Philosophy of Fearism (Desh Subba) and Some Applications for Philosophical Counseling
« Philosophie du peurisme (Desh Subba) et applications pour la consultation philosophique »
R. Michael Fisher, Southwestern College
Logos: Philosophical Counseling and Practices, 1(2), 79–96, 2026-07-13
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Fisher, R. M. (2026). Philosophy of Fearism (Desh Subba) and Some Applications for Philosophical Counseling. Logos: Philosophical Counseling and Practices, 1(2), 79–96. https://doi.org/10.5281/zenodo.21084191
Traduction de l’anglais au français par Gemini Google
Notice biographique de l’auteur
R. Michael Fisher, Southwestern College
R. Michael Fisher, Ph. D., est membre du corps professoral permanent du programme doctoral en Pratiques visionnaires et leadership régénératif au Southwestern College de Santa Fe (Nouveau-Mexique). Ses recherches et ses écrits se situent au croisement de l’éducation, de la psychologie, de la philosophie, de la santé et de la politique. Depuis 1989, il a publié de nombreux travaux sur la peur et le dépassement de la peur (fearlessness). Il réside à Nanaimo, en Colombie-Britannique (Canada).
Résumé
L’émergence d’un nouveau champ d’études sur la « Peur » (Fear Studies) s’impose avec acuité aujourd’hui. Dans les années 1990 émergea, au cœur des campagnes du Népal, un romancier et poète publié de premier plan, habité par une réflexion philosophique sur la nature du comportement humain, articulée autour de la question des motivations. Son nom de plume est Desh Subba (1965-). Désormais établi à Hong Kong, cet intellectuel organique indépendant est le fondateur de la « philosophie du fearisme » (p. ex., Subba, 2014), qui formule une philosophie spéculative systématique. Il s’agit d’une branche novatrice de l’existentialisme, au sein de laquelle la « peur » se voit attribuer une place centrale (notamment aux dépens de l’anxiété) et s’articule selon une perspective onto-épistémique Est-Ouest singulière. Subba soutient que cette philosophie radicale offre un cadre naturel d’application à de multiples disciplines, des arts aux sciences humaines et naturelles, jusqu’aux domaines médicaux et du soin. Le présent article propose une première introduction fondamentale à cette philosophie subbaïenne du fearisme, ainsi qu’à quelques-unes de ses applications potentielles pour la consultation philosophique.
Texte original en anglais
Abstract
A new ‘Fear’ Studies is being called for today. Out of the rural lands of Nepal in the 1990s arose an important published novelist and poet with a philosophical interest in the nature of human behavior, focusing on motivation(s). His writer’s name is Desh Subba (1965-). Now living in Hong Kong, he is an organic-independent intellectual and founder of “philosophy of fearism” (e.g., Subba, 2014), which articulates a systematic speculative philosophy. It is a newer branch of existentialism, where “fear” is given central importance (e.g., over anxiety) and constituted in a unique E-W onto-epistemic way. Subba believes this radical philosophy provides a natural means for applications in various fields from the arts, humanities, sciences to the medical and caring fields. This article provides a first and basic introduction to this Subbaian fearism philosophy and some potential applications to philosophical counseling.
Author Biography
R. Michael Fisher, Southwestern College
R. Michael Fisher, Ph.D., is core faculty in the doctoral program of Visionary Practitioner and Regenerative Leadership, Southwestern College, Santa Fe, N.M. He researches and writes on the intersection of education with psychology, philosophy, health and politics. He has published extensively on fear and fearlessness since 1989. He lives in Nanaimo, BC., Canada.

Repenser la condition humaine par le prisme du fearisme : les apports de Desh Subba à la pratique philosophique
Introduction
Face à l’accumulation des crises contemporaines et au sentiment diffus d’insécurité qui traverse nos sociétés, la question de l’affectivité humaine revient au premier plan des réflexions philosophiques et thérapeutiques. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’article de R. Michael Fisher, intitulé « Philosophy of Fearism (Desh Subba) and Applications for Philosophical Counseling », paru dans la revue Logos: Philosophical Counseling and Practices. L’auteur y propose une introduction systématique à la pensée de l’écrivain et penseur népalais Desh Subba, concepteur de la « philosophie du fearisme » (bhayabad), tout en explorant les passerelles possibles entre cette doctrine spéculative et la relation d’aide philosophique.
