
MONDES ET ESPACES
YANNICK CAMPION
POSTFACE D’OLIVIER GAUDIN
Éditeur : Books On Demand
Date de parution : 29/05/2026
EAN : 9782322843411
ISBN : 2322843415
Nombre de pages : 120
© 2026 Yannick Campion
Résumé
La manière dont je me représente la totalité du monde est intimement liée à la façon dont je perçois et ressens l’espace qui m’entoure. Ces formes, que je propose de décrire dans ce livre, sont le fruit d’histoires entremêlées : la mienne, celles des êtres et des choses qui les habitent, celles des concepts qui les véhiculent.
Biographie de l’auteur
Yannick Campion est paysagiste, docteur en histoire et chercheur associé au Laboratoire de recherche en projet de paysage de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles – Marseille. Ses travaux portent sur l’histoire des paysages méditerranéens ainsi que sur celles des concepts d’espace et d’Umwelt.
Site web personnel de l’auteur
https://yannickcampion.taplink.ws/
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EXTRAIT
Avant-propos
La manière dont je me représente la totalité du monde est intimement liée à la façon dont je perçois et ressens l’espace qui m’entoure. Ces formes, que je propose de décrire dans ce livre, sont le fruit d’histoires entremêlées : la mienne, celles des êtres et des choses qui les habitent, celles des concepts qui les véhiculent. C’est sur l’évolution de ces derniers que j’envisage, en guise d’introduction, de m’attarder un moment.
Monde et espace
Jusqu’à la fin du Moyen Âge, le mot espace pouvait désigner un écart, une distance, une durée ou une étendue. Le concept de monde recouvrait quant à lui trois acceptions principales¹. Il pouvait d’abord faire référence à un groupe de personnes, à la vie en société, comme dans les expressions tout le monde ou du monde. Il renvoyait également, en un sens plus abstrait, à une totalité d’appartenance, à un ensemble de choses formant un domaine particulier, par exemple dans monde des idées, monde de l’art ou monde de l’enfance. Enfin, en un troisième sens cosmologique, le mot désignait la terre, la création, par opposition au ciel.
(1. Voir sur ces deux mots Rey, A. (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2011, p. 773 et 1354, et Lalande, A. (dir.), Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, F. Alcan, 2010 (1926), p. 298 et 646.)
À l’époque moderne, ces concepts s’enrichirent de significations plus générales. En physique et en mathématique, l’espace en vint à désigner le milieu abstrait au sein duquel se meuvent les corps. Se déployant désormais en trois dimensions, il devint un réceptacle permettant d’identifier, de situer et de mesurer les phénomènes. Suivant une évolution similaire, l’acception cosmologique du monde ne fit quant à elle plus seulement référence à l’espace sublunaire, mais à la totalité de ce qui existe, ciel compris. Ainsi le monde devint-il, en tant que synonyme d’Univers, l’objet que la science se donna pour but de décrire et de comprendre.
Au XIX? siècle, dans le sillon d’une philosophie kantienne considérant les êtres et les choses comme inconnaissables en eux-mêmes, les définitions attachées au monde et à l’espace s’étoffèrent d’aspects plus subjectifs. Envisagé comme une forme a priori de la sensibilité, l’espace fut peu à peu appréhendé comme un milieu idéal, un cadre d’accueil de la diversité des phénomènes extérieurs. Bien que cette évolution philosophique marquât un écart vis-à-vis de l’espace scientifique, le concept d’espace ne cessa pourtant, dans les deux cas, de faire référence à une dimension stable, à un cadre intangible. En effet, de même qu’espaces absolu et relatif formaient pour Newton les deux faces d’une même pièce¹, l’espace du XIX? siècle, qu’il fût considéré comme objectif, homogène, isotrope, continu et illimité, ou comme subjectif, mental, a priori et limité au champ de la perception, n’en demeura pas moins le contenant immuable de toute expérience, sous-entendu universel et dépourvu d’historicité.
(1. Newton, I., Principes mathématiques de la philosophie naturelle, Tome 1, Paris, Dessaint et Saillant, 1759 (1726), p. 7-16.)
