Voici un rapport de lecture approfondi et rigoureusement structuré analysant les contributions majeures du volume 7 (2023) de la revue Tetsugaku, consacré au thème de la Pratique Philosophique (Philosophical Practice). Ce rapport respecte scrupuleusement les données textuelles fournies, sans extrapolation, et intègre des citations bilingues pour en garantir la fidélité académique.
Introduction générale du volume
Le volume 7 de Tetsugaku s’inscrit dans un continuum thématique direct avec les deux numéros précédents : le volume 5 dédié au « Soin » (Care) en 2021 et le volume 6 dédié à la « Catastrophe » (Catastrophe) en 2022. Comme le souligne la préface de BABA Tomokazu, la pratique philosophique au Japon s’est fortement développée hors des cercles académiques au cours de la dernière décennie. Ce mouvement a été stimulé à la fois par l’essor des cafés philosophiques urbains et par les réformes éducatives du ministère de l’Éducation (MEXT) visant un « apprentissage profond, interactif et proactif » pour surmonter l’incertitude sociétale (l’ère VUCA) née des catastrophes comme celle du 11 mars 2011.
1. Analyse de l’article de Susan T. Gardner
Education After Auschwitz: Take Two
Résumé et Thèse Centrale
Susan T. Gardner réactualise le plaidoyer formulé en 1966 par Theodor Adorno dans son essai « L’éducation après Auschwitz ». Elle soutient que les tendances à la barbarie (tribalisme, conformisme, pensée de groupe) restent biologiquement ancrées chez l’être humain et continuent de menacer nos sociétés démocratiques. La thèse de Gardner est que la seule véritable immunisation contre cette barbarie réside dans le renforcement de l’autonomie critique par une éducation dialogique structurée, inspirée notamment de la Philosophy for Children (P4C).
Développement et Arguments Factuels
La propension biologique au tribalisme : En s’appuyant sur les travaux de Joshua Greene et de Paul Bloom, l’autrice rappelle que les êtres humains sont évolutivement programmés pour favoriser leur propre groupe (Us) au détriment des autres (Them). La rationalité est alors souvent détournée pour filtrer les informations discordantes afin de rationaliser des biais idéologiques préexistants.
La structure de l’éducation de l’autonomie : Gardner insiste sur le fait que l’autonomie n’est pas le simple non-conformisme individualiste (qui peut s’avérer tout aussi dogmatique), mais la soumission volontaire de sa propre pensée à la force de la raison objective et impartiale.
Les garde-fous éducatifs face aux modèles dominants :
Critique de l’éducation hiérarchique : Le modèle traditionnel du « sage sur scène » (sage on the stage) est inefficace pour former l’autonomie, car il habitue l’élève à ingérer des messages d’autorité plutôt qu’à évaluer leur valeur de vérité.
Critique de la promotion de l’empathie : Contrairement aux idées reçues, Gardner (rejoignant Paul Bloom) critique les programmes centrés uniquement sur l’empathie. L’empathie fonctionne comme un projecteur à faisceau étroit et peut biaiser le jugement moral en faveur d’un individu au détriment du collectif, là où une compassion rationnelle distancée s’avère bien plus juste.
Citations Textuelles Illustratives
« The premier demand upon all education is that Auschwitz not happen again. » / « La demande première imposée à toute éducation est qu’Auschwitz ne se reproduise plus. »
« Autonomy indeed requires conformity, but conformity to the demanding force of objective or impartial reasoning. » / « L’autonomie exige en effet une forme de conformité, mais une conformité à la force exigeante du raisonnement objectif ou impartial. »
Notice Bibliographique
GARDNER, Susan T. « Education After Auschwitz: Take Two ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 13–34.
2. Analyse de l’article de Peter B. Raabe
On Self-Defeating ‘Mental Viruses’: An Interdisciplinary Study in Philosophy, Psychiatry, & Mental Healthcare
Résumé et Thèse Centrale
Peter B. Raabe remet radicalement en question le paradigme réductionniste de la psychiatrie biologique contemporaine (ou bio-psychiatrie). Il soutient que la détresse mentale, qualifiée à tort de « maladie mentale », relève d’abstractions conceptuelles, de conflits existentiels ou de traumatismes environnementaux plutôt que de dysfonctionnements organiques ou de « déséquilibres chimiques » cérébraux. À l’aide de la métaphore du « virus mental », Raabe démontre que la thérapie par la parole (talk therapy), ancrée dans le dialogue philosophique et la logique informelle, s’avère plus efficace et moins nocive que les traitements psychotropes.
Développement et Arguments Factuels
L’erreur de catégorie esprit/cerveau : En convoquant Berkeley, Ryle et Damasio, Raabe rappelle que le cerveau est le support physique (le livre), tandis que l’esprit est l’activité cognitive non matérielle (l’histoire). Attribuer des intentions ou des sentiments au cerveau biologique constitue une erreur de catégorie majeure.
L’étude de cas (Khalida) : L’auteur illustre son propos par le cas clinique d’une étudiante brillante en philosophie, expulsée temporairement pour ses désaccords passionnés avec un professeur paternaliste. Diagnostiquée hâtivement par le psychiatre de l’université comme souffrant de dépression clinique, d’anxiété et de paranoïa, elle a vu sa détresse exacerbée par des médicaments qui altéraient sa perception. Quelques séances de consultation philosophique axées sur la déconstruction de ses jugements et la distinction entre sa responsabilité et l’injustice institutionnelle ont permis d’éliminer ces « virus mentaux » autodestructeurs.
La logique informelle contre les virus mentaux : Raabe inclut un appendice détaillant les paralogismes (fallacies) qui obscurcissent le raisonnement des patients et génèrent des souffrances (fausse analogie, conclusion hâtive, pente glissante, etc.). La philosophie agit ici comme un agent antiviral en restaurant l’autonomie cognitive et l’autosuffisance du sujet.
Citations Textuelles Illustratives
« Biochemical formulas are only effective within biological tissues, while ‘mental illnesses’ and mental viruses are non-biological metaphors. » / « Les formules biochimiques ne sont efficaces qu’au sein des tissus biologiques, alors que les ‘maladies mentales’ et les virus mentaux sont des métaphores non biologiques. »
« A dose of philosophy generates no negative side-effects, and does not leave the patient to deal with agonizing withdrawal symptoms. » / « Une dose de philosophie ne génère aucun effet secondaire négatif et ne laisse pas le patient face à de douloureux symptômes de sevrage. »
Notice Bibliographique
RAABE, Peter B. « On Self-Defeating ‘Mental Viruses’: An Interdisciplinary Study in Philosophy, Psychiatry, & Mental Healthcare ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 35–54.
3. Analyse de l’article de NISHIMURA Takahiro
Words as « Fibers of the Mind »: « Re-narrative » of the Earthquake Disaster through Philosophical Dialogue
Résumé et Thèse Centrale
Nishimura Takahiro explore les possibilités de la pratique philosophique au sein des zones dévastées par le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon du 11 mars 2011. S’appuyant sur l’écrivain Yo Henmi et le philosophe Kiyokazu Washida, il avance que la crise la plus profonde après une catastrophe d’une telle ampleur est le « manque de mots » ou le « vide verbal » pour exprimer l’indicible. L’objectif des « cafés philosophiques » mis en place à Sendai (Thinking Table) est d’offrir un espace horizontal sécurisé permettant aux survivants de retrouver les mots considérés comme les « fibres de l’esprit », indispensables pour reconstruire leur vision du monde brisée.
Développement et Arguments Factuels
La nécessité de la re-narration : La perte de repères fondamentaux et de proches pousse les individus vers un déséquilibre existentiel profond. Washida explique que les émotions se tissent à travers les mots ; sans eux, la douleur reste informe et impossible à apaiser.
Le traitement de la culpabilité des survivants : Au cours de plus de 70 sessions organisées depuis 2011, le thème récurrent a été la culpabilité intense éprouvée par les rescapés face à ceux qui ont été emportés par le tsunami. Le café philosophique permet de verbaliser cette dette morale sans l’enfermer instantanément sous l’étiquette clinique ou réductionniste de « culpabilité du survivant ».
La structure de la méthodologie dialogique : L’auteur formalise le déroulement des séances en 7 étapes précises :
Mise en place d’un espace de dialogue horizontal sans hiérarchie.
Choix de thèmes ancrés dans la vie quotidienne.
Garantie de la sécurité intellectuelle des participants.
Processus de prise de parole, d’écoute bienveillante et de critique (krinein, diviser/distinguer).
Partage et extraction collective de mots-clés conceptuels.
Examen minutieux et mise à distance critique de ces mots-clés.
Établissement d’un « axe de référence » conceptuel provisoire (au tableau) sans recherche de consensus forcé.
Citations Textuelles Illustratives
« Emotions are woven with words, and without words, all emotions would be amorphous and indistinguishable. » / « Les émotions sont tissées avec des mots, et sans mots, toutes les émotions seraient amorphes et indistinctes. »
« We should not rephrase this guilt using technical terms such as « survivor’s guilt » and pretend to comprehend it. » / « Nous ne devrions pas reformuler cette culpabilité en utilisant des termes techniques tels que ‘la culpabilité du survivant’ pour prétendre la comprendre. »
Notice Bibliographique
NISHIMURA, Takahiro. « Words as ‘Fibers of the Mind’: ‘Re-narrative’ of the Earthquake Disaster through Philosophical Dialogue ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 55–76.
4. Analyse de l’article de MURASE Tomoyuki
What makes us P4C teachers?
Résumé et Thèse Centrale
Murase Tomoyuki s’interroge sur la nature de la compétence spécifique requise pour être un enseignant efficace au sein du programme Philosophy for Children (P4C). Enseignants et élèves y bâtissent ensemble une Communauté de Recherche (Community of Inquiry, CoI). L’auteur s’appuie sur la distinction théorique de Gilbert Ryle entre « savoir-que » (knowing-that) et « savoir-faire » (knowing-how). Sa thèse centrale est que l’attribut distinctif d’un enseignant de P4C n’est pas la connaissance propositionnelle de la philosophie académique, mais une compétence intelligente et adaptative qu’il nomme le savoir-faire du questionnement (Questioning Know-How, QKH).
Développement et Arguments Factuels
Limites du savoir philosophique propositionnel : Si l’approche par les contenus philosophiques classiques (justice, esprit, vérité) est importante, la simple érudition académique ne garantit pas la capacité à animer une CoI. Le savoir propositionnel décrit des états de fait mais n’offre aucun levier méthodologique pour faciliter une discussion dynamique.
Les deux dimensions du Knowing-How : Le QKH combine une dimension pratique (ajuster ses interventions en fonction des retours complexes du groupe) et une dimension épistémique (l’acquisition d’une « oreille philosophique »). Cette oreille permet de percevoir la portée philosophique sous-jacente des propos parfois maladroits des enfants.
La double nature paradoxale du QKH : Le savoir-faire du questionnement possède une double valence :
Un aspect intelligent : Formuler la bonne question au bon moment et clarifier les axes de recherche.
Un aspect ignorant : Adopter une posture socratique de non-savoir, car l’ignorance authentique face à l’inconnu est la condition même de la continuité de la recherche. Les questions d’évaluation traditionnelles des enseignants ne sont donc pas de vraies questions philosophiques.
Citations Textuelles Illustratives
« The ‘something’ that P4C teachers should have belongs to the category of knowing-how or intelligent skills, not the propositional knowledge of academic philosophy. » / « Le ‘quelque chose’ que les enseignants de P4C doivent posséder appartient à la catégorie du savoir-faire ou des compétences intelligentes, et non à la connaissance propositionnelle de la philosophie académique. »
« The paradoxical nature of QKH is interesting in itself […] those who possess QKH are the ‘intelligent ignorant’. » / « La nature paradoxale du QKH est intéressante en soi […] ceux qui possèdent le QKH sont les ‘ignorants intelligents’. »
Notice Bibliographique
MURASE, Tomoyuki. « What makes us P4C teachers? ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 79–96.
5. Analyse de l’article de Nimet KÜÇÜK
The Role of Experience for the Participants in Socratic Dialogue
Résumé et Thèse Centrale
Nimet Küçük examine le rôle de l’expérience vécue au sein du Dialogue Néo-Socratique (NSD) formalisé dans la tradition de Leonard Nelson et Gustave Heckmann. Le NSD est une enquête philosophique collective rigoureuse où les participants partent obligatoirement d’un exemple concret extrait de leur vie réelle pour répondre à une question philosophique générale. Küçük démontre que l’expérience vécue sert de fondement indispensable au processus d’abstraction régressive. Ce parcours permet d’extraire les principes conceptuels obscurs qui guident nos jugements quotidiens.
Développement et Arguments Factuels
La structure opérationnelle du NSD : Contrairement aux débats académiques, le NSD interdit l’usage d’exemples hypothétiques ou d’expériences de pensée. Les participants doivent raconter un événement réel, complet et clos où ils ont été acteurs et non simples spectateurs. Le groupe sélectionne ensuite par consensus un seul exemple qui servira de base de falsification et de clarification tout au long du processus, lequel peut durer plusieurs jours.
Le concept d’Elenchus de groupe : Inspiré de Platon, le NSD confronte les préjugés et les incohérences de l’opinion superficielle par l’examen minutieux de l’exemple. Ce moment de réfutation ou de honte constructive génère la conscience collective de l’ignorance, point de départ incontournable de la recherche de la vérité.
L’abstraction régressive : En inversant le processus logique habituel (qui part des prémisses pour déduire les conséquences), la méthode régressive part du jugement d’expérience singulier pour remonter vers la proposition générale ou le principe métaphysique fondamental sur lequel repose ce jugement.
Citations Textuelles Illustratives
« Concepts without content are empty […] the term content refers to empirical content. » / « Les concepts sans contenu sont vides […] le terme contenu fait ici référence au contenu empirique. »
« The regressive method consists in rooting the consequence in experience by asking participants to describe an actual event in which they experienced their belief. » / « La méthode régressive consiste à enraciner la conséquence dans l’expérience en demandant aux participants de décrire un événement réel au cours duquel ils ont fait l’expérience de leur croyance. »
Notice Bibliographique
KÜÇÜK, Nimet. « The Role of Experience for the Participants in Socratic Dialogue ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 97–106.
6. Analyse de l’article de Flavia Baldari
Does Philosophical Practice Help? An Inquiry through a Philosophical Dialogue in Medical Settings
Résumé et Thèse Centrale
Flavia Baldari interroge le statut de la pratique philosophique en tant que profession d’aide au sein des milieux de la santé. Elle prend pour objet d’étude l’OncoloCafé, un café philosophique fondé en 2016 à l’hôpital universitaire d’Osaka pour les patients atteints de cancer ou de maladies incurables (comme la SLA), leurs familles et les soignants. Baldari soutient que si la philosophie produit des effets bénéfiques indéniables sur le bien-être, elle ne saurait être qualifiée de « thérapeutique » au sens médical d’un traitement curatif à court terme. Son aide est indirecte : elle offre un cadre phénoménologique permettant de restructurer le rapport du sujet à sa propre existence bouleversée par la maladie.
Développement et Arguments Factuels
La déstructuration existentielle par la maladie : En mobilisant la phénoménologie du « corps vécu » (Lived Body) d’Husserl et le concept de projection du Dasein chez Heidegger, l’autrice explique que la maladie ne se réduit pas à une défaillance organique isolée. L’annonce d’un cancer modifie radicalement les possibilités temporelles et relationnelles de l’individu, déstructurant totalement l’identité et la vision du monde antérieures du patient.
Le protocole de l’OncoloCafé : Pour rompre le dualisme rigide entre « bien portants » et « malades », les thèmes choisis à l’OncoloCafé ne portent jamais directement sur la pathologie, mais sur des concepts existentiels larges (ex. : « Qu’est-ce que le bonheur ? », « Que signifie faire de son mieux ? »). Le dialogue y est strictement horizontal : médecins et patients y disposent d’une dignité rationnelle égale.
Le passage de la narration à la réflexion : La narration biographique sert uniquement de point de départ pour ancrer la réflexion. Le rôle du facilitateur est de guider le groupe pour dégager une conscience partagée et de nouvelles significations, ce qui s’avère parfois inconfortable voire douloureux (en mettant l’individu face à l’imminence de sa mortalité) mais indispensable pour reconstruire de nouveaux appuis existentiels.
