
Masoud Omid
Associate Professor of Philosophy Department, University of Tabriz, Tabriz, Iran
L’avenir philosophique du monde : vers une philosophie de la vie
« The Philosophical Future of the World: Towards a Philosophy of Life »
Journal of Philosophical Investigations
Vol. 20, n° 54, 2026, p. 125-154
DOI.org (Crossref), https://doi.org/10.22034/jpiut.2026.70909.4386.
This work is licensed under a Creative Commons — Attribution 4.0 International
(CC BY).
Résumé
Aujourd’hui, il est très difficile de parler du passé et de son histoire, et encore plus de parler de l’avenir, en particulier de l’avenir philosophique. Cependant, puisque le mouvement de la prospective s’est constitué dans des domaines non philosophiques et y a rencontré un succès relatif, il semble désormais temps d’aborder la prospective dans le champ de la philosophie et de l’éprouver en ce domaine. Cet article reconnaît et examine l’existence d’un terrain objectif et d’un arrière-plan scientifique propices à l’émergence et au développement d’une branche philosophique appelée « philosophie de la vie » (au sens large, bien sûr, et non pas uniquement centrée sur le but et le sens de la vie).
La thèse de l’article soutient que la vie a dépassé les frontières d’un simple concept scientifique, social, économique et culturel pour atteindre le rang de concept théorique et philosophique. De plus, en raison de l’apparition de champs d’études particuliers et de l’existence d’un arrière-plan philosophique précis au cours du siècle dernier, la vie a dépassé le stade de problématique pour acquérir la stature d’un authentique problème philosophique. Par conséquent, dans le monde de la philosophie et du discours philosophique sur la vie, il convient de l’écrire avec un V majuscule — c’est-à-dire : Vie —, et nous devons nous attendre à l’avènement d’une branche philosophique nommée « philosophie de la Vie », ainsi qu’à un courant corollaire désigné sous le terme de « Vivisme » (
La philosophie de la Vie est une réflexion sur la vie en vue de l’interprétation et de l’expression philosophiques de « ma vie » ou du « Moi de la vie » (
La philosophie de la Vie consiste à philosopher au moyen de thèmes et de catégories tels que :
- la compréhension et la définition de la vie ;
- la distinction entre le sujet de la vie, le sujet pur et le Dasein dissous dans le monde ;
- les niveaux fondamentaux de la vie : « états », situations, conditions ;
- « ma vie parmi les vies » et l’interaction ;
- le langage et l’incarnation de la vie ;
- l’action et la posture de spectateur dans la vie ;
- l’authenticité et l’inauthenticité de la vie ;
- l’éthique, le sens, la réussite, le modèle, la santé, les moyens de subsistance, la mort, le bonheur, le plaisir, le style, la consommation, le bien-être, la vie comme perspective, etc.
Source : Journal of Philosophical Investigations.

Analyse académique par l’IA Gemini Google
The Philosophical Future of the World: Towards a Philosophy of Life
Masoud Omid
1. Contexte général et intention philosophique
L’article de Masoud Omid ne se présente pas comme une simple étude monographique ou un commentaire d’histoire de la philosophie ; il s’agit d’un manifeste programmatique et d’un essai de prospective philosophique (philosophical futures studies).
Le constat de départ d’Omid est double :
Premièrement, l’émergence des études prospectives (Futures Studies). Alors que l’anticipation méthodologique a fait ses preuves dans les sciences sociales, l’économie ou la géopolitique, la philosophie demeure frileuse quant à l’exploration de son propre futur, souvent enfermée soit dans un modèle historiographique continuiste, soit dans un scepticisme post-hégélien selon lequel la chouette de Minerve ne s’envole qu’au crépuscule.
Deuxièmement, le statut paradoxal de la « Vie ». Malgré son omniprésence dans les crises contemporaines (guerres, menace nucléaire, pandémie, biotechnologies, intelligence artificielle), la philosophie n’a jamais, selon l’auteur, conféré à la « Vie » le statut d’une branche disciplinaire autonome, dotée de ses propres catégories fondamentales, à l’égal de l’ontologie, de l’épistémologie ou de l’esthétique.
L’objectif d’Omid est donc de diagnostiquer les conditions historiques et théoriques rendant possible l’avènement d’une discipline philosophique nouvelle : la Philosophie de la Vie (avec une majuscule : Philosophy of Life), articulée à un paradigme qu’il propose de nommer le « Vivisme » (Lifeism).
2. Structure méthodologique : La démarche ternaire
L’auteur structure sa démonstration en trois moments successifs : l’analyse des fondements, l’explication et prédiction, puis la proposition théorique.
