Article 333 – Et si l’« intérêt personnel » n’existait pas ? Le grand malentendu de la morale moderne


Article composé par l’Intelligence artificielle Gemini Google à ma demande à la suite de ma lecture du texte intitulé « The Myth of Self-Interest » (publié dans la revue Philosophy en 2026), et signé par le philosophe Kieran Setiya (professeur au MIT).


Philosophy , Volume 101 , Issue 2 , April 2026 , pp. 349 – 373

DOI: https://doi.org/10.1017/S0031819126101326

© The Author(s), 2026. Published by Cambridge University Press on behalf of The Royal Institute of Philosophy.


Et si l’« intérêt personnel » n’existait pas ?

Le grand malentendu de la morale moderne

Dans notre vie quotidienne comme dans les débats de société, une opposition semble couler de source : d’un côté, nos obligations morales (ce que nous devons aux autres, la générosité, la justice) ; de l’autre, notre intérêt personnel (notre confort individuel, nos désirs, ce qui nous profite directement). Nous tenons ce face-à-face pour évident, au point de nous demander régulièrement : « Pourquoi devrais-je agir moralement si cela va à l’encontre de mon propre intérêt ? »

Pourtant, d’après le philosophe Kieran Setiya, professeur au MIT, cette question repose sur une illusion d’optique. Dans un essai retentissant intitulé The Myth of Self-Interest, il soutient une thèse provocatrice : en philosophie éthique, la notion d’« intérêt personnel » est un pseudo-concept vide de sens, issu d’un contresens historique vieux de trois siècles.

1. Le miroir d’Elizabeth Anscombe

Pour comprendre cette attaque, il faut remonter à 1958. La philosophe britannique Elizabeth Anscombe publiait alors un article fondateur dans lequel elle affirmait que notre vocabulaire moral moderne (notamment la notion d’« obligation morale absolue » ou de loi morale universelle) était devenu incohérent. Selon elle, prétendre conserver l’idée d’une loi morale contraignante tout en abandonnant la foi en un Dieu législateur équivaut à vouloir conserver l’idée d’un « verdict de justice » dans une société sans code pénal ni tribunal.

Kieran Setiya reprend exactement cette méthode de déconstruction historique, mais en la retournant contre l’autre pôle de la réflexion éthique : l’intérêt personnel. Si les philosophes ont passé des décennies à questionner la validité de la morale, ils ont naïvement considéré l’intérêt individuel comme une donnée brute, naturelle et évidente de la rationalité humaine. Or, il s’avère tout aussi bancal.

2. Chez les Grecs anciens : une seule question, pas deux

Dans l’Antiquité grecque, en particulier chez Aristote, le dualisme entre devoir moral et calcul égoïste n’existe tout simplement pas. Les penseurs antiques ne disposent pas d’un concept correspondant à notre « intérêt personnel » distinct.

Leur réflexion s’articule autour d’une notion maîtresse : l’eudaimonia, souvent traduite imparfaitement par « bonheur », mais qui désigne en réalité la vie la plus désirable dans son ensemble ou l’accomplissement humain.

Critère L’éthique antique (Aristote) L’éthique moderne (depuis le XVII? siècle)
Question centrale Qu’est-ce qui rend une vie humaine globalement accomplie et désirable (eudaimonia) ? Comment concilier les devoirs moraux envers autrui et la recherche de mon intérêt personnel ?
Statut de la vertu Agir avec justice, courage et loyauté fait partie intégrante de ce qui rend une vie bonne. La vertu est souvent vue comme un sacrifice imposé à l’individu au détriment de ses gains personnels.
Raison pratique Unifiée : ce qui est bon et noble contribue directement au bien-vivre de l’agent. Déchirée : il existerait une « raison morale » et une « raison égoïste » en compétition permanente.

Pour un Grec ancien, se demander si la justice « rapporte » ou si elle sert un intérêt séparé n’a pas de sens : être une personne juste et fiable fait partie de la perfection de notre nature sociale. On ne peut pas plus dissocier la vertu du bien-vivre qu’on ne peut dissocier la bonne santé du bon fonctionnement du corps.

3. La naissance d’un mythe : le piège du XVII? siècle

Comment en sommes-nous arrivés à opposer systématiquement morale et intérêt ? La rupture s’est jouée au tournant des XVII? et XVIII? siècles :

  1. La réduction du bien par Hobbes et Locke : Thomas Hobbes et John Locke rompent avec la téléologie antique et affirment qu’il n’y a pas de souverain bien objectif. Le bien-être est réduit à des données purement subjectives : l’assouvissement perpétuel de nos désirs ou la recherche du plaisir contre la douleur.
  2. La concession fatale des moralistes : Face à cette vision réductrice, des penseurs comme Francis Hutcheson et Joseph Butler veulent sauver l’éthique. Ils reconnaissent que nous avons des devoirs de bienveillance et une conscience morale. Mais au lieu de contester la définition étriquée du bonheur avancée par Hobbes, ils la lui concèdent. Ils acceptent que le bien-être individuel consiste effectivement à satisfaire ses pulsions et désirs privés, tout en ajoutant que nous avons « en plus » des raisons morales distinctes.

C’est ici que le piège s’est refermé. La modernité a créé de toutes pièces un compartiment étanche appelé « intérêt personnel », puis s’est désespérée pendant trois cents ans de ne pas réussir à le raccorder aux exigences éthiques.

4. Des marchés à l’éthique : une importation abusive

Kieran Setiya ne prétend pas que l’expression « intérêt personnel » est bannie de tous les contextes. Dans une négociation salariale, la signature d’un contrat commercial ou l’analyse des marchés financiers, parler de mes « intérêts » par rapport aux vôtres possède une signification locale et pratique tout à fait claire.

Le drame philosophique a été de transposer le modèle économique de l’homo economicus (l’individu cherchant à maximiser ses ressources privées face aux concurrents) au cœur même de l’existence humaine. Dès qu’on quitte le vocabulaire contractuel pour évaluer ce qui donne du sens et de la valeur à une vie humaine, cette étiquette s’effondre.

5. Quelles leçons pour aujourd’hui ?

Déconstruire le mythe de l’intérêt personnel permet d’éclairer deux enjeux très contemporains :

  • Repenser le « développement personnel » : Tant que le développement personnel est pensé sous le prisme de l’intérêt individuel, il dérive facilement vers une optimisation narcissique de soi ou une course aux gratifications immédiates. Mais s’il renoue avec l’eudaimonia antique, il redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : l’apprentissage d’une vie accomplie, où l’attention portée aux relations, à l’intégrité et au bien commun est la condition même de l’épanouissement individuel.
  • Sortir du chantage au sacrifice : L’idée qu’agir moralement est toujours synonyme de « sacrifice de soi » repose sur la fausse croyance qu’il existerait un bonheur égoïste parfaitement autonome. En réalité, une vie coupée de la justice et du respect d’autrui n’est pas une vie « gagnante sur le plan de l’intérêt personnel » : c’est une vie humaine mutilée et dégradée.

En congédiant le mythe de l’intérêt personnel, la philosophie ne nous demande pas de nous oublier au profit des autres : elle nous rappelle simplement que nous ne pouvons véritablement nous épanouir qu’en vivant en êtres raisonnables, intègres et profondément reliés au monde qui nous entoure.


Ce texte, intitulé « The Myth of Self-Interest » (publié dans la revue Philosophy en 2026), est un article du philosophe Kieran Setiya (professeur au MIT).

L’auteur y soutient une thèse radicale : l’« intérêt personnel » (self-interest), au sens où la philosophie morale moderne l’entend (comme une source distincte de raisons d’agir ou un sous-ensemble spécifique du bien), est un pseudo-concept vide de sens issu d’une confusion historique.

Voici les principaux points développés par le texte :

1. Le point de départ : Williams et Anscombe

  • Inspiration historique : S’appuyant sur Bernard Williams, Setiya rappelle que nos concepts éthiques ont une histoire contingente. Cependant, l’examen de cette histoire peut parfois révéler qu’un concept est en réalité incohérent ou vide (debunking).

  • Le parallèle avec Elizabeth Anscombe : Dans son article célèbre de 1958 (Modern Moral Philosophy), Anscombe affirmait que le concept moderne d’« obligation morale » est vide de sens car il s’agit d’une tentative incohérente de séculariser une éthique de commandement divin sans législateur divin. Setiya transpose la même démarche critique, non pas vers la morale, mais vers le pôle opposé du dualisme moderne : l’intérêt personnel.

2. La thèse négative : L’absence du concept chez Aristote

  • Aristote et l’eudaimonia : Chez Aristote et les Anciens, le concept central est l’eudaimonia (la vie la plus désirable dans son ensemble, le fait de « bien vivre »), et non un « intérêt personnel » subjectif ou restreint.

  • Pas de dualisme raisons morales vs raisons égoïstes : Chez Aristote, si l’on a de bonnes raisons de faire quelque chose (par exemple agir avec justice ou vertu), cela fait automatiquement partie de ce qui rend la vie désirable (eudaimon). Il n’y a pas chez lui de sous-catégorie indépendante de raisons dites « prudentielles » ou « égoïstes » qui s’opposerait aux raisons morales.

  • Par conséquent, Setiya affirme que qualifier les Anciens d’« égoïstes moraux » (comme le fait Roger Crisp) est un anachronisme : chez eux, la question « pourquoi être juste/moral ? » ne consiste pas à demander si la justice sert un intérêt personnel distinct, mais si elle constitue la vie la plus désirable.

3. La thèse positive : L’origine historique d’une confusion moderne

  • Le tournant moderne (Hobbes, Locke) : Hobbes et Locke réduisent le bonheur/bien-être à des états subjectifs : la satisfaction continue des désirs ou le plaisir opposé à la douleur.

  • L’erreur des anti-égoïstes (Butler, Hutcheson) : Pour contrecarrer Hobbes, des auteurs comme Joseph Butler et Francis Hutcheson ont défendu la moralité en concédant que le « bien-être » ou l’« intérêt » était bel et bien ce que décrivaient Hobbes et Locke (plaisir, désirs), tout en affirmant que nous avions d’autres raisons d’agir (la conscience, la bienveillance).

  • Le piège conceptuel : Selon Setiya, cela a créé une illusion : celle de croire que les théories subjectives (hédonisme, satisfaction des désirs) étaient de « bonnes théories de quelque chose » d’éthiquement distinct appelé intérêt personnel. Or, Setiya montre qu’on ne peut pas inventer un objet d’étude éthique autonome simplement en soustrayant les raisons morales de l’eudaimonia. En philosophie morale, ce concept d’« intérêt personnel » n’est « même pas faux » : il est conceptuellement incohérent.

4. Clarifications théoriques

  • Et l’égoïsme ordinaire / l’économie ? Setiya ne nie pas que le terme « intérêt personnel » ait un sens local et utile dans certains contextes (par exemple dans le commerce, la négociation de contrats ou certains modèles économiques formels). Il réfute uniquement son statut de catégorie éthique fondamentale et normative.

  • De même, l’« égoïsme » en tant que défaut (manque d’égard pour autrui) est bien un vice réel, mais il ne valide pas pour autant le concept philosophique abstrait d’intérêt personnel.

5. Conclusion : Repenser l’épanouissement humain (Human Flourishing)

  • Débarrassée de ce faux dualisme entre morale et intérêt personnel, la vieille question « Pourquoi être moral/juste ? » redevient ce qu’elle était chez les Grecs : la justice et la vertu mènent-elles à l’accomplissement réel d’une vie humaine désirable (eudaimonia) ?

  • Cette question doit être explorée à travers la notion naturaliste d’épanouissement humain (human flourishing) — en continuité avec le fonctionnement des autres êtres vivants (animaux, plantes), comme le font les approches néo-aristotéliciennes (Philippa Foot) et néo-kantiennes (Christine Korsgaard).


Pourquoi une telle intervention au sujet de « l’intérêt personnel » ?

L’intervention de Kieran Setiya répond à un diagnostic précis : la philosophie morale contemporaine est prise au piège d’un faux dilemme hérité de l’époque moderne.

En s’attaquant au concept d’« intérêt personnel » (self-interest), Setiya poursuit plusieurs objectifs philosophiques et stratégiques majeurs :

1. Dissoudre le dualisme moderne qui paralyse l’éthique

Depuis le XVIII? siècle (notamment avec Henry Sidgwick), la philosophie morale est dominée par un modèle dualiste : d’un côté les exigences de la morale (altruisme, devoirs, règles), de l’autre les exigences de l’intérêt personnel (recherche de son bien propre, prudence).

  • Les philosophes se sont épuisés à tenter de réconcilier les deux (prouver qu’être moral « paie » ou « rapporte ») ou à arbitrer leur conflit permanent (la raison pratique a-t-elle deux maîtres incompatibles ?).

