(L’autoréalisation. Ambition thérapeutique et concept philosophique)
Gerd B. Achenback
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Ce texte de Gerd B. Achenbach, intitulé « SELBSTVERWIRKLICHUNG: Therapeutische Ambition und philosophischer Begriff » (1982), propose une critique approfondie de la manière dont la société, les thérapeutes et certains philosophes abordent le concept d’autoréalisation (Selbstverwirklichung).
Voici une analyse détaillée et élaborée des grands axes du texte, étayée par des citations traduites en français :
1. La réaction protectrice des « gardiens de l’esprit » et des Penseurs Publics
L’auteur commence par constater que la quête d’autoréalisation est devenue centrale à notre époque. Cependant, elle suscite immédiatement une réaction défensive chez les figures d’autorité intellectuelle, religieuse, pédagogique ou thérapeutique. Achenbach explique que dès que les individus cherchent sincèrement à devenir eux-mêmes, ces « grands frères intellectuels » perdent leur mandat de contrôle.
Citation : « Car si les gens le prennent au sérieux, les représentants des intérêts généraux perdent leur mandat. Le besoin de revenir à soi-même stimule de manière fiable une aversion envers toute forme de tutelle… »
(« Denn: wird es Menschen ernst damit, geht den Vertretern allgemeiner Interessen das Mandat verloren. Das Bedürfnis, zu sich selbst zu kommen, stimuliert verläßlich Aversionen gegenüber jeder Art von Vormundschaft… »)
Ces figures (pédagogues, théologiens, médecins) cherchent alors à circonscrire ou à dépasser au plus vite cette idée en la qualifiant d’« égoïste », de « narcissique » ou de « déviation ». Leur mot d’ordre commun devient alors : « L’autoréalisation et au-delà ».
2. La dérive et la réduction thérapeutique (Critique de J. Wunderli)
Achenbach analyse en détail la posture thérapeutique (notamment celle du docteur Jürg Wunderli). Il reproche aux thérapeutes de transformer un phénomène historique et social en un problème psychologique individuel et privé afin de justifier leur rôle et leurs interventions.
Confusion entre aliénation et autoréalisation : Réduire l’autoréalisation à une « guérison de l’aliénation de soi » (Selbstentfremdung) est une erreur logique. L’aliénation de soi cherche à restaurer un état passé perdu (démarche conservatrice/révolutionnaire), alors que l’autoréalisation vise quelque chose qui n’a encore jamais existé (démarche évolutionnaire).
Médicalisation et contrôle : En définissant la quête de soi comme un « déficit narcissique » provenant de l’enfance, le thérapeute transforme le sujet en un « cas à traiter » nécessitant un « processus de maturation ultérieure » (Nachreifung) sous contrôle.
La théologie du contrôle social : Selon Achenbach, la thérapie est devenue l’idéologie de domination moderne sous couvert d’assistance.
Citation : « Dans le présent, la thérapie est la dernière forme efficace de l’idéologie de domination. »
(« …in der Gegenwart ist Therapie die letzte wirksame Gestalt der Herrschafts-Ideologie. »)
3. La critique de la posture philosophique (Critique de M. Theunissen)
En examinant la perspective philosophique de Michael Theunissen, Achenbach note que ce dernier tente d’assujettir l’autoréalisation à une exigence éthique d’« universalité » (Allgemeinheit). Pour Theunissen, l’autoréalisation ne serait légitime que si l’individu se consacre à des problèmes globaux (paix, faim dans le monde, écologie).
Achenbach soutient que cette approche passe à côté du sujet véritable : elle force l’individu à s’adapter de nouveau à un cadre théorique extérieur au lieu de penser la subjectivité pour elle-même.
4. L’approche hégélienne : L’Individu comme réalité essentielle
S’appuyant sur un chapitre clé de la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, Achenbach propose une conception véritablement radicale de l’autoréalisation :
Inversion des priorités : Dans le monde traditionnel, l’individu n’était validé que s’il se soumettait aux lois, doctrines, institutions ou rôles sociaux. Avec l’idée moderne d’autoréalisation, la relation s’inverse : ce sont les institutions et le monde qui sont désormais évalués selon leur capacité à permettre à l’être humain d’exister par lui-même.
Reconnaissance et altérité : L’être humain ne peut pas se réaliser dans l’isolement absolu. Il accède à la conscience de sa propre réalité essentielle à travers le regard de l’Autre.
Être irremplaçable vs Être interchangeable : Dans la vie quotidienne, l’individu n’est reconnu que par ses fonctions ou caractéristiques (client, employé, contribuable, patient). L’autoréalisation exige d’être reconnu non pas pour ce que l’on possède ou pour son rôle (« quoi »), mais pour son existence pure et irremplaçable (« qui »).
Citation : « L’être humain est auprès de lui-même là où il lui est permis de s’éprouver comme irremplaçable, comme non interchangeable. »
(« Der Mensch ist bei sich selbst, wo er sich als unersetzbar, als nicht austauschbar, erfahren darf. »)
5. Conclusion : L’autoréalisation comme utopie critique
Pour Achenbach, le concept d’autoréalisation n’est pas une simple mode psychologique, mais une exigence humaniste radicale. Elle représente la protestation contre un monde qui instrumentalise les individus et une quête d’une société basée sur une humanité inconditionnelle, où chaque individu est considéré comme une fin en soi (Selbstzweck).
Citation : « L’idée d’autoréalisation vise fondamentalement un monde d’humanité inconditionnelle. Et ce serait un monde dans lequel aucune chose, théorie, objectif, norme, valeur […] n’aurait de valeur en tant que réalité essentielle —, mais bien tous ceux qui y vivent, chacun pour soi, chacun en tant qu’être humain, chacun en tant que soi-même. »
(« Der Selbstverwirklichungs-Gedanke intendiert im Grunde eine Welt bedingungsloser Menschlichkeit. Und das wäre eine Welt, in der keine Sachen, Theorien, Ziele, Normen, Werte… als die wesentlichen Wirklichkeiten Geltung hätten sondern: alle, die wir in ihr leben, jeder einzelne für sich, jeder, insofern er Mensch ist, jeder als er selbst. »)
Article rédigé avec l’Intelligence artificielle GEMINI de Google
Ma question
Est-ce que Achenbach propose une alternative ?
Le réponse de Google Gemini
Oui, Gerd B. Achenbach propose bien une alternative, aussi bien dans la logique théorique développée dans ce texte que dans sa démarche pratique globale.
1. L’alternative théorique présente dans le texte : La vision hégélienne de la subjectivité
Dans le texte sur l’autoréalisation (Selbstverwirklichung), Achenbach refuse :
L’approche psychologico-thérapeutique, qui réduit la quête de soi à un « déficit narcissique » ou à une « pathologie » à traiter et à corriger sous tutelle.
L’approche d’une certaine philosophie (ex. M. Theunissen), qui exige que l’individu s’assujettisse à des tâches universelles prédéterminées (comme les causes mondiales) pour légitimer son existence.
Son alternative théorique s’appuie sur la pensée de Hegel :
L’inversion du regard : L’alternative consiste à évaluer le monde, les institutions et les théories selon leur capacité à permettre à l’être humain de « venir à soi-même » et d’être reconnu pour ce qu’il est, plutôt que de mesurer l’être humain à l’aune de normes extérieures.
Une reconnaissance inconditionnelle (le « Du » / le sujet irremplaçable) : L’alternative réside dans une relation où l’individu n’est pas jugé ou évalué selon ses fonctions (son « rôle » ou ses capacités, son « quoi »), mais reconnu de manière inconditionnelle dans son existence singulière (« qui » il est, un sujet irremplaçable).
Une utopie critique : Il propose de voir le besoin d’autoréalisation non pas comme une maladie à guérir, mais comme une protestation légitime et l’amorce d’une « autre santé », visant un monde d’humanité inconditionnelle où l’individu est une fin en soi (Selbstzweck).
2. Son alternative pratique : La Pratique philosophique (Philosophische Praxis)
Sur le plan concret de la relation d’aide et de l’accompagnement, Achenbach a fondé en 1981 la Pratique philosophique (Philosophische Praxis) comme une alternative explicite à la psychothérapie :
Un dialogue de pensée à pensée : Au lieu d’avoir un « thérapeute » (expert) face à un « patient » ou « client » (malade ou dysfonctionnel), la pratique philosophique met en relation deux personnes libres — le philosophe et son « visiteur » (Besucher) — engagées dans un dialogue réflexif.
L’approche « sans méthode » (Beyond-Method / Methodejenseits) : Achenbach refuse de transformer le dialogue en une technique standardisée ou un protocole de guérison. Chaque interlocuteur est considéré dans sa singularité, sans qu’on lui applique un schéma diagnostique.
Philosopher au lieu de traiter : Les interrogations, doutes ou crises existentielles ne sont pas traités comme des dysfonctionnements psychologiques à réparer, mais comme des invitations à penser, à éclairer et à questionner le sens de sa propre existence
La découverte de l’introversion et de l’extraversion par Jung suivie des quatre fonctions d’orientation de la psyché humaine
par Michelle Nahon, psychologue jungienne
Introduction
Lors d’une réunion de travail récente, l’une des fonctions jungiennes a été décrite par l’un des participants mais lorsque je lui ai précisé qu’il présentait son vécu de la fonction « intuition », j’ai compris que le terme de fonction ne lui « parlait » pas, pas plus qu’aux autres personnes présentes, encore moins lorsque les noms des trois autres fonctions ont été précisées.
Cherchant dans l’Espace francophone Jungien, je trouve un article intitulé Les types psychologiques de C.G. Jung écrit par Ariane Callot. Les fonctions sont indiquées et précisées de façon générale, elles méritent cependant d’être approfondies et concrétisées ce que je vais tenter de rédiger maintenant.
Après sa rupture avec Sigmund Freud, en les années 1913, Jung va approfondir et préciser sa compréhension de la psyché humaine. Ce ne sera pas facile car il veut aller au fond des choses et d’abord connaître son propre fonctionnement psychique. Nous ne découvrirons que plus tard, bien longtemps après sa mort, arrivée en 1961, tout ce travail d’élaboration personnelle et expérimentale qui ne sera publié en allemand qu’en 2009 et deux ans plus tard en français, sous le titre de Livre Rouge.
Cependant, Jung nous fait connaître une grande partie de ses recherches, car il travaille sur son intériorité mais aussi et parallèlement sur le fonctionnement général de la psyché des humains. Lors de l’année de sa rupture avec Freud, il interviendra sur ce sujet dans un congrès psychologique car il a déjà perçu et découvert un point très important qui n’a pas été souligné, selon lui, par Sigmund Freud (1856-1939) ni par Alfred Adler (1870-1937) et que ces deux chercheurs n’étudieront pas ultérieurement. Précisons d’abord sa découverte sur ce fonctionnement de la psyché humaine.
Première découverte fondamentale sur l’un des caractères de la psyché
Dans son premier poste d’assistant psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire qui porte le nom de Burghölzli, Jung rencontre évidemment des malades mentaux dont des hystériques et des déments précoces (vocables que l’on utilisait à son époque) et il souligne la différence fondamentale d’attitude vis-à-vis du monde extérieur. Jung dit dans son exposé au Congrès: « On sait que l’hystérie et la démence précoce (terminologie utilisée à son époque) présentent dans leur physionomie générale un contraste frappant, résultant surtout de l’attitude des malades vis-à-vis du monde extérieur…émotivité exagérée d’un côté, apathie de l’autre » et il propose de nommer les uns extravertis, les autres introvertis, soulignant brièvement que cette attitude se trouve aussi chez l’homme normal.¹
Entretiens avec Richard Evans, professeur d’Université à Houston
Cette première découverte se répand assez vite dans le monde intellectuel et même l’homme de la rue emploiera rapidement les termes d’extraverti et d’introverti, comme le souligne Richard Evans, professeur d’Université à Houston, venu en Europe dans le cadre d’une expérience pédagogique universitaire pour rencontrer et questionner Jung à Zurich en 1957² : « Ce sont, dit-il à Jung, les termes psychologiques les plus utilisés par le profane aujourd’hui. »
La réponse de Jung est intéressante et je la reprends ici: « Comme le mot ‘complexe’ -que j’ai créé à partir de l’expérience des associations- ceux-ci [extraverti et introverti] sont simplement d’un usage commode. Il y a des gens qui sont plus influencés par leur entourage que par leurs propres intentions, tandis que d’autres sont plus influencés par des facteurs subjectifs. Le facteur subjectif était considéré par Freud comme une sorte d’auto centrisme. C’est une erreur. Il y a deux éléments dans la vie psychique l’un est constitué par l’influence de l’environnement, et l’autre est la psyché comme donnée innée.³ »
Le professeur Evans continue à poser des questions et je relève : « L’une des erreurs d’interprétation les plus répandues concernant votre œuvre parmi les auteurs américains est, à mon sens, de vous prêter la pensée que le monde est divisé en deux catégories… » Jung développe sa réponse et il la précise nettement: «…Il n’existe pas d’introverti pur ou d’extraverti pur. Un tel homme serait dans un asile de fous. Ce sont des termes qui désignent seulement une certaine disposition, une certaine tendance…Il y a des gens qui sont très équilibrés à ce point de vue et qui sont aussi sensibles aux réalités extérieures qu’aux réalités intérieures. »
Ces réalités intérieures, Jung les nomment « fantasmes ». Il faut bien différencier ici l’usage que Jung fait de ce mot avec la conception de « fantasme » chez Freud.
Le mot allemand phantasma est employé par Freud par exemple dans Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci. Ce livre, qu’il publie en 1910, est proche de leur rupture et Jung s’est affirmé depuis lors sur sa notion d’attitude. Freud, au début de sa compréhension des mécanismes psychiques, pense à de véritables traumatismes dans les névroses, pour découvrir par la suite que « les scènes traumatiques ne seraient que des Fantasmes produits par les patients eux-mêmes, dans l’après-coup, à partir de souvenirs infantiles. »? Ce point est très important d’ailleurs et il est souligné dans ce même article : « Les historiens de la psychanalyse ont toujours reconnu que c’était au moment où Freud découvrait la nature fantasmatique de ces scènes qu’il inaugura la pensée psychanalytique proprement dite. »?
Le fait et la réalité
Jung utilise aussi le mot de fantasme car il veut souligner que ce qu’il perçoit et qu’il nomme fantasme est un fait, un fait pour l’introverti, se démarquant de l’usage qu’en fait Freud. Il explique à Richard Evans que ce fait arrive à la psyché de l’introverti et celle-ci n’est pas une tabula rasa : « Vu de l’extérieur, c’est un facteur subjectif. Mais si vous voyez les choses de l’intérieur, c’est comme si vous observiez le monde. »? Plus loin dans l’échange avec Richard Evans, Jung ajoute: « Le fantasme est, comme vous le voyez, une sorte d’énergie, quoique vous ne puissiez le mesurer. Il est la manifestation de quelque chose et il est une réalité.? ». Un peu plus loin dans sa réponse, il souligne ce point important pour comprendre l’originalité de sa psychologie : « les événements psychologiques sont des faits, des réalités.? »
Les quatre fonctions
Le professeur Evans questionne alors Jung sur le sens des termes définissant les quatre fonctions établies par Jung en liaison avec sa typologie extraversion-introversion. « On peut, répond Jung, donner une explication tout à fait simple, qui montre en même temps comment je suis arrivé à formuler cette typologie. La sensation vous dit qu’il y a quelque chose. La pensée, pour parler grossièrement, vous dit ce que c’est. Le sentiment vous dit si c’est agréable ou non, acceptable ou non, reçu ou rejeté. Et l’intuition il y a là une difficulté parce que nous ne savons pas comment fonctionne l’intuition. Quand un homme a une intuition, vous ne pouvez pas dire exactement comment il l’a eue…. »?