Le renversement de la tradition : de l’angoisse à la peur originaire
L’apport théorique central de l’article repose sur un renversement audacieux de la tradition philosophique occidentale. Depuis les stoïciens jusqu’aux figures de l’existentialisme (Kierkegaard, Heidegger, Sartre), la pensée européenne a largement valorisé l’angoisse ou l’anxiété (Angst), perçue comme un affect métaphysique « profond » révélateur du néant et de la liberté. À l’inverse, la peur y a souvent été reléguée au rang d’émotion secondaire, jugée superficielle car attachée à un objet déterminé.
S’appuyant sur les travaux de Subba, Fisher conteste radicalement cette hiérarchie. Pour le fearisme, la peur n’est pas une réaction triviale, mais la force motrice fondamentale (meta-motivation) qui gouverne l’évolution biologique, la structuration psychique et l’organisation sociale. L’anxiété n’est dès lors comprise que comme une manifestation dérivée, une « peur diluée » ou une rumination cognitive sans objet immédiat. S’intéresser à l’anxiété en occultant la peur reviendrait, selon l’expression de Subba, à vouloir étudier la fumée en ignorant le feu qui la produit.
Une lecture macro-sociale : architectures de la peur et dialectique historique
Au-delà de l’individu, l’article met en lumière la dimension éminemment collective et politique de la peur. Les institutions et les systèmes sociopolitiques sont appréhendés comme des « architectures de gestion de la peur ».
Fisher détaille également la fresque historique formulée par Subba, qui segmente l’histoire humaine en plusieurs « Âges de la Peur » (depuis les peurs primitives jusqu’à l’ère contemporaine de la cyber-peur et de la peur extrême). L’intérêt de ce schéma réside dans sa dynamique dialectique : le paroxysme de la peur extrême contient en germe son propre dépassement vers un « Âge sans Peur » (Fearless Age). Cette perspective évite le piège du pessimisme absolu en ouvrant la voie à une transformation consciente des rapports de force et des mécanismes sacrificiels (scapeghostism) qui empoisonnent le lien social.
Quelles implications pour la consultation philosophique ?
Bien que ni Subba ni Fisher ne revendiquent une pratique clinique directe, l’article esquisse des pistes stimulantes pour les praticiens du conseil et de l’accompagnement philosophique (philosophical counseling) :
- Le recadrage des motifs profonds (Fearwork) : Inviter le consultant à relire ses difficultés non pas uniquement comme des troubles anxieux isolés, mais comme le résultat de dynamiques de peur plus profondes et structurelles façonnant son rapport au monde.
- Le discernement éthique du comportement : L’analyse du concept de « basé sur la peur » (fear-based) offre une grille d’évaluation précieuse pour distinguer les démarches mues par le repli ou l’idéologie de celles orientées vers une recherche authentique de sagesse et de confiance.
- Une redéfinition de la liberté : En accord avec les intuitions d’Erich Fromm sur la « peur de la liberté », le fearisme rappelle qu’une véritable émancipation ne peut être conquise par des méthodes elles-mêmes fondées sur la peur, posant ainsi les bases d’un travail d’émancipation lucide et durable.
Conclusion
En faisant dialoguer les intuitions de l’Est et les débats de l’Ouest, les travaux de Desh Subba relayés par R. Michael Fisher invitent praticiens et théoriciens à reconsidérer la peur non comme un simple symptôme à éradiquer, mais comme un révélateur anthropologique majeur. Dans un monde dominé par des incertitudes systémiques, l’intégration du fearisme au sein de la consultation philosophique offre un cadre novateur pour transformer la peur subie en un levier de conscience et de responsabilité partagée.

Annexe : Résonances croisées entre le fearisme (Desh Subba) et Éloge de la fuite d’Henri Laborit
Éloge de la fuite est un essai de Henri Laborit publié en 1976. Il analyse plusieurs aspects fondamentaux de la vie en société (l’amour, la mort, le travail, etc.)1. Il insiste sur le besoin quasi permanent de l’être humain à vouloir fuir la situation dans laquelle il se trouve, à la recherche d’un nouvel état de plaisir et sur la difficulté pour lui de s’écarter des rapports de force et de pouvoir. L’auteur s’appuie sur ses connaissances en neurobiologie. Lecture en ligne : Internet Archive.
