Article # 326 – Décentrer l’enseignement philosophique dans l’enseignement supérieur africain : intégrer des perspectives mondiales dans la salle de classe / Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom, Isaac MUTELO, Comparative Philosophy, 2026

Décentrer l’enseignement philosophique dans l’enseignement supérieur africain : intégrer des perspectives mondiales dans la salle de classe

Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom

Isaac MUTELO

Comparative Philosophy, 2026


MUTELO, Isaac (2026) DOI: https://doi.org/10.55917/2151-6014.1931
« Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom, » Comparative Philosophy: Vol. 17: Iss. 2, Article 17.
Available at: https://scholarworks.sjsu.edu/comparativephilosophy/vol17/iss2/17


Résumé

Le discours philosophique a été dominé par les perspectives occidentales, une approche qui continue d’influencer la conception et la transmission des programmes dans l’enseignement supérieur. La domination historique du canon philosophique occidental au sein des cursus universitaires a contribué à la marginalisation d’autres traditions philosophiques tout aussi significatives provenant d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et des cultures autochtones. Cette approche a largement concouru à restreindre et à limiter la portée ainsi que la pertinence de la philosophie en tant que discipline universitaire à l’échelle mondiale. Plutôt que de défendre la domination et la supériorité d’un programme occidentalo-centré, cet article reconnaît, à travers une approche théorique et analytique, le rôle central de l’intégration de perspectives philosophiques mondiales dans les cursus et les débats philosophiques en Afrique et au-delà. L’article plaide pour une approche inclusive et multiculturelle qui enrichit le questionnement philosophique. En s’appuyant sur des perspectives multiculturelles et interculturelles, il remet en question la domination historique du canon philosophique occidental et propose des stratégies pour décentrer l’enseignement philosophique. L’article soutient l’importance de promouvoir le dialogue interculturel et l’inclusion multiculturelle, la diversification des programmes, ainsi que la nécessité de repenser les pédagogies d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En contestant les postulats traditionnels présumés de supériorité des traditions philosophiques occidentales et en militant pour l’inclusivité et la diversité, cet article contribue au débat actuel sur la nécessité de réformer, de décentrer et de décoloniser les programmes de philosophie en Afrique et ailleurs.

Source : Comparative Philosophy: Vol. 17: Iss. 2, Article 17.


À propos de cette revue

Nature et objectif

Comparative Philosophy est une revue internationale de philosophie à comité de lecture, à but non lucratif et en accès libre. La philosophie comparée y étant appréhendée comme une manière générale de philosopher par l’interaction trans-traditionnelle en vue d’une philosophie mondiale, la revue met l’accent sur l’engagement constructif d’approches et de ressources distinctes issues de différentes traditions philosophiques (au sens large, qu’elles se distinguent par la culture, les orientations stratégiques, les styles d’approche ou les branches/domaines de la philosophie) au profit de leurs contributions conjointes au développement contemporain de la philosophie (sur un ensemble de questions/thèmes d’intérêt commun) et de la société à l’échelle mondiale ; la revue met également l’accent sur la théorie générale et la méthodologie de la philosophie comparée.

Source : Comparative Philosophy.


Intelligence artificielle GEMINI de Google

Synthèse des points clés et arguments principaux par l’Intelligence artificielle Gemini Google

Cet article de recherche, intitulé « Decentring Philosophical Education in African Tertiary Education: Integrating Global Perspectives in the Classroom » et rédigé par Isaac Mutelo (enseignant à l’Arrupe Jesuit University, Zimbabwe), a été publié en 2026 dans la revue Comparative Philosophy.