Étape 1 : Fondements méta-philosophiques de la prospective
Omid procède d’abord à un travail de clarification conceptuelle pour asseoir la légitimité de sa démarche.
Il démarque la prospective philosophique des doctrines de fin de l’histoire ou de mort de la philosophie (Fukuyama, Heidegger).
Il examine ensuite les rapports métaphysiques entre passé, présent et futur, en adoptant une conception ouverte où le présent n’est pas une simple répétition du passé, mais un lieu d’émergence de ruptures conceptuelles imprévisibles.
Enfin, il insiste sur la différence entre formuler une simple théorie au sein d’une discipline existante et concevoir l’émergence d’une branche philosophique entière.
Étape 2 : Diagnostic historique : de la négligence à la présence
Pour justifier la nécessité de son projet, Omid retrace l’histoire de la pensée sous l’angle d’une occultation progressive de la vie, découpée en trois périodes :
La période de négligence : Dans la philosophie classique, médiévale et moderne, le concept de vie est éclaté. Les Grecs pensaient la vie humaine à travers l’éducation (paideia) et la cité (polis), ou la réduisaient au principe d’animation biologique. À l’âge moderne, le sujet cartésien abstrait désincarne la subjectivité en l’isolant de la matière vivante.
La période d’attention : Le dix-neuvième et le début du vingtième siècle amorcent un tournant vers l’anthropologie concrète avec Schopenhauer, Kierkegaard, Nietzsche, Marx, puis le pragmatisme et la phénoménologie. Des concepts cruciaux sont forgés : le monde-de-la-vie (Lebenswelt) chez Husserl, le Dasein chez Heidegger, la forme de vie chez Wittgenstein. Cependant, aucun de ces penseurs n’a érigé la Vie comme catégorie architectonique première.
La période de présence : Au vingt-et-unième siècle, la vie s’impose empiriquement à travers des chocs objectifs majeurs (armes de destruction massive, menace écologique, pandémie, intelligence artificielle). La vie passe alors du statut de problématique concrète subie à celui de problème philosophique rigoureusement théorisable.
Étape 3 : La proposition doctrinale : Définition du Vivisme (Lifeism)
Dans la dernière partie de l’article, Omid formule sa proposition doctrinale :
Une méthode hybride : Concilier les thématiques concrètes de la tradition continentale (l’expérience vécue, la corporéité, l’angoisse, le sens) avec la rigueur d’analyse conceptuelle et de classification issue de la tradition analytique.
L’Ego-Life (Le Sujet de la Vie) : Il s’agit de l’apport théorique central, consistant en une synthèse entre le sujet autonome et actif issu de Kant et Descartes, et l’être-dans-le-monde incarné et situé issu du Dasein heideggérien. La vie n’est pas un flux abstrait : elle est toujours « ma vie », vécue par un foyer réflexif parmi les autres vies.
Texture et événement : La vie n’est pas une substance fixe, mais une trame d’événements continus qui prend forme à travers un corps incarné agissant et sentant.
3. Analyse critique et portée épistémologique
Portée : L’essai d’Omid offre une ambition systématique rare, dépassant le réductionnisme biologique pour faire de la vie une catégorie philosophique fondamentale face aux crises contemporaines.
Tensions théoriques : La volonté de réconcilier le sujet souverain cartésien et le Dasein heideggérien pose des difficultés majeures que l’article esquisse sans pleinement résoudre. De plus, en cherchant à intégrer sous une même bannière des thèmes très divers comme le style, la santé, la consommation ou l’éthique, la nouvelle discipline risque d’élargir son champ au détriment de sa précision conceptuelle.
Conclusion
L’article de Masoud Omid constitue la matrice théorique directe de la Conférence internationale sur la philosophie de la vie organisée avec l’Université Antonianum de Rome.
Il clarifie l’enjeu du colloque : il ne s’agit pas d’un simple rassemblement d’éthique appliquée, mais d’une tentative de poser publiquement les bases d’une refonte disciplinaire invitant la philosophie contemporaine à placer la « Vie » au centre de son interrogation théorique et pratique.