Jung complète son explication sur cette dernière fonction par un exemple¹? et il conclut: « Mon idée, c’est que l’intuition est une perception par des voies ou des moyens inconscients.[…]C’est une fonction très importante car lorsque vous vivez dans des conditions primitives, il vous arrive constamment des choses imprévisibles. Vous avez alors besoin de votre intuition, parce que vous ne pouvez pas apprendre par la perception ce qui va vous arriver.¹¹ » Dans les conditions de vie ordinaire, l’intuition ne se manifeste pas forcément. « Il m’a fallu un an pour m’assurer de l’existence du type ‘intuitif’. » Et Jung ajoute: « Le dernier et le plus inattendu fut le type ‘sensation’. Je compris seulement plus tard que ce sont là les quatre aspects du conscient. ¹²»
Il aurait été souhaitable de donner ici, présenté par Jung, un exemple d’utilisation des quatre fonctions devant un objet nouveau ou une idée nouvelle car l’approche est la même, mais il ne l’a pas écrit, estimant qu’il vaut mieux ne pas s’enfermer dans des raisonnements schématiques. Le dernier paragraphe de cet article reprendra en quatre schémas les fonctions jungiennes ainsi que les mots de vocabulaire associés à la recherche et à la prise en compte de chaque fonction.
Cependant précisons ici que, devant un objet nouveau, notre fonction principale va en général « s’exprimer » la première. Elle sera suivie par l’une des fonctions secondaires, puis par l’autre et, enfin, la fonction dite inférieure, opposée à la fonction principale pourra enfin être sollicitée.
Dans ses réponses à Richard Evans, relevons une phrase de Jung qui souligne son ouverture d’esprit, sa quête incessante de compréhension de la psyché humaine: « Si vous pouvez m’indiquer un autre aspect de l’être humain, je vous en serais très reconnaissant. Je n’ai pas encore trouvé et je cherche. Ce sont les quatre fonctions que je connaisse. »
Rappelons ici que cet entretien avec Richard Evans a lieu en 1957. Jung, né en 1875, a 82 ans et il a publié la plupart de ses travaux. L’une de ses premières publications concernait déjà les sujets qu’il aborde avec son interlocuteur, il s’agit de l’ouvrage Les Types psychologiques¹³ et, depuis sa première intervention, citée plus haut, au Congrès de Psychologie en 1913, il approfondit les attitudes relationnelles humaines et le fonctionnement de la psyché.
Jung ajoute que l’on peut ajouter des éléments « mais je trouve que le schéma le plus simple est celui que je viens de vous exposer: la quaternité, la division simple et naturelle du cercle. Je n’ai pas inventé le symbolisme de cette classification. Quand j’ai étudié les archétypes je me suis aperçu qu’il y avait là une forme archétypique très importante¹?. »
Distinctions entre les quatre fonctions
Jung différencie les fonctions selon un critère qu’il est bon de souligner dès à présent: deux fonctions sont rationnelles et deux fonctions sont irrationnelles. Que veut-il nous transmettre dans cette distinction? Et quelles définitions donne-t-il à ces deux adjectifs ?
Reprenons la présentation qu’il en fait dans L’homme à la découverte de son âme, ¹? et rappelons le rôle fondamental de la conscience : « La conscience, organe d’orientation, utilise certaines fonctions pour s’orienter dans l’espace extérieur, dans son ambiance. (Elle a en outre à charge l’orientation de l’espace intérieur; nous y reviendrons) ». Effectivement, comme déjà dit, l’examen d’une idée nouvelle, une question intérieure, passeront par la même approche. Il présente alors deux fonctions: la fonction sensation, irrationnelle, et la pensée, rationnelle.
« La sensation nous indique, par exemple, si l’espace dans lequel nous nous trouvons est vide ou s’il y figure quelque objet, si celui-ci est à l’état de repos ou s’il se meut. La sensation, en tant que fonction psychique, est par essence irrationnelle. Pourquoi? Vous allez le comprendre. Si vous désirez percevoir une sensation de façon aussi spontanée et pure que possible, vous devez faire abstraction de toute attente relative à ce que vous allez percevoir…La sensation pour être pure et vive, ne doit inclure aucun jugement, ni être influencée ou dirigée, elle doit être irrationnelle. »
« Une deuxième fonction nous dit, après que la sensation a constaté la présence d’un objet dans l’espace où nous sommes, ce qu’est cet objet. Cet acte, cette fonction de connaissance est, sur un plan primitif, ce qu’on appelle la pensée. La pensée est une fonction rationnelle: elle juge, elle exclut; c’est une charge primordiale, puisqu’elle doit préciser ce qu’une chose est. ¹? »
Jung continue son texte en présentant l’intuition.
Certes les sens et la pensée nous ont aidés pour connaître cet objet mais « en outre, il y a le domaine des suppositions, des pressentiments, des ‘impressions vagues’ comme nous les nommons. Nous avons un certain flair pour l’origine des choses et nous présentons leur évolution, leur devenir futur : c’est là la sphère de l’intuition. »
Et la 4e fonction, le sentiment, termine cet approfondissement : « Après avoir constaté les choses dans leur objectivité, nous ne devons pas perdre de vue qu’elles ne sont pas seules dans l’univers, nous y sommes également inclus. De la chose à moi et de moi à la chose existent des rapports, des liens ; d’une façon ou d’une autre je me trouve affecté par tout objet, qui est agréable ou désagréable, attachant ou repoussant, que je désire ou que je hais. C’est ici la sphère du sentiment. Le sentiment me dicte la valeur qu’a un objet pour moi. C’est une fonction rationnelle qui formule un jugement précis, alors que l’intuition, perception spontanée de possibilités vagues, est une fonction irrationnelle.
Voilà donc situées les deux fonctions rationnelles la pensée et le sentiment et les deux fonctions irrationnelles: la sensation et l’intuition.
On peut se poser la question de l’insistance de Jung à définir les quatre fonctions. Peut-être a-t-il remarqué des erreurs d’interprétation, par exemple, croire que le sentiment est une fonction irrationnelle ou que la sensation est une fonction rationnelle.
Jung précise bien ce qu’il entend par irrationnel pour éviter des dérives de compréhension: « J’emploie ce terme pour désigner non pas ce qui est contraire à la raison, mais ce qui est en dehors d’elle, ce qu’on ne peut pas motiver par la raison.¹? »
Ces quatre fonctions nous orientent dans notre espace psychique; elles peuvent aussi s’exercer automatiquement; une sensation fait tout à coup irruption dans notre passivité ou s’impose à nous, par exemple, un coup de tonnerre. Enfin, ces fonctions ne s’exercent pas seulement dans la conscience mais aussi dans l’inconscient. Par exemple, si le coup de tonnerre retentit pendant le sommeil, il peut être intégré dans un rêve.
Jung continue sa présentation des fonctions telles qu’il les a perçues dans leur fonctionnement quotidien soit sur les patients qu’il rencontre soit dans sa propre psyché et telles qu’il les a élaborées: « Ces quatre fonctions sont dotées chacune d’énergie psychique […] Si l’une de ces fonctions n’est pas employée, elle se déroule et se perd dans l’inconscient; elle suscite alors une activation peu naturelle de celui-ci, car l’évolution humaine a atteint un stade où ces fonctions peuvent et doivent être exercées dans la conscience. ¹?»
Ici Jung souligne un point très important: le stade atteint par l’évolution humaine.
L’évolution de l’homme occidental
Faisons ici un très bref raccourci de l’évolution humaine (précisons, européenne) qui a aidé aux prises de conscience, sans parler de l’évolution technique qui a progressé parallèlement ou plus vite.
Après le dualisme de Descartes qui a séparé l’âme et le corps, la métaphysique et la physique, le doute méthodique et la vérité de Dieu, Spinoza ouvre cette dualité dans un monisme: une seule substance qu’il nomme Dieu ou plus souvent la Nature qui contient l’âme et le corps et propose une éthique sans oublier les affects; Kant soulève le problème des limites de la raison; Hegel élargit la dualité dans une dialectique en trois parties avec une ouverture sur le devenir que Marx développe Nietzsche remet en question les valeurs de l’Occident; Janet, avec ses recherches sur l’hystérie, ouvre la voie de Freud et de l’inconscient Jung pressent la complexité qui sera fort bien développée durant la fin du XXe siècle par Edgar Morin.
Prises de conscience souhaitée par Jung
L’humanité ne peut renoncer à ces acquits là et l’évolution de la conscience est essentielle pour l’homo sapiens. Jung en est très conscient. Si nous relisons des pages de Ma vie¹?, relevons quelques phrases qui, quoique écrites dans les années 1955-60, sont toujours actuelles: « Notre époque a mis tout l’accent sur le monde d’ici-bas suscitant ainsi une imprégnation démoniaque de l’homme et de tout son monde….Une identification totalement illusoire à l’illimité… L’homme est devenu la proie de l’inconscience. Alors que la tâche majeure de l’homme devrait être tout au contraire de prendre conscience de ce qui, provenant de l’inconscient se presse et s’impose à lui, au lieu d’en rester inconscient ou de s’y identifier. Car dans ces deux cas, il est infidèle à sa vocation de créer de la conscience…Le seul sens de l’existence humaine est de créer de la lumière dans les ténèbres… »
Et Jung ajoute: «Il y a même lieu de supposer que tout comme l’inconscient agit sur nous, l’accroissement de notre conscience a, de même, une action en retour sur l’inconscient. »
Espérons que notre travail personnel sur les quatre fonctions agira sur l’inconscient collectif en action dans notre humanité actuelle.
Mise en œuvre des quatre fonctions :
Jung nous donne des méthodes pour mettre en action les quatre fonctions devant une chose nouvelle et pour nous orienter dans notre espace psychique. En suivant l’une des méthodes devant tout objet nouveau, avec régularité et constance, l’analyse demandera alors peu de temps.
Soit nous reprenons et suivons pas à pas la phrase que Jung dit à Evans et citée en début de ce texte: La sensation vous dit qu’il y a quelque chose. La pensée, pour parler grossièrement, vous dit ce que c’est. Le sentiment vous dit si c’est agréable ou non, acceptable ou non, reçu ou rejeté. Et nous écoutons la réponse intérieure devant cet objet nouveau qu’il soit matériel, intellectuel, spirituel. Puis nous laissons venir à nous l’intuition.
Dans l’Homme à la découverte de son âme, chapitre 3 « Du conscient et de l’inconscient», Jung développe chacune des fonctions avec précision diverses approches.
Soit nous préférons partir d’une série de verbes pour nous questionner devant une chose nouvelle et « utiliser les quatre fonctions à notre gré je veux regarder, remarquer, entendre (sensation); je veux savoir ce qu’est telle chose (pensée), quelle valeur elle a pour moi (sentiment) etc. ».
Soit encore « munis de ces quatre fonctions d’orientation qui nous disent si une chose existe, ce qu’elle est, d’où elle vient et où elle va, et enfin ce qu’elle représente pour nous, nous sommes orientés dans notre espace psychique. »
En fait, ces exemples montrent que, peu importe la première des quatre fonctions qui se présente à notre esprit (elle dépend de la construction de notre psyché), l’important est de faire successivement appel aux trois autres.
En effet, les circonstances de la vie nous font souvent favoriser l’une de ces fonctions. L’important est de savoir que la fonction opposée est défavorisée et, de fait, la plus difficile à cerner. Les deux autres sont complémentaires, l’une des deux étant plus active à se manifester que l’autre.
Le milieu humain
Nos recherches s’intègrent bien sûr dans une société et nos conclusions sur la chose étudiée sont souvent communiquées à une personne, partenaire, ami, parfois adversaire.
Souvent nous avons intérêt à être conscient de notre attitude, c’est-à-dire, présentons-nous la chose étudiée comme le fait un introverti ou un extraverti ? L’oreille d’écoute est-elle celle d’un introverti ou d’un extraverti²?? D’une personne qui a une fonction dominante forte? Et laquelle ? Souvent d’ailleurs sans que nous en ayons une conscience nette, nous ressentons que la psyché s’est mise en action et nous accommodons notre transmission à l’attitude d’écoute et la fonction dominante de l’autre.
Notre propre évolution
L’ordre des quatre fonctions peut évoluer au cours de notre vie. L’arrivée dans la vie active, une épreuve, un deuil et notre approche de la psyché se modifie. Elle se modifie aussi en vieillissant. Je relève quelques phrases qui nous éclairent sur notre évolution avec l’âge et qui sont relevées dans le journal intime d’une patiente de Jung qui, entre 1951 et 1961, transcrivait leur échange après la séance. Ces notes ont été par la suite éditées²¹: « l’homme se féminise…la femme vit une élévation spirituelle… La femme veut aller directement au fait…l’homme recherche partout l’ambiance, l’atmosphère, le sentiment…. [Pour la femme] Seul le sens compte, tout le reste devient futile…L’homme au contraire aime le clair obscur, cherche à être bercé par l’éros…
Conclusion
Ayons d’abord conscience que ce travail de réflexion sur nous, notre attitude, notre approche de la psyché, tout cela est utile pour permettre à notre conscience d’être consciente tout simplement, de se construire, d’évaluer les possibles directions à prendre, de faire des choix réfléchis et d’éviter que la fonction inférieure ne s’enfouisse dans l’inconscient affaiblissant notre énergie psychique, notre prise de conscience d’un fait, d’une réalité nouvelle et provoquant à la longue des troubles physiques, psychologiques ou mentaux.
Grâce au niveau atteint par l’évolution humaine, cet effort d’analyse sur la psyché, auquel Jung nous invite et même nous presse, peut conduire déjà à diminuer la part d’inconscience qui est en chacun de nous mais aussi à une évolution générale des humains.
Je donnerai ici deux exemples de la réalité de la prise de conscience qui se diffuse lorsqu’elle a atteint un certain niveau.
Des chercheurs ont remarqué que souvent une découverte est déclarée simultanément à au moins deux endroits de la planète et elle a même parfois conduit à des polémiques ou des procès pour établir l’antériorité souvent de peu de jours. Wikipédia en a relevé depuis…1666 (la paternité du calcul infinitésimal est-elle à attribuer Leibniz ou à Newton?), jusqu’en 1974 (le méson PSI, Burton Richter ou Samuel Ting) en passant par 1876 (controverse sur l’invention du téléphone entre Bell et Gray) ou en 1905 (la relativité restreinte entre Einstein et Henri Poincaré)²².
