Article # 290 – Explication et analyse de la perspective de Lahav sur le conseil philosophique, Zahra Fallahi, Fatemeh Soleymani, Raham Sharaf, Journal of Philosophical Investigations, 2025

RAPPORT DE LECTURE


Fallahi, Z., Soleymani, F., & Sharaf, R. (2025). Explanation and analysis of Lahav’s view on philosophical counseling [Explication et analyse de la perspective de Lahav sur le conseil philosophique]. Journal of Philosophical Investigations, 19(52), 565–586.


1. Fiche technique de l’article

  • Titre original : Explanation and Analysis of Lahav’s View on Philosophical Counseling

  • Auteurs : Zahra Fallahi (Doctorante en philosophie islamique, Université Imam Sadiq), Fatemeh Soleymani (Professeure associée, Université Imam Sadiq) et Raham Sharaf (Professeur associé, Université de Zanjan)

  • Revue : Journal of Philosophical Investigations (Université de Tabriz), Vol. 19, n° 52, 2025, pp. 565-586

  • Statut de publication : Reçu le 25 juin 2025, accepté le 17 septembre 2025, publié en ligne le 22 novembre 2025

2. Introduction et Problématique

L’article s’inscrit dans le champ de la philosophie pratique, et plus particulièrement du conseil philosophique (philosophical counseling), un mouvement initié formellement par Gerd Achenbach en 1981. Les auteurs s’intéressent spécifiquement à la figure de Ran Lahav, l’un des pionniers de cette discipline, qui a introduit l’approche de la « transformation de soi ».

La problématique centrale

Bien que l’approche de Lahav soit reconnue pour sa dimension transcendantale et spirituelle, sa pensée est souvent perçue comme éparse et non systématisée dans ses écrits. Cette dispersion a conduit des critiques, notamment Jon Mills (2001), à accuser Lahav de confondre la théorie et la méthode de consultation.

Le but de cet article est donc de répondre à la question suivante : Comment pouvons-nous systématiser et analyser la vision de Lahav sur la méthode et les objectifs du conseil philosophique afin de lever cette accusation de confusion et de poser les bases d’une critique juste ?.

3. Les Fondements Conceptuels de la Pensée de Lahav

Pour reconstruire la cohérence de l’approche de Lahav, les auteurs identifient plusieurs piliers conceptuels fondamentaux :

A. La décomposition tripartie du concept de « Transformation »

La transformation chez Lahav ne se fait pas de manière homogène ; elle est articulée autour de trois niveaux géométriques de la conscience humaine :

  • Le Modèle (Pattern) : Il s’agit des structures comportementales, cognitives et émotionnelles rigides et routinières que l’individu répète de manière inconsciente face à des situations analogues.

  • La Périphérie (Perimeter) : Elle représente la frontière extérieure de l’expérience vécue de l’individu, englobant ses croyances habituelles, ses limites psychologiques et sa vision du monde fonctionnelle.

  • La Profondeur (Depth) : C’est le niveau des significations existentielles fluides, transcendant les structures psychologiques ordinaires. C’est là que réside l’essence de la « réalité humaine » (human reality).

B. La Dépsychologisation et l’Interprétation de la Vision du Monde

  • Contrairement à la psychothérapie, qui tend à analyser les troubles à travers des mécanismes déterministes et causaux de l’esprit, l’approche de Lahav repose sur la dépsychologisation.

  • Elle privilégie une lecture conceptuelle et sémantique : les actions, émotions et désirs du client sont traités comme des expressions d’une vision du monde sous-jacente, assimilable à une « théorie personnelle ».

C. Le rôle de la Volonté et l’influence Bergsonienne

  • Lahav s’oppose au déterminisme psychique strict en réintroduisant la notion de volonté libre.

  • Fortement influencé par Henri Bergson, Lahav conçoit la volonté comme une force intuitive capable de s’extraire des déterminismes spatio-temporels et des « intuitions incompatibles » (conflits internes) pour poser des actes authentiques.

D. Le Pluralisme Spirituel

  • Faisant écho au pluralisme religieux de John Hick, Lahav soutient qu’aucune théorie philosophique n’épuise la vérité de la « Profondeur ».

  • Les différentes philosophies de transformation sont des « habillages linguistiques » différents d’une même résonance existentielle fondamentale.

