Article # 375 – Pratique philosophique : de la théorie à la pratique, José Barrientos Rastrojo, Actes de la 8? CIPP

Barrientos Rastrojo, J., 1977- Philosophical Practice. From Theory to Practice / José Barrientos Rastrojo. ISBN: 84-611-2668-8

Philosophical Practice

From Theory to Practice

José Barrientos Rastrojo, Introduction and edition

Actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique organisée à Séville en 2006


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Philosophical Practice, english

Philosophical practice, spanish


SOURCE

8Th International Conference on Philosophical Practice (ICPP), Sevilla. Spain, April 19-22, 2006


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QUESTION

Quel est les texte le plus significatif pour la consultation philosophique dans ces actes ?

RÉPONSE

Dans les actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique (Philosophical Practice: From Theory to Practice), le texte considéré comme le plus significatif et fondateur pour la consultation philosophique individuelle (le philosophical counseling) est celui du directeur de publication lui-même, José Barrientos Rastrojo :

« Poietics in Philosophical Practice: An Approach to the Client’s Breakdown and Lament »

(La poïétique dans la pratique philosophique : Une approche de la rupture et de la plainte du consultant) — par José Barrientos Rastrojo

Pourquoi ce texte est-il le plus significatif pour la consultation ?

  1. Il s’attaque directement au cœur du dispositif clinique : Alors que d’autres contributions traitent du monde des entreprises (Axell) ou du milieu universitaire/pédagogique (Chastain), l’article de Barrientos Rastrojo se concentre spécifiquement sur le face-à-face entre le philosophe praticien et le consultant en détresse existentielle.

  2. Une rupture épistémologique majeure avec le rationalisme froid : Historiquement, la consultation philosophique s’appuyait souvent sur des approches hyper-rationnelles, logiques ou dialectiques (comme la méthode de Gerd Achenbach ou d’Oscar Brenifier). Barrientos Rastrojo introduit une véritable révolution paradigmatique en proposant une approche poïétique et phénoménologique. Il soutient que la logique pure est incapable de saisir la souffrance singulière d’un consultant.

  3. La création de concepts cliniques originaux : Le texte théorise deux notions centrales qui sont devenues des clés de lecture majeures en pratique philosophique :

    • La Quiebra (La rupture) : L’effondrement ou le déchirement du système de croyances du consultant face à une crise de vie.

    • Le Quejío (La plainte / Le lament) : L’expression affective et intime de cette souffrance, que le praticien ne doit pas chercher à « corriger » logiquement, mais à accueillir.

  4. Une méthode d’écoute esthétique et métaphorique : S’appuyant sur la raison poétique de la philosophe espagnole María Zambrano, Barrientos démontre que le rôle du consultant philosophique est d’aider le consultant à reconstruire un sens par la métaphore et la création poïétique (poiesis comme mouvement de transformation de l’âme), plutôt que de lui imposer une argumentation discursive rigide.

En résumé

Si l’article d’Oscar Brenifier représente l’acmé de la dialectique socratique, le texte de José Barrientos Rastrojo constitue la contribution la plus novatrice et la plus emblématique des actes pour définir la posture, l’éthique de l’écoute et le travail herméneutique propres à la consultation philosophique moderne.


EXTRAIT

Traduction de l’anglais au français par Google Gemini

La poïétique dans la pratique philosophique : une approche de la rupture et de la plainte du consultant

José Barrientos Rastrojo

Abstract / Résumé

Ce travail examine la pertinence de la poïétique au sein de la pratique philosophique et de la consultation philosophique. Après avoir clarifié la signification de la poiesis et identifié trois sens fondamentaux du terme, nous analysons comment la création poïétique et la pensée poétique — au sens où l’entendait la philosophe María Zambrano — offrent des outils indispensables pour appréhender la crise existentielle du consultant. Nous soutenons que la raison purement argumentative et le rationalisme calculant se révèlent insuffisants pour saisir la singularité du vécu tragique. En prêtant une écoute attentive à la rupture (quiebra) des structures de sens du sujet et à l’expression de sa plainte (quejío), le praticien philosophique ne cherche pas à imposer une solution intellectuelle externe ou un diagnostic, mais aide le consultant à élaborer une vision métaphorique et poïétique de son propre monde, favorisant ainsi une transformation ontologique de son être.

1. Introduction : La nécessité de dépasser le cadre intellectuel pur

La pratique philosophique et la consultation philosophique ont traditionnellement privilégié les méthodes axées sur la logique, l’argumentation discursive, l’analyse conceptuelle et la déconstruction des présupposés. Bien que ces outils soient d’une utilité incontestable pour clarifier la pensée et déceler les incohérences logiques du discours, ils rencontrent rapidement une limite lorsqu’il s’agit d’aborder la souffrance subjective et la complexité des crises existentielles.