Deuxième exemple: un livre paru vers 1980²³ avait fait grand bruit car il montrait qu’une amélioration trouvée, adoptée par un individu et remarquée par d’autres, finissait pas se répandre et être adoptée par tous. C’était une observation faite sur des singes vivant sur une île. Une guenon avait pensé à laver la nourriture terreuse (des patates douces), d’autres individus se sont mis à l’imiter, de plus en plus, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive que le lavage des patates douces avait aussi été adopté même sur des îles voisines.
Cette histoire peut faire espérer que suffisamment d’individus, travaillant sur leur psyché, diminuent leur part d’inconscience personnelle au point d’amener plus de raison, plus de lumière chez d’autres humains et sur la planète.
Complément; schémas et vocabulaire propre à l’étude de chaque fonction
Pour éclairer l’approche de chacun devant un objet nouveau, proposons des schémas à partir de la fonction principale qui va en général « s’exprimer » la première. Elle sera suivie par l’une des fonctions secondaires, puis par l’autre et, enfin, la fonction dite inférieure, opposée à la fonction principale devrait enfin être sollicitée :
Relevons aussi quelques mots de vocabulaire, quelques verbes aidant pour nous guider dans notre questionnement devant une chose nouvelle et pour mettre nos fonctions en action:
C. G. Jung, Types psychologiques, Genève, Librairie de L’Université, 1950.
C. G. Jung, L’homme à la découverte de son âme, Éditions Albin Michel, 1987, Préface de Roland Cahen.
C. G. Jung, Ma vie, Éditions Gallimard, 1973.
Richard Evans Entretiens avec Carl Gustav Jung avec des commentaires d’Ernest Jones, Petite Bibliothèque Payot. 2002, Reprise de l’édition française de 1964.
Ken Keyes Jr, The Hundredth Monkey (Le Centième Singe), 1984,
Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, La Fontaine de Pierre, 2019. Le vocabulaire de Jung, ouvrage coordonné par Aimé Agnel, Ellipses Paris 2011.
Notes
¹ Cf. la préface d’Yves Le Lay à la traduction qu’il a réalisé du livre de Jung Types psychologiques, Genève, Librairie de L’Université, 1950.
² Richard Evans Entretiens avec Carl Gustav Jung avec des commentaires d’Ernest Jones, Petite Bibliothèque Payot. Reprise de l’édition française de 1964 en 2002 avec les commentaires de Jones.
³ Id. p. 71-72.
? https://www.universalis.fr/encyclopedie/fantasme-psychanalyse/(06-04-2026. L’auteur de l’article s’appuie sur la lettre de Freud à son ami W. Fliess du 21 septembre 1897.
? Idem.
? Richard Evans, Entretiens avec Carl Gustav Jung, 2002 p. 72.
? Id., 2002 p. 72.
? Id., 2002 p. 73.
? Id., 2002. p. 78.
¹? Il s’agit d’un couple, des patients de Jung: l’homme du type sensation fait un pari avec sa femme du type intuition alors qu’ils sont au bord du lac de Zurich et que des oiseaux plongent pour attraper des poissons: Qui des deux verra le premier la sortie de l’eau des oiseaux? L’épouse gagne largement alors qu’on aurait pu penser que le gagnant serait le type sensitif qui observe soigneusement la réalité.
¹¹ Id. p. 80.
¹² Id. p.81.
¹³ Types psychologiques, Genève, librairie de l’Université
¹? Entretiens, p.84-85.
¹? Éditions Albin Michel, 1987. Préface de Roland Cahen.
¹? 1987, p.106-107.
¹? 1968, p. 455.
¹? 1987, p.109-110.
¹? C. G. Jung, Ma vie, Éditions Gallimard, 1973, p. 320.
²? Cf. mon article sur ce sujet paru dans https://www.cgjung.net/ « Introverti et extraverti ».
²¹ Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, 2019, La Fontaine de Pierre.
²² https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9couvertes_scientifiques_simultan%C3%A9es. (consulté le 27/04/2026).
²³ Ken Keyes Jr, The Hundredth Monkey (Le Centième Singe), 1984.
Cette biographie, revue et complétée dans une nouvelle édition, pose la question : qui est réellement Martinès de Pasqually ? Pour tenter d’y répondre, Michelle Nahon a depuis trente ans dépouillé des archives, consulté tous les livres et documents connus en toute objectivité pour nous donner les moyens de nous situer entre ceux qui en font un grand initié, un grand maître, sans toujours le justifier, et ceux comme Johel Coutura qui se demandent si c’est un « charlatan moitié sorcier, moitié médecin ».
C’est un homme qui a bâti un projet grandiose que les circonstances ont parfois servi, notamment à Bordeaux et à Paris, mais souvent desservi. C’est un homme énigmatique, au charisme certain, missionné ou se sentant investi d’une mission, c’est un homme qui a son éthique et sa morale – pas toujours celles de l’homme ordinaire – et qui ouvre à une forme de spiritualité le milieu maçonnique de cette deuxième moitié du xviie siècle.
Martinès de Pasqually est loin d’être oublié de nos jours, son enseignement est toujours dispensé, que ce soit de façon indirecte dans un rite maçonnique ou directe dans des mouvements spiritualistes dont certains pratiquent aussi la forme de théurgie qu’il a transmise.
Infos : 410 pages, 140 x 220 mm, 330g Parution : novembre 2017 Editeur :DERVY EAN : 9791024202341 ISBN : 979-1-02-420234-1 Prix : 23,00€
Professor of Philosophy at The City College of New York, and founding President of the American Philosophical Practitioners Association.
Introduction by Rick Repetti
Présentation par l’éditeur
Traduit de l’anglais au français par Google Gemini
Voici une traduction de ce texte de présentation, réalisée avec la rigueur terminologique, la précision conceptuelle et l’élégance stylistique requises dans le milieu académique des nouvelles pratiques philosophiques :
Cette collection offre une perspective panoramique des intuitions de la philosophie pratique, couvrant un large spectre de thèmes humanistes. Ces essais jettent une lumière critique sur l’imperfection pérenne de notre condition humaine. Ils sont rédigés à partir des points de vue complémentaires d’un érudit libéral classique ayant un pied ancré dans l’académie, et d’un pionnier péripatéticien que le New York Times a qualifié de « vendeur de conseils philosophiques le plus prospère au monde ». Ces écrits embrassent ainsi un espace au sein duquel la théorie et la praxis s’informent mutuellement et collaborent de manière transparente.
La collection s’étend de la sémantique générale d’Alfred Korzybski au pronostic de Thomas Mann pour la civilisation occidentale ; du scepticisme moral de Hume appliqué à la mondialisation à la synchronicité jungienne et aux rencontres avec Irvin Yalom ; du principe de non-préjudice (harm principle) de J.S. Mill appliqué au cyberespace à l’apocalypse prophétique d’Ayn Rand. Elle aborde également la pratique philosophique en tant qu’activisme dadaïste ; les thérapies fondées sur les sciences humaines comme remèdes aux maladies induites par la culture ; les racines biologiques des conflits humains ; la déconstruction et la critique du « développement durable » ; les dangers et les inconvénients des modes de vie et d’apprentissage sur-numérisés et hyper-virtualisés ; et, enfin, les appels à la réémergence de la philosophie — pour l’extraire de son enterrement académique inactif et la mener vers des modes proactifs d’orientation personnelle, d’influence sociale, de défense des consommateurs et d’engagement politique. L’un des fils conducteurs de cette anthologie réside dans sa mise en garde : les situations critiques, récurrentes et conflictuelles de l’humanité ne sont qu’exacerbées par des analyses myopes, des idéologies toxiques et des prescriptions opportunistes. Si la philosophie n’est guère une panacée pour les afflictions humaines, son exercice adéquat éclaire notre compréhension de celles-ci, suggérant ainsi des voies d’avenir meilleures plutôt que pires.
Dans l’ensemble, l’idée maîtresse de ce recueil peut être considérée comme la concrétisation de la vision claire de John Dewey, exprimée en 1917 : « La philosophie se rétablit lorsqu’elle cesse d’être un moyen de traiter les problèmes des philosophes et devient une méthode, cultivée par les philosophes, pour traiter les problèmes des hommes. » En effet, ces essais traitent des problèmes de l’humanité dans son ensemble. Ils constituent également une réponse convaincante à l’appel claironné par Mortimer Adler en 1965, selon lequel la philosophie « doit cesser d’être une activité menée par des taupes, chacune creusant dans son propre trou, pour devenir une entreprise publique et coopérative ». Comme le révèlent ces essais, Marinoff a accompli la mission d’Adler, transformant la philosophie et la ramenant sur l’agora, ce qui, dans le langage contemporain, équivaut au village planétaire. Le fait que ses ouvrages de vulgarisation sur la philosophie au quotidien se soient vendus à des millions d’exemplaires dans des dizaines de langues a détourné certains philosophes — peut-être trop — de l’exploration de ce qu’il a écrit pour le public philosophique lui-même. Ce livre contribue à remédier à cette omission.
Texte original en anglais
This collection provides a panoramic view of practical philosophical insight, ranging across a spectrum of humanistic themes. These essays cast light on our perennially imperfect human condition. They are written from the complementary standpoints of a classical liberal scholar with one foot planted in the academy, and of a peripatetic pioneer whom The New York Times called « the world’s most successful marketer of philosophical counseling. » These writings, therefore, span space in which theory and praxis are mutually informative and seamlessly collaborative.
The collection ranges from Alfred Korzybski’s general semantics; Thomas Mann’s prognosis for Western civilization; Hume’s moral skepticism applied to globalization; Jungian synchronicity and encounters with Irvin Yalom; J.S. Mill’s harm principle applied to cyberspace; Ayn Rand’s prophetic apocalypse; philosophical practice as Dadaist activism; humanities-based therapies as remedies for culturally induced illnesses; biological roots of human conflict; deconstruction and critique of « sustainable development »; dangers and detriments of over-digitalized and hyper-virtualized lifestyles and learning methods; and calls for the re-emergence of philosophy from inactive academic entombment to pro-active modes of personal guidance, social influence, consumer advocacy, and political engagement. A unifying claim of this anthology is the cautionary tale that humanity’s recurrent and conflict-ridden predicaments are only exacerbated by myopic analyses, toxic ideologies, and expedient prescriptions. While philosophy is scarcely a panacea for human afflictions, its proper exercise illuminates our understanding of them, thereby suggesting better as opposed to worse ways forward.
Overall, the thrust of this collection can be viewed as a realization of John Dewey’s forthright vision, expressed in 1917: « Philosophy recovers itself when it ceases to be a device for dealing with the problems of philosophers and becomes a method, cultivated by philosophers, for dealing with the problems of men. » Indeed, these essays deal with problems of humanity writ large. They also constitute a compelling response to Mortimer Adler’s clarion call in 1965, that philosophy « must cease to be an activity conducted by moles, each burrowing in its own hole, and become a public and cooperative enterprise. » As these essays reveal, Marinoff has accomplished Adler’s mission, transforming and returning philosophy to the agora, which in contemporary parlance amounts to the global village. That his popular books on philosophy for everyday life have sold millions of copies in dozens of languages has distracted some—perhaps too many—philosophers from exploring what he has written for a philosophical audience itself. This book helps remedy that distraction.
Table des matières
Traduction de l’anglais au français par Google Gemini
REMERCIEMENTS
PRÉFACE
Premier groupe, 1995–2000 : Études de cas
Deuxième groupe, 2001–2008 : Essais mondiaux
Troisième groupe, 2009–2015 : Essais maïeutiques
Notes
INTRODUCTION
Quoi et pourquoi ?
Les essais
Conclusion
Note
ÉTUDES DE CAS, 1995–2000
Essai nº 1 Sur l’émergence du conseil éthique : considérations et deux études de cas
Considérations historiques
Considérations théoriques
Considérations méthodologiques
Considérations professionnelles
Notes
Essai nº 2 Ce que le conseil philosophique ne peut pas faire
Introduction
Le CP ne peut pas diagnostiquer ou traiter une maladie physique non noétique
Le CP ne peut pas traiter les maladies cérébrales
Le CP ne peut pas approuver la postulation ou la réification de la « maladie mentale »
Le CP ne peut pas prédire son succès dans tous les cas
Le CP ne peut pas prédire sa défaillance dans tous les cas
Le CP ne peut pas s’établir au mépris des autres traditions de conseil
Le CP ne peut pas nécessairement raisonner avec la philosophie analytique
Notes
Essai nº 3 Sur la liberté virtuelle : offense, préjudice et censure dans le cyberespace
Introduction
Offense et préjudice
Liberté positive et liberté négative
Tribalisme virtuel
Le despotisme virtuel, ou la tyrannie d’étain
Préjudice virtuel
Cybertarianisme
Le rideau cybernétique
Pornographie virtuelle
Conclusion
Notes
Essai nº 4 Égalité des chances contre équité en matière d’emploi
Introduction
Prélude à la critique
Critique de l’équité en matière d’emploi
La Constitution orwellienne du Canada
Idéologie anti-kantienne
Une étude de cas : L’Association canadienne de philosophie
L’intolérance au mérite
Notes
ESSAIS MONDIAUX, 2001–2008
Essai nº 5 Sémantique générale et philosophie pratique : les contributions de Korzybski au Village planétaire (Conférence commémorative Alfred Korzybski)
Préface
Des cartes et des territoires
Korzybski et la mondialisation
Sémantique générale et pratique philosophique
Liaison temporelle
Paradoxe : le rôle de la fonction linguistique
Notes
Essai nº 6 Ainsi parlait Settembrini : un méta-dialogue sur la philosophie et la psychiatrie
Qu’est-ce qui unit la philosophie et la psychiatrie ?
Qu’est-ce qui sépare la philosophie et la psychiatrie ?
Qu’est-ce qui transcende la philosophie et la psychiatrie ?
Thérapeutes philosophes
Ainsi parlait Settembrini
Notes
Essai nº 7 Matrix et la caverne de Platon : pourquoi les suites ont échoué
La matrice et la philosophie
Comment The Matrix fait la différence
Pourquoi la matrice fait la différence
La matrice et la caverne de Platon
Pourquoi les suites échouent
Essai nº 8 Éthique, mondialisation et faim : le point de vue d’un éthicien
Introduction
Populations non humaines et antinaturalisme moral
Les populations humaines et les fondements de l’éthique
Quelles éthiques normatives sont viables ?
Déontologie
Téléologie
Éthique de la vertu
Éthique corrélative
Que devrions-nous faire ?