VOIR AUSSI
The International Conference on Philosophy of Life
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Résumés des communications soumises à la Conférence internationale sur la philosophie de la vie
Traduit de l’anglais au français par Gemini Google
La philosophie de la vie chez Wittgenstein : émerveillement, thérapie, pédagogie et forme éthique de vivre
Michael A. Peters
Communication préparée pour « La Philosophie de la vie », Faculté de littérature persane et de langues étrangères, Université de Tabriz, novembre 2026
Résumé
Les dernières paroles attribuées à Ludwig Wittgenstein — « Dites-leur que j’ai eu une vie merveilleuse » — semblent entrer en contradiction avec une biographie jalonnée de drames familiaux, d’épreuves guerrières, d’épisodes dépressifs, de ruptures vocationnelles, de rigueur morale intransigeante et d’une maladie incurable. Le présent article soutient que cette apparente contradiction procède de l’erreur consistant à tenir le qualificatif « merveilleux » pour le bilan empirique d’une suite d’événements heureux, plutôt que pour une expression éthique dont le sens n’advient qu’à l’échelle de l’existence envisagée comme une totalité.
À partir des Carnets 1914-1916, du Tractatus, de la « Conférence sur l’éthique », des Recherches philosophiques et de Remarques mêlées, cette étude reconstruit une philosophie de la vie articulée autour de quatre motifs indissociables :
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La contemplation du monde sub specie aeterni ;
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La distinction entre faits et valeurs ;
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La thérapie philosophique entendue comme travail sur soi-même ;
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L’éducation comme initiation aux jeux de langage et aux formes de vie.
La confrontation avec Freud s’avère particulièrement féconde. Bien que les deux penseurs partagent le diagnostic d’un assujettissement propre à la condition humaine et recourent à des redescriptions thérapeutiques, Freud explique la souffrance par une métapsychologie des pulsions, du refoulement et de la civilisation, là où Wittgenstein récuse toute théorie causale globale pour viser la représentation synoptique (übersichtliche Darstellung), la reconnaissance (acknowledgement) et l’apaisement de la pensée. Nos travaux sur la pédagogie wittgensteinienne constituent le prolongement décisif de cette étude : une philosophie de la vie ne se borne pas à être contemplée ; elle s’apprend au sein de dispositifs d’instruction, dans l’accès à une voix propre et dans l’effort éthique requis pour apprendre à « continuer » avec autrui.
Dans cette perspective, les ultimes paroles de Wittgenstein ne constituent ni un déni de la souffrance, ni le solde comptable où l’amitié et les accomplissements l’emporteraient sur la douleur. Elles relèvent d’un acte de gratitude voué à ses proches et de l’assomption de l’existence sous le signe de l’émerveillement. L’article conclut que Wittgenstein ne professe aucune doctrine de la vie bonne, mais déploie une praxis pédagogique et thérapeutique par laquelle l’être humain s’établit responsable des mots, des relations et des formes de vie qui confèrent son intelligibilité à l’existence.
Mots-clés : Wittgenstein ; philosophie de la vie ; émerveillement ; formes de vie ; thérapie philosophique ; pédagogie ; Freud.
IA : un nouveau récit de la vie humaine
La réalité s’appréhende par un processus d’appropriation dont la nature dépend de la manière dont la rationalité se trouve comprise et définie. Il en découle que le savoir revêt la forme d’un récit authentique de la réalité, façonnant celle-ci et l’amenant à être telle qu’elle se manifeste, précisément sous l’égide du paradigme dominant de la raison. La présente contribution se propose d’examiner certains traits constitutifs du récit de la réalité à l’ère des systèmes techniques computationnels, afin d’interroger les mutations profondes qui s’opèrent dans notre manière de concevoir tant le réel que l’humanité elle-même.
Pr Andrea Bizzozero, Ph. D. ; Ph. D.
Pre Carlotta Ciarrapica, Ph. D.
L’IA et la nouvelle philosophie de l’homme ou anthropologie philosophique
J.L.M. Dassen
Chercheur, Fondation Anthroopos (Amsterdam) ; Membre international de l’École de recherche néerlandaise en philosophie (Université de Leyde, Pays-Bas, 2020-2024)
Courriel : mrjlmdassen@hotmail.com
Résumé
Historiquement, l’anthropologie philosophique s’est attachée à répondre à cette interrogation fondamentale : qu’est-ce que l’être humain ? Aujourd’hui, l’intelligence artificielle impose un réexamen radical de la question. Il ne s’agit plus seulement de se demander ce que l’être humain produit, mais en quoi ses créations redéfinissent sa propre nature, son agentivité et sa conscience.
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Redéfinition de l’agentivité et de l’intentionnalité : Les conceptions classiques de l’action humaine reposent le plus souvent sur l’intention consciente. Dès lors que les algorithmes d’IA simulent des processus décisionnels, de nouvelles délimitations conceptuelles s’imposent entre la production mécanique et la volonté humaine authentique.