En voici la synthèse des points clés et arguments principaux :

1. Le constat : L’eurocentrisme persistant dans l’enseignement de la philosophie

  • Une hégémonie occidentale : Les cursus universitaires de philosophie dans le monde – et particulièrement en Afrique – restent massivement dominés par le canon occidental (Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel, etc.).
  • Marginalisation des autres traditions : Les pensées africaines, asiatiques, latino-américaines ou autochtones sont souvent reléguées au second plan, réduites à de simples cours optionnels ou d’introduction.
  • L’injustice épistémique en Afrique : Dans de nombreuses universités africaines, la pensée africaine est concentrée dans un unique cours intitulé « African Philosophy », qui doit souvent commencer par justifier sa propre légitimité ou existence (une épreuve à laquelle la philosophie occidentale n’est jamais soumise), plutôt que d’explorer ses concepts de fond de manière approfondie.

2. Le cadre théorique : Multiculturalisme et dialogue interculturel

  • Théorie de l’éducation multiculturelle : L’auteur s’appuie sur les théories de l’éducation multiculturelle (visant la justice sociale, l’équité pédagogique et la reconnaissance égale de toutes les cultures).
  • Dialogue interculturel : Plutôt que de simplement remplacer une tradition par une autre, l’article prône une mise en relation équitable et respectueuse des civilisations et des manières de penser.

3. Les pistes et propositions concrètes pour « décentrer » la philosophie

L’article insiste sur le fait que décentrer la discipline ne consiste pas seulement à ajouter des textes d’auteurs non occidentaux, mais implique de repenser à la fois les contenus et les méthodes pédagogiques :

  • Diversification des programmes :
    • Placer la philosophie africaine au cœur des cursus africains (notions d’Ubuntu/Unhu, pensée communautaire, tradition orale, démocratie de consensus, penseurs comme Kwame Gyekye, Paulin Hountondji, Sophie Oluwole).
    • Intégrer les philosophies latino-américaines (la philosophie de la libération d’Enrique Dussel, la « colonialité du pouvoir » d’Aníbal Quijano) et asiatiques (le bouddhisme et la notion d’anatman, le confucianisme, le taoïsme) pour les faire dialoguer avec les concepts occidentaux et africains.
  • Pédagogies inclusives et ancrées :
    • Utiliser la pédagogie de l’Ubuntu (coexistence, apprentissage communautaire et collaboratif).
    • Intégrer les savoirs autochtones, contes, proverbes et langues locales dans l’analyse philosophique.
    • Organiser des débats structurés, des cercles de dialogue, inviter des anciens/gardiens des savoirs traditionnels et utiliser des cas concrets ancrés dans les réalités locales et sociopolitiques.
    • Mettre en place des exercices de réflexion personnelle, des jeux de rôle et des collaborations virtuelles/échanges avec d’autres universités pour déconstruire les stéréotypes et biais culturels des étudiants.

Conclusion de l’auteur

Décentrer et décoloniser l’enseignement de la philosophie en Afrique est présenté comme une étape indispensable vers la libération intellectuelle et la justice épistémique. Il s’agit de transformer les salles de classe en espaces d’apprentissage pluriels, capables de préparer les étudiants à un monde interconnecté en reconnaissant la pleine égalité et la richesse de toutes les traditions de pensée humaine.


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Article # 273 – Conseil et thérapie philosophiques : Praxis et pédagogie / Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013

Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013.

Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013
Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy, Bellarmine U. Nneji, Universidad Autónoma de Madrid, 2013

Rapport de lecture

Nneji, B. U. (2013). Philosophical counselling/therapy: Praxis and pedagogy. Working Papers on Culture, Education and Human Development, 9(3), 1-19.

Résumé : Bon nombre des misères et des confusions qui assaillent les êtres humains dépassent parfois le cadre des traitements médicamenteux. Il s’agit là de maladies de l’âme qui défient la médecine conventionnelle. Il est nécessaire de recourir à nouveau aux anciennes approches pratiques face aux misères humaines et à la confusion entourant le sens de la vie. C’est là que réside toute la pertinence du conseil philosophique. Il s’avère nécessaire d’introduire cette démarche dans les salles de classe afin d’éclairer les individus et de former des praticiens à la mission de rendre les existences plus significatives, grâce à une meilleure appréciation de la vie et de son cours. Cela est d’autant plus indispensable dans le contexte africain, où son introduction rendrait un grand service.