Notes
ESSAIS MAÏEUTIQUES, 2009–2015
Essai nº 9 Synchronicité, serpents et « quelque-chose-d’autre » : un méta-dialogue sur la philosophie et la psychothérapie
Synchronicité I
Synchronicité II
Serpents I
Synchronicité III
Synchronicité IV
Serpents II
Serpents III
« Quelque-chose-d’autre »
Notes
Essai nº 10 Thérapie en sciences humaines : restaurer le bien-être à une époque de maladies induites par la culture
Introduction
L’essor des sciences humaines en Occident
L’humanisme de la Renaissance
L’humanisme des Lumières
L’humanisme laïc
Les deux cultures
Le cerveau bicaméral : deux cultures, deux questions
Humanismes asiatiques
La Renaissance italienne rencontre le bouddhisme asiatique
Notes
Essai nº 11 Racines biologiques des conflits humains et leur résolution par le biais de l’évolution culturelle
La néguentropie et la lutte pour la survie
Régulation des conflits de nature via Optimum Numbers
Régulation et ritualisation des conflits intragroupes dans la nature
Absence de régulation et ritualisation des conflits humains
Sexualité et conflits violents
Le cerveau des primates est-il adaptatif ?
Le pouvoir de l’évolution culturelle
Notes
Essai nº 12 Une vision sceptique de la durabilité
Entités et systèmes physiques
Entités et systèmes biologiques
Considérations de la théorie du choix rationnel
Considérations anthropologiques
Considérations technologiques
Implications
Innovation
Éducation
Énergie
Environnement
Notes
ESSAIS HUMANISTES, 2016–2019
Essai nº 13 La Grève a tremblé, Akston a conseillé : comment Ayn Rand a réinventé la pratique philosophique
Introduction
Contexte philosophique
Contexte interpersonnel
Contexte contre-révolutionnaire
La séance de conseil philosophique
Conclusion
Notes
Essai nº 14 Dada comme pratique philosophique et vice-versa : réflexions sur le centenaire du Cabaret Voltaire
Introduction
Dimension linguistique
Dimension conceptuelle
Dimension esthétique
Dimension politique
Conclusion
Notes
Essai nº 15 Bien faire et bien vivre : réveiller le philosophe intérieur
Chez soi au « bord » de deux mondes : la contemplation et l’action
Désenchantement du public à l’égard de la philosophie comme contemplation
La clinique de l’argumentation
Que faisons-nous réellement ?
Faire le bien et bien vivre
De la philosophie occidentale au bouddhisme : un patchwork
Les praticiens philosophiques en tant que bodhisattvas
Éveiller le philosophe intérieur
Notes
Essai nº 16 La thérapie en sciences humaines comme remède aux inconvénients de la technosociété
Introduction
Qu’entendons-nous par « technosociété » ?
« Les deux cultures »
Monoculture : les sciences humaines en état de siège
Les inconvénients de la technosociété
Conclusions
LISTE DES TABLEAUX, DES ILLUSTRATIONS ET DES CRÉDITS
Tables
Figures
BIBLIOGRAPHIE
Texte original en anglais
TABLE OF CONTENTS
ACKNOWLEDGEMENTS
PREFACE
First Group, 1995–2000: Case Studies
Second Group, 2001–2008: Global Essays
Third Group, 2009–2015: Maieutic Essays
Notes
INTRODUCTION
What and Why?
The Essays
Conclusion
Note
CASE STUDIES, 1995–2000
Essay #1 On the Emergence of Ethical Counseling: Considerations and Two Case Studies
Historical Considerations
Theoretical Considerations
Methodological Considerations
Professional Considerations
Notes
Essay #2 What Philosophical Counseling Cannot Do
Introduction
PC Cannot Diagnose or Treat a Non-Noetic Physical Illness
PC Cannot Treat Brain Diseases
PC Cannot Endorse the Postulation or Reification of « Mental Illness »
PC Cannot Predict its Success in Every Case
PC Cannot Predict its Failure in Every Case
PC Cannot Establish Itself Regardless of Other Counseling Traditions
PC Cannot Necessarily Reason with Analytic Philosophy
Notes
Essay #3 On Virtual Liberty: Offense, Harm and Censorship in Cyberspace
Introduction
Offense and Harm
Positive Liberty and Negative Liberty
Virtual Tribalism
Virtual Despotism, or the Tin Tyranny
Virtual Harm
Cybertarianism
The Cyber Curtain
Virtual Pornography
Conclusion
Notes
Essay #4 Equal Opportunity versus Employment Equity
Introduction
Prelude to Critique
Critique of Employment Equity
Canada’s Orwellian Constitution
Anti-Kantian Ideology
A Case Study: The Canadian Philosophical Association
Intolerance of Merit
Notes
GLOBAL ESSAYS, 2001–2008
Essay #5 General Semantics and Practical Philosophy: Korzybski’s Contributions to the Global Village (The Alfred Korzybski Memorial Lecture)
Preface
Maps and Territories
Korzybski and Globalization
General Semantics and Philosophical Practice
Time-Binding
Paradox: The Role of Linguistic Function
Notes
Essay #6 Thus Spake Settembrini: a Meta-Dialogue on Philosophy and Psychiatry
What Unites Philosophy and Psychiatry?
What Divides Philosophy and Psychiatry?
What Transcends Philosophy and Psychiatry?
Philosophical Therapists
Thus Spake Settembrini
Notes
Essay #7 The Matrix and Plato’s Cave: Why the Sequels Failed
The Matrix and Philosophy
How The Matrix Makes a Difference
Why The Matrix Makes a Difference
The Matrix and Plato’s Cave
Why the Sequels Fail
Essay #8 Ethics, Globalization and Hunger: An Ethicist’s Perspective
Introduction
Non-Human Populations and Moral Anti-Naturalism
Human Populations and Foundations of Ethics
Which Normative Ethics are Viable?
Deontology
Teleology
Virtue Ethics
Correlative Ethics
What Ought We to Do?
Notes
MAIEUTIC ESSAYS, 2009–2015
Essay #9 Synchronicity, Serpents, and Something-Elseness: A Meta-Dialogue on Philosophy and Psychotherapy
Synchronicity I
Synchronicity II
Serpents I
Synchronicity III
Synchronicity IV
Serpents II
Serpents III
« Something-Elseness »
Notes
Essay #10 Humanities Therapy: Restoring Well-Being in an Age of Culturally Induced Illness
Introduction
The Rise of the Humanities in the West
Renaissance Humanism
Enlightenment Humanism
Secular Humanism
The Two Cultures
The Bicameral Brain: Two Cultures, Two Questions
Asian Humanisms
Italian Renaissance Meets Asian Buddhism
Notes
Essay #11 Biological Roots of Human Conflict and its Resolution via Cultural Evolution
Negentropy and the Struggle for Survival
Regulation of Conflict in Nature via Optimum Numbers
Regulation and Ritualization of Intra-Group Conflict in Nature
Lack of Regulation and Ritualization of Human Conflict
Sexuality and Violent Conflict
Is the Primate Brain Adaptive?
The Power of Cultural Evolution
Notes
Essay #12 A Skeptical View of Sustainability
Physical Entities and Systems
Biological Entities and Systems
Rational Choice-Theoretic Considerations
Anthropological Considerations
Technological Considerations
Implications
Innovation
Education
Energy
Environment
Notes
HUMANISTIC ESSAYS, 2016–2019
Essay #13 Atlas Shrugged, Akston Counseled: How Ayn Rand Reinvented Philosophical Practice
Introduction
Philosophical Context
Interpersonal Context
Counter-Revolutionary Context
The Philosophical Counseling Session
Conclusion
Notes
Essay #14 Dada as Philosophical Practice, and Vice Versa: Reflections on the Centenary of the Cabaret Voltaire
Introduction
Linguistic Dimension
Conceptual Dimension
Aesthetic Dimension
Political Dimension
Conclusion
Notes
Essay #15 Doing Good and Living Well: Awakening the Inner Philosopher
At Home on the « Edge » of Two Worlds: Contemplation and Action
Public Disenchantment with Philosophy as Contemplation
The Argument Clinic
What Do We Actually Do?
Doing Good and Living Well
From Western Philosophy to Buddhism: A Patchwork
Philosophical Practitioners as Bodhisattvas
Awakening the Inner Philosopher
Notes
Essay #16 Humanities Therapy as a Remedy for the Detriments of Technosociety
“Lou Marinoff is indeed one of a very few true Renaissance men and prophets of our age. His wit, societal criticism, and sense of humor are on a par with the likes of Lenny Bruce, George Carlin, and Dave Chappelle, while simultaneously channeling the spirits of the Buddha, Socrates, and Nietzsche.” — Professor Rick Repetti, Kingsborough College CUNY, USA.
“Professor Lou Marinoff is one of the prominent pioneers of modern philosophical practice. Marinoff critiques western culture’s self-destruction and advocates the importance of philosophy, to individuals and societies, in the modern age. His writing is full of wit, wisdom, and humor.” — Professor Tianqun Pan, Nanjing University, China.
“Lou Marinoff’s books are not only well-known within the field of philosophical practice, but have also attracted citizens from across the social spectrum. This book is an unprecedented opportunity to access his hard-to-find writings. It will be a pleasant surprise both for Marinoff readers and for those who approach him for the first time.” — José Barrientos-Rastrojo, Professor at the University of Seville (Spain) and Director BOECIO (Center for Philosophical Practice with People at Social Risk).
“This unique book consisting of 16 essays characterizes the author as a brilliant writer-publicist, for whom philosophy is a way of life, a sphere of struggle and creativity. The book contains examples of specific cases of philosophical counseling, the author’s lectures given in different parts of the world, and critical and humanistic essays on various aspects of the social and spiritual life of modern society. Reading this book is a fascinating journey into the world of living thought, which helps to discover the ‘inner philosopher’ in every reader and gives faith in humanistic ideals. All this really allows us to consider the philosophical practice that the author actively promotes as the fourth historical phase of humanism (following the Renaissance, enlightenment, and secular phases).” —Professor Sergey Borisov, Department of Philosophy and Cultural Studies, South Ural State Humanitarian Pedagogical University, President of the Association of Philosophers-Practitioners “Ratio,” Russia.
“Lou Marinoff’s latest book is another germinal on grand precious collection of his intellectually exceptional contributions to philosophy seen as a fundamental aspect of our every day lives. This incisive volume delves into the details of the way in which philosophy, unlike psychiatry or the conventional helping professions, can effectively address our modern existential and identity conundrums—the way of philosophical counseling, of which Marinoff himself is the most widely recognized authority and standard-setter today.”—Professor Aleksandar Fati?, Institute for Philosophy and Social Theory, University of Belgrade, Director of Training, Integrative Counseling, Institute for Practical Philosophy.
“Lou Marinoff draws on a panoramic understanding of philosophy and contemporary culture to present a persuasive argument for philosophical practice. This collection of mostly previously published papers gathers in one place foundational and critical texts underlying the growing movement of philosophical practice. Though an expert in philosophy, Marinoff is also a polymath, as the best philosophers have always been. The way he expertly weaves the threads of his varying subjects is a pleasure to read and scholars of every stripe will find arguments that give pause for thought. Marinoff is often controversial but ultimately affirms the great benefits that philosophy can provide for general well-being.” — Professor Andrew Fitz Gibbon, State University of New York, Cortland, USA.
“Lou Marinoff is a pioneer in his own right, a philosopher with transdisciplinary and trans cultural interests and perspectives, as well as has a unique, independent, striking, even provocative voice. The breadth of his knowledge is impressive and he says new things in interesting ways.” —Professor Michael Picard, Douglas College, Canada.
Traduction de l’anglais au français par Google Gemini
« Lou Marinoff est en effet l’un des rares véritables hommes de la Renaissance et prophètes de notre époque. Son esprit, sa critique sociétale et son sens de l’humour sont à l’égal de figures telles que Lenny Bruce, George Carlin et Dave Chappelle, tout en canalisant simultanément les esprits du Bouddha, de Socrate et de Nietzsche. » — Professeur Rick Repetti, Kingsborough College CUNY, États-Unis.
« Le professeur Lou Marinoff est l’un des éminents pionniers de la pratique philosophique moderne. Marinoff critique l’autodestruction de la culture occidentale et défend l’importance de la philosophie, pour les individus comme pour les sociétés, à l’ère moderne. Ses écrits sont empreints d’esprit, de sagesse et d’humour. » — Professeur Tianqun Pan, Université de Nanjing, Chine.
« Les livres de Lou Marinoff sont non seulement célèbres dans le domaine de la pratique philosophique, mais ils ont également attiré des citoyens de tout le spectre social. Ce livre constitue une occasion sans précédent d’accéder à ses écrits difficiles à trouver. Ce sera une agréable surprise tant pour les lecteurs habituels de Marinoff que pour ceux qui l’abordent pour la première fois. » — José Barrientos-Rastrojo, Professeur à l’Université de Séville (Espagne) et Directeur de BOECIO (Centre de pratique philosophique auprès des populations en situation de risque social).
« Cet ouvrage unique composé de 16 essais caractérise l’auteur comme un brillant écrivain-publiciste, pour qui la philosophie est un mode de vie, une sphère de lutte et de créativité. Le livre contient des exemples de cas spécifiques de conseil philosophique, des conférences données par l’auteur dans différentes parties du monde, ainsi que des essais critiques et humanistes sur divers aspects de la vie sociale et spirituelle de la société moderne. La lecture de ce livre est un voyage fascinant dans le monde de la pensée vivante, qui aide à découvrir le « philosophe intérieur » de chaque lecteur et redonne foi dans les idéaux humanistes. Tout cela nous permet véritablement de considérer la pratique philosophique que l’auteur promeut activement comme la quatrième phase historique de l’humanisme (succédant aux phases de la Renaissance, des Lumières et de l’humanisme laïque). » — Professeur Sergey Borisov, Département de philosophie et d’études culturelles, Université pédagogique humanitaire d’État de l’Oural du Sud, Président de l’Association des philosophes-praticiens « Ratio », Russie.
« Le dernier livre de Lou Marinoff est un autre recueil séminal et d’une valeur inestimable qui rassemble ses contributions intellectuelles exceptionnelles à la philosophie, envisagée comme un aspect fondamental de notre vie quotidienne. Ce volume incisif plonge dans les détails de la manière dont la philosophie, contrairement à la psychiatrie ou aux professions d’aide conventionnelles, peut répondre efficacement à nos énigmes existentielles et identitaires modernes — la voie du conseil philosophique, dont Marinoff lui-même est aujourd’hui l’autorité la plus largement reconnue et la référence. » — Professeur Aleksandar Fati?, Institut de philosophie et de théorie sociale, Université de Belgrade, Directeur de la formation, Conseil intégratif, Institut de philosophie pratique.
« Lou Marinoff s’appuie sur une compréhension panoramique de la philosophie et de la culture contemporaine pour présenter un argument convaincant en faveur de la pratique philosophique. Ce recueil d’articles, pour la plupart déjà publiés, rassemble en un seul endroit les textes fondateurs et critiques qui sous-tendent le mouvement croissant de la pratique philosophique. Bien qu’expert en philosophie, Marinoff est aussi un polymathe, comme l’ont toujours été les meilleurs philosophes. La façon dont il tisse avec expertise les fils de ses différents sujets est un plaisir de lecture, et les chercheurs de tous horizons y trouveront des arguments qui incitent à la réflexion. Marinoff est souvent controversé, mais il affirme en fin de compte les grands bénéfices que la philosophie peut apporter au bien-être général. » — Professeur Andrew Fitz-Gibbon, Université d’État de New York, Cortland, États-Unis.