Face à une personne immergée dans un effondrement de son univers vital, l’imposition d’un schéma purement rationaliste risque de réduire le vécu à une simple erreur d’interprétation cognitive. C’est à ce niveau qu’intervient la poïétique : elle réintroduit dans la consultation philosophique une dimension esthétique, affective et créative essentielle au véritable processus de transformation de soi.

2. Les trois dimensions sémantiques de la Poiesis

Pour utiliser la poïétique comme outil herméneutique et pratique, il convient de procéder à une clarification conceptuelle et étymologique de la notion grecque de poiesis. Nous pouvons distinguer trois niveaux sémantiques complémentaires :

  1. La poiesis comme fabrication ou production artisanale (poieo) : Il s’agit du sens le plus élémentaire, désignant le travail manuel, la technique ou l’action de fabriquer un objet matériel.

  2. La poiesis comme création artistique et poétique : Ce second sens renvoie au passage du non-être à l’être, c’est-à-dire à l’émergence de quelque chose de nouveau sous le mode de l’inspiration et de l’enthousiasme.

  3. La poiesis comme mouvement et ébranlement de l’âme : Dans sa troisième acception, la plus fondamentale pour notre démarche, poiein signifie produire une émotion, émouvoir, altérer ou transformer la perception qu’un sujet a de sa propre réalité, de ses sentiments et de son insertion dans le monde.

C’est cette troisième dimension qui sous-tend la consultation philosophique poïétique : elle vise une altération créative de la perspective du consultant, modifiant la façon dont il ressent et interprète sa réalité existentiologique.

3. La raison poétique chez María Zambrano et la limite de la raison calculante

Le rationalisme occidental a souvent écarté la métaphore et le sentiment du domaine de la connaissance rigoureuse. Pourtant, comme l’a démontré la philosophe espagnole María Zambrano, la raison discursif-calculante s’avère limitée lorsqu’elle tente de s’approcher du cœur de l’expérience humaine et des événements tragiques de la vie.

« La raison est limitée dans sa capacité à atteindre cette vision et ses productions. Elle utilise donc la pensée poétique pour appréhender la réalité, en employant des moyens qui dépassent ce que nous entendons communément par « raison ». Elle emploie des métaphores comme modes de compréhension par le cœur. »

La pensée poétique ne s’oppose pas à la rigueur de la pensée ; elle la complète et la transfigure. La métaphore ne constitue pas un simple ornement rhétorique, mais une structure cognitive et affective capable de saisir le particulier, le concret et l’ineffable. Dans la consultation, le philosophe praticien fait appel à la raison poétique pour ouvrir un espace d’intelligibilité là où les concepts abstraits ne parviennent pas à pénétrer.

4. La phénoménologie de la rupture (quiebra) et de la plainte (quejío)

Lorsqu’un consultant sollicite une séance de pratique philosophique, son arrivée est rarement motivée par un simple désir de spéculation intellectuelle. Elle découle presque toujours d’une rupture (quiebra) au sein du tissu de sa vie quotidienne et de son système de certitudes.

  • La quiebra (la rupture) : C’est la faille, l’effondrement de la structure vitale ou du système de références qui orientait jusqu’alors l’existence de l’individu. La quiebra déstabilise l’identité narrative du sujet et met en question ses horizons de sens.

  • Le quejío (la plainte / la lamentation) : Le quejío est l’expression affective, immédiate et viscérale qui jaillit de la quiebra. Il ne doit pas être interprété comme un simple symptôme irrationnel ou une faiblesse psychologique qu’il faudrait éliminer par un raisonnement logique.

Le praticien doit pratiquer une écoute profonde du quejío. Au lieu de précipiter le consultant vers des solutions toutes faites ou des déductions logiques hâtives, le philosophe s’arrête sur cette plainte pour aider le consultant à déchiffrer ce qu’elle révèle sur sa relation au monde.

« Le consultant doit être à l’écoute du « quejío » (la plainte) issu de la « quiebra » (la rupture) de la structure vitale du client… Le praticien ne donne pas de réponses, mais aide le client à construire sa propre vision poétique de son monde. »

5. La posture du praticien : Herméneutique, co-création et transformation

Dans le modèle de la philosophie poiétique, la consultation philosophique s’éloigne de la posture directive du spécialiste qui diagnostique ou applique une grille d’analyse rigide. Le praticien et le consultant s’engagent dans une démarche de co-création herméneutique.

Le travail philosophique consiste à :

  1. Acceuillir la rupture et la plainte sans jugement moral ni réductionnisme clinique.

  2. Travailler sur les représentations du consultant à travers le langage poétique, les symboles et les métaphores.

  3. Permettre au consultant de reconfigurer son propre monde de manière créative (poiesis), en lui redonnant le rôle d’auteur de son récit et de sa vision de l’existence.

