Article # 375 – Pratique philosophique : de la théorie à la pratique, José Barrientos Rastrojo, Actes de la 8? CIPP

Barrientos Rastrojo, J., 1977- Philosophical Practice. From Theory to Practice / José Barrientos Rastrojo. ISBN: 84-611-2668-8

Philosophical Practice

From Theory to Practice

José Barrientos Rastrojo, Introduction and edition

Actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique organisée à Séville en 2006


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Philosophical Practice, english

Philosophical practice, spanish


SOURCE

8Th International Conference on Philosophical Practice (ICPP), Sevilla. Spain, April 19-22, 2006


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
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QUESTION

Quel est les texte le plus significatif pour la consultation philosophique dans ces actes ?

RÉPONSE

Dans les actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique (Philosophical Practice: From Theory to Practice), le texte considéré comme le plus significatif et fondateur pour la consultation philosophique individuelle (le philosophical counseling) est celui du directeur de publication lui-même, José Barrientos Rastrojo :

« Poietics in Philosophical Practice: An Approach to the Client’s Breakdown and Lament »

(La poïétique dans la pratique philosophique : Une approche de la rupture et de la plainte du consultant) — par José Barrientos Rastrojo

Pourquoi ce texte est-il le plus significatif pour la consultation ?

  1. Il s’attaque directement au cœur du dispositif clinique : Alors que d’autres contributions traitent du monde des entreprises (Axell) ou du milieu universitaire/pédagogique (Chastain), l’article de Barrientos Rastrojo se concentre spécifiquement sur le face-à-face entre le philosophe praticien et le consultant en détresse existentielle.

  2. Une rupture épistémologique majeure avec le rationalisme froid : Historiquement, la consultation philosophique s’appuyait souvent sur des approches hyper-rationnelles, logiques ou dialectiques (comme la méthode de Gerd Achenbach ou d’Oscar Brenifier). Barrientos Rastrojo introduit une véritable révolution paradigmatique en proposant une approche poïétique et phénoménologique. Il soutient que la logique pure est incapable de saisir la souffrance singulière d’un consultant.

  3. La création de concepts cliniques originaux : Le texte théorise deux notions centrales qui sont devenues des clés de lecture majeures en pratique philosophique :

    • La Quiebra (La rupture) : L’effondrement ou le déchirement du système de croyances du consultant face à une crise de vie.

    • Le Quejío (La plainte / Le lament) : L’expression affective et intime de cette souffrance, que le praticien ne doit pas chercher à « corriger » logiquement, mais à accueillir.

  4. Une méthode d’écoute esthétique et métaphorique : S’appuyant sur la raison poétique de la philosophe espagnole María Zambrano, Barrientos démontre que le rôle du consultant philosophique est d’aider le consultant à reconstruire un sens par la métaphore et la création poïétique (poiesis comme mouvement de transformation de l’âme), plutôt que de lui imposer une argumentation discursive rigide.

En résumé

Si l’article d’Oscar Brenifier représente l’acmé de la dialectique socratique, le texte de José Barrientos Rastrojo constitue la contribution la plus novatrice et la plus emblématique des actes pour définir la posture, l’éthique de l’écoute et le travail herméneutique propres à la consultation philosophique moderne.


EXTRAIT

Traduction de l’anglais au français par Google Gemini

La poïétique dans la pratique philosophique : une approche de la rupture et de la plainte du consultant

José Barrientos Rastrojo

Abstract / Résumé

Ce travail examine la pertinence de la poïétique au sein de la pratique philosophique et de la consultation philosophique. Après avoir clarifié la signification de la poiesis et identifié trois sens fondamentaux du terme, nous analysons comment la création poïétique et la pensée poétique — au sens où l’entendait la philosophe María Zambrano — offrent des outils indispensables pour appréhender la crise existentielle du consultant. Nous soutenons que la raison purement argumentative et le rationalisme calculant se révèlent insuffisants pour saisir la singularité du vécu tragique. En prêtant une écoute attentive à la rupture (quiebra) des structures de sens du sujet et à l’expression de sa plainte (quejío), le praticien philosophique ne cherche pas à imposer une solution intellectuelle externe ou un diagnostic, mais aide le consultant à élaborer une vision métaphorique et poïétique de son propre monde, favorisant ainsi une transformation ontologique de son être.

1. Introduction : La nécessité de dépasser le cadre intellectuel pur

La pratique philosophique et la consultation philosophique ont traditionnellement privilégié les méthodes axées sur la logique, l’argumentation discursive, l’analyse conceptuelle et la déconstruction des présupposés. Bien que ces outils soient d’une utilité incontestable pour clarifier la pensée et déceler les incohérences logiques du discours, ils rencontrent rapidement une limite lorsqu’il s’agit d’aborder la souffrance subjective et la complexité des crises existentielles.

Face à une personne immergée dans un effondrement de son univers vital, l’imposition d’un schéma purement rationaliste risque de réduire le vécu à une simple erreur d’interprétation cognitive. C’est à ce niveau qu’intervient la poïétique : elle réintroduit dans la consultation philosophique une dimension esthétique, affective et créative essentielle au véritable processus de transformation de soi.