Citations Textuelles Illustratives
« The goal of a philosophical practice […] is, rather, to think together, to clarify our thoughts and narrations, or in other words, to try to understand and make sense of our lives and experiences. » / « Le but d’une pratique philosophique […] est plutôt de penser ensemble, de clarifier nos pensées et nos narrations, ou en d’autres termes, d’essayer de comprendre et de donner un sens à nos vies et à nos expériences. »
« It cannot be therapeutic if we understand its meaning as ‘relating to the treatment of disease or disorders by remedial agents or methods’. » / « Elle ne peut être thérapeutique si l’on entend par là ce qui ‘se rapporte au traitement d’une maladie ou de troubles par des agents ou des méthodes d’atténuation’. »
Notice Bibliographique
BALDARI, Flavia. « Does Philosophical Practice Help? An Inquiry through a Philosophical Dialogue in Medical Settings ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 106–123.
7. Analyse de l’article de Pablo Muruzabal Lamberti et K?NO Tetsuya
Fighting for Sophia: The Intimate Relationship between Martial Arts and Philosophy as a Way of Life
Résumé et Thèse Centrale
Les auteurs examinent les liens étroits et interculturels existant entre les arts martiaux et la philosophie envisagée comme mode de vie (philosophy as a way of life) en Grèce classique et dans le Japon féodal. S’appuyant sur les travaux de Pierre Hadot relatifs aux « exercices spirituels », ils défendent la thèse selon laquelle les arts martiaux (la lutte grecque ou le sabre japonais) constituent des exercices spirituels actifs fondamentaux. Loin d’être de simples techniques de violence ou de destruction, ces pratiques corporelles agissent comme des compléments indispensables à la dialectique conceptuelle pour harmoniser l’âme, tester les vertus cardinales et soutenir la quête de la sagesse (Sophia).
Développement et Arguments Factuels
La notion d’Ag?n (la lutte constructive) : En analysant Hésiode et la lecture qu’en fait Nietzsche, l’article distingue deux visages de la discorde : la haine destructrice (Eris) et l’émulation compétitive salutaire (Neid). C’est cette seconde force qui innerve le concept d’ag?n, cadre où s’inscrivent la gymnastique et la lutte au sein de la palestre. Pour Platon (lui-même lutteur émérite), la lutte debout incarne les valeurs de loyauté, de courage et d’endurance (perseverantia) nécessaires aux gardiens de la cité, la maîtrise du corps témoignant directement de la santé rationnelle de l’âme.
La philosophie du sabre de Yagy? Munenori : Dans le Japon de l’ère Tokugawa pacifiée, Munenori redéfinit le maniement du sabre à la lumière du zen (ichinyo, unité du sabre et du zen). Il substitue au sabre qui tue (setsunin t?) le sabre qui donne la vie (katsunin ken). Gagner ne consiste plus à terrasser l’adversaire par la force brute, mais à ajuster l’intervalle d’espace-temps (ma’ai) pour canaliser, esquiver et éveiller le mouvement de l’autre de manière bénéfique. Cette attention immédiate s’apparente au concept contemporain de « tact pédagogique ».
L’application contemporaine (Rotterdam Skillcity) : Le programme éducatif néerlandais RSC, conçu par Henk Oosterling, intègre la pratique du judo/aikido avec des leçons de philosophie socratique au sein de quartiers défavorisés. L’objectif est de développer une « spiritualité physique » globale et une autonomie relationnelle chez les enfants en les confrontant aux dimensions physiques et mentales du conflit.
Citations Textuelles Illustratives
« Martial arts and philosophy can both be seen as agonistic arts that share a concern for a perfection of order and form. » / « Les arts martiaux et la philosophie peuvent tous deux être considérés comme des arts agonistiques partageant le souci d’une perfection de l’ordre et de la forme. »
« In the practice of martial arts, the truth is in the pudding, one cannot take refuge in words, which can be a humbling and insightful experience. » / « Dans la pratique des arts martiaux, la vérité est dans le concret (l’action), on ne peut se réfugier dans les mots, ce qui peut s’avérer être une expérience d’humilité et d’introspection. »
Notice Bibliographique
MURUZABAL LAMBERTI, Pablo et K?NO, Tetsuya. « Fighting for Sophia: The Intimate Relationship between Martial Arts and Philosophy as a Way of Life ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 124–142.
8. Analyse de l’article de Felipe Cuervo Restrepo
A Sketch of Kogui Metaphysics
Résumé et Thèse Centrale
Felipe Cuervo Restrepo réalise un exercice de philosophie pratique interculturelle en traduisant les structures conceptuelles des mythes du peuple autochtone Kogui de Colombie à l’aide des outils formels de la logique modale et du réalisme modal contemporain. Sa thèse est que la métaphysique Kogui, loin d’être un ensemble d’allégories naïves ou relativistes, constitue un système perspectiviste rigoureux où la Réalité n’est autre que la Nature définie comme l’intersection trans-mondaine d’individus dotés de perspectives à la première personne.
Développement et Arguments Factuels
L’analyse philosophique des mythes Kogui : L’auteur extrait cinq principes directeurs de trois récits fondamentaux (la création de Gaulchováng, le voyage de Máma Nuhúna parmi les animaux et le masque de Duginávi):
La réalité est perspectivale (l’esprit premier ou alúna précède les objets factuels).
Ce perspectivisme n’est pas un relativisme absolu, car les entités restent réidentifiables à travers le changement de point de vue.
Les perspectives réelles dépassent le seul cadre du règne humain ou animal (ex. : la rivière qui se révèle être une femme capable d’aimer).
La multiplication et la découverte des perspectives constituent l’essence même de la connaissance vraie.
Il n’existe aucune réalité absolue indépendante ou « nouménale » en dehors de ces perspectives.
La sémantique des mondes possibles comme outil de traduction : Cuervo Restrepo utilise la désignation rigide de Kripke pour expliquer comment nous pouvons suivre l’identité d’un sujet (ex. : Tartini) dans plusieurs mondes possibles bien que ses attributs y changent du tout au tout. Dans l’analogie spatio-temporelle qu’il propose, les individus possèdent des extensions ou « parties modales ».
Implications éthiques : En refusant de lier le statut de « sujet éthique » à la possession exclusive de la rationalité factuelle humaine dans notre monde actuel, le système Kogui permet d’attribuer une subjectivité intrinsèque aux entités naturelles (montagnes, cours d’eau). Cela place de facto l’être humain sur un pied d’égalité morale absolue avec la Nature.
Citations Textuelles Illustratives
« The metaphysical worldview behind Kogui myths can be understood as advocating for a very specific kind of modal realism, in which different possible worlds […] actually intersect at individuals. » / « La vision métaphysique du monde qui sous-tend les mythes Kogui peut être comprise comme la défense d’un type très spécifique de réalisme modal, dans lequel les différents mondes possibles […] s’intersectent réellement au niveau des individus. »
« Lacking these traits in our actual world does not imply that an individual lacks subjectivity in all possible worlds. » / « Le fait de ne pas posséder ces traits dans notre monde actuel n’implique pas qu’un individu soit dépourvu de subjectivité dans tous les mondes possibles. »
Notice Bibliographique
RESTREPO, Felipe Cuervo. « A Sketch of Kogui Metaphysics ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 143–164.
9. Analyse de l’article de Leonardo Marques Kussler
Roots of philosophical hermeneutics in Gadamer’s reading of the Philebus: ethics, practical knowledge and understanding
Résumé et Thèse Centrale
L’auteur met en lumière les racines éthiques et platoniciennes de l’herméneutique philosophique de Hans-Georg Gadamer. Bien que la critique associe couramment les concepts fondamentaux de Wahrheit und Methode (1960) à la réappropriation gadamérienne de la phronesis aristotélicienne, Kussler démontre que cette assise éthique est déjà présente de manière décisive dans sa thèse d’habilitation de 1929 (Platos dialektische Ethik), consacrée au dialogue du Philèbe de Platon. La thèse centrale est que l’herméneutique comme « art de la compréhension » naît directement de la dialectique existentielle socrato-platonicienne, où la vérité survient non par une posture de domination théorique, mais au sein de l’interaction dialogique engagée entre les êtres humains.
Développement et Arguments Factuels
Le contexte de la rupture phénoménologique : Développée sous la supervision formelle de Heidegger à Marburg, la lecture gadamérienne du Philèbe s’écarte de l’approche néo-kantienne (qui privilégiait l’immortalité des Idées abstraites) pour envisager le dialogue comme une activité phénoménologique vivante. Gadamer s’éloigne cependant de Heidegger en refusant d’orienter la phronesis vers une pure ontologie de l’être, préférant l’enraciner dans la dynamique de la relation humaine et de l’éthique de l’altérité.
L’analyse du Philèbe : Le dialogue platonicien met en scène l’opposition entre la vie consacrée aux plaisirs physiques (Protarchos/Philèbe) et la vie vouée à la pure connaissance rationnelle (Socrate). La conclusion socratique est que la vie humaine authentiquement bonne réside dans une « vie mixte » (???? ???????), un alliage mesuré, proportionné et harmonieux entre raison et affect.
La fusion des horizons herméneutiques : Pour Gadamer, la structure de la dialectique platonicienne (division et combinaison d’arguments) préfigure le concept de « fusion des horizons ». Comprendre suppose l’acceptation de sa propre finitude et de ses préjugés (Vorurteile), afin de se laisser guider par la parole de l’interlocuteur, l’art de la mesure (Meßkunst) devenant ainsi le fondement d’une esthétique de l’existence où le dialogue authentique transforme l’être même des participants.
Citations Textuelles Illustratives
« Human understanding necessarily passes through the conversational interaction of human beings—and not through the deduction of a subject by a given object. » / « La compréhension humaine passe nécessairement par l’interaction conversationnelle des êtres humains — et non par la déduction d’un sujet à partir d’un objet donné. »
« The dialectics becomes ethics, for, in Gadamer’s view, it is about a conversation about shared understanding. » / « La dialectique devient éthique, car, selon Gadamer, il s’agit d’une conversation visant une compréhension partagée. »
Notice Bibliographique
KUSSLER, Leonardo Marques. « Roots of philosophical hermeneutics in Gadamer’s reading of the Philebus: ethics, practical knowledge and understanding ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 165–177.
10. Analyse de l’article de TANAKA Naomi
From Wonder to ‘Co-Existence’: Rosenzweig’s Concepts of Monologue and Dialogue
Résumé et Thèse Centrale
Tanaka Naomi mobilise la pensée dialogique du philosophe germano-juif Franz Rosenzweig (1886–1929) afin d’éclairer les fondements conceptuels du dialogue en P4C (Philosophy for Children). En théorisant l’opposition fondamentale entre le « monologue » philosophique traditionnel (de Thalès à Hegel) et le « dialogue » ancré dans la temporalité vécue, Rosenzweig démontre que la vérité n’est pas un système de connaissances universelles statiques que l’individu isolé peut s’approprier ou conclure. La thèse de Tanaka est que la véritable « co-existence » au sein d’une communauté de recherche philosophique émerge précisément lorsque les participants acceptent de partager l’inconnaissabilité d’une vérité conçue non comme un dogme, mais comme une question ouverte ou un « don ».
Développement et Arguments Factuels
La critique de la philosophie monologique : Rosenzweig reproche à l’histoire de la philosophie occidentale d’avoir extrait les objets de leur contexte temporel et existentiel réel pour en chercher abstraitement « l’essence » (ex. : se demander métaphysiquement « Qu’est-ce qu’essentiellement un gâteau ? » au lieu de l’expérimenter concrètement lors d’un anniversaire). Cette recherche solitaire produit une pensée figée et hostile à la vie.
La structure de l’appel et de la réponse : Le dialogue commence impérativement par l’interpellation de l’Autre. L’autrice rappelle la relecture de la Genèse faite par Rosenzweig : à la question de Dieu « Où es-tu ? », Adam échoue à entrer en dialogue car il se dérobe en rejetant la faute sur autrui à la troisième personne (« elle », « le serpent »), restant enfermé dans son Moi égoïste. C’est Abraham qui, appelé par son nom propre, initie le dialogue par un don de soi absolu en répondant « Me voici » (I am here), acceptant l’incertitude totale de la relation à l’Autre.
Application à la P4C : Dans une communauté de recherche avec les enfants, la question choisie collectivement incarne cette part de vérité insaisissable. Le dialogue n’est pas guidé par une logique pragmatique d’utilité immédiate, mais par le fait de s’installer durablement dans l’émerveillement et l’inconnu. C’est en partageant ce qu’ils ne comprennent pas que les enfants se confirment mutuellement comme des êtres équivalents et apprennent à coexister.
Citations Textuelles Illustratives
« We speak with others not because we recognize each other, but because we believe in their uncertainty. » / « Nous parlons avec les autres non pas parce que nous nous reconnaissons mutuellement, mais parce que nous croyons en leur incertitude. »
« By continuing through dialogue […] we can share this unknowability with others to imply that truth itself (the unknowable) ‘exists’, and at the same time, we can ‘co-exist’ with others. » / « En poursuivant à travers le dialogue […] nous pouvons partager cette inconnaissabilité avec les autres pour impliquer que la vérité elle-même (l’inconnaissable) ‘existe’, et en même temps, nous pouvons ‘coexister’ avec les autres. »
Notice Bibliographique
TANAKA, Naomi. « From Wonder to ‘Co-Existence’: Rosenzweig’s Concepts of Monologue and Dialogue ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, Special Theme: Philosophical Practice, August 2023, pp. 177–192.
11. Analyse de l’article hors-thème de NAKAYAMA Hirotaro
The Unity of Nature and the Regulative Use of Ideas in Kant’s Critique of Pure Reason
Résumé et Thèse Centrale
Nakayama Hirotaro résout un problème interprétatif classique posé par l’Appendice à la Dialectique Transcendantale de la Critique de la raison pure d’Immanuel Kant. Alors que le corps du texte kantien interdit formellement toute inférence a priori sur des objets non empiriques (les noumènes), l’appendice semble réintroduire la légitimité de l’idée d’une « unité de la nature » structurée rationnellement a priori. En rejetant à la fois les lectures réalistes (qui affirment que cette unité existe objectivement) et fictionnalistes (qui la réduisent à un simple « comme si » illusoire), Nakayama formule une lecture hypothétiste développée : l’unité de la nature est une croyance doctrinale (doctrinal belief), c’est-à-dire une hypothèse subjectivement nécessaire et a priori ancrée dans l’intérêt spéculatif intrinsèque de la Raison humaine.
Développement et Arguments Factuels
L’illusion du dilemme interprétatif : Les réalistes commettent l’erreur de transformer un principe régulateur de relation en une connaissance constitutive d’objets métaphysiques, réactivant le dogmatisme rationaliste. À l’inverse, les fictionnalistes forcent la raison à agir de manière contradictoire avec sa propre vocation (Bestimmung) en postulant une idée qu’ils savent fondamentalement fausse.
La nature de la Croyance Doctrinale (Doctrinal Belief) : Dans le chapitre du Canon, Kant distingue l’opinion, le savoir (justifié objectivement et subjectivement) et la croyance (justifiée subjectivement mais dépourvue de fondement objectif suffisant). La croyance pratique s’établit lorsqu’un agent se fixe un but et admet les moyens indispensables pour l’atteindre. Son analogue théorique est la croyance doctrinale (ex. : postuler l’existence d’extra-terrestres).
La spécificité a priori de l’unité de la nature : Contrairement aux hypothèses scientifiques contingentes et empiriques, l’hypothèse de l’unité de la nature est universelle et nécessaire pour le chercheur car elle provient de la structure a priori de la raison. Sans cette présupposition subjective d’une harmonie ou d’une puissance fondamentale cachée de la nature, la recherche scientifique perdrait toute cohérence logique et s’effondrerait.
Citations Textuelles Illustratives
« The ideas of reason are not used constitutively to cognize objects but used regulatively to lead our scientific investigation. » / « Les idées de la raison ne sont pas utilisées de manière constitutive pour connaître des objets, mais de manière régulatrice pour guider notre investigation scientifique. »
« The regulative assumption of the unity of nature is neither knowledge nor fiction, but an a priori and subjectively necessary hypothesis grounded in the nature of reason. » / « L’assomption régulatrice de l’unité de la nature n’est ni un savoir ni une fiction, mais une hypothèse a priori et subjectivement nécessaire, ancrée dans la nature même de la raison. »
Notice Bibliographique
NAKAYAMA, Hirotaro. « The Unity of Nature and the Regulative Use of Ideas in Kant’s Critique of Pure Reason ». Tetsugaku: International Journal of the Philosophical Association of Japan, Vol. 7, 2023, pp. 193–208.