« Lou Marinoff est un pionnier à part entière, un philosophe aux intérêts et perspectives transdisciplinaires et transculturels, doté d’une voix unique, indépendante, percutante, voire provocante. L’étendue de ses connaissances est impressionnante et il dit des choses nouvelles d’une manière intéressante. » — Professeur Michael Picard, Douglas College, Canada.
RAPPORT DE LECTURE
L’Agora contre la Tour d’Ivoire : Clinique Noétique, Critique Postmoderne et Transculturalité chez Lou Marinoff
Résumé
Cet article propose une exégèse approfondie de la contribution théorique, méthodologique et politique de Lou Marinoff à partir de son œuvre somme Essays on Philosophy, Praxis and Culture (2022). En analysant ses seize essais cliniques et épistémologiques, nous mettons en lumière la manière dont Marinoff extrait le geste philosophique de son confinement académique pour le formaliser en une praxis noétique. Nous examinons l’architecture de sa méthode non interventionniste face aux dilemmes moraux, sa déconstruction radicale de l’appareil nosographique de la psychiatrie contemporaine (DSM), ainsi que sa charge politique contre la technosociété et le postmodernisme. Enfin, nous étudions l’hybridation transculturelle qu’il opère entre l’universalisme des Lumières et les sagesses orientales, positionnant les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) comme l’avant-garde d’un nouvel humanisme.
Introduction : La Crise du sens et le geste de reconquête de la Praxis
Le mouvement contemporain des Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) se trouve à la croisée des chemins : partagé entre une volonté d’institutionnalisation clinique et le risque d’une dilution dans l’industrie de l’animation culturelle ou du développement personnel. Face à ce péril, le recueil Essays on Philosophy, Praxis and Culture de Lou Marinoff (2022) s’impose non pas comme une simple anthologie, mais comme un véritable traité de refondation épistémologique. L’enjeu est clair : arracher la philosophie à son auto-référentialité byzantine – héritée de la domination de la philosophie analytique anglo-américaine du XXe siècle – pour lui restituer sa fonction d’outil de salubrité publique et de thérapeutique existentielle.
Marinoff place son entreprise sous l’auspice du logicien et philosophe John Dewey (1917), dont il cite l’axiome fondateur :
“Philosophy recovers itself when it ceases to be a device for dealing with the problems of philosophers and becomes a method, cultivated by philosophers, for dealing with the problems of men.”
Traduction : « La philosophie se rétablit lorsqu’elle cesse d’être un moyen de traiter les problèmes des philosophes et devient une méthode, cultivée par les philosophes, pour traiter les problèmes des hommes. »
Pour Marinoff, la détresse de l’homme contemporain ne relève pas d’un déficit de molécules, mais d’un « vide existentiel » (existential vacuum) provoqué par le déclin de la religion organisée et le réductionnisme d’une science instrumentale incapable de produire du sens. Le retour à l’Agora n’est donc pas une profanation de la discipline, mais son unique moyen de survie éthique.
I. L’Architecture Méthodologique de la Consultation : Non-Directivité, Logique Floue et Théorie de l’Utilité
L’essai #1 (On the Emergence of Ethical Counseling) offre une modélisation mathématique et logique de la décision humaine qui prémunit le counseling philosophique de toute dérive gourouesque ou moralisatrice. Face à un consultant plongé dans la « paralysie décisionnelle » (decision paralysis), Marinoff n’agit pas en directeur de conscience, mais en analyste des systèmes de croyances.
Il sépare rigoureusement deux modalités d’intervention :
Le conseil non prescriptif : Le praticien aide le client à cartographier et ordonner qualitativement ses choix selon les principes de la théorie de l’utilité d’après von Neumann et Morgenstern. Le philosophe n’évalue pas la valeur morale intrinsèque des préférences du client, mais s’assure de leur cohérence interne.
Le conseil prescriptif : Lorsque le client omet une variable ou s’enferme dans une impasse logique, le conseiller suggère l’ajout, la suppression ou la modification d’une option. Toutefois, cette prescription reste strictement modale et conditionnelle.
La déontologie de Marinoff repose sur un principe absolu d’inviolabilité de l’agent moral :
“The counselor must resist making decisions on behalf of the counselee. This ‘non-interventionist’ approach is justified primarily by regard for the counselee’s dignity, autonomy, and responsibility as a moral agent.”
Traduction : « Le conseiller doit s’abstenir de prendre des décisions au nom du conseillé. Cette approche « non interventionniste » est justifiée principalement par le respect de la dignité, de l’autonomie et de la responsabilité du conseillé en tant qu’agent moral. »
C’est ici que Marinoff introduit une avancée clinique majeure en adaptant la théorie de la dissonance cognitive de Festinger pour conceptualiser la « dissonance existentielle » (existential dissonance). Le conflit psychologique aigu n’est souvent que le symptôme de surface d’une contradiction logique sous-jacente entre plusieurs ensembles de prémisses hébergés par le sujet (par exemple, une prémisse théologique confrontée à une réalité empirique). La méthode de Marinoff utilise l’outil sémantique d’Alfred Korzybski : le mot n’étant pas la chose, le trouble provient de la confusion tragique entre la « carte » cognitive de l’individu et le « territoire » réel de son existence. La résolution de la souffrance s’opère donc par une reconfiguration rationnelle de l’univers des prémisses du sujet.
II. Épistémologie de la Rupture Thérapeutique : Le Conflit Noétique face à l’Empire du DSM
L’apport le plus polémique, et pourtant le plus rigoureux, de Marinoff au milieu des NPP se situe dans sa délimitation des frontières entre la médecine psychiatrique et la praxis philosophique. Dans l’essai #2 (What Philosophical Counseling Cannot Do), il s’aligne sur les thèses d’antipsychiatrie de Thomas Szasz pour dénoncer la psychiatrisation outrancière de la condition humaine normale.
Marinoff opère une césure épistémologique stricte : il y a des maladies cérébrales (organiques, neurologiques, telles que la maniaco-dépression) qui relèvent de la médecine, et il y a des troubles noétiques (existentiels, axiologiques) qui relèvent exclusivement de la philosophie. L’assimilation des seconds aux premières par l’appareil nosographique du DSM (Manual diagnostique et statistique) constitue, selon lui, une pure imposture commerciale et conceptuelle :
“In sum, mental illness is a myth, and mental health is its pernicious reflection. The entrenchment of mental health as a putative medical state has given rise to a leviathan industry, filled with agencies, bureaucracies, and emissaries calling themselves mental health professionals.”
Traduction : « En somme, la maladie mentale est un mythe, et la santé mentale en est le reflet pernicieux. L’enracinement de la santé mentale en tant qu’état médical putatif a donné naissance à une industrie léviathanienne, remplie d’agences, de bureaucraties et d’émissaires se faisant appeler professionnels de la santé mentale. »
Marinoff dénonce l’inflation exponentielle des diagnostics du DSM (passant de 112 troubles en 1962 à 374 en 1994), qualifiant cette dérive d’« envie de la physique » (physics envy) propre aux sciences sociales, où la création de pathologies (comme le TDAH chez l’enfant) répond directement aux impératifs financiers des cartels pharmaceutiques. Face à cela, le réductionnisme biologique commet une erreur de catégorie :
“Noetic problems, like existential despair, may induce physical ailments, but medications do not cure noetic problems.”
Traduction : « Les problèmes noétiques, comme le désespoir existentiel, peuvent induire des maladies physiques, mais les médicaments ne guérissent pas les problèmes noétiques. »
Lorsqu’un psychiatre traite un dilemme moral ou une crise de sens par des psychotropes, Marinoff affirme qu’il pratique la « non-médecine avec une licence » (non-medicine with a license). En restituant au consultant sa responsabilité face à ses nœuds existentiels, le counseling philosophique arrache l’individu à la zombification pharmacologique pour le ramener à sa condition d’agent libre.
III. La Critique Biopolitique de la Modernité : Technosociété, Postmodernisme et l’Esprit Dada
La force de l’ouvrage de Marinoff est de lier la clinique individuelle à une critique macro-sociale sans concession. Dans l’essai #16, il formalise les méfaits de la technosociété, caractérisée par la virtualisation des rapports humains et l’atrophie de la maîtrise linguistique (remplacée par les émojis et les acronymes). Cette réduction de la bande passante cognitive engendre, selon lui, une crise de l’attention et une incapacité chronique à la contemplation.
Marinoff reformule alors l’Allégorie de la Caverne de Platon à l’aune du numérique :
“In technosociety, perception has become reality. Thus the masses have been gathered into Plato’s cave. The dangers of turning people into sheep, and reflective citizens into a mob, cannot be overstated.”
Traduction : « Dans la technosociété, la perception est devenue réalité. Ainsi, les masses ont été rassemblées dans la caverne de Platon. On ne saurait trop insister sur les dangers de transformer les gens en moutons et les citoyens réfléchis en foule. »
Cette aliénation de masse trouve son pendant institutionnel dans ce que Marinoff nomme la « monoculture woke » et le déconstructionniste postmoderne qui colonisent les universités occidentales. Dans l’essai #4 (Employment Equity versus Equal Opportunity), il livre une charge virulente contre les politiques d’ingénierie sociale et de discrimination positive, qu’il qualifie de contrefaçons orwelliennes de la justice. S’appuyant sur l’impératif catégorique de Kant (traiter l’humanité toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen), Marinoff soutient que l’équité biologique des quotas humilie l’individu en le réduisant à ses déterminismes chromosomiques ou raciaux, détruisant ainsi l’idéal méritocratique des Lumières.
Face à ce qu’il perçoit comme une tyrannie bureaucratique et un harcèlement idéologique au sein de l’académie, Marinoff préconise une méthode de subversion politique : le Dadaïsme comme pratique philosophique (essai #14). À l’instar des artistes du Cabaret Voltaire en 1916 face aux massacres de la Grande Guerre, le philosophe praticien contemporain doit utiliser la satire, l’humour iconoclaste et le dynamitage des vaches sacrées pour libérer l’esprit public de la censure et du conformisme de groupe.
IV. Transculturalité et Synthèse Humaniste : Du Stoïcisme au Bodhisattva Séculier
Malgré la virulence de ses charges critiques, l’œuvre de Marinoff s’achève sur une proposition constructive et syncrétique de grande envergure. L’essai #10 (Humanities Therapy: Restoring Well-Being in an Age of Culturally-Induced Illness) postule que le counseling philosophique constitue la quatrième phase historique de l’humanisme (succédant à la Renaissance, aux Lumières et à l’humanisme laïque du XXe siècle).
Cette quatrième phase se caractérise par une hybridation féconde entre les traditions occidentales (le stoïcisme d’Épictète, l’existentialisme, le pragmatisme) et les sagesses orientales (le bouddhisme humaniste, le taoïsme). Marinoff rappelle que face au dukkha (l’insatisfaction inhérente à l’existence, exacerbée par la surconsommation technologique), les structures rationnelles de l’Orient et de l’Occident convergent.
Dans l’essai #15, issu de ses dialogues avec le penseur bouddhiste Daisaku Ikeda, Marinoff redéfinit l’identité profonde du philosophe praticien. Il n’est plus un technicien de la syntaxe logique, mais un Bodhisattva séculier ou une « sage-femme » socratique. Sa mission éthique est de descendre volontairement dans les cercles de la caverne hyper-virtualisée moderne pour aider les sujets à rompre leurs chaînes cognitives et à faire accoucher leur « philosophe intérieur » (inner philosopher).
Conclusion : Le Manifeste des « Cavaliers du Sens »
Dans son introduction magistrale, le professeur Rick Repetti synthétise la portée prophétique de la démarche de Lou Marinoff face à l’effondrement axiologique de l’Occident :
“Marinoff is a key horseman of meaning. […] This collection reveals that Lou Marinoff is indeed one of the very few true Renaissance men and prophets of our age.”
Traduction : « Marinoff est un cavalier clé du sens. […] Ce recueil révèle que Lou Marinoff est en effet l’un des rares véritables hommes de la Renaissance et prophètes de notre époque. »
Pour la communauté internationale des praticiens de la philosophie, Essays on Philosophy, Praxis and Culture s’impose comme un texte de référence. Il démontre que pour survivre et s’imposer face aux empires cliniques de la psychologie et aux dogmatismes idéologiques, la philosophie pratique doit allier la plus stricte rigueur analytique à un courage politique et mondain total. L’œuvre de Marinoff rappelle à l’ordre une discipline amnésique : la philosophie n’est pleinement elle-même que lorsqu’elle redevient un mode de vie.
Bibliographie Référencée
Bion, Wilfred. Experiences in Groups. London: Tavistock, 1961.
Dewey, John. Creative Intelligence: Essays in the Pragmatic Attitude. New York: Henry Holt and Co., 1917.
Festinger, Leon. A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford: Stanford University Press, 1957.
Korzybski, Alfred. Science and Sanity: An Introduction to Non-Aristotelian Systems and General Semantics. Lancaster: International Non-Aristotelian Library, 1933.
Marinoff, Lou. Essays on Philosophy, Praxis and Culture: An Eclectic, Provocative and Prescient Collection. Introduction by Rick Repetti. London/New York: Anthem Press, 2022.
Szasz, Thomas. The Myth of Mental Illness. New York: Harper & Row, 1961.
Sur cette page : un référencement du livre, des extraits de l’œuvre, une revue de presse, une présentation de l’auteur, des livres de l’auteur à télécharger gratuitement… Et MON RAPPORT DE LECTURE.
L’édition lue est celle du « Le Livre de Poche » dite « Édition mise à jour » publiée le 2 août 2021.
Le Livre de Poche, 2 juin 2021 – 144 pages – EAN : 9782253104643
QUATRIÈME DE COUVERTURE
Il a suffi d’un virus lointain pour que le cours de nos vies soit bouleversé. « Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie », disaient les Anciens. Je suis convaincu que plus rien ne sera comme avant et qu’il nous faut apprendre à développer nos ressources intérieures pour vivre le mieux possible dans un monde imprévisible.
F. L.
Pour traverser ces temps difficiles, cet ouvrage optimiste nous invite à revenir à l’essentiel, à entretenir la joie et la sérénité malgré l’adversité. Frédéric Lenoir nous y montre comment les grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs, peuvent nous y aider, et pourquoi cette crise est une occasion de changer notre regard, nos comportements, de devenir davantage nous-mêmes, de mieux nous relier aux autres et au monde.
Frédéric Lenoir nous donne les clés du bonheur (presque) retrouvé.
Le Parisien Week-end.
Son livre invite à grandir.
Nice Matin.
Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue et écrivain. Il est l’auteur de nombreux essais et romans vendus à plus de 7 millions d’exemplaires dans le monde.