Parallèlement se dégagea du concept de monde, en réaction à la progressive hégémonie du monde physique et objectif, des significations plus cosmopolitiques¹. Pouvant désormais faire référence à une manière singulière de se rapporter à l’Univers et à la communauté des hommes, le mot acquit également les acceptions clairement subjectives de « synthèse des phénomènes objets d’une expérience possible sous une conscience quelconque »² ou « tout ce que nous apercevons d’espace, de corps et d’être »³. Grandissante, la tension entre monde objectif et monde subjectif atteignit son paroxysme au cours des deux premières décennies du XX? siècle, en science comme en philosophie. On en retrouve par exemple la trace dans le Tractatus logico-philosophicus, au sein duquel la tentative de Wittgenstein de penser conjointement les expressions Le monde et Mon monde pose d’innombrables problèmes d’interprétation.
(1. Cassin, B. (dir.), Vocabulaire européen des philosophies, Paris, Seuil, 2019, p. 1392-1393.)
(2. Renouvier, C., Traité de logique générale et de logique formelle, Seconde édition, Tome troisième, Paris, Bureau de la critique philosophique, 1875, p. 8.)
(3. Littré, É. (dir.), Dictionnaire de la langue française, Tome troisième, Paris, Hachette, 1874, p. 602.)
L’espace relativiste
En physique, la deuxième partie du XIX? siècle fut marquée par l’émergence et le développement du concept de champ. Utilisé par Faraday, Maxwell puis Lorentz à propos des interactions électriques et magnétiques, cette notion en vint à bousculer l’idée newtonienne de force et, par extension, celle d’espace. Comme l’explique Françoise Balibar, « Le concept de force à distance et celui de champs correspondent à deux visions du monde différentes : dans un cas l’interaction est une relation à deux (les deux corps, ou particules, en interaction), dans l’autre, il s’agit d’un processus faisant intervenir trois acteurs : les deux corps… et l’espace dans lequel ils baignent. Dans cette conception, l’espace est modifié par la présence du premier corps A et c’est cette modification que le deuxième corps, B, ressent sous forme de force. Rien de tel dans la conception classique où l’espace qui entoure A et B joue un rôle totalement muet, est en quelque sorte oublié : seule intervient […] la distance géométrique séparant les deux corps. L’espace n’intervient pas en tant qu’être physique, c’est-à-dire en tant qu’être susceptible d’interagir avec d’autres êtres, d’autres choses ; l’espace est en effet insensible et ne réagit pas à la présence de A (ou de B, ou de n’importe quel autre corps qui s’y trouve). En ce sens, il peut être qualifié d’absolu. C’est ce caractère d’être absolu, indifférent aux choses, que l’idée de champ remet en cause. »?
(4. Balibar, F., Einstein 1905, Paris, PUF, 1992, p. 26-27.)
C’est en s’appuyant sur ce concept, dont les conséquences théoriques n’étaient à l’époque pas encore formulées de la sorte, qu’Einstein, déterminé à décrire correctement la façon dont la lumière est produite et diffusée, formalisa en 1905 sa théorie de la relativité restreinte. Sa réinterprétation de la nature du champ électromagnétique lui permit en effet d’écarter définitivement l’idée d’un éther immobile, support des ondulations lumineuses et dernier avatar de l’espace absolu newtonien. Il substitua à ce schéma une nouvelle conception de la lumière qui, à la fois corpusculaire et ondulatoire, se diffuse dans le vide à une vitesse constante quelle que soit la position de celui qui l’observe. Révolutionnaire, cette redéfinition engendra un bouleversement radical des concepts de mouvement, de repos, d’espace et de temps¹. Étendue dix ans plus tard au champ gravitationnel, cette théorie participa en effet à la diffusion de l’idée qu’il n’existe pas dans le monde de référentiel fixe et substantiel, d’espace immobile et absolu, de contenant ou d’arrière-plan, mais que la forme de l’espace-temps demeure, en tant qu’objet physique à part entière, inhérente et relative aux phénomènes qui s’y jouent.
(1. Klein, É., Il était sept fois la révolution, Paris, Flammarion, 2016 (2005), p. 51-80.)
De même que l’idée d’un Univers en expansion rencontra, au cours de la première moitié du XX? siècle, de nombreuses réticences, une telle idée mettra plusieurs décennies à être acceptée par la communauté scientifique, bien plus encore à infuser au sein de la société. Ainsi Einstein déplorait-il, en 1934, que « dans la conscience et l’imaginaire des physiciens, l’espace garde jusqu’à ces derniers temps l’aspect d’un territoire passif pour tous les événements, comme étranger lui-même aux phénomènes physiques. »¹
(1. Einstein, A., « Le problème de l’espace, de l’éther et du champ physique », dans Comment je vois le monde, Paris, Flammarion, 1979 (1934), p. 194.)
