Article # 335 – Quand la philosophie et la science marchent main dans la main : « Science is based on assumptions. Philosophy can make sure they’re the right ones, Susana Monsó »

Science is based on assumptions.

Philosophy can make sure they’re the right ones.

Lire cet article (anglais)

La science repose sur des présupposés. La philosophie peut veiller à ce qu’ils soient les bons.


Notice bibliographique

Science is based on assumptions. Philosophy can make sure they’re the right ones, Susana Monsó, Science 393, eael 0147 (2026). DOI : 10.1126/science.ael0147


Droits d’auteur

© 2026 American Association for the Advancement of Science. All rights reserved. AAAS is a partner of HINARI, AGORA, OARE, CHORUS, CLOCKSS, CrossRef and COUNTER. Science ISSN 0036-8075.


AU SUJET DE L’AUTEURE

Susana Monsó est une philosophe espagnole reconnue à l’international pour ses travaux à la croisée de la philosophie de l’esprit, de la cognition animale et de l’éthique animale.

Poste actuel : Elle est professeure associée (profesora permanente laboral) au Département de logique, d’histoire et de philosophie des sciences à l’UNED (Universidad Nacional de Educación a Distancia) à Madrid.

Formation : Titulaire d’une licence en philosophie de l’Université complutense de Madrid, d’un master en éthique globale au King’s College London, et d’un doctorat en philosophie à l’UNED (2016).

Expérience en recherche interdisciplinaire : Elle a été chercheuse postdoctorale en Autriche (notamment au Messerli Research Institute de Vienne et à l’Université de Graz), une période durant laquelle elle a collaboré étroitement avec des éthologues, biologistes et vétérinaires (l’expérience qu’elle évoque au début de sa tribune dans Science).

Principaux thèmes de recherche :

  1. La cognition comparée et l’esprit des animaux : Elle analyse la manière dont les scientifiques définissent et étudient les capacités mentales des animaux (rationalité, communication, théorie de l’esprit, empathie).
  2. La thanatologie comparée (la perception de la mort chez l’animal) : C’est l’un de ses domaines d’expertise les plus célèbres. Elle explore comment différentes espèces non humaines perçoivent, réagissent et comprennent la mort.
  3. L’éthique animale : Elle travaille sur le statut moral des animaux, les devoirs humains envers eux et les implications normatives des découvertes en éthologie.

Publications notables et vulgarisation

Ouvrages marquants :

La zarigüeya de Schrödinger: Cómo viven y entienden la muerte los animales (2021), traduit et enrichi en anglais sous le titre Playing Possum: How Animals Understand Death (Princeton University Press, 2024), salué par la critique (sélectionné parmi les livres de l’année par des publications comme The New Yorker, The Guardian ou le New Statesman).

Diffusion scientifique : En plus de ses articles dans des revues spécialisées (comme Erkenntnis, Philosophy of Science, Mind & Language), elle écrit régulièrement pour le grand public (TIME, The Wall Street Journal, New Scientist, Aeon).


Citations

Sur l’inévitabilité de la philosophie dans la pratique scientifique :

« Whenever researchers decide which problem to focus on, what questions to ask, which instruments and experimental set-ups to use, what statistical methods to apply, and how to interpret the results, they are engaging in philosophical reasoning, even if unreflectively. »

(« Dès lors que les chercheurs décident du problème sur lequel se concentrer, des questions à poser, des instruments et des dispositifs expérimentaux à utiliser, des méthodes statistiques à appliquer et de la façon d’interpréter les résultats, ils s’engagent dans un raisonnement philosophique, même si c’est sans y réfléchir. »)

Sur les conséquences directes d’une mauvaise analyse conceptuelle :

« As any philosopher will attest, not all definitions are equal, and the wrong one can easily skew a scientific study. If your characterization of a term is wrong, you will ask the wrong questions, look in all the wrong places, and ultimately mischaracterize the world. »

(« Comme l’attestera tout philosophe, toutes les définitions ne se valent pas, et une mauvaise définition peut aisément fausser une étude scientifique. Si votre caractérisation d’un terme est erronée, vous poserez les mauvaises questions, chercherez au mauvais endroit, et finirez par dépeindre le monde de façon inexacte. »)


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Que dit ce texte ?

Ce texte est une tribune de la philosophe Susana Monsó, publiée dans la revue Science, intitulée : « La science repose sur des présupposés. La philosophie peut veiller à ce qu’ils soient les bons. » (« Science is based on assumptions. Philosophy can make sure they’re the right ones. »).

L’autrice y défend l’idée que la philosophie n’est pas une simple émission d’opinions subjectives, mais une alliée indispensable de la science, en particulier dans le domaine de la cognition comparée (l’étude de l’esprit animal).

Principaux points développés dans le texte :

  1. La science est imprégnée de présupposés philosophiques :

    • L’autrice évoque son expérience d’enseignement auprès d’étudiants en biologie et médecine vétérinaire à Vienne. Au départ réticents et croyant que la philosophie n’est que pure subjectivité, ils ont fini par comprendre que leurs propres recherches reposaient sur des présupposés théoriques implicites.

    • Choisir un sujet, formuler une question, sélectionner des instruments de mesure, des méthodes statistiques ou interpréter des résultats relève de choix méthodologiques, épistémologiques et normatifs — c’est-à-dire philosophiques.

  2. La définition de la philosophie :

    • La philosophie s’intéresse aux questions auxquelles on ne peut pas répondre par de simples mesures empiriques ou des calculs mathématiques, mais qui requièrent l’analyse conceptuelle et l’argumentation.

  3. Le rôle crucial de l’analyse conceptuelle :

    • Une mauvaise définition d’un concept amène le scientifique à poser de mauvaises questions et à mal interpréter les données.

    • L’autrice illustre ce problème avec la cognition animale :

      • Des concepts sur-intellectualisés : Par exemple, définir la communication intentionnelle comme exigeant des représentations cognitives de très haut niveau exclut injustement les animaux (et échoue à expliquer l’acquisition du langage chez l’enfant humain). Une définition plus adaptée permet de l’étudier chez d’autres espèces, y compris les poissons.

      • Des concepts sous-intellectualisés : Définir la médecine chez l’animal uniquement par sa fonction extérieure regroupe sous une même étiquette des réflexes stéréotypés d’insectes et des comportements cognitifs délibérés chez les grands singes, tout en excluant paradoxalement une grande partie de la médecine humaine si le traitement échoue.

      • Des concepts multidimensionnels : Les philosophes aident à concevoir des cadres nuancés à plusieurs dimensions pour évaluer des capacités complexes telles que la conscience, l’évaluation de la mort, l’empathie ou les normes sociales.

  4. Une collaboration interdisciplinaire fructueuse :

    • La philosophie ne sert pas uniquement à clarifier le vocabulaire : elle aide à débusquer les biais théoriques, à guider l’éthique de la recherche animale et à concevoir des protocoles expérimentaux innovants (par exemple, le test de fausse croyance inspiré par le philosophe Daniel Dennett).

En conclusion : La philosophie et la science ne s’opposent pas ; elles se renforcent mutuellement par un dialogue interdisciplinaire constant.


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