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L’esprit étendu : À mesure que l’IA s’intègre sans hiatus à notre quotidien, la frontière entre cognition humaine et traitement algorithmique s’estompe. L’IA opère désormais comme une extension de l’esprit humain, transformant nos manières de mémoriser, d’apprendre et de percevoir le réel.
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Éthique et identité existentielle : L’avènement d’une intelligence artificielle générale somme la réflexion morale de se ressaisir. Si les machines peuvent formaliser des cadres éthiques, notre statut unique d’agents moraux s’en trouve-t-il altéré ?
La riche tradition de la philosophie iranienne — des théories de l’âme d’Avicenne à la théosophie transcendante de Mulla Sadra — offre un appareil conceptuel puissant pour appréhender ces mutations. Le concept sadrien de Harakat-e-Jawhari (mouvement substantiel) pose que les étants sont en devenir et en flux perpétuels. Il devient ainsi possible d’envisager l’IA non comme une entité statique et étrangère, mais comme le prolongement du mouvement substantiel de l’humanité — un vecteur par lequel nos facultés intellectuelles s’étendent et se métamorphosent en temps réel. Ce dialogue entre sagesse ancienne et technologie moderne fait l’objet d’explorations au sein du champ académique, à l’instar des travaux parus dans le Journal of Philosophical Investigations de l’université.
En dernière analyse, l’intelligence artificielle n’amoindrit nullement l’anthropologie philosophique: elle l’enrichit. L’IA fait ressortir l’irréductible singularité de l’affectivité humaine, notre vulnérabilité à l’angoisse existentielle et notre quête de sens. L’IA peut calculer ; elle demeure incapable d’éprouver la profondeur du Dasein (l’être-au-monde). L’avenir de la philosophie réside dans l’orientation de ce devenir technologique, pour veiller à ce que l’IA concoure à exalter l’esprit humain plutôt qu’à l’éclipser.
Mots-clés : intelligence artificielle ; philosophie ; anthropologie ; humanisme ; domaine autonome ; interdisciplinarité ; réflexion.
Le sens de la vie et le simulacre de l’accomplissement : promesse, différance et ordre technologique
Mario Lupoli
Université pontificale Antonianum
Résumé
L’on dit d’une mort qu’elle est prématurée, ou d’une vie qu’elle est restée inachevée. De tels jugements font l’objet de débats argumentés et ne relèvent pas de la pure impression affective ; nul ne saurait les déduire de la biologie, qui constate le terme d’une existence et son moment, sans jamais pouvoir statuer sur son caractère prématuré. Un tel jugement évalue l’existence à l’aune d’une dette contractée envers le vivant.
Où une telle créance peut-elle bien trouver son ancrage ? Certainement pas dans les processus vitaux ; pas davantage dans l’histoire, car les philosophies de l’histoire ont toujours dédommagé l’individu par les accomplissements des générations futures — or, aucune société meilleure ne saurait racheter la souffrance déjà endurée. Ce qui est dû l’est aux vivants eux-mêmes, dans leur corporéité charnelle, et seule une promesse peut revêtir une telle forme.
Puisant au lexique biblique, le théologien italien Sergio Quinzio réactive une acception de la vérité entendue comme fidélité à la promesse, et de la fausseté comme promesse trahie. Une promesse indéfiniment réinterprétée afin qu’aucun événement ne puisse la démentir perd toute assise : elle se trouve purement et simplement annulée, car ce qui ne peut plus être rompu ne saurait davantage être tenu.
La pensée médiévale et le premier âge moderne avaient déjà conceptualisé, à travers la figure de l’Antéchrist, une imposture de cet ordre, laquelle consiste moins dans le simple mensonge que dans la substitution au vrai tout en en mimant la forme : l’adversaire ne détruit pas le temple, il l’investit.
Cette même opération se déploie aujourd’hui à l’insu de toute théologie. L’ordre technologique perfectionne tout ce qui peut être mesuré, dénombré et calculé, tandis que chaque mort singulière demeure laissée sans réponse rédemptrice — et, avec ces disparitions, la totalité des vies vécues jusqu’à ce jour. Deux réalités lui opposent une résistance irréductible : la chair souffrante et l’espérance de ce qui n’est pas encore advenu. C’est la fidélité à une promesse de salut encore inaccomplie qui préserve une clairière de sens pour l’existence, au cœur même de l’incertitude jamais comblée du « pas encore ».
Dernière mise à jour : 29 août 2026
Source : Abstracts of papers submitted to the International Conference on Philosophy of Life.


