Une anatomie de la dérive méthodologique
Analyse critique de l’approche de Lou Marinoff par Shlomit C. Schuster
D’après
Marinoff’s Therapy: A Critique of His Books on Philosophical Practice par Shlomit C. Schuster
Autre lien vers ce texte
RÉSUMÉ
Le mouvement contemporain du conseil philosophique (philosophical counseling) s’est construit sur la promesse de restituer à la philosophie sa fonction thérapeutique et existentielle antique. Néanmoins, l’émergence d’une approche standardisée et commercialisée suscite d’importantes controverses doctrinales. Le présent compte rendu examine l’article critique de Shlomit C. Schuster (2004), Marinoff’s Therapy: A Critique of His Books on Philosophical Practice. En analysant les contradictions méthodologiques, le syncrétisme irrationnel et les approximations historiques qui jalonnent l’œuvre de Lou Marinoff, Schuster met en lumière les risques d’instrumentalisation et de dégradation épistémologique qui menacent cette nouvelle profession.
Introduction : La capture d’un mouvement pratique
Au tournant du XXIe siècle, le conseil philosophique s’est imposé comme une alternative aux modèles psychothérapeutiques traditionnels. Cependant, l’expansion de cette discipline a vu s’élever des figures controversées, au premier rang desquelles figure Lou Marinoff, professeur au City College of New York et auteur du best-seller Plato, Not Prozac (1999). Dans son essai critique, Shlomit C. Schuster entreprend de déconstruire le positionnement de Marinoff :
« He has attempted to present himself as the international leader and legislator of this new type of counseling. My aim in this review essay is to expose and challenge some basic problems in his writings and practice. »
(« Il a tenté de se présenter comme le leader international et le législateur de ce nouveau type de conseil. Mon but dans cet essai critique est de mettre au jour et de contester certains problèmes fondamentaux de ses écrits et de sa pratique. »)
1. La contradiction méthodologique et le reniement d’Achenbach
L’axe central de la critique de Schuster repose sur la dénaturation des fondements de la pratique philosophique moderne, initiée en 1981 par l’Allemand Gerd B. Achenbach.
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Le paradoxe du processus PEACE : Pour toucher les masses, Marinoff a formalisé, à la demande de son éditeur, l’acronyme PEACE (Problem, Emotion, Analysis, Contemplation, Equilibrium). Pourtant, Schuster souligne l’incohérence entre cette standardisation et la nature même de la philosophie :
« Marinoff discloses that when he worked with his clients in the period preceding the publication of Plato, not Prozac, he ‘eschewed the very notion of a method as antithetical to philosophical inquiry into personal problems.’ […] Then Marinoff claims, in a rather paradoxical manner, that PEACE is ‘a contentless form that suggests some contours of philosophical counseling, without prescribing any particular methodology’. »
(« Marinoff révèle que lorsqu’il travaillait avec ses clients dans la période précédant la publication de Platon, pas Prozac, il « éludait la notion même de méthode comme étant antithétique à l’enquête philosophique sur les problèmes personnels ». […] Puis Marinoff affirme, d’une manière assez paradoxale, que PEACE est « une forme sans contenu qui suggère certains contours du conseil philosophique, sans prescrire de méthodologie particulière ». »)
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L’antithèse du dialogue philosophique : Schuster rappelle qu’Achenbach a fondé sa pratique sur un principe de « par-delà la méthode » (beyond-method) basé sur l’étonnement socratique et le refus des dogmes. Elle critique sévèrement la réduction opérée par Marinoff :
« Consequently, philosophical counseling is not about applying philosophy, as if placing a poultice of Kant on the soul, but it is philosophizing itself. »
(« Par conséquent, le conseil philosophique ne consiste pas à appliquer la philosophie, comme si l’on plaçait un cataplasme de Kant sur l’âme, mais c’est le fait de philosopher lui-même. »)
2. Le « Cocktail New Age » et l’abandon de la rationalité
Schuster dénonce vigoureusement le syncrétisme spirituel et ésotérique qui s’est substitué, chez Marinoff, au raisonnement critique de la tradition occidentale.