Conclusion du rapport
Ce septième volume de la revue Tetsugaku démontre l’unité organique fondamentale de la recherche contemporaine en pratique philosophique. Qu’elle s’exerce sous la forme d’un soutien post-cataclysmique (Nishimura), d’un accompagnement en milieu hospitalier (Baldari), d’un affranchissement des diagnostics psychiatriques réductionnistes (Raabe), d’une éducation à l’autonomie citoyenne des mineurs (Gardner, Murase, Küçük, Lamberti/K?no, Tanaka), la discipline se détache systématiquement des formes purement discursives de l’académisme traditionnel pour s’affirmer pleinement comme un engagement existentiel, horizontal et éthique au cœur de la société civile.
La série de cinq entretiens réalisés par Marc-Antoine Vallée lève le voile sur le parcours d’un philosophe québécois qui jouit d’une reconnaissance internationale. Retraçant son itinéraire philosophique, à la lumière de ses recherches sur la tradition herméneutique et ses principaux représentants — Heidegger, Gadamer et Ricœur —, Jean Grondin livre une réflexion passionnante sur quelques-unes des facettes de la grande question du sens. Y a-t-il un sens qui serait immanent à la vie ? Comment l’art et la littérature articulent-ils notre expérience du sens ? Quelle est la contribution de la religion à la réflexion philosophique sur le sens ? Il ressort de ces entretiens un pari sur le sens qui récuse toute réduction nominaliste, constructiviste ou nihiliste du sens à une réalité simplement illusoire, construite ou factice.
Docteur en philosophie de l’Université de Tübingen (1982), Jean Grondin est professeur titulaire à l’Université de Montréal depuis 1991. Ses travaux portent sur la philosophie allemande, l’histoire de la métaphysique, la phénoménologie, l’herméneutique, la philosophie de la religion et celle du sens de la vie. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, traduits en une douzaine de langues.
Marc-Antoine Vallée termine un doctorat en philosophie à l’Université de Montréal et est l’auteur du livre Le sujet herméneutique. Étude sur la pensée de Paul Ricœur aux Éditions universitaires européennes (2010).
TABLE DES MATIÈRES
Chapitre / Section
Page
Préface
7
Entretien 1. À l’école de la philosophie et de l’herméneutique
11
Entretien 2. Du sens de l’herméneutique
37
Entretien 3. L’expérience du sens
75
Entretien 4. La mise en œuvre du sens : l’art et la littérature
101
Entretien 5. L’espérance du sens : la religion
127
Bibliographie
159
EXTRAIT
PRÉFACE
La tâche du philosophe ne saurait être de créer du sens. En fait, qui pourrait se targuer de l’avoir jamais fait ? Qu’est-ce qu’un sens que l’on aurait soi-même créé, un sens qui d’une façon ou d’une autre ne renverrait pas au-delà de nous-mêmes ? « Le sens, écrit Jean Grondin, n’est que là où nous sommes saisis, aspirés, transportés hors de nous-mêmes¹. » Il revient au philosophe de penser cette expérience, c’est-à-dire de rendre compte, en faisant montre d’une attention soutenue, du sens toujours déjà à l’œuvre dans nos vies à plusieurs niveaux, voire d’un sens qui peut être si près de nous, si constitutif de nos vies, que l’on tend parfois à l’oublier.
Cette tâche vient sans doute du fait que l’expérience du sens est à la fois une réalité très simple, courante, c’est-à-dire familière à chacun, et aussi une réalité complexe, plurielle et équivoque. Comment penser l’expérience du sens ? C’est cette interrogation philosophique qui me paraît au cœur des différents travaux de Jean Grondin et qui donc s’imposait comme fil conducteur pour la série d’entretiens rassemblés ici.
Le premier de ces entretiens vise à retracer le sens d’un parcours intellectuel, qui est en même temps un parcours de vie. Jean Grondin a entrepris, au cours des années 1970, des études de philosophie à l’Université de Montréal au niveau du baccalauréat et de la maîtrise, avant de partir pour l’Allemagne, où il a étudié aux universités de Heidelberg et de Tübingen, pour son doctorat. Il revint ensuite au Canada, au début des années 1980, pour enseigner à l’Université Laval, à l’Université d’Ottawa, puis à l’Université de Montréal, où il donne toujours des cours d’histoire de la métaphysique, de philosophie allemande et d’herméneutique philosophique. Dans ce premier entretien, il retrace les premières étapes de son itinéraire philosophique dans lequel il a effectué ses études et les rencontres qui ont été les plus déterminantes.
Ses études en Allemagne vont notamment le mettre sur la voie de la pensée herméneutique qu’il contribuera grandement à faire connaître dans les milieux des philosophes d’expression française. On peut définir l’herméneutique comme une réflexion philosophique sur l’expérience de la compréhension et sur le rôle fondamental de l’interprétation dans notre rapport au monde. Ses principaux représentants sont Martin Heidegger, Hans-Georg Gadamer et Paul Ricœur. Jean Grondin a consacré plusieurs livres et articles à l’histoire de l’herméneutique, aux philosophies de ces penseurs, et tout particulièrement à celle de Gadamer, rédigeant une introduction à sa pensée, une biographie, de nombreux articles spécialisés, en plus de participer activement à la traduction française de ses œuvres². Le deuxième entretien porte précisément sur les rapports de Jean Grondin à cette tradition et sur l’actualité du questionnement herméneutique.
Les trois derniers entretiens mettent la question du sens en rapport avec différents aspects de notre expérience. Le troisième entretien porte sur la question du sens de la vie et sur la possibilité de décrire un sens qui lui serait immanent. Notre expérience existentielle du sens s’étend aussi à la dimension morale de l’existence, que l’on pourrait définir comme un sens du bien. L’entretien suivant vise à mettre en lumière comment l’art et la littérature articulent notre expérience du sens par l’intermédiaire d’une « mise en œuvre ». Le dernier entretien explore la contribution de la religion à la réflexion philosophique sur le sens, qui s’exprime notamment dans la formulation de l’espérance en un sens ultime ou transcendant. Il ressort de ces entretiens un pari sur le sens qui se traduit par une résistance critique à toute réduction nominaliste, constructiviste ou nihiliste du sens à une réalité simplement illusoire, construite ou factice.
Les entretiens ont été réalisés au printemps et à l’été 2010, puis le texte de chaque entretien a été revu et corrigé par Jean Grondin. Je tiens à le remercier d’avoir généreusement accueilli l’idée de ces entretiens et de s’y être prêté de bonne grâce.
MARC-ANTOINE VALLÉE Janvier 2011
¹? J. Grondin, Du sens de la vie, Montréal, Bellarmin, coll. « L’essentiel », 2003, p. 140.
²? Pour une liste des principales publications de Jean Grondin, voir la bibliographie à la fin de l’ouvrage.
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QUESTION
Pouvez-vous me sortir le texte de cette image ?
RÉPONSE
À la lumière des pages que nous venons de transcrire, ce livre, intitulé À l’écoute du sens : entretiens avec Marc-Antoine Vallée (publié en 2011 aux Éditions Fides), est une œuvre charnière pour comprendre la pensée et le parcours de Jean Grondin, l’un des plus grands philosophes québécois contemporains.
Voici les points clés à retenir sur cet ouvrage :
1. La nature de l’œuvre
Ce n’est pas un traité théorique aride, mais une série de cinq entretiens dirigés par Marc-Antoine Vallée. Cette forme dialoguée permet d’aborder la philosophie de manière plus accessible, vivante et personnelle. Jean Grondin y a d’ailleurs revu et corrigé chaque texte pour en assurer la précision.
2. Le « Fil conducteur » : La question du sens
Le livre s’articule autour d’un « pari sur le sens ». Grondin s’oppose à l’idée que le sens serait une simple invention humaine (constructivisme) ou une illusion (nihilisme). Pour lui, le sens est quelque chose qui nous précède et nous transporte.
3. Un itinéraire intellectuel et géographique
L’ouvrage retrace le parcours fascinant de Grondin :
Ses débuts à l’Université de Montréal dans les années 1970.
Son immersion en Allemagne (Heidelberg et Tübingen), où il est devenu l’un des rares experts francophones à avoir côtoyé les sources directes de l’herméneutique.
Son rôle de passeur culturel, ayant contribué à faire connaître la pensée de Hans-Georg Gadamer (dont il est le biographe et le traducteur) au monde francophone.
4. Les domaines d’application
Le livre explore comment cette quête de sens se manifeste dans différentes sphères de l’existence :
L’art et la littérature : comme « mise en œuvre » du sens.
La morale : définie comme un « sens du bien ».
La religion : abordée sous l’angle de l’espérance.
Structure de l’ouvrage
L’école de la philosophie : Son parcours et sa vocation.
L’herméneutique : La théorie de l’interprétation.
L’expérience du sens : La dimension existentielle.
Art et littérature : La manifestation esthétique du sens.
Religion : L’ouverture vers la transcendance.
C’est un livre précieux pour quiconque s’intéresse à la philosophie de la lumière, à la clarté intellectuelle et à la manière dont la pensée peut éclairer notre rapport quotidien au monde.
— FIN DE LA RÉPONSE DE GEMINI DE GOOGLE —
AU SUJET DE L’AUTEUR
Jean Grondin
Philosophie allemande, religion et sens de la vie
Professeur titulaire
Faculté des arts et des sciences – Département de philosophie
Université de Montréal
Biographie
Jean Grondin est professeur titulaire au Département de philosophie de l’Université de Montréal et président de l’Académie des arts, des lettres et des sciences humaines du Canada. Ses travaux d’une qualité et d’une clarté exceptionnelles ont contribué de manière notable à l’avancement des connaissances en philosophie et ont retenu l’attention des plus illustres penseurs de notre temps ainsi que des médias internationaux.
Figure marquante de la philosophie actuelle et éminent spécialiste de trois domaines qu’il a renouvelés en profondeur, à savoir la philosophie allemande, la métaphysique et l’herméneutique (l’art de comprendre), le professeur Grondin est l’un des philosophes canadiens les plus remarquables et l’un des plus lus dans le monde. Il a écrit plus de vingt livres qui ont été traduits dans une quinzaine de langues et publiés chez des éditeurs prestigieux. Il est notamment l’auteur de la toute première biographie du philosophe Hans-Georg Gadamer, qu’il a rédigée directement en allemand, de trois ouvrages de la collection Que sais-je?, d’une Introduction à la métaphysique et d’essais passionnants sur le sens de la vie humaine. Il a aussi traduit cinq livres de l’allemand vers le français. Sa philosophie du sens souligne la capacité de compréhension, d’initiative et d’espérance de l’intelligence humaine.
Depuis 1984, il a continuellement obtenu des subventions du CRSH, qui vient d’ailleurs de lui accorder une subvention Savoir (2017-2022) pour ses recherches actuelles, d’une grande originalité et en même temps soucieuses de transmettre l’héritage de la pensée métaphysique sur lequel repose notre civilisation : elles visent à proposer une articulation renouvelée de l’herméneutique et de la métaphysique qui cherche à montrer que toutes les sciences humaines reposent sur une métaphysique, c’est-à-dire un effort de comprendre ce qui fonde la dignité humaine et ce qui rend la vie digne d’être vécue.
La notoriété de ses écrits lui a valu plusieurs des plus importantes distinctions en sciences humaines : Officier de l’Ordre du Québec en 2016, prix Molson du Conseil des arts du Canada en 2014, Officier de l’Ordre du Canada en 2012, prix André-Laurendeau de l’Acfas et prix Killam en 2012, prix du Québec Léon-Gérin en 2011, prix Konrad-Adenauer de la Fondation Humboldt en 2010. Il a en outre été titulaire de la Chaire de métaphysique Étienne-Gilson à Paris en 2012-2013, et on lui a décerné trois doctorats honorifiques.
Pédagogue et mentor hors pair, il a dirigé près d’une soixantaine de mémoires de maîtrise et une vingtaine de thèses de doctorat. Il a été professeur invité dans plusieurs pays étrangers, y compris dans des pays défavorisés, dont le sort lui tient à cœur, entre autres, le Salvador, Haïti, la Biélorussie, le Venezuela et l’Argentine. Il a été membre fondateur de la Société canadienne d’herméneutique en 1985, de la Société francophone de philosophie de la religion en 2011 et de la Société canadienne de philosophie de la religion en 2018. Il est membre du comité scientifique d’une trentaine de revues savantes et est un conférencier recherché, à la fois par les grands congrès et les organisateurs de conférences d’intérêt général. Il a assuré une excellente visibilité à la philosophie par ses nombreux ouvrages d’introduction à la philosophie, par ses articles de vulgarisation parus dans des quotidiens à grand tirage et par ses 80 entretiens diffusés dans les médias.
Par toutes ces réalisations et par son engagement en faveur des sciences humaines et de la philosophie, le professeur Grondin contribue de manière admirable à l’essor de son milieu et montre qu’il se soucie au plus haut point de la diffusion du savoir dans le grand public.
Prix et distinctions
Prix André-Laurendeau 2012 – Association francophone pour le savoir (Acfas)
Prix Léon-Gérin 2011 – Gouvernement du Québec
Prix Killam (Izaak-Walton-Killam) 2012 – Conseil des arts du Canada
Bourse Killam 1994 – Conseil des arts du Canada
Prix Molson 2014 – Conseil des arts du Canada
Société royale du Canada : Les Académies des arts, des lettres et des sciences du Canada 1998 – Société royale du Canada
Jean Grondin est l’une des figures de proue de la philosophie contemporaine au Québec et une autorité mondiale en matière d’herméneutique (la théorie de l’interprétation).
Voici un portrait de ce penseur, basé sur son parcours et ses contributions majeures :
1. Un parcours d’excellence
Né en 1955, il a suivi un itinéraire intellectuel rigoureux qui l’a mené de l’Université de Montréal aux grandes universités allemandes de Heidelberg et Tübingen. Cette immersion lui a permis de maîtriser la langue et la pensée allemande à la source, faisant de lui un « pont » essentiel entre les traditions philosophiques européenne et nord-américaine. Il est professeur titulaire à l’Université de Montréal depuis 1991.
2. Le spécialiste mondial de Gadamer
Jean Grondin est indissociable de Hans-Georg Gadamer, le père de l’herméneutique moderne.
Il a été son élève et est devenu son biographe officiel (Hans-Georg Gadamer: A Biography).
Il a traduit plusieurs de ses œuvres majeures en français, rendant cette pensée accessible au monde francophone.
3. Les thèmes centraux de sa pensée
Son œuvre ne se contente pas de commenter les textes ; elle propose une véritable philosophie du sens.
L’herméneutique : Pour Grondin, comprendre n’est pas seulement une opération intellectuelle, c’est notre manière d’être au monde. Nous interprétons constamment les signes, les textes et les événements pour y trouver une cohérence.
Le sens de la vie : Il a publié des ouvrages marquants sur ce sujet (notamment Du sens de la vie), où il défend l’idée que le sens n’est pas une invention subjective, mais une réalité que l’on découvre et qui nous interpelle.
La métaphysique et la religion : Il explore la persistance des questions métaphysiques et la place de l’espérance dans la pensée humaine.
4. Un style accessible et lumineux
Contrairement à certains philosophes qui cultivent l’obscurité, Jean Grondin est reconnu pour sa clarté pédagogique. Ses écrits, comme les entretiens que vous avez commencé à lire, privilégient une langue précise et une structure limpide, cherchant toujours à ramener la haute abstraction vers l’expérience concrète de la vie.
Quelques ouvrages clés :
L’Horizon herméneutique de la pensée contemporaine (1993)
Jean Grondin est une sommité mondiale dans les domaines de l’herméneutique, de la métaphysique et de la philosophie allemande, qu’il a tous trois contribué à introduire au Canada. L’un des philosophes québécois les plus lus, il a rédigé de nombreux ouvrages largement traduits dans le monde entier. Parmi ses livres les plus connus : Introduction à la métaphysique, L’universalité de l’herméneutique, Du sens des choses et La philosophie de la religion.
M. Grondin naît en Mauricie en 1955. Il est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal ainsi que d’un doctorat en philosophie de l’Université de Tübingen (Allemagne).
De 1982 à 1990, il enseigne à l’Université Laval ; de 1990 à 1991, à l’Université d’Ottawa ; à partir de 1991, à l’Université de Montréal.
