Article # 347 – The Oxford Handbook of Meaning in Life / Manuel d’Oxford sur le sens de la vie


Landau, Iddo (ed.), The Oxford Handbook of Meaning in Life, Oxford Handbooks (2022; online edn, Oxford Academic, 20 Apr. 2022), https://doi.org/10.1093/oxfordhb/9780190063504.001.0001, accessed 24 Sept. 2026.


Résumé

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Ce volume présente trente-deux essais portant sur un large éventail de sujets issus de la recherche philosophique contemporaine sur le sens de la vie. Les essais sont organisés en six parties :

La partie I, Comprendre le sens dans la vie (Understanding Meaning in Life), se concentre sur les différentes manières de conceptualiser le sens de la vie. Entre autres questions, elle examine si le sens dans la vie doit être appréhendé de manière objective ou subjective, la relation entre l’importance et le sens, et si les vies signifiantes doivent être comprises sous un angle narratif.

La partie II, Sens dans la vie, science et métaphysique (Meaning in Life, Science, and Metaphysics), expose des points de vue opposés sur la question de savoir si les neurosciences apportent un éclairage sur le sens de la vie, cherche à déterminer si les partisans du déterminisme dur doivent considérer la vie comme dépourvue de sens, et explore les liens unissant le temps, l’identité personnelle et le sens.

La partie III, Sens dans la vie et religion (Meaning in Life and Religion), examine les rapports entre le sens, le mysticisme et la transcendance, et envisage le sens de la vie sous les angles à la fois athée et théiste.

La partie IV, Éthique et sens dans la vie (Ethics and Meaning in Life), étudie (entre autres thématiques) si une vie porteuse de sens doit nécessairement être morale, l’importance du pardon pour le sens, la relation entre le caractère signifiant (ou absurde) de l’existence et l’éthique de la procréation, ainsi que la question de savoir si les animaux mènent une vie pourvue de sens.

La partie V, Psychologie philosophique et sens dans la vie (Philosophical Psychology and Meaning in Life), compare les approches philosophiques et psychologiques du sens de la vie, explore l’expérience vécue du sens, et aborde les liens entre la quête de sens et le désir, l’amour ainsi que la gratitude.

La partie VI, Vivre de manière signifiante : défis et perspectives (Living Meaningfully: Challenges and Prospects), approfondit des sujets tels que le suicide, la souffrance, l’éducation, l’optimisme et le pessimisme, ainsi que leur relation au sens de la vie.

Abstract

Texte original en anglais

This volume presents thirty-two essays on a wide array of topics in modern philosophical meaning in life research. The essays are organized into six parts. Part I, Understanding Meaning in Life, focuses on various ways of conceptualizing meaning in life. Among other issues, it discusses whether meaning in life should be understood objectively or subjectively, the relation between importance and meaningfulness, and whether meaningful lives should be understood narratively. Part II, Meaning in Life, Science, and Metaphysics, presents opposing views on whether neuroscience sheds light on life’s meaning, inquires whether hard determinists must see life as meaningless, and explores the relation between time, personal identity, and meaning. Part III, Meaning in Life and Religion, examines the relation between meaningfulness, mysticism, and transcendence, and considers life’s meaning from both atheist and theist perspectives. Part IV, Ethics and Meaning in Life, examines (among other issues) whether meaningful lives must be moral, how important forgiveness is for meaning, the relation between life’s meaningfulness (or meaninglessness) and procreation ethics, and whether animals have meaningful lives. Part V, Philosophical Psychology and Meaning in Life, compares philosophical and psychological research on life’s meaning, explores the experience of meaningfulness, and discusses the relation between meaningfulness and desire, love, and gratitude. Part VI, Living Meaningfully: Challenges and Prospects, elaborates on topics such as suicide, suffering, education, optimism and pessimism, and their relation to life’s meaning.

