Article # 351 – La philosophie comme mode de vie : une voie de rétablissement pour les personnes dépendantes / Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals, Guy Du Plessis, Utah State University, + Review by Matthew Sharpe, Deakin University


Qeios – We’re more than just a journal—we’re a multidisciplinary Open Science platform designed to meet modern academic needs by combining human expertise with advanced AI.

At Qeios, we envision a world where academic publishing is accessible, transparent, and efficient. We’re committed to fostering a research community that values open communication, rapid dissemination of knowledge, and constructive feedback.

Qeios — Bien plus qu’une simple revue, nous sommes une plateforme multidisciplinaire de science ouverte (Open Science) conçue pour répondre aux exigences universitaires modernes en combinant l’expertise humaine à une IA avancée.

Chez Qeios, nous concevons un monde où l’édition scientifique est accessible, transparente et efficace. Nous nous engageons à promouvoir une communauté de recherche qui valorise la communication ouverte, la diffusion rapide des connaissances ainsi que les retours constructifs.


Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals

La philosophie comme mode de vie : une voie de rétablissement pour les personnes dépendantes

Guy Du Plessis, Utah State University (2022)

June 2022

Qeios.


Télécharger cet article (PDF) (Anglais)

DOI:10.32388/I7XT6M.3


Résumé

Traduit de l’anglais au français par Gemini Google

Dans cet essai, j’aborde les notions de motivation et d’auto-illusion (self-deception) en explorant la valeur de la philosophie dans le cadre du traitement de l’addiction. Plus précisément, j’y examine la notion de philosophie comme mode de vie (philosophy as a way of life) en tant que voie de rétablissement pour les personnes engagées dans ce processus. Mon hypothèse est que la philosophie comme mode de vie peut constituer une voie de rétablissement probante et légitime pour les personnes en voie de guérison de leur addiction, parmi de nombreuses autres voies possibles. Je me concentrerai sur la thérapie basée sur la logique (Logic-Based Therapy, LBT) appliquée au contexte du rétablissement de l’addiction. La présentation d’une étude de cas a pour but de montrer comment un client bénéficiant de la LBT se voit doté de techniques et d’une vision du monde susceptibles de contribuer à un programme de rétablissement d’orientation philosophique. Dans cette étude de cas, il a été conseillé au client d’appliquer la philosophie morale de Friedrich Nietzsche comme cadre philosophique constructif afin de contrer sa vision du monde improductive ainsi que ses raisonnements fallacieux. Compte tenu de l’efficacité manifestement faible des traitements contre l’addiction, articuler la valeur de la philosophie comme mode de vie en tant que parcours de rétablissement offre un cadre conceptuel et méthodologique pour l’élaboration de programmes novateurs de traitement et de rétablissement à base philosophique, élargissant ainsi l’éventail des options thérapeutiques et de rétablissement offertes à ceux qui cherchent à s’affranchir de la dépendance.

Abstract

Texte original en anglais

In this essay I address the notions of motivation and self-deception by exploring the value of philosophy in the context of addiction treatment. More specifically, in this essay I explore the notion of philosophy as a way of life as a recovery pathway for individuals in addiction recovery. My hypothesis is that philosophy as a way of life can be a compelling, and legitimate recovery pathway for individuals in addiction recovery, as one of many recovery pathways. I will focus on logic-based therapy (LBT) applied in the context of addiction recovery. The aim of presenting a case study is to show how a client receiving LBT is provided with techniques and a worldview that can contribute to a philosophically oriented recovery program. In the case study the client was advised to apply the moral philosophy of Friedrich Nietzsche as an uplifting philosophical framework to counteract his unproductive worldview and fallacious thinking. Considering that there is an ostensibly low efficacy rate for the treatment of addiction, articulating the value of philosophy as a way of life as a recovery pathway provides a conceptual and methodological framework for the development of novel philosophically-based addiction treatment and recovery-oriented programs–thus expanding the treatment and recovery options available for those seeking recovery from addiction.

Source : https://www.qeios.com/read/I7XT6M.3


Review of: « Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals »

Recension de : « La philosophie comme mode de vie : une voie de rétablissement pour les personnes dépendantes »

Matthew Sharpe, Deakin University, Australia. (2022)

Qeios.