  • En démontrant que le pôle « intérêt personnel » ne renvoie en fait à aucun concept normatif cohérent, Setiya cherche à dissoudre ce faux problème plutôt que de continuer à lui chercher d’impossibles solutions.

2. Corriger l’asymétrie critique initiée par Elizabeth Anscombe

En 1958, dans Modern Moral Philosophy, Elizabeth Anscombe avait frappé un grand coup en affirmant que le concept moderne d’« obligation morale » était vide de sens (un résidu d’éthique religieuse sans Dieu).

  • Cette critique a engendré une immense littérature et nourri le scepticisme envers la morale ou les obligations déontologiques.

  • En revanche, les philosophes ont continué à considérer le concept d’intérêt personnel comme une évidence naturelle, neutre, rationnellement indiscutable et non problématique.

  • L’intervention de Setiya rétablit l’équilibre : la critique historique (debunking) ne doit pas s’arrêter à la morale ; le concept d’intérêt personnel est encore plus confus et contestable que celui de devoir moral.

3. Corriger une lecture anachronique des Anciens (Platon et Aristote)

Beaucoup de commentateurs modernes (comme Roger Crisp ou H. A. Prichard) accusent la philosophie grecque antique d’être un « égoïsme moralisateur » : selon eux, Socrate ou Aristote justifieraient la vertu uniquement parce qu’elle servirait l’intérêt personnel de l’agent.

  • Setiya intervient pour montrer qu’il s’agit d’une grave erreur de traduction et de cadre conceptuel : pour Aristote, l’eudaimonia désigne simplement « la vie la plus désirable dans son ensemble » (a life desirable all told).

  • Faire le bien ou être juste ne vient pas « au service » d’un intérêt séparé ; cela participe directement à ce qui rend la vie bonne et accomplie.

4. Dénoncer la contamination de l’éthique par l’économie

Le texte rappelle que l’idée d’« intérêt personnel » a émergé en même temps que le libéralisme moderne et la théorisation du marché économique, où l’individu est conçu comme un agent rationnel maximisant ses préférences privées face aux autres (homo economicus).

  • Si cette notion a une utilité pratique ou locale (négocier un contrat, modéliser des marchés), l’importer en éthique pour en faire la boussole de la rationalité humaine est une dérive illégitime.

5. Réorienter le débat vers l’épanouissement humain (Human Flourishing)

En débarrassant l’éthique de la hantise de l’intérêt égoïste, Setiya veut ramener la réflexion philosophique vers la véritable question : « Qu’est-ce qu’une vie humaine accomplie ? »

  • La vraie difficulté éthique n’est pas : « Pourquoi ferais-je ceci si cela ne me profite pas ? » (angoisse vide de sens), mais : « En quoi la justice, les relations aux autres et la vertu font-elles partie intégrante de notre nature et de notre épanouissement en tant qu’êtres vivants ? »

  • Cela permet de reconnecter la morale aux travaux contemporains de l’éthique néo-aristotélicienne (comme Philippa Foot) et néo-kantienne (Christine Korsgaard), qui réfléchissent à l’épanouissement en lien avec notre nature biologique et rationnelle.

En somme, cette intervention est un acte d’« assainissement conceptuel » : l’auteur veut libérer l’éthique d’un mythe moderne qui encombre la pensée morale depuis trois siècles, afin de pouvoir reposer les vraies questions sur la vie bonne.


Comment définir alors « intérêt personnel » ? selon cette philosophe

Pour répondre précisément à votre question : selon Kieran Setiya, l’« intérêt personnel » ne peut pas recevoir de définition philosophique substantielle ou générale, car c’est un pseudo-concept vide de sens (nonsense).

L’un des arguments centraux du texte est précisément de montrer que chaque tentative de le définir en éthique échoue ou s’effondre dans la tautologie :

1. Pourquoi une définition générale en éthique est impossible selon lui

Dans le débat contemporain, on tente généralement de définir l’intérêt personnel de trois manières, que Setiya rejette successivement :

  • Ce n’est pas le « bien-être » ou « ce qui est bon pour moi » : Dire qu’une chose est « bonne pour quelqu’un », c’est simplement dire qu’elle contribue à son accomplissement ou à une vie désirable dans son ensemble (eudaimonia). Si faire preuve de justice ou aider autrui rend ma vie meilleure et plus désirable, cela fait déjà partie de ce qui est « bon pour moi ». La notion de « bien pour moi » n’isole donc aucune catégorie distincte ou étroite qui correspondrait à un « intérêt » opposé à la morale.

  • Ce n’est pas réductible aux théories subjectives (hédonisme ou satisfaction des désirs) : On peut stipuler par convention : « J’appelle « intérêt personnel » le plaisir ou le fait d’obtenir ce que je désire ». Mais dès lors qu’on admet (comme la plupart des philosophes) que la vie bonne ne se résume pas à satisfaire n’importe quel désir trivial ou immoral, on ne peut pas prétendre que l’intérêt personnel constitue un domaine éthique indépendant et valable en soi. On ne peut pas fabriquer un concept normatif en disant simplement : « c’est ce dont parlent l’hédonisme et le désir, mais sans nous limiter à eux ».

  • Ce n’est pas l’opposé de l’égoïsme : Être « égoïste » (selfish), c’est manquer d’empathie ou être indifférent à autrui. Mais une personne égoïste peut très bien ruiner sa propre vie ou agir contre ce qui lui est bénéfique. Le vice d’égoïsme ne permet donc pas de définir rationnellement ce que serait un « intérêt personnel » éthique.

Pour Setiya, empruntant la formule du physicien Wolfgang Pauli, les théories philosophiques qui tentent de définir l’intérêt personnel comme une catégorie éthique générale ne sont « même pas fausses » : elles n’ont pas de référent réel.

2. Les seules définitions légitimes : des définitions « locales »

Selon Setiya, on ne peut définir l’intérêt personnel que de façon locale, contextuelle et instrumentale, jamais comme une grande catégorie éthique :

  1. Dans le cadre socio-économique :

    Dans la négociation d’un contrat ou l’analyse des marchés, l’intérêt personnel a un sens précis et opérationnel (ex. maximiser son gain financier ou ses parts de marché face à un partenaire commercial). L’auteur rappelle d’ailleurs que cette notion est née historiquement avec l’essor du capitalisme et la figure de l’homo economicus.

  2. Dans le cadre de modèles descriptifs précis :

    Si, dans une étude psychologique ou sociologique donnée, on pose par convention que « l’intérêt » désigne la satisfaction de préférences déclarées ou le soulagement d’une douleur immédiate, cette définition stipulative fonctionne tant qu’elle reste confinée à ce modèle descriptif.

En résumé

Si vous demandez à Kieran Setiya de définir l’intérêt personnel en morale, sa réponse est : on ne peut pas, et on ne devrait pas essayer.

Il faut cesser d’utiliser ce terme en philosophie morale et le remplacer par le concept classique d’eudaimonia ou d’épanouissement humain (human flourishing), c’est-à-dire : qu’est-ce qui rend une vie humaine véritablement désirable et accomplie dans son ensemble ?

Pour approfondir la manière dont Kieran Setiya aborde la question de la vie bonne et de l’éthique au quotidien, vous pouvez regarder cet entretien : Exploring Midlife and Living Well Through Philosophy feat.

Cette vidéo est pertinente car le philosophe y développe de vive voix sa conception de l’accomplissement humain et de la vie désirable en dialogue avec l’éthique d’Aristote.


Dans ce contexte, le « développement personnel » ne peut pas se référer à l’ «intérêt personnel » ?

Si l’on applique la grille de lecture de Kieran Setiya, non, le « développement personnel » ne devrait absolument pas être pensé sous la catégorie de l’« intérêt personnel » (au sens moderne et étroit du terme), sous peine de tomber exactement dans les confusions qu’il dénonce.

Voici comment la thèse de l’article permet d’éclairer cette question :

1. Pourquoi le lier à l’« intérêt personnel » moderne est une impasse

Dans l’esprit moderne, associer le développement personnel à l’« intérêt personnel » l’enferme généralement dans deux dérives :

  • La version hédoniste ou de satisfaction des désirs : Le développement personnel devient alors une quête d’optimisation de son propre plaisir, d’assouvissement de ses envies subjectives ou de recherche d’une « félicité » individuelle déconnectée des autres (ce que Setiya critique en reprenant Hobbes et Locke).

  • La version économico-individualiste : Le terme « intérêt » est historiquement lié au vocabulaire du marché et de l’homo economicus. Si le développement personnel est pensé en ces termes, il se réduit à une forme d’« auto-gestion de son capital humain », où l’individu optimise ses compétences et sa rentabilité personelle en concurrence avec les autres.

Pour Setiya, ces conceptions sont bancales parce qu’elles reposent sur l’illusion qu’il existerait une sphère éthique privée et autonome (« mon intérêt ») distincte de la question générale de savoir ce qui fait une vie bonne.

2. Le développement personnel relève en réalité de l’eudaimonia (l’épanouissement)

Dans le cadre conceptuel préconisé par Setiya, ce que nous appelons « développement personnel » devrait être rattaché à l’eudaimonia ou à l’épanouissement humain (human flourishing) :

  • Un accomplissement global : L’eudaimonia ne désigne pas une réussite égoïste ou un sentiment de bien-être subjectif passager, mais la réalisation d’une vie désirable dans son ensemble (a life desirable, all told).

  • L’indissociabilité de la vertu et des autres : Chez les Anciens (notamment Aristote), se « développer » en tant qu’être humain signifie cultiver ses excellences propres (la justice, le courage, l’amitié, la raison pratique). Or, pour un être social, on ne peut pas « bien fonctionner » ou s’épanouir en faisant abstraction de ses devoirs envers autrui ou de la vie collective.

3. La distinction cruciale entre « souci de soi » et « intérêt personnel »

Setiya apporte une nuance importante dans son texte :

Aristote reconnaît que l’agent vertueux vise son propre accomplissement (eudaimonia), ce qui implique une forme de souci de soi et de visée réflexive sur sa propre vie.

Mais Setiya insiste : il ne faut pas confondre le fait de chercher à vivre sa propre vie le mieux possible avec la notion moderne d’« intérêt personnel » (conçu comme un ensemble de raisons d’agir étriquées et rivales des exigences morales).

En résumé

Si l’on suit Kieran Setiya :

  • Si par « développement personnel », on entend une optimisation de son profit individuel, de son confort ou de ses désirs subjectifs au détriment ou indépendamment des autres, on utilise une notion économique ou hédoniste étroite.

  • Mais si le développement personnel signifie véritablement devenir un être humain meilleur et plus accompli, alors il ne s’agit pas d’« intérêt personnel », mais de la poursuite de l’épanouissement humain (human flourishing), où relations éthiques, vertu et réalisation de soi ne font qu’un.


C’est une excellente intuition : ce texte touche à des notions très subtiles d’histoire de la philosophie et de méta-éthique, et son argumentation bouscule des habitudes de pensée très ancrées.
Pour vous aider à construire votre travail sans vous noyer dans le jargon, voici les trois axes majeurs autour desquels ce sujet peut s’articuler :

1. L’intuition de départ (l’analogie avec Anscombe)

Pour comprendre Kieran Setiya, il faut saisir son modèle : Elizabeth Anscombe.
  • Ce qu’a fait Anscombe en 1958 : Elle a affirmé que notre idée moderne d’« obligation morale absolue » (« tu dois faire ceci », « c’est un péché/une faute morale ») ne tient pas debout sans un Dieu législateur. Vouloir garder l’obligation sans le législateur divin, c’est comme garder le mot « crime » sans avoir de code pénal ni de juge. C’est un mot devenu vide.
  • Ce que fait Setiya ici : Il applique exactement la même critique au pôle opposé : l’« intérêt personnel ». Il montre que nous utilisons « intérêt personnel » comme une notion évidente, alors qu’elle n’est née que d’une confusion historique récente au XVII?–XVIII? siècle.