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L’absence de discrimination philosophique : Marinoff valide des penseurs ésotériques ambigus (comme Madame Blavatsky ou Osho/Rajneesh) et encourage l’usage divinatoire du Yi Jing :
« Marinoff encourages the application of any school of thought, and as in most New Ages approaches, critical reasoning is absent. […] Marinoff even advises his readers and clients to visit gurus and astrologers without exercising any philosophical discrimination. »
(« Marinoff encourage l’application de n’importe quelle école de pensée, et comme dans la plupart des approches New Age, le raisonnement critique est absent. […] Marinoff conseille même à ses lecteurs et clients de rendre visite à des gourous et à des astrologues sans exercer la moindre discrimination philosophique. »)
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La dérive du gourou spirituel : Dans Therapy for the Sane, Marinoff affirme de manière dogmatique que négliger la spiritualité provoque inévitablement la maladie (dis-ease), culpabilisant ainsi les individus séculiers. Schuster s’inquiète de cette posture :
« Philosophical practitioners with adequate knowledge in the areas of religion, spirituality, or mysticism, can philosophize with their clients on these matters, but should take care not to lower themselves to the level of second-rate gurus. »
(« Les praticiens de la philosophie ayant des connaissances adéquates dans les domaines de la religion, de la spiritualité ou du mysticisme peuvent philosopher avec leurs clients sur ces questions, mais ils doivent veiller à ne pas s’abaisser au niveau de gourous de seconde zone. »)
3. Approximations et lacunes académiques
Sur le plan purement universitaire, Schuster met en lumière de graves lacunes historiques et théologiques qui discréditent la rigueur scientifique de Marinoff.
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L’omission de la Scolastique : Marinoff définit la relation entre philosophie et théologie comme fondamentalement incompatible pendant plus d’un millénaire, jusqu’à la Réforme et la révolution scientifique. Schuster fustige ce raccourci historique :
« Thus, Marinoff omits from the history of philosophy the ages of Scholastic glory. One may not agree with, or one even may dislike the Scholastic tradition, but one cannot say that the Doctors of the Church were not doing philosophy. »
(« Ainsi, Marinoff omet de l’histoire de la philosophie les siècles de gloire de la Scolastique. On peut ne pas être d’accord avec la tradition scolastique, ou même ne pas l’aimer, mais on ne peut pas dire que les Docteurs de l’Église ne faisaient pas de la philosophie. »)
4. Une posture narcissique et corporatiste
Enfin, Schuster dresse le portrait d’un auteur enfermé dans une posture narcissique et une ambition hégémonique démesurée, assimilant le débat d’idées à une guerre d’anéantissement professionnel.
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L’illusion césarienne : Marinoff utilise un ton martial pour désigner ses pairs et asseoir son autorité :
« He asks his readers to call him ‘a mystical pragmatist’, in addition he calls himself the 21st century Hobbes, and compares himself to Julius Caesar. As Caesar, Marinoff believes that he […] will be victorious on the battlefield, i.e. in his battles for the sake of legislating philosophical practice. »
(« Il demande à ses lecteurs de l’appeler « un pragmatiste mystique », de plus il se qualifie de Hobbes du XXIe siècle, et se compare à Jules César. Tel César, Marinoff croit qu’il […] sera victorieux sur le champ de bataille, c’est-à-dire dans ses batailles visant à légiférer sur la pratique philosophique. »)
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Le rejet des contradicteurs : Au lieu d’accepter la dispute philosophique classique, Marinoff disqualifie d’emblée les universitaires qui s’opposent à ses projets de certification commerciale (via l’APPA) :
« Marinoff envisions as his enemies all those highly qualified professional philosophers, counselors, and other academics, which oppose his persistent attempts at licensing philosophers. He calls his opponents charlatans and amateurs. »
(« Marinoff perçoit comme ses ennemis tous ces philosophes professionnels hautement qualifiés, conseillers et autres universitaires qui s’opposent à ses tentatives persistantes d’octroyer des licences aux philosophes. Il qualifie ses adversaires de charlatans et d’amateurs. »)
Conclusion : Un réquisitoire sans appel
L’évaluation de Shlomit C. Schuster est définitive : le modèle commercialisé et vulgarisé de Lou Marinoff nuit à la crédibilité épistémologique de la discipline. Sa conclusion invite à un retour aux sources de la rigueur conceptuelle :
« In the light of all the errors referred to so far, I cannot recommend Marinoff’s writings as textbooks for colleges, or as profitable reading material for the philosophically uneducated […] And, indeed, if a novice in philosophy wants to apply philosophical ideas, or wisdom to his life, I suggest reading Bertrand Russell’s Wisdom of the West or just any good contemporary introduction to philosophy. Through these books, and not through Marinoff’s, a person is likely to benefit more. »
(« À la lumière de toutes les erreurs évoquées jusqu’ici, je ne peux recommander les écrits de Marinoff comme manuels pour les universités, ni comme matériel de lecture profitable pour les personnes sans formation philosophique […] Et, en effet, si un novice en philosophie veut appliquer des idées philosophiques ou la sagesse à sa vie, je suggère de lire La Sagesse de l’Occident de Bertrand Russell ou simplement n’importe quelle bonne introduction contemporaine à la philosophie. C’est grâce à ces livres, et non à ceux de Marinoff, qu’une personne est susceptible d’en tirer le plus grand profit. »)
Au sujet de l’auteure Shlomit C. Schuster (1951–2016)
Shlomit C. Schuster (1951–2016) était une philosophe israélienne, praticienne et chercheuse, reconnue mondialement comme l’une des grandes pionnières du mouvement de la consultation ou pratique philosophique (philosophical counseling / philosophical practice).