Télécharger cet article (PDF) (Anglais)

doi:10.32388/WQ6XZQ


Premier paragraphe

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

L’article de Guy du Plessis, « Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals », est le premier du genre (à la connaissance de ce recenseur) à introduire dans ce champ thérapeutique les recherches menées au cours des dernières décennies sur l’idée de la philosophie comme mode de vie (ci-après PWL), issues principalement des travaux de Pierre Hadot [1]. Un nombre croissant de travaux sont menés par certains psychologues, sous l’impulsion de Tim Le Bon et Donald Robertson, visant à associer la philosophie stoïcienne à des formes contemporaines de pratique [2]. Il s’agit là de l’une des perspectives interdisciplinaires les plus stimulantes ouvertes par l’idée maîtresse de Hadot, reprise depuis lors par une multitude d’auteurs [3] : à savoir que la philosophie, en tant que quête de sagesse, a longtemps considéré que sa tâche première résidait dans la transformation des modes de vie des individus, y compris face à l’adversité et aux épreuves de l’existence. Néanmoins, l’application éventuelle des techniques et des idées de la PWL spécifiquement à la thérapie de l’addiction constitue, selon moi, un domaine où l’article de Du Plessis fait œuvre de pionnier. Il s’agit d’une contribution particulièrement éclairante, compte tenu de l’expérience manifeste de l’auteur en tant que thérapeute existentiel d’orientation ou d’inspiration philosophique, capable de s’appuyer sur l’étude de cas pour montrer ce à quoi la PWL peut ressembler en milieu clinique.

Texte original en anglais

Guy du Plessis’s article “Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals” is the first of its kind (known to this reviewer) to bring the last decades’ research on the idea of philosophy as a way of life (hereafter PWL) stemming primarily from Pierre Hadot into this therapeutic field [1]. There is a growing amount of work being done by some psychologists, led by Tim le Bon and Donald Robertson, to use Stoic philosophy in conjunction with contemporary forms of practice.[2] This is one of the more exciting interdisciplinary possibilities opened up by Hadot’s key idea, since pursued by a host of others [3]: that philosophy, as a search for wisdom, for a long time took its primary task to be the transformation of individuals’ ways of living, including in the face of adversities and life challenges. But the possible application of PWL techniques and ideas specifically to addiction therapy is something which I believe du Plessis’s article is pioneering. It is an especially telling contribution, given the author’s clear experience as a philosophical or philosophically-informed existential therapist, able to draw upon case experience to show what PWL might look like in a clinical setting.

Source : https://www.qeios.com/read/WQ6XZQ


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Ces deux documents constituent un ensemble académique composé d’un article de recherche et de son évaluation critique par les pairs (peer review), tous deux publiés sur la plateforme Qeios.

1. Premier texte : L’article de Guy Du Plessis

« Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals »

L’auteur défend l’idée que la philosophie comprise comme « mode de vie » (Philosophy as a Way of Life – PWL, dans la lignée de Pierre Hadot et Michel Foucault) représente une voie légitime et efficace pour le rétablissement des personnes souffrant d’addiction.

  • Contexte et problématique : Face au faible taux d’efficacité des traitements traditionnels de l’addiction, Du Plessis s’intéresse à l’auto-illusion (self-deception) et au manque de motivation des personnes dépendantes. Il s’appuie sur la conception d’Alfred Mele, selon laquelle l’auto-illusion relève d’une croyance fausse motivée (comme le biais de confirmation ou le déni des conséquences), plutôt que d’un mensonge purement intentionnel.

  • Méthodologie (la Thérapie basée sur la logique – LBT) : Du Plessis utilise la Logic-Based Therapy développée par Elliot Cohen, qui repose sur six étapes rationnelles :

    1. Identifier le raisonnement émotionnel ;

    2. Détecter les erreurs de logique / prémisses irrationnelles ;

    3. Réfuter ces sophismes (approche socratique) ;

    4. Identifier la vertu directrice correspondante ;

    5. Choisir une philosophie inspirante pour incarner cette vertu ;

    6. Élaborer et appliquer un plan d’action comportemental.