Pédagogue passionné, sensible au sort des pays défavorisés, il enseigne aussi, au fil des ans, à Haïti, au Salvador, en Argentine et en Biélorussie.
Humaniste, il a à cœur la vulgarisation des connaissances. Il fait paraître pas moins de trois livres de la collection Que sais-je ? Il publie des introductions à de grands philosophes, comme Emmanuel Kant, et propose des ouvrages de présentation pour des disciplines fondamentales de la pensée, notamment l’herméneutique (art du comprendre).
Illustre représentant de cette dernière discipline, qui va connaître ses développements les plus conséquents et les plus influents avec Hans-Georg Gadamer (1900-2002) et Paul Ricœur (1913-2005), M. Grondin peut être considéré comme l’un des principaux héritiers et continuateurs de l’œuvre de ces remarquables philosophes, deux de ses maîtres. Il est d’ailleurs biographe et traducteur de Hans-Georg Gadamer.
Citoyen du monde, il assure la co-vice-présidence de la Société francophone de philosophie de la religion dès ses débuts, en 2011, et il est titulaire de la chaire de métaphysique Étienne Gilson de l’Institut catholique de Paris en 2012-2013.
Jean Grondin — Lauréat du prix Molson (Sciences humaines)
Profil et Expertise
Professeur de philosophie à l’Université de Montréal. Expert en herméneutique, métaphysique et philosophie allemande. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits en quinze langues.
Œuvres Majeures
L’universalité de l’herméneutique, Introduction à la métaphysique, biographie de Gadamer. Études sur Heidegger et Kant. Essais : Du sens de la vie, À l’écoute du sens et Du sens des choses.
Formation et Distinctions
Doctorat de l’Université de Tübingen (1982) en philosophie, théologie et philologie grecque. Prix : Killam, Léon-Gérin, Konrad Adenauer et titulaire de la chaire Étienne Gilson (Paris, 2013).
Engagement International
Pédagogue engagé auprès des pays défavorisés. Professeur invité au Salvador, en Biélorussie, à Haïti et en Argentine.
FRADET, Pierre-Alexandre, Le désir du réel dans la philosophie québécoise, Montréal, Nota bene, coll. Territoires philosophiques, 2022, 246 p.
Dossier thématique intitulé « Disputatio » à propos du livre Du sens des choses. L’idée de la métaphysique, in Philosophiques, vol. 41, numéro 2, automne 2014, p. 351-412.
PERRIN, Christophe, « Jean Grondin et les choses du sens. Note sur la vieille idée d’une idée nouvelle de la métaphysique », Giornale di metafisica 2/2014, 491-509.
BEUCHOT, Mauricio/NADAL, Juan (eds.), Entornos de la hermenéutica. Por los caminos de Jean Grondin, Cuadernos del Seminario de Hermenéutica 31, Universidad Nacional Autónoma de México 2018.
FRANCO MEDINA, Juan Manuel, Sobre el sentido de la vida: Convergencia entre Agustín y Jean Grondin, Universidad Eafit, Escuela de Humanidades, Medellín, 2020.
RAPPORT DE LECTURE
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Dans cet ouvrage, le philosophe québécois Jean Grondin, spécialiste mondial de l’herméneutique (la science de l’interprétation), s’entretient avec Marc-Antoine Vallée. Ce livre n’est pas seulement un retour sur une carrière académique prestigieuse ; c’est une méditation profonde sur la quête de sens dans un monde souvent perçu comme désenchanté.
Voici un résumé des thèmes clés abordés dans ces entretiens, enrichi de citations et de réflexions centrales.
1. L’Herméneutique : Plus qu’une méthode, une existence
Pour Grondin, l’herméneutique ne se limite pas à l’interprétation des textes anciens. C’est la condition même de l’être humain. Nous sommes des « êtres de sens » qui cherchons constamment à comprendre notre place dans le monde.
L’idée centrale : Comprendre, c’est toujours s’expliquer avec soi-même.
Citation clé :
« L’herméneutique n’est pas une technique de l’interprétation, c’est le mouvement même de la vie qui cherche à se comprendre. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
2. Le « Sens » comme horizon de vie
Le titre du livre, À l’écoute du sens, suggère que le sens n’est pas quelque chose que l’on fabrique de toutes pièces, mais quelque chose que l’on reçoit ou que l’on « entend ». Grondin s’oppose à l’idée nihiliste que la vie serait absurde par définition.
Le dialogue avec le passé : Le sens naît souvent d’un dialogue avec la tradition (Gadamer, Heidegger, mais aussi les Grecs et la pensée chrétienne).
Citation clé :
« Le sens n’est pas une construction souveraine de l’individu, il est ce qui nous précède et nous appelle. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
3. La critique de la modernité et du subjectivisme
Grondin exprime une certaine inquiétude face à la modernité qui place le « Moi » au centre de tout. Selon lui, en voulant tout maîtriser par la raison technique, l’homme risque de devenir sourd au sens qui dépasse sa propre volonté.
Le dépassement de l’ego : La véritable pensée commence là où l’on accepte que l’on ne sait pas tout.
Citation clé :
« La raison moderne a souvent voulu se rendre maîtresse et possesseure de la nature, mais elle a oublié qu’elle était d’abord à l’écoute d’une vérité qui la dépasse. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
4. La religion et la transcendance
Un point saillant des entretiens est la place de la religion. Jean Grondin aborde la question de Dieu non pas de manière dogmatique, mais comme une ouverture nécessaire à l’altérité et au mystère.
L’herméneutique de la religion : Il voit dans la religion une réserve de sens indispensable pour contrer le vide contemporain.
Citation clé :
« La question de Dieu est la question du sens poussée à son extrême limite. C’est l’espoir que le dernier mot ne revient pas au néant. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
Synthèse des thèmes abordés
Thème
Vision de Jean Grondin
La Vérité
Elle n’est pas une donnée objective froide, mais une rencontre.
La Tradition
Elle n’est pas un fardeau, mais le sol qui nous permet de penser.
Le Langage
C’est le milieu dans lequel se produit la compréhension du monde.
L’Écoute
La posture fondamentale du philosophe face à l’existence.
Conclusion : Une philosophie de la finitude
En fin de compte, ces entretiens dessinent le portrait d’un philosophe humble. Pour Grondin, admettre notre finitude (le fait que nous soyons mortels et limités) est la condition de la sagesse. C’est parce que notre temps est compté que la question du sens devient urgente et précieuse.
« Philosopher, c’est reconnaître que l’on est toujours en chemin, que l’on n’a jamais fini de comprendre ce que signifie « être ». »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
Ce livre est une excellente porte d’entrée pour quiconque souhaite découvrir l’œuvre de Grondin sans se perdre dans des traités techniques, offrant une pensée lumineuse, accessible et profondément humaine.
— FIN DE LA RÉPONSE DE GOOGLE GEMINI —
RAPPORT DE LECTURE
J’ai toujours pensé que la vie n’avait pas de sens en soi mais uniquement le sens que lui donnons.
La tâche du philosophe ne saurait être de créer du sens. En fait, qui pourrait se targuer de l’avoir jamais fait ? Qu’est-ce qu’un sens que l’on aurait soi-même créé, un sens qui d’une façon ou d’une autre ne renverrait pas au-delà de nous-mêmes ? « Le sens, écrit Jean Grondin, n’est que là où nous sommes saisis, aspirés, transportés hors de nous-mêmes¹. » Il revient au philosophe de penser cette expérience, c’est-à-dire de rendre compte, en faisant montre d’une attention soutenue, du sens toujours déjà à l’œuvre dans nos vies à plusieurs niveaux, voire d’un sens qui peut être si près de nous, si constitutif de nos vies, que l’on tend parfois à l’oublier.
Extrait de la Préface de Marc-Antoine Vallée
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Préface, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011p. 7
PHI 3735 : Gadamer et l’herméneutique – Jean GRONDIN – Automne 2022
Ce cours sera entièrement consacré au chef-d’œuvre de Hans-Georg Gadamer (1900-2002), Vérité et méthode (1960), que l’on peut considérer comme le livre de base de la philosophie herméneutique contemporaine. Il est l’un des rares ouvrages à proposer, sur des assises humanistes, assumées et justifiées, une vision d’ensemble, éclairante et généreuse, de ce qu’est la vérité dans les sciences humaines, en art, en histoire, en philosophie et dans la vie humaine en général. C’est l’une des œuvres les plus emblématiques et les plus marquantes de la philosophie du XXe siècle. Le but du cours est de proposer une introduction à l’œuvre de Gadamer et, par là, aux questions toujours actuelles de l’herméneutique.
La traduction de l’allemand au Français du livre maître de Gadamer nous donne une introduction qui débute ainsi :
« Les recherches qui suivent concernent le problème herméneutique. Le phénomène de la compréhension et de l’interprétation correcte de ce qui a été compris n’est pas seulement le problème spécifique de la méthodologie des sciences de l’esprit. Il y a eu de tout temps une herméneutique théologique et une herméneutique juridique qui n’avaient pas tant un caractère de science théorique que celui d’un comportement correspondant à la pratique du juge ou du pasteur qui ont reçu une formation scientifique. Dès son origine, le problème de l’herméneutique dépasse donc les limites tracées par le concept de méthode de la science moderne. Comprendre et interpréter des textes n’est pas seulement l’affaire de la science, mais appartient de toute évidence à l’expérience humaine du monde dans son ensemble.
Les recherches qui suivent ne se proposent pas d’élaborer une telle méthodologie des sciences de l’esprit. Leur intention est bien plutôt de rechercher, par-delà la conscience méthodologique de la science, ce qui relie entre elles les différentes formes de compréhension, et de montrer que la compréhension n’est jamais un comportement purement subjectif à l’égard d’un « objet » donné, mais qu’elle appartient à l’être de ce qui est compris.
Le phénomène de l’herméneutique n’est donc pas, au premier chef, un problème de méthode. Il ne s’agit pas d’une méthode de la compréhension qui ferait des textes l’objet d’une connaissance scientifique, au même titre que n’importe quel autre objet de l’expérience. Ce qui est en question ici, c’est bien plutôt – et en tout premier lieu – ce qui arrive réellement à l’homme par-delà ce qu’il veut et ce qu’il fait, lorsqu’il comprend.
Par conséquent, l’analyse herméneutique que nous tentons ici ne se veut pas une théorie de la science. Elle ne cherche pas à fonder les sciences humaines par une réflexion sur leur démarche propre. Elle cherche au contraire à montrer que la compréhension est une forme de l’être-au-monde. On ne peut donc pas limiter le phénomène herméneutique à la question des sciences de l’esprit. L’herméneutique est la manière fondamentale dont l’existence humaine se réalise dans le langage et dans l’histoire. »
Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode : Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, trad. par P. Fruchon, J. Grondin et G. Merlio, Paris, Éditions du Seuil, 1966, Introduction, pp. 15-16.
P.S.: « Vérité et méthode . Considéré par Paul Ricœur comme l’« ouvrage qui reste sans conteste le plus important publié en Allemagne depuis Être et temps de Heidegger », Vérité et méthode (1960) est le livre fondateur de l’herméneutique contemporaine. Refusant de réduire le problème de la compréhension à la cohérence du discours, Gadamer affirme ici que comprendre est avant tout une manière d’être au monde et pas seulement une méthode pour le connaître. Plus qu’une simple critique du positivisme, ce livre est l’expression du combat que se livrent la « vérité » et la « méthode ». L’auteur poursuit la lutte dans les trois champs successifs de notre lien esthétique aux œuvres d’art, de notre lien historique aux héritages du passé, de notre lien langagier à l’ordre des signes et, à travers eux, à l’être-dit des choses. » Source : Les Libraires.
Marc-Antoine Vallée adresse cette question à Jean Grondin :
MAV : La paysage philosophique n’est plus tout à fait le même aujourd’hui, et nous avons un peu de recul pour en juger. Cinquante ans après la publication du maître-livre de Gadamer, Vérité et méthode (1960), quelle a été selon cous la plus grande contribution de l’herméneutique gadamérienne ?
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 1 – À l’école de la philosophie et de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. p. 33
JG : (…) L’apport de Gadamer ne réside pas dans la minière dont il faut comprendre la science (on y apercevra tout au plus une conséquence de sa pensée), mais dans sa redécouverte d’autres formes vérité. C’est ici, si vous le voulez et je ne dis pas là rien de bien original, que sa contribution m’apparaît le plus évidente. Cela l’a amené, on pourrait en discuter si vous voulez, à mettre en valeur l’art et l’histoire comme des voies (et des voix) de la vérité qui dépassent le modèle dominant de la science. Il a accompli le même travail réminiscence pour ce qui est du pouvoir pratique, ou de l’éthique, de la philosophie elle-même et de notre rapport langagier au monde. Tout cela est très précieux et soulève, bien entendu, des questions (le dialogue est aussi pour lui un lieu de vérité, vous sa source privilégiée). Cela a eu beaucoup de conséquences libératrices, notamment celle de remettre en question l’idéal de l’observateur non engagé ou de la soit-disant « neutralité »scientifique du chercheur. Selon cette recette, une connaissance ne serait scientifique qui si l’observateur ne s’impliquait pas du tout et restait, pour ainsi dire, à l’écart de ce qu’il disait (suivant le modèle, par exemple, de ce qui déclare: « Voilà ce que disent les sondages », je n’interviens pas parce que cela mettrait en danger l’objectivité). Je n’ai rien contre les sondages, mais avec Gadamer, on peu se demander si cette description de la neutralité scientifique correspond à ce qui se passe vraiment dans les sciences humaines, quand on interprète, par exemple, un événement historique, une jurisprudence, une société, un texte ou l’histoire d’une vie. Peut-on dire que le chercheur n’est pas du tout impliqué ? Certes, il doit étudier les donnés, des faits, des textes avec un esprit scientifique, mais il le fait toujours en discutant avec eux, donc y mettant du sien. Il y a une interpellation qui émane d’un phénomène, ou d’un texte (le modèle privilégié de Gadamer), que les chercheur interprète en en faisant ressortit le sens et la portée. Il le fait toujours à partir d’un certain état d’un savoir, donc du présent, et de ses questions, et parce qu’il se tient dans une tradition d’interrogation et de recherche dont il est l’héritier (a fortiori s’il la critique). C’est cela que la méthode dominante a voulu exclure, l’implication du présent et des traditions dans la connaissance de la vérité. Gadamer a voulu montré que cela ne rendait pas justice à l’expérience de vérité des sciences humaines, ni à celle de l’art. On peut aussi penser, même si son débat n’était pas là, que cela ne correspond pas non plus à la pratiques des sciences exactes. Je me tais, mais je pourrai continuer longtemps. Mais savoir s’arrêter est l’une de ces maximes de décence indispensables en science comme dans la vie en commun, même si elle n’a rien de scientifique. (…)
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 1 – À l’école de la philosophie et de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 35-35
Ce passage est d’une importance capitale car il synthétise ce que Jean Grondin considère comme le cœur de la « révolution » gadamérienne. Il s’agit d’un plaidoyer pour une vérité élargie, qui ne se laisse pas enfermer dans les seuls critères de la méthode scientifique.
Voici les points clés que vous pouvez retenir et analyser dans ce texte :
La pluralité des formes de vérité
Jean Grondin souligne que le génie de Gadamer est d’avoir montré que la vérité n’est pas l’apanage exclusif de la science (le modèle de la preuve mathématique ou expérimentale).
L’art et l’histoire : Ce sont des domaines où nous vivons des expériences de vérité authentiques. Quand une œuvre d’art nous « parle » ou qu’un événement historique nous « enseigne » quelque chose, il se passe un événement de vérité qui dépasse la simple mesure de données.
Le mythe de la neutralité absolue
C’est sans doute l’aspect le plus « libérateur » mentionné par Grondin.
La critique de l’observateur neutre : Gadamer conteste l’idée que le chercheur doive être un spectateur désengagé (le modèle du « sondage » évoqué par Grondin).
L’implication nécessaire : Le chercheur ne travaille pas dans le vide. Il aborde un sujet avec ses questions, sa sensibilité et son présent. L’herméneutique affirme que cette implication n’est pas un obstacle à la vérité, mais la condition même de la compréhension. On ne comprend pas malgré ses préjugés, mais grâce à son horizon de pensée qui nous permet d’entrer en dialogue.
Le savoir comme dialogue et interpellation
Le passage insiste sur l’idée que comprendre est un acte vivant :
L’interpellation : Un texte ou une société ne sont pas des objets inertes ; ils nous interpellent. L’interprète « met du sien » pour faire ressortir le sens.