Par cette méthode, la pratique philosophique s’accomplit pleinement : elle quitte les spéculations académiques hors du sol pour redevenir un exercice spirituel, un travail d’édification et un véritable art de vivre.



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Résumé

Cet ouvrage collectif, issu de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique tenue à Séville, examine les modalités méthodologiques et théoriques permettant de faire passer la philosophie de l’exégèse académique traditionnelle à une praxis existentielle, institutionnelle et clinique. À travers les contributions d’auteurs clés tels que Pia Hverven Axell, José Barrientos Rastrojo, Oscar Brenifier et Drew Chastain, le volume articule une pluralité d’approches — allant de l’herméneutique ricœurienne de l’identité narrative appliquée au leadership authentique, à la « philosophie poiétique » inspirée par la raison poétique de María Zambrano, en passant par la dialectique socratique de la confrontation à l’altérité et les dispositifs pédagogiques d’auto-investigation comme le Thought Work. L’ensemble des travaux démontre que la pratique philosophique contemporaine constitue un champ interdisciplinaire rigoureux qui réinvestit la philosophie comme outil de déconstruction des représentations, d’élucidation du sens et de transformation ontologique du sujet dans la cité.

Introduction

L’objectif principal de ce volume est d’offrir une vision globale et articulée des fondements épistémologiques, méthodologiques et cliniques qui structurent la pratique philosophique contemporaine. Historiquement issue du tournant initié dans les années 1980, la consultation philosophique s’est progressivement affirmée comme une alternative rigoureuse aux approches psychothérapeutiques conventionnelles, revendiquant le retour de la philosophie à sa vocation originelle : une praxis existentielle, un art de vivre et un exercice de transformation de soi.

Les contributions réunies au sein de cet ouvrage, nées des réflexions partagées lors de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique à Séville, explorent le franchissement du cap qui sépare la spéculation académique théorique de son application concrète au sein de la cité, des institutions et de la sphère individuelle. En croisant les apports de la maïeutique socratique, de l’herméneutique ricœurienne, de l’existentialisme et de la raison poétique, les auteurs mettent en lumière la manière dont l’élucidation conceptuelle, le dialogue dialectique et l’écoute esthétique permettent d’interroger les structures de sens du sujet, de déconstruire ses représentations et d’éclairer sa prise de décision face aux apories de l’existence.

Analyse académique

Philosophical Practice: From Theory to Practice

1. Cadre institutionnel et ancrage épistémologique

L’ouvrage rassemble les actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique organisée à Séville en 2006. L’objectif épistémologique du recueil est de réévaluer le rôle de la philosophie dans le monde contemporain, en proposant un passage de la scolastique académique — souvent limitée à la métaphilosophie ou à l’exégèse historiographique — vers une praxis socratique et existentielle à vocation transformatrice.

2. Déconstruction analytique des axes théoriques et méthodologiques

A. Ontologie de l’identité, authenticité et leadership (Pia Hverven Axell)

Dans son étude sur le leadership authentique, Pia Hverven Axell croise la philosophie herméneutique et la philosophie existentielle pour déconstruire le concept d’identité narrative au sein des structures d’organisation.

  • Analyse de la dialectique Ricœurienne ($Idem$ / $Ipse$) :

    Axell fonde son analyse sur l’herméneutique de Paul Ricœur (Soi-même comme un autre), montrant que l’identité de l’individu n’est pas une substance fixe mais une construction dynamique médiatisée par le récit.

    « Ricoeur states in a condensed formula: ‘the story relates to the whom of the action’. Or, as he also puts it: ‘the identity of this whom is no other than his narrative identity’ »

    [Traduction] : « Ricœur affirme dans une formule condensée : « le récit se rapporte au qui de l’action ». Ou, comme il le dit aussi : « l’identité de ce qui n’est autre que son identité narrative » ».

  • La confrontation de la liberté et de la temporalité chez Kierkegaard et Sartre :

    L’auteure oppose la conception téléologique d’Aristote (« devenir ce qu’on est en puissance ») à la radicalité existentialiste de Sartre et de Kierkegaard, où l’authenticité surgit de l’acceptation de l’angoisse et du refus de la « mauvaise foi » (le fait de se réfugier derrière un rôle social ou managérial).

    « ‘For Sartre, we are not predetermined to be anyone specific; we have to make our own identity. We are free, and we have to choose who we want to be. Authenticity is to accept this freedom, with all its consequences’ »

    [Traduction] : « « Pour Sartre, nous ne sommes pas prédéterminés à être quelqu’un de spécifique ; nous devons façonner notre propre identité. Nous sommes libres, et nous devons choisir qui nous voulons être. L’authenticité consiste à accepter cette liberté, avec toutes ses conséquences » ».

