Article # 157 – La philosophie c’est pour vous aussi, Charles Robin, le précepteur, Larousse, 2025


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Données au catalogue

Titre :

La philosophie c’est pour vous aussi

Direction de la publication : Isabelle Jeuge-Maynart et Ghislaine Stora

Direction éditoriale : Élodie Bourdon

Édition : Mélissa Lagrange

Préparation de copie : Muriel Villebrun

Relecture sur épreuves : Céline Haimé

Conception de la couverture : Claire Simonet

Mise en pages : Nord Compo

Fabrication : Donia Faiz / Marina Dartigues Plum

© Larousse 2025

ISBN : 978-2-03-607033-2

ISBN 978-2-03-607032-5

EAN 9782036070325

Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

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PRÉSENTATION

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Comprendre la philosophie de Rousseau grâce à Netflix, le stoïcisme grâce à la crise Covid, ou le concept freudien de sublimation grâce à Rocco Siffredi… Ça vous paraît impossible ? Détrompez-vous !

Ce livre repose sur une conviction, à savoir que la plupart des gens s’intéressent à la philosophie mais ont l’impression que la philosophie n’est pas faite pour eux.

En mêlant récits fictifs, faits d’actualité et culture populaire, Charles Robin rend accessibles les idées des plus grands penseurs, de l’Antiquité à nos jours. Loin du langage intimidant des universitaires, mais avec rigueur et précision, ce livre se donne un objectif clair : vous réconcilier enfin avec la philosophie !

Ancien professeur particulier, Charles Robin est vulgarisateur de philosophie. Il anime la chaîne YouTube et le podcast « Le Précepteur », suivis par plus d’un million d’abonnés.

Source : Éditions Larousse.

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Sommaire

Avant de commencer

  1. Descartes – Où est la vérité ?
    • La leçon de Descartes : Ne vous fiez pas aux apparences
    • Il faut douter de tout
    • L’hypothèse du malin génie
    • Descartes n’était pas cartésien !
  1. Spinoza – Le hasard existe-t-il ?
    • La leçon de Spinoza : Il n’y a pas de hasard
    • Le hasard est le fruit de notre ignorance
    • La liberté est une illusion
    • Le déterminisme n’est pas un fatalisme
  1. Épicure – Comment être heureux ?
    • La leçon d’Épicure : Faites-vous plaisir… avec modération !
    • Une philosophie de l’équilibre
    • Trois types de désirs
    • Le tonneau des Danaïdes
  1. Hannah Arendt – Qu’est-ce que le mal ?
    • La leçon de Hannah Arendt : Le mal est en chacun de nous
    • Le transfert de responsabilité
    • La déshumanisation
    • L’absence de pensée
  1. Sartre – Sommes-nous libres de nos choix ?
    • La leçon de Sartre : Nous sommes ce que nous choisissons d’être
    • L’être humain n’a pas d’essence
    • Nous sommes condamnés à être libres
    • On a la vie qu’on mérite
  1. Machiavel – Comment gouverner un peuple ?
    • La leçon de Machiavel : La fin justifie les moyens
    • L’art de la ruse
    • La morale est un moyen
    • Machiavélique ou machiavélien ?
  1. Schopenhauer – Quel est le but de la vie ?
    • La leçon de Schopenhauer : Le but de la vie est de se perpétuer
    • Instinct de conservation et instinct de reproduction
    • Le désir sexuel
    • L’amour est un mensonge
  1. Ayn Rand – Devons-nous aider les autres ?
    • La leçon d’Ayn Rand : Assumez votre égoïsme
    • L’égoïsme est une vertu
    • Le cannibalisme moral
    • Il n’y a pas d’amour désintéressé
  1. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ?
  2. Hume – Comment se forment nos connaissances ?
  3. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ?
  4. Freud – Sommes-nous esclaves de nos désirs ?
  5. Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ?
  6. Marx – Peut-on échapper à notre condition sociale ?
  7. Épictète – Comment maîtriser nos émotions
  8. Simone de Beauvoir – Que veut dire « être une femme » ?
  9. Kant – A-t-on le droit de mentir ?
  10. Nietzsche – D’où vient la morale ?
  11. Simone Weil – Peut-on faire de la politique sans mentir ?
  12. Socrate – Que savons-nous ?

Avant de vous quitter

Index des notions et des noms propres

Œuvres citées

Index des notions et des noms propres

Acte manqué 132

Action 63, 175

Addiction 128

Alexandre le Grand 120

Altruisme 85, 90

Amour 83, 93

Anthropomorphisme N2

Antisémite 49

Apparence 19

Arendt Hannah 45

Ascèse 41

Ataraxie 41

Autorité 49, 102, 139

Banalité du mal 51

Beauvoir Simone de 169

Bentham Jeremy 186

Bien 144

Bonheur 35, 40, 93

Bourgeoisie 152

Ça 132

Calliclès 43

Cannibalisme moral 92

Capital 153

Cartésien 23

Causalité 113

Cause 29, 34

Choix 55, 60, 63

Christianisme 140

Citoyen 103

Classe sociale 156

Connaissance 105, 112, 141, 144, 212

Conscience 91

Constant Benjamin N1

Constantin Ier 140

Convention 115, 120

Cosmos 144

Création esthétique 133

Critique 138, 140

Croyance 112

Cynique 119

Darwin Charles 212

Déplaisir 40

Descartes René 15

Déshumanisation 52

Désir 42, 125, 133

Désir sexuel 82

Destin 28, 31

Détachement 165

Déterminisme 29-30, 33

Dieu 31, 137, 139

Diogène de Sinope 115

Dissociation 53

Dogme 140, 142

Doute 20, 144

Doute radical 21

Droit 101

Effet 29, 34

Effet Dunning-Kruger 209

Égoïsme 88, 90

Eichmann Adolf 50

Émancipation 173

Émotion 159, 165, 167

Empirisme 111

Épictète 159

Épicure 35

Erreur 20

Esclave 154, 164

Espèce 81

Essence 61, 174

Essentialisme 61

Éthique masochiste 93

Existentialisme 174, 178

Expérience 110

Exploitation 153

Fanatisme 138, 140, 144

Fatalisme 33

Féminité 173

Femme-objet 176

Foi 135

Force 73

Foyer 175

Freud Sigmund 125

Galilée 143

Géocentrisme 143

Haine 194

Hasard 25, 29-30

Hédonisme 41

Heidegger Martin 50

Héliocentrisme 143

Homère 100

Humanité 184

Hume David 105

Humilité 217

Hypatie d’Alexandrie 135

Idée 111

Identité 60, 172

Idéologie 53, 145

Ignorance 30, 212

Illusion 32

Immanence 175

Impératif catégorique 185

Inquisition 143

Instinct 83

Instinct de conservation 81

Instinct de reproduction 81

Intérêt 93

Intérêt commun 102

Jésus 144

Jorgensen Christine 169, 173

Jugement 120

Kant Emmanuel 179

Liberté 32, 55, 60, 62, 82, 101, 178

Libido 133

Loi 101, 132

Lutte des classes 154

Machiavel Nicolas 65

Maïeutique 215

Mal 45, 50, 144

Malin génie 21

Marc Aurèle 11XI, 164, 166-167

Marx Karl 147

Mauvaise foi 63

Meijer Jonathan 78

Ménon 214

Mensonge 83, 179, 199

Mérite 63

Métacognition 212

Métaphysique 142

Milgram Stanley 48

Modération 39

Morale 72-73, 182, 189

Morale du ressentiment 195

Nazisme 50, 197

Nécessaire 29

Néoplatonisme 142

Névrose 132

Nietzsche Friedrich 184, 189

Obéissance 143

Pacte social 101

Pascal Blaise 133

Passion 83, 165

Passion collective 207

Passivité 167

Péguy Charles 187

Perceptions 20

Plaisir 39, 91

Platon 70

Politique 70, 199

Pouvoir 65, 133, 206

Powell Colin 202

Profit 155

Progrès social 91

Prolétariat 152

Ptolémée 143

Pulsion 128-129

Raison 22, 165

Rand Ayn 85

Réalité 112, 166

Reconnaissance 98

Règle d’or 187

Régnier Henri de 90

Religion 137, 139, 142

Réminiscence 216

Responsabilité 51, 63

Ressentiment 194

Rêve 132

Révolution prolétarienne 155

Richesse 153

Rosenbaum Alissa 90

Rousseau Jean-Jacques 95

Ruse 71

Russell Bertrand 213

Sacrifice 93

Saint Augustin 70, 134

Saint Thomas 23

Sartre Jean-Paul 55

Schéma 109

Schopenhauer Arthur 75

Science 143

Sénèque 164

Sens 20, 139

Siffredi Rocco 125

Société 95, 100, 147

Socrate 43, 145, 209

Spinoza Baruch 25

Spiritualité 142

Stoïcisme 166

Sublimation 130

Surhomme 197

Surmoi 132

Tonneau des Danaïdes 43

Totalitarisme 53

Trahison 204

Transcendance 142, 175

Travail 153

Un 142

Utilitarisme 186

Vengeance 196

Vérité 15, 143, 182, 203

Vice 71

Vinci Léonard de 130

Violence 72

Volonté 82

Volonté générale 103

Volonté individuelle 103

Weil Simone 199

Yourcenar Marguerite 160

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Extraits

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Avant de commencer

Je dois vous faire une confidence : rien ne me prédestinait à faire de la philosophie. Je suis issu d’un milieu ouvrier, et à la maison, les factures impayées étaient une source de préoccupation bien plus importante que les questionnements sur le sens de l’existence. Pas de grande bibliothèque dans le salon, ni de discussions enflammées le soir sur La République de Platon. Mon accès à la culture se limitait essentiellement à la télévision : documentaires, émissions de débats et films du dimanche soir.

Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour vous faire comprendre que j’ai grandi avec l’idée que la philosophie n’était pas faite pour moi. Quand j’entendais parler de philosophie, je m’imaginais un monde réservé à des gens qui avaient baigné toute leur vie dans les livres, les conférences et les laboratoires de recherche. Qui étais-je, moi, l’enfant de prolétaires, pour prétendre à ce monde-là ? Je sais que je suis loin d’être seul dans ce cas, et que certains d’entre vous se reconnaîtront dans ce portrait. Mais je sais également, aujourd’hui, que cette barrière entre le monde de la philosophie et celui des « gens normaux » est d’abord une barrière mentale.

La philosophie accompagne ma vie depuis mon enfance. Dès l’école primaire, je me posais des questions dont j’ignorais alors qu’elles étaient de nature philosophique. Pourquoi existons-nous ? La réalité est-elle ce que nous en percevons ? Qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ? Arrivé au lycée, j’ai découvert que ces questions, que je croyais naïves et propres à mon vécu personnel, avaient nourri l’esprit des grands penseurs au cours de l’histoire. Je découvris Socrate, Épicure, les cyniques, les stoïciens… Et soudain, je compris que je n’étais pas seul. Ces philosophes, que je ne connaissais pas et qui vivaient à des époques si reculées, s’étaient posé les mêmes questions que moi. Je venais de réaliser que la philosophie était aussi faite pour moi. Et bien que je ne mesurais pas du tout ce que cela impliquait concrètement, je décidai, à cet instant, d’en faire mon futur métier.

Les difficultés apparurent durant ma première année d’études de philosophie à l’université. Là, j’entendais mes professeurs employer des mots qui auraient tout aussi bien pu provenir d’une langue étrangère. « Métaphysique », « phénoménologie », « transcendantal »… Ce fut la douche froide. Moi qui avais entrepris des études de philosophie par amour pour la réflexion, voilà que je me retrouvais confronté à un mur de concepts qui n’avaient aucune signification pour moi. Étais-je le seul à ne rien comprendre ? Mes camarades avaient l’air si sûrs d’eux, ils débattaient de leurs désaccords avec aisance et citaient des auteurs dont je ne connaissais même pas le nom. Avais-je été trop présomptueux en me croyant capable de faire de la philosophie ?

Mais je ne me laissais pas abattre. Je gardais à l’esprit cette citation de Marc Aurèle, l’une des rares que je pouvais me vanter de connaître par cœur : « Rien de ce qui est possible à l’homme ne saurait être au-dessus de tes forces. » Je lisais et relisais les textes que je ne comprenais pas. J’enregistrais mes cours sur un dictaphone et les écoutais en boucle pendant mes séances de sport. Je consultais des manuels de révision, questionnais mes professeurs, écoutais des cours en ligne. Et au fil des mois, je commençais à tisser des liens entre les concepts, à les voir s’imbriquer, s’articuler. Progressivement, les choses prenaient sens. Enfin.

J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.

Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.

Dans chacune des vingt leçons qui composent ce livre, je vais vous présenter la pensée d’un philosophe. Chaque leçon sera précédée d’une petite histoire destinée à introduire, de façon ludique (et parfois inattendue), la pensée du philosophe en question. Certaines de ces histoires sont librement inspirées de faits réels, d’autres font référence à des œuvres de la culture populaire, d’autres, enfin, sont entièrement fictives. Par le choix de ce format, j’ai souhaité combiner les deux compétences que mes élèves et mes auditeurs me reconnaissent le plus souvent : expliquer des idées complexes avec des mots simples et les illustrer de façon concrète. J’ai bon espoir qu’en procédant ainsi, ce livre donnera matière à divertir autant qu’à réfléchir.