  • Étude de cas clinique : L’auteur applique cette méthode à « Jurie », un musicien de 25 ans qui rechute dès qu’il subit une déception. Jurie souffre de « perfectionnisme existentiel » (exiger que les mauvaises choses n’arrivent jamais). Pour y remédier :

    • La vertu directrice retenue est l’acceptation inconditionnelle de la vie (unconditional life acceptance).

    • La philosophie choisie est celle de Friedrich Nietzsche, en particulier son concept d’amor fati (« aimer son destin », accepter la souffrance et l’imprévu au lieu de nourrir du ressentiment).

  • Digression sur les idéologies : L’auteur propose également une réflexion sur l’« addiction à l’idéologie » (extrême gauche ou extrême droite), vue comme une prothèse psychique pour compenser des failles narcissiques et éviter l’angoisse de fragmentation du moi.

  • L’accent sur l’agentivité : Du Plessis conclut en réaffirmant le pouvoir de la volonté et de la responsabilité individuelle contre les visions purement sociodéterministes de l’addiction.

2. Deuxième texte : L’évaluation critique de Matthew Sharpe

« Review of: Philosophy as a Way of Life as a Pathway to Recovery for Addicted Individuals »

Matthew Sharpe salue une contribution pionnière et novatrice, soulignant que l’application concrète des travaux de Pierre Hadot au champ clinique de l’addictologie est particulièrement prometteuse. Il formule cependant plusieurs réserves et suggestions constructives :

  • Un potentiel antique inexploité : Sharpe note que la thérapie LBT fait écho aux philosophies hellénistiques (notamment le stoïcisme et l’épicurisme). Il suggère que de futurs travaux devraient intégrer plus explicitement la notion hadotienne d’exercices spirituels (méditation, mémorisation de maximes), car la seule prise de conscience intellectuelle ne suffit pas à vaincre les habitudes addictives ancrées.

  • Les risques liés au choix de Nietzsche : Sharpe met en garde contre l’utilisation de Nietzsche auprès de patients vulnérables ou narcissiques :

    • L’amor fati nietzschéen implique d’embrasser l’éternel retour de tout, y compris des horreurs du monde, ce qui crée une tension avec l’insistance de Du Plessis sur l’agentivité et la volonté.

    • Conseiller la lecture de la Généalogie de la morale risque de conforter un jeune homme narcissique dans l’illusion d’être au-dessus des règles morales ou des devoirs envers autrui, au vu de certains passages problématiques du texte.

  • Pertinence discutable de l’excursus politique : Il estime que le long passage de Du Plessis critiquant les idéologies politiques de masse apporte peu à la compréhension du cas clinique et à la thérapie de l’addiction.

  • L’absence du collectif : Sharpe rappelle que chez Hadot, la transformation philosophique passe par le sentiment d’appartenir à un grand tout (la nature, la communauté), une dimension altruiste que la vision foucaldienne/nietzschéenne centrée sur le « souci de soi » a tendance à éclipser.

En somme, le premier texte propose une modélisation pratique de l’usage de la philosophie pour guérir des dépendances, tandis que le second enrichit le débat en questionnant la pertinence thérapeutique de Nietzsche face à des modèles antiques (comme le stoïcisme) plus éprouvés et moins ambigus.


Voir tous nos articles

Article # 291 – Au-delà du nihilisme juvénile ; la philosophie et l’autonomisation des jeunes « sans emploi, ne suivant ni études ni formation » (NEET), Mario Lupoli, Journal of Philosophical Investigations, 2026

RAPPORT DE LECTURE


Lupoli, M. (2026). Beyond youth nihilism; Philosophy and the empowerment of young people « not in education, employment or training ». Journal of Philosophical Investigations, 19(53), 757–776.


1. Identification du document

  • Auteur : Mario Lupoli, Professeur à la Faculté de Philosophie de l’Université Pontificale Antonianum (Italie).

  • Titre de l’article : Beyond Youth Nihilism; Philosophy and the Empowerment of Young People « Not in Education, Employment or Training ».

  • Revue : Journal of Philosophical Investigations (JPI), Volume 19, Numéro 53, 2026, pages 757-776.

  • Données éditoriales : Reçu le 25 décembre 2025, accepté le 30 décembre 2025, publié en ligne le 20 janvier 2026.