  • Modélisation du leadership authentique :

    S’appuyant sur les travaux de Boas et Eilam (2005), Axell démontre que l’identité narrative permet au leader d’aligner son « concept de soi » (self-concept) avec ses actes publics, transformant la prise de décision en une expression de fidélité à soi-même (ipséité).

    « Authentic leaders are those who achieve high levels of authenticity in that ‘they know who they are, what they value and believe, and they act towards those values and beliefs transparently and openly’ »

    [Traduction] : « Les leaders authentiques sont ceux qui atteignent des niveaux élevés d’authenticité en ce sens qu’ « ils savent qui ils sont, quelles sont leurs valeurs et croyances, et ils agissent en fonction de ces valeurs et croyances de manière transparente et ouverte » ».

B. La « Philosophie Poiétique » et l’esthétique de l’écoute (José Barrientos Rastrojo)

José Barrientos Rastrojo théorise un modèle de consultation philosophique fondé sur la raison poétique de María Zambrano et la déconstruction du concept grec de poiesis.

  • Analyse tripartie de la Poiesis :

    Barrientos distingue trois échelons sémantiques de la poiesis :

    1. La poïétique comme fabrication (poieo comme travail artisanal ou technique).

    2. La poïétique comme création esthétique (passage du non-être à l’être).

    3. La poïétique comme mouvement de l’âme (poiein comme ébranlement affectif et ontologique).

    « Poietics means, in its third sense, to produce an emotion, to move or to alter… It affects the way the client perceives reality, his feelings, and his being in the world »

    [Traduction] : « La poïétique signifie, dans son troisième sens, produire une émotion, émouvoir ou modifier… Elle affecte la manière dont le consultant perçoit la réalité, ses sentiments et son être au monde ».

  • La métaphore et la rupture du rationalisme calculant :

    En mobilisant la pensée de María Zambrano, Barrientos soutient que le discours purement logique est insuffisant pour saisir le particulier et le vécu tragique du consultant.

    « Reason is limited in its capacity to achieve this vision and its products. She therefore uses poetic thought to comprehend reality, using means that are beyond what we commonly understand by ‘reason’. She employs metaphors as ways of understanding with the heart »

    [Traduction] : « La raison est limitée dans sa capacité à atteindre cette vision et ses productions. Elle utilise donc la pensée poétique pour appréhender la réalité, en employant des moyens qui dépassent ce que nous entendons communément par « raison ». Elle emploie des métaphores comme modes de compréhension par le cœur ».

  • La phénoménologie de la quiebra et du quejío :

    Le rôle du praticien réside dans l’attention portée à la rupture existentielle (quiebra) de l’individu et à son expression affective (quejío). La consultation n’est pas un diagnostic intellectuel, mais une création conjointe du sens.

    « The consultant must listen to the ‘quejío’ (the lament) born from the ‘quiebra’ (the breakdown) of the client’s vital structure… The practitioner does not give answers, but helps the client construct his own poetic vision of his world »

    [Traduction] : « Le consultant doit être à l’écoute du quejío (la plainte/la lamentation) issu de la quiebra (la rupture/l’effondrement) de la structure vitale du client… Le praticien ne donne pas de réponses, mais aide le client à construire sa propre vision poétique de son monde ».

C. Dialectique, altérité et négativité socratique (Oscar Brenifier)

Oscar Brenifier formalise la pratique philosophique comme un exercice dialectique de confrontation du sujet à l’altérité et à la contrainte logique.

  • Tridimensionnalité de la matérialité/altérité :

    Selon Brenifier, la pensée ne devient philosophique que lorsqu’elle se heurte à une résistance externe (matérialité). Il identifie trois formes d’altérité :

    1. Le Monde / Les choses (les données empiriques et les croyances reçues).

    2. L’Autre (alter ego) (l’interlocuteur qui met en évidence les aveuglements du sujet).

    3. L’Unité du discours / Le Logos (les principes logiques de non-contradiction et de cohérence).

    « Materiality is that which opposes the subjective ego. It is the encounter with that which resists our immediate opinion, whether it is the coherence of the logos, the presence of the other, or the nature of things »

    [Traduction] : « La matérialité est ce qui s’oppose à l’ego subjectif. C’est la rencontre avec ce qui résiste à notre opinion immédiate, qu’il s’agisse de la cohérence du logos, de la présence de l’autre ou de la nature des choses ».

  • Processus triparti de la démarche philosophique :

    • Identification : Prise de conscience des prémisses impensées du discours.

    • Critique : Mise à distance du soi par l’adoption de la perspective de l’altérité.

    • Conceptualisation : Élaboration de notions capables de dépasser les apories initiales.