La tradition : Grondin rappelle que nous sommes toujours les héritiers d’une tradition de recherche. Même quand nous critiquons le passé, nous le faisons à partir du langage et des concepts que ce passé nous a légués.
Une éthique de la connaissance
La fin du passage est savoureuse : Grondin mentionne que « savoir s’arrêter » est une forme de décence.
Cela suggère que la philosophie (et les sciences humaines) ne relève pas seulement d’une accumulation de données, mais d’une sagesse pratique. Le savoir doit être habité par une forme d’humilité et de respect pour la vie commune, des valeurs qui ne sont pas « calculables » scientifiquement mais essentielles.
Cette citation l’herméneutique comme une « réhabilitation de l’expérience humaine » face à la domination de la méthode technique. C’est une invitation à reconnaître que la vérité est une rencontre dialoguée entre un héritage et une question actuelle.
MAV : Mais comment doit-comprendre cette thèse de l’universalité chez Gadamer, car c’est bien lui qui l’a inspirée ? Veut-elle dire que tout n’est affaire d’interprétation ?
JG: Gadamer dit effectivement qu’il y a de l’interprétation dans tout notre rapport au monde, et sa thèse plus précise, si vous voulez, est que cette interprétation et ce rapport au monde passent par le langage. Dann sa version plus précise et à mon avis plus précieuse encore, la thèse de Gadamer est que le langage est ouvert à tout ce qui peut être compris et à tout ce qui est, rien ne résistant à son universalité. Mais dans la formule « tout n’est qu’affaire d’interprétation », ce le « ne que » que je n’aime pas et que Gadamer n’aurait sans doute pas aimé. Car cela laisse un peu entendre que lorsque l’on parle d’interprétation, on ne parle justement que d’interprétations(s) et jamais des choses elles-mêmes. Autrement dit, l’interprétation serait le paravent qui nous empêcherait d’accéder aux choses, car on ne le ferait toujours par le biais de « lectures du réel » qui dépendraient de leur contexte historique et de nos grilles linguistiques, C’est la thèse de Vattimo et de plusieurs autres. Mais compréhension de l’interprétation est différente et l’a toujours été : ce que nous interprétons, ce sont toujours les choses elles-mêmes. Et si nous les interprétons, c’est parce que nous cherchons à comprendre leur sens, leur signification et leur portée. En 1991, c’est ce que je voulais exprimer en disant que ce que nous cherchons à comprendre, c’est le verbe intérieur, ou le sens, derrière l’expression. (…)
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 2 – Du sens de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 40-41
Ce passage est crucial car il permet de dissiper un malentendu fréquent sur l’herméneutique : l’idée que « tout est relatif » ou que nous serions enfermés dans un langage qui nous couperait de la réalité.
Jean Grondin opère ici une distinction fondamentale entre le relativisme (souvent associé à des penseurs comme Vattimo) et l’herméneutique classique de Gadamer. Voici les points saillants à retenir :
Le rejet du « Ne que » (Le paravent vs l’accès)
Grondin refuse l’idée que l’interprétation soit un obstacle ou une déformation de la réalité.
Le paravent : Pour certains, dire que nous interprétons signifie que nous ne touchons jamais la « chose même », que nous restons prisonniers de nos grilles de lecture et de notre culture.
La perspective de Grondin : Au contraire, l’interprétation est le moyen d’accès aux choses. Interpréter, ce n’est pas inventer un sens arbitraire, c’est s’efforcer de saisir ce que la réalité (ou le texte) veut nous dire. L’interprétation est le pont, pas le mur.
L’universalité du langage
Grondin clarifie la célèbre thèse gadamérienne : « L’être qui peut être compris est langage ».
Cela ne signifie pas que tout se réduit à des mots, mais que tout ce qui fait sens pour nous passe nécessairement par le langage.
Le langage est ouvert. Il n’y a rien qui soit intrinsèquement inatteignable par la pensée et la parole. C’est une vision optimiste de la raison : tout ce qui existe peut être, tôt ou tard, accueilli dans le dialogue et la compréhension.
La notion de « Verbe intérieur » (Verbum interius)
C’est ici que Grondin apporte sa touche personnelle et profonde à l’herméneutique :
Le sens dépasse toujours les mots que nous utilisons pour l’exprimer.
S’inspirant d’Augustin, il parle du « verbe intérieur » : c’est cette pensée, cette intuition ou cette vérité que nous portons en nous et que nous essayons tant bien que mal de traduire en paroles.
L’enjeu : Comprendre, ce n’est pas seulement analyser des phrases, c’est chercher à rejoindre le sens qui se cache derrière l’expression, l’intention profonde qui cherche à se dire.
L’interprétation comme fidélité au réel
Contrairement à la vision postmoderne où « tout se vaut », Grondin insiste sur le fait que « ce que nous interprétons, ce sont toujours les choses elles-mêmes ».
L’interprète a une responsabilité envers la réalité. On n’interprète pas pour se faire plaisir ou pour imposer sa vision, mais parce qu’on est « interpellé » par une vérité qui demande à être explicitée.
En résumé :
Cette citation définit l’herméneutique non pas comme un relativisme subjectif, mais comme un réalisme du sens. Pour Grondin, l’interprétation est l’acte humble et nécessaire par lequel l’être humain se met à l’écoute d’une vérité qui lui préexiste, en utilisant le langage non pas comme une cage, mais comme un espace de rencontre avec le monde.
Cette réflexion sur le « verbe intérieur » et la recherche du sens derrière les mots semble particulièrement pertinente pour vos travaux sur la didactique et la transmission de la philosophie : elle rappelle que l’important n’est pas seulement le texte, mais le sens vivant qu’il cherche à communiquer.
(…) C’est que le point de vue nominaliste, lorsqu’il est radicalisé comme c’est le cas aujourd’hui, conduit au nihilisme. Cela veut dire qu’il n’y a plus (nihil) de principes, de normes, de réalités ou de mesures qui dépassent les réalités individuelles spatio-temporelles, qui sont les seules à exister. Les principes, les règles, les « valeurs » ne sont que des fictions inventées par les individus auxquelles ne correspond aucune réalité assignable. Certains sont plus utiles que d’autre, mais ce sont les individus qui en décident en fonction de leur besoin d’auto-conservation. C’est le cas, par exemple, des droits de l’homme. Ils sont, croyez-moi, très utiles, efficaces aussi souvent, mais ce ne sont que des « principes » qui sont seulement proclamés dans des « déclarations » des droits de l’homme, sans être fondés aujourd’hui sur une essence de l’homme, dans la dignité humaine. parce qu’il n’y a rien de tel dans le nominaliste. Certes, on continuera à parler ici ou là de « dignité humaine », mais justement et uniquement parce qu’il s’agit d’une fiction utile, suivant le principe de l’autoconservation : si vous respectez ma dignité, je respecterai la vôtre. Le terme de « valeurs » est révélateur à cet égard. On dit partout aujourd’hui qu’une constitution ou une charte quelconque devrait affirmer nos « valeurs », comme s’il s’agissait de la chose la plus évidente du monde. Mais que veut dire le terme valeur ?C’est un concept qui vient de l’économie où le terme possède un sens purement mercantile et clair (valeur d’échange, valeur d’usage, etc.). Il n’est apparu comme concept normatif universel, pour désigner ce à quoi l’on tient, qu’à la du XIX siècle et surtout au début de XXe. On le cherchera en vain dans les déclarations des droits de l’homme des Lumières. Une valeur n’a de sens que pour celui qui justement la valorise et la pose comme valeur, parce que seuls les individus – et leurs fictions utiles, dont les valeurs (hormis l’utilité pragmatique) et y a-t-il des valeurs en soi ? Dans un cadre nominaliste, il est claire que non. La « crise des valeurs » ne veut pas dire que nous avons perdu les valeurs d’autrefois, elle tient d’abord au fait que nous posons le problème en terme de valeurs. Nietzsche faisait table rase des ancienne valeur et ambitionnait d’en proposer de « nouvelles ». A-t- réussi ? En tout cas, les valeurs qu’il a posé (et par la voix d’un prophète, Zarathoustra) sont généralement celle de l’individualisme. C’est pourquoi plusieurs se reconnaissent en lui, car, pour le nominaliste, seul l’individu existe et peut donc avoir de la valeur. Mais quelle « valeurs » l’individu doit-il choisir ? Le nominalisme ne permet pas de répondre à cette question, d’où notre crise.
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 2 – Du sens de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 54-56
Cette citation est l’une des plus vigoureux de l’entretien, car Jean Grondin y quitte momentanément la pure théorie herméneutique pour livrer un diagnostic sévère sur la crise métaphysique et morale de la modernité.
Il s’attaque ici à la racine du mal contemporain selon lui : le nominalisme. Voici une analyse des enjeux majeurs de cette réflexion :
1. Le lien entre Nominalisme et Nihilisme
Grondin définit le nominalisme comme la conviction que seules les réalités individuelles et concrètes existent. Les concepts universels (la Justice, l’Humanité, le Bien) ne seraient que des mots, des étiquettes ou des noms (nomina).
La conséquence nihiliste : Si l’on radicalise cette vision, plus rien ne possède de valeur intrinsèque. Si la « dignité humaine » n’est qu’un nom et non une réalité ancrée dans l’essence de l’être, elle perd sa force contraignante. Elle devient une option, une opinion.
2. Le piège de la « Fiction utile »
L’auteur souligne un paradoxe de notre époque : nous tenons aux Droits de l’Homme, mais nous refusons de les fonder sur une métaphysique solide (comme une nature humaine commune).
L’autoconservation : Grondin explique que, dans un cadre nominaliste, le respect de l’autre devient un simple contrat de survie (« je te respecte pour que tu me respectes »).
La fragilité : Si la morale n’est qu’une « fiction utile », elle peut être balayée dès qu’elle n’est plus jugée « utile » ou « efficace » par ceux qui détiennent le pouvoir.
3. La critique du concept de « Valeurs »
C’est sans doute le point le plus original du texte. Grondin déconstruit l’usage du mot « valeur », devenu omniprésent.
L’origine mercantile : Le terme vient de l’économie. Une valeur n’existe que parce qu’un sujet (un acheteur, un individu) décide de l’accorder à un objet.
La subjectivité radicale : En parlant de « nos valeurs » plutôt que de « principes » ou de « vérités », nous admettons implicitement qu’elles dépendent de notre bon vouloir. La « crise des valeurs » n’est pas un manque de morale, c’est le fait d’avoir transformé la morale en un catalogue de préférences individuelles ou collectives.
4. L’impasse nietzschéenne
Grondin cite Nietzsche comme celui qui a acté cette rupture. En voulant créer de nouvelles valeurs, Nietzsche a consacré le triomphe de l’individu créateur.
Le problème du choix : Si seul l’individu existe et décide de ce qui est valable, sur quel critère doit-il choisir ? Le nominalisme vide le monde de ses repères objectifs, laissant l’individu face à un vide décisionnel : c’est le cœur de la crise contemporaine.
Synthèse
Ce texte est une défense indirecte de l’herméneutique comme philosophie du sens. Là où le nominalisme dit : « Il n’y a que des individus et des mots vides », l’herméneutique de Grondin répond : « Il y a du sens qui nous précède, une vérité qui nous appelle et une réalité qui nous interpelle ».
Une critique de l’individualisme : Le texte montre comment l’isolement métaphysique de l’individu conduit à l’impossibilité de fonder une éthique commune solide.
Le diagnostic de la « crise » : La crise n’est pas une perte de repères, mais un changement de nature de ces repères (du principe universel à la valeur subjective).
J’ai souligné plusieurs autres passages de ce livre. J’y ai découvert l’auteur, le philosophe Jean Grondin, et sa spécialité, herméneutique.
JEAN GRONDIN
À l’écoute du sens
Entretiens avec Marc-Antoine Vallée
Éditions Saint-Martin (coll. Essentiel Bellarmin)
Groupe Fides, 2011
Nombre de pages: 168
ISBN (papier): 978-2-92369-428-3
QUATRIÈME DE COUVERTURE
La série de cinq entretiens réalisés par Marc-Antoine Vallée lève le voile sur le parcours d’un philosophe québécois qui jouit d’une reconnaissance internationale. Retraçant son itinéraire philosophique, à la lumière de ses recherches sur la tradition herméneutique et ses principaux représentants — Heidegger, Gadamer et Ricœur —, Jean Grondin livre une réflexion passionnante sur quelques-unes des facettes de la grande question du sens. Y a-t-il un sens qui serait immanent à la vie ? Comment l’art et la littérature articulent-ils notre expérience du sens ? Quelle est la contribution de la religion à la réflexion philosophique sur le sens ? Il ressort de ces entretiens un pari sur le sens qui récuse toute réduction nominaliste, constructiviste ou nihiliste du sens à une réalité simplement illusoire, construite ou factice.
Docteur en philosophie de l’Université de Tübingen (1982), Jean Grondin est professeur titulaire à l’Université de Montréal depuis 1991. Ses travaux portent sur la philosophie allemande, l’histoire de la métaphysique, la phénoménologie, l’herméneutique, la philosophie de la religion et celle du sens de la vie. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, traduits en une douzaine de langues.
Marc-Antoine Vallée termine un doctorat en philosophie à l’Université de Montréal et est l’auteur du livre Le sujet herméneutique. Étude sur la pensée de Paul Ricœur aux Éditions universitaires européennes (2010).
TABLE DES MATIÈRES
Chapitre / Section
Page
Préface
7
Entretien 1. À l’école de la philosophie et de l’herméneutique
11
Entretien 2. Du sens de l’herméneutique
37
Entretien 3. L’expérience du sens
75
Entretien 4. La mise en œuvre du sens : l’art et la littérature
101
Entretien 5. L’espérance du sens : la religion
127
Bibliographie
159
EXTRAIT
PRÉFACE
La tâche du philosophe ne saurait être de créer du sens. En fait, qui pourrait se targuer de l’avoir jamais fait ? Qu’est-ce qu’un sens que l’on aurait soi-même créé, un sens qui d’une façon ou d’une autre ne renverrait pas au-delà de nous-mêmes ? « Le sens, écrit Jean Grondin, n’est que là où nous sommes saisis, aspirés, transportés hors de nous-mêmes¹. » Il revient au philosophe de penser cette expérience, c’est-à-dire de rendre compte, en faisant montre d’une attention soutenue, du sens toujours déjà à l’œuvre dans nos vies à plusieurs niveaux, voire d’un sens qui peut être si près de nous, si constitutif de nos vies, que l’on tend parfois à l’oublier.
Cette tâche vient sans doute du fait que l’expérience du sens est à la fois une réalité très simple, courante, c’est-à-dire familière à chacun, et aussi une réalité complexe, plurielle et équivoque. Comment penser l’expérience du sens ? C’est cette interrogation philosophique qui me paraît au cœur des différents travaux de Jean Grondin et qui donc s’imposait comme fil conducteur pour la série d’entretiens rassemblés ici.
Le premier de ces entretiens vise à retracer le sens d’un parcours intellectuel, qui est en même temps un parcours de vie. Jean Grondin a entrepris, au cours des années 1970, des études de philosophie à l’Université de Montréal au niveau du baccalauréat et de la maîtrise, avant de partir pour l’Allemagne, où il a étudié aux universités de Heidelberg et de Tübingen, pour son doctorat. Il revint ensuite au Canada, au début des années 1980, pour enseigner à l’Université Laval, à l’Université d’Ottawa, puis à l’Université de Montréal, où il donne toujours des cours d’histoire de la métaphysique, de philosophie allemande et d’herméneutique philosophique. Dans ce premier entretien, il retrace les premières étapes de son itinéraire philosophique dans lequel il a effectué ses études et les rencontres qui ont été les plus déterminantes.
Ses études en Allemagne vont notamment le mettre sur la voie de la pensée herméneutique qu’il contribuera grandement à faire connaître dans les milieux des philosophes d’expression française. On peut définir l’herméneutique comme une réflexion philosophique sur l’expérience de la compréhension et sur le rôle fondamental de l’interprétation dans notre rapport au monde. Ses principaux représentants sont Martin Heidegger, Hans-Georg Gadamer et Paul Ricœur. Jean Grondin a consacré plusieurs livres et articles à l’histoire de l’herméneutique, aux philosophies de ces penseurs, et tout particulièrement à celle de Gadamer, rédigeant une introduction à sa pensée, une biographie, de nombreux articles spécialisés, en plus de participer activement à la traduction française de ses œuvres². Le deuxième entretien porte précisément sur les rapports de Jean Grondin à cette tradition et sur l’actualité du questionnement herméneutique.