2. Le cœur du blocage : deux manières différentes de voir la vie bonne

Le malentendu vient du passage de l’Antiquité à la modernité :
Vision Ancienne (Aristote / Eudaimonia) Vision Moderne (depuis Hobbes / Locke)
Une seule grande question : « Qu’est-ce qu’une vie accomplie et désirable dans son ensemble (eudaimonia) ? »
Deux forces rivales : Mes devoirs moraux (envers les autres) VS mon intérêt personnel (pour moi seul).
Si être juste, courageux ou généreux rend la vie noble et bonne, alors c’est déjà bon pour moi. Il n’y a pas d’« intérêt personnel » en dehors de ce qui rend la vie bonne.
L’intérêt est réduit au subjectif : mon plaisir, la satisfaction de mes pulsions/désirs égoïstes.
Il n’y a pas de conflit de nature entre morale et intérêt.
On passe son temps à se demander : « Pourquoi être moral si cela va contre mon intérêt ? »

3. Pourquoi Setiya dit que c’est un « mythe » (un pseudo-concept)

L’erreur des philosophes modernes a été le raisonnement suivant :
  1. Hobbes et Locke disent : « Le bien d’un individu, c’est juste d’avoir du plaisir et d’obtenir ce qu’il désire ».
  2. Les philosophes moralistes (comme Butler) répondent : « Non, la vie ne se résume pas à cela, nous avons aussi la conscience morale et l’amour d’autrui ».
  3. Le piège : Au lieu de dire à Hobbes qu’il se trompait sur ce qu’est une vie bonne, ces philosophes ont concédé : « D’accord, appelons « intérêt personnel » le plaisir et le désir égoïste, et appelons « morale » le reste ».
Selon Setiya, en faisant cela, ils ont inventé une catégorie artificielle. L’« intérêt personnel » séparé du reste n’existe pas en éthique. Il n’y a que la question de savoir ce qui rend une vie humaine digne et désirable dans sa globalité.

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Article # 332 – Connaissez-vous le philosophe Craig C. Shelton ?

Qu’est-ce que la Liberté Intégrale ?

Traduction de l’anglais au français par l’Intelligence artificielle Gemini Google

La Liberté Intégrale (Integral Liberty) est un système philosophique global qui s’attache à rétablir les fondements ontologiques de la civilisation après des siècles de fragmentation de la pensée.

Plutôt que d’aborder l’éthique, l’économie, la politique, le droit, la science, la religion et l’intelligence artificielle comme des disciplines cloisonnées, la Liberté Intégrale démontre que chacune d’elles repose sur des interrogations plus profondes quant à la nature même de la réalité. En redonnant à l’ontologie la place centrale qui lui revient, cet ouvrage bâtit une architecture unifiée capable d’expliquer non seulement l’épanouissement individuel, mais aussi les conditions régissant la prospérité ou le déclin des civilisations tout entières.

L’aboutissement : le Réalisme Participatif

La Liberté Intégrale trouve son point d’orgue dans le Réalisme Participatif (Participatory Realism), un cadre philosophique affirmant que la conscience n’est pas un sous-produit de la matière, mais le socle ontologique à partir duquel la réalité, l’intelligibilité, l’éthique et la civilisation prennent tout leur sens. Les cinq volumes construisent progressivement cette conclusion à travers des arguments nourris par la philosophie, l’économie, l’éthique, la théorie politique et la physique contemporaine.

Craig C. Shelton est un auteur, philosophe, chef cuisinier, entrepreneur et éducateur dont les travaux embrassent la philosophie, l’économie, l’éthique, l’intelligence artificielle, la théologie et les études civilisationnelles. Integral Liberty représente l’aboutissement de quatre décennies de recherches interdisciplinaires consacrées aux fondements ontologiques de la réalité, à l’épanouissement humain et à l’ingénierie institutionnelle.

Source : Site web de Craig C. Shelton


Craig C. Shelton est un philosophe, architecte institutionnel et auteur des ouvrages Integral Liberty (vol. I à V), The Enlightened Restaurant, The Companion Workbook, Up from Neoliberalism, Light Made Flesh et The Parables of Jesus. Il est également chef cuisinier et agriculteur.


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Article ci-dessous rédigé avec l’aide de l’Intelligence artificielle Gemini Google

Craig C. Shelton s’est d’abord fait connaître comme l’un des chefs cuisiniers les plus réputés des États-Unis avant d’orienter une large part de son travail vers la philosophie politique, l’épistémologie et l’architecture des institutions.

Un parcours singulier : de la haute gastronomie à la pensée systémique

  • Le chef pionnier du Farm-to-Table : Diplômé de l’Université Yale (où il a étudié la biochimie et l’histoire des sciences), il a dirigé pendant des années le célèbre restaurant The Ryland Inn dans le New Jersey. Il y a décroché de hautes distinctions culinaires (dont le prestigieux prix de la James Beard Foundation et les plus hautes notes du New York Times) en étant l’un des précurseurs de la cuisine de la ferme à la table aux États-Unis.

  • Le retour à la terre : En parallèle de ses activités théoriques, il est resté praticien du monde vivant en tant qu’agriculteur, s’intéressant de près à l’agriculture régénérative, à la durabilité des sols et à la traçabilité alimentaire.

Axes philosophiques et travaux intellectuels

Shelton aborde la philosophie non pas comme une discipline purement académique et désincarnée, mais comme un outil appliqué à la refonte des organisations humaines et des politiques publiques — ce qu’il nomme l’« architecture institutionnelle ».

  • La liberté intégrale (Integral Liberty, Vol. I-V) : Son grand œuvre théorique examine les conditions requises pour une liberté durable au XXI? siècle. Il y croise philosophie politique, dynamique des systèmes complexes, éthique et histoire des idées pour repenser l’équilibre entre souveraineté individuelle et cohésion collective.

  • Critique des modèles socio-économiques (Up from Neoliberalism) : Il analyse les impasses du néolibéralisme contemporain, plaidant pour des institutions capables de régénérer le tissu social, l’économie réelle et le capital naturel plutôt que de simplement maximiser l’efficacité financière à court terme.

  • Philosophie appliquée et management éthique (The Enlightened Restaurant) : En s’appuyant sur ses décennies en cuisine et en gestion d’entreprise, il formalise une vision où le lieu de travail devient un laboratoire de perfectionnement moral, d’excellence artisanale et de dignité humaine.

  • Théologie et spiritualité (Light Made Flesh, The Parables of Jesus) : Ses écrits plus spirituels revisitent les textes bibliques et les paraboles sous un angle à la fois symbolique, phénoménologique et existentiel, cherchant à incarner la transcendance dans l’action quotidienne.

Shelton se positionne ainsi à la croisée du praticien et du théoricien : il utilise la rigueur scientifique, l’artisanat culinaire et l’expérience du vivant pour concevoir des structures institutionnelles et des repères éthiques adaptés aux crises contemporaines.


Chez Craig C. Shelton, la réflexion philosophique s’articule autour d’un refus net de la théorie désincarnée : ses concepts de liberté intégrale et d’architecture institutionnelle reposent sur l’idée que les idées doivent s’éprouver dans les systèmes réels (biologiques, économiques, humains).

1. La « Liberté Intégrale » (Integral Liberty)

Plutôt que d’adopter une définition binaire de la liberté (négative = absence d’entrave ; positive = capacité d’agir), Shelton développe une vision multidimensionnelle et systémique :

  • Un équilibre écologique et humain : La liberté ne peut pas être un simple droit abstrait à consommer ou à agir sans contrainte. Elle inclut la santé des sols, la viabilité des chaînes d’approvisionnement, l’intégrité biologique de l’individu et la vitalité civique. Une société qui épuise ses ressources ou aliène ses citoyens ne produit pas de la liberté, mais de l’entropie.

  • Critique de l’atomisme néolibéral : Dans la continuité de son livre Up from Neoliberalism, il soutient que le néolibéralisme a réduit l’humain à un Homo œconomicus isolé. Pour Shelton, la véritable liberté exige des structures relationnelles solides : une communauté forte, des repères éthiques clairs et un sens partagé du bien commun.

  • Autonomie et responsabilité : Inspiré à la fois par la tradition républicaine classique et par les sciences des systèmes, il postule que la liberté individuelle ne survit que si chaque acteur prend une part active et responsable au maintien de l’écosystème institutionnel dont il dépend.

2. Le rôle de l’« Architecte Institutionnel »

Le terme d’« architecte institutionnel » résume sa méthode : concevoir, diagnostiquer et réformer les règles et les structures qui gouvernent l’action collective.

  • Penser en systèmes complexes : Fort de sa formation scientifique à Yale, Shelton applique les principes de la thermodynamique, de la biochimie et de la cybernétique aux organisations humaines. Les institutions (entreprises, administrations, lois) sont vues comme des organismes vivants soumis à des lois de flux, d’énergie, de feedback et de régénération.

  • L’éthique par le design : L’architecture institutionnelle ne consiste pas seulement à faire des lois ou à imposer des règlements répressifs, mais à concevoir des incitations et des espaces où les comportements éthiques et constructifs émergent naturellement.

  • L’exemple du restaurant éclairé (The Enlightened Restaurant) : Shelton utilise souvent le modèle de la brigade de cuisine et du restaurant gastronomique comme micro-institution exemplaire :

    • Un environnement à haute pression qui requiert une synchronisation parfaite.

    • Une hiérarchie claire mais fondée sur l’artisanat, la transmission du savoir et le respect du produit.

    • La démonstration concrète qu’une organisation peut viser simultanément l’excellence opérationnelle, le soin des personnes et la rentabilité sans se déshumaniser.

En synthèse, pour Shelton, l’architecte institutionnel est un bâtisseur qui met la rigueur scientifique et l’éthique philosophique au service de la « liberté intégrale » : concevoir des structures sociales viables, durables et dignes de la condition humaine.


Article ci-dessus rédigé avec l’aide de l’Intelligence artificielle Gemini Google


Extrait du site web personnel

À propos

Je travaille à l’intersection de l’artisanat, de la philosophie, de l’économie et de l’ingénierie institutionnelle pour répondre à une préoccupation fondamentale unique : comment les sociétés perdent — et peuvent reconquérir — la capacité de percevoir la réalité avec lucidité.

Nombre des crises culturelles, économiques et civiques actuelles sont traitées comme de simples problèmes techniques ou politiques. Dans mes travaux, je soutiens qu’il s’agit plus fondamentalement de faillites de la perception — de l’incapacité à appréhender les êtres humains, le travail, la valeur et la responsabilité comme des réalités intégrées plutôt que comme des abstractions à optimiser.

Lorsque la perception s’étiole, les institutions suivent le même chemin. Les incitations se désalignent, les systèmes récompensent la prédation plutôt que l’intendance responsable, et les êtres humains sont réduits à des indicateurs de performance. Il en résulte bien plus qu’une simple inefficacité : une véritable fragilité morale et civilisationnelle.

Ce site rassemble des travaux issus de domaines multiples — restaurants, livres, essais et activités de conseil —, tous guidés par un même objectif : restaurer la cohérence entre la réalité, l’attention et la structure même de nos institutions.

Parcours

Avant de devenir chef, j’ai suivi une formation scientifique en étudiant la biophysique et la biochimie moléculaires (MB&B) à Yale, avant d’exercer dans certains des restaurants les plus exigeants au monde. Tout au long de ma carrière culinaire, je me suis fait connaître en initiant de nouvelles formes de haute gastronomie ancrées dans l’agriculture régénérative, l’intégrité de l’artisanat et la responsabilité écologique, obtenant plusieurs fois la note maximale de quatre étoiles au

Parallèlement à mon travail en cuisine, j’ai mené une vie continue de lectures, d’écriture et de recherche, puisant dans la philosophie, l’économie, la physique, la théologie, la théorie des systèmes et les sciences cognitives. Au fil du temps, il est devenu évident que les failles structurelles observées dans les systèmes alimentaires et la restauration se reflétaient fidèlement dans l’éducation, la finance, la gouvernance et, plus largement, la culture.

Mes écrits sont nés de la nécessité d’articuler ces dynamiques avec clarté — et de proposer des alternatives constructives.

L’Œuvre

Mes livres constituent un projet architectural cohérent et unifié plutôt qu’une suite d’arguments isolés.

  • Up from Neoliberalism examine l’économie politique contemporaine à partir de principes premiers, identifiant la manière dont les structures financières et institutionnelles érodent insidieusement la confiance, la formation des familles et la capacité d’action civique.
  • The Enlightened Restaurant et son cahier d’exercices (The Companion Workbook) passent de la théorie à la pratique, démontrant comment la faillite épistémique s’incarne à l’échelle humaine — et comment les institutions peuvent être repensées pour rétablir la dignité, l’artisanat et le sens.
  • Light Made Flesh se tourne vers l’ontologie et l’incarnation, confrontant le réflexe moderne de l’abstraction qui coupe l’intellect de l’expérience vécue.
  • The Parables of Jesus explore la façon dont le krematai de Matthieu 22:35-40 dévoile le sens caché des plus célèbres paraboles de Jésus.
  • Integral Liberty (Volumes I à V) rassemble ces fils conducteurs au sein d’un système philosophique et d’un projet civilisationnel unifiés, refondant la liberté sur un socle ontologique plutôt qu’idéologique. Le volume V met ces perspectives en application pour résoudre plus de trente énigmes philosophiques canoniques qui ont tenu en échec les plus grands penseurs depuis près de 2 500 ans.