Le choix des vingt philosophes n’a pas été simple à faire. Il m’a fallu rayer de ma liste bon nombre de penseurs éminents, et je sais que certains me reprocheront d’avoir mis sur la touche des figures qu’ils jugent incontournables. Mais choisir, c’est renoncer. J’ai donc pris le parti de sélectionner ces vingt philosophes en fonction de deux critères principaux : la diversité des visions du monde qu’ils proposent, et leur accessibilité à un public de non spécialistes. Il va sans dire (mais il va encore mieux en le disant) que vous n’êtes pas obligés d’adhérer à l’intégralité des conceptions qui vont être exposées dans ce livre, ce qui serait d’ailleurs difficile dans la mesure où les vingt philosophes présentés ici ne sont eux-mêmes pas d’accord entre eux. La philosophie n’est pas une science exacte. Elle ne délivre pas de vérités absolues gravées dans le marbre. Ce qu’offre la philosophie, ce sont des idées, des pistes de réflexion, des perspectives nouvelles, avec lesquelles vous pouvez être en accord ou en désaccord, mais qui, quoi qu’il arrive, vous permettront d’élargir votre regard sur le monde et d’interroger vos certitudes. Car c’est avant tout cela, la philosophie : une invitation à penser contre soi-même.

Ces précisions étant faites, la visite va pouvoir commencer. Que vous soyez novices en philosophie ou déjà familiers avec ses concepts, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir ces penseurs et leurs idées que j’en ai eu à vous les transmettre. Et surtout, qu’après avoir achevé la lecture de ce livre, vous fassiez partie de ceux qui clament fièrement : « La philosophie, c’est pour moi aussi ! »


CHAPITRE 1

Descartes

Où est la vérité ?

« Le premier précepte que je me donnais d’observer était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle. »

Raymond n’oubliera jamais ce qu’il a vu le 4 mars 2021.

Chauffeur poids lourd depuis plus de trente ans, Raymond sillonne les autoroutes et les départementales de Normandie, faisant la navette entre son dépôt, la centrale d’approvisionnement et les trois hypermarchés où il livre la marchandise destinée à être mise en rayon.

En cette journée hivernale, le ciel était dégagé mais l’air particulièrement froid. Raymond pouvait le sentir s’infiltrer dans ses narines même à travers les vitres fermées de son camion. La matinée se déroula sans accroc. Raymond avait réceptionné la marchandise à la centrale à huit heures du matin, et à onze heures, la première livraison était faite. Il profita de cette confortable avance sur son horaire pour s’accorder une pause-déjeuner dans un de ces restaurants routiers où il a ses habitudes, avec buffet à volonté. C’était vendredi, et le vendredi, on a le droit de se faire plaisir.

Raymond reprit la route aux alentours de treize heures. Le soleil rayonnait, mais l’air était toujours aussi glacial. Raymond soufflait régulièrement entre ses mains pour les réchauffer, malgré le thermostat réglé au maximum.

Alors qu’il roulait sur une route côtière, le long de la Manche, son attention fut attirée par quelque chose dans la mer. Il tourna la tête, et là, derrière la digue rocheuse sur laquelle s’écrasaient les vagues grises, il vit un cargo qui flottait dans les airs, plusieurs mètres au-dessus de l’eau.

« Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? »

Raymond cligna fortement des yeux, comme pour se réveiller d’une hallucination.

« Non mais je deviens fou ! »

Rien à faire, le bateau demeurait là, suspendu au-dessus de l’eau. Aussi interloqué qu’inquiet, il arrêta son camion sur le bas-côté pour observer la scène. C’était la chose la plus troublante et la plus surréaliste qu’il ait jamais vue.

Sous l’effet du choc, et parce que Raymond appartient à une autre génération, il n’eut pas le réflexe de saisir son smartphone pour prendre une photo du phénomène, auquel il devinait déjà que personne dans son entourage ne croirait. Il eut quand même l’idée d’allumer la radio locale pour voir s’ils en parlaient aux informations. Rien. Pendant ce temps-là, le cargo était toujours en lévitation, immobile, entre la mer et le ciel.

Raymond se demanda s’il fallait prévenir les autorités maritimes afin de les avertir de l’anomalie physique qui était en train de se dérouler. Mais il se ravisa. Peut-être était-il effectivement sous l’emprise d’une hallucination ? Il s’était resservi plusieurs fois du vin au déjeuner. Nul doute que s’il appelait la gendarmerie, on lui ferait passer un test d’alcoolémie, que celui-ci se révélerait positif, et que sa licence de chauffeur lui serait retirée. Prévenir les autorités dans ces conditions ? Pas question. Raymond se félicita de cet éclair de lucidité qui, à défaut de lui fournir une réponse au mystère du bateau flottant, allait au moins lui permettre de finir la journée chez lui, et non dans une cellule de dégrisement.

Raymond remonta dans sa cabine, redémarra et reprit l’itinéraire prévu. Il ne parla à personne de ce qu’il avait vu l’après-midi. En ramenant le camion au dépôt le soir, son patron Xavier était là. Raymond lui tendit les clefs du véhicule sans dire un mot.

« Ça a été aujourd’hui ?

— Oui, rien de spécial. »

Il osa quand même ajouter : « J’ai vu un truc bizarre en longeant la mer. On aurait dit qu’un bateau flottait au-dessus de l’eau. »

Il avait pris soin de choisir ses mots : « on aurait dit », croyant que cette prudence linguistique le mettrait à l’abri des moqueries de son patron.

« Ah ah ah ! Va te reposer, mon Raymond, tu es fatigué. »

Raymond ne reparlera plus jamais de l’événement dont il a été témoin ce jour-là. Mais depuis, quand il entend parler d’un phénomène inexpliqué, paranormal ou surnaturel, il écoute attentivement sans se moquer, conscient que certaines choses doivent être vues pour pouvoir être crues.

*

Alors, qu’est-il arrivé à Raymond ce jour-là ? A-t-il été victime d’une hallucination, comme il l’a lui-même envisagé ? A-t-il eu le poignet trop leste sur la fontaine à vin ? Non. Raymond a simplement été témoin de ce qu’on appelle un « mirage froid ».

Les mirages appartiennent à la grande famille des illusions d’optique. Il s’agit de phénomènes naturels dus à la déviation de la lumière en raison d’écarts de température entre les couches d’air. Un mirage est dit « chaud » quand la température au sol est plus élevée que dans les airs. C’est le cas, par exemple, lorsque vous croyez voir une flaque d’eau sur le bitume les jours où le soleil chauffe intensément. Un mirage est dit « froid » quand les couches d’air près du sol (en l’occurrence, près de l’eau) sont plus froides que les couches d’air au-dessus. Vous aurez alors l’impression de voir des objets en lévitation. C’est le phénomène auquel Raymond a assisté. Il n’était donc ni ivre, ni sujet à une hallucination : il a simplement constaté ce que les conditions météorologiques ont créé sous ses yeux.

L’histoire de Raymond n’est pas totalement fictive. Il y eut réellement un mirage de cette nature le 4 mars 2021, au large de la ville de Falmouth, en Angleterre. De nombreux automobilistes s’arrêtèrent pour prendre une photo du « bateau flottant » avant que l’image ne fasse le tour des réseaux sociaux. Ce fut l’occasion pour les météorologues de donner une explication rationnelle à ce qui, il faut bien le dire, semble à première vue défier la logique.

La leçon de Descartes : Ne vous fiez pas aux apparences

Le philosophe français René Descartes (1596-1650) a bâti toute sa philosophie sur l’idée qu’on ne pouvait pas se fier à nos perceptions pour atteindre la vérité. En effet, rien n’est plus trompeur qu’une perception. Et l’exemple qu’il utilise pour le démontrer est assez proche de l’expérience vécue par Raymond.

Dans ses Méditations métaphysiques, Descartes prend l’exemple d’un bâton qu’il plonge dans l’eau. Ce bâton, précise-t-il, est parfaitement droit. Pourtant, lorsqu’il se retrouve immergé dans l’eau, il apparaît coupé à la surface. Que faut-il en conclure ? Que les propriétés physiques du bâton changent lorsque celui-ci est dans l’eau ? Qu’il se casse et se recompose entre le moment où on l’immerge et le moment où on le sort de l’eau ? Voilà qui serait pour le moins étrange.

L’explication est beaucoup plus terre à terre : lorsque nous regardons un bâton plongé dans l’eau, les conditions optiques sont modifiées. En passant de l’air à l’eau, la lumière est déviée de sa trajectoire, créant cette impression de brisure à la surface. Vous pouvez faire l’expérience chez vous en plaçant un crayon dans un verre d’eau. Vous verrez alors exactement le phénomène décrit par Descartes.

La conclusion à laquelle aboutit Descartes, c’est qu’en matière de connaissance, on ne peut pas faire confiance à nos sens. Car nos sens ne nous renseignent pas sur la réalité, mais sur les apparences de la réalité. À ce titre, ils constituent une source d’erreur majeure. C’est valable pour ce que nous voyons, mais aussi pour ce que nous entendons, touchons, sentons ou goûtons. Qui n’a jamais tourné la tête subitement dans la rue, croyant avoir entendu quelqu’un l’appeler par son prénom ? Les illusions sensorielles sont partout autour de nous, et pour Descartes, s’appuyer sur nos perceptions pour connaître la réalité, c’est bâtir toute notre connaissance sur du sable.

Il faut douter de tout

Vous savez comment sont les philosophes : d’une taupinière, ils font une montagne. Descartes aurait pu s’en tenir à une simple mise en garde. « Nos sens sont parfois trompeurs, restons prudents. » Mais non. En scientifique rigoureux (rappelons que Descartes n’était pas seulement philosophe, il était aussi physicien et mathématicien), il va radicaliser cette idée et en faire le socle de sa méthode d’investigation philosophique. Voici son raisonnement.

Si nous nous sommes rendu compte que nos sens nous avaient déjà trompés ne serait-ce qu’une seule fois, techniquement, cela signifie deux choses : qu’ils pourront nous tromper à nouveau, et surtout, qu’ils nous ont peut-être trompés à d’autres reprises sans que nous le sachions. Autrement dit, ce n’est pas seulement telle ou telle de nos connaissances qui doit être mise en doute, ce sont TOUTES nos connaissances ! On appelle cela le « doute radical », aussi appelé « doute hyperbolique », puisqu’il s’applique à l’intégralité de ce que nous tenons ordinairement pour vrai. Et comme ce doute n’a pas vocation à demeurer éternellement, mais qu’il constitue simplement la première étape vers l’établissement d’une connaissance plus fiable, il sera dit « méthodique ».

Douter de tout, y compris de ce qui nous paraît le plus sûr et le plus évident, tel est, selon Descartes, le seul et unique moyen de reconstruire tout l’édifice de la connaissance sur des bases solides. Mais alors, jusqu’où faut-il aller ? Devrions-nous douter de l’existence de la réalité elle-même ? Devrions-nous douter de notre propre existence ?

La réponse est oui.

L’hypothèse du malin génie

Pour illustrer le fait que toutes nos connaissances sont douteuses, Descartes prend l’exemple du rêve. En effet, lorsque nous rêvons, nous avons l’impression que ce que nous vivons est parfaitement réel, y compris les situations les plus absurdes et incongrues. Ce n’est qu’au réveil que nous nous rendons compte qu’il s’agissait en réalité d’une pure fabrication de notre esprit.

De cet exemple du rêve, Descartes va tirer une hypothèse, celle du « malin génie1 ». Supposons, écrit-il, qu’un être maléfique emploie toute sa ruse à nous tromper sur tout ce que nous percevons. Une telle hypothèse peut prêter à sourire, mais comment l’écarter sans prendre le risque d’accepter comme vraies des choses qui ne le sont pas ? Après tout, si nous vivions dans un rêve, il nous serait impossible d’en avoir conscience.

Mais Descartes va encore plus loin. Si nous devons douter de l’existence de la réalité, nous devons également douter de notre propre existence. Car comment savons-nous que nous existons ? Nous le savons parce que nous avons la perception de notre corps. Nous pouvons le voir, le toucher, le sentir… Très bien ! Mais le même problème se pose : comment être sûrs que cette perception n’est pas, elle aussi, une illusion ?

Face à tant d’incertitudes, Descartes va entrevoir la solution : le recours à la raison. Que nous dit la raison ? Elle nous dit que même dans l’hypothèse où la réalité serait effectivement une illusion, il y a cependant une chose qui ne peut pas être une illusion, à savoir le fait que nous pensons. Le contenu de notre pensée peut bien être faux, il peut même porter sur une réalité qui n’existe pas, cela n’enlève rien au fait que notre pensée, elle, est bien réelle. Or, comment pourrait-il y avoir de la pensée sans l’existence d’un « je » qui pense ? Ce serait là une absurdité logique. Pour qu’il y ait pensée, il faut nécessairement qu’existe un sujet pensant. Cogito ergo sum (« je pense donc je suis ») : telle est la première vérité indubitable à laquelle aboutit Descartes.

Descartes n’était pas cartésien !

Une erreur s’est progressivement installée dans le langage courant. C’est celle qui consiste à désigner comme « cartésien » quelqu’un qui, à la manière de l’apôtre saint Thomas, « ne croit que ce qu’il voit ». Comment vous dire qu’il n’est pas possible de commettre plus grand contresens ? Car tout le propos de Descartes est justement de critiquer l’idée que nos perceptions seraient une source fiable de connaissance. Ne croire que ce qu’on voit, c’est donner aux illusions, aux rêves et aux hallucinations davantage de crédit qu’à la pensée rationnelle, ce qui, aux yeux de Descartes, est absurde.