Introduction
L’analyse du fearisme initié par Desh Subba et commenté par R. Michael Fisher gagne une épaisseur théorique majeure lorsqu’on la confronte à l’essai fondamental du biologiste Henri Laborit, Éloge de la fuite (1976). Tous deux s’accordent sur le rôle pathogène des dominations sociales et le caractère trompeur des discours humanistes traditionnels. Toutefois, une lecture rigoureuse de Laborit met en lumière des divergences fondamentales sur la genèse de l’angoisse, le primat biologique des comportements et la possibilité même d’un dépassement historique des conflits.
1. Primat de la peur face au primat de la structure : une divergence neurobiologique
La philosophie du fearisme pose comme axiome absolu que la peur précède l’essence et constitue la première métamotivation de l’évolution. La grille de lecture de Laborit apporte une nuance physiologique décisive :
- Le maintien de la structure comme finalité unique : Pour Laborit, un être vivant n’a pas d’autre raison d’être que d’être, c’est-à-dire de maintenir son équilibre homéostatique et de préserver sa structure organique. La motivation première de tout système nerveux est la recherche de l’action gratifiante (le principe de plaisir, soutenu par le faisceau de la récompense MFB).
- Le statut fonctionnel de la peur : Chez Laborit, la peur n’est pas le moteur premier de la vie, mais un signal d’alarme lié au système périventriculaire (PVS), déclenché en réponse à un stimulus nociceptif ou à la menace d’une destruction de structure.
- La genèse neurophysiologique de l’angoisse : Alors que Subba qualifie l’anxiété de simple peur diluée ou de rumination sans objet, Laborit lui assigne un mécanisme expérimental précis : l’angoisse naît de l’impossibilité d’agir. Lorsque ni la fuite motrice ni la lutte défensive ne sont possibles (soumission imposée par les règles sociales ou déficit total d’information), le Système Inhibiteur de l’Action (SIA) s’active de manière prolongée. C’est cette inhibition motrice qui met en alerte l’axe hypophyso-corticosurrénalien et engendre les désordres psychosomatiques (hypertension, ulcères, dépression).
2. Architectures sociales et dominations hiérarchiques
Sur le plan sociopolitique, l’accord entre Laborit et les théoriciens du fearisme est frappant :
- Les règles sociales comme verrous de la soumission : Subba affirme que tous les systèmes sociaux sont des architectures de gestion de la peur. Laborit démontre exactement comment ces architectures fonctionnent : l’espace opérationnel contenant des objets et des êtres gratifiants, les individus entrent en compétition pour leur appropriation. Il en découle l’apparition des hiérarchies de dominance.
- Le rôle mystificateur du langage conscient : Les deux approches dénoncent l’illusion des grands idéaux. Laborit montre que le langage conscient, né du cortex associatif, sert principalement à inventer des alibis logiques pour camoufler les pulsions de domination et rendre la soumission acceptable aux dominés sous les vocables flatteurs d’amour, de patrie, de devoir ou de sacrifice.
- Le mécanisme du bouc émissaire : Le concept subbaïen de scapeghostism, où les êtres s’attaquent à des cibles moindres pour décharger leur peur, rejoint la description laboritienne de l’agressivité de détournement : dans l’impossibilité d’affronter le dominant direct sans risquer la destruction, l’agressivité refoulée se porte sur les subordonnés, les minorités ou le cercle familial.
3. Dialectique de l’« Âge sans Peur » face au scepticisme biologique laboritien
Subba propose un schéma dialectique où l’humanité, après avoir traversé un Âge de la peur extrême, pourrait franchir un saut évolutif vers un Âge sans Peur (Fearless Age), caractérisé par l’abandon des rivalités, de la haine et des compétitions mortifères.
Laborit oppose une fin de non-recevoir formelle à toute vision d’une société idéale ou d’une harmonie définitive :
- L’inaccessibilité de la société idéale : Pour le biologiste, l’Histoire ne se répète pas mais transforme sans cesse les éléments anciens pour en créer de nouveaux. Concevoir une société idéale relève du dogmatisme ou d’une projection narcissique close, car toute structure nouvelle voit immédiatement émerger de nouveaux rapports de force et de nouvelles technocraties de pouvoir.