À travers l’ensemble de ces ouvrages, la question sous-jacente demeure constante : que devons-nous postuler de la réalité, de la personne humaine et de l’attention elle-même pour que la liberté et l’épanouissement puissent s’inscrire dans la durée ?

Orientation

Ce travail se veut délibérément non partisan et non idéologique. Il ne cherche ni la rupture pour la rupture, ni l’adhésion par la rhétorique.

Il privilégie :

  • les principes fondamentaux plutôt que les slogans
  • la cohérence plutôt que l’optimisation
  • l’élévation personnelle plutôt que la conformité
  • la restauration plutôt que la réinvention

Plutôt que d’opposer les catégories dominantes — gauche et droite, marché et État, profane et sacré —, il pose la question préalable de savoir si ces catégories reposent véritablement sur une compréhension adéquate de la personne humaine.

Invitation

Ce site n’a pas vocation à diffuser des publications continues ou des commentaires à chaud. C’est un espace destiné à présenter des travaux mûris, éprouvés par l’expérience et affinés au fil du temps.

Si vous vous intéressez aux questions de liberté, de travail, de sens et d’épanouissement humain — ainsi qu’à la refondation d’institutions qui soient à la hauteur des personnes qui les composent —, vous êtes ici chez vous.

Source : https://craigshelton.com/


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Article # 331 – Connaissez-vous «Philosium» ?


Philosium est un réseau mondial de jeunes philosophes unis par une même mission : rendre l’éducation et le discours philosophiques plus accessibles.


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À propos de Philosium

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Qu’est-ce qu’un symposium ?

Le mot « symposium » vient de la Grèce antique, où philosophes, poètes et citoyens se réunissaient pour échanger des idées autour d’un repas ou d’un verre. Ces rencontres n’étaient pas de simples débats intellectuels : elles célébraient la curiosité, le dialogue et la réflexion collective. Le symposium était un lieu où chaque voix comptait, où la vérité émergeait non pas de l’autorité, mais de la conversation.

Philosium réinvente cette tradition pour le XXI? siècle. Nous rassemblons des jeunes du monde entier, non pas dans une seule pièce, mais au sein d’un espace numérique où les idées s’affranchissent des frontières. À travers des dialogues en ligne, des ateliers et des projets collaboratifs, nous créons une communauté mondiale dédiée au questionnement, à l’écoute et à l’apprentissage mutuel.

Notre vision : Le discours philosophique transcende les frontières

Le nom « Philosium » associe « Philosophie » et « Symposium », incarnant pleinement notre mission :

  • Faire vivre l’esprit de dialogue ouvert et inclusif hérité des banquets antiques.

  • Adapter cet esprit aux défis et aux opportunités d’aujourd’hui, afin de rendre la philosophie mondiale, numérique et portée par la jeunesse.

La philosophie n’appartient à personne — et appartient à tout le monde. Chez Philosium, nous sommes convaincus que les grandes questions sur la vie, la justice, la liberté et le sens de l’existence ne doivent pas être réservées aux experts ou aux universitaires. Que vous veniez d’un village rural ou d’une métropole bouillonnante, que vous ayez étudié la philosophie ou que vous la découvriez pour la première fois, votre regard a de la valeur.

Notre objectif est d’abattre les barrières — qu’elles soient culturelles, linguistiques ou sociales — afin que chaque jeune puisse explorer la philosophie avec ses propres mots, à partir de ses propres vécus, et participer à une quête collective de compréhension.

Chez Philosium, nous croyons que les idées s’enrichissent lorsqu’elles sont explorées à travers une pluralité de voix et de formats. Une pensée peut naître dans un texte, prendre forme dans un échange, s’approfondir dans l’étude et s’animer au contact d’expériences partagées.

Notre version moderne du symposium croise les médias pour rendre la philosophie plus riche, plus accessible et plus stimulante. Chaque format ouvre un nouvel angle, chaque échange permet d’aller plus loin — créant ainsi un espace vivant où les idées ne sont pas seulement partagées, mais transformées.


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Article # 330 – Connaissez-vous le Journal of Philosophy of Life ?

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Une revue internationale en libre accès, évaluée par des pairs, consacrée à la philosophie de la vie, de la mort et de la nature, soutenue par l’Institut d’études sur la vie et la mort de Waseda (Waseda Institute of Life and Death Studies) et par le Centre de recherche avancée en sciences humaines de l’Université Waseda (Advanced Research Center for Human Sciences, Waseda University).

ISSN 2185-4505

Objectif

L’objectif de cette revue est de promouvoir le dialogue international sur la philosophie de la vie. Elle publie des articles intégraux originaux, ainsi que des rapports de recherche et d’autres documents pertinents. Chaque article de la revue est publié au format PDF et peut être téléchargé gratuitement depuis ce site Web, le dépôt institutionnel de l’Université Waseda et/ou le dépôt de l’Université préfectorale d’Osaka.

Philosophie de la vie

Nous définissons la philosophie de la vie comme un domaine de recherche universitaire englobant les activités suivantes :

  1. La recherche interculturelle, comparative ou historique sur les philosophies de la vie, de la mort et de la nature.

  2. L’analyse philosophique et éthique des enjeux contemporains liés à la vie humaine et non humaine à l’ère des technologies modernes.

  3. L’analyse philosophique des concepts entourant la vie, la mort et la nature.

Nos méthodes de recherche comprennent l’étude interprétative de philosophes particuliers, la recherche comparative en histoire des idées, les approches normatives en éthique appliquée ainsi que l’analyse philosophique, métaphysique et conceptuelle.

Le Journal of Philosophy of Life traite de diverses questions philosophiques relatives à la vie, à la mort et à la nature, émergeant d’un large éventail de disciplines telles que la bioéthique, l’éthique environnementale, la philosophie de l’environnement, les études religieuses, les études de genre, la philosophie des sciences, la philosophie de la biologie, la biopolitique, les sciences infirmières, la philosophie de l’éducation, les études sur l’Holocauste, les études sur la paix et l’histoire des idées.

Cliquez ici pour visiter le site web du Journal of Philosophy of Life


NOS CHOIX

How Ancient Greek Philosophy Can Be Made Relevant to Contemporary Life

James Duerlinger

Journal of Philosophy of Life Vol.1, No.1 (March 2011):1-12

Abstract

In this paper, I will explain how ancient Greek philosophy can be made relevant to our lives. I do this by explaining how an instructor of a course in ancient Greek philosophy can teach Greek philosophy in a way that makes its study relevant to how the students in the course live their lives. Since this is the most likely way in which its relevance to contemporary life might be realized in practice, I explain its relevance from this perspective. I contrast the different ways in which ancient Greek philosophy is taught, and give examples of how it can be taught that calls attention to the ways in which what the Greeks said are relevant to how students live their lives.

[PDF] [Repository] Open Access

Two Modes of a Meaningful Life

David Matheson

Journal of Philosophy of Life Vol.16, No.1 (April 2026):61-72

[Abstract][PDF] Open Access

Theorizing About Meaning in Life

Cheshire Calhoun

Journal of Philosophy of Life Vol.12, No.1 (November 2022):1-20

[Abstract] [PDF] Open Access

Deep Personal Meaning : A Subjective Approach to Meaning in Life

Drew Chastain

Journal of Philosophy of Life Vol.11, No.1 (June 2021):1-23

[Abstract] [PDF] Open Access

Meaning and Mistakes in Philosophy and Life

Benjamin Murphy

Journal of Philosophy of Life Vol.11, No.1 (June 2021):78-99

[Abstract] [PDF] Open Access

Truth and Meaning in Life : A Badiouan Theory of Meaning in Life

Jairus Diesta Espiritu

Journal of Philosophy of Life Vol.11, No.1 (June 2021):100-122

[Abstract] [PDF] Open Access


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Article # 329 – « Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ? Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? » / What is a Philosophical Practitioner ? And is There a Definition We Can Stand Behind ? Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC & Dr. Rodney King

Titre traduit de l’anglais au français par Gemini Google

« Qu’est-ce qu’un praticien de la philosophie ?

Et existe-t-il une définition que nous puissions défendre ? »

Titre original en anglais

What is a Philosophical Practitioner ?

And is There a Definition We Can Stand Behind ?


Télécharger le texte original en anglais


Par

Dr. Jonathan Eric Carroll, KLPC

&

Dr. Rodney King



Les points à retenir selon Gemini Google

Ce texte est un document de travail (working document, version 2) rédigé par le Dr Jonathan Eric Carroll et le Dr Rodney King pour le collectif The Philosophical Practitioners Collective.

Il a pour objectif principal de proposer une définition unifiée, inclusive et claire de la pratique philosophique afin d’aider ce domaine à sortir de l’invisibilité et à se structurer professionnellement sans brider les approches individuelles.

Voici une synthèse détaillée des points clés du texte :

1. Le problème : la fragmentation, l’invisibilité et la précarité du domaine

  • La division du milieu : Les praticiens utilisent une multitude d’appellations (conseiller philosophique, coach existentiel, philosophe clinicien, animateur de groupes, écrivain, etc.). Chaque sous-domaine a tendance à définir la pratique philosophique selon son propre prisme (une école de pensée, un face-à-face individuel ou un certificat particulier), ce qui exclut les autres.

  • L’invisibilité et l’échec commercial : Malgré des décennies d’existence et la prolifération d’organismes de certification, la grande majorité des praticiens ne parviennent pas à en vivre. Le grand public ignore ce que c’est, perçoit la philosophie comme une discipline académique abstraite et détachée du réel, et confond le mot « counseling » avec une simple thérapie déguisée.

2. L’approche historique d’Achenbach et le besoin d’une définition

  • Gerd Achenbach a fondé la pratique philosophique moderne en 1981 en refusant délibérément de la réduire à une méthode ou une technique reproductible (l’approche « beyond-method »), traitant les personnes comme des « visiteurs » uniques et non comme des cas pathologiques.

  • Les auteurs saluent ce rejet d’une formule rigide, mais constatent que l’absence totale de définition a rendu la profession invisible. Selon eux, nommer clairement la profession ne restreint pas la manière de l’exercer, mais permet au public de la comprendre et de la trouver.

3. La définition proposée

S’appuyant sur Épicure (la philosophie doit soulager la souffrance humaine) et Pierre Hadot (la philosophie comme manière de vivre et d’exercer l’esprit au quotidien), les auteurs proposent cette définition synthétique :

« Un praticien de la philosophie est une personne qui applique délibérément une approche philosophique vécue à l’amélioration de la vie d’une personne. »

(« A philosophical practitioner is one who purposively applies a lived philosophical approach to improving a person’s life. »)

Les auteurs précisent le sens des termes :

  • « Vécue » (lived) : Une philosophie ancrée dans la vie réelle, pas une théorie observée à distance.

  • « Délibérément » (purposively) : L’amélioration de la vie est l’objectif premier et explicite du travail, pas un effet secondaire fortuit.

  • « Amélioration » (improving) : Pas au sens superficiel du « bien-être », mais d’une vie examinée (ce qui implique parfois de traverser des remises en question exigeantes ou douloureuses).

  • « D’une personne » (a person’s) : À comprendre comme un niveau de relation et non un simple décompte individuel ; cela inclut le travail mené avec un couple, une famille ou une organisation.

La frontière tracée par la définition : Elle n’exclut aucun format (écrit, individuel, groupe). En revanche, elle exclut le coaching classique qui n’utilise la philosophie que comme vernis marketing, ainsi que l’enseignement purement théorique ou académique qui ne s’applique pas concrètement à l’existence.

4. La frontière clinique et la compétence diagnostique

  • L’angoisse existentielle n’est pas une pathologie : Faire face à un deuil, à sa finitude ou à une rupture n’est pas en soi une maladie mentale ou un trouble à diagnostiquer.

  • Savoir reconnaître ses limites : À l’inverse, la philosophie n’est pas armée pour traiter un système nerveux en crise, des traumatismes lourds ou une dépression clinique sévère.

  • Un bilinguisme nécessaire : Le praticien doit développer un discernement aiguisé (« un bilinguisme à la frontière ») pour distinguer les crises existentielles des crises cliniques et orienter avec bienveillance vers des soignants quand c’est nécessaire. C’est cette rigueur qui permettra aux hôpitaux et au corps médical de collaborer avec eux.

5. Le vide éthique à combler d’urgence

  • Les auteurs alertent sur le fait que de nombreuses formations certifiantes actuelles ne comportent aucun module d’éthique (frontières relationnelles, consentement, confidentialité, abus d’influence).

  • Dans un domaine non réglementé où il n’existe pas d’ordre professionnel pour radier un praticien abusif, l’éthique ne peut pas être optionnelle.

