Vous avez fait de l’interprétation et, comme vous lui en voulez, vous décidez de ne pas le rappeler pour vous en assurer, car vous vous dites : « Il va trouver que je l’importune si je le rappelle et je vais me rendre ridicule. » Parce que vous entretenez de telles pensées (l’erreur de prévision), vous évitez votre ami et vous sentez diminué. Trois semaines plus tard, vous apprenez que votre ami n’a jamais reçu votre message. Toutes ces idées noires que vous avez ruminées n’étaient, en fin de compte, que le fruit d’un scénario usé que vous aviez vous-même créé. Un autre produit maléfique de votre imagination !.

6. L’exagération et la minimisation. Un autre piège dans lequel votre imagination peut vous faire tomber est celui de l’exagération ou de la minimisation des événements, ce que je compare à l’utilisation d’une lorgnette qui fait que les choses nous apparaissent beaucoup plus grosses ou plus petites que nature, selon le bout de la lorgnette par lequel on les regarde. L’exagération se produit généralement quand on considère ses propres erreurs, craintes ou imperfections en leur accordant une importance démesurée: « Mon Dieu! Je me suis trompé. C’est terrible ! C’est effroyable! Le monde entier va le savoir ! Je vais être déshonoré ! » Vous voyez vos imperfections par le bout de la lorgnette qui les fait paraître gigantesques et grotesques. C’est ce qu’on appelle « dramatiser » : on prend un événement désagréable, mais banal, et on en fait quelque chose d’extraordinaire, de cauchemardesque.

Quand vous considérez vos points forts, il se peut que vous fassiez le contraire, que vous les regardiez par le gros bout de la lorgnette et qu’ils vous apparaissent minuscules et sans importance. Si vous exagérez l’importance de vos imperfections et minimisez celle de vos points forts, vous ne pouvez faire autrement que vous sentir inférieur aux autres. Mais le problème, ce n’est pas vous, c’est la lorgnette que vous utilisez pour vous regardez !.

7. Les raisonnements émotifs. Vous vous servez de vos sentiments comme s’il s’agissait de preuves. Vous raisonnez ainsi : « J’ai l’impression d’être un raté, donc je suis un raté. » Cette façon de raisonner peut vous induire en erreur parce que vos sentiments sont à l’image de vos pensées et de vos convictions. Si elles ne correspondent pas exactement à la réalité – ce qui est souvent le cas -, vos sentiments ne vaudront rien comme preuve. Comme exemples de raisonnements émotifs, on pourrait donner aussi : « Je me sens coupable. J’ai donc dû faire quelque chose de mal. » « Je me sens dépassé par les événements et désespéré. Mes problèmes doivent donc être impossible à résoudre. » « Je ne me sens pas de taille à affronter une situation. Je suis donc un minable. » « J’ai du vague à l’âme et je n’ai pas le goût de rien faire aujourd’hui. Je suis donc aussi bien de rester au lit. » « Je suis fâché contre vous. Cela prouve que vous vous êtes mal conduit avec moi, que vous avez cherché à abuser de moi. ».

Les raisonnements émotifs jouent un rôle dans pratiquement toutes les dépressions. Parce que vous réagissez de façon tellement négative à la réalité, vous en déduisez qu’elle l’est vraiment. Il ne vous vient pas à l’idée de remettre en question la validité des perceptions à l’origine de vos sentiments.

Le raisonnement émotif mène usuellement à la temporisation. Vous ne classez pas les papiers qui encombrent votre bureau, car vous vous dites : « Je me sens si découragé quand je vois tous ces papiers sur mon bureau. Il est vraiment impossible de faire un ménage dans ce fouillis. » Et pourtant, six mois plus tard, vous faites un petit effort et vous en venez à bout. Finalement, ce n’était pas si difficile, et vous êtes assez fier de vous. Pendant tout ce temps, vous vous méprenniez sur votre compte parce que vous avez l’habitude de laisser vos sentiments négatifs déterminer votre comportement.

8. Les « dois » et les « devrais ». Vous essayez de vous motiver en vous disant: « Je devrais faire ceci » ou « Je dois faire cela ». En vous forçant ainsi à l’action, vous vous sentez bousculé, ce qui vous indispose, et, paradoxalement, cela vous rend apathique et vous fait perdre votre motivation. Albert Ellis appelle « musturbation » (« must » signifiant « devoir ») cette façon d’aborder les problèmes de la vie de tous les jours; je l’appelle « l’approche des dois et des devrais ».

Quand on s’attend à ce que les autres aient la même attitude à notre égard, on est généralement déçu. Ainsi, lorsqu’un imprévu me fit arriver cinq minutes en retard à une première séance de thérapie, ma nouvelle patiente se dit : « Il ne devrait pas être si égocentrique et indifférent. Il devrait arriver à l’heure. » Cela la rendit morose et de mauvaise humeur.

Les « dois » et les « devrais » sont à l’origine de bien des crises émotives inutiles dans votre vie quotidienne. Quand votre propre conduite n’atteint pas le niveau d’excellence que vous vous êtes fixé, vous vous sentez humilié et coupable et dégoûté de vous-même. Et quand la conduite des autres à votre égard n’est pas celle que vous aimeriez qu’elle soit – ce qui ne peut pas ne pas se produire de temps à autre, car ce sont des êtres humains, tout comme vous -, vous ressentez un sentiment d’amertume et d’être la seule personne à se conduire comme il se doit. Si vous ne modifiez pas vos attentes pour qu’elles se conforment à la réalité, le comportement humain vous décevra toujours. Si vous vous reconnaissez comme une de ces personnes qui ont la mauvaise habitude des « dois » et des « devrais », vous trouverez plusieurs recettes pour vous en débarrasser dans les chapitres sur la culpabilité et la colère.

9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage. Vous accoler une étiquette revient à vous former, à partir de vos erreurs, une image toute noire de vous-même. C’est un exemple extrême de généralisation indue, basée sur cette vision des choses : « On reconnaît un homme aux fautes qu’il fait ». Il y a de fortes chances que vous soyez en train de vous accoler une étiquette dès que vous décrivez les erreurs que vous commettez à l’aide de phrases qui commencent par: « Je suis un… » Par exemple, lorsque vous dites, en jouant au golf, quand vous manquez un coup : « Je suis un perdant-né », au lieu de: « J’ai raté mon dix-huitième trou. » Ou quand vous dites : « Je suis un raté », au lieu de: « J’ai fait une erreur », lorsque la cote de vos actions en bourse baisse au lieu de monter.

S’accoler des étiquettes est non seulement contraire à notre intérêt, c’est de plus irrationnel. Tout votre être ne peut pas être assimilé à une des choses que vous faites. Votre vie est formée d’un ensemble complexe de pensées, de sentiments et d’actions en perpétuel changement. En d’autres termes, vous ressemblez plus à une rivière qu’à une statue. Cessez de chercher à vous décrire à l’aide d’étiquettes négatives; elles sont excessivement simplistes et ne correspondent pas à la réalité. Vous décririez-vous exclusivement par l’étiquette « mangeur », tout simplement parce que vous mangez, ou par l’étiquette « respireur », tout simplement parce que vous respirez? Cela n’a pas de sens, mais ce sont des insanités de ce type qui vous font mal quand vous vous appliquez des étiquettes à partir du sentiment que vous avez de vos imperfections.

Quand vous étiquetez les autres, vous ne pouvez que vous attirer de l’antipathie de leur part. Un exemple courant est celui du patron qui qualifie de « garce entêtée » sa secrétaire à qui il arrive d’être irritable. Parce qu’il lui a accolé cette étiquette, il est plein de ressentiment à son égard et il ne rate pas une occasion de la critiquer. Quant à elle, elle l’a classé parmi les « mâles chauvins et insensibles » et elle se plaint de lui chaque fois qu’elle le peut. Ils sont donc constamment à couteaux tirés, mettant en exergue la moindre faiblesse ou imperfection de l’autre pour montrer jusqu’à quel point c’est une personne indigne.

On fait une erreur d’étiquetage quand on décrit quelque chose avec des mots inexacts et émotivement chargés de sens. Par exemple, une femme, au régime, qui se dit, après avoir mangé une coupe de crème glacée : « Je n’aurais pas dû. C’est dégoûtant. C’est répugnant. Je mange comme une cochonne. » Ces pensées peuvent la troubler à un point tel qu’elle engloutira tout ce qui reste du contenant de crème glacée !.