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Table des matières

Traduction de l’anglais au français par Gemini Google

Contributeurs

Introduction — Iddo Landau

Partie I. Comprendre le sens dans la vie
  • 1. Le concept de sens de la vie — Thaddeus Metz
  • 2. Subjectivisme et objectivisme à propos du sens dans la vie — Jens Johansson et Frans Svensson
  • 3. Accomplissement et sens dans la vie — Gwen Bradford
  • 4. Narrativité et sens dans la vie — Galen Strawson
  • 5. Signifiance et importance — Guy Kahane
  • 6. Le sens de la vie et de la mort — Steven Luper

Partie II. Sens dans la vie, science et métaphysique
  • 7. La pertinence des neurosciences pour le sens dans la vie — Paul Thagard
  • 8. Les neurosciences peuvent-elles éclairer ce qui constitue une vie signifiante ? — P. M. S. Hacker
  • 9. Identité personnelle et sens dans la vie — Marya Schechtman
  • 10. Déterminisme dur et sens dans la vie — Derk Pereboom
  • 11. Le sens dans la vie et la nature du temps — Ned Markosian

Partie III. Sens dans la vie et religion
  • 12. Le sens de la vie et la transcendance — John Cottingham
  • 13. Athéisme et sens dans la vie — Erik J. Wielenberg
  • 14. Théisme et sens dans la vie — T. J. Mawson
  • 15. Mysticisme, rituel et sens de la vie — Guy Bennett-Hunter

Partie IV. Éthique et sens dans la vie
  • 16. Sens et moralité — Todd May
  • 17. Sens et anti-sens dans la vie — Sven Nyholm et Stephen M. Campbell
  • 18. Le pardon et le sens dans la vie — Lucy Allais
  • 19. Entre le rocher de Sisyphe et un nid douillet : éthique procréative et sens de la vie — Rivka Weinberg
  • 20. Nature, animaux et sens dans la vie — Katie McShane

Partie V. Psychologie philosophique et sens dans la vie
  • 21. L’expérience du sens — Antti Kauppinen
  • 22. Désir et sens dans la vie : vers une théorie — Nomy Arpaly
  • 23. Amour et sens dans la vie — Alan H. Goldman
  • 24. Sens dans la vie et inauthenticité — Iddo Landau
  • 25. Gratitude et sens dans la vie — Tony Manela
  • 26. Approches psychologiques du sens de la vie — Roy F. Baumeister

Partie VI. Vivre de manière signifiante : défis et perspectives
  • 27. Pessimisme, optimisme et sens dans la vie — David Benatar
  • 28. La rationalité du suicide et le caractère signifiant de la vie — Michael Cholbi
  • 29. Souffrance et sens dans la vie — Michael S. Brady
  • 30. Paradoxes et sens dans la vie — Saul Smilansky
  • 31. Éducation et sens dans la vie — Doret de Ruyter et Anders Schinkel
  • 32. Réalité virtuelle et sens de la vie — John Danaher

Index

Contents

Texte original en anglais

Contributors

Introduction — Iddo Landau

Part I. Understanding Meaning in Life
  • 1. The Concept of Life’s Meaning — Thaddeus Metz
  • 2. Subjectivism and Objectivism about Meaning in Life — Jens Johansson and Frans Svensson
  • 3. Achievement and Meaning in Life — Gwen Bradford
  • 4. Narrativity and Meaning in Life — Galen Strawson
  • 5. Meaningfulness and Importance — Guy Kahane
  • 6. The Meaning of Life and Death — Steven Luper

Part II. Meaning in Life, Science, and Metaphysics
  • 7. The Relevance of Neuroscience to Meaning in Life — Paul Thagard
  • 8. Can Neuroscience Shed Light on What Constitutes a Meaningful Life? — P. M. S. Hacker
  • 9. Personal Identity and Meaning in Life — Marya Schechtman
  • 10. Hard Determinism and Meaning in Life — Derk Pereboom
  • 11. Meaning in Life and the Nature of Time — Ned Markosian

Part III. Meaning in Life and Religion
  • 12. The Meaning of Life and Transcendence — John Cottingham
  • 13. Atheism and Meaning in Life — Erik J. Wielenberg
  • 14. Theism and Meaning in Life — T. J. Mawson
  • 15. Mysticism, Ritual, and the Meaning of Life — Guy Bennett-Hunter

