Article # 366 – Les femmes dans la consultation philosophique : L’Anima de la pensée en action. Luisa de Paula et Peter Raabe (dir.)

De Paula, Luisa, et Peter Raabe, dir.

Women in Philosophical Counseling: The Anima of Thought in Action.

Lanham, MD : Lexington Books, 2015, viii-313 p.

ISBN 978-0-7391-9165-1 (rel.) / ISBN 978-0-7391-9166-8 (électronique).


CONTRIBUTORS

 Luisa de Paula (Anthology Editor) , Peter Raabe (Anthology Editor) , Riella Morhayim (Contributor) , Natasa Radovanovic (Contributor) , Silvia Bakirdjian (Contributor) , Luisa Sesino (Contributor) , Heidi Salaverría (Contributor) , Lydia Amir (Contributor) , Ora Gruengard (Contributor) , Roxana Kreimer (Contributor) , Marianne Vahl (Contributor) , Camilla Angeltun (Contributor) , Rayda Guzmán González (Contributor) , Narelle Arcidiacono (Contributor) , Marie-France Lebouc (Contributor) , M.G. Piety (Contributor) , Dena Hurst (Contributor) , Marleen Moors (Contributor) , Kate Mehuron (Contributor) , Helen Douglas (Contributor)


Traduction de l’anglais au français par Google Gemini

Description

Grâce aux contributions de dix-huit praticiennes de la consultation venues de douze pays différents, cet ouvrage est le premier à offrir un panorama des pratiques philosophiques émergentes sous une perspective exclusivement féminine. Il donne la parole à la pensée des femmes et brosse pour le lecteur le portrait vivant d’une philosophie mise au service des personnes et conçue comme un apprentissage pour quiconque aspire à une existence pleinement vécue. Puisant dans leur expérience de terrain, les autrices entremêlent analyses philosophiques, évolutions des attitudes et récits de vie réels, exhumant ainsi cette âme oubliée de la pensée philosophique que nos ancêtres nommaient l’Anima. Le livre offre un tableau animé, alerte et plein de vitalité de la philosophie en pratique, bien loin de la rigidité et de la gravité stéréotypée de son image traditionnelle. Nul doute qu’il saura inciter les lecteurs à vivre leurs pensées et à penser leur vie.

Table des matières

  • Chapitre 1 : Les femmes pensent en chuchotant dans un pays en développement : un regard à travers le prisme de la consultation philosophique, Riella Morhayim

  • Chapitre 2 : La thérapie en Serbie sous l’angle du genre, Natasa Radovanovic

  • Chapitre 3 : L’éveil de l’« Anima » dans la consultation philosophique, Silvia Bakirdjian

  • Chapitre 4 : La consultation philosophique en fin de vie : une perspective de genre, Luisa Sesino

  • Chapitre 5 : L’Éros du doute, Heidi Salaverría

  • Chapitre 6 : L’humour philosophique pour les femmes — (et les hommes) : combattre la honte et le dégoût, Lydia Amir

  • Chapitre 7 : Le besoin d’être nécessaire [ou Le besoin que l’on ait besoin de soi], Ora Gruengard

  • Chapitre 8 : Sexe, rencontres amoureuses et amour : différences entre hommes et femmes, Roxana Kreimer

  • Chapitre 9 : Émotions rationnelles dans la consultation philosophique, Marianne Vahl

  • Chapitre 10 : L’éveil de la phronêsis (????????) : pratique philosophique et appel aux valeurs féminines traditionnelles, Camilla Angeltun

  • Chapitre 11 : Il vient à ma consultation : partager les sensibilités, Rayda Guzmán González

  • Chapitre 12 : À quoi pourrait ressembler une consultation philosophique vêtue des habits de S… (titre original complet : « …de l’armoire de Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe ? »), Narelle Arcidiacono


Texte original en anglais

Description

With contributions from eighteen professional women counselors from twelve different countries, this book is the first to provide an overview of new-born philosophical practices from an entirely female perspective. It gives voice to women’s thoughts and brings to the reader a living portrait of philosophy as a service to people and a training for those in search of a fully lived existence. As the authors draw on first-hand experience, their philosophical analyses intertwine with changes in attitudes and real-life stories, unearthing that forgotten soul of philosophical thought which our ancestors referred to as the Anima. The book provides a lively, sprightly and vivacious picture of how philosophy is used in practice, a long way from the rigidness and stereotypical severity of its traditional image. It will not fail to inspire readers to live their thoughts and think their lives.