10. La personnalisation. C’est l’origine du sentiment de culpabilité ! Cette distorsion vous fait assumer la responsabilité d’événements négatifs dont vous n’êtes nullement la cause. Vous décidez arbitrairement que ce qui vient de se produire est de votre faute, même si vous n’en êtes pas responsable. Par exemple, je me suis senti coupable quand une patiente n’a pas fait un exercice de développement de l’autonomie que je lui avais suggéré, car je me disais : « Je dois être un bien mauvais thérapeute. Je suis responsable du fait qu’elle ne fait pas plus d’efforts pour s’aider elle-même. C’est à moi qu’il revient de voir à ce qu’elle prenne du mieux. » En lisant le bulletin de son enfant, une mère y trouva une note de son professeur l’avisant que son enfant ne travaillait pas bien à l’école. Elle en conclut immédiatement : « Je dois être une mauvaise mère. Voilà la preuve de mon échec. »

Le sentiment de culpabilité qui résulte de la personnalisation fait de vous un infirme: vous êtes écrasé et paralysé par un sentiment de responsabilité qui vous fait porter sur vos épaules les problèmes du monde entier. Vous ne voyez pas la différence entre influencer les autres et les diriger. En tant que professeur, conseiller, parent, médecin, vendeur ou cadre, vous devez certainement influencer le comportement des personnes avec lesquelles vous entrez en contact, mais on ne peut raisonnablement pas s’attendre à ce que vous le dirigiez totalement. En dernière analyse, c’est l’autre personne qui est responsable de son propre comportement, pas vous. Plus loin, dans ce livre, on discutera de méthodes qui pourraient vous aider à vous débarrasser de votre propension à personnaliser et à ramener votre sens des responsabilités à des dimensions plus conformes à la réalité et plus à votre mesure.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 46-54.


Liste de biais cognitifs

1. LE TOUT-OU-RIEN: votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.

2. LA GÉNÉRALISATION À OUTRANCE: un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

3. LE FILTRE: vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

4. LE REJET DU POSITIF : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

5. LES CONCLUSIONS HATIVES: vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

a) L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.

b) L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

6. L’EXAGÉRATION (LA DRAMATISATION) ET LA MINIMISATION: vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

7. LES RAISONNEMENTS ÉMOTIFS : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc évidemment correspondre à une réalité. »

8. LES « DOIS » ET LES « DEVRAIS » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais » ou des « je ne devrais pas » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

9. L’ÉTIQUETAGE ET LES ERREURS D’ÉTIQUETAGE : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative: « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

10. LA PERSONNALISATION : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 55-56.


Voici la liste complète et détaillée des 10 distorsions cognitives, telles qu’elles sont définies dans Être bien dans sa peau (traduction de Feeling Good) de David D. Burns.

Ces définitions sont conçues pour vous aider dans votre pratique de « décodeur » de systèmes de pensée.

Pourquoi ces explications sont des outils d’analyse

Voici les dix distorsions cognitives majeures identifiées par David D. Burns dans son ouvrage Être bien dans sa peau (Feeling Good). Ces mécanismes sont des « erreurs de traitement » de l’information qui influencent notre humeur et notre perception de la réalité.

Pourquoi est-ce important ?

L’intérêt de cette liste, dans le cadre de ma pratique philosophique, est de transformer ces « automatismes » en objets de connaissance. En identifiant le biais à l’œuvre, vous passez de la réaction émotionnelle subie à l’observation technique de votre propre pensée.

Comme vous le mentionniez, il ne s’agit pas de pathologie, mais de « servitudes de la raison ». Le but est de restaurer votre souveraineté intellectuelle en traitant ces erreurs non comme des vérités, mais comme des « logiciels périmés » qui interprètent mal le réel.


Dans le Cabinet « Connais-toi toi-même », ces 10 points constituent le catalogue technique des « servitudes de la raison ».

L’objectif n’est pas de « soigner » un patient, mais de permettre au consultant de devenir l’expert de sa propre mécanique. En nommant précisément le biais (par exemple : « Ah, là, j’utilise le raisonnement émotif »), le consultant crée une distance entre son Moi et sa Pensée.

Cette distanciation est ce que vous appelez le passage d’une vérité subie à une vérité observée. Une fois que le mécanisme est identifié, la « méprise » fondamentale est levée : le consultant ne subit plus ses automatismes, il les décode.

Souhaitez-vous que je vous aide à rédiger une introduction pour accompagner ce tableau dans votre prochain article, afin de présenter ces biais comme une « boîte à outils » pour la lucidité ?

Bien que ces distorsions soient souvent recensées par la psychologie cognitive (notamment par David Burns), elles sont ici envisagées sous l’angle philosophique de la « lucidité ». Le biais n’est pas traité comme une pathologie à soigner, mais comme une entrave logique à identifier pour restaurer la liberté de jugement du sujet.


Si l’étude des biais cognitifs nous permet d’identifier les déviations de notre jugement personnel, les travaux de Gaston Bachelard nous rappellent que la pensée doit aussi se libérer d’entraves plus profondes, qu’il nomme les obstacles épistémologiques. En intégrant ce tableau, nous élargissons la perspective du Cabinet « Connais-toi toi-même » : il ne s’agit plus seulement de corriger des erreurs de calcul mental, mais de reconnaître ces « habitudes de l’esprit » qui ferment la porte à la connaissance nouvelle. Identifier ces obstacles, c’est entreprendre une véritable catharsis intellectuelle, indispensable pour que le consultant puisse non seulement « mieux penser », mais accéder à une pensée réellement libre et scientifique, affranchie des séductions de l’immédiat et des mirages du langage. »

Ce texte souligne que les obstacles de Bachelard sont, tout comme les biais cognitifs, des « voiles » à lever pour atteindre cette souveraineté de l’esprit que vous visez.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Aaron T. Beck, Principes de thérapie cognitive (Éd. Retz, 2014) : La source de référence pour les distorsions cognitives (généralisation, pensée binaire, etc.). C’est le catalogue technique des « erreurs de calcul » dont vous parlez.
  • Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (Éd. Aubier, 1958) : Pour l’idée du « miroir technique ». Simondon explique que l’intelligence d’un système passe par la compréhension de sa genèse et de son fonctionnement interne, plutôt que par son simple usage.
  • Paul Ricœur, Soi-même comme un autre (Éd. du Seuil, 1990) : Notamment sur l’» identité narrative ». Il montre comment nous nous racontons pour nous comprendre, ce qui soutient votre phase de « reconnexion à l’histoire ».

Les sept obstacles à surmonter pour acquérir
un esprit scientifique selon Gaston Bachelard

1. L’expérience immédiate : cet obstacle consiste à s’attacher aux aspects pittoresques et spectaculaires d’un phénomène, ce qui empêche d’en voir les aspects importants. (…)

2. La connaissance générale : elle consiste à généraliser trop vite un concept, à tel point qu’il en cache d’autres. (…)

3. L’obstacle verbal : il consiste à mettre un mot à la place d’une explication. On croit avoir expliqué un phénomène alors qu’on n’a fait que cacher son ignorance par un mot généralement à la mode. Molière déjà se moquait des médecins qui, par des mots latins ou des termes compliqués, laissaient croire qu’ils étaient savants alors qu’ils ne comprenaient rien aux maladies. Par exemple, la vertu dormitive de l’opium expliquerait pourquoi l’opium fait dormir ! (…)

4. La connaissance pragmatique : elle consiste à vouloir expliquer un phénomène par son utilité, comme si le monde était organisé comme une gigantesque et merveilleuse machine, dans laquelle chaque pièce a une place et joue un rôle en vue du tout. Les explications les plus mythiques, mais aussi les plus bêtes, ont été données suivant ce procédé : le tonnerre serait le bruit fait par Jupiter fécondant la Terre ; les raies du potiron seraient tracées afin qu’on le découpe en parts égales en f-mille. (…)

5. L’obstacle substantialiste : c’est l’obstacle le plus difficile à éliminer, celui qui revient sans cesse dans les esprits et qui a peut-être constitué le frein le plus important au progrès scientifique. Il consiste à chercher un support matériel, une substance, derrière tout phénomène ou qualité d’un phénomène. En effet, la recherche d’une explication commence souvent par l’hypothèse d’une cause matérielle, d’un substrat solide dont le phénomène ne serait qu’un effet. Par exemple, on croit généralement que les sensations comme la saveur reposent sur des substances (substans, ce qui se tient et se maintient dessous). Les alchimistes croyaient que la couleur dorée de l’or était due à un certain composant chimique qu’il suffirait de lier à un autre métal, comme par exemple le plomb, pour le transformer en or. (…)

6. L’obstacle animiste : il consiste à attribuer à des objets inertes des propriétés des organismes vivants. (…)

7. La libido : cet obstacle consiste à attribuer des caractères sexuels à des phénomènes qui ne relèvent pas de la reproduction. » (…)

Source : BACHELARD, Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Paris : Librairie philosophique J. VRIN, 5e édition, 1967. Collection : Bibliothèque des textes philosophiques, 257 pages.