Les trois derniers entretiens mettent la question du sens en rapport avec différents aspects de notre expérience. Le troisième entretien porte sur la question du sens de la vie et sur la possibilité de décrire un sens qui lui serait immanent. Notre expérience existentielle du sens s’étend aussi à la dimension morale de l’existence, que l’on pourrait définir comme un sens du bien. L’entretien suivant vise à mettre en lumière comment l’art et la littérature articulent notre expérience du sens par l’intermédiaire d’une « mise en œuvre ». Le dernier entretien explore la contribution de la religion à la réflexion philosophique sur le sens, qui s’exprime notamment dans la formulation de l’espérance en un sens ultime ou transcendant. Il ressort de ces entretiens un pari sur le sens qui se traduit par une résistance critique à toute réduction nominaliste, constructiviste ou nihiliste du sens à une réalité simplement illusoire, construite ou factice.
Les entretiens ont été réalisés au printemps et à l’été 2010, puis le texte de chaque entretien a été revu et corrigé par Jean Grondin. Je tiens à le remercier d’avoir généreusement accueilli l’idée de ces entretiens et de s’y être prêté de bonne grâce.
MARC-ANTOINE VALLÉE Janvier 2011
¹? J. Grondin, Du sens de la vie, Montréal, Bellarmin, coll. « L’essentiel », 2003, p. 140.
²? Pour une liste des principales publications de Jean Grondin, voir la bibliographie à la fin de l’ouvrage.
Intelligence artificielle GEMINI de Google
QUESTION
Pouvez-vous me sortir le texte de cette image ?
RÉPONSE
À la lumière des pages que nous venons de transcrire, ce livre, intitulé À l’écoute du sens : entretiens avec Marc-Antoine Vallée (publié en 2011 aux Éditions Fides), est une œuvre charnière pour comprendre la pensée et le parcours de Jean Grondin, l’un des plus grands philosophes québécois contemporains.
Voici les points clés à retenir sur cet ouvrage :
1. La nature de l’œuvre
Ce n’est pas un traité théorique aride, mais une série de cinq entretiens dirigés par Marc-Antoine Vallée. Cette forme dialoguée permet d’aborder la philosophie de manière plus accessible, vivante et personnelle. Jean Grondin y a d’ailleurs revu et corrigé chaque texte pour en assurer la précision.
2. Le « Fil conducteur » : La question du sens
Le livre s’articule autour d’un « pari sur le sens ». Grondin s’oppose à l’idée que le sens serait une simple invention humaine (constructivisme) ou une illusion (nihilisme). Pour lui, le sens est quelque chose qui nous précède et nous transporte.
3. Un itinéraire intellectuel et géographique
L’ouvrage retrace le parcours fascinant de Grondin :
Ses débuts à l’Université de Montréal dans les années 1970.
Son immersion en Allemagne (Heidelberg et Tübingen), où il est devenu l’un des rares experts francophones à avoir côtoyé les sources directes de l’herméneutique.
Son rôle de passeur culturel, ayant contribué à faire connaître la pensée de Hans-Georg Gadamer (dont il est le biographe et le traducteur) au monde francophone.
4. Les domaines d’application
Le livre explore comment cette quête de sens se manifeste dans différentes sphères de l’existence :
L’art et la littérature : comme « mise en œuvre » du sens.
La morale : définie comme un « sens du bien ».
La religion : abordée sous l’angle de l’espérance.
Structure de l’ouvrage
L’école de la philosophie : Son parcours et sa vocation.
L’herméneutique : La théorie de l’interprétation.
L’expérience du sens : La dimension existentielle.
Art et littérature : La manifestation esthétique du sens.
Religion : L’ouverture vers la transcendance.
C’est un livre précieux pour quiconque s’intéresse à la philosophie de la lumière, à la clarté intellectuelle et à la manière dont la pensée peut éclairer notre rapport quotidien au monde.
— FIN DE LA RÉPONSE DE GEMINI DE GOOGLE —
AU SUJET DE L’AUTEUR
Jean Grondin
Philosophie allemande, religion et sens de la vie
Professeur titulaire
Faculté des arts et des sciences – Département de philosophie
Université de Montréal
Biographie
Jean Grondin est professeur titulaire au Département de philosophie de l’Université de Montréal et président de l’Académie des arts, des lettres et des sciences humaines du Canada. Ses travaux d’une qualité et d’une clarté exceptionnelles ont contribué de manière notable à l’avancement des connaissances en philosophie et ont retenu l’attention des plus illustres penseurs de notre temps ainsi que des médias internationaux.
Figure marquante de la philosophie actuelle et éminent spécialiste de trois domaines qu’il a renouvelés en profondeur, à savoir la philosophie allemande, la métaphysique et l’herméneutique (l’art de comprendre), le professeur Grondin est l’un des philosophes canadiens les plus remarquables et l’un des plus lus dans le monde. Il a écrit plus de vingt livres qui ont été traduits dans une quinzaine de langues et publiés chez des éditeurs prestigieux. Il est notamment l’auteur de la toute première biographie du philosophe Hans-Georg Gadamer, qu’il a rédigée directement en allemand, de trois ouvrages de la collection Que sais-je?, d’une Introduction à la métaphysique et d’essais passionnants sur le sens de la vie humaine. Il a aussi traduit cinq livres de l’allemand vers le français. Sa philosophie du sens souligne la capacité de compréhension, d’initiative et d’espérance de l’intelligence humaine.
Depuis 1984, il a continuellement obtenu des subventions du CRSH, qui vient d’ailleurs de lui accorder une subvention Savoir (2017-2022) pour ses recherches actuelles, d’une grande originalité et en même temps soucieuses de transmettre l’héritage de la pensée métaphysique sur lequel repose notre civilisation : elles visent à proposer une articulation renouvelée de l’herméneutique et de la métaphysique qui cherche à montrer que toutes les sciences humaines reposent sur une métaphysique, c’est-à-dire un effort de comprendre ce qui fonde la dignité humaine et ce qui rend la vie digne d’être vécue.
La notoriété de ses écrits lui a valu plusieurs des plus importantes distinctions en sciences humaines : Officier de l’Ordre du Québec en 2016, prix Molson du Conseil des arts du Canada en 2014, Officier de l’Ordre du Canada en 2012, prix André-Laurendeau de l’Acfas et prix Killam en 2012, prix du Québec Léon-Gérin en 2011, prix Konrad-Adenauer de la Fondation Humboldt en 2010. Il a en outre été titulaire de la Chaire de métaphysique Étienne-Gilson à Paris en 2012-2013, et on lui a décerné trois doctorats honorifiques.
Pédagogue et mentor hors pair, il a dirigé près d’une soixantaine de mémoires de maîtrise et une vingtaine de thèses de doctorat. Il a été professeur invité dans plusieurs pays étrangers, y compris dans des pays défavorisés, dont le sort lui tient à cœur, entre autres, le Salvador, Haïti, la Biélorussie, le Venezuela et l’Argentine. Il a été membre fondateur de la Société canadienne d’herméneutique en 1985, de la Société francophone de philosophie de la religion en 2011 et de la Société canadienne de philosophie de la religion en 2018. Il est membre du comité scientifique d’une trentaine de revues savantes et est un conférencier recherché, à la fois par les grands congrès et les organisateurs de conférences d’intérêt général. Il a assuré une excellente visibilité à la philosophie par ses nombreux ouvrages d’introduction à la philosophie, par ses articles de vulgarisation parus dans des quotidiens à grand tirage et par ses 80 entretiens diffusés dans les médias.
Par toutes ces réalisations et par son engagement en faveur des sciences humaines et de la philosophie, le professeur Grondin contribue de manière admirable à l’essor de son milieu et montre qu’il se soucie au plus haut point de la diffusion du savoir dans le grand public.
Prix et distinctions
Prix André-Laurendeau 2012 – Association francophone pour le savoir (Acfas)
Prix Léon-Gérin 2011 – Gouvernement du Québec
Prix Killam (Izaak-Walton-Killam) 2012 – Conseil des arts du Canada
Bourse Killam 1994 – Conseil des arts du Canada
Prix Molson 2014 – Conseil des arts du Canada
Société royale du Canada : Les Académies des arts, des lettres et des sciences du Canada 1998 – Société royale du Canada
Jean Grondin est l’une des figures de proue de la philosophie contemporaine au Québec et une autorité mondiale en matière d’herméneutique (la théorie de l’interprétation).
Voici un portrait de ce penseur, basé sur son parcours et ses contributions majeures :
1. Un parcours d’excellence
Né en 1955, il a suivi un itinéraire intellectuel rigoureux qui l’a mené de l’Université de Montréal aux grandes universités allemandes de Heidelberg et Tübingen. Cette immersion lui a permis de maîtriser la langue et la pensée allemande à la source, faisant de lui un « pont » essentiel entre les traditions philosophiques européenne et nord-américaine. Il est professeur titulaire à l’Université de Montréal depuis 1991.
2. Le spécialiste mondial de Gadamer
Jean Grondin est indissociable de Hans-Georg Gadamer, le père de l’herméneutique moderne.
Il a été son élève et est devenu son biographe officiel (Hans-Georg Gadamer: A Biography).
Il a traduit plusieurs de ses œuvres majeures en français, rendant cette pensée accessible au monde francophone.
3. Les thèmes centraux de sa pensée
Son œuvre ne se contente pas de commenter les textes ; elle propose une véritable philosophie du sens.
L’herméneutique : Pour Grondin, comprendre n’est pas seulement une opération intellectuelle, c’est notre manière d’être au monde. Nous interprétons constamment les signes, les textes et les événements pour y trouver une cohérence.
Le sens de la vie : Il a publié des ouvrages marquants sur ce sujet (notamment Du sens de la vie), où il défend l’idée que le sens n’est pas une invention subjective, mais une réalité que l’on découvre et qui nous interpelle.
La métaphysique et la religion : Il explore la persistance des questions métaphysiques et la place de l’espérance dans la pensée humaine.
4. Un style accessible et lumineux
Contrairement à certains philosophes qui cultivent l’obscurité, Jean Grondin est reconnu pour sa clarté pédagogique. Ses écrits, comme les entretiens que vous avez commencé à lire, privilégient une langue précise et une structure limpide, cherchant toujours à ramener la haute abstraction vers l’expérience concrète de la vie.
Quelques ouvrages clés :
L’Horizon herméneutique de la pensée contemporaine (1993)
Jean Grondin est une sommité mondiale dans les domaines de l’herméneutique, de la métaphysique et de la philosophie allemande, qu’il a tous trois contribué à introduire au Canada. L’un des philosophes québécois les plus lus, il a rédigé de nombreux ouvrages largement traduits dans le monde entier. Parmi ses livres les plus connus : Introduction à la métaphysique, L’universalité de l’herméneutique, Du sens des choses et La philosophie de la religion.
M. Grondin naît en Mauricie en 1955. Il est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal ainsi que d’un doctorat en philosophie de l’Université de Tübingen (Allemagne).
De 1982 à 1990, il enseigne à l’Université Laval ; de 1990 à 1991, à l’Université d’Ottawa ; à partir de 1991, à l’Université de Montréal.
Pédagogue passionné, sensible au sort des pays défavorisés, il enseigne aussi, au fil des ans, à Haïti, au Salvador, en Argentine et en Biélorussie.
Humaniste, il a à cœur la vulgarisation des connaissances. Il fait paraître pas moins de trois livres de la collection Que sais-je ? Il publie des introductions à de grands philosophes, comme Emmanuel Kant, et propose des ouvrages de présentation pour des disciplines fondamentales de la pensée, notamment l’herméneutique (art du comprendre).
Illustre représentant de cette dernière discipline, qui va connaître ses développements les plus conséquents et les plus influents avec Hans-Georg Gadamer (1900-2002) et Paul Ricœur (1913-2005), M. Grondin peut être considéré comme l’un des principaux héritiers et continuateurs de l’œuvre de ces remarquables philosophes, deux de ses maîtres. Il est d’ailleurs biographe et traducteur de Hans-Georg Gadamer.
Citoyen du monde, il assure la co-vice-présidence de la Société francophone de philosophie de la religion dès ses débuts, en 2011, et il est titulaire de la chaire de métaphysique Étienne Gilson de l’Institut catholique de Paris en 2012-2013.
Jean Grondin — Lauréat du prix Molson (Sciences humaines)
Profil et Expertise
Professeur de philosophie à l’Université de Montréal. Expert en herméneutique, métaphysique et philosophie allemande. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits en quinze langues.
Œuvres Majeures
L’universalité de l’herméneutique, Introduction à la métaphysique, biographie de Gadamer. Études sur Heidegger et Kant. Essais : Du sens de la vie, À l’écoute du sens et Du sens des choses.
Formation et Distinctions
Doctorat de l’Université de Tübingen (1982) en philosophie, théologie et philologie grecque. Prix : Killam, Léon-Gérin, Konrad Adenauer et titulaire de la chaire Étienne Gilson (Paris, 2013).
Engagement International
Pédagogue engagé auprès des pays défavorisés. Professeur invité au Salvador, en Biélorussie, à Haïti et en Argentine.
FRADET, Pierre-Alexandre, Le désir du réel dans la philosophie québécoise, Montréal, Nota bene, coll. Territoires philosophiques, 2022, 246 p.
Dossier thématique intitulé « Disputatio » à propos du livre Du sens des choses. L’idée de la métaphysique, in Philosophiques, vol. 41, numéro 2, automne 2014, p. 351-412.
PERRIN, Christophe, « Jean Grondin et les choses du sens. Note sur la vieille idée d’une idée nouvelle de la métaphysique », Giornale di metafisica 2/2014, 491-509.
BEUCHOT, Mauricio/NADAL, Juan (eds.), Entornos de la hermenéutica. Por los caminos de Jean Grondin, Cuadernos del Seminario de Hermenéutica 31, Universidad Nacional Autónoma de México 2018.
FRANCO MEDINA, Juan Manuel, Sobre el sentido de la vida: Convergencia entre Agustín y Jean Grondin, Universidad Eafit, Escuela de Humanidades, Medellín, 2020.
RAPPORT DE LECTURE
Intelligence artificielle GEMINI de Google
Dans cet ouvrage, le philosophe québécois Jean Grondin, spécialiste mondial de l’herméneutique (la science de l’interprétation), s’entretient avec Marc-Antoine Vallée. Ce livre n’est pas seulement un retour sur une carrière académique prestigieuse ; c’est une méditation profonde sur la quête de sens dans un monde souvent perçu comme désenchanté.
Voici un résumé des thèmes clés abordés dans ces entretiens, enrichi de citations et de réflexions centrales.
1. L’Herméneutique : Plus qu’une méthode, une existence
Pour Grondin, l’herméneutique ne se limite pas à l’interprétation des textes anciens. C’est la condition même de l’être humain. Nous sommes des « êtres de sens » qui cherchons constamment à comprendre notre place dans le monde.
L’idée centrale : Comprendre, c’est toujours s’expliquer avec soi-même.
Citation clé :
« L’herméneutique n’est pas une technique de l’interprétation, c’est le mouvement même de la vie qui cherche à se comprendre. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
2. Le « Sens » comme horizon de vie
Le titre du livre, À l’écoute du sens, suggère que le sens n’est pas quelque chose que l’on fabrique de toutes pièces, mais quelque chose que l’on reçoit ou que l’on « entend ». Grondin s’oppose à l’idée nihiliste que la vie serait absurde par définition.
Le dialogue avec le passé : Le sens naît souvent d’un dialogue avec la tradition (Gadamer, Heidegger, mais aussi les Grecs et la pensée chrétienne).
Citation clé :
« Le sens n’est pas une construction souveraine de l’individu, il est ce qui nous précède et nous appelle. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
3. La critique de la modernité et du subjectivisme
Grondin exprime une certaine inquiétude face à la modernité qui place le « Moi » au centre de tout. Selon lui, en voulant tout maîtriser par la raison technique, l’homme risque de devenir sourd au sens qui dépasse sa propre volonté.
Le dépassement de l’ego : La véritable pensée commence là où l’on accepte que l’on ne sait pas tout.