Part IV. Ethics and Meaning in Life
  • 16. Meaning and Morality — Todd May
  • 17. Meaning and Anti-Meaning in Life — Sven Nyholm and Stephen M. Campbell
  • 18. Forgiveness and Meaning in Life — Lucy Allais
  • 19. Between Sisyphus’s Rock and a Warm and Fuzzy Place: Procreative Ethics and the Meaning of Life — Rivka Weinberg
  • 20. Nature, Animals, and Meaning in Life — Katie McShane

Part V. Philosophical Psychology and Meaning in Life
  • 21. The Experience of Meaning — Antti Kauppinen
  • 22. Desire and Meaning in Life: Towards a Theory — Nomy Arpaly
  • 23. Love and Meaning in Life — Alan H. Goldman
  • 24. Meaning in Life and Phoniness — Iddo Landau
  • 25. Gratitude and Meaning in Life — Tony Manela
  • 26. Psychological Approaches to Life’s Meaning — Roy F. Baumeister

Part VI. Living Meaningfully: Challenges and Prospects
  • 27. Pessimism, Optimism, and Meaning in Life — David Benatar
  • 28. The Rationality of Suicide and the Meaningfulness of Life — Michael Cholbi
  • 29. Suffering and Meaning in Life — Michael S. Brady
  • 30. Paradoxes and Meaning in Life — Saul Smilansky
  • 31. Education and Meaning in Life — Doret de Ruyter and Anders Schinkel
  • 32. Virtual Reality and the Meaning of Life — John Danaher

Index

Source : Oxford University Press.


Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google

Ce document correspond aux premières sections de l’ouvrage collectif universitaire intitulé The Oxford Handbook of Meaning in Life, publié par Oxford University Press en 2022 sous la direction du philosophe Iddo Landau.

L’ouvrage traite de la question philosophique du sens de la vie (particulièrement le « sens dans la vie » humaine individuelle) à travers les contributions de nombreux philosophes et chercheurs contemporains, principalement issus de la tradition analytique.

Voici une vue d’ensemble de son contenu et des grands thèmes développés dans les textes présentés :

1. Introduction générale (par Iddo Landau)

Historique et délimitation : Landau rappelle que la question a d’abord été traitée par les religions, le romantisme et l’existentialisme, et n’est devenue un sujet central de la philosophie analytique que récemment. Il précise la distinction terminologique courante entre le « sens dans la vie » (meaning in life, centré sur l’individu) et le « sens de la vie » (meaning of life, centré sur l’existence de l’humanité entière).

Distinction conceptuelle : Il distingue nettement la vie pourvue de sens du simple bonheur, bien-être (well-being) ou de la prospérité (flourishing), soulignant qu’une vie peut être lourde de souffrances mais riche de sens (comme chez Viktor Frankl).

Organisation de l’ouvrage : Le livre est structuré en 6 grandes parties thématiques totalisant 32 chapitres :

  • Comprendre le sens dans la vie (analyses conceptuelles, théories objectivistes vs subjectivistes, narration, etc.).
  • Sens, science et métaphysique (neurosciences, identité personnelle, déterminisme, nature du temps).
  • Sens et religion (transcendance, athéisme, théisme, mysticisme et rituels).
  • Éthique et sens (moralité, « anti-sens », pardon, procréation, monde animal).
  • Psychologie philosophique et sens (désir, amour, gratitude, inauthenticité, perspectives empiriques).
  • Vivre de manière signifiante : défis et perspectives (pessimisme, suicide, souffrance, paradoxes, éducation, réalité virtuelle).

2. Aperçu des premiers chapitres inclus dans l’extrait

Chapitre 1 : Le concept de sens de la vie (Thaddeus Metz)

Metz analyse la « thèse standard » selon laquelle le sens concerne les actions intentionnelles des personnes humaines ayant une grande valeur intrinsèque positive (souvent liée au bien, au vrai et au beau).