L’Umwelt
À la fin de la première décennie du XX? siècle, le zoologiste Jakob von Uexküll chercha à se démarquer du courant mécaniste dont il avait été, quelques années auparavant, l’un des protagonistes. Fort de deux décennies de recherches physiologiques sur les invertébrés marins, il en vint à refuser l’idée que leurs comportements puissent être décrits comme de pures réactions aux stimulations aveugles de leurs milieux. Ayant constaté que ces animaux ne réagissaient, au gré des situations, qu’à certains des stimuli auxquels ils étaient soumis, il en conclut que ces derniers sélectionnaient, grâce à leurs organes perceptifs et conformément à leur plan d’organisation interne, certains signaux extérieurs pour en ignorer d’autres.
Cherchant à exprimer cette sélection en termes d’intentionnalité et de subjectivité, Uexküll insista en 1909, dans Umwelt und Innenwelt der Tiere¹, sur la distinction à établir entre l’entourage et le monde environnant de l’animal. Pour lui, si son entourage (Umgebung) correspond au milieu physique et objectif au sein duquel il est observé, son monde environnant (Umwelt) fait référence à son point de vue subjectif, à la manière dont il perçoit ce milieu. Appliquant cette distinction à son propre point de vue, Uexküll en vint également, dans le même ouvrage, à réfuter l’idée que l’entourage de l’animal puisse être appréhendé en toute objectivité. Selon lui, ce dernier doit plutôt être considéré comme le monde subjectif de l’observateur scientifique lui-même, comme son propre Umwelt, position kantienne mettant en doute la possibilité d’une connaissance du monde naturel en tant que tel.
C’est ainsi en s’appuyant sur la richesse et l’ambiguïté sémantique du concept de monde qu’Uexküll, transformant le mot courant Umwelt en concept scientifique, ouvrit la voie à l’étude des subjectivités animales, subjectivités que la tradition mécaniste leurs refusait jusqu’alors. Brouillant volontiers la frontière entre monde objectif et mondes subjectifs, les travaux d’Uexküll jouèrent un rôle important dans l’essor de l’éthologie², ainsi que dans le développement de la phénoménologie³.
(1. Uexküll, J. von, Environment [Umwelt] and inner world of animals, dans Burghardt, G., Foundation of comparative ethology, New York, Van Nostrand Reinhold, 1985, trad. de C. J. Mellor et D. Gove, p. 222-244.)
(2. Lorenz, K., Les fondements de l’éthologie, Paris, Flammarion, 2009 (1981), p. 28.)
(3. Campion, Y., « L’Umweltraum de Jakob von Uexküll. Le signe, l’espace, le temps et les philosophes », Cahiers François Viète, III-8 | 2020, p. 155-181.)
Le monde phénoménologique
À la même époque et au sein de la même aire culturelle, c’est à un type de conclusion plus radicale encore vis-à-vis du monde naturel qu’aboutirent les recherches d’Edmund Husserl. Écartant l’idée kantienne d’un monde de la chose en soi et se positionnant contre une psychologie refusant toute référence à l’âme ou à l’intériorité, Husserl entreprit, en redéfinissant le concept de phénomène, d’y diluer les oppositions objet/sujet et être/apparaître. Comme chez Uexküll et plus tard chez Heidegger, la polysémie du concept de monde fut au centre de ses enjeux sémantiques, en témoignent la multitude de notions construites sur la racine Welt dont fourmillent, en 1913, ses Ideen¹.
Maurice Merleau-Ponty, dans l’avant-propos de sa Phénoménologie de la perception, a fort bien résumé ce moment clé de l’histoire de la pensée, qui vit l’architecture du concept de monde être profondément réagencée : « La plus importante acquisition de la phénoménologie est sans doute d’avoir joint l’extrême subjectivisme et l’extrême objectivisme dans sa notion du monde ou de la rationalité. La rationalité est exactement mesurée aux expériences dans lesquelles elle se révèle. Il y a de la rationalité, c’est-à-dire : les perspectives se recoupent, les perceptions se confirment, un sens apparaît. Mais il ne doit pas être posé à part, transformé en Esprit absolu ou en monde au sens réaliste. Le monde phénoménologique, c’est, non pas de l’être pur, mais le sens qui transparaît à l’intersection de mes expériences et à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes sur les autres, il est donc inséparable de la subjectivité et de l’intersubjectivité qui font leur unité par la reprise de mes expériences passées dans mes expériences présentes, de l’expérience d’autrui dans la mienne. »¹
(1. Monde matériel, monde ambiant, monde ambiant naturel, monde ambiant idéal, monde réel, monde spatio-temporel, monde entier, monde physique, monde psychologique, monde transcendant, monde des choses, monde des souvenirs, monde imaginaire, monde de la perception…)
(1. Merleau-Ponty, M., Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 2004 (1945), p. 20.)