Citation clé :
« La raison moderne a souvent voulu se rendre maîtresse et possesseure de la nature, mais elle a oublié qu’elle était d’abord à l’écoute d’une vérité qui la dépasse. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
4. La religion et la transcendance
Un point saillant des entretiens est la place de la religion. Jean Grondin aborde la question de Dieu non pas de manière dogmatique, mais comme une ouverture nécessaire à l’altérité et au mystère.
L’herméneutique de la religion : Il voit dans la religion une réserve de sens indispensable pour contrer le vide contemporain.
Citation clé :
« La question de Dieu est la question du sens poussée à son extrême limite. C’est l’espoir que le dernier mot ne revient pas au néant. »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
Synthèse des thèmes abordés
Thème
Vision de Jean Grondin
La Vérité
Elle n’est pas une donnée objective froide, mais une rencontre.
La Tradition
Elle n’est pas un fardeau, mais le sol qui nous permet de penser.
Le Langage
C’est le milieu dans lequel se produit la compréhension du monde.
L’Écoute
La posture fondamentale du philosophe face à l’existence.
Conclusion : Une philosophie de la finitude
En fin de compte, ces entretiens dessinent le portrait d’un philosophe humble. Pour Grondin, admettre notre finitude (le fait que nous soyons mortels et limités) est la condition de la sagesse. C’est parce que notre temps est compté que la question du sens devient urgente et précieuse.
« Philosopher, c’est reconnaître que l’on est toujours en chemin, que l’on n’a jamais fini de comprendre ce que signifie « être ». »
Grondin, J. (2011). À l’écoute du sens : Entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin.
Ce livre est une excellente porte d’entrée pour quiconque souhaite découvrir l’œuvre de Grondin sans se perdre dans des traités techniques, offrant une pensée lumineuse, accessible et profondément humaine.
— FIN DE LA RÉPONSE DE GOOGLE GEMINI —
RAPPORT DE LECTURE
J’ai toujours pensé que la vie n’avait pas de sens en soi mais uniquement le sens que lui donnons.
La tâche du philosophe ne saurait être de créer du sens. En fait, qui pourrait se targuer de l’avoir jamais fait ? Qu’est-ce qu’un sens que l’on aurait soi-même créé, un sens qui d’une façon ou d’une autre ne renverrait pas au-delà de nous-mêmes ? « Le sens, écrit Jean Grondin, n’est que là où nous sommes saisis, aspirés, transportés hors de nous-mêmes¹. » Il revient au philosophe de penser cette expérience, c’est-à-dire de rendre compte, en faisant montre d’une attention soutenue, du sens toujours déjà à l’œuvre dans nos vies à plusieurs niveaux, voire d’un sens qui peut être si près de nous, si constitutif de nos vies, que l’on tend parfois à l’oublier.
Extrait de la Préface de Marc-Antoine Vallée
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Préface, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011p. 7
PHI 3735 : Gadamer et l’herméneutique – Jean GRONDIN – Automne 2022
Ce cours sera entièrement consacré au chef-d’œuvre de Hans-Georg Gadamer (1900-2002), Vérité et méthode (1960), que l’on peut considérer comme le livre de base de la philosophie herméneutique contemporaine. Il est l’un des rares ouvrages à proposer, sur des assises humanistes, assumées et justifiées, une vision d’ensemble, éclairante et généreuse, de ce qu’est la vérité dans les sciences humaines, en art, en histoire, en philosophie et dans la vie humaine en général. C’est l’une des œuvres les plus emblématiques et les plus marquantes de la philosophie du XXe siècle. Le but du cours est de proposer une introduction à l’œuvre de Gadamer et, par là, aux questions toujours actuelles de l’herméneutique.
La traduction de l’allemand au Français du livre maître de Gadamer nous donne une introduction qui débute ainsi :
« Les recherches qui suivent concernent le problème herméneutique. Le phénomène de la compréhension et de l’interprétation correcte de ce qui a été compris n’est pas seulement le problème spécifique de la méthodologie des sciences de l’esprit. Il y a eu de tout temps une herméneutique théologique et une herméneutique juridique qui n’avaient pas tant un caractère de science théorique que celui d’un comportement correspondant à la pratique du juge ou du pasteur qui ont reçu une formation scientifique. Dès son origine, le problème de l’herméneutique dépasse donc les limites tracées par le concept de méthode de la science moderne. Comprendre et interpréter des textes n’est pas seulement l’affaire de la science, mais appartient de toute évidence à l’expérience humaine du monde dans son ensemble.
Les recherches qui suivent ne se proposent pas d’élaborer une telle méthodologie des sciences de l’esprit. Leur intention est bien plutôt de rechercher, par-delà la conscience méthodologique de la science, ce qui relie entre elles les différentes formes de compréhension, et de montrer que la compréhension n’est jamais un comportement purement subjectif à l’égard d’un « objet » donné, mais qu’elle appartient à l’être de ce qui est compris.
Le phénomène de l’herméneutique n’est donc pas, au premier chef, un problème de méthode. Il ne s’agit pas d’une méthode de la compréhension qui ferait des textes l’objet d’une connaissance scientifique, au même titre que n’importe quel autre objet de l’expérience. Ce qui est en question ici, c’est bien plutôt – et en tout premier lieu – ce qui arrive réellement à l’homme par-delà ce qu’il veut et ce qu’il fait, lorsqu’il comprend.
Par conséquent, l’analyse herméneutique que nous tentons ici ne se veut pas une théorie de la science. Elle ne cherche pas à fonder les sciences humaines par une réflexion sur leur démarche propre. Elle cherche au contraire à montrer que la compréhension est une forme de l’être-au-monde. On ne peut donc pas limiter le phénomène herméneutique à la question des sciences de l’esprit. L’herméneutique est la manière fondamentale dont l’existence humaine se réalise dans le langage et dans l’histoire. »
Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode : Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, trad. par P. Fruchon, J. Grondin et G. Merlio, Paris, Éditions du Seuil, 1966, Introduction, pp. 15-16.
P.S.: « Vérité et méthode . Considéré par Paul Ricœur comme l’« ouvrage qui reste sans conteste le plus important publié en Allemagne depuis Être et temps de Heidegger », Vérité et méthode (1960) est le livre fondateur de l’herméneutique contemporaine. Refusant de réduire le problème de la compréhension à la cohérence du discours, Gadamer affirme ici que comprendre est avant tout une manière d’être au monde et pas seulement une méthode pour le connaître. Plus qu’une simple critique du positivisme, ce livre est l’expression du combat que se livrent la « vérité » et la « méthode ». L’auteur poursuit la lutte dans les trois champs successifs de notre lien esthétique aux œuvres d’art, de notre lien historique aux héritages du passé, de notre lien langagier à l’ordre des signes et, à travers eux, à l’être-dit des choses. » Source : Les Libraires.
Marc-Antoine Vallée adresse cette question à Jean Grondin :
MAV : La paysage philosophique n’est plus tout à fait le même aujourd’hui, et nous avons un peu de recul pour en juger. Cinquante ans après la publication du maître-livre de Gadamer, Vérité et méthode (1960), quelle a été selon cous la plus grande contribution de l’herméneutique gadamérienne ?
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 1 – À l’école de la philosophie et de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. p. 33
JG : (…) L’apport de Gadamer ne réside pas dans la minière dont il faut comprendre la science (on y apercevra tout au plus une conséquence de sa pensée), mais dans sa redécouverte d’autres formes vérité. C’est ici, si vous le voulez et je ne dis pas là rien de bien original, que sa contribution m’apparaît le plus évidente. Cela l’a amené, on pourrait en discuter si vous voulez, à mettre en valeur l’art et l’histoire comme des voies (et des voix) de la vérité qui dépassent le modèle dominant de la science. Il a accompli le même travail réminiscence pour ce qui est du pouvoir pratique, ou de l’éthique, de la philosophie elle-même et de notre rapport langagier au monde. Tout cela est très précieux et soulève, bien entendu, des questions (le dialogue est aussi pour lui un lieu de vérité, vous sa source privilégiée). Cela a eu beaucoup de conséquences libératrices, notamment celle de remettre en question l’idéal de l’observateur non engagé ou de la soit-disant « neutralité »scientifique du chercheur. Selon cette recette, une connaissance ne serait scientifique qui si l’observateur ne s’impliquait pas du tout et restait, pour ainsi dire, à l’écart de ce qu’il disait (suivant le modèle, par exemple, de ce qui déclare: « Voilà ce que disent les sondages », je n’interviens pas parce que cela mettrait en danger l’objectivité). Je n’ai rien contre les sondages, mais avec Gadamer, on peu se demander si cette description de la neutralité scientifique correspond à ce qui se passe vraiment dans les sciences humaines, quand on interprète, par exemple, un événement historique, une jurisprudence, une société, un texte ou l’histoire d’une vie. Peut-on dire que le chercheur n’est pas du tout impliqué ? Certes, il doit étudier les donnés, des faits, des textes avec un esprit scientifique, mais il le fait toujours en discutant avec eux, donc y mettant du sien. Il y a une interpellation qui émane d’un phénomène, ou d’un texte (le modèle privilégié de Gadamer), que les chercheur interprète en en faisant ressortit le sens et la portée. Il le fait toujours à partir d’un certain état d’un savoir, donc du présent, et de ses questions, et parce qu’il se tient dans une tradition d’interrogation et de recherche dont il est l’héritier (a fortiori s’il la critique). C’est cela que la méthode dominante a voulu exclure, l’implication du présent et des traditions dans la connaissance de la vérité. Gadamer a voulu montré que cela ne rendait pas justice à l’expérience de vérité des sciences humaines, ni à celle de l’art. On peut aussi penser, même si son débat n’était pas là, que cela ne correspond pas non plus à la pratiques des sciences exactes. Je me tais, mais je pourrai continuer longtemps. Mais savoir s’arrêter est l’une de ces maximes de décence indispensables en science comme dans la vie en commun, même si elle n’a rien de scientifique. (…)
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 1 – À l’école de la philosophie et de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 35-35
Ce passage est d’une importance capitale car il synthétise ce que Jean Grondin considère comme le cœur de la « révolution » gadamérienne. Il s’agit d’un plaidoyer pour une vérité élargie, qui ne se laisse pas enfermer dans les seuls critères de la méthode scientifique.
Voici les points clés que vous pouvez retenir et analyser dans ce texte :
La pluralité des formes de vérité
Jean Grondin souligne que le génie de Gadamer est d’avoir montré que la vérité n’est pas l’apanage exclusif de la science (le modèle de la preuve mathématique ou expérimentale).
L’art et l’histoire : Ce sont des domaines où nous vivons des expériences de vérité authentiques. Quand une œuvre d’art nous « parle » ou qu’un événement historique nous « enseigne » quelque chose, il se passe un événement de vérité qui dépasse la simple mesure de données.
Le mythe de la neutralité absolue
C’est sans doute l’aspect le plus « libérateur » mentionné par Grondin.
La critique de l’observateur neutre : Gadamer conteste l’idée que le chercheur doive être un spectateur désengagé (le modèle du « sondage » évoqué par Grondin).
L’implication nécessaire : Le chercheur ne travaille pas dans le vide. Il aborde un sujet avec ses questions, sa sensibilité et son présent. L’herméneutique affirme que cette implication n’est pas un obstacle à la vérité, mais la condition même de la compréhension. On ne comprend pas malgré ses préjugés, mais grâce à son horizon de pensée qui nous permet d’entrer en dialogue.
Le savoir comme dialogue et interpellation
Le passage insiste sur l’idée que comprendre est un acte vivant :
L’interpellation : Un texte ou une société ne sont pas des objets inertes ; ils nous interpellent. L’interprète « met du sien » pour faire ressortir le sens.
La tradition : Grondin rappelle que nous sommes toujours les héritiers d’une tradition de recherche. Même quand nous critiquons le passé, nous le faisons à partir du langage et des concepts que ce passé nous a légués.
Une éthique de la connaissance
La fin du passage est savoureuse : Grondin mentionne que « savoir s’arrêter » est une forme de décence.
Cela suggère que la philosophie (et les sciences humaines) ne relève pas seulement d’une accumulation de données, mais d’une sagesse pratique. Le savoir doit être habité par une forme d’humilité et de respect pour la vie commune, des valeurs qui ne sont pas « calculables » scientifiquement mais essentielles.
Cette citation l’herméneutique comme une « réhabilitation de l’expérience humaine » face à la domination de la méthode technique. C’est une invitation à reconnaître que la vérité est une rencontre dialoguée entre un héritage et une question actuelle.
MAV : Mais comment doit-comprendre cette thèse de l’universalité chez Gadamer, car c’est bien lui qui l’a inspirée ? Veut-elle dire que tout n’est affaire d’interprétation ?
JG: Gadamer dit effectivement qu’il y a de l’interprétation dans tout notre rapport au monde, et sa thèse plus précise, si vous voulez, est que cette interprétation et ce rapport au monde passent par le langage. Dann sa version plus précise et à mon avis plus précieuse encore, la thèse de Gadamer est que le langage est ouvert à tout ce qui peut être compris et à tout ce qui est, rien ne résistant à son universalité. Mais dans la formule « tout n’est qu’affaire d’interprétation », ce le « ne que » que je n’aime pas et que Gadamer n’aurait sans doute pas aimé. Car cela laisse un peu entendre que lorsque l’on parle d’interprétation, on ne parle justement que d’interprétations(s) et jamais des choses elles-mêmes. Autrement dit, l’interprétation serait le paravent qui nous empêcherait d’accéder aux choses, car on ne le ferait toujours par le biais de « lectures du réel » qui dépendraient de leur contexte historique et de nos grilles linguistiques, C’est la thèse de Vattimo et de plusieurs autres. Mais compréhension de l’interprétation est différente et l’a toujours été : ce que nous interprétons, ce sont toujours les choses elles-mêmes. Et si nous les interprétons, c’est parce que nous cherchons à comprendre leur sens, leur signification et leur portée. En 1991, c’est ce que je voulais exprimer en disant que ce que nous cherchons à comprendre, c’est le verbe intérieur, ou le sens, derrière l’expression. (…)
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 2 – Du sens de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 40-41
Ce passage est crucial car il permet de dissiper un malentendu fréquent sur l’herméneutique : l’idée que « tout est relatif » ou que nous serions enfermés dans un langage qui nous couperait de la réalité.
Jean Grondin opère ici une distinction fondamentale entre le relativisme (souvent associé à des penseurs comme Vattimo) et l’herméneutique classique de Gadamer. Voici les points saillants à retenir :
Le rejet du « Ne que » (Le paravent vs l’accès)
Grondin refuse l’idée que l’interprétation soit un obstacle ou une déformation de la réalité.
Le paravent : Pour certains, dire que nous interprétons signifie que nous ne touchons jamais la « chose même », que nous restons prisonniers de nos grilles de lecture et de notre culture.
La perspective de Grondin : Au contraire, l’interprétation est le moyen d’accès aux choses. Interpréter, ce n’est pas inventer un sens arbitraire, c’est s’efforcer de saisir ce que la réalité (ou le texte) veut nous dire. L’interprétation est le pont, pas le mur.
L’universalité du langage
Grondin clarifie la célèbre thèse gadamérienne : « L’être qui peut être compris est langage ».
Cela ne signifie pas que tout se réduit à des mots, mais que tout ce qui fait sens pour nous passe nécessairement par le langage.
Le langage est ouvert. Il n’y a rien qui soit intrinsèquement inatteignable par la pensée et la parole. C’est une vision optimiste de la raison : tout ce qui existe peut être, tôt ou tard, accueilli dans le dialogue et la compréhension.
La notion de « Verbe intérieur » (Verbum interius)
C’est ici que Grondin apporte sa touche personnelle et profonde à l’herméneutique :
Le sens dépasse toujours les mots que nous utilisons pour l’exprimer.
S’inspirant d’Augustin, il parle du « verbe intérieur » : c’est cette pensée, cette intuition ou cette vérité que nous portons en nous et que nous essayons tant bien que mal de traduire en paroles.
L’enjeu : Comprendre, ce n’est pas seulement analyser des phrases, c’est chercher à rejoindre le sens qui se cache derrière l’expression, l’intention profonde qui cherche à se dire.
L’interprétation comme fidélité au réel
Contrairement à la vision postmoderne où « tout se vaut », Grondin insiste sur le fait que « ce que nous interprétons, ce sont toujours les choses elles-mêmes ».
L’interprète a une responsabilité envers la réalité. On n’interprète pas pour se faire plaisir ou pour imposer sa vision, mais parce qu’on est « interpellé » par une vérité qui demande à être explicitée.