Il examine cinq critiques/extensions récentes de cette thèse :

  • L’extension aux animaux (qu’il valide partiellement, notamment à travers les relations positives) ;
  • L’extension aux groupes ou institutions (comme des ONG) ;
  • La réduction du sens à une simple intelligibilité narrative ou informationnelle (qu’il rejette) ;
  • L’idée d’un sens neutre ou négatif (qu’il rejette également pour préserver le statut évaluatif/prescriptif de la notion) ;
  • La distinction nécessaire entre un sens « ordinaire » et un sens « ultime » ou « transcendant ».

Chapitre 2 : Subjectivisme et objectivisme (Jens Johansson et Frans Svensson)

Les auteurs examinent les théories subjectivistes pures, objectivistes et hybrides.

Ils critiquent l’objectivisme en raison du problème de « déconnexion » (une chose ne peut pas avoir de valeur prudentielle pour un individu si ce dernier y est totalement indifférent).

Ils défendent le subjectivisme pur face aux objections habituelles (l’objection de l’épiphanie et celle des « activités absurdes/futiles » comme compter les brins d’herbe), montrant que cette approche reste tout à fait tenable.

Chapitre 3 : L’accomplissement et le sens (Gwen Bradford)

Bradford analyse le rôle de l’accomplissement et de la difficulté/du défi comme source de valeur intrinsèque.

En partant de la crise existentielle de John Stuart Mill, elle théorise les objectifs auto-propagateurs (self-propagating goals), c’est-à-dire des buts qui s’élargissent et créent continuellement de nouveaux défis à mesure qu’on progresse (comme dans la recherche scientifique, l’art, mais aussi l’éducation parentale ou l’agriculture durable).

Chapitre 4 : Narrativité et sens (Galen Strawson)

Strawson s’oppose à la doctrine prédominante voulant qu’une vie doive être vécue comme un « récit » ou une histoire cohérente pour avoir du sens.

Il soutient que la narrativité n’est ni nécessaire ni suffisante pour qu’une vie soit signifiante, qu’elle mène souvent à l’auto-illusion ou à la falsification, et que le sens réside avant tout dans la qualité de l’expérience vécue au présent et l’intérêt.

Chapitre 5 : Signifiance et importance (Guy Kahane)

Kahane montre que le fait qu’une vie ait du sens (meaningfulness) et le fait qu’elle soit importante (importance) ne se recoupent pas totalement.

On peut mener une vie pleine de sens (par exemple dévouée à sa famille ou à l’art) sans avoir un impact à grande échelle. À l’inverse, des actions peuvent avoir un impact historique immense sans procurer de sens personnel à l’agent. Cependant, l’importance à grande échelle peut amplifier le sens.

Chapitre 6 : Le sens de la vie et de la mort (Steven Luper)

Luper défend l’achievementism, l’idée que le sens provient de l’accomplissement des desseins auxquels on a librement voué sa vie.

Il analyse le lien entre le sens et la mort : la mortalité n’empêche pas une vie d’être pleine de sens, et ce qui donne du sens positif à la vie peut rendre la mort mauvaise, tandis que si la prolongation de la vie lui confère un sens négatif, la mort (ou le suicide) peut devenir rationnelle.

Chapitre 7 : La pertinence des neurosciences (Paul Thagard)

Thagard défend une approche « neuro-positive » : les neurosciences cognitives et affectives apportent des éléments fondamentaux pour comprendre comment le cerveau expérimente et génère le sens, le but et les valeurs, réfutant les arguments d’irrecevabilité conceptuelle.

En résumé

Ce livre constitue une somme philosophique rigoureuse examinant sous tous les angles de la philosophie contemporaine (éthique, psychologie, métaphysique, religion, sciences) ce qui confère de la valeur, de la substance et un but à l’existence humaine.