2. Les trois dimensions sémantiques de la Poiesis

Pour utiliser la poïétique comme outil herméneutique et pratique, il convient de procéder à une clarification conceptuelle et étymologique de la notion grecque de poiesis. Nous pouvons distinguer trois niveaux sémantiques complémentaires :

  1. La poiesis comme fabrication ou production artisanale (poieo) : Il s’agit du sens le plus élémentaire, désignant le travail manuel, la technique ou l’action de fabriquer un objet matériel.

  2. La poiesis comme création artistique et poétique : Ce second sens renvoie au passage du non-être à l’être, c’est-à-dire à l’émergence de quelque chose de nouveau sous le mode de l’inspiration et de l’enthousiasme.

  3. La poiesis comme mouvement et ébranlement de l’âme : Dans sa troisième acception, la plus fondamentale pour notre démarche, poiein signifie produire une émotion, émouvoir, altérer ou transformer la perception qu’un sujet a de sa propre réalité, de ses sentiments et de son insertion dans le monde.

C’est cette troisième dimension qui sous-tend la consultation philosophique poïétique : elle vise une altération créative de la perspective du consultant, modifiant la façon dont il ressent et interprète sa réalité existentiologique.

3. La raison poétique chez María Zambrano et la limite de la raison calculante

Le rationalisme occidental a souvent écarté la métaphore et le sentiment du domaine de la connaissance rigoureuse. Pourtant, comme l’a démontré la philosophe espagnole María Zambrano, la raison discursif-calculante s’avère limitée lorsqu’elle tente de s’approcher du cœur de l’expérience humaine et des événements tragiques de la vie.

« La raison est limitée dans sa capacité à atteindre cette vision et ses productions. Elle utilise donc la pensée poétique pour appréhender la réalité, en employant des moyens qui dépassent ce que nous entendons communément par « raison ». Elle emploie des métaphores comme modes de compréhension par le cœur. »

La pensée poétique ne s’oppose pas à la rigueur de la pensée ; elle la complète et la transfigure. La métaphore ne constitue pas un simple ornement rhétorique, mais une structure cognitive et affective capable de saisir le particulier, le concret et l’ineffable. Dans la consultation, le philosophe praticien fait appel à la raison poétique pour ouvrir un espace d’intelligibilité là où les concepts abstraits ne parviennent pas à pénétrer.

4. La phénoménologie de la rupture (quiebra) et de la plainte (quejío)

Lorsqu’un consultant sollicite une séance de pratique philosophique, son arrivée est rarement motivée par un simple désir de spéculation intellectuelle. Elle découle presque toujours d’une rupture (quiebra) au sein du tissu de sa vie quotidienne et de son système de certitudes.

  • La quiebra (la rupture) : C’est la faille, l’effondrement de la structure vitale ou du système de références qui orientait jusqu’alors l’existence de l’individu. La quiebra déstabilise l’identité narrative du sujet et met en question ses horizons de sens.

  • Le quejío (la plainte / la lamentation) : Le quejío est l’expression affective, immédiate et viscérale qui jaillit de la quiebra. Il ne doit pas être interprété comme un simple symptôme irrationnel ou une faiblesse psychologique qu’il faudrait éliminer par un raisonnement logique.

Le praticien doit pratiquer une écoute profonde du quejío. Au lieu de précipiter le consultant vers des solutions toutes faites ou des déductions logiques hâtives, le philosophe s’arrête sur cette plainte pour aider le consultant à déchiffrer ce qu’elle révèle sur sa relation au monde.

« Le consultant doit être à l’écoute du « quejío » (la plainte) issu de la « quiebra » (la rupture) de la structure vitale du client… Le praticien ne donne pas de réponses, mais aide le client à construire sa propre vision poétique de son monde. »

5. La posture du praticien : Herméneutique, co-création et transformation

Dans le modèle de la philosophie poiétique, la consultation philosophique s’éloigne de la posture directive du spécialiste qui diagnostique ou applique une grille d’analyse rigide. Le praticien et le consultant s’engagent dans une démarche de co-création herméneutique.

Le travail philosophique consiste à :

  1. Acceuillir la rupture et la plainte sans jugement moral ni réductionnisme clinique.

  2. Travailler sur les représentations du consultant à travers le langage poétique, les symboles et les métaphores.

  3. Permettre au consultant de reconfigurer son propre monde de manière créative (poiesis), en lui redonnant le rôle d’auteur de son récit et de sa vision de l’existence.

Par cette méthode, la pratique philosophique s’accomplit pleinement : elle quitte les spéculations académiques hors du sol pour redevenir un exercice spirituel, un travail d’édification et un véritable art de vivre.