Quant à ceux qui pensent qu’être « cartésien » signifie ne pas croire en Dieu, là encore, mauvaise pioche ! Car figurez-vous que non seulement Descartes était un fervent chrétien, mais qu’il est même connu pour avoir proposé une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu.

Donc, de deux choses l’une : ou bien on utilise mal l’adjectif « cartésien », ou bien Descartes lui-même… n’était pas cartésien !

____________

1.?Il faut entendre ces deux mots au sens ancien : un « génie » est un être doté de pouvoirs surnaturels, et l’adjectif « malin » renvoie à la fois au « mal » et à la « ruse ».


AU SUJET DE L’AUTEUR

Charles Robin, Le précepteur

1986 –

« Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant plus de dix ans.

Depuis 2018, je partage ma passion pour la philosophie sur ma chaine YouTube « Le Précepteur ». Mon objectif : rendre la pensée des grands auteurs accessible à tous et montrer que la philosophie n’est ni obscure ni élitiste, mais qu’elle peut éclairer la vie de chacun, pour peu qu’on la rende vivante, simple et proche de nos questions les plus intimes.

Avec ce livre, j’espère vous réconcilier avec cette discipline merveilleuse et, peut-être, faire changer votre regard sur le monde. »

Source : Éditions Larousse.

Je m’appelle Charles Robin, j’ai exercé comme professeur particulier de philosophie pendant dix ans. J’ai créé la chaîne YouTube « Le Précepteur » en 2018 pour partager ma passion pour la philosophie.

Lorsque j’ai démarré sur YouTube, je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir un tel engouement du public pour la philosophie. YouTube est avant tout une plateforme de divertissement, et si on m’avait dit un jour que mes vidéos sur Platon, sur Spinoza ou sur le stoïcisme seraient vues par plusieurs millions de personnes, je ne l’aurais jamais cru.

C’est assez paradoxal car, au fond, j’ai toujours considéré que la philosophie était une discipline ouverte à tous et qui s’adressait au plus grand nombre. Bien souvent, si les gens tournent le dos à la philosophie, c’est surtout à cause de la manière dont on leur en parle. Beaucoup l’associent à du verbiage pompeux et sans grande utilité, sans voir que les questions que soulève la philosophie sont des questions qui les concernent directement et qu’ils se posent eux-mêmes au cours de leur vie. Et ça, ce sont d’abord les représentants de la philosophie qui en sont responsables.

Source : Site web de Charles Robin, Le précepteur.


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DU MÊME AUTEUR

Charles Robin, Le précepteur

Livre numérique gratuit

TOUS PHILOSOPHES ?

tous-philosophes-charles-robin-002

Saviez-vous qu’un enfant qui dit « Je n’ai pas fait exprès » manifestait en fait son adhésion à la morale déontologiste de Kant ?

Saviez-vous que le fait de dire « Je fais ce que je veux » traduisait un net penchant pour l’existentialisme de Sartre et son rejet du déterminisme ?

Saviez-vous enfin que quelqu’un qui vous disait « Je t’aime » était en réalité victime d’un stratagème de la nature ? Aimer, pour Schopenhauer, c’est d’abord vouloir… reproduire l’espèce ! […]

TÉLÉCHARGEZ MON LIVRE « TOUS PHILOSOPHES ? » GRATUITEMENT ICI :

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REVUE DE PRESSE

“La philosophie, c’est pour vous aussi !”, de Charles Robin : les petites et grandes leçons du “précepteur”, Philosophie magazine, 20 octobre 2025

“La philosophie, c’est pour vous aussi !”, de Charles Robin : la vulgarisation en situation

Gaëlle Jeanmart – PhiloCité

L’HISTOIRE DE LA PHILO GRAND PUBLIC : LES ÉMISSIONS ET PODCATS EN LIGNE

4. Le Précepteur

Les vidéos ici sont à la plus longues (entre 25 et 45’) et c’est souvent un exposé avec une image fixe (le portrait du philosophe généralement) dans le format classique d’un exposé académique, et d’un ton sérieux (pas question de faire un gag à deux balles, ici!). Le public est donc probablement un peu plus âgé ou plus scolaire (le précepteur propose une remédiation scolaire et prépare donc au bac philo) que celui de Cyrus. Le précepteur, Charles Robin, ne porte en somme pas trop mal son nom de précepteur (même si on voit aussi qu’il fait de la muscu régulièrement, ce qui fait déjà un peu moins prof de philo…). Il s’agit en général d’aborder une notion clef ou un problème chez un philosophe en particulier (les thèmes sont hyper classiques et se retrouvent d’ailleurs souvent dans d’autres podcast philo), mais pas que : le précepteur ne s’interdit pas à l’occasion d’analyser une pratique, une expression ou un personnage à la mode comme le développement personnel ou la philosophie de D. Raoult, par exemple. C’est fouillé, clair et clairement problématisant.

[UNE PROF EN FRANCE] Bac philo : mieux vaut Internet qu’une salle de classe ?

Bac 2022 : Monsieur Phi et Le Précepteur, deux youtubeurs qui vous font aimer la philosophie

InPower par Louise Aubery – « La philo n’est pas réservée à une élite » avec Charles Robin aka le Précépteur

Entretien avec Le précepteur « Questionner le pour quoi ?

Charles ROBIN, professeur de philosophie

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MON RAPPORT DE LECTURE

La philosophie c’est pour vous aussi

CHARLES ROBIN, LE PRÉCEPTEUR

Enfin ! Un livre de philosophie facile à comprendre ! LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Cet homme excelle dans la vulgarisation de la philosophie. Je le reconnais même comme le Grand Maître de la vulgarisation philosophique. À ce titre, on comprend aisément que son auditoire compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube et d’autres plateformes de diffusion de ses podcasts. Il atteint sans détour son objectif à chacune de ses interventions : « Donner matière à penser ». Le premier chapitre en extrait ci-dessus démontre tout le talent de ce « précepteur » dans l’enseignement populaire de la philosophie.

Je suis convaincu que la majorité des gens sont comme moi : ils s’intéressent à la philosophie, mais ils ont l’impression d’en être exclus. Ils se posent des questions sur la vie, sur le monde et sur eux-mêmes, ils aimeraient comprendre ce que Kant disait de la morale, Rousseau de la société et Sartre de la liberté, mais ils se désolent que les représentants de la philosophie ne fassent pas l’effort de se mettre à leur niveau pour le leur expliquer avec des mots simples. Telle est l’ambition de ce livre : rendre la philosophie enfin concrète et accessible à tous.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XII.

Charles Robin, NOTRE précepteur, s’est fait une promesse après avoir obtenu son master : « Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière ».

J’ai finalement décroché mon master avec une moyenne de 15,5/20. Compte tenu de là où je partais, c’était un exploit ! Je me fis alors une promesse, celle de ne jamais oublier la frustration qu’on ressent quand on est confronté à une pensée qu’on ne comprend pas. Celle de ne jamais avoir de mépris pour tous ceux qui, comme moi autrefois, sont attirés par la philosophie, mais sans en maîtriser le langage, les codes ou les références. Celle de tout faire pour sortir la philosophie du ghetto académique dont elle est retenue prisonnière. Telle est la mission que je me suis donnée au cours des dix années durant lesquelles j’ai enseigné la philosophie comme professeur particulier, et que je continue à mener à travers mon travail de vulgarisation sur ma chaîne YouTube « Le Précepteur », que vous êtes aujourd’hui plus d’un million à suivre.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, Larousse, 2025, p. XI.

Tant et aussi longtemps que la philosophie demeure entre les griffes académiques, elle ne s’inscrit pas son destin au sein de notre société. Et c’est dommage ! Car la philosophie donne effectivement matière à penser et elle nous incite ainsi à nous pencher sur notre manière de pensée, sur le comment nous pensons.

À mon avis, il ne s’agit d’adopter une ou des philosophies particulières. Je n’ai aucun philosophie préférée. Je m’intéresse au comment nos philosophes pensent, à leurs manières de penser. J’aime bien approfondir tout ce qui concerne la théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie en allemand), ou philosophie de la connaissance ou encore gnoséologie (Composé à l’aide de gnoséo?, tiré du grec gnôsis, « connaissance », et de ?logie, tiré du grec logos, « discours, traité ». Partie de la philosophie qui traite de l’origine, des fondements, des limites de la connaissance.)

En amont, je me dois de comprendre les différentes philosophies des différents philosophes et Charles Robin m’en offre l’occasion à chacune de ses interventions. Pour tout vous dire, il me captive non seulement par son propos mais aussi par son approche explicative.


Voici le résumé de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN par l’IA ChatGPT:

Très bien — voici un résumé court, clair et conceptuel, chapitre par chapitre, fidèle à l’esprit du livre de Charles Robin, sans entrer dans le détail scolaire.

1. Descartes – Où est la vérité ?

La vérité ne se trouve pas dans les apparences ni dans l’opinion commune. Pour penser juste, il faut douter méthodiquement et examiner ses croyances, quitte à remettre en cause ce que l’on croyait évident.

2. Spinoza – Le hasard existe-t-il ?

Ce que nous appelons « hasard » est surtout le nom de notre ignorance des causes. Le monde est déterminé, mais comprendre ce déterminisme permet une forme de liberté intellectuelle.

3. Épicure – Comment être heureux ?

Le bonheur repose sur la modération des désirs, non sur leur multiplication. Savoir distinguer les désirs nécessaires des désirs vains est la clé de la sérénité.

4. Hannah Arendt – Qu’est-ce que le mal ?

Le mal n’est pas toujours monstrueux : il peut venir de l’absence de pensée, du conformisme et du refus de responsabilité individuelle.

5. Sartre – Sommes-nous libres de nos choix ?

L’homme est radicalement libre, même lorsqu’il se croit contraint. Cette liberté est angoissante, car elle nous rend entièrement responsables de ce que nous sommes.

6. Machiavel – Comment gouverner un peuple ?

La politique obéit à une logique propre, distincte de la morale privée. Gouverner, c’est parfois choisir le moindre mal pour préserver l’État.

7. Schopenhauer – Quel est le but de la vie ?

La vie est dominée par un désir sans fin, source de souffrance. L’amour et la sexualité participent d’un mécanisme biologique plutôt que d’un idéal romantique.

8. Ayn Rand – Devons-nous aider les autres ?

L’altruisme n’est pas toujours une vertu. Rand défend l’idée que l’égoïsme rationnel peut être moral, car vivre pour soi n’est pas nécessairement nuire aux autres.

9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ?

La société est une construction nécessaire pour dépasser la force brute. La volonté générale vise l’intérêt commun, pas la somme des intérêts individuels.

10. Hume – Comment se forment nos connaissances ?

Nos connaissances reposent sur l’habitude, non sur la certitude absolue. La causalité elle-même est une croyance issue de l’expérience répétée.

11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ?

Les conventions sociales peuvent aliéner. Diogène prône une liberté radicale, fondée sur la simplicité et le mépris des faux besoins.

12. Freud – Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

Nos désirs inconscients nous gouvernent souvent à notre insu. La culture et la création permettent de sublimer ces pulsions plutôt que de les subir.

13. Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ?

Lorsque la foi se transforme en dogme, elle peut étouffer la raison. La pensée critique est indispensable pour résister au fanatisme.

14. Marx – Peut-on échapper à notre condition sociale ?

Nos idées sont largement façonnées par notre position sociale. Comprendre les rapports de classe est une condition pour transformer la société.

15. Épictète – Comment maîtriser nos émotions ?

La paix intérieure consiste à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. La sagesse stoïcienne repose sur le détachement.

16. Simone de Beauvoir – Que veut dire « être une femme » ?

On ne naît pas femme, on le devient. Les inégalités sont des constructions sociales, non des fatalités naturelles.

17. Kant – A-t-on le droit de mentir ?

La morale ne dépend pas des conséquences, mais de principes universels. Mentir est moralement interdit, même si cela semble utile.

18. Nietzsche – D’où vient la morale ?

La morale traditionnelle est née du ressentiment des faibles. Nietzsche invite à créer ses propres valeurs et à dépasser la morale de culpabilité.

19. Simone Weil – Peut-on faire de la politique sans mentir ?

La politique moderne sacrifie souvent la vérité au pouvoir. Weil appelle à une politique fondée sur la justice et l’attention au réel.

20. Socrate – Que savons-nous ?

La sagesse commence par la reconnaissance de son ignorance. Questionner, dialoguer et accoucher des idées : telle est la maïeutique socratique.

 – FIN DU RÉSUMÉ PROPOSÉ PAR ChatGPT –


Ce résumé me semble correct. Sans plus. Ce qui donne à chaque chapitre et son explication tout son intérêt dans notre compréhension provient des exemples. En effet chaque chapitre commence par un exemple concret relatant une situation donnée avec des personnes en action. L’explication de la philosophie en vedette dans le chapitre devient ainsi saisissable puis évidente. Charles Robin a choisit les exemples avec une attention toute particulière à la philosophie en vedette. Il pratique-là un art et une logique de haut niveau.


La loi permet la cohabitation

(…) Le rôle de la loi est donc le suivant : autoriser tout ce qui ne nuit pas à autrui. En d’autres termes, vivre en société, c’est accepter de renoncer à une partie de la liberté pour rendre possible la cohabitation avec les autres. La loi apparaît ainsi comme un moyen de préserver l’équilibre social dans le respect des droits de tous, conformément au principe selon lequel « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

En acceptant de céder une partie de leur liberté en échange des avantages de la vie en société, les individus scellent ce que Rousseau appelle un « pacte social ». Ce contrat implicite stipule que tous les citoyens, inégaux en capacité (c’est-à-dire devant la nature), son désormais égaux en droits (c’est-à-dire devant la loi). Dans cette configuration, nul n’est autorisé à imposer sa volonté à ses semblables. Tout le monde doit se conformer à la loi, et la loi est la même pour tous. (…)

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.101.