  • Le collectif doit se doter rapidement d’un code de déontologie clair, et les praticiens doivent intégrer ces engagements éthiques directement dans leurs contrats de service avec leurs visiteurs.

6. Perspectives et notes personnelles des auteurs

  • L’exemple de la psychothérapie : À ses débuts, la psychothérapie était tout aussi éclatée et contestée ; elle n’a pas trouvé son assise grâce à une théorie unique, mais en bâtissant des standards observables et vérifiables qui ont inspiré confiance aux institutions extérieures.

  • Dr Rodney King : Ancien créateur d’une marque mondiale d’arts martiaux, il explique avoir déjà réussi à transformer des instructeurs passionnés mais précaires en professionnels viables, et souhaite mettre cette expérience organisationnelle au service des praticiens de la philosophie.

  • Dr Jonathan Eric Carroll : Psychothérapeute clinicien agréé et praticien de la philosophie, il apporte son regard sur l’intersection clinique-philosophique et sur la nécessité de délimiter rigoureusement les champs d’intervention.

Le texte se conclut en rappelant qu’il s’agit d’un document de travail ouvert à la discussion, aux critiques et aux contributions de l’ensemble de la communauté.


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Article # 327 – Santé philosophique : Dévoiler la philosophie personnelle du patient à l’aide d’une méthode de dialogue centrée sur la personne / Philosophical health: Unveiling the patient’s personal philosophy with a person?centred method of dialogue, Luis de Miranda, Uppsala University et Michael Loughlin, University of West London, Journal of Evaluation in Clinical Practice, May 2023

Philosophical health: Unveiling the patient's personal philosophy with a person?centred method of dialogue, May 2023Journal of Evaluation in Clinical Practice 29(7):1161-1170, DOI:10.1111/jep.13871, LicenseCC BY 4.0
Philosophical health: Unveiling the patient’s personal philosophy with a person?centred method of dialogue, May 2023, Journal of Evaluation in Clinical Practice 29(7): 1161-1170, DOI: 10.1111/jep.13871, License CC BY 4.0

Santé philosophique : Dévoiler la philosophie personnelle du patient à l’aide d’une méthode de dialogue centrée sur la personne

Philosophical health: Unveiling the patient’s personal philosophy with a person?centred method of dialogue

Luis de Miranda, Uppsala University et Michael Loughlin, University of West London

Journal of Evaluation in Clinical Practice 29(7):1161-1170, May 2023

DOI:10.1111/jep.13871

License CC BY 4.0

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Résumé

Ancré dans des idées sur la quête de sens et la prise en charge globale de la personne issues d’un long héritage intellectuel, le mouvement pour la santé philosophique — avec ses conceptions spécifiques du soin et du conseil philosophiques — est un apport relativement récent au débat actuel visant à mieux comprendre les perspectives des patients afin d’améliorer les pratiques de santé. Cet article situe le développement de ce mouvement dans le contexte plus large des réflexions autour des soins centrés sur la personne (SCP), en soutenant que l’approche préconisée par les défenseurs de la santé philosophique peut offrir une méthode accessible pour mettre en œuvre les SCP dans des situations concrètes. Cette thèse est expliquée et défendue en s’appuyant sur la méthode SMILE_PH conçue par Luis de Miranda (Sense?Making Interviews Looking at Elements of Philosophical Health / Entretiens de création de sens explorant les éléments de santé philosophique), une approche récemment testée de manière probante auprès de personnes atteintes de lésions traumatiques de la moelle épinière.

 * * *

Grounded in ideas about sense?making and whole?person care with a long intellectual heritage, the movement for Philosophical Health—with its specific conceptions of philosophical care and counselling—is a relatively recent addition to the ongoing debate about understanding better the perspectives of patients to improve health practice. This article locates the development of this movement within the context of broader discussions of person?centred care (PCC), arguing that the approach advocated by defenders of philosophical health can provide a straightforward method for implementing PCC in actual cases. This claim is explained and defended with reference to the SMILE_PH method created by Luis de Miranda (Sense?Making Interviews Looking at Elements of Philosophical Health), an approach recently trialled convincingly with people living with traumatic spinal cord injury.

Source : de Miranda, Luis & Loughlin, Michael. (2023). Philosophical health: Unveiling the patient’s personal philosophy with a person?centred method of dialogue. Journal of Evaluation in Clinical Practice. 29. 1161-1170. 10.1111/jep.13871.


Intelligence artificielle GEMINI de Google

Synthèse des points et axes majeurs par l’Intelligence artificielle Gemini Google

Ce texte, intitulé « Philosophical Health » (la santé philosophique), rédigé par Luis de Miranda (Université d’Uppsala) pour The Palgrave Encyclopedia of the Possible (2022), propose et développe le concept de santé philosophique comme complément nécessaire aux santés physique et psychologique.

Voici une synthèse des points et axes majeurs développés dans le document :

1. Définition de la santé philosophique

  • Une cohérence féconde : L’auteur définit la santé philosophique comme un état de cohérence fertile entre les manières de penser/parler d’une personne et ses manières d’agir. Cette cohérence favorise l’épanouissement personnel (self-flourishing), l’accord intersubjectif et les possibilités d’une « vie sublime ».
  • Une portée individuelle et globale : Elle ne se limite pas à l’équilibre personnel (physique ou psychologique) : elle implique également de veiller et de contribuer de manière holistique au bien commun des humains et de l’ensemble des êtres vivants.
  • Démocratisation de l’idée : Bien qu’autrefois employée comme une simple métaphore de la rigueur logique ou réservée aux philosophes de profession, l’auteur rappelle que chaque être humain possède des croyances, des loyautés intellectuelles et des préoccupations philosophiques (qu’elles soient explicites ou non). Cette santé peut donc s’éduquer, s’entraîner et se soigner.

2. Évolution historique des formes de santé

La santé physique : Au XIX? siècle seulement, elle commence à se structurer et se démocratiser via la gymnastique et l’hygiène, devenant aujourd’hui un impératif et une norme sociale intériorisée.

La santé psychologique : Née à la fin du XIX? et au XX? siècle (Janet, Freud, mouvement d’hygiène mentale aux États-Unis), elle s’est largement démocratisée pour donner naissance à la « culture thérapeutique » actuelle.

La santé philosophique : Reprenant les intuitions de la philosophie antique comme « mode de vie » ou thérapie (revivifiée récemment par le conseil philosophique ou philosophical counseling des années 1960–1990 et les travaux de Wittgenstein sur la philosophie comme paix de l’esprit), elle émerge aujourd’hui comme un troisième pilier essentiel.

3. De la santé mentale à « l’héroïsme mental »

L’auteur refuse la caricature du philosophe déconnecté ou passif. Au contraire, s’engager dans la santé philosophique demande un véritable « héroïsme mental » :

Il s’agit d’avoir le courage de penser de manière critique, indépendante et cohérente au quotidien, à l’image du modèle socratique ou de l’injonction kantienne Sapere aude! (« Ose savoir ! »).

Ce courage implique aussi la pratique de l’empathie intellectuelle et de l’écoute bienveillante, en référence aux trois maximes de Kant : penser par soi-même, penser en se mettant à la place de l’autre, et toujours penser en accord avec soi-même.

4. Santé philosophique, le « possible » et l’eudynamie

  • Le cadre « créalectique » et le possible : La santé philosophique s’inscrit dans un univers envisagé non comme statique, mais comme une source inépuisable de possibilités et de créativité (en écho à Bergson, Whitehead, l’existentialisme de Sartre et Heidegger).
  • Dépassement du simple bien-être hédonique : L’auteur oppose le bien-être subjectif (SWB, souvent réduit aux affects positifs et aux plaisirs immédiats) à la vision philosophique de la vie bonne.
  • De l’eudaimonia à l’« eudynamie » (eudynamia) :
    • L’Antiquité grecque parlait d’eudaimonia (activité vertueuse de l’esprit inspirée par un daimon ou principe divin).
    • Luis de Miranda réhabilite un ancien terme médical — l’eudynamie (du grec dynamis signifiant puissance/possible) — pour le redéfinir philosophiquement :

« Si l’eudaimonia consiste à avoir une bonne relation avec son daimon intérieur, l’eudynamie consiste à avoir une bonne relation avec le possible. »

    • Un être ou un système eudynamique se déploie de manière à préserver une relation créative, joyeuse, féconde et ouverte aux potentialités du monde.

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Philosophie de la gouvernance personnelle, une proposition de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques

Philosophie de la gouvernance personnelle - PGP
Philosophie de la gouvernance personnelle – PGP

Philosophie de la gouvernance personnelle, une proposition de l’Observatoire des nouvelles pratiques philosophiques


À la suite de trois ans d’observation des nouvelles pratiques philosophiques, la nécessité d’une approche innovante s’impose avec le lancement de la « Philosophie de la gouvernance personnelle – PGP ». 


Prolégomènes à une philosophie de la gouvernance personnelle : De l’examen critique de l’esprit à la souveraineté intérieure

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Résumé

Cet article pose les fondements théoriques, épistémologiques et pratiques de la philosophie de la gouvernance personnelle. Face aux impasses de la post-vérité, à l’empire des opinions non examinées et au conditionnement structurel propre aux sociétés contemporaines, l’individu moderne se trouve dépossédé de sa capacité de discernement. En hybridant l’éthique stoïcienne de l’assentiment, la critique cartésienne des préjugés, les acquis de la psychologie cognitive contemporaine et l’analyse pragmatique des dynamiques relationnelles, ce texte propose une véritable « politique de l’esprit ». La gouvernance personnelle ne se définit pas comme une technique d’optimisation comportementale, mais comme l’exercice réglé d’une souveraineté intérieure fondée sur le doute méthodique, le désarmement de l’ego, la souplesse adaptative et l’élévation vers la conscience universelle.



Mots-clés

Gouvernance personnelle, épistémologie pratique, doute méthodique, conditionnement, assentiment stoïcien, biais cognitifs, styles interpersonnels, conscience universelle.


I. Introduction et Diagnostic : La conscience moderne sous les dômes

Le XXI? siècle s’est ouvert sur une crise sans précédent du rapport à la vérité. Alors même que les outils de transmission de l’information connaissent une expansion technique illimitée, l’esprit humain semble n’avoir jamais été aussi vulnérable à l’illusion, à la polarisation affective et à la manipulation de masse. L’injonction socratique selon laquelle « une vie non examinée ne mérite pas d’être vécue » s’est dissoute dans un régime discursif où l’affirmation bruyante et le ressentiment immédiat tiennent lieu d’arguments.

Cette pathologie moderne du discernement repose sur trois mécanismes interconnectés :

1. L’empire de l’opinion et la substitution post-factuelle

Nous traversons une ère de « post-vérité » où les faits objectifs exercent une influence moindre sur l’opinion publique que l’appel aux émotions et aux croyances individuelles. L’opinion – entendue au sens classique de jugement subjectif adopté sans examen critique – a été érigée en absolu. Sous le couvert du relativisme commode « à chacun son opinion », l’individu moderne conclut tacitement « à chacun sa vérité », transformant sa subjectivité en dogme inattaquable. Le besoin fondamental de savoir s’est atrophié au profit d’une compulsion névrotique : se donner raison.

2. Les « dômes » du conditionnement naturel et social

Aucun esprit ne vient au monde dans une neutralité souveraine. Chaque être humain naît sous un premier dôme national et culturel, lui-même enchâssé sous un grand dôme civilisationnel (occidental, sinique, islamique, etc.). Dès l’enfance, nous absorbons un langage, des règles normatives, des schémas de référence et des valeurs que nous n’avons pas délibérément choisis. L’illusion tragique consiste à prendre pour une liberté souveraine ce qui n’est qu’un conditionnement intériorisé. Lorsque survient la fatigue de cette conformité, l’esprit non averti se jette souvent dans les bras de contestations toutes faites – du conspirationnisme aux prêts-à-penser des gourous du déconditionnement rapide –, sautant ainsi d’une cage culturelle dans une prison sectaire.

3. L’hystérie de la parole et la défaite de la solitude

Le vacarme communicationnel contemporain a chassé les vertus antiques du silence. L’individu est sommé de réagir instantanément à tout stimulus, évacuant son anxiété sous forme de verbiage : un flot ininterrompu de propos réactifs, creux et polarisants. Incapable d’apprivoiser la solitude féconde, l’esprit fuit le silence intérieur comme un vide angoissant et s’abandonne à une agitation perpétuelle.

Face à cet état de fait, les doctrines de développement personnel actuelles se révèlent caduques : elles promettent un soulagement émotionnel ou une performance marchande sans jamais doter l’esprit d’une structure rationnelle de régulation. Fonder une philosophie de la gouvernance personnelle répond à cette urgence : instaurer une discipline de soi où l’individu devient le législateur lucide de sa propre vie intérieure.