Qui aurait pu imaginer au début de l’année 2020 que, deux mois plus tard, la moitié de la population mondiale serait confinée, qu’il n’y aurait plus d’avions dans le ciel, plus de touristes à Venise et qu’on vivrait une récession économique mondiale historique ? La pandémie du Covid-19, qui n’est pourtant pas la plus grave que l’humanité ait connue, révèle l’extrême vulnérabilité du monde globalisé. Lorsque la peste noire a décimé plus du tiers des Européens (soit environ 25 millions de personnes) au milieu du XIVe siècle, les Chinois ou les Indiens n’étaient pas concernés, et ils n’en étaient sans doute même pas informés. Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes aujourd’hui tous connectés, et un simple virus, surgi dans n’importe quel coin du globe, peut mettre l’économie mondiale à terre et impacter la vie de près de 8 milliards d’individus. Car ce sont bien toutes les dimensions de notre existence qui sont bouleversées par cette pandémie : notre vie familiale et professionnelle, comme notre rapport au monde, à l’espace et au temps. Nous sommes touchés ou angoissés – pour nous-même et pour nos proches – par la maladie et par la mort. Mais aussi par l’insécurité matérielle, par la perte de notre liberté de circuler, par l’impossibilité de nous projeter dans l’avenir.
Face à de tels bouleversements, nous pouvons serrer les dents et espérer que tout redevienne comme avant le plus rapidement possible. Cela me semble illusoire. Non seulement parce qu’on ne peut sortir d’un tel chaos en quelques mois, mais surtout parce que les causes profondes qui ont conduit à cette situation vont perdurer après la fin de la pandémie du Covid-19. Comme je l’ai déjà longuement expliqué en 2012 dans mon ouvrage La Guérison du monde, la crise contemporaine est systémique : toutes les crises que nous vivons dans notre monde globalisé – économique, sanitaire, écologique, migratoire, sociale, etc. – sont reliées entre elles par une même logique consumériste et de maximisation des profits, dans le contexte d’une mondialisation dérégulée. La pression exercée sur la planète et sur les sociétés humaines est intenable à long terme. Si nous cherchons à repartir « comme avant », nous irons de crise économique en crise économique, de crise écologique en crise écologique, de crise sociale en crise sociale et de crise sanitaire en crise sanitaire. La vraie solution consiste à changer de logique, à sortir de la frénésie consumériste, à relocaliser des pans entiers des activités économiques, à réguler la finance, à passer du « toujours plus » au mieux-être, de la compétition à la collaboration.
Ces grandes questions, capitales pour l’avenir de l’humanité et de la planète, font l’objet d’un autre livre auquel je travaille depuis plus d’un an avec Nicolas Hulot (qui sera vraisemblablement publié au second semestre 2020). Pour l’instant, la question que je souhaite aborder dans ce petit ouvrage est tout autre : comment vivre le mieux possible en temps de crise ? En attendant l’hypothétique changement de paradigme auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer, quelle solution intérieure pouvons-nous trouver pour faire face à la crise sanitaire, aux bouleversements de nos modes de vie et aux angoisses qui en découlent ? Comment essayer de rester serein, voire heureux, dans un monde de plus en plus chaotique et imprévisible ? Ou, pour le dire encore autrement : en attendant que le monde change, comment nous changer nous-mêmes ou transformer notre regard pour nous adapter le plus positivement possible à un réel qui nous déstabilise ?
J’ai donc conçu ce livre comme un manuel de survie et de croissance intérieure, c’est-à-dire un manuel de résilience, en apportant aux lecteurs des conseils pour vivre mieux en cette période douloureuse et déstabilisante à bien des égards. Je me suis beaucoup inspiré de philosophes du passé – comme les stoïciens, Montaigne ou Spinoza – qui ont vécu et pensé pendant des périodes de crise profonde et qui nous apportent des réflexions essentielles pour traverser au mieux l’adversité. Mais je m’inspire aussi de considérations plus contemporaines, issues notamment des neurosciences et de la psychologie, qui nous offrent des clés précieuses pour faire face aux perturbations de nos besoins biologiques, psychiques et affectifs fondamentaux.
Puisse ce petit livre, écrit dans l’urgence du temps présent, apporter durablement lumière et réconfort à tous ceux qui le liront.
1 – SE SENTIR EN SÉCURITÉ
CHAPITRE 1
Au moment où je commençais l’écriture de ce livre, j’ai eu un échange téléphonique avec une amie canadienne très chère, maître en yoga et en qi gong : Nicole Bordeleau. Elle m’a demandé quel était, selon moi, notre besoin le plus fondamental : celui du lien ou celui de la sécurité ? Je lui ai répondu sans hésiter : celui de la sécurité. Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité, tant intérieure (psychique) que matérielle et sociale.
Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Spinoza constate ensuite que, de manière tout aussi naturelle, chaque organisme vivant essaye de progresser, de grandir, de parvenir à une plus grande perfection. Il observe enfin que, chaque fois qu’il y parvient, sa puissance vitale augmente, il est habité par un sentiment de joie, alors que chaque fois qu’il rencontre un obstacle, qu’il se sent menacé dans son être ou que sa puissance vitale diminue, il est envahi par un sentiment de tristesse. Toute l’éthique spinoziste consiste dès lors à organiser notre vie grâce à la raison, pour préserver l’intégrité de notre être et augmenter notre puissance d’agir et la joie qui l’accompagne. Spinoza met au jour deux mécanismes de la vie : se préserver et augmenter sa puissance vitale et d’action. Dit autrement, il nous explique que la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux.
Entre 1943 et 1970, le psychologue américain Abraham Maslow a élaboré et affiné une théorie de la motivation qui s’incarne dans une hiérarchisation universelle des besoins humains, et qui n’est pas sans lien avec la théorie spinoziste. À la base de la pyramide, on trouve d’abord nos besoins physiologiques élémentaires : respirer, boire, se nourrir, dormir, éliminer… Surgissent ensuite les besoins de sécurité : être en bonne santé et vivre dans un environnement stable et prévisible. Puis viennent les besoins d’appartenance et d’amour. Apparaissent enfin les besoins d’estime et de reconnaissance et, tout en haut de la pyramide, le besoin d’accomplissement de soi. L’idée développée par Maslow, fort bien illustrée par la forme pyramidale, est qu’une nouvelle motivation survient lorsque qu’un besoin plus fondamental est satisfait : je ne chercherai à m’accomplir que lorsque tous mes autres besoins auront été pris en compte.
Autant la typologie des besoins élaborée par Maslow me semble pertinente, autant leur hiérarchisation peut prêter le flanc à la critique. De nombreux auteurs ont constaté que certains besoins, comme l’appartenance ou la reconnaissance, étaient tout aussi fondamentaux pour vivre que les besoins physiologiques ou de sécurité. On sait par exemple qu’un bébé qui ne reçoit pas d’amour sera incapable de se développer psychiquement de manière harmonieuse, voire de survivre. On peut constater aussi que certaines personnes mettent tout en œuvre pour satisfaire un besoin de reconnaissance, alors que leurs besoins primaires ne sont pas pleinement satisfaits : un ado d’une famille pauvre préférera parfois avoir le même smartphone ou les mêmes baskets hors de prix que ses copains plutôt que bien s’alimenter ou vivre sous un toit décent. De même, le besoin de s’accomplir, qui inclut la dimension spirituelle et la foi, peut s’exprimer chez ceux dont les autres besoins n’ont pas été pleinement satisfaits. J’ai rencontré aux quatre coins du monde des gens très pauvres habités par une foi intense qui les aidait justement à supporter leur condition misérable.
Il ne faut donc pas faire un absolu de la hiérarchisation des besoins de Maslow. Néanmoins, on peut constater qu’en période de crise profonde, à l’instar de celle que nous vivons actuellement, elle semble retrouver une certaine pertinence. La survie est brutalement redevenue la principale motivation des humains. On l’a vu dès les premiers signes de la propagation du virus : les magasins d’alimentation ont été dévalisés. J’ai croisé au supermarché, en bas de chez moi, des personnes qui avaient un Caddy rempli à ras-bord de pâtes, d’eau minérale, de farine et de papier hygiénique, et qui se moquaient des sarcasmes ou des critiques d’autres clients. Le premier réflexe dans un contexte de survie, c’est de s’assurer que nos besoins physiologiques pourront être satisfaits, et peu importe qu’on apparaisse comme égoïste ou ridicule. En cas de crise majeure, les besoins primaires passent avant tout, et les besoins de sécurité viendront juste après : une fois le frigo plein, on se confine chez soi pour échapper à la contamination. Et ce n’est qu’une fois en sécurité qu’on pourra laisser s’exprimer notre besoin d’appartenance, en appelant nos proches et nos amis, en resserrant – dans une distance protectrice – nos liens affectifs et sociaux. Les besoins de reconnaissance et d’accomplissement viendront ensuite, lorsque tous les autres auront été satisfaits.
Dans le monde occidental relativement stable et opulent dans lequel nous vivons depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart d’entre nous avions échappé à la peur de ne plus pouvoir satisfaire nos besoins vitaux et de sécurité les plus fondamentaux. On pourrait d’ailleurs regrouper les trois premiers besoins et motivations (physiologique, sécurité, appartenance) dans une même catégorie : celle de la sécurité. Tandis que les deux suivants (reconnaissance, accomplissement) relèveraient d’un autre ordre : celui de notre croissance (dans la société, mais aussi spirituel). Les trois premiers sont indispensables à la survie. Les deux suivants permettent le déploiement de la vie, tant sur le plan social que personnel. Nous retrouvons dès lors les deux grands besoins démontrés par Spinoza : se préserver (sécurité) et croître. Et on peut globalement affirmer que lorsque nos besoins de sécurité sont satisfaits on peut davantage se concentrer sur nos besoins de croissance, lesquels nous apportent les joies les plus profondes : joie de l’amour qui s’épanouit, de nos réalisations professionnelles qui nous permettent de nous accomplir et d’être reconnus, joies créatives, intellectuelles et spirituelles de notre esprit qui progresse, etc. Mais lorsque nous ressentons un profond sentiment d’insécurité, le besoin de protection l’emporte sur le besoin de croissance, et la recherche de la sérénité, de l’apaisement émotionnel, sur celui de la joie.
Il existe cependant une interaction importante entre la base et le sommet de la pyramide, entre notre besoin de sécurité (à travers ses diverses dimensions) et notre dimension spirituelle : la force de notre esprit peut nous aider à renforcer notre sentiment de sécurité ou, plus précisément, à mieux vivre en temps d’insécurité. Je l’ai déjà évoqué à propos de la foi religieuse, qui aide de nombreuses personnes démunies à mieux vivre, voire à être joyeuses. Il en va de même aujourd’hui en Occident pour des personnes qui ont une foi profonde, mais aussi pour des personnes non croyantes qui ont développé leur potentiel humain ou une forme de spiritualité laïque. Ceux qui cultivent leur esprit en lisant des livres de philosophie ou de poésie, ceux qui pratiquent régulièrement le yoga ou la méditation, ceux qui ont une activité créatrice, ceux qui développent l’amour et la compassion en s’engageant dans la société, ceux qui cherchent à donner un sens à leur existence sont sans doute mieux armés pour traverser les périodes difficiles de la vie. En effet, ils déploient des qualités spirituelles qui viennent soutenir le corps et stabiliser les émotions (notamment la peur), améliorer la qualité des liens affectifs et sociaux, renforcer la confiance et l’amour de la vie. Autant de qualités précieuses qui favorisent, après un choc ou une déstabilisation profonde comme celle que nous venons de vivre, la possibilité d’un rebond, d’un travail sur soi, d’une entrée en résilience.
____________
NOTE
1?Antonio Damasio, Spinoza avait raison. Joie et tristesse. Le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 40.
Philosophe et sociologue. Docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).
Ecrivain. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à dix millions d’exemplaires dans le monde, il écrit aussi pour le théâtre, la télévision (documentaires) et la bande dessinée.
En 2016, il crée l’association Ensemble pour les Animaux et en 2017, il cofonde la Fondation et l’association SEVE, Savoir Être et Vivre Ensemble (sous l’égide de la Fondation de France).
En novembre 2024, il fonde La Maison des sagesses afin de diffuser une connaissance philosophique au sens d’un art de vivre, tel que les Grecs l’entendaient.
Il partage sa vie entre sa résidence principale en Haute-Savoie, la Corse, Paris et le reste du monde où il fait de nombreux séminaires et conférences.
Le Livre de Poche, 2 juin 2021 – 144 pages – EAN : 9782253104643
J’ai longtemps résisté à l’achat des livres de Frédéric Lenoir car je craignais de tomber dans le développement personnel avec tous ses travers largement dénoncés dans mes rapports de lecture. Sur un coup de tête, avec l’achat de plusieurs livres de philosophie, j’ai glissé dans ma pile un titre de Frédéric Lenoir : « Vivres ! dans un monde imprévisible (édition mise à jour – Le Livre de Poche, 2021). Ma lecture de ce livre confirme crainte : nous sommes bel et bien dans un manuel de développement personnel plutôt qu’un livre de philosophie. Dès qu’un auteur se dit philosophe et d’une autre profession, on peut être certain de la contamination de la première par cette dernière. De plus, Frédéric Lenoir se réfère non seulement aux « grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs (…) ». La mention de la psychologie par un philosophe éveille en moi de forts mécanismes de défense. Il faut lire ma « Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie » pour comprendre ma réticence. Quand aux neurosciences, je m’en méfie tout autant depuis ma lecture du livre « Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau » d’Albert Moukheiber, Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, paru chez Allary Éditions en 2024 (voir mon rapport de lecture). Bref, j’ai lu ce livre les deux pieds sur les freins.
Pour traverser ces temps difficiles, cet ouvrage optimiste nous invite à revenir à l’essentiel, à entretenir la joie et la sérénité malgré l’adversité. Frédéric Lenoir nous y montre comment les grands philosophes du passé, mais aussi les neurosciences et la psychologie des profondeurs, peuvent nous y aider, et pourquoi cette crise est une occasion de changer notre regard, nos comportements, de devenir davantage nous-mêmes, de mieux nous relier aux autres et au monde.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, Quatrième de couverture, Le Livre de Poche, 2 juin 2021.
Frédéric Lenoir accorde l’épigraphe de son livre à Carl Gustav Jung, psychanalyste et psychiatre, fondateur de la psychologie analytique, plutôt qu’à un philosophe.
« Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. »
Carl Gustav Jung
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, Épigraphe, Le Livre de Poche, 2 juin 2021.
Personnellement et par défaut professionnel, je vérifie toujours les sources des citations mais celle-ci de Carl Gustav Jung n’est nulle part. En désespoir de cause, j’ai même demandé à l’intelligence artificielle Microsoft Copilot et Gemini Google :
Quelle est l’origine de la citation suivante : « Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. » de Carl Gustav Jung
La citation que vous avez mentionnée est couramment attribuée à Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse et fondateur de la psychologie analytique. Cependant, il semble qu’il n’existe pas de source écrite ou d’œuvre précise de Jung qui contienne cette citation exacte. Il est possible que cette phrase soit une interprétation ou une paraphrase des idées de Jung, qui accordait une grande importance à la signification des crises et des bouleversements dans le développement psychologique de l’individu. Si vous souhaitez en savoir plus sur la pensée de Jung, je vous recommande de lire ses œuvres, telles que « L’Homme à la découverte de son âme » et « Les Racines de la Conscience ».