Dans le neuvième chapitre de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, Charles Robin expose fort bien la nécessité d’édicter et de respecter des règles communes pour les hommes vivant en société selon la philosophie de ROUSSEAU. C’est clair, net et précis. Les politiques mettent souvent à l’épreuve ce fameux « pacte social » et il trouve là des lignes à ne pas franchir pour éviter d’affaiblir la vie en société au risque de provoquer le chaos.

Au Canada, Pierre Elliott Trudeau (alors ministre de la Justice, en décembre 1967) dira au sujet de la vie privée et des lois sur la sexualité était : « L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation. »

Cet affirmation de Pierre Elliott Trudeau faisait se référait à l’homosexualité et à la réforme des lois sur la sexualité privée. Concrètement, il répondait alors aux journalistes à propos du Criminal Law Amendment Act (aussi appelé Bill C-150), un projet de loi présenté en 1967 pour réformer le Code criminel, notamment en éliminant certaines dispositions qui criminalisaient les relations sexuelles privées entre adultes consentants, y compris entre personnes de même sexe.

Autrement dit, dans ce contexte, la liberté des législateurs trouve sa limite là où commence la vie privée des citoyens, dès lors que celle-ci ne porte pas atteinte au pacte social

La loi, nous dit Rousseau, doit être l’expression de la volonté générale. Car s’est sur la volonté générale que se fonde la souveraineté du peuple. Un peuple qui obéit à ses propres lois n’est pas un peuple asservi. C’est au contraire un peuple libre, car c’est un peuple qui obéit à lui-même.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 9. Rousseau – Pourquoi vivons-nous en société ? Paris, Larousse, 2025, p.103.

Alors comme s’assurer de la volonté générale ?

La volonté générale n’est pas :

  • la somme des volontés individuelles ;
  • l’opinion de la majorité en tant que telle ;
  • un sondage ou une moyenne statistique.

La volonté générale est : « ce que tous voudraient s’ils délibéraient comme citoyens et non comme individus privés. »

Elle vise :

  • l’intérêt commun,
  • le bien public,
  • ce qui est valable pour tous sans exception.

Une loi peut tout de même protéger une communauté sans sortir de la volonté générale si cette loi vise alors une situation et non pas une identité.

Exemples :

  • protection des enfants,
  • protection des personnes handicapées,
  • règles linguistiques,
  • protection des minorités religieuses.

Ce n’est pas « le groupe est favorisé », mais « cette situation crée une vulnérabilité que la loi doit corriger ».

L’esprit est une toile vierge

Hume est le représentant d’un courant philosophique qui s’appelle l’«empirisme(8) ». La thèse du courant empiriste peut se résumer ainsi : toute connaissance provient de l’expérience. Précision qu’en philosophie, le mot « expérience » n’est pas à entendre au sens courant de « vécu » ou de « pratique dans un domaine ». Il signifie le fait d’«éprouver » ou de « percevoir ». Pour les empiristes, nos idées sont donc le résultat d’une accumulation de perceptions.

____________

(8) Du latin empeiria qui signifie « expérience ».

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, p.111.

Le problème avec les perceptions, c’est qu’elles ne correspondent pas nécessairement à des connaissances vraies, c’est-à-dire conforment à la réalité.

Si, comme le souligne Charles Robin, nous nous faisons une idée générale de qu’est un chien seulement après perçu de nombreux chiens différents auxquels nous reconnaissons des caractéristiques communes, « nos idées sont le prolongement, sous forme abstraite, de perceptions concrètes ».

Par définition, il ne nous est pas possible de connaître la réalité au-delà de l’expérience qu’on en a. Nous pouvons faire des déductions, des suppositions, des prévisions, mais dès lors que quelque chose échappe à notre expérience directe, nous ne pouvons parler à son sujet que de croyance, et de connaissance. L’exemple du lever du soleil est particulièrement adapté : « cette connaissance » repose en effet sur le présupposé selon lequel ce qui a eu lieu aujourd’hui aura forcément lieu demain. Mais ça, qu’est-ce qui nous le prouve ? Rigoureusement parlant, nous n’en savons rien. Ainsi, au lieu de dire que nous « savons » que le soleil se lèvera demain, nous devrions plutôt dire que nous « croyons » que le soleil se lèvera demain. Tout n’est que croyance, car habitude ne veut pas dire certitude.

Pour autant, faut-il considérer toutes nos croyances comme dénuées de valeur ? Absolument pas ! Hume le dit clairement : au quotidien, nous croyances sont utiles pour naviguer dans le monde. Ce qu’il dit, c’est simplement qu’il ne faut pas leu attribuer un caractère de vérité absolue. Car qui sait si, demain, ce que notre expérience nous fait considérer comme une vérité ne sera pas remplacé par… une autre vérité ?

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 10. Hume – Comment se forme nos connaissance ? Paris, Larousse, 2025, pp. 112-113.

Se prononcer sur un sujet dont on a pas l’expérience directe serait donc l’expression d’un croyance ?

  • Première formulation : Se prononcer sur un sujet qui excède notre expérience directe relève, chez Hume, non de la connaissance démonstrative, mais de la croyance fondée sur l’habitude et l’expérience passée.
  • Deuxième formulation : Chez Hume, dès que nous dépassons l’expérience, nous ne savons pas : nous croyons — mais nous croyons nécessairement.
  • Troisième formulation : L’habitude produit de la croyance, non de la certitude ; mais sans cette croyance, aucune vie humaine n’est possible.

Personnellement, j’ai observé que beaucoup gens prennent pour vrai ce qu’ils pensent simplement parce qu’ils le pensent, et confondent ainsi croyance et certitude. Autrement dit : Nous croyons souvent ce que nous pensons vrai, mais croire n’est pas savoir.


Il arrive que nous tenions pour vrai ce que nous pensons simplement parce que nous le pensons, confondant ainsi croyance et certitude. Chez Hume, cette distinction est essentielle : croire n’est jamais équivalent à savoir, et nos certitudes quotidiennes reposent avant tout sur l’habitude et l’expérience passée.


Et l’opinion dans tout cela ?

L’opinion “classique” en philosophie « s’oppose à la connaissance certaine » :

  • L’opinion (doxa chez les Grecs) ou le jugement exprimé
  • Repose sur une réflexion ou un raisonnement
  • Peut être discutée ou critiquée
  • S’oppose à la connaissance certaine (epistémè)

Mais de nos jours, l’opinion n’implique plus nécessairement réflexion ni justification. Elle peut être purement subjective, spontanée ou sociale, ce qui rapproche certaines opinions de la simple croyance.


Tableau comparatif : Croyance / Opinion / Connaissance (ChatGPT)

Concept Définition classique / philosophique Caractéristique principale Exemple classique Exemple contemporain
Croyance Disposition psychologique à tenir quelque chose pour vrai, fondée sur l’habitude ou l’expérience Motive l’action, pas nécessairement justifiée « Le soleil se lèvera demain » (Hume) Croire qu’un produit est efficace parce qu’on l’a toujours utilisé
Opinion Jugement réfléchi ou argumenté sur ce qui est vrai ou juste Discursif, discuté, peut être critiqué « La justice consiste à donner à chacun ce qui lui revient » Tweet ou post politique impulsif, souvent sans preuve
Connaissance Savoir fondé sur des preuves, l’expérience ou la démonstration Justifiée, certaine ou rationnelle Théorème de Pythagore, loi scientifique vérifiée Preuve scientifique de l’effet d’un médicament

Permettez-moi de citer, pour la x-ième fois dans ce dossier, un chercheur américain, Louis Cheskin, pionnier de la recherche prédictive en marketing et des études de motivations d’achat des consommateurs.

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous nous intéressons à des informations objectives. En réalité, si l’on ne devient pas subjectif face à une nouvelle information objective, on ne s’y intéresse pas et on n’est pas motivé par elle. Nous disons que nous jugeons objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans la vie quotidienne. Nous choisissons les « choses » qui nous attirent subjectivement, mais nous considérons ces choix comme objectifs.

« Le comportement d’un individu se base sur son schéma de références. Le schéma de références d’un individu détermine ses attitudes. Consciemment et inconsciemment, un individu acquiert des concepts qui deviennent une partie de lui-même et qui sont la base de toutes ses attitudes. Le schéma de références est acquis des parents, des enseignants, des relations et des amis, du type d’émissions de radio que nous entendons, des émissions de télévision que nous regardons et du type de livres, magazines et journaux que nous lisons. La plupart d’entre nous croyons tirer des faits de ces sources, non pas des attitudes. Nous pensons que nous avons accumulé des informations objectives, non pas un schéma de références. »

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively.

We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

An individual’s behavior is based on his frame of refer-ence. A person’s frame of reference determines his attitudes. Consciously and unconsciously one acquires concepts that become part of him and are the basis of all his attitudes. The frame of reference is acquired from parents, teachers, relatives and friends, from the type of radio pro-grams we hear, the T.V. programs we watch and from the kind of books, magazines and newspapers we read. Most of us believe we acquire facts from these sources, not attitudes. We think we have accumulated objective information, not a frame of reference.

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82.

Louis Cheskin met l’emphase sur l’étude des perceptions des consommateurs et non pas sur leurs opinions. Demander à un consommateur s’il va acheter, par exemple, le nouveau produit A, B ou C, revient à lui poser une question DIRECTE, ce qui nous donne son OPINION en réponse. Louis Cheskin constate que l’approche des sondages d’opinion révèle clairement que les consommateurs ne font pas toujours ce qu’ils disent, qu’ils n’agissent pas conformément à leurs opinions.

Prédire le succès commercial d’un nouveau produit (d’une nouveau nom, d’un nouveau design, d’une nouvelle saveur, d’un nouvel emballage…) sur la base d’un sondage d’opinion ou même d’un groupe de discussions demeure très risqué. De fait, 90% des nouveaux produits mis en marché connaissent un échec. Mais là aussi, l’habitude des sondages est fortement ancrée chez les gens de marketing. Il en va de même pour l’une de ses composantes, la publicité. Il est dit que 50% de la publicité fonctionnent mais qu’on ne sait pas lequel.

Heureusement, Louis Cheskin n’a pas cette habitude et il ne provient pas du marketing; il n’a donc pas des habitudes et des croyances à combattre.

Lors de nombreux tests, il se rendra à l’évidence que la perception agit davantage et de loin sur les motivations d’achat des consommateurs. Avant même que le consommateur puisse se faire une opinion, son cerveau a déjà interprété la perception en lien avec son schéma de référence inconscient et ce dernier a pris de court la raison pour lui dicter l’attitude favorable ou défavorable qu’il doit adopter face au produit est ainsi déterminer s’il posera ou non un geste d’achat.

Lorsque l’on adresse une question directe au consommateur, on se confronte à son ego. Sa réponse (son opinion) ne doit pas nuire à son image. Bref, ses mécanismes de défense ne mettent en action. Il ne nous livre donc pas nécessairement des indices sur son comportement passé ou futur face au produit.

C’est pour ne pas éveiller ces mécanismes de défense que Louis Cheskin met au point ce qu’il appellera : l’Approche indirecte des Réactions du Marché. Nom qu’il attribua au titre d’un article publié dans la prestigieuse Harvard Business Review EN 1948.

J’explique tout cela dans mon livre COMMENT MOTIVER LES CONSOMMATEURS À L’ACHAT – TOUT CE QUE VOUS N’APPRENDREZ JAMAIS À L’UNIVERSITÉ offert en libre téléchargement (PDF GRATUIT).

Un élément crucial dans les travaux de Louis Cheskin demeure à souligner. Il n’étudie pas les consommateurs mais les produits et leurs capacités à motiver les consommateurs à l’achat. Ce choix s’impose à lui car c’est uniquement sur le produit que l’entreprise peut intervenir. Et de ce fait, il quitte la famille des sciences inexactes pour se joindre à la famille des sciences exactes, soit celles qui étudient des objets physiques. Pour lui, le consommateur n’est que le révélateur du pouvoir qu’exerce le produit sur lui.

Ce faisant, il découvre ce qu’il nommera le « transfert de sensations ». Le consommateur transfert inconsciemment les sensations qu’il ressent à la suite de sa perception du nom du produit au produit lui-même, de l’emballage au produit contenu dans l’emballage, de la publicité au produit annoncé, du prix au produit au produit lui-même sou l’angle de la qualité, de sa place en magasin au produit… Ce transfert de sensations s’effectue inconsciemment.

Voici la chaîne : Perceptions – Sensations – Traitement via le Schéma de référence – Attitude favorable ou défavorable – Geste d’achat ou non suivant l’attitude adoptée (et non pas suivant l’opinion du consommateur).

Tout ce long détour par le chercheur Louis Cheskin et ses travaux pour mettre en relief le fait que l’habitude, comme le souligne Hume, n’est pas fiable en ce qu’elle donne lieu à des croyances et non pas des connaissances conforment à la réalité.