Éléments biographiques
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Origines et formation : Née au Suriname, elle a émigré en Israël en 1976. Elle a étudié la philosophie à l’Université hébraïque de Jérusalem, où elle a plus tard obtenu son doctorat en 2000 avec une thèse portant sur l’autobiographie des grands philosophes comme outil d’accompagnement existentiel.
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Pratique pionnière : En 1989, elle fonde le centre Sophon à Jérusalem. En 1990, elle lance « Philosophone », une ligne d’assistance téléphonique d’urgence philosophique. C’était un service unique de « premiers secours philosophiques » destiné aux personnes traversant des crises existentielles ou des dilemmes éthiques, particulièrement sollicité dans un contexte géopolitique complexe (comme en Israël lors des périodes de conflits).
Sa vision de la consultation philosophique
Schuster s’inscrivait dans la lignée directe de Gerd Achenbach, le fondateur allemand du mouvement moderne de la pratique philosophique. Ses idées maîtresses reposaient sur :
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L’alternative radicale à la psychothérapie : Schuster défendait une approche fermement antithérapeutique (au sens médical du terme). Pour elle, les personnes qui venaient la voir n’étaient pas des « patients » à diagnostiquer ou à soigner, mais des individus sains d’esprit (sane), égarés dans un labyrinthe de croyances confuses ou confrontés à la dure condition humaine. Elle s’opposait à la pathologisation et à la médicalisation systématique des souffrances de l’âme.
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La relation d’amitié philosophique : Contrairement aux psychologues qui maintiennent une distance clinique stricte, Schuster prônait que le consultant philosophique devait être un guide, un partenaire de dialogue égal, voire un ami intellectuel pour son client. Le but était de co-construire une réflexion philosophique de haute qualité pour clarifier la pensée.
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La libération par l’autonomie : Elle concevait la philosophie comme un outil d’émancipation personnelle permettant de se libérer des préjugés, des dogmes et des illusions pour vivre en accord avec ses propres valeurs.
Ses ouvrages majeurs
Elle a publié plusieurs articles universitaires de référence ainsi que deux livres majeurs traduits dans plusieurs langues :
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Philosophy Practice: An Alternative to Counseling and Psychotherapy (1999) : Son œuvre majeure, où elle pose les fondements théoriques et historiques de la discipline en la contrastant avec la psychologie clinique.
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The Philosopher’s Autobiography: A Qualitative Study (2003) : Une analyse approfondie des récits de vie de penseurs comme Saint Augustin, Rousseau et Sartre, démontrant comment l’autobiographie philosophique est un outil puissant d’auto-renouvellement, supérieur à la psychanalyse freudienne.
Dans le milieu de la philosophie pratique, Schuster est restée une figure respectée pour sa rigueur académique, son engagement en faveur de la liberté de pensée et son refus des dérives commerciales de la discipline. Elle s’est éteinte en 2016 des suites d’une longue maladie.
ANNEXES
Autres critiques de Lou Marinoff
Les références de Shlomit C. Schuster dans son texte
« Marinoff’s Therapy: A Critique of His Books on Philosophical Practice »
1. La critique de la réduction méthodologique et de la commercialisation
Notice bibliographique complète : HOWARD, Alex. (1999).Philosophy for Counselling and Psychotherapy. London: MacMillan Press. ISBN 033371667X.
Référence de Shlomit C. Schuster à Alex Howard
« Les conseillers philosophiques et certains thérapeutes orientés vers la philosophie, comme par exemple Alex Howard, partagent l’avis que la dépathologisation des problèmes de la vie est nécessaire et qu’une perspective philosophique élargie est indispensable pour l’accompagnement. »
Source : Marinoff’s Therapy: A Critique of His Books on Philosophical Practice par Shlomit C. Schuster
Analyse et citations : Cet ouvrage de référence analyse la manière dont la philosophie peut être rigoureusement introduite dans une démarche d’accompagnement. Howard y examine les dérives potentielles d’une philosophie purement instrumentale qui survolerait les auteurs classiques pour en faire des outils de thérapie superficiels au lieu d’initier une véritable démarche dialectique.