4. L’Objectif : Penser « juste »

« Penser juste » signifie ici atteindre une adéquation avec la réalité présente. C’est dépouiller son regard des filtres du passé pour voir une situation telle qu’elle est. Comme l’exprimait Spinoza, passer de la passion (être agi par des causes ignorées) à l’action (être l’auteur de sa raison). La justesse est une loyauté envers le réel présent.

L’aboutissement est l’autonomie cognitive. Une fois la cartographie des biais établie, le consultant devient son propre « auditeur ». Cette capacité de métacognition, théorisée par Joëlle Proust, permet d’instaurer un espace de discernement. On détecte le signal avant que l’erreur ne se propage. On ne cherche plus un guide extérieur ; on possède sa propre boussole.

Nous défendons l’idée que la compréhension profonde du « comment je pense » est le remède en soi. L’élucidation de la structure suffit souvent à dissoudre le blocage. En comprenant le mécanisme, on cesse de lutter contre soi-même. La clarté ne demande pas de volonté de fer, elle demande une vision juste.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

  • Baruch Spinoza, Éthique, Partie III (« De l’origine et de la nature des affects ») : C’est la source métaphysique de votre article. Spinoza démontre que la liberté consiste à comprendre les causes qui nous déterminent. Passer de la « passion » à l’ « action » par la connaissance.
  • Joëlle Proust, La métacognition : une introduction (Éd. PUF, 2007) : Source précise pour l’autonomie cognitive. Elle définit comment l’esprit peut s’observer lui-même en train de penser pour corriger ses propres erreurs.

5. Conclusion : Une éthique de la lucidité

La connaissance du fonctionnement de sa pensée est l’outil thérapeutique ultime. En transformant la consultation en un laboratoire de la raison, nous permettons au sujet de se réapproprier sa souveraineté. Comme le prônait Claude Collin, l’acte de penser doit être une appropriation de soi par soi. On ne se contente pas d’aller mieux, on devient plus lucide face à sa propre existence.

Cette démarche ouvre sur une nouvelle liberté : ne plus être l’esclave de ses automatismes, mais l’architecte de sa propre raison. Dans un monde de réflexes, choisir de comprendre son propre « logiciel » est un acte de résistance. La lucidité devient une éthique : celle de ne plus subir sa pensée, mais de l’habiter pleinement, avec une conscience enfin libérée du poids des anachronismes.

SOURCES ET PISTES DE RÉFLEXION

Pour ceux qui souhaitent approfondir les fondements théoriques de ce Cabinet « Connais-toi toi-même », voici les ouvrages de référence qui ont nourri cette réflexion.

  • Bourdieu, Pierre, Le Sens pratique, Éditions de Minuit, 1980 (pour approfondir le concept d’habitus et la sédimentation des structures mentales).
  • Gori, Roland, La Dignité d’être humain, Éditions Les Liens qui libèrent, 2011 (pour sa critique de la mécanisation de l’existence et de la médicalisation de la souffrance).
  • Beck, Aaron T., Principes de thérapie cognitive, Éditions Retz, 2014 (pour la nomenclature technique des distorsions cognitives et des erreurs de logique).
  • Collin, Claude, « La philosophie au collégial : une pensée en acte », Revue Critère, n° 10, 1974 (pour la réflexion sur la philosophie comme appropriation de soi par soi).
  • Pierron, Jean-Philippe, Le soin est un humanisme, Éditions PUF, 2010 (sur l’importance de l’attention au vécu et au récit singulier dans la démarche de soin).
  • Spinoza, Baruch, Éthique, Partie III et IV (pour la théorie du passage de la passion à l’action par la connaissance des causes).

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : La formation du philosophe consultant

Sommaire

Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


La formation du philosophe consultant en cabinet

Le projet « L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même » crée un espace dédié à l’examen de la pensée plutôt qu’au traitement d’une pathologie — nécessite un bagage qui se situe à l’intersection de la philosophie pratique, de l’épistémologie et de la relation d’aide non clinique.

L’approche privilégie la « pensée juste » et l’autonomie de la conscience, voici une proposition de programme de formation structuré pour soutenir cette expertise, que ce soit pour votre propre pratique ou pour former d’autres intervenants :

  1. Fondements de la pratique philosophique (Le socle)

Avant de passer au « cabinet », il est essentiel de maîtriser les outils de la philosophie de terrain :

  • Logique et analyse de l’argumentation : Apprendre à repérer les biais cognitifs, les paralogismes et les structures de raisonnement dans le discours d’autrui.
  • Épistémologie de la connaissance de soi : Étudier comment se forme la croyance et comment le sujet accède (ou non) à sa propre vérité.
  • Histoire de la « philosophie comme mode de vie » : Se réapproprier les exercices spirituels antiques (stoïcisme, épicurisme) qui visaient déjà une forme de santé de l’esprit par la raison.
  1. Méthodologie de « L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »

Ce module porterait sur la spécificité de votre démarche :

  • La maïeutique et le dialogue socratique : Techniques de questionnement pour aider l’autre à accoucher de sa propre pensée sans lui imposer de diagnostic.
  • Didactique de la philosophie pratique : Comment transposer des concepts complexes en outils de réflexion accessibles pour un individu en quête de sens.
  • Analyse du récit de vie : Travailler sur la « compréhension » comme une herméneutique : comment l’individu interprète son histoire et comment cette interprétation influence sa capacité à « penser juste ».
  1. Éthique et posture professionnelle

Pour se distinguer du modèle médical tout en restant rigoureux :

  • Déontologie de l’accompagnement non clinique : Définir clairement les frontières entre la consultation philosophique et la psychothérapie. Savoir quand et comment référer un client vers le milieu de la santé.
  • Critique de la médicalisation : Étude des enjeux sociologiques liés à « l’empire du diagnostic » pour maintenir une posture de résistance intellectuelle.
  • La posture de « l’observateur engagé » : Développer une écoute qui ne cherche pas à classer, mais à comprendre la logique interne du sujet.
  1. Fondements de la différenciation cognitive

Il est nécessaire de définir précisément les limites de la démarche philosophique en identifiant les approches dont elle se distingue :

  • Introduction aux approches structurales du sujet : Étudier les diverses modélisations des architectures de la personnalité et des systèmes de croyances, afin de mieux délimiter la spécificité de l’examen philosophique, qui se concentre non pas sur le profil individuel, mais sur la validité et la structure logique du discours.
  • Phénoménologie de l’esprit : Explorer les mécanismes par lesquels la conscience se rapporte au monde et structure son expérience (Husserl, Merleau-Ponty). Cette étude permet de distinguer l’analyse philosophique de la compréhension du monde (la manière dont le sujet « habite » son environnement) des approches qui se focaliseraient uniquement sur les mécanismes internes du comportement.
  1. Stage ou pratique supervisée
  • Intervision : Des séances de discussion entre pairs (philosophes praticiens, chercheurs) pour analyser des cas de consultation et valider la justesse de l’intervention.

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Introduction au projet

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Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Introduction

L’idée de concevoir une nouvelle approche de la consultation philosophique répond à un question : « Comment exploiter mon vécu et mon expertise dans le cadre d’une relation d’aide fondée sur le dialogue » ?

La lumière entre par les failles

Âgé d’une quinzaine d’années et élevé dans une famille politisée où chacun se donne raison selon son option, une phrase prononcée par un animateur à la radio engendrera une nouvelle expérience de prise de conscience. Cette phrase simple caractérisée par sa clarté se lit comme suit : « La lumière entre par les failles ». Ainsi, ai-je conclu, une personne qui se donne constamment raison vit dans un système sans faille, sans lumière pour l’éclairer. À cette époque je croyais acquérir le pouvoir de me donner raison envers et contre tous dès l’âge adulte. Or, j’ai complètement changé d’avis. Depuis, je répète à qui veut bien l’entendre « Si vous avez une meilleure idée que la mienne, donner la moi au plus tôt car je n’ai pas de temps à perdre dans une mauvaise direction ». J’ai donc fait du doute la pierre angulaire de mon système de penser dès mon adolescence. Bref, la faille permettant à la lumière d’entrer, c’est le doute.

J’ai basé la confiance en moi sur ma capacité à douter. Tant et aussi longtemps que je doute, je suis éclairé et, ce faisant, je peux prendre du recul face à ce que je pense plutôt que de m’enfermer à double tour dans mes opinions et mes croyances.