Table of Contents

Chapter 1: Women Think in Whispers in a Developing Country: A Glance through The Lens Of Philosophical Counseling, Riella Morhayim

Chapter 2: Therapy in Serbia from a Gender Perspective, Natasa Radovanovic

Chapter 3: The Awakening of ‘Anima’ in Philosophical Counseling, Silvia Bakirdjian

Chapter 4: Philosophical Counseling at the End of Life. A Gender Perspective, Luisa Sesino

Chapter 5: The Eros of Doubting, Heidi Salaverría

Chapter 6: Philosophic Humor for Women – (and Men): Fighting Shame and Disgust, Lydia Amir

Chapter 7: The Need to Be Needed, Ora Gruengard

Chapter 8: Sex, Dating and Love: Differences between Men and Women, Roxana Kreimer

Chapter 9: Rational Emotions in Philosophical Counselling, Marianne Vahl

Chapter 10: The Awakening of ???????? (Phronesis): Philosophical Practice and the Call for Traditional Female Values, Camilla Angeltun

Chapter 11: He comes to my practice: sharing sensibilities, Rayda Guzmán González

Chapter 12: How Might Philosophical Counseling be in Garments From S


Source : https://www.bloomsbury.com/ca/women-in-philosophical-counseling-9780739191668/


CITATIONS

Traduction de l’anglais au français par Google Gemini

1. Sur l’égalité, la différence et l’accompagnement (Introduction)

Anglais :

« There is no doubt that women and men are equal. […] But being equal doesn’t mean being the same. Women and men are different; they’re not the same. In fact, no two people on earth are the same, not even identical twins. » — Peter Raabe (p. 1)

Français :

« Il ne fait aucun doute que les femmes et les hommes sont égaux. […] Mais être égaux ne signifie pas être identiques. Les femmes et les hommes sont différents ; ils ne sont pas pareils. De fait, il n’existe pas deux êtres humains identiques sur Terre, pas même des jumeaux univitellins. »

2. Sur l’occultation historique de la pensée des femmes (Introduction)

Anglais :

« Regaining our voices as both women and philosophers is the fundamental first step to regaining our ability for dialogue, which is the royal road to thinking differently. This is what philosophical counseling aims to be: a via regia toward dia-logos and con-versation. » — Luisa de Paula (p. 6)

Français :

« Recouvrer notre voix, à la fois en tant que femmes et en tant que philosophes, constitue le premier pas fondamental pour reconquérir notre aptitude au dialogue, qui est la voie royale pour penser autrement. C’est précisément ce que la consultation philosophique ambitionne d’être : une via regia vers le dia-logos et la con-versation. »

3. Sur la transformation par la philosophie dans l’adversité (Chapitre 1)

Anglais :

« It is always useful to keep in mind that people cannot easily change their circumstances, but always change the way they interpret them. Besides, not every problem has an immediate solution, but a counselee can reconsider the problem from a certain or different perspective. » — Riella Morhayim (p. 24)

Français :

« Il est toujours salutaire de garder à l’esprit que l’on ne peut pas aisément changer ses conditions d’existence, mais que l’on peut toujours changer la façon dont on les interprète. De surcroît, tout problème n’appelle pas une solution immédiate, mais la personne consultante peut le réexaminer sous un angle neuf ou singulier. »

4. Sur le silence et l’écoute profonde dans la consultation (Chapitre 3)

Anglais :

« Just like in a Zen state of consciousness, a mere gesture, a listening ear, a well-timed silence, the right tempo in the inner play between words and silences, a generous emptiness, all become for women the most valuable philosophical treasure they could offer. » — Silvia Bakirdjian (p. 42)

Français :

« À la manière d’un état de conscience zen, un simple geste, une oreille attentive, un silence opportun, la juste mesure dans le jeu intérieur entre les paroles et les silences, un vide généreux : tout cela devient pour les femmes le trésor philosophique le plus précieux qu’elles puissent offrir. »

5. Sur l’accompagnement et le sens au seuil de la fin de vie (Chapitre 4)

Anglais :

« Widening our perspective on things to actually live what happens to us. I believe this is a good definition of philosophical work. The time of illness, then, is no longer a meaningless time subtracted from life, but it becomes—for some people at least—a time of deeper understanding and experience of life itself. » — Luisa Sesino (p. 54)

Français :