2. La confrontation avec la philosophie académique et la dérive institutionnelle
« Review of Philosophical Practice by Lou Marinoff » par Christian PERRING
Perring propose un examen approfondi de la méthodologie de l’auteur. Il constate le manque de spécificité philosophique de la méthode PEACE et note :
« Il y avait des moments, en lisant les exemples de cas de Marinoff, où la frontière entre le conseil philosophique et le simple fait de donner des conseils semblait se dissoudre. […] Pourtant, en quoi cela diffère-t-il de ce que l’on pourrait lire dans un livre de self-help ou une rubrique de courrier du cœur ? »
De plus, Perring met en garde contre le pouvoir d’influence du praticien, qui s’éloigne de la neutralité socratique :
« Le conseiller est dans une position de pouvoir, et il semblait à bien des égards que Marinoff aurait tout aussi bien pu mentionner un philosophe différent de celui qu’il a choisi, et la conclusion probable de la discussion aurait pu être totalement différente. »
Au sujet de la méthode PEACE :
« Ce processus PEACE m’a fait penser à ce que je dis à mes étudiants dans les cours d’éthique médicale lors de l’examen de cas particuliers […]. Il se pourrait qu’en enseignant, je sois déjà devenu un conseiller philosophique sans le savoir. »
3. Les accusations d’approximations thématiques et de polémiques personnelles
« Review of Philosophical Practice by Lou Marinoff » par Peter B. RAABE
Notice bibliographique complète :RAABE, Peter B. (2002). « Review of Philosophical Practice by Lou Marinoff ». Practical Philosophy: The Journal of the Society for Philosophy in Practice, Vol. 4, No. 2, Spring 2002, pp. 411. (Note de recherche : Cette notice corrige le numéro de volume qui est le Vol. 4.2 et non le Vol. 5).
Peter B. RAABE s’inquiète du ton pamphlétaire de l’ouvrage, qui nuit à la crédibilité de la profession, et déclare :
« Je crains profondément qu’avec ces passages et d’autres du même acabit, Marinoff n’ait réussi qu’à donner aux détracteurs de la pratique philosophique plus de matériel pour la critiquer. […] Marinoff semble non seulement avoir beaucoup de comptes personnels à régler, mais il finit par utiliser ce qui aurait pu être une œuvre inspirante comme sa tribune privée. »
Il dénonce également le fait que l’ouvrage se résume à une apologie égocentrique plutôt qu’à un manuel clinique :
« Je tiens à souligner fermement que ce livre est en fait une collection d’affirmations personnelles d’un seul homme concernant les aspects techniques et politiques de la profession ou de « l’institution ». »
Règlement de comptes :
« Les critiques passionnées de Marinoff à l’encontre de la philosophie académique tout au long du livre m’abasourdissent absolument, étant donné sa dénonciation publique véhémente de critiques étonnamment similaires que j’avais émises dans un article présenté à une conférence en mai 2000. »
4. La critique de la simplification conceptuelle pour les masses
« Plato not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems, by Lou Marinoff », Book Review par Tudor B. MUNTEANU, (1999).
Notice bibliographique complète :MUNTEANU, Tudor B. (1999). « Plato not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems, by Lou Marinoff » (Book Review). The Proceedings of the Friesian School, Fourth Series (avec une note éditoriale de Kelley L. Ross).
Munteanu livre une charge sévère contre ce qu’il perçoit comme un détournement marchand de la discipline :
« Dès le départ, ce livre représente une douteuse banalisation de la philosophie sous le couvert de la « Pratique Philosophique ». […] Cela ressemble étrangement au mouvement sophiste que Socrate, Platon et Aristote méprisaient tant : les « conseillers philosophiques » ont une clientèle payante à qui ils fournissent de la « sagesse » en utilisant une méthode pragmatique et casuistique… »
Il fustige les contresens historiques de Marinoff (qui qualifie Platon de naturaliste ou Kant de simple rationaliste), et conclut par cette formule cinglante :
« Ce livre contient beaucoup d’écriture négligée et trop d’affirmations de fait qui sont purement erronées. […] On a vraiment l’impression que Lou Marinoff essaie très fort d’habiller une déesse de manière vulgaire pour la vendre au premier acheteur. »
La perspective comparative et l’assimilation aux thérapies alternatives
« Helping Ourselves » par Jean B. CRABBENDAM
Cette source permet d’analyser comment l’œuvre de Marinoff a été perçue par les courants spiritualistes et partisans de la psychologie alternative au début des années 2000. L’auteur y dresse un parallèle entre la « dépathologisation » prônée par Marinoff et les mouvements de liberté personnelle ou de contestation de la psychiatrie biologique.
Notice bibliographique complète : CRABBENDAM, Jean B. (2002). « Helping Ourselves ».Sunrise, April/May 2002. Copyright © 2001 Theosophical University Press.