« Je peux comprendre pourquoi les gens de marketing et de publicité ne peuvent pas saisir la signification du transfert de sensations, parce que je ne pouvais pas la saisir moi-même. J’ai accepté le transfert de sensations seulement après avoir vu plusieurs tests réalisés auprès des centaines d’individus. J’avais de la difficulté à accepter le transfert de sensations parce que ce dernier était contraire à mon schéma de références; contraire à mon éducation; en opposition avec mon orientation. Le transfert de sensations était une réalité et je ne pouvais pas l’affronter. Mais en n’y faisant pas face, en ne l’acceptant pas, je n’aurais pas été capable de résoudre des problèmes de marketing. »

« I can understand why marketing and advertising men can-not grasp the significance of sensation transference, because I could not grasp it. I accepted it only after I had seen several tests with hundreds of individuals. I had difficulty accepting it because it was contrary to my frame of reference ; it was contradictory to my education ; it was in opposition to my orientation. It was a reality I could not face. But without facing it, without accepting it, I would not be able to solve marketing problems.»

Cheskin, Louis, Secrets of marketing success, Trident Press, New York, 1967, p. 150.

Pour aborder la philosophie de Diogène de Sinope qui prônait le mépris des conventions sociale, Charles Robin donne en exemple le personnage principal du film « Forrest Gump ».

Forrest ne fonctionne pas comme la plupart des gens. Il ne réfléchit pas, ou plutôt, il ne calcule pas. Il ne voit pas le mal dans la franchise, ni de la honte dans le naturel. Et c’est bien ça, le problème. Car si tout nous pousse à voir en Forrest un jeune homme « inadapté », c’est-à-dire quelqu’un à qui les codes de la vie en société font défaut, il se pourrait bien que ce soit en réalité à nous, les « gens normaux », que quelque chose fasse défaut, à savoir l’authenticité.

Les conventions hypocrites, les règles de la bienséance, la comédie sociale, c’est tout cela que nous appelons « adapté ». Nous ne disons jamais qu’en étant adaptés à une société dont le mot d’ordre est de faire semblant, ce sont peut-être les gens comme nous qui ont à apprendre de tous les Forrest Gump de la planète. Des Forrest Gump qui se contentent de vivre alignés avec leur nature profonde, et qui ne se laisse pas dicter leur comportement par les regard des autres ni par les conventions sociales.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 118-119.

Pendant mes études, j’ai réalisé un grand nombre de projets para-scolaires. J’étais très occupé. Et, à vrai dire, je ne vivais que pour mes études et ces projets. Solitaire de nature, je n’impliquais pas dans mes projets des collaborateurs si ce n’est la direction du collège dont j’avais besoin de la permission. À cela s’ajoutait des participations à l’hebdomadaire, la radio et la télévision locale. Je fonçais tête baissée sans me soucier du regard des autres. Je n’avais aucune espèce d’idée de l’opinion des autres étudiants à mon sujet. J’étais, selon moi, authentique. Mais voilà qu’un jour, un étudiant a souhaité ma mort (à la place d’un autre étudiant très apprécié de tous). Je ne savais pas qu’il se trouvait parmi les étudiants des gens qui me détestaient, qui ne m’aimaient pas du tout. Je ne correspondais aux standards de la société étudiante dans laquelle j’évoluais en solitaire en multipliant un projet après l’autre. Il y avait des conventions à respecter pour la vie étudiante et, par simple ignorance, je ne les respectais pas. Je n’avais pas le souci de soumettre mes actions et mes projets à de telles conventions. Seule ma créativité me guidait. Bien sûr, cette affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît. Toujours est-il que ma vie durant j’ai souvent méprisé les conventions sociales, tantôt par insouciance, tantôt pour parvenir à mes fins. Et dans ce dernier cas, j’en ai payé de prix à chaque fois.

Je me m’inscris pas pour tant dans le mouvement cynique dont Diogène de Sinope fut le personnage le plus connu. Contrairement à ce philosophe, je ne rejette pas les conventions sociales, je ne prône pas la simplicité radicale ou l’autosuffisance et je ne recherche pas la vertu comme seul bien véritable.

Forrest n’est pas un cynique, mais il en a la sagesse. Car c’est ainsi que l’on reconnaît les sages : ils ne se contentent pas d’indiquer aux autres le chemin de la vertu. Ils l’empruntent eux-mêmes, au mépris des honneurs et des privilèges.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, p. 123.

Je n’ai pas cette sagesse car le chemin de la vertu ne me semble pas familier. J’étais et je demeure un « problem directed men », un « homme axé sur les problèmes ». Il suffit d’un problème pour que j’en recherche une solution. J’avais ce slogan pour la firme de recherche marketing : « Si vous n’avez pas de problème, me m’appeler pas ! »

Cynique d’hier et cyniques d’aujourd’hui

De nos jours, quand on parle de « cynisme », on fait référence au fait d’avoir un regard désabusé sur le monde. Les cynique moderne est un pessimiste qui utilise l’insolence et la provocation pour manifester son mépris à l’égard d’un monde qu’il perçoit comme profondément dévoyé. Il s’agit donc d’une vision très différente du cynisme antique, lequel était dirigé vers la recherche d’une vie simple et en accord avec la nature.

La cynique d’aujourd’hui est volontiers acerbe, mordant, corrosif. Le cynique d’hier était en quête de liberté, de vertu et de vérité. Le cynique d’aujourd’hui prend plaisir à contester les valeurs établies. Le cynique d’hier, lui, y était simplement indifférent.

Et si le cynique d’aujourd’hui a l’impression de vivre dans un monde corrompu et hypocrite, c’est peut-être parce que, contrairement au cynique d’hier, ses attentes se tournent davantage vers les autres que vers lui-même. Le cynique de l’Antiquité n’attendait rien du monde, il ne cherchait pas à accuser la société ni a revêtir le costume du rebelle. Sa seule volonté était de se libérer de ses chaînes, celles que nous percevons d’autant moins qu’elles sont invisibles : les chaînes du jugement.

ROBIN, Charles, La philosophie c’est pour vous aussi, 11. Diogène de Sinope – Faut-il respecter les conventions ? Paris, Larousse, 2025, pp. 123-124.

C’est vrai, les cyniques d’aujourd’hui tournent leurs attentes davantage vers les autres que vers eux-mêmes. Critiquer les autres, c’est facile. Déguiser ses critiques en opinions, c’est encore plus facile. « C’est juste mon opinion et je la partage » disent plusieurs. Et prendre SON opinion pour SA vérité revient à soutenir « À chacun sa vérité ». Les cyniques d’aujourd’hui complotent ou voient des complots partout. Ils parlent de « faits alternatifs » comme si cela était possible. Au final, écrit Myriam Revault d’Allones, nous sommes dans une « Ère de post-vérité ».

Et si je ne peux pas ici me prononcer sur tout ce qui me donne à penser dans le livre  LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI de CHARLES ROBIN. Mais je ne peux pas non plus passer sous silence le chapitre consacré à la philosophe Hypatie d’Alexandrie – La foi peut-elle être dangereuse ? Il faut voir le film AGORA qui raconte son histoire pour saisir la réponse à la question poser : oui, la foi peut être dangereuse !


Conclusion

Je vous recommande fortement la lecture de LA PHILOSOPHIE C’EST POUR VOUS AUSSI, de CHARLES ROBIN.

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Article # 133 – Les essentiels : Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Pierre Soubiale, Éditions First, 2020

J’ai lu pour vous

Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.

Article # 133

LES ESSENTIELS

Pierre Soubiale

Vous reprendrez bien un peu de philo ?

10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !

Éditions First

Commander via le site Les Libraires (Canada)


Date de sortie :19 juin 2020

Langue : Français

Éditeur : FIRST

Catégories : Essais / Philosophie/ Métaphysique

Nombre de pages : 173 pages

Composition  Contient un seul article

Mesure : 21.0 cm (Hauteur), 15 cm (Largeur), 352 gr (Poids)

ISBN papier : 9782412055878

ISBN ePub : 9782412059074


RÉSUMÉ SUR LE SITE WEB DE L’ÉDITEUR

Vous reprendrez bien un peu de philo ? :

Le livre de Pierre Soubiale

Les grands concepts philosophiques expliqués avec humour, enfin accessibles à tous !

Doit-on toujours dire la vérité à ses amis, même dans une maternité ?

Pourquoi nous arrive-t-il d’envoyer un texto au mauvais destinataire ?

Que risque-t-on à citer Justin Bieber en dîner mondain ?

Votre chat est-il plus philosophe que vous ?

L’inconscient, le désir, le bonheur, le beau, la vérité… A travers le récit de 10 situations amusantes, Pierre Soubiale, prof emblématique de la chaîne YouTube Les Bons Profs, explique avec beaucoup d’humour et de pédagogie les grands concepts philosophiques, à tous ceux qui regrettent d’avoir manqué le coche en Terminale.

Freud, Sartre, Bergson et autres Descartes n’auront plus de secrets pour vous !

Source : Éditions First.


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le livre qui va vous éclaircir les Idées !

Ce matin, votre téléphone a sonné, et tout a basculé : votre meilleure amie a accouché.

Dix minutes plus tard, vous êtes en route pour la maternité, vous projetant déjà dans le rôle de tonton gâteau qui couvrira de baisers la petite poupées – elle doit être si mignonne,

Si mignonne ? Arrivé dans la chambre, c’est la douche froide : la petite poupée n’est qu’un petit monstre à vos yeux !

Mais qu’ont donc les parents à vous regarder comme ça ? Ils vont oser vous le demander, à vous, celui qu’on a prévenu le premier, fidèle par les fidèles : « Alors, il est beau notre bébé ? »

Mentirez-vous à vos amis ? Sachez que Pascal vous soutient, lui qui écrit que « si tous les hommes savaient ce qu’ils disent les uns les autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde ». Mais prenez garde, car vous aurez Kant contre vous, qui vous reprochera de contourner le fameux impératif catégorique.

Dans cet ouvrage, Pierre Soubiale énonce dix situations aussi drôles qu’embarrassantes pour comprendre les grandes théories philosophiques, et redécouvrir Bergson, Sartre, Descartes et bien d’autres…

Source : Éditions First.


TABLE DES MATIÈRES

Copyright

Introduction

Chapitre 1 – Erreur de destinataire

  1. VOUS AVEZ COMMIS un acte manqué
  2. RASSUREZ-VOUS, vous n’êtes pas malade…
  3. …MAIS SUJET À L’INCONSCIENT, quand même
  4. VOUS AVEZ, COMME FREUD, cédé à un petit compromis
  5. SUR VOTRE TABLE DE CHEVET, un papier et un crayon
  6. UN PEU DE GÉOGRAPHIE, pour finir
  7. POST-SCRIPTUM, pour terminer

Chapitre 2 – Homo Fashionicus

  1. KARL LAGERFELD VS. votre liberté
  2. « J’AI LA MÊME à la maison »
  3. TRÈS CLAIREMENT, CE N’EST PAS LA VESTE que vous avez désirée…
  4. POUR RENÉ GIRARD, le désir n’est jamais linéaire
  5. IL N’Y A DONC JAMAIS de désir spontané
  6. ENTRE LA VESTE ET VOUS, un médiateur
  7. VÉRITÉ romanesque !
  8. PROUST ET la Berma
  9. LE RÔLE du tiers
  10. LA STRUCTURE TRIANGULAIRE du désir
  11. ET NOTRE PERSONNALITÉ dans tout ça ?
  12. LE DÉSIR DU DÉSIR de l’autre
  13. UN BESOIN DE RECONNAISSANCE bien naturel
  14. MAIS ATTENTION, la haine vous guette…

Chapitre 3 – Chute

  1. LE RIRE est le propre de l’homme
  2. LA CHUTE EST essentiellement involontaire…
  3. LE RIRE, une affaire de souplesse
  4. NOUS RIONS QUAND LA DIGNITÉ HUMAINE est en question
  5. LE CORPS, L’ESPRIT, LA GRÂCE… ou pas !
  6. LE RIRE, DU MÉCANIQUE plaqué sur du vivant
  7. LA FONCTION SOCIALE du rire
  8. LE CAS du distrait
  9. RIRE à un enterrement
  10. LE COMIQUE du déguisement
  11. MAIS PEUT-ON rire de tout ?

Chapitre 4 – Macaque crabier

  1. L’ÉMOTION est une conduite…
  2. …QUI NOUS PERMET DE NOUS ADAPTER à des situations de stress
  3. L’ÉMOTION, UNE TRANSFORMATION magique du monde
  4. RETOUR SUR le thème de l’évanouissement
  5. L’ÉMOTION, technique d’évasion !
  6. POURQUOI pleurer ?
  7. MAIS L’ÉMOTION N’EN RESTE pas moins paradoxale…
  8. L’ESSENCE DES CONDUITES irréfléchies
  9. L’EXEMPLE de l’écriture
  10. L’ÉMOTION, une conduite irréfléchie
  11. LE RÔLE du corps
  12. TRISTESSE passive

Chapitre 5 – Vie rêvée

  1. ET SI NOUS PROLONGIONS nos rêves…
  2. …EN LES PRENANT pour la réalité
  3. « TOUS LES HOMMES recherchent d’être heureux… »
  4. MAIS N’Y A-T-IL PAS DES EXIGENCES supérieures au bonheur ?
  5. LA VÉRITÉ d’abord
  6. MÊME S’IL N’Y A QUE LA VÉRITÉ qui blesse !
  7. NOUVELLE EXPÉRIENCE de pensée
  8. IL VAUT MIEUX ÊTRE SOCRATE INSATISFAIT qu’un imbécile satisfait
  9. LE BONHEUR, idéal de l’imagination

Chapitre 6 – Résonnez musettes !