En résumé :
Cette citation définit l’herméneutique non pas comme un relativisme subjectif, mais comme un réalisme du sens. Pour Grondin, l’interprétation est l’acte humble et nécessaire par lequel l’être humain se met à l’écoute d’une vérité qui lui préexiste, en utilisant le langage non pas comme une cage, mais comme un espace de rencontre avec le monde.
Cette réflexion sur le « verbe intérieur » et la recherche du sens derrière les mots semble particulièrement pertinente pour vos travaux sur la didactique et la transmission de la philosophie : elle rappelle que l’important n’est pas seulement le texte, mais le sens vivant qu’il cherche à communiquer.
(…) C’est que le point de vue nominaliste, lorsqu’il est radicalisé comme c’est le cas aujourd’hui, conduit au nihilisme. Cela veut dire qu’il n’y a plus (nihil) de principes, de normes, de réalités ou de mesures qui dépassent les réalités individuelles spatio-temporelles, qui sont les seules à exister. Les principes, les règles, les « valeurs » ne sont que des fictions inventées par les individus auxquelles ne correspond aucune réalité assignable. Certains sont plus utiles que d’autre, mais ce sont les individus qui en décident en fonction de leur besoin d’auto-conservation. C’est le cas, par exemple, des droits de l’homme. Ils sont, croyez-moi, très utiles, efficaces aussi souvent, mais ce ne sont que des « principes » qui sont seulement proclamés dans des « déclarations » des droits de l’homme, sans être fondés aujourd’hui sur une essence de l’homme, dans la dignité humaine. parce qu’il n’y a rien de tel dans le nominaliste. Certes, on continuera à parler ici ou là de « dignité humaine », mais justement et uniquement parce qu’il s’agit d’une fiction utile, suivant le principe de l’autoconservation : si vous respectez ma dignité, je respecterai la vôtre. Le terme de « valeurs » est révélateur à cet égard. On dit partout aujourd’hui qu’une constitution ou une charte quelconque devrait affirmer nos « valeurs », comme s’il s’agissait de la chose la plus évidente du monde. Mais que veut dire le terme valeur ?C’est un concept qui vient de l’économie où le terme possède un sens purement mercantile et clair (valeur d’échange, valeur d’usage, etc.). Il n’est apparu comme concept normatif universel, pour désigner ce à quoi l’on tient, qu’à la du XIX siècle et surtout au début de XXe. On le cherchera en vain dans les déclarations des droits de l’homme des Lumières. Une valeur n’a de sens que pour celui qui justement la valorise et la pose comme valeur, parce que seuls les individus – et leurs fictions utiles, dont les valeurs (hormis l’utilité pragmatique) et y a-t-il des valeurs en soi ? Dans un cadre nominaliste, il est claire que non. La « crise des valeurs » ne veut pas dire que nous avons perdu les valeurs d’autrefois, elle tient d’abord au fait que nous posons le problème en terme de valeurs. Nietzsche faisait table rase des ancienne valeur et ambitionnait d’en proposer de « nouvelles ». A-t- réussi ? En tout cas, les valeurs qu’il a posé (et par la voix d’un prophète, Zarathoustra) sont généralement celle de l’individualisme. C’est pourquoi plusieurs se reconnaissent en lui, car, pour le nominaliste, seul l’individu existe et peut donc avoir de la valeur. Mais quelle « valeurs » l’individu doit-il choisir ? Le nominalisme ne permet pas de répondre à cette question, d’où notre crise.
GRONDIN, Jean, À l’écoute du sens – Entretiens avec Marc-Antoine Vallée, Entretien 2 – Du sens de l’herméneutique, Éditions Saint-Martin (Bellarmin – Groupe Fides), coll. L’essentiel, Montréal, 2011. pp. 54-56
Cette citation est l’une des plus vigoureux de l’entretien, car Jean Grondin y quitte momentanément la pure théorie herméneutique pour livrer un diagnostic sévère sur la crise métaphysique et morale de la modernité.
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Il s’attaque ici à la racine du mal contemporain selon lui : le nominalisme. Voici une analyse des enjeux majeurs de cette réflexion :
1. Le lien entre Nominalisme et Nihilisme
Grondin définit le nominalisme comme la conviction que seules les réalités individuelles et concrètes existent. Les concepts universels (la Justice, l’Humanité, le Bien) ne seraient que des mots, des étiquettes ou des noms (nomina).
La conséquence nihiliste : Si l’on radicalise cette vision, plus rien ne possède de valeur intrinsèque. Si la « dignité humaine » n’est qu’un nom et non une réalité ancrée dans l’essence de l’être, elle perd sa force contraignante. Elle devient une option, une opinion.
2. Le piège de la « Fiction utile »
L’auteur souligne un paradoxe de notre époque : nous tenons aux Droits de l’Homme, mais nous refusons de les fonder sur une métaphysique solide (comme une nature humaine commune).
L’autoconservation : Grondin explique que, dans un cadre nominaliste, le respect de l’autre devient un simple contrat de survie (« je te respecte pour que tu me respectes »).
La fragilité : Si la morale n’est qu’une « fiction utile », elle peut être balayée dès qu’elle n’est plus jugée « utile » ou « efficace » par ceux qui détiennent le pouvoir.
3. La critique du concept de « Valeurs »
C’est sans doute le point le plus original du texte. Grondin déconstruit l’usage du mot « valeur », devenu omniprésent.
L’origine mercantile : Le terme vient de l’économie. Une valeur n’existe que parce qu’un sujet (un acheteur, un individu) décide de l’accorder à un objet.
La subjectivité radicale : En parlant de « nos valeurs » plutôt que de « principes » ou de « vérités », nous admettons implicitement qu’elles dépendent de notre bon vouloir. La « crise des valeurs » n’est pas un manque de morale, c’est le fait d’avoir transformé la morale en un catalogue de préférences individuelles ou collectives.
4. L’impasse nietzschéenne
Grondin cite Nietzsche comme celui qui a acté cette rupture. En voulant créer de nouvelles valeurs, Nietzsche a consacré le triomphe de l’individu créateur.
Le problème du choix : Si seul l’individu existe et décide de ce qui est valable, sur quel critère doit-il choisir ? Le nominalisme vide le monde de ses repères objectifs, laissant l’individu face à un vide décisionnel : c’est le cœur de la crise contemporaine.
Synthèse
Ce texte est une défense indirecte de l’herméneutique comme philosophie du sens. Là où le nominalisme dit : « Il n’y a que des individus et des mots vides », l’herméneutique de Grondin répond : « Il y a du sens qui nous précède, une vérité qui nous appelle et une réalité qui nous interpelle ».
Une critique de l’individualisme : Le texte montre comment l’isolement métaphysique de l’individu conduit à l’impossibilité de fonder une éthique commune solide.
Le diagnostic de la « crise » : La crise n’est pas une perte de repères, mais un changement de nature de ces repères (du principe universel à la valeur subjective).
J’ai souligné plusieurs autres passages de ce livre. J’y ai découvert l’auteur, le philosophe Jean Grondin, et sa spécialité, herméneutique.
Le lien entre l’herméneutique et les nouvelles pratiques philosophiques
Le lien entre l’herméneutique (telle que définie par Jean Grondin et Gadamer) et les nouvelles pratiques philosophiques (NPP) — comme la consultation philosophique, les cafés-philo ou la philosophie pour enfants — est organique et profond. On peut dire que l’herméneutique fournit la colonne vertébrale théorique de ces pratiques.
Voici les points de convergence majeurs :
1. La philosophie comme dialogue (et non comme cours)
Dans le passage que vous avez cité précédemment, Grondin souligne que la vérité se découvre dans le dialogue.
Lien avec les NPP : Les nouvelles pratiques rejettent le modèle de la « leçon » magistrale. En consultation ou en atelier, la philosophie devient un événement de parole où le sens émerge de la rencontre entre deux sujets. C’est l’application directe de l’herméneutique gadamérienne : on ne « possède » pas la vérité, on y accède par l’échange.
2. Le passage du « Quoi » au « Qui »
L’herméneutique s’intéresse à la manière dont l’individu se comprend lui-même à travers les textes et le monde.
Lien avec les NPP : Dans une pratique comme la philothérapie ou la consultation, le but n’est pas d’accumuler des connaissances historiques sur Kant ou Spinoza, mais de voir comment ces pensées font écho à l’histoire de vie de la personne. C’est ce que Grondin appelle l’implication du chercheur : ici, le « chercheur » est l’individu qui interprète sa propre existence comme un texte en quête de sens.
3. La résistance à la « médicalisation » et à la technique
Vous avez noté l’inquiétude de Grondin face au nominalisme et à la perte d’essence.
Lien avec les NPP : Les nouvelles pratiques se posent souvent en alternative au diagnostic psychologique ou médical (l’empire du diagnostic). Là où la médecine voit un symptôme à traiter techniquement, l’approche herméneutique (et donc le praticien philosophe) voit une question de sens à explorer. La souffrance n’est pas qu’un déséquilibre chimique, c’est une parole qui cherche son « verbe intérieur ».
4. La réhabilitation des préjugés et de la tradition
L’herméneutique affirme que nous pensons toujours à partir d’un héritage.
Lien avec les NPP : Contrairement à certaines approches de « développement personnel » qui prônent de faire table rase du passé, les pratiques philosophiques invitent à revisiter sa propre culture et ses « préjugés » pour les transformer en outils de compréhension. C’est ce que Grondin appelle « se tenir dans une tradition d’interrogation ».
5. L’écoute du sens (Contre le nihilisme)
Le texte sur le nominalisme que vous avez cité montre que sans principes fondateurs, l’individu est perdu dans ses « fictions utiles ».
Lien avec les NPP : Le praticien philosophe aide justement l’individu à sortir du nihilisme de la « valeur marchande » pour retrouver des principes de dignité et de sens qui dépassent le simple besoin d’auto-conservation. La pratique philosophique est une tentative de reconstruire un horizon de sens dans un monde désenchanté.
Synthèse : L’herméneutique comme « Éthique du praticien »
Concept Herméneutique
Application en Pratique Philosophique
L’Interpellation
Le client ou le participant est « interpellé » par une question existentielle.
Le Verbe intérieur
Le praticien cherche à entendre ce que le client veut dire au-delà de ses mots.
La Finitude
Reconnaissance mutuelle que personne n’a la réponse ultime (humilité).
L’Ouverture au langage
Tout peut être dit et compris si l’on prend le temps du dialogue.
En somme, si les nouvelles pratiques philosophiques sont le « faire », l’herméneutique de Jean Grondin est le « pourquoi ». Elle justifie que l’on s’assoie pour parler de philosophie hors des universités : parce que la vie humaine est, par essence, une tâche d’interprétation.
L’approche herméneutique est une posture philosophique qui définit l’être humain non pas comme un simple observateur de faits, mais comme un interprète de sens. Elle repose sur l’idée que rien n’est donné de manière brute : tout ce que nous percevons passe par le filtre de notre compréhension.
L’approche herméneutique
Le cercle herméneutique
Il s’agit du principe méthodologique central. Il postule que la compréhension fonctionne selon un mouvement circulaire (ou spiralé) :
Pour comprendre la totalité d’une œuvre ou d’une situation, il faut en saisir les détails.
Mais pour comprendre ces détails, il faut déjà posséder une précompréhension de l’ensemble.
Conséquence : On n’arrive jamais devant un sujet avec un esprit vide (« tabula rasa »). On entre dans la compréhension avec des acquis que l’expérience vient modifier.
La fusion des horizons
Concept clé développé par Hans-Georg Gadamer, la fusion des horizons explique ce qui se produit lors d’une rencontre (avec un texte, une œuvre d’art ou une autre personne) :
L’horizon de l’autre : Le contexte historique et culturel d’où provient l’objet à comprendre.
L’horizon de l’interprète : Le présent, les questions et les limites de celui qui cherche à comprendre.
La fusion : Comprendre, ce n’est pas s’oublier pour devenir l’autre, c’est créer un nouvel espace commun où les deux horizons se rencontrent et s’élargissent mutuellement.
La réhabilitation de la tradition et des préjugés
Contrairement au rationalisme qui voit dans le préjugé une erreur de jugement, l’herméneutique le considère comme une précondition.
Nous sommes des êtres historiques ; nous portons en nous l’héritage du langage et de la culture.
L’approche herméneutique consiste à devenir conscient de ces préjugés pour les mettre en dialogue avec la réalité, plutôt que de prétendre à une neutralité scientifique illusoire.
La primauté du dialogue et du langage
Dans l’approche herméneutique, le langage n’est pas qu’un outil de communication, c’est le milieu même de la vérité.
La vérité n’est pas une donnée objective que l’on capture, mais un événement qui surgit lors d’un dialogue authentique.
L’interprète est à l’écoute de ce qui « cherche à se dire » derrière les mots (le sens profond).
Synthèse des oppositions
Caractéristique
Approche Technique/Scientifique
Approche Herméneutique
Objectif
Expliquer (chercher la cause).
Comprendre (chercher le sens).
Sujet
Observateur neutre et distant.
Participant engagé et impliqué.
Méthode
Application de règles fixes.
Dialogue et ouverture à l’autre.
Vision du réel
Un objet à analyser ou mesurer.
Un partenaire qui nous interpelle.
En résumé, l’approche herméneutique est une philosophie de l’écoute. Elle considère que la vérité est une quête permanente, jamais achevée, où chaque nouvelle interprétation enrichit notre rapport au monde.
Philosophie de l’écoute
L’approche herméneutique est une posture philosophique qui définit l’être humain non pas comme un simple observateur de faits, mais comme un interprète de sens. Elle repose sur l’idée que rien n’est donné de manière brute : tout ce que nous percevons passe par le filtre de notre compréhension.
Voici les composantes fondamentales de cette approche :
Le cercle herméneutique
Il s’agit du principe méthodologique central. Il postule que la compréhension fonctionne selon un mouvement circulaire (ou spiralé) :
Pour comprendre la totalité d’une œuvre ou d’une situation, il faut en saisir les détails.
Mais pour comprendre ces détails, il faut déjà posséder une précompréhension de l’ensemble.
Conséquence : On n’arrive jamais devant un sujet avec un esprit vide (« tabula rasa »). On entre dans la compréhension avec des acquis que l’expérience vient modifier.
La fusion des horizons
Concept clé développé par Hans-Georg Gadamer, la fusion des horizons explique ce qui se produit lors d’une rencontre (avec un texte, une œuvre d’art ou une autre personne) :
L’horizon de l’autre : Le contexte historique et culturel d’où provient l’objet à comprendre.
L’horizon de l’interprète : Le présent, les questions et les limites de celui qui cherche à comprendre.
La fusion : Comprendre, ce n’est pas s’oublier pour devenir l’autre, c’est créer un nouvel espace commun où les deux horizons se rencontrent et s’élargissent mutuellement.
La réhabilitation de la tradition et des préjugés
Contrairement au rationalisme qui voit dans le préjugé une erreur de jugement, l’herméneutique le considère comme une précondition.
Nous sommes des êtres historiques ; nous portons en nous l’héritage du langage et de la culture.
L’approche herméneutique consiste à devenir conscient de ces préjugés pour les mettre en dialogue avec la réalité, plutôt que de prétendre à une neutralité scientifique illusoire.
La primauté du dialogue et du langage
Dans l’approche herméneutique, le langage n’est pas qu’un outil de communication, c’est le milieu même de la vérité.
La vérité n’est pas une donnée objective que l’on capture, mais un événement qui surgit lors d’un dialogue authentique.
L’interprète est à l’écoute de ce qui « cherche à se dire » derrière les mots (le sens profond).
Synthèse des oppositions
Caractéristique
Approche Technique/Scientifique
Approche Herméneutique
Objectif
Expliquer (chercher la cause).
Comprendre (chercher le sens).
Sujet
Observateur neutre et distant.
Participant engagé et impliqué.
Méthode
Application de règles fixes.
Dialogue et ouverture à l’autre.
Vision du réel
Un objet à analyser ou mesurer.
Un partenaire qui nous interpelle.
En résumé, l’approche herméneutique est une philosophie de l’écoute. Elle considère que la vérité est une quête permanente, jamais achevée, où chaque nouvelle interprétation enrichit notre rapport au monde.
— FIN DE LA RÉPONSE DE GEMINI DE GOOGLE —
Je vous recommande fortement la lecture de ce livre