L’intérêt majeur du texte de Crabbendam est qu’il met en lumière la convergence idéologique entre le mouvement de Marinoff et la critique frontale de la camisole de force chimique industrielle. Crabbendam résume ainsi ce basculement d’époque :
« La tendance actuelle en psychologie et en psychiatrie est de considérer la conscience et le comportement comme des sous-produits de la chimie cérébrale ; de diagnostiquer à l’aide de listes de symptômes ; et de traiter les problèmes mentaux, émotionnels et comportementaux avec divers médicaments. Pourtant, un nombre significatif de thérapeutes contestent la valeur de cette approche… »
En intégrant Lou Marinoff à cette lutte menée par des psychiatres renommés, le texte illustre de quelle manière Plato, Not Prozac! a capitalisé sur le rejet du modèle médical pour proposer une alternative axée sur l’autonomie individuelle :
« Comme les deux thérapeutes qui le précèdent, il [Marinoff] critique de nombreuses pratiques courantes aujourd’hui, telles que le fait de se focaliser sur le passé du patient, de diagnostiquer sur la base de listes de symptômes, et de traiter de nombreux patients avec des médicaments. En tant que thérapeute, il a constaté que les problèmes des gens découlent le plus souvent des relations personnelles ou de facteurs tels que l’ignorance de l’éthique ou un manque de réflexion. »
Enfin, l’article reproduit la profession de foi conclusive de Marinoff, qui résume parfaitement la promesse émancipatrice – mais jugée marketing par ses détracteurs – qui a fait le succès mondial de sa méthode :
« La liberté de notre existence dépend à la fois de notre système politique et de notre vigilance à défendre ses libertés. La durée de notre vie dépend à la fois de nos gènes et de la qualité de nos soins de santé. La qualité de notre vie — c’est-à-dire notre capacité à vivre de manière réfléchie, noble, vertueuse, joyeuse et aimante — dépend à la fois de notre philosophie et de la manière dont nous l’appliquons à tout le reste. La vie examinée est une vie meilleure, et elle est à votre portée. Essayez Platon, pas le Prozac ! »
La posture de défense de Lou Marinoff
Face à cette vague de critiques, Lou Marinoff a développé une ligne de défense constante dans ses interventions publiques et à travers l’APPA. D’une part, il rejette l’accusation d’exercice illégal de la médecine ou de mise en danger d’autrui en affirmant appliquer un protocole de « triage » strict : la pratique philosophique s’adresse exclusivement à des individus sains confrontés à des dilemmes existentiels ou éthiques, les cas relevant de la psychiatrie lourde devant être réorientés. D’autre part, il maintient une posture offensive contre ses détracteurs cliniques et académiques. Il accuse le milieu psychiatrique de surmédicaliser abusivement les difficultés normales de l’existence humaine pour protéger son monopole, tout en fustigeant la stérilité de la philosophie universitaire traditionnelle, qu’il accuse d’avoir abandonné sa vocation antique d’utilité publique.
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L’œuvre de Lou Marinoff, en particulier son best-seller Platon, pas Prozac !, ainsi que son leadership au sein du mouvement du conseil philosophique ont fait l’objet de critiques importantes de la part de ses confrères en philosophie et en psychologie. Ces critiques se concentrent sur des inexactitudes philosophiques, une fausse représentation du domaine, des préoccupations méthodologiques et des risques potentiels de préjudice.
Des détracteurs ont accusé Marinoff d’avoir commis des erreurs fondamentales dans son exposé des concepts et des figures philosophiques. Le recenseur Tudor B. Munteanu décrit le livre comme une « douteuse banalisation de la philosophie » et pointe de nombreuses interprétations erronées, telles que le fait de qualifier à tort Platon de « naturaliste », de confondre l’idéalisme transcendantal de Kant avec le rationalisme, et de fournir une explication confuse du noumène kantien [15]. Munteanu note également une confusion entre la téléologie, le conséquentialisme et l’utilitarisme, qui sont pourtant des théories distinctes. De même, la philosophe et conseillère Shlomit C. Schuster met en lumière des erreurs factuelles, comme le fait de se tromper sur l’origine de la doctrine du péché originel et de caractériser la relation historique entre la philosophie et la théologie comme fondamentalement opposée, ignorant ainsi des siècles de philosophie scolastique [16].
Les psychologues Samuel Knapp et Alan C. Tjeltveit proposent une analyse critique du domaine, en distinguant le conseil philosophique « à portée restreinte » (qui aborde des questions claires d’éthique ou de vision du monde) de la pratique « à large portée » de Marinoff, laquelle prétend traiter des problèmes tels que la dépression et l’anxiété qui relèvent généralement du domaine de la psychothérapie [17]. Ils soutiennent que le conseil philosophique à large portée manque de preuves empiriques quant à son efficacité, qu’il opère avec une définition excessivement large et simpliste des « problèmes philosophiques », et qu’il ne démontre pas que ses praticiens sont formés pour gérer les complexités interpersonnelles ainsi que les troubles psychologiques potentiels des clients. Ils préviennent que cela pourrait causer des préjudices si des clients souffrant de troubles mentaux graves ne sont pas réorientés vers les professionnels appropriés. Les critiques s’opposent également à ce qu’ils perçoivent comme une fausse représentation de la santé mentale. Bien que l’argument selon lequel la prescription d’antidépresseurs a donné lieu à des abus puisse être considéré comme raisonnable, leur utilité pour traiter de nombreux problèmes, y compris les troubles de la personnalité, ne doit pas être négligée.