II. Épistémologie de la Gouvernance Personnelle :
Le Doute comme organe régulateur

Toute philosophie exige une théorie de la connaissance. Quel est le critère de légitimité des idées qui gouvernent nos choix ?

1. La ligne de partage : Croire vs Savoir

La gouvernance personnelle repose sur une distinction radicale entre le domaine de la croyance et celui du savoir. Croire relève de l’adhésion affective, de la passivité culturelle et de la défense agressive d’une identité. Savoir relève de l’observation factuelle, de la méthode expérimentale et d’un esprit ouvert à sa propre révision. À l’instar de la démarche scientifique, où la connaissance progresse par la destruction méthodique du déjà-su, la gouvernance de soi implique de traiter ses propres certitudes non comme des monuments sacrés, mais comme des hypothèses soumises à vérification continue.

2. Le Doute constructeur contre le Malin Génie

Le pivot épistémologique de notre système réside dans la clarification du doute. Trop souvent confondu avec la faiblesse ou le scepticisme destructeur, le doute doit être rigoureusement dissocié :

  • Le Doute du « Malin Génie » (Doute destructeur) : Emprunté à l’allégorie de Descartes, ce doute toxique et subi s’attaque à la valeur même de la personne, détruit l’estime de soi et paralyse l’action. Il induit l’illusion que l’esprit est incapable de discerner le vrai et condamne au désespoir.
  • Le Doute Méthodique (Doute constructeur) : C’est un acte délibéré de souveraineté. Il épargne la valeur absolue de l’être pour cibler exclusivement les représentations, les préjugés hérités et les sophismes. Il libère l’esprit de ses prisons dogmatiques.

La formule directrice de la gouvernance personnelle renverse la logique habituelle : la confiance en soi authentique ne se fonde pas sur l’accumulation de certitudes rigides, mais sur notre faculté permanente de douter. L’esprit n’a plus rien à défendre avec violence ; il possède la méthode pour corriger sa course à chaque instant.

III. Écologie mentale : Théorie de l’assentiment et hygiène cognitive

Gouverner son esprit exige des règles précises pour traiter l’information entrante et pacifier le tumulte affectif.

1. La démarcation stoïcienne de la souveraineté

En droite ligne avec Épictète et Marc Aurèle, la gouvernance personnelle rappelle que la plupart des troubles de l’âme naissent d’une confusion de juridiction. Le comportement des autres, les jugements d’autrui, les soubresauts économiques ou les crises planétaires ne relèvent pas de notre gouverne directe. Tenter d’exercer un contrôle sur ces éléments hors d’atteinte est la cause unique de l’angoisse et de l’amertume. L’objet exclusif de la gouvernance personnelle est l’assentiment que nous donnons à nos représentations. Ce ne sont pas les choses qui nous heurtent, mais les jugements que nous formulons sur elles.

2. Le premier saut de conscience : L’audit des distorsions cognitives

Notre propre cerveau est le premier falsificateur de la réalité. S’inspirant des découvertes de la thérapie cognitivo-comportementale formalisée par David D. Burns, la gouvernance personnelle s’érige sur la traque systématique des dix pièges logiques internes :

  • La pensée en tout-ou-rien (vision binaire du monde) ;
  • La généralisation excessive (transformer une contrariété en fatalité définitive) ;
  • Le filtre mental (s’obséder sur un détail négatif jusqu’à occulter l’ensemble);
  • Le catastrophisme et le raisonnement émotif (décréter que la réalité est noire simplement parce que l’on se sent troublé).

Le dirigeant de sa conscience pratique l’auto-observation clinique : repérer le piège mental dès qu’il se tend, le nommer pour s’en distancer, et rétablir le contact avec les faits mesurables.

3. Le second saut de conscience : Le désarmement des sophismes extérieurs

Hors de la forteresse intérieure, le discours social est un champ de bataille rhétorique hérité des sophistes antiques. Pour préserver son autonomie, la gouvernance personnelle s’approprie le réflexe critique aristotélicien en neutralisant les faux raisonnements les plus courants : l’attaque ad hominem (discréditer une idée en insultant son auteur), le faux dilemme (enfermer le choix entre deux extrêmes arbitraires) ou l’argument d’autorité (s’écraser sous « l’ombre du géant »). L’esprit critique n’est pas une vaine érudition universitaire : c’est un bouclier d’hygiène mentale.

IV. Pragmatique relationnelle : Diplomatie et art de la marge

La gouvernance personnelle refuse le piège de la tour d’ivoire. L’individu ne se perfectionne pas à l’écart du monde, mais dans la juste régulation de ses rapports avec autrui.

1. La leçon d’Ésope : Plier pour ne pas rompre

La rigidité psychologique et l’intransigeance du « refus absolu du compromis » sont communément prises pour des marques de caractère. En réalité, la rigidité est le bouclier défensif de la fragilité. L’esprit raide s’entoure de certitudes intraitables parce qu’il pressent que le moindre doute ferait s’effondrer son fragile édifice intérieur. Comme le roseau d’Ésope face à l’olivier orgueilleux, la conscience souveraine pratique la souplesse : elle sait négocier, adapter son parcours et encaisser les rafales sans rompre net.

2. Complémentarité des dynamiques humaines

S’appuyant sur l’approche des styles sociaux issue des sciences organisationnelles (Merrill, Reid, Wilson), la gouvernance personnelle récuse l’illusion d’une nature humaine uniforme. L’observation lucide des axes de l’élocution (lent ou rapide) et des priorités spontanées (tâche ou personne) permet de distinguer les dynamiques dominantes : Analytique, Fonceur, Aimable, Expressif.

Comprendre ces modes opératoires élimine le poison de la vexation : le comportement rude du fonceur ou la lenteur circonspecte de l’analytique ne sont plus vécus comme des agressions délibérées, mais comme des caractéristiques structurelles. Dès lors, le souverain cesse d’exiger qu’autrui lui ressemble ; il recherche des alliances complémentaires capables de pallier ses propres angles morts.

3. Protocoles face au harcèlement et à l’intimidation

Face à la violence verbale ou relationnelle, la gouvernance de soi déploie une stratégie en trois temps :

  • Le filtre de valeur : Douter immédiatement des jugements portés par l’agresseur en rappelant que ses attaques ne définissent pas notre dignité d’être.
  • L’analyse en miroir : Comprendre que l’invective ne dit rien de nous-mêmes, mais radiographie l’insécurité, le besoin de domination ou la peur de son auteur.
  • La cessation du verbiage : Refuser l’hystérie argumentative. Couper court à l’audience dont le prédateur a besoin, préférer le silence stratégique et mobiliser si nécessaire des arbitrages institutionnels impartiaux.

4. Vivre en marge : L’autoroute, le chemin et le sentier

Le système social propose une autoroute toute tracée qui assure la sécurité au prix de la conformité. L’esprit qui refuse ce nivellement n’a pas à s’enfermer dans une révolte stérile (laquelle fait encore partie des programmes prévus par le système). Il dispose de la faculté d’emprunter des chemins de campagne plus sereins ou, en pionnier, d’ouvrir de nouveaux sentiers dans la brousse par la machette de l’imaginaire et de la création. Reprenant l’Éloge de la fuite d’Henri Laborit, la gouvernance personnelle consacre la fuite par l’imaginaire non pas comme un abandon de la réalité, mais comme l’espace souverain où s’élaborent la liberté d’esprit et l’innovation.

V. Métaphysique et Aboutissement : Du Chaos intérieur à la Conscience Cosmique

La gouvernance personnelle s’accomplit dans un saut d’échelle métaphysique. Se connaître soi-même pour s’enfermer dans sa petite personne est une caricature individualiste.

1. La contextualisation cosmique

L’être humain souffre d’une hypertrophie de ses contrariétés quotidiennes parce qu’il les observe à hauteur de fourmi. Dès l’Antiquité, les philosophes grecs ont opéré le passage décisif du Chaos au Cosmos : découvrir sous le désordre apparent des violences terrestres un ordre harmonieux, mathématique et intelligible. Lever les yeux vers le ciel étoilé permet d’expérimenter ce que les navigateurs de l’espace nomment l’« effet de surplomb » (Overview Effect) : constater l’évanouissement des frontières artificielles et mesurer la fragilité de notre commune demeure terrestre.

2. La responsabilité envers l’Humain

La mise en ordre du microcosme intérieur (remplacer le chaos mental par un cosmos de lucidité) engage notre responsabilité envers la société. En s’affranchissant du besoin névrotique de dominer et d’avoir raison, l’individu fait place nette à l’empathie. La connaissance de soi débouche inévitablement sur la connaissance de l’Homme : reconnaître en chaque être singulier les mêmes fardeaux de la condition humaine – la finitude, la vulnérabilité, la quête de sens.

3. Le port d’attache intérieur

Pour naviguer à travers les tempêtes inévitables de l’existence sans être englouti par « l’abîme du rêve » célébré par Nelligan, l’esprit a besoin d’un point fixe. Ce point d’ancrage est la mémoire inaltérable d’une référence heureuse – une illumination d’enfance, un instant d’accord parfait avec la lumière de la vie – qui témoigne de manière irrévocable que la félicité est possible.

Conclusion : La Charte d’une liberté à conquérir

La philosophie de la gouvernance personnelle n’est pas un dogme figé, une promesse de perfection immobile ou une recette de béatitude naïve. Elle est une discipline quotidienne de l’esprit, un artisanat lucide de l’existence.

Elle invite l’être humain à cesser d’être le jouet passif de ses humeurs, des idéologies ambiantes et des dômes culturels qui l’ont vu naître. En érigeant le doute constructeur en vertu, en subordonnant l’ego à la rigueur des faits, en honorant la sagesse du silence et en accueillant autrui dans sa féconde altérité, elle rend à chaque individu les rênes de sa maison intérieure.

Dans un monde saturé d’opinions péremptoires et de vérités sentimentales, la gouvernance de soi offre la seule voie d’affranchissement durable : devenir le souverain ordonné de sa conscience pour habiter la Terre d’un pas libre, mesuré et fraternel.


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Article # 324 – L’avenir philosophique du monde : vers une philosophie de la vie / The Philosophical Future of the World: towards a philosophy of life, Masoud Omid, Associate Professor of Philosophy, University of Tabriz, Tabriz, Iran.

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Masoud Omid

Associate Professor of Philosophy Department, University of Tabriz, Tabriz, Iran

L’avenir philosophique du monde : vers une philosophie de la vie

« The Philosophical Future of the World: Towards a Philosophy of Life »

Journal of Philosophical Investigations

Vol. 20, n° 54, 2026, p. 125-154

DOI.org (Crossref), https://doi.org/10.22034/jpiut.2026.70909.4386.

This work is licensed under a  Creative Commons — Attribution 4.0 International
(CC BY).


Résumé

Aujourd’hui, il est très difficile de parler du passé et de son histoire, et encore plus de parler de l’avenir, en particulier de l’avenir philosophique. Cependant, puisque le mouvement de la prospective s’est constitué dans des domaines non philosophiques et y a rencontré un succès relatif, il semble désormais temps d’aborder la prospective dans le champ de la philosophie et de l’éprouver en ce domaine. Cet article reconnaît et examine l’existence d’un terrain objectif et d’un arrière-plan scientifique propices à l’émergence et au développement d’une branche philosophique appelée « philosophie de la vie » (au sens large, bien sûr, et non pas uniquement centrée sur le but et le sens de la vie).

La thèse de l’article soutient que la vie a dépassé les frontières d’un simple concept scientifique, social, économique et culturel pour atteindre le rang de concept théorique et philosophique. De plus, en raison de l’apparition de champs d’études particuliers et de l’existence d’un arrière-plan philosophique précis au cours du siècle dernier, la vie a dépassé le stade de problématique pour acquérir la stature d’un authentique problème philosophique. Par conséquent, dans le monde de la philosophie et du discours philosophique sur la vie, il convient de l’écrire avec un V majuscule — c’est-à-dire : Vie —, et nous devons nous attendre à l’avènement d’une branche philosophique nommée « philosophie de la Vie », ainsi qu’à un courant corollaire désigné sous le terme de « Vivisme » (

La philosophie de la Vie est une réflexion sur la vie en vue de l’interprétation et de l’expression philosophiques de « ma vie » ou du « Moi de la vie » (

La philosophie de la Vie consiste à philosopher au moyen de thèmes et de catégories tels que :

  • la compréhension et la définition de la vie ;
  • la distinction entre le sujet de la vie, le sujet pur et le Dasein dissous dans le monde ;
  • les niveaux fondamentaux de la vie : « états », situations, conditions ;
  • « ma vie parmi les vies » et l’interaction ;
  • le langage et l’incarnation de la vie ;
  • l’action et la posture de spectateur dans la vie ;
  • l’authenticité et l’inauthenticité de la vie ;
  • l’éthique, le sens, la réussite, le modèle, la santé, les moyens de subsistance, la mort, le bonheur, le plaisir, le style, la consommation, le bien-être, la vie comme perspective, etc.