Une pluralité d’espaces et de mondes
S’il fallut attendre plusieurs décennies pour que l’idée d’un espace non-absolu se diffuse hors du cadre de la physique, les années 1960-1970 marquèrent un tournant. La critique, de plus en plus popularisée au sein des sciences humaines, du caractère universel de l’espace mena à une complexification du concept. Influencées par la cybernétique et la phénoménologie, certaines branches de la géographie entreprirent par exemple de décrire l’espace en termes d’interaction, d’organisation, d’expérience singulière (l’espace vécu) ou de construction collective (l’espace social)². Le succès grandissant qu’a depuis cette époque rencontré le concept de paysage illustre bien cette évolution. Défini comme « l’étendue de pays que l’œil peut embrasser dans son ensemble »³, le paysage a en effet la particularité de ne désigner ni le territoire en tant que tel, ni le point de vue porté sur ce dernier, mais le rapport que ces derniers entretiennent. Ainsi, autrefois relativement étranger aux êtres et aux choses, l’espace géographique en vint à être appréhendé comme le produit de leurs relations?.
À la fin du XX? siècle, le concept de monde connut en sciences sociales, notamment en anthropologie, une évolution relativement semblable. Remise empiriquement en question, l’idée d’un monde unique laissa progressivement place à celle d’une pluralité de rapports possibles aux êtres et aux choses. Débordant aujourd’hui des cadres académiques, la thèse selon laquelle il existe des mondes humains et non-humains ontologiquement différents du nôtre¹ connaît ainsi aujourd’hui une large diffusion au sein de la société.
(2. Lévy, J., Lussault, M. (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, 2013, p. 437, 507, 687.)
(3. Rey, A. (dir.), Dictionnaire op. cit., p. 1572.)
(4. Voir notamment Lefebvre, H., La production de l’espace, Paris, Anthropos, 2000 (1974).)
(1. Descola, P., Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.)
Le monde, des mondes, mon monde
En synthèse de cette brève histoire des concepts de monde et d’espace, retenons que ces derniers acquirent à l’époque moderne, sans pour autant perdre leurs acceptions d’origine, des caractères englobants, objectifs, absolus. Ébranlées par la critique kantienne, ces formes amorcèrent leurs déclins au cours du XIX? siècle pour être radicalement remises en cause, en sciences comme en philosophie, au début du XX? siècle.
Cet ouvrage interroge les conséquences théoriques de cette désabsolutisation. J’invite le lecteur à y trouver une recherche, une exploration, une série de propositions sur ce qu’il m’est aujourd’hui possible de dire, d’un point de vue intimement philosophique, à propos de l’espace et du monde.
Si une partie des aphorismes qui le composent furent écrits entre 2013 et 2023, la plupart proviennent de cahiers rédigés en 2017 à l’occasion d’un voyage en Inde, en Chine et en Mongolie, effectué en compagnie de la future mère de mes trois enfants, de quelques Upanishads, ainsi que des œuvres de Ludwig Wittgenstein. Leur tonalité doit par ailleurs beaucoup à la lecture de Mondes animaux et monde humain de Jakob von Uexküll. Dans l’introduction de cet ouvrage publié en 1934, Uexküll invite le lecteur à effectuer un voyage au sein des mondes animaux, qu’il suggère d’envisager comme des bulles de subjectivité, des « bulles de savon » auréolant chacun d’entre eux. Séduit par cette image poétique, j’ai moi-même pris l’habitude d’imaginer mes congénères comme plongés au sein de telles bulles, activité qui s’est révélée aussi distrayante que riche d’enseignements. Dans Theoretische Biologie, publié en 1920, Uexküll précise qu’« une des conditions préalables à l’étude des mondes subjectifs des autres est une exacte connaissance du nôtre »¹. Partant de ce principe, j’ai modestement envisagé de décrire ici ma propre bulle de savon, mon propre Umwelt.
(1. Uexküll, J. von, Theoretical Biology, New York, Harcourt, 1926 (1923), trad. de D. L. Mackinnon, p. 72.)