Des critiques ont en outre remis en question le contenu des consultations de Marinoff. Schuster note son intégration d’éléments ésotériques et New Age, notamment le fait de conseiller à ses clients de consulter des gourous et des astrologues sans discernement philosophique, ainsi que sa forte dépendance à l’égard du Yi Jing en tant qu’outil thérapeutique. La façon dont Marinoff se caractérise lui-même comme un « pragmatiste mystique » et ses comparaisons avec Jules César ont été citées comme des preuves d’auto-glorification [16]. Ses pressions en faveur de la certification des praticiens de la philosophie et du remboursement par les compagnies d’assurance ont suscité la controverse au sein du domaine, certains y voyant un opportunisme axé sur le marché qui contredit l’esprit philosophique de la pratique.
NOTES
15. Munteanu, Tudor. « Review of Plato not Prozac! Applying Philosophy to Everyday Problems ». Retrieved 30 October 2025.
16. Schuster, Shlomit C. (2004). « Marinoff’s Therapy: A Critique of His Books on Philosophical Practice ». International Journal of Philosophical Practice. 2 (2): 14–22. doi:10.5840/ijpp2004228.
17. Knapp, Samuel; Tjeltveit, Alan C. (October 2005). « A Review and Critical Analysis of Philosophical Counseling ». Professional Psychology: Research and Practice. 36 (5): 558–565. doi:10.1037/0735-7028.36.5.558.
Source : Lou Marinoff, Wikipédia.
Une réception internationale contrastée : de la critique à la pédagogie universitaire
Il convient toutefois de nuancer la portée des critiques occidentales et israéliennes en observant la réception de l’œuvre de Lou Marinoff dans d’autres contextes académiques, notamment au sein des Suds globaux. Dans son étude sur l’institutionnalisation de la discipline, le chercheur Bellarmine U. Nneji (2013) s’appuie précisément sur le modèle de Marinoff pour en légitimer la pertinence pédagogique. Nneji valide le positionnement clinique de l’auteur en réaffirmant que la philosophie s’adresse exclusivement aux individus sains confrontés à des crises existentielles. Il écrit ainsi :
« Philosophical counselling deals with people who are normal sanity-wise in the sense that it is not for ‘mentally’ sick people (psychosis) i.e. serious pathological conditions. It deals with people with normal mental health conditions. According to Marinoff (1999) it is for people who are sane. This is the reason for the recommendation of ‘Plato’ instead of ‘Prozac’. »
(« Le conseil philosophique traite avec des personnes qui sont normales sur le plan de la santé mentale, au sens où il ne s’adresse pas aux personnes « mentalement » malades (psychose), c’est-à-dire souffrant de conditions pathologiques graves. Il traite des personnes ayant des conditions de santé mentale normales. Selon Marinoff (1999), il s’adresse aux personnes saines d’esprit. C’est la raison pour laquelle il est recommandé « Platon » au lieu du « Prozac ». »)
Preuve de l’impact et de l’institutionnalisation globale du modèle de Marinoff, Nneji intègre formellement le protocole PEACE parmi les rares lignes directrices méthodologiques qui doivent structurer les futurs programmes universitaires (curricula) de philosophie pratique, l’élevant au même rang que les fondements socratiques ou allemands :
« There is also need at this final level for an orientation in the methods and approaches to philosophical counselling techniques. […] Such include: the old and classical Socratic Method, the Four Guide posts of Gerd Achenbach (1984) or the PEACE process of Lou Marinoff (1999). »
(« Il est également nécessaire, à ce niveau final, de s’orienter vers les méthodes et les approches des techniques de conseil philosophique. […] Celles-ci comprennent : la méthode socratique ancienne et classique, les Quatre repères de Gerd Achenbach (1984) ou le processus PEACE de Lou Marinoff (1999). »)
Cette utilisation académique démontre que, malgré les accusations de dérive marchande ou de simplification conceptuelle portées par ses contemporains, la formalisation de la méthode de Lou Marinoff est devenue, hors d’Occident, un outil d’émancipation intellectuelle et un pilier d’enseignement reconnu.
Critique du livre « The Inner Philosopher: Conversations on Philosophy’s Transformative Power, by Lou Marinoff and Daisaku Ikeda »
Ce texte est une recension rédigée par Kristine Morris (2013) de l’ouvrage The Inner Philosopher, coécrit par Lou Marinoff et le leader bouddhiste Daisaku Ikeda. Il offre une preuve irréprochable et directement exploitable pour étayer la défense de Lou Marinoff et son évolution intellectuelle dans votre article.
Alors que ses détracteurs (comme Schuster) l’accusaient en 2004 d’enfermement narcissique, de syncrétisme New Age superficiel et de dérive marchande, ce texte montre une évolution vers un dialogue interculturel rigoureux (orient-occident) et une réponse directe aux maux des sociétés d’abondance.