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Résumé

Cet ouvrage collectif, issu de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique tenue à Séville, examine les modalités méthodologiques et théoriques permettant de faire passer la philosophie de l’exégèse académique traditionnelle à une praxis existentielle, institutionnelle et clinique. À travers les contributions d’auteurs clés tels que Pia Hverven Axell, José Barrientos Rastrojo, Oscar Brenifier et Drew Chastain, le volume articule une pluralité d’approches — allant de l’herméneutique ricœurienne de l’identité narrative appliquée au leadership authentique, à la « philosophie poiétique » inspirée par la raison poétique de María Zambrano, en passant par la dialectique socratique de la confrontation à l’altérité et les dispositifs pédagogiques d’auto-investigation comme le Thought Work. L’ensemble des travaux démontre que la pratique philosophique contemporaine constitue un champ interdisciplinaire rigoureux qui réinvestit la philosophie comme outil de déconstruction des représentations, d’élucidation du sens et de transformation ontologique du sujet dans la cité.

Introduction

L’objectif principal de ce volume est d’offrir une vision globale et articulée des fondements épistémologiques, méthodologiques et cliniques qui structurent la pratique philosophique contemporaine. Historiquement issue du tournant initié dans les années 1980, la consultation philosophique s’est progressivement affirmée comme une alternative rigoureuse aux approches psychothérapeutiques conventionnelles, revendiquant le retour de la philosophie à sa vocation originelle : une praxis existentielle, un art de vivre et un exercice de transformation de soi.

Les contributions réunies au sein de cet ouvrage, nées des réflexions partagées lors de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique à Séville, explorent le franchissement du cap qui sépare la spéculation académique théorique de son application concrète au sein de la cité, des institutions et de la sphère individuelle. En croisant les apports de la maïeutique socratique, de l’herméneutique ricœurienne, de l’existentialisme et de la raison poétique, les auteurs mettent en lumière la manière dont l’élucidation conceptuelle, le dialogue dialectique et l’écoute esthétique permettent d’interroger les structures de sens du sujet, de déconstruire ses représentations et d’éclairer sa prise de décision face aux apories de l’existence.

Analyse académique

Philosophical Practice: From Theory to Practice

1. Cadre institutionnel et ancrage épistémologique

L’ouvrage rassemble les actes de la 8? Conférence Internationale sur la Pratique Philosophique organisée à Séville en 2006. L’objectif épistémologique du recueil est de réévaluer le rôle de la philosophie dans le monde contemporain, en proposant un passage de la scolastique académique — souvent limitée à la métaphilosophie ou à l’exégèse historiographique — vers une praxis socratique et existentielle à vocation transformatrice.

2. Déconstruction analytique des axes théoriques et méthodologiques

A. Ontologie de l’identité, authenticité et leadership (Pia Hverven Axell)

Dans son étude sur le leadership authentique, Pia Hverven Axell croise la philosophie herméneutique et la philosophie existentielle pour déconstruire le concept d’identité narrative au sein des structures d’organisation.

  • Analyse de la dialectique Ricœurienne ($Idem$ / $Ipse$) :

    Axell fonde son analyse sur l’herméneutique de Paul Ricœur (Soi-même comme un autre), montrant que l’identité de l’individu n’est pas une substance fixe mais une construction dynamique médiatisée par le récit.

    « Ricoeur states in a condensed formula: ‘the story relates to the whom of the action’. Or, as he also puts it: ‘the identity of this whom is no other than his narrative identity’ »

    [Traduction] : « Ricœur affirme dans une formule condensée : « le récit se rapporte au qui de l’action ». Ou, comme il le dit aussi : « l’identité de ce qui n’est autre que son identité narrative » ».

  • La confrontation de la liberté et de la temporalité chez Kierkegaard et Sartre :

    L’auteure oppose la conception téléologique d’Aristote (« devenir ce qu’on est en puissance ») à la radicalité existentialiste de Sartre et de Kierkegaard, où l’authenticité surgit de l’acceptation de l’angoisse et du refus de la « mauvaise foi » (le fait de se réfugier derrière un rôle social ou managérial).

    « ‘For Sartre, we are not predetermined to be anyone specific; we have to make our own identity. We are free, and we have to choose who we want to be. Authenticity is to accept this freedom, with all its consequences’ »

    [Traduction] : « « Pour Sartre, nous ne sommes pas prédéterminés à être quelqu’un de spécifique ; nous devons façonner notre propre identité. Nous sommes libres, et nous devons choisir qui nous voulons être. L’authenticité consiste à accepter cette liberté, avec toutes ses conséquences » ».

  • Modélisation du leadership authentique :

    S’appuyant sur les travaux de Boas et Eilam (2005), Axell démontre que l’identité narrative permet au leader d’aligner son « concept de soi » (self-concept) avec ses actes publics, transformant la prise de décision en une expression de fidélité à soi-même (ipséité).

    « Authentic leaders are those who achieve high levels of authenticity in that ‘they know who they are, what they value and believe, and they act towards those values and beliefs transparently and openly’ »

    [Traduction] : « Les leaders authentiques sont ceux qui atteignent des niveaux élevés d’authenticité en ce sens qu’ « ils savent qui ils sont, quelles sont leurs valeurs et croyances, et ils agissent en fonction de ces valeurs et croyances de manière transparente et ouverte » ».