Source : Journal of Philosophical Investigations.


Analyse académique par l’IA Gemini Google

The Philosophical Future of the World: Towards a Philosophy of Life

Masoud Omid

1. Contexte général et intention philosophique

L’article de Masoud Omid ne se présente pas comme une simple étude monographique ou un commentaire d’histoire de la philosophie ; il s’agit d’un manifeste programmatique et d’un essai de prospective philosophique (philosophical futures studies).

Le constat de départ d’Omid est double :

Premièrement, l’émergence des études prospectives (Futures Studies). Alors que l’anticipation méthodologique a fait ses preuves dans les sciences sociales, l’économie ou la géopolitique, la philosophie demeure frileuse quant à l’exploration de son propre futur, souvent enfermée soit dans un modèle historiographique continuiste, soit dans un scepticisme post-hégélien selon lequel la chouette de Minerve ne s’envole qu’au crépuscule.

Deuxièmement, le statut paradoxal de la « Vie ». Malgré son omniprésence dans les crises contemporaines (guerres, menace nucléaire, pandémie, biotechnologies, intelligence artificielle), la philosophie n’a jamais, selon l’auteur, conféré à la « Vie » le statut d’une branche disciplinaire autonome, dotée de ses propres catégories fondamentales, à l’égal de l’ontologie, de l’épistémologie ou de l’esthétique.

L’objectif d’Omid est donc de diagnostiquer les conditions historiques et théoriques rendant possible l’avènement d’une discipline philosophique nouvelle : la Philosophie de la Vie (avec une majuscule : Philosophy of Life), articulée à un paradigme qu’il propose de nommer le « Vivisme » (Lifeism).

2. Structure méthodologique : La démarche ternaire

L’auteur structure sa démonstration en trois moments successifs : l’analyse des fondements, l’explication et prédiction, puis la proposition théorique.

Étape 1 : Fondements méta-philosophiques de la prospective

Omid procède d’abord à un travail de clarification conceptuelle pour asseoir la légitimité de sa démarche.

Il démarque la prospective philosophique des doctrines de fin de l’histoire ou de mort de la philosophie (Fukuyama, Heidegger).

Il examine ensuite les rapports métaphysiques entre passé, présent et futur, en adoptant une conception ouverte où le présent n’est pas une simple répétition du passé, mais un lieu d’émergence de ruptures conceptuelles imprévisibles.

Enfin, il insiste sur la différence entre formuler une simple théorie au sein d’une discipline existante et concevoir l’émergence d’une branche philosophique entière.

Étape 2 : Diagnostic historique : de la négligence à la présence

Pour justifier la nécessité de son projet, Omid retrace l’histoire de la pensée sous l’angle d’une occultation progressive de la vie, découpée en trois périodes :

La période de négligence : Dans la philosophie classique, médiévale et moderne, le concept de vie est éclaté. Les Grecs pensaient la vie humaine à travers l’éducation (paideia) et la cité (polis), ou la réduisaient au principe d’animation biologique. À l’âge moderne, le sujet cartésien abstrait désincarne la subjectivité en l’isolant de la matière vivante.

La période d’attention : Le dix-neuvième et le début du vingtième siècle amorcent un tournant vers l’anthropologie concrète avec Schopenhauer, Kierkegaard, Nietzsche, Marx, puis le pragmatisme et la phénoménologie. Des concepts cruciaux sont forgés : le monde-de-la-vie (Lebenswelt) chez Husserl, le Dasein chez Heidegger, la forme de vie chez Wittgenstein. Cependant, aucun de ces penseurs n’a érigé la Vie comme catégorie architectonique première.

La période de présence : Au vingt-et-unième siècle, la vie s’impose empiriquement à travers des chocs objectifs majeurs (armes de destruction massive, menace écologique, pandémie, intelligence artificielle). La vie passe alors du statut de problématique concrète subie à celui de problème philosophique rigoureusement théorisable.

Étape 3 : La proposition doctrinale : Définition du Vivisme (Lifeism)

Dans la dernière partie de l’article, Omid formule sa proposition doctrinale :

Une méthode hybride : Concilier les thématiques concrètes de la tradition continentale (l’expérience vécue, la corporéité, l’angoisse, le sens) avec la rigueur d’analyse conceptuelle et de classification issue de la tradition analytique.

L’Ego-Life (Le Sujet de la Vie) : Il s’agit de l’apport théorique central, consistant en une synthèse entre le sujet autonome et actif issu de Kant et Descartes, et l’être-dans-le-monde incarné et situé issu du Dasein heideggérien. La vie n’est pas un flux abstrait : elle est toujours « ma vie », vécue par un foyer réflexif parmi les autres vies.

Texture et événement : La vie n’est pas une substance fixe, mais une trame d’événements continus qui prend forme à travers un corps incarné agissant et sentant.

3. Analyse critique et portée épistémologique

Portée : L’essai d’Omid offre une ambition systématique rare, dépassant le réductionnisme biologique pour faire de la vie une catégorie philosophique fondamentale face aux crises contemporaines.

Tensions théoriques : La volonté de réconcilier le sujet souverain cartésien et le Dasein heideggérien pose des difficultés majeures que l’article esquisse sans pleinement résoudre. De plus, en cherchant à intégrer sous une même bannière des thèmes très divers comme le style, la santé, la consommation ou l’éthique, la nouvelle discipline risque d’élargir son champ au détriment de sa précision conceptuelle.

Conclusion

L’article de Masoud Omid constitue la matrice théorique directe de la Conférence internationale sur la philosophie de la vie organisée avec l’Université Antonianum de Rome.

Il clarifie l’enjeu du colloque : il ne s’agit pas d’un simple rassemblement d’éthique appliquée, mais d’une tentative de poser publiquement les bases d’une refonte disciplinaire invitant la philosophie contemporaine à placer la « Vie » au centre de son interrogation théorique et pratique.


VOIR AUSSI

The International Conference on Philosophy of Life

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Résumés des communications soumises à la Conférence internationale sur la philosophie de la vie

Traduit de l’anglais au français par Gemini Google

La philosophie de la vie chez Wittgenstein : émerveillement, thérapie, pédagogie et forme éthique de vivre

Michael A. Peters

Communication préparée pour « La Philosophie de la vie », Faculté de littérature persane et de langues étrangères, Université de Tabriz, novembre 2026

Résumé

Les dernières paroles attribuées à Ludwig Wittgenstein — « Dites-leur que j’ai eu une vie merveilleuse » — semblent entrer en contradiction avec une biographie jalonnée de drames familiaux, d’épreuves guerrières, d’épisodes dépressifs, de ruptures vocationnelles, de rigueur morale intransigeante et d’une maladie incurable. Le présent article soutient que cette apparente contradiction procède de l’erreur consistant à tenir le qualificatif « merveilleux » pour le bilan empirique d’une suite d’événements heureux, plutôt que pour une expression éthique dont le sens n’advient qu’à l’échelle de l’existence envisagée comme une totalité.

À partir des Carnets 1914-1916, du Tractatus, de la « Conférence sur l’éthique », des Recherches philosophiques et de Remarques mêlées, cette étude reconstruit une philosophie de la vie articulée autour de quatre motifs indissociables :

  • La contemplation du monde sub specie aeterni ;

  • La distinction entre faits et valeurs ;

  • La thérapie philosophique entendue comme travail sur soi-même ;

  • L’éducation comme initiation aux jeux de langage et aux formes de vie.

La confrontation avec Freud s’avère particulièrement féconde. Bien que les deux penseurs partagent le diagnostic d’un assujettissement propre à la condition humaine et recourent à des redescriptions thérapeutiques, Freud explique la souffrance par une métapsychologie des pulsions, du refoulement et de la civilisation, là où Wittgenstein récuse toute théorie causale globale pour viser la représentation synoptique (übersichtliche Darstellung), la reconnaissance (acknowledgement) et l’apaisement de la pensée. Nos travaux sur la pédagogie wittgensteinienne constituent le prolongement décisif de cette étude : une philosophie de la vie ne se borne pas à être contemplée ; elle s’apprend au sein de dispositifs d’instruction, dans l’accès à une voix propre et dans l’effort éthique requis pour apprendre à « continuer » avec autrui.

Dans cette perspective, les ultimes paroles de Wittgenstein ne constituent ni un déni de la souffrance, ni le solde comptable où l’amitié et les accomplissements l’emporteraient sur la douleur. Elles relèvent d’un acte de gratitude voué à ses proches et de l’assomption de l’existence sous le signe de l’émerveillement. L’article conclut que Wittgenstein ne professe aucune doctrine de la vie bonne, mais déploie une praxis pédagogique et thérapeutique par laquelle l’être humain s’établit responsable des mots, des relations et des formes de vie qui confèrent son intelligibilité à l’existence.

Mots-clés : Wittgenstein ; philosophie de la vie ; émerveillement ; formes de vie ; thérapie philosophique ; pédagogie ; Freud.


IA : un nouveau récit de la vie humaine

La réalité s’appréhende par un processus d’appropriation dont la nature dépend de la manière dont la rationalité se trouve comprise et définie. Il en découle que le savoir revêt la forme d’un récit authentique de la réalité, façonnant celle-ci et l’amenant à être telle qu’elle se manifeste, précisément sous l’égide du paradigme dominant de la raison. La présente contribution se propose d’examiner certains traits constitutifs du récit de la réalité à l’ère des systèmes techniques computationnels, afin d’interroger les mutations profondes qui s’opèrent dans notre manière de concevoir tant le réel que l’humanité elle-même.

Pr Andrea Bizzozero, Ph. D. ; Ph. D.

Pre Carlotta Ciarrapica, Ph. D.

L’IA et la nouvelle philosophie de l’homme ou anthropologie philosophique

J.L.M. Dassen

Chercheur, Fondation Anthroopos (Amsterdam) ; Membre international de l’École de recherche néerlandaise en philosophie (Université de Leyde, Pays-Bas, 2020-2024)

Courriel : mrjlmdassen@hotmail.com

Résumé

Historiquement, l’anthropologie philosophique s’est attachée à répondre à cette interrogation fondamentale : qu’est-ce que l’être humain ? Aujourd’hui, l’intelligence artificielle impose un réexamen radical de la question. Il ne s’agit plus seulement de se demander ce que l’être humain produit, mais en quoi ses créations redéfinissent sa propre nature, son agentivité et sa conscience.

  • Redéfinition de l’agentivité et de l’intentionnalité : Les conceptions classiques de l’action humaine reposent le plus souvent sur l’intention consciente. Dès lors que les algorithmes d’IA simulent des processus décisionnels, de nouvelles délimitations conceptuelles s’imposent entre la production mécanique et la volonté humaine authentique.

  • L’esprit étendu : À mesure que l’IA s’intègre sans hiatus à notre quotidien, la frontière entre cognition humaine et traitement algorithmique s’estompe. L’IA opère désormais comme une extension de l’esprit humain, transformant nos manières de mémoriser, d’apprendre et de percevoir le réel.

  • Éthique et identité existentielle : L’avènement d’une intelligence artificielle générale somme la réflexion morale de se ressaisir. Si les machines peuvent formaliser des cadres éthiques, notre statut unique d’agents moraux s’en trouve-t-il altéré ?

La riche tradition de la philosophie iranienne — des théories de l’âme d’Avicenne à la théosophie transcendante de Mulla Sadra — offre un appareil conceptuel puissant pour appréhender ces mutations. Le concept sadrien de Harakat-e-Jawhari (mouvement substantiel) pose que les étants sont en devenir et en flux perpétuels. Il devient ainsi possible d’envisager l’IA non comme une entité statique et étrangère, mais comme le prolongement du mouvement substantiel de l’humanité — un vecteur par lequel nos facultés intellectuelles s’étendent et se métamorphosent en temps réel. Ce dialogue entre sagesse ancienne et technologie moderne fait l’objet d’explorations au sein du champ académique, à l’instar des travaux parus dans le Journal of Philosophical Investigations de l’université.

En dernière analyse, l’intelligence artificielle n’amoindrit nullement l’anthropologie philosophique: elle l’enrichit. L’IA fait ressortir l’irréductible singularité de l’affectivité humaine, notre vulnérabilité à l’angoisse existentielle et notre quête de sens. L’IA peut calculer ; elle demeure incapable d’éprouver la profondeur du Dasein (l’être-au-monde). L’avenir de la philosophie réside dans l’orientation de ce devenir technologique, pour veiller à ce que l’IA concoure à exalter l’esprit humain plutôt qu’à l’éclipser.