Introduction

Dans cet article, Bellarmine U. Nneji soutient la nécessité d’institutionnaliser le conseil philosophique (philosophical counselling) en tant que discipline académique et pratique professionnelle. Face aux limites des approches médicales et psychologiques conventionnelles pour résoudre les crises existentielles ou ce qu’il qualifie de « maladies de l’âme », l’auteur plaide pour un retour à la fonction thérapeutique originelle de la philosophie. Ce rapport propose une analyse structurée de sa thèse, de ses fondements historiques, de ses modalités d’application et du curriculum pédagogique proposé, en portant une attention particulière au contexte africain (notamment nigérian) évoqué par l’auteur.

1. Définition et nature du conseil philosophique

Le conseil philosophique — également appelé thérapie philosophique ou philosophie thérapeutique — est présenté comme un champ émergent issu de la philosophie appliquée ou pratique.

L’auteur le définit de la manière suivante :

« Le conseil philosophique est l’utilisation ou l’application de principes et de méthodes philosophiques d’analyse et de compréhension des réalités ultimes de la vie et des humains dans la résolution de problèmes vécus au cours de l’existence. »

Distinction par rapport aux thérapies conventionnelles

Nneji établit une ligne de démarcation claire entre le conseil philosophique et les disciplines telles que la psychiatrie ou la psychothérapie classique:

  • Le public cible : Contrairement à la psychiatrie qui traite des pathologies mentales graves (psychoses) ou des dysfonctionnements cérébraux, le conseil philosophique s’adresse exclusivement à des personnes saines d’esprit traversant des perturbations de la vie courante. C’est le fondement du paradigme résumé par l’expression « Platon plutôt que Prozac ».

  • Le domaine d’intervention : Là où les thérapies médicales s’orientent vers les domaines affectifs ou psychomoteurs en négligeant parfois le cognitif, la philosophie appréhende l’être humain in toto (ontologique, épistémologique et éthique).

  • La nature des troubles : De nombreuses souffrances humaines proviennent de conflits de valeurs, de perceptions erronées de la réalité ou de confusions conceptuelles, qui échappent aux traitements chimiques.

2. Histoire, développement et professionnalisation

Selon l’auteur, le conseil philosophique est aussi ancien que la discipline elle-même. Le texte retrace une trajectoire historique en trois grandes phases :

L’Antiquité comme âge d’or thérapeutique

  • Socrate : Considéré comme le précurseur de cette pratique, il assimilait la philosophie à la médecine et à la maïeutique, visant à guérir l’âme humaine de ses idées fausses.

  • L’Épicurisme : Épicure a jeté les bases de la philosophie comme thérapie, affirmant que les paroles d’un philosophe sont vaines si elles ne soulagent aucune souffrance humaine.

  • Le Stoïcisme : Sénèque affirmait que le rôle de la philosophie est de conseiller l’humanité, tandis que Cicéron la définissait comme l’art de guérir l’âme. Le but ultime recherché était l’atteinte de la tranquillité de l’âme (ataraxia).

L’éclipse médiévale et la transition moderne

Cette approche thérapeutique s’est affaiblie au cours de la période médiévale, lorsque la philosophie est devenue plus abstraite et dogmatique. Bien que des penseurs modernes comme Descartes, Kant, Nietzsche, Dewey et Wittgenstein aient appelé à un retour aux questions de la vie quotidienne, la discipline est longtemps restée confinée aux murs de la salle de classe.

L’émergence du mouvement contemporain

Le renouveau contemporain s’est structuré à partir des années 1970:

  • En 1978, Peter Koestenbaum publie un ouvrage séminal sur la philosophie clinique.

  • En 1981, Gerd Achenbach ouvre le premier cabinet de consultation à Cologne (Allemagne), puis fonde la Société pour la Praxis Philosophique en 1982.