« Élargir notre regard sur les choses pour habiter pleinement ce qui nous arrive : j’estime qu’il s’agit là d’une juste définition du travail philosophique. Le temps de la maladie cesse dès lors d’être un temps vide de sens dérobé à l’existence, pour devenir — à tout le moins pour certains — un moment de compréhension plus intime et d’expérimentation plus profonde de la vie elle-même. »

6. Sur la fécondité créatrice du doute (Chapitre 5)

Anglais :

« Doubt is the foundation of creativity; it brings the new into the world. Admitting the dubitability of our own positioning at first sight seems to be a dangerous path. But, in the long run, it proves not only to enhance stability, because elastic systems are more resilient than static ones, but also to prevent and oppose violence—against oneself and against others. » — Heidi Salaverría (p. 79)

Français :

« Le doute est le fondement même de la créativité ; il fait advenir la nouveauté dans le monde. Admettre la contingence de son propre positionnement peut de prime abord sembler périlleux. Pourtant, à terme, cela s’avère non seulement renforcer la stabilité — car les systèmes souples sont plus résilients que les structures rigides —, mais aussi prévenir et contrecarrer la violence, qu’elle soit dirigée contre soi-même ou contre autrui. »

7. Sur l’humour comme vecteur d’acceptation de soi (Chapitre 6)

Anglais :

« Self-directed intra-personal humor enables to acknowledge feelings and thoughts, maintain ambivalence toward them, and live in a state of full awareness of internal conflicts and reduced tension from them. […] humor eventually helps to alter the balance that characterizes ambivalence in a gradual movement toward inner resolution of the intra-personal conflict. » — Lydia Amir (p. 89)

Français :

« L’humour intrapersonnel dirigé vers soi permet de reconnaître ses sentiments et ses pensées, de maintenir à leur endroit une certaine ambivalence, et de vivre dans la pleine conscience de ses conflits intérieurs tout en en désamorçant la tension. […] l’humour contribue finalement à faire basculer l’équilibre de cette ambivalence dans un mouvement progressif de résolution du conflit intérieur. »


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Ce livre, intitulé Women in Philosophical Counseling: The Anima of Thought in Action, est un ouvrage collectif dirigé par Luisa de Paula et Peter Raabe, publié en 2015. Il rassemble les réflexions et expériences de praticiennes de la consultation philosophique à travers le monde.

Voici les grands axes et le contenu de l’ouvrage :

1. Thèse centrale et constat de départ

  • L’absence historique des femmes dans la philosophie : Dans son introduction, Luisa de Paula relève l’invisibilisation quasi systématique des femmes dans l’histoire de la philosophie occidentale. Elle montre que le modèle philosophique dominant a souvent promu un ego autosuffisant, purement rationnel et déconnecté du corps et des affects.

  • Égalité et reconnaissance de la différence : Peter Raabe souligne que l’égalité entre hommes et femmes n’implique pas l’uniformité. Dans la pratique de l’accompagnement et du soin, ignorer les différences vécues (qu’elles soient sociales, relationnelles ou émotionnelles) peut nuire à l’efficacité du soutien.

  • L’apport du regard féminin : Le livre propose d’intégrer dans la pratique philosophique des dimensions trop souvent dévalorisées : l’écoute, l’empathie, l’acceptation de la vulnérabilité, le doute fécond et l’attention aux émotions.

2. Structure et thèmes principaux

L’ouvrage est organisé en cinq grandes parties :

I. Listening to Whispers (Écouter les murmures)

  • Femmes dans les contextes traditionnels ou en transition : Riella Morhayim aborde la pratique de la consultation philosophique en Turquie, où des femmes privées d’autonomie (interdiction d’étudier, mariages arrangés, pressions vestimentaires) trouvent dans la réflexion philosophique un moyen de clarifier leur situation et de faire entendre leur voix. Natasa Radovanovic analyse les blocages culturels et le tabou social entourant la thérapie en Serbie sous l’angle du genre.

  • Éveil de l’« Anima » : Silvia Bakirdjian examine la dualité anima/animus, la place du silence et l’écoute phénoménologique (s’appuyant sur Heidegger et Lévinas).

  • Soins de fin de vie : Luisa Sesino montre comment l’accompagnement philosophique en soins palliatifs permet d’accueillir la souffrance, la limite et la quête de sens au seuil de la mort, en valorisant l’être plutôt que le faire.

II. Enhancing Doubt (Valoriser le doute)

  • L’Éros du doute : Heidi Salaverría critique l’illusion contemporaine de la certitude absolue et réhabilite le doute comme une dynamique féconde, créative et libératrice, indispensable pour redéfinir son positionnement au monde sans rigidité.