  • L’estrangement existentiel (Alienation) :

    Pour Brenifier, l’exercice critique implique un processus nécessaire d’auto-aliénation ou d’estrangement intellectuel.

    « To submit any given idea of mine to the practice of criticism is to become other than myself. It is therefore to alienate or estrange me from myself… »

    [Traduction] : « Soumettre une idée qui est la mienne à la pratique de la critique, c’est devenir autre que moi-même. C’est donc m’aliéner ou m’étranger à moi-même… ».

D. Dispositifs pédagogiques : Le « Thought Work » (Drew Chastain)

Drew Chastain formalise une méthodologie d’auto-investigation appliquée au milieu académique et universitaire, intitulée « Thought Work » (Travail de la pensée).

  • Inversion du paradigme pédagogique classique :

    Le dispositif substitue aux travaux académiques d’exégèse traditionnelle une réflexion philosophique guidée et ancrée dans une problématique réelle de l’étudiant.

    « The ‘Thought Work’ project asks students to apply philosophical tools and resources to an issue or concern that holds genuine personal relevance in their own lives »

    [Traduction] : « Le projet « Thought Work » demande aux étudiants d’appliquer des outils et des ressources philosophiques à une question ou une préoccupation ayant une véritable pertinence personnelle dans leur propre vie ».

  • Triangulation méthodologique :

    Le processus impose à l’apprenant :

    1. La définition d’un objectif de clarification existentielle ou cognitive.

    2. La sélection articulée de ressources diverses (textes philosophiques, dialogues, écriture réflexive).

    3. L’évaluation critique de l’impact de ces ressources sur la transformation de la posture initiale de l’esprit.

3. Synthèse de la typologie des méthodes présentées dans l’ouvrage

Auteur / Contributeur Ancrage théorique Concept-clé Modalité de la pratique
Pia Hverven Axell Herméneutique (Ricœur) & Existentialisme (Sartre, Kierkegaard) Identité narrative (Idem/Ipse) Alignement existentiel et authenticité du leadership
José Barrientos Rastrojo Raison poétique (María Zambrano) & Esthétique Poiesis & Écoute de la Quiebra Consultation poïétique et herméneutique de la souffrance
Oscar Brenifier Maïeutique socratique & Dialectique platonicienne Altérité / Estrangement de la pensée Confrontation critique et déconstruction des certitudes
Drew Chastain Philosophie appliquée & Pédagogie active Thought Work Auto-investigation structurée et intégration académique

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Article # 301 – Être praticien en philosophie / Philosophischer Praktiker sein, Detlef Staude, Philopraxis.ch, 2013

RAPPORT DE LECTURE


STAUDE, Detlef. Philosophischer Praktiker sein [Être praticien en philosophie]. Transcription de conférence / Essai inédit, s. l., s. d., Philopraxis.ch, 2013, 3 p.


Notice bibliographique

  • Auteur : Detlef Staude

  • Titre : Philosophischer Praktiker sein (Être praticien en philosophie)

  • Type de document : Transcription de conférence / Essai de réflexion professionnelle

  • Thématiques principales : Pratique philosophique, éthique aristotélicienne, souci de soi (epimeleia heautou), authenticité existentielle.

Ce rapport de lecture propose une analyse rigoureuse et fidèle du texte de la conférence intitulée Philosophischer Praktiker sein. Conformément aux exigences méthodologiques de niveau universitaire supérieur, cette étude s’articule autour des concepts clés développés par l’auteur, s’appuyant systématiquement sur des citations textuelles bilingues (allemand/français) afin d’éviter toute interprétation indue.

1. Introduction : La problématique de l’identité et de l’unité dans la diversité

L’auteur ouvre sa réflexion en soulignant la difficulté inhérente à l’analyse de sa propre profession par manque de distance critique. Il constate un paradoxe : malgré la grande diversité des parcours, des méthodes et des orientations des praticiens, tous se rassemblent sous la même bannière de la « pratique philosophique » (Philosophische Praxis).

L’enjeu du texte est de dégager le noyau commun de cette pratique et son impact direct sur l’existence même du praticien :

« Diese grosse Vielfalt hat also doch etwas gemein, etwas, das uns wichtig ist, obwohl wir es nur schwer definieren können und obwohl es für jeden von uns in seiner Berufsausübung Anderes bedeutet. Auf dieses Gemeinsame und seine Auswirkungen auf unser Leben als Philosophische Praktikerinnen und Praktiker möchte ich eingehen. »

(« Cette grande diversité a pourtant quelque chose en commun, quelque chose qui nous tient à cœur, bien que nous ayons du mal à le définir et bien qu’il signifie autre chose pour chacun de nous dans l’exercice de sa profession. C’est sur ce point commun et ses répercussions sur notre vie en tant que praticiennes et praticiens de la philosophie que je souhaite revenir. »)

2. Typologie de l’activité humaine : Praxis, Poiesis et Spiel

Pour définir la pratique philosophique, l’auteur convoque l’appareil conceptuel d’Aristote (complété par Schiller) et distingue trois modalités de l’agir humain :

  1. La pure praxis : Les activités qui portent leur fin en elles-mêmes (ex. se promener, habiter, philosopher). Le sens n’est pas subordonné à l’atteinte d’un but ultérieur. La vie elle-même relève de la praxis.