  • En 1999, Lou Marinoff popularise le mouvement à l’échelle mondiale avec son best-seller Plato, Not Prozac.

3. Domaines d’application et enjeux socio-culturels

Le conseiller philosophique intervient par le biais d’un dialogue interactif et spéculatif utilisant un langage clair et accessible. L’auteur identifie plusieurs scénarios typiques d’intervention.

Les crises existentielles universelles

  • La crise du milieu de vie (mid-life crisis) : Ce n’est pas une pathologie, mais un problème d’interprétation des événements de la vie, qui se manifeste soit par le sentiment d’avoir dépassé la moitié de son existence sans tout accomplir, soit par un sentiment de vide après avoir atteint tous ses objectifs.

  • Le vieillissement et la finitude : Le conseil aide à concilier l’image de soi et la sénescence, tout en abordant des thématiques modernes liées à la technologie (bionique, cryonique) ou l’anxiété face à la mort.

Focus sur le contexte africain et la lutte contre les superstitions

Nneji souligne la pertinence cruciale de cette pratique en Afrique de l’Ouest. Il observe que de nombreuses pratiques culturelles et sociales (rites de veuvage, croyances sur l’infécondité, rites funéraires) sont ancrées dans des superstitions aux conséquences individuelles et collectives néfastes. La philosophie a dès lors pour mission de mener une critique interne de ces visions du monde pour libérer le soi intérieur et favoriser le développement social.

Cependant, l’introduction de cette pratique se heurte à d’importants obstacles bureaucratiques et institutionnels au Nigeria, où la philosophie fait l’objet d’un désintérêt marqué, voire d’un moratoire invisible hors des départements spécialisés.

4. Proposition d’un curriculum académique pour le conseil philosophique

Afin de professionnaliser la discipline au niveau de l’enseignement supérieur, l’auteur suggère une structure de formation rigoureuse répartie en quatre niveaux distincts:

Niveau / Étape Contenu du programme Objectif pédagogique

1. Niveau Introductif

Philosophie générale et Logique.

Permettre aux néophytes de comprendre la pensée philosophique et de maîtriser un outil indispensable à l’analyse.

2. Niveau Intermédiaire

Théodicy, Philosophie de la religion, Éthique et Anthropologie philosophique.

Saisir la nature humaine dans ses dimensions culturelles et spirituelles, et comprendre le rapport des individus au surnaturel.

3. Niveau Supérieur (Apex)

Étude approfondie des philosophies de la vie et de la mort (traditions occidentales et orientales : hellénistique, chrétienne, bouddhiste).

Préparer le futur professionnel à affronter les perturbations des clients. Nécessite une formation en herméneutique et en déconstruction textuelle.

4. Niveau Pratique / Technique

Méthodes d’entretien : Méthode socratique, les Four Guideposts d’Achenbach (1984), le processus PEACE de Marinoff (1999) et Déontologie/Éthique professionnelle.

Maîtriser des techniques éprouvées et intégrer les codes de conduite internationaux, en veillant à ne jamais convertir le client à une idéologie.

En parallèle, l’auteur mentionne que l’approche Philosophy for Children (P4C) de Matthew Lipman peut servir de propédeutique dès l’enfance pour poser les bases de la compréhension du sens de la vie.

Conclusion

L’article de Bellarmine U. Nneji démontre de manière convaincante que le progrès matériel, le développement technologique et le consumérisme capitaliste se font souvent au détriment du soin de l’âme, générant un décalage flagrant entre le niveau de vie et le bonheur réel. En réhabilitant la dimension clinique et thérapeutique de la philosophie, le conseil philosophique se présente comme une réponse adaptée aux maux existentiels contemporains. L’appel de l’auteur à l’institutionnalisation de cette pratique invite les décideurs politiques et académiques à dépasser les rigidités administratives pour mettre la rationalité critique directement au service du bien-être et de l’accomplissement humain.


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