  • L’humour philosophique : Lydia Amir explore comment l’humour dirigé vers soi permet de dépasser les sentiments intériorisés de honte et de dégoût corporels imposés aux femmes, favorisant ainsi l’auto-acceptation.

  • Le besoin d’être nécessaire : Ora Gruengard analyse les justifications morales entourant le besoin « d’être utile » ou d’aider autrui.

  • Amour et sexualité : Roxana Kreimer examine les dynamiques affectives et les différences hommes-femmes.

III. Thinking Emotions (Penser les émotions)

  • Les autrices (notamment Marianne Vahl et Camilla Angeltun) étudient le lien entre rationalité et vie émotionnelle, réhabilitant la phronêsis (prudence / sagesse pratique aristotélicienne) et certaines valeurs traditionnellement associées au féminin.

IV. Sharing Insights (Partager les perspectives)

  • Cette section explore l’application concrète des pensées féministes (comme l’héritage du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir via Narelle Arcidiacono) au dialogue philosophique, ainsi que l’édification morale et les échanges entre femmes.

V. Acting to Change (Agir pour changer)

  • Les derniers chapitres abordent les dimensions d’émancipation et d’action politique : le rôle de la femme comme figure de soin/guérison, la dénonciation du sexisme dans le milieu académique de la philosophie, le soutien face aux violences conjugales, et la déconstruction philosophique (Helen Douglas).

En somme, ce livre démontre que la consultation philosophique ne doit pas se limiter à un exercice logique froid ou théorique, mais constitue un outil pratique d’émancipation personnelle et de réconciliation avec la vie concrète, particulièrement adapté aux problématiques vécues par les femmes.


MON COMMENTAIRE

Cette approche humaine dévolue aux femmes philosophes consultantes implique que l’approche de la consultation philosophique par les hommes est moins humaine que celle des femmes consultantes en philosophie.

LA RÉPONSE DE GOOGLE GEMINI

Les auteurs de l’ouvrage réfutent précisément cette conclusion binaire et soulignent que la pratique masculine n’est ni moins humaine ni moins efficace. Plusieurs éléments du texte viennent éclairer cette nuance :

  • L’efficacité et la bienveillance ne dépendent pas du genre : Silvia Bakirdjian précise explicitement que les différences observées dans la manière de mener les séances « n’affectent en rien leur compétence professionnelle ou leur efficacité ». Elle ajoute que le taux de réussite — défini comme le potentiel d’atténuer la souffrance d’autrui — s’avère « très élevé dans tous les cas », car c’est l’intention désintéressée d’aider (la compassion) qui prime.

  • L’impossibilité d’une frontière étanche : Bakirdjian souligne qu’il est « totalement impossible d’établir une ligne de démarcation nette entre consultants et consultantes ». Elle observe que de nombreux hommes atteignent exactement la même écoute, la même sérénité et le même tempérament que les femmes.

  • L’Anima et l’Animus comme dimensions intérieures partagées : Les notions d’anima (pôle de l’écoute, de la réceptivité, de l’âme) et d’animus (pôle de l’action, de la doctrine, de la décision) ne sont pas conçues comme des catégories biologiques exclusives, mais comme deux visages de l’esprit présents chez chaque être humain. L’accent mis sur ces approches vise à réhabiliter le pôle féminin chez l’homme comme chez la femme, et non à décréter qu’un sexe est intrinsèquement supérieur à l’autre dans le soin.

  • Deux styles d’intervention complémentaires : Le livre décrit des tendances générales issues de la socialisation plutôt que des carences d’humanité :

    • Les praticiens masculins ont plus souvent tendance à privilégier une posture orientée vers la résolution, la démonstration et la proposition de doctrines pour guider la prise de décision (« Décision-Prescription »).

    • Les praticiennes féminines privilégient fréquemment une écoute prolongée, le silence, l’accueil des émotions et l’invitation faite à l’autre de cheminer à son propre rythme.

Peter Raabe rappelle par ailleurs que si les hommes et les femmes sont égaux, ils ne sont pas identiques, et que la manière d’interagir et de répondre aux besoins existentiels s’exprime sous des formes différentes. Il ne s’agit donc pas d’une hiérarchie d’humanité, mais de styles relationnels et d’outils philosophiques distincts face à la vulnérabilité humaine.