  1. PEUT-ON TROMPER autrui innocemment ?
  2. LE VIEUX CHINOIS de Königsberg
  3. LA BONNE volonté
  4. C’EST L’INTENTION qui compte !
  5. AGIR CONFORMÉMENT AU DEVOIR/ agir par devoir
  6. UNIVERSALISER la maxime de son action
  7. OUI, mais…
  8. L’EXPÉRIENCE de Cathal Morrow
  9. PAS QUATRE AMIS dans le monde

Chapitre 7 – Le prince et le prof

  1. LE PRINCE et le prof…
  2. …DOIVENT APPRENDRE l’art de se maintenir au pouvoir…
  3. …C’EST-À-DIRE d’être réalistes…
  4. …ET DONC DE SÉPARER morale et politique !
  5. FAUT-IL ÊTRE généreux ou avare ?
  6. VAUT-IL MIEUX être aimé que craint ?
  7. SAVOIR mentir
  8. ÊTRE UN LION, et un renard

Chapitre 8 – Biber et Bieber

  1. QUE S’EST-IL DONC passé ?
  2. KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît »
  3. KANT : « LE BEAU EST ce qui plaît universel »
  4. KANT : « LE BEAU EST CE QUI PLAÎT UNIVERSELLEMENT sans concept. »
  5. BILAN : vous manquez de goût
  6. BOURDIEU : L’UNIVERSALISATION KANTIENNE du goût en question
  7. BOURDIEU : LES GOÛTS SONT socialement déterminés
  8. L’HABITUS : UNE CONTRAINTE SOCIALE INTÉRIORISÉE QUI PASSE pour une simple affaire de goût !
  9. L’ART, FACTEUR de distinction sociale
  10. UNE CRITIQUE DE BOURDIEU, pour finir

Chapitre 9 – Petit lépidoptère

  1. L’EXPÉRIENCE du désir insatiable
  2. CALLICLÈS ET L’HÉDONISME RADICAL : ÊTRE HEUREUX, c’est satisfaire tous ses désirs
  3. MAIS DE SATISFAIRE SES DÉSIRS, TOUT LE MONDE n’en a pas les moyens !
  4. L’ORIGINE DE LA MORALE SELON CALLICLÈS : la jalousie des faibles
  5. CALLICLÈS DÉNONCE UNE MORALE inventée de toutes pièces
  6. LA RÉPLIQUE DE SOCRATE : l’objection des tonneaux percés
  7. LA RÉPONSE DE CALLICLÈS : L’HOMME AUX TONNEAUX PLEINS « vit comme une pierre »
  8. LE MANQUE ET LA FORCE, ou l’ambiguïté du désir
  9. CRITIQUE de la sobriété heureuse

Chapitre 10 – Rabachat

  1. LE PHILOSOPHE sage
  2. DEVENIR stoïque
  3. LA PHYSIQUE stoïcienne
  4. LA DISTINCTION CARDINALE des stoïciens
  5. DÉSIRER LES CHOSES comme elles arrivent…
  6. L’IMAGE de la charrette
  7. DU STOÏCISME au développement personnel
  8. LE STOÏCISME : philosopher par temps de crise
  9. PETITE PARENTHÈSE sur la nature « fantasmée »
  10. PHILOSOPHIE et sagesse
  11. MAIS ALORS LA PHILO, ce n’est pas fait pour aller mieux ?

Remerciements


EXTRAITS DU TEXTE DU LIVRE

Introduction

(Texte intégral)

Rentrée de septembre : l’angoisse de se retrouver devant une classe qui va découvrir une nouvelle matière, en même temps que son professeur ; l’angoisse d’être à la hauteur, de réussir à transmettre une passion.

Mais une fois l’angoisse passée, quel plaisir ! Le professeur de philosophie ne s’y était peut-être pas attendu.

C’est que, parfois, la thèse est abstraite, et l’idée difficile. Que veut dire Kant, avec son « impératif catégorique » ? Et Sartre, avec son « cogito préflexif » ? L’« hédonisme radical », ça fait mal aux dents ?

Il faut trouver le bon exemple, celui qui rend la pensée vivante, concrète, surprenante. C’est ainsi que sont nées les situations reproduites dans ce livre. Elles constituent, à chaque fois, le point de départ d’une réflexion philosophique – point de départ qui a souvent été celui que l’enseignant, en classe, s’était trouvé surpris de proposer !

Car il s’agit de situations qui, sans être toujours communes, sont toutefois de celles auxquelles on s’identifie facilement, quels que soient son âge et sa formation, mais dont on ne voit pas tout de suite ce que Descartes ou Platon auraient eu à en dire. Et pourtant, la philosophie s’est immiscée, souvent de manière très efficace.

Vous ne comprenez pas pourquoi vous ne retrouvez pas vos clés avant de partir, alors que vous les avez sous les yeux ?

Laissez Freud intervenir. Vous éprouvez l’envie de rire, même (et surtout !) dans une situation grave ? Bergson a une hypothèse… Vous êtes persuadé que cette petite veste – celle qui vous coûtera un tiers de salaire – est celle qu’il vous faut ? René Girard vous donne la clé du désir.

On a bien ri, en classe. On s’est même beaucoup amusés en comprenant que la philosophie pouvait éclairer nos comportements. Mais surtout, on a côtoyé les philosophes car l’enseignant veut confronter les élèves à la philosophie telle qu’elle s’est écrite. C’est pourquoi chacune des réflexions proposées, tirées de ces situations, s’appuie sur des textes concis, choisis avec soin. Des textes d’auteurs, simples, essentiels, agrémentés d’une petite citation en début de chapitre, spécialement choisie pour briller en dîner mondain.

Le lecteur aura ainsi l’occasion, lui aussi, de faire de la philosophie, en l’appliquant à son quotidien. Quels que soient son âge et sa formation, il y trouvera son compte : le nouveau bachelier ; l’ancien cancre ; celui pour lequel la-philo-c’est-pas-fait-pour-lui ; celui dont le prof était fou, ou absent ; celui qui pense que la philo, c’est de l’eau… Quel que soit le lecteur, il s’initiera avec plaisir à Freud, Girard, Bergson, Sartre (peut-être un peu moins, pourtant c’est vraiment bien), Descartes, Kant, Machiavel, Platon, Bourdieu et d’autres encore.

Vous en voulez la preuve ? Les élèves me l’ont dit !


Chapitre 1

Erreur de destinataire

(Extrait du chapitre 1)

Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique

« Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Freud

Il va falloir trouver la bonne formule. Vous pensiez avoir fait le plus difficile ? C’est pourtant là que tout commence. Il vous avait déjà fallu bien du courage pour oser lui parler. De mémoire, d’abordage, d’ailleurs, on a rarement vu si maladroit. Humour déplorable, bafouillage ; vous avez fourni la prestation du parfait looser. Mais contre vents et marées, vous avez courageusement mené votre barque : vous disposez du sacro-saint zéro-six.

Un beau numéro, tout rond, tout vrai, qui sonne bien, avec des chiffres et des lettres pour un prénom qui vous obstine depuis trois jours.

Trois jours… C’est que, sous vos airs de néophyte, vous connaissez quelques rudiments. Et au nombre des règles de base, la plus fondamentale, la plus universelle, consiste à ne pas écrire trop vite à celui ou celle que l’on convoite. Eh ! En plus de m’obséder, il faudrait qu’elle jouisse de le savoir ?

Que nenni. Vous prenez vos distances, afin qu’elle comprenne que son sourire ravageur n’est pas une priorité. Vous avez une vie bien remplie, des projets, mille amis à voir, deux mille choses à faire ; laissons planer le doute. Mais voilà, derrière toute cette simagrée, il ne faudrait quand même pas qu’on vous oublie. C’est l’heure de reprendre contact.

C’est ici qu’il intervient. Qui ? « L’homme de la situation. » On en a tous un dans notre entourage. Passé maître dans l’art du boniment, l’origine de sa science est toujours demeurée un mystère ; mais il n’empêche, elle fonctionne ! Il a l’art du mot juste, de la phrase qui décape, ses textos sont comme des missiles en plein cœur ; Cupidon, dit-on, en abandonna ses flèches.

Vous lui racontez la situation. Étant donné votre première approche (qui ne manque pas de susciter ses sarcasmes), vous avez bien conscience de marcher sur des œufs ; il vous faudra donc la jouer fine. Lui proposer un rendez-vous ? Oui, mais pas simplement. Il faut ajouter du piquant, miser sur l’originalité ; tentons une petite blague, feignons la légèreté.

Sauf que vous n’êtes pas le roi des boute-en-train, alors il faut creuser. Pénétré des conseils qu’on a su vous donner, vous composez le message de votre vie, opérant avec la minutie d’un horloger. Mots, virgules, points d’exclamation, tout est pesé.

Vous aboutissez.

Mais avant d’envoyer la fatale missive, il vous faut obtenir la bénédiction du grand gourou. Vous lui proposez votre message, puis écrivez :

« Bon, après 2 heures de travail, et suivant tes bons conseils, je pense écrire ceci. Mais j’hésite encore pour la dernière phrase. Smiley ou pas smiley ? Faudrait pas qu’elle sache que je suis déjà amoureux quand même. Au fait, t’as vu la photo que je t’ai envoyée ? Où elle est avec son chat sur le balcon ? J’aime pas trop la tête de l’animal. »

À peine avez-vous appuyé sur la touche d’envoi que votre cœur se soulève. Vous n’osez y croire, et pourtant c’est vrai : plutôt qu’à lui, c’est à elle que vous avez envoyé le message ! Vous vous arrachez les cheveux. Comment cela a-t-il pu arriver ? De celle-là, vous ne vous remettrez pas. Adieu le premier rendez-vous, le mariage et les enfants. Misères de la communication virtuelle ! L’erreur est irréparable, et vous le savez. Vous accusez le sort, pestez contre votre étourderie…

Mais au fait, s’agit-il vraiment d’un accident ?

VOUS AVEZ COMMIS
un acte manqué

Que tout ceci n’ait rien d’accidentel, voilà très certainement ce qu’aurait pensé Freud : il vous aurait patiemment expliqué que vous avez commis un « acte manqué ».

Un acte manqué ? Certes, vous avez l’impression d’avoir raté quelque chose, mais vous ne voyez pas ce que l’on vous apprend de plus avec ce terme.

C’est que vous n’y êtes pas. En fait, l’acte manqué pourrait tout aussi bien être qualifié de réussi… Reprenons : cette personne-là, vous l’avez aimée dès le premier regard.

C’était comme une évidence, et rares sont les coups de foudre ; ne vous plaignez donc pas ! Mais ce sentiment, vous avez décidé de le garder pour vous, de le tenir secret. Bien plus, vous avez feint le détachement.

Mais regardons bien. Avec cette erreur de destinataire, vous venez d’avouer que vous en pinciez. C’est que vous en avez des contacts, et ce texto, vous ne l’avez pas envoyé à votre frère, à votre sœur ou votre patron, mais à elle !

Quelle conclusion pouvez-vous en tirer ? Sans aucun doute que vous avez fait ce que vous désiriez vraiment. Telle est la définition de l’acte manqué : réaliser un désir malgré vous, sans le vouloir. Vous avez l’impression qu’on se joue de vous ? Vous avez raison. Et qui donc est responsable, docteur Freud ? L’inconscient.

Le mot est lâché. C’est étrange… vous ne voyez pas très bien de quoi il s’agit et pourtant, ça vous remue un peu, ce terme. C’est vrai qu’on vous en a déjà parlé, mais vous avez toujours eu du mal à y croire.

Quoi de plus normal : vous êtes cartésien. L’homme n’a peut-être pas l’agilité du guépard, ni même le style criard du poisson mandarin, mais il a son truc à lui : la conscience. Et avec ça, lui sait au moins ce qui se passe dans sa tête !

Descartes et le cartésianisme

René Descartes, en effet, affirmait que toute pensée était nécessairement consciente. Voir par exemple la définition qu’il donne dans les Principes de la philosophie, I, 9 : « Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes. »

Et pourtant, rien n’est moins sûr, selon Freud, qui affirme doctement : « Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison. »

Minute ! Ne vous prendrait-on pas pour un idiot ? L’inconscient… il est bien beau, le terme, mais vous doutez quand même un peu. Qu’est-ce qui lui prouve, au docteur, qu’il existe, cet inconscient ? Ça n’a pas l’air de s’observer, cette chose ; à vous, il vous faut des preuves, du tangible, du concret. Comme saint Thomas, vous ne croyez que ce que vous voyez, et vous trouvez bien difficile de penser que votre mésaventure puisse être autre chose qu’une maladresse.

RASSUREZ-VOUS,
vous n’êtes pas malade…

Rassurez-vous, l’hypothèse de l’inconscient s’est présentée à Freud lui-même comme parfaitement choquante… Pourquoi ? Parce que ça ne collait pas du tout avec sa formation. Car le père de la psychanalyse était d’abord médecin. Or, en médecine, on vous apprenait à l’époque – à Vienne, dans les années 1880 – que toute pathologie devait avoir une cause physiologique ; tout problème, en somme, trouvait sa source dans un dysfonctionnement du corps.

Mais voici qu’arrivèrent dans les hôpitaux de curieux patients, les hystériques, qui se plaignaient de symptômes (cécité, tremblements, paralysie…) parfaitement inexplicables : en effet, tout fonctionnait bien dans leur corps !

Envahis, les médecins ; débordés, même. Mais surtout : agacés ! Imaginez bien que tout le monde les prenait pour des simulateurs…

Tout le monde, sauf un, Freud, qui découvrit après bien des efforts que la cause de cette curieuse maladie n’était pas à chercher dans le corps, mais dans l’esprit. En effet, par la simple mise en place d’un dialogue – qui, il faut le dire, pouvait s’étaler sur des années –, notre docteur découvrit que les hystériques souffraient de désirs qu’ils ignoraient et qui venaient les hanter…

La méthode des associations libres

La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.