B. La « Philosophie Poiétique » et l’esthétique de l’écoute (José Barrientos Rastrojo)

José Barrientos Rastrojo théorise un modèle de consultation philosophique fondé sur la raison poétique de María Zambrano et la déconstruction du concept grec de poiesis.

  • Analyse tripartie de la Poiesis :

    Barrientos distingue trois échelons sémantiques de la poiesis :

    1. La poïétique comme fabrication (poieo comme travail artisanal ou technique).

    2. La poïétique comme création esthétique (passage du non-être à l’être).

    3. La poïétique comme mouvement de l’âme (poiein comme ébranlement affectif et ontologique).

    « Poietics means, in its third sense, to produce an emotion, to move or to alter… It affects the way the client perceives reality, his feelings, and his being in the world »

    [Traduction] : « La poïétique signifie, dans son troisième sens, produire une émotion, émouvoir ou modifier… Elle affecte la manière dont le consultant perçoit la réalité, ses sentiments et son être au monde ».

  • La métaphore et la rupture du rationalisme calculant :

    En mobilisant la pensée de María Zambrano, Barrientos soutient que le discours purement logique est insuffisant pour saisir le particulier et le vécu tragique du consultant.

    « Reason is limited in its capacity to achieve this vision and its products. She therefore uses poetic thought to comprehend reality, using means that are beyond what we commonly understand by ‘reason’. She employs metaphors as ways of understanding with the heart »

    [Traduction] : « La raison est limitée dans sa capacité à atteindre cette vision et ses productions. Elle utilise donc la pensée poétique pour appréhender la réalité, en employant des moyens qui dépassent ce que nous entendons communément par « raison ». Elle emploie des métaphores comme modes de compréhension par le cœur ».

  • La phénoménologie de la quiebra et du quejío :

    Le rôle du praticien réside dans l’attention portée à la rupture existentielle (quiebra) de l’individu et à son expression affective (quejío). La consultation n’est pas un diagnostic intellectuel, mais une création conjointe du sens.

    « The consultant must listen to the ‘quejío’ (the lament) born from the ‘quiebra’ (the breakdown) of the client’s vital structure… The practitioner does not give answers, but helps the client construct his own poetic vision of his world »

    [Traduction] : « Le consultant doit être à l’écoute du quejío (la plainte/la lamentation) issu de la quiebra (la rupture/l’effondrement) de la structure vitale du client… Le praticien ne donne pas de réponses, mais aide le client à construire sa propre vision poétique de son monde ».

C. Dialectique, altérité et négativité socratique (Oscar Brenifier)

Oscar Brenifier formalise la pratique philosophique comme un exercice dialectique de confrontation du sujet à l’altérité et à la contrainte logique.

  • Tridimensionnalité de la matérialité/altérité :

    Selon Brenifier, la pensée ne devient philosophique que lorsqu’elle se heurte à une résistance externe (matérialité). Il identifie trois formes d’altérité :

    1. Le Monde / Les choses (les données empiriques et les croyances reçues).

    2. L’Autre (alter ego) (l’interlocuteur qui met en évidence les aveuglements du sujet).

    3. L’Unité du discours / Le Logos (les principes logiques de non-contradiction et de cohérence).

    « Materiality is that which opposes the subjective ego. It is the encounter with that which resists our immediate opinion, whether it is the coherence of the logos, the presence of the other, or the nature of things »

    [Traduction] : « La matérialité est ce qui s’oppose à l’ego subjectif. C’est la rencontre avec ce qui résiste à notre opinion immédiate, qu’il s’agisse de la cohérence du logos, de la présence de l’autre ou de la nature des choses ».

  • Processus triparti de la démarche philosophique :

    • Identification : Prise de conscience des prémisses impensées du discours.

    • Critique : Mise à distance du soi par l’adoption de la perspective de l’altérité.

    • Conceptualisation : Élaboration de notions capables de dépasser les apories initiales.

  • L’estrangement existentiel (Alienation) :

    Pour Brenifier, l’exercice critique implique un processus nécessaire d’auto-aliénation ou d’estrangement intellectuel.

    « To submit any given idea of mine to the practice of criticism is to become other than myself. It is therefore to alienate or estrange me from myself… »

    [Traduction] : « Soumettre une idée qui est la mienne à la pratique de la critique, c’est devenir autre que moi-même. C’est donc m’aliéner ou m’étranger à moi-même… ».

D. Dispositifs pédagogiques : Le « Thought Work » (Drew Chastain)

Drew Chastain formalise une méthodologie d’auto-investigation appliquée au milieu académique et universitaire, intitulée « Thought Work » (Travail de la pensée).

  • Inversion du paradigme pédagogique classique :

    Le dispositif substitue aux travaux académiques d’exégèse traditionnelle une réflexion philosophique guidée et ancrée dans une problématique réelle de l’étudiant.

    « The ‘Thought Work’ project asks students to apply philosophical tools and resources to an issue or concern that holds genuine personal relevance in their own lives »

    [Traduction] : « Le projet « Thought Work » demande aux étudiants d’appliquer des outils et des ressources philosophiques à une question ou une préoccupation ayant une véritable pertinence personnelle dans leur propre vie ».