L’évolution du discours de Marinoff : vers un optimisme thérapeutique global
Pour achever de cartographier la trajectoire de Lou Marinoff face aux accusations de dérive individualiste ou mercantile, il convient d’analyser ses collaborations ultérieures, qui témoignent d’un élargissement de sa perspective. Dans sa recension des dialogues croisés entre Lou Marinoff et le penseur bouddhiste Daisaku Ikeda, Kristine Morris (2013) met en lumière une transition vers une philosophie conçue comme un espace de co-création éthique et interculturelle, loin des ambitions hégémoniques initialement décriées par Schuster. Marinoff y redéfinit l’essence même de l’espace de consultation comme une alternative au jugement clinique ou légal :
« We must co-create a reflective space in which people are heard, understood, and valued, but not judged, » writes Marinoff.
(« Nous devons co-créer un espace de réflexion dans lequel les gens sont entendus, compris et valorisés, mais pas jugés », écrit Marinoff.)
Cette réplique par la pratique permet à Marinoff de dépasser le simple cadre du développement personnel pour investir le terrain des pathologies culturelles collectives. Face aux critiques reprochant à sa méthode PEACE une simplification mercantile, Marinoff et Ikeda affirment l’existence d’une mission de salubrité publique face aux dérives des nations opulentes :
Both he and Ikeda see a strong role for philosophy in treating culturally rooted epidemics including obesity, bullying, hedonism, and consumerism.
(Lui et Ikeda voient tous deux un rôle fort pour la philosophie dans le traitement des épidémies culturellement enracinées, notamment l’obésité, le harcèlement, l’hédonisme et le consumerisme.)
Morris souligne que face à la « pauvreté spirituelle » des sociétés occidentales matérialistes, cette approche tardive de Marinoff s’appuie sur une défense vigoureuse de la transmission philosophique classique :
Marinoff writes: « … each human being begins his or her life journey at its very foundations. Thus, it is supremely important that we imbibe teachings from past sages. … »
(Marinoff écrit : « … chaque être humain commence son voyage de vie à ses fondations mêmes. Ainsi, il est suprêmement important que nous nous imprégnions des enseignements des sages du passé… »)
Ce contre-discours documenté par Morris (2013) démontre que la réponse finale de Marinoff à ses détracteurs réside dans une réhabilitation de la philosophie antique comme remède aux crises structurelles de la modernité, opposant un « optimisme constant quant à la condition humaine » aux verdicts de dégradation épistémologique formulés au début des années 2000.
La divergence entre Lou Marinoff et Gerd B. Achenbach
Elle repose sur la tension entre la standardisation d’une méthode commerciale et le refus dogmatique de toute méthode rigide.
Voici les points précis de leur divergence :
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La standardisation contre le « par-delà la méthode »
Gerd B. Achenbach, le fondateur allemand du mouvement moderne de la pratique philosophique en 1981, conçoit la consultation comme un processus affranchi de toute structure préétablie. Sa démarche repose sur le principe de « par-delà la méthode » (beyond-method), privilégiant l’étonnement socratique libre, le dialogue vivant et le refus absolu des dogmes.
À l’inverse, Lou Marinoff a choisi de formaliser et de standardiser la pratique philosophique pour la diffuser auprès du grand public. Il a ainsi créé à la demande de son éditeur un protocole strict, structuré en cinq étapes successives, sous l’acronyme PEACE (Problem, Emotion, Analysis, Contemplation, Equilibrium).
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L’application pratique contre le fait de philosopher
Pour Achenbach, le conseil philosophique n’est pas une simple application technique de théories existantes sur la vie d’un patient. Comme le rappelle Shlomit C. Schuster dans sa critique, la consultation selon le modèle d’Achenbach est le « fait de philosopher lui-même » et ne consiste pas à « appliquer la philosophie, comme si l’on plaçait un cataplasme de Kant sur l’âme ».
Marinoff, au contraire, conçoit la philosophie comme un outil éminemment pragmatique et instrumental. Sa démarche consiste à extraire des concepts des sages du passé pour les appliquer directement comme des remèdes ou des solutions concrètes aux problèmes quotidiens des clients.
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La visée commerciale et institutionnelle
La divergence est également politique et institutionnelle. Tandis qu’Achenbach maintient une approche artisanale et centrée sur la singularité de la relation dialogique, Marinoff a inscrit sa démarche dans une logique d’industrialisation et de commercialisation de la discipline. À travers la création de l’APPA (American Philosophical Practitioners Association), Marinoff a milité pour la mise en place de certifications commerciales, de formations standardisées et de procédures de remboursement par les assurances, une orientation perçue par ses détracteurs comme un opportunisme marchand en totale contradiction avec l’esprit philosophique initial du mouvement.
« Philosophical Practice as Political Activism », Lou Marinoff
Dans son article intitulé « Philosophical Practice as Political Activism », Lou Marinoff soutient que la pratique de la philosophie ne peut pas s’isoler du monde et que le praticien devient, par la force des choses, un activiste politique lorsqu’il se heurte aux contraintes idéologiques, théologiques ou étatiques de sa cité.