La connaissance se bâtit sur la destruction du déjà-su

Une autre prise de conscience étonnante m’a conduit à remonter à l’origine de mes pensées, au sien même mon système de penser, pour en relever les erreurs ? Dans la trentaine, je me suis donc concentré sur comment nous pensons, comment nous acquérons des connaissances, qu’est-ce qu’une connaissance… J’ai trouvé plusieurs théories et réponses à mon questionnement. Et chacune d’elle m’étonnait, notamment, celle concernant le bénéfice du doute et la certitude. La connaissance, en science, se bâtit sur la destruction du déjà-su. Une connaissance scientifique la plus scientifique n’est certaine que le temps qu’une autre vienne la remettre en question et la détrôner. Bref, le bénéfice du doute, c’est la certitude et cette dernière tiendra tant et aussi longtemps qu’une autre impose un doute. J’ai importé la méthode scientifique dans ma vie comme un exemple à suivre au sein de mon système de pensée. Ce n’est pas compliqué : il s’agit de ne rien tenir pour acquis définitivement en laissant planer un doute, l’ombre d’un doute ou, si vous préférez, la possibilité d’une faille à la fois dans mon système de penser et dans mes opinions et mes croyances.

Juger objectivement, réagir subjectivement

À la mi-trentaine, un passage dans un livre m’étonnera par sa connaissance de notre comportement face à l’information. Sommes-nous objectifs ou subjectifs ?

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

Source : CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82

Ainsi, l’objet mobilisant mon intérêt pour les informations objectives s’éveille que si cette dernière m’appelle subjectivement. « Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement. » En m’attardant davantage les sujets même d’une information, je découvre ma subjectivité. La question est simple : « Pourquoi cette information a-t-elle retenu mon attention ? » Je relève les sujets auxquels je suis sensible et je peux ainsi mettre en relief mon schéma de référence. Bref, à l’origine, je me demande pourquoi telle ou telles information attire et captive mon attention.

La raison a toujours besoin d’un coup de pouce des émotions[1]

Pendant que certains courants nous recommande de contrôler nos émotions afin de prendre des décisions rationnelle, le professeur de psychologie, de neurosciences et de philosophie à l’Université de Californie du Sud (USC), Antonio Damasio, démontrent que la raison n’est rien sans les émotions. Je découvre l’apport des émotions dans mes prises de décision que je ne peux plus ainsi les qualifier de purement rationnelles. Par exemple, si la prise de décision se bute à de très nombreuses options dont l’analyse nous finit par nous paralyser, il faut laisser entrer une intuition émotive pour arrêter un choix et ainsi céder au coup de cœur. La question est simple : « Avec laquelle de mes analyses des différente options suis-je le plus à mon aise ? »

Intelligence émotionnelle

Je prends connaissance de cet apport des émotions à la lecture d’un autre livre : L’intelligence émotionnelle – Comment transformer ses émotions en intelligence de Daniel Goleman[2], journaliste au New York Times. Malheureusement, le concept d’intelligence émotionnelle popularisé par ce diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, sera vite galvaudé par les charlatans du bien-être. Ce livre contribuera à une nouvelle prise de conscience concentrée sur le manque flagrant d’intelligence émotionnelle engendrant plusieurs problèmes de comportement au sein de notre société. Je dois désormais identifier clairement l’état émotionnel de mon interlocuteur avant même d’entreprendre notre échange. Il faut, nous dit-on, savoir lire les émotions sur le visage de notre interlocuteur, pour discerner l’état émotionnelle dans lequel il se trouve et en tenir compte dans notre discussion.

Les biais cognitifs

En mettant la main sur le livre Être bien dans sa peau de David D. Burns,[3], Être bien dans sa peau (Héritage, 2005), je découvre une liste de dix biais cognitifs et je me dois d’avouer que je coche toutes cases, à ma grande déception. Avant David D. Burns, la thérapie était souvent perçue comme un processus long et mystérieux. Avec Être bien dans sa peau, il a rendu les outils de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) accessibles au grand public. Son message est simple : nos pensées créent nos émotions. Si nous apprenons à corriger nos pensées déformées, nous pouvons modifier notre état émotionnel.


Définition des distorsions cognitives selon M. D. David D. Burns dans son livre Être bien dans sa peau

1. Les pensées « tout ou rien ». Je fais ici allusion à votre tendance à enfermer vos qualités personnelles dans des catégories extrêmes, blanches ou noires. Par exemple, un éminent homme politique m’a dit un jour: « je n’ai pas réussi à être élu gouverneur. Je suis un zéro. » Un étudiant « abonné » aux A, qui obtint un jour un B à un examen conclut: « maintenant, je sais que je suis un raté ». Ces modes de pensée extrémistes sont à la base du perfectionnisme. Elle vous conduisent à craindre toute erreur ou imperfection, lesquelles vous inciteront à vous considérer comme un perdant, un incapable, un déchet. Cependant, cette vision des choses n’est pas réaliste car la vie est rarement blanche ou noire. Par exemple, personne n’est entièrement génial ou entièrement stupide. Personne n’est entièrement beau ou entièrement laid. Regardez le sol de la pièce dans laquelle vous êtes assis. Est-il parfaitement propre ? Chaque pouce carré est-il recouvert d’une épaisse couche de saleté et de poussière ? Ou bien est-il partiellement propre ? L’absolu n’existe pas dans notre univers. Si vous essayez de faire entrer de force vos expériences dans des catégories absolues, vous demeurerez constamment déprimé car vos perceptions ne seront jamais conformes à la réalité. Vous finirez par vous discréditer perpétuellement car quoi que vous ferez, vous ne parviendrez jamais à la hauteur de vos espérances exagérées. Le nom technique de cette erreur de perception est « pensée dichotomique ». Vous voyez tout en noir ou en blanc. Aucune nuance de gris n’existe pour vous.

2. La généralisation excessive. Lorsque j’avais onze ans, j’achetai un paquet de cartes truquées à la Foire de l’Arizona. Il s’agit du jeu Svengali. Peut-être avez-vous été témoin de cette illusion, simple mais impressionnante. Je vous tends le jeu de cartes. Vous constatez que chaque carte est différente des autres. Vous en choisissez une au hasard. Mettons qu’il s’agisse du valet de pique. Sans me dire quelle carte vous avez tirée, vous la replacez dans le jeu. Alors je m’exclame : « Svengali ! » Puis je retourne le jeu qui ne contient plus que des valets de pique. Lorsque vous généralisez à outrance, vous concrétisez mentalement l’illusion créée par le Svengali. Vous concluez arbitrairement que quelque chose qui vous est arrivé vous arrivera toute votre vie, se multipliera comme le valet de pique. Étant donné que cet événement est invariablement déplaisant, vous finissez par vous sentir déprimé. Un voyageur de commerce remarqua un jour de la fiente d’oiseau sur son pare-brise et pensa: « voilà bien ma chance! Les oiseaux viennent toujours faire leurs besoins sur mon pare-brise! » Exemple parfait de généralisation excessive car lorsque je l’interrogeai là-dessus, il m’avoua qu’en vingt ans de voyages en automobile il ne se souvenait pas d’avoir découvert de la fiente d’oiseau sur sa glace, si l’on excepte cette fois-là. La douleur du rejet est presque entièrement engendrée par une généralisation excessive. En son absence, un affront personnel n’est qu’un moment désagréable à passer. Il n’a aucun caractère permanent. Un jeune homme timide, rassemblant tout son courage, invita une jeune fille. Lorsqu’elle refusa poliment, expliquant qu’elle était déjà prise ce jour-là, il se dit : « je n’arriverai jamais à sortir avec une fille. Aucune n’acceptera un rendez-vous avec moi. Je serai malheureux et solitaire toute ma vie. » Sa cognition faussée lui fit conclure que parce qu’une fille avait refusé une fois de sortir avec lui, elle refuserait toutes les autres fois et, puisque nous savons tous que les goûts des femmes sont tous les mêmes, il passerait sa vie à être systématiquement rejeté par toutes les femmes acceptables qui peuplaient la Terre. Svengali !