  • Triangulation méthodologique :

    Le processus impose à l’apprenant :

    1. La définition d’un objectif de clarification existentielle ou cognitive.

    2. La sélection articulée de ressources diverses (textes philosophiques, dialogues, écriture réflexive).

    3. L’évaluation critique de l’impact de ces ressources sur la transformation de la posture initiale de l’esprit.

3. Synthèse de la typologie des méthodes présentées dans l’ouvrage

Auteur / Contributeur Ancrage théorique Concept-clé Modalité de la pratique
Pia Hverven Axell Herméneutique (Ricœur) & Existentialisme (Sartre, Kierkegaard) Identité narrative (Idem/Ipse) Alignement existentiel et authenticité du leadership
José Barrientos Rastrojo Raison poétique (María Zambrano) & Esthétique Poiesis & Écoute de la Quiebra Consultation poïétique et herméneutique de la souffrance
Oscar Brenifier Maïeutique socratique & Dialectique platonicienne Altérité / Estrangement de la pensée Confrontation critique et déconstruction des certitudes
Drew Chastain Philosophie appliquée & Pédagogie active Thought Work Auto-investigation structurée et intégration académique

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Article # 287 – La pratique philosophique comme expérience et voyage / Philosophical practice as experience and travel, Barrientos Rastrojo José PhD, Professor of the University of Seville, Spain, 2019

RAPPORT DE LECTURE


Barrientos Rastrojo, J. (2019). Philosophical practice as experience and travel. Socium i vlas?, ? 4 (78), pp. 29-44.


L’article intitulé « Philosophical practice as experience and travel » est un travail de recherche fondamentale rédigé par José Barrientos Rastrojo, docteur et professeur à l’Université de Séville (Espagne). Cette étude a été publiée en 2019 dans la revue scientifique russe Socium i vlas? (?????? ? ??????), au sein du numéro 4 (78), précisément des pages 29 à 44. Enregistré sous les classifications thématiques académiques UDC 101.8 + 101.9, ce texte rédigé principalement en espagnol (et introduit par un résumé détaillé en anglais et en russe) s’inscrit dans les champs de la philosophie appliquée, de la phénoménologie de l’expérience et du conseil philosophique (philosophical counseling). L’auteur y examine de manière critique les dérives méthodologiques des animateurs non formés à la discipline, tout en posant les jalons théoriques et épistémologiques d’une « Philosophie Appliquée Expérientielle » capable d’opérer une véritable transformation métaphysique chez le sujet


1. Introduction et Problématique générale

Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo examine les fondements conceptuels et épistémologiques de la philosophie appliquée (ou pratique philosophique).

L’auteur part d’un constat contrasté : d’un côté, il existe un intérêt croissant et une forte demande de formations en philosophie appliquée de la part de professionnels extérieurs à la discipline. De l’autre, cette popularité génère une vive inquiétude quant au risque de dilution de la nature philosophique de ces pratiques. L’auteur cite notamment le philosophe Ran Lahav pour illustrer cette dérive :

« Personally, I acknowledge that many of the activities presented […] are very valuable. But please, let us not call « philosophy » what is obviously very different from the philosophy which philosophers throughout history have been doing. »

(« Personnellement, je reconnais que beaucoup des activités présentées […] sont très précieuses. Mais s’il vous plaît, n’appelons pas « philosophie » ce qui est manifestement très différent de la philosophie que les philosophes ont pratiquée tout au long de l’histoire. »)

De nombreux praticiens non formés réduisent la philosophie à l’usage d’un simple dialogue ou à l’emploi superficiel de concepts isolés (comme la « liberté » ou le « genre »). L’auteur s’interroge sur cette légitimité en citant Lydia Amir :

« Philosophical practitioners should take philosophy seriously and avoid setting philosophy short, misrepresenting it, or passing it for what it is not. To take philosophy seriously is to be loyal to its objectives. […] However, not every conversation with a philosopher is philosophical. »

(« Les praticiens de la philosophie devraient prendre la philosophie au sérieux et éviter de la rabaisser, de la dénaturer ou de la faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Prendre la philosophie au sérieux, c’est être fidèle à ses objectifs. […] Cependant, toute conversation avec un philosophe n’est pas nécessairement philosophique. »)

L’objectif de l’auteur est de réaffirmer la nécessité d’une formation rigoureuse et de proposer un modèle alternatif novateur : la Philosophie Appliquée Expérientielle.

2. Cartographie de la Philosophie Appliquée

L’auteur structure le champ de la philosophie en trois grandes catégories : la philosophie théorique (métaphysique, logique, épistémologie), la philosophie pratique (éthique, philosophie politique) et enfin, la philosophie appliquée.