Voici les grands axes et les arguments développés par Marinoff dans ce texte :
1. La philosophie hors de la « tour d’ivoire »
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Marinoff déplore que les courants dominants de la philosophie académique contemporaine (analytique aux États-Unis et continentale en Europe) partagent un point commun : leur absence totale d’application pratique dans le monde réel.
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Il cite l’éthique appliquée comme la première grande exception ayant réussi à s’imposer en dehors des universités.
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Il distingue l’éthique appliquée et la consultation philosophique : alors que l’éthique appliquée se concentre de manière générale sur des questions et des enjeux collectifs, la consultation philosophique se concentre spécifiquement sur les personnes qui doivent prendre des décisions face à ces enjeux.
2. La dénonciation d’une société « psychologisée » et médicamentée
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Marinoff lie l’émergence de la pratique philosophique à une crise profonde des humanités. Il s’attaque violemment à ce qu’il appelle la « pathologisation et la médicalisation de la condition humaine » par les technocraties occidentales.
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Selon lui, des troubles contemporains comme la dépression, l’anxiété sociale ou le TDAH sont des « épidémies culturellement induites » (ou maladies de civilisation) et non des pathologies biologiques. Traiter ces problèmes par des médicaments (comme le Prozac) constitue à ses yeux une faute professionnelle.
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Il rappelle la formule ironique des médias américains présentant sa discipline comme une « nouvelle forme controversée de psychothérapie » : pour Marinoff, c’est l’inverse, une grande partie de la psychothérapie moderne n’est qu’une forme récente et controversée de conseil philosophique.
3. Les affrontements politiques et institutionnels (La défense de Marinoff)
Marinoff relate plusieurs cas où le conseil philosophique a dû mener des actions politiques pour tout simplement survivre face aux réglementations de l’État ou aux corporations médicales :
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En Allemagne : À la fin des années 1990, une loi contre les dérives sectaires (visant initialement la Scientologie) était formulée de manière si large qu’elle risquait de criminaliser la pratique de Gerd Achenbach. Marinoff explique avoir conseillé à Achenbach de faire du lobbying auprès du Bundestag pour faire amender le texte.
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Au Royaume-Uni : Les psychologues ont tenté de faire passer une loi pour s’approprier le monopole légal du mot « counseling », une tentative bloquée par l’intervention politique des philosophes praticiens britanniques.
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Son propre cas à CUNY (New York) : Marinoff raconte en détail comment l’administration de son université a brutalement stoppé ses recherches sur le conseil philosophique en 2000, à la suite de plaintes de psychologues. Pour se défendre, Marinoff a intenté un procès en justice fédérale contre les signataires de l’interdiction. Il se décrit aujourd’hui comme un « prisonnier politique » au sein d’un système universitaire américain qu’il juge bureaucratique, corrompu et soumis à la tyrannie du politiquement correct.
4. L’expansion vers l’Asie comme modèle de réussite
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Marinoff oppose la situation conflictuelle américaine au développement de la discipline en Corée du Sud et en Chine.
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Il salue l’exemple de l’Université Kangwon en Corée du Sud, où les philosophes praticiens ont obtenu le soutien du gouvernement pour mener des consultations auprès de deux publics sains mais en crise existentielle : les jeunes soldats déployés sur la zone démilitarisée (DMZ) et les réfugiés politiques venus de Corée du Nord.
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Il souligne que les praticiens asiatiques rejettent massivement la psychologie occidentale, qu’ils considèrent comme une forme d’impérialisme culturel, lui préférant leurs propres traditions philosophiques (bouddhisme, taoïsme, confucianisme) pour traiter les maux modernes.
5. Les autres formes de pratique et le danger idéologique
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Le Café-Philo : Marinoff rend hommage à Marc Sautet (fondateur du Café des Phares à Paris), affirmant que sortir la philosophie dans l’agora est un acte socratique s’apparentant à de l’activisme politique.
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La philosophie pour enfants : Initiée par Matthew Lipman, elle a fait ses preuves mais s’est heurtée aux institutions parce qu’elle apprenait aux enfants à questionner l’autorité. Il cite l’exemple récent du philosophe Tetsuya Kono au Japon, qui utilise le dialogue socratique avec les enfants pour les aider à surmonter le traumatisme de la catastrophe de Fukushima (2011).
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La consultation organisationnelle : Il illustre ce point par son travail auprès des hauts fonctionnaires de l’Arizona confrontés au dilemme éthique et humanitaire des migrants mourant de déshydratation à la frontière mexicaine.
En conclusion, Marinoff réaffirme que dès qu’un philosophe décide de travailler avec des personnes et des idées dans l’espace public, il fait de la politique. Il termine toutefois sur une mise en garde : la philosophie pratique doit rester au service de l’éducation et du client, car si elle est instrumentalisée uniquement pour servir des objectifs ou des dogmes idéologiques, les philosophes redeviennent, comme par le passé, les complices de la terreur.