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Article # 282 – « Pourquoi la pensée critique ne suffit pas dans la pratique philosophique ? » / Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice? José Barrientos Rastrojo (Universidad de Sevilla / CECAPFI)

RAPPORT DE LECTURE CRITIQUE ET ANALYTIQUE


Barrientos Rastrojo, J. (2021). Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice? Haser. Revista Internacional de Filosofía Aplicada / CECAPFI Papers, 51–57.


Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice?

José Barrientos Rastrojo (Universidad de Sevilla / CECAPFI)


1. Introduction et Problématique Générale

Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo remet en question le paradigme dominant de la pratique philosophique contemporaine (PP). Il soutient que la majorité des praticiens et conseillers philosophiques actuels réduisent l’activité philosophique à un exercice purement logique, conceptuel et argumentatif, adossé à la pensée critique (en anglais : Critical Thinking ou PP-CT).

L’auteur pose le problème suivant : cette approche exclusivement intellectuelle est-elle suffisante pour accompagner un individu traversant une crise existentielle profonde ? Sa thèse est claire : la pensée critique ne suffit pas, car elle traite des idées, alors que les crises humaines s’enracinent dans des croyances et se résolvent uniquement par le biais de l’expérience vécue (Experience Philosophical Practice).

2. Le Paradigme Dominant : La Pensique Critique (PP-CT)

L’auteur commence par cartographier les pratiques hégémoniques. Qu’il s’agisse de consultations individuelles ou de philocafés, les outils méthodologiques sont presque exclusivement analytiques : formuler des définitions, évaluer des hypothèses, identifier des contradictions logiques et lier les problèmes des consultants à des théories traditionnelles.

L’article cite plusieurs figures de proue pour illustrer cette hégémonie, notamment Warren Shibles, Oscar Brenifier, Tim LeBon, Roxana Kreimer, Peter Raabe et Elliot Cohen.

  • Citation (EN) : « Despite philosophical practitioners can have different methods and orientations (…) they facilitate activities as: (1) to examine arguments and justifications of their counselees; (2) to clarify, to analyse and to define important terms and concepts… » (Shibles, 2001, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « Bien que les praticiens philosophes puissent avoir des méthodes et des orientations différentes (…) ils facilitent des activités telles que : (1) examiner les arguments et les justifications de leurs consultants ; (2) clarifier, analyser et définir les termes et concepts importants… ».

Barrientos illustre ce modèle par un dialogue d’Elliot Cohen où le conseiller utilise l’analyse logique pour exposer les préjugés et les contradictions de son client à propos de l’origine géographique de son épouse. Bien que cette méthode soit efficace sur le plan formel, l’auteur affirme qu’elle ne touche pas le cœur de l’existence.

3. Les Limites et Frontières de l’approche logique-argumentative

L’analyse de Barrientos se fait ici hautement critique, s’appuyant sur l’École de Francfort et les travaux de Ran Lahav pour exposer deux écueils majeurs de la pensée critique :

A. Le piège de la normalisation et de la « petite » pratique philosophique

En se concentrant uniquement sur la résolution de problèmes spécifiques ou techniques, la PP-CT s’intègre au système capitaliste au lieu de le subvertir. Elle devient un outil de gestion du bien-être individuel plutôt qu’une quête de sagesse et de transformation profonde.

  • Citation (EN) : « This kind of philosophy is therefore basically a normalizer, a problem-solver, and a satisfaction-provider (…) It deals with problems but it doesn’t problematize the counselee purpose and therefore is an instrument to maintain social injustices. » (Lahav, 2006, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « Ce genre de philosophie est donc fondamentalement un normalisateur, un résolveur de problèmes et un fournisseur de satisfaction (…) Elle traite les problèmes mais ne problématise pas les intentions du consultant, et constitue de ce fait un instrument de maintien des injustices sociales. ».

  • Citation complémentaire (EN) : « Critical thinking seems to be more about smartness than wisdom, and smartness is not the sort of thing that in itself can transform us in a profound way » (Lahav, 2006a, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « La pensée critique semble relever davantage de l’astuce intellectuelle que de la sagesse, et l’astuce n’est pas le genre de chose qui, en soi, peut nous transformer de manière profonde. ».

B. Le divorce entre les Idées et la Vie (L’impasse existentielle)

L’auteur démontre qu’une solution parfaitement logique et rationnelle peut échouer lamentablement dans la réalité concrète. Pour ce faire, il s’appuie sur une étude de cas conceptuelle : un couple qui traverse une crise après la naissance d’un enfant (passage ontologique du statut de « femme » à celui de « mère »). Lors des séances, le conseiller aide le couple à trouver une solution rationnelle (allouer du temps au conjoint), mais six mois plus tard, le couple divorce car les idées et les sentiments allaient dans des directions opposées.

  • Citation (EN) : « Ideas and feelings walked in opposed directions. Consultations were useful for deploying an analytical process, it wasn’t enough to manage the problem of life. Probably, ideas changed but lifes of husband and wife were the same. »

  • Traduction (FR) : « Les idées et les sentiments marchaient dans des directions opposées. Les consultations ont été utiles pour déployer un processus analytique, mais cela n’a pas suffi à gérer le problème de la vie. Probablement que les idées ont changé, mais les vies du mari et de la femme sont restées les mêmes. ».

Pour appuyer cette rupture entre la pensée et l’action, l’auteur mobilise la théologie paulinienne (Saint Paul dans l’Épître aux Romains, sachant le bien qu’il doit faire mais ne parvenant pas à l’accomplir) ainsi que la littérature existentielle d’Irvin Yalom. Face à la mort, les maximes philosophiques rationnelles (comme celles d’Épicure) échouent souvent à apaiser l’angoisse réelle.

4. Vers une alternative : L’Expérience et les Croyances (Beliefs)

La contribution théorique essentielle de Barrientos repose sur la distinction conceptuelle empruntée à José Ortega y Gasset entre les idées et les croyances (ideas y creencias).

  • Les Idées : Ce sont des constructions intellectuelles superficielles que l’on possède, que l’on peut analyser, modifier ou rejeter par le simple exercice de la pensée critique.

  • Les Croyances : Elles constituent le sol sur lequel nous nous tenons, le contenant invisible qui structure notre être global (sentiments, volonté, pensées). Nous ne pensons pas nos croyances ; nous vivons en elles.

  • Citation (EN) : « Ideas can be changed easily, believe are not because ‘we live on our beliefs’. What we are is based on our beliefs. Beliefs are the container that structures our lives (feeling, ideas, will). »

  • Traduction (FR) : « Les idées peuvent être changées facilement, mais pas les croyances, car « nous vivons de nos croyances ». Ce que nous sommes est fondé sur nos croyances. Les croyances sont le contenant qui structure nos vies (sentiments, idées, volonté). ».

L’auteur convoque une constellation de philosophes du XXe siècle (Martin Heidegger, María Zambrano, Claude Romano, Kitaro Nishida) pour définir ce qu’est une véritable expérience de vie (life experience / Ereignis / évenement / pure experience) : un événement existentiel qui transforme radicalement l’ontologie de l’individu. La crise existentielle n’est pas un manque d’information ou une faille logique, c’est l’effondrement d’un système de croyances. Dès lors, la rationalité froide est impuissante ; seule une pratique philosophique axée sur l’expérience (Experience Philosophical Practice) peut générer de nouvelles certitudes.

5. Conclusion et Portée Professionnelle

Le texte de José Barrientos Rastrojo se clôt sur une ouverture et une invitation à explorer une alternative méthodologique. Il conclut de manière définitive que la pensée critique est intrinsèquement insuffisante pour la pratique philosophique profonde.

  • Citation (EN) : « Since (1) a crisis is the reason to go to a Philosophical Counselor and (2) crisis are based on the need to find new beliefs (nor just ideas) (…) is it enough Critical Thinking for Philosophical Practice? Obviously, not. Experience Philosophical Practice proposes to complement CT-PP by working on experiences. »

  • Traduction (FR) : « Puisque (1) la crise est la raison pour laquelle on consulte un conseiller philosophique et (2) les crises reposent sur le besoin de trouver de nouvelles croyances (et non de simples idées) (…) la pensée critique est-elle suffisante pour la pratique philosophique ? Évidemment que non. La Pratique Philosophique Expérientielle propose de compléter la PP-Pensée Critique en travaillant sur les expériences. ».

Portée critique pour le professionnel

Pour le chercheur ou le praticien, ce texte est un avertissement contre la dérive techniciste de la philosophie appliquée. Il invite à réhabiliter des rationalités alternatives théorisées au XXe siècle (anagogique, poétique, symbolique, narrative, expérientielle) afin que la philosophie ne soit pas un simple outil d’ajustement psychologique ou social, mais demeure, conformément à son ambition socratique originelle, un vecteur de transformation de soi et de libération existentielle.


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