La tendance logico-argumentative (analytique)

L’article rappelle que la philosophie appliquée s’est d’abord structurée autour d’approches discursives et logiques. L’auteur définit traditionnellement sa propre conception de cette tendance ainsi :

« La Filosofía Aplicada es un proceso de conceptualización y/o clarificación acerca de cuestiones relevantes y/o esenciales cuyo objetivo es la mejora del acto de pensamiento del consultante y de sus contenidos veritativos y cuyo resultado acostumbra a ser el bien-estar. »

(« La philosophie appliquée est un processus de conceptualisation et/ou de clarification de questions pertinentes et/ou essentielles dont l’objectif est l’amélioration de l’acte de pensée du consultant et de ses contenus de vérité, et dont le résultat est habituellement le bien-être. »)

Cette démarche repose sur les travaux de figures majeures du courant analytique, telles que Warren Shibles ou encore Oscar Brenifier, qui résume la pratique philosophique à l’exercice d’habiletés critiques :

« [La Filosofía Aplicada] se centra en habilidades de pensamiento crítico como identificar (reconocer las fronteras de una realidad), criticar o problematizar […] y conceptualizar (dar nombre a una realidad). »

(« [La philosophie appliquée] se concentre sur des compétences de pensée critique telles que identifier (reconnaître les frontières d’une réalité), critiquer ou problématiser […] et conceptualiser (nommer une réalité). »)

3. La Philosophie Appliquée Expérientielle : Vers une transformation globale

Au-delà de la seule dimension analytique et discursive, l’auteur soutient que la philosophie appliquée doit engager la totalité de la personne afin de susciter une véritable transformation interne (métamorphose). Il définit cinq caractéristiques majeures de cette approche expérientielle :

A. Une épistémologie anagogique

L’anagogie postule que la connaissance authentique exige une synchronisation existentielle avec l’objet connu. L’auteur s’appuie sur la formule d’Antón Pacheco pour définir ce processus :

« La anagogía […] implica la coincidencia de los modi essendi, los modi cognoscendi y los modi interpretandi. »

(« L’anagogie […] implique la coïncidence des modes d’être, des modes de connaissance et des modes d’interprétation. »)

Il cite également Martín Velasco pour illustrer la transition d’un savoir théorique à un savoir vécu :

« « Quien lo ha visto, comprende », decía Plotino. « Quien no ha experimentado esto no lo comprenderá bien ». »

(« « Celui qui l’a vu comprend », disait Plotin. « Celui qui n’en a pas fait l’expérience ne le comprendra pas bien ». »)

B. L’ouverture à des rationalités alternatives

La rationalité d’une telle philosophie ne se réduit pas à l’exercice logico-argumentatif. S’inspirant de María Zambrano, l’auteur aspire à une raison plus ouverte :

« [Algo] que sea razón, pero más ancho. »

(« [Quelque chose] qui soit de la raison, mais plus large. »)

Elle fait également appel à l’art et à l’esthétique. S’appuyant sur John Dewey, l’auteur rappelle que :

« El artista realiza su pensamiento en los medias cualitativos mismos con que trabaja, y sus fines se encuentran tan cerca del objeto que produce que se fundan directamente con él. »

(« L’artiste réalise sa pensée dans les supports qualitatifs mêmes avec lesquels il travaille, et ses fins sont si proches de l’objet qu’il produit qu’elles se fondent directement avec lui. »)

C. L’expérience conçue comme un voyage et un danger

Faire l’expérience implique d’accepter le risque d’abandonner ses anciennes certitudes pour laisser advenir son être authentique. L’auteur cite à ce sujet María Zambrano :

« Se precisa una cierta aventura y hasta una cierta perdición en la experiencia, un cierto andar perdido el sujeto en quien se va formando. »

(« Il faut une certaine aventure et même une certaine perdition dans l’expérience, un certain égarement du sujet chez qui elle est en train de se former. »)

D. Une vérité évidentielle et événementielle

La validité de l’expérience philosophique repose sur la force de sa vérité « évidentielle ». Comme le souligne Xavier Zubiri :

« Experiencia significa algo adquirido en el transcurso real y efectivo de la vida. No es un conjunto de pensamientos que el intelecto forja, con verdad o sin ella, sino el haber que el espíritu cobra en su comercio efectivo con las cosas. »

(« L’expérience signifie quelque chose d’acquis dans le cours réel et effectif de la vie. Ce n’est pas un ensemble de pensées que l’intellect forge, à tort ou à raison, mais l’avoir que l’esprit acquiert dans son commerce effectif avec les choses. »)

Cette évidence, bien que parfois dépouillée sur le plan discursif, est le seul véritable moteur de changement, car elle est :

« …terriblemente pobre en contenido intelectual; sin embargo, opera en la vida una transformación sin igual que otros pensamientos más ricos y complicados no fueron capaces de hacer. » (M. Zambrano)

(« …terriblement pauvre en contenu intellectuel ; pourtant, elle opère dans la vie une transformation sans pareille que d’autres pensées plus riches et plus complexes n’ont pas été capables de produire. »)

E. Un niveau de compréhension ontologique (métaphysique)

Enfin, la philosophie expérientielle dépasse le cadre purement psychologique ou personnel. C’est l’expérience elle-même qui façonne le sujet, et non l’inverse. Pour étayer cette thèse ontologique, l’auteur convoque le philosophe Kitaro Nishida :