  • Mots-clés : NEET, Dialogue socratique, Pratiques philosophiques, Entraînement au dilemme.

2. Problématique et contextualisation du phénomène NEET

L’article de Mario Lupoli s’attaque à la problématique multidimensionnelle des jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training). L’auteur propose de dépasser la seule lecture économique de ce phénomène pour y déceler une crise existentielle et culturelle plus profonde : le nihilisme juvénile.

Les dimensions structurelles et genrées du phénomène

  • Le statut de NEET découle d’une exclusion progressive des parcours éducatifs et professionnels, menant à un abandon de la recherche d’opportunités.

  • Il existe une forte disparité de genre au niveau européen : 20,9 % des femmes âgées de 20 à 34 ans sont NEET, contre 12,2 % des hommes.

  • Cette vulnérabilité accrue des femmes s’explique par des facteurs structurels et culturels selon Eurostat : les pressions sociales qui dévaluent le rôle économique des femmes, l’orientation professionnelle genrée, les écarts de rémunération, l’insécurité de l’emploi et les difficultés de réinsertion après un congé maternité.

La racine philosophique : la crise du futur

  • Lupoli conteste le récit économique dominant qui enferme les jeunes dans une fatalité systémique imperméable à la réflexion critique.

  • La difficulté d’insertion n’est pas qu’un manque d’opportunités, mais une méfiance radicale envers les institutions et l’avenir.

  • L’avenir n’est plus perçu comme une « promesse » mais comme une « menace », annihilant toute motivation et tout projet existentiel.

3. Cadre théorique et conceptuel

L’auteur construit un modèle d’intervention émancipateur à l’intersection de plusieurs influences philosophiques et sociologiques :

  • Umberto Galimberti (Le nihilisme et la crise de la temporalité) : L’être humain n’habite pas directement le monde, mais la description (philosophique, mythologique, scientifique) qu’il s’en fait. Lorsque l’attente est vidée d’espoir, le nihilisme surgit, le temps vécu devient inerte et l’ennui s’installe.

  • Gerd Achenbach (Lebenskönnerschaft) : Concept défini comme « l’art de bien vivre ». La pratique philosophique (Philosophische Praxis) ne vise pas à résoudre des problèmes de manière thérapeutique, mais à aider les sujets à s’orienter de façon autonome et d’une manière qui les rende dignes du bonheur.

  • Mark Fisher (L’impuissance réflexive) : Les jeunes intériorisent le fait que la situation est mauvaise tout en se déclarant incapables d’agir pour la changer, créant une prophétie autoréalisatrice de l’échec.

  • Paulo Freire (Pédagogie de l’émancipation) : Le travail sur le logos (la pensée et la parole) permet aux exclus de sortir de la « culture du silence » pour conscientiser leur situation et anticiper un monde meilleur par l’imagination critique.

4. Démarche méthodologique et étude de cas

Protocole de recherche

L’étude repose sur une recherche-action qualitative prenant la forme d’une étude de cas critique située dans le sud de l’Italie :

Paramètre Description
Échantillon

20 jeunes NEETs âgés de 18 à 29 ans.

Durée & Cadre

Programme intensif de deux semaines à temps plein dans un laboratoire civique (cadre non scolaire).

Approche globale

Éducation non formelle (ENF) combinant le learning by doing, l’apprentissage coopératif et la réflexion existentielle.

Posture du chercheur

Double posture d’observateur et de facilitateur.

Validité scientifique et limites

  • Stratégies de triangulation (Lincoln & Guba) : Tenue d’un journal de recherche quotidien, retranscription textuelle (verbatim) des définitions des participants pour éviter les surinterprétations, et analyse intersubjective avec le coordinateur externe du projet.

  • Limites méthodologiques : Absence de groupe de contrôle et manque de mesures longitudinales à long terme pour évaluer la durabilité des effets.

  • Justification épistémologique : En s’appuyant sur Bent Flyvbjerg et la théorie des savoirs situés de Donna Haraway, l’auteur défend la valeur de cette étude de cas comme « cas critique » permettant de tester la viabilité de l’approche dans des conditions de vulnérabilité extrême.