Mots-clés : intelligence artificielle ; philosophie ; anthropologie ; humanisme ; domaine autonome ; interdisciplinarité ; réflexion.


Le sens de la vie et le simulacre de l’accomplissement : promesse, différance et ordre technologique

Mario Lupoli

Université pontificale Antonianum

Résumé

L’on dit d’une mort qu’elle est prématurée, ou d’une vie qu’elle est restée inachevée. De tels jugements font l’objet de débats argumentés et ne relèvent pas de la pure impression affective ; nul ne saurait les déduire de la biologie, qui constate le terme d’une existence et son moment, sans jamais pouvoir statuer sur son caractère prématuré. Un tel jugement évalue l’existence à l’aune d’une dette contractée envers le vivant.

Où une telle créance peut-elle bien trouver son ancrage ? Certainement pas dans les processus vitaux ; pas davantage dans l’histoire, car les philosophies de l’histoire ont toujours dédommagé l’individu par les accomplissements des générations futures — or, aucune société meilleure ne saurait racheter la souffrance déjà endurée. Ce qui est dû l’est aux vivants eux-mêmes, dans leur corporéité charnelle, et seule une promesse peut revêtir une telle forme.

Puisant au lexique biblique, le théologien italien Sergio Quinzio réactive une acception de la vérité entendue comme fidélité à la promesse, et de la fausseté comme promesse trahie. Une promesse indéfiniment réinterprétée afin qu’aucun événement ne puisse la démentir perd toute assise : elle se trouve purement et simplement annulée, car ce qui ne peut plus être rompu ne saurait davantage être tenu.

La pensée médiévale et le premier âge moderne avaient déjà conceptualisé, à travers la figure de l’Antéchrist, une imposture de cet ordre, laquelle consiste moins dans le simple mensonge que dans la substitution au vrai tout en en mimant la forme : l’adversaire ne détruit pas le temple, il l’investit.

Cette même opération se déploie aujourd’hui à l’insu de toute théologie. L’ordre technologique perfectionne tout ce qui peut être mesuré, dénombré et calculé, tandis que chaque mort singulière demeure laissée sans réponse rédemptrice — et, avec ces disparitions, la totalité des vies vécues jusqu’à ce jour. Deux réalités lui opposent une résistance irréductible : la chair souffrante et l’espérance de ce qui n’est pas encore advenu. C’est la fidélité à une promesse de salut encore inaccomplie qui préserve une clairière de sens pour l’existence, au cœur même de l’incertitude jamais comblée du « pas encore ».

Dernière mise à jour : 29 août 2026

Source : Abstracts of papers submitted to the International Conference on Philosophy of Life.


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Article # 323 – La prise de conscience ne change pas le passé, elle change ce que nous en faisons, Didier Daloze, Analyste systémique • Pensée critique • Détection des incohérences structurelles

La prise de conscience ne change pas le passé, elle change ce que nous en faisons

Didier Daloze

Analyste systémique • Pensée critique • Détection des incohérences structurelles

Voir autrement ce que l’on savait déjà

Une prise de conscience donne parfois l’impression de surgir brusquement. Pourtant, elle s’est souvent préparée pendant des années. Des souvenirs, des expériences, des contradictions et des réactions restent longtemps dispersés dans notre esprit, sans former un ensemble intelligible. Puis un détail, une conversation, une fatigue inhabituelle ou une situation qui se répète modifie leur organisation. Nous n’apprenons pas forcément quelque chose de nouveau. Nous commençons à voir autrement ce que nous savions déjà.

Sur le moment, nous interprétons une situation avec les moyens dont nous disposons : notre expérience, nos habitudes, ce que nous avons appris, nos peurs, nos attentes et l’image que nous avons construite de nous-mêmes. Cette lecture peut sembler cohérente pendant longtemps. Le recul fait parfois apparaître autre chose. Certains événements cessent d’être isolés et commencent à former une structure.

Quand chaque demande paraît unique

Prenons quelqu’un qui accepte régulièrement davantage de travail qu’il ne peut raisonnablement en absorber. Chaque demande possède d’abord sa propre justification. Cette fois, il y a une urgence. Une autre fois, un collègue est débordé. Plus tard, le contexte donne l’impression qu’un refus serait mal perçu. La personne se voit comme disponible, sérieuse et fiable. Cette image lui apporte de la reconnaissance, le sentiment d’être utile et parfois une certaine sécurité dans ses relations professionnelles.

Les années passent. Les collègues changent, les projets également, mais la même séquence revient. Une demande arrive, elle accepte, la charge augmente et la fatigue s’accumule. Tant que chaque épisode est considéré séparément, le fonctionnement général reste difficile à percevoir.

La prise de conscience apparaît lorsque la personne reconnaît ce qui demeure stable derrière la diversité des situations. Les sollicitations extérieures existent, mais sa manière d’y répondre participe aussi à la répétition. Elle accepte rapidement, évalue tardivement le coût ou pose ses limites lorsque la surcharge est déjà installée.

Ce comportement a pu se renforcer parce qu’il produisait également des effets positifs. La reconnaissance, la confiance des collègues, le sentiment d’être indispensable ou l’évitement d’un conflit constituent de véritables bénéfices. Un fonctionnement peut ainsi se maintenir longtemps sans être absurde ni entièrement négatif. Le problème apparaît lorsque son coût augmente tandis que la manière de répondre reste presque inchangée.

Fatigue, ressentiment, perte de temps personnel ou impression de ne plus maîtriser son rythme deviennent alors des informations. Elles indiquent que l’adaptation qui permettait auparavant de maintenir la situation commence à atteindre ses limites.

À partir de là, la demande suivante ne se présente plus exactement de la même manière. Elle appartient désormais à une série identifiable. La personne peut encore accepter, mais elle dispose de davantage d’éléments pour évaluer sa décision. Elle peut mesurer la charge réelle, poser une condition, différer sa réponse ou refuser lorsque la limite est atteinte.

La prise de conscience ne fournit pas automatiquement la bonne décision. Elle modifie l’espace dans lequel cette décision est prise.

Responsabilité et limites

Cette évolution éclaire aussi la question de la responsabilité. Comprendre comment un comportement s’est construit permet d’en identifier les causes, les avantages et les contraintes. Cela évite les jugements trop rapides du type « je suis trop gentil » ou « je manque de caractère », qui décrivent davantage qu’ils n’expliquent.

La responsabilité devient plus précise lorsque l’on distingue ce qui a contribué à former un comportement de ce que l’on peut encore modifier une fois ce comportement devenu visible. Nous ne choisissons pas toutes les influences qui participent à notre manière d’agir, mais leur compréhension peut modifier la façon dont nous y répondons.

La question des limites rejoint directement cette réflexion. Une situation peut continuer longtemps parce qu’une personne, une relation ou une organisation absorbe les déséquilibres par des ajustements successifs. Tant que ces compensations restent possibles, l’ensemble paraît tenir, alors même que le coût nécessaire à son maintien augmente.

C’est souvent ainsi que certaines ruptures paraissent soudaines. Un épuisement professionnel, une séparation ou une crise organisationnelle attirent l’attention au moment où la compensation devient insuffisante. Pourtant, le processus qui y conduit s’est parfois construit lentement, à travers une succession de petites décisions, de concessions et de tensions dont aucune ne semblait déterminante prise isolément.

L’événement visible représente alors l’aboutissement d’un mécanisme plus ancien.

L’événement et le mécanisme

Cette distinction permet de regarder autrement les difficultés répétées. Lorsqu’un même problème revient sous des formes différentes, la réponse ponctuelle ne suffit plus toujours. Le retour du problème devient lui-même une information. Il invite à chercher ce qui reste constant malgré les changements de contexte.

Une dispute peut être réglée. Une surcharge peut être temporairement réduite. Une crise peut être contenue. Si les conditions qui les produisent restent inchangées, leur disparition momentanée ne garantit pas que le fonctionnement ait réellement évolué.

La prise de conscience permet de franchir ce niveau d’analyse. L’attention se déplace du cas particulier vers la logique qui organise plusieurs cas.

Une liberté plus précise

Cette manière d’observer modifie aussi notre rapport à la liberté. Une décision n’apparaît jamais dans un espace totalement neutre. Elle est influencée par des habitudes, des expériences, des attentes et des représentations construites au fil du temps. Certaines de ces influences sont conscientes, d’autres beaucoup moins.

La liberté gagne alors à être pensée comme une marge de manœuvre plutôt que comme une indépendance absolue. Plus nous comprenons ce qui oriente nos réactions, plus cette marge peut s’élargir. Dans le cas du travail, cela signifie qu’un « oui » peut cesser d’être une réaction presque automatique et devenir un choix, même si la personne décide encore d’accepter.

Cette compréhension reste imparfaite. Les habitudes possèdent leur inertie, les émotions continuent d’agir et un mécanisme identifié peut parfaitement se reproduire. La conscience n’annule pas l’automatisme. Elle permet cependant de l’observer plus tôt et d’intervenir avant qu’il ne déroule toujours la même séquence jusqu’à son terme.

L’erreur acquiert alors une valeur particulière. Elle peut renseigner sur une limite mal évaluée, une adaptation devenue inadéquate ou une hypothèse qui ne correspond plus à la situation. Elle fournit une information sur le fonctionnement qui l’a rendue possible.

Cette logique dépasse largement l’individu. Une famille, une entreprise, une institution ou une société peuvent elles aussi répondre pendant longtemps aux conséquences sans modifier ce qui les produit. Les ajustements successifs maintiennent l’ensemble, parfois avec une efficacité remarquable, jusqu’à ce que leur coût devienne difficile à supporter.

La capacité à apprendre dépend alors de la manière dont les événements sont reliés. Pris séparément, ils appellent des réponses ponctuelles. Mis en perspective, ils peuvent révéler des régularités, des dépendances ou des limites que l’événement seul ne permettait pas de voir.

Ce que l’on fait de ce que l’on a compris

Une prise de conscience correspond ainsi à un changement dans l’organisation de notre compréhension. Des faits déjà connus acquièrent une autre signification parce que leurs relations deviennent visibles.

À partir de ce moment, la responsabilité ne consiste plus à refaire mentalement ce qui a déjà eu lieu. Elle concerne davantage ce que nous faisons de ce que nous avons compris.

Nous ne choisissons ni toutes les circonstances qui nous ont façonnés, ni toutes les réactions que nous avons apprises au fil du temps. Nous pouvons en revanche regarder ce qu’elles continuent de produire, et décider si nous leur laissons encore la même place.

La prise de conscience prend toute sa portée lorsqu’une compréhension du passé devient une possibilité d’agir autrement dans le présent.

SOURCE : Didier Daloze, LinkedIn.


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Article # 321 – MANIFESTE Cœur à Corps et le Monde – L’importance d’être soi

MANIFESTE

Cœur à Corps et le Monde

L’importance d’être soi


INTRODUCTION

CE QUE CE MANIFESTE MET DEBOUT

Un manifeste ne décrit pas une pensée. Il la met debout.

Nous avons d’abord écrit huit textes, huit portes d’entrée dans une même confusion. Chacun tenait seul, comme tient une pièce isolée d’un puzzle plus vaste. Mais une confusion qui traverse huit textes différents n’est plus une observation ponctuelle. Elle devient un mécanisme. Et un mécanisme mérite d’être nommé une fois, en entier, plutôt que révélé par fragments successifs qu’on croit sans lien entre eux.

Ce que nous avons décrit séparément — l’importance confondue avec la supériorité, la différence confondue avec la hiérarchie, la honte reçue comme une vérité, le regard des autres obéi comme une loi — dessine une seule architecture. Une société apprend à ses membres à se réduire, avec les mêmes mots qu’elle utilise pour prétendre les élever. Elle appelle cela politesse, modestie, savoir-vivre. Nous l’appelons un dressage, patient et rarement conscient de lui-même.

Nommer un mécanisme ne le supprime pas d’un geste. Mais tant qu’il reste diffus, il continue d’agir sans jamais être interrogé, tapi dans nos manières de nous excuser, de nous taire, de céder un espace avant même qu’on ne nous le dispute. Ce manifeste donne un corps à ce que beaucoup d’entre nous portaient déjà, sans les mots pour le rassembler en une seule phrase.

Il se referme sur une conviction que nous tenons depuis longtemps, bien avant d’écrire la première ligne de ces articles : un monde ne change jamais par grandes décisions collectives avant d’avoir d’abord changé, relation après relation, dans l’espace le plus intime qui soit — celui de deux personnes qui se regardent enfin sans se réduire.


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