Microsoft Copilot
Quelle est l’origine de la citation suivante : «Les crises, les bouleversements, la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. » de Carl Gustav Jung
Il est important de noter que l’attribution exacte de certaines citations à Carl Gustav Jung peut parfois être sujette à interprétation. Cependant, l’idée générale exprimée dans la citation que vous avez fournie est tout à fait cohérente avec la pensée de Jung. Voici ce que nous pouvons dire à ce sujet :
La philosophie de Jung :Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, croyait profondément que les expériences de vie, y compris les crises et les maladies, avaient un sens et un but.
Il considérait que ces expériences pouvaient servir de catalyseurs pour la croissance personnelle et l’individuation, un processus de réalisation de soi.
Jung mettait l’accent sur l’importance de l’inconscient et de la recherche de sens dans la vie. Il pensait que les difficultés rencontrées pouvaient être des signaux de l’inconscient, nous invitant à explorer des aspects de nous-mêmes que nous avions négligés.
Les concepts clés de Jung :Le concept d’« individuation » est central dans la pensée de Jung. Il s’agit d’un processus de développement psychologique qui implique l’intégration des aspects conscients et inconscients de la personnalité.
Les crises et les bouleversements peuvent être vus comme des étapes nécessaires sur le chemin de l’individuation.
La maladie comme expérience précieuse. Jung a lui même expérimenté la maladie et en a tiré des expériences précieuses.
Il a notamment partagé des réflexions très profondes lors de sa maladie en 1944.
En résumé, bien que la formulation exacte de la citation puisse varier, l’idée qu’elle véhicule est profondément enracinée dans la psychologie jungienne.
Cela ne répond pas à ma question. Je cherche l’origine.
Vous avez raison de souligner que l’origine précise de cette citation est difficile à établir avec certitude. Bien qu’elle soit largement attribuée à Carl Gustav Jung, il est fréquent que des citations soient reformulées ou interprétées au fil du temps.
Voici ce que l’on peut dire à ce sujet :
La pensée jungienne comme source d’inspiration :Les concepts développés par Jung, notamment l’individuation, l’importance des symboles et la signification des expériences de vie, sont au cœur de cette citation.
Jung considérait que les crises et les maladies pouvaient être des manifestations de l’inconscient, nous invitant à prendre conscience de certains aspects de nous-mêmes.
Cette idée est très présente dans son œuvre, où il explore la relation entre le corps et l’esprit, ainsi que la dimension symbolique des maladies.
La diffusion de la citation :La citation a probablement été diffusée et popularisée à travers des ouvrages de vulgarisation de la psychologie jungienne, des conférences et des articles.
Il est possible qu’elle ait été reformulée ou adaptée au fil du temps, ce qui rend difficile son identification exacte dans les écrits originaux de Jung.
De nombreux site internet ou blog reprennent cette citation, mais sans indiquer sa source précise.
En résumé, bien que l’on puisse affirmer que l’esprit de cette citation est profondément jungien, il est difficile de retrouver sa formulation exacte dans ses écrits.
Gemini, Google
Citer Carl Gustav Jung sans en donner la source exacte aux lecteurs
atténue la crédibilité de l’auteur.
( Je poursuis mes recherches pour trouver l’origine de cette citation)
Bonjour,
Nous venons de publier un article Sur l’utilisation des citations de Carl Gustav Jung et nous déplorons comme vous que la plupart des citations ne sont pas sourcées. C’est un fléau sur internet, et si vous nous posez cette question c’est que vous n’avez pas trouvé l’information. Possiblement elle est tirée d’une phrase voisine, voire une paraphrase. En l’absence de source, prudence donc.
Je suis désolé de ne pas pouvoir répondre à votre question. Peut-être que l’institut C.G. Jung pourra vous aider : https://junginstitut.ch/en/About-Us/Contact.
Meilleures salutations,
Oliver Ammann
ETH Zurich, Oliver Ammann, Rare Books, ETH Library, Rämistrasse 101, 8092 Zurich, Switzerland, Phone +41 44 632 49 05, oliver.ammann@library.ethz.ch,
Thank you for your message and request, which we are unfortunately unable to answer. However, you are welcome to visit our library and carry out your research on site. The library is open on Friday between 9-12h and 13-16h.
May I mention at this point that in order to find a quotation, you would have to physically read through all of C.G. Jung’s works. Unfortunately, digital research is not possible. Thank you for your understanding.
I am sorry but it was not possible to find the German original of the quotation you are looking for. Frankly, I do not think it really is a sentence of Jung. It seems to have widely spread on French-speaking internet sites, but mostly in non-academic circles, often in the context of texts on the covid-pandemic or on sites by coaches/therapists. And there was not a single scientific reference (e.g. to Jungs Collected Works) to be found. I assume that someone attributed this sentence to Jung and then in spread in the French-speaking Internet.
I am very familiar with Jung, especially with his texts on healing. There is one quotation which comes a bit close to the one your are looking for – but at the same time it is very different.
« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)
« […] we [must] first take the path of illness, the wrong path that exacerbates the conflicts and increases the loneliness to the point of unbearability, in the hope that from the depths of the soul, from which all destruction comes, salvation will also grow. »
Wishing you all the best,
Christiane Neuen
(Board member of the C. G. Jung Society, Cologne)
TRADUCTION
Cher Serge-André Guay,
Je suis désolé mais il n’a pas été possible de trouver l’original allemand de la citation que vous recherchez. Franchement, je ne pense pas qu’il s’agisse vraiment d’une phrase de Jung. Elle semble s’être largement répandue sur les sites internet francophones, mais surtout dans des milieux non académiques, souvent dans le contexte de textes sur la covidopandémie ou sur des sites de coachs/thérapeutes. Et il n’y avait pas une seule référence scientifique (par exemple aux Collected Works de Jungs) à trouver. Je suppose que quelqu’un a attribué cette phrase à Jung et qu’elle s’est ensuite répandue sur l’internet francophone.
Je connais très bien Jung, en particulier ses textes sur la guérison. Il y a une citation qui se rapproche un peu de celle que vous recherchez – mais qui est en même temps très différente.
« […] wir [müssen] zunächst den Weg der Krankheit gehen, den Irrweg, der die Konflikte noch verschärft und die Vereinsamung zur Unerträglichkeit steigert, in der Hoffnung, daß aus der Tiefe der Seele, aus der alle Zerstörung kommt, auch das Rettende wachse. » (GW 11, § 532)
« […] nous [devons] d’abord prendre le chemin de la maladie, le mauvais chemin qui exacerbe les conflits et accroît la solitude jusqu’à l’insupportable, dans l’espoir que des profondeurs de l’âme, d’où vient toute destruction, grandira aussi le salut. »
Tous mes vœux de réussite,
Christiane Neuen
(membre du conseil d’administration de la Société C. G. Jung, Cologne)
Quel est notre besoin le plus fondamental ? Voici la réponse de Frédéric Lenoir :
Au moment où je commençais l’écriture de ce livre, j’ai eu un échange téléphonique avec une amie canadienne très chère, maître en yoga et en qi gong : Nicole Bordeleau. Elle m’a demandé quel était, selon moi, notre besoin le plus fondamental : celui du lien ou celui de la sécurité ? Je lui ai répondu sans hésiter : celui de la sécurité. Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité, tant intérieure (psychique) que matérielle et sociale.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 1. Se sentir en sécurité, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p.17.
Frédéric Lenoir répond sans hésiter à la question du besoin le plus fondamental en pointant du doigt « celui de la sécurité ». Mais, il précise que la sécurité provient d’un autre besoin à combler, celui du lien. Sans lien, pas de sécurité. En vérité, le besoin le plus fondamentale est le lien qui débouche sur la sécurité. Il y a souvent confusion entre l’objet (le sujet), l’objectif fixé au sujet de l’objet et le moyen d’atteindre cet objectif.
La question était simple : Quel est notre besoin le plus fondamentale entre le lien et la sécurité. Frédéric Lenoir fait du lien un moyen pour combler le besoin de sécurité. Or, la question faisait du lien et de la sécurité deux besoins, non pas un besoin et un moyen. Le philosophe et sociologue affirme que « Le lien est capital, et même vital, parce que, justement, il nous apporte avant tout ce dont nous avons le plus besoin : la sécurité (…) ». Le moyen ne vient jamais avant l’objet et l’objectif. Si l’objectif demeure d’être sécurité, le moyen est le lien. mais là n’était pas la question.
Objet : Sécurité ou lien à titre de besoins fondamentaux
Objectif : déterminer lequel est le plus fondamental (avant tout).
Moyen : le lien (capital, et même vital).
Résultat : Sécurité.
La réponse adéquate était donc : le besoin le plus fondamental est le lien parce qu’une fois comblé il procurera la sécurité. À la base, un besoin ne comble pas un autre besoin. Ce ne sera que la réponse à un besoin dont on pourra déduire qu’il comblera un autre besoin. Il y a une logique à respecter, un ordre des choses. Il ne s’agit pas de jouer avec les mots.
Frédéric Lenoir enchaîne avec Baruch Spinoza, Abraham Maslow et Antonio Damasio :
Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Pour mieux le comprendre, évoquons deux grandes théories : celle du conatus, du philosophe néerlandais Baruch Spinoza, et celle de la pyramide des besoins, du psychologue Abraham Maslow. Au XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur, L’Éthique, Spinoza affirme que « chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Cet effort (conatus en latin) est une loi universelle de la vie, comme le confirme le célèbre neurologue portugais Antonio Damasio, fervent disciple de Spinoza : « L’organisme vivant est construit de telle sorte qu’il préserve la cohérence de ses structures et de ses fonctions contre les nombreux aléas de la vie1. » Spinoza constate ensuite que, de manière tout aussi naturelle, chaque organisme vivant essaye de progresser, de grandir, de parvenir à une plus grande perfection. Il observe enfin que, chaque fois qu’il y parvient, sa puissance vitale augmente, il est habité par un sentiment de joie, alors que chaque fois qu’il rencontre un obstacle, qu’il se sent menacé dans son être ou que sa puissance vitale diminue, il est envahi par un sentiment de tristesse. Toute l’éthique spinoziste consiste dès lors à organiser notre vie grâce à la raison, pour préserver l’intégrité de notre être et augmenter notre puissance d’agir et la joie qui l’accompagne. Spinoza met au jour deux mécanismes de la vie : se préserver et augmenter sa puissance vitale et d’action. Dit autrement, il nous explique que la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux.
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NOTE
1?Antonio Damasio, Spinoza avait raison. Joie et tristesse. Le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 40.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 1. Se sentir en sécurité, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp.17-18.
Bon, Spinoza ne semble pas d’accord avec Frédéric Lenoir. Pour Spinoza, « la sécurité et la croissance sont nos deux besoins les plus fondamentaux ». Le besoin du lien n’est plus dans le décor, à moins qu’il faille le déterminer comme un moyen et non pas comme un besoin.
Je comprends ces différences dans le fait que Frédéric Lenoir fait le tour de la question avec différents points de vue.
J’aime bien quand Frédéric Lenoir nuance : « Il ne faut donc pas faire un absolu de la hiérarchisation des besoins de Maslow. » Personnellement, je ne vois pas en quoi il fut utile de parler de la pyramide des besoins de Maslow s’il faut s’en méfier. En abordant le sujet, j’aurais tout de suite prévenu le lecteur des critiques à venir.
Le livre « Vivre ! dans un monde imprévisible » de Frédéric Lenoir s’inscrit dans le temps ordonnée par la crise mondiale du COVID-19. Il nous guide afin de surmonter le ou les traumatismes créés par l’épidémie. Après le chapitre 1, « Se sentir en sécurité », il consacre le deuxième à la résilience.
Dans ce deuxième chapitre, « Entrer en résilience », on trouve cette définition :
(…) La résilience désigne dès lors le processus psychique qui permet à un individu affecté par un traumatisme profond de se reconstruire, de trouver en lui, sans rien nier de ce choc, les ressources nécessaires pour avancer dans la vie. (…)
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 2. Entrer en résilience, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 30.
Selon les dictionnaires Le Robert – Dico en ligne, la résilience est une « capacité » : « Capacité à surmonter les chocs traumatiques ». La Confédération des associations de proches en santé mentale du Québec va dans le même sens : « La résilience est la capacité, de chacun, à reprendre un nouveau développement psychologique, après avoir vécu une épreuve significative. Les individus résilients vont avoir la capacité de s’adapter de manière flexible et ingénieuse aux situations qu’ils ne peuvent pas contrôler. En effet, ils vont puiser dans leurs qualités personnelles afin de modifier leurs comportements étant donné les nouveaux contextes auxquels ils font face. »
Pour le dictionnaire Larousse, la résilience est une « aptitude » : « Aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques ». Le dictionnaire USITO de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada) parle aussi d’une « aptitude » : « Aptitude à faire face avec succès à une situation représentant un stress intense ainsi qu’à se ressaisir, à s’adapter et à réussir à vivre et à se développer positivement en dépit de ces circonstances défavorables. »
« Processus » ou « Aptitude », la résilience implique nécessairement des « Attitudes », notamment mais pas exclusivement, celle engendrée par le traumatisme et qui vient d’en détrôner une autre désormais désuète. S’il faut parler de processus psychique, ce dernier doit conduire non seulement à un réajustement de ses perceptions et de ses valeurs mais aussi et surtout de son comportement face à l’adversité. Or, les changements de comportement surviennent généralement à la suite d’un traumatisme en raison de la nouvelle attitude qu’il a entraîné. On peut aussi associer les changements de comportement à des révélations soudaines de vérité permettant de se rendre à l’évidence d’une nouvelle compréhension de soi et/ou du monde.
Le processus de résilience fait l’objet de nombreuses recherches et théorie, mais on peut schématiquement évoquer trois étapes principales après le traumatisme : la résistance, l’adaptation et la croissance. Lorsqu’on est déstabilisé et en souffrance, on commence par résister, par se protéger pour éviter ce qui nous affecte. Cette première étape peut être salutaire, car il est souvent nécessaire de lutter contre l’angoisse et les effets destructeurs du traumatisme. Mais elle peut conduire à des mécanismes de défense extrêmes (déni, clivage, refuge dans une bulle psychique protectrice…) qui n’aideront pas la personne à guérir. Pour avancer, il est nécessaire de regarder la réalité en face et de tenter de nous adapter au mieux de la situation. Cette étape est cruciale, dans le processus de résilience, car elle signifie que nous ne sommes pas dans le déni, dans le refus du réel, dans une attitude passive. Nous agissons en prenant acte du caractère inéluctable de l’épreuve que nous traversons, de notre douleur physique ou psychique, et nous cherchons le meilleur moyen de nous adapter à cette situation difficile. La croissance nous conduit plus loin encore : il ne s’agit plus seulement de moins souffrir, mais de s’appuyer sur ce traumatisme pour grandir, évoluer, aller plus loin. La fameuse formule de Nietzsche dans Le Crépuscule des idoles l’exprime très bien : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 2. Entrer en résilience, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp. 31-32.