5. Analyse des ateliers et des dynamiques dialogiques

Lupoli présente trois dispositifs méthodologiques complémentaires mis en œuvre durant le séminaire :

A. L’exercice d’éthique narrative : Le cas d’Abigail

Les participants ont travaillé sur une adaptation de l’histoire morale d’Abigail en anglais.

  • Processus : Traduction collective vers l’italien, suivie d’un travail en sous-groupes pour classer les personnages du plus moral au plus répréhensible.

  • Objectifs linguistiques et philosophiques : L’anglais a été utilisé comme outil d’ouverture à une autre vision du monde (selon l’approche de Wilhelm von Humboldt) et comme ressource partagée horizontalement.

  • Résultats et résistances : Le groupe a conscientisé le caractère socialement construit et fluide de la morale. Deux cas de résistance ont émergé : un participant peu enclin à la coopération et un autre rattaché à une doctrine religieuse rigide. Ces résistances ont servi de révélateurs des tensions entre dogmatisme et pluralisme au sein de l’espace de discussion.

B. L’entraînement au dilemme : « Le Violoniste » de Judith Jarvis Thomson

  • Dispositif : Confrontation avec le dilemme éthique de la perte d’autonomie corporelle au profit de la survie d’un tiers.

  • Méthode : Application rigoureuse de la grille en 7 étapes de Henk van Luijk (formulation, identification des acteurs, évaluation des arguments, prise de décision).

  • Impact : Ce processus de problématisation a permis de déconstruire les certitudes binaires initiales. Un participant très réservé et s’estimant incapable de s’exprimer a réussi à déployer des compétences d’argumentation rationnelle complexes. L’exercice s’est positionné aux antipodes du simple problem solving managérial en cultivant l’inconfort intellectuel comme moteur d’apprentissage.

C. Le Dialogue socratique : « Qu’est-ce que l’espoir ? »

Inspiré de la méthode de Leonard Nelson, cet atelier visait à redéfinir collectivement l’espoir à partir d’expériences vécues.

  • Formulation progressive : Les sous-groupes ont produit cinq définitions initiales reliant l’espoir à la motivation, à la survie, ou au désir de vivre.

  • Synthèse collective : Après délibération plénière, les participants ont formulé la définition universelle suivante :

    « L’espoir est la recherche individuelle et universelle de quelque chose de positif qui peut se réaliser. »

  • Portée pédagogique : Cette transition d’un ressenti émotionnel subjectif à un principe d’action universel illustre le concept d’apprentissage transformateur de Jack Mezirow, redonnant du pouvoir d’agir (agency) face au sentiment d’impuissance.

6. Évaluation des résultats et portée émancipatrice

L’évaluation s’est articulée autour de la méthodologie Youthpass (promue par la Commission européenne), basée sur l’auto-évaluation guidée par le facilitateur à la lumière des 8 compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie.

Synthèse des acquis perçus par les participants

  • Compétences personnelles et relationnelles : Amélioration des capacités d’écoute active, de respect des différences et de dépassement des rigidités cognitives. Le groupe est devenu un « espace sécurisé » affranchi du jugement scolaire traditionnel.

  • Apprendre à apprendre : Prise de conscience que l’apprentissage s’effectue aussi hors des cadres formels par l’expérience et la réflexion critique.

  • Communication : Confiance accrue dans l’expression orale en public et dans la structuration de l’argumentation.

  • Esprit d’initiative et citoyenneté : Capacité à proposer des idées, à assumer des responsabilités partagées et à se concevoir comme un sujet actif au sein de la collectivité.

7. Conclusion de l’analyse

L’étude de Mario Lupoli démontre de manière convaincante que la philosophie pratique, lorsqu’elle s’associe à l’éducation non formelle, dépasse le cadre académique pour devenir un puissant outil d’émancipation politique et existentiel.

En redonnant une voix à des sujets marginalisés, le dispositif rompt l’isolement du « non-savoir » et du silence. L’exercice du dialogue critique permet de requalifier l’avenir : celui-ci cesse d’être subi comme une fatalité pour redevenir un espace de projet ouvert, redéfinissant ainsi la posture de ces jeunes dans le monde.