« No hay experiencia porque exista un individuo sino que existe un individuo porque hay experiencia. »

(« Il n’y a pas d’expérience parce qu’un individu existe, mais un individu existe parce qu’il y a de l’expérience. »)

4. Conclusion et Implications pratiques

Le rapport de José Barrientos Rastrojo démontre que la pratique de la philosophie ne s’improvise pas à l’aide de simples outils de communication. Elle exige une maîtrise rigoureuse de l’histoire de la pensée combinée à un engagement existentiel profond. En définitive, si pour María Zambrano, philosopher consistait à « déchiffrer le sentiment originel », l’auteur conclut qu’une philosophie appliquée digne de ce nom doit :

« …implicar el despliegue de la experiencia originaria en el sujeto, es decir, convertir a la persona en un Da-Sein Experiencial o, si se me permite, en un Da-Erfahrung. »

(« …impliquer le déploiement de l’expérience originelle chez le sujet, c’est-à-dire convertir la personne en un Da-Sein Expérientiel ou, si l’on me permet l’expression, en un Da-Erfahrung. »)

Article # 282 – « Pourquoi la pensée critique ne suffit pas dans la pratique philosophique ? » / Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice? José Barrientos Rastrojo (Universidad de Sevilla / CECAPFI)

RAPPORT DE LECTURE CRITIQUE ET ANALYTIQUE


Barrientos Rastrojo, J. (2021). Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice? Haser. Revista Internacional de Filosofía Aplicada / CECAPFI Papers, 51–57.


Why Critical Thinking is not enough in Philosophical Practice?

José Barrientos Rastrojo (Universidad de Sevilla / CECAPFI)


1. Introduction et Problématique Générale

Dans cet article, le professeur José Barrientos Rastrojo remet en question le paradigme dominant de la pratique philosophique contemporaine (PP). Il soutient que la majorité des praticiens et conseillers philosophiques actuels réduisent l’activité philosophique à un exercice purement logique, conceptuel et argumentatif, adossé à la pensée critique (en anglais : Critical Thinking ou PP-CT).

L’auteur pose le problème suivant : cette approche exclusivement intellectuelle est-elle suffisante pour accompagner un individu traversant une crise existentielle profonde ? Sa thèse est claire : la pensée critique ne suffit pas, car elle traite des idées, alors que les crises humaines s’enracinent dans des croyances et se résolvent uniquement par le biais de l’expérience vécue (Experience Philosophical Practice).

2. Le Paradigme Dominant : La Pensique Critique (PP-CT)

L’auteur commence par cartographier les pratiques hégémoniques. Qu’il s’agisse de consultations individuelles ou de philocafés, les outils méthodologiques sont presque exclusivement analytiques : formuler des définitions, évaluer des hypothèses, identifier des contradictions logiques et lier les problèmes des consultants à des théories traditionnelles.

L’article cite plusieurs figures de proue pour illustrer cette hégémonie, notamment Warren Shibles, Oscar Brenifier, Tim LeBon, Roxana Kreimer, Peter Raabe et Elliot Cohen.

  • Citation (EN) : « Despite philosophical practitioners can have different methods and orientations (…) they facilitate activities as: (1) to examine arguments and justifications of their counselees; (2) to clarify, to analyse and to define important terms and concepts… » (Shibles, 2001, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « Bien que les praticiens philosophes puissent avoir des méthodes et des orientations différentes (…) ils facilitent des activités telles que : (1) examiner les arguments et les justifications de leurs consultants ; (2) clarifier, analyser et définir les termes et concepts importants… ».

Barrientos illustre ce modèle par un dialogue d’Elliot Cohen où le conseiller utilise l’analyse logique pour exposer les préjugés et les contradictions de son client à propos de l’origine géographique de son épouse. Bien que cette méthode soit efficace sur le plan formel, l’auteur affirme qu’elle ne touche pas le cœur de l’existence.

3. Les Limites et Frontières de l’approche logique-argumentative

L’analyse de Barrientos se fait ici hautement critique, s’appuyant sur l’École de Francfort et les travaux de Ran Lahav pour exposer deux écueils majeurs de la pensée critique :

A. Le piège de la normalisation et de la « petite » pratique philosophique

En se concentrant uniquement sur la résolution de problèmes spécifiques ou techniques, la PP-CT s’intègre au système capitaliste au lieu de le subvertir. Elle devient un outil de gestion du bien-être individuel plutôt qu’une quête de sagesse et de transformation profonde.

  • Citation (EN) : « This kind of philosophy is therefore basically a normalizer, a problem-solver, and a satisfaction-provider (…) It deals with problems but it doesn’t problematize the counselee purpose and therefore is an instrument to maintain social injustices. » (Lahav, 2006, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « Ce genre de philosophie est donc fondamentalement un normalisateur, un résolveur de problèmes et un fournisseur de satisfaction (…) Elle traite les problèmes mais ne problématise pas les intentions du consultant, et constitue de ce fait un instrument de maintien des injustices sociales. ».