Que dit ce livre ?
Mondes et espaces de Yannick Campion est un essai philosophique et sensible qui explore la manière dont nous percevons, habitons et concevons l’espace et le monde.
L’ouvrage allie une mise en perspective historique et théorique à une suite d’aphorismes courts accompagnés de dessins schématiques à la ligne claire (points, lignes, cercles, silhouettes).
L’ouvrage s’articule autour des thèses et mouvements principaux suivants :
1. La désabsolutisation de l’espace et du monde (Avant-propos)
En introduction, l’auteur rappelle que pendant des siècles (notamment depuis la physique classique et Newton), l’espace a été pensé comme un réceptacle immuable, fixe et absolu, et le monde comme un ensemble objectif unique. Le XX? siècle a fait voler en éclats cette vision :
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En physique : avec la théorie de la relativité d’Einstein, l’espace-temps n’est plus un décor passif, mais un acteur physique indissociable des phénomènes.
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En biologie et phénoménologie : avec la notion d’Umwelt forgée par Jakob von Uexküll (qui montre que chaque être vivant sélectionne des signaux pour constituer son propre « monde environnant » comme une « bulle de savon ») et les travaux de Husserl ou Merleau-Ponty (le monde est indissociable de la perception et de l’intersubjectivité).
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En géographie et sciences sociales : avec l’essor des notions de « paysage », d’« espace vécu » et de pluralité ontologique des mondes (Descola).
L’auteur se propose alors d’explorer philosophiquement son propre Umwelt, sa propre bulle.
2. Les grandes articulations de l’ouvrage
Le livre se déploie ensuite en quatre parties thématiques d’aphorismes :
• « Deux mondes » (La tension entre Le monde et Mon monde)
Le livre s’ouvre sur un paradoxe fondamental : « Il n’y a qu’un monde. Je n’ai pas d’autre monde que le mien. »
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L’auteur analyse la tension permanente entre la réalité objective globale (le monde) et l’expérience sensible et vécue d’un individu (mon monde).
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Il s’intéresse à la géométrie de cette perception : l’organisation autour d’un centre (la maison, le jardin), les notions d’ordre, d’échelle, de direction (haut, bas, avant, arrière), et montre que l’espace sert de contenant et de révélateur au temps.
• « D’autres mondes » (L’altérité et le collectif)
Cette section examine ce qui se passe lorsque plusieurs subjectivités se rencontrent :
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Les bulles individuelles et partagées : comment deux personnes partagent un même espace sans pour autant être synchronisées dans le même monde.
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L’espace social et la coprésence : les effets du regard d’autrui, de la conversation, de la foule ou de la solitude (qu’il décrit souvent en termes de températures : situations « chaudes » ou « froides »).
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L’inter-espèces et le non-humain : l’humain n’est pas isolé ; il cohabite avec d’autres mondes vivants (les animaux, les loups, les singes) et matériels (les pierres).
• « Monde intime » (Le corps, la conscience et la frontière dedans/dehors)
Campion ausculte la topologie de notre rapport au corps :
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Dedans et dehors : nous oscillons sans cesse entre être notre corps, être dedans et être hors de lui. La conscience n’est pas continue mais intermittente ; quand elle surgit, elle crée une division en « champ-contrechamp » entre soi et le monde.
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L’espace intérieur : loin d’être un bloc homogène, notre intériorité est fragmentée en une mosaïque de boucles, de lieux et de sensations arbitraires (tête, cœur, ventre).
• « L’ailleurs du monde » (Le vide, la limite et la « petite sphère noire »)
La dernière partie traite des confins de la représentation :
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Les limites et le vide : le monde est le seul étant qui n’a pas de contexte extérieur stable, ce qui rend sa totalité logiquement insaisissable.
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La « petite sphère noire » : Campion introduit cette image frappante d’un morceau du vide nocturne et infini qu’il a l’impression de porter au creux du ventre. Cette sphère représente son intériorité la plus intime, une sorte de repliement où l’infiniment grand extérieur rencontre l’infiniment intime intérieur, occupant la place laissée vacante par l’âme ou par Dieu.
En résumé
Le livre défend l’idée que l’espace n’est pas un décor neutre préexistant, mais le résultat sensible de nos relations aux êtres, aux choses et à nous-mêmes. En observant ses gestes, ses déplacements, ses silences et son corps, l’auteur démontre que penser le monde est d’abord une expérience physique, spatiale et poétique d’orientation.