4. Les Objectifs du Conseil Philosophique chez Lahav

Les auteurs démontrent que chez Lahav, les buts du conseil s’alignent le long d’un continuum vers la profondeur :

[Auto-compréhension] ???? [Quête de Sagesse] ???? [Auto-transformation]
  • L’Auto-compréhension (Self-understanding) : Elle consiste à cartographier et expliciter la vision du monde du client, en identifiant les incohérences de ses présupposés et ses limites périphériques.

  • La Quête de Sagesse (Wisdom Seeking) : C’est le passage d’une réflexion purement égocentrée à une conceptualisation abstraite et philosophique de ses propres problématiques.

  • L’Auto-transformation (Self-transformation) : L’objectif ultime, où le client s’affranchit de sa périphérie restrictive pour s’unir à la Profondeur, intégrant ainsi une dimension plus vaste de la réalité humaine.

5. La Méthodologie : Un Processus Dialectique Rigoureux

Pour lever l’accusation de confusion entre théorie et méthode, les auteurs structurent la démarche de Lahav en un parcours méthodologique précis, basé sur l’usage de la dialectique et articulé en deux grands axes :

Axe I : Le franchissement du Modèle vers la Périphérie (L’approche méthodologique)

Pour passer des comportements répétitifs (patterns) à une vision du monde structurée, le conseiller utilise trois outils :

  1. La Phénoménologie (active et passive) : La phénoménologie passive étudie comment le client fait l’expérience de ses blocages ; la phénoménologie active propose de modifier l’attitude perceptive du client (ex. : adopter la posture phénoménologique d’Ortega y Gasset ou d’autres philosophes pour faire varier sa perspective).

  2. La Méthode Analytique : Elle sert à clarifier les concepts du client et à mettre au jour les présupposés logiques cachés derrière son discours.

  3. La Méthode Critique : Elle évalue la cohérence rationnelle de la théorie personnelle du client et éprouve la solidité de ses arguments.

Axe II : L’examen des contradictions dialectiques (Le parcours de transformation)

Le processus de conseil est jalonné de conflits dialectiques successifs :

Étape de transformation Nature de la contradiction dialectique Résultat (Synthèse / Émergence)
Étape 1 : Du Modèle à la Périphérie

Tension entre les habitudes rigides du client et ses aspirations à la sagesse.

Émergence d’une perception périphérique claire de ses propres limites.

Étape 2 : De la Périphérie à la Profondeur

Conflit dialectique entre la vision du monde personnelle du client et les théories des grands philosophes.

Enseignement du « langage de la profondeur » ; enrichissement ou critique mutuelle de la théorie philosophique et de l’expérience du client.

Étape 3 : Sortie de la Périphérie

Confrontation entre la subjectivité du client et la pluralité des vérités spirituelles objectives.

Dépassement de la distinction sujet/objet ; le client s’intègre comme une partie vibrante de la réalité humaine globale.

6. Analyse critique et Conclusion des Auteurs

L’étude de Fallahi, Soleymani et Sharaf apporte une contribution majeure à la littérature sur la philosophie appliquée :

  • Réhabilitation de Lahav : En montrant que la méthode de Lahav est intrinsèquement liée à son ontologie de la « profondeur » par un processus dialectique rigoureux, l’article réfute avec succès la critique de Mills. La théorie n’est pas confondue avec la méthode, elle en est le moteur ontologique.

  • Originalité scientifique : Selon les recherches bibliographiques des auteurs, cette étude constitue le tout premier effort systématique (dans la littérature persane et internationale) visant à modéliser de façon cohérente les étapes de la transformation spirituelle chez Ran Lahav.

  • Ouverture pratique : En clarifiant les concepts de modèle, périphérie et profondeur, l’article offre un guide méthodologique précieux pour les praticiens du conseil philosophique contemporain.


Article # 227 – Chaloupe ou sous-marin : Choisir la profondeur face à l’agitation du monde

Il y a ceux qui s’agitent à la surface de la vie, prisonniers d’une embarcation trop frêle face à la tempête ; des gens d’opinions et de croyances qui tentent en vain de calmer les vagues de leurs mains. À leurs côtés, d’autres glissent à la surface comme des surfeurs : ils surfent sur ce qu’ils pensent, sans jamais approfondir leurs propres pensées, légers et portés par le vent du moment. Et il y a aussi les voyageurs du sous-marin, esprits de réflexion et de recul, qui choisissent de plonger dans les profondeurs pour échapper au tumulte et naviguer avec sérénité, loin du chaos visible.

