
Santé philosophique : Dévoiler la philosophie personnelle du patient à l’aide d’une méthode de dialogue centrée sur la personne
Philosophical health: Unveiling the patient’s personal philosophy with a person?centred method of dialogue
Luis de Miranda, Uppsala University et Michael Loughlin, University of West London
Journal of Evaluation in Clinical Practice 29(7):1161-1170, May 2023
DOI:10.1111/jep.13871
License CC BY 4.0
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Résumé
Ancré dans des idées sur la quête de sens et la prise en charge globale de la personne issues d’un long héritage intellectuel, le mouvement pour la santé philosophique — avec ses conceptions spécifiques du soin et du conseil philosophiques — est un apport relativement récent au débat actuel visant à mieux comprendre les perspectives des patients afin d’améliorer les pratiques de santé. Cet article situe le développement de ce mouvement dans le contexte plus large des réflexions autour des soins centrés sur la personne (SCP), en soutenant que l’approche préconisée par les défenseurs de la santé philosophique peut offrir une méthode accessible pour mettre en œuvre les SCP dans des situations concrètes. Cette thèse est expliquée et défendue en s’appuyant sur la méthode SMILE_PH conçue par Luis de Miranda (Sense?Making Interviews Looking at Elements of Philosophical Health / Entretiens de création de sens explorant les éléments de santé philosophique), une approche récemment testée de manière probante auprès de personnes atteintes de lésions traumatiques de la moelle épinière.
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Grounded in ideas about sense?making and whole?person care with a long intellectual heritage, the movement for Philosophical Health—with its specific conceptions of philosophical care and counselling—is a relatively recent addition to the ongoing debate about understanding better the perspectives of patients to improve health practice. This article locates the development of this movement within the context of broader discussions of person?centred care (PCC), arguing that the approach advocated by defenders of philosophical health can provide a straightforward method for implementing PCC in actual cases. This claim is explained and defended with reference to the SMILE_PH method created by Luis de Miranda (Sense?Making Interviews Looking at Elements of Philosophical Health), an approach recently trialled convincingly with people living with traumatic spinal cord injury.

Synthèse des points et axes majeurs par l’Intelligence artificielle Gemini Google
Ce texte, intitulé « Philosophical Health » (la santé philosophique), rédigé par Luis de Miranda (Université d’Uppsala) pour The Palgrave Encyclopedia of the Possible (2022), propose et développe le concept de santé philosophique comme complément nécessaire aux santés physique et psychologique.
Voici une synthèse des points et axes majeurs développés dans le document :
1. Définition de la santé philosophique
- Une cohérence féconde : L’auteur définit la santé philosophique comme un état de cohérence fertile entre les manières de penser/parler d’une personne et ses manières d’agir. Cette cohérence favorise l’épanouissement personnel (self-flourishing), l’accord intersubjectif et les possibilités d’une « vie sublime ».
- Une portée individuelle et globale : Elle ne se limite pas à l’équilibre personnel (physique ou psychologique) : elle implique également de veiller et de contribuer de manière holistique au bien commun des humains et de l’ensemble des êtres vivants.
- Démocratisation de l’idée : Bien qu’autrefois employée comme une simple métaphore de la rigueur logique ou réservée aux philosophes de profession, l’auteur rappelle que chaque être humain possède des croyances, des loyautés intellectuelles et des préoccupations philosophiques (qu’elles soient explicites ou non). Cette santé peut donc s’éduquer, s’entraîner et se soigner.
2. Évolution historique des formes de santé
La santé physique : Au XIX? siècle seulement, elle commence à se structurer et se démocratiser via la gymnastique et l’hygiène, devenant aujourd’hui un impératif et une norme sociale intériorisée.
La santé psychologique : Née à la fin du XIX? et au XX? siècle (Janet, Freud, mouvement d’hygiène mentale aux États-Unis), elle s’est largement démocratisée pour donner naissance à la « culture thérapeutique » actuelle.
La santé philosophique : Reprenant les intuitions de la philosophie antique comme « mode de vie » ou thérapie (revivifiée récemment par le conseil philosophique ou philosophical counseling des années 1960–1990 et les travaux de Wittgenstein sur la philosophie comme paix de l’esprit), elle émerge aujourd’hui comme un troisième pilier essentiel.
3. De la santé mentale à « l’héroïsme mental »
L’auteur refuse la caricature du philosophe déconnecté ou passif. Au contraire, s’engager dans la santé philosophique demande un véritable « héroïsme mental » :
Il s’agit d’avoir le courage de penser de manière critique, indépendante et cohérente au quotidien, à l’image du modèle socratique ou de l’injonction kantienne Sapere aude! (« Ose savoir ! »).
Ce courage implique aussi la pratique de l’empathie intellectuelle et de l’écoute bienveillante, en référence aux trois maximes de Kant : penser par soi-même, penser en se mettant à la place de l’autre, et toujours penser en accord avec soi-même.
4. Santé philosophique, le « possible » et l’eudynamie
- Le cadre « créalectique » et le possible : La santé philosophique s’inscrit dans un univers envisagé non comme statique, mais comme une source inépuisable de possibilités et de créativité (en écho à Bergson, Whitehead, l’existentialisme de Sartre et Heidegger).
- Dépassement du simple bien-être hédonique : L’auteur oppose le bien-être subjectif (SWB, souvent réduit aux affects positifs et aux plaisirs immédiats) à la vision philosophique de la vie bonne.
- De l’eudaimonia à l’« eudynamie » (eudynamia) :
- L’Antiquité grecque parlait d’eudaimonia (activité vertueuse de l’esprit inspirée par un daimon ou principe divin).
- Luis de Miranda réhabilite un ancien terme médical — l’eudynamie (du grec dynamis signifiant puissance/possible) — pour le redéfinir philosophiquement :
« Si l’eudaimonia consiste à avoir une bonne relation avec son daimon intérieur, l’eudynamie consiste à avoir une bonne relation avec le possible. »
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- Un être ou un système eudynamique se déploie de manière à préserver une relation créative, joyeuse, féconde et ouverte aux potentialités du monde.