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Article # 284 – Le conseil philosophique comme méthode de pratique de la philosophie africaine contemporaine / Philosophical Counselling as a Method of Practising Contemporary African Philosophy, Jaco Louw, 2024

Rapport de lecture analytique


Louw, J. (2024). Philosophical Counselling as a Method of Practising Contemporary African Philosophy: Setting the Context for a Conversation between Serequeberhan and Chimakonam. Journal of Comparative Literature and Aesthetics, 47(1), 117-130.


Introduction et Thèse de l’Auteur

Dans cet article, Jaco Louw aborde une double problématique au sein du mouvement du conseil philosophique (philosophical counselling) : le débat incessant sur ses méthodes et l’exclusion presque systématique des traditions philosophiques non occidentales, particulièrement la philosophie africaine.

Pour y remédier, Louw propose une reconceptualisation radicale : envisager le conseil philosophique non pas comme une discipline autonome cherchant sa propre méthodologie, mais comme une méthode en soi pour pratiquer la philosophie académique hors de la tour d’ivoire. En s’appuyant sur les travaux des philosophes africains Tsenay Serequeberhan et Jonathan Chimakonam, il démontre comment cette approche permet de co-créer des concepts pertinents ancrés dans le « monde vécu » (lifeworld) africain.


Tsenay Serequeberhan et Jonathan Chimakonam

Il s’agit de deux figures majeures et incontournables de la philosophie africaine contemporaine, dont les travaux théoriques servent de fondement à la restructuration du conseil philosophique proposée dans l’article de Jaco Louw :

Tsenay Serequeberhan

Qui est-il ? C’est un philosophe érythréen (né en Érythrée) et universitaire, professeur de philosophie à la Morgan State University aux États-Unis.

Son apport clé : Il est le théoricien de l’herméneutique critique africaine. Pour lui, la philosophie africaine doit être une interprétation rigoureuse du « monde vécu » (lifeworld) de l’Afrique actuelle, en se concentrant sur la déconstruction de l’eurocentrisme et des séquelles du néo-colonialisme. Il préconise un processus de « filtration et fertilisation » pour s’approprier les savoirs extérieurs tout en valorisant la vitalité de l’histoire africaine (concept du « retour à la source »).

Jonathan Chimakonam

Qui est-il ? C’est un philosophe et logicien nigérian d’ethnie Igbo, professeur de philosophie, ayant enseigné notamment à l’Université de Calabar (Nigeria) et à l’Université de Pretoria (Afrique du Sud).

Son apport clé : Il est le fondateur et principal théoricien du conversationnalisme (ou philosophie conversationnelle). Il a développé un système de logique propre à la philosophie africaine (Ezumezu logic) ainsi que la méthode de la lutte créative (arumaru-uka), un face-à-face intellectuel tendu et permanent entre un partisan (nwa nsa) et un opposant (nwa nju) visant à rejeter la synthèse pour continuellement faire émerger de nouveaux concepts.

Dans l’article de Jaco Louw, la pensée de Serequeberhan fournit le cadre d’analyse de la réalité concrète (le diagnostic du vécu), tandis que la méthode de Chimakonam offre les outils dynamiques de dialogue (la thérapie par la confrontation d’idées).


1. Les Limites du Conseil Philosophique Contemporain

Louw identifie plusieurs failles majeures dans le paysage actuel de la pratique philosophique :

  • L’impasse méthodologique : Le milieu du conseil philosophique est divisé entre ceux qui exigent une méthode unique, ceux qui défendent un pluralisme méthodologique et ceux qui rejettent toute méthode.

  • L’hégémonie occidentale : La discipline s’appuie presque exclusivement sur des cadres théoriques et des sujets épistémiques occidentaux, ce qui limite sa portée thérapeutique et herméneutique auprès de populations non occidentales.

  • Le piège de l’« inclusion indigène » : Les rares tentatives d’intégrer la philosophie africaine (souvent via l’Ubuntu ou la philosophie des sages) souffrent d’un manque de nuance. Cette inclusion superficielle force les traditions marginalisées à devoir justifier leur validité selon les critères et les normes du statu quo occidental.