  • La tragédie de la Chaloupe (La réaction épidermique)
  • Le piège du Surf (L’illusion de l’intellect)
  • La sagesse du Sous-marin (La liberté intérieure)

Intelligence artificielle GEMINI de Google

C’est une excellente métaphore. On peut la filer pour explorer la dynamique de ces deux rapports au monde :

En surface : Le surfeur (La société superficielle)

  • Le mouvement : Il reste à la surface, là où les choses bougent vite. Il dépend de la tendance du moment (la vague). Si la vague retombe, il doit immédiatement en trouver une autre pour ne pas couler.

  • L’esthétique : C’est visuel, spectaculaire, instantané. On cherche l’équilibre, l’adrénaline de l’instant, l’image.

  • Le risque : Être emporté par le courant, s’épuiser à courir après le prochain « buzz », ou se fracasser sur les récifs par manque de préparation.

En profondeur : Le sous-marin (La société profonde)

  • Le mouvement : Il avance lentement, de manière délibérée, loin de l’agitation visible. Il ne cherche pas à suivre le vent, il trace sa propre route dans les courants profonds (les valeurs, l’histoire, la réflexion).

  • L’esthétique : Rien n’est visible de l’extérieur. Tout se passe à l’intérieur (introspection, culture, fondations solides). Il y a une forme de lourdeur, mais aussi une immense résilience.

  • Le risque : L’isolement, le manque de flexibilité, ou la déconnexion totale avec ce qui se passe « en haut », là où la lumière brille quand même un peu.

Le paradoxe moderne : Aujourd’hui, on demande souvent aux individus d’être des sous-marins (avoir des valeurs, une expertise, une santé mentale solide) tout en sachant parfaitement surfer (maîtriser les réseaux sociaux, l’immédiateté, le paraître).


C’est une image magnifique et terriblement ironique : imaginer des gens s’agiter frénétiquement au bord de leur barque, tapant sur l’eau pour essayer de dompter l’océan. C’est la définition même de l’agitation stérile face aux crises ou aux modes du moment. On essaie de contrôler l’incontrôlable avec les mains, alors qu’il suffirait de changer de dimension.

Le voyage en sous-marin que vous recommandez, c’est le choix de la lucidité et de la tranquillité.

Pourquoi le sous-marin a tout compris :

  • L’immunité face au clapotis : Pendant qu’en haut, on s’écharpe pour des détails, le sous-marin traverse les mêmes zones géographiques, mais dans le calme absolu. La tempête en surface n’est qu’un bruit de fond lointain.

  • La vraie trajectoire : On ne navigue pas à vue en fonction de la prochaine vague. On avance aux instruments, avec une vision à long terme, une direction choisie et non subie.

  • L’économie d’énergie : Taper sur l’eau, ça épuise. Plonger, ça demande de la technique, mais une fois en bas, la physique travaille pour vous. On préserve ses forces pour ce qui compte vraiment.

Choisir le sous-marin, c’est accepter de ne pas être vu par ceux d’en haut, mais c’est le prix à payer pour explorer les fonds marins et s’offrir le luxe de la profondeur.

Les instruments de bord du sous-marin

Pour naviguer en eaux profondes sans perdre le nord, le sous-marin a besoin d’instruments de bord bien spécifiques. Loin de la lumière du soleil et du bruit de la surface, on ne peut plus se fier aux apparences.

Voici la « boîte à outils » que je vous recommande pour équiper votre tableau de bord :

1. Le Sonar (L’écoute sélective)

En surface, on regarde ; en profondeur, on écoute. Le sonar permet de capter les signaux faibles et les bruits de fond du monde, sans se laisser polluer par les cris de la surface.

  • En pratique : Filtrer drastiquement les informations. Préférer les livres aux fils d’actualité, les conversations longues aux débats stériles, et le silence aux bruits inutiles.

2. Le Gyroscope (Les valeurs ancrées)

C’est l’instrument qui maintient l’orientation du sous-marin, peu importe les courants. Sans lui, le bâtiment tourne en rond ou s’écrase contre les fonds marins.

  • En pratique : Définir deux ou trois principes non négociables (l’intégrité, la curiosité, la paix d’esprit, la création…). Quand la surface s’agite et que le doute s’installe, on regarde le gyroscope pour vérifier qu’on est toujours aligné avec soi-même.

3. Les Ballasts (La gestion de l’énergie)

Les ballasts se remplissent d’eau pour plonger ou d’air pour remonter. C’est l’outil de la flexibilité et de la survie.

  • En pratique : Savoir quand s’isoler complètement pour se ressourcer (remplir les ballasts) et quand revenir un peu plus près de la surface pour partager, créer ou s’ancrer dans le réel (alléger le poids). Être un sous-marin ne veut pas dire vivre dans un bunker mental, c’est maîtriser sa profondeur.