La méthode des associations libres consiste à demander au patient de se concentrer sur son trouble, puis de communiquer à l’analyste tout ce qui lui vient en tête, sans opérer aucune censure.

Mais comment pouvait-il savoir, celui-là, qu’il existait des désirs cachés chez ces patients qui les ignoraient eux-mêmes ?

Tout simplement parce que lorsqu’ils en prenaient conscience, les symptômes disparaissaient ! Vraie cathartique !

La méthode cathartique

La méthode cathartique consiste, en psychanalyse, à se libérer d’un ensemble de troubles par la prise de conscience d’un désir refoulé.

Quant à vous, pas de panique, vous n’êtes pas malade. Vous n’avez fait qu’envoyer un texto au mauvais destinataire, et cela ne fait pas nécessairement de vous un névrosé. Certes, mais du névrosé à l’homme sain, sachez qu’il n’y a qu’un pas…

…MAIS SUJET À L’INCONSCIENT,
quand même

Car l’inconscient ne se manifeste pas seulement dans la maladie. En réalité, ses effets sont perceptibles dans nos faits et gestes les plus quotidiens, comme ce petit message envoyé par erreur…

Pour le comprendre, prenons un exemple que nous propose Freud lui-même à l’occasion d’une conférence. En s’adressant au public, il déclare :

Supposez que, dans la salle de conférences, dans mon auditoire calme et attentif, il se trouve pourtant un individu qui se conduise de façon à me déranger et qui me trouble par des rires inconvenants, par son bavardage ou en tapant des pieds.

Jusque-là, le cancre que vous étiez comprend plutôt bien. Continuons :

Je déclarerai que je ne peux continuer à professer ainsi ; sur ce, quelques auditeurs vigoureux se lèveront et, après une brève lutte, mettront le personnage à la porte. Il sera « refoulé » et je pourrai continuer ma conférence. Mais, pour que le trouble ne se reproduise plus, au cas où l’expulsé essaierait de rentrer dans la salle, les personnes qui sont venues à mon aide iront adosser leurs chaises à la porte et former ainsi comme une « résistance ». Si maintenant l’on transporte sur le plan psychique les événements de notre exemple, si l’on fait de la salle de conférences le conscient, et du vestibule l’inconscient, voilà une assez bonne image du refoulement.

Pour un pédagogue, le type en est un. Le personnage récalcitrant figure les désirs inconscients, qui viennent perturber la conscience comme le premier perturbe la séance. La solution ? À la porte ! Au moins, vous serez tranquille.

Tranquille, vous dites ? Pas tout à fait. Voyez la suite :

Je vais reprendre ici notre comparaison […] Il est certain qu’en éloignant le mauvais sujet qui dérangeait la leçon et en plaçant des sentinelles devant la porte, tout n’est pas fini. Il peut très bien arriver que l’expulsé, amer et résolu, provoque encore du désordre […]. Il crie, donne des coups de poing contre la porte et trouble ainsi la conférence plus que par son attitude précédente.

Quelle plaie !

Dans ces conditions, il serait heureux que le président de la réunion veuille bien assumer le rôle de médiateur et de pacificateur. Il parlementerait avec le personnage récalcitrant, puis il s’adresserait aux auditeurs et leur proposerait de le laisser rentrer, prenant soin sur lui de garantir une meilleure conduite. On déciderait de supprimer le refoulement et le calme et la paix renaîtraient.

Supprimer le refoulement ? Laisser entrer l’inconscient ? Oui, mais pas à n’importe quel prix. Il vous faudra parlementer.

VOUS AVEZ, COMME FREUD,
cédé à un petit compromis

Imaginez que vous soyez, vous, un désir interdit. Quelle solution envisageriez-vous pour franchir la barrière de la conscience ? Pour duper la douane ? Pour sûr, vous vous déguiseriez. Eh bien, c’est exactement ce que fait l’inconscient : en se travestissant, il parvient à contourner la censure. Ni vu, ni reconnu !

Vous craignez de comprendre ? C’est que vous voyez juste. Votre petit acte manqué n’est rien d’autre que cela : un déguisement. En prenant le masque de la maladresse, votre souhait le plus cher s’est concrétisé !

Ruse de l’inconscient, donc, qui s’y connaît en compromis : en réalité, pas mal de nos ratés quotidiens s’expliquent par là. À ce propos, connaissez-vous les lapsus ? Figurez-vous qu’ils ont beaucoup intéressé Freud. Vous lirez ainsi, dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne :

On se rappelle encore la manière dont le président de la Chambre des députés autrichienne a, un jour, ouvert la séance : « Messieurs, dit-il, je constate la présence de tant de députés et déclare, par conséquent, la séance close. » L’hilarité générale que provoqua cette déclaration fit qu’il s’aperçut aussitôt de son erreur et qu’il la corrigea. L’explication la plus plausible dans ce cas serait la suivante : dans son for intérieur, le président souhaitait enfin pouvoir clore cette séance dont il n’attendait rien de bon.

D’une certaine façon, c’est aussi ce qui vous est arrivé. Sauf que vous n’êtes pas le représentant de la Chambre autrichienne. Il n’empêche : dans les deux cas, la maladresse n’est qu’apparente.

Soit, mais qu’en est-il de notre psychanalyste ? Est-il également sujet aux actes manqués ? Plus que personne ! Sachez en effet que c’est bien souvent dans sa propre expérience personnelle que pioche notre ami. Parmi différents exemples, on trouvera le cas suivant :

Autrefois, lorsque je faisais plus fréquemment des visites à domicile, il m’arrivait souvent, une fois devant la porte à laquelle je devais frapper ou sonner, de tirer de ma poche les clés de mon propre appartement, pour ensuite… les y remettre honteusement.

Étourderie ? Regardez la suite :

Si j’établis la liste des patients pour qui c’était le cas, alors il me faut admettre que cet acte manqué – sortir ses clés au lieu de sonner – signifiait un hommage rendu à la maison où j’avais fait ce geste raté. Il était l’équivalent de la pensée : « Ici, je suis comme chez moi », car il ne se produisait que là où j’avais pris en affection.

Soudain vous vous sentez moins seul, et vous vous dites que vous ne regarderez plus les choses de la même façon… Toutefois, vous vous sentez comme embêté : s’il faut à chaque fois vous mettre dans l’embarras pour savoir ce que vous désirez vraiment, vous risquez fort de rester longtemps célibataire. Rassurez-vous, il existe une autre solution !

SUR VOTRE TABLE DE CHEVET,
un papier et un crayon

Savez-vous comment devenir psychanalyste ? Il n’y a qu’une option : c’est d’avoir soi-même suivi une psychanalyse. Quid de l’œuf et de la poule : comment Freud est-il devenu psychanalyste, puisque c’est lui-même qui l’a inventée ? Réponse : il s’est auto-psychanalysé, évidemment !

Comment ? En interprétant ses rêves. Car, oui, les rêves ont une grande importance en psychanalyse. Et devinez quoi ? Vous détenez déjà la première clé des songes…

Comme tout le monde, votre vie onirique a ses hauts et ses bas. Parfois, vous rêvez de choses agréables, à d’autres moments, c’est carrément l’enfer, et vous vous réveillez en sursaut. Mais bien souvent, tout cela n’a franchement ni queue ni tête, et sonne comme un joyeux désordre. Reste que, dans tous les cas, la fonction du rêve est la même.

Pour nous faire comprendre cela, Freud s’appuie sur un rêve simple : celui du petit Hermann. La journée, l’enfant est envoyé par son grand-père pour aller cueillir des cerises. Mais, folle proscription, celui-ci lui interdit, une fois rentré, de goûter à la précieuse récolte. La nuit, Hermann se met à rêver. De quoi ? Le lendemain matin, son récit est sans équivoque : « Hermann a rêvé qu’il mangeait toutes les cerises ! »

Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre ce qui s’est passé : dans son rêve, le petit Hermann a réalisé un désir qu’il n’avait pas pu satisfaire. En somme, donc, le rêve a procuré une satisfaction imaginaire à un désir interdit. Or, telle est bien la fonction de tout rêve pour Freud, qui affirme : « Tout rêve est la réalisation d’un désir. »

Soit, mais vous ne voyez pas très bien quel désir vous réalisez quand vous cauchemardez, par exemple, que les nazis reviennent. Mais l’on vous a déjà dit que vous disposiez de la première clé des songes.

C’est que les rêves, dans leur mécanisme, ne sont pas autre chose que les actes manqués : s’ils sont la réalisation de désirs, ils sont bien souvent la réalisation déguisée de désirs. Et pourquoi ? Parce que ces désirs sont justement les mêmes : ce sont des désirs interdits, inconscients, refoulés. Là encore, nos pulsions prennent soin de se travestir pour accéder à la conscience !

Mais il y a plus. Vous voyez comment le rêve, contrairement à ce que l’on croit, est le « gardien du sommeil ». Vous est-il déjà arrivé, un matin, de vous faire tromper par votre radio réveil quand l’impétueuse sonnerie, plutôt que de vous ranimer, s’intègre à votre rêve ? Si oui, vous comprendrez très bien de quoi il s’agit : plutôt que de perturber votre sommeil, le rêve est en fait ce qui vous permet de le prolonger…

Ce sera la même chose avec l’inconscient qui vient frapper à la porte quand vous dormez : pour ne pas vous réveiller, la censure ouvre une trappe… à la condition de se déguiser pour rentrer !

D’où l’art du psychanalyste, qui consiste à interpréter le rêve. Lui sait quelles sont les techniques qu’adopte l’inconscient pour se travestir. Et parmi celles-ci on trouve par exemple :

  •  La symbolisation : elle consiste à transformer une idée en image ;

  •  La condensation : sorte de compression, c’est quand un petit nombre d’images du contenu objectif exprime une diversité beaucoup grande d’idées du contenu latent ;

  • Le déplacement : le plus important du point de vue latent va devenir secondaire du point de vue manifeste ;

  • L’élaboration secondaire : c’est la conscience qui, percevant le rêve après coup, cherche à lui donner une cohérence.

Clou du spectacle. Vous croyez avoir tout vu, mais vous apprendrez que, bien souvent, nos désirs inconscients sont de nature sexuelle. Alors, ce soir, au moment de dormir, vous disposerez peut-être un crayon et un papier sur votre table de chevet. Et dès le réveil… il vous faudra faire vite pour les transcrire, car les rêves sont fugaces !



AU SUJET DE L’AUTEUR

PIERRE SOUBIALE

Professeur agrégé de philosophie,
Ministère de l’Éducation nationale
(lycée Blanche de Castille (Le Chesnay).

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DU MÊME AUTEUR

100 questions pour réfléchir et philosopher !

Être fort au Trivial Pursuit, est-ce être intelligent ?

Peut-on dire de Mbappé qu’il est un artiste ?

Les sex friends sont-ils vraiment des amis ?

La justice n’est-elle qu’un idéal ?

Draguer, est-ce séduire ?

Peut-on rire de tout ?

Ce n’est pas pour rien que Socrate se comparait à un taon, cet animal qui pique le cheval et l’empêche de s’endormir. Car il en va de la philosophie comme d’un excitant : elle maintient en alerte. Mais contre quoi ? Contre l’évidence des jugements ordinaires, dont les grands penseurs nous invitent à nous défier par amour du sens, de celui des idées et des mots, que l’on prend goût à clarifier dès lors qu’on nous y invite.

C’est ce que sont les 100 questions proposées dans ce livre : une invitation. On y parle, bien sûr, des grands auteurs. Des grandes thèses aussi. Mais surtout, on tâche de philosopher pour de bon ! Alors, prêt à réfléchir aux côtés des plus grands penseurs ?

Date de sortie : 20 octobre 2023

Éditeur : FIRST

Collections : Pour les nuls, poche

Catégories : Essais / Philosophie/ Métaphysique

Nombre de pages : 208 pages

Source : Éditions First.

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MON RAPPORT DE LECTURE

PIERRE SOUBIALE

Vous reprendrez bien un peu de philo ?

10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !

Éditions First

Le livre « Vous reprendrez bien un peu de philo ?  » du professeur de philosophie Pierre Soubiale remplis toutes ses promesses. J’ai bien ri à la lecture des « 10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre » mises en scène par l’auteur avec une grande imagination. Et comment ne pas souligner le talent de Pierre Soubiale dans son écriture et son humour. Je classe ce livre, unique en son genre, parmi « Les essentiels », comme l’un des meilleurs livres de vulgarisation de la philosophie.


LES ESSENTIELS

Article #121 – Les essentiels : Réfléchir pour mourir moins cave – 35 questions philosophiques à se mettre sous la dent, Louis Dugal, Les Éditions de La bagnole, 2024.

Article #120 – Les essentiels : Histoire illustrée des méthodes scientifiques, Jean-Marie Nicolle, Éditions Bréal, 2024.


Dans le premier chapitre, Erreur de destinataire, Pierre Soubiale met de l’avant « Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychologique ».

Dans le deuxième chapitre, Homo Fashionicus, l’auteur nous instruit au sujet de « René Girard et la notion de désir triangulaire ». Je comprends qu’il y a toujours un intermédiaire ou un médiateur entre notre désir d’un objet (par exemple une veste) et l’objet lui-même (Nous – Médiateur – Objet). Notre désir d’un objet se réalise toujours vis à médiateur plutôt que directement ( Nous – Objet)

LA STRUCTURE TRIANGULAIRE

du désir

À chaque fois, donc, le mécanisme est le même : autrui s’intercale entre l’objet du désir et moi-même.