3. Le filtre mental. Vous recueillez un détail négatif dans une situation quelconque et vous vous y attardez, percevant donc l’ensemble de la situation comme négatif. Par exemple, une étudiante déprimée entendit d’autres étudiantes se moquer de sa meilleure amie. Elle en fut outragée parce qu’elle pensa : « C’est bien la race humaine! Cruelle et insensible ! » Elle négligea complètement le fait qu’au cours des derniers mois un nombre infime, voire nul, de gens s’était montré cruel et insensible avec elle. À une autre occasion, après avoir présenté son dernier examen de mi-session, elle fut convaincue qu’elle avait donné une mauvaise réponse à 17 questions sur 100. Obsédée par ces 17 malheureuses questions, elle finit par conclure qu’il ne lui restait plus qu’à abandonner les études universitaires. Pourtant, lorsqu’elle récupéra son examen, une petite note était attachée à la copie : « Vous avec correctement répondu à 83 questions sur 100. C’est de loin le meilleur résultat obtenu par un étudiant cette année. A+ ». Lorsque vous êtes déprimé, vous portez une paire de lunettes dont les filtres spéciaux recueillent tout élément positif avant de le rejeter. Seuls les éléments négatifs jouissent du droit d’accès. Comme vous n’êtes pas conscient de ce processus de filtrage, vous en concluez que tout est négatif. Le nom technique de ce phénomène est « abstraction sélective ». C’est une mauvaise habitude qui peut provoquer bien des angoisses inutiles.

4. La disqualification du positif. Une illusion mentale encore plus spectaculaire est la tendance persistante de certains individus déprimés à transformer des expériences neutres ou même positives en expériences négatives. Le patient ne se contente plus d’ignorer les expériences positives, il les transforme très habilement en événements tout à fait cauchemardesques. C’est ce que j’appelle « l’alchimie inversée ». Les alchimistes médiévaux rêvaient de découvrir le processus de transmutation des métaux vulgaires en or. Lorsque vous êtes déprimé, vous risquez d’acquérir la faculté de faire exactement le contraire: vous transformez instantanément un bonheur éblouissant en un morceau de plomb. Bien entendu, rien de tout cela n’est intentionnel. Vous n’êtes probablement pas conscient du mal que vous vous faites.

Un exemple quotidien de cette distorsion est la manière dont nous avons été conditionnés à réagir face aux compliments. Lorsque quelqu’un loue votre apparence ou votre travail votre réaction spontanée sera sans doute: « Oh! c’est juste pour me faire plaisir ! » D’un coup de matraque bien placé, vous éliminez mentalement le compliment. Ou alors, vous retournez la politesse en protestant : « Vous savez, c’était vraiment facile ». Si vous passez votre temps à déverser de l’eau froide sur tout ce qui peut vous arriver d’agréable, quoi d’étonnant que la vie vous paraisse humide et glacée !

La disqualification du positif est l’une des formes les plus destructrices de la distorsion cognitive. Vous ressemblez alors à un savant occupé à rechercher des preuves pour étayer à tout prix une hypothèse chère à son cœur. L’hypothèse qui domine votre pensée dépressive est en général une version quelconque de « je ne vaux pas grand-chose ». Lorsque vous vivez une expérience négative, vous retournez le couteau dans la plaie en concluant : « voilà qui prouve ce que j’ai toujours pensé ». Au contraire, lorsque vous vivez une expérience positive, vous vous dites : « C’était par hasard, ça ne compte pas ». Le prix que vous payez pour entretenir cette tendance est un désespoir intense et une incapacité de jouir des choses agréables qui vous arrivent. Bien que ce type de distorsion cognitive soit très commun, il forme également la base de l’un des types les plus extrêmes et les plus persistants de dépression. Par exemple, une femme hospitalisée pendant un accès de dépression profonde m’a dit un jour : « Personne ne peut vraiment m’aimer, parce que je suis quelqu’un d’horrible. Je suis totalement seule. Je ne compte pour personne. » Lorsqu’elle sortit de l’hôpital, de nombreux patients et membres du personnel exprimèrent leur amitié pour elle. Devinerez-vous comment elle a réussi à disqualifier complètement cette expérience positive ? « Ils ne comptent pas parce qu’ils ne me voient pas dans la vie de tous les jours. Une personne réelle, à l’extérieur de l’hôpital, ne peut pas m’aimer. » Je lui demandai alors comment elle expliquait le nombre d’amis et de parents qui s’inquiétaient de son état. « Ils ne comptent pas, ils ne me connaissent pas sous mon vrai jour. Vous savez, Dr Burns, à l’intérieur de moi-même, je suis complètement pourrie. Je suis la personne la plus horrible qui soit au monde. Il est absolument impossible que quelqu’un m’aime vraiment pendant plus d’une seconde. » En disqualifiant les expériences positives de cette manière, elle parvenait à conserver une croyance négative qui était, évidemment, sans réalisme et ne correspondait guère à sa vie de tous les jours.

Bien que votre pensée négative ne soit probablement pas aussi extrême, il est fort possible que, plusieurs fois par jour, vous ignoriez des choses véritablement positives qui vous sont arrivées. Ainsi, vous dépouillez votre vie d’une grande richesse en lui donnant inutilement un caractère morose.

5. Les conclusions hâtives. Vous tirez trop rapidement une conclusion négative que les faits ne justifient pas. Voici deux exemples de cette distorsion : la « lecture des pensées d’autrui » et l’« erreur du diseur de bonne aventure ».

a) LA LECTURE DES PENSÉES D’AUTRUI. Vous prenez comme hypothèse que les gens vous méprisent et vous êtes si convaincu qu’elle est justifiée que vous ne prenez même pas la peine de procéder à une vérification. Par exemple, lorsque vous êtes en train de prononcer une excellente allocution, vous finissez par remarquer un individu qui somnole au premier rang. Il a fait la bringue toute la nuit mais, bien entendu, vous l’ignorez. Vous pensez alors : « Mon auditoire me trouve ennuyeux à mourir ». Ou supposons qu’un ami vous croise dans la rue sans vous saluer parce qu’il est perdu dans ses pensées et ne vous a pas vu. Vous conclurez à tort : « Il m’ignore, c’est parce qu’il ne me considère plus comme son ami. ». Imaginez que votre conjoint se montre taciturne un soir parce qu’il a dû subir des reproches au travail et se sent trop soucieux pour en discuter. Tout s’écroule autour de vous car, en raison de votre interprétation de son silence, vous croyez qu’il « est en colère contre moi. Mais qu’ai-je donc fait de mal ? »

Vous pouvez répondre à ces réactions négatives imaginaires par la retraite ou la contre-attaque. Cette attitude défaitiste vous permet alors de justifier vos appréhensions puisqu’elle finit par établir une interaction négative là où s’épanouissait une relation tout à fait positive.

b) L’ERREUR DE PRÉVISION. Vous la commettez quand vous faites comme si vous aviez devant vous une boule de cristal qui ne vous annoncerait que des malheurs. Vous vous imaginez que quelque chose de terrible est à la veille de vous arriver et vous faites de cette prédiction un fait, même si elle a peu de chances de se réaliser. Pendant ses crises d’anxiété, une bibliothécaire d’école ne cessait de se répéter: « Je vais m’évanouir. Je vais devenir folle. » Ces prévisions n’étaient pas fondées sur des réalités puisque, jusque-là, elle n’avait jamais perdu connaissance (ni la raison !) et elle ne présentait aucun symptôme qui pût porter à croire qu’elle fût à la veille de devenir folle. Au cours d’une séance de thérapie, un médecin extrêmement déprimé m’expliquait ainsi pourquoi il avait décidé de cesser de pratiquer: « Je dois faire face à la réalité. Je vais me sentir misérable jusqu’à la fin de mes jours et je suis absolument persuadé que ce traitement, comme tous les autres qu’on pourrait me proposer, ne pourra rien y changer. » Le sombre pronostic qu’il faisait au sujet de sa maladie lui faisait perdre tout espoir. Une réduction de ses symptômes, peu après le début de la thérapie, prouva combien il se trompait dans ses prédictions.

Ne vous est-il jamais arrivé de conclure à la légère comme cela ? Supposons que vous téléphoniez à un ami qui ne vous retourne pas votre appel dans un délai raisonnable. Vous vous dites qu’il a probablement reçu votre message et qu’il ne s’est pas donné la peine de vous rappeler, ce qui vous vexe. De quel genre de distorsion s’agit-il? Vous avez fait de l’interprétation et, comme vous lui en voulez, vous décidez de ne pas le rappeler pour vous en assurer, car vous vous dites : « Il va trouver que je l’importune si je le rappelle et je vais me rendre ridicule. » Parce que vous entretenez de telles pensées (l’erreur de prévision), vous évitez votre ami et vous sentez diminué. Trois semaines plus tard, vous apprenez que votre ami n’a jamais reçu votre message. Toutes ces idées noires que vous avez ruminées n’étaient, en fin de compte, que le fruit d’un scénario usé que vous aviez vous-même créé. Un autre produit maléfique de votre imagination !.