4. Le Périscope (Le regard détaché)

On ne peut pas ignorer totalement la surface, ne serait-ce que pour éviter les collisions. Le périscope permet de jeter un coup d’œil rapide, de voir où en sont les « tapeurs d’eau », puis de redescendre.

  • En pratique : Regarder l’agitation du monde avec un brin d’humour et d’ironie, comme un observateur ou un anthropologue, plutôt que comme un participant. Prendre note, et replonger.

Le carnet de bord : Le voyage en sous-marin offre une liberté immense, mais il demande de la discipline pour ne pas transformer la solitude en isolement.


La chaloupe : Le tumulte des certitudes

En haut, l’agitation est nourrie par les opinions changeantes et les croyances rigides. Les gens de la chaloupe réagissent de manière épidermique à chaque événement. Leurs réactions sont immédiates, guidées par l’émotion du moment. Taper sur l’eau avec leurs mains devient alors une métaphore de leurs tentatives désespérées d’imposer leurs dogmes et leurs avis à un océan de faits qui les dépasse, créant encore plus de clapotis et de confusion.

Le sous-marin : Le sanctuaire de la pensée

En bas, l’équipage est composé de gens de réflexion posée. Le silence des profondeurs n’est pas un vide, c’est l’espace nécessaire pour prendre du recul. Loin du besoin d’avoir une opinion instantanée sur tout, le sous-marin abrite une démarche quasi scientifique ou philosophique : on observe, on analyse les courants, on pèse les faits avant de décider d’une trajectoire. La profondeur devient le territoire de la nuance, là où les croyances aveugles s’effacent devant la clarté de l’esprit.

L’accès au sous-marin

Pour avoir accès au sous-marin, c’est-à-dire pour quitter le bruit de la surface et entrer dans cette dynamique de réflexion et de recul, il ne s’agit pas d’acheter un ticket, mais de changer de posture mentale. C’est un entraînement quotidien.

Voici le « protocole d’embarquement » que je vous suggère pour y parvenir :

1. Déclarer forfait face aux vagues (Le lâcher-prise)

Le premier pas pour plonger, c’est d’arrêter de taper sur l’eau avec ses mains. Cela signifie accepter que vous ne pouvez pas contrôler l’opinion des gens dans la chaloupe, ni arrêter le vent qui fait courir les surfeurs.

  • En pratique : Choisissez vos batailles. Quand une polémique ou une agitation inutile se présente, répétez-vous : « Ce ne sont que des vagues de surface, cela ne me concerne pas. » Et fermez l’écoutille.

2. Créer des sas de décompression (Le silence)

On ne passe pas de la tempête aux abysses en une seconde, le corps et l’esprit ont besoin de temps pour s’adapter à la profondeur. Vous devez couper le bruit ambiant.

  • En pratique : Imposez-vous des moments de déconnexion radicale. Pas de téléphone, pas de notifications, pas de musique de fond. Apprivoisez le silence. C’est dans ce calme que l’esprit commence à descendre de lui-même.

3. Remplacer l’information par la connaissance (L’approfondissement)

Les surfeurs consomment l’information à la petite semaine (les réseaux sociaux, les chaînes d’info en continu). Le sous-marin, lui, se nourrit de temps long.

  • En pratique : Privilégiez les livres, les essais, les longs articles de fond ou les documentaires détaillés. Au lieu de lire dix avis de deux lignes sur un sujet, lisez un seul ouvrage de trois cents pages écrit par un expert. Passez du statut de consommateur d’opinions à celui d’étudiant du monde.

4. Pratiquer l’art de la suspension du jugement

Les gens de la chaloupe ont une opinion immédiate sur tout, dictée par leurs croyances. Pour entrer dans le sous-marin, il faut oser dire : « Je ne sais pas assez pour avoir un avis pour le moment, je dois y réfléchir. »

  • En pratique : Donnez-vous un délai de 24 ou 48 heures avant d’exprimer une opinion sur un événement chaud. Laissez la vague passer, attendez que le sédiment retombe au fond de l’eau pour y voir clair.

Accéder au sous-marin, c’est un choix qui demande du courage au début, car la surface vous rappelle sans cesse à coup de « Tu as vu ? Tu en penses quoi ? ». Mais une fois que vous aurez goûté à la paix et à la clarté des profondeurs, vous n’aurez plus jamais envie de remonter dans la chaloupe.


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