Voici l’intégration rigoureuse des citations bilingues (anglais et français) issues directement de l’article de Mario Lupoli, afin d’enrichir le rapport de lecture et d’en renforcer la portée académique.

8. Sélection de citations clés (Bilingual Quotes)

Pour appuyer l’analyse et illustrer les concepts fondamentaux de l’étude, voici une sélection de citations marquantes tirées du texte original, accompagnées de leur traduction ou de leur analyse en français.

A. Sur le diagnostic du phénomène NEET et la crise du futur

Original (EN) :

« Without waiting and without hope, time becomes a desert and, in the absence of a future, that disturbing guest we call nihilism reappears. »

Traduction (FR) :

« Sans attente et sans espoir, le temps devient un désert et, en l’absence d’avenir, cet invité dérangeant que nous appelons le nihilisme réapparaît. »

  • Portée théorique : Cette citation, empruntée par l’auteur à Umberto Galimberti, résume l’impact psychologique et temporel de l’inactivité forcée des NEETs. Le temps n’est plus un vecteur de projets, mais une épaisseur opaque et vide.

B. Sur la vision du monde comme prisme existentiel

Original (EN) :

« …human beings do not simply experience the world: they live a vision of the world. From this vision arises their perception of existence, of their capacity to change life and society for the better… »

Traduction (FR) :

« …les êtres humains ne font pas que faire l’expérience du monde : ils vivent une vision du monde. De cette vision découle leur perception de l’existence, de leur capacité à changer la vie et la société pour le mieux… »

  • Portée théorique : Lupoli pose ici le fondement de son intervention. Si l’on veut redonner du pouvoir d’agir (agency) aux jeunes, il faut d’abord travailler sur le logos et modifier les représentations mentales et culturelles qu’ils habitent.

C. Sur l’impuissance réflexive (Reflective Impotence)

Original (EN) :

« They ‘know things are bad, but more than that, they know they can’t do anything about it. But that « knowledge », that reflexivity, is not a passive observation of an already existing state of affairs. It is a self-fulfilling prophecy.' »

Traduction (FR) :

« Ils « savent que les choses vont mal, mais plus encore, ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Pourtant, ce ‘savoir’, cette réflexivité, n’est pas une observation passive d’un état de fait déjà existant. C’est une prophétie autoréalisatrice. » »

  • Portée théorique : Citant Mark Fisher, l’auteur met en lumière le piège cognitif dans lequel se trouvent les NEETs. La conscience de leur situation se transforme en paralysie plutôt qu’en moteur de changement, d’où l’importance de déconstruire cette croyance par la problématisation philosophique.

D. Sur la redéfinition de la philosophie face au Problem Solving

Original (EN) :

« …philosophical practices stand as the very opposite of problem solving, since philosophy, at best, multiplies problems. By adding new questions, philosophy dismantles narrow worldviews… »

Traduction (FR) :

« …les pratiques philosophiques se situent à l’opposé même de la résolution de problèmes, puisque la philosophie, au mieux, multiplie les problèmes. En ajoutant de nouvelles questions, la philosophie démantèle les visions du monde trop étroites… »

  • Portée théorique : Lupoli rejette l’instrumentalisation néolibérale de la philosophie ou des soft skills conçues uniquement sous l’angle de la performance. La philosophie sert à perturber les fausses certitudes et à ouvrir le champ des possibles, plutôt qu’à s’adapter passivement au système existant.

E. Sur l’émancipation par la prise de parole (Écho freirien)

Original (EN) :

« …accustomed to having little or no space to express their worldview, thoughts, or words, many young people tend to adopt the position of the student hidden in the back row… Within philosophical practices, the intention was that everyone’s voice should gain prominence. »

Traduction (FR) :

« …habitués à n’avoir que peu ou pas d’espace pour exprimer leur vision du monde, leurs pensées ou leurs mots, de nombreux jeunes ont tendance à adopter la position de l’étudiant caché au dernier rang… Au sein des pratiques philosophiques, l’intention était que la voix de chacun gagne en importance. »

  • Portée théorique : Ce passage souligne la dimension politique et démocratique de l’atelier. Sortir de la « culture du silence » implique de restaurer la valeur de la parole individuelle au sein d’une communauté de recherche.


Voir tous nos articles