6. L’exagération et la minimisation. Un autre piège dans lequel votre imagination peut vous faire tomber est celui de l’exagération ou de la minimisation des événements, ce que je compare à l’utilisation d’une lorgnette qui fait que les choses nous apparaissent beaucoup plus grosses ou plus petites que nature, selon le bout de la lorgnette par lequel on les regarde. L’exagération se produit généralement quand on considère ses propres erreurs, craintes ou imperfections en leur accordant une importance démesurée: « Mon Dieu! Je me suis trompé. C’est terrible ! C’est effroyable! Le monde entier va le savoir ! Je vais être déshonoré ! » Vous voyez vos imperfections par le bout de la lorgnette qui les fait paraître gigantesques et grotesques. C’est ce qu’on appelle « dramatiser » : on prend un événement désagréable, mais banal, et on en fait quelque chose d’extraordinaire, de cauchemardesque.

Quand vous considérez vos points forts, il se peut que vous fassiez le contraire, que vous les regardiez par le gros bout de la lorgnette et qu’ils vous apparaissent minuscules et sans importance. Si vous exagérez l’importance de vos imperfections et minimisez celle de vos points forts, vous ne pouvez faire autrement que vous sentir inférieur aux autres. Mais le problème, ce n’est pas vous, c’est la lorgnette que vous utilisez pour vous regardez !.

7. Les raisonnements émotifs. Vous vous servez de vos sentiments comme s’il s’agissait de preuves. Vous raisonnez ainsi : « J’ai l’impression d’être un raté, donc je suis un raté. » Cette façon de raisonner peut vous induire en erreur parce que vos sentiments sont à l’image de vos pensées et de vos convictions. Si elles ne correspondent pas exactement à la réalité – ce qui est souvent le cas -, vos sentiments ne vaudront rien comme preuve. Comme exemples de raisonnements émotifs, on pourrait donner aussi : « Je me sens coupable. J’ai donc dû faire quelque chose de mal. » « Je me sens dépassé par les événements et désespéré. Mes problèmes doivent donc être impossible à résoudre. » « Je ne me sens pas de taille à affronter une situation. Je suis donc un minable. » « J’ai du vague à l’âme et je n’ai pas le goût de rien faire aujourd’hui. Je suis donc aussi bien de rester au lit. » « Je suis fâché contre vous. Cela prouve que vous vous êtes mal conduit avec moi, que vous avez cherché à abuser de moi. ».

Les raisonnements émotifs jouent un rôle dans pratiquement toutes les dépressions. Parce que vous réagissez de façon tellement négative à la réalité, vous en déduisez qu’elle l’est vraiment. Il ne vous vient pas à l’idée de remettre en question la validité des perceptions à l’origine de vos sentiments.

Le raisonnement émotif mène usuellement à la temporisation. Vous ne classez pas les papiers qui encombrent votre bureau, car vous vous dites : « Je me sens si découragé quand je vois tous ces papiers sur mon bureau. Il est vraiment impossible de faire un ménage dans ce fouillis. » Et pourtant, six mois plus tard, vous faites un petit effort et vous en venez à bout. Finalement, ce n’était pas si difficile, et vous êtes assez fier de vous. Pendant tout ce temps, vous vous méprenniez sur votre compte parce que vous avez l’habitude de laisser vos sentiments négatifs déterminer votre comportement.

8. Les « dois » et les « devrais ». Vous essayez de vous motiver en vous disant: « Je devrais faire ceci » ou « Je dois faire cela ». En vous forçant ainsi à l’action, vous vous sentez bousculé, ce qui vous indispose, et, paradoxalement, cela vous rend apathique et vous fait perdre votre motivation. Albert Ellis appelle « musturbation » (« must » signifiant « devoir ») cette façon d’aborder les problèmes de la vie de tous les jours; je l’appelle « l’approche des dois et des devrais ».

Quand on s’attend à ce que les autres aient la même attitude à notre égard, on est généralement déçu. Ainsi, lorsqu’un imprévu me fit arriver cinq minutes en retard à une première séance de thérapie, ma nouvelle patiente se dit : « Il ne devrait pas être si égocentrique et indifférent. Il devrait arriver à l’heure. » Cela la rendit morose et de mauvaise humeur.

Les « dois » et les « devrais » sont à l’origine de bien des crises émotives inutiles dans votre vie quotidienne. Quand votre propre conduite n’atteint pas le niveau d’excellence que vous vous êtes fixé, vous vous sentez humilié et coupable et dégoûté de vous-même. Et quand la conduite des autres à votre égard n’est pas celle que vous aimeriez qu’elle soit – ce qui ne peut pas ne pas se produire de temps à autre, car ce sont des êtres humains, tout comme vous -, vous ressentez un sentiment d’amertume et d’être la seule personne à se conduire comme il se doit. Si vous ne modifiez pas vos attentes pour qu’elles se conforment à la réalité, le comportement humain vous décevra toujours. Si vous vous reconnaissez comme une de ces personnes qui ont la mauvaise habitude des « dois » et des « devrais », vous trouverez plusieurs recettes pour vous en débarrasser dans les chapitres sur la culpabilité et la colère.

9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage. Vous accoler une étiquette revient à vous former, à partir de vos erreurs, une image toute noire de vous-même. C’est un exemple extrême de généralisation indue, basée sur cette vision des choses : « On reconnaît un homme aux fautes qu’il fait ». Il y a de fortes chances que vous soyez en train de vous accoler une étiquette dès que vous décrivez les erreurs que vous commettez à l’aide de phrases qui commencent par: « Je suis un… » Par exemple, lorsque vous dites, en jouant au golf, quand vous manquez un coup : « Je suis un perdant-né », au lieu de: « J’ai raté mon dix-huitième trou. » Ou quand vous dites : « Je suis un raté », au lieu de: « J’ai fait une erreur », lorsque la cote de vos actions en bourse baisse au lieu de monter.

S’accoler des étiquettes est non seulement contraire à notre intérêt, c’est de plus irrationnel. Tout votre être ne peut pas être assimilé à une des choses que vous faites. Votre vie est formée d’un ensemble complexe de pensées, de sentiments et d’actions en perpétuel changement. En d’autres termes, vous ressemblez plus à une rivière qu’à une statue. Cessez de chercher à vous décrire à l’aide d’étiquettes négatives; elles sont excessivement simplistes et ne correspondent pas à la réalité. Vous décririez-vous exclusivement par l’étiquette « mangeur », tout simplement parce que vous mangez, ou par l’étiquette « respireur », tout simplement parce que vous respirez? Cela n’a pas de sens, mais ce sont des insanités de ce type qui vous font mal quand vous vous appliquez des étiquettes à partir du sentiment que vous avez de vos imperfections.

Quand vous étiquetez les autres, vous ne pouvez que vous attirer de l’antipathie de leur part. Un exemple courant est celui du patron qui qualifie de « garce entêtée » sa secrétaire à qui il arrive d’être irritable. Parce qu’il lui a accolé cette étiquette, il est plein de ressentiment à son égard et il ne rate pas une occasion de la critiquer. Quant à elle, elle l’a classé parmi les « mâles chauvins et insensibles » et elle se plaint de lui chaque fois qu’elle le peut. Ils sont donc constamment à couteaux tirés, mettant en exergue la moindre faiblesse ou imperfection de l’autre pour montrer jusqu’à quel point c’est une personne indigne.

On fait une erreur d’étiquetage quand on décrit quelque chose avec des mots inexacts et émotivement chargés de sens. Par exemple, une femme, au régime, qui se dit, après avoir mangé une coupe de crème glacée : « Je n’aurais pas dû. C’est dégoûtant. C’est répugnant. Je mange comme une cochonne. » Ces pensées peuvent la troubler à un point tel qu’elle engloutira tout ce qui reste du contenant de crème glacée !.

10. La personnalisation. C’est l’origine du sentiment de culpabilité ! Cette distorsion vous fait assumer la responsabilité d’événements négatifs dont vous n’êtes nullement la cause. Vous décidez arbitrairement que ce qui vient de se produire est de votre faute, même si vous n’en êtes pas responsable. Par exemple, je me suis senti coupable quand une patiente n’a pas fait un exercice de développement de l’autonomie que je lui avais suggéré, car je me disais : « Je dois être un bien mauvais thérapeute. Je suis responsable du fait qu’elle ne fait pas plus d’efforts pour s’aider elle-même. C’est à moi qu’il revient de voir à ce qu’elle prenne du mieux. » En lisant le bulletin de son enfant, une mère y trouva une note de son professeur l’avisant que son enfant ne travaillait pas bien à l’école. Elle en conclut immédiatement : « Je dois être une mauvaise mère. Voilà la preuve de mon échec. »

Le sentiment de culpabilité qui résulte de la personnalisation fait de vous un infirme: vous êtes écrasé et paralysé par un sentiment de responsabilité qui vous fait porter sur vos épaules les problèmes du monde entier. Vous ne voyez pas la différence entre influencer les autres et les diriger. En tant que professeur, conseiller, parent, médecin, vendeur ou cadre, vous devez certainement influencer le comportement des personnes avec lesquelles vous entrez en contact, mais on ne peut raisonnablement pas s’attendre à ce que vous le dirigiez totalement. En dernière analyse, c’est l’autre personne qui est responsable de son propre comportement, pas vous. Plus loin, dans ce livre, on discutera de méthodes qui pourraient vous aider à vous débarrasser de votre propension à personnaliser et à ramener votre sens des responsabilités à des dimensions plus conformes à la réalité et plus à votre mesure.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 46-54.