2. Le Cadre Théorique : L’Herméneutique et le Conversationnalisme Africains

Pour structurer une pratique philosophique contextualisée et dynamique, Louw fait dialoguer deux figures majeures de la philosophie africaine contemporaine :

L’herméneutique critique de Tsenay Serequeberhan

  • Analyse de la situation contemporaine : La philosophie de Serequeberhan se veut une interprétation critique de la réalité africaine actuelle, fortement marquée par le néo-colonialisme.

  • La double tâche du philosophe : Le philosophe doit opérer une déconstruction critique de l’eurocentrisme et, en même temps, reconstruire un cadre conceptuel propre.

  • Filtration et fertilisation : Ce processus implique de trier l’héritage historique et d’indigéniser de manière organique les apports extérieurs, tout en effectuant un « retour à la source » (s’inspirer de la vitalité des luttes de libération sans idéaliser un passé précolonial figé).

  • Limites identifiées : Louw souligne, en accord avec les critiques, que l’approche de Serequeberhan peut parfois s’enfermer dans une posture purement réactive face au néo-colonialisme, risquant de figer le dialogue.

Le conversationnalisme de Jonathan Chimakonam

  • La relation de doute (Arumaru-uka) : Chimakonam propose une méthode axée sur l’interdépendance et la confrontation critique d’idées entre un partisan (nwa nsa) et un opposant (nwa nju).

  • La lutte créative : Contrairement au dialogue classique visant une synthèse, le conversationnalisme rejette la synthèse, la qualifiant de « reddition créative » qui met fin à la pensée. Les participants préservent leurs positions initiales mais en ressortent transformés et stimulés.

  • Création de concepts : C’est de cette tension dialectique continue que naissent de nouveaux concepts philosophiques adaptés au contexte réel.

3. Le Conseil Philosophique comme Méthode : Trois Implications Majeures

En redéfinissant le conseil philosophique comme une méthode de mise en pratique de la philosophie académique, Louw dégage trois conséquences positives :

Implication Description
Obsolescence de la quête méthodologique

En assimilant le conseil à l’acte même de philosopher, le besoin de lui trouver des protocoles cliniques ou des méthodes distinctes de la philosophie s’efface.

Démocratisation et utilité publique

Le conseiller philosophique devient un traducteur capable de transposer la rigueur académique dans le langage du quotidien. Cela rend des théories complexes accessibles et utiles pour surmonter des difficultés existentielles concrètes.

Production active de concepts

Le conseil ne se limite pas à prescrire ou transmettre passivement des textes philosophiques. Par la traduction contextuelle et le dialogue critique, la séance devient le lieu de production de nouveaux concepts co-créés avec le consultant.

4. Concrétisation Pratique : La « Lutte Créative » en Séance

Louw illustre comment cette approche se traduit lors d’une séance de conseil :

  • Contre le compromis lénifiant : Dans le conseil philosophique classique, le but est souvent de résoudre le problème du consultant en lui appliquant une grille de lecture (par exemple, stoïcienne ou socratique). Louw qualifie cela d’abandon intellectuel si cela évite la confrontation.

  • L’inconfort nécessaire : En s’inspirant de Gerd Achenbach, Louw rappelle qu’une philosophie qui ne bouscule pas ne mérite pas d’attention. La séance doit générer une tension intellectuelle saine.

  • Le rôle du consultant : Le consultant n’est pas un patient passif receveur d’un traitement. Il s’engage activement en tant que partenaire de conversation (nwa nsa / nwa nju), questionnant ses propres présupposés et collaborant à la réinterprétation de son existence.

Conclusion

L’article de Jaco Louw offre une contribution essentielle pour décoloniser et revitaliser le conseil philosophique. En cessant de vouloir singer la psychothérapie et en embrassant le conseil comme la méthode naturelle de diffusion et de création de la philosophie, l’auteur ouvre la voie à une pratique authentiquement contextualisée. Appliquée au monde vécu africain, cette démarche permet d’émanciper les sujets des cadres de pensée importés et de faire émerger, par la lutte créative du langage, des réponses philosophiques viables face aux défis existentiels contemporains.


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