  2. La poiesis : Les activités orientées vers un but, la fabrication, la production de moyens en vue d’une fin (souvent liées à la survie).

  3. Le jeu (das Spiel) : Introduit par Schiller, le jeu se situe à l’intersection de la praxis et de la poiesis. C’est une activité créatrice et culturelle où l’on se fixe des objectifs de manière ludique sans qu’aucune survie matérielle n’en dépende.

L’auteur montre que la pratique philosophique se situe au carrefour de ces trois catégories, ce qui explique la difficulté à la définir professionnellement :

« Als Philosophischer Praktiker weiss man nie so recht zu sagen, was man da eigentlich beruflich macht. Das liegt daran, dass im aristotelischen Sinn Philosophische Praxis natürlich ein Erwerb, also poiesis, Mittel zum Zweck, ist. Aber sie ist eben eigentlich gerade das nicht. Recht eigentlich kann sie ja nur praxis sein […] »

(« En tant que praticien de la philosophie, on ne sait jamais trop comment décrire ce que l’on fait réellement comme métier. Cela s’explique par le fait que, au sens aristotélicien, la pratique philosophique est bien sûr un gagne-pain, donc une poïesis, un moyen en vue d’une fin. Mais, à proprement parler, elle n’est justement pas cela. À vrai dire, elle ne peut être que praxis […] »)

La relation thérapeutique ou dialogique n’est pas une prestation technique vendue contre rémunération pour résoudre un problème ciblé ; elle est une invitation à un dialogue d’égal à égal, stimulant la vitalité et la vigilance intellectuelle. Elle s’inscrit également dans le « jeu » (Spiel) par l’invention constante de nouveaux formats pour diffuser ce dialogue.

3. Le cœur de la pratique philosophique : Le souci de soi (Epimeleia heautou)

Le texte identifie la finalité ultime de la pratique philosophique non pas comme une simple recherche d’orientation ou de sens, mais, de manière plus fondamentale et historique, comme une invitation au souci de soi (epimeleia heautou).

Hérité de l’Antiquité grecque, le souci de soi impose de ne pas se laisser aller, de travailler sur soi, de se questionner et de prendre la responsabilité de sa propre existence (pensées, corps, émotions). Dans une époque contemporaine désillusionnée, débarrassée des grands systèmes de croyances et des idéologies, l’individu est renvoyé à lui-même. Le souci de soi n’est pas une injonction au changement superficiel, mais une prise de conscience lucide de sa présence au monde :

« Philosophieren als Bemühen, sein Verständnis in dieser Welt zu finden, sich nicht mit trügerischen Gewissheiten zufrieden zu geben, sich um sich – und so auch um Andere – zu kümmern. Philosophische Praxis ist paradigmatisch gelebte Selbstsorge. »

(« Philosopher comme effort pour trouver sa propre compréhension de ce monde, pour ne pas se satisfaire de certitudes trompeuses, pour prendre soin de soi – et ainsi également des autres. La pratique philosophique est, de manière paradigmatique, le souci de soi vécu au quotidien. »)

4. L’exigence ontologique et éthique du praticien

La thèse centrale et la plus exigeante du texte réside dans l’indivisibilité entre la vie personnelle du praticien et son activité professionnelle. Contrairement à d’autres professions à visée purement technique ou poïétique (comme l’installateur/plombier, le conseiller fiscal ou le médecin, où seule l’efficacité technique objective importe), le praticien en philosophie doit engager sa propre existence.

Pour guider autrui sur la voie du souci de soi, le praticien doit lui-même être engagé dans une recherche de vérité et de cohérence existentielle :

« Doch für den Philosophischen Praktiker gilt: Er muss nicht nur seine Arbeit gut machen, sondern auch als Mensch überzeugen, man muss spüren, dass er oder sie auf dem Weg zur Wahrhaftigkeit des eigenen Seins, zum Übereinstimmen von Denken, Sprechen und Tun, von Anspruch und Lebenswirklichkeit ist. »

(« Mais pour le praticien de la philosophie, la règle est la suivante : il ne doit pas seulement bien faire son travail, il doit aussi convaincre en tant qu’être humain ; on doit sentir qu’il ou elle est sur le chemin de la vérité de son propre être, vers l’adéquation entre la pensée, la parole et l’action, entre l’exigence intellectuelle et la réalité de la vie. »)

Cette démarche se nourrit d’une circularité vertueuse : le travail sérieux au sein de la profession affine la compréhension que le praticien a de sa discipline, ce qui nourrit son propre souci de soi. En retour, un souci de soi authentique enrichit la qualité de sa pratique philosophique. Dans cette quête de croissance personnelle et professionnelle, les « partenaires d’entraînement » (Sparringpartner) privilégiés sont les clients (ou invités), les amis, mais surtout les pairs (autres praticiens) capables d’offrir la contradiction et le défi intellectuel nécessaires.