C’est pourquoi Girard affirme que tout désir est triangulaire.

Avec ce schéma, nous voyons bien que le désir n’est jamais spontané ; encore une fois, ce sont toujours une ou plusieurs personnes qui nous mettent en mouvement.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 36.


Philosophie

19 novembre 2018

Le désir authentique et le désir triangulaire

par Gilles Martin

Nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.

Dans le roman de Cervantès, « Don Quichotte », Sancho Pança, depuis qu’il fréquente Don Quichotte, rêve d’une « île » dont il deviendra le gouverneur. Il veut aussi un titre de duchesse pour sa fille. En fait ces désirs-là ne sont pas venus spontanément à cet homme simple de Sancho, mais c’est Don Quichotte qui les lui a suggérés. C’est d’ailleurs de Don Quichotte lui-même que le valet Sancho compte recevoir cette île.

À partir de cette histoire, René Girard a construit sa théorie du « désir triangulaire » : le disciple se précipite vers le modèle, l’objet, que lui indique le médiateur du désir.

Ainsi, nous nous croyons, à tort, libres et autonomes dans nos choix, alors que nous ne faisons que désirer des objets désirés par un autre.

Pour illustrer cette thèse, René Girard utilise des exemples tirés de la littérature romanesque dans son ouvrage « Mensonge romantique et vérité romanesque ».

Lire la suit sur le site source IREF – Contrepoints

P.S.: Voici un lien de téléchargement du livre « Mensonge romantique et vérité romanesque » de René Girard sur le site web d’internet Archives en format PDF.


Au sous-tire « Le désir du désir de l’autre » du Chapitre 2 (Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire)), on peut lire :

En une formule saisissante, Girard résume alors : « L’élan vers l’objet est au fond élan vers le médiateur. »

Et il ne faut pas chercher très loin pour comprendre que cet élan vers le médiateur équivaut au désir de lui ressembler. Pourquoi ? La réponse ne fait aucun doute : parce que celui-ci possède, aux yeux du sujet désirant, une certaine valeur.

Autrement dit : le médiateur auquel nous voulons ressembler est un être que nous savons désirez par les autres.

Voilà le clé du problème : ce qui motive tout désir, c’est le fait de vouloir obtenir soi-même de la valeur. En d’autres termes, tout désir est d’abord désir du désir des autres ; tout désir, quel que soit l’objet qu’il focalise, est d’abord désir de reconnaissance : nous voulons ressembler aux médiateurs pour obtenir la même reconnaissance qu’eux… de la part des autres !

D’où le principe de l’égérie dans la publicité : si vous avez le même parfum que Julia Roberts ou que Jude Law, vous serez un peu comme Julia Roberts ou Jude Law.

Mais, au fond, le fait de désirer de ressembler n’est pas une fin en soi : c’est d’abord dans l’optique d’obtenir la même reconnaissance qu’eux que vous vous mettez en mouvement.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, pp. 38-39.

P.S. : Le soulignement est de nous et remplace l’italique dans le texte original.

Ce passage de « Vous reprendrez bien un peu de philo ? » me parle personnellement parce que je m’interroge depuis un certain temps au sujet de la reconnaissance de mon travail passé, présent et à venir. À la retraite, âgé de 67 ans, ai-je encore besoin de reconnaissance ? Et quels sont donc les médiateurs de mon désir de reconnaissance ? Je penche de plus en plus l’idée de me contenter de me reconnaître moi-même, d’abandonner mon désir. Est-ce réaliste ? Je ne sais pas encore. Mais ce désir m’embête.

La question du médiateur me pose comme question : « À qui voulais-je ressembler ? » À ceux et celles qui ont changé ma vie, mes idées, ma conception de moi-même… ? Si oui, c’est que je voulais acquérir le même talent dans ma vie personnelle et professionnelle.

Pierre Soubiale consacre un sous titre de son deuxième chapitre au sujet : « Un besoin de reconnaissance bien naturel ».

En désirant être désiré à son tour, le sujet humain ne désire donc jamais que d’autres sujet. Mais en se focalisant en fait sur des objets, tout en se masquant le médiateur à lui-même, il ne s’en rend pas toujours compte, surtout en période de soldes.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.

Est-ce que je comprends bien ? On veut de la reconnaissance pour « être désiré à son tour » ? Personnellement, à moins d’aveuglement de ma part, je ne souhaite pas être désiré pour moi-même. Je désire que l’on désire mon travail (et, ainsi, que je puisse profiter des revenus utiles pour vivre avec ma famille). Je ne crois pas être désirable parce que je me reconnais comme trop tranchant.

La conscience humaine est ainsi faite, qu’elle a besoin de la reconnaissance de l’Autre pour s’attribuer à elle-même de la valeur. Avant d’être un loup l’homme, l’homme est donc d’abord « un dieu pour l’homme ».

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 2 – Homo Fashionicus (René Girard et la notion de désir triangulaire), Le désir du désir de l’autre, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 39.

J’étais et je demeure trop solitaire pour désirer la reconnaissance de l’Autre, si ce n’est par mes écrits et, même encore là, je me suis convaincu que j’écris désormais d’abord et avant tout pour moi-même, pour mieux me comprendre. Mes écrits sont une porte d’entrée dans mon univers pour l’Autre.

Le chapitre 3 intitulé « Chute – (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ? » m’a fait rire aux éclats. Et Pierre Soubiale donne en exemple un fou rire lors d’un enterrement.

Ne vous en cachez pas. De toute évidence, le fait de rire d’un individu qui tombe est bien naturel, et ce à tel point qu’Henri Bergson, lorsqu’il décide d’étudier les ressorts du rire dans un petit livre, par de l’exemple d’une chute pour lancer son analyse.

Seulement, sommes-nous de cyniques personnages – qui rions gratuitement – ou bien le rire remplit-il une fonction cachée ? Notre philosophe a la réponse.

SOUBIALE, Pierre, Vous reprendrez bien un peu de philo ?, Chapitre 3 – Chute (Pourquoi rit-on d’un homme qui tombe (même dans un enterrement) ?), « Le rire est du mécanique plaqué sur du vivant . » Bergson, Éditions First (un département d’Édi8), 2020, p. 45.


EXTRAIT DU LIVRE DE HENRI BERGSON

BNF - Gallica

Le rire. Essai sur la signification du comique (1900)

Chapitre I. — Du comique en général. — Le comique des formes et le comique des mouvements. — Force d’expansion du comique.

II

Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient. On ne rirait pas de lui, je pense, si l’on pouvait supposer que la fantaisie lui est venue tout à coup de s’asseoir par terre. On rit de ce qu’il s’est assis involon­tairement. Ce n’est donc pas son changement brusque d’attitude qui fait rire, c’est ce qu’il y a d’involontaire dans le changement, c’est la mala­dresse. Une pierre était peut-être sur le chemin. Il aurait fallu changer d’allure ou tourner l’obstacle. Mais par manque de souplesse, par distraction ou obstination du corps, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, les muscles ont continué d’accomplir le même mouvement quand les circonstances demandaient autre chose. C’est pourquoi l’homme est tombé, et c’est de quoi les passants rient.

Voici maintenant une personne qui vaque à ses petites occupations avec une régularité mathématique. Seulement, les objets qui l’entourent ont été truqués par un mauvais plaisant. Elle trempe sa plume dans l’encrier et en retire de la boue, croit s’asseoir sur une chaise solide et s’étend sur le parquet, enfin agit à contresens ou fonctionne à vide, toujours par un effet de vitesse acquise. L’habitude avait imprimé un élan. Il aurait fallu arrêter le mouvement ou l’infléchir. Mais point du tout, on a continué machinalement en ligne droite. La victime d’une farce d’atelier est donc dans une situation analogue à celle du coureur qui tombe. Elle est comique pour la même raison. Ce qu’il y a de risible dans un cas comme dans l’autre, c’est une certaine raideur de mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d’une personne. Il y a entre les deux cas cette seule différence que le premier s’est produit de lui-même, tandis que le second a été obtenu artifi­ciellement. Le passant, tout à l’heure, ne faisait qu’observer ; ici le mauvais plaisant expérimente.

Toutefois, dans les deux cas, c’est une circonstance extérieure qui a déterminé l’effet. Le comique est donc accidentel ; il reste, pour ainsi dire, à la surface de la personne. Comment pénétrera-t-il à l’intérieur ? Il faudra que la raideur mécanique n’ait plus besoin, pour se révéler, d’un obstacle placé devant elle par le hasard des circonstances ou par la malice de l’homme. Il faudra qu’elle tire de son propre fonds, par une opération naturelle, l’occasion sans cesse renouvelée de se manifester extérieurement. Imaginons donc un esprit qui soit toujours à ce qu’il vient de faire, jamais à ce qu’il fait, comme une mélodie qui retarderait sur son accompagnement. Imaginons une certaine inélasticité native des sens et de l’intelligence, qui fasse que l’on continue de voir ce qui n’est plus, d’entendre ce qui ne résonne plus, de dire ce qui ne convient plus, enfin de s’adapter à une situation passée et imaginaire quand on devrait se modeler sur la réalité présente. Le comique s’installera cette fois dans la personne même : c’est la personne qui lui fournira tout, matière et forme, cause et occasion. Est-il étonnant que le distrait (car tel est le person­nage que nous venons de décrire) ait tenté généralement la verve des auteurs comiques ? Quand La Bruyère rencontra ce caractère sur son chemin, il comprit, en l’analysant, qu’il tenait une recette pour la fabrication en gros des effets amusants. Il en abusa. Il fit de Ménalque la plus longue et la plus minu­tieuse des descriptions, revenant, insistant, s’appesantissant outre mesure. La facilité du sujet le retenait. Avec la distraction, en effet, on n’est peut-être pas à la source même du comique, mais on est sûrement dans un certain courant de faits et d’idées qui vient tout droit de la source. On est sur une des grandes pentes naturelles du rire.

Mais l’effet de la distraction peut se renforcer à son tour. Il y a une loi générale dont nous venons de trouver une première application et que nous formulerons ainsi : quand un certain effet comique dérive d’une certaine cause, l’effet nous paraît d’autant plus comique que nous jugeons plus natu­relle la cause. Nous rions déjà de la distraction qu’on nous présente comme un simple fait. Plus risible sera la distraction que nous aurons vue naître et grandir sous nos yeux, dont nous connaîtrons l’origine et dont nous pourrons reconstituer l’histoire. Supposons donc, pour prendre un exemple précis, qu’un personnage ait fait des romans d’amour ou de chevalerie sa lecture habituelle. Attiré, fasciné par ses héros, il détache vers eux, petit à petit, sa pensée et sa volonté. Le voici qui circule parmi nous à la manière d’un somnambule. Ses actions sont des distractions. Seulement, toutes ces distrac­tions se rattachent à une cause connue et positive. Ce ne sont plus, purement et simplement, des absences ; elles s’expliquent par la présence du personnage dans un milieu bien défini, quoique imaginaire. Sans doute une chute est toujours une chute, mais autre chose est de se laisser choir dans un puits parce qu’on regardait n’importe où ailleurs, autre chose y tomber parce qu’on visait une étoile. C’est bien une étoile que Don Quichotte contemplait. Quelle profon­deur de comique que celle du romanesque et de l’esprit de chimère ! Et pourtant, si l’on rétablit l’idée de distraction qui doit servir d’intermédiaire, on voit ce comique très profond se relier au comique le plus superficiel. Oui, ces esprits chimériques, ces exaltés, ces fous si étrangement raisonnables nous font rire en touchant les mêmes cordes en nous, en actionnant le même méca­nisme intérieur, que la victime d’une farce d’atelier ou le passant qui glisse dans la rue. Ce sont bien, eux aussi, des coureurs qui tombent et des naïfs qu’on mystifie, coureurs d’idéal qui trébuchent sur les réalités, rêveurs candides que guette malicieusement la vie. Mais ce sont surtout de grands distraits, avec cette supériorité sur les autres que leur distraction est systéma­tique, organisée autour d’une idée centrale, — que leurs mésaventures aussi sont bien liées, liées par l’inexorable logique que la réalité applique à corriger le rêve, — et qu’ils provoquent ainsi autour d’eux, par des effets capables de s’additionner toujours les uns aux autres, un rire indéfiniment grandissant.

BERGSON, Henri, Le rire. Essai sur la signification du comique, Les Presses universitaire de France, « Édition du centenaire » des Œuvres de Bergson, 1959, pp. 391 à 485.


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Je ne vais pas aller plus dans ce chapitre afin d’en préserver les « punchs » si ce n’est cette citation : « D’abord, remarquons avec Bergson que le rire a pour condition une certaine forme d’insensibilité : “Le comique naîtra quand les hommes réunis en groupe dirigeront leur attention sur l’un d’entre eux en faisant taire leur sensibilité et en exerçant leur seule intelligence” ». Le rire, une affaire d’intelligence ? À vous de le découvrir à la lecture de l’œuvre de Pierre Soubiale, Vous reprendrez bien un peu de philo ?

Tous les autres chapitres de ce livre sont de petits bijoux qui donnent à penser tout en développant notre esprit critique. J’accorde donc cinq étoiles sur cinq à Vous reprendrez bien un peu de philo ? de Pierre Soubiale. Apprendre la philo avec le rire ! C’est un ESSENTIEL !


Cinq étoiles sur cinq

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