Liste de biais cognitifs

1. LE TOUT-OU-RIEN: votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.

2. LA GÉNÉRALISATION À OUTRANCE: un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

3. LE FILTRE: vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

4. LE REJET DU POSITIF : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

5. LES CONCLUSIONS HATIVES: vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

a) L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.

b) L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

6. L’EXAGÉRATION (LA DRAMATISATION) ET LA MINIMISATION: vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

7. LES RAISONNEMENTS ÉMOTIFS : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc évidemment correspondre à une réalité. »

8. LES « DOIS » ET LES « DEVRAIS » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais » ou des « je ne devrais pas » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

9. L’ÉTIQUETAGE ET LES ERREURS D’ÉTIQUETAGE : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative: « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

10. LA PERSONNALISATION : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : David D. Burns, M.D., Être bien dans sa peau, Héritage, 2005, pp. 55-56.


Mon étonnement provoque une grande ouverture d’esprit et à elle seule la lecture de cette liste changera ma façon de penser pour toujours.

Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne[4]

Je ne suis pas un fan de la psychologie en raison de son manque évident de scientificité La psychologie demeure à classer parmi les sciences inexactes ou fausses sciences. Ma position anti-psychologie se développe dans les années 1980 à la suite de ma lecture du livre Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne du psychologue William Kirk Kilpatrick.

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions.

Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. » Note originale de l’auteur : Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.)

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu » (p. 29) »

KILPATRICK, William A Kirk, Séduction psychologique (L’échec de la psychologie moderne), Centre biblique européen, Suisse, 1985, pp. 33-35.

À la lecture de ce livre, je prend aussi conscience que les gens ne veulent pas un « moi réparé » mais un « tout nouveau moi », selon les propos de l’auteur.

« Platon, pas Projac » (2002)

Avec ce livre signé par Lou Marinoff, leader mondial des nouvelles pratiques philosophiques, je découvre une nouvelle discipline emballante. À l’offre de psychothérapie s’ajoute désormais la philothérapie. D’une part, la Psychothérapie repose souvent sur un modèle médical. On cherche à identifier une pathologie, un trouble mental ou un dysfonctionnement comportemental. Le patient est souvent perçu comme ayant besoin de « guérison ». D’autre part, la Philothérapie repose sur un modèle éducatif et existentiel. On considère que la personne traverse une crise de sens, un dilemme moral ou une impasse logique. Le « client » n’est pas malade ; il est simplement désorienté ou en quête de vérité.

Wow ! La philosophie devient pratique; elle sort des tours universitaires où elle était consignée. Le conseil philosophique gagne en popularité et me ravie. Désormais, on parle de philosophe praticien, de philosophe clinicien, de philosophe consultant. Une abondante littérature circule : étude, livres, thèses et mémoires universitaire, articles de presse… Je m’empresse de lire et d’analyser ces publications. En 2020, je fonde l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques où je rends compte de mes lectures à titre d’amateur de la philosophie et bibliographe des nouvelles pratiques philosophiques.

« L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même »

Que puis-je faire de ce vécu et de l’expérience de ces différentes prises de conscience ? Puis-je en faire profiter d’autres personnes ? Oui, dans un cadre très précis soit celui visant à mieux se connaître soi-même, à mieux comprendre son système de penser, les pensées elles-mêmes, à l’instar de ses opinions et ses croyances. L’objectif : gagner en liberté de penser.

« Penser juste » signifie ici atteindre une adéquation avec la réalité présente. C’est dépouiller son regard des filtres du passé pour voir une situation telle qu’elle est.

Serge-André Guay, président fondateur
Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques

____________________________________________________

[1] Damasio, A. R. (2010). L’Erreur de Descartes : la raison des émotions (M. Blanc, Trad.). Odile Jacob. (Original publié en 1994).

[2] L’édition originale de ce livre est parue en 1995 en anglais et j’ai lu la traduction française à l’été 1998 parue un an auparavant chez Robert Laffont. Diplômé de l’université Harvard et docteur en psychologie clinique et développement personnel, puis journaliste au New York Times, où il suit particulièrement les sciences du comportement, Daniel Goleman nous informe dans son livre « L’intelligence émotionnel » au sujet de la découverte spectaculaire pour ne pas dire révolutionnaire de Antonio R. Damasio à l’effet que la raison a toujours besoin d’un coup des émotions pour prendre des décisions. Jusque-là, il était coutume de soutenir que les émotions perturbaient la raison, d’où l’idée de les contrôler.

[3] David D. Burns est une figure emblématique de la psychologie moderne. C’est un psychiatre américain, né en 1942, et il est principalement connu pour avoir été l’un des pionniers de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC).

[4] Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne » William Kirk Kilpatrick, lui-même psychologue, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, se demande « quel est donc le profit produit par la psychologie ».


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Les thèmes de la communication

Sommaire

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Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Les thèmes de la communication

Pouvoir et Maîtrise de soi

Vous voulez reprendre les commandes de votre vie mentale.

  • « Ne subissez plus votre pensée, apprenez à l’habiter. »
  • « Prenez les commandes de votre logiciel interne. »
  • « Soyez l’architecte de votre propre raison. »
  • « Devenez l’expert de votre propre mécanique mentale. »

Clarté et Lucidité

Vous vous sentez confus ou piégés par leurs propres certitudes.

  • « L’Étonnement : le choc de lucidité qui change votre regard. »
  • « Voir clair pour penser juste. »
  • « Le cabinet où la lumière entre par vos failles. »
  • « Débusquez vos angles morts pour retrouver votre liberté de juger. »

Décodage et Stratégie (Approche « Cheskin »)

Pour la compréhension des mécanismes cachés.

  • « Décoder vos schémas pour libérer vos choix. »
  • « Ce que vous n’avez jamais appris sur votre façon de penser. »
  • « Analysez les rouages de votre pensée, changez votre réalité. »

Éthique et Sagesse (Approche « Socrate »)

Vous cherchez du sens et une vie plus profonde.

  • « Une pensée examinée pour une vie qui mérite d’être vécue. »
  • « L’art de se connaître pour mieux se conduire. »
  • « L’Étonnement : l’aventure d’une conscience souveraine. »

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Synthèse détaillée du projet

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Présentation

La clientèle visée et le programme des séances

Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Synthèse détaillée

Voici une synthèse détaillée du projet de Cabinet L’Étonnement « Connais-toi toi-même ».

  1. Le concept de votre cabinet
  • Mission : Proposer une alternative aux thérapies médicalisées en se concentrant sur la lucidité et la souveraineté cognitive. Il s’agit d’aider le consultant à passer d’une « pensée subie » (automatique) à une « pensée examinée » (réflexive).
  • Vision : Faire de la philosophie une pratique opérative où la connaissance du fonctionnement de sa propre pensée devient l’outil de libération ultime face aux automatismes du quotidien.
  • Valeurs : * L’Étonnement (Thaumazein) : Le choc initial nécessaire pour briser les évidences.
    • Le Doute Constructif : La pierre angulaire permettant à la lumière d’entrer dans les systèmes de croyances.
    • L’Honnêteté Intellectuelle : Ne pas plier les problèmes aux méthodes, mais adapter la réflexion à la singularité du défi.
  1. Votre public cible

Le programme s’adresse à :

  • Des personnes ayant l’impression de « tourner en rond » dans leurs raisonnements.
  • Ceux qui souhaitent comprendre l’origine de leurs réactions subjectives face aux faits.
  • Des esprits curieux désirant passer du « croire » au « comprendre ».
  • Des individus possédant une « fibre philosophique », un amour naturel de l’apprentissage et un esprit noble.
  1. Vos services

Vous proposez un parcours de consultation structuré en six axes stratégiques pour auditer la faculté de pensée:

  1. Identification des biais cognitifs : Prendre conscience des automatismes cérébraux.
  2. Valeur de la certitude : Transformer le doute en outil de clarté.
  3. Analyse des opinions : Distinguer les faits bruts de leurs interprétations.
  4. Construction du savoir : Examiner les obstacles épistémologiques selon Bachelard.
  5. Quête de vérité : Sortir du piège consistant à croire qu’une pensée est vraie parce qu’elle est nôtre.
  6. Schéma de références : Maîtriser le « pilote automatique » dicté par notre éducation et nos expériences.
  7. Votre positionnement

Ce qui vous différencie radicalement de la psychologie classique ou du développement personnel :

  • Le Cabinet vs La Clinique : Vous refusez le modèle médical et « l’empire du diagnostic ». Vous n’êtes pas un soignant, mais un « mécanicien de la conscience ».
  • L’Approche Indirecte : Inspiré par Louis Cheskin, vous contournez les mécanismes de défense de l’ego (l’approche directe qui « serre les nœuds ») pour atteindre l’inconscient sans douleur via l’habileté socratique.
  • Problem-Directed : Vous ne vendez pas de modèles préconçus, mais une démarche unique dictée exclusivement par la nature du défi du client.
  1. Vos objectifs
  • Souveraineté cognitive : Permettre au consultant de redevenir le seul maître de sa raison.
  • Penser juste : Atteindre une adéquation avec la réalité présente en dépouillant le regard des filtres du passé.
  • Autonomie : Faire en sorte que le consultant devienne son propre « auditeur » et possède sa propre boussole interne.
  1. Autres informations pertinentes
  • Slogans clés : * « Si vous n’avez pas de problème, vous n’avez pas besoin de moi ».
    • « Une pensée sans examen ne vaut pas la peine d’être pensée ».
    • « Le but dans la vie n’est pas d’avoir raison ».
  • Identité visuelle : * Le Prisme de la Pensée : Un triangle symbolisant la décomposition de l’opinion brute en un spectre de lignes distinctes (vos 6 axes).
    • La Spirale : Représente l’ascension continue de la pensée, partant du sujet précis du client vers une perspective globale par itérations successives.
  • Localisation : Lévis, Québec, Canada.
  • Expertise : Validation par les travaux de Louis Cheskin sur les motivations et le transfert de sensation.

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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Résumé du projet

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Présentation

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Résumé du projet

Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Résumé

Le projet L’Étonnement – Cabinet « Connais-toi toi-même » offre une approche de pratique philosophique située à Lévis, Québec. Fondé par Serge-André Guay, ce projet propose une alternative aux thérapies médicalisées en se concentrant sur la lucidité et la souveraineté de l’esprit plutôt que sur la guérison de pathologies.

Voici la synthèse des axes majeurs du document :

1. Fondements philosophiques et méthodologiques

La démarche s’appuie sur le postulat socratique : « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue ».

  • L’Étonnement (Thaumazein) : Il est le choc initial nécessaire pour briser les évidences et déclencher la réflexion.
  • La Spirale de la Compréhension : Le dialogue est structuré de manière ascendante. On part d’un point précis (le sujet amené par le client) pour élargir progressivement la conscience par itérations successives, allant « d’étonnement en étonnement ».
  • Le Doute Constructif : Le doute est considéré comme la « pierre angulaire » de la pensée, la faille par laquelle entre la lumière pour éclairer nos systèmes de croyances.

2. Le concept du « Système de Penser »

Le projet vise à faire passer le consultant d’une « pensée subie » (automatique) à une « pensée examinée » (réflexive).

  • Biais cognitifs : Inspiré par David Burns, le cabinet aide à identifier les distorsions (tout-ou-rien, filtre mental, etc.) qui agissent comme des erreurs dans notre « logiciel interne ».
  • Schéma de références : En s’appuyant sur Louis Cheskin, le projet démontre que nos jugements « objectifs » sont souvent des réactions subjectives dictées par un cadre de référence acquis inconsciemment.
  • Obstacles épistémologiques : La méthode intègre les travaux de Gaston Bachelard pour surmonter les habitudes de l’esprit qui freinent l’accès à la connaissance nouvelle.

3. Structure du programme de consultation

Le parcours type se décline en six axes stratégiques pour auditer la faculté de pensée:

  1. Identification des biais cognitifs : Prendre conscience des automatismes cérébraux.
  2. Valeur de la certitude : Transformer le doute en outil de clarté.
  3. Analyse des opinions : Distinguer les faits bruts de leurs interprétations.
  4. Construction du savoir : Examiner les obstacles à la compréhension selon Bachelard.
  5. Quête de vérité : Sortir du piège consistant à croire qu’une pensée est vraie simplement parce qu’elle est nôtre.
  6. Schéma de références : Synthétiser l’influence de sa grille de lecture sur ses comportements.

4. Positionnement : Le « Cabinet » vs la « Clinique »

Le document souligne une évolution majeure : le passage du terme « Clinique » à celui de « Cabinet ».

  • L’approche indirecte : Plutôt que de confronter l’égo frontalement (approche directe), le praticien utilise l’habileté socratique pour contourner les mécanismes de défense et révéler le schéma de références sans douleur.
  • Le rôle de l’expert : Le philosophe consultant n’est pas un soignant, mais un « mécanicien de la conscience » ou un guide qui aide le consultant à piloter son propre instrument intellectuel.

En résumé, ce projet propose une éthique de la lucidité où la connaissance du fonctionnement de sa propre pensée devient l’outil de libération ultime face aux automatismes du quotidien.


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Cabinet « Connais-toi toi-même » : Synthèse illustrée du projet

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Synthèse détaillée du projet

Synthèse illustrée du projet

Les thèmes de la communication

Introduction au projet

La formation du philosophe consultant

Annexes


Synthèse illustrée du projet

Le cycle de la compréhension philosophique

Inspiré de la méthode scientifique

  1. L’opinion initiale
    • Ce que l’on pense spontanément sans examen
  2. Le choc du doute
    • Le bénéfice du doute / Remise en question
    • L’introduction d’un questionnement : pourquoi je pense cela ?
  3. L’examen critique
    • La déconstruction / L’analyse des Mécanisme
    • Les fondements de la pensée
  4. La connaissance conquise
    • La certitude provisoire / La nouvelle compréhension
    • Une pensée plus solide mais prête à être détrônée par une meilleure

Révélation, non pas rééducation : comprendre les mécanismes de la pensée

1. LE CYCLE DE LA CONNAISSANCE
1.1 Opinion 1.2 Le Choc du Doute 1.3 La déconstruction 1.4 La connaissance conquise
La certitude immédiate 

L’introduction d’une remise en question 

Analyse des mécanismes de défense et des préjugés Une nouvelle certitude, plus solide car testée, mais prête à être détrônée
2.1. PASSAGE DU DÉFAUT DE CONSCIENCE À L’OBSERVATION
La mécanique de la prise de recul
État de Fusion
(Le problème)
Lorsqu’une information nouvelle contredit le déjà-su
1. Je suis ma pensée 2. Réaction émotionnelle immédiate 3. Défenses inconscientes actives
4. J’observe ma pensée 5. Analyse du processus de construction 6. Curiosité et mise à distance
2.2 État de réflexivité (La clinique)
Information nouvelle
Information nouvelle
?
Déjà-su
?
La voie du réflexe (Défense)
?
La voie de la compréhension (Recul)
?
Rejet : Le cerveau rejette l’information pour protéger l’opinion initiale.
?
Acceptation du doute : Le sujet accepte l’inconfort du doute pour réévaluer sa pensée.
?
La conscience reste « plate » Clinique
Le Basculement

« Le Diaphragme de la Compréhension », constitue une synthèse visuelle puissante du passage d’un mode de pensée instinctif et émotionnel à un mode de pensée analytique et philosophique. Elle représente le cœur même de la démarche de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques.

La maturité intellectuelle ne se mesure pas à la quantité de choses que l’on « sait », mais à notre capacité à décrocher de nos automatismes mentaux. Le passage de gauche à droite est un mouvement constant : c’est un travail de déconstruction de nos certitudes qui permet de gagner en liberté intérieure.

La pensée n’est pas un état fixe, mais un exercice. La progression montre que la liberté intellectuelle consiste à passer de la soumission à ses émotions (l’opinion) à la capacité d’examiner objectivement le mécanisme de ses propres jugements (la compréhension).

La lucidité est un exercice dynamique, symbolisé par des « séquences itératives ». Ce n’est pas un état permanent, mais une pratique continue : à chaque fois que la réalité nous heurte, nous devons choisir entre rester dans la réaction (la pensée subie) ou utiliser ce choc pour engager une déconstruction qui nous ramène vers la souveraineté et le réalisme.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

Source : CHESKIN, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82



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