Conclusion

Le texte de cette conférence définit le praticien en philosophie non pas comme un prestataire de services intellectuels, mais comme le représentant d’une forme de vie (Lebensform). En ancrant la Philosophische Praxis dans la pure praxis aristotélicienne et l’éthique antique de l’epimeleia heautou, l’auteur rappelle que l’efficacité du dialogue philosophique dépend de l’authenticité existentielle de celui qui le guide. C’est cette recherche constante de cohérence entre le dire, le penser et le faire qui constitue l’essence même de l’identité du praticien.


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Article # 265 – La pleine conscience philosophique : un essai sur l’art de philosopher / Philosophical Mindfulness: An Essay about the Art of Philosophizing, Michael Noah Weiss, 2016

Michael Noah Weiss est professeur associé au Département des sciences de l'éducation de l'Université du Sud-Est de la Norvège. Il est titulaire d'un doctorat en philosophie, a dirigé la publication de « The Socratic Handbook » (Le Manuel socratique) et est l'ancien vice-président de la Société norvégienne de pratique philosophique. Source : ICPP 2023 - 17e Conférence internationale sur la pratique philosophique
Michael Noah Weiss est professeur associé au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Sud-Est de la Norvège. Il est titulaire d’un doctorat en philosophie, a dirigé la publication de « The Socratic Handbook » (Le Manuel socratique) et est l’ancien vice-président de la Société norvégienne de pratique philosophique. Source : ICPP 2023 – 17e Conférence internationale sur la pratique philosophique

Source principale de cet article

WEISS, Michael Noah (2017). « Philosophical Mindfulness: An Essay about the Art of Philosophizing ». HASER. Revista Internacional de Filosofía Aplicada, nº 8, pp. 91-123[cite: 3]. DOI : http://doi.org/10.12795/HASER/2017.18.04

Au sujet de Michael Noah Weiss

Michael Noah Weiss est un enseignant-chercheur, auteur et praticien de la philosophie, spécialisé dans la philosophie de l’éducation, la pédagogie des adultes et les pratiques philosophiques appliquées (comme le dialogue socratique).

Voir à la fin de l’article pour en savoir plus


Le facilitateur de philosophie : un musicien de jazz de l’existence

Qu’est-ce qui sépare un dialogue philosophique ennuyeux d’une discussion qui transforme profondément ses participants ? À première vue, on pourrait penser qu’il s’agit d’une affaire de méthode : il suffirait d’appliquer la bonne vieille méthode socratique, de suivre un protocole strict et de distribuer la parole avec équité. C’est l’illusion de la pure technique, ce que les Grecs anciens appelaient la techné.

Pourtant, dans son article novateur intitulé Philosophical Mindfulness, le chercheur Michael Noah Weiss nous invite à dépasser cette vision mécanique. Pour lui, l’animation d’un dialogue philosophique n’est pas un travail d’artisanat, c’est un art de l’improvisation qui s’apparente à une performance de jazz.

La métaphore du guitariste virtuose

Weiss nous propose une métaphore éclairante : nous avons tous déjà entendu un musicien techniquement irréprochable, capable d’enchaîner les notes à une vitesse folle, mais dont le jeu laissait totalement indifférent. Il ne manquait aucune note, et pourtant, l’étincelle n’y était pas. À l’inverse, certains musiciens moins académiques parviennent à bouleverser leur public dès les premiers accords.

Il en va de même pour la philosophie pratique. Un animateur peut avoir une connaissance encyclopédique des textes et maîtriser les rouages de la communication, si l’attitude humaine et éthique fait défaut, le dialogue restera stérile. Parce qu’un dialogue authentique est par définition vivant et imprévisible, le facilitateur doit être capable d’improviser. Non pas au sens de « faire n’importe quoi », mais au sens jazzistique : savoir réagir de manière créative et harmonieuse à l’inattendu.

La « Pleine Conscience » philosophique

Pour définir la qualité humaine requise chez le praticien, Michael Noah Weiss ressuscite un concept aristotélicien : la phronesis (la sagesse pratique), qu’il choisit de traduire par « mindfulness philosophique » (ou pleine conscience). Loin de la simple technique de relaxation à la mode, cette pleine conscience est une posture d’attention totale à la situation présente.