La résistance « car il est souvent nécessaire de lutter contre l’angoisse et les effets destructeurs du traumatisme » ? Résister demande une somme considérable d’énergie à la personne qui, déjà, épuisée par la souffrance voire un mal-être profond, en dispose très peu. Je doute donc de l’efficacité de cette étape au profit d’une bonne hygiène de vie en prescription d’une baisse du stress post-traumatique.
À la suite de la résistance en première étape, voici la deuxième étape : « Pour avancer, il est nécessaire de regarder la réalité en face et de tenter de nous adapter au mieux de la situation. Cette étape est cruciale, dans le processus de résilience, car elle signifie que nous ne sommes pas dans le déni, dans le refus du réel, dans une attitude passive. » Traumatisé et conscient de l’être, on ne peut certainement pas être dans le déni de la cause et de son état. C’est la compréhension qui fait défaut. Nous avons le nez collé sur la réalité et dans l’incapacité de la regarder avec le recul nécessaire. Ainsi, la deuxième étape est de prendre du recul face au traumatisme et notre réaction face à ce dernier.
Pour prendre ce recul face à la réalité, Henri Laborit, médecin chirurgien, neurobiologiste, éthologue, eutonologue et philosophe, propose la fuite dans son livre « Éloge de la fuite » (voir aussi le livre en ligne en accès libres en format PDF). Il faut s’éloigner de la réalité et ainsi prendre du recul face à elle. Aussi bien fuir la vallée pour les sommets.
Henri Laborit – Éloge de la fuite – «Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté… Il ne reste plus que la fuite.» Henri Laborit pose, à la lumière des découvertes biologiques, la question de notre libre arbitre, de notre personnalité même. La politique, la société, tout prend dès lors une autre dimension.
AVANT-PROPOS
Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière, avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.
Vous connaissez sans doute un voilier nommé «Désir ».
LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 4.
Vue de loin, la réalité nous semblera plus abordable. Il sera plus aisé de s’y adapter.
Cela nous ramène à l’angoisse. Comment donner une « idée de l’Homme » sans parler d’elle? Je pense que l’on n’a pas suffisamment insisté jusqu’ici sur cette idée simple que le système nerveux avait comme fonction fondamentale de nous permettre d’agir. Le phénomène de conscience chez l’homme, que l’on a évidemment rattaché au fonctionnement du système nerveux central, a pris une telle importance, que ce qu’il est convenu d’appeler « la pensée » a fait oublier ses causes premières, et qu’à côté des sensations il y a l’action. Or, nous le répétons, celle-ci nous parait tellement essentielle que lorsqu’elle n’est pas possible, c’est l’ensemble de l’équilibre d’un organisme vivant qui va en souffrir, quelquefois jusqu’à entraîner la mort. Et ce fait s’observe aussi bien chez le rat que chez l’homme, plus souvent chez le rat que chez l’homme, car le rat n’a pas la chance de pouvoir fuir dans l’imaginaire consolateur ou la psychose. Pour nous, la cause primordiale de l’angoisse c’est donc l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante, en précisant qu’échapper à une souffrance par la fuite ou par la lutte est une façon aussi de se gratifier, donc d’échapper à l’angoisse.
LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Une idée de l’Homme, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 21.
Personnellement, la première étape de ma fuite consiste et refermé la porte derrière moi, à ne plus permettre à la source du traumatisme de m’atteindre. Je coupe donc tous les liens avec le passé pour me concentrer sur le moment présent. Et je me permets avec un malin plaisir d’en informer cette source. Évidemment, cela fonctionne beaucoup mieux si je ne suis pas moi-même la cause de mon traumatisme. Car, dans ce cas, je ferme la porte à une part de moi-même, ce qui peut s’avérer périlleux.
Envisagée sous cet aspect, la création est bien une fuite de la vie quotidienne, une fuite des réalités sociales, des échelles hiérarchiques, une fuite dans l’imaginaire.
LABORIT, Henri, Éloge de la fuite, Une idée de l’Homme, Collection Folio essais – no7, Éditions Gallimard, 2025 (Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1976) , Paris, p. 23.
C’est donc dans mon imaginaire que je cherche le meilleur moyen de m’adapter à cette situation difficile.Mais le verbe d’action « adapter » ne me plaît pas réellement puisque je viens de fuit cette situation difficile pour me réfugier dans mon imaginaire créatif. Par ma fuite, j’abandonne cette situation difficile à elle-même et je me concentre sur le nouveau présent réservant mon énergie à la création d’un nouvel avenir.
La troisième étape proposée par Frédéric Lenoir se lit comme suit : « La croissance nous conduit plus loin encore : il ne s’agit plus seulement de moins souffrir, mais de s’appuyer sur ce traumatisme pour grandir, évoluer, aller plus loin. » Personnellement, je ne reconnais aucune source de créativité au traumatisme, donc de m’y appuyer « pour grandir, évoluer, aller plus loin. » Je ne pas de ceux qui cherchent à retourner une situation négative en situation positive. Au diable ! La situation négative. Je la fuis comme la peste.
Mais une étape s’impose avant la fuite : me relever, regarder en arrière pour voir si la situation difficile dans laquelle je me trouve est la conséquence d’une erreur de ma part. Il n’est pas question de vite me relever pour foncer tête baissée vers l’avant. Je ne souhaite pas répéter la même erreur à l’avenir. À elle seule, cette étape me valorise.
Je ne comprends pas l’usage du terme « croissance » dans cette troisième étape. La directive qu’il faille « grandir, évoluer, aller plus loin » et ainsi croître me pèserait sur les épaules comme une injonction. Or, en situation difficile suite à un traumatisme, j’ai besoin de toute ma liberté pour fuir, créer et décider de mon nouvel avenir. Je ne cherche pas nécessairement à être meilleur et, pour ce faire à aller plus loin.
La psychologie prescrit de chercher à être meilleur tout au long de notre vie, un travail sans fin jusqu’à la mort. Un fois au sommet de la montagne, on découvre une autre montagne à gravir plus haute que la première et ainsi de suite. La vie n’est pas une suite d’escalades de montagnes plus hautes les unes que les autres.
Enfin, je n’adhère à l’idée de Nietzsche dans le Crépuscule des idoles à l’effet que « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Je n’ai pas constaté cela au cours de ma vie. Je ne suis pas plus fort que la vie elle-même. Je ne trouve rien qui puisse me rendre plus fort dans les traumatismes que j’ai vécu difficilement à chaque fois, pas plus que quoique ce soit qui me rende plus fort dans le mon moi traumatisé. On peut toujours croire l’affirmation de Nietzsche mais est-ce une vérité universelle ? Certainement pas.
Une des qualité qui peut le mieux nous aider à nous adapter à une situation douloureuse subie, c’est l’humour. L’humour, on le sait depuis Aristote, et notamment l’autodérision (se moquer de soi), permet de mettre le tragique à distance. Puisqu’on ne peut rien changer à la situation pénible ou absurde, mieux vaut en rire ! (…)
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 3. S’adapter, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 44.
L’humour, le rire, l’ironie sont au cœur d’un courant philosophique dont je me sens très proche : le taoïsme. Apparu en Chine vers le VIe siècle avant notre ère, le taoïsme valorise l’humour comme facteur de détachement. Le rire nous permet de nous détacher d’une situation douloureuse, absurde, inconfortable, par la force de l’esprit. De prendre du recul et donc de faire preuve d’adaptabilité. (…)
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 3. S’adapter, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 46.
Le titre du quatrième chapitre trahit toute philosophie au profit de la psychologie positive et du développement personnel : « Cultiver le plaisir et les émotions positives ».
Lorsque nous sommes fragilisés, angoissés, déstabilisés, il n’y a sans doute pas de meilleur remède que de rechercher ce qui nous procure du plaisir ou de la joie : savourer des mets qu’on aime, faire du sport, cultiver son jardin, s’adonner à une activité créatrice, se promener dans la nature, téléphoner à un ami cher, écouter un morceau de musique qui nous apaise, faire du yoga, méditer, regarder un film qui nous met de bonne humeur, lire des poèmes, savourer un bon verre de vin… Cela m’évoque aussi ce qu’affirme Spinoza dans son livre IV de l’Éthique : « Un affect ne peut être supprimé ou contrarié que par un affect plus fort que l’affect à contrarier3. » Tout est dit : on ne peut quitter une émotion ou un sentiment de peur, de tristesse, de colère, une dépression, qu’en mobilisant une autre émotion ou sentiment positif : du plaisir, de la gratitude, de l’amour, de la joie. De manière générale, mais davantage encore en période de crise, recherchons toute expérience qui nous procure des émotions positives, de la satisfaction de vivre.
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NOTE
3 Spinoza, Éthique, IV, proposition 7.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 4. Cultiver le plaisir et les émotions positives, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp 57-58.
Il n’y a rien qui me tombe plus sur les nerfs, et cela depuis mon adolescence, que la pensée positive.
La pensée positive désigne un mouvement pseudo-scientifique créé en 1952 par le pasteur Norman Vincent Peale et véhiculé dans les années 2010 par différents acteurs œuvrant dans le secteur économique du développement personnel.Qui a inventé la pensée positive ?Histoire. La psychologie positive a officiellement commencé aux États-Unis, en 1998, par le discours de Martin Seligman, nommé président de l'Association américaine de psychologie (APA) lors du congrès annuel de cette association.Pensée positive, Wikipédia.
« Sois positif ! » NON ! Je préfère et de loin être réaliste. Quand un malheur traumatisant m’accable, je ne mange pas mes émotions pour me vautrer dans les plaisirs de la table. Franchement, il tel conseil de la part d’un philosophe ! Et je ne vais pas « Ralentir et savourer l’instant » (chapitre 5)… Quel instant ! Celui de ma souffrance ! Celui de la dégustation d’un bon plat ? Ne suis-je pas immobiliser par l’angoisse ? Dans mon cas, j’ai déjà fui.
Puis, Frédéric Lenoir nous invite à « Resserrer les liens » dans le sixième chapitre de ce livre. Il nous laisse croire à une approche philosophique avec la première phrase de ce chapitre : « “L’Homme est un animal social” affirmait Aristote. Il est dans sa nature de vivre en relation étroite avec ses semblables, comme d’ailleurs la plupart des animaux. » Mais la philosophie prend vite le bord au profit de la psychanalyse en remontant à l’enfance, pour ne pas dire, au fœtus.
Le « développeur » personnel propose ensuite de « Donner du sens » dans son septième chapitre.
Après les étapes de résistance et d’adaptation, le processus de résilience – de reconstruction et de croissance intérieure – s’approfondit avec le resserrement de nos liens affectifs et sociaux, mais aussi par notre capacité à donner du sens à notre vie. Je dis bien « donner du sens à notre vie » et non « chercher le sens de la vie ». En effet, il ne s’agit pas tant qu’un questionnement métaphysique sur le sens de la vie humaine, si important soit-il, que de chercher à donner du sens à sa propre existence. Peut-être existe-t-il autant de sens que d’individus, peu importe. Ce qui compte, pour mieux vivre, mais aussi pour se reconstruire après un traumatisme, c’est que chaque individu puisse donner une signification à son existence.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 7. Donner du sens, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 87.
Quel philosophe recommande d’éviter « (…) un questionnement métaphysique sur le sens de la vie humaine (…) » lorsque vient le temps de donner du sens à sa vie ? Si je m’accorde aisément avec l’affirmation « Je dis bien “donner du sens à notre vie” et non “chercher le sens de la vie”. » Je crois que la vie n’a pas de sens en elle-même, qu’il faut lui en donner un. Mais, prudence, seul un sens partagé me satisfait par souci de mon humanité et non pas limité à mon existence personnelle. Je suis un Homme avant d’être un individu. Quant à resserrer les liens, aussi bien embrasser l’humanité. Après tout, c’est dans ma nature.
Face à un obstacle ou à une épreuve, nous demeurons libre de faire « contre mauvaise fortune bon cœur », comme le dit si bien l’expression populaire, ou bien de nous « ronger les sangs ». Nous demeurons libres de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, de cherche à nous adapter au mieux, ou pas, à une situation déstabilisante. Et notre plus bel acte de liberté intérieure sera même de savoir utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir. C’est le sommet de la résilience, et les personnes qui ont fait ce chemin sont souvent les plus belles et les plus humaines qui soient.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 8. Devenir libre, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 103.
Comment un le plus bel acte de liberté intérieure peut être de savoir ? Frédéric Lenoir est-il en train de me dire que je suis libre de savoir ? Savoir « utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir ». Utiliser pour mobiliser ? Il me faut mobiliser avant d’utiliser.
Et je dois savoir utiliser ma blessure, ma contrainte, ma maladie, mon échec, mon traumatisme de vie pour grandir. Il vaut mieux faire table rase plutôt que de tourner le fer dans la plaie.
Il fallait bien un chapitre sur la mort et c’est le neuvième : « Apprivoiser la mort ».
Agissons donc avec raison et apprenons à apprivoiser la mort, c’est-à-dire à vivre avec l’idée que nous mourrons tous un jour et qu’elle fait partie intégrante de la vie… ne serait-ce que parce que si la mort n,existait pas, la vie sur Terre serait impossible ! (…)
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 9. Apprivoiser la mort, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 114.
(…) Si le sage n’a pas peur de la mort, c’est qu’il est dans une profonde acceptation de la vie et de ses lois : la naissance, la croissance, le déclin, la mort. (…)
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 9. Apprivoiser la mort, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, p. 115.
Chapitre 10, « Agir et consentir » :
(…) Mais nous ne pouvons pas aller jusqu’au bout du processus de guérison intérieure qui si nous apprenons aussi à aimer la vie de manière inconditionnelle. Nous découvrirons alors que le bonheur et la joie sont en nous et non dans les conditions extérieures. Qu’ils résident dans notre capacité d’agir et de réagir, dans le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde. Comme le dit encore Épictète dans son Manuel : « Ce qui tourmente les Hommes, ce n’est pas la réalité, mais les jugements qu’ils portent sur elle. » Formule saisissante qui fait écho à celle de Tilopa, un moine bouddhiste du IXe siècle : « Ce ne sont pas les choses qui te lient, mais ton attachement aux choses. » Autrement dit, le bonheur, la sérénité ou la satisfaction de notre existence ne dépendent pas tant des événements toujours aléatoires du monde extérieur (santé, richesse, honneurs, etc.) que de l’harmonie de notre monde intérieur.
LENOIR, Frédéric, Vivre ! dans un monde imprévisible – Manuel de résilience pour surmonter les crises, chapitre 10. Agir et consentir, Le Livre de Poche, 2 juin 2021, pp. 129-130.
L’idée que le bonheur et la joie sont en moi, déjà en moi, ne me plaît du tout. À ce compte, le malheur est aussi en moi, et non pas dans les conditions extérieures. Ça ne tient pas la route. Qui plus est, je ne cherche pas le bonheur et la joie. Je les construis. Mon bonheur, s’il doit loger quelque part, est en l’Autre, dans l’Autre.
Si vous êtes un amateur de développement personnel légèrement épicé de philosophie, le livre Vivres ! dans un monde imprévisible de Frédéric Lenoir est pour vous. Votre bonheur durera le temps de la lecture de ce livre. C’est mieux que rien.