  • Citation complémentaire (EN) : « Critical thinking seems to be more about smartness than wisdom, and smartness is not the sort of thing that in itself can transform us in a profound way » (Lahav, 2006a, cité par Barrientos).

  • Traduction (FR) : « La pensée critique semble relever davantage de l’astuce intellectuelle que de la sagesse, et l’astuce n’est pas le genre de chose qui, en soi, peut nous transformer de manière profonde. ».

B. Le divorce entre les Idées et la Vie (L’impasse existentielle)

L’auteur démontre qu’une solution parfaitement logique et rationnelle peut échouer lamentablement dans la réalité concrète. Pour ce faire, il s’appuie sur une étude de cas conceptuelle : un couple qui traverse une crise après la naissance d’un enfant (passage ontologique du statut de « femme » à celui de « mère »). Lors des séances, le conseiller aide le couple à trouver une solution rationnelle (allouer du temps au conjoint), mais six mois plus tard, le couple divorce car les idées et les sentiments allaient dans des directions opposées.

  • Citation (EN) : « Ideas and feelings walked in opposed directions. Consultations were useful for deploying an analytical process, it wasn’t enough to manage the problem of life. Probably, ideas changed but lifes of husband and wife were the same. »

  • Traduction (FR) : « Les idées et les sentiments marchaient dans des directions opposées. Les consultations ont été utiles pour déployer un processus analytique, mais cela n’a pas suffi à gérer le problème de la vie. Probablement que les idées ont changé, mais les vies du mari et de la femme sont restées les mêmes. ».

Pour appuyer cette rupture entre la pensée et l’action, l’auteur mobilise la théologie paulinienne (Saint Paul dans l’Épître aux Romains, sachant le bien qu’il doit faire mais ne parvenant pas à l’accomplir) ainsi que la littérature existentielle d’Irvin Yalom. Face à la mort, les maximes philosophiques rationnelles (comme celles d’Épicure) échouent souvent à apaiser l’angoisse réelle.

4. Vers une alternative : L’Expérience et les Croyances (Beliefs)

La contribution théorique essentielle de Barrientos repose sur la distinction conceptuelle empruntée à José Ortega y Gasset entre les idées et les croyances (ideas y creencias).

  • Les Idées : Ce sont des constructions intellectuelles superficielles que l’on possède, que l’on peut analyser, modifier ou rejeter par le simple exercice de la pensée critique.

  • Les Croyances : Elles constituent le sol sur lequel nous nous tenons, le contenant invisible qui structure notre être global (sentiments, volonté, pensées). Nous ne pensons pas nos croyances ; nous vivons en elles.

  • Citation (EN) : « Ideas can be changed easily, believe are not because ‘we live on our beliefs’. What we are is based on our beliefs. Beliefs are the container that structures our lives (feeling, ideas, will). »

  • Traduction (FR) : « Les idées peuvent être changées facilement, mais pas les croyances, car « nous vivons de nos croyances ». Ce que nous sommes est fondé sur nos croyances. Les croyances sont le contenant qui structure nos vies (sentiments, idées, volonté). ».

L’auteur convoque une constellation de philosophes du XXe siècle (Martin Heidegger, María Zambrano, Claude Romano, Kitaro Nishida) pour définir ce qu’est une véritable expérience de vie (life experience / Ereignis / évenement / pure experience) : un événement existentiel qui transforme radicalement l’ontologie de l’individu. La crise existentielle n’est pas un manque d’information ou une faille logique, c’est l’effondrement d’un système de croyances. Dès lors, la rationalité froide est impuissante ; seule une pratique philosophique axée sur l’expérience (Experience Philosophical Practice) peut générer de nouvelles certitudes.

5. Conclusion et Portée Professionnelle

Le texte de José Barrientos Rastrojo se clôt sur une ouverture et une invitation à explorer une alternative méthodologique. Il conclut de manière définitive que la pensée critique est intrinsèquement insuffisante pour la pratique philosophique profonde.

  • Citation (EN) : « Since (1) a crisis is the reason to go to a Philosophical Counselor and (2) crisis are based on the need to find new beliefs (nor just ideas) (…) is it enough Critical Thinking for Philosophical Practice? Obviously, not. Experience Philosophical Practice proposes to complement CT-PP by working on experiences. »

  • Traduction (FR) : « Puisque (1) la crise est la raison pour laquelle on consulte un conseiller philosophique et (2) les crises reposent sur le besoin de trouver de nouvelles croyances (et non de simples idées) (…) la pensée critique est-elle suffisante pour la pratique philosophique ? Évidemment que non. La Pratique Philosophique Expérientielle propose de compléter la PP-Pensée Critique en travaillant sur les expériences. ».

Portée critique pour le professionnel

Pour le chercheur ou le praticien, ce texte est un avertissement contre la dérive techniciste de la philosophie appliquée. Il invite à réhabiliter des rationalités alternatives théorisées au XXe siècle (anagogique, poétique, symbolique, narrative, expérientielle) afin que la philosophie ne soit pas un simple outil d’ajustement psychologique ou social, mais demeure, conformément à son ambition socratique originelle, un vecteur de transformation de soi et de libération existentielle.


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