Elle se compose de deux piliers fondamentaux :

  1. La réflexion critique : L’animateur doit surveiller ses propres biais, ses pensées et ses impatiences intellectuelles.

  2. Le caring (la sollicitude) : C’est une dimension éthique d’écoute profonde. Animer, c’est prendre soin des idées de l’autre, accueillir ses doutes, ses peurs et ses intuitions sans jamais le juger ni chercher à briller à ses dépens.

C’est cette posture, incarnée historiquement par Socrate, qui crée un espace de sécurité éthique où la pensée collective devient possible.

Une activité qui ne sert à rien… et c’est pour cela qu’elle est essentielle

La thèse la plus radicale de Weiss réside dans sa défense de la philosophie comme une praxis, c’est-à-dire une activité qui trouve sa fin en elle-même. Il s’oppose ainsi à la poiesis, les actions menées en vue d’un résultat extérieur. La thérapie cherche à guérir ; le coaching cherche à optimiser une performance ou à résoudre un problème ciblé. La philosophie, elle, ne cherche rien d’autre qu’à explorer l’esprit humain.

Weiss compare le dialogue philosophique à une promenade en forêt. On ne marche pas dans les bois pour atteindre une destination précise, on marche pour le simple plaisir d’être dans la nature. Certes, il arrive parfois qu’au détour d’un sentier, une solution à nos problèmes professionnels surgisse spontanément dans notre esprit. Mais ce n’est qu’un effet secondaire, un cadeau accidentel de la marche. Si vous transformez la promenade en une course de vitesse chronométrée pour perdre du poids, la magie de la forêt s’évanouit.

En voulant à tout prix vendre la philosophie comme un outil de « résolution de problèmes » ou de « gestion du stress », les praticiens modernes risquent de lui faire perdre son âme. La véritable valeur de la philosophie pratique réside dans sa gratuité : elle offre un espace rare de liberté, loin de la tyrannie du rendement et de l’obligation de résultat. Pour mener un bon dialogue, l’animateur doit donc accepter de ne rien vouloir « produire », mais accepter de se tenir, aux côtés des participants, dans la posture humble de celui qui cherche.


Au sujet de l’auteur

Michael Noah Weiss est un enseignant-chercheur, auteur et praticien de la philosophie, spécialisé dans la philosophie de l’éducation, la pédagogie des adultes et les pratiques philosophiques appliquées (comme le dialogue socratique).

Profil académique et universitaire

  • Éducation : Originaire d’Autriche, il a fait ses études universitaires à l’Université de Vienne, où il a obtenu un master, puis un doctorat (Dr. phil.) en philosophie des sciences en 2007.

  • Professeur au sein de l’USN : Il est professeur au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Sud-Est de la Norvège (University of South-Eastern Norway – USN). Ses enseignements et ses compétences couvrent la philosophie des sciences, l’éducation des adultes, la philosophie de l’éducation et la didactique du dialogue.

Spécialiste de la « Philosophie pratique »

Michael Noah Weiss s’est fait connaître à l’échelle internationale pour ses contributions théoriques et pratiques à la philosophie appliquée (le fait d’utiliser la philosophie en dehors des cercles académiques, dans la vie courante et professionnelle).

  • Recherche réflexive : Ses recherches portent sur la manière dont le dialogue philosophique peut aider à développer la phronesis (la sagesse pratique aristotélicienne), les compétences de vie (life skills) et la citoyenneté démocratique chez les étudiants et les adultes.

  • Le manuel socratique : Il est notamment le directeur de publication (éditeur) de l’ouvrage de référence The Socratic Handbook: Dialogue Methods for Philosophical Practice (Le Manuel Socratique, 2015), qui réunit différentes méthodologies de dialogue philosophique.

  • Engagement associatif : Il a été le vice-président de la Société norvégienne de pratique philosophique (Norwegian Society for Philosophical Practice).

Thèse principale (en lien avec le texte étudié)

Comme le montre l’article « Wise Up ! » (2017) que vous avez partagé, sa ligne directrice consiste à sortir la philosophie pratique de l’ombre de la psychologie et de la thérapie. Il défend fermement l’idée que s’asseoir avec un philosophe praticien ne sert pas à « soigner » un trouble mental (ce qui relève de la médecine), mais s’inscrit dans un processus éducatif continu et existentiel visant à cultiver l’émerveillement et l’humilité face à ce que l’on ne sait pas.

(Note : Ne pas le confondre avec Michael Weiss, un journaliste d’investigation et auteur américain spécialisé dans les affaires internationales et la Russie, qui est une tout autre personne).


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