- L’absence de libre arbitre : L’être humain est façonné par les automatismes socioculturels enregistrés dans son système nerveux depuis sa naissance. Croire que l’on choisit librement son émancipation est une illusion nourrie par l’ignorance des déterminismes qui commandent l’action.
4. La fuite créatrice comme réponse thérapeutique
Cette confrontation éclaire puissamment la pratique de l’accompagnement et de la consultation philosophique :
- Déconstruire la culpabilité du fuyard : Pour Laborit, lorsque la lutte frontale mène à l’écrasement et la soumission à la destruction organique, la fuite est la seule attitude biologique saine pour préserver sa structure. Fuir les compétitions hiérarchiques et les honneurs factices n’est pas une lâcheté mais le moyen fondamental de rester normal par rapport à soi-même.
- L’imaginaire comme territoire de libération : La seule véritable issue humaine réside dans la fuite en avant de l’imaginaire, de la démarche artistique, de la recherche scientifique et de la créativité désintéressée. Ce jardin intérieur n’a pas besoin de passeport et échappe à l’aliénation marchande.
- L’apport à la relation d’aide : Le conseiller philosophique trouve dans la biologie des comportements de Laborit un outil démystificateur implacable. En apprenant au consultant à identifier les servitudes inconscientes auxquelles son éducation l’a soumis, la démarche thérapeutique ne cherche pas un héroïsme illusoire, mais enseigne l’art de déjouer les pièges de l’inhibition motrice et de transformer le malaise existentiel en impulsion créatrice.

Citations majeures sur la peur dans la tradition philosophique
Antiquité : la maîtrise des passions et la lucidité rationnelle
Épicure (Lettre à Ménécée) :
« Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de sensation. Dès lors, la juste connaissance de ce que la mort ne nous est rien nous fait jouir du caractère mortel de la vie. »
Sénèque (Lettres à Lucilius, Lettre XIII) :
« Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal, et nous souffrons plus souvent de l’imagination que de la réalité. »
Aristote (Éthique à Nicomaque, Livre III) :
« On définit la peur l’attente d’un mal […] Le courageux craint donc, lui aussi, ce qui est au-dessus des forces de l’homme, mais il y fait face comme il faut et comme la raison le prescrit, en vue du noble. »
Philosophie moderne : la peur comme fondement politique et affect à disséquer
Thomas Hobbes (Léviathan, 1651) :
« La cause finale, la fin, ou le dessein des hommes […] en s’imposant à eux-mêmes cette restriction dans laquelle on les voit vivre dans des républiques, est le soin de leur propre préservation et, par là, d’une vie plus heureuse, c’est-à-dire le désir de s’arracher à ce misérable état de guerre qui est la conséquence nécessaire des passions naturelles des hommes. »
Hobbes écrivait également dans son autobiographie : « Ma mère mit au monde des jumeaux : moi-même et la peur. »
Baruch Spinoza (Éthique, Partie III, Définitions des affects) :
« La peur est une tristesse inconstante, née de l’idée d’une chose future ou passée dont l’issue est en quelque mesure incertaine. »
Également dans la Partie IV : « Il n’est pas d’affect de peur sans espérance, ni d’espérance sans peur. »
Michel de Montaigne (Les Essais, Livre I, Chapitre 18) :
« La chose du monde que je crains le plus, c’est la peur. »
XIXe et XXe siècles : de la peur concrète à l’angoisse existentielle
Arthur Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, 1819) :
« La peur de la mort est indépendante de toute connaissance ; car l’animal a cette peur, quoiqu’il ne connaisse pas la mort. Tout ce qui naît l’apporte avec soi dans le monde. »
Søren Kierkegaard (Le Concept d’angoisse, 1844) :
« L’angoisse est le vertige de la liberté, qui apparaît quand l’esprit veut poser la synthèse et que la liberté plonge le regard dans son propre possible. »
Martin Heidegger (Être et Temps, 1927) :
« Ce devant quoi l’angoisse s’angoisse n’est rien de ce qui est intra-mondain […] Ce devant quoi s’angoisse l’angoisse, c’est l’être-au-monde même. »
Jean-Paul Sartre (L’Être et le Néant, 1943) :
« C’est dans l’angoisse que la liberté est dans son être en question pour elle-même. »
Bertrand Russell (Essais sceptiques, 1928) :
« La peur est la source principale de la superstition et l’une des sources principales de la cruauté. Vaincre la peur est